EPITRE
D.... A Madame la Marquife D.
O
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VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
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SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.