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51
p. 2222-2223
L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le 23. Août, les Comédiens Italiens joüerent l'Amante difficile, Comédie de [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie, Divertissements
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texteReconnaissance textuelle : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23. Août , les Comédiens Italiens
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
joüerent l'Amante difficile , Comédie de
M. de la Motte , en Prose et en cinq
Actes , avec trois Divertissemens mis en
Musique par M. Mouret. Le Canevas de
cette Piéce avoit été donné par M. de la
Motte aux Comédiens Italiens à leur premiere
nouveauté ; ils l'executerent en 1716
en Italien avec beaucoup de succès , sans
en avoir fait une seule répetition , et seulement
aprés avoir écouté avec beaucoup
d'attention le sujet bien détaillé par le
sieur Lelio. Le plaisir que fit le gros de
P'action ( quoi que le détail se sentit bien
de l'impromptu ) persuada à M. de la
Motte , que les Scenes écrites avec soin
ne feroient qu'augmenter l'agrément du
Sujet. Il y a répandu beaucoup d'esprit et
'de sentiment.. L'action est bien conduite
et interessante ; et elle le seroit encoredavantage
, si les Scenes entre les Valets :
qui sont trop épisodiques et trop boufonnes
, ne l'interrompoient et ne l'avilissoient
même un peu . La De Silvia jouë
dans la perfection le rôle de l'Amantedifficile
: elle en a rendu les differens déguis
SEPTEMBRE . 1731. 2223
.
guisemens dans leur vrai caractere , et fur
tout le personnage de Gascon , avec toutes
les graces et la vivacité qui lui sont propres.
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Résumé : L'Amante difficile, Comedie nouvelle. [titre d'après la table]
Le 23 août, les Comédiens Italiens ont interprété 'L'Amante difficile', une comédie en prose et en cinq actes écrite par M. de la Motte. La pièce incluait trois divertissements musicaux composés par M. Mouret. Le canevas de cette œuvre avait été donné par M. de la Motte aux Comédiens Italiens lors de leur première nouveauté en 1716, qu'ils avaient jouée en italien avec succès après une préparation rapide. La pièce est riche en esprit et en sentiment, avec une action bien conduite et intéressante. Cependant, les scènes entre les valets sont trop épisodiques et bouffonnes, interrompant et avilissant légèrement l'action. La comédienne De Silvia a interprété à la perfection le rôle de l'Amante difficile, rendant les différents déguisements avec toutes les grâces et la vivacité nécessaires, notamment le personnage de Gascon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 2969-2979
LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
Début :
Ce n'est pas , Monsieur , un si grand mal que vous pourriez le penser [...]
Mots clefs :
Comédie, Spectacles, Neutralité littéraire, Langue vulgaire, Piété chrétienne, Messe, Prologue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet
du Provençal qui a combattu le Livre
du P. le Brun sur la Comédie , avec quetques
Remarques sur un des Discours de
M. l'Abbé Fleury , nouvellement im--
primé.
E n'est pas , Monsieur , un si grand
Cmal que vous pourriez le penser
ވ
que le Livre du Pere le Brun contre la
Comédie ait irrité la personne qui vous a
écrit de Marseille , et que dans la Lettre
qu'il a composée à cette occasion , et
qu'un esprit de neutralité litteraire vous
a fait insérer dans le Mercure d'Août
dernier , il se déclare en faveur de ce que
II..Vol CT le
2970 MERCURE DE FRANCE
7
le P: le Brun condamne. Outre l'Extraitque
le Journal des Sçavans du mois de
Septembre dernier a fait d'un Sermon
que prêcha autrefois l'Abbé Anselme
contre les Spectacles , et qui servit en
particulier contre la Comédie , voilà
M. l'Abbé Fleury qui vient au secours du
docte Oratorien . Le Sçavant , qui de
tems en tems fait présent au Public de
Mémoires choisis de Litterature et d'Histoire
, vient de publier un volume , dans ,
lequel on voit assez les sentimens de cecélébre
Historien Ecclésiastique. C'est
son Discours sur la Poesie des Hebreux ..
Comme ces Mémoires ne sont peut-être
pas si communément répandus que l'est
votre Journal , vous pourriez en extraire .
l'endroit que je vous indique , qui commence
à la page 71. du onzième volume
de cette continuation . La lecture que je
viens d'en faire m'a véritablement édifié ;
j'y reconnois par tout le caractere de sincerité
et de pieté qui releve si noblement
les Ouvrages de cet illustre Abbé , et qui
les fait préférer à tous ces Ecrivains , done.
le style montre souvent plus de brillant
qu'il ne renferme de solidité.
܂
Je ne puis cependant , Monsieur ;
m'empêcher de vous faire part d'une
observation que j'ai faite sur ce qui se lit
11. Vol . dans
DECEMBRE . 1731 2971
page
dáns le même Discours au haut de la
74. » On ne voit point , dit M. l'Abbé
» Fleury , qu'on ait fait en ces tems -là
vers le x11 . et XIII . siécles ) des Poësies
» vulgaires pour honorer Dieu , ou pour
» exciter à la pieté , si ce n'est que l'on
» veüille mettre en ce rang certaines
> chansons très- vieilles , dont le petit
» peuple conserve encore quelque mé
moire , et les Noëls que Pon trouve
encore écrits.Cette proposition de l'Auteur
du Discours ne me paroît point exac
tement véritable. Comme il m'a passé
par les mains une infinité de Manuscrits
du XII. et XII. siécles , je suis bien assûré
d'avoir vû de la Poësie en Langue vulgaire
sur des sujets pieux , qui étoit d'une
écriture du treizième siècle , & quid
pouvoit avoir été composée à la fin du
douzième , et cette Poësie ne consiste
point en chansons , dont le peuple se
ressouvienne encore , ni à plus forte rai
son en Noëls.
J'ai trouvé en Picardie un Manuscrit
in- 12 . du treiziéme siécle , entiérements
en Vers françois , dont la premiere moi
tié , car il est sans commencement , m'a
parû contenir une Critique ou censure
des abus ou des moeurs corrompues de ce:
tems- là , avec plusieurs éloges des anciens
C.vjj H. Vol .
2972 MERCURE DE FRANCE
modéles de la piété chrétienne . Je ne
puis vous dépeindre la forme du caractere
de ce volume , qui ressent tout- àfait
le siécle que je vous ai nommé : mais
Vous pouvez juger de l'antiquité de la
composition du Livre , par les morceaux
que j'en extrairai . Voici , par exemple, une
des Strophes de l'éloge qui y est fait du
saint homme Job. J'userai de points , de
virgules , et d'apostrophes , pour faciliter
l'intelligence du sens de ces Vers : il n'y
en a point dans l'Original.
Job de richoise pas n'usa ,
Si com ti siécles en us a ,
Car plusor malement en usént 3 :
Job au monde pas ne nuisa
Job tous malvais us desusa :
>
Mais or en vois -je moult qui nuifent ,,
Qui por des malvais us desusent ,
Pres tout honor faire refusent ;
Mais Job onques nel refusa :
Si voi moult de chiaux qui s'escusent
De che dont lor coër les accusent ,
Mais oncques Job ne s'escusa.
Après l'Explicit de la premiere partie.
de ce volume , on lit cette Rubrique
Chi se commenche li Livres là on reprent.
U.Vol.
les
DECEMBRE 1731 297
tes, vices et loë les vertus , et est miserere mei
Deus. La premiere Strophe commence.c
effet
par
Miserere mei Deus ,
Car longement je me suis teus.
Voici la morale qui se lit touchant l'aus
mône vers le milieu de ce Livre ?
Qui done aumosne , il se désdete , *
Car aumosne est et dons et déte :
Mais Diex n'en rechut onques une
Ne quidiés pas qu'il en promete
Guerredon , s'ele de main nete
Ne vient , & de nete pécune.
Qui envers son proisme (a) a rancune-
Diex voit sa conscience brune ,
Et par ce s'aumosne ( 6 ) degete :
Et se autrui talt rien aucune ( c) .
Ne lui valt s'aumosne une prune
Mais là ou l'a pris la remete,
De même , après l'Explicit de ce sea .
cond volume on lit : Ci commence li escrit
* C'est-à-dire , il paye fes dettes.
(a ) C'est- à- dire , prochain du latin proximus.
( b ) C'est-à- dire , rejette son aumône ou sa
#umone.
(c) Rem ullam , chose aucune : preuve évis
dente que rien vient de xesø
11. Vol.
Qui
2974 MERCURE DE FRANCE
des IIII verbus, misericorde , verité , pais ,
justice , selont saint Bernart.
Qui en bel rimer velé entendre ,
Il doit bien tel matiere prendre
Dont autrui puist edéfier ,
Ne nus hom ne doit entreprendre ¿ ,
Autrui chastoijer & reprendre
Se il soi ne velt chastoijer :
Car mal faire & bien enseigner
Moult fet tes vie à mespriser
La colpe ne tymie mendre
Que Dieu loër et losengier
Et puis laidir et blascengier :
De tout convenra raiſon rendre .
Ici d'un côté , l'antiquité du langage
jointe à la forme du caractere , prouve
évidemment que cet Ecrit doit être dus
treiziéme siécle : de l'autre , la longueur
des Strophes et la diversité des métres
font voir que ces Poësies ne se chantoient
point. Ainsi voilà de la Poësie vulgaire
sans chant , faite pour honorer Dieu et
pour exciter à la pieté par la seule lecture
: et même le Prologue que je viens deciter
de ce troisiéme Livre , marque ex...
pressément que le Poëte avoit choisi ces
matiéres d'édification , afin de passer pour
un homme entendu , en bel rimer.
II. Vol
DECEMBRE 1731. 2975
On ne peut nier non plus que les les
sons farsies que l'on chantoit en France
à la Messe des grandes Fêtes , dès le douziéme
et treizième siècles , ne fussent des .
Poësies vulgaires . Dom Edmond Martenne
a donné un Fragment de celle du
jour de S. Etienne , par un Manuscrit de
six cens ans , conservé à S. Gatien de
Tours ( a ) C'étoit une explication de
chaque Période de l'Epître de la Messe
qu'une ou deux personnes chantoient du
haut de la Tribune ou du Jubé , après
que le Sous- Diacre avoit prononcé quelques
mots de cette Période , et ainsi par
parcelles et cette explication se faisoit
en Vers françois dans le ton d'une complainte
, lorsqu'il étoit question du martyre
d'un Saint. Cet usage avoit commencé
par la lecture de la vie des Saints ,
peut- être par une suite de l'ancien usage
où l'on étoit dans l'Eglise Gallicane , de
lire à la Messe la Passion des Martyrs ,
ou l'histoire de leur mort. Les bonnes
gens du treizième siècle , sur - tout dans
les Païs - bas , accoûtumez à dire la vie de
S. Etienne , la vie des Innocens , disoient
de même la vie du premier jour de l'An ;
La vie de l'Epiphanie ou de la Tiphaine..
C'est ce que j'ai lû en titre dans un Ma .
( a) Tract. de Sacrif. Missa , page 279.
II. Vol. Aus2976
MERCURE DE FRANCE
"
nuscrit de la fin du treizième siècle.
Mais j'aime mieux attribuer au. Maître
d'Ecole , qu'au Curé de la Paroisse , d'où
venoit ce Manuscrit , la plaisante bévûë
d'avoir intitulé l'explication de la Leçon.
d'Isaïe du jour de l'Epiphanie , vita sanc- :
ta Epiphania. La vie du premier jour de
l'An s'y trouve précedée de ce Prologue..
Bone gent pour qui sauvemens
Dieus de char vestir se deigna ,
En en bercheul vit humlément
Qui tout le mond en sa main a ,,
Rendons li graces douchement ,,
Qui si bien en sa vie ouvra ,
Et pour notre racatement
Dusca le mort s'umilia.
Lectio Epistola B. P. Ap..
Il paroît que ce Prologue tient un peu
de nos vieux Noëls au moins il peut se
chanter sur l'air : Ala venue de Noël.
Mais ce que j'ai rapporté du premier Ma →
nuscrit de Picardie , suffira toujours pour
prouver que M. l'Abbé Fleury a avancé
une proposition un peu trop generale
lorsque sans autre réserve que celles qu'il
a faites , il a ôté au douzième et treizié
me siécles l'honneur d'avoir produit de
la Poësie vulgaire, sur des matiéres de-
II. Vol.
moras
DECEMBRE. 1731. 2977
-
morale. Ce n'est pas une faute de la der
niere conséquence : mais l'exactitude demande
toujours qu'on ne fasse pas les
siécles passez plus obscurs qu'ils n'étoient.
Je reviens , Monsieur , à mon premier
sujet , et pour vous exempter la peine de
recourir aux Mémoires de Litterature
touchant la Comédie , je joins ici ce que
M. l'Abbé Fleury dit en peu de lignes
contre les Poësies françoises qu'on débite
sur les Théatres , leur origine , selon lui
et leur succès.
» Il ne faut point s'étonner , dit- il
si nous sommes si éloignez du goût de
» l'Antiquité sur le sujet de la Poësie ;
c'est qu'en effet , pour ne nous point:
» flater , toute notre Poësie moderne est
» fort miserable en comparaison ; elle a
» commencé par lesTroubadours Proven-
» ceaux , et les Conteurs , Jongleurs et
» Menestrels , dont Fauchet nous a don-
»,né l'Histoire. C'étoient des débauchez
vagabonds , qui lorsque les hostilitez
» universelles commencerent à cesser, et la
» barbarie à diminuer , c'est -à - dire vers
» le douzième siècle commencerent à
» courir les Cours des Princes
, pour
> .chanter à leurs Festins dans les jours de
grande Assemblée. Comme ils avoient
"
IL. Kola
›
naffaire
2978 MERCURE DE FRANCE
» affaire à des Seigneurs très-ignorans ,
» et qu'ils l'étoient fort eux- mêmes , tous
>> leurs sujets n'étoient que des fables
>> impertinentes et monstrueuses , ou des
» histoires si défigurées , qu'elles n'étoient
» pas connoissables , ou des contes médi
» sans de Clercs ér de Moines ; et comme
» ils ne travailloient que par interêt , ils
» ne parloient que de ce qui pouvoit ré-
» jouir leurs Auditeurs . c'est à- dire , de
» Combats et d'Amours ; mais d'Amours
>> brutales et sottes comme celles des
» gens grossiers , outre que ces Auditeurs .
» étoient eux- mêmes de fort malhonnê-
» tes gens : pour ce qui est de l'élocution ,.
» ils furent les premiers qui oserent écrire
» en Langues vulgaires ; car elles avoient
» passé jusques-là pour jargons si absur◄
ndes , que l'on avoit eu per d'en profa-
» ner le papier. De là vient , comme l'on
,
sçait , le nom de Romans François e
" de Romans Espagnols. Il nous reste:
» assez de ces vieilles chansons pour
prouver tout ce que j'ai dit ; et le Ro-
» man de la Rose qui a duré le plus long-
» tems , est un des plus pernicieux Li
»vres pour la Morale , des plus sales et
>> des plus impies qui ayent été écrits dans :
» les derniers siécles. Aussi de tout tems:
les gens vertueux , les faints Evêques
11. Vol
99
les
DECEMBRE. 1731. 2979
les bons Religieux , ont crié hautement
» contre les Poësies profanes , contre les
Jongleurs & les Boufons des Princes : &.
» le-là est venue la guerre que les Prédica-
» teurs ont déclarée aux Romans & aux
2. Comédies.
Animé du même zele contre les Comédiens
qui déclament en public les Poësies
dont M. l'Abbé Fleury vient de par
ler ; et par conséquent contre leurs Apologistes
, j'ajoûterai à tout ce que le Pere
le Brun a écrit contre eux , et ceci servira
en particulier de réponse aux deffenseurs
de la Comédie moderne , j'ajoûterai , dis- je,
qu'en l'année 1701. à l'occasion du grand
Jubilé , les Comédiens François ayant
prétendu être absous sans restriction , et
Messieurs les Curez de Paris ayant tenu
ferme , ils s'aviserent de présenter une
Requête au Pape Clement XI , dans la
quelle rien ne fut oublié . Ce Pape ayant
fait examiner la Requête , elle fut rejettée
, et la discipline des Curez confirmée.
Voilà ce que l'écoulement de six lustres
n'est pas capable de faire oublier dans une
Ville aussi grande que l'est celle de Paris ,
et ce qui doit confondre les Ecrivains qui
se sont déclarez partisans d'une si mauvaise
cause. Je suis , & c .
A Auxerre , ce 15. Novembre 1731 .
du Provençal qui a combattu le Livre
du P. le Brun sur la Comédie , avec quetques
Remarques sur un des Discours de
M. l'Abbé Fleury , nouvellement im--
primé.
E n'est pas , Monsieur , un si grand
Cmal que vous pourriez le penser
ވ
que le Livre du Pere le Brun contre la
Comédie ait irrité la personne qui vous a
écrit de Marseille , et que dans la Lettre
qu'il a composée à cette occasion , et
qu'un esprit de neutralité litteraire vous
a fait insérer dans le Mercure d'Août
dernier , il se déclare en faveur de ce que
II..Vol CT le
2970 MERCURE DE FRANCE
7
le P: le Brun condamne. Outre l'Extraitque
le Journal des Sçavans du mois de
Septembre dernier a fait d'un Sermon
que prêcha autrefois l'Abbé Anselme
contre les Spectacles , et qui servit en
particulier contre la Comédie , voilà
M. l'Abbé Fleury qui vient au secours du
docte Oratorien . Le Sçavant , qui de
tems en tems fait présent au Public de
Mémoires choisis de Litterature et d'Histoire
, vient de publier un volume , dans ,
lequel on voit assez les sentimens de cecélébre
Historien Ecclésiastique. C'est
son Discours sur la Poesie des Hebreux ..
Comme ces Mémoires ne sont peut-être
pas si communément répandus que l'est
votre Journal , vous pourriez en extraire .
l'endroit que je vous indique , qui commence
à la page 71. du onzième volume
de cette continuation . La lecture que je
viens d'en faire m'a véritablement édifié ;
j'y reconnois par tout le caractere de sincerité
et de pieté qui releve si noblement
les Ouvrages de cet illustre Abbé , et qui
les fait préférer à tous ces Ecrivains , done.
le style montre souvent plus de brillant
qu'il ne renferme de solidité.
܂
Je ne puis cependant , Monsieur ;
m'empêcher de vous faire part d'une
observation que j'ai faite sur ce qui se lit
11. Vol . dans
DECEMBRE . 1731 2971
page
dáns le même Discours au haut de la
74. » On ne voit point , dit M. l'Abbé
» Fleury , qu'on ait fait en ces tems -là
vers le x11 . et XIII . siécles ) des Poësies
» vulgaires pour honorer Dieu , ou pour
» exciter à la pieté , si ce n'est que l'on
» veüille mettre en ce rang certaines
> chansons très- vieilles , dont le petit
» peuple conserve encore quelque mé
moire , et les Noëls que Pon trouve
encore écrits.Cette proposition de l'Auteur
du Discours ne me paroît point exac
tement véritable. Comme il m'a passé
par les mains une infinité de Manuscrits
du XII. et XII. siécles , je suis bien assûré
d'avoir vû de la Poësie en Langue vulgaire
sur des sujets pieux , qui étoit d'une
écriture du treizième siècle , & quid
pouvoit avoir été composée à la fin du
douzième , et cette Poësie ne consiste
point en chansons , dont le peuple se
ressouvienne encore , ni à plus forte rai
son en Noëls.
J'ai trouvé en Picardie un Manuscrit
in- 12 . du treiziéme siécle , entiérements
en Vers françois , dont la premiere moi
tié , car il est sans commencement , m'a
parû contenir une Critique ou censure
des abus ou des moeurs corrompues de ce:
tems- là , avec plusieurs éloges des anciens
C.vjj H. Vol .
2972 MERCURE DE FRANCE
modéles de la piété chrétienne . Je ne
puis vous dépeindre la forme du caractere
de ce volume , qui ressent tout- àfait
le siécle que je vous ai nommé : mais
Vous pouvez juger de l'antiquité de la
composition du Livre , par les morceaux
que j'en extrairai . Voici , par exemple, une
des Strophes de l'éloge qui y est fait du
saint homme Job. J'userai de points , de
virgules , et d'apostrophes , pour faciliter
l'intelligence du sens de ces Vers : il n'y
en a point dans l'Original.
Job de richoise pas n'usa ,
Si com ti siécles en us a ,
Car plusor malement en usént 3 :
Job au monde pas ne nuisa
Job tous malvais us desusa :
>
Mais or en vois -je moult qui nuifent ,,
Qui por des malvais us desusent ,
Pres tout honor faire refusent ;
Mais Job onques nel refusa :
Si voi moult de chiaux qui s'escusent
De che dont lor coër les accusent ,
Mais oncques Job ne s'escusa.
Après l'Explicit de la premiere partie.
de ce volume , on lit cette Rubrique
Chi se commenche li Livres là on reprent.
U.Vol.
les
DECEMBRE 1731 297
tes, vices et loë les vertus , et est miserere mei
Deus. La premiere Strophe commence.c
effet
par
Miserere mei Deus ,
Car longement je me suis teus.
Voici la morale qui se lit touchant l'aus
mône vers le milieu de ce Livre ?
Qui done aumosne , il se désdete , *
Car aumosne est et dons et déte :
Mais Diex n'en rechut onques une
Ne quidiés pas qu'il en promete
Guerredon , s'ele de main nete
Ne vient , & de nete pécune.
Qui envers son proisme (a) a rancune-
Diex voit sa conscience brune ,
Et par ce s'aumosne ( 6 ) degete :
Et se autrui talt rien aucune ( c) .
Ne lui valt s'aumosne une prune
Mais là ou l'a pris la remete,
De même , après l'Explicit de ce sea .
cond volume on lit : Ci commence li escrit
* C'est-à-dire , il paye fes dettes.
(a ) C'est- à- dire , prochain du latin proximus.
( b ) C'est-à- dire , rejette son aumône ou sa
#umone.
(c) Rem ullam , chose aucune : preuve évis
dente que rien vient de xesø
11. Vol.
Qui
2974 MERCURE DE FRANCE
des IIII verbus, misericorde , verité , pais ,
justice , selont saint Bernart.
Qui en bel rimer velé entendre ,
Il doit bien tel matiere prendre
Dont autrui puist edéfier ,
Ne nus hom ne doit entreprendre ¿ ,
Autrui chastoijer & reprendre
Se il soi ne velt chastoijer :
Car mal faire & bien enseigner
Moult fet tes vie à mespriser
La colpe ne tymie mendre
Que Dieu loër et losengier
Et puis laidir et blascengier :
De tout convenra raiſon rendre .
Ici d'un côté , l'antiquité du langage
jointe à la forme du caractere , prouve
évidemment que cet Ecrit doit être dus
treiziéme siécle : de l'autre , la longueur
des Strophes et la diversité des métres
font voir que ces Poësies ne se chantoient
point. Ainsi voilà de la Poësie vulgaire
sans chant , faite pour honorer Dieu et
pour exciter à la pieté par la seule lecture
: et même le Prologue que je viens deciter
de ce troisiéme Livre , marque ex...
pressément que le Poëte avoit choisi ces
matiéres d'édification , afin de passer pour
un homme entendu , en bel rimer.
II. Vol
DECEMBRE 1731. 2975
On ne peut nier non plus que les les
sons farsies que l'on chantoit en France
à la Messe des grandes Fêtes , dès le douziéme
et treizième siècles , ne fussent des .
Poësies vulgaires . Dom Edmond Martenne
a donné un Fragment de celle du
jour de S. Etienne , par un Manuscrit de
six cens ans , conservé à S. Gatien de
Tours ( a ) C'étoit une explication de
chaque Période de l'Epître de la Messe
qu'une ou deux personnes chantoient du
haut de la Tribune ou du Jubé , après
que le Sous- Diacre avoit prononcé quelques
mots de cette Période , et ainsi par
parcelles et cette explication se faisoit
en Vers françois dans le ton d'une complainte
, lorsqu'il étoit question du martyre
d'un Saint. Cet usage avoit commencé
par la lecture de la vie des Saints ,
peut- être par une suite de l'ancien usage
où l'on étoit dans l'Eglise Gallicane , de
lire à la Messe la Passion des Martyrs ,
ou l'histoire de leur mort. Les bonnes
gens du treizième siècle , sur - tout dans
les Païs - bas , accoûtumez à dire la vie de
S. Etienne , la vie des Innocens , disoient
de même la vie du premier jour de l'An ;
La vie de l'Epiphanie ou de la Tiphaine..
C'est ce que j'ai lû en titre dans un Ma .
( a) Tract. de Sacrif. Missa , page 279.
II. Vol. Aus2976
MERCURE DE FRANCE
"
nuscrit de la fin du treizième siècle.
Mais j'aime mieux attribuer au. Maître
d'Ecole , qu'au Curé de la Paroisse , d'où
venoit ce Manuscrit , la plaisante bévûë
d'avoir intitulé l'explication de la Leçon.
d'Isaïe du jour de l'Epiphanie , vita sanc- :
ta Epiphania. La vie du premier jour de
l'An s'y trouve précedée de ce Prologue..
Bone gent pour qui sauvemens
Dieus de char vestir se deigna ,
En en bercheul vit humlément
Qui tout le mond en sa main a ,,
Rendons li graces douchement ,,
Qui si bien en sa vie ouvra ,
Et pour notre racatement
Dusca le mort s'umilia.
Lectio Epistola B. P. Ap..
Il paroît que ce Prologue tient un peu
de nos vieux Noëls au moins il peut se
chanter sur l'air : Ala venue de Noël.
Mais ce que j'ai rapporté du premier Ma →
nuscrit de Picardie , suffira toujours pour
prouver que M. l'Abbé Fleury a avancé
une proposition un peu trop generale
lorsque sans autre réserve que celles qu'il
a faites , il a ôté au douzième et treizié
me siécles l'honneur d'avoir produit de
la Poësie vulgaire, sur des matiéres de-
II. Vol.
moras
DECEMBRE. 1731. 2977
-
morale. Ce n'est pas une faute de la der
niere conséquence : mais l'exactitude demande
toujours qu'on ne fasse pas les
siécles passez plus obscurs qu'ils n'étoient.
Je reviens , Monsieur , à mon premier
sujet , et pour vous exempter la peine de
recourir aux Mémoires de Litterature
touchant la Comédie , je joins ici ce que
M. l'Abbé Fleury dit en peu de lignes
contre les Poësies françoises qu'on débite
sur les Théatres , leur origine , selon lui
et leur succès.
» Il ne faut point s'étonner , dit- il
si nous sommes si éloignez du goût de
» l'Antiquité sur le sujet de la Poësie ;
c'est qu'en effet , pour ne nous point:
» flater , toute notre Poësie moderne est
» fort miserable en comparaison ; elle a
» commencé par lesTroubadours Proven-
» ceaux , et les Conteurs , Jongleurs et
» Menestrels , dont Fauchet nous a don-
»,né l'Histoire. C'étoient des débauchez
vagabonds , qui lorsque les hostilitez
» universelles commencerent à cesser, et la
» barbarie à diminuer , c'est -à - dire vers
» le douzième siècle commencerent à
» courir les Cours des Princes
, pour
> .chanter à leurs Festins dans les jours de
grande Assemblée. Comme ils avoient
"
IL. Kola
›
naffaire
2978 MERCURE DE FRANCE
» affaire à des Seigneurs très-ignorans ,
» et qu'ils l'étoient fort eux- mêmes , tous
>> leurs sujets n'étoient que des fables
>> impertinentes et monstrueuses , ou des
» histoires si défigurées , qu'elles n'étoient
» pas connoissables , ou des contes médi
» sans de Clercs ér de Moines ; et comme
» ils ne travailloient que par interêt , ils
» ne parloient que de ce qui pouvoit ré-
» jouir leurs Auditeurs . c'est à- dire , de
» Combats et d'Amours ; mais d'Amours
>> brutales et sottes comme celles des
» gens grossiers , outre que ces Auditeurs .
» étoient eux- mêmes de fort malhonnê-
» tes gens : pour ce qui est de l'élocution ,.
» ils furent les premiers qui oserent écrire
» en Langues vulgaires ; car elles avoient
» passé jusques-là pour jargons si absur◄
ndes , que l'on avoit eu per d'en profa-
» ner le papier. De là vient , comme l'on
,
sçait , le nom de Romans François e
" de Romans Espagnols. Il nous reste:
» assez de ces vieilles chansons pour
prouver tout ce que j'ai dit ; et le Ro-
» man de la Rose qui a duré le plus long-
» tems , est un des plus pernicieux Li
»vres pour la Morale , des plus sales et
>> des plus impies qui ayent été écrits dans :
» les derniers siécles. Aussi de tout tems:
les gens vertueux , les faints Evêques
11. Vol
99
les
DECEMBRE. 1731. 2979
les bons Religieux , ont crié hautement
» contre les Poësies profanes , contre les
Jongleurs & les Boufons des Princes : &.
» le-là est venue la guerre que les Prédica-
» teurs ont déclarée aux Romans & aux
2. Comédies.
Animé du même zele contre les Comédiens
qui déclament en public les Poësies
dont M. l'Abbé Fleury vient de par
ler ; et par conséquent contre leurs Apologistes
, j'ajoûterai à tout ce que le Pere
le Brun a écrit contre eux , et ceci servira
en particulier de réponse aux deffenseurs
de la Comédie moderne , j'ajoûterai , dis- je,
qu'en l'année 1701. à l'occasion du grand
Jubilé , les Comédiens François ayant
prétendu être absous sans restriction , et
Messieurs les Curez de Paris ayant tenu
ferme , ils s'aviserent de présenter une
Requête au Pape Clement XI , dans la
quelle rien ne fut oublié . Ce Pape ayant
fait examiner la Requête , elle fut rejettée
, et la discipline des Curez confirmée.
Voilà ce que l'écoulement de six lustres
n'est pas capable de faire oublier dans une
Ville aussi grande que l'est celle de Paris ,
et ce qui doit confondre les Ecrivains qui
se sont déclarez partisans d'une si mauvaise
cause. Je suis , & c .
A Auxerre , ce 15. Novembre 1731 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. de L. R. au sujet du Provençal qui a combattu le Livre du P. le Brun sur la Comédie, avec quelques Remarques sur un des Discours de M. l'Abbé Fleury, nouvellement imprimé.
La lettre aborde la controverse suscitée par le livre du Père le Brun contre la comédie, notamment en réponse à un Provençal. L'auteur mentionne que l'Abbé Fleury, dans un récent discours, appuie les arguments du Père le Brun. Cependant, l'auteur conteste une affirmation de l'Abbé Fleury selon laquelle il n'existait pas de poésie vulgaire pieuse aux XIIe et XIIIe siècles, à l'exception de quelques chansons et noëls. Pour prouver le contraire, l'auteur présente des exemples de manuscrits du XIIIe siècle en langue vulgaire traitant de sujets pieux. Il cite des fragments de ces manuscrits pour illustrer leur contenu moral et religieux. L'auteur revient ensuite sur la comédie, affirmant que les troubadours provençaux et les jongleurs, à l'origine de la poésie moderne, étaient des débauchés vagabonds dont les œuvres étaient immorales. Il conclut en rappelant que les autorités religieuses ont toujours condamné les poésies profanes et les comédies. Il cite un exemple récent où les comédiens français ont été refusés l'absolution lors du grand Jubilé de 1701.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 2993-2996
LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
Début :
L'Interêt que vous prenez, Monsieur, à tout ce qui nous regarde, m'engage [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Spectateurs, Actrices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
LETTRE écrite de foigny , le 12.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
Decembre 1731. par M. L. B. au sujet
d'une Comédie représentée en cette Ville:
L
'Interêt que vous prenez , Monsieur .
à tout ce qui nous regarde , m'engage
de vous faire sçavoir que la Comé
die du Joueur , l'une des meilleures , com ,
me vous sçavez , de M. Regnard , laquelle
avoit déja été représentée dans cette Villele
26. Novembre dernier, fut jouée avant
hier 10. du courant , dans une des Sales
du Château , avec un succès fort au - des--
sus de ce qu'on peut attendre de Person--
nes qui ne font pas profession de monter
sur le Théatre ; aussi fut- elle applaudie
par une nombreuse et belle Assemblée
dont l'élite étoit plusieurs Dames et Seigneurs
de distinction , et d'un très - bongoût.
Je ne vous nommerai que le Commandeur
de Vatange , le Marquis de Pel--
port , le Comte de Villefranche , le Ba
ron de Poely , le Chevalier de S. Andiol,,
&c. Parmi les Dames , les Marquises da :
Matange , de Pelport , &c.
Les Acteurs , personnes la plupart de
naissance , de mérite, et capables de rem-
Lek. Vol Dv plier
2994 MERCURE DE FRANCE
plir l'attente des Spectateurs , surpasserent
, pour ainsi dire , cette attente . Le
Joueur sur tout se fit admirer par la
maniere dont il exprima les differens caracteres
qui lui conviennent : le jeu , sa,
passion dominante , amour , crainte , desespoir
, &c. suivant les diverses situations
, tout parut vrai et original en lui.
Hector excella dans son Rôle , qu'il
caracterisa par tout ce qu'il a de naïf, de
plaisant , de particulier , d'instructif même
et de moral.
Le pere du Joueur soutint également
son caractere d'homme sage , de Censeur
et de Pere.
Le faux, Marquis ne se distingua pas
moins par l'air emprunté et par ses ma- .
nieres d'homme vain et sans sentiment ,
dont il joua son personnage.
Le Maître de Trictrac rappella parfaitement
le fameux Desmares , de la Comedie
Françoise , et égaya la Scene d'une
maniere tout à-fait plaisante.
Les Actrices ne cederent en rien, aux
Acteurs. Jamais Angelique ne se présenta
sur le Théa re qu'elle ne parût penetrée
de ce qu'elle sentoit pour son Amant , et
touchée de ses égaremens. Ses yeux annonçoient
toûjours ce qu'elle alloit dire .
La Comtesse auroit trompé des gens
La Vol
qui
DECEMBRE 1731. 2995 .
8
qui ne la connoissent pas , tant elle pric
le ton , l'air et les manieres d'une excellente
Actrice de profession , selon les
divers mouvemens qu'exigeoit son Rôle..
On voyoit dans les yeux de Nerine
pour le moins autant d'esprit et d'expression
qu'en sa Maîtresse , aussi fut- elles
en particulier très- applaudie.
Enfin le jea de Madame de la Ressource
parût tres naturel , laissant toujours entrevoir
malgré son apparente simplicité ,.
lê fonds d'un esprit rusé , et dun coeur.
souverainement interressé.
On est particulierement obligé à Ma
dame de la Prée , veuve du Maréchal dés
Camps et Armées du Roi , de la Repré
sentation de cetre Piece , qui fut suivie
du Retour imprévû du même Auteur . Tout
le monde sortit parfaitement content de
l'une et de l'autre..
La Sale dont j'ai parlé au commences->
ment , étoit magnifiquement parée et ingenieusement
disposée. L'Amphithéatre
seul contenoit au moins sept cent per
sonnes. Je ne vous parle point des habits
des Acteurs et des Actrices ; ceux
qui pouvoient être superbes , l'étoient en
effet , les autres répondirent parfaitement :
aux Personnages.
Il y eut Bal après. un grand souper ,,
11. Kob Dvj oli
2996 MERCURE DE FRANCE
où l'abondance se trouva jointe à la dé
licatesse . Nos vins choisis ne furent pas
jugez inferieurs , par les Etrangers , à
d'autres qu'on y but des plus . vantez de
cette Province .
Et à propos des Vins de Joigny , je crois
que vous aurez ri avec nous de l'Ordonnance
Bachique que nos Emules , Mrs.
d'Auxerre , ont fait paroître dans le Mercure
de Septembre dernier. La Piece est
divertissante et puis c'est tout . Il faut
qu'ils croyent leur cause bien mauvaise
puisque pour la soutenir ils ont recours
aux fictions , et qu'ils employent une
Divinité, qui n'est pas , comme l'on sçait,
la plus sensée ni la plus équitable , il en
paroîtra peut-être d'autres sur la Scene .
Si l'Auteur continue de mettre ainsi les
Dieux en mouvement , c'est le commencement
d'une Iliade ; mais quelle Iliade !
an Plaisant qui n'a rien dans la querelle ,
a déja nommé cette Production la Ba
chicomachie. Permettez - moi de parler Pro
verbe, en finissant et d'y ajoûter que bien
Fira qui rira le dernier. Je suis Mon
sieur , & c.
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Résumé : LETTRE écrite de Joigny, le 12. Decembre 1731. par M. L. B. au sujet d'une Comédie représentée en cette Ville.
La lettre datée du 12 décembre 1731 décrit la représentation de la comédie 'Le Joueur' de Jean-François Regnard à Foigny. La pièce, déjà jouée le 26 novembre précédent, a été reprise le 10 décembre dans une salle du château, devant une assemblée distinguée composée de dames et seigneurs de renom, tels que le Commandeur de Vatange, le Marquis de Pelport et le Comte de Villefranche. Les acteurs, principalement issus de la noblesse, ont surpassé les attentes du public. Le rôle du Joueur a été particulièrement admiré pour sa diversité de caractères et son authenticité. Hector a excellé dans son rôle, caractérisé par sa naïveté et son instruction. Le père du Joueur a incarné un homme sage et moralisateur, tandis que le faux Marquis a joué un personnage vain et sans sentiment. Le Maître de Trictrac a rappelé le célèbre Desmares par son jeu plaisant. Les actrices ont également été remarquées pour leur talent. Angelique a montré une profonde émotion pour son amant, et la Comtesse a trompé le public par son jeu professionnel. Nerine a été applaudie pour son esprit et son expression, et Madame de la Ressource a joué un rôle naturel malgré son apparente simplicité. La représentation a été organisée par Madame de la Prée, veuve du Maréchal des Camps et Armées du Roi, et a été suivie de la pièce 'Le Retour imprévu' du même auteur. La salle, magnifiquement décorée, pouvait contenir environ sept cents personnes. Un bal et un grand souper ont suivi la représentation, avec des vins choisis jugés supérieurs à ceux d'autres provinces. La lettre mentionne également une ordonnance bachique publiée par des émules d'Auxerre, qualifiée de divertissante mais sans grande valeur. L'auteur de la lettre conclut en plaisantant sur cette querelle, qualifiée de 'Bachicomachie'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 232-250
DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
Début :
Vous ne deviez pas, Monsieur, attendre aux reproches si mal [...]
Mots clefs :
Théâtre, Spectacles, Comédie, Amour profane, Anathèmes, Public, Mercure, Comédiens, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
DISSERTATION sur la Comedie ,
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
pour servir de réponse à la Lettre ,
inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au
sujet des Discours du Pere LE BRUN,
sur la même matiere. Par M. SIMONET ,
Prieur d'Heurgeville.
Ous ne deviez pas , Monsieur, vous
attendre aux reproches si mal fondez
que l'on vous a faits , à l'occasion des Discours du P. le Brun sur la Comédie. La
candeur, la justesse, le discernement avec
lesquels vous avez rendu compte au public des ouvrages qui ont paru , et de celui - ci en particulier , ne les méritoient
certainement pas , et on ne sçauroit trop
louer la modération qui vous fait garder
un profond silence sur ce sujet.
Si le nouveau deffenseur du Théatre aété
dans l'étonnement de ce que vous annonciez avec éloge ces discours du P.le Brun;
on est encore plus surpris de le voir vous
censurer avec hauteur , et se déchaîner
contre un ouvrage depuis long-temps approuvé, pour soutenir une cause déja perduë au jugement de tout ce qu'il y a de
personnes équitables et desinteressées.
Il vous est glorieux, Monsieur , qu'on
n'ait
FEVRIER: 1732. 233
n'ait pû vous attaquer sans entreprendre
de ternir la réputation d'un Auteur également recommandable par sa piété , ses
lumieres , sa profonde érudition , sans se
déclarer le Protecteur d'une profession
de tout temps décriée ; sans s'élever même
contre l'Eglise qui l'a justement frappée d'Anathémes.
Quelque foibles que soient dans le fond
les principes que l'on vous objecte , ils ne
laissent pas d'avoir quelque chose de spécieux et d'apparent , qui pourroit trouver des Approbateurs parmi ce grand
nombre de personnes , déja trop préve- nuës en faveur du Théatre.
On aime ce qui flate agréablement l'imagination , ce qui charme l'esprit , ce
qui touche et qui enleve le cœur : comme
les Spectacles excellent en ce genre , on se
laisse facilement persuader qu'il n'y a rien de si criminel dans ces sortes d'amusemens ; on s'apprivoise à ce langage délicat des passions , et on est bien-tôt séduit. •
Les funestes impressions que l'on ressent,
paroissent trop douces pour s'en méfier.
Il suffit que la Comédie plaise pour qu'on
la trouve innocente , et qu'on ne s'en
fasse plus de scrupule. De là vient qu'on
est porté plutôt par inclination , que par lumieres, à juger favorablement d'un Ecrit
fait exprès pour la justifier.
De
234 MERCURE DE FRANCE
De pareils Ecrits sont si contraires aux
bonnes mœurs et à l'esprit du Christianisme, que feu M.de Harlay , Prélat recommandable par sa grande capacité, obligea le
P. Caffaro , qui en avoit produit un semblable , de se retracter. Il seroit à souhaiter que le nouveau Deffenseur de la Comédie , voulut suivre l'exemple de celui
qu'il a si-bien copie ; et que rendant gloire à la vérité , il avoüat franchement ce
qu'il ne devroit pas se dissimuler à luimême, que le Théatre est à présent, comme autrefois , tres - pernicieux à l'innocence.
Mais comme on n'a gueres sujet d'attendre de lui cet aveu , qui apparemment
lui couteroit trop , il faut essayer du
moins de détromper les personnes qui ne
seroient pas assez en garde contre ses illusions et qui s'en rapporteroient à son
sentiment pour juger , soit de l'exposé du
Mercure , soit du fond de l'ouvrage du
P. le Brun.
A entendre l'Avocat des Comédiens , le
Mercure ne parle et n'agit point en cette
occasion , par principes ; il établit d'une
main, ce qu'il détruit de l'autre. Là il attire ses Lecteurs aux Spectacles par des
Analyses vives et expressives ; icy il en
détourne par les éloges qu'il donne à des
dis-
FEVRIER. 1732. 235
discours qui representent ces Spectacles
comme pernicieux et criminels ; c'est ce
qui étonne son Antagoniste , c'est ce qui
lui paroit étrange.
Toute la dispute se réduit donc à examiner si le Mercure après avoir donné
dans ses Analyses , une idée avantageuse
des Spectacles , ne pouvoit , sans se contredire , louer les Discours du P. le Brun
qui les condamnent? Une observation des
plus communes suffira pour dissiper toutes les ombres qu'on a essayé de répandre
sur cet article ; c'est que la même chose
considerée sous différents rapports , sous
differens points de vûë , peut être bonne
et mauvaise , loüable et repréhensible en
même- temps ; et tels sont les Spectacles ,
ils ont leur beauté et même leur bonté en
un sens. On dit tous les jours , et avec
raison : Voilà une bonne Piece , en parlant d'une Comédie qui plaît, c'est un ouvrage d'esprit qui est bon en ce genre ,
mais souvent tres- pernicieux , par rapport au cœur , et rien n'empêche qu'on
ne le loue d'un côté , et qu'on ne le blâme de l'autre.
Le Mercure , dans ses Analyses , montre simplement ce qu'on a trouvé de beau
ou de bon dans les Pieces de Théatre, mais
cela ne regarde que l'esprit ; sans toucher
aux
236 MERCURE DE FRANCE,
aux mœurs et à la conscience dont alors il
n'est point question. D'ailleurs le dessein
de ces Analyses n'est pas , comme on le
suppose , d'attirer les Lecteurs aux Spectacles , mais seulement de leur en donner
une légere teinture , qui peut avoir son
utilité pour plusieurs , et qui ne fera pas
grande impression , ni sur les personnes
portées d'elles-mêmes à y participer , ni
sur celles qui par principe de Religion en
ont de l'éloignement.
La nouvelle édition des Discours du
P. le Brun présente l'occasion favorable
de montrer la Comédie par son mauvais
côté , le Mercure la saisit avec plaisir , et
fait sentir par les éloges qu'il donne à ces
discours , que tous ces Spectacles dont il a
fait les Analyses , pour la satisfaction de
ceux qui s'y interressent , ont des dangers et des écueils dont il faut bien se
donner de garde, et qu'on risque au moins
beaucoup , lorsqu'on y participe. N'est- ce
pas là parler et agir par principes, en homme d'esprit, en honnête homme, sans être
rigoriste ?
On peut dire même que le Mercure n'a
été que l'écho des applaudissemens que le
Public , malgré sa prévention pour les
Spectacles , avoit déja fait éclatter , en faveur de ces Discours pleins de lumiere et
de
FEVRIER 1732 237
de piété ; et il n'en auroit pasfait un rapport fidele , s'il les cut annoncez d'un autre ton , ce qui n'empêchoit pas qu'il ne
fut aussi de son ressort de rendre compte
avec la même fidelité de ce que l'on pensoit communement des différentes Piéces
qui ont paru sur la Scene.
Venons à présent au fond , et exami
nons si c'est à tort,comme on le prétend,
que le P. le Brun représente les Spectacles comme pernicieux et criminels , et si
son ouvrage est aussi peu solide qu'on le
veut faire croire. Tout le point de la difficulté consiste à sçavoir si la Comédie est
à present moins mauvaise en elle - même,
et moins contraire aux bonnes mœurs,
" qu'elle ne l'étoit du temps que les Peres
et les Conciles l'ont chargée d'Anathémes ; car s'il est vrai qu'elle soit toujours
également vicieuse, quelque épurée, quelque chatiée qu'on la suppose quant au
langage , aux expressions , aux manieres;
les Comédiens méritent toujours les mê
mes Anathémes . et c'esr avec raison
qu'on en détourne les Fideles.
و
Or je soutiens que la Comédie , telle
qu'elle paroit depuis Moliere sur le
Théatre François ( fameuse époque de sa
plus grande perfection ) est pour le moins
aussi mauvaise et aussi dangereuse pour les
mœurs
238 MERCURE DE FRANCE
•
mœurs , qu'elle l'étoit auparavant. Je dis
pour le moins; en effet , lorsqu'il ne pa
roissoit sur la Scene que des vices grossiers ; lorsque les Acteursjouoient avec les
gestes les plus honteux , que les hommes et les
femmes méprisoient toutes les regles de lapu
deur, et que l'on y prononçoit ouvertement
des blasphemes contre le saint Nom deDieu ;
pour peu qu'on eut de conscience et d'éducation , ces Spectacles devoient naturellement faire horreurs du moins on ne
pouvoit s'y méprendre , et regarder comme permis ces discours tout profanes, ces
actions si licentieuses , et si contraires à
l'honnêteté ; le vice qui paroît à décou
vert , a bien moins d'appas que lorsqu'il
se déguise et ne se montre que sous des ap- parences trompeuses , comme il fait à
present.
Le goût fin et la politesse de notre siecle ne s'accommoderoient pas de ces excès monstrueux , de ces infames libertez
qui choqueroient ouvertement la modestie. Elles révolteroient les personnes un
peu délicates , et feroient rougir ce reste
de pudeur , dont , malgré la corruption
du Monde, on aime à se parer. Le Théatre seroit décrié par lui-même , et il n'y
auroit gueres que des personnes perduës
d'honneur et de réputation qui oseroient
y assister.
On
FEVRIER 1732. 239
On prend donc un autre tour; le vice
en est toujours l'ame et le mobile , mais
il ne s'y montre que dans un aspect , qui
n'a rien d'affreux , ni d'indécent, rien du
moins qu'on n'excuse , et qu'on ne se pardonne aisément dans le monde. Il y paroît sous un langage poli et châtié , sous
des images riantes et agréables , avec des
manieres toutes engageantes , qui tantôt
le font aimer , tantôt excitent la pitié , la
compassion; quelquefois il se couvre d'un
brillant , qui lui fait honneur ; il se pare
des dehors de la vertu , et sous ombre de
rendre ridicule ou odieuse une passion , il
en inspire d'autres encore plus funestes.
Le venin adouci et bien préparé , s'avale
aisément ; on ne s'en méfie pas , mais il
n'en est que plus mortel. Le Serpent avec
toutes ses ruses et ses détours , se glisse
adroitement dans les ames , et les corrompt en les flattant. C'est ainsi qu'on a
trouvé le secret, en laissant dans le fond ,
le Spectacle également vicieux , de le rendre plus supportable aux yeux et aux
oreilles chastes , et c'est par- là qu'il séduit
plus sûrement.
Quoiqu'on en dise , le Théatre est toujours , comme autrefois, l'école de l'impureté. On y apprend à perdre une certaine retenuë qui tient en garde contre les
pre-
240 MERCURE DE FRANCE
premieres atteintes de ce vice , et à n'en
avoir plus tant d'horreur. On y apprend
l'art d'aimer et de se faire aimer avec déli--
catesse,art toujours dangereux, et trop sou- vent mis en pratique pour la perte des
amessonyapprendle langage de l'amour,
eton s'accoutume à l'entendre avecplaisir,
ce langage seducteur qui a tant de fois suborné la vertu la plus pure; on y apprend
à entretenir des pensées , à nourrir des desirs , à former des intrigues , dont l'innocence étoit avant cela justement allarmée.
