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151
p. 216
« Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Début :
Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...]
Mots clefs :
Marchand, Musique, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
LE SIEUR Laigle , Marchand , rue des Carme à
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
Rouen avertit Meffieurs les Auteurs de Mufique ,
que depuis vingt années il fait feul le commerce
de la Mufique , dans ladite Ville , & que pour
rendre fon Magazin plus complet & plus général
, & leur procurer par- là un plus grand débit
de leurs ouvrages , il recevra pour.leur compte ,
celle qu'ils voudront lui envoyer. Ils auront la
bonté de s'adreffer à Paris , à M. Bordet , Maître
de Flute Traverfiere , rue S. Denys , prefque vià-
vis le paffage de l'ancien Grand - Cerf , la porte
cochere à côté d'un Epinglier , à qui l'on adreſfera
les lettres ou paquets francs de portspour
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Résumé : « Le Sieur Laigle, Marchand, rue des Carmes à Rouen avertit Messieurs [...] »
Le sieur Laigle, marchand de musique à Rouen, propose d'enrichir son magasin en vendant les compositions des auteurs. Ces derniers peuvent contacter M. Bordet, maître de flûte traversière à Paris, pour envoyer leurs œuvres sans frais de port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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152
p. 209
« MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Début :
MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Académie, Violon, Concerto, Symphonie, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
MM. les Amateurs de Muſique tenants Concert
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
dans l'Hôtel-de-ville de Troyes, viennent d'ob
tenir un†excluſif. Ce qui leur procure la
ſatisfaction de former une Académie capable de
donner de l'émulation à toures les Perſonnes de
goût. On en a fait l'ouverture le 25 du mois de .
Mars. Le ſieur Bryon Ancien Premier Violon de
l'Académie de Grenoble y a joué un Concerto de
ſa compoſition, ſon goût & ſon exécution lui ont
mérité l'applaudiſſement des Connoiſſeurs. -
· On y a exécuté le Pſeaume Benedictus qui docet,
Motet à grand Choeur & Symphonie de la com
poſition du ſieur de Rouſſy Ancien Maître de Mu
ſique de l'Egliſe de Troyes. La tournure de ſon
chant, les traits d'harmonie bien amenés, l'ar
rangement des choeurs , lui ont mérité l'éloge
des Connoiſſeurs.
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Résumé : « MM. les Amateurs de Musique tenants Concert dans l'Hôtel-de-Ville de Troyes, [...] »
Les Amateurs de Musique de Troyes ont créé une Académie musicale le 25 mars. Le sieur Bryon a interprété un concerto acclamé. Le sieur de Roussy a présenté un motet salué pour son chant et son harmonie. Les deux œuvres ont été appréciées par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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153
p. 73-102
EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
Début :
Les réflexions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique, ou plutôt sur [...]
Mots clefs :
Musique, Récitatif, Chant, Jean Le Rond d'Alembert, Voix, Italiens, Opéra, Langue, Expression, Airs, Déclamation, Caractère, Goût, Musique italienne, Italien, Nature, Musiciens, Nombre, Art, Morceaux, Musicien, Harmonie, Discours, Genre, Tons, Nation, Paroles, Naturel, Intervalles, Pathétique
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert
fur la liberté de la Mufique. I Ve vol.
des Mélanges de Littérature , d'Hiftoire,
& de Philofophie.
L
Es réfléxions de M. Dalembert fur
la liberté de la Mufique , ou plutôt ſur
les avantages de la Mufique Italienne
comparée à la nôtre , trouveroient parmi
nous moins de Contradicteurs qu'il ne
penfe s'il les avoit réduites à ce qu'elles
ont d'effentiel. Ceft un principe reçu
en France comme en Italie & partout
ailleurs , que la Mufique doit exprimer
& peindre. Il ne s'agit que de fçavoir en
quoi l'Art s'éloigne ou s'approche de ce
but , foit dans la Mufique Françoife , foir
dans la Mufique Italienne . Les morceaux
de l'une & de l'autre qui rendront vivement
la nature , feront les modèles de
· la bonne Mufique ; les morceaux qui
manqueront de coloris ou de deffein ,
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
feront les exemples de la mauvaiſe , & il
n'y aura dès-lors que deux fortes de Mufique
au monde , fçavoir , la bonne &
la mauvaiſe. Dire que la Mufique Françoiſe
eft la mauvaife , & que l'Italienne
eſt la bonne , c'eft fuppofer dans l'une
un principe vicieux par effence , dans
l'autre un caractère de beauté & de bonté
inimitable ; c'eft du moins ainfi qu'on
l'entend , & voilà pourquoi l'on n'eft
point d'accord. Examinons la choſe en
détail .
M. Dalembert reconnoît que la forme
de notre Opéra eft fans comparaifon plus
variće & plus agréable que celle de l'Opéra
Italien. » Chez nous , dit - il , la
Comédie eft le fpectacle de l'efprit , la
» Tragédie celui de l'ame , l'Opéra celui
» des fens. J'admets cette diſtinction ,
pourvu que le caractere dominant attri
bué à chacun de ces Spectacles ne foit
pas exclufif; car je ne penfe point que l'il-
Jufion & l'intérêt foient bannis duThéâtre
du merveilleux. M. D. avoue qu'une ſcène
en Mufique nous arrache quelquefois des
Jarmes , c'eft avouer que le chant n'exclut
point le pathétique de l'expreffion. Il
ajoute que fi la Mufique touchante fait
couler nos pleurs , c'eſt toujours en allant
au coeur par les fens , & qu'elle différe en
<
JUILLET. 1759. 75
cela de la Tragédie déclamée qui va au
coeur par la peinture & le développement
des paffions . Mais les impreffions que la
peinture , le développement des paffions
fait fur l'ame , y vont de même par les
fens , foit qu'on déclame ou que l'on
chante . L'attendriffement que le chant
nous caufe, tient plus de l'émotion phyfique
de l'organe , je l'avoue ; mais il n'en
a pas moins pour premier principe une
affection de l'ame exprimée par le chant .
M. Dalembert reconnoît lui-même que
» la Mufique n'eft propre par fa nature
qu'à rendre avec énergie les impreffions
» vives , les fentimens profonds , les paí-
>> fions violentes , ou à peindre les objets
»qui les font naître . »
La que
preuve
en eft
la Mufique
qui ne peint
rien , eft une Mufique
infipide
.
Auffi M. de Fontenelle
demandoit
-il ,
Sonate , que me veux- tu ? que le merveilleux
, le chant
lui - même
& tout ce qui s'éloigne
de la nature
rende
l'illu- fion plus foible
& l'intérêt
moins
vif, cela doit être ; mais cela prouve
feulement que l'Opéra
eft moins
pathétique
, moins intéreffant
que la Tragédie
, fans toutefois
être réduit
à la feule émotion
des fens. La plupart
même
des réfléxions
de M. Dalembert
portent
fur ce principe
, Que
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Opéra doit affecter l'ame par l'expreffion
du fentiment , & l'imagination par
la force & la vérité des peintures .
Il eſt donc de l'effence de ce ſpectacle
de réunir tout ce qui peut charmer la vue
& l'oreille , étonner ou flatter l'imagination
, émouvoir l'ame & l'attendrir.
L'Opéra Italien donne moins au plaifir
des yeux, pour s'attacher aux affections
de l'ame : mais il manque l'un de fes objets
, & il ne remplit jamais l'autre . Les
Tragédies de Métaftafe , en mufique, n'ont
ni l'intérêt de celles de Racine , ni le
charme de celles de Quinault ; c'est l'opinion
de M. Dalembert , & fi les Italiens
font de bonne foi , ils avoueront
qu'elle eft fondée .
و د
» Si nous étions réduits à l'alternative
» ou de conſerver notre Opéra tel qu'il eſt
» ou d'y fubftituer l'Opéra Italien; peutêtre
conclut M. Dalembert , » ferions-
» nous bien de prendre le premier parti..
» Mais ne feroit- il pas poffible en confer
» vant le genre de notre Opéra tel qu'il
eft , d'y faire par rapport à la Mufique
» des changemens qui le rendroient bien-
" tôt fupérieur à l'Opéra Italien ? » A cette
propofition il n'eft perfonne qui n'applaudiffe
. Mais celle - ci ne fera pas auffi unani
mement reçue. » Il paroît que le feul
"
JUILLET: 1759. 77
» moyen d'y parvenir eft de fubftituer ,
» s'il eft poffible , la Mufique Italienne à
» la Françoife ». Voyons ce qu'il entend
par-là.
» Nous fuppofons , dit - il , comme un'
» fait qui n'a pas befoin d'être prouvé ,
» la fupériorité de la Mufique Italienne
» fur la nôtre ».
J'entends à merveille ce que c'eft que
la diſtinction de deux Langues , & la
fupériorité de l'une fur l'autre ; mais je
n'entends pas la diftinction de deux Mu
fiques. Une Langue a des mots, des tours,
des nombres , une harmonie, une fyntaxe ,
une profodie qui lui font propres , & qui
lui donnent les moyens d'exprimer ce
qu'une autre Langue ne peut rendre. Mais
les tons , les modes , les mouvemens ,
Pharmonie & la mélodie de la Mufique ,
font les mêmes dans tous les Pays du
monde. Il n'y a donc qu'une feule Mufique
: c'eft une Langue univerfelle que les
uns parlent mieux que les autres ; mais il
n'eft décidé nulle- part qu'on doive parler
mal cette Langue . Je fuppofe que le plus
grand nombre des Muficiens François
ayent fait de mauvaiſe Muſique , & que
la Nation l'ait goutée , ne connoiffant ou
n'ayant rien de mieux : s'eft - elle refuſée
à la bonne , dès qu'on lui en a préfenté ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le préjugé a-t-il fait tomber Hyppolite ,
Caftor , Pigmalion , &c. Le goût de la
Nation n'a donc pas donné à la mauvaiſe
Mufique une préférence exclufive fur la
bonne la Mufique Françoife peut donc
être excellente , comme la Mufique Italienne
peut être mauvaiſe ; & jufques- là
je ne vois entr'elles rien qui foit propre
à l'une ou à l'autre , & qui les diftingue
effentiellement.
و ر
» Les Partifans de la Mufique Françoi-
» fe , dit M. Dalembert , prétendent que
» le beau fimple en fait le caractère , &
» ils appellent fimple ce qui eft froid &
» commun , fans force , fans ame & fans
» idée. S'il y a des Sots qui penfent ainsi ,
ya
leur opinion ne doit pas être prife pour
le fuffrage de la Nation . Elle penfe que
tout ce qui eft beau eft fimple ; mais elle
ne pense pas que tout ce qui eft ſimple
foit beau. Peut -être le goût de la multitude
n'eft- il pas encore affez formé pour
être délicat & févère fur les nuances : mais
M. Dalembert avoue lui - même que les
beautés réelles enlèvent une admiration
unanime. J'en appelle encore aux fuccès
de M. Rameau ; j'en appelle à l'impreffion
que font fur les oreilles françoifes
les plus beaux morceaux des Opéra Italiens
, quoique affez mal exécutés dans
JUILLET. 1759. 79
nos concerts ; j'en appelle au fuccès des
intermèdes bouffons , qu'on ne fe laffe
point d'entendre avec des paroles Françoiſes.
» M. Rameau , dit M. Dalembert ,
» eût manqué fon but en allant plus loin ;
» il nous a donné non pas la meilleure Mufique
dont il fût capable , mais la meil-
» leure que nous puffions recevoir. » Je
fuis perfuadé que M. Rameau a fait de fon
mieux ; mais s'il a voulu nous ménager ,
Pergolefe & Venci n'ont pas eu la même
complaifance : or que l'on prenne au hafard
deux mille Auditeurs parmi les gens
cultivés , & qu'on exécute bien les morceaux
de récit obligé & les airs pathétiques
de l'Olimpiade & de l'Artaxerce ,
jofe affurer qu'ils feront applaudis avec
le même enthouſiafme que la harangue
de Tirtée & le monologue de Caftor.
Voyons cependant quel est le caractère
de ce qu'on appelle la Mufique Françoiſe,
& à quoi il tient qu'on ne la diftingue
plus de ce qu'on appelle la Mafique Italienne.
» Il y a , dit M. Dalembert , dans notre
» Mufique , trois choſes à conſidérer, le ré-
» citatif, les airs chantans & les fympho-
» nies. » Il reproche au récitatif de Lully
de manquer fouvent à la profodie de la
langue. C'eſt un fait qu'il a fans doute
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ور
33
"
r
vérifié ; mais il n'eft point du tout effentiel
à notre récitatif de manquer à la
profodie
, c'eft une maladreffe du Muficien ,
& non pas un défaut de la Mufique. « Le
» récitatif des Italiens , dit-il , eft plus
analogue à leur langue que le récitatif
françois ne l'eft à la nôtre. Ils paroiffent
» avoir bien mieux étudié que nous la
marche & les inflexions de la voix dans
»la converfation. » Si cela eft , la faute
en eſt encore aux Compofiteurs François ,
qui , avec plus d'étude ou de talent, peuvent
égaler en cela les Italiens fans rien
changer à l'effence de la modulation fran
çoiſe ; car le chant devant être l'imitation
exagérée de la déclamation théâtrale , &
les infléxions du langage naturel n'étant
pas les mêmes dans le François que dans
Î'Italien , il s'enfuit que le chant françois
doit avoir une modulation notée fur les
accens de notre langue , comme le chant
des Italiens doit fuivre les intonations &
les inflexions de la teur.
M. Dalembert obferve que le récitatif
Italien déplaît à la plupart des oreilles
françoifes ; mais je doute que l'habitude
de l'entendre jointe à la connoiffance de
la langue italienne & de fa profodie nous
le fit gouter comme il le prétend. J'obferve
même que la plupart de ceux à qui le ré
JUILLET. 1759 .
81
citatif italien déplaît , aiment l'accent naturel
de la langue italienne ; enfin la maniere
dont les Italiens entendent leur
Opéra prouve affez qu'ils s'ennuvent euxmêmes
de cette eſpèce de déclamation ,
» dont la route uniforme & non interrompue
produit une monotonie infuppor
table. » M. Dalembert répond d'abord.
en récriminant. Il ajoute que la monotonie
du récitatif eft peut -être un mal nécef
faire,un inconvénient inévitable de la fcène
lyrique, par la raiſon, dit - il , que » dans une :
" Piéce de théâtre tout n'eft pas deftiné
» aux grands mouvemens des paffions, &
qu'il y a des momens de repos où le
Spectateur ne doit qu'écouter fans être
» ému ; que tout doit être chanté dans
» un Opéra , mais que tout ne doit pas
» être chanté de la même maniere, comme:
» dans le difcours tout n'eft pas dit du
» même ton, avec la même froideur & le
»même mouvement.
Selon cette regle au moins tout ce quij
eft vif & paffionné dans la fcène doit être
préfervé de la monotonie : or il me femble
qu'elle eft continue dans le récitatif italien;
mais je n'oferois prendre l'affirmative : je
n'en ai pas affez entendu. Paffons à la
conclufion de M. Dal. » Il doit donc #
avoir entre les airs & le récitatif nee
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» différence marquée par l'étendue & la
qualité des fons , par la rapidité du débit
»& par le caractère de l'expreffion .
Il doit y avoir felon moi , proportions
gardées , la même différence qu'entre un
morceau de déclamation véhémente &
un morceau moins vifou plus tranquille ,
en forte que la modulation & l'expreffion
du récitatif approchent du caractère d'un
air paffionné à mefure que les paroles du
récitatif approchent elles mêmes du caractère
des paroles que l'air exprime. Ainfi
le récitatif fimple s'élevera par degré jufqu'au
point de véhémence où le récitatif
obligé lui fuccéde , & celui - ci juſqu'au
point où la violence du fentiment, la force
de l'image , en un mot l'expreffion des
paroles , demande les développemens de
la voix & les éclats d'un air chantant. On
diftinguera moins l'air d'avec le récitatif;&
tant mieux :le paffage fera plus naturel & la
gradation mieux obfervée. En effet pourquoi
veut- on une difference tranchantede
fun à l'autre? Un air pathétique eft-il un
morceau ifolé dans une Scène? Le comble
de l'art n'eft - il pas de préparer inſenſiblement
l'oreille & l'ame à cette vive
émotion ? Il eſt des circonstances où l'harmonie
doit caufer une révolution foudaine
, un ébranlement imprévu ; mais le
JUILLET. 1959. 83
Poëte alors prend foin lui- même de ménager
la furpriſe , & le Muficien n'a qu'à
fuivre la marche de la déclamation naturelle
, pour paffer du calme à l'emportement.
Cette exception ne détruit pas
la régle générale de graduer l'expreffion
du fentiment & d'éviter la monotonie.
Ce que je dis des airs paffionnés ou rapides
doit s'entendre des airs tendres ,
voluptueux, enjoués ou languiffans : comme
ils font le dernier degré d'expreffion
dans leur genre , & que l'harmonie en
foutient & en fortifie l'expreffion , ils
n'ont pas besoin pour être fentis du cɔntrafte
d'un récitatif monotone. Il y a
fans doute dans l'Opéra comme dans la
Tragédie des momens froids où une dé
clamation animée feroit un contre-fens ;
mais ces momens font rares & doivent
Pêtre. L'art d'écrire la fcéne lyrique eft
d'en faire un tiflu varié de fentimens &
d'images , & alors ce récitatif doit peindre
par fa mélodie ou l'image ou le lentiment
que la Pocfie lui préfente. Ainfi ni
le récitatif Italien , ni le récitatif François
ne me femble devoir être une décla
mation monotone.
» La nature du chant ordinaire , de ce
qu'on appelle proprement ainsi , com
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fifte en trois chofes , pourſuit M. Da+
lembert , en ce que la marche Y eft
» plus lente que dans le difcours , en ce
» que l'on appuye fur les fons comme
» pour les faire gouter davantage à l'o-
» reille ; enfin en ce que les tons de la
» voix & les intervalles qu'elle parcourt ,
y varient fréquemment , & prefqu'à
chaque fyllabe. Le premier & le fe
» cond de ces caractéres n'appartiennent
point à un bon récitatif ; le troifiéme
doit à la vérité s'y trouver , mais d'une
→ maniere moins marquée que dans le
chant. D'un côté la rapidité du débit
rend la fucceffion des intervalles moins
fenfible dans le récitatif, & de l'autre
cette fuccceffion doit y être plus fré-
» quente que dans le difcours , mais moins
» que dans le chant ordinaire : voilà ce
que les Italiens ont fenti, voilà ce qu'ils
pratiquent avec raifon , & l'on ofe dire
avec fuccès.
03
29
Je ne fçais. fi je me trompe , mais il
me femble que le récitatif étant un genre
moyen entre le chant & le difcours ,
il doit participer en tout point de l'un &
de l'autre qu'ainfi la marche du réci–
ratif doit être moins rapide que celle du
difcours , & en général plus rapide que
celle du chant ; que dans le récitatif
on
JUILLET. 1759. $.5
doit appuyer fur les fons moins que
dans le chant , mais plus que dans la déclamation
naturelle ; qu'enfin les fons de
la voix doivent être plus variés & les intervalles
plus fenfibles que dans la déclamation,
comme ils doivent l'être moins
que dans le chant . M. Dalembert ne permet
au récitatif de differer du difcours
que dans ce dernier point , le premier &
le fecond caractère qu' attribue au chant
n'appartiennent point , dit- il , à un bon
récitatif : non fans doute au même degré
, mais je crois qu'il doit les avoir
dans une proportion moyenne , & comme
tenant le milieu entre le difcours &
le chant. Du refte je conviens avec M. D..
que le débit en eft perdu au Théâtre. Les
plus zélés Partiſans de Lully font les premiers
à l'avouer ; mais c'eft encore la
faute des Acteurs , & non pas celle de la
Mufique.
» Si le récitatif , comme tout le monde
» en convient , doit n'être qu'une décla
» mation notée , on peut en conclure ,
dit M. Dalembert , » qu'une des loix les
» plus eſſentielles à obſerver dans le réci—
» tatif , c'eſt de n'y pas faire parcourir à
» la voix un auffi grand efpace que dans
» le chant , & d'en régler l'étendue fur
» celle des tons de la voix dans la décla
86 MERCURE DE FRANCE.
" mation ordinaire. Le feul cas où l'on
puiffe fe permettre de fortir des limites
» naturelles de la voix , c'eſt dans certains
» momens où la voix , même en décla-
» mant , franchiroit ces limites ; encore
» ces momens doivent être rares , & même
ne fe rencontrer guère que dans le
» récitatif obligé , qui par fon objet , fon
" accompagnement & fon caractère , doit
" approcher un peu plus du chant . »
Ce n'eft qu'avec une extrême défiance
de moi - même que d'un principe pofé par
M. Dalembert , je tire une conféquence
oppofée à la fienne. Si le récitatif doit
être une déclamation notée , les intervalles
à parcourir doivent être fenfibles :
dans le chant la voix ne procéde que
par tons & par demi- tons , au lieu que
dans le difcours elle s'élève ou s'abbaiſſe
par degrés fouvent inappréciables.Si d'un
autre côté , comme l'a reconna M. Dalembert
, les tons & les intervalles que
parcourt la voix dans le récitatif , doivent
être plus variés que dans le diſcours , il
у a dans une période un plus grand nombre
d'intervalles à parcourir dans le récitatif
que dans le difcours . Or un plus grand
nombre de plus grands intervalles demandent
une plus grande étendue de voix : il
eft donc d'une néceffité indiſpenſable
JUILLET. 1759. 87
que dans le récitatif la voix franchiffe fes
limites naturelles , c'eft - à - dire , qu'elle
s'éleve & s'abbaiffe beaucoup plus que
dans le diſcours. Il y a longtemps que je
regarde la déclamation muſicale comme
fuivant à-peu- près les mêmes infléxions
que le langage naturel , mais formant ,
s'il eft permis de le dire , des ondulations
plus profondes . Suivant cette idée , la
raifon de la monotonie qui nous frappe
dans le récitatif Italien , n'eft pas difficile
à fentir : car les Italiens ne donnant à la
voix , dans leur récitatif, que fon étendue
naturelle , & les intervalles à parcourir
étant plus grands que dans le diſcours ,
il a fallu les reduire à un plus petit nombre
, & par conféquent réciter fur un
même ton ce qui dans la déclamation
naturelle exigeroit plufieurs inflexions différentes.
On dit que les Chanteurs habiles fçavent
fuppléer à ces inflexions : j'en ai
entendu qui paffoient pour tels , & ceuxlà
même m'ont paru monotones.
A l'é ard de notre récitatif , ayant un
plus grand etpace à parcourir , il eft
moins gêné , moins à l'étroit dans fa
marche ; d'où je conclus qu'un Artiſte
habile peut lui donner plus de variété .
Mais voici l'article important,
88 MERCURE DE FRANCE.
מ
ל כ
" Les cadences , les tenues , les ports
» de voix que nous y prodiguons feront
» toujours , dit M. Dalembert , un écueil
infurmontable au débit ou à l'agrément
» du récitatif: fila voix appuye fur tous
» ces ornemens , le récitatif traînera ; fi
» elle les précipite , il reffemblera à un
chant mutilé. Ne feroit- il pas poffible
» en fupprimant toutes ces entraves , de
" donner au récit François une forme
plus approchante de la déclamation ?
29
J'ignore cominent le Public recevroit
l'effai que M. D. propofe ; mais je connois
des Muficiens habiles & un grand
nombre de gens de goût que l'abus de
ces cadences , de ces tenues, de ces ports .
de voix excéde dans la déclamation mus
ficale , & qui applaudiroient bien fincéres
ment à la noble fimplicité d'un débit
plus naturel & plus rapide. Il fut untemps
où les Acteurs pafoient légérement
fur tous ces agrémens , & je ne crois pas
que la maniere de déclamer libre, fimple,
facile & noble qu'on applaudiffoit dans
Tevenard, fit un chant mutilé du récitatif
de Lully. Mais en fuppofant que quel--
qu'un ofât fupprimer tout-à-fait les ca→
dences , les ports de voix &c. il y auroit
an moyen bien avantageux , à ce qu'il
me femble, de fe dédommager de la
JUILLET. 1759.1 $9.
perte de tous ces petits agrémens , & de
donner à notre récitatif plus de chaleur
& de variété : ce feroit d'employer dans
les morceaux fufceptibles d'une expreffion
vive ou touchante , ce que les Italiens
appellent récitatif obligé , & quelquefois
des airs chantans à leur maniere ,
mais fans aucun de ces papillotages ridicules
qu'ils y mêlent pour faire briller la
voix. Le pathétique de ces morceaux eft
la feule fupériorité réelle que leur Opéra
ait fur le nôtre , & nos Muficiens modernes
ont fait des effais dans ce genre
qui annoncent le plus grand fuccès. Dès -
lors le Poëte d'accord avec le Muficien ,
ménageroit dans le cours de la Scène des
images vives , des traits de fentimens
tantôt plus doux , tantôt plus rapides , &
l'harmonie à chaque inftant ranimeroit le
récitatif : mais il ne faut pas ſe diffimuler
que la Scène ainſi variée eſt une
épreuve continuelle pour le talent du
Compofiteur.
On ne peut fe refufer aux réflexions de
M. Dalembert fur la vérité de l'expreffion
dans la déclamation muficale. Le morceau
de Dardanus qu'il en donne pour modèle
eft bien plus digne d'admiration que tout
ce qu'on a cité de Lully : Je ne prétends
pas, dit-il, » décider abfolument (quelque
.༡༠
90 MERCURE DE FRANCE
porté que je fois à la croire ) que notre
» récitatif réuffit fur le Théâtre de l'Opera
» étant débité comme je le propoſe à l'I-
» talienne & avec rapidité ... Mais il pa-
» roît au moins inconteftable qu'on doit
"rejetter tout récitatif qui étant débité de
»la forte hors du Théâtre , choquera
" groffièrement nos oreilles. C'est une
"preuve certaine que l'Artifte s'eft grof-
»fièrement écarté des tons de la Nature
» qu'il doit avoir toujours préfens. » Cette
règle me paroît infaillible ; toutefois M.
Rameau lui-même ne croit pas que la
modulation du chant doive être une imitation
fervilement exacte de la déclamation
naturelle. Il prétend que c'eſt l'harmonie
qui détermine furtout le caractère
de l'expreffion , & il m'en a donné
exemple les vers du Monologue de
Caftor,
"
Triftes apprêts , pâles flambeaux ,
Jours plus affreux que les ténébres ,
pour
qui dans le même ton & avec une modulation
différente , expriment le même
fentiment .
Le récitatif doit être fimple , naturel ,
expreffif & rapide. Je fuppofe qu'il eft tel
dans la bonne Mufique Italienne ; il l'eft
moins,fouvent, fi l'on veut,dans la Mufique
JUILLET. 1759 . 91
Françoife; mais il peut l'être ni la nature
de la Langue, ni celle de la Mufique, ni le
goût même de la Nation ne s'y oppofe; &
l'on tient encore par habitude aux petits
agrémens qu'on y a mêlés , au moins
defire- t- on que les Muficiens en foient
avares & que les Acteurs n'en abuſent
pas. L'étendue qu'on lui reproche au -delà
des limites de la déclamation naturelle ,
lui donne plus de variété : par -là il peut
s'élever par gradation jufqu'au chant qui
lui fuccéde , & le paffage de l'un à l'autre
en eft beaucoup plus naturel . Je ne vois
donc pas à cet égard de quoi défeſpérer
que nous ayons de bonne Mufique , ni
que pour la rendre telle il faille la dénaturer.
» Si le récitatif de nos Opéra nous
» ennuye , reprend M. Dalembert , les
>> airs chantans ne nous offrent guéres de
" quoi nous dédommager. Nous avons
déjà obfervé en général qu'ils différent
"trop peu du récitatif , cette reflemblan-
" ce fe remarque furtout dans les Scènes.
» Elle est un peu moindre entre le réci
" tatif des Scènes & quelques airs placés
» dans les divertiffemens , où nos Mufi-
» ciens modernes ont ofé quelquefois fe
donner carrière.
Les airs placés dans les Divertiffe
32,
MERCURE DE FRANCE.
mens ne doivent être comptés pour rien:
il faut les regarder comme les airs de
Danfes , deftinés à récréer les Spectateurs
& à donner de la variété au Spectacle.
Dans l'Opéra Italien , les Ariétes chantées
à la fin des Scènes par les Perfonnages les
plus intéreffés à l'action & quelquefois
dans les fituations les plus violentes , font
encore plus ridicules. Le mérite effentiel
de ces Ariétes & de nos petits airs
confifte à faire briller une jolie voix. Si le
Poëte y donne quelque image à peindre
au Muficien , fi le Muficien réuffit à la
rendre , c'eſt un agrément de plus ; mais
tout cela eft peu de chofe. Les Italiens
plus exercés que nous à ce badinage , y
excellent. Avec de l'exercice & du talent
nos Muficiens y excelleront auffi . Le goût
de la Nation leur laiffe toute liberté. Les
parodies des airs bouffons prouvent que
la Langue ne s'y oppofe pas ; la mufique
en eft partout également fufceptible , &
fi la répugnance que nous avons à entendre
badiner à tout propos fur une voyelle,
ne permet pas à nos Artiſtes de tirer d'un
A tout le parti qu'en tirent les Italiens ,
les pas. brillans de nos Danfeufes nous
dédommagent des fredons de leurs Chanteurs
efféminés . M. Dalembert avoue luimême
que du côté des fymphonies dan
JUILLET. 1759. 93
fantes nous avons de l'avantage fur eux.
Venons à quelque chofe de plus effentiel.
Les Italiens ont des airs pathétiques ,
& en grand nombre , & de la plus grande
beauté . Ces airs font gâtés par des agrémens
contre nature ; & quoi qu'on en
dife , Andromaque & Mérope ne doivent
dans leur douleur ni rouler un fon plaintif
, ni le terminer par un point d'orgue .
Cependant tel eft le caractère de cette
Mufique , le naturel de la modulation ,
le choix des fons qui accompagnent la
voix , & qui ajoutent à l'expreffion , en
un mot , la magie de l'art des Italiens
dans ces morceaux pathétiques , qu'ils
vous faififfent , vous pénètrent , vous attendriffent
quelquefois jufqu'aux larmes.
Ceft là réellement & dans le récitatif
accompagné , qu'ils font fupérieurs aux
François , c'eft la partie qu'on doit leur
envier , & dans laquelle nos plus fçavans
Artiftes ne doivent pas rougir de les prendre
pour Maîtres. Mais ce genre fublime
n'appartient pas plus à la Mufique Italienne
qu'à la Mufique Françoife , & il
n'eft pas plus mal -aifé aux Poctes François
qu'aux Poëtes Italiens d'y donner lieu.
En général les airs mefurés de nos Scènes
ne reffemblent point à cela ; mais la prière
de Théfée dans Hypolite , le Monologue
94
MERCURE DE FRANCE.
de Thelaire dans Caftor , la Harangue de
Tirtée , & bien d'autres, font de ce genre.
Il faut du génie pour y exceller ; mais
cette condition eſt la même pour les Italiens
& pour nous. Tous les Muficiens
d'Italie , à beaucoup près , n'y ont pas
réuffi , & c'eft furtout dans cette partie
que les Modernes dégénèrent : leur goût
pour les ponpons , s'il eft permis de le
dire , a tout gâté dans le pathétique , &
les Connoiffeurs regrettent amèrement la
fimplicité touchante de leurs anciens
Compofiteurs. C'est à ces modèles que
nos Muficiens doivent s'attacher ; mais le
grand mérite de ces morceaux , comme
l'obferve M. Dalembert , c'est d'être liés
à la fituation, & d'en augmenter l'intérêt :
ceci eft l'ouvrage du Poete , & l'on ne
peut trop louer le célèbre Métaſtaſe de
l'art avec lequel il a ménagé au Muficien
des tableaux pathétiques , des fituations
violentes , des mouvemens pleins de chaleur
& de force à exprimer dans les airs.
» Point de véritable chant fans expreffion
, dit notre Philofophe , & c'eft en
» quoi la Mufique des Italiens excelle ;
» il n'eft aucun genre de fentiment dont
» elle ne fourniffe des modèles inimita-
» bles. Tantôt douce & infinuante , tan-
» tôt folâtre & gaye , tantôt fimple &
"
JUILLET. 1759 . 95
» naïve , tantôt enfin fublime & pathéti-
» que ; tour- à-tour elle nous charme ,
» nous enléve & nous déchire. » Tout
cela eft vrai , hors inimitable , qu'on ne
doit pas prendre à la lettre. Les encou
ragemens , l'émulation , la rivalité , le
concours nombreux des Artiftes , la direction
générale des efprits vers un objet
, le gout paffionné d'une Nation pour
un Art , font les caufes infaillibles de fes
progrès , & de tout cela réfulte le fuccès
de la Mufique en Italie. Il n'eft pas jufqu'à
l'humanité même que les Italiens
n'y ayent facrifié. Notre goût léger &
tranquille n'a pas excité la même fermentation
, les mêmes efforts , le même
concours. On fe contente dans nos Eglifes
de pfalmodier les louanges de Dieu ;
nos villes n'ont pas toutes un Opéra magnifique
; les dépenfes de la Nobleffe
Françoife & des Citoyens opulens ne fe
tournent pas de ce côté ; nous laiffons à
nos enfans la voix que leur a donnée la
Nature. Il n'eft pas étonnant que les
Italiens ayent été plus loin que nous
dans un Art qu'ils adorent & que nous
aimons foiblement. Mais cet avantage
n'eft dû ni à leur Langue ni à leur Mufique
, & il ne tient qu'aux Muficiens de
génie de prouver qu'il eft très - poffible de
96 MERCURE DE FRANCE.
compofer fur des vers François, par exemple
fur ceux de Quinault , des morceaux
de Mufique comparables à ceux que
nous admirons le plus dans les Opéra Italiens.
Mais le génie eft une chofe rare dans
tous les Pays du Monde : ce n'eſt que
parmi le grand nombre de ceux qui s'exercent
dans un Art que les talens fupérieurs
fe découvrent : en France un Muficien
excellent s'éléve par hafard ; en Italie
il n'eſt preſque pas poffible qu'il n'en paroiffe
quelqu'un dans le nombre. Voilà ce
qui retardera vraiſemblablement la pérfection
de ce qu'on appelle notre Mufique,
& qui au fond n'eft que la Mufique de
toutes les Nations , modifiée ſelon le génie
& le caractère d'une Langue moins
docile , peut- être , moins fonore que l'Italien
, mais affez fléxible , affez harmo
nieufe pour ne fe refufer à aucune forte
d'expreffion , & pour recevoir tous les
genres de modulation & de mouvement.
M. Dal. trouvera peut-être que j'ai trop
infifté fur une difpute de mots , en niant
que les fautes de nos Muficiens foient les
défauts de notre Mufique . Mais ce n'eſt
pas pour lui que je m'attache à lever
l'équivoque , & je le prie de trouver bon
que je diftingue encore au fujet des accompagnemens.
"
» La
JUILLET. 1759 . 97
>>
La fureur de nos Muficiens Fran-
» çois eft , dit- il , d'entaffer parties fur
parties . C'eft dans le bruit qu'il font
» confifter l'effet ... Une harmonie bien
» entendue nourrit & foutient agréable-
» ment le chant ; alors l'oreille la moins
exercée fait naturellement & fans étude
» une égale attention à toutes les parties :
fon plaifir continue d'être un , parce
" que fon attention quoique portée fur
» différens objets eft toujours une. C'est
en quoi confifte un des principaux
" charmes de la bonne Mufique Italien-
"ne. » Et pourquoi non pas de la bonne
Mufique Françoife ? N'a - t - elle point
d'exemple de cette unité , je ne les ai pas
tous préfents , mais je me fouviens d'un
morceau du Prologue des Indes Galantes ,
La gloire vous appelle ,
d'une mufette des Talens lyriques ,"
Suivons les loix ,
d'une Ariéte de Platée
Quittez , Nymphes , quittez vos demeures profondes.
le
Et de beaucoup d'autres airs où certainement
la mélodie n'eft pas couverte par
bruit des inftrumens où l'harmonie loin
II. Vol.
›
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de jetter de la confufion dans l'oreille ,
ajoute un nouveau charme au plaifir que
lui fait le chant : & fi quelques-uns de
nos Muficiens donnent fouvent dans le
défaut que M. Dalembert leur reproche ,
tout ce qu'on en doit conclure , c'eft
que la bonne Mufique eft rare en France
comme elle l'eft plus ou moins partout.
La mefure , dit M. Dalembert , man-
» que à notre Mufique par plufieurs rai-
» fons ; par l'incapacité de la plupart de
» nos Acteurs , par la nature de notre
» chant , par celle des prétendus agré
» mens dont nous le chargeons » : Je fouf
cris à la première de ces raifons , mais
j'ofe douter des deux autres. Une meſure
moins articulée n'en eſt pas moins exacte ;
il faut feulement une oreille plus jufte
pour l'obferver , comme pour éviter en
la fuivant les écueils trop fréquens fans
doute des prétendus agrémens du chant.
A l'égard de la variété des mouvemens,
je vais haſarder une choſe bien hardie ;
mais je parle en homme qui n'a dans cet
art que le pur inftinct de la Nature.
» Nous ne fçaurions nous perfuader , dit
M. Dalembert , » grace à la fineffe de no-
>> tre tact en Mufique , qu'une meſure
vive & rapide puiffe exprimer un autre
fentiment que la joie comme fi une
JUILLET. 1759 : 99
» douleur vive & furieufe parloit lente-
» ment. » Je fuis très- perfuadé , comme
tout homme qui a réfléchi , que le mouvement
de la Mufique doit fuivre celui
de l'ame , & que tout ſentiment vif &
rapide doit être rendu tel qu'il eft : cependant
, obſerve M. Dalembert , » les mor-
» ceaux vifs du Stabat , exécutés gaîment
» au Concert - fpirituel , ont paru des
>> contrefens à plufieurs de ceux qui les
» ont entendus. » J'avoue que je fuis de
ce nombre , & ce n'eft pas feulement la
gaîté qui m'en a déplu. Que l'on chante
comme on voudra l'air que Pergoleſe a
a mis fur ces paroles ,
Cujus animam gementem ,
je trouverai encore déplacé le mouvement
vif à deux temps , par la raiſon que l'affiction
& la douleur profonde ne font
pas de ces fentimens rapides dont parle
M. Dalembert , & que la nature répugne
en moi au mouvement qu'on leur a donné
: il en eft de même de quelques autres
morceaux de cet ouvrage , où il y en a de
ſublimes , mais où vraiſemblablement le
Muficien a été obligé de renoncer quelquefois
à la vérité de l'expreffion pour
éviter la monotonie.
Enfin M. Dalembert examine fi l'on
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
peut tranfporter à la Langue Françoife
les beautés de la Mufique Italienne . Il
penſe qu'oui , & je n'en doute pas : il ne
s'agit que de nous entendre . Notre Langue
, ou plutôt notre goût , fe refuſe aux
badinages de la voix dans le férieux pathétique
, fur une fyllabe qui ne fignifie
rien. Ainfi tout ce qui n'eft que du ramage
eft interdit à nos Muficiens dans
une Scène inté: effante. Or M. Dalembert
avoue que tout cela eft de mauvais goût
même dans la Mufique Italienne , & il
reproche aux Modernes de l'avoir char
gée de ces vains ornemens. La Mufique
bouffonne en eft plus fufceptible ; nous
l'avons unanimement adoptée , & nos
premiers effais ont prouvé que notre Langue
s'en accommodoit à merveille : mais
il s'agit ici de la Mufique de nos Tragédies
, & il eft certain que dans ce genre
ces badinages ne font pas des beautés .
La fimplicité des accompagnemens ,
l'unité de deffein & d'expreffion du chant
avec l'harmonie qui l'accompagne , n'eſt
pas plus difficile à obferver fur des paro
les Françoifes que fur des paroles Italiennes
; c'eft un fait inconteftable , & que
l'expérience a déja prouvé.
La vérité , la force de l'expreffion dans
la mélodie & dans l'harmonie , le choix
JUILLET. 1759.
ΙΟΙ
des tons & des modes , le nombre & le
mouvement le plus analogue au fentiment
ou à l'image que l'on doit rendre ,
la préciſion même de la meſure , tout cela
eft compatible avec des paroles Françoiſes
comme avec des paroles Italiennes.
La profodie de notre Langue n'eft peutêtre
pas aflez déterminée ; mais elle n'en
eft
que plus docile aux mouvemens qu'on
veut lui donner. Nos fyllabes abſolument
muettes font bannies de la Poëfie lyrique
, & l'E féminin foutenu d'une confonne
, eft affez fenfible dans le chant ,
comme dans le nombre des vers , pour
appuyer une note brève. Que le Poëte
fcache manier la Langue , qu'il foit d'accord
avec le Muficien , les difficultés de
la profodie feront facilement ou applanies
ou éludées .
De tous les reproches faits à ce qu'on
appelle la Mufique Françoife , il n'y en a
donc qu'un feul qui porte fur un vice inhérent
& diftinctif, fi c'en eft un: je parle des
prétendus agrémens de notre récitatif.
La manière dont il eft chanté , la lenteur,
les cris qu'on y met , font des défauts généralement
reconnus & blâmés par tous
les
gens de goût J'ai déjà obfervé qu'ils
font du Compofiteur ou de l'exécutant ,
non de la Mufique. Il n'en eft pas de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
même des ports de voix , des tenues , &
de ce qu'on appelle des cadences . Tout
cela eft indépendant du caractère de la
Langue ; elle fe prêteroit mieux encore à
la fimplicité , à la rapidité d'une déclamation
plus naturelle , qu'aux agrémens
faux ou vrais de ce récitatif chanté . Mais
le Public y tient encore , & fi quelque
chofe diftingue la Mufique Françoiſe , c'eſt
ce caractère attaché au récitatif par le
goût unanime de la Nation. Dans tout le
refte , le Muficien a toute fa liberté , &
l'Art toute ſon étendue. Eſt- ce un défaut,
n'en est-ce pas un ? Faut - il fupprimer
abſolument ces tenues , ces ports de voix,
ces cadences , ou feulement en être moins
prodigue & dans la compofition & dans
l'exécution ? En un mot , devons - nous
préférer un récitatif que les Italiens euxmêmes
ne daignent pas entendre , tout
excellent qu'on le fuppofe , à un récitatif
qui fe fait écouter avec plaifir quand il eſt
chanté avec goût ? C'eft ce qu'il ne m'appartient
pas de décider : mais après tout,
ces agrémens ne pourroient être défectueux
qu'autant qu'ils affoibliroient l'expreffion
du pathétique , & ils ne l'affoibliroient
point fi on les paffoit légèrement.
Du refte , toutes les beautés réelles de
CE
103 JUILLET. 1759 .
es.
COTE
apparla
Mufique font reconnues les mêmes par
les François & par les Italiens ; ils ne
goutent pas tout ce que nous applaudiffons
, nous ne goutons pas tout ce qu'ils
applaudiffent chaque Nation a fes
préjugés , mais l'une & l'autre fe réuniffent
en faveur de ce qui peint vivement
& fidèlement la nature , & tant pis
pour celle des deux qui auroit l'orgueil
de ne trouver beau que ce qui lui
tient. J'en reviens donc à ma propofition.
Il n'y a que deux fortes de Mufique , la
bonne & la mauvaiſe ; la mauvaiſe foifonne
partout , & même en Italie ; la
bonne eft rare partout , & plus rare , fi
l'on veut , en France ; mais en France
mêm , la bonne Mufique fera toujours
applaudie avec entoufiafme , comme elle
l'a été. Nous ne fommes pas encore affez
délicats ou plutôt affez difficiles ; mais
cela vient de ce que nous ne fommes pas
affez riches on s'accoutume naturellement
à aimer ce que l'on a , mais on n'en
eft pas moins fenfible au plaifir de trouver
quelque chofe de mieux ; on l'eft peutêtre
davantage. Ce feroit mal juger par
exemple du goût de celui qui applaudit
en Province une mauvaiſe Actrice , que
de le croire incapable de fentir & d'apprécier
le talent de Mlle Clairon.
fur la liberté de la Mufique. I Ve vol.
des Mélanges de Littérature , d'Hiftoire,
& de Philofophie.
L
Es réfléxions de M. Dalembert fur
la liberté de la Mufique , ou plutôt ſur
les avantages de la Mufique Italienne
comparée à la nôtre , trouveroient parmi
nous moins de Contradicteurs qu'il ne
penfe s'il les avoit réduites à ce qu'elles
ont d'effentiel. Ceft un principe reçu
en France comme en Italie & partout
ailleurs , que la Mufique doit exprimer
& peindre. Il ne s'agit que de fçavoir en
quoi l'Art s'éloigne ou s'approche de ce
but , foit dans la Mufique Françoife , foir
dans la Mufique Italienne . Les morceaux
de l'une & de l'autre qui rendront vivement
la nature , feront les modèles de
· la bonne Mufique ; les morceaux qui
manqueront de coloris ou de deffein ,
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
feront les exemples de la mauvaiſe , & il
n'y aura dès-lors que deux fortes de Mufique
au monde , fçavoir , la bonne &
la mauvaiſe. Dire que la Mufique Françoiſe
eft la mauvaife , & que l'Italienne
eſt la bonne , c'eft fuppofer dans l'une
un principe vicieux par effence , dans
l'autre un caractère de beauté & de bonté
inimitable ; c'eft du moins ainfi qu'on
l'entend , & voilà pourquoi l'on n'eft
point d'accord. Examinons la choſe en
détail .
M. Dalembert reconnoît que la forme
de notre Opéra eft fans comparaifon plus
variće & plus agréable que celle de l'Opéra
Italien. » Chez nous , dit - il , la
Comédie eft le fpectacle de l'efprit , la
» Tragédie celui de l'ame , l'Opéra celui
» des fens. J'admets cette diſtinction ,
pourvu que le caractere dominant attri
bué à chacun de ces Spectacles ne foit
pas exclufif; car je ne penfe point que l'il-
Jufion & l'intérêt foient bannis duThéâtre
du merveilleux. M. D. avoue qu'une ſcène
en Mufique nous arrache quelquefois des
Jarmes , c'eft avouer que le chant n'exclut
point le pathétique de l'expreffion. Il
ajoute que fi la Mufique touchante fait
couler nos pleurs , c'eſt toujours en allant
au coeur par les fens , & qu'elle différe en
<
JUILLET. 1759. 75
cela de la Tragédie déclamée qui va au
coeur par la peinture & le développement
des paffions . Mais les impreffions que la
peinture , le développement des paffions
fait fur l'ame , y vont de même par les
fens , foit qu'on déclame ou que l'on
chante . L'attendriffement que le chant
nous caufe, tient plus de l'émotion phyfique
de l'organe , je l'avoue ; mais il n'en
a pas moins pour premier principe une
affection de l'ame exprimée par le chant .
M. Dalembert reconnoît lui-même que
» la Mufique n'eft propre par fa nature
qu'à rendre avec énergie les impreffions
» vives , les fentimens profonds , les paí-
>> fions violentes , ou à peindre les objets
»qui les font naître . »
La que
preuve
en eft
la Mufique
qui ne peint
rien , eft une Mufique
infipide
.
Auffi M. de Fontenelle
demandoit
-il ,
Sonate , que me veux- tu ? que le merveilleux
, le chant
lui - même
& tout ce qui s'éloigne
de la nature
rende
l'illu- fion plus foible
& l'intérêt
moins
vif, cela doit être ; mais cela prouve
feulement que l'Opéra
eft moins
pathétique
, moins intéreffant
que la Tragédie
, fans toutefois
être réduit
à la feule émotion
des fens. La plupart
même
des réfléxions
de M. Dalembert
portent
fur ce principe
, Que
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Opéra doit affecter l'ame par l'expreffion
du fentiment , & l'imagination par
la force & la vérité des peintures .
Il eſt donc de l'effence de ce ſpectacle
de réunir tout ce qui peut charmer la vue
& l'oreille , étonner ou flatter l'imagination
, émouvoir l'ame & l'attendrir.
L'Opéra Italien donne moins au plaifir
des yeux, pour s'attacher aux affections
de l'ame : mais il manque l'un de fes objets
, & il ne remplit jamais l'autre . Les
Tragédies de Métaftafe , en mufique, n'ont
ni l'intérêt de celles de Racine , ni le
charme de celles de Quinault ; c'est l'opinion
de M. Dalembert , & fi les Italiens
font de bonne foi , ils avoueront
qu'elle eft fondée .
و د
» Si nous étions réduits à l'alternative
» ou de conſerver notre Opéra tel qu'il eſt
» ou d'y fubftituer l'Opéra Italien; peutêtre
conclut M. Dalembert , » ferions-
» nous bien de prendre le premier parti..
» Mais ne feroit- il pas poffible en confer
» vant le genre de notre Opéra tel qu'il
eft , d'y faire par rapport à la Mufique
» des changemens qui le rendroient bien-
" tôt fupérieur à l'Opéra Italien ? » A cette
propofition il n'eft perfonne qui n'applaudiffe
. Mais celle - ci ne fera pas auffi unani
mement reçue. » Il paroît que le feul
"
JUILLET: 1759. 77
» moyen d'y parvenir eft de fubftituer ,
» s'il eft poffible , la Mufique Italienne à
» la Françoife ». Voyons ce qu'il entend
par-là.
» Nous fuppofons , dit - il , comme un'
» fait qui n'a pas befoin d'être prouvé ,
» la fupériorité de la Mufique Italienne
» fur la nôtre ».
J'entends à merveille ce que c'eft que
la diſtinction de deux Langues , & la
fupériorité de l'une fur l'autre ; mais je
n'entends pas la diftinction de deux Mu
fiques. Une Langue a des mots, des tours,
des nombres , une harmonie, une fyntaxe ,
une profodie qui lui font propres , & qui
lui donnent les moyens d'exprimer ce
qu'une autre Langue ne peut rendre. Mais
les tons , les modes , les mouvemens ,
Pharmonie & la mélodie de la Mufique ,
font les mêmes dans tous les Pays du
monde. Il n'y a donc qu'une feule Mufique
: c'eft une Langue univerfelle que les
uns parlent mieux que les autres ; mais il
n'eft décidé nulle- part qu'on doive parler
mal cette Langue . Je fuppofe que le plus
grand nombre des Muficiens François
ayent fait de mauvaiſe Muſique , & que
la Nation l'ait goutée , ne connoiffant ou
n'ayant rien de mieux : s'eft - elle refuſée
à la bonne , dès qu'on lui en a préfenté ?
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Le préjugé a-t-il fait tomber Hyppolite ,
Caftor , Pigmalion , &c. Le goût de la
Nation n'a donc pas donné à la mauvaiſe
Mufique une préférence exclufive fur la
bonne la Mufique Françoife peut donc
être excellente , comme la Mufique Italienne
peut être mauvaiſe ; & jufques- là
je ne vois entr'elles rien qui foit propre
à l'une ou à l'autre , & qui les diftingue
effentiellement.
و ر
» Les Partifans de la Mufique Françoi-
» fe , dit M. Dalembert , prétendent que
» le beau fimple en fait le caractère , &
» ils appellent fimple ce qui eft froid &
» commun , fans force , fans ame & fans
» idée. S'il y a des Sots qui penfent ainsi ,
ya
leur opinion ne doit pas être prife pour
le fuffrage de la Nation . Elle penfe que
tout ce qui eft beau eft fimple ; mais elle
ne pense pas que tout ce qui eft ſimple
foit beau. Peut -être le goût de la multitude
n'eft- il pas encore affez formé pour
être délicat & févère fur les nuances : mais
M. Dalembert avoue lui - même que les
beautés réelles enlèvent une admiration
unanime. J'en appelle encore aux fuccès
de M. Rameau ; j'en appelle à l'impreffion
que font fur les oreilles françoifes
les plus beaux morceaux des Opéra Italiens
, quoique affez mal exécutés dans
JUILLET. 1759. 79
nos concerts ; j'en appelle au fuccès des
intermèdes bouffons , qu'on ne fe laffe
point d'entendre avec des paroles Françoiſes.
» M. Rameau , dit M. Dalembert ,
» eût manqué fon but en allant plus loin ;
» il nous a donné non pas la meilleure Mufique
dont il fût capable , mais la meil-
» leure que nous puffions recevoir. » Je
fuis perfuadé que M. Rameau a fait de fon
mieux ; mais s'il a voulu nous ménager ,
Pergolefe & Venci n'ont pas eu la même
complaifance : or que l'on prenne au hafard
deux mille Auditeurs parmi les gens
cultivés , & qu'on exécute bien les morceaux
de récit obligé & les airs pathétiques
de l'Olimpiade & de l'Artaxerce ,
jofe affurer qu'ils feront applaudis avec
le même enthouſiafme que la harangue
de Tirtée & le monologue de Caftor.
Voyons cependant quel est le caractère
de ce qu'on appelle la Mufique Françoiſe,
& à quoi il tient qu'on ne la diftingue
plus de ce qu'on appelle la Mafique Italienne.
» Il y a , dit M. Dalembert , dans notre
» Mufique , trois choſes à conſidérer, le ré-
» citatif, les airs chantans & les fympho-
» nies. » Il reproche au récitatif de Lully
de manquer fouvent à la profodie de la
langue. C'eſt un fait qu'il a fans doute
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
"
ور
33
"
r
vérifié ; mais il n'eft point du tout effentiel
à notre récitatif de manquer à la
profodie
, c'eft une maladreffe du Muficien ,
& non pas un défaut de la Mufique. « Le
» récitatif des Italiens , dit-il , eft plus
analogue à leur langue que le récitatif
françois ne l'eft à la nôtre. Ils paroiffent
» avoir bien mieux étudié que nous la
marche & les inflexions de la voix dans
»la converfation. » Si cela eft , la faute
en eſt encore aux Compofiteurs François ,
qui , avec plus d'étude ou de talent, peuvent
égaler en cela les Italiens fans rien
changer à l'effence de la modulation fran
çoiſe ; car le chant devant être l'imitation
exagérée de la déclamation théâtrale , &
les infléxions du langage naturel n'étant
pas les mêmes dans le François que dans
Î'Italien , il s'enfuit que le chant françois
doit avoir une modulation notée fur les
accens de notre langue , comme le chant
des Italiens doit fuivre les intonations &
les inflexions de la teur.
M. Dalembert obferve que le récitatif
Italien déplaît à la plupart des oreilles
françoifes ; mais je doute que l'habitude
de l'entendre jointe à la connoiffance de
la langue italienne & de fa profodie nous
le fit gouter comme il le prétend. J'obferve
même que la plupart de ceux à qui le ré
JUILLET. 1759 .
81
citatif italien déplaît , aiment l'accent naturel
de la langue italienne ; enfin la maniere
dont les Italiens entendent leur
Opéra prouve affez qu'ils s'ennuvent euxmêmes
de cette eſpèce de déclamation ,
» dont la route uniforme & non interrompue
produit une monotonie infuppor
table. » M. Dalembert répond d'abord.
en récriminant. Il ajoute que la monotonie
du récitatif eft peut -être un mal nécef
faire,un inconvénient inévitable de la fcène
lyrique, par la raiſon, dit - il , que » dans une :
" Piéce de théâtre tout n'eft pas deftiné
» aux grands mouvemens des paffions, &
qu'il y a des momens de repos où le
Spectateur ne doit qu'écouter fans être
» ému ; que tout doit être chanté dans
» un Opéra , mais que tout ne doit pas
» être chanté de la même maniere, comme:
» dans le difcours tout n'eft pas dit du
» même ton, avec la même froideur & le
»même mouvement.
Selon cette regle au moins tout ce quij
eft vif & paffionné dans la fcène doit être
préfervé de la monotonie : or il me femble
qu'elle eft continue dans le récitatif italien;
mais je n'oferois prendre l'affirmative : je
n'en ai pas affez entendu. Paffons à la
conclufion de M. Dal. » Il doit donc #
avoir entre les airs & le récitatif nee
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» différence marquée par l'étendue & la
qualité des fons , par la rapidité du débit
»& par le caractère de l'expreffion .
Il doit y avoir felon moi , proportions
gardées , la même différence qu'entre un
morceau de déclamation véhémente &
un morceau moins vifou plus tranquille ,
en forte que la modulation & l'expreffion
du récitatif approchent du caractère d'un
air paffionné à mefure que les paroles du
récitatif approchent elles mêmes du caractère
des paroles que l'air exprime. Ainfi
le récitatif fimple s'élevera par degré jufqu'au
point de véhémence où le récitatif
obligé lui fuccéde , & celui - ci juſqu'au
point où la violence du fentiment, la force
de l'image , en un mot l'expreffion des
paroles , demande les développemens de
la voix & les éclats d'un air chantant. On
diftinguera moins l'air d'avec le récitatif;&
tant mieux :le paffage fera plus naturel & la
gradation mieux obfervée. En effet pourquoi
veut- on une difference tranchantede
fun à l'autre? Un air pathétique eft-il un
morceau ifolé dans une Scène? Le comble
de l'art n'eft - il pas de préparer inſenſiblement
l'oreille & l'ame à cette vive
émotion ? Il eſt des circonstances où l'harmonie
doit caufer une révolution foudaine
, un ébranlement imprévu ; mais le
JUILLET. 1959. 83
Poëte alors prend foin lui- même de ménager
la furpriſe , & le Muficien n'a qu'à
fuivre la marche de la déclamation naturelle
, pour paffer du calme à l'emportement.
Cette exception ne détruit pas
la régle générale de graduer l'expreffion
du fentiment & d'éviter la monotonie.
Ce que je dis des airs paffionnés ou rapides
doit s'entendre des airs tendres ,
voluptueux, enjoués ou languiffans : comme
ils font le dernier degré d'expreffion
dans leur genre , & que l'harmonie en
foutient & en fortifie l'expreffion , ils
n'ont pas besoin pour être fentis du cɔntrafte
d'un récitatif monotone. Il y a
fans doute dans l'Opéra comme dans la
Tragédie des momens froids où une dé
clamation animée feroit un contre-fens ;
mais ces momens font rares & doivent
Pêtre. L'art d'écrire la fcéne lyrique eft
d'en faire un tiflu varié de fentimens &
d'images , & alors ce récitatif doit peindre
par fa mélodie ou l'image ou le lentiment
que la Pocfie lui préfente. Ainfi ni
le récitatif Italien , ni le récitatif François
ne me femble devoir être une décla
mation monotone.
» La nature du chant ordinaire , de ce
qu'on appelle proprement ainsi , com
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fifte en trois chofes , pourſuit M. Da+
lembert , en ce que la marche Y eft
» plus lente que dans le difcours , en ce
» que l'on appuye fur les fons comme
» pour les faire gouter davantage à l'o-
» reille ; enfin en ce que les tons de la
» voix & les intervalles qu'elle parcourt ,
y varient fréquemment , & prefqu'à
chaque fyllabe. Le premier & le fe
» cond de ces caractéres n'appartiennent
point à un bon récitatif ; le troifiéme
doit à la vérité s'y trouver , mais d'une
→ maniere moins marquée que dans le
chant. D'un côté la rapidité du débit
rend la fucceffion des intervalles moins
fenfible dans le récitatif, & de l'autre
cette fuccceffion doit y être plus fré-
» quente que dans le difcours , mais moins
» que dans le chant ordinaire : voilà ce
que les Italiens ont fenti, voilà ce qu'ils
pratiquent avec raifon , & l'on ofe dire
avec fuccès.
03
29
Je ne fçais. fi je me trompe , mais il
me femble que le récitatif étant un genre
moyen entre le chant & le difcours ,
il doit participer en tout point de l'un &
de l'autre qu'ainfi la marche du réci–
ratif doit être moins rapide que celle du
difcours , & en général plus rapide que
celle du chant ; que dans le récitatif
on
JUILLET. 1759. $.5
doit appuyer fur les fons moins que
dans le chant , mais plus que dans la déclamation
naturelle ; qu'enfin les fons de
la voix doivent être plus variés & les intervalles
plus fenfibles que dans la déclamation,
comme ils doivent l'être moins
que dans le chant . M. Dalembert ne permet
au récitatif de differer du difcours
que dans ce dernier point , le premier &
le fecond caractère qu' attribue au chant
n'appartiennent point , dit- il , à un bon
récitatif : non fans doute au même degré
, mais je crois qu'il doit les avoir
dans une proportion moyenne , & comme
tenant le milieu entre le difcours &
le chant. Du refte je conviens avec M. D..
que le débit en eft perdu au Théâtre. Les
plus zélés Partiſans de Lully font les premiers
à l'avouer ; mais c'eft encore la
faute des Acteurs , & non pas celle de la
Mufique.
» Si le récitatif , comme tout le monde
» en convient , doit n'être qu'une décla
» mation notée , on peut en conclure ,
dit M. Dalembert , » qu'une des loix les
» plus eſſentielles à obſerver dans le réci—
» tatif , c'eſt de n'y pas faire parcourir à
» la voix un auffi grand efpace que dans
» le chant , & d'en régler l'étendue fur
» celle des tons de la voix dans la décla
86 MERCURE DE FRANCE.
" mation ordinaire. Le feul cas où l'on
puiffe fe permettre de fortir des limites
» naturelles de la voix , c'eſt dans certains
» momens où la voix , même en décla-
» mant , franchiroit ces limites ; encore
» ces momens doivent être rares , & même
ne fe rencontrer guère que dans le
» récitatif obligé , qui par fon objet , fon
" accompagnement & fon caractère , doit
" approcher un peu plus du chant . »
Ce n'eft qu'avec une extrême défiance
de moi - même que d'un principe pofé par
M. Dalembert , je tire une conféquence
oppofée à la fienne. Si le récitatif doit
être une déclamation notée , les intervalles
à parcourir doivent être fenfibles :
dans le chant la voix ne procéde que
par tons & par demi- tons , au lieu que
dans le difcours elle s'élève ou s'abbaiſſe
par degrés fouvent inappréciables.Si d'un
autre côté , comme l'a reconna M. Dalembert
, les tons & les intervalles que
parcourt la voix dans le récitatif , doivent
être plus variés que dans le diſcours , il
у a dans une période un plus grand nombre
d'intervalles à parcourir dans le récitatif
que dans le difcours . Or un plus grand
nombre de plus grands intervalles demandent
une plus grande étendue de voix : il
eft donc d'une néceffité indiſpenſable
JUILLET. 1759. 87
que dans le récitatif la voix franchiffe fes
limites naturelles , c'eft - à - dire , qu'elle
s'éleve & s'abbaiffe beaucoup plus que
dans le diſcours. Il y a longtemps que je
regarde la déclamation muſicale comme
fuivant à-peu- près les mêmes infléxions
que le langage naturel , mais formant ,
s'il eft permis de le dire , des ondulations
plus profondes . Suivant cette idée , la
raifon de la monotonie qui nous frappe
dans le récitatif Italien , n'eft pas difficile
à fentir : car les Italiens ne donnant à la
voix , dans leur récitatif, que fon étendue
naturelle , & les intervalles à parcourir
étant plus grands que dans le diſcours ,
il a fallu les reduire à un plus petit nombre
, & par conféquent réciter fur un
même ton ce qui dans la déclamation
naturelle exigeroit plufieurs inflexions différentes.
On dit que les Chanteurs habiles fçavent
fuppléer à ces inflexions : j'en ai
entendu qui paffoient pour tels , & ceuxlà
même m'ont paru monotones.
A l'é ard de notre récitatif , ayant un
plus grand etpace à parcourir , il eft
moins gêné , moins à l'étroit dans fa
marche ; d'où je conclus qu'un Artiſte
habile peut lui donner plus de variété .
Mais voici l'article important,
88 MERCURE DE FRANCE.
מ
ל כ
" Les cadences , les tenues , les ports
» de voix que nous y prodiguons feront
» toujours , dit M. Dalembert , un écueil
infurmontable au débit ou à l'agrément
» du récitatif: fila voix appuye fur tous
» ces ornemens , le récitatif traînera ; fi
» elle les précipite , il reffemblera à un
chant mutilé. Ne feroit- il pas poffible
» en fupprimant toutes ces entraves , de
" donner au récit François une forme
plus approchante de la déclamation ?
29
J'ignore cominent le Public recevroit
l'effai que M. D. propofe ; mais je connois
des Muficiens habiles & un grand
nombre de gens de goût que l'abus de
ces cadences , de ces tenues, de ces ports .
de voix excéde dans la déclamation mus
ficale , & qui applaudiroient bien fincéres
ment à la noble fimplicité d'un débit
plus naturel & plus rapide. Il fut untemps
où les Acteurs pafoient légérement
fur tous ces agrémens , & je ne crois pas
que la maniere de déclamer libre, fimple,
facile & noble qu'on applaudiffoit dans
Tevenard, fit un chant mutilé du récitatif
de Lully. Mais en fuppofant que quel--
qu'un ofât fupprimer tout-à-fait les ca→
dences , les ports de voix &c. il y auroit
an moyen bien avantageux , à ce qu'il
me femble, de fe dédommager de la
JUILLET. 1759.1 $9.
perte de tous ces petits agrémens , & de
donner à notre récitatif plus de chaleur
& de variété : ce feroit d'employer dans
les morceaux fufceptibles d'une expreffion
vive ou touchante , ce que les Italiens
appellent récitatif obligé , & quelquefois
des airs chantans à leur maniere ,
mais fans aucun de ces papillotages ridicules
qu'ils y mêlent pour faire briller la
voix. Le pathétique de ces morceaux eft
la feule fupériorité réelle que leur Opéra
ait fur le nôtre , & nos Muficiens modernes
ont fait des effais dans ce genre
qui annoncent le plus grand fuccès. Dès -
lors le Poëte d'accord avec le Muficien ,
ménageroit dans le cours de la Scène des
images vives , des traits de fentimens
tantôt plus doux , tantôt plus rapides , &
l'harmonie à chaque inftant ranimeroit le
récitatif : mais il ne faut pas ſe diffimuler
que la Scène ainſi variée eſt une
épreuve continuelle pour le talent du
Compofiteur.
On ne peut fe refufer aux réflexions de
M. Dalembert fur la vérité de l'expreffion
dans la déclamation muficale. Le morceau
de Dardanus qu'il en donne pour modèle
eft bien plus digne d'admiration que tout
ce qu'on a cité de Lully : Je ne prétends
pas, dit-il, » décider abfolument (quelque
.༡༠
90 MERCURE DE FRANCE
porté que je fois à la croire ) que notre
» récitatif réuffit fur le Théâtre de l'Opera
» étant débité comme je le propoſe à l'I-
» talienne & avec rapidité ... Mais il pa-
» roît au moins inconteftable qu'on doit
"rejetter tout récitatif qui étant débité de
»la forte hors du Théâtre , choquera
" groffièrement nos oreilles. C'est une
"preuve certaine que l'Artifte s'eft grof-
»fièrement écarté des tons de la Nature
» qu'il doit avoir toujours préfens. » Cette
règle me paroît infaillible ; toutefois M.
Rameau lui-même ne croit pas que la
modulation du chant doive être une imitation
fervilement exacte de la déclamation
naturelle. Il prétend que c'eſt l'harmonie
qui détermine furtout le caractère
de l'expreffion , & il m'en a donné
exemple les vers du Monologue de
Caftor,
"
Triftes apprêts , pâles flambeaux ,
Jours plus affreux que les ténébres ,
pour
qui dans le même ton & avec une modulation
différente , expriment le même
fentiment .
Le récitatif doit être fimple , naturel ,
expreffif & rapide. Je fuppofe qu'il eft tel
dans la bonne Mufique Italienne ; il l'eft
moins,fouvent, fi l'on veut,dans la Mufique
JUILLET. 1759 . 91
Françoife; mais il peut l'être ni la nature
de la Langue, ni celle de la Mufique, ni le
goût même de la Nation ne s'y oppofe; &
l'on tient encore par habitude aux petits
agrémens qu'on y a mêlés , au moins
defire- t- on que les Muficiens en foient
avares & que les Acteurs n'en abuſent
pas. L'étendue qu'on lui reproche au -delà
des limites de la déclamation naturelle ,
lui donne plus de variété : par -là il peut
s'élever par gradation jufqu'au chant qui
lui fuccéde , & le paffage de l'un à l'autre
en eft beaucoup plus naturel . Je ne vois
donc pas à cet égard de quoi défeſpérer
que nous ayons de bonne Mufique , ni
que pour la rendre telle il faille la dénaturer.
» Si le récitatif de nos Opéra nous
» ennuye , reprend M. Dalembert , les
>> airs chantans ne nous offrent guéres de
" quoi nous dédommager. Nous avons
déjà obfervé en général qu'ils différent
"trop peu du récitatif , cette reflemblan-
" ce fe remarque furtout dans les Scènes.
» Elle est un peu moindre entre le réci
" tatif des Scènes & quelques airs placés
» dans les divertiffemens , où nos Mufi-
» ciens modernes ont ofé quelquefois fe
donner carrière.
Les airs placés dans les Divertiffe
32,
MERCURE DE FRANCE.
mens ne doivent être comptés pour rien:
il faut les regarder comme les airs de
Danfes , deftinés à récréer les Spectateurs
& à donner de la variété au Spectacle.
Dans l'Opéra Italien , les Ariétes chantées
à la fin des Scènes par les Perfonnages les
plus intéreffés à l'action & quelquefois
dans les fituations les plus violentes , font
encore plus ridicules. Le mérite effentiel
de ces Ariétes & de nos petits airs
confifte à faire briller une jolie voix. Si le
Poëte y donne quelque image à peindre
au Muficien , fi le Muficien réuffit à la
rendre , c'eſt un agrément de plus ; mais
tout cela eft peu de chofe. Les Italiens
plus exercés que nous à ce badinage , y
excellent. Avec de l'exercice & du talent
nos Muficiens y excelleront auffi . Le goût
de la Nation leur laiffe toute liberté. Les
parodies des airs bouffons prouvent que
la Langue ne s'y oppofe pas ; la mufique
en eft partout également fufceptible , &
fi la répugnance que nous avons à entendre
badiner à tout propos fur une voyelle,
ne permet pas à nos Artiſtes de tirer d'un
A tout le parti qu'en tirent les Italiens ,
les pas. brillans de nos Danfeufes nous
dédommagent des fredons de leurs Chanteurs
efféminés . M. Dalembert avoue luimême
que du côté des fymphonies dan
JUILLET. 1759. 93
fantes nous avons de l'avantage fur eux.
Venons à quelque chofe de plus effentiel.
Les Italiens ont des airs pathétiques ,
& en grand nombre , & de la plus grande
beauté . Ces airs font gâtés par des agrémens
contre nature ; & quoi qu'on en
dife , Andromaque & Mérope ne doivent
dans leur douleur ni rouler un fon plaintif
, ni le terminer par un point d'orgue .
Cependant tel eft le caractère de cette
Mufique , le naturel de la modulation ,
le choix des fons qui accompagnent la
voix , & qui ajoutent à l'expreffion , en
un mot , la magie de l'art des Italiens
dans ces morceaux pathétiques , qu'ils
vous faififfent , vous pénètrent , vous attendriffent
quelquefois jufqu'aux larmes.
Ceft là réellement & dans le récitatif
accompagné , qu'ils font fupérieurs aux
François , c'eft la partie qu'on doit leur
envier , & dans laquelle nos plus fçavans
Artiftes ne doivent pas rougir de les prendre
pour Maîtres. Mais ce genre fublime
n'appartient pas plus à la Mufique Italienne
qu'à la Mufique Françoife , & il
n'eft pas plus mal -aifé aux Poctes François
qu'aux Poëtes Italiens d'y donner lieu.
En général les airs mefurés de nos Scènes
ne reffemblent point à cela ; mais la prière
de Théfée dans Hypolite , le Monologue
94
MERCURE DE FRANCE.
de Thelaire dans Caftor , la Harangue de
Tirtée , & bien d'autres, font de ce genre.
Il faut du génie pour y exceller ; mais
cette condition eſt la même pour les Italiens
& pour nous. Tous les Muficiens
d'Italie , à beaucoup près , n'y ont pas
réuffi , & c'eft furtout dans cette partie
que les Modernes dégénèrent : leur goût
pour les ponpons , s'il eft permis de le
dire , a tout gâté dans le pathétique , &
les Connoiffeurs regrettent amèrement la
fimplicité touchante de leurs anciens
Compofiteurs. C'est à ces modèles que
nos Muficiens doivent s'attacher ; mais le
grand mérite de ces morceaux , comme
l'obferve M. Dalembert , c'est d'être liés
à la fituation, & d'en augmenter l'intérêt :
ceci eft l'ouvrage du Poete , & l'on ne
peut trop louer le célèbre Métaſtaſe de
l'art avec lequel il a ménagé au Muficien
des tableaux pathétiques , des fituations
violentes , des mouvemens pleins de chaleur
& de force à exprimer dans les airs.
