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1
p. 1752-1756
LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Début :
Homme incredule, écoute, & soumets ton audace, [...]
Mots clefs :
Yeux, Nature, Miracle, Eau, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
LES MIRACLES ,.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
O DE
DE M. PIRON.
Omme incredule , écoute , & foumets ton
audace,
L'Epouvante fur toi va répandre fa glace.
Que ton front pâliffe une fois !
Viens , contemple avec moi dans toute fa puiffance
Celui dont les éclairs annoncent la préſence ,
Et dont le Tonnerre eft la voix :
Quelle eft la Majefté de cet Etre fublime ,
Dont le haut Firmament & le profond abîme
Ne limitent pas le pouvoir ?
Vain Monarque , à les yeux , que paroît to
Royaume ,
Quand l'Univers entier n'eft qu'un leger atomes
Que de fon foufle-il fiy -mouvoir
Dez
AO UST. 1730. 1733
De ce fouffe divin s'anima la Nature ;
Elle reçût de lui fa loi conftante & pure .
nous fommes tous ! Infenfés que
Parceque cette Loi triomphe fans obftacles ,
Que rien n'en interrompt à nos yeux les miracles
Ils ceffent de l'être pour nous.
Les Tenebres , le jour , les Ondes refrenées ;
Le cercle des Saifons l'une à l'autre enchaînées
Contre l'Athée ont prononcé.
Reconnoîtrons-nous moins la fageffe éternelle
Au bel ordre établi qui par tout la revele ,
Qu'à ce bel ordre renverſé ?
Hé bien ! Mortel aveugle , il faut te ſatisfaire,
Préfere un Phénomene à l'Aftre qui t'éclaire
Dieu fe conforme à ton erreur ;
A ta fragilité fon pouvoir ſe meſure ;
Interrompant le cours des loix de la Nature
Il va s'en déclarer l'Auteur.
Sous un Prince endurci , toute l'Egypte en ar
mes
A volé fur les pas de Jacob en allarmes ;
Il n'a que fon Dieu pour appui.
De fes perfécuteurs la courfe impitoyable
Le ferre entre les bords d'une Mer effroyable ,
Et le trépas qui fond fur lui.
L'Elér
1754 MERCURE DE FRANCE
L'Element redouté lui préfente un azile ;
L'onde fuit , fe divife , & le flot immobile
Refte fufpendu dans les airs ;
La main qui , ravageant de coupables Campagnes,
Jadis fous l'Eau profonde a caché les Montagnes.
Vient fecher le gouffre des Mers.
Dans ce Vallon bordé de hauts Rochers liquides
Je vois entrer les Chars des Guerriers homicides
Leurs pas n'en font point rallentis ;
Mais le peuple chéri touche à peine au rivage
Que du flot qui reprend fon empire & fa rage
Les Barbares font engloutis .
Le Defert à ce peuple inſpire une autre crainte,
Là jamais de l'Oifeau la foif ne fut éteinte ;
Jamais fruit ne s'y recueillit.
L'Air offre l'aliment que refufoit la terre ;
Le reinede à la foif fort du fein de la pierre-
Le Roc eft frappé ; l'eau jaillit .
Je garde devant vous un timide filence ;
Sommet du Mont facré qu'embraſa la préſence
Du difpenfateur de la Loi !
Le miracle vivant de cette Loi fuprême
Que de fon doigt fur vous Dieu nous traça lui
même ,
Parle fuffifamment fans moi.
Aux
A O UST. 1730. 1733
Aux Rives du Jourdain fuivons l'Arche terri
ble ;
L'Hebreu mal agueri par elle eft invincible ;
Les Clairons ont frappé l'écho.
L'eau remonte à fa fource , où l'effroi la rappelles
L'Arche avance , elle aborde ; & je vois devant elle
Tomber les murs de Jericho.
L'Amorrhéen faifi d'une terreur panique ,
Dans laNuit qui s'approche a fa reffource unique,
Vain efpoir dont il fe nourrit !
Celui de fes Vainqueurs peut -il être frivole a
Arrête , dit leur Chef, au Soleil qui s'envole ;
L'Aftre s'arrête , & tout périt.
La flamme , ou l'eau du Ciel tombe à la voix
d'Elie :
Des Monftres dont la faim redouble la furie
Daniel n'eft point offenfé.
