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51
p. 1-4
ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
Début :
Du Seigneur, la toute-Puissance, [...]
Mots clefs :
Dieu, Seigneur, Israël
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texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
ODE
Tirée da Cantique de Moïse , Cantemuf
Domino gloritsì > &e. Exod. ch. xv.
U Seigneur, la toute- Puissance,-
Se signale.cn notre faveur -, ;>
Marquons notre reconnoiflancejr
Par un Cantique en son honneur.
Publions qu'un Etre supiême
Vient de nous montrer qu'il nous aime,
Puiiqu'il s'«st dsclaié pour nous i
Et
/' MERCURE DE FRANCÉ
Ét que fans fa main secouràble ,
îïous aurions , d'un Roi redoutable ,
Eprouvé l'injuste courroux.
0
Oiii > ce Dieu pbur nous s'interessev
O comble de félicité /
Qu'Israël s'occupe fans cesse,
louer son immensité.
Tandis qu'il nous traite en bon Pere y
Ii punit en Juge fevere ,
Les Egyptiens orgueilleux ;
Pour nous garantir de leur rage ,
ta Mer nous présente un passage S
Qui devient un gouffre pour eux;-
8
Hé quoi? ces Troupes animées ,
Par la fureur d'un Ros cruel,
Walgré le grand Dieu des Aimées ,
Veillent- elles vaincre Israël l
Trop obstiner à nous poursuivre
Infeníèz , voyez où vous livre
tJne folle présomption ;
Ea ghts terrible dés tempêtes
Est prête à fondre fur vos têtes»
Four venger notre oppression,-
.-Comme s'ils n'avoient rien à craindre;
JANVIER. 1730. 3
Ces Idolâtres inhumains
Comptent déja de nous atteindre ,
Et le fer brille dans leurs mains
Mais aux ordres de Dieu soumise »
Cette Mer qui nous favorise,
Nous voyant sortis de ses flancs ,
Cesse de contraindre son Onde »
Se resserre & soudain inonde ,
Tous ces superbes Combattansias
Subis le châtiment terrible,*
Qu'ont mérité tes attentats ,
Roi qui te croyois invincible»
Par le nombre de tes Soldats.
Seigneur , tu rends par leur défakey
Notre vengeance plus parfaite ,
Et ton triomphe plus complet ;
Gette Troupe tantôt si fiere ,
Est , comme une paille legere »
Des flots l'inutile jouet.
&
Hommes puissans, Rois formidables1 3<
Parlez : qui font ceux d'entre vous »
Qui peuvent être comparables-,
A ce Dieu qui veille fur nous ?
Qu'est-ce qui pourroit dans ce monde s
Ouvrage de fa main féconoe <
Egal©?
•+ MERCURE DE FRANCE*
Égaler soh autorité ?
Unique source des miracles .
Jamais il ne trouve d'obstacles ,
A se suprême volonté.
g
Israël , qui pourra te nuire,
Avec un si puissant appui ì
Puisque-ton Dieu veut te conduire,;
Tu peux tout attendre de lui.
Dans une agréable contrée ,
Qu'il s'est lui-même préparée»
II te destine de beaux jours ï
Tes armes seront triomphantes *
Et cent Nations différentes ,
N'en arrêteront point le cours.
m
Dans cette charman te demeure *
Allez , ô Peuple trop heureux ?
Ec que le Seigneur à toute heure >
Y soit l'objec de tous vos voeux*
Tant que vous lui ferez fidèle ,
II couronnera votre zeíc »
Par quelque nouvelle bonté.
Tout autre Règne est périssables
Mais le sien à jamais durable »
Est fondé fur l' Eternité.
Tirée da Cantique de Moïse , Cantemuf
Domino gloritsì > &e. Exod. ch. xv.
U Seigneur, la toute- Puissance,-
Se signale.cn notre faveur -, ;>
Marquons notre reconnoiflancejr
Par un Cantique en son honneur.
Publions qu'un Etre supiême
Vient de nous montrer qu'il nous aime,
Puiiqu'il s'«st dsclaié pour nous i
Et
/' MERCURE DE FRANCÉ
Ét que fans fa main secouràble ,
îïous aurions , d'un Roi redoutable ,
Eprouvé l'injuste courroux.
0
Oiii > ce Dieu pbur nous s'interessev
O comble de félicité /
Qu'Israël s'occupe fans cesse,
louer son immensité.
Tandis qu'il nous traite en bon Pere y
Ii punit en Juge fevere ,
Les Egyptiens orgueilleux ;
Pour nous garantir de leur rage ,
ta Mer nous présente un passage S
Qui devient un gouffre pour eux;-
8
Hé quoi? ces Troupes animées ,
Par la fureur d'un Ros cruel,
Walgré le grand Dieu des Aimées ,
Veillent- elles vaincre Israël l
Trop obstiner à nous poursuivre
Infeníèz , voyez où vous livre
tJne folle présomption ;
Ea ghts terrible dés tempêtes
Est prête à fondre fur vos têtes»
Four venger notre oppression,-
.-Comme s'ils n'avoient rien à craindre;
JANVIER. 1730. 3
Ces Idolâtres inhumains
Comptent déja de nous atteindre ,
Et le fer brille dans leurs mains
Mais aux ordres de Dieu soumise »
Cette Mer qui nous favorise,
Nous voyant sortis de ses flancs ,
Cesse de contraindre son Onde »
Se resserre & soudain inonde ,
Tous ces superbes Combattansias
Subis le châtiment terrible,*
Qu'ont mérité tes attentats ,
Roi qui te croyois invincible»
Par le nombre de tes Soldats.
Seigneur , tu rends par leur défakey
Notre vengeance plus parfaite ,
Et ton triomphe plus complet ;
Gette Troupe tantôt si fiere ,
Est , comme une paille legere »
Des flots l'inutile jouet.
&
Hommes puissans, Rois formidables1 3<
Parlez : qui font ceux d'entre vous »
Qui peuvent être comparables-,
A ce Dieu qui veille fur nous ?
Qu'est-ce qui pourroit dans ce monde s
Ouvrage de fa main féconoe <
Egal©?
•+ MERCURE DE FRANCE*
Égaler soh autorité ?
Unique source des miracles .
Jamais il ne trouve d'obstacles ,
A se suprême volonté.
g
Israël , qui pourra te nuire,
Avec un si puissant appui ì
Puisque-ton Dieu veut te conduire,;
Tu peux tout attendre de lui.
Dans une agréable contrée ,
Qu'il s'est lui-même préparée»
II te destine de beaux jours ï
Tes armes seront triomphantes *
Et cent Nations différentes ,
N'en arrêteront point le cours.
m
Dans cette charman te demeure *
Allez , ô Peuple trop heureux ?
Ec que le Seigneur à toute heure >
Y soit l'objec de tous vos voeux*
Tant que vous lui ferez fidèle ,
II couronnera votre zeíc »
Par quelque nouvelle bonté.
Tout autre Règne est périssables
Mais le sien à jamais durable »
Est fondé fur l' Eternité.
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Résumé : ODE Tirée du Cantique de Moïse, Cantemus Domino gloriosè, &c. Exod. ch. xv.
Le texte est un cantique de Moïse, publié dans le 'Mercure de France' de janvier 1730, qui célèbre la puissance et la protection divine. Il commence par une reconnaissance de la faveur divine et appelle à louer Dieu pour son amour et son intervention en faveur d'Israël. Le cantique rappelle comment Dieu a sauvé Israël de la colère d'un roi redoutable en ouvrant la mer, permettant ainsi au peuple de passer, tandis que la mer se refermait sur les Égyptiens. Ces derniers, malgré leur fureur et leur présomption, furent vaincus par les tempêtes envoyées par Dieu. La mer, soumise aux ordres divins, submergea les Égyptiens, les punissant pour leurs attentats. Le texte souligne la supériorité de Dieu sur les puissants et les rois, affirmant qu'aucun obstacle ne peut arrêter sa volonté. Israël, sous la protection divine, est promis à une victoire certaine et à une vie prospère dans une contrée préparée par Dieu. Le peuple est invité à rester fidèle à Dieu, qui couronnera leur zèle par de nouvelles bontés. Contrairement aux autres royaumes périssables, le règne de Dieu est éternel et durable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 229-238
REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
Début :
Toi, qui d'une brillante Rime, [...]
Mots clefs :
Homme, Âme, Raison, Mérite, Philosophe
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
REPONSE
DELA RAISON,
A M. Roujseau.
Toi , qui d'une brillante Rime ,
Suivant l'homme en fes actions,
Soutiens dans un discours sublime a
Que je flatte ses passions j
Revien de cette erreur extrême,
Reconnois que toujours la même*
Je leur résiste avec vigueur ,
Mais que soumis â leur empire,
l'homme insensé me laisse dire,
ics fuit & leur livre son coeur.
Pour empêcher qu'il ne s'égare ;
Sans «flè j'observe ses pa», ..
B i) Et
2io MERCURE DE FRANCE;
Et je lui sers comme de Phare,
Sur la Mer qu'il court ici bas :
Rayon de la splendeur divine »
Je réchauffe , je l'illumine.
Je lui montre le droit chemin ;
Je lui dicte ce qu'il doit faire ,
Far plus d'un avis salutaire ,
<^u'U ne reçoit qu'avec dédain,
Ce Grec fameux par fa prudence 3
Ulysse, souvent m' écouta,
Par cette heureuse déférence t
Combien d'écueils il évita !
De rifle * où Calipso charmée,
Tenoit sa gloire renfermée»
Je le tirai , je le sauvai i
Si de Circé , si des Sirènes ,
II rendit les e«buches vaines,
Ce fut moi qui l'en préservai.
Mais quel écart , quelle foibleflë !
Et peut-on le lui pardonner ?
II reste chez l'Enchanterefle ,
Qui le vouloir empoisonner.
Dans le Palais d'une perfide,
Ulysse abandonnant son Guide ,
S'endort dans un indigne amour,
& ce n'est qu'aptçt nue année ,
FEVRIER. 1730. »}i
(Qu'auprès de lui plus fortunée >
Je l'arrache deLcc séjour.
Pour íës Mortels je fais encore*
Ce que pour Ulysse je fis ;
Ma voix du Couchant à l' Aurore,
Se fait entendre; à tous je dis ,
Fuyez ces Sirènes flatteuses ,
Dont les voix douces âc trompeuses ,
Vous attirent dans leurs filets ;
Des Circés galantes , volages ,
Craignez les dangereux breuvages »
Craignez les séduisants attraits.
- V ■
Mais ces avis font inutiles ,
Tous serment l'oreille à ma voix ,
Tous rebelles , tous indociles ,
Refusent de suivre mes loix.
Les passions impérieuses ,
Aveugles , mais audacieuses ,
Ont le dessus fur la raison :
Par une étonnante manie ,
On en aime ía tyrannie ,
On en savoure le poison.
! ; ' .•■ . :
Réprime enf» ta folle verve i
í)is-je à cet esprit de travers i
Tu travailles malgré Minerve , '
B iij Lorsque
ifi MERCURE DE FRANCE.
Lorsque tu tomposes des Vtrs,,
Tu manques de feu i de génie ,
Tes Fers fans sel, fans harmonie %
Sont sifflez au sacre' Vallon.
Mais four moi sourd & sans estime ,
11 va m'immoler k la Rime ,
Et faire jurer Apollon,
Je m'adresse à ce Philosophe*!
Par qui tout paroîc éclairci»
Et par une vive apostrophe ,
Je le picque & lui parle ainsi* :
Tu mesures le Ciel , la Terre ,
Tout ce que l'Univers enserre ,
Dans ton esprit efi renfermés
De ce sf avoir voyons C usage \
E» cs-tu f lus ferme l plus fagt ?•
A la vertu plus animé t
Non , 8c de sa science vaine,
11 ne remporte pour tout fruit»
Qu'une vanité souveraine ,
Dont son coeur vuide se nourrit..
De la vertu , de la sagesse ,
Il sçait parler avec justesse ,,
Il sçait fort bien les définir ;
Mais de passer à la pratique,
Pour lui c'est un cercle excentrique ,
M ne sçauroit y parvenir.
FEVRIER. 1730. 15 J
Je dis à ce Censeur severe ,
Qui , voluptueux & mondain ,
Ose reprendre dans la Chaire ,
La volupté dans son prochain :
Faux imitateur des foires ,
Toi , qui -veux réformer les autres t .
Commence par te réformer •
Ministre pieux & fidèle »
Epure tes motifs , ton zèle >
Plein du feu qui doit t' enflammes.
Quelle est ton audace efrenSe ,
De t'a-taqutr au Dieu jaloux}
Dis-j; à ce nouveau Capanée >
Digne du poids de son couroux.
JE» vain par un brillant fophìfmt ,
Tu veux soutenir l'jithtîfme ,
Êt pajftr pour un esprit fort t
Tes jírgumens vagîtes , frivoles,
Êt tes Dissertations folles ,
~Q'un coeur corrompu font t'effort'
II me sait taire , & chez des femmes ,
Dont ce Docteur est écouté ,
Il s'en va fièrement de* ames »
Combattre l'immortalité.
L'une en rit 5 une autre l'admirei
Mais ce Fanfaron a beau dire , ^
âj4 MERCURE Í>E FRA&CÉ*
Quelque jour tremblant il croira.
Un Dieu touc- puissant , invisible,
Et que l'ame est incorruptible,
Quand la fièvre le pressera»
En vaîn je crie à cet avareV
Joiiii de tes biens am/ijfe^,
Etouffe cette ardeur bizare ,
g«í ne dit jamais , c'est affett
II méprise ma remontrance »
Et pour aller à l'opulence >
II va redoubler ses effort* s
Par la faim , la soif, qu'il endure.
Et par la détestable usure ,
11 accumule des trésors.
A ce Joueur je dis fans cesse j
Use mieux d'un rare métal t
Je lui repete » qui te presse r
D'aller loger à t'Hôpital ?
Sa passion est la plus forte;
Elle l'obsede, elle Temporte, i
H s'en va jouer un Hôtel ;
Et bien-tô t l'aífreuse ruine ,
La have & hideuse famine ,
Vont saisir l'imprudent mortel. •
StHlient mieux ta hnutt naiffance ,
FEVRIER. 1730
Dïs-je à ce Marquis fainéant ;
"Par une honteuse indolence >
Tu retombes dans le néant ,
Tu ne fais voir d'un Tronc illustre ,
Qu'une branche morte fans lustre,
Et qui n'a qu'un freste soutiens
Mais je l'offense & }e le blesse ,
En lui montrant cette noblesse,
Sans qui celle du sang n'est rien.
"D'où te vient cet air d'importance
Dis-ie à cet homme tout nouveau ,
Dont le mérite est la science .
De calculer dans un Bureau/
Le fort, qui des hommes se joue 3
Te trouve enfoncé dans la lotie ,
T'en tire , quel sujet d'orgueil !
II me répond que la richesse ,
Lui donne mérite, noblesse ,
Et vertu ; voila son écueiU
A ce Mortel criârmé du monde «
Et qui court apiès la grandeur »
Je dis : Âme endestrs féconde,
jlmoureuse de la sfUr.it.ur ,
§luoi 1 n'as-tu donc été formée ,
Que four aimer une fumée ,
,Vnt ombre qui s'évanouit f
MERCURE DE FRANCE.'-
Songe du moins que cette pompe,
2V« rien de fixe & qu'on se trompe ,
Si l'on croit que l'on en jouit.
Ce discours fi vrai, si solide,.
N'émeut point cet Ambitieux ;
D'un faux éclat toûjours avide,.
U n'en détourne point ses yeux.
Pour la fortune qu'il médite,
Toûjours inquiet il s'agite ,
II veille & fait tout ce qu'il fautî.
U trouve une place brillante i
Son ame en est-elle contente?
Non, il prétend monter plu; haut;.
Blâmant d'une Coquette antique^,
le fard & les ajustemens»
Avec elle ainsi je m'explique j .
Sur ces frivoles ornemens.
A quoi te sert cette parure t,
Dont pour embellir tu figure ,,
Tu scait te servir avet art ?• 1 - -
En vain tu te peins le visage , „
Tes rides découvrent ton âge ,
Malgré tes atours & *•»
Maïs cet avis est trop sincère,
©n n'aime point la,, vérité,.
FEVRIER. 17 30
Cette folle a juré de plaire»
Avec un masque de beauté.
Elle suit avec soin la mode .
Comme les jeunes s'accommode,
En prends les habits , & les airs ;
Ec cròit par ses afféteries $ '
Et ses fades minauderies ,
Mettre tous les coeurs dans ses fers.
A certe autre, à qui la jeunesse,
Ún teint & des traits enchanteurs ,
Atcirent la brillante presse
Dis profanes > adorateurs >
Jë dis : & ces Lys & ces Roses,
Ces fleurs fur ton visage écloses -,
Avte le temps fi faneront :
Dans la déroute de tes charmes ,
Xîn jour tu verseras ttes larmes
Et tes Esclaves s'enfuiront»
Prévien' Vtnévitable fuite ,
Jiu temps fi prompt à tout faucher,
Pais provision d'un- mérite ,
Où fa faux ne puijfe touchers
Arrête ton esprit volage ;
A la beauté , faible avantage ,
Unis le lustre des vertus.
Mais >'i<uportune cette Belle,
23 8 MERCURE DE FRANCE^
Par un jeune étourdi chez elle >
Tous mes coríscils font combattus.
Bouchât , Chanoine de Sens.
DELA RAISON,
A M. Roujseau.
Toi , qui d'une brillante Rime ,
Suivant l'homme en fes actions,
Soutiens dans un discours sublime a
Que je flatte ses passions j
Revien de cette erreur extrême,
Reconnois que toujours la même*
Je leur résiste avec vigueur ,
Mais que soumis â leur empire,
l'homme insensé me laisse dire,
ics fuit & leur livre son coeur.
Pour empêcher qu'il ne s'égare ;
Sans «flè j'observe ses pa», ..
B i) Et
2io MERCURE DE FRANCE;
Et je lui sers comme de Phare,
Sur la Mer qu'il court ici bas :
Rayon de la splendeur divine »
Je réchauffe , je l'illumine.
Je lui montre le droit chemin ;
Je lui dicte ce qu'il doit faire ,
Far plus d'un avis salutaire ,
<^u'U ne reçoit qu'avec dédain,
Ce Grec fameux par fa prudence 3
Ulysse, souvent m' écouta,
Par cette heureuse déférence t
Combien d'écueils il évita !
De rifle * où Calipso charmée,
Tenoit sa gloire renfermée»
Je le tirai , je le sauvai i
Si de Circé , si des Sirènes ,
II rendit les e«buches vaines,
Ce fut moi qui l'en préservai.
Mais quel écart , quelle foibleflë !
Et peut-on le lui pardonner ?
II reste chez l'Enchanterefle ,
Qui le vouloir empoisonner.
Dans le Palais d'une perfide,
Ulysse abandonnant son Guide ,
S'endort dans un indigne amour,
& ce n'est qu'aptçt nue année ,
FEVRIER. 1730. »}i
(Qu'auprès de lui plus fortunée >
Je l'arrache deLcc séjour.
Pour íës Mortels je fais encore*
Ce que pour Ulysse je fis ;
Ma voix du Couchant à l' Aurore,
Se fait entendre; à tous je dis ,
Fuyez ces Sirènes flatteuses ,
Dont les voix douces âc trompeuses ,
Vous attirent dans leurs filets ;
Des Circés galantes , volages ,
Craignez les dangereux breuvages »
Craignez les séduisants attraits.
- V ■
Mais ces avis font inutiles ,
Tous serment l'oreille à ma voix ,
Tous rebelles , tous indociles ,
Refusent de suivre mes loix.
Les passions impérieuses ,
Aveugles , mais audacieuses ,
Ont le dessus fur la raison :
Par une étonnante manie ,
On en aime ía tyrannie ,
On en savoure le poison.
! ; ' .•■ . :
Réprime enf» ta folle verve i
í)is-je à cet esprit de travers i
Tu travailles malgré Minerve , '
B iij Lorsque
ifi MERCURE DE FRANCE.
Lorsque tu tomposes des Vtrs,,
Tu manques de feu i de génie ,
Tes Fers fans sel, fans harmonie %
Sont sifflez au sacre' Vallon.
Mais four moi sourd & sans estime ,
11 va m'immoler k la Rime ,
Et faire jurer Apollon,
Je m'adresse à ce Philosophe*!
Par qui tout paroîc éclairci»
Et par une vive apostrophe ,
Je le picque & lui parle ainsi* :
Tu mesures le Ciel , la Terre ,
Tout ce que l'Univers enserre ,
Dans ton esprit efi renfermés
De ce sf avoir voyons C usage \
E» cs-tu f lus ferme l plus fagt ?•
A la vertu plus animé t
Non , 8c de sa science vaine,
11 ne remporte pour tout fruit»
Qu'une vanité souveraine ,
Dont son coeur vuide se nourrit..
De la vertu , de la sagesse ,
Il sçait parler avec justesse ,,
Il sçait fort bien les définir ;
Mais de passer à la pratique,
Pour lui c'est un cercle excentrique ,
M ne sçauroit y parvenir.
FEVRIER. 1730. 15 J
Je dis à ce Censeur severe ,
Qui , voluptueux & mondain ,
Ose reprendre dans la Chaire ,
La volupté dans son prochain :
Faux imitateur des foires ,
Toi , qui -veux réformer les autres t .
Commence par te réformer •
Ministre pieux & fidèle »
Epure tes motifs , ton zèle >
Plein du feu qui doit t' enflammes.
Quelle est ton audace efrenSe ,
De t'a-taqutr au Dieu jaloux}
Dis-j; à ce nouveau Capanée >
Digne du poids de son couroux.
JE» vain par un brillant fophìfmt ,
Tu veux soutenir l'jithtîfme ,
Êt pajftr pour un esprit fort t
Tes jírgumens vagîtes , frivoles,
Êt tes Dissertations folles ,
~Q'un coeur corrompu font t'effort'
II me sait taire , & chez des femmes ,
Dont ce Docteur est écouté ,
Il s'en va fièrement de* ames »
Combattre l'immortalité.
L'une en rit 5 une autre l'admirei
Mais ce Fanfaron a beau dire , ^
âj4 MERCURE Í>E FRA&CÉ*
Quelque jour tremblant il croira.
Un Dieu touc- puissant , invisible,
Et que l'ame est incorruptible,
Quand la fièvre le pressera»
En vaîn je crie à cet avareV
Joiiii de tes biens am/ijfe^,
Etouffe cette ardeur bizare ,
g«í ne dit jamais , c'est affett
II méprise ma remontrance »
Et pour aller à l'opulence >
II va redoubler ses effort* s
Par la faim , la soif, qu'il endure.
Et par la détestable usure ,
11 accumule des trésors.
A ce Joueur je dis fans cesse j
Use mieux d'un rare métal t
Je lui repete » qui te presse r
D'aller loger à t'Hôpital ?
Sa passion est la plus forte;
Elle l'obsede, elle Temporte, i
H s'en va jouer un Hôtel ;
Et bien-tô t l'aífreuse ruine ,
La have & hideuse famine ,
Vont saisir l'imprudent mortel. •
StHlient mieux ta hnutt naiffance ,
FEVRIER. 1730
Dïs-je à ce Marquis fainéant ;
"Par une honteuse indolence >
Tu retombes dans le néant ,
Tu ne fais voir d'un Tronc illustre ,
Qu'une branche morte fans lustre,
Et qui n'a qu'un freste soutiens
Mais je l'offense & }e le blesse ,
En lui montrant cette noblesse,
Sans qui celle du sang n'est rien.
"D'où te vient cet air d'importance
Dis-ie à cet homme tout nouveau ,
Dont le mérite est la science .
De calculer dans un Bureau/
Le fort, qui des hommes se joue 3
Te trouve enfoncé dans la lotie ,
T'en tire , quel sujet d'orgueil !
II me répond que la richesse ,
Lui donne mérite, noblesse ,
Et vertu ; voila son écueiU
A ce Mortel criârmé du monde «
Et qui court apiès la grandeur »
Je dis : Âme endestrs féconde,
jlmoureuse de la sfUr.it.ur ,
§luoi 1 n'as-tu donc été formée ,
Que four aimer une fumée ,
,Vnt ombre qui s'évanouit f
MERCURE DE FRANCE.'-
Songe du moins que cette pompe,
2V« rien de fixe & qu'on se trompe ,
Si l'on croit que l'on en jouit.
Ce discours fi vrai, si solide,.
N'émeut point cet Ambitieux ;
D'un faux éclat toûjours avide,.
U n'en détourne point ses yeux.
Pour la fortune qu'il médite,
Toûjours inquiet il s'agite ,
II veille & fait tout ce qu'il fautî.
U trouve une place brillante i
Son ame en est-elle contente?
Non, il prétend monter plu; haut;.
Blâmant d'une Coquette antique^,
le fard & les ajustemens»
Avec elle ainsi je m'explique j .
Sur ces frivoles ornemens.
A quoi te sert cette parure t,
Dont pour embellir tu figure ,,
Tu scait te servir avet art ?• 1 - -
En vain tu te peins le visage , „
Tes rides découvrent ton âge ,
Malgré tes atours & *•»
Maïs cet avis est trop sincère,
©n n'aime point la,, vérité,.
FEVRIER. 17 30
Cette folle a juré de plaire»
Avec un masque de beauté.
Elle suit avec soin la mode .
Comme les jeunes s'accommode,
En prends les habits , & les airs ;
Ec cròit par ses afféteries $ '
Et ses fades minauderies ,
Mettre tous les coeurs dans ses fers.
A certe autre, à qui la jeunesse,
Ún teint & des traits enchanteurs ,
Atcirent la brillante presse
Dis profanes > adorateurs >
Jë dis : & ces Lys & ces Roses,
Ces fleurs fur ton visage écloses -,
Avte le temps fi faneront :
Dans la déroute de tes charmes ,
Xîn jour tu verseras ttes larmes
Et tes Esclaves s'enfuiront»
Prévien' Vtnévitable fuite ,
Jiu temps fi prompt à tout faucher,
Pais provision d'un- mérite ,
Où fa faux ne puijfe touchers
Arrête ton esprit volage ;
A la beauté , faible avantage ,
Unis le lustre des vertus.
Mais >'i<uportune cette Belle,
23 8 MERCURE DE FRANCE^
Par un jeune étourdi chez elle >
Tous mes coríscils font combattus.
Bouchât , Chanoine de Sens.
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Résumé : REPONSE DE LA RAISON. A M. Rousseau.
Le texte est une réponse adressée à M. Rousseau, abordant la raison et les passions humaines. La raison, personnifiée, exprime son désarroi face à l'indifférence des hommes, qui privilégient leurs passions à ses conseils. Elle se compare à un phare, guidant les hommes à travers les périls de la vie, comme elle l'a fait pour Ulysse en l'aidant à éviter les écueils et les tentations. Cependant, elle déplore que les hommes, malgré ses avertissements, restent souvent aveugles à ses conseils et succombent à leurs passions. La raison critique également un philosophe qui, bien qu'il parle avec justesse de la vertu et de la sagesse, ne parvient pas à les mettre en pratique. Elle s'adresse ensuite à divers individus, tels qu'un voluptueux mondain, un athée, un avare, un joueur, un fainéant, un ambitieux, une coquette et une jeune femme séduisante, leur reprochant leurs comportements et leurs erreurs. Elle les exhorte à suivre ses conseils pour éviter les dangers et les malheurs qui les guettent. Néanmoins, elle constate que ses avis sont souvent ignorés et que les hommes préfèrent suivre leurs passions destructrices.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
53
p. 702-708
ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Début :
Sur les Rivages de la Seine, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Fête, Yeux, Ambassadeurs d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
O DE
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
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Résumé : ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Le texte relate une fête somptueuse organisée par les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Sa Majesté Catholique, le Marquis de Santa Cruz et de Barrenechea, pour célébrer la naissance du Dauphin le 24 janvier 1730. Cette célébration se déroule sur les rives de la Seine et présente des spectacles enchanteurs où l'art s'unit aux éléments naturels. Le jour est décrit comme brillant et fortuné, avec un fleuve alternant entre impétuosité et calme, symbolisant la transition entre l'hiver et le printemps. Les eaux de la Seine sont ornées de parterres flottants entourés d'ifs et d'orangers, lançant des tonnerres inoffensifs. La rivière est décorée de parures, et un coq exprime sa joie par le battement de ses ailes. Le ciel est illuminé de brillantes étoiles, et des feux d'artifice imitent des éclairs et des tonnerres. Des jardins enchanteurs sont parés de fleurs vives et de fruits éclatants, tandis que des lampions et des girandoles éclairent la scène. La trompette et le tambour résonnent, accompagnés par le canon, et le peuple répète les noms augustes des deux rois. Des fontaines de vin désaltèrent la foule, et une aurore naissante dore les coteaux. Iris annonce la paix, et des métamorphoses se produisent, transformant des roses en un palais éclatant. Des concerts et des ballets enchantent les invités, et des bergères chantent le bonheur de la France. Des dieux et des déesses embellissent les lieux, et des festins somptueux sont offerts. La fête met en scène diverses métamorphoses culinaires, comme un parterre de confiture, et des danses légères succèdent aux repas. La magnificence de la fête témoigne des grandeurs de l'Espagne et de la France unies par la naissance du Dauphin. Les peuples sont invités à célébrer cet événement, et la Bourgogne et la Champagne offrent leurs meilleurs vins. La fête symbolise l'union entre Philippe et Louis, et l'amitié entre les peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 861-868
LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Début :
Quel Profane sur le Parnasse, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Génie, Muses, Vers, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
LA POESIE ,
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
ODE
A M. de la Faye , de l'Académie Fran
goife. Par M. Richer .
Quel
Jel Profane fur le Parnaffe ,
Ferme l'oreille à tes accens ;
Dieu des Vers , confonds fon audace ,
Fail
862 MERCURE DE FRANCE
Fais briller tes charmes puiffants.
C'eſt envain que dans fon délire ,
Mufes , il ofe contredire ,
Les fuffrages de l'Univers :
Paroiffez , Filles de Memoire ,
Chantez vous- même votre gloire ,
Infpirez -moi vos plus beaux Airs.
Sorti des mains de Promethée ,
L'homme errant , féroce & fans Loi ,
Sur la Terre à peine habitée ,
Répandoit le trouble & l'effroi.
Cette lumiere vive & pure ,
Don précieux de la Nature ,
Ne lui deffilloit point les yeux :
Livrez aux paffions perfides ,
Les coeurs féduits n'avoient pour guides ,
Que ces Tyrans imperieux.
Age malheureux ! où la Terre ,
Etoit un Théatre d'horreurs.
La Difcorde y foufloit la Guerre ;
En tous lieux regnoient fes fureurs.
Hideux alors & fans culture , -
Les Champs n'offroient pour nourriture
Que du Gland & des fruits amers :
Vous ignoriez les Arts utiles ,
Mortels , vous n'aviez
pour
aziles ,
Que les Rochers & les Deſerts.
Mais
MAY . 863
1730.
Mais , quel Dieu ? Quel puiffant génie ,
Vient enfin de changer les coeurs ?
C'eſt toi , raviffante Harmonie !
Qui fur eux répans tes douceurs.
Illuftre fils de Calliope ,
De l'erreur qui les enveloppe ,
Tu peux feul diffiper la nuit ;
De tes Preceptes efficaces ,
Dictez par la bouche des Graces ,
Je les voi recueillir le fruit.
A ta voix féconde en miracles ,
Quittant leurs Antres efcarpez ,
Du fon de tes facrez Oracles ,
Ces coeurs farouches font frappez ;
Ils en admirent la fageffe ,
Les moeurs dépouillent leur rudeffe :
Tu fais triompher l'équité :
Soumis à des Loix refpectables ,
Ils goutent de ces noeuds aimables ,
L'agrément & l'utilité.
Ainfi la Fable nous figure
Les Rochers émus de tes fons ,
Et jufqu'en fa Caverne obfcure ,
L'Ours attendri par tes Chanſons ::
Ainfi d'un Chantre de la Grece ,
" Jadis la Lyre enchantereffe ,
Eleva
864 MERCURE DE FRANCE
Eleva les murs des Thébains :
Vives , mais trop foibles images ,
Pour nous peindre les avantages ,
D'un Art , le Maître des Humains !
Cet Art , aux plus fages maximes ,
Joint des accens mélodieux .
Ses accords font touchants , fublimes :
C'eft ainfi que parlent les Dieux.
Par fa Peinture noble & vive ,
Il frappe , il rend l'ame attentive ,
Plein de force & d'aménité ;
Et fouvent fes doctes Myfteres,
Sous des fictions falutaires ,
Voilent l'auftere verité.
Dans une Scene intereſſante ,
Retraçant d'illuftres malheurs ,
Voi Melpomene gémiffante ,
De nos yeux
Sur l'ame vivement
atteinte ,
La compaffion
& la crainte ,
Font d'utiles impreffions
;
Et l'affreuſe
image du crime ,
Dont le coupable
eft la victime
Du coeur banuit les paffions.
arracher des pleurs.
Des jeux Innocens de Thalie ;
Le
MAY. 865 1730 .
Le riant fpectacle étalé ,
De l'homme montre la folie ,
Aux ris le vice eft immolé.
La fureur du jeu , l'imprudence ,
Le faux fçavoir & l'arrogance ,
Y font percez de mille traits.
De ces Dramatiques merveilles ,
Les fons qui charment nos oreilles ,
Nous y font trouver plus d'attraits.
Mais animé du même zele ,
Par qui le vice eft combattu ,
D'un trait de fon Crayon fidele ,
Ce grand Art nous peint la vertu.
Pindare dans fes fons Lyriques ,
Chante les Vainqueurs Olympiques ;
Homere chante les Guerriers ,
Sans cette vivante peinture ,
Le temps , dont ils bravent l'injure ,
N'eût pas refpecté leurs Lauriers.
Oui , Mufes , votre Art eft utile ,
Aux fameux Guerriers , aux grands Rois,
Sans vous d'Agamemnon , d'Achille ,
L'oubli voileroit les exploits.
Des Héros que l'Hiftoire vante ,
La vertu paroît plus brillante ,
Lorfque vous celebrez leur nom
..lexandre , avide de gloire ,
866 MERCURE DE FRANCE
Se plaignoit après la victoire ,
Qu'Homere eût paffé l'Acheron,
Dans une agréable retraite ,
Ou les Nymphes font leur féjour ,
Le beau Thyrfis , fur ſa Mufette ,
Chante le pouvoir de l'Amour.
Un autre à l'ombre de la Treille ,
Epris de la Liqueur vermeille ,
D'un Dieu vante les dons chéris :
Venus & le fils de Séméle ,
Ornent d'une grace nouvelle ,
Les Chanfons de leurs Favoris.
Mais ce langage du Permeffe ,
'Au gré d'un fubtil Novateur ,
N'eſt qu'une ridicule yvrefſe ,
Dont le caprice eft inventeur.
Séduits par un ufage étrange ,
Pourquoi prodiguer la loüange ,
A de pareils amuſemens ?
Penible abus de la parole ,
A qui notre folie immole ,
La Nature & fes fentimens !
Muſes , l'honneur de ce Rivage ,
Qu'infenfible à vos doux accords ,
Pour décrier votre langage ,
L'Ingrat
ΤΟ
867 .. MAY. 1730.
L'Ingrat faffe de vains efforts :
Pour dégrader les doctes veilles
Du fameux Rival des Corneilles ,
Qu'il décompofe fes écrits :
Racine , un fol efpoir le flatte ;
Et des beaux Vers de Mithridate ,
Tu nous vois encor plus épris.
De la meſure & de la Rime ,
Qu'il brave l'importune loi :
Tu leur conferves notre eftime ;
Ce bel Art triomphe chez toi.
Les mots foumis à la meſure ,
N'y font qu'embellir la Nature ,
Malgré leur étroite priſon ;
Et par l'effort de ton génie ,
La cadence au droit ſens unie
Charme l'oreille & la raiſon,
Non , ce travail n'eſt point ſterile ;
Fruit d'un laborieux loifir ;
Moins le fuccès en eſt facile ,
Plus il nous caufe de plaifir.
De tout temps l'Univers l'admire :
Si les fons qu'enfante la Lyre ,
Charment aujourd'hui les Mortels ,
Le Monde encor dans fon enfance ,
Sans
868 MERCURE DE FRANCE
Sans fçavoir , fans expérience ,
Aux Mufes dreffa des Autels.
En vain par une audace extrême ,
L *** infultant aux neuf Soeurs ,
Sur le fommet du Pinde même ,
Ofe méprifer leurs faveurs.
Pour le confondre Polymnie,
Echauffant ton heureux génie ,
Fait entendre de nouveaux Airs ,
La Faye , & ta Lyre fidelle ,
Nous donne une preuve immortelle ,
De la puiffance des beaux Vers.
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Résumé : LA POESIE, ODE A M. de la Faye, de l'Académie Françoise. Par M. Richer.
Le texte est une ode dédiée à M. de la Faye, membre de l'Académie Française, écrite par M. Richer. L'auteur commence par inviter les Muses à chanter leur propre gloire et à inspirer ses vers. Il décrit l'état primitif de l'humanité, marqué par la violence et l'absence de lois, avant l'avènement de l'harmonie et de la poésie. La poésie, personnifiée par les Muses, est présentée comme une force capable de civiliser les hommes, de les rendre plus justes et de les guider vers des mœurs plus douces. L'ode met en avant les vertus de la poésie, qui non seulement divertit mais éduque également en illustrant les conséquences des vices et en célébrant la vertu. Les grands poètes comme Pindare et Homère sont cités pour leur capacité à immortaliser les exploits des héros. L'auteur critique ceux qui méprisent la poésie et loue Racine pour son art. Il conclut en affirmant que la poésie, malgré ses contraintes, charme l'oreille et la raison, et qu'elle a toujours été admirée par l'humanité depuis ses origines. L'ode se termine par une louange à M. de la Faye et à sa lyre fidèle, preuve de la puissance des beaux vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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55
p. 875-880
A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
Début :
Aimable fils de Calliope, [...]
Mots clefs :
Amour, Ciel, Reine
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texteReconnaissance textuelle : A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
A LA REINE ,
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
O DE.
Imable fils de Calliope ,
A qui fis admirer autrefois
Aux Chênes émus du Rhodape
Les divins charmes de ta voix ;
Prête-moi ton efprit fublime ;
L'orgueilleux projet qui m'anime
Veut les accords les plus touchans ;
Soutien ma mufe qui s'égare ,
Et dans l'yvreffe de Pindare
Infpire-moi de nobles chants,
鹚
Quel éclat foudain m'environne ?
Tout furprend , tout ravit mes yeux , '
Où fuis-je ? ... l'Univers s'étonne …….
Le Ciel s'ouvre ... je vois les Dieux !
Quelle pompe ! quelle harmonie !
La Cour celefte réunie
B iiij Deſerte
876 MERCURE DE FRANCE
Déferte l'Olympe jaloux ;
Apprenez-moi , chafte Lucine ,
Quelle illuftre & chere origine
Vous fait defcendre parmi nous.
France , fçais - tu ta deſtinée ?
Tes plus doux voeux font accomplis
Le fruit d'un auguſte Hymenée ,
En naiffant , les a tous remplis.
Ton Peuple impatient , avide ,
D'une feconde Adélaïde
Voit fortir l'amour des Humains
La Nature en fes yeux fe mire ,
Et furprife s'aime , s'admire ,
Dans le Chef-d'oeuvre de fes mains,
A
Si deux fois la Couche Royale
paru lente à te charmer ,
Le Ciel dans ce long intervale
Se préparoit à le former ;
Sans que le Peuple le fatigue ,
A chaque instant il lui prodigue
Mille vulgaires rejettons ,
Mais fa main qui nous donne l'être
Eft plus lente à faire renaître
L'Héroïque Sang des Bourbons.
Vous
MAY. 877 1730 .
Vous qui de la Grandeur fuprême
Faites le Trône des Vertus ,
Riche ornement du Diadême ,
Heureufe Epoufe d'un Titus ;
Qui tendre aux pleurs du miferable ;
D'une main promte & favorable ,
Arrêtez les triftes ſanglots ;
Pour prix d'un mérite fi rare ,
Forcez fouvent ce Ciel avare
A produire de tels Héros.
Les Faunes , les Nymphes folâtres
Refpectent cet Aftre nouveau ,
Et les Dieux mêmes idolâtres
L'e careffent dans fon Berceau ;
L'Amour , Venus offre fes graces ;
Minerve veut fuivre fes traces ;
Et dans leurs prophetiques Vers
Les Mufes annoncent fa Gloire ,
Mars lui confacre la Victoire ,
Neptune , l'Empire des mers. -
M
Quel Dieu de fon foufle m'agite
D'où naît cette fubite horreur ?
Je fens dans mon ame interdite
L'accès d'une fainte fureur
Apollon m'éclaire & m'enflame ;
By Elpris
878 MERCURE DE FRANCE
Epris de fa divine flamme,
Je lis dans le fombre Avenir ;
C'eft lui ; je le fens ; il s'avance ;
Loin , vulgaire , de fa préſence ;
Ton oeil ne peut la foûtenir.
Long- tems de la Terre exilées ;
Par l'injuftice des mortels ,
Thémis & fa foeur rappellées
Relevent leurs communs Autels.
L'homme à leur voix n'eft plus rebelle ;
L'innocence.Le renouvelle ;
Siecle admiré , je te revois.
Oui , dans une équité profonde
Janus aux Habitans du monde .
Fait encore adorer ſes Loix.
Eft-ce un vain fonge qui me flatte
Quelle longue Pofterité !
Dans le Sang dé Louis éclatte
Ce qu'eut de Grand l'Antiquité.
Sortez de vos fuperbes cendres.
Achilles , Céfars , Alexandres ,
Ce Roi va vous remettre au jour.`
Dans vos défauts loin de vous fuivre ,
Ses Fils dans eux feront revivre
Ce qui dans vous eut notre amour.
Vos
MAY. 1730. 879
Vos mains n'ont porté que la foudre ;
Vos coups vous rendirent fameux ;
Sans mettre l'Univers en poudre ,
Louis eft plus grand , plus heureux ;
Tout l'aime & le craint ; fans tonnere
Il fçait tranquilifer la Terre ,
Il fait le fort des Potențats ;
Et dans fa faine politique
Toûjours fa fageffe s'applique
Au feul bonheur de fes Etats.
沁
Mais quoi fans force & fans haleine
?
Où vais-je m'élever encor ;
Nouvel Icare , dans ma veine
J'ofe prendre un rapide effor ;
D'une aveugle & vague penſée
Arrête la courſe infenfée
Muſe , tes Vers font impuiffans ;
Réprime une ardeur teméraire ;
Et dans un refpect neceffaire
Laiffe murir ton foible encens
Vous , que la gloire ſeule inſpire
Honneur d'un Regne précieux ,
Cher objet des voeux de l'Empire ,
REINE , digne préfent des Cieux ,
Tendre , facile , bienfaiſantë , -
BL
Souffrez
880 MERCURE DE FRANCE
Souffrez d'une plume naiffante
L'hommage long-tems fufpendu ;
Je fçais quelle eft mon imprudence ;
Mais peut-on garder le filence
Lorſque l'on voit tant de vertu ?
Pyrrho de Varille.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
O DE.
Imable fils de Calliope ,
A qui fis admirer autrefois
Aux Chênes émus du Rhodape
Les divins charmes de ta voix ;
Prête-moi ton efprit fublime ;
L'orgueilleux projet qui m'anime
Veut les accords les plus touchans ;
Soutien ma mufe qui s'égare ,
Et dans l'yvreffe de Pindare
Infpire-moi de nobles chants,
鹚
Quel éclat foudain m'environne ?
Tout furprend , tout ravit mes yeux , '
Où fuis-je ? ... l'Univers s'étonne …….
Le Ciel s'ouvre ... je vois les Dieux !
Quelle pompe ! quelle harmonie !
La Cour celefte réunie
B iiij Deſerte
876 MERCURE DE FRANCE
Déferte l'Olympe jaloux ;
Apprenez-moi , chafte Lucine ,
Quelle illuftre & chere origine
Vous fait defcendre parmi nous.
France , fçais - tu ta deſtinée ?
Tes plus doux voeux font accomplis
Le fruit d'un auguſte Hymenée ,
En naiffant , les a tous remplis.
Ton Peuple impatient , avide ,
D'une feconde Adélaïde
Voit fortir l'amour des Humains
La Nature en fes yeux fe mire ,
Et furprife s'aime , s'admire ,
Dans le Chef-d'oeuvre de fes mains,
A
Si deux fois la Couche Royale
paru lente à te charmer ,
Le Ciel dans ce long intervale
Se préparoit à le former ;
Sans que le Peuple le fatigue ,
A chaque instant il lui prodigue
Mille vulgaires rejettons ,
Mais fa main qui nous donne l'être
Eft plus lente à faire renaître
L'Héroïque Sang des Bourbons.
Vous
MAY. 877 1730 .
Vous qui de la Grandeur fuprême
Faites le Trône des Vertus ,
Riche ornement du Diadême ,
Heureufe Epoufe d'un Titus ;
Qui tendre aux pleurs du miferable ;
D'une main promte & favorable ,
Arrêtez les triftes ſanglots ;
Pour prix d'un mérite fi rare ,
Forcez fouvent ce Ciel avare
A produire de tels Héros.
Les Faunes , les Nymphes folâtres
Refpectent cet Aftre nouveau ,
Et les Dieux mêmes idolâtres
L'e careffent dans fon Berceau ;
L'Amour , Venus offre fes graces ;
Minerve veut fuivre fes traces ;
Et dans leurs prophetiques Vers
Les Mufes annoncent fa Gloire ,
Mars lui confacre la Victoire ,
Neptune , l'Empire des mers. -
M
Quel Dieu de fon foufle m'agite
D'où naît cette fubite horreur ?
Je fens dans mon ame interdite
L'accès d'une fainte fureur
Apollon m'éclaire & m'enflame ;
By Elpris
878 MERCURE DE FRANCE
Epris de fa divine flamme,
Je lis dans le fombre Avenir ;
C'eft lui ; je le fens ; il s'avance ;
Loin , vulgaire , de fa préſence ;
Ton oeil ne peut la foûtenir.
Long- tems de la Terre exilées ;
Par l'injuftice des mortels ,
Thémis & fa foeur rappellées
Relevent leurs communs Autels.
L'homme à leur voix n'eft plus rebelle ;
L'innocence.Le renouvelle ;
Siecle admiré , je te revois.
Oui , dans une équité profonde
Janus aux Habitans du monde .
Fait encore adorer ſes Loix.
Eft-ce un vain fonge qui me flatte
Quelle longue Pofterité !
Dans le Sang dé Louis éclatte
Ce qu'eut de Grand l'Antiquité.
Sortez de vos fuperbes cendres.
Achilles , Céfars , Alexandres ,
Ce Roi va vous remettre au jour.`
Dans vos défauts loin de vous fuivre ,
Ses Fils dans eux feront revivre
Ce qui dans vous eut notre amour.
Vos
MAY. 1730. 879
Vos mains n'ont porté que la foudre ;
Vos coups vous rendirent fameux ;
Sans mettre l'Univers en poudre ,
Louis eft plus grand , plus heureux ;
Tout l'aime & le craint ; fans tonnere
Il fçait tranquilifer la Terre ,
Il fait le fort des Potențats ;
Et dans fa faine politique
Toûjours fa fageffe s'applique
Au feul bonheur de fes Etats.
沁
Mais quoi fans force & fans haleine
?
Où vais-je m'élever encor ;
Nouvel Icare , dans ma veine
J'ofe prendre un rapide effor ;
D'une aveugle & vague penſée
Arrête la courſe infenfée
Muſe , tes Vers font impuiffans ;
Réprime une ardeur teméraire ;
Et dans un refpect neceffaire
Laiffe murir ton foible encens
Vous , que la gloire ſeule inſpire
Honneur d'un Regne précieux ,
Cher objet des voeux de l'Empire ,
REINE , digne préfent des Cieux ,
Tendre , facile , bienfaiſantë , -
BL
Souffrez
880 MERCURE DE FRANCE
Souffrez d'une plume naiffante
L'hommage long-tems fufpendu ;
Je fçais quelle eft mon imprudence ;
Mais peut-on garder le filence
Lorſque l'on voit tant de vertu ?
Pyrrho de Varille.
