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RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.

Texte

Périodique :
Mercure de France 1
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RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.

REPONSE de M. d'ALEM BERT
à une Lettre imprimée de M.
PAMEAU ( a ).
CFUX EUX qui auront lu , Monfieur , mes
Elemens de Mufique , fur lefquels vous
m'avez autrefois témoigné publiquément
votre reconnoiffance dans les termes
(a ) Cetre Lettre , qui a pour objet la critique
des articles FONDAMENTAL & GAMME de l'Encyclopédie
, par M d'Alembert , a paru en mème
temps que le Code de Mufique de M. Rameau.
MAR S. 1762. 133
les plus flateurs (b) , feront un peu furpris
que je fois forcé de me défendre aujourd'hui
contre vous- même. Cela me fera fi
facile, que j'ailong- tems balancé fije prendrois
ce parti , & que je ne m'y ferois jamais
déterminé fans l'attachement que
j'ai pour vous , & fans le defir que vous
marquez d'une réponse de ma part . Je lat
diviferai en plufieurs articles , relatifs aux
différens points fur lefquels vous m'attaquez
.
I. Non , Monfieur , l'Académie des
Sciences n'a point été compromife , com-.
me vous le prétendez , en approuvant ,
d'après mon rapport , les recherches vrai-
(b) Voyez le Mercure de Mai 1752 ; M. Rameau
s'y exprime ainfi , avec beaucoup d'éloges
que je fupprime : M. d'Alembert ... a cherché
dans mes Ouvrages ... des vérités a fimplifier ,
rendre plus familieres , plus luminenfes , & par
conféquent plus utiles au grand nombre ... Il n'a
pas dédaigné de fe mettre à la portée même des Enfans
... Enfin il m'a donné la confolation de voir
ajouter à la folidité de mes principes une fimplicité .
dont je lesfentois fufceptibles , mais que je ne leur
aurois donnée qu'avec beaucoup plus de peine , &
peut-être moins heureufement quelui ... Les fciences
& les arts ... hateroient réciproquement leurs
progrès , fi les Auteurs préférant l'intérêt de la vérité
à celui de l'amour-propre , les uns avoient la modeftie
d'accepter des fecours , les autres la générofité
d'en offrir. མ
134 MERCURE DE FRANCE.
ment neuves & utiles dont la théorie de
votre Art vous eft redevable ; mais elle
n'a point approuvé , & n'approuvera jamais
les efforts que vous avez faits depuis
, pour trouver le principe de la géométrie
dans le corps fonore.
Ce n'eft pas ma faute , fi vous n'êtes
pas encore défabufé des idées plus que
fingulières que vous avez fur ce fujet ,
& auxquelles vous convenez que je me
fuis conftamment oppofé. Le corps fonore
ne nous donne & ne peut nous donner
par lui-même aucune idée des proportions.
1 °. Parce que de votre propre aveu
(c ) on n'y entend point les Octaves ,
du fon fondamental 1 ; 2 °. parce qu'on
entend encore moins les fons des multiples
3 & 5 , qui ne font , felon vousmême
, que frémir fans réfonner ; 3 ° .
( & c'eft ici la raifon principale ) parce
que , quand on entendroit ces octaves
& ces fons des multiples ,le fens de l'ouie
ne peut en aucune manière nous donner
la notion de rapport & de proportion ,
que nous ne pouvons acquérir que par
la vue & par le toucher. Pour avoir une
idée nette des proportions & des rapy
(c) Voyez la Lettre de M. Rameau à M. Euler
fur l'identité des octaves.
MARS. 1762 . 135
,
ports , il eft néceffaire de comparer les
corps par ces deux derniers fens ; la perception
des fons n'y contribue abfolument
en rien , n'y ajoute rien , y eft totalement
étrangère . Pour tout dire en
un mot quand les hommes feroient
fourds , il n'y en auroit pas moins pour
eux , des rapports , des proportions, une
géométrie. En voila , Monfieur , plus
qu'il n'en faut fur ce fujet ; & les Mathématiciens
trouveront à coup
j'en ai encore trop dit.
sûr que
II . En comparant les fons à leur baffe
fondamentale , dont la découverte vous
eft due , Monfieur , vous avez donné
les moyens de fixer d'une manière plus
sûre & plus lumineufe les rapports de's
fons dans les différens genres de Mufi
que ; & c'est en ce fens que la Mufique
eft devenue par votre travail une fcience