Les Spectacles sont encore à present le
triomphe de l'amour profane. Il s'y fait
valoir commeune divinité maligne , dont
la puissance n'a point de bornes , et à laquelle tous les humains par une fatale necessité ne peuvent se soustraire. Aimer
follement , éperdument , sur la Scene ,
c'est plutôt une foiblesse qu'un vice : on
se la reproche quelquefois , non pas tant
la rendre odieuse , que pour
voir le spectateur , et paroître digne de
compassion ; d'autres fois on en fait gloire , on s'estime heureux d'être sous l'empire de l'Amour , on vente la chimerique
douceur de son esclavage : quoi de plus
capable d'énerver le cœur de l'amollir,
et de le corrompre !
pour émouC'est cependant ce que l'on trouve de
plus
FEVRIER 17320 *241
plus beau , de plus fin , de plus charmant
dans toutes les Pieces de Théatre. Il y
regne presque toujours une intrigue d'amour adroitement conduite. Chacun
en est avide , chacun la suit , et attend
avec une douce impatience quel en sera
le dénouement. Dans les Comédies l'intrigue est moins fougueuse , plus moderée , et se termine toujours par quelque
agréable surprise , qui met chacun au
comble de ses souhaits. Dans la Tragedie,
ce ne sont gueres que les furieux transports d'un amour mécontent , outragé ,
ne respirant que vengeance , que desespoir , quoiqu'il soupire encore après l'objet de ses peines ; et l'intrigue aboutit à
quelque funeste catastrophe. Dans l'une
et dans l'autre c'est l'Amour qui regne ,
qui domine , qui conduit tout , qui donne le mouvement à tout, et il ne s'y montre certainement pas par des endroits
qui le rendent ridicule , méprisable ou
odieux. Au contraire , il y paroît dans un
si beau jour , er avec tant d'agremens,
qu'on a de la peine à se défendre de ses
charmes ; et cependant cet amour tendre
et vehement est une passion des plus pernicieuses : il trouble la raison , il obscurcit les lumieres de l'esprit , et infecte le
cœur par un poison d'autant plus dangereux
242 MERCURE DE FRANCE
reux , qu'il est plus subtil et paroît plus doux.
En vain se défendroit- on sur ce que ces
intrigues sont , à ce que l'on pretend , innocentes , et qu'il ne s'agit que d'un
amour honnête. Comment le supposer
honnête, cet amour si hardi › si peu modeste ? si entreprenant ? Dès qu'il a le
front de se montrer au grand jour , et de
se produire devant tout le monde , avec
toutes les ruses et les artifices d'une intrigue , ne passe- t'il pas les bornes de la retenue et de l'honnêté ? -Il n'y a gueres au
reste de difference entre les démonstrations exterieures d'un amour legitime et
d'un amour déreglé, et ces démonstrations
produisent dans ceux qui en sont témoins
à peu près les mêmes effets , même sensibilité , même desirs , même corruption.
Il faudroit s'aveugler soi-même pour ne
pas voir que cet amour , quelque innocent , quelque honnête qu'on le suppose,
étant representé au vifet au naturel , n'est
propre qu'à exciter des flammes impures:
ces airs passionnés , ces regards tendres et
languissants,ces soupirs et ces larmes feintes,qui en tirent de veritables des yeux des
spectateurs, ces entretiens d'hommes et de
femmes qui se parlent avec tant degraces,
de naïveté,de douceur;ces charmantes Actrices
FEVRIER. 1732. 243
trices, d'un air si libre, aisé , galant , dont
les attraits sont relevez par tant d'ajustemens , et animez par la voix , le geste , la
déclamation ; ces beautez si piquantes, qui
se plaisent à piquer , dont toute l'étude
est d'attirer les yeux et de se faire d'illustres conquêtes ; à quoi tout cela tend- il ?
Chacun le sent , pourquoi le dissimuler ?
Au milieu de ce ravissant prestige qui
fixe les yeux , les oreilles , et charme tous
fes sens , lorsque la passion a penétré ,
pour ainsi dire ,jusqu'à la moële de l'ame;
viennent ces beaux principes de generosité , d'honncur, de probité dont le Théatre se glorifie. Mais c'est trop tard : le
coup mortel est donné , le cœur ne fait
plus que languir , la vertu envain se débat , elle expire , elle n'est déja plus: à quoi
sert l'antidote , quand le poison a operé ?
Aprés cela on a bonne grace de nous
vanter les Tragedies et les Comédies
comme n'étant faites que pourinspirer de
nobles sentimens , pour rendre les vices
ridicules et odieux. Tous ces sentimens
si nobles , si élevez se reduisent à des
saillies d'amour propre , de vanité , à des
mouvemens d'ambition , à des transports
de jalousie , de haine , de vengeance , de
desespoir.
La Comédie jette un ridicule sur certains
244 MERCURE DE FRANCE
tains vices décriez dans le Monde , mais
il y en a de plus subtils , quoique souvent
plus criminels , qui sont trop flateurs et
tropcommuns pour qu'elle ose y toucher.
Elle n'amuse , elle ne divertit , elle ne
plaît , que parce qu'en se jouant des passions des hommes , elle en ménage , elle
eninspiretoujours quelques- unes qui sont
les plus douces et les plus favorites.
Telle est la Morale si vantée du Théa
tre , bien opposée à la pure morale de
Jesus-Christ : celle- ci rabaisse l'homme à
ses propres yeux, le détache de lui-même,
et lui fait trouver sa veritable grandeur
dans la modestie et l'humilité : celle- là ne
produit que des Heros pleins de faste et
de présomption , entêtez de leur prétendu merite , faisant gloire de ne rien souffrir qui les humilie. L'une regle l'inte
rieur autant que l'exterieur : l'autre ne
s'arrête qu'à lavaine parade d'une probité
toute mondaine. A l'Ecole de notre Divin Maître on apprend à pardonner les
injures , à aimer ses ennemis , à étouffer
jusqu'aux ressentimens de vengeange et
d'animosité : au Théatre c'est être un lâche ,un poltron , un faquin que de souffrir une insulte sans en tirer raison ; c'est
en ce faux point d'honneur que consiste
la grandeur d'ame qui regne dans les Pieces
FEVRIER 1732. 245
ces tragiques. La morale de J. C. prêche
par tout la mortification des sens et des passions : elle ne permet pas même de regarder avec complaisance les objets capables
de faire naître des pensées et des désirs criminels. Au Théatre on ne respire-qu'un air
de molesse , de volupté , de sensualité ; on
n'y vient que pour voir et entendre des
personnages de l'un et de l'autre Sexe
tous propres par leurs charmes et leurs
mouvemens artificieux , mais expressifs
à exciter de veritables passions.
Et qu'on ne s'imagine pas qu'il n'y ait
que quelques ames foibles à qui les spectacles puissent causer de si funestes effets.
Le penchant universel qui porte à la volupté , les rend au moins très-dangereux
à toutes sortes de personnes. Il faut être
bien temeraire pour se répondre de ses
forces , en s'exposant à un péril si évident
de succomber et de se perdre. Plusieurs
moins susceptibles ou par vertu ou par
temperament , ne s'appercevront peutêtre pas d'abord de la contagion qui les
gagne. Mais insensiblement le cœur s'affoiblit , la passion s'insinuë ; elle fait sans
qu'on y pense des progrès imperceptibles,
et l'on risque toujours d'en devenir l'esclave. Celui qui aime le péril , dit JesusChrist , périra dans le péril.
C
246 MERCURE DE FRANCE
Il est donc constant que la Comédie,
quelque châtiée, quelque épurée qu'on la
suppose , est à present du moins aussi
mauvaise et aussi pernicieuse , qu'elle l'étoitautrefois. La reforme qu'on en a faite
l'a renduë plus agreable , plus attirante
sans qu'elle en soit devenue effectivement
plus chaste , et moins criminelle. Qu'on
dise tant qu'on voudra qu'elle corrige les
vices des hommes : il est toujours évident
que personne n'en devient meilleur , que
plusieurs s'y pervertissent , que tout ce
qu'il y a de gens déreglez y trouvent dequoi fomenter et nourrir leurs passions et
que la morale du Théatre ne les conver
tira jamais.
Non, la Comédie ne corrige pas les vices, elle ne fait qu'en rire, qu'en badiner, er
son badinage y attire plus qu'il n'en éloigne. Si elle y répand un certain ridicule,
ce ridicule est trop plaisant et trop gra
cieuxpour endonner de l'horreur. Qu'on
fasse valoir les beaux preceptes de morale
qu'elle debite , il n'en sera pas moins vrai
qu'ils n'ont aucune force contre l'esprit
impur et profane qui anime les spectacles,
et quesi l'on yreçoit des leçons de vertu,
on n'en remporte cependant que les impressions du vice.
Le P. le Brun par consequent n'a pas
cu
FEVRIER. 1732. 247
eu tort de dépeindre le Theatre avec ces
couleurs qui ne déplaisent si fort à l'Avocar des Comédiens , que parce qu'elles sont trop naturelles. Cet homme venerable ne meritoit pas qu'on vint troubler ses cendres , décrier ses sçavans Ecrits
et flétrir sa memoire , en le faisant passer
pourun Auteur sansjugement , sans principes , sans raisonnement. Je ne dis pas
qu'il n'ait pû quelquefois se méprendre ,
et quel est l'homme si attentifqui ne s'égare jamais dans un ouvrage d'assez longue haleine ? Mais s'il s'est trompé , ce
n'est sûrement pas dans l'essensiel, et dans
le dessein qu'il a eu de montrer combien
les Spectacles sont dangereux et opposez à
l'esprit du Christianisme.
Comment ose- t'on avancer qu'on se
roit mieux fondé à lui demander une retractation , si la mort ne l'avoit pas mis
àcouvert d'un tel attentat , qu'on ne l'a
été à en exiger une du P. Caffaro ? Que
dire de la hardiesse avec laquelle on suppose, et on decide que les Comédiens ne
meritent plus les foudres de l'Eglise , et
qu'ils sont en droit de faire des remontrances à Messieurs nos Evêques qui font
publier contre eux des Anathêmes? Commesi de tels personnages pouvoient être
Juges dans leur propre cause , et se déCij clareg
243 MERCURE DE FRANCE
T
clarer eux mêmes innocens , lorsque l'Eglise les condamne ; comme s'ils avoient
plus d'équité et de lumieres , que les Prelats les plus respectables , que les plus
pieux et les plus sçavans Theologiens ,
pour decider sur leur état et leur profession. Il suffit de jetter les yeux sur ce qui
se passe au Theatre , pour concevoir , si
lon agit de bonne foi et sans prévention ,
que les Comédiens de nos jours sont
du moins aussi coupables et aussi dignes
de Censures , que ceux des siecles passez,
quoiqu'on avoue qu'ils sont plus polis et
moins impudens.
Que devient à present ce pompeux étalage d'érudition et d'autoritez que l'on
remet sur le tapis après le P. Caffaro ?
Qui pourra s'imaginer que d'habiles Theologiens , que des Saints mêmes très- illustres , ayent regardé comme permis et digne d'approbation, ce qui tend si visiblement à la corruption des mœurs? S'ils l'avoient fait , on ne risqueroit rien de les
desavoüer , n'étant pas le plus grand nom
bre l'esprit et la tradition de l'Eglise leur
étant contraires; mais il est bien plus juste
de croire qu'on les cite à tort , et qu'on ne les entend pas.
S'ils ont approuvé des Comédies, il fal-"
loit qu'elles fussent bien chastes , et bien,
éloignées
FEVRIER. 17320 249
éloignées de l'esprit impur qui anime celles de nosjours; ils entendoient, sans doute , des Spectacles , où il n'y auroit ni intrigues d'amour , ni airs de molesse , ni
rien de capable de flater la sensualité , de
fomenter le déreglement des passions :apparamment comme ces Pieces que l'on représente dans les Colleges pour exercer et
divertir innocemment la jeunesse. Que
nos Comédiens n'en donnent que de semblables , et nous conviendrons qu'étant
ainsi purifiées , elles ne seront plus dignesde censure. Mais ils n'ont garde d'être si
severes , ils ni trouveroient pas leur com.
ptpte. Cet air de reforme ne plairoit pas à
la plupart des spectateurs , le Théatre ne
seroit plus si frequenté , et la Comédie
n'auroit peut- être plus tant d'appuis , ni
tant de ressources .
Il est curieux de la voir se vanter d'ê
tre soutenue par les Puissances , bien teçûë dans les Cours , et entretenue par de
bons appointemens. C'est à peu prèscomme si une femme infidelle faisoit gloire du
prix de ses infidelitez , et qu'elle voulut passer pour innocente , parce qu'on
la souffriroit devant d'honnêtes gens ,
par des raisons de necessité ou de politique.
Dans les Etats les mieux policez , il y
Ciij
250 MERCURE DE FRANCE
a certains abus , certains déreglemens
qu'il seroit trop dangereux de vouloir extirper. On est obligé prudemment de
laisser croître l'yvroye avec le bon grains
et si les Puissances Superieures semblent
influer et fournir en quelque sorte à l'accroissement de cette mauvaise semence
c'est un mystere qu'il faut respecter par
unesage discretion , etnon pas entrepren
dre temerairement de le sonder. Mais les
raisons d'Etat et de politique peuventelles ôter à l'Eglise le droit de condamner
ces abus et ces dereglemens ? Et les coupables,quelques autorisez d'ailleurs qu'ils
se prétendent , auront-ils lieu de se plaindre des menaces ou des justes peines dont
cette charitable Mere n'use à leur égard,
que pour les rappeller de la voye de perdition . Je suis , &c.
A Heurgeville le 29. Janvie 1732
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Résumé : DISSERTATION sur la Comedie, pour servir de réponse à la Lettre, inserée dans le Mercure d'Aoust 1731. au sujet des Discours du Pere LE BRUN, sur la même matiere. Par M. SIMONET, Prieur d'Heurgeville.
M. Simonet, prieur d'Heurgeville, répond à une lettre critique parue dans le Mercure d'août 1731, qui contestait les discours du Père Le Brun sur la comédie. Simonet défend la modération et la justesse de son compte rendu des ouvrages, y compris ceux du Père Le Brun. Il critique le nouveau défenseur du théâtre, qui s'étonne des éloges accordés aux discours du Père Le Brun et les censure avec hauteur, soutenant une cause déjà perdue selon les personnes équitables. Simonet souligne que les principes objectés, bien que faibles, peuvent séduire par leur apparence et leur capacité à flatter l'imagination. Il rappelle que le théâtre, bien qu'il plaise, est pernicieux pour les mœurs et l'innocence. Il cite l'exemple de M. de Harlay, qui avait obligé le Père Caffaro à se rétracter pour un écrit similaire. Simonet souhaite que le défenseur du théâtre reconnaisse la dangerosité du théâtre, mais il doute que cela se produise. Le texte examine ensuite la contradiction apparente du Mercure, qui analyse favorablement les pièces de théâtre tout en louant les discours du Père Le Brun qui les condamnent. Simonet explique que le théâtre peut être apprécié pour son esprit tout en étant condamné pour ses effets pernicieux sur les mœurs. Il souligne que le Mercure, en louant les discours du Père Le Brun, met en garde contre les dangers du théâtre. Simonet soutient que la comédie, depuis Molière, est aussi mauvaise et dangereuse pour les mœurs qu'elle l'était auparavant. Il décrit comment le théâtre moderne, avec son langage poli et ses apparences trompeuses, séduit plus sûrement en cachant le vice sous des dehors engageants. Il conclut que le théâtre reste une école de l'impureté, enseignant l'art d'aimer de manière délicate et dangereuse, et glorifiant l'amour profane. Le texte critique sévèrement le théâtre, en particulier la comédie, en raison de son impact moral. Les représentations théâtrales, malgré leur apparence innocente, excitent des passions impures. Les acteurs, par leurs regards tendres, leurs soupirs et leurs larmes feintes, ainsi que leurs entretiens gracieux, attirent les spectateurs et les incitent à des désirs criminels. La morale du théâtre est jugée opposée à celle de Jésus-Christ, qui prône l'humilité et la modestie, tandis que le théâtre produit des héros présomptueux et vaniteux. Le théâtre est accusé de ne pas corriger les vices mais de les rendre plaisants et attractifs. Le Père Le Brun est défendu contre les critiques, car il a correctement dénoncé les dangers des spectacles. Le texte conclut que les comédiens modernes sont aussi coupables que ceux des siècles passés, malgré leur apparente politesse. Il critique également les puissances qui soutiennent le théâtre pour des raisons politiques, tout en reconnaissant que l'Église a le droit de condamner ces abus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 347-350
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
Début :
Les Officiers du Régiment du Maine Infanterie, dont un Bataillon [...]
Mots clefs :
Comédie, Officiers, Représentations, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
SPECTACLES.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Nimes le 24 Decembre 1731. au sujet
de quelques Comédies jouées dans cette
Ville.
Es Officiers du Régiment du Maine
LEDInfanterie , dont un Bataillon est en
Garnison dans cette Ville , résolurent ,
pour divertir nos Dames , de leur donner la Comédie une fois la Semaine; ils
engagerent quelques jeunes gens de cette
Ville à seconder leur projet , et ainsi , secourus de notre plus brillante Jeunesse
ils se mirent en état de commencer ce
Divertissement.
Ils débuterent par la Comédie du Foiseur,
de M. Regnard , suivie de celle du Retour
imprévu , du même Auteur. Ces deux
Pieces furent jouées si parfaitement, qu'el-
-les attirerent à ces Mrs les justes applaudissemens qu'ils méritoient , et exciterent
si fort l'empressement du Public , qu'on
fut obligé de mettre une Garde considerable à la Porte , pour éloigner ceux qui
ne pouvant avoir des Billets d'entrée , tâGiiij choient
348 MERCURE DE FRANCE
choient de se glisser par force ou par
adresse. Ces Officiers se chargerent de
tous les frais du Spectacle , et ils n'épargnerent rien pour le rendre magnifique ,
Décorations , Illuminations, Symphonie,
tout répondoit au Jeu des Acteurs. Ils
distribuoient ordinairement cinq ou six
cent Billets , et ils étoient obligez d'en
refuser plus qu'ils n'en donnoient , le bon
ordre ne leur permettant pas d'en distribuer plus que la Sale de la Comédie
ne pouvoit contenir de monde. Jamais
Comédie n'a mieux mérité d'attirer les
Spectateurs. Je puis assurer hardiment
qu'il y a bien de ces Mrs qui seroient distingués au Théatre de Paris.
Ils nous donnerent ensuite des Représentations du Tartufe , du Medecin malgré
lui , de l'Avocat Patelin , du Légataire ,
du François à Londres , des Folies amoureuses , de Phedre , et Hypolite , &c. et
toutes ces Pieces furent jouées aussi parfaitement que la prémiere. Je ne vous
nommerai pas ceux qui se distinguerent
le plus , parce qu'il n'y en avoit point
qui ne remplît parfaitement son Rôle et
il faudroit les nommer tous. Ce qu'il y
a de plus surprenant , c'est que quoique
les Rôles de femmes fussent jouez par des
hommes, ceux qui les représentoient ,
imitoient
FEVRIER: 1732. 349
imitoient si bien le geste et le maintien
des femmes , qu'on ne pouvoit raisonnablement soupçonner que ce ne fussent pas de veritables Actrices.
Sous le nom des Officiers de la Garnison et de la Jeunesse de notre Ville ,
je ne dois point confondre un jeune
Gentilhomme d'Arles , qui s'étan trouvé
ici par hazard , fut prié de jouer quelques Rôles dans ces Comédies ; if ne
faut pas se faire honneur de ce qui ne
nous appartient pas. Ce jeune homme se
chargea du Rôle de Dorine dans la Comédie de Tartufe et de plusieurs autres
de ce caractere , qu'il joia avec tant de
grace , d'intelligence et de gout , que les
plus difficiles connoisseurs avouerent
qu'il n'y avoit que le Théatre de Paris
où l'on pût trouver une aussi bonne Actrice. Comme il étoit peu connu dans
cette Ville , il fut aisément pris pour une
femme ; il y eut même un Marchand de
la Ville à qui l'on eut beau assurer que
ce n'en étoit point une , il dit toujours
que cela ne pouvoit être , qu'on se mocquoit de lui , et s'obstina à parier , &c.
C'est cet admirable Acteur ou Actrice ,
( comme il vous plaira de l'appeller, ) qui
engagea la noble Troupe à représenter la
Tragédie de Phédre et Hypolite , dans
Gv laquelle
350 MERCURE DE FRANCE
laquelle il joua le Rôle de Phédre. Quelques applaudissemens qu'il eût déja reçûs
dans la Comédie , ceux qu'il mérita dans
ce nouveau genre , furent encore plus
vifs et plus universels , de sorte que le
Public n'a trouvé que bien peu d'exageration dans les Vers suivans , envoyez રે
cet Acteur , et ausquels il fit la réponse
que je joins au Compliment.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Nimes le 24. Decembre 1731. au sujet de quelques Comédies joüées dans cette Ville.
En décembre 1731, à Nîmes, les officiers du Régiment du Maine d'Infanterie organisèrent des représentations théâtrales hebdomadaires pour divertir les dames de la ville. Ils formèrent une troupe avec des jeunes gens locaux. Les premières pièces jouées furent 'Le Foiseur' et 'Le Retour imprévu' de Jean-François Regnard, qui furent très bien accueillies. La demande fut si grande qu'une garde fut nécessaire pour gérer l'afflux de spectateurs. Les officiers prirent en charge tous les frais, assurant des décorations, des illuminations et une symphonie de qualité. Ils distribuaient environ cinq ou six cents billets, mais en refusaient autant en raison des limites de la salle. Les représentations suivantes inclurent 'Le Tartufe', 'Le Médecin malgré lui', 'L'Avocat Patelin', 'Le Légataire', 'Le François à Londres', 'Les Folies amoureuses', 'Phèdre' et 'Hippolyte'. Un jeune gentilhomme d'Arles interpréta plusieurs rôles, notamment celui de Dorine dans 'Le Tartufe', et fut acclamé pour sa performance. Il encouragea également la troupe à jouer 'Phèdre et Hippolyte', où il interpréta le rôle de Phèdre, recevant des applaudissements universels.
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56
p. 355-371
Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont donné avec grand succès, 22 Représentations [...]
Mots clefs :
Glorieux, Représentations, Comédie, Parterre, Scènes, Auteur, Lisimon, Pasquin, Mariage, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens François ont donné
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
avecgrand succès , 22 Représentations du
Glorieux , Comédie en cinq Actes , en
Vers , de M. Destouches , depuis le 18 du
mois dernier , jusqu'à la fin de celui ci.
Jamais le Parterre n'a paru plus équitable; les beautez dont cette Comédie est
remplie , forcerent l'envie au silence ,
ou plutôt aux applaudissemens. Les deffauts que la critique la plus sévere a
cru y remarquer, sont balancez par de si
grands coups de Maître , qu'ils n'y sont
que comme des ombres au Tableau ; on
en jugera par cet Extrait.
Dans les premieres Scenes , l'Auteur
ne s'attache qu'à nous instruire de ce qui
est nécessaire pour l'intelligence. Lapremiere est entre une Suivante et un Valet.
Celle là sous le nom de Lisette , appartient à Isabelle , fille d'un riche Bourgeois,
et
356 MERCURE DE FRANCE.
et celui- ci , sous le nom de Pasquin , sert
le Comte de Tufiere , sur qui roule le caractere dominant de la Piece ; c'est- à-dire,
du Glorieux . Le panchant que Lisette a remarqué dans le cœur de sa Maîtresse, ou
plutôt son amie , en faveur du Comte de
Tufiere , l'authorise à sçavoir , s'il est digne de son amour et de son Hymen. Pasquin ne lui en fait pas un portrait trop
avantageux et ne dissimule point son vice
prédominant , qui est la vaine gloire.
L'Auteur a pris soin de couper cette
exposition , par une action qui met dans
un nouveau jour , ce que Pasquin ne fait
que réciter. Un Domestique du Glorieux,
appellé Lafleur , vient demander son
congé à Pasquin , comme Factoton de son
Maître ; cette demande est fondée sur
la deffense qu'on lui fait de parler, dans
laquelle il trouve un mépris , dont il ne
sçauroit s'accommoder ; il ajoûte qu'il aimeroit mieux une parole qu'une pistole
de la part d'un Maître. Cette Scene est
suivie d'une autre qui caracterise la prétendue soubrette. Lisimon , Pere de sa
Maîtresse , l'aime ; il lui fait des propo
sitions avantageuses , qui ne servent qu'à
faire connoître la vertu de celle qui les
rejette. Comme Lisimon la presse un peu
trop vivement , son Fils vient arrêter ses
trans
FEVRIER. 1732. 357
transports amoureux , sous un prétexte
de tendresse filiale , comme s'il prenoit
son amour pour une fiévre qui vient de
lui enflammer le sang ; le Pere amoureux
se retire tres mécontent de son Fils. A
peine est-il sorti , que ce Fils , Rival de
son Pere , parle d'amour à la fausse soubrette , elle lui déclare d'un ton ferme
qu'elle ne veut donner son cœur que par- devant Notaire.
>
Un vieillard , qui s'appelle Lycandre,
vient interrompre cette conversation ; le
jeune Amant se retire ; cette derniere Scene reveille l'attention des Spectateurs ; le
vieillard qui vient d'atriyer et que Lisette
connoît et honore , après avoir sondé son
cœur , lui déclare qu'elle est sortie d'un
Sang à pouvoir prétendre et même faire
honneur à la famille de Lisimon , par son
alliance ; il lui promet de lui en apprendre davantage incessamment; il s'informe
du caractere du Comte de Tufiere , et apprend avec un regret mortel , qu'il s'est
entierement livré à la vaine gloire.
Au second Acte , Lisette n'ose croire
ce que Lycandre vient de lui reveler , et
prend pour un beau songe l'illustre origine dont on l'a fait sortir ; elle ne peut
cependant en faire un mystere à son cher
Amant. C'est Valere,fils de Lisimon.ValeIC
358 MERCURE DE FRANCE
re est beaucoup plus crédule que sa Maî
tresse ; elle lui ordonne le secret , mais il
a beau le lui promettre,à peine apperçoitil sa sœur Isabelle , qu'il court à elle pour
le lui apprendre. Lisette lui impose silence ; il n'obéit qu'avec peine , et dità sa
sœur de ne traiter désormais Lisette qu'avec respect.
Isabelle ne sçait que comprendre du
respect que son Frere exige d'elle pour
une Suivante, cela lui fait soupçonner que
son Frere veut l'épouser en secret ; Lisette
ne lui revele rien , Isabelle lui avoue qu'elle
ne haït pas le Comte de Tufiere , malgré
le deffaut de vaine gloire qui devroit le
rendre indigne de lui plaire.
Philinte , amoureux d'Isabelle , vient
lui parler de son amour , mais il est si timide qu'il n'ose exprimer ses sentimens ;
Isabelle et Lisette le raillent tour à tour ,
elles le quittent enfin ; il fait connoître
son caractere de timidité qu'il ne sçauroit
vaincre. Un Laquais le prenant pour le
Comte de Tufiere lui apporte une Lettre
qu'il renvoye à son addresse ; Pasquin ,
Valet du Comte de Tufiete , et singe de
sa vaine gloire , reçoit cette Lettre avec
hauteur.
#
Le Comtede Tufiereparoît pour la premiere fois sur la Scene avec un grand
Cor-
FEVRIER 17320 359
Cortege; Pasquin lui parle de la Lettre
qu'on vient de remettre entre ses mains.
Son Maître lui dit qu'elle vient sans doute du petit Duc , ou de la Princesse, &c.
mais Pasquin lui ayant fait entendre que
c'est un Laquais assez mal vétu qui l'a apportée ; il ordonne , avec dédain , qu'on
Ja lise et qu'on lui en rende compre. Nous
omettons plusieurs particularitez , parce
qu'elles tiennent plutôt au caractere qu'à J'action Théatrale. Le Glorieux se fait lire
enfin la Lettre dont Pasquin lui a parlé ;
elle est pleine d'invectives contre son ridicule orgueil ; il n'en peut reconnoître let
caractere ; celui qui l'a écrite , lui déclare
qu'il aemprunté unemain étrangere, Cette
Lettre produira son effet dans le quatriéme Acte.
Lisimon vient , et par sa franchise et sa
familiarité bourgeoise il découvre la fierté
de son gendre futur ; il rabat de temps
en temps ses airs évaporez , et le force à
s'aller mettre à table en l'embrassant amicalement et en l'entraînant malgré lui.
Le Glorieux ouvre la Scene du troisiéme Acte avec Pasquin , à qui il dit , que
son beaupere futur est enchanté de lui
et qu'il le conduira insensiblement jusqu'au respect qu'il lui doit ; il ajoute que
son mariage avec Isabelle est arrêté.
Isa-
366 MERCURE DE FRANCE
Isabelle vient , suivie de Lisette ; elle
fait entendre au Glorieux , que quoique
son pere ait conclu le mariage , elle veut
connoître un peu mieux l'Epoux qui lui
est destiné ; Lisette veut appuyer ce que
Sa Maîtresse vient de dire ; le Glorieux ne
daigne pas lui répondre et la regarde même avec mépris ; il demande ironiquement à Isabelle , si elle ne s'explique jámais que par interprete.
Valere vient s'informer du mariage
qu'il vient d'apprendre ; le Glorieux lui
répond avec un orgueil qui l'oblige à lui
dire que l'Hymen projetté , n'est pas encore tout-à- fait arrêté , attendu que sa
Mere, bien loin d'y consentir , destine sa
Fille à Philinte ; au nom d'un tel Rival ,
le Glorieux redouble de fierté et de mépris; il prie Valere de dire à cet indigne
concurrent que s'il met le pied chez Isabelle , ils pourroient se voir de près. Valere lui promet de s'acquitter de la commission qu'il lui donne , et se retire.
Isabelle outrée de la hauteur avec laquelle le Comte de Tufiere vient de parler à son Frere, lui fait de vifs reproches
sur ce deffaut dominant ; elle charge Lisette d'achever la leçon , et le quitte.
Lisette remplit dignement la place que
sa Maîtresse lui laisse ; le Comte en est si
étonné
FEVRIER. 1732, 36r
étonné , qu'il n'a pas la force de repliquer un mot. Lisette le quitte,
Philinte , à qui Valere vient d'appren
dre le parfait mépris que le Glorieux a
fait éclater à son sujet , vient respectueu,
sement lui en demander raison ; cette
Scene est des plus originales. Le Glorieux
accepte le défi , ou plutôt la priere que
son humble Riyal lui fait de lui faire
l'honneur de se couper la gorge avec lui.
Ils mettent tous deux l'épée à la main.Lisimon accourt au bruit des Epées. Philinte lui dit que le respect le désarme et remet
son épée dans le fourreau, Lisimon reçoit
tres-mal sa politesse , et lui deffend de revenir chez lui, Philinte se retire après
avoir dit au Glorieux qu'il espere qu'il lu‡
fera l'honneur de lui rendre sa visite , et
qu'il tâchera de le bien recevoir.
Le Comte de Tufiere dit de nouvelles
impertinences à son futur Beaupere et le
quitte.
Lisimon choqué de tant d'orgueil, est
tenté de rompre le matiage ; mais la réfléxion qu'il fait , sur l'avantage que sa
femme tireroit de cette rupture , le confirme dans sa premiere résolution.
Le 4 Acte est sans contredit le plus interessant , le plus varié de la Piece , et qui
en a le plus assuré le succès. Il commence
par
362 MERCURE DE FRANCE par une Scene's
sur laquelle
nous ne nous
arrêterons
pas. La seconde
, ne contient
qu'un sage reproche
que Lisette
fait à Va
lere d'avoir
causé une querelle
entre le
Comte
et Philinte
. Valere voyant
approcher le même vieillard
, qui a interrompu sa premiere
conversation
avec sa chere
Lisette
, se retire , non sans marquer
du
dépit.
Lycandre surpris de retrouver Lisette
en tête à tête avec Valere , lui demande
si elle n'a pas quelque engagement de
cœur avec lui. Lisette rougit à cette demande. Elle avouë enfin non- seulement
que Valere l'aime , mais qu'elle le préfereroit à tout autre Amant si leurs conditions étoient égales. Lycandre lui confirmela promesse qu'il lui a déja faite de
lui apprendre son sort. Il commence par
lui apprendre ce qui a causé le malheur
de son pere; il en prend la source dans
l'orgueil de sa mere , qui par un affront
insigne qu'elle fit à une Dame, obligea les
deux maris à se battre ; il ajoute que son
Pere ayant tué son adversaire en brave
homme , fut calomnieusement accusé de
l'avoir assassiné, ce qui l'obligea à chercher un azyle en Angleterre , il ajoûte
que son pere touche à la fin de ses mal-'
heurs et que son innocence ya triom-
,
ther
}
FEVRIER 1732. 363
pher ; elle demande avec atendrissement,
où est ce cher et malheureux pere ; la reconnoissance est filée avec un art infini ;
Lycandre se découvre enfin pour son Pere;
la fausse Lisette se jette à ses pieds. Il luf
apprend que le Comte de Tufiere est son
Frere,et lui témoigne l'extrême regret qu'il
a d'apprendre qu'il n'a pas moins d'orgueil
que sa mère ; il se promet de le corriger et ordonne à sa Fille de rentrer et sur
tout de garder le silence sur le secret
qu'il vient de lui confier.
Lycandre demande à Pasquin s'il ne
pourroit point parler au Comte de Tufiere. Pasquin le voyant, en si mauvais
équipage , lui dit d'un air méprisant, qu'il
est en affaire et qu'il ne sçauroit le voir.-
Lycandre prend un ton de voix à faire.
rentrer Pasquin en lui même ; il convient
qu'il n'est qu'un sot et que l'exemple d'un
Maître orgueilleux l'a gâté. Lycandre lui
sçait bon gré de ce retour ; il lui dit d'aller dire à son Maître que celui qui le demande est le même qui lui a écrit tantôt
une Lettre. Pasquin lui répond , que le
porteur en a déja été payé , et qu'il ne lui
conseille pas de se montrer à ses yeux ,
après lui avoir écrit des véritez si dures à
digerer: Ne crains rien , lui répond le
Vieillard , tu le verras tres-pacifique er tres-
364 MERCURE DE FRANCE
tres modeste devant moi. Pasquin va
chercher son Maître, en disant qu'il s'en
lave les mains.
Lycandre en attendant son fils forme
quelques esperances d'amandement ; elles.
sont fondées sur le changement qu'il
vienr de remarquer dans son valet.
Le Glorieux vient enflammé de colere,
mais reconnoissant son pere en celui qu'il
vient chercher comme ennemi, il demeu
re interdit , au grand étonnement de Pasquin qui le trouve comme pétrifié ; il fait
sortir Pasquin , quoique Lycandre veuille
qu'il demeure , pour être témoin d'une
Scene si nouvelle à ses yeux.
Le Pere fait de sanglans reproches à son
Fils , qui s'excuse assez mal ; il lui deman
de , d'où vient qu'il fait sortir son Valet.
Voulez-vous , lui répond son Fils , que je
vous expose à quelque mépris. Non , ce
n'est point là ce que vous appréhendez ,
lui dit son pere ;
Vous craignez bien plutôt d'exposer ma misere,
>
Le Glorieux , voyant que son Pere exige de lui , s'il veut obtenir son pardon
qu'il vienne à l'instant le presenter dans
l'état où il est à Lisimon et à sa Fille , se
jette à ses pieds pour l'en détourner ; c'est
dans cette situation que son Pere lui dit
les
FEVRIER. 17320 365
les deux beaux Vers , que tout le monde
sçait par cœur , que nous rapporterons
plus bas.
Lisimon survient : il dit au Glorieux
que sa femme consent enfin à l'accepter
pour gendre ; que c'est à lui à faire quelques démarches et à lui rendre ses devoirs ; ce mot de devoir étonne le Glorieux ; son Pere lui fait une sage remontrance sur sa fierté hors de saison. Lisimon-surpris,lui demande qui est ce vieillard qui lui paroît si verd , il lui repond
tout bas , que c'est son Intendant : Lisimon demande au prétendu Intendant à
quoi peuvent monter les revenus duComte , &c. Le vieillard se retire , en disant
tout bas à son Fils, qu'il ne sçauroit mentir ; il dit pourtant à Lisimon qu'il n'a
qu'à conclure le mariage , et que bien- tôt iis seront tous contens.
Lisimon choqué de quelques nouveaux
airs de hauteur que le Glorieux prend en
core avec lui , le quitte en colere, en lui
disant de garder sa grandeur. Le Glorieux se détermine à faire tout ce qu'on
exige de lui , en disant , que sa mauvaise
fortune le réduit à fléchir devant l'Idole.
Valere se reproche devant Lisette , au
ve Acte , l'infidelité qu'elle l'a contraint
de faire à son ami Philinte , en parlant à
H sa
366 MERCURE DE FRANCE,
sa mere, en faveur du Comte de Tufiere,
Isabelle paroît encore incertaine sur le
consentement qu'on lui demande pour
'Hymen arrêté. Lisimon vient annoncer
que sa femme , devenue enfin plus traitable , a promis de signer le Contrat , il se
met en colere contre sa fille qui paroît
encore balancer.
Le Notaire vient , on dresse le Contrat , les noms et qualitez que le Comte de Tufiere se donne , achevent de remplir son caractere.
Lycandre , ou le Marquis de Tufiere ,
arrivé augrand regret de son Fils qui vouloit achever l'Hymen sans lui ; sa presence le rend confus , son pere s'en offense ;
et pour achever de le confondre , il le
menace de sa malediction , s'il ne tombe
à ses genoux; son Fils se jette à ses pieds,
il implore sa clemence, et abjure pour jamais son orgueil . Son Pere le voyant corrigé , lui apprend que le Roy vient de le
remettre dans la jouissance de tous ses
biens, après avoir connu son innocence et
puni l'imposture de ses accusateurs, La
Picce finit par un double Hymen ; Lisette
devient constante ; elle est reconnuë pour
Demoiselle. Le Comte de Tufiere proteste
Isabelle qu'il fera desormais toute sa
gloire de l'aimer et de meriter son cœur
ep sa main.
Mais
FEVRIER. 1732. 367
Mais pourmettre le Lecteur plus en état
de juger du mérite et de la Versification
de cette Piece , donnons quelques mor
ceaux qui en fassent connoître les divers
caracteres et l'é égance du stile dont elle
est écrite. Voici le Portrait que Pasquin
fait de son Maître , dans la 4 Scene du
premier Acte.
Sa politique
Est d'être toujours grave avec un domestique;
S'il lui disoit un mot , il croiroit s'abbaisser ,
Et qu'un Valet lui parle , il se fera chasser.
Enfin pour ébaucher en deux mots sa peinture ;
C'est l'homme le plus vain qu'ait produit la na- ture ,
Pour ses inférieurs , plein d'un mépris cho-
< quant ,
Avec ses égaux même , il prend l'air important
Si fier de ses ayeux , si fier de sa noblesse ,
Qu'il croit être icy-bas le seul de son espece.
Persuadé d'ailleurs de son habileté ,
Et décidant sur tout avec autorité ;
Se croyant en tout genre , un mérite suprême ,
Dédaignant tout le monde , et s'admirant lui- même;
En un mot , des mortels le plus impérieux ,
Et le plus suffisant et le plus glorieux.
Hij Zr
368 MERCURE DE FRANCE
LYSETT E.
Ab! que nous allons rire.
PASQUIN
LYSETTE.
Et de quoi donc
Son fasté ,
Ja fierté , ses hauteurs font un parfait contraste
Avec les qualitez de son humble rival ,
Qui n'oseroit parler de peur de parler mal ;
Qui par timidité , rougit comme une fille
Et qui, quoique fort riche et de noblefamille ,
Toujours rampant , craintif, et toujours con- certé ,
Prodigue les excès de sa civilité ,
Pour les moindres Valets , rempli de déférences
Et ne parlant jamais que par ses révérences.
Lycandre ferme le premier Acte, en di
sant à Lisette.
Jusqu'au revoir. Songez qu'une naissance illustre ,
Des sentimens du cœur reçoit son plus beau lus tre.
Pour les faire éclater , il est de sûrs moyens;
Et si le sort cruel vous a ravi vos biens ,
D'un plus rare trésor , enviant le partage ,
Soyez riche en vertus , c'est- là votre appad
page,
FEVRIER. 1732. 369
A la quatrième Scene du troisiéme Acte , Isabelle fait adroitement le portrait
du Comte à lui même , et n'oublie rien.
en même-temps pour lui persuader que la
modestie est toujours la marque du vrai
mérite.
LE COMT E.
De grace , à quel propos cette distinction ?
ISABELLE.
Je vous laisse le soin de l'application ,
Et de la modestie embrassant la défence ,
Je soutiens que par elle on voit la différence
Du mérite apparent , au mérite parfait ;
L'un veut toujours briller , l'autre brille en effet ,
Sans jamais y prétendre , et sans même le croire ;
L'un est superbe et vain , l'autre n'a point de
gloire ;
Le faux aime le bruit , le vrai craint d'éclater
L'un aspire aux egards , l'autre à les mériter ,
Je dirai plus. Les gens nez d'un sang respectable
Doivent se distinguer par un esprit affable ,
Liant , doux , complaisant , au lieu que la fierté ,
Est l'ordinaire effet d'un éclat emprunté.
La hauteur est par tout odieuse , importune ,
Avec la politesse , un homme de fortune.
Est mille fois plus grand , qu'un Grand toujours
gourmé,
Hiij D'un
370 MERCURE DE FRANCE
D'un limon précieux , se présumant formě.
Traitant avec dédain , et même avec rudesse
Tout ce qui lui paroît d'une moins noble espece
Croyant que l'on est tout , quand on est de son sang ,
Et croyant qu'on n'est rien , au dessous de son
rang.
Dans la Scene suivante , Lysette dit au
Comte :
Le discours d'Isabelle étoit votre portrait ,
Et son discernement vous a peint trait pour
trait.
Dût la gloire en souffrir , je ne sçaurois me taire.
Je ne vous dirai point , changez de caractére ,
Car ou n'en changé point , je ne le sçais que
trop.
Chassez le naturel , il revient au galop ;
Mais du moins , je vous dis , &c.
Lycandre parlant de Listmon , au quatriéme Acte , Scene 7.
On me l'a peint tout autre , et j'ai peine à vous croire ,
Tout ce discours ne tend qu'à cacher votre
gloire ;
Mais pour moi qui ne suis ni superbe , ni vain
Je prétends me montrer , et j'irai mon chemin .
Le
FEVRIER. 1732 378
Le Comte , l'empêchant de sortir.
Differez quelques jours ; la faveur n'est pas
grande ,
Je me jette à vos pieds , et je vous la demande.
.
LTCANDRE.
J'entends , la Vanité me déclare à genoux
Qu'un Pere infortuné n'est pas digne de vous.
Oui, oui , j'ai tout perdu par l'orgueil de ra
mere ,
Et tu n'as hérité de son caractere. que
Le Comte finit la Piece par ces six Vers.
Non, je n'aspire plus qu'à triompher de moy,
Du respect , de l'amour , je veux suivre la Loy.
Ils m'ont ouvert les yeux ; qu'ils m'aident à in vaincre ,
Il faut se faire aimer , on vient de m'en convaincre :
Et je sens que la gloire et la présomption
N'attirent que la haine et l'indignation
Fermer
Résumé : Le Glorieux, Comédie. Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Glorieux', une comédie en cinq actes en vers de M. Destouches, a été représentée avec succès par les Comédiens Français du 18 du mois précédent jusqu'à la fin de celui-ci. Malgré quelques défauts mineurs, la pièce a été bien accueillie par le public grâce à des moments de grande qualité. L'intrigue commence avec une conversation entre Lisette, la suivante d'Isabelle, et Pasquin, le valet du Comte de Tufière. Lisette souhaite savoir si le Comte est digne de l'amour d'Isabelle. Pasquin décrit le Comte comme un homme dominé par la vaine gloire. Cette scène est interrompue par Lafleur, un domestique du Comte, qui demande son congé à Pasquin en raison du mépris qu'il ressent. Lisimon, le père d'Isabelle, tente de séduire Lisette, mais est interrompu par son fils Valère, qui révèle son propre amour pour Lisette. Lycandre, un vieillard, interrompt cette conversation et révèle à Lisette qu'elle est de noble origine. Il exprime son regret face à l'orgueil du Comte de Tufière. Au deuxième acte, Lisette partage cette révélation avec Valère, qui en informe Isabelle. Philinte, amoureux d'Isabelle, lui déclare timidement son amour. Le Comte de Tufière apparaît enfin, entouré de son cortège, et reçoit une lettre pleine d'invectives contre son orgueil. Lisimon, par sa franchise, contrarie la fierté du Comte. Le troisième acte montre le Comte discutant de son mariage avec Isabelle, qui souhaite mieux le connaître. Valère et Philinte se disputent à cause du Comte, et Lisimon est tenté de rompre le mariage. Le quatrième acte est le plus intéressant et varié. Lycandre révèle à Lisette qu'elle est sa fille et que son père, exilé en Angleterre, est innocent d'un crime. Le Comte, confronté par son père, reconnaît ses erreurs et accepte de changer. Lisimon, choqué par l'orgueil du Comte, finit par accepter le mariage après une remontrance de Lycandre. La pièce se termine par la rédemption du Comte, qui accepte de se soumettre aux exigences de sa future famille pour obtenir leur pardon. Le Comte de Tufière promet à Isabelle de l'aimer et de mériter son cœur. Deux mariages sont célébrés : celui d'Isabelle et du Comte, et celui de Lysette avec Valère, reconnue comme demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
57
p. 525-534
La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA CRITIQUE, Comédie de M. de Boissi, représentée pour la [...]
Mots clefs :
Critique, Comédie, Comédiens-Italiens, Prologue, Faiblesses superstitieuses, Apollon, Chrisante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
LA CRITIQUE, Comédie de M. de
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
Boissi , représentée pour la premiere fois
par les Comédiens Italiens le 9. Fevrier
1732. A Paris, chez P. Prault , Quay de
Gesures, 1732. prix 24. sols.
Nous croyons que cette Piece sera luë
avec
26 MERCURE DE FRANCE
avec autant de plaisir qu'on en a vû les
Représentations. Elle est pleine d'esprit
et bien versifiée ; mais comme ce n'est
pas une Comédie réguliere , et que beau
coup de Scenes pourroient s'en détacher
aisément , sans nuire au progrès de l'action , nous n'en donnerons pas un Extrait
bien regulier , quoiqu'il y ait de quoi en
faire un fort long , si nous voulions y
faire entrer tout ce qui a été applaudi.
Cette Piece est precédée d'un Prologue
intitulé , L'Auteur Superstitieux. Dans la
Représentation , le sieur Romagnesi ,
sous le nom de Clitandre , entre très- bien
dans ce caractere. Il dit à son ami Damon
qui combat ses foiblesses superstitieuses.
L'Interêt , la gloire avec l'Amour ;
Ils m'occupent tous trois , et dans ce même jour,
Onjuge mon affaire , on doit jouer ma Piece ,
Et je suis sur le point d'épouser ma Maîtresse....
Tous mes sens sont émus d'une façon terrible.
Pour l'interêt , amis , je suis très -peu sensible.
Si je perds mon procès , comme je le crois fort ,
Je m'en consolerai sans faire un grand effort.
Pour l'Amour et la gloire il n'en est pas de même,
Tous deux mé font sentir leur ascendant suprême ,
Tous deux d'un feu pareil enflâment mon desir ,
Et sont enmême temps ma peine et mon plaisir.
Dans
7
MARS. 1732. 527
Dans mes sens agitez leur cruelle puissance ,
Fait succeder la peur sans cesse à l'esperance.
Plaire à l'objet que j'aime, et mevoir son époux
Offreà moncœur sensible un triomphe bien doux;
Mais la crainte de perdre un bien si plein de
charmes,
Y porte au même instant les plus vives allarmes.
Par un brillant Ouvrage assembler tout Paris ,
Réunir tous les goûts, charmer tous les esprits ,
Malgré tous les efforts que tente la Critique ,
Captiver par son Art l'attention publique ,
Forcer deux mille mains d'applaudir à la fois ,
Et s'entendre loüer d'une commune voix ,
Presente à mon esprit la plus haute victoire
D'un Guerrier qui triomphe on égale la gloire :
Mais si l'honneur est grand le revers est affreux;
DuParterre indigné , les cris tumultueux,
Sa fureur qui maudit et l'Auteur et l'Ouvrage ,
La tristesse et l'ennui peints sur chaque visage,
Tous les brocards malins qu'on vous donne en
1
:
sortant ,
Et votre nom en butte au mépris éclatant.
Le desert qui succede à la foule écartée ,
Accablent à leur tour mon ame épouventée ;
Je crains de deux côtez d'avoir un sort fâcheux ,
D'être Amant traversé comme Auteur malheu reux.
Il ajoûte en répondant à Damon.
Tout
28, MERCURE DE FRANCE
Tout ce que vous direz ne servira de rien ;
Et pour finir le cours d'un pareil entretien ,
Né superstitieux , je ne suis pas mon Maître ,
Je pense commevous qu'il est honteux de l'être.
Ma raison me le dit , mais elle perd ses soins ;
J'en sens le ridicule et ne le suis pas moins.
Contre les préjugez en vain on se rebelle ,
Lasuperstition à l'homme est naturelle ,
Et le hazard malin pour la fortifier >
Se plaît incessamment à la justifier.