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Résumé : A LA REINE, SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. ODE.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, fils du roi de France. L'auteur invoque la muse Calliope pour obtenir l'inspiration nécessaire à la célébration de cet événement. Il décrit une vision grandiose où les dieux et la cour céleste se réunissent pour honorer la naissance. La France et son peuple expriment leur joie et leur admiration pour cet héritier tant attendu, fruit d'un mariage royal. Le texte met en avant la patience divine et la valeur du sang des Bourbons. La reine est louée pour ses vertus et sa bienveillance. Les dieux et les divinités offrent leurs grâces et prophétisent la gloire future du Dauphin. Le poème se conclut par une réflexion sur la grandeur du roi Louis et un hommage à la reine pour ses vertus.
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56
p. 892-896
ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Début :
Rappelle tes charmes, ma Lyre, [...]
Mots clefs :
Onde, Flots, Mer
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
OD E.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
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Résumé : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Le poème, composé pour le Prix du Palinod de Caen en l'honneur de la Sainte Vierge, utilise la mer comme métaphore. La mer est décrite comme une entité noble et mystérieuse, exemptée de toute impureté. Elle est un lieu de justice divine où les crimes sont punis et où les passions humaines se reflètent. La mer est également admirée pour sa beauté et sa puissance, capable de calmer les tempêtes et de révéler des spectacles magnifiques. Le poète compare ensuite la mer à la Vierge Marie, soulignant sa pureté et son exemption de souillure. Le poème se conclut par une admiration pour la pureté de la Vierge, qui suscite une sainte surprise et met fin aux douces mélodies du poète.
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57
p. [1059]-1063
POLYMNIE, ODE.
Début :
Quelle est cette fiere Déesse ? [...]
Mots clefs :
Académie des jeux floraux, Poète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLYMNIE, ODE.
POLY
MNIE ,
Quelle
O DE.
Uelle eft cette fiere Déeffe ?
Elle fuit fur un Char loin des terreftres lieux.
Les Graces animent fes yeux ;
Jupiter fur fon front imprima fa nobleſſe.
Cupidon l'arme de fes Traits ,
Venus lui prête fes attraits ,
Mars & Bellonne , leurs Trompettes.
A ij Le
1060 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu des Vers , fa Lyre & les accords vainqueurs.
Euterpe , fes tendres Mulettes ,
Et le vainqueur du Gange , un Thyrfe orné de
fleurs.
C'eſt toi , fublime Polymnie ;
Tu me faifis , mais Ciel ! fur quels bords enchantez
,
Mes pas foudain font tranſportez !
Qu'entens je! quelle voix! quelle douce harmonic▸
O Dieuxquels magiques effets !
Ta Lyre enfante des Palais ;
Des Tigres adoucit la rage ;
Sufpend le cours des eaux ; attendrit les Enfers ,
Et s'attire un fecret hommage ,
Des Muets habitans de l'Empire des Mers.
Dans ces Vallons qu'embellit Flore ,
De tes vrais Nouriffons , les Airs mélodieux ,
Celebrent le culte des Dieux.
Ici j'entens Linus , Orphée & Steficore.
*
Là le galant Anacréon ,
Chante Bacchus & Cupidon.
Il n'a que le plaifir pour guide ,
Sous ces arbres Sapho déplorant fes malheurs ,
Près d'Alcée & de Simonide ,
Charme tout , hors l'ingrat qui fait couler fes
pleurs.
1. Vol,
QNC
U. IN. 1730. 1061
Que vois-je ? d'une aîle affurée ,
front ceint de Lauriers , un Mortel fend les
Leairs.
Imprudent , crains les vaftes Mers .
Mais , il penetre au fein de la Voute azurée.
C'eft Pindare ; lâches Rivaux ,
Voyez par
des chemins nouveaux ,
Cet Aigle au-deffus du Tonnerre.
Que peuvent contre lui vos cris audacieux ?
Sçachez , vils enfans de la Terre ,
Que Pindare peut feul s'élever jufqu'aux Cieux.
Ses vrais imitateurs font rares.
Le Ciel , de loin en loin fe plaît à les former ;
Mais il dédaigne d'animer ,
Mille avortons obfcurs , témeraires Icares
Efprits bornez & tenebreux ,
Vous ofez prendre pour des feux
Les lueurs de votre caprice ;
Quel en fera le fruit , présomptueux Rimeurs ;
Sous vos pas s'ouvre un précipice ,
Où vont vous entraîner ces perfides lueurs .
Le Poëte ami de Mecéne ,
Sçait réunir en lui tous les talens divers` ;
Il fçait par de fublimes Airs ,
Reffufciter les fons de la Lyre Thébaine.
L'affreux Hyver , le doux Printemps ,
I. Volv
A iij Les
1062 MERCURE DE FRANCE
Les Dieux , les Buveurs , les Amans ,
Exercent tour-à-tour fa Verve.
Il allie avec grace aux faveurs d'Apollon ;
Les dons précieux de Minerve.
Le génie & le gout , l'efprit & la raiſon.
Portés fur les ailes rapides ,
Trois "Auteurs en nos jours ont fignalé leur
nom.
Cheris du Dieu de l'Helicon ,
Is furpaffent fouvent ceux qu'ils prenoient pour
guides.
Des ornemens ambitieux ,
Ariftarques judicieux ,
Ils fçavent inftruire & nous plaire.
Ce jeune Conquerant fous qui tout a plié ,
S'ils fuffent nez avant Homere ,
Aux vainqueurs d'Illion ne l'eût pas envié.
Près de ces modeles celebres ,
J'apperçois un Effain de Liriques naiffans.
Phébus accepte leur encens ,
Et leurs noms de l'oubli perceront les tenebres.
La Lice s'ouvre devant eux.
Courez , Athletes genereux ,
Thémis tient la balance égale .
Le mérite décide & feul la fait pancher ;
* M" de Santeüil , Rouſſeau , la Mothe.
1. Vol.
MéJUIN.
1730. 1063
Mépriſez l'obſcure cabale ;
Du Trône de Thémis elle n'oſe approcher.
Si le deftin vous eft contraire ,
Vaincus , n'en croyez point un aveugle courroux ;
Vos traits retomberont fur vous ,
Et la honte fuivra votre douleur amere.
Vainqueurs , veillez fur vos Lauriers
Les Poëtes & les Guerriers ,
Dormem au ſein de la victoire.
De leurs bras languiffants elle s'échappe & fuit.
Songez que la folide gloire ,
Des travaux affidus eft le penible fruit,
Cette Ode eft de l'Abbé Poncy de Neuville
, & a remporté cette année 1730. à
Thouloufe un des Prix réservez de l'année
1729. par le jugement de l'Académie des
Feux Floraux.
MNIE ,
Quelle
O DE.
Uelle eft cette fiere Déeffe ?
Elle fuit fur un Char loin des terreftres lieux.
Les Graces animent fes yeux ;
Jupiter fur fon front imprima fa nobleſſe.
Cupidon l'arme de fes Traits ,
Venus lui prête fes attraits ,
Mars & Bellonne , leurs Trompettes.
A ij Le
1060 MERCURE DE FRANCE
Le Dieu des Vers , fa Lyre & les accords vainqueurs.
Euterpe , fes tendres Mulettes ,
Et le vainqueur du Gange , un Thyrfe orné de
fleurs.
C'eſt toi , fublime Polymnie ;
Tu me faifis , mais Ciel ! fur quels bords enchantez
,
Mes pas foudain font tranſportez !
Qu'entens je! quelle voix! quelle douce harmonic▸
O Dieuxquels magiques effets !
Ta Lyre enfante des Palais ;
Des Tigres adoucit la rage ;
Sufpend le cours des eaux ; attendrit les Enfers ,
Et s'attire un fecret hommage ,
Des Muets habitans de l'Empire des Mers.
Dans ces Vallons qu'embellit Flore ,
De tes vrais Nouriffons , les Airs mélodieux ,
Celebrent le culte des Dieux.
Ici j'entens Linus , Orphée & Steficore.
*
Là le galant Anacréon ,
Chante Bacchus & Cupidon.
Il n'a que le plaifir pour guide ,
Sous ces arbres Sapho déplorant fes malheurs ,
Près d'Alcée & de Simonide ,
Charme tout , hors l'ingrat qui fait couler fes
pleurs.
1. Vol,
QNC
U. IN. 1730. 1061
Que vois-je ? d'une aîle affurée ,
front ceint de Lauriers , un Mortel fend les
Leairs.
Imprudent , crains les vaftes Mers .
Mais , il penetre au fein de la Voute azurée.
C'eft Pindare ; lâches Rivaux ,
Voyez par
des chemins nouveaux ,
Cet Aigle au-deffus du Tonnerre.
Que peuvent contre lui vos cris audacieux ?
Sçachez , vils enfans de la Terre ,
Que Pindare peut feul s'élever jufqu'aux Cieux.
Ses vrais imitateurs font rares.
Le Ciel , de loin en loin fe plaît à les former ;
Mais il dédaigne d'animer ,
Mille avortons obfcurs , témeraires Icares
Efprits bornez & tenebreux ,
Vous ofez prendre pour des feux
Les lueurs de votre caprice ;
Quel en fera le fruit , présomptueux Rimeurs ;
Sous vos pas s'ouvre un précipice ,
Où vont vous entraîner ces perfides lueurs .
Le Poëte ami de Mecéne ,
Sçait réunir en lui tous les talens divers` ;
Il fçait par de fublimes Airs ,
Reffufciter les fons de la Lyre Thébaine.
L'affreux Hyver , le doux Printemps ,
I. Volv
A iij Les
1062 MERCURE DE FRANCE
Les Dieux , les Buveurs , les Amans ,
Exercent tour-à-tour fa Verve.
Il allie avec grace aux faveurs d'Apollon ;
Les dons précieux de Minerve.
Le génie & le gout , l'efprit & la raiſon.
Portés fur les ailes rapides ,
Trois "Auteurs en nos jours ont fignalé leur
nom.
Cheris du Dieu de l'Helicon ,
Is furpaffent fouvent ceux qu'ils prenoient pour
guides.
Des ornemens ambitieux ,
Ariftarques judicieux ,
Ils fçavent inftruire & nous plaire.
Ce jeune Conquerant fous qui tout a plié ,
S'ils fuffent nez avant Homere ,
Aux vainqueurs d'Illion ne l'eût pas envié.
Près de ces modeles celebres ,
J'apperçois un Effain de Liriques naiffans.
Phébus accepte leur encens ,
Et leurs noms de l'oubli perceront les tenebres.
La Lice s'ouvre devant eux.
Courez , Athletes genereux ,
Thémis tient la balance égale .
Le mérite décide & feul la fait pancher ;
* M" de Santeüil , Rouſſeau , la Mothe.
1. Vol.
MéJUIN.
1730. 1063
Mépriſez l'obſcure cabale ;
Du Trône de Thémis elle n'oſe approcher.
Si le deftin vous eft contraire ,
Vaincus , n'en croyez point un aveugle courroux ;
Vos traits retomberont fur vous ,
Et la honte fuivra votre douleur amere.
Vainqueurs , veillez fur vos Lauriers
Les Poëtes & les Guerriers ,
Dormem au ſein de la victoire.
De leurs bras languiffants elle s'échappe & fuit.
Songez que la folide gloire ,
Des travaux affidus eft le penible fruit,
Cette Ode eft de l'Abbé Poncy de Neuville
, & a remporté cette année 1730. à
Thouloufe un des Prix réservez de l'année
1729. par le jugement de l'Académie des
Feux Floraux.
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Résumé : POLYMNIE, ODE.
Le texte est une ode dédiée à Polymnie, la muse de la poésie lyrique. Polymnie est décrite comme une figure divine, animée par les Grâces, marquée par la noblesse de Jupiter, et armée par Cupidon et Vénus. Elle est accompagnée de divers dieux et figures mythologiques, tels que Mercure, Euterpe, et le vainqueur du Gange. La muse transporte le poète dans des lieux enchanteurs, où sa lyre produit des effets magiques, adoucissant les tigres, suspendant le cours des eaux, et attendrissant les Enfers. Le poème évoque ensuite Pindare, présenté comme un aigle s'élevant au-dessus du tonnerre, incapable d'être imité par ses rivaux. Les faux poètes sont mis en garde contre leur présomption, comparés à Icare. Le texte loue également les poètes amis de Mécène, capables de réunir divers talents et de charmer par leurs vers. Trois auteurs contemporains sont mentionnés comme ayant surpassé leurs guides et étant chéris par Phébus. Enfin, le poème encourage les jeunes poètes à courir vers la victoire dans la lice poétique, où Thémis tient la balance égale. Les vainqueurs sont invités à veiller sur leurs lauriers, car la gloire est le fruit de travaux assidus. Cette ode a remporté un prix de l'Académie des Jeux Floraux en 1730.
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58
p. 1074-1079
L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
Début :
Dans cet azile solitaire, [...]
Mots clefs :
Patrie, Amour, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
L'AMOUR DE LA PATRIE.
D
O DE
Ans cét azile folitaire ,
Prête ta voix à ma douleur ,
Mufe , unique dépofitaire
Des ennuis fecrets de mon coeur.
Aux ris , aux jeux quand tout conſpire ,
Pardonne-mei fi fur ta Lyre
Je n'exprime que des regrets' ;
Plus à craindre que Philomele ,
Je viens foupirer avec elle.
Dans le filence des Forêts.
En vain fur cette aimable rive
La jeune Flore eft de retour ;
En vain Cerès long- tems captive
Rouvre fon fein au Dieu du Jour ;
Ces bords chéris de la Nature
Pour charmer l'ennui que j'endure
N'ont point d'attraits affez flatteurs ,
Par le defir de ma Patrie
Mon ame toujours attendrie
EA peu fenfible à leurs douceurs.
Loin
U IN 1730 . 1075
Loin du féjour que je regrette
J'ai déja vû quatre Printems ;
Une inquiétude fecrette
En a marqué tous les inftans.
De cette demeure chérie
Une importune rêverie
Me rappelle l'éloignement ;
Faut-il qu'un fouvenir que j'aime
Loin d'adoucir ma peine extrême
En aigriffe le fentiment ?
Mais que dis -je , forçant l'obftacle:
Qui me fépare de ces lieux ,
Mon efprit fe donne un fpectacle
Dont ne peuvent jouir mes yeux.
Pourquoi m'en ferois -je une peine
La douce erreur qui me ramene
Vers les objets de mes foupirs
Eft le feul plaifir qui me refte
Dans la privation funefte
D'un bien qui manque à mes defirs.
Soit inftinct , foit reconnoiffance
L'homme par un penchant fecret
Cherit le lieu de fa Naiffance
Et ne le quitte qu'à regret ;
Les Regions Hyperborées
Les plus infertiles Contrées
1
I Fol Sont
1076 MERCURE DE FRANCE
Sont cheres à leurs Habitans ;
Tranſplantez fur nos doux rivages
Les Peuples nés aux lieux fauvages ;
Leurs coeurs y feront peu contens.
Sans ce penchant qui nous domine
Par un invifible reffort ,
Le Laboureur en fa chaumine
Vivroit-il content de fon fort ?
Helas ! au foyer de fes Peres ,
Trifte héritier de leurs miferes ,
Que pourroit- il trouver d'attraits
Si la naiffance & l'habitude.
Ne lui rendoient fa folitude
Plus charmante que les Palais ?
Ceux qu'un deftin libre & tranquile
Retient fous leurs propres lambris-
Jouiffent de ce bien facile
Sans en connoître tout le prix ;
Mais quand le Ciel moins favorable
Nous prive du Pays aimable
Où nous avons reçû le jour ,
La voix du coeur fe fait entendre ,
Et nous inſpire un défir tendre
De revoir cet heureux féjour.
I. Vol. Pour
JUIN. 1730. 1077
Pour fixer le volage Ulyffe
Par Neptune perſecuté ,
En vain Calypfo plus propice
Lui promet l'immortalité ;
Cette efperance fi flatteufe
Dans une Ile délicieuſe
Ne peut captiver le Heros ;
Sa chere Itaque le rappelle';
Il part , il brave encor pour elle
La fureur des vents & des flots .
來
Mais tandis que ce Roi d'Itaque
Fuit Calypfo malgré l'Amour ,
Je vois le jeune Telemaque
Aborder à la même Cour ;
Autre Ulyffe pour la Déeffe ,
Ce fils guidé par la Sageffe
Refufe des jours immortels ,
Fidele à ces Dieux domestiques ,
Il veut de leurs Temples antiques
Encenfer encor les Autels.
A ces traits , qui peut méconnoître
L'Amour genéreux & puiſſant
Que le climat qui nous yoit naître
Nous infpire à tous en naiffant ?
Ce noble Amour dans la difgrace
Nous arme d'une utile audace
I. Vol.
Contre
1078 MERCURE DE FRANCE
Contre le fort & le danger ;
Si par des routes peu connuës
*
Un Mortel vole au fein des Nuës ,
fuir un Cielé tranger.
C'est
pour
Quand cet Amour est notre guide
Pour nous la Mort a des appas ;
Par lui plus d'une ame intrépide
A fçû triompher du trépas.
Quel eft ce Guerrier magnanime
Qui dans un tenebreux abîme
Se précipite fans effroi ?
C'eft Curtius , reconnois , Rome ,
Le dévouement de ce grand homme
Il vient de périr ; c'eſt pour toi.
N'admirons plus l'humeur barbare
De ces Philofophes errans
Qu'on a vûs par un goût bizarre
Pour leur Patrie indifferens.
Orgueilleux Citoyens du monde
De votre fecte vagabonde
Ma raiſon ne peut faire cas ;
Je n'y vois que des coeurs fauvages ,
Des fous parés du nom de fages
Bien plus dignes du nom d'ingrats,
* Dédale .
I. Vol.
Bords
JUIN. 1730. 1079
Bords de la Somme , aimables Plaines ,
Dont m'éloigne un deftin jaloux ,
Que ne puis -je brifer les chaines
Qui me retiennent loin de vous !
Que ne puis-je , nouveau Dédale ,
un fi vafte intervale Franchir
Par un induftrieux effor ,
Et jouir enfin fans allarmes
D'un féjour où regnent les charmes
Et les vertus de l'Age d'Or.
Greffet.
Cette Ode venuë de Tours , auroit été
imprimée dans le Mercure de May , fi elle
fut arrivée à tems.
D
O DE
Ans cét azile folitaire ,
Prête ta voix à ma douleur ,
Mufe , unique dépofitaire
Des ennuis fecrets de mon coeur.
Aux ris , aux jeux quand tout conſpire ,
Pardonne-mei fi fur ta Lyre
Je n'exprime que des regrets' ;
Plus à craindre que Philomele ,
Je viens foupirer avec elle.
Dans le filence des Forêts.
En vain fur cette aimable rive
La jeune Flore eft de retour ;
En vain Cerès long- tems captive
Rouvre fon fein au Dieu du Jour ;
Ces bords chéris de la Nature
Pour charmer l'ennui que j'endure
N'ont point d'attraits affez flatteurs ,
Par le defir de ma Patrie
Mon ame toujours attendrie
EA peu fenfible à leurs douceurs.
Loin
U IN 1730 . 1075
Loin du féjour que je regrette
J'ai déja vû quatre Printems ;
Une inquiétude fecrette
En a marqué tous les inftans.
De cette demeure chérie
Une importune rêverie
Me rappelle l'éloignement ;
Faut-il qu'un fouvenir que j'aime
Loin d'adoucir ma peine extrême
En aigriffe le fentiment ?
Mais que dis -je , forçant l'obftacle:
Qui me fépare de ces lieux ,
Mon efprit fe donne un fpectacle
Dont ne peuvent jouir mes yeux.
Pourquoi m'en ferois -je une peine
La douce erreur qui me ramene
Vers les objets de mes foupirs
Eft le feul plaifir qui me refte
Dans la privation funefte
D'un bien qui manque à mes defirs.
Soit inftinct , foit reconnoiffance
L'homme par un penchant fecret
Cherit le lieu de fa Naiffance
Et ne le quitte qu'à regret ;
Les Regions Hyperborées
Les plus infertiles Contrées
1
I Fol Sont
1076 MERCURE DE FRANCE
Sont cheres à leurs Habitans ;
Tranſplantez fur nos doux rivages
Les Peuples nés aux lieux fauvages ;
Leurs coeurs y feront peu contens.
Sans ce penchant qui nous domine
Par un invifible reffort ,
Le Laboureur en fa chaumine
Vivroit-il content de fon fort ?
Helas ! au foyer de fes Peres ,
Trifte héritier de leurs miferes ,
Que pourroit- il trouver d'attraits
Si la naiffance & l'habitude.
Ne lui rendoient fa folitude
Plus charmante que les Palais ?
Ceux qu'un deftin libre & tranquile
Retient fous leurs propres lambris-
Jouiffent de ce bien facile
Sans en connoître tout le prix ;
Mais quand le Ciel moins favorable
Nous prive du Pays aimable
Où nous avons reçû le jour ,
La voix du coeur fe fait entendre ,
Et nous inſpire un défir tendre
De revoir cet heureux féjour.
I. Vol. Pour
JUIN. 1730. 1077
Pour fixer le volage Ulyffe
Par Neptune perſecuté ,
En vain Calypfo plus propice
Lui promet l'immortalité ;
Cette efperance fi flatteufe
Dans une Ile délicieuſe
Ne peut captiver le Heros ;
Sa chere Itaque le rappelle';
Il part , il brave encor pour elle
La fureur des vents & des flots .
來
Mais tandis que ce Roi d'Itaque
Fuit Calypfo malgré l'Amour ,
Je vois le jeune Telemaque
Aborder à la même Cour ;
Autre Ulyffe pour la Déeffe ,
Ce fils guidé par la Sageffe
Refufe des jours immortels ,
Fidele à ces Dieux domestiques ,
Il veut de leurs Temples antiques
Encenfer encor les Autels.
A ces traits , qui peut méconnoître
L'Amour genéreux & puiſſant
Que le climat qui nous yoit naître
Nous infpire à tous en naiffant ?
Ce noble Amour dans la difgrace
Nous arme d'une utile audace
I. Vol.
Contre
1078 MERCURE DE FRANCE
Contre le fort & le danger ;
Si par des routes peu connuës
*
Un Mortel vole au fein des Nuës ,
fuir un Cielé tranger.
C'est
pour
Quand cet Amour est notre guide
Pour nous la Mort a des appas ;
Par lui plus d'une ame intrépide
A fçû triompher du trépas.
Quel eft ce Guerrier magnanime
Qui dans un tenebreux abîme
Se précipite fans effroi ?
C'eft Curtius , reconnois , Rome ,
Le dévouement de ce grand homme
Il vient de périr ; c'eſt pour toi.
N'admirons plus l'humeur barbare
De ces Philofophes errans
Qu'on a vûs par un goût bizarre
Pour leur Patrie indifferens.
Orgueilleux Citoyens du monde
De votre fecte vagabonde
Ma raiſon ne peut faire cas ;
Je n'y vois que des coeurs fauvages ,
Des fous parés du nom de fages
Bien plus dignes du nom d'ingrats,
* Dédale .
I. Vol.
Bords
JUIN. 1730. 1079
Bords de la Somme , aimables Plaines ,
Dont m'éloigne un deftin jaloux ,
Que ne puis -je brifer les chaines
Qui me retiennent loin de vous !
Que ne puis-je , nouveau Dédale ,
un fi vafte intervale Franchir
Par un induftrieux effor ,
Et jouir enfin fans allarmes
D'un féjour où regnent les charmes
Et les vertus de l'Age d'Or.
Greffet.
Cette Ode venuë de Tours , auroit été
imprimée dans le Mercure de May , fi elle
fut arrivée à tems.
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Résumé : L'AMOUR DE LA PATRIE. ODE
Le texte 'L'AMOUR DE LA PATRIE' est une ode qui exprime la douleur de l'exil et l'amour profond pour la patrie. Le poète, dans un lieu solitaire, confie ses regrets et ses souffrances à la muse. Malgré la beauté de la nature environnante, son cœur est tourmenté par la nostalgie de sa patrie. Il évoque les quatre printemps passés loin de son foyer, marqués par une inquiétude secrète. La douce erreur de se remémorer sa patrie est le seul plaisir qui lui reste dans l'absence de ce bien désiré. L'homme, par un penchant naturel, chérit le lieu de sa naissance et le quitte à regret. Même les régions les plus inhospitalières sont chères à leurs habitants. Le poète souligne que sans ce penchant, le laboureur ne trouverait pas de charme dans sa chaumine. Ceux qui restent chez eux ignorent la valeur de ce bien, mais ceux qui en sont privés ressentent un désir tendre de revoir leur foyer. L'exemple d'Ulysse, qui préfère retourner à Ithaque malgré les promesses de Calypso, illustre cet amour pour la patrie. De même, Télémaque refuse l'immortalité pour rester fidèle à ses dieux domestiques. Cet amour généreux et puissant inspire courage et audace face à l'adversité. Le poète admire le dévouement de Curtius, qui se sacrifie pour Rome, et critique les philosophes indifférents à leur patrie, les qualifiant d'ingrats. Enfin, le poète exprime son désir de revenir sur les bords de la Somme, comparant son souhait à celui de Dédale voulant franchir un vaste intervalle pour retrouver son foyer.
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59
p. 1085-1096
ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Début :
Est-ce un charme trompeur ? au pouvoir des prestiges [...]
Mots clefs :
Dauphin, Trésor, Coeur, Empire, Roi, Fête, Ambassadeurs d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Ode fuivante a perdu le mérite de ce
qu'on nomme l'à propos , la Fête celebre
qui en eft le fujet , ayant été donnée il y
a plus de quatre mois ; mais l'Auteur qui
avoit fait cette Piéce en même - tems eut des
raifons particulieres pour ne la pas foumettre
alors à la décifion du Public ; c'est à lui de
juger fi elle a d'ailleurs quelque mérite qui la
dédommage de celui qu'elle a perdu aujour
d'hui ; ce fera peut- être prévenir en fa faveur
que d'avertir qu'elle eft de M. Bouret , Lientenant
General de Gifors , qui a remporté les
deux années dernieres le Prix de Poëfie au
jugement de l'Académie Françoife .
I. Vol. Biij ODE
1
1086 MERCURE DE FRANCE
OD E.
Sur la Fête que les Ambaffadeurs & Plenipotentiaires
d'Espagne ont donnée à Paris
le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa
Majefte Catholique Philippe V. à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin.
E St-ce un charme trompeur ? au pouvoir des
preftiges
M'a-t'on livré de toutes parts ?
Les merveilles & les prodiges
S'offrent en foule à mes regards f
Suivi de tous les Dieux , le Maître du Tonnere
Pour venir habiter la Terre
A-t'il abandonné les Cieux ?
C'eft lui- même , lui feul vainqueur de mille obftacles
Pouvoit enfanter les ſpectacles
Que nous étalent ces beaux lieux..
De l'Augufte Junon , brillante Meflagere ,
* Iris fur un Arc- en-Ciel feint devoit paroltrefur
la cime des Monts Pirennées que repréfentoit
ce Feu d'artifice tiré ſur la Riviere , ces
ornement qni eut été trés - brillant ne parut pas
manqua par la faute de l'Entrepreneur : mais
il eft deffiné tel qu'il devoit étre fur toutes les
Planches que l'on a jointes à la Defcription dis
Feu.
I. Vol. Quel
JUIN. 1730. 1087
Quel vif éclat peint tes habits ?
Et fur ton écharpe legere
A femé l'or & les rubis ?
De feux étincelans la Terre s'illumine ,
Daigne m'apprendre où fe termine
Tout l'appareil de ce grand jour ?
Jupiter dans les foins d'une Fête fi belle ,
De quelque Déeffe nouvelle
Veut-il encore orner fa Cour ?
Mais , non ; ce que j'entends , ce que je vois pa
roître
M'offre de plus grands interêts ;
Pourrois-je encore méconnoître
L'objet de ces pompeux apprêts ?
La France de fon Fils celebre la Naiffance ,
Et la Paix que fuit l'innocence
Ramene avec lui tous les biens ;
De fes fruits les plus doux,fource heureuſe & feconde
,
-
Des deux premiers Trônes du monde
Il éternife les liens.
Augufte Rejetton d'une Tige cherie !
Tout va s'unir en ta faveur ;
Déja la France & l'Iberic
N'ont plus qu'un langage & qu'un coeur.
PHILIPPE avec tranfport fur nos rives déploye
I. Vo!.
De
Biiij
1088 MERCURE DE FRANCE
De fa tendreffe & de fa joye
Les témoignages précieux ;
Je vois paroître ici , Théatre de ſa Fête ,
Ces Monts , dont l'orgueilleufe tête
Semble fe cacher dans les Cieux..
Mais quel enchantement fur les bords de la Seine
Les a tout à coup tranſportés ?
En vain par la puiffance humaine
De tels efforts feroient tentés ;
PHILIPPE , c'eſt des Dieux la merveille écla
tante ;
Minerve a rempli ton attente ;
Elle en fait fon plus doux emploi.
C'est ainsi que Neptune & le Dieu du Permeffe
Servoient , flattés par fa promeffe ,
Un Roi moins celebre que toi.
L'ordre des Elemens pour la Fête ordonnée
Va-t'il fe confondre à ta voix ?
Ici la Nature étonnée
Voit fufpendre ou changer fes loix ;
Avec tous fes Tréfors l'Amante de Zephire
S'établit fur l'humide Empire
Dans la plus âpre des Saifons ;
Laomedon , Roide Pergame , pour qui Neptune
Apollon travaillerent & bâtirent les
murailles de Troye , depuis Capitale de l'Afie.
1. Vol Borée
JUIN. 1730. 1089
Borée en frémiſſant voit détruire ſon Regne ,
Surpris que Flore le contraigne
A fuir au fond de fes prifons..
Mais que vois -je ! ces fleurs , fans perdre leur
figure ,
Ces Arbriffeaux font embrafés,
Vulcain veut -il venger l'injure
Des Aquilons tyrannifés ?
Nom , Flore , ta beauté que le jour feul revele
Emprunte une grace nouvelle
Du vif éclat de ces flambeaux ;
Tes fleurs en feux brillans tout-à-coup transformées
>
Sur leurs Terraffes enflammées
En font des fpectacles plus beaux..
Pour le Cocq déformais le Lion pert fa haine ,
Prodige aux fiecles à venir !
De l'Ebre enſemble & de la Seine:
On voit les flots ſe réunir.
La Nuit déploye en vain fes voiles les plus ſom→
bres ,
Comment peut fortir de fes ombres
Le jour qui frappe ici mes yeux ?.
Le fuperbe Palais élevé fur ces rives
Me peint à des clartés fi vives.
Celui du plus brillant des Dieux..
* Le Palais du Soleil tel qu'ovide le décrit
dans fes Métamorphojes,
BOUIL
1090 MERCURE DE FRANCE
* BOUILLON , fi dans ce jour d'éternelle mémoire
Tu fers le zele d'un grand Roi
Son coeur t'affocie à ſa gloire ;
L'éclat en rejaillit fur toi.
Le Chef- d'oeuvre des Cieux , ton illuftre Compagne
*
Préfide aux Fêtes que l'Eſpagne
Confacre à l'Empire François :
PHILIPPE , qu'en ces lieux remplace la
Princeffe ,
A tant de grace & de nobleſſe
A bien dû fon auguſte choix.
Qu'entens-je ? un feu foudain va nous réduire
en poudre ;
Quel bruit ! quel fracas dans les airs !
Les Cieux s'embrafent , & la foudre
Gronde au milieu de mille éclairs !
Mais quel effroi nouveau ! du centre de la terre
La flamme , aliment du tonnerre
S'échape en lumineux fillons .
Du Vefuve entr'ouvert vois - je les vaftes gouffres?
De feux , de falpêtres , de fouffres ,
Vomir au loin des tourbillons !
* M. le Duc de Bouillon a prêté fon Hôtel &
le Jardin pour la Fête .
* Madame la Ducheffe de Bouillon a été priée
par le Roi d'Espagne de faire en fon nom les
honneurs de laFêt e.
1. Vol . Dans
JUIN. 1730. 1091
Dans l'Empire des eaux , Dieu du fombre Rivage,
As-tu tranfporté les Enfers ?
Viens-tu détruire le partage
Du Souverain des flots amers ?
La flamme dans leur fein , les Nayades tremblantes
,
Cent fois de leurs Grottes brulantes
Ont redouté l'embraſement ;
Depuis quand ? par quel art ? l'onde au feu ſi contraire
,
Souffre-t'elle qu'un temeraire
L'ofe braver impunément ?
Mais d'un art féduiſant m'é garent les merveilles
Grands Dieux ! quelle étoit mon erreur !
Quoi ! pour mes yeux & mes oreilles
Le plaifir devenoit terreur !
Des Aftres , des éclairs , agréables images ,
LOUIS ! ces feux font des hommages
"Rendus à ton augufte fils.
Ainfi deux grands Etats dans leurs tendres com.
merces ,
Chantoient par cent bouches diverfes
L'heureux prefent que tu leur fis.
* Les Serpentaux ou Feux Gregeois qui brulent
dans l'eau ..
I, Vol. B v Tout
1092 MERCURE DE FRANCE
Tout retentit du fon des bruyantes trompettes
A qui fe mêlent les hautbois ;
Quels fons ! écho , tu les repetes ,
Pour les apprendre au Dieu des Bois..
Mais lui -même s'avance avec les doctes Fées ,
Des Arions & des Orphées
J'entends les fublimes travaux :
Plus promte que l'éclair,quelle main bienfaifante
*
+
A mes yeux enchantés préfente
Des objets des plaiſirs nouveaux.
Chere Euterpe ! c'eſt toi , ta divine harmonie
Charme le Maître que tu fers ;
Voix raviflantes , * Polymnie
Guide elle-même vos Concerts ;
Quels doux frémiffemens me faififfent encore !
Les Rivales de Terpficore *
Forment les pas les plus fçavans
*
Les Graces fur leur danfe ont verfé la Nobleffe ;
Oui , les traits dont l'amour nous bleffe
Ont des
appas
moins décevans.
Quel cercle éblouiffant ! quelle augufte Affemblée
*
* La Pastorale en Mufique.
Les Dalles Antier & Le Maure..
* Les Des Camargo & Salé..
Le Ballet..
* Le Feftin
da. Volo Orne
JUIN.
1093
1730.
Orne encor ce brillant Salon ;
La pompe en ces lieux étalée
Répond au féjour d'Apollon ;
Comus conduit ici l'abondance élegante ,
La délicateffe piquante
Et l'aimable diverfité :
D'un ſuperbe feſtin retraçant l'ordonnance ,
Avec les loix le Dieu difpenfe
Les tréfors de la volupté..
Vous , Reine , dont jadis la tendreffe idolâtre-
A fait la honte & les deftins ,
Maintenant , vaine Cleopatre ,
Vantez vos celebres feftins .
Pour celui que l'Espagne àla France prépare ,
Ce que la Terre a de plus rare ,
Les flots , les airs font épuifés :
Cent mets délicieux qu'un art fçavant déploye
Peignent l'objet de notre joye *
Sous fon emblême déguiſés.
Quel changement ſoudain m'ouvre un nouveaus
Théatre ?
Tous les Miniftres de Comus
Font place à la troupe folâtre .
*Plufieurs Ouvrages de Pâtisserie & defucre
où étoient représentés des auphins , des petits.
Amours , des Fleurs de Lys Co.
1 Voly Qu'a1094
MERCURE DE FRANCE
Qu'amene & qu'inſpire Momus.
Ici de mille objets l'aimable bigarrure
Reçoit les loix & la parure
Du Dieu qu'elle y vient honorer.
Le mafque féducteur,l'un chez l'autre, fait naître
Ou l'embarras de fe connoître ,
Ou le plaifir de s'ignorer.
Eft- ce la jeune Hebé par Jupiter choific
Pour verfer le Nectar aux Dieux ,
Qui nous prépare l'Ambroisie
Que l'on prodigue dans ces lieux ?
Par un gout plus charmant les trésors de l'Automne
Jamais n'ont vaincu d'Erigone**
La refiftance & les mépris :
Glaçons qu'en fruits divers l'art déguife & colore
Aux dons de Pomone & de Flore
Vous ajoutez un nouveau prix.
Ces fpectacles , PHILIPPE , à ta vaſte puiſ-
Lance ,
A ton grand coeur font affortis ;
Moins d'éclat , de magnificence
Parut aux nôces de Thétis.
Ce tranquile féjour aux charmes qu'il étale
* Bacchus féduifit la Nymphe Erigonefous la
figure d'un Raifin
1. Vol. N'offre
JUIN. 1730. 1895
N'offre point la pomme fatale
Qui caufa de fi grands revers.
Le DAUPHIN , cher objet d'une Fête éclatante
Nous garentit la Paix conftante
Qui va regner dans l'Univers,
Quel art , au choix heureux de ces galans ſpec
tacles
Unit encor la dignité
N'en doutons plus , à ces miracles
Préfide une Divinité.
Mais fouvent parmi nous de fublimes génies
Dans leurs lumieres infinies
Remplacent le pouvoir des Dieux.
J'aperçois deux Mortels favoris'de Minerve ,
A qui la Déeffe referve
Ses tréfors les plus précieux.
De PHILIPPE en leur fein l'àugufte confi
dence
A verfé les plus grands fecrets ;
L'Europe entiere à leur prudence
Remet fes plus chers interêts.
Leur zele ingénieux , attentif à ta gloire ,
Grand Prince , a gravé ta mémoire
Avec des traits dignes de toi.
Dans les apprêts divers d'une Fête pompeuſe ,
* Les Ambaſſadeurs Plenipotentiaires d'Eſpagne.
I. Vol. Dans
1096 MERCURE DE FRANCE
Dans fa fplendeur majestueufe
Le Miniftre a montré le Roi.
qu'on nomme l'à propos , la Fête celebre
qui en eft le fujet , ayant été donnée il y
a plus de quatre mois ; mais l'Auteur qui
avoit fait cette Piéce en même - tems eut des
raifons particulieres pour ne la pas foumettre
alors à la décifion du Public ; c'est à lui de
juger fi elle a d'ailleurs quelque mérite qui la
dédommage de celui qu'elle a perdu aujour
d'hui ; ce fera peut- être prévenir en fa faveur
que d'avertir qu'elle eft de M. Bouret , Lientenant
General de Gifors , qui a remporté les
deux années dernieres le Prix de Poëfie au
jugement de l'Académie Françoife .
I. Vol. Biij ODE
1
1086 MERCURE DE FRANCE
OD E.
Sur la Fête que les Ambaffadeurs & Plenipotentiaires
d'Espagne ont donnée à Paris
le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa
Majefte Catholique Philippe V. à l'occafion
de la Naiffance du Dauphin.
E St-ce un charme trompeur ? au pouvoir des
preftiges
M'a-t'on livré de toutes parts ?
Les merveilles & les prodiges
S'offrent en foule à mes regards f
Suivi de tous les Dieux , le Maître du Tonnere
Pour venir habiter la Terre
A-t'il abandonné les Cieux ?
C'eft lui- même , lui feul vainqueur de mille obftacles
Pouvoit enfanter les ſpectacles
Que nous étalent ces beaux lieux..
De l'Augufte Junon , brillante Meflagere ,
* Iris fur un Arc- en-Ciel feint devoit paroltrefur
la cime des Monts Pirennées que repréfentoit
ce Feu d'artifice tiré ſur la Riviere , ces
ornement qni eut été trés - brillant ne parut pas
manqua par la faute de l'Entrepreneur : mais
il eft deffiné tel qu'il devoit étre fur toutes les
Planches que l'on a jointes à la Defcription dis
Feu.
I. Vol. Quel
JUIN. 1730. 1087
Quel vif éclat peint tes habits ?
Et fur ton écharpe legere
A femé l'or & les rubis ?
De feux étincelans la Terre s'illumine ,
Daigne m'apprendre où fe termine
Tout l'appareil de ce grand jour ?
Jupiter dans les foins d'une Fête fi belle ,
De quelque Déeffe nouvelle
Veut-il encore orner fa Cour ?
Mais , non ; ce que j'entends , ce que je vois pa
roître
M'offre de plus grands interêts ;
Pourrois-je encore méconnoître
L'objet de ces pompeux apprêts ?
La France de fon Fils celebre la Naiffance ,
Et la Paix que fuit l'innocence
Ramene avec lui tous les biens ;
De fes fruits les plus doux,fource heureuſe & feconde
,
-
Des deux premiers Trônes du monde
Il éternife les liens.
Augufte Rejetton d'une Tige cherie !
Tout va s'unir en ta faveur ;
Déja la France & l'Iberic
N'ont plus qu'un langage & qu'un coeur.
PHILIPPE avec tranfport fur nos rives déploye
I. Vo!.
De
Biiij
1088 MERCURE DE FRANCE
De fa tendreffe & de fa joye
Les témoignages précieux ;
Je vois paroître ici , Théatre de ſa Fête ,
Ces Monts , dont l'orgueilleufe tête
Semble fe cacher dans les Cieux..
Mais quel enchantement fur les bords de la Seine
Les a tout à coup tranſportés ?
En vain par la puiffance humaine
De tels efforts feroient tentés ;
PHILIPPE , c'eſt des Dieux la merveille écla
tante ;
Minerve a rempli ton attente ;
Elle en fait fon plus doux emploi.
C'est ainsi que Neptune & le Dieu du Permeffe
Servoient , flattés par fa promeffe ,
Un Roi moins celebre que toi.
L'ordre des Elemens pour la Fête ordonnée
Va-t'il fe confondre à ta voix ?
Ici la Nature étonnée
Voit fufpendre ou changer fes loix ;
Avec tous fes Tréfors l'Amante de Zephire
S'établit fur l'humide Empire
Dans la plus âpre des Saifons ;
Laomedon , Roide Pergame , pour qui Neptune
Apollon travaillerent & bâtirent les
murailles de Troye , depuis Capitale de l'Afie.
1. Vol Borée
JUIN. 1730. 1089
Borée en frémiſſant voit détruire ſon Regne ,
Surpris que Flore le contraigne
A fuir au fond de fes prifons..
Mais que vois -je ! ces fleurs , fans perdre leur
figure ,
Ces Arbriffeaux font embrafés,
Vulcain veut -il venger l'injure
Des Aquilons tyrannifés ?
Nom , Flore , ta beauté que le jour feul revele
Emprunte une grace nouvelle
Du vif éclat de ces flambeaux ;
Tes fleurs en feux brillans tout-à-coup transformées
>
Sur leurs Terraffes enflammées
En font des fpectacles plus beaux..
Pour le Cocq déformais le Lion pert fa haine ,
Prodige aux fiecles à venir !
De l'Ebre enſemble & de la Seine:
On voit les flots ſe réunir.
La Nuit déploye en vain fes voiles les plus ſom→
bres ,
Comment peut fortir de fes ombres
Le jour qui frappe ici mes yeux ?.
Le fuperbe Palais élevé fur ces rives
Me peint à des clartés fi vives.
Celui du plus brillant des Dieux..
* Le Palais du Soleil tel qu'ovide le décrit
dans fes Métamorphojes,
BOUIL
1090 MERCURE DE FRANCE
* BOUILLON , fi dans ce jour d'éternelle mémoire
Tu fers le zele d'un grand Roi
Son coeur t'affocie à ſa gloire ;
L'éclat en rejaillit fur toi.
Le Chef- d'oeuvre des Cieux , ton illuftre Compagne
*
Préfide aux Fêtes que l'Eſpagne
Confacre à l'Empire François :
PHILIPPE , qu'en ces lieux remplace la
Princeffe ,
A tant de grace & de nobleſſe
A bien dû fon auguſte choix.
Qu'entens-je ? un feu foudain va nous réduire
en poudre ;
Quel bruit ! quel fracas dans les airs !
Les Cieux s'embrafent , & la foudre
Gronde au milieu de mille éclairs !
Mais quel effroi nouveau ! du centre de la terre
La flamme , aliment du tonnerre
S'échape en lumineux fillons .
Du Vefuve entr'ouvert vois - je les vaftes gouffres?
De feux , de falpêtres , de fouffres ,
Vomir au loin des tourbillons !
* M. le Duc de Bouillon a prêté fon Hôtel &
le Jardin pour la Fête .
* Madame la Ducheffe de Bouillon a été priée
par le Roi d'Espagne de faire en fon nom les
honneurs de laFêt e.
1. Vol . Dans
JUIN. 1730. 1091
Dans l'Empire des eaux , Dieu du fombre Rivage,
As-tu tranfporté les Enfers ?
Viens-tu détruire le partage
Du Souverain des flots amers ?
La flamme dans leur fein , les Nayades tremblantes
,
Cent fois de leurs Grottes brulantes
Ont redouté l'embraſement ;
Depuis quand ? par quel art ? l'onde au feu ſi contraire
,
Souffre-t'elle qu'un temeraire
L'ofe braver impunément ?
Mais d'un art féduiſant m'é garent les merveilles
Grands Dieux ! quelle étoit mon erreur !
Quoi ! pour mes yeux & mes oreilles
Le plaifir devenoit terreur !
Des Aftres , des éclairs , agréables images ,
LOUIS ! ces feux font des hommages
"Rendus à ton augufte fils.
Ainfi deux grands Etats dans leurs tendres com.
merces ,
Chantoient par cent bouches diverfes
L'heureux prefent que tu leur fis.
* Les Serpentaux ou Feux Gregeois qui brulent
dans l'eau ..
I, Vol. B v Tout
1092 MERCURE DE FRANCE
Tout retentit du fon des bruyantes trompettes
A qui fe mêlent les hautbois ;
Quels fons ! écho , tu les repetes ,
Pour les apprendre au Dieu des Bois..
Mais lui -même s'avance avec les doctes Fées ,
Des Arions & des Orphées
J'entends les fublimes travaux :
Plus promte que l'éclair,quelle main bienfaifante
*
+
A mes yeux enchantés préfente
Des objets des plaiſirs nouveaux.
Chere Euterpe ! c'eſt toi , ta divine harmonie
Charme le Maître que tu fers ;
Voix raviflantes , * Polymnie
Guide elle-même vos Concerts ;
Quels doux frémiffemens me faififfent encore !
Les Rivales de Terpficore *
Forment les pas les plus fçavans
*
Les Graces fur leur danfe ont verfé la Nobleffe ;
Oui , les traits dont l'amour nous bleffe
Ont des
appas
moins décevans.
Quel cercle éblouiffant ! quelle augufte Affemblée
*
* La Pastorale en Mufique.
Les Dalles Antier & Le Maure..
* Les Des Camargo & Salé..
Le Ballet..
* Le Feftin
da. Volo Orne
JUIN.
1093
1730.
Orne encor ce brillant Salon ;
La pompe en ces lieux étalée
Répond au féjour d'Apollon ;
Comus conduit ici l'abondance élegante ,
La délicateffe piquante
Et l'aimable diverfité :
D'un ſuperbe feſtin retraçant l'ordonnance ,
Avec les loix le Dieu difpenfe
Les tréfors de la volupté..
Vous , Reine , dont jadis la tendreffe idolâtre-
A fait la honte & les deftins ,
Maintenant , vaine Cleopatre ,
Vantez vos celebres feftins .
Pour celui que l'Espagne àla France prépare ,
Ce que la Terre a de plus rare ,
Les flots , les airs font épuifés :
Cent mets délicieux qu'un art fçavant déploye
Peignent l'objet de notre joye *
Sous fon emblême déguiſés.
Quel changement ſoudain m'ouvre un nouveaus
Théatre ?
Tous les Miniftres de Comus
Font place à la troupe folâtre .
*Plufieurs Ouvrages de Pâtisserie & defucre
où étoient représentés des auphins , des petits.
Amours , des Fleurs de Lys Co.
1 Voly Qu'a1094
MERCURE DE FRANCE
Qu'amene & qu'inſpire Momus.
Ici de mille objets l'aimable bigarrure
Reçoit les loix & la parure
Du Dieu qu'elle y vient honorer.
Le mafque féducteur,l'un chez l'autre, fait naître
Ou l'embarras de fe connoître ,
Ou le plaifir de s'ignorer.
Eft- ce la jeune Hebé par Jupiter choific
Pour verfer le Nectar aux Dieux ,
Qui nous prépare l'Ambroisie
Que l'on prodigue dans ces lieux ?
Par un gout plus charmant les trésors de l'Automne
Jamais n'ont vaincu d'Erigone**
La refiftance & les mépris :
Glaçons qu'en fruits divers l'art déguife & colore
Aux dons de Pomone & de Flore
Vous ajoutez un nouveau prix.
Ces fpectacles , PHILIPPE , à ta vaſte puiſ-
Lance ,
A ton grand coeur font affortis ;
Moins d'éclat , de magnificence
Parut aux nôces de Thétis.
Ce tranquile féjour aux charmes qu'il étale
* Bacchus féduifit la Nymphe Erigonefous la
figure d'un Raifin
1. Vol. N'offre
JUIN. 1730. 1895
N'offre point la pomme fatale
Qui caufa de fi grands revers.
