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101
p. 73-83
EPITRE De M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le Colonel Comte de Schmettow.
Début :
Il n'est rien tel que la bouteille [...]
Mots clefs :
Comte, Âme, Aimable, Esprit, Plaisirs, Gloire, Goût, Enjouement, Champagne, Volupté
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. Angliviel de la Beaumelle, à M. le Colonel Comte de Schmettow.
EPITRE
De M. Angliviel de la Beaumelle, à
M. le Colonel Comte de Schmettow.
Il n'est rien tel que la bouteille
Pour inspirer des vers charmans;
Un Poëte gris fait merveille;
Que les vers sont viss & coulans,
Quand le Dieu badin de la treille
Est l'Apollon de nos accens !
Le Champagne échauffe & réveille
Mon expirante gayeté;
De sang froid, mon ame sommeille
Gris, j'ai de la vivacité.
Avec quel plaisir je me livre
Aux charmes de la volupté :
Boire du Champagne, c'est vivre:
Bacchus, à tes loix révolté,
Je n'ai pas encor sçu te suivre;
J'abjure ma sobrieté,
Et je préfere, en vérité
Au plaisir de faire un beau livre
La séve d'un nectar vanté:
Dieux! que ne suis- je toujours yvre!
74 MERCURE DEFRANCE.
Eleve du grand Lowendabl.
Eleve de l'aimable Horace,
COMTE, qui sçais d'un pas égal
Suivre l'un & l'autre à la trace;
Aujourd'hui, tu n'es que rival
Du Poete & du Maréchal;
Un jour au sommet du Parnasse,
A côté de La Fare, occupant une place,
Nous te verrons. assis en grave Général.
Pour en venir là, le mérite
En ce siécle, ne suffit pas,
Et voilà ce qui me dépite
C'est l'âge qui régle nos pas.
Tout prêt à descendre au Cocyte
Commencerions.nous d'être heureux ?
L'âge, de la gloire est l'arbitre;
Quand l'âge a blanchi nos cheveux;
Quand, risibles à plus d'un titre
Nous somnues tristes & gouteux:
La gloire lente ment couronne
De nos jeunes aus les succès
Dans la saison, où ses attraits
Ne flattent le goût de personne.
De ses inutiles lauriers
Permets que sa main environne
Le front ridé de ces guerriers,
. . * * *
MARS.
1752.
75
Grands cœurs, esprits faux, que Bellone
Occupa vingt lustres entiers.
Pour toi dont l'ame ambitionne
Deux gentes de gloire à la fois
Toi, qui joins au coeur militaire
L'esprit, le sçavoir, l'art de plaire,
Toi, qui suis tour à tout les loix
Des folâtres plaisirs & du bon sens austère
Sans que la Sagesse severe
Empiete jamais sur les droits
De cette volupté légere,
Fruit de ton goût, fruit de ton choix,
En attendant que la vieillesse
Trop tôt propice à tes desirs,
En t'anéantissant soutienne ta foiblesse
En égalant ton nom aux plus beaux, noms de
Gréce,
Use des précieux loisirs
De la fugitive jeunesse;
Nos jours coulent avec vitesse;
Qu'ils soient du moins filés par les mains des
plaisirs!
On a toujours assez de gloire,
Toujours trop peu d'amusemens;
On arrive assez tôt au Temple de Mémoire,
Et la saison des agrèmens
Cet âge, où l'on se plait à folâtrer, à boire,
N'est qu'un tissu de courts momens,
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Qui; dusses-tu ne pas m'en croire;
De ces vins mousseux, petillans.
Qui chassent de l'esprit toute humeur sombre &
noire
J'en préfere deux doigts au gain d'une victoire.
Que servent les succès brillans?
S'ils fixoient la course du tems
S'ils faisoient exister ailleurs que dans l'histoire,
J'adorerois les conquérans.
Mais est- ce un plaisir que l'encens?
Le titre de foudre de guerre
Fait- il de ces Héros qui font trembler la terre
Des Etres heureux & contens !
L'espoir de l'obtenir en trente ou quarante ans
Peut en imposer au vulgaire
Mais l'etreur n'indemnise guére
Ces valeureux extravagans,
Qui, trop épris d'une chimère,
Vont lui sacrifier le rapide printems
D'une existence passagére.
Est-on grand? on est respecté,
Couru, courtisé, je l'avoue;
Mais que m'importe qu'on me love)
Que m'importe d'être flatté
Par gens qui, dans l'adversité,
Me feroient peut-être la moue ?
Je dirois volontiers à ces ames de boue;
„ Flattez ma sensualité
Digires boLOO
MARS.
1752.
»Et laissez-là ma vanité;
»Messieurs, qui m'encense me joue.
» Tel, qui d'un éloge appiêté
„ Veut que mon cœur soit enchanté,
»Rira, quand, du haut de sa roue
»La Fortune, à mon tour, m'aura précipité.
Et puis, quel triste personnage
Soutient-on, quand du haut étage
D'une héroique gravité,
e On est presque nécessité
A proscrire le badinage
Le goût, l'esprit, l'aménité,
Les graces & la liberté;
A s'honorer de l'esclavage
D'une insipide urbanité;
A rire avec austérité;
A faire un grotesque étalage
D'un cordon bien cher acheté
Et souvent très-peu mérité:
A se donner l'air, le langage,
Le ton d'une Sérénité;
A se sillonner le visage
Au moindre trait de gayeté,
A former un épais nuage
Entre soi & la volupté?
Le respectable, en vérité,
Joue un ennuyeux personnage.
Diij
77.
78 MERCURE DEFRANCE.
Qu'il est dur de se refuser,
COMTE, aux vrais plaisirs de la vie!
Entre les bras de la folie
Ah: qu'il est doux de reposer !
A la sombre misantropie
La sombre raison nous conduit,
Et, dès que son flambeau nous luit,
Imene à la mélancolie.
C'est dans les écarts de l'esptit,
Que la félicité refide,
Boit-on ? La fortune nous rit,
Et Caton même se déride;
Un repas où Bacclius préside
De tous nos chagrius nous guérit.
Choisit-on le bon seus pour guide:
En nous, que d'erreurs il nourrit!
Soucis, projets, vapeurs, dépit
Assiégent notre ame timide,
Et la tourmentent jour & nuit.
La raison du bonheur avide.
Envain le cherche & le pourfuit,
Elle croit le tenir; il fuis
Et vole sur l'aile rapide
Du moment qui s'évanouit.
L'Epicurien seul est Sage,
L'Epicurien seul jouit
Du tems, dont il sçait faire usage
MARS. 1752.
Seul il sçait recueillir le fruit:
.. . . .
De son aimable compagnie
L'ennui volontiers se bannit;
Couvert des alles de la nuit,
Le Dieu de la plaisanterie,
Momus, sans fracas & sans bruit,
De son sel, de sa raillerie,
Y cherche & trouve le débit.
Alors, suivant que l'ambroisie
Dans les veines circule, agit,
Ou l'on chante, ou l'on s'assoupit;
O Dieux! la douce létargie!
On est tout glace, ou tout génie,
Tout sentiment, ou tout esprit.
Au naturel on s'abandonne,
Tout plait, tout rit, tout est sans fard,
Chaque propos est un écarr
Et l'enjoument est sur le trône;
Ces riens, dont soi-même on s'étonne,
Ces riens, l'ouvrage du hazard,
Sont créés sans suite & sans art:
On s'amuse, on jase, on raisonne,
Suivant que d'Ai le nectar
Dans le sang plus ou moins bouillonne.
A Copenhague peu connus,
Innocens plaifirs de la table
D iij
9
80 MERCUREDE FRANCE.
Vous formez des cœurs ingénus,
Vous rendez l'homme sociable,
La férocité de ses mours
Par vos leçons est adoucie:
Plaisirs délicats, sur la vie
Vous répandez mille douceurs.
Que j'aime à marcher sur les fleurs,
Dont votre route est embellie !
Et que je hais la frénésie
De ces esprits chagrins réveurs,
Qui pensent, qu'une ame amollie
A suivre vos drapeaux vainqueurs
Ne vaut pas celle, où la folie
Fait naître de tristes erreurs,
Noirs enfans des pâles vapeurs!
Instruit à votre école aimable;
Le paresseux devient actif;
Vous déridez l'homme pensif,
Vous chassez l'ennui qui l'accable:
Par vous le quinteux est affable,
Et le laborieux, oisif:
A votre ton persuasif,
Plaisirs, quand on est attentif,
Ah! qu'il est aisé d'être aimable!
C'est vous qui formates Chapelle,
Ce délicat voluptueux,
Qui tonjours à vos loix sidelo,
MARS. 1752.
Vécut content, mourut heureux.
A Deshouliere, à Fontenelle
Aux La Fontaines, aux Rousseaux
Vous avez de mille bons mots
Dicté l'amusante Kirielle.
C'est vous, qui sur le ton naif
De Chaulieu montâtes la lyre;
Par vous, il eut, jusqu'au délire,
Le teint frais, l'air galant, l'oil vif;
Quand du nocher rebarbatif
Ce bon vieillard passa l'esquif,
C'est par vous qu'il se prit à rire.
Vous rallumez les feux divers
D'un esprit qui s'éteint, qui s'use;
Que Voltaire vous doit de vers !
Qu'à table, oubliant l'univers,
Il étoit facile à la Suse
De préluder de jolis airs!
C'est vous qui créâtes la Muse
Du pere du charmant Ververs.
C'est vous.... Quoi! ma verve est glacee
Mon feu se seroit- il éteint ?....
Avec les vapeurs du bon vin
Hélas! ma chaleur est passée.
Ma tête est libre. Après demain
Le Champagne à ma veine usée
Donnera cet air enfantin,
DV
30
81
84
MERCURE DEFRANCE,
Ce brillant, cette grace aifée,
Ce ton quelquefois libertin.
Tiranit un peu sur l'Aretin.
..
. . .
* * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * *
Encore un mot, & j'ai fini:
Aimable COMTE, chez Le Maite
Nous nous reverrons vendredi.
Donne aux grands maitres de la guerre,
A Puységur, Folard, Quincy,
Congé jusques à samedi.
Viens animer la bonne cheré;
Les bagatelles & les riens
(Soit dit en passant sans déplaire
A ton Volfianisme austère)
Sont l'ame des bons entretiens.
Ces diners de cérémonie
Magnisiques, mais dégosstans,
Où pompeusement on s'ennuie,
Où les cordons réglent les rangs.
Où l'Excellence, à chaque instant,
Vient frapper l'oreille étourdie,
COMTE, te plaitoient- ils autant,
Que ceux où Le Maire associe
A l'élégance l'enjoument?
- *
MARS. 1752.
Cet enjoument auquel s'allie
La réflexion, le bon sens,
Le goût, & de rares talens
Essentiels à la Patrie.
Cet enjoument, qui de sa vie
Transforme les jours en momens.
Venez, Monsieur le Militaire,
N . . . . . .
* * .
L. . . * * * * * * *
C.. . ........
F. . . . . . . . . . .
D.... . . . . . . .
Venez, vous verrez en Le Maire
Et l'honnête homme & l'homme heureus,
Que puis je vous offrir: rien qui puisse vous plaire:
Mais à coup sur en moi vous verrez sans mistere
Le serviteur de tous les deux.
A Copenhague mois de Janvier.
De M. Angliviel de la Beaumelle, à
M. le Colonel Comte de Schmettow.
Il n'est rien tel que la bouteille
Pour inspirer des vers charmans;
Un Poëte gris fait merveille;
Que les vers sont viss & coulans,
Quand le Dieu badin de la treille
Est l'Apollon de nos accens !
Le Champagne échauffe & réveille
Mon expirante gayeté;
De sang froid, mon ame sommeille
Gris, j'ai de la vivacité.
Avec quel plaisir je me livre
Aux charmes de la volupté :
Boire du Champagne, c'est vivre:
Bacchus, à tes loix révolté,
Je n'ai pas encor sçu te suivre;
J'abjure ma sobrieté,
Et je préfere, en vérité
Au plaisir de faire un beau livre
La séve d'un nectar vanté:
Dieux! que ne suis- je toujours yvre!
74 MERCURE DEFRANCE.
Eleve du grand Lowendabl.
Eleve de l'aimable Horace,
COMTE, qui sçais d'un pas égal
Suivre l'un & l'autre à la trace;
Aujourd'hui, tu n'es que rival
Du Poete & du Maréchal;
Un jour au sommet du Parnasse,
A côté de La Fare, occupant une place,
Nous te verrons. assis en grave Général.
Pour en venir là, le mérite
En ce siécle, ne suffit pas,
Et voilà ce qui me dépite
C'est l'âge qui régle nos pas.
Tout prêt à descendre au Cocyte
Commencerions.nous d'être heureux ?
L'âge, de la gloire est l'arbitre;
Quand l'âge a blanchi nos cheveux;
Quand, risibles à plus d'un titre
Nous somnues tristes & gouteux:
La gloire lente ment couronne
De nos jeunes aus les succès
Dans la saison, où ses attraits
Ne flattent le goût de personne.
De ses inutiles lauriers
Permets que sa main environne
Le front ridé de ces guerriers,
. . * * *
MARS.
1752.
75
Grands cœurs, esprits faux, que Bellone
Occupa vingt lustres entiers.
Pour toi dont l'ame ambitionne
Deux gentes de gloire à la fois
Toi, qui joins au coeur militaire
L'esprit, le sçavoir, l'art de plaire,
Toi, qui suis tour à tout les loix
Des folâtres plaisirs & du bon sens austère
Sans que la Sagesse severe
Empiete jamais sur les droits
De cette volupté légere,
Fruit de ton goût, fruit de ton choix,
En attendant que la vieillesse
Trop tôt propice à tes desirs,
En t'anéantissant soutienne ta foiblesse
En égalant ton nom aux plus beaux, noms de
Gréce,
Use des précieux loisirs
De la fugitive jeunesse;
Nos jours coulent avec vitesse;
Qu'ils soient du moins filés par les mains des
plaisirs!
On a toujours assez de gloire,
Toujours trop peu d'amusemens;
On arrive assez tôt au Temple de Mémoire,
Et la saison des agrèmens
Cet âge, où l'on se plait à folâtrer, à boire,
N'est qu'un tissu de courts momens,
Dij
76 MERCURE DEFRANCE.
Qui; dusses-tu ne pas m'en croire;
De ces vins mousseux, petillans.
Qui chassent de l'esprit toute humeur sombre &
noire
J'en préfere deux doigts au gain d'une victoire.
Que servent les succès brillans?
S'ils fixoient la course du tems
S'ils faisoient exister ailleurs que dans l'histoire,
J'adorerois les conquérans.
Mais est- ce un plaisir que l'encens?
Le titre de foudre de guerre
Fait- il de ces Héros qui font trembler la terre
Des Etres heureux & contens !
L'espoir de l'obtenir en trente ou quarante ans
Peut en imposer au vulgaire
Mais l'etreur n'indemnise guére
Ces valeureux extravagans,
Qui, trop épris d'une chimère,
Vont lui sacrifier le rapide printems
D'une existence passagére.
Est-on grand? on est respecté,
Couru, courtisé, je l'avoue;
Mais que m'importe qu'on me love)
Que m'importe d'être flatté
Par gens qui, dans l'adversité,
Me feroient peut-être la moue ?
Je dirois volontiers à ces ames de boue;
„ Flattez ma sensualité
Digires boLOO
MARS.
1752.
»Et laissez-là ma vanité;
»Messieurs, qui m'encense me joue.
» Tel, qui d'un éloge appiêté
„ Veut que mon cœur soit enchanté,
»Rira, quand, du haut de sa roue
»La Fortune, à mon tour, m'aura précipité.
Et puis, quel triste personnage
Soutient-on, quand du haut étage
D'une héroique gravité,
e On est presque nécessité
A proscrire le badinage
Le goût, l'esprit, l'aménité,
Les graces & la liberté;
A s'honorer de l'esclavage
D'une insipide urbanité;
A rire avec austérité;
A faire un grotesque étalage
D'un cordon bien cher acheté
Et souvent très-peu mérité:
A se donner l'air, le langage,
Le ton d'une Sérénité;
A se sillonner le visage
Au moindre trait de gayeté,
A former un épais nuage
Entre soi & la volupté?
Le respectable, en vérité,
Joue un ennuyeux personnage.
Diij
77.
78 MERCURE DEFRANCE.
Qu'il est dur de se refuser,
COMTE, aux vrais plaisirs de la vie!
Entre les bras de la folie
Ah: qu'il est doux de reposer !
A la sombre misantropie
La sombre raison nous conduit,
Et, dès que son flambeau nous luit,
Imene à la mélancolie.
C'est dans les écarts de l'esptit,
Que la félicité refide,
Boit-on ? La fortune nous rit,
Et Caton même se déride;
Un repas où Bacclius préside
De tous nos chagrius nous guérit.
Choisit-on le bon seus pour guide:
En nous, que d'erreurs il nourrit!
Soucis, projets, vapeurs, dépit
Assiégent notre ame timide,
Et la tourmentent jour & nuit.
La raison du bonheur avide.
Envain le cherche & le pourfuit,
Elle croit le tenir; il fuis
Et vole sur l'aile rapide
Du moment qui s'évanouit.
L'Epicurien seul est Sage,
L'Epicurien seul jouit
Du tems, dont il sçait faire usage
MARS. 1752.
Seul il sçait recueillir le fruit:
.. . . .
De son aimable compagnie
L'ennui volontiers se bannit;
Couvert des alles de la nuit,
Le Dieu de la plaisanterie,
Momus, sans fracas & sans bruit,
De son sel, de sa raillerie,
Y cherche & trouve le débit.
Alors, suivant que l'ambroisie
Dans les veines circule, agit,
Ou l'on chante, ou l'on s'assoupit;
O Dieux! la douce létargie!
On est tout glace, ou tout génie,
Tout sentiment, ou tout esprit.
Au naturel on s'abandonne,
Tout plait, tout rit, tout est sans fard,
Chaque propos est un écarr
Et l'enjoument est sur le trône;
Ces riens, dont soi-même on s'étonne,
Ces riens, l'ouvrage du hazard,
Sont créés sans suite & sans art:
On s'amuse, on jase, on raisonne,
Suivant que d'Ai le nectar
Dans le sang plus ou moins bouillonne.
A Copenhague peu connus,
Innocens plaifirs de la table
D iij
9
80 MERCUREDE FRANCE.
Vous formez des cœurs ingénus,
Vous rendez l'homme sociable,
La férocité de ses mours
Par vos leçons est adoucie:
Plaisirs délicats, sur la vie
Vous répandez mille douceurs.
Que j'aime à marcher sur les fleurs,
Dont votre route est embellie !
Et que je hais la frénésie
De ces esprits chagrins réveurs,
Qui pensent, qu'une ame amollie
A suivre vos drapeaux vainqueurs
Ne vaut pas celle, où la folie
Fait naître de tristes erreurs,
Noirs enfans des pâles vapeurs!
Instruit à votre école aimable;
Le paresseux devient actif;
Vous déridez l'homme pensif,
Vous chassez l'ennui qui l'accable:
Par vous le quinteux est affable,
Et le laborieux, oisif:
A votre ton persuasif,
Plaisirs, quand on est attentif,
Ah! qu'il est aisé d'être aimable!
C'est vous qui formates Chapelle,
Ce délicat voluptueux,
Qui tonjours à vos loix sidelo,
MARS. 1752.
Vécut content, mourut heureux.
A Deshouliere, à Fontenelle
Aux La Fontaines, aux Rousseaux
Vous avez de mille bons mots
Dicté l'amusante Kirielle.
C'est vous, qui sur le ton naif
De Chaulieu montâtes la lyre;
Par vous, il eut, jusqu'au délire,
Le teint frais, l'air galant, l'oil vif;
Quand du nocher rebarbatif
Ce bon vieillard passa l'esquif,
C'est par vous qu'il se prit à rire.
Vous rallumez les feux divers
D'un esprit qui s'éteint, qui s'use;
Que Voltaire vous doit de vers !
Qu'à table, oubliant l'univers,
Il étoit facile à la Suse
De préluder de jolis airs!
C'est vous qui créâtes la Muse
Du pere du charmant Ververs.
C'est vous.... Quoi! ma verve est glacee
Mon feu se seroit- il éteint ?....
Avec les vapeurs du bon vin
Hélas! ma chaleur est passée.
Ma tête est libre. Après demain
Le Champagne à ma veine usée
Donnera cet air enfantin,
DV
30
81
84
MERCURE DEFRANCE,
Ce brillant, cette grace aifée,
Ce ton quelquefois libertin.
Tiranit un peu sur l'Aretin.
..
. . .
* * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * * * *
* * * * * * * * * * *
Encore un mot, & j'ai fini:
Aimable COMTE, chez Le Maite
Nous nous reverrons vendredi.
Donne aux grands maitres de la guerre,
A Puységur, Folard, Quincy,
Congé jusques à samedi.
Viens animer la bonne cheré;
Les bagatelles & les riens
(Soit dit en passant sans déplaire
A ton Volfianisme austère)
Sont l'ame des bons entretiens.
Ces diners de cérémonie
Magnisiques, mais dégosstans,
Où pompeusement on s'ennuie,
Où les cordons réglent les rangs.
Où l'Excellence, à chaque instant,
Vient frapper l'oreille étourdie,
COMTE, te plaitoient- ils autant,
Que ceux où Le Maire associe
A l'élégance l'enjoument?
- *
MARS. 1752.
Cet enjoument auquel s'allie
La réflexion, le bon sens,
Le goût, & de rares talens
Essentiels à la Patrie.
Cet enjoument, qui de sa vie
Transforme les jours en momens.
Venez, Monsieur le Militaire,
N . . . . . .
* * .
L. . . * * * * * * *
C.. . ........
F. . . . . . . . . . .
D.... . . . . . . .
Venez, vous verrez en Le Maire
Et l'honnête homme & l'homme heureus,
Que puis je vous offrir: rien qui puisse vous plaire:
Mais à coup sur en moi vous verrez sans mistere
Le serviteur de tous les deux.
A Copenhague mois de Janvier.
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102
p. 54-55
EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
Début :
Oui, c'est encore une friponne, [...]
Mots clefs :
Meilleure amie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
EPITRE
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
A Mile D.... qui m'avoit demandé quelle
étoit ma meilleure amie,
Oui , c'eftencore une friponne ,
Qui de moi fait un Céladon .
Vous voulez connoître le nom
Et les charmes de la perfonne :
Mais j'ai le don d'être difcret,
Ou tout au moins de le paroître .
Cependant je brûle en fecret
De vous la donner à connoître.
Ecoutez donc à ce portrait
Vous la reconnoîtrez peut - être .
Au fond d'un antre ou d'un vallon ,
En vain la jeune violette ,
Nous dérobe fous le gazon
Sa beauté fimple , mais parfaite .
Bientôt une douce vapeur
Qu'exhale au loin fon humble fleur ,
Trahit le lieu de fa retraite ;
Elle a charmé par fon odeur ,
Elle enchante par fa couleur ;
Telle eft auffi cette Brunette
Par qui l'amour est mon vainqueur ;
DECEMBRE. 1754.
55
Contente d'unir la douceur
Et la bonté du caractere ,
A tout ce qu'a de féducteur
Un efprit que le goût éclaire ;
Elle ne cherche point à plaire
Par un dehors faux & trompeur.
Toujours belle , toujours piquante ,
Mais modefte dans ſes attraits ,
Ma bergere ne fçut jamais
Qu'elle eft encore plus charmante
Qu'en ce tableau je ne la fais.
Pour me tirer plutôt d'affaire ,
Ainfi que dans tous les portraits ,
Vous dirai- je qu'elle a les traits
De la Déeffe de Cythere ?
Je le pourrois , je le fçais bien ;
Mais tout Cythere eft une fable ;
Maintenant , donc je ne vois rien
Qui foit à D ..... comparable.
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Résumé : EPITRE A Mlle D.... qui m'avoit demandé quelle étoit ma meilleure amie.
L'épître est adressée à Mile D...., qui avait demandé à l'auteur d'identifier sa meilleure amie. L'auteur décrit cette amie comme une personne discrète, mais il souhaite la révéler. Il la compare à une jeune violette cachée dans un vallon, dont la beauté et l'odeur la trahissent. Cette amie, une brunette, est douce, bonne et dotée d'un esprit éclairé par le goût. Elle ne cherche pas à plaire par des apparences trompeuses, restant toujours belle et piquante, modeste dans ses attraits. L'auteur refuse de la comparer à la déesse de Cythère, car il ne voit rien de comparable à cette amie. L'épître est datée de décembre 1754.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 3-5
EPITRE A M. ***
Début :
A Vous l'apôtre du plaisir, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisirs, Ivresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. ***
Vous l'apôtre du plaifir ,
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
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Résumé : EPITRE A M. ***
L'auteur adresse une lettre poétique à Damon, qu'il décrit comme un apôtre du plaisir et un enfant de la passion. Se présentant comme voluptueux mais non sage, il l'invite à une fête dédiée aux plaisirs des sens, où Bacchus, Thémire et la Folie seront honorés. Thémire, figure brillante et aimable, mènera une troupe de rires, de grâces et de jeux, promettant une victoire symbolisée par ses beaux yeux. La lettre mentionne un festin avec du vin, notamment du Frontignan et du Condrieux, et des regards échangés avec une bergère. L'auteur admire Sénèque pour ses méditations sur le vin, la tendresse et les plaisirs, mais préfère le changement d'ivresse. Il souhaite passer une journée loin des vertueux, où la raison sera exclue pour laisser place aux plaisirs. La lettre se termine par une réflexion sur le goût et la raison, soulignant que dans l'Antiquité, le goût naquit de la raison et fut poli par des figures comme Platon et Pétrone. L'auteur exprime le désir de fonder une Sorbonne pour enseigner que la sagesse doit permettre l'accès libre aux amours, en bannissant l'ivresse excessive, mère du trouble et des excès, pour ménager de nouveaux feux et désirs dans la tendresse.
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104
p. 84-85
EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
Début :
Rendez-vous dans l'appartement [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
EPITRE
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
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Résumé : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
L'épître est adressée à un ami partant pour l'Amérique. L'auteur évoque un 'petit héros de finance' qui cultive un talent prometteur pour échapper au néant et vivre avec aisance. Avant son départ, l'auteur invite son ami à un déjeuner modeste pour exprimer ses regrets et ses adieux. Il conseille à son ami de fuir l'ambition de devenir un personnage important et de rechercher simplement le bonheur et la sagesse. L'auteur met en garde contre les soucis du voyage et les dangers de l'Amérique, où l'on ne trouvera que de l'or, mais pas les plaisirs, l'urbanité, l'esprit, ni les agréments de la vie. Il souligne que l'Amour, cependant, est présent partout. L'auteur conclut en souhaitant à son ami de trouver tout ce qu'il cherche, malgré les défis du voyage.
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105
p. 60-61
EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Début :
Pourquoi, Philis, dans les ténébres [...]
Mots clefs :
Amour, Ruisseau, Fleur, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
E PITRE
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
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Résumé : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Le poème 'E PITRE A UNE VEUVE' a été écrit par le Chevalier de Laurès en janvier 1755. L'auteur s'adresse à une veuve nommée Philis, s'interrogeant sur les raisons de sa tristesse et de la dissimulation de ses attraits. Il observe que la nature continue de s'embellir malgré les deuils, comme les fleurs qui refleurissent après la pluie. Le poète compare Philis à une fleur qui retrouve sa beauté après avoir été arrosée. Il l'encourage à ne pas laisser la tristesse l'envahir et à se rappeler que ses charmes sont destinés à plaire et à aimer. L'Amour, qui a causé ses alarmes, doit également les apaiser.
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106
p. 5-8
EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
Début :
Vous l'avez dit, belle Sophie, [...]
Mots clefs :
Mariage, Plaisirs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
EPITRE
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
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Résumé : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
L'épître célèbre le mariage de Mme Lacomtesse de J** et exprime la surprise de l'auteur face à l'engagement de Sophie, décrite comme modeste et timide. L'auteur imagine Sophie vivant un bonheur partagé avec son époux, qui apprécie la valeur de cet engagement. Le texte explore les mystères du mariage, contrastant la froideur de la veille avec l'amour du jour des noces. La pudeur et la confiance intime accompagnent les plaisirs partagés, unissant les cœurs dans une paix durable et un bonheur fondé sur la volupté et la vertu. L'auteur espère que Sophie savourera longuement les joies de son foyer, comparant cette situation à l'âge d'or perdu par Ève, et souhaitant que Sophie, grâce à sa vertu, évite les erreurs du passé.
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107
p. 34-36
EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
Début :
Pour ce commerce épistolaire, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Muse, Goût, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
L'épître est adressée à M. le Chevalier d'Aliez, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Fouloufe. L'auteur, Mlle Thomassin à Arc en Barrois, exprime sa gratitude pour l'envoi d'un recueil contenant une de ses œuvres. Elle loue le Chevalier pour son esprit et son renom littéraire, reconnaissant la sincérité de ses compliments sur son goût naissant. L'auteur apprécie les qualités de politesse, douceur, grâce et humeur naïve du Chevalier, qu'elle estime et honore. Elle mentionne que le Chevalier a été le premier à encourager et développer son talent littéraire. L'auteur exprime son humilité face à l'immortalité que pourrait lui conférer la publication de ses œuvres sous la protection du Chevalier. Elle conclut en avouant que sa muse manque d'éloquence pour exprimer pleinement sa reconnaissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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108
p. 70-73
EPITRE AUX BELLES.
Début :
Jeunes beautés, que la nature [...]
Mots clefs :
Belles, Coeurs, Appas
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE AUX BELLES.
EPITRE AUX BELLES.
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
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Résumé : EPITRE AUX BELLES.
L'épître 'Aux Belles' exalte la beauté féminine, présentée comme une parure de l'univers et digne de vénération. Les beautés sont capables de guider les hommes vers la vérité et de les détourner des erreurs. Leur pouvoir peut charmer et fournir des armes pour défendre les cœurs. Cependant, elles sont mises en garde contre l'orgueil et les artifices, qui peuvent défigurer leur nature. La simplicité et l'innocence sont recommandées comme les voies les plus sûres pour séduire. La beauté est vue comme un attribut divin, mais elle doit être accompagnée de bonté pour être aimée. Un caractère heureux, bien que moins éclatant, peut également plaire par sa douceur. Les beautés sont averties des dangers de la flatterie et de l'envie, qui peuvent surgir avec l'admiration. Le texte se conclut par une mise en garde contre les discours flatteurs et les artifices, soulignant que la véritable beauté doit être accompagnée de vertus intérieures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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109
p. 5-7
EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
Début :
Quittez la palette légere, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
EPITRE
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
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Résumé : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
L'épître est adressée à M. Des Mahis, l'incitant à abandonner les thèmes légers de l'amour pour se tourner vers des sujets plus nobles, tels que les mœurs, en s'inspirant de Molière. L'auteur se réserve le droit de traiter des douceurs des amants, ayant vécu auprès d'une bergère. Il décrit ensuite divers comportements des honnêtes gens, humiliés par leurs défauts, comme Cléon qui se vante de ses visites, et Glycère qui écoute plusieurs hommes sans les aimer. L'auteur suggère à Des Mahis de peindre ces portraits pour les punir et se venger. Il propose également de représenter des personnages tels que la coquette, la dédaigneuse, l'indifférente, l'ami trompeur et l'amant léger. Pour illustrer l'amour heureux et fidèle, l'auteur invite Des Mahis à observer Églé, une jeune beauté qui l'enchante. Enfin, l'auteur s'excuse de revenir à la tendresse, expliquant qu'il écrit sous l'influence de sa maîtresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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110
p. 23-27
EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
Début :
Damon, le parti que j'ai pris [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Aimer, Lieutenant général de l'artillerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
EPITRE
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
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Résumé : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
L'épître est adressée à M. de Saint-Auban, lieutenant-général de l'artillerie. Damon, l'auteur, justifie son choix de retraite loin de Paris, privilégiant la tranquillité de la campagne. Il apprécie les plaisirs de chaque âge mais voit l'amour comme un danger. Damon vit heureux dans sa retraite, partageant son temps entre l'étude et la raison. Il évite les systèmes compliqués et recherche dans ses lectures du beau, du clair et du solide. Damon se décrit comme un lecteur et un poète, alternant entre des études sérieuses et des moments de légèreté poétique. Il écrit des élégies et des églogues sans se soucier du jugement des critiques, jugeant lui-même ses vers et les conservant sans chercher de reconnaissance. Damon conclut en affirmant qu'il profite de ses loisirs en riant, buvant et se promenant, trouvant ses plus doux plaisirs dans l'hypocrisie. Il souhaite se faire aimer de son destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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111
p. 45-46
EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
Début :
Philosophe éloquent, dont les nouveaux écrits [...]