Je l'ai trop éprouvé dans plus d'une occurrence
La raison ne tient pas contre l'experience;
Et votre cœur peut- être auroit le même effroi ,
Si vous étiez, Monsieur, sur le point comme moi,
D'attirer du Public la loüange ou le blâme ,
De perdre ou d'obtenir l'objet de votre flame.
La Scene du Prologue se passe chezClitandre.
Les Acteurs de la Piece , dont la Scene
est au Parnasse , sont Apollon , Thalie ,
la Critique.Un Auteur satyrique , le sieur
Dominique, Chrisante, homme singulier,
le sieur Romagnesi. La Médisance , la
Dlle Sylvia. Le Vaudeville , le sieur Thévenot. Coxesus, Arlequin.La Contredanse,
le Tambourin , le Menuet , &c.
Apollon et Thalie ouvrent la Scene ;
la Muse commence ainsi.
Seigneur,
MARS. 1732 5299
Seigneur , malgré la brigue et la clameur pu
blique , 1
Parmi les doctes Sœurs vous venez de placer
La juste et la saine Critique.
Elle vient s'établir dans l'Etat Poëtique,
Pour y maintenir l'ordre et pour le policer.
Je ne sçaurois, pour moi qui préside au Comique,
Et qui tiens de ses traits mon plus grand agré ment ,
Donner à votre choix trop d'applaudissement.
Quel bonheur de la voir gouverner le Parnasse
Elle qui par le vrai se regle uniquement ,
Et ne fait à personne injustice ni grace,
Apollon.
Dans le monde on a d'elle une autre opinion
Par un injuste effet de la prévention
De tout le Genre humain on la croit l'ennemie
On croit que sans égard et sans distinction ,
Elle condamne tout par une basse envie.
Pour détruire les faux Portraits ,
Qu'a fait d'elle en tous lieux la noire calomnie ,
Il faut aux yeux de tous qu'elle se justifie ,
Et dévoile an grand jour ses veritables traits.
Chacun viendra lui rendre hommage
Et la feliciter sur ses honneurs nouveaux ;
Elle doit faire voir que son goût toûjours sage,
Scait approuver le vrai , comme blâmer le faux;
Qu'elle
530 MERCURE DE FRANCE
Qu'elle reprend sans fiel , et que son badinage ,
Sans blesser la personne , attaque les deffauts ;
Elle ne prétend plus sur tout qu'on la confonde ,
Avec la Satyre , sa sœur ,
Qui sous son nom , s'affichant dans le
monde ,
Lui fair partager sa nóirceur ;
Elle sent trop qu'il est de son honneur,
De démasquer cette même Satyre ,
Qui dans sa maligne fureur
Ne reprend point par le désir d'instruire ,
Mais par le noir plaisir qu'elle prend à médire
Et de désavoüer tous ces Auteurs obscurs
Dont la plume anonyme,
Jusques sur la vertu , répand ses traits impurs
Et qu'inspire en secret , sa scœur illégitime.
t Je dois moi-même les punir ,
.Et pour jamais bannir
Cette engeance coupable ,
Pour la gloire de l'Art qu'elle rend méprisable,
Dans la troisiéme Scene , Chrisante
s'applaudit d'un ouvrage qu'il a entrepris ; c'est la Critique du Public. Ce Tableau présenté au Public lui - même ,
sous les traits les plus ressemblans , est un
morceau
MARS. 17320 535
morceau que nous n'avons pas cru devoir
ometre.
Apollon.
mais voudriez- vous bien Le projet est nouveau ,
Me détailler et m'apprendre
Ce que dans le Public vous trouvez à reprendre
Soit dans ses actions , ou dans son entretien ?
Chrisante.
Mille travers , mille bévuës ,
Son gout pour le Clinquant , dont il est le sou tien ,
Et pour la nouveauté qu'il porte jusqu'aux nuës,
Ou qu'il met au dessous du rien ;
Carjamais il ne garde un milieu raisonnable
Chez lui tout est divin , ou tout est misérable.
Sa fureur pour la mode et pour tout Charlatan 7
Tous les usages foux dont il est partisan ,
Toutes ses politesses fades ,
Ses visites , ses embrassades ,
Et ses saluts du premier jour de l'an,
Du Carnaval ses Mascarades ,
Du Mardy Gras son transport Calotin ,
Et son air sot le lendemain ;
Son exercice aux Thuileries',
Ses caracols , ses lorgneries ;
'Aux Spectacles , ses flots , ses vertiges frequens ,
Ses battemens de mains donnez à contre- temps :
£ Tous
32 MERCURE DE FRANCE
Toutes ses moucheries ,
Ses baillemens , ses crachemens
Aux endroits les plus beaux , les plus interes sans ;
Son ridicule étrange
De recevoir avidement
La plus insipide louange ,
d'applaudir toujours le banal compliment ;
Qu'on lui retourne incessament ;
Sa rage opiniatre ,
De crier presqu'à tout moment ,
Place aux Dames , place au Théatre;
Parlez plus haut ; l'habit noir , chapeau bas ♬
Paix , Monsieur l'Abbé , haut les bras ;
Annoncez ; bis , la Capriole,
Et pour tout dire , enfin , l'insupportable Rôle
Qu'il fair , dès qu'au Parterre il se trouve pressé ,
Ce qui révolte l'ame , et fait hausser l'épaule
A tout homme de gout , છેà. tout homme sensé,
Apollon.
Vous peignez là la multitude ,
Mere du tumulte et du bruit ,
Que n'arrête aucun frein , que l'exemple séduit
Qu'entraîne la coutume , ou l'aveugle habitude
Et non le vrai Public que la raison conduit ,
?
D'où part ce grand corps de lumiere ,
Qui me guide moi - même , et sans cesse m³é—
Claire Ce
MARS. 17320 333
Ce Public, en un mot , avec choix assemblé
Tel qu'on le voit paroître
Aux yeux d'un Théatre réglé.
Quand il écoute en Sage , et qu'il prononce es
Maître
Ses Arrêts qui le font si dignement connoître,
Et dont nul , avant vous , n'a jamais appellé.
Pour mettre le Lecteur en état de juger
du Dialoguede cette Piece , voici le commencement de la 6* Scene , entre la Critique et la Médisance.
Madame , je prens part , comme votre parenté
A votre fortune éclatante.
La Critique.
Pardon, j'ai de la peine à remettre vos traits
J'ai beau vous regarder de près.
La Médisance.
J'ai poutant avec vous assez de ressemblance
La Critique ne devroit pas
Méconnoître la Médisance.
Et de moi dans le monde on fait assez de cas ;
Pour m'avouer d'abord sans nulle repugnance.
La Critique.
Si je vous méconnois , il n'est pas surprenant;
Le chemin que je tiens , est different du vôtre ;
Fij La
$ 34 MERCURE DE FRANCE
La Raison et le Vrai , me guident constam
ment,
Et vous plaisés le plus souvent ,
Aux dépens de l'un et de l'autre , &c.
Les dernieres Scenes se passent entre la
Critique , le Vaudeville , la Contredanse ,
le Menuet , &c. et la Piéce finit par un
diverti
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Résumé : La Critique, Comédie, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'La Critique' de M. de Boissi a été représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 9 février 1732 à Paris. Cette comédie est décrite comme pleine d'esprit et bien versifiée, mais elle ne suit pas une structure régulière. Le texte mentionne un prologue intitulé 'L'Auteur Superstitieux', dans lequel le personnage Clitandre, interprété par le sieur Romagnesi, exprime ses angoisses avant la représentation de sa pièce et son mariage imminent. Il parle de ses craintes concernant le jugement du public, l'amour et la gloire. La scène principale se déroule au Parnasse et met en scène plusieurs personnages, dont Apollon, Thalie, la Critique, et divers autres acteurs. Apollon et Thalie discutent de l'importance de la Critique, qui doit maintenir l'ordre et la justice dans le domaine poétique. La Critique se défend contre les préjugés qui la présentent comme une ennemie, affirmant qu'elle juge avec sagesse et sans partialité. Chrisante critique le public pour ses travers et ses comportements ridicules, comme son goût pour la mode, ses politesses excessives, et ses réactions exagérées lors des spectacles. Apollon distingue ce public superficiel du véritable public guidé par la raison. La pièce se termine par une interaction entre la Critique et la Médisance, où la Critique affirme qu'elle est guidée par la raison et la vérité, contrairement à la Médisance. Les dernières scènes impliquent la Critique, le Vaudeville, la Contredanse, et le Menuet.
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58
p. 778-782
Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 Mars, la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Triomphe de l'Amour, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Les Comédiens. Italiens donnerent le
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
12 Mars , la premiere Représentation ‹
d'une Comédie en trois Actes , en Prose,
intitulée : Le Triomphe de l'Amour; cette
Piéce n'a pas eu le succès qu'elle méritoit;
c'est une des mieux intriguées qui soient
sorties de la plume de M. de Marivaux :
voicy un Argument qui doit tenir lieu d'Extrait.
Une
AVRIL. 1732. 779
Une jeune Princesse ,
amoureuse d'un
Prince opprimé , auquel un Philosophe
a donné un azyle chez lui , pour le dérober au péril qui menaceroit sa vie, sil
la passoit dans l'éclat qui convient à sa
naissance , se travestit en homme , pour s'introduire chez Hermocratè, ( c'est le nom
du Philosophe qui l'a élevé chez lui dès
sa plus tendre enfance. ) Ce Philosophe a
une sœur, appellée Léontine , d'une humeur encore plus austere. La Princesse déguisée sous le nom de Phocion , commence par mettre la sœur du Philosophe dans
ses interêts, en lui faisant croire qu'il l'aime, et que ce n'est que par le bruit de ses
perfections , qui lui tiennent lieu de tout
ce que la beauté a de plus piquant , qu'il
est venu la chercher dans saretraite; l'aústerité de cette prude est d'abord effarouchée ; elle ne sçauroit consentir à laisser
entrer et séjourner chez elle , un homme
dont elle est aimée ; mais l'amour qui
commence àtriompher de son cœur , lui
fait insensiblement oublier ce qu'elle doit
à sa gloire ; elle lui promet de faire con-- sentir Hermocrate son Frere , à le recevoir chez lui et à l'y souffrir pour quelques jours , par droit d'hospitalité ; ce
premier obstacle franchi , le prétendu
Phocion n'a pas beaucoup de peine à lier
4
›
un
الم
780 MERCURE DE FRANCE
1
un commerce d'amitié avec Agis , c'est le
nom de son amant ; cependant comme
tout est suspect aux yeux d'Hermocrate ,
ce Philosophe ne consent pas encore à recevoir Phocion dans sa retraite ; les jours
d'Agis lui sont trop chers pour le laisser
approcher de qui que ce soit ; nouvel embarras pour Phocion ; mais il a pourvû à
tout , et sa batterie est dressée de loin. Il a
une conversation avec Hermocrate: Autre
incident, par un hazard que l'Auteur a
pris soin d'expo.er dans la premiere Scene.
Hermocrate a vû Phocion depuis peu dans
la Forêt prochaine , sous les habits de son
sexe ; il reconnoît ses traits malgré son
travestissement ; le faut Cavalier a pris
ses mesures contre cet inconvenient; il se
donne pour ce qu'il est , et joue avec le
Frere le même Rôle qui lui a si -bien réüssi avec la sœur ; deux portraits qu'il a fait
faire de l'un er de l'autre , présentez à
propos , le font passer pour l'amant le
plus passionné , et l'amante la plus sincere qui fut jamais.
Egalement aimé de la Prude et du Phi-
-losophe , il ne lui reste plus que de l'être
de son cher Agis ; dans une Scene ingénieusement traitée , l'ami prétendu se déclare tendre amant; l'amitié d'Agis devient
amour , et l'amour produit en lui la jalousie
AVRIL. 1732 781
lousie dès qu'il apprend qu'Hermocrate
est aimé. Leonide , c'est le veritable nom
de la Princesse , n'a pas beaucoup de pei
ne à dissiper ses soupçons ; le nom de
fide que son Amant lui a donné dans sa
colere , nesert qu'à lui faire voir qu'elle
est aimée autant qu'elle aime.
per.
Le dénouement de cette avanture est
des plus Comiques. Léonide , pour écar
ter le Philosophe et sa sœur , leur dit de
l'aller attendre à Athénes , où elle doit
les épouser solemnellement ; ils se font
une confidence reciproque de leut amour
qu'ils cessent d'envisager comme une foiblesse. Léontine nomme son vainqueur
au Philosophe qui ne lui répond que par
un grand éclat de rire ; il lui dit que Phocion est une fille , et que c'est l'amour
qu'elle a pour lui qui l'a obligée à déguiser son sexe ; mais le pauvre Philosophe
est confondu à son tour , quand il aprend
de la bouche d'Agis , que c'est lui qui est
l'Amant favorisé et qui doit devenir son
heureux Epoux. Hermocrate a beau vouloir s'y opposer et prendre le ton de Maître ; on vient lui dire que sa Maison est
entourée de Soldats , commandez par le
Capitaine des Gardes de la Princesse. Léonide vient et se fait reconnoître pour la
Princesse de Sparthe ; elle rend à son cher
Agis ,
782 MERCURE DE FRANCE
Agis , Fils de Cléomene , le Thrône que
son Pere avoit usurpé sur lui. Voilà à peu
près le sujet de cette Comédie ; tout le
monde convient que les Scenes en sont
parfaitement bien dialoguées et remplies
de pensées et de sentimens ; mais on croit
que cette intrigue auroit encore mieux
convenuà une simple Bourgeoise qu'à une
Princesse de Sparthe.
Le 29 , les mêmes Comédiens donnerent la Tragi- Comédie de Samson , pour
la clôture du Théatre.
Le 21 Avril , ils rouvrirent le Théatre
par une Comédie-nouvelle en Vers et en
trois Actes , de la composition des sieurs,
Romagnesy et Lélio le fils , intitulée , les
Amusemens à la mode , précédée d'un Prologue. La Dile Silvia fit le complimen.
qu'on a accoutumé de faire toutes les an
nées à la rentrée du Théatre , lequel fut
fort applaudi , ainsi que la Piece dont on
parlera plus au long.
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Résumé : Le Triomphe de l'Amour, Piece nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 12 mars, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en trois actes et en prose intitulée 'Le Triomphe de l'Amour' de Marivaux. Cette pièce, bien que bien construite, n'a pas rencontré le succès escompté. L'intrigue suit une jeune princesse, Léonide, amoureuse d'un prince opprimé, Agis. Ce dernier se réfugie chez un philosophe nommé Hermocrate. Pour se rapprocher du prince, Léonide se déguise en homme sous le nom de Phocion et gagne la confiance de Léontine, la sœur austère du philosophe. Phocion parvient à convaincre Léontine de l'accueillir, puis à se lier d'amitié avec Agis. Hermocrate, méfiant, refuse d'abord de recevoir Phocion. Cependant, Phocion révèle son identité à Hermocrate et à Léontine, utilisant des portraits pour prouver son amour. Léonide doit finalement révéler sa véritable identité pour écarter le philosophe et sa sœur. Elle les envoie à Athènes pour les épouser, révélant ainsi son amour pour Agis. Léonide se fait reconnaître comme la princesse de Sparthe et rend le trône à Agis, fils de Cléomène. La pièce est appréciée pour ses dialogues et ses pensées, mais certains estiment que l'intrigue aurait mieux convenu à une bourgeoise qu'à une princesse. Le 29 mars, les Comédiens Italiens ont joué la tragédie-comédie de 'Samson' pour la clôture du théâtre. Le 21 avril, ils ont rouvert le théâtre avec la comédie en vers 'Les Amusements à la mode' de Romagnesy et Lélio le fils.
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59
p. 982-993
Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Début :
Le 21 Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Les Amusements à la mode, Romagnesi, Riccoboni, Comédie, Théâtre, Acteurs, Actes, Danse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
SPECTACLES.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
L
E 21 Avril , les Comédiens Italiens
donnerent la premiere Représentation
d'une Piece en trois - Actes, intitulée : Les
Amusemens àla mode. Cette Comédie
dont les Sieurs Romagnesy et Riccoboni
sont Auteurs , fut précédée d'un Prologue. Voici l'Extrait de cet Ouvrage , que
le Public a reçu tres- favorablement , en
ayant trouvé le titre bien rempli , a beaucoup d'égards , et heureusement saisi , car
on n'a jamais tant vû de gens de tous
Etats , se faire un amusement de jouer la
Comédie, &c.
Au Prologue , Le Théatre représente le Théatre même. La De Sylvia y
paroît assise dans un Fauteuil. Le St Romagnési vient interrompre sa profonde
rêverie, dont il-lui demande la cause ; elle
lui dit qu'elle pense tres- sérieusement à
la sottise qu'ils vont faire de donner une
si mauvaise Piéce au public ; Piece qu'ils
n'auroient jamais dû recevoir.Romagnesi
lui dit que c'est à juste titre qu'on l'a reçue, et la premiere raison qu'il en donne,
C'est qu'il en est l'Auteur. Sylvia témoigne
MAY. 1732 १६
gnë sa surprise , attendu le peu de bon
sens qui regne dans tout l'Ouvrage, Romagnesi ne croit pas pouvoir mieux imposer silence à sa critique , qu'en ajoûtant , qu'elle est interressée plus qu'elle ne
pense à épargner l'Ouvrage , puisque son
parent Riccoboni ya travaillé conjointement avec lui : La Piece n'est donc pas
mauvaise , répond Sylvia ; elle fait plus
elle se charge de faire un Compliment au
public , pour le prévenir en faveur de
Ouvrage. Ce Compliment a paru tresjoli , aussi bien que le Prologue. La Dile
Silvia restée seule , s'exprime ainsi :
si
MESSIEURS , c'est vainement qu'il
pense ,
Que j'ose me charger du soin
De lasser votre patience ;
Quelle que soit votre indulgence
Ce seroit la pousser trop loin ,
De la mésurer au besoin
Qu'en aura notre insuffisance.
D'ailleurs , je tenterois des efforts superflus
Et c'est en vain qu'on se propose ,
D'adoucir un Public que l'Ouvrage indispose
Il ne le siffle point , mais il n'y revient plus ,
C'est à peu près la même chose.
Il faut pourtant vous demander ,
Car vous sçavez que c'est l'usage ,
G iij Et
984 MERCURE DE FRANCE
Et si vous daignez m'accorder
Le bien dont je me fais la plus fateuse image
Tout autre sort au nôtre doit ceder;
C'est d'être convainca de notre ardent hom
mage
De croire , que le soin qui peut seul nous guider
but que votre suffrage ,
Que dis je il est notre unique partage ;
N'a
pour
In douter un moment , c'est nous déposseder
Des droits d'un si juste héritage.
Acteurs de la Piece.
Mr Oronte, pere de Lucile,le sieur Pagheti.
MmeOronte , mere de Lucile , la Dille Belmont.
1102 5
Eraste, Amant de Lucile, le St Theveneau.
Lucile , fille de Met de Mme Oronte , la
Dlla Sylvia.
Rigolet , amoureux de Lucile , le sieur
Sticotti.
Lisidor et Coqueluche , amis de Rigolet,
joüans la Comédie de même que Ri
golet , les sieurs Mario et Romagnesi.
Valentin , Valet d'Eraste , le sieur Lelio.
Spinette , suivante de Lucile,la Dile Lelio.
La Scene est dans la Maison de Monsieur Oronte.
Acte
M AY. 17327 98
Acte Scene ; Oronte veut marier sa fille à Mr
Rigolet , parce qu'il déclame bien ; Mate
Oronté qui a autánt d'aversion pour le
talent de déclamer, que son mari ya de
panchant, s'oppose à son choix; Mr Oronte lui dit qu'elle seroit d'accord avec lui ,
s'il panchoit du côté d'Eraste , pár la seule raison qu'il chante bien , parce qu'elle
aime le chant. Made Oronte lui répond
qu'elle ne donnera sa fille ni à lun, ni à
l'autre , et s'en va.
Mr et Mme Oronte ouvrent la
Oronte se plaint de l'indocilité de sa femme, Lucile vient,suivie de Spinette; elle demande à son pere, d'où peut venir sa có
lere: M'Oronte lui dit que ce n'est rien,
qu'il vient de quereller avec sa femme ,
qui , selon sa coûtume , n'est pas , de son
sentiment ; qu'il s'agit d'un mariage qu'il
vient de lui proposer. Lucile lui demande quel choix il a proposé à sa mere ; l'éloge que M'Oronte fait de l'époux qu'il
veut lui donner, persuadant à Lucile que
ce'ne peut être qu'Eraste ; elle y donne
un plein consentement ; mais dès qu'elle
est mieux éclaircie , elle lui fait entendre
qu'elle ne sçauroit aimer Rigolet. Oronte
fait valoir l'authorité de pere , et prétend
absolument qu'elle épouse celui qu'elle
fui destine.
Fiiij Lucile
986 MERCURE DE FRANCE
:
Lucile témoigne sa douleur à Spinette,
qui lui conseille de ne point obéir à son
Pere. Eraste survient. Lucile lui apprend
son malheur Valentin , Valet d'Eraste,
leur promet de parer ce coup fatal par un
stratagême qu'il vient d'imaginer.
Eraste , pour remercier Lucile des bontez qu'elle a pour lui , se jette à ses pieds,
Valentin se jette à son tour aux pieds de
Spinette.Oronte rentre et surprend le Maî
tre et le Valet dans cette posture tendre et
suppliante. Valentin lui veut persuader
que c'est une Scene de Tragedie que Lucile et Eraste répetent , et qu'il vient lui
même d'y ajouter un troisiéme personnage; c'est-à-dire , celui de César , surprenant Antoine aux pieds de Cléopatre. Ce
faux -fuyant plaît d'abord à M. Oronte
par rapport au panchant qu'il a pour le
Théatre , mais il ne change pas de résolution ; il dit à Madame Öronte qui survient , la situation où il a trouvé Eraste.
Madame Oronte trouve tres - mauvais
qu'Eraste soit entré sans se faire annoncer. Valentin lui répond que M. Oronte
vient de faire de même. Madame Oronte
les congédie tous.
Valentin reste et fait entendre à Mad.
Oronte que la victoire qu'elle prétend
remporter sur son mari n'est pas assez
com-
MAY. 17328 987
complette , si elle ne fait voir qu'elle est
la maîtresse absoluë , en mariant sa fille à
Eraste dont il rejette le choix. Madame.
Oronte lui dit qu'elle n'acceptera jamais
pour gendre un homme qui sçachant
qu'elle aime le chant , va chanter autre
part que chez elle. Valentin jugeant parlà que Madame Oronte est picquée de la
préférence qu'Eraste donne à une autre ,
Tui fait entendre que si son Maître chante chez sa tante, plutôt que chez elle, c'est
parce qu'elle l'a menace de le deshériter ,
S'il ne lui consacre tous ses Concerts ; il
ajoute que le péril de l'exhérédation néne l'a
pas empêché de se livrer enfin à son inelination , et qu'il étoit venu chez elle
pour la prier de vouloir entendre un Ope-
-ra qu'il vouloit faire représenter chez elle.
Au nom d'Opera, Mad. Oronte est transportée et dit à Valentin d'aller faire revenir son Maître ; Valentin qui ne croyoit
pas être pris au mot , paroît très embarrassé; il fait entendre à Mad. Oronte qu'il
craint qu'Eraste au désespoir n'ait déja
contremandé tous les Acteurs. Madame
Oronte le presse de les aller rassembler ;
Valentin enrage de s'être embarqué si
avant , mais il se détermine enfin à s'en
tirer comme il pourra , &c.
Ce premier Acte a paru un peu froid .
Gv mais
988 MERCURE DE FRANCES
maisil ne laisse pas d'être dans les regles ,.
et de promette du plaisir aux Spectateurs.
Les Auteurs leur tiendront parole dans le second.
3
Eraste et Valentin commencent ce se--
cond Acte : le Maître est fort irrité contre le Valet,de ce qu'il a promis un Opéra
à Mad. Oronte, et lui dit que puisquec'est
lui qui l'a mis dans cet embarras ; ce sera
lui-même qui l'en tirera ; Valentin convient de tout et sort avec son Maître,
pour aller chercher des Musiciens qu'il
compte de trouver tous assemblez chezDupuy; c'est un celebre Caffé. M. Oron--
te vient , suivi de son gendre futur pré--
tendu , de Lisidor , et de Coqueluche , l'un
Comédien , l'autre Auteur, Il se promet
beaucoup de plaisir à entendre déclamer
par Rigolet des Stances de Coqueluche.
3
Mad. Oronte survient avec Lucile. et
Spinette elles se préparent bien toutes &
trois à rire deces Originaux qu'elles trouvent avec M. Oronte. Rigolet fait son
compliment à Lucile , qui loin d'y prêter
attention , écoute l'éloge que Coquelu
che fait de son sçavoir. Rigolet déclame
les Stances de Coqueluche , dont le sujet
est Marius , se plaignant du sort qui l'a
abandonné , pour se ranger du parti de
Sylla; mais il gesticule si mal , que Coqueluche
M A Y. 1732. 989
fuche ne pouvant souffrir qu'on gâte son
ouvrage , se met en état de faire les gestes
à mesure que Rigolet ne fera que prononcer. Cette Scene a paru originale au Théatre , et a excité de grands éclats de rire.
Valentin vient donner un plat de son
métier , déguisé en Comédien; il embrasse Rigolet, comme étant un de ses plus
chers camarades ; il contrefait si-bien un
des meilleurs Acteurs de la Comédie Françoise , qu'on croit le voir lui- même ;
cette imitation a fait un honneur infini
au jeune Lélio , qui fait tous les jours de
nouveaux progrès dans sa profession ;
Rigolet passant pour Comédien , malgré
tout ce qu'il dit , pour détruire l'imposture , est congédié non seulement par
Mad. Oronte , mais par mári même
qui dit qu'il est si faché que sa femme
ait raison , qu'il ne veut plus désormais se
mêler de marier sa fille. Mad. Oronte se
charge de ce soin , et se déclaré pour Eraste. La Piece paroît dénoüée par cet inci- "
dent , et Valentin qui se fait connoître
pour ce qu'il est en effet, pourroit se dispenser de donner à Mad. Oronte l'Opéra
qu'il lui a promis; mais elle s'y attend et
il faut la satisfaire ; nous allons dire en
peu de mots de quoi il s'agit dans ce troisiéme Acte , qui à pour titre: Les Catasson
*
Gvj rophes
990 MERCURE DE FRANCE
trophes Lyri-tragi - Comiques. C'est une espece de Parodie de l'Opéra de Jephié , et
de la Tragédie d'Eryphile.
Acteurs
Le Roy, amoureux de Buquemeque , le
sieur Theveneau.
Amphigourie , fille du Roy , la De Sylvia.
Buquemeque , mere d'Albumazar , la D'leBelmont.
Albumazar , amant d'Amphigourie , le
sieur Romagnesi.
Venus , la Chanteuse.
Troupe de Guerriers , de Démons , &c.
Les noms Burlesques qu'on a pris soin
de donner aux Héros de cette Parodie ,
Lyri-tragi-Comique , n'ont pas fait prendre le change sur les deux sujets qui y
ont donné lieu ; on n'a pas osé nommer
les principaux personnages , mais on les
a trop bien indiquez , pour donner lieu
aux Spectateurs de s'y méprendre : En
voici un petit Extrait..
Buquemeque et Amphigourie se font
une confidence réciproque de leurs sentimens ; la premiere,destinée à épouser le
Roy, craint qu'il ne devienne volage après
'Hymen, et s'exprime ainsi :
&
Le
MAY. 17320 991
Le plus fidelle Amant ,
Du nœud le plus charmant ,
Quelquefois se dégage ;
Et le plus tendre Epoux ,
Dans un lieu moins doux,
Peut devenir volage.
La seconde fait entendre qu'elle craint
d'avoir fait une folie , en donnant son
cœur au Fils de cette même Buquemeque
à qui elle parle ; elle assaisonne ce petit aveu de cette maxime :
Quand l'Amour de sestraits nous blesse,
Nous ne sentons que son poison ;
S'il pouvoit suivre la raison
Auroit- il le com de foiblesse
Un bruit de Trompettes annonce le retour et la victoire du Roy et d'Albumazar ; ce sont les deu Héros pour lesquels
ces deux Amantes s'interessent ; après la
fetele Roy ordonne à tout le monde de "
se retirer , comme au commencement du
troisiéme Acte de Jephré , le seul Albumazar reste ; autre confidence réciproque
de sentimens , ils sont tous deux consternez ; l'un par un serment indiscret , a
promis aux Dieux de leur immoler sa
fille Buquemeque; voilà Jephté et Iphise 3
l'autre par l'ordre de l'ombre de son pere
}
doit
991 MERCURE DE FRANCE
doit donner la mort à sa mere ; voilà Alcméon et Eryphile ; un bruit infernal leur
fait dire à tous deux
C'est l'Enfer qui vient en ces lieux ,
Nous prier d'obéir aux Dieux. ·
Cette Entrée de Démons et l'arrivée de
Vénus n'ayant plus rien qu'on puisse ap--
peller Parodie , nous en épargnons le déTail aux Lecteurs, et nous nous contentons
de dire , que Buquemeque et Amphigourie en sont quittes pour la peur,parce que·
l'Amour combat pour elle's.
Les mêmes Comédiens doivent jouer
dans peu une Piece nouvelle , en 3 Actès,
avec un Divertissement, elle a pour titre :
LeTuteur Genereux , ou l' Amour trompé par
Papparence, dont on parlera plus au long. -
Le 1 May , le S Roland , originaire de
Provence , cy-devant premier Danseur du
feu Duc de Mantouë , qui l'avoit amené -
à Paris en 1704. et la De Roland sa fille,
née à Venise , âgée de 17 ans , parurent
pour la premiere fois sur le Theatre de
l'Hôtel de Bourgogne ; le premier exécuta une Danse comique et grotesque en
Païsan , qui fut applaudie du public. La Dile Roland dansa à la fin de la Pièce les
caracteres de la Danse , avec beaucoup . '
din
MAY 17323 9935
d'intelligence et de vivacité ; les Cabrioles et les Entrechats ne lui coutent rien ;
et quoiqu'elle ait encore bien des perfections à acquerir , le public qui la regarde
comme un tres-bon sujet, l'a fort applau
die. Il n'y a pas long-tems qu'elle a dansé
à l'Opéra de Londres et dans ceux des
Provinces de France. Outre ses talenspour la Danse , elle est encore bonne
Comédienne , ayant joué différens Rôles en François et en Italien dans diverses
Troupes.
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Résumé : Amusemens à la mode, [titre d'après la table]
Le 21 avril, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce en trois actes intitulée 'Les Amusemens à la mode', écrite par les sieurs Romagnesy et Riccoboni. Cette comédie, précédée d'un prologue, a été bien accueillie par le public, qui a trouvé le titre approprié et a noté l'engouement général pour le théâtre. Dans le prologue, Sylvia exprime ses doutes sur la qualité de la pièce, mais Romagnesy la rassure en affirmant qu'il en est l'auteur et que Riccoboni y a également contribué. Sylvia décide alors de complimenter le public pour les prévenir en faveur de l'œuvre. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Oronte, père de Lucile, qui souhaite marier sa fille à Rigolet en raison de ses talents de déclamateur. Mme Oronte, qui préfère le chant, s'oppose à ce mariage. Lucile, amoureuse d'Eraste, refuse également Rigolet. Valentin, valet d'Eraste, imagine un stratagème pour résoudre la situation. Le premier acte est jugé un peu froid mais prometteur. Le second acte voit Valentin promettre un opéra à Mme Oronte, ce qui conduit à des quiproquos et des révélations. La pièce se termine par une parodie lyrique et tragique, intitulée 'Les Catastrophes Lyri-tragi-comiques', qui parodie des œuvres célèbres. Les Comédiens Italiens doivent également jouer prochainement une nouvelle pièce intitulée 'Le Tuteur Généreux, ou l'Amour trompé par l'apparence'. Le 1er mai, le sieur Roland et sa fille, tous deux danseurs, ont fait leurs débuts sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, recevant des applaudissements pour leurs performances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 1174-1179
La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
Début :
LA VERITÉ FABULISTE, Comédie en un Acte, mêlée de Fables, [...]
Mots clefs :
Comédie, Fables, Théâtre italien, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
LA VERITE FABULISTE , Comédie en
un Acte , mêlée de Fables , représentée
sur le Théatre Italien le 2. Decembre dernier, de la composition de M. de Launai. \
Cette Piece a été reçûë favorablement du
Public. La Dlle Silvia , qui par le naturel
et la finesse de son jeu , s'attire toûjours
des nouveaux applaudissemens , et qui
récite les differentes Fables qui sont liées
à la Piece , a fait beaucoup de plaisir. On
trouve à la fin de la Comédie , un Recueil
de so. Fables fort ingenieuses , du même
'Auteur. Cet Ouvrage nouvellement imprimé , se vend chez Josse , rue S.Facques , à la Fleur de Lys d'or , 1732. Voisi
une des Fables de la Piece.
1. Vol LA
JUI N. 1732. 1175
La Corme et la jeune Fille.
Une Corme brillante et fraîche ,
D'une jeune fillette avoit charmé les yeux';
Mais ce fruit qui sembloit un fruit délicieux ,
Au goût parut dur et revêche.
Quoi, lui dit la fillette ! un si beau coloris ,
Cache une amertume effroyable ;
Et pour te trouver agréable,
Il faut que par le temps tes appas soient Alétris?
Que ton injustice est extrême !
Lui répondit la Corme, eh! n'es- tu pas de même, -
Par l'effet seul de ton humeur ?
Te voila jeune , fraîche , belle ,
Ton Amant est tendre et fidelle ,
Et loin d'avoir cette douceur ,
Qu'annonce de tes traits la grace naturelle ,
Ti n'as qu'amertume et qu'aigreur :
Crois moi , n'attend pas que les rides
Amortissent ton âpreté , ◊
Les injures du temps ne sont que trop rapides
C'est un cruel moyen de perdre sa fierté.
Nous donnerons ici trois Fables du
Recueil , pour mettre le Lecteur en état
de juger du merite de cet Ouvrage.-
Le Roy de Théatre et l'Ecolier.
Un Ecolier avoit dans un Spectacle ,
I. Vol Goûte
1175 MERCURE DE FRANCE.
Goûté pardessus tout un Acteur renommé,
Qui se croyoit lui-même un prodige , un miracle,
S'estimant beaucoup plus qu'il n'étoit estimé.
Notre jeune homme en étoit si charmé ,
Qu'il donnoit à l'Acteur le mérite et la gloire ,
Des. Vers , des sentimens récitez de mémoire ,
En un mot , il croyoit l'Histrion un Heros ;
C'étoit assurément bien croire ;
Voila comme toûjours nous donnons dans le faux.
Notre Ecolier opiniâtre ,
Dans son erreur , dans ses desirs ,
Epargne quelque temps sur ses menus plaisirs ,
De quoi traiter un jour l'Acteur qu'il idolâtre ;
Il l'invite à dîner , le Monarque,s'y rend ;
Mais qu'il fut trouvé different !
Soft qu'il raisonne ou qu'il folâtre ;
Ce Roy n'avoit plus rien ni de fin , ni de grand
Il n'étoit plus sur son Théatre.
L'Ecolier en rougit... Combien est-il d'objets ,
Qu'il ne faut jamais voir de près !
On riroit bien souvent du plus grand Personage,
S'il découvroit ses propres traits ;
Le Masque heureusement est pris pour le visage.
Le Maître Paulmier et son Eleve..
Un Maître de Paume , en son Art -
Instruisoit unjeune Novice,
I. Vol. Très-
JUIN. 17320 1177
Très-agile à cet exercice ,
Mais trop ardent ; et le Vieillard ,
Lui répetoit toujours : pour devenir habile ,
Possedez-vous , soyez tranquille ;
Jouer trop vivement , c'est jouer au hazard ,
La balle d'elle-même au Joueur vient se rendre,
Pour la juger , il faut l'attendre ;
Qui veut la prévenir , la perd le plus souvent.
Conseils que l'Ecolier ne pouvoit pas com
prendre ,
Quand la balle voloit , il couroit au-devant ;
Aussi manquoit-il de la prendre.
Esprits impatiens , voilà votre portrait ,
Dans un projet , dans une affaire , '
Hâtez-vous , tout devient contraire ;
Attendez , tout vient à souhait
Les Prétendus Connoisseurs.
Certain Curieux de Tableaux ,
Dans une Galerie en avoit un grand nombre ;
La placez dans un jour mi trop clair , ni trop sombre ,
Ils étoient honorez du nom d'Originaux,
Car chez les Amateurs c'est chose principale
Sur tout quand il s'y joint un air de vetusté.
Je respecte l'Antiquité ,
Je n'aime point qu'on la ravale ; «
A Vol. Fvj Mais
1178 MERCURE DE FRANCE
Mais est- elle toujours égale è
Non, sans quelque défaut il n'est point de beautés
Homere quelquefois.sommeille . ,
Et ce n'est pas une merveille
Que dans un Art en tout pareil ,
Appelles quelquefois s'abandonne au sommeil.". 1
Mais revenons à notre affaire.
Notre homme dans un Inventaire
Unjour avoit crû remarquer , ».
Un Tableau d'un beau caractere ::
Jugez s'il voulut le manquer.
Il faut d'abord vous expliquer ,
Ce que c'étoit que la merveille.
On n'y connoissoit rien , tout étoit si confus
Qu'on n'y voyoit que du noir , et rien plus ,
Pas seulement un bout d'oreille ;
Mais du noir , vraiment c'est le bean ;
A quelque prix qu'il soit , il me faut ce Tabka
Combien vaut- il ? sur son extase,
Le prix doubla, sa docte emphase 9.
Lui fit acheter cher ce bizare morceau :
Pour rendre sa gloire complette ,
Il fait chez lui convier ses amis ,...
Non pour demander leur avis ,
Mais pour faire applaudir à sa nouvelle emplette
A l'aspect du Tableau, voilà mes gens ravis ;
Quelle touche, dit l'un ! quelle expression. vive !
Quelle imitation ! quelle grace naïve !
1. Kola- Ah
JUIN. 1732 117
Ah ! dit l'autre , quel coloris !
Voyez-vous ce torrent , avec quelle furie ,
It rompt, il fait rouler ces morceaux de Rocher;.
Ces arbres qu'il vient d'arracher ,
Et qu'il pousse dans la prairie ?
Ou donc , dit le premier , où portez- vous les s
yeux ?
Ce torrent , ce sont les cheveux ,
D'une Danaé qui repose ,
Quand Jupiter... Voici bien autre chose ;
Une Danaé ! quoi cela ?
Vous me la donnez belle ! "
Oui, cest Danaé , je le soutiens , c'est elle ,
Et ces arbres couchez que vous croyez voir là ,
Sont ses jambes, voyez quelle chair naturelle ,
Jamais le Titien n'en fit comme en voila.
Allez , ignorans, dit le Maître , -
Vous ne voyez ici paroître ,
Ni Danaé , ni jambes , ni . Torrent ,
C'est d'Ulisse et d'Ajax le fameux different 3 .
Voila ce que cela doit être.
Hê bien , on juge tous lès jours,
Avec cette assurance , avec cette justesse ;
Je gémis souvent des discours ,
Que j'entens faire en toute espece 3
Ignorance et prévention ,
Font en tout la décision.
un Acte , mêlée de Fables , représentée
sur le Théatre Italien le 2. Decembre dernier, de la composition de M. de Launai. \
Cette Piece a été reçûë favorablement du
Public. La Dlle Silvia , qui par le naturel
et la finesse de son jeu , s'attire toûjours
des nouveaux applaudissemens , et qui
récite les differentes Fables qui sont liées
à la Piece , a fait beaucoup de plaisir. On
trouve à la fin de la Comédie , un Recueil
de so. Fables fort ingenieuses , du même
'Auteur. Cet Ouvrage nouvellement imprimé , se vend chez Josse , rue S.Facques , à la Fleur de Lys d'or , 1732. Voisi
une des Fables de la Piece.
1. Vol LA
JUI N. 1732. 1175
La Corme et la jeune Fille.
Une Corme brillante et fraîche ,
D'une jeune fillette avoit charmé les yeux';
Mais ce fruit qui sembloit un fruit délicieux ,
Au goût parut dur et revêche.
Quoi, lui dit la fillette ! un si beau coloris ,
Cache une amertume effroyable ;
Et pour te trouver agréable,
Il faut que par le temps tes appas soient Alétris?
Que ton injustice est extrême !
Lui répondit la Corme, eh! n'es- tu pas de même, -
Par l'effet seul de ton humeur ?
Te voila jeune , fraîche , belle ,
Ton Amant est tendre et fidelle ,
Et loin d'avoir cette douceur ,
Qu'annonce de tes traits la grace naturelle ,
Ti n'as qu'amertume et qu'aigreur :
Crois moi , n'attend pas que les rides
Amortissent ton âpreté , ◊
Les injures du temps ne sont que trop rapides
C'est un cruel moyen de perdre sa fierté.
Nous donnerons ici trois Fables du
Recueil , pour mettre le Lecteur en état
de juger du merite de cet Ouvrage.-
Le Roy de Théatre et l'Ecolier.
Un Ecolier avoit dans un Spectacle ,
I. Vol Goûte
1175 MERCURE DE FRANCE.
Goûté pardessus tout un Acteur renommé,
Qui se croyoit lui-même un prodige , un miracle,
S'estimant beaucoup plus qu'il n'étoit estimé.
Notre jeune homme en étoit si charmé ,
Qu'il donnoit à l'Acteur le mérite et la gloire ,
Des. Vers , des sentimens récitez de mémoire ,
En un mot , il croyoit l'Histrion un Heros ;
C'étoit assurément bien croire ;
Voila comme toûjours nous donnons dans le faux.
Notre Ecolier opiniâtre ,
Dans son erreur , dans ses desirs ,
Epargne quelque temps sur ses menus plaisirs ,
De quoi traiter un jour l'Acteur qu'il idolâtre ;
Il l'invite à dîner , le Monarque,s'y rend ;
Mais qu'il fut trouvé different !
Soft qu'il raisonne ou qu'il folâtre ;
Ce Roy n'avoit plus rien ni de fin , ni de grand
Il n'étoit plus sur son Théatre.
L'Ecolier en rougit... Combien est-il d'objets ,
Qu'il ne faut jamais voir de près !
On riroit bien souvent du plus grand Personage,
S'il découvroit ses propres traits ;
Le Masque heureusement est pris pour le visage.
Le Maître Paulmier et son Eleve..
Un Maître de Paume , en son Art -
Instruisoit unjeune Novice,
I. Vol. Très-
JUIN. 17320 1177
Très-agile à cet exercice ,
Mais trop ardent ; et le Vieillard ,
Lui répetoit toujours : pour devenir habile ,
Possedez-vous , soyez tranquille ;
Jouer trop vivement , c'est jouer au hazard ,
La balle d'elle-même au Joueur vient se rendre,
Pour la juger , il faut l'attendre ;
Qui veut la prévenir , la perd le plus souvent.
Conseils que l'Ecolier ne pouvoit pas com
prendre ,
Quand la balle voloit , il couroit au-devant ;
Aussi manquoit-il de la prendre.
Esprits impatiens , voilà votre portrait ,
Dans un projet , dans une affaire , '
Hâtez-vous , tout devient contraire ;
Attendez , tout vient à souhait
Les Prétendus Connoisseurs.
Certain Curieux de Tableaux ,
Dans une Galerie en avoit un grand nombre ;
La placez dans un jour mi trop clair , ni trop sombre ,
Ils étoient honorez du nom d'Originaux,
Car chez les Amateurs c'est chose principale
Sur tout quand il s'y joint un air de vetusté.
Je respecte l'Antiquité ,
Je n'aime point qu'on la ravale ; «
A Vol. Fvj Mais
1178 MERCURE DE FRANCE
Mais est- elle toujours égale è
Non, sans quelque défaut il n'est point de beautés
Homere quelquefois.sommeille . ,
Et ce n'est pas une merveille
Que dans un Art en tout pareil ,
Appelles quelquefois s'abandonne au sommeil.". 1
Mais revenons à notre affaire.
Notre homme dans un Inventaire
Unjour avoit crû remarquer , ».
Un Tableau d'un beau caractere ::
Jugez s'il voulut le manquer.
Il faut d'abord vous expliquer ,
Ce que c'étoit que la merveille.
On n'y connoissoit rien , tout étoit si confus
Qu'on n'y voyoit que du noir , et rien plus ,
Pas seulement un bout d'oreille ;
Mais du noir , vraiment c'est le bean ;
A quelque prix qu'il soit , il me faut ce Tabka
Combien vaut- il ? sur son extase,
Le prix doubla, sa docte emphase 9.
Lui fit acheter cher ce bizare morceau :
Pour rendre sa gloire complette ,
Il fait chez lui convier ses amis ,...
Non pour demander leur avis ,
Mais pour faire applaudir à sa nouvelle emplette
A l'aspect du Tableau, voilà mes gens ravis ;
Quelle touche, dit l'un ! quelle expression. vive !
Quelle imitation ! quelle grace naïve !
1. Kola- Ah
JUIN. 1732 117
Ah ! dit l'autre , quel coloris !
Voyez-vous ce torrent , avec quelle furie ,
It rompt, il fait rouler ces morceaux de Rocher;.
Ces arbres qu'il vient d'arracher ,
Et qu'il pousse dans la prairie ?
Ou donc , dit le premier , où portez- vous les s
yeux ?
Ce torrent , ce sont les cheveux ,
D'une Danaé qui repose ,
Quand Jupiter... Voici bien autre chose ;
Une Danaé ! quoi cela ?
Vous me la donnez belle ! "
Oui, cest Danaé , je le soutiens , c'est elle ,
Et ces arbres couchez que vous croyez voir là ,
Sont ses jambes, voyez quelle chair naturelle ,
Jamais le Titien n'en fit comme en voila.
Allez , ignorans, dit le Maître , -
Vous ne voyez ici paroître ,
Ni Danaé , ni jambes , ni . Torrent ,
C'est d'Ulisse et d'Ajax le fameux different 3 .
Voila ce que cela doit être.
Hê bien , on juge tous lès jours,
Avec cette assurance , avec cette justesse ;
Je gémis souvent des discours ,
Que j'entens faire en toute espece 3
Ignorance et prévention ,
Font en tout la décision.
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Résumé : La Verité fabuliste, [titre d'après la table]
La pièce 'La Vérité Fabuliste', une comédie en un acte mêlée de fables, a été représentée sur le Théâtre Italien le 2 décembre de l'année précédente. Composée par M. de Launai, elle a été bien accueillie par le public. La demoiselle Silvia, connue pour son jeu naturel et fin, a interprété les différentes fables liées à la pièce, suscitant beaucoup de plaisir. À la fin de la comédie, un recueil de seize fables ingénieuses du même auteur a été proposé. Cet ouvrage, nouvellement imprimé, est disponible chez Josse, rue Saint-Faustin, à la Fleur de Lys d'or, en 1732. La pièce inclut plusieurs fables, dont 'La Corne et la jeune Fille'. Cette fable met en scène une jeune fille déçue par l'amertume d'une corne qu'elle trouvait appétissante en apparence. La corne lui répond que, comme elle, les personnes peuvent sembler agréables mais cacher une amertume intérieure. D'autres fables du recueil sont également mentionnées. 'Le Roy de Théâtre et l'Écolier' raconte l'histoire d'un écolier admirant un acteur célèbre mais déçu lors d'une rencontre en privé. 'Le Maître Paulmier et son Élève' illustre l'importance de la patience dans l'apprentissage. Enfin, 'Les Prétendus Connoisseurs' critique les amateurs d'art qui valorisent les œuvres anciennes sans les comprendre réellement.
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61
p. 1417-1422
EXTRAIT du Procès des Sens.
Début :
Cette Comédie en un Acte en Vers est une forme [...]
Mots clefs :
Comédie, Extrait, Procès des Sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Procès des Sens.
EXTRAITdu Procès des Sens.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
Cette Comédie en un Acte en Vers est
une forme de Critique nouvelle , risquée:
heureusement sur un Théatre qui n'avoit
encore rien donné dans ce goût-là ; l'Auteur ne doit pas se repentir de cet essai 2
11. Vol. puis-
1418 MERCURE DE FRANCE
puisque le Public , loin de le regarder
comme une témerité , l'a honoré de ses
applaudissemens. Le Ballet des Sens a
donné occasion à la Comédie, où les Sens
personifiés sur la Scene Françoise , font
de courtes et justes Analyses des Entrées
qu'on leur a assignées sur la Scene Lyrique.
L'action du Procès des Sens se passe
dans les Jardins d'Hebé , où le Goût
trouve l'Amour établi Juge de la contestation par un Edit de Jupiter , apporté
par Mercure. L'Amour demande au Goût
quel sujet a pû brouiller les Sens ; le Goût
lui répond que l'Opera s'étant avisé de
leur faire chanter des Brunettes , et danser des Musettes , cela a occasionné cent
discours partiaux sur leurs prééminences ,
qui ont semé la division entr'eux . Il lui
rapporte de suite les décisions d'un Abbé d'un Caissier et d'un Gascon , et
ajoûte :
Seigneur Amour , Voilà
Comme tous cinq on nous balote.
L'Amour réplique :
Tous cinq , calculez bien , qui de cinq ôte deux ,
Reste trois en Eté ce nombre est plus heu- reux.