Leur fein fert à Jonas de retraite paiſible.
Sous les coups foudroyans d'un vengeur invif
ble
Sennacherib eft terraffé.
L'Arche a brifé Dagon ... Mais quels plus grands
miracles
Imposent tout à coup filence aux faux Oracles ?
Satan fuit au fond des Enfers.
O prodige qui rend la Nature interdite!!
Dien
1756 MERCURE DE FRANCE
Dieu fe fait homme , il naît , il meurt , il reſſuſcite
;
Les Cieux par lui nous font ouverts.
Leve les yeux , ôtoi , qu'un foufle met en poudre
,
Mortel , ici t'attend ou la palme , ou la foudre ;
Choifis , tu n'as plus qu'un moment ;
Préviens le jour d'horreur, d'ire , & d'ignomini
Ou le coupable doit revenir à la vie
Pour mourir éternellement.
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Résumé : LES MIRACLES, ODE DE M. PIRON.
Le poème 'Les Miracles, ou de M. Piron' invite les incrédules à reconnaître la puissance divine à travers divers miracles. Il décrit la majesté de Dieu, dont le pouvoir dépasse les limites du firmament et de l'abîme. Le texte souligne que la nature et l'univers entier sont soumis à la loi divine, et que les miracles en sont des manifestations. Plusieurs miracles bibliques sont cités, tels que la traversée de la mer Rouge par les Hébreux, la chute des murs de Jéricho, l'arrêt du soleil pour Josué, et la résurrection de Jésus-Christ. Le poème met en garde les incrédules contre l'erreur de privilégier des phénomènes naturels à la sagesse divine et les exhorte à reconnaître la puissance de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 81-87
ÉPITRE.
Début :
O bel objet desiré [...]
Mots clefs :
Bois, Lieux, Plaisirs, Temps, Yeux, Heureux, Liberté, Amoureux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE.
ÉPITRE ( 1 ).
Obel objet defiré
Du plus amoureux des hommes
O mon aimable Chéré !
Que n'êtes-vous où nous ſommes
Jamais plus jufte defir
N'anima mon coeur fincere,
Les Belles faites
pour plaire ,
Sont faites pour le plaifir.
C'eft ici le pur afyle
De ces plaifirs tant aimés :
La paix les a renfermés
Dans ce Prieuré tranquille.
Hyer il en étoit plein.
J'en vois naître aujourd'hui mille;
Mille y renaîtront demain.
Je n'y reffens qu'un chagrin ;›
(1 ) Comme cette jolie piece eft de M. Piron ,
dont on vient de publier les OEuvres , & qu'elle ne
s'y trouve pas , nous avons cru faire plaisir à nos
Lecteurs de l'inférer ici . Quand même elle auroit
déja paru dans quelque Recueil périodique , la réimpreffion
en fera toujours agréable , & l'on n'aura
pas la peine de l'aller chercher ailleurs.
D.V
2 MERCURE DE FRANCE
C'eft que le temps foit mobile ,
Et que fon fable inhumain
Marque déja le chemin
Qui nous rappelle à la ville.
Décrirai - je ces plaifirs
Que ramene chaque Aurore ,
Plus riants que les Zéphyrs ,
Quand ils vont careffer Flore ?
Pourquoi les décrire › hélas !
Un feul mot les rend croyables ,
Et vante affez leurs appas.
Ils m'ont rendu fupportables
Des lieux où vous n'étiez pas.
Je veux cependant les peindre
Pour occuper mon loifir .
Y puiffai-je réuffir
De maniere à vous contraindre
A venir vous éclaircir
Par le propre témoignage
Des yeux qu'on y defira !
Des plaifirs , en ce cas là ,
Parfait feroit l'affemblage !
Les peigne alors qui pourra.
De quatre heureux perfonnages
Que nous nous trouvons ici ,
Deux font four & deux font fages
Providence en tout ceci :
Mêlange, qui Dieu merc ,
Sans relâche nous balotte ,
AVRIL 1758. 83
Et nous promene à grands pas
Du
compas
à la marotte
>
De la marotte au compas.
Figurez-vous le tracas
D'un Quatrain de notre eſpèce ,
Et voyez courir ſans ceffe
La fageffe après les rats ,
Les rats après la fageffe.