Mots clefs :
Maître d'hôtel, Duc d'Orléans, Humanité, Coeur, Génie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
EPITRE
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
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Résumé : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
L'épître est adressée à M. de Chateaubrun, Maître-d'Hôtel du Duc d'Orléans. Le texte loue Chateaubrun pour ses écrits philosophiques et ses talents dramatiques, comparés à ceux de Sophocle et Corneille. Il souligne la modestie de Chateaubrun, qui a évité la renommée pendant quarante ans, et admire sa capacité à mériter et à dédaigner le sceptre du théâtre. Chateaubrun est félicité pour avoir peint la nature avec authenticité, inspirée par l'humanité. Ses vers sont décrits comme ayant un charme et des attraits capables de susciter la pitié et de conserver leur empire sur les cœurs. Le texte met en avant les hautes leçons et la vérité de ses œuvres, ainsi que sa capacité à rapprocher les grandeurs suprêmes de l'humanité. Enfin, il reconnaît que Chateaubrun prend pour modèle un grand prince. L'épître est datée du 4 mars 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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112
p. 7-9
EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
Début :
Un jour, Zélide, un seul instant d'allarmes ; [...]
Mots clefs :
Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
EPITRE A ZÉLID E.
PAR M. RENOUT.
Notre bonheur dépend de nous -mêmes.
Njour , Zélide , un feul inftant d'allarmes ;
jour ,
De vos attraits peut ravir la fraîcheur ;
C'eft un poifon : l'on ne voit point les charmes
Croître & fleurir au fein de la douleur.
Suivez les ris , la beauté fuit leurs traces ,
Elle languit fans le feu des defirs ;
C'est l'enjoument qui fait naître les graces ;
Animez -les par la voix des plaifirs.
Dans vos tifons , que la flamme confume,
De votre fort vous lifez l'avenir ? .....
Hé quoi des feux qu'un tendre amour allume ,
Retracez-vous le charmant fouvenir.
Quand les frimats femblent vieillir la terre
Pourquoi penfer au nombre de vos ans ?
Songez plutôt que la neige refferre ,
Couve & nourrit les germes du printems.
Fuyez les bois dépouillés de verdure ,
Prenez le beau de toutes les faifons ,
Voyez nos champs reprendre leur parure
Nous annonçer de nouvelles moiffons.
D'un grand danger la fievre vous menace ...
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
Dans l'opiat qui coule en votre ſein ,
Voyez toujours un remede efficace ;
Un ferme efpoir vaut prefque un médecin.
> Si vous vivez d'un petit héritage
C'en eft affez : qui peut tenter vos voeux ?
Promenez - vous fur le riche appanage
De vos voisins ; c'eft en jouir comme eux.
Contens du fort où nous avons pris Pêtre ,
Des vains defirs évitons le tourment ;
D'un fatisfait , mille autres vont renaître ,
Et l'abondance en devient Paliment.
Par les plaifirs qu'un fpectacle raffemble ,
Dites , c'eft moi qu'on veut feule amufer ;
Vous en goutez autant que tous enſemble;
Tout appartient à qui fçait s'abufer.
N'écoutez pas une folle triftefle
Qui peut ravir le repos fans retour ;
Songez , hélas ! que le trait qui vous blefle
Va par fon poids s'enfoncer chaque jour..
Non , il n'eft point de malheur véritable ,
Nous voyons tout par les yeux de l'erreur ;
Et tout peut prendre une face agréable ,
L'homme fait feul fa peine ou fon bonheur.
C'eft fe voler l'inftant où l'on s'ennuie ..
En vous traçant l'art charmant de jouir ,
Voilà déja deux heures de ma vie
Que je confacre aux attraits du plaifir.
MAI.
517553
9
Bientôt après votre flateufe image
Peut à mon coeur offrir d'autres appas :
Il eft des biens qu'un rêve nous ménage ,
Il fait jouir de ceux que l'on n'a pas.
Pour être heureux , la plus fûre fcience...
Eft de fçavoir ennivrer la raiſon.
La vérité fert bien moins qu'on ne penfe ;
On doit fouvent tout à l'illufion.
PAR M. RENOUT.
Notre bonheur dépend de nous -mêmes.
Njour , Zélide , un feul inftant d'allarmes ;
jour ,
De vos attraits peut ravir la fraîcheur ;
C'eft un poifon : l'on ne voit point les charmes
Croître & fleurir au fein de la douleur.
Suivez les ris , la beauté fuit leurs traces ,
Elle languit fans le feu des defirs ;
C'est l'enjoument qui fait naître les graces ;
Animez -les par la voix des plaifirs.
Dans vos tifons , que la flamme confume,
De votre fort vous lifez l'avenir ? .....
Hé quoi des feux qu'un tendre amour allume ,
Retracez-vous le charmant fouvenir.
Quand les frimats femblent vieillir la terre
Pourquoi penfer au nombre de vos ans ?
Songez plutôt que la neige refferre ,
Couve & nourrit les germes du printems.
Fuyez les bois dépouillés de verdure ,
Prenez le beau de toutes les faifons ,
Voyez nos champs reprendre leur parure
Nous annonçer de nouvelles moiffons.
D'un grand danger la fievre vous menace ...
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
Dans l'opiat qui coule en votre ſein ,
Voyez toujours un remede efficace ;
Un ferme efpoir vaut prefque un médecin.
> Si vous vivez d'un petit héritage
C'en eft affez : qui peut tenter vos voeux ?
Promenez - vous fur le riche appanage
De vos voisins ; c'eft en jouir comme eux.
Contens du fort où nous avons pris Pêtre ,
Des vains defirs évitons le tourment ;
D'un fatisfait , mille autres vont renaître ,
Et l'abondance en devient Paliment.
Par les plaifirs qu'un fpectacle raffemble ,
Dites , c'eft moi qu'on veut feule amufer ;
Vous en goutez autant que tous enſemble;
Tout appartient à qui fçait s'abufer.
N'écoutez pas une folle triftefle
Qui peut ravir le repos fans retour ;
Songez , hélas ! que le trait qui vous blefle
Va par fon poids s'enfoncer chaque jour..
Non , il n'eft point de malheur véritable ,
Nous voyons tout par les yeux de l'erreur ;
Et tout peut prendre une face agréable ,
L'homme fait feul fa peine ou fon bonheur.
C'eft fe voler l'inftant où l'on s'ennuie ..
En vous traçant l'art charmant de jouir ,
Voilà déja deux heures de ma vie
Que je confacre aux attraits du plaifir.
MAI.
517553
9
Bientôt après votre flateufe image
Peut à mon coeur offrir d'autres appas :
Il eft des biens qu'un rêve nous ménage ,
Il fait jouir de ceux que l'on n'a pas.
Pour être heureux , la plus fûre fcience...
Eft de fçavoir ennivrer la raiſon.
La vérité fert bien moins qu'on ne penfe ;
On doit fouvent tout à l'illufion.
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Résumé : EPITRE A ZÉLIDE. PAR M. RENOUT. Notre bonheur dépend de nous-mêmes.
Dans son épître à Zélide, M. Renout affirme que le bonheur dépend de soi-même. Il conseille à Zélide de savourer les plaisirs et la beauté, car la douleur et la tristesse les altèrent. Il l'encourage à suivre les moments de joie et à éviter les soucis, car la beauté s'épanouit dans l'enjouement et les désirs. Il lui recommande de ne pas se laisser abattre par les signes de vieillissement, mais de les voir comme des promesses de renouveau, similaires à la neige nourrissant les germes du printemps. Il l'invite à fuir les lieux tristes et à apprécier la beauté des saisons. Il la met en garde contre un danger imminent et lui suggère de voir dans les remèdes un espoir efficace. Si elle vit d'un petit héritage, il lui conseille de se contenter de ce qu'elle a et de ne pas envier les richesses des autres. Il l'encourage à éviter les désirs vains et à se satisfaire de ce qu'elle possède, car l'abondance peut devenir un fardeau. Il lui recommande de profiter des plaisirs simples et de ne pas se laisser troubler par des soucis futiles. Il conclut en soulignant que le bonheur et le malheur sont souvent perçus à travers le prisme de l'erreur et que l'illusion peut parfois être plus agréable que la vérité.
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113
p. 7-11
EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
Début :
Tout effort est donc superflu ! [...]
Mots clefs :
Canada, Honneur, Régiment, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
A M. LE CHEVALIER DE B .....
S'embarquant avec fon Régiment pour le
Canada.
Tour effort eft donc fuperflu !
Ο
A la priere la plus tendre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous refufez donc de vous rendre
Et le départ eft réfolu !
K
Aux juftes aflauts qu'on vous livre
Vous oppofez de triftes noms :
Auriez - vous le coeur des Hurons ,
Parmi lesquels vous allez vivre ?
Si du moins l'on pouvoit vous fuivre
Jufqu'en ces barbares cantons
Mais vous partez , & nous reftons.
Vous partez ! ... Eh ! qui vous y
force ?
L'honneur , me direz - vous ? L'honneur F,
Quoi vous cédez à cette amorce ?
Ah ! reconnoiffez votre erreur.
L'honneur dont tout homme fe pique
Sur-tout dans notre nation ;
L'honneur n'eft qu'une fiction ,
Et ne fert que la politique.
On le croit fils de la Raifon ;
Ce n'eft qu'un être chimérique ;
Né du préjugé fantaſtique
Et de la folle opinion ;
Ou plutôt l'honneur n'eft qu'un nom ;
Un mot plus qu'amphibologique ,
Auquel le fot croit fans foupçon,
Mais que le héros fage explique.
Or , croyez - vous en bonne foi
Qu'un mot à partir vous oblige ?
D'un fanatifme , d'un preſtige ,
Eft- ce à vous à prendre la loi
JUIN. 1755
En tout cas , faut - il pour atteindre
L'idole que je viens de peindre ,
Egaler les courfes d'Io ?
Et ne peut- on dans le royaume
Sacrifier à ce phantôme ,
Sans voler juſqu'à l'Ohokio è
Pendant le cours de quatre luftres
Vous-même , marchant fur les
De cent ancêtres tous illuftres ,
Vous le fuivîtes aux combats :
Sans fortir de cet hémiſphere
Vous obéîtes à fes loix ,
pas
Et fes faveurs , de vos exploits
Furent l'honorable falaire ;
Vous tenez de lui cette croix *
Noble étiquette du courage,
Des fuccès brillant témoignage ,
Prix du fang verfé pour les Rois .
Qu'en attendez-vous davantage
N'eft-il pas tems qu'à vos travaux ,
'Au fein d'une famille aimable
Succéde enfin un doux repos >
Ce repos toujours agréable
N'eft , je le fçais , ni pardonnable ; be
Ni permis toujours aux guerriers :
Il l'eft , il eft même honorable
Quand on le prend fur les lauriers
* La croix de S, Louisalis wh
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Mais vains difcours , raifons frivoles !
Le vent qui fouffle fur les mers
Emporte & féme dans les airs
Et nos douleurs & nos paroles ;
Semblable à ces écueils fameux
Dont bientôt l'aſpect formidable.
Frappera peut-être vos yeux ,
Et contre qui l'onde effroyable ,
Avec un bruit épouvantable ,
Lance en vain fes flots écumeux.
Vous vous riez de nos allarmes ,
De nos craintes , de nos regrets ;
D'un oeil fec vous voyez nos larmes
Et vous éludez tous nos traits .
Eh bien ! hâtez-vous de vous rendre
Sur la nef qui vous portera ;
Cherchez l'Anglois en Canada ,
Après l'avoir défait en Flandre :
Affrontez , nouvel Alexandre ,
Les mers , les monftres , le trépas
Pourquoi ? tout au plus pour étendre
Dans les plus ftériles climats
Notre empire de quelque pas.
Peut-être à nos voeux plus fenfibles
Amphitrite , Mars , Atropos ,
Seront moins que vous inflexibles.
L'une écartant les vents nuifibles ,
Sous vous applanira les eaux :
L'autre fermera fes cifeatix ,
}
JUIN
Et de concert fes foeurs horribles ,
De jours fortunés & paifibles
Pour vous couvriront leurs fufeaux.
Bellone & le Dieu des batailles
Vous guideront dans les combats ;
Ils feront marcher fur vos pas
La
peur , la mort , les funérailles :
Au milieu du fang , du trépas ,
Du carnage & de la tempête ,
Ces Dieux conduiront votre bras ,
Et garantiront votre tête.
Invincible , par leur fecours ,
En fûreté ſous leur égide ,
Le fer & le plomb homicide
Par - tout refpecteront vos jours.
Ils nous font dûs plus qu'à la gloire ;
Confervez-les du moins pour nous ;
Nous aimons mieux jouir de vous
Que de vous lire dans l'hiftoire.
Le jour qui va nous féparer ,
Pour bien long-tems va nous livrer
Aux chagrins , aux douleurs en proie :
Souvenez-vous en Canada ,
Que celui qui nous rejoindra
Peut feul nous rendre notre joie.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER DE B..... S'embarquant avec son Régiment pour le Canada.
L'épître est adressée au Chevalier de B..., qui s'apprête à partir pour le Canada avec son régiment. L'auteur exprime son désaccord avec cette décision, estimant ses efforts pour le retenir inutiles. Il critique l'honneur, le considérant comme une fiction au service de la politique, née de préjugés et de fausses opinions. L'auteur rappelle les exploits passés du chevalier, soulignant qu'il a déjà démontré sa valeur sans avoir besoin de partir. Il évoque les dangers du voyage et les risques de la guerre, mais le chevalier semble déterminé. L'auteur exprime ses craintes et ses regrets, espérant que le chevalier reviendra sain et sauf. Il conclut en exprimant l'espoir que le chevalier se souvienne d'eux et revienne pour leur rendre leur joie.
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114
p. 35-38
EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
Début :
En vérité, je suis ravie [...]
Mots clefs :
Comédie, Dieu, Sentiments, Effet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
EPITRE
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
DE MMO DE L'ART
M. DE
evovali mazolami , l . 9 % ..
Auteur d'une Comédie , intitulée l'Effet du
Sentiment , repréſentée à Touloufe dans
le mois de Mars dernier.
13
arion stauq
EN vérité , je fus ravie
En voyant votre Comédie ;
Mais à parler ingénument ,
o'n neo
Je n'aurois jamais cru que ce raviffement
Eût pu fe changer en folie...
Bon , direz - vous , ma piece eft plus jolie ;
Cette fcène fui donne un nouvel agrément.
Alte là , Monfieur , je vous prie
Vous ne m'entendez pas vraiment ;
Ne croyez pas que cette frenéfie
Ait du rapport au fentiment ,
Dont vous montrez l'effet dans votre Comédie.
Eh qu'eft- ce donc ma foi je verfifie ,
Ou du moins en fais - je femblant ;
Car depuis que j'ai vu votre ouvrage charmant ,
Je n'ai pu vaincre la manie
De vous rimer un compliment.
Rimons , puifqu'auffi bien je ne puis m'en dé-
C
fendre :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Le Dieu des vers , dit- on , reffemble au Dieu des
coeurs :
Dès qu'il infpire , il faut fe rendre ;
Ses ordres font toujours vainqueurs.
Avant de commencer l'ouvrage
Je devrois , ce me femble , implorer fes faveurs &
Mais que ferviroit- il de fuivre cet uſage ›
Voudroit-il m'accorder quelqu'une de ces fleurs
Dont l'éclat naturel vous gagne le fuffrage
De ce que nous avons de plus fins connoiffeurs
Je ne puis le croire , & je gage
Qu'on n'obtient des fleurs de ce prix ,
Si l'on n'a , comme vous , le flateur avantage
D'être au rang de fes favoris.
Mais , dites-moi , je vous conjure ,
Eft-ce Apollon qui vous fournit les traits
Dont vous accablez l'impofture
De ces petits- maîtres coquets ,
Qui fous les airs de la nature
Montrent des fentimens dont l'art fait tous, les
frais
Oh ! fi c'eft lui , je vous affure
Qu'amour lui doit bien des remercimens
Car dans ce fiecle miférable ,
Ce Dieu n'a plus de culte véritable ;.
Et Phiftoire des vrais amans
Ne paffe que pour une fable ,
Dont on peut embelir les fcènes des romans..
Aftrée & Celadon , héros du bon vieux tems ,
JUIN.
37 1755
Qui dans le fein d'un bonheur véritable
Paffoient de tous leurs jours les rapides momens ,
Auroient-ils crus qu'une race coupable
Perfifleroit leurs fentimens ?
Ils furent heureux & conftans ;
Peut- être hélas ! dans notre tems,
Des moeurs l'exemple inévitable
Les eût-ils rendus inconftans ,
Et privés des plaiſirs charmans
Que fait goûter une union durable.
Au fiecle où nous vivons tout n'eft que
Quelque fade minauderie ,
fauffeté
Des airs de tête , un coup d'oeil médité ,
Un goût de mode , un propos brillanté
Forment notre galanterie.
Nos coeurs font comme nos efprits
Et dans peu de tems , je parie
Que le clinquant fera le prix
De tous nos fentimens & de tous nos écrits
Vos ouvrages fans flaterie
Peuvent ramener le bon goût ,
Et je ne doute point du tout
Que pour en rétablir l'empire
Apollon n'ait fait choix de vous ,
Du moins j'en jurerois fur ce qu'il vous infpire :
Mais je crains , foit dit entre nous ,
Qu'amour ne voudroit point de fes loix véritables :
Confier à vos foins le rétabliſſement.
Pourquoi, me direz- vous ? Oh ! vos façons aimables:
38 MERCURE DE FRANCE.
Me paroiffent tenir au ſyſtême inconſtant
De nos modernes agréables ;
Et fur ce point j'en crois l'Effet du fentiment.
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Résumé : EPITRE DE Mme DE L'A... A M. DE ... Auteur d'une Comédie, intitulée l'Effet du Sentiment, représentée à Toulouse dans le mois de Mars dernier.
L'épître est une lettre adressée à l'auteur d'une comédie intitulée 'L'Effet du Sentiment', jouée à Toulouse en mars. L'auteur de l'épître admire la pièce mais reconnaît que son propre compliment ne peut rivaliser avec l'œuvre originale. Il mentionne Apollon, se demandant si le dieu inspire les traits de la comédie contre les 'petits-maîtres coquets' qui affichent des sentiments artificiels. L'auteur regrette la rareté des sentiments authentiques dans leur époque, marquée par la superficialité et la mode, contrairement aux héros du passé comme Astrée et Céladon. Il espère que les œuvres de l'auteur de la comédie pourront restaurer le bon goût, mais craint que l'amour véritable ne suive pas les lois authentiques. Il conclut en notant que les manières aimables de l'auteur de la comédie semblent appartenir au système inconstant des modernes.
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115
p. 23-25
EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
Début :
C'est un peu tard acquitter ma parole ; [...]
Mots clefs :
Amour, Morphée, Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
EPITRE
A ÉGLÉ ,
Par Mademoiselle Loifean.
C'Eft un peu tard acquitter ma parole ;
Mais , Eglé , le tems qui s'envole
A paffé trop rapidement.
L'excufe doit te paroître frivole ;
Abrégeons donc le compliment.
• Ecoute le récit d'un fait intéreffant ;
C'eft de tes agrémens l'époque curieuſe :
Ceci n'eft point hiftoire fabuleuse ,
Charmante Eglé , l'autre jour je l'appris,
De l'aimable fils de Cipris.
Morphée avec l'Amour eut de tout tems querellé
,
L'Amour le redoutoit plus que les autres Dieux ;
Le tranquille fommeil s'emparant d'une belle ,
Voiloit le charme de ſes yeux.
C'en étoit fait de ſa puiſſance i
24 MERCURE DE FRANCE.
Il ne faut qu'an regard d'une jeune beauté
Pour furprendre la liberté
D'un coeur qui veut en vain s'armer d'indiffé
rence.
Par un coup d'oeil l'inconftant arrêté ,
Ne fent plus le poids de fa chaîne ,
Et le plaifir qui le rameine
S'offre à lui fous les traits de la variété.
L'enfant aîlé quitte Cithere ;
Guidé par fon courroux , il voudroit de la terre
Bannir Morphée & fa trifte langueur :
Mais aux mortels il eſt trop néceffaire ,
Un teint fleuri lui doit ſa plus vive couleur ;
C'est lui qui des appas conferve la fraîcheur.
Que faire ? Amour , jaloux de foutenir ſa gloire ,
Imagine un moyen d'être enfin le vainqueur.
Les pavots deformais vont hâter la victoire ,
Et ferviront à dompter plus d'un coeur.
Pour triompher des ames les plus fieres ,
A la beauté , ce Dieu donna longues paupieres .
Une belle pour lors dans les bras du fommeil
Parut avoir de nouveaux charmes .
Ses attraits pour l'Amour font de nouvelles armes,
Et rendent plus touchant le moment du réveil.
L'aftre du jour à travers un feuillage ,
Fait briller fes rayons , mais leurs feux font plus
doux:
De deux beaux yeux il nous offre l'image :
Les paupieres font cet ombrage
Qui
JUILLET. 1755. 25
Qui rend certain le fuccès de leurs coups ,
Le regard s'attendrit & bleſſe davantage.
Depuis cette victoire , Amour n'a plus d'égal .
C'est ainsi que fon art triompha de Morphée ;
Il goûte le plaifir de foumettre un rival ,
Et fes pavots lui fervent de trophée.
Si de la fiction , permife dans les vers ,
Quelqu'un croît ici que j'abufe ;
Je puis convaincre l'univers ,
Eglé juſtifiera les tranfports de ma`muſe.
En la voyant , d'un Dieu l'on reffent tous les
traits.
Oui , belle Eglé , tes féduifans attraits ,
Jufques dans le fommeil confervent leur puiffance.
De fes douceurs jouis en affurance ,
L'Amour qui s'eft fixé pour jamais fous ta loi ,
Lorfque tu dors veille pour toi.
A ÉGLÉ ,
Par Mademoiselle Loifean.
C'Eft un peu tard acquitter ma parole ;
Mais , Eglé , le tems qui s'envole
A paffé trop rapidement.
L'excufe doit te paroître frivole ;
Abrégeons donc le compliment.
• Ecoute le récit d'un fait intéreffant ;
C'eft de tes agrémens l'époque curieuſe :
Ceci n'eft point hiftoire fabuleuse ,
Charmante Eglé , l'autre jour je l'appris,
De l'aimable fils de Cipris.
Morphée avec l'Amour eut de tout tems querellé
,
L'Amour le redoutoit plus que les autres Dieux ;
Le tranquille fommeil s'emparant d'une belle ,
Voiloit le charme de ſes yeux.
C'en étoit fait de ſa puiſſance i
24 MERCURE DE FRANCE.
Il ne faut qu'an regard d'une jeune beauté
Pour furprendre la liberté
D'un coeur qui veut en vain s'armer d'indiffé
rence.
Par un coup d'oeil l'inconftant arrêté ,
Ne fent plus le poids de fa chaîne ,
Et le plaifir qui le rameine
S'offre à lui fous les traits de la variété.
L'enfant aîlé quitte Cithere ;
Guidé par fon courroux , il voudroit de la terre
Bannir Morphée & fa trifte langueur :
Mais aux mortels il eſt trop néceffaire ,
Un teint fleuri lui doit ſa plus vive couleur ;
C'est lui qui des appas conferve la fraîcheur.
Que faire ? Amour , jaloux de foutenir ſa gloire ,
Imagine un moyen d'être enfin le vainqueur.
Les pavots deformais vont hâter la victoire ,
Et ferviront à dompter plus d'un coeur.
Pour triompher des ames les plus fieres ,
A la beauté , ce Dieu donna longues paupieres .
Une belle pour lors dans les bras du fommeil
Parut avoir de nouveaux charmes .
Ses attraits pour l'Amour font de nouvelles armes,
Et rendent plus touchant le moment du réveil.
L'aftre du jour à travers un feuillage ,
Fait briller fes rayons , mais leurs feux font plus
doux:
De deux beaux yeux il nous offre l'image :
Les paupieres font cet ombrage
Qui
JUILLET. 1755. 25
Qui rend certain le fuccès de leurs coups ,
Le regard s'attendrit & bleſſe davantage.
Depuis cette victoire , Amour n'a plus d'égal .
C'est ainsi que fon art triompha de Morphée ;
Il goûte le plaifir de foumettre un rival ,
Et fes pavots lui fervent de trophée.
Si de la fiction , permife dans les vers ,
Quelqu'un croît ici que j'abufe ;
Je puis convaincre l'univers ,
Eglé juſtifiera les tranfports de ma`muſe.
En la voyant , d'un Dieu l'on reffent tous les
traits.
Oui , belle Eglé , tes féduifans attraits ,
Jufques dans le fommeil confervent leur puiffance.
De fes douceurs jouis en affurance ,
L'Amour qui s'eft fixé pour jamais fous ta loi ,
Lorfque tu dors veille pour toi.
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Résumé : EPITRE A ÉGLÉ, Par Mademoiselle Loiseau.
Mademoiselle Loifean adresse une épître à Églé pour s'excuser de son retard. Elle relate une histoire mythologique où l'Amour et Morphée, le sommeil, sont rivaux. L'Amour craint que Morphée ne prenne le contrôle des belles en les endormant, affaiblissant ainsi son pouvoir. Pour contrer cela, l'Amour utilise les pavots afin que les beautés endormies soient encore plus attirantes au réveil, renforçant ainsi son emprise. Cette fiction est justifiée par la beauté d'Églé, qui conserve toute sa puissance même endormie. L'Amour veille constamment sur elle, même pendant son sommeil.
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116
p. 46-47
Epître à M. de Voltaire.
Début :
Je viens offrir au Temple de mémoire, [...]
Mots clefs :
Voltaire, Goût, Théâtre français
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texteReconnaissance textuelle : Epître à M. de Voltaire.
Epitre à M. de Voltaire.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
E viens offrir au Temple de mémoire ,
Le doux parfum d'un pur encens ;
C'eſt dans les coeurs reconnoiffans ,
Voltaire , qu'à jamais on lira ton hiftoire ,
Pour moi , je dis ce que je fens .
Je dois à tes écrits le beau feu qui m’anime ;
Dans l'élégance de tes vers
J'adore le dieu de la rime
L'Apollon de cet univers.
•
Ta voix chanta les dieux , les héros & les belles ;
Le théâtre françois te doit fes plus beaux jours ,
Jamais les doctes foeurs ne te furent cruelles ,
Tes mains ont décoré le palais des amours.
Que de lauriers ont couronné ta tête !
Que de talens te font chérir !
Je vois déja dans l'avenir
Le jour marqué pour célébrer ta fête.
AOUST. 1755. 47
Pies d'Homere & Pindare au haut de l'Helicon ,
A côté de Virgile , & d'Ovide , & d'Horace ,
Le dieu du Goût retient ta place
Entre le grand Corneille & le divin Newton.
Pourfuis longtems , pourfuîs tes hautes deſtinées ;'
Les dieux te conduiront à l'âge de Neftor :
Ils te doivent autant d'années
Qu'il parut de beaux jours dans l'heureux fiecle
d'or.
Par M. Dalais de Valogne.
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Résumé : Epître à M. de Voltaire.
L'épître rend hommage à Voltaire, célébrant son œuvre et son influence. L'auteur exprime sa gratitude pour les écrits de Voltaire, qui l'ont inspiré et animé. Il admire l'élégance des vers de Voltaire et le considère comme un maître de la rime, comparable à Apollon. Voltaire est loué pour avoir chanté les dieux, les héros et les belles, et pour avoir contribué aux beaux jours du théâtre français. Ses talents lui ont valu de nombreux lauriers et l'admiration des doctes cœurs. L'auteur prévoit un avenir où Voltaire sera célébré et voit sa place parmi les grands poètes et penseurs, tels Homère, Pindare, Virgile, Ovide, Horace, Corneille et Newton. Il souhaite à Voltaire une longue vie, comparable à celle de Nestor, et espère qu'il continuera à atteindre de grandes destinées. Le texte est daté d'août 1755 et signé par M. Dalais de Valogne.
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117
p. 83-88
EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
Début :
O Maison d'Aristippe ! ô jardins d'Epicure ! [...]
Mots clefs :
Lac de Genève, Liberté, Genève, Peuple, Champs, Monts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
EPITRE
DE M. DE V ***.
En arrivant dans fa Terre près du Lac de
Geneve , en Mars 1755 .
O
Maifon d'Ariftippe ! ô jardins d'Epicure !
Vous qui me préſentez dans vos enclos divers ,
Ce qui fouvent manque à mes vers ,
Le mérite de l'art foumis à la nature.
Empire de Pomone & de Flore fâ foeur ,
Recevez votre poffeffeur ?
Qu'il foit ainfi que vous folitaire & tranquille.
Je ne me vante point d'avoir en cet azile
*
Rencontré le parfait bonheur ;
Il n'eſt point retiré dans le fonds d'un bocage ;
Il eft encor moins chez les Rois ;
Il n'eft pas même chez le fage :
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
Il faut y renoncer : mais on peut quelquefois
Embraffer au moins fon image.
Que tout plaît en ces lieux à mes fens étonnés !
D'un tranquile Océan ( a) l'eau pure & transparente
Baigne les bords fleuris de ces champs fortunés ;
D'innombrables côtaux ces champs font couronnés
;
(a) Le lac de Geneve.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Bacchus les embellit : leur infenfible pente
Vous conduit par dégrez à ces monts fourcilleux (6)
Qui preffent les Enfers , & qui fendent les Cieux.
Le voilà ce Théâtre & de neige & de gloire ,
Eternel boulevard qui n'a point garenti
Des Lombards le beau territoire .
Voilà ces monts affreux célébrés dans l'hiſtoire ,
Ces monts qu'ont traversé par un vol fi hardi
Les Charles , les Ottons , Catinat & Conti
Sur les aîles de la victoire.
Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux ,
Kipaille je te vois ; O ! bizarre Amedée ! (c )
De quel caprice ambitieux
Ton ame eft elle poffédée ?
Duc ,hermite , & voluptueux ,.
Ah ! pourquoi t'échapper de la douce carriere
Comment as- tu quitté ces bords délicieux ,
Ta cellule & ton vin , ta maîtreffe & tes jeux
Four aller difputer la barque de Saint Pierre ?
Dieux facrés du repos je n'en ferois pas tant ,
Et malgré les deux clefs dont la vertu nous frappe,
Si j'étois ainfi pénitent
Je ne voudrois point être Pape.
Que le chantre flatteur du Tiran des Romains
L'auteur harmonieux des douces géorgiques ,
(b) Les Alpes.
3
(c ) Le premier Duc de Savoye , Amédée , Pape
on Anti-Papeſous le nom de Felix
A O UST . 85 1755
Ne vante plus ces Lacs & leurs bords magnifiques ,
Ces Lacs que la Nature a creufés de fes mains
Dans les Campagnes italiques.
Mon Lac eft le premier. C'eft fur fes bords heu
reux
Qu'habite des humains la Déeffe éternelle ,
L'ame des grands travaux , l'objet des nobles voeux ,
Que tout mortel embraffe , ou defire , ou rappelle ,
Qui vit dans tous les coeurs , & dont le nom facré
Dans les cours des Tirans eft tout bas adoré ,
La Liberté. J'ai vu cette Déeffe altiere ,
Avec égalité répandant tous les biens ,
Defcendre de Morat en habit de guerriere ,
Les mains teintes du fang des fiers Autrichiens ,
Et de Charles le téméraire.