» Point de véritable chant fans expreffion
, dit notre Philofophe , & c'eft en
» quoi la Mufique des Italiens excelle ;
» il n'eft aucun genre de fentiment dont
» elle ne fourniffe des modèles inimita-
» bles. Tantôt douce & infinuante , tan-
» tôt folâtre & gaye , tantôt fimple &
"
JUILLET. 1759 . 95
» naïve , tantôt enfin fublime & pathéti-
» que ; tour- à-tour elle nous charme ,
» nous enléve & nous déchire. » Tout
cela eft vrai , hors inimitable , qu'on ne
doit pas prendre à la lettre. Les encou
ragemens , l'émulation , la rivalité , le
concours nombreux des Artiftes , la direction
générale des efprits vers un objet
, le gout paffionné d'une Nation pour
un Art , font les caufes infaillibles de fes
progrès , & de tout cela réfulte le fuccès
de la Mufique en Italie. Il n'eft pas jufqu'à
l'humanité même que les Italiens
n'y ayent facrifié. Notre goût léger &
tranquille n'a pas excité la même fermentation
, les mêmes efforts , le même
concours. On fe contente dans nos Eglifes
de pfalmodier les louanges de Dieu ;
nos villes n'ont pas toutes un Opéra magnifique
; les dépenfes de la Nobleffe
Françoife & des Citoyens opulens ne fe
tournent pas de ce côté ; nous laiffons à
nos enfans la voix que leur a donnée la
Nature. Il n'eft pas étonnant que les
Italiens ayent été plus loin que nous
dans un Art qu'ils adorent & que nous
aimons foiblement. Mais cet avantage
n'eft dû ni à leur Langue ni à leur Mufique
, & il ne tient qu'aux Muficiens de
génie de prouver qu'il eft très - poffible de
96 MERCURE DE FRANCE.
compofer fur des vers François, par exemple
fur ceux de Quinault , des morceaux
de Mufique comparables à ceux que
nous admirons le plus dans les Opéra Italiens.
Mais le génie eft une chofe rare dans
tous les Pays du Monde : ce n'eſt que
parmi le grand nombre de ceux qui s'exercent
dans un Art que les talens fupérieurs
fe découvrent : en France un Muficien
excellent s'éléve par hafard ; en Italie
il n'eſt preſque pas poffible qu'il n'en paroiffe
quelqu'un dans le nombre. Voilà ce
qui retardera vraiſemblablement la pérfection
de ce qu'on appelle notre Mufique,
& qui au fond n'eft que la Mufique de
toutes les Nations , modifiée ſelon le génie
& le caractère d'une Langue moins
docile , peut- être , moins fonore que l'Italien
, mais affez fléxible , affez harmo
nieufe pour ne fe refufer à aucune forte
d'expreffion , & pour recevoir tous les
genres de modulation & de mouvement.
M. Dal. trouvera peut-être que j'ai trop
infifté fur une difpute de mots , en niant
que les fautes de nos Muficiens foient les
défauts de notre Mufique . Mais ce n'eſt
pas pour lui que je m'attache à lever
l'équivoque , & je le prie de trouver bon
que je diftingue encore au fujet des accompagnemens.
"
» La
JUILLET. 1759 . 97
>>
La fureur de nos Muficiens Fran-
» çois eft , dit- il , d'entaffer parties fur
parties . C'eft dans le bruit qu'il font
» confifter l'effet ... Une harmonie bien
» entendue nourrit & foutient agréable-
» ment le chant ; alors l'oreille la moins
exercée fait naturellement & fans étude
» une égale attention à toutes les parties :
fon plaifir continue d'être un , parce
" que fon attention quoique portée fur
» différens objets eft toujours une. C'est
en quoi confifte un des principaux
" charmes de la bonne Mufique Italien-
"ne. » Et pourquoi non pas de la bonne
Mufique Françoife ? N'a - t - elle point
d'exemple de cette unité , je ne les ai pas
tous préfents , mais je me fouviens d'un
morceau du Prologue des Indes Galantes ,
La gloire vous appelle ,
d'une mufette des Talens lyriques ,"
Suivons les loix ,
d'une Ariéte de Platée
Quittez , Nymphes , quittez vos demeures profondes.
le
Et de beaucoup d'autres airs où certainement
la mélodie n'eft pas couverte par
bruit des inftrumens où l'harmonie loin
II. Vol.
›
E
98 MERCURE DE FRANCE.
de jetter de la confufion dans l'oreille ,
ajoute un nouveau charme au plaifir que
lui fait le chant : & fi quelques-uns de
nos Muficiens donnent fouvent dans le
défaut que M. Dalembert leur reproche ,
tout ce qu'on en doit conclure , c'eft
que la bonne Mufique eft rare en France
comme elle l'eft plus ou moins partout.
La mefure , dit M. Dalembert , man-
» que à notre Mufique par plufieurs rai-
» fons ; par l'incapacité de la plupart de
» nos Acteurs , par la nature de notre
» chant , par celle des prétendus agré
» mens dont nous le chargeons » : Je fouf
cris à la première de ces raifons , mais
j'ofe douter des deux autres. Une meſure
moins articulée n'en eſt pas moins exacte ;
il faut feulement une oreille plus jufte
pour l'obferver , comme pour éviter en
la fuivant les écueils trop fréquens fans
doute des prétendus agrémens du chant.
A l'égard de la variété des mouvemens,
je vais haſarder une choſe bien hardie ;
mais je parle en homme qui n'a dans cet
art que le pur inftinct de la Nature.
» Nous ne fçaurions nous perfuader , dit
M. Dalembert , » grace à la fineffe de no-
>> tre tact en Mufique , qu'une meſure
vive & rapide puiffe exprimer un autre
fentiment que la joie comme fi une
JUILLET. 1759 : 99
» douleur vive & furieufe parloit lente-
» ment. » Je fuis très- perfuadé , comme
tout homme qui a réfléchi , que le mouvement
de la Mufique doit fuivre celui
de l'ame , & que tout ſentiment vif &
rapide doit être rendu tel qu'il eft : cependant
, obſerve M. Dalembert , » les mor-
» ceaux vifs du Stabat , exécutés gaîment
» au Concert - fpirituel , ont paru des
>> contrefens à plufieurs de ceux qui les
» ont entendus. » J'avoue que je fuis de
ce nombre , & ce n'eft pas feulement la
gaîté qui m'en a déplu. Que l'on chante
comme on voudra l'air que Pergoleſe a
a mis fur ces paroles ,
Cujus animam gementem ,
je trouverai encore déplacé le mouvement
vif à deux temps , par la raiſon que l'affiction
& la douleur profonde ne font
pas de ces fentimens rapides dont parle
M. Dalembert , & que la nature répugne
en moi au mouvement qu'on leur a donné
: il en eft de même de quelques autres
morceaux de cet ouvrage , où il y en a de
ſublimes , mais où vraiſemblablement le
Muficien a été obligé de renoncer quelquefois
à la vérité de l'expreffion pour
éviter la monotonie.
Enfin M. Dalembert examine fi l'on
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
peut tranfporter à la Langue Françoife
les beautés de la Mufique Italienne . Il
penſe qu'oui , & je n'en doute pas : il ne
s'agit que de nous entendre . Notre Langue
, ou plutôt notre goût , fe refuſe aux
badinages de la voix dans le férieux pathétique
, fur une fyllabe qui ne fignifie
rien. Ainfi tout ce qui n'eft que du ramage
eft interdit à nos Muficiens dans
une Scène inté: effante. Or M. Dalembert
avoue que tout cela eft de mauvais goût
même dans la Mufique Italienne , & il
reproche aux Modernes de l'avoir char
gée de ces vains ornemens. La Mufique
bouffonne en eft plus fufceptible ; nous
l'avons unanimement adoptée , & nos
premiers effais ont prouvé que notre Langue
s'en accommodoit à merveille : mais
il s'agit ici de la Mufique de nos Tragédies
, & il eft certain que dans ce genre
ces badinages ne font pas des beautés .
La fimplicité des accompagnemens ,
l'unité de deffein & d'expreffion du chant
avec l'harmonie qui l'accompagne , n'eſt
pas plus difficile à obferver fur des paro
les Françoifes que fur des paroles Italiennes
; c'eft un fait inconteftable , & que
l'expérience a déja prouvé.
La vérité , la force de l'expreffion dans
la mélodie & dans l'harmonie , le choix
JUILLET. 1759.
ΙΟΙ
des tons & des modes , le nombre & le
mouvement le plus analogue au fentiment
ou à l'image que l'on doit rendre ,
la préciſion même de la meſure , tout cela
eft compatible avec des paroles Françoiſes
comme avec des paroles Italiennes.
La profodie de notre Langue n'eft peutêtre
pas aflez déterminée ; mais elle n'en
eft
que plus docile aux mouvemens qu'on
veut lui donner. Nos fyllabes abſolument
muettes font bannies de la Poëfie lyrique
, & l'E féminin foutenu d'une confonne
, eft affez fenfible dans le chant ,
comme dans le nombre des vers , pour
appuyer une note brève. Que le Poëte
fcache manier la Langue , qu'il foit d'accord
avec le Muficien , les difficultés de
la profodie feront facilement ou applanies
ou éludées .
De tous les reproches faits à ce qu'on
appelle la Mufique Françoife , il n'y en a
donc qu'un feul qui porte fur un vice inhérent
& diftinctif, fi c'en eft un: je parle des
prétendus agrémens de notre récitatif.
La manière dont il eft chanté , la lenteur,
les cris qu'on y met , font des défauts généralement
reconnus & blâmés par tous
les
gens de goût J'ai déjà obfervé qu'ils
font du Compofiteur ou de l'exécutant ,
non de la Mufique. Il n'en eft pas de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
même des ports de voix , des tenues , &
de ce qu'on appelle des cadences . Tout
cela eft indépendant du caractère de la
Langue ; elle fe prêteroit mieux encore à
la fimplicité , à la rapidité d'une déclamation
plus naturelle , qu'aux agrémens
faux ou vrais de ce récitatif chanté . Mais
le Public y tient encore , & fi quelque
chofe diftingue la Mufique Françoiſe , c'eſt
ce caractère attaché au récitatif par le
goût unanime de la Nation. Dans tout le
refte , le Muficien a toute fa liberté , &
l'Art toute ſon étendue. Eſt- ce un défaut,
n'en est-ce pas un ? Faut - il fupprimer
abſolument ces tenues , ces ports de voix,
ces cadences , ou feulement en être moins
prodigue & dans la compofition & dans
l'exécution ? En un mot , devons - nous
préférer un récitatif que les Italiens euxmêmes
ne daignent pas entendre , tout
excellent qu'on le fuppofe , à un récitatif
qui fe fait écouter avec plaifir quand il eſt
chanté avec goût ? C'eft ce qu'il ne m'appartient
pas de décider : mais après tout,
ces agrémens ne pourroient être défectueux
qu'autant qu'ils affoibliroient l'expreffion
du pathétique , & ils ne l'affoibliroient
point fi on les paffoit légèrement.
Du refte , toutes les beautés réelles de
CE
103 JUILLET. 1759 .
es.
COTE
apparla
Mufique font reconnues les mêmes par
les François & par les Italiens ; ils ne
goutent pas tout ce que nous applaudiffons
, nous ne goutons pas tout ce qu'ils
applaudiffent chaque Nation a fes
préjugés , mais l'une & l'autre fe réuniffent
en faveur de ce qui peint vivement
& fidèlement la nature , & tant pis
pour celle des deux qui auroit l'orgueil
de ne trouver beau que ce qui lui
tient. J'en reviens donc à ma propofition.
Il n'y a que deux fortes de Mufique , la
bonne & la mauvaiſe ; la mauvaiſe foifonne
partout , & même en Italie ; la
bonne eft rare partout , & plus rare , fi
l'on veut , en France ; mais en France
mêm , la bonne Mufique fera toujours
applaudie avec entoufiafme , comme elle
l'a été. Nous ne fommes pas encore affez
délicats ou plutôt affez difficiles ; mais
cela vient de ce que nous ne fommes pas
affez riches on s'accoutume naturellement
à aimer ce que l'on a , mais on n'en
eft pas moins fenfible au plaifir de trouver
quelque chofe de mieux ; on l'eft peutêtre
davantage. Ce feroit mal juger par
exemple du goût de celui qui applaudit
en Province une mauvaiſe Actrice , que
de le croire incapable de fentir & d'apprécier
le talent de Mlle Clairon.
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Résumé : EXAMEN des réfléxions de M. Dalembert sur la liberté de la Musique. IVe vol. des Mélanges de Littérature, d'Histoire, & de Philosophie.
M. Dalembert examine la liberté de la musique en comparant les styles italiens et français. Il considère que la musique italienne exprime mieux les émotions de l'âme, tandis que l'opéra français se distingue par sa variété et son agrément. Dalembert propose d'intégrer des éléments de la musique italienne pour enrichir l'opéra français. Il critique ceux qui confondent la simplicité de la musique française avec la froideur, affirmant que la nation française apprécie la beauté authentique. Dalembert analyse divers éléments de la musique française, tels que le récitatif, les airs chantants et les symphonies. Il note que le récitatif de Lully manque parfois de prosodie, attribuant cette faiblesse à l'incompétence du musicien plutôt qu'à un défaut intrinsèque. Il observe que les Italiens maîtrisent mieux les inflexions vocales, mais il croit que les compositeurs français peuvent s'améliorer. Pour ce faire, il suggère de supprimer les ornements excessifs du récitatif français afin de le rapprocher de la déclamation naturelle et d'adopter le 'récitatif obligé' italien. Le texte compare également les ariettes italiennes, souvent jugées ridicules, aux airs français. Bien que les Italiens excellent dans les airs légers, Dalembert estime que les Français peuvent également y parvenir. Il souligne la flexibilité et l'harmonie de la langue française, permettant diverses expressions musicales. Dalembert affirme que la perfection de la musique française sera atteinte avec l'émergence de plus de musiciens excellents. Il réfute l'idée que les fautes des musiciens français soient des défauts intrinsèques et critique l'exécution rapide de certains morceaux du 'Stabat Mater' de Pergolèse. Enfin, Dalembert explore la possibilité de transposer les beautés de la musique italienne à la langue française, notant que les beautés musicales sont universellement reconnues malgré les préjugés nationaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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154
p. 259
IV.e Recueil de Piéces Françoises & Italiennes.
Début :
M. Taillart, l'aîné, excellent Maître de Flûte, demeurant rue du Plat d'Etain, [...]
Mots clefs :
Recueil, Musique, Flûte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.e Recueil de Piéces Françoises & Italiennes.
IV. Recueil de Piéces Françoifes & Italiennes .
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
M. Taillart , l'aîné , excellent Maître de Flûte ,
demeurant rue du Plat d'Etain , même maiſon
qu'un Marchand de Scie , a lieu d'eípérer que ce
nouveau Recueil fera recherché avec autant d'émpreffement
par les Maîtres & Amateurs de Mufique
, que ceux qu'il a donnés précédemment au
Public.
Aux Adreffes ordinaires.
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155
p. 74-80
EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
Début :
Cet Ouvrage paroît être de la même main qui nous a donné le recueil de Lettres [...]
Mots clefs :
Air, Corps humain, Chant, Son, Musique, Italiens, Sons, Âme, Langue, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
EFFETS de l'air fur le corps humain ;
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
confidérés dans le fon , ou Difcours
fur la nature du Chant.
СЕТ
EXTRA I T.
ET Ouvrage paroît être de la même
main qui nous a donné le recueil de Lettres
que je viens d'annoncer. Au Frontifpice,
eft une Eftampe agréable , qui repréfente
Orphée fur le mont Hoémus. L'explication
eft une Traduction de la deuxiéme
Ode d'Horace par le P. Sanadon
fuivie d'un Envoi à Julie , auffi digne
peut- être de la célébrité que la fameufe
Julie Dangennes , la Muſe de l'Hôtel de
Rambouillet . Cet envoi mérite d'être
rapporté , le voici.
ود
» Vous qui difpofez du bonheur de
» mes jours , vous qui embelliffez la Na-
» ture , combien de fois ne m'avez- vous
point fait éprouver le charme que je
» célébre ! Tantôt par la gaîté & la légé-
» reté de votre chant , vous faifiez difparoître
les fombres foucis ; & tantôt
» par une douce & tendre mélodie , je me
» trouvois tranfporté dans un état divin .
» Yous me prépariez infenfiblement au
و د
NOVEMBRE. 1760. 75
»
fentiment que vous m'alliez donner.
» L'air que vous animiez des accens de
» votre voix , paroiffoit être agité par les
aîles de l'amour ; & quand impercep-
» tiblement vous aviez éteint un fon , je
» ne fçai quelle harmonie duroit encore,
& fembloit donner naiffance à celui
qui lui fuccédoit. Quelle vérité dans le
goût ! Quelle variété dans le go fier ! Quels
» fons filés & onctueux ! Etoient - ils
» éclatans , étoient - ils adoucis , c'étoit
» toujours les échos de votre âme qui
» venoient modifier la mienne , déter-
» miner fa puiffance , & fe repofer dans
»
رد
» mon coeur & c.
C'eft en peu de mots donner toutes
les modifications du chant , & pour ainfi
dire nous en repréfenter l'image.
Un avertiffement nous inftruit que cet
effai ne contient que le méchaniſme de
l'air fur le corps humain . C'eſt le feul
but de l'Auteur ; il nous dit auffi que fon
intention n'a pas été de répondre à la
lettre de M. Rouffeau fur notre Mufique .
Il nous rappelle avec goût le fentiment
de M. de Voltaire , fur les langues , qui
entr'autres obfervations penfe que le
plus beau de tous les langages doit être
» celui qui eft à la fois le plus complet ,
» le plus fonore , le plus varié dans fes
رد
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
tons , & le plus régulier dans fa marche
; celui qui a le plus de mots com-
• pofés ; celui qui par fa profodié expri-
» me le mieux les mouvemens de l'âme ;
» celui qui reffemble le plus à la Mufique.
Il ajoute » La plus belle Langue
qu'ayent jamais parlé les hommes ,
c'eft la Langue Grecque, parée de l'har-
» monie naturelle.
و د
83
:
J'oferois dire après M. de Voltaire
que parmi les Langues vivantes le Perfan
eft le langage qui réunit le plus ces qualités
éffentielles à la Langue Grecque : il
a furtout une variété d'infléxions à l'infini ,
ce qui doit être très - propre au chant.
Cette efpéce de differtation fur la Muque
eft pleine de goût , de vérité & de
lumiére , on n'en peut donner ici qu'une
légére idée.
L'Auteur nous dit , que la plupart des
plus beaux récitatifs Italiens ont toujours
le même mouvement , & que ce mouvement
eft d'une peſanteur immenſe , ( ce
font fes expreffions. ) Il ne peut ignorer
que ces mêmes Italiens ont auffi le Récitatifobligé
; qu'ils ont des Récitatifs qui
font admirables , & qui font couler des
larmes ; il faut , pourfuit- il , une longue
و ر
habitude , & toute l'autorité du préju-
» gé , pour applaudir à leurs Eunuques .
NOVEMBRE. 1760 . 77
On répondra , que lorfque ces Chanteurs
ont reçu de laNature d'heureux organes, ils
ont la voix extrêmement mélodieufe . Salinbeni,
à Berlin & à Drefde , excitoit , fi .
l'on peut parler ainfi , le raviffement ;
l'âme fembloit être fufpendue avec for
chant. La critique fur nos Chours François
eft auffi jufte qu'ingénieufe. Je ne
fçais pourquoi l'Auteur veut profcrire les
machines de notre Théâtre Lyrique ; il
les appelle un Phénomène des fiécles barbares
, que nous aurións dû abandonner
avec la Comédie de la Paffion . Qu'il ait la
bonté de confidérer que les Opéra François
font d'un autre genre que les Opéra
Italiens ; ces derniers font des Tragédies
chantantes , qui dans leur récitatif nous
donnent quelque foible idée de la mélopée
des Anciens , au lieu que nos Opéra
femblent être confacrés aux prodiges ,
aux féeries : c'eft un plaifir de plus que
nous avons ; & l'Auteur de la Differtation
n'eft pas d'affez mauvaiſe humeur
pour décrier les plaifirs. M. de Fontenelle
n'a-t- il pas dit , que chaque âge avoit fon
hochet ? Il falloit plutôt fe plaindre de la
maladreffe & de l'informe qui régnent
encore dans nos machines : nous fommes
bien peu avancés dans cet amuſement
des yeux. On a obfervé, avec beau
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
coup de goût dans cette Differtation, que
les Bouffons étoient peut- être parmi les
Italiens les Chanteurs qui font le mieux
fentir ce qu'ils chantent. En effet ils ont
des fons particuliers & analogues aux
divers mouvemens de l'âme qu'ils expriment.
Autre obfervation auffi judicieuſe :
nous allons la citer.
»
» Les Anglois ayant trouvé que les
" Italiens chantoient plus légérement
qu'eux , ont crû qu'ils n'avoient pour
les égaler qu'à abandonner leur Mufi-
» que nationale , & prendre celle d'Italie.
Cette judicieufe réfolution fut d'a-
» bord exécutée ; & on voit aujourd'hui ,
» non fans étonnement , le mode Italien
» avec le jargon Anglois. Quel monf-
» trueux affemblage ! Ces doux fons def-
» tinés à exprimer les tendres voyelles
» Italiennes , font forcés de rendre les
» confonnes Angloifes.
Rien de plus vrai ; ne pourrions- nous
pas nous appliquer cette critique fi fenfée
? Les Italiens doivent trouver que notre
langue avec toutes fes infléxions
muettes , eft difcordante avec leur Mufique.
Quelle différence pour des notes
muficales , entre les paroles chantées de
la Serva Padrona & de la Servante Maitreffe
!
NOVEMBRE. 1760. 79
'Anecdote affez finguliére : » Hendel ,
» ce fameux Compofiteur Allemand , dont
» le talent faifoit la plaifante vanité des
Anglois , a été chercher fa belle mufette
» dans les montagnes d'Ecoffe , comme
» pour lear dire qu'il ne falloit jamais défefpérer
de la Patrie.
ود
L'Auteur traite Lully de monotone
on oferoit demander fi la langue du ſentiment
peut avoir beaucoup de variation ?
Lully eft le Racine de notre Mufique .
On fe plaint avec raiſon , dans cet éffai, que
plus de huit cens Auteurs ont écrit fur la
Mufique , & à force de calculs en ont fait
une fcience abftraite . On répond avec folidité
aux perfonnes qui répétent , qu'il eft
ridicule de mourir en chantant . On finit par
cette obſervation lumineuſe : » La colere,
» ce mouvement violent , cette exploſion
fubite & momentanée du fang , eft ren-
» due à notre imagination par le fon lent
» & traînant de deux fyllabes longues ,
» tandis qu'on n'en employe qu'une pour
»
» nous donner l'idée du charme.
La même faute exifte néceffairement
dans notre Poëfie. Si les premiers hommes
qui ont formé des fons euffent été
un peuple de Philofophes , nous aurions
des expreffions , fideles organes des mouvemens
de l'âme ; & tous les jours il nous
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
échappe des mots , qui ne font
faux fignes de la penſée.
que
de
Cette
differtation
mérite
d'être
lue toute
entiere
. Il eft fâcheux
que
l'Auteur
ne ſe
foit
pas
étendu
davantage
: il fait
toujours
marcher
la Phyſique
à côté
du raifonnement
. Cet
ouvrage
eft enrichi
de Notes
excellentes
; entr'autres
il invite
les Compofiteurs
à retrancher
l'e muet
. Je crois
que
les Poëtes
lyriques
, indépendamment
de la variété
plus
marquée
qu'ils
devroient
employer
dans
le rithme
de la verfification
, pourroient
auffi
fe défendre
les vers
féminins
, & ne
fe fervir
que
des
maſculins
cette
attention
épargneroit
aux
oreilles
délicates
le dégoût
infupportable
que
lui
caufent
ces
fons
muets
&
mores
, la partie
honteufe
de notre
Mufique
vocale
. Cet
éffai
, un
des
meilleurs
écrits
qui
ayent
paru
fur
cette
matiére
,
porte
le nom
d'Amfterdam
pour
infcription
, & fe vend
chez
Lambert
& chez
Duchefne
. Il fait
fouhaiter
que
fon
Auteur
faffe
de nouveaux
pas
dans
la carrière
littéraire
.
Fermer
Résumé : EFFETS de l'air sur le corps humain, considérés dans le son, ou Discours sur la nature du Chant. EXTRAIT.
L'ouvrage examine les effets de l'air sur le corps humain et la nature du chant, illustré par une estampe d'Orphée et une traduction de la deuxième Ode d'Horace. L'auteur ne répond pas à une lettre de M. Rousseau sur la musique, mais se concentre sur le mécanisme de l'air sur le corps humain. Il cite M. de Voltaire sur la beauté de la langue grecque et reconnaît ces qualités dans le persan. Le texte critique les récitatifs italiens, jugés monotones, tout en admirant certains chanteurs italiens. Il déplore l'utilisation excessive de machines dans le théâtre lyrique français, soulignant les différences entre les opéras français et italiens. L'auteur apprécie les bouffons italiens pour leur capacité à exprimer les émotions et critique les Anglais pour leur adoption dissonante de la musique italienne. Le texte aborde divers aspects de la musique et de la poésie, incluant une anecdote sur Haendel et une critique de Lully pour sa monotonie. Il réfute l'idée que mourir en chantant soit ridicule et souligne les erreurs dans la représentation musicale des émotions. L'auteur regrette l'excès de calculs dans la musique et propose des améliorations pour les compositeurs et poètes lyriques. L'essai, publié à Amsterdam, est considéré comme l'un des meilleurs sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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157
p. 132-152
RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Début :
CEUX qui auront lu, Monsieur, mes Elemens de Musique, sur lesquels vous [...]
Mots clefs :
Accord, Musique, Proportions, Harmonie, Mélodie, Théorie, Proportion géométrique, Rapports géométriques, Mode, Mode mineur, Accords fondamentaux, Basse fondamentale, Encyclopédie, Principes mathématiques, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
REPONSE de M. d'ALEM BERT
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
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Résumé : RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.
Dans une lettre, M. d'Alembert répond à M. Pameau au sujet des articles 'FONDAMENTAL' et 'GAMME' de l'Encyclopédie. Il conteste l'approbation par l'Académie des Sciences des recherches de Pameau sur le principe géométrique dans le corps sonore, affirmant que les proportions doivent être perçues par la vue et le toucher. D'Alembert reconnaît les apports de Pameau à la géométrisation de la musique mais critique l'utilisation des proportions arithmétiques et harmoniques pour expliquer le plaisir musical. Il précise n'avoir pas utilisé ces proportions dans ses Éléments de Musique. Le débat entre les deux hommes porte sur les théories musicales et les proportions géométriques. D'Alembert préfère les rapports aux proportions pour leur simplicité et critique l'application excessive des proportions géométriques en musique. Il reproche à Pameau d'avoir mal utilisé les proportions pour expliquer la dissonance et d'avoir changé d'avis sur l'échelle diatonique du mode mineur. Concernant les accords musicaux, notamment l'accord de quarte superflue, d'Alembert propose deux solutions : reconnaître cet accord comme fondamental ou admettre que la basse fondamentale n'est pas universelle. Il réfute l'accusation d'avoir attribué l'accord de sixte ajoutée uniquement aux Italiens et énumère dix accords fondamentaux, contredisant l'affirmation qu'il n'en existe que deux. D'Alembert critique également l'aversion pour certains accords dissonants et mentionne des expériences musicales, comme celle de M. Tartini, pour illustrer la perception des harmoniques. Il distingue la base fondamentale de la mélodie de l'harmonie qui la suggère, tout en respectant les principes de son interlocuteur. Dans une lettre signée par D'Alembert, l'auteur exprime son désir de ne plus répondre aux questions posées, malgré ses précédentes démonstrations de complaisance et d'attachement. Il conclut en se disant honoré de cette correspondance. La lettre mentionne également la publication d'une nouvelle édition d'un ouvrage, disponible à Paris chez Defaint & Saillant et chez Duchefne, comprenant plusieurs ajouts et améliorations, notamment un discours préliminaire sur la théorie de la musique et une réponse à une lettre de M. Rameau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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158
p. 175-183
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ONN continue fur ce Théâtre avec un succès égal & soutenu le Roi & le [...]
Mots clefs :
Comédie, Angleterre, Scène dramatique, Roi, Scène, Troupeau, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
La Scène eft en Angleterre.
Le premier & fecond Acte font dans
une forêt , & le troifiéme eft dans la
maifon du Fermier.
RICHARD , fils d'un Fermier, Infpecteur
des Gardes de la Forêt de Scheroud,
areçu de fon pere la meilleure éducation;
on l'a fait étudier, on l'afait voyager, peutêtre
pour le diftraire du trop vif attachement
qu'il commençoit à témoigner
pour une petite coufine nomnéeJENNY ,
& qui , orpheline dès fon bas âge , avoit
été élevée dans la maifon & par la mere
de RICHARD .
Après la mort du pere , le fils , de retour
dans fa patrie , prend poffeffion , &
de la ferme & de l'inſpection des chaffes ,
ainfi que du coeur de JENNY , plus belle,
& plus tendre que jamais. La mere apJANVIER.
1763. 177
prouvoit cette union ; le mariage étoit
près de fe faire ; mais JENNY n'avoit
pour tout bien qu'un troupeau qu'elle
conduifoit elle- même aux champs.
Un jeune Milord , qui avoit voyagé
auffi , mais qui n'avoit rapporté de fes
voyages que des vices & des ridicules ,
poffédoit un château aux environs , où
il faifoit fa réfidence . Il devient amoureux
de JENNY , fait détourner par fes
gens dans les cours de fon Château , le
troupeau de la Bergère. On lui dit d'aller
demander juſtice à Milord ; elle y court ,
mais loin de trouver, un Seigneur équitable
& bienfaifant , le Juge étoit le
complice , ou plutôt l'auteur du délit . Il
lui offre fon coeur & beaucoup d'or. Il
la prie , il la menace ; l'innocence étoit
fur le point d'être opprimée par la violence
, lorfqu'un ordre du Roi force le
Milord de monter à chevalpour le fuivre à
la chaffe.LeMilord ne perdpoint fes vûes,
il laiffe JENNY entre les mains d'une
femme qui , après avoir mis en ufage
toutes les infinuations de la féduction
l'enferme dans un cabinet à rez-de -chauffée
, & qui donnoit fur les foffés du château.
JENNY vive , alerte , en mefure
des yeux la profondeur , détache des ri
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
deaux , les attache , fe gliffe , & le fauve
chez la mere de RICHARD .
2. Tout ce qu'on vient de rapporter pré-
'cede l'infant où commence la Comédie .
RICHARD ouvre la Scène ; fes premiers
regards dans la plaine avoient cherché
le troupeau de JENNY ; il apprend
qu'elle - même & fans efforts elle avoit
conduit fon troupeau chez le Milord , &-
qu'elle n'en étoit pas fortie : tous les tourmens
de la jaloufie & de l'incertitude
l'agitent tour-à- tour.
Des Gardes- Chaffe arrivent , il leur
donne l'ordre de battre le bois , d'arrêter
les Braconniers & de les amener chez
lui. Il demande comment le Roi eft vêtu,
il ne l'avoit jamais vû ; le Roi chaffoit
rarement dans cette forêt.
JENNY de retour chez la mere de
RICHARD , devant laqnelle elle s'étoit
totalement juftifiée , ( fon troupeau retenu
devenoit une preuve ) JENNY, certaine
de l'inquiétude de fon Amant,court le
chercher dans la forêt , accompagnée de
BETSY foeur de RICHARD , petite fille
de
quatorze ans , plus folle même que
fon âge : Elles le trouvent ; JENNY fait
connoître toute fon innocence , dans les
plus vives expreffions de la joye & de la
JANVIER. 1763. 179
tendreffe. Un orage annoncé dès le commencement
de la Piéce,forceRICHARD ,
BETSY & JENNY de fe retirer,
La nuit fuccéde à l'orage dont le
bruit exprimé par la fymphonie , remplit
T'Entre-Acte . Les Chaffeurs font difperfés
, le Roi eft égaré ; il eft tombé de
cheval , accablé de fatigues , ne ſçachant
où paffer la nuit , & comment retrouver
fa route. RICHARD le rencontre fans
le connoître, lui offre fon fouper ; le Roi
l'accepte & ne fe nomme point . Les
Gardes -Chaffe cependant rodent dans le
bois , trouvent deux Milords qu'ils prennent
pour des Braconniers ; ils les arrê
tent & les conduifent chez RICHARD.
Le troifiéme Acte repréfente l'intérieur
de la Ferme , la maifon de RICHARD .
Sa mere , JENNY & BETSY travaillent
en l'attendant. Il arrive avec le Roi
qui couvert d'une Redingotte n'a nulle
marque extérieure. Le fouper prêt, il fait
paffer le Roi dans une autre chambre.le
vin manque : RICHARD Court à la cave;
mais en revenant , un regard de JENNY
Tarrête fur la Scène ; il oublie le Roi &
l'Univers.
Le Roi laiffé feul à table , peut-êue
ennuyé des propos de la mere de R1-
CHARD , fort du lieu où il foupoit ; BIH
W
180 MERCURE DE FRANCE.
CHARD veut le faire rentrer : Non , dit
le Roi , je refte là ; vite , des verres , dit
le Fermier ; le Roi & lui boivent à la
fanté du Roi . JENNY & RICHARD
s'efforcent à l'amufer , en attendant un
Garde qui doit amener un cheval . Ils
chantent ; BETSY, qui eft fortie , rentre
en difant: Voilà les Gardes qui amènent
des voleurs. Ah Ciel ! dit JENNY , c'eſt
le Milord . Et elle fe cache.
La Scène eft difpofée de façon que
RICHARD , fa mere , & BETSY empêchent
que les Milords n'apperçoivent
le Roi.
Il est témoin fans être vû , de toute la
dureté d'expreffion de l'ironie amère que
peut mettre dans fes difcours un homme
puiffant qui abuſe du privilége de fa
naiffance. JENNY , dit le Milord ,
fortira de chez moi qu'à bonnes enfeignes.
Ilfied bien à un drôle comme toi... Voilà
le Roi , dit l'autre Milord . Le Roi fe
léve , & paroît.
ne
Après la furpriſe , le mouvement , le
murmure , caufés par fa préfence inattendue
, après les complimens emphafés
des Courtifans , après la confufion & les
excufes de RICHARD , ( tout cela exprimé
dans le cours du morceau de mufique
, ) le Roi demande au Milord ce
JANVIER. 1763.
181
que RICHARD veut dire touchant cette
fille , touchant cette JENNY . Ah ! Sire,
répond le Milord : une orpheline , une
infortunée de ce canton , que j'ai prife
fous ma protection,parce que RICHARD
vouloit l'époufer malgré elle. Malgré mois
dit JENNY ,dont l'apparition fubite confond
le Milord. Al'inftant le Roi punit
le Miord en l'éxilant , récompenfe RICHARD
en l'annobliffant , venge JENNY
en payant fa dot ; enfin il comble de
bienfaits une famille honnête , qui finit
la Piéce par des voeux pour le meilleur
des Rois.
N. B. Cette Piéce imprimée , fe vend
à Paris chez C. HERISSANT rue
Neuve Notre- Dame , à la Croix d'Or.
Prix 24fols. Les Airs détachés fe trouvent
chez le même Libraire , féparément.
Le prix 36 fols. La Partition générale
fe trouve auffi au même endroit & chez les
"Marchands de Mufique.
cien
REMARQUES.
L'Auteur des paroles , dans un Avertiffement ,
nous informe de la peine qu'il a eue à faire paroître
fa Piéce , par celle qu'il y avoit à trouver un Mufiun
grand Artifte qui voulût rifquer un
genre auffi nouveau en mufique. Il prévient par-
Ta les fuffrages que l'on doit & que le Public ac-
Corde à M. de MoNSIGNI. On prévoit facilement
182 MERCURE DE FRANCE.
en effet par la feule lecture de l'Analyſe du Sujet,
combien il étoit plus propre à la récitation fimple
de la Scène Dramatiqué , que fufceptible des ornemens
de la Mulique. Malgré tous les facrifices
qu'a fait l'Auteur du Drame à Idole nationale
du jour , à l'effet mufical , il luia fallu un arc
infini pour conferver ce qu'il y a dans quelques
Scènes de comique de l'efprit & de morale fpirituelle.
C'est ce que l'on reconnoîtra à la lecture de
l'ouvrage , beaucoup plus fatisfaifante que celle
d'autres Piéces qui font & ne peuvent être que des .
canevas de mots difpofés à recevoir des chants .
D'un autre côté , l'Auteur de la Mufique mérité
de très- juftes éloges , non-feulement des belles
images ingénieuſes & raiſonnées répandues dans
fes fymphonies , mais de la fagacité avec la
quelle il a trouvé le moyen de faire parler le
chant , & de le faire parler fans confufion dans les
morceaux à plufieurs parties. La Scène , où en at
tendant RICHARD , la MERE , BETSI & JENNI
chantent chacune des chofes différentes , eft un
tableau très-bien renda , & dont l'effet agréable
n'avoit pu être auffi bien fenti à la premiere
Repréfentation ; attendu la difficulté del'extrême
précifion qu'il exige dans l'exécution .
M. SEDAINE , décemment inqnier des foapçons
qu'on auroit pû concevoir contre certaines vérités
exprimées avec la fermeté qu'il avoit imitée du
modéle Anglois , a fait imprimer ce peu de phraſes
fur un feuillet joint à l'édition . On voit par - là
qu'elles ne font que des vérités de tous les temps ,
de toutes les nations , & que far-tout juftifie le
cadre où il avoit cu deffein de les enchâller Mais
il fe foumet modeftement aux regles policées de
notre goût , qui n'admettent pas l'air de dureté
qu'elles auroient pu avoir dans l'énonciation.
JANVIER. 1763. 183
On a remis fur ce Théâtre le 27 Décembre
Solimanfecond on Les Sultanes.
agréable Ouvrage de M. FAVART
dont on continue les Repréfentations
& que le Public revoit toujours avec un
nouveau plaifir .
Le premier & fecond Acte font dans
une forêt , & le troifiéme eft dans la
maifon du Fermier.
RICHARD , fils d'un Fermier, Infpecteur
des Gardes de la Forêt de Scheroud,
areçu de fon pere la meilleure éducation;
on l'a fait étudier, on l'afait voyager, peutêtre
pour le diftraire du trop vif attachement
qu'il commençoit à témoigner
pour une petite coufine nomnéeJENNY ,
& qui , orpheline dès fon bas âge , avoit
été élevée dans la maifon & par la mere
de RICHARD .
Après la mort du pere , le fils , de retour
dans fa patrie , prend poffeffion , &
de la ferme & de l'inſpection des chaffes ,
ainfi que du coeur de JENNY , plus belle,
& plus tendre que jamais. La mere apJANVIER.
1763. 177
prouvoit cette union ; le mariage étoit
près de fe faire ; mais JENNY n'avoit
pour tout bien qu'un troupeau qu'elle
conduifoit elle- même aux champs.
Un jeune Milord , qui avoit voyagé
auffi , mais qui n'avoit rapporté de fes
voyages que des vices & des ridicules ,
poffédoit un château aux environs , où
il faifoit fa réfidence . Il devient amoureux
de JENNY , fait détourner par fes
gens dans les cours de fon Château , le
troupeau de la Bergère. On lui dit d'aller
demander juſtice à Milord ; elle y court ,
mais loin de trouver, un Seigneur équitable
& bienfaifant , le Juge étoit le
complice , ou plutôt l'auteur du délit . Il
lui offre fon coeur & beaucoup d'or. Il
la prie , il la menace ; l'innocence étoit
fur le point d'être opprimée par la violence
, lorfqu'un ordre du Roi force le
Milord de monter à chevalpour le fuivre à
la chaffe.LeMilord ne perdpoint fes vûes,
il laiffe JENNY entre les mains d'une
femme qui , après avoir mis en ufage
toutes les infinuations de la féduction
l'enferme dans un cabinet à rez-de -chauffée
, & qui donnoit fur les foffés du château.
JENNY vive , alerte , en mefure
des yeux la profondeur , détache des ri
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
deaux , les attache , fe gliffe , & le fauve
chez la mere de RICHARD .
2. Tout ce qu'on vient de rapporter pré-
'cede l'infant où commence la Comédie .
RICHARD ouvre la Scène ; fes premiers
regards dans la plaine avoient cherché
le troupeau de JENNY ; il apprend
qu'elle - même & fans efforts elle avoit
conduit fon troupeau chez le Milord , &-
qu'elle n'en étoit pas fortie : tous les tourmens
de la jaloufie & de l'incertitude
l'agitent tour-à- tour.
Des Gardes- Chaffe arrivent , il leur
donne l'ordre de battre le bois , d'arrêter
les Braconniers & de les amener chez
lui. Il demande comment le Roi eft vêtu,
il ne l'avoit jamais vû ; le Roi chaffoit
rarement dans cette forêt.
JENNY de retour chez la mere de
RICHARD , devant laqnelle elle s'étoit
totalement juftifiée , ( fon troupeau retenu
devenoit une preuve ) JENNY, certaine
de l'inquiétude de fon Amant,court le
chercher dans la forêt , accompagnée de
BETSY foeur de RICHARD , petite fille
de
quatorze ans , plus folle même que
fon âge : Elles le trouvent ; JENNY fait
connoître toute fon innocence , dans les
plus vives expreffions de la joye & de la
JANVIER. 1763. 179
tendreffe. Un orage annoncé dès le commencement
de la Piéce,forceRICHARD ,
BETSY & JENNY de fe retirer,
La nuit fuccéde à l'orage dont le
bruit exprimé par la fymphonie , remplit
T'Entre-Acte . Les Chaffeurs font difperfés
, le Roi eft égaré ; il eft tombé de
cheval , accablé de fatigues , ne ſçachant
où paffer la nuit , & comment retrouver
fa route. RICHARD le rencontre fans
le connoître, lui offre fon fouper ; le Roi
l'accepte & ne fe nomme point . Les
Gardes -Chaffe cependant rodent dans le
bois , trouvent deux Milords qu'ils prennent
pour des Braconniers ; ils les arrê
tent & les conduifent chez RICHARD.
Le troifiéme Acte repréfente l'intérieur
de la Ferme , la maifon de RICHARD .
Sa mere , JENNY & BETSY travaillent
en l'attendant. Il arrive avec le Roi
qui couvert d'une Redingotte n'a nulle
marque extérieure. Le fouper prêt, il fait
paffer le Roi dans une autre chambre.le
vin manque : RICHARD Court à la cave;
mais en revenant , un regard de JENNY
Tarrête fur la Scène ; il oublie le Roi &
l'Univers.
Le Roi laiffé feul à table , peut-êue
ennuyé des propos de la mere de R1-
CHARD , fort du lieu où il foupoit ; BIH
W
180 MERCURE DE FRANCE.
CHARD veut le faire rentrer : Non , dit
le Roi , je refte là ; vite , des verres , dit
le Fermier ; le Roi & lui boivent à la
fanté du Roi . JENNY & RICHARD
s'efforcent à l'amufer , en attendant un
Garde qui doit amener un cheval . Ils
chantent ; BETSY, qui eft fortie , rentre
en difant: Voilà les Gardes qui amènent
des voleurs. Ah Ciel ! dit JENNY , c'eſt
le Milord . Et elle fe cache.
La Scène eft difpofée de façon que
RICHARD , fa mere , & BETSY empêchent
que les Milords n'apperçoivent
le Roi.
Il est témoin fans être vû , de toute la
dureté d'expreffion de l'ironie amère que
peut mettre dans fes difcours un homme
puiffant qui abuſe du privilége de fa
naiffance. JENNY , dit le Milord ,
fortira de chez moi qu'à bonnes enfeignes.
Ilfied bien à un drôle comme toi... Voilà
le Roi , dit l'autre Milord . Le Roi fe
léve , & paroît.
ne
Après la furpriſe , le mouvement , le
murmure , caufés par fa préfence inattendue
, après les complimens emphafés
des Courtifans , après la confufion & les
excufes de RICHARD , ( tout cela exprimé
dans le cours du morceau de mufique
, ) le Roi demande au Milord ce
JANVIER. 1763.
181
que RICHARD veut dire touchant cette
fille , touchant cette JENNY . Ah ! Sire,
répond le Milord : une orpheline , une
infortunée de ce canton , que j'ai prife
fous ma protection,parce que RICHARD
vouloit l'époufer malgré elle. Malgré mois
dit JENNY ,dont l'apparition fubite confond
le Milord. Al'inftant le Roi punit
le Miord en l'éxilant , récompenfe RICHARD
en l'annobliffant , venge JENNY
en payant fa dot ; enfin il comble de
bienfaits une famille honnête , qui finit
la Piéce par des voeux pour le meilleur
des Rois.
N. B. Cette Piéce imprimée , fe vend
à Paris chez C. HERISSANT rue
Neuve Notre- Dame , à la Croix d'Or.
Prix 24fols. Les Airs détachés fe trouvent
chez le même Libraire , féparément.
Le prix 36 fols. La Partition générale
fe trouve auffi au même endroit & chez les
"Marchands de Mufique.
cien
REMARQUES.
L'Auteur des paroles , dans un Avertiffement ,
nous informe de la peine qu'il a eue à faire paroître
fa Piéce , par celle qu'il y avoit à trouver un Mufiun
grand Artifte qui voulût rifquer un
genre auffi nouveau en mufique. Il prévient par-
Ta les fuffrages que l'on doit & que le Public ac-
Corde à M. de MoNSIGNI. On prévoit facilement
182 MERCURE DE FRANCE.
en effet par la feule lecture de l'Analyſe du Sujet,
combien il étoit plus propre à la récitation fimple
de la Scène Dramatiqué , que fufceptible des ornemens
de la Mulique. Malgré tous les facrifices
qu'a fait l'Auteur du Drame à Idole nationale
du jour , à l'effet mufical , il luia fallu un arc
infini pour conferver ce qu'il y a dans quelques
Scènes de comique de l'efprit & de morale fpirituelle.
C'est ce que l'on reconnoîtra à la lecture de
l'ouvrage , beaucoup plus fatisfaifante que celle
d'autres Piéces qui font & ne peuvent être que des .
canevas de mots difpofés à recevoir des chants .
D'un autre côté , l'Auteur de la Mufique mérité
de très- juftes éloges , non-feulement des belles
images ingénieuſes & raiſonnées répandues dans
fes fymphonies , mais de la fagacité avec la
quelle il a trouvé le moyen de faire parler le
chant , & de le faire parler fans confufion dans les
morceaux à plufieurs parties. La Scène , où en at
tendant RICHARD , la MERE , BETSI & JENNI
chantent chacune des chofes différentes , eft un
tableau très-bien renda , & dont l'effet agréable
n'avoit pu être auffi bien fenti à la premiere
Repréfentation ; attendu la difficulté del'extrême
précifion qu'il exige dans l'exécution .
M. SEDAINE , décemment inqnier des foapçons
qu'on auroit pû concevoir contre certaines vérités
exprimées avec la fermeté qu'il avoit imitée du
modéle Anglois , a fait imprimer ce peu de phraſes
fur un feuillet joint à l'édition . On voit par - là
qu'elles ne font que des vérités de tous les temps ,
de toutes les nations , & que far-tout juftifie le
cadre où il avoit cu deffein de les enchâller Mais
il fe foumet modeftement aux regles policées de
notre goût , qui n'admettent pas l'air de dureté
qu'elles auroient pu avoir dans l'énonciation.
JANVIER. 1763. 183
On a remis fur ce Théâtre le 27 Décembre
Solimanfecond on Les Sultanes.
agréable Ouvrage de M. FAVART
dont on continue les Repréfentations
& que le Public revoit toujours avec un
nouveau plaifir .
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
La scène se déroule en Angleterre. Richard, fils d'un fermier et inspecteur des gardes de la forêt de Scheroud, a reçu une éducation soignée et a voyagé pour se distraire de son attachement pour Jenny, une orpheline élevée par la mère de Richard. Après la mort de son père, Richard revient dans sa patrie, prend possession de la ferme et de l'inspection des chasses, et épouse Jenny. Leur union est approuvée par la mère de Richard, mais Jenny ne possède qu'un troupeau comme bien. Un jeune milord voisin, de retour de voyages, devient amoureux de Jenny et fait détourner son troupeau vers son château. Jenny se rend chez le milord pour réclamer justice, mais il tente de la séduire et la fait enfermer. Jenny s'échappe et retourne chez la mère de Richard. La comédie commence avec Richard cherchant Jenny, qui a été retenue chez le milord. Jenny revient chez la mère de Richard et explique la situation. Un orage les force à se réfugier. Pendant la nuit, Richard rencontre le roi égaré et l'invite à souper. Des gardes amènent deux milords, pris pour des braconniers, chez Richard. Dans le troisième acte, à la ferme, Richard, sa mère, Jenny et Betsy, la sœur de Richard, attendent. Le roi, déguisé, reste à table. Jenny se cache à l'arrivée des milords, qui réclament Jenny. Le roi intervient, punit le milord en l'exilant, anoblit Richard et paie la dot de Jenny. La famille exprime ses vœux pour le roi. La pièce est disponible à la vente à Paris. L'auteur mentionne les difficultés rencontrées pour trouver un musicien capable de composer pour ce genre nouveau en musique. La pièce est appréciée pour son esprit et sa morale spirituelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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159
p. 183-184
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
LE Concert du 8 Decembre Fête de la Conception, commença par une symphonie de la [...]
Mots clefs :
Fête de la Conception, Symphonie, Noël, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL .
LA Concert do 8 Decembre Fête de la Conception
, commença par une fymphonie de la
compofition de M. GAVINIES . On éxécuta enfuite
un nouveau Motet a grand choeur de M. l'Abbé
GIROUT , Maître de Mufique de la Cathé
drale d'Orléans. M. BALBATRE éxécura fur l'Orgue
une fymphonie de fa compofition , à Timbales
& à Trompettes . Mile FEL chanta on petit
Motet. M. GAVINIES joua un Concerto de la
compofition & le Concert finit par un nouveau
Te Deum , Motet à grand choeur de M. REBEL
Surintendant de la Mufique du Roi .
Celui de la veille de Noël a commencé par
la Note di Natale de Correlli ; enfuite on éxécuta
un Motet à grand choeur mêlé fort agréablement
de Noëls par feu M. BOISMORTIER.
M. MAYER joua un Concerto fur la Harpe . Mile
Rozer chanta un petit Motet nouveau : le Public
parut content de fes progrès . M. CAPRON
joua avec fuccès le Printemps de VIVALDI , qui
fit un grand plaifir : ce qui devroit être une leçon
pour tous les gran is Talens ea inftrumens ,
qui manquent prèfque toujours l'avantage d'être
agréables aux Auditeurs , à force de vouloir éto:
utile.
184 MERCURE DE FRANCE .
ner un trés-petit nombre en état de leur tenir
compte de difficultés dont tous les autres ne fentent
pas le mérite. Mlle FEL chanta un petit
Motet du jour , mais toujours à l'Italienne. Le
Concert finit par Confitebor , Motet à deux choeurs
de M. FEO , Maître de Mufique de S. M. le Roi
des Deux Siciles . On croit que les Moters de ce
genre auroient de la difficulté à plaire à des
oreilles Françoiſes.
Le lendemain jour de Noël , la même ſymphonie
& les deux mêmes grands Motets de la
veille , ainfi que la fuite de Noël fur l'Orgue,
Petit Motet Italien de Mlle FEL. M. GAVINIES
joua un Concerto de fa compofition , où dans
an point d'Orgue il travailla très-fcavament &
avec beaucoup de variété un Noël connu. Ce
Concert finit par Domini eft Terra , Motet nouveau
à grand choeur d'un Auteur anonyme.
N. B. Depuis la nouvelle Direction , les Concerts
ont étéfort fuivis . L'affemblée étoit fi nombreufe
au Concert de NOEL , que quelque vafte que
foit la Salle , elle n'a pu contenir qu'une partie
des Auditeurs qui s'y font préſentés.
LA Concert do 8 Decembre Fête de la Conception
, commença par une fymphonie de la
compofition de M. GAVINIES . On éxécuta enfuite
un nouveau Motet a grand choeur de M. l'Abbé
GIROUT , Maître de Mufique de la Cathé
drale d'Orléans. M. BALBATRE éxécura fur l'Orgue
une fymphonie de fa compofition , à Timbales
& à Trompettes . Mile FEL chanta on petit
Motet. M. GAVINIES joua un Concerto de la
compofition & le Concert finit par un nouveau
Te Deum , Motet à grand choeur de M. REBEL
Surintendant de la Mufique du Roi .
Celui de la veille de Noël a commencé par
la Note di Natale de Correlli ; enfuite on éxécuta
un Motet à grand choeur mêlé fort agréablement
de Noëls par feu M. BOISMORTIER.
M. MAYER joua un Concerto fur la Harpe . Mile
Rozer chanta un petit Motet nouveau : le Public
parut content de fes progrès . M. CAPRON
joua avec fuccès le Printemps de VIVALDI , qui
fit un grand plaifir : ce qui devroit être une leçon
pour tous les gran is Talens ea inftrumens ,
qui manquent prèfque toujours l'avantage d'être
agréables aux Auditeurs , à force de vouloir éto:
utile.
184 MERCURE DE FRANCE .
ner un trés-petit nombre en état de leur tenir
compte de difficultés dont tous les autres ne fentent
pas le mérite. Mlle FEL chanta un petit
Motet du jour , mais toujours à l'Italienne. Le
Concert finit par Confitebor , Motet à deux choeurs
de M. FEO , Maître de Mufique de S. M. le Roi
des Deux Siciles . On croit que les Moters de ce
genre auroient de la difficulté à plaire à des
oreilles Françoiſes.
Le lendemain jour de Noël , la même ſymphonie
& les deux mêmes grands Motets de la
veille , ainfi que la fuite de Noël fur l'Orgue,
Petit Motet Italien de Mlle FEL. M. GAVINIES
joua un Concerto de fa compofition , où dans
an point d'Orgue il travailla très-fcavament &
avec beaucoup de variété un Noël connu. Ce
Concert finit par Domini eft Terra , Motet nouveau
à grand choeur d'un Auteur anonyme.
N. B. Depuis la nouvelle Direction , les Concerts
ont étéfort fuivis . L'affemblée étoit fi nombreufe
au Concert de NOEL , que quelque vafte que
foit la Salle , elle n'a pu contenir qu'une partie
des Auditeurs qui s'y font préſentés.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le document relate deux concerts spirituels organisés les 8 décembre et 24 décembre. Le premier concert débuta avec une symphonie de M. Gaviniès, suivie d'un motet à grand chœur de l'Abbé Girout. M. Balbatre joua une symphonie à l'orgue, et Mlle Fel interpréta un petit motet. Le concert se conclut par un Te Deum de M. Rebel. Le concert de la veille de Noël commença avec la 'Nota di Natale' de Corelli, suivi d'un motet de M. Boismortier mêlé de noëls. M. Mayer exécuta un concerto à la harpe, et Mlle Rozer chanta un nouveau petit motet. M. Capron interpréta 'Le Printemps' de Vivaldi, apprécié pour son agrément. Mlle Fel chanta un petit motet italien, et le concert se termina par un motet de M. Feo. Le jour de Noël, les mêmes œuvres furent jouées, avec un concerto de Gaviniès et un motet à grand chœur anonyme. Les concerts ont été bien suivis, notamment celui de Noël, qui attira une foule nombreuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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160
p. 136-141
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Début :
Le 29 Décembre, le Milicien, Comédie nouvelle, en un acte, mêlée [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra bouffon, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
SPECTACLES de la Cour à Versailles.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
LE
29 E 29 Décembre
* le Milicien , Comédie
nouvelle , en un acte
*
, mêlée
d'Ariettes , fut repréfentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens ,
fur le Théâtre de la Cour. Cette Piéce ,
dans le genre moderne des Opéra bouffons
, n'avoit point encore été repré- ,
fentée à Paris, Les Paroles font du fieur
ANSEAUME ; la Mufique du fieur Du-
NY. Elle étoit précédée de quelqu'autre
Piéce du Répertoire courant.
JANVIER. 1763. 137:
Les Acteurs de la Piéce nouvelle étoient
la Dlle LA RUETTE , les fieurs
CAILLOT , CLAIRVAL , DEHESSE
& DESBROSSES.
Le Jeudi 30 , les Coméniens François
repréfenterent , fur le même Théâtre
, le Mariage fait & rompu , Comédie
en Vers en trois Actes , du feu ficur
DUFRESNI. (a) Cette Comédie fut trèsbien
jouée par les mêmes Acteurs qui
la jouent à Paris lorfqu'on la reprend &
parut amufer beaucoup.
On éxécuta enfuite un Acte d'Opéra
intitulé Philémon & Baucis , extrait
du Ballet de la Paix , (b) Poëme du
fieur Roi , Mufique des fieurs REBEL
& FRANCOEUR , Surintendans de la
Mufique du Roi . Le fieur GELIOTE Y
chanta le Rôle de Philémon & la Dile
ARNOULT celui de Baucis. Les fieurs
LARRIVÉÉ & PILOT , ceux de Jupiter
& de Mercure traveltis .
Cet Acte charmant en paroles & en
mufique › par l'expreffion d'un fentiment
naïf , mais délicat & touchant
dans le Rôle de Baucis , étoit très-bien
choifi pour faire valoir le genre de ta→
lent de la Dlle ARNOULT . Le fieur
( a ) En 1721. pour la premiere fois.
(b ) En 1738, ( 25 Mai, ')
138 MERCURE DE FRANCE .
GELIOTE, avoit fuppléé au peu d'étendue
de fón Rôle dans cet A&te , par une
Cantatille ajoutée au Divertiffement
d'une affez grande longueur, & qu'il éxécuta
avec l'art & l'agrément de la voix
dont on le connoît capable. Un choix
très-agréable d'airs , des mêmes Auteurs
de l'Acte , en ornoit & en étendoit le
Divertiffement. La Dlle LANI a dánfé
des pas feule où elle a fait autant de
plaifir que fi la perfection de fes talens
n'eût pas été déjà connue. Les
principales Entrées ont été danſées par
le's Diles DUMONCEAU , LAFONT &
PESLIN , & les fieurs LAVAL & GARDEL.
*
On fçait que le Théâtre de la Cour
à Verfailles n'eft qu'une efpéce de
Salle particuliere , en attendant la parfaite
conftruction d'une Salle de Spectacles
relative à la grandeur & à la magnificence
de ce fuperbe Palais. Jufqu'à
préfent le lieu où repréfentoient les
Acteurs n'y avoit été que comme une
Eftrade , dreffée dans une Chambre
poury jouer familiérement la Comédie.
On vient , en dernier lieu , d'y établir
un Théâtre avec des Chaffis de côté , &
tout ce qui peut admettre des Décorations;
mais on n'en doit pas moins d'éJANVIER.
1763. 139
loges aux foins induftrieux de ceux
qui dirigent ces Décorations , de trouver
les moyens , dans un efpace auffi
borné par toutes les dimenfions , d'y
opérer les changemens convenables aux
Repréfentations d'Opéra. Dans l'Acte
dont on vient de parler , un Palais defcendu
du Ciel par la puiffance de Jupiter
fuccéde à un Hameau. Ce Palais
étoit garni de diamants & de Pierreries
dans fa totalité , ainfi que l'étoit une des
parties feulement, d'un Palais de Vénus ,
au Théâtre de Fontainebleau ( c ) dans .
la repréfentation de Pfyché. Celui- ci
étant d'un ordre d'Architecture différent
, la diftribution des Pierréries étoit
différente. On doit encore cette difpofition
& l'entiere éxécution de ces britlans
ornemens au fieur LEVÊQUE
Garde-Magafin- Général des Menus-
Plaifirs du Roi , duquel nous avons
parlé dans notre relation des Spectacles
de Fontainebleau , & dont le travail a
mérité les mêmes éloges en cette occafion.
•
Ces derniers Spectacles ont terminé
l'année fous les ordres de M. le Duc
D'AUMONT , Pair de France , premier
( c) Voyez le Mercure de Décembre. Art. des
Spectacles.
140 MERCURE DE FRANCE.
Gentilhomme de la Chambre du Roi ,
alors en éxercice .
un :
On donnera dans le Mercure de Février
, le détail des Spectacles du commencement
de la préfente année.
Nous allons inférer ici , comme nous
l'avions précédemment annoncé
état des perfonnes employées à la Direction
des principales parties des Spectacles
du Roi , afin de n'être pas obligés
d'en charger chaque article
les cas de mutation.
fauf
Les fieurs REBEL & FRANCOEUR ,
Surintendans de la Mufique du Roi ,
chacun dans le femeftre de leur éxercice
. Pour la difpofition , Direction &
éxécution de tout ce qui concerne la
Mufique , & en adjonction à ce fervice
, le fieur DE BURI , Surintendant
en furvivance . Les fieurs LAVAL père
& fils , Maîtres des Ballets de fa Majef
té , pour la compofition & Direction
des Danfes.
Le fieur Michel- Ange SLODTZ , célébre
Sculpteur, Deffinateur du Cabinet du
Roi , pour les Compofitions & Deffeins
de ce qui concerne le Décore. Les fieurs
ARNOULT & GIRAULD , pour la Direction
des Décorations , Invention
Jeu & conduite de toutes les Machines.
,
JANVIER. 1763. 141
Le fieur LECUYER , Panacher du Roi , dont le
goût & les talens finguliers pour la monture des
Plumes , font connus dans plufieurs Cours de
l'Europe , eft le feul à Paris de cette profeffion ,
qui foit chargé de l'arrangement des coeffures à
tous les Théâtres & Spectacles du Roi.
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Résumé : SPECTACLES de la Cour à Versailles.
Le 29 décembre, la pièce 'Le Milicien', une comédie mêlée d'ariettes, a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens au Théâtre de la Cour de Versailles. Cette œuvre, du genre des opéras bouffons, n'avait jamais été jouée à Paris auparavant. Les paroles étaient de Fleury Anseau et la musique de Du Ny. Les acteurs principaux étaient Mlle La Ruette, les sieurs Caillot, Clairval, Dehesse et Desbrosses. Le 30 décembre, les Comédiens Français ont joué 'Le Mariage fait et rompu', une comédie en vers en trois actes de Dufresny, très bien accueillie par le public. Ensuite, un acte d'opéra intitulé 'Philémon et Baucis', extrait du ballet 'La Paix', a été exécuté. Ce poème du roi, avec la musique de Rebel et Francoeur, a été interprété par Gelotte dans le rôle de Philémon et Mlle Arnoult dans celui de Baucis. Les rôles de Jupiter et de Mercure étaient joués par Larrivée et Pilot. La pièce a été suivie d'une danse par Mlle Lani et d'entrées dansées par les demoiselles Dumonceau, Lafont et Peslin, ainsi que par les sieurs Laval et Gardel. Le Théâtre de la Cour à Versailles était alors une salle particulière en attendant la construction d'une salle de spectacles plus adaptée. Des améliorations récentes ont permis d'ajouter des chaises et des décorations, mais des défis subsistent pour les changements de décors, notamment pour les représentations d'opéra. Par exemple, un palais descendant du ciel a succédé à un hameau dans l'acte mentionné. Les décorations, notamment les pierreries, ont été réalisées par Levéque, Garde-Magasin Général des Menus-Plaisirs du Roi. Ces spectacles ont marqué la fin de l'année sous la direction du Duc d'Aumont, Pair de France et premier Gentilhomme de la Chambre du Roi. Les responsables des différentes parties des spectacles du Roi ont été listés, incluant Rebel et Francoeur pour la musique, Laval père et fils pour les danses, Michel-Ange Slodtz pour les décorations, et Lecuyer pour les coiffures.
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161
p. 178
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a donné le 15 Janvier la troisiéme représentation du Milicien , Comédie [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Acte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN a donné le 15 Janvier la troifiéme
repréſentation du Milicien , Comé
die nouvelle en 1 Acte mélée d'Ariettes
, qui avoit été interrompue par l'in
difpofition d'une Actrice. Cette Piéce
a été continuée .
Le 26 on a repréfenté pour la prémière
fois le Guy de Chefne ou la Fête
des Druydes , Comédie nouvelle en
vers , en un Acte , mêlée d'Arrietes.
La Mufique eft de M. la Ruette , Acteur
de ce Théâtre . Nous n'avons pas
encore été informés du nom de l'Auteur
des Paroles.
Cette Piéce a beaucoup réuffi &
elle est toujours vue avec grand plaifir.
C'est un des ouvrages de ce nouveau
genre , auquel le goût ait le
plus de part. Tout , jufqu'au Comique
, y eft d'un ton agréable , délicat
& fouvent affez fin , tant en paroles
qu'en mufique , affortis enſemble
avec beaucoup de grâces & d'intelligence.
C'est au gré de quelques Connoiffeurs
, une des plus jolies Bagatelles
auxquelles on puiffe accorder fes
fuffrages , fans déroger à la Raiſon , &
au principe fur les chofes d'agrément.
ONN a donné le 15 Janvier la troifiéme
repréſentation du Milicien , Comé
die nouvelle en 1 Acte mélée d'Ariettes
, qui avoit été interrompue par l'in
difpofition d'une Actrice. Cette Piéce
a été continuée .
Le 26 on a repréfenté pour la prémière
fois le Guy de Chefne ou la Fête
des Druydes , Comédie nouvelle en
vers , en un Acte , mêlée d'Arrietes.
La Mufique eft de M. la Ruette , Acteur
de ce Théâtre . Nous n'avons pas
encore été informés du nom de l'Auteur
des Paroles.
Cette Piéce a beaucoup réuffi &
elle est toujours vue avec grand plaifir.
C'est un des ouvrages de ce nouveau
genre , auquel le goût ait le
plus de part. Tout , jufqu'au Comique
, y eft d'un ton agréable , délicat
& fouvent affez fin , tant en paroles
qu'en mufique , affortis enſemble
avec beaucoup de grâces & d'intelligence.
C'est au gré de quelques Connoiffeurs
, une des plus jolies Bagatelles
auxquelles on puiffe accorder fes
fuffrages , fans déroger à la Raiſon , &
au principe fur les chofes d'agrément.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le 15 janvier, la comédie 'Le Milicien', une pièce en un acte mêlée d'ariettes, a été représentée après une interruption due à l'indisposition d'une actrice. Le 26 janvier, la comédie 'Guy de Chefne ou la Fête des Druides', également en un acte et mêlée d'ariettes, a été jouée pour la première fois. La musique de cette pièce est composée par M. la Ruette, acteur du théâtre, mais l'auteur des paroles reste inconnu. La pièce a connu un grand succès, appréciée pour son ton agréable, délicat et souvent subtil, tant dans les paroles que dans la musique. Les connaisseurs la considèrent comme une des œuvres les plus charmantes de ce nouveau genre, offrant un divertissement raisonnable et agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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162
p. 89-98
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
COLLECTION de différens Morceaux sur l'Histoire Naturelle & Civile [...]
Mots clefs :
Libraire, Comédie, Musique, Évangile, Brochure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
COLLECTION de différens Morceaux
fur l'Hiftoire Naturelle & Civile
des Pays du Nord , fur l'Hiftoire Naturelle
en général , fur d'autres Sciences ,
fur différens Arts ; traduit de l'Allemand
, du Suédois , du Latin , avec des
notes du Traducteur. Par M. de Keralio
, Capitaine , Aide - Major à l'École
Militaire , & chargé d'y enfeigner la
Tactique. Tome premier , in-12.
Je vais jufqu'où je puis ;
Et femblable à l'Abeille , en nos jardins écloſe ,
De différentes fleurs j'affemble & je compofe
Le miel que je produis.
Rouffeau , Od. 1. du Liv. 3. Stroph. 30.
-
A Paris , chez R. Davidts , Libraire
quai des Auguftins , à S. Jacques . Cette
Collection très intéreffante , & dont
nous nous propofons de rendre compfera
bientôt fuivie de plufieurs au-
,
tres volumes,
LA MORALE ÉVANGÉLIQUE expliquée
par les SS . Pèrés ; ou Homélies
choifies des Pères de l'Eglife , fur tous
90 MERCURE DE FRANCE .
les Evangiles des Dimanches & Fêtes
de l'année. Ouvrage très-utile, aux Curés
, aux Eccléfiaftiques chargés d'inf
truire les Peuples ; & généralement à
tous les Fidéles qui veulent s'inftruire à
fond des vérités de la Religion . Par M.
l'Abbé Mary de la Canorgue , Prêtre ,
Licentié en Théologie. in- 12. Tom. I.
Paris , 1763 , chez Lottin le jeune ,
rue S. Jacques , vis- à -vis la rue de la
Parcheminerie.
Les jeunes Eccléfiaftiques qui fe
deftinent à inftruire les Peuples , qui
n'ont pas des facilités de puifer euxmêmes
dans les Pères, trouveront dans ce
recueil d'Homélies , les endroits les plus
beaux des SS. Pères. On y rencontre des
morceaux vifs & très - éloquens , des
comparaifons fort belles qui jettent un
grand jour dans la fuite du difcours :
partout beaucoup de lumiére & d'onc
tion , & cette véritable éloquence de
chofes & non de mots qui inftruit &
perfuade à la fois. Les fideles y trou--
veront une morale füre & une inftruction
folide.
Quelques perfonnes au premier coup
d'oeil ont cru que ces Homélies étoient
celles qui fe trouvent dans le Breviaire :
que l'on avoit raffemblées & fimple--
MARS. 1763. 95
le
X
Cup
'
nt
re :
Jement
traduites. Il y a cependant une
grande différence entre les unes & les
autres. D'abord il n'étoit guères poffible
de faire un recueil comme celuici
, fans fe rencontrer fréquemment
avec celles-là. D'ailleurs on ne trouve
ordinairement dans le Bréviaire qu'un
morceau qui a rapport à un endroit ou
à une partie de l'Evangile ; & ici prèfque
toutes les Homélies paraphrafent le
texte de l'Evangile en entier. Souvent
elles expliquent le fens moral , le figuré
& allégorique ; elles renferment même
quelquefois une triple explication de
tout l'Evangile.
-
On trouve chez le même Libraire
Les Stations de la Paffion de N. S.
Jefus Chrift , qui en contiennent
l'Hiftoire , avec des Réflexions & des
Prieres , &c. à l'ufage des Eglifes , Monaftères
& Communautés , où l'on fait
des proceffions pour adorer Jefus- Chrift;
Ouvrage propre aux Confrères de Jé
rufalem , aux Maifons Religieufes du
Calvaire , du Saint Sépulchre , des Filles-
Dieu & autres ; & généralement utile
à tous ceux qui veulent fe rappeller &
honorer le mystère de la Croix , dans
la fainte Quinzaine , tous les Vendredis,
J
92 MERCURE DE FRANCE.
ou durant tout le cours de l'année . Vol
in- 12. 1 liv. 6 f.
Le même Libraire Lottin , le jeune ,
vient d'acquérir du fond de M. le Prieur
les Exercices Religieux , utiles & profitables
aux Ames religieufes qui defirent
s'avancer en la perfection , avec
plufieurs avis , Inftructions & Pratiques
fpirituelles pour les y conduire & c.
Vol . in-12 . 2 liv. 10 f.
>
INSTRUCTIONS Chrétiennes fur les
huit Béatitudes tirées des faints Pères de
l'Eglife ; & en particulier de faint Auguftin
, fuivies d'une Priére & Afpirations
; ou Abrégé de toute la Morale
de l'Evangile , dans lequel le Chrétien
trouvera des règles fûres pour former
fes fentimens & fa conduite & des
motifs de confolation dans toutes les
épreuves de la vie. Par M. Cabrisseau ,
Théologal de Rheims. A Paris , chez
Lottin , le jeune , Libraire , rue S. Jacques
, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie.
1763. Avec approbation & Privilège
du Roi.
,
LES DEUX LIVRES de S. Auguftin
, Evêque d'Hippone , à Pollentius ,
fur les mariages adultères , traduits en
MARS. 1763. 93
f
en
François , avec le Texte Latin à côté ,
des notes , & une differtation . Dédiés à
M. l'Evêque de Soiffons . Ouvrage utile
& même néceffaire à tous les Confeffeurs
, & finguliérement aux Millionnaires
employés chez les Infidéles . in - 12,
Paris , 1763. Chez G. Defprez , Imprimeur
du Roi & du Clergé de France,
rue S. Jacques . Prix , 2 1. 2. f. broché.
"
LETTRES Philofophiques , fur la
formation des Sels & des Cryftaux , &
fur la génération & le Méchaniſme organique
des Plantes & des Animaux, à
l'occafion de la pièrre bélemnite & de
la pièrre lenticulaire , avec un Mémoi
re fur la Théorie de la Tèrre . Par M,
Bourguet. Seconde édition , in- 12. avec
figures. Amfterdam , chez Marc- Michel
Rey , 1763 , & fe trouve chez Briaffon,
rue S. Jacques , à Paris.
VOYAGE du M. *** en Périgord ,
Vers & Profe . Brochure in - 12. Chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques.
DISCOURS fur la Satyre , Ouvrage
traduit de l'Italien .
Interest Reipublicæ cognofci malos.
Brochure in- 12 . Amfterdam , 1763 , &
94 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
MARII CURILLI Groningenfis Satyræ.
Groninga , apud Jacobum Bolt ,
Bibliopolam. 1758.
GER. NICOLAI HERQUENII., Arcad.
Socii , & Acad. Reg. Pariſ. Litter.
& Antiq . Miniftri , Italicorum Liber
unus. Groninga. Typis Jacobi Bol
tii , Bibliopola. 1762 .