11. Vol. Ah!
A
JUIN... 17326 1479
Ah ! dit le Goût ,
Vous voulez badiner sur le Goût et l'Ouic
Que l'on a retranchés dans le nouveau Ballet ;
Quant à l'Acte du Goût qui pour moi pa- roîtra
Quand les jours baisseront , à moins que d'être souche ,
De mon retranchement rien l'on ne conclura ,
Sinon que l'Opera
Me garde pour la bonne bouche.
Un petit Amour vient annoncer l'Odorat , qui paroît chargé de fleurs , et se
caracterise par sa délicatesse sur lesOdeurs,
l'Ouie et la Vue le suivent de près. L'Amour se place sur son Tribunal , et les
Sens plaident alternativement leur cause :
nous ne donnerons pour échantillon des
traits de critique , que celui qui tombe
sur l'Acte où triomphe la Dlle le Maure.
L'Amour Chantant , ( dit l'Amour declamant )
Devroit être honteux ,
De son avanture nouvelle ,
Et ne pas s'en vanter comme il fait ; elle est
belle;
L'Opera complaisant détache son bandeau ,
Disant pour raison de son zele ,
Que son illuminé nouveau
II. Vol.
Va
#420 MERCURE DE FRANCE
*Varégler sa main témeraire,
C'est pour le bien descœurs que le Destin l'éclaire,
Quel usage fait- il de ce don précieux ?
De quoi s'occupe - t ilen ouvrant ses beaux
yeux ?
Semblable à l'Ecolier qui sort de la jaquette
• Il vole du facile an superficiel ,
Et le premier regard que notre Bambin jette ,
C'est pour admirer l'Arc- en- Ciel
Et se coiffer d'une Grisette.
Kris, Grisette !
La Vue.
L'Amour
Et qui pis est soubrette.
Dans le fort de la plus vive dispute des
Sens ; le Sens commun arrive ; le Public a
trouvé qu'il parle comme il doit parler.
Décision très glorieuse pour l'Auteur.
Voici la définition du bon Sens tel qu'il
la fait lui-même.
Sans éclat j'illumine
Mais j'illumine nettement ;
Je n'aventure rien; à pas lents je chemine ,..
Mais je chemine sûrement
Le Sens commun n'a pas toujours de grace fine
2. Vers du Balle
II. Vol. Le
JUIN. 1732. 1420
Mais il y a du solide , il pense éxactement
Enfin il est le jugement,
Il est l'esprit sensé que le vrai détermine ,
Que le Bon touche fortement ;
;
Et par fois l'Esprit vif n'est dans son enjou
ment
Que la sotise qui badine,
Le Sens commun expose qu'il craint
que les Sens ne s'approprient ses droits.en
détaillant les leurs. Sa Requête n'est pas
malfondée , tant sur le Théatre que dans
les conversations les plus éclairées ; il n'est
que trop ordinaire de confondre les opérations de l'Esprit avec celies des Sens.
Le Toucher qui s'est amusé , suivant sa
coûtume , ne paroît qu'après la sortie du
Sens commun et passe son tems et le
reste de l'Audience à badiner ; l'Amour
leve le siége , et finit par un compliment
dû aux Spectateurs , où il les invite à
faire durer le Procès des Sens , et à lui
rêter leurs lumieres pour lejuger bien.
La Dile Dangeville la jeune , qui remplit le Rôle de l'Amour , le joue avec
cette figure aimable et piquante , qui fait
si grand plaisir aux yeux , et avec toutes
les graces , la finesse et la legereté imaginable. Elle est très-bien secondée par les
II.Vol sieurs
122 MERCURE DE FRANCE
Srs Dangeville l'Oncle , Poissons, Montmesnil , qui y jouent les Rôles du Toucher , du Goût et du bon Sens , et par
ses autres Camarades , car la Piéce est
très-bien et très- vivement jouée.
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Résumé : EXTRAIT du Procès des Sens.
Le texte présente une critique de la comédie en un acte en vers intitulée 'Le Procès des Sens'. Cette œuvre, bien que risquée, a été bien accueillie par le public, qui l'a applaudie. L'action se déroule dans les jardins d'Hébé, où l'Amour, désigné juge par Jupiter, doit trancher une dispute entre les Sens. Cette querelle a été déclenchée par une représentation d'opéra où les Sens ont été mis en scène de manière controversée. Les Sens, personnifiés, plaident leur cause devant l'Amour. Le Goût explique que l'opéra a semé la division en faisant chanter et danser des personnages inappropriés. L'Amour suggère de réduire les Sens à trois pour simplifier la situation. Les Sens de l'Odorat, de l'Ouïe et de la Vue interviennent tour à tour, critiquant notamment une performance de la demoiselle Le Maure. Au cœur de la dispute, le Sens commun arrive et expose sa définition : il éclaire nettement et sûrement, sans éclat superflu. Il craint que les Sens ne s'approprient ses droits et rappelle l'importance de distinguer les opérations de l'esprit de celles des Sens. Le Toucher, dernier à intervenir, passe son temps à badiner. La pièce est jouée avec succès par des acteurs renommés, notamment la demoiselle Dangeville dans le rôle de l'Amour, qui est saluée pour son interprétation pleine de grâce et de finesse. L'Amour conclut en invitant le public à prolonger le débat et à partager leurs lumières pour juger la pièce.
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62
p. 2252-2253
« On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
Début :
On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...]
Mots clefs :
Opéra, Biblis, Comédiens-Français, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : « On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
On prépare pour le commencement
du mois prochain un Opera nouveau ,
qui a pour titre Biblis , dont nous parle
rons en son temps.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre les trois Cousines , que le Public .
revoit toujours avec le même plaisir. Les
quatre principaux Rôles , de la Meuniere,.
de Colette , de Blaise , et de M. de Lorme
sont parfaitement joüez par les Dlles Lamotte et d'Angeville , et par les Sieurs
Armand et Montmenil.
II
>
OCTOBRE. 1732. 2253-
Ils ont aussi remis la petite Comédie.
duFlorentin, dans laquelle la Dule Legrand
joue le Rôle d'Hortense avec applaudissement
du mois prochain un Opera nouveau ,
qui a pour titre Biblis , dont nous parle
rons en son temps.
Les Comédiens François ont remis au
Théatre les trois Cousines , que le Public .
revoit toujours avec le même plaisir. Les
quatre principaux Rôles , de la Meuniere,.
de Colette , de Blaise , et de M. de Lorme
sont parfaitement joüez par les Dlles Lamotte et d'Angeville , et par les Sieurs
Armand et Montmenil.
II
>
OCTOBRE. 1732. 2253-
Ils ont aussi remis la petite Comédie.
duFlorentin, dans laquelle la Dule Legrand
joue le Rôle d'Hortense avec applaudissement
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Résumé : « On prépare pour le commencement du mois prochain un Opera nouveau, [...] »
En octobre 1732, la préparation d'un nouvel opéra, 'Biblis', est annoncée. Les comédiens français reprennent 'Les trois Cousines' avec les demoiselles Lamotte et d'Angeville, ainsi que les sieurs Armand et Montmenil. La pièce 'Le Florentin' est également remise en scène, avec la demoiselle Legrand dans le rôle d'Hortense.
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63
p. 354
« Le 22. on donna la derniere Représentation d'Omphale, dont on vient de parler, et on remit [...] »
Début :
Le 22. on donna la derniere Représentation d'Omphale, dont on vient de parler, et on remit [...]
Mots clefs :
Comédie, Théâtre, Représentation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 22. on donna la derniere Représentation d'Omphale, dont on vient de parler, et on remit [...] »
Le 22. on donna la derniere Représentation
d'Omphale, dont on vient de parler , et on remit
au Théatre le 26. Jephté , Tragédie jouée
l'année derniere avec beaucoup de succès , et que
le Public revoit avec le même plaisir.
On apprend de Vienne , que le 27. du mois
dernier , on représenta au Palais pour la premiere
fois , le nouvel Opera Italien de Sancho Pansa
, Gouverneur , qui eut un fort grand succès.
Il fut honoré de la présence de L. M. Imp . et des
Archiduchesses. La composition du Poeme est
de l'Abbé Claude Pasquini , et la Musique du
Signor Antoine Caldara.
Quelques jours après , plusieurs Musiciens de
la Chambre de l'Empereur , représenterent devant
L. M. Imp sur le petit Théatre de la Cour
la Comédie en Prose , intitulée : Il Don Pilone.
On apprend par les Lettres de Rome , qu'on
donna le 12. du mois dernier , la premiere Représentation
de la Tragi- Comédie , intitulée : La
Fidelité victorieuse de la Trahison , qui eut beaucoup
d'applaudissemens .
d'Omphale, dont on vient de parler , et on remit
au Théatre le 26. Jephté , Tragédie jouée
l'année derniere avec beaucoup de succès , et que
le Public revoit avec le même plaisir.
On apprend de Vienne , que le 27. du mois
dernier , on représenta au Palais pour la premiere
fois , le nouvel Opera Italien de Sancho Pansa
, Gouverneur , qui eut un fort grand succès.
Il fut honoré de la présence de L. M. Imp . et des
Archiduchesses. La composition du Poeme est
de l'Abbé Claude Pasquini , et la Musique du
Signor Antoine Caldara.
Quelques jours après , plusieurs Musiciens de
la Chambre de l'Empereur , représenterent devant
L. M. Imp sur le petit Théatre de la Cour
la Comédie en Prose , intitulée : Il Don Pilone.
On apprend par les Lettres de Rome , qu'on
donna le 12. du mois dernier , la premiere Représentation
de la Tragi- Comédie , intitulée : La
Fidelité victorieuse de la Trahison , qui eut beaucoup
d'applaudissemens .
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Résumé : « Le 22. on donna la derniere Représentation d'Omphale, dont on vient de parler, et on remit [...] »
Le 22, la pièce 'Omphale' a été jouée pour la dernière fois. Le 26, la tragédie 'Jephté' a été acclamée. À Vienne, le 27 du mois précédent, l'opéra 'Sancho Pansa, Gouverneur' a été représenté en présence de l'Empereur. À Rome, le 12 du mois précédent, la tragi-comédie 'La Fidélité victorieuse de la Trahison' a été applaudie. Des musiciens ont joué 'Il Don Pilone' devant l'Empereur.
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64
p. 929-934
LES MUSES. ODE.
Début :
Quel agréable délire, [...]
Mots clefs :
Art, Éloquence, Muses, Comédie, Tragédie, Danse, Poésie amoureuse, Musique, Histoire, Astronomie, Poème épique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES MUSES. ODE.
LES MUSES,
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
O'D E.
Uel agréable délire ,
Vient s'emparer de mes sens !
J'entens resonnersma Lyre ;
Ma voix forme des accens.
Et déja , nouveau Pindare .
Je n'ai pour guide et pour Pharé ,
Que l'imagination .
Dans le transport qui m'anime
Rien ne semble illégitime
A ma folle ambition .
M
TA
Chastes Nymphes du Përmesse
Je vais chanter vos talens ;
Secondez ma noble yvresse
A:
2.
E ij
Et
930 MERCURE DE FRANCE
Et rendez mes Vers coulans.
Vous , Mortels , faites silence ,
Vous,qu'on voit dans l'indolence
Ennemis de leurs travaux >
Pour apprendre qu'à leur suite
Je trouve le seul mérite ,
Qui peut nous rendre inégaux.
Quelle naïve peinture ! (a)
Reconnoissez -vous, Humains ;
L'Art bien moins que la Nature ,
A fait ces Portraits malins.
Par ce charmant artifice ,
On peut détruire le vice ,
Sans qu'il en tremble d'effroi.
Quiconque veut se connoître ,
Est bien - tôt ce qu'il doit être ,
En suivant sa douce Loi.
*
Qui vient embellir la Scene ;
Par les attraits de l'Amour ?
C'est la fiere Melpomene , (b)
Avec sa brillante Cour.
Je cains , j'espere sans cesse.
Tout me plaît , tout m'interesse
(a) La Comédie.
(b) La Tragédie,
C
PA
MAY. 1733. 938
Par divers objets émů.
Mais mon coeur toujours frissonas ,
Jusqu'à ce qu'elle couronne ,
La justice ou la vertu.
Une Peinture mouvante,
M'offre les vents en fureur ;
Et l'Amant avec l'Amante ,
Se marquant leur tendre ardeur.
Ici , cet Art (a) à ma vûë ,
Peint Alecton éperdue ,
Du sang qu'elle a répandu.
Là , mille Beautez Champêtres ,
Expriment dessous des Hêtres ,
Ce qu'Amour a d'ingenu.
Jusqu'à la Voûte étoilée ,
Mille Concerts (b) amoureux
Portent à la Troupe aîlée ,
Le triomphe de ses feux ..
Tout retentit à Cythere
Des louanges de la Mere ,
De ces aimables Vainqueurs.
Tandis qu'un Essain de Belles ,
(a) La Danse.
(b) Les Poësies amoureuses .
E- iij Par
932 MERCURE DE FRANCE +1
Par ces doux Chants moins rebelles ,
Accordent leurs tendres coeurs.
Sur un Trône d'harmonie ,
Euterpe (a) s'offre à mes yeux ;
Les Mortels par son génie ,
Sont vaincus comme les Dieux.
Rien ne lui fait résistance;
Elle établit sa puissance ,
Par l'appas de ses accords ;
Et va porter ses conquêtes ,
Jusques aux sombres retraites ,
Du cruel Tyran des Morts.
M
Aux charmes de l'Eloquence , (6)
Tout cede dans l'Univers.
Thémis avec sa balance
Gémit souvent dans ses fers.
De la cime des Montagnes ,
Un Torrent dans les Campagnes ,
Vient regner moins aisément
Qu'elle ne prend un Empire ,
Sur tout Etre qui respiré ,
Doué de raisonnement.
a
(a) Là Musique.
(b) L'Eloquence,
MAY.
1733 933
En vain le Temps sur ses aîles ,
Emporte tout ce qu'il fait.
Une des neuf Immortelles , (a)
Nous révele son secret .
Des Favoris de Bellone ,
Sa main sans cesse crayonne ,
Tous les belliqueux exploits :
Sans elle , en vain Alexandre ,
Eût prétendu que sa cendre ,
Fût le modele des Rois.
Quelle est la main ( 6) qui nous ouvre ,
Le séjour des Immortels ?
Tout l'Olimpe se découvre
A nos regards criminels .
Cette vaine connoissance ,
Enflamme notre esperance ,
Qui fait des efforts , des voeux ;
Pour jouir de l'avantage ,
De bien connoître un Ouvrage
Qu'ils ne firent que pour eux.
M
Héros , dont la récompense ,
N'est que l'immortalité ;
(a) L'Histoire.
(b) L'Astronomie.
E iiij De
934
MERCURE DE FRANCE
De la voix (a) qui la dispense`,
Connoissez l'autorité.
Comment sçauroit- on que Troye,
Devint la celebre proye ,
D'Achille et d'Agamennon ,
Sans cet Art que tout admire ,
Qui peut seul par son Empire ,
De l'oubli sauver un nom ?
Filles du Dieu du Tonnerre ;
Ce n'est qu'en vous imitant ,
Qu'on peut briller sur la Terre ,
Par un mérite éclatant.
Pour quiconque vous ignore
L'Astre qu'annonce l'Aurore ,
Triomphe en vain de la nuit ;
Aussi puni que Tantale ,
Ce qu'à ses yeux il étale ,
En le séduisant le fuit.
(a) Le Poëme Epique.
Fermer
Résumé : LES MUSES. ODE.
Le poème est une ode aux Muses, où l'auteur exprime son enthousiasme et son inspiration poétique. Il décrit l'influence des Muses sur ses sens et son ambition créative, guidée par l'imagination. L'auteur s'adresse aux nymphes du Permesse, les implorant de l'aider à chanter leurs talents et à rendre ses vers fluides. Il invite les mortels à faire silence pour apprendre de leurs travaux. Le poème met en avant l'art qui imite la nature pour peindre les portraits humains et détruire le vice sans effroi. Il décrit diverses Muses et leurs domaines : Melpomène pour la tragédie, Thalie pour la comédie, Terpsichore pour la danse, Ératos pour la poésie amoureuse, et Euterpe pour la musique. Chacune exerce une influence puissante sur les mortels. L'auteur mentionne également l'éloquence et l'histoire, soulignant leur capacité à immortaliser les exploits et à révéler des secrets. Enfin, il loue l'astronomie et le poème épique pour leur rôle dans la connaissance et la mémoire des grands événements, comme la guerre de Troie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 980-987
Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 13 du mois de Mars, le R. P. Charles Porée, Jesuite, prononça devant une illustre et [...]
Mots clefs :
Théâtre, Charles Porée, Préceptes, Histoire, Poète dramatique, Orateur, Exemples, Moeurs, Former, Vertus, Vices, Hommes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Le 13 du mois de Mars , le R. P. Charles Porée
, Jesuite , prononça devant une illustre et
nombreuse Assemblée un Discours Latin sur ce
sujet : Theatrum sit ne , vel esse possit Schola informandis
moribus idonea. C'est- à-dire , sille
formanMAY
. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rai
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sa❤
gement son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas. Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art .
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exeinples.
Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au- dessus de cha
cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes. On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard .
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort .
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus
et à haïr et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices .
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
G iiij
aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
pour cor-
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera- t- il le fond
des préceptes dont il prétend se servir
riger les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes. Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abondantes.
La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion ; ne lui est pas interdite.
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique ,
contentieuse et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et
dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement. Il ne s'érige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Philosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue.
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en paralele avec l'Historien.
Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Qr
:
MAY. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rais
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sagement
son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas . Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art.
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exem
ples. Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au - dessus de cha
Cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes . On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard.
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort.
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus , et à hair et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices.
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
Giiij aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera-t - il le fond
des préceptes dont il prétend se servir pour corriger
les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes . Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abon →
dantes . La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion , ne lui est pas interdite.
>
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique
contentieuse , et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement . Il ne s'erige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Thilosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en parallele avec l'Histo
rien. Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Or
MA Y. 1733- 983
Or l'Histoire donne indifféremment toutes
sortes d'exemples tels qu'ils se présentent , sans
donner souvent ceux dont chacun auroit besoin
Le Théatre les choisit , et les approprie à ses
Spectateurs. L'Histore fait souvent voir la vertu
si-non punie, du moins malheureuse , et le vice
heureux et comme récompensé. Sur le Théatre
c'est une loi de punir le vice et de couronner la
vertu.
Les exemples que donne l'Histoire sont inanimés
, et presqu'aussi inefficaces que les préceptes
philosophiques Car la Philosophie parle
pour l'avenir . On doit faire ceci on doit éviter
cela. L'Histoire raconte le passé . Le Théatre
seul rend les exemples pressans , animés
vivans.
L'Histoire parle tantôt des vices tantôt des
vertus , selon les sujets qu'elle peint . Le Dramatique
peint réellement , et a tous les avantages
de la Peinture le contraste sur tout et l'opposition
, le mêlange des ombres avec la lumiere ;
il oppose les vertus aux vices , les vices aux vertus.
Et par là ses caracteres sont toujours marqués
, brillans et à portée d'être imités ou rejettés.
Socrate étoit fort , assidu au Théatre d'Euripide.
Aristote a traité fort au long et en grave
Philosophe de la Poësie Dramatique . Le Car
dinal de Richelieu a travaillé pour le Théatre.
L'Orateur dit aussi son sentiment sur le
Théatre moderne , et ne trouve ni dans les Vers ,
ni dans le Chant , ni dans la Danse , rien qui
ne puisse être fort innocent , et fort propre
même à nourrir l'esprit et à former le coeur en
les amusant. Il a donc raison de conclure que
de soi le Théatre peut fort bien être une Ecole
GY de
984 MERCURE DE FRANCE
de vertu , propre pour former les moeurs. Mais
pourquoi donc tant de grands hommes , tant
de vertueux personages ont- ils proscrit le Théatre
, et invectivé contre lui comme contre une
Ecole de vice et de libertinage ? La réponse est
facile. Ils n'éxaminoient pas ce qui pouvoit
être. Ils ne parloient que de ce qui étoit.
Or le Théatre n'est pas , et n'a guéres jamais
été ce qu'il pouvoit , et ce qu'il devroit être :
et peut - être est - il bien difficile qu'il le soit jamais
ce qui est une autre question qu'on pourroit
discuter. L'Orateur parle désormais du
Théatre tel qu'il est , et c'est le sujet de la seconde
partic.
Il remonte à la source du mal 1, et la trouve
également dans les Auteurs , dans les Acteurs
et dans les Spectateurs , et en premier heu c'est
la faute des Poëtes Dramatiques si le Théatre
n'est pas ce qu'il doit être. Ils perdent à tous
momens de vue la fin et le but du sujet qu'ils
se mêlent de traitter .
Leur grand but paroît être uniquement de
briller , et de se faire promptement connoître et
admirer du Public ; de se donner en quelque
sorte en spectacle à toute une ville , sans- se piquer
beaucoup du titre de bons citoyens , dont
le devoir est de se rendre utile , et de contribuer
au bien commun de la Nation. Horace
dit que les Poëtes veulent ou plaire ou être utiles
. Nos Poëtes ne s'embarassent guéres que de
plaire.
Deux folles passions , capables seules de corrompre
toute une Nation , paroissent être le
grand objet de nos Poëtes , la vengeance et l'amour
, et en être l'objet bien plus pour les réveiller
que pour les éteindre.
Le
MAY . 1733 .
Le P. Porée adresse la parole au grand Corneille
, et lui reproche avec vehemence , quoiqu'avec
beaucoup d'estime et une sorte de respect
, d'avoir donné des exemples et des préceptes
de vengeance et de duel dans son Cid , et
de les avoir donnés d'une maniere d'autant plus
dangereuse , qu'elle est plus pleine d'élévation , si
non de coeur et de sentimens , du moins d'esprit
et de pensées .
Mais en même-tems l'Orateur reconnoît la
sagesse de Corneille sur l'article de l'Amour, sur
lequel Racine a été encore plus indiscret que
Corneille ne l'avoit été sur celui de la Vengeance.
Là commence un parallele de ces deux
grands Maîtres de la Scene Françoise ; et ce parallele
est nouveau après tous les autres qui ont
paru jusqu'ici : il finit par établir une sorte d'égalité
entre les deux Poëtes . Mais le commencement
et le milieu n'alloient point là , et on
ne s'attendoit guéres à voir cette gémissante Colombe
de Venus partager l'Empire , même du
Théatre , avec cette Aigle foudroyante de Jupiter.
L'Orateur a donné sans doute cette fin au
préjugé du vulgaire.
Ceux qui se sont emparés de la Scene après
ces deux grands Poëtes , ont bien pû imiter ou
surpasser même leurs défauts , principalement
celui des Sottises amoureuses , mais il ne leur a
pas été si aisé d'atteindre à leur Art , beaucoup
moins à leur Génie .
L'Orateur répond au prétexte , qu'on réveille
P'Amour pour le corriger et le bannir . Il appelle
cela exciter un grand incendie pour l'ét indre
après qu'il a fait bien des ravages donner du
poison pour le faire revomir après qu'il a dé
shiré les entrailles, L'amour n'est pas de ces
Gvj pas+
986 MERCURE DE FRANCE
sûr passions peu naturelles qu'on est commes
d'éteindre après les avoir allumées.
Les anciens Tragiques ne connoissoient point
cette passion , et leur Théatre ne se soutenoit
que mieux sans elle. Eschyle ne l'a jamais mise
sur le sien , Sophocle ne l'y a admise qu'une
fois , et Euripide deux fois : et encore avec
quels égards , quelle discrétion , quelle bienséance
,
Ia Tragédie a donc beaucoup perdu de son
ancienne majesté en perdant sa gravité , sa
séverité sa modestie , sa décence. Mais la Comédie
moerne se flate de surpasser en ce point
là même , l'ancienne Comédie. Notre Orateur
cependant n'est point du tout de cet avis. Le
caractere qu'il fait de Moliere est achevé , et
par là même il en fait un Maître dans l'Art des
moeurs d'autant plus mauvais , qu'il le fait meilleur
dans l'Art du Poeme Dramatique.
Le P. Porée n'épargne aucune sorte de Théatre.
La Comédie Italienne ne mérite pas de
grands égards après qu'il a reprouvé le Théatre
François. Et là - dessus on comprend bien qu'il
ne fait nul quartier à POpera. I applaudit au
génie de Lulli et de Quinault : mais il ne leur
fait d'autre grace , sur l'abus qu'ils en ont fait ,
qu'en reconnoissant qu'ils on: reconnu eux mêmes
avant leur mort , et qu'ils ont détesté cer
abus.
Des Auteurs , le P. Porée passe aux Acteurs ,
et fait voir que plus ils sont parfaits dans leur
action , plus ils sont criminels , et qu'ils contribuent
beaucoup au mal que les Auteurs Dramatiques
font par leur organe. Les Spectateurs ne
sont pas épargnés. Comment seroient- ils innocens
s'il faut être criminel pour leur
plaire ?
›
MAY. 17 ? 3 . 987
Cet Extrait auroit paru dès le mois passé si
nous n'avions été trop pressés par l'abondance
des matieres. Le Discours Latin , imprimé chez
Coignard fils , rue S. jacques , paroît et se fait
lire avec un extrême plaisir. On pariera dans le
prochain Mercure de la Traduction Françoise.
que le R. P. Brumoy en a faite , imprimée chez
le même Libraire.
, Jesuite , prononça devant une illustre et
nombreuse Assemblée un Discours Latin sur ce
sujet : Theatrum sit ne , vel esse possit Schola informandis
moribus idonea. C'est- à-dire , sille
formanMAY
. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rai
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sa❤
gement son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas. Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art .
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exeinples.
Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au- dessus de cha
cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes. On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard .
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort .
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus
et à haïr et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices .
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
G iiij
aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
pour cor-
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera- t- il le fond
des préceptes dont il prétend se servir
riger les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes. Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abondantes.
La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion ; ne lui est pas interdite.
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique ,
contentieuse et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et
dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement. Il ne s'érige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Philosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue.
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en paralele avec l'Historien.
Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Qr
:
MAY. 1733. 981
Théatre est ou peut devenir une Ecole propre pour
former les moeurs.
Après avoir touché dans son Exorde les rais
sons qu'il y a de mettre la chose en Problême ,
raisons tirées des disputes qui se sont souvent
élevées à cette occasion , l'Orateur prenant sagement
son parti , entreprend de faire voir dans
les deux parties qui divisent son Discours , que
le Théatre peut de sa nature être une Ecole propre
pour former les moeurs ; mais que par la
faute des hommes il ne l'est pas . Cet Exorde est
terminé par l'Eloge des deux Cardinaux qui
étoient présens , le Cardinal de Polignac et le
Cardinal de Bissy. Ce double Eloge est bien caracterisé
, et plein de finesse et d'art.
La Philosophie donne des préceptes pour
former les moeurs , l'Histoire donne des exem
ples. Le Théatre emprunte de ces deux Ecoles
ce qu'elles ont de meilleur , et par la réunion
qu'elle en fait , elle s'éleve fort au - dessus de cha
Cune d'elles, prises en particulier.
Il n'est point d'état pour lequel la Philosophie
ne donne des préceptes . On ne voit pas
non plus que le Théatre soit borné à cet égard.
Les Serviteurs , les Ouvriers , les Marchands , les
Juges , les grands Seigneurs , les Rois y reçoivent
des leçons , soit dans la Comédie , soit
dans la Tragédie.
Tous les Etats , toutes les conditions , tous
les âges , tous les devoirs sont de son ressort.
On y apprend à aimer la vertu , et toutes sortes
de vertus , et à hair et à fuir le vice , et toutes
sortes de vices.
Le Théatre va même plus loin que la Philoso
phie , qui se borne communément aux vertus er
Giiij aux
982 MERCURE DE FRANCE
aux vices , au lieu que le Théatre va jusqu'aux
bienséances et aux indécenses les plus légeres.
La Tragédie punit séverement les moindres foiblesses
, et la Comédie poursuit impitoyablement
le ridicule le moins grossier.
Mais d'où en particulier , demande l'Orateur
d'où le Poëte Dramatique tirera-t - il le fond
des préceptes dont il prétend se servir pour corriger
les hommes ? Trois sources , répond- il
lui sont ouvertes . Et d'abord l'humaine folie ,
l'humaine sottise est une source des plus abon →
dantes . La morale ordinaire est une seconde
source , et la morale divine même , prise avec
sagesse et discretion , ne lui est pas interdite.
>
Le P. Porée passe à la maniere dont le Poëte
Dramatique débite ses préceptes de morale. La
maniere du Philosophe est toute dogmatique
contentieuse , et pleine d'emphase . Le Poëte
Dramatique dissimule son but , et y arrive peutêtre
par là plus efficacement . Il ne s'erige ni en
Docteur , ni en Maître , ' ni en Censeur. Il invite
à la vertu , il attire les coeurs , plutôt qu'il
n'entraîne les esprits : il parle en homme à des
hommes. Ce Parallele du Poëte Dramatique et
du Thilosophe Dogmatique , est un des beaux
morceaux de cette Harangue
Mais c'est par les exemples joints aux préceptes
que le Poëte s'étend tout à fait au-dessus du
Philosophe , et entre en parallele avec l'Histo
rien. Le mot de Seneque est connu , que le chemin
est long par les préceptes , mais court et
efficace par les exemples. Ce qu'un homme a
fait , chaque homme se croit capable de le faire.
C'est par là que Ciceron appelle l'Histoire , la
Maitresse de la vie.
Or
MA Y. 1733- 983
Or l'Histoire donne indifféremment toutes
sortes d'exemples tels qu'ils se présentent , sans
donner souvent ceux dont chacun auroit besoin
Le Théatre les choisit , et les approprie à ses
Spectateurs. L'Histore fait souvent voir la vertu
si-non punie, du moins malheureuse , et le vice
heureux et comme récompensé. Sur le Théatre
c'est une loi de punir le vice et de couronner la
vertu.
Les exemples que donne l'Histoire sont inanimés
, et presqu'aussi inefficaces que les préceptes
philosophiques Car la Philosophie parle
pour l'avenir . On doit faire ceci on doit éviter
cela. L'Histoire raconte le passé . Le Théatre
seul rend les exemples pressans , animés
vivans.
L'Histoire parle tantôt des vices tantôt des
vertus , selon les sujets qu'elle peint . Le Dramatique
peint réellement , et a tous les avantages
de la Peinture le contraste sur tout et l'opposition
, le mêlange des ombres avec la lumiere ;
il oppose les vertus aux vices , les vices aux vertus.
Et par là ses caracteres sont toujours marqués
, brillans et à portée d'être imités ou rejettés.
Socrate étoit fort , assidu au Théatre d'Euripide.
Aristote a traité fort au long et en grave
Philosophe de la Poësie Dramatique . Le Car
dinal de Richelieu a travaillé pour le Théatre.
L'Orateur dit aussi son sentiment sur le
Théatre moderne , et ne trouve ni dans les Vers ,
ni dans le Chant , ni dans la Danse , rien qui
ne puisse être fort innocent , et fort propre
même à nourrir l'esprit et à former le coeur en
les amusant. Il a donc raison de conclure que
de soi le Théatre peut fort bien être une Ecole
GY de
984 MERCURE DE FRANCE
de vertu , propre pour former les moeurs. Mais
pourquoi donc tant de grands hommes , tant
de vertueux personages ont- ils proscrit le Théatre
, et invectivé contre lui comme contre une
Ecole de vice et de libertinage ? La réponse est
facile. Ils n'éxaminoient pas ce qui pouvoit
être. Ils ne parloient que de ce qui étoit.
Or le Théatre n'est pas , et n'a guéres jamais
été ce qu'il pouvoit , et ce qu'il devroit être :
et peut - être est - il bien difficile qu'il le soit jamais
ce qui est une autre question qu'on pourroit
discuter. L'Orateur parle désormais du
Théatre tel qu'il est , et c'est le sujet de la seconde
partic.
Il remonte à la source du mal 1, et la trouve
également dans les Auteurs , dans les Acteurs
et dans les Spectateurs , et en premier heu c'est
la faute des Poëtes Dramatiques si le Théatre
n'est pas ce qu'il doit être. Ils perdent à tous
momens de vue la fin et le but du sujet qu'ils
se mêlent de traitter .
Leur grand but paroît être uniquement de
briller , et de se faire promptement connoître et
admirer du Public ; de se donner en quelque
sorte en spectacle à toute une ville , sans- se piquer
beaucoup du titre de bons citoyens , dont
le devoir est de se rendre utile , et de contribuer
au bien commun de la Nation. Horace
dit que les Poëtes veulent ou plaire ou être utiles
. Nos Poëtes ne s'embarassent guéres que de
plaire.
Deux folles passions , capables seules de corrompre
toute une Nation , paroissent être le
grand objet de nos Poëtes , la vengeance et l'amour
, et en être l'objet bien plus pour les réveiller
que pour les éteindre.
Le
MAY . 1733 .
Le P. Porée adresse la parole au grand Corneille
, et lui reproche avec vehemence , quoiqu'avec
beaucoup d'estime et une sorte de respect
, d'avoir donné des exemples et des préceptes
de vengeance et de duel dans son Cid , et
de les avoir donnés d'une maniere d'autant plus
dangereuse , qu'elle est plus pleine d'élévation , si
non de coeur et de sentimens , du moins d'esprit
et de pensées .
Mais en même-tems l'Orateur reconnoît la
sagesse de Corneille sur l'article de l'Amour, sur
lequel Racine a été encore plus indiscret que
Corneille ne l'avoit été sur celui de la Vengeance.
Là commence un parallele de ces deux
grands Maîtres de la Scene Françoise ; et ce parallele
est nouveau après tous les autres qui ont
paru jusqu'ici : il finit par établir une sorte d'égalité
entre les deux Poëtes . Mais le commencement
et le milieu n'alloient point là , et on
ne s'attendoit guéres à voir cette gémissante Colombe
de Venus partager l'Empire , même du
Théatre , avec cette Aigle foudroyante de Jupiter.
L'Orateur a donné sans doute cette fin au
préjugé du vulgaire.
Ceux qui se sont emparés de la Scene après
ces deux grands Poëtes , ont bien pû imiter ou
surpasser même leurs défauts , principalement
celui des Sottises amoureuses , mais il ne leur a
pas été si aisé d'atteindre à leur Art , beaucoup
moins à leur Génie .
L'Orateur répond au prétexte , qu'on réveille
P'Amour pour le corriger et le bannir . Il appelle
cela exciter un grand incendie pour l'ét indre
après qu'il a fait bien des ravages donner du
poison pour le faire revomir après qu'il a dé
shiré les entrailles, L'amour n'est pas de ces
Gvj pas+
986 MERCURE DE FRANCE
sûr passions peu naturelles qu'on est commes
d'éteindre après les avoir allumées.
Les anciens Tragiques ne connoissoient point
cette passion , et leur Théatre ne se soutenoit
que mieux sans elle. Eschyle ne l'a jamais mise
sur le sien , Sophocle ne l'y a admise qu'une
fois , et Euripide deux fois : et encore avec
quels égards , quelle discrétion , quelle bienséance
,
Ia Tragédie a donc beaucoup perdu de son
ancienne majesté en perdant sa gravité , sa
séverité sa modestie , sa décence. Mais la Comédie
moerne se flate de surpasser en ce point
là même , l'ancienne Comédie. Notre Orateur
cependant n'est point du tout de cet avis. Le
caractere qu'il fait de Moliere est achevé , et
par là même il en fait un Maître dans l'Art des
moeurs d'autant plus mauvais , qu'il le fait meilleur
dans l'Art du Poeme Dramatique.
Le P. Porée n'épargne aucune sorte de Théatre.
La Comédie Italienne ne mérite pas de
grands égards après qu'il a reprouvé le Théatre
François. Et là - dessus on comprend bien qu'il
ne fait nul quartier à POpera. I applaudit au
génie de Lulli et de Quinault : mais il ne leur
fait d'autre grace , sur l'abus qu'ils en ont fait ,
qu'en reconnoissant qu'ils on: reconnu eux mêmes
avant leur mort , et qu'ils ont détesté cer
abus.
Des Auteurs , le P. Porée passe aux Acteurs ,
et fait voir que plus ils sont parfaits dans leur
action , plus ils sont criminels , et qu'ils contribuent
beaucoup au mal que les Auteurs Dramatiques
font par leur organe. Les Spectateurs ne
sont pas épargnés. Comment seroient- ils innocens
s'il faut être criminel pour leur
plaire ?
›
MAY. 17 ? 3 . 987
Cet Extrait auroit paru dès le mois passé si
nous n'avions été trop pressés par l'abondance
des matieres. Le Discours Latin , imprimé chez
Coignard fils , rue S. jacques , paroît et se fait
lire avec un extrême plaisir. On pariera dans le
prochain Mercure de la Traduction Françoise.
que le R. P. Brumoy en a faite , imprimée chez
le même Libraire.
Fermer
Résumé : Discours sur les Spectacles, &c. [titre d'après la table]
Le 13 mars, le Père Charles Porée, jésuite, prononça un discours en latin devant une assemblée nombreuse et illustre sur le sujet : 'Le Théâtre est-il ou peut-il devenir une école propre pour former les mœurs ?' Porée explora les raisons de poser cette question et démontra que, bien que le théâtre puisse être une école pour former les mœurs, il ne l'est pas en raison des erreurs humaines. Il loua les cardinaux de Polignac et de Bissy présents. Porée souligna que le théâtre combine les préceptes de la philosophie et les exemples de l'histoire, s'élevant ainsi au-dessus de ces deux disciplines. Il offre des leçons pour toutes les conditions sociales, enseignant à aimer la vertu et à fuir le vice. Le théâtre va même plus loin que la philosophie en abordant les bienséances et les indécences les plus légères. La tragédie punit les moindres faiblesses, et la comédie poursuit le ridicule le moins grossier. Le poète dramatique tire ses préceptes de l'humaine folie, de la morale ordinaire et de la morale divine. Contrairement au philosophe dogmatique, le poète dramatique dissimule son but et invite à la vertu de manière plus efficace. Il utilise des exemples pour rendre ses leçons plus pressantes et vivantes, contrairement à l'histoire qui donne des exemples indifférents et souvent inefficaces. L'orateur critiqua les auteurs dramatiques modernes qui se concentrent sur la vengeance et l'amour, reprochant à Corneille et Racine d'avoir donné des exemples dangereux de ces passions. Il reconnut la sagesse de Corneille sur l'amour et compara les deux poètes, établissant une sorte d'égalité entre eux. Il critiqua également la comédie italienne et l'opéra, tout en reconnaissant le génie de Lulli et Quinault. Porée passa ensuite aux acteurs, affirmant qu'ils contribuent au mal fait par les auteurs dramatiques, et ne ménagea pas non plus les spectateurs. Le texte est un extrait d'un document daté du 17 mai 1739, mentionnant que le discours en latin, imprimé chez Coignard fils, rue Saint-Jacques, suscite un grand intérêt et est lu avec plaisir. La traduction française de ce discours, réalisée par le Père Brumoy, sera publiée dans le prochain numéro du Mercure de France. La publication avait été retardée en raison de l'abondance des matières à traiter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
66
p. 1174-1189
Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Début :
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea ; oratio habita [...]
Mots clefs :
Scène, Théâtre, Orateur, Moeurs, Histoire, Philosophie, Nature, Racine, Comédie, Corneille, Tragédie, Héros, Discours, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
THEATRUM ne sit vel esse possit Schola
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
informandis moribus idonea ; oratio habita
die 13. Martii an . 1733. in Regio Ludovici
Magni Collegio Societatis Jesu , à
Carolo Porée , ejusdem Societatis Sacerdote.
ITEM , Discours sur les Spectacles , tradit
du Latin du Pere Charles Porée , de
la Compagnie de Jesus , par le P. Brumoy
de la même Compagnie..
L'une et l'autre Piéce est imprimée chez
Jean Baptiste Coignard fils , rue S. Jacques
, 1733 .
Le P. Porée , après avoir piqué la curiosité
du Public par son titre , a pleinement
satisfait celle de ses illustres Auditeurs
, au nombre desquels se trouverent
MM. les Cardinaux de Polignac et de .
Bissy , M. le Nonce , plusieurs Prélats
et autres personnes de distinction . On
souhaita que son Discours fût imprimé ,
et peu de tems après l'impression ,
Pere Brumoy l'a donné en françois. Ce
Discours a paru interessant par bien des .
endroits . Nous en exposerons briévement
le sujet et l'ordre , autant que la
fertilité laconique de l'Orateur pourra
permettre .
le
1. Vol. II
JUIN. 1733 117
Il établit dans l'Exorde que le Théatre
depuis son origine a toujours été un
sujet de contestation , comme un attrait
de curiosité , parce qu'en effet Athénes ,
Rome , et la France ont vû naître succes
sivement à son occasion des disputes qui
ne sont pas encore terminées. Il détaille
celle du siécle passé , où l'on vît partis
contre partis , Grands contre Grands ,
Doctes contre Doctes , agiter avec beaucoup
de vivacité et de chaleur la question
, sçavoir si le Théatre étoit utile our
pernicieux aux bonnes moeurs. Il s'attache
à la même question , et il se propose
de rapprocher les amateurs du vrai
en prenant le caractere de Conciliateur.
Il répond donc que le Théatre par sa nature
peut être une Ecole capable de former
les moeurs , mais qu'il arrive par
notre faute qu'elle ne l'est pas en effet.
Ce sont les deux parties du Discours.
Puis , après un Compliment ingénieu
aux deux Cardinaux , il entre en matiere.
Une Ecole propre à former les meurs
est celle qui se sert de préceptes et d'éxemples
convenables à ce but. La Philosophie
et l'Histoire ne passent en effet
pour d'excellentes Ecoles de meurs que
par les préceptes que donne l'ane , et
1. Vol.
par
1176 MERCURE DE FRANCE
par les exemples que l'autre fournit . Or
l'Orateur prétend que la Scene comparée
à la Philosophie et à l'Histoire peut leur
disputer l'avantage de former les moeurs ,
en employant les mêmes ressorts d'une
maniere plus convenable.
La Philosophie ouvre un vaste champ à
sa Morale. Elle considere l'homme qu'elle
se propose d'instruire , ou comme occupé
dans une famille , ou comme seul, ou comme
engagé dans les affaires civiles .Mais la
Scene de son côté embrasse tous les Etats,
toutes les professions , tous les devoirs ,
toutes les vertus , tous les vices , tous les
travers même que la Philosophie se met
peu en peine d'observer et de réformer.
De plus les sottises des hommes , la sagesse
humaine et même les Eaux sacrées
de la divine Sagesse , sont les sources
fécondes où la Scene peut puiser ses importantes
et nombreuses leçons . Ce détail
est vif et serré. Enfin l'on fait sentir
finement par une espece de communication
ironique ( à la façon de Socrate )
avec un Philosophe , que la maniere d'instruire
dont la Scene se sert , est veritablement
plus instructive et plus efficace
que ne l'est la Méthode grave et sérieuse
des Philosophes. Voicy un trait de ce
Morceau , qu'il adresse aux Philofophes .
1. Vol. Vos
JUIN. 1733. 1177
Vos Discours sur nos devoirs sont bien
raisonnez , quoiqu'un peu diffus , j'aurois
tort assurément de les blâmer. Vous avez
épousé une Méthode qui vous astraint à
proceder par ordre de propositions , de preuves
, d'objections , de réfutations . Le moyen
de n'être pas discoureur ! mais le Poëte en
auroit- il moins d'autorité sur la Scene parce
qu'il ne sçauroit être sententieux et court ,
souvent sublime Philosophe en un seul Vers ?
Que voulez- vous ? nous aimons la briéveté.
Se mêle-t'on de nous instruire ? nous voulons
qu'on nous dise beaucoup en peu de
mots.
Vous philosophez sur les passions humaines
avec beaucoup de subtilité ; le dirai -je
aussi ? souvent avec un peu de secheresse .
Vous en sçauroit - on mauvais gré ? non.
C'est à vous de définir , de diviser , de développer
vos idées par articles ; ce n'est pas à
vous d'émouvoir. Trouveriez- vous pour cela
que le Poëte dont je parle en auroit moins
grace , parce qu'il mettroit en oeuvre les
pleurs et le courroux , la terreur et la pitié ?
Nous sommes un composé d'esprit et de corps ;
nous voulons être éclairez ; nous voulons être
émus , et l'on ne nous éclaire pas assez ,
on ne tâche de nous émouvoir.
de
si
Enfin vous vous en tenez aux préceptes $
vous écartez bien loin les exemples. Con-
I. Vol.
damnerois-je
F178 MERCURE DE FRANCE
damnerois je votre maniere ? nullement. C'est
la loi que vous vous êtes prescrite. Fose
ici vous le demander sans détour ; notre
Poëte n'a- t'il pas visiblement l'avantage sur
vous , lui qui joint les exemples aux préceptes
en quoi il s'éloigne de vous , car il
devient en quelque sorte Historien , comme
Vous venez de le voir Philosophe ; et par
l'heureux accord de deux Ecoles differentes ,
il en forme une troisième plus efficace pour
faire agir les deux ressorts , je veux dire ,
pour éclairer et pour toucher.
Par cette transition l'Orateur entre
dans la comparaison de la Scene avec
⚫ l'Histoire. Il traite cet endroit avec toute
la justesse et tout le feu qui conviennent
à un parallele si heureux , des évenemens
qu'exposent l'Histoire et la Scene ; et de
la maniere dont l'une et l'autre les expose.
Si des exemples , dit- il , attachez à
des lettres mortes , confiez à des dépositaires
inanimez , ont toutefois une sorte d'ame ;
un reste de leur antique chaleur ; quelle sera
Leur force et leur vie , lorsqu'ils renaîtront
dans l'action , qu'ils seront vivifiez par le
feu du mouvement , qu'ils parleront eux-mêmes
au coeur, à l'oreille , à l'oeil , avec toute
la grandeur des sentimens , avec tous les
charmes de la voix , avec toute l'éloquence
du geste Telle est Pinnocente Magie que
I. Vol. se
JUIN. 1733.
1179
l'imise
propose la Scene. Par elle tout revit , tout
respire , au point de faire croire
tation l'emporte sur la réalité , &c.
que
Ce ne sont plus les Annales des Martyrs
de tout âge et de tout sexe que l'on vous
récite. Vous devenez spectateur et témoin des
combats et des palmes de ces saints Athletes.
A vosyeux les Tyrans menacent, et ils menacent
en vain; mere , pere , épouse chérie, tous
pleurent tous embrassent les genoux du Héros.
Les larmes coulent vainement, les prieres sont
perdues. Délices , richesses , grandeurs , vous
étalez vos plus dangereux attraits . Une indignation
chrétienne , un noble mépris , une
fiertéplus qu'humaine vous foulent aux pieds.
Tourmens cruels , morts effroyables ; vous
paroiffez avec toutes vos horreurs. Un regard
intrépide vous brave . Juges , vous
foudroyez, Arrêt fatal et prononcés on baise
Péchaffaut et l'on vous rend graces . Vous balancez
, Bourreaux , vous tardez tròp ; l'on
vole au-devant de vos coups , &c.
Autre effort plus considerable de la Scene.
L'Histoire est astrainte au temps , au
lieu , à l'ordre des évenemens , pour les y
attacher. Elle n'ose d'ordinaire exposer les
vertus et les vices que séparément et en leur
place. La Scene au contraire ( semblable à
la Peinture qui entend le ton des couleurs
et l'heureux mêlange du clair et de l'obscur
(
I. Vol.
fair
1180 MERCURE DE FRANCE
;
fait dans la même action le contraste inte
ressant du vice et de la vertu. Elle balance
dans les caracteres approchez , la valeur et
la lâcheté , la douceur et le courroux , la modestie
et la fierté , la libéralité et l'avarice ,
la frugalité et la profusion , l'honnête homme
et le scelerat. De cette opposition d'om
bres et de lumieres , quel doux éclat rejaillit
sur la vertu pour l'embellir! que d'hor
ribles tenebres se répandent sur le vice pour
le confondre !
Voulez- vous des autoritez sur le paral
lele de la Scene , telle que je viens de la
peindre , et de l'Histoire telle qu'elle est ?
Consultez le Lecteur et le Spectateur , les
Bibliotheques et les Amphithéatres , et demandez
où l'on verse des pleurs.
Le P. Porée conclud que la Scene l'emporte
sur la Philosophie et sur l'Histoi
re ; et que cela même est prouvé non
seulement par l'idée pure du Théatre ;
mais encore par le suffrage de la Philosophie
et par la déposition de l'Histoire. Il
allégue en preuve Socrate qui assistoit
aux Pieces d'Euripide , la Poëtique d'Aristote
; l'authorité de S. Charles Borro
mée qui revoyoit les Comédies , la plume
à la main , avant qu'on les jouât , celle
du Cardinal de Richelieu qui n'a pas dédaigné
de composer lui - même des Vers
1. Vol.
traJUI
N. 1181. 1733.
tragiques , et de donner une partie de ses
soins à la perfection de la Scene. Celle de
Louis XIV. celle des Etats qui authorisent
des Spectacles pour exercer la jeunesse
; celle enfin des particuliers qui
croïent ces exercices utiles. Voici ce qu'il
dit de Louis XIV. Manes du Grand Louis,
rougiriez - vous d'avoir rappellé Racine an
Cothurne qu'il avoit quitté , pour engager cet
autre Prince de la Scene à donner des Tra
gedies dignes du Théatre , et des Actrices de,
S. Cyr? étoit ce un divertissement puerile
que vous ménagiez à des enfans ? Vos vûës
si-bienfaisantes , si sages , si religieuses se
portoient sans doute à quelque chose de plus
auguste.Jeune Noblesse trop mal dottée par la
fortune , ce Monarque vous reservoit une
dot dont il connoissoit tout le prix,des exemples
et des leçons de piété , thrésor préférable
à tous les thrésors , dot précieuse , que vous
deviez faire passer dans les familles les plus
distinguées pour la perpetuer. Quelles pieces
en effet tira- t-il du grand Maître qu'il em
ploya?
