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1
p. 171-172
« Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Début :
Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Pantomime, Mlle Puvigné, Mlle Camargo
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texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Le Samedi quatorze , l'Opera Comique
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
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Résumé : « Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Le 14, l'Opéra Comique a présenté au Théâtre de l'Académie Royale de Musique les pièces ayant diverti Paris lors de la dernière foire de Saint-Laurent. La danseuse Petite Puvignée a été particulièrement remarquée pour sa maîtrise et ses grâces. Auparavant, la pastorale 'La fuite d'Acis et Galatée' avait été acclamée grâce aux talents de Mlle le Maure, soutenue par M. de Chassé et M. Jéliotte. Une pantomime interprétée par Mlle Camargo et M. Lalli a également été bien reçue. Une autre pantomime, dansée par Signor Pietro Sodi et Mlle Mimi Dalmand, a rencontré un grand succès. Mlle André, pensionnaire du roi de Pologne mais française de naissance, a été félicitée à Paris, Dresde et Varsovie pour sa légèreté et sa technique, notamment dans le rôle du 'Caprice' de M. Rebel. Mlle de Romainville a interprété le rôle de Galatée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 154
« ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Début :
ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...]
Mots clefs :
Opéra, Pantomime
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texteReconnaissance textuelle : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
0
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
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Résumé : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Les représentations de l'opéra 'Acis et Galatée' ont été précédées des 'Auguftales'. Les rôles de Galatée ont été joués par Mlle Romainville et Mlle Metz, remplaçant Mlle le Maure absente. Cette dernière a quitté le théâtre, ce qui est une perte pour les anciens opéras. La soirée s'est terminée par des pantomimes interprétées par Mlle André, Mlle Guerardi, Mlle d'Allemant et le Signor Pietro Soli.
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3
p. 163-170
Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons rapporté le témoignage de Lucien en faveur de la Danse, parce que [...]
Mots clefs :
Danse, Ballets, Danseur, Pantomime, Lucien, Anciens, Théâtre, Opéra, Fêtes, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Suite des Réfléxions fur les Ballets.
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
Nous avons rapporté le témoignage de
Lucien en faveur de la Danfe , parce que
le fuffrage d'un Critique mérite plus de foi
que les amplifications fleuries des Panegiriftes.
Ce railleur impitoyable qui perfécutoit
fans ceffe les Philofophes & les Rhéteurs
Grecs les plus accrédités , & qui n'épargnoit
pas même les Dieux que la fçavante Athêne
adoroit, a fait très-férieuſement l'apologie
de la Danſe, condamnée par les faux la184
MERCURE DE FRANCE.
ges ; ( car les hypocrites font auffi anciens
que les Religions. ) Oui , Lucien nous traçant
la route que nous allons fuivre n'a pas
donné fon fentiment comme l'unique garand
du mérité de la Danſe . Il s'eft appuyé des
citations les plus impofantes , tant de fon
fiécle que de l'Antiquité la plus voifine de
la Création du monde. La Créte , la Phrygie
, les Phéaques , les Theffaliens , les Deliens
, les Indiens , les Ethiopiens , les Bithiniens
, les Tirrheniens , l'Egypte ou la
Fable de Prothée , doit fon origine * à un
excellent Danfeur dont le corps fouple & l'ef
prit ingenieux fçavoient tout contrefaire &
tout imiterfi adroitement qu'il fembloit devenir
ce qu'il imitoit , enfin l'auftere & vertueufe
Lacedémone lui fournit mille preuves
fon opinion , foutenue encore par l'autorité
d'Hefiode , d'Homere & du divin Platon .
Quelle idée n'avoit- on pas alors de la Danfe
? Nous allons laiffer parler Lucien ' luimême
, on croiroit que nous plaifanterions
fi nous ofions prendre fur notre compte ce
qu'il exige des Maîtres de cet Art . Je repréfenterai
, dit-il , les qualités que doit avoir un
bon Danfeur pour faire voir que fa profeffion
n'eft pas des plus faciles , car il faut que le
Pantomime on Danfeur de Ballets qui eft celui
dont j'entens parler,fcache plufieurs chofes, com-
* Luc. Apol, de la Danfe.
de
FEVRIER 1745. 165
me la Poëfie , la Géometrie , la Musique &
la Philofophie même , quoiqu'il n'ait pas
befoin
des Ergo de la Dialectique ; il faut qu'il
ait auffi le fecret d'exprimer les Paffions & les
Mouvemens de l'ime que la Rethorique enfeigne
, & qu'il emprunte de la Peinture & de
la Sculpture les diverfes Poftures & Contenan
ces , enforte qu'il ne le cede point à Phidias ni
à Appelle pour ce regard ; mais furtout il a
befoin de mémoire , car il faut que comme Calchas
il fache le passé , le préfent & l'avenir
& qu'il les ait toujourspréfens dans fon efprit
pour les pouvoir repréfenter dans l'occafion.