N. B. L'Auteur qui nous a fait l'honneur
de nous adreffer ces deux Ouvrages
dont nous n'avons qu'un très-bon
compte à rendre , ne nous dit pas
s'en trouve à Paris des exemplaires.
s'il
ÉSSAI fur les Bois de Charpente , ou
Differtation de la Compagnie des Architectes
& Experts des Bâtimens à Paris
, en réponse au Mémoire de M. Paris
Duvernai , Confeiller d'Etat , Intendant
de l'Ecole Royale Militaire , fur la
Théorie & la Pratique des gros Bois de
Charpente , dans leur exploitation &
dans leur emploi. Rédigée par MM.
Babuty , Defgodetz , & le Camus de
Mezieres. Brochure in- 12 . Paris , 1763 .
Chez Babuty fils , Libraire , quai des
Auguftins , à l'Etoile.
MARS. 1763. 95
e
&
L.
He
3 .
.es
CAQUET BON BEC , la Poule à ma
tante , Poëme badin.
Et frontem nugis folvere difce meis.
Ovid.
Brochure in-12 . 1763. Se trouve à Paris
chez Pankoucke , à côté de la Comédie
Françoiſe & chez Duchefne , rue S. Jaques.
JUDITH & DAVID , Tragédies . Par
M. L *** , Avocat . A Amfterdam, 1763;
& fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
Libraire , quai des Aug. au Lys d'or.
THEATRE de M. Nivelle de la Chauf
fée , de l'Académie Françoife . 5 vol.
in- 16. jolie édition. Paris , 1763. Chez
Prault , petit-fils , Libraire , quai des
Auguftins.
ABRÉGÉ de la Grammaire Françoife.
Par M. de Wailly, Nouvelle édition
in- 12, Paris , 1763. Chèz J. Barbou ,
Libraire- Imprimeur , rue S. Jacques
aux Cigognes. Prix , 1 liv. 4 f. Cette
Grammaire eft aujourd'hui adoptée par
l'Univerfité & par l'Ecole Militaire. On
trouve chez le même Libraire,la Grammaire
Françoiſe in - 12 . du même Auteur.
Le prix eft de 2 1. 10 f.
66 MERCURE DE FRANCE.
DUPUIS & DESRONAIS , Comédie
en trois Actes , & en vers libres , repréfentée
pour la premiere fois par les Comédiens
François ordinaires du Roi ,
le 17 Janvier 1763 , par M. Collé , Lecteur
de Mgr le Duc d'ORLEANS , premier
Prince du Sang. A Paris , chez.
Duchefne , Libraire , rue S. Jacqués , au
Temple du Goût. Le prix eft de 1 liv.
10 f. Le fuccès conftant de cette Piéce
charmante , que l'on voit toujours avec
le même plaifir , nous difpenfe d'en
rien dire ici de plus . On en verra l'extrait
à l'article des Spectacles.
N. B. On trouve chez le même Libraire
, les Piéces fuivantes.
L'AMOUR PATERNEL , ou la Suivante
reconnoiffante , Comédie Italienne
, en trois Actes & en profe. Par M.
Goldoni , compofée pour les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , & repréfentée
fur leur Théâtre au mois de Février
1763. Extrait , Scène , Part- ſcène , avec
les Lettres de M. Goldoni & de M.
Meflé , tant fur cette Piéce que fur plufieurs
autres objets des Spectacles. Prix
I liv. 4 f.
LE MILICIEN , Comédie en un Acte,
mêlée d'Ariettes ; par M. Anfeaume , la
Mufique
MARS. 1763. 97
*
1.
15
1-
er
ec
M.
Jurix
Ete,
la
que
(
.
pour
Mufique de M. Duny , repréfentée
la premiere fois à Verfailles devant leurs
Majeftés , le 29 Décembre 1762 ; & à
Paris , fur le Théatre de la Comédie
Italienne le premier Janvier 1763. Prix ,
1 liv . 4 f.
LE GUY DE CHÊNE , ou la Fête
des Druides , Comédie en un Acte &
en vers libres , mêlée d'Ariettes , avec
un divertiffement. Par M. de Junquieres
le fils. La Mufique de M. de la Ruette
repréfentée pour la premiere fois par les
Comédiens Italiens ordinaires du Roi ,
le Mercredi 26 Janvier 1763. Prix , 1 l .
4 f.
LA BAGARRE , Opéra bouffon , en
un Acte ; par M. Poinfinet ; la Mufique
de M. Vanmalder.
Non plau fus , fed rifus.
repréſenté pour la première fois par les
Comédiens Italiens ordinaires du Roi
le 10 Février 1763. Prix , I l. 10 f. avec
la Mufique.
POSTILLON PARISI EN , cu Conducteur
fidéle de la Ville , Fauxbourgs
& environs de Paris , dédié à Meffire
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Jean- Baptifte-Elie Camus de Pontcarré,
Chevalier , Seigneur de Viarme & autres
lieux , Confeiller d'Etat & Prévôt
des Marchands de la Ville de Paris , par
MM. Louis Denis & Louis Mondhard
à Paris. Chez Denis , rue S. Jacques ,
vis-à-vis le Collége de Clermont , &
chez Mondhard, même rue & à l'hôtel
de Saumur. 1763.
COLLECTION de différens Morceaux
fur l'Hiftoire Naturelle & Civile
des Pays du Nord , fur l'Hiftoire Naturelle
en général , fur d'autres Sciences ,
fur différens Arts ; traduit de l'Allemand
, du Suédois , du Latin , avec des
notes du Traducteur. Par M. de Keralio
, Capitaine , Aide - Major à l'École
Militaire , & chargé d'y enfeigner la
Tactique. Tome premier , in-12.
Je vais jufqu'où je puis ;
Et femblable à l'Abeille , en nos jardins écloſe ,
De différentes fleurs j'affemble & je compofe
Le miel que je produis.
Rouffeau , Od. 1. du Liv. 3. Stroph. 30.
-
A Paris , chez R. Davidts , Libraire
quai des Auguftins , à S. Jacques . Cette
Collection très intéreffante , & dont
nous nous propofons de rendre compfera
bientôt fuivie de plufieurs au-
,
tres volumes,
LA MORALE ÉVANGÉLIQUE expliquée
par les SS . Pèrés ; ou Homélies
choifies des Pères de l'Eglife , fur tous
90 MERCURE DE FRANCE .
les Evangiles des Dimanches & Fêtes
de l'année. Ouvrage très-utile, aux Curés
, aux Eccléfiaftiques chargés d'inf
truire les Peuples ; & généralement à
tous les Fidéles qui veulent s'inftruire à
fond des vérités de la Religion . Par M.
l'Abbé Mary de la Canorgue , Prêtre ,
Licentié en Théologie. in- 12. Tom. I.
Paris , 1763 , chez Lottin le jeune ,
rue S. Jacques , vis- à -vis la rue de la
Parcheminerie.
Les jeunes Eccléfiaftiques qui fe
deftinent à inftruire les Peuples , qui
n'ont pas des facilités de puifer euxmêmes
dans les Pères, trouveront dans ce
recueil d'Homélies , les endroits les plus
beaux des SS. Pères. On y rencontre des
morceaux vifs & très - éloquens , des
comparaifons fort belles qui jettent un
grand jour dans la fuite du difcours :
partout beaucoup de lumiére & d'onc
tion , & cette véritable éloquence de
chofes & non de mots qui inftruit &
perfuade à la fois. Les fideles y trou--
veront une morale füre & une inftruction
folide.
Quelques perfonnes au premier coup
d'oeil ont cru que ces Homélies étoient
celles qui fe trouvent dans le Breviaire :
que l'on avoit raffemblées & fimple--
MARS. 1763. 95
le
X
Cup
'
nt
re :
Jement
traduites. Il y a cependant une
grande différence entre les unes & les
autres. D'abord il n'étoit guères poffible
de faire un recueil comme celuici
, fans fe rencontrer fréquemment
avec celles-là. D'ailleurs on ne trouve
ordinairement dans le Bréviaire qu'un
morceau qui a rapport à un endroit ou
à une partie de l'Evangile ; & ici prèfque
toutes les Homélies paraphrafent le
texte de l'Evangile en entier. Souvent
elles expliquent le fens moral , le figuré
& allégorique ; elles renferment même
quelquefois une triple explication de
tout l'Evangile.
-
On trouve chez le même Libraire
Les Stations de la Paffion de N. S.
Jefus Chrift , qui en contiennent
l'Hiftoire , avec des Réflexions & des
Prieres , &c. à l'ufage des Eglifes , Monaftères
& Communautés , où l'on fait
des proceffions pour adorer Jefus- Chrift;
Ouvrage propre aux Confrères de Jé
rufalem , aux Maifons Religieufes du
Calvaire , du Saint Sépulchre , des Filles-
Dieu & autres ; & généralement utile
à tous ceux qui veulent fe rappeller &
honorer le mystère de la Croix , dans
la fainte Quinzaine , tous les Vendredis,
J
92 MERCURE DE FRANCE.
ou durant tout le cours de l'année . Vol
in- 12. 1 liv. 6 f.
Le même Libraire Lottin , le jeune ,
vient d'acquérir du fond de M. le Prieur
les Exercices Religieux , utiles & profitables
aux Ames religieufes qui defirent
s'avancer en la perfection , avec
plufieurs avis , Inftructions & Pratiques
fpirituelles pour les y conduire & c.
Vol . in-12 . 2 liv. 10 f.
>
INSTRUCTIONS Chrétiennes fur les
huit Béatitudes tirées des faints Pères de
l'Eglife ; & en particulier de faint Auguftin
, fuivies d'une Priére & Afpirations
; ou Abrégé de toute la Morale
de l'Evangile , dans lequel le Chrétien
trouvera des règles fûres pour former
fes fentimens & fa conduite & des
motifs de confolation dans toutes les
épreuves de la vie. Par M. Cabrisseau ,
Théologal de Rheims. A Paris , chez
Lottin , le jeune , Libraire , rue S. Jacques
, vis-à-vis la rue de la Parcheminerie.
1763. Avec approbation & Privilège
du Roi.
,
LES DEUX LIVRES de S. Auguftin
, Evêque d'Hippone , à Pollentius ,
fur les mariages adultères , traduits en
MARS. 1763. 93
f
en
François , avec le Texte Latin à côté ,
des notes , & une differtation . Dédiés à
M. l'Evêque de Soiffons . Ouvrage utile
& même néceffaire à tous les Confeffeurs
, & finguliérement aux Millionnaires
employés chez les Infidéles . in - 12,
Paris , 1763. Chez G. Defprez , Imprimeur
du Roi & du Clergé de France,
rue S. Jacques . Prix , 2 1. 2. f. broché.
"
LETTRES Philofophiques , fur la
formation des Sels & des Cryftaux , &
fur la génération & le Méchaniſme organique
des Plantes & des Animaux, à
l'occafion de la pièrre bélemnite & de
la pièrre lenticulaire , avec un Mémoi
re fur la Théorie de la Tèrre . Par M,
Bourguet. Seconde édition , in- 12. avec
figures. Amfterdam , chez Marc- Michel
Rey , 1763 , & fe trouve chez Briaffon,
rue S. Jacques , à Paris.
VOYAGE du M. *** en Périgord ,
Vers & Profe . Brochure in - 12. Chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques.
DISCOURS fur la Satyre , Ouvrage
traduit de l'Italien .
Interest Reipublicæ cognofci malos.
Brochure in- 12 . Amfterdam , 1763 , &
94 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
MARII CURILLI Groningenfis Satyræ.
Groninga , apud Jacobum Bolt ,
Bibliopolam. 1758.
GER. NICOLAI HERQUENII., Arcad.
Socii , & Acad. Reg. Pariſ. Litter.
& Antiq . Miniftri , Italicorum Liber
unus. Groninga. Typis Jacobi Bol
tii , Bibliopola. 1762 .
N. B. L'Auteur qui nous a fait l'honneur
de nous adreffer ces deux Ouvrages
dont nous n'avons qu'un très-bon
compte à rendre , ne nous dit pas
s'en trouve à Paris des exemplaires.
s'il
ÉSSAI fur les Bois de Charpente , ou
Differtation de la Compagnie des Architectes
& Experts des Bâtimens à Paris
, en réponse au Mémoire de M. Paris
Duvernai , Confeiller d'Etat , Intendant
de l'Ecole Royale Militaire , fur la
Théorie & la Pratique des gros Bois de
Charpente , dans leur exploitation &
dans leur emploi. Rédigée par MM.
Babuty , Defgodetz , & le Camus de
Mezieres. Brochure in- 12 . Paris , 1763 .
Chez Babuty fils , Libraire , quai des
Auguftins , à l'Etoile.
MARS. 1763. 95
e
&
L.
He
3 .
.es
CAQUET BON BEC , la Poule à ma
tante , Poëme badin.
Et frontem nugis folvere difce meis.
Ovid.
Brochure in-12 . 1763. Se trouve à Paris
chez Pankoucke , à côté de la Comédie
Françoiſe & chez Duchefne , rue S. Jaques.
JUDITH & DAVID , Tragédies . Par
M. L *** , Avocat . A Amfterdam, 1763;
& fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
Libraire , quai des Aug. au Lys d'or.
THEATRE de M. Nivelle de la Chauf
fée , de l'Académie Françoife . 5 vol.
in- 16. jolie édition. Paris , 1763. Chez
Prault , petit-fils , Libraire , quai des
Auguftins.
ABRÉGÉ de la Grammaire Françoife.
Par M. de Wailly, Nouvelle édition
in- 12, Paris , 1763. Chèz J. Barbou ,
Libraire- Imprimeur , rue S. Jacques
aux Cigognes. Prix , 1 liv. 4 f. Cette
Grammaire eft aujourd'hui adoptée par
l'Univerfité & par l'Ecole Militaire. On
trouve chez le même Libraire,la Grammaire
Françoiſe in - 12 . du même Auteur.
Le prix eft de 2 1. 10 f.
66 MERCURE DE FRANCE.
DUPUIS & DESRONAIS , Comédie
en trois Actes , & en vers libres , repréfentée
pour la premiere fois par les Comédiens
François ordinaires du Roi ,
le 17 Janvier 1763 , par M. Collé , Lecteur
de Mgr le Duc d'ORLEANS , premier
Prince du Sang. A Paris , chez.
Duchefne , Libraire , rue S. Jacqués , au
Temple du Goût. Le prix eft de 1 liv.
10 f. Le fuccès conftant de cette Piéce
charmante , que l'on voit toujours avec
le même plaifir , nous difpenfe d'en
rien dire ici de plus . On en verra l'extrait
à l'article des Spectacles.
N. B. On trouve chez le même Libraire
, les Piéces fuivantes.
L'AMOUR PATERNEL , ou la Suivante
reconnoiffante , Comédie Italienne
, en trois Actes & en profe. Par M.
Goldoni , compofée pour les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , & repréfentée
fur leur Théâtre au mois de Février
1763. Extrait , Scène , Part- ſcène , avec
les Lettres de M. Goldoni & de M.
Meflé , tant fur cette Piéce que fur plufieurs
autres objets des Spectacles. Prix
I liv. 4 f.
LE MILICIEN , Comédie en un Acte,
mêlée d'Ariettes ; par M. Anfeaume , la
Mufique
MARS. 1763. 97
*
1.
15
1-
er
ec
M.
Jurix
Ete,
la
que
(
.
pour
Mufique de M. Duny , repréfentée
la premiere fois à Verfailles devant leurs
Majeftés , le 29 Décembre 1762 ; & à
Paris , fur le Théatre de la Comédie
Italienne le premier Janvier 1763. Prix ,
1 liv . 4 f.
LE GUY DE CHÊNE , ou la Fête
des Druides , Comédie en un Acte &
en vers libres , mêlée d'Ariettes , avec
un divertiffement. Par M. de Junquieres
le fils. La Mufique de M. de la Ruette
repréfentée pour la premiere fois par les
Comédiens Italiens ordinaires du Roi ,
le Mercredi 26 Janvier 1763. Prix , 1 l .
4 f.
LA BAGARRE , Opéra bouffon , en
un Acte ; par M. Poinfinet ; la Mufique
de M. Vanmalder.
Non plau fus , fed rifus.
repréſenté pour la première fois par les
Comédiens Italiens ordinaires du Roi
le 10 Février 1763. Prix , I l. 10 f. avec
la Mufique.
POSTILLON PARISI EN , cu Conducteur
fidéle de la Ville , Fauxbourgs
& environs de Paris , dédié à Meffire
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Jean- Baptifte-Elie Camus de Pontcarré,
Chevalier , Seigneur de Viarme & autres
lieux , Confeiller d'Etat & Prévôt
des Marchands de la Ville de Paris , par
MM. Louis Denis & Louis Mondhard
à Paris. Chez Denis , rue S. Jacques ,
vis-à-vis le Collége de Clermont , &
chez Mondhard, même rue & à l'hôtel
de Saumur. 1763.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document de 1763 présente diverses annonces de livres et ouvrages publiés cette année-là. Parmi les publications notables, on trouve une collection de morceaux traduits de l'allemand, du suédois et du latin, dédiée à l'histoire naturelle et civile des pays du Nord, ainsi qu'à d'autres sciences et arts. Cette collection, traduite par M. de Keralio, est publiée chez R. Davidts à Paris. Un autre ouvrage mentionné est 'La Morale Évangélique expliquée par les SS. Pères', un recueil d'homélies choisies des Pères de l'Église sur les Évangiles des dimanches et fêtes de l'année. Cet ouvrage, rédigé par l'Abbé Mary de la Canorgue, est destiné aux curés, ecclésiastiques et fidèles souhaitant s'instruire des vérités religieuses. Il est disponible chez Lottin le jeune, rue Saint-Jacques à Paris. Le document liste également plusieurs autres publications religieuses et littéraires, telles que 'Les Stations de la Passion de N. S. Jésus-Christ', 'Les Exercices Religieux', et 'Instructions Chrétiennes sur les huit Béatitudes'. Des ouvrages philosophiques et scientifiques sont également mentionnés, comme les 'Lettres Philosophiques sur la formation des Sels et des Cristaux' de M. Bourguet. Enfin, le document mentionne des pièces de théâtre et des comédies, telles que 'Dupuis & Desronais' de M. Collé, et 'L'Amour Paternel' de M. Goldoni, ainsi que des grammaires et des poèmes. Ces ouvrages sont disponibles chez divers libraires à Paris.
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163
p. 174-177
SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
Début :
LE Mardi 1 Février les Comédiens François représenterent le Glorieux [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Ballet, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
SPECTACLES DE LA COUR A VER
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
SAILLES,
LE Mardi 1 Février les Comédiens
François repréfenterent le Glorieux
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu fieur NÉRICAULT DESTOUCHES .
Le fieur BELCOUR y jouoit le principal
rôle ( a ) . Pour feconde Piéce les
Orignaux , Comédie en un Acte , en
profe , du feu fieur FAGAN (b).
(a) Premiére Repréſentation en 17320
(b ) En 1737.
}
座
MARS. 1763. 175
€ Le Mercredi il n'y a point eu de
fpectacle à caufe de la Fête .
Le Jeudi les mêmes Comédiens re-
3
préfenterent Zulime , Tragédie du fieur
de VOLTAIRE (c). La Dile CLAIRON
jouoit le rôle de Zulime. La Dlle Du-
BOIS celui d'Atide ; la Dile PREVILLE
celui de Serame. Les rôles de Benafar
& de fon confident étoient remplis par
les fieurs BRISART & DUBOIS : ceux
de Ramir & du Confident, par les fieurs
le KAIN & d'AUBERVAL. La Tragédie
fut fuivie de l'Indifcret , Comédie
en un Acte en vers du même Auteur
(d) ..
"
Le Mardi 8 on repréfenta l'Esprit
follet , Comédie en 5 Actes & en vers
du feu fieur HAUTEROCHE ( e) , qui
fut fuivie du Cocherfuppofé (f) , Comédie
en un Acte & en profe du même
Auteur.
Le lendemain 9 les Comédiens Italiens
repréſenterent la Cantatrice , Comédie
Italienne , dans laquelle la Dlle
PICCINELLI exécutoit le rôle de Cantatrice.
Cette Comédie précédoit Ver-
(c) En 2740.
( d) En 1725.11
( e )En 1684.
f)Dans la même année.
Ħ iv
176 MERCURE DE FRANCE.
tumne & Pomone , ballet en un Acte ;
( extrait du ballet des Elémens ) repréfenté
par l'Académie Royale de Mufique
, conjointement avec la Mufique du
Roi. Le Poëme de ce Ballet eft du fieur
ROY , Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
La Mufique , du feu fieur DESTOUCHES
. Les rôles de Vertumne & de
Pan furent exécutés par les fieurs GELIOTE
& GELIN ; celui de Pomone
par la Dile ARNOULD. Les Grâces &
l'expreffion des chants de ce ballet , l'ef
prit & l'agrément qui régnent dans le
Poëme , les talens fi connus & fi admirés
des Acteurs qui en rendoient les
principaux rôles , tant de charmes réunis
ne pouvoient manquer de plaire & de
rendre cette repréſentation très-agréable.
La Dlle LANI danfoit feule une
principale entrée dans les Bergeres . Le
fieur CAMPIONI & la Dlle DUMONCEAU
un pas de deux, Les fieurs LAVAL
& GARDEL danfoient dans les
Faunes , ainfi que les fieurs d'AUBERVAL
, GROSSET & CAMPIONI . Le
fieur LANI & la Dlle ALLARD exécutoient
les principales entrées dans les
Paftres.
"
Le Jeudi 10 , les Comédiens François
repréſenterent Mérope , Tragédie du
fieur de VOLTAIRE , dans laquelle la
MARS. 1763 . 177
Dlle DUMESNIL joua le rôle de Mérope.
(g).
Pour feconde Pièce le Galant Coureur
, Comédie en un Acte en profe du
feu fieur le GRAND ( h ) . Le fieur Mo-
LE y jouoit le principal rôle .
Le Mardi 15 , dernier jour du Carnaval
, par extraordinaire , les Sujets de la
Comédie Italienne -exécuterent à la
Cour deux Opéra- Comiques ; le Roi &
le Fermier , Paroles du fieur SEDAINE ,
Mufique du fieur MONCIGNI & On ne
s'avife jamais de tout.
On donnera dans le Mercure prochain
le Journal des autres repréfentations
jufques à la clôture.
.. N. B. Nous n'avons fait qu'annoncer
fommairement , dans le précédent
Vol. les premiers BALS DE LA COUR.
Nous ne doutons pas que nos Lecteurs
n'en defirent une relation détaillée jufques
à la fin du Carnaval : mais comme
ce genre de Spectacles doit à tous égards
être diftingué des repréfentations theatrales
dont nous venons de rendre compte
, on en a fait un Article particulier.
que l'on trouvera après notre Article des
Théâtres & autres Spectacles ordinaires .
(g) Première fois en 1743-
(h) En 1722.
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES,
En février et mars 1763, la cour de Versailles a organisé divers spectacles. Le 1er février, les comédiens français ont joué 'Le Glorieux' de Néricault Destouches, avec Belcour dans le rôle principal, et 'Les Orignaux' de Fagan. Le 3 mars, ils ont représenté 'Zulime' et 'L'Indiscret' de Voltaire, avec Clairon dans le rôle-titre de la première pièce. Le 8 mars, 'L'Esprit follet' de Hauteroche et 'Le Cocher supposé' ont été présentés. Le 9 mars, les comédiens italiens ont joué 'La Cantatrice', suivi du ballet 'Vertumne et Pomone' de l'Académie Royale de Musique. Le 10 mars, 'Mérope' de Voltaire et 'Le Galant Coureur' de Le Grand ont été présentés. Le 15 mars, les sujets de la comédie italienne ont exécuté les opéras-comiques 'Le Roi et le Fermier' de Sedaine et Moncigni. Le texte mentionne également des bals de la cour et des représentations théâtrales ordinaires.
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164
p. 178-181
SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a remis au Théâtre le Mardi 22 Février [...]
Mots clefs :
Opéra, Musique, Prologue, Ouvrage, Succès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
SPECTACLES DE PARIS.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Mufique
a remis au Théâtre le Mardi 22 Février
TITON & L'AURORE, Paftorale Héroïque
en en 3 Actes, précédée d'un Prologue,
dont le Sujet eft PROMETHEE animant
des Statues d'hommes & de femmes
avec le feu du Ciel qu'il a dérobé .
Cet Opéra a été repréſenté pour la
première fois , au mois de Janvier 1753 .
Il eut alors le fuccès le plus éclatant &
le plus longtemps foutenu , qu'on ait
vu fur ce Théâtre. Une époque mémorable
, mais affligeante pour les Amateurs
de ce Spectacle , ajoute encore à
fa célébrité , en ce que cet Opéra a été
le dernier dans lequel M. GELIOTE
a chanté fur le Théâtre de Paris.
Le Public a prouvé dès la première
repréſentation de cette Remife que l'ouvrage
devoit à fon propre mérite , &
non pas aux circonftances , l'avantage
de lui plaire. M. PILLOT qui joue le
rôle de Titon , eft applaudi avec juftice
dans plufieurs endroits éffentiels de ce.
MARS. 1763 . 179
,
rôle. La mémoire récente encore de
M. GELIOTTE , & renouvellée journellement
par les repréſentations de la Cour
eft une ennemie qui fait honneur , même
en triomphant , au talent & à l'application
de M. PILLOT , bien moins
fecondé par l'organe que fon célébre
Prédéceffeur. Mlle LE MIERRE ( époufe
de M. LARRIVÉE ) fans avoir eu
les mêmes obftacles de comparaifon à
vaincre fe fait beaucoup d'honneur
dans le rôle de l'Aurore qu'elle chante
& qu'elle joue avec un égal fuccès . Les
rôles de Palès & d'Eole , quoique moins
intéreffans dans le fujet que les deux précédens
, font beaucoup d'effet , & font
très bien rendus ; le premier , par Mlle
CHEVALIER ; l'autre , par M. GELIN.
Ce dernier eft particuliérement très -applaudi
dans le grand morceau du fecond
Acte Vents furieux , &c , dans
lequel fa belle voix eft déployée avec
tous fes avantages. Mais ce qui , avec
beaucoup de plaifir , fait l'étonnement
& l'attention du Public , c'eft la manière -
dont M.MUGUETchante la célébre Ariette
du Dieu des coeurs &c. On peut avec
autant de justice lui attribuer ce que
nous venons de dire à l'occafion de
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
M. PILLOT , puifque cette Ariette étoit
exécutée par M. GELIOTE , & faifoit ,
une partie très - brillante du rôle de
Titon. On doit ajouter au fujet de
M. MUGUET qu'en donnant de juftes
éloges aux foins qu'il a pris de
chanter avec art ce Morceau , il eft redevable
auffi à l'avantage de fa voix du
plaifir que le Public trouve à l'entendre.
Cette favorable circonftance doit
fans doute encourager ce Sujet à redoubler
d'efforts & d'application pour
profiter du même avantage dans d'autres
occafions , & pour faire valoir par le
talent la faveur que la Nature lui a donnée
du côté de l'organe.
Nous ne parlerons point des parties
acceffoires dans cet Opéra ; les vers
& la Mufique fuffifent au fuccès de
l'ouvrage .
Les vers du Prologue font de feu M.
de la MOTHE . Le Poëme de feu M. de
la MARRE , Auteur du Poëme de Zaïde
(a). La Mufique de M. de MONDONVILLE.
(a)Nous ignorons par quel motif dans l'édition
des paroles de cet Opéra , on n'a fait ,
contre l'uſage mention uniquement que de
Auteur de la Mufique . Comme nous n'avons
aucune raifon pour priver la mémoire de feu Made
?
MAR S. 1763. 181
L'Extrait du Poëme fe trouve au Mercure
de Février 1753 .
On continue les Fêtes Grecques & :
Romaines les Jeudis . Le Public y entend
avec beaucoup de plaifir entr'autres
talens de ce Théatre M. LARRIVÉE
dans le rôle d'Alcibiade , ainfi que
dans le rôle de Prométhée au Prologue
de Titon & l'Aurore.
la MARRE de la gloire d'un ouvrage auffi agréable,
nous avons cru , conformément à tous les Journaliſtes
& les Bibliographes de ce Théâtre, devoir
la lui reftituer ici .
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. OPERA.
Le 22 février, l'opéra 'Titon et l'Aurore' a été représenté à l'Académie Royale de Musique à Paris. Cet opéra pastoral héroïque en trois actes, précédé d'un prologue, raconte l'histoire de Prométhée animant des statues avec le feu du ciel. Créé en janvier 1753, il a connu un succès retentissant et fut le dernier opéra dans lequel M. GELIOTE chanta à Paris. Le public a apprécié l'œuvre pour son mérite propre, indépendamment des circonstances. M. PILLOT, interprétant Titon, fut acclamé, bien que comparé à M. GELIOTE. Mlle LE MIERRE, épouse de M. LARRIVÉE, a également reçu des éloges pour son rôle d'Aurore. Les rôles de Palès et d'Éole, joués par Mlle CHEVALIER et M. GELIN, furent bien accueillis, ce dernier étant particulièrement applaudi pour son interprétation des 'Vents furieux'. M. MUGUET fut remarqué pour son interprétation de l'ariette 'Dieu des cœurs'. Les vers du prologue sont de M. de la MOTHE, le poème de M. de la MARRE, et la musique de M. de MONDONVILLE. Les fêtes grecques et romaines continuent les jeudis, avec des performances notables de M. LARRIVÉE dans les rôles d'Alcibiade et de Prométhée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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165
p. 211
CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Début :
On a éxécuté deux grands Motets, l'un le Magnificat de feu M. BELISSEN, l'autre In exitu de [...]
Mots clefs :
Motet, Musique, Chapelle du Roi, Concerto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
CONCERT SPIRITUEL
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
du 2 Février , Fête de la Purification .
On a éxécuté deux grands Motets , l'un le Magnificat
de feu M. BELISSEN , l'autre In exitu de
M. BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. M. BESCHE a chanté dans ces deux
Motets. M. JOLY a chanté avec fuccès Coronate
petit Motet de M. LE FEVRE , & felon l'ufage ,
Mlle FEL n petit Motet italien . M. GAVINIES
joua un nouveau Concerto de fa compofition qui
fut très- applaudi. On parut content de l'éxécution
& de la compofition de M. LE GRAND dans le Concerto
qu'il éxécuta fur l'Orgue. Le concours de
monde à ce Concert ainfi qu'aux précédens , continue
de marquer la fatisfaction du Public.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL du 2 Février, Fête de la Purification.
Le concert spirituel du 2 février a célébré la Fête de la Purification avec deux grands motets : le Magnificat de Belissen et In exitu de Blanchard. Besche a chanté dans ces deux motets. Joly a interprété Coronate de Le Fèvre, et Fel a chanté un motet italien. Gaviniès a joué un concerto applaudi, et Le Grand a bien exécuté un concerto à l'orgue. Le public a montré sa satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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166
p. 69-93
LETTRE à l'Auteur du Mercure Sur les ÉNIGMES & les LOGOGRYPHES,
Début :
Vous ne sçaviez probablement pas Monsieur, que la premiere Enigme du [...]
Mots clefs :
Mot, Lettres, Indiquer, Corps, Combinaisons, Transpositions, Lecteur, Musique, Divisions, Énigmes, Logogriphes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure Sur les ÉNIGMES & les LOGOGRYPHES,
réputées les mem→
bres de ce corps : comme dans cet ancien
Logogryphe Latin , dont le mot
eft mufcatum ; & où par la diffection
du mot , on trouve mus
muftum.
mufca &
Sume caput mus ) , curram : ventrem ( ca ) conjunge
, volabo. ( mufca )
Addepedes ( tum ) , comedes , ( muſcatum ) ;
& fine ventre ( ca ) , bibes. ( muftum ).
Le premier Logogryphe François qui
ait paru dans les Mercures , fe trouve à
la fin du 2 volume de Décembre 1727 .
Il est bien fait , & le Mercure du mois
de Février 1728 , pag. 310 , lui donne
pour auteur le Marquis de la Guefnerie
en Anjou. Cependant au mois de Juillet
fuivant, M. le Clouftier d'Andely p. 1612.
prétendit que les deux premiers qui
avoient paru dans le Mercure , & qu'il
ne cite ni n'indique , font de lui.
Mais il s'en faut bien que ces premiers
Logogryphes , introduits dans les MerAVRIL.
1763. 83'
cures de France il y a environ 35 ans ,
foient les plus anciens dans notre Langue.
J'en connois un du célébre Dufrefni
qui doit avoir au moins 50 ou 60
ans. Je ne fçais s'il fut imprimé en fon
temps dans le Mercure galant : encore
moins s'il eft le doyen des Logogryphes
François ; mais au befoin , il pourroit
leur fervir de modéle. Le voici . Le
mot eft Orange.
Sans ufer de pouvoir magique ,
Mon corps entier en France ( Orange ) a deux
tiers en Afrique. ( Oran ) .
Ma tête ( Or ) n'a jamais rien entrepris en vain ;
Sans elle , en moi tout eft divin . ( Ange )
Je fuis affez propre au ruftique , ( Orge )
Quand on me veut ôter le coeur ( An )
Qu'a vu plus d'une fois renaître le Lecteur,
Mon nom bouleverfé , dangereux voisinage ,
Au Gafcon imprudent peut caufer le naufrage.
( Garone. )
D'après ce Logogryphe & quelques
autres qui ont été goûtés , on en peut
établir les régles. La plupart de celles
de l'énigme lui font communes avec le
Logogryphe , mais le Logogryphe en
a de particulières que voici.
Préfenter d'abord une énigme fort
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
courte fur le mot entier du Logogryphe.
Je dis fort courte , parce qu'elle ne doit
fervir que d'introduction aux énigmes
qui doivent fuivre , fur les divifions ou
combinaiſons du même mot.
On pourroit objecter que l'a uteur
du Logogryphe précédent ne s'eft pas
affujetti à cette régle ; & que fon début
, Mon corps entier en France , n'eſt
pas une énigme ; puifqu'on peut dire
également de toutes les villes & de tous
les lieux du Royaume Mon corps entier
en France , comme il le dit de la
ville d'Orange : mais l'auteur y a fuppléé
avantageufement en ajoutant que
ce corps entier en France a deux tiers
en Afrique : ce qui ne peut plus convenir
qu'au mot Orange , & fait deux
énigmes en un ſeul vers .
Če ne feroit pas abfolument un défaut
, que la petite énigme préparatoire
du Logogryphe fur le mot entier convînt
à deux mots différens ; puifque les
énigmes fuivantes ferviroient à reconnoître
lequel eft le véritable. Il eſt cependant
mieux que l'énigme du début
ne puiffe pas recevoir deux différentes
explications.
Après l'énigme fur le mot entier
viennent les énigmes particulières fur
AVRIL 1763. 85
il
les démembremens & les tranfpofitions
de ce mot. Voici en quoi confifte leur
mérite ; 1º. dans la clarté de l'indication
des fyllabes ou lettres qui par leurs divifions
& combinaifonsforment de nouveaux
mots & donnent lieu aux nouvelles
énigmes. Rien n'eft plus clair
que cette indication dans le Logogryphe
que nous venons de citer. Ma
tete n'a jamais rien entrepris en vain
défigne bien la pre miere fyllabe . Sans
elle en moi tout eft divin : otez Or ,
refte Ange. Les autres mots font pareillement
indiqués fans équivoque :
comme Orge en retranchant la fyllabe
du milieu An , qui fait le coeur du
mot. & c. 2°. Dans la jufteffe de ces
énigmes fubalternes , qui ne doivent
être ni trop claires ni trop bbfcures :
j'ajoute , ni trop longues pour ne pas.
fatiguer l'attention du lecteur. Si une
énigme en forme doit être courte , à
plus forte raifon la briéveté convientelle
aux énigmes dont l'affemblage compofe
le Logogryphe . Elles ont ici toutes
les conditions requife's . 3 ° . Dans le nombre
des énigmes que le mot entier renferme
dans fes divifions. Il eft clair que c'eft
un mérite de plus pour un Logogryphe
, le reſte étant égal , de contenir
86 MERCURE DE FRANCE .
un plus grand nombre d'énigmes.
Il y en a fix dans celui d'Orange ,
quoique le mot n'ait que fix lettres .
L'Auteur auroit pu en tirer un plus grand
nombre d'énigmes , puifqu'il a négligé
les mots Orage , Rage , Age , Gare ,
Argo , &c. Il a fans doute craint
de devenir trop long ou trop confus.
4°. Enfin dans l'art de referrer le
tout dans le moins d'espace poffible , en
évitant les inutilités & les longueurs .
Ici l'auteur a renfermé fes fix énigmes
en neuf vers.
Les mots les plus favorables aux Logogryphes
font ceux dans lefquels on
trouve un plus grand nombre de mots
par de fimples divifions , lefquelles font
beaucoup plus faciles à indiquer que les
tranfpofitions de lettres . Tel eft le mot
Courage , dont les fimples divifons ou
retranchemens feront trouver Cou, rage;
Cour , age; Courge , Cage , Orage. &c.
Ainfi les mots les plus longs, quoiqu'ils
fourniffent d'ordinaire un plus grand
nombre de combinaiſons , font les moins
avantageux pour un Logogryphe. Imagineroit-
on que pour en faire un , on
eût choifi un mot tel que Métamorphofe ,
d'où l'on n'en peut guères tirer d'autre
qu'en fe donnant la torture , & où pour
AVRIL. 1763.
87
e
indiquer le mot , phare , par exemple ,
il faut avertir le Lecteur de raffembler
la 8 , la 9 , la 4 , la 7 & la 2º lettre
& qu'alors il trouvera ce qni fait
lefalu des navigateurs , c'eft ce qu'on
exprimera dans le vers fuivant ou dans
quelque autre auffi harmonieux :
Huit , neuf, quatre , fept , deux : je guide le
Nocher.
C'est au choix heureux de mots de
cette espéce qu'on a l'obligation d'avoir
vû longtemps les Mercures remplis de
Logogryphes dans ce ftyle.
On s'eft enfin laffé de ce langage
barbare , & plutôt que d'indiquer les
tranfpofitions de lettres par leur numé
ro , on a pris le parti de ne les point
indiquer du tout , & de faire dire au
mot entier du Logogryphe ; vous trouverez
en moi un adverbe , une Saiſon ,
un Elément , un Saint , un Pape , un
Empereur , un fleuve , une note de mufique
, &c. fans défigner l'ordre des lettres
qui forment ces mots , ce qui eft
auffi vague & auffi confus , que l'autre
expédient étoit uniforme & faftidieux.
Si les mots trop longs font rarement
propres pour un Logogryphe , les mots
les plus courts offrent quelquefois dans
88 MERCURE DE FRANCE.
un très -petit nombre de lettres un affez
grand nombre de combinaiſons , ce
qui leur donne une forte de grace , parce
qu'on ne s'attend pas à cette fécondité.
Par exemple on vous annonce un
mot de trois lettres , dans lequel on trouve
neuf ou dix mots différens , fur lef
quels on fera neuf ou dix petites énigmes
par diverfes combinaiſons bien indiquées
en devinant le mot ail,vous ferez
furpris d'y trouver lia , ali , lai , ai,
ia , al , la , note de mufique , la , article,
là , adverbe , il article ; & li meſure itinéraire
de la Chine.
Il y a des mots tellement compofés,
qu'en retranchant fucceffivement une
deux , trois , quatre lettres , il refte toujours
un mot entier & enfin une lettre ,
lefquels peuvent fournir matière à autant
d'énigmes,& faire de tout un joli Logogryphe.
Par exemple, canon , par le retranchement
fucceffif d'une lettre , devient
anon , non , on , & la lettre n. Silex
, mot latin , eft dans le même cas ;
on y trouve ilex , lex ex & x , fans
compter file & lis. Dans Avoie , nom
d'une Sainte que porte une rue de Paris
, en fuivant la même méthode , vous
trouverez voye , vie , ie , & l'e muet. Ce
mor a cela de particulier encore , que
> >
AVRIL. 1763. 89
les cinq lettres qui le compofent, font
a , i , o , u. Ces deux derniers Logogryphes
ont été faits & donnés au Mercure
il y a quelques années.
Le mot latin adamas fournit un
exemple encore plus fingulier & peutêtre
unique. En le rognant lettre à lettre
( qu'on me permette cette expreffion )
par le commencement , il deviendra
damas , amas , mas , as & s ; & en lė
mutilant à rebours , adama , adam , ada,
( Princeffe connue dans l'hiftoire ) ad
& a ; mais cela feroit un mêlange bizarre
de mots François , Latins & Efpagnols
qu'il faudroit diftinguer , ce qui
feroit difficile & de plus cauferoit des
longueurs & de l'embrouillement.
Un mot qui a plufieurs anagrames,
peut fournir un Logogryphe par de fim
ples tranfpofitions fans retranchement.
Je connois un Logogryphe dans ce cas
dont le mot eft nacre. On y trouve par
fimple tranfpofition de lettres , crane ,
carne , écran , Nerac , Rance , ( carrière
de marbre ) & ancre. 1
Depuis quelque temps , le défaut ordinaire
des Logogryphes du Mercure
eft de n'être Logogryphes que de nom ;
puiſqu'on y dit au Lecteur préciſement
tout ce qu'il faut pour lui faire trouver
90 MERCURE DE FRANCE.
le mot fans avoir rien à deviner , ce
qui provient de ce qu'on péche contre
la feconde des quatres régles que j'ai
données plus haut & qu'au lieu de faire
des énigmes fur les parties féparées du
mot total , on exprime ces parties par
des fynonymes équivalens à leur nom .
Je n'en chercherai point la preuve plus
loin que dans le Mercure de Janvier
où fe trouve l'énigme du Fiacre. Le
mot du fecond Logogryphe eft Soif:
l'énigme fur ce mot par laquelle on
commence le Logogryphe, eft affez bien
faite , mais trop longue , puifque la
préface d'un ouvrage n'en doit pas
faire prés de la moitié. Si la lecture
de cette énigme préliminaire n'a pas
fuffi pour me faire deviner le mot
Soif, le refte va me l'indiquer fi
clairement, qu'il ne me fera pas poffible
de m'y méprendre. Je pourfuis ma lecture
& je vois que l'on m'annonce que
je trouverai dans le mot que je cherche
, 1 ° . l'objet des foins d'Argus. Eftce
là une énigme ? C'eft comine fi l'on
me difoit,vous trouverez Io ; j'écris donc
Io : voilà déja deux lettres . 2° . Certaine
note de Mufique ; rien ne m'indique encore
laquelle c'eft des fept notes ; je
laiffe donc fon nom en blanc , & je conAVRIL
1763. or
,
inue . 3 ° . Un arbriffeau des plus touf
fus , ce pourroit être if ou bien hour.
Je fufpends mon jugement. Je lis juf
qu'au bout , & le dernier vers m'apprend
que le mot entier n'a que quatre
lettres. Or j'en fçais déja deux , i & o :
je reprens où j'en étois , & je vois 4 ° .
qu'il faut trouver dans le mot entier une
vertu théologale. Laquelle des trois ?
Ce ne peut être que foi , puifque le
mot entier n'a que quatre lettres , &
que i & o que j'ai déja font du nombre .
J'écris donc foi. Je conclus auffitôt que
l'arbriffeau dont j'étois en doute ne
peut être qu'if, puifqu'il fe trouve dans
le mot foi. Il ne manque denc plus
qu'une lettre. 5. Ce dont un chien quand
il peut fe régale. Autant vaudroit dire
un os. Or dans le mot os je trouve la
lettre o que j'ai déja , & de plus la lettres
; celle -ci eft donc la quatriéme qui
me manquoit.J'écris donc os.5º.Un terme
enfin de dédain , de mépris. On ne peut
exprimer plus clairement le mot fi, que
je trouve en effet dans les mots que j'ai
déja. Les quatre lettres du mot font
donc i , o , f & f. J'y cherche la note
de mufique que j'ai laiffée en fouffrance
; & je vois que ce ne peut être que
la note fi. Il ne reste plus qu'à faire un
92 MERCURE
DE FRANCE.
mot avec les quatre lettres trouvées ¿
o,f, s. Quatre lettres ne peuvent s'ar- .
ranger que de vingt- quatre façons différentes
, dont la moitié dans le cas préfent
ne pourroit fe prononcer. Dès les
premiers effais de combinaifons , je
m'apperçois que ces quatre lettres i ,
o, f, s , ne peuvent faire que les mots
fois & foif. Ce dernier mot explique
très-bien l'énigme du début : le mot
du Logogryphe eft donc foif.Toutes ces
opérations fe font beaucoup plus promptement
qu'elles ne peuvent fe décrire ;
enforte qu'à la feconde lecture
avoir rien deviné , je reconnois évidemment
que le mot cherché eft foif, &
que tout ce qu'on m'a dit avec apparence
de mystère , fe réduit à cette propofition
, Lecteur , faites un mot françois
de ces quatre lettres , i , o , f , s ;
or je demande fi c'eft- là un Logogryphe.
J'en dirois prèfque autant de l'autre qui
fuit , dont le mot eft mode , ainfi que'
de la plupart de ceux que je vois dans
les Mercures depuis quelques années.
fans
Il est vrai que fouvent le mot a
plus de quatre lettres, & que quoiqu'elles
me foient toutes indiquées auffi clairement
que fi l'on me les eût nommées ,
il feroit long & pénible d'en compofer
AVRIL. 1763. 93
#
an feul mot.Je me contente alors d'avoir
toutes les lettres du mot, & j'abandonne
fans regret une recherche purement ennuyeuſe
, qui n'éxige que la patience de
former 120 arrangemens différens , file
mot a cinq lettres ; 720, s'il en a fix ; ſept
fois 720 ou 5047 , s'il y a fept lettres
& c,ce qui n'eft plus que l'ouvrage d'un
manoeuvre. Il n'y a que l'utilité ou l'im-
-portance de l'objet , cu une raiſon d'interêt
, qui pût faire furmonter un tra
vail auffi rebutant.
J'ai l'honneur d'être , & c.
bres de ce corps : comme dans cet ancien
Logogryphe Latin , dont le mot
eft mufcatum ; & où par la diffection
du mot , on trouve mus
muftum.
mufca &
Sume caput mus ) , curram : ventrem ( ca ) conjunge
, volabo. ( mufca )
Addepedes ( tum ) , comedes , ( muſcatum ) ;
& fine ventre ( ca ) , bibes. ( muftum ).
Le premier Logogryphe François qui
ait paru dans les Mercures , fe trouve à
la fin du 2 volume de Décembre 1727 .
Il est bien fait , & le Mercure du mois
de Février 1728 , pag. 310 , lui donne
pour auteur le Marquis de la Guefnerie
en Anjou. Cependant au mois de Juillet
fuivant, M. le Clouftier d'Andely p. 1612.
prétendit que les deux premiers qui
avoient paru dans le Mercure , & qu'il
ne cite ni n'indique , font de lui.
Mais il s'en faut bien que ces premiers
Logogryphes , introduits dans les MerAVRIL.
1763. 83'
cures de France il y a environ 35 ans ,
foient les plus anciens dans notre Langue.
J'en connois un du célébre Dufrefni
qui doit avoir au moins 50 ou 60
ans. Je ne fçais s'il fut imprimé en fon
temps dans le Mercure galant : encore
moins s'il eft le doyen des Logogryphes
François ; mais au befoin , il pourroit
leur fervir de modéle. Le voici . Le
mot eft Orange.
Sans ufer de pouvoir magique ,
Mon corps entier en France ( Orange ) a deux
tiers en Afrique. ( Oran ) .
Ma tête ( Or ) n'a jamais rien entrepris en vain ;
Sans elle , en moi tout eft divin . ( Ange )
Je fuis affez propre au ruftique , ( Orge )
Quand on me veut ôter le coeur ( An )
Qu'a vu plus d'une fois renaître le Lecteur,
Mon nom bouleverfé , dangereux voisinage ,
Au Gafcon imprudent peut caufer le naufrage.
( Garone. )
D'après ce Logogryphe & quelques
autres qui ont été goûtés , on en peut
établir les régles. La plupart de celles
de l'énigme lui font communes avec le
Logogryphe , mais le Logogryphe en
a de particulières que voici.
Préfenter d'abord une énigme fort
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
courte fur le mot entier du Logogryphe.
Je dis fort courte , parce qu'elle ne doit
fervir que d'introduction aux énigmes
qui doivent fuivre , fur les divifions ou
combinaiſons du même mot.
On pourroit objecter que l'a uteur
du Logogryphe précédent ne s'eft pas
affujetti à cette régle ; & que fon début
, Mon corps entier en France , n'eſt
pas une énigme ; puifqu'on peut dire
également de toutes les villes & de tous
les lieux du Royaume Mon corps entier
en France , comme il le dit de la
ville d'Orange : mais l'auteur y a fuppléé
avantageufement en ajoutant que
ce corps entier en France a deux tiers
en Afrique : ce qui ne peut plus convenir
qu'au mot Orange , & fait deux
énigmes en un ſeul vers .
Če ne feroit pas abfolument un défaut
, que la petite énigme préparatoire
du Logogryphe fur le mot entier convînt
à deux mots différens ; puifque les
énigmes fuivantes ferviroient à reconnoître
lequel eft le véritable. Il eſt cependant
mieux que l'énigme du début
ne puiffe pas recevoir deux différentes
explications.
Après l'énigme fur le mot entier
viennent les énigmes particulières fur
AVRIL 1763. 85
il
les démembremens & les tranfpofitions
de ce mot. Voici en quoi confifte leur
mérite ; 1º. dans la clarté de l'indication
des fyllabes ou lettres qui par leurs divifions
& combinaifonsforment de nouveaux
mots & donnent lieu aux nouvelles
énigmes. Rien n'eft plus clair
que cette indication dans le Logogryphe
que nous venons de citer. Ma
tete n'a jamais rien entrepris en vain
défigne bien la pre miere fyllabe . Sans
elle en moi tout eft divin : otez Or ,
refte Ange. Les autres mots font pareillement
indiqués fans équivoque :
comme Orge en retranchant la fyllabe
du milieu An , qui fait le coeur du
mot. & c. 2°. Dans la jufteffe de ces
énigmes fubalternes , qui ne doivent
être ni trop claires ni trop bbfcures :
j'ajoute , ni trop longues pour ne pas.
fatiguer l'attention du lecteur. Si une
énigme en forme doit être courte , à
plus forte raifon la briéveté convientelle
aux énigmes dont l'affemblage compofe
le Logogryphe . Elles ont ici toutes
les conditions requife's . 3 ° . Dans le nombre
des énigmes que le mot entier renferme
dans fes divifions. Il eft clair que c'eft
un mérite de plus pour un Logogryphe
, le reſte étant égal , de contenir
86 MERCURE DE FRANCE .
un plus grand nombre d'énigmes.
Il y en a fix dans celui d'Orange ,
quoique le mot n'ait que fix lettres .
L'Auteur auroit pu en tirer un plus grand
nombre d'énigmes , puifqu'il a négligé
les mots Orage , Rage , Age , Gare ,
Argo , &c. Il a fans doute craint
de devenir trop long ou trop confus.
4°. Enfin dans l'art de referrer le
tout dans le moins d'espace poffible , en
évitant les inutilités & les longueurs .
Ici l'auteur a renfermé fes fix énigmes
en neuf vers.
Les mots les plus favorables aux Logogryphes
font ceux dans lefquels on
trouve un plus grand nombre de mots
par de fimples divifions , lefquelles font
beaucoup plus faciles à indiquer que les
tranfpofitions de lettres . Tel eft le mot
Courage , dont les fimples divifons ou
retranchemens feront trouver Cou, rage;
Cour , age; Courge , Cage , Orage. &c.
Ainfi les mots les plus longs, quoiqu'ils
fourniffent d'ordinaire un plus grand
nombre de combinaiſons , font les moins
avantageux pour un Logogryphe. Imagineroit-
on que pour en faire un , on
eût choifi un mot tel que Métamorphofe ,
d'où l'on n'en peut guères tirer d'autre
qu'en fe donnant la torture , & où pour
AVRIL. 1763.
87
e
indiquer le mot , phare , par exemple ,
il faut avertir le Lecteur de raffembler
la 8 , la 9 , la 4 , la 7 & la 2º lettre
& qu'alors il trouvera ce qni fait
lefalu des navigateurs , c'eft ce qu'on
exprimera dans le vers fuivant ou dans
quelque autre auffi harmonieux :
Huit , neuf, quatre , fept , deux : je guide le
Nocher.
C'est au choix heureux de mots de
cette espéce qu'on a l'obligation d'avoir
vû longtemps les Mercures remplis de
Logogryphes dans ce ftyle.
On s'eft enfin laffé de ce langage
barbare , & plutôt que d'indiquer les
tranfpofitions de lettres par leur numé
ro , on a pris le parti de ne les point
indiquer du tout , & de faire dire au
mot entier du Logogryphe ; vous trouverez
en moi un adverbe , une Saiſon ,
un Elément , un Saint , un Pape , un
Empereur , un fleuve , une note de mufique
, &c. fans défigner l'ordre des lettres
qui forment ces mots , ce qui eft
auffi vague & auffi confus , que l'autre
expédient étoit uniforme & faftidieux.
Si les mots trop longs font rarement
propres pour un Logogryphe , les mots
les plus courts offrent quelquefois dans
88 MERCURE DE FRANCE.
un très -petit nombre de lettres un affez
grand nombre de combinaiſons , ce
qui leur donne une forte de grace , parce
qu'on ne s'attend pas à cette fécondité.
Par exemple on vous annonce un
mot de trois lettres , dans lequel on trouve
neuf ou dix mots différens , fur lef
quels on fera neuf ou dix petites énigmes
par diverfes combinaiſons bien indiquées
en devinant le mot ail,vous ferez
furpris d'y trouver lia , ali , lai , ai,
ia , al , la , note de mufique , la , article,
là , adverbe , il article ; & li meſure itinéraire
de la Chine.
Il y a des mots tellement compofés,
qu'en retranchant fucceffivement une
deux , trois , quatre lettres , il refte toujours
un mot entier & enfin une lettre ,
lefquels peuvent fournir matière à autant
d'énigmes,& faire de tout un joli Logogryphe.
Par exemple, canon , par le retranchement
fucceffif d'une lettre , devient
anon , non , on , & la lettre n. Silex
, mot latin , eft dans le même cas ;
on y trouve ilex , lex ex & x , fans
compter file & lis. Dans Avoie , nom
d'une Sainte que porte une rue de Paris
, en fuivant la même méthode , vous
trouverez voye , vie , ie , & l'e muet. Ce
mor a cela de particulier encore , que
> >
AVRIL. 1763. 89
les cinq lettres qui le compofent, font
a , i , o , u. Ces deux derniers Logogryphes
ont été faits & donnés au Mercure
il y a quelques années.
Le mot latin adamas fournit un
exemple encore plus fingulier & peutêtre
unique. En le rognant lettre à lettre
( qu'on me permette cette expreffion )
par le commencement , il deviendra
damas , amas , mas , as & s ; & en lė
mutilant à rebours , adama , adam , ada,
( Princeffe connue dans l'hiftoire ) ad
& a ; mais cela feroit un mêlange bizarre
de mots François , Latins & Efpagnols
qu'il faudroit diftinguer , ce qui
feroit difficile & de plus cauferoit des
longueurs & de l'embrouillement.
Un mot qui a plufieurs anagrames,
peut fournir un Logogryphe par de fim
ples tranfpofitions fans retranchement.
Je connois un Logogryphe dans ce cas
dont le mot eft nacre. On y trouve par
fimple tranfpofition de lettres , crane ,
carne , écran , Nerac , Rance , ( carrière
de marbre ) & ancre. 1
Depuis quelque temps , le défaut ordinaire
des Logogryphes du Mercure
eft de n'être Logogryphes que de nom ;
puiſqu'on y dit au Lecteur préciſement
tout ce qu'il faut pour lui faire trouver
90 MERCURE DE FRANCE.
le mot fans avoir rien à deviner , ce
qui provient de ce qu'on péche contre
la feconde des quatres régles que j'ai
données plus haut & qu'au lieu de faire
des énigmes fur les parties féparées du
mot total , on exprime ces parties par
des fynonymes équivalens à leur nom .
Je n'en chercherai point la preuve plus
loin que dans le Mercure de Janvier
où fe trouve l'énigme du Fiacre. Le
mot du fecond Logogryphe eft Soif:
l'énigme fur ce mot par laquelle on
commence le Logogryphe, eft affez bien
faite , mais trop longue , puifque la
préface d'un ouvrage n'en doit pas
faire prés de la moitié. Si la lecture
de cette énigme préliminaire n'a pas
fuffi pour me faire deviner le mot
Soif, le refte va me l'indiquer fi
clairement, qu'il ne me fera pas poffible
de m'y méprendre. Je pourfuis ma lecture
& je vois que l'on m'annonce que
je trouverai dans le mot que je cherche
, 1 ° . l'objet des foins d'Argus. Eftce
là une énigme ? C'eft comine fi l'on
me difoit,vous trouverez Io ; j'écris donc
Io : voilà déja deux lettres . 2° . Certaine
note de Mufique ; rien ne m'indique encore
laquelle c'eft des fept notes ; je
laiffe donc fon nom en blanc , & je conAVRIL
1763. or
,
inue . 3 ° . Un arbriffeau des plus touf
fus , ce pourroit être if ou bien hour.
Je fufpends mon jugement. Je lis juf
qu'au bout , & le dernier vers m'apprend
que le mot entier n'a que quatre
lettres. Or j'en fçais déja deux , i & o :
je reprens où j'en étois , & je vois 4 ° .
qu'il faut trouver dans le mot entier une
vertu théologale. Laquelle des trois ?
Ce ne peut être que foi , puifque le
mot entier n'a que quatre lettres , &
que i & o que j'ai déja font du nombre .
J'écris donc foi. Je conclus auffitôt que
l'arbriffeau dont j'étois en doute ne
peut être qu'if, puifqu'il fe trouve dans
le mot foi. Il ne manque denc plus
qu'une lettre. 5. Ce dont un chien quand
il peut fe régale. Autant vaudroit dire
un os. Or dans le mot os je trouve la
lettre o que j'ai déja , & de plus la lettres
; celle -ci eft donc la quatriéme qui
me manquoit.J'écris donc os.5º.Un terme
enfin de dédain , de mépris. On ne peut
exprimer plus clairement le mot fi, que
je trouve en effet dans les mots que j'ai
déja. Les quatre lettres du mot font
donc i , o , f & f. J'y cherche la note
de mufique que j'ai laiffée en fouffrance
; & je vois que ce ne peut être que
la note fi. Il ne reste plus qu'à faire un
92 MERCURE
DE FRANCE.
mot avec les quatre lettres trouvées ¿
o,f, s. Quatre lettres ne peuvent s'ar- .
ranger que de vingt- quatre façons différentes
, dont la moitié dans le cas préfent
ne pourroit fe prononcer. Dès les
premiers effais de combinaifons , je
m'apperçois que ces quatre lettres i ,
o, f, s , ne peuvent faire que les mots
fois & foif. Ce dernier mot explique
très-bien l'énigme du début : le mot
du Logogryphe eft donc foif.Toutes ces
opérations fe font beaucoup plus promptement
qu'elles ne peuvent fe décrire ;
enforte qu'à la feconde lecture
avoir rien deviné , je reconnois évidemment
que le mot cherché eft foif, &
que tout ce qu'on m'a dit avec apparence
de mystère , fe réduit à cette propofition
, Lecteur , faites un mot françois
de ces quatre lettres , i , o , f , s ;
or je demande fi c'eft- là un Logogryphe.
J'en dirois prèfque autant de l'autre qui
fuit , dont le mot eft mode , ainfi que'
de la plupart de ceux que je vois dans
les Mercures depuis quelques années.
fans
Il est vrai que fouvent le mot a
plus de quatre lettres, & que quoiqu'elles
me foient toutes indiquées auffi clairement
que fi l'on me les eût nommées ,
il feroit long & pénible d'en compofer
AVRIL. 1763. 93
#
an feul mot.Je me contente alors d'avoir
toutes les lettres du mot, & j'abandonne
fans regret une recherche purement ennuyeuſe
, qui n'éxige que la patience de
former 120 arrangemens différens , file
mot a cinq lettres ; 720, s'il en a fix ; ſept
fois 720 ou 5047 , s'il y a fept lettres
& c,ce qui n'eft plus que l'ouvrage d'un
manoeuvre. Il n'y a que l'utilité ou l'im-
-portance de l'objet , cu une raiſon d'interêt
, qui pût faire furmonter un tra
vail auffi rebutant.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure Sur les ÉNIGMES & les LOGOGRYPHES,
Le texte traite des logogryphes, des énigmes basées sur la manipulation des mots. Il commence par mentionner un ancien logogryphe latin et le premier logogryphe français publié dans les Mercures en décembre 1727, attribué au Marquis de la Guésnerie. Cependant, le Clouftier d'Andely a revendiqué la paternité des premiers logogryphes parus dans le Mercure. Le texte présente ensuite un logogryphe du célèbre Dufresny, daté d'au moins 50 à 60 ans avant la publication, utilisant le mot 'Orange'. Il explique les règles des logogryphes, soulignant l'importance d'une énigme introductive courte et claire, suivie d'énigmes sur les divisions et combinaisons du mot. Le texte critique les logogryphes récents du Mercure, les jugeant trop explicites et manquant de mystère. Il conclut en mentionnant des exemples de mots favorables aux logogryphes et des erreurs courantes dans leur composition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
167
p. 192-202
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON trouve chez Duchesne à Paris un Extrait imprimé de l'Amour paternel, [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Théâtre, Succès, Pièce, Créanciers, Mérite, Ariette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le texte met en lumière plusieurs pièces de théâtre italiennes et françaises, en se concentrant particulièrement sur les œuvres de Carlo Goldoni. Un extrait imprimé de 'L'Amour paternel' de Goldoni, disponible chez Duchefne à Paris, témoigne de la renommée de cet auteur. Goldoni parvient à intégrer intrigue, conduite et éloquence naturelle dans ses scènes, malgré la préférence du public pour les masques traditionnels comme Arlequin et Pantalon. Dans 'Arlequin cru mort', Goldoni adapte les scènes pour plaire au public français tout en conservant l'esprit comique et l'ordre des idées. Cette pièce, représentée pour la première fois le 25 février 1763, a connu un succès notable. Le 28 février, la comédie en vers et en un acte 'Le Bucheron ou les trois Souhaits', mêlée d'ariettes, a été applaudie à l'unanimité. Tirée d'un conte de Perrault, cette pièce a été acclamée pour sa musique et son poème agréable. L'intrigue de 'Le Bucheron' raconte comment Blaise, un bûcheron, reçoit trois souhaits de Mercure et les utilise de manière comique et moralisante. La pièce se termine par un vaudeville et des remarques sur la conduite sage, le style proportionné au sujet, et les plaisanteries fines. Les auteurs Guichard et C*** montrent une grande modestie concernant la paternité de la pièce. La musique de Philidor est louée pour son harmonie et son adaptation au langage français. Les acteurs ont joué avec beaucoup de feu et d'intelligence, et un nouvel acteur a débuté avec succès le 1 mars. La saison s'est terminée le samedi avant le Dimanche des Rameaux, avec un grand concours de spectateurs pour 'Le Bucheron'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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168
p. 174-179
SUITE des Concerts Spirituels.
Début :
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine Sainte. [...]
Mots clefs :
Musique, Concert, Public, Chœurs, Talents, Applaudissements, Célébrité, Concerto
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Concerts Spirituels.
SUITE des Concerts Spirituels.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
Il y a eu Concert tous les jours de la Semaine
Sainte.
"
;
Dans les premiers , on a repris quelques- uns
des Moters à grand choeur qui avoient été éxécutés
précédemment Inclina Domine , de M.
BLANCHARD , Maître de Mufique de la Chapelle
du Roi. Confitemini , autre Moter à grand choeur
de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître de Mufide
l'Eglife de Paris ; le Deus venerunt Moter
a grand choeur de feu M. FANTON , d'une belle
& fçavante diftribution & d'un grand effet. Le
Lundi Saint on avoit éxécuté pour la première
fois Dixit Dominus Domino meo , Motet àgrand
choeur del Signor Leonardo Leo , Ouvrage d'un
que
AVRIL. 1763. 175
affez beau travail pour l'harmonie & d'un genr
qui porte le caractère du temps où la Mufique
Italienne n'avoit pas encore été corrompue par
l'extravagance des faillies & par la furabondante.
affluence des tours d'éxécution .
On éxécuta le Mercredi Saint , l'admirable
Stabat de PERGOLEZE . Mademoiſelle HARDI ,
dont nous avons déja parlé , & M. AIUTO de la
Mufique du Roi y récitoient . On connoît le mérite
de ce célébre Motet ; on l'a donné les deux
autres jours fuivans , & il a été tous les jours trèsbien
éxécuté . Mademoiſelle HARDI y a eu beaucoup
d'applaudiffemens. Les autres grands Motets
qu'on a donnés avec le Stabat , n'ont ni moins
de mérite ni moins de célébrité dans leur genre.
Le même jour , on éxécuta le Miferere de feu
M. de LALANDE. Mademoiſelle ARNOULD y
chanta le récit Sacrificium Deo , avec cette expreffion
touchante qui eft naturelle à la qualité
de fa voix & au caractère de fon talent ; les applaudiffemens
qu'elle y reçut , font garans de cet
éloge. Le Jeudi , on donna le Motet connu fous
le nom de Meffe de GILLES ; ouvrage dont la
célébrité difpenfe d'ajouter aux éloge sde tous
les connoiffeurs.
Ce même jour ( Jeudi Saint ) M. AIUTO ,
par quelqu'accident imprévu , n'ayant pu arriver
de Verfailles pour le temps du Concert , M. BBSCHE
fe prêta à y fuppléer dans le Stabat. L'art
avec lequel il s'acquitta de l'éxécution de cette
partie , mérite autant d'éloges que fa bonne volonté.
Sans beaucoup de connoiffance en mufique
on conçoit facilement de quelle difficulté il eft
de convertir fur le champ une partie de deffus
en haute-contre , en n'altérant point la modu
lation d'un chant auffi précieux que l'eft
H. iv
176 MERCURE DE FRANCE.
celui du Stabat . C'eft ce que fit M. BESCHE avec
une préciſion , une fageffe & un goût qui attirerent
les applaudiffemens de tous les auditeurs.
Le Vendredi Saint , on donna le De profundis
de M. REBEL , Sur- Intendant de la Mufique du
Roi. Nous avons déja eu occafion de parler de
ce Motet , dont la célébrité eft actuellement établie
avec juftice. Il fut fort bien éxécuté & fit un
très- grand effet . On finit par le Stabat.
Les Moters du Samedi Saint furent Regina
cali , de M. l'Abbé TOUSSAINT , Maître de Mufique
de la Cathédrale de Dijon , qui parut être
goûté ; & un Salve Regina à grand choeur ,
de
M. KOHAULT , duquel nous avons parlé à l'occafion
des Duos de Luth & de Violoncelle avec
M. DUPORT. Ce Motet avoit été éxécuté le Jeudi
précédent entre les deux grands Moters & jugé
très digne d'être au même rang & de ter
miner un Concert. Le génie , le goût & l'agrément
regnent dans toute la compofition de ce
morceau : il eft travaillé d'une manière brillante ,
mais fans bifarrerie . Mlle FEL y chantoit des récits
avec un accompagnement de Violoncelle
obligé , éxécuté par M. DUPORT. C'étoit avoir
réuni tout ce qui eft le plus agréable au Public
dans un Motet qui par lui -même méritoit les
fuffrages.
Le jour de Pâques, on éxécuta Dominus regnavit,
de feu M. DE LALANDE . Mlle ARNOULD Y chanta
un récit. On finit par Deus venerunt , de feu M.
FANTON . Nous avons parlé plus haut de ce motet.
Il nous refte à ajouter que le Public & les connoiffeurs
paroiffent aimer beaucoup la musique de
cet Auteur & regretter que l'on n'en donne pas
plus fouvent.
M. BESCHE fit beaucoup de plaifir dans le pe
tit Motet de M. Mouret Benedictus .
AVRIL 1763. 177
Le Lundi , le Concert commença par Notus in
Judæa, de la compofition de M. MATHIEU , le fils ,
Ordinaire de la Mufique du Roi , & finit par Lauda
Jerufalem , de M. l'Abbé GIROULT , Maître de
Mufique de la Cathédrale d'Orléans.
Le Mardi de Pâques , Cantemus , motet de M.
GIRAULT , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale , dans lequel il y a beaucoup
de chofes agréables & bien travaillées , qui furent
applaudies . Le Dixit , da Signor LEO .
Le Vendredi , après les Fêtes , il y eur Concert.
On y reprit le Miferere , de M. DE LA LANDE, dans
lequel Mile ARNOULD , avec plus de fuccès encore
que la premiere fois ,y chanta l'admirable recit Sacrificium.
L'impreffion qu'elle fit fur le Public
dans ce morceau fut univerfelle & de la plus
grande vivacité ; les applaudiffemens qu'on lui
donna exprimerent d'une manière inconteftable
la juftice que nous rendons ici aux grands talens
de Mile ARNOULD pour tout qui ce porte le caaractère
du Sentiment. i
2
On termina cé Concert par Mifericordias Domini
, Motet de M. BLANCHARD , digne du
métite reconnu de cet Auteur.
Le Dimanche de Quafimodo , jour de la clôcure
des Concerts , on commença par Lauda
Jerufalem de M. DE LALANDE Mlle ARNOULD
y chanta un récit. On reprit le Motet Mifericordias
Domini..
3
1.K
&
Ce Concet fut remarquable par une nowveauté
très - intéreſſante pour le Public ,
qui par le fuccès lui devint on ne peut pas plus
agréable . Mlle DUBOIS , de la Comédie Fran
çoife , dont nous avons eu occafion d'annoncer
les progrès dans le grand art de la Déclama
tion tragique, fit l'eflai le plus flatteur pour elle
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
de fes autres talens , en chantant à ce Concert
un Motet à voix feule de feu M. MOURET , avec
une très -belle voir, la plus belle articulation ' ,
la juftelle des fons & la précifion des mouvemens
, qu'on loueroit dans une Cantatrice confommée
& journellement exercée. On conjecture
facilement combien elle fut applaudie..
Les divers talens , foit fymphoniſtes , foit chanzeurs
qui font habituellement les plaifirs du Public
à ce Concert , ne nous fçauront pas mauvais
gré ne de pas répéter ni détailler ici tout ce
qu'ils ont reçus & mérités de nouveaux éloges.
M. GAVINIES , M. BALBASTRE , M. DUPORT "
prodige fur lequel nous n'avons plus d'expref
fions ) ont joué chacun des Concerto ou dés
Sonates dans plufieurs de ces Concets. Les Duos
entre M. KOHAUT fur le Luth & M. DUPORT
fur le Violoncelle , ont été fréquemment répétés
& jamais trop applaudis au gré du Public.
M. LE MIERRE , M, CAPRON , déja connus &
arès-goûtés du public, ont éxécuté fur le violon des
morceaux de diſtinction à pluſieurs de ces Concerts.
M. MAYER , dont on a parlé ci - devant, a
joué de la Harpe au dernier Concert , avec le
même fuccès qu'il avoit eu cet Hyver.
M. LEGRAND a éxécuté un Concerto fur l'Or
gue, qui a été généralement approuvé.
M. BOUTEUX joua le Vendredi 8 , un Concerto
de Violon dans lequel il eut beaucoup
d'approbateurs .
M. FELIX REINER , ordinaire de la Mufique
du Duc de BAVIERE , a éxécuté plufieurs fois .
divers morceaux fur le Baffon , avec beaucoup
de talent & une grande pratique de cet inftru
ment .
Nous croyons nous être rappellés les nou
AVRIL. 1763. 170
veautés en talens qui ont contribué à l'agrément
& à la beauté des Concerts pendant les trois
femaines de Pâques.
Nous ne devons pas obmettre que le jeune
M. DUBUT , cité dans le précédent Volume , a
paru dans prefque tous les Concerts fuivans , où.
il a toujours fait plaifir .
>
Mlle HARDI , qui a chanté à tous les Concerts,
& dont nous avons parlé au commencement du
mois , paroît avoir été la nouveauté intéreffante
cette année qui a fixé l'attention & les fuffrages
des Auditeurs. Il eft honorable pour ce
jeune Sujet d'avoir par une épreuve auffi peu
fufpecte que l'approbation univerfelle , prouvé
qu'elle mérite les bienfaits de fes auguftes Protecteurs.
Mlle ROZET a chanté plufieurs Moters à voix
feule avec une très- belle voix & les marques
d'un progrès fenfible dans l'art.
Mlle BERNARD , de laquelle on a parlé dans
plufieurs Mercures , a chanté auffi quelquefois.
Ce font Mlle FEL , Mrs GELIN , BESCHE &
MUGUET qui ont foutenu feuls , cette année, le
fonds de la Mufique pour les grands récits pendant
tout le cours des Concerts.
Le Public paroît confirmé dans l'opinion avan -
tageufe qu'il avoit conçue d'abord des nouveaux
Directeurs du Concert , par le bon choix des
ouvrages & des talens qui ont paru pendant
ces trois ſemaines de Pâques.
Fermer
Résumé : SUITE des Concerts Spirituels.