plus géométrique , & à laquelle les principes
mathématiques peuvent être appli
qués avec une utilité plus réelle & plus
fenfible qu'ils ne l'ont étéjufqu'ici. Voilà
, Monfieur , ce que l'Académie a
prononcé d'après mon rapport ; mais
ne donnez pas à ces paroles une exten
fion qu'elles n'ont pas , & que cette
Compagnie défavoueroit , ou plutôt
qu'elle n'auroit pas befoin de délavouer.
136 MERCURE DE FRANCE :
La confidération des rapports eft
fans doute néceffaire à quelques égards
dans la Mufique pour la comparaifon
des fons entr'eux ; j'ai fait ufage moimême
des rapports , dans lathéorie du
tempérament & de l'altération des intervalles
; & je n'ai jamais rien avancé
de contraire à cet ufage ; j'ai même dit
expreffément dans l'endroit de l'Encyclopédie
que vous attaquez , que le calcul
( qui n'eft ( d ) autre chofe que l'art
de combiner & de trouver les rapports)
eft utile pour l'intelligence de certains
points de la théorie comme des rapports
entre les tons de la gamme & du tempérament
; mais j'ai dit au même endroit , &
s'il en eft befoin , je le répéte , que la
confidération des rapports eft illufoire
pour rendre raifon du plaifir que la Mufique
nous caufe. On peut en voir les
preuves , ( quoique fommairement expofées
) dans le Difcours préliminairę
qui eft à la tête de la nouvelle Edition
de mes Elémens de Mufique.
3
暑A l'égard des proportions, il eft certain
1 ° . que les proportions arithmétiques &
harmoniques , fi feuvent & fi gratuitement
employées par vous , font entiére-
( d ) Pag. 62. tom. VII.
MARS. 1762. 137
ment étrangeres , & par conféquent inutiles
à l'art mufical ; auffi n'en ai - je fait
abfolument aucun ufage dans mes Elémens
, quoique j'y rende raifon des mémes
faits pour l'explication defquels vous
avez eu recours à ces proportions .
2º. On peut même fe paffer de la théorie
des proportions géométriques dans les
cas où la confidération des rapports géométriques
eft utile , c'eft-à-dire dans la
comparaifon des fons entr'eux ; la notion
de rapport qui eft moins compofée que
celle de proportion (e) , eft alors fuffifante
pour l'objet qu'on fe propofe , & vous
pouvez voir en effet , Monfieur , que
dans mes Elémens je n'ai eu befoin que
de la théorie des rapports fans avoir recours
à celle des proportions ; par la raifon
que j'ai cherché à fimplifier la théorie
le plus qu'il m'a été poffible , & à
n'emprunter du calcul que les notions les
plus indifpenfables.
Néanmoins dans les points de la théo
rie où la confidération des rapports géo-
(e ) Proportion géométrique eft une égalité entre
deux rapports géométriques ; rapport géométrique
eft la maniere dont une quantité en contient une
autre ; ainfi l'idee de proportion renferme au moins
trois quantités , au lieu que l'idée de rapport n'en
renferme que deux.
138 MERCURE DE FRANCE.
métriques doit être employée , je n'empêcherai
pas qu'on ne faffe auffi ufage
( quoique fans néceffité abfolue ) de la
théorie des proportions géométriques ;
mais à condition qu'on n'étendra pas ,
comme vous l'avez fait , la confidération
des proportions à d'autres objets , où elle
eft abfolument déplacée. C'eft cet abus
des proportions que j'avois principalement
en vue , comme il eft aifé de voir ,
pag. 62 du VII . vol. de l'Encyclopédie ,
quand j'ai dit que la confidération des
proportions géométriques , arithmétiques
& harmoniques , eft illufoire dans la
théorie de l'art mufical.
III . Votre Lettre me raffureroit , s'il
étoit néceffaire , fur la vérité de cette
affertion ; déjà vous convenez aujourd'hui
que vous avez employé les proportions
affez mal-à-propos , ( ce font
vos propres termes ) pour expliquer la
diffonance ; avec un peu de réflexion
vous conviendrez de même que vous
auriez pu vous en paffer dans l'explication
d'un grand nombre d'autres faits ;
comme je m'en fuis paffé dans mes Eléquoique
rédigés d'après vos principes
, mais à la vérité d'après vos principes
fimplifiés , dégagés de tout alliage,
& réduits à ce qu'ils contiennent felon
MARS. 1762. 139
