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p. 7-13
ÉPITRE AU MERCURE.
Début :
Toi qui du monde studieux [...]
Mots clefs :
Messager, Logogriphes, Chansons, Art dramatique, Louis, Mercure de France, Crébillon, Pensions
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE AU MERCURE.
ÉPITRE AU MERCURE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
Toror qui du monde ſtudieux
Seize fois dans un an parcours l'immenfe eſpace,
Ardent Meffager du Parnalle ,
Et rival quant au nom , du Mellager des Dieux :
On dit qu'allez longtemps votre emploi fat le
même ;
Que fouvent , l'un & l'autre avec art travestis ,
Votre foin journalier , votre devoir ſuprême
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Fut de porter à quelque Iſis ,
En dépit des Argus , plus d'un galant emblême.
Des Logogryphes , des Chansons ,
Jadis , de nos François captivoient les fuffrages.
Le Mercure Galant , fi j'en crois mes foupçons ,
Eût alors dédaigné de plus graves meſſages .
Ces temps ont difparu : tout change avec les
moeurs.
Le Mercure de France , au brillant joint l'utile.
Son moderne appanage eft un enclos fertile
Où les fruits s'uniffent aux fleurs.
Là , comme auparavant , Beliſe peut encore
Cueillir les doux préſens de Flore :
Là , figurent , en même temps ,
VERTUMNE CERES & POMONE :
Là , chacun à fon gré moiffonne
Les dons paffagers du Printemps ,
Et les fruits durables d'Automne.
Je vois l'Agriculteur , ce Philofophe heureux ,
Guidé par tes leçons dans fes travaux ruſtiques :
Je vois nos Citadins , raiſonneurs haſardeux ,
Réformer , d'après toi , leurs calculs chimériques:
Je vois l'Emule de Strabon ,
Celui d'Archimède & d'Euclide ,
Ceux d'Hipocrate & de Newton ,
Grace à ta courfe uniforme & rapide ,
JANVIER . 1763 . 9
Donner & recevoir mainte docte leçon.
Plus loin la jeune Eglé pour qui tant de ſcience
N'eſt rien , avec raifon , auprès d'un Madrigal ,
Détourne cent feuillets pour chercher une ftance,
Et fourit , en lifant certain Conte moral :
Route fleurie , où trop d'orgueil peut- être ,
Même, après Marmontel , m'a déja fait paroître : *
Ah , puiſſé- je , du moins , y marcher ſon égal !
Ce n'est pas tout je vois encore
Et Polymnie & Terpficore ,
>
Se foumettre à ton Tribunal .
Ces jeux où Dangeville , Eléve de Thalie,
Emprunte les accens , fon fouris , fon regard ,
Où Clairon , du Tragique épuifant l'énergie
Atteint , fans nul éffort , les bornes de fon art :
Cet autre art plus fublime où triomphe Voltaire ,
Où Saintfoix , où Piron brillent chacun à part :
L'art dramatique enfin , pour nous fi néceſſaire ;
Tous ces talens , du Sage accueillis , révérés ,
'Dont le but en tous lieux eft d'inftruire & de
plaire ,
Trouvent dans ton recueil leurs faftes confacrés.
La Corne d'Amalthée , l'Anneau de Gygès , Lindor
Délie , trois Contes inférés dans les précédens Mercures
, font de l'Auteur de cette Epitre , de même que les
Quiproquo , Nouvelle inférée en partie dans ce premier
Volume,
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Que dirai - je de plus ? C'eft ton heureux domaine
Qui fert de récompenfe à ces Mortels vantés ,
Dont le crayon fublime ou l'éloquente veine
Plus d'une fois à nos yeux enchantés
Fit triompher Clio , Thalie & Melpomène.
Aux foutiens des beaux Arts , trop longtems ou
bliés ,
Tu fournis des fecours que res fuccès font naître .
Par-là de leurs travaux ils fe verroient payés ,
Si de teis travaux pouvoient l'être .
Ainfi , Rome naiffante oroit à fes Guerriers ,
Outre de ftériles Lauriers ,
Une part du Domaine accrû par leur courage.
Bientôt elle y joignit d'auguftes monumens ,
De la reconnoiffance ingénieux hommage ,
Et muets orateurs de leurs faits triomphans.
Chez toi renaît encor ce jufte & noble uſage :
Oui , lorfque parvenus au terme rigoureux
De leur humaine deſtinée ,
La mort fur tes Héros étend fon voile affreux ;
Quand des Mufes en deuil la troupe conſternée ,
Regrette Echyle * Plaute , arrachés à nos voeux ;
Par des monumens plus durables
Que des fimulachres pompeux ,
Tu confacres chez nos neveux ,
* Feu M, de Crébillon 5 fi juftement furnommé l'Echyle
François , avoit une penfion fur le Mercure . Il ne
feroit pas difficile de trouver plus d'an Plaute parmi
MM. les Penfionnaires vivans.