Le DAUPHIN , cher objet d'une Fête éclatante
Nous garentit la Paix conftante
Qui va regner dans l'Univers,
Quel art , au choix heureux de ces galans ſpec
tacles
Unit encor la dignité
N'en doutons plus , à ces miracles
Préfide une Divinité.
Mais fouvent parmi nous de fublimes génies
Dans leurs lumieres infinies
Remplacent le pouvoir des Dieux.
J'aperçois deux Mortels favoris'de Minerve ,
A qui la Déeffe referve
Ses tréfors les plus précieux.
De PHILIPPE en leur fein l'àugufte confi
dence
A verfé les plus grands fecrets ;
L'Europe entiere à leur prudence
Remet fes plus chers interêts.
Leur zele ingénieux , attentif à ta gloire ,
Grand Prince , a gravé ta mémoire
Avec des traits dignes de toi.
Dans les apprêts divers d'une Fête pompeuſe ,
* Les Ambaſſadeurs Plenipotentiaires d'Eſpagne.
I. Vol. Dans
1096 MERCURE DE FRANCE
Dans fa fplendeur majestueufe
Le Miniftre a montré le Roi.
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Résumé : ODE. Sur la Fête que les Ambassadeurs & Plenipotentiaires d'Espagne ont donnée à Paris le 24. Janvier 1730. par l'ordre de Sa Majesté Catholique Philippe V. à l'occasion de la Naissance du Dauphin.
Le texte présente une ode composée par M. Bouret, Lieutenant Général de Gifors, qui a remporté le prix de poésie de l'Académie Française les deux années précédentes. Cette ode célèbre la fête organisée par les ambassadeurs et plénipotentiaires d'Espagne à Paris le 24 janvier 1730, en l'honneur de la naissance du Dauphin, fils de Philippe V d'Espagne. L'auteur décrit les merveilles et les prodiges observés lors de cette fête, comparant les spectacles à des interventions divines. Il mentionne Jupiter, Junon, et Iris, ainsi que des feux d'artifice et des décorations somptueuses. L'ode met en avant l'union entre la France et l'Espagne, symbolisée par la naissance du Dauphin, et célèbre la paix et les biens qu'elle apporte. La fête est décrite comme un spectacle grandiose, avec des éléments naturels et divins, et se termine par des spectacles et des festins offerts par Comus, le dieu de l'abondance. L'auteur rend hommage aux ambassadeurs espagnols pour leur rôle dans l'organisation de cette fête mémorable.
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60
p. [1263]-1267
LA BEAUTÉ ODE.
Début :
Quel spectacle s'offre à ma vûë ? [...]
Mots clefs :
Beauté, Attraits, Dieux, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA BEAUTÉ ODE.
LA BEAUTE
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
O DE.
Uel fpectacle s'offre à ma vie ?
Quel objet vient flatter mes fens !
Mon ame paroît toute émuë ;
D'où naît le trouble que je fens ?
Mon efprit étonné s'égare ;
Un charme inconnu s'en empare ,
Confus , inquiet , agité ,
II. Vol.
A ij Quelle
1264 MERCURE DE FRANCE
Quelle Divinité puiſſante
Me frappe , me ravit , m'enchante ?
Eft-ce toi , charmante Beauté ? ´
Mais qui pourroit te méconnoître.
Qui peut fe méprendre à ces traits ?
Déeffe , tu n'as qu'à paroître ,
Tout cede à tes divins attraits ;
Oui , l'Univers te rend hommage ;
On admire en toi i'affemblage
Des plus rares préfens des Dieux ,
Tout eft fous leur obéiffance ;
Mais tout l'éclat de leur puiffance
Cede à celui de deux beaux yeux,
Autrefois épris de tes charmes
On vit ces Maîtres des mortels
Te rendant à l'envi les armes
Venir encenſer tes Autels.-
›
En Satyre pour Antiope , *
En Taureau pour la belle Europe
On vit Jupiter fe changer ;
Bacchus d'un Raifin prend la forme ,
Neptune en Dauphin fe transforme
,
Le beau Phoebus devient Berger.
* Métamorphofe
d'Ovide . Liv. 7.
Mais II. Vol
JUIN. 1730 .
1265
Mais c'eft pea , du plus infenfible
Tu peux diffiper la froideur ;
De l'ennemi le plus terrible
Tu fçais défarmer la fureur ;
En calme tu changes l'orage ;
·Tu domptes le plus fier courage ;
Tu changes la haine en amour ;
Tu furmontes tous les obftacles;
Et pour enfanter des miracles ,
Tu n'as qu'à te montrer au jour.
L'Amour , ce fier Tyran qui brave
Le pouvoir des Dieux & des Rois ,
Devient lui-même ton Eſclave ;
Pfiché l'a foumis à tes Loix; '
Si tu ne lui prêtois des charmes
Ses traits feroient de vaines armes
Ils ne pourroient rien enflamer
Il faut du moins ton apparence
Pour faire pancher la balance
Vers l'objet dont il veut charmer.
De même qu'une fleur nouvelle
Qu'un Printems voit naître & mourir ,
On apperçoit dans la plus belle
Ton brillant éclat ſe flétrir .
Le tems qui n'épargne perfonne
II. Vol. A iij De
1266 MERCURE DE FRANCE
De fa cruelle faux moiffonne
Sans égard , tes Roſes , tes Lys ;
Mais fon inexorable rage
En penfant te faire un outrage
De tes dons augmente le prix.
Les Ris , les Graces , la Jeuneffe
Accompagnent par tout tes pas ;
Les plaifirs te fuivent ſans ceffe ,
Il n'en eft point où tu n'es pas ;
De fes Héros , Déeffe aimable ,
Tout l'Univers t'eft redevable ,
Il te doit leurs faits glorieux ;
Hercule eut Jupiter pour pere ;
Mais fans les attraits de fa mere
Auroit- il merité les Cieux ?
Grands Dieux ! quels cris fe font entendre !
Qu'apperçois -je de toutes parts !
Une Ville réduite en cendre
Vient de s'offrir à mes regards ;
Je frémis ! qui le pourroit croire
Décffe , on l'immole à ta gloire ,
C'est pour poffeder tes appas :
Oui l'on voit la fuperbe Troye
A la fureur des Grecs en proye
Pour l'Epoufe de Menelas.
I I. Vol.
Mais
JUIN. 1730. 1267
Mais infenfe , qu'ofai - je faire ?
Quel vain eſpoir peut me flater ?
Beauté , quelle ardeur temeraire
M'engage à vouloir te chanter ?
Ta vûë en dit plus que ma Lyre ,
Et malgré le feu qui m'infpire
Je peins mal tes divins attraits.
Heureux , pour prix d'un foible hommage ,
Si tu daignois fur mòn Ouvrage
Répandre quelqu'un de tes traits.
ParM. Richa rd de Ruffey , de Dijon.
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Résumé : LA BEAUTÉ ODE.
Le poème 'La Beauté', publié dans le Mercure de France en juin 1730, exalte la beauté, personnifiée et divinisée par l'auteur. La beauté est décrite comme une puissance capable de charmer et de dominer tous les êtres, y compris les dieux. Jupiter, Bacchus, Neptune et Apollon se transforment pour séduire des mortels, illustrant ainsi son pouvoir irrésistible. La beauté peut apaiser la colère, transformer la haine en amour et surmonter tous les obstacles. Cependant, elle est éphémère, comparable à une fleur printanière. Malgré sa fugacité, elle est associée à des rires, des grâces et à la jeunesse, et inspire des plaisirs constants. L'auteur mentionne la destruction de Troie pour Hélène, soulignant que même les villes peuvent être sacrifiées pour la beauté. Il conclut en exprimant son admiration et son désir de chanter la beauté, tout en reconnaissant l'impuissance de ses mots à capturer pleinement ses charmes divins.
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61
p. 1286-1292
LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Début :
Tandis qu'au Temple de Mémoire, [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Conquêtes, Gloire, Victoire, Ardeur , Prudence
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texteReconnaissance textuelle : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
LES CONQUESTES
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
du Maréchal
Duc de Villars , Protecteur de l'Acade
mie des Belles Lettres de Marseille.
O DE .
Tandis qu'au Temple de Mémoire ,
La fidelle Clio , par des traits éclatans ,
Grave ta glorieuſe hiſtoire ,
Sûre de triompher de l'outrage des temps ,
VILLARS , daigne avouer l'audace ,
D'un Eleve zélé de ce nouveau Parnaſſe ,
Que font refleurit tes bienfaits.
Et permets qu'il confie aux accords de fa Lyre ,
Ce qu'à tous les François infpire ,
L'éclat de tes Exploits qu'ils n'oubliront jamais.
K
Quelle ardeur dès ma tendre enfance ,
Quel zele à les chanter m'excita mille fois ,
Lorfqu'à la gloire de la France ,
Tes triomphes laffoient la Déeffe aux cent voix !
IL Vol.
Lorsqu'à
JUIN. 1730. 1287
Lorfqu'à tes Drapéaux enchaînée ,
Chaque jour la victoire à l'Aigle conſternée ,
Préparoit de nouveaux revers ;
Quels étoient mes tranfports , mais je n'ofai les
croire ;/
La crainte de trahir ta gloire ,
Infléxible toujours , me refufà des Vers.
Sans ceffe à ma Muſe charmée ,
Tu t'offrois au milieu des horreurs des combats,
Guidé par Bellone enflammée ·
Répandant l'épouvante & la mort fur tes pas.
Dans tes yeux quel feu magnanime ,
Infpire à tes Soldats le tranfport qui t'anime !
D'un regard tu faits des Héros.
On diroit que ton ame , en chacun d'eux tranf
mife ,
Les aiguillonne , les maîtriſe ,
Et qu'ils font tes Soldats bien moins que tes
rivaux.
Icy dans un inftant Critique
Où Minerve elle même enfeigne à tout ofer ,
Soudain ton courage héroïque
Frape le coup hardi qu'elle vient de peſer.
Quel fuccès fuit ta noble audace !
Fredelingue te voit , nouveau Dieu de la Thrace,
Foudroier le Germain ſurpris ;
Et l'on doute en voyant les fruits de ta victoire:
II. Vol. Bij S'il
1288 MERCURE DE FRANCE.
1
S'il te revenoit plus de gloire
D'avoir exécuté que d'avoir entrepris.
Là , redoublant envain leur rage
Ni l'hyver , ni le Rhin n'ofent te retenir
Sur l'ennemi gronde l'orage ,
Avant que fa prudence ait pû le prévenir.
Je vois des troupes renversées ,
où par
Od tombant fous tes coups,
fées.
Tout eft glacée par la terreur ;
toi difper-
La Quinche à ton effort voit ceder leurs redoutes,
Kiell témoin de leurs déroutes
Tombe,à peine attaqué,fous la loy du vainqueur.
讚
Mais contre ton ardeur guerriere ,
Contre tous tes fuccès , raffurant le Germain ,
Une redoutable Barriere
De fes vaftes Etats , te ferme le Chemin.
Je vois de fuperbes aziles ,
Des Boulevars féconds en déluges utiles ,
T'oppofer leurs murs fourcilleux ;
Tous prêts , contre l'effort de ton ardent cou
rage ,
A mettre à couvert de l'orage
Sous un rempart flottant leurs Maîtres orgueilleux.
II.Val, Tel
JUIN. 1730. 1289
Tel de la Cime des Montagnes ,
Un fier torrent qui fond à bonds précipitez ,
S'indigne au milieu des campagnes
D'une Digue oppofée à fes flots irritez ,
Soudain fon onde fremiflante ,
A travers les débris de la maffe impuiffante ,
S'ouvre mille chemins nouveaux ;
Fier de cette victoire , & maître de la plaine ",
Il force , il arrache , il entraîne
Les Arbres , les Moiffons , les Jardins , les Troupeaux.
Tel, de l'obftacle tu t'indignes .
Et plus prompt que ces feux qui frappent en brillant
,
Tu forces ces fameufes lignes ,
Dignes de fuccomber fous un tel affaillant.
La plus légere réſiſtance
Suffit à ces guerriers dont la vaine arrogance ,
Trop prompte vient de te braver ;
Ces pâles déffenfeurs que la frayeur maitriſe ,
Gédent , frapez de l'entrepriſe ,
Sûrs que qui la forma , ne peut que l'achever..
Dans cette Contrée éperduë ,,
Quel champ par cet exploit ton bras s'eſt - il ouvert
?
L'épouvante au loin répanduë
I. Vol. En
B. iij
1290 MERCURE DE FRANCE
En fait devant tes pas un immenfe défert.
Où fuiront ces troupes
craintives ?
Le Danube effrayé voit déja fur fes rives ,
Flotter tes Etendarts vainqueurs.
Par de juftes tributs , chaque ville allarmée ,
Enrichit ta terrible armée.
Et par là fe dérobe à de juftes rigueurs.
Bien-tôt quelle fcene terrible !
Combien dans un combat, de combats renaiffans
Quatre fois ton bras invincible
Punit de l'ennemi les efforts impuiffans.
Mais Dieux ! ton fang rougit la plaine.
On t'emporte mourant , la victoire incertaine
Hélite , n'ofe fe fixer ,
Et laiffant du combat l'avantage en balance
Montre que ta feule preſence ,
2
Au parti qu'elle eût pris , auroit pu la forcer..
Mais une plus brillante image .
M'attire vers Denain ; que j'en fuis enchanté !
Que dois-je admirer d'avantage .
Ta valeur , ta prudence , ou ton activité ?
Quel fecret , quelle diligence !
Quelle marche quels foins ! fleuves, lignes, dif
tance,
Tous obftacles font fuperflus.
II. Tola
Eugéne
JUIN. 1730. 1291
Eugene confterné, part , preffe, vole , arrive ,
Guide une reffource tardive ,
Vient fecourir fon camp , fon camp n'est déja
plus.
Déja ton courage intrépide ,
Forçant un fier Rempart , bordé de Bataillons
Dans l'ardent tranfport qui te guide ,
-A de morts , & de fang rempli fes Pavillons.
Tout périt , céde , ou par la fuite
Tâche envain d'échaper à ta vive pourſuite ;
Quels antres pourront les cacher ?
Ah! la mort fous tes coups leur paroît fi terrible
Que , pour fuir ton bras invincible ,
Dans les eaux de Lefcaut,'ils courent la chercher.
Bien-tôt de la Flandre effrayée ,
Succombent fous tes coups les plus fieres Citez
La Ligue eft par tout foudroyée,
Déja par fes revers tous tes jours font comptez
Arrête , Mars & la Victoire
Ne fçauroient ajoûter à l'éclat de ta gloire.
Borne tes rapides travaux
En ramenant la paix fignale ta prudence ,
Villars , il eft beau que la France
Te doive également gloire & fon repos..
20 II. Vol. Mufes
B. iij.
1292 MERCURE DE FRANCE
Mufes fous la paifible olive
Partagez un loifir à l'Etat précieux:
Villars vous aime , vous cultive ,
Quel amour plus fateur , quels foins plus glo
rieux ?
De fes dons , un nouveau Lycée ,
Qui fleurit fous fes loix au ſein de la Phocée-
Ceint le front de vos nourriffons.
> Chantez fon nom fans vous fa gloire eft immortelle..
Mais c'eft l'ardeur de votre zele
Qui doit s'éternifer dans vos doctes chanſons.
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Résumé : LES CONQUESTES du Maréchal Duc de Villars, Protecteur de l'Academie des Belles Lettres de Marseille. ODE.
Le texte célèbre les conquêtes du Maréchal Duc de Villars, protecteur de l'Académie des Belles Lettres de Marseille. Il commence par louer les exploits militaires de Villars, soulignant son courage et son leadership sur le champ de bataille. Le poète décrit les victoires de Villars, notamment contre les forces allemandes, et son habileté à surmonter les obstacles, comme les fortifications ennemies et les conditions climatiques difficiles. Les succès de Villars sont marqués par des batailles décisives, telles que celle de Denain, où son intervention rapide et stratégique a retourné le cours des combats. Le texte met également en avant la terreur et l'admiration que les ennemis éprouvaient face à Villars, ainsi que les tributs et les richesses obtenus après les victoires. La campagne militaire de Villars se conclut par une paix glorieuse, apportant à la France à la fois la victoire et la tranquillité. Enfin, le poème exalte l'amour de Villars pour les arts et les lettres, soulignant son soutien à l'Académie des Belles Lettres et son désir de voir son nom immortalisé dans les chansons et les écrits des muses.
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62
p. 1330-1333
ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Début :
Scavantes Nimphes du Permesse, [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Coeur, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
ODE
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
Préfentée à Madame la Princeffe de Conti ,
par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire
de Pezenas , lorfque la Princeffe paffa par
cette Villle avec M. le Prince de Conti
fon fils , le 4 du mois de fuin 1730 ,
S Cavantes Nimphes du Permeffe ,
Dans vos Concerts harmonieux ,
Celebrez l'Augufte Princeffe
Qui vient de s'offrir à mes yeux.
Par vous plus d'une fois conduite
Ma Lyre a chanté le mérite
Des demi dieux & des Héros ;
II. Vol. Epris
JUI N. 1739. 1331
.
Epris d'une fureur divine ,
Je vais chanter une Héroïne ,
Infpirez-moi des tours nouveaux.
Quels charmes éclatent en elle
Son afpect ravit mes efprits ;
Telle parut cette immortelle
Qui ravit le coeur de Paris .
Mais où tend ton vol témeraire
Mufe , fi tu prétens lui plaire
Laiffe tous ces frêles attraits ;
Son coeur que la fageffe guide
D'un éloge bien plus folide
Te fournira les plus beaux traits.
?
Des doux charmes que la nature
Nous accorde au gré du deſtin
L'éclat trop fragile ne dure ,
Comme la rofe , qu'un matin.
Et s'ils méritent quelque éloge ,
Plus d'une Mortelle s'arroge
Les hommages qui leur font dûs :
Princeffe , fi tu les furpaffes ,
Tu fçais unir avec les graces
L'éclat des plus rares vertus .
Ces vertus , plus que la Naiffance ,
Font que tu regnes fur le coeur
J
I'I, Vol.
D#
1332 MERCURE DE FRANCE
Des Peuples dont par ta prudence
Tu ſçais afſurer le bonheur .
Lorfque la Parque meurtriere
Vint borner l'illuftre carriere
Du Héros l'objet de tes feux ,
Quelle reffource à nos diſgraces ! ( a )
Si ton grand coeur fuivant les traces
Ne l'eut fait revivre à nos yeux.
Mais que fais-tu , Mufe imprudente ?
Faut - il par tes triftes accens
D'une playe encore fanglante
Renouveller les traits perçans ?
Banniffons ces mornes penfées ,
Pourquoi de nos pertes paffées
Garder encor le fouvenir ?
CONTI reproduit de fa cendre
Un Héros qui nous fait attendre
Le plus gracieux avenir.
Conduit par fon augufte Mere
Dans le fentier de la vertu,
Il regarde d'un oeil fevere
A fes pieds le vice abbatu :
Exemt d'une indigne moleffe ,
Il fait les jeux de fa jeuneffe
Des deffeins les plus glorieux ;
( a ) Pezenas dépend de la Maiſon de Conti.
II. Vol. On
JUIN. 1333 1730.
On le voit courir pour s'inftruire
Des moyens de les rendre heureux.
Ainfi , lorfqu'un foudain orage
Vient renverfer par La fureur
Un Arbre dont l'épais feuillage.
Servoit d'azile au Laboureur
Trifte , il detefte la tempête,
Qui met à découvert la tête
;
En proye au trait du Chien brulant
Mais tandis qu'il murmure encore
Un Rejetton qu'il voit éclore
Ranime fon coeur languiffant.
O vous ! dont la main bienfaiſante
Cultive ce tendre Rameau ,
Préſervez de l'ardeur brulante
Un fi précieux Arbriffeau.
Qu'à fes pieds l'Onde toujours pure
Coulant avec un doux murmure
L'arrofe dans les jeunes ans
Qu'ainfi de fa tige féconde
Naiffent les plus beaux fruits du monde ;
Qu'il nous promet dès fon Printems
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Résumé : ODE Présentée à Madame la Princesse de Conti, par les Ecoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pazenas, lorsque la Princesse passa par cette Ville avec M. le Prince de Conti son fils, le 4 du mois de Juin 1730.
Le 4 juin 1730, les écoliers des Prêtres de l'Oratoire de Pezenas ont présenté une ode à la Princesse de Conti lors de son passage avec son fils, le Prince de Conti. L'ode célèbre les mérites de la Princesse, comparée à une héroïne dont les charmes et les vertus surpassent les attraits physiques éphémères. Elle est louée pour ses vertus qui lui permettent de régner sur le cœur des peuples et d'assurer leur bonheur par sa prudence. Le poème évoque également la mort du héros aimé par la Princesse et la consolation apportée par la continuité de son héritage à travers son fils. Le Prince de Conti est décrit comme un jeune homme vertueux, exempt de mollesse, et dévoué au bien-être des autres. Le texte se termine par une prière pour que le Prince, comparé à un jeune arbre, soit protégé et cultivé afin de produire les plus beaux fruits.
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63
p. [1479]-1484
LA DOUCEUR, ODE.
Début :
Vertu que l'Arbitre du Monde, [...]
Mots clefs :
Douceur, Coeurs, Prince, Bourbons, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DOUCEUR, ODE.
LA DOUCEUR,
O DE.
Ertu que l'Arbitre du Monde ,
Préfere à tant d'autres vertus
>
Qui tiens dans une paix profonde ,
Les coeurs par des Traits abbatus ,
Fille du Ciel , Douceur charmante
Aux Chanfons , que pour toi j'enfante ,
Viens mêler tes charmes puiffants :
A ij
Que
+480 MERCURE DE FRANCE
Que fur ma Lyre harmonieuſe ,
Une tendreffe précieuſe ,
Immortalife mes accens.
L'Efperance par toi conduite ,
Rentre chez les triftes Humains :
Quels biens n'as- tu pas à ta fuite ?
Tu les répands à pleines mains.
Tu nous donnes les récompenfes ,
Et quand tu punis les offenſes ,
On aime ta féverité.
Parmi les bienfaits que tu places ,
Les refus tiennent lieu de graces ;
Tout part de la même bonté.
Ainfi lorfqu'au Printems de l'âge ,
Par d'inévitables attraits ,
Une Beauté brillante & fage ,
Aux jeunes coeurs lance fes Traits
De fa candeur infinuante ,
Ses Amans , Troupe impatiente ,
Refpectent l'accueil gracieux :
A l'Amour fon ame rebelle ,
Vers l'Amitié tendre & fidele ,
Tourne la douceur de ſes yeux.
Loin de moi , Fierté fourcilleufe ;
Qui des plus intimes amis.
JUILLET. 1730. 148 *
Par une hauteur pointilleuſe ,
Fais d'implacables ennemis :
Je laiffe à des ames vulgaires
Tes faveurs toujours mercenaires
C'eſt un appas trop dangereux :
Avec dédain , je les néglige ,
Les refpects que ton fafte exige ,
Me font un tribut onereux.
Dans une puiffance modefte ;
Qui craint d'étaler ſon pouvoir ,
Je reconnoîs l'Eſprit celefte ;
Tout m'avertit de mon devoir.
Mais d'une humeur fiere & hautaine
Je hais l'affectation vaine ,
Qui me refuſe ſes regards :
Je ris d'une grandeur farouche ,
Qui dédaigne d'ouvrir la bouche ,
Pour applaudir à mes égards.
Mortels , devenez plus traitables ,
Et nous tombons à vos genoux :
Oui , vous nous êtes fecourables ,
Mais , vous , que feriez - vous fans nous ?
Ecartez ces fombres nuages ,
Qui de vos auguftes viſages ,
Banniffent la férenité ;
A iij
Et
1482 MERCURE DE FRANCE
Et par des hommages finceres ,
Vous verrez nos coeurs moins féveres ,
Reprendre leur vivacité ,
A ceux mêmes qu'un fort fantafque
'Affervit à nos volontez ,
Epargnons du moins la bourrafque ,
De nos caprices indomptez.
Que notre bras , qui les châtie ,
Dans le temps qu'il les humilie
Les traite comme nos égaux :
Fuyons ces aigreurs offençantes
Et ces paroles foudroyantes ,
Qui ne font qu'irriter leurs maux.
Non , rien n'arrofe mieux la terre ,
Que l'eau qui coule fans fracas :
L'Onde qu'enfante le Tonnerre ,
Caufe toûjours d'affreux dégats ;
Tout cede au caprice terrible ,
Tout hait la rigueur inflexible ,
D'un furieux , d'un emporté :
Mais les coeurs avec confiance ,
Suivent l'aimable violence ,
D'une paiſible autorité.
Qu'apperçois-je ? Mars & Bellone ,
Egorgent
JUILLET. 1730. 1483
"
gorgent les Romains tremblans :
Les Lauriers qu'Augufte moiffonne ,
Ne font que des Lauriers fanglants ;
Sous fon bras , les Villes rangées ,
Pleurent , dans le fang fubmergées ,
Leurs plus fideles deffenfeurs ,
Et fon triomphe imaginaire ,
N'eft qu'un fpectacle fanguinaire
Où je vois d'affreufes couleurs.
C'eft toi , Douceur compatiffante
Qui viens arrêter tant d'excès : -
De la victoire menaçante ,
Tu bornes les cruels fuccès :
Par tes foins l'Abondance heureufe
Bientôt de l'ardeur belliqueufe ,
Va réparer les vains exploits :
Déja le Vainqueur redoutable ,
Prête ſa main infatigable ,
Pour foufcrire à tes faintes Loix
Ah ! pour la veritable gloire ,
Ne ceffons jamais d'être ardens
Et ne vivons pas dans l'Hiftoire ,
Pour effrayer nos deſcendans .
Ceft là que , devant tous les hommes ,
Nous paroîtrons tels que nous fommes ,
A iiij Affables
1484 MERCURE DE FRANCE
'Affables , durs , mauvais ou bons ;
Que dans cet avenir immenſe ,
Par des actions de clemence ,
Les Humains connoiffent nos nóms.
FRANCE, c'eft par là que l'on vante ,
L'augufte Sang de tes BOURBONS :
L'aimable Vertu que je chante ,
Eft l'ame de leurs actions.
Que cette bonté magnanime ,
Pour ton PRINCE à jamais anime ;
La tendreffe de fes Sujets ;
Et que les Filles de Mémoire ,
Forment , pour celebrer ſa gloire ;
Tous les jours de nouveaux projets .
DE LA RUE , ancien Profeffeur de
Rhéthorique.
O DE.
Ertu que l'Arbitre du Monde ,
Préfere à tant d'autres vertus
>
Qui tiens dans une paix profonde ,
Les coeurs par des Traits abbatus ,
Fille du Ciel , Douceur charmante
Aux Chanfons , que pour toi j'enfante ,
Viens mêler tes charmes puiffants :
A ij
Que
+480 MERCURE DE FRANCE
Que fur ma Lyre harmonieuſe ,
Une tendreffe précieuſe ,
Immortalife mes accens.
L'Efperance par toi conduite ,
Rentre chez les triftes Humains :
Quels biens n'as- tu pas à ta fuite ?
Tu les répands à pleines mains.
Tu nous donnes les récompenfes ,
Et quand tu punis les offenſes ,
On aime ta féverité.
Parmi les bienfaits que tu places ,
Les refus tiennent lieu de graces ;
Tout part de la même bonté.
Ainfi lorfqu'au Printems de l'âge ,
Par d'inévitables attraits ,
Une Beauté brillante & fage ,
Aux jeunes coeurs lance fes Traits
De fa candeur infinuante ,
Ses Amans , Troupe impatiente ,
Refpectent l'accueil gracieux :
A l'Amour fon ame rebelle ,
Vers l'Amitié tendre & fidele ,
Tourne la douceur de ſes yeux.
Loin de moi , Fierté fourcilleufe ;
Qui des plus intimes amis.
JUILLET. 1730. 148 *
Par une hauteur pointilleuſe ,
Fais d'implacables ennemis :
Je laiffe à des ames vulgaires
Tes faveurs toujours mercenaires
C'eſt un appas trop dangereux :
Avec dédain , je les néglige ,
Les refpects que ton fafte exige ,
Me font un tribut onereux.
Dans une puiffance modefte ;
Qui craint d'étaler ſon pouvoir ,
Je reconnoîs l'Eſprit celefte ;
Tout m'avertit de mon devoir.
Mais d'une humeur fiere & hautaine
Je hais l'affectation vaine ,
Qui me refuſe ſes regards :
Je ris d'une grandeur farouche ,
Qui dédaigne d'ouvrir la bouche ,
Pour applaudir à mes égards.
Mortels , devenez plus traitables ,
Et nous tombons à vos genoux :
Oui , vous nous êtes fecourables ,
Mais , vous , que feriez - vous fans nous ?
Ecartez ces fombres nuages ,
Qui de vos auguftes viſages ,
Banniffent la férenité ;
A iij
Et
1482 MERCURE DE FRANCE
Et par des hommages finceres ,
Vous verrez nos coeurs moins féveres ,
Reprendre leur vivacité ,
A ceux mêmes qu'un fort fantafque
'Affervit à nos volontez ,
Epargnons du moins la bourrafque ,
De nos caprices indomptez.
Que notre bras , qui les châtie ,
Dans le temps qu'il les humilie
Les traite comme nos égaux :
Fuyons ces aigreurs offençantes
Et ces paroles foudroyantes ,
Qui ne font qu'irriter leurs maux.
Non , rien n'arrofe mieux la terre ,
Que l'eau qui coule fans fracas :
L'Onde qu'enfante le Tonnerre ,
Caufe toûjours d'affreux dégats ;
Tout cede au caprice terrible ,
Tout hait la rigueur inflexible ,
D'un furieux , d'un emporté :
Mais les coeurs avec confiance ,
Suivent l'aimable violence ,
D'une paiſible autorité.
Qu'apperçois-je ? Mars & Bellone ,
Egorgent
JUILLET. 1730. 1483
"
gorgent les Romains tremblans :
Les Lauriers qu'Augufte moiffonne ,
Ne font que des Lauriers fanglants ;
Sous fon bras , les Villes rangées ,
Pleurent , dans le fang fubmergées ,
Leurs plus fideles deffenfeurs ,
Et fon triomphe imaginaire ,
N'eft qu'un fpectacle fanguinaire
Où je vois d'affreufes couleurs.
C'eft toi , Douceur compatiffante
Qui viens arrêter tant d'excès : -
De la victoire menaçante ,
Tu bornes les cruels fuccès :
Par tes foins l'Abondance heureufe
Bientôt de l'ardeur belliqueufe ,
Va réparer les vains exploits :
Déja le Vainqueur redoutable ,
Prête ſa main infatigable ,
Pour foufcrire à tes faintes Loix
Ah ! pour la veritable gloire ,
Ne ceffons jamais d'être ardens
Et ne vivons pas dans l'Hiftoire ,
Pour effrayer nos deſcendans .
Ceft là que , devant tous les hommes ,
Nous paroîtrons tels que nous fommes ,
A iiij Affables
1484 MERCURE DE FRANCE
'Affables , durs , mauvais ou bons ;
Que dans cet avenir immenſe ,
Par des actions de clemence ,
Les Humains connoiffent nos nóms.
FRANCE, c'eft par là que l'on vante ,
L'augufte Sang de tes BOURBONS :
L'aimable Vertu que je chante ,
Eft l'ame de leurs actions.
Que cette bonté magnanime ,
Pour ton PRINCE à jamais anime ;
La tendreffe de fes Sujets ;
Et que les Filles de Mémoire ,
Forment , pour celebrer ſa gloire ;
Tous les jours de nouveaux projets .
DE LA RUE , ancien Profeffeur de
Rhéthorique.
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Résumé : LA DOUCEUR, ODE.
Le poème 'La Douceur', publié dans le Mercure de France en juillet 1730, célèbre la vertu de la douceur. Cette qualité est présentée comme une fille du ciel, capable de charmer les cœurs et de répandre des bienfaits. La douceur est décrite comme une force qui guide l'espérance et qui, même en punissant, est aimée pour sa sévérité juste. Elle s'oppose à la fierté et à l'affectation vaine, et est associée à une puissance modeste et céleste. Le poème encourage les mortels à être plus conciliants et à éviter les aigreurs offensantes. La douceur est comparée à une eau qui arrose la terre sans fracas, contrairement à la violence destructrice. Elle est également capable d'arrêter les excès de la guerre et de promouvoir la véritable gloire à travers des actions de clémence. Le texte se conclut par une louange à la vertu des Bourbons, dont la bonté et la tendresse envers leurs sujets sont célébrées.
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64
p. 1549-1551
ODE A. M. D. C.
Début :
Ami, pourquoi dans la tempête, [...]
Mots clefs :
Dieux, Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : ODE A. M. D. C.
ODE
A. M. D. C.
AMi ,
pourquoi dans la tempête 7
Murmurer contre les Deſtins ,
D Bien
1550 MERCURE DE FRANCE
Bientôt tu verras ſur ta tête ,
Briller les Jours les plus fereins.
La fortune folle & volage ,
Aime à troubler notre plaifir ,
Mais un homme prudent & fage
Doit voir fes revers fans pâlir.
M
Pour arrêter tous les caprices ,
C'eft en vain que tu fais des voeux.
Gémir contre les injuftices ,
C'eft être deux fois malheureux.
M
- Les Dieux deviendront plus fenfibles
Les vents ne foufflent pas toujours ;
Souvent les nuits les plus terribles
Nous amenent les plus beaux jours.
Nos Jardins , après la froidure ,
Reprennent leurs vives couleurs ;
Tel eft le cours de la Nature ;
Aux glaçons fuccedent les fleurs.
De l'utile Philofophic ,
N'écoutes - tu plus la leçon ?
JUILLET. 1730. 1551
A porter les maux de la vie ,
Elle a dû former ta raiſon.
Finis donc ta mortelle peine.
Voi des lieux autrefois cheris ;
Reviens fur les bords de la Seine ,
Chercher les Graces & les Ris.
L'Abbé B .::
A. M. D. C.
AMi ,
pourquoi dans la tempête 7
Murmurer contre les Deſtins ,
D Bien
1550 MERCURE DE FRANCE
Bientôt tu verras ſur ta tête ,
Briller les Jours les plus fereins.
La fortune folle & volage ,
Aime à troubler notre plaifir ,
Mais un homme prudent & fage
Doit voir fes revers fans pâlir.
M
Pour arrêter tous les caprices ,
C'eft en vain que tu fais des voeux.
Gémir contre les injuftices ,
C'eft être deux fois malheureux.
M
- Les Dieux deviendront plus fenfibles
Les vents ne foufflent pas toujours ;
Souvent les nuits les plus terribles
Nous amenent les plus beaux jours.
Nos Jardins , après la froidure ,
Reprennent leurs vives couleurs ;
Tel eft le cours de la Nature ;
Aux glaçons fuccedent les fleurs.
De l'utile Philofophic ,
N'écoutes - tu plus la leçon ?
JUILLET. 1730. 1551
A porter les maux de la vie ,
Elle a dû former ta raiſon.
Finis donc ta mortelle peine.
Voi des lieux autrefois cheris ;
Reviens fur les bords de la Seine ,
Chercher les Graces & les Ris.
L'Abbé B .::
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Résumé : ODE A. M. D. C.
L'ode, datée de juillet 1730, est un poème adressé à un ami (A.M.D.C.) par l'Abbé B. L'auteur y exhorte son ami à ne pas se plaindre des difficultés de la vie et à accepter les revers avec sagesse. Il souligne que la fortune est capricieuse et que se lamenter contre les injustices ne fait qu'aggraver le malheur. Le poème met en avant l'idée que les périodes sombres sont souvent suivies de jours meilleurs, comparant cela aux saisons qui se succèdent. Il encourage l'ami à tirer des leçons de la philosophie pour supporter les maux de la vie. L'auteur suggère également de revenir aux lieux chéris, notamment les bords de la Seine, pour retrouver la grâce et le rire.
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65
p. 1752-1756
LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Début :
Homme incredule, écoute, & soumets ton audace, [...]
Mots clefs :
Yeux, Nature, Miracle, Eau, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
LES MIRACLES ,.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
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Résumé : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Le poème 'Les Miracles, ou de M. Piron' invite les incrédules à reconnaître la puissance divine à travers divers miracles. Il décrit la majesté de Dieu, dont le pouvoir dépasse les limites du firmament et de l'abîme. Le texte souligne que la nature et l'univers entier sont soumis à la loi divine, et que les miracles en sont des manifestations. Plusieurs miracles bibliques sont cités, tels que la traversée de la mer Rouge par les Hébreux, la chute des murs de Jéricho, l'arrêt du soleil pour Josué, et la résurrection de Jésus-Christ. Le poème met en garde les incrédules contre l'erreur de privilégier des phénomènes naturels à la sagesse divine et les exhorte à reconnaître la puissance de Dieu.
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66
p. 1935-1930
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
Quelle est cette nouvelle aimable, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin, Terre, Académie des jeux floraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
O DE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Prefentée à l'Académie des Jeux Floraux.
QU
>
Uelle eft cette nouvelle aimable ,
Qu'annonce le Courier des Cieux !
D'où naît ce Spectacle agréable
Qui par tout s'étale à mes yeux ?
O puiffans Dieux ! que de merveilles !
Que de voix frappent mes oreilles
B vj
Da
1936 MERCURE DE FRANCE
Devos éloges immortels !
Quel don fi grand fait à la France ,
L'oblige par reconnoiffance ,
A charger d'encens vos Autels ?
Mais que vois -je ? Eft- ce vous , Aftrée ,
Qui defcendez vers les François ?
Peuples ; cette Vierge facrée ,
Vient faire refleurir fes Loix..
J'apperçois marcher fur ces traces ,
Précedé des trois jeunes Graces , *
Un enfant plein de majeſté .
Mon coeur ſent déja ſa puiſſance ,
Et fous le voile de l'enfance
Découvre fa Divinité .
Hâte-toi pour voir ce Miracle ,
Soleil , quitte le fein des Mers ,
Mais où fuit ce divin fpectacle ?
Quel nuage obfcurcit les Airs ?
Un vent impetueux fe leve ,
Son fouffe rapide m'enleve ,
Jufques dans le féjour des Dieux.
Dois -je m'expliquer
ou me taire ?
Dois -je publier le myftere ,
Qui ſe développe à mes yeux.
* Mefdames de Frances
f
Fran
SEPTEMBRE. 1730. 1937
François , voici l'heure fatale ,
Qui doit terminer tous vos maux .
Pour terraffer l'Hydre infernale ,
Le Ciel vous accorde un Heros.
倉
Je la voi ; cette Hydre indomptable ,
En vain à ce coup qui l'accable ,
S'arme de toute la fureur.
LOUIS naiffant , lance fa foudre ,
Ses têtes réduites en poudre ,
Ne font plus qu'un objet d'horreur.
Toi qui pour un Dauphin paifible ,
Formois tous les jours mille voeux ,
Fleury , s'il paroît fi terrible ,
<
Ce n'eft que pour nous rendre heureux.
S'il paroît armé d'un Tonnerre ,
Ce n'eft que pour purger la Terre ,
Des Monitres qui troublent la Paix.
Bientôt fa main prendra la Lyre ,
Et la douceur de fon Empire ,
Surpaffera tous nos fouhaits.
M
Puiffe cet Enfant adorable ,
Croiffant tous les jours en fplendeur ,
A toute la terre habitable ,
Faire refpecter fa grandeur,
Le Janfenifme,
Puiffent
1938 MERCURE DE FRANCE
Puiffent les fages Deſtinées ,
D'une longue fuite d'années ,
Orner fes paifibles vertus ;
Et de cette Tige féconde ,
Faire
pour
le bonheur du Monde ,
Sortir mille nouveaux Titus.
Ainfi dans une Forêt fombre ,
On voit le Cedre précieux ,
Couvrir la Terre de fon ombre ,
Et lever fon front jufqu'aux Cieux.
Ainfi dans de vaftes Campagnes ,
Un Fleuve du haut des Montagnes ,
Roule avec majeſté ſes Flots ,
Et dans fon cours formant cent Iſles ,
Va porter dans toutes les Villes ,
La fécondité de les Eaux.
Mais quelles pompeufes images ,
Viennent encor frapper mes fens ?
Jupiter ( quels heureux préſages )
Admire fes charmes naiffans.
Bacchus , Cerés , Pomone & Flore ,
Courent vers ceete jeune Aurore ,
Mettre leurs prefens à fes pieds,
Cybele offre fon Diadême ,
Neptune , fon pouvoir fuprême ,
Et Phebus fes nobles Lauriers.
DAUSEPTEMBRE.
1730. 1939
de naître , DAUPHIN , tu ne fais que
Et tout reconnoît ton pouvoir ,
Le Heros qui t'a donné l'être ,
Sur toi fonde tout fon eſpoir ,
Voi comme l'Univers s'empreſſe ,
Par mille marques d'allegreſſe ,
De te témoigner ſes tranfports.
Pour en tracer une peinture ,
Voi comme l'Art & la Nature ,
Semblent épuifer leurs tréfois.
Venez , volez, Troupe * immortelle
Venez voir cet Amour nouveau ,
Venez pour marquer votre zele ,
Couvrir de vos fleurs fon Berceau .
Qu'on n'entende plus les Trompettes ;
Bergers , que vos tendres Mufettes ,
Animent feules nos Concerts.
LOUIS a triomphé des vices :
La Paix va faire fes délices ,
Et lui celles de l'Univers.
ร
Pacatum reget patris virtutibus orbem.
* Meffieurs de l'Académie.
L'Abbé LAVIT , d'Agde:
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Presentée à l'Académie des Jeux Floraux.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, futur Louis XV, présentée à l'Académie des Jeux Floraux. L'auteur exprime sa joie et son émerveillement, y voyant un signe divin. Il décrit une scène céleste où des dieux comme Jupiter, Bacchus, Cérès, Pomone, Flore, Cybèle, Neptune et Phébus honorent le nouveau-né. Le poème évoque la victoire du Dauphin sur l'Hydre infernale, symbolisant les maux et les troubles, et prédit un règne de paix et de douceur. L'auteur souhaite une longue vie au Dauphin, comparant sa future grandeur à celle d'un cèdre ou d'un fleuve majestueux. Il appelle les membres de l'Académie à célébrer cet événement avec des fleurs et des musiques douces, marquant la fin des vices et l'avènement de la paix. Le poème se conclut par une citation latine soulignant le règne pacifique du Dauphin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 1943-1945
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Redoublez l'éclat de vos Fêtes, [...]
Mots clefs :
Naissance du Dauphin, Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Redoublez l'éclat de vos Fêtes ,
France , un nouvel Aftre vous luit.
Quel préfage pour vos conquêtes ,
Que le bonheur qui le conduit !
Un jeune Alcide vient de naître ,
Il fort des BOURBONS & doit être
Un jour pere de fes Sujets ;
Que de merveilles j'en augure !
Heureuſe la Race future ,
Qui doit jouir de ſes bienfaits !
Tel qu'un Phénix qui de fa cendre ,
Sort plus brillant , plus glorieux ,
Tel lorfqu'on devoit moins l'attendre ,
LOUIS renaît de fes Ayeux .
En vain la Parque meurtriere ,
Veut précipiter la carriere ,'
Des Princes , * vos tendres amours ;
* Les Princes morts en 1712.
En
1944 MERCURE DE FRANCE
En vain la mort cruelle frappe ,
A fes coups le plus foible échappe
Elle ne peut rien fur les jours.
Les plus auguftes Deſtinées ,
Veillent fur fon facré Berceau ;
Elles refervent fes années ,
Pour quelque Miracle nouveau.
Pallas le couvrant de l'Egide ,
En Philippe lui donné un guide ,
Sçavant dans l'art de bien regner ,
Et dans la plus tendre jeuneffe
Fleury vient graver la fageffe ,
Dans fon coeur qu'il fçut lui gagner.
M
Mais encor trop frêle efperance ,
Dont l'objet peut fi -tôt finir !
Lui feul nourrit la confiance ,
Mais peut-il feul la foutenir ?
Quelle joye il fe multiplie :
Une double chaîne vous lie ,
A votre aimable Souverain ;
Et pour prix de vos voeux finceres
François , le Ciel ne tarde gueres ,
A vous accorder un DAUPHIN,
M
C'en eft fait, vos craintes finiffent;
11
SEPTEMBRE . 1730. 1945
Il affermit votre repos :
Déja vos ennemis frémiffent ,
De voir s'augmenter vos Heros :
La Paix regne dans leur Empire ;
La Diſcorde en fureur , foupire ,
Des Traits qui lui font arrachez,
En attendant que la Victoire ,
Ecrive au Temple de memoire
Des Exploits qui nous font cachez.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
Redoublez l'éclat de vos Fêtes ,
France , un nouvel Aftre vous luit.
Quel préfage pour vos conquêtes ,
Que le bonheur qui le conduit !
Un jeune Alcide vient de naître ,
Il fort des BOURBONS & doit être
Un jour pere de fes Sujets ;
Que de merveilles j'en augure !
Heureuſe la Race future ,
Qui doit jouir de ſes bienfaits !
Tel qu'un Phénix qui de fa cendre ,
Sort plus brillant , plus glorieux ,
Tel lorfqu'on devoit moins l'attendre ,
LOUIS renaît de fes Ayeux .
En vain la Parque meurtriere ,
Veut précipiter la carriere ,'
Des Princes , * vos tendres amours ;
* Les Princes morts en 1712.
En
1944 MERCURE DE FRANCE
En vain la mort cruelle frappe ,
A fes coups le plus foible échappe
Elle ne peut rien fur les jours.
Les plus auguftes Deſtinées ,
Veillent fur fon facré Berceau ;
Elles refervent fes années ,
Pour quelque Miracle nouveau.
Pallas le couvrant de l'Egide ,
En Philippe lui donné un guide ,
Sçavant dans l'art de bien regner ,
Et dans la plus tendre jeuneffe
Fleury vient graver la fageffe ,
Dans fon coeur qu'il fçut lui gagner.
M
Mais encor trop frêle efperance ,
Dont l'objet peut fi -tôt finir !
Lui feul nourrit la confiance ,
Mais peut-il feul la foutenir ?
Quelle joye il fe multiplie :
Une double chaîne vous lie ,
A votre aimable Souverain ;
Et pour prix de vos voeux finceres
François , le Ciel ne tarde gueres ,
A vous accorder un DAUPHIN,
M
C'en eft fait, vos craintes finiffent;
11
SEPTEMBRE . 1730. 1945
Il affermit votre repos :
Déja vos ennemis frémiffent ,
De voir s'augmenter vos Heros :
La Paix regne dans leur Empire ;
La Diſcorde en fureur , foupire ,
Des Traits qui lui font arrachez,
En attendant que la Victoire ,
Ecrive au Temple de memoire
Des Exploits qui nous font cachez.
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le poème célèbre la naissance du Dauphin, héritier du trône de France, en exprimant la joie et l'espoir qu'elle suscite. L'enfant est vu comme un futur grand roi, comparable à Louis XIV. Le texte évoque la protection divine et la sagesse qui guideront le Dauphin, comparé à Hercule pour sa force et à un phénix pour sa renaissance glorieuse. La mort est décrite comme impuissante face à sa destinée exceptionnelle, protégé qu'il est par les dieux et entouré de guides sages comme Philippe et Fleury. La naissance du Dauphin est perçue comme un signe de prospérité et de paix pour la France, inspirant la crainte des ennemis et la joie du peuple. Le poème se conclut par l'annonce de la fin des craintes et l'affirmation de la paix dans l'empire, en attendant de futures victoires.
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68
p. 2083-2088
SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE AU ROY
Début :
Loin ce Parnasse imaginaire, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Duc d'Anjou, Roi, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE AU ROY
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
ODE
AU ROY.
Oin ce Parnaffe imaginaire ,
Qu'adora jadis l'Univers :
Du Dieu que le Pinde révere ,
Je n'invoque point les Concerts .
Dans mon yvreffe fcrupuleufe ,
De l'Antiquité fabuleuſe ,
Je n'adopte point les erreurs :
Ma gloire feroit bien plus belle ,
LOUIS , fi pour prix de mon zele ;
Ta préfidois à mes fureurs.
K
C'eft à toi que de mon delire ,
Je veux confacrer les tranfports :
De mon audacieufe Lyre,
Mortels , refpectez les accords.
Tranfporté dans la Cour Divine ,
Je vais d'une augufte origine ,
Vous dévoiler tous les fecrets :
Loin des foibles yeux du vulgaire ,
Je
J
2084 MERCURE DE FRANCE
Je vais dans mon vol témeraire ,
Fonder les plus vaftes projets.