Mais il doit fçavoir particulierement expliquer
les conceptions de l'Ame & découvrir fes
Sentimens par les geftes & les mouvemens du
corps ; enfin il doit avoir ce que Thucidide attribue
à Pericles , le fecret de voir par tout ce
qui convient.
Enfuite il fait une longue énumeration
de tous les Tableaux que l'excellent Pantomime
doit fçavoir peindre , & ce détail
embraffe tous les évenemens rapportés par
l'Hiftoire où inventés par la Fable.
Nous croyons que c'eft ici l'occafion de
détruire une erreur moderne généralement
répandue non-feulement dans le Public qui
fouvent ne connoît pas les principes des
plaifirs qu'il goute , mais qui eft encore
1.66 MERCURE DE FRANCE.
plus enracinée dans la tête des Maîtres de
Danfe. Ils n'entendent tous ordinairement
par le mot de Pantomime qu'un danfeur Comique
digne feulement de n'exercer ſes talens
qu'aux Spectacles de la Foire ; ils fe figurent
que toute la ſcienſe doit être bornée au genre
badin & même burleſque . Les Pantomimes
eux-mêmes , du moins ceux que nous avons
ûs fur nos Théatres partagent cette injufte
erreur avec les danfeurs férieux qui les méprifent.
Ils ne connoiffent pas leurs droits &
fe reftraignent à un grotefque bas & rifible
que l'ignorance prefque univerfelle leur affigne.
Que les uns & les autres apprennent
que la Danfe Pantomime renferme tous les
differens caracteres Comiques & Tragiques ,
imaginés & imaginables, que le danfeur Pantomime
, c'eft- à- dire , le parfait danfeur
fuivant la définition des Sçavans de tous les
fiecles, doit être noble & ferieux dans les
Ballets Heroïques , galand & naif dans les
Paftorales , terrible & furieux dans les entrées
de Demons. Enfin que tout bon danfeur
doit être Pantomime fur le Théatre , &
que tout Baller doit être un Tableau expreffif
& changeant où l'on reconnoiffe les
perfonnages repréſentés par leurs habillemens,
leurs cocffures , leurs attitudes & leurs
geftes. Nos Ballets de l'Opera manquent
Louvent de toutes ces marques diftinctives 8
>
FEVRIER $ 745 , 169
sh y voit des Matelots fans rames ; des Bergeres
coëffées en femmes de la Cour & des
Magiciennes en Bavolet ; cependant la Danſe
qui eft muette a befoin pour fe faire entendre
du fecours des fymboles & des ornemens . Si
Jupiter danfoit , il devroit danfer avec fon
foudre , & Mercure avec fon Caducée.
Qu'on ne fe figure pas que ces réflexions
n'appartiennent qu'au fiécle d'Homere, quoiqu'elles
foient plus anciennes que l'enlevement
d'Hélene , & que le long fiége de
Troye,qu'on ne croye pas qu'elles ne foient
approuvées que par Lucien & par la foule
étonnante des Auteurs qu'il a cités . Nous
avons des autorités récentes qui préconiſent
laDanfe Pantomime & qui n'admettent qu'elle
fur le Théatre où l'on doit toujours voir ,
comme le dit Athenée dans fes Entretiens
que le Ballet eft une imitation fidelle des chofes
que l'on dit& que l'onfait,
Nous avons omis ce qui honore le plus la
Danfe ; on nous permettra de le placer ici.
Nous n'avons pas promis un difcours fcrupuleufement
arrangé , qu'on ne nous faffe
donc point de procès fur les défauts de liaifon.
Nous ne fommes comptables que de'
la jufteffe des idées & non pas deleur ordre.
Voici la plus grande cauſe de ſurpriſe
pour les Amateurs & même les Profeffeurs
de la Danfe , c'eft que cet exercice regardé
à prefent comme une occupation frivole
68 MERCURE DE FRANCE. '
de la jeuneffe légere & diffipée , doit fon
origine à la Religion . * Nous foupçonnons
bien d'illuftres Danfeurs de ne pas fçavoir
la génealogie de leur Art & de n'en avoir
jamais feuilleté les Titres. ) Les Juifs à qui
Dieu donna lui -même les Loix & les Cerémonie
qu'ils obferverent , l'introduisirent dans
leurs Fêtes & les Payens après eux la confacrerent
à leurs Dieux.