Tantôt des regles en jeu ,
Et tantôt les purs caprices ;
Voilà pour les gens du lieu ,
Voici quant à fes délices.
Sçachez que premiérement
Le prieural hermitage
Confifte en un bâtiment
Mal conçu pour l'ornement ,
Très-bien conçu pour l'uſage ?
Tout s'y refferre ou s'étend ,
Selon fon jufte mérite .
C'eft pour cela , dit l'Hermite ,
Que le réfectoire eft grand ,
Et la Chapelle petite.
Auffi l'heureux parafite
De la cave aux galetas
Voit cette fentence écrite :
Courte Meffe & longs repas.
Rien ne manque aux délicats ,
Cuifine en ragoûts féconde ,
Cave où le Nectar abonde ,
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
Et la glaciere à deux pas :
Les lits les meilleurs du monde ,
Plume entre bons matelas ,
Doux fommeil entre deux draps :
Un calme dont rien n'approche :
Jamais le moindre fracas
De carroffe ni de cloche :
Paix , bombance , liberté ;
Liberté fans anicroche :
L'horloge , à la vérité
(Qui voudra nous le reproche )
Rarement eft remonté ;
Mais non pas le tourne-broche.
Une autre félicité
Après Bénédicité ,.
2
C'eft de voir par la fenêtre
De notre falle à manger ,
Cueillir dans le potager
La fraize qui vient de naître ;
De voir la petite faux
Moiffonner , à notre vue,
Là , de jeunes artichauds ,
Ici , la tendre laitue ,
Le pourpier & l'eftragen ,
Qui tout à l'heure en falade,
Vont piquer près du dindon .
L'appétit le plus malade.
Du même lieu nous voyons»
Venir l'innocence même ;
AVRIL 175.8. $$
Lyfe qui , fur des clayons ,
Nous apporte de la crême
Blanche un peu plus que fa main ,
Mais moins blanche que fon fein ,
Et que la perle enfantine
D'un ratelier des plus nets ,
Où ne toucherent jamais ,
Ni Capron , ni Carmeline:
C'eft elle auffi qui , le ſoir ,
En cent poftures gentilles
( Où je voudrois bien vous voir ) ,
Dreffe & redreffe nos quilles ;
Jeu tout des plus innocens ,
Où , pour aiguifer nos dents ,
Quand la faim nous abandonne ,
Nous nous exerçons du
temps ,
Avant que le foupé fonne.
Le quillier eft dans un bois ,.
Qui touche à la maiſonnette :
Bois d'une beauté complette ,
Trifte & charmant à la fois :
Bois ſemblable aux lieux terribles
Où loin des prophanes
yeux ,
Les Druides & leurs Dieux
Se rendoient inacceffibles.
A nos crédules Ayeux ;
Mais dans ces cantons paifibles ,,
Et moins fuperftitieux ,
Bois où l'Amour a des armes 2
MERCURE DE FRANCE
A qui l'auftere pudeur
Se foumettroit fans alarmes :
Bois où , même avec douceur ,
Dans le plus cruel malheur ,
L'Amant verferoit des larmes :
Bois où tout , jufqu'à l'horreur ,
Pour un coeur tendre a des charmes.
Jamais en effet l'Amour
Ne trouveroit un séjour
Plus propre à fon badinage.
Qu'il y feroit amufé !
Car je le fçais par uſage ,
C'eft un enfant avifé :
Dans un Quinconce , il eft fage ;
Mais plus l'endroit eft fauvage ,
Plus il eft apprivoifé.
Difparoiffez , lieux ſuperbes ,
Où rien ne croît au hazard ,
Où l'arbre eft l'enfant de l'art ,
Où le fable , au lieu des herbes ,
Nous attrifte le regard ;
Lieux , où la fotte induftrie
'Arrondit tout au cizeau ,
j Où rien aux yeux ne varie
Ou tout s'aligne au cordeau
De la froide fymmétrie ,
Et de l'ennuyeux niveau .
Ici , l'augufte nature ,
Dans toute fa majefté ,
AVRIL. 1758. 87
Offre une vive peinture
De la noble liberté ,
Sublime & toujours nouvelle ,
Sous l'oeil elle s'embellit.