SY
Ce puiffant Maître du Tonnerre ,
Qui dans fes decrets abfolus ,
Diſpenſe aux Princes de la Terre ,
Le jufte prix de leurs vertus ;
En voyant les tiennes s'accroître ,
Grand Roi , daigne encor faire naître
Un Prince , objet de tes fouhaits :
Et pour difputer la victoire ;
Plus il voit s'augmenter ta gloire ,
Plus il augmente fes bienfaits.
粥
Peuples , d'une illuftre Naiffance ,
Refpectez les heureux momens :
D'Anjou , d'une jufte efperance ,
A raffermi les fondemens.
J'ai , dans mon amour peu tranquille ,
Tremblé pour l'enfance débile ,
Du prémier foutien de nos Lys :
Mais ma crainte va difparoître ,
Peut -on trembler quand on voit croître,
L'illuftre Race de Louis
S
O Ciel ! de tes Arrêts feveres ,
J'adore l'utile rigueur !
Du
SEPTEMBRE . 1730. 2085.
Du fein de nos maux falutaires ,
Tu fais naître notre bonheur .
Si la mort dans fon cours rapide ,
Trancha de fa faux homicide ,
Les jours des Bourbons au berceau ;
C'eſt qu'en nous enlevant ces Princes , *
Tu réſervois à nos Provinces ,
Le cours d'un Empire plus beau.
Combien d'admirables Spectacles ,
S'offrent à mes yeux enchantez !
Ce Regne fécond en Miracles ,
Fait honte aux Rois les plus vantez .'
En vain pour illuftrer ta gloire ,
Grand Roi , la plus fidelle Hiftoire ,
Te dépeindroit à nos Neveux ;
Tes vertus pafferoient pour fables ,
Si l'on ne les rendoit croyables ,
En les retraçant à leurs yeux.
Que vois -je ? le Ciel favorable ,
Se plaît à prévenir mes voeux.
Ta mémoire à jamais durable ,
Vaincra les temps injurieux .
Déja je vois ta Race illuftre ,
Qui s'apprête à donner du luftre ,
* Le Dauphin. Le Duc de Bourgogne . Le Duc
de Bretagne.
tos6 MERCURE DE FRANCE
A fes héroïques vertus :
Ta gloire en elle renaiffante ,
Calmera la douleur preffante ,
De ceux qui ne te verront plus.
Le Ciel, qui de quelques années
Retarda ta profperité ,
Formoit les hautes deftinées ,
De ta noble Pofterité.
Ainfi la France impatiente ,
Vit d'une Naiffance * éclatante ,
Differer les heureux inftans :
Grand Dieu , lorfque tu nous préparés ?
Des préfens fi grands & fi rares ,
Tu les fais attendre long- temps.
灌
Soutiens genereux de la France ,
Vous , Princes , l'appui de nos Loix ;
Dans une héroïque Alliance ,
Montrez-nous le plus grand des Rois
Pour retracer fes faits fublimes ,
Joignez vos effors magnanimes ,
Uniffez vos nobles travaux :
Sans que leur vertu dégenere ,
Ce que LOUIS feul a pu faire ,
Peut bien occuper deux Héros.
* La Naiſſance de Louis XIV,
Mais
SEPTEMBRE. 1730. 2087.
Mais quoi déja ce Couple augufte ,
Remplit mon attente & mes voeux :
Semblable à fon Pere , il eft jufte ,
Debonnaire , affable , pieux ;
Grand Roi , c'est là ta vraie image ,
Je n'ai point dans un fâche Ouvrage ,
Déguifé les traits du Tableau :
Si tu méconnois la peinture ,
L'Univers entier d'impoſture ,
Pourra difculper mon Pinceau
粥
Quelle eft cette augufte Princeffe ,
Que je vois aux pieds des Autels
Cette humble ferveur qui l'abbaiffe,"
La dérobe aux yeux des Mortels.
Son humilité fcrupuleuſe ,
Bannit cette pompe orgueilleufe ,
Dont les Humains font éblouis :
Glorieux , mais vain ſtratagême !
Ne connoît-on qu'au Diadême ,
L'illuftre Epouse de Louis ?
溶
Le Ciel , qui de cet Hymenée ,
Voulut former les noeuds fi doux ;i
Reünira la deſtinée ,
De ces deux fideles Epoux.
Je vois dans la Voute azurée ,
La place pour eux préparée , Par
2088 MERCURE DE FRANCE
Par leurs Ancêtres * glorieux :
La pieté qui les couronne ,
Eleve un magnifique Trône ,
A la gloire de leurs Neveux.
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
ODE
AU ROY.
Oin ce Parnaffe imaginaire ,
Qu'adora jadis l'Univers :
Du Dieu que le Pinde révere ,
Je n'invoque point les Concerts .
Dans mon yvreffe fcrupuleufe ,
De l'Antiquité fabuleuſe ,
Je n'adopte point les erreurs :
Ma gloire feroit bien plus belle ,
LOUIS , fi pour prix de mon zele ;
Ta préfidois à mes fureurs.
K
C'eft à toi que de mon delire ,
Je veux confacrer les tranfports :
De mon audacieufe Lyre,
Mortels , refpectez les accords.
Tranfporté dans la Cour Divine ,
Je vais d'une augufte origine ,
Vous dévoiler tous les fecrets :
Loin des foibles yeux du vulgaire ,
Je
J
2084 MERCURE DE FRANCE
Je vais dans mon vol témeraire ,
Fonder les plus vaftes projets.
SY
Ce puiffant Maître du Tonnerre ,
Qui dans fes decrets abfolus ,
Diſpenſe aux Princes de la Terre ,
Le jufte prix de leurs vertus ;
En voyant les tiennes s'accroître ,
Grand Roi , daigne encor faire naître
Un Prince , objet de tes fouhaits :
Et pour difputer la victoire ;
Plus il voit s'augmenter ta gloire ,
Plus il augmente fes bienfaits.
粥
Peuples , d'une illuftre Naiffance ,
Refpectez les heureux momens :
D'Anjou , d'une jufte efperance ,
A raffermi les fondemens.
J'ai , dans mon amour peu tranquille ,
Tremblé pour l'enfance débile ,
Du prémier foutien de nos Lys :
Mais ma crainte va difparoître ,
Peut -on trembler quand on voit croître,
L'illuftre Race de Louis
S
O Ciel ! de tes Arrêts feveres ,
J'adore l'utile rigueur !
Du
SEPTEMBRE . 1730. 2085.
Du fein de nos maux falutaires ,
Tu fais naître notre bonheur .
Si la mort dans fon cours rapide ,
Trancha de fa faux homicide ,
Les jours des Bourbons au berceau ;
C'eſt qu'en nous enlevant ces Princes , *
Tu réſervois à nos Provinces ,
Le cours d'un Empire plus beau.
Combien d'admirables Spectacles ,
S'offrent à mes yeux enchantez !
Ce Regne fécond en Miracles ,
Fait honte aux Rois les plus vantez .'
En vain pour illuftrer ta gloire ,
Grand Roi , la plus fidelle Hiftoire ,
Te dépeindroit à nos Neveux ;
Tes vertus pafferoient pour fables ,
Si l'on ne les rendoit croyables ,
En les retraçant à leurs yeux.
Que vois -je ? le Ciel favorable ,
Se plaît à prévenir mes voeux.
Ta mémoire à jamais durable ,
Vaincra les temps injurieux .
Déja je vois ta Race illuftre ,
Qui s'apprête à donner du luftre ,
* Le Dauphin. Le Duc de Bourgogne . Le Duc
de Bretagne.
tos6 MERCURE DE FRANCE
A fes héroïques vertus :
Ta gloire en elle renaiffante ,
Calmera la douleur preffante ,
De ceux qui ne te verront plus.
Le Ciel, qui de quelques années
Retarda ta profperité ,
Formoit les hautes deftinées ,
De ta noble Pofterité.
Ainfi la France impatiente ,
Vit d'une Naiffance * éclatante ,
Differer les heureux inftans :
Grand Dieu , lorfque tu nous préparés ?
Des préfens fi grands & fi rares ,
Tu les fais attendre long- temps.
灌
Soutiens genereux de la France ,
Vous , Princes , l'appui de nos Loix ;
Dans une héroïque Alliance ,
Montrez-nous le plus grand des Rois
Pour retracer fes faits fublimes ,
Joignez vos effors magnanimes ,
Uniffez vos nobles travaux :
Sans que leur vertu dégenere ,
Ce que LOUIS feul a pu faire ,
Peut bien occuper deux Héros.
* La Naiſſance de Louis XIV,
Mais
SEPTEMBRE. 1730. 2087.
Mais quoi déja ce Couple augufte ,
Remplit mon attente & mes voeux :
Semblable à fon Pere , il eft jufte ,
Debonnaire , affable , pieux ;
Grand Roi , c'est là ta vraie image ,
Je n'ai point dans un fâche Ouvrage ,
Déguifé les traits du Tableau :
Si tu méconnois la peinture ,
L'Univers entier d'impoſture ,
Pourra difculper mon Pinceau
粥
Quelle eft cette augufte Princeffe ,
Que je vois aux pieds des Autels
Cette humble ferveur qui l'abbaiffe,"
La dérobe aux yeux des Mortels.
Son humilité fcrupuleuſe ,
Bannit cette pompe orgueilleufe ,
Dont les Humains font éblouis :
Glorieux , mais vain ſtratagême !
Ne connoît-on qu'au Diadême ,
L'illuftre Epouse de Louis ?
溶
Le Ciel , qui de cet Hymenée ,
Voulut former les noeuds fi doux ;i
Reünira la deſtinée ,
De ces deux fideles Epoux.
Je vois dans la Voute azurée ,
La place pour eux préparée , Par
2088 MERCURE DE FRANCE
Par leurs Ancêtres * glorieux :
La pieté qui les couronne ,
Eleve un magnifique Trône ,
A la gloire de leurs Neveux.
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Résumé : SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE AU ROY
Le texte est une ode célébrant la naissance du duc d'Anjou, fils du roi Louis XV. L'auteur exprime son admiration pour le roi et ses vertus, espérant que Dieu accorde au roi un nouvel héritier. Il évoque les craintes passées pour la lignée royale et la joie actuelle face à la naissance du duc d'Anjou. L'ode met en avant la grandeur et les miracles du règne de Louis XV, comparant sa mémoire à celle de ses ancêtres illustres. Le texte souligne également les qualités du duc d'Anjou, qui reflètent celles de son père, et la dévotion de la reine, épouse de Louis XV. Enfin, il exalte l'alliance héroïque des princes soutenant la France et la destinée glorieuse des descendants royaux.
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69
p. 2097-2099
POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Début :
L'Amour n'est plus Fils unique, [...]
Mots clefs :
Naissance du duc d'Anjou, Naissance, Enfants
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texteReconnaissance textuelle : POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
POUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
' Amour n'eft plus Fils unique ,
Et le fein chafte & fécond
D'une Reine magnifique ,
Nous enrichit d'un fecond :
Voyez comme il ſe préſente !
D'une douceur conquerante
Son Orient eft orné ;
Et fa grace fans feconde
"Pour affervir tout le monde
Ne céde qu'à fon Aîné.
I iij Jeux,
t
2098
MERCURE DE FRANCE
Jeux charmans , grace enfantine ,
Qui folâtrez dans fa Cour ;
Vous n'y prendrez point racine ,
Votre Regne n'a qu'un jour ;
De l'illuftre nom qu'il porte
La grandeur déja l'exhorte
A des exploits triomphants
Déja la gloire l'appelle ,
Enfants de Race immortelle
A peine font-ils Enfants.
C'eſt ainſi qu'en fon jeune âge
On nous apprend qu'Appollon
Fit l'effay de fon courage
Sur le monstrueux Pyrhon :
Au berceau le jeune Hercule
De fes hauts faits préambule
Deux Couleuvres étouffa ;
Et le beau fils de Sémélé
Comblé de gloire immortelle
Dans les Indes triompha.
$2
Déja fa tendre mémoire
Se remplit du nom d'Anjou ,
Son joüet , c'eft la victoire ,
Son épée eft fon bijou :
Il mêdite les louanges ,
Enveloppé dans fes langes ;
Dont
SEPTEMBRE. 1730. 209g
Dont il eft embaraffé ;
de Lunes
Et n'attend que peu
Pour venger les infortunes
Des Anjous du temps paffé.
Soyez unis , jeunes Freres ,
D'un noeud ferme autant que doux ;
Et choififfez d'Hémisphères ;
Tout l'Univers eft à vous.
Qu'en fi belle & noble chaîne ,
Jamais les Fréres d'Héleine ( 2 ),
N'entrent en comparaifon
›
Euffent ces fiers Argonautes
Fait des Princeffes plus hautes
Que leur Commandant Jafon.
O LOUIS , fage Monarque
A qui le Dieu de Sion
Donne une nouvelle marque
De fa Bénédiction
Daigne fa bonté fuprême
Propice à ce coeur qui l'aime
Et le fert fi volontiers ,
Vous donner en récompenſe
Autant de tels Fils de France ,
Que Jacob eut d'héritiers.
1 Rois de Naples & de Siciler
2 Caftor & Pollux.
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
' Amour n'eft plus Fils unique ,
Et le fein chafte & fécond
D'une Reine magnifique ,
Nous enrichit d'un fecond :
Voyez comme il ſe préſente !
D'une douceur conquerante
Son Orient eft orné ;
Et fa grace fans feconde
"Pour affervir tout le monde
Ne céde qu'à fon Aîné.
I iij Jeux,
t
2098
MERCURE DE FRANCE
Jeux charmans , grace enfantine ,
Qui folâtrez dans fa Cour ;
Vous n'y prendrez point racine ,
Votre Regne n'a qu'un jour ;
De l'illuftre nom qu'il porte
La grandeur déja l'exhorte
A des exploits triomphants
Déja la gloire l'appelle ,
Enfants de Race immortelle
A peine font-ils Enfants.
C'eſt ainſi qu'en fon jeune âge
On nous apprend qu'Appollon
Fit l'effay de fon courage
Sur le monstrueux Pyrhon :
Au berceau le jeune Hercule
De fes hauts faits préambule
Deux Couleuvres étouffa ;
Et le beau fils de Sémélé
Comblé de gloire immortelle
Dans les Indes triompha.
$2
Déja fa tendre mémoire
Se remplit du nom d'Anjou ,
Son joüet , c'eft la victoire ,
Son épée eft fon bijou :
Il mêdite les louanges ,
Enveloppé dans fes langes ;
Dont
SEPTEMBRE. 1730. 209g
Dont il eft embaraffé ;
de Lunes
Et n'attend que peu
Pour venger les infortunes
Des Anjous du temps paffé.
Soyez unis , jeunes Freres ,
D'un noeud ferme autant que doux ;
Et choififfez d'Hémisphères ;
Tout l'Univers eft à vous.
Qu'en fi belle & noble chaîne ,
Jamais les Fréres d'Héleine ( 2 ),
N'entrent en comparaifon
›
Euffent ces fiers Argonautes
Fait des Princeffes plus hautes
Que leur Commandant Jafon.
O LOUIS , fage Monarque
A qui le Dieu de Sion
Donne une nouvelle marque
De fa Bénédiction
Daigne fa bonté fuprême
Propice à ce coeur qui l'aime
Et le fert fi volontiers ,
Vous donner en récompenſe
Autant de tels Fils de France ,
Que Jacob eut d'héritiers.
1 Rois de Naples & de Siciler
2 Caftor & Pollux.
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Résumé : POUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Le texte célèbre la naissance du duc d'Anjou en septembre 1730. Il met en avant l'amour de la reine, décrite comme magnifique et féconde, qui a donné un nouvel héritier. Cet enfant, par sa grâce et sa douceur, est destiné à des exploits triomphants et est déjà appelé par la gloire. Le duc d'Anjou est comparé à des figures mythologiques comme Apollon et Hercule, connus pour leur courage dès leur jeune âge. Il est présenté comme ayant une mémoire remplie du nom de sa lignée et une épée prête pour la victoire. Le texte encourage également l'union entre les jeunes frères et souhaite au roi Louis, sage monarque, d'avoir autant de fils de France que Jacob eut d'héritiers. Le duc d'Anjou est perçu comme un futur roi de Naples et de Sicile, digne des plus grandes louanges et des plus grands exploits.
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70
p. 2163-2168
LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Début :
Favorable Fils de Latonne, [...]
Mots clefs :
Naissance, Duc d'Anjou, Ciel, Héros, Rois, Roi
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
Favorable Fils de Latonne
Je ne t'invoque point en vain
Au vif éclat qui m'environne ,
Je voi , je fens ton feu divin.
J'entre dans un facré délire ;
Puiffe mon orgueilleufe Lyre
Enfanter ces accents vainqueurs ,
Qui naiffent d'un heureux génie ,
Et dont la fublime harmonie
Enchante & ravit tous les cours.
Quel aftre nouveau fur nos têtes
Répand fa brillante clarté ?
Quel Dieu ? de nos tranquilles fêtes ;
Redouble la folemnité !
Ce n'eft pas une vaine image ;
Chafte Lucine , cet ouvrage
Eft-il le fruit de ton fecours ?
Ainfi notre Reine féconde
Cij Par
2164 MERCURE DE FRANCE
Par toy du plus beau fang du monde
Promet d'éternifer le cours.
Mais , que dis-je ? Augufte Princeffe
Ces fabuleufes Déitez
'Aux yeux de ta haute fageffe
Ne font que folles vanitez.
Humble dans fa grandeur extrême
Ton coeur adore un Dieu fuprême ;
Qui confond tous les autres Dieux ;
Et dans cette faveur nouvelle ,
Reconnoit la fource immortelle
Des tréfors les plus précieux,
Déja de fa Toute- puiffance
Tu tiens cet aimable Dauphin ,
Ce Fils dont l'heureuſe naiffance
Eft un don parti de fa main.
Cette main encor libérale
Par un nouveau don qu'elle étale
Vient mettre le comble à tes voeux
Et prodigue elle fait connoître
Dans le Prince qui vient de naître ,
Combien le Ciel nous rend heureux,
Puiffe de ces précieux gages
Le nombre fans ceffe augmenter !
Puille
OCTOBRE. 1736. 2165
Puiffent nos plus parfaits hommages
: Les voir croître & les mériter
Qu'à jamais ton auguſte race ,
De fes ayeuls fuivant la trace ,
A l'Univers donne des Loix ;
Et qu'un jour la terre étonnée
Dans cette race fortunée ,
Compte fes Héros & les Rois !
Quel pompeux fpectacle m'enchante !
Prophanes , fuyez loin de moi ;
Une fainte horreur m'épouvante ,
Tous mes fens font faifis d'effroi.
Quel nouvel éclat ! Les Cieux s'ouvrent ;
A mes yeux les deftins découvrent
Leurs immuables jugemens ;
Dans l'avenir j'oſe les lire ,
Je voi , j'examine , j'admire
Les plus fameux Evenemens.
Dans les Climats où naît l'Aurore}
Je voi des Peuples confternez ;
Malgré l'orgueil qui les dévore
Ils font foumis & profternez.
Un Héros court brifer leur chaîne ,
Il quitte les bords de la Seine ,
Et va dans leur triſte ſéjour ;
Je yoi fon Char brillant de gloire ;
Diij De
2166 MERCURE DE FRANCE
Devant lui vole la Victoire ,
A fes côtez marche l'Amour.
Il vient ; & la guerre fanglante
'Auffi - tôt calme ſa fureur ;
La paix tranquille , bien -faifante
Des efprits diffipe l'erreur.
Cher Prince , à ta clemence extrême
On court offrir un Diadême
Que ta valeur a mérité ;
Ton nouveau Peuple qui t'admire ,
Goute les douceurs d'un Empire
Préférable à la liberté.
Ainfi la Divine Sageffe ,
Verra fes Décrets accomplis ;
LOUIS ; crois en ma fainte yvreffe ,
Le ciel couronnera ton Fils.
Déja ta piété folide ,
Et la vérité qui te guide
De ce fuccès font les garants
De ton fang la fource féconde
Doit à jamais peupler le monde
De Héros & de Conquerants.
D'un héritage légitime ,
L'Orphelin , libre poffeffeur ,
N'ek
OCTOBRE. 1730. 2167
N'eft plus la funefte victime ,
D'un tyrannique raviffeur.
Un Roy , que le ciel daigne inftruire ;
De l'erreur qui cherche à ſéduire¸
Fait triompher la véritéé ;
Qui que ru fois , tremble , coupable ;
Et voi ta perte inévitable
Dans la fouveraine équité .
Enfin le crime fanguinaire
Tombe fous les Loix abbatu
Je vois l'interêt mercènaire ,
Fuïr à l'afpect de la vertu.
L'impofture au maintien perfide ,
La fraude qui lui fert de guide ,
L'audace à l'oeil féditieux ,
Abbandonnent une contrée ,
Qui de la favorable Aftrée
Eft le féjour délicieux.
Peuples , fignalez votre zéle ,
Pour LOUIS , en cet heureux jour
Que tout icy lui renouvelle
Votre refpect & votre amour ;
Puiffe une ingénieuſe addreffe ,
Parmi la pompe & l'allegreffe
Vous prolonger un jour fi beau :
Que mille feux d'intelligence ,
C iiij
Imi2168
MERCURE DE FRANCE
Imitent , pendant fon abfence ,
L'éclat du celefte flambeau.
Qué la joye en tous lieux féconde ,
Enfante des plaifirs divers ;
Que les Cieux , que la Terre & l'Onde
Retentiffent de nos Concerts.
Que dans les Palais magnifiques ,
Que fous les toits les plus ruftiques
Les graces , les ris & les jeux
Soient déformais unis enſemble ;
Qu'un même bienfait les raffemble ;
Qu'à jamais il comble nos voeux.
Par M. de M. D. S. d'Aix
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
O D E.
Favorable Fils de Latonne
Je ne t'invoque point en vain
Au vif éclat qui m'environne ,
Je voi , je fens ton feu divin.
J'entre dans un facré délire ;
Puiffe mon orgueilleufe Lyre
Enfanter ces accents vainqueurs ,
Qui naiffent d'un heureux génie ,
Et dont la fublime harmonie
Enchante & ravit tous les cours.
Quel aftre nouveau fur nos têtes
Répand fa brillante clarté ?
Quel Dieu ? de nos tranquilles fêtes ;
Redouble la folemnité !
Ce n'eft pas une vaine image ;
Chafte Lucine , cet ouvrage
Eft-il le fruit de ton fecours ?
Ainfi notre Reine féconde
Cij Par
2164 MERCURE DE FRANCE
Par toy du plus beau fang du monde
Promet d'éternifer le cours.
Mais , que dis-je ? Augufte Princeffe
Ces fabuleufes Déitez
'Aux yeux de ta haute fageffe
Ne font que folles vanitez.
Humble dans fa grandeur extrême
Ton coeur adore un Dieu fuprême ;
Qui confond tous les autres Dieux ;
Et dans cette faveur nouvelle ,
Reconnoit la fource immortelle
Des tréfors les plus précieux,
Déja de fa Toute- puiffance
Tu tiens cet aimable Dauphin ,
Ce Fils dont l'heureuſe naiffance
Eft un don parti de fa main.
Cette main encor libérale
Par un nouveau don qu'elle étale
Vient mettre le comble à tes voeux
Et prodigue elle fait connoître
Dans le Prince qui vient de naître ,
Combien le Ciel nous rend heureux,
Puiffe de ces précieux gages
Le nombre fans ceffe augmenter !
Puille
OCTOBRE. 1736. 2165
Puiffent nos plus parfaits hommages
: Les voir croître & les mériter
Qu'à jamais ton auguſte race ,
De fes ayeuls fuivant la trace ,
A l'Univers donne des Loix ;
Et qu'un jour la terre étonnée
Dans cette race fortunée ,
Compte fes Héros & les Rois !
Quel pompeux fpectacle m'enchante !
Prophanes , fuyez loin de moi ;
Une fainte horreur m'épouvante ,
Tous mes fens font faifis d'effroi.
Quel nouvel éclat ! Les Cieux s'ouvrent ;
A mes yeux les deftins découvrent
Leurs immuables jugemens ;
Dans l'avenir j'oſe les lire ,
Je voi , j'examine , j'admire
Les plus fameux Evenemens.
Dans les Climats où naît l'Aurore}
Je voi des Peuples confternez ;
Malgré l'orgueil qui les dévore
Ils font foumis & profternez.
Un Héros court brifer leur chaîne ,
Il quitte les bords de la Seine ,
Et va dans leur triſte ſéjour ;
Je yoi fon Char brillant de gloire ;
Diij De
2166 MERCURE DE FRANCE
Devant lui vole la Victoire ,
A fes côtez marche l'Amour.
Il vient ; & la guerre fanglante
'Auffi - tôt calme ſa fureur ;
La paix tranquille , bien -faifante
Des efprits diffipe l'erreur.
Cher Prince , à ta clemence extrême
On court offrir un Diadême
Que ta valeur a mérité ;
Ton nouveau Peuple qui t'admire ,
Goute les douceurs d'un Empire
Préférable à la liberté.
Ainfi la Divine Sageffe ,
Verra fes Décrets accomplis ;
LOUIS ; crois en ma fainte yvreffe ,
Le ciel couronnera ton Fils.
Déja ta piété folide ,
Et la vérité qui te guide
De ce fuccès font les garants
De ton fang la fource féconde
Doit à jamais peupler le monde
De Héros & de Conquerants.
D'un héritage légitime ,
L'Orphelin , libre poffeffeur ,
N'ek
OCTOBRE. 1730. 2167
N'eft plus la funefte victime ,
D'un tyrannique raviffeur.
Un Roy , que le ciel daigne inftruire ;
De l'erreur qui cherche à ſéduire¸
Fait triompher la véritéé ;
Qui que ru fois , tremble , coupable ;
Et voi ta perte inévitable
Dans la fouveraine équité .
Enfin le crime fanguinaire
Tombe fous les Loix abbatu
Je vois l'interêt mercènaire ,
Fuïr à l'afpect de la vertu.
L'impofture au maintien perfide ,
La fraude qui lui fert de guide ,
L'audace à l'oeil féditieux ,
Abbandonnent une contrée ,
Qui de la favorable Aftrée
Eft le féjour délicieux.
Peuples , fignalez votre zéle ,
Pour LOUIS , en cet heureux jour
Que tout icy lui renouvelle
Votre refpect & votre amour ;
Puiffe une ingénieuſe addreffe ,
Parmi la pompe & l'allegreffe
Vous prolonger un jour fi beau :
Que mille feux d'intelligence ,
C iiij
Imi2168
MERCURE DE FRANCE
Imitent , pendant fon abfence ,
L'éclat du celefte flambeau.
Qué la joye en tous lieux féconde ,
Enfante des plaifirs divers ;
Que les Cieux , que la Terre & l'Onde
Retentiffent de nos Concerts.
Que dans les Palais magnifiques ,
Que fous les toits les plus ruftiques
Les graces , les ris & les jeux
Soient déformais unis enſemble ;
Qu'un même bienfait les raffemble ;
Qu'à jamais il comble nos voeux.
Par M. de M. D. S. d'Aix
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Résumé : LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU. ODE.
Le texte célèbre la naissance du duc d'Anjou, fils de la reine de France, survenue en octobre 1736. Il commence par une invocation à la muse pour inspirer des vers dignes de cet événement. Le poème exalte la naissance du prince, perçue comme un don divin, et souhaite une descendance nombreuse et glorieuse pour la famille royale. Il prophétise également des conquêtes futures pour un héros qui apportera la paix et sera adoré par son peuple. Le texte loue la piété et la vérité du roi Louis, garantissant ainsi le succès de sa lignée. Il se termine par des vœux de joie et de célébrations pour marquer cet heureux événement, appelant à des réjouissances dans tout le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 2181-2185
LES JARDINS DE S. MARTIN. ODE. A M. de Sainte Marie, Lieutenant. General de Nevers.
Début :
Muse qui sur les pas d'Horace [...]
Mots clefs :
Jardins, Saint-Martin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES JARDINS DE S. MARTIN. ODE. A M. de Sainte Marie, Lieutenant. General de Nevers.
LES JARDINS DE S. MARTIN,
O DE .
A M. de Sainte Marie , Lieutenant.
General de Nevers .
Mufe qui fur les pas d'Horace
Conduis tes plus chers nouriffons ,
Toi , qui du Chantre de la Thrace
Animas les chants & les fons ,
Infpire-moi qu'à ma foibleffe
Succede cette noble yvreffe ,
Supérieure à l'art humain :
Que ces Jardins , que ces Boccages
Soient peints par de vives images
Où l'on reconnoiffe ta main.
Eft-ce Apollon Pan : ou quelqu'autre
Qui tient fa Cour en ces Bofquets ?
Jamais le celebre le Naûtre
N'en a tracé de plus parfaits ;
Les fentiers qui vont & reviennent
Offrent
2182 MERCURE DE FRANCE
Offrent à ceux qui s'y promenent
D
De l'ombre à chaque heure du jouf :
Les lits , les tapis de verdure
Des vaſes l'ordre & la figure
Brillent par tout dans ce féjour.
Là , du Roffignol qui gazouille
J'aime à diftinguer les chanſons ,
De fon gozier qui me chatouille
J'admire les differens fons ;
En l'écoutant je crois entendre
Des fameux Cygnes du Méandre
Les tons les plus harmonieux ;
Et fa voix peut rendre croyable
Ce que nous raconte la Fable
De leurs accens mélodieux.
Tout ce que j'apperçois m'engage
A croire ces lieux enchantés ,
Et mon coeur que le choix partage
Vole de beautés en beautés.
Ici le Dieu du Jardinage
Aux Mortels difpenfe l'uſage
De fes dons les plus précieux ;
Là l'induftrieuſe Pomone
A fçû fe ménager un Trône
Dans un Verger délicieux .
Une
OCTOBRE . 1730. 2183
Une impérieufe Terraſſe
Regne fur un vafte terrain ;
₹
On trouve dans ce qu'elle embraffe
Un Canal , un grand Boulingrin ;
L'un & l'autre trompent la vuë ,
Et cette erreur n'eft reconnuë
Qu'en les voyant ſéparément ;
Entr'eux eft l'Empire de Flore ,
Et les fleurs qu'elle y fait éclore
N'en font pas l'unique ornement.
Un nouveau fpectacle m'emporte ;
Ciel ! quelle carriere à fournir !
Dans le beau feu qui me transporte
Je vais lire dans l'avenir ;
Je vois l'eau qui part en furie ,
S'élancer , retomber en pluye ,
Et fe relever vers les Cieux ;
Que de Baffins , que de Cafcades ,
Séjour charmant pour les Naïades
Qui viendront habiter ces lieux !
器
Jardins de Mécene & de Pline ,
Ceffez de vous enorgueillir
De tout ce que l'on imagine
Pour vous peindre & vous embellir ;
N'attendez plus notre fuffrage ;
Venez
£ 184 MERCURE DE FRANCE
Venez vous-même rendre hommage
Aux agrémens de S. Martin ;
Cedez : ici tout vous ſurpaſſe ;
Ce Jardin magnifique efface
Tous les charmes du Laurentin .
Vous qu'un refpect aveugle entraîne
En faveur de l'Antiquité ,
Rompez un moment cette chaîne ,
Et jugez avec liberté ;
Vous conviendrez que nos Ancêtres
Etoient , au prix des nouveaux Maîtres
Novices dans l'Art de planter ;
Et votre efprit devenu libre ,
Oublira les Rives du Tibre
Pour ce que je viens de chanter.
Grand Magiftrat , c'eft ton ouvrage ,
Que fi haut je viens d'élever ;
C'est toi qui plantas ce Bocage ;
Tu prens foin de le cultiver :
C'est là que quittant l'air auftere
Que demande ton miniſtere
Tu goutes d'innocens plaifirs :
C'est là
que
marchant fur les traces
Des Cicerons & des Horaces ,
Tu mets à profit tes loisirs,
Mon
OCTOBRE . 1730. 2185
Mon efprit plein de tes merveilles
T'en offre ce leger crayon :
Heureux ! fi le fruit de mes veilles
Mérite quelque attention ;
Mais fi mon Appollon fidele
Eut voulu feconder mon zele ,
J'allois à l'immortalité
Et dans le Temple de mémoire ,
J'aurois pû tranfmettre ta gloire
A la fage pofterité,
L'Abbé Boyfedi.
O DE .
A M. de Sainte Marie , Lieutenant.
General de Nevers .
Mufe qui fur les pas d'Horace
Conduis tes plus chers nouriffons ,
Toi , qui du Chantre de la Thrace
Animas les chants & les fons ,
Infpire-moi qu'à ma foibleffe
Succede cette noble yvreffe ,
Supérieure à l'art humain :
Que ces Jardins , que ces Boccages
Soient peints par de vives images
Où l'on reconnoiffe ta main.
Eft-ce Apollon Pan : ou quelqu'autre
Qui tient fa Cour en ces Bofquets ?
Jamais le celebre le Naûtre
N'en a tracé de plus parfaits ;
Les fentiers qui vont & reviennent
Offrent
2182 MERCURE DE FRANCE
Offrent à ceux qui s'y promenent
D
De l'ombre à chaque heure du jouf :
Les lits , les tapis de verdure
Des vaſes l'ordre & la figure
Brillent par tout dans ce féjour.
Là , du Roffignol qui gazouille
J'aime à diftinguer les chanſons ,
De fon gozier qui me chatouille
J'admire les differens fons ;
En l'écoutant je crois entendre
Des fameux Cygnes du Méandre
Les tons les plus harmonieux ;
Et fa voix peut rendre croyable
Ce que nous raconte la Fable
De leurs accens mélodieux.
Tout ce que j'apperçois m'engage
A croire ces lieux enchantés ,
Et mon coeur que le choix partage
Vole de beautés en beautés.
Ici le Dieu du Jardinage
Aux Mortels difpenfe l'uſage
De fes dons les plus précieux ;
Là l'induftrieuſe Pomone
A fçû fe ménager un Trône
Dans un Verger délicieux .
Une
OCTOBRE . 1730. 2183
Une impérieufe Terraſſe
Regne fur un vafte terrain ;
₹
On trouve dans ce qu'elle embraffe
Un Canal , un grand Boulingrin ;
L'un & l'autre trompent la vuë ,
Et cette erreur n'eft reconnuë
Qu'en les voyant ſéparément ;
Entr'eux eft l'Empire de Flore ,
Et les fleurs qu'elle y fait éclore
N'en font pas l'unique ornement.
Un nouveau fpectacle m'emporte ;
Ciel ! quelle carriere à fournir !
Dans le beau feu qui me transporte
Je vais lire dans l'avenir ;
Je vois l'eau qui part en furie ,
S'élancer , retomber en pluye ,
Et fe relever vers les Cieux ;
Que de Baffins , que de Cafcades ,
Séjour charmant pour les Naïades
Qui viendront habiter ces lieux !
器
Jardins de Mécene & de Pline ,
Ceffez de vous enorgueillir
De tout ce que l'on imagine
Pour vous peindre & vous embellir ;
N'attendez plus notre fuffrage ;
Venez
£ 184 MERCURE DE FRANCE
Venez vous-même rendre hommage
Aux agrémens de S. Martin ;
Cedez : ici tout vous ſurpaſſe ;
Ce Jardin magnifique efface
Tous les charmes du Laurentin .
Vous qu'un refpect aveugle entraîne
En faveur de l'Antiquité ,
Rompez un moment cette chaîne ,
Et jugez avec liberté ;
Vous conviendrez que nos Ancêtres
Etoient , au prix des nouveaux Maîtres
Novices dans l'Art de planter ;
Et votre efprit devenu libre ,
Oublira les Rives du Tibre
Pour ce que je viens de chanter.
Grand Magiftrat , c'eft ton ouvrage ,
Que fi haut je viens d'élever ;
C'est toi qui plantas ce Bocage ;
Tu prens foin de le cultiver :
C'est là que quittant l'air auftere
Que demande ton miniſtere
Tu goutes d'innocens plaifirs :
C'est là
que
marchant fur les traces
Des Cicerons & des Horaces ,
Tu mets à profit tes loisirs,
Mon
OCTOBRE . 1730. 2185
Mon efprit plein de tes merveilles
T'en offre ce leger crayon :
Heureux ! fi le fruit de mes veilles
Mérite quelque attention ;
Mais fi mon Appollon fidele
Eut voulu feconder mon zele ,
J'allois à l'immortalité
Et dans le Temple de mémoire ,
J'aurois pû tranfmettre ta gloire
A la fage pofterité,
L'Abbé Boyfedi.
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Résumé : LES JARDINS DE S. MARTIN. ODE. A M. de Sainte Marie, Lieutenant. General de Nevers.
Le poème est dédié à M. de Sainte Marie, Lieutenant Général de Nevers, et célèbre les jardins de Saint-Martin. L'auteur invoque l'inspiration pour décrire ces jardins, qu'il compare aux créations du jardinier Le Nôtre. Les jardins offrent de l'ombre à toute heure grâce à leurs sentiers, lits de verdure et vases disposés harmonieusement. Les chants des oiseaux y sont comparés à ceux des cygnes du Méandre. L'auteur admire également la terrasse, le canal, le boulingrin, ainsi que les cascades et bassins. Les jardins de Saint-Martin surpassent ceux de Mécène et de Pline, et l'auteur invite à reconnaître la supériorité des nouveaux maîtres de l'art de planter. Il conclut en rendant hommage à l'œuvre de M. de Sainte Marie, soulignant que les jardins sont le fruit de son travail et de son goût pour les plaisirs innocents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. [2331]-2335
L'ENFER, ODE.
Début :
Ou suis-je ? Quel abîme s'ouvre ! [...]
Mots clefs :
Enfer, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ENFER, ODE.
L'ENFER ,
O D E.
U fuis-je ? Quel abîme s'ouvre !
Tout m'aveugle , tout m'éblouit ,
Le Soleil fuit , le Ciel fe couvre ,
Et l'Univers s'évanouit !
Quelle lumiere tenebreufe ,
Répand dans une nuit affreufe,
Des feux incertains & tremblans ?
A ij Ah !
2332 MERCURE DE FRANCE
Ah ! je fuis dans le précipice ;
Quelle Puiffance affez propice ,
Conduira mes pas chancelans ?
Je vois le centre de la Terre ,
Mais tout redouble mon effroy :
J'entends l'impatient Tonnerre ,
:
Qui gronde horriblement fous moi :
Quel bruit ! quelle ardeur dans ce Goufre!
Un feu de bitume & de fouffre ,
Seconde les efforts du fer :
Les cris , les grincemens , la rage ,
Jufqu'à moi fe font un paffage ;
Ah , Crel ! que vois-je ? c'eſt l'Enfer.
*
C'eft dans ces Cavernes brulantes ,
Grand Dieu , que ton bras tout-puiflant,
Par des chaînes toujours ardentes ,
Retient le Pécheur frémiſſant.
•
C'est là qu'une Ame criminelle ,
Brule d'une flamme éternelle
Et qui ne la confume pas :
Là , l'Adultere & le Parjure ;
Contre la gêne & la torture,
Appellent en vain le Trépas.
Quelle main invifible arrête ›
NOVEMBRE. 1730. 2333
Ces Monts & ces Rocs fufpendus ?
Ah Lque n'écrafent-ils la tête ,
De ces coupables confondus ?
Hélas ! les foupirs & les larmes ,
N'ont plus ces invincibles charmes ,
Qui defarmoient un Dieu vengeur :
Pour punir une race ingrate ,
Son pouvoir en ces lieux n'éclate ,
Que par fon extrême rigueur.
Objets de courroux & de haîne
Pour vous , il n'eft plus de pardon :
De vos crimes portez lá peine ,
Dans un éternel abandon .
Loin des bons que vous pouviez fuivre ;
Eprouvez , indignes de vivre ,
Mille morts fans pouvoir mourir.
Votre malheur eft votre ouvrage ,
Vous recevez votre partage ,
Jamais vivre & toûjours fouffrir.
*
Qu'entends-je ? Quelle voix horrible ,
Dans l'amertume de ces pleurs ,
Vient m'apprendre un mal plus terrible ;
Que les plus cuifantes douleurs ?
Quoy donc ! la flamme petillante,
Le fer ardent , l'huille bouillante ,
A iij
Ne
2334 MERCURE DE FRANCE
Ne font ici qu'un vain effort ,
Eh! quel fupplice les furmonte
Seroit - ce la fatale honte ,
Ou l'impitoyable remord
Ovous , qui vivant de chimeres
Doutez de ce qu'on ne peut voir :
Ecoutez les plaintès ameres ,
Qu'éxale un affreux deſeſpoir :
Ah , Juftice ! Ah , Loi fouveraine ,
Redouble en augmentant la peine
De nos maux l'active lenteur ;
Mais que le fort qui nous accable ,
Nous laiffe l'espoir fecourable ,
De voir un jour le Créateur.
Non , traîtres , votre ame égarée ,
Dans un Dédale de projets ,
Pour jamais fera féparée ,
Du Dieu , qu'ont armé vos forfaits,
Trop indignes de voir fa face ,
Oppofez votre vaine audace ,
Au plus terrible des malheurs ,
Mais cet invincible courage ,
N'eft plus qu'une impuiſſante rage ;
Et je n'apperçois que des pleurs.
Ainfi
NOVEMBRE. 1730. 233 5
'Ainfi gémiffent fans refſource ,
Dans les abîmes foûterrains ,
Ces hommes vains , qui dans leur courſe ,
Par le crime ont fouillé leurs mains :
Ainfi l'Avare au coeur perfide ,
Le Sacrilege parricide ,
Trouvent le prix de leur noirceur ;
Pendant qu'à leurs maux infenfible ,
Le Jufte , d'un féjour paiſible ,
Goute l'éternelle douceur.
Grand Dieu , dont la fage indulgence ,
Souffre encor mon iniquité :
J'adore & je crains ta vengeance ,
Mais j'efpere dans ta bonté.
Souvent prêt à nous mettre en poudre ;
Ton bras qui va lancer la foudre ,
Releve un coeur triſte , abbatu ;
Et toûjours ta fainte Juſtice ,
Qui dans l'Enfer punit le vice ,
Dans le Ciel place la vertu.
In malitia eorum diſperdet eos . Pl. 933
O D E.
U fuis-je ? Quel abîme s'ouvre !
Tout m'aveugle , tout m'éblouit ,
Le Soleil fuit , le Ciel fe couvre ,
Et l'Univers s'évanouit !
Quelle lumiere tenebreufe ,
Répand dans une nuit affreufe,
Des feux incertains & tremblans ?
A ij Ah !
2332 MERCURE DE FRANCE
Ah ! je fuis dans le précipice ;
Quelle Puiffance affez propice ,
Conduira mes pas chancelans ?
Je vois le centre de la Terre ,
Mais tout redouble mon effroy :
J'entends l'impatient Tonnerre ,
:
Qui gronde horriblement fous moi :
Quel bruit ! quelle ardeur dans ce Goufre!
Un feu de bitume & de fouffre ,
Seconde les efforts du fer :
Les cris , les grincemens , la rage ,
Jufqu'à moi fe font un paffage ;
Ah , Crel ! que vois-je ? c'eſt l'Enfer.
*
C'eft dans ces Cavernes brulantes ,
Grand Dieu , que ton bras tout-puiflant,
Par des chaînes toujours ardentes ,
Retient le Pécheur frémiſſant.
•
C'est là qu'une Ame criminelle ,
Brule d'une flamme éternelle
Et qui ne la confume pas :
Là , l'Adultere & le Parjure ;
Contre la gêne & la torture,
Appellent en vain le Trépas.
Quelle main invifible arrête ›
NOVEMBRE. 1730. 2333
Ces Monts & ces Rocs fufpendus ?
Ah Lque n'écrafent-ils la tête ,
De ces coupables confondus ?
Hélas ! les foupirs & les larmes ,
N'ont plus ces invincibles charmes ,
Qui defarmoient un Dieu vengeur :
Pour punir une race ingrate ,
Son pouvoir en ces lieux n'éclate ,
Que par fon extrême rigueur.
Objets de courroux & de haîne
Pour vous , il n'eft plus de pardon :
De vos crimes portez lá peine ,
Dans un éternel abandon .
Loin des bons que vous pouviez fuivre ;
Eprouvez , indignes de vivre ,
Mille morts fans pouvoir mourir.
Votre malheur eft votre ouvrage ,
Vous recevez votre partage ,
Jamais vivre & toûjours fouffrir.
*
Qu'entends-je ? Quelle voix horrible ,
Dans l'amertume de ces pleurs ,
Vient m'apprendre un mal plus terrible ;
Que les plus cuifantes douleurs ?
Quoy donc ! la flamme petillante,
Le fer ardent , l'huille bouillante ,
A iij
Ne
2334 MERCURE DE FRANCE
Ne font ici qu'un vain effort ,
Eh! quel fupplice les furmonte
Seroit - ce la fatale honte ,
Ou l'impitoyable remord
Ovous , qui vivant de chimeres
Doutez de ce qu'on ne peut voir :
Ecoutez les plaintès ameres ,
Qu'éxale un affreux deſeſpoir :
Ah , Juftice ! Ah , Loi fouveraine ,
Redouble en augmentant la peine
De nos maux l'active lenteur ;
Mais que le fort qui nous accable ,
Nous laiffe l'espoir fecourable ,
De voir un jour le Créateur.
Non , traîtres , votre ame égarée ,
Dans un Dédale de projets ,
Pour jamais fera féparée ,
Du Dieu , qu'ont armé vos forfaits,
Trop indignes de voir fa face ,
Oppofez votre vaine audace ,
Au plus terrible des malheurs ,
Mais cet invincible courage ,
N'eft plus qu'une impuiſſante rage ;
Et je n'apperçois que des pleurs.
Ainfi
NOVEMBRE. 1730. 233 5
'Ainfi gémiffent fans refſource ,
Dans les abîmes foûterrains ,
Ces hommes vains , qui dans leur courſe ,
Par le crime ont fouillé leurs mains :
Ainfi l'Avare au coeur perfide ,
Le Sacrilege parricide ,
Trouvent le prix de leur noirceur ;
Pendant qu'à leurs maux infenfible ,
Le Jufte , d'un féjour paiſible ,
Goute l'éternelle douceur.
Grand Dieu , dont la fage indulgence ,
Souffre encor mon iniquité :
J'adore & je crains ta vengeance ,
Mais j'efpere dans ta bonté.
Souvent prêt à nous mettre en poudre ;
Ton bras qui va lancer la foudre ,
Releve un coeur triſte , abbatu ;
Et toûjours ta fainte Juſtice ,
Qui dans l'Enfer punit le vice ,
Dans le Ciel place la vertu.
In malitia eorum diſperdet eos . Pl. 933
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Résumé : L'ENFER, ODE.
Le texte décrit une vision de l'Enfer, marquée par la terreur et le désespoir. Le narrateur découvre un abîme effrayant où tout semble s'évanouir, illuminé par une lumière ténébreuse et des feux incertains. Il entend des cris et des grincements de rage. L'Enfer est un lieu de souffrances éternelles, où les pécheurs sont retenus par des chaînes ardentes et brûlent d'une flamme éternelle sans jamais être consumés. Les criminels, tels que les adultères et les parjures, appellent en vain la mort pour échapper à leurs tourments. Les supplices y sont intenses et variés, mais la pire souffrance est la honte et le remord. Les âmes damnées sont privées de tout espoir de voir le Créateur. Le texte oppose les pécheurs, qui souffrent éternellement, aux justes, qui goûtent une éternelle douceur dans un séjour paisible. Le narrateur, conscient de ses propres fautes, implore la miséricorde divine, craignant la vengeance tout en espérant la bonté de Dieu. Il reconnaît que la justice divine punit le vice en Enfer et récompense la vertu au Ciel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 2417-2419
ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
Début :
Approchez, Enfans de la Lyre ; [...]
Mots clefs :
Naissance, Duc d'Anjou, Roi, Monarque, France, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU
APprochez , Enfans de la Lyre ;
Uniffez vos fons à mon chant :
Un Dieu redoutable m'infpire
D'annoncer un Héros naiffant.
Lucine à qui la France eſt chere ,
Au préfent qu'elle vient de faire
Ajoute de nouveaux bienfaits.
Оные
2418 MERCURE DE FRANCE
Que l'Anjou treffaille de joye ;
Un Prince que le Ciel envoye
Comble en ce jour tous les fouhairs
Agde qu'on vit fi plein de zele
Pour le premier né de LOUIS ,
Que ton ardeur ſe renouvelle
A l'afpect de fon fecond fils.
L'un précieux fruit de nos larmes
Vint au plus fort de nos allarmes
Calmer notre jufte frayeur.
Digne objet de notre tendreffe ,
Celui- ci naît dans l'allegreffe
Pour confirmer notre bonheur.
Pour le Monarque , pour le Trône ,
Qu'avons-nous à craindre aujourd'hui a
De fon Sceptre , de ſa Couronne
Les Dieux font eux - mêmes l'appui.