Ainfi donc la Danfe eft non feulement
célebre par les Fêtes de la Politique , mais
encore par celles de la Religion . Nous n'accumulerons
point ici tous les paffages de
l'Ecriture & des Peres de l'Eglife qui confirment
cette Propofition . On peut verifier
cette immenfe multitude de Collections qui
font l'Eloge de la Danfe dans le Traité des
Ballets anciens & modernes felon les Regles du
Theatre.Compofé par le R. P.Menetrier, Sçayant
Jefuite, & dedié à M. le Duc d'Aumont,
Nous nous contenterons de nommer David
le Prophête Royal , qui danfa devant
l'Arche quand on la portoit de la maiſon
d'Obédedon en Bethićem.
Ce n'eft pas pour trancher des Erudits
que nous avons entaffé tant de doctes Citations.
C'eſt pour montrer que nous ne
rifquons pas des Opinions nouvelles & que
notre fentiment eſt foutenu par celui des
Des Ballets anciens & modernes
Sages
FEVRIER 1745 169
Sages de la Grece . Nous fçavons que bien.
des Lecteurs déferent plus à la célébrité
des noms qu'à la force des raifons , & que
tel qui réfifte opiniatrément à l'évidence fe
rend dès qu'on lui allegue' Ciceron ; fi
c'eft un opiniatre qui n'eftime pas les Anciens
, il faut lui opofer Defcartes & encore
mieux Newton. Nous efperons fondés fur
cette connoiffance exacte du pouvoir immenfe
des préjugés , qu'on ne nous regardera
pas comme l'intimé de la Comedie
des Plaideurs , qui remonte à la Création
du Monde pour tomber fur un chien
qui a dérobé un chapon. On ne nous mettra
pas auffi dans la Claffe de cet Herille
que peint le Moralifte la Bruiere parmi fes
excellens Portraits , de cet Herille qui fait dire
an Prince des Philofophes que l'eau l'enyvre ,
& à l'Orateur Romain que l'eau le tempere.
Les Comediens François ont interrompu
les repréſentations de Mahomet II. Les
fêtes préparées pour Verfailles les occupent
trop pour leur permettre de donner inceffamment
une Comedie en cinq Actes de
M. de Boiffi , dont ils ont pourtant déja
commencé les Répétitions .
On a continué à la Comédie Italienne le Siege
de Grenade & ony a ajouté Arlequin Thefee,
Parodie nouvelle de la Tragedie de Thefée,
qui a été repréſentée pour la premiere-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
fois le Samedi trente Janvier. C'eft une imitation
comique & fuivie des principales Scenes
de l'Opera; il y a des Vaudevilles heureufement
appliqués ; en voici un échantillon
dans le dénouement, lorfque le Roi d'Athêne
reconnoit fon fils par fon Epée.
EGEE A EGLE',
Oui je reconnois cette lame
Voilà la marque fur mon ame
Que ce cher Enfant doit avoir .
Quel bonheur imprévu , Madame !
Ici pour aider mon pouvoir ,
J'avois un fils grace à ma femme ,
Sans le fçavoir,
Les Ballets font naifs , ingénieux & parodiés
de ceux de l'Opéra,
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Résumé : Suite des Réfléxions sur les Ballets.
Le texte 'Suite des Réflexions sur les Ballets' met en avant la danse comme une activité noble et complexe, soutenue par le critique respecté Lucien. Lucien souligne l'importance de la danse en se référant à diverses cultures antiques telles que la Crète, la Phrygie et l'Égypte. Il insiste sur les compétences nécessaires à un bon danseur, incluant la poésie, la géométrie, la musique, la philosophie et l'expression des passions. Le texte critique la tendance moderne à réduire la pantomime à un rôle comique, affirmant qu'elle doit intégrer des caractères tant comiques que tragiques. Il regrette que les ballets de l'Opéra manquent souvent de distinctions essentielles et appelle à une meilleure utilisation des symboles pour rendre la danse plus expressive. La danse est décrite comme ayant des origines religieuses, introduite par les Juifs lors de leurs fêtes et adoptée par les païens. Elle est célébrée dans les fêtes politiques et religieuses, comme en témoigne le prophète David dansant devant l'Arche. Cette vision est appuyée par des sages grecs et des érudits modernes comme Descartes et Newton. Le texte mentionne également des événements récents dans le monde du théâtre, tels que l'interruption de la pièce 'Mahomet II' et la préparation de fêtes à Versailles. À la Comédie Italienne, la représentation de 'Le Siège de Grenade' a été poursuivie et une nouvelle parodie, 'Arlequin Théée', a été jouée le 30 janvier, imitant comiquement l'opéra 'Théée'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 135-143
I. Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bésiers.