moi , d'éffentiel & de vraiment folide.
J'ai donné dans cette nouvelle édition
, une manière très-fimple d'expliquer
le Mode mineur , fans avoir befoin
dufrémiffement des multiples , que
vous aviez employé jufqu'ici pour trou
ver l'origine de ce Mode ; vous dites
aujourd'hui que vous n'avez propofé
cette origine que comme indice ; & vous
prétendez dans votre Lettre en donner
une autre où j'avoue que je ne comprends
rien ; je ne fçais ce que c'eſt
qu'un principe qui s'en repofe fur fes
premiers produits , qui donne à les
premiers droits en harmonie, de forte que.
ce fe rend l'arbitre de la différence des
deux genres. Le langage des fciences ,
Monfieur , doit être plus fimple , plus
clair & plus précis. Celui que vous y
fubftituez ne peut je crois être goûté,
ou du moins célébré que par un feul
Ecrivain ; je veux parler d'un Journalifte
qui n'a pas la plus légère teinture ni
de mufique , ni de calcul , ni de beaucoup
d'autres chofes dont il décide , &
qui en attendant a déja prononcé ( à la
vérité tout feul ) que vous aviez raifon
contre moi.
IV. Vous faites dans votre Lettre de
140 MERCURE DE FRANCE .
nouveaux éfforts pour expliquer com
ment l'échelle diatonique du mode mineur
de la en defcendant , n'a ni diezes
ni bémols , quoiqu'elle ait deux diezes
en montant ; vous aviez dit dans votre
Mémoire préſenté à l'Académie , page
77, qu'il n'y avoit qu'unfeul moyen de
conferver en defcendant l'impreffion du
Mode mineur, fçavoir d'exclure fol de
l'harmonie , & de l'employerfimplement
pour le goût du chant. J'avois fuivi cette
idée , comme vous le pouvez voir à la
fin du chap. IX de la première Partie de
mes Elémens ; ce n'eft pas qu'elle ne
me paroiffe laiffer quelque chofe à defirer
, comme vous le pouvez voir encoré
par la note que j'ai ajoutée au même
endroit. Aujourd'hui vous femblez
abandonner cette explication , pour y
en fubftituer une autre qui fatisfera encore
moins les Philofophes ; vous faites
porter au fi de la baffe fondamentale
un fauffe quinte fa , parce que la fauſſe
quinte , dites-vous , eft prefcrite par l'ordre
même du même Mode. Mais on vous
demandera en premier lieu , pourquoi
l'ordre du Mode feroit- il troublé , fi on
mettoit en defcendant unfa dieze ? Ce
fa dieze ne fait que l'intervalle d'un fémiMARS.
1762. 141
ton avec le fol précédent , & celui d'un
ton avec le mi fuivant ; ainfi il n'y a
point de faut dans l'échelle , puifqu'il ne
s'y trouve point d'intervalle plus grand
que le ton. 2° . Pourquoi l'ordre du Mode
demande-t- il felon vous un fa naturel ,
puifque l'ordre du Mode , dans vos prin
cipes , n'eft déterminé que par la baffe
fondamentale , & que jamais la baffe
fondamentale primitive , ( tirée de la
réfonnance du corps fonore ) ne peut,
donner dans fon accord une fauffe
quinte ?
י י ז
ces
Permettez- moi d'ajouter une réfléxion
que prouvent , Monfieur
variations de votre part , dans la mar
nière d'expliquer le fait dont il s'agit &
quelques autres , finon que le principe.
de la baffe fondamentale ne vous a pas
toujours paru également lumineux à
vous-même , dans les différentes applications
que vous en avez faires ? Soyez
de bonne - foi là- deffus ou permettez
que d'autres le foient ; il vous, reftera
toujours affez de gloire dans l'ufage
que vous avez fait le premier de cette
bafe fondamentale pour éclaircir &
pour fimplifier la théorie & la pratique
de votre Art. 15 (1 )
V. Vous m'accufez fans fondement
142 MERCURE DE FRANCE .
*
d'avoir attribué l'accord de fixtefuperflue
, aux feuls Italiens. Je ne leur en ai
pas même attribué l'invention , ( comme
vous le prétendez ) parce que je n'en
ai point de preuves fuffifantes. J'ai dit
expreffément que vous aviez employé
cet accord dans vos Ouvrages ; mais j'ai
dit auffi , & cela eft vrai ) qu'il eft
pratiqué furtout par les Italiens ; c'eft
pour cela qu'on l'a nommé accord de
fixte Italienne. J'ai ajouté que cet accord
, pratiqué par vous-même
point que je fache , de baffe fondamentale
dans vos principes (f) ; vous
me répondez là-deffus des chofes où je