C'est par leur faveur falutaire
Que LOUIS eft devenu pere
Du Dauphin , l'objet de nos voeux
Si fon augufte Race augmente ,
Peuple , c'eft à leur main paillante
Que tu dois ce fæccès heureur.
Grand Dieu , ce que ta main commence ;
Elle feule peut l'achever ;
Tu
NOVEMBRE. 1730. 2419
Tu donnes des Rois à la France ;
C'eft à toi de les conferver.
Fais croître ces Enfans aimables
Qui fur des Peuples redoutables
Feront un jour regner tes Loix :
Et dès leur plus tendre jeuneffe
Infpire -leur cette fageffe
Qui feule forme les grands Rois.
L'Abbé L.. d'Agde:
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DUC D'ANJOU.
L'ode célèbre la naissance du Duc d'Anjou, fils du roi Louis, en novembre 1730. L'auteur, l'abbé d'Agde, invite les poètes à proclamer cet événement joyeux. La France est bénie par cette naissance, qui apporte joie et sécurité. Le Duc d'Anjou est décrit comme un prince céleste destiné à combler les désirs et apaiser les craintes. Sa venue est perçue comme un signe de bonheur et de continuité pour le trône. Les dieux sont appelés à protéger et guider le jeune prince, afin qu'il devienne un roi sage et redoutable, capable de régner sur la France et de faire respecter les lois divines.
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74
p. 2597-1602
ODE Sur la gloire des Saints, à l'occasion de la Ceremonie faite pour la Canonisation des S. S. Stanislas Kostka & Louis de Gonzague.
Début :
Esclaves de la renomée, [...]
Mots clefs :
Canonisation, Louis de Gonzague, Stanislas Kostka, Saints
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texteReconnaissance textuelle : ODE Sur la gloire des Saints, à l'occasion de la Ceremonie faite pour la Canonisation des S. S. Stanislas Kostka & Louis de Gonzague.
O DE
Sur la gloire des Saints , à l'occafion de la
Ceremonie faite pour la Canonifation des
SS. Stanislas Koftka & Louis de Gonzague.
Esclaves de la
renommée ,
Dont la frivole paffion ,
N'a point d'autre occupation ,
Que de pourfuivre une fumée ;
Que votre fort me ſemble dur ,
Quand l'efpoir d'un nom moins obſcur
De votre fang vous rend prodigues ;
Quand pour vivre dans l'avenir
Vous trainez parmi les fatigues ,
Des jours que les regrets ne font plus revenir,
Couverts d'une noble pouffiere ,
En vain vous cherchez les hazards ,
En vain vous voit -on des beaux arts;
-Courir l'épineuſe carriere ;
Souvent l'honneur capricieux ,
Echappe aux voeux ambitieux ,
Qui s'obftinent à le pourſuivre ;'
De fes partifans empreffez ,
I. Vol. C Com
2598 MERCURE DE FRANCE
Combien en voyons- nous furvivre ,
A leur gloire expirante , à leurs noms éclipfez !
>
Mais je veux que les Deftinées ,
Vous réfervent un fort plus doux ,
Qu'honoré long-temps après vous
Votre nom brave les années ;
O foins ! O déplorable effort ,
Qui n'a pour objet que le fort
D'un Cefar , ou d'un Alexandre !
Eh ! que fervent à ces Héros ,
Les honneurs qu'on rend à leur cendre ,
Quand l'ire du Seigneur les inonde à grands flots ?
W
Venez , venez ; de plus furs guides
Vous découvriront en ce jour ,
La route qui mené au ſéjour ,
Des biens , & des honneurs folides ,
Voyez STANISLAS , & LOUIS ,
Offrir à VOS yeux éblouis ,
La vraye image de la gloire ;
Tandis qu'à l'envi nos Autels ,
Confacrent ici leur mémoire ,
Ils regnent dans l'Olimpe , heureux, grands , immortels.
Ils n'ont point tenté ces conquêtes ,
Qui font triompher nos Guerriers :
1. Vol. Ils
DECEMBRE . 1730. 2599
Ils ont dédaigné ces Lauriers ,
Dont nos Sçavans parent leurs têtes
Chercher Dieu dans l'obfcurité ,
Gouter fa paix , ſa verité ,
Voilà leur fçavoir , leur étude :
Ils n'ont combatu que leur coeur :
Guerre de toutes la plus rude ,
Où l'ennemi qu'on frappe eft cher à ſon vainqueur
?
L'un dans la fleur de fa jeuneffe ,
Voit avec un noble dédain
Et le titre de Souverain ,
Et les droits flateurs de l'aineffe .
Il rougiroit de s'abaiffer
A des grandeurs qu'on voit paſſer
Comme l'éclair qui fend la nuë.
Pour arriver à la fplendeur ,
Que l'oeil mortel n'a point connue ,
C'est dans l'abbaiffement qu'il cherche fa gran
deur.
Victime de l'Amour Célefte ,
L'autre a tout ſouffert , tout quitté ;
Haï tour à tour , & flatté ,
D'un monde que fon coeur détefte.
Non , l'Enfer & tous les affauts ,
Ni tous les biens , ni tous les maux ,
N'ébranleront point fa conftance :
1. Vole Cij 31
2600 MERCURE DE FRANCE
Il franchit tout , il eft au port ,
Mais , redoublant ta violence ,
Là , tu l'attens, Amour, pour lui donner la moit.
潞
Il eſt donc jufte qu'en nos Faſtes ,
Leurs noms occupent déformais ,
Un rang que n'obtinrent jamais
Les grands exploits , les projets vaftes.
S'ils n'euffent tendu vers les Cieux ,
De tant de Princes leurs Ayeux ,
Ils auroient fubi la fortune ,
Et dans un éternel oubli ,
Peut-être une tombe commune ,
Tiendroit avec leur corps leur nom enſeveli.
Aujourd'hui du haut de leurs Trônes ;
Combien verront - ils à leurs pieds ,
De Souverains humiliez ,
Venir déposer leurs Couronnes !
C'est pour eux que brillent ces feux ,
Que l'air retentit de nos voeux ,
Que cette pompe orne nos Temples .
Et par mille organes divers ,
C'eſt leur gloire , c'eſt leurs exemples ,
Que la voix du Seigneur propoſe à l'Univers.
O qui me donnera des aîles,
I. Vol. Pour
DECEMRBE . 1730. 2601
"
Pour m'élever jufqu'au féjour ,
Où le Jufte enyvré d'amour ,
Brille de fplendeurs éternelles !
Lieux éclatans d'or & d'azur ,
Quand donc s'écroulera le mur
Qui me fépare de vos fêtes !
Jamais ne verrai - je , grands Saints ,
Ces Diadêmes fur vos têtes ,
Que de fa propre main l'Eternel vous a ceints !
來
Mais votre voix fe fait entendre !
► Mortel , au bonheur des Elus
"
>
•
» Apprends que tes voeux fuperflus ,
» Sans efforts ne peuvent prétendre.
" .. Qui donc t'arrête ? . hâte toi :
» Armé de courage & de foi ,
» Marche , cours , vole fur nos traces
» Et fçache qu'aux Céleftes Choeurs ,
Les enfans d'Adam n'ont de places ,
Qu'à titre de foldats, d'athletes, de vainqueurs
來
C'en eft fait , & mon coeur docile
Se foumet à tout fans regret ;
Trop long- temps il fuivit l'attrait
Des faux biens , de l'honneur fragile.
Brifez-vous , fers injurieux ,
Fers , dont le poids impérieux ,
I. Vo!. Ciij Me
2602 MERCURE DE FRANCE
Me tenoit courbé vers la Terre.
Monde pervers , fens ennemis >
Je vous déclare à tous la guerre :
Qu'attendrois-je de vous quand le Ciel m'eft
promis.
J. F. FLEURIAU , de la Compagnie
de J fus.
Sur la gloire des Saints , à l'occafion de la
Ceremonie faite pour la Canonifation des
SS. Stanislas Koftka & Louis de Gonzague.
Esclaves de la
renommée ,
Dont la frivole paffion ,
N'a point d'autre occupation ,
Que de pourfuivre une fumée ;
Que votre fort me ſemble dur ,
Quand l'efpoir d'un nom moins obſcur
De votre fang vous rend prodigues ;
Quand pour vivre dans l'avenir
Vous trainez parmi les fatigues ,
Des jours que les regrets ne font plus revenir,
Couverts d'une noble pouffiere ,
En vain vous cherchez les hazards ,
En vain vous voit -on des beaux arts;
-Courir l'épineuſe carriere ;
Souvent l'honneur capricieux ,
Echappe aux voeux ambitieux ,
Qui s'obftinent à le pourſuivre ;'
De fes partifans empreffez ,
I. Vol. C Com
2598 MERCURE DE FRANCE
Combien en voyons- nous furvivre ,
A leur gloire expirante , à leurs noms éclipfez !
>
Mais je veux que les Deftinées ,
Vous réfervent un fort plus doux ,
Qu'honoré long-temps après vous
Votre nom brave les années ;
O foins ! O déplorable effort ,
Qui n'a pour objet que le fort
D'un Cefar , ou d'un Alexandre !
Eh ! que fervent à ces Héros ,
Les honneurs qu'on rend à leur cendre ,
Quand l'ire du Seigneur les inonde à grands flots ?
W
Venez , venez ; de plus furs guides
Vous découvriront en ce jour ,
La route qui mené au ſéjour ,
Des biens , & des honneurs folides ,
Voyez STANISLAS , & LOUIS ,
Offrir à VOS yeux éblouis ,
La vraye image de la gloire ;
Tandis qu'à l'envi nos Autels ,
Confacrent ici leur mémoire ,
Ils regnent dans l'Olimpe , heureux, grands , immortels.
Ils n'ont point tenté ces conquêtes ,
Qui font triompher nos Guerriers :
1. Vol. Ils
DECEMBRE . 1730. 2599
Ils ont dédaigné ces Lauriers ,
Dont nos Sçavans parent leurs têtes
Chercher Dieu dans l'obfcurité ,
Gouter fa paix , ſa verité ,
Voilà leur fçavoir , leur étude :
Ils n'ont combatu que leur coeur :
Guerre de toutes la plus rude ,
Où l'ennemi qu'on frappe eft cher à ſon vainqueur
?
L'un dans la fleur de fa jeuneffe ,
Voit avec un noble dédain
Et le titre de Souverain ,
Et les droits flateurs de l'aineffe .
Il rougiroit de s'abaiffer
A des grandeurs qu'on voit paſſer
Comme l'éclair qui fend la nuë.
Pour arriver à la fplendeur ,
Que l'oeil mortel n'a point connue ,
C'est dans l'abbaiffement qu'il cherche fa gran
deur.
Victime de l'Amour Célefte ,
L'autre a tout ſouffert , tout quitté ;
Haï tour à tour , & flatté ,
D'un monde que fon coeur détefte.
Non , l'Enfer & tous les affauts ,
Ni tous les biens , ni tous les maux ,
N'ébranleront point fa conftance :
1. Vole Cij 31
2600 MERCURE DE FRANCE
Il franchit tout , il eft au port ,
Mais , redoublant ta violence ,
Là , tu l'attens, Amour, pour lui donner la moit.
潞
Il eſt donc jufte qu'en nos Faſtes ,
Leurs noms occupent déformais ,
Un rang que n'obtinrent jamais
Les grands exploits , les projets vaftes.
S'ils n'euffent tendu vers les Cieux ,
De tant de Princes leurs Ayeux ,
Ils auroient fubi la fortune ,
Et dans un éternel oubli ,
Peut-être une tombe commune ,
Tiendroit avec leur corps leur nom enſeveli.
Aujourd'hui du haut de leurs Trônes ;
Combien verront - ils à leurs pieds ,
De Souverains humiliez ,
Venir déposer leurs Couronnes !
C'est pour eux que brillent ces feux ,
Que l'air retentit de nos voeux ,
Que cette pompe orne nos Temples .
Et par mille organes divers ,
C'eſt leur gloire , c'eſt leurs exemples ,
Que la voix du Seigneur propoſe à l'Univers.
O qui me donnera des aîles,
I. Vol. Pour
DECEMRBE . 1730. 2601
"
Pour m'élever jufqu'au féjour ,
Où le Jufte enyvré d'amour ,
Brille de fplendeurs éternelles !
Lieux éclatans d'or & d'azur ,
Quand donc s'écroulera le mur
Qui me fépare de vos fêtes !
Jamais ne verrai - je , grands Saints ,
Ces Diadêmes fur vos têtes ,
Que de fa propre main l'Eternel vous a ceints !
來
Mais votre voix fe fait entendre !
► Mortel , au bonheur des Elus
"
>
•
» Apprends que tes voeux fuperflus ,
» Sans efforts ne peuvent prétendre.
" .. Qui donc t'arrête ? . hâte toi :
» Armé de courage & de foi ,
» Marche , cours , vole fur nos traces
» Et fçache qu'aux Céleftes Choeurs ,
Les enfans d'Adam n'ont de places ,
Qu'à titre de foldats, d'athletes, de vainqueurs
來
C'en eft fait , & mon coeur docile
Se foumet à tout fans regret ;
Trop long- temps il fuivit l'attrait
Des faux biens , de l'honneur fragile.
Brifez-vous , fers injurieux ,
Fers , dont le poids impérieux ,
I. Vo!. Ciij Me
2602 MERCURE DE FRANCE
Me tenoit courbé vers la Terre.
Monde pervers , fens ennemis >
Je vous déclare à tous la guerre :
Qu'attendrois-je de vous quand le Ciel m'eft
promis.
J. F. FLEURIAU , de la Compagnie
de J fus.
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Résumé : ODE Sur la gloire des Saints, à l'occasion de la Ceremonie faite pour la Canonisation des S. S. Stanislas Kostka & Louis de Gonzague.
Le poème célèbre la canonisation des saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague, en critiquant la quête de la renommée terrestre, jugée frivole et éphémère. Il oppose cette gloire passagère à la véritable gloire spirituelle. Les saints sont décrits comme des modèles de vertu, ayant préféré l'humilité et la dévotion aux honneurs mondains. Stanislas Kostka a rejeté les titres et les grandeurs terrestres pour chercher la splendeur divine dans l'abbaisement. Louis de Gonzague a souffert et renoncé à tout pour son amour céleste, restant inébranlable face aux tentations et aux épreuves. Le poème invite les lecteurs à suivre l'exemple des saints, à se libérer des chaînes terrestres et à aspirer à la gloire éternelle. Les noms des saints doivent désormais occuper une place d'honneur, surpassant les exploits terrestres. Leur canonisation est célébrée comme un moment où leur gloire et leurs exemples sont proposés à l'univers.
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75
p. 2628-2631
LA JEUNESSE. ODE.
Début :
Vers le Parnasse un doux penchant m'entraîne ; [...]
Mots clefs :
Jeunesse, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : LA JEUNESSE. ODE.
LA
Ce 13. Novembre 1730.
XXXX* X *XX***
JEUNESSE,
O D E.
Ers le Parnaffe un doux penchant m'en
traîne ;
Mon coeur brule d'un feu nouveau ;
Apollon vient m'ouvrir la veine :
Pour feconder un feu fi beau ,
Je ne demande point cet efprit emphatique
Ces mots dont font enflez mille ouvrages divers,
Je ne veux qu'être véridique ;
C'eſt un rare agrément dans un faifeur de vers.
O mortels ! apprenez le fujet qui m'inſpire ;
Un feul , digne de moy , vient s'offrir à mes
yeux :
C'est la Jeuneffe ; ſon délire ,
Pour exercer ma mufe en un champ ſpacieux ;
1. Vola
J'entre
DECEMBRE . 1730. 2629
J'entreprens de prouver , jeuneffe trop aimables
Que tes plus finceres faveurs
Deviennent pour nous tous une fource effroya
ble ,
Des plus affreux malheurs,
Quelle eft cette mer orageufe ,
Qui fe prefente à mes regards ?
Les flots d'une onde impetueufe
M'environnent de toutes parts.
Ciel ! par
même ,
où me ſauver ? ... je me livre moi
Aux périls les plus éminens'::
'Ainfi pour les humains c'eſt une loy fuprême ,
Qu'ils foient de tous leurs maux les premiers
inftrumens..
Cette mer agitée eſt l'état où nous ſommes
Quand les vices en foule affailliffent nos coeurs
Les paffions font pour les hommes ,
Ce que les flots font pour les voyageurs.
En fuyant les Rochers , celebres en nauffrages ,
Le Voyageur fouvent évite le trépas ;
L'homme , au contraire , obéit à l'orage ,
Et parmi les écueils précipite fes pas.
Ce n'eft point l'enfance timide
Que je décrie en mes difcours ;;
Ir Volu Dy Cif
2630 MERCURE DE FRANCE
C'eft la jeuneffe qui pour guide
'Aime les paffions qui la flattent toujours ,
Qui dans une molleffe entiere
Laiffant couler le temps qui fuit ',
Trouve le repentir au bout de la carriere :
Du temps perdu , c'eft tout le fruit .
L'homme mene d'abord une vie innocente ;
L'enfance dans fon coeur n'excite aucuns défirs
L'âge fait naître en lui cette ardeur pétulante ,
Qui l'entraîne vers les plaifirs :
La vieilleffe paroît, les jeux prennent la fuite,
A ces mêmes plaiſirs il ſe voit arraché ,
Et fouffre avec regret que le peché le quitte ,
Ne pouvant le réfoudre à quitter le peché.
A d'auffi grands dangers l'expofe le jeune
âge ,
Venus s'empare de fon coeur ,
Le conduit à fa perte ; un honteux efclavage ,
Souvent devient pour lui le comble du malheur
Et comment pourroit - il éviter les difgraces,
Qui font le prix de fes emportemens ,
Puifque du vice il fuit les traces
Il en doit éprouver les juftes châtimens.
O toy , dont on chérit l'aimable joüiffance r
Toy, dont on vante les douceurs !
I. Vol.
Jeuneffe
DECEMBRE. 1730. 2631
Jeuneffe , je veux mettre en la même balance ,
Tes défagrémens , tes faveurs.
Mais que vois-je ..... les maux dont tu nous
rends la proye ,
Surpaffent de beaucoup tes plus charmans at
traits :
Ah ! que ne pouvons-nous te poffeder fans
joye ,
Pour épargner un jour d'inutiles regrets.
P...
Ce 13. Novembre 1730.
XXXX* X *XX***
JEUNESSE,
O D E.
Ers le Parnaffe un doux penchant m'en
traîne ;
Mon coeur brule d'un feu nouveau ;
Apollon vient m'ouvrir la veine :
Pour feconder un feu fi beau ,
Je ne demande point cet efprit emphatique
Ces mots dont font enflez mille ouvrages divers,
Je ne veux qu'être véridique ;
C'eſt un rare agrément dans un faifeur de vers.
O mortels ! apprenez le fujet qui m'inſpire ;
Un feul , digne de moy , vient s'offrir à mes
yeux :
C'est la Jeuneffe ; ſon délire ,
Pour exercer ma mufe en un champ ſpacieux ;
1. Vola
J'entre
DECEMBRE . 1730. 2629
J'entreprens de prouver , jeuneffe trop aimables
Que tes plus finceres faveurs
Deviennent pour nous tous une fource effroya
ble ,
Des plus affreux malheurs,
Quelle eft cette mer orageufe ,
Qui fe prefente à mes regards ?
Les flots d'une onde impetueufe
M'environnent de toutes parts.
Ciel ! par
même ,
où me ſauver ? ... je me livre moi
Aux périls les plus éminens'::
'Ainfi pour les humains c'eſt une loy fuprême ,
Qu'ils foient de tous leurs maux les premiers
inftrumens..
Cette mer agitée eſt l'état où nous ſommes
Quand les vices en foule affailliffent nos coeurs
Les paffions font pour les hommes ,
Ce que les flots font pour les voyageurs.
En fuyant les Rochers , celebres en nauffrages ,
Le Voyageur fouvent évite le trépas ;
L'homme , au contraire , obéit à l'orage ,
Et parmi les écueils précipite fes pas.
Ce n'eft point l'enfance timide
Que je décrie en mes difcours ;;
Ir Volu Dy Cif
2630 MERCURE DE FRANCE
C'eft la jeuneffe qui pour guide
'Aime les paffions qui la flattent toujours ,
Qui dans une molleffe entiere
Laiffant couler le temps qui fuit ',
Trouve le repentir au bout de la carriere :
Du temps perdu , c'eft tout le fruit .
L'homme mene d'abord une vie innocente ;
L'enfance dans fon coeur n'excite aucuns défirs
L'âge fait naître en lui cette ardeur pétulante ,
Qui l'entraîne vers les plaifirs :
La vieilleffe paroît, les jeux prennent la fuite,
A ces mêmes plaiſirs il ſe voit arraché ,
Et fouffre avec regret que le peché le quitte ,
Ne pouvant le réfoudre à quitter le peché.
A d'auffi grands dangers l'expofe le jeune
âge ,
Venus s'empare de fon coeur ,
Le conduit à fa perte ; un honteux efclavage ,
Souvent devient pour lui le comble du malheur
Et comment pourroit - il éviter les difgraces,
Qui font le prix de fes emportemens ,
Puifque du vice il fuit les traces
Il en doit éprouver les juftes châtimens.
O toy , dont on chérit l'aimable joüiffance r
Toy, dont on vante les douceurs !
I. Vol.
Jeuneffe
DECEMBRE. 1730. 2631
Jeuneffe , je veux mettre en la même balance ,
Tes défagrémens , tes faveurs.
Mais que vois-je ..... les maux dont tu nous
rends la proye ,
Surpaffent de beaucoup tes plus charmans at
traits :
Ah ! que ne pouvons-nous te poffeder fans
joye ,
Pour épargner un jour d'inutiles regrets.
P...
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Résumé : LA JEUNESSE. ODE.
Le poème 'Jeunesse', écrit en novembre et décembre 1730, exprime le désir de l'auteur de célébrer la jeunesse tout en mettant en garde contre ses dangers. L'auteur souhaite être véridique et éviter les mots emphatiques. Il décrit la jeunesse comme une mer orageuse et impétueuse, susceptible d'entraîner des malheurs. Les vices et les passions sont comparés aux flots qui entourent les voyageurs, poussant souvent l'homme vers les écueils. L'auteur critique la jeunesse qui se laisse guider par des passions flatteuses et trouve le repentir à la fin de sa vie. Il décrit l'évolution de l'homme, de l'innocence de l'enfance à l'ardeur des plaisirs, puis à la vieillesse où les plaisirs s'enfuient. La jeunesse est particulièrement exposée aux dangers, notamment ceux liés à Vénus, qui peuvent mener à un esclavage honteux. L'auteur conclut en soulignant que les maux causés par la jeunesse surpassent ses charmes et regrette de ne pas pouvoir la posséder sans joie pour éviter les regrets futurs.
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76
p. 30-35
LA HAINE. ODE
Début :
Sçavantes Nymphes du Parnasse, [...]
Mots clefs :
Haine, Vengeance, Indulgence, Amitié, Guerre, Justice, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA HAINE. ODE
L.A HAINE
ODE
S Cavantes Nymphes du Parnasse ,
Si jamais vous cûtes pitié ,
Des malheurs qu'à l'humaine race
Causa souvent l'Inimitié ;
Déesses , soyez- moi propices.
Contre le plus cruel des vices ,
Armez votre sévérité ;
D'une voix pénétrante et forte,
Blâmez les excès ou se porte ,
L'homme contre l'homme irrité.
Pour le désir de la vengeance ,
Muses , donnez lui tant d'horreur
Qu'enfin une noble indulgence
Succede à sa lâche fureur ;
2
Qu'en ses yeux desormais l'on voye ,
Briller
JANVIER. 1731. 31
Briller l'assurance et la joye ,
Au lieu du trouble et de l'ennui ;
Et qu'au mépris d'un faux sistême
Il devienne ami de soi- même ,
In cessant de hair autrui.
Peuples , dont un instinct sauvage ,
Regle les sentimens pervers ,
Et dont cet orgueilleux rivage.
Est séparé par tant de Mers :
Vous , chez qui l'homme impitoyable
Du corps fumant de son semblable
Se fait de monstrueux festins ;
De vos forfaits , Peuples impies ,
On voit les fidelles copies ,
Dans nos désordres intestins.
•
Oui , ce seroit peu que la Guerre ,
Employant le souphre et le fer ;
Eût tant de fois rendu la Terre ,
L'horrible image de l'Enfer ,
Si l'Entêtement , l'Hérésie ,
L'Ambition , la Jalousie ,
Les faux soupçons , les noirs complots ,
Tirans implacables des Hommes ,
Du triste climat où nous sommes
Ne bannissoient pas le repos.
>
Com(
32 MERCURE
DE FRANCE .
Combien de fois cet Hémisphère ,
Non sans en frémir , a- t-il vú ,
Du sang de son malhûreux frere ,
Le frere indignement repû ?
Est- il parjures , sacriléges ,
Intrigues , fureurs , sortiléges ,
Trahisons , souplesses , détours ,
A qui , dans nos projets iniques ,
Honteux , criminels Politiques ,
Nous n'ayons sans cesse recours ?
Sur tout , quand l'Interêt nous guide ,
Ses absolus commandemens
De l'amitié la plus solide ,
Sappent toûjours les fondemens.
D'Alecton , sanguinaire éleve ,
Il aiguisa le premier Glaive
Et chassant l'équité des coeurs ;
Il substitua par ses ruses ;
Un vil amas de Loix confuses ,
A l'empire des bonnes moeurs.
Et toi , dont l'éloquence outrée ,
Consiste en des cris infernaux ,
Qui de la fugitive Astrée ,
Usurpas les saints Tribunaux ,
Hydre , qu'anime la vengeance ,
Que suit la fatale indigence ,
Que
JANVIER . 1731. 33
Que conduit
l'obstination ,
Chicane , indomtable Génie ,
Quels objets offre ta manie ,
A ma juste indignation !
Les Loix les plus sages détruites ,
Par des Sophismes effrontez ;
Des veuves aux portes réduites ,
Des Orphelins déshéritez ;
L'Impunité vendue au crime
A son possesseur légitime
Un bien pour jamais interdit
L'Innocence qu'on persécute ,
Et le droit le plus ferme en butte
A l'oppression
du crédit.
›
Mais quelle voix audacieuse ,
Eclate , en discours menaçans ?
Quelle langue malicieuse ,
Exerce ici ses traits perçans ?
Lâches Auteurs de ces tempêtes ,
Craignez d'attirer sur vos têtes ,
Les rigueurs du courroux divin ,
Et que le Ciel en sa justice ,
D'Etéocle et de Polinice ,
Ne vous ait réservé la fin.
Témoins d'un Spectacle barbare ;
Que dis-je ! Nous n'esperons pas ,
Que
34 MERCURE DE FRANCE.
Que la haine qui nous sépare ,
Puisse ceder même au trépàs.
L'aigreur qui partage vos ames ,
Un jour partagera les flâmes
Qui doivent consumer vos corps ;
Un jour , vos Ombres fratricides ,
Iront se joindre aux Eumenides ,
- Pour troubler l'Empire des Morts.
=
•
Ainsi donc cedant à la force ,
Du plus exécrable poison ,
Vous faites un honteux divorce ,
Avec votre propre raison.
Malheureux ! prenez pour modeles .
Les Colombes , les Tourterelles ,
Qu'un tendre amour unit toujours ;
Ou bien dans quelque affreux bocage ,
Allez écouter le langage ,
Des Loups , des Tigres et des Ours.
Vous , Muses , allez les premieres ,
Vers ces Animaux ravissans ,
Et daignez de quelques lumieres ,
Eclairer leurs aveugles sens .
Instruits de nos moeurs intraitables ,
De cent reproches équitables .
Ils sçauront bien- tôt nous combler ,
Plus épouvantez de connoître ,
L'Or
JANVIER . 1-31 .
35
i
L'Orgueilleux, qui se dit leur Maître ,
Qu'envieux de lui ressembler.
C'en est trop ; gardez le silence ,
Barbares , hôtes des Forêts ,"
Hélas ! de notre ressemblance ,
Il suffit d'avouer les traits.
Quand la Terre ignoroit encore ,
Les malheurs qu'apporta Pandore.
Les crimes de Thebe et d'Argos ,
L'Homme goûtoit un sort celeste :
Mais quoi ! la discorde funeste ,
Nous a tous rendus vos égaux .
F. M. F. DE VAL GNE
ODE
S Cavantes Nymphes du Parnasse ,
Si jamais vous cûtes pitié ,
Des malheurs qu'à l'humaine race
Causa souvent l'Inimitié ;
Déesses , soyez- moi propices.
Contre le plus cruel des vices ,
Armez votre sévérité ;
D'une voix pénétrante et forte,
Blâmez les excès ou se porte ,
L'homme contre l'homme irrité.
Pour le désir de la vengeance ,
Muses , donnez lui tant d'horreur
Qu'enfin une noble indulgence
Succede à sa lâche fureur ;
2
Qu'en ses yeux desormais l'on voye ,
Briller
JANVIER. 1731. 31
Briller l'assurance et la joye ,
Au lieu du trouble et de l'ennui ;
Et qu'au mépris d'un faux sistême
Il devienne ami de soi- même ,
In cessant de hair autrui.
Peuples , dont un instinct sauvage ,
Regle les sentimens pervers ,
Et dont cet orgueilleux rivage.
Est séparé par tant de Mers :
Vous , chez qui l'homme impitoyable
Du corps fumant de son semblable
Se fait de monstrueux festins ;
De vos forfaits , Peuples impies ,
On voit les fidelles copies ,
Dans nos désordres intestins.
•
Oui , ce seroit peu que la Guerre ,
Employant le souphre et le fer ;
Eût tant de fois rendu la Terre ,
L'horrible image de l'Enfer ,
Si l'Entêtement , l'Hérésie ,
L'Ambition , la Jalousie ,
Les faux soupçons , les noirs complots ,
Tirans implacables des Hommes ,
Du triste climat où nous sommes
Ne bannissoient pas le repos.
>
Com(
32 MERCURE
DE FRANCE .
Combien de fois cet Hémisphère ,
Non sans en frémir , a- t-il vú ,
Du sang de son malhûreux frere ,
Le frere indignement repû ?
Est- il parjures , sacriléges ,
Intrigues , fureurs , sortiléges ,
Trahisons , souplesses , détours ,
A qui , dans nos projets iniques ,
Honteux , criminels Politiques ,
Nous n'ayons sans cesse recours ?
Sur tout , quand l'Interêt nous guide ,
Ses absolus commandemens
De l'amitié la plus solide ,
Sappent toûjours les fondemens.
D'Alecton , sanguinaire éleve ,
Il aiguisa le premier Glaive
Et chassant l'équité des coeurs ;
Il substitua par ses ruses ;
Un vil amas de Loix confuses ,
A l'empire des bonnes moeurs.
Et toi , dont l'éloquence outrée ,
Consiste en des cris infernaux ,
Qui de la fugitive Astrée ,
Usurpas les saints Tribunaux ,
Hydre , qu'anime la vengeance ,
Que suit la fatale indigence ,
Que
JANVIER . 1731. 33
Que conduit
l'obstination ,
Chicane , indomtable Génie ,
Quels objets offre ta manie ,
A ma juste indignation !
Les Loix les plus sages détruites ,
Par des Sophismes effrontez ;
Des veuves aux portes réduites ,
Des Orphelins déshéritez ;
L'Impunité vendue au crime
A son possesseur légitime
Un bien pour jamais interdit
L'Innocence qu'on persécute ,
Et le droit le plus ferme en butte
A l'oppression
du crédit.
›
Mais quelle voix audacieuse ,
Eclate , en discours menaçans ?
Quelle langue malicieuse ,
Exerce ici ses traits perçans ?
Lâches Auteurs de ces tempêtes ,
Craignez d'attirer sur vos têtes ,
Les rigueurs du courroux divin ,
Et que le Ciel en sa justice ,
D'Etéocle et de Polinice ,
Ne vous ait réservé la fin.
Témoins d'un Spectacle barbare ;
Que dis-je ! Nous n'esperons pas ,
Que
34 MERCURE DE FRANCE.
Que la haine qui nous sépare ,
Puisse ceder même au trépàs.
L'aigreur qui partage vos ames ,
Un jour partagera les flâmes
Qui doivent consumer vos corps ;
Un jour , vos Ombres fratricides ,
Iront se joindre aux Eumenides ,
- Pour troubler l'Empire des Morts.
=
•
Ainsi donc cedant à la force ,
Du plus exécrable poison ,
Vous faites un honteux divorce ,
Avec votre propre raison.
Malheureux ! prenez pour modeles .
Les Colombes , les Tourterelles ,
Qu'un tendre amour unit toujours ;
Ou bien dans quelque affreux bocage ,
Allez écouter le langage ,
Des Loups , des Tigres et des Ours.
Vous , Muses , allez les premieres ,
Vers ces Animaux ravissans ,
Et daignez de quelques lumieres ,
Eclairer leurs aveugles sens .
Instruits de nos moeurs intraitables ,
De cent reproches équitables .
Ils sçauront bien- tôt nous combler ,
Plus épouvantez de connoître ,
L'Or
JANVIER . 1-31 .
35
i
L'Orgueilleux, qui se dit leur Maître ,
Qu'envieux de lui ressembler.
C'en est trop ; gardez le silence ,
Barbares , hôtes des Forêts ,"
Hélas ! de notre ressemblance ,
Il suffit d'avouer les traits.
Quand la Terre ignoroit encore ,
Les malheurs qu'apporta Pandore.
Les crimes de Thebe et d'Argos ,
L'Homme goûtoit un sort celeste :
Mais quoi ! la discorde funeste ,
Nous a tous rendus vos égaux .
F. M. F. DE VAL GNE
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Résumé : LA HAINE. ODE
L'ode 'La Haine', publiée en janvier 1731 dans le Mercure de France, est une supplique adressée aux muses et aux nymphes du Parnasse pour qu'elles condamnent la haine et l'inimitié entre les hommes. L'auteur aspire à voir la vengeance remplacée par une noble indulgence et souhaite que les hommes apprennent à se pardonner et à s'aimer eux-mêmes. L'auteur dénonce les peuples barbares qui se nourrissent de la chair de leurs semblables et compare leurs actes aux désordres internes des sociétés civilisées. Il critique la guerre, l'entêtement, l'hérésie, l'ambition, la jalousie, les faux soupçons et les complots qui perturbent la paix. Il accuse également l'intérêt personnel de corrompre les amitiés et de substituer des lois confuses à l'empire des bonnes mœurs. L'auteur s'indigne contre les abus de la justice, les sophismes qui détruisent les lois sages, et l'impunité du crime. Il met en garde les auteurs de ces tempêtes contre la colère divine et prédit que la haine persistera même après la mort. Enfin, l'auteur invite les hommes à prendre exemple sur les colombes et les tourterelles, unies par un tendre amour, plutôt que sur les animaux sauvages. Il appelle les muses à éclairer les sens des hommes, aveugles par leurs mœurs intraitables, et à leur faire connaître leur propre barbarie.
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77
p. 241-246
ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Début :
Quelle Cour pompeuse et brillante [...]
Mots clefs :
Canonisation, Stanislas Kostka, Louis de Gonzague, Regards , Cour fabuleuse, Lubriques Divinités, Trône, Religion, Couronne, Lyre
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
O D E.
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
Sur la Canonisation des Saints Stanislas
Kostka et Louis de Gonzague.
Q Uelle Cour pompeuse et brillante
Se dévoile à mes yeux surpris ?
Dans quelle Région charmante
Un Dieu ravit- il mes esprits ?
Que vois-je ? Ce n'est plus la Terre ;
Au-dessus même du Tonnerre
Je porte de libres regards..
Un Temple brille dans la Nuë :
Quel jour ! une main inconnuë
M'ouvre les Cieux de toutes parts.
Ce n'est point la Cour fabuleuse
Des Dieux que l'erreur a vantés ,
Séjour d'une foule orgueilleuse
De lubriques Divinités ;;
Il n'est plus ce culte coupable :
Dans le Sanctuaire adorable
Que soutient la voûte des airs ,
Un seul Maître , un seul Dieu réside
Sa Majesté sainte y préside ,
Et veille au sort de l'Univers,
247 MERCURE DE FRANCE
Inclinés au pied de son Thrône
Les Anges saisis de respect ,
De la splendeur qui l'environne ,
Ne peuvent soutenir l'aspect.
Mais quoi ! vers ce Trône terrible ,
A tout Mortel inaccessible ,
Dans un char plus brillant que
Par une route de lumiere ,
Quittant la terrestre carriere ,
l'or ,
Deux Mortels prennent leur essor !
M
Volez , Vertus , et sur vos aîles
Enlevez leur char radieux ;
Jusqu'aux demeures immortelles
Portez ces jeunes demi- Dieux :
Ils vont , ils entrent dans la Gloire ,
'Au milieu des chants de victoire
De tous les celestes Esprits ;
Frappé de cent voix unanimes ,
L'air retentit des noms sublimes
De Stanislas et de Louis.
Tout le Ciel avec allegrésse
Reçoit ces Habitans nouveaux
La Religion s'interesse
Au Triomphe de ses Héros ;
La Pieté leur dresse un Trône
La
FEVRIER.
243 1731.
La Pudeur forme leur couronne
De ses Myrrhes toujours fleuris
Et dans cette fête charmante
Chaque Vertu retrouve et vante
Ses plus fideles favoris.
L'éclat de leur saint diadême
Leur cause de moins doux transports
Que le pur amour que Dieu même ...
Mais quel bras suspend mes accords ?
Une secrette violence
Force ici ma Lyre au silence
Sur ce bonheur Mysterieux ;
Dans ses Conseils impénetrables
Dieu seul voit les dons inéfables
Que sa main répand dans les Cieur.
潞
Nouveaux Saints , ames fortunées
Regnez , jouissez , sans désirs ;
La Mort abrégea vos années
Pour éterniser vos plaisirs.
Jaloux d'une immortelle vie ,
La fleur de vos jours est ravie
Sans vous causer de vains regrets
Vous tombez dans la nuit profondé
Trop tôt pour l'ornement du monde ;
Trop tard encor pour vos souhaits.
Da
244 MERCURE DE FRANCE
Du haut des sacrés tabernacles ,
Par mille prodiges nouveaux ,
Couronnez les anciens miracles ,
Qui font l'honneur de vos tombeaux ;
Sur l'encens de nos sacrifices
Attirez les regards propices
Du Maître absolu des humains ;
Eteignez le feu du Tonnerre ,
Que l'impieté de la Terre
Allume souvent dans ses mains.
Pour un Roi pacifique et juste
Offrez nos voeux au Roi des Rois ;
Veillez sur une Reine auguste ,
Le
sang * exige ici ses droits.
Les fruits d'un heureux hymenée
Dont la France se voit ornée ,
De l'Eternel sont les bienfaits :
Soyez les Anges tutelaires
Et les premiers dépositaires
Des dons chéris qu'il nous a faits.
諾
Tout change. Aux mortelles contrées
Faut-il donc ramener mes yeux ?
Pourquoi les portes azurées
Me referment - elles les Cieux ?
* La Reine est parente de ces deux Saints:
Toug
FEVRIER. 1731 .
245
Tout a disparu comme un songe ;
Mais ce n'est point un vain mensonge
Qui trompe mes sens éblouis :
Rome a parlé tout doit l'en croire ;
Son Oracle a marqué la gloire
De Stanislas et de Louis.
M
Peuples , retracez dans vos fêtes
La Pompe du divin séjour ;
Que tout applaudisse aux conquêtes
Que le Ciel fait en ce beau jour .
- Unissons des chants de louanges
Aux Concerts que le choeur des Anges
Consacre aux nouveaux Immortels ;
Et que sous ces voutes sacrées
Leurs images de fleurs parées
Tiennent un rang sur nos Autels .
讚
Jeunes coeurs , troupe aimable et tendre
'Accourez , offrez votre encens ;
Deux jeunes Saints ont droit d'attendre
Vos hommages reconnoissans.
A leur héroïque courage.
L'Univers a vû que votre âge ,
Capable d'illustres travaux ,
Peut aux Enfers livrer la guerre ,
Etre
246 MERCURE DE FRANCE.
Etre l'exemple de la Terre ,
Et peupler le Ciel de Héros .
Gresset Jésuite .
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Résumé : ODE. Sur la Canonisation des Saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague.
Le poème célèbre la canonisation des saints Stanislas Kostka et Louis de Gonzague. L'auteur décrit une vision céleste où il aperçoit un temple divin habité par un seul Dieu, entouré d'anges respectueux. Deux mortels, Stanislas et Louis, montent vers ce trône divin dans un char lumineux, accompagnés par des vertus et des esprits célestes. Le ciel accueille ces nouveaux saints avec allégresse, et chaque vertu célèbre ses favoris. La pudeur, la piété et l'amour divin sont particulièrement mis en avant. Le poème exprime également l'admiration pour ces saints dont la vie fut écourtée pour une immortalité éternelle. Les saints sont invités à intercéder pour un roi pacifique et juste, ainsi que pour une reine auguste. Le texte se termine par un appel aux peuples et aux jeunes cœurs pour honorer ces saints et suivre leur exemple héroïque.
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78
p. 415-422
L'HOMME. ODE.
Début :
Amas de fange et de poussiere, [...]
Mots clefs :
Homme, Erreur, Passions, Raison, Vices, Sagesse, Ambition, Justice, Innocence, Vertus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HOMME. ODE.
L'HO M M E.
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
O DE.
Mas de fange et de poussiere ,'
Homme , reconnois ton erreur ;
Jusqu'à quand une Ombre grossiere ,
Aveuglera- t'elle ton coeur ?
De tes passions triomphantes ,
Brise les chaînes séduisantes
Vois tes malheurs , ouvre les yeux :
En proye aux plus honteux caprices ,
A ij E
416
MERCURE DE FRANCE ,
Et toujous esclave des vices ,
N'auras-tu jamais d'autres Dieux ?
Errant d'abord à l'avanture¸
On te vit sans humanité ,
Suivre d'une aveugle Nature ,
Le mouvement précipité.
Bien-tôt d'une nuit si funeste ,
La Raison , ce flambeau celeste ,
Voulût dissiper, les horreurs ;
Mais par une erreur sans égale ,
Mortels , cette clarté fatale ,
Ne fit qu'éclairer vos fureurs,
M
L'Homme devenu moins rustique,
Deserta les Antres obscurs ,
Une cruelle politique ,
a
>
Eleva de superbes murs ;
Ingenieux , mais triste ouvrage !
C'est pour mieux assouvir leur rage ,
Qu'on voit s'assembler les Humains ;
S'ils quittent leurs premiers aziles ,
C'est que rapprochez dans les Villes ,
Ils portent des coups plus certains.
Quelle impitoyable Eumenide ,
Dicte ces projets criminels ?
Quelle
MARS.
1731. 417
Quel est le démon qui préside ,
Au sort des coupables Mortels ?
L'Interêt avec l'Injustice ,
L'Ambition et l'Avarice ,
Ont enchaîné tout l'Univers :
Courbez sous le poids des Entraves
On nous a vûs, lâches Esclaves ,
Adorer jusques à nos fers .
Souverain Maître de la Terre ;
Allume tes feux devorans :
Grand Dieu , de quoi sert ton Tonnerre ,
Si tu n'en frappes les méchans ?
Mais j'implore en vain ta Justice ,
Ta bonté passe la malice ,
Des plus horribles attentats :
Et quand par une erreur extrême ,"
L'Homme veut se perdre lui-même¿
Ta clémence ne le veut pas.
Enfin à la Terre éperduë ,
Le Ciel fit entendre sa voix :
Thémis en ces lieux descenduë ,
Vint pour y rétablir ses droits.
Mais sous l'effort de l'opulence ,
Son glaive tomba , sa balance ,
Des innocents fut le fleau :
A iij
Le
18 MERCURE DE FRANCE
Le crime brava la Sagesse ,
Et pour aveugler la Déesse ,
11 scut
lui donner un bandean.
›
Muse , de ces temps de tenebres
Ne creusons plus l'obscurité :
Passons à ces siècles celebres ,
Où l'on vit briller la clarté .. 2
Foible lueur ! ces tristes Ombres ,
Ces nuages , ces voiles sombres ,
Ne sont point encore.disparus ;
Et si l'on nous croit moins coupables ,
C'est qu'aux vices les plus blamables ,
Nous donnons le nom des Vertus.
C'est en vain que Rome et la Greces
Osent vanter leurs demi Dieux ,
Farouches et pleins de foiblesse ,
Ce sont des Monstres à mes yeux.
Otant l'imposture du masque ,
Je vois que leur valeur fantasque ;
N'est qu'un frénetique transport ;
Et que ce qu'on nomme courage ,
N'est chez eux qu'un accès de rage
Qui les fait courir à la mort.
Lors
MARS. 1731 .
419
Lorsqu'un Romain (4) plein de furie ,
Se jette dans un gouffre affreux ;
Est - ce l'amour de la Patrie ,
Qui lui fait offenser les Dieux ?
Vains admirateurs que nous sommes !
Nous osons honorer des hommes ,
Dont les crimes sont le soutien ;
Et par un jugement injuste ,
L'Assassin ( b ) du Pere d'Auguste ,
Passe pour un bon Citoyen.
Et vous , Sages , ( e ) que dans Athênes
On a crûs des hommes divins ;
Vous dont les apparences vaines ,
Tromperent les foibles Humains ;
Envain votre orgueil hypocrite ,
Déguisé sous un faux mérite ,
Dicta les plus belles leçons ;
Votre sagesse imaginaire ,
Ne fut qu'une folie austere
A qui l'on donna de beaux noms.
Souvent du plus bel héroïsme ,
Le crime ternit la splendeur ;
(a ) Martius Curtius .
( b ) Brutus , qui assassina Jules Cesar dans
le Sénat.
(c) Les Sept Sages de la Grece.
A iiij
Et
420 MERCURE DE FRANCE
Et sa vertu n'est qu'un sophisme ,
Qui cache les deffauts du coeur.
Dans leurs Projets illegitimes ,
Nos Héros font naître leurs crimes
Du sein même de leurs vertus ;
Et leurs qualitez les plus rares ,
Sont souvent les sources bisarres
Des plus détestables abus
諾
Cent fois l'Eloquence hardie
Fit pâlir ces Tyrans hautains ,
Qui dù joug de leur tyrannie ,
Vouloient accabler les Humains.
Mais aussi de ces mêmes armes,
Dont les Tyrans craignoient les charmes,
Elle osa percer l'Innocent ;
Et par un contraste effroyable ,
Il fut permis d'être coupable ,
Aussi- tôt qu'on fut éloquent.
Dans sa fougueuse frenesie ,
Exa tant d'illustres travaux
L'audacieuse Poësie ,
Immortalisa les Héros.
y
Art divin ! si dans ses caprices ,
Il n'eût aux plus infames vices
Dressé de coupables Autels ;
MARS.
421 1731 .
}
Et si sa fureur sacrilege ,
N'eût usurpé le privilege ,
D'encenser des Dieux criminels.
M
De notre aveuglement extrême;
Quels sont les funestes effets !
Je cherche l'homme dans lui-même ,
Je n'y trouve que des forfaits .
L'ambition qui le devore ,
Contre les Rivaux qu'il abhorre ;
Lui prête d'injustes secours ;
Le poison , le fer et les flammes ,
Par ses intrigues , par ses trames
Ont abregé les plus beaux jours.
Mais de ces crimes effroyables ,
Pourquoi retracer les horreurs ?
De tant de projets détestables ,
Oublions les noires fureurs.
De ce Philosophe (a ) d'Athênes ;
Dont les recherches furent vaines ,
J'emprunte aujourd'hui le flambeau ;
Et dans l'ardeur qui me consomme ,
'Ainsi que lui , je cherche un homme ,
Qui soit digne d'un nom si beau.
*
(a) Diogene
A v Laisson
Av
422 MERCURE DE FRANCE
Laissons ces superbes Portiques ,
Du crime ornement fastueux ;
C'est dans les Cabanes rustiques ,
Qu'habite l'homme vertueux.
C'est -là
que retrouvant Astrée,
Je vois l'innocence adorée ,
Par des hommes vraiment Héros
C'est là qu'une belle rudesse ,
Confond cette délicatesse ,
Dont nous couvrons tous nos deffauts.
Par M, R. V. D. ***
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Résumé : L'HOMME. ODE.