O Athalie! Esther ! Oeuvres divines,
dont l'unique ou le plus digne éloge est de
vous demander, Messieurs , si le Problême
que j'ai proposé auroit lieu , supposé qu'on
en composat d'égales , ou du moins de sem
blables. Ah ! il ne faudroit plus demander
I. Vol.
, alers ,
1182 MERCURE DE FRANCE
alors si le Théatre peut être utile aux moeurs,
mais s'il seroit possible qu'il leur devint pernicieux.
Voilà pour la Tragédie et la Comédie.
Il restoit à prononcer sur l'Opéra , matiére
délicate.Ce morceau est tourné avec
tant de délicatesse et de circonspection
qu'on ne peut l'abréger sans l'alterer.
Nous y renvoïons le Lecteur , tres - fâchez
de ne pouvoir mieux faire , et nous passons
à la seconde Partie.
Elle tend à faire voir que la Scene propre
par elle- même à former les moeurs ,
est dépravée par l'abus qu'en font les
Autheuts , les Acteurs et les Spectateurs ;
Particle qui regarde les Ecrivains de
Théatre est le plus étendu ; c'est à eux
que l'Orateur impute d'abord la dépra
vation des Spectacles. Il les compare avec
les Autheurs du Théatre Athénien ; ceuxci
se regardoient comme des hommes dévoüez
au bien public , et chargez par la
Patrie de réformer les moeurs. Est - ce là
l'idée de ceux qui destinent leur pluie
au Théatre ? Ils ont perdu de vûë , dit
F'Orateur , le but que se proposoient les
anciens. Ils ne comprennent plus , parce
qu'ils ne veulent pas le comprendre , ce
qu'exigent les Loix de leur emploi , ce
que veut la nature de la Poësie drama-
1. Vol.
tique
JUIN. 1733. 1183
*
tique. Elle veut qu'on ait en vûë le bien
de l'Etat , et que l'on profite en amusant.
On s'écarte de cet objet , on ne cherche
qu'à plaire , fût- ce aux dépens de l'utilité
publique . L'Orateur appuïe ses preuyes
sur une revûë détaillée des divers
Spectacles. Il rend à la Tragédie de nos
jours la justice qu'elle mérite par la gravité
de ses Sentences , et par l'élégance de
sa diction, Mais il demande ; Qu'est devenue
la sévérité Athénienne.Dans Athénes
la Tragedie se servoit du ressort des passions
pour les guérir ; elle le met en oeuvre
aujourd'hui pour augmenter leurs maux . La
Scene antique éteignoit dans les Athéniens
la soif de l'ambition , parce qu'elle la regardoit
comme la plus dangereuse peste de la
République. La Scene Françoise souffle aujourd'hui
dans les cours un double poison,
que nous devons regarder comme également
funeste à la Religion et à l'Etat , la vengeance
et l'amour..
>
Pour la Vengeance, le P. P. cite le Cid.
et l'emportement de Rodrigue et de son
Pere , par lequel Corneille , sans le sçavoir
, semble infpirer la fureur des Duels.
Heureux ( continuë l'Orateur ) d'avoir
été moins propre à traiter des sujets d'un caractere
tout opposé! Si les tendresses et le
Langage efféminé des Amours avoient pû
I. Vol.
s'as1184
MERCURE DE FRANCE
saccommoder de l'énergie de l'esprit le plus
ferme , et de l'enthousiasme de la Poësie la
plus sublime , de quels feux n'auriez vous
pas embraze la Scene ! Malheureusement le
Dieu de Cythere sçut trop se dédommager ;
la main à qui il confia son flambeau , n'eut
que trop de grace à le manier , à en ranimer
ia flamme , et à en répandre les étincelles
dans le sein des Spectateurs ..
Racine jeune, le consola de Corneille vieilli
et peu docile à suivre ses traces. Le nou
veau Peintre, génie heureux, aisé dans l'invention
, habile dans l'ordonnance , sçavant
dans l'étude de la nature , exact et patient
dans la correction enrichi des dépouilles
de la Grece , riche de son propre
fonds , pur dans sa diction , doux et coulant
dans ses Vers , sembla fait pour attendrir la
Scene , soit penchant , soit émulation on désespoir
d'atteindre le vieux Monarque du
Theatre dans la ronte qu'il avoit fraiée le
premier , il osa s'en tracer une toute nouvelle
pour regner à son tour.
Corneille dans le grand , avoit étonné
les esprits par la majesté pompeuse de ses pensées.
Racine , dans le tendre fascina les
coeurs par le charme enchanteur des sentimens.
L'un avoit élevé l'homme au dessus de
T'humanité, l'autre le rendit à lui - même et à ses
foiblesses. L'un avoit fait ses Héros Ro-
I. Vol.
mains,
JUIN. 1733 1185
mains , Arméniens , Parthes ; il nous transportoit
chez leurs Nations et dans leurs Climats
: l'autre , au contraire , les transportant
tous en France , les naturalisa François , et
les forma sur l'urbanitégalante de nos moeurs.
L'un , métamorphosant les femmes même en
autant de Héros , leur avoit donné une ame
veritablement Tragique : l'autre , rabaissant
ses Heros presqu'au rang des Héroïnes , leur
fit soupirer des sentimens d'Elegie. Le génie
du premier avoit pénétré dans le Cabinet
des Rois pour y sonder les profondeurs de la
politique ; l'esprit du second s'insinua dans
les Cercles , pour y apprendre les délicatesses
de la galanterie. Corneille, semblable à l'Oisean
de Jupiter , qui s'élance dans les nuës
et paroît se jouer au milieu des Eclairs et des
Tonneres , avoit fait retentir la Scene des
fréquens éclats de ce bruit majestueux qui
frappe tous les esprits. Racine, comme le tendre
Oiseau de Cypris , voltigeant autour des
Myries et des Roses , fit repeter aux Echos
ses gémissemens et ses soupirs. Corneille , en-
·fin forçant les obstacles d'un sentier escarpé
et sujet par consequent à d'illustres chutes ;
redoublant toujours ses efforts pour tendre de
plus en plus au sublime et au merveilleux
Scherchanpar la voie de l'admiration des
-applaudissemens trop merités , qu'il arracha
des plus déterminés à les lui refuser : Racine
I. Vol.
sur1186
MERCURE DE FRANCE
suivant une pente plus douce , mais par là
plus sûre, s'élevant rarement , soutenant son
vol avec grace et le ramenant promptement
aux amours , parut s'offrir de lui- même aux
suffrages qui prévenoient son attraïante donccur.
Il ne soupira pas en vain ; l'art inexprimable
des soupirs lui. procura la Palme
qu'il ambitionnoit ; il n'enleva pas
les Lanriers
à son Rival ; mais il se vit ceint de
Myrtes , par les mains empressées de ses Héros
et sut tout de ses Héroïnes . Il ne déthrôna
pas Corneille ; mais ilpartagea le Thrône
de la Scene avec lui. L'Aigle foudroïa
La Colombe gémit , et l'Empire fut divisé.
Quelle gloire pour Racine ! Regner ainsi sur.
le Theatre c'est avoir vaincu , c'est avoir
triomphé.
Vous sçavez , Messieurs , l'issue d'une si
brillante victoire. :.cette heureuse audace
produisit
une foule d'imitateurs. Les soupirs
avoient couronné ce grand Maître ; vaine
ment les désavoia - t- il vainement la piété
le ravit-elle dux honneurs du Théatre ; les
éleves nombreux soumirent le Cothurne aux
loix du tendre Législateur ; ils leur sacrifierent
la severité des loix fondamentales de la
Scene.
Le P. Porée prétend en effet que l'unité
d'action , la simplicité , la verité des sujets
, la vrai - semblance , la variété , one
I. Vol. extrê
JUIN. 1733 . 1187
extrêmement souffert de cette nouvelle
tournure de la Tragédie , devenuë amoureuse.
Il en montre le danger par un morceau
pathetique et fort éloquent en revenant
au parallele de la Tragédie ancienne
et de la moderne, puis il passe à la Comédie
avec un tour d'éloquence tout
nouveau ; car on remarque dans la diversité
de ses tours une conformité singulicre
entre chaque sujet et la maniere pro
pre de le traiter ; il feint une conversation.
La Comédie se donne pour être fort
differente de ce qu'elle fut jadis ; elle étale
les vices et les défauts qu'elle réforme
par ses Piéces, elle cite les petits Maîtres,
les Femmes sçavantes , les Misantropes
les Malades imaginaires, les diverses écoles
, & c. L'Orateur insére un mot sur
chaque chose ; et fait ensuite une récapitulation
des vices plus pernicieux
Comedie moderne , a ( dit - il ) introduits
et qu'elle authorise . Mais pourquoi, ajoutet-
il , s'en prendre à la Comédie ? Est- ce par
sa nature , où n'est- ce pas plutôt par la ma
lice d'autrui qu'elle s'est pervertie ? Ah ! prenons-
nous- en à ceux qui pouvant la rendre
bonne et utile , l'ont renduë nuisible et peri
nicieuse : Oui,j'ose m'en prendre d'abord an
chefmême des Autheurs et des Acteurs de
notre Scene. Poëte par goût,plus que par émque
la
1. Vol. G de
1188 MERCURE DE FRANCE
de , ce fut un feu de jeunesse , non la malignité
de la fortune , qui le fit Comédien. Né
pour des emplois sérieux , transporté dans le
comique, rigide observateur du ridicule,peintre
plaisant d'après nature , exact sans affectation
d'exactitude , correct sans paroitre
s'êtregêné , serré dans sa Prose , libre et aisé
dans ses Vers , riche en Sentences, fertile en
Plaisanteries, on peut dire qu'il réunit en lui
seni toutes les qualitez et la plupart des dé
fauts des Poëtes celebres en ce genre , aussi
piquant qu' Aristophane , quelquefois aussi.
peu retenu, aussi vif que Plaute, de temps en
temps aussi bouffon , aussi fin dans l'in
telligence des moeurs que Terence , souvent
aussi libre dans ses Tableaux, Moliere futil
plus grand par la nature ou par l'art ?
Inimitable dans l'un et dans l'autre , vicieux
par ces deux Endroits , il nuisit autant qu'il
excella, Le meilleur Maître , s'il enseigne le
mal , est le pire de tous les Maîtres.
L'Orateur taxe de la même sorte les
differens imitateurs de ce Prince de la
Comédie. Les Autheurs qui travaillent
pour le Théatre Lyrique viennent ensuite
sur les rangs par une figure d'éloquence
fort remarquable. Les Acteurs ont
aussi leur tour , et enfin les Spectateurs ;
nous n'insistons point sur cette fin, parce
qu'il seroit difficile d'en rien retrancher
I. Vol. et
JUIN. 1733. 1189
et de choisir . Cette . Analyse generale suffit
pour l'idée que nous nous sommes
proposée . Nous observerons seulement
que
le blâme de l'abus du Théatre, ( suivant
la pensée du P. Porée) retombe principalement
et presqu'entierement sur les
Spectateurs, que l'on sert selon leur goût.
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Résumé : Discours sur les Spectacles, traduit du Latin, [titre d'après la table]
Le texte présente un discours intitulé 'THEATRUM ne sit vel esse possit Schola informandis moribus idonea' prononcé par le Père Charles Porée, jésuite, le 13 mars 1733 au Collège Royal de Louis le Grand. Ce discours, traduit en français par le Père Brumoy et publié en 1733, a suscité l'intérêt de personnalités distinguées telles que les cardinaux de Polignac et de Bissy, ainsi que le Nonce apostolique. Le Père Porée examine la question de savoir si le théâtre peut être une école de formation des mœurs. Il affirme que, par nature, le théâtre peut former les mœurs, mais que les abus en empêchent la réalisation effective. Le discours se divise en deux parties : la première compare le théâtre à la philosophie et à l'histoire, et la seconde examine les abus commis par les auteurs, les acteurs et les spectateurs. Porée soutient que le théâtre, comme la philosophie et l'histoire, peut instruire et émouvoir les spectateurs. Il critique la méthode philosophique, jugée trop abstraite et peu émotive, et valorise la capacité du théâtre à illustrer les préceptes par des exemples vivants et touchants. Il compare également le théâtre à l'histoire, soulignant que le théâtre rend les événements historiques plus vivants et émouvants. Porée conclut que le théâtre, bien utilisé, peut être supérieur à la philosophie et à l'histoire pour former les mœurs. Il cite des autorités comme Socrate, Aristote, et des figures historiques comme Louis XIV pour appuyer son argumentation. Dans la seconde partie, Porée critique les auteurs de théâtre modernes, les accusant de ne plus se consacrer au bien public et de chercher uniquement à plaire, souvent au détriment des mœurs. Il cite des exemples comme 'Le Cid' de Corneille et les pièces de Racine pour illustrer comment le théâtre moderne peut encourager des comportements nuisibles, comme la vengeance et les passions amoureuses excessives. Le texte compare également les contributions de Corneille et Racine au théâtre français. Corneille est décrit comme un maître du grand et du majestueux, tandis que Racine est apprécié pour la tendresse et le charme de ses sentiments. Corneille a exploré la politique et la grandeur, tandis que Racine s'est concentré sur la galanterie et les délicatesses des mœurs françaises. Le Père Porée critique la tragédie moderne, devenue amoureuse, et la comédie, qui étale les vices et les défauts. Il blâme les auteurs, les acteurs et les spectateurs pour la perversion du théâtre. Enfin, Molière est décrit comme un comédien exceptionnel, réunissant les qualités et les défauts des poètes célèbres, mais nuisant autant qu'il a excellé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
67
p. 2040-2042
Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François ont reçû depuis quelque temps une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Comédie, Applaudir, Voltaire, Rôle, Oedipe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
Es Comédiens François ont reçû de-
Luis quelque temps une Comédie
en Vers , en cinq Actes , intitulée la
Fausse Antipatie , qu'on doit jouer dans
peu.
Sur la fin du mois dernier , M. de
Voltaire , lût à l'Assemblée des Comédiens
SEPTEMBRE. 1733. 2041
diens François , une Tragédie nouvelle
e sa composition , sous le titre d'Adelaide
, qui fut unaniment reçûe , pour
être représentée au commencement de
hyver.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçû
depuis peu une petite Comédie ,.
sous le titre de la Coquette Amoureuse ,
u'on doit jouer incessamment .
Ils ont encore reçû peu de jours après ,
une Tragédie nouvelle , dont le sujet
adéja été traité : elle est intitulée , Marie
Stuart.
Au commencement de ce mois , les
mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Tragédie de Tiridate , et la " petite
Piece du François à Londres , dont les
principaux Rôles furent jouez par le
sieur Prin , nouveau Comédien , qui y
fut applaudi. Il a été encore plus applaudi
dans le Rôle d'Oedipe , qu'il a
joué depuis , dans la Tragédie de M. de
Voltaire.
Le même Rôle d'Oedipe a aussi été
joué par le sieur Fleury , qui y a été
applaudi.
L'Académie Royale de Musique ne doit
tesser le Balet des Fêtes Grecques et Rɔmaines
, qu'au dernier de ce mois , après
plus
2042 MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante Représentations consécutives
ce qui marque à quel dégré
cet Ouvrage est agréable au Public.
On donnera le premier Octobre le
nouvel Opera d'Hypolite et Aricie , Tragédie
, dont nous rendrons compte àરે
nos Lecteurs dans le prochain Mercure.
Luis quelque temps une Comédie
en Vers , en cinq Actes , intitulée la
Fausse Antipatie , qu'on doit jouer dans
peu.
Sur la fin du mois dernier , M. de
Voltaire , lût à l'Assemblée des Comédiens
SEPTEMBRE. 1733. 2041
diens François , une Tragédie nouvelle
e sa composition , sous le titre d'Adelaide
, qui fut unaniment reçûe , pour
être représentée au commencement de
hyver.
Les mêmes Comédiens ont aussi reçû
depuis peu une petite Comédie ,.
sous le titre de la Coquette Amoureuse ,
u'on doit jouer incessamment .
Ils ont encore reçû peu de jours après ,
une Tragédie nouvelle , dont le sujet
adéja été traité : elle est intitulée , Marie
Stuart.
Au commencement de ce mois , les
mêmes Comédiens remirent au Théatre
la Tragédie de Tiridate , et la " petite
Piece du François à Londres , dont les
principaux Rôles furent jouez par le
sieur Prin , nouveau Comédien , qui y
fut applaudi. Il a été encore plus applaudi
dans le Rôle d'Oedipe , qu'il a
joué depuis , dans la Tragédie de M. de
Voltaire.
Le même Rôle d'Oedipe a aussi été
joué par le sieur Fleury , qui y a été
applaudi.
L'Académie Royale de Musique ne doit
tesser le Balet des Fêtes Grecques et Rɔmaines
, qu'au dernier de ce mois , après
plus
2042 MERCURE DE FRANCE
plus de cinquante Représentations consécutives
ce qui marque à quel dégré
cet Ouvrage est agréable au Public.
On donnera le premier Octobre le
nouvel Opera d'Hypolite et Aricie , Tragédie
, dont nous rendrons compte àરે
nos Lecteurs dans le prochain Mercure.
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Résumé : Piéces nouvelles, &c. [titre d'après la table]
En septembre 1733, les Comédiens Français ont reçu plusieurs œuvres. Ils ont d'abord reçu la comédie en vers 'La Fausse Antipathie', prévue pour une prochaine représentation. Voltaire a ensuite présenté la tragédie 'Adelaïde', acceptée pour l'hiver. La petite comédie 'La Coquette Amoureuse' a également été reçue pour une représentation imminente. La tragédie 'Marie Stuart', déjà traitée, a été acceptée. Les comédiens ont remis en scène 'Tiridate' et 'Le François à Londres', où le sieur Prin a été applaudi. Le sieur Prin et le sieur Fleury ont été acclamés dans le rôle d'Œdipe. L'Académie Royale de Musique prévoit de représenter le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' après plus de cinquante représentations consécutives. Le 1er octobre, l'opéra 'Hypolite et Aricie' sera donné, avec un compte rendu prévu dans le prochain Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 2249-2250
« On apprend de Rome qu'on y fit le 7 du mois dernier, l'ouverture du Théatre [...] »
Début :
On apprend de Rome qu'on y fit le 7 du mois dernier, l'ouverture du Théatre [...]
Mots clefs :
Comédie, Comédiens, Théâtre de Viterbe, Représentation, Fausse antipathie, Dangeville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Rome qu'on y fit le 7 du mois dernier, l'ouverture du Théatre [...] »
On apprend de Rome qu'on y fit le 7
du mois dernier , l'ouverture du Théatre
de Viterbe, par la premiere Représentation
d'un Opera , intitulé : Il Siroe , qui
fut tres -applaudi .
Le z. de ce mois , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation de la
Fausse Antipatie , Comédie en Vers , en trois
Actes,avec un Prologue , Cette Piece est de M. de
la
4150 MERCURE DE FRANCE
la Chaussée. Le Public a beaucoup applaudi à cer
Ouvrage, qu'il trouve ingenieux , plein d'esprit er
très-bien écrit. Nous en parlerons plus au long.
Ils ont remis depuis peu une petite Comédie de
feu M. Dancourt , sous le titre du Tuteur, en um
Acte.
Les mêmes Comédiens ont aussi remis an
Théatre , La Comédie des Comédiens , et l'Amour
Charlatan, du même Auteur , qui furent goûtées
dans leur nouveauté en 1710. et qu'on revoit
avec plaisir . La Dile Dangeville y joue le
Rôle de l'Amour , avec les graces et la legereté
tout le monde lui connoît.
que
On va jouer incessamment sur le même Théatre
, le Badinage , Comédie nouvelle , dont nous
parlerons dans le prochain Mercure.
du mois dernier , l'ouverture du Théatre
de Viterbe, par la premiere Représentation
d'un Opera , intitulé : Il Siroe , qui
fut tres -applaudi .
Le z. de ce mois , les Comédiens François
donnerent la premiere Représentation de la
Fausse Antipatie , Comédie en Vers , en trois
Actes,avec un Prologue , Cette Piece est de M. de
la
4150 MERCURE DE FRANCE
la Chaussée. Le Public a beaucoup applaudi à cer
Ouvrage, qu'il trouve ingenieux , plein d'esprit er
très-bien écrit. Nous en parlerons plus au long.
Ils ont remis depuis peu une petite Comédie de
feu M. Dancourt , sous le titre du Tuteur, en um
Acte.
Les mêmes Comédiens ont aussi remis an
Théatre , La Comédie des Comédiens , et l'Amour
Charlatan, du même Auteur , qui furent goûtées
dans leur nouveauté en 1710. et qu'on revoit
avec plaisir . La Dile Dangeville y joue le
Rôle de l'Amour , avec les graces et la legereté
tout le monde lui connoît.
que
On va jouer incessamment sur le même Théatre
, le Badinage , Comédie nouvelle , dont nous
parlerons dans le prochain Mercure.
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Résumé : « On apprend de Rome qu'on y fit le 7 du mois dernier, l'ouverture du Théatre [...] »
Le texte décrit des événements récents dans le monde du théâtre à Rome et à Paris. À Rome, le Théâtre de Viterbe a été inauguré le 7 du mois précédent avec la représentation de l'opéra 'Il Siroe', qui a été très applaudie. À Paris, le 20 du mois, les Comédiens Français ont présenté la première de 'La Fausse Antipathie', une comédie en vers en trois actes avec un prologue, écrite par M. de la Chaussée. Cette pièce a été bien accueillie pour son ingéniosité, son esprit et sa qualité d'écriture. Les Comédiens Français ont également repris plusieurs œuvres, dont 'Le Tuteur' de feu M. Dancourt, 'La Comédie des Comédiens' et 'L'Amour Charlatan', toutes deux de l'auteur et jouées avec succès en 1710. La comédienne Dangeville a interprété le rôle de l'Amour avec grâce et légèreté. Une nouvelle comédie intitulée 'Le Badinage' est prévue pour être jouée prochainement.
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69
p. 2452-2453
Livres nouveaux à Paris, chez BRIASSON.
Début :
Histoire des Rois de Pologne, et du Gouvernement de ce Royaume ; où l'on trouve un détail [...]
Mots clefs :
Histoire, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux à Paris, chez BRIASSON.
Livres nouveaux à Paris , chez BRIASSON.
Histoire des Rois de Pologne , et du Gouvernement
de ce Royaume ; où l'on trouve un détail
très- circonstancié de tout ce qui s'est passé
de plus remarquable sous le Regne de FREDERIC
AUGUSTE, et pendant les deux derniers interregnes,
par M *** 4 vol. in 12. Amsterdam, 1734.
Le cinquiéme volume sous presse , contiendra
'Histoire de ce qui s'est passé depuis la Diette
de Convocation , jusques à l'Election du Roy
STANISLAS , et jusques à présent.
Mémoires très- fideles et très- éxacts des ExpéditionsMilitaires
qui se sont faites en Allemagne,
en Hollande et ailleurs depuis le Traité d'Aixla
- Chapelle jusques à celui de Nimegue , ausquels
on a joint la Relation de la Bataille de Senef, par
M. le Prince , et quelques autres Mémoires sur
les principales actions qui se sont passées pendant
cette guerre , in 12. 2. vol. 1734.
Le Droit de a Nature et des Gens , ou Systême
general des Principes les plus importans
de la Morale , de la Jurisprudence et de la Politique
, traduit du Latin de Puffendorf , avec les
Notes de M. de Barbeyrac , nouvelle Edition
très-augmentée , in 4. 2. vol. Amsterdem, 1734.
Refléxions sur la Poësie en general , sur l'Eglogue
, la Fable , l'Idylle , la Šatyre , l'Ode , et
sur les autres petits Poëmes , &c. suivies de trois
Lettres sur la décadence du Goût en France ,
M. R. D. S. M. in 8. La Haye , 1733 .
par
Memoire
NOVEMBR E. 1733. 2453
Mémoire de ce qui s'est passé sur Mer pendant
de 1688. jusqu'à 1697. entre la France
et Angleterre , par M. Burchett , in 12. Londres
, 1732.
la guerre
Continuation de l'Histoire du Parlement de
Bourgogne , depuis 1649. jusqu'en 1733. avec
les Armes et Blasons des Présidens et autres Of
ficiers de ce Parlement , in fol. Dijon , 1733 .
Nouvelle Histoire de la Ville de Tournus , et
de l'Abbaye de S. Filibert , avec une Table Chro
nologique , les preuves de l'Histoire , et le Pouil
lé des Bénefices et l'Histoire des Comtes de Châlons
, de Mâcon et des Sires de Baugé , avec figures
, 4. 2. vol . Dijon , 1735 .
in
Recherches interessantes sur l'Origine , la Formation
, &c. des Vers tuyau , qui infectent
les Vaisseaux et les Digues de Hollande , par
M. Massuet, avec figures , in 12. Amsterd. 1733 .
Traitez Géographiques et Historiques pour
faciliter l'intelligence de l'Ecriture Sainte ,
cueillis par M. de la Martiniere , in 12. 2 , vol .
La Haye.
rc-
Nouvelle Dissertation sur les paroles de la
Consécration de l'Eucharistie , avec une Lertre
de M. l'Abbé Dugué , in 8. 1733.
Les Quatre- Semblables , Comédie, par M. Dominique
, in 12. 1733.
Le Bouquet , Comédie , par Mrs Romagnesi
et Riccoboni , 1733-
On trouve chez le même Libraire toutes sortes
de Livres , tant de France , que des Pays étrangers .
Histoire des Rois de Pologne , et du Gouvernement
de ce Royaume ; où l'on trouve un détail
très- circonstancié de tout ce qui s'est passé
de plus remarquable sous le Regne de FREDERIC
AUGUSTE, et pendant les deux derniers interregnes,
par M *** 4 vol. in 12. Amsterdam, 1734.
Le cinquiéme volume sous presse , contiendra
'Histoire de ce qui s'est passé depuis la Diette
de Convocation , jusques à l'Election du Roy
STANISLAS , et jusques à présent.
Mémoires très- fideles et très- éxacts des ExpéditionsMilitaires
qui se sont faites en Allemagne,
en Hollande et ailleurs depuis le Traité d'Aixla
- Chapelle jusques à celui de Nimegue , ausquels
on a joint la Relation de la Bataille de Senef, par
M. le Prince , et quelques autres Mémoires sur
les principales actions qui se sont passées pendant
cette guerre , in 12. 2. vol. 1734.
Le Droit de a Nature et des Gens , ou Systême
general des Principes les plus importans
de la Morale , de la Jurisprudence et de la Politique
, traduit du Latin de Puffendorf , avec les
Notes de M. de Barbeyrac , nouvelle Edition
très-augmentée , in 4. 2. vol. Amsterdem, 1734.
Refléxions sur la Poësie en general , sur l'Eglogue
, la Fable , l'Idylle , la Šatyre , l'Ode , et
sur les autres petits Poëmes , &c. suivies de trois
Lettres sur la décadence du Goût en France ,
M. R. D. S. M. in 8. La Haye , 1733 .
par
Memoire
NOVEMBR E. 1733. 2453
Mémoire de ce qui s'est passé sur Mer pendant
de 1688. jusqu'à 1697. entre la France
et Angleterre , par M. Burchett , in 12. Londres
, 1732.
la guerre
Continuation de l'Histoire du Parlement de
Bourgogne , depuis 1649. jusqu'en 1733. avec
les Armes et Blasons des Présidens et autres Of
ficiers de ce Parlement , in fol. Dijon , 1733 .
Nouvelle Histoire de la Ville de Tournus , et
de l'Abbaye de S. Filibert , avec une Table Chro
nologique , les preuves de l'Histoire , et le Pouil
lé des Bénefices et l'Histoire des Comtes de Châlons
, de Mâcon et des Sires de Baugé , avec figures
, 4. 2. vol . Dijon , 1735 .
in
Recherches interessantes sur l'Origine , la Formation
, &c. des Vers tuyau , qui infectent
les Vaisseaux et les Digues de Hollande , par
M. Massuet, avec figures , in 12. Amsterd. 1733 .
Traitez Géographiques et Historiques pour
faciliter l'intelligence de l'Ecriture Sainte ,
cueillis par M. de la Martiniere , in 12. 2 , vol .
La Haye.
rc-
Nouvelle Dissertation sur les paroles de la
Consécration de l'Eucharistie , avec une Lertre
de M. l'Abbé Dugué , in 8. 1733.
Les Quatre- Semblables , Comédie, par M. Dominique
, in 12. 1733.
Le Bouquet , Comédie , par Mrs Romagnesi
et Riccoboni , 1733-
On trouve chez le même Libraire toutes sortes
de Livres , tant de France , que des Pays étrangers .
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Résumé : Livres nouveaux à Paris, chez BRIASSON.
Le document énumère des livres récemment publiés et disponibles chez le libraire Briasson à Paris. Parmi les ouvrages, 'Histoire des Rois de Pologne, et du Gouvernement de ce Royaume' en quatre volumes relate les événements sous le règne de Frédéric Auguste et les deux derniers interrègnes, avec un cinquième volume en préparation couvrant les événements jusqu'à l'élection du roi Stanislas. 'Mémoires très-fidèles et très-exacts des Expéditions Militaires' décrit les campagnes militaires en Allemagne, en Hollande et ailleurs entre les traités d'Aix-la-Chapelle et de Nimègue, incluant la bataille de Senef. Le document mentionne également des traductions et des éditions augmentées, comme 'Le Droit de la Nature et des Gens' de Puffendorf, traduit par Barbeyrac. D'autres publications incluent des réflexions sur la poésie, des mémoires sur les événements maritimes entre la France et l'Angleterre, des histoires du Parlement de Bourgogne, et des recherches sur divers sujets historiques et scientifiques. Le libraire propose aussi des comédies et des traités géographiques et historiques pour faciliter la compréhension de l'Écriture Sainte.
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70
p. 2692-2693
« Les Comédiens François ont remis au Théatre depuis peu une petite Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre depuis peu une petite Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie, Dancourt, Piron, Poisson l'aîné
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre depuis peu une petite Comédie [...] »
Les Comédiens François ont remis au
Théatre depuis peu une petite Comédie
de feu M. Dancour , intitulée : Le Retour
des Officiers , qui n'avoit pas été représentée
depuis tres- long- temps.
>
Ils ont aussi repris la Tragédie nouvelle
de Gustave , de M. Piron , que le
Public revoit avec un nouveau plaisir ,
ainsi que
la Comédie des Fils - Îngrats ,
du même Auteur , qu'on vient de remettre
au Théatre.
Les mêmes Comédiens ont donné la
premiere Représentation d'une petite Comédie
nouvelle , en Vers , de M. Poisson,
1. Vole l'aîné,
DECEMBRE . 1733. 2693
l'aîné , sous le Titre de l'Impromptu de
Campagne , qui a été fort applaudie. On
en parlera plus au long.
Théatre depuis peu une petite Comédie
de feu M. Dancour , intitulée : Le Retour
des Officiers , qui n'avoit pas été représentée
depuis tres- long- temps.
>
Ils ont aussi repris la Tragédie nouvelle
de Gustave , de M. Piron , que le
Public revoit avec un nouveau plaisir ,
ainsi que
la Comédie des Fils - Îngrats ,
du même Auteur , qu'on vient de remettre
au Théatre.
Les mêmes Comédiens ont donné la
premiere Représentation d'une petite Comédie
nouvelle , en Vers , de M. Poisson,
1. Vole l'aîné,
DECEMBRE . 1733. 2693
l'aîné , sous le Titre de l'Impromptu de
Campagne , qui a été fort applaudie. On
en parlera plus au long.
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Résumé : « Les Comédiens François ont remis au Théatre depuis peu une petite Comédie [...] »
En décembre 1733, les Comédiens François ont présenté plusieurs œuvres au théâtre. Ils ont repris 'Le Retour des Officiers' de Dancour, 'Gustave' et 'Les Fils Ingrats' de Piron. Ils ont également créé 'L'Impromptu de Campagne', une comédie en vers de Poisson, très applaudie.
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71
p. 139-141
« Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
Début :
Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens, Représentation, Comédiens-Français, Théâtre-Français, Comédiens-Italiens, Théâtre de l'Opéra, Bajazet, Adélaïde du Guesclin, Voltaire, Arlequin Grand Mogol, Misanthrope, Fêtes grecques et romaines, Fabrice, Théâtre du marché au foin, Carnaval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
E 14 de ce mois les Comédiens
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
François remirent au Theatre la
Tragédie de Bajazet , dans laquelle la
Dlle Grandval, épouse du Sr Grandval
Comédien du Roy , joia pour la
premiere
fois le rôle d'Atalide et le joua
fort naturellement et avec intelligence .
Elle fut fort applaudie ; ce n'est cependant
que son coup d'essai. Les rôles Comiques
qu'elle a joués depuis, ont encore,
confirmé la bonne opinion qu'on a de ses,
talens , sur tout dans le rôle d'Hortense
dans la petite Comédie du Florentin.
. Le Lundi 18 , on donna sur le Theatre
François la premiere représentation d'Adelaide
Tragédie de M. de Voltaire :
elle fut aussi extraordinairement applaudie
و
que sevérement critiquée par une très
nombreuse assemblée , et peut- être à
l'excès ; car le Public, ne se contient
gueres dans de justes bornes sur les premieres
impressions qu'il reçoit d'un Ouvrage
d'esprit. Celui - ci fut beaucoup
mieux entendu , plus goûté et plus applaudi
à la seconde représentation qu'on
en donna le Mercredy 27. après quelques
Gvj chan
140 MERCURE DE FRANCE
changemens
faits par l'Auteur sur les
observations
du Public. Nous parlerons.
plus au long de cette Tragédie , dont
tous les Personnages
portent des noms
illustres
connus dans l'Histoire de
France .
>
On doit donner sur le même Theatre
au commencement de Février, une petite
Comédie nouvelle en un Acte , en Prose
de M. Fagan , sous le titre de la Grondense.
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere représentation d'une Comédie
nouvelle en Prose , en trois Actes , ornée
de trois Divertissements de Chant et de
Danses , ayant pour titre , Arlequin
Grand Mogo'. Elle est de la composition
de M. Delisle , Auteur de Timon le Misantrope,
et d'autres Piéces qu'il a données
au Theatre Italien .
Le 5. de ce mois les Comédiens François
représenterent à Versailles la Comédie
du Misantrope et la petite Piéce du
Tuteur. Le Sr Fiet ville joua avec applaudissement
le principal rôle dans la premiere
, et celui de Lucas dans l'autre.
Le 28. Andronic , et l'Impromptu de
Campagne.
Le 30. Janvier les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour la Comédie
JANVIER . 1734. 141
Arlequin Sauvage , et celle d'Arlequin
Poli par l'Amour.
On continue sur le Theatre de l'Opera
les représentations d'Issé , et de Hypolite
et Aricie. On remettra au commencement
du mois prochain, le Ballet des Fêtes Grecques
etRomaines , avec une nouvelleEntrée,
Les paroles sont de M. Fuzelier , et la
Musique de M. de Blamont.
le 9
L'Opera de Fabrice en Italien,a été représenté
depuis peu à Londres , en présence
du Roy , de la Reine et de la Famille
Royale , avec beaucoup de succès.
On a appris de la même Ville que
de ce mois , on représenta en présence
du Roy et de la Reine sur le Theatre de
Lincols Innfiglds , le nouvel Opera
d'Ariadne. C'est le premier qu'on ait representé
sur ce Theâtre.
-
Le 16. on représenta à Londres , sur le
Theatre du Marché au Foin l'Opera
d'Arbaces. Et le même jour on joüa sur
le Theatre de Lincolns Innfields , celui
d'Ariadne.
On représenta le même jour pour l'ouverturedu
Carnaval à Rome , on donna sur le Theatre
de Florence , la premiere représentation d'une
Piéce intitulée Neron , ou le Mariage par interests:
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Résumé : « Le 14 de ce mois les Comédiens François remirent au Theatre la [...] »
En janvier 1734, plusieurs événements marquants eurent lieu dans le monde du théâtre. Le 14 janvier, les Comédiens Français reprirent 'Bajazet', avec la demoiselle Grandval interprétant Atalide pour la première fois, recevant des applaudissements. Le 18 janvier, la tragédie 'Adélaïde' de Voltaire fut jouée au Théâtre Français, mieux appréciée lors de la seconde représentation le 27 janvier après modifications. Les Comédiens Italiens présentèrent 'Arlequin Grand Mogo', une comédie en prose en trois actes avec des divertissements. Les Comédiens Français jouèrent 'Le Misanthrope' et 'Le Tuteur' à Versailles le 5 janvier, et 'Andronic' et 'L'Impromptu de Versailles' le 28 janvier. Le 30 janvier, les Comédiens Italiens interprétèrent 'Arlequin Sauvage' et 'Arlequin Poli par l'Amour' à la Cour. À l'Opéra, les représentations d''Issé' et d''Hypolite et Aricie' continuaient, avec le ballet 'Les Fêtes Grecques et Romaines' prévu pour le mois suivant. À Londres, l'opéra 'Fabrice' fut représenté en présence de la famille royale, ainsi que 'Ariadne'. Le 16 janvier, 'Arbaces' et 'Ariadne' furent joués sur différents théâtres. À Rome, la pièce 'Néron, ou le Mariage par intérêts' ouvrit le carnaval.
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72
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
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Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 366-368
« Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français, Comédie, Pièce, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Les Comédiens François représenterent
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
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Résumé : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
En février 1734, plusieurs événements culturels marquèrent la Cour et Paris. Les Comédiens Français présentèrent 'Le Menteur' et 'Le Double Veuvage' le 4 février, puis 'Bajazet' et 'Le Retour imprévu' le 9 février. Mademoiselle Grandval interpréta Atalide dans 'Bajazet' et joua la Duchesse dans 'La Tragédie du Comte d'Essex' à Paris, où elle fut acclamée. Le 27 février, les Comédiens Français reprirent 'La Fausse Antipathie'. Les Comédiens Italiens jouèrent 'Le Faucon ou les Oyes de Bocace' et 'La Vérité Fabuliste' le 6 février à la Cour, et 'La Surprise de la Haine' le 10 février à l'Hôtel de Bourgogne, avec un grand succès. La Foire Saint-Germain ouvrit le 3 février sous la supervision du Lieutenant Général de Police. Le 27 février, l'Opéra Comique inaugura un nouveau théâtre rue de Bussy avec deux pièces nouvelles, 'Le Palais enchanté' et 'L'Heureux Déguisement', précédées d'un prologue intitulé 'Le Retour de l'Opéra Comique au Faubourg Saint-Germain'.
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74
p. 368-379
Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Début :
Le goût pour la Comédie, si en vogue depuis quelque temps, ne s'est point rallenti [...]
Mots clefs :
Apollon, Mercure, Thalie, Momus, Melpomène, Déesse, Princesse, Duchesse du Maine, Prologue, Plaisir, Arts, Cour, Jeux, Théâtre de l'Arsenal, Comédie, Pierre de Morand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Le goût pour la Comédie , si en vogue
depuis quelque temps , ne s'est point rallenti
du tout à Paris ; on voit tous les
jours des Compagnies , où l'on se fait un
plaisir de représenter des Fiéces de Théatre
, et où elles sont , pour l'ordinaire
jouées avec applaudissement. Parmi ces
sortes de Sociétez , celle qui étoit à l'Hôtel
de Brancas , et ensuite à l'Hôtel de
Lauzun , est une de celles parmi lesquelles
il y a de meilleurs sujets . Nous en avons
parlé dans le Mercure de Mars 1732. Des
Personnes de distinction , et des connoisseurs
éclaircz ont vû leurs Représentations
FEVRIER . 1734. 369
tions avec plaisir ;et ces Mrs ont été souvent
honorez de la présence de plusieurs
Princes et Princesses , entr'autres Madame
la Duchesse du Maine y a assisté plusieurs
fois , et en a paru satisfaite . C'est
ce qui les a engagez à demander à cette
Princesse une Salle propre à jour la Comédie
. Ils lui ont présentez le Placet
qu'on va lire :
Toi , qui toujours des Arts , fus le plus ferme
appui ;
Toi , dont l'auguste Cour , est ce fameux Parnasse
,
Dont on ne trouve ailleurs que quelque foible
trace ,
Princesse , sois sensible à notre juste ennui.
Tantôt de Melpomene , et tantôt de Thalie ,
Nous avons autrefois osé former les jeux ;
Et du plus beau succès notre audace suivie ,
Leur mérita l'honneur de paroître à tes yeux.
Par ton aveu flateur , devenu moins timides ,
De ce doux souvenir , sans relâche frappez ,
Nos coeurs , depuis long - temqs , ne sont plus
occupez ,
Qu'à chercher un bonheur dont ils sont plus
avides.
H iij Mais
370 MERCURE DE FRANCE
Mais , quoique redoublez , nos soins sont sans
effets ;
Nos Muses sans secours , errantes , désolées ,
N'ont presque plus d'espoir de se voir rassem
blées ;
Elles ne trouvent plus ni Temples , ni Palais.
Princesse , c'est à toi de finir leur disgrace ,
Daigne les recevoir au milieu de ta Cour ,
Assure leur , toi -même , un tranquile séjour :
Ta nouvelle bonté , ranimant leur audace ,
Elles te donneront un innocent plaisir ,
Digne , peut- être encor d'occuper ton loisir.
Ce Placer fut reçu favorablement de
la Princesse , qui a eu la bonté de donner
à ces Mrs , une Salle dans l'Arsenal , où
ils ont fait dresser leur Théatre , et sur
lequel ils ont représenté pour la premiere
fois , le 21 Février , en présence de
Madame la Duchesse du Maine, et d'une
Compagnie choisie , la Tragédie de
Manlius Capitolinus , de M. de la Fosse ,
suivie de la petite Comédie des trois Freres
Rivaux , à laquelle ils ont ajouté un
Divertissement de Chants et de Danses
dont les paroles sont de M. Parfait , et la
Musique de M. Bouvar. Le tout précédé
d'un Prologue , fait à la loüange de la
Princesse, qui après la Représentation , eut
la
FEVRIER. 1734 377
la bonté d'en témoigner sa satisfaction à
l'Auteur.
Les Acteurs de ce Prologue sont , Apol
lon , Mercure, Momus , Me'pomene et Thar
lie. Melpomene seule ouvre la Scene par
ces Vers :
Mes yeux , préparez- vous à répandre des larmes,
Si vous voulez avoir des charmes ,
Pour cette aimable Cour ,
Où le bon goût se mêle à la délicatesse ,
Où dans cet heureux jour ,
M'appelle une Déesse ;
Où je vois auprès d'elle une Auguste Princesse .
Dont les vertus illustrent ce séjour .
Autant que ses appas , ses graces , sa jeunesse.
;
Thalie arrive en ordonnant aux Jeux ,
aux Ris , et aux Graces de la suivre les
deux Muses sont également surprises de
se trouver ensemble , et se disputent la
préférence de leur Art ; chacune veut
avoir la gloire d'amuser la Déesse ; elles
prennent Apollon pour Juge.Ce Dieu les
rassure , en leur annonçant que la Déesse
veut voir les Jeux de l'une et de l'autre.
Il dit à Melpomene qu'elle aura so'n
de toucher son coeur ; et qu'ensuite Th -
lie viendra dissiper les tristes impression s
de la Muse Tragique ; il a oute que i
Hiiij elles
372 MERCURE DE FRANCE
elles veulent lui plaire , elles doivent précisément
se renfermer dans le caractere
de leur Art. Songez , leur dit il :
Que vous , ( 1 ) en gémissant , il faut encore
instruire ;
Et que vous , ( 2 ) en raillant , vous ne devez
pas nuire .
Que le vice par vous ( 3 ) sans cesse combattu ,
Ne doit jamais accabler la vertu
Que vous , ( 4 ) sans crainte , sans scru
pule ,
Livrant la Guerre au Ridicule ,
Sous des traits généraux ,
Vous devez le faire paroître ,
Mais que l'on ne doit reconnoître
Aucun particulier trop peint dans vos Tableaux >
En un mor , que la Tragédie ,
De toucher les grands coeurs doit tirer tout son
prix ,
Et que la Comédie ,
Doit tirer tout le sien de plaire aux bons esprits.
Melpoméne répond à Apollon que telles
sont les loix que ses favoris observe,
rent dans Athénes , et qu'elle n'a jamais
approuvé ces écrits fastueux , où l'on
( 1 ) A Melpomene.
( 2 ) A Thalie.-
( 3 ) A Melpomene.
(4 )A Thalie.
veut
FEVRIER. 1734. 373
veut la dépouiller de ses premieres graces
, qu'elle préfére la conduite et les
moeurs à toute autre beauté. Thalie assure
à son tour Apollon , qu'elle n'a jamais
dicté ces traits grossiers de l'envie ,
qui attaquent la probité , et que lorsque
la raillerie n'est pas accompagnée d'une
utile leçon , ce n'est point là son 、ouvra
ge. Apollon leur dit qu'il est charmé de
les voir penser ainsi qu'on pense dans la
Cour où elles paroissent.
Mercure en arrivant est fort surpris à
l'aspect d'Apollon et des deux Muses.
Apollon lui en demande la cause. Mercure
répond qu'il ne s'attendoit pas de
les trouver tous trois dans ces mêines
lieux , où Mars tient la foudre de Jupiter
en dépôt. Il ajoute :
Pour achever de mettre en poudre
Les Titans orgueilleux ,.
Qui bravoient , sans trembler , le Souverain des
Cieux ;
Je venois au Dieu de la Guerre
Porter l'ordre nouveau du Maître du Tonnerre ,
Et je ne croyois pas ce terrible séjour
Un lieu trop propre à tenir votre Cour.
Apollon répond qu'il a lieu d'être surpris
à son tour, et dit : Mercure ignore- til
H v
que
374 MERCURE DE FRANCE
que Minerve suit toujours Mars dans ces
lieux , et que sur les pas de la Déesse ,
Apollon conduit les Muses et les beaux
Arts ?
Qu'à son gré , Jupiter signale sa vengeance
Contre ses ennemis jaloux ;
Que Mars seconde son courroux ;
Que deux jeunes Héros qui reçûrent naissance
Du terrible Dieu des Combats
Fassent sentir par tout la force de leurs bras ,
Sur les pas de Minerve
Apollon toujours se reserve
Le soin de célébrer les Dieux et les Héros
Et de les délasser de leurs nobles travaux.
Quand sur les Enfans de la terre
Jupiter lance le tonnerre
Son Empire est- il ébranlé ?
Sa fureur , des beaux Arts , détruit- elle l'azyle ♬
Dans mes travaux suis je troublé ?
Et le séjour des Cieux devient- il moins tranquile
, Non , les rebelles seuls doivent trembler
d'effroi , et Mercure [ dit à Apollon
qu'il ne craint pas que le tegne des Arts
périsse sous le regne de Jupiter ; qu'il a
lui-même trop d'interêt à les favoriser, et
que ce seroit en vain qu'il triompheroit
de
FEVRIER . 1734- 375
de ses ennemis , si Apollon et les Muses
n'immortalisoient ses exploits.
Oui, ( dit-il ) les Lauriers que la Victoire
donne ,
Şont d'eux - mêmes bien - tôt Alétris ;
Ils ne sont toujours verds qu'autant qu'à leur
Couronne
Vous ajoutez , vous - même , un nouveau
prix.
Par ce Dieu triomphant une vaste Carriere
Vient d'être ouverte à vos efforts ;
Bien- tôt il va fournir la plus ample matiere
A des accents plus brillants et plus forts ;
Préparez - vous sous les loix de Minerve ,
A faire ouir des sons dignes d'elle et de lui ;
Et lorsque par vos soins , la Déesse aujourd'hui
Prendra les seuls plaisirs que son coeur se réserve
,
Songez qu'elle est du sang du Souverain des
Dieux ;
Et que d'en celebrer les Exploits glorieux ,
C'est- là Pexalter elle- même ;
Que quand mille vertus en elle se font voir ,
Le seul encens qu'elle veut recevoir
Est d'entendre louer son Empire suprême.
Mercure quitte Apollon en lui disane
qu'il court où Jupiter l'envoye , et qu'il
H vj
Ie376
MERCURE DE FRANCE
reviendra prendre part aux plaisirs qu'il
prépare à la Déesse . Apollon invite les
Muses de hâter leurs Jeux , & c. Momus
arrive en riant , on lui en demande la
cause , il répond :
Peut-on le demander ? J'apprens que dans ces
lieux
Vous préparez tous trois des jeux
Pour amuser une Déesse
Dont les hautes vertus
L'Esprit , le Sçavoir , la Sagesse ,
Furent toujours respectez de Momus ,
Je crois d'abord que votre zéle ,
Ne lui présentera qu'un plaisir digne d'elle,
Que rassemblant de toutes parts
Les plus renommez dans vos Arts ,
Vous pourrez mériter l'honneur de sa présence →
Point du tout : Quel objet a frappé mes regards!