Devant elle on portoit ces piques & ces dards ,
On traînoit ces canons ces échelles fatales
Qu'elle - même brifa , quand fes mains triomphales.
De Genêve en danger deffendoient les remparts.
Un Peuple entier la fuit . Sa naïve allégreffe
Fait à tout l'Apennin répéter fes clameurs ;
Leurs fronts font couronnés de ces fleurs que la
Grece:
Aux champs de Marathon prodiguoit aux vainqueurs,
C'eſt-là leur Diadême ; ils en font plus de compte.
Que d'un cercle à fleurons de Marquis & de Comte,
Et de larges Mortiers à grands bords abattus ,
$ 6 MERCURE DE FRANCE.
Et de ces Mitres d'or aux deux fommets pointus.
On ne voit point ici la grandeur infultante
Portant de l'épaule au côté
Un ruban que la vanité
A tiffu de fa main brillante :
Ni la fortune infolente
Repouffant avec fierté
La priere humble & tremblante
De la trifte pauvreté.
On ne mépriſe point les travaux néceffaires :
Les états font égaux , & les hommes font freres
Liberté liberté ! ton trône eft dans ces lieux.
Rome depuis Brutus ne t'a jamais revûe .
Chez vingt peuples polis à peine es- tu connue.
Le Sarmate à cheval t'embraffe avec fureur ;
Mais le bourgeois à pied rampant dans l'eſclavage,
Te regarde , foupire & meurt dans la douleur.
L'Anglois pour te garder fignala fon courage ;
Mais on prétend qu'à Londre on te vend quelquefois.
Non , je ne le crois point ; ce peuple fier & fage
Te paya de fon fang , & foutiendra tes droits.
Aux marais du Batave on dit que tu chanceles ;
Tu peux te raffurer : la race des Naffaux ,
Qui dreffa fept autels ( d) à tes loix immortelles ,
Maintiendra de fes mains fideles ,
Et tes honneurs & tes faifceaux.
(d) L'union des fept Provinces.
AOUST. 1755. 87
Venife te conferve , & Genes t'a repriſe.
Tout à côté du trône à Stockholm on t’a miſe ;
Un fibeau voisinage eft fouvent dangereux.
Préfide à tout état où la Loi t'autorife ,
Et reftes-y fi tu le peux.
Ne va plus fous le nom & de Ligue & de Fronde ,
Protectrice funefte , en nouveautés féconde ,
Troubler les jours brillans d'un Peuple de vainqueurs
Gouverné par les loix , plus encore par les moeurs :
Il chérit la grandeur fuprême .
Qu'a-t-il befoin de tes faveurs
Quand fon joug eft fi doux qu'on le prend pour
toi-même ?
Dans le vafte Orient ton fort n'eft pas fi beau.
Aux murs de Conftantin tremblante conſternée ,
Sous les pieds d'un Vifir tu languis enchaînée
Entre le fabre & le cordeau.
Chez tous les Lévantins tu perdis ton chapeau .
Que celui du grand Tell ( e) orne en ces lieux ta
tête.
Defcends dans mes foyers en tes beaux jours de fête;
Viens m'y faire un deftin nouveau.
Embellis ma retraite où l'amitié t'appelle :
Sur de fimples gazons viens t'affeoir avec elle :
Elle fuit comme toi les vanités des Cours ,
Les cabales du monde & fon regne frivole.
O mes Divinités vous êtes mon recours ,
(e) L'Auteur de la liberté Helvétique .
88 MERCURE DE FRANCE.
L'une éleve mon ame & l'autre la confole ,
Préfidez à mes derniers jours
DE M. DE V ***.
En arrivant dans fa Terre près du Lac de
Geneve , en Mars 1755 .
O
Maifon d'Ariftippe ! ô jardins d'Epicure !
Vous qui me préſentez dans vos enclos divers ,
Ce qui fouvent manque à mes vers ,
Le mérite de l'art foumis à la nature.
Empire de Pomone & de Flore fâ foeur ,
Recevez votre poffeffeur ?
Qu'il foit ainfi que vous folitaire & tranquille.
Je ne me vante point d'avoir en cet azile
*
Rencontré le parfait bonheur ;
Il n'eſt point retiré dans le fonds d'un bocage ;
Il eft encor moins chez les Rois ;
Il n'eft pas même chez le fage :
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
Il faut y renoncer : mais on peut quelquefois
Embraffer au moins fon image.
Que tout plaît en ces lieux à mes fens étonnés !
D'un tranquile Océan ( a) l'eau pure & transparente
Baigne les bords fleuris de ces champs fortunés ;
D'innombrables côtaux ces champs font couronnés
;
(a) Le lac de Geneve.
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Bacchus les embellit : leur infenfible pente
Vous conduit par dégrez à ces monts fourcilleux (6)
Qui preffent les Enfers , & qui fendent les Cieux.
Le voilà ce Théâtre & de neige & de gloire ,
Eternel boulevard qui n'a point garenti
Des Lombards le beau territoire .
Voilà ces monts affreux célébrés dans l'hiſtoire ,
Ces monts qu'ont traversé par un vol fi hardi
Les Charles , les Ottons , Catinat & Conti
Sur les aîles de la victoire.
Au bord de cette mer où s'égarent mes yeux ,
Kipaille je te vois ; O ! bizarre Amedée ! (c )
De quel caprice ambitieux
Ton ame eft elle poffédée ?
Duc ,hermite , & voluptueux ,.
Ah ! pourquoi t'échapper de la douce carriere
Comment as- tu quitté ces bords délicieux ,
Ta cellule & ton vin , ta maîtreffe & tes jeux
Four aller difputer la barque de Saint Pierre ?
Dieux facrés du repos je n'en ferois pas tant ,
Et malgré les deux clefs dont la vertu nous frappe,
Si j'étois ainfi pénitent
Je ne voudrois point être Pape.
Que le chantre flatteur du Tiran des Romains
L'auteur harmonieux des douces géorgiques ,
(b) Les Alpes.
3
(c ) Le premier Duc de Savoye , Amédée , Pape
on Anti-Papeſous le nom de Felix
A O UST . 85 1755
Ne vante plus ces Lacs & leurs bords magnifiques ,
Ces Lacs que la Nature a creufés de fes mains
Dans les Campagnes italiques.
Mon Lac eft le premier. C'eft fur fes bords heu
reux
Qu'habite des humains la Déeffe éternelle ,
L'ame des grands travaux , l'objet des nobles voeux ,
Que tout mortel embraffe , ou defire , ou rappelle ,
Qui vit dans tous les coeurs , & dont le nom facré
Dans les cours des Tirans eft tout bas adoré ,
La Liberté. J'ai vu cette Déeffe altiere ,
Avec égalité répandant tous les biens ,
Defcendre de Morat en habit de guerriere ,
Les mains teintes du fang des fiers Autrichiens ,
Et de Charles le téméraire.
Devant elle on portoit ces piques & ces dards ,
On traînoit ces canons ces échelles fatales
Qu'elle - même brifa , quand fes mains triomphales.
De Genêve en danger deffendoient les remparts.
Un Peuple entier la fuit . Sa naïve allégreffe
Fait à tout l'Apennin répéter fes clameurs ;
Leurs fronts font couronnés de ces fleurs que la
Grece:
Aux champs de Marathon prodiguoit aux vainqueurs,
C'eſt-là leur Diadême ; ils en font plus de compte.
Que d'un cercle à fleurons de Marquis & de Comte,
Et de larges Mortiers à grands bords abattus ,
$ 6 MERCURE DE FRANCE.
Et de ces Mitres d'or aux deux fommets pointus.
On ne voit point ici la grandeur infultante
Portant de l'épaule au côté
Un ruban que la vanité
A tiffu de fa main brillante :
Ni la fortune infolente
Repouffant avec fierté
La priere humble & tremblante
De la trifte pauvreté.
On ne mépriſe point les travaux néceffaires :
Les états font égaux , & les hommes font freres
Liberté liberté ! ton trône eft dans ces lieux.
Rome depuis Brutus ne t'a jamais revûe .
Chez vingt peuples polis à peine es- tu connue.
Le Sarmate à cheval t'embraffe avec fureur ;
Mais le bourgeois à pied rampant dans l'eſclavage,
Te regarde , foupire & meurt dans la douleur.
L'Anglois pour te garder fignala fon courage ;
Mais on prétend qu'à Londre on te vend quelquefois.
Non , je ne le crois point ; ce peuple fier & fage
Te paya de fon fang , & foutiendra tes droits.
Aux marais du Batave on dit que tu chanceles ;
Tu peux te raffurer : la race des Naffaux ,
Qui dreffa fept autels ( d) à tes loix immortelles ,
Maintiendra de fes mains fideles ,
Et tes honneurs & tes faifceaux.
(d) L'union des fept Provinces.
AOUST. 1755. 87
Venife te conferve , & Genes t'a repriſe.
Tout à côté du trône à Stockholm on t’a miſe ;
Un fibeau voisinage eft fouvent dangereux.
Préfide à tout état où la Loi t'autorife ,
Et reftes-y fi tu le peux.
Ne va plus fous le nom & de Ligue & de Fronde ,
Protectrice funefte , en nouveautés féconde ,
Troubler les jours brillans d'un Peuple de vainqueurs
Gouverné par les loix , plus encore par les moeurs :
Il chérit la grandeur fuprême .
Qu'a-t-il befoin de tes faveurs
Quand fon joug eft fi doux qu'on le prend pour
toi-même ?
Dans le vafte Orient ton fort n'eft pas fi beau.
Aux murs de Conftantin tremblante conſternée ,
Sous les pieds d'un Vifir tu languis enchaînée
Entre le fabre & le cordeau.
Chez tous les Lévantins tu perdis ton chapeau .
Que celui du grand Tell ( e) orne en ces lieux ta
tête.
Defcends dans mes foyers en tes beaux jours de fête;
Viens m'y faire un deftin nouveau.
Embellis ma retraite où l'amitié t'appelle :
Sur de fimples gazons viens t'affeoir avec elle :
Elle fuit comme toi les vanités des Cours ,
Les cabales du monde & fon regne frivole.
O mes Divinités vous êtes mon recours ,
(e) L'Auteur de la liberté Helvétique .
88 MERCURE DE FRANCE.
L'une éleve mon ame & l'autre la confole ,
Préfidez à mes derniers jours
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Résumé : EPITRE DE M. DE V***. En arrivant dans sa Terre près du Lac de Geneve, en Mars 1755.
L'épître de M. de V*** relate son arrivée près du lac de Genève en mars 1755. L'auteur exprime son admiration pour les jardins et la nature environnante, qu'il compare à un refuge tranquille. Bien qu'il n'y ait pas trouvé le bonheur parfait, il apprécie la beauté des lieux. Le lac de Genève est décrit comme un océan tranquille, entouré de coteaux et de montagnes majestueuses, telles que les Alpes, traversées par des figures historiques comme Charles, Otton, Catinat et Conti. L'auteur mentionne également le premier duc de Savoie, Amédée, qui devint pape sous le nom de Félix V. Il critique la soif de pouvoir d'Amédée, préférant la tranquillité et la liberté. Il affirme que la beauté du lac de Genève surpasse celle des lacs italiens. Il célèbre la Liberté, personnifiée comme une déesse, qui a défendu Genève et d'autres peuples contre l'oppression. La Liberté est décrite comme étant adorée en secret dans les cours des tyrans, mais méprisée par ceux qui sont esclaves de la pauvreté. L'auteur admire les peuples qui défendent la Liberté, tels que les Anglais, les Néerlandais et les Suisses. Il exprime son espoir que la Liberté soit préservée et respectée, même dans les lieux où elle est menacée. Il conclut en invoquant la Liberté et l'Amitié comme ses divinités protectrices, souhaitant qu'elles embellissent sa retraite et le consolent dans ses derniers jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 37-41
EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
Début :
Toujours fondé sur votre complaisance, [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Choix des livres, Littérature, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
EPITRE
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
A Mr F *** Docteur en Médecine , &
amateur de la Littérature , fur le choix
des livres.
Toujours fondé fur votre complaifance ,
Dont jufqu'ici j'ai fait l'expérience ,
Puis-je , Docteur , par ce nouveau placet ,
Frapper encore à votre cabinet ?
Temple des arts , facré dépofitaire
De la ſcience & du goût littéraire ,
J'y viens cueillir , ( vous me l'avez permis )
Le peu de fleurs dont j'orne mes écrits :
En vain croirois-je , allant à d'autres fources ,
Me procurer de meilleures reffources .
Par-tout ailleurs que trouve un curieux ?
Tout eft obfcène , ou tout eft ennuyeux.
Pour le prouver vous faut- il des exemples ?
J'ouvre à vos yeux deux ou trois de ces temples.
Voyez Damon , ce brillant Adonis ,
Damon vanté parmi nos Erudits ,
Qui joint , dit-on , aux traits de la figure
Ceux d'un génie orné par la culture :
J'entens par tout préconifer fon nom ,
Les belles font les hérauts de Damon :
On le defire ; il va dans les ruelles ,
Toujours porteur d'égayantes nouvelles ,
38 MERCURE DE FRANCE.
Faire briller fes graces , fon efprit ;
C'eſt un oracle : Eh ! d'où vient ? » c'eſt qu'il lit ;
» Me répond-on , il faut voir les volumes ,
» Tous fruits récens des plus fçavantes plumes ,
» Dont il s'est fait un riche magazin
» Rien de plus beau , c'eft de l'exquis , du fin.
Moi qu'on verroit voler juſqu'à la Mecque
Si j'y fçavois une bibliothéque .
Sur ce rapport qui flate mon eſpoir
Je cours chez lui , je m'empreffe à le voir.
Beau maroquin & brillantes dorures ,
Beau caractere , ô les charmans augures !
Oui , le dedans doit répondre au-dehors ,
J'ouvre... que vois - je ? .... & quels font ces tréfors
?
Al.... , les lettres portugaifes ,
D ... S *** & mille autres fadaifes :
Lubrique amas des plus honteux recucils ,
De la pudeur , redoutables écueils ,
Damon , tranquille au milieu d'eux , le joue ,
Et puife là ces beaux talens qu'on loue ,
Ses complimens , fes contes , fes bons mots.
Quel répertoire ! Amathonte , Paphos ,
Etes-vous donc l'école favorite ,
Où de nos jours s'acquiert le vrai mérite ?
Un laid Satyre , un Priape laſcif ,
Dignes objets d'un regard peu craintif,
Te font , Damon , admirer leurs grimaces ,
Et tu profcris les Muſes & les Graces ,
SEPTEMBRE. 1755. 39
Comme beautés indignes de ton foin.
Moi , je les cherche ....Adieu , voyons plus loin
Si plus heureux enfin je les découvre.
Ici , Docteur , un fecond temple s'ouvre
Eraſte habite en ces paifibles lieux ;
C'eft de Thémis un Prêtre ſtudieux ;
Que des neuf foeurs on croit auffi l'éleve ,
Si le palais , par quelque courte treve ,
Sufpend par fois fes travaux journaliers ,
Des lys qu'il quitte il va fous les lauriers ,
Près d'Apollon paffer de doux quarts-d'heure .
Je pourrai donc .... quel vain eſpoir me leurre !
Rongés des vers , mille auteurs découfus ,
Sont pêle- mêle en ces lieux étendus.
Que m'offrent-ils ? d'infipides matieres ,
C'eſt du barreau les antiques lumieres ,
Un froid Bertaud , un énorme Cujas.
O ciel ! où donc ai-je adreffé mes pas ?
Je pourfuivois Minerve en ces retraites ;
Qu'y rencontrai- je ? un hydre à mille têtes.
Des ais poudreux foutiennent fes noirs flancs ,
Et la chicane occupe tous les
rangs.
Ses louches yeux fatiguent ma paupiere ,
Elle mugit , je recule en arriere ,
Et curieux de plus rares tréſors ,
Je vais ailleurs tenter d'autres efforts.
La fcene encore , Docteur , change de face:
de grace .... Entrons ici , fuivez mes pas ,
40 MERCURE DE FRANCE.
Où vous conduis - je ? .... où vais - je ... Nons
voilà.
Précipités de Carybde en Scylla ,
Philinte y loge : hériffé philoſophe ,
Fort fur l'ergo , jugez de quelle étoffe
Sont les recueils qui tombent fous mes mains.
C'eft Epicure , & ſes atômes vains ;
C'eft Ariftote avec le fillogifme ,
Je prens la fuite à l'aſpect du ſophiſme ;
Et je crains trop , éleve de Clio ,
D'être écrasé fous un in-folio.
Epris d'amour pour la littérature ,
J'en viens chercher chez vous la fource
Ainfi l'abeille aux ftériles vallons ,
Ne rencontrant que ronces & chardons ,
Pour fon goût fin toutes plantes ameres ,
Prend fon effor vers ces rians pafterres.
Beaux lieux où Flore , étalant fes appas ,
Offre à fon choix des fucs plus délicats .
Ces belles fleurs que l'abeille cajole ,
De vos trésors , ami , font le ſymbole.
L'hiftorien avec le traducteur ;
Là le poëte , & plus loin l'orateur
Compofent tous , arrangés dans leur cafe
Un helicon dont le goût eft la bafe.
Y briguez-vous une place ayez foin
Que vos effais foient marqués à ce coin.
Nouveaux auteurs , dont la race pullule.
Plus des écrits le nombre s'accumule ;
V
pure.
SEPTEMBRE. 1755 45
Et plus auffi dans ce fatras fufpect ,
L'homme lettré fur le choix circonfpect ,
Pefe , compare , examine & difcerne
L'or ancien de ce clinquant moderne ,
Qui féduit l'oeil fans éclairer l'efprit ,
Et que la mode a mis feule en crédit .
Qu'à votre goút tous les goûts foient conformes ,
Bientôt , Docteur , que d'heureufes réformes !
Que de Romans à l'oubli condamnés !
Que d'avortons , que de nains détrônés !
Nains aujourd'hui qui vont fur les toilettes ,
Dans les bureaux , jufqu'aux faintes retraites ,
Effrontément étaler leur orgueil ,
Que favoriſe un général accueil.
Mais puiſqu'en vain à ce torrent rapide
La raiſon veut oppoſer fon Egide ,
Sans déformais chercher à l'affoiblir ,
Bornons nos foins à nous en garantir.
Par M. Li. de Limoges .
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Résumé : EPITRE A Mr F *** Docteur en Médecine, & amateur de la Littérature, sur le choix des livres.
L'épître est adressée à un docteur en médecine et amateur de littérature, sollicitant son aide pour choisir des livres. L'auteur exprime sa gratitude pour la complaisance passée du docteur et justifie sa demande par la difficulté de trouver des œuvres de qualité. Il critique les bibliothèques de deux érudits, Damon et Eraste. Damon, bien que réputé, possède des ouvrages obscènes et de mauvaise qualité. Eraste, un juriste, a des livres anciens et ennuyeux. L'auteur rencontre également des philosophes comme Philinte, dont les recueils sont trop techniques. Il souligne l'importance de la sélection rigoureuse des livres, distinguant les œuvres de valeur des productions modernes et superficielles. L'auteur espère que le docteur l'aidera à trouver des œuvres littéraires de qualité, comparables aux fleurs délicates que l'abeille recherche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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119
p. 66-68
A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
Début :
C'en est donc fait, tu pars, Médecin renommé, [...]
Mots clefs :
Marie-Anne de Saxe, Princesse, Chevalier, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
A M. Chevalier , premier Médecin de fon
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
Alteffe royale Marie Anne Princeffe de
Saxe , Electrice de Baviere.
EPIT RE
C'En eft donc fait , tu pars , Médecin renommé
,
Toi , que ton feul génie & l'étude ont formé.
Célébre Chevalier , une augufte Princeffe ,
A qui le ciel fit part de ſa haute ſageffe ;
Eprife des talens qu'on voit briller en toi ,
Te ravit aux François , t'appelle près de ſoi .
SEPTEMBRE. 1755. 67
Cours , vole , va fervir cette Princeffe aimable ;
Pour toi fut-il jamais un fort plus defirable ?
Toute jeune qu'elle eft , dans la fleur de ſes ans ,
C'eſt la mere & l'appui des arts & des talens.
Les graces , la beauté font un autre appanage ,
Qu'avec elle en fa cour nulle autre ne partage.
Que de preffans motifs , ô docte Chevalier ,
Pour déployer ici ton fçavoir tout entier !
Mais que dis- je le ciel jaloux de fon ouvrage ,
Sans doute empêchera que le tems ne l'outrage ;
Confervera fes traits , fa fanté , fa fraîcheur.
J'en fais des voeux aux ciel pour elle dans mon
coeur :
Alors tu ne feras que fpectateur ftérile .
Heureux d'être à ce prix ferviteur inutile !
Le pauvre , j'en conviens
, loin de toi fouffrira
,
Et peut-être en fes maux fans fecours périra :
Mais fi la charité , eette vertu féconde ,
Ne fe borne ici - bas qu'aux limites du monde ,
Qu'importe , que ce foit für le pauvre François
Que tombent tes fecours , ou fur le Bavarois.
Le ciel t'ayant donné d'abord l'un pour partage ,
Par de brillans liens avec l'autre t'engage .
Ces peuples fi divers de langage & de lieu ,
* M.Chevalier eft dans l'ufage depuis vingt ans,
de fecourir chaque jour un très - grand nombre de
pauvres dans leur mifere , & de partager fa fortune
avec eux , en leur donnant par charité les remedes
convenables à leurs maux.
68 MERCURE DE FRANCE
Appartiennent tous deux également à Dieu.
Il récompenfera d'une égale couronne
Quiconque de bon coeur à l'un ou l'autre dong
Le Prince & la Princeſſe à qui tu vas donner
Tes talens & tes jours , loin de te condamner
Louront , enflammeront par leur exemple même
Ce penchant que tu tiens de la bonté fuprême.
Vole donc , & que rien n'arrête ici tes pas ,
Mais fouviens- toi de nous en quittant nos climats
Par M. Jouin , Bourgeois de Paris.
L'Auteur m'ayant écrit que la Cour de
Baviere fouhaitoit que cette épitre parut
dans mon recueil , j'ai regardé ce defir
comme un ordre refpectable , & je l'ai
inférée fans l'examiner.
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Résumé : A M. Chevalier, premier Médecin de son Altesse royale Marie-Anne Princesse de Saxe, Electrice de Baviere. EPITRE
L'épître est adressée à M. Chevalier, premier médecin de la princesse Marie Anne de Saxe, Électrice de Bavière. Elle met en lumière les talents et le génie de M. Chevalier, convoqué par la princesse pour ses compétences médicales. La princesse est décrite comme jeune, gracieuse et belle, ainsi qu'une protectrice des arts et des talents. L'auteur souhaite que la santé de la princesse soit préservée et espère que M. Chevalier pourra pleinement utiliser ses connaissances. Il reconnaît également que M. Chevalier a aidé de nombreux pauvres pendant vingt ans en leur fournissant des remèdes. L'épître encourage M. Chevalier à partir pour la Bavière, tout en se souvenant de ceux qu'il laisse derrière lui. La cour de Bavière a demandé que cette épître soit publiée dans un recueil.
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120
p. 5-7
EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
Début :
PRINCE, dont la grandeur sur la vertu se fonde, [...]
Mots clefs :
Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
EPITRE
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
Préfentée à M. le Prince de Soubife , par le
fieur Baratte , foldat au Régiment de Penthievre
Infanterie.
PRINCE, RINCE , dont la grandeur fur la vertu fe
fonde ,
Qui partage avec tant d'éclat
Pour être exact , il faudroit dire qui partages;
mais c'eft une licence permife à un poëtefoldat qui
verfifie militairement.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Les auguftes faveurs du plus grand Roi dumonde
:
Digne héros , pere du vrai foldat ,
Soubife , ta bonté m'anime & m'encourage.
J'ofe efperer que tes regards
Ne
dédaigneront pas l'hommage
D'un jeune nouriffon de Bellone & de Mars..
Je ne fuis pas une Mufe polie ,
Admife à la table des Dieux :
Et le Nectar & l'ambroifie
Sont des mets délicats inconnus à mes yeux ..
Je fuis une Mufe guerriere ,
Qui fe plait au milieu du tumulte & des cris ,
Et qui n'ofa jamais paroître à la lumiere ,
Crainte d'effuyer des mépris.
Ami fecret de Virgile & d'Horace ,
Avec eux je paffe mes jours ,
Sans prétendre arriver par de fâcheux détours
jufques au fommet du Parnaſſe.
Lorfque je fuis en faction
Sur la pointe triangulaire
D'un rédoutable baftion ,
Et mon fufil en bandoliere ,
Je me crois fur le double mont.
L'onde fale & marécageuſe ,
Qui remplit le foffé profond ,
Eft pour moi la fontaine heureuſe
Qui baigne le facré vallon.
Quand au Pégale qui me meine
OCTOBRE. 1755. 7.
Près de ce nouvel Hypocrene ,
Et fur ce Parnaſſe charmant :
C'eft un Caporal Allemand.
A tourner un fufil , briller à l'exercice ,
Marcher différens pas , tons au fon du tambour !
M'occuper la nuit & lejour
A bien m'acquitter da fervice ;
Préférer le bruit du canon
Aux fons harmonieux des enfans d'Apollon ,
L'odeur du foufré & du falpêtre
A celle des lauriers plantés fur l'Hélicon ;
Je l'avouerai , telle doit être
Ma plus chere occupation.
Ne crains donc pas qué d'un ftyle emphatique ;
Et le plus fouvent ennuyeux ,
J'aille d'un long panégyrique
Etourdir ton oreille ou fatiguer tes yeux.
Pour un Auteur le champ fans doute eft magnifique
;
Et je n'aurois qu'à répéter
Tout ce que dit la voix publique ;
Mais la raifon me force à m'arrêter.
L'honneur de parcourir cette noble carriere
Eft réservé pour de plus grands efprits ;
Je n'ofe paffer la barriere ,
Et crains de t'ennuyer par mes foibles écrits .
Cette entreprife eft digne de Voltaire .
Pour moi fans me charger d'un emploi fi hardi :
Te voir , t'admirer , & me taire ,
Voilà mon plus fage parti.
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Résumé : EPITRE Présentée à M. le Prince de Soubise, par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthievre Infanterie.
L'épître est adressée au Prince de Soubise par le sieur Baratte, soldat au Régiment de Penthièvre Infanterie. Baratte s'excuse pour les libertés poétiques prises et exprime son admiration pour le prince, qu'il considère comme un héros et un père des soldats. Il se décrit comme une muse guerrière, éloignée des muses classiques. Baratte avoue être un ami secret de Virgile et d'Horace, mais ne cherche pas à atteindre le sommet du Parnasse. Lors de ses factions, il trouve inspiration dans des éléments militaires plutôt que dans des sources poétiques classiques. Il préfère l'exercice militaire et le bruit du canon aux sons harmonieux des enfants d'Apollon. Baratte craint d'ennuyer le prince avec un style emphatique et ennuyeux et reconnaît que l'honneur de décrire la carrière du prince est réservé à des esprits plus grands, comme Voltaire. Il choisit donc de se taire et de simplement admirer le prince.
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121
p. 31-33
EPITRE A M. B. par M. M....
Début :
Ne nous étonnez point, ô ma chere Lesbie, [...]
Mots clefs :
Coeur, Image, Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. B. par M. M....
EPITRE
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
A M. B. par M. M……..
E vous étonnez point , ê ma chere Leſbie ,
Si vous voir , vous aimer , vous confacrer ma vie ,
N'ont été pour moi qu'un moment.
J'adorois votre image avant de vous connoître ,
...Et l'étoile qui m'a vû naître
Me deſtinoit à vivre , à mourir votre amant.
Le coeur avant d'aimer , fe fait une chimere
Qu'il compofe des plus beaux traits.
Chacun , fuivant fon caractere ,
Lui donne des talens , des graces , des attraits.
Une Agnès , une Armide , héroïne , ou bergere ,
Voluptueuse & tendre , ou bien vive & légere ,
Elle est tout ce qu'on veut le coeur n'a qu'à
choifir ;
L'imagination peint d'après le defir.
Après avoir formé cette adorable image ,
B iv
32 MERCURE DE FRANCE.
Nouveau Pigmalion charmé de fon ouvrage ,
On demande à l'Amour qu'il la daigne animer.
Si quelque beauté lui reffemble ,
On s'arrête , on admire , on fe fent enflammer :
On fe flate qu'elle raſſemble
Tous les dons enchanteurs dont on s'eft peint
l'enſemble ;
De cette illufion frappé
On fe dit : la voilà , c'eſt elle.
Et puis à quelques traits on voit qu'on s'eft trompé
,
On change , on paroît infidele :
Mais non , du même objet toujours préoccupé
D'une image adorée on cherche le modele.
Dès qu'on le trouve on eft content ,
Le coeur le plus léger devient le plus conftant.
Je vous ai peint mon aventure ,
Leſbie , & c'eft ainſi que vous m'avez touché .
Mon coeur s'étoit fait la peinture
De tout ce que l'amour adoroit dans Pfiché.
Des graces la taille élégante
D'Hébé , l'éclat & la Fraîcheur ,
L'incarnat qui de Flore anime la blancheur ,
Du foûris de Venus , la volupté piquante ,
Le timide regard de la reine des bois.
Ajoutez à ces traits une touchante voix ,
Que rend plus douce encor cette bouche de roſe ,
Cette bouche où l'on voit mille amours voltiger ,
Comme le papillon léger
OCTOBRE. 1755 . 33
Sur une fleur à peine écloſe .
Animez ce tableau d'un efprit jufte & fûr ,
Brillant de l'éclat le plus pur ,
Auffi délicat que folide ,
Viffans étourderie , ingénieux fans fard ,
Que le beau feul émeut , que le vrai feul décide ,
Et dont le naturel eft au- deffus de l'art ,
Telle étoit ma chimere avant de vous connoître.
Amour la réalife , il s'eft fait un plaifir
D'aller en vous formant plus loin que mon defir ,
Et c'eft pour mon malheur peut- être.
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Résumé : EPITRE A M. B. par M. M....
L'épître est adressée à une femme nommée Lesbie par un homme identifié comme M. M. L'auteur explique que son amour pour Lesbie n'a pas été immédiat, mais qu'il l'adorait déjà avant de la connaître. Il décrit comment le cœur crée une image idéale de l'être aimé avant même de le rencontrer, personnalisée selon les désirs et les traits admirés. Cette image idéale est ensuite comparée aux personnes rencontrées, et l'amour se fixe sur celle qui s'en rapproche le plus. L'auteur raconte que son cœur avait formé une image parfaite inspirée par divers traits admirables : la grâce et l'élégance d'Hébé, la fraîcheur et l'éclat de Flore, la volupté de Vénus, le regard timide de la reine des bois, et une voix douce accompagnée d'une bouche rose. Cette chimère était complétée par un esprit juste, sûr, délicat et naturel. L'auteur révèle que Lesbie a incarné cette chimère, réalisant même au-delà de ses attentes, bien que cela puisse être source de malheur.
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122
p. 42-44
EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
Début :
La Fayette & Segrais, couple sublime & tendre, [...]
Mots clefs :
Comtesse, Dieu, Auteur, Dame
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
EPITRE DU MÊME
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
A Madame la Comteffe de Fontaines , auteur
d'un petit Roman intitulé : La Comteffe
de Savoye , imprimé en 1722 .
LA Fayette & Segrais , couple fublime & tendre
,
Le modele avant vous de nos galans écrits ,
Des champs éliziens fur les aîles des ris
Vinrent l'autre jour dans Paris.
D'où ne viendroit- on point , Sapho , pour vous
entendre ?
A vos genoux tous deux humiliés ,
Tous deux vaincus , & pourtant pleins de joie
OCTOBRE. 1755. 43
Ils mirent leur Zaide aux pieds
De la Comteffe de Savoye.
Ils avoient bien raiſon , quel Dieu , charmant
auteur ,
Quel Dieu vous a donné ce langage enchanteur ?