Le texte propose une réflexion sur la condition humaine et ses erreurs. L'auteur critique les passions humaines et l'aveuglement des hommes face à leurs propres vices. Il déplore que l'humanité, initialement guidée par une nature aveugle, ait été ensuite égarée par la raison, qui n'a fait qu'éclairer les fureurs humaines. L'homme, devenu moins rustique, a construit des villes pour assouvir sa rage et ses intérêts égoïstes, dictés par l'ambition et l'avarice. L'auteur invoque la justice divine pour punir les méchants, mais reconnaît la clémence de Dieu qui ne veut pas la perte de l'homme. Il évoque ensuite l'intervention de Thémis, déesse de la justice, dont les efforts ont été corrompus par l'opulence. Le texte critique les civilisations anciennes, notamment Rome et la Grèce, en révélant les vices cachés derrière leurs apparentes vertus. Il dénonce les crimes et les hypocrisies des héros et des sages de ces époques, soulignant que leur sagesse n'était souvent qu'une folie austère. L'auteur mentionne également l'éloquence et la poésie, qui ont parfois été utilisées pour opprimer l'innocent autant que pour combattre les tyrans. Il conclut en cherchant un homme vertueux, loin des superbes portiques du crime, dans les cabanes rustiques où l'innocence est adorée.
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79
p. 442-446
AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Début :
Toi, qui des Héros de la Grece [...]
Mots clefs :
Duc de Villars, Gloire, Guerre, Victoire, Cohortes, Bataille, Ravager, Flandre, Soldats
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
AU MARECHAL DUC DE VILLARS,
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
ODE
Toi , qui des Héros de la Grece
Célebras jadis les exploits ,
Viens seconder ma hardiesse ,
Viens , Homere , affermis ma voix.
Qu'un Guerrier que la France admire
M'entende dignement écrire
Ses plus hauts faits dans mes Chansons
Et que les Filles de mémoire
M'aident à consacrer la gloire
De l'appui de leurs nourissons.
Quelle
MARS.
443 1731.
+
Quelle vengeance
meurtriere
,
Quel Dieu jaloux de nos succès
A réuni l'Europe entiere
Pour faire avorter nos projets ?
Quel Démon ardent à nous nuire
Contre Louis , dans son Empire
Arme des sujets inhumains ? *
Les barbares Soeurs de Megere
A cette secte sanguinaire
Inspirent les plus noirs desseins,
On voit des Bataillons perfides
Sortis tout d'un coup des forêts ,
Ainsi que des torrens rapides
Ravager nos riches guerets ;
Les Temples , objets de leur rage ,
Sont détruits , ou pleins de carnage ,
Tout cede à leur férocité :
Quel vaillant guerrier , quel Alcide
Domptera l'audace intrépide
De ces Monstres d'impieté ?
Quoi ! leurs cohortes menaçantes
Qui couvroient nos sillons de morts ,
A l'aspect de Villars tremblantes ,
Cedent à ses premiers efforts !
* Les Fanatiques.
B iiij
Leurs
444 MERCURE DE FRANCE
Leurs Chefs malgré leur arrogance
Ne trouvent que dans sa clémence
Dequoi dissiper leur terreur :
En vain la discorde sans cesse
Chez tous nos ennemis s'empresse
D'armer pour aider leur fureur.
Vous qui dans Thionville allarmée
Voulez foudroyer nos Guerriers ,
Que ne renversez- vous l'Armée
Qui vous ravit tant de lauriers
Le feu de vos Troupes nombreuses ,
Ni du Rhin les ondes fougueuses.
Ne sçauroient arrêter Villars .
Courez au combat ; sa présence
Doit exciter votre vengeance
A tenter les plus grands hazards.
Que vois-je ? déja vers la Flandre
Ils ont précipité leurs pas ;
Est- ce pour ne rien entreprendre
* Campagne de 1705. au commencement de
laquelle le Prince Eugene et M. Malebouroug
joignirent toutes leurs forces pour pénetrerjusqu'en
France par Thionville ; mais M. de Villars
avec des forces très inférieures se campa
de façon qu'il couvrit Thionville et les autres
Places voisines , en sorte qu'ils n'oserent entreprendre
ce Siege ni l'attaquer.
་
Qu'ils
MARS.
445. 1731.
Qu'ils ont armé tant de Soldats ?
Pour vous , grand Héros , que l'Alsące
Vit imiter la noble audace
Du fier Vainqueur de Darius ,
Vous faites voir qu'à la vaillance
Vous sçavez joindre la prudencè ,
Qui fit triompher Fabius. ( b )
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Pour se vanger de nos forfaits
A- t'il pour toujours de la Terre
Exilé Themis et la Paix ?
Que d'Escadrons ! que de cohortes
Ont deja jusques à nos portes
Fait avancer leurs Etendarts !
Mais quel éclat nous environne ?
Est-ce Mars , suivi de Bellonne ,
Qui vient deffendre nos Remparts ?
Fier Eugene , qui jusqu'en France
Prétends signaler tes exploits ,
Tu cours trop tard à la défense
De Denain réduit aux abois ;
Voy ce Camp rempli de carnage ;
(a ) Bataille de Fridelingue , comparée am
passage de Granique d'Alexandre.
(b ) Dictateur qui par sa prudence renvers
soit tous les projets d'Annibal.
B v La
446 MERCURE DE FRANCE
La mort sous une horrible image
Remplit tous tes Soldats d'effroi
Tu fuis toi-même plein d'allarmes
N'osant disputer à nos armes
Douay , Bouchain et le Quenoy.
En vain Mars jaloux de l'hommage
Et des offrandes des Mortels ,
Des Germains foutient le courage
Pour fe conferver des Autels ;
Fribourg et Landau sont en cendre ,
Quoiqu'il s'arme pour les deffendre ,
Nos fiers ennemis font défaits :
Villars , suivi de la Victoire
Dispose pour comble de gloire
*
Et de la guerre et de la paix.
Campagne d'Allemagne de 1713-
Par M. de Sainte Falaye , de Montfort-
Lamaury.
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Résumé : AU MARECHAL DUC DE VILLARS. ODE
Le texte est une ode dédiée au maréchal duc de Villars, célébrant ses exploits militaires. L'auteur demande à Homère de l'inspirer pour chanter les hauts faits de Villars. Il exprime son indignation face à la coalition européenne qui menace la France et les succès de Louis XIV. Les ennemis, décrits comme des barbares, ravagent les terres françaises et détruisent les temples. Villars, par sa vaillance et sa prudence, parvient à repousser ces attaques. Le texte mentionne plusieurs batailles et sièges, comme celui de Thionville, où Villars, malgré des forces inférieures, protège les places stratégiques. Il compare Villars à des héros antiques comme Alcide, Fabius et Alexandre. L'ode se termine en soulignant la victoire de Villars à Denain et la prise de plusieurs villes, comme Douay, Bouchain et le Quenoy, ainsi que la défaite des ennemis à Fribourg et Landau. Villars est ainsi présenté comme un héros qui apporte la victoire et la paix.
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80
p. 479-480
IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Début :
Philis tant que sensible à mes vives tendresses [...]
Mots clefs :
Dialogue, Ode, Horace, Trahison, Fidélité, Réconciliation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
IMITATION
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace ..
Donec gratus eram & c.
DIALOGUE ,
Tirsis , Philis.
Tirsis.
PHilis tant que sensible à mes vives tendresses
De tout autre Berger tu dédaignas la foi ,
Je préferois ton coeur à l'éclat des Richesses
Je le préferois même à la pourpre d'un Roi.
Philis
480 MERCURE DE FRANCE
Philis.
Ingrat , jusqu'au moment que je te vis changer
J'estimois plus mon sort que celui d'une Reine ; -
Le beau Médor n'eut pû rendre mon coeur leger
Lorsque tu me quittas pour la jeune Climene..
Tirsis.
Elle chante souvent nos amoureux transports;
Le charme de sa voix tient mon ame ravie ;
Climene me feroit voler à mille morts
Si ma mort ajoûtoit quelques jours à sa vie..
Philis.
Oui , je dois à Medor une ardeur éternelle ,
Malgré mes longs mépris il resta sous ma loi;
Il est respectueux , ardent , tendre , fidelle ,
Je lui jure ma vie est plus à lui qu'à moi.
Tirsis.
Quoique son coeur leger m'ait payé de froideur,
Quoiqu'en appas Venus le cede à ma Bergere ,
Si l'oubliant pour toi je te rendois mon coeur
Flechirois - tu , Philis , ton injuste colere ?
Philis.
Quoique Medor soit beau plus que l'Astre du jour
Quoique le vent soit moins inconstant que ton ame
Hélas!rends-moi ton coeur ,je te rends mon amour ,
Et la mort pourra seule en éteindre la flamme.
Le Chevalier de Montador.
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Résumé : IMITATION De l'Ode IX. du troisieme Livre d'Horace, Donec gratus eram &c. DIALOGUE. Tirsis, Philis.
Le texte relate un dialogue entre Tirsis et Philis, deux bergers, qui discutent de leurs amours et déceptions. Tirsis rappelle à Philis qu'elle avait autrefois choisi son amour plutôt que les richesses et la royauté. Philis accuse Tirsis d'ingratitude après qu'il l'a quittée pour Climène. Tirsis admire Climène, tandis que Philis confesse son amour éternel pour Médor, qui est resté fidèle malgré ses mépris. Tirsis propose de revenir vers Philis, mais elle refuse d'abord, critiquant son inconstance. Finalement, Philis accepte de pardonner Tirsis et de lui rendre son amour, affirmant que seule la mort pourra éteindre leur flamme.
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81
p. 492-495
LA PROVIDENCE, ODE.
Début :
O Vous, qui méritez les justes anathêmes [...]
Mots clefs :
Providence, Dieu, Bonté, Foi, Chrétiens, Seigneur, Moïse, Jonas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PROVIDENCE, ODE.
LA PROVIDENCE ,
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
O DE.
O -Vous , qui méritez les justes anathêmes
Dont l'Eglise vous a frappés ,
Trop aveugles Auteurs , et trop tard détrompés
Allez dans les Enfers abjurer vos sistêmes ;
Dieu n'est point un maître inhumain
Il ne voit point avec dédain
Les ouvrages de sa puissance ;
Il les conserve tous ; l'insecte le plus vil ;
Le juste et le pecheur , le Juif et le Gentil
Annoncent sa magnificence.
諾
S'il est le Roi des Rois , s'il est le Dieu des
Dieux ,
S'il est Juge saint et severe ,
Il veut être nommé mon refuge et mon pere
Et sa bonté remplit et la terre et les Cieux ,
Elle fournit à nos délices ,
Elle asservit à nos caprices
?
La nature et les élemens ;
Seule elle sçait fixer la jeunesse indocile
Et seule elle soutient la vieillesse débile ,
Qui gémit sous le poids des ans.
}
Quelle
MARS. 17318 493
Quelle vive splendeur vient éclairer mon ame a
Grand Dieu ! j'adore tes decrets ,
Tu daignes à mes yeux dévoiler tes secrets ;
Terre , écoutez ; je cede à l'ardeur qui m'enflâme;
Je vois Noë braver les eaux ;
Ici des esprits infernaux
Moïse confond les prestiges ;
Là , triomphe Israël ; ses tyrans sont punis ;
Les flots émus , calmés , divisés , réunis,
M'attestent le Dieu des prodiges.
Qu'aperçois-je ? Joseph indignement lié
Au fond d'une prison obscure ;
Tout innocent qu'il est ,
il souffre sans murmure ,
Mais le Dieu de Jacob ne l'a point oublié ;
> Ses soupirs ont percé la núë :
C'est par une route inconnuë
Qu'il monte aux suprêmes honneurs :
Joseph passe soudain de la honte à la gloire ,
D'une indigne prison sur un char de victoire ;
Il doit sa joye à ses douleurs.
Ciel ! qu'entens- je ! les vents sur la liquide plaine
Se livrent d'horribles combats ;
La mer s'enfle et mugit ; rien ne trouble Jonas ,
il prie , adore , espere au sein de la Baleine.
Seigneur , tu le conduis au port ;
D v Tu
་
494 MERCURE DE FRANCE
Tu te déclares le support
D'un coeur pénitent qui t'implore ;
J'ai moi-même cent fois éprouvé ton secours ;
Pere tendre , déja tu veillois sur mes jours
Qui venoient à peine d'éclore.
粥
La nouvelle Sion en bute à mille assauts ,
Leve sa tête triomphante ;
On la poursuit en vain , les chrétiens qu'elle en
fante
Renaissent de leur cendre , et sur les échafauts
Je la vois toujours immuable ;
Sur ce rocher inébranlable
Ses ennemis sont écrasés ;
L'esprit Saint la dirige , et que peuvent contre elle
Les vents impétueux et leur soufle rebelle ?
Dès qu'il parle , ils sont appaisés.
Pardonne moi , Dieu saint , le murmure coupable
Qu'excita souvent dans mon coeur
De l'impie élevé le fastueux bonheur ;
Ce bonheur doit le rendre un jour plus misérable.
Il est un moment arrêté
Pour confondre l'iniquité :
Que ce moment sera terrible !
Le pêcheur dort au sein d'une trompeuse paix ;
La mort vient et le frappe , il gémit, vains regrets !
Le Juge est pour lors inflexible,
Oui ,
MARS. 1731. 495
Oui , je mets en toi seul et mon unique espoir
Et ma plus ferme confiance ;
De ton Verbe avec nous l'inéfable alliance
M'apprend que ton amour égale ton pouvoir ;
C'est cet amour que je réclame ;
Dans mon coeur allume sa flamme.
Dés lors je ne craindrai plus rien ,
L'indigence , les fers , la honte , la mort même ;
Eh ! Seigneur , quel revers peut craindre un coeur
qui t'aime ,
N'es-tu pas le souverain bien ?
Deus meus et omnia.
Poncy de Neuville , Prêtre.
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Résumé : LA PROVIDENCE, ODE.
Le poème 'La Providence' célèbre la puissance et la bonté de Dieu. Il critique les interprétations erronées de la nature divine et invite à les rejeter. Dieu est présenté comme un maître bienveillant qui protège toutes ses créatures, des plus humbles aux plus nobles, et manifeste sa magnificence à travers elles. Le texte met en avant la royauté, la justice, la bonté et la providence divine, qui soutiennent la jeunesse et la vieillesse. Le poète admire les œuvres de Dieu, illustrées par des événements bibliques comme le déluge, la sortie d'Égypte, et les épreuves de Joseph et Jonas. Ces récits montrent la protection et le soutien divin face aux adversités. Le texte évoque également la persécution et la résilience des chrétiens, guidés par l'Esprit Saint, et la justice divine qui confondra les impies. Le poète conclut en plaçant toute sa confiance en Dieu, affirmant que l'amour divin surpasse tout pouvoir et que rien ne peut effrayer un cœur qui aime Dieu. Il souhaite voir la flamme de cet amour allumée dans son cœur, le rendant invulnérable à l'indigence, aux fers, à la honte et même à la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 627-632
A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Début :
D'où naît la soudaine allegresse [...]
Mots clefs :
Libéralité, Bibliothèque, Mécène, Beaux-arts, Muses, Connaissance , Prélat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
A S. E. M.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
LE CARDINAL DE FLEURY,
MINISTRE D'ETAT ,
"
Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université
de Caën , pour l'augmentation de sa Bibliotheque.
D
O D E.
' Ou naît la soudaine allegresse
Qui transporte ici tous les coeurs ?
ON Un nouveau Mécene au Permesse
'Accorde aujourd'hui ses faveurs..
A ij Vien,
628 MERCURE DE FRANCE
Vien , mes délices , vien , ma Lyre ;
Sers la vive ardeur qui m'inspire :
Pour lui formons nos plus beaux Airs ;
Je veux que leur noble cadence
Annonce ma reconnoissance
Au Prince , au Peuple , à l'Univers
Chante un Prélat que voit la Seine
D'honneurs justement revêtu ,
Qui joint à la Pourpre Romaine
L'éclat d'une rare vertu ,
Qui sage , bienfaisant , affable ;
Tel que ce Mentor de la Fable ,
Fait chérir son autorité ,
Qui placé près du Diadême ,
Se montre auguste par
lui- même
Autant que par sa dignité.
Dans la Grandeur qui l'environne
Nul objet n'échape à ses soins ;
S'il veille aux droits de la Couronne ,
Il veille encore à nos besoins ;
Par lui la Foi , la Paix fleurissent ,
Les Loix de Thémis s'affermissent ;
Tout nous offre des jours plus beaux ;
Et de ce bonheur qu'il ménage ,
Laissant aux Sujets l'avantage ,
LEURY n'en prend que les travaux ,
Digne
AVRIL 1731. 629
Digne Emule du grand Fabrice , *
On le voit marcher sur ses pas ;
De la séduisante avarice
Son coeur méprise les appas.
Mortels ! qu'il en est peu d'exemples :
tes Trésors consacrés aux Temples
tedressent leurs murs chancelans ,
bu vont par
Dans
des routes secretes
cent tenébreuses retraites
Porter des secours consolans.
Quel riche trait pour son Histoire
Que l'apui qu'il donne aux beaux Arts f
Sur eux du milieu de sa gloire
Il jette ses plus doux regards :
Muses , troupe à ses yeux si chere
Vous n'êtes point une chimere ,
Ni des noms pleins d'un faux éclat §
Mais les filles de la Sagesse ,
Les meres de la Politesse ,
L'utile ornement d'un Eta
Un Temple fécond en miracles
Fait sur l'Orne admirer vos sons ;
* Consul Romain , le plus désinteréssé qu'ait
jamais vû la République.
L'Université.
A iij On
630 MERCURE DE FRANCE
On y voit de sçavans Oracles
Dicter vos plus pures leçons ;
Embrassant diverses matieres ,
Chacun de ses doctes lumieres
Augmente la splendeur du corps ;
Mais par combien dé découvertes
Ces fources qui leur sont offertes *
Vont-elles groffir leurs Trésors !
A quels travaux inimitables
Vois- je nos Neveux s'exciter ?
L'un écrit les faits mémorables ,
L'autre se forme à les chanter ;
Celui- ci creusant la nature ,
De l'oeil et du compas mesure
Les Eaux , l'Air , la Terre et les Cieux
Et , jusqu'à l'invisible Effence
L'autre élevant fa connoiffance
Ya fonder les Décrets des Dieux.
(
C'eft pour toi , Ville fortunée ,
Que FLEURY prodigue ses biens :
Quelle riante Destinée
Se prépare à tes Citoyens !
Tu verras tes Remparts superbes
La Bibliotheque.
En.
AVRIL. ' 1731. -631
Enfanter de nouveaux Malherbes ( a )
Des Huets , (b ) des Pyrons , ( c) des Calys ( d )
Sous l'Empire tranquile et juste
Qu'offre à nos voeux un autre Auguste ,
Tes lauriers orneront ses Lys.
Dans ton sein , Ecole sçavante ,
Faut-il qu'un noble empressement
Ne, puisse au Prélat que je vante
Dresser un pompeux monument !
Du moins signalant notre żele ,
Plaçons -y le portrait fidele ( e )
D'un si génereux Protecteur ;
Que cette immortelle Peinture
Instruise la race future
Du bienfait et du Bienfaicteur.
FLEURY , puisse un succés durable
Suivre vos projets glorieux !
(a ) Fameux Poëte.
(b) Evêque d'Avranches , et Précepteur de
M. le Dauphin , Ayeul du Roi.
$
(c) Professeur de Rhétorique au College du
Bois , et Editeur de Claudien , pour l'usage de
M. le Dauphin.
(d ) Celebre Professeur de Philosophie au
"College du Bois , Auteur de divers Ouvrages ,
centr'autres du Commentaire sur Boëce , pour
l'usage de M. le Dauphin. Tous de Caën .
(e ) Le Portrait de S. E. sera placé dans la
Bibliotheque.
A iij Puiffe
632 MERCURE DE FRANCE
Puisse la Parque inexorable.
Respecter vos jours précieux !
Soyez long- tems l'amour du PRINCE
Les délices de la Province ,
Le respect des Peuples épars ;
Soyez des Autels la défense ,
Vivez pour le bien de la France ,
Vivez pour l'honneur des beaux Arts .'
Par M. Heurtauld , Prêtre , Professeur an
College du Bois de l'Université de Caën.
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Résumé : A S. E. M. LE CARDINAL DE FLEURY, MINISTRE D'ETAT, Sur la liberalité qu'il a faite à l'Université de Caën, pour l'augmentation de sa Bibliotheque. ODE.
Le poème célèbre la générosité du Cardinal de Fleury, ministre d'État, qui a fait don à l'Université de Caen pour enrichir sa bibliothèque. Il commence par exprimer une joie soudaine et générale, attribuée à l'intervention d'un nouveau mécène. Le Cardinal de Fleury est loué pour ses vertus, sa sagesse et sa bienfaisance, et est comparé à des figures illustres comme Mentor et Fabrice. Malgré sa grandeur, Fleury veille aux besoins du peuple et favorise la foi, la paix et la justice. Le poème souligne également son soutien aux arts et à la connaissance, comparant les Muses à des filles de la sagesse et des mères de la politesse. L'Université de Caen est présentée comme un lieu de savoir où des savants dispensent des leçons sur divers sujets, et où de futures découvertes sont attendues. Le don de Fleury permettra à la ville de produire de grands érudits et poètes. Le texte se termine par un vœu pour la longue vie du Cardinal et son soutien continu aux arts et au bien de la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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83
p. 965-969
LA RENOMMÉE, ODE.
Début :
Nymphe qui d'une aîle legere, [...]
Mots clefs :
Vers, Nymphe, Guerrier intrépide, Plagiaires, Ruisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RENOMMÉE, ODE.
LA RENOMME'E,
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
O D E.
Ymphe qui d'une aîle legere ,
Parcours sans cesse l'Univers ,
Qui , diligente Messagere ,
Annonces nos succès divers ,
Interrompt la route inconstante ,
De ta Trompette impatiente ,
Suspends le son audacieux ,
Sois attentive à ta loüange ,
Et va de l'Hebre jusqu'au Gange ,
Reprendre mes Vers en tous lieux.
M
Cent fois dans un foible courage ,
Tu fis naître un noble transport ,
Cent fois jaloux de ton suffrage
Il brava les fers et la mort ;
De l'honneur Arbitre suprême
T*
$ 66 MERCURE DE FRANCE
Ta voix peut à la vertu même ,
Ajoûter un éclat nouveau ;
Et tes cent bouches immortelles ,
Sçavent mieux que l'Art des Apelles ;
Affranchir un nom du tombeau.
Pourquoi ce Guerrier intrépide,'
Court- il affronter le trépas ?
En vain ta valeur qui le guide ,
Voit l'abyme ouvert sous ses pas ;
Est-ce le mépris de la vie ,
Est -ce l'amour de la Patrie ,
Qui conduit le jeune Vainqueur ?
Non , mais sous les yeux d'une armée ,
• Il combat pour sa Renommée ;
Seule elle anime son grand coeur.
Quel Mortel ici se presente ,
Dont la docte tranquillité ,
Par une route differente ,
Sçait trouver l'immortalité
Sa voix enfante des miracles ,
Et des misterieux Oracles ,
Sa plume éclaircit le cahos ;
Quel espoir le flatte et l'anime ?
C'est de se voir dans notre estime ,
A côté même des Heros,
Qui
AVRIL:
967 1731.
Oui, l'équitable Renommée ,
A placé dans un rang égal ,
Le Chantre (a) de Troye enflammée ,
Et le fier vainqueur (b) d'Annibal :
Ces grands hommes dignes d'un Temple ;
Serviront à jamais d'exemple ,
Aux coeurs jaloux d'un nom fameux
Les vertus qu'ils ont fait paroître ,
De leurs cendres semblent renaître ,
Et parmi nous vivre pour eux.
Mais que cette estime est trompeuse !
Que mal à propos notre orgueil ,
Porte sa vûë ambitieuse ,
Au-delà même du cercueil !
Vains efforts ! frivole esperance !
Nous cherchons une récompense ,
Dont nous ne serons plus témoins ;
Ah ! plutôt d'un prix si sterile ,
Dédaignons l'honneur inutile ;
Bornons nous à nos vrais besoins
Loin ce pernicieux langagé ,
Triste fruit des Reflexions ;
Suivons d'un favorable usage
Les flateuses impressions ,
>
(a) Virgile. (b) Scipion
Pro
968
MERCURE DE
FRANCE
Proposons - nous ces grands modeles ,
Qui malgré les Parques cruelles ,
A leur trépas ont survécu :
Aspirons à la même gloire ,
Et pour atteindre à leur memoire ,
Osons imiter leur vertu.
粥
Heureux qui peut pendant sa vie,
Recueillir le fruit précieux ,
Des Eloges qu'envain l'envie ,
Dispute à son nom glorieux !
Témoin du tribut legitime ,
Qu'à ses écrits rend notre estime ;
Lui-même en goute les douceurs ;
Déja ses sublimes ouvrages ,
S'attirent autant de suffrages ,
Qu'ils trouvent de nouveaux Lecteurs.
Comme un Fleuve auprès de sa source ;
Voit se perdre mille Ruisseaux ,
Superbe au milieu de sa course ,
Voit tout à coup enfler ses eaux ;
Ou comme la neige en la Trace,
Des floccons voisins qu'elle entasse
Grossit et roule en augmentant ,
Telle est plus abondante encore ,
D'un nom que notre estime honoré
La gloire croît à chaque instant,
Vous
AVRIL. 1731.
969
•
Vous donc , qu'un noble feu consume
'Auteurs , redoublez vos travaux
Que desormais chacun rallume ,
L'ardeur de vaincre ses Rivaux ;
Méprisez les vils Plagiaires ,
Ces Chantres dont les Airs vulgaires ,
Sçavent moins toucher qu'ébloüir ;
Et malgré l'envie allarmée ,
Faites-vous une Renommée ,
Dont vous-mêmes puissiez joüir.
Par M. de M. D. S. d'Aix la Chapelle:
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Résumé : LA RENOMMÉE, ODE.
Le poème 'LA RENOMMÉE', publié dans le Mercure de France en avril 1731, personnifie la Renommée comme une messagère ailée qui parcourt l'univers pour annoncer les succès divers. Elle est capable de suspendre le temps et d'immortaliser les noms grâce à ses 'cent bouches immortelles'. Le texte explore les motivations des guerriers et des savants, soulignant que la quête de la Renommée anime leurs actions. Il met en parallèle des figures historiques comme Virgile et Scipion, illustrant comment leurs vertus et leurs exploits leur ont assuré une place éternelle dans l'estime des hommes. Cependant, le poème critique l'orgueil humain qui cherche une récompense posthume, jugée vaine et inutile. Il encourage les auteurs à redoubler leurs efforts pour mériter une Renommée authentique et à mépriser les plagiaires. Le poème se conclut par un appel à la persévérance et à la quête de la gloire légitime.
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84
p. 1213-1217
DESCENTE AUX ENFERS, ODE.
Début :
Dieux ! quel est le projet que la douleur m'inspire ! [...]
Mots clefs :
Enfers, Jupiter, Ombre, Dieux, Destinées, Tombeau, Tristesse, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCENTE AUX ENFERS, ODE.
DESCENTE AUX ENFERS,
O DE.
D
Ieux quel est le projet que la douleur
m'inspire !
Je me livre aux transports que j'éprouve en co
jour ::
N'hésitons plus allons au ténébreux empire
Ravir l'aimable objet d'un malheureux amour..
Orphée à ses accords dut le rare avantage ,
De pouvoir pénétrer jusqu'au sombre rivage ;
* Le Eils de Jupiter le dut à sa valeur ::
Pour attendrir Caron , pour appaiser Cerbere ,,
Pour flêchir des enfers le Monarque severe ,,
Je ne veux employer que ma vive douleur..
$2
* Hercule.
ܬܵܐ
I. Vol. Sii A vi
1214 MERCURE DE FRANCE
Si je ne puis te rendre à la clarté celeste ,
Chere ombre ; j'y renonce et je reste avec toi ...
Mais ou suis- je ! Quel bruit ! Quel Spectacle
funefte !
La frayeur me saisit ... c'est le styx que je voi :
Que des Manes errants sur ses fatales rives !
Insensible aux regrets de ces ombres plaintives ;
Caron prête l'oreille à mes tristes accords :
Il approche , et malgré les ordres de la Parque ;
Il se rend à mes voeux , me reçoit dans sa barque,
Il me passe ; déja je touche à d'autres bords.
M
Ici , Dieux immortels , des tourmens innom→
brables ,
Vous vangent de l'abus qu'on fit de vos bienfaits.
Hé , qui ne plaindroit pas le sort de ces coupables?
Quels supplices affreux punissent leurs forfaits ?
Trois monstres , Alecton , Tisiphone & Megere,
Ont le soin de servir votre juste colere.
En leurs barbares mains vous remettez vos droits
Je fremis , et mon oeil à regret les contemple ;
Ha ! je n'ai pas besoin d'un si terrible exemple ,
Dieux justes,pour apprendre à respecter vos Loix
Fuyons : éloignons nous de ces objets funebres :
Ils me glacent d'horreur ... je tombe dans la nuit ;
Par où dois -je passer ? je suis dans les tenebres ....
I, Vol.
Mais
JUIN. 1215 1731.
à
Mais d'où vient la clarté qui tout
La cruelle Atropos à mes yeux se presente ;
Je sens à cet aspect que
ma douleur augmente
Elle tient en ses mains le terrible ciseau ,
Qui de tous les mortels regle les destinées ,
Et qui vient de trancher les plus belles années
D'un objet que j'adore au de- là du tombeau.
coup me luie?
Elevé sur un Trône , au milieu des fantômes ,
Le Gendre de Cerés vient s'offrir à mes yeux.
Terrible Souverain de ces sombres Royaumes ,
Tu connois le dessein qui m'amene en ces lieux ;
Soulage la douleur de mon ame éperduë ,
Ordonne qu'à mes voeux Camille soit rendûë :
Pluton , si -mes sanglots ne peuvent t'émouvoir¿
Și la Loi du destin s'oppose à ma tendresse
Attendri par mes pleurs , sensible à ma tristesse
Daigne permettre au moins que je puisse le voir.
Le severe Pluton n'est pas inéxorable ,
Touché de mes regrets , il ordonne à Minos
De conduire mes pas vers cet azile aimable ,
Où Camille joüit d'un éternel repos :
J'apperçois du Léthé les tranquilles rivages ;
Agréable séjour ; c'est ici que les Sages ,
Goûtent après leur mort le plus parfait bonheur g
I. Vol.
Pour
1216 MERCURE DE FRANCE -
Pour ces lieux fortunez , les Dieux nous ont faig
naître ......
Camille à mes regards tarde trop de paroître ;
Minos , que tu sers mal les transports de mon
coeur !
Hâtons-nous je la vois , elle a repris ces
charmes ,
Que la faulx de la mort avoit sçû moissonner..
Chere ombre , arrête toi sois sensible à mes
larmes ,
>
A mes chastes transports , 'daigne t'abandonner …..
Camille ! tu me fuis ! tu ne veux pas m'entendre ,
A ce nouveau malheur aurois- je dû m'attendre ,
Après avoir franchi tant d'obstacles affreux ?
Quel accueil ! Quels regards ! Quel farouche
silence !
...
9
Helas ! me faudra -t-il pleurer ton inconstance !
Les plus tendres Amans sont-ils les moins heu
reux ?
Les Dieux condamnent-ils une si belle flâme ?
As tu pûte resoudre à me manquer de foy ?
Que dis-je ! quel soupçon vient s'offrir â mon
ame !
Ah ! tel est du destin l'irrévocable Loy :
Oui , ce n'est qu'à regret que Camille m'évite ;
Mais, de tant de malheurs mon desespoir s'irrite
St
I. Vol. Je
JUIN. 173F. 1217
Je la suivrai par tout , je ne la quitte pas ....
Minos , près de Pluton vas reprendre ta place ,,
De rester en ces lieux qu'il m'accorde la grace .
Sans Camille la vie a pour moi peu d'appas .
Ay-je pû , justes Dieux , meriter votre haine ,.
Pourquoi me forcez -vous de quitter ce séjour !:
Je vous implore en vain ; et Minos qui me meine
Va me rendre bientôt à la clarté du jour .
Pour la seconde fois chere ombre on nous sépare;;
Cedons sans murmurer à cet ordre barbare ,
Et respectons les Dieux jusques dans leur rigueur;
Adieu , puisse du moins la douleur qui m'accable,
Abreger de mes jours le reste déplorable ,
Cette seule esperance adoucit mon malheur.
Par M. V. D. L. T. d'Aix..
O DE.
D
Ieux quel est le projet que la douleur
m'inspire !
Je me livre aux transports que j'éprouve en co
jour ::
N'hésitons plus allons au ténébreux empire
Ravir l'aimable objet d'un malheureux amour..
Orphée à ses accords dut le rare avantage ,
De pouvoir pénétrer jusqu'au sombre rivage ;
* Le Eils de Jupiter le dut à sa valeur ::
Pour attendrir Caron , pour appaiser Cerbere ,,
Pour flêchir des enfers le Monarque severe ,,
Je ne veux employer que ma vive douleur..
$2
* Hercule.
ܬܵܐ
I. Vol. Sii A vi
1214 MERCURE DE FRANCE
Si je ne puis te rendre à la clarté celeste ,
Chere ombre ; j'y renonce et je reste avec toi ...
Mais ou suis- je ! Quel bruit ! Quel Spectacle
funefte !
La frayeur me saisit ... c'est le styx que je voi :
Que des Manes errants sur ses fatales rives !
Insensible aux regrets de ces ombres plaintives ;
Caron prête l'oreille à mes tristes accords :
Il approche , et malgré les ordres de la Parque ;
Il se rend à mes voeux , me reçoit dans sa barque,
Il me passe ; déja je touche à d'autres bords.
M
Ici , Dieux immortels , des tourmens innom→
brables ,
Vous vangent de l'abus qu'on fit de vos bienfaits.
Hé , qui ne plaindroit pas le sort de ces coupables?
Quels supplices affreux punissent leurs forfaits ?
Trois monstres , Alecton , Tisiphone & Megere,
Ont le soin de servir votre juste colere.
En leurs barbares mains vous remettez vos droits
Je fremis , et mon oeil à regret les contemple ;
Ha ! je n'ai pas besoin d'un si terrible exemple ,
Dieux justes,pour apprendre à respecter vos Loix
Fuyons : éloignons nous de ces objets funebres :
Ils me glacent d'horreur ... je tombe dans la nuit ;
Par où dois -je passer ? je suis dans les tenebres ....
I, Vol.
Mais
JUIN. 1215 1731.
à
Mais d'où vient la clarté qui tout
La cruelle Atropos à mes yeux se presente ;
Je sens à cet aspect que
ma douleur augmente
Elle tient en ses mains le terrible ciseau ,
Qui de tous les mortels regle les destinées ,
Et qui vient de trancher les plus belles années
D'un objet que j'adore au de- là du tombeau.
coup me luie?
Elevé sur un Trône , au milieu des fantômes ,
Le Gendre de Cerés vient s'offrir à mes yeux.
Terrible Souverain de ces sombres Royaumes ,
Tu connois le dessein qui m'amene en ces lieux ;
Soulage la douleur de mon ame éperduë ,
Ordonne qu'à mes voeux Camille soit rendûë :
Pluton , si -mes sanglots ne peuvent t'émouvoir¿
Și la Loi du destin s'oppose à ma tendresse
Attendri par mes pleurs , sensible à ma tristesse
Daigne permettre au moins que je puisse le voir.
Le severe Pluton n'est pas inéxorable ,
Touché de mes regrets , il ordonne à Minos
De conduire mes pas vers cet azile aimable ,
Où Camille joüit d'un éternel repos :
J'apperçois du Léthé les tranquilles rivages ;
Agréable séjour ; c'est ici que les Sages ,
Goûtent après leur mort le plus parfait bonheur g
I. Vol.
Pour
1216 MERCURE DE FRANCE -
Pour ces lieux fortunez , les Dieux nous ont faig
naître ......
Camille à mes regards tarde trop de paroître ;
Minos , que tu sers mal les transports de mon
coeur !
Hâtons-nous je la vois , elle a repris ces
charmes ,
Que la faulx de la mort avoit sçû moissonner..
Chere ombre , arrête toi sois sensible à mes
larmes ,
>
A mes chastes transports , 'daigne t'abandonner …..
Camille ! tu me fuis ! tu ne veux pas m'entendre ,
A ce nouveau malheur aurois- je dû m'attendre ,
Après avoir franchi tant d'obstacles affreux ?
Quel accueil ! Quels regards ! Quel farouche
silence !
...
9
Helas ! me faudra -t-il pleurer ton inconstance !
Les plus tendres Amans sont-ils les moins heu
reux ?
Les Dieux condamnent-ils une si belle flâme ?
As tu pûte resoudre à me manquer de foy ?
Que dis-je ! quel soupçon vient s'offrir â mon
ame !
Ah ! tel est du destin l'irrévocable Loy :
Oui , ce n'est qu'à regret que Camille m'évite ;
Mais, de tant de malheurs mon desespoir s'irrite
St
I. Vol. Je
JUIN. 173F. 1217
Je la suivrai par tout , je ne la quitte pas ....
Minos , près de Pluton vas reprendre ta place ,,
De rester en ces lieux qu'il m'accorde la grace .
Sans Camille la vie a pour moi peu d'appas .
Ay-je pû , justes Dieux , meriter votre haine ,.
Pourquoi me forcez -vous de quitter ce séjour !:
Je vous implore en vain ; et Minos qui me meine
Va me rendre bientôt à la clarté du jour .
Pour la seconde fois chere ombre on nous sépare;;
Cedons sans murmurer à cet ordre barbare ,
Et respectons les Dieux jusques dans leur rigueur;
Adieu , puisse du moins la douleur qui m'accable,
Abreger de mes jours le reste déplorable ,
Cette seule esperance adoucit mon malheur.
Par M. V. D. L. T. d'Aix..
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Résumé : DESCENTE AUX ENFERS, ODE.
Le texte 'Descente aux enfers' narre le périple d'un personnage déterminé à retrouver son amour perdu, Camille. Motivé par une profonde douleur, il s'engage dans une expédition vers le 'ténébreux empire' pour sauver Camille. À l'instar d'Orphée et d'Hercule, il utilise sa souffrance pour apitoyer Caron et Cerbère, ainsi que pour émouvoir le souverain des enfers. Il traverse le fleuve Styx et observe les tourments infligés aux coupables, surveillés par les Furies. Il rencontre ensuite Atropos, qui lui révèle le destin scellé de Camille. Désespéré, il supplie Pluton de lui rendre Camille ou, à défaut, de lui permettre de la voir. Ému par ses larmes, Pluton ordonne à Minos de conduire le personnage vers Camille. Après l'avoir retrouvée, Camille le fuit. Désespéré, il décide de rester aux enfers avec elle. Cependant, Minos le ramène à la surface. Avant de partir, il espère que la douleur mettra fin à ses jours.
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85
p. 1235-1240
L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Début :
Quelle est cette horrible furie ! [...]
Mots clefs :
Furie, Ambition, Intérêt, Abîme, Funérailles, Princes, Fleuves de sang, Guerre, Paix, Sisyphe
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texteReconnaissance textuelle : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'INTEREST ,
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
ODE
Quipar lejugement de l'Académie des Jeux
Floraux , a remporté cette année 1731 .
le Prix de l'Amarante d'or , destiné à
cegenre de Poësies elle est de M. l'Abbé
Poncy de Neuville ; c'est pour la septième
fois qu'il est couronné dans cette Académie.
Quelle
Uelle est cette horrible furie !
Son souffle empoisonne les Airs ;
Sa pernicieuse industrie ,
De crimes remplit l'Univers
D'un glaive sa main est armée
Elle va de rage animée
Creuser en cent lieux des Tombeaux
L'ambition et l'avarice ,
L'affreuse envie et l'injustice ,
L'éclairent de leurs noirs flambeaux,
I. Vol
By C'est
1236 MERCURE DE FRANCE
C'est l'Interêt ; non. le Tartare ,
Fécond en vices éclatans ,
N'a rien vomi de plus barbare
Depuis la naissance des temps ,
Sur un vaste amas de ruines ,
Il s'éleve fier des rapines >
Dont on enrichit ses Autels
Les insatiables harpies ,
Volent autour des dons impies
Que lui prodiguent les Mortels.
Le Nocher , loin de sa Patrie ,
Pour lui seul renonce au repos ;
Il part , il brave la Furie ,
Des Vents déchaînez et des Flots
Si- tôt que l'Interêt décide ,
Rien n'arrête , rien n'intimide ,
Que dis- je ? on renonce aux plaisirs ,
Les esprits opposez s'unissent
Les plus indociles fléchissent
Tout change au gré de ses desirs.
&
Tyran que l'Univers encense
Malgré l'honneur et la raison ,
Sous le regne de l'innocence ,
On ignoroit jusqu'à ton nom
Dans les flancs des profonds abymes
2
1
I. Vol.
Les
JUIN.
1731. 1237
Les trésors , source de nos crimes ,
Etoient encore resserrez •
Nous n'aurions point connu la guerre ,
Sï jamais du sein de la Terre ,
Ton bras ne les avoit tirez.
{
Quelles horribles funerailles !
Je nâge en des Fleuves de sang ;
Le cruel démon des batailles ,
Porte la mort de rang en rang ;
Les Provinces sont ravagées ;
Les Citez tombent saccagées ;
Et sous ces Palais désolez ,
Je vois par d'odieuses trames ,
Parmi les cris , parmi les flâmes ,
Périr cent Princes immolez.
Quand les feux des guerres publiques ,
S'éteignent aux pieds de la Paix ,
Auteu: des troubles domestiques ,
Tu vas causer d'autres forfaits ,
Le fils s'arme contre le pere ,
Le frere attente sur le frere ,
L'ami méconnoît ses amis ,
Grands Dieux , ses maximes sinistres ,
Souillent quelquefois vos Ministres ,
Et corrompent ceux de Tlémis.
9
I. Vol.
Par
B vj
1238 MERCURE DE FRANCE
Par les coupables artifices ,
On trahit , on vend l'équité ,
On profane les Sacrifices ,
Que vous offre la pieté;
Combien ... mais non…….. que mon silence },
Dérobe à l'injuste licence ,
Des Portraits toujours dangereux ;
Craignons de lui fournir des armes ;
Effaçons plutôt par nos larmes ,
Tout ce que leurs, traits ont d'affreux.
Ce ne sont plus ces simpaties ,
Desames qu'un rapport heureux
Auroit l'une à l'autre assorties ,.
Qui de l'Hymen forment les noeuds
Toi seul regle la destinée ,
De la Victime infortunée ,
Qu'on entraîne aux pieds de l'Autel ;
Interêt , quel est ton empire-?
Le tendre Amour en vain soupire,
Il y reçoit le coup mortel.
Delà ces feux illegitimes ,
Par qui le Ciel est irrité.
Ah ! n'imputons qu'à toi les crimes ;
Que commet l'infidelité ;
On s'est uni sans se connoître ,
..
* 15 :
I. Vol. On
JUIN. 1731 8239
On se seroit aimé peut-être ;
Le coeur au moins eût combattu :
Mais par ton funeste caprice ,
Barbare , tu forces au yice ,
Ce coeur formé pour lá vertu.
Qu'elle est cette Idole fragile ,
Livrée au caprice du vent è
La tête est d'or , les pieds d'argile
Ont pour baze un sable mouvant
J'entends les fiers Sujets d'Eole ;
Ils s'unissent contre l'Idole ;
Quel bruit ! quel fracas ! quel débris !
Le decret des Cieux s'execute
Et le lieu même de sa chute ,
Disparoît aux regards surpris
.
>
De votre sort c'est là l'image
De l'Interêt vils Partisans ,
La Fortune abbat son ouvrage ,
Fuyez ses perfides présens
Quand elle seroit plus constante ,
Quand tout rempliroit votre attente ,
Par un long et coupable abus ,
Les plus formidables Monarques ,
Naissent tributaires des Parques ,
Vous leur devez mêmes tributs
D
i ita
I. Vol. Des
1240 MERCURE DE FRANCE
Des Sysiphes , des Promethées ,
Vous méritez les châtimens ,
Les Eumenides irritées ,
Vous préparent mêmes tourmens ;
Vos vains honneurs , coupables Ombres ,
N'ont plus d'éclat dans ces lieux sombres ,
Ou tous les rangs sont confondus ,
Et ces biens pour qui l'on soupire ,
Ne peuvent rien dans un Empire ,
Où l'on juge au poids des vertus.
Va par tes brigues infernales ,
Sordide Interêt , Monstre affreux ,
Regner sur des ames vénales ;
Reçois l'hommage de leurs voeux ;
Je préfère à ton opulence ,
Une vertueuse indigence ;
Tu ne peux séduire mon coeur ;
Et je le percerois moi- même ,
Si par un changement extrême ,
Il t'avouoit pour son Vainqueur.
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Résumé : L'INTEREST, ODE Qui par le jugement de l'Académie des Jeux Floraux, a remporté cette année 1731. le Prix de l'Amarante d'or, destiné à ce genre de Poësie ; elle est de M. l'Abbé Poncy de Neuville ; c'est pour la septiéme fois qu'il est couronné dans cette Académie.
L'ode 'L'INTEREST' de l'Abbé Poncy de Neuville, lauréate du Prix de l'Amarante d'or de l'Académie des Jeux Floraux en 1731, dépeint l'Interêt comme une force destructrice et corrompue. L'auteur présente cette entité comme la source de nombreux maux, tels que l'ambition, l'avarice, l'envie et l'injustice. L'Interêt pousse les hommes à commettre des crimes et à sacrifier leur honneur et leur raison. Il est comparé à un tyran qui règne sur l'univers, provoquant des guerres, des massacres et des divisions familiales. Cette force corrompt également les ministres et les juges, et pervertit les relations humaines, y compris l'amour et le mariage. L'ode met en garde contre les dangers de l'Interêt et exalte la vertu et l'indigence vertueuse par opposition à l'opulence corrompue. L'auteur refuse de se laisser séduire par l'Interêt et préfère une vie vertueuse.
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85
86
p. 1260-1262
RACOMMODEMENT, ODE.
Début :
Rebuté des mépris de la jeune Glicere, [...]
Mots clefs :
Amour, Flambeau, Belle, Cœur, Reine de Cythère, Tendre colère, Ingrate maîtresse, Vengeance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RACOMMODEMENT, ODE.
RACOMMODEMENT ,
O D E.
REbuté des mépris de la jeune Glicere ;
Je crus braver l'Amour en son flambeau fatal ,
Fabjurai son Carquois , je blasphemai sa mere
Mais que je me connoissois mal ! .
Helas ! en revoyant cette Belle inhumaine ,
1. Vola Me
JU iv . 1.6.1
1731.
Mes séns se sont émus , mon coeur a soupiré ,
Je ne sçai quoi m'a dit de rentrer dans sa chaîne,
Et dans l'instant j'y suis rentré.
Elle auroit effacé la Reine de Cithere ,
Son teint sembloit mêlé de Roses & de Lis ,
Je vis ses yeux briller d'une tendre colere
Et les miens en furent surpris.
"
Pour ne point m'attendrir aux traits de l'Infidelle
Je crus qu'il suffisoit d'opposer sa rigueur ,
Je cherchois le moyen de la trouver moins belle ,
Mais je n'y pus forcer mon coeur.
M
Je voulois me cacher l'excès de ma foiblesse
Je me dissimulois mes lâches sentimens ;
Je croïois mépriser mon ingrate Maîtresse ,
Et je trouvois ses traits charmans.
Sh
Tel que sur le penchant d'une Roche glissante
Malgré de vains efforts on se laisse tomber ,
Je ne pus résister , mon ame chancelante ,
Trouva plaisir à succomber.
Quand je ne la vois pas , je ressens mille allarmes
I. Vol. C vj
Har
J'en
1262 MERCURE DE FRANCE
J'en parle à chaque instant ; je la cherche en tous
lieux ,
Hors de la contempler ou penser à ses charmes ,
Tout le reste m'eſt ennuyeux.
'Amour , dont j'ai suivi les Loix sans resistance ,
Au milieu de son coeur daigne allumer tes feux ;
Si par un prompt retour on fléchit la vengeance ,
Dois- je encore être malheureux ?
L. C. D. N. D. M. O. au R, D. L. M. J.
O D E.
REbuté des mépris de la jeune Glicere ;
Je crus braver l'Amour en son flambeau fatal ,
Fabjurai son Carquois , je blasphemai sa mere
Mais que je me connoissois mal ! .
Helas ! en revoyant cette Belle inhumaine ,
1. Vola Me
JU iv . 1.6.1
1731.
Mes séns se sont émus , mon coeur a soupiré ,
Je ne sçai quoi m'a dit de rentrer dans sa chaîne,
Et dans l'instant j'y suis rentré.
Elle auroit effacé la Reine de Cithere ,
Son teint sembloit mêlé de Roses & de Lis ,
Je vis ses yeux briller d'une tendre colere
Et les miens en furent surpris.