Je ne puls m'empêcher d'en rire , quand j'y
pense ,)
J'ai vû que vous aviez fait choix
D'un tas d'Acteurs sans art et sans expérience
Et qui n'ont du Théatre aucune connoissance ;
Dont les gestes , les tons de voix ,
Le jeu , le peu d'intelligence
Vont gâter les plus beaux endroits.
Ah ! quel excès d'extravagance.
Apollon répond que c'est la coutume
des
FEVRIER 1734 377
des Critiques du tems de décider de tout
par prévention et sans avoir vû un Ouvrage.
Momus soutient qu'on se trompet
rarement en décidant ainsi , et que le
succès de toute chose vient du premier
coup d'oeil dont on l'envisage ; et il ajoute :
Quand le public s'accorde à prononcer
Que ce qu'on lui promet doit êrre détestable ,
Aussi- tôt cet Arrêt rend la chose exécrable ;
Fut- elle bonne , ensuite on doit sans balancer ,
Soutenir constamment qu'elle est abominable ,
Tel sst votre Spectacle , il sera pitoyable.
Thalie dit à Momus qu'il gagne infiniment
à frequenter certains lieux , d'où
partent des traits si justes. Melpomene
interrompt Thalie , en lui disant qu'il est
inutile de vouloir faire entendre raison
au caustique Momus ; mais qu'il leur importe
peu qu'il approuve où qu'il blâme
leur dessein :
Pourvu que la Déesse à qui nous voulons plaire
Approuve les Acteurs dont nous avons fait
choix ,
Et que même elle les préfére
A ceux qui nous vendant leur voix .
Pour leur interêt seul sont soumis à nos laix ,
Et n'ont d'objet que le salaire.
File
378 MERCURE DE FRANCE
Elle ajoute que le zéle dont ils brûlent
leur tiendra lieu de tout mérite.
L'indulgence est le prix de si nobles objets.
Momus replique qu'il est persuadé que
leurs Acteurs ne manquent pas de zéle
mais que cela ne suffit pas pour faire de
bons Comédiens . Autrefois , dit il , Melpoméne
avoit trouvé l'art de m'attendrir
, mais je rentre plus que jamais dans
mes droits ; et je crains seulement que ce
ne soit le tour de Thalie de me faire pleu
rer. Thalie s'offense beaucoup de cette
raillerie; et Momus dit , que rire à la Tragédie
, et pleurer à la Comédie est un plaisir
bien digne de lui. Melpomene quitte
la partie. Thalie la suit , en menaçant
Momus. Apollon reste seul avec lui et lui
représente que le triste fruit qu'on retire
de mordre toujours est d'être fuy et détesté
d'un chacunsà quoi Momus répond:
De donner des leçons vous voulez vous mêler ;
Je veux aussi vous en faire une
Vous êtes un Pédant , d'espece non commune
Fade, ennuyeux , de tout voulant toujours parler ;
Et que l'on ne sçauroit enter dre sans bâiller :
Adieu .
"
Il sort et Apollon se récrie sur le caraçtere
FEVRIER 379 1734.
tere de ces sortes d'esprits ; il dit qu'en
voulant leur contredire , on s'attire leur
mépris. Le Prologue finit par ces quatre
Vers .
Princesse , tu connois l'écücil qui nous menace ,
Et nous mêmes trop tard nous sentons le danger
Mais ta bonté pour nous doit nous encourager
L'espoir de l'obtenir nous rendra notre audace.
Le Prologue est de M. de Morand,dans
lequel il jouoit lui- même le Rôle d'Apollon.
Nous apprenons que ces Mrs se
préparent à donner sur le même Théatre
une Tragédie nouvelle du même Au
teur , dont nous parlerons en son temps.
C'est de lui dont il est parlé dans le
Mercure de Février 1732. au sujet d'un
pareil Spectacle , représenté à Nîmes, & c.
depuis quelque temps , ne s'est point rallenti
du tout à Paris ; on voit tous les
jours des Compagnies , où l'on se fait un
plaisir de représenter des Fiéces de Théatre
, et où elles sont , pour l'ordinaire
jouées avec applaudissement. Parmi ces
sortes de Sociétez , celle qui étoit à l'Hôtel
de Brancas , et ensuite à l'Hôtel de
Lauzun , est une de celles parmi lesquelles
il y a de meilleurs sujets . Nous en avons
parlé dans le Mercure de Mars 1732. Des
Personnes de distinction , et des connoisseurs
éclaircz ont vû leurs Représentations
FEVRIER . 1734. 369
tions avec plaisir ;et ces Mrs ont été souvent
honorez de la présence de plusieurs
Princes et Princesses , entr'autres Madame
la Duchesse du Maine y a assisté plusieurs
fois , et en a paru satisfaite . C'est
ce qui les a engagez à demander à cette
Princesse une Salle propre à jour la Comédie
. Ils lui ont présentez le Placet
qu'on va lire :
Toi , qui toujours des Arts , fus le plus ferme
appui ;
Toi , dont l'auguste Cour , est ce fameux Parnasse
,
Dont on ne trouve ailleurs que quelque foible
trace ,
Princesse , sois sensible à notre juste ennui.
Tantôt de Melpomene , et tantôt de Thalie ,
Nous avons autrefois osé former les jeux ;
Et du plus beau succès notre audace suivie ,
Leur mérita l'honneur de paroître à tes yeux.
Par ton aveu flateur , devenu moins timides ,
De ce doux souvenir , sans relâche frappez ,
Nos coeurs , depuis long - temqs , ne sont plus
occupez ,
Qu'à chercher un bonheur dont ils sont plus
avides.
H iij Mais
370 MERCURE DE FRANCE
Mais , quoique redoublez , nos soins sont sans
effets ;
Nos Muses sans secours , errantes , désolées ,
N'ont presque plus d'espoir de se voir rassem
blées ;
Elles ne trouvent plus ni Temples , ni Palais.
Princesse , c'est à toi de finir leur disgrace ,
Daigne les recevoir au milieu de ta Cour ,
Assure leur , toi -même , un tranquile séjour :
Ta nouvelle bonté , ranimant leur audace ,
Elles te donneront un innocent plaisir ,
Digne , peut- être encor d'occuper ton loisir.
Ce Placer fut reçu favorablement de
la Princesse , qui a eu la bonté de donner
à ces Mrs , une Salle dans l'Arsenal , où
ils ont fait dresser leur Théatre , et sur
lequel ils ont représenté pour la premiere
fois , le 21 Février , en présence de
Madame la Duchesse du Maine, et d'une
Compagnie choisie , la Tragédie de
Manlius Capitolinus , de M. de la Fosse ,
suivie de la petite Comédie des trois Freres
Rivaux , à laquelle ils ont ajouté un
Divertissement de Chants et de Danses
dont les paroles sont de M. Parfait , et la
Musique de M. Bouvar. Le tout précédé
d'un Prologue , fait à la loüange de la
Princesse, qui après la Représentation , eut
la
FEVRIER. 1734 377
la bonté d'en témoigner sa satisfaction à
l'Auteur.
Les Acteurs de ce Prologue sont , Apol
lon , Mercure, Momus , Me'pomene et Thar
lie. Melpomene seule ouvre la Scene par
ces Vers :
Mes yeux , préparez- vous à répandre des larmes,
Si vous voulez avoir des charmes ,
Pour cette aimable Cour ,
Où le bon goût se mêle à la délicatesse ,
Où dans cet heureux jour ,
M'appelle une Déesse ;
Où je vois auprès d'elle une Auguste Princesse .
Dont les vertus illustrent ce séjour .
Autant que ses appas , ses graces , sa jeunesse.
;
Thalie arrive en ordonnant aux Jeux ,
aux Ris , et aux Graces de la suivre les
deux Muses sont également surprises de
se trouver ensemble , et se disputent la
préférence de leur Art ; chacune veut
avoir la gloire d'amuser la Déesse ; elles
prennent Apollon pour Juge.Ce Dieu les
rassure , en leur annonçant que la Déesse
veut voir les Jeux de l'une et de l'autre.
Il dit à Melpomene qu'elle aura so'n
de toucher son coeur ; et qu'ensuite Th -
lie viendra dissiper les tristes impression s
de la Muse Tragique ; il a oute que i
Hiiij elles
372 MERCURE DE FRANCE
elles veulent lui plaire , elles doivent précisément
se renfermer dans le caractere
de leur Art. Songez , leur dit il :
Que vous , ( 1 ) en gémissant , il faut encore
instruire ;
Et que vous , ( 2 ) en raillant , vous ne devez
pas nuire .
Que le vice par vous ( 3 ) sans cesse combattu ,
Ne doit jamais accabler la vertu
Que vous , ( 4 ) sans crainte , sans scru
pule ,
Livrant la Guerre au Ridicule ,
Sous des traits généraux ,
Vous devez le faire paroître ,
Mais que l'on ne doit reconnoître
Aucun particulier trop peint dans vos Tableaux >
En un mor , que la Tragédie ,
De toucher les grands coeurs doit tirer tout son
prix ,
Et que la Comédie ,
Doit tirer tout le sien de plaire aux bons esprits.
Melpoméne répond à Apollon que telles
sont les loix que ses favoris observe,
rent dans Athénes , et qu'elle n'a jamais
approuvé ces écrits fastueux , où l'on
( 1 ) A Melpomene.
( 2 ) A Thalie.-
( 3 ) A Melpomene.
(4 )A Thalie.
veut
FEVRIER. 1734. 373
veut la dépouiller de ses premieres graces
, qu'elle préfére la conduite et les
moeurs à toute autre beauté. Thalie assure
à son tour Apollon , qu'elle n'a jamais
dicté ces traits grossiers de l'envie ,
qui attaquent la probité , et que lorsque
la raillerie n'est pas accompagnée d'une
utile leçon , ce n'est point là son 、ouvra
ge. Apollon leur dit qu'il est charmé de
les voir penser ainsi qu'on pense dans la
Cour où elles paroissent.
Mercure en arrivant est fort surpris à
l'aspect d'Apollon et des deux Muses.
Apollon lui en demande la cause. Mercure
répond qu'il ne s'attendoit pas de
les trouver tous trois dans ces mêines
lieux , où Mars tient la foudre de Jupiter
en dépôt. Il ajoute :
Pour achever de mettre en poudre
Les Titans orgueilleux ,.
Qui bravoient , sans trembler , le Souverain des
Cieux ;
Je venois au Dieu de la Guerre
Porter l'ordre nouveau du Maître du Tonnerre ,
Et je ne croyois pas ce terrible séjour
Un lieu trop propre à tenir votre Cour.
Apollon répond qu'il a lieu d'être surpris
à son tour, et dit : Mercure ignore- til
H v
que
374 MERCURE DE FRANCE
que Minerve suit toujours Mars dans ces
lieux , et que sur les pas de la Déesse ,
Apollon conduit les Muses et les beaux
Arts ?
Qu'à son gré , Jupiter signale sa vengeance
Contre ses ennemis jaloux ;
Que Mars seconde son courroux ;
Que deux jeunes Héros qui reçûrent naissance
Du terrible Dieu des Combats
Fassent sentir par tout la force de leurs bras ,
Sur les pas de Minerve
Apollon toujours se reserve
Le soin de célébrer les Dieux et les Héros
Et de les délasser de leurs nobles travaux.
Quand sur les Enfans de la terre
Jupiter lance le tonnerre
Son Empire est- il ébranlé ?
Sa fureur , des beaux Arts , détruit- elle l'azyle ♬
Dans mes travaux suis je troublé ?
Et le séjour des Cieux devient- il moins tranquile
, Non , les rebelles seuls doivent trembler
d'effroi , et Mercure [ dit à Apollon
qu'il ne craint pas que le tegne des Arts
périsse sous le regne de Jupiter ; qu'il a
lui-même trop d'interêt à les favoriser, et
que ce seroit en vain qu'il triompheroit
de
FEVRIER . 1734- 375
de ses ennemis , si Apollon et les Muses
n'immortalisoient ses exploits.
Oui, ( dit-il ) les Lauriers que la Victoire
donne ,
Şont d'eux - mêmes bien - tôt Alétris ;
Ils ne sont toujours verds qu'autant qu'à leur
Couronne
Vous ajoutez , vous - même , un nouveau
prix.
Par ce Dieu triomphant une vaste Carriere
Vient d'être ouverte à vos efforts ;
Bien- tôt il va fournir la plus ample matiere
A des accents plus brillants et plus forts ;
Préparez - vous sous les loix de Minerve ,
A faire ouir des sons dignes d'elle et de lui ;
Et lorsque par vos soins , la Déesse aujourd'hui
Prendra les seuls plaisirs que son coeur se réserve
,
Songez qu'elle est du sang du Souverain des
Dieux ;
Et que d'en celebrer les Exploits glorieux ,
C'est- là Pexalter elle- même ;
Que quand mille vertus en elle se font voir ,
Le seul encens qu'elle veut recevoir
Est d'entendre louer son Empire suprême.
Mercure quitte Apollon en lui disane
qu'il court où Jupiter l'envoye , et qu'il
H vj
Ie376
MERCURE DE FRANCE
reviendra prendre part aux plaisirs qu'il
prépare à la Déesse . Apollon invite les
Muses de hâter leurs Jeux , & c. Momus
arrive en riant , on lui en demande la
cause , il répond :
Peut-on le demander ? J'apprens que dans ces
lieux
Vous préparez tous trois des jeux
Pour amuser une Déesse
Dont les hautes vertus
L'Esprit , le Sçavoir , la Sagesse ,
Furent toujours respectez de Momus ,
Je crois d'abord que votre zéle ,
Ne lui présentera qu'un plaisir digne d'elle,
Que rassemblant de toutes parts
Les plus renommez dans vos Arts ,
Vous pourrez mériter l'honneur de sa présence →
Point du tout : Quel objet a frappé mes regards!
Je ne puls m'empêcher d'en rire , quand j'y
pense ,)
J'ai vû que vous aviez fait choix
D'un tas d'Acteurs sans art et sans expérience
Et qui n'ont du Théatre aucune connoissance ;
Dont les gestes , les tons de voix ,
Le jeu , le peu d'intelligence
Vont gâter les plus beaux endroits.
Ah ! quel excès d'extravagance.
Apollon répond que c'est la coutume
des
FEVRIER 1734 377
des Critiques du tems de décider de tout
par prévention et sans avoir vû un Ouvrage.
Momus soutient qu'on se trompet
rarement en décidant ainsi , et que le
succès de toute chose vient du premier
coup d'oeil dont on l'envisage ; et il ajoute :
Quand le public s'accorde à prononcer
Que ce qu'on lui promet doit êrre détestable ,
Aussi- tôt cet Arrêt rend la chose exécrable ;
Fut- elle bonne , ensuite on doit sans balancer ,
Soutenir constamment qu'elle est abominable ,
Tel sst votre Spectacle , il sera pitoyable.
Thalie dit à Momus qu'il gagne infiniment
à frequenter certains lieux , d'où
partent des traits si justes. Melpomene
interrompt Thalie , en lui disant qu'il est
inutile de vouloir faire entendre raison
au caustique Momus ; mais qu'il leur importe
peu qu'il approuve où qu'il blâme
leur dessein :
Pourvu que la Déesse à qui nous voulons plaire
Approuve les Acteurs dont nous avons fait
choix ,
Et que même elle les préfére
A ceux qui nous vendant leur voix .
Pour leur interêt seul sont soumis à nos laix ,
Et n'ont d'objet que le salaire.
File
378 MERCURE DE FRANCE
Elle ajoute que le zéle dont ils brûlent
leur tiendra lieu de tout mérite.
L'indulgence est le prix de si nobles objets.
Momus replique qu'il est persuadé que
leurs Acteurs ne manquent pas de zéle
mais que cela ne suffit pas pour faire de
bons Comédiens . Autrefois , dit il , Melpoméne
avoit trouvé l'art de m'attendrir
, mais je rentre plus que jamais dans
mes droits ; et je crains seulement que ce
ne soit le tour de Thalie de me faire pleu
rer. Thalie s'offense beaucoup de cette
raillerie; et Momus dit , que rire à la Tragédie
, et pleurer à la Comédie est un plaisir
bien digne de lui. Melpomene quitte
la partie. Thalie la suit , en menaçant
Momus. Apollon reste seul avec lui et lui
représente que le triste fruit qu'on retire
de mordre toujours est d'être fuy et détesté
d'un chacunsà quoi Momus répond:
De donner des leçons vous voulez vous mêler ;
Je veux aussi vous en faire une
Vous êtes un Pédant , d'espece non commune
Fade, ennuyeux , de tout voulant toujours parler ;
Et que l'on ne sçauroit enter dre sans bâiller :
Adieu .
"
Il sort et Apollon se récrie sur le caraçtere
FEVRIER 379 1734.
tere de ces sortes d'esprits ; il dit qu'en
voulant leur contredire , on s'attire leur
mépris. Le Prologue finit par ces quatre
Vers .
Princesse , tu connois l'écücil qui nous menace ,
Et nous mêmes trop tard nous sentons le danger
Mais ta bonté pour nous doit nous encourager
L'espoir de l'obtenir nous rendra notre audace.
Le Prologue est de M. de Morand,dans
lequel il jouoit lui- même le Rôle d'Apollon.
Nous apprenons que ces Mrs se
préparent à donner sur le même Théatre
une Tragédie nouvelle du même Au
teur , dont nous parlerons en son temps.
C'est de lui dont il est parlé dans le
Mercure de Février 1732. au sujet d'un
pareil Spectacle , représenté à Nîmes, & c.
Fermer
Résumé : Comedie à l'Arcenal, Prologue &c. [titre d'après la table]
Le texte relate la montée en popularité de la comédie à Paris, avec plusieurs compagnies connaissant le succès. Parmi elles, la société de l'Hôtel de Brancas, puis de l'Hôtel de Lauzun, se distingue particulièrement. Cette compagnie a été appréciée par des personnes de haut rang et des connaisseurs, et a souvent accueilli des princes et princesses, notamment la Duchesse du Maine. En février 1734, la compagnie a sollicité l'aide de la Duchesse du Maine pour obtenir une salle de représentation. Ils lui ont présenté un placet poétique, la suppliant de les aider à trouver un lieu approprié. La Duchesse du Maine a accepté et leur a fourni une salle dans l'Arsenal. La première représentation dans cette nouvelle salle a eu lieu le 21 février 1734, en présence de la Duchesse du Maine et d'une compagnie choisie. Ils ont joué la tragédie 'Manlius Capitolinus' de M. de la Fosse, suivie de la comédie 'Les trois Frères Rivaux' et d'un divertissement musical. Le prologue, écrit par M. de Morand, louait la princesse et était interprété par des personnages mythologiques tels qu'Apollon, Mercure, Momus, Melpomène et Thalie. Le prologue discutait des rôles de la tragédie et de la comédie, et de leur importance dans l'art. La compagnie prévoit de présenter une nouvelle tragédie du même auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
75
p. 560-564
EXTRAIT de la Comédie de la Surprise de la Haine, annoncée dans le dernier Mercure.
Début :
Deux Familles qui ont été long-temps divisées par des Procès, veulent se [...]
Mots clefs :
Haine, Lucile, Lettre, Lisidor, Amour, Comédie, Hymen, Manière, Arlequin, Valet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Comédie de la Surprise de la Haine, annoncée dans le dernier Mercure.
EXTRAIT de la Comédie de la Surprise
de la Haine , annoncée dans le
dernier Mercure.
Eux Familles qui ont été long- temps
Ddivisées par des Procès , veulent se par
réünir par un Hymen , qui semble d'abord
projetté sous les meilleurs auspices.
Cléon , Pere de Lisidor , et Clarice , Mere
de Lucile , sont les deux Chefs des Familles
divisées ; Lisidor aime Lucile , et a le
bonheur de ne pas déplaire à l'objet de
son
Tend
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MARS. 1734. 161
son amour ; il lui fait une déclaration toute
des plus tendres ; elle y répond de la
maniere la plus favorable ; mais par malheur
cet Amant aimé , lui dit , lui dit , pour lui
prouver l'excès de son amour , qu'il voudroit
la voir , l'adorer et le lui dire sans
cesse ; cette maniere d'aimer paroît toutà-
fait romanesque à Lucile , qui au grand
étonnement de Lisidor passe rapidement
des sentimens les plus raisonnables aux
plus capricieux; son Amant ne dit pas un
mot qu'elle ne saisisse du mauvais côté ;
il a beau lui en témoigner sou juste étonnement
, elle ne fait qu'enchérir sur ce
qu'elle a déja avancés enfin il en est si
mécontent qu'après qu'ils se sont séparez;
il lui écrit une Lettre que le dépit lui dicte
, et dans laquelle cependant l'amour et
la plainte regnent également à peine.
a-t-il donné cette Lettre à Arlequin son
valet , pour la rendre à sa capricieuse
Maîtresse , qu'il se repent de l'avoir écrite
et qu'il deffend à Arlequin de la porter à
Lucile ; heureux s'il avoit eu le temps de
la retirer des mains d'un Valet si étourdi .
Cette Lettre arrive malgré lui jusqu'à
Lucile ; Arlequin déja engagé à dire du
mal de son Maître , par la libéralité de
Lucile , lui dit qu'il a sur lui une piéce
impayable. Lucile lui met entre les
Gv mains
562 MERCURE DE FRANCE
mains une Tabatiere d'or ; ce nouveau
don est payé sur le champ , par celui de
la fatale Lettre ; Lucile en fait l'usage qui
convient au dessein qu'elle a formé de ne
point épouser un homme qui l'aime trop,
elle la montre à Clarice sa mere , qui ce
pendant n'en est pas si allarmée que sa
Fille l'auroit souhaité. Cléon à qui la Let
tre est aussi communiquée , traite cela de
bagatelle , et commande à son fils d'achever
un Hymen qui les va tous reconcilier.
Lisidor surmonte la repugnance secrette
qui devroit l'empêcher d'épouser une fille
aussi capricieuse que Lucille ; il n'oublie
rien pour caliner sa colere au sujet de
la Lettre, où il lui dit de si mortifiantes
véritez il lui proteste que cette Lettre
n'a été écrite que dans un mouvement de
dépit qu'elle avoit excité par des réponses
que son amour n'avoit pas meritées ; il
ajoute que son valet lui a rendu cette
Lettre contre ses ordres .
Lucille ne reçoit point ses excuses , et
voulant rompre à quelque prix que ce
soit un mariage , pour lequel elle a conçu
une secrette aversion , sans qu'on puisse
démêler pourquoi ; elle se transforme,
pour ainsi dire , en Furie à ses yeux , pour
lui faire entendre à quel point elle le hai
roit , s'il osoit la prendre pour femme ;
c'est
MARS. 1734- 15%
c'est ici où elle fait l'image la plus affreuse
d'une haine , qu'elle seroit peutêtre
incapable de sentir , et cela fait une
telle impression sur le Spectateur qu'il
est presque saisi d'horreur .
Nous n'avons point encore parlé de
l'Episode de Mylord Guinée, pour ne pas
interrompre le fil d'une action à laquel
le il est étranger ; il faut pourtant avouer
qu'il n'est pas inutile , puisque la Piéce
lui doit une bonne partie de son grand
succès ; le Rôle de ce Mylord est parfaitement
bien joué par le Sr Riccoboni , et
'il fait une heureuse diversion à tout ce
qu'il y a de révoltant et d'outré dans le caractere
de Lucille ; on auroit même été
embarrassé à ajouter un Divertissement à
cette Comédie sans le secours du Mylord ,
qui par une espece de coup du hazard , a
fait préparer une fête si analogue à la
Piéce , il semble en avoir prévu le dénoument.
Voici en quoi consiste ce Divertissement
: La Haine travestie en Hymen
paroît vouloir unir plusieursAmans;
mais dès qu'ils touchent au moment qui
doit les rendre heureux , elle reprend sa
véritable forme, et souffle par tout la discorde.
Au reste tout le monde convient.
que cette Comédie est tres bien et tresvivement
écrite . On n'en trouve pas à
G vj beau
564 MERCURE DE FRANCE
beaucoup près , les moeurs si admirables,
ni le fond si heureux : Elle est applaudie
par de tres nombreuses assemblées . La
DlleSilvia y jouë le principal personnage
d'une maniere inimitable.
de la Haine , annoncée dans le
dernier Mercure.
Eux Familles qui ont été long- temps
Ddivisées par des Procès , veulent se par
réünir par un Hymen , qui semble d'abord
projetté sous les meilleurs auspices.
Cléon , Pere de Lisidor , et Clarice , Mere
de Lucile , sont les deux Chefs des Familles
divisées ; Lisidor aime Lucile , et a le
bonheur de ne pas déplaire à l'objet de
son
Tend
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MARS. 1734. 161
son amour ; il lui fait une déclaration toute
des plus tendres ; elle y répond de la
maniere la plus favorable ; mais par malheur
cet Amant aimé , lui dit , lui dit , pour lui
prouver l'excès de son amour , qu'il voudroit
la voir , l'adorer et le lui dire sans
cesse ; cette maniere d'aimer paroît toutà-
fait romanesque à Lucile , qui au grand
étonnement de Lisidor passe rapidement
des sentimens les plus raisonnables aux
plus capricieux; son Amant ne dit pas un
mot qu'elle ne saisisse du mauvais côté ;
il a beau lui en témoigner sou juste étonnement
, elle ne fait qu'enchérir sur ce
qu'elle a déja avancés enfin il en est si
mécontent qu'après qu'ils se sont séparez;
il lui écrit une Lettre que le dépit lui dicte
, et dans laquelle cependant l'amour et
la plainte regnent également à peine.
a-t-il donné cette Lettre à Arlequin son
valet , pour la rendre à sa capricieuse
Maîtresse , qu'il se repent de l'avoir écrite
et qu'il deffend à Arlequin de la porter à
Lucile ; heureux s'il avoit eu le temps de
la retirer des mains d'un Valet si étourdi .
Cette Lettre arrive malgré lui jusqu'à
Lucile ; Arlequin déja engagé à dire du
mal de son Maître , par la libéralité de
Lucile , lui dit qu'il a sur lui une piéce
impayable. Lucile lui met entre les
Gv mains
562 MERCURE DE FRANCE
mains une Tabatiere d'or ; ce nouveau
don est payé sur le champ , par celui de
la fatale Lettre ; Lucile en fait l'usage qui
convient au dessein qu'elle a formé de ne
point épouser un homme qui l'aime trop,
elle la montre à Clarice sa mere , qui ce
pendant n'en est pas si allarmée que sa
Fille l'auroit souhaité. Cléon à qui la Let
tre est aussi communiquée , traite cela de
bagatelle , et commande à son fils d'achever
un Hymen qui les va tous reconcilier.
Lisidor surmonte la repugnance secrette
qui devroit l'empêcher d'épouser une fille
aussi capricieuse que Lucille ; il n'oublie
rien pour caliner sa colere au sujet de
la Lettre, où il lui dit de si mortifiantes
véritez il lui proteste que cette Lettre
n'a été écrite que dans un mouvement de
dépit qu'elle avoit excité par des réponses
que son amour n'avoit pas meritées ; il
ajoute que son valet lui a rendu cette
Lettre contre ses ordres .
Lucille ne reçoit point ses excuses , et
voulant rompre à quelque prix que ce
soit un mariage , pour lequel elle a conçu
une secrette aversion , sans qu'on puisse
démêler pourquoi ; elle se transforme,
pour ainsi dire , en Furie à ses yeux , pour
lui faire entendre à quel point elle le hai
roit , s'il osoit la prendre pour femme ;
c'est
MARS. 1734- 15%
c'est ici où elle fait l'image la plus affreuse
d'une haine , qu'elle seroit peutêtre
incapable de sentir , et cela fait une
telle impression sur le Spectateur qu'il
est presque saisi d'horreur .
Nous n'avons point encore parlé de
l'Episode de Mylord Guinée, pour ne pas
interrompre le fil d'une action à laquel
le il est étranger ; il faut pourtant avouer
qu'il n'est pas inutile , puisque la Piéce
lui doit une bonne partie de son grand
succès ; le Rôle de ce Mylord est parfaitement
bien joué par le Sr Riccoboni , et
'il fait une heureuse diversion à tout ce
qu'il y a de révoltant et d'outré dans le caractere
de Lucille ; on auroit même été
embarrassé à ajouter un Divertissement à
cette Comédie sans le secours du Mylord ,
qui par une espece de coup du hazard , a
fait préparer une fête si analogue à la
Piéce , il semble en avoir prévu le dénoument.
Voici en quoi consiste ce Divertissement
: La Haine travestie en Hymen
paroît vouloir unir plusieursAmans;
mais dès qu'ils touchent au moment qui
doit les rendre heureux , elle reprend sa
véritable forme, et souffle par tout la discorde.
Au reste tout le monde convient.
que cette Comédie est tres bien et tresvivement
écrite . On n'en trouve pas à
G vj beau
564 MERCURE DE FRANCE
beaucoup près , les moeurs si admirables,
ni le fond si heureux : Elle est applaudie
par de tres nombreuses assemblées . La
DlleSilvia y jouë le principal personnage
d'une maniere inimitable.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de la Comédie de la Surprise de la Haine, annoncée dans le dernier Mercure.
L'extrait de la comédie 'La Surprise de la Haine' raconte l'histoire de deux familles divisées par des procès et cherchant à se réconcilier par le mariage de Lisidor et Lucile. Lisidor, fils de Cléon, et Lucile, fille de Clarice, s'aiment mutuellement. Cependant, Lucile trouve les déclarations d'amour de Lisidor trop romanesques et les interprète mal. Lisidor, mécontent, écrit une lettre sous le coup du dépit qu'il regrette immédiatement et tente d'empêcher Arlequin, son valet, de la livrer. Malgré ses efforts, la lettre parvient à Lucile, qui la montre à sa mère Clarice et à Cléon. Malgré les excuses de Lisidor, Lucile refuse de l'accepter et exprime une haine soudaine envers lui. La pièce inclut également un épisode avec Mylord Guinée, interprété par le Sr Riccoboni, qui apporte une diversion bienvenue et prépare une fête en lien avec le dénouement. La comédie est bien accueillie pour son écriture vive et ses mœurs admirables, avec une performance remarquable de la Dlle Silvia dans le rôle principal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 564-576
LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
Début :
ACTEURS DU PROLOGUE. Le Génie de la Comédie, Le Sr [...]
Mots clefs :
Antipathie, Léonore, Damon, Orphise, Comédie, Nérine, Géronte, Génie, Frontin, Maître, Public, Pièce, Époux, Bon sens, Mort, Départ, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
LA FAUSSE ANTIPATIE , Comedie
Nouvelle. Extrait.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Le Génie de la
Le Sr Granval.
Comédie ,
La Folie , La Dlle Quinaut.
Le Bon sens ,
Le Sr de Montménil.
Un
MARS 1734 565
Un Bourgeois , une Précieuse , un Admirateur
, un Critique , un Petit- Maître
un Homme sensé .
Les Sieurs Duchemin , Dlle du Breuil ,
Dangeville , Armand, Dufresne , Dubreuil.
La Dlle du Bocage .
Thalie ,
La Scene est sur le Théatre de la Comédie
Françoise.
C'est M. de la Chaussée qui a enrichi le
Théatre François de cette Comédie . Le
Public lui rend tous les jours la justice
que mérite son coup d'essay , pour l'inviter
à continuer une carriere qu'il vient
de commencer avec tant d'éclat. Il fait
l'éloge de ce véritable Fublic dans un
Prologue , qui marque la noble hardies-.
se de son Auteur. Voici de quoi il s'agit :
Le Génie de la Comédie Françoise vient,
demander au Public , par où il pourra
avoir le bonheur de lui plaire ; ce Public
est composé des Personnages qu'on vient
de nommer ; le Bon Sens est de la partie ,
mais il est assez maltraité , sur tout par la
Folie , qui natureilement ne doit jamais
s'accorder avec lui ; les sentimens de cette
assemblée , dont chaque membre usurpe
le respectable nom de Public , se trouvent
si opposez, que le Génie ne sçait de
quel
366 MERCURE DE FRANCE
quel côté pancher ; l'un blâme tout ;
Fautre approuve tout ; le Bourgeois don
ne dans la Farce ; la Précieuse dans la Métaphisique
; le Petit - Maître ne se soucie
que de voir et de se montrer : Voici
comment s'explique ce dernier , qui n'a
que trop d'imitateurs.
Ma décision roule alternativement ,
Sur ces deux mots , divin , ou détestable ;
Et souvent le dernier est le plus véritable .
Enfin les Spectacles que j'aime ,
Sont ceux où la presse est extrême..
Les nouveautez sont toujours belles ;
Sans vous embarrasser du choix ;
Ne nous donnez jamais que des Piéces nouvelles
Affichez-les d'abord pour la derniere fois ;
Prenez double , rendez vos plaisirs impayables;
Exceptez le Parterre ; ilpourroit au surplus ,
Vous envoyer à tous les Diables ;
C'est à quoi je conclus.
Toute l'Assemblée qui compose ce Public
, que le Génie a voulu consulter sur
le choix des pièces , disparoit insensiblement
; le Génie reste , accompagné du
Bon Sens , er d'un homme sensé ; ce dernier
s'explique avec tant de réserve , que
le Bon Sens après son départ , dit au Génie
que c'est là ce véritable Public qu'il
lui
MARS 1734. 567
lui a d'abord annoncé ; Thalie vient enfin
apporter une Comédie; le Génie l'adopte
à tout hazard , et finit le Prologue en
disant à Thalie.
Donnez , donnez toujours ; les temps sont mal
heureux .
Argument de la Comédie.
Damon et Leonore , qui sont les Héros
de la Piéce , ont été mariez malgré eux ,
ce qui a produit dans leurs coeurs une
antipathie réciproque ; leurs véritables
noms sont Sainflore et Sylvie, et ils n'en
ont changé que parce que leur interêt l'a
demandé. Sainflore en sortant de l'Eglise,
a été attaqué par un de ses Rivaux , que
son prochain bonheur a mis au désespoir ;
l'agresseur a été tué , et Sainflore a pris la
fuite , pour se dérober à la poursuite des
Parens de son ennemi ; c'est pour plus de
sureté qu'il a pris le nom de Damon ;)
Sylvie voyant disparoître Sainflore , se
jette dans un Convent , où elle se cache
sa mere et à tous ses parens , sous le
nom de Léonore. Un bruit , que son
Epoux fait courir lui- même , et la mort
de sa mere , la déterminent à sortir de
son azyle . Un oncle officieux vient l'en
tirer ; mais elle ne reprend pas encore
son
568 MERCURE DE FRANCE
son premier nom , parce que l'état de ses
affaires l'exige . Sortie du Convent où
elle a été cachée pendant dix ou douze
ans , elle va à une Maison de Campagne
de Géronte , son oncle . C'est - là que Sainflore
la voit pour la premiere fois , il en
devient amoureux , il s'en fait aimer
sous le nom de Damon ; ils ne se reconnoissent
pas , parce qu'ils ne se sont jamais
vûs ; l'aversion qu'ils avoient l'un
pour l'autre , pour des noeuds qu'on formoit
malgré eux , les a empêchés de se
regarder en face , quand ils ont prononcé
leur Arrêt ; ils se trouvent aussi aimables
qu'ils se sont crus haïssables ; cette
simpathie naissante , trouve pourtant des
obstacles à surmonter , comme on le verra
dans la Piéce ; mais ces mêmes obstacles
venant à être levez , ils éprouvent
heureusement que leur antipathie étoit
fausse.
Nérine , Suivante de Leonore , ouvre la
premiere Scene avec Frontin , valet de
Damon ; ils exposent le sujet et apprenent
aux Spectateurs que Léonore a été
mariée autrefois et qu'elle se trouva
presque veuve un moment après son mariage
, par l'accident que nous avons dit ;
ils font entendre que douze ans se sont
passez depuis ce prétendu veuvage ; que
,
LéoMARS
1734: 569
Léonore croyant son mari mort , fut tirée
d'un Convent qu'elle avoit choisi pour
azyle , par les soins de Géronte , son oncle
, et que la mere de Léonore étoit
morte de regret d'avoir marié sa fille
malgré elle.
On apprend encore dans cette premiere
Scene que Damon et Léonore paroissent
s'aimer , sans oser se le dire.
Frontin se retire à l'approche de Léonóre.
Nérine tire avec adresse le secret.
de sa Maîtrese ; Léonore lui avouë que
Damon ne lui est pas indifferent ; mais
elle doute qu'il l'aime à son tour.
Orphise , femme de Géronte , vient
prier Léonore d'empêcher le départ de
Damon , qui est prêt à les quitter ; elle
lui dit en confidence , qu'elle voudroit
bien en faire sonGendre et le marier avec
sa fille , qu'elle a euë d'un premier lit ;
Léonore n'a garde d'accepter une commission
si fatale à son amour ; elle s'en
défend autant qu'elle peut . Orphise la
quitte , en se promettant qu'elle ne lui
refusera pas ce bon office. Léonore ne
sçait ce qu'elle doit faire dans une conjoncture
si embarrassante , elle veut laisser
partir Damon sans le voir.
Damon vient , il prend congé de Léonore
; elle lui dit , qu'elle consent à son
départ
570 MERCURE DE FRANCE
départ , puisqu'apparemment il a des raisons
pour partir; Damon , croyant qu'elle
le soupçonne de quelque engagement secret
, ne peut plus résister à l'interêt secret
qu'il a de la dérromper ; il lui parle
ainsi :
Moi, des raisons ! Je voy vos injustes soupçons ;
Vous croyez que je vole où mon amour m'appelle
!
Si vous sçaviez combien votre erreur m'est
cruelle ? .
Puisque vous m'y forcez , apprenez mon état ;
Si j'aimois , mon amour éviteroit l'éclat ;
Je dis plus; mon amour deviendroit un outrage,
Qui déshonoreroit l'objet de mon hommage ;
Mon vainqueur n'oseroit répondre à mon amours
Eh ! que lui serviroit le plus tendre retour ?
Il feroit le malheur de cette infortunée ;
Je gémis dans les fers d'un cruel Hyménée.
Ce dernier Vers est un coup mortel
pour la tendre Léonore; elle est trop vertueuse
pour retenir Damon après cet
aveu. Il sort en lui disant que son malheur
n'est pas sans remede . Léonore mortellement
affligée d'aimer un homme qui
ne peut être à elle , se retire dans son appartement
, où elle ne veut voir personne.
Frontin
MARS. 1734 571
Frontin arrive , tenant une Lettre; Nerine
le veut étrangler pour lui avoir caché
que son Maître est marié ; Frontin .
lui proteste qu'il l'ignore , et que si Damon
a pris femme , ce n'est pas de son
bail. Nérine se rappellant ce que Damon
a dit , que son malheur n'est pas sans remede
, demande à Frontin , s'il ne sçait
rien de ce qui doit être dans cette Lettre
qu'il va porter à son Maître. Frontin lui
répond qu'il ne sçauroit le deviner à
moins que d'être sorcier ; il lui dit seulement
qu'un Avocat qui est en vacance
dans le voisinage , la lui a remise , en lui
disant : Voilà votre Maître en repos. Nérine
conçoit quelque esperance et finit l'Acte
par ce Vers:
Je ne sçais pas pourquoi j'ose encore esperer.
Orphise et Léonore commencent le second
Acte ; Léonore est tres - surprise des remercimens
que lui fait Orphise au sujet
de Damon ; ce dernier ne part point , et'
Orphise croit que c'est Léonore qui lui a
rendu ce bon office . Léonore lui assure
qu'elle n'y a point de part. Orphise
croyant que sa Fille ne doit ce bonheur
qu'à ses attraits , et picquée de ce que
Léonore n'a pas daigné y contribuer, par$
72 MERCURE DE FRANCE
•
ce qu'elle auroit voulu ménager le coeur
de Damon pour elle- même , lui en fait
un reproche plein d'aigreur , qui lui attire
cette réponse :
Oui , je sçais qu'une femme aime un peu trop à
plaire ;
C'est de l'âge où je suis la foiblesse ordinaire :
Dans l'arriere saison on ne fait qu'en changer ;
Du monde qui nous quitte, on cherche à se vanger
, & c.
On se croit vertueuse , en voulant le paroître ;
Tandis qu'au fond du coeur on néglige de l'être,
Qu'au contraire on se fait un plaisir inhumain
De nourrir son orgueil aux dépens du prochain,
& c.
Elle lui apprend que Damon est marié ;
Orphise lui demande malignement si
c'est avec elle , et la quitte en lui faisant
entendre qu'elle n'en doute point. Léonore
vivement picquée de ce qu'Orphise
lui a reproché , se détermine à ne plus
voir Damon, et sort pour lui aller écrire.
Nérine la suit.
Damon vient et témoigne la joye qu'il
ressent d'une heureuse nouvelle qu'il a
reçue ; il fait entendre que celle qu'il a
épousée malgré lui et malgré elle- même,
consent à la rupture d'un mariage , si fumeste
à tous les deux . Il ajoûte :
Celle
MARS 573 1734.
Se porte
Celle à qui mon malheur avoit uni ma vie ,
à dénouer la chaîne qui nous lie.
Cette maniere positive de s'exprimer a
produit quelque sorte d'obscurité ; on n'a
pas bien pû comprendre comment cette
même Leonore, qui doit redevenir Sylvie
à la fin de la Piéce, a pû donner les mains
à une rupture si opposée à son caractere ;
il est vrai que l'Auteur ajoute ensuite: Da
moins on s'en fait fort ; mais les deux
miers Vers ayant déja fait leur impression
, on n'a pas assez refléchi sur le troisieme;
et d'ailleurs, dans un autre endroit
de la Comédie, Damon dit à Léonore, en
parlant de Sylvie :
Une heureuse rupture ,
pre-
Nous dégage tous deux d'une Chaine trop dure
& c.
Reprenons le fil de la Piéce. Damon '
par une adresse tres - neuve , engage Nérine
à porter à sa Maîtresse un Billet qu'il
va écrire ; il le rapporte dans le même
temps que Léonore vient remettre le sien
entre les mains de Nérine pour le donner
à Damon. Léonore veut se retirer ; Damon
la retient et lui apprend que celle
qu'il a épousée consent à faire dissoudre
leur Hymen ; Léonore a assez de verta
FOUT
574 MERCURE DE FRANCE
-
pour refuser son consentement à cette
rupture , qu'elle croit forcée de la part
de l'Epouse ; elle laisse pourtant échapper
quelques mots , qui témoignent le regret
qu'elle a de ne pouvoir être à Da
mon ; il se jerte à ses pieds pour l'en remercier
: Orphise le surprend dans cette
attitude ; il se sauve. Orphise dit des paroles
insultantes à Léonore , qui l'obligent
à avouer qu'elle aime Damon et
qu'elle le peut , puisque son mariage est
rompu . Orphise lui dit que si Damon
est libre, elle ne l'est pas , et que Géronte
vient de lui apprendre que son Epoux
n'est pas mort ; c'est un coup de foudre
pour Orphise , qui se retire dans la noble
résolution d'aller retrouver son
Epoux , malgré son antipathie , qu'ellé
se fatte de surmonter .
Pour abréger le dernier Acte , nous
passons les premieres Scenes : Orphise
presse en vain Géronte de porter Léonore
à exécuter le projet qu'elle a noblement
formé d'aller se livrer à Sain
flore son Epoux , et de reprendre son
nom de Sylvie. Géronte n'y veut pas
consentir . Damon vient , il se plaint de
la trop austere vertu de Léonore , qui ne
veut pas donner les mains à une rupture
que sonEpoux a demandée.Léonore vient
à
MARS 1734. 575
ル
à son tour et demeure ferme, dans le dessein
que sa vertu lui a fait prendre ; sa
conversation avec Damon est aussi vertueuse
que tendre ; enfin Damon ouvre
les yeux par le portrait que Géronte fait
de l'Epoux , à qui Léonore veut se rejoindre
: Le voici.
Si c'étoit un Epoux , tel qu'eût été Damon
Passe ; mais c'en est un qui n'en a que le nom
Un jeune écervelé qui laisse sa compagne ,
Et pour libertiner , va battre la campagne ,
Que je ne connois point , car ma soeur , Dieu
merci ,
Ne consultoit
personne en tout comme en ceci ;
Un homme qui n'agit que par des Emissaires ,
Et n'ose se montrer que par ses gens d'affaires ,
Qui lorsqu'on le croit mort, revient après douze
ans ,
Pour se démarier . ...
Damon ne peut plus se méconnoître
à ces traits , il se jette aux pieds de Léonore
pour lui demander si elle n'est pas
Sylvie , comme il est Sainflore ; cela
produit
une reconnoissance des plus interessantes
, et finit la Piéce de la maniere la
plus satisfaisante et la plus heureuse.
L'art ingénieux avec lequel cette Comédie
est conduite , la maniere élegante,
simple
576 MERCURE DE FRANCE
>
sans
simple et naturelle dont elle est écrite
et sur tout les moeurs admirables
être austeres , d'après lesquelles chaque
caractere est peint de main de Maître ,
font grand plaisir aux honnêtes gens ,
qui sont agréablement amusez, interessez
attendris et même édifiez.
Au reste cette Piece est parfaitement
représentée par les sieurs Dufresne , Duchemin
et Armand , et par les Dlles Gaussin
, la Motte et Quinault.
Nouvelle. Extrait.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Le Génie de la
Le Sr Granval.
Comédie ,
La Folie , La Dlle Quinaut.
Le Bon sens ,
Le Sr de Montménil.
Un
MARS 1734 565
Un Bourgeois , une Précieuse , un Admirateur
, un Critique , un Petit- Maître
un Homme sensé .
Les Sieurs Duchemin , Dlle du Breuil ,
Dangeville , Armand, Dufresne , Dubreuil.
La Dlle du Bocage .
Thalie ,
La Scene est sur le Théatre de la Comédie
Françoise.
C'est M. de la Chaussée qui a enrichi le
Théatre François de cette Comédie . Le
Public lui rend tous les jours la justice
que mérite son coup d'essay , pour l'inviter
à continuer une carriere qu'il vient
de commencer avec tant d'éclat. Il fait
l'éloge de ce véritable Fublic dans un
Prologue , qui marque la noble hardies-.
se de son Auteur. Voici de quoi il s'agit :
Le Génie de la Comédie Françoise vient,
demander au Public , par où il pourra
avoir le bonheur de lui plaire ; ce Public
est composé des Personnages qu'on vient
de nommer ; le Bon Sens est de la partie ,
mais il est assez maltraité , sur tout par la
Folie , qui natureilement ne doit jamais
s'accorder avec lui ; les sentimens de cette
assemblée , dont chaque membre usurpe
le respectable nom de Public , se trouvent
si opposez, que le Génie ne sçait de
quel
366 MERCURE DE FRANCE
quel côté pancher ; l'un blâme tout ;
Fautre approuve tout ; le Bourgeois don
ne dans la Farce ; la Précieuse dans la Métaphisique
; le Petit - Maître ne se soucie
que de voir et de se montrer : Voici
comment s'explique ce dernier , qui n'a
que trop d'imitateurs.
Ma décision roule alternativement ,
Sur ces deux mots , divin , ou détestable ;
Et souvent le dernier est le plus véritable .
Enfin les Spectacles que j'aime ,
Sont ceux où la presse est extrême..
Les nouveautez sont toujours belles ;
Sans vous embarrasser du choix ;
Ne nous donnez jamais que des Piéces nouvelles
Affichez-les d'abord pour la derniere fois ;
Prenez double , rendez vos plaisirs impayables;
Exceptez le Parterre ; ilpourroit au surplus ,
Vous envoyer à tous les Diables ;
C'est à quoi je conclus.
Toute l'Assemblée qui compose ce Public
, que le Génie a voulu consulter sur
le choix des pièces , disparoit insensiblement
; le Génie reste , accompagné du
Bon Sens , er d'un homme sensé ; ce dernier
s'explique avec tant de réserve , que
le Bon Sens après son départ , dit au Génie
que c'est là ce véritable Public qu'il
lui
MARS 1734. 567
lui a d'abord annoncé ; Thalie vient enfin
apporter une Comédie; le Génie l'adopte
à tout hazard , et finit le Prologue en
disant à Thalie.
Donnez , donnez toujours ; les temps sont mal
heureux .
Argument de la Comédie.
Damon et Leonore , qui sont les Héros
de la Piéce , ont été mariez malgré eux ,
ce qui a produit dans leurs coeurs une
antipathie réciproque ; leurs véritables
noms sont Sainflore et Sylvie, et ils n'en
ont changé que parce que leur interêt l'a
demandé. Sainflore en sortant de l'Eglise,
a été attaqué par un de ses Rivaux , que
son prochain bonheur a mis au désespoir ;
l'agresseur a été tué , et Sainflore a pris la
fuite , pour se dérober à la poursuite des
Parens de son ennemi ; c'est pour plus de
sureté qu'il a pris le nom de Damon ;)
Sylvie voyant disparoître Sainflore , se
jette dans un Convent , où elle se cache
sa mere et à tous ses parens , sous le
nom de Léonore. Un bruit , que son
Epoux fait courir lui- même , et la mort
de sa mere , la déterminent à sortir de
son azyle . Un oncle officieux vient l'en
tirer ; mais elle ne reprend pas encore
son
568 MERCURE DE FRANCE
son premier nom , parce que l'état de ses
affaires l'exige . Sortie du Convent où
elle a été cachée pendant dix ou douze
ans , elle va à une Maison de Campagne
de Géronte , son oncle . C'est - là que Sainflore
la voit pour la premiere fois , il en
devient amoureux , il s'en fait aimer
sous le nom de Damon ; ils ne se reconnoissent
pas , parce qu'ils ne se sont jamais
vûs ; l'aversion qu'ils avoient l'un
pour l'autre , pour des noeuds qu'on formoit
malgré eux , les a empêchés de se
regarder en face , quand ils ont prononcé
leur Arrêt ; ils se trouvent aussi aimables
qu'ils se sont crus haïssables ; cette
simpathie naissante , trouve pourtant des
obstacles à surmonter , comme on le verra
dans la Piéce ; mais ces mêmes obstacles
venant à être levez , ils éprouvent
heureusement que leur antipathie étoit
fausse.