JANVIER. 1763 .
11
La gloire de ces morts à jamais mémorables ,
Et toujours vivans à leurs yeux.
Poarfuis ; & que ton Caducée
Devienne le fceptre des Arts ;
De ces Enfans des Cieux la troupe difperfée
Par les cris du terrible Mars ,
Se réunit de toutes parts ,
Et reprend ſa ſplendeur trop longtems éclipſée .
Un Roi qui la chérit , qui dans tous les deffeins ,
Prend l'honneur pour flambeau , prend la vertu
pour guide ,
Enchaînant fous les pieds la difcorde homicide ,
De nos jours orageux a fait des jours fereins .
Louis , ( à ce nom feul votre elpoir ſe ranime ,
Beaux Arts , que fi ſouvent ont cherché les bienfaits
! )
LOUIS , à votre éffor fublime
Prépare un libre cours , & de vaſtes ſujets.
Déja plus d'une fois l'Art de nos Praxitelles
Imprima fur l'airain l'image de ſes traits * :
* On ſçait qu'il y a déja plufieurs années que les Villes
de Bordeaux & de Rennes ont l'une & Pautre fait elever
une Statue au Roi dans leur enceinte . Paris & Rheims
vont jouir du même avantage. Ces quatre Monuniens
doivent à tous égards fixer l'attention de la pollerité.
On a beaucoup écrit fur celui que fait riger la Walle
de Rheims. Je dois ajo ter qu'à cette occafio 1 , cette Cité
antique femble avoir pris une nouvelle forme. Une foule
d'Ouvrages modernes l'embellit & la decore . Ceft de
quoi le Public pourra juger par le Plan qui en doit bien-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE ..
C'eſt à vos touches immortelles ,
Mufes , qu'il appartient d'animer ces Portraits.
Peignez cette ame égale , intrépide , fincère ,
Cette ame de LOUIS , fi digne de TITUS ,
Ce coeur né pour aimer , ce noble caractère ,
Cette fermeté rare , & pour dire encor plus ,
Cette bonté que rien n'altère ....
O toi , prompt Meffager , qui dans ton cours heureux
Ne marches que fous fes aufpices ,
T
Porte jufqu'à fes pieds mon encens & mes voeux.
Jadis mes yeux ont vu ce Roi victorieux
De mes foibles éffais accueillir les prémices * .
Renaîffez , ô momens pour moi fi glorieux !
Du moins , puiffe à fon gré , mon zéle induſtrieux
Multiplier fes facrifices.
Ont dit que pour chanter les vergers & les champs ,
Tranſporté d'une ardeur extrême ,
Le Berger Héfiode obtint des Mufes même
La Lyre qui régla ſes ruftiques accens :
Ah ! fid'un pareil avantage
tôt paroître. Tous ces travaux , ainfi que ceux de la nouvelle
Place , te font exécutés d'après les Deffeins & fous
les yeux de M. le Gendre , Ingénieur en Chef de la
Province de Champagne. Ses talens ont dignement fecondé
le zéle des Citoyens & des Magiftrats municipaux
de cette Ville ancienne & célébre,
* En 1748 , l'Auteur n'étant âgé que de 19 ans, eut
l'honneur de préfenter au Roi un Difcours en Vers de fa
compofition fur les Victoires de SA MAJESTE'.
JANVIER. 1763 . 13
Mes voeux ardens étoient ſuivis ;
Mon choix eft fait : je jure par LOUIS ,
D'en faire un plus fublime uſage.
Par M. DE LA DIXMERIE.
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Résumé : ÉPITRE AU MERCURE.
L'épître au Mercure célèbre le périodique 'Mercure de France' et ses diverses contributions. Le texte compare ce périodique à la planète Mercure et au messager des dieux, soulignant leur rôle commun de messagers. Il évoque l'évolution du 'Mercure Galant', autrefois dédié à des messages plus légers, vers le 'Mercure de France', qui combine l'utile et le brillant. Ce périodique offre une variété de contenus, allant des poèmes aux traités philosophiques, en passant par des œuvres dramatiques et des contes. Le 'Mercure de France' couvre plusieurs disciplines, telles que l'agriculture, les sciences, la philosophie et les arts dramatiques. Il mentionne des figures littéraires et artistiques contemporaines comme Voltaire et Marmontel. Le périodique est présenté comme un soutien aux arts et aux lettres, récompensant les talents et perpétuant la mémoire des grands hommes. L'épître rend hommage au roi Louis, qui soutient les arts et les lettres, et exprime le souhait que le 'Mercure de France' continue de prospérer sous ses auspices. Le texte se conclut par un vœu pour que le périodique puisse multiplier ses sacrifices en l'honneur du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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