"
Pour ne point m'attendrir aux traits de l'Infidelle
Je crus qu'il suffisoit d'opposer sa rigueur ,
Je cherchois le moyen de la trouver moins belle ,
Mais je n'y pus forcer mon coeur.
M
Je voulois me cacher l'excès de ma foiblesse
Je me dissimulois mes lâches sentimens ;
Je croïois mépriser mon ingrate Maîtresse ,
Et je trouvois ses traits charmans.
Sh
Tel que sur le penchant d'une Roche glissante
Malgré de vains efforts on se laisse tomber ,
Je ne pus résister , mon ame chancelante ,
Trouva plaisir à succomber.
Quand je ne la vois pas , je ressens mille allarmes
I. Vol. C vj
Har
J'en
1262 MERCURE DE FRANCE
J'en parle à chaque instant ; je la cherche en tous
lieux ,
Hors de la contempler ou penser à ses charmes ,
Tout le reste m'eſt ennuyeux.
'Amour , dont j'ai suivi les Loix sans resistance ,
Au milieu de son coeur daigne allumer tes feux ;
Si par un prompt retour on fléchit la vengeance ,
Dois- je encore être malheureux ?
L. C. D. N. D. M. O. au R, D. L. M. J.
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Résumé : RACOMMODEMENT, ODE.
Le poème 'Racommodement' de 1731 relate la capitulation du narrateur face à l'amour. Après avoir tenté de résister, il se retrouve vaincu en revoyant Glicere, une jeune femme. Il décrit une émotion intense et une incapacité à résister à son charme, malgré ses efforts pour la trouver moins belle et mépriser ses sentiments. Il compare sa situation à celle de quelqu'un glissant sur une roche et incapable de résister à la chute. En son absence, il ressent une angoisse constante et parle d'elle à chaque instant. Il implore l'amour de fléchir sa vengeance et de lui permettre de retrouver le bonheur.
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87
p. 1275-1279
LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Début :
Je reprends aujourd'hui la Lire [...]
Mots clefs :
Lyre, Vers, Plaisir, Volupté sauvage, Chrétien, Léthargie, Allégresse, Volupté paisible, Sages désirs, Innocence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
LE PLAISIR EPURE.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
O D E.
JE reprends aujourd'hui la Lire
Qu'autrefois je sçûs animer ;
Dieu des Vers , le Plaisir m'inspire :
Lui seul me suffit pour rimer.
Mais quelle vive ardeur me presse ?
Des premiers feux de ma jeunesse ,
Je ressens la vivacité :
Phébus j'abjure ta Méthode ,
Le Plaisir répand sur cette Ode ,
Ses charmes et sa nouveauté.
* L'Auteur à l'âge de 17. ans , avoit balancé
les suffrages de l'Académie des Jeux Floraux
pour le Prix de l'Ode, J
D Loin
1275 MERCURE DE FRANCE
Loin d'ici volupté sauvage ,
Dont Epicure fit un bien :
Les douceurs bien plus que la rage ,
Sont à craindre pour un Chrétien.
Par tes phantômes assallie ,
La raison tombe en létargie ,
Et ne s'éveille qu'en fureur ;
Mais la douceur enchanteresse ,
Du vif plaisir qui m'interesse ,
Eleve une ame et regle un coeur.
>
Aux beaux jours d'une vie heureuse ,
S'enflâment les riants Plaisirs :
La joye aisée et gracieuse ,
Brille , rit , éclate en desirs.
Ce n'est que transport , qu'allegresse ,
Où la plus séduisante yvresse ,
Flatte , amuse , enchante l'esprit :
Avec ce secours l'homme s'aime ;
Et croit , n'aimant plus que lui-même
Que l'Univers entier lui rit.
M
Oui , quand le plaisir nous anime
Et nous prévient de sa douceur ,
On sent une flamme sublime ,
Couler jusques au fond du coeur ;
L'esprit tiré de la matiere ,
I. Vol.
L
Jouit Į
JUIN. 1731. 1277
Joüit d'une pure lumiere ,
Plus brillante qu'un jour serain ;
Et quand dans les nuits les plus sombres,
Le plaisir dissipe les ombres ,
Il jouit du plus beau matin.
2
Tu nous sers , volupté paisible ,
Contre nos ennuis et nos maux :
Tu prépares un coeur sensible ,
A des transports toûjours nouveaux.
Cruels ennemis de nous- mêmes ,
Par tes séduisans stratagêmes ,
A nous - mêmes tu nous ravis ;
Et d'une trop fragile vie ,
Tu retiens le noeud qui la lie ;
Et tu répares ses esprits.
De deux amis qui se chérissent ,
Le Plaisir accroît la bonté :
C'est par ce Philtre que s'unissent ,
Tous les gens de Societé.
On s'assemble , mais c'est pour plaire :
Le Plaisir alors necessaire ,
Du commerce est le doux lien ,
Et dans ces momens favorables ,
On en trouve bien plus aimables ,
Les Convives et l'entretien,
Dij
L'hu
1278 MERCURE DE FRANCE
L'humeur philosophique et sombre
Qui ne m'abandonne jamais
M'invite à reposer à l'ombre ,
Sur le tapis d'un gazon frais :
Là , sur le bord d'une Onde
pure ,
Le Chêne entretient sa verdure ,
Mille fleurs y brillent aux yeux :
C'est là qu'avec plaisir je pense ,.
A conserver mon innocence ,
Par l'innocence de ces lieux .
粥
Là , quand la saison rigoureuse
Seme ses glaçons , ses frimats ,
Une societé nombreuse ,
M'invite à ne la craindre pas .
Tel chez moi lassé du commerce ;
-Près d'un brasier Bacchus m'exerce ,
Lui qui ne m'a jamais vaincu ;
Bien-tôt secouru d'un bon Livre ,
J'ai le bonheur d'apprendre à vivre ,
Et le plaisir d'avoir vécu .
Dans un âge encor susceptible
Des plus vives impressions ,
Je sens qu'il n'est plus si pénible ,
De combattre ses passions.
* 33. ans .
Le
JUIN. 1279 1731.
Le plaisir qui charme la vie ,
Unique et seul bien que j'envie ,
M'inspire de sages desirs ;
Et dans ces desirs j'envisage
Cette vie , et je la ménage ,
Dans l'esperance des plaisirs.
M
Le tems qui malgré nous entraîne
Nos jours trop prompts à s'écouler
Refuse à la vie incertaine ,
Le moyen de les rappeller.
C'est en vain que l'homme soupire
Du Monarque du sombre Empire ,
Il doit habiter le séjour.
Qu'il vive (a ) ou qu'aux Royaumes sombres ,
Il aille apprendre aux pâles Ombres ,
Qu'il a seulement vû le jour . (6)
In rebus jucundis vive beatus :
Vive memor , quam sis avi brevis .
Hor. Satyr. 6. Liv. 2.
(a) Vivre selon les Epicuriens , est de sçavoir
se procurer les plaisirs délicats ; ils en faisoient
même une espece de prudence. Prudentiam in
troducunt scientiam suppeditantem voluptates,
depellentem dolores . Cic. Offic. Liv. 3. c . 33 .
(b) Qui répond au Vixit des Romains , pour
dire qu'on n'est plus.
Parl'Abbé Day** ,Curé de G*** en Marsan.
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Résumé : LE PLAISIR ÉPURÉ. ODE.
Le texte 'Le Plaisir Epuré' célèbre les bienfaits du plaisir sur l'âme et le cœur. L'auteur, guidé par une ardeur juvénile, distingue les voluptés sauvages, condamnées par Épicure, des douceurs du plaisir chrétien, qui élèvent l'âme et régulent le cœur. Le plaisir est présenté comme une force vitale apportant joie, allégresse et une ivresse séduisante. Il dissipe les ombres des nuits sombres et permet de jouir d'une lumière pure. Le plaisir est aussi un remède contre les ennuis et les maux, préparant le cœur à de nouveaux transports et renforçant les liens d'amitié et de société. L'auteur évoque des moments de réflexion solitaire dans la nature, où il conserve son innocence, ainsi que des moments de convivialité en société. Il conclut en soulignant que le plaisir charme la vie et inspire des désirs sages, tout en étant conscient de la brièveté de l'existence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. [1415]-1421
LA SCIENCE, ODE.
Début :
Fuyez, Esclaves volontaires, [...]
Mots clefs :
Grèce, Humilité, Arrogance, Pyrrhonisme, Sophisme, Mânes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SCIENCE, ODE.
LA
SCIENCE ,
O D E.
Uyez , Esclaves volontaires ,
D'un aveuglement séducteur.
Craignez que mes traits salutaires ,
Ne percent un masque imposteur,
Loin ces hommes dont l'arrogance ,
Pour prix d'une vaine Science ,
Semble demander des Autels :
Je hais ces lumieres steriles ,
II, Vol A ij Qui
1416 MERCURE
DE FRANCE
Qui sans les rendre plus habiles ,
Les ont rendus plus criminels.
諾T
Celui qui des Mysteres sombres ,
Connoît toute la profondeur
Se cache sous d'épaisses ombres ,
Et nous dérobe sa grandeur.
Ainsi , privez de sa lumiere ,
Toûjours une vapeur grossiere ,
Obscurcit nos foibles esprits :
Heureux ! si limitant leur vûë ,
Le Ciel eût borné l'étenduë ,
De l'orgueil dont ils sont épris !
Mais , helas ! suivant avec joye ,
D'agréables impressions ,
Les hommes se livrent en proye ,
A de douces illusions.
Un foible rayon vient -il luire ? }
Si leur esprit cherche à s'instruire,
Leur vanité le croit instruit ;
Et ces insensez qu'on adore ,
Abusant d'une belle Aurore ,
Restent dans une affreuse nuit,
Ainsi par des routes chéries ,
11. Vol. L'orgueil
JUIN. 173. 1417
L'orgueil nous promene à son gré.
De ses subtiles flatteries ,
L'esprit est bien- tôt enyvré.
Dans le piege d'un vain systême ,
Que le coeur se tend à lui -même ,
L'homme aveuglé cherche à perir ;
Et jusqu'au sein de l'ignorance ,
S'enorgueillit d'une science ,
Qu'il ne peut pas même acquerir.
que
Telle est la misere orgueilleuse ,
D'un Philosophe * ambitieux ,
Dont la lumiere tenebreuse ,
Croit avoir penetré les Cieux .
Plus hardi les Zoroastres ,
Il veut de la Terre et des Astres
Regler les sublimes ressorts ;
Mais le Ciel qui l'avoit fait naître ,
Le créa bien moins pour connoître ,.
Que pour jouir de ses trésors.
A des Estres imaginaires ,
Livrant sa coupable raison ,
Des plus ridicules chimeres ,
Un autre ** avale le poison..
Le Phisicien.
** Le Métaphisicizen.
II. Vol. A iij Dans
1418 MERCURE DE FRANCE
14
Dans sa sublime extravagance ,
Il seche pour sonder l'essence ,
D'un objet qu'il ne connoît pas ;
La verité fuit sa poursuite ;
Mais l'orgueil qui marche à sa suite
A pour lui, les mêmes appas..
23
Et vous (a ) qui des siecles antiques ;
Confondez les Evenemens ;
Vous , dont les pompeuses Chroniques
Obscurcissent l'ordre des tems ;、
Parlez , quel est votre avantage ?
N'est- ce pas d'errer d'âge en âge ,
Pour en débrouiller le cahos ?
'Aussi le fruit de votre étude
N'est qu'une triste incertitude ,
Qui vient traverser vos travaux.
Mais que sert l'audace sévere ,
De mes transports injurieux ,
Tandis que notre esprit révere ,
Ceux qui nous ont fermé les yeux ?
Si des traits douteux de l'Histoire , (b)
Ils ont alteré la memoire ,
(a) Les Chronologistes .
(b) Les Sçavans qui travaillent à l'Histoires
t
11. Vol Nous
JUIN. 1419 1731 .
Nous sommes leurs adorateurs
Et leur redoutable imposture ,
D'une incertaine conjecture ,
Nous fait adopter les erreurs.
NE
Ainsi trompé par l'apparence ,
L'homme est éclairé sans rien voir;
> Et sa fastueuse ignorance
Se produit sous un faux sçavoir.
Paré d'une science vaine ,
Jadis un Sçavant de Priène , (a )
N'en conserva que les dehors ;
Et , des débris de sa Patrie ,
Il n'emporta que sa folie ,
Le plus cher de tous ses trésors.
Illustres Morts , superbes Mânes ,
Sortez d'un Tombeau plein d'horreur ;
Dépouillez ces titres prophanes ,
Que vous consacra notre erreur .
Où sont ces Couronnes sacrées ,2
Que sur vos têtes reverées ,.
(a) Bias , qui voyant sa Ville au pillage , ne
voulut rien sauver de ses richesses , disant
qu'il portoit tout son bien , c'est-à-dire , toute
SA Science avec lui.
II. Vol..
A. iiij.
La
1420 MERCURE DE FRANCE
Mit jadis un Peuple insensé ? ...
La fausse gloire est disparuë ,
Et la vanité confonduë ,
Lui dit qu'il s'étoit abusé.
Non , que d'un frivole Sophisme
Empruntant le subtil secours ,
Sur un dangereux Pyrrhonisms ,
Je veuille appuyer mes discours.
Je sçais que les forces humaines ,
De quelques veritez certaines ,
Ont sçû nous frayer les chemins ;
Mais des routes si favorables ,
Nous ont rendus plus miserables ,
En ne nous rendant que plus vains.
M
Laisson la superbe arrogance ,
D'un Pédant rempli de fierté ;
Tâchons d'acquerir sa Science ,
Mais non pas sa fatuité.
Alors , d'un sçavoir légitime ,
Une humilité magnanime ,
Sera le plus ferme soutien ;
Et nous suivrons l'humble sagesse ,
11. Vel.
De
JUIN. 1731 .
14: 1
De ce vrai Sçavant de la Grece , *
Qui sçavoit qu'il ne sçavoit rien.
* Socrate disoit que tout ce qu'il "sçavoir"
'étoit qu'il ne sçavoit rien .
Par René-Vincent des F ****
SCIENCE ,
O D E.
Uyez , Esclaves volontaires ,
D'un aveuglement séducteur.
Craignez que mes traits salutaires ,
Ne percent un masque imposteur,
Loin ces hommes dont l'arrogance ,
Pour prix d'une vaine Science ,
Semble demander des Autels :
Je hais ces lumieres steriles ,
II, Vol A ij Qui
1416 MERCURE
DE FRANCE
Qui sans les rendre plus habiles ,
Les ont rendus plus criminels.
諾T
Celui qui des Mysteres sombres ,
Connoît toute la profondeur
Se cache sous d'épaisses ombres ,
Et nous dérobe sa grandeur.
Ainsi , privez de sa lumiere ,
Toûjours une vapeur grossiere ,
Obscurcit nos foibles esprits :
Heureux ! si limitant leur vûë ,
Le Ciel eût borné l'étenduë ,
De l'orgueil dont ils sont épris !
Mais , helas ! suivant avec joye ,
D'agréables impressions ,
Les hommes se livrent en proye ,
A de douces illusions.
Un foible rayon vient -il luire ? }
Si leur esprit cherche à s'instruire,
Leur vanité le croit instruit ;
Et ces insensez qu'on adore ,
Abusant d'une belle Aurore ,
Restent dans une affreuse nuit,
Ainsi par des routes chéries ,
11. Vol. L'orgueil
JUIN. 173. 1417
L'orgueil nous promene à son gré.
De ses subtiles flatteries ,
L'esprit est bien- tôt enyvré.
Dans le piege d'un vain systême ,
Que le coeur se tend à lui -même ,
L'homme aveuglé cherche à perir ;
Et jusqu'au sein de l'ignorance ,
S'enorgueillit d'une science ,
Qu'il ne peut pas même acquerir.
que
Telle est la misere orgueilleuse ,
D'un Philosophe * ambitieux ,
Dont la lumiere tenebreuse ,
Croit avoir penetré les Cieux .
Plus hardi les Zoroastres ,
Il veut de la Terre et des Astres
Regler les sublimes ressorts ;
Mais le Ciel qui l'avoit fait naître ,
Le créa bien moins pour connoître ,.
Que pour jouir de ses trésors.
A des Estres imaginaires ,
Livrant sa coupable raison ,
Des plus ridicules chimeres ,
Un autre ** avale le poison..
Le Phisicien.
** Le Métaphisicizen.
II. Vol. A iij Dans
1418 MERCURE DE FRANCE
14
Dans sa sublime extravagance ,
Il seche pour sonder l'essence ,
D'un objet qu'il ne connoît pas ;
La verité fuit sa poursuite ;
Mais l'orgueil qui marche à sa suite
A pour lui, les mêmes appas..
23
Et vous (a ) qui des siecles antiques ;
Confondez les Evenemens ;
Vous , dont les pompeuses Chroniques
Obscurcissent l'ordre des tems ;、
Parlez , quel est votre avantage ?
N'est- ce pas d'errer d'âge en âge ,
Pour en débrouiller le cahos ?
'Aussi le fruit de votre étude
N'est qu'une triste incertitude ,
Qui vient traverser vos travaux.
Mais que sert l'audace sévere ,
De mes transports injurieux ,
Tandis que notre esprit révere ,
Ceux qui nous ont fermé les yeux ?
Si des traits douteux de l'Histoire , (b)
Ils ont alteré la memoire ,
(a) Les Chronologistes .
(b) Les Sçavans qui travaillent à l'Histoires
t
11. Vol Nous
JUIN. 1419 1731 .
Nous sommes leurs adorateurs
Et leur redoutable imposture ,
D'une incertaine conjecture ,
Nous fait adopter les erreurs.
NE
Ainsi trompé par l'apparence ,
L'homme est éclairé sans rien voir;
> Et sa fastueuse ignorance
Se produit sous un faux sçavoir.
Paré d'une science vaine ,
Jadis un Sçavant de Priène , (a )
N'en conserva que les dehors ;
Et , des débris de sa Patrie ,
Il n'emporta que sa folie ,
Le plus cher de tous ses trésors.
Illustres Morts , superbes Mânes ,
Sortez d'un Tombeau plein d'horreur ;
Dépouillez ces titres prophanes ,
Que vous consacra notre erreur .
Où sont ces Couronnes sacrées ,2
Que sur vos têtes reverées ,.
(a) Bias , qui voyant sa Ville au pillage , ne
voulut rien sauver de ses richesses , disant
qu'il portoit tout son bien , c'est-à-dire , toute
SA Science avec lui.
II. Vol..
A. iiij.
La
1420 MERCURE DE FRANCE
Mit jadis un Peuple insensé ? ...
La fausse gloire est disparuë ,
Et la vanité confonduë ,
Lui dit qu'il s'étoit abusé.
Non , que d'un frivole Sophisme
Empruntant le subtil secours ,
Sur un dangereux Pyrrhonisms ,
Je veuille appuyer mes discours.
Je sçais que les forces humaines ,
De quelques veritez certaines ,
Ont sçû nous frayer les chemins ;
Mais des routes si favorables ,
Nous ont rendus plus miserables ,
En ne nous rendant que plus vains.
M
Laisson la superbe arrogance ,
D'un Pédant rempli de fierté ;
Tâchons d'acquerir sa Science ,
Mais non pas sa fatuité.
Alors , d'un sçavoir légitime ,
Une humilité magnanime ,
Sera le plus ferme soutien ;
Et nous suivrons l'humble sagesse ,
11. Vel.
De
JUIN. 1731 .
14: 1
De ce vrai Sçavant de la Grece , *
Qui sçavoit qu'il ne sçavoit rien.
* Socrate disoit que tout ce qu'il "sçavoir"
'étoit qu'il ne sçavoit rien .
Par René-Vincent des F ****
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Résumé : LA SCIENCE, ODE.
Le poème critique la science et l'orgueil humain, mettant en garde contre les dangers de la vanité et de l'arrogance intellectuelle. L'auteur dénonce ceux qui, sous couvert de science, cherchent à dominer et à être vénérés. Il souligne que la véritable connaissance est souvent cachée et que les hommes, aveuglés par leur orgueil, se laissent tromper par des illusions et des chimères. Le texte critique également les philosophes, les physiciens et les métaphysiciens, qui, dans leur quête de savoir, finissent par se perdre. Les chronologistes et les historiens sont également visés, leurs travaux étant souvent marqués par des erreurs et des incertitudes. Le poème se conclut par un appel à l'humilité, en prenant l'exemple de Socrate, qui reconnaissait l'étendue de son ignorance. L'auteur invite à acquérir la science sans fatuité, afin de cultiver une humilité magnanime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. [1627]-1637
ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Début :
Quelle douleur obstinée, [...]
Mots clefs :
Tombeau, Chagrin, Funèbres couleurs, Ombre, Douleur extrême, Destin, Mort, Gémir, Ennui, Mânes paisibles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
ODE
A Made *** Mere.d'une jeune Religieuse,
morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Uelle douleur obstinée ,
Change en nuits vos plus beaux
jours ?
Près d'un Tombeau prosternée ,
Voulez-vous pleurer toûjours ?
Le chagrin qui vous dévore ,
Chaque jour , avant l'Aurore ,
A ij Remet
SHIP
1628
MERCURE DE
FRANCE
Remet votre esprit aux fers :
La nuit vient , et trouve encore
Vos yeux aux larmes ouverts.
Les Graces accoûtumées ,
'A servir votre enjoûment ,
Sont surprises , allarmées ,
De cet affreux changement ;
Elles ne sçauroient se plaire ,
Dans ce réduit solitaire ,
Peint de funebres couleurs , *
Où votre ennui volontaire ,
Vient se nourrir dans les pleurs.
Trop justement attendrie ,
Vous avez dû pour un temps ,
Plaindre une fille chérie ,
Moissonnée en son printemps :
Dans ces premieres allarmes ,
La plainte même a des charmes ,
Dont un coeur triste est jaloux ;
Loin de condamner vos larmes ,
J'en répandois avec vous.
Mais c'est être trop constante ,
Dans de mortels déplaisirs :
La Nature se contente ,
T
D'u
JUILLET.
16.29
1731.
D'un mois entier de soupirs.
Hélas ! un chagrin si tendre,
Ranimera- t'il ta cendre
Ombre , encor chere à nos coeurs ?
Non , tu ne peux nous entendre ,
Ni répondre à nos clameurs.
C'en est fait : son jour suprême ,
Est expiré sans retour.;
Er votre douleur extrême ,
Ne peut lui rendre un seul jour.
Si les larmes maternelles ,
Du sein des nuits éternelles ,
Pouvoient enfin l'arracher ,
Vos yeux à l'amour fidelles ,
Ne devroient point se sécher..
La plainte la plus amére ,
N'attendrit pas le Destin :
Malgré les cris d'une mere "
La Mort retient sọn butin ;
Avide de funerailles ,
Ce Monstre né sans entrailles ,
g Sans cesse armé de flambeaux
Erre autour de nos Murailles
Pour nous creuser des Tombeaux,
y
A iij La
1630 MERCURE DE FRANCE
La Mort dans sa vaste course ,
Voit des Parens éplorez ,
Gémir ( trop foible ressource ! )
Sur des Enfans expirez ;
Sourde à leur plainte importune ,
Elle unit leur infortune-
Aux objets de leurs regrets ,
Dans une tombe commune
Et sous les mêmes Cyprès.
Des Enfers pâle Ministre ,
L'Ennui , comme un fier Vautour
Suit leurs pas d'un vol sinistre ,
Et les devore à leur tour.
De leur tragique tristesse ,
N'imitez point la foiblesse ;
Victime de vos langueurs 2
Bientôt à notre tendresse ,
Vous couteriez d'autres pleurs.
Soupirez-vous par coutume ,
Comme ces sombres Esprits ,
`Qui traînent dans l'amertume ,
La chaîne de leurs ennuis ?
C'est à tort que le Portique ,
Avec le Parnasse antiquè ,
Tient qu'il est doux de gémir ;
Un
JUILLET. 1731 , 1631
Un deüil lent et léthargique
Ne fut jamais un plaisir.
Quelle constance insensée ,
Veut nous dévouer aux Morts ?
Croit- on leur cendre glacée ,
Jalouse de ces transports ?
Pourquoi ces sanglots pénibles ,
Qui chez les Mânes paisibles ,
Ne seront point entendus ?
Leurs Ombres sont insensibles
Er nos soupirs sont perdus.
Dans l'horreur d'un bois sauvage ,
La Tourterelle gémie ,
Mais des peines du veuvage ,
Le Temps enfin l'affranchit ;
Semblable à la Tourterelle ,
En vain la douleur fidelle
T
Veut conserver son dégout ,
Le Temps triomphe enfin d'elle ,
Comme il triomphe de tout.
' D'Iphigénie immolée ,
Je vois le Bucher fumant:
Clytemnestre désolée ,
A iiij
Veut
1622
MERCURE DE FRANCE
Veut la suivre au Monument ;.
Une si triste manie ,
Par Egisthe fut bannie ,
L'Amour essuya ses pleurs.
Tels , de notre Iphigénie ,
Nous oublirons les malheurs.
Sur son aîle fugitive ,
Si le Temps doit emporter ,
Cette tristesse plaintive ,
Que vous semblez, respecter 3.
Sans attendre en servitude
Que de votre inquiétude ,
Il chasse le noir poison ,
Combattez-en l'habitude ,
Et vainquez-vous par raison.
D'une Grecque
magnanime ,
L'Héroïque fermeté ,
D'un chagrin pusillanime ,
Vous apprend l'indignité ;
Céphise , d'un oeil austere ,
Voit sa fille la plus chere ,
Entre ses bras expirer ,
Plus Heroïne que mere ,.
Elle craint de soupirer.,
D&
JUILLET. 1731. 1633
De son courage infléxible ,
Nature , ne te plains pas ;
Un coeur peut être sensible,
Sans cris pompeux sans éclats.
A la Parque en vain rebelle ,
Pourquoi m'affliger , dit-elle ,
J'y songeai , dès soǹ Berceau
J'élevois une Mortelle
Soumise au fatal Cizeau.
Mais non , Stoïques exemples ,,
Vous êtes d'un vain secours ;
Ce n'est que dans tes saints Temples ,
Grand Dieu , qu'est notre recours :
Pour guérir ce coup
funeste
Il faut une main Celeste ,
N'esperons rien des Mortels;
Un Consolateur nous reste
Il nous attend aux Autels.
"
Portez donc au Sanctuaire ,,
Soumise aux Divins Arrêts ,
Portez le coeur d'une mere
97
Chrétienne dans ses regrets..
Adorez- y , dans vos peines ,
L'Auteur des Loix souveraines ,
Qui décident de nos jours :
Av
1634 MERCURE DE FRANCE
Il rompt nos plus tendres chaînes,
Pour fixer seul nos amours.
Son choix nous l'avoit ravie ,
Celle dont j'écris le sórt ,
Long -temps avant que sa vie ,
Fût éteinte par la Mort.
D'un Monde que P'erreur vante
Une retraite fervente ,
Lui fermoit tous les chemins ;
Pour Dieu seul encor vivante ,
Elle étoit morte aux Humains...
La Victime , Dieu propice ,
A l'Autel alloit marcher ;
Déja pour le Sacrifice ,
L'Amour Saint dresse un Bucher ;
L'Encens , les Fleurs , tout s'aprête ,
Bien- tôt ta jeune Conquête ,
Va s'offrir ... Que dis-je ? helas !
J'allois chanter une Fête ,
Il faut pleurer un Trépas.
Qu'entens -je ? quels cris funebres !"
* Quelque temps avant sa derniere maladie
alle étoit sur le point de faire ses voeux ; elle
les prononça au lit de la mort,
Je
JUILLET. 1731. 1635
Je vois la Jeunesse en deuil :
Dans ces profondes tenebres.
Pour qui s'ouvre le cercueil ?
O Mort ! s'il est temps encore
De ses jours , dans leur Aurore
Ne tranche point le tissu ;
Cruelle ! envain je t'implore ,
Elle expire ! elle a vécu.
Ainsi périt une Rose ,
Que frappe un souffle mortel
On la cueille à peine éclose ,
Pour en parer un Autel
Depuis l'Aube matinale ,
La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un Temple enchanté ;
Le jour fuit , la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.
}
Ciel , nous plaignons sa jeunesse ,
Dont tes Loix ferment le cours ,
de ta Sagesse
Mais aux yeux
Elle avoit rempli ses jours ;
Ce n'est point par la durée,
Que doit être mesurée ,
La course de tes Elus ::
La mort n'est prématurée ,
Que pour qui meurt sans vertusä
A vj Pour
1636 MERCURE DE FRANCE
Pour départir ses Couronnes
Dieu ne compte point les ans ,
De ceux qu'aux Celestes Trônes ,
Sa main place avant le temps ;
Oui , d'un âge exempe de vices,
Les innocentes Prémices ,
Egalent , devant ses yeux ,
Vos plus nombreux sacrifices ,
Heros , vicillis pour les Cieux..
Vous donc Objet de mes rimes
De votre coeur abbatu ,
Par ces solides maximes ,
Fortifiez la vertu ; .·
A mille maux asservie ,,
Celle qui vous est ravie
Sembloit née à la douleur ::
Pour elle une courte vie ,
Fut un bienfait du Seigneur..
Si le Ciel est son partage ),
Gardez d'elle à l'avenir ,
Sans la pleurer davantage ,
112 .
uile souvenir ;.
Arbitre des années ,
(
Dieu, qui voit nos destinées:
Eclore et s'évanouir ,
Joigne
JUILLET. 1637 1737.
Joigne à vos ans les journées ,
Dont elle auroit dû joüit.
A Tours....
A Made *** Mere.d'une jeune Religieuse,
morte à Amiens au mois de Mars 1731.
Uelle douleur obstinée ,
Change en nuits vos plus beaux
jours ?
Près d'un Tombeau prosternée ,
Voulez-vous pleurer toûjours ?
Le chagrin qui vous dévore ,
Chaque jour , avant l'Aurore ,
A ij Remet
SHIP
1628
MERCURE DE
FRANCE
Remet votre esprit aux fers :
La nuit vient , et trouve encore
Vos yeux aux larmes ouverts.
Les Graces accoûtumées ,
'A servir votre enjoûment ,
Sont surprises , allarmées ,
De cet affreux changement ;
Elles ne sçauroient se plaire ,
Dans ce réduit solitaire ,
Peint de funebres couleurs , *
Où votre ennui volontaire ,
Vient se nourrir dans les pleurs.
Trop justement attendrie ,
Vous avez dû pour un temps ,
Plaindre une fille chérie ,
Moissonnée en son printemps :
Dans ces premieres allarmes ,
La plainte même a des charmes ,
Dont un coeur triste est jaloux ;
Loin de condamner vos larmes ,
J'en répandois avec vous.
Mais c'est être trop constante ,
Dans de mortels déplaisirs :
La Nature se contente ,
T
D'u
JUILLET.
16.29
1731.
D'un mois entier de soupirs.
Hélas ! un chagrin si tendre,
Ranimera- t'il ta cendre
Ombre , encor chere à nos coeurs ?
Non , tu ne peux nous entendre ,
Ni répondre à nos clameurs.
C'en est fait : son jour suprême ,
Est expiré sans retour.;
Er votre douleur extrême ,
Ne peut lui rendre un seul jour.
Si les larmes maternelles ,
Du sein des nuits éternelles ,
Pouvoient enfin l'arracher ,
Vos yeux à l'amour fidelles ,
Ne devroient point se sécher..
La plainte la plus amére ,
N'attendrit pas le Destin :
Malgré les cris d'une mere "
La Mort retient sọn butin ;
Avide de funerailles ,
Ce Monstre né sans entrailles ,
g Sans cesse armé de flambeaux
Erre autour de nos Murailles
Pour nous creuser des Tombeaux,
y
A iij La
1630 MERCURE DE FRANCE
La Mort dans sa vaste course ,
Voit des Parens éplorez ,
Gémir ( trop foible ressource ! )
Sur des Enfans expirez ;
Sourde à leur plainte importune ,
Elle unit leur infortune-
Aux objets de leurs regrets ,
Dans une tombe commune
Et sous les mêmes Cyprès.
Des Enfers pâle Ministre ,
L'Ennui , comme un fier Vautour
Suit leurs pas d'un vol sinistre ,
Et les devore à leur tour.
De leur tragique tristesse ,
N'imitez point la foiblesse ;
Victime de vos langueurs 2
Bientôt à notre tendresse ,
Vous couteriez d'autres pleurs.
Soupirez-vous par coutume ,
Comme ces sombres Esprits ,
`Qui traînent dans l'amertume ,
La chaîne de leurs ennuis ?
C'est à tort que le Portique ,
Avec le Parnasse antiquè ,
Tient qu'il est doux de gémir ;
Un
JUILLET. 1731 , 1631
Un deüil lent et léthargique
Ne fut jamais un plaisir.
Quelle constance insensée ,
Veut nous dévouer aux Morts ?
Croit- on leur cendre glacée ,
Jalouse de ces transports ?
Pourquoi ces sanglots pénibles ,
Qui chez les Mânes paisibles ,
Ne seront point entendus ?
Leurs Ombres sont insensibles
Er nos soupirs sont perdus.
Dans l'horreur d'un bois sauvage ,
La Tourterelle gémie ,
Mais des peines du veuvage ,
Le Temps enfin l'affranchit ;
Semblable à la Tourterelle ,
En vain la douleur fidelle
T
Veut conserver son dégout ,
Le Temps triomphe enfin d'elle ,
Comme il triomphe de tout.
' D'Iphigénie immolée ,
Je vois le Bucher fumant:
Clytemnestre désolée ,
A iiij
Veut
1622
MERCURE DE FRANCE
Veut la suivre au Monument ;.
Une si triste manie ,
Par Egisthe fut bannie ,
L'Amour essuya ses pleurs.
Tels , de notre Iphigénie ,
Nous oublirons les malheurs.
Sur son aîle fugitive ,
Si le Temps doit emporter ,
Cette tristesse plaintive ,
Que vous semblez, respecter 3.
Sans attendre en servitude
Que de votre inquiétude ,
Il chasse le noir poison ,
Combattez-en l'habitude ,
Et vainquez-vous par raison.
D'une Grecque
magnanime ,
L'Héroïque fermeté ,
D'un chagrin pusillanime ,
Vous apprend l'indignité ;
Céphise , d'un oeil austere ,
Voit sa fille la plus chere ,
Entre ses bras expirer ,
Plus Heroïne que mere ,.
Elle craint de soupirer.,
D&
JUILLET. 1731. 1633
De son courage infléxible ,
Nature , ne te plains pas ;
Un coeur peut être sensible,
Sans cris pompeux sans éclats.
A la Parque en vain rebelle ,
Pourquoi m'affliger , dit-elle ,
J'y songeai , dès soǹ Berceau
J'élevois une Mortelle
Soumise au fatal Cizeau.
Mais non , Stoïques exemples ,,
Vous êtes d'un vain secours ;
Ce n'est que dans tes saints Temples ,
Grand Dieu , qu'est notre recours :
Pour guérir ce coup
funeste
Il faut une main Celeste ,
N'esperons rien des Mortels;
Un Consolateur nous reste
Il nous attend aux Autels.
"
Portez donc au Sanctuaire ,,
Soumise aux Divins Arrêts ,
Portez le coeur d'une mere
97
Chrétienne dans ses regrets..
Adorez- y , dans vos peines ,
L'Auteur des Loix souveraines ,
Qui décident de nos jours :
Av
1634 MERCURE DE FRANCE
Il rompt nos plus tendres chaînes,
Pour fixer seul nos amours.
Son choix nous l'avoit ravie ,
Celle dont j'écris le sórt ,
Long -temps avant que sa vie ,
Fût éteinte par la Mort.
D'un Monde que P'erreur vante
Une retraite fervente ,
Lui fermoit tous les chemins ;
Pour Dieu seul encor vivante ,
Elle étoit morte aux Humains...
La Victime , Dieu propice ,
A l'Autel alloit marcher ;
Déja pour le Sacrifice ,
L'Amour Saint dresse un Bucher ;
L'Encens , les Fleurs , tout s'aprête ,
Bien- tôt ta jeune Conquête ,
Va s'offrir ... Que dis-je ? helas !
J'allois chanter une Fête ,
Il faut pleurer un Trépas.
Qu'entens -je ? quels cris funebres !"
* Quelque temps avant sa derniere maladie
alle étoit sur le point de faire ses voeux ; elle
les prononça au lit de la mort,
Je
JUILLET. 1731. 1635
Je vois la Jeunesse en deuil :
Dans ces profondes tenebres.
Pour qui s'ouvre le cercueil ?
O Mort ! s'il est temps encore
De ses jours , dans leur Aurore
Ne tranche point le tissu ;
Cruelle ! envain je t'implore ,
Elle expire ! elle a vécu.
Ainsi périt une Rose ,
Que frappe un souffle mortel
On la cueille à peine éclose ,
Pour en parer un Autel
Depuis l'Aube matinale ,
La douce odeur qu'elle exhale
Parfume un Temple enchanté ;
Le jour fuit , la nuit fatale
Ensevelit sa beauté.
}
Ciel , nous plaignons sa jeunesse ,
Dont tes Loix ferment le cours ,
de ta Sagesse
Mais aux yeux
Elle avoit rempli ses jours ;
Ce n'est point par la durée,
Que doit être mesurée ,
La course de tes Elus ::
La mort n'est prématurée ,
Que pour qui meurt sans vertusä
A vj Pour
1636 MERCURE DE FRANCE
Pour départir ses Couronnes
Dieu ne compte point les ans ,
De ceux qu'aux Celestes Trônes ,
Sa main place avant le temps ;
Oui , d'un âge exempe de vices,
Les innocentes Prémices ,
Egalent , devant ses yeux ,
Vos plus nombreux sacrifices ,
Heros , vicillis pour les Cieux..
Vous donc Objet de mes rimes
De votre coeur abbatu ,
Par ces solides maximes ,
Fortifiez la vertu ; .·
A mille maux asservie ,,
Celle qui vous est ravie
Sembloit née à la douleur ::
Pour elle une courte vie ,
Fut un bienfait du Seigneur..
Si le Ciel est son partage ),
Gardez d'elle à l'avenir ,
Sans la pleurer davantage ,
112 .
uile souvenir ;.
Arbitre des années ,
(
Dieu, qui voit nos destinées:
Eclore et s'évanouir ,
Joigne
JUILLET. 1637 1737.
Joigne à vos ans les journées ,
Dont elle auroit dû joüit.
A Tours....
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Résumé : ODE A Made *** Mere d'une jeune Religieuse, morte à Amiens au mois de Mars 1731.
L'ode commémore une jeune religieuse décédée à Amiens en mars 1731. Le texte exprime la douleur intense et persistante de la mère de la défunte, qui pleure sa fille emportée en pleine jeunesse. Les Grâces, habituées à servir le bonheur, sont surprises par ce changement funeste et ne peuvent se plaire dans ce lieu de deuil. La mère reconnaît la légitimité de son chagrin après une telle perte, mais critique la constance excessive dans la douleur. Elle souligne que les larmes maternelles ne peuvent ramener les morts. La Mort est décrite comme un monstre avide, indifférent aux pleurs des parents. Le poème met en garde contre l'imitation de la faiblesse tragique et encourage à surmonter la tristesse par la raison. Il évoque l'exemple de Céphise, une mère stoïque qui, malgré sa douleur, ne se laisse pas submerger par les pleurs. La mère de la jeune religieuse trouve finalement du réconfort dans la foi chrétienne, adore Dieu et accepte la volonté divine. Elle rappelle que la mort n'est prématurée que pour ceux qui meurent sans vertus et que Dieu récompense les âmes pures, indépendamment de leur âge. Elle conclut en souhaitant que les jours perdus par la défunte soient ajoutés à sa propre vie.
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90
p. 2145-2150
ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Début :
Parois, aimable Avant-couriere [...]
Mots clefs :
Carrière, Ténèbres, Nuit, Aurore, Rayons du soleil, Astre, Fantômes, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
CODE
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
l'honneur de
l'Immaculée
Conception de
ia sainte Vierge , laquelle a remporté le
dernier Prix du
PALINOD , à Caen .
Le sujet allegorique est l'Etoile du matin,
nommée Lucifer , Phosphore ou Venus.
Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux,
Parois, aimable Avant- couriere
Du Dieu dont juttends la faveur ,
Guide mes pas dans la carriere ,
Où m'appelle aujourd'hui l'honneur
Bannis ces épaises tenebres
E Dont
2146 MERCURE DE FRANCE
Dont me couvrent les temps funebres ,
Et de la nuit et du sommeil ,
Je veux dès les traits de l'Aurore ,
Faire un Tableau qui brille encore
Aux plus beaux rayons du Soleil.
Pour montrer l'heureux assemblage ,
Des biens que cet Astre produit ,
Muse , peins- moi l'affreuse image ,
Des horreurs qu'enfante la Nuit . (a)
Quand une fois ses tristes voiles ,
Nous cachant le front des Etoiles ,
Privent nos yeux du plus grand bien ;
On ne voit plus que vains phantômes ,
Qu'abîmes creux , que noirs atômes
( Parlons plus juste , ) on ne voit rien.
>
Les Citez , les Bourgs , les Campagnes ,
Durant ce temps perdent leurs noms ;
L'orgueilleux sommer des Montagnes ,
S'abaissé au niveau des Vallons;
On voit languir dans la tristesse , (b )
Dans le silence et la paresse ,
L'homme , la Brute et les Oiseaux ,
Et parmi cette erreur profonde ,
(a ) Cette Nuit est la figure de la Loi Judaïque,
(b)L'état du peché.
Од
SEPTEMBRE. 1731 2147,
On croiroit que déja le Monde ,
Rentre dans son premier cahos.
Mais quoi ! Venus brillante et pure ,
Perce la sombre obscurité ;
Son aspect (a) rend à la Nature ,
L'espoir , la joye et la Clarté
Telle qu'un Captif miserable,
Quand il voit la main secourable ;
Qui vient l'affranchir de ses fers ;
La Troupe des Mortels plaintive ,
Se ranime à la splen deur vive ,
Qu'offre cet Astre à l'Univers.
, Sa lumiere active et perçante
Eclaircit les objets confus ,
La Terre obscure et languissante ,
Recouvre ses honneurs perdus.
Avec les brouillards homicides ,
Je vois fuir cent Spectres livides ,
Monstrueux (6) Enfans de la Nuit ;
Venus éclairant ces lieux sombres ,
Fait succeder aux pâles Ombres ,
Les traits du Soleil qui la suit.
(a) Commencement de la Loi de Grate.
(b) Tenebres du peché dissipées par la Naissance
de J. C,
E ij
Grand
2148 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu quel ravissant Spectacle ,
De tous côtez s'offre à mes yeux !
On diroit qu'un second Miracle , (a)
Reproduit la Terre et les Cieux.
Les Forteresses se découvrent ,
Les Champs , les Prez , les Forêts s'ouvrent
Et semblent sortir du Tombeau;
Les Beautez du Monde paroissent :
Les Fleurs et les Plantes renaissent ,
Tout brille d'un éclat nouveau.
C'est cet Astre dont la presence ;
Annonce aux Mortels le réveil
Frappé par les rayons qu'il lance ;
L'Artisan s'arrache au sommeil ,
Le Berger plein d'un nouveau zele ,
Suit ce flambeau qui le rappelle ,
Et conduit ses Troupeaux aux champs į
Son coeur dans la Plaine fleurie ,
A son Etoile (b) si chérie ,
Consacre et ses voeux et ses chants.
Qu'entends-je au fond de ces Bocages a
Le charmant Concert ( e) des Oiseaux ,
.
J.
(a) Effets de la Loi de Grace.
(b) Le culte de Marie.
(c) Pays Etrangers convertis
SEPTEMBRE. 1731. 2149
Qui joignent leurs tendres ramages ,
Au son joyeux des Chalumeaux ;
Sinistres amis des tenebres >
Hibous , (a) portez vos cris funebres ;
Loin de ce fortuné séjour.
Et vous , Tigres , Loups et Panthéres ,
Cherchez dans vos affreux Repaires ,
Un azile contre le jour.
J'abhorre ces dangereux Astres ,
Dont les trop cuisantes chaleurs
Causent de si fréquens desastres ,
9.
Aux Moissons , aux Plantes , aux Fleu
Loin d'ici l'âpre Canicule ,
Qui perd , qui consume , qui brule ,
Du Vigneron les doux souhaits.
Par de plus molles influences ,
Phosphore (b ) échauffe les semences;
Et répand par tout ses bienfaits.
ALLUSION.
L'Auguste Vierge toûjours pure ,
Dans un siecle d'iniquité ,
Vint ainsi rendre à la Nature ,
L'allegresse et la liberté.
(a) Puissances Infernales détruites.
(b) Douceur de la Grace.
E iij
Le
2150 MERCURE DE , FRANCE
Le crime avoit plongé le Monde ,
'Dans l'horreur d'une nuit profonde ,
Le Ciel n'offroit que des éclairs ;
Mais cet Astre aux Mortels propice
Produit un Soleil de justice >
Qui rend l'éclat à l'Univers.
REMERCIEMENT à M. de Luyur ,
Evêque de Bayeux , Juge du Puy.
Prélat , soutien des Arts , ainsi que de la Foy
Mon front brilla jadis sous la même Courome;
Mais ce docte Laurier, qu'aujourd'hui je reçois ,
Tire un éclat nouveau de la main qui la donne,
HEURTAUL D.
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Résumé : ODE En l'honneur de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, laquelle a remporté le dernier Prix du PALINOD, à Caën. Le Sujet allegorique est l'Etoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Venus. Cicer. L. 2. de la Nature des Dieux.
Le poème célébrant l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, lauréat du dernier Prix du Palinod à Caen, utilise l'Étoile du matin, nommée Lucifer, Phosphore ou Vénus, comme sujet allégorique. Il oppose la nuit, symbolisant la Loi judaïque et l'état du péché, à l'aube, représentant la Loi de Grâce et la naissance de Jésus-Christ. La nuit est décrite comme une période de ténèbres où les villes, les campagnes et les montagnes perdent leurs noms et leur splendeur, et où les êtres vivants sont plongés dans la tristesse et la paresse. L'arrivée de Vénus, symbole de la grâce divine, dissipe ces ténèbres. Elle redonne espoir, joie et clarté à la nature et aux hommes, qui se raniment à sa lumière. Le poème décrit ensuite la transformation du monde à l'aube, avec les forteresses, les champs et les forêts qui se découvrent et renaissent. Les artisans et les bergers se lèvent, et les oiseaux chantent joyeusement. Le poème se termine par une allusion à la Vierge Marie, qui a rendu à la nature l'allégresse et la liberté dans un siècle d'iniquité. Le crime avait plongé le monde dans une nuit profonde, mais l'Astre propice, symbolisant la justice divine, a produit un soleil de justice qui rend l'éclat à l'univers. Le texte se conclut par un remerciement à M. de Luyur, évêque de Bayeux et juge du Puy, pour son soutien aux arts et à la foi.
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91
p. 2271-2276
LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Début :
Heureux Frion, heureux qui, loin du bruit des Villes, [...]
Mots clefs :
Sillons fertiles, Palais, Vigne, Cruches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
LA VIE
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
CHAMPÊTRE.
H →
ODE,
A M. Frion.
Eureux Frion , heureux qui, loin du
bruit des Villes ,
Ainsi que les
premiers
Mortels ,
Cultive les sillons fertiles ,
Des
héritages
paternels.
Qu'il entende sonner la trompette éclatante ,
A ij
Son
2272 MERCURE DE FRANCE.
Son esprit n'est point agité ;
Loin des fureurs de la tourmente
Il n'en est point épouvanté.
De mes Concitoyens qu'éleve l'injustice
Je fréquenterois les Palais !
Vainement contre l'Artifice
J'userois ma vie en Procès :
Je me ris de quiconque y consume ses veilles ,
Pendant que je vois se lier
La Vigne qui charge mes Treilles
Au branchage du Peuplier.
Utilement oisif dans un séjour tranquile
J'aperçois mon fruit s'étouffer;
J'en coupe une branche inutile
Qui me sert ensuite à greffer.
Dans une profitable et douce rêveric
Assis sur l'herbe du côteau
Je ne reconnois la prairie
Qu'en voyant mon nombreux Troupeau,
Le chien , en poursuivant la chevre bondissante ;
La ramene au jeune Chevreau ,
Auprès
OCTOBRE. 1731. 2273
Auprès de la Brebis paissante
Le Berger raporte l'Agneau.
Un essain de son miel a - t'il rempli mes Ruches
A l'entour j'allume des feux
L'Abeille sort , et dans mes Cruches
Coule son present doucereux .
Voyez-vous à la Terre une face riante ?