Nérine , Suivante de Leonore , ouvre la
premiere Scene avec Frontin , valet de
Damon ; ils exposent le sujet et apprenent
aux Spectateurs que Léonore a été
mariée autrefois et qu'elle se trouva
presque veuve un moment après son mariage
, par l'accident que nous avons dit ;
ils font entendre que douze ans se sont
passez depuis ce prétendu veuvage ; que
,
LéoMARS
1734: 569
Léonore croyant son mari mort , fut tirée
d'un Convent qu'elle avoit choisi pour
azyle , par les soins de Géronte , son oncle
, et que la mere de Léonore étoit
morte de regret d'avoir marié sa fille
malgré elle.
On apprend encore dans cette premiere
Scene que Damon et Léonore paroissent
s'aimer , sans oser se le dire.
Frontin se retire à l'approche de Léonóre.
Nérine tire avec adresse le secret.
de sa Maîtrese ; Léonore lui avouë que
Damon ne lui est pas indifferent ; mais
elle doute qu'il l'aime à son tour.
Orphise , femme de Géronte , vient
prier Léonore d'empêcher le départ de
Damon , qui est prêt à les quitter ; elle
lui dit en confidence , qu'elle voudroit
bien en faire sonGendre et le marier avec
sa fille , qu'elle a euë d'un premier lit ;
Léonore n'a garde d'accepter une commission
si fatale à son amour ; elle s'en
défend autant qu'elle peut . Orphise la
quitte , en se promettant qu'elle ne lui
refusera pas ce bon office. Léonore ne
sçait ce qu'elle doit faire dans une conjoncture
si embarrassante , elle veut laisser
partir Damon sans le voir.
Damon vient , il prend congé de Léonore
; elle lui dit , qu'elle consent à son
départ
570 MERCURE DE FRANCE
départ , puisqu'apparemment il a des raisons
pour partir; Damon , croyant qu'elle
le soupçonne de quelque engagement secret
, ne peut plus résister à l'interêt secret
qu'il a de la dérromper ; il lui parle
ainsi :
Moi, des raisons ! Je voy vos injustes soupçons ;
Vous croyez que je vole où mon amour m'appelle
!
Si vous sçaviez combien votre erreur m'est
cruelle ? .
Puisque vous m'y forcez , apprenez mon état ;
Si j'aimois , mon amour éviteroit l'éclat ;
Je dis plus; mon amour deviendroit un outrage,
Qui déshonoreroit l'objet de mon hommage ;
Mon vainqueur n'oseroit répondre à mon amours
Eh ! que lui serviroit le plus tendre retour ?
Il feroit le malheur de cette infortunée ;
Je gémis dans les fers d'un cruel Hyménée.
Ce dernier Vers est un coup mortel
pour la tendre Léonore; elle est trop vertueuse
pour retenir Damon après cet
aveu. Il sort en lui disant que son malheur
n'est pas sans remede . Léonore mortellement
affligée d'aimer un homme qui
ne peut être à elle , se retire dans son appartement
, où elle ne veut voir personne.
Frontin
MARS. 1734 571
Frontin arrive , tenant une Lettre; Nerine
le veut étrangler pour lui avoir caché
que son Maître est marié ; Frontin .
lui proteste qu'il l'ignore , et que si Damon
a pris femme , ce n'est pas de son
bail. Nérine se rappellant ce que Damon
a dit , que son malheur n'est pas sans remede
, demande à Frontin , s'il ne sçait
rien de ce qui doit être dans cette Lettre
qu'il va porter à son Maître. Frontin lui
répond qu'il ne sçauroit le deviner à
moins que d'être sorcier ; il lui dit seulement
qu'un Avocat qui est en vacance
dans le voisinage , la lui a remise , en lui
disant : Voilà votre Maître en repos. Nérine
conçoit quelque esperance et finit l'Acte
par ce Vers:
Je ne sçais pas pourquoi j'ose encore esperer.
Orphise et Léonore commencent le second
Acte ; Léonore est tres - surprise des remercimens
que lui fait Orphise au sujet
de Damon ; ce dernier ne part point , et'
Orphise croit que c'est Léonore qui lui a
rendu ce bon office . Léonore lui assure
qu'elle n'y a point de part. Orphise
croyant que sa Fille ne doit ce bonheur
qu'à ses attraits , et picquée de ce que
Léonore n'a pas daigné y contribuer, par$
72 MERCURE DE FRANCE
•
ce qu'elle auroit voulu ménager le coeur
de Damon pour elle- même , lui en fait
un reproche plein d'aigreur , qui lui attire
cette réponse :
Oui , je sçais qu'une femme aime un peu trop à
plaire ;
C'est de l'âge où je suis la foiblesse ordinaire :
Dans l'arriere saison on ne fait qu'en changer ;
Du monde qui nous quitte, on cherche à se vanger
, & c.
On se croit vertueuse , en voulant le paroître ;
Tandis qu'au fond du coeur on néglige de l'être,
Qu'au contraire on se fait un plaisir inhumain
De nourrir son orgueil aux dépens du prochain,
& c.
Elle lui apprend que Damon est marié ;
Orphise lui demande malignement si
c'est avec elle , et la quitte en lui faisant
entendre qu'elle n'en doute point. Léonore
vivement picquée de ce qu'Orphise
lui a reproché , se détermine à ne plus
voir Damon, et sort pour lui aller écrire.
Nérine la suit.
Damon vient et témoigne la joye qu'il
ressent d'une heureuse nouvelle qu'il a
reçue ; il fait entendre que celle qu'il a
épousée malgré lui et malgré elle- même,
consent à la rupture d'un mariage , si fumeste
à tous les deux . Il ajoûte :
Celle
MARS 573 1734.
Se porte
Celle à qui mon malheur avoit uni ma vie ,
à dénouer la chaîne qui nous lie.
Cette maniere positive de s'exprimer a
produit quelque sorte d'obscurité ; on n'a
pas bien pû comprendre comment cette
même Leonore, qui doit redevenir Sylvie
à la fin de la Piéce, a pû donner les mains
à une rupture si opposée à son caractere ;
il est vrai que l'Auteur ajoute ensuite: Da
moins on s'en fait fort ; mais les deux
miers Vers ayant déja fait leur impression
, on n'a pas assez refléchi sur le troisieme;
et d'ailleurs, dans un autre endroit
de la Comédie, Damon dit à Léonore, en
parlant de Sylvie :
Une heureuse rupture ,
pre-
Nous dégage tous deux d'une Chaine trop dure
& c.
Reprenons le fil de la Piéce. Damon '
par une adresse tres - neuve , engage Nérine
à porter à sa Maîtresse un Billet qu'il
va écrire ; il le rapporte dans le même
temps que Léonore vient remettre le sien
entre les mains de Nérine pour le donner
à Damon. Léonore veut se retirer ; Damon
la retient et lui apprend que celle
qu'il a épousée consent à faire dissoudre
leur Hymen ; Léonore a assez de verta
FOUT
574 MERCURE DE FRANCE
-
pour refuser son consentement à cette
rupture , qu'elle croit forcée de la part
de l'Epouse ; elle laisse pourtant échapper
quelques mots , qui témoignent le regret
qu'elle a de ne pouvoir être à Da
mon ; il se jerte à ses pieds pour l'en remercier
: Orphise le surprend dans cette
attitude ; il se sauve. Orphise dit des paroles
insultantes à Léonore , qui l'obligent
à avouer qu'elle aime Damon et
qu'elle le peut , puisque son mariage est
rompu . Orphise lui dit que si Damon
est libre, elle ne l'est pas , et que Géronte
vient de lui apprendre que son Epoux
n'est pas mort ; c'est un coup de foudre
pour Orphise , qui se retire dans la noble
résolution d'aller retrouver son
Epoux , malgré son antipathie , qu'ellé
se fatte de surmonter .
Pour abréger le dernier Acte , nous
passons les premieres Scenes : Orphise
presse en vain Géronte de porter Léonore
à exécuter le projet qu'elle a noblement
formé d'aller se livrer à Sain
flore son Epoux , et de reprendre son
nom de Sylvie. Géronte n'y veut pas
consentir . Damon vient , il se plaint de
la trop austere vertu de Léonore , qui ne
veut pas donner les mains à une rupture
que sonEpoux a demandée.Léonore vient
à
MARS 1734. 575
ル
à son tour et demeure ferme, dans le dessein
que sa vertu lui a fait prendre ; sa
conversation avec Damon est aussi vertueuse
que tendre ; enfin Damon ouvre
les yeux par le portrait que Géronte fait
de l'Epoux , à qui Léonore veut se rejoindre
: Le voici.
Si c'étoit un Epoux , tel qu'eût été Damon
Passe ; mais c'en est un qui n'en a que le nom
Un jeune écervelé qui laisse sa compagne ,
Et pour libertiner , va battre la campagne ,
Que je ne connois point , car ma soeur , Dieu
merci ,
Ne consultoit
personne en tout comme en ceci ;
Un homme qui n'agit que par des Emissaires ,
Et n'ose se montrer que par ses gens d'affaires ,
Qui lorsqu'on le croit mort, revient après douze
ans ,
Pour se démarier . ...
Damon ne peut plus se méconnoître
à ces traits , il se jette aux pieds de Léonore
pour lui demander si elle n'est pas
Sylvie , comme il est Sainflore ; cela
produit
une reconnoissance des plus interessantes
, et finit la Piéce de la maniere la
plus satisfaisante et la plus heureuse.
L'art ingénieux avec lequel cette Comédie
est conduite , la maniere élegante,
simple
576 MERCURE DE FRANCE
>
sans
simple et naturelle dont elle est écrite
et sur tout les moeurs admirables
être austeres , d'après lesquelles chaque
caractere est peint de main de Maître ,
font grand plaisir aux honnêtes gens ,
qui sont agréablement amusez, interessez
attendris et même édifiez.
Au reste cette Piece est parfaitement
représentée par les sieurs Dufresne , Duchemin
et Armand , et par les Dlles Gaussin
, la Motte et Quinault.
Fermer
Résumé : LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
La pièce 'La Fausse Antipathie' est une comédie écrite par M. de la Chaussée, représentée pour la première fois en mars 1734 au Théâtre de la Comédie Française. Le prologue introduit divers personnages représentant le public, tels qu'un Bourgeois, une Précieuse, un Admirateur, un Critique, un Petit-Maître, et un Homme sensé. Le Génie de la Comédie Française consulte ce public pour savoir comment lui plaire, mais les avis divergent, rendant la tâche difficile. Finalement, le Bon Sens et un homme sensé guident le Génie vers une comédie appropriée. L'intrigue principale suit Damon et Léonore, initialement mariés contre leur gré et développant une antipathie réciproque. Leurs vrais noms sont Sainflore et Sylvie, qu'ils ont changés pour des raisons de sécurité. Sainflore, après un incident, prend la fuite et change d'identité. Sylvie, croyant Sainflore mort, se retire dans un couvent. Des années plus tard, ils se rencontrent sans se reconnaître et tombent amoureux sous leurs nouvelles identités. La pièce explore les obstacles à leur amour naissant et leur reconnaissance mutuelle. Les personnages secondaires, comme Nérine et Frontin, valets de Léonore et Damon, ainsi qu'Orphise, femme de Géronte, jouent des rôles cruciaux dans le développement de l'intrigue. La pièce se conclut par la reconnaissance des héros et la dissolution de leur fausse antipathie, offrant une fin heureuse et satisfaisante. La comédie est louée pour son art ingénieux, son écriture élégante et naturelle, et ses mœurs austères, plaisant ainsi aux honnêtes gens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 764-770
Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. de ce mois, on representa sur le Théatre de l'Arsenal, la Tragedie nouvelle annoncée [...]
Mots clefs :
Acteur, Marquis, Tragédie nouvelle, Théâtre de l'Arsenal, Pyrrhus, Prologue, Comédie, Auteurs, Pièce nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Le 7. de ce mois , on representa
sur le Théatre
de l'Arsenal , la Tragedie nouvelle annoncée
dans le Mercure de Fevrier ; Elle fut reçue avec
beaucoup
d'aplaudissement
par une nombreuse
Assemblée : On la rejoua le onze avec plus d'aplaudissements
encore.
Certe Piece est intitulée , Pyrrhus et Teglis :
le Sujet en est tiré partie de Justin , et partie
d'Athénée. Comme elle doit être reprise après
Pâques , nous pourrons alors être en état d'en
donner un Extrait. Elle a été précedée d'une
Scene en forme de Prologue , entre un Marquis
ridicule , et un Acteur de la Comedie de l'Arsenal
, qui a fait beaucoup de plaisir . Voici l'idée
que nous pouvons donner de ce Prologue.
Lorsqu'on leve la toile , le Marquis paroit ,
Occupant un fauteuil nécessaire pour la Tragedie
: Un Acteur surprit de le voir dans cette
place , s'approche poliment , et lui dit qu'il ne
sçauroit demeurer là . Le Marquis en demande
la raison , l'Acteur lui répond que leur Theatre
est trop petit pour que des spectateurs y puissent
AVRIL 765
.
1724.
sent prendre place ; Vous voyez bien , dit - il ,
que vous êtes le seul qui s'y soit placé.
Le Marquis replique que la regle generale n'em
est pas une pour lui , qu'un homme comme lui
en fait toujours l'exception , et que ne venant
au Spectacle que pour être vû , et pour y voir
le beau monde , il n'est point de place plus commode
pour cela que le Theatre.
L'Acteur lui dit que s'il ne vient au Specta
cle que pour être vû , c'est sur un plus grand
Theatre , et devant une assemblée plus nombreuse
qu'il doit paroître. Le Marquis répond
qu'il a déja assisté au Prologue de l'Opera , à
un Acte de la Comédie Françoise , à quelques
Scenes de l'Italienne ; et qu'ayant apris qu'il y
avoit à l'Arsenal une Comedie , où se rassembloient
de fort aimables Personnes , il étoit venu
y passer qu'elques moments, en attendant l'heure
d'aller lutiner les Danseuses de l'Opera Comique.
L'Acteur le remercie de la préférance ....
Ce Marquis demande quelle est la Piéce qu'on
va jouer : on lui dit que c'est une Piece nouvelle.
Il reprend avec vivacité.
Une Piece nouvelle ! Comment , morbleu , une
Piece nouvelle ! Et quel est ce fat d'Auteur qui s'avife
de donner une Piece nouvelle , sans être venú
La lire à ma Toilette ! Sçait - il bien que les Auteurs,
même les plus fameux , viennent me demander
ma protection , aussi je les sers à merveille :
Quand une fois j'ai aprouvé un Ouvrage , le Public
a beau le condamner , je sçai le moien de
faire tout applaudir , de faire paroitre le parterre
plein lors même que la Piece est dans les regles et
si les Comediens n'osent plus la donner , je sçai
l'art de la faire redemander autc de grands broubabas
, afin que sa chute soit imputée à leur mau-
G
:
vaise
766 MERCURE DE FRANCE
vaise humeur , plutôt qu'au dégout du Public.
> ›
L'Acteur lui répond que si les grands Auteurs
vont briguer son suffrage , il n'est pas
étonnant que celui de la Piece nouvelle ne l'ait
pas mandié : que comme il ne fait que de cominencer
, il ne sçait pas comment il faut s'y
prendre pour faire réussir une Piece . Et il
ajoute ensuite. Auteurs , Acteurs Musiciens
tous n'agissent ici que pour leur propre plaisir , pour
celui de leurs amis , et surtout par l'espoir de contribuer
quelquefois aux amusements d'une Princesse
illustre qui nous honore de sa protection
et qui veut bien se contenter de nos foibles
efforts. Ainsi, Monsieur, nous n'avons besoin d'aucun
artifice , ni pour faire applaudir nos Acteurs ,
ni pour faire réussir nos nouveautés &c.
2
Cela est fort heureux , dit le Marquis , mais
la vanité guide tout Acteur qui paroit sur un
Theatre et encore plus un Auteur . Il faut même
que celui de votre Piece nouvelle en ait plus
qu'un autre pour mettre son Ouvrage dans les
mains d'Acteurs, qui ne sont pas consommez dans
l'Art , il faut qu'il le croye asses superieur pour
pouvoir être admiré malgré les défauts de la
réprésentation , où il faut qu'aiant été refusé
par les grands Comédiens , il n'ait plus que
cette triste ressource pour le faire paroître. Il
s'écrie.
Je gagerois , morbleu , cent contre un , que
cette Piece a été refusée des François et des
Italiens.
l'Acteur.
Vous perdriez certainement , elle n'a ja-
* Madame la Duchesse Du Maine.
mais
AVRIL. 173 t . 767
>
mais été luë dans aucun foyer : l'Auteur a craint
le jugement & c . Il s'est deffié de ses propres
forces, et a cru que ce qui pouvoit lui faire honneur
ici et parmi nous , n'auroit pas tout le més
rite nécessaire pour être exposé à un plus grand
jour.
Le Marquis rit de ce que l'on supose de la modestie
dans un Auteur et dit qu'il n'en est
point qui ne se croye égal aux plus grands Maitres
de l'Art ; qu'il en est même qui se croient
bien au dessus et qui sont assez heureux , à
force de le dire , pour le persuader à beaucoup
d'autres.L'Acteur répond que n'étant pas Auteur,
il ignore ce qui se passe dans leur ame : Il ajoute
qu'ils ont pressé leur ami de leur donner son
Ouvrage , afin de l'encourager par là à faire
quelque chose de meilleur , et qu'ils se sont flatés
que
leurs Spectateurs, entrant dans leurs vues,
voudroient bien par leurs aplaudissements don--
ner de l'émulation à un jeune Auteur qui commence.
›
Le Marquis replique que c'est être fort charitable
, et qu'ils sont bien bons d'engager un
nombre d'honnetes - gens à venir s'ennuier pour
donner de l'émulation à un Auteur. Il demande
si la Tragedie nouvelle est en Prose , ou en
Vers ?
l'Acteur.
Une Tragedie en Prose !
Le Marquis.
Il est vrai que le projet n'en a pas fait fortune
je l'avois toujours fort aprouvé à caufe de
sa singularité.
Gij Acteur
768 MERCURE DE FRANCE
l'Acteur.
Ceux qui ne se tirent d'affaire que par le
faste des Vers , n'y auroient pas trouvé leur
compte , et ce ne pourroit être la ressource
que dé quelque Auteur judicieux , sensé , plein
de sentimens capables de composer une Fable ingenieuse
, et de conduire une Piece , mais sans
Brillant , fans feu , sans saillies , et qui n'auroit
pas l'art de bien tourner un Vers .
Le Marquis.
Eh , dites moi , les Vers de votre Tragedie
sont- ils beaux ? y a - t'il de ces Vers ronflants
épithétiques , pompeux ; de ces Vers qui éblouissent
, ravissent , étourdissent ; y a - t'il de ces
traits neufs , hardis......
•
L'Acteur répond que tout est simple chez
eux et que dans la Piece il n'y a qu'un morseau
un peu trop épique que l'Auteur s'est obstiné
à vouloir laisser malgré l'avis de plusieurs
connoisseurs . Le Marquis dit que l'Auteur a fort
bien fait , et qu'il ne faut que deux ou trois mor
ceaux dans ce genre pour faire le succes , d'une
Tragedie : il conclut que le sujet en est tiré d'un
Roman. L'Acteur l'assure qu'il est pris de
l'Histoire , et qu'elle n'est presque pas alterée
dans cette Piece. Le Marquis en paroît fâché
et ajoute . Parlez moi d'un beau Roman mis en
Tragedie , cela fournit des situations , des traits
saillants , des images touchantes , des évenemens.
Beaucoup d'evenemens , morbleu ! beaucoup
d'evenemens entassez les uns sur les autres ,
qui se succedent sans être liés. Cela tient l'esprit
en haleine , on est toujours surpris par
quelque chose d'inesperé.
PActeur
AVRIL
769 1734.
l'Acteur.
Cinq Tragedies dans une ; n'est - ce pas
Le Marquis.
Vous croiez badiner ; mais rien ne marque
mieux l'imagination et la fecondité d'un Auteur .
Voilà qui est bien merveilleux , une seule action
dans Actes ! eh pour moi , je m'endors si je
n'en trouve pas une à chaque Acte , et quand
il y en auroit davantage , je ne m'en plaindrois
pas.
$ L'Acteur lui répond que c'est ce qu'il ne
trouvera pas dans la Piece nouvelle : qu'une
seule action très - simple , fait tout le fond de ce
Poëme. Le Marquis dit qu'il n'est pas curieux
de tant de simplicité ; qu'il veut quelque chose
qui pique , qui réveille , et aprenant le titre de
la Piece , il se recrie : quoi ? encore un Pyrrhus !
L'Acteur l'assure que quoique le nom de ce
Heros ne soit pas nouveau au Theatre , celui - ci
paroit pourtant sur la Scene pour la premiére
fois , etpeut- être pour la derniere, dit le Marquis,
Cela se pourroit , dit l'Acteur , car nous n'aimons
pas à jouer souvent la même chose . Le
Marquis demande qui est cette Teglis qu'il ne
connoit pas. L'Acteur lui répond que c'est à
peu pres * le nom d'une Princeese dont Pyrrhus
étoit épris. Le Marquis en conclut qu'il
y a beaucoup de tendre dans la Piece . et l'Acteur
lui avoue qu'il croit même qu'il y en a
un peu trop , que le Heros aime trop. passio-
* Le vrai nom de cette Maitresse de Pyrrhus étoit
Tigris. Ce nom n'étoit pas favorable pour la Poësie,
ni pour le titre d'une Piece , et il n'a fallu changer
que deux lettres pour en faire un beaucoup plus doux⚫
G' iij
nement
778 MERCURE DE FRANCE
nement et trop constamment , mais que comme
il l'a déja dit , l'Auteur est un jeune homme qui
a cru plaire au beau sexe , en mettant sur la
Scene un Prince qui sacrifie tout à son amour
hors sa vertu et son devoir.
Le Marquis.
>
>
C'est un Amant tendre , constant , fidelle
doucereux , tout cela ne sauroit plaire : ce n'est
plus là le gout du siècle : les Dames même que
vôtre Auteur a cru flater par là seront les premieres
à s'y ennuyer , adieu : j'en sçais assez
pour en pouvoir décider ; simplicité, constance ,
fidelité th ! fi , fi ... vive la confusion , la vivacité
et le changement . ( il sort )
L'Auteur est charmé d'être délivré de cet étourdi
et finit ainsi :Nous n'avons à parler que devant
des perfonnes sensées et raisonnables , qui voudront
bien voir avec bonté le coup d'essai qu'on va leur
offrir. Annoncer un coup d'essai , n'est-ce pas demander
de l'indulgence ? qui ne sçait que des plus
foibles commencements sont sortis quelquefois de
vrais chef-d'oeuvres.
sur le Théatre
de l'Arsenal , la Tragedie nouvelle annoncée
dans le Mercure de Fevrier ; Elle fut reçue avec
beaucoup
d'aplaudissement
par une nombreuse
Assemblée : On la rejoua le onze avec plus d'aplaudissements
encore.
Certe Piece est intitulée , Pyrrhus et Teglis :
le Sujet en est tiré partie de Justin , et partie
d'Athénée. Comme elle doit être reprise après
Pâques , nous pourrons alors être en état d'en
donner un Extrait. Elle a été précedée d'une
Scene en forme de Prologue , entre un Marquis
ridicule , et un Acteur de la Comedie de l'Arsenal
, qui a fait beaucoup de plaisir . Voici l'idée
que nous pouvons donner de ce Prologue.
Lorsqu'on leve la toile , le Marquis paroit ,
Occupant un fauteuil nécessaire pour la Tragedie
: Un Acteur surprit de le voir dans cette
place , s'approche poliment , et lui dit qu'il ne
sçauroit demeurer là . Le Marquis en demande
la raison , l'Acteur lui répond que leur Theatre
est trop petit pour que des spectateurs y puissent
AVRIL 765
.
1724.
sent prendre place ; Vous voyez bien , dit - il ,
que vous êtes le seul qui s'y soit placé.
Le Marquis replique que la regle generale n'em
est pas une pour lui , qu'un homme comme lui
en fait toujours l'exception , et que ne venant
au Spectacle que pour être vû , et pour y voir
le beau monde , il n'est point de place plus commode
pour cela que le Theatre.
L'Acteur lui dit que s'il ne vient au Specta
cle que pour être vû , c'est sur un plus grand
Theatre , et devant une assemblée plus nombreuse
qu'il doit paroître. Le Marquis répond
qu'il a déja assisté au Prologue de l'Opera , à
un Acte de la Comédie Françoise , à quelques
Scenes de l'Italienne ; et qu'ayant apris qu'il y
avoit à l'Arsenal une Comedie , où se rassembloient
de fort aimables Personnes , il étoit venu
y passer qu'elques moments, en attendant l'heure
d'aller lutiner les Danseuses de l'Opera Comique.
L'Acteur le remercie de la préférance ....
Ce Marquis demande quelle est la Piéce qu'on
va jouer : on lui dit que c'est une Piece nouvelle.
Il reprend avec vivacité.
Une Piece nouvelle ! Comment , morbleu , une
Piece nouvelle ! Et quel est ce fat d'Auteur qui s'avife
de donner une Piece nouvelle , sans être venú
La lire à ma Toilette ! Sçait - il bien que les Auteurs,
même les plus fameux , viennent me demander
ma protection , aussi je les sers à merveille :
Quand une fois j'ai aprouvé un Ouvrage , le Public
a beau le condamner , je sçai le moien de
faire tout applaudir , de faire paroitre le parterre
plein lors même que la Piece est dans les regles et
si les Comediens n'osent plus la donner , je sçai
l'art de la faire redemander autc de grands broubabas
, afin que sa chute soit imputée à leur mau-
G
:
vaise
766 MERCURE DE FRANCE
vaise humeur , plutôt qu'au dégout du Public.
> ›
L'Acteur lui répond que si les grands Auteurs
vont briguer son suffrage , il n'est pas
étonnant que celui de la Piece nouvelle ne l'ait
pas mandié : que comme il ne fait que de cominencer
, il ne sçait pas comment il faut s'y
prendre pour faire réussir une Piece . Et il
ajoute ensuite. Auteurs , Acteurs Musiciens
tous n'agissent ici que pour leur propre plaisir , pour
celui de leurs amis , et surtout par l'espoir de contribuer
quelquefois aux amusements d'une Princesse
illustre qui nous honore de sa protection
et qui veut bien se contenter de nos foibles
efforts. Ainsi, Monsieur, nous n'avons besoin d'aucun
artifice , ni pour faire applaudir nos Acteurs ,
ni pour faire réussir nos nouveautés &c.
2
Cela est fort heureux , dit le Marquis , mais
la vanité guide tout Acteur qui paroit sur un
Theatre et encore plus un Auteur . Il faut même
que celui de votre Piece nouvelle en ait plus
qu'un autre pour mettre son Ouvrage dans les
mains d'Acteurs, qui ne sont pas consommez dans
l'Art , il faut qu'il le croye asses superieur pour
pouvoir être admiré malgré les défauts de la
réprésentation , où il faut qu'aiant été refusé
par les grands Comédiens , il n'ait plus que
cette triste ressource pour le faire paroître. Il
s'écrie.
Je gagerois , morbleu , cent contre un , que
cette Piece a été refusée des François et des
Italiens.
l'Acteur.
Vous perdriez certainement , elle n'a ja-
* Madame la Duchesse Du Maine.
mais
AVRIL. 173 t . 767
>
mais été luë dans aucun foyer : l'Auteur a craint
le jugement & c . Il s'est deffié de ses propres
forces, et a cru que ce qui pouvoit lui faire honneur
ici et parmi nous , n'auroit pas tout le més
rite nécessaire pour être exposé à un plus grand
jour.
Le Marquis rit de ce que l'on supose de la modestie
dans un Auteur et dit qu'il n'en est
point qui ne se croye égal aux plus grands Maitres
de l'Art ; qu'il en est même qui se croient
bien au dessus et qui sont assez heureux , à
force de le dire , pour le persuader à beaucoup
d'autres.L'Acteur répond que n'étant pas Auteur,
il ignore ce qui se passe dans leur ame : Il ajoute
qu'ils ont pressé leur ami de leur donner son
Ouvrage , afin de l'encourager par là à faire
quelque chose de meilleur , et qu'ils se sont flatés
que
leurs Spectateurs, entrant dans leurs vues,
voudroient bien par leurs aplaudissements don--
ner de l'émulation à un jeune Auteur qui commence.
›
Le Marquis replique que c'est être fort charitable
, et qu'ils sont bien bons d'engager un
nombre d'honnetes - gens à venir s'ennuier pour
donner de l'émulation à un Auteur. Il demande
si la Tragedie nouvelle est en Prose , ou en
Vers ?
l'Acteur.
Une Tragedie en Prose !
Le Marquis.
Il est vrai que le projet n'en a pas fait fortune
je l'avois toujours fort aprouvé à caufe de
sa singularité.
Gij Acteur
768 MERCURE DE FRANCE
l'Acteur.
Ceux qui ne se tirent d'affaire que par le
faste des Vers , n'y auroient pas trouvé leur
compte , et ce ne pourroit être la ressource
que dé quelque Auteur judicieux , sensé , plein
de sentimens capables de composer une Fable ingenieuse
, et de conduire une Piece , mais sans
Brillant , fans feu , sans saillies , et qui n'auroit
pas l'art de bien tourner un Vers .
Le Marquis.
Eh , dites moi , les Vers de votre Tragedie
sont- ils beaux ? y a - t'il de ces Vers ronflants
épithétiques , pompeux ; de ces Vers qui éblouissent
, ravissent , étourdissent ; y a - t'il de ces
traits neufs , hardis......
•
L'Acteur répond que tout est simple chez
eux et que dans la Piece il n'y a qu'un morseau
un peu trop épique que l'Auteur s'est obstiné
à vouloir laisser malgré l'avis de plusieurs
connoisseurs . Le Marquis dit que l'Auteur a fort
bien fait , et qu'il ne faut que deux ou trois mor
ceaux dans ce genre pour faire le succes , d'une
Tragedie : il conclut que le sujet en est tiré d'un
Roman. L'Acteur l'assure qu'il est pris de
l'Histoire , et qu'elle n'est presque pas alterée
dans cette Piece. Le Marquis en paroît fâché
et ajoute . Parlez moi d'un beau Roman mis en
Tragedie , cela fournit des situations , des traits
saillants , des images touchantes , des évenemens.
Beaucoup d'evenemens , morbleu ! beaucoup
d'evenemens entassez les uns sur les autres ,
qui se succedent sans être liés. Cela tient l'esprit
en haleine , on est toujours surpris par
quelque chose d'inesperé.
PActeur
AVRIL
769 1734.
l'Acteur.
Cinq Tragedies dans une ; n'est - ce pas
Le Marquis.
Vous croiez badiner ; mais rien ne marque
mieux l'imagination et la fecondité d'un Auteur .
Voilà qui est bien merveilleux , une seule action
dans Actes ! eh pour moi , je m'endors si je
n'en trouve pas une à chaque Acte , et quand
il y en auroit davantage , je ne m'en plaindrois
pas.
$ L'Acteur lui répond que c'est ce qu'il ne
trouvera pas dans la Piece nouvelle : qu'une
seule action très - simple , fait tout le fond de ce
Poëme. Le Marquis dit qu'il n'est pas curieux
de tant de simplicité ; qu'il veut quelque chose
qui pique , qui réveille , et aprenant le titre de
la Piece , il se recrie : quoi ? encore un Pyrrhus !
L'Acteur l'assure que quoique le nom de ce
Heros ne soit pas nouveau au Theatre , celui - ci
paroit pourtant sur la Scene pour la premiére
fois , etpeut- être pour la derniere, dit le Marquis,
Cela se pourroit , dit l'Acteur , car nous n'aimons
pas à jouer souvent la même chose . Le
Marquis demande qui est cette Teglis qu'il ne
connoit pas. L'Acteur lui répond que c'est à
peu pres * le nom d'une Princeese dont Pyrrhus
étoit épris. Le Marquis en conclut qu'il
y a beaucoup de tendre dans la Piece . et l'Acteur
lui avoue qu'il croit même qu'il y en a
un peu trop , que le Heros aime trop. passio-
* Le vrai nom de cette Maitresse de Pyrrhus étoit
Tigris. Ce nom n'étoit pas favorable pour la Poësie,
ni pour le titre d'une Piece , et il n'a fallu changer
que deux lettres pour en faire un beaucoup plus doux⚫
G' iij
nement
778 MERCURE DE FRANCE
nement et trop constamment , mais que comme
il l'a déja dit , l'Auteur est un jeune homme qui
a cru plaire au beau sexe , en mettant sur la
Scene un Prince qui sacrifie tout à son amour
hors sa vertu et son devoir.
Le Marquis.
>
>
C'est un Amant tendre , constant , fidelle
doucereux , tout cela ne sauroit plaire : ce n'est
plus là le gout du siècle : les Dames même que
vôtre Auteur a cru flater par là seront les premieres
à s'y ennuyer , adieu : j'en sçais assez
pour en pouvoir décider ; simplicité, constance ,
fidelité th ! fi , fi ... vive la confusion , la vivacité
et le changement . ( il sort )
L'Auteur est charmé d'être délivré de cet étourdi
et finit ainsi :Nous n'avons à parler que devant
des perfonnes sensées et raisonnables , qui voudront
bien voir avec bonté le coup d'essai qu'on va leur
offrir. Annoncer un coup d'essai , n'est-ce pas demander
de l'indulgence ? qui ne sçait que des plus
foibles commencements sont sortis quelquefois de
vrais chef-d'oeuvres.
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Résumé : Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Le 7 avril 1724, la tragédie 'Pyrrhus et Teglis' a été représentée au Théâtre de l'Arsenal et a été acclamée par une nombreuse assemblée. La pièce, dont le sujet est tiré de Justin et d'Athénée, a été rejouée le 11 avril avec encore plus d'applaudissements. Elle sera reprise après Pâques, permettant alors de fournir un extrait. La représentation a été précédée d'un prologue entre un marquis ridicule et un acteur de la Comédie de l'Arsenal, qui a beaucoup plu au public. Le prologue commence avec le marquis occupant un fauteuil nécessaire pour la tragédie. Un acteur lui demande poliment de quitter sa place, arguant que le théâtre est trop petit pour que des spectateurs s'y installent. Le marquis répond qu'il vient au spectacle pour être vu et voir le beau monde, et qu'il n'y a pas de place plus commode que le théâtre. L'acteur lui suggère alors de se produire sur un plus grand théâtre devant une assemblée plus nombreuse. Le marquis mentionne avoir assisté à divers spectacles et être venu à l'Arsenal pour passer quelques moments en attendant l'heure d'aller voir les danseuses de l'Opéra Comique. Le marquis demande ensuite quelle est la pièce qui va être jouée. On lui répond qu'il s'agit d'une pièce nouvelle. Il s'indigne que l'auteur n'ait pas lu sa pièce lors de sa toilette et affirme que les auteurs, même les plus célèbres, viennent chercher sa protection. L'acteur lui explique que les auteurs, acteurs et musiciens agissent pour leur propre plaisir, celui de leurs amis et surtout pour contribuer aux amusements d'une princesse illustre qui les protège. Le marquis continue de critiquer la pièce, affirmant que l'auteur doit être vaniteux pour la présenter à des acteurs non consommés dans l'art. L'acteur répond que la pièce n'a jamais été lue dans aucun foyer et que l'auteur a craint le jugement du public. Le marquis rit de cette modestie supposée et affirme que tous les auteurs se croient égaux aux plus grands maîtres. L'acteur ignore les critiques et explique que les acteurs ont encouragé l'auteur à présenter son œuvre pour lui donner de l'émulation. Le marquis demande ensuite si la tragédie est en prose ou en vers. L'acteur répond qu'il s'agit d'une tragédie en vers, car ceux qui ne se tirent d'affaire que par le faste des vers n'y auraient pas trouvé leur compte. Le marquis insiste sur la beauté des vers et les traits saillants, mais l'acteur assure que tout est simple dans la pièce, à l'exception d'un morceau un peu trop épique. Le marquis conclut que le sujet est tiré d'un roman, mais l'acteur affirme qu'il est tiré de l'histoire et presque inchangé. Le marquis exprime son mécontentement face à cette simplicité et apprend le titre de la pièce, 'Pyrrhus et Teglis'. Il s'étonne que le nom de Pyrrhus ne soit pas nouveau au théâtre, mais l'acteur assure que ce Pyrrhus apparaît pour la première fois sur scène. Le marquis demande qui est Teglis, et l'acteur répond qu'il s'agit d'une princesse dont Pyrrhus était épris. Le marquis conclut qu'il y a beaucoup de tendresse dans la pièce, et l'acteur avoue qu'il y en a peut-être un peu trop, le héros aimant passionnément et constamment. Le marquis critique cette constance et fidélité, affirmant que ce n'est plus le goût du siècle. Il quitte la scène, et l'acteur conclut en espérant que le public verra avec bonté ce coup d'essai, rappelant que des chefs-d'œuvre peuvent naître de faibles commencements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 958-959
Nouvelle Actrice, [titre d'après la table]
Début :
Le 19, on représenta la Tragédie de Britannicus et les Folies amoureuses. La Dlle [...]
Mots clefs :
Comédie, Tragédie, Iphigénie, Britannicus, Mademoiselle Connell
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Actrice, [titre d'après la table]
Le 19 , on représenta la Tragédie de
Britannicus et les Folies amoureuses .LaDlle
Conel , jeune personne fort bien faite
pleine d'agremens , qui a déja joué quantité
de Rôles en Bourgeoisie , mais qui
n'étoit jamais montée sur aucun Theatre
public , fut fort aplaudie dans le rôle de
Junie et dans celui d'Agathe.
MAY. 1734. 959
Ĺë 20 , on joù la Comédie du Philo
sophe marié,dont le Sr de Montmenil templit
le principal rôle avec aplaudissement,
à la place du Sr Quinaut , qui a de nouveau
quitté la Comédie."
Le 24 la nouvelle Actrice fut encore
fort aplaudie dans la Tragédie d'Iphigenie
et dans la Comédie du Florentin. Elle oüa
dans la premiere le rôle d'Iphigenie, cesse
dans l'autre celui d'Hortense.
Britannicus et les Folies amoureuses .LaDlle
Conel , jeune personne fort bien faite
pleine d'agremens , qui a déja joué quantité
de Rôles en Bourgeoisie , mais qui
n'étoit jamais montée sur aucun Theatre
public , fut fort aplaudie dans le rôle de
Junie et dans celui d'Agathe.
MAY. 1734. 959
Ĺë 20 , on joù la Comédie du Philo
sophe marié,dont le Sr de Montmenil templit
le principal rôle avec aplaudissement,
à la place du Sr Quinaut , qui a de nouveau
quitté la Comédie."
Le 24 la nouvelle Actrice fut encore
fort aplaudie dans la Tragédie d'Iphigenie
et dans la Comédie du Florentin. Elle oüa
dans la premiere le rôle d'Iphigenie, cesse
dans l'autre celui d'Hortense.
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Résumé : Nouvelle Actrice, [titre d'après la table]
Du 19 au 24 mai 1734, plusieurs pièces furent représentées. Mademoiselle Conel fut applaudie pour ses rôles de Junie dans 'Britannicus', d'Agathe dans 'Les Folies amoureuses', d'Iphigénie dans 'Iphigénie' et d'Hortense dans 'Le Florentin'. Le 20 mai, Monsieur de Montmenil joua le rôle principal dans 'Le Philosophe marié'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 1856-1858
« Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Les Comédiens François ont ceffé les repréfentations
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
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80
p. 1931-1935
LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
Début :
LAISSE tomber ce masque, ô divine THALIE ; [...]
Mots clefs :
Louis, Gloire, Yeux, Molière, Grèce, Heureux, Avare, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES Progrès de la Comédie, sous le Regne de LOUIS LE GRAND. ODE.
LES Progrès de la Comédie , fous le Regne
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
de LOUIS LE GRAN D.
L
OD E.
AISSE tomber ce mafque , ô divine
THALIS ;
Ton front pour le triomphe eft déja
couronné ,
Et derriere ton char , par P'humaine folic
Je vois l'Univers enchaîné .
Par tes rians attraits des Mortels adorée ,
Par de fages leçons à jamais révérée ,
1
A ij
Parois ,
1932 MERCURE DE FRANCE.
Parois ; tout fléchit fous tes Loix ;
Si le plus grand des Dieux te donna la naiffance ,
Tes rapides progrès , ta gloire , & ta puiſſance
Sont les dons du plus grand des Rois.
+34
Quels Cyniques appas t'avoit prêté la Gréce !
Tu les vis , & ton front rougit de tant d'excès.
La pudeur diffipa cette honteufe yvreffey
Mais le tems borna tes fuccès .
Au mépris de ton nom , l'Ignorance groffiere
Sur les vils brodequins rampa dans la pouffiere ,
Du peuple amulant les regards :
Louis te fait renaître , & fçait venger ta gloire ;
Louis , qui remporta les fruits de la victoire ,
La Paix , l'Abondance , & les Arts,
**
Ton éclat a banni l'aveugle barbarie ;
L'Ordre , le Vrai , le Goût , rétabliffent tes droits
La décence , les moeurs , la fine raillerie ,
Donnent des charmes à ta voix.
Mais quels nobles accords ont frappé mon oreille ?
MELPOMENE eft jalouſe , & t'enleve Corneille ;
Par toi Moliere eft infpiré.
Dignes du premier rang , où l'un & l'autre aſpire ;
A l'envi , du Théatre ils partagent l'empire ,
De nos Ancêtres ignoré .
Dans
SEPTEMBRE. 1744. 1933
Dans un étroit efpace , & dans un champ fterile ,
Le Comique jadis épuifa fes travaux.
Quels modéles heureux & la Cour & la Ville
Offrent à fes riches tableaux !
C'eft ainfi que la Terre , ouvrant fon fein avare
Prodigua des tréfors , ignorés du Barbare ,
A nos talens induftrieux .
Prends ton Pinceau , Moliere , & d'une main fçavante
Exprime de nos moeurs la Peinture vivante ;
Rends nous rifibles à nos yeux.
*3 *X
Trace dans l'Etourdi la fougueufe imprudence ;
La Jeuneffe indifcrette , & le fourbe intérêt ;
Surmonte par degrés l'Envie & l'Ignorance ;
Qu'elles t'admirent à regret !
Diffame pour toujours la fade Précieuſe ,
La Sçavante au ton fier , la Prude impérieufe ,
La Coquette aux yeux féduifans :
Peins du fombre jaloux les foupçons , les fupplices ,
D'un fexe déguisé les fubtils artifices ,
Et les faux airs des Courtifans.
炒菜
C'eft peu ; donne à ta Mufe un effor digne d'elle ;
Rends dans un feul tableau mille tableaux divers ;
Fais de ton Misantrope un fi parfait modéle ,
Qu'il foit l'amour de l'Univers .
A iij Par
1934 MERCURE DE FRANCE.
Par quel heureux contrafte , enfant de ton génie,
As-tu fait de ce tout adorer l'harmonie ,
En tendant les ris férieux ?
Ces objets oppofés , dont tå bile s'enflâme ,'
Enchantent la Raifon , & ne portent dans l'Ame
Que des plaifirs dignes des Dieux .
32
Riche de ces tréfors , que la France idolâtre ,
Et qui feront envie à la Pofterité ,
Ira- t'il dépouiller le fterile Théatre
De la fuperbe Antiquité ?
Tout eft neuffous fa main , tout renaît de ſes veilles.
Les déferts à ſa voix font féconds en merveilles ; '
La Beauté germe , & reproduit :
L'Avare qu'il retrace , eft il le même Avare ?
De quels divins attraits , belle Alcmene , il te pare
Jupiter même en eſt ſéduit ..
Rival de Rofcius , de Plaute , & de Menandre,
Seul tu fçais encherir fur leur Art fi vanté ;
Dans cette aimable Ecole , où tu te fais entendre ,
Que de grace , & de nouveauté !
Quel Comique , avant toi , joüa fans retenuë
L'Art douteux , dont l'abus impunément nous tuë ,
Nous égorgeant avec froideur ?
Le Citoyen d'Athéne apprit-il de THALIE ,
A
SEPTEMBRE. 1744. 1935
A fur le fol excès du Bourgeois qui s'oublie ,
Singe & duppe de la Grandeur ?
Qu'on eût acquis de gloire & ravi le Parterre ,
Si de traits enjoüés armant la Vérité ,
Aux Dandins de la Gréce on avoit fait la Guerre ,
Et ri d'un fot de qualité !
Quel Mime eût mieux atteint l'Art fortuné de plaire,
Qu'un Malade expirant d'un mal imaginaire ,
Aux yeux des Romains expofé ?
Eh ! Rome auroit peut - être applaudi fans fcrupule
Au bizarre Scapin , dont le fac ridicule
Sur notre Scéne eft mépriſé .
Xxxx
Quoi ! ta gloire effaça la Gréce & l'Italie ;
Siécle heureux de Louis , &, déja tu n'es plus !
Ramene tes beaux jours , immortelle THALIE ;
Calme nos regrets fuperAus..
Nos voeux font exaucés ; ton flambeau ſe rallume ;
Tes fucceffeurs , Moliere , héritent de ta plume ;
Tu fembles revivre à nos yeux :
Brueis, de l'Ifle & Renard t'ont choisi pour modéle
Marivaux , la Chauffée , épris du même zéle ,
Eternifent encor nos jeux.
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81
p. 2066
L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 15, ils donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle en Vers, & [...]
Mots clefs :
Comédie, Roi, Vers, Nation, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Algérien, nouvelle Piéce joüée sur le Théatre François, [titre d'après la table]
Le 15 , ils donnerent la premiere repré
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
fentation d'une Piéce nouvelle en Vers , &
en trois Actes , précédée d'un Prologue , laquelle
a pour titre , l'Algérien , ou les Mu
Les Coné liennes , Comédie-Ballet , terminée
par un Divertiffement fait au fujet de la
Convalescence du Roi ; cette Comédie , qui
a été généralement applaudie , eft de M.
de Cabufat. Elle ne fe reffent point de la
hâte avec laquelle elle a été faite , foit
pour le ftyle , l'élégance des Vers , & la délicateffe
des Eloges du Roi & de la Nation ;
l'Auteur a rempli les efpérances que fes premiers
Ouvrages avoient fait concevoir de
ſes talens ; on ne manquera pas d'en parler
plus au long.
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82
p. 2352
OEuvres de Théâtre de M. Destouches, nouvelle Edition, [titre d'après la table]
Début :
OEUVRES DE THEATRE de M. Néricault Destouches, de l'Académie Françoise. Nouvelle [...]
Mots clefs :
Ouvrages lyriques, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEuvres de Théâtre de M. Destouches, nouvelle Edition, [titre d'après la table]
OEUVRES DE THEATRE de M. Néricaulé
Deſtouches , de l'Académie Françoiſe. Nouvelle
Edition ,,revûë, corrigée & augmentée par l'Auteur.
Cinq Volumes in - 12 , dont le dernier contient les
Amours de Ragonde , Comédie-Ballet , repréſentée à
l'Opera ; pluſieurs autres Ouvrages Lyriques ; neuf
Lettres écrites à des Amis , en leur envoyant des
ſujets & des fragmens de Comédie , & l'Homme fingulier,
Comédie en Vers & en cinq Actes. Ce Tome
finit par l'Epitre de l'Auteur au Roi ſur ſa Convalefcence
, à Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gévres , à Penfeigne du Paradis , 1744 .
Le mérite & la réputation de l'Auteur ,& le favorable
accueil qui a toujours été fait à la publication
de fes Ouvrages , font préſumer que ce Corps
entier fera très-agréablement reçû .
Deſtouches , de l'Académie Françoiſe. Nouvelle
Edition ,,revûë, corrigée & augmentée par l'Auteur.
Cinq Volumes in - 12 , dont le dernier contient les
Amours de Ragonde , Comédie-Ballet , repréſentée à
l'Opera ; pluſieurs autres Ouvrages Lyriques ; neuf
Lettres écrites à des Amis , en leur envoyant des
ſujets & des fragmens de Comédie , & l'Homme fingulier,
Comédie en Vers & en cinq Actes. Ce Tome
finit par l'Epitre de l'Auteur au Roi ſur ſa Convalefcence
, à Paris , chés Prault , le pere , Quai de
Gévres , à Penfeigne du Paradis , 1744 .
Le mérite & la réputation de l'Auteur ,& le favorable
accueil qui a toujours été fait à la publication
de fes Ouvrages , font préſumer que ce Corps
entier fera très-agréablement reçû .
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83
p. 2-41
AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Début :
L'Ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, Monsieur, peut [...]