ne puis rien entendre , fi ce n'eft que
vous convenez que cet accord n'a point
en effet de pareille, baffe ; il eft vrai que
pour lever la difficulté , vous dites que
cet accord n'en eft pas un ; quel eft- il
n'a
(f)Un favant Italien , homme de beaucong
d'efprit , auffi verfé dans la Mufique & dans les
fciences exactes , que dans celles du Gouverne
ment , & qui occupe aujourd'hui avec la plus
grande diftinction la première place dans la Répu
biique , eft le premier qui m'ait fait cette objection
fur l'accord de fixte fuperflue , dès l'année
1752 où parut la première édition de mesElémens
de Mufique. Je ne pus alors trouver de réponſe à
l'objection , & depuis j'en ai cherché une inutile
ment.
MARS. 1762.
143
7
,
donc ? & pouvez-vous croire que perfonne
fe paye de cette défaite , lorfque
vous donnez une baffe fondamentale à
tous les autres accords ? Choififfez donc
ou de ranger , comme je l'ai fait cet
accord parmi les accords fondamentaux
, ( ce qui paroît d'autant plus indifpenfable
que vous-même vous n'attribuez
point à cet accord de renversement
poffible ) ; ou de convenir que la
baffe
fondamentale ne fatisfait point à
tout, puifqu'il y a un accord qui , felon
vous-même , n'a point de baffe fondamentale
. Ce petit inconvénient &
3 quelques autres moins confidérables
n'empêcheront
pas cette baffe d'être le
principe de l'harmonie & de la mélodie ,
comme le fyftême de la gravitation eſt
le principe de l'Aftronomie phyfique
quoique ce fyftême ne rende pas raifon
de tous les phénomènes qu'on obferve
dans le mouvement des corps céleftes.
A cette occafion vous accufez M ,
Rouffeau d'avoir affigné à l'accord de
quinte fuperflue des renverfemens , y
compris la note furnuméraire, Je ne
fais quel fondement peut avoir cette
imputation , car M. Rouffeau a dit expreffément
au mot ACCORD de l'En144
MERCURE DE FRANCE .
cyclopédie , en parlant de l'accord de
quinte fuperflue , que cet accord nefe
renverfe point , & il en donne les raifons
.
VI. C'eft une erreur , fi on vous en
croit , d'avoir dit , comme je l'ai fait
qu'il y a dix accords fondamentaux
lorfqu'il n'y en a , felon vous , que deux,
Ce langage me furprend , & je ne puis
croire que vous me faffiez férieufement
une pareille objection. J'appelle avec
vous accordsfondamentaux , ceux qui
peuvent fe trouver dans la baffe fondamentale
, & que vous y admettez vousmême
, Or ces accords Monfieur
vous le fçavez mieux que moi , font :
1°. L'accord parfait , majeur ou mineur
, ce qui fait deux.
2º. L'accord de dominante tonique
comme folfi réfa compofé d'une tierce
majeure fuivie de deux tierces mineures .
3. Les accords de dominante fimple
qui font au nombre de trois , celui qui
eft formé d'une tierce majeure entre
deux mineures , comme ré fa la ut ;
celui qui eft formé d'une tierce mineure
entre deux majeures , comme ut mifol
fi ; celui qui eft formé de deux tierces
mineures fuivies d'une tierce majeure ,
comme firéfa la.
4°.
MARS. 1762. 145
4°. L'accord de feptiéme diminuée
qui quoique dérivé de l'accord de dominante
& de fous -dominante du mode
mineur eft employé par vous - même
dans la baffe fondamentale.
5º. L'accord de grande fixte ou de
fous dominante , dont la fixte est toujours
majeure & la tierce majeure ou
mineure fuivant le Mode , ce qui fait
deux .
Comptez maintenant , Monfieur , &
vous trouverez neuf accords , qui de
votre propre aveu , peuvent être employés
dans la baffe fondamentale ; ajoutez
ici l'accord de fixte fuperflue qui ne
peut avoir de baffe fondamentale que
lui-même , ou qui du moins doit en
avoir une différente des neuf accords
nommés ci-deffus , & vous aurez dix
accords fondamentaux .
·
Il n'y a , dites-vous , que deux accords
fondamentaux. 1 °. Selon vous même
il y en auroit au moins trois ; l'accord
parfait , celui de feptiéme , & celui
de grande fixte ; & ne dites pas que ce
dernier eft dérivé de l'accord de feptiéme
; car dans vos propres principes ,
cette baffe fondamentale ut fa ut , dans
laquelle ut eft tonique & fa fous- dominante
, ne peut être changée en celle-ci
G