Durant la Semaine Sainte de l'année 1763, des concerts spirituels ont été organisés quotidiennement. Les premiers concerts ont repris des motets à grand chœur déjà exécutés, tels que 'Inclina Domine' de M. Blanchard, 'Confitemini' de l'Abbé Goulet, et 'Deus venerunt' de M. Fanton. Le lundi saint, le motet 'Dixit Dominus Domino meo' de Leonardo Leo a été exécuté pour la première fois. Le mercredi saint, le célèbre 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par Mademoiselle Hardi et M. Aiuto, suscitant de nombreux applaudissements. Le même jour, le 'Miserere' de M. de Laland a été exécuté avec Mademoiselle Arnould chantant le récit 'Sacrificium Deo'. Le jeudi saint, le motet 'Messe de Gilles' a été joué, et M. Besche a remplacé M. Aiuto dans le 'Stabat Mater'. Le vendredi saint, le 'De profundis' de M. Rebel a été exécuté. Le samedi saint, les motets 'Regina caeli' de l'Abbé Toussaint et 'Salve Regina' de M. Kohault ont été interprétés, avec Mademoiselle Fel chantant des récits accompagnés par M. Duport au violoncelle. Le jour de Pâques, les motets 'Dominus regnavit' de M. de Laland et 'Deus venerunt' de M. Fanton ont été exécutés. M. Besche a interprété le petit motet 'Benedictus' de M. Mouret. Les concerts se sont poursuivis après Pâques avec divers motets et concerts instrumentaux, notamment des œuvres de M. Mathieu, l'Abbé Giroult, et M. Girault. Plusieurs artistes ont été salués pour leurs performances, notamment Mademoiselle Dubois, M. Gaviniès, M. Balbastre, M. Duport, M. Legrand, M. Bouteux, et M. Felix Reiner. Mademoiselle Hardi a été particulièrement remarquée pour ses interprétations. Le public a apprécié le choix des œuvres et des talents présentés par les nouveaux directeurs du concert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
169
p. 151-152
MUSIQUE.
Début :
CONCERTO a Flauto Traversiero con due Violino & Basso del Signor [...]
Mots clefs :
Sonates, Clavecin, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
CONCERTO
ONCERTo a Flauto Traverfiero
con due Violino & Baffo del Signor
Antonio Forni. Prix
adreffes ordinaires.
2 liv. 8 f. aux
•
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
SIX SONATES pour le Clavecin,dédiées
à M. Gavigniés , compofées par
J. F. Eckard , OEuvre I. Prix 9 liv. chez
l'Auteur , rue S. Honoré , près celle
des Frondeurs , maifon de M. Lenoir ,
Notaire ; & aux adreffes ordinaires de
Mufique.
CONCERTO
ONCERTo a Flauto Traverfiero
con due Violino & Baffo del Signor
Antonio Forni. Prix
adreffes ordinaires.
2 liv. 8 f. aux
•
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
SIX SONATES pour le Clavecin,dédiées
à M. Gavigniés , compofées par
J. F. Eckard , OEuvre I. Prix 9 liv. chez
l'Auteur , rue S. Honoré , près celle
des Frondeurs , maifon de M. Lenoir ,
Notaire ; & aux adreffes ordinaires de
Mufique.
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170
p. 174-180
MUSIQUE.
Début :
MUSIQUE. LE sieur de la Chevardière, rue du Roule à la Croix d'or, vient de mettre [...]
Mots clefs :
Mesure, Musique, Sonates, Recueil, Auteur, Opéra, Ponctuation, Chapitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
E fieur de la Chevardière , rue du
Roule à la Croix d'or , vient de mettre
en vente les Ouvrages ſuivans.
" Troiſièine Recueil de Pièces Fran-
>>coiſes & Italiennes , Petits Airs , Ro-
>>>mances , Vaudevilles , choifies dans
,
:
JUIN. 1763 . 175
>> les Opéra- Comiques nouveaux , com-
>>> me le Bucheron , le Roi & le Fermier ,
» Sancho-Pança , le Guy de chêne , &
>>> autres , accommodés pour deux flûtes,
>> deux violons , ou deux pardeſſus -de-
» viole. Par M. Granier. Prix , 6 liv.
>> Ce Recueil forme la fuite de ceux qui
>> ont paru précédemment & qui contient
>>>les airs des Opéra un peu plus anciens.
>> 6 Symphonies à 4 parties obligées
>>> avec Hautbois & Cors-de-Chaffe ad
>>> libitum , compofées par M. Stamitz ,
>>>& mifes au jour par M. de la Chevar-
>> dière : ce font les dernières Sympho-
>>> nies qu'on a pu ramaffer de ce célé-
>>> bre Auteur : elles ont été éxécutées
>> au Concert ſpirituel la ſemaine ſainte ;
>>>on les vend 9 livres.
» 5 & 6 ° Livres de piéces de Clave-
>>cin compoſées par M. Ferdinando Pe-
» legrino , prix, 6 liv. chaque livre.
>> 7º Recueil de récréations chantantes
>>par M. Legat de Furcy , contenant des
>>airs détachés des Opéra - comiques
>> avec accompagnement de Violon ,
>>Flûtes ou pardeſſus-de-Viole , & ar-
>> rangés de façon qu'on peut les jouer
>> en Duo ſur tous les inftrumens ; prix ,
» 3 liv. Cet Ouvrage eſt périodique &
>>paroît tous les mois.
Hiv
1
T
176 MERCURE DE FRANCE.
4º Recueil des récréations de Polym
nie , ou choix d'ariettes & airs tendres
& légers , avecaccompagnement de
Violon , Flûte , Hautbois , Pardeſſusde-
Viole , &c . Ces airs feront auſſi trèsbien
à deux inſtrumens de deſſus au défaut
de la voix. Dédiés au beau ſexe ;
recueillis & mis en ordre par M. le
Loup , Maître de Flûte , Editeur de ces
Recueils . Il y adans celui-ci pluſieurs
ariettes & airs de la Sybille , Opéra-Comique
, Parodie des Fêtes d'Euterpe ,
par M. Gibert ; ainſi qu'un air de Soliman,
&c. Prix, 3 liv. chez l'Éditeur , rue
du Mouton , près la Grève , au Caffé
de la Paix , au coin de la rue de la Tixeranderie.
Ce nouveau recueil nous a paru d'un
bon choix , & s'il eſt poffible plus piquant
encore que les premiers. On y
trouve de plus une ariette nouvelle de
M. le Loup , miſe en Symphonie par
M. Ponteau , paroles de M. Pasquier ,
qui ſe vend ſi l'on veut ſéparément à la
même adreſſe.
Cleffacile & méthodique pour apprendre
en peu de temps à battre la meſure, à
diftinguer les modulations , à préluder
& à phrafer la muſique , par le moyen
JUIN. 1763. 177
de la Ponctuation grammaticale & typographique.
Ouvrage utile & intéreſſant
pourles commençans , ſuivi de 6 petites
Sonates méthodiques, fervant d'exemples
pour l'intelligence & la pratique de cette
méthode. Par M. Atys , Maître de Flûte.
OEuvre 5. A Paris , chez l'Auteur , dans
le paſſage de la rue Traverſière S. Honoréà
celle des Boucheries , & aux Adreſſes
ordinaires . Prix , 7 liv . 4 f.
On ne ſera peut-être pas fàché de voir
comment l'Auteur établit ſon ſyſtême ,
dans ſon Avant-propos .
La meſure dans la Muſique eſt l'effence
même de la mélodie & de l'harmonie
; les commençans doivent donc ,
fitôt les premières notions acquiſes , apprendre
à battre la meſure & à obſerver
exactement la valeur des notes , & ne
rien négliger poury parvenir. Sans cette
attention , il eſt impoſſible qu'ils faififfent
le caractère & le goût particulier
de la Piéce qu'ils chantent , ou qu'ils
éxécutent fur leur inſtrument & qu'ils
en ſentent toutes les beautés & les agrémens.
La Muſique a ſa proſodie ainſi
que le langage ; & fi l'on ne s'afſſujettit
àla meſure& à la valeur des notes , on
rend déſagréable le chant le plus flateur
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
& le plus mélodieux : il eſt donc trèsimportant
de battre la meſure avec toute
la juſteſſe requiſe .
On acquérera aisément cette juſteſſe
av ec un peu d'application , & à l'aide de
cepetit traité qui peut auffi fervir à ceux
qui ont déja avec les difpofitions naturelles
un commencement méthodique
, mais qui ne font pas à portée d'avoir
des Maîtres pour les continuer. Le
moyen d'en retirer l'utilité que j'en promets
, eſt de ſuivre ponctuellement les
exemples que j'ai poſés à côté de chaque
précepte & ceux que je donne d'une
manière plus étendue dans les fix
petites Sonates ci-après.
J'indique dans mon ſeptiéme Chapitre
un nouveau ſyſtême pour phrafer la
Muſique. Son utilité m'a frappé lorſque
l'obſervation la plus commune m'en fit
révenir l'idée. La ponctuation de l'Ecriture
meſure la marche & l'étendue du
difcours; ces fignes peuvent naturellement
produire le même effet dans la
Muſique , qui eſt faite pour parler à
l'oreille comme l'Ecriture parle aux
yeux. L'éffai que j'ai fait de ce projet
dans les petites Sonates qui terminent
cet ouvrage ſuffit pour faire concevoir
fans aucun travail toute l'étendue qu'on
JUIN. 1763 . 179
peut donner à cette idée ; car les inventions
les plus utiles & les plus fages
font prèſque toujours les plus intelligibles
& les plus fimples .
Outre cette ponctuation j'employe
encore dans les fix Sonates que je viens
d'annoncer , des marques ou des fignes
pour avertir d'augmenter ou de diminuer
le ſon lorſque le goût & la délicateſſe
l'exigent.
Enfin le huitiéme & dernier Chapitre
contient une expofition des vingt-quatre
Modes tels que la diviſion de la
Gamme ou Echelle diatonique ordinaire
les produit néceſſairement. La méthode
claire , préciſe & exacte avec laquelle
j'ai tâché de détailler cette expofition
apprendra à ceux qui me liront:
avec un peu d'attention, à diftinguer les
modulations , à connoître & à difcerner
en quel mode ou en quel ton ils
feront foit au commencement , foit dans.
le courant d'une Piece , ou même lorfqu'ils
s'éffſayeront à préluder , à décider
en un mot fi ce ton ou Mode eſt Majeur
ou Mineur.
Quant aux fix petites Sonates que je
viens d'annoncer & qui font à la fuite
de ce huitiéme Chapitre, j'avertis qu'on
doit les regarder comme une leçon gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE:
nérale où l'on appercevra aisément l'application
que je fais faire de ce que
j'enſeigne dans ce Traité.
SIX TRIO pour deux Violons & un
Violoncello,compoſés par le Signor Galeotti
de Gènes , dédiés à Madame la
Princeſſe de Monaco ; à Gènes , chez
l'Auteur ; & à Paris, aux adreſſes ordinaires
de Muſique. Prix , 9 liv. avec privilége.
Cet Ouvrage eſt digne de la ré
putation dont cet Auteur jouit en Italie
par ſes ouvrages & par ſon talent
connu pour le Violoncello .
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Résumé : MUSIQUE.
En juin 1763, divers ouvrages musicaux étaient disponibles à la vente. Parmi ceux-ci, on trouvait un troisième recueil de pièces françaises et italiennes, incluant des airs d'opéras-comiques récents tels que 'Le Bûcheron', 'Le Roi et le Fermier' et 'Sancho Pança', arrangés pour deux flûtes, deux violons ou deux altos par M. Granier. Six symphonies de M. Stamitz, exécutées au Concert spirituel pendant la semaine sainte, étaient également en vente. Deux livres de pièces pour clavecin par M. Ferdinando Pellegrino et un recueil mensuel de récréations chantantes par M. Legat de Furcy étaient proposés. Un autre recueil, 'Les Récréations de Polymnie', compilait des ariettes et airs tendres, dédié au beau sexe et édité par M. le Loup. Un ouvrage méthodique pour apprendre à battre la mesure et à moduler, accompagné de six sonates, était écrit par M. Atys. Ce traité incluait une méthode de ponctuation musicale inspirée de la ponctuation grammaticale et typographique. Le texte mentionnait aussi des sonates en mode majeur ou mineur, décrites comme une leçon générale illustrant les enseignements d'un traité. De plus, il annonçait la publication de six trios pour deux violons et un violoncelle, composés par le Signor Galeotti de Gênes. Ces trios étaient dédiés à Madame la Princesse de Monaco et étaient disponibles à Gênes chez l'auteur ainsi qu'à Paris, au prix de neuf livres avec un privilège. L'auteur était reconnu en Italie pour ses œuvres et son talent au violoncelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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171
p. 182
SPECTACLES DE LA COUR.
Début :
PENDANT le séjour de la Cour à Marli, il y a eu deux Concerts par la [...]
Mots clefs :
Musique, Cour, Ballet
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR.
SPECTACLES DE LA COUR .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
PENDANT le féjour de la Cour à
Marli , il y a eu deux Concerts par la
Muſique du RO1 .
Le Mercredi 11 Mai , on y exécuta
le divertiſſement de l'Acte des Fleurs
& l'Acte des Sauvages , du Ballet des
Indes galantes , Muſique du ſieur RAMEAU.
Les Rôles furent chantés par
la Dlle LARRIVÉE ( ci-devant LEMIERRE
, ) les fieurs GELIN , LARRIVÉE
& BESCHE .
Le Samedi 14 , on exécuta Alcimadure
, Ballet Provençal : Muſique du
Sr MONDONVILLE . Les Rôles furent
chantés par la Dlle FEL & les fieurs.
BESCHE Frères .
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Résumé : SPECTACLES DE LA COUR.
À Marly, deux concerts ont eu lieu. Le 11 mai, des extraits des 'Indes galantes' de Rameau ont été joués par Mademoiselle Larrivée, Gelin, Larrivée et Besche. Le 14 mai, le ballet 'Alcimadure' de Mondonville a été présenté par Mademoiselle Fel et les frères Besche.
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172
p. 183-189
SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
LES Concerts françois que cette Académie continue de donner les Vendredis [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, Ballet, Morceaux, Public, Musique
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
SPECTACLES DE PARIS.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
LES ES Concerts françois que cette Académie
continue de donner les Vendredis
de chaque Semaine au Château des
Thuilleries , ont le ſuccès de ces chofes
où le Public ſe porte avec une eſpéce
de fureur. Le premier de ces Concerts ,
duquel nous avons parlé dans le précédent
Mercure avoit raſſemblé déja ,
par le motif de curiofité , un fort grand
nombre d'Auditeurs ; les ſuivans
ont été encore infiniment plus nombreux.
Juſqu'à préfent les Loges ou
Gradins ont été loués pluſieurs jours
en avance ; & les autres places remplies
avec la plus grande affluence.
C Cette époque peut être regardée
comme celle de la reſtauration du goût
de la Nation pour ſa Muſique ; goût
que l'on croyoit éteint ou corrompu ,
lorſqu'il n'étoit , s'il eſt permis de le:-
dire , que débauché par les circonftances.
Les morceaux que l'on éxécute.
dans ces Concerts font fi connus dut
184 MERCURE DE FRANCE.
Public , que quelques-uns même ſembloient
avoir épuisé ſon admiration :
mais le choix ingénieux de ces morceaux
& leur arrangement les renouvellent de
manière a faifir & à donner le plus grand
plaiſir.On doit ajouter encore aux caufes
d'un fi brillantfuccès , une éxécution qui
n'a point d'exemple dans l'Europe, de l'aveu
mêmedes gens del'art le plus attachés
au genre de Muſique étrangère. Cette
perfection a un double avantage dans
notre Orcheſtre françois : c'eſt 1. la précifion
muſicale ; 2°. la fineſſe du Tact,
dans les mouvemens qui n'a d'autre
regle que le goût , & d'autre guide
qu'un ſentiment délicat,
و
C'eſt aux foins des Directeurs ( MM
REBEL & FRANCEUR ) que l'on
doit l'arrangement de ces Concerts .
M. LE BERTON , Maître de Muſique
de l'Orchestre y bat la meſure ainſi qu'à
l'Opéra ; M. REBEL, l'un des Directeurs ,
furveille à l'exactitude totale de l'éxécution.
Ces Concerts ſont compoſés de
divers morceaux d'Opéra & divifés
en quatre parties. On indique ordinairement
par les affiches le premier &
le dernier de ces morceaux , parce qu'ils
こ
JUIN. 1763 . 185
font plus confidérables , ou contiennent
de plus grandes parties d'Actes d'Opéra .
Cela fert à ſpécifier chacun de ces Concerts.
Les autres morceaux tant en Muſique
vocale qu'inſtrumentale , qui rempliffent
le reſte du Concert , entraîneroient
dans trop de détails.
Le premier Concert ( le 28 Avril )
commençoit par le Prologue du Ballet
de la Paix & finiſſoit par le quatriéme
Acte de Zoroastre.
Le deuxiéme ( le fix Mai) commençoit
par l'ouverture de Pigmalion ,
ſuivie de partie du divertiſſement du
premier Acte d'Hippolite & Aricie.
Il finiſſoit par le divertiſſement des
Bacchantes du troiſiéme Acte d'En
& Lavinie.
Le Vendredi 13 Mai , on a repris le
même Concert du 28 Avril.
Le quatriéme ( le 20 Mai ) a commencé
par le Prologue de Tarfis &
Zélie , & a fini par la magie du deuxiéme
Acte de Dardanus.
Le cinquiéme ( le 27 Mai ) a commencé
par l'ouverture des Talens lyriques
ſuivie de fragmens terminés par
lechoeur de Pigmalion , l'Amour triomphe
&c. Il a fini par le divertiſſement
du premier Acte d'Iphigénie.
186 MERCURE DE FRANCE.
On a donné , ainſi que nous l'avions
annoncé , des Bals pour les Acteurs
dans la même Salle du Concert & dans
la Salle fuivante , les 1,8 & 15 Mai.
Ces Bals ont été fort agréables , tant
pár l'éxécution des Ballets (de la compoſition
de M. LANI ) qui ont été fort
applaudis & qui formoient en effet un
ſpectacle brillant & varié , que parce
que les mêmes Danfeurs & Danfeuſes
de l'Opéra qui les avoient éxécutés ,
reftoient dans le Bal en habits de caractères
où ils danſoient encore avec
les perſonnes du Public qui le defiroient
. Au dernier de ces Bals , les
principaux Sujets du Ballet éxécuterent
deux fois de fuite une Contredanſe de
la compofition de M. LANI , qui fut
trouvée admirable; elle étoit très-figurée,
fans fortir néammoins du genre des
Contredanſes ordinaires de Bal.
Le Mai & la Noce de Village , Sujet
d'un grand Ballet éxécuté dans ces
Bals , n'étoit point le même que les
Ballets figurés qui avoient éte danſés
fous ce titre aux Bals de la Cour pendant
le Carnaval. Le Mai & la Noce
étoient , à la Cour , deux Sujets différens
qui formoient chacun un Ballet.
JUIN. 1763 . 187-
,
Le Mai étoit dans le caractère Flamand
, & ici il étoit dans le caractère
François . Chacun de ces Ballets auroit
été trop court pour remplir l'objet qu'on
ſe propofoit ; dans les Bals de l'Opéra
les deux joints enſemble tels qu'ils
étoient , auroient été trop longs . On
les avoit combinés pour en faire un ſeul
Sujet , dont la fiction étoit affez naturelle..
Les Habitans d'un Village plantent
un Mai en préſence du Seigneur
& de la Dame , & leur donnent une
ferénade : une Nôce de ce même Village
vient leur rendre hommage & for-..
mer des Danſes autour de ce Mai nouvellement
planté. Tel étoit le Sujet de
ce Ballet diftribué en pluſieurs ſcènes
de Pantomimes & de Danſes. Miles
LYONNOIS , ALLARD PESLIN
DUMIREY, PETITOT, SARON , & toutes
les autres Danfeuſes ; MM. LAVAL ,
GARDEL , DAUBERVAL , HYACINTHE
, & tous les autres Danfeurs y
figuroient divers Perſonnages & étoient
employés dans ce Ballet.
,
La Salle que l'on conſtruit aux Thuilleries
pour les repréſentations de l'Opéra
, devant ſervir probablement plufieurs
années , on a jugé à propos de
188 MERCURE DE FRANCE.
la faire plus folide & en même temps
d'y donner toutes les commodités néceffaires
au ſervice de ce Spectacle ;
c'eſt pourquoi elle ne pourra être en
état auffitôt qu'on ſe l'étoit propoſé
d'abord & pour le temps que nous
l'avions annoncé ; mais on a lieu d'efpérer
que l'on en jouira dans les
derniers jours du mois d'Août ou au
plus tard dans le commencement de
Septembre. Cette Salle ſera très-commode
pour le Public , par les voies de
circulation & celles d'entrée & de fortie
que l'on y ménage. Le ſervice du
Théâtre y fera , de même , facile &
propre à de grands Spectacles ; dans
l'occafion elle pourra contenir un peu
plus de Spectateurs que l'ancienne Salle
d'Opéra . Celle que l'on doit reconftruire
au Palais Royal ne ſera point
placée dans le ſens que nous avions
indiqué le mois précédent,d'après les premiers
projets; mais dans le même ſens où
étoit l'ancienne , la partie du Théâtre
s'enfoncant beaucoup plus avant dans
le terrein du Palais même que M. le
Duc d'ORLÉANS abandonne àcet effet,
&s'étendant en largeur dans les ter
JUIN. 1763. 184
reins de la rue S. Honoré , deſquels le
Prince fait l'acquiſition pour cet ufage.
Cette Salle fera extérieurement la
décoration d'une des aîles de la première
cour du Palais Royal , qui doit être
entierement reconſtruite. Nous ne doutons
pas que M. MOREAU , Architecte
de la Ville , conféquemment chargé de
la conſtruction de la nouvelle Salle , &
honoré de la confiance de M. le Duc
d'ORLÉANS , ne ſe prête à nous mettre
en état de faire connoître au Public
ſes projets, auſſitôt qu'ils feront entière
ment fixés.
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Résumé : SPECTACLES DE PARIS. ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique organise des concerts hebdomadaires les vendredis au Château des Tuileries, attirant un large public. Ces événements visent à revitaliser l'appréciation de la musique française, souvent critiquée pour sa corruption ou son caractère débauché. Les morceaux joués, bien connus du public, sont sélectionnés avec soin et arrangés méticuleusement. La qualité de l'exécution musicale est reconnue comme étant la meilleure en Europe, combinant précision et finesse. Les concerts sont dirigés par MM. Rebel et Franceur, avec M. Le Berton responsable du rythme et M. Rebel supervisant l'exécution. Chaque concert inclut divers extraits d'opéras, répartis en quatre parties, tels que des morceaux de 'La Paix', 'Zoroastre', 'Pygmalion', 'Hippolyte et Aricie', 'Enée et Lavinie', 'Tarsis et Zélie', 'Dardanus' et 'Iphigénie'. Des bals pour les acteurs ont été organisés les 1er, 8 et 15 mai, avec des danses et des contredanses composées par M. Lani, très appréciées du public. La salle des Tuileries, dédiée aux représentations de l'Opéra, est en cours de reconstruction pour améliorer sa solidité et ses commodités, et devrait être terminée à la fin août ou au début septembre. En juin 1763, des plans sont en cours pour reconstruire une salle de théâtre au Palais Royal. Contrairement aux projets initiaux, la nouvelle salle sera orientée dans le même sens que l'ancienne et s'étendra davantage sur le terrain du palais, mis à disposition par le duc d'Orléans. Elle empiétera également sur des terrains acquis par le prince dans la rue Saint-Honoré. Cette salle décorera l'une des ailes de la première cour du Palais Royal, qui sera entièrement reconstruite. L'architecte de la ville, M. Moreau, est chargé de cette construction et bénéficie de la confiance du duc d'Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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173
p. 196-197
CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
Début :
Dans le premier de ces Concerts, les deux grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor [...]
Mots clefs :
Concerts, Motets, Applaudissements, Pentecôte, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
CONCERTS SPIRITUELS
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
du Jour de l'Afcenfion & du Dimanche
de Pentecôte.
Dans le premier de ces Concerts , les deux
grands Motets étoient le Dixit Dominue del Signor
LEO & Deus venerunt gentes de feu M.
FANTON , Motet du plus beau genre , qui eut
beaucoup d'applaudiſſemens , & auquel on ne
peut pas trop en donner.
Dans le ſecond , les Motets à grand choeur
étoient Magnificat de M. BELISSEN & Judica
Domine de M. l'Abbé GOULET , ancien Maître
de Muſique de l'Egliſe de Paris. Ces deux Motets
furent bien exécutés , & les Connoilleurs y trouverent
pluſieurs choſes à applaudir. M. MAYER
exécuta , dans le premier Concert , avec beaucoup
d'applaudiſſemens un Concerto de ſa compotition
ſur la harpe, &dans le dernier, M. BALBASTRE
n'eut pas moins de ſuccès ſur l'Orgue
JUIN. 1763 . 197
en exécutant auſſi un Concerto dontil eſt l'Auteur
. Dans l'un & l'autre Concert Mile HARDI
a chanté des Airs Italiens avec les mêmes applaudiſſemens
qu'elle eſt en poſſeſſion de mériter.
A ces deux Concerts M. GAVINIÉs a paru ſe
furpaffer ; & les Auditeurs , quelqu'accoutumés
qu'ils foient à la fupériorité de ſes talens , ont
éprouvé cette forte d'étonnement que produit
un nouveau Phénomène en ce genre.
On a exécuté à ces mêmes Concerts des
Trio de Stamitz. Cette admirable Muſique a fait
d'autant plus de plaiſir , que l'on a ſenſiblement
remarquédans les Symphoniſtes le feu de l'émulation
excité par l'admirable exécution des
Concerts François.
La célébre Mile FEL dont on pourroit dire
que la voix eſt encore dans ſa primeur & le talent
dans toute ſa force , a chanté dans le Concert
de la Pentecôte un Motet à voix ſeule pour
la Fête du Jour.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS du Jour de l'Ascension & du Dimanche de Pentecôte.
En juin 1763, deux concerts spirituels ont été organisés lors du jour de l'Ascension et du dimanche de Pentecôte. Le premier concert a présenté les motets 'Dixit Dominus' de Leo et 'Deus venerunt gentes' de Fanton, ce dernier ayant été particulièrement applaudi. Le second concert a inclus les motets 'Magnificat' de Belissen et 'Judica Domine' de l'abbé Goulet, tous deux bien exécutés et appréciés. M. Mayer a interprété avec succès un concerto pour harpe de sa composition, tandis que M. Balbastre a joué un concerto pour orgue acclamé. Mile Hardi a chanté des airs italiens avec succès lors des deux concerts. M. Gaviniès a impressionné les auditeurs par son talent. Des trios de Stamitz ont été exécutés, mettant en valeur l'émulation entre les symphonistes. Enfin, Mile Fel a interprété un motet solo pour la fête de la Pentecôte, sa voix et son talent étant encore en pleine maturité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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174
p. 197-199
LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
Début :
MONSIEUR, Malgré les préjugés qui semblent favoriser partout la Musique nouvelle, le [...]
Mots clefs :
Musique, Acteurs, Entrepreneur, Danseurs de l'Académie royale, Ballets, Affluence, Spectateurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
LETTRE écrite de Rouen , à M. DELAGARDE
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
, Auteur du Mercure pour
l'Article des Spectacles.
N. B Nous n'avons pu rendre cette Lettre
publique dans le tempsde ſa dare , attendu les
matières abondantes dont nous étions chargés.
MONSIEUR,
Malgré les préjugés qui ſemblent fa-
۱۰
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
yorifer partout la Muſique nouvelle , le
fieurBERNAUT ,Entrepreneur des Spectacles
de cette Ville , vient de prouver
ici qu'elle ne peut faire aucun tort à la
Musique Françoiſe quand onſcait comme
lui faire un choix de morceaux piquans
& d'Acteurs doués de talens propres
à en rendre l'exécution agréable.
Comme il est d'usage que les Directeurs
de notre Spectacle attirent ici les premiers
Sujets des Théâtres de Paris pour
y repréſenter pendant la derniere femaine
de Carême , notre intelligent Entrepreneur
a cru réveiller le goût des Amateurs
de la Mufique Françoise , en nous
procurant le Sr LARRIVÉE & la Dlle
LEMIERE fon épouse. Ces deux Acteurs
fecondés de la Dile FONTENAY
& des Muficiens de la Troupe de cette
Ville ont repréſenté Iſméne , Eglé ,
Bacchus & Erigone , Alcibiade des Fétes
Grecques & Romaines,Titon & l'Aurore
, le Devin de Village & Alcimadure.
Pour donner des preuves de leur
facilité dans tous les genres , ils ont
chanté les Troqueurs & le Cadi dupé.
Le feul Opéra d'Alcimadure n'a pas
eu le fuccès que la Muſique devoit en
faire attendre ; le Public perdoit le
plaisir de cette Muſique charmante par
JUI N. 1763 . 199
la privation des paroles dont il n'entendoit
pas le Patois . Les premières Entrées
des Ballets ont été danſées par les
fieurs GARDEL & GROSSET, Danfeurs
de l'Académie Royale ; le premier a excellé
furtout dans la Chaconne nouvelle
d'Iphigénie . On a donné trois fois ce
divertiſſement ſous la direction du fieur
le BERTON , Auteur de la Muſique ;
l'Orchestre étoit augmenté desSrs FRANCOEUR
le jeune & SOBLE , Violons , du
fieurRAUT , Hautbois , & HARDIK ,
Violoncelle , tous de l'Académie Royale
de Musique.
Malgré l'affluence des Spectateurs on
auroit eu peine à croire que l'Entrepreneur
ait eu du bénéfice dans cette dernière
ſemaine , eu égard à la quantité de
Sujets Acteurs qu'il avoit amenés , fi
on n'avoit été inſtruit par lui- même que
les Acteurs chantans ont pris ſeuls des
honoraires, & que les autres avoient joint
aux preuves de leurs talens les procédés
les plus généreux & les plus déſintéreffés.
J'ai l'honneur d'être &c.
Rouen , ce 16 Avril 1763 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Rouen, à M. DELAGARDE, Auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles.
La lettre, envoyée depuis Rouen à M. Delagarde, auteur du Mercure pour l'Article des Spectacles, décrit les succès des spectacles donnés durant la dernière semaine de Carême à Rouen. M. Bernaut, entrepreneur des spectacles, a prouvé que la musique française pouvait rivaliser avec les préjugés contre la musique nouvelle grâce à un choix judicieux de morceaux et d'acteurs talentueux. Pour attirer le public, il a invité des artistes parisiens renommés comme M. Larrivée et Mlle Lemière, ainsi que la troupe locale, incluant la demoiselle Fontenay. Plusieurs œuvres ont été interprétées, telles que 'Isméne', 'Églé', 'Bacchus et Érigone', 'Alcibiade', 'Titon et l'Aurore', 'Le Devin du village' et 'Alcimadure'. Ce dernier opéra n'a pas rencontré le succès attendu en raison de la langue utilisée. Les ballets ont été exécutés par les danseurs de l'Académie Royale, avec une mention spéciale pour la chaconne d''Iphigénie' dansée par M. Gardel. La direction musicale était assurée par M. Le Berton, avec des musiciens de l'Académie Royale. Malgré l'affluence, les bénéfices étaient minimes car seuls les acteurs chanteurs ont reçu des honoraires, les autres ayant agi de manière désintéressée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
175
p. 187-208
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Mercredi premier Juin, on a donné la premiere représentation de la Manie [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Protecteur, Tragédie, Arts, Attention, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
FRANÇOISE.
LE Mercredi premier Juin , on a donné
la premiere repréſentation de la Manie
des Arts , ou la Matinée à la Mode ;
Comédie en un Acte en Profe , par
M. ROCHON DE CHABANNES . Cette
Piéce fut reçue avec beaucoup d'applaudiffemens
, & fon fuccès s'eft conftament
foutenu pendant dix repréſentations
, nombre auquel il a été reſtraint ,
non par la fatiété du Public , mais par les
circonftances qui ont exigé , comme on
le verra ci-après , la remife d'un Ouvrage
confacré à la réjouiffance publique.
Cette agréable Nouveauté eft un enfemble
de Scènes pittorefques fur une
manie dans nos moeurs actuelles , & qui
par conféquent ne doit pas être jugée d'après
les loix des Drames réguliers . Nous
allons tâcher d'en donner une idée aux
Lecteurs par l'analyſe ſuivante.
188 MERCURE DE FRANCE.
UNE COMTESSE Bel-efprit ,
PERSONNAGES.
FORLISE ;
Mde FORLISE , mère de
Forlife .
ACTEURS.
M. Bellecour.
Mlle Huff
Mile Dumefnit.
UN PHILOSOPHE, M. Brifat.
DU COLORIS , Peintre , - M. d'Aubeval
ALLEGRO , Muficien M. Bouret.
M. Molé
M. Auger.
DORILAS , Poëte ,
UN GASCON ,
DUMONT , Valet de Chambre
de M. Forlife
LAQUAIS , Perſonnages muets.
M. Préville,
Là Scène eft dans un Salon de M. Forlife.
MR de Forlife eft un homme de condition
, Amateur & Artiſte qui fe pique
de tout , & ne fe doute de rien . Ila un
Poëte qui fait des Vers pour lui , un Muficien
qui compofe la Mufique , un Peintre
qui barbouille en fon nom. Le fond
de cette Piéce n'eft qu'une audience du
marin . Un homme fenfé ouvre la Scène.
Ila rencontré M. Forlife dans une mai-
( a ) Cette Piéce imprimée fe vend chez Sébaftien
Jorry , Imprimeur , rue & vis - à-vis la
Comédie Françoiſe. Le prix eft de 24 fols.
JUILLET. 1763 . 189
fon , on lui a annoncé un Protecteur
des Arts , il s'eft prévenu en fa faveur ,
M. Forlife s'eft paffionné pour lui, & ces
difpofitions favorables leur ont fait fouhaiter
de lier connoiffance enſemble.
L'homme fenfé vient voir & admirer
M. de Forlife. Tout ce qu'il apperçoit
en entrant chez notre Protecteur diminue
bien de l'eftime qu'il avoit conçue
pour
lui. C'est un Protecteur Artifte . Il
voit de mauvaife Mufique fur le bureau ,
un Tableau déteftable fur le chevalet ,
des inftrumens répandus çà & là dans le
Salon , tout cela lui annonce la manie
de M. Forlife , & le caractère de fes
Protegés ; il prend le parti de les attendre
, de les examiner & d'en rire .
-
Un Peintre & un Muficien entrent.
Notre homme s'écarte & les écoute. Ils
débutent par dire du mal de M. de Forlife.
Le Philofophe s'en amufe. Ils lui
font aujourd'hui baffement leur cour
fe, difent ils entr'eux , mais patience ,
quand ils auront fait leur chemin , ils lejmeneront
comme un petit Monfieur. Le Philofophe
les interrompt pour les encourager
, ils font un peu étourdis de fon aparation
, mais il les raffure en leur difant
qu'il ne veut pas leur nuire. Il les perfifle
cruellement , il voudroit bien voir
190 MERCURE DE FRANCE.
entrer M. de Forlife , ils feroient une
bonne fcène enfemble , à ce qu'il s'imagine
, On ouvre , c'eft M. Dumont , le
Valet-de- chambre de M. de Forlife , ils
s'en étoient plaints , & ils volent au-devant
de lui . Notre homme fenfé qui ne.
croit pas cette Scène moins curieuſe à
voir que celle du Maître , s'affeoit à l'écart
& laiffe agir nos lâches. M. Dumont
les reçoit avec morgue & impudence ,
ils l'accablent de complimens , de politeffes
, de fadeurs , ils le font affeoir , &
fe tiennent debout devant lui. M. Dumont
les entretient leftement. Cependant
il est démonté par l'afpect du Philofophe
qui tranquillement affis , l'obferve & fe
moque de lui . Il veut l'entreprendre
mais il ne s'en trouve pas bien. L'homme
fenfé le fait rentrer en terre & fe
retire fans vouloir voir fon Maître .
Cette Scène déconcerte un peu M.
Dumont , qui tâche à fe remettre de fon
trouble vis - a-vis de fes Protégés : fon
Maître arrive & le tire d'embarras.
M. de Forlife entre en robe de chambre
fuivi d'un nombreux domestique .
C'est une Scène d'impertinences. Il fe
fait habiller , parle à Dumont , à fes
Protégés , fait des queftions , n'attend
pas les réponſes, joue la diftraction , l'inJUILLET.
1763. 191
folence , la fottife , & renvoie le Pein-
& le Muficien. M. Allegro lui laiffe fon
Opéra , & ille charge en s'en allant d'en
remettre les parties copiées à fes Muficiens,
il en exécutera quelque chofe s'il
a un moment à lui .
Forlife refté feul avec Dumont , ordonne
qu'on faffe entrer Dorilas s'il
fe préfente , c'eft fon Poëte. Il veut lui
montrer une Tragédie qu'il vient de
faire ; il en eft enthouſiaſmé. Il ordonne
à Dumont de le laiffer tranquille ;
fon démon le faifit , il entre en verve
il va mettre la derniere main à ce chefd'oeuvre.
Dumont lui obéït & s'amufe
à faire de petits vers.
L'arrivée de Dorilas les tire de cette
occupation . Forlife congédie Dumont
charge Dorilas du foin de corriger fa
Piéce , & vole à fon tableau qu'il veut
finir. Dorilas qui trouve la Piéce déteftable
, & qui ne veut pas fe donner la
peine de la corriger en dégoûte affez
adroitement le Marquis , en lui perfuadant
qu'il y a des idées trop fortes dans
fon ouvrage , que jamais cela ne paffera.
Forlife le croit , le remercie de la
fageffe de fes confeils , & renonce à fa
Tragédie. Il lui propofe de s'attacher à
lui , d'accepter fon Secrétariat , qui eſt
192 MERCURE DE FRANCE ,
vacant. Ils feront les plus belles chofes
du monde enfemble. M. Dorilas accepte
la propofition du Marquis qui lui
demande s'il eft Muficien , & tout de
fuite lui racle un mauvais air fur le
violon.
Une femme de qualité de fes amies
arrive fur ces entrefaites , défend à Dumont
de l'annoncer , & furprend M. le
Marquis faifant de la Mufique . Elle veut
voir ce que c'eft. Le Marquis lui dit
qu'il éxécute un air d'un Opéra de fa
façon ; la Comteffe examine , parcourt
l'Opéra , trouve une Arriette de fon
goût ; on l'engage à la chanter , elle y
confent. M. le Marquis veut l'accompagner
, mais il a une paralyfie dans fes
doigts , il n'eft pas en train , il fait entrer
fes Muficiens & la Comteffe
chante avec eux. Dumont vient annoncer
ici Madame Forlife la mère. C'eſt
une femme ſenſée & raiſonnable , tous
les vifages fe refrognent ; cependant on
fait bonne contenance . Elle entre
vient parler à fon fils en faveur d'un
homme d'un vrai mérite , l'engage à le
préfenter au Miniftre. M. de Forlife ne
lui prête qu'une légère attention , il n'a
point de crédit , il n'importune guères
le Miniftre. La Comteffe confirme le
difcours
JUILLET. 1763. 193
7
difcours de M. de Forlife ; il y a fix mois
qu'elle perfécute M. le Marquis pour
préfenter un de fes protégés qui a fait
les Vers charmans pour fa Chienne , &
M. le Marquis eft encore à faire un pas.
Madame Forlife hauffe les épaules ,
prie fon fils d'avoir égard à fa recommandation
& fort. Entre alors un Gafcon
impudent qui vient fe préfenter
pour Secrétaire ; il fait les honneurs de
fa perfonne , & détaille tout fon petit
mérite dans un petit Placet qu'il a fait
en petits Vers ; on l'écoute : il le chante
, on eft enchanté , il le danſe , on n'y
peut plus tenir ; on oublie Dorilas , &
on lui donne fa place. Cependant Dumont
entre avec une lettre de Valere ;
c'eſt un Auteur comique de fa connoiffance
qui lui a lu , pour fe moquer de
lui fans doute , quelques Scènes épifodiques
d'une Comédie intitulée la Matinée
à la mode , & qui lui envoye demander
un dénouement. M. Dumont
toujours habilè en expédiens , dit que
l'Auteur n'a qu'à envoyer dîner fes
Acteurs , que c'eſt là le dénouement
d'une matinée. On convient qu'il a raifon
, M. de Forlife le prie de les envoyer
auffi dîner , il dit qu'on a ſervi ;
le Marquis donne la main à la Com-.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
teffe , engage Dorilas & le Gafcon à
diner . Le Gafcon accepte , & Dorilas
fe retire en renoncant pour jamais aux
Grands & à leur matinée.
Nous voudrions , pour le plaifir des
Lecteurs & pour rendre juftice aux talens
de l'Auteur , que les bornes de nos
Extraits nous permiffent de rapporter
ici tous les détails fpirituels , philofophiques
& agréablement écrits
dont cette Piéce eft remplie . Nous nous
contenterons de tranfcrire , trois Scènes
priſes indiftin&tement , pour donner une
idée du Dialogue de la Piéce à ceux qui
ne pourroient s'en procurer la lecture.
Scènes pour donner une idée du
Dialogue.
L'Auteur introduit fur la Scène deux protégés
de M. For life , qui difcourent enfemble , pendant
qu'un homme raifonnable & tiré dans un coin ,
les obferve & les écoute .
UN PHILOSOPHE. Mrs DU COLORIS
& ALLEGRO .
ALLEGRO .
Si c'eft du bel air que de fe faire attendre ,
il faut convenir que M. Forlife attrape mieux
cer air- là que perſonne.
DU COLORIS .
Il ne fait pas apparemment , que le temps
JUILLET. 1763. 195
qu'un Grand fait perdre à l'attendre , eft toujours
employé à parler mal de lui ,
Bon.
LE PHILOSOPHE à part.
D. C ,
Je ne connois rien de plus ridicule que ce perfonnage.
A. L.
D. C.
Dites de plus impudent.
Il a la manie de tout fçavoir , & ne fçait -
rien .
A L.
Il veut être Artifte , Muficien , & nous le fommes
pour lui..
LE PHIL. à part.
Voilà deux Lâches qui font le portrait d'un Sot .
A L.
Et avec tout cela il ne nous ménage pas.
D. C.
Il nous traite avec orgueil , avec mépris .
Patience que j'aie fait mon chemin .
AL.
Que je me voye au- deſſus de mes affaires
D. C.
Comme je vous le méne ce petit Monfieur .
196 MERCURE DE FRANCE .
A L.
Comme je lui fais changer de ton. Je ne veux
plus qu'on me parle Mufique.
D. C.
Ni moi , Peinture.
A L.
Je me refufe aux empreffemens des Sots.
D. C.
On me retient à dîner trois mois d'avance ,
& je manque.
A L.
Moi j'y vais ; mais c'eft pour boire , manger ,
& ne dire mot ; fi je chante , ce n'eft que par
contradiction .
LE PHILOSOPHE les abordant.
bravo ! mes bons amis, bravo , rampans d'abord,
impertinens après ; c'eft dans l'ordre , voilà le
caractère des gens médiocres.
Scène du Protecteur. Son entrée.
FORLISE fuivi d'un nombreux Domestique .
ALLEGRO, DUCOLORIS. DUMONT ,
fon Valet de chambre.
FORLISE.
lui donnant un rouleau
de papier.
Mille pardons , Meffieurs , mille pardons, ..
tenez M. Dumont.
DUMONT.
Malpefte ! c'eft la Tragédie.
JUILLET. 1763. 197
FORLISE.
Point de curiofité M. Dumont ; mettez tout
cela fur mon bureau qu'on m'habille ....
à Dumont.
Vous permettez ....
à propos , as- tu porté ce
Livre chez la Ducheffe ?
DUMONT.
Oui. Je lui ai dit qu'il étoit d'un de vos Amis ,
qu'il falloit qu'elle le trouvât bon.
A merveille .
FORLISE.
DUMONT.
Elle m'a remis celui- ci , qu'il faut que vous
trouviez mauvais.
FORLISE.
C'eft jufte...eh bien, mon cher M. Ducoloris ,
que dites-vous de notre Tableau ?
remarqué ? ...
D. C.
Des changemens confidérables .
FORLISE.
... avez-vous
Dont vous êtes content fans doute
D. C.
Mais oui , l'on ne peur nier
FORLISE .
.....
Dumont , je fors à trois heures , ayez foin d'en
prévenir mon Cocher .....
DUMONT.
Mais M. le Marquis , vous ne fçauriez fortir.
FORLISE.
Comment : ... mon habit ... vous ne finiffez
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
...
pas entre nous ce que vous faites , mon cher
Ducoloris ce Tableau avoit grand befoin
d'être retouché ... je ne fçaurois fortir, M. Dumont
... ma montre ... apportez- vous notre
Opéra , mon cher Allegro ?
Le voici.
ALLEGRO.
FORLISE.
Qu'est - ce qui me retient donc , M: Damont
qu'eft- ce qui me retient donc? répondez ...
DUMONT.
A qui répondre ? ......
..
FORLISE. à Allegro.
Avez-vous fait copier les parties ? ..
Oui , Monfieur.
ALLEGRO.
1
Toute la Scène eft fur ce ton-là ; & finit pa
ce trait : M. de Forlife veut aller rendre vifite à
Montfort. C'est un jeune Artifte qu'il veut mettre en
réputation , c'eft une vifite effentielle , cela marquera
. Comment faire ? il eft retenu chez lui , il a dumonde
à diner Dumont lui dit.
Vous voilà bien embarallé , envoyez votre caroffe
à la porte , cela lui fera autant d'honneur
que fi vous y.alliez vous niême.
SCENE X I.
Madame Forlife la mère vient s'intéreЛler pour
un homme de mérite. M. de Forlife lui prête une
légère attention... Envoyez - moi votre homme,
iui dit-il , que je le voye , que je caule un peu
avec lui. Sa mère lui répond que ce n'eft pas un
homme à fe morfondré dans une antichambre.
JUILLET. 1763 . 199
Une Comteffe qui eft là demande ironiquement
à Mle Forlife s'il ne faut pas que le Marquis
aille au -devant de fon Protégé .
M. FOKLISE.
Eh pourquoi non , Madame , il faut quelquefois
aider le talent , aller au- devant du mérite. L'hom ·
me pour qui je m'intéreffe , craint le mépris des
Sots , le jargon des beaux - efprits , la table des
Riches , l'audience des Grands , & la Toilette des
femmes.
LA COMTESSE.
Et avec toutes ces petites frayeurs - là , on n'attrape
rien ; les places fe donnent aux gens qui
les demandent , qui les follicitent.
M. FORLISE.
Quelquefois à ceux qui les méritent ; il eſt encore
des Riches & des Grands qui ne donnent pas aux
Flateurs & aux Sots les places qui appartiennent
au mérite & à la vertu , vous les voyez chercher
avec emprellement le grand homme , lui tendre
une main bienfaifante , le protéger , l'enhardir ,
& vaincre fa milantropie par la délicatelle de leurs
procédés . Ils dédaignent l'encens , les pe its foins ,
& la fervile adulation des gens mé fio.res , ils eftiment
, its aiment même la fimplicité & la franchife
des hommes de génie . Voilà les Protecteurs
que je révére , voilà ceux à qui je voudrois que
vous reflemblaffiez , mon fils , ils font les foutiens
des Arts & de la Littérature , les autres en font
lés fléaux & les detrufcurs . Le véritable Protecteur
eft un Dieu bienfaifant qui purge un champ
de mauvaiſes herpes , pour en ranimer les plantes
falutaires
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES.
S'il y a du danger à jetter un ridicule fur la
protection de goût que les Grands & quelques
gens riches accordent aux Arts & aux Artiſtes : il
y a certainement un grand avantage à dégoûter,
s'il eft poffible , quelques Fats de l'efpéce de M.
de Forlife de la honte dans laquelle ils les font
tomber , foit par une forte de tyrannie qu'ils
exercent fur les Artiftes , foit par le mauvais
choix que ces ridicules Protecteurs prétendus Artiftes
eux-mêmes font de leurs Protégés . Choifis
ordinairement dans un ordre affez médiocre
pour fervir avec baffeffe leur vanité ; malheureufement
ils donnent , par des intrigues ou
par des prodigalités , des dégoûts rebutans aux
talens fupérieurs . Le motif général de cette petite
Piéce doit donc être approuvé par tous les
vrais Amateurs. Il eft fâcheux peut-être que
l'Aureur air eu la facilité pour lui-même de fe
renfermer dans un fi court efpace , & de s'autorifer
par- là à ne pas étendre plus loin les peintures
vives & bien faifies des caractères dont ce
Sujet eft fufceptible. Heureux cependant le Poëte
Dramatique auquel on n'a d'autres reproches à
faire que de s'être arrêté trop tôt dans fon travail
! Combien l'amour- propre de tant d'autres
a lieu de fe repentir de s'être impoſé des travaux
trop étendus !
Mademoiſelle LUZZI a continué fon
début pour les rôles de Soubrette
dans les Bourgeoifes à la mode , & le
Cocher fuppofé. Enfuite par le rôle de
Cléanthis dans Démocrite , & la SouJUILLET.
1763. 201
brette dans le Galant Jardinier. Dans
les Trois Confines , par le rôle de Colette
, où elle a eu affez de fuccès pour
être redemandée après fon début fini .
Y
Les autres Piéces de ce début ont été
les Menechmes , la Serenade , le Légataire
, &c. Plus cette jeune Débutante
a paru fous les yeux du Public & des
Connoiffeurs éclairés , plus elle a rempli
l'efpoir qu'on avoit conçu de fes
talens , & l'on eft généralement confirmé
aujourd'hui dans celui qu'on doit
attendre de fes progrès . La forme extérieure
, comme nous l'avons déja annoncé,
n'a rien en elle que de très - favorable
, une taille légère & de la hauteur
précisément convenable au fexe . De
très-beaux yeux , propres à marquer
fenfiblement toutes les expreffions. Il
ne dépend même que de cette jeune perfonne
de reftituer à fa phyfionomie toute
la fineffe dont elle eft fufceptible , à la
place de ce qu'elle offre aujourd'hui
d'un peu trop grave , en fupprimant le
ridicule abus , introduit parmi les femmes
de nos jours , des chevelures élevées
& cannelées, fur le front, comme les
Buftes de quelques Romaines du temps
des Céfars ; genre de coëffure , qui ne
fera jamais d'accord avec le caractère
I v
292 MERCURE DE FRANCE .
à
d'une Soubrette Françoife . Les difpofitions
du côté du talent ne font pas
moins avantageufes ; & cultivées , comme
elles font par les foins du plus grand
Acteur comique de nos jours * , elles doivent
porter ce Sujet en peu
de temps
la perfection. Quoique l'on ait reconnu
dans la Débutante , les principes éclairés
qui la dirigent , on n'a pas moins apperçu
qu'il y a en elle un fond naturel d'intelligence
, de facilité , & de jufteffe
dans le débit du Dialogue , qui a concouru
à rendre les leçons plus fructueufes
, & qui donnera en propre à cette
jeune éléve les lumières que lui a
prêtées l'art de fon Maître.
Le Lundi 13 , on donna fur ce Théâtre
Manco , premier Ynca du Perou ,
Tragédie de M. le Blanc. Cette Piéce
parut longue , on y applaudit beaucoup
d'endroits. On en retrancha plufieurs
Vers , & elle fut repréfentée ainfi avec
ces retranchemens le Mercredi fuivant à
la Cour & le lendemain à Paris , où elle
a été continuée pendant fix repréſentations
jufqu'à la repriſe de la Piéce faite
à l'occafion de la Paix .
Le fond du fujet de cette Tragédie
améne naturellement dans les détails
des difcuffions entiérement philofophi-
* M. Préville .
JUILLET. 1763.
203
ques fur l'établiffement des fociétés , &
fur la préférence du frein des Loix civiles
à la liberté vague & fans bornes de la
vie purement animale . Nous ferons part
à nos Lecteurs de quelques-uns de ces
détails , qui méritent & de l'attention &
des éloges , auffi-tôt qu'on nous aura
donné les moyens d'en rendre compte ,
& de les rapporter avec la précifion &
l'exactitude convenable.
Le 21 , les Comédiens François fignalerent
, felon leur ufage , leur zéle dans
les rejouiffances publiques , par une repréfentation
gratis du Mercure Galant ,
qui fut fuivi des Trois Coufines , avec
les trois divertiffemens de cette Piéce.
Le Peuple qui y courut avec affluence ,
y parut prendre le plus grand plaifir , par
l'attention que les Auteurs eurent à tout
ce qui pouvoit y contribuer. les Spectateurs
marquoient à tous momens les
tranfports de leur fatisfaction par des
cris réitérés de Vive le Roi. A la fin du
Spectacle on leur livra le Théâtre fur lequel
ils danferent , ainfi que dans le
Parterre pendant très- longtemps , jufqu'à
ce que comblés de joie , ils allaffent les
uns après les autres en répandre les mouvemens
dans la Mille! b
Le Lundi 27 , on donna fur ce même
I vj
204 MERCURE DE FRANCE,
Théâtre la premiere repréſentation de la
repriſe de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en trois Actes en Vers libres de
M. FAVART , avec un divertiffement de
la compofition de M. VESTRIS , éxécuté
par les Danfeurs du Roi & de l'Opéra.
Nous avons parlé de cette Piéce (a) ,
nous en avons donné un extrait détaillé
ainfi il ne nous refte à rendre compte
que de l'extrême plaifir qu'en fait la reprife
, & de la perfection avec laquelle
elle eft rendue , ainfi qu'elle l'avoit été
précédemment à la Cour.
On n'a point vu & l'on ne peut voir
de plus grande affluence à aucun Spectacle
qu'en a attiré celui - ci . L'Anglois à
Bordeaux étoit précédé du Mifantrope ,
qui fut très-bien joué par M. BELCOUR
faifant le principal rôle , & par tous les
Acteurs principaux qui repréfentoient
dans ce chef- d'oeuvre de notre Théâtre .
Après cette grande Piécé , M. MOLÉ
s'avança comme pour les annonces
erdinaires , & fit au Public le difcours
fuivant :
,
- (@ V.le II. Vol. d'Avril & l'Article précé
dent des Spectacles de la Cour.
omom
JUILLET. 1763. 205
MESSIEU ESSIEURS
» Nous vous avons annoncé la retraite
de Mlle DANGEVILLE. Sa
» fanté ne lui a pas permis defuivre plus
longtemps la carrière laborieufe du
裴» Théâtre ; mais elle y reparoît avec
» tranfport , dès qu'il s'agit de prendre
» part à la joie publique . C'eft un ef-
"fort que fes Supérieurs ont defiré ;
» fes camarades en ont fenti tout le prix
» fon coeur s'eft trouvé d'accord avec
» eux. L'occafion étoit trop intéreffante
pour n'êtrepas faifie par une ame fenfible.
C'eft un tribut que Mlle DAN-
» GEVILLE paye au bonheur général
» & à la reconnoiffance qu'elle conferve
des bontés dont vous l'avez honorée.
»
22.
Nous devons auffi , Meffieurs , aux
talens diftingués qui compofent les
2. Ballets du Roi & de l'Académie Royale
» de Mufique , le témoignage du zéle
» avec lequel ils ont bien voulu concou-
» rir à décorer un Spectacle que tous ceux
» qui peuvent y contribuer , defireroient,
» Meffieurs , vous rendre auffi agréable
" par fa représentation que par fon
»principe.
Auffitôt que Mlle DANGEVILLE ,
206 MER CURE DE FRANCE.
dont le rôle ouvre la Piéce avec celui
de Darmant , parut fur le Théatre , des
applaudiffemens univerfels & continués
pendant très-longtemps l'empêcherent
de continuer ; on eut lieu de craindre
même , à l'état de trouble où cette circonftance
mettoit fa modeftie , que cela
ne lui occafionnât une révolution qui
mît obſtacle à fa bonne volonté. Le
filence le plus éxact ayant enfin fuccedé
à ce tranfport , cette incompara-
&trice joua comme on l'a toujours
vu jouer , c'eft- à-dire au plus
haut degré de perfection que l'imagination
puiffe concevoir dans l'art de la
Repréfentation Théâtrale . Elle fut fecondée
admirablement par tous les
autres Acteurs de cette Comédie, entre
autres par M. PREVILLE dans le rôle
de Sudmer , encore plus nouveau , encore
plus finguliérement agréable quë
la première fois qu'on l'a vu paroître
dans ce rôle.
SUJET du Ballet de la compofition de
M. VESTRIS , exécuté à la fin de
Anglois à Bordeaux,
Le fond du Théâtre eft dans l'obfcurité ; tout
y peint l'horreur de la guerre , on entend le
bruit des armes joint à celui du canon . Des OuJUILLET.
1763. 207
vriers de tout métier , des Matelots occupés au
débarquement des navires font dans l'abbattement.
Un groupe de nuages traverſe les airs ; il
paroît porter une Divinité. Tout le Peuple le
fuit des yeux ; ils voyent MINER VE en defcendre
, elle porte des branches de Laurier & d'Olivier
entrelacées ; elle va parler , les Peuples
font attentifs : elle annonce le retour de la Paix .
Les bruits de la Guerre cellent ; tous les travaux
reprennent leur activité générale ; furtout ceux
des Sculpteurs occupés à dégroffir une maffe de
rochers , fur laquelle eft affife une Tour qui porte
un Phare pour éclairer les vaiffeaux qui entrent
dans le Port. Apollon ( repréfenté par le Sigur
VESTRIS , ) fuit Minerve , comme Dieu des
Arts , il préfide aux travaux des Sculpteurs qui
fe propofent d'ériger un monument. Pour en accélérer
l'exécution , il frappe la Tour , elle s'écroule ,
on voit à la place la Statue équefire de LOUIS
XV, qui décore la Place de Bordeaux . Ce même
Dieu raffemble les François , les Espagnols , &
les Anglois , qui par leurs danfes variées & brillantes
, célébrent le commun bonheur de l'Europe,
ce qui forme ce Ballet , un des plus magnifiques
qu'on ait vu fur ce Théâtre , tant par la diftinction
des talens fupérieurs qui le compofent , que
par le nombre & la compofition des entrées ,
ainfi que par la magnificence & là galanterie des
habillemens.
On a continué avec le même faccès & le même
concours de Spectateurs , les repréſentations
de ce Spectacle intéreffant,, On doit remarquer
à la louange des Comédiens François , l'attention
qu'ils ont pour l'intérêt du bon goût, d'avoir
faifi cette occafion , pour remettre Tous les yeux
des Spectateurs François aflemblés en grand nom208
MERCURE DE FRANCE.
bre , les admirables productions de MOLIERE ,
afin de faire connoître à plufieurs d'entre eux qui
ſe contentoient de l'entendre dire , les modéles du
fublime Dramatique , & les monumens les plus
glorieux de la Nation dans ce genre de Littéra
ture.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'La Manie des Arts, ou la Matinée à la Mode' de M. Rochon de Chabannes a été présentée pour la première fois le 1er juin 1763 et a été jouée pendant dix représentations. Cette comédie satirique critique la mode contemporaine et ne respecte pas les règles des drames classiques. Les personnages principaux incluent une comtesse, Mme Forlise, sa mère, Forlise, un poète, un musicien, un peintre, et plusieurs autres acteurs. L'action se déroule dans le salon de M. Forlise, un amateur autoproclamé qui se vante de maîtriser tous les arts sans réelle compétence. La pièce met en scène des critiques des artistes et des comportements impertinents de M. Forlise. Plusieurs scènes montrent la Comtesse acceptant de chanter à l'opéra, le Marquis de Forlife incapable de l'accompagner, et Madame Forlife recommandant un homme de mérite à son fils. Un secrétaire obtient un poste en chantant et dansant un placet en vers, éclipçant ainsi le protégé de la Comtesse. Dumont, le valet, suggère à l'auteur comique Valère d'inviter les acteurs à dîner, ce que le Marquis approuve. Le texte critique les dangers de ridiculiser la protection des arts par les grands et les riches, soulignant les choix de protecteurs qui favorisent les médiocres. La pièce vise à dissuader les faux protecteurs de tomber dans la honte. En juillet 1763, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le monde théâtral, incluant des représentations gratuites et des succès comme 'L'Anglais à Bordeaux' de M. Favart. Mlle Dangeville a été acclamée pour sa performance exceptionnelle, et un ballet de M. Vestris a célébré le retour de la paix. Un ballet exceptionnel a été joué sur une scène théâtrale, distingué par la qualité des talents impliqués, la variété des entrées et la splendeur des costumes. Les représentations ont rencontré un grand succès et attiré un public nombreux. Les comédiens français ont été particulièrement applaudis pour leur sens du bon goût, profitant de cette occasion pour rappeler aux spectateurs les œuvres remarquables de Molière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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176
p. 211-216
CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Début :
Le Corps de la Ville de Paris sembloit n'avoir consulté que son zèle & celui [...]
Mots clefs :
Citoyens, Statue, Roi de France, Réjouissances publiques, Cérémonie, Louis XV, Duc, Cortège, Richesse, Broderie, Perles, Couleurs, Musique, Illumination, Hommages, Feu d'artifice, Spectacles, Repas, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
CÉRÉMONIES ET FESTES ,
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
A L'OCCASION DE L'INAUGURA-.
TION DE LA STATUE DU ROI
DANS LA PLACE DE LOUIS XV.
ET DE LA PUBLICATION DE LA
PAIX.
L.E Corps de la Ville de Paris fembloit n'avoir
confulté que ſon zéle & celui des Citoyens , dans
les premiers Projets de fêtes qu'elle fe propofoit
de faire éxécuter fur les dellens du fieur
Moreau fon Architecte , & qu'elle avoit eu l'honneur
de préfenter au Roi . L'attention paternelle
212 MERCURE DE FRANCE.
de Sa Majesté a daigné réduire les dépenfes confidérables
où elle avoit intention de s'engager par
la magnificence de fes Projets , en ne lui permettant
pour les réjouillances publiques que ce qui a
été fait pendant les 20 , 21 & 22 du mois précédent
, ainfi que nous allons le décrire.
Le premier jour zo Juin , deſtiné à célébrer
l'inauguration de la Statue du Roi dans la Place
de Louis XV. on a fait le matin la Cavalcade &
Cérémonies d'ufage.
Le Corps de Ville , en robes de Cérémonie à
cheval & en équipages très magnifiques accom
pagné de fes Gardes , fe rendit vers les dix heures
du matin à l'Hôtel de M. le Duc de Chevreufe
, Gouverneur de Paris , pour le joindre , & continuer
avec lui la marche juſqu'à la Place de
Louis XV . Il étoit accompagné de fes Gardes ,
tous avec des nouveaux uniformes , & d'un nombreux
Cortége de Domeftiques , de Gentilshommes
& de Pages fuperbement vêtus . L'équipage
de fon cheval étoit de la plus grande richelle &
chargé de diamans. Celui des chevaux de main
n'étoit pas moins riche ,, par les magnifiques
broderies qui en couvroient les houffes , ainfi que
celle d'un très-beau cheval de parade , tenu avec
des longes de treffe d'or par deux hommes d'écurie.
Lui même monté fur un cheval gris & dans
l'habit le plus riche , entre deux Ecuyers ou Gentilshommes
, jettoit avec profufion de l'argent au
Peuple , pendant tout le cours de la marche ; &
les trompettes d'argent de M. le Gouverneur accompagnées
des timballes, ainfi que celles de la
Ville , fonnoient inceffament des fanfares. Le
Négre , Timballier de M. le Gouverneur étoit
fingulierement remarquable , par la richeffe de
fon habillement , & par une coëffure en forme
de turban , ornée de divers rangs de perles & de
JUILLET. 1763. 213
diamans de couleurs , le tout furmonté d'un trèsbeau
pannache de plumes.
Lorfque cette marche entra dans la Place au
bruit des fanfares de fa mufique & de très - nombreux
orcheſtres difpofès près du Pont tournant
des Thuileries , ainfi qu'à celui des acclamations
de la multitude qui rempliffoit ce vafte eſpace ;
les voiles qui couvroient la Statue & Piedeſtal
devoient tomber ; mais l'imprudence d'un Ouvrier
avoit avancé de quelques momens ce point
de la Cérémonie. Toute la Cavalcade fit le tour
de la Place , & parvenue en face de la Statue ,
chacun de ceux qui la compofoient s'arrêtant & ſe
découvrant , on fit les faluts d'hommage ufités en
pareille occafion , au bruit des boëtes , du canon •
des bruyantes fymphonies , de la mufique , & des
cris d'allegrelle de tout le Peuple. Enfuite toute
cette marche retourna dans le même ordre juf
qu'a l'Hôtel de M. le Gouverneur où elle le reconduifit
, & de- là à l'Hôtel- de- Ville .
Le foir , il y eut illumination dans la Place par
des cordons de lumière fur les baluftres dont elle
eft environée , & par des girandoles pofées fur des
piedeftaux dans toute fon enceinte . On avoit difpofé
deux rangs de lumières fur des poteaux élevés
, dans la longueur de la grande allée des
Thuileries , qui conduifoient jufqu'à un amphi
théâtre illuminé élevé contre la façade du Palais
, fur lequel fe donnoit la ferenade de fymphonies
par l'Académie Royale de Mufique , dont
nous avons parlé dans l'Article des Spectacles.
Le 2me jour 21 Juin , la Paix a été publiée
dans 14 endroits de la Ville , y compris la nouvelle
Place , par la Ville & la Jurifdiction du Châ
telet réunies , avec les céremonies & formalités
accoutumées. L'efpace qu'avoit à parcourir cette
214 MERCURE DE FRANCE
nombreufe cavalcade , remplit tout le temps.de
cette journée. a)
Le troisième jour 22 Juin confacré aux Fêtes &
Réjouiffances publiques dans toute la Ville , fut
annoncé par les Salves ordinaires du Canon , &
le Te Deum fat chanté à Notre- Dame avec le
Cérémonial ufité .
On avoit préparé dans la longueur de plus de
480 pieds fur la Terraffe du Palais de Bourbon ,
des Loges ornées en Damas cramoifi , avec un
Luftre dans chaque divifion , pour contenir environ
, 000 perfonnes ; s'étant trouvées toutes remplies
vers les cing heures après midi , la Fête , fur
la Rivière , commença par des Joûtes qu'exécuté- ,
rent des Bateliers vêtus de blanc & ornés de rubans
fur des Bateaux peints de diverfes couleurs , auxquels
on diftribua des Prix .
A l'entrée de la nuit , on tira le grand Feu
d'Artifice qui avoit été préparé fur la Rivière ,
mais le violent Orage qui étoit furvenu ce même
jour fur les deux heures , avoit tellement endommagé
tout l'Artifice figuré de Feux de lances de
diverfes couleurs qui compofoient la décoration
du Temple élevé fur une Terraffe de Rochers ,
qu'aucune partie ne put prendre , & que l'on fut
privé par cet accident, pour ce jour- là , de la partie
principale de ce magnifique Spectacle ; ( b ) mais
ce qui en formoit un , denton ne peut le faire une
trop grande idée , étoit le vafte Baffin du Pont
Royal jufqu'à Chaillot , dont les Berges & les
Quais entiérement couverts d'une multitude innombrable
de Spectateurs , offroit l'image réelle
( a ) On donnera dans le Mercure prochain des
états détaillés des marches & cavalcades .
(b ) Le corps de Ville pour remplir l'objet de fon'
zéle & la fatisfaction des Citoyens , doitfaire éxéJUILLET.
1763 . 215
d'une Nation entière affemblée pour une grande
Solemnité . On conçoit de quelle variété de couleurs
étoit peint cet immenfe tableau , dont les
figures fur des plans en gradation , quoique
tranquiles & fans confufion , produiloient cependant
un mouvement léger & continuel qui l'animoit
& foutenoit perpétuellement l'agrément de
la vue. L'artifice , qu'on appelle Feux d'air qu'il
avoit été plus facile de préierver de l'humidité, eut
plus de fuccès . On admira de très - belles fufées
d'honneur , des Bombes d'un fort bel effet & des
Gerbes ou Girandes d'une multitude de fufées
très -brillantes. Le feu de Rivière en ferpenteaux
& autres figures , fournit fans difcontinuation ,
pendant tout le temps du feu des effets très- agréables
& très-variés fur l'eau.
Il y eut le même foir des fontaines de vin avec
des Orchestres dans toutes les places & dans tous
les lieux marqués de la Ville . Toutes les maifons
des Particuliers furent illuminées , & les Hôtels
des Princes , Seigneurs , Magiftrats , s'étoient
diftingués par des illuminations décorées & des
plus brillantes. Celle de la Place de Louis XV ,
qui mérite une defcription particulière , formoit
en lumières la repréfentation des grandes façades
des deux corps de bâtimens qui l'accompagnent
, dont la riche Architecture étoit deffinée
en lumières , ainfi que les appuis des Baluftres ,
avec des Girandoles dans tout fon circuit , & des
Obélifques de pots- à feu fur toutes les guérites
ou petits pavillons , conftruits en différens endroits
de cette Place.
cuter le Dimanche 3 du préfent mois cette partie
brillante du Feu , après y avoir fait faire les réparations
néceffaires . On inftruira les Lecteurs dans
le fecond volume de ce mois , du fucces de cette réparation
, & l'on donnera une defcription entière
de ce Feu.
216 MERCURE DE FRANCE.
Le grand & brillant effet de cette Place con
duifoit , & d'une certaine diftance , paroiffoit toucher
à celui de l'élégante & en même temps
fuperbe illumination des Jardins de l'Hôtel de
Pompadour ( ci - devant l'Hôtel d'Evreux ) qui
font ouverts dans toute leur étendue fur les
Champs Elifées , à peu de diftance de la Place.
Cette Illumination particulière que l'on décrira
avec plus de détail , ainfi que quelques autres qui
ont embelli la Fête générale a retenu jufqu'à
cinq heures du matin un concours incroyable de
Spectateurs tant en carrolle qu'à pied."
On n'a prèfque jamais remarqué en aucune
occafion plus de joie , plus de mouvement &
plus de fatisfaction dans le Public , que pendant
ces Fêtes. La gaîté du Peuple furtout & fon
allégreffe pourroit fe prouver par la prodigieuſe
confommation du Vin & des Alimens qu'il y
a cu à Paris pendant quelques jours.
Les deux Hôtels des Comédiens du Roi étoient
auffi illuminés avec décorations & autant de magnificence
, que leur étendue le comportoir. On
Tifoit , à celui des Comédiens François dans des
cartels pofés entre les lumières , les deux Inſcriptions
fuivantes.
PACE RESTITUTA
REGE DILECTISSIMO
POSITO
FASTILUSUS.
JOCORUM MATER
PAX ALMA REDIT
JOCOSA SOLVIT
THALIA VOTUM .
Les Nouvelles Politiques au Mercure prochain .
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Résumé : CÉRÉMONIES ET FESTES, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DE LA STATUE DU ROI, DANS LA PLACE DE LOUIS XV ET DE LA PUBLICATION DE LA PAIX.
Le texte relate les cérémonies et les fêtes organisées à l'occasion de l'inauguration de la statue du roi sur la place de Louis XV et de la publication de la paix. La Ville de Paris avait initialement prévu des projets somptueux, mais le roi a réduit les dépenses, permettant des réjouissances publiques les 20, 21 et 22 juin. Le 20 juin, une cavalcade et des cérémonies traditionnelles ont marqué l'inauguration de la statue. Le Corps de Ville, accompagné du gouverneur de Paris et de nombreux domestiques, s'est rendu à la place de Louis XV. Malgré un incident technique, la statue a été dévoilée au milieu des acclamations et des salves d'artillerie. Le 21 juin, la paix a été proclamée dans 14 endroits de la ville, avec les cérémonies habituelles. Le 22 juin, des fêtes et des réjouissances publiques ont été organisées dans toute la ville. Un Te Deum a été chanté à Notre-Dame, et des illuminations ont été préparées. Des loges ont été installées au Palais de Bourbon pour les spectateurs, et des jeux nautiques ont été organisés sur la rivière. Un feu d'artifice était prévu, mais un orage a endommagé une partie de la décoration. Les fontaines de vin et les illuminations ont marqué la soirée, avec des illuminations remarquables à la place de Louis XV et aux Jardins de l'Hôtel de Pompadour. La joie et la satisfaction du public ont été remarquables, avec une consommation excessive de vin et d'aliments. Les théâtres ont également été illuminés, affichant des inscriptions célébrant la paix.
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177
p. 151
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
ON continue tous les Vendredis les Concerts François avec les mêmes applaudissemens [...]
Mots clefs :
Concerts, Musique, Applaudissements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
ON continue tous les Vendredis les
Concerts François avec les mêmes applaudiffemens
& le même fuccès .
Fermer
178
p. 101-102
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
Début :
CETTE Piéce que l'on doit jouer encore, & dont nous parlerons plus amplement [...]
Mots clefs :
Pièce, Talents, Couplets, Scènes, Musique
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texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
LES DEUX TALENS , Comédie en deux
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
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178
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
179
p. 180-187
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
LE 8 Août on a donné la seiziéme & dernière représentation des Fêtes de la Paix [...]
Mots clefs :
Musique, Honneur, Scène, Procureur, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE..
LEE 8 Août on a donné la feiziéme
& dernière repréfentation des Fêtes de la
Paix. Nous avons rendu compte par Extrait,
dans les précédens Mercures, de cet
agréable divertiffement de M. Favart.