Sa variété révele
Une reffource éternelle ,
Que jamais rien ne tarit.
Qu'en ce point l'art eft loin d'elle !
Son chef-d'oeuvre ſe décrit ;
Mais la beauté naturelle
Refte au deffus du récit.
Sous l'épais & haut feuillage
De ce bois qu'ont révéré
Les temps , la hache & l'orage ,
Je me retrace l'image
De l'engageante Chéré.
Ah! qu'au fonds de ce boccage
Son afpe&t feroit charmant !
Les beaux lieux ! l'heureux moment
Que de fleurs fur fon paſſage !
Que de foupirs éloquens !
Que les gages de ma flamme
Seroient tendres & fréquens !
Mais où s'égare mon ame ?
O bel objet defiré
Du plus amoureux des hommes !'
O mon aimable Chéré !
Que n'êtes-vous où nous fommes y
'A Saint- Ouën , le 24 Juin 1730.
Obel objet defiré
Du plus amoureux des hommes
O mon aimable Chéré !
Que n'êtes-vous où nous ſommes
Jamais plus jufte defir
N'anima mon coeur fincere,
Les Belles faites
pour plaire ,
Sont faites pour le plaifir.
C'eft ici le pur afyle
De ces plaifirs tant aimés :
La paix les a renfermés
Dans ce Prieuré tranquille.
Hyer il en étoit plein.
J'en vois naître aujourd'hui mille;
Mille y renaîtront demain.
Je n'y reffens qu'un chagrin ;›
(1 ) Comme cette jolie piece eft de M. Piron ,
dont on vient de publier les OEuvres , & qu'elle ne
s'y trouve pas , nous avons cru faire plaisir à nos
Lecteurs de l'inférer ici . Quand même elle auroit
déja paru dans quelque Recueil périodique , la réimpreffion
en fera toujours agréable , & l'on n'aura
pas la peine de l'aller chercher ailleurs.
D.V
2 MERCURE DE FRANCE
C'eft que le temps foit mobile ,
Et que fon fable inhumain
Marque déja le chemin
Qui nous rappelle à la ville.
Décrirai - je ces plaifirs
Que ramene chaque Aurore ,
Plus riants que les Zéphyrs ,
Quand ils vont careffer Flore ?
Pourquoi les décrire › hélas !
Un feul mot les rend croyables ,
Et vante affez leurs appas.
Ils m'ont rendu fupportables
Des lieux où vous n'étiez pas.
Je veux cependant les peindre
Pour occuper mon loifir .
Y puiffai-je réuffir
De maniere à vous contraindre
A venir vous éclaircir
Par le propre témoignage
Des yeux qu'on y defira !
Des plaifirs , en ce cas là ,
Parfait feroit l'affemblage !
Les peigne alors qui pourra.
De quatre heureux perfonnages
Que nous nous trouvons ici ,
Deux font four & deux font fages
Providence en tout ceci :
Mêlange, qui Dieu merc ,
Sans relâche nous balotte ,
AVRIL 1758. 83
Et nous promene à grands pas
Du
compas
à la marotte
>
De la marotte au compas.
Figurez-vous le tracas
D'un Quatrain de notre eſpèce ,
Et voyez courir ſans ceffe
La fageffe après les rats ,
Les rats après la fageffe.
Tantôt des regles en jeu ,
Et tantôt les purs caprices ;
Voilà pour les gens du lieu ,
Voici quant à fes délices.
Sçachez que premiérement
Le prieural hermitage
Confifte en un bâtiment
Mal conçu pour l'ornement ,
Très-bien conçu pour l'uſage ?
Tout s'y refferre ou s'étend ,
Selon fon jufte mérite .
C'eft pour cela , dit l'Hermite ,
Que le réfectoire eft grand ,
Et la Chapelle petite.
Auffi l'heureux parafite
De la cave aux galetas
Voit cette fentence écrite :
Courte Meffe & longs repas.
Rien ne manque aux délicats ,
Cuifine en ragoûts féconde ,
Cave où le Nectar abonde ,
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE .
Et la glaciere à deux pas :
Les lits les meilleurs du monde ,
Plume entre bons matelas ,
Doux fommeil entre deux draps :
Un calme dont rien n'approche :
Jamais le moindre fracas
De carroffe ni de cloche :
Paix , bombance , liberté ;
Liberté fans anicroche :
L'horloge , à la vérité
(Qui voudra nous le reproche )
Rarement eft remonté ;
Mais non pas le tourne-broche.