146 MERCURE DE FRANCE .
que
,
ut ré it , dans laquelle ut feroit tonique
, & ré dominante fimple. Il est vrai
dans quelques-uns de vos ouvrages,
vous avez paru dériver l'accord de fousdominante
, ou de grandefixte fa la ut
ré , de l'accord de feptiéme ré fa la ut
tandis que dans d'autres endroits vous
paroiffez dériver ce dernier accord du
premier , & ce me femble avec beaucoup
plus de raifon . Peut-être vos idées
n'ont- elles été jamais bien arrêtées fur
ce fujet ; je crois les avoir développées
& fixées .
2º. En admettant comme il eft néceffaire
ces trois accords fondamentaux
, il faut ajouter qu'ils forment trois
genres , dont le premier & le troifiéme
ont chacun deux efpécès , & dont le
fecond en a cinq , & que toutes ces
efpéces par conféquent fort ellesmêmes
autant d'accords fondamentaux,
puifque la dénomination du genre
convient toujours à l'espéce. Il faut de
plus remarquer que l'accord de fixte
fuperflue forme une claffe ou un genre
à part , foit qu'on doive le regarder
comme un accord fondamental , foit
qu'on doive le regarder comme ne l'étant
point , & comme ayant une baffe
fondamentale encore ignorée ou incertaine,
MARS. 1762. 147
VII. Dans l'article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie,j'ai propofé un grand
nombre d'accords , jufqu'ici non pra-
-tiqués , & fur lefquels j'ai exhorté les
Muficiens à faire des expériences , perfuadé
que je fuis des progrès confidérafi
ceux
bles
que l'art
peut
faire
encore
,
1
qui le cultivent veulent bien ne s'entêter
d'aucun fyftême & ne fe laiffer captiver
par aucune routine ; le plus fimple
de ces accords , & celui qui renferme
le moins de diffonances , ou plutôt
qui n'en renferme proprement aucune ,
favoir ut mi folut , vous déplaît par
cette feule raiſon , que ut faiſant réfonner
fol naturel , ce fol naturel feroit
diffonance avec fol ; mais 19. ne
-devroit - on pas même rejetter d'après
un pareil principe l'accord de quinte
fuperflue ut mi fol fi ré qui eft pour-
- tant en ufage ? 20. Ne devroit-on pas
même rejetter l'accord parfait ut mi fol
ut ; car mi fait auffi réſonner fol * qui
forme une diffonance avec fol ? 3° . La
réponse à votre objection est bien facile
! c'eft que la note qui ne fait que
réſonner étant comme étouffée par celle
qui eft frappée réellement , n'a point
d'effet fenfible. Vous êtes convenu ,
Monfieur , dans plufieurs endroits de
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
18
vos ouvrages , qu'il eft inutile de vous
rappeller,de ce pouvoir des harmoniques
pour étouffer les diffonances & pour
en diftraire l'oreille. Sur cela je renvoie
le Lecteur à la premiere partie de mes
Elémens , Chap VII , vers la fin , où je
ne parle que d'après vous.
En un mot , Monfieur , expliqueznous
1 °. pourquoi l'accord ut mifol
ut qui n'eft proprement que l'accord ut
mi fol & qui ne contient réellement
aucune diffonance , ne pourroit pas
être employé en certaines occafions ,
lorfqu'on emploie tous les jours l'accord
ut mi folfi ré, qui ajoute à l'accord
ut mi fol ou ut mi fol ut quatre diffonances
ut fi , ut ré , mi ré , fol ★ ré ?
2º, Pourquoi les accords que j'ai propofés
ou du moins quelques-uns de ces
accords ne pourroient pas être employés
malgré les diffonances qu'ils renferment
, lorfqu'on emploie tous les
jours en Mufique tant d'autres accords ,
comme les accords par fuppofition , où
les diffonances font fi multipliées ?
Pour moi , Monfieur , j'ofe croire que
l'Art ira peut-être un jour plus loin que
vous ne penfez. L'expérience m'a rendu
circonfpect fur les affertions en matière
de Mufique ; avant que d'avoir entendu
MARS. 1762: ·149
vos Opéras , je ne croyois pas qu'on pût
aller au- delà de Lully & de Campra ;
avant que d'avoir entendu la Mufique
des Italiens , je n'imaginois rien au -deffus
de la nôtre.
VIII. L'expérience de M. Tartini eft
atteſtée par d'autres perfonnes , qui même
lui en conteſtent la découverte ,comme
vous le verrez dans le Difcours préliminaire
de mes Elémens . Je l'ai d'ailleurs
faite moi-même à Lyon en 1756