Ilyavoit ajouté depuis , des Scènes d'un
genre de Comique très - vif & très-gai ,
d'autant plus faites pour le fuccès , qu'elles
ont eu , qu'elles étoient convenables
au Site de la Scène , & paroiffoient naturellement
amenées par les Fêtes populai
res , à l'occafion defquelles cette Piéce a
été composée & repréfentée. Voici une
idée des nouvelles Scènes.
SEPTEMBRE. 1763. 187
Jacot , artifan groffier , appaife les reproches de
Javotte , la femme , dans un Duo contradictoire ,
en lui difant que fa befogne aujourd'hui eft de bien
boire :
» Ce n'eft pas à tes dépens: ( dit Jacot en chantant
» Monfieur le Prevôt des Marchands
Qui ne fe moque pas
des g
s gens ,
Veut qu'on boive & qu'on danfe ,
» Il nous baille du vin pour çà ,,
» Et des Violons de l'Opéra
La , la , la , la , la , &c..
Javotte, qui n'a pas d'éloignement pour lė vir
& pour la joie , fe prête facil ment à cette idée..
Jacot a ramallé des gros & des petits écus , que,
dit- il , des Meffieurs dorés jet : oient à la douzaine..
Cette abondance réjouit fort Javotte , & lui
donne bacoup l'amitié pour (on Mari ; elle lui
demande bien des petits préfens pour fon ajuſtement
; Jacot s'en effraye il n'aura plus rien pour
lui . Sa femme le ratfure , en lui ditant qu'un ma--
ri qui a une femme aimable ne doit fe plaindre
de rien . qu'il faut être brave à Paris , qu'il le de--
mande à ces Bourgeois..
» Femme fur le bon pied fait honneur aux Marisè .
A quoi Jacot répond pas toujours , pas toujours.. :
Il vient un Chanfonnier avec fon Tableau qu'
fait voir , & dont il détaille les Sujets . Il invitoit
àvenir écouter & acheter fes Chanſons ; nous rap
182 MERCURE DE FRANCE.
porterons une de ces Chanfons , pour faire voir
comment par le choix & l'arrangement des paroles,
on peut le prêter à la vérité de l'image en Mufique.
» Voyez fur ce Cabriolet ,
» Ce Petit Fringant à plumet ș
» Qui roule fans dire gare , gare ,
» En faiſant clic-clac , claquer fon fouet,
C Au milieu d'une bagare.
» Il perce,
» Traverſe ,
>> Renverfe
>>> La foule ;
» Il roule ,
» Il paffe ,
» Caſſe ,
» Fracaffe,
» La glace ,
» D'un vis-à -vis.
» Arrête , arrête , M. le Marquis ,
Marchand du quartier S. Denis ;
V' là l'zaventures ›
Lure , lure , lure , lure ,
V' là l'zaventures
De Paris.
7
Cerefrein fert à plufieurs couplers d'une critique
gaye & fans fiel . Jacot & Javotte forment avec
le Chanfonnier un trio pour marchander & achejer
fes Chanfons.
A cette Scène fuccéde celle d'un Procureur & de
fa femme qui veulent prendre place fur un
SEPTEMBRE. 1763.
183
Echaffaut, pour mieux jouir du coup d'oeil de la Pla
ce. Javotte en embarraffe l'entrée , la Procureufe s'en
plaint avec cette hauteur qu'une Bourgeoile affecte
pour les gens du Peuple. La Loueufe de chaife dit
qu'elle va appeller un Suiffe pour faire faire paffage.
La querelle s'engage entre Javote , la Procureuſe, le
Procureur & le Suiffe ; dans cette Scène ou le Jargon
Poitlardeft très-bien imité, Javotte n'épargne pas
tous les farcalmes que fouvent les Gens de ſon eſpèce
mployent lorsque l'efprit naturel eft échauffé par
un peu de colère . La Procureufe quitte la partie
pour aller s'évanouir , & Javotte triomphante s'égaye
fur le compte du Procureur. C'eft après
cette Scène que l'on avoit replacé celle du faux
Abbé & de la petite Bourgeoife précieuſe , que
nous avons tranfcrite prèſqu'en entier dans le volume
où nous avons rendu compte des Fêtes de la
Paix.
La Mufique de ces Scènes a fait le plus grand
plaifir.
On a continué fur ce même Théâtre
avec un fuccès très - foutenu , les deux
Chaffeurs & la Laitière,Fables dialoguées
mêlées d'Ariettes .
Le bon goût qui a infpiré l'idée de
mettre au Théâtre ces deux jolies Fables
du plus naïf & du plus élégant de
nos Poëtes , femble avoir conduit auffi
l'Auteur de ce Drame à ne point charger
ce fujet d'épifodes & d'intrigues
étrangères à fon texte ; il n'a fait que le
mettre en action de la manière la plus
naturelle , & qui en devient par-là trèsagréable
.
184 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne donnerons qu'une très- légere
idée feulement du moyen qu'a
pris
pris l'Auteur Dramatique , pour réunir
les actions de ces deux Fables en une..
Colas & Guillot font des Payfans fort pau
vres , qui le font affociés pour tuer l'Ours dont
ils comptent vendre la peau. L'un d'eux a dejà
emprunté du vin fur le prix qu'ils croyent en
retirer , & l'autre l'aide à le boire. Ils s'impatientent
de ne pas voir paroître cet Ours , en
fe promettant chacun l'honneur de le mettre à
bas . Mais aux approches de l'Animal ils ſont
toujours faifis de frayeur , & chacun prend des
prétextes pour fe dérober au danger . Pendant
que Colas eft à la quête de l'Ours , Guillot , qui
fe plaint de la maladreffe de fon Camarade
qui leur a fait manquer cette proie , s'amuſe à
fumer. Il apperçoit une femme , c'eſt Perrette
la Laitiére , qui va vendre ſon lait au marché.
Il lui conte fleurette ; mais Perrette le dédaigne
à cause de la mifére où elle le voit. Elle fait
l'énumération de tout ce que lui vaudra fon lait :
dans le projet économique qu'elle détaille elle
aura des poulets ; de l'argent des poulets , des
brebis , les brebis , en multipliant , feront un
troupeau des produits du troupeau des vaches
& des chevaux &c. Guillot fe vante auffi de
l'argent qui lui reviendra de l'Ours , Perrette
s'en moque , parce qu'il ne tient pas l'Ours &
qu'elle tient fon lait ; fur quoi elle quitte le
pauvre Chaffeur pour continuer fa route. Enfin
Colas revient pouſuivi par l'Ours ; Guillot fe
fauve fur un arbre ; Colas , tombe par terre &
fait le mort. Voilà l'Ours manqué deux fois .
Colas , qui a penſé en être la victime , s'eft fauvé
SEPTEMBRE. 1763 . 185
>
fur une mazure où il s'eft endormi . Guillot def
cendu de fon arbre , ne fçait où eft fon camarade
; parce qu'il a cherché à s'éloigner du voifimage
de cet Ours. La petite Laitiére a renversé
fon pot & répandu tout le lait qu'il contenoit ;
elle revient , en pleurant fon malheur. Guillot de
fon côté dans fon défeſpoir ne voit plus d'autre
parti pour lui que de fe pendre avec fon Baudrier
qui doit lui fervir de licol . En voulant
l'attacher pour cela à la mafure les coups qu'il
donne pour y enfoncer un morceau de bois la
font tomber , & Colas tombe avec la mafure. Les
trois Perfonnages de l'action fe trouvant enſemble
, déplorent leur défaftre. Guillot preffe la
Laitiere de l'époufer au moins par charité , &
ne fût-ce que pour garder les moutons . Perrette
eft devenue moins fière , & tous trois reconnoiffent
qu'il ne faut pas trop compter fur des efpérances
mal fondées. Colas leur dit que l'Ours
lui a parlé. On le preffe de rapporter ce qu'il
lui a dit . c'eſt une leçon qu'il n'oubliera jamais.
Cette leçon eft la moralité de la Fable qui établit
les refreins d'un joli Vaudeville par lequel .
cette Piéce eft terminée..
Colas chante le premier Couplet .
» J'étois gifant à cette place ,
» Et je tremblois de tout mon coeur
» Pour aujourd'hui je te fais grace ,
» M'a-t- il dit , calme ta frayeur.
» Mais va- t- en dire à ton Confrère
» Qu'un fol eſpoir trompe toujours &
» Et ne vendez la peau de l'Ours
» Qu'après l'avoir couché par terre..
"
186 MERCURE DE FRANCE.
·
Dans le nombre des autres Couples
Perrette chante celui- ci :
Sur la vertu la plus auftère ,
Un Epoux fonde fon bonheur ;
Il croit que fa femme préfére
Aux faux plaifirs fon cher honneur.
Pauvres Maris n'y comptez guère ,
Un Amant s'empare du coeur ;
La tête
tourne , & par malheur
Voila le por au lait par terre.
Les paroles de cette Piéce font de M.
ANSEAUME. La Mufique,de M. DUNI,
eft applaudie avec d'autant plus de juftice
, qu'elle a le fuffrage du fentiment naturel
. On retrouve particuliérement dans
cet Ouvrage le caractère de chant par
lequel cet Auteur , Italien de Nation ,
s'étoit annoncé dans fes premiers Ouvrages,
qui confifte en une jufteffe d'expreffion
& des grâces plus analogues au
caractère de notre langue , que dans la
Mufique imitatrice du genre Italien que
plufieurs Muficiens François ont affecté
d'adopter.
Le To, on a donné la première fepréfentation
des Deux Talens , Comédie
en 2 Actes mêlée d'Ariettes , par M.
SEPTEMBRE. 1763. 187
BASTIDE . Cette Piéce n'a eu que deux
repréſentations , elle a été fufpendue ,
& l'on attend la repriſe pour en rendre
compte.
N. B. La Piéce des Deux Chaffeurs & la Laitière
par M. Anfeaume , Mufique de M. Dani ,
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques , 24 f
avec la Mufique.
LEE 8 Août on a donné la feiziéme
& dernière repréfentation des Fêtes de la
Paix. Nous avons rendu compte par Extrait,
dans les précédens Mercures, de cet
agréable divertiffement de M. Favart.
Ilyavoit ajouté depuis , des Scènes d'un
genre de Comique très - vif & très-gai ,
d'autant plus faites pour le fuccès , qu'elles
ont eu , qu'elles étoient convenables
au Site de la Scène , & paroiffoient naturellement
amenées par les Fêtes populai
res , à l'occafion defquelles cette Piéce a
été composée & repréfentée. Voici une
idée des nouvelles Scènes.
SEPTEMBRE. 1763. 187
Jacot , artifan groffier , appaife les reproches de
Javotte , la femme , dans un Duo contradictoire ,
en lui difant que fa befogne aujourd'hui eft de bien
boire :
» Ce n'eft pas à tes dépens: ( dit Jacot en chantant
» Monfieur le Prevôt des Marchands
Qui ne fe moque pas
des g
s gens ,
Veut qu'on boive & qu'on danfe ,
» Il nous baille du vin pour çà ,,
» Et des Violons de l'Opéra
La , la , la , la , la , &c..
Javotte, qui n'a pas d'éloignement pour lė vir
& pour la joie , fe prête facil ment à cette idée..
Jacot a ramallé des gros & des petits écus , que,
dit- il , des Meffieurs dorés jet : oient à la douzaine..
Cette abondance réjouit fort Javotte , & lui
donne bacoup l'amitié pour (on Mari ; elle lui
demande bien des petits préfens pour fon ajuſtement
; Jacot s'en effraye il n'aura plus rien pour
lui . Sa femme le ratfure , en lui ditant qu'un ma--
ri qui a une femme aimable ne doit fe plaindre
de rien . qu'il faut être brave à Paris , qu'il le de--
mande à ces Bourgeois..
» Femme fur le bon pied fait honneur aux Marisè .
A quoi Jacot répond pas toujours , pas toujours.. :
Il vient un Chanfonnier avec fon Tableau qu'
fait voir , & dont il détaille les Sujets . Il invitoit
àvenir écouter & acheter fes Chanſons ; nous rap
182 MERCURE DE FRANCE.
porterons une de ces Chanfons , pour faire voir
comment par le choix & l'arrangement des paroles,
on peut le prêter à la vérité de l'image en Mufique.
» Voyez fur ce Cabriolet ,
» Ce Petit Fringant à plumet ș
» Qui roule fans dire gare , gare ,
» En faiſant clic-clac , claquer fon fouet,
C Au milieu d'une bagare.
» Il perce,
» Traverſe ,
>> Renverfe
>>> La foule ;
» Il roule ,
» Il paffe ,
» Caſſe ,
» Fracaffe,
» La glace ,
» D'un vis-à -vis.
» Arrête , arrête , M. le Marquis ,
Marchand du quartier S. Denis ;
V' là l'zaventures ›
Lure , lure , lure , lure ,
V' là l'zaventures
De Paris.
7
Cerefrein fert à plufieurs couplers d'une critique
gaye & fans fiel . Jacot & Javotte forment avec
le Chanfonnier un trio pour marchander & achejer
fes Chanfons.
A cette Scène fuccéde celle d'un Procureur & de
fa femme qui veulent prendre place fur un
SEPTEMBRE. 1763.
183
Echaffaut, pour mieux jouir du coup d'oeil de la Pla
ce. Javotte en embarraffe l'entrée , la Procureufe s'en
plaint avec cette hauteur qu'une Bourgeoile affecte
pour les gens du Peuple. La Loueufe de chaife dit
qu'elle va appeller un Suiffe pour faire faire paffage.
La querelle s'engage entre Javote , la Procureuſe, le
Procureur & le Suiffe ; dans cette Scène ou le Jargon
Poitlardeft très-bien imité, Javotte n'épargne pas
tous les farcalmes que fouvent les Gens de ſon eſpèce
mployent lorsque l'efprit naturel eft échauffé par
un peu de colère . La Procureufe quitte la partie
pour aller s'évanouir , & Javotte triomphante s'égaye
fur le compte du Procureur. C'eft après
cette Scène que l'on avoit replacé celle du faux
Abbé & de la petite Bourgeoife précieuſe , que
nous avons tranfcrite prèſqu'en entier dans le volume
où nous avons rendu compte des Fêtes de la
Paix.
La Mufique de ces Scènes a fait le plus grand
plaifir.
On a continué fur ce même Théâtre
avec un fuccès très - foutenu , les deux
Chaffeurs & la Laitière,Fables dialoguées
mêlées d'Ariettes .
Le bon goût qui a infpiré l'idée de
mettre au Théâtre ces deux jolies Fables
du plus naïf & du plus élégant de
nos Poëtes , femble avoir conduit auffi
l'Auteur de ce Drame à ne point charger
ce fujet d'épifodes & d'intrigues
étrangères à fon texte ; il n'a fait que le
mettre en action de la manière la plus
naturelle , & qui en devient par-là trèsagréable
.
184 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne donnerons qu'une très- légere
idée feulement du moyen qu'a
pris
pris l'Auteur Dramatique , pour réunir
les actions de ces deux Fables en une..
Colas & Guillot font des Payfans fort pau
vres , qui le font affociés pour tuer l'Ours dont
ils comptent vendre la peau. L'un d'eux a dejà
emprunté du vin fur le prix qu'ils croyent en
retirer , & l'autre l'aide à le boire. Ils s'impatientent
de ne pas voir paroître cet Ours , en
fe promettant chacun l'honneur de le mettre à
bas . Mais aux approches de l'Animal ils ſont
toujours faifis de frayeur , & chacun prend des
prétextes pour fe dérober au danger . Pendant
que Colas eft à la quête de l'Ours , Guillot , qui
fe plaint de la maladreffe de fon Camarade
qui leur a fait manquer cette proie , s'amuſe à
fumer. Il apperçoit une femme , c'eſt Perrette
la Laitiére , qui va vendre ſon lait au marché.
Il lui conte fleurette ; mais Perrette le dédaigne
à cause de la mifére où elle le voit. Elle fait
l'énumération de tout ce que lui vaudra fon lait :
dans le projet économique qu'elle détaille elle
aura des poulets ; de l'argent des poulets , des
brebis , les brebis , en multipliant , feront un
troupeau des produits du troupeau des vaches
& des chevaux &c. Guillot fe vante auffi de
l'argent qui lui reviendra de l'Ours , Perrette
s'en moque , parce qu'il ne tient pas l'Ours &
qu'elle tient fon lait ; fur quoi elle quitte le
pauvre Chaffeur pour continuer fa route. Enfin
Colas revient pouſuivi par l'Ours ; Guillot fe
fauve fur un arbre ; Colas , tombe par terre &
fait le mort. Voilà l'Ours manqué deux fois .
Colas , qui a penſé en être la victime , s'eft fauvé
SEPTEMBRE. 1763 . 185
>
fur une mazure où il s'eft endormi . Guillot def
cendu de fon arbre , ne fçait où eft fon camarade
; parce qu'il a cherché à s'éloigner du voifimage
de cet Ours. La petite Laitiére a renversé
fon pot & répandu tout le lait qu'il contenoit ;
elle revient , en pleurant fon malheur. Guillot de
fon côté dans fon défeſpoir ne voit plus d'autre
parti pour lui que de fe pendre avec fon Baudrier
qui doit lui fervir de licol . En voulant
l'attacher pour cela à la mafure les coups qu'il
donne pour y enfoncer un morceau de bois la
font tomber , & Colas tombe avec la mafure. Les
trois Perfonnages de l'action fe trouvant enſemble
, déplorent leur défaftre. Guillot preffe la
Laitiere de l'époufer au moins par charité , &
ne fût-ce que pour garder les moutons . Perrette
eft devenue moins fière , & tous trois reconnoiffent
qu'il ne faut pas trop compter fur des efpérances
mal fondées. Colas leur dit que l'Ours
lui a parlé. On le preffe de rapporter ce qu'il
lui a dit . c'eſt une leçon qu'il n'oubliera jamais.
Cette leçon eft la moralité de la Fable qui établit
les refreins d'un joli Vaudeville par lequel .
cette Piéce eft terminée..
Colas chante le premier Couplet .
» J'étois gifant à cette place ,
» Et je tremblois de tout mon coeur
» Pour aujourd'hui je te fais grace ,
» M'a-t- il dit , calme ta frayeur.
» Mais va- t- en dire à ton Confrère
» Qu'un fol eſpoir trompe toujours &
» Et ne vendez la peau de l'Ours
» Qu'après l'avoir couché par terre..
"
186 MERCURE DE FRANCE.
·
Dans le nombre des autres Couples
Perrette chante celui- ci :
Sur la vertu la plus auftère ,
Un Epoux fonde fon bonheur ;
Il croit que fa femme préfére
Aux faux plaifirs fon cher honneur.
Pauvres Maris n'y comptez guère ,
Un Amant s'empare du coeur ;
La tête
tourne , & par malheur
Voila le por au lait par terre.
Les paroles de cette Piéce font de M.
ANSEAUME. La Mufique,de M. DUNI,
eft applaudie avec d'autant plus de juftice
, qu'elle a le fuffrage du fentiment naturel
. On retrouve particuliérement dans
cet Ouvrage le caractère de chant par
lequel cet Auteur , Italien de Nation ,
s'étoit annoncé dans fes premiers Ouvrages,
qui confifte en une jufteffe d'expreffion
& des grâces plus analogues au
caractère de notre langue , que dans la
Mufique imitatrice du genre Italien que
plufieurs Muficiens François ont affecté
d'adopter.
Le To, on a donné la première fepréfentation
des Deux Talens , Comédie
en 2 Actes mêlée d'Ariettes , par M.
SEPTEMBRE. 1763. 187
BASTIDE . Cette Piéce n'a eu que deux
repréſentations , elle a été fufpendue ,
& l'on attend la repriſe pour en rendre
compte.
N. B. La Piéce des Deux Chaffeurs & la Laitière
par M. Anfeaume , Mufique de M. Dani ,
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques , 24 f
avec la Mufique.
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180
p. 176-181
SPECTACLES DE LA COUR A FONTAINEBLEAU. ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI en Exercice, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus, Plaisirs, Argenteries & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
Début :
LE ROI étant arrivé le à Fontainebleau, il y eut Spectacle sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Acte, Rôle, Musique, Cour, Intendant, Talents
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texteReconnaissance textuelle : SPECTACLES DE LA COUR A FONTAINEBLEAU. ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre du ROI en Exercice, & conduits par M. PAPILLON DE LA FERTÉ, Intendant des Menus, Plaisirs, Argenteries & Affaires de la Chambre de SA MAJESTÉ.
SPECTACLES DE LA COUR
A FONTAINEBLEAU.
ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS
Pair de France , Premier Gentilhomme.
de la Chambre du ROI en Exercice ,
& conduits par M. PAPILLON DE
LA FERTÉ , Intendant des Menus ,
Plaifirs , Argenteries & Affaires de
la Chambre de SA MAJESTÉ. ·
LE
E ROI étant arrivé le à Fontaine-
5
OCTOBRE. 1763. 77
י
bleau , il y eut Spectacle fur le Théâtre
du Château le lendemain. Les Comédiens
François y repréfenterent Héraclius
, Tragédie du grand CORNEILLE,
& Zénéïde , Comédie en 1 Acte de feu
M. DE CAHUSAC. Dans la Tragédie les
rôles de Pulchérie & de Léontine furent
admirablement rendus par les Dlles
CLAIRON & DUMESNIL , celui d'Eus
doxe par la Dlle DUBOIS . Le rôle dé
Phoca's fut joué par le fieur BRIZART ,
celui d'Héraclius par le fieur LE Kain ,
& celui de Martian par le Sr MOLÉ.
Dans la feconde Piéce , le Sr MOLÉ
a repréſenté Olinde , la Dlle DROUIN
la Fée , la Dile DOLIGNY Zénéïde , &
la Dile LUZI Gnidie.
Le Samedi 8 , les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
exécuterent , en préfence de Leurs Majeftés
, Dardanus , Opéra - Tragédie,
dont le Poëme eft de feu M. de la
Bruere , & la Mufique du célébre M.
RAMEAU.
Le Rôle de Dardanus a été éxécuté
par le fieur JELIOTTE , de la Mufique
du Roi & Penfionnaire de l'AOn
ne nommera dans les grandes Pièces que
les Acteurs des principaux rôles , pour éviter la
prolixité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE ,
cadémie . Celui d'Iphife par la Dlle ARNOULD.
Teucer & Ifmenor , par le fieur
LARRIVÉE , Antenor par le fieur GE
DIN. La Dlle DUBOIS & le fieur Mu-
GUET ont chanté les rôles acceffoires.
Le fieur GARDEL , les Dlles LYONNOIS
& ALLARD danferent les principales
Entrées dans le Ballet du premier
Acte. Le fieur LAVAL dans celui
des Magiciens au fecond Acte. La Dlle
LANI dans le Ballet du troifiéme A&te.
La Dile PESLIN & le Sr DAUBERVAL
les Pas de Deux de ce même Acte.
Le Sr VESTRIS & la Dlle VESTRIS
dans les Efprits Aëriens du quatriéme
Acte. Le Sr VESTRIS feul dans le cinquiéme
A&te. Le Sr DAUBERVAL , la
Elle PESLIN , le Sr CAMPIANI , la
Dlle GUIMARD ont exécuté divers Pas
ou Entrées dans ce même Acte .
Cet Opéra , repréfenté à la Cour, tel
qu'il avoit été donné à Paris à la dernière
reprife , a fait un très-grand plaifir.
Les beautés tranfcendantes de la
Mufique y ont eté admirées , & l'on a
fenti tout le mérite du Poëme qui peut
être compté au nombre des meilleurs
Drames lyriques du grand genre.
T
Il fuffiroit d'avoir nommé les Ac-.
teurs qui chantoient dans cet Opéra ,
OCTOBRE. 1763. 179
pour avoir prévenu fur le mérite de
l'exécution dans les Rôles . La voix &
les talens du Sr Jeliotte y ont paru
exactement tels que le Public les a admirés
il y a quelques années . Comme
la remife de cet Opéra eft encore récente
, on doit fe rappeller le charme,
touchant de l'action & du fentimens
de la Dile Arnould , dans le Rôle d'Iphife
& le plaifir qu'a fait le Sr Larrivée
dans les Rôles d'Ifmenor & de Teucer.
Leurs talens ont paru fupérieurs encore ,
dans cette repréſentation , à ce qu'ils
ont été lorfque l'on donnoit cet Opéra,
à Paris . La belle voix du Sr Gelin a
très -bien rempli le Rôle d'Antenor.
Sans outrer les éloges , on doit regader
comme une des plus parfaites exécutions
celle de toutes les autres parties
Muficales de cet Opéra. Il feroit
Impoffible d'imaginer plus de magnificence
& plus d'éclat dans les habits
& dans les décorations .
N. B. On avertit ici , pour ne le plus répéter :
que dans tous les Spectacles en mufique , ainfi
que dans les entractes des Comédies , l'exécurion
muficale eft dirigée par M. Francoeur , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , ( en femeftre )
fecondé de M. Rebel, Chevalier de 1Ordre du
Roi , auffi Sur-Intendant de la Musique de Sa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Majefté , & de M. de Buri , Sur- Intendant en
furvivance.
Tous les Ballets font de la compofition de
MM . LAVAL Père & Fils , Maîtres des Ballets du
Roi.
>
Le Lundi 11 , le Philofophe marié
Comédie en vers en 5 Actes , de feu
M. NÉRICAULT DESTOUCHES &
enfuite la Nouveauté , Comédie en un
Acte & en Profe, du feu Sr LEGRAND,
furent repréſentées par les Comédiens
François.
>
Le Sr BELLECOUR a joué avec fuccès
Arifte dans la première Piéce , le
Sr BONNEVAL Géronte , le Sr BRIZARD
Lyfimon , le Sr MOLE Damon
rôle que l'on ne peut rendre avec plus
de vérité & d'agrément qu'en a mis
cet Acteur. Le Sr DUBOIS jouoit le
Marquis du Lauret. Le rôle de Céliante
a été rendu avec toute la perfection
dont eft capable l'inimitable Dile
DANGEVILLE , Penfionnaire du Roi,
& des rares talens de laquelle la Cour
jouit encore. La Dlle PRÉVILLE jouoit
le rôle de Mélite , & la Dlle Luzí celui
de Finette.
Dans la feconde Piéce , conjointement
avec quelques-uns des mêmes Aceurs
de la précédente , ont paru les
OCTOBRE . 1763 .
181
Srs ARMAND , DAUBERVAL
, AU
GER , BOURET , les Dlles DROUIN ,
DOLIGNI & DUBOIS , cette dernière
repréfentant la Nouveauté.
La Cour paroît très- contente du progrès
des talens des deux jeunes Actrices,
( DOLIGNI & LUZI ) qu'elle avoit
agréées avec plaifir cet été.
A FONTAINEBLEAU.
ORDONNÉS par M. le Duc de DURAS
Pair de France , Premier Gentilhomme.
de la Chambre du ROI en Exercice ,
& conduits par M. PAPILLON DE
LA FERTÉ , Intendant des Menus ,
Plaifirs , Argenteries & Affaires de
la Chambre de SA MAJESTÉ. ·
LE
E ROI étant arrivé le à Fontaine-
5
OCTOBRE. 1763. 77
י
bleau , il y eut Spectacle fur le Théâtre
du Château le lendemain. Les Comédiens
François y repréfenterent Héraclius
, Tragédie du grand CORNEILLE,
& Zénéïde , Comédie en 1 Acte de feu
M. DE CAHUSAC. Dans la Tragédie les
rôles de Pulchérie & de Léontine furent
admirablement rendus par les Dlles
CLAIRON & DUMESNIL , celui d'Eus
doxe par la Dlle DUBOIS . Le rôle dé
Phoca's fut joué par le fieur BRIZART ,
celui d'Héraclius par le fieur LE Kain ,
& celui de Martian par le Sr MOLÉ.
Dans la feconde Piéce , le Sr MOLÉ
a repréſenté Olinde , la Dlle DROUIN
la Fée , la Dile DOLIGNY Zénéïde , &
la Dile LUZI Gnidie.
Le Samedi 8 , les Sujets de la Mufique
du Roi & de l'Académie Royale
exécuterent , en préfence de Leurs Majeftés
, Dardanus , Opéra - Tragédie,
dont le Poëme eft de feu M. de la
Bruere , & la Mufique du célébre M.
RAMEAU.
Le Rôle de Dardanus a été éxécuté
par le fieur JELIOTTE , de la Mufique
du Roi & Penfionnaire de l'AOn
ne nommera dans les grandes Pièces que
les Acteurs des principaux rôles , pour éviter la
prolixité.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE ,
cadémie . Celui d'Iphife par la Dlle ARNOULD.
Teucer & Ifmenor , par le fieur
LARRIVÉE , Antenor par le fieur GE
DIN. La Dlle DUBOIS & le fieur Mu-
GUET ont chanté les rôles acceffoires.
Le fieur GARDEL , les Dlles LYONNOIS
& ALLARD danferent les principales
Entrées dans le Ballet du premier
Acte. Le fieur LAVAL dans celui
des Magiciens au fecond Acte. La Dlle
LANI dans le Ballet du troifiéme A&te.
La Dile PESLIN & le Sr DAUBERVAL
les Pas de Deux de ce même Acte.
Le Sr VESTRIS & la Dlle VESTRIS
dans les Efprits Aëriens du quatriéme
Acte. Le Sr VESTRIS feul dans le cinquiéme
A&te. Le Sr DAUBERVAL , la
Elle PESLIN , le Sr CAMPIANI , la
Dlle GUIMARD ont exécuté divers Pas
ou Entrées dans ce même Acte .
Cet Opéra , repréfenté à la Cour, tel
qu'il avoit été donné à Paris à la dernière
reprife , a fait un très-grand plaifir.
Les beautés tranfcendantes de la
Mufique y ont eté admirées , & l'on a
fenti tout le mérite du Poëme qui peut
être compté au nombre des meilleurs
Drames lyriques du grand genre.
T
Il fuffiroit d'avoir nommé les Ac-.
teurs qui chantoient dans cet Opéra ,
OCTOBRE. 1763. 179
pour avoir prévenu fur le mérite de
l'exécution dans les Rôles . La voix &
les talens du Sr Jeliotte y ont paru
exactement tels que le Public les a admirés
il y a quelques années . Comme
la remife de cet Opéra eft encore récente
, on doit fe rappeller le charme,
touchant de l'action & du fentimens
de la Dile Arnould , dans le Rôle d'Iphife
& le plaifir qu'a fait le Sr Larrivée
dans les Rôles d'Ifmenor & de Teucer.
Leurs talens ont paru fupérieurs encore ,
dans cette repréſentation , à ce qu'ils
ont été lorfque l'on donnoit cet Opéra,
à Paris . La belle voix du Sr Gelin a
très -bien rempli le Rôle d'Antenor.
Sans outrer les éloges , on doit regader
comme une des plus parfaites exécutions
celle de toutes les autres parties
Muficales de cet Opéra. Il feroit
Impoffible d'imaginer plus de magnificence
& plus d'éclat dans les habits
& dans les décorations .
N. B. On avertit ici , pour ne le plus répéter :
que dans tous les Spectacles en mufique , ainfi
que dans les entractes des Comédies , l'exécurion
muficale eft dirigée par M. Francoeur , Sur-Intendant
de la Mufique du Roi , ( en femeftre )
fecondé de M. Rebel, Chevalier de 1Ordre du
Roi , auffi Sur-Intendant de la Musique de Sa
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
Majefté , & de M. de Buri , Sur- Intendant en
furvivance.
Tous les Ballets font de la compofition de
MM . LAVAL Père & Fils , Maîtres des Ballets du
Roi.
>
Le Lundi 11 , le Philofophe marié
Comédie en vers en 5 Actes , de feu
M. NÉRICAULT DESTOUCHES &
enfuite la Nouveauté , Comédie en un
Acte & en Profe, du feu Sr LEGRAND,
furent repréſentées par les Comédiens
François.
>
Le Sr BELLECOUR a joué avec fuccès
Arifte dans la première Piéce , le
Sr BONNEVAL Géronte , le Sr BRIZARD
Lyfimon , le Sr MOLE Damon
rôle que l'on ne peut rendre avec plus
de vérité & d'agrément qu'en a mis
cet Acteur. Le Sr DUBOIS jouoit le
Marquis du Lauret. Le rôle de Céliante
a été rendu avec toute la perfection
dont eft capable l'inimitable Dile
DANGEVILLE , Penfionnaire du Roi,
& des rares talens de laquelle la Cour
jouit encore. La Dlle PRÉVILLE jouoit
le rôle de Mélite , & la Dlle Luzí celui
de Finette.
Dans la feconde Piéce , conjointement
avec quelques-uns des mêmes Aceurs
de la précédente , ont paru les
OCTOBRE . 1763 .
181
Srs ARMAND , DAUBERVAL
, AU
GER , BOURET , les Dlles DROUIN ,
DOLIGNI & DUBOIS , cette dernière
repréfentant la Nouveauté.
La Cour paroît très- contente du progrès
des talens des deux jeunes Actrices,
( DOLIGNI & LUZI ) qu'elle avoit
agréées avec plaifir cet été.
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181
p. 190
DE DRESDE, le 28 Août 1763.
Début :
La Princesse Électorale vient de donner au Roi son Beau-père [...]
Mots clefs :
Princesse, Spectacle, Acteurs, Musique, Ministres, Roi de Pologne, Opéra, Cavaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE DRESDE, le 28 Août 1763.
DE DRESDE , le 28 Août 1763 .
La Princeſle Électorale vient de donner au Roi
ſon Beau-père un Spectacle auſſi intéreſſant par
la qualité des Acteurs que par le mérite de la
compofition. Elle a fait repréſenter ſur un Théâzre
dreſſé dans le manége de la Cour un Opéra
Italien , intitulé Talestris , Reine des Amazones.
La Muſique & les paroles ſont de Son Alteſſe
Royale : ce n'eſt pas le premier eſſai que ce
Prince a fait de ſes talens pour ce genred'Ou
vrage. Tous les Miniſtres étrangers ont aſſiſté
à ce Spectacle ; le peu d'étendue de la Salle n'a
pas permis de diſtribuer plus de cinquante
billets.Le rôle de Taleſtris a été rempli par la Prin
cefle Électorale ; ceux de Tomiris & d'Antiope ,
par les Princeſſes Elifabeth & Cunegonde , celui
d'Oronte par la Comteſſe Miniſzech , fille du
Comtede Bruhl , & celui de Learque par le ſieur
Reichemberg , Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majesté Polonoiſe. Les perſonnages muets
d'Amazones , de Prêtreſſes & de Scythes étoient
repréſentés par des Dames , des Demoiſeiles &
des Cavaliers de la Cour. Il n'y a point eu de ballet.
Les Princes Charles & Albert jouoient dans
l'orcheſtre. Cet Opéra a eu le plus grand ſuccès ;
on en a ſurtout admiré la Muſique , où l'on trouve
, en effet , des morceaux de la plus grande
force. Sa Majefté a paru d'autant plus fatisfaite
de ce Spectacle qu'Elle n'avoit pas été prévenue ;
Elle a defiré le revoir , & vraiſemblablement on
le répétera plus d'une fois.
La Princeſle Électorale vient de donner au Roi
ſon Beau-père un Spectacle auſſi intéreſſant par
la qualité des Acteurs que par le mérite de la
compofition. Elle a fait repréſenter ſur un Théâzre
dreſſé dans le manége de la Cour un Opéra
Italien , intitulé Talestris , Reine des Amazones.
La Muſique & les paroles ſont de Son Alteſſe
Royale : ce n'eſt pas le premier eſſai que ce
Prince a fait de ſes talens pour ce genred'Ou
vrage. Tous les Miniſtres étrangers ont aſſiſté
à ce Spectacle ; le peu d'étendue de la Salle n'a
pas permis de diſtribuer plus de cinquante
billets.Le rôle de Taleſtris a été rempli par la Prin
cefle Électorale ; ceux de Tomiris & d'Antiope ,
par les Princeſſes Elifabeth & Cunegonde , celui
d'Oronte par la Comteſſe Miniſzech , fille du
Comtede Bruhl , & celui de Learque par le ſieur
Reichemberg , Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majesté Polonoiſe. Les perſonnages muets
d'Amazones , de Prêtreſſes & de Scythes étoient
repréſentés par des Dames , des Demoiſeiles &
des Cavaliers de la Cour. Il n'y a point eu de ballet.
Les Princes Charles & Albert jouoient dans
l'orcheſtre. Cet Opéra a eu le plus grand ſuccès ;
on en a ſurtout admiré la Muſique , où l'on trouve
, en effet , des morceaux de la plus grande
force. Sa Majefté a paru d'autant plus fatisfaite
de ce Spectacle qu'Elle n'avoit pas été prévenue ;
Elle a defiré le revoir , & vraiſemblablement on
le répétera plus d'une fois.
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Résumé : DE DRESDE, le 28 Août 1763.
Le 28 août 1763 à Dresde, la Princesse Électorale a présenté un opéra italien intitulé 'Talestris, Reine des Amazones' au Roi, son beau-père. Elle en a composé la musique et les paroles. La représentation s'est déroulée dans un théâtre installé dans le manège de la cour, en présence de ministres étrangers. La Princesse Électorale a interprété le rôle principal de Talestris, tandis que les Princesses Élisabeth et Cunégonde ont joué les rôles de Tomiris et d'Antiope. D'autres rôles ont été attribués à la Comtesse Miniszech et au sieur Reichemberg. Les personnages muets, comme les Amazones, les Prêtresses et les Scythes, étaient incarnés par des membres de la cour. Les Princes Charles et Albert jouaient dans l'orchestre. L'opéra a connu un grand succès, notamment pour la qualité de sa musique, et le Roi a exprimé son désir de le revoir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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182
p. 171-175
« LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
Début :
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...]
Mots clefs :
Fleur, Musique, Acte, Rôle, Jouer, Spectacles, Lekain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 20 Décembre les Comédiens François représenterent le Jaloux [...] »
A VERSAILLES.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
LE Mardi 20 Décembre les Comédiens
François représenterent le Jaloux
défabufé , Comédie en cinq Actes en
vers de feu M. CAMPISTRON , ( de
1709. ) Le fieur BELLECOUR a joué
le rôle de Dorante , le fieur MOLÉ
celui d'Erafte , le fieur ARMAND celui
de Dubois , & le fieur PRÉVILLE celui
de Champagne. Les rôles de Célie & de
Julie étoient remplis par les Dlles PRÉ-
VILLE & DOLIGNI . Les Dlle BEL-
LECOUR & le KAIN ont joué les
rôles de Juftine & de Babet. Pour la
feconde Piéce on donna Crifpin rival
de fon Maître , Comédie en un Acte
& en profe de feu M. LE SAGE , ( de
1707. ) Le rôle de Crispin a été joué
par le fieur PREVILLE. La Dile
DROUIN jouoit Mde Oronté & la Dlle
Hij
1
*
172 MERCURE DE FRANCE .
DOLIGNI Angélique. La Dlle le Kain
celui de Lifette.
Le Mercredi , jour des Italiens ,
il
n'y eut point de Spectacle à caufe de
la Fête.
Le Jeudi 22 , on repréfenta l'Orphe-
lin de la Chine de M. DE VOLTAIRE ,
( de 1755. ).
Gingis- Kan des Tartares repréfenté
par M. LE Kain , Zamti Mandarin par
le fieur BRIZARD , Idamé par la Dlle
CLAIRON , & c. Pour petite Piéce
Impromptu de Campagne , Comédie
en un Acte & en vers de feu M.
POISSON , ( de 1731. ) Le rôle d'Erafte
joué par le fieur MOLE , celui de Père
par le fieur Brizard
?
par la Dile DROUIN , Ifabelle par la
Dlle DOLIGNI , Lifette par la Dlle
LE KAIN , & c.
la Comtefe
La folemnité des Fêtes de Noël ayant
interrompu les Spectacles, les jours fui-
vans , on a terminé cette année , le
Jeudi 29 Décembre , par la repréfen-
tation de deux Actes d'Opéra. L'un
de ces Actes étoit le Feu , troifiéme
Entrée du Ballet des Elémens , Poëme
de feu M. Roy , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel ,
la Mufique de feu M.
* M. Roy , étoit mort peu de temps aupas .
JANVIER. 1764.
173
DESTOUCHES Surintendant de la Mu-
fique du Roi.
( de 1721. )
M. le BERTON , Maître de Mufique
de l'Académie Royale , a fait les aug-
mentations & les changemens qu'on
avoit crû néceffaires à la perfection
de cet Acte , compofé dans un temps
où les progrès de la Mufique n'étoient
pas encore portés en France au point
où cet Art eft aujourd'hui .
D'ailleurs cet Acte eft trop connu
pour en renouveller l'éloge .
La Dile ARNOUD a chanté le rôle
d'Emilie. Le fieur LARRIVÉE celui
de Valere. Le fieur DUBUT jeune
homme dont nous avons eu occafion
de parler avantageufement dans l'article
des Concerts Spirituels , exécuta le rôle
ravant cette repréſentation. Tout le monde con-
noît les Poëmes qu'il a faits pour le Théâtre de
l'Opéra,& les talens particuliers de fa mufe pour
ce genre de Poëfie. Qu'il nous foit permis à
fon occafion de nous plaindre publiquement de
la négligence des familles ou des perfonnes qui
ont des mémoires exacts fur les Gens de Lettres
d'une certaine célébrité , auxquels il ne devroit
pas être auffi indifférent que leur conduite le
laiffe croire , de nous mettre en état de con-
figner dans ce Journal les particularités ou au
moins des époques de réputation littéraire qui
procureroient autant de certitude que de facili-.
té à cette branche intéreffante de notre hiftoire.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de l'Amour. La Demoifelle LAN Y
danfoit les Entrées feulés dans le ca-
ractère de Prêtreffe , & le fieur LAVAL
dans celui du Chevalier Romain . Les
fieurs GARDEL & CAMPIONI ont
danfé dans les Entrées de Peuples ,
ainfi que la Dlle ALLARD .
L'autre Acte étoit la Guirlande ou
les Fleurs enchantées , Poëme de M.
MARMONTEL , Mufique de M. Ra-
MEAU , ( de 1751. ) Le fieur JÉLIOTE
& la Dile LARRIVÉE ont chanté les
rôles de Berger & de Bergère qui
forment tonte l'action de cet Acte.
La Dlle VESTRIS & la Dile GUI-
MARD ont danfé les principales En-
trées de Bergères , les fieurs GARDEL
& CAMPIONI celles de Bergers. Le
fieur LANY & la Dlle ALLARD étoient
à la tête des Pâtres & des Paftourelles.
Nous avons précédemment nommé
tous ceux dont les talens font employés
à l'ordonnance de ces Spectacles. MM .
LAVALpère & fils , Maîtres des Ballets ,
& c ; ainfi nous ne les répéterons plus .
N B. Nous croyons obliger tous ceux qui
ordonnent & font exécuter des Spectacles en
Europe , de rappeller ici le goût & les talens
du fieur L'ECUYER , Pannacher du Roi , pour tous
les genres de Coeffures en ufage au Théâtre,
JANVIER 1764
# 175
ainfifi que dans tout ce qui a rapport aux orne-
mens en Plumes.
On peut dire de même de l'intelligence du .
fieur de LAITRE chargé de l'exécution des ha-
billemens de Théâtre & Mafcarades des Menus.
Plaifirs du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique.
La fuite des Spectacles , en Janvier,
pour le Mercure prochain.
Fermer
183
p. 173-176
CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Début :
L'Empereur, le Roi des Romains & l'Archiduc Leopold sont partis hier de [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi des Romains, Archiduc, Cérémonie, Couronnement, Musique, Vêtements d'apparat, Soldats, Église, Magistrats, Cour, Ambassadeur, Ornements, Trône, Illuminations, Inscriptions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
CÉRÉMONIE PUBLIQUE.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
De Francfort , le 11´ Avril 1764.
L'Empereur , le Roi des Romains & l'Archiduc
Leopold font partis hier de certe Ville aux acclamations
d'un peuple innombrable. Leurs Majeſtés
& l'Archiduc font arrivés , le même jour , à Mergenthal
d'où ils fe rendront aujourd'hui à Creilsheim
, demain à Wallerſtein & le 13 à Donawerth:
on compte qu'ils arriveront à Vienne le 23.
On joint ici les principaux détails de la cérémonie
du couronnement du Roi des Romains.
Le 1. de ce mois , à trois heures après-midi , on
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
fit , au fon des trompettes & des tymbales , la
publication folemnelle du Couronnement . Le
lendemain , le boeuf deſtiné ſuivant l'uſage , à
être rôti & livré au peuple le jour de cette cérémonie
fut promené par toute la Ville : les cornes
de cet animal étoient dorées & il étoit orné de
guirlandes de fleurs : les Bouchers de la Cour Impériale
qui le conduifoient étoient vêtus d'habits
d'écarlate galonnés d'argent , les gaînes & les
manches de leurs couteaux , ainfi que la hache
dont le boeuf devoit être frappé , étoit d'argent
maffif. Cette marche fe fit au fon de plufieurs inftrumens
de Mufique. Le 3 jour du couronne
ment , la Bourgeoifie fe mit fous les armes dès les
fept heures du matin , & la Cavalerie monta à
cheval fur la grande Place qui aboutit à la rue du
marché aux herbes. La Garnifon de la Ville fe
mit auffi en parade devant le corps - de - Garde éle--
vé vis- à- vis le Roemer ou Hôtel de Ville . Depuis
huit heures jufqu'à onze les Electeurs de Cologne
& de Treves , ainfi que les feconds & troifiémes
Ambaffadeurs des Electeurs Séculiers , fe rendirent
fucceffivement du Roemer à l'Eglife du
Dôme dans l'appareil le plus pompeux. Le Prince
Archi Chancelier de l'Empire , devant facrer
& couronner le Roi , fe rendit en droiture à la
même Eglife. Avant onze heures , deux Seigneurs
Eccléfiaftiques de la Cour de Mayence , la pre
mière des Cours Electorales , tranfportérent au
Roemer , dans un carroffe précédé de la livrée
du Prince , la Couronne Royale. Enfin à onze
heures & demie , l'Empereur & le nouveau Roi
fe mirent en marche , depuis le Roemer jufqu'à
l'Eglife du Dôme , précédés de leurs livrées , de
leurs Pages & des Grands Officiers de leurs
Maiſons , & fuivis des fix premiers Ambaſſadeurs
JUILLET. 1764. 175
Electoraux & d'un multitude de Seigneurs , de
Chevaliers & de Généraux des Armées de S M.I.
qui formoit un cortège auffi brillant que nombreux.
L'Empereur , revêtu des ornemens & du
manteau Impériaux , ainſi que du grand Collier
de la Toifon d'Or la Couronne Impériale fur la
tête & le Sceptre à la main , étoit monté fur un
fuperbe cheval , ainfi que le nouveau Roi des
Romains qui marchoit après Sa Majesté Impériale
couvert de la Couronne Archiducale & revêtu des
ornemens de cette dignité Le dais fous lequel
l'Empereur & le nouveau Roi marchoient , étoit
porté par les deux plus anciens Echevins & les
deux Bourguemaîtres actuels du Sénat. La marche
étoit fermée par les Gardes , tant de l'Em
pereur que du Roi des Romains & des Electeurs
de Mayence , de Tréves & de Cologne. La porte
d'entrée de l'Eglife da Dôme étoit gardée par les
Trabans Saxons . Sa Majesté Impériale & le nouveau
Roi y furent reçus par Lears Alteffes Electorales
fuivies de tous les Membres de ce Chapitre.
L'Eglife étoit tendue en entier de tapifferies
de haureliffe qui repréſentoient les faits mémorables
qui le fout paffé ( pécialement fous les régnes
de la Mailon d'Autriche. On avoit placé à la
droite de l'Aurel , qui avoit été élevé devant la
porte du choeur , le Trône de Sa Majefté Impériale
; à ganche , celui de l'Electeur de Mayence,
& vis-a- vis celui du nouveau Rọi. Après la cérémonie
& la Melle du Sacre qui fut chantée par
une très - belle Mafique , le Roi des Romains fit
une inauguration de Chevaliers. Comme il eft
d'usage qu'au retour du Sacre l'Empereur & le
Roi des Romains reviennent à pied au Roemer ,
on avoit dreſſé , pendant la cérémonie même ,
depuis la porte d'entrée de l'Eglife jufqu'au haut
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
de cet Hôtel , une efpéce de pont de planches
couvert de tapis . Le cortége Impérial & Royal
retourna au Roemer à - peu-près dans le même
ordre qu'auparavant , excepté que le Roi des
Romains étoit revêtu des ornemens Royaux , la
tête couverte de la Couronne Royale & le Sceptre
à la main . Le feftin s'eft donné dans la
voute du Romer. On a fait diftribuer à la populace
une grande quantité de piéces d'or & d'argent
; & Leurs Majeftés Impériale & Royale fe
font montrées au Peuple d'une fenêtre de la
Salle après le feftin qui a commencé à cinq
heures & a fini à fept , Leurs Majeftés font retournées
en grande pompe à leur Palais. Parmi
les illuminations qu'il y a eu à l'occafion du
Couronnement du Roi des Romains , on a diftingué
celles que le Prince Efterhazy de Galanta
, Premier Ambaffadeur Royal- Electoral de Bohême
, a fait faire dans la grande promenade
qui aboutit à la place de Rofmarek :
:: on y a furrout
remarqué à l'extrémité qui termine cette
promenade un fuperbe arc de triomphe , au-deffus
duquel étoit repréfenté le Monarque environné
de la Valeur , de la Piété , de la Prudence &
de la Juſtice , & recevant la Couronne des mains
de la Nation , ainfi que le coeur des Peuples :
aux deux côtés étoient deux Renommées annon
çant à toute la Tèrre le Couronnement de ce
Prince. Au- deſſous des deux côtés on lifoit ces
mors : Cara Deûmfoboles. Cet arc étoit orné de
deux Médaillons , fur l'un defquels étoit cette Légende
: Curru nitido diem promit , & fur l'autre:
Deus nobis hac otia fecit . L'Inſcription étoit ,
Jos. BENED. AUG . OPT . PIO.. FELICI ROM. R.
INAUG. A. R. S. M. BCC. LXIV.
Fermer
Résumé : CÉRÉMONIE PUBLIQUE. De Francfort, le 11 Avril 1764.
Le 11 avril 1764, à Francfort, l'Empereur, le Roi des Romains et l'Archiduc Léopold quittèrent la ville sous les acclamations de la population. Ils se dirigèrent ensuite vers Mergenthal, Creilsheim, Wallerstein et Donawerth, avec l'intention d'arriver à Vienne le 23 avril. La cérémonie du couronnement du Roi des Romains débuta le 1er avril. Ce jour-là, la publication solennelle du couronnement eut lieu au son des trompettes et des tymbales. Le lendemain, un bœuf destiné à être rôti et distribué au peuple fut promené dans la ville, orné de guirlandes de fleurs et accompagné par des musiciens. Le 3 avril, la bourgeoisie se mit sous les armes et la cavalerie se rassembla sur la grande place. Les électeurs de Cologne et de Trèves, ainsi que les ambassadeurs des électeurs séculiers, se rendirent à l'église du Dôme dans un appareil pompeux. À onze heures et demie, l'Empereur et le nouveau Roi des Romains se mirent en marche vers l'église du Dôme, précédés de leurs livrées et suivis d'un cortège nombreux et brillant. L'Empereur, revêtu des ornements impériaux, et le nouveau Roi, couvert de la couronne archiducale, montèrent à cheval. La marche fut fermée par les gardes de l'Empereur et du Roi des Romains. L'église du Dôme était tendue de tapisseries représentant des faits mémorables, notamment sous les règnes de la Maison d'Autriche. Après la cérémonie et la messe du sacre, le Roi des Romains procéda à l'inauguration de chevaliers. Au retour, l'Empereur et le Roi des Romains revinrent à pied au Roemer sur un pont de planches couvert de tapis. Un festin fut donné dans la voûte du Roemer, et des pièces d'or et d'argent furent distribuées à la populace. Des illuminations, notamment un arc de triomphe, furent remarquées lors du couronnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
184
p. 194-209
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Début :
Il y a long-temps que le goût a lieu d'être blessé des disparates de l'Orchestre [...]
Mots clefs :
Théâtre, Actes, Opéra, Musique, Anonymat, Ouvrages, Scène, Composition, Drame, Public, Comédiens, Auteur, Genre, Symphonies, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles .
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
OBSERVATIONS fur la Lettre adrefſée
à MM. les Comédiens François ,
inférée dans le premier Volume du
Mercure de Juillet .
IL y a long-temps que le goût a lieu
d'être bleffé des diſparates de l'Orchestre
dans les entre- Actes de nos Tragédies ,
& même de quelques-unes de nos Co-
-médies du haut- comique. Tout ce qu'obſerve
ſur cela le judicieux Anonyme
AOUST. 1754. 195
dans ſa Lettre à MM. les Comédiens
François , a le mérite d'une vérité généralement
ſentie , remarquée & difcutée
avec fineſſe par un homme d'eſprit , délicat,
& fenfible à toutes les impreffions.
On avoit déja tenté à quelques repréſentations
pour la Cour , d'arranger des
ſuites de ſymphonies , finon exactement
propres aux diverſes ſituations de
la Scène dans les entr'Actes , au moins
plus analogues au genre du Théâtre
François , que l'eſpéce de charivari plutôt
barbare qu'Italien dont ſe plaint l'Anonyme.
En choiſiſſant , comme il le
propoſe , dans nos meilleurs Opéra François
, des morceaux relatifs à la Scène
tragique , on parviendroit fans doute à
foutenir cette fuite de mouvemens que
l'on doit éprouver ſans interruption pendant
toute la durée d'un Drame : mais il
paroît ſe préſenter ſur cela quelques difficultés.
On en voit une d'abord , dans les
foins&dans la ſagacité qu'éxigeroit ce
choix. En le ſuppoſant fait auſſi parfaitementqu'il
feroit poffible,Tembarrasd'en
diriger l'application à chaque repréſentation,
dont la diſtribution change quelquefois
au moment même du Spectacle
,joint à celui de reprendre , pour les
Ij
196 MERCURE DE FRANCE.
,
Piéces nouvelles , des morceaux déja
employés dans celles du Répertoire cour
rant feroit un nouvel obſtacle . Ces
ſoins acceſſoires, qui ſurchargeroient les
Comédiens , pourroient les diſtraire de
celui auquel ils ſe doivent en entier
pour l'exercice de leurs talens. Une autre
difficulté s'offre encore dans l'oppofi
tion très-légitime que pourroit faire le
Spectacle de l'Opéra . On ſçait qu'il n'y
a qu'un affez petit nombre d'Ouvrages
qui puiffent fourenir les remiſes à ce
Théâtre. On est obligé de les éloigner
par le plus d'eſpace de temps poffible ,
àcauſe de celui pendant lequel on eſt
forcé de faire durer ſur la Scène chacune
de ces repriſes : fi la plupart des
airs remarquables de ces Opéra ſe trouvoient
journellement répétés au Théâtre
de la Comédie , il eſt certain que les
chefs-d'oeuvre de notre Scène lyrique en
deviendroient encore bien plus promptement
furannés , que n'affecte aujourd'hui
de le croire le goût infatiable de
Ja nouveauté.
Pour réfoudre toutes ces difficultés ,
&atteindre au but que propoſe l'Anonyme,
il ſemble que le moyen le plus
naturel feroit de faire compoſer des
fymphonies, qui rempliroient les Entre
AOUST. 1764. 197
Ates des Piéces tragiques ,& même de
beaucoup de Comédies. Qu'il ſoit permis
d'éxaminer & de détailler les avantages
qui pourroient réfulter de cette
idée.
: On entrevoit dans ce qu'on propoſe
une nouvelle carrière ouverte à l'harmonie
, à l'expreſſion des ſentimens&
à la muſique imitative. Ce nouveau
champ , auſſi fertile pour le moins &
plus digne de l'art que des bouffonneries
auxquelles on en applique quelquefois
les plus grands efforts , ſeroit- il négligé
par les meilleurs Compofiteurs ?
Quel d'entre eux pourroit croire fes
Ouvrages & fon nom moins illustrés ,
en les affociant à tant de Drames admirables
du Théâtre François , qu'à
quelques Ouvrages d'un genre mixte ,
dont le ſuccès eſt encore incertain dans
la poſtérité ? Ce que des occupations
ſuivies , & par-là plus importantes , ne
permettroient pas d'entreprendre à des
Muſiciens déja célébres , de plus jeunes
en réputation , ou moins exercés fur
de grands Sujets , pourroient s'en faifir.
Il n'eſt pas difficile d'appercevoir de
quelle utilité ſeroit pour ceux-ci cette
forte de concours. Tous les genres d'ex
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
preffions , toutes les eſpéces d'images
qui peuvent entrer dans la muſique d'un
Opéra , ſe préſenteroient àtraiter dans
les entre-Actes des Poëmes tragiques
du Théâtre François. Beaucoup de caractères
de Muſique adaptés à certaines
Comédies , pourroient être relatifs à
ceux de certains Ballets dans les Opéra .
Enan dans ces Eſſais ,lejugement du
Public aſſemblé ſeroit un guide plus
sûr que les fuffrages des petits cercles
d'un concert particulier ; il contribueroit
bien plus efficacement à former , à
perfectionner les Auteurs de Mufique ,
à exciter l'émulation , & à faire connoître
beaucoup plutôt ceux dont les
talens mériteroient une distinction qui
les encourageroit.
En fuivant ce nouveau Plan , voilà
déja des progrès aſſez probables , & une
école utile pour les ſymphonies Françoiſes
, partie fort importante de notre
Opéra. Seroit-ce une conjecture légérement
fondée que de préſumer qu'elle
le deviendroit autant pour la Mufique
vocale ; principalement pour celle du
récitatif? L'adoption d'une Muſique qui
deviendroit intéreſſante pour les Spectateurs
, occafionneroit indubitablement
plus de fréquentation des Muficiens au
AOUST. 1764 . 199
Théâtre François. Si les accens de
l'âme , dans l'énonciation familière ,
font & doivent être le modèle qu'offre
la nature à la bonne & à la vraie déclamation
, celle-ci doit devenir un modèle
intermédiaire pour le Récitatifmufical
; attendu la manière propre d'imiter
de cet Art , qui doit être plus foutenue
& plus marquée que la fimple déclamation
. Ainsi l'habitude d'entendre les
grands talens de ce dernier genre, feroit
peut-être un des plus fürs moyens de
donner ce tact fin des inflexions ou des
modulations , à ceux des Muficiens qui
ne l'auroient pas par un ſentiment naturel
& à le rendre plus juſte & plus
afſuré dans ceux qui l'auroient déja.
2.
:
On ne connoît pas aſſez le prix , ou
peut-être on ne profite pas de tous les
avantages de ces fortes d'habitudes entre
des Arts relatifs . L'étude alors cachée
fous l'attrait de l'amusement , devient '
une diſtraction plus utile que le travail.
Que ceux de nos Lecteurs qui ſont
nés avec un certain feu d'imagination ,
( la vraie ſource peut- être du ſentiment )
ſe rappellent combien , dans leur jeuneffe
, ils fe fentoient enflammés en fortant
d'une belle Tragédie , rendue par
1 iv
200 MERCURE DE FRANCE.
و
d'excellens Acteurs. Qu'ils ſe reffouviennent
qu'enlevés , pour ainſi dire ,
au-deſſus d'eux- mêmes , ils étoient entraînés
involontairement à compoſer ,
à exprimer , à déclamer mentalement ou
à haute voix , des fragmens vagues &
indéterminés , analogues à la force & à
l'objet des paffions dont ils avoient été
le plus émus au Théâtre. C'eſt par cette
voie que l'on contracte le talent de bien
lire talent plus rare qu'on ne croit
parmi les perſonnes les mieux élevées ,
& même parmi les Gens de Lettres. Ce
genre d'enſeignement devient la nature
même dans ceux qui s'en pénétrent &
qui font bien diſpoſés ; elle procure au
moins dans les autres une certaine connoiſſance
du vrai ſens des paroles &
de la juſteſſe des infléxions. On fera
doncfuffifamment autorifé àeſpérer que
par la nous retrouverions cette partie ,
fi précieuſe de nos Opéra , qui ſemble
avoir perdu à mesure que les autres
ent le plus gagné ; parce que les Maficiens
trop abandonnés aux nouvelles
xicheſſes de l'art dans l'harmonie , ont
négligé de conſulter la Nature dans la
mélodie.
En inſiſtantpour que l'on entre dans
AOUST. 1764. 203
1
l'usage qu'ils en faisoient au Théâtre ,
nous ne pouvons douter qu'elle ne fut
admiſe à tous les leurs , au moins comme
un acceſſoire néceſſaire. Pour que
cet acceſſoire ſoit toujours agréable à
l'Auditeur ſenſé , il faut qu'il accom
pagne & qu'il orne le fond ſans jamais
l'abſorber ni diſtraire du Sujet.
C'eſt ce qui réſulteroit des fimphonies
analogues aux ſituations & au mou
vement des Drames éxécutés dans les
entr'actes.
- Ne peut- on pas préſumer que beau
coup d'Amateurs de Muſique ſeroient
alors conduits par cet attrait au Théâ--
tre François . Bien loin que les Amareurs
du fond de ce ſpectacle en fufſent
écartés par là , les Piéces les plus
anciennes ſe trouveroient pour ainfi
dire renouvellées, Elles reprendroient
bientôt le droit d'étonner & d'attacher ,
car les hommes en général , ne naiſſent
point avec un goût faux & dépravé ;
celui du vrai beau ne s'affoiblit en eux
que faute de leur être fréquemment:
préſenté. Ainfi le Public ramené infeniblement
à un Spectacle digne de lui
encourageroit encore les grands talens
par un concours affidu , comme il a fait
autrefois. Si cette révolution avoit lieu ,,
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
1
loin de préjudicier au produitdes Théâ
tres , plus dévoués à des genres moins
réguliers , elle préviendroit à cet égard
le dégoût & la fatiété , toujours à craindre
dans une continuité d'amusemens
de la même eſpéce. La gaîté & le défordredes
bouffonneries deviennent plus
piquantes , lorſqu'elles ne ſervent que
de diſtraction paſſagere , que lorſqu'elles
font prèſque l'objet perpétuel de l'attention
. C'eſt donc le partage , & non l'exclufion
d'aucun genre que l'on a en
vue , & que l'on croit également intéreffant
pour les uns & pour les autres.
On prévoit facilement le fruit que
tireroit le Théâtre de l'Opéra de l'uſage
des entre-Actes en queſtion à la Comédie
Françoiſe.
Une telle occafion d'exercer les talens
conſommés , de former & de développer
les nouveaux, prometun plus
grand nombre d'Auteurs pour l'Opéra
& une bien plus grande quantité de
nouveaux Ouvrages ſuſceptibles de fuccès
à ce Théâtre. D'autre part , le Public
accoutumé journellement à écoutér avec
une forte d'intérêt, de la muſique alliée à
un ſpectacle ſérieux & héroïque , en
reprendroit l'uſage de concilier le plaifir
AOUST. 1764. 201
6
les vues de l'Amateur éclairé , dont
nous ne faiſons ici qu'étendre l'idée
ſi l'on nous croit guidés par un motif
de goût & d'intérêt exclufif pour
un genre de ſpectacle , au détriment
d'un autre , que l'on daigne nous
écouter à cet égard avec impartialité ,
& l'on fera convaincu que notre but
au contraire eſt d'affurer & de fixer le
foutien de tous . Leur intérêt commun
eſt indiviſiblement lié à celui des plaifirs
du Public .
1
Dans une grande Ville , comme cette
Capitale , où pluſieurs Théâtres principaux
ſont ouverts pendant toute l'année
, s'il arrive que la mode , le caprice
ou même ſi l'on veut , des ſuccès trèsmérités
,attirent perpétuellement à un
ſeul le plus grand nombre des Spectateurs,
il faudra que les autres dégénérent
par découragement, ou que confondant
des genres étrangers ,ils empruntent de
celui qui fera le plus en faveur , des
agrémens qui deviendront ridicules en
les déplaçant. De là réſultera bientôt la
décadence du goût & ce qui le prévient
toujours , une forte d'incertitude
inquiette qui fait inceffamment & indistinctement
changer , fi l'on peuts
Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
le dire , le ſyſtême des fuffrages du
Public. Alors on n'a plus de points
fixes & le genre qui ſemble le plus
triomphant , prépare peut - être fa
ruine en détruiſant les autres .
Il s'introduit quelquefois un luxe dans
lesArts& dans les talens , comme dans
la façon de vivre. S'il paroît d'abord
lés enrichir , il les appauvrit peu -àpeu
& finit par les corrompre entièrement.
Il a cependant des avantages ,
auxquels on auroit tort de renoncer.
Il ne s'agit donc pas de le profcrire ,
mais d'en réprimer les excès , & d'en
diftribuer le fruit. La Muſique paroît
être aujourd'hui dans ce cas. Plus cer
art a fait de progrès parmi nous , plus
chacun s'eſt crû obligé de l'aimer &
de s'y connoître , même ceux qui ont
fur cela le moins de goût & de connoiffances.
Tout le monde est donc
devenu Muficien ou veut le paroître.
Ce qui ne revient pas au même , à
beaucoup près , pour la juſteſſe du goût
général , mais pour la néceffité de recourir
à cet attrait dans tous les Spectacles
, où il eſt utile d'entretenir l'affluence
des Spectateurs ...
Sans connoître bien précisément ni
la muſique pratique des Anciens , ni
AOUST. 1764. 207
férens , en faveur de celle que d'autres
éprouvent à voir trop ouvertement
bleffer les vraiſemblances .
L'Auteur de la lettre à MM.les Comédiens
François s'eſt renfermé dans ce
qui regarde leur Théâtre. S'il a été
affecté ſi défagréablement des difparatés
de la Symphonie dans les entr'actes
à ce Théâtre , combien auroit- il dù l'être
à celui de l'Opéra , où ce défaut d'analogie
& de lialfons entre les Actes ,
eſtd'autant plus intolérable ,que la Mufique
est le langage unique & perpétuel
fur cette Scène. Quand onſe reſſouvient
que l'on y a vû des Perfonnages héroïques
, finiſſant un Acte par une
Scène ou par une Monologue du plus
grand pathétique , reconduits par l'orcheſtre
ſur un rigaudon très- gai &
que des Parodies bouffones avoient:
rendu encore plus difparat , on ne con--
çoit pas comment depuis l'inſtitutio:n
de l'Opéra , les Auteurs ont fait l'épargne
de quelques meſures de Muſique
plutôtque d'obvier à une inconféquence
auffi choquante. Ce qu'on a fait pour cela
dans quelques parties de certains Opéra
modernes , en fort petit nombre , l'effet
admirable & les applaudiſſemens qu'ont
produit dans Dardanus la ſymphonie
208- MERCURE DE FRANCE.
du combat entre le quatriéme &le cinquiéme
Acte , ne devroient- ils pas encourager
à porter cette attention fur
tous les entr'actes des ouvrages modernes
& de ceux qu'on remet au Théâ
tre ? C'eſt particulièrement au célébre
Auteur de Dardanus , qu'on vient
de citer , qu'il convient d'adreſſer ce
voeu des Amateurs , pour enrichir &
perfectionner le Théâtre de ſa gloire ,
certains que ſon exemple ſeroit une loi.
On croit pouvoir ſans indiſcrétion lui
faire cette prière pour les Opéra qu'on
remet ſouvent delui , parce qu'il ne s'agit
que de morceaux détachés , choifis
dans le porte-feuille , & adaptés à propos.
Il n'y a que les forces de l'eſprit
néceſſaires à foutenir la fatigue d'un
ouvrage long & fuivi , qui cédent
quelquefois au poids du temps & des
travaux paffés ; mais le génie ne connoît
point d'âge , & dans un homme
comme M. RAMEAU , il n'aura d'autre
terme que celui de la vie. Ainfi , quand
il faudroit compoſer exprès ces morceaux,
on eft en droit de l'eſpérer de lui.
On oppofera peut-être l'impoſſibilité
de produire des morceaux de ſymphonie
, tant pour les entre - Actes du
Théâtre François , que pour celui de
AOUST. 1764. 205
de l'oreille avec celui du coeur & de
l'eſprit ; ce qui depuis un certain temps
eſt fort diviſé. Les effets n'en démontrent
que trop les funeſtes confequences
pour le plus beau Spectacle de l'Europe.
De tout ce qu'on vient de dire , n'eſtil
pas permis de conclure , que ſi l'on
s'eſt trop livré à ſes propres idées dans
ce qu'on préſume pour l'avantage des
trois Spectacles de Paris , au moins le
projet ne peut porter préjudice à aucun
, & devenir très-utile à celui pour
lequel il a été conçu .
On objectera peut- être que depuis la
ſuppreſſion des luftres &de la manoeuvre
qu'ils exigeoient au Théâtre de
la Comédie , ces fortes de ſymphonies
dans les entr'actes ſont inutiles , attendu
le peu d'intervalle qu'on y laiſſe .
Qui peut affurer que ces morceaux de
Muſique , compoſés & éxécutés dans
les conditions requiſes par l'Anonyme ,
ne feroient pas écoutés avec affez d'attention
& d'intérêt par le Public , pour
mériter qu'ou leur donnât un tems convenable
? C'eſt , comme le remarque le
judicieux Obfervateur , le désagrément
de ce qu'on éxécutoit & le peu d'analogie
avec le Drame , qui caufoient
206 MERCURE DE FRANCE.
P'impatience du Spectateur bien plus que
le temps qu'exige la divifiondes Actes.
Il n'eſt pas hors de propos d'obſerver
que dans une action dont la durée eſt
fuppofée de 24 heures , cette précipitation
qui joint les Actes les uns aux
autres, eft fans contredit fort contraire à
Pillufion On ſe prête ſans doute à bien
des choſes au Théâtre , mais dans les
efprits bien ordonnés cette complaifance
a dés bornes , & c'eſt ce qui a donné
lieu aux régles de l'Art Dramatique
, fans quoi elles ſeroient prèſque
toutes fuperflues. Ainfi pour la réduction
du temps , dans une action théâtrale ,
notre jugement obſerve à-peu-près les
mêmes proportions que dans celles des
autres Arts imitateurs par rapport à
l'étendue des objets. Verra-t- on , par
exemple, ſans une répugnance fenfible
pour la Raiſon , un Perſonnage quitter
la Scène à la fin d'un Acte , pour aller
combattre affez loin du lieu de cette
Scène & rentrer tout de ſuite victorieux
d'une Armée après beaucoup d'exploits
, ſans que le temps apparent
de ſon abfence puiffe au moins tromper
ſur le temps réel qui lui auroit été
néceſſaire ? On doit donc amuſer l'impatience
de quelques Spectateurs indif
AOUST. 1764. 209
'Opéra , analogues aux parties des
Drames qu'ils rempliroient. C'eſt encore
au nom du Public & du reſpectable
Auteur de la Lettre imprimée
dans le premier Mercure de Juillet ,
que l'on prend ici la liberté d'inviter M.
RAMEAU à donner for avis ſur cette
objection & fur le projet que cet Anonyme
a daigné nous permettre d'étendre
& de dévélopper.
N. B. On donnera dans le prochain
Mercure la Réponse à la Lettre inférée
dans le second Volume de Juillet.
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. OBSERVATIONS sur la Lettre adressée à MM. les Comédiens François, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juillet.
Le texte aborde les disparités dans l'orchestre pendant les entractes des tragédies et comédies françaises, un sujet déjà traité par un anonyme dans une lettre aux Comédiens Français. Cet anonyme critique l'utilisation du 'charivari' italien et propose d'adopter des morceaux d'opéras français plus adaptés aux situations scéniques. Cependant, cette solution présente des difficultés, notamment la sélection et la direction des morceaux, ainsi que l'opposition potentielle de l'Opéra, qui pourrait voir ses œuvres surutilisées. Pour résoudre ces problèmes, le texte suggère de composer de nouvelles symphonies spécifiques aux entractes des pièces tragiques et comiques. Cela offrirait une nouvelle carrière à l'harmonie et à la musique imitative, tout en étant bénéfique pour les jeunes compositeurs. L'adoption de cette musique intéressante pourrait augmenter la fréquentation des musiciens au théâtre français et améliorer la déclamation et le récitatif musical. Le texte souligne également l'importance de l'habitude et de l'émulation pour former et perfectionner les auteurs de musique. Il espère que cette révolution ramènera le public vers des spectacles dignes et encouragera les grands talents. Enfin, il prévient contre les excès de luxe dans les arts et la nécessité de distribuer équitablement les avantages pour éviter la décadence du goût. Le texte discute également de l'impact positif de la symphonie du combat entre le quatrième et le cinquième acte de l'œuvre 'Dardanus' sur le public, soulignant les applaudissements et l'admiration qu'elle a suscités. Il encourage les auteurs, notamment le célèbre auteur de 'Dardanus', à enrichir et perfectionner les entreacts des ouvrages modernes et des pièces remises au théâtre. Le texte reconnaît le génie durable de Jean-Philippe Rameau et sa capacité à composer des morceaux détachés pour les opéras. Il aborde également la division entre l'oreille et le cœur dans les spectacles, soulignant les conséquences funestes de cette séparation. Le projet de réintroduire des symphonies dans les entreacts est présenté comme utile et sans préjudice pour les spectacles de Paris. Le texte réfute l'objection selon laquelle les symphonies sont inutiles après la suppression des lustres, affirmant que des morceaux de musique bien composés seraient écoutés avec attention. Il critique la précipitation entre les actes, contraire à l'illusion théâtrale, et invite Rameau à donner son avis sur cette question. Enfin, il annonce la publication de la réponse à une lettre dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
185
p. 190-196
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
Début :
MONSIEUR, Si c'est un tribut dû à la mémoire des hommes célèbres [...]