La force , la délicateffe ,
La fimplicité , la nobleſſe
Que Fenelon feul avoit joint ;
Ce naturel charmant dont l'art n'approche point ;
Sapho , qui ne croiroit que l'amour vous infpire a
Mais vous vous contentez de vanter fon empire.
Vous nous peignez Mendoce en feu ,
Et la vertueufe foibleſſe
De fa chancélante maîtreffe ,
Qui lui fait en fuyant un fi charmant aveu .
Ah! pouvez-vous donner ces leçons de tendreffe ,
Vous qui les pratiquez fi peu ?
C'eft ainfi que Marot fur fa lyre incrédule ,
Du Dieu qu'il méconnut , prouva la fainteté.
Vous avez pour l'amour auffi peu de fcrupule ,
Vous ne le ſervez point , & vous l'avez chanté.
Adieu , malgré mes épilogues ,
Puiffiez-vous pourtant tous les ans
Me lire deux ou trois romans ,
Et taxer quatre fynagogues.
La Dame à qui cette épitre eft adreffée ,
fe nommoit Marie - Louife - Charlotte de
Pelard de Givri , fille du Marquis de Gi44
MERCURE DE FRANCE
vri ,
Commandant de Metz , qui avoit
favorifé
l'établffement des Juifs dans cette
ville , ceux-ci lui firent par
reconnoiffance
une penfion confidérable , qui paſſa aux .
enfans , & dont jouiffent encore aujour- ,
d'hui fes petits enfans . L'un Chevalier de
Malte ; l'autre , veuve du Marquis de Fontanges
, Dame d'honneur de la Princeffe
de Conti . Cette Dame étoit alors veuve.
de Meflire Nicolas de Fontaines , Chevalier
, Seigneur d'Wniri , la Neuville - aux-
Bois , & Veron ,
Maréchal des camps &
armées du Roi , & ancien Mestre de camp
de Cavalerie , homme de la premiere dif
tinction . Elle eft morte le huit Septembre
1730 , âgée de foixante - dix ans . Elle a enrichi
la
République des Lettres de quelques
petits ouvrages ingénieux , en cachant
avec foin qu'elle en fût l'auteur.
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Résumé : EPITRE DU MÊME A Madame la Comtesse de Fontaines, auteur d'un petit Roman intitulé : La Comtesse de Savoye, imprimé en 1722.
L'épître est adressée à Madame la Comtesse de Fontaines, auteure du roman 'La Comtesse de Savoye' publié en 1722. L'auteur de l'épître loue le couple Lafayette et Segrais et compare les qualités littéraires de la Comtesse de Fontaines à celles de Fénelon, soulignant sa force, sa délicatesse, sa simplicité et sa noblesse. Il admire également son naturel et son talent pour décrire l'amour et la tendresse. La Comtesse de Fontaines, de son nom complet Marie-Louise-Charlotte de Pelard de Givri, était la fille du Marquis de Givri, commandant de Metz, qui avait favorisé l'établissement des Juifs dans cette ville. En reconnaissance, les Juifs lui avaient octroyé une pension considérable, transmise à ses enfants. L'un de ses fils était Chevalier de Malte, et l'autre était le veuf du Marquis de Fontanges, Dame d'honneur de la Princesse de Conti. La Comtesse était veuve de Monsieur Nicolas de Fontaines, Chevalier et Seigneur de plusieurs domaines, Maréchal des camps et armées du Roi, et ancien Mestre de camp de Cavalerie. Elle est décédée le 8 septembre 1730 à l'âge de soixante-dix ans. Elle a enrichi la République des Lettres de plusieurs petits ouvrages ingénieux, tout en restant anonyme.
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123
p. 54-57
EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
Début :
PAR votre ordre, illustre Prélat, [...]
Mots clefs :
Évêque, Boisson, Pension, Chêne, Lierre
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
EPITRE
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
A M. l'Evêque de..... qui avoit engagé
l'auteur qu'il protégeoit à paffer fix mois
dans la penfion de .
l'Ecriture.
.... pour se former à
PAR votre ordre , illuftre Prélat ,
Changeant d'exercice & d'Etat ,
Dans une folitude affreufe ,
Plus rigide qu'une Chartreuse ,
J'ai par anticipation ,
Pour mériter votre protection ,
Paffé dans le jeûne & la peine
Beaucoup plus rude quarantaine ,
Que celle que l'Eglife impofe tous les ans
Pour purifier fes enfans.
Des Peres du défert l'antique pénitence ,
De Citeaux l'étroite obfervance
N'ont fur nos jeunes accablans
Que la préférence du tems .
Notre boiffon n'eft qu'une eau pure ,
A laquelle on joint par figure ,
Quelque peu de vin frélaté ,
En fi petite quantité
Qu'à la Trape le folitaire
Sans fcrupule en feroit fa boiffon ordinaire.
OCTOBRE. 1755. 55
Le potage qui fait les trois quarts du repas ,
N'eft fouvent ni maigre ni gras ,
Et pour dire ce que j'en penfe ,
L'on peut en tout tems fans offenfe ,
Réſerver pour le vendredi
La foupe qu'on fert le jeudi .
Encor fi l'on paffoit , exempt de toute affaire ,
Le matin à dormir , le foir à ne rien faire .
Pour furcroit de mifere il faut le jour entier ,
Sans ceffe griffonner , barbouiller du papier.
Des maux qu'en ces lieux on endure ,
Ce n'est là , Monfeigneur , qu'une foible peinture
.
Devenu par raifon philofophe à quinze ans ,
Pour paffer une heure de tems ,
J'allois dans la forêt prochaine ,
A l'ombre d'un hêtre , ou d'un chêne ,
Cenfurer , Moliere à la main ,
Les travers de l'eſprit humain.
Illuftre Prince de l'Eglife ,
C'est là qu'un jour avec furpriſe ,
Fait rimeur , fans fçavoir comment ,
Je fis l'apologue fuivant.
FABLE .
LE lierre avec le condrier
Vivoient enſemble à l'ombre d'un grand chêne.
Depuis long- tems , le premier fur l'arene
Triftement ferpentoit , tandis que le dernier
Haut de dix pieds au plus , d'un air fat , pédantefque.
Cent fois par jour à fon voifin
Vantoit fa hauteur gigantefque.
Ton fort , lui difoit- il , ami , me paroît doux.
Tu peus , plus fortuné que nous
Le nez colé contre la terre ,
Braver & les vents furieux ,
Et le rédoutable tonnerre
Que lance le maître des Dieux.
Sans craindre les revers de la profpérité ,
Dans une heureuſe obſcurité
Tu paffes doucement la vie.
Ton état me fait preſque envie ;
Et pour t'ouvrir en voifin familier ,
Ici mon ame toute entiere ,
Si je n'étois pas coudrier ,
Je voudrois au moins être lierre,
Peu fenfible à ce compliment ,
Le pauvre arbuste cependant
Jufques au pied du chêne arrive en fe traînant .
D'un air refpectueux l'aborde , & le falue
OCTOBRE.
$ 7
1755 .
Fait fon compliment en deux mots ,
Puis grimpant le long de fon dos ,
Va bientôt avec lui fe cacher dans la nue.
Pour acquerir de l'honneur & des biens ,
De les talens une humble défiance ,
D'un Mécene puiffant l'efficace affiftance ,
Furent toujours d'infaillibles moyens.
H. C. A Senlis.
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Résumé : EPITRE A M. L'Evêque de ..... qui avoit engagé l'auteur qu'il protégeoit à passer six mois dans la pension de .... pour se former à l'Ecriture. / FABLE. Le lierre avec le coudrier
L'auteur décrit un séjour de six mois dans une pension pour se former à l'écriture, à la demande de l'évêque qui le protégeait. Cette période fut marquée par une solitude austère, plus rigoureuse que celle d'une chartreuse, avec des jeûnes et des pénitences sévères. La nourriture était frugale : une boisson d'eau et de vin frelaté, et un potage ni maigre ni gras. La journée était entièrement dédiée à l'écriture, sans temps libre. À quinze ans, l'auteur se retirait dans la forêt pour lire Molière et réfléchir sur les travers humains. Il y composa une fable sur le lierre et le chêne, illustrant la modestie et la prudence nécessaires pour acquérir honneur et biens. La fable contraste l'arrogance du chêne avec l'humilité du lierre.
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124
p. 195-198
COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Début :
Nous commencerons cet article par l'éloge de Mlle Clairon. Quelque / Enfin te voilà parvenue [...]
Mots clefs :
Génie, Succès, Comédie-Française, Mademoiselle Clairon
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
COMEDIE FRANÇOISE.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
Ous commencerons cet article
par
Nl'éloge de Mille Clairon. Quelque
grand qu'il foit , il nous paroît jufte.
E PITRE
A Mademoiselle Clairon , par M. Marmontel.
ENfin Nfin te voilà parvenue
A ce haur point de vérité ,
Où l'art , dans fa fublimité ,
N'eft que la peinture ingénue
De la nature toute nue ,
Belle de fa feule beauté.
Que fous tes traits elle eft touchante !
Le coeur à fes charmes livré ,
Dans l'illufion qui l'enchante ,
Entraîne l'efprit enivré .
Sois Phedre , Camille , Ariane ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Alzire , Agripine , ou Roxane ;
Tu n'as rien de la fiction .
De l'éloquente paffion
Ta bouche eſt le fidele organe ,
Et ton gefte en eſt l'action.
Ce n'est point d'un art fymétrique
La fervile affectation ;
Du trouble & de l'émotion
C'eſt le langage pathétique :
C'est ce génie imitateur
Qui pénetre , faifit , embraſſe
Le plan du génie invent eur ,
L'égale , fouvent le furpaffe ,
Et fait placer l'actrice à côté de l'auteur .
Des Corneilles & des Racines ,
On croit voir les ames divines ,
Comme dans leurs écrits , refpirer dans ton coeur.
Du haut des cieux ils t'applaudiffent :
A la table des dieux tu fais leur entretien ;
Et de leur triomphe & du tien ,
Les céleftes lambris chaque jour retentiffent .
>> Dans mes vers , dit Corneille , elle a tour anobli :
» La veuve de Pompée etf çoit Cléopatre ;
>> Clairon lui rend fon luftre , & venge fon oubli.
» Dans mes vers , dit Racine , elle a tout embelli :
» Quand Phedre , fous fes traits , languit fur un
théatre ,
Moi-même interdit & confus ,
NOVEMBRE. 1755.. 197
Je me reproche les refus
Dont le fier Hippolyte accable fa marâtre .
Quand Eriphile , avec fes pleurs ,
Peint fa flâme jaloufe & fes vives douleurs ,
Surpris que mon héros ne l'ait pas confolée ,
Je m'intéreffe à fes malheurs ,
Et j'accufe Calcas de l'avoir im uolée.
Tandis qu'à ces récits tout l'Olympe eſt charmé,
Ici bas le rival d'Homere & de Corneille ,
Au bruit de tes fuccès , qui frappent fon oreille ,
Sent d'un feu créateur fon génie enflâné :
Tul'infpires toi feule ; il croit voir ( 1 ) ton image;
Et pour te rendre un digne hommage ,
Son pinceau rajeuni fait éclore Idamé.
De ce Titon nouvelle Aurore ,
Pour fa gloire & pour tes fuccès ,
Puiffe-t- il ne mourir jamais ,
Et rajeunir cent fois encore !
Ton talent déformais en regle eft érigé.
De la ſcene à ton gré réforme les uſages :
Ton exemple fait loi . Tous les rangs , tous les
âges ,
Et le nouveau caprice , & le vieux préjugé ,
Et Paris , & la cour , & le peuple , & les fages ,
De ton parti tout eſt rangé.
Le chemin qui conduit au temple de mémoire ,
(1 ) En compofant fon role , ( écrit l'auteur à un
de fes amis ) je la voyois fans ceffe au bout de mø
table.
1
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Ce chemin fi pénible , eft applani pour toi.
Le ciel en ta faveur femble changer la loi
Qui vend cher aux talens une tardive gloire.
Le Jeu li 9 Octobre , la Comédie Françoiſe
qui a été cette année à Fontainebleau ,
le feul fpectacle de la Cour , y repréſenta
l'Orphelin de la Chine . Mlle Clairon juftifia
l'éloge qu'on vient de lire dans le rôle d'Idamé
, qu'elle joua avec le même fuccès
qu'à la ville. Elle n'a pas été ici moins fupérieure
pendant l'abfcence dans ceux de
Phedre & de Roxane.
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. / EPITRE. A Mademoiselle Clairon, par M. Marmontel.
Marmontel rend hommage à Mademoiselle Clairon, une actrice française exceptionnelle. Il met en lumière sa maîtrise de la comédie, soulignant sa capacité à incarner divers personnages tels que Phèdre, Camille, Ariane, Alzire, Agripine ou Roxane avec une vérité sublime. Son jeu est décrit comme naturel et émotif, reflétant authentiquement les passions des personnages. Marmontel compare Clairon à des auteurs célèbres comme Corneille et Racine, affirmant que son interprétation donne vie à leurs œuvres. Son talent inspire même les poètes, qui la voient comme une muse capable de raviver leur génie créateur. Les succès de Clairon ont réformé les usages de la scène et sont admirés de Paris à la cour. Le texte se conclut par la représentation de l'Orphelin de la Chine à Fontainebleau, où Clairon a joué le rôle d'Idamé avec succès, confirmant ainsi les éloges précédents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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125
p. 5-6
EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
Début :
Toi, qui fais de yeux d'Emilie [...]
Mots clefs :
Voltaire, Grâce
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
EPITRE
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
A M. DE VOLTAIRE ,
En lui envoyant un Poëme fur la Graco
ToiOi , qui fais des yeux d'Emilie
Paffer dans tes écrits les feux & la douceur ;
Toi , l'Apollon de la patrie ,
Du gout & du talent , jufte appréciateur :
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , en le lifant , fais grace à cet ouvrage
Fruit de quelques momens dérobés à Themis .
Refpectant mon fujet , j'y parle le langage ,
Non d'un Docteur fubtil , mais d'un Chrétien fou
mis.
De la Grace en mes vers fcrutateur téméraire ,
Suivant de la raiſon le faux jour qui nous luit ,
De ce redoutable Myſtere
Oferois- je percer la nuit
Loin d'avoir cette vaine audace ,
Sur le voile mystérieux
Dont l'Eternel voulut envelopper la grace,
Je ne porterai pas mes regards curieux.
Mais au maître des vers nobles , harmonieux ,
Au rival de Milton , de Virgile & d'Homcre ,
Préfenter un poëme , & tenter de lui plaire ,
Eft- ce être moins audacieux ?
Toutefois fi je dis le motif qui m'infpire ,
Tu cefferas d'être furpris.
Richelieu l'a voulu , ce mot doit te fuffire.
Eh ! qui fçait mieux que toi combien il a d'empire
Sur les coeurs & fur les efprits !
C'eſt un pouvoir fecret que toi feul peux décrire
Chacun le retrouve en ce lieu
Tel que ta Mufe le renomme .
On l'adore ici comme un Dieu ,
Parce qu'il y vit comme un homme.
Par M. Clofier , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE A M. DE VOLTAIRE, En lui envoyant un Poëme sur la Grace
L'épître est adressée à Voltaire et contient un poème sur Gracchus. L'auteur exprime son admiration pour Voltaire, le comparant à Apollon et le reconnaissant comme un juge du goût et du talent. Il présente son œuvre comme le fruit de moments volés à ses occupations juridiques. L'auteur se décrit comme un chrétien sincère, sans prétention de percer les mystères de la grâce divine. Il se montre humble face à Voltaire, qu'il considère comme un maître des vers nobles et harmonieux, rival de Milton, Virgile et Homère. L'audace de l'auteur s'explique par la volonté de Richelieu, dont le pouvoir sur les cœurs et les esprits est incontestable. Richelieu est adoré en ce lieu car il y vit comme un homme. L'épître est signée par M. Clofier, de Montpellier.
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126
p. 32-33
EPITRE A Eglé.
Début :
J etois si fort brouillé sur le sacré vallon [...]
Mots clefs :
Coeur, Charmante, Églé
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Eglé.
EPITRE
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
A Egle.
Etois fi fort brouillé fur le facré vallon
Depuis fix mois que je n'ai vu les muſes ,
Qu'il m'a fallu fervir de mille rufes
Pour avoir un moment l'oreille d'Apollon.
Rimer fans fon aveu , c'eſt une trifte affaire ;
On ne peut rien fans fon appui :
Il faut abſolument , ou bien vivre avec lui ,
Ou bien confentir à fe taire.
Or , qu'à préſent tout eft en paix ,
Et
que du maître du Parnaffe
J'ai ratrappé la bonne grace ,
Dis-moi , charmante Eglé , ne penfes-tu jamais
A celui qui pour toi du Phlegeton terrible
Iroit paffer les flots brûlans ;
Et ne reflent d'autres tourmens
Que celui de te voir un coeur fi peu fenfible ?
DECEMBRE. 1755. 33
Toujours dans les plaifirs nouveaux ,
Toujours dans les fêtes nouvelles ,
Toujours au nombre des plus belles ,
Dieu fçait fi l'on nous fait bon nombre de rivaux !
Ah ! du moins qu'entre nous la loi fût générale ,
Que tu fuffes pour tous égale ;
Et fi tu m'es toute d'airain >
Pour tous également fevere ,
Ne montre pas un front ferein
A ceux qui , comme moi , s'empreffent de te plai
re.
Ce n'eft pas qu'aujourd'hui mon efprit agité
Par cette étrange frénéfie
Que j'entends nommer jalousie
Voulût à tes appas défendre la clarté,
Ce feroit trop borner les droits de ton empire
D'ailleurs , mon goût fera toujours flatté
De voir que le public admire
Les attraits qui m'ont enchanté .
Mais je crains qu'un rival à tes yeux trop aima
ble ,
Ne me raviffe un bien que je voudrois pour moi
Charmante Eglé , l'on eft bien excufable
Dans ce cas de fonger à foi.
Je fçais que fi ton coeur étoit pour le plus tendre
Je pourrois me flatter de l'obtenir un jour.
Mais quand on n'a que fon amour ,
Hélas ! à quoi peut- on s'attendre ?
Le Baron de Poin ... Tauz ... 1
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Résumé : EPITRE A Eglé.
L'épître, adressée à Eglé, commence par une plainte sur la difficulté de composer sans l'inspiration des Muses et l'appui d'Apollon. L'auteur exprime son soulagement d'avoir retrouvé la faveur du maître du Parnasse. Il interroge Eglé sur ses pensées envers celui qui traverserait les flammes du Phlégéton pour elle et s'il est le seul à souffrir d'un cœur insensible. L'auteur se réjouit des plaisirs et des fêtes, mais déplore la présence de rivaux. Il souhaite que la loi soit générale et qu'Eglé soit égale pour tous, bien qu'il reconnaisse être agité par la jalousie. Il admire que le public apprécie les attraits d'Eglé, mais craint qu'un rival trop aimable ne lui ravisse son affection. L'auteur se déclare excusable de songer à se venger dans ce cas. Il avoue que s'il avait la certitude du cœur tendre d'Eglé, il pourrait espérer l'obtenir un jour. Cependant, il se demande à quoi il peut s'attendre lorsqu'il n'a que son amour. L'épître est signée par le Baron de Poin... Tauz...
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127
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une épître datée du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille à ce jeune homme de ne pas rejeter trop tôt les plaisirs de la jeunesse, bien que la raison puisse sembler sévère, il la considère comme une phase passagère. Voltaire mentionne son projet d'écrire un ouvrage sur le vainqueur de Port-Mahon, qu'il compare au duc de Richelieu, le décrivant comme Hercule capturant Gérion. Il prédit les futurs exploits de Richelieu et évoque une ode pindarique qu'il lui doit encore. Cependant, il reconnaît que les odes peuvent être ennuyeuses, tant pour les guerriers que pour lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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128
p. 234-236
A M. KEYSER, EPITRE.
Début :
A mes voeux, à mes pleurs, tu rends enfin Sylvie : [...]
Mots clefs :
Art, Morts, Succès, Humanité, Keyser
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texteReconnaissance textuelle : A M. KEYSER, EPITRE.
A M. KEYSER ,
EPITRE.
mes voeux, à mes pleurs , tu rends enfin Sylvie:
Sçavant Keyfer ; enfin ton art vainqueur ,
Et de la mort , & de l'envie ,
SEPTEMBRE . 1757 . 235
Rétablit à jamais l'amoureufe harmonie
Des appas qui charment mon coeur .
Le calme par tes foins fuccede à la douleur.
Dans le fein de la mort , ton art porte la vie ,
Et déja tes travaux ont éclairé Perreur.
En vain tes ennemis qui te fervent peut - être ,
Combattent tes fuccès dont ils font envieux.
Mépriſe des méchans les complots ténébreux :
En confervant nos jours fais- leur toujours connoître
Que les brillants lauriers que les talens font naître
Sont immortels comme eux.
Qu'un nouveau jour s'éleve au ſein de ma patrie ,
Que le plaifir y renaiffe à ta voix !
Et vous , qui de Cypris fuivez les tendres loix ,
Que la crainte du blâme ou l'amour de la vie ,
Ne trouble plus le cours de vos galans exploits !
De ce mal effrayant , & qui fut incurable,
Des vices des humains monument douloureux ,
Keyſer vient arrêter le torrent furieux :
Il éteint dans nos flancs fon venin redoutable.
O mere des plaifirs ! Vénus , reine des coeurs ,
La honte , les remords & l'horrible fouffrance ,
Ne fuivront plus vos aimables ardeurs.
Comme aux jours fortunés de l'antique innocence,
Nous pourrons goûter tes faveurs.
Et toi , Keyſer , pourfuis ta brillante carriere :
Souviens-toi qu'un Héros , que la raiſon éclaire *,
M. le Duc de Biron.
236 MERCURE DE FRANCE .
Daigne y guider tes pas.
Pour impoſer filence aux cris de l'impofture ,
Que ne t'eft- il permis de nommer aux François
Tous ceux qui , par tes foins , rendus à la nature
Doivent le jour à tes fuccès !
De ces heureux humains le catalogue immenſe ,
Ajouteroit encore à ta célébrité.
Pourquoi faut- il que le filence
Soit le fceau de ta probité !
Mais n'importe , que rien n'altere ton courage ;
Sers ton pays , fais plus , fers la Divinité ,
En confervant en nous fon plus parfait ouvrage.
Bientôt de tes jaloux l'infructueuſe rage
S'éteindra comme un feu par la terre enfanté :
Va : qui fçait , comme toi , fervir l'humanité ,
Eft certain , tôt ou tard , d'en obtenir l'hommage.
EPITRE.
mes voeux, à mes pleurs , tu rends enfin Sylvie:
Sçavant Keyfer ; enfin ton art vainqueur ,
Et de la mort , & de l'envie ,
SEPTEMBRE . 1757 . 235
Rétablit à jamais l'amoureufe harmonie
Des appas qui charment mon coeur .
Le calme par tes foins fuccede à la douleur.
Dans le fein de la mort , ton art porte la vie ,
Et déja tes travaux ont éclairé Perreur.
En vain tes ennemis qui te fervent peut - être ,
Combattent tes fuccès dont ils font envieux.
Mépriſe des méchans les complots ténébreux :
En confervant nos jours fais- leur toujours connoître
Que les brillants lauriers que les talens font naître
Sont immortels comme eux.
Qu'un nouveau jour s'éleve au ſein de ma patrie ,
Que le plaifir y renaiffe à ta voix !
Et vous , qui de Cypris fuivez les tendres loix ,
Que la crainte du blâme ou l'amour de la vie ,
Ne trouble plus le cours de vos galans exploits !
De ce mal effrayant , & qui fut incurable,
Des vices des humains monument douloureux ,
Keyſer vient arrêter le torrent furieux :
Il éteint dans nos flancs fon venin redoutable.
O mere des plaifirs ! Vénus , reine des coeurs ,
La honte , les remords & l'horrible fouffrance ,
Ne fuivront plus vos aimables ardeurs.
Comme aux jours fortunés de l'antique innocence,
Nous pourrons goûter tes faveurs.
Et toi , Keyſer , pourfuis ta brillante carriere :
Souviens-toi qu'un Héros , que la raiſon éclaire *,
M. le Duc de Biron.
236 MERCURE DE FRANCE .
Daigne y guider tes pas.
Pour impoſer filence aux cris de l'impofture ,
Que ne t'eft- il permis de nommer aux François
Tous ceux qui , par tes foins , rendus à la nature
Doivent le jour à tes fuccès !
De ces heureux humains le catalogue immenſe ,
Ajouteroit encore à ta célébrité.
Pourquoi faut- il que le filence
Soit le fceau de ta probité !
Mais n'importe , que rien n'altere ton courage ;
Sers ton pays , fais plus , fers la Divinité ,
En confervant en nous fon plus parfait ouvrage.
Bientôt de tes jaloux l'infructueuſe rage
S'éteindra comme un feu par la terre enfanté :
Va : qui fçait , comme toi , fervir l'humanité ,
Eft certain , tôt ou tard , d'en obtenir l'hommage.
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Résumé : A M. KEYSER, EPITRE.
En septembre 1757, l'auteur adresse une épître à M. Keyser pour exprimer sa gratitude. Keyser est loué pour son art qui triomphe de la mort et de l'envie, et pour ses succès médicaux qui apportent la vie et éclairent l'erreur, malgré les complots de ses ennemis. L'auteur célèbre les talents immortels de Keyser et souhaite que ses travaux continuent de bénéficier à la patrie. Keyser est également salué pour avoir arrêté un mal incurable, permettant de goûter aux plaisirs de l'amour sans honte ni remords. L'épître se conclut par un appel à Keyser pour qu'il poursuive sa brillante carrière, guidé par la raison, et qu'il serve l'humanité, certain d'obtenir un jour son hommage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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129
p. 5-15
ÉPITRE AUX MUSES.
Début :
DÉFENDEZ vos Autels, Muses, quittez les Cieux : [...]
Mots clefs :
Muses, Coeur, Nature, Moeurs, Fleurs, Vérité, Talent, Génie, Esprit, Univers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AUX MUSES.
ÉPITRE AUX MUSES.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
DEFEN ÉFENDEZ VOS Autels , Mufes , quittez les
Cieux :
Le front paré de fleurs , montrez- vous à nos yeux ,
Et telles , qu'aux beaux jours & de Rome & d'Athénes
,
Préparez aux Mortels , des plaifirs & des chaînes .
Entendez-vous ces cris fuperbes & jaloux ,
Qu'une fecte ennemie éléve contre vous.
II. Vol
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .”
Paroiffez , triomphez , confondez les outrages
D'un peuple de rivaux , d'un éffain de faux Sages,
Quoi , tandis qu'en fes champs l'auftère Germanie
Des accens de Haller répéte l'harmonie ,
Que Vienne & Coppenhague , en leurs remparts
fameux
Du Parnaſſe François ont adopté les Dieux ,
Tandis que parmi nous Voltaire vit encore ,
Que de fes nobles chants l'Humanité s'honore4" :
Mufes , le François feul ofe attaquer vos droits :
Ah! vos dignes ayeux plus fages autrefois ,
Comme un bienfait du Ciel attendri de leurs peines
,
Révéroient les bons Arts & les lettres humaines ,
Remplis d'un faint refpect, ils les nommoient ainfi .
Par d'utiles plaifirs leur courage adouci
Chérit bientôt des moeurs plus douces , plus faciles
,
La Décence & le Goût habiterent les Villes ;
Les Grâces triomphoient des antiques erreurs.
Muſes , tout fe ranime à vos accens vainqueurs ,
Et le Sentiment feul nous fait ce que nous fommes
:
Le compas à la main gouverne- t- on les hommes ?
Si la Loi ne reſpire & ne régne en mon ſein ,
Vainement le cifeau la grave fur l'airain ;
* L'Auteur eft trop judicieux pour ne pas nous par
donner cette lacune.
AVRIL. 1762.
Par mes defirs preffans en fecret balancée ,
Le Sceptre donne-t-il des fers à ma penſée ?
La Raiſon nous traça les régles du devoir :
Qui fait les faire aimer , ſurpaſſe ſon pouvoir.
Le précepte importun en vain ſe fait entendre :
C'eſt à la voix du coeur que le coeur peut le rendre
;
Fénelon à fon gré maîtrifoit les penchans.
Ariftote & Sénéque ont formé des tyrans.
Voulez-vous aux humains donner des moeurs
nouvelles ?
Enfammez nos tranſports : tracez nous des modéles.
Qu'importe qu'Alvarès n'ait jamais exiſté :
La fiction morale eſt une vérité ;
C'eft la Nature même élevée , ennoblie :
La vertu s'applaudit , quand l'art la multiplie.
Mentor n'eſt qu'un vain nom ; & puiſſe encor ſa
voix
Tromper au même prix tous les enfans des Rois !
Voyez ce tendre fruit d'une faveur fi pure ,
Il naît parmi les fleurs , & croît fous la verdure.
Non que d'un feul talent fervile adorateur ,
J'envie à fes rivaux un légitime honneur;
Je révére Newton , j'admire je reſpecte
Le grand Obfervateur d'un très- petit Inſecte ;
Laborieux Artiſte , utile Citoyen :
Il n'inftruit que mes fens ; mon coeur ne lui doit
rien.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Celui dont le génie obferve l'âme humaine ,
L'enchante , la corrige, & l'éclaire & l'enchaîne.
Qu'est-il donc à vos yeux ? Que préférera - t - on ?
L'analyſe de l'homme , ou celle d'un ciron ?
Nous éxiftons au ſein des élémens en guerre :
Eh bien , obſervez l'air , le feu , les eaux , la terre;
Mais l'homme eft - il pour l'homme incertain dans
fes voeux ,
Un Voifin moins à craindre, ou moins utile qu'eux?
Vous vivez dans autrui , non moins que dans
vous-même.
La fageffe qui plaît , eſt le bonheur ſuprême.
L'utile , vous dit- on , doit avoir tous nos foins :
L'efprit , comme le corps , n'a - t il pas fes befoins ?
Poursuivons des fecrets que notre orgueil ignore ;
Mais fongeons aux vertus qui nous manquent encore
;
Défrichons nos forêts , mais cultivons nos coeurs ;
La fublime éloquence eft la reine des moeurs.
Et vous célestes chants , vous , délices paisibles
Des efprits généreux & des âmes fenfibles ,
Aux lieux où la Nature éleva fon tombeau ,
Vous avez fait éclorre un Univers nouveau ;
Sur les fommets glacés de la dure Helvétie ,
Parmi les triftes lacs de la vafte Ruffie ,
Les fleurs brillent au fein d'un éternel hyver ,
L'humanité refpire en des âmes de fer,
Le langage du Goût , du Sentiment , des Grâces
Pare le bonheur même appellé fur vos traces.
Si Reaumur , Clairaut , Defcartes , Maupertuis
AVRIL. 1762 . 9
Etoient les feuls grands noms que la France eût
produits ;
De nos ayeux la langue & gothique & groffière
Auroit- elle éclairé , foumis l'Europe entière ?
L'âme , de tout fon être eft ardente à jouir :
Notre efprit veut favoir , mais le coeur veut ſentir :
C'eſt le premier beſoin de l'homme en ſes miléres:
Il faut des citoyens , des époux & des pères :
Nos devoirs font facrés ; il faut les rendre chers.
En des liens de fleurs venez changer nos fers ,
O fenfibilité précieuſe & divine ,
Vous de toute vertu douce & tendre origine ,
Digne Fille des Arts ! & peuvent- ils jamais
Trop pénétrer mon coeur de vos nobles attraits ?
Qu'ils étendent vos droits , nos moeurs , nos connoiffances
.
S'ils n'offroient à nos yeux un champ d'expériences
,
Chaque homme en fon inftinct en fon cercle
borné
A quel aveuglement feroit- il condamné ?
Qué des plus doux tranſports la Scène ouvre la
fource ;
"
Le Vaiffeau par les vents eft preflé dans la courſes
L'âme perd fon reffort dans un profond repos ; '
Le froid raifonnement ne fait pas les héros.
Là , fi mon coeur partage une ardeur tendre &
pure ,
C'eſt un tribut facré qu'il paye à la Nature.