Début :
Selon les statuts de cette Académie, elle devoit tenir son assemblée publique [...]
Mots clefs :
Danse, Art, Grains, Semence, Nielle, Moisissure, Pétrifications, Académie, Pantomime, Académie des sciences et belles-lettres de Béziers
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texteReconnaissance textuelle : I. Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bésiers.
I.
Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Béfiers. 1
SELON les ſtatuts de cette Académie,
elle devoit tenir ſon aſſemblée publique
lepremier jeudi d'après la St Martin de
l'année dernière; mais pour des raiſons
particulières ici , on la renvoya au 10
Janvier 1772. M. de Bouſſanelle , briga-
dier des armées du Roi , en fit l'ouver-
ture en qualité de directeur, par un dif-
136 MERCURE DE FRANCE.
cours ſur la danſe , ſur l'art de la ſalta-
tion & fur celui des pantomimes.
Ce ſujet , quoique traité fort au long
parM. Burette dans les mémoires de l'A-
cadémie royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , n'a pas laiſſé , étant enviſagé ſous
des points de vue différens , d'offrir une
ample matière au diſcours qu'on vient
d'annoncer.
Après avoir obſervé que l'artde la fal-
tation & celui des pantomimes ne font
que l'art même de la danſe que des peu-
ples effeminés & corrompus ont défiguré
&dénaturé, M. de Bouſſanelle ajoute que
la danſe eſt ordinairement une expreſſion
de joie ſoumiſe à toute eſpèce d'harmo-
nie , même à celle de la voix. La nature ,
dit-il, nous pouſſe à exprimer par des
geſtes extérieurs du corps , les différentes
agitations que produiſent dans l'ame les
ſons variés de la muſique. f
Il remarque que cet exercice innocent
dans ſon origine & conſacré àdes actes
de religion , s'eſt conſervé dans ſon en-
tière pureté chez des nations barbares ,
qui n'ont aucune connoiſſance de nos
mœurs ; & il rapporte les noms des dif-
férentes eſpècesde danſes des Indiens &
particulièrement des Hottentots.
JUILLET. 1772. 137
La muſique vocale de ces derniers
conſiſte , dit-il , dans la monofyllabe ho,
& dans un petit cercle de notes ſur lef-
quelles roule l'air de deux ou trois chan-
ſons barbares qu'ils accompagnent de
leur inſtrument de muſique appellé le
gongom .
M. de Bouffanelle paſſa enſuite à l'art
de la faltation & à celui des pantomimes
qu'il appelle la ſcience des geftes natu-
rels ou inventés, l'expreſſion la plus forte
& laplus vivedes paffions les plus viles ,
le tableau fidèle des vices les plus hon-
teux , le recit muet des folies des hom-
mes. Ces arts , dit-il ,nâquirent àRome,
ſelon Zozime & Suidas, ſous l'empire
d'Auguſte , ou du moins y furent portés à
la plus haute perfection ; car , comme il
le remarque fort bien , long-tems aupa-
ravant Numa avoit inſtitué une danſe pour
les prêtres de Mars appellés Saliens , &
dans les ſiécles bien plus reculés Caſtor &
Pollux avoient enſeigné l'art de la falta-
tion aux Cariens ; Neoptoleme fils d'A-
chille avoit enſeigné une danſe armée à
ceux de Créte , & Minerve elle même
avoit danſé de joie après la défaite des
Titans .
Il cite Lucien, qui compte l'art de la
138 MERCURE DE FRANCE.
danſe dégradée , parmi les cauſes de la
corruptiondes mœurs & des malheurs de
l'Empire Romain. A cet auteur il joint
Scipion & Cicéron qui déclamèrent vi-
vement contre les écoles publiques tenues
pardes comédiens , où l'on envoyoit les
jeunes gens de l'un& de l'autre ſexe pour
apprendre l'art d'accompagner la récita-
tion des vers par les mouvemens du
corps.
Les Romains , ajoute-t'il , pouſſoient
fi loin la folie de la danſe, qu'indépen-
damment des écoles pour cette danſe ef-
féminée , il y en avoit encore à Rome
pour apprendreàſervir à table & à couper
les viandes en danſant , ainſi que nous
l'apprenons d'Horace & de Juvenal.