avec plufieurs Muficiens habiles ; tous
ont reconnu le troifiéme fon dont il
s'agit ; on l'entend très- diftinctement
mais il faut pour en apprécier la valeur
des Artiſtes exercés ; & je crois qu'on
peut s'en rapporter fur cela à l'oreille
de M. Tartini , qui vaut bien celle d'un
autre.
Au refte quoique j'aie détaillé dans
l'Encyclopédie cette expérience comme
très-curieufe , & comme pouvant fervir
à la perfection de l'Art mufical , je n'en
ai tiré aucune conféquence contre vos
principes , auxquels en effet elle ne me.
paroît point contraire .
IX. C'eſt à la page 133 des Fêtes de
'Hymen , qu'il fe trouve plufieurs tierces
majeures de fuite ; 233 eft une faute
d'impreffion qu'il vous étoit aifé de cor-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
riger. On trouve en effet en cet endroit
deux parties à la tierce majeure l'une de
l'autre durant un grand nombre de mefures
. Niez-vous le fait ? En convenezvous
? C'est ce que je n'ai pu démêler
dans votre réponfe . Quelque parti que
vous preniez , il reftera toujours certain
que vous avez fait chanter deux parties
pendant plufieurs mefures à la tierce majeure
l'une de l'autre , quoique ces deux
tierces majeures de fuite foient interdites
par tous les Muficiens & par vous- même.
Je n'ai point prétendu blâmer cette licence
; j'en ai feulement fait mention ,
pour montrer combien les licences font
fréquentes en Mufique , & par conféquent
combien on doit être circonfpect
foit à les blâmer fans reftriction , foit à
préfcrire des nouveautés qui peuvent
paroître contraires aux régles reçues .
X. Il ne faut pas , Monfieur, confondre
ces deux propofitions : la baffe fondamentale
eft le principe de la mélodie ;
& l'harmonie Suggére la mélodie. Je
conviens avec vous de la premiere de
ces propofitions , prife dans ce fens ,
qu'il n'y a point de bonne mélodie qui
ne foit fufceptible d'une harmonie régulière
, & qui n'ait fon fondement dans
cette harmonie. A l'égard de la feconde
MARS. 1762.; 151
propofition , je n'ai rien décidé , & j'air
propofé des doutes que vous ne levez
pás en m'objectant les bornes de mon
expérience , & en convenant que la
mélodie eft ce qui frappe principalement
l'homme borné ; car fi la mélodie étoit
toujours fuggérée par l'harmonie , il
vous refteroit à expliquer , Monfieur ,
comment tant d'oreilles bornées , peu
fenfibles à l'harmonie faute d'ufage &
d'exercice , le font pourtant beaucoup à
la mélodie ; & comment des perfonnes
nées avec un goût naturel compofent
même des chants agréables , fans avoir
la moindre teinture d'harmonie . *****
Auffi convenez-vous enfin dans votre
lettre , & même comme d'une chofe
dont il ne faut pas douter , que la
mélodie fuggére la baffe fondamentale ,
( & par conféquent l'harmonie ) mais
vous ajoutez que c'eft avec des reftrictions
; fi c'eft là votte dernier avis , je
n'aurai pas de peine à m'y rendre ; car
j'ai moi-même reconnu & annoncé ces
reftrictions dans l'Article FONDAMENTAL
de l'Encyclopédie , pag. 60 & 61 ,
où je crois avoir expofé d'une maniere
affez exacte , d'après vos principes mê
mes , les droits mutuels & l'influence
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
réciproque que la mélodie & l'harmonie
ont l'une fur l'autre .
[
›
Je me flatte , Monfieur , d'avoir fuffifamment
fatisfait à vos critiques au
moins à celles que j'ai compriſes ; mais
je me flatte auffi de vous avoir donné
des preuves fuffifantes de complaifance
& d'attachement , en vous répondant
une fois , & je crois par-là m'être acquis
le droit de garder déformais le filence.
J'ai l'honneur d'être , & c.
D'ALEMBERT.
N. B. Cette nouvelle édition , dont
on trouvera des exemplaires à Paris ,
chez Defaint & Saillant , & chez Duchefne
, eft augmentée , 1 °. d'un Difcours
préliminaire affez étendu fur la
Théorie de la Mufique. 2°. D'un grand
nombre de Notes nouvelles , miſes au
bas du Texte. 3 °. De plufieurs Additions
& améliorations dans le corps du Texte
même . 4°. De la Réponse d'une Lettre
de M. Rameau .
Fermer
ENIGME.
AUTRE.
LOGOGRYPHE.
AUTRE.
AUTRE.
RÉPONSE de M. d…