Une autre félicité
Après Bénédicité ,.
2
C'eft de voir par la fenêtre
De notre falle à manger ,
Cueillir dans le potager
La fraize qui vient de naître ;
De voir la petite faux
Moiffonner , à notre vue,
Là , de jeunes artichauds ,
Ici , la tendre laitue ,
Le pourpier & l'eftragen ,
Qui tout à l'heure en falade,
Vont piquer près du dindon .
L'appétit le plus malade.
Du même lieu nous voyons»
Venir l'innocence même ;
AVRIL 175.8. $$
Lyfe qui , fur des clayons ,
Nous apporte de la crême
Blanche un peu plus que fa main ,
Mais moins blanche que fon fein ,
Et que la perle enfantine
D'un ratelier des plus nets ,
Où ne toucherent jamais ,
Ni Capron , ni Carmeline:
C'eft elle auffi qui , le ſoir ,
En cent poftures gentilles
( Où je voudrois bien vous voir ) ,
Dreffe & redreffe nos quilles ;
Jeu tout des plus innocens ,
Où , pour aiguifer nos dents ,
Quand la faim nous abandonne ,
Nous nous exerçons du
temps ,
Avant que le foupé fonne.
Le quillier eft dans un bois ,.
Qui touche à la maiſonnette :
Bois d'une beauté complette ,
Trifte & charmant à la fois :
Bois ſemblable aux lieux terribles
Où loin des prophanes
yeux ,
Les Druides & leurs Dieux
Se rendoient inacceffibles.
A nos crédules Ayeux ;
Mais dans ces cantons paifibles ,,
Et moins fuperftitieux ,
Bois où l'Amour a des armes 2
MERCURE DE FRANCE
A qui l'auftere pudeur
Se foumettroit fans alarmes :
Bois où , même avec douceur ,
Dans le plus cruel malheur ,
L'Amant verferoit des larmes :
Bois où tout , jufqu'à l'horreur ,
Pour un coeur tendre a des charmes.
Jamais en effet l'Amour
Ne trouveroit un séjour
Plus propre à fon badinage.
Qu'il y feroit amufé !
Car je le fçais par uſage ,
C'eft un enfant avifé :
Dans un Quinconce , il eft fage ;
Mais plus l'endroit eft fauvage ,
Plus il eft apprivoifé.
Difparoiffez , lieux ſuperbes ,
Où rien ne croît au hazard ,
Où l'arbre eft l'enfant de l'art ,
Où le fable , au lieu des herbes ,
Nous attrifte le regard ;
Lieux , où la fotte induftrie
'Arrondit tout au cizeau ,
j Où rien aux yeux ne varie
Ou tout s'aligne au cordeau
De la froide fymmétrie ,
Et de l'ennuyeux niveau .
Ici , l'augufte nature ,
Dans toute fa majefté ,
AVRIL. 1758. 87
Offre une vive peinture
De la noble liberté ,
Sublime & toujours nouvelle ,
Sous l'oeil elle s'embellit.
Sa variété révele
Une reffource éternelle ,
Que jamais rien ne tarit.
Qu'en ce point l'art eft loin d'elle !
Son chef-d'oeuvre ſe décrit ;
Mais la beauté naturelle
Refte au deffus du récit.
Sous l'épais & haut feuillage
De ce bois qu'ont révéré
Les temps , la hache & l'orage ,
Je me retrace l'image
De l'engageante Chéré.
Ah! qu'au fonds de ce boccage
Son afpe&t feroit charmant !
Les beaux lieux ! l'heureux moment
Que de fleurs fur fon paſſage !
Que de foupirs éloquens !
Que les gages de ma flamme
Seroient tendres & fréquens !
Mais où s'égare mon ame ?
O bel objet defiré
Du plus amoureux des hommes !'
O mon aimable Chéré !
Que n'êtes-vous où nous fommes y
'A Saint- Ouën , le 24 Juin 1730.
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ENIGME.
Début :
Fille d'un Médecin qui sçut plus d'un Métier, [...]
Mots clefs :
Façade du Louvre