Iln'oublie pas les danſes qui accompa-
gnoient anciennement les premiers hom-
mages qu'on rendoit aux Souverains , les
preſtationsde ferment, les inaugurations,
les inveſtitures , non plus que les danſes
de la veille de St Jean , ni enfin celles
dont il a été lui-même témoin pendant-
les fêtes lurhériennes de Hamelen célè-
bres en Allemagne ; & fi dans bien des
cas il loue l'uſage de cet exercice origi-
nairement innocent , il ne manque point
dans pluſieurs endroits de fon diſcours
JUILLET. 1772. 139
de blâmer hautement l'abus qu'on en fai-
foit autrefois , & que malheureuſement
on en fait encore dans un grand nombre
d'occaſions.
Cediſcours fini , & après que le ſecré-
taire eût annoncé un mémoirede M. Mail-
lol , l'un des aſſociés , & pluſieurs écrits
qui lui avoient été envoyés par M. Ré-
guillet, avocat au parlement & membre
depluſieurs académies ; MM. Baſſet &de
Manſe lurent , l'un l'éloge de M. de la
Sabliere , lieutenant-colonel de cavalerie,
& l'autre celui de M. de Bauffet de Ro-
quefort , évêque & ſeigneurde Béſiers.
M. Audibert donna enſuite un précis
très- ſuccinct de l'ouvrage de M. Beguillet
fur le bled ergoté , & s'étendit un peu
plus fur la nielle & le charbon qui infec-
tent quelque fois nos grains. La nielle ,
dit il , réduit en une pouſſiére noire les
fleurs des grains ſans toucher au reſte de
la plante. C'eſt une eſpèce d'ulcère qui
commence aux fupports desfleurs peu de
tems après que l'épi eſt formé : on recon-
noît les épis malades à l'enflure de ces
ſupports , & on y découvre une tache
noire ; delà le vice paſſe aux autres parties
de l'épi & les ronge juſqu'à ce qu'on n'y
apperçoive plus que de balles noires que
140 MERCURE DE FRANCE.
le vent ou la pluye enlève , & alors il ne
reſte ſur laplanteque l'axe de l'épi.
M. Aymen * a prétendu que c'étoit
l'effet d'un vice de la ſémence , & les ex-
périences qu'il a faites à ce ſujet paroif-
ſent déciſives : il en réſulte que toutes
les ſémences fur leſquelles il avoitdécou-
vert à la loupe des taches de moiſiſſure ,
avoient produit des épis niellés , & que
la moiſiſſure des ſémences eſt par confé-
quent la cauſe ou l'une des cauſes de la
nielle.
Cette maladie &le charbon dépendent
de lamême cauſe. Les grains charbonnés
font renflés , on y voit des points noirs
dans la partie inférieuredes capſules. Ces
points s'agrandiffent,&toute la ſubſtan-
cedu grain ſe change en une pouſſière
noire.
On doit donc tacher de préſerver les
ſémences de la moiſiſſure qu'elles con-
tractent dans les gerbiers & dans les gre-
niers. Elles ſe moiſiſſent auſſi quelque-
foisdans la terre après avoir été ſemées;
& on a remarqué qu'il y a toujours beau-
coup de nielle & de charbon après des
Sçav. étrang. tom. 3 .
JUILLET. 1772. 14
ſemailles tardives , des hivers pluvieux
&dans des terres maigres .
On conçoit que dans ces cas les ſemen-
ces ne ſe moiſiſſent que parce qu'elles ne
végétent pas allez tốt; & l'on peut auffi
regarder cette inertie comme la première
cauſe de la grande quantité de charbon
que nous trouvons dans les grains de la
dernière récolte. Les terres ayant été en-
ſemencées dans un tems de ſéchereſſe qui
duroit depuis pluſieurs mois & qui dura
encore deux mois après , une partie des
ſemences n'avoit levé qu'au mois deDé-
cembre.
C'eſt une bonne méthode pour ſauver
les grains du danger de la moiſiſſure , de
laiſſer parfaitement mûrir ceux qu'on def-
tine à être ſemés, de ne les couper quand
ils font mûrs que deux heures après le
lever du ſoleil , de les porter toutde ſuite
à l'aire , où on les fait battre le même
jour , & de les mettre le ſoir dans une
eau de chaux qu'on a eu ſoin de tenir prê-
re. Après les y avoir laiffés vingt-quatre
heures , & en avoir rejetté les grains qui
furnagent, on fait ſécher exactement les
bonsgrains ,& on les conſerve en un lieu
bien ſec. Ce ſont encore des moyens
d'empêcher que les ſémences ne ſe moi
142 MERCURE DE FRANCE.
fiffent en terre , de préparer ſoigneuſe-
ment les guérets, d'employer, oùille faut,
le ſecours du fumier , de ſemer dans le
premier mois de l'automne , de ne rien
omettre en un mot de ce qui peut favo-
rifer la végétation & hâter ſes progrès.