Titre et contenu

Titre:

RÉPONSE de M. d'ALEMBERT à une Lettre imprimée de M. RAMEAU.

Titre d'après la table:

RÉPONSE de M. d'Alembert à une Lettre imprimée de M. Rameau.

Premiers mots: CEUX qui auront lu, Monsieur, mes Elemens de Musique, sur lesquels vous [...] Domaines: Mathématiques, Musique, danseMots clefs: Accord, Musique, Proportions, Harmonie, Mélodie, Théorie, Proportion géométrique, Rapports géométriques, Mode, Mode mineur, Accords fondamentaux, Basse fondamentale, Encyclopédie, Principes mathématiques, Académie des sciencesDestinataire ou dédicataire: Jean-Philippe Rameau Concerne une oeuvre: Elémens de musique, théorique et pratique, suivant les principes de M. Rameau ; Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres. Mis en ordre & publié par M. Diderot..., & quant à la partie mathématique, par M. d'Alembert... ; Code de musique pratique... par M. Rameau. - Lettre à M. d'Alembert sur ses opinions en musique, insérées dans les articles "Fondamental" et "Gamme" de l'Encyclopédie

Forme et genre

Langue: FrançaisForme: Prose
Type d'écrit journalistique: Article / Nouvelle littéraire

Auteur et provenance du texte

Signature:

D'ALEMBERT.

Est rédigé par: D'Alembert, M. d'Alembert (Jean D'Alembert (Le Rond, dit)) Genre de l'auteur: Homme

Publié par Léa Kipfmüller le 7 avril 2026 à 18h43
Modifié le 8 avril 2026 à 3h35

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