A
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
De terreur , de pitié ſe ſent -il combattu ;
C'eft le plus digne hommage offert à la vertu .
Que Thalie à lon tour & m'inttruiſe & m'en
flamme ;
Le rire ingénieux eft la fanté de l'âme.
La triftelle farouche eft fottife ou poifon ;
Et Socrate au Théâtre amuloit la Raiſon .
Confiderez les moeurs de cent Peuples fauvages :
Chez eux les paffions exercent leurs ravages ;
Ils font cruels fans doute ; ils vivent fans plaifir ;
Dans fon antre Timon ne fait plus que haïr :
L'Aquilon en courroux eſt vaincu par Zéphire ;
Pour dompter l'Univers , la vertu doit fourire.
Sages , qui prétendez affervir notre coeur ,
Montrez- nous la Raifon fous les traits du Bonheur
:
D'un fombre fanatifme abjurez les caprices .
Ne fuyons que l'excès : le plaifir a ſes vices ;
Mille clameurs contr'eux s'élévent aujourd'hui,
Nous avons oublié les vices de l'ennui :
Le trifte hyver gémit fous d'horribles nuages 3
Le printemps fortuné n'enfante point d'orages.
Vous gémiffez de voir une foule d'amans
Aux Mules à l'envi prodiguer fan encens ,
Leur confacrer fon culte & voler fur leurs traces?
Platon même autrefois facrifioit aux Grâces.
Tyrans de la Nature & de l'Humanité ,
Etouffez , s'il fe peut , les droits de la beauté.
Dieu n'en auroit-il fait qu'un fpectacle inurile ?
AVRIL. 1762.
Le Sentiment m'attache à la bonté facile.
Bienfait pur & facré , le beau que je chéris ,
Partage avec le vrai l'empire des efprits.
Phénomène pompeux , vaſte , éternel miracle ,
O nature ! parlez : Dieu vous fit fon oracle :
Si je penſe & je ſens , c'eſt pour vous admiter ;
Si j'ai reçu la voix , c'eft pour vous célébrer.
Muſes , vous uniffez d'une main libérale
Les grâces de l'efprit à la beauté morale ;
Tranquille je m'égare , & mon âme s'inftruit
Dans le monde idéal que vos jeux ont produit.
L'amour devient fublime , & l'amitié célefte ;
Nos penchans adoucis n'ont plus rien de funeftes
Et parée avec choix de vos charmes divers ,
L'aimable urbanité réunit l'Univers.
Que l'humble vermiffeau rampe dans la prairie
Laiffons voler aux Cieux , l'Aigle ardent du Génie;
Mille autres tenteront un éſſor moins heureux
Jufqu'à l'Aftre éclatant qui nous lance fes feux ;
S'ils ne s'abbreuvent pas des traits de fa lumière ,
Ils s'éloignent du moins des fanges de la tèrre.
Ces Athlétes aux jeux par la gloire entraînés
Du laurier des vainqueurs,font ils tous couronnes ?
Aux pieds d'un Thrône Augafte , il eft des rangs
encore ,
Dont l'orgueil s'applaudit, dont la Raiſon s'honores
De ce vafte concours , l'on recueille le fruit :
Le fentiment s'éclaire , & le goût s'affermit ;
C'eft de facs inégaux , que le miel fe compofe ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE .
Et l'Eillet brille encor , quoiqu'il céde à la Roſe.
L'art heureux d'émouvoir,de peindre & d'embellir,
N'eft -il donc confacré qu'au frivole plaifir ?
Il orna nos devoirs , il éleva nos âmes :
Arts qui le mépriſez , il vous prêta ſes flammes ;
Son génie étranger à vos obſcurs travaux ,
Daigna de les couleurs animer vos pinceaux.
Ingrats ! vous lui devez votre ſplendeur nouvelle ;
Tout eft vivifié par fa fcène immortelle :
Fontenelle emprunta les fleurs d'Anacréon ,
Et la chaleur d'Homère a pafié dans Buffon .
Si pour mieux triompher de notre âme étonnée ,
La verité Phyfique eut befoin d'étre ornée ;
Craindrons - nous d'embellir des traits les plus
touchans ,
L'auftère Vérité , qui combat nos penchans ?
Sa main doit careffer le coeur qu'elle déchire.
Que d'un vil Ecrivain le coupable délire
Ole prêter au vice un éclat féduifant ;
Le crime eft dans le coeur , & non dans le talent.
Guidé par la vengeance , ou l'utile induſtrie ,
Ce fer vous donnera le trépas ou la vie ;
Cet or qui de Néron paya les délateurs ,
Par les mains de Trajan auroit féché des pleurs.
Tout fe change en poiſon dans une coupe impure.
L'afpect de l'Univers fit l'erreur d'Epicure .
Le Sophifme naquit au ſein de la Raiſon ;
Le Fanatifme eft fils de la Religion ;
Et la hilofophie étrange en fes contraſtes
AVRIL. 1762. 13
Compte encore Diogène & Pyrrhon dans fes faftes.
Tout Art a fes abus , fes travers , ſes excès ,
Et le mal & le bien font mêlés à jamais :
Le Destin les unit par d'éternelles chaînes :
Le Soleil fertilife ou dévore nos plaines.
Beaux Arts , trop dédaignés , par quels heureux
travaux
Pourrez-vous abaiffer l'orgueil de vos rivaux ,
Ramener à vos pieds le Caprice & l'Envie ,
Et reprendre à jamais une nouvelle vie ?
Confultez la Nature , aimez la Vérité ;
Tournez tous vos regards vers l'Immortalité.
L'efprit n'eft qu'un éclair qui fuit & qu'on oublie
,
Et le Sentiment ſeul eft l'âme du Génie.
Un Peuple corrompu conſerve affez de moeurs
Pour mépriſer encor fes propres corrupteurs .
Rouffeau qui nous outrage arracha notre eſtime.
Ah ! ce digne laurier , cette palme ſublime ,
Lorfque nous languiffons dans de frivoles jeur ,
Déja le fier Germain les ravit à nos voeux.
Kleift , Gefner & Klopstock , noms facrés & barbares
,
Vous que Minerve orna de fes dons les plus rares ,
Vos tableaux font vivans , vos fentimens profonds
,
La Nature elle -même a guidé vos crayons !
Sous la puiffante main le fublime étincelle ;
L'Art varie & périt ; feule elle eft immortelle.
Ofons nous arracher à nos cachots pompeux ;
14 MERCURE DE FRANCE .
La Sageffe médite en de fauvages lieux :
C'eſt au bord des ruiſſeaux ,qu'habite l'Innocence ;
L'augufte Vérité , parle dans le filence.
Le luxe de l'efprit fuit le luxe des moeurs ;
Qui veut régner fur nous doit nous rendre
meilleurs.
Qui parle avec grandeur exerce un fûr empire :
La Morale doit tout au talent qui l'inſpire ;
Le coeur céde fans peine à qui dompte l'efprit :
L'expreffion commande , & le fentiment fuit:
Un trait noble & touchant , dans mon âme agitée ,
Eft le rayon de feu lancé par Prométhée :
Qu'Homère eût célébré de plus douces vertus
Alexandre peut-être eût égalé Titus.
Que ne peut le génie ? il féduit , il entraîne ;
De l'Univers furpris , ſa voix change la ſcène :
Cicéron défendit & l'Etat & les Loix :
Le doux Chantre de Gnide eft l'Oracle des Rois.
Corneille , Boffuet au fein de la Patrie ,
Vous verrez de votre art la feconde énergie ;
La Nation s'élève à de plus hauts deſtins :
Tous les genres de gloire ont germé par ves
mains.
Aurions-nous oublié ces fublimes prodiges ?
Quoi ! de ce fiécle illuftre effaçant les veftiges ,
Et de fon être enfin dédaignant les refforts ,
L'eſprit , dans l'Univers ne verra que des corps.
Ah ! l'âme toute entière à ce point profanée ,
Contre un vil attentat fe fouléve indignée.
honte de mon fiécle ! à quel aveugle excès
AVRIL. 1752 .
15
L'inconftance peut- elle égarer le François !
De les voiles jaloux dépouillons la Nature ,
De nos champs négligés ranimons la culture :
Tout talent a fes droits ; tout travail a fon prix :
Malheur à qui voudroit méconnoître les fruits !
Mais vous, fublimes Arts , dont la douce magie
Embellit à nos yeux l'horiſon de la vie ,
Qui confolez fi bien par vos fecours puiſſans ,
Nos ennuis affidus & nos maux renaiffans !
Quel emploi , quel talent , ou quel mérite illuſtre
Orné de vos attraits , n'obtînt un nouveau luſtre ?
Dagueffeau tour-d- tour cueillit tous vos lauriers.
Staniflas les unit aux: palmes des guerriers.
Les Romains & les Grecs , au fein de la victoire ,
Vous doivent tout l'éclat de leur longue mémoire
;
Source toujours féconde , & principe immortel ,
Centre , inftrument ,lien , reffort univerfel ,
Plaiſirs de tous les lieux , tréfors de tous les âges ,
Organes des vertus , volupté des vrais Sages ,
Par de nouveaux bienfaits domptez vos envieux ;
Chériffez tous les Arts , mais en régnant fur eux.
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Résumé : ÉPITRE AUX MUSES.
Les textes 'Épître aux Muses' et 'Aits du Bonheur' soulignent l'importance des arts et des lettres en France au XVIIIe siècle. L''Épître aux Muses' invite les Muses à défendre leurs domaines et à apporter plaisir et inspiration, dénonçant les attaques contre les arts et les lettres. Le texte note que des pays comme la Germanie, Vienne et Copenhague adoptent les dieux du Parnasse français, tandis que Voltaire est encore vivant et honoré. Il regrette que certains Français attaquent les droits des Muses, contrairement à leurs ancêtres qui révéraient les arts et les lettres. L'auteur valorise la fiction morale comme une vérité élevée et noble, capable d'inspirer des modèles de vertu. Il met en avant l'importance de cultiver les cœurs et les mœurs, soulignant que l'éloquence est la reine des mœurs. Les arts et les lettres sont célébrés pour leur capacité à transformer des lieux austères en univers nouveaux, inspirant humanité et sensibilité. L''Aits du Bonheur' explore des thèmes similaires, critiquant les excès et les caprices, et admirant la beauté et la nature. Les Muses sont louées pour unir les grâces de l'esprit à la beauté morale. Le texte discute des aspirations humaines et des efforts pour atteindre l'excellence, mettant en garde contre les abus et les excès dans tous les arts. Les Beaux-Arts sont encouragés pour leur capacité à élever les âmes et à inspirer la vérité. L'auteur critique les écrivains qui prêtent un éclat séduisant au vice, soulignant l'importance de la moralité et de la vérité. Le texte se termine par une réflexion sur la corruption et l'oubli des valeurs, exhortant à revenir à la nature et à la vérité pour améliorer la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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130
p. 7-13
ÉPITRE AU MERCURE.
Début :
Toi qui du monde studieux [...]
Mots clefs :
Messager, Logogriphes, Chansons, Art dramatique, Louis, Mercure de France, Crébillon, Pensions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AU MERCURE.
ÉPITRE AU MERCURE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
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Résumé : ÉPITRE AU MERCURE.
L'épître au Mercure célèbre le périodique 'Mercure de France' et ses diverses contributions. Le texte compare ce périodique à la planète Mercure et au messager des dieux, soulignant leur rôle commun de messagers. Il évoque l'évolution du 'Mercure Galant', autrefois dédié à des messages plus légers, vers le 'Mercure de France', qui combine l'utile et le brillant. Ce périodique offre une variété de contenus, allant des poèmes aux traités philosophiques, en passant par des œuvres dramatiques et des contes. Le 'Mercure de France' couvre plusieurs disciplines, telles que l'agriculture, les sciences, la philosophie et les arts dramatiques. Il mentionne des figures littéraires et artistiques contemporaines comme Voltaire et Marmontel. Le périodique est présenté comme un soutien aux arts et aux lettres, récompensant les talents et perpétuant la mémoire des grands hommes. L'épître rend hommage au roi Louis, qui soutient les arts et les lettres, et exprime le souhait que le 'Mercure de France' continue de prospérer sous ses auspices. Le texte se conclut par un vœu pour que le périodique puisse multiplier ses sacrifices en l'honneur du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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131
p. 49-50
A M. G.
Début :
En lisant les Vers [...]
Mots clefs :
Vers, Larmes, Destin, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. G.
E PITREN
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
EN
A M. G.
A M.
N lifant les Vers
12
Si remplis de charmes
Que tu m'as offerts ,
J'ai verfé des larmes.
Quoi ! faut-il , hélas !
Qu'un deftin barbare
Jufques au trépas
Tous deux nous fépare !
J'ai vu de nos jours
. Vol.
T
50 MERCURE DE FRANCE
i
S'éclipfer l'aurore
Les Ris , les Amours
Nous fuivent encore.
Enchaînons de fleurs
Leur troupe volage :
Les foucis , les pleurs
Sont-ils de notre âge ?
On tend au bonheur
Par des foins extrêmes :
Quelle aveugle erreur !
Il eſt en nous-mêmes.
Un Lys , un Jaſmin
Vaut une Couronne
Lorfque par ta main
Amour me le donne.
Au cours de nos ans
Quand l'amour préſide ,
Il fixe du temps 1
L'aîle trop rapide.
Le coeur eft preffant ;
Entends fon langage :
Jouir du préfent ,
Eft le lot du Sage.
Par M. B..
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Résumé : A M. G.
Le poème de M. B. s'adresse à M. G. et M. A. Il exprime le regret de la séparation imminente et la cruauté du destin. L'auteur valorise les petits plaisirs offerts par amour et critique ceux qui cherchent le bonheur par des moyens extrêmes. Il prône la jouissance du présent comme sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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132
p. 39-43
ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
Début :
O vous, jeune Eglé, dont le cœur [...]
Mots clefs :
Amour, Dieu, Tendre, Repentir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
ÉPITRE
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
Adreffée à une jeune perfonne qui , au
fortir de l'Abbaye de S. CYR , avoit
demandé à l'Auteur ce que c'étoit
l'Amour?
vous , jeune Eglé , dont le coeur
que
40 MERCURE DE FRANCE.
Content de fon indifférence ,
Ne connoît point ce Dieu vainqueur ,
Ce Dieu que tout le monde encenſe :
Ah ! puiffiez -vous ainfi toujours
Ignorer que ce Traître aimable
Peut obfcurcir vos plus beaux jours !
C'eſt un Dieu qui n'eſt redoutable
Que parce que les Ris , les Jeux ,
Sont fes plus ordinaires armes ,
Et qu'il ne paroît à nos yeux
Que revêtu de tous fes charmes.
Quoique ce Dieu jamais n'émouffe
Les traits dont il perce nos coeurs ;
S'il frappe , la bleflure eft douce :
On chérit jufqu'à fes fureurs.
Belle Eglé , puiſque dans votre âme
L'Amour encore eſt inconnu ,
Craignez d'y voir naître une flâme
Dont gémiroit votre vertu.
Veillez fans ceffe fur vous- même ;
Défiez-vous de vos appas ;
Surtout avec un foin extrême
Voyez qui s'offre fur vos pas.
Peut-être du Dieu de Cythère
Eprouverez-vous la noirceur ;
11 fçait toujours le contrefaire
Quand il veut entrer dans un coeır.
Souvent pour tromper l'Innocence
AVRIL. 1763. 41
Et Aétrir toute fa beauté ,
L'Amour de la naïve enfance
Emprunte l'Ingénuité.
Son air intéreffant & rendre
N'épouvante plus la Padeur ;
Alors à peine on peut le prendre
Pour cet Amour fi féducteur.
Son abord n'elt plus redoutable ;
Son flambeau , fon arc , & fes traits ,
Ne font plus dans fa main coupable :
On ne voit plus que fes attraits.
Eglés que vous devez le craindre
S'il vient fous ce déguiſement s
Car l'Impofteur fçaura tout feindre
Pour vous tromper plas aifèment.
Séduite par fa douceur feinte ,
Et plus encor par vos defirs ,
Vous vous livrerez fans contrainte
A l'eſpoir flatteur des Plaiſirs,
Mais de la trifte Expérience
Tôt ou tard le flambeau laira ;
A votre aveugle confiance
Le Repentir fuccédera .
Sonmile enfin à fon empire ,
Vous croirez trouver le repos ;
Mais ce ne fera qu'un délire ,
Trop fenfible image des Bots.
Tout pour vous changera de face ;
42 MERCURE DE FRANCE.
Les chagrins , les foins , les foucis
De la Gaîté prendront la place :
Vos yeux par les pleurs obfcurcis
Perdront lear tendreffe , leurs charmes;
Et victime de vos defirs ,
Vous languirez dans les allarmes
Qu'entraîne l'abus des plaifirs..
Hélas ! tendre Eglé , dans votre âme
En vain vous chercherez la paix !
Vous n'y trouverez que la flâme
Qui l'en a chaffée à jamais .
En vain , en vain triſte & plaintive ,
Vous chercherez la liberté ;
L'amour vous retiendra captive
Par l'attrait de la Volupté.
Telle la tendre tourterelle
A l'ombre d'un feuillage épais ,
Pleure fa compagne fidelle
Qu'elle ne reverra jamais.
!
Jeune Eglé , dont la tendre Aurore
A le vif éclat de ces fleurs
Qu'au matin le Soleil décore
Des plus agréables couleurs ;
Ah ! quelle perte ! quel dommage
Si tant d'appas en vous unis
Etoient au printemps de votre âge.
Par les triftes chagr ins flétris....
Mais trop crédule un jour peut-être
AVRIL. 1763 . 43
Sous les traits chéris d'un Amant
Ne voudrez- vous plus reconnoître
Le Dieu que j'ai peint foiblement !
Séduite par votre tendreffe ,
Vous fuivrez un penchant trop doux ,
Sans voir dans cette aveugle ivreffe
Que c'eft l'amour qui s'offre à
Sous un aſpect fi favorable,
Eglé , que ne fera -t-il pas ?
vous.
Vous croirez dans un trouble aimable
Voir naître des fleurs fous les pas.
Mais hélas ! ce feront des roſes
Dont la beauté s'éclipfera
Sitôt qu'elles feront éclofes :
L'épine feule reftera.
Par M. le Dr ... de B .. : 3
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Résumé : ÉPITRE Adressée à une jeune personne qui, au sortir de l'Abbaye de S. CYR, avoit demandé à l'Auteur ce que c'étoit l'Amour ?
L'épître est adressée à Églé, une jeune femme qui a interrogé l'auteur sur la nature de l'amour. L'auteur, conscient de son innocence, la met en garde contre les dangers de l'amour, qu'il décrit comme un dieu trompeur et séduisant. Il explique que l'amour utilise les rires et les jeux comme armes, et bien que ses blessures soient douces, elles peuvent obscurcir les plus beaux jours. L'auteur conseille à Églé de se méfier de ses attraits, car l'amour peut se déguiser pour tromper l'innocence. Il prévient qu'Églé pourrait être séduite par la douceur feinte de l'amour et ses désirs, mais que l'expérience amère viendra plus tard. L'amour transformera alors sa vie en chagrin et en soucis, la laissant captive de la volupté. L'auteur compare cette situation à une tourterelle pleurant sa compagne perdue. Il exprime son inquiétude que, malgré ses avertissements, Églé puisse un jour être séduite par l'amour sous un aspect favorable, ne voyant pas le danger derrière cette apparence trompeuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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133
s. p.
EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
Début :
DE votre voix l'attrait persuasif [...]
Mots clefs :
Église, Cœur, Gloire, Amour, Voix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
EPITRE d'un Curé du N.. à Madame
la Marquife de S. R. à Paris.
D.E votre voix l'attrait perſuaſif
Sçut m'arracher jadis , fage Marquife ,
D'un lieu de peine * , où les loix de l'Eglife
Depuis un an me retenoient captif.
Avec encor plus de force & d'empire ,
*Le Séminaire.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
La même voix me réveille & me tire
D'un froid repos dont , loin de l'hélicon
Le défeſpoir de grimper à fa cime ,
Et de cueillir le laurier de la rime ,
Avoit fajfi mon timide Apollon."
Oui , dans la douce & charmante carrière ,
Où , dès l'abord , mes premières chanfons
Avoient eu l'art ou le bonheur de plaire ,
Je fommeillois couché fous la barrière.
Avois-je tort ? Ecoutez mes raiſons .
Un bon Poëte , ainſi que tout grand-homme ,
Tout bien compté , Madame, n'eft en lomme,
Que l'effet feul de quelque paffion ,
Rapide , ardente , & pleine d'action ,
Dont le feu vif faifit , pénétre , enflamme ,
Brule fon coeur des plus hardis tranſports :
Ainfi que l'âme eſt le reffort du corps ,
Les Paffions font le reffort de l'âme.
La gloire , l'or , l'amour , l'ambition ;
Tel eft l'inftinct des actions fublimes ,
Des grands talens , des vertus & des crimes.
Qui n'eft piqué de ce vif aiguillon ,
Foible jouet d'efforts pufillanimes ,
Au champ de Mars n'eft jamais qu'un poltron ,
Au double- mont qu'un Raccolleur de rimes .
Les Paffions font la divinité
Que , fous le nom de Démon , de Génie ,
De Muſe , enfin de Dieux de l'harmonie ,
Chanta jadis la docte antiquité.
M A I. 1763. 7
Or appliquons cette maxime fûre.
D'un pauvre hère , à qui , pour fon malheur ,
L'ordre du Sort confia la pâture
Et le falut du troupeau du Seigneur ;
D'un Preſtolet , vrai Pâtre évangélique ,
Fait pour trotter , fans repos & fans fin ,
Sur tous les pas d'un animal ruſtique ,
A mille écarts par fa malice enclin :
Si quelquefois , las de courir en vain ,
Affis le foir au bord d'une prairie ,
Au lieu d'aller irriter fon chagrin ,
Par quelque trifte & fotte rêverie ,
Sur des pipeaux affemblés de fa main ,
Pour le diftraire , il lui prend fantaiſie
De frédonner quelqu'air vif & badin ,
Quelle fera fa-muſe , ſon génie !
L'ambition ? Mais la fienne eft remplie
Quand les amis , ou fon heureux deftin
.8.30 °
1
Ont pu le mettre à l'abri de la * faim.( a )
1001
La foif de l'or ? Eh ! comment pourroit naître
Če fol defir au coeur étroit d'un être ,
F
Qui quelquefois n'a pas fon faoul de pain ? ( b )
L'amour O ciel , d'une telle foibleffe
201 I
Daigne à jamais fauver fon chafte coeur :
D'un triple acier défends- en la froideur
t
Voyez la fin de la Piéce , où l'on a renvoyé
les Notes pour la commodité de ceux qui ne voú,
dront pas les lire,
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE.
Contre les feux d'une oeillade traîtreffe ;
Tour , jufqu'à l'air du Dieu de la tendreffe
Doir pour un Prêtre être un objet d'horreur.
La gloire Hélas ! des Pafteurs de l'Eglife ,
Depuis longtemps le mondain orgireilletix.c
Borne la gloire au foin religieux.
De bien remplir des devoirs qu'il mépriſe.
Etrange état que l'état clérical !
Aux yeur d'un fiècle où la licence regne ,
Un Prêtre eft-il modefte ? on le délaigne :
Dail
C'est un cagot , un Sage machinal il
Eft-il doué d'un efprit vif, aimable ;
Par fois au jeu , dans les cercles , à table ,
Léger ,badin , fémillant , jovial ?
Tout eft perdu : fa gaîté fcandalife
Tout à la fois & le monde , & l'Eglife.
Eft-if néé doux ? C'eſt un bon animal ,
en fr for permettre .
Devant lequel on fçait tout le
Entit zélé , fermé ? C'est un brutal
Un orgueilleux qui voudroit tout foumettre
Aujoug facré du bâton Paftoral.
As Rock the rodette
Enfin , qui fcait , fur cette mer
stileb ich 90
obliqué ,
Guider la nef , d'un cours toujours égal
Entre l'amour & l'eftime publique
Sans donner onc en nul écueil fatal ,
N'eft pas un Sot ; & , dans ce temps critique,
-Malgré les flors , les vents , & les Anglois
Des bords Bretons jufqu'à la Märtinique.,
M.A 1. 1763.
Pourroit paller vingt Régimens François.
Mais rev enons. Du Lyrique rivage
Mainte raiſons m'interdifant l'accès ,
J'avois fait vou, clos dans mon hermitage,
D'en oublier pour toujours le langage,
Et rachetant par un filence fage
Le temps perdu de mes foibles éſſais ,
De confacrer tous mes foins déformais
Aux feuls devoirs où mon état m'engage.
De ce deffein qu'encore affermiffoir
Certain penchant à la fainéantiſe ,
Vice qu'on fçait fi cher aux gens d'Eglife ,
Et que mon coeur idolâtre en fecret ,
Par vos diſcours, éloquente Marquise ,
Vous m'excitez à rompre le projet.
Vos volontés font des loix que j'adore.
Sans oppofer nulle vaine raifon
A des defirs dont le motif m'honore ,
Je céde , & vais , pour quelques jours encore
Porter mes pas dans le facré vallon .
Si pour monter juſqu'aux lieux deſirables ,
Où les neuf Soeurs , loin des vulgaires yeux ,
Ont établi leur ſéjour radieux ,
Et révélé tant de fecrets aimables
Aux Arrquets , aux Rouffeaus , aux Chaulieux ,
J'avois befoin des aîles fecourables
De quelqu'inting plein de nerf & d'ardeur ,
Le fouvenir profond qu'en traits de flamme
Ont imprimé vos bienfaits en mon âme ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE . ,
Sera mon guide & mon introducteur.
"
A. D. d. P. le .... 1762 .
la Marquife de S. R. à Paris.
D.E votre voix l'attrait perſuaſif
Sçut m'arracher jadis , fage Marquife ,
D'un lieu de peine * , où les loix de l'Eglife
Depuis un an me retenoient captif.
Avec encor plus de force & d'empire ,
*Le Séminaire.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
La même voix me réveille & me tire
D'un froid repos dont , loin de l'hélicon
Le défeſpoir de grimper à fa cime ,
Et de cueillir le laurier de la rime ,
Avoit fajfi mon timide Apollon."
Oui , dans la douce & charmante carrière ,
Où , dès l'abord , mes premières chanfons
Avoient eu l'art ou le bonheur de plaire ,
Je fommeillois couché fous la barrière.
Avois-je tort ? Ecoutez mes raiſons .
Un bon Poëte , ainſi que tout grand-homme ,
Tout bien compté , Madame, n'eft en lomme,
Que l'effet feul de quelque paffion ,
Rapide , ardente , & pleine d'action ,
Dont le feu vif faifit , pénétre , enflamme ,
Brule fon coeur des plus hardis tranſports :
Ainfi que l'âme eſt le reffort du corps ,
Les Paffions font le reffort de l'âme.
La gloire , l'or , l'amour , l'ambition ;
Tel eft l'inftinct des actions fublimes ,
Des grands talens , des vertus & des crimes.
Qui n'eft piqué de ce vif aiguillon ,
Foible jouet d'efforts pufillanimes ,
Au champ de Mars n'eft jamais qu'un poltron ,
Au double- mont qu'un Raccolleur de rimes .
Les Paffions font la divinité
Que , fous le nom de Démon , de Génie ,
De Muſe , enfin de Dieux de l'harmonie ,
Chanta jadis la docte antiquité.
M A I. 1763. 7
Or appliquons cette maxime fûre.
D'un pauvre hère , à qui , pour fon malheur ,
L'ordre du Sort confia la pâture
Et le falut du troupeau du Seigneur ;
D'un Preſtolet , vrai Pâtre évangélique ,
Fait pour trotter , fans repos & fans fin ,
Sur tous les pas d'un animal ruſtique ,
A mille écarts par fa malice enclin :
Si quelquefois , las de courir en vain ,
Affis le foir au bord d'une prairie ,
Au lieu d'aller irriter fon chagrin ,
Par quelque trifte & fotte rêverie ,
Sur des pipeaux affemblés de fa main ,
Pour le diftraire , il lui prend fantaiſie
De frédonner quelqu'air vif & badin ,
Quelle fera fa-muſe , ſon génie !
L'ambition ? Mais la fienne eft remplie
Quand les amis , ou fon heureux deftin
.8.30 °
1
Ont pu le mettre à l'abri de la * faim.( a )
1001
La foif de l'or ? Eh ! comment pourroit naître
Če fol defir au coeur étroit d'un être ,
F
Qui quelquefois n'a pas fon faoul de pain ? ( b )
L'amour O ciel , d'une telle foibleffe
201 I
Daigne à jamais fauver fon chafte coeur :
D'un triple acier défends- en la froideur
t
Voyez la fin de la Piéce , où l'on a renvoyé
les Notes pour la commodité de ceux qui ne voú,
dront pas les lire,
A iv .
8 MERCURE DE FRANCE.
Contre les feux d'une oeillade traîtreffe ;
Tour , jufqu'à l'air du Dieu de la tendreffe
Doir pour un Prêtre être un objet d'horreur.
La gloire Hélas ! des Pafteurs de l'Eglife ,
Depuis longtemps le mondain orgireilletix.c
Borne la gloire au foin religieux.
De bien remplir des devoirs qu'il mépriſe.
Etrange état que l'état clérical !
Aux yeur d'un fiècle où la licence regne ,
Un Prêtre eft-il modefte ? on le délaigne :
Dail
C'est un cagot , un Sage machinal il
Eft-il doué d'un efprit vif, aimable ;
Par fois au jeu , dans les cercles , à table ,
Léger ,badin , fémillant , jovial ?
Tout eft perdu : fa gaîté fcandalife
Tout à la fois & le monde , & l'Eglife.
Eft-if néé doux ? C'eſt un bon animal ,
en fr for permettre .
Devant lequel on fçait tout le
Entit zélé , fermé ? C'est un brutal
Un orgueilleux qui voudroit tout foumettre
Aujoug facré du bâton Paftoral.
As Rock the rodette
Enfin , qui fcait , fur cette mer
stileb ich 90
obliqué ,
Guider la nef , d'un cours toujours égal
Entre l'amour & l'eftime publique
Sans donner onc en nul écueil fatal ,
N'eft pas un Sot ; & , dans ce temps critique,
-Malgré les flors , les vents , & les Anglois
Des bords Bretons jufqu'à la Märtinique.,
M.A 1. 1763.
Pourroit paller vingt Régimens François.
Mais rev enons. Du Lyrique rivage
Mainte raiſons m'interdifant l'accès ,
J'avois fait vou, clos dans mon hermitage,
D'en oublier pour toujours le langage,
Et rachetant par un filence fage
Le temps perdu de mes foibles éſſais ,
De confacrer tous mes foins déformais
Aux feuls devoirs où mon état m'engage.
De ce deffein qu'encore affermiffoir
Certain penchant à la fainéantiſe ,
Vice qu'on fçait fi cher aux gens d'Eglife ,
Et que mon coeur idolâtre en fecret ,
Par vos diſcours, éloquente Marquise ,
Vous m'excitez à rompre le projet.
Vos volontés font des loix que j'adore.
Sans oppofer nulle vaine raifon
A des defirs dont le motif m'honore ,
Je céde , & vais , pour quelques jours encore
Porter mes pas dans le facré vallon .
Si pour monter juſqu'aux lieux deſirables ,
Où les neuf Soeurs , loin des vulgaires yeux ,
Ont établi leur ſéjour radieux ,
Et révélé tant de fecrets aimables
Aux Arrquets , aux Rouffeaus , aux Chaulieux ,
J'avois befoin des aîles fecourables
De quelqu'inting plein de nerf & d'ardeur ,
Le fouvenir profond qu'en traits de flamme
Ont imprimé vos bienfaits en mon âme ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE . ,
Sera mon guide & mon introducteur.
"
A. D. d. P. le .... 1762 .
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Résumé : EPITRE d'un Curé du N.. à Madame la Marquise de S. R. à Paris.