M. Bertholon , Prêtre de la Congré-
gation de la Miſſion qui , depuis quelque
tems travaille à l'hiſtoire naturelle du
diocèſe de Beſiers , termina la ſéance par
unmémoire ſur quelques pétrifications
&curiofités naturelles des environs de
Befiers. Il a découvert par ſes recherches
pluſieurs objets intéreſſans ,tels que des
échinotypolithes , des gloſſopètres , des
ſtrombites , des buccinites , des cochli-
tes , des camites , des ſellénites & autres
conchites qu'il montra depuis peu fur les
lieux mêmes à un célèbre naturaliſte
(M. Guettard. ) Près des murs de cette
ville eſt encore un grand & triple banc
d'huitres pétrifiées dont la plupart font
avec leurs deux valves, de la plus grande
beauté , & de la plus belle confervation.
Nous mépriſons pour ainſi dire ce que
nous avons ſous nos pas , diſoit notre
académicien , &de divers côtés de juſtes
eſtimateurs des beautés de la nature me
demandent de ces beaux oſtracites dont
JUILLET. 1772. 143
nous ſommes de froids poſſeſſeurs. Il
parla encore de pluſieurs aſtéries , des
cornesd'Ammon &des Belemnitesqu'on
trouve ſur diverſes montagnes qu'il a
parcourues. Après quelques réflexions fur
les cauſes phyſiques des pétrifications , il
expoſa les divers ſentimens des natura-
liſtes , difcuta leurs raiſons , & adopra
ceux qui paroiſſoient les plus probables ;
par exemple , ſur les belemnites, celuide
L'illustre M. Claret de la Tourrette , ſe-
crétaire perpétuel de l'académie de Lyon
& excellent naturaliſte .... Ces diverſes
pétrifications répandues dans notre pro-
vince en bancs & amas conſidérables ,
prouvent , ſelon notre académicien , que
cette contrée fut jadis le ſéjour des eaux ,
que nous rampons ſur ce ſable où des
monſtres marins ſe jouoient autrefois ,
que les terres ont été mers , & que les
continens furent fubmergés par les flots
de l'Océan.
Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Béfiers. 1
SELON les ſtatuts de cette Académie,
elle devoit tenir ſon aſſemblée publique
lepremier jeudi d'après la St Martin de
l'année dernière; mais pour des raiſons
particulières ici , on la renvoya au 10
Janvier 1772. M. de Bouſſanelle , briga-
dier des armées du Roi , en fit l'ouver-
ture en qualité de directeur, par un dif-
136 MERCURE DE FRANCE.
cours ſur la danſe , ſur l'art de la ſalta-
tion & fur celui des pantomimes.
Ce ſujet , quoique traité fort au long
parM. Burette dans les mémoires de l'A-
cadémie royale des Inſcriptions & Belles-
Lettres , n'a pas laiſſé , étant enviſagé ſous
des points de vue différens , d'offrir une
ample matière au diſcours qu'on vient
d'annoncer.
Après avoir obſervé que l'artde la fal-
tation & celui des pantomimes ne font
que l'art même de la danſe que des peu-
ples effeminés & corrompus ont défiguré
&dénaturé, M. de Bouſſanelle ajoute que
la danſe eſt ordinairement une expreſſion
de joie ſoumiſe à toute eſpèce d'harmo-
nie , même à celle de la voix. La nature ,
dit-il, nous pouſſe à exprimer par des
geſtes extérieurs du corps , les différentes
agitations que produiſent dans l'ame les
ſons variés de la muſique. f
Il remarque que cet exercice innocent
dans ſon origine & conſacré àdes actes
de religion , s'eſt conſervé dans ſon en-
tière pureté chez des nations barbares ,
qui n'ont aucune connoiſſance de nos
mœurs ; & il rapporte les noms des dif-
férentes eſpècesde danſes des Indiens &
particulièrement des Hottentots.
JUILLET. 1772. 137
La muſique vocale de ces derniers
conſiſte , dit-il , dans la monofyllabe ho,
& dans un petit cercle de notes ſur lef-
quelles roule l'air de deux ou trois chan-
ſons barbares qu'ils accompagnent de
leur inſtrument de muſique appellé le
gongom .