Que de fruits s'offrent à nos sens !
Semence , couche , greffe , plante ,
C'est l'Automne avec ses presens,
Qu'on reconnoisse ici le Dieu des Jardinages ;
Comment le louer dignement ?
Que deviendroient nos héritages
S'il n'y veilloit incessamment.
Seul , il peut éloigner parsa bonté Divine
De nos Vergers , de nos
guerets
Ces hommes nez pour la rapine
Et les hôtes de nos Forêts.
J'ai toûjours sous ce Chêne une retraitte somBre
Contre les plus vives chaleurs ;*
Et sa fraîcheur se joint à l'ombre
A iij
Sur
2274 MERCURE DE FRANCE
Sur ce Gazon mêlé de fleurs.
L'Onde vive , en fuyant d'une source très-pure
S'y forme en differens ruisseaux ;
Je m'endors à son doux murmure
Charmé du concert des Oiseaux.
Hyver, par les Arrêts du Maître du Tonnerre ;
Sêche les fleurs , gele les eaux ;
Approche et dépouille la Terre
De ses ornemens les plus beaux.
L'on me verra braver les Neiges et les Glaces ;
Le Cor anime mes limiers ;
Et je vais courir sur leurs traces ,
Livrer la Guerre aux Sangliers.
Un Pastre industrieux voit un Liévre timide
S'étrangler à ses trébuchets ;
L'autre trouve la grive avide
Embarrassée en ses filets.
Jei mon Laboureur détele sous ma vůť
Les Boeufs lass és par l'aiguillon ,
Trainant sur le col la charüc
Dont ils ont creusé le sillón.
Qui
OCTOBRE 1731. 2273
Qui pourroit nous troubler dans cet aimable
azile
Le travail assidu du jour
Nous répond d'une nuit tranquille
Que n'ose interrompre l'Amour.
Si le Dieu de l'Hymen te présente une Epouse ,
Elle s'applique à soulager
Des travaux dont elle est jalouse
Et qu'elle ne peut partager.
Telle nous la voyons , FRION , dans ton ménage
D'un mot conduire ta maison
Qu'une telle femme , un fils sage
Font bien - honneur à ta raison.
Les Troupeaux mugissans sortent de la prairie
Phebus précipite ses pas ;
Près de sa compagne chérie
L'Epoux vient chercher le répas.
Lassé par la chaleur , on lui verse un breuvage
Que Bacchus a cuit sous ses yeux ;
Il n'aimeroit pas davantage
Le Nectar qu'Hebé sert aux Dieux.
A iiij
N'a2276
MERCURE DE FRANCE
N'aprochez point d'ici , magnifiques avides
Qui dépouillez , pour un festin,
De Gibier les plaines humides ,
Et tout l'Ibere de son Vin.
Si le Loup me surprend une Agnelle bélante ;
Je joins l'Animal carnassier ;
Je reprens la bête sanglante
Et la fais cuire à mon foyer.
Je dois mes autres mets à mes couches utiles
Mes huiles à mes oliviers ;
Mes Vins à mes Treilles fertiles ;
Et mes fruits à mes Espaliers.
C'est à peu près ainsi que dans ses chants lyri
riques ,
Horace , à l'aide d'Apollon
>
Celebroit les plaisirs rustiques
Près de l'onde du saint Vallon.
Mais , plus heureux FRION, que l'ami de Mecéne
Si j'ai reüssi dans mes Vers ;
Je les dois moins à l'hypocréne
Qu'aux agrémens de ton Villers.
L. C. D. N. D. M.
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Résumé : LA VIE CHAMPÊTRE. ODE, A M. Frion.
Le texte est une ode dédiée à M. Frion, mettant en lumière les plaisirs de la vie champêtre. L'auteur exprime sa satisfaction à cultiver les terres héritées de ses ancêtres, loin du tumulte des villes et des conflits. Il décrit les activités agricoles et la tranquillité de la vie rurale, où il observe la nature et les animaux. L'automne est particulièrement souligné pour ses fruits abondants et la protection divine des vergers et des champs. L'auteur apprécie aussi la fraîcheur des chênes et le murmure des ruisseaux en été, ainsi que les activités de chasse en hiver. La vie rurale est présentée comme un refuge paisible, où le travail quotidien assure des nuits tranquilles. L'auteur loue également la contribution de l'épouse et du fils de Frion à la gestion harmonieuse du ménage. Il conclut en comparant sa vie rustique à celle décrite par Horace, tout en soulignant que ses vers doivent plus aux agréments du domaine de Frion qu'à l'inspiration poétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 2311-2317
ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Grand et fameux la Motte, Aigle rapide dont l'œil noblement audacieux [...]
Mots clefs :
Indomptable Hercule, Poésie, Rime, Liberté, Prose, Défense, Strophes
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
O DE
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
A M. Houdart de la Motte. Par Me de
Malcrais de la Vigne , du Croisic
en Bretagne.
GR
Grand et fameux la Motte , Aigle
Irapide dont l'oeil noblement audacieux
, va défier les regards mêmes du
brúlant Pere de la lumiere , soutien le
vol timide d'un foible Tiercelet , et vien
d'un coup de ton aîle secourable le pousser
avec toi jusqu'au dévorant séjour du
feu.
讚
Je pars , je quitte la Terre bourbeuse;
je traverse , je fends les immenses Campagnes
12 MERCURE DE FRANCE
pagnes de l'air la violence qui m'emporte
me fait perdre haleine : quel bras
puissant m'arrête audessus du double sommet
de la docte Montagne ? Un merveil
leux Spectacle s'y dévoile à mes yeux
enchantez. La majestueuse Melpomene ,
la vive et galante Polhymnie, la tête panchée
et flecissant devant toi un genou
respectueux , te rendent des hommages
qui te comblent d'honneur.
粥
Comme l'indomptable Hercule purgea
autrefois l'érable infecté du riche et superbe
Augias , ainsi tes travaux innombrables
ont purgé notre Poësie affreusesement
accablée sous le joug tirannique
de la Rime : tu l'as tirée de la prison obscure
et étroite dans laquelle , plongée depuis
si long - temps , elle poussoir des
plaintes aussi touchantes que steriles ; ta
main laborieuse a brisé ses entraves cruelles
, et dégagée du poids honteux de ses
chaînes , elle respire l'air tranquille et serain
de la liberté desirée depuis tant de
siecles.
Je te vois aujourd'hui , harmonieuse
Progeniture de l'aimable Souverain de
Helicon , je te voix , ô divine Poësie,
te
OCTOBRE. 1731. 2373
te promener çà et là librement avec les
Charites qui dansent et folatrent autour
de toi , en te faisant cent caresses naïves
Leurs blonds cheveux voltigent négligemment
épars sur leurs épaules blanches
à la fois et vermeilles , semblables à de l'ivoire
qu'une femme de Carie teint en
pourpre , ennemies de la gêne , elles ont
jetté loin d'elles leurs chaussures de drap
d'or , et sautent si legerement sur l'émail
de la riante Prairie, qu'à peine s'appercoits
on qu'elles ayent des pieds.
Toi- même , ô Poësie , toi - même toute
échevelée , tu t'es défaite de l'embarras
ajusté de ta coëffure précieuse . Tes doigts
delicats ne paroissent plus enchaînez dans
des cercles de diamans , et tu dédaignes
la pompeuse parure de tes brasselets tis
sus avec un art admirable.
La Prose qui s'avance a le port d'une
Reine ; elle te tend les bras , t'embrasse.
L'appelle sa soeur , et te jurant une amitié
éternelle , te serre avec tant de force
qu'il semble que vous ne fassiez plus que
2314 MERCURE DE FRANCE
le même corps. Les Coquillages dorez
attachez aux Rochers limoneux , la Vigne
flexible , mariée à l'Ormeau qui l'appuye
, ne sont pas liez par des noeuds plus
étroits que ceux qui vous unissent maintenant
enſemble.
Un ris modeste et gracieux s'échap
pant de tes levres entr'ouvertes , fair
éclatter sur ton visage les étincelles d'une
joye inalterable , l'éclair part des yeux
Jamboyants. Et tu réponds à la Prose
par tous les témoignages d'une fidelité
réciproque: Ciel ! que l'air aisé dont tu
marches , t'a rendue differente de ce que
tu étois autrefois ?
裝
Chante à jamais ta liberté recouvrée ;
chante la pénible défaite de la Rime or
gueilleuse qui t'a détenue dans les fers ;.
mais celebre sur tout par des productions
plus durables que le Marbre et le Bronze,
I'Invincible la Motte , et fais pleuvoir les
Lauriers et les Roses sur la tête de ton
valeureux Liberateur.
Lui seul s'est armé pour ta défense et
les
OCTOBR E. 1734. 1314
lestraits qu'ont lancez des bras de Géants,
se sont émoussez sur sa poitrine invul
nerable. Il paroît , il combat , il frappe ,
il foudroye. C'est Tancrede qui fait mordre
la poudre à Clorinde ; c'est Renaud
qui triomphe d'Armide et des vaillants
et nombreux Chevaliers qui devoient au
prix du sang de ce Heros , achepter à
l'envile coeur de cette Heroïne inhumaine.
#
Tes yeux ternis se chargent de pleurs ;
Rime malheureuse , la honte fait pâlir
tes joies amaigries , une sueur froide
coule de tous tes membres qui paroissent
pétrifiez , mais tout à coup la doul ur se
changeant en rage , t´s derniers soupirs
sont d'horribles blaphêmes.
Tes Strophes gravement Philosophi
ques , & prudent la Motte , ô Poëte sagement
sublime , nous avoient toûjours
présagé ton penchant insurmontable pour
ta chere Prose ; et qu'il viendroit un jour
où tu prendrois le Casque et la Cuirasse
pour lui conquerir l'Empire absolu de
notre Langue renommée de l'un à l'autre
Hemisphere.
Mais
1316 MERCURE DE FRANCE
Mais Ciel qu'apperçois -je encore !
quelle foule de ravissans objets frappe
à l'instant mes avides regards ! l'Ombre
glorieuse du sçavant Poëte à qui sept Villes
se disputerent l'honneur d'avoir donné
la naissance ; l'Ombre non moins celebre
de celui qui a porté jusqu'aux nuës
le nom de Mantouë ; l'Ombre rivale des
deux autres , cette Ombre dont le Godefroy
et l'Aminte ont illustré la moderne
Italie , toutes trois te donnent de pures
marques d'une amitié non suspecte
Je les entends qui par les expressions
les plus vives , te prient de briser la mesure
inutile de leurs Vers , d'écarter loin
de leur stile ces nombres ridiculement
reguliers , qui ne repetent que les mêmes
sons à l'oreille fatiguée ; et par le moyen
dont tu es l'Inventeur de prêter à leur
Poësie cette même beauté dont tu viens
d'enrichir la nôtre.
諾
Continuë , ô genereux Vainqueur de
la Rime , moissonne à plein poing les
précieuses Javelles des Lauriers immortels
, chemine à pas hardis au Temple
rayonnant de la gloire , en dépit de tes
Rivaux
OCTOBRE . 1731. 2317
Rivaux consternez . Cours y suspendre
lés dépouilles que tu leur a arrachées
encore soüillées d'une poussiere honorable
, et qu'eux-mêmes se trouvent enfin
forcez de couronner ton front triomphant
de leurs propres mains.
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Résumé : ODE A M. Houdart de la Motte. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le texte est une ode à Houdart de la Motte, poète et libérateur de la poésie française, écrite par Malcrais de la Vigne. L'auteur compare Houdart de la Motte à un aigle guidant un jeune rapace vers le feu, symbolisant son rôle de mentor. Il décrit une vision où il traverse les airs et découvre les muses Melpomène et Polymnie rendant hommage à Houdart de la Motte. L'auteur célèbre les travaux de Houdart de la Motte, qui ont libéré la poésie française du joug tyrannique de la rime, permettant ainsi à la poésie de se promener librement avec les Grâces. La prose, représentée comme une reine, embrasse la poésie, scellant une alliance éternelle entre les deux. Le texte loue la victoire de Houdart de la Motte sur la rime orgueilleuse, comparant sa lutte à celles de héros mythologiques comme Hercule, Tancrede et Renaud. Les ombres de grands poètes, tels qu'Homère, Virgile et Tasse, encouragent Houdart de la Motte à poursuivre son œuvre de libération de la poésie. Enfin, l'auteur invite Houdart de la Motte à continuer de moissonner les lauriers de la gloire, triomphant de ses rivaux et suspendant les dépouilles de ses victoires au temple de la gloire.
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93
p. 2549-2551
ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
Début :
Du redoutable éclat de sa magnificence [...]
Mots clefs :
Magnificence, Mortels coupables, Asile, Vengeance, Pénitent, Profanateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
ODE
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
Sur le respect dû aux Eglises,
Pavete ad Sanctuarium meum.
U redoutable éclat de sa magnificence
Le Seigneur autrefois marchoit environné ;
Les Eclairs et la Foudre annonçoient sa presence
Au Peuple prosterné.
Mais
2550 MERCURE DE FRANCE
Mais aujourd'hui voilant sous des ombres palpables
Les rayons de sa gloire à nos trop foibles yeux,
Ce même Dieu descend chez les mortels coupables
Le
Pour écouter leurs voeux.
témps est un azile où regne la Clemence
1
De nos gémissemens dés qu'elle entend la voix ;
Elle arrache les traits des mains de la vengeance
Qui lui cede ses droits.
Mais je frémis > ô Ciel ! quel attentat , quel
crime !
'Anges , le voyez -vous sans en être irrités ?
L'hommeaux pieds des Autels insulte à la victime
De ses iniquités ,
Des objets indécens , des discours sacrileges
Ravissent au très-haut les coeurs de toutes parts
L'innocence aux abois ne trouve que
Dans ses plus saints Remparts.
des piéges
Est- ce avec tant d'orgueil , de vanité , d'audace ,
Que l'humble Penitent y porte ses remords ?
D'un
NOVEMBRE. 1731. 2551
D'un Chef anéanti croit - il obtenir grace
Sous ces pompeux dehors ?
Nous tremblons à l'aspect des Princes de la
Terre ,
Leur Trône est entouré des vils adorateurs ;
Et l'on ne voit aux pieds du Maître du Tonnerre
Que des Prophanateurs,
Faut-il que l'Eternel arrache nos hommages
Par l'horreur et l'effroi dans un coeur égaré ?
d'un libre amour sous de tendres , non › Non
images
Il veut être honoré.
Pour être moins terrible , est-il moins respec
table ?
Un Dieu nous traite en pere , aimons - le donc
en fils.
Sa tendresse doit- elle , ô Mortel exécrable
Enhardir tes mépris ≥
Dieu vangera son culte , il t'observe en silence à
Inexorable Juge à l'instant du trépas ,
Ainsi que sa bonté sa colere est immense ;
Crains les coups de son braş.
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Résumé : ODE Sur le respect dû aux Eglises. Pavete ad Sanctuarium meum.
L''ODE' est un poème qui exalte le respect dû aux églises et à la divinité. Il commence par rappeler la majesté divine passée, marquée par des phénomènes spectaculaires comme les éclairs et la foudre. Aujourd'hui, Dieu se montre plus clément et accessible, prêt à écouter les prières des hommes. Cependant, le poète exprime son indignation face aux profanations et aux insultes commises par les hommes aux pieds des autels. Il dénonce l'orgueil et l'audace de ceux qui se présentent humblement en pénitents tout en étant remplis de vanité. Le poème critique également ceux qui ne respectent pas Dieu malgré sa tendresse paternelle, soulignant que Dieu observera et jugera les hommes avec sévérité. Il conclut en appelant à craindre la colère divine et à honorer Dieu avec un amour sincère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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94
p. 2568-2572
A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Début :
Dieu, dont la bonté féconde, [...]
Mots clefs :
Dieu, Bonté féconde, Miracles, Lyre, Zèle, Censure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
A M. BOUHIER ,
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE.
Dieu , dont la bonté féconde ,
Par des Miracles divers ,
Remplissant la Terre et l'Onde ,
Embrasse tout l'Univers :
Fais retentir sur ma Lyre ,
Ce qu'un saint amour m'inspire ,
En un jour si plein d'attraits.
J'encourage le Fidele ,
A s'enflammer d'un beau zele ,
Pour celebrer tes bienfaits.
Je n'irai point au Parnasse ,
Pour y chercher des accords.
Je n'ai pas besoin d'Horace y
Pour animer mes efforts.
Je suis la verité pure ,
Et méprisant la censure ,
Je
NOVEMBRE. 1731 ° 2569
Je publie avec éclat ,
Du grand BоUHIER la noblesse ,
Les Vertus et la Sagesse ,
Qui l'ont fait notre Prélat.
Je consacre les prémices ;
Du feu qui saisit mon coeur ,
A faire sous ses auspices ,
L'essai de ma noble ardeur.
'Aux vertus qu'il fit paroître ,
Depuis qu'on le put connoître ,
J'offre un légitime encens .
Heureux ! si ma voix timide ,
Dans le transport qui me guide ,
Exprime ce que je sens !
Comme on voit une Fontaine ,
Par le secours de ses Eaux ,
'Arroser toute une Plaine
Et former mille Ruisseaux :
BOUHIER , ainsi ta Famille ,
Ici se répand et brille ;
De Dijon elle est l'honneur
Du Peuple la Protectrice
De l'Orphelin la Nourrice ,
De tous elle est le bonheur.
Combien
2570 MERCURE DE FRANCE
Combien en a- t'on vû naître
De Guerriers et de Héros ?
Que de Magistrats paroître ,
Pour remplir nos Tribunaux !
Dans le Sénat équitable ,
Dans les Combats redoutable
Son lustre éclata toûjours .
Du Peuple , des Grands , chérie,
Elle fit de sa Patrie ,
Et la gloire et les amours.
Tu suis noblement les traces ,
De tes illustres Ayeux ;
graces ,
Que de vertus , que de
Tu fais briller à nos yeux !
Quant à la Cour on t'honore ;
A tous tu parois encore ,
Bien plus grand par ta vertu
Que par le glorieux Titre ,
Et par la brillante Mitre ,
Dont Louis t'a revétu.
Le courage que te donne
Ton amour pour l'équité
Te fait la ferme Colomne ,
Qui soutient la verité
Thémis , à qui tu sçûs plaire ,
Te fit dans son Sanctuaire ,
・
1
L'inNOVEMBRE
1731. 2579.
L'Interprete de ses Loix ;
Te mit en main sa Balance ;
Et sûre de ta prudence ,
T'abandonna tous ses droits.
C'est de toi que la Province ,
A reçû tant de bienfaits ,
Par toi , son AUGUSTE PRINCE ,
Comble nos plus doux souhaits.
A ton zele infatigable ,
La Bourgogne est redevable ,
De ces sçavantes leçons ,
Qui dans une illustre Ecole ,
De Gratien , de Barthole ,
Instruisent les Nourrissons.
La vertu toûjours entiere
Depuis long-temps éclatoit ;
Dans l'Eglise ta lumiere ,
De plus en plus s'augmentoit
Il étoit temps que la France ,
Vît placer en évidence ,
Ton Chandelier sur l'Autel ,
Que la divine Sagesse ,
Accomplissant sa promesse ,
Rendit ton nom immortel.
Plus ta vertu favorite ,
Te
2572 MERCURE DE FRANCE
Te faisoit fuir la grandeur ;
Plus le prix qu'elle mérite ,
Fera briller ta splendeur.
C'est ainsi que sur la Terre
La main qui tient le Tonnerre
Exalte l'humilité :
Cette humilité profonde ,
Trouve son prix dans le monde ;
Comme dans l'Eternité.
L *. B *.
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Résumé : A M. BOUHIER, Nommé premier Evêque de Dijon. ODE.
Le texte est une ode dédiée à M. Bouhier, nommé premier évêque de Dijon en novembre 1731. L'auteur exprime sa dévotion et son admiration pour Bouhier, soulignant ses vertus, sa sagesse et sa noblesse. La famille de Bouhier est célèbre pour avoir produit des guerriers, des héros et des magistrats, toujours chérie par le peuple et les grands. Bouhier est loué pour suivre les traces de ses ancêtres et pour être honoré à la cour non seulement pour son titre, mais surtout pour sa vertu. Sa passion pour l'équité et la justice lui a valu la confiance de Thémis, la déesse de la justice. La province de Bourgogne lui doit de nombreux bienfaits, notamment des leçons savantes dispensées dans une école illustre. L'auteur conclut en affirmant que la vertu de Bouhier, malgré son humilité, le mènera à une splendeur éternelle, exaltée par la main divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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95
p. 2677-2679
ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
Début :
Scavantes filles de mémoire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Lyre, Ouvrage, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
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Résumé : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
L'ode célèbre la nomination de M. Bouhier comme premier évêque de Dijon. Inspirée par les Muses, l'œuvre exprime la joie et l'admiration de l'auteur pour cette distinction. Le roi, guidé par la justice, a récompensé la vertu de Bouhier non pas en raison de sa lignée, mais de ses mérites personnels. Dijon, la patrie de Bouhier, approuve ce choix royal. L'auteur souligne que l'humilité de Bouhier a retardé cette reconnaissance, mais il est désormais attendu avec impatience comme protecteur de l'innocence et destructeur du vice. L'auteur conclut en imposant silence à sa muse, respectant le dévouement de Bouhier à ses responsabilités pastorales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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96
p. [2695]-2700
ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
Début :
Qu'elle est cette brillante Aurore, [...]
Mots clefs :
Aurore, Sainte Vierge, Rubis, Splendeur, Cieux, Anne, Trinité, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
ODE
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
SUR LA NAISSANCE
DE LA SAINTE VIERGE.
Q
U'elle est cette brillante Aurore ,
Qui vient arrêter mes regards ?
Dans les Airs que sa lueur dore
Je ne vois que Rubis épars.
Vois-je l'Etoile matiniere ?
Elle paroît sur la barriere ,
Et brille de cent feux divers ;
1. Vol A i Le
2696 MERCURE DE FRANCE
La vive splendeur qu'elle entraîne ,
Semble annoncer la Souveraine ,
Des Cieux, de la Terre , et des Mers
Quel charme ! est - ce une vaine image
Mortels , j'abandonne ces lieux;
Un chant mélodieux m'engage ,
A prendre un essor vers les Cieux,
Me voici porté dans les nuës ;
Ah ! de Terres inconnuës ?
que
Je passe , je franchis les Mers ;
Compagnon d'une Troupe aîlée ,
Je plane sur la Galilée ;
Je plonge , j'ay quitté les Airs.
*
Que yeut ce Choeur d'Esprits Celestes ,
Ministres Saints du Dieu de paix ,
Qui respectueux
et modestes ,
D'Anne environnent le Palais ?
Le Dieu , qui ses oeuvres contemple ,
A-t'il fait choix d'un nouveau Temple ,
Qu'il remplit de sa Majesté ?
Oui , des Lys l'odeur ravissante ,
M'assure déja qu'Anne enfante
Le Temple de la Trinité,
1. Vol
C'est
DECEMBRE . 1731. 2697
C'est donc vous , tant de fois prédite ,
'Auguste Fille d'un saint Roy ,
Du Roy des Rois la Favorite,
Des Enfers la rage et l'effroy;
Espoir , amour de tous les âges ,
Des Peuples , des Rois et des Sages ,
Par ma voix recevez sa foy ;
Purs Esprits , souffrez ma presence ;
Les fruits d'une telle Naissance ,
Ne sont pas pour vous , mais
讚
pour
Anges du Ciel , Troupe fidelle ,
Zelez Champions du Très- Haut
Qui du Chefdu Parti rebelle
Jadis repoussâtes l'assaut ,
Honorez cette Chair naissante ;
Révérez cette Arche vivante ,
Où le Saint des Saints entrera ;
Celui qui commande aux tempêtes
Et qui fait tonner sur nos têtes ,
Dans son sein se reposera.
moit
Grand Dieu , que de profond's Misteres
Dévoile un saint ravissement !
Exempt des sentimens vulgaires ,
Que vois-je sur le Firmament-
I. Vol.
A iij Je
2698 MERCURE DE FRANCE
Je prôneray seul Adorable ,
L'Alliance à jamais durable ,
Que tu fais avec les Mortels :
Peuples heureux , venez entendre ,
Quels trésors le Ciel va répandre ,
Sur la Terre et sur vos Autels.
M
L'oeil ne l'a vûë : eh ! qui l'a peinte,
La Majesté du Dieu vivant ?
Gloire , splendeur , terreur et crainte ,
Peignent mal son Trône éclatant.
Qu'elle est brillante cette lame "
Empreinte d'un Burin de flâme ,
Au sein de la Divinité ?
Son Image me représente ,
Qu'après quatre mille ans d'attente
Israël sera visité.
Sacrée Image es- tu fidelle ?
Celui qui meut l'Astre du jour ,
D'une Ambassade solemnelle ,
Honore-t'il l'humain séjour ?
Le divin Messager s'envole ;
Il a de son Dieu la parole ,
D'une Vierge il veut l'agrément ,
Du haut de la Voute azurée ,
I. Vol. L'auguste
DECEMBRE . 1731. 2699
L'auguste Cour de l'Empirée ,
En suspens , le voit et l'attend .
Salut , ô divine allegresse !
L'état de l'homme est immortel ,
Marie a rempli la promesse ,
Qu'autrefois nous fit l'Eternel.
Mais, ô l'inéfable Mistere !
Mere de son Dieu , Vierge et Mere ,
C'est ton sort , Fleur de chasteté ;
Non , non , le Soleil de Justice ,
Aux chastes desirs si propice ,
Ne peut souiller ta pureté.
*
Quel bruit , quel siflement horrible ,
Sort de l'abîme tenebreux ?
Quel Monstre , quel Serpent horrible ,
Fait mugir ces cachots affreux ?
#
Roy du Ciel , lance ton Tonnerres
Ce Dragon ébranle la Terre ,
La terreur saisit les Humains ;
Mais non , le doux fruit de Maric ,
Brise la tête à la Furie ;
Calmons- nous , ses efforts sont vains
味
Sacrez Flancs d'une Vierge pure ,
I. Vol. A iiij
Dont
2700 MERCURE DE FRANCE
Dont l'heureuse fécondité ,
·
Eleve l'humaine Nature
Au rang de la Divinité ;
C'est par vous que l'homme rebelle ,
Rentre en ses droits , devient fidelle ,
Son Dieu présent reçoit ses voeux ;
Quelle bonté ! si le coupable ,
Eût pû n'être pas miserable ,
Il auroit été moins heureux .
Par M. Julien , fuge de Montblanc
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Résumé : ODE SUR LA NAISSANCE DE LA SAINTE VIERGE.
L''Ode sur la naissance de la Sainte Vierge' décrit la naissance de Marie comme un événement céleste et miraculeux. L'auteur commence par une vision d'une brillante aurore et d'une étoile matinière annonçant la venue d'une souveraine des Cieux, de la Terre et des Mers. Transporté dans les airs, il observe un chœur d'esprits célestes autour du palais d'Anne, la mère de Marie. Le poème célèbre Marie comme la fille prédite et favorite du Roi des Rois, espérance de tous les âges. Il mentionne les mystères divins et l'alliance éternelle entre Dieu et les mortels. Le texte évoque la majesté de Dieu et la promesse faite à Israël. Il se termine par la description de Marie comme la mère de Dieu, vierge et pure, et par la victoire sur les forces du mal, symbolisées par un monstre ou un serpent. La naissance de Marie est présentée comme un événement qui élève l'humanité et permet à l'homme de retrouver sa fidélité à Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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97
p. 2770-2773
TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Début :
C'est vainement que sur la terre, [...]
Mots clefs :
Plutus, Triomphe, Jupiter, Brillante folie, Adulateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
TRIOMPHE DE PLUTUS
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
O DE.
C'Est vainement que sur la terre
Jupiter , pour être adoré ,.
Tu fais entendre le Tonnerre
Tu n'en es pas plus réveré .
En vain tes rédoutables Freres
Arment contre des témeraires ,
Et les flots , et les sombres bords
L'homme brave votre puissance ,
Et n'implore que l'assistance
Du Dieu qui préside aux trésors.
Que Mars , pour tout remplir d'allarmes] .
Marche environné de Soldats.
Rien n'est plus foible que ses armes ,
Si Plutus ne les soutient pas.
Minerve , autrefois honorée ,
Est maintenant presqu'ignorée.
DECEMBRE 1731. 2778
Er voir ses Temples renversés.
Rome naissante , tes grands Hommes
Ne seroient au siécle où nous sommes
Que de celebres- insensés .
Qu'on dise que , pour la Patrie ,
Leur amour toujours indompté ,
Leur faisait immoler leur vie ,
Leurs enfans et leur liberté.
Antiques Héros d'Italie ,
Comme une brillante folie ,
Nous regardons vos plus hauts faits :
L'interêt de la République
N'est plus qu'un être chimerique ,
Qui n'excite point nós souhaits,
A ce Récit , fameuses ombres ,
De qui Plutus fut abhorré ,
Repassez les Rivages sombres ,
Pour voir comme il est adoré .
'Accourés , mais pour des prestiges
Ne prenés pas les grands prodiges
Qu'il fait éclatér à nos yeux.
Voyés comment , par sa puissance ,
Des gens sans vertu , sans naissance ,'
Sont devenus des demi-Dieux.
1. Vol
D iiij
ans
1
2772 MERCURE DE FRANCE
Dans les honneurs , dans les délices.
D'Adulateurs environnés ,
Ils triomphent sous ses auspices ;
Ils n'ont que des jours fortunés.
L'industrie en secrets féconde ,
Des fleuves fait remonter Ponde
Sur les monts qu'ils ont enrichiss
Toujours Bacchus , Flore et Pomone
Chez eux du Printemps , de l'Automne
Offrent les dons les plus exquis.
En leur faveur , Dieu des richesses ;
Que ne fais-tu pas en ce temps ?
Sans mérite , par tes largesses ,
Ils s'élevent aux plus hauts rangs .
* Si Themis contre eux prend les armes ;
Dès qu'ils sentent quelques allarmes ,
Tu sçais les mettre en sûreté.
Que peut leur faire sa vangeance ?
Quand tu veux , on voit sa balance
Prête à pancher de ton côté.
Qu'aux Mortels , le Dieu de Cyther
Ne vante plus ses traits vainqueurs ;
Plutus habile en l'art de plaire ,
Mieux que lui triomphe des coeurs
a. Vol.
Pow
DECEMBRE 1731. 2773.
Pour les allier , la Noblesse ,
L'Esprit , la beauté , la sagesse
Ne déterminent plus le choix :
Il est seul l'Arbitre suprême .
Et jusqu'auprès du Diadême ,
L'Hymen est soumis à ses loiz.
Vainement la stoïque Ecole
Condamne ses adorateurs ;
Chez nous sa morale frivole
Ne trouve plus de Sénateurs.
Quelle erreur de penser qu'Astrée ,
De chez les humains retirée ,
Puisse encore les rendre heureux ?
Ce Dieu qui la fit disparoître ,
Est le seul par qui l'on voit naître
Des siécles dignes de leurs voeux.
Par M. de Monfort l'Amaury.
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Résumé : TRIOMPHE DE PLUTUS. ODE.
Le texte 'Triumphes de Plutus' souligne la domination du dieu Plutus, associé à la richesse, sur les autres divinités et les valeurs traditionnelles. Jupiter, Mars et Minerve apparaissent impuissants face à la puissance de Plutus, qui soutient les armes et assure la prospérité. Les anciens héros de Rome et d'Italie sont perçus comme des insensés dans le contexte actuel, où l'amour pour la patrie est devenu illusoire. Plutus permet à des individus sans vertu ni naissance d'accéder à des positions élevées et de jouir de jours fortunés. L'industrie et les dieux des récoltes (Bacchus, Flore, Pomone) offrent leurs dons à ceux que Plutus favorise. Même la justice (Themis) et l'amour (le dieu de Cyther) sont subordonnés à Plutus, qui détermine les alliances et les mariages, y compris ceux proches du pouvoir royal. La morale stoïque est rejetée, et Plutus est vu comme le seul capable de créer des époques dignes des aspirations humaines. Le texte est signé par M. de Monfort l'Amaury et date de décembre 1731.
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98
p. 3077-3078
ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Début :
Naiade, trop longtemps cachée, [...]
Mots clefs :
Déesses, Tendresses, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
O DE.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
A la Fontaine des Jardins de S. Gengou
en Valois.
NAiade , trop long-tems cachée ¸
Venez avec vos claires eaux
Habiter les Jardins nouveaux
De cette riante vallée ,
Quel est le Maître de ces lieux ?
C'est l'heureux , c'est le sage Eugéne ;
Lié par l'Hymen à Climéne ,
Dont l'amour resserre les noeuds.
Que d'autres Dieux et de Déesses
Par eux attirez tour à tour,
En égaiant votre séjour ,
Seront témoins de leurs tendresses !
Vous y verrez Flore , et Zéphirs
Joüans autour de vos Cascades ,
II. Vol.
Vertume
3078 MERCURE DE FRANCE
Vertumne , Pomone , Driades ,
Contribuer à leurs plaisirs.
Et vous , placée en ces bocages ,
Pour vos Maîtres que ferez -vous ?
Par vos murmures les plus doux ,
Rendez -leur d'éternels hommages.
Par Me du Chesnay.
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Résumé : ODE. A la Fontaine des Jardins de S. Gengou, en Valois.
Le poème célèbre la Fontaine des Jardins de Saint-Gengoulph en Valois. Il invite la Naïade à résider dans ces jardins, propriété d'Eugène et Climène. Le texte souhaite la présence de divinités comme Flore et Zéphyr pour égayer le lieu. La Naïade doit rendre hommage éternel aux maîtres par ses murmures. L'œuvre est signée Me du Chesnay.
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99
p. [1]-7
ODE. A M. le Duc de Saint-Agnan, Ambassadeur de France à Rome, en lui envoyant une nouvelle Traduction des Eglogues de Virgile.
Début :
Quitte ces Bois, Muse Bergere, [...]
Mots clefs :
Charmer, Art des vers, Chantres, Muse, Antique
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texteReconnaissance textuelle : ODE. A M. le Duc de Saint-Agnan, Ambassadeur de France à Rome, en lui envoyant une nouvelle Traduction des Eglogues de Virgile.
OD E.
A M.le Duc de Saint- Agnan , Ambas
sadeurde France à Rome, en lui envoyant
une nouvelle Traduction des Eglogues
de Virgile.
Uitte ces Bois , Muse Bergere
Vole vers une aimable Cour ;
Tu n'y seras point étrangere
Tes Sœurs habitent ce séjour..
Déitez jadis adorées ,
L'Univers écoutoit leurs voix
DG
2 MERCURE DE FRANCE
De nos jours , Nymphes ignorées ,
Elles n'ont plus l'Encens des Rois.
L'Art des Vers , dans les doctes âges ,
Charma les plus fiers Conquerans :
Il est encor l'amour des Sages ,
Mais il n'est plus celui des Grands.
Art charmant, si Plutus t'exile ,
Si les Cours ignorent ton prix 3
Il te reste un Temple , un asile ;
Un Parnasse à tes Favoris.
De tes beautez arbitre juste ,,
Un Héros chérit tes Lauriers ;
Tel Pollion , aux jours d'Auguste ,
Joignoit le goût aux soins gueriers.
Des Chantres vantez d'Ausonie ,
Mécene fut le Protecteur :
Mais de leur sublime harmonie ,
Il ne fut point l'imitateur.
L'Ami des Chantres de la Seine
Unit dans un éclat égal ,
Au plaisir d'être leur Mécene ,
Le talent d'être leur Rival
Tu
JANVIER. 1732. 3
Tu sçais , Muse, de quelle grace ..
Sa Lyre anime une Chanson ;
On croit entendre encor Horace,
Ou l'élegant Anacréon.
Du Romain il a la finesse ,
Du Grec l'atticisme charmant ,
Comine eux , il prête à la Sagesse.
Tous les attraits de l'enjoûment.
Oseras-tu de ta Musette ,
Lui repeter les foibles Airs ?
Ose ; ton âge et ta houlette ,
Excusent tes humbles Concerts..
.
A ses yeux offre toi sans crainte
I n'a point ces dures froideurs ,
Cette fastuense contrainte
Eieres Compagnes dès grandeurs.
Rare vertu d'un rang illustre !
Ses yeux ne sont point éblouis,
Du nom brillant , du nouveau lustre
Qu'il doit aux faveurs de Louis.
Sous cet, auguste Caractere,
Le Tage autrefois l'admira ;
Au succès de son Ministere
Bien-tôt le Tibre applaudica..
>
Muse
MERCURE DE FRANCE
Muse , prens un essor plus libre ;
Parle toi même à ton Heros ;
Des applaudissemens du Tibre ,
Devenons les foibles Echos.
Dignefils d'un aimable Père,
Héritièr de ses agrémens :
Imitateur d'un sage Frere ,
Héritier de ses sentimens.
Chargé des Droits de la Couronne ,
'Allés , montrés dans cet Employ
Que sans être né sur le Trône ,
Onpeut penser et vivre en Roy.
Quand la Poësie ou la Prose
Occuperont vos doux loisirs :
Près des Murs que le Tibre arrose
Je vois quels seront vos plaisirs....
'Aux beaux Vers toûjours favorable ,
Toûjours épris du goût des Arts ;
Vous rétablirez l'ordre aimable ,
Du siecle des premiers Césars.
On n'y voit plus leur Cour antique ,
Théatre des Jeux de Phébus ; ·
C'est encor Rome magnifique ,
Mais Rome sçavante n'est plus.
De
JANVIER.
ร
1732.
·
De tant de sublimes Génies ,
Il ne reste chez leurs Neveux
Que les Champs où leurs Symphonies,
Charmerent l'oreille des Dieux.
Vous chérirez cette Contrée ,
Et les précieux Monumens ,
Où leur mémoire consacrée ,
Survit à la fuite des temps.
L'à de Menandre , autre Lélie,
Reprenant l'Attique Pinceau ,
Vous tracerez l'Art de Thalie,
A quelque Térence nouveau.
Vous aimerez ces doux asiles ,
Ces Bois , où le Chant renommé ,
Des Ovides et des Virgiles
Antiroit Auguste charmé.
Dans ces Solitudes chéries,
De la sçavante Antiquité ,
Des poëtiques rêveries ,
Yous chercherez la volupté.
De Tibur vous verrez les traces ,
Et sur ce Rivage charmant ,
A M.le Duc de Saint- Agnan , Ambas
sadeurde France à Rome, en lui envoyant
une nouvelle Traduction des Eglogues
de Virgile.
Uitte ces Bois , Muse Bergere
Vole vers une aimable Cour ;
Tu n'y seras point étrangere
Tes Sœurs habitent ce séjour..
Déitez jadis adorées ,
L'Univers écoutoit leurs voix
DG
2 MERCURE DE FRANCE
De nos jours , Nymphes ignorées ,
Elles n'ont plus l'Encens des Rois.
L'Art des Vers , dans les doctes âges ,
Charma les plus fiers Conquerans :
Il est encor l'amour des Sages ,
Mais il n'est plus celui des Grands.
Art charmant, si Plutus t'exile ,
Si les Cours ignorent ton prix 3
Il te reste un Temple , un asile ;
Un Parnasse à tes Favoris.
De tes beautez arbitre juste ,,
Un Héros chérit tes Lauriers ;
Tel Pollion , aux jours d'Auguste ,
Joignoit le goût aux soins gueriers.
Des Chantres vantez d'Ausonie ,
Mécene fut le Protecteur :
Mais de leur sublime harmonie ,
Il ne fut point l'imitateur.
L'Ami des Chantres de la Seine
Unit dans un éclat égal ,
Au plaisir d'être leur Mécene ,
Le talent d'être leur Rival
Tu
JANVIER. 1732. 3
Tu sçais , Muse, de quelle grace ..
Sa Lyre anime une Chanson ;
On croit entendre encor Horace,
Ou l'élegant Anacréon.
Du Romain il a la finesse ,
Du Grec l'atticisme charmant ,
Comine eux , il prête à la Sagesse.
Tous les attraits de l'enjoûment.
Oseras-tu de ta Musette ,
Lui repeter les foibles Airs ?
Ose ; ton âge et ta houlette ,
Excusent tes humbles Concerts..
.
A ses yeux offre toi sans crainte
I n'a point ces dures froideurs ,
Cette fastuense contrainte
Eieres Compagnes dès grandeurs.
Rare vertu d'un rang illustre !
Ses yeux ne sont point éblouis,
Du nom brillant , du nouveau lustre
Qu'il doit aux faveurs de Louis.
Sous cet, auguste Caractere,
Le Tage autrefois l'admira ;
Au succès de son Ministere
Bien-tôt le Tibre applaudica..
>
Muse
MERCURE DE FRANCE
Muse , prens un essor plus libre ;
Parle toi même à ton Heros ;
Des applaudissemens du Tibre ,
Devenons les foibles Echos.
Dignefils d'un aimable Père,
Héritièr de ses agrémens :
Imitateur d'un sage Frere ,
Héritier de ses sentimens.
Chargé des Droits de la Couronne ,
'Allés , montrés dans cet Employ
Que sans être né sur le Trône ,
Onpeut penser et vivre en Roy.
Quand la Poësie ou la Prose
Occuperont vos doux loisirs :
Près des Murs que le Tibre arrose
Je vois quels seront vos plaisirs....
'Aux beaux Vers toûjours favorable ,
Toûjours épris du goût des Arts ;
Vous rétablirez l'ordre aimable ,
Du siecle des premiers Césars.
On n'y voit plus leur Cour antique ,
Théatre des Jeux de Phébus ; ·
C'est encor Rome magnifique ,
Mais Rome sçavante n'est plus.
De
JANVIER.
ร
1732.
·
De tant de sublimes Génies ,
Il ne reste chez leurs Neveux
Que les Champs où leurs Symphonies,
Charmerent l'oreille des Dieux.
Vous chérirez cette Contrée ,
Et les précieux Monumens ,
Où leur mémoire consacrée ,
Survit à la fuite des temps.
L'à de Menandre , autre Lélie,
Reprenant l'Attique Pinceau ,
Vous tracerez l'Art de Thalie,
A quelque Térence nouveau.
Vous aimerez ces doux asiles ,
Ces Bois , où le Chant renommé ,
Des Ovides et des Virgiles
Antiroit Auguste charmé.
Dans ces Solitudes chéries,
De la sçavante Antiquité ,
Des poëtiques rêveries ,
Yous chercherez la volupté.
De Tibur vous verrez les traces ,
Et sur ce Rivage charmant ,
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Résumé : ODE. A M. le Duc de Saint-Agnan, Ambassadeur de France à Rome, en lui envoyant une nouvelle Traduction des Eglogues de Virgile.
En janvier 1732, une lettre adressée au Duc de Saint-Agnan, ambassadeur de France à Rome, est publiée dans le Mercure de France. L'auteur, se présentant comme une Muse bergère, accompagne la lettre d'une nouvelle traduction des Églogues de Virgile. Il invite le Duc à apprécier la poésie, un art autrefois admiré par les rois et les conquérants, mais aujourd'hui négligé par les grands. L'auteur souligne que l'art poétique trouve encore refuge auprès des sages et des héros. Il compare le Duc à Mécène, protecteur des chanteurs d'Ausonie, et loue ses talents poétiques, comparables à ceux d'Horace et d'Anacréon. La Muse offre ses humbles concerts au Duc, soulignant sa vertu et son absence de faste. La lettre se termine par une description des plaisirs du Duc près du Tibre, où il restaurera l'ordre aimable du siècle des premiers Césars. Le texte met en avant l'amour du Duc pour la poésie et les arts, ainsi que son admiration pour les sublimes génies de l'antiquité.
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100
p. 17-21
LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Début :
Vous voici de retour, solemnité sacrée, [...]
Mots clefs :
Saint André, Vainqueur, André Demeaux, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
LA SAINT
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
Y
ANDRE
ODE
A M. Desbois , Grand- Bailly
du Masconnois.
Ous voici de retour , solemnité sacrée a
yous qui renaissez tous les ans ,
Où la mémoire révérée.
Du vainqueur de Patras * , triomphera dės tems
* Patras Ville. Achaïe, où Saint Andréfuse
martyrisé Bv Jour
18 MERCURE DE FRANCE:
Jour heureux , où les destinées
Offroient à nos désirs les momens les plus doux
Vous revenez , hélas ! et mes jeunes années
Ne reviennent point avec vous ?
33
La Fête étoit fondée , et la magnificenceD'André Demeaux , votre Filleul ,
Grand Saint , se fut fait conscience
Dans ce jour solemnel , d'avoir mangé tout seula ,
Alors une terrible guerre
Dépeuploit le païs de Perdrix , de Poulets ,
Le Vin Rosé de Nuits , et le Gris de Tonnere.
N'étoient que le Vin des Valets..
C'étoit en ce moment, où de flots de Razade
Le plancher étoit inondé ,
Dont le plus fin des camarades
Avoient subtilement le danger éludé ,
Une telle supercherie
Dont je m'accuse icy , me venoit à propos ;
Moins de valeur Bachique , et plus de tricherie ,
C'est ainsi qu'on fait de vieux os.
Toujours du fond des pots , la fine raillerie ,
Sur les Verres alloit fotant ;
Sur Célimene, et sur Sylvie ,
Les
JANVIER, 1732. 19
Les Convives joyeux tiroient à bout portant s
Toutefois dans leur hardiesse ,
Les plus déterminez sçavoient se moderer ,
Leurs mots les plus tranchans n'emportoient
point la pièce ,
On ne faisoit que s'effleurer.
Qu'êtes- vous devenus , Beuveurs infatigables
Demeaux , Ruffé , Sarron , Gondras ,
Terreur des Celliers et des Tables ,
Et tant d'autres Acteurs que je ne nomme pas- 2
Hélas ! la Parque impétueuse ,
Atrop précipité votre fatal instant ,
Et vous a refusé la santé précieuse
A qui vous buviez tant et tantsVous que par excellence on nommoit vieille
Barbe ,
Et dont sur le Bacchique Mont
On cut pû faire une légende
Comme ont fit autrefois des Bandes de Piémont
De tant de graces assorties
Notre avenir ingrat ne dirà pas un mot ,
Sivotre nom ne refte écrit sur les parties
Du fameux Traiteur Rayetot
Bvi Pours
20 MERCURE DE FRANCE
Pour moi , simple Soldat de votre compagnie
Je voudrois par tout l'Univers
Porter votre gloire infinie
Si le monde poly faisoit cas de mes. Vers.
Mais , que mes desseins réussissent
Malheureux que je suis pourrois-je me flater
ne puis aller loin , car mes jambes mollissent ,
Et ne veulent plus me porter.
Sur l'exemple fameux de notre Chefde Bande,
Nous nous régalions tour à tour ,
Et payant la joyeuse offrande
De la plus sombre nuit nous faisions un beau
jour.
Ainsi , tout le long de l'année,
Par un enchantement que nous prenions en gré
Nous nous renouvellions, et de chaque journée
Nous faisions une saint André,
vous , Sage des Bois , qui dans notre assem
blée
Daigniés vous trouver quelquefois.
Sans que confuse ni troublée
Jamais votre raison s'écartât de ses Loix,
Avouez que dans mes saillies
Vous trouviez les bons mots bien souvent desait son
Et
1
JANVIER. 1732.
qu'il vient dans un temps de certaines folies
Qui valent mieux que la raison.
Si de quelques regrets ce temps passé vous:tomche
Convenez- en de bonne foy
Et malgré la vertu farouche
Donnes quelques momens pour le plaindre avec
moy,
Ces momens si dignes d'envie -
Pour les revoir si gais , et si bien policez ,
Je donnerois , Bailly , cinquante ans de ma vie
Du moins s'entend des ans passez..
DE SENEC
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Résumé : LA SAINTE ANDRÉ. ODE A M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois.
Le texte est une ode dédiée à M. Desbois, Grand-Bailly du Masconnois, à l'occasion de la fête de la Saint-André. L'auteur exprime sa nostalgie face à l'impossibilité de retrouver ses jeunes années, malgré le retour annuel de la fête. Il évoque la fondation de cette célébration et la magnificence d'André Demeaux, qui avait dû manger seul en raison d'une guerre ayant appauvri la région. L'auteur se remémore les moments de convivialité passés, où les convives savaient se modérer malgré leur hardiesse. Il déplore la disparition de nombreux compagnons de beuverie, emportés par la Parque impétueuse, et regrette que leur mémoire ne soit plus célébrée. Il exprime son désir de perpétuer leur gloire, mais reconnaît ses limites physiques. L'auteur admire la sagesse de M. Desbois, qui savait apprécier les bons mots et les folies de ces moments. Il conclut en exprimant son regret pour ce temps passé et son désir de revivre ces instants de gaieté et de convivialité.
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