Le 19 , l'Opera Comique remit au Théatre
une Piéce en un Acte , toute en Vaudevilles
, avec un Divertiffement de Chants &
de Danſes , intitulée la Coquette fans le fçavoir
, ou la Fauffe Coquette , laquelle fut fuivie
du Déguisement Paftoral , dont il a été
parlé dans le dernier Journal. On donna enfuite
la petite Comédie des Amours Grivois,
qu'on voit toûjours avec le même plaifir.
Elle fut fuivie d'un Divertiffement Provençal
, exécuté au mieux . La Dlle Puvigné &
le Sr Noverre danſerent enfuite un Pas de
deux , qui a pour titre la Jardiniere , lequel
fut généralement applaudi.
Cette derniere Piéce , qui vient d'être imprimée
, a été repréſentée à l'Opera Comique
le 16 du mois dernier avec beaucoup
de fuccès , ainſi qu'on l'a dit dans le Mercure
de Juillet. Trois Auteurs ont travaillé à
cet Ouvrage ; en voici les noms tels qu'on
Gij les
1860 MERCURE DE FRANCE.
les a donnés à l'Impreffion , Par Mrs F. D.
L. G. & L. S.
On n'a pas cru devoir donner un Extrait
dans les formes de cette Piéce , attendu que
c'eft plûtôt un Recueil de Chanfons qu'un
Opera Comique régulier; ils le caractériſent
par ce Vers des Bucoliques de Virgile .
Q Meliboe ! Deus nobis hac ctia fecit.
Ils achevent d'en tracer une idée
ee Quatrain.
Trois bons François , avec naïveté ,
par
De leur Grand Roi célebrent le courage ;
Du Bel-Efprit ils n'ont rien emprunté ;
Dans leur coeur feul ils ont puifé l'Ouvrage .
Cet Ouvrage n'en a pas moins de prix
pour n'avoir, rien emprunté du bel Efprit ,
qui n'auroit fervi peut-être qu'à le gâter,
Ôn en va juger par l'Extrait de quelques
Couplets .
Le Théatre repréſente un Hameau Flamand;
on voit dans l'éloignement une Ville ,
dont les Remparts font détruits par le canon
; de l'autre côté un camp,, à la tête duquel
est une batterie de canons. Les aîles
repréfentent des Maifons, des Payfans, & des
Eftaminets. Le milieu de la Scéne eft occupé
par plufieurs Flamands , dont les uns
joüent de divers Inftrumens, fous un grand
Arbre ,
.4
A O UST. 1744. 1861
Arbre , pendant que les autres , autour de
plufieurs tables , boivent , fument , joüent
& danfent.
Un Bûveur Flamand chante
L'Amour troublé
Par le bruit des Trompettes ,
S'eft envolé
De ces retraites ;
Courons le chercher dans nos Bois ;
Qu'il entende nos voix ;
Revien dans cet azile ,
Amour , tout eft tranquile ;
LOUIS y donne des Loix.
JOLICOU K.
Nos Ennemis ont pris le large ;
Quand on les entend battre aux champs ,
Ratapataplan , ratapataplan ,
Nos Amours battent la charge.
Ce Couplet eft fuivi d'une Marche de
Grenadiers & de Vivandieres .
Le même Jolicoeur , le plus fier Héros des
Amours Grivois , en qualité de Tambour ,
chante le Couplet ſuivant.
Au fon du Tambour
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
A ma voix obéïſſe.
G iij Au
1862 MERCURE DE FRANCE.
Au fon du Tambour ,
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
Faffe l'Exercice ;
Qu'ici chaque Amant
Soit prêt au Commandement.
Montrez-nous ici comment
On prend les Belles ;
Prenez garde à vous
Grivois ; écoutez- moi tous.
x
Que les coeurs les plus rebelles
Tombent fous vos coups.
Voici l'Exercice des Amans Grivois , au
fon du Tambour , chanté par Jolicoeur.
Préfentez-vous
A genoux
Baifez la main
Remettez-vous
•
-
·
Offrez le Bouquet
Parez- en le Sein
Prenez un baifer
Alte- là . . .
Remettez- vous
·
.. •
• ..
• .. • • •
•
Nous finiffons cet Extrait par le Branle
géneral au bruit du canon ; il eſt chanté alternativement
par la Dlle Darimath , Dame
Flamande , traveftie en Servante , & par le
Sr
A OUST. 1744. 1863
Sr de Lécluse , Tambour , dont on vient de
parler.
Amis , chantons à pleine voix ,
Vive le bon Roi de France !
Enfin nous voilà fous fes Loix ,
Au gré de notre eſpérance ;
Enfin nous voilà fous les Loix
De ce bon Roi de France .
**
YPRES & MENIN , en moins d'un mois ,
Sont à lui par fa vaillance ,
Et déja FURNES , çà fait trois ;
Morgué quelle diligence !