M. de Bouffanelle paſſa enſuite à l'art
de la faltation & à celui des pantomimes
qu'il appelle la ſcience des geftes natu-
rels ou inventés, l'expreſſion la plus forte
& laplus vivedes paffions les plus viles ,
le tableau fidèle des vices les plus hon-
teux , le recit muet des folies des hom-
mes. Ces arts , dit-il ,nâquirent àRome,
ſelon Zozime & Suidas, ſous l'empire
d'Auguſte , ou du moins y furent portés à
la plus haute perfection ; car , comme il
le remarque fort bien , long-tems aupa-
ravant Numa avoit inſtitué une danſe pour
les prêtres de Mars appellés Saliens , &
dans les ſiécles bien plus reculés Caſtor &
Pollux avoient enſeigné l'art de la falta-
tion aux Cariens ; Neoptoleme fils d'A-
chille avoit enſeigné une danſe armée à
ceux de Créte , & Minerve elle même
avoit danſé de joie après la défaite des
Titans .
Il cite Lucien, qui compte l'art de la
138 MERCURE DE FRANCE.
danſe dégradée , parmi les cauſes de la
corruptiondes mœurs & des malheurs de
l'Empire Romain. A cet auteur il joint
Scipion & Cicéron qui déclamèrent vi-
vement contre les écoles publiques tenues
pardes comédiens , où l'on envoyoit les
jeunes gens de l'un& de l'autre ſexe pour
apprendre l'art d'accompagner la récita-
tion des vers par les mouvemens du
corps.
Les Romains , ajoute-t'il , pouſſoient
fi loin la folie de la danſe, qu'indépen-
damment des écoles pour cette danſe ef-
féminée , il y en avoit encore à Rome
pour apprendreàſervir à table & à couper
les viandes en danſant , ainſi que nous
l'apprenons d'Horace & de Juvenal.
Iln'oublie pas les danſes qui accompa-
gnoient anciennement les premiers hom-
mages qu'on rendoit aux Souverains , les
preſtationsde ferment, les inaugurations,
les inveſtitures , non plus que les danſes
de la veille de St Jean , ni enfin celles
dont il a été lui-même témoin pendant-
les fêtes lurhériennes de Hamelen célè-
bres en Allemagne ; & fi dans bien des
cas il loue l'uſage de cet exercice origi-
nairement innocent , il ne manque point
dans pluſieurs endroits de fon diſcours
JUILLET. 1772. 139
de blâmer hautement l'abus qu'on en fai-
foit autrefois , & que malheureuſement
on en fait encore dans un grand nombre
d'occaſions.
Cediſcours fini , & après que le ſecré-
taire eût annoncé un mémoirede M. Mail-
lol , l'un des aſſociés , & pluſieurs écrits
qui lui avoient été envoyés par M. Ré-
guillet, avocat au parlement & membre
depluſieurs académies ; MM. Baſſet &de
Manſe lurent , l'un l'éloge de M. de la
Sabliere , lieutenant-colonel de cavalerie,
& l'autre celui de M. de Bauffet de Ro-
quefort , évêque & ſeigneurde Béſiers.
M. Audibert donna enſuite un précis
très- ſuccinct de l'ouvrage de M. Beguillet
fur le bled ergoté , & s'étendit un peu
plus fur la nielle & le charbon qui infec-
tent quelque fois nos grains. La nielle ,
dit il , réduit en une pouſſiére noire les
fleurs des grains ſans toucher au reſte de
la plante. C'eſt une eſpèce d'ulcère qui
commence aux fupports desfleurs peu de
tems après que l'épi eſt formé : on recon-
noît les épis malades à l'enflure de ces
ſupports , & on y découvre une tache
noire ; delà le vice paſſe aux autres parties
de l'épi & les ronge juſqu'à ce qu'on n'y
apperçoive plus que de balles noires que
140 MERCURE DE FRANCE.
le vent ou la pluye enlève , & alors il ne
reſte ſur laplanteque l'axe de l'épi.
M. Aymen * a prétendu que c'étoit
l'effet d'un vice de la ſémence , & les ex-
périences qu'il a faites à ce ſujet paroif-
ſent déciſives : il en réſulte que toutes
les ſémences fur leſquelles il avoitdécou-
vert à la loupe des taches de moiſiſſure ,
avoient produit des épis niellés , & que
la moiſiſſure des ſémences eſt par confé-
quent la cauſe ou l'une des cauſes de la
nielle.