Dans une épître, un curé adresse un message à la marquise de S. R. à Paris. Il exprime sa gratitude envers la marquise, dont la voix persuasive l'a incité à quitter un lieu de peine, probablement le séminaire, et à sortir d'un état de désespoir littéraire. Le curé justifie son abandon temporaire de la poésie en affirmant que les passions sont essentielles pour créer des œuvres sublimes. Il décrit les passions comme le moteur des actions humaines, qu'elles soient nobles ou criminelles. Le curé se compare à un pasteur évangélique, chargé de la pâture et du salut du troupeau du Seigneur. Il se trouve confronté à des contraintes qui limitent ses aspirations poétiques. Il évoque l'ambition, la soif de l'or et l'amour comme des passions inaccessibles à un prêtre. Il déplore l'état clérical, où la modestie est délaissée et la gaieté devient scandaleuse. Il exprime la difficulté de naviguer entre les attentes du monde et celles de l'Église. Le curé révèle qu'il avait fait vœu d'oublier la poésie, mais les discours de la marquise l'incitent à revenir à cette passion. Il accepte de se rendre de nouveau dans le 'sacré vallon' pour quelques jours, guidé par le souvenir des bienfaits de la marquise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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134
s. p.
EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
Début :
AINSI donc au printemps de l'âge [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Sage, Orgueil, Saison des amours, Printemps de l'âge, Arts, Bienfaisant, Amour, Mérite, Dignité
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
EPITRE
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH
DE SCHOUVALOW ,
Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice
de toutes les Ruffies.
AINSI donc au printemps de l'âge
Et dans la ſaiſon des amours ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Tout- a-coup un ſombre nuage,
Cher Comte, obſeurcit vos beaux jours.
Cette aimable & vive Déeffe ,
Que ſuivent les Ris & les Jeux ,
Qui fe plaît avec la jeuneſſe ,
Sans laquelle on n'eſt point heureux ,
La Gaité par ſa douce flamme
Hélas ! n'anime plus vos ſens ,
Et ne verſe plus dans votre âme
Ses plaiſirs toujours renaiſſans.
- Dans une retraite profonde,
Trop Philoſophe en vérité ,
Vous fuyez la Cour& le Monde,
Pour méditer en liberté.
Avec Nollet , de la nature
Vous interrogez les ſecrets ,
Et d'une main adroite & fûre ,
Vous en démontrez les effets .
Et la Muſique & la Peinture-
Tour-à-tour fervent vos loiſirs ;
D'une morale auſtère & pure
Les Loix dirigent vos defirs.
Tous ces goûts , ces dons d'Uranie
Sont bien dignes de vous charmer.
Qu'il eſt beau du feu du Génie ,
A votre âge de s'enflammer !
Mais il faut auffinde l'étude
Modérer lanyimacité ;
Le triſte ennui , la folitude
!
JUIN. 1763. 7
0
Des moeurs flétrit l'aménité.
L'eſprit eſt un feu qui dévore ,
Il a beſoin d'un aliment ;
Mais il a plus beſoin encore
De repos & d'amuſement.
De ce Miſantrope fublime
Retiré dans l'ombre des bois ,
A qui tout paroît vice ou crime ,
Gardez-vous d'écouter la voix.
Laiffez ce Sage atrabilaire
De noires vapeurs tourmenté ,
Déclamer avec dureté
Contre undéſorde néceſſaire,
Et faire injuſtement la guerre
Aux Arts , à la Société.
De les moeurs & de ſon ſyſtème
L'orgueil en ſecret eſt l'appui ,
Et ſa fingularité même
Le trahit toujours malgré lui .
Le Sage à ſes devoirs fidèle ,
Humain,bienfaiſant , généreux ,
Pratique la vertu pour elle ,
Sans étalage faſtueux.
Aux défauts , à quelque foibleſſe
Indulgent il ſçait pardonner :
Il ne va point fronder ſans ceſſe
Maint abus , mainte periteſſe ,
Qu'en lui-même il peut condamner.
Toujours utile à la Patrie ,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
১
Il lui conſacre ſes talens ;
Et croit que la Philofophie ,
Parla grandeur plus annoblie ,
Peut s'exercer dans tous les rangs..
Aux plaiſirs quelquefois ſenſible ,
S'il goûte ſes tendres douceurs ,
Toujours libre & toujours paiſible
De l'Amour il plaint les erreurs ;
Et ce Dieu ſi ſouvent terrible
Ne l'enchaîne qu'avec des fleurs .
Loin de la ſtupide moleſſe ,
De la ſotte fatuité ,
Sans arrogance & fans baſſeſſe ,
Aux vertus il joint la nobleſſe,
Le mérite à la dignité.
L'éclat d'un brillant équipage ,
D'un Palais les lambris dorés
Ne tiennent point dans l'eſclavage
Ses ſens dans l'ivreſſe égarés.
Des biens il embellit l'uſage ,
Et par des ſecours généreux ,
Sa main ſçait réparer l'outrage
Qu'un injuſte & cruel partage ,
A fais à tant de malheureux.
Ainſi tant qu'il voit la lumière ,
Chéri, de la nature entière ,
Tous ſes jours coulent dans la Paix ;
Et quand la Parque meurtrière,
Terminant enfin ſa carriére
JUIN. 1763 . 9
2
L'enléve malgré nos regrets ,
Son nom furvit à la pouſſière ,
Et fa vertn ne meurt jamais.
Cher Comte , voilà le vrai Sage
Que j'offre à vos yeux fatisfaits.
Un jour on verra ſon image
Briller en vous des mêmes traits .
A préſent fixez ſur vos traces
L'éſſain folâtre des Amours.
Des plaiſirs reprenez le cours ;
Et que Minerve avec les Grâces
Préſide au bonheur de vos jours.
100% G
:
RAOUL.
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Résumé : EPITRE. A M. le Comte ANDRÉ PETROVITSCH DE SCHOUVALOW, Chambellan de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies.
L'épître est destinée à M. le Comte André Petrovitch de Schouvalow, chambellan de l'Impératrice de toutes les Russies. L'auteur s'inquiète de la mélancolie du comte, qui a succédé à sa gaieté juvénile. Le comte se retire pour méditer et étudier la nature avec Nollet, tout en pratiquant la musique et la peinture. Cependant, l'auteur avertit contre l'excès d'étude et l'ennui, préconisant un équilibre entre travail et repos. Le texte critique le misanthrope qui voit des vices partout et dénigre les arts et la société. Il prône une sagesse humaine, bienfaisante et généreuse, pratiquant la vertu sans ostentation et pardonnant les faiblesses. Le sage véritable est utile à la patrie, sensible aux plaisirs sans en être esclave, et utilise ses biens pour aider les malheureux. L'auteur espère que le comte adoptera cette sagesse pour retrouver le bonheur et la paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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135
p. 21-24
EPITRE A Mademoiselle D ...
Début :
Vous dont les traits chaque jour embellis [...]
Mots clefs :
Amour, Myrte, Aiglon, Couronne, Envie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle D ...
EPITRE
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
A Mademoiselle D ...
ous dont les traits chaque jour embellis
De mille Amans , vous attirent l'hommage ;
Lifez des Vers que l'Amour a polis ,
Souvent fon Temple eft dans le coeur d'un
Sage :
22. MERCURE DE FRANCE.
Long-temps ce Dieu fut celui de mes chants,
Et j'aime encore à parer fon image.
Vous me l'offrez : vous avez fon bel âge ,
Ses yeux fi doux , fes organes touchans:
Ainfi que lui vous ferez du ravage.
Il eſt orné des Rofes du Printemps ,
Il a pour lui la grace & la fineffe ;
Mais pardeſſus vous avez les talens :
Vous régnerez encor par la fageffe.
OD ....! Bientôt la Volupté
Viendra femer dés Rofes fur vos traces :
En les cueillant , fongez que la beauté
N'eft pas un titre à l'immortalité ;-
Les talens feuls éternifent les graces.
Laiffez le myrthe aux Enfans de l'Amour:
Des Arts brillans , méritez la Couronne ;
Et prenez- la des mains de P......
Elle la porte , & fa faveur la donne..
Déja Paris vous voit prendre l'eſſor ,
Et du Public foutenir l'oeil févère :
Tel un Aiglon élancé de fon aire ,
Pour éffayer fon vol timide encor
Fixe déja l'Aftre qui nous éclaire.
Dites- moi donc , par quel enchantement
Vous favez peindre avec tant d'énergie ,
De naturel , de force & de magie ,
Ce qu'à votre âge on a fi rarement ?
Ah ! que Nanine étoit touchante & belle !
JUILLET. 1763 . 23.
Pour pofféder & fon coeur & fa main ,
Da préjugé qui n'eût briſé le frein ?
Tout le Public étoit d'Olbans pour elle
J'ai vu Clairon , la Reine du Théâtre ,
De fa Couronne arracher quelques fleurs ,
Pour embellir de leurs vives couleurs-
Ce front riant que l'amour idolâtre.
De les beaux yeux j'ai vû couler des pleurs
Le vrai talent ne connoît point l'ènvie ;
La laideur feule outrage la beauté ;
Et par Tef.. , Br .... eft applaudie ::
Un Sot infulte aux hommes de génie :
Par Diderot , Voltaire eſt reſpecté.
Avez- vous vâ deux Courfiers d'Angleterre
Lever un front noble & majestueux ,
Et fiérement du pied frapper la Terre?™
Bouillans , légers , ardens , impétueux,
Ils font formés pour les jeux & la guerre :
Tous deux brillans , ils ne font point rivaux.-
Mais auprès d'eux peſant , lâche , indocile ,
L'âne fuivant la nature imbécile ,
Meurt du regret de les trouver fi beaux.
Ainfi , marchant parmi des routes fûres
Dans la carrière où s'illuftra Gauffin
Vous éclipfez vos rivales obfcures,
Telle l'on voit l'étoile du matin,
Ou du Soleil la blonde Avantcourière
24 MERCURE DE FRANCE.
Chaffer la nuit , ramener la lumière ,
Et rendre au monde un jour pur & ferem.
Par M. LEGIER.
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle D ...
L'épître est destinée à une jeune femme renommée pour sa beauté, qui attire de nombreux admirateurs. Le poète loue ses qualités, les comparant à celles du dieu Mercure, et souligne que ses talents dépassent sa seule beauté. Il l'encourage à se démarquer par ses compétences plutôt que par son apparence éphémère. Le texte cite des actrices célèbres comme Nanine et Clairon, admirées pour leur talent. Le poète admire aussi deux coursiers anglais, symboles de noblesse et de force, opposés à la faiblesse d'un âne. La jeune femme est comparée à une étoile brillante, éclipsant ses rivales. Le poème se termine par une référence à la carrière illustre de Gaudin, soulignant la supériorité de la destinataire sur ses concurrentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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136
p. 26-28
EPITRE A Mademoiselle A ***.
Début :
JEUNE Lycoris, [...]
Mots clefs :
Désirs, Plaisirs, Charmes, Armes, Crainte
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mademoiselle A ***.
EPITRE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
A Mademoiselle A *** .
JEEUUNNEE Lycoris,
Pourquoi de Cypris
Méprifer fans ceffe
Les mythes fleuris ?
Un coeur fans tendreffe ,
Bornant fes defirs ,
Ignore l'ivreffe
Des parfaits plaifirs.
Quoi ! toujours rêveuſe ,
Trifte , férieuſe ,
Faudra-t-il vous voir
D'une humeur févère
Du fils de Cythère
Braver le pouvoir.
Il faut de fes charmes
Goûter la douceur ,
Ou craindre les armes
De ce Dieu vengeur.
Quand pour nous ſurprendre
11 fixe le jour ,
Aucun vain détour
JUILLET. 1763 . 27
Ne peut nous défendre :
Le devoir fe taît ,
La raifon s'égare ,
Et d'un feu fecret
Notre âme s'empare ;
Bientôt nos regards
Timides , épars ,
Pour cacher leur flâme
Dévoilent de l'âme
Les troubles naiffans
Qui flatent nos fens.
Tôt ou tard fenfible
Aux foins amoureux ,
Un coeur infléxible
Doit former des voeux.
Par force , ou par crainte ,
Si pendant le cours
De vos plus beaux jours ,
Sans efpoir ni crainte
Vousfuyez toujours
La légère atteinte
Du Dieu des Amours :
Sans inquiétude
Dans la folitude
De vos jeunes ans ,
L'ennuyeux Printemps-
Finira fa courfe.
Alors fans refſource
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
1
༄
De pouvoir charmer ,
De la fleur de l'âge
Vous peignant l'image
Vous voudrez aimer .
Ah ! puifque vos charmes
Régnent en ces lieux ,
Et que vos beaux yeux
Font rendre les armes
A tous nos bergers ;
D'un retour funeſte
Craignez les dangers.
Oui ,je vous proteſte
Que fi votre coeur
D'une tendre ardeur
Suit la douce pente ,
Vous éprouverez ,
Et vous fentirez
Contre votre attente ,
Que fi les defirs
Que l'Amour infpire
Content des foupirs ,
Son charmant délire
Fait tous nos plaifirs
Par M. L. P. MOLINE
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Résumé : EPITRE A Mademoiselle A ***.
L'épître est destinée à une jeune femme, Mademoiselle A***, et traite du thème de l'amour et de ses effets inévitables. L'auteur s'étonne de son indifférence envers les plaisirs amoureux et la met en garde contre l'ignorance des charmes de l'amour, soulignant que résister à Cupidon peut entraîner des conséquences. Lorsqu'il choisit son moment, l'amour est irrésistible : le devoir et la raison sont submergés par un feu intérieur. Les regards timides trahissent les troubles de l'âme. L'auteur affirme qu'un cœur inflexible finit toujours par céder à l'amour. Il prévient que refuser l'amour durant la jeunesse mènera à l'ennui et aux regrets. Il conclut en l'avertissant des dangers d'un retour funeste et en espérant qu'elle succombe à l'amour, car ses charmes et ses beaux yeux séduisent déjà tous les bergers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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137
p. 11-13
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Début :
Vous de qui le charmant sourire [...]
Mots clefs :
Sourire, Séducteur, Bergère, Plaire, Beauté, Coquette, Nature, Égayer
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à Mlle D. S. P.
ÉPITRE à Mlle D. S. P.
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
Vous de qui le charmant fourire
Enchante fans prétention ,
S. P ... fi mon léger crayon
Vous peint fous le nom de Thémire ,
Ce n'eft point une fiction.
De la plus naïve Bergère
Vous avez l'attrait féducteur ;
Sans que l'efprit commande au coeur
Vous avez le talent de plaires
Voilà tout l'art de la beauté :
Il ne vous manque en vérité ,
Que le corfet & la houlette .
Tandis que la vaine coquette ,
Sans ceffe un miroir à la main ,
Voit écouler chaque matin
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'étude de fa toilette ,
Place une mouche avec deffein
Et par le rouge qu'elle apprête
Ranime fon vifage éteint.
Le coloris de votre teint
Ne doit rien à votre parure ,
Vous le tenez de la Nature:
Il coûte peu, fa beauté dure,
Et fon effet eft plus certain.
Devotre fexe, ô ma Thémire,
Vous raffemblez les agrémens ;
Mais vos goûts font bien différens :
L'on ne vous entend point médire
A tous propos , fur les paffans
Lâcher l'épigramme , puis rire.
L'on ne vous voit point fur les rangs
Parmi nos Belles étalées ,
Dans de fpacieuſes allées ,
Minauder d'un air dédaigneur ;-
Nile Petit- Maître ennuyeux
Lorgner votre aimable figure ,
Et dire d'un ton précieux
Elle n'eft pas mal , je vous jure !'
Thémire , vous aimez bien mieux
Tous les foirs fous le frais ombrage
Que procure le Maronnier
Avec la vive , le Tel
Jouir des momens du jeune âge,
Et déçem mnt vous égayer.
AOUST. 1763. 13
Tout à la fois heureufe & fage ,
Puiffiez -vous encore longtemps !
Goûter ces plaifirs innocens !
Il en eft , aimable Thémire ,
De plus parfaits , de plus touchans ,
L'amour par vos yeux les infpire ,
Et dans mon âme je les fens.
#1 Juillet 1763,
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138
p. 5-8
ÉPITRE. A M. le Comte MAURICE de BRUHL, Gentilhomme de la Chambre du ROI de POLOGNE, & Lieutenant-Colonel des Carabiniers de Saxe, &c.
Début :
QUOI ! cher Comte, si jeune encore, [...]
Mots clefs :
Art, Talents, Amitié, Grandeur, Peuples, Vertu, Guerrier, Prophète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE. A M. le Comte MAURICE de BRUHL, Gentilhomme de la Chambre du ROI de POLOGNE, & Lieutenant-Colonel des Carabiniers de Saxe, &c.
ÉPITRE
A M. le Comte MAURICE de BRUHL,
Gentilhomme de la Chambre du Ror
de POLOGNE , & Lieutenant - Colonel
des Carabiniers de Saxe , &c.
Q UOI ! cher Comte , fi jeune encore ,
Vous fentez le prix des talens.
Dieux ! qu'une fi riante aurore
Promet aux Arts de jours brillans
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A votre aſpect chacun s'étonne
De voir chez vous en même temps
Les fruits aimables de l'Automne
Mêlés aux rofes du Printemps.
Votre amitié devient le gage
Et du génie & du fçavoir ,
Et fouvent même elle encourage
Le noble defir d'en avoir.
Le goût des Arts eft le préfage
Et le vrai fceau de la grandeur :
Un nom célébre avec fplendeur
De qui les aime eft le partage.
L'éclatant régne des Céfars
Aux grands hommes dut tout fon luftre.
Mécène protégea les Arts ,
Et Mécène devint illuftre.
Vous qui joignez un goût fi fûr
Au Sentiment , à la fineſſe
Et la Raifon d'un âge mûr
Aux agrémens de la Jeuneffe
Allez , volez , prenez l'éffor ,
Suivez le feu qui vous enflamme ;
Montrez au Monde le tréfor
Que vous renfermez dans votre âme.
Mûri par le flambeau des Cieux ,
Ainfi ce grain caché ſous terre ,
Tout-à-coup croiffant fous nos yeux ,
De la prifon quile refferre ,
S'éléve en chêne faſtueux ,
SEPTEMBRE. 1763.
7
Et bravant enfin le tonnèrre ,
De les rameaux majestueux
Semble ombrager tout l'hémiſphère . '
Soyez l'ornement de la Cour.
On réuffit quand on fçait plaire.
Affis au rang de votre père ,
Vous brillerez à votre tour ;
Des Peuples vous ferez l'amour ,
Et des Arts le 'Dieu tutélaire .
La Vertu qu'un haut rang éclaire ,
Eclate alors dans tout fon jour.
Je verrai l'Europe étonnée ,
Bientôt fur vous fixer les yeux ;
Oui , votre belle deſtinée
Doit égaler tous vos ayeux.
Dans les combats faites revivre
Ce grand Guerrier , ce fier Saxon
Dont vous portez déja le nom ,
Et de qui vous brûlez de fuivre
En tout l'exemple & la leçon .
Mais ce courage qu'on admire ,
Dont rien ne put borner le cours
Se vit dompter par les Amours ,
Et vous riez de leur empire .
Lorfque la Déeffe aux cent voix
Publiera partout votre hiſtoire
Quand la
>
trompette de la Gloire
Retentira de vos exploits ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce Sage * dont l'heureuſe adreſſe
Par le plaifir forme les coeurs ,
Qui va pour vous femant des fleurs
Sur le chemin de la Sageſſe ,
Et qui comme moi prévenu
Par votre âme noble & modeſte ;
En vous aimant eft devenu
Votre Mentor & votre Orefte ;
Ce Philofophe généreux ,
Qui par un long apprentiffage ,
Comme un Pilote habile & ſage ,
Sur cet Océan dangereux
Sçait vous conduire fans naufrage ,
En vous voyant partout fameux ,
Dira partout , c'eſt mon ouvrage.
Allez , vos fuccès font certains ,
Votre gloire fera parfaite ;
Rempliffez vos brillans deftins :
Mais aimez toujours le Prophéte.
* M. dela Frenaye , Colonel au Service de
S. M. le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
connu par fon mérite diſtingué & par les brillanses
éducations qu'il a faites.
Par M. BLIN,
A M. le Comte MAURICE de BRUHL,
Gentilhomme de la Chambre du Ror
de POLOGNE , & Lieutenant - Colonel
des Carabiniers de Saxe , &c.
Q UOI ! cher Comte , fi jeune encore ,
Vous fentez le prix des talens.
Dieux ! qu'une fi riante aurore
Promet aux Arts de jours brillans
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A votre aſpect chacun s'étonne
De voir chez vous en même temps
Les fruits aimables de l'Automne
Mêlés aux rofes du Printemps.
Votre amitié devient le gage
Et du génie & du fçavoir ,
Et fouvent même elle encourage
Le noble defir d'en avoir.
Le goût des Arts eft le préfage
Et le vrai fceau de la grandeur :
Un nom célébre avec fplendeur
De qui les aime eft le partage.
L'éclatant régne des Céfars
Aux grands hommes dut tout fon luftre.
Mécène protégea les Arts ,
Et Mécène devint illuftre.
Vous qui joignez un goût fi fûr
Au Sentiment , à la fineſſe
Et la Raifon d'un âge mûr
Aux agrémens de la Jeuneffe
Allez , volez , prenez l'éffor ,
Suivez le feu qui vous enflamme ;
Montrez au Monde le tréfor
Que vous renfermez dans votre âme.
Mûri par le flambeau des Cieux ,
Ainfi ce grain caché ſous terre ,
Tout-à-coup croiffant fous nos yeux ,
De la prifon quile refferre ,
S'éléve en chêne faſtueux ,
SEPTEMBRE. 1763.
7
Et bravant enfin le tonnèrre ,
De les rameaux majestueux
Semble ombrager tout l'hémiſphère . '
Soyez l'ornement de la Cour.
On réuffit quand on fçait plaire.
Affis au rang de votre père ,
Vous brillerez à votre tour ;
Des Peuples vous ferez l'amour ,
Et des Arts le 'Dieu tutélaire .
La Vertu qu'un haut rang éclaire ,
Eclate alors dans tout fon jour.
Je verrai l'Europe étonnée ,
Bientôt fur vous fixer les yeux ;
Oui , votre belle deſtinée
Doit égaler tous vos ayeux.
Dans les combats faites revivre
Ce grand Guerrier , ce fier Saxon
Dont vous portez déja le nom ,
Et de qui vous brûlez de fuivre
En tout l'exemple & la leçon .
Mais ce courage qu'on admire ,
Dont rien ne put borner le cours
Se vit dompter par les Amours ,
Et vous riez de leur empire .
Lorfque la Déeffe aux cent voix
Publiera partout votre hiſtoire
Quand la
>
trompette de la Gloire
Retentira de vos exploits ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce Sage * dont l'heureuſe adreſſe
Par le plaifir forme les coeurs ,
Qui va pour vous femant des fleurs
Sur le chemin de la Sageſſe ,
Et qui comme moi prévenu
Par votre âme noble & modeſte ;
En vous aimant eft devenu
Votre Mentor & votre Orefte ;
Ce Philofophe généreux ,
Qui par un long apprentiffage ,
Comme un Pilote habile & ſage ,
Sur cet Océan dangereux
Sçait vous conduire fans naufrage ,
En vous voyant partout fameux ,
Dira partout , c'eſt mon ouvrage.
Allez , vos fuccès font certains ,
Votre gloire fera parfaite ;
Rempliffez vos brillans deftins :
Mais aimez toujours le Prophéte.
* M. dela Frenaye , Colonel au Service de
S. M. le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
connu par fon mérite diſtingué & par les brillanses
éducations qu'il a faites.
Par M. BLIN,
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139
p. 22-23
EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
Début :
DE ta saine philosophie [...]
Mots clefs :
Heureux, Fortune, Plaisir, Philosophie, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
E PITRE
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
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140
p. 35-39
EPITRE A Madame la Marquise D. ...
Début :
O VOUS, que l'amour idolâtre, [...]
Mots clefs :
Amour, Tendre, Longtemps, Volupté, Muse, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Marquise D. ...
EPITRE
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
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141
p. 24-28
EPITRE. A Mlle DANGEVILLE, sur sa retraite.
Début :
Vous, que la main de la Nature [...]
Mots clefs :
Retraite, Nature, Censeurs, Talents, Grâces, Dehors trompeurs, Nuances, Déesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A Mlle DANGEVILLE, sur sa retraite.
EPITRE
A Mlle DANGEVILLE , fur fa retraite,
Vous,
ous , que la main de la Nature
A voulu combler fans meſure
De fes préfens les plus flatteurs ,
Vous , qui joignez à la figure ,
Ce ton , cette heureuſe tournure
Qui fçait défarmer les Cenfeurs !
Vous , dont les jours tiffus de fleurs
N'ont point éprouvé les horreurs ,
Que le * démon de la Nature
Diſtile de fa bouche impure
Sur les Belles & les Auteurs .
Vous , dont les talens enchanteurs
Nous féduifoient fans impoſture ,
* L'Envie.
Lorfque
OCTOBRE . 1763 . 25
Lorfque dans les dehors trompeurs ,
Ou lorfque dans les trois Coufines
( Que votre jeu rendoit divines )
Votre air , vos grâces enfantines
Vous faifoient tant d'Admirateurs.
Quand , dans la peinture des mceurs ,
Donnant de la force aux couleurs ,
Par les nuances les plus fines
Vous embelliffiez nos Auteurs . :
Un jeune Eléve des neuf Soeurs
Défefpéré de la retraite
Que depuis peu vous avez faite ,
Du moins , dans un fi grand malheur ,
Pour calmer un peu fa douleur
Voudroit , aimable Dangeville ,
Au nom de la Cour , de la Ville ,
Du goût & de Thalie en pleurs ,
Vous rendre les tributs flatteurs
De ce talent fi difficile
*
Qui vous a gagné tous les coeurs,
Hier dans la Piéce nouvelle ,
Qu'avec plaifir j'applaudiffois ,
Votre gaîté fi naturelle !
Je ne crois pas qu'on ait jamais
Vu le Partèrre des Français
Faire éclater un fi grand zéle .
Tandis , qu'à ce farouche Anglois
L'Anglois à Bordeaux.
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Vous faifiez le portrait fidéle
Du caractère des François ,
De tous les côtés j'entendois :
» Qu'elle eſt charmante , qu'elle est belle !
» Faut-il la perdre pour jamais ? ..
Le coeur toujours plein de vos traits ,
Rendu chez moi , je m'étonnais , !
Que , de leurs dons , les Dieux avares
Pour tout le reste des humains ,
Renverfant l'ordre des Deſtins ,
Vous prodiguaffent les plus rares.
J'y réfléchis pendant longtemps ;
Jufqu'à ce qu'à la fin mes fens
Preffés d'un fommeil agréable
Furent privés de fentimens.
Une Déeffe fort aimable
S'apparut à moi dans l'inſtant.
Son air étoit vif & brillant ;
Je ne fçais quoi d'intéreſſant
Diffipa la peur éffroyable
Qu'elle me fit en paroiffant.
Au milieu de l'appartement ,
La colonne d'air condenſée ,
La foutenoit également.
Son corps panché négligemmenz
Laiffoit flotter au gré du vent :
Sa longue robe retrouffée,
L'une des aîles qu'on voyoit
P'yeux & de bouche parsemée
OCTOBRE. 1763. 27
Et la trompette qu'elle avoit
M'annoncerent la Renommée.
»Tu veux , dit- elle , vainement
» Pénétrer ce profond Myſtère :
» Je puis feule te fatisfaire ,
Viens ! Vole ..... & dans le même inftant
Mon âme fubtile & légére
La fuivit dans un lieu charmant .
Dans le féjour de l'Empirée
Dominant la voûte azurée
Eft un fallon délicieux.
C'eſt là que s'affemblent les Dieux;
C'est l'attelier de Prométhée.
Un portrait , qui parloit aux yeux
S'offrit à mon âme enchantée.
Tout étoit vrai , tout étoit beau ;
Le moment de votre naiffance
Etoit le fujet du tableau.
La Renommée alors s'avance ;
Et fa voix , impoſant filence ,
M'expliqua la chofe en ces mots.
» Les Dieux indignés que Jupin ,
» Lorſqu'il créa le'genre humain ,
» Par un défaut de prévoyance
» Dans vos coeurs eût mis la femence
» De tous ces vices odieux
כ כ
Qui déshonorent la nature ,
»Voulurent éffayer entr'eux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» De former une créature .
» Chacun la dotta de fon mieux.
» Prométhée au flambeau des cieux
;
» Fut.dérober une étincelle
» Dont il anima fon modéle .
» Thalie , à la jeune Mortelle
. בכ
>> Fit tous les dons les plus heureux.
» Et pour la rendre naturelle ,
» Elle n'alla jamais fans elle ,
» Et fut fe placer dans les yeux.
» L'Amour prit foin de la figure ;
» Minerve s'empara du coeur ;
»Vénus lui donna fa ceinture.
>> Les ris , les graces , le bonheur,
» L'inftruifirent dans l'art de plaire.
» Mais c'étoit peu fi la douceur
» N'avoit formé ſon caractère.
A Mlle DANGEVILLE , fur fa retraite,
Vous,
ous , que la main de la Nature
A voulu combler fans meſure
De fes préfens les plus flatteurs ,
Vous , qui joignez à la figure ,
Ce ton , cette heureuſe tournure
Qui fçait défarmer les Cenfeurs !
Vous , dont les jours tiffus de fleurs
N'ont point éprouvé les horreurs ,
Que le * démon de la Nature
Diſtile de fa bouche impure
Sur les Belles & les Auteurs .
Vous , dont les talens enchanteurs
Nous féduifoient fans impoſture ,
* L'Envie.
Lorfque
OCTOBRE . 1763 . 25
Lorfque dans les dehors trompeurs ,
Ou lorfque dans les trois Coufines
( Que votre jeu rendoit divines )
Votre air , vos grâces enfantines
Vous faifoient tant d'Admirateurs.
Quand , dans la peinture des mceurs ,
Donnant de la force aux couleurs ,
Par les nuances les plus fines
Vous embelliffiez nos Auteurs . :
Un jeune Eléve des neuf Soeurs
Défefpéré de la retraite
Que depuis peu vous avez faite ,
Du moins , dans un fi grand malheur ,
Pour calmer un peu fa douleur
Voudroit , aimable Dangeville ,
Au nom de la Cour , de la Ville ,
Du goût & de Thalie en pleurs ,
Vous rendre les tributs flatteurs
De ce talent fi difficile
*
Qui vous a gagné tous les coeurs,
Hier dans la Piéce nouvelle ,
Qu'avec plaifir j'applaudiffois ,
Votre gaîté fi naturelle !
Je ne crois pas qu'on ait jamais
Vu le Partèrre des Français
Faire éclater un fi grand zéle .
Tandis , qu'à ce farouche Anglois
L'Anglois à Bordeaux.
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Vous faifiez le portrait fidéle
Du caractère des François ,
De tous les côtés j'entendois :
» Qu'elle eſt charmante , qu'elle est belle !
» Faut-il la perdre pour jamais ? ..
Le coeur toujours plein de vos traits ,
Rendu chez moi , je m'étonnais , !
Que , de leurs dons , les Dieux avares
Pour tout le reste des humains ,
Renverfant l'ordre des Deſtins ,
Vous prodiguaffent les plus rares.
J'y réfléchis pendant longtemps ;
Jufqu'à ce qu'à la fin mes fens
Preffés d'un fommeil agréable
Furent privés de fentimens.
Une Déeffe fort aimable
S'apparut à moi dans l'inſtant.
Son air étoit vif & brillant ;
Je ne fçais quoi d'intéreſſant
Diffipa la peur éffroyable
Qu'elle me fit en paroiffant.
Au milieu de l'appartement ,
La colonne d'air condenſée ,
La foutenoit également.
Son corps panché négligemmenz
Laiffoit flotter au gré du vent :
Sa longue robe retrouffée,
L'une des aîles qu'on voyoit
P'yeux & de bouche parsemée
OCTOBRE. 1763. 27
Et la trompette qu'elle avoit
M'annoncerent la Renommée.