Enfin , & c .
C'étoit malgré tous nos Bourgeois
Qu'on lui faifoit réfiftance ;
Chacun lui crioit fur les toîts ,
Y avance , y avance , y avance.
Enfin , & c.
**
Je n'étions avec ces Hongrois
Jamais en pleine allûrance ;
Giiij
LOUIS
1864 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS fçaura mieux qu'eux , je crois ,
Veiller à notre défenſe.
Enfin , & c.
*3X
་་
Sur tous nos coeurs il a des droits ,
En vertu de fa clémence ;
Je goûtons , grace à les Exploits ,
Le repos & l'abondance ;
Enfin , & c.
>
La Bierre nous rendoit fournois ;
Du Vin j'ignorions l'uſance ;
Il nous fait boire du l'ivois ;
Morgué quelle difference !
Soyons à jamais fous les Loix
De ce bon Roi de France .
Dès qu'on le voit , on l'aime tant ,
Que l'on fe fent l'ame épriſe ;
Sur tout , le beau Sexe Flamand
Le mettroit dans fa chemife ;
Pour moi , je l'aime franchement ;
Chacun loue à fa guife.
Si
AOUST . 1744. 1865
Si pour célébrer les grands Rois
Je n'avons pas d'Eloquence ;
Tout Flamand , comme un franc Gaulois ,
Ne dit rien que ce qu'il penfe :
Parquoi j ' difons , vivent les Loix
De ce bon Roi de France !
****
Meffieurs , la Critique a des droits
Mais qu'ici l'on s'en diſpenſe :
;
Nous chantons le plus grand des Rois ;.
Le zéle vaut l'Eloquence.
Répetez tous à haute voix ,
Vive le bon Roi de France !
Au refte l'ingénieux Triumvirat , qui a
fait ce joli préfent au Public , peut fe vanter
fur tout du choix du Sujet ; il n'en eft point
de plus intéreffant , & qui foit plus du tems
préfent .
On peutaffurer d'ailleurs, que cette agréable
Piéce a été exécutée dans toutes fes parties
, foit pour le Chant , foit pour la Danfe
& pour l'Action Théatrale,d'une maniere à
ne rien laiffer à défirer. M. Boifmortier ,
Maître de Mufique , connu par plufieurs
G V bons
1866 MERCURE DEFRANCE.
bons Ouvrages , a compofé les Airs de la
Symphonie & des Vaudevilles.
Cette Piéce eft très-bien imprimée chés
Prault , le fils , Quai de Conty , vis- à - vis la
defcente du Pont-Neuf, à la Charité, 1744.
On a dit dans le dernier Mercure , que
P'Opera Comique de la Foire S. Laurent
avoit donné fon Spectacle gratis à l'occafion
de la priſe de Furnes. Ce Divertiffement populaire
fut encore marqué ce jour là , par
quelques circonstances , auffi fingulieres
qu'inattendues. Une Marchande Bouquetiere
, voulant contribuer en quelque chofe
à la Fête qu'on donnoit fur ce Théatre , s'y
rendit, & fit porter plufieurs corbeilles , remplies
de toutes fortes de fleurs & de Bouquets
, qu'elle préſenta à cette nombreuſe
Affemblée , qui fçût très bon gré à la Marchande
, de cette galanterie ..
Après la repréſentation de la premiere-
Piéce , un Acteur de la Troupe s'avança fur
le bord du Théatre pour annoncer aux Spectateurs
qu'ils ne pouvoient pas donner la feconde
Piéce qu'ils avoient promife , l'Acteur,
qui devoit remplir un des rôles ,fe trouvant
indifpofé , qu'ils étoient tous très-fâchés
de ce contre tems , & c. Le Sr de Léclufe
, Acteur des plus comiques du même
Théatre , avoit pris la précaution de ſe placer
,
AOUST. 1744. 1867
eer, comme Spectateur ,pendant la premiere
Piéce , dans une des premieres Loges , en habit
de Jardinier , confondu avec toutes fortes
de gens , de tous états ; toute l'Affemblée
fe récria fort fur cette annonce de ne pas
jouer la Piéce promiſe ; le feint Jardinier ſe
leva , comme tous les autres , porta la parole
au nom de l'Affemblée,& dit qu'on prétendoit
que la Piéce fût joüée , puifqu'on l'avoit
promife. Cette Scéne fut jouée avec
tant d'art & d'apparence & de vérité , que
tous les Spectateurs donnerent parfaitement
dans l'illufion . L'Acteur , qni avoit déja fait
l'annonce , propofa enfin au feint Jardinier,
qui étoit toujours dans la Loge , de vouloir
bien fe charger du rôle de l'Acteur malade
puifqu'il en avoit l'habit ; le défi fut accepté
; le fuppofé Jardinier quitta fa place ,
pour paffer au Théatre , & joüa fon rôle
avec l'applaudiffement de toute l'Affemblée.