Cette maladie &le charbon dépendent
de lamême cauſe. Les grains charbonnés
font renflés , on y voit des points noirs
dans la partie inférieuredes capſules. Ces
points s'agrandiffent,&toute la ſubſtan-
cedu grain ſe change en une pouſſière
noire.
On doit donc tacher de préſerver les
ſémences de la moiſiſſure qu'elles con-
tractent dans les gerbiers & dans les gre-
niers. Elles ſe moiſiſſent auſſi quelque-
foisdans la terre après avoir été ſemées;
& on a remarqué qu'il y a toujours beau-
coup de nielle & de charbon après des
Sçav. étrang. tom. 3 .
JUILLET. 1772. 14
ſemailles tardives , des hivers pluvieux
&dans des terres maigres .
On conçoit que dans ces cas les ſemen-
ces ne ſe moiſiſſent que parce qu'elles ne
végétent pas allez tốt; & l'on peut auffi
regarder cette inertie comme la première
cauſe de la grande quantité de charbon
que nous trouvons dans les grains de la
dernière récolte. Les terres ayant été en-
ſemencées dans un tems de ſéchereſſe qui
duroit depuis pluſieurs mois & qui dura
encore deux mois après , une partie des
ſemences n'avoit levé qu'au mois deDé-
cembre.
C'eſt une bonne méthode pour ſauver
les grains du danger de la moiſiſſure , de
laiſſer parfaitement mûrir ceux qu'on def-
tine à être ſemés, de ne les couper quand
ils font mûrs que deux heures après le
lever du ſoleil , de les porter toutde ſuite
à l'aire , où on les fait battre le même
jour , & de les mettre le ſoir dans une
eau de chaux qu'on a eu ſoin de tenir prê-
re. Après les y avoir laiffés vingt-quatre
heures , & en avoir rejetté les grains qui
furnagent, on fait ſécher exactement les
bonsgrains ,& on les conſerve en un lieu
bien ſec. Ce ſont encore des moyens
d'empêcher que les ſémences ne ſe moi
142 MERCURE DE FRANCE.
fiffent en terre , de préparer ſoigneuſe-
ment les guérets, d'employer, oùille faut,
le ſecours du fumier , de ſemer dans le
premier mois de l'automne , de ne rien
omettre en un mot de ce qui peut favo-
rifer la végétation & hâter ſes progrès.
M. Bertholon , Prêtre de la Congré-
gation de la Miſſion qui , depuis quelque
tems travaille à l'hiſtoire naturelle du
diocèſe de Beſiers , termina la ſéance par
unmémoire ſur quelques pétrifications
&curiofités naturelles des environs de
Befiers. Il a découvert par ſes recherches
pluſieurs objets intéreſſans ,tels que des
échinotypolithes , des gloſſopètres , des
ſtrombites , des buccinites , des cochli-
tes , des camites , des ſellénites & autres
conchites qu'il montra depuis peu fur les
lieux mêmes à un célèbre naturaliſte
(M. Guettard. ) Près des murs de cette
ville eſt encore un grand & triple banc
d'huitres pétrifiées dont la plupart font
avec leurs deux valves, de la plus grande
beauté , & de la plus belle confervation.
Nous mépriſons pour ainſi dire ce que
nous avons ſous nos pas , diſoit notre
académicien , &de divers côtés de juſtes
eſtimateurs des beautés de la nature me
demandent de ces beaux oſtracites dont
JUILLET. 1772. 143
nous ſommes de froids poſſeſſeurs. Il
parla encore de pluſieurs aſtéries , des
cornesd'Ammon &des Belemnitesqu'on
trouve ſur diverſes montagnes qu'il a
parcourues. Après quelques réflexions fur
les cauſes phyſiques des pétrifications , il
expoſa les divers ſentimens des natura-
liſtes , difcuta leurs raiſons , & adopra
ceux qui paroiſſoient les plus probables ;
par exemple , ſur les belemnites, celuide
L'illustre M. Claret de la Tourrette , ſe-
crétaire perpétuel de l'académie de Lyon
& excellent naturaliſte .... Ces diverſes
pétrifications répandues dans notre pro-
vince en bancs & amas conſidérables ,
prouvent , ſelon notre académicien , que
cette contrée fut jadis le ſéjour des eaux ,
que nous rampons ſur ce ſable où des
monſtres marins ſe jouoient autrefois ,
que les terres ont été mers , & que les
continens furent fubmergés par les flots
de l'Océan.
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