»Tu veux , dit- elle , vainement
» Pénétrer ce profond Myſtère :
» Je puis feule te fatisfaire ,
Viens ! Vole ..... & dans le même inftant
Mon âme fubtile & légére
La fuivit dans un lieu charmant .
Dans le féjour de l'Empirée
Dominant la voûte azurée
Eft un fallon délicieux.
C'eſt là que s'affemblent les Dieux;
C'est l'attelier de Prométhée.
Un portrait , qui parloit aux yeux
S'offrit à mon âme enchantée.
Tout étoit vrai , tout étoit beau ;
Le moment de votre naiffance
Etoit le fujet du tableau.
La Renommée alors s'avance ;
Et fa voix , impoſant filence ,
M'expliqua la chofe en ces mots.
» Les Dieux indignés que Jupin ,
» Lorſqu'il créa le'genre humain ,
» Par un défaut de prévoyance
» Dans vos coeurs eût mis la femence
» De tous ces vices odieux
כ כ
Qui déshonorent la nature ,
»Voulurent éffayer entr'eux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» De former une créature .
» Chacun la dotta de fon mieux.
» Prométhée au flambeau des cieux
;
» Fut.dérober une étincelle
» Dont il anima fon modéle .
» Thalie , à la jeune Mortelle
. בכ
>> Fit tous les dons les plus heureux.
» Et pour la rendre naturelle ,
» Elle n'alla jamais fans elle ,
» Et fut fe placer dans les yeux.
» L'Amour prit foin de la figure ;
» Minerve s'empara du coeur ;
»Vénus lui donna fa ceinture.
>> Les ris , les graces , le bonheur,
» L'inftruifirent dans l'art de plaire.
» Mais c'étoit peu fi la douceur
» N'avoit formé ſon caractère.
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142
p. 78-79
ÉPITRE à M. le Comte de S****.
Début :
AMI, chaque âge a ses plaisirs. [...]
Mots clefs :
Talents, Voix, Plaisirs, Philosophe, Chefs-d'œuvre, Nature, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à M. le Comte de S****.
AMI , chaque âge a ſes plaiſirs.
Dans notre bouillante jeuneſſe ,
Deux beaux yeux cauſent notre ivreſſe ;
Un rien allume nos defirs .
Aujourd'hui tes talens occupent mes loiſirs.
Voltaire , Hiſtorien , Philoſophe , Poëte,
Faitretentir pour moi la lyre & ſa trompette ;
Je lis avidement ſes chefs - d oeuvres divers .
De Corneille l'âme puiſſante
Me rend prèſque Romain par ſes ſublimes vers.
Racine m'attendrit. Crébillon m'épouvante.
t Molière , par ſon art charmant ,
Nous corrige en nous amuſant.
La Fontaine a ſuivi la voix de la Nature
Dans ſa ſimplicité , ſon unique tournure ,
Il joint la force à l'agrément ;
Tout plaît dans ſa naïve muſe.
L'Auteur du Goût m'en donne en le lifant ,
Marmontel m'éclaire & m'amuse ,
Apollon l'a compté parmi ſes favoris.
De Thomas la plume féconde
Donne un reffort à l'âme & des leçons aumonde.
Bernard touche & ravit par ſes galans écrits,
Du célébre Rameau la divine harmonie
Etouffe la cruelle envie.
Le ſauvage & profond Rouffeau
En prenant un éſſor nouveau ,
NOVEMBRE. 1763. 7)
Nous entraîne par ſon génie.
* Le Pindare François, d'un vol au facieux,
Me porte avec lui dans les Cieux.
La Tour à ſes portraits donne l'âme & la vie.
Du talent de Pigal l'Univers eſt charmé ;
Sous ſon ſçavant ciſeau le marbre eſt animé.
Le fameux Vaucanfon honore ſa patrie.
A Préville je dois d'agréables momens.
L'éloge de Clairon paroîtroit incroyable.
Dangeville eſt inimitable.
Dumesnil fait à l'âme entendre ſes accens .
Les grâces de Lany forment les pas brillans .
De Veftris la danſe élégante ,
Les nobles mouvemens & la légéreté
Rempliſſent plus que mon attente.
Sa foeur nous peint la volupté.
Arnould juſqu'en mon coeur porte ſa voix touchante
.
Jeliotte eſt l'Orphée & l'Amphion du Temps ;
Par ſes divins accords Fel ſurpaſſe Canente ;
Mais ſi j'applaudis ſes talens ,
Son âme encor plus belle & m'attache & m'enchante.
Dema tranquille vie ainſi paſſe le cours.
Jadis je ſervois les Amours :
Apréſent, je les chante.
Par M. de C***
* Rousseau , mort à Bruxelles .
Dans notre bouillante jeuneſſe ,
Deux beaux yeux cauſent notre ivreſſe ;
Un rien allume nos defirs .
Aujourd'hui tes talens occupent mes loiſirs.
Voltaire , Hiſtorien , Philoſophe , Poëte,
Faitretentir pour moi la lyre & ſa trompette ;
Je lis avidement ſes chefs - d oeuvres divers .
De Corneille l'âme puiſſante
Me rend prèſque Romain par ſes ſublimes vers.
Racine m'attendrit. Crébillon m'épouvante.
t Molière , par ſon art charmant ,
Nous corrige en nous amuſant.
La Fontaine a ſuivi la voix de la Nature
Dans ſa ſimplicité , ſon unique tournure ,
Il joint la force à l'agrément ;
Tout plaît dans ſa naïve muſe.
L'Auteur du Goût m'en donne en le lifant ,
Marmontel m'éclaire & m'amuse ,
Apollon l'a compté parmi ſes favoris.
De Thomas la plume féconde
Donne un reffort à l'âme & des leçons aumonde.
Bernard touche & ravit par ſes galans écrits,
Du célébre Rameau la divine harmonie
Etouffe la cruelle envie.
Le ſauvage & profond Rouffeau
En prenant un éſſor nouveau ,
NOVEMBRE. 1763. 7)
Nous entraîne par ſon génie.
* Le Pindare François, d'un vol au facieux,
Me porte avec lui dans les Cieux.
La Tour à ſes portraits donne l'âme & la vie.
Du talent de Pigal l'Univers eſt charmé ;
Sous ſon ſçavant ciſeau le marbre eſt animé.
Le fameux Vaucanfon honore ſa patrie.
A Préville je dois d'agréables momens.
L'éloge de Clairon paroîtroit incroyable.
Dangeville eſt inimitable.
Dumesnil fait à l'âme entendre ſes accens .
Les grâces de Lany forment les pas brillans .
De Veftris la danſe élégante ,
Les nobles mouvemens & la légéreté
Rempliſſent plus que mon attente.
Sa foeur nous peint la volupté.
Arnould juſqu'en mon coeur porte ſa voix touchante
.
Jeliotte eſt l'Orphée & l'Amphion du Temps ;
Par ſes divins accords Fel ſurpaſſe Canente ;
Mais ſi j'applaudis ſes talens ,
Son âme encor plus belle & m'attache & m'enchante.
Dema tranquille vie ainſi paſſe le cours.
Jadis je ſervois les Amours :
Apréſent, je les chante.
Par M. de C***
* Rousseau , mort à Bruxelles .
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143
p. 16-25
EPITRE. A M. L***.
Début :
SÇAVANT ABBÉ, je vous écris [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Nature, Arts, Abbé, Doux, Aimer, Âme, Palais, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. L***.
EPITRE.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
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144
p. 40-43
EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
Début :
Au vrai seul, dit un Moraliste, [...]
Mots clefs :
Prince, Altesse, Vérité, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
EPITRE à S. A. S. Mgr le Prince de
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
LEWENSTEIN , Prince régnant de
WERTHEIM , Membre honoraire de:
l'Académie des Sciences.
ΑνU vrai feul , dit un Moralifte ,
Eft attaché notre bonheur :
Mais la vérité qui m'attriſte
Vaut- elle une agréable erreur ?
Dois- je , éloigné de Votre Alteffe ,
Ne point efpérer de la voir ?
Puis-je , dans une douce yvreffe ,
N'en pas réaliſer l'efpoir ?
Laiffez- moi , Cenfeur trop auftère ,
Votre morale eſt un poiſon :
Je chéris , j'aime ma chimère ,
Elle eft l'effort de ma raiſon.
Dans la favante folitude
Où , dépofant votre grandeur ,
Votre esprit , avec certitude ,
Des mers fonde la profondeur
Et chaque jour fait fon étude
D'affurer la félicité .
D'un peuple aimé qui vous adore ;
Prince , je me crois tranfporté.
C'eft -là qu'au lever de l'aurore ,
AVRIL 1766. 41
J'écoute avec avidité
Ces traits qui portent dans mon âme
Le flambeau de la vérité :
Elle s'élève , elle s'enflâme
A leur raviffante clarté.
Je reſpecte dans ſon ouvrage
Le fage Auteur de l'univers :
Vous en êtes la vive image.
Jufte ennemi des coeurs pervers ,
Avec une égale juftice.
Votre main punit les forfaits ,
Arrête les progrès du vice
Et prodigue aux bons les bienfaits .
Mais , lorfque maître de vous- même ,
Dégagé de ce premier ſoin ,
Et des devoirs du diadême ,
Vous n'avez que moi pour temoin ;
Quand les noeuds de la confiance ,
Prince , m'élèvent juſqu'à vous ,
Je ne vois plus votre puiffance ,
Je m'éclaire & je prends vos goûts .
J'admire en vous l'homme eftimable ,
Le favant fimple & fans écarts ,
Le Philofophe raiſonnable ,
L'ami , le protecteur des arts.
Sublime , noble avec Virgile ,
Folâtre avec Anacréon
Votre génie ardent , facile ,
Careffe ou Voltaire ou Newton ::
42 MERCURE DE FRANCE
Il badine avec Lafontaine ,
Et fuit dans les cieux d'Alembert
Mais le mâle Rouffeau l'entraîne ::
Puis délicat près de Gefner ,
Il vole dans les bras d'Ovide
Soupirer de tendres amours :
Ou , prenant l'équerre d'Euclide ,,
Et , s'étayant de fon fecours ,
Il trace d'un crayon rapide
Et les rapports & les contours
Des Ordres dont l'architecture
Embellit nos riches palais ;
Et quelquefois de la nature ,
Déchirant les voiles épais ,
Il en pénètre la magie
Et lui dérobe fes fecrets.
O notre heureuſe Académie ,
Quel honneur rejaillit fur toi !
Ta gloire en doit être affermie :
Ta gloire toujours fut ta loi.
On t'inftruit qu'au fein de l'Empire
Un Prince , un mortel vertueux
Tient le compas , pince la lyre ,
Sait , s'occupe & fait des heureux :
Tu veux ravir cette conquête ..
Et ton choix jufte & précieux
De lauriers couronne fa tête.
Eh que pouvoit faire de mieux
Ce Sénat fage qui difpenfe:
AVRIL 1766: 43
Aux honneurs les auguftes droits ?
Mais où tend ma frêle éloquence ?
Tandis que j'élève la voix ,
Votre Alteffe ne peut m'entendre ,
Et , pouffant un cerf aux abois ,
Le force peut- être à fe rendre ;
Ou , calculant d'un trait hardi ,
Des aftres la viteffe extrême ,
Elle voit le globe arrondi ,
Et renverſe notre fyftême.
Et moi , dans mon donjon reclus ,
Plein de refpect & de tendreffe ,
Je forme des voeux fuperflus.
Qu'ils paffent donc à Votre Alteffe ..
Encor , fi j'avois fon portrait !
Cette favorable impofture
Rendroit mon coeur plus fatisfait :-
Je ferois heureux en peinture .
L' * * * * F ****;
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Résumé : EPÎTRE à S. A. S. Mgr le Prince de LOEWENSTEIN, Prince régnant de WERTHEIM, Membre honoraire de l'Académie des Sciences.
L'épître est destinée à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince de Lewenstein, Prince régnant de Wertheim et membre honoraire de l'Académie des Sciences. L'auteur admire la vérité mais se questionne sur sa supériorité par rapport à une agréable erreur. Il loue le prince pour ses qualités morales et intellectuelles, notamment sa sagesse, sa justice et son amour pour les arts. Le prince est présenté comme un homme estimable, savant et protecteur des arts, capable de naviguer entre philosophie, poésie, sciences et arts, et de comprendre les secrets de la nature. L'auteur exprime l'honneur que représente pour l'Académie des Sciences d'avoir un tel membre. Il conclut en exprimant son désir de rencontrer le prince et en espérant que ses vœux lui parviennent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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145
p. 43-51
EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Début :
Egô si risi quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gorgonius hircum, [...]
Mots clefs :
Satire, Honneur, Vice, Coeur, Yeux, Grands, Homme, Boileau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
EPITRE fur l'utilité de la fatire. Par
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
M. MATON.
Ego fi rifi quod ineptus
Paftillos Rufillus olet , Gorgonius hircum ,
Lividus & mordax videor tibi.
PAR
Horat.
AR quel abus les méchans & les fots.
Font - ils le mal , errent - ils en repos ?
N'ófe -t-on plus , ami de la droiture
Des moeurs du temps hafarder la peinture?
44
MERCURE DE FRANCE .
Et rougit- on d'entretenir l'honneur
Qui d'un état confirme la grandeur ?
C'eſt donc depuis qu'avec l'art de médire
Les médifans confondent la fatire ,
Et que le vice , au plus haut point porté ,
S'accroît encor de fon impunité ?
O fiècle ! ô jours ! fi féconds en maximes ,
En théorie , en documens fublimes
Pour qui le nom d'honneur ou de vertu
N'eft que trop vague , & fouvent rebattu ;
Permetttez - vous qu'une Mufe ftoïque
Monte fa lyre au ton de fa logique?
Qu'il foit banni de la fociété ,
Qu'il foit , dit- on , à jamais d'éteſté ,
Le bel-efprit qui , fâcheux par fyftême ,
Nous décrira pour fe louer lui-même.
Quoi qu'on en dife , intégre & citoyen ,
Un fatyrique eft un homme de bien :
S'il fe pouvoit qu'un peuple en fon enfance
Cherchât au loin fa frêle fubfiftance ,
Qu'avec tranfport il béniroit la main
Qui , féparant le baume du venin ,
Lui marqueroit tout ce que la nature
Sage & conftante offre à fa nouriture !
Tel eft l'objet du cenfeur éclairé ;
Un'eft fervent que pour l'homme égaré :
JUILLET 41
1
1766.
D'un mot plaisant , ou d'un trait fatirique ,
Il force au bien que la morale indique ;
Se faifant craindre , il éclaire nos pas :
La loi commande , & ne raifonne pas.
Chez des humains yvres de flaterie ,
De tous les temps la fatire avilie
Range le fage à côté du méchant ,
Lorfque fon oeil veut percer trop avant.
Qu'une leçon dans le fecret nous pique ,
Elle révolte alors qu'elle eft publique.
Comment peut - on , jaloux de fon erreur
Baiſer la main qui nous perce le coeur ?
Le bel emploi (de l'orgueil dont nous fommes)
Que de reprendre , & d'inftruire les hommes !
Témoins les fruits que moiffonne Rouffeau ,
De fon Vitam impendere vero.
Eft-on toujours pour y voir mieux qu'un autre,
De la raiſon le martyre & l'apôtre ?
L'humanité demande des heureux ,
Et l'art d'en faire eft un préfent des Cieux
Mais on a beau terraffer l'impofture ,
On jouit peu du bien que l'on procure :
Il eft d'ingrats un nombrè illimité ,
Et mille erreurs pour une vérité.
Quoique ces vers admettent la fatire ,
La bienséance en rétrécit l'empire.
Qu'est-il befoin , pour la gloire des fots ,
Qu'un Ecrivain fe ruine en bons mots ?
46 MERCURE
DE FRANCE
.
Ou qu'un forfait , abhorrant la lumière ,
Soit par humeur tiré de la pouflière ?
La voix publique aime la chaſteté ,
Et le vrai zèle atteint l'utilité :
De Juvenal les portraits font infâmes ;
Ne fouillons pas dans les replis des âmes :
Il eft des coeurs juſques là corrompus ,
Que n'émeut point l'exemple des vertus ;
Mais effayez de leur créer des vices ,
Les voilà prêts d'en faire leurs délices.
Un crime occulte eft prefque indifférent 3
Qui fe perd feul , eſt à peine un méchant.
Pour peu qu'un mal devienne épidémique ,
Pour l'arrêter , il n'eft qu'un fatirique ;
Un ennemi de l'ordre , un impofteur ,
S'il eft puiffant , doit exciter l'horreur ;
Il faut fur lui déployer le farcafme
Et le glacer dans fon enthouſiaſme :
De fes noirceurs vient- il à fe
parer ,
C'est un Typhon qu'il faut d'éfefpérer.
Tel d'un arrêt s'ofe targuer & rire ,
Brave le Ciel , qui craindra la fatire .
Elle a produit de furprenans effets ;
Elle a de Guife arrêté les excès ( 1 ) ;
( 1 ) On fait que la multiplicité des écrits répandus dans
la Sicile , par les partifans du Roi contre le Duc de Guife ,
mirent un frein puiffantaux entreptifes or gueilleufes de cet
homme,
I
JUILLET
47 1766.
Et Maffei , par ſa forte ironie ( 2 ) ,
D'affreux duels a purgé l'Italie.
Que mon coeur s'ouvre aux pleurs des malheureux
,
Sentant leur fort , je parlerai comme eux :
Leurs maux divers m'arracheront des larmes ;
Leur défeſpoir me fournira des armes :
Je ne verrai
qu'oppreffeurs & tyrans ;
Que des petits les victimes des grands ;
Que l'ingocence & l'orphelin timides
Triftes jouets de juges trop avides ;
Que la faveur couronnant de ſes mains ,
De vils flateurs , l'opprobre des humains :
Ce ne fera que haine & préfidie ;
Qu'ambition de flots de fang nourrie ;
Que novateurs , que de faux citoyens ,
Que des docteurs s'égorgeant pour des riens ;
Que des favans , dont la philoſophie
Verſe en leur fein le poiſon de l'envie.
Ils font , hélas ! ces oracles du temps ,
Peu lumineux , & jamais confolans.
Lorſqu'un héros qui reſpire la guerre ,
De fes fujets fe fait nommer le père ;
Qu'un autre érige en maxime d'état ,
Qu'un trône ouvert excufe l'attentat ;
( 2 ) Il eft certain que le ridicule amer jetté par le
Marquis Maffei , fur l'ufage barbare des duels , dans fon
traité Della Scienza Cavalleresca , produiſit en Italie des
effets furprenans.
MERCURE DE FRANCE.
Que s'uniflant à des femmes perdues ,
Des grands encor fe placent dans les nues ;
Que tel aux fiens refufe des fecours ,
Qui rifque au jeu fa fortune & fes jours ;
Qu'aux yeux de ceux qui ne favent l'attendre ,
L'or n'avilit que quand il le faut rendre :
Le Ciel m'eût- il départi fa douceur ,
Le fiel alors furnage dans mon coeur :
Il faut du moins qu'en bonne politique ,
Faute de loix , la fatire s'explique :
Dans un Etat il eft contagieux
Qu'à ces tableaux s'accoutument les yeux.
Quelque rumeur que la fatire excite ,
On ne la craint que lorsqu'on la mérite .
Malheur à ceux qui la comptent pour rien :
L'horreur du mal fait l'éloge du bien.
Alcide expire & les monftres renaiſſent :
Boileau n'eft plus , & les fots reparoiffent.
Mais de cenfeur , pour s'arroger le droit ,
Il faut , dit - on , foi- même marcher droit ,
Et qu'innocent des vices qu'on réprime ,
De victimaire on ne foit pas victime.
Eft- ce aux Lays à nous parler d'honneur ?
Aux Arétins , d'un Dieu jufte & vengeur ?
Soit & mon but , en me mêlant d'écrire ,
Eft qu'on m'eftime,& non pas qu'on m'admire.
Si je nommois , je veux l'être à mon tour.
J'ai deux acteurs ; c'eft le peuple & la cour.
Que
JUILLET 1766. 49
Que dis-je encor ? Il faut , pour être juſte ,
Blâmant Cinna , s'enrouer pour Auguſte
Et compofer , d'un ftyle fec & dur ,
En temps & lieu des odes fur Namur:
Que rifque- t- on ? Pour une apologie
Mille fujets dérident mon génie ;
Etre à l'affut de l'orgueil & du fat ,
C'est ce qu'obferve un Auteur par état .
Mais il faut rire ; ennemi de la joie ,
Aux vers rongeurs on est toujours en proie ;
Tout eft chaos quand le ciel eft obfcur ;
Tout le corrompt quand le vale eft impur,
Ami lecteur , j'ai banni mon fcrupule ;
Pour peu qu'un vice offre de ridicule ,
Il n'eſt pour lui , ni trêve ni traité :
Salvien , dit- on... . Dieu même a plaifanté (3 ) .
Boileau nommoit & bravoit la tempête s
Boileau pourtant avoit une âme honnête.
Dans leurs palais , s'il vifitoit les grands ,
Se piquoit - il d'y brûler de l'encens ? '
Moins protégé fans doute & moins fertile ,
En d'autres mains fon art peut être utile .
Mais quant aux morts , ils ne rougiffent plus .
Et les tombeaux regorgent de vertus .
Des torts vivans parcourons la carrière ,
Sans nous morfondre à rimer en arrière ;
Examinons , l'optique eft fous nos yeux .
( 3 ) Les Ecritures & les Saints Pères font pleins de traite
plaifans & d'ironies , qui l'emportent , pour la force , fur
la déclamation on me difpenfera de les citer , il y en a trop.,
Vol. II.
MERCURE DE FRANCE.
Tout eft pigmée & veut atteindre aux cieux ;
A fa befogne on met tant d'importance ,
Qu'on croit feul être un perfonnage en France :
Auffi ne vois -je en nos jours dépravés
Qu'artiſtes peints & que magots gravés.
Contre les grands jour & nyit on déclame ;
En vain ils font fans principes , fans âme :
Leurs détracteurs , ces frondeurs éternels ,
Mourant de faim pour fe rendre immortels )
Sont les premiers , féduits par des carreffes ,
'A s'adoucir , à chanter leurs foibleffes.
Il faut d'un grand , en diffamant les traits ,
Défefpérer de le louer jamais.
Mais c'en eft trop , Mufe , pour un chapitre ;
Et fouviens-toi que tu fais une épître :
Des maux réels de ce monde moral
Nous n'avons pas entrepris le journal ,
Dis feulement , avec quelque juftice ,
Que la fatyre eft le fléau du vice ;
Qu'en fait de moeurs & de bons réglemens ,
Dix vers heureux font plus que vingt pédans ;
Qu'un Juge inftruit ne fauroit la profcrire ;
Que fous Trajan on permit de tout dire s
Et que depuis loix , édits & fermons
Sont à-peu-près tirés du même fonds.
Dans un moment où l'eſprit de vertige
Renverfe tout & s'écrie au prodige ,
1
JUILLET 1766. SE
Que ferviroit un Moliere nouveau ,
Si , refferrant fon génie au berceau ,
On l'aftreignoit au mérite affez mince
De mettre en jeu des défauts de province ?
Du plus grand homme on feroit un flatteur ,
Et... Je me tais pour n'avoir pas d'humeur.
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Résumé : EPÎTRE sur l'utilité de la satire. Par M. MATON.
Dans l'épître 'Sur l'utilité de la satire', M. Maton explore le rôle essentiel de la satire dans la société. Il regrette l'absence de critique des mœurs contemporaines et met en avant l'importance de la satire pour éclairer et guider les individus vers le bien. La satire utilise des mots plaisants ou des traits satiriques pour révéler les erreurs humaines, mais doit être employée avec discernement pour éviter de blesser inutilement. Elle a prouvé son efficacité en modérant les excès de personnages influents, comme le Duc de Guise, et en réduisant les duels en Italie grâce à l'ironie de Maffei. L'auteur exprime sa compassion pour les malheureux et dénonce les oppresseurs et les injustices sociales. Il affirme que la satire est nécessaire pour préserver l'honneur et la vertu, même sans lois strictes. M. Maton réfléchit également sur l'écriture satirique, qui vise à critiquer les vices sans chercher l'admiration. Ses principaux sujets sont le peuple et la cour. Il reconnaît la difficulté de blâmer certains personnages historiques tout en restant juste. La satire est perçue comme un moyen efficace pour ridiculiser les vices, même parmi les figures religieuses et littéraires comme Boileau. Il critique une société marquée par l'orgueil et l'hypocrisie, où artistes et critiques se disputent pour se faire remarquer. La satire est vue comme un fléau contre le vice, les vers bien écrits ayant plus d'impact que les discours moralisateurs. L'auteur regrette les restrictions imposées à la liberté d'expression, comparant la tolérance sous Trajan à la censure de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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146
p. 21-25
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
Début :
SAGE mortel, heureux génie, [...]
Mots clefs :
Génie, Amitié, Ami
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE , Avocat
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
SAGE mortel , heureux génie ,
Qui , par mille divers talens ,
As mérité que ma Patrie ( 1 )
T'adoptât parmi ſes enfans ;
Toi , pour qui la philoſophie
Tint toujours les temples ouverts ,
Qui fur les pas de Polymnie
Cueilles des lauriers toujours verds >
Et qui , fur un nouveau Parnaffe ( 2 ) ;
Conduit par le Dieu de Délos ,
(1 ) Nîmes.
( 2) Le tripot du Milhaud.
22 MERCURE DE FRANCE.
As fu mériter une place ,
Tribut fateur de tes travaux .
Dans les doux tranſports que m'inſpire
L'éclat de ton nouveau bonheur ,
Cher ami , je reprends la lyre :
Puiffent fes accens m'introduire
Au temple où te fuivit mon coeur !
Noble Compagne des difgraces ,
Mère des plaifirs vertueux ,
Tendre amitié , répands tes feux
Sur mes écrits , & que les Grâces
Les préfentent aux demi- Dieux ( 3 ) !
C'eſt ainsi , mon cher la Bastide ,
Que je vole fur l'Hélicon ,
L'Amitié me fert d'Apollon ;
Elle est mon aftre , elle eft mon guide
Dans les bois du facré Vallon.
Mais dans cette plaine fleurie
Je me promène rarement ;
Je fais des vers moins par manie
Que par un fimple amufement ;
Lorsqu'à rimer on me convie ,
Au défaut d'un brillant génie ,
Je confulte le fentiment.
Que les Rouffeaux , que les Voltaires ,
Guidés par un génie heureux ,
Rempliffent les deux hémisphères
De l'éclat de leurs noms fameux ;
( 3 ) Académiciens de Milhaud ,
OCTOBRE 1766 . 23
J'admire leurs favantes veilles ,
Et j'applaudis à leurs merveilles ,
Mais je frémis de leurs travaux .
Auffi , fur un ton pius modefte ,
Rajuftant de fimples pipeaux ,
Je chanterai Piiade , Orefte ,
Et , pour embellir mes tableaux ,
J'irai , guidé par la Sageſſe ,
Dans le temple de la tendreffe ,
Façonner mes foibles pinceaux ;
Sur les autels de la Deeffe
Je préparerai mes couleurs ;
Par une guirlande de fleurs
Pofée aux pieds de la Prêtreffe
Je reconnoîtrai fes faveurs.
Ce n'eft pas que je te condamne ,
Ami , dans tes folâtres jeux ( 4 ) .
Lorfque , loin d'un peuple profane ,
Tu chantes l'amour & fes feux .
J'aime à te voir fuivre les traces
Des Lafares & des Chaulieux ,
Ces Peintres aimables des Grâces ,
Et t'immortalifer comme eux.
Mais je t'admire davantage ( ƒ)
Et tu m'arraches mon fuffrage ,
Quand , fur les pas de Crébillon ,
Tu defcens fur la fombre rive ,
( 4 ) Ode à M. Roques fur fon mariage,
( 5 ) Epître d'un Comofpolite à l'ombre de Calas
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour faire entendre au noir Pluton ;
Les cris d'une épouſe plaintive
Qui redemande à la Raifon
De Calas l'ombre fugitive .
O , cher ami , quel feu quel ton !
O que j'aime cette harmonie ,
Ces traits & ces fons enchanteurs !
Ainfi d'Andromaque attendrie
Homère exprimoit les douleurs .
Que vois-je ? aux lauriers du Permeſſe ( 6 )
Tu joins les plus brillantes fleurs !
Rempli d'une éloquente ivreſſe ,
Tu pourfuis par- tout la moleffe ,
Tu la bannis de tous les coeurs .
Sous tes coups tombe l'indolence ;
Du Barreau chaffant l'ignorance ,
Du travail tu preſcris les loix ;
Chacun les écoute en filence ,
Et , féduit par ton éloquence ,
Se rend aux accens de ta voix.
Tel le puiffant Dieu de la Thrace ,
Entouré de nombreux foldats ,
Inſpire à tous fa noble audace ,
Les
porte
Pourfuis
donc ta noble
carrière
,
Ami ; dans ce féjour
nouveau
à de nouveaux combats.
2
(6 ) Difcours prononcés à l'ouverture & à la clôture
des conférences.
Que
OCTOBRE 1766. 25
Que de ton efprit la lumière
De l'Hélicon foit le flambeau.
Sur le Parnaffe fois Voltaire,
Sois Cicéron dans le Barreau ;
De l'amitié la plus fincère
Sois le modèle le plus beau .
Par M. GAUDE fils , à Nimes:
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Résumé : EPÎTRE à M. DE LA BASTIDE, Avocat.
L'épître est adressée à M. de La Bastide, avocat et homme de lettres de Nîmes, célébrant ses multiples talents en philosophie, poésie et éloquence. L'auteur admire particulièrement ses poèmes et discours juridiques, comparant La Bastide à des figures illustres telles que Voltaire et Homère. Son éloquence et son engagement pour la justice, notamment dans l'affaire de Jean Calas, sont soulignés. La Bastide est également loué pour son influence positive sur la communauté, inspirant courage et diligence. L'épître se conclut par des vœux pour qu'il continue à exceller dans les arts et le droit, incarnant ainsi les idéaux d'amitié sincère et d'excellence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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147
p. 42-46
EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
Début :
Ce n'est donc point assez pour vous [...]
Mots clefs :
Genre élevé, Dieu, Sexe, Âme, Plaisir, Fleurs, Belles, Femmes, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
EPITRE à Mde la Marquife d'A ** fur
les caufes qui empêchent les femmes de
réuffir dans le genre élevé , & fur tout
dans la tragédie.
Ce n'eft donc point affez pour vous
De chanter le plaifir qui monte votre lyre ,
Jufqu'aux brillans fuccès de l'auteur de Zaïre
Vous portez vos voeux les plus doux ;
Nos beaux efprits feront jaloux
Si , dédaignant les jeux , votre génie aſpire
Aux palmes qui croiffent pour nous.
La reine du printems , contente de fourire
Aux fleurs qui naiflent fous les pas ,
Les cueille & ne les change pas
Pour les lauriers dont la victoire
Couronne le dieu des combats .
L'enjoûment n'aime point l'appareil de la gloire s
Il cherche le plaifir & vole dans les bras .
Ce fexe à qui l'amour donna des ailes
Nefut propre jamais qu'aux écrits délicats ,
MA I. 1770 . 43
Et les ouvrages de nos belles
Sont femblables à leurs appas.
Quelques légeres étincelles
N'embrafent point un mur qui tombe avec fracas.
Jufques aux voûtes éternelles
L'aigle s'élance , & l'oiſeau de Cypris
Voltige fur les bords fleuris
Ou folâtrent les hirondelles
Parmi les rofes & les lis.
Le vol de l'hirondelle eft l'image parfaite
Des ouvrages que peut enfanter la beauté.
Belles , prenez une mufette ;
Mais que de Milton la trompette
N'enfle point une bouche où rit la volupté.
Avec le crêpe affreux de la tragique (cène
On allie encor moins pompons & falbalas ,
Et le poignard de Melpomene
Avec l'éguille de Pallas .