Mots clefs :
Génie, Musique, Oeuvres, Hommes, Hommages, Duc, Violon, Talents, Symphonie, Mémoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
LETTRE à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
du Mercure , fur feu M. LE CLAIR
premier Symphoniſte du ROI.
MONSIE ONSIEUR
Si c'eſt un tribut dû à la mémoire des
hommes célébres que les éloges que
la reconnoiffance de leurs Concitoyens
confacre après leur mort en leur honneur
dans les faftes des beaux- Arts ; il
me femble auffi qu'ils font une confolation
touchante pour ceux qui les ont
NOVEMBRE. 1764. 191
connus plus particuliérement ; j'avois
avec les bons Citoyens , verfé des larmes
à ce Service funébre fi bien exécuté
par l'Académie Royale de Mufique ,
pour ce génie profond qui a changé en
Science la Méchanique de fon art ; je ne
penfois point que j'aurois fitôt à regretter
un homme auffi fçavant(M. Leclair) que
l'affaffinat le plus tragique , nous a enlevé
la nuit du 22 au 23 du préſent mois
d'Octobre.
Il étoit né à Lyon , le 16 Mai 1697 ,
du mariage d'Antoine Leclair , Muficien
de Sa Majefté Louis XIV , & de Benoîte
Ferriere. Jean-Marie Leclair , celui
que nous regrettons , fut dans fa
jeuneffe attaché à M. Bonnier père , &
à fon fils M. Bonnier de Lamofſſon , Tréforier
des Etats de Languedoc. Bientôt
il eut la place de premier Symphoniſte
de Sa Majesté Louis XV. Il fut même
honoré des bontés d'un Monarque , Père
de fes Peuples & des beaux Arts. Un
Brevet expédié au fieur Leclair du 5
Avril 173 , figné par le Duc de Gévres ,
lui affura un honneur qui étoit autant
une juftice qu'une récompenfe.
L'envie de voyager le fit paffer en Hollande
, il y fut comblé des bienfaits de
S. A. Madame la Princeffe d'Orange ,
192 MERCURE DE FRANCE.
& revint à Paris jouir en paix de fa réputation
& de l'eftime des gens de bien.
Il ne faifoit plus d'Ecoliers , & n'étoit
plus qu'Amateur , quand M. le Duc
de Gramont crut rendre fervice au Public
en faifant une douce violence à cette
inaction qui enfeveliffoit des talens aufli
fupérieurs.
Ce Seigneur le penfionna , & cet art
heureux de conduire à ne vouloir que
leurs volontés , dont les Grands font
un ufage fi glorieux , quand le goût des
Arts le confacre ; cet Art enchanteur
rendit à Leclair tout fon amour pour
le travail.
Il avoit compofé dans fa jeuneffe quatre
Livres de Sonates à violon feul , deux
Livres de Duo deux divertiffemens
fous le titre de Récréations , deux Livres
de Trio , deux Livres de Concerto
& l'Opéra de Scilla & Glaucus , dont la
partie harmonique ne le céde en rien aux
plus beaux morceaux de Rameau. A l'âge
de foixante ans , toute la vigueur de fon
génie fembla prendre de nouvelles forces
pour répondre aux bontés d'un Seigneur
dont il avoit été le maître.
Il avoit compofé pour lui l'Acte d'Apollon
& Climene , dont les paroles font
de M. le Marquis de Senneterre , exécuté
aux
NOVEMBRE . 1764. 193
aux charmantes Fêtes de Puttau. Depuis
, il a fait un divertiffement pour
la Provençale; deux Ariettes fupérieures ,
l'une pour la Gouvernante , l'autre pour
le Tuteur , dont le rôle n'avoit rien de
brillant à chanter.
•
Rameau avoit pris du Ballet des Arts ,
dont les paroles font de M. de la Mothe,
& la Mufique de M. de la Barre
l'Acte de Pigmalion , qu'il a refait entièrement.
M. le Duc de Gramont fuivit
la même idée pour les quatre autres
Actes : il fit travailler le Clair & Naudé ,
cet homme fi connu par fon goût fupérieur
pour le chant . Le premier fe
chargea de l'harmonie , & le fecond
de la mélodie. Ainfi les quatre Actes
font entièrement retravaillés , & furtout
celui de la Peinture , où le goût & le
génie femblent avoir épuifé leurs connoiffances.
Ces deux hommes ainfi réunis par
une concorde fi rare parmi les perfonnes
d'un même Art , ont travaillé encore
le Ballet des Saifons , Paroles de
Pic , Mufique de Lulli & de Colaſſe ,
& la Tragédie d'Arion de l'Abbé Pellegrin
,dont la Mufique eft de M. Matho .
Le Clair travailloit à cette Tragédie
quand il eft mort. Il ne manquoit our F
I
194 MERCURE DE FRANCE.
rendre l'Ouvrage parfait , que quelques
airs de violon ,
M. le Duc de Gramont, toujours attentif
à confacrer à la postérité la mémoire des
hommes de génie , avoit fait une collection
des plus beaux morceaux de
Mufique d'un homme étonnant , mort
chez lui à l'âge de trente ans. Il fe
nommoit Martin & avoit étéVioloncéle
à l'Opéra . M. le Duc de Gramonile l'étoit
attahé par fes bienfaits , & a de lui des
Ouvrages de la première beauté. C'eſt
en réuniffant le génie de ces trois Compofiteurs
qu'il eft parvenu à mettre en
ordre tant d'Ouvrages différens , dont
il pourra faire préfent au Public , s'il
paroît les defirer , & les recevoir comme
des monumens de ce que peut l'union
des talens confacrée par l'amitié .
Le Clair étoit fait pour la connoître
& la rendre aimable . Il avoit dans les
moeurs cette noble fimplicité , caractère
diftin&tif du génie. Il étoit férieux
& penfeur , n'aimoit point le grand
monde. Il n'avoit ni cette modeftie intéreffée
qui mandie des éloges , ni
cet orgueil qui en rend indigne. Il étoit
affez grand Homme pour ofer dire
qu'il étoit content de fes Ouvrages ,
& pour les retoucher s'il croyait qu'un
NOVEMBRE . 1764. 195
meilleur avis lui eut découvert des beautés
qu'il n'avoit point faifies.
L'Europe entière connoît fes Sonates;
& fi la France a des Gavinies & des
Capron , ce font fes Ouvrages qui les
ont formés. Il débrouilla le premier
l'art du violon ; il en décompofa les
difficultés & les beautés. Il manqua un
le Clair à Lulli ; il eft créateur de cette
éxécution brillante qui diftingue nos
Orchestres , & Rameau lui doit autant
qu'à fon propre génie,
La furveille de fa mort il apporta à M.
le Duc de Gramont un morceau de Mufique
plein de feu & d'enthouſiaſme.
il falloit le voir, à foixante-ſept ans , éxécuter
avec une vigueur étonnante , communiquer
à un Orcheſtre tout fon
feu , & fi près du jour fatal , goûter
le plaifir d'être admiré lavec cette joie modefte
& pure qui conviendroit fi bien
à un jeune homme qu'on loueroit pour
la première fois .
Il femble que l'amitié ait des préffentimens.
Celle de M. leDuc de Gramont pour
le Clair , je me fers de fes expreffions ,
en eut d'affreux . Il lui offrit mille fois
un logement chez lui , & l'avoit déterminé
à l'accepter quand il fut affaffiné,
Il eſt fans doute des monftres qui ne font
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ni de leurs pays , ni de leur fiécle. Que
d'êtres n'ont de l'homme que la figure
humaine !
Perfuadé , Monfieur , que les talens
de l'efprit font peu de chofe fans les
fentimens de l'âme , ma première étude
a toujours été de jouir des affections
de la mienne. J'ai connu le Clair , j'ai
pu l'admirer & l'eftimer. Je vous écris
l'âme encore faifie de l'affreux récit
de fa mort. S'il eft impoffible de confacrer
à tous les grands Hommes des
monumens en marbre , & d'y graver
des vers à leur honneur , en voici que
j'ai trouvé gravés pour lui dans mon
coeur & que le Public au moins daignera
peut-être agréer,
Le premier des François , le Clair, à fon génie
Sçut l'art d'affervir fon archet.
Du grand Rameau rival par l'harmonie
Il eft mâle , élégant , tendre & toujours parfait.
Lui feul méritoit bien de rendre les Ouvrages;
Lamitié careffa ſes moeurs :
Il fut eftimé par les Sages ,
Admiré par les Connoiffeurs.
J'ai l'honneur d'être &c,
Le 26 Octobre 1764.
DE ROZOI
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur feu M. LE CLAIR, premier Symphoniste du ROI.
La lettre rend hommage à Jean-Marie Leclair, un célèbre musicien français décédé la nuit du 22 au 23 octobre 1764. Né à Lyon le 16 mai 1697, Leclair était le fils d'Antoine Leclair, musicien de Louis XIV, et de Benoîte Ferrière. Au cours de sa carrière, il a servi divers patrons, notamment les Bonnier, avant de devenir premier symphoniste de Louis XV. Leclair a composé plusieurs œuvres notables, incluant des sonates, des duos, des trios, des concertos, et l'opéra 'Scilla et Glaucus'. À l'âge de soixante ans, il a repris son activité musicale grâce au soutien du Duc de Gramont, qui l'a pensionné. Leclair a également collaboré avec d'autres compositeurs sur des ballets et des tragédies. Connu pour sa simplicité et son sérieux, il a marqué l'Europe par ses sonates et son influence sur l'art du violon. Sa mort a été ressentie comme une grande perte, tant par ses contemporains que par le Duc de Gramont, qui lui était très attaché.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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186
p. 191-192
CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Début :
Ce Concert commença par Diligam te Domine, Moret à grand Choeur de M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Musique, Motet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
CONCERTS SPIRITUELS,
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
Du Jeudi , 16 Mai , fête de l'Aſcencion.
СЕ
E Concert commença par Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M. l'Abbé
GOULET , ci - devant Maître de mufique de l'Eglife
de Paris. Ce Compofiteur & fes ouvrages font à
préfent connus de tous les amateurs du Concert ,
& en poffeffion d'y être applaudis. M. BALBATRE
exécuta fur l'orgue l'ouverturedes Fêtes de Paphos,
arrangée par lui avec beaucoup d'intelligence ,
de goût & de connoiffance des effets de l'inftrument.
On peut s'imaginer combien la brillante
exécution de cet Artifte fait valoir ce beau mor-.
ceau de mufique. Tous les auditeurs témoignèrent
leurs plaifirs par des appplaudiffemens univerfels
. Mlle SCHENCKER , de la Mufique de S.
A. S. Monfeigneur le PRINCE DE CONTI , exé
cuta des pièces de harpe charmantes , & du genre
de mufique le plus agréable. Cette Virtuofe dont
on admire l'exécution , eft âgée au plus de douze
ans. Mlle AVENAUX & M. DURAND chantèrent
Cantemus , Moter à deux voix de feu M. Mouret.
Mlle FEL chanta un nouveau Motet à voix feule ,
de M. J. J. ROUSSEAU , dont les fymphonies d'un .
goût agréable & nouveau , furent généralement
applaudies avec vivacité ; la vocale de ce morceau
, point ou très peu analogue aux paroles ,
n'a été goûtée que par les amateurs déclarés de
la manière Italienne , laquelle ne s'adopte pas
encore au genre du Motet , pour des oreilles trang
192 MERCURE DE FRANCE.
çoifes accoutumées à la majeſté & à la convenance
des images & des expreffions dans les bons morceaux
de notre mufique latine , qui , fans contredit
, eft plus riche de vraie fcience que la plû-
Fart des Motets d'Italie parvenus à notre connoiffance.
Ce Concert fut terminé par Deus nofter
refugium , nouveau Motet à grand Choeur de
M. GIRAUD , Ordinaire de la Mufique de Sa Majefté
& de l'Académie royale . Ce Moter a eu du
fuccès & les gens de l'art l'ont généralement trouvé
bien travaillé. M. GIRAUD s'étoit déja fait connoître
avantageufement dans plufieurs productions
de Mufique françoife , & même fur notre ſcène
lyrique.
M. le GROS & M. GELIN ont chanté dans les
grands Motets.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS. Du Jeudi, 16 Mai, fête de l'Ascencion.
Le concert spirituel du jeudi 16 mai, jour de l'Ascension, commença avec le motet 'Diligam te Domine' de l'abbé Goulet. L'organiste Balbastre interpréta l'ouverture des 'Fêtes de Paphos'. La harpiste Mlle Schencker, âgée de douze ans, joua des pièces charmantes. Mlle Avenaux et M. Durand chantèrent 'Cantemus' de Mouret. Mlle Fel interpréta un motet de Jean-Jacques Rousseau, apprécié pour ses symphonies mais jugé trop italien. Le concert se termina avec 'Deus noster refugium' de Giraud, bien accueilli. Les chanteurs Gros et Gelin participèrent également aux grands motets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
187
p. 192-195
Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Début :
Le Concert commença par une symphonie de M. BAMBINI. (I) Le premier Motet à grand Choeur [...]
Mots clefs :
Concert, Composition, Musique, Motet, Motet à grand choeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Du Dimanche de la Pentecôte , 26 Mai.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Le Concert commença par une fymphonie de
M. BAMBINI. ( 1 )Le premier Motet à grand Choeur
( 1 ) N. B. Pour éviter les répétitions inutiles ,
nousnefommes point dans l'ufage de faire mention
des fymphonies par lesquelles commencent tous les
Concerts , à moins que quelques circonstances particulières
n'y engagent. Nous en avions omis une
intére fante , en rendant compte des Concerts du
temps de Pâques. Nous ignorions alors qu'une
Symphonie , qui y fut exécutée & fort applaudie
annoncée fous le nom de Madame *** . avoit été
furprise par M. fon pere , amateur de Mufique
très-connu , à Madame de C... auffi diftinguée par
les talens qu'elle poffède que par la figure. Nous
faififfons cette occafion de rendre hommage à cette
Dame que nous n'ofons nommer fans fon aveu
mais que l'on reconnoitra aux traits fous lesquels
nous la défignons.
Confiteber
JUIN 1765 . 193
K
Confitebor tibi Domine , de la compofition de M.
BLAINVILLE. Plufieurs morceaux de ce nouveau
Motet furent diftingués par beaucoup d'aplaudiffemens.
M. HOSBRUKER, de la Mufique du Prince
LOUIS DE ROHAN , exécuta des Duo de harpe
& de violon avec M. CAPRON , & deux pièces de
harpe de fa compofition . M. HOSBRUCKER a foutenu
admirablement la réputation qu'il avoit déja
ici du premier talent de l'Europe fur cet inftrument.
Les plus beaux fons , le tact le plus fûr , le
plus adroit , & en même tems le plus moelleux :
tel eft le jeu de cet Artifte étranger : ce qui le diftingue
encore fingulièrement , eft l'art des cadences
que l'on n'avoit point entendu jufques-là fur cet
inftrument dans la même perfection . M. CAPRON
joua un nouveau Concerto de violon de fa compofition
, dans lequel il a fait entrer des airs du
chant le plus agréable & qu'il exécuta avec toutes les
grâces du goût, & tout l'art que pofféde cet habile
lymphonifte. Il dut s'appercevoir par les marques
éclatantes de la fatisfaction des auditeurs , de la
vérité & de l'utilité des avis réitérés que nous
avons donnés aux talens diftingués,fur le genre de
mufique le plus propre à plaire toujours au Public.
Mlle AVENEAUX , chanta Cantate Domino , Motet à
voix feule de feu M. MOURET . On commence à
s'appercevoir fenfiblement des progrès que fait
cette Cantatrice dans l'art du chant, & des avantages
qui en résultent pour faire valoir toutes les beautés
de fon organe. Mlle FEL répéta le Motet de
M. J. J. ROUSSEAU , exécuté dans le précédent
Concert. Celui- ci fut terminé par Benedic anima
mea, nouveau Motet à grand Choeur de M. BUÉE,
Maître de Musique de la Cathédrale de Dijon .
L'étonnement de voir l'Auteur de cet ouvrage ,
qui n'a pas encore vingt ans , auroit fuffi pour lui
I
194 MERCURE DE FRANCE.
procurer beaucoup d'applaudiffemens ; mais après
avoir entendu le Motet , tous les connoilleurs &
les maîtres de l'art font convenus unanimement
qu'il feroit honneur au Compofiteur de la réputation
la plus décidée. De deux grands Choeurs ; le
premier eft marqué au coin du plus beau génie &
de la plus grande expreffion ; le fecond eft d'un
travail muſical , mais fait , ſelon les gens de l'arr,
comme par le Muficien le plas confommé . La diftribution
des récits , le caractère des chants , font
du meilleur goût & du genre le plus vrai. En un
mot , nous ne craignons point , fi ce jeune Compofiteur
continue de travailler fur les mêmes principes
& avec le même génie , de nous glorifier
d'avoir annoncé des premiers à la nation , un
grand homme dans fon art . M. BUÉE fort de la
Maîtrise de la Sainte Chapelle de Paris , & eft
éleve de M. l'Abbé DORIOT , Maître de Mufique
de cette illuftre Collégiale. Rien ne pouvoit faire
plus d'honneur à cette école & à celui qui la dirige
qu'un pareil éleve . Ce jeune Maître va prendre
poffeffion de la Maîtriſe de Dijón , en emportant
les fuffrages & l'admiration du Public de
Paris.
On ne peut refuſer la juftice due aux foins &
aux frais qu'emploient les Directeurs du Concert,
pour varier les plaifir's des auditeurs & pour intéreffer
la curiofité du Public , en recherchant &
en raffemblant non- feulement ce que la France ,
mais ce que l'Europe entière peut fournir de talens
diftingués en divers genres. Les Concerts
d'été , autrefois abandonnés , font devenus beaucoup
plus fréquentés , & ce font ceux-là même
que les curieux qui restent à Paris , doivent fuivre .
le plus affiduement , parce que la faiſon favoriſe
alors les voyages des talens étrangers , & donne,
JUIN 1765 . 195
par-là aux Directeurs les moyens de remplir leurs
vies. Un amateur frappé des rifques confidérables
qu'on hafarde , pour foutenir l'éclat de ce
Concert & fur-tout dans les jours d'été , cherehe
à former une fociété d'abonnemens, dont les fonds
puiffent au moins faire affurance contre la perte
des frais. Il eft facile en jettant un coup d'oeilfur
le compte que l'on rend de chaque Concert , de
connoître par foi - même la fidélité du témoignage
que nous rendons ici à ceux qui dirigent ce fpectacle.
Fermer
Résumé : Du Dimanche de la Pentecôte, 26 Mai.
Le 26 mai, un concert a été organisé, débutant par une symphonie de M. Bambini. Le motet 'Confitebor' de M. Blainville a reçu de nombreux applaudissements. M. Hosbrücker, membre de la musique du Prince Louis de Rohan, a joué des duos de harpe et de violon avec M. Capron, ainsi que deux pièces de sa composition. M. Hosbrücker a été particulièrement salué pour son talent exceptionnel sur la harpe, notamment pour ses cadences parfaites. M. Capron a interprété un nouveau concerto de violon, apprécié pour ses airs agréables et son exécution gracieuse. Mlle Aveneaux a chanté 'Cantate Domino', un motet de feu M. Mouret, démontrant des progrès notables dans l'art du chant. Mlle Fel a répété un motet de J.J. Rousseau. Le concert s'est terminé par 'Benedic anima mea', un nouveau motet à grand chœur de M. Buée, maître de musique de la cathédrale de Dijon. Âgé de moins de vingt ans, M. Buée a été acclamé pour son œuvre, jugée digne des plus grands compositeurs. Élève de l'Abbé Doriot, M. Buée est destiné à prendre prochainement la maîtrise de la Sainte-Chapelle de Paris et celle de Dijon. Les directeurs des concerts ont été loués pour leurs efforts visant à varier les plaisirs des auditeurs et à attirer des talents européens. Un amateur a proposé de créer une société d'abonnements pour soutenir financièrement ces concerts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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188
p. 165-171
OPERA.
Début :
L'ACADEMIE royale de Musique donna sur son théâtre le 13 Août, la première [...]
Mots clefs :
Musique, Ballet, Théâtre, Prologue, Intermède, Public, Dieu, Voix, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
L'ACADEM
'ACADEMIE royale de Mufique donna
fur fon théâtre le 13 Août , la première
repréſentation de Fragemens compofés
du Prologue des Fêtes de Thalie , de l'acte
de la Femme , troifième entrée du même
ballet (paroles de feuM . de la Fond , Mufique
de M. Mouret ) & du Devin du Vil-
Lage , interméde en un acte ; paroles &
mufique de M. J. J. Rouffeau. Cet Intermede
fut exécuté pour la première fois à
Fontainebleau , devant le Roi , les 18 &
24 Octobre 1752 , & à Paris fur le théâtre
de l'Opéra le premier Mars 1753. Il a
été repris depuis & joué plufieurs fois.
Dans le prologue des Fêtes de Thalie ,
le rôle de Melpomène a été fort bien chanté
& avec une très - belle voix , dès le premier
jour , par Mlle DUPLAN , en l'abfence
de Mlle RIVIERE . La premiere a
continué de chanter dans ce prologue tant
qu'il a été au théâtre , elle y a toujouts
été applaudie avec juftice . Le grand volume
de voix de Mlle DUPLAN a été d'autant
plus agréable au Public dans cet Opéra ,
qu'elle y a perpétuellement fait remar
166 MERCURE DE FRANCE .
quer une jufteffe dans le chant , dont elle
n'avoit pas encore acquis l'habitude auparavant.
Mlle DuBois chantoit le rôle
de Thalie ; il feroit fuperflu de répéter ici
les éloges dus à fa voix & à fes talens. Le
rôle d'Appollon étoit exécuté par M. Du-
RAND.
Dans le ballet de ce prologue , Mlle
PESLIN danfoit les pas feuls. Nous faififfons
cette occafion pour rendre juftice
aux talens & à la légèreté de cette danſeuſe,
que le Public voit de plus en plus avec
plaifir . Mlle JUSTINE (connue fous le
nom de Mlle ROBE ) danfoit avec M. LEGER
dans ce même ballet.
M. & Mlle LARRIVE'E ont fort bien
joué , & avec beaucoup de mérite , dans
l'acte de la femme , le rôles de Dorante
& de Callifte , mari & femme. Celui de
Dorine , fuivante de Callifte , a été fort
agréablement rendu par Mlle DURANCI.
Le rôle de Zerbin , par M. DURAND.
Beaucoup de fpectateurs font fort aifes
de retrouver dans le ballet de cet acte
les anciens caractères des maſques qui faifoient
autrefois l'agrément & la gaieté de
nos Bals. Nous donnons , pour nos lecteurs
abfens de la ville , une lifte de ceux qui
'exécutent ces divers caractères.
1
SEPTEMBRE 1765. 167
POLICHINELLE , M. Faɣ.
DAME GIGOGNE , Mlle PAGÈS.
PERTALON , M. TRUPTI.
VÉNILIENE , Mlle SAINT- MARTIN.
ARLEQUIN , M. BEATE.
ARLEQUINE , Mlle VERNIER.
MEZETIN , M. ALLARD.
MEZETINE , Mlle ADELAIDE.
SCARAMOUCHE , M. RIVIERE.
SCARAMOUCHETTE , Mlle GODOT .
PIERROT , M. Léger.
PIERRETTE , Mlle PETITOT.
n
ESPAGNOLS , M. LANI 1 , M. LANI 2 .
ESPAGNOLETTES, Mlles SI ANE & DOROTHÉE.
FRANÇOIS en Dominos , MM. HENRI & Rivet.
FRANÇOISES , Miles JULIE & MIMI.
Cette entrée de maſques eft confidérablement
embellie par les pas feuls qu'exécute
Mlle LANI ( époufe du fieur GELIN) ,
en habit oriental . M. VESTRIS , à la françoife
, danfe le ménuet dans la même entrée
. Mile GUIMARD a danfé avec M.
VESTRIS dans les premières repréfentations
à la place de Mlle VESTRIS , abfente
par indifpofition .
On connoît fi généralement combien
tous les rôles du Devin du Village font
168 MERCURE DE FRACNE.
agréables , qu'on fe fera aifément une idée
de la manière dont ils font rendus par les
genres de talent de chaque Acteur . Le
mérite de la voix de M. LE GROS eft actuellement
affez répandu pour laiffer préfumer
l'effet qu'elle produit dans le rôle
de Colin ; cet Acteur , fur - tout , ayant acquis,
pour ainfi dire , à chaque repréfentatjon
, de nouveaux moyens pour le rendre
du côté du jeu avec l'agrément dont
il eft fufceptible.Mlle DURANCI , habituellement
bonne Comédienne dans plufieurs
genres , remplit parfaitement le rôle de
Colette . Toutes les graces de la naïveté paftorale
font exprimées par elle dans un
point deprécifion qui ne laiffe rien à défirer
, fans donner lieu aux reproches de la
moindre caricature. Le rôle du Devin eft
rendu avec la même perfection par M.
GELIN , qui a fait voir avec quelque furprife
qu'une belle & grande voix & l'habitude
journalière du genre héroïque , ne
font pas toujours obftacle à la fineffe d'une
forte de comique, peut -être difficile à faifir
auffi bien , par ceux qui font le plus fréquemment
exercés dans ce genre.
Le divertiffement de cet intermède
qui étoit très-foible en mufique , d'un genre
infipide , & qui ne fourniffoit rien aux
ballets , a été ingénieufement refait & arrangé
.
SEPTEMBRE 1765. 165
rangé . Les ballets font devenus charmans ,
d'une gaieté piquante & dirigée avec beaucoup
de goût. M. GARDEL & Mlle Gui-
MARDY danfent avec diftinction. Rien ne
préfente un enſemble auffi vif , auffi brillant
, & ne réunit tant de talens aimables
qu'en Pas de quatre Paftres , exécutés par
MM. LANI & D'AUBERVAL
, par Miles
ALLARD
& PESLIN.
Le fuccès de ces fragmens parut
chanceler en quelques parties à la première
repréſentation. Il y avoit une mauvaife
volonté marquée dans une petite
portion du Public , qui excitoit du tumulte
& du bruit fous les plus légers prétextes ;
abus encore trop fréquent dans les fpectacles
d'une nation policée , & dans un
fiécle qui prétend aux fublimes clartés du
goût & de la philofophie . Malgré les frivoles
efforts de cette cabale , le fecond acte
reçut des applaudiffemens en beaucoup
d'endroits qui le méritoient , & l'intermède
du Devin du Village fit l'effet qu'il
devoit faire , c'est- à - dire , un très - grand
plaifir. A la feconde repréfentation , les
applaudiffemens furent univerfels , & ils
fe font foutenus depuis , ainfi que le concours
des fpectateurs ; ce qui prouve mieux
que toute autre chofe , que ce fpectacle a
éré goûté.
H
$70 MERCURE DE FRANCE.
Comme on s'eſt
apperçu que le prologue
des Fêtes de Thalie plaifoit moins que
les autres actes à un grand nombre de
fpectateurs , on s'eft hâté d'y fubftituer
l'acte de Bacchus & Hégémone, Entrée des
Amours de Tempé ; il vient d'être remis au
théâtre pour la première fois le 23 Août. La
Mufique de cet acte eft de M. DAU VERGNE
, Surintendant de la Mufique du Roi.
On a donné dans le temps l'extrait du
poëme des Amours de Tempé ; nous nous
contenterons de rappeller fuccinctement le
fujet de l'acte qu'on vient de joindre aux
nouveaux fragmens.
Bacchus voit Hégémone, Prêtreffe de l'Amour
, dans la vallée de Tempé. Ce Dieu ,
enchanté des attraits de cette Prêtrefle ,
ordonne à fa fuite de quitter les armes ,
& d'annoncer fes bienfaits par la voix des
plaifirs. Hégémone , en chantant une espéce
d'hymne à l'Amonr , lui demande d'épargner
fon coeur ; elle ne peut cependant
fe déguifer fes fecrets fentimens pour un
jeune étranger , perfonnage fous lequel
s'eft caché le Vainqueur de l'Inde . Bacchus
vient & s'annonce par une fête
vive & brillante que formentles Egypans ,
les Satyres & les Bacchantes de fa fuite.
Hégémone ne peut réfifter aux tranſports
& aux troubles qu'excitent en elle les myf-
>
SEPTEMBRE 1765. 171
tères du Dieu . Il céde à fes volontés , &
après avoir fait retirer fa fuite , il déclare
fa paffion à la belle Prêtreffe. Elle lui reproche
de s'expliquer en vainqueur , plus.
jaloux de plaire que difpofé à aimer . Bacchus
protefte qu'il feroit prêt à lui facrifier
fa liberté , s'il dépendoit encore de lui de
la reprendre. La Prêtreffe , qui n'a vu aux
autels de fon Dieu que des amans en pleurs
& qui n'a entendu que des murmures ,
étonnée de la différence qu'elle remarque
dans la façon d'aimer de Bacchus , lui demande
, qui de lui ou de ces amans aiment
fincéremement ? Bacchus , par des
images agréables prifes dans la nature ,
prouve à fon amante , déja perfuadée par
fon coeur , que la joie & les plaifirs font
inféparables de l'amour. Hégémone fe rend ,
& le Dieu fe manifefte en faifant changer
le lieu de la fcène en côteaux fertils
chargés de fes dons les plus précieux . La
fuité de Bacchus , réunie aux habitans de
Tempé , termine cet agréable divertiffement
par un ballet général . M. LE GROS
chante dans cet acte le rôle de Bacchus
à la grande fatisfaction du Public , & fans
doute à la fienne , puifqu'il y plait généralement
, & que tout l'éclat & le charme
de fa voix ont occafion de fe developper
dans les morceaux agréables & brillans
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dont ce rôle eft rempli . Mlle L'ARRIVÉE
eft très-bien anffi dans le rôle d'Hégémone
& fort applaudie . M. DURAND chante le
rôle de Silene,
Les ballets , de la compofition de M.
LAVAL , font du plus agréable effet. M.
LEGER , Mlle JUSTINE , M. ROGIER danfent
dans la première entrée des Egypans
& des Bacchantes , fur des airs marqués
au coin de l'Auteur des Bacchanales de
Lavinie. Il y a un Pas de deux entre
M. D'AUBERVAL & Mlle ALLARD,
La mufique de ce Pas , le brillant de
fon exécution , le rendent charmant ;
chaque jour on l'applaudit avec une efpéce
de fureur , & l'on croit toujours ne l'avoir
pas affez applaudi .
Cet acte eut dès la premiere fois un fuc
cès décidé ; il foutient fort bien celui de
tout le fpectacle des Fragmens , & fair
honneur à l'Auteur de la mufique.
Depuis qu'on a mis Bacchus & Hégémone
à la place du prologue , Mlle Du-
BOIS a pris le rôle de Callifte dans l'acte du
bal, qu'elle chante fort bien , & où elle
reçoit beaucoup d'applaudiffemens , quoi-
Mile L'ARRIVE'E l'eût très-bien rem →
que
pli auparavant,
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Résumé : OPERA.
Le 13 août, l'Académie Royale de Musique présenta plusieurs fragments d'œuvres musicales, dont le prologue des 'Fêtes de Thalie', un acte intitulé 'La Femme' et un intermède appelé 'Le Devin du Village'. Ce dernier avait déjà été joué à Fontainebleau en octobre 1752 et à Paris en mars 1753. Lors de cette représentation, Mlle Duplan interpréta Melpomène, Mlle Dubois chanta Thalie, et M. Durand joua Apollon dans le prologue des 'Fêtes de Thalie'. Dans 'La Femme', M. et Mlle Larrivée incarnèrent Dorante et Calliste, et Mlle Duranci joua Dorine. Le 'Devin du Village' reçut des éloges pour les performances de M. Le Gros, Mlle Duranci et M. Gelin. Le 23 août, le programme changea : le prologue des 'Fêtes de Thalie' fut remplacé par l'acte 'Bacchus et Hégémone' et l'entrée des 'Amours de Tempé', avec une musique composée par M. Dauvergne. Cet acte raconte la rencontre entre Bacchus et Hégémone, prêtresse de l'Amour, dans la vallée de Tempé. Bacchus, charmé par Hégémone, lui ordonne de quitter les armes et d'annoncer ses bienfaits par la voix des plaisirs. Après une fête, Hégémone cède aux avances de Bacchus. Les rôles principaux furent interprétés par M. Le Gros, Mlle L'Arrivée et M. Durand. Les ballets, composés par M. Laval, furent particulièrement appréciés. L'acte rencontra un grand succès dès sa première représentation.
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189
p. 39-44
A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
Début :
MONSIEUR, DEPUIS que le célébre M. Rameau mon compatriote a [...]
Mots clefs :
Musique, Auteur, Gloire, Lyrique, Académie de Dijon, Sciences, M. Rousseau, Patrie, Ouvrage, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
A M. DE LA PLACE , en lui envoyant
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
une lettre de feu M. RAMEAU.
ONSIEUR ,
DEPUIS que le célébre M. Rameau mon
compatriote a tracé les principes d'un art
dont il eſt comme le créateur , & mis en
pratique ces mêmes règles , en enrichiffant
notre lyrique des chefs-d'oeuvres qui feront
à jamais la gloire & les délices de
la nation ; on a porté la mufique françoiſe
à un fi haut degré de perfection
que de tous les paradoxes du fameux M.
Rouffeau , le plus fingulier fans doute eft
l'ouvrage où il foutient que notre langue
n'eft pas lyrique & que nous n'avons
aucune mufique.
Ce fyftême étagé par la force de l'éloquence
, & orné de toutes les grâces du
ftyle , a fait tant de bruit & a été fi mal
réfuté , que l'Auteur a peut-être fini par
foutenir férieufement ce qu'il n'avoit apparemment
enfanté que comme un jeu d'efprit.
On eft d'autant plus porté à le croire ,
dans ce même temps & de la même que
40 MERCURE
DE
FRANCE
.
plume dont il avoit tâché de détruire
l'existence de cette mufique , on a vu
éclore le Devin du Village , ouvrage charmant
qui prouve d'une part que notre langue
eft très-lyrique , & d'une autre , que
nous avons une mufique qui nous eſt particulière
& propre , & qui eft dans le genre
excellent.
C'est peut-être d'après cet événement
que le fameux M. Rouffeau a pris du goût
pour les paradoxes ; la fortune qu'avoit
fait fon premier badinage , l'aura fans
doute engagé à foutenir dans la fuite , que
les arts & les fciences ont été nuifibles aux
maurs. Hafarderois- je beaucoup en avançant
, que ce n'eft encore que par un jeu
d'efprit qu'il a foutenu cette opinion , &
feulement parce qu'il avoit plû à notre
Académie de Dijon de la mettre en queftion
, & d'en faire un problême ? Auffi la
fcience dans nos Auteurs , l'étendue de
leurs talens , & la pureté de leurs moeurs ,
détruifent mieux ce nouveau fyftême que
toutes les longues & ennuyeufes differtations
qui ont paru fur ce fujet. C'eſt de
ce difcours couronné que je vois découler
les autres ouvrages de J. J. fur l'inégalité
des conditions , fur l'éducation , le
contrat focial , &c. Mais quelque fingu .
lières que foient les opinions répandues
OCTOBRE 1765 : 41
dans ces ouvrages , ils n'en font pas moins
refpectables par l'humanité qu'ils refpirent,
& ce feu dévorant de l'amour pour fes
femblables , qui doit l'emporter fur toutes
les autres vertus .
Si d'autres motifs ont éloigné M.
Rouffeau du chemin de la vérité, je reconnois
à ce trait l'humaine foibleffe : les génies
les plus fublimes ne peuvent entièrement
dépouiller le viel homme ; on fe
croiroit humilié de retourner fur fes pas
& on continue à fuivre des routes égarées
pour n'avoir pas à rougir de s'être écarté
du droit chemin : quand on à une fois
endoffé le manteau philofophique , on le
préfére à tout , & Diogène dans fon tonneau
ne fe donneroit pas pour Alexandre.
Mais quittons cet homme refpectable à
tant d'égards, pour revenir au célèbre Artifte-
Auteur , qui me procure l'avantage
de vous écrire.
J'ai vu dans vos Journaux avec la plus
grande fatisfaction , que notre nation commence
à imiter les Anglois dans les hom
mages que ce peuple éclairé rend aux Savans
& aux Artiſtes .
L'ancienne apothéofe des Héros ferviroit
à former des demi -Dieux en fourniffant
des exemples d'héroïfme au deffus
42 MERCURE DE FRANCE.
de l'humanité. Les honneurs rendus au
grand Newton , ont peut être mérité aux
glois , la palme philofophique ; les monumens
élevés en l'honneur de feu M. de
Crébillon, notre compatriote , ont peut-être
donné naiffance à la belle production du
Siége de Calais , fi utile à fon Auteur , &
propre à encourager fi les nouvelles tentatives.
La funébre faite
pompe
M. Rapour
meau le 16 Décembre
1764 , fait encore
plus d'honneur
au goût de la nation qu'à
celui qui en étoit l'objet ; & la préfence
de notre augufte Gouverneur
qui y affiftoit
enperfonne , élève le fucceffeur
du GRAND
CONDÉ même au deffus du Prince fi cela
eft poffible. La patrie de M. Rameau auroit
dû fuivre cet exemple , & lui confacrer un
maufolée qui auroit appris aux fiècles à
venir que ce génie étoit forti de fon fein ,
après avoir déja enfanté les Boffuet , les
La Monnoie , l'Auteur de Rhadamiſte , ce ·
lui de Guftave , & c. & c. & c. & c. & c.
comme elle pourra fe glorifier un jour .
d'avoir élevé dans fon fein le Pline moderne
qui rendra fa patrie & même fon fiècle
illuftre. « O Patrie ! prends part à la
gloire de tes enfans ; encourage & pro-
» tége les fciences , les arts & les talens
fi tu veux que ton nom foit célébre à
و و
OCTOBRE 1765. 43
99
jamais. Souviens -toi que cinq villes fe
» font vivement difputé la gloire d'avoir
» donné le jour à Homère , & épargne- toi
» la honte de voir des temples élevés &
» des autels dreffés à l'Appollon François,
» fans en avoir un feul dans ton en-
>> ceinte "".
Comme on doit être curieux de toutes
les productions d'un génie tel que feu
M. Rameau , je vois avec plaifir que votre
Journal raffemble des pièces fugitives ,
qui fans votre utile collection ne verroient
peut- être jamais le jour. Je fuis l'exemple
de M. Mongeot, en vous adreffant une lettre
de M. Rameau. Il feroit trop long de donner
l'hiſtoire de la difpute qui étoit entré
M. Rameau & moi au fujet des effets de la
Mufique des anciens , & fur fon ouvrage
intitulé l'origine des fciences . Le goût de
la littérature ancienne , n'eſt pas le
dominant ; d'ailleurs les occupations de
mon état & le refpect que j'ai pour le Public
, ne me permettent pas de vous envoyer
une differtation informe qui a occafionné
les deux lettres que M. Rameau
m'a écrites fur cette matière. Celle
dont je vous envoie copie eft d'autant
plus intéreffante qu'elle rend raiſon du
fyftême mufical de cet homme fameux :
c'en eft pour ainfi dire la clef.
44 MERCURE DE FRANCE.
Quelques correfpondances agréables
que j'ai eues , me mettroient à même
de vous fournir des anecdotes femblables ,
fi je ne craignois de vous importuner.
J'attends à ce fujet votre réponſe , &
fuis , & c .
A Dijon, le 31 Août 1765.
BEGUILLET , Avocat au Parlement ,
premier Notaire de la Province de Bourgogne
, place Saint Etienne , à Dijon.
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Résumé : A M. DE LA PLACE, en lui envoyant une lettre de feu M. RAMEAU.
La lettre, datée du 31 août 1765, est adressée à M. de La Place par un avocat nommé Beguillet. Elle aborde principalement la musique française et la réputation de Jean-Jacques Rousseau. Beguillet conteste les affirmations de Rousseau selon lesquelles la langue française ne serait pas lyrique et que la France manquerait de musique. Il cite la pièce 'Le Devin du Village' de Rousseau comme contre-exemple. Beguillet suggère que Rousseau pourrait avoir adopté ses propres paradoxes après leur succès initial. La lettre reconnaît également les contributions de Rousseau sur l'inégalité des conditions, l'éducation et le contrat social, tout en soulignant son humanité et son amour pour ses semblables. L'auteur exprime sa satisfaction de voir la France honorer les savants et les artistes, tels que Newton, Crébillon et Rameau. Il regrette que la patrie de Rameau n'ait pas érigé de mausolée en son honneur et encourage la promotion des sciences, des arts et des talents. Beguillet partage également une lettre de Rameau sur les effets de la musique des anciens et son système musical. Il mentionne avoir reçu des correspondances agréables mais craint d'importuner le destinataire. Il attend une réponse concernant ce sujet et se présente comme avocat au Parlement et premier notaire de la province de Bourgogne, résidant place Saint-Étienne à Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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190
p. 123-128
LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Début :
NOUS avons promis, dans un de nos Mercures précédens, de faire voir, par des [...]
Mots clefs :
Musique, Talents, Jean-Philippe Rameau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
LA RAMÉIDE , poëme , par M. RAMEAU;
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
1766.
NOUS
ous avons promis , dans un de nos
Mercures précédens , de faire voir , par des
détails tirés de fon Poëme , que M. Rameau
, neveu du grand Muficien de ce
nom , a encore d'autres titres qui doivent
le rendre intéreffant au public. Ces titres
font fes talens pour la poéfie & pour la
mufique.
J'ai fait plus d'une fois bruit des fruits de ma
verve ;
Et je fuis fûr encor que dans bien plus d'un lieu
J'ai fait parler auffi de Rameau le neveu .
Sur- tout en Bourgogne par des airs du
pays , qu'on appelle fauteufes ; par celle
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
entr'autres fur laquelle on chante les paro
les de M. Favart , la petite Life , & c . Enfuite
à Lyon , à Metz , à Nevers , en Champagne
& chez les Grifons . M. Rameau le
neveu a depuis fait imprimer de nouvelles
pièces de clavecin , diftribuées en ſix fuites
d'airs de différens caractères , & intitulées :
la Voltaire, les trois Rameaux , le Général
d'Armée , le François aimable , la Toujours
nouvelle , &c. &c. &c.
J'entonnai le clairon & la fierre trompette ;
Je fis pour le hameau raifonner la mufette.
• ·
Avant Rameau peut-être on auroit pu me voir
Paroître avec éclat dans le rang du favoir.
M. Rameau fe plaint de ce que , malgré
les talens qu'il a montrés dans la double
carrière de la poéfie & de la mufique , il
ne vit pas dans l'aifance que devroient lui
procurer fes fuccès.
Moi , dont jamais le gain n'égala la dépenſe ,
Et qui connois encor la parfaite abſtinence.
Mais de loin qui croira qu'un Auteur de mon nom
Ne tient pas dans Paris la meilleure maiſon ?
L'Auteur fe croit en droit de demander
la récompenfe de fes talens & de ceux de
JUILLET 1766. 125
fon oncle , dont il fait par- tout un juſte
éloge ; c'eft à - peu - près le fujet du premier
chant , qu'il appelle fes Objections .
Dans le fecond , intitulé la Défenfe du
goût , M. Rameau combat le fyftème de
M. Rouffeau de Genève fur la mufique . Il
revient à fes objections dans le troiſième
chant , c'est - à - dire , à fon peu d'aifance
que le nom qu'il porte devoit faire difparoître.
Il faut , felon les fiens , une honnête retraite ;
Le Ciel qui nous fit naître en contracte la dette .
Ce n'eft pas la faute de M. Rameau fi
fon étoile ne lui a pas été plus favorable.
Fils & neveu de deux hommes à talens ,
il a cherché de bonne heure à s'avancer
dans le monde par la même voie.
A l'âge de vingt ans , ayant perdu ma mère ,
Je me trouvai contraint fous les loix de mon père,
Pour les autres fi bon , de moi trop exigeant ,
De quitter la maifon fur la foi du talent.
Il femble que le Ciel m'ait fait pour les revers ;
Connoiffant mon devoir je les ai tous foufferts.
•
Sans difputer de rang aux neveux des Corneilles
Ne puis-je rien devoir aux Rameaux , à leurs
veilles ,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
1
Et par quelques bienfaits en reffentir les fruits ,
A titre de neveu comme à titre de fils ?
Peut-être qu'échauffé d'une faveur légère ,
Je chanterois encore après l'oncle ou le père ,
Eprouvant la fortune & des jours tout nouveaux ,
Mes chants pourroient s'accroître & devenir plus
beaux.
Le quatrième chant eft intitulé , Honneur
aux grands , Hommage à l'amitié.
Ici M. Rameau rappelle à fes lecteurs le
nom des perfonnes illuftres qui l'ont protégé
& accueilli .
J'ai fous l'habit du Roi paru fix fois en lice ;
L'on fait combien je fus aimé du grand Maurice.
La plupart des autres protecteurs de
M. Rameau ne font pas d'un rang moins
diftingué.
Le cinquième chant eft appellé Réponse
à tout. L'Auteur propofe à l'Etat divers
moyens de lui faire le bien qu'il femble
avoir mérité par fes talens &
par fon nom .
Il eft plufieurs moyens par où l'on peut m'en faire.
Sur la caiffe lyrique * ; ou bien qu'on délibère ,
Sur quelque bénéfice ; on me vit en rabat ;
J'ai la tonfure enfin ; j'en aime encor . l'état.
1
* Penfion fur les fonds de l'Opéra .
JUILLET 1766. 127
Mais il fut marié , dira quelque bonne âme ;
Il eut vraiment beau fils, & toute aimable femme.
J'en ai porté le deuil ; on vit couler mes larmes ;
D'une fi digne épouſe , en rappellant les charmes ,
C'eft pour louer ici qui mérita ma foi.
Mais au fervice encor , fi Dieu ne lui pardonne
Eh bien, qu'eſt-ce , Meffieurs ? je n'ai tué perfonne.
Quand je montrai du coeur , quand j'eus de la
vertu ,
Je fus jaloux d'honneur , non de fang répandu .
Pour l'églife ( il n'eft rien qu'ici je doive taire ) ;
J'ai fait depuis l'épée un an de féminaire .
Senfible à la faveur , en court ou long manteau ,
L'on verroit déformais le neveu de Rameau ,
Sous cet habit pieux , renonçant à la gloire ,
Qu'on accorde à mon nom ,
du moins que je
veux croire ,
Je ferai tout entier à mes dix luftres faits ,
A l'étude du fage , où je me livrerois.
Attentif & foigneux à donner bons exemples ,
Plus qu'en tout autre lieu l'on me verroit aux
temples.
Mais fi , pour cet état nulle porte ne s'ouvre ,
Je ne vois point l'abus d'un logement au Louvre,
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
3
Nous defirons ardemment que les
voeux de M. Rameau foient remplis : ce
qui s'eft paffé il y a quelques années à l'égard
d'un parent de Corneille , eft fait pour
donner de la confiance au neveu du grand
Rameau.
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Résumé : LA RAMÉIDE, poëme, par M. RAMEAU ; 1766.
Jean-François Rameau, neveu du célèbre compositeur Jean-Philippe Rameau, est reconnu pour ses talents en poésie et en musique. Ses compositions musicales, notamment des airs en Bourgogne et dans d'autres régions françaises, ainsi que des pièces pour clavecin, lui ont valu une certaine notoriété. Cependant, il exprime son mécontentement face à l'absence de reconnaissance et de soutien financier malgré ses succès. Dans son poème 'La Raméide', Jean-François Rameau aborde plusieurs thèmes. Il y exprime ses objections concernant sa situation financière difficile. Il défend également son goût musical contre les critiques de Jean-Jacques Rousseau. Le poème rend hommage à ses protecteurs et propose diverses solutions pour obtenir une aide de l'État, telles que des pensions ou des bénéfices ecclésiastiques. Le texte se conclut par l'espoir que les vœux de Rameau soient exaucés, en faisant référence à un précédent favorable pour un parent de Pierre Corneille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 90-95
TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
Début :
Le goût du siècle, dit M. la Cassagne, dans un prospectus qui se distribue [...]
Mots clefs :
Chant, Leçons, Musique, Méthode
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texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
TRAITÉ général des Elémens du Chant ,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
dédié à Mgr le DAUPHIN; par M. l'Abbé
LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe :
Principiis cognitis , multò facilius extrema
intelliguntur ; in- 8 ° , de 190
pages très-bien gravées , & d'une trèsriche
exécution : 1766 ; avec approbation
& privilége du Roi.
LE goût du fiècle , dit M. la Caſſagne¸
dans un profpectus qui fe diftribue
féparément , eft de vouloir acquerir les
fciences fans beaucoup de travail ; & , pour
en donner une connoiffance aiſée , il n'y
a point de matière fur laquelle on ne multiplie
tous les jours différens ouvrages.
Mais y en a-t- il eu jufqu'à préfent fur la
mufique , qui ait atteint ce but ? La plû -
part de ceux qui font des méthodes , ou
ne s'écartent pas affez de la route ordinaire,
ou font trop fyftématiques. Puiffé -je , dans
celle que j'ofe mettre au jour fous les plus
heureux aufpices , avoir évité ces deux
écueils , & mériter l'approbation du public,.
en facilitant les progrès dans un art enfant
du génie & père de nos plaifirs !
DECEMBRE 1766. 91
Avant que de publier cet ouvrage on a
cru devoir confulter les connoiffeurs . Les
remarques qu'ils y ont faites & les fuffrages
dont ils l'ont honoré , font autant de
préjugés favorables pour l'auteur & de
fürs garans pour le public. L'Académie
Royale des Sciences elle - même a bien
voulu s'en occuper , & en a porté un jugement
avantageux , dont l'extrait fe trouve
à la fuite du livre.
Cette nouvelle méthode embraffe d'abord
les articles les plus relatifs au fujet
que l'on traite , tels
tels que la l'igamme
,
dentité des octaves , les clefs , &c. On y
voit enfuite une récapitulation , par demandes
& par réponfes , de ces mêmes articles
les plus effentiels que les commençans doivent
retenir. Les exemples toujours à côté
du précepte , & placés dans l'ordre le plus
méthodique , en facilitent fi bien l'intelligence
, que toute perfonne qui fair
combiner & réfléchir , peut inftruire les
enfans avant qu'il foit néceffaire d'appeller
un maître. Les leçons de chant font de
deux fortes : les premières , comme les plus
aifées , & auxquelles on a ajouté de petits
accompagnemens , fervent d'introduction
aux fecondes. L'article des variations qui
précéde les unes & les autres , accoutume
infenfiblement à fe donner à foi-même des
02 MERCURE DE FRANCE.
à
leçons fur tous les tons , fur toutes les clefs
& fur toutes les mefures. En un mot , on
verra dans tout le cours de l'ouvrage , dit
l'auteur , que je n'ai cherché qu'à mettre la
méthode ordinaire à la portée de tout le
monde. Si les perfonnes , trop prévenues par
l'habitude , vouloient contredire ou défapprouver
les articles trop nouveaux pour
elles , je les prie d'en prendre connoiffance
& d'obferver fur- tout qu'on n'a fait ,
cet égard , que renouveller en partie les
idées de réforme qu'ont déja propofées
MM. Rameau & Rouſſeau ( 1 ) . Celui- ci ,
plus hardi que le premier , détruifoit toute
la forme du noté pour en fubftituer une
plus fimple au moyen de chiffres , mais
moins praticable pour les muficiens du
fiècle ( 2 ) . L'autre , plus modéré , ne ſimplifioit
pas affez nos ufages ni même fes
idées . J'ai tâché , dans ces circonstances ,
de démontrer , par des preuves inconteftables
, la néceffité d'un jufte milieu en fuivant
toujours les routes déja connues.
( 1 ) Voyez auffi MM . de Monteclair dans fa
Méthode , & la Combe dans le Spectacle des beaux
Arts.
( z ) Differtation fur la Mufique , préfentée par
M. Rouffeau de Genève , à l'Académie Royale
des Sciences en 1742 , imprimée à Paris , chez
Quillau , rue Galande , avec une approbation de
cette Académie , qui fait beaucoup d'honneur à
l'Auteur.
DECEMBRE 1766. 93
Le premier objet de la réforme dont il
s'agit , eft la réduction des mefures , afin de
faire lire plus promptement la mufique .
Le fecond objet auquel je puis avoir le
plus de part réduit les trois clefs en une
feule : il en eft de même de leurs différentes
pofitions . Cette règle , bien obfervée
par tous les compofiteurs , abrégeroit
infiniment la longue & pénible étude de
la mufique . Cette fcience n'eft déja que
trop difficile par elle-même : les fecours
des maîtres ne fuffifent pas ordinairement
pour la bien apprendre , il faut encore
trouver des moyens fimples dans l'objet
même qui nous occupe , pour applanir tant
de difficultés radicales. C'eft à quoi j'ai
borné mes foins en compofant cet ouvrage ,
Mais on doit fe fouvenir que les principes
que j'établis font particulièrement destinés
pour apprendre la mufique telle qu'on l'a
toujours écrite.
Parmi les autres nouveautés de cette
méthode , il y a plufieurs articles qui contiennent
des réflexions , des obfervations ,
des définitions & quelques objections fuivies
de leurs réponfes , dont la lecture peut
faire plaifir à ceux même qui ne veulent
que lire. Il y aura de plus un abrégé trèsfuccint
des premiers principes de l'accompagnement.
94 MERCURE DE FRANCE .
noire avec
On a cru que le public ne feroit pas
fâché d'y trouver auffi une page
des lignes blanches qu'on peut remplir de
leçons de mufique au moyen d'un crayon
blanc. Cette facilité de pouvoir effacer à
mefure qu'on en a befoin , amufe en inftruifant.
Enfin , l'impoffibilité de trouver un
maître à la campagne , & fur- tout dans
certaines provinces , m'a fait naître l'idée
de deux moyens pour pouvoir apprendre
la mufique fans autres fecours que la
bonne volonté & qu'un peu d'intelligence.
Le premier confifte dans un inftrument
toujours d'accord , exécuté par M. Richard,
facteur d'orgue au vieux Louvre à Paris.
Les intonations fur tous les tons y feront
marquées on les trouvera en mettant le
doigt fur les touches qui les expriment.
Le fecond moyen eft un balancier qui fert
à fixer la jufteffe de la mefure pour chaque
mouvement plus ou moins lent , plus ou
moins précipité. Ceux qui voudront en faire
ufage , s'adrefferont à l'habile Méchanicien
que j'indique : il en conftruira à un prix
raifonnable ; & il donnera une inſtruction
par écrit , pour pouvoir s'en fervir avec
fuccès.
Quant au prix de ma méthode , il eſt
beaucoup au- deffous de celui des gravures.
DECEMBRE 1766. 95
Comme je n'ai point été guidé par un
motif d'intérêt , la cherté des paroles bien
gravées ne m'a point arrêté ; & j'ai voulu ,
quoi qu'il m'en pût coûter , qu'on trouvât
fans renvois l'exemple & le précepte fous
le même point de vue. En choiſiſſant le
format d'un grand in- 8 ° , mon deffein a
été de rendre mon livre & plus commode
& plus portatif.
Le prix de cette Méthode eft de 11 liv.
brochée & 12 liv. reliée . Ce n'eft point
trop cher , car , comme nous l'avons dit ,
elle eft très-bien gravée & d'une parfaite
exécution . On en trouvera à Paris , chez
la veuve Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques , au temple du Goût, & aux adreffes
ordinaires de mufique. Il y en aura auffi
à Verſailles , chez Fournier , aux galeries
du château ; & chez l'auteur , à Paris , à
l'ancien Collège de Juftice , rue de la
Harpe , dans le pavillon fur le jardin , visà-
vis de M. Foulliere , Maître de Penfion,
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Résumé : TRAITÉ général des Elémens du Chant, dédié à Mgr le DAUPHIN ; par M. l'Abbé LA CASSAGNE ; avec cette épigraphe : Principiis cognitis, multò facilius extrema intelliguntur ; in-8o, de 190 pages très-bien gravées, & d'une très-riche exécution : 1766 , avec approbation & privilège du Roi.
L'Abbé La Cassagne publie en 1766 le 'Traité général des Éléments du Chant', dédié au Dauphin. Ce traité répond à une demande accrue de méthodes d'apprentissage musical accessibles et critique les approches existantes, jugées soit trop simples, soit trop complexes. La Cassagne propose une méthode équilibrée qui commence par des notions fondamentales telles que la gamme et les clefs, illustrées par des questions-réponses et des exemples pratiques. Les leçons de chant sont structurées en deux parties, incluant des exercices progressifs et des variations pour différents tons, clefs et mesures. Inspirée par Rameau et Rousseau, cette méthode vise à simplifier l'apprentissage en réduisant les mesures et en unifiant les clefs. Le traité comprend également des réflexions, des observations, des définitions et un abrégé des principes d'accompagnement. Pour ceux n'ayant pas accès à un maître, notamment en campagne, La Cassagne suggère d'utiliser un instrument toujours accordé et un balancier pour assurer la justesse des mesures. Il recommande de contacter un mécanicien pour construire l'appareil nécessaire et fournit une instruction écrite pour son utilisation. Le livre est disponible en grand in-octavo, au prix de 11 livres pour la version brochée et 12 livres pour la version reliée. Il est en vente à Paris et Versailles, notamment chez la veuve Duchesne et chez l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
192
p. 134-135
« DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Début :
DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...]
Mots clefs :
J. J. Rousseau, Musique, Dictionnaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
DICTIONNAIRE de Mufique ; par J. J.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
Rouffeau. A Paris , chez la veuve Duchefne,
Libraire , rue Saint Jacques , au temple
du goût ; 1768 : avec approbation & privilége
du Roi ; in- 4°.
Le public jouit enfin d'un livre utile
& piquant , après lequel il afpire depuis
DECEMBRE 1767. 135
>
long- temps. Nous croyons qu'il eft inutile
de faire obferver combien un ouvrage fur
la mufique , compofé par M. Rouffeau
doit être recherché. Mais , ce qui en augmente
le mérite , ce font différens traits
de critique fine & ingénieufe , répandus
dans le corps du dictionnaire. Nous donnerons
de temps en temps , dans les Mercures
fuivans , quelques- uns de ces morceaux
; en attendant nous confeillons à
nos lecteurs de lire les articles acteur
duo , expreffion , goût , licence , opéra
orcheftre , plain- chant , récitatif, fi , fon
unité de mélodie , voix ; ils y trouveront
de quoi s'inftruire & s'égayer en même
temps.
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Résumé : « DICTIONNAIRE de Musique ; par J. J. Rousseau. A Paris, chez la veuve Duchesne, [...] »
Le dictionnaire de musique de J. J. Rouffeau, publié à Paris en 1768 chez la veuve Duchefne, est loué pour sa critique fine et ingénieuse. Il est recommandé pour des articles tels que 'acteur duo', 'expression', 'goût', 'licence', 'opéra orchestre', 'plain-chant', 'récitatif', 'si', 'son' et 'unité de mélodie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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193
p. 179
« Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Début :
Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...]
Mots clefs :
Sonates, Musique, Ouvrage, Genre
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texteReconnaissance textuelle : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
Six Sonates à violon feul avec la baffe ,
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
dédiées à M. de Saint George ; par M. J.
Avolio , oeuv. IV , prix 7 liv. 4 fols . Aux
adreffes ordinaires de Mufique. A Paris.
Cet ouvrage , gravé par Mde Deluffe
( rue du Four Saint - Honoré , aux bâtimens
neufs , nº 86 ) eft du nombre de
ceux qui fe diftinguent par les foins qu'elle
apporte ordinairement à ce qu'elle entreprend
en ce genre de gravure , tels que
font le Traité général des élémens du chant ,
par M. l'Abbé de la Caffaigne ; les Sonates
pour le clavecin , par M. Virbès , les plan
ches du Dictionnaire de Mufique , de M.
Rouffeau , & tant d'autres dont l'énumération
feroit ici fuperflue.
Quant au mérite principal de l'ouvrage
que nous annonçons ici , nous ne pouvons
porter aucun jugement , que le public
n'ait prononcé , nous préfumons cependant
qu'il ne peut que gagner à être connu
, vu qu'il eft d'un genre que les vrais
connoiffeurs ont toujours accueilli.
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Résumé : « Six Sonates à violon seul avec la basse, dédiées à M. de Saint George ; par M. J. [...] »
L'ouvrage 'Six Sonates à violon seul avec la basse' de M. J. Avolio, dédié à M. de Saint George, est le quatrième de l'auteur. Il est vendu à Paris pour sept livres et quatre sols. La gravure est réalisée par Mme Deluffe, connue pour ses travaux de qualité. L'ouvrage est présumé être bien accueilli par les connaisseurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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194
p. 96
CHANSON GALANTE.
Début :
Je reprochois à ma tendre bergère, [...]
Mots clefs :
Yeux, Musique
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON GALANTE.
CHANSON GALANTE.
E reprochois à ma tendre bergère.
Qu'elle fembloit ne plus m'aimer.
Je vis les yeux , les beaux yeux fans colère ,
Et de nouveau l'amour fçut m'enflammer.
Philis , pardonne à ma tendrelle ,
Un mouvement que méconnoît mon coeur !
Près de toi je fuis dans l'ivreſſe :
Peut-on alors être loin de l'erreur ?
Paroles de M. MESLIN , mufique de M. RICHER,
ci-devant Page de la Mufique du Roi.
E reprochois à ma tendre bergère.
Qu'elle fembloit ne plus m'aimer.
Je vis les yeux , les beaux yeux fans colère ,
Et de nouveau l'amour fçut m'enflammer.
Philis , pardonne à ma tendrelle ,
Un mouvement que méconnoît mon coeur !
Près de toi je fuis dans l'ivreſſe :
Peut-on alors être loin de l'erreur ?
Paroles de M. MESLIN , mufique de M. RICHER,
ci-devant Page de la Mufique du Roi.
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195
p. 171-173
MUSIQUE.
Début :
DEUX concerto de violon, avec des cors & hautbois obligés ; de la composition [...]
Mots clefs :
Musique, Violon
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
DEUX concerto de violon , avec des
cors & hautbois obligés ; de la compofition
de M. Frantzl, Ördinaire de la Mufique
de S. A. S. Mgr l'Electeur Palatin ;
fe vendent à Paris , aux adreffes ordinaires.
LES Larmes de l'Amour : quatre ariettes
avec la baffe ; par M. Bouvin : fe trouvent
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis à- vis
Saint Eustache , chez le Teinturier , & aux
adreffes ordinaires de mufique : prix 12 f.
L'Oracle des Amans , cantatille nouvelle
, à voix feule , avec fymphonie ;
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dédiée à Mgr le Comte de Noailles , Grand
d'Efpagne , & c. par M. Dellain , Ecrivain
de la Marine & des Claffes : prix 1 liv.
16 fols. Se vend à Paris , chez Mlle Caftagnery
, rue des Prouvaires , & aux adreffes
ordinaires à Nantes , chez M. Tanqueray,
grande rue ; & à Rouen , chez M. PAigle ,
rue des Carmes.
AIRS , ariettes & duo de la Vénitienne
comédie-ballet , repréfentée par l'Académie
Royale de Mufique , le vendredi 6
mai 1768 : la mufique par M. d'Auvergne ,
Surintendant de la Mufique du Roi. Prix
4'liv. 16 fols. Cet agréable recueil ſe vend
à Paris , chez l'Auteur , rue Saint - Honoré ,
au coin du Boulevard , à la falle de l'opéra
, & aux adreffes ordinaires.
Six fonates pour le violon feul , avec
accompagnement de baffe ; par M. de
Zimermann , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , premier Lieutenant
au Régiment des Gardes Suiffes du
Roi ; dédiées à M. de Bachman , Major
dudit Régiment. Se vendent à Paris , chez
M. Huberty, rue des Deux - Ecus , au pigeon
blanc prix 7 livi 4 fols.
t
MÉTHODE raiſonnée pour paffer du violon
à la mandoline , & de l'archer à la
plume , ou le moyen für de jouer . fans
JUIN 1768. 173
maître , en peu de temps , par des fignes de
convention affortis à des exemples de
mufique facile ; contenant vingt - quatre
airs danfans à deux mandolines ; fix menuets
, avec accompagnement ;
deux duo ;
une fonate , avec la baffe , & plufieurs airs
connus variés. Par M. Léone , de Naples ,
Maître de mandoline de S. A. S. Mgr le
Duc de Chartres , Prince du Sang. Se vend
rue Saint- Honoré , vis-à- vis Saint- Honoré.
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Résumé : MUSIQUE.
En 1768, plusieurs publications musicales étaient disponibles à Paris et dans d'autres villes françaises. Parmi elles, deux concertos pour violon de M. Frantzl, musicien de l'Électeur Palatin, étaient en vente à Paris. Les 'Larmes de l'Amour', une série de quatre ariettes avec basse de M. Bouvin, étaient disponibles chez l'auteur et dans les magasins de musique parisiens. 'L'Oracle des Amants', une cantatille pour voix seule avec symphonie dédiée au Comte de Noailles, était composée par M. Dellain et se vendait à Paris, Nantes et Rouen. Les airs, ariettes et duos de la comédie-ballet vénitienne, représentée par l'Académie Royale de Musique le 6 mai 1768, avec musique de M. d'Auvergne, étaient également en vente. Six sonates pour violon avec accompagnement de basse de M. de Zimmermann, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, dédiées à M. de Bachman, étaient disponibles à Paris. Enfin, une méthode pour passer du violon à la mandoline, écrite par M. Léone, maître de mandoline du Duc de Chartres, était accessible rue Saint-Honoré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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196
p. 174-193
OPÉRA.
Début :
Le vendredi, 6 mai, on a donné la première représentation de la Vénitienne, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Opéra, Plaisirs, Ardeur , Musique, Succès, Plaisir, Monologue, Théâtre, Noeuds, Divertissement, Air, Rôle
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texteReconnaissance textuelle : OPÉRA.
OPÉRA.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
La vendredi , 6 mai , on a donné là
première repréſentation de la Vénitienne ,
comédie ballet en trois actes , poëme de
feu M. la Motte * , remis en mutique
par M. d'Auvergne , Surintendant de la
Mulique du Roi . Le fuccès de cet opéra
parut d'abord très - équivoque ; mais dans
parut
le cours des repréſentations fubféquentes ,
le public a femblé prendre plaifir à rendre
de plus en plus juftice aux talens reconnus
du célèbre Compofiteur qui n'a pas
craint de redonner l'être à ce drame , fufceptible
en effet des plus grandes beautés
muficales , quoique d'un genre à effuyer
bien des contradictions. L'impartialité que
nous nous faifons un devoir d'obferver
dans nos jugemens , nous oblige de conve
* Cet opéra , dont l'ancienne muſique eſt de
la Barre , fut joué , pour la première fois , le 26
mai 1705. On ne l'avoit point repris depuis .
JUIN 1768 . 175
nir que le fond de cer opéra , quelque,
faillantes qu'en foient les paroles , a feul
contribué à balancer les fuffrages. Nous
ne prétendons point attaquer le préjugé
établi en faveur des anciens poëmes ; mais
nous ne pouvons diffimuler que le goût ,
à force de mers délicats , eft devenu difficile
, & que , blâfé fur la magie de l'efprit
, il ne fe laiffe plus piquer que par
l'intérêt. Trop de refpect pour les anciennes
productions eft auffi nuifible au progrès
des lettres qu'une exceffive indulgence
pour les nouvelles. L'analyfe que nous
allons faire de la Vénitienne pourra peut- être
juftifier le peu d'accueil que le public lui
a fait le premier jour qu'elle a reparu.
ACTEURS.
ISABELLE ,
LEONORE ,
OCTAVE ,
Mde L'ARRIVÉE.
Mlle BEAU MESNIL.
M. LE GROS.
ISMÉNIDE, Dévinereffe , Mlle DUBOIS.
ZERBIN , valet d'O CTAVE
, M. L'ARRIVÉE.
SPINETTE , fuivante
d'ISABELLE , Mlle ROSALIE.
ACTE PREMIER.
La théâtre repréſente des jardins , &
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
dans l'éloignement la place de Saint-Marc
Léonore ouvre la fcène par ce monologue.
Tendres plaifirs , charmans amours ,
Ah ! que n'ai - je plutôt fenti votre puiffance !
Deviez -vous , dans l'indifférence ,
Laiffer couler mes plus beaux jours ?
Du moins gardons -nous bien d'éteindre
Les feux que dans mon coeur l'amour daigne
allumer :
Au lieu de m'en laiffer charmer ,
Falloit-il perdre , hélas ! tant de temps à les
craindre ?
Tendres plaifirs , &c.
La mufique de ce monologue , d'un
genre très- agréable , a été vivement fentie
& généralement applaudie. Isabelle furvient
avec Spinette , fa fuivante. Elle
accufe Léonore , qui eft fon amie , d'ingratitude
& de trahifon. Quoi ! lui ditelle
,
L'amant qui m'aimoit vous adore ,
Et votre coeur reçoit les infidèles voeux ?
Léonore la défabuſe , en s'expliquant
ainfi :
C'est dans les premiers jeux que me fit voir Octavež
Que la paix fortit de mon coeur.
Un inconnu fut mon vainqueur.
JUIN 1768. 177
D'un feul de fes regards mon coeur fut enchanté ;
Le mafque me cacha le refte de fes charmes.
· •
Il me parle à ces jeux que vous me reprochez.
Elle eſpère de voir enfin fes traits dans
le bal qui fe prépare . Cet aveu tranquilife
Ifabelle. Léonore la quitte en lui difant ,
au fujet d'Octave :
Je vais encor , par de nouveaux refus
Servir votre amour & ma flâme.
Ffabelle , dans la fcène qui fuit , apprend
à Spinette quel eft cet inconnu dont Léo
More s'eft éprife.
Lorfque de mon amant
Je vis l'inconftance fatale ,
Je le fuivis par-tout fous un déguisement
Qui m'a livré le coeur de ma rivale...
Elle charge Spinette d'obferver les pas
d'Octave & de l'inftruire de toutes fes
démarches. Spinette , feule , chante cette
ariette , que nous citons comme une des
plus agréables de cet opéra
De mille amans en vain nous recevons les voeux
On les perd fans retour en terminant leur peine
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Les perfides brifent leurs noeuds
Dès qu'ils ont formé notre chaîne.
On ne foupire long- temps ,
Que pour des beautés cruelles :
Les peines font les coeurs conftans ,
Les plaifirs font les infidèles.
Spinette entend venir Octave ; elle fe
cache pour l'obferver. Léonore rentre fur
la fcène avec lui : ils chantent un duo
contraſté dont la mufique eft d'un très - bel
effet . Léonore renvoye Octave à Ifabelle ,
& ne lui promet que des mépris. Il ne
paroît alarmé ni de fon courroux ni de
fon indifférence . Leur difpute eft interrompue
par l'arrivée d'une troupe de barquerolles
qui forment un divertiffement ,
dans lequel on applaudit , avec un plaifir
toujours nouveau , MM. Lani & Dauberval
, & Miles Allard & Peflin * . MM.
Malter & Le Grand , Mlle Mion & Dervieux
s'y diftinguent auffi & recueillent en
même temps des fuffrages unanimes. Les
* Nous obferverons ici , avec plaifir , que
Mlle Peflin , toujours applaudie avec juſtice , l'a
fur- tout été univerfellement dans le beau pas de
deux qu'elle danfe avec M. Dauberval ; & que les
foins & les avis de cet excellent Danfeur l'ont
mife au point de partager très -fouvent les éloges
que l'on doit toujours à Mlle Allard.
JUIN 1768. 179
19
airs de ce divertiffement , entr'autrès , ce- :
lui des barquerolles , compofé de huit
couplets , font honneur au goût & au
génie de M. d'Auvergne . Zerbin conduit
la fête , après laquelle Octave preffe encore
Léonore de fe rendre , & n'eft pas mieux
écouté qu'auparavant. Fatigué de fes méptis
, il fe difpofe à aller confulter Ifménide
, réfolu d'apprendre de cette Magicienne
quel fera le fuccès de fon amour.
Spinette, qui s'eft toujours tenue cachée
pour l'épier , reparoît dès qu'elle le voit
parti , & annonce qu'elle va révéler à fa
maîtreffe le deffein du perfide.
ACTE I I.
Le théâtre repréfente un antre éclairé
par une lampe. , Octave , déguifé en valet ,
& Zerbin en noble Vénitien , arrivent
près de l'antre d'Ifménide. Zerbin tremble
& chancéle à l'aspect de cette demeure
infernale. Il dit à fon maître , qui s'en apperçoit
:
Pour braver les périls où votre amour m'engage ,
J'ai voulu de Bacchus emprunter le fecours ;
Dans fa liqueur j'ai cherché du courage ,
Mais je fens bien que j'en manque toujours.
e.