Mots clefs :
Philosophie, Histoire, Comédie, Tragédie, Poésie, Littérature, Anecdotes littéraires, Langues, Style, Journaliste, Pièces, Public, Goût, Ouvrages, Auteurs, Français, Art, Monde, Hommes, Lettres, Esprit, Théâtre, Roi, Pièce, Auteur, Journal, Livres, Gens, Sujet, Molière, Mérite, Jean Racine, Ouvrage, Pays, Beau, Pierre Corneille, Lecteurs, Europe, Nation, Idées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
AVIS à un Journaliste , 10 Mai 1737.
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
Fermer
Résumé : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Dans une lettre datée du 10 mai 1737, l'auteur donne des conseils à un journaliste pour la création d'un journal périodique. Il insiste sur l'impartialité et la diversité des genres littéraires à inclure, tels que les mathématiques, la poésie, les pièces de théâtre et les œuvres poétiques. Pour les articles philosophiques, il suggère de résumer les opinions et les vérités historiques, en illustrant les évolutions des idées à travers les contributions de philosophes et scientifiques comme Épicure, Newton, Aristote et Galilée. En histoire, il recommande de traiter les sujets avec soin, en évitant les critiques excessives, et met en avant l'importance de l'histoire récente, marquée par des événements comme la prise de Constantinople et la découverte de l'Amérique. L'auteur exprime également son désir de rédiger l'histoire du siècle de Louis XIV. Concernant les œuvres théâtrales, il préconise une critique équilibrée, reconnaissant la valeur des œuvres modernes tout en respectant les classiques. Il critique ceux qui refusent de reconnaître la valeur des œuvres contemporaines et souligne l'importance de l'intérêt et de la moralité dans les pièces de théâtre. Pour la tragédie, il reconnaît la difficulté et la supériorité de cet art, mentionnant des auteurs comme Corneille et Racine. Il encourage à comparer les œuvres françaises avec celles des pays étrangers pour enrichir la critique. Le texte met également en lumière la littérature théâtrale française, en particulier les comédies et tragédies. L'auteur admire les œuvres modernes comme 'Le Préjugé à la mode' et 'Le Glorieux', tout en reconnaissant la valeur des pièces de Molière. Il valorise la diversité des œuvres littéraires et encourage à apprécier les livres pour leur capacité à divertir et à enrichir l'esprit. Il insiste sur l'importance de comparer les idées des auteurs pour encourager l'innovation et l'émulation. L'auteur critique l'ignorance générale concernant l'histoire mondiale et encourage la maîtrise de plusieurs langues pour accéder à des œuvres non traduites. Il prône un style journalistique digne et élégant, comparable à celui de Cicéron, Malebranche et Locke, et met en garde contre les abus linguistiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 143-144
« La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...] »
Début :
La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...] »
La Comedie Françoiſe a rejoué l'Ecole
des Meres , Piéce en vers & en cinq Actes ,
de M. Nivelle de la Chauffée de l'Academie
Françoiſe. Cette Comédie avoit
déja eù de nombreuſes repréſentations , & fa
repriſe n'a pas été moins applaudie. C'eſt le
fort ordinaire des Ouvrages de M. de la
Chauffée , créateurd'un genre Comique nouveau
, qui fait gouter preſque dans le moment
aux Spectateurs l'attendriſſement & la
joie. On l'imprime actuellement
On a remis à la fuite de l'Ecole des Meres
les Graces ,, petite Comedie de M. de S.
144 MERCUREDE FRANCE.
Foi , Tableau digne de l'Albane où l'on
reconnoît parfaitement le délicat Auteur de
l'Oracle.
des Meres , Piéce en vers & en cinq Actes ,
de M. Nivelle de la Chauffée de l'Academie
Françoiſe. Cette Comédie avoit
déja eù de nombreuſes repréſentations , & fa
repriſe n'a pas été moins applaudie. C'eſt le
fort ordinaire des Ouvrages de M. de la
Chauffée , créateurd'un genre Comique nouveau
, qui fait gouter preſque dans le moment
aux Spectateurs l'attendriſſement & la
joie. On l'imprime actuellement
On a remis à la fuite de l'Ecole des Meres
les Graces ,, petite Comedie de M. de S.
144 MERCUREDE FRANCE.
Foi , Tableau digne de l'Albane où l'on
reconnoît parfaitement le délicat Auteur de
l'Oracle.
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85
p. 165
« On a oublié dans le dernier Mercure d'insérer dans le Répertoire de la Cour, [...] »
Début :
On a oublié dans le dernier Mercure d'insérer dans le Répertoire de la Cour, [...]
Mots clefs :
Comédie, Cour, Conquêtes, Maladie du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a oublié dans le dernier Mercure d'insérer dans le Répertoire de la Cour, [...] »
On a oublié dans le dernier Mercure
d'inférer dans le Répertoire de la Cour
que les Fêtes Sincéres , Comédie d'un Acte
de Mrs. Panard & Sticoti , a été repréſentée
fur le Théatre de Verfailles après le Jeu de
l'Amour & du Hazard , Comédie de M. de
Marivaux ; les Fêtes Sincéres font le feul Ouvrage
Dramatique fait à l'occafion des Conquêtes
& de la maladie du Roi qui ait eu
l'honneur de paroître à la Cour ; c'eft dans
cette petite Comédie que le Roi a été nommé
la premiere fois Louis le Bien-aimé : elle
eft en Vers , imprimée , & dédiée à la Reine
qui l'a reçu très - favorablement
d'inférer dans le Répertoire de la Cour
que les Fêtes Sincéres , Comédie d'un Acte
de Mrs. Panard & Sticoti , a été repréſentée
fur le Théatre de Verfailles après le Jeu de
l'Amour & du Hazard , Comédie de M. de
Marivaux ; les Fêtes Sincéres font le feul Ouvrage
Dramatique fait à l'occafion des Conquêtes
& de la maladie du Roi qui ait eu
l'honneur de paroître à la Cour ; c'eft dans
cette petite Comédie que le Roi a été nommé
la premiere fois Louis le Bien-aimé : elle
eft en Vers , imprimée , & dédiée à la Reine
qui l'a reçu très - favorablement
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86
p. 163-170
Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons rapporté le témoignage de Lucien en faveur de la Danse, parce que [...]
Mots clefs :
Danse, Ballets, Danseur, Pantomime, Lucien, Anciens, Théâtre, Opéra, Fêtes, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Suite des Réfléxions fur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
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87
p. 137
Le Quartier d'Hyver. Comedie. [titre d'après la table]
Début :
LE QUARTIER d'hyver, Comédie en vers & en un acte. Paris in-12 1744, chés [...]
Mots clefs :
Comédie, Retour, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Quartier d'Hyver. Comedie. [titre d'après la table]
LE QUARTIER d'hyver , Comédie en
vers & en un acte. Paris in- 12 1744 , chés
la veuve Piffot : cette petite Comédie qui
a pour objet le retour du Roi à Paris , a
été jouée au mois de Novembre dernier
avec fuccès.
vers & en un acte. Paris in- 12 1744 , chés
la veuve Piffot : cette petite Comédie qui
a pour objet le retour du Roi à Paris , a
été jouée au mois de Novembre dernier
avec fuccès.
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88
p. 164-169
Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Début :
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François ont donné la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Comédie-Italienne, Pièce, Mercure, Arlequin, Vers, Public, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Medecin par occasion Piéce nouvelle. / Le Tresor caché autre Piéce nouvelle. [titre d'après la table]
Le vendredi 12 Mars les Acteurs François
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
ont donné la premiere repréſentation
d'une piece en vers , en cinq actes , intitu
lée le Médecin par occafion . Elle eft de la
compofition de M. de Boiffi : les penſées
brillantes que cet ingenieux Auteur y a répanduës
le déceleroient s'il avoit voulu garder
l'incognito. On craindroit d'en alterer les
agrémens fi on rifquoit d'en donner un extrait
avant l'impreffion.
C'eft fur ce ton que nous avions refolu de
publier les louanges de M. de Boiffi &
cela fur la foi de fes admirateurs , avant que
d'avoir entendu nous-mêmes fa Comédie ,
mais nous avons été retenus par un trait lâché
peut être avec juftice contre nous. Le
voici ; le noble campagnard de fa piece at
taqué violemment de la métromanie & reprefenté
fi agréablement par M. Poiffon ,
dit dans une fcene que pour augmenter fa
réputation il fera mettre fes vers dans le
Mercure ; le Medecinpar occafion lui répond
d'un air d'Hypocrate petit Maître
MARS 1745 . 165
Pour s'immortalifer cette voie eft peu fûre.
Ce vers démontre clairement ce que penfe
du Mercure l'Auteur de la Comédie nouvelle.
Nousdonnerons tous nos foins pour empêcher
cette opinion là de s'étendre & de devenir
opinion épidémique. Ce n'eft pas nous qu'elle
infulte le plus ; elle offenfe tous les habiles
gens qui veulent bien nous confier l'édition
de leurs ouvrages . S'ils nous permettoient
d'y ajoûter leurs noms , M. de
Poiffiverroit bien que leur compagnie l'honoreroit
& qu'on peut s'immortalifer en fuivant
leur exemple.
" Nous renouvellons ici à tous les Auteurs
nos fincérés proteftations de neutralité ;
nous les prions encore d'excufer les fautes
involontaires que nous fait commettre la précipitation
néceffitée du travail des Imprimeurs
; nous nous efforcerons de contenter
l'exactitude littéraire , & fur-tout d'obferver
fcrupuleufement les juftes loix de l'impartialité
& de la circonfpection , mais nous
attendons des autres les égards que nous leur
promettons.
Nous convenons que le Mercure eſt un
Livre qui depuis la Bruyere eft en poffeffion
fêtre dénigré même par les plus vils habitans
du Parnaffe , mais nous voulons tra
vailler à la réhabilitation & nous ne comptons
166 MERCURE DE FRANCE.
que fur le fecours des génies fupour
cela
perieurs qui nous remettent le fruit de leurs
veilles. L'efprit de paix nous empêchera de
repondre à M. de Boiffi en Auteurs picqués ;
& quoiqu'à travers les éclairs petillans dont
fa Comédie eft parfemée ,on apperçoive bien
des nuages tenébreux , nous ne les indiquerons
pas au Public avide de critique ;
nous ne dirons rien des vers pour le Roi que
M. de Boiffi a inférés dans fa piece & qu'il
fait débiter après avoir fatyrifé tous les Poëtes
qui ont couru depuis fix mois cette illuftre
carriere , quoique M. de Boiffi paroiffe
avoir eu la politelle de vouloir confoler les
Mufes qu'il raille, en chantant à leur uniffon
le vainqueur de la mort & des ennemis.
de la France . Nous ne dirons pas même
que fi M. de Boifli trouve la voie du Mercure
peu fûre pour aller à l'immortalité
bien des connoiffeurs nous ont certifié que
jufqu'à préfent il n'avoit pas pris le plus
court chemin pour arriver promptement
au
Temple de Mémoire. Nous nous garderons
bien d'être l'Echo du Public , cela fentiroit
la colère & la vengeance , & nous
avons fait voeu de ne jamais les écouter,
S'il en faut croire la pluralité des voix ce
n'eft pas là faire un petit facrifice à la modération
.
La Comédie a été precédée par quelques
MARS.... 1745. 167
réprefentations de la plus belle des Tragé
dies de M. Racine ; c'eft athalie de l'aveu
general . Ce rôle eft parfaitement bien rempli
par Mile. Dumenil qui a débuté au
Théâtre avec des talens qui ordinairement
ne font perfectionnés que par une longue
experience.
Le rôle de Joas a été très- bien joué par
un aimable enfant qui n'a que l'âge qu'avoit
ce royal rejetton de David quand il eft
monté au Trône de Juda .
Le mercredi 30 Mars Me . Dubois a débuté
à la Cour dans le rôle de Cleantis de
Democrite après l'avoir joué à Paris avec feu
& grace.
On a reprefenté le lundi fuivant Arlequin
Peintre , petite Comédie Italiene très-amufante
par les lazis bouffons d'Arlequin qui
varie toujours fon jeu , fans jamais l'affoiblir
; elle eft de la compofition de M. Riccoboni
le pere.
Le 9 Mars , à la fuite de l'Avare l'heureux
dénoûment , Comédie Italienne en un
A&te .
Le Mercredi 17 Mars , la Comedie Italienne
a donné la premiere Repreſentation
du Trefor caché en profe & en cinq actes ;
ce trefor là ne l'a pas enrichie ; le Parterre
fut affés orageux pour le foupçoner
d'étre cabaliſte , cependant le gôut & la
168 MERCURE DE FRANCE.
raiſon ont confirmé fon arrêt quoique rendu
tumultuairement ; il fut dit gravement
ce jour-là que le Public avoit grand tort
de condamner une Piéce avant que de l'avoir
entenduë jufqu'à la fin, Le partiſan de
cette maxime quelquefois judicieuſe nous
permettra d'être l'Orateur du Parterre &
de repondre pour lui qu'il y a des expofitions
dramatiques fi vicieufes qu'on peut
décider fans témerité de l'intrigue & du
dénoûment qu'elles dévancent. Il n'eft pas
néceffaire pour juger de la fabrique d'une
étoffe d'en examiner la piéce entiere ; un
échantillon fuffit aux connoiffeurs . Quand
un Architecte a parcouru les fondemens
d'un édifice , il en prédit fûrement la chute
ou la durée. Plaute a fourni le fujet du
Trefor caché c'eft fon trinummus . L'ancien
n'a pas été embelli par le moderne , on
n'a pas trouvé dans le comique des Italiens
le fel & l'élegance loués par Varron
dans le Traité qu'il a fait fur le comique
Romain . Plautus homo lingue atque elegantia
in verbis latine Princeps .
Nous avons des Auteurs François à qui
Plaute a plus d'obligations qu'à celui du
Trefor caché ou plutôt les Menechmes de
Renard, l'Avare & l'Amphitrion de Moliere
font un autre tort à leur modele , en immortalifant
les copies ils ont effacé les originaux.
De
MARS. 1745 . 169
De juftes eſtimateurs des talens ont demandé
plufieurs repréſentations de Coraline
Magicienne & de Coralin Efpritfollet qui
ont toujours attiré à cette aimable & jeune
Actrice les mêmes applaudiffemens.
Le 18 on repréfenta Arlequin Medecin
volant , Comédie Italienne en cinq actes , &
pour petite Piéce, Arlequin toujours Arlequin,
Comédie Françoife.
Le Vendredi 26 Mars on repréſenta le
Debauché, Piéce Italienne en cinq actes qui
eft del fignor luigi Riccoboni qui a quitté le
Théatre trop - tôt au gré du Public , & le lendemain
le Combat magique, Comédie en cinq
actes & Italienne qui a diverti les Spectateurs
par des lazis plaifans & foutenus. La préfence
de Coraline a orné ces deux Comédies.
Fermer
89
p. 142-143
« LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...] »
Début :
LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie, Compliment, Jean-Baptiste Sauvé de La Noue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...] »
LA COMEDIE Françoiſe a fermé fon Theatre
par la représentation du Medecin jar occafion ,
AVRIL 1745 . 143
:
•
fuivie
Comédie en cinq actes de M. de Boiffi
de Momus fabulifte , Comédie repriſe pour la quatrieme
fois depuis fa naiffance. E le eft en un
acte , moitié vers & moitié profe, de M. Fuzelier;
entre ces deux piéces , M de la Noüe Acteur &
Auteur de Mahomet fecond , joué & repris avec
uccès a fait un compliment au Public qui a
été reçu avec des applaudiffemens redoublés. Nous
voudrions pouvoir le donner tel qu'il a été recité
nais nous craignons que notre memoire ne rapporte
pas fidelement les traits fins & modeftes
dont il eft femé . Nous n'avons retenu que ce
qui regarde le Roi , ( c'est que le coeur fe fou
ient mieux que l'efprit ) voici les paroles de M.
de la Noüe . Les travaux , la con valefcence , le retour
de Sa Majesté ont ouvert une nouvelle carriere ; avec
quelle indulgence, ne nous aveĽ-vous pas aidés à la parcourir
? Nous vous avons vù ſubordonner vos lumieres
au tendre intérêt qui vous animoit . L'Auteur indiquoit
le fentiment Votre coeur achevoit de lui donner
toute fa force 5 toute fin étendue ; vous n'ètiez ni
partifans ni critiques , vous étiez François & nos fuess
ont fait votre éloge.
"
Le même Acteur a fait avec le même fuccès le
compliment d'après Pâques. On devoit donner ce
jour- là Momus fabulifte avec Polieucte , mais l'indifpofition
de Mle. Gautier qui joue une ſcene
où la voix déploye tous les agrémens du chant , a
interrompu les repréfentations de cette Comédie.
par la représentation du Medecin jar occafion ,
AVRIL 1745 . 143
:
•
fuivie
Comédie en cinq actes de M. de Boiffi
de Momus fabulifte , Comédie repriſe pour la quatrieme
fois depuis fa naiffance. E le eft en un
acte , moitié vers & moitié profe, de M. Fuzelier;
entre ces deux piéces , M de la Noüe Acteur &
Auteur de Mahomet fecond , joué & repris avec
uccès a fait un compliment au Public qui a
été reçu avec des applaudiffemens redoublés. Nous
voudrions pouvoir le donner tel qu'il a été recité
nais nous craignons que notre memoire ne rapporte
pas fidelement les traits fins & modeftes
dont il eft femé . Nous n'avons retenu que ce
qui regarde le Roi , ( c'est que le coeur fe fou
ient mieux que l'efprit ) voici les paroles de M.
de la Noüe . Les travaux , la con valefcence , le retour
de Sa Majesté ont ouvert une nouvelle carriere ; avec
quelle indulgence, ne nous aveĽ-vous pas aidés à la parcourir
? Nous vous avons vù ſubordonner vos lumieres
au tendre intérêt qui vous animoit . L'Auteur indiquoit
le fentiment Votre coeur achevoit de lui donner
toute fa force 5 toute fin étendue ; vous n'ètiez ni
partifans ni critiques , vous étiez François & nos fuess
ont fait votre éloge.
"
Le même Acteur a fait avec le même fuccès le
compliment d'après Pâques. On devoit donner ce
jour- là Momus fabulifte avec Polieucte , mais l'indifpofition
de Mle. Gautier qui joue une ſcene
où la voix déploye tous les agrémens du chant , a
interrompu les repréfentations de cette Comédie.
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91
p. 191-189
« La Gageure Comédie en trois actes & en vers libres, représentée pour la premiere fois, par les [...] »
Début :
La Gageure Comédie en trois actes & en vers libres, représentée pour la premiere fois, par les [...]
Mots clefs :
Comédie, Théâtre, Gageure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Gageure Comédie en trois actes & en vers libres, représentée pour la premiere fois, par les [...] »
La Gageure Comédie en trois actes & en vers
libres, représentée pour la premiere fois, pat les
FEVRIER. 1752.
189
Comediens Italiens en 1741, & reprise depuis
louvent au Théâtre. A Paris chez le même,
1752.
L'impression de cette Comédie nous donne
l'occasion d'annoncer qu'elle est de M. Procope
Habile Médecin, Poëte aimable & homme de
beaucoup d'esprit; il ne s'en déclara pas l'Au-
teur, lors des premieres représentations; on l'at-
tribua, dans ce tems à un M. Lagrange. mort de-
puis plusieurs années.
La Gageure est une Comédie bien écrite, il y
a des choses ingénieuses, fines, il y en a même
de gayes, sur tout dans le rolle d'Angelique : ce
qui devient plus rare de jour en jour. Le caractere
de Dupeville Juge bas Normand, est bienfait
celui de Damis Officier Gascon, pourroit être
plus plaisant; en génétal la piéce fait toujours
Plaisit, on souhaiteroit y tronver plus d'act on;
Il est vrai qu'on en exige moins au Théâtre Ita-
lien qu'au Théâtre de Moliere, ce qui ne paroit
pas raisonnable, puisque les rolles d'Arlequin &
des autre Masques, ne peuvent amuser que par
une action conciuuelle.
libres, représentée pour la premiere fois, pat les
FEVRIER. 1752.
189
Comediens Italiens en 1741, & reprise depuis
louvent au Théâtre. A Paris chez le même,
1752.
L'impression de cette Comédie nous donne
l'occasion d'annoncer qu'elle est de M. Procope
Habile Médecin, Poëte aimable & homme de
beaucoup d'esprit; il ne s'en déclara pas l'Au-
teur, lors des premieres représentations; on l'at-
tribua, dans ce tems à un M. Lagrange. mort de-
puis plusieurs années.
La Gageure est une Comédie bien écrite, il y
a des choses ingénieuses, fines, il y en a même
de gayes, sur tout dans le rolle d'Angelique : ce
qui devient plus rare de jour en jour. Le caractere
de Dupeville Juge bas Normand, est bienfait
celui de Damis Officier Gascon, pourroit être
plus plaisant; en génétal la piéce fait toujours
Plaisit, on souhaiteroit y tronver plus d'act on;
Il est vrai qu'on en exige moins au Théâtre Ita-
lien qu'au Théâtre de Moliere, ce qui ne paroit
pas raisonnable, puisque les rolles d'Arlequin &
des autre Masques, ne peuvent amuser que par
une action conciuuelle.
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92
p. 174-175
« Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Comédie, Comédiens-Français, Opéra-Comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont remis au Théatre le Mercredi 28 Février, la Force du naturel, Comédie [...] »
Les Comédiens François ont remis au Théatre
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
A VRI L. 1753. 175
le Mercredi 28 Février , la Force du naturel , Comédie
en Vers , & en cinq Actes , de M. Nericaut
Deftouches ; elle a eu cinq repréſentations .
Le Public a revû avec beaucoup de plaifir fur
le même Théatre le Lundi cinq Mars & les jours
fuivans , l'Impertinent , Comédie en Vets & en un
Acte , de M. Defmabis , qui avoit été jouée en
1750 avec un grand fuccès : le principal rôle de
cette Piéce eft rendu dans la plus grande perfection
par M. Grandval , Acteur inimitable pour les
rôles de ce genre.
L'Opéra Comique a donné le Mardi 13 du
mois dernier , la premiere repréſentation du Safffant,
Piece nouvelle en un Acte , qui réuffit fort .
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93
p. 78-88
ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Début :
Michel Sachse, Historien Allemand, nous apprend dans la quatrieme [...]
Mots clefs :
Hans Wurst, Théâtre, Acteurs, Comédie, Jean Saucisse, Allemagne, Poésie dramatique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
ETAT
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
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Résumé : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Le texte aborde l'évolution du théâtre dramatique en Allemagne. La première comédie allemande connue date de 1497, écrite par Reuchlin en l'honneur de Jean de Dalberg, évêque de Worms. En France, des comédies étaient déjà jouées sous François Ier, avec des spectacles remontant même à 1220, comme ceux d'Anselme Fadet. En Allemagne, le théâtre était longtemps dominé par des troupes de bateleurs errants, ce qui lui a valu une mauvaise réputation et une condamnation par l'Église. Les pièces étaient souvent de mauvaise qualité, mélangeant des histoires de différentes époires sans respecter les règles dramatiques. Des comédies comme 'Adam et Eve' ou des tragédies comme 'Bajazet Tamerlan' et 'Dioclétien' étaient courantes, caractérisées par leur indécence et leur manque de réalisme. Madame Neuber, actrice et poétesse, a tenté de réformer le théâtre allemand en engageant de bons acteurs et en traduisant des pièces françaises célèbres. Elle a reçu le soutien de M. Gottsched et d'autres intellectuels, permettant au théâtre allemand de progresser. Cependant, des querelles internes et des persécutions ont conduit à la décadence de son théâtre. Les troupes allemandes actuelles souffrent de désunion et de manque de professionnalisme, avec des acteurs jouant sans esprit ni âme. Le texte conclut que pour atteindre un certain degré de perfection, le théâtre allemand nécessiterait le soutien d'un prince éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
94
p. 194-198
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 11 Décembre les Comédiens François ont remis Nicomede, Tragédie du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie-Française, Nicomède, Nanine, Tragédie, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En décembre 1754, les comédiens français ont repris la tragédie 'Nicomède' de Pierre Corneille, qui n'avait pas été jouée depuis la mort de l'auteur en 1729. La pièce, riche en beautés littéraires, contient des expressions familières attribuables à l'époque de Corneille. Lors des premières représentations, le public était partagé entre le rire et les applaudissements, mais à la troisième représentation, il a reconnu le mérite de l'œuvre, qualifiée de tragédie de caractère où la politique joue un rôle central. Nicomède y apparaît comme un digne élève d'Annibal, utilisant l'ironie, notamment envers Flaminius. Certains spectateurs ont vu en lui un héros persifleur, mais cette ironie reflète la fierté et l'indignation d'un prince défendant ses droits. Corneille semble vouloir venger les rois dans cette pièce, contrairement à ses autres tragédies. Les acteurs M. Grandval et Mlle Clairon ont été particulièrement applaudis dans leurs rôles respectifs de Nicomède et Laodice. Le 15 janvier 1755, 'Nicomède' a été jouée avec 'Nanine', une comédie de Voltaire. Le 21 janvier, les deux pièces ont été rejouées devant une salle comble. Le 23 janvier, les comédiens ont présenté pour la première fois 'Le Triumvirat' de M. de Crébillon, reçu avec respect et admiration malgré des réserves sur les quatrième et cinquième actes. Mlle Clairon a particulièrement impressionné dans le rôle de Tullie, et Sextus a été salué pour son interprétation. La pièce a été mieux jouée lors de la deuxième représentation, notamment la catastrophe où Tullie découvre la tête de son père, suscitant une grande émotion chez les spectateurs. En décembre, la reprise des 'Tuteurs' a été omise, mais cette comédie en deux actes, écrite par un jeune auteur talentueux, mérite mention pour son dialogue naturel et son potentiel comique.
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95
p. 198-200
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont donné le 5 Décembre, la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Opéra, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
Les Comédiens Italiens ont donné le
Décembre , la premiere repréſentation
de la Fête d'Amour , petite piéce en un
acte , & en vers , avec un divertiſſement.
Elle eft de Madame Favart * . On peut dire
qu'elle en fait les honneurs , & que c'eft
fa propre fête , non - feulement par la fa-
Et de M. Chevalier qui l'a rimée.
*
1755. 199
JANVIER.
çon dont elle y joue , mais encore par l'amour
que le public a pour elle. Jamais
actrice n'en fut plus aimée , ni plus digne
de l'être . Comme Mme Favart a autant de
docilité que de connoiffance du théatre ,
elle a fait plufieurs corrections ou retranchemens
à fa Comédie dès la feconde repréfentation
; depuis ce jour la Fête d'Amour
a été auffi fuivie qu'applaudie , le
talent de l'actrice y fert bien l'efprit de
l'auteur ; on voit que , l'un & l'autre partent
du même fujet . M. Favart , fous le
titre de parodies , ou fous le nom d'opera
comiques , nous a donné d'agréables Bergeries
, & l'aimable Baftienne fa femme ,
pat une émulation louable , nous donne
de jolies payfanneries.
La Fête d'Amour eft conftamment accompagnée
de la Servanie Maitreffe , qui
fert fi bien les autres & qui ne s'ufe point.
Cette piece finguliere femble former un
nouveau genre , Comme le fonds eſt un vrai
fujet de Comédie , & que l'ariette ou le
chant y font mêlés au dialogue fimplement
déclamé , je trouve qu'elle mérite mieux
que le titre d'Opera comique , & qu'on
doit plutôt l'appeller Comédie Opera. On
la joue avec la Fête d'amour le Lundi , le
*
* Nous donnerons l'extrait de cette piece en
Fevrier.
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi & le Samedi . On repréſente le
Jeudi & le Dimanche Coraline Magicienne
, Comédie Italienne remiſe , avec des
divertiffemens.
Ces divertiffemens font de M. Deheffe ;
ils font auffi agréables que diverfifiés . Le
dernier eft un Ballet Polonois parfaitement
caracterifé. Cet habile compofiteur eft non
feulement le Teniers , mais encore le Vateau
de la danfe. Dans tous fes tableaux , it
prend pour modele la nature , il eſt toujours
nouveau & varié comme elle .
Les Comédiens Italiens ont donné le
Décembre , la premiere repréſentation
de la Fête d'Amour , petite piéce en un
acte , & en vers , avec un divertiſſement.
Elle eft de Madame Favart * . On peut dire
qu'elle en fait les honneurs , & que c'eft
fa propre fête , non - feulement par la fa-
Et de M. Chevalier qui l'a rimée.
*
1755. 199
JANVIER.
çon dont elle y joue , mais encore par l'amour
que le public a pour elle. Jamais
actrice n'en fut plus aimée , ni plus digne
de l'être . Comme Mme Favart a autant de
docilité que de connoiffance du théatre ,
elle a fait plufieurs corrections ou retranchemens
à fa Comédie dès la feconde repréfentation
; depuis ce jour la Fête d'Amour
a été auffi fuivie qu'applaudie , le
talent de l'actrice y fert bien l'efprit de
l'auteur ; on voit que , l'un & l'autre partent
du même fujet . M. Favart , fous le
titre de parodies , ou fous le nom d'opera
comiques , nous a donné d'agréables Bergeries
, & l'aimable Baftienne fa femme ,
pat une émulation louable , nous donne
de jolies payfanneries.
La Fête d'Amour eft conftamment accompagnée
de la Servanie Maitreffe , qui
fert fi bien les autres & qui ne s'ufe point.
Cette piece finguliere femble former un
nouveau genre , Comme le fonds eſt un vrai
fujet de Comédie , & que l'ariette ou le
chant y font mêlés au dialogue fimplement
déclamé , je trouve qu'elle mérite mieux
que le titre d'Opera comique , & qu'on
doit plutôt l'appeller Comédie Opera. On
la joue avec la Fête d'amour le Lundi , le
*
* Nous donnerons l'extrait de cette piece en
Fevrier.
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Mercredi & le Samedi . On repréſente le
Jeudi & le Dimanche Coraline Magicienne
, Comédie Italienne remiſe , avec des
divertiffemens.
Ces divertiffemens font de M. Deheffe ;
ils font auffi agréables que diverfifiés . Le
dernier eft un Ballet Polonois parfaitement
caracterifé. Cet habile compofiteur eft non
feulement le Teniers , mais encore le Vateau
de la danfe. Dans tous fes tableaux , it
prend pour modele la nature , il eſt toujours
nouveau & varié comme elle .
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
En décembre 1755, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Fête d'Amour', une pièce en un acte et en vers de Madame Favart, qui en joue également le rôle principal. La pièce, rimée par M. Chevalier, a été améliorée dès la seconde représentation, devenant très populaire. Madame Favart est louée pour son talent et sa docilité, complétant l'esprit de l'auteur. M. Favart a créé des bergeries agréables, tandis que Madame Favart offre des pastorales charmantes. 'La Fête d'Amour' est accompagnée de 'La Servante Maîtresse', interprétée par un acteur polyvalent, introduisant un nouveau genre de 'Comédie Opéra'. Cette pièce est jouée les lundis, mercredis et samedis. Les jeudis et dimanches, la troupe présente 'Coraline Magicienne', une comédie italienne révisée avec des divertissements composés par M. Deheffe, incluant un ballet polonais. M. Deheffe est comparé à Teniers et Vateau pour ses créations dansées, toujours inspirées par la nature et novatrices.
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96
p. 178-179
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur spectacle par Arlequin [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
Es Comédiens Italiens ont fait l'ou
Lverture de leur fpectacle par priem
lequin Voleur , Juge & Prévât , ComéM
A I 1735. 179
die Italienne. Mme Favart fait avec Arlequin
un compliment dialogue dans le goût
de celui de la clôture.
Le 17 les mêmes Comédiens donnerent
la premiere repréſentation des Deux
Soeurs , Comédie en vers , en trois actes ,
de M. Yon. Les deux premiers furent applaudis
; on fut moins fatisfait du troifieme.
En général on a trouvé la piéce bien
écrité , & les détails bien faits ; mais on y
eut defiré plus d'action & de gaieté. Cet
te Comédie fut fuivie des Amours de Baftien
, & de la Matinée Villageoife , nouveau
Ballet de M. Deheffe. Il y a un pas de
trois charmant ; il eft exécuté par Mlle Ca
tinon , Mlle Camille , & Mr. Saudi ,
avec une précision qui ne laiffe rien à defirer.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
En 1735, des comédiens italiens ont présenté 'L'Équin Voleur, Juge & Prévôt' le 17 janvier, avec Mme Favart dans un dialogue de clôture. Le même jour, ils ont joué 'Les Deux Soeurs', une comédie en vers en trois actes de M. Yon, jugée bien écrite mais manquant d'action et de gaieté. La représentation a inclus 'Les Amours de Bastien' et 'La Matinée Villageoise', un ballet de M. Deheffe. Un pas de trois a été particulièrement apprécié.
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97
p. 35-38
EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
Début :
En vérité, je suis ravie [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Sentiments, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
EPITRE
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
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Résumé : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
L'épître est une lettre adressée à l'auteur d'une comédie intitulée 'L'Effet du Sentiment', jouée à Toulouse en mars. L'auteur de l'épître admire la pièce mais reconnaît que son propre compliment ne peut rivaliser avec l'œuvre originale. Il mentionne Apollon, se demandant si le dieu inspire les traits de la comédie contre les 'petits-maîtres coquets' qui affichent des sentiments artificiels. L'auteur regrette la rareté des sentiments authentiques dans leur époque, marquée par la superficialité et la mode, contrairement aux héros du passé comme Astrée et Céladon. Il espère que les œuvres de l'auteur de la comédie pourront restaurer le bon goût, mais craint que l'amour véritable ne suive pas les lois authentiques. Il conclut en notant que les manières aimables de l'auteur de la comédie semblent appartenir au système inconstant des modernes.
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98
p. 211-212
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens françois ont repris le 28 Avril Andronic, tragédie de Campistron [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
-COMEDIE FRANÇOISE.:
3
ES Comédiens françois ont repris le
L28 Avril Andronic , tragédié de Campiftron.
Le fieur Clavareau de Rochebelle
y a débuté par le rolle d'Andronic , avec un
applaudiffement général , & qui plus eft ,
mérité. On doit d'autant plus attendre de
fon talent , qu'il eft fondé fur beaucoup
d'intelligence avec cette partie on eft für
du progrès. S'illa l'organe un peu foible ,
ce défaut eft réparé par une prononciation
nette & diftincte ; on ne perd pas un mor
de ce qu'il dit. Un Comédien qui eft doué
d'une grande voix , en abufe fouvent , &
crie fans fe faire entendre , faute d'avoir
l'art de bien articuler, JEMOD
L'acteur nouveau a joué fucceffivement
les rolles de Guftave , de Zamore: & du
Comte d'Effex : il a fait plaifir dans tous ;
mais il a particulierement réuffi dans celui
ede Zamore. On ne peut pas rendre avec
plus d'anes de force & dervérité 2 le beau
214 MERCURE DE FRANCE.
morceau du troifieme acte qu'il adreffe à
Alvarès & à Gufman. Les Comédiens ont
interrompu fon début , pour donner le 15
Mai la premiere repréſentation du Jaloux ,
Comédie en vers , en cinq actes : elle eſt de
M. Bret.
Quoique cette piéce n'ait pas réuffi , on
ne peut difconvenir qu'il n'y ait des beautés
des détails . L'épiſode de la foeur du Jaloux
eft des plus heureux. Au fecond acte la
fcene de la fauffe jaloufie qui lui a été confeillée
par fon frere pour éprouver fon
amant , eft une fcene bien faite par l'auteur
, & très-bien rendue par l'actrice. *
Je crois que M. Bret eût mieux fait , s'il
eût moins fuivi le Roman ; il faut au théatre
un caractere plus général & plus vrai.
L'auteur a voulu éviter le Jaloux defabufé,
& il est tombé dans le Curieux impertiment
, qui eft un plus grand écueil .
* Mlle Guéant.
3
ES Comédiens françois ont repris le
L28 Avril Andronic , tragédié de Campiftron.
Le fieur Clavareau de Rochebelle
y a débuté par le rolle d'Andronic , avec un
applaudiffement général , & qui plus eft ,
mérité. On doit d'autant plus attendre de
fon talent , qu'il eft fondé fur beaucoup
d'intelligence avec cette partie on eft für
du progrès. S'illa l'organe un peu foible ,
ce défaut eft réparé par une prononciation
nette & diftincte ; on ne perd pas un mor
de ce qu'il dit. Un Comédien qui eft doué
d'une grande voix , en abufe fouvent , &
crie fans fe faire entendre , faute d'avoir
l'art de bien articuler, JEMOD
L'acteur nouveau a joué fucceffivement
les rolles de Guftave , de Zamore: & du
Comte d'Effex : il a fait plaifir dans tous ;
mais il a particulierement réuffi dans celui
ede Zamore. On ne peut pas rendre avec
plus d'anes de force & dervérité 2 le beau
214 MERCURE DE FRANCE.
morceau du troifieme acte qu'il adreffe à
Alvarès & à Gufman. Les Comédiens ont
interrompu fon début , pour donner le 15
Mai la premiere repréſentation du Jaloux ,
Comédie en vers , en cinq actes : elle eſt de
M. Bret.
Quoique cette piéce n'ait pas réuffi , on
ne peut difconvenir qu'il n'y ait des beautés
des détails . L'épiſode de la foeur du Jaloux
eft des plus heureux. Au fecond acte la
fcene de la fauffe jaloufie qui lui a été confeillée
par fon frere pour éprouver fon
amant , eft une fcene bien faite par l'auteur
, & très-bien rendue par l'actrice. *
Je crois que M. Bret eût mieux fait , s'il
eût moins fuivi le Roman ; il faut au théatre
un caractere plus général & plus vrai.
L'auteur a voulu éviter le Jaloux defabufé,
& il est tombé dans le Curieux impertiment
, qui eft un plus grand écueil .
* Mlle Guéant.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En avril et mai, la Comédie Française a présenté plusieurs pièces. Le 28 avril, les comédiens ont joué 'Andronic' de Campistron, avec Clavareau de Rochebelle dans le rôle principal. Malgré une voix faible, il a été applaudi pour sa prononciation claire. Il a également interprété Gustave, Zamore et le Comte d'Essling, se distinguant particulièrement dans le rôle de Zamore. Le 15 mai, la troupe a interrompu ses débuts pour la première représentation du 'Jaloux', une comédie en vers en cinq actes de M. Bret. Bien que la pièce n'ait pas été un grand succès, elle contenait des moments remarquables, notamment une scène de fausse jalousie interprétée par Mlle Guéant. L'auteur a été critiqué pour avoir trop suivi le modèle romanesque, manquant ainsi de caractère général et vrai au théâtre.
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99
p. 200-203
VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
Début :
Allons gai : [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Mois de mai, Comédie, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
•
PREMIER COUPLET.
Allons gai:
Voici le mois de Mai ,
Le doux mois d'amourette.
Commençons
Nos jeux & nos chanfons ,
Et, danfops fur l'herbette .
Colin
Prend Colinette ;
De violette
Pare fon fein.
Le coeur
Le plus fauvage
Souvent s'engage . ¡
Par une fleur.
Allons gai , &c.
Bergers , une fleurette
De vos feux devient l'interprête
Et Flore
Fait éclore
Ses préfens
JUIN. 1755. 201
VILLA
Pour fervir les amans.
Allons gai , & c.
SECOND
Allons gai , & c.
Plaiſirs ,
COUPLE T.
Bonheur champêtre ,
Vous allez naître
De nos foupirs.
Tout rit
Dans ces afyles ,
Ces lieux tranquilles
Qu'amour chérit.
Allons gai , & c.
Déja tout fent les flammes ,
Tendre amour , printems de nos ames
Tu charmes ,
Tu defarmes
Nos rigueurs
Par tes attraits vainqueurs;
Allons gai , & c .
TROISIEME COUPLET.
Allons gai , & c .
Le fon
De la mufette
Séduit Lifette
Sur le gazon .
Tirfis
LYON
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Par cette adreffe ,
De fa tendreffe
Reçoit le prix.
Allons gai , & c.
L'amour fous nos fougères
Tend des lacs aux jeunes Bergeres .
Fillette
Joliette ,
En ce mois.
N'allez point feule aux bois.
Allons gai , &c.
QUATRIEME COUPLET.
Palfangué ,
Voici le mois de mai , &c.
Vien çà ,
Vien çà , Paquette ,
A la franquette ,
Mets ta main là.
Morgue ,
De t'voir fi fiare ;
Sçais-tu que Piare
Eft fatigué ?
Jarnigué , voici , &c .
Faut-il que j'aille au piautre ,
Quand j'avons un coeur comme un autre ?
Mais ... fille ...
Ton oeil brille ,
Et je fens
JUIN. 1755 203
Naître en moi le printems.
Sarpegué , voici , &c.
Les paroles de ce Vaudeville font de
M. Favart. Les danfes du Ballet font de la
compofition de M. Deheffe , & la mufique
eft de M. Defbroffes ,
Le 31 Mai les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation du Maître
de Musique , Comédie nouvelle en
deux actes , mêlée d'arietes , & parodiée
de l'Italien , avec un divertiffement. Cette
piece eft de M. Borand , Auteur de la
Servante Maitreffe ; le public lui a fait un
accueil favorable. Le premier acte paroît
avoir le plus réuffi , nous en rendrons un
compte plus détaillé dans la fuite des repréfentations
•
PREMIER COUPLET.
Allons gai:
Voici le mois de Mai ,
Le doux mois d'amourette.
Commençons
Nos jeux & nos chanfons ,
Et, danfops fur l'herbette .
Colin
Prend Colinette ;
De violette
Pare fon fein.
Le coeur
Le plus fauvage
Souvent s'engage . ¡
Par une fleur.
Allons gai , &c.
Bergers , une fleurette
De vos feux devient l'interprête
Et Flore
Fait éclore
Ses préfens
JUIN. 1755. 201
VILLA
Pour fervir les amans.
Allons gai , & c.
SECOND
Allons gai , & c.
Plaiſirs ,
COUPLE T.
Bonheur champêtre ,
Vous allez naître
De nos foupirs.
Tout rit
Dans ces afyles ,
Ces lieux tranquilles
Qu'amour chérit.
Allons gai , & c.
Déja tout fent les flammes ,
Tendre amour , printems de nos ames
Tu charmes ,
Tu defarmes
Nos rigueurs
Par tes attraits vainqueurs;
Allons gai , & c .
TROISIEME COUPLET.
Allons gai , & c .
Le fon
De la mufette
Séduit Lifette
Sur le gazon .
Tirfis
LYON
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Par cette adreffe ,
De fa tendreffe
Reçoit le prix.
Allons gai , & c.
L'amour fous nos fougères
Tend des lacs aux jeunes Bergeres .
Fillette
Joliette ,
En ce mois.
N'allez point feule aux bois.
Allons gai , &c.
QUATRIEME COUPLET.
Palfangué ,
Voici le mois de mai , &c.
Vien çà ,
Vien çà , Paquette ,
A la franquette ,
Mets ta main là.
Morgue ,
De t'voir fi fiare ;
Sçais-tu que Piare
Eft fatigué ?
Jarnigué , voici , &c .
Faut-il que j'aille au piautre ,
Quand j'avons un coeur comme un autre ?
Mais ... fille ...
Ton oeil brille ,
Et je fens
JUIN. 1755 203
Naître en moi le printems.
Sarpegué , voici , &c.
Les paroles de ce Vaudeville font de
M. Favart. Les danfes du Ballet font de la
compofition de M. Deheffe , & la mufique
eft de M. Defbroffes ,
Le 31 Mai les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation du Maître
de Musique , Comédie nouvelle en
deux actes , mêlée d'arietes , & parodiée
de l'Italien , avec un divertiffement. Cette
piece eft de M. Borand , Auteur de la
Servante Maitreffe ; le public lui a fait un
accueil favorable. Le premier acte paroît
avoir le plus réuffi , nous en rendrons un
compte plus détaillé dans la fuite des repréfentations
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Résumé : VAUDEVILLE SUR LA CONTREDANSE.
Le texte présente un vaudeville intitulé 'Vaudeville sur la contredanse', composé de plusieurs couplets célébrant l'arrivée du mois de mai et les plaisirs champêtres associés à l'amour et à la nature. Le premier couplet invite à la gaieté et à la danse, mettant en scène Colin et Colinette qui s'engagent par une fleur. Le second couplet évoque les plaisirs et le bonheur champêtre, charmé par l'amour et le printemps. Le troisième couplet décrit l'amour qui tend des pièges aux jeunes bergères, tandis que le quatrième couplet est une invitation plus directe et familière à la danse et à l'amour. Les paroles sont de M. Favart, les danses du ballet de M. Deheffe, et la musique de M. Desbroffes. Le 31 mai 1755, les Comédiens Italiens ont donné la première représentation de 'Le Maître de Musique', une comédie en deux actes mêlée d'ariettes et parodiée de l'italien, avec un divertissement. Cette pièce, écrite par M. Borand, auteur de 'La Servante Maîtresse', a reçu un accueil favorable du public, notamment pour son premier acte.
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100
p. 226-227
COMEDIE ITALIENNE.
Début :
Le 28 Juillet, les Comédiens Italiens ont joué pour la premiere fois la Bohémienne [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE.
COMEDIE ITALIENNE.
LE
E 28 Juillet , les Comédiens Italiens
ont joué pour la premiere fois la Bohémienne
, Comédie en deux Actes , en
vers , traduite de la Zingara , intermede
italien. Elle a eu un plein fuccès & le mérite.
Elle eft de M. Favart , fi accoutumé à
réuffit , & cependant fi modefte , qu'il
donne le titre de traduction à un ouvrage
qu'il s'eft rendu propre par la précifion &
la variété qu'il y amifes , & par les beautés
qu'il y a ajoutées. Comme la Bohémienne
de l'Opéra - Comique a été difcontinuée
, nous ne parlerons que de celleci.
On peut dire qu'elle eft un digne pendant
de la Servante Maitreffe ; elle a même
plus de gaieté , ce qui eft un grand
mérite au théatre, ainfi que dans le monde.
Mine Favart ne contribue pas peu à lui
donner ce caractere. Elle rend la Bohémienne
de façon à tourner la tête du public
, comme celle de Calcante . Ce dernier
perfonnage eft très - bien repréſenté
par M. Rochard . On ne peut pas mieux
chanter les Arietes , qu'il les chante du
moins pour des oreilles françoifes. M.
Chanville concourt auffi à la réuffite. On
peut affurer qu'il joué l'ours avec grace ,
& qu'il fait joliment le diable.
SEPTEMBRE, 1755. 227.
La piéce a paru imprimée dès le premier
jour , comme les paroles d'Opera ,
pour l'intelligence des airs ; & fe vend
chez la veuve de Lormel & fils , rue du
Foin ; & chez Prault fils , quai de Conti.
Le prix eft de 24 fols .
Voici des vers à la louange de l'auteur.
LE
E 28 Juillet , les Comédiens Italiens
ont joué pour la premiere fois la Bohémienne
, Comédie en deux Actes , en
vers , traduite de la Zingara , intermede
italien. Elle a eu un plein fuccès & le mérite.
Elle eft de M. Favart , fi accoutumé à
réuffit , & cependant fi modefte , qu'il
donne le titre de traduction à un ouvrage
qu'il s'eft rendu propre par la précifion &
la variété qu'il y amifes , & par les beautés
qu'il y a ajoutées. Comme la Bohémienne
de l'Opéra - Comique a été difcontinuée
, nous ne parlerons que de celleci.
On peut dire qu'elle eft un digne pendant
de la Servante Maitreffe ; elle a même
plus de gaieté , ce qui eft un grand
mérite au théatre, ainfi que dans le monde.
Mine Favart ne contribue pas peu à lui
donner ce caractere. Elle rend la Bohémienne
de façon à tourner la tête du public
, comme celle de Calcante . Ce dernier
perfonnage eft très - bien repréſenté
par M. Rochard . On ne peut pas mieux
chanter les Arietes , qu'il les chante du
moins pour des oreilles françoifes. M.
Chanville concourt auffi à la réuffite. On
peut affurer qu'il joué l'ours avec grace ,
& qu'il fait joliment le diable.
SEPTEMBRE, 1755. 227.
La piéce a paru imprimée dès le premier
jour , comme les paroles d'Opera ,
pour l'intelligence des airs ; & fe vend
chez la veuve de Lormel & fils , rue du
Foin ; & chez Prault fils , quai de Conti.
Le prix eft de 24 fols .
Voici des vers à la louange de l'auteur.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE.
Le 28 juillet, les Comédiens Italiens ont présenté 'La Bohémienne', une comédie en deux actes en vers traduite de l'intermède italien 'La Zingara'. Cette pièce a rencontré un grand succès et a été acclamée pour son mérite. L'auteur, M. Favart, a enrichi l'œuvre originale par sa précision, sa variété et les beautés ajoutées. La pièce est comparée favorablement à 'La Servante Maîtresse' et jugée encore plus gaie, ce qui est un atout majeur au théâtre. Les personnages principaux sont bien interprétés : Mlle Favart incarne la Bohémienne de manière captivante, M. Rochard joue Calcante avec brio, et M. Chanville interprète l'ours et le diable avec grâce et talent. La pièce a été imprimée dès le premier jour pour faciliter la compréhension des airs et est disponible chez la veuve de Lormel et fils, rue du Foin, et chez Prault fils, quai de Conti, au prix de 24 sols.
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