L'ingénieufe Deshoulieres
Qui , dans fes idilles légeres ,
Sait enchanter tous les lecteurs ,
Languit quand , du ftyle énergique ,
Elle veut faifir les couleurs :
En vain elle monta fur la scène tragique ,
Elle n'y put jamais faire verfer des pleurs ,
Malgré fa beauté defpotique .
Et cette mufe d'Orléans ,
Cette Barbier fi langoureuſe
44 MERCURE DE FRANCE.
Qui , d'abord , s'illuftra par des couplets charmans
,
Quoique de Pellegrin l'adrefle officieuſe
L'aidât dans fes vers languiffans ,
Melpomene froide , ennuyeuſe ,
Endormit tout Paris par fes drames glaçans.
Ce fexe , ami de la parure ,
Veut , de la tragédie , égaïer les couleurs ;
Il ne fait point tracer une fombre peinture ,
Allervi des l'enfance à des jeux féducteurs .
Mais comment exprimer les cruelles douleurs
Quandon ne peint qu'en mignature ?
C'eft offrir à nos yeux une vaine impofture ;
C'eft conftruire un joli roman ;
C'eft défigurer la nature
Et répandre des fleurs fur les bords d'un volcan...
Peut être le dur esclavage ,
Auquel par nous ce fexe eft condamné ,
Etouffe fon efprit ainfi que fon courage ,
Nous lui donnons les graces en partage
Pour tenir dans les fers fon génie enchaîné.
Peut-être un mafque politique ,
Dont il couvre toujours fon fentiment gêné ,
Peut le rendre moins énergique
En déguifant fon coeur vers l'amour entraîné.
Peut-être fa pudeur timide
L'arrête , parle & lui défend
De tracer , d'un crayon brûlant
Des paffions le feu rapide,
MA I. 1770.
45
La liberté fait l'ame , & l'ame le talent ;
Mais l'ame eft fans vigueur dans un corps foible
& lent.
Une voix par- tout refpectable ,
Oracle de ce monde & toujours écouté ,
Dit à la femme : fois aimable ,
A tes dehors brillans ton pouvoir eft femblable ;
On t'accorde l'adreffe & la fubtilité ;
Mais l'homme aura la force & la folidité.
Notre fexe à chacun affigne notre place.
Nos partages font différens ,
Oui belles , le dieu du Parnaffe
Imitant le dieu des amans ,
Vous fait des dons pareils à vos atours charmans.
Mais pour faire couler nos larmes
Vos yeux ont de plus fûres armes
Que nos écrits les plus touchans .
L'art de plaire vous intéreſle ;
Vous infpirez mieux la tendreffe
Que vous ne favez l'exprimer.
Cette fureur de tout charmer
Occupant vos loisirs , rend votre ame légere ,
Et chez vous le defir de plaire
Affoiblit le beſoin d'aimer.
Pour vous , jeune Sapho , qui ne favez que rire ;
Au dieu charmant qui vous infpire ,
Confacrez tous vos vers enfans de vos beaux
jours.
9
Oui , fans doute ils vivront toujours :
46
1
MERCURE
DE FRANCE
.
Le Plaifir faura les infcrire
Dans les archives des Amours.
Du fameux temple de mémoire
Les fublimes talens n'ont pas tous les honneurs ,
On peut arriver à la gloire
Par des fentiers femés de fleurs.
Par M. Sabatier , profeffeur d'éloquence
au collège de Tournon .
les caufes qui empêchent les femmes de
réuffir dans le genre élevé , & fur tout
dans la tragédie.
Ce n'eft donc point affez pour vous
De chanter le plaifir qui monte votre lyre ,
Jufqu'aux brillans fuccès de l'auteur de Zaïre
Vous portez vos voeux les plus doux ;
Nos beaux efprits feront jaloux
Si , dédaignant les jeux , votre génie aſpire
Aux palmes qui croiffent pour nous.
La reine du printems , contente de fourire
Aux fleurs qui naiflent fous les pas ,
Les cueille & ne les change pas
Pour les lauriers dont la victoire
Couronne le dieu des combats .
L'enjoûment n'aime point l'appareil de la gloire s
Il cherche le plaifir & vole dans les bras .
Ce fexe à qui l'amour donna des ailes
Nefut propre jamais qu'aux écrits délicats ,
MA I. 1770 . 43
Et les ouvrages de nos belles
Sont femblables à leurs appas.
Quelques légeres étincelles
N'embrafent point un mur qui tombe avec fracas.
Jufques aux voûtes éternelles
L'aigle s'élance , & l'oiſeau de Cypris
Voltige fur les bords fleuris
Ou folâtrent les hirondelles
Parmi les rofes & les lis.
Le vol de l'hirondelle eft l'image parfaite
Des ouvrages que peut enfanter la beauté.
Belles , prenez une mufette ;
Mais que de Milton la trompette
N'enfle point une bouche où rit la volupté.
Avec le crêpe affreux de la tragique (cène
On allie encor moins pompons & falbalas ,
Et le poignard de Melpomene
Avec l'éguille de Pallas .
L'ingénieufe Deshoulieres
Qui , dans fes idilles légeres ,
Sait enchanter tous les lecteurs ,
Languit quand , du ftyle énergique ,
Elle veut faifir les couleurs :
En vain elle monta fur la scène tragique ,
Elle n'y put jamais faire verfer des pleurs ,
Malgré fa beauté defpotique .
Et cette mufe d'Orléans ,
Cette Barbier fi langoureuſe
44 MERCURE DE FRANCE.
Qui , d'abord , s'illuftra par des couplets charmans
,
Quoique de Pellegrin l'adrefle officieuſe
L'aidât dans fes vers languiffans ,
Melpomene froide , ennuyeuſe ,
Endormit tout Paris par fes drames glaçans.
Ce fexe , ami de la parure ,
Veut , de la tragédie , égaïer les couleurs ;
Il ne fait point tracer une fombre peinture ,
Allervi des l'enfance à des jeux féducteurs .
Mais comment exprimer les cruelles douleurs
Quandon ne peint qu'en mignature ?
C'eft offrir à nos yeux une vaine impofture ;
C'eft conftruire un joli roman ;
C'eft défigurer la nature
Et répandre des fleurs fur les bords d'un volcan...
Peut être le dur esclavage ,
Auquel par nous ce fexe eft condamné ,
Etouffe fon efprit ainfi que fon courage ,
Nous lui donnons les graces en partage
Pour tenir dans les fers fon génie enchaîné.
Peut-être un mafque politique ,
Dont il couvre toujours fon fentiment gêné ,
Peut le rendre moins énergique
En déguifant fon coeur vers l'amour entraîné.
Peut-être fa pudeur timide
L'arrête , parle & lui défend
De tracer , d'un crayon brûlant
Des paffions le feu rapide,
MA I. 1770.
45
La liberté fait l'ame , & l'ame le talent ;
Mais l'ame eft fans vigueur dans un corps foible
& lent.
Une voix par- tout refpectable ,
Oracle de ce monde & toujours écouté ,
Dit à la femme : fois aimable ,
A tes dehors brillans ton pouvoir eft femblable ;
On t'accorde l'adreffe & la fubtilité ;
Mais l'homme aura la force & la folidité.
Notre fexe à chacun affigne notre place.
Nos partages font différens ,
Oui belles , le dieu du Parnaffe
Imitant le dieu des amans ,
Vous fait des dons pareils à vos atours charmans.
Mais pour faire couler nos larmes
Vos yeux ont de plus fûres armes
Que nos écrits les plus touchans .
L'art de plaire vous intéreſle ;
Vous infpirez mieux la tendreffe
Que vous ne favez l'exprimer.
Cette fureur de tout charmer
Occupant vos loisirs , rend votre ame légere ,
Et chez vous le defir de plaire
Affoiblit le beſoin d'aimer.
Pour vous , jeune Sapho , qui ne favez que rire ;
Au dieu charmant qui vous infpire ,
Confacrez tous vos vers enfans de vos beaux
jours.
9
Oui , fans doute ils vivront toujours :
46
1
MERCURE
DE FRANCE
.
Le Plaifir faura les infcrire
Dans les archives des Amours.
Du fameux temple de mémoire
Les fublimes talens n'ont pas tous les honneurs ,
On peut arriver à la gloire
Par des fentiers femés de fleurs.
Par M. Sabatier , profeffeur d'éloquence
au collège de Tournon .
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Résumé : EPITRE à Mde la Marquise d'A** sur les causes qui empêchent les femmes de réussir dans le genre élevé, & sur tout dans la tragédie.
L'épître adressée à Madame la Marquise d'A** examine les obstacles rencontrés par les femmes dans la création de tragédies. L'auteur reconnaît les succès littéraires de la marquise mais estime que les femmes sont plus adaptées aux écrits délicats et légers, contrairement aux œuvres majestueuses des hommes. Pour illustrer cette distinction, il utilise la métaphore de l'aigle, représentant les grandes œuvres masculines, et de l'hirondelle, symbolisant les œuvres légères et charmantes des femmes. L'épître cite des exemples tels que Madame Deshoulières et Madame de Orléans, qui, malgré leurs talents poétiques, n'ont pas réussi à se distinguer dans le genre tragique. L'auteur attribue ces échecs aux contraintes sociales et aux attentes de féminité qui limitent les femmes dans l'expression de leur génie littéraire. Il conclut que les femmes sont naturellement douées pour inspirer la tendresse plutôt que pour l'exprimer par écrit, et que leur désir de plaire affaiblit leur capacité à aimer profondément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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148
p. 5-9
ÉPITRE A LA PARESSE.
Début :
O de mon coeur souveraine maîtresse, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Plaisirs, Aimable, Bienveillance, Doux, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE A LA PARESSE.
ÉPITRE A LA PARESSE.
0DE MON COEUR ſouveraine maîtreſſe,
A qui je dois mes plus heureux loiſirs ,
Inſpire-moi , chere &douce Pareſſe !
Je veux chanter ta gloire & mes plaiſirs.
Non , tu n'es point cette lourde Déefle
Qui de Mondor engourdit tous les ſens ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et qui l'endort au ſein de la molleſſe .
Le Dieu du Pinde , aimable enchantereffe ,
Autour de toi raſſemble ſes enfans ;
Tous les beaux- arts t'environnent ſans ceſſe.
Pour mieux charmer tes fortunés momens ,
Le tendre amour lui- même te carrefle ;
Il vient ſourire à tes jeux innocens ,
Et te remplir d'une tranquille ivreſſe.
Mais loin detoi les tranſports furieux
Dontcet enfantagite & trouble l'ame.
Plus pur , plus doux & plus délicieux ,
Le ſentimentte penetre& t'enflame
Pour toi l'Amour n'eſt point un ſéducteur ;
Tel qu'aux beaux jours de Saturne & de Rhée ,
Il eſt ſans fard , il parle avec candeur :
De ſes attraits la ſageſſe parée
Charme les yeux & s'emparedu coeur.
C'eſt bien en vain que l'Amant de Julie ,
Toujours en proie à la mélancolie ,
Eft confumé d'une fougueule ardeur ;
Ah ! je le plains autant que je l'admire.
Que ſert, hélas ! ce ſublime délire ?
C'eſt moins l'amour qu'une aveugle fureur,
Dontje frémis plus qu'elle ne m'attire.
J'aime bien mieux Philémon & Baucis ,
Tous les Bergers du naïf la Fontaine ,
EtdeGefner les Eglés , les Tyrcis ,
Que les accès d'un ſombre énergumene ,
AVRIL . 1746. 7
Quim'inſpirant une ſecrette horreur ,
S'il m'attendrit , plus ſouvent me fait peur *.
Jeveuxbrûler d'une ardeur plus durable ,
Je veux choisir un guide plus aimable.
Suivons Eglé ; ſå modefte douceur
Me fait chérir fa timide innocence.
Ah! j'ai trouvé le repos de mon coeur !
Oui ,je le ſens s'ouvrir ſans violence ,
Nonàl'amour , mais à la bienveillance ,
Etréunir, par un accord heureux ,
Les ſentimens , les plaiſirs vertueux .
Omon Egié! le temps inexorable
Auroit en vain terni tous vos attraits ,
Devos vertus l'empreinte ineffaçable
Me charmeroit encore dans vos traits.
C'estmon amie & non pas ma maîtreile ,
Qui de mes chants ſera le digne objet.
La belle Hélene arma toute laGrece ;
Deguerre , hélas ! ce fut un beau ſujet.
Guidepar toi , Parefle pacifique ,
*ADieu ne plaiſe que j'oſe attaquerM. Roufſeau .
Je reſpecte ſes vertus , ſa vieilleſſe & fon génie . J'ai
d'ailleurs éprouvé ſa bienveillance. Je crois être de ſon
avisen blåmant l'amour violent , & la Nouvelle-Héloïſe
en eſt, ce me ſemble , la cenſure encore plus que
l'apologie. M. Roufſeau nous avertit lui-même de
préférer , pour le mariage , une phyſionomie qui
inſpire la bienveillance & non l'amour.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Je ne veux plus adorer la beauté ,
Ni me livrer à fon charme magique ;
De tout excès je ſuis épouvanté
L'ardent amour eſt ſans doute énergique :
Mais confumé par ſon feu dévorant ,
Il brille , il meurt & s'éteint promptement.
D'un tel effort l'ame toute épuiſée ,
Pientôt le ferme aux plus doux ſentimens,
Etjouit moins , plus elle eſt embratée ;
Tous ſes plaiſirs ne ſont que des tourmens.
Les vrais liens d'une ſage tendreſſe ,
L'aimable eſſor de la délicatelle ,
Valentbien mieux que les emportemens
Er les fureurs d'uneimportune ivrefle.
Demon repos plus épris chaque jour ,
Je n'irai point , fur les pas du vulgaire,
Proſtituer mon encens à la Cour.
Pourquoi courir après une chimere ?
L'ambition nuit autant que l'amour.
Vivant de peu , content du néceſſaire
Le ſuperflu me coûte peu de ſoins.
C'eſt lui , lui ſeul qui fait notre miſere ;
Un parelleux a fort peu de beſoins .
Quelques amis d'humeur toujours égale ,
D'un bon eſprit & fans prétentions ;
De ſimples mets , une table frugale ,
Vin naturel , point d'indigeſtions ;
Modeſte habit , propreté ſans parure ,
AVRIL. 1776. 9
Toilette courte , une douce gaieté ,
Point de procès , une fortune ſure ,
Quoique petite , & toujours la ſanté ;
Sommeil facile , exempt d'inquiétude ,
Réveil paiſible , un peu de mouvement;
Modérément ſe livrer à l'étude ,
Faire du bien ſans trop d'empreſſement ;
Garder en tout un prudent équilibre ;
Autantqu'on peut vivre tranquille & libre ;
Jamais de maître, & conferver pourtant
Pour mes amis un eſprit complaiſant :
Voilà le plande mon heureuſe vie ,
Le réſultat de ma philoſophie.
Sur mes défauts vous me grondez ſouvent ;
Vous me trouvez fingulier , indolent :
Mais convenez , Eglé , que ma parefle
Preſque en tout point reſſemble à la ſageſſe .
0DE MON COEUR ſouveraine maîtreſſe,
A qui je dois mes plus heureux loiſirs ,
Inſpire-moi , chere &douce Pareſſe !
Je veux chanter ta gloire & mes plaiſirs.
Non , tu n'es point cette lourde Déefle
Qui de Mondor engourdit tous les ſens ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Et qui l'endort au ſein de la molleſſe .
Le Dieu du Pinde , aimable enchantereffe ,
Autour de toi raſſemble ſes enfans ;
Tous les beaux- arts t'environnent ſans ceſſe.
Pour mieux charmer tes fortunés momens ,
Le tendre amour lui- même te carrefle ;
Il vient ſourire à tes jeux innocens ,
Et te remplir d'une tranquille ivreſſe.
Mais loin detoi les tranſports furieux
Dontcet enfantagite & trouble l'ame.
Plus pur , plus doux & plus délicieux ,
Le ſentimentte penetre& t'enflame
Pour toi l'Amour n'eſt point un ſéducteur ;
Tel qu'aux beaux jours de Saturne & de Rhée ,
Il eſt ſans fard , il parle avec candeur :
De ſes attraits la ſageſſe parée
Charme les yeux & s'emparedu coeur.
C'eſt bien en vain que l'Amant de Julie ,
Toujours en proie à la mélancolie ,
Eft confumé d'une fougueule ardeur ;
Ah ! je le plains autant que je l'admire.
Que ſert, hélas ! ce ſublime délire ?
C'eſt moins l'amour qu'une aveugle fureur,
Dontje frémis plus qu'elle ne m'attire.
J'aime bien mieux Philémon & Baucis ,
Tous les Bergers du naïf la Fontaine ,
EtdeGefner les Eglés , les Tyrcis ,
Que les accès d'un ſombre énergumene ,
AVRIL . 1746. 7
Quim'inſpirant une ſecrette horreur ,
S'il m'attendrit , plus ſouvent me fait peur *.
Jeveuxbrûler d'une ardeur plus durable ,
Je veux choisir un guide plus aimable.
Suivons Eglé ; ſå modefte douceur
Me fait chérir fa timide innocence.
Ah! j'ai trouvé le repos de mon coeur !
Oui ,je le ſens s'ouvrir ſans violence ,
Nonàl'amour , mais à la bienveillance ,
Etréunir, par un accord heureux ,
Les ſentimens , les plaiſirs vertueux .
Omon Egié! le temps inexorable
Auroit en vain terni tous vos attraits ,
Devos vertus l'empreinte ineffaçable
Me charmeroit encore dans vos traits.
C'estmon amie & non pas ma maîtreile ,
Qui de mes chants ſera le digne objet.
La belle Hélene arma toute laGrece ;
Deguerre , hélas ! ce fut un beau ſujet.
Guidepar toi , Parefle pacifique ,
*ADieu ne plaiſe que j'oſe attaquerM. Roufſeau .
Je reſpecte ſes vertus , ſa vieilleſſe & fon génie . J'ai
d'ailleurs éprouvé ſa bienveillance. Je crois être de ſon
avisen blåmant l'amour violent , & la Nouvelle-Héloïſe
en eſt, ce me ſemble , la cenſure encore plus que
l'apologie. M. Roufſeau nous avertit lui-même de
préférer , pour le mariage , une phyſionomie qui
inſpire la bienveillance & non l'amour.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Je ne veux plus adorer la beauté ,
Ni me livrer à fon charme magique ;
De tout excès je ſuis épouvanté
L'ardent amour eſt ſans doute énergique :
Mais confumé par ſon feu dévorant ,
Il brille , il meurt & s'éteint promptement.
D'un tel effort l'ame toute épuiſée ,
Pientôt le ferme aux plus doux ſentimens,
Etjouit moins , plus elle eſt embratée ;
Tous ſes plaiſirs ne ſont que des tourmens.
Les vrais liens d'une ſage tendreſſe ,
L'aimable eſſor de la délicatelle ,
Valentbien mieux que les emportemens
Er les fureurs d'uneimportune ivrefle.
Demon repos plus épris chaque jour ,
Je n'irai point , fur les pas du vulgaire,
Proſtituer mon encens à la Cour.
Pourquoi courir après une chimere ?
L'ambition nuit autant que l'amour.
Vivant de peu , content du néceſſaire
Le ſuperflu me coûte peu de ſoins.
C'eſt lui , lui ſeul qui fait notre miſere ;
Un parelleux a fort peu de beſoins .
Quelques amis d'humeur toujours égale ,
D'un bon eſprit & fans prétentions ;
De ſimples mets , une table frugale ,
Vin naturel , point d'indigeſtions ;
Modeſte habit , propreté ſans parure ,
AVRIL. 1776. 9
Toilette courte , une douce gaieté ,
Point de procès , une fortune ſure ,
Quoique petite , & toujours la ſanté ;
Sommeil facile , exempt d'inquiétude ,
Réveil paiſible , un peu de mouvement;
Modérément ſe livrer à l'étude ,
Faire du bien ſans trop d'empreſſement ;
Garder en tout un prudent équilibre ;
Autantqu'on peut vivre tranquille & libre ;
Jamais de maître, & conferver pourtant
Pour mes amis un eſprit complaiſant :
Voilà le plande mon heureuſe vie ,
Le réſultat de ma philoſophie.
Sur mes défauts vous me grondez ſouvent ;
Vous me trouvez fingulier , indolent :
Mais convenez , Eglé , que ma parefle
Preſque en tout point reſſemble à la ſageſſe .
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Résumé : ÉPITRE A LA PARESSE.
L'épître 'À la Paresse' met en avant la paresse comme une source de bonheur et de créativité. L'auteur ne la considère pas comme une forme de léthargie, mais comme une muse inspirante qui unit les arts et les muses. Il oppose la paresse à l'amour passionné et tumultueux, privilégiant une affection douce et bienveillante. L'auteur préfère les personnages paisibles et innocents des fables de La Fontaine aux amours tourmentés. Il aspire à une ardeur plus durable et à une douceur modérée, incarnées par Églé, une amie dont les vertus et la bienveillance sont louées. L'auteur rejette l'amour violent et l'ambition, prônant une vie simple et équilibrée, éloignée des excès et des illusions. Il valorise l'amitié, la modération et une existence paisible, caractérisée par la santé, la tranquillité et la philosophie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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149
p. 32-37
EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Début :
Quoi l'intérêt fixe ton choix ! [...]
Mots clefs :
Intérêt, Amour, Heureux, Noeuds, Lois, Homme, Coeur, Époux, Douceur, Femme, Marier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
EPITRE à mon Ami , qui vouloit fe
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
marier plutôtpar intérêt que par inclination.
Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainfi.
QUC
J. J. Rousseau.
vor l'intérêt fixe ton choix !
Ami , d'un préjugé barbare
Pourquoi veux - tu ſuivre les loix ?
D'une illuſion qui t'égare ,
Crois- moi , n'écoute plusla voix.
Toi qui fis toujours ton étude
Etde penſer &de ſentir ,
AVRIL. 1776. 33
A cette affreuſe ſervitude
Oleras-tu t'aſſujetir ?
Vois le tendre Amour qui ſoupire
Du coup que tu veux lui porter ;
A la douceur de ſon empire ,
Aux doux ſentimens qu'il inſpire ,
Pourras -tu long- temps réſiſter ?
Quand l'animal le plus ſauvage
Devant toi dépouille ſa rage ,
Toi ſeul , inſenſible à ſes traits ,
Tu ne pourrois pas rendre hommage
A la douceur de ſes attraits ?
Qu'eſt devenu cet heureux âge
Où l'homme moins vain , mais plus ſage,
Ignoroit ce coupable abus ;
Où , luivant un plus noble uſage ,
Son coeur , ſur l'aveugle Plutus ,
Al'Amour donnoit l'avantage ,
Ne cherchoit dans le mariage
Que l'aflemblage des vertus ?
Alors d'heureuſes ſympathies
Joignoient les ames aflorties
Par des noeuds qui duroient toujours .
Prèsde ſon épouſe chérie
Qu'un époux paſloit d'heureux jours !
Les ſoupçons de la jalouſie ,
La crainte ni la perfidie
By
34 MERCURE DE FRANCE.
N'en empoifonnoient point le cours.
Vivant ſans querelles , ſans haines ,
Quoiqu'époux ils étoient amans ;
Et l'Hymen , en formant leurs chaînes ,
Ne changeoit point leurs ſentimens.
Tous deux goûtoient le bien fuprême
Pour prix de ſa ſincere ardeur ,
Chacun jouiſſoit du bonheur
De ſe voir aimé pour lui-même.
L'homme étoit toujours amoureux ,
La femme étoit toujours amante.
Dès que la vieilleſſe tremblante
Venoit mettre fin à leurs feux ,
Une amitié douce & conſtante
Achevoit de les rendre heureux ,
Et d'une union ſi charmante
La mort ſeule briſoit les noeuds.
Bientôt de l'or la folle ivrefle
Changea ce fiecle ſi vanté
Enuntempsde calamité.
Par les foucis & la triſtefle ,
Qu'entraîne après ſoi lamolleſſe,
L'homme fut ſans cefle agité ;
Le luxe enfanta la parefle
Et le travail fut détesté.
Alors, dans le ſein de l'aiſance,
Le vil intérêt prit naiſſance ,
AVRIL. 1776. 35
Et tout fut foumis à ſes loix.
Pour contracter une alliance ,
Ne s'en rapportant qu'à ſon choix ,
On ne chercha que l'opulence ;
La beauté fut ſans apparence ,
Et la vertu n'eut plus de poids.
Alors on vit l'indépendance
Elever fierement la voix .
Enfin , pour comble d'indécence ,
On vit ceque l'on voit encor ,
Et la pudeur & l'innocence
Se vendreau vice pour de l'or.
Vois cette jeune Eléonore
Qui , par un contre- temps fatal ,
Des bras d'un amant qu'elle adore
Paſle dans ceux de ſon rival .
De l'intérêt foible victime ,
En vain d'un pere qui l'opprime
Elle veut fléchir la rigueur.
Rien n'amollit ſon coeur barbare ,
De ſa propre main il prépare
Des noeuds qui feront ſon malheur.
Par une fauſle politique ,
Sur ſon fils un ambitieux ,
Ulant d'un pouvoir tyrannique ,
L'obligede former des noeuds ,
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
Qui toujours font des malheureux.
Un tel hymen n'a point de charmes.
Loin de contenter ſes defirs ,
Souvent il pafle dans les larmes
Des jours deſtinés aux plaiſirs.
De- là ces feux illégitimes
Qu'allume l'infidélité :
Ah! n'imputons qu'à nos maximes
Et les défordres & les crimes
1
Qui troublent la ſociété.
De là naît le libertinage :
L'époux eſt joueur& volage ,
La femme eſt coquette à l'excès.
Toutchange alors dans le ménage ;
On fait des dettes , on s'outrage ,
Lebien lediſſipe en procès ;
On ſe maudit , on ſe déteſte:
Le coeur de haine envenimé ,
Briſe enfin un lien funeſte
Que l'Amour n'avoit point formé.
De ta fauſle philoſophie ,
CherAmi , triomphe en cejour.
Suis la nature , & facrifie
Ton intérêt à ton amour.
Puiflé je , au gré de mon envie ,
Aux pieds d'une épouſe chérie
Te voir abjurer ton erreur !
AVRIL. 1776. 37
Si j'avois détruit ton ſyſtême ,
Jeme croirois heureux moi-même
Content d'avoir fait ton bonheur.
ParM. Croiſzetiere , de la Rochelle ,
Licencié ès Loix.
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Résumé : EPITRE à mon Ami, qui vouloit se marier plutôt par intérêt que par inclination. Il vaudroit mieux être morts qu'unis ainsi. J. J. Rousseau.
Dans une épître, Jean-Jacques Rousseau s'adresse à un ami qui envisage de se marier par intérêt plutôt que par inclination. Rousseau désapprouve cette décision, préférant le célibat à une union basée sur la servitude. Il rappelle une époque antérieure où l'amour dominait les unions matrimoniales, favorisant ainsi des relations harmonieuses et durables. Avec l'essor de la richesse et du luxe, les mariages sont devenus des alliances intéressées, où la beauté et la vertu sont négligées. Cette évolution a conduit à des conflits, des infidélités et des malheurs. Rousseau illustre son propos par l'exemple d'Éléonore, contrainte d'épouser un rival par intérêt. Il exhorte son ami à suivre son cœur et à privilégier l'amour dans son choix matrimonial, plutôt que des considérations matérielles.
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150
p. 123-125
ÉPITRE à une jolie Femme, pour lui rappeler la promesse qu'elle avoit fait à l'Auteur de l'aller voir à sa maison de campagne.
Début :
Nous ne perdons pas souvenance [...]
Mots clefs :
Maison de campagne, Églé, Promesse
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à une jolie Femme, pour lui rappeler la promesse qu'elle avoit fait à l'Auteur de l'aller voir à sa maison de campagne.
EPITRE à une jolie Femme , pour lui
rappeler la promeffe qu'elle avoit fait à
l'Auteur de l'aller voir à fa maifon de
campagne.
Nous ne perdons pas
fouvenance
Qu'en notre champêtre manoir,
Du plaifir flatteur de la voir,
Églé nous donna l'espérance.
Fij
124
MERCURE
C'eſt demain : oui , tu l'as promis
Je te connois l'ame trop bonne
Pour vouloir tromper tes amis,
Tout autre crime fe pardonne ;
Mais le menfonge eſt odieux ,
Sur-tout dans une bouche aimable ;
Le piège qu'on cache le mieux ,
Eft auffi le plus redoutable .
Ah ! qui croiroit Églé capable
De fourbe & de déguisement ?
Quand la Beauté fait un ferment
J'aime à le croire inviolable.
Déjà de mon prochain bonheur
Tout ici partage l'ivreffe ;
La Nature ainfi que mon coeur
A te fêter , Églé , s'empreffe ;
Le Ciel en paroît plus ferein ,
D'un bleu d'azur il fe colore ;
La Rofe , pour parer ton fein ,
Me femble plus vermeille encore .
Nos arbres plus beaux & plus verds
Te préparent un frais ombrage ,
Églé , fous leur riant feuillage ;
Tous les oifeaux par leurs concerts
Chercheront à te rendre hommage,
Tantôt tu joindras tes accens
A la douceur de leur ramage ,
Tantôt à nos jeux innocens
Nous te verrons fur la fougère
DE FRANCE. 125
Etre toi-même la première
A mêler ta franche gaîté.
Pour nos coeurs quelle volupté,
Si parmi nous tu peux te plaire ,
Et fi dans tes yeux fans myſtère ,
Nous lifons cette vérité !
Par M. D. L. H. D. C.
rappeler la promeffe qu'elle avoit fait à
l'Auteur de l'aller voir à fa maifon de
campagne.
Nous ne perdons pas
fouvenance
Qu'en notre champêtre manoir,
Du plaifir flatteur de la voir,
Églé nous donna l'espérance.
Fij
124
MERCURE
C'eſt demain : oui , tu l'as promis
Je te connois l'ame trop bonne
Pour vouloir tromper tes amis,
Tout autre crime fe pardonne ;
Mais le menfonge eſt odieux ,
Sur-tout dans une bouche aimable ;
Le piège qu'on cache le mieux ,
Eft auffi le plus redoutable .
Ah ! qui croiroit Églé capable
De fourbe & de déguisement ?
Quand la Beauté fait un ferment
J'aime à le croire inviolable.
Déjà de mon prochain bonheur
Tout ici partage l'ivreffe ;
La Nature ainfi que mon coeur
A te fêter , Églé , s'empreffe ;
Le Ciel en paroît plus ferein ,
D'un bleu d'azur il fe colore ;
La Rofe , pour parer ton fein ,
Me femble plus vermeille encore .
Nos arbres plus beaux & plus verds
Te préparent un frais ombrage ,
Églé , fous leur riant feuillage ;
Tous les oifeaux par leurs concerts
Chercheront à te rendre hommage,
Tantôt tu joindras tes accens
A la douceur de leur ramage ,
Tantôt à nos jeux innocens
Nous te verrons fur la fougère
DE FRANCE. 125
Etre toi-même la première
A mêler ta franche gaîté.
Pour nos coeurs quelle volupté,
Si parmi nous tu peux te plaire ,
Et fi dans tes yeux fans myſtère ,
Nous lifons cette vérité !
Par M. D. L. H. D. C.
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Résumé : ÉPITRE à une jolie Femme, pour lui rappeler la promesse qu'elle avoit fait à l'Auteur de l'aller voir à sa maison de campagne.
L'épître est destinée à Églé, à qui l'auteur rappelle sa promesse de visite dans sa maison de campagne. L'auteur exprime son attente joyeuse et espère que la visite se déroulera le lendemain, comme convenu. Il insiste sur l'importance de la sincérité et condamne le mensonge, particulièrement de la part d'une personne aimable. La nature et le cœur de l'auteur sont prêts à accueillir Églé, avec un ciel plus serein et des roses plus vermeilles. Les arbres offriront un ombrage frais et les oiseaux chanteront pour elle. L'auteur souhaite qu'Églé participe aux jeux et à la gaieté générale, apportant ainsi une grande joie à tous.
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