L'objet du déguisement qu'Octave a
H vj
180 , MERCURE DE FRANCE.
pris & a fair prendre à Zerbin eft d'éprou
ver la fcience des deyins ; il veut voir s'il
s'y laifferont tromper . Il va les avertir &
oblige fon valet de refter feul devant la
caverne. Le jus de Bacchus dont Zerbin
a cru devoir s'enivrer , par une fage précaution,,
ne l'enhardit point ; au contraire ,
fa cervelle n'en eft que plus troublée. Il
croit voir des fpectres & des monftres
horribles , il croit entendre des cris & des
hurlemens affreux ; il s'imagine qu'un
géant furieux eft prêt à le frapper. Il fe
recommande à Bacchus ; il fe plaint que
ce Dieu ne lui ait prêté que d'impuiffantes
armes ; enfin il s'endort après avoir fait
fur les charmes du fommeil cette réflexion
que l'on pourroit trouver trop philofophique
pour un homme de fa forte & pour la
fituation où il fe trouve , mais qui n'en
préfente pas moins une vérité des plus
frappantes.
'
Que le fort des mortels eft' pen digne d'envie !
Les plus doux plaifirs de la vie ,
Sont de n'en point fentir les maux.
Tout ce monologue , qui commence par
un récitatif obligé , eft rendu par le muficien
d'une manière fublime . Ce morceau
& digne de la réputation de fon auteur ,
3JUIN • 180
1768.
eft un des plus beaux que l'on ait entendus
jufqu'ici fur ce théâtre. Ifabelle , voyant
Zerbin couvert des habits de fon maître
& le trouvant endormi , le prend pour
Octave. Son monologue , qui commence
auffi par un récitatif obligé , eft fuivi d'un
air de mouvement qui peint très - bien la
fureur qui l'agite. Elle va pour ôter le
poignard de Zerbin & s'en frapper ; il fe
réveille , elle le reconnoît ; il lui apprend
qu'Octave eft actuellement occupé à confulter
Ifménide fur fa nouvelle ardeur..
Ifabelle , appercevant fon amant qui fort
de l'antre avec la Devinereffe , dit en à
parte :
Je veux les écouter..
Leur difcours m'apprendra ce que je dois tenter.
Ifménide , accompagnée d'Octave , s'avance
avec une troupe de Devins & de
Devinereffes. Ifabelle les obferve fans être
vue. Octave , pour embarraffer Ifménide ,
lui parle ainfi :
Vous , pour qui l'avenir n'a rien d'impénétrable ,,
Qui des plus . fombres coeurs percez tous les détours
Vous favez qui de nous cherche votre fecours ,
M
IS MENIDE à part.
?
Malgré leur myſtère ,,
En les intimidant tâchons à juger d'eux..
&C
182 MERCURE DE FRANCE.
Elle obferve leurs mouvemens & continue
de la forte :
Les démons à ma voix vont paroître en ces lieux.
Pourrez- vous foutenir leur terrible préſence ?
OCTAVE.
Parlez , je ne crains rien .
ZERBIN.
Moi , je crains tout , ô dieux !
La fermeté du maître & la frayeur du
valet les décéle l'un & l'autre aux yeux de
la Devinereffe , qui dit à Octave , en montrant
Zerbin :
Vous me cherchez vous ſeul &vous êtes fon maître.
OCTAVE.
Vous favez quel deffein en ce lieu me conduit ?
ISMENIDE embarraffée.
Souvent. l'amour...
ZERBIN,
T
Ciel ! quel démon l'inftruit ?
IS MÉNID E.
L'amour vous fait fentir les plus rudes atteintes,
འ །
ZERBIN.
Chaque mot redouble mes craintes !
IS Li
JUIN 1768. 183
Ainfi la peur indifcrette de Zerbin ſeconde
l'adrefle d'Iſménide & l'aide à deviner
ce qui fe paffe dans le coeur d'Octave.
Il la prie de l'éclaircir fur le fort que le
Ciel réſerve à fon amour. Elle ordonne à
fes Miniftres de célébrer leurs affreux myftères.
Les Devins font leurs cérémonies
magiques. Les danfes font entremêlées de
chants. On remarque , dans ce divertiffement
, deux choeurs infernaux qui ne cédent
en rien à ceux même qui ont le plus
illuftré l'incomparable Rameau. Ifménide ,
après les cérémonies , fait éteindre les
Bambeaux & la lampe qui éclaire l'antre .
Elle prévient Octave qu'il va être inftruit
de fon fort. A la faveur de l'obfcurité
Ifabelle fort de l'endroit où elle étoit cachée
, & prononce elle -même cet oracle :
Octave , romps tes nouveaux fers ,
Je tiens le fer levé fur ton coeur infidèle ;
Cette nuit , avec moi , je t'entraîne aux enfers ,
Si ce jour ne te voit fous les loix d'Iſabelle.
Ifménide & les Devins , furpris de ce
qu'ils entendent , font eux - mêmes faifis
de frayeur & fortent précipitamment avec
Octave & Zerbin .
ISABELLE feule,
Toi , qui m'as infpirée , achève ton ouvrage ,
Amour ! c'eft à toi feul de me rendre un volage.
184 MERCURE DE FRANCE.
Rien n'eft plus ingénieux certainement
que l'idée de cette fcène & de la précédente
; mais on a trouvé que la magie
en étoit trop noire pour un drame qui
porte le titre de comédie- ballet. Il est vrai
qu'elle ne diffère point de celle de nos plus
fombres tragédies lyriques. La Devinereffe
s'y préfente avec tout l'appareil effrayant
des Circe & des Médée. Cependant , en
réfléchiffant fur l'intrigue de ce poëme ,
il eft facile de fentir que , fi l'Auteur eût
voulu répandre fur fa magie des nuances
plus gaies , il eût manqué tout l'effet de
fes deux fcènes. La teinte qu'il a prife
étoit abfolument néceffaire au fil de fon
action qu'il a développée avec un art infini.
La richeffe d'invention qui brille dans cet
acte eft demeurée en pure perte pour lui
faute d'avoir mieux concilié l'intérêt des
fpectateurs avec celui de fes perfonnages.
Le fujet de la confultation d'Octave eft trop
peu grave pour une fi grande profufion
de couleurs fombres. D'ailleurs , le mêlange
de férieux , de comique & de tragique
déplaît toujours partout où il fe
Trouve. Les plaifanteries de Zerbin devant
une Magicienne de l'afpect le plus redou
table n'ont point été goûtées. On ne s'eft.
point prêté à la néceffité de ces difparates
pour le jeu de l'action. Ce qui prouve que
JUIN 1768 . 185
1
ce n'eft pas toujours par les effets du génie
que l'on réuffit à plaire.
Le ballet de cet acte , qui eft de la compofition
de M. Laval , & dans lequel il
danfe lui-même avec une force & une
vivacité qui le laiffent fans rivaux dans ce
genre , eft très-bien exécuté.
ACTE I I I.
Le théâtre repréfente un fallon préparé
pour un bal. Léonore feule commence
l'acte par cet air , dont les paroles charmantes
ne font pas exprimées par la mufique
avec des grâces moins piquantes.
Quand je revois l'objet de mes amours ,
Le temps s'enfuit d'une viteffe extrême ;
Mais , hélas il fufpend fon cours ,
Quand je ne vois plus ce que j'aime,
O temps fervez mieux nos defirs ;
Réparez de l'amour les rigueurs inhumaines
Arrêtez-vous pour fixer les plaifirs ,
Volez pour abréger les peines.
Octave revient encore lui parler d'a
mour.
L'amour feul ( lui dit- il ) peut nous fatisfaire
Le plus doux plaifir eft d'aimer ,
Et le plus fenfible eft de plaire.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
Ifabelle , mafquée & déguifée en Vénitien
, paroît avec une troupe de mafques.
Léonore , qui reconnoît en elle l'objet dont
elle eft préoccupée , ne cherche plus qu'à
éloigner Octave . Elle le charge d'aller
avertir Ifabelle que les jeux font prêts.
OCTAVE.
Eh ! pourquoi voulez - vous qu'elle foit de ces jeux?
LÉONORE.
Allez , vous dis - je , je le veux ;
Et ne revenez pas fans elle .
OCTAVE , à part.
Quels foupçons viennent m'agiter !
Demeurons , & fachons s'il s'y faut arrêter.
Ifabelle , en s'amufant de la méprife de
Léonore , continue de lui faire la cour.
Son déguiſement donne lieu aux équivoques
les plus ingénieufes. Léonore l'engage
a fe démafquer , & les refus d'Ifabelle ont
l'air de partir d'une modeftie outrée. Léonore
en prend occafion de l'accufer de ne
vouloir que fe divertir à fes dépens , ce
qu'elle lui fait entendre par ce vers :
Vos refus ne font voir qu'une ardeur bien légère.
JUIN 1768. 187
ISABELLE.
Mon coeur brûle de mille feux ,
La conftance & l'amour y triomphent enſemble.
Non , dans tout l'empire amoureux ,
Vous ne trouverez point d'amant qui me reffemble.
Elle ajoute qu'elle craint qu'Octave ne
la féchiffe , ce qui foutient toujours le
ton d'équivoque dont Léonore eft la dupe .
Elle répond à Iſabelle :
N'êtes-vous pas le feul de qui l'ardeur m'enchante
?
Je voudrois être encor mille fois plus charmante;
Mais je voudrois ne l'être qu'a vos yeux.
Cette scène est terminée par un trèsjoli
duo où elles fe jurent une ardeur
éternelle. Octave , furieux . fe montre dans
le moment & fait à Léonore tous les reproches
que la colère peut dicter.
ISABELL B.
Calmez le tranſport qui vous guide.
Peut-être qu'Isabelle eſt cachée en ces lieux :
Ne rougirez - vous point de montrer à les yeux
Ce défefpoir perfide ?
Octave , outré de fe voir plaifanter par
188 MERCURE DE FRANCE.
un rival , menace de le tuer. Léonore ;
effrayée , veut l'appaifer. Sa colère n'en
devient que plus forte , ce qui oblige Ifabelle
de fe faire reconnoître. En ôtant fon
mafque d'une main , & de l'autre tirant
fon poignard , elle lui dit :
Connois- moi donc , perfide , & frappè , fi tu
l'ofes.
LÉONORE & OCTAVE,
Que vois-je ?
LÉONORE.
Amour ! à quels maux tu m'expoſes !
Elle fort. Ifabelle , reftée feule avec
Octave , ne met plus de bornes à fon dépit.
L'habit qu'elle porte lui infpire un courage
héroïque. De l'air le plus impétueux
& le plus décidé , ollo adreffe ce difcours
à Octave :
Qui te retient , ingrat ? fui ton reffentiment.
Sois mon vainqueur ou ma victime ;
Que l'un de nous périffe en ce moment .
Perfide ! vien combler ton crime ,
Ou recevoir ton châtiment.
Octave ne fait que répondre à ce défi .
Elle prend enfuite un ton plus doux &
JUIN 1768. 189
l'invite à reprendre fes premiers noeuds.
Touché de tant d'amour , il ne peut réfifter
à la flamme qu'il fent renaître pour
elle dans fon coeur. Ils fe réconcilient , &
le bal commence . Ifabelle , Octave & Zerbin
chantent chacun une ariette pendant la
fête , dans laquelle danfent M. Gardel ,
Miles Guimard , & Affelin , avec tous
les applaudiffemens qu'ils font dans
l'habitude de recueillir. MM. Lani &
Dauberval , & Miles Allard & Peflin y
exécutent auffi , en pas de quatre , une
pantomime de Tirrolois . La célébrité des
talens de ces quatre fujets nous difpenfe
d'en faire l'éloge . Le divertiffement eft
terminé par une contredanfe à laquelle fe
joint le pas de quatre ci -deffus.
On peut juger par cet extrait que le
dénouement de ce poëme n'étoit point
affez heureux pour exciter de grands applaudiffemens.
Léonore eft une jeune perfonne
aimable , douce & tendre , dont le
coeur ne fent rien pour Octave , mais s'eſt
laiffé prévenir en faveur d'un objet qui ,
quoique fous le mafque , n'en a pas moins
eu le fecret de lui plaire . N'étant ni fourbe ,
ni coquette , ni fière , ni envieuſe , elle ne
mérite point d'être la victime de la ſupercherie
d'Ifabelle. On ne fauroit non plus
pardonner à celle- ci le tour qu'elle joue à
190 MERCURE DE FRANCE.
"
fon amie. Cette méchanceté détruit tout
l'intérêt que l'on pourroit prendre à l'injure
que lui fait fon amant , & empêche
que l'on ne partage fon bonheur lorfqu'elle
l'a ramené dans fes fers. Octave , de fon
côté , revient à elle dans une circonſtance
très- défavorable. On ne peut lui favoir
gré de l'oubli fubit qu'il fait de Léonore
il femble qu'il ait encore peur du poignard
dont Habelle l'a menacé.
La prompte fuite de Léonore` , en reconnoiffant
Ifabelle , toute naturelle qu'elle
étoit , excitoit toujours des rumeurs. On
a cru devoir remédier à ce défaut en changeant
ainfi le dénouement. On fait refter
Léonore après qu'elle a dit :
Amour à quels maux tu m'expoſes !
Et c'est devant elle qu'Ifabelle dit à
Odave :
Qui te retient , ingrat , &c.
A recevoir ton châtiment,
LÉONORE à ISABELLE.
Qu'un fentiment plus doux déformais vous anime.
Sous ce déguisement vous furprîtes mon coeur;
Pour m'en venger je veux votre bonheur.
( Montrant Octave. )
Rendez-lui votre amour , & mon âme eſt contente.
1
JUIN 1768. 191
OCTAVE À ISABELLE.
Ah ! fuis-je digne encor de vous offrir des voeux ?
ISABELLE.
Je devrois te punir d'avoir trahi més feux ;
Mais je fens malgré moi ma colère mourante,
Rens le calme à mon coeur , reprens tes premiers
noeuds.
Ne vois en moi qu'une fidèle amante ;
N'y vois plus de rival heureux.
OCTAVE.
Tant d'amour pénétre mon âme.
Plus charmé que jamais je tombe à vos genoux ;
Accordez le pardon d'une infidèle flâme ,
A celle dont mon coeur brûle à jamais pour vous.
ISABELLE.
Ah ! je fuis trop heureuſe !
Остаув .
Adorable Ifabelle !
LÉONORE.
Vous m'enchantez par des tranfports fi doux !
Les Interlocuteurs reprennent en trio le
joli duo qu'Isabelle & Léonore ont chanté
192 MERCURE DE FRANCE.
dans la fcène III de cet acte , & que nous
tranfcritons ici.
LÉONORE.
Suivez l'amour qui vous appelle .
ISABELLE à OCTAVE.
Il enchaîne nos coeurs de fes noeuds les plus beaux;
LEONORE.
Que votre ardeur foit éternelle.
ISABELLE & OCTAV E.
Que notre ardeur foit éternelle ,
Et nos plaifirs toujours nouveaux .
Il n'eft pas étonnant que les détails charmans
dont cet ouvrage eft rempli aient féduit
M. Dauvergne à la lecture , & il eſt
très -excufable de s'être aveuglé fur fes défauts
; mais il y a tout lieu d'efpérer que
les beautés de la mufique , plus admirée
de jour en jour , répareront fuffisamment
les torts du Poëte."
Depuis qu'on joue cet opéra , Mile Rofalie
a quitté le rôle de Spinette qu'elle a
chanté avec autant d'agrément & de lége
reté , qu'elle a mis de fineffe & de vérité
dans celui de Léonore , où elle a remplacé
Mlle Beauménil qui a été forcée de quitter
par
JUIN 1768 . 123
་
par une indifpofition qui l'empêche encore
de reparoître.
Mile Ritter a remplacé Mlle Rofaliedans
le rôle de Spinette , & n'a point démenti
le fuccès qu'elle a eu lors de fon
début .
Mlle Dubois , à la feconde repréfentation
, a été remplacée par Mlle Duplan
dans le rôle d'Ifménide ; & M. Larrivée
par MM . Durand & Caffagnade dans celuž
de Zerbin.
Mlle Duranci chante maintenant , avec
beaucoup de fuccès , le rôle d'Iſabelle que
Mde l'Arrivée a quitté pour s'occuper de
celui d'Alcimadure , dont on répéte l'opéra ,
traduit en françois par M. de Mondonville ,
auteur de la mufique , & que
l'on compte
donner mardi7 de ce mois , pour la première
fois.
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Résumé : OPÉRA.
Le 6 mai, la première représentation de 'La Vénitienne', comédie-ballet en trois actes, a eu lieu. Le poème original de La Motte a été réorchestré par M. d'Auvergne. Initialement, le succès de l'opéra était incertain, mais le public a progressivement apprécié les talents du compositeur. L'opéra, joué pour la première fois en 1705, n'avait pas été repris depuis. Malgré des paroles imparfaites, le fond de l'œuvre a contribué à équilibrer les avis. Le texte met en garde contre le respect excessif des anciennes productions et l'indulgence excessive envers les nouvelles. L'opéra raconte l'histoire d'Isabelle, Léonore, Octave et leurs serviteurs. Léonore regrette d'avoir tardé à céder à l'amour. Isabelle accuse Léonore d'infidélité, mais Léonore explique aimer un inconnu rencontré lors de jeux. Isabelle, déguisée, a séduit cet inconnu, qui est Octave. Spinette, la suivante d'Isabelle, observe Octave et Léonore. Léonore repousse Octave, qui consulte alors la devineresse Isménide. Spinette informe Isabelle des intentions d'Octave. Dans le second acte, Octave et Zerbin, déguisés, se rendent chez Isménide. Zerbin, ivre, tremble face à l'antre de la magicienne. Zerbin s'endort et rêve de spectres et de monstres. Isabelle tente de se suicider mais reconnaît Zerbin avant d'agir. Zerbin révèle qu'Octave consulte Isménide. Isabelle écoute leur conversation. Isménide prononce un oracle prédisant la mort d'Octave s'il ne revient pas à Isabelle. Terrifiés, ils fuient. Isabelle reste seule, espérant que l'amour lui rendra son amant. Dans la pièce, Léonore tente d'éloigner Isabelle d'Octave. Isabelle joue avec les sentiments de Léonore. Octave, jaloux, menace le prétendu rival. Ils se réconcilient et le bal commence avec des danses et des chants. En juin 1768, une pièce montre Octave et Isabelle se réconcilier. Léonore se réjouit de leur réconciliation. Plusieurs changements de distribution sont mentionnés, notamment Mlle Rosalie remplaçant Mlle Ritter dans le rôle de Léonore.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
197
p. 205-208
I.
Début :
Méthode de musique sur un nouveau plan, par M. Jacob, de l'académie royale de [...]
Mots clefs :
Auteur, Musique, Modes, Notes, Portée, Clef, Clefs, Article, Lignes, Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Méthode de mufique fur un nouveau plan ;
par M. Jacob , de l'académie royale de
Mufique ; le prix eft de 36 fols. A Paris
chez l'auteur rue des Moineaux-
Butte-Saint- Roch , chez un tapiffier ;
Madame la veuve Leclerc rue St Honoré
à Sainte Cécile ; la Chevardiere , rue
du Roule ; & aux adreffes ordinaires
de mufique..
L'USAGE de faire connoître fuccceffivement
toutes les clefs , n'ayant d'autre ré206
MERCURE DE FRANCE.
fultat
que de faire
rencontrer
chacune
des fept
notes
fur toutes
les lignes
&
tous les espaces
de la portée
; l'auteur
, en
partant
de ce résultat
, propofe
de folfier
par toutes
les notes
prifes
alternativement
pour
premiers
degrés
de l'un
& l'autre
mode
, fans
le fecours
d'aucune
clef.
L'ordre
entre
les notes
étant
connu
, &
les lignes
ou les efpaces
de la portée
fe
trouvant
toujours
à la même
diſtance
les
uns des autres
, il eſt viſible
que la nomination
des notes
eft très- indépendante
des
clefs
, puifqu'en
fuppofant
telle
notte
donnée
fur une
des lignes
ou fur
l'un
des efpaces
, toutes
les autres
nottes
font
connues
.
L'ufage que l'auteur fait des clefs eft
relatif au diapafon des voix , en forte
que chacun doit choifir la clef qui convient
au genre de fa voix ; car felon la
définition donnée par M. Rouffeau dans
fon- dictionnaire de mufique & rapportée
par l'auteur , la clef fe met au commencement
de la Portée pour déterminer le degré
d'élévation de cette Portée dans le clavier
général. L'auteur traite enfuite des tons ,
pour les différentes gammes pour les modes
majeurs & mineurs ; de la manierede
connoître le mode & le ton à l'infpec
FEVRIER . 1769. 207
tion de la clef & des premieres meſures
d'un chant. On verra avec plaifir l'origi
ne des diézes ou des bémols qui doivent
entrer dans certains modes , & celle de
ces modes mêmes.
Dans l'article IX , l'auteur traite des
mefures ; cet article eft fuivi d'une obfervation
fur la maniere de battre la mefure
, & fur l'ufage où eft le célèbre Tartini
de faire marquer les portions de
temps à fes élèves , d'où l'auteur tire une
méthode propre à donner la précifion de
la mefure à ceux qui en feront ufage en
obfervant ce qu'il prefcrit à cet égard &
c'eft ce qui fait la matiere de l'article X.
L'onzième roule fur la diftinction des
temps & des portions de temps en fort
& en foible. Enfin , dans le douzième
article , qui eft le dernier de l'ouvrage
l'auteur traite de la modulation , de fes
regles , de la relation des modes & de la
maniere dont ces modes font entrelacés
dans une pièce de mufique ; objets dont
la connoiffance , dit l'auteur , eſt trèsimportant
dans la mufique vocale
puifque c'eft par cette connoiffance que
le chanteur peut fe prévenir & , pour
ainfi dire , fe préparer à l'intonation des
diézes , bémols ou béquarres , que les
P
108 MERCURE DE FRANCE.
divers relatifs d'un mode donné doivent
amener néceffairement dans un chant.
Fermer
Résumé : I.
Le texte expose une méthode musicale proposée par M. Jacob, membre de l'Académie royale de Musique, visant à enseigner les notes sans utiliser de clefs traditionnelles. Cette méthode utilise les notes comme premiers degrés des modes majeur et mineur. L'ouvrage aborde l'utilisation des clefs en fonction du diapason des voix, permettant à chaque chanteur de choisir la clef appropriée. Il traite également des tons et des gammes pour les modes majeurs et mineurs, ainsi que de la détermination du mode et du ton à partir de la clef et des premières mesures d'un chant. Le texte mentionne l'origine des dièses et des bémols dans certains modes. L'article IX discute des mesures et des pratiques de battement, incluant celles de Tartini. L'article X précise la méthode pour déterminer la mesure, tandis que l'article XI distingue les temps forts et faibles. Enfin, l'article XII traite de la modulation, des règles des modes et de leur enchaînement dans une pièce musicale, soulignant l'importance de cette connaissance pour les chanteurs afin de se préparer aux intonations nécessaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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198
p. 123-127
« L'Observateur françois à Londres, ou Lettres sur l'état présent de l'Angleterre, [...] »
Début :
L'Observateur françois à Londres, ou Lettres sur l'état présent de l'Angleterre, [...]
Mots clefs :
Écho, Anglais, Musique, Punch, Maison, Répéter, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Observateur françois à Londres, ou Lettres sur l'état présent de l'Angleterre, [...] »
L'Obfervateur françois à Londres ,
Lettres fur l'état préfent de l'Angleterre
, relativement à fes forces , à fon
commerce & à fes moeurs , avec des
notes fur les papiers Anglois & des
remarques hiftoriques , critiques & po.
Fi
124 MERCURE DE FRANCE.
litiques de l'éditeur. A Londres & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , rue
Chriſtine , près la rue Dauphine ; Didot
l'aîné , Libraire & Imprimeur , rue
pavée , au coin du quai des Auguf
ting.
Nous avons rendu compte dans le dernier
Mercure du numero premier de cet
ouvrage périodique. Les numeros 2 , 3
& 4 viennent de paroître , & prefentent
le même agrément , le même intérêt , la
même variété. Les Anglois prétendent
que nous n'avons pas de Mufique. Ils
croient en trouver la caufe principale dans
le génie de notre langue & dans la frivolité
de notre goût : cependant , fuivant le
témoignage d'un voyageur Anglois , qui
a vu exécuter à Lyon l'acte de Pygmalion
de M. Rouffeau , on peut faire de
bonne mufique fur des paroles françoiſes .
Selon lui les paroles & la mufique de ce
drame , qui font du même Auteur , font
également fublimes. Ce qui l'a frappé le
plus , eft l'expreffion du premier fentiment
qu'éprouve la ftatue c'eft celui de
fon existence . Dès qu'elle fe touche , elle
s'écrie : c'est moi ! Elle touche fon piedeftal
& dit ce n'eft pas moi ! Pygmalion la
preffe dans fes bras & elle s'écrie : c'eft
NOVEMBRE . 1776. 125
encore moi ! Cette manière naïve de peindre
eft fimple & néanmoins neuve & fublime
.
Un Gentilhomme a offert , pendant la
dernière courfe de chevaux de la Province
d'lorck , trois mille guinées d'un
cheval nommé l'Eclipfe & fa propofition
a été rejetée.
Rameau difoit , ( fans doute en plaifantant
) , qu'il mettroit en mufique , &
avec fuccès , la gazette d'Hollande . Des
membres de la fociété du Bill des droits
fe propofent de faire aujourd'hui la
même chofe en Angleterre . Leur projet
eft de mettre d'abord en vers une lettre
que leur a écrit un des membres les plus
celèbres de cettes fociété ; d'en faire enfuite
une chanfon fur un air très connu ,
afin que l'on puiffe chanter cette fublime
production du patriotifme dans toutes les
occafions intéreffantes .
Trois filous , qui avoient l'air d'honnêtes
gens , arrivèrent il y a quelques jours
dans une hôtellerie à Putney. Toutes les
chambres étoient occupées à l'exception
d'une feule qu'on leur donna . Ils demandèrent
un bol de punch , & pour qu'on
les fervit plus promptement , l'un d'eux
sefta fur l'efcalier & jura qu'aucun do-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
meftique de la maifon n'y pafferoit que
lorfqu'on leur auroit apporté le punch :
tandis qu'on le préparoit , les deux autres
ouvrirent la porte de la chambre où
ils favoient que l'hôteffe ferroit fon argent,
crochetèrent l'armoire où il étoit enfermé
, y prirent environ 300 liv. fterlings
( 6750 liv. tournois ) , burent leur
punch, le payèrent & fortirent de la maifon
, fans qu'on pût fe douter de leur
larcin.
AWorkington , dans le Cumberland,
une mine de charbon ; s'eft tout-à - coup
enflammée & fon explofion à été fi forte
qu'elle s'eft fait entendre à fix lieues . Six
perfonnes y ont perdu la vie , quelquesunes
la vue , & plufieurs ont été bleffées.
Près de Rofneath , belle maifon de
campagne , à l'oueft d'un lac d'eau falée ,
qui fe perd dans la rivière de Clyde , à .
dix - fept milles au- deffous de Glafcow
il y a un écho très fingulier. Ce lac eft
environné de collines , dont quelques
unes font des rochers arides : les autres
font couvertes de bois . Quelques perfonnes
curieufes d'entendre l'écho célèbre
qui fe trouve dans ce lieu fauvage , y ont
mené unhomme qui fonnoit parfaitement
de la trompette il s'eft placé fur une poinNOVEMBRE.
1770. 127
te de terre , que l'eau laiffe à découvert ,
& s'étant retourné du coté du nord , il a
fonné un air & s'eft arrêté :auffitôt un écho
a repris l'air qu'il a répété très - diftin &tement
& très-fidélement , mais d'un ton
plus bas que la trompette. Quand cet écho
a ceffé , un autre écho ,d'un ton encore plus
bas , a répété le même air avec la même
exactitude : ce fecond a été fuivi d'un troifième
qui a été auffi fidèle que les deux autres
, à l'exception du ton qui étoit , à
l'égard du fecond , ce que celui- ci étoit
à l'égard du premier ; & l'on n'a plus rien
entendu . On a répété plufieursfois la même
expérience qui a toujours été également
heureuſe .
L'Obfervateur continue de nous faire
connoître les moeurs des Anglois , leurs
loix , leurs ufages , leur caractère , leurs
forces , leur génie , leurs finances , leur
littérature , leur commerce enfin ce
qui conftitue la Nation Angloife dans le
moral , le physique & le politique ; mais
il faut voir tout ceci dans l'ouvrage même
auffi inftructif qu'amufant.
Lettres fur l'état préfent de l'Angleterre
, relativement à fes forces , à fon
commerce & à fes moeurs , avec des
notes fur les papiers Anglois & des
remarques hiftoriques , critiques & po.
Fi
124 MERCURE DE FRANCE.
litiques de l'éditeur. A Londres & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , rue
Chriſtine , près la rue Dauphine ; Didot
l'aîné , Libraire & Imprimeur , rue
pavée , au coin du quai des Auguf
ting.
Nous avons rendu compte dans le dernier
Mercure du numero premier de cet
ouvrage périodique. Les numeros 2 , 3
& 4 viennent de paroître , & prefentent
le même agrément , le même intérêt , la
même variété. Les Anglois prétendent
que nous n'avons pas de Mufique. Ils
croient en trouver la caufe principale dans
le génie de notre langue & dans la frivolité
de notre goût : cependant , fuivant le
témoignage d'un voyageur Anglois , qui
a vu exécuter à Lyon l'acte de Pygmalion
de M. Rouffeau , on peut faire de
bonne mufique fur des paroles françoiſes .
Selon lui les paroles & la mufique de ce
drame , qui font du même Auteur , font
également fublimes. Ce qui l'a frappé le
plus , eft l'expreffion du premier fentiment
qu'éprouve la ftatue c'eft celui de
fon existence . Dès qu'elle fe touche , elle
s'écrie : c'est moi ! Elle touche fon piedeftal
& dit ce n'eft pas moi ! Pygmalion la
preffe dans fes bras & elle s'écrie : c'eft
NOVEMBRE . 1776. 125
encore moi ! Cette manière naïve de peindre
eft fimple & néanmoins neuve & fublime
.
Un Gentilhomme a offert , pendant la
dernière courfe de chevaux de la Province
d'lorck , trois mille guinées d'un
cheval nommé l'Eclipfe & fa propofition
a été rejetée.
Rameau difoit , ( fans doute en plaifantant
) , qu'il mettroit en mufique , &
avec fuccès , la gazette d'Hollande . Des
membres de la fociété du Bill des droits
fe propofent de faire aujourd'hui la
même chofe en Angleterre . Leur projet
eft de mettre d'abord en vers une lettre
que leur a écrit un des membres les plus
celèbres de cettes fociété ; d'en faire enfuite
une chanfon fur un air très connu ,
afin que l'on puiffe chanter cette fublime
production du patriotifme dans toutes les
occafions intéreffantes .
Trois filous , qui avoient l'air d'honnêtes
gens , arrivèrent il y a quelques jours
dans une hôtellerie à Putney. Toutes les
chambres étoient occupées à l'exception
d'une feule qu'on leur donna . Ils demandèrent
un bol de punch , & pour qu'on
les fervit plus promptement , l'un d'eux
sefta fur l'efcalier & jura qu'aucun do-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
meftique de la maifon n'y pafferoit que
lorfqu'on leur auroit apporté le punch :
tandis qu'on le préparoit , les deux autres
ouvrirent la porte de la chambre où
ils favoient que l'hôteffe ferroit fon argent,
crochetèrent l'armoire où il étoit enfermé
, y prirent environ 300 liv. fterlings
( 6750 liv. tournois ) , burent leur
punch, le payèrent & fortirent de la maifon
, fans qu'on pût fe douter de leur
larcin.
AWorkington , dans le Cumberland,
une mine de charbon ; s'eft tout-à - coup
enflammée & fon explofion à été fi forte
qu'elle s'eft fait entendre à fix lieues . Six
perfonnes y ont perdu la vie , quelquesunes
la vue , & plufieurs ont été bleffées.
Près de Rofneath , belle maifon de
campagne , à l'oueft d'un lac d'eau falée ,
qui fe perd dans la rivière de Clyde , à .
dix - fept milles au- deffous de Glafcow
il y a un écho très fingulier. Ce lac eft
environné de collines , dont quelques
unes font des rochers arides : les autres
font couvertes de bois . Quelques perfonnes
curieufes d'entendre l'écho célèbre
qui fe trouve dans ce lieu fauvage , y ont
mené unhomme qui fonnoit parfaitement
de la trompette il s'eft placé fur une poinNOVEMBRE.
1770. 127
te de terre , que l'eau laiffe à découvert ,
& s'étant retourné du coté du nord , il a
fonné un air & s'eft arrêté :auffitôt un écho
a repris l'air qu'il a répété très - diftin &tement
& très-fidélement , mais d'un ton
plus bas que la trompette. Quand cet écho
a ceffé , un autre écho ,d'un ton encore plus
bas , a répété le même air avec la même
exactitude : ce fecond a été fuivi d'un troifième
qui a été auffi fidèle que les deux autres
, à l'exception du ton qui étoit , à
l'égard du fecond , ce que celui- ci étoit
à l'égard du premier ; & l'on n'a plus rien
entendu . On a répété plufieursfois la même
expérience qui a toujours été également
heureuſe .
L'Obfervateur continue de nous faire
connoître les moeurs des Anglois , leurs
loix , leurs ufages , leur caractère , leurs
forces , leur génie , leurs finances , leur
littérature , leur commerce enfin ce
qui conftitue la Nation Angloife dans le
moral , le physique & le politique ; mais
il faut voir tout ceci dans l'ouvrage même
auffi inftructif qu'amufant.
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Résumé : « L'Observateur françois à Londres, ou Lettres sur l'état présent de l'Angleterre, [...] »
'L'Observateur françois à Londres' est une publication périodique qui traite divers aspects de l'Angleterre, incluant ses forces, son commerce et ses mœurs. Les derniers numéros de cette revue sont appréciés pour leur agrément et leur contenu varié. Le texte évoque la perception des Anglais sur la musique française, relatant l'impression d'un voyageur anglais lors d'une représentation de 'Pygmalion' de Rousseau à Lyon. Un incident est mentionné où un gentleman a tenté d'acheter un cheval nommé 'l'Éclipse' pour trois mille guinées, mais sa proposition a été rejetée. Par ailleurs, des membres de la société du Bill des droits envisagent de mettre en musique une lettre patriotique. Le texte rapporte également un vol dans une auberge à Putney et un accident minier à Workington. Un phénomène acoustique singulier près de Rosneath est décrit, où plusieurs échos successifs reproduisent fidèlement un air de trompette. La publication continue d'explorer les dimensions culturelles, légales et économiques de la nation anglaise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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199
p. 198-200
LETTRE sur le Pygmalion de M. J. J. Rousseau. A Lyon, le 26 Novembre 1770.
Début :
Permettez-moi, Monsieur, de relever une petite erreur, qui s'est glissée dans votre [...]
Mots clefs :
Musique, Paroles, Spectacle, Pygmalion, Drame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur le Pygmalion de M. J. J. Rousseau. A Lyon, le 26 Novembre 1770.
LETTRE fur le Pygmalion de M. J.
J. Rouffeau.
ALyon , le 26 Novembre 1770.
PERMETTEZ-MOI , Monfieur , de relever une
petite erreur qui s'eft gliflée dans votre
Mercure de ce mois , page 124 , dans l'extrait
que vous y donnez des feuilles 3 & 4 de
l'Obfervateur François à Londres. Vous dites
d'après lui lans doute pour prouver la
poſſibilité de faire de bonne Muſique ſur des
paroles françoiſes , qu'un voyageur Anglais a
vu à Lyon une repréſentation du ſpectacle de
Pygmalion , drame de M. J. J. Rousseau , qui ,
dites-vous , en a fait la Musique , & les paroles
Ségalement fublimes: il ſeroit bien flatteur pour
moi, qui fuis l'Auteur de la Muſique , de pouJANVIER.
1771. 199
voir imaginer qu'elle approche de la fublimité
des paroles ; je n'en ai jamais attribué le ſuccès
qu'au genre neuf & diftingué de ce ſpectacle ; à
la ſupériorité avec laquelle ce grand homme a
traité ce ſujet , & à celle des talens des deux
Acteurs de ſociété , qui ont bien voulu ſe charger
de le repréſenter ; mais ce n'eſt point un opéra :
il l'a intitulé , Scène Lyrique. Les paroles ne ſe
chantent point , & la Muſique ne ſert qu'à remplir
les intervalles des repos néceſſaires à ladéclamation.
M. Rouſleau vouloit donner , par ce
ſpectacle , une idée de la Mélopé des Grecs ,
de leur ancienne déclamation théâtrale ; il defiroit
que la Muſique fût expreſſive , qu'elle
peignît la ſituation , &, pour ainſi dire , le genre
d'affection que reflentoit l'Acteur. J'ai fait
mon poffible pour remplir ſes vues : il parut
content de mes efforts ; ſon fuffrage m'a valu
ceux du public. Je dois cependant à l'exacte vérité
d'annoncer , que dans les vingt- fix.ritournelles
qui compoſent la Muſique de ce drame
il y en a deux que M. Rouſſeau a faites lui-même.
Je n'aurois pas beſoin de les indiquer à quiconque
verra ou entendra cet ouvrage ; mais , comme
tout le monde ns ſera pas à portée d'en juger , par
la difficulté de repréſenter ce ſpectacle , je déclare
que l'Andante de l'ouverture , & que le premier
morceau de l'interlocution qui caractériſe le travail
de Pygmalion , appartiennent à M. Roufleau.
Je ſuis trop flatté que le reſte de la Muſique que
j'ai faite puiſſe aller auprès des ouvrages de c:
grand homme. Il faudroit lire celui- ci tout entier
, pour en connoître les beautés : il n'y a perſonne
qui ne convienne qu'il n'est pas une des
moindres productions de cette plume célèbre. Je
,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
n'entreprendrai pas de vous en faire un extraits
il ſeroit à defirer que M. Rouſſeau ſe déterminat
à le donner au public , qui le defire ; vous ſeriez
à même alors de parler de ce drame , & de lui
rendre la juſtice qui lui eſt due. Vous me devez
celled'inférer la préſente dans le plus prochain
Mercure. J'attends ce procédé de votre honnêteté
&de votre complaiſance.
COIGNET , Négociant àLyon.
J. Rouffeau.
ALyon , le 26 Novembre 1770.
PERMETTEZ-MOI , Monfieur , de relever une
petite erreur qui s'eft gliflée dans votre
Mercure de ce mois , page 124 , dans l'extrait
que vous y donnez des feuilles 3 & 4 de
l'Obfervateur François à Londres. Vous dites
d'après lui lans doute pour prouver la
poſſibilité de faire de bonne Muſique ſur des
paroles françoiſes , qu'un voyageur Anglais a
vu à Lyon une repréſentation du ſpectacle de
Pygmalion , drame de M. J. J. Rousseau , qui ,
dites-vous , en a fait la Musique , & les paroles
Ségalement fublimes: il ſeroit bien flatteur pour
moi, qui fuis l'Auteur de la Muſique , de pouJANVIER.
1771. 199
voir imaginer qu'elle approche de la fublimité
des paroles ; je n'en ai jamais attribué le ſuccès
qu'au genre neuf & diftingué de ce ſpectacle ; à
la ſupériorité avec laquelle ce grand homme a
traité ce ſujet , & à celle des talens des deux
Acteurs de ſociété , qui ont bien voulu ſe charger
de le repréſenter ; mais ce n'eſt point un opéra :
il l'a intitulé , Scène Lyrique. Les paroles ne ſe
chantent point , & la Muſique ne ſert qu'à remplir
les intervalles des repos néceſſaires à ladéclamation.
M. Rouſleau vouloit donner , par ce
ſpectacle , une idée de la Mélopé des Grecs ,
de leur ancienne déclamation théâtrale ; il defiroit
que la Muſique fût expreſſive , qu'elle
peignît la ſituation , &, pour ainſi dire , le genre
d'affection que reflentoit l'Acteur. J'ai fait
mon poffible pour remplir ſes vues : il parut
content de mes efforts ; ſon fuffrage m'a valu
ceux du public. Je dois cependant à l'exacte vérité
d'annoncer , que dans les vingt- fix.ritournelles
qui compoſent la Muſique de ce drame
il y en a deux que M. Rouſſeau a faites lui-même.
Je n'aurois pas beſoin de les indiquer à quiconque
verra ou entendra cet ouvrage ; mais , comme
tout le monde ns ſera pas à portée d'en juger , par
la difficulté de repréſenter ce ſpectacle , je déclare
que l'Andante de l'ouverture , & que le premier
morceau de l'interlocution qui caractériſe le travail
de Pygmalion , appartiennent à M. Roufleau.
Je ſuis trop flatté que le reſte de la Muſique que
j'ai faite puiſſe aller auprès des ouvrages de c:
grand homme. Il faudroit lire celui- ci tout entier
, pour en connoître les beautés : il n'y a perſonne
qui ne convienne qu'il n'est pas une des
moindres productions de cette plume célèbre. Je
,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
n'entreprendrai pas de vous en faire un extraits
il ſeroit à defirer que M. Rouſſeau ſe déterminat
à le donner au public , qui le defire ; vous ſeriez
à même alors de parler de ce drame , & de lui
rendre la juſtice qui lui eſt due. Vous me devez
celled'inférer la préſente dans le plus prochain
Mercure. J'attends ce procédé de votre honnêteté
&de votre complaiſance.
COIGNET , Négociant àLyon.
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Résumé : LETTRE sur le Pygmalion de M. J. J. Rousseau. A Lyon, le 26 Novembre 1770.
Dans une lettre datée du 26 novembre 1770, Coignet, un négociant à Lyon, adresse une missive à un destinataire non nommé pour rectifier une erreur publiée dans le Mercure de France concernant le spectacle 'Pygmalion' de Jean-Jacques Rousseau. Coignet précise que la musique de 'Pygmalion' n'est pas chantée mais sert à remplir les intervalles des déclarations des acteurs. Rousseau visait à recréer la mélopée grecque et l'ancienne déclamation théâtrale, et Coignet affirme avoir respecté cette intention. Il mentionne que deux des vingt-six ritournelles sont composées par Rousseau lui-même : l'Andante de l'ouverture et le premier morceau de l'interlocution caractérisant le travail de Pygmalion. Coignet exprime sa satisfaction que le reste de la musique soit comparé aux œuvres de Rousseau et souhaite que ce dernier publie intégralement 'Pygmalion' pour permettre au public d'apprécier pleinement ses beautés. Il demande au destinataire de corriger l'erreur dans le prochain numéro du Mercure de France.
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200
p. 133-159
Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
Début :
OBSERVATIONS sur un ouvrage nouveau, intitulé, Traité du Melo-Drame [...]
Mots clefs :
Musique, Mélodrame, Nature, Auteur, Idées, Goût, Ouvrage, Plaisir, Esprit, Temps, Chant, Mélodie, Formes, Imagination, Théâtre, Période, Sensations, Homme, Moyens, Idée, Charme, Drame, Réflexions, Français, Public, Principe, Concert, Beaux-arts, Jean-Jacques Rousseau, Musique italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
* OBSERVATIONSfur un ouvrage nouveau,
intitulé , Traité du Melo-Drame
ou Réflexions ſur la muſique dramati.
que. A Paris , chez Vallat la Chapelle,
libraire,fur le perron de la Ste Chapelle,
1771 ; in-80. Prix , s liv . relié.
Ona coutume de qualifier de nations rivales
celles que des intérêts oppoſés mettent ſouvent
aux priſes & précipitent dans des guerres longues
&obſtinées ; mais en y regardant de plus près ,
on s'appercevra aisément que ſi les Princes combattent
pourdéfendre ou augmenter leurs états ,
les nations ne connoiſſent guères de véritable rivalité
que dans les choſes qui intéreſſent leur vanité
; ce qui comprend toute eſpèce de gloire ,
cellequi vientdes talens comme celle qui naît des
fuccès à laguerre. En effet, la vanité comme la
lumière peur ſe diftribuer à l'infini ſans s'affoiblir
par le partage; elle eſt toujours active , toujours
éclairée ſur ſes intérêts , & c'eſt ce qui fait que la
jaloufie nationale peut encore exiſter lors même
*Ce morceau qui eſt rrès- intéreſlanr eft l'ouvraged'un
homme auſſi diſtingué par fon rang &
ſa naiſſance que par les talens&fes fumières , &
nous lui avons beaucoup d'obligation d'avoir
bienvoulu ea enrichir le Mercure.
134 MERCURE DE FRANCE.
que l'eſprit du Patriotiſme eſt détruit. Une
guerre perpétuelle s'eſt donc allumée dans l'empire
de l'opinion ; & comme les plus importantes
poſſeſſions de l'ennemi ſont toujours expoſées à la
premiere agreffion , de même dans les rivalités
littéraires les découvertes ſont toujours l'objet
des plus grands débats. Eh! quel François animé
decettenoble ambition,apu ſe contenter de lagloireque
nous avons acquiſe depuis deux fiècles ,& n'a
pas jetté des regards d'envie ſur les Galilées , les
Bacons , les Newtons ? Nous contemplons notre
puiſſance politique , & en nous rappelant la foibleſſedes
premiers Capétiens , nous remarquons
que c'eſt àde riches ſucceſſions que leurs deſcendans
ont dû l'augmentation de leurs domaines :
Craignons d'appliquer ces réflexions à notre empire
littéraire , ou plutôt , en avouant que nous
avons hérité de beaucoup de tréfors dont la découverte
eſt due à l'Etranger , cherchons à nous
confoler par une confidération qui paroît avoir
échappé à la philoſophie de notre âge; c'eſt que
lesnations qui ont le plus inventé ſont peut- être
les moins capables , nonſeulementde perfectionner
, mais de contenir les arts& les talens dans les
meſures qu'un goût ſage& épuré eft en droit de
leur preſcrite. On s'en convaincra facilement ſi
l'on obſerveque chez les peuples qui ont le plus de
découvertes à vanter, il eſt arrivé de deux choſes
l'une ; ou le goût général de la nation a réveillé
l'émulation& provoqué les découvertes , ou les
inventeurs eux-mêmes ont fait naître le goût des
arts qu'ils avoient créés : or dans le premier cas la
paffion dégénère ſouvent en manie ; & dans le
Lecond la doctrine ſe change en dogmatiſme , &
SEPTEMBRE. 1771. 135
l'on voit s'élever une ſecte au lieu d'une école.
Ainſi chez les Grecs l'éloquence dégénéra bientôt
en unevaine déclamation; ainſi chez les Anglois
Melpomène n'eſt encore queShakeſpéar traveſti,&
ce grand homme ſemble n'avoir laiſſé après lui
quedes barrieres au lieu des pierres d'attente qu'il
avoit poſées. Maintenant qu'un peuple ingénieux,
ſenſible & même appliqué s'empare de ces richefſes
étrangères ; qu'il épure dans le creuſet du goût
ces minéraux brutes , mais précieux , nés dans les
flancs de quelque montagne embratée; quellaalime
ou le ciſeau leur donnent la forme& l'éclar ,
&qu'un Public avide, mais difficile & précautionné
, vient enſuite à juger; alors & alors ſeulement,
les choſes ſeront apréciées à leur juſte valeur
, pouflées à leur dernière perfection & furtout
conſervées dansleur intégrité. Tel eſt le for
de la France ; à cette différence ſeulement que c'eſt
fans renoncer à l'honneur de pluſieurs découvertes
qu'elleprétend à la palme du goût , & qu'à la fois
juge & ouvrière , elle peut être pour les autres
peuples ce qu'eſt l'Académie Françoiſe pour elle
même.
Parmi nombre de preuves qui pourroient juſtifier
cette opinion , je me bornerai à un des objets
qui lui tiennentde plus près &dont l'examen nous
aconduits à ces réflexions,je veux parler de la mufique
, celui de tous les arts ſur lequel nous ayons
le moins de droits à réclamer à titre d'inventeurs.
Que diroit le reſte de l'Europe ſi , au bout de vinget
ans à peine écoulés depuis que la muſique italienne
, ou pour mieux m'exprimer , la véritable mufiquea
été implantée en France , nous étions tout
près d'en atteindre la perfection ; fi nous étions
même parvenus à en connoître & les moyens &
Ies effers ; àlui aſſigner ſon domaine & àlui pref
136 MERCURE DE FRANCE.
,
en
crire ſes différens emplois , foit que livrée à ellemême,
elle voulût briller de fon propre éclat , ſoit
qu'unic à la poéfie , elle en développât, elle en exagérât
pour ainſi dire les produits ; ſoit enfin qu'attachée
au drame elle en ſuivit la marche
multipliât l'action&en fortifiât l'intérét ?Ce tableau
féduiſant n'eſt pourtant point un rêve , ſi l'on en
croit l'auteur d'un livre intitulé , Traitédu Melo-
Drame , ouvrage que nous annonçons au Public
avec une confiance à laquelle les productions
récentes ne nous ontguères accoutumés. Ce fera
ſansdoute avec plaifir qu'on y verra nos compofiteurs
comparés , préférés même aux premiers maîtres
d'Italie , & nos eſſais de muſique dramatique
propoſés pour modèle à toutes les Nations.
Allertions hardies ſans doute , mais flatteuſes &
encourageantes , & fur-tout intéreſſantes par les
raiſons auſſi ſavantes qu'ingénieuſes ſur leſquelles
elle eſt établie . Pénétré comme notre auteur
d'eſtime &de reconnoiſſance pour les maîtres qui
ont enrichi depuis quelque tems notre ſcène italienne
, devenu le vrai théâtre lyrique , fi nous
différons d'opinions avec lui ſur quelques objets ,
c'eſt parce que nous croyons qu'un ouvrage commele
fien étoit encore néceflaire pour développer
nombre didées abſtraites & fugitives qui embarraſſoient
les routes de l'art ; pour prévenir furtout
l'inconvénient de l'imitation & de la dégénération
du genre en manière , en un mot pour mettre
les préceptes à la place des exemples. Nous
penfons encore que pour conduire la muſique àſa
dernière perfection , il faut joindre la ſcience qui
éclaire au goût qui aprécie ; c'eſt- à- dire , qu'il
faut ſavoircompoſer , &cependant avoir plus entendu
que compofé; qu'il eſt encore important
den'êtredans aucun parti , ni dans celui des Ita
SEPTEMBRE. 1771. 137
liensdont les principes ſont peut-être trop exclufifs
, ni dans celui des François qui répugnent
quelquefois à l'aveu de la ſupériorité dans autrui;
qu'on doit encore connoître le génie des différens
peuples & la manière dont ils ſont affectés
par les ſons ; qu'à toutes ces connoiſlances préliminaires
il faut joindre l'eſprit philoſophique
qui ſert de guide dans la diſcuſſion , & fur-tout ce
talent ſans lequel on n'enſeigne , on ne perfuade
rien , celui d'écrire avec chaleur , intérêt & clarté.
Enfin après avoir tout exigé , nous reconnoiffons
avec non moins de ſurpriſe que de plaiſir que toutes
ces conditions ſe trouvent remplies par l'auteur
dont l'ouvrage va nous occuper , non dans la
formed'un extrait ordinaire , parce que toutes les
vérités qui s'y trouvent renfermées perdroient à
être déplacées , mais en nous attachant aux idées
lesplus importantes , c'est-à-dire celles qui méritent
leplusd'êtrediſcutées&même refutées.En effet
ceux qui voudront voit en quoi l'auteur a eu raifon
ne peuvent mieux le trouver que dans ſon
livre , tandis que nous concourrons avec lui aux
progrès de l'art , ſi nous parvenons à rectifier celles
de ſes idées qui nous en paroiſſent ſuſcepti
bles.
Il ne s'agira pas ici de reveiller les diſputes po
lémiques qui ont agité la capitale depuis la fameulemiſſionde
1752, pendant laquelle on vitde
pauvres ultramontains ſimples & ſans lettres, prêcher
, convertir & faire des miracles ; mais il ſera
néceſſaire de ſe rappeler avec notre auteur quelle
fut la marchede nos connoiſſances en muſique ;
car nos idées ne ſe ſont pas toujours étendues aufſi
rapidementque notre goût , & la véritê mêmen'a
pu établir ſon empire ſans contracter quelques
dettes avec la mode & le préjugé ; nous direns
138 MERCURE DE FRANCE.
donc enpeu de mots qu'une lettre ſur l'opérad'Oma
phale avoit déjà donné le ſignal d'une révolution
prochaine à- peu-près comme les météores & les
comètes annoncent la chûte des Empires , lorſque
la muſique italienne fit ſa première invaſion dans
lacapitale. Il eſt paflé en uſage, de nos jours , que
lesmanifeſtes&les déclarations de guerre ſuivent
les armées au lieu de les précéder ; la même choſe
arriva dans cette occafion . On reconnut dans un
écrit plein de ſel,intitulé ,lepetit Prophéte , &c.
l'auteur de la lettre ſur Omphale , ou plutôt on
reconnut un homme d'eſprit qui en ſavoit plus
qu'il n'en avoitdit , & qui ne vouloit parler que
parparabole.
favoix
Mais déjà les exemples ſuffiſoient aux préceptes&
il étoit tems que ceux - là entendiſſent qui
avoient des oreilles pour entendre. C'étoit cependant
le plus petit nombre , & M. Roufleau jugea
que la vérné avoit encore affez d'ennemis pour
qu'il lui convînt de la défendre : mais en lui prêlui
donna ſa livrée: préſentée ſous
la forme du paradoxe , elle eut plus de célébrité
que de crédit; elle convainquit & révolta , & l'affaire
fut appointée. M. Roufleau ne le contentoit
pas de profcrire notre ancienne muſique , il ne
vouloit pas nous laifler l'eſpérance d'en avoir une
meilleure; notre langue même àl'entendre fe refuſoit
abſolument aux puiſſances de la mélodie.
Quels cris ne s'élevèrent pas alors! on ne prévoicit
pas fans doute les heureuſes reftitutions dont cette
injustice feroit ſuivie , autrement ont eût defire
qu'il continuât de nous injurier &de nous enrichir,
& on l'eût comparé à ce magiſtrat ſi ſouvent
applaudi au théâtre qui répare de ſes propres fonds
l'erreur qu'il a commiſe. Quelquetems après un
homme de génie , dont tous les ouvrages concou
SEPTEMBRE . 1771. 139
rent à prouver cette vérité , que la même préciſion
qui dirige l'eſprit dans les calculs les plus fublimes
eſt encore l'inſtrument caché du goût le plus
fin& le plus délicat , ne dédaigna pas de s'occuper
de la muſique , &ſes regards y répandirent la
lumière. M. d'Alembert , en condaminant en général
la muſique françoiſe , lui laifla deux motifs
de confolation en lui enſeignant les moyens de
s'améliorer & en dévoilant en même tems les erreurs
de la rivale. Inſenſiblement les eſprits ſe
rapprochoient ; le goût ſe perfectionnoit. Des
compoſiteurs , remplis de talens & d'émulation
avoient profité de certains lieux de franchiſe pour
introduire cette contrebande précieuſe à laquelle
le régime prohibitifde l'opéra étoit fi fort oppoſé.
Mais la verve qui nous précipite dans la carrière
ne nous poufle pas toujours vers le but ; ſouvent
même nous ignorons l'endroit où il ſe trouve ,
tandisque la critique aſſiſe à l'écart a ſes yeux fixés
fur lui ,&rit detous les efforts qui en éloignent.
Un amateur s'aviſa donc unjour d'obſerver que fi
les Coimpofiteurs François imitoient le faire des
Compoſiteurs Italiens , les poëtes lyriques reſteroient
encore attachés aux anciennes formes ; de.
forte qu'il s'introduiroit une contradiction marquée
entre l'intention du poëte & celle du muficien.
C'eſt que les premiers étudioient Jyomelli
&Galuppi , & que les autres n'étudioient pas Métaſtaſe.
Il s'apperçut encore que le Public tomboit
dans une plus grande erreur lorſqu'il attribuoit
aux poëmes modernes tout le dégoût qu'il
éprouvoit à l'opéra , & lorſqu'il demandoit qu'on
composât des chants nouveaux ſur des paroles
anciennes ; choſe abſolument impoffible ! ces obſervations
lui inſpirerent l'idée de ſcruter davanta
geles effets de la muſique &de chercher quel étoit
140 MERCURE DE FRANCE.
le caractère diſtinctifde la bonne muſique. Il erut
l'avoir trouvé dans la forme périodique qui fait
le charme de tout langage en proſe, en vers ou en
muſique , & il fit un rapprochement aflez heureux
de la période oratoire&de la période muſicale. Il
reconnutque ſi la muſique étoit eſſentiellement un
chant , ce chant devoit être une vraie période ,
ayant ſes membres aflortis , ſes repos balancés ,
ſamarche conféquente &ſon rhytme reflenti. Il
obſerva que l'expreſſion muſicale étant beaucoup
plus ſenſible&beaucoup moins rapide que celle
dudiſcours, les périodes en muſique ne pouvoient
pas ſe ſuivre& s'enchaîner les unes aux autres , ce
qui obligeoit les muſiciens à ſe concentrer pour
ainſi dire dans une idée qui feroit à elle ſeule un
petit dilcours ou un petit poëme dont le chant &
les accompagnemens ſeroient à la fois le ſujer& le
commentaire , &dont la muſique feroit en mêmetems
l'expoſition & le développement. En effet
L'expreffion muſicale étant agréable par elle-même
&par fon concours avec les paroles , l'oreilles'y
arrête avceplaifir , &l'etprit qui est d'intelligence
avecelle ne ſe plaint pas de voir la marche retardée.
C'eſt ainſi qu'une penſée exprimée avec ſimplícité,
développée avec génie ,ornée avec goût
& répétée avecgrace forme un ouvrage qui a reçu
le nom d'air , aria. Il ſurvoit dela qu'un poëte qui
compoſoit des vers deſtinés à être mis en muſique
devoit aflujettir ſa marche aux formes indiquées
ci -deſſus , qu'il ne lui ſuffifoit plus d'écrire
en vers libres des ſcènes de tragédie , mais qu'il
devoit s'occuper encore de réſerver une fituation,
unmouvement , une penſée propres à être renfermés
dans une période muſicale , & cette période
muſicale exigeoit qu'on lui donnât pour baſe une
période poëtique , ou plutôt une période dont l'en.
SEPTEMBRE. 1771 : 141
lemble&lesdétails fuſſent ſoumis aux vrais princi
pesde la rhytmopée ; il falloir donc, s'il étoit poſſio
ble , écrire comme l'immortel Métaſtaſe , ou du
moins tâcher de l'imiter. Mais d'un autre côté,
les auteurs qui compoſoient des drames pour la
comédie italienne ſe contentoient en écrivant leurs
ſcènes de quitter le langage de la proſe dans les
endroits qu'ils croyoient les plus favorables à la
muſique , & ſe livroient enſuite à leur facilité,
ſans craindre d'embaraſler le muſicien , ſoiten lui
offrant trop d'idées à la fois , ſoit en les lui préſentant
au hafard , tantôt d'un façon trop complexe
, tantôt avec trop de développement ; d'où
il arrivoit que la nouvelle muſique portoit un caractère
métif qui la décréditoit ſouvent aux yeux
des amateurs. Toutes ces réflexions jettées ſur le
papier formèrent une brochure de cent pages au
plus , mais qui fut accueillie par les artiſtes &les
gens de lettres , & qui obtint entr'autres le fufrage
de M. l'AbbéMétaſtaſio,de MM. Gyomelli Gre.
tri & Philidor . Elle eut un autre ſuccès non meins
flatteur , qui tourna au profit du Public; c'eſt que
les principes qu'elle renfermoit ayant été adoptés
parunhomme très- diftingué dans la littérature ,
il voulut bien les juſtifier par des exemples dont
aucun précepte ne peut approcher & auxquels le
Public applaudit tous les jours avec tranſport &
reconnoiſſance.
C'étoit le fort de ce petit ouvrage de produire
beaucoup mieux que lui- même , ſoit qu'il fût approuvé
, foit qu'il fût refuré ; car c'eſt particulièrementàlui
que nous devons le traité du Mélodrame
, comme l'auteur a bien voulu nous le
diredans ſa préface. Il ya long-tems que ces idées
toutes raiſonnables ſur la muſique ſe trouvoient
en contradiction avec les ſenſations du Public ,
142 MERCURE DE FRANCE.
peut-être même avec les ſiennes , lorſque cet ou
vrage-ci lui donna occafion de les publier. Il crut,
dit-il , que tout principe de goût éroit détruit , &
qu'on étoit retourné à ces tems de barbarie où les
arts neconnoifloient d'autres loisque le caprice des
artiſtes . * Sans doute ſon mécontentement aug-
* Il ne ſera peut-être pas hors de propos de rapprocher
ici le jugement que M. l'Abbé Métaſtaſio
àporté de cet ouvragedans une lettre qu'il a écriteà
l'auteur , & qui a été inférée dans la Gazette
Littéraire , tome vi°. « Je n'ai pu lire votre ou-
>>> vrage , dit cet illuſtre lyrique , ſans le plus grand
>>>étonnement. On peut , par ce ſeul eſlai ,jugerde
>> la fineſſe de votre eſprit , de la ſolidité de votre
>>>goût & de la profondeur de vos connoiſſances
>>dans les arts: il n'eſt point d'Italien qui ait porté
>> ſes vues & ſes réflexions auſſi près des premières
>>ſ>ources du plaifir vif&délicat que produit , &
>> que pourroit produire encore plus efficacement
35notre drame muſical L'analyſe ingénieuſe que
> vous faites du rhytme &du chant périodique de
nos airs ; la manière adroite & neuve dont vous
faites ſentir l'obligation de n'enſevelir jamais
le motif principal dans les ornemens accefſoires
; l'heureuſe comparaiſon que vous éta-
→bliflez à ce ſujet entre l'art de la muſique & celui
du deſſin , où le nud doit toujours ſe faire ſentir
au travers des draperies ; vos remarques ſur les
progreffions au moyen deſquelles ondoit en paffant
du ſimple récitatif au récitatif compofé,
>> imiter les altérations qui naiſſent du jeu des paf-
>> ſſions violentes , & pluſieurs autres endroits de
>votre diflertation que je ne cite pas pour ne pas
>>la tranſcrire en entier, font encore moins pré
SEPTEMBRE. 1771. 143
menta & ſon zèle redoubla en voyant paroître le
dictionnaire de muſique de M. Roufleau, car on ne
peut ſe diffimuler que par une fatalité fingulière, il
le trouve que cet illuſtre auteur eſt tombé dans la
même barbarie , & que les principes ſur l'unité de
la mélodie ſont ſi conformes àceux de l'eſſai qu'il
les a appuyés ſur les mêmes exemples, témoins les
articles duo , récitatif, &c. Ce n'eſt pas tout , le
Journal Etranger & la Gazette Littéraire avoient
répandu ſucceſſivement les germes les plus féconds
de tout ce qu'une pratique induſtrieuſe peut
apprendre d'une imagination brillante & philoſophique
; déjà même ces principes étoient auroriſés
par le ſuccès de pluſieurs ouvrages récens : il
faut donc en convenir , a tout cela n'étoit qu'erreur
, jamais il ne fut plus néceſſaire de reveiller
la critique &de venger le bon goûτ .
Une choſedevoit cependant embarraſſer notre
auteur ; verſé comme il l'eſt dans la muſique, connoiflant
tout le mérite de la muſique italienne &
toute la défectuoſité , ou plutôt toute la nullité
>> cieux par la vérité qui leur eſt propre que par
>> les avantages immenfes que pourront y puiſer
>> les artistes , &c. >> L'auteur du Traité du Mélodrame
a omis à deſſein ce témoignage flatteur
pour ne s'occuper que de l'article où M. l'Abbé
Métaſtaſio ſe plaint avec les graces qui lui font
naturelles , de la préférence donnée à la muſique
fur la poësie , mais il n'a pas pris garde que cet article
eſt rélatifà un paſſage où l'auteur de l'eflai
attribuoit les progrès de la muſique chez les Grecs
àun effort qu'elle fit pour ſe ſéparer des paroles
auxquelles elle étoit plutôt enchaînée qu'attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
de ce que nous appelons la muſique françoiſe ; indigné
fur-toutde la barbarie dans laquelle notre
opéra eſt encore plongé , comment pouvoit - il
n'avoir pas beaucoup d'idées communes avec les
auteurs qu'il critiquoit ? N'étoit- il pas même aflez
probable que le plus grand tort qu'ils avoient á
ſes yeux étoit de l'avoir prévenu ? Il eſt vrai que
c'eſt celui qu'on pardonne le moins. Pour réſoudre
toutes ces difficultés, il faut paffer tout de
ſuite à ſon idée favorite; c'eſt l'enfant chéri de
fon imagination , &qu'il préfère à une nombreuſe
familledont nous croions cependant qu'il pourroit
tirer plus de fatisfaction .
aJe
Faiſons - le parler lui - même , afin de donner
plusde force&de conciſion à ſes opinions. Il s'adrefle
aux François italianiſans&leur dit :
vous félicite d'avoir abandonné vos vieilles plalmodies
pour vous faire initier dans la bonne mufique
dont les Pergolèze , les Galluppi vous ont
facilité l'accès , mais je ne puis m'empêcher de
vous plaindre d'avoir pouflé l'enthousiasme juſqu'à
prendre vos maîtres pour des modèles. Qui
fans doute , la muſique italienne eſt belle & touchante;
elle connoît ſeule toute la puiſſance de
Pharmonie & de la mélodie; ſa marche , ſes
moyens , ſes formes habituelles font très-propres
àlui donner tout le charme dont elle eſt ſuſceptible
: fimple & préciſe dans le récit ordinaire
hardie & pittoreſque dans le récit obligé ; mélodieuſe
, périodique , cadencée , une enfin dans
Tair, ellenous offre des procédés méthodiques &
fondés ſur ſa propre nature. Mais tout cela ,
qu'est-ce en derniere analyſe ? De la muſique , un
concert. Que ſi vous tranſportez ſur un théâtre
toutes ces formules nouvelles , fi vous voulez les
employer
SEPTEMBRE. 1771. 145
employer pour faire mieux qu'un drame ordinaire
, pour exagérer dans votre aine toutes les
impreſſions que la ſcène , que la déclamation fimpleont
coutume de lui faire éprouver , vous
verrez que votre art ſera contradictoire à votre
objet & vos moyens à votre fin. J'adopterai avec
plaifir tous vos principes ſur l'unité de la mélodie
&ſur la période muſicale ; mais je m'appercevrai
bientôt que tandis que les accens de lexpreffion
théâtrale ſont ſans liaiſon , ſans méthode , fans
ordre encyclique , vous ne cherchez à charmer
mes oreilles que par des chants ſuivis , qui ont
leur rhytmopée preſcrite , leurs membres balancés
, leurs retours marqués : J'admire votre inftrument
, mais plus je l'admire , &moins je trouve
qu'il cadre avec ſon objet. Auſſi vous eſt-il impoſſible
de diſſimuler le principe de vos erreurs.
La muſique , une fois tranſportée ſur le théâtre
vous voulez qu'elle y règne ; vous ne craignez pas
de lui ſoumettre la poësie; vous oſez même dire
à celle- ci , aflujettiflez - vous à certaines formes ;
reflerrez vos penſées , réduiſez vos tropes , vos
figures afſortiſſez vos metres ; enfin
ceſſez jamais de prévoir la muſique.... Erreur
monstrueuſe ! fubordonner le fond à la forme &
facrifier l'orateur à l'interpréte ! Ne ſoyez donc
plus étonnés ſi de tels principes produiſent des
fruits dignes d'eux. Vous en jugerez aisément ſi
vous aſſiſtez à un de ces opéras que vous admirez
le plus. Inutilement le cigne de l'Italie réuniſſant
Pélégance de Racine à la nobleſſe de Corneille ſe
ſera montré l'Emule de Voltaire ; inutilement un
Jomelli , un Gallupi auront développé toute la
magie de leur art ; des actrices froides & ridicules,
descaftrats inanimés , de longs récitatifs débités
G
ne
146 MERCURE DE FRANCE.
àl'inſçu d'un parterre bruyant , des points d'or
gues, des diminutions , des roulades auront bientôt
fait diſparoître Caton & Regulus , & vous
n'aurez vu qu'un concert groteſque où quelques
momens de raviſſement font achetés par cinq heu
res d'ennui &de mécontentement... & n'allez pas
dire que c'eſt la faute du genre en lui-même , ou
de la forme que le Melo -drame a reçue en Italie;
car , prenez un air en duo , ou tout autre morceau
iſolé , vous verrez que la paſſion pour la
mélodie vous fait facrifier à chaque inſtant la vé
rité de l'expreffion au charme de la muſique. Souvent
les deux premiers vers de votre air vous auront
fourni le ſujet de votre chant ; eh bien! quoiqu'il
y ait variété d'expreſſion dans ceux qui fuivent
, la mélodie conſerve fon motif& reſte conféquente
à elle-même. Bien plus, fi vous compoſez
un duo dialogué , vous ne craindrez pas d'appliquerlamêmemélodie
à la demande&àla réponſe
comme
Nei giorni tuoi felici
Ricorda ti di me.
Perchè cosi mi dici
Anima mea , perchè ?
Ainfi le vice dubeau chant, ou dela musique
telleque vous la conſervez , eft un vice inhérent ,
&que vous ne parviendrez jamais à détruire tant
que vous vous occuperez de la muſique en ellemême
,&que vous ne la conſidérerez pas comme
le ſimple interpréte de la ſcène . Mais direz vous,
comment cette muſique fi belle & fi touchante
mériteroit- elle d'être proſcrite , & comment ac
SEPTEMBRE. 1771. 147
corder lejugement que vous en portez avec les
effets qu'elle a produits tant de fois fur vous? C'eft
icı levéritable myſtère de ma critique , & je vais
vous le dévoiler. Ily a deux fortes de muſique ,
unemufique fimple& une muſique compoſée, une
mufique qui chante & une muſique qui peint , ou
fi l'on veut ure muſique de concert & une mufique
de théâtre. Pour la muſique de concert , fuivez
les principes de M. l'Abbé Arnaud , de l'autour
de l'Eflai ,de M. Rouſſeau , &c.; choiſulez
debeaux motifs , ſuivez bien vos chants , phrafés
- les exactement & rendés - les périodiques ,
rien ne ſera meilleur. Mais pour la muſique de
théâtre , n'ayons égard qu'aux paroles & conten
tons-nous d'en renforcer l'expreſſion par toutes
les puiſſances de notre art. Ici j'oublie tous les
principes analogiques , auxquels j'avoue que la
muſique eft redevable de ſes plus grands effets . Je
ne m'embarafle plus des formes du recit ni de cellesque
vous donnez à l'air ; je néglige enfin toute
idée de rhytme& de proportion : je ne veux qu'exprimer
chaque penſée , que rendre avec exactitudetout
ce que je voudrai peindre. Je quitterai
mes motifs , je les multiplierai , je les tronquerai ,
je mêterai l'air & le recit , je changerai les rhytmes
, je mutilerai les phraſes , mais je ſaurai bien
vous en dédommager ; car il ne paflera ici tonnerre
, ni torrent , ni ramage, ni murmure que
je ne fois en état de vous le décrire , ut pictura
poëfis , ut pictura muſica. "
Le moment est enfin arrivé d'interrompre notre
auteur, & comme c'eſt à notre tour de parler
nous obſerverons qu'il vient de décéler la cauſe
de tout ce mal-entendu. Il a cru avec bien d'autres
que l'imitation étoit l'objet des beaux arts ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt d'elle ſeule qu'ils tiennent l'empire
qu'ils exercent ſur nos fens, principe que je crois
abſolument faux. Ceci tient à des idées un peu
abſtraites & qui demanderoient un ouvrage ad
hoc; mais qu'importe que ces idées ſoient déve
loppées , pourvû qu'elles ſoient ſaiſies ! D'ailleurs
nous vivons dans un tems ou quiconque a quelque
choſe de bon à dire, doit ſe preſler , de crainte
d'être prévenu.
La nature étant le ſyſtême complet de tous les
êtres , &les hommes qui n'ont d'idée que par l'entremiſe
des ſens ne pouvant rien imaginer , mais
ſeulement abſtraire & cumuler , diſtribuer & fe
xeſſouvenir , il eſt impoſſible d'exciter en eux des
ſenſations qui ne ſoient pas priſes dans la nature.
Il eſt une autre acception du mot nature qui renferme
l'abſtraction de tout concours de l'art dans
les êtres que nous voulons conſidérer , mais cette
acception eſt toujours très-vague & ne peut avoir
Lieu ici ; car un arbre enté n'eſt pas l'ouvrage de
la nature , & cependant le tableau qui le repréfente
eft appelé une imitation de la nature. Qui
eſt-ce donc qui ſera hors de la nature ? c'eſt tout
ce qui eft contradictoire ; comme , par exemple ,
qu'un tyrandéclare ſon amour dans le même ſtyle
qu'un berger; qu'un homme paſſionné differte
&qu'un homme froid s'exprime avec enthouſiaſme,
tout cela est contre nature , non pas en foimême;
car un diſcours paſſionné ni un raiſonnement
ſuivi ne font pas contre nature , mais en
conféquence de quelques données précédentes. Il
fuitdelà que comme toutes nos ſenſations font
dans la nature , tout ce qui ne ſera pas contradictoire
à des idées antérieures & auxquelles norre
eſprit auradéjà confenti ſera exactement dans la
SEPTEMBRE. 1771. 149
nature , de forte qu'il ſera impoſſible d'écrire ou
de parler raiſonnablement ſans imiter la nature ,
ou plutôt ſans être la nature même. Mais les
hommes ont bientôt reconnu que l'habitude ou le
ſpectacle de ces actions naturelles & raiſonnables
ne ſuffiſoit pas à leur bonheur ; il leur falloit de
nouveaux plaiſirs ,& ils en ont trouvédeux ſources
fécondes , 1º. La nature leur offroit quelques ſenſations
plus agréables que les autres ; ils ont cherché
à les multiplier ou à ſe les rappeler. 2°. Les
organes de leur entendement plus fins , plus déliés
que ceux des animaux , fur- tout dans l'état ſocial
, exigeoient de tems en tems certaines émotions
propres ày renouveller le mouvement & à
faciliter la circulation néceſſaire à ce confluent
mystérieux où aboutiſſent toutes les ſenſations :
c'eſt là l'origine de la curioſité &de l'amour des.
ſpectacles . La douleur d'une mère éplorée qui
croit avoir perdu ſon fils , ſa joie au retour inopiné :
decet enfant , les révolutions ſubites d'un amour
forcené , les élans de l'ambition ou les faillies de
la colère , tout cela parut aux hommes un moyen
de ſentir , de renouveller pour ainſi dire leur exiftence.
Delà deux ordres de plaiſir , les ſenſations
agréables , les ſenſations fortes. Celles - ci ſont
fuffisamment connues , mais les premières ſe dérobent
abſolument à la théorie , parce qu'on ne
connoît le rapport des objets avec nous que par
l'impreſſion qui en réſulte. Ileſt impoſſible de di--
re pourquoi le criſtal des eaux , oppoſé à la ten- ,
dre verdure des gaſons & aux maſles plus
rembrunies des ombrages produit une ſenſation
agréable : c'eſt une affaire de mécanil-
& ce mécanisme , ce n'est pas nous qui
l'avons inventé. Or, ſi je ne puis connoître que
me
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
commeun fait le plaifir que je goûte en voyant
unbeau payſage, comment pourrai -je me rendre
compte de celui que j'éprouve lorſque j'entends
les fons ſucceſſifs de la mélodie, ou les fons fimultanés
de l'harmonie ? J'en dirai autant du rhytme,
foiten mufique , foit en poësie : j'en dirai autant
del'éclatd'un marbre uni , de la ſymmétrie d'une
colonade , de la variété des couleurs dans une
marquetterie , &c: &c.
Cependant les hommes avoient à peine nombré
cesdifférens effets dont ils ne pouvoient affigner
les cauſes , qu'ils commencerent à les rapprocher
&àles comparer. L'aſpect d'un beau viſage&
celui d'une belle vallée font , quoiqu'à un degré
différent , deux ſources de volupté pour les yeux
qui les confidèrent. Mais cette bouche charmante
dont j'admirois la fraîcheur va redoubler d'attraits
fi elle vient à ſourire ; car qu'est-ce que la
beauté fi elle ne promet pas les plaiſirs ? Rempli
de ces douces émotions , je cours contempler la
vallée prochaine; le printems vient de renaître ,
elle eſt émaillée de fleurs & couverte de verdure ;
mais tandis que je la conſidére , le ſoleil qui perce
un nuage lui prête un éclat inattendu : ce furcroit
de charmes modifiant mon ame d'une façon àpeu-
près ſemblable à celle que je viens d'éprouver
quelques momens plutôt ; ma nouvelle ſenſation
reveille ma première idée , &je ſalue cette riante
vallée où je retournerai avec empreflement tant
que le fourire de la beauté me fera defirer celui de
la nature. Ici la nature imite la nature ; un plaîfir
, un ſentiment en reveille un autre & les impreſſions
légères acquièrent de l'importance en ſe
joignant à celles qui ſont ſenſibles & profondes .
C'eſtainſi que les bois, les fleuves , les forêts dont
SEPTEMBRE. 1771. 191I
Taſpect eſt agréable pour tout le monde , ont un
charme particulier pour les amans & pour tous
les hommes paſſionnés.
Ce qu'eſt la nature aux paſſions de notre ame,
les beaux arts le font à la nature & aux pallions à
lafois , c'est- à-dire qu'ils offrent un plaifir poſitif
&un plaisir de relation. N'en doutons pas ; de
même qu'un beau payſage attire & charme nos regards,
de même des accens mélodieux , une ſuite
de mots cadencés portent dans nos ſens un plaiſir
qui leur eft inhérent & qui eſt antérieur à toute
unitation . Telle est la véritable originede la poéfie
&de la musique , & c'eſt de leur propre fond
quecesarts ont tiré les formules , les lois mêmes
qui les retenantdans de juſtes proportions commencerent
déjà a joindre le ſentiment réfléchi de
tadifficulté vaincue au plaifir immédiat de la ſenfarion.
Mais plus l'eſprit des homines ſe perfectionnoit,
plus il devenoie avide de ſenſation : ce
ne fut doncpas affez pour les beaux arts de plaire
par eux-mêmes , il fallut qu'ils s'animaſſent pour
ainſi dire , & qu'ils s'uniflent au ſyſtême entier de
nos perceptions : on exigea qu'ils réveillaſſent en
nous le plusgrandnombre d'idées qu'il feroit pof
fable, fans toute fois que l'occupation de notre
entendement dégénérât en fatigue. Ici commence
leur troiſième progrès : d'abord ils ont produit un
plaifir fumple & immédiat , enfuite ils ſe ſont affervis
à des formes priſes auſſi dans leur propre
eflence, &le plaisir de juger a été ajouté au plaifir
de fentir ; enfin ils ſe ſont efforcés de reveiller en
nous un grand nombre d'idées , & alors l'effer
qu'ils ont produit a été composé de l'impreſſion
immédiate , du jugement réfléchi & du charme
attaché à la variéré , ou plutôtà l'exercice doux &c
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
facile de notre entendement. Ce n'eſt pas tout encore;
il faut examiner attentivement ce dernier
principe; car nous trouverons qu'il peut nous
modifier de quatre façons différentes : par la ſeule
variété , par l'intérêt , par la ſurpriſe&par l'imagination.
Par la variété , parce que la ſucceſſion
feuledes idées produit un effet agréable ; par l'intérêt
, prce que l'homme étant un être ſenſible
par excellence , toute ſon exiſtence eſt liée à ſes
paffions, & que de toutes les idées celles qui le
Hattent le plus font celles qui le rappelent plus
fortement à lui-même ; par la ſurpriſe , parce que
moins les ſenſations ſont attendues , plus leur impreffion
eſt vive & profonde ; par l'imagination ,
parceque tous les objets s'embelliffent par elle ,
foit que l'abſtraction nous permette de les dégager
de tout alliage impur , loit que le plaifir de
les produire ajoute à leur prix , en intéreſlant notre
amour- propre qui ſe mêle de tout. Ainfi ne
foyez plus ſurpris de voir notre oreille ſuperbe
sepouffer l'artiſte qui nous définit ce que nous
voulons concevoir,& qui nous décrit ce que nous
voulons imaginer. Tels ſont les poëtes Allemands
qui, pour trop détailler , me donnent la fatigue
que j'éprouve en lifant une démonstration géométrique
ſans être aidé de la figure , & ne m'offrent
ſouvent qu'un plan au lieu d'un tableau.
Tels étoient encore les anciens compofiteurs François
lorſque pour imiter le ramage des oiſeaux ils
introduifoient dans leur orcheſtre ces petites flûtes
qu'ils nommoient des tailles , & dont l'effet
diſparate faifoit oublier la muſique ſans rappeller
legazouillementdes oiſeaux.
Réſumons donc , & reconnoiſſons qu'au lieu
d'attribuer l'effetdes beaux arts à un ſeulprincipe
SEPTEMBRE. 1771. 153
comme on l'a tenté dans un ouvrage très-eſtimable
d'ailleurs ; on peut en compter fix , favoir , la
fenſation immédiate , lejugement ou le ſentiment
de la difficulté vaincue , la variété ou les idées
reveillées , l'intérêt ou les paffions , enfin la furpriſe
& l'imagination. Il n'est pas beſoin de dire
que ces principes peuvent ſe combiner de différentes
manières ; que la ſurpriſe peut naître auſſi de
ladifficulté vaincue , & que ce ſentiment peut encore
ſe répandre ſur tous les autres effets. Nous ,
nous ſommes contentés de les placer ici dans un
ordre finthétique , ſuivant qu'ils nous ont paru
pouvoir exiſter indépendamment les uns des autres.
Maintenant appliquons ces principes à la muſique;
nous nous appercevrons aisément que ecr
art ne conſiſte pas ſeulement dans l'imitation : en
effet un muſicien qui voudroit nous repréſenter le
point du jour n'auroit rien de mieux à faire que ,
d'employer quelqu'un de ces poliflons qui gagnent
leur vieà contrefaire ſur les boullevards le
chant de l'alouette ou celui du roſſignol ; de même
pour imiter un bruit de guerre ou celui d'une
tempête , un organiſte fouleroit aux pieds toutes
ſes pédales & appuieroit le bras entier ſur ſon clavier
; invention ingénieuſe d'un muſicien François
qui eſt conſtamment applaudi au même lieu
où l'inimitable Pagin fut fifflé. Tous ces vains
efforts font rejettés par le goût avant que d'être
condamnés par la critique; mais fi un compoſiteur
habile , en ſuivant les formes générales ,
c'est -à-dire , en conſervant le rhytme de la mélodie,
fait par des fons analogiques , par des impreffions
détournées & fugitives me retracer le
bruit des flots agités , ou l'incertitude du pilote
: Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
effrayé , mon eſprit ſe reveille , mon imagination
s'échauffe , je me tranſporte au loin ſur un promontoire
, d'où je confidère le vaiſſeau battu par
les vents , je vois briller l'éclair, j'entends les cris
des matelots , & déjà le tableau animé n'eſt plus
l'ouvrage du muficien , c'eſt celui de mon imagination,
Que ſera-ce fi tandis que mon ame eſt
trompée par ce preſtige , une petite partie demon
intelligence reſte pour ainſi dire en fentinelle ;
obſerve l'artiſte & s'écrie de tems en tems : exceltent
paſſage du fecond violon , bravo l'alto , belle
modulation , &c Alors rien ne manquera à mon
plaifir , & certainementje ne le dois pas à la ſeule
imitation.
Avançons & tâchons d'atteindre notre auteur.
Vous avouez , lui dirai - je , que l'auteur de l'Effaifur
l'union de la Poëfie & de la Mufique a bien
connu&bien développé les principes de la muſique
mélodieuſe & chantante que vous appelez
muſique fimple & que vous réléguez dans les
concerts , parce qu'elle est bonne ; mais s'il eft de
l'eſſence de la muſique d'être mélodieuſe; fi les
formes de cette muſique , qu'il vous plait d'appeler
muſique de concert, ſont les plus belles que
l'art puifle vous préſenter , comment voulez-vous
compoſer votre prétendue muſique dramatique
fans ceflerde faire de la muſique ? J'infifterai , &
je vous demanderai encore pourquoi cette mufiquede
concert m'arrache des larmes , me ravit ,
me tranſporte , m'enchante C'eſt ſans doute',
parce qu'elle exprime des paſſions, le tout dans la
manière qui lui eft propre , c'est-à -dire ſans que
l'expreffion miſe au chant , fans que la muſique
cefle d'être de la muſique. Sur quoi fondez vous
donc la différence des deux gentes? .. Mais ces
xitournelles qui refroidiſſent l'action , mais ces da
SEPTEMBRE. 1771. 15ς
troutapo
fréquens , ces roulades , ces diminutions, ces
points d'orgues éternels.... Eh ! mon Dieu! qui
vous le difpute? Lifez l'Eſſai , lifez Algaroti ,
lifez le dictionnaire deM. Roufleau ,vousy
verez tous ces excès relevés & condamnés. Mais
vous avez quelque principe caché , quelque choſe
demieux ànous dire. Eh! juſtement , vous nous
avez mis ſur la voie , fans vouloir toutefois vous
expliquer. Il eſt, dites - vous quelque part , un
cliant composé qui est moins mélodieux , moins
rhytmique , moins agréable que le chant fimple ,
maisplus ſavant &plus difficile à ſaiſir : ce chane
négligeant les formes connues de l'air , des deux
récitatifs , &c. s'applique uniquement à rendre les
idées du poère , à ſuivre ſes paroles pas-à-pas.
Celui- ci ne ſera plus gêné dans la marche , je ne
lui ferai pas l'outrage fanglant de vouloir qu'en
écrivant fa pièce , il ſe ſouvienne qu'elle doit
êtremiſe en muſique', ( quorque , àla vérité, j'aie
dit ailleurs tout le contraire , voyez pag. 132 ,
144 , &c. ) & je në ferai que traduire des vers
dans le langage d'Euterpe. Pour toute répanfe
nous nous contenterons d'avertir les Etrangers
que la comédie françoiſe eſttrès -bienplacée aux
Thuilleries ,qu'on y entre & qu'on en fort trèscommodément
, qu'on y joue tous les jours les
piéces des trois grands tragiques , le tour à juſte
prix, &qu'en couléquence,nous penfons, qu'ils fer
ront encore mieux d'aller là qu'à l'opéra . Mais fi
notre auteur perſiſtoit & s'émancipoit juſqu'à convenir
que l'opéra eft le théâtre de la muſique , on
reprendroit ce qui dit ci-deſſus par rapport
aux beaux. arts ; & er Les moyens
qu'ils emploient pour nous plaire , on verroit d'abord
que le premier de tous eſt l'inftrument ca
a épé
Le rappelant
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
lui - même ou la ſenſation première : or , on a
peine à croire que pour en tirer le meilleur parti
poſſible , il faillecommencer par le gâter. 2°.On
s'appercevra que le ſecond effet , qui eft le ſentiment
de la difficulté vaincue fe perd du moment
que les moyens ſont trop multipliés , & que l'imitation
, ou pour mieux dire la copie, s'eſt aſſez
emparée de notre imagination pour chaffer tout
à-fait l'idée de l'art imitateur ; c'eſt ainſi qu'une
effigie colorée& habillée ne fait qu'une illufion
déſagréable, tandis qu'un tableau de Vandeck
me charme fans me tromper. 3 °. On obſervera
que fi dans le genre propolé , la quantité d'idées
fuggérées reſte la même, ces idées ſont plutôt
offertes que reveillées , & plutôt déterminées
qu'indiquées; de façon que l'eſprit qui connoîtra
l'étendue des moyens & qui ſe verra commandé
dans ſes perceptions perdra à la fois le plaifir de
laſurpriſe &ceux de l'imagination ; d'où je conclus
que la musique ne vaudra rien pour avoir
voulu trop peindre , & c'est ainſi que le principe
ut p tura poëfis a causé de grandes mépriſes toutes
les fois qu'on a voulu l'étendre au- delà de ſes
Jimites.
D'un autre côté , il n'eſt pas moins évident que
Jumoment que nous avons iimmaaginé d'animerla
muſique pour la mettre fur la ſcène , c'eſt une
neceflité pour elle de ne point contredire l'illufiondu
théâtre&de prendre garde qu'un effet n'en
détruiſe pas un autre : mais apprenez - nous quel
eft le terme de cette illufion ,& définiflez - nous
ceque doit pafler à la vraiſemblance lyrique celui
qur a paflé le vers hexamètre, le rouge & les lampions
à la vraiſemblance tragique, & eris miht
magnusApollo. Je crois que fur cet article,l'ex
SEPTEMBRE. 1771. 157
périence exempte de manie &d'enthousiasme, eft
lemeilleur des maîtres. Quelques réflexions qu'on
trouve dans le petit ouvrage ſur l'union de la
poësie & de la muſique avoient déjà mis ſur la
voie,&pluſieurs eſlais qui ont paru dans ce genre
ont déjà prouvé qu'on peut atteindre le but. Je ne
parle pas des drammes charmans de M. de M.
parce qu'ils font mêlés de chant&de proſe ; mais
il me ſemble que M. Philidor n'en étoit guère
éloigné lorſqu'il a donné ſon opéra d'Ernelinde;
car , à deux morceaux près , cetre muſique étoit
parfaitement théâtrale,& les défaurs du poëme
qui en ont empêché le ſuccès auroient été choquans
dans tous les tems , & avec quelque muſique
qu'on y eut adaptée.
J Nous ne quitterons pas notre ſujet ſans nous
donner la latisfaction de dire à quel point nous
partageons l'eſtime que notre auteur témoigne
pour cet excellent compoſiteur , qui n'a certainement
pas perdu de ſon prix pour avoir trouvé un
émuledigne de lui ; nous le louerons même avec
d'autant plus de plaiſir qu'il nous a fait connoître
ſouvent combien il étoit attaché à nos principes ,
dont il connoifloit bien mieux que nous la juſteſſe
& l'étendue . Nous lui avons entendu dire lorfqu'il
donna Tom Jones : Pour cette fois cij'efpère
avoir réuffi. Jamais je n'ai donné plus d'attention
à lafimplicité de mes motifs & à l'unité
de ma mélodie ; c'est ce quej'ai fait de mieux ; &
il ne changea pas d'avis lorſquil vit cet admirable
ouvrage ſi voiſin de ſa chute. Dans Einelinde
il ſuivit les mêmes principes , & c'eſt là - deſſus
qu'il fondoit ſes eſpérances. Parmi les muficiens
M. Jomelli , Galluppi , Piccini , Grétry , &c.&
parmi lesgens de lettresM. Rouſleau , M. l'Abbé
158 MERCURE DE FRANCE.
Arnaud, tous ceux enfin qui ſe ſont occupés de
cette matière n'ont eu qu'un avis. Cominent fel
fait-il quedes hommes d'efprit , & même deshommes
de beaucoup d'eſprit , ayent ſaivi une route
toure opposée ? C'eſt que l'eſprit ne peut que dérai
fonner fur les beaux arts toutes les fois qu'il parlera
ſeul. A ce proposje me rappele une histoire qui
m'a été contée par un Marfeillois , qui avoit fait
du commerce toute fon occupation & qui avoit
paflé ſa,jeuneſle dans les Echellesdu Levanti
Le Bacha , qui gouvernoit la Syrie avant la révolte
d'Aly-Bey , aimoit beaucoup les femmes ,
mais il étoit très difficile , peut-être parce qu'il
les avoit trop aimées. Un Eunuque Egyptien ,
nommé Oſmin , grand connoiffeur en pareilles
denrées, lui ſervoit de pourvoyeur & fréquentoit
tous les marchés de l'Afie , ne ménageant rien ,
ramenant toujours des eſclaves , & ne contentand
jamais fon maître , qui ne manquoit pas de s'é
crier en le voyant revenir avec ſes emplettes , vous
me ruinez , & cela enpure perte. Un jour , dit mon
Marſeillois , je le rencontrai à Smyrne , il étoir
dans le plus grand embarras parce qu'il marchandoitdes
Circaffiennes parmi leſquelles il vouloit
en choisir une qui fut digne de fon maître ; mais
plus il examinoit , moins il pouvoit fixer fon
choix. Je l'abordai , il daigna me confulter.Crois
moi , mon cher Olmin, lui répondis-je , cen'eſt
aucunedecelles-là que je choiſirois : vois-tu cette
petite brune aux yeux bleux que tu parois négli
ger prends- là forma parole & conduis là biett
vîte à ton bacha. Il ſe laiſſa perfuader , & à fix
mois delà de retrouvant à Alep , il vint à moi les
bras ouverts: Nous avons fair merveille, s'écriatik;
elle eft, apréfent la favorite , &j'aireçu une
SEPTEMBRE. 1771. 159
bonne récompense. Mais comment diable as - tu
faitpour devinerſi juſte ? Voici plus de trente ans
queje nefais d'autre métier que d'acheter desfemmes
,&jefais là- deſſus tout ce qu'on peutfavoir...
Ecoute , mon ami , lui répliquaije : lorſque je te
rencontrai à Smyrne , il y avoit trois jours que
j'avois vu débarquer cette jeune eſclave : depuis
ce moment- là , je l'avois toujours révée, toujours
defirée:mon ami , je ne dormois plus ; & fois bien
aſſuré que ſi j'avois eu soo ſequins , ton bacha
n'en auroit jamais été poflefleur. Voilà mon fecret
, voilà toute ma ſcience. J'avois à peine fini
deparler que je m'apperçus que l'Eunuque m'avoit
déjà tourné le dos , mais je crus l'entendre dire en
s'éloignant : Non , je ne m'y connoîtraijamais.
intitulé , Traité du Melo-Drame
ou Réflexions ſur la muſique dramati.
que. A Paris , chez Vallat la Chapelle,
libraire,fur le perron de la Ste Chapelle,
1771 ; in-80. Prix , s liv . relié.
Ona coutume de qualifier de nations rivales
celles que des intérêts oppoſés mettent ſouvent
aux priſes & précipitent dans des guerres longues
&obſtinées ; mais en y regardant de plus près ,
on s'appercevra aisément que ſi les Princes combattent
pourdéfendre ou augmenter leurs états ,
les nations ne connoiſſent guères de véritable rivalité
que dans les choſes qui intéreſſent leur vanité
; ce qui comprend toute eſpèce de gloire ,
cellequi vientdes talens comme celle qui naît des
fuccès à laguerre. En effet, la vanité comme la
lumière peur ſe diftribuer à l'infini ſans s'affoiblir
par le partage; elle eſt toujours active , toujours
éclairée ſur ſes intérêts , & c'eſt ce qui fait que la
jaloufie nationale peut encore exiſter lors même
*Ce morceau qui eſt rrès- intéreſlanr eft l'ouvraged'un
homme auſſi diſtingué par fon rang &
ſa naiſſance que par les talens&fes fumières , &
nous lui avons beaucoup d'obligation d'avoir
bienvoulu ea enrichir le Mercure.
134 MERCURE DE FRANCE.
que l'eſprit du Patriotiſme eſt détruit. Une
guerre perpétuelle s'eſt donc allumée dans l'empire
de l'opinion ; & comme les plus importantes
poſſeſſions de l'ennemi ſont toujours expoſées à la
premiere agreffion , de même dans les rivalités
littéraires les découvertes ſont toujours l'objet
des plus grands débats. Eh! quel François animé
decettenoble ambition,apu ſe contenter de lagloireque
nous avons acquiſe depuis deux fiècles ,& n'a
pas jetté des regards d'envie ſur les Galilées , les
Bacons , les Newtons ? Nous contemplons notre
puiſſance politique , & en nous rappelant la foibleſſedes
premiers Capétiens , nous remarquons
que c'eſt àde riches ſucceſſions que leurs deſcendans
ont dû l'augmentation de leurs domaines :
Craignons d'appliquer ces réflexions à notre empire
littéraire , ou plutôt , en avouant que nous
avons hérité de beaucoup de tréfors dont la découverte
eſt due à l'Etranger , cherchons à nous
confoler par une confidération qui paroît avoir
échappé à la philoſophie de notre âge; c'eſt que
lesnations qui ont le plus inventé ſont peut- être
les moins capables , nonſeulementde perfectionner
, mais de contenir les arts& les talens dans les
meſures qu'un goût ſage& épuré eft en droit de
leur preſcrite. On s'en convaincra facilement ſi
l'on obſerveque chez les peuples qui ont le plus de
découvertes à vanter, il eſt arrivé de deux choſes
l'une ; ou le goût général de la nation a réveillé
l'émulation& provoqué les découvertes , ou les
inventeurs eux-mêmes ont fait naître le goût des
arts qu'ils avoient créés : or dans le premier cas la
paffion dégénère ſouvent en manie ; & dans le
Lecond la doctrine ſe change en dogmatiſme , &
SEPTEMBRE. 1771. 135
l'on voit s'élever une ſecte au lieu d'une école.
Ainſi chez les Grecs l'éloquence dégénéra bientôt
en unevaine déclamation; ainſi chez les Anglois
Melpomène n'eſt encore queShakeſpéar traveſti,&
ce grand homme ſemble n'avoir laiſſé après lui
quedes barrieres au lieu des pierres d'attente qu'il
avoit poſées. Maintenant qu'un peuple ingénieux,
ſenſible & même appliqué s'empare de ces richefſes
étrangères ; qu'il épure dans le creuſet du goût
ces minéraux brutes , mais précieux , nés dans les
flancs de quelque montagne embratée; quellaalime
ou le ciſeau leur donnent la forme& l'éclar ,
&qu'un Public avide, mais difficile & précautionné
, vient enſuite à juger; alors & alors ſeulement,
les choſes ſeront apréciées à leur juſte valeur
, pouflées à leur dernière perfection & furtout
conſervées dansleur intégrité. Tel eſt le for
de la France ; à cette différence ſeulement que c'eſt
fans renoncer à l'honneur de pluſieurs découvertes
qu'elleprétend à la palme du goût , & qu'à la fois
juge & ouvrière , elle peut être pour les autres
peuples ce qu'eſt l'Académie Françoiſe pour elle
même.
Parmi nombre de preuves qui pourroient juſtifier
cette opinion , je me bornerai à un des objets
qui lui tiennentde plus près &dont l'examen nous
aconduits à ces réflexions,je veux parler de la mufique
, celui de tous les arts ſur lequel nous ayons
le moins de droits à réclamer à titre d'inventeurs.
Que diroit le reſte de l'Europe ſi , au bout de vinget
ans à peine écoulés depuis que la muſique italienne
, ou pour mieux m'exprimer , la véritable mufiquea
été implantée en France , nous étions tout
près d'en atteindre la perfection ; fi nous étions
même parvenus à en connoître & les moyens &
Ies effers ; àlui aſſigner ſon domaine & àlui pref
136 MERCURE DE FRANCE.
,
en
crire ſes différens emplois , foit que livrée à ellemême,
elle voulût briller de fon propre éclat , ſoit
qu'unic à la poéfie , elle en développât, elle en exagérât
pour ainſi dire les produits ; ſoit enfin qu'attachée
au drame elle en ſuivit la marche
multipliât l'action&en fortifiât l'intérét ?Ce tableau
féduiſant n'eſt pourtant point un rêve , ſi l'on en
croit l'auteur d'un livre intitulé , Traitédu Melo-
Drame , ouvrage que nous annonçons au Public
avec une confiance à laquelle les productions
récentes ne nous ontguères accoutumés. Ce fera
ſansdoute avec plaifir qu'on y verra nos compofiteurs
comparés , préférés même aux premiers maîtres
d'Italie , & nos eſſais de muſique dramatique
propoſés pour modèle à toutes les Nations.
Allertions hardies ſans doute , mais flatteuſes &
encourageantes , & fur-tout intéreſſantes par les
raiſons auſſi ſavantes qu'ingénieuſes ſur leſquelles
elle eſt établie . Pénétré comme notre auteur
d'eſtime &de reconnoiſſance pour les maîtres qui
ont enrichi depuis quelque tems notre ſcène italienne
, devenu le vrai théâtre lyrique , fi nous
différons d'opinions avec lui ſur quelques objets ,
c'eſt parce que nous croyons qu'un ouvrage commele
fien étoit encore néceflaire pour développer
nombre didées abſtraites & fugitives qui embarraſſoient
les routes de l'art ; pour prévenir furtout
l'inconvénient de l'imitation & de la dégénération
du genre en manière , en un mot pour mettre
les préceptes à la place des exemples. Nous
penfons encore que pour conduire la muſique àſa
dernière perfection , il faut joindre la ſcience qui
éclaire au goût qui aprécie ; c'eſt- à- dire , qu'il
faut ſavoircompoſer , &cependant avoir plus entendu
que compofé; qu'il eſt encore important
den'êtredans aucun parti , ni dans celui des Ita
SEPTEMBRE. 1771. 137
liensdont les principes ſont peut-être trop exclufifs
, ni dans celui des François qui répugnent
quelquefois à l'aveu de la ſupériorité dans autrui;
qu'on doit encore connoître le génie des différens
peuples & la manière dont ils ſont affectés
par les ſons ; qu'à toutes ces connoiſlances préliminaires
il faut joindre l'eſprit philoſophique
qui ſert de guide dans la diſcuſſion , & fur-tout ce
talent ſans lequel on n'enſeigne , on ne perfuade
rien , celui d'écrire avec chaleur , intérêt & clarté.
Enfin après avoir tout exigé , nous reconnoiffons
avec non moins de ſurpriſe que de plaiſir que toutes
ces conditions ſe trouvent remplies par l'auteur
dont l'ouvrage va nous occuper , non dans la
formed'un extrait ordinaire , parce que toutes les
vérités qui s'y trouvent renfermées perdroient à
être déplacées , mais en nous attachant aux idées
lesplus importantes , c'est-à-dire celles qui méritent
leplusd'êtrediſcutées&même refutées.En effet
ceux qui voudront voit en quoi l'auteur a eu raifon
ne peuvent mieux le trouver que dans ſon
livre , tandis que nous concourrons avec lui aux
progrès de l'art , ſi nous parvenons à rectifier celles
de ſes idées qui nous en paroiſſent ſuſcepti
bles.
Il ne s'agira pas ici de reveiller les diſputes po
lémiques qui ont agité la capitale depuis la fameulemiſſionde
1752, pendant laquelle on vitde
pauvres ultramontains ſimples & ſans lettres, prêcher
, convertir & faire des miracles ; mais il ſera
néceſſaire de ſe rappeler avec notre auteur quelle
fut la marchede nos connoiſſances en muſique ;
car nos idées ne ſe ſont pas toujours étendues aufſi
rapidementque notre goût , & la véritê mêmen'a
pu établir ſon empire ſans contracter quelques
dettes avec la mode & le préjugé ; nous direns
138 MERCURE DE FRANCE.
donc enpeu de mots qu'une lettre ſur l'opérad'Oma
phale avoit déjà donné le ſignal d'une révolution
prochaine à- peu-près comme les météores & les
comètes annoncent la chûte des Empires , lorſque
la muſique italienne fit ſa première invaſion dans
lacapitale. Il eſt paflé en uſage, de nos jours , que
lesmanifeſtes&les déclarations de guerre ſuivent
les armées au lieu de les précéder ; la même choſe
arriva dans cette occafion . On reconnut dans un
écrit plein de ſel,intitulé ,lepetit Prophéte , &c.
l'auteur de la lettre ſur Omphale , ou plutôt on
reconnut un homme d'eſprit qui en ſavoit plus
qu'il n'en avoitdit , & qui ne vouloit parler que
parparabole.
favoix
Mais déjà les exemples ſuffiſoient aux préceptes&
il étoit tems que ceux - là entendiſſent qui
avoient des oreilles pour entendre. C'étoit cependant
le plus petit nombre , & M. Roufleau jugea
que la vérné avoit encore affez d'ennemis pour
qu'il lui convînt de la défendre : mais en lui prêlui
donna ſa livrée: préſentée ſous
la forme du paradoxe , elle eut plus de célébrité
que de crédit; elle convainquit & révolta , & l'affaire
fut appointée. M. Roufleau ne le contentoit
pas de profcrire notre ancienne muſique , il ne
vouloit pas nous laifler l'eſpérance d'en avoir une
meilleure; notre langue même àl'entendre fe refuſoit
abſolument aux puiſſances de la mélodie.
Quels cris ne s'élevèrent pas alors! on ne prévoicit
pas fans doute les heureuſes reftitutions dont cette
injustice feroit ſuivie , autrement ont eût defire
qu'il continuât de nous injurier &de nous enrichir,
& on l'eût comparé à ce magiſtrat ſi ſouvent
applaudi au théâtre qui répare de ſes propres fonds
l'erreur qu'il a commiſe. Quelquetems après un
homme de génie , dont tous les ouvrages concou
SEPTEMBRE . 1771. 139
rent à prouver cette vérité , que la même préciſion
qui dirige l'eſprit dans les calculs les plus fublimes
eſt encore l'inſtrument caché du goût le plus
fin& le plus délicat , ne dédaigna pas de s'occuper
de la muſique , &ſes regards y répandirent la
lumière. M. d'Alembert , en condaminant en général
la muſique françoiſe , lui laifla deux motifs
de confolation en lui enſeignant les moyens de
s'améliorer & en dévoilant en même tems les erreurs
de la rivale. Inſenſiblement les eſprits ſe
rapprochoient ; le goût ſe perfectionnoit. Des
compoſiteurs , remplis de talens & d'émulation
avoient profité de certains lieux de franchiſe pour
introduire cette contrebande précieuſe à laquelle
le régime prohibitifde l'opéra étoit fi fort oppoſé.
Mais la verve qui nous précipite dans la carrière
ne nous poufle pas toujours vers le but ; ſouvent
même nous ignorons l'endroit où il ſe trouve ,
tandisque la critique aſſiſe à l'écart a ſes yeux fixés
fur lui ,&rit detous les efforts qui en éloignent.
Un amateur s'aviſa donc unjour d'obſerver que fi
les Coimpofiteurs François imitoient le faire des
Compoſiteurs Italiens , les poëtes lyriques reſteroient
encore attachés aux anciennes formes ; de.
forte qu'il s'introduiroit une contradiction marquée
entre l'intention du poëte & celle du muficien.
C'eſt que les premiers étudioient Jyomelli
&Galuppi , & que les autres n'étudioient pas Métaſtaſe.
Il s'apperçut encore que le Public tomboit
dans une plus grande erreur lorſqu'il attribuoit
aux poëmes modernes tout le dégoût qu'il
éprouvoit à l'opéra , & lorſqu'il demandoit qu'on
composât des chants nouveaux ſur des paroles
anciennes ; choſe abſolument impoffible ! ces obſervations
lui inſpirerent l'idée de ſcruter davanta
geles effets de la muſique &de chercher quel étoit
140 MERCURE DE FRANCE.
le caractère diſtinctifde la bonne muſique. Il erut
l'avoir trouvé dans la forme périodique qui fait
le charme de tout langage en proſe, en vers ou en
muſique , & il fit un rapprochement aflez heureux
de la période oratoire&de la période muſicale. Il
reconnutque ſi la muſique étoit eſſentiellement un
chant , ce chant devoit être une vraie période ,
ayant ſes membres aflortis , ſes repos balancés ,
ſamarche conféquente &ſon rhytme reflenti. Il
obſerva que l'expreſſion muſicale étant beaucoup
plus ſenſible&beaucoup moins rapide que celle
dudiſcours, les périodes en muſique ne pouvoient
pas ſe ſuivre& s'enchaîner les unes aux autres , ce
qui obligeoit les muſiciens à ſe concentrer pour
ainſi dire dans une idée qui feroit à elle ſeule un
petit dilcours ou un petit poëme dont le chant &
les accompagnemens ſeroient à la fois le ſujer& le
commentaire , &dont la muſique feroit en mêmetems
l'expoſition & le développement. En effet
L'expreffion muſicale étant agréable par elle-même
&par fon concours avec les paroles , l'oreilles'y
arrête avceplaifir , &l'etprit qui est d'intelligence
avecelle ne ſe plaint pas de voir la marche retardée.
C'eſt ainſi qu'une penſée exprimée avec ſimplícité,
développée avec génie ,ornée avec goût
& répétée avecgrace forme un ouvrage qui a reçu
le nom d'air , aria. Il ſurvoit dela qu'un poëte qui
compoſoit des vers deſtinés à être mis en muſique
devoit aflujettir ſa marche aux formes indiquées
ci -deſſus , qu'il ne lui ſuffifoit plus d'écrire
en vers libres des ſcènes de tragédie , mais qu'il
devoit s'occuper encore de réſerver une fituation,
unmouvement , une penſée propres à être renfermés
dans une période muſicale , & cette période
muſicale exigeoit qu'on lui donnât pour baſe une
période poëtique , ou plutôt une période dont l'en.
SEPTEMBRE. 1771 : 141
lemble&lesdétails fuſſent ſoumis aux vrais princi
pesde la rhytmopée ; il falloir donc, s'il étoit poſſio
ble , écrire comme l'immortel Métaſtaſe , ou du
moins tâcher de l'imiter. Mais d'un autre côté,
les auteurs qui compoſoient des drames pour la
comédie italienne ſe contentoient en écrivant leurs
ſcènes de quitter le langage de la proſe dans les
endroits qu'ils croyoient les plus favorables à la
muſique , & ſe livroient enſuite à leur facilité,
ſans craindre d'embaraſler le muſicien , ſoiten lui
offrant trop d'idées à la fois , ſoit en les lui préſentant
au hafard , tantôt d'un façon trop complexe
, tantôt avec trop de développement ; d'où
il arrivoit que la nouvelle muſique portoit un caractère
métif qui la décréditoit ſouvent aux yeux
des amateurs. Toutes ces réflexions jettées ſur le
papier formèrent une brochure de cent pages au
plus , mais qui fut accueillie par les artiſtes &les
gens de lettres , & qui obtint entr'autres le fufrage
de M. l'AbbéMétaſtaſio,de MM. Gyomelli Gre.
tri & Philidor . Elle eut un autre ſuccès non meins
flatteur , qui tourna au profit du Public; c'eſt que
les principes qu'elle renfermoit ayant été adoptés
parunhomme très- diftingué dans la littérature ,
il voulut bien les juſtifier par des exemples dont
aucun précepte ne peut approcher & auxquels le
Public applaudit tous les jours avec tranſport &
reconnoiſſance.
C'étoit le fort de ce petit ouvrage de produire
beaucoup mieux que lui- même , ſoit qu'il fût approuvé
, foit qu'il fût refuré ; car c'eſt particulièrementàlui
que nous devons le traité du Mélodrame
, comme l'auteur a bien voulu nous le
diredans ſa préface. Il ya long-tems que ces idées
toutes raiſonnables ſur la muſique ſe trouvoient
en contradiction avec les ſenſations du Public ,
142 MERCURE DE FRANCE.
peut-être même avec les ſiennes , lorſque cet ou
vrage-ci lui donna occafion de les publier. Il crut,
dit-il , que tout principe de goût éroit détruit , &
qu'on étoit retourné à ces tems de barbarie où les
arts neconnoifloient d'autres loisque le caprice des
artiſtes . * Sans doute ſon mécontentement aug-
* Il ne ſera peut-être pas hors de propos de rapprocher
ici le jugement que M. l'Abbé Métaſtaſio
àporté de cet ouvragedans une lettre qu'il a écriteà
l'auteur , & qui a été inférée dans la Gazette
Littéraire , tome vi°. « Je n'ai pu lire votre ou-
>>> vrage , dit cet illuſtre lyrique , ſans le plus grand
>>>étonnement. On peut , par ce ſeul eſlai ,jugerde
>> la fineſſe de votre eſprit , de la ſolidité de votre
>>>goût & de la profondeur de vos connoiſſances
>>dans les arts: il n'eſt point d'Italien qui ait porté
>> ſes vues & ſes réflexions auſſi près des premières
>>ſ>ources du plaifir vif&délicat que produit , &
>> que pourroit produire encore plus efficacement
35notre drame muſical L'analyſe ingénieuſe que
> vous faites du rhytme &du chant périodique de
nos airs ; la manière adroite & neuve dont vous
faites ſentir l'obligation de n'enſevelir jamais
le motif principal dans les ornemens accefſoires
; l'heureuſe comparaiſon que vous éta-
→bliflez à ce ſujet entre l'art de la muſique & celui
du deſſin , où le nud doit toujours ſe faire ſentir
au travers des draperies ; vos remarques ſur les
progreffions au moyen deſquelles ondoit en paffant
du ſimple récitatif au récitatif compofé,
>> imiter les altérations qui naiſſent du jeu des paf-
>> ſſions violentes , & pluſieurs autres endroits de
>votre diflertation que je ne cite pas pour ne pas
>>la tranſcrire en entier, font encore moins pré
SEPTEMBRE. 1771. 143
menta & ſon zèle redoubla en voyant paroître le
dictionnaire de muſique de M. Roufleau, car on ne
peut ſe diffimuler que par une fatalité fingulière, il
le trouve que cet illuſtre auteur eſt tombé dans la
même barbarie , & que les principes ſur l'unité de
la mélodie ſont ſi conformes àceux de l'eſſai qu'il
les a appuyés ſur les mêmes exemples, témoins les
articles duo , récitatif, &c. Ce n'eſt pas tout , le
Journal Etranger & la Gazette Littéraire avoient
répandu ſucceſſivement les germes les plus féconds
de tout ce qu'une pratique induſtrieuſe peut
apprendre d'une imagination brillante & philoſophique
; déjà même ces principes étoient auroriſés
par le ſuccès de pluſieurs ouvrages récens : il
faut donc en convenir , a tout cela n'étoit qu'erreur
, jamais il ne fut plus néceſſaire de reveiller
la critique &de venger le bon goûτ .
Une choſedevoit cependant embarraſſer notre
auteur ; verſé comme il l'eſt dans la muſique, connoiflant
tout le mérite de la muſique italienne &
toute la défectuoſité , ou plutôt toute la nullité
>> cieux par la vérité qui leur eſt propre que par
>> les avantages immenfes que pourront y puiſer
>> les artistes , &c. >> L'auteur du Traité du Mélodrame
a omis à deſſein ce témoignage flatteur
pour ne s'occuper que de l'article où M. l'Abbé
Métaſtaſio ſe plaint avec les graces qui lui font
naturelles , de la préférence donnée à la muſique
fur la poësie , mais il n'a pas pris garde que cet article
eſt rélatifà un paſſage où l'auteur de l'eflai
attribuoit les progrès de la muſique chez les Grecs
àun effort qu'elle fit pour ſe ſéparer des paroles
auxquelles elle étoit plutôt enchaînée qu'attachée.
144 MERCURE DE FRANCE.
de ce que nous appelons la muſique françoiſe ; indigné
fur-toutde la barbarie dans laquelle notre
opéra eſt encore plongé , comment pouvoit - il
n'avoir pas beaucoup d'idées communes avec les
auteurs qu'il critiquoit ? N'étoit- il pas même aflez
probable que le plus grand tort qu'ils avoient á
ſes yeux étoit de l'avoir prévenu ? Il eſt vrai que
c'eſt celui qu'on pardonne le moins. Pour réſoudre
toutes ces difficultés, il faut paffer tout de
ſuite à ſon idée favorite; c'eſt l'enfant chéri de
fon imagination , &qu'il préfère à une nombreuſe
familledont nous croions cependant qu'il pourroit
tirer plus de fatisfaction .
aJe
Faiſons - le parler lui - même , afin de donner
plusde force&de conciſion à ſes opinions. Il s'adrefle
aux François italianiſans&leur dit :
vous félicite d'avoir abandonné vos vieilles plalmodies
pour vous faire initier dans la bonne mufique
dont les Pergolèze , les Galluppi vous ont
facilité l'accès , mais je ne puis m'empêcher de
vous plaindre d'avoir pouflé l'enthousiasme juſqu'à
prendre vos maîtres pour des modèles. Qui
fans doute , la muſique italienne eſt belle & touchante;
elle connoît ſeule toute la puiſſance de
Pharmonie & de la mélodie; ſa marche , ſes
moyens , ſes formes habituelles font très-propres
àlui donner tout le charme dont elle eſt ſuſceptible
: fimple & préciſe dans le récit ordinaire
hardie & pittoreſque dans le récit obligé ; mélodieuſe
, périodique , cadencée , une enfin dans
Tair, ellenous offre des procédés méthodiques &
fondés ſur ſa propre nature. Mais tout cela ,
qu'est-ce en derniere analyſe ? De la muſique , un
concert. Que ſi vous tranſportez ſur un théâtre
toutes ces formules nouvelles , fi vous voulez les
employer
SEPTEMBRE. 1771. 145
employer pour faire mieux qu'un drame ordinaire
, pour exagérer dans votre aine toutes les
impreſſions que la ſcène , que la déclamation fimpleont
coutume de lui faire éprouver , vous
verrez que votre art ſera contradictoire à votre
objet & vos moyens à votre fin. J'adopterai avec
plaifir tous vos principes ſur l'unité de la mélodie
&ſur la période muſicale ; mais je m'appercevrai
bientôt que tandis que les accens de lexpreffion
théâtrale ſont ſans liaiſon , ſans méthode , fans
ordre encyclique , vous ne cherchez à charmer
mes oreilles que par des chants ſuivis , qui ont
leur rhytmopée preſcrite , leurs membres balancés
, leurs retours marqués : J'admire votre inftrument
, mais plus je l'admire , &moins je trouve
qu'il cadre avec ſon objet. Auſſi vous eſt-il impoſſible
de diſſimuler le principe de vos erreurs.
La muſique , une fois tranſportée ſur le théâtre
vous voulez qu'elle y règne ; vous ne craignez pas
de lui ſoumettre la poësie; vous oſez même dire
à celle- ci , aflujettiflez - vous à certaines formes ;
reflerrez vos penſées , réduiſez vos tropes , vos
figures afſortiſſez vos metres ; enfin
ceſſez jamais de prévoir la muſique.... Erreur
monstrueuſe ! fubordonner le fond à la forme &
facrifier l'orateur à l'interpréte ! Ne ſoyez donc
plus étonnés ſi de tels principes produiſent des
fruits dignes d'eux. Vous en jugerez aisément ſi
vous aſſiſtez à un de ces opéras que vous admirez
le plus. Inutilement le cigne de l'Italie réuniſſant
Pélégance de Racine à la nobleſſe de Corneille ſe
ſera montré l'Emule de Voltaire ; inutilement un
Jomelli , un Gallupi auront développé toute la
magie de leur art ; des actrices froides & ridicules,
descaftrats inanimés , de longs récitatifs débités
G
ne
146 MERCURE DE FRANCE.
àl'inſçu d'un parterre bruyant , des points d'or
gues, des diminutions , des roulades auront bientôt
fait diſparoître Caton & Regulus , & vous
n'aurez vu qu'un concert groteſque où quelques
momens de raviſſement font achetés par cinq heu
res d'ennui &de mécontentement... & n'allez pas
dire que c'eſt la faute du genre en lui-même , ou
de la forme que le Melo -drame a reçue en Italie;
car , prenez un air en duo , ou tout autre morceau
iſolé , vous verrez que la paſſion pour la
mélodie vous fait facrifier à chaque inſtant la vé
rité de l'expreffion au charme de la muſique. Souvent
les deux premiers vers de votre air vous auront
fourni le ſujet de votre chant ; eh bien! quoiqu'il
y ait variété d'expreſſion dans ceux qui fuivent
, la mélodie conſerve fon motif& reſte conféquente
à elle-même. Bien plus, fi vous compoſez
un duo dialogué , vous ne craindrez pas d'appliquerlamêmemélodie
à la demande&àla réponſe
comme
Nei giorni tuoi felici
Ricorda ti di me.
Perchè cosi mi dici
Anima mea , perchè ?
Ainfi le vice dubeau chant, ou dela musique
telleque vous la conſervez , eft un vice inhérent ,
&que vous ne parviendrez jamais à détruire tant
que vous vous occuperez de la muſique en ellemême
,&que vous ne la conſidérerez pas comme
le ſimple interpréte de la ſcène . Mais direz vous,
comment cette muſique fi belle & fi touchante
mériteroit- elle d'être proſcrite , & comment ac
SEPTEMBRE. 1771. 147
corder lejugement que vous en portez avec les
effets qu'elle a produits tant de fois fur vous? C'eft
icı levéritable myſtère de ma critique , & je vais
vous le dévoiler. Ily a deux fortes de muſique ,
unemufique fimple& une muſique compoſée, une
mufique qui chante & une muſique qui peint , ou
fi l'on veut ure muſique de concert & une mufique
de théâtre. Pour la muſique de concert , fuivez
les principes de M. l'Abbé Arnaud , de l'autour
de l'Eflai ,de M. Rouſſeau , &c.; choiſulez
debeaux motifs , ſuivez bien vos chants , phrafés
- les exactement & rendés - les périodiques ,
rien ne ſera meilleur. Mais pour la muſique de
théâtre , n'ayons égard qu'aux paroles & conten
tons-nous d'en renforcer l'expreſſion par toutes
les puiſſances de notre art. Ici j'oublie tous les
principes analogiques , auxquels j'avoue que la
muſique eft redevable de ſes plus grands effets . Je
ne m'embarafle plus des formes du recit ni de cellesque
vous donnez à l'air ; je néglige enfin toute
idée de rhytme& de proportion : je ne veux qu'exprimer
chaque penſée , que rendre avec exactitudetout
ce que je voudrai peindre. Je quitterai
mes motifs , je les multiplierai , je les tronquerai ,
je mêterai l'air & le recit , je changerai les rhytmes
, je mutilerai les phraſes , mais je ſaurai bien
vous en dédommager ; car il ne paflera ici tonnerre
, ni torrent , ni ramage, ni murmure que
je ne fois en état de vous le décrire , ut pictura
poëfis , ut pictura muſica. "
Le moment est enfin arrivé d'interrompre notre
auteur, & comme c'eſt à notre tour de parler
nous obſerverons qu'il vient de décéler la cauſe
de tout ce mal-entendu. Il a cru avec bien d'autres
que l'imitation étoit l'objet des beaux arts ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
&que c'eſt d'elle ſeule qu'ils tiennent l'empire
qu'ils exercent ſur nos fens, principe que je crois
abſolument faux. Ceci tient à des idées un peu
abſtraites & qui demanderoient un ouvrage ad
hoc; mais qu'importe que ces idées ſoient déve
loppées , pourvû qu'elles ſoient ſaiſies ! D'ailleurs
nous vivons dans un tems ou quiconque a quelque
choſe de bon à dire, doit ſe preſler , de crainte
d'être prévenu.
La nature étant le ſyſtême complet de tous les
êtres , &les hommes qui n'ont d'idée que par l'entremiſe
des ſens ne pouvant rien imaginer , mais
ſeulement abſtraire & cumuler , diſtribuer & fe
xeſſouvenir , il eſt impoſſible d'exciter en eux des
ſenſations qui ne ſoient pas priſes dans la nature.
Il eſt une autre acception du mot nature qui renferme
l'abſtraction de tout concours de l'art dans
les êtres que nous voulons conſidérer , mais cette
acception eſt toujours très-vague & ne peut avoir
Lieu ici ; car un arbre enté n'eſt pas l'ouvrage de
la nature , & cependant le tableau qui le repréfente
eft appelé une imitation de la nature. Qui
eſt-ce donc qui ſera hors de la nature ? c'eſt tout
ce qui eft contradictoire ; comme , par exemple ,
qu'un tyrandéclare ſon amour dans le même ſtyle
qu'un berger; qu'un homme paſſionné differte
&qu'un homme froid s'exprime avec enthouſiaſme,
tout cela est contre nature , non pas en foimême;
car un diſcours paſſionné ni un raiſonnement
ſuivi ne font pas contre nature , mais en
conféquence de quelques données précédentes. Il
fuitdelà que comme toutes nos ſenſations font
dans la nature , tout ce qui ne ſera pas contradictoire
à des idées antérieures & auxquelles norre
eſprit auradéjà confenti ſera exactement dans la
SEPTEMBRE. 1771. 149
nature , de forte qu'il ſera impoſſible d'écrire ou
de parler raiſonnablement ſans imiter la nature ,
ou plutôt ſans être la nature même. Mais les
hommes ont bientôt reconnu que l'habitude ou le
ſpectacle de ces actions naturelles & raiſonnables
ne ſuffiſoit pas à leur bonheur ; il leur falloit de
nouveaux plaiſirs ,& ils en ont trouvédeux ſources
fécondes , 1º. La nature leur offroit quelques ſenſations
plus agréables que les autres ; ils ont cherché
à les multiplier ou à ſe les rappeler. 2°. Les
organes de leur entendement plus fins , plus déliés
que ceux des animaux , fur- tout dans l'état ſocial
, exigeoient de tems en tems certaines émotions
propres ày renouveller le mouvement & à
faciliter la circulation néceſſaire à ce confluent
mystérieux où aboutiſſent toutes les ſenſations :
c'eſt là l'origine de la curioſité &de l'amour des.
ſpectacles . La douleur d'une mère éplorée qui
croit avoir perdu ſon fils , ſa joie au retour inopiné :
decet enfant , les révolutions ſubites d'un amour
forcené , les élans de l'ambition ou les faillies de
la colère , tout cela parut aux hommes un moyen
de ſentir , de renouveller pour ainſi dire leur exiftence.
Delà deux ordres de plaiſir , les ſenſations
agréables , les ſenſations fortes. Celles - ci ſont
fuffisamment connues , mais les premières ſe dérobent
abſolument à la théorie , parce qu'on ne
connoît le rapport des objets avec nous que par
l'impreſſion qui en réſulte. Ileſt impoſſible de di--
re pourquoi le criſtal des eaux , oppoſé à la ten- ,
dre verdure des gaſons & aux maſles plus
rembrunies des ombrages produit une ſenſation
agréable : c'eſt une affaire de mécanil-
& ce mécanisme , ce n'est pas nous qui
l'avons inventé. Or, ſi je ne puis connoître que
me
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
commeun fait le plaifir que je goûte en voyant
unbeau payſage, comment pourrai -je me rendre
compte de celui que j'éprouve lorſque j'entends
les fons ſucceſſifs de la mélodie, ou les fons fimultanés
de l'harmonie ? J'en dirai autant du rhytme,
foiten mufique , foit en poësie : j'en dirai autant
del'éclatd'un marbre uni , de la ſymmétrie d'une
colonade , de la variété des couleurs dans une
marquetterie , &c: &c.
Cependant les hommes avoient à peine nombré
cesdifférens effets dont ils ne pouvoient affigner
les cauſes , qu'ils commencerent à les rapprocher
&àles comparer. L'aſpect d'un beau viſage&
celui d'une belle vallée font , quoiqu'à un degré
différent , deux ſources de volupté pour les yeux
qui les confidèrent. Mais cette bouche charmante
dont j'admirois la fraîcheur va redoubler d'attraits
fi elle vient à ſourire ; car qu'est-ce que la
beauté fi elle ne promet pas les plaiſirs ? Rempli
de ces douces émotions , je cours contempler la
vallée prochaine; le printems vient de renaître ,
elle eſt émaillée de fleurs & couverte de verdure ;
mais tandis que je la conſidére , le ſoleil qui perce
un nuage lui prête un éclat inattendu : ce furcroit
de charmes modifiant mon ame d'une façon àpeu-
près ſemblable à celle que je viens d'éprouver
quelques momens plutôt ; ma nouvelle ſenſation
reveille ma première idée , &je ſalue cette riante
vallée où je retournerai avec empreflement tant
que le fourire de la beauté me fera defirer celui de
la nature. Ici la nature imite la nature ; un plaîfir
, un ſentiment en reveille un autre & les impreſſions
légères acquièrent de l'importance en ſe
joignant à celles qui ſont ſenſibles & profondes .
C'eſtainſi que les bois, les fleuves , les forêts dont
SEPTEMBRE. 1771. 191I
Taſpect eſt agréable pour tout le monde , ont un
charme particulier pour les amans & pour tous
les hommes paſſionnés.
Ce qu'eſt la nature aux paſſions de notre ame,
les beaux arts le font à la nature & aux pallions à
lafois , c'est- à-dire qu'ils offrent un plaifir poſitif
&un plaisir de relation. N'en doutons pas ; de
même qu'un beau payſage attire & charme nos regards,
de même des accens mélodieux , une ſuite
de mots cadencés portent dans nos ſens un plaiſir
qui leur eft inhérent & qui eſt antérieur à toute
unitation . Telle est la véritable originede la poéfie
&de la musique , & c'eſt de leur propre fond
quecesarts ont tiré les formules , les lois mêmes
qui les retenantdans de juſtes proportions commencerent
déjà a joindre le ſentiment réfléchi de
tadifficulté vaincue au plaifir immédiat de la ſenfarion.
Mais plus l'eſprit des homines ſe perfectionnoit,
plus il devenoie avide de ſenſation : ce
ne fut doncpas affez pour les beaux arts de plaire
par eux-mêmes , il fallut qu'ils s'animaſſent pour
ainſi dire , & qu'ils s'uniflent au ſyſtême entier de
nos perceptions : on exigea qu'ils réveillaſſent en
nous le plusgrandnombre d'idées qu'il feroit pof
fable, fans toute fois que l'occupation de notre
entendement dégénérât en fatigue. Ici commence
leur troiſième progrès : d'abord ils ont produit un
plaifir fumple & immédiat , enfuite ils ſe ſont affervis
à des formes priſes auſſi dans leur propre
eflence, &le plaisir de juger a été ajouté au plaifir
de fentir ; enfin ils ſe ſont efforcés de reveiller en
nous un grand nombre d'idées , & alors l'effer
qu'ils ont produit a été composé de l'impreſſion
immédiate , du jugement réfléchi & du charme
attaché à la variéré , ou plutôtà l'exercice doux &c
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
facile de notre entendement. Ce n'eſt pas tout encore;
il faut examiner attentivement ce dernier
principe; car nous trouverons qu'il peut nous
modifier de quatre façons différentes : par la ſeule
variété , par l'intérêt , par la ſurpriſe&par l'imagination.
Par la variété , parce que la ſucceſſion
feuledes idées produit un effet agréable ; par l'intérêt
, prce que l'homme étant un être ſenſible
par excellence , toute ſon exiſtence eſt liée à ſes
paffions, & que de toutes les idées celles qui le
Hattent le plus font celles qui le rappelent plus
fortement à lui-même ; par la ſurpriſe , parce que
moins les ſenſations ſont attendues , plus leur impreffion
eſt vive & profonde ; par l'imagination ,
parceque tous les objets s'embelliffent par elle ,
foit que l'abſtraction nous permette de les dégager
de tout alliage impur , loit que le plaifir de
les produire ajoute à leur prix , en intéreſlant notre
amour- propre qui ſe mêle de tout. Ainfi ne
foyez plus ſurpris de voir notre oreille ſuperbe
sepouffer l'artiſte qui nous définit ce que nous
voulons concevoir,& qui nous décrit ce que nous
voulons imaginer. Tels ſont les poëtes Allemands
qui, pour trop détailler , me donnent la fatigue
que j'éprouve en lifant une démonstration géométrique
ſans être aidé de la figure , & ne m'offrent
ſouvent qu'un plan au lieu d'un tableau.
Tels étoient encore les anciens compofiteurs François
lorſque pour imiter le ramage des oiſeaux ils
introduifoient dans leur orcheſtre ces petites flûtes
qu'ils nommoient des tailles , & dont l'effet
diſparate faifoit oublier la muſique ſans rappeller
legazouillementdes oiſeaux.
Réſumons donc , & reconnoiſſons qu'au lieu
d'attribuer l'effetdes beaux arts à un ſeulprincipe
SEPTEMBRE. 1771. 153
comme on l'a tenté dans un ouvrage très-eſtimable
d'ailleurs ; on peut en compter fix , favoir , la
fenſation immédiate , lejugement ou le ſentiment
de la difficulté vaincue , la variété ou les idées
reveillées , l'intérêt ou les paffions , enfin la furpriſe
& l'imagination. Il n'est pas beſoin de dire
que ces principes peuvent ſe combiner de différentes
manières ; que la ſurpriſe peut naître auſſi de
ladifficulté vaincue , & que ce ſentiment peut encore
ſe répandre ſur tous les autres effets. Nous ,
nous ſommes contentés de les placer ici dans un
ordre finthétique , ſuivant qu'ils nous ont paru
pouvoir exiſter indépendamment les uns des autres.
Maintenant appliquons ces principes à la muſique;
nous nous appercevrons aisément que ecr
art ne conſiſte pas ſeulement dans l'imitation : en
effet un muſicien qui voudroit nous repréſenter le
point du jour n'auroit rien de mieux à faire que ,
d'employer quelqu'un de ces poliflons qui gagnent
leur vieà contrefaire ſur les boullevards le
chant de l'alouette ou celui du roſſignol ; de même
pour imiter un bruit de guerre ou celui d'une
tempête , un organiſte fouleroit aux pieds toutes
ſes pédales & appuieroit le bras entier ſur ſon clavier
; invention ingénieuſe d'un muſicien François
qui eſt conſtamment applaudi au même lieu
où l'inimitable Pagin fut fifflé. Tous ces vains
efforts font rejettés par le goût avant que d'être
condamnés par la critique; mais fi un compoſiteur
habile , en ſuivant les formes générales ,
c'est -à-dire , en conſervant le rhytme de la mélodie,
fait par des fons analogiques , par des impreffions
détournées & fugitives me retracer le
bruit des flots agités , ou l'incertitude du pilote
: Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
effrayé , mon eſprit ſe reveille , mon imagination
s'échauffe , je me tranſporte au loin ſur un promontoire
, d'où je confidère le vaiſſeau battu par
les vents , je vois briller l'éclair, j'entends les cris
des matelots , & déjà le tableau animé n'eſt plus
l'ouvrage du muficien , c'eſt celui de mon imagination,
Que ſera-ce fi tandis que mon ame eſt
trompée par ce preſtige , une petite partie demon
intelligence reſte pour ainſi dire en fentinelle ;
obſerve l'artiſte & s'écrie de tems en tems : exceltent
paſſage du fecond violon , bravo l'alto , belle
modulation , &c Alors rien ne manquera à mon
plaifir , & certainementje ne le dois pas à la ſeule
imitation.
Avançons & tâchons d'atteindre notre auteur.
Vous avouez , lui dirai - je , que l'auteur de l'Effaifur
l'union de la Poëfie & de la Mufique a bien
connu&bien développé les principes de la muſique
mélodieuſe & chantante que vous appelez
muſique fimple & que vous réléguez dans les
concerts , parce qu'elle est bonne ; mais s'il eft de
l'eſſence de la muſique d'être mélodieuſe; fi les
formes de cette muſique , qu'il vous plait d'appeler
muſique de concert, ſont les plus belles que
l'art puifle vous préſenter , comment voulez-vous
compoſer votre prétendue muſique dramatique
fans ceflerde faire de la muſique ? J'infifterai , &
je vous demanderai encore pourquoi cette mufiquede
concert m'arrache des larmes , me ravit ,
me tranſporte , m'enchante C'eſt ſans doute',
parce qu'elle exprime des paſſions, le tout dans la
manière qui lui eft propre , c'est-à -dire ſans que
l'expreffion miſe au chant , fans que la muſique
cefle d'être de la muſique. Sur quoi fondez vous
donc la différence des deux gentes? .. Mais ces
xitournelles qui refroidiſſent l'action , mais ces da
SEPTEMBRE. 1771. 15ς
troutapo
fréquens , ces roulades , ces diminutions, ces
points d'orgues éternels.... Eh ! mon Dieu! qui
vous le difpute? Lifez l'Eſſai , lifez Algaroti ,
lifez le dictionnaire deM. Roufleau ,vousy
verez tous ces excès relevés & condamnés. Mais
vous avez quelque principe caché , quelque choſe
demieux ànous dire. Eh! juſtement , vous nous
avez mis ſur la voie , fans vouloir toutefois vous
expliquer. Il eſt, dites - vous quelque part , un
cliant composé qui est moins mélodieux , moins
rhytmique , moins agréable que le chant fimple ,
maisplus ſavant &plus difficile à ſaiſir : ce chane
négligeant les formes connues de l'air , des deux
récitatifs , &c. s'applique uniquement à rendre les
idées du poère , à ſuivre ſes paroles pas-à-pas.
Celui- ci ne ſera plus gêné dans la marche , je ne
lui ferai pas l'outrage fanglant de vouloir qu'en
écrivant fa pièce , il ſe ſouvienne qu'elle doit
êtremiſe en muſique', ( quorque , àla vérité, j'aie
dit ailleurs tout le contraire , voyez pag. 132 ,
144 , &c. ) & je në ferai que traduire des vers
dans le langage d'Euterpe. Pour toute répanfe
nous nous contenterons d'avertir les Etrangers
que la comédie françoiſe eſttrès -bienplacée aux
Thuilleries ,qu'on y entre & qu'on en fort trèscommodément
, qu'on y joue tous les jours les
piéces des trois grands tragiques , le tour à juſte
prix, &qu'en couléquence,nous penfons, qu'ils fer
ront encore mieux d'aller là qu'à l'opéra . Mais fi
notre auteur perſiſtoit & s'émancipoit juſqu'à convenir
que l'opéra eft le théâtre de la muſique , on
reprendroit ce qui dit ci-deſſus par rapport
aux beaux. arts ; & er Les moyens
qu'ils emploient pour nous plaire , on verroit d'abord
que le premier de tous eſt l'inftrument ca
a épé
Le rappelant
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
lui - même ou la ſenſation première : or , on a
peine à croire que pour en tirer le meilleur parti
poſſible , il faillecommencer par le gâter. 2°.On
s'appercevra que le ſecond effet , qui eft le ſentiment
de la difficulté vaincue fe perd du moment
que les moyens ſont trop multipliés , & que l'imitation
, ou pour mieux dire la copie, s'eſt aſſez
emparée de notre imagination pour chaffer tout
à-fait l'idée de l'art imitateur ; c'eſt ainſi qu'une
effigie colorée& habillée ne fait qu'une illufion
déſagréable, tandis qu'un tableau de Vandeck
me charme fans me tromper. 3 °. On obſervera
que fi dans le genre propolé , la quantité d'idées
fuggérées reſte la même, ces idées ſont plutôt
offertes que reveillées , & plutôt déterminées
qu'indiquées; de façon que l'eſprit qui connoîtra
l'étendue des moyens & qui ſe verra commandé
dans ſes perceptions perdra à la fois le plaifir de
laſurpriſe &ceux de l'imagination ; d'où je conclus
que la musique ne vaudra rien pour avoir
voulu trop peindre , & c'est ainſi que le principe
ut p tura poëfis a causé de grandes mépriſes toutes
les fois qu'on a voulu l'étendre au- delà de ſes
Jimites.
D'un autre côté , il n'eſt pas moins évident que
Jumoment que nous avons iimmaaginé d'animerla
muſique pour la mettre fur la ſcène , c'eſt une
neceflité pour elle de ne point contredire l'illufiondu
théâtre&de prendre garde qu'un effet n'en
détruiſe pas un autre : mais apprenez - nous quel
eft le terme de cette illufion ,& définiflez - nous
ceque doit pafler à la vraiſemblance lyrique celui
qur a paflé le vers hexamètre, le rouge & les lampions
à la vraiſemblance tragique, & eris miht
magnusApollo. Je crois que fur cet article,l'ex
SEPTEMBRE. 1771. 157
périence exempte de manie &d'enthousiasme, eft
lemeilleur des maîtres. Quelques réflexions qu'on
trouve dans le petit ouvrage ſur l'union de la
poësie & de la muſique avoient déjà mis ſur la
voie,&pluſieurs eſlais qui ont paru dans ce genre
ont déjà prouvé qu'on peut atteindre le but. Je ne
parle pas des drammes charmans de M. de M.
parce qu'ils font mêlés de chant&de proſe ; mais
il me ſemble que M. Philidor n'en étoit guère
éloigné lorſqu'il a donné ſon opéra d'Ernelinde;
car , à deux morceaux près , cetre muſique étoit
parfaitement théâtrale,& les défaurs du poëme
qui en ont empêché le ſuccès auroient été choquans
dans tous les tems , & avec quelque muſique
qu'on y eut adaptée.
J Nous ne quitterons pas notre ſujet ſans nous
donner la latisfaction de dire à quel point nous
partageons l'eſtime que notre auteur témoigne
pour cet excellent compoſiteur , qui n'a certainement
pas perdu de ſon prix pour avoir trouvé un
émuledigne de lui ; nous le louerons même avec
d'autant plus de plaiſir qu'il nous a fait connoître
ſouvent combien il étoit attaché à nos principes ,
dont il connoifloit bien mieux que nous la juſteſſe
& l'étendue . Nous lui avons entendu dire lorfqu'il
donna Tom Jones : Pour cette fois cij'efpère
avoir réuffi. Jamais je n'ai donné plus d'attention
à lafimplicité de mes motifs & à l'unité
de ma mélodie ; c'est ce quej'ai fait de mieux ; &
il ne changea pas d'avis lorſquil vit cet admirable
ouvrage ſi voiſin de ſa chute. Dans Einelinde
il ſuivit les mêmes principes , & c'eſt là - deſſus
qu'il fondoit ſes eſpérances. Parmi les muficiens
M. Jomelli , Galluppi , Piccini , Grétry , &c.&
parmi lesgens de lettresM. Rouſleau , M. l'Abbé
158 MERCURE DE FRANCE.
Arnaud, tous ceux enfin qui ſe ſont occupés de
cette matière n'ont eu qu'un avis. Cominent fel
fait-il quedes hommes d'efprit , & même deshommes
de beaucoup d'eſprit , ayent ſaivi une route
toure opposée ? C'eſt que l'eſprit ne peut que dérai
fonner fur les beaux arts toutes les fois qu'il parlera
ſeul. A ce proposje me rappele une histoire qui
m'a été contée par un Marfeillois , qui avoit fait
du commerce toute fon occupation & qui avoit
paflé ſa,jeuneſle dans les Echellesdu Levanti
Le Bacha , qui gouvernoit la Syrie avant la révolte
d'Aly-Bey , aimoit beaucoup les femmes ,
mais il étoit très difficile , peut-être parce qu'il
les avoit trop aimées. Un Eunuque Egyptien ,
nommé Oſmin , grand connoiffeur en pareilles
denrées, lui ſervoit de pourvoyeur & fréquentoit
tous les marchés de l'Afie , ne ménageant rien ,
ramenant toujours des eſclaves , & ne contentand
jamais fon maître , qui ne manquoit pas de s'é
crier en le voyant revenir avec ſes emplettes , vous
me ruinez , & cela enpure perte. Un jour , dit mon
Marſeillois , je le rencontrai à Smyrne , il étoir
dans le plus grand embarras parce qu'il marchandoitdes
Circaffiennes parmi leſquelles il vouloit
en choisir une qui fut digne de fon maître ; mais
plus il examinoit , moins il pouvoit fixer fon
choix. Je l'abordai , il daigna me confulter.Crois
moi , mon cher Olmin, lui répondis-je , cen'eſt
aucunedecelles-là que je choiſirois : vois-tu cette
petite brune aux yeux bleux que tu parois négli
ger prends- là forma parole & conduis là biett
vîte à ton bacha. Il ſe laiſſa perfuader , & à fix
mois delà de retrouvant à Alep , il vint à moi les
bras ouverts: Nous avons fair merveille, s'écriatik;
elle eft, apréfent la favorite , &j'aireçu une
SEPTEMBRE. 1771. 159
bonne récompense. Mais comment diable as - tu
faitpour devinerſi juſte ? Voici plus de trente ans
queje nefais d'autre métier que d'acheter desfemmes
,&jefais là- deſſus tout ce qu'on peutfavoir...
Ecoute , mon ami , lui répliquaije : lorſque je te
rencontrai à Smyrne , il y avoit trois jours que
j'avois vu débarquer cette jeune eſclave : depuis
ce moment- là , je l'avois toujours révée, toujours
defirée:mon ami , je ne dormois plus ; & fois bien
aſſuré que ſi j'avois eu soo ſequins , ton bacha
n'en auroit jamais été poflefleur. Voilà mon fecret
, voilà toute ma ſcience. J'avois à peine fini
deparler que je m'apperçus que l'Eunuque m'avoit
déjà tourné le dos , mais je crus l'entendre dire en
s'éloignant : Non , je ne m'y connoîtraijamais.
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Résumé : Observations sur un ouvrage nouveau, intitulé : Traité du Mélo-Drame, [titre d'après la table]
Le texte est une critique du 'Traité du Mélo-Drame' publié à Paris en 1771, qui traite de la rivalité nationale dans les arts et la musique. L'auteur souligne la nécessité pour la France de s'inspirer des autres nations pour améliorer ses arts, bien que la France ait peu contribué à l'invention de la musique. Il affirme que la France peut épurer et perfectionner la musique grâce à son goût raffiné. Le traité compare favorablement les compositeurs français aux maîtres italiens et propose des modèles pour la musique dramatique. L'évolution de la musique en France est marquée par l'influence italienne et les controverses subséquentes. Des figures comme Rousseau et d'Alembert ont critiqué ou proposé des améliorations pour la musique française. Une discordance existe entre les compositeurs français, influencés par les Italiens, et les poètes lyriques, attachés aux anciennes formes. Le texte explore la relation entre la musique et la poésie, critiquant ceux qui attribuent leur dégoût de l'opéra aux poèmes modernes. Il souligne l'importance de la structure périodique dans la musique, comparable à la période oratoire. L'expression musicale doit être agréable et en accord avec les paroles, structurée selon des formes musicales inspirées de Métastase. L'auteur critique le dictionnaire de musique de M. Roufleau et d'autres œuvres musicales, notant des erreurs communes sur l'unité de la mélodie. Il dénonce la subordination de la poésie à la musique dans les opéras, produisant des spectacles médiocres malgré quelques moments de ravissement. Le texte distingue la musique de concert de la musique de théâtre. Pour la première, il préconise de suivre les principes de compositeurs comme l'Abbé Arnaud et Rousseau, en privilégiant de beaux motifs et des structures musicales cohérentes. Pour la seconde, il insiste sur l'expression précise des paroles et des émotions, adaptant la musique pour renforcer l'impact scénique. L'auteur rejette l'idée que l'imitation soit l'objectif principal des arts, affirmant que les sensations artistiques doivent être naturelles et harmonieuses. Les arts imitent la nature et les passions, offrant un plaisir à la fois immédiat et relationnel. La poésie et la musique tirent leurs lois de leur essence propre et ajoutent un plaisir réfléchi à la sensation immédiate. Les arts ont intégré des principes comme la variété, l'intérêt, la surprise et l'imagination pour engager davantage l'entendement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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