Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des noms d'auteurs. Détail
Liste
Personnes concernées par ce nom d'auteur, y compris d'éventuels co-auteurs :
1
p. 16-25
EPITRE. A M. L***.
Début :
SÇAVANT ABBÉ, je vous écris [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Nature, Arts, Abbé, Doux, Aimer, Âme, Palais, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A M. L***.
EPITRE.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
A M. L ***
SCAVANT ABBÉ , je vous écris
Confiné dans un hermitage ,
Loin du tourbillon de Paris ,
Vivant de fruit , & de laitage ;
Des belles , & des beaux - eſprits .
Oubliant la foule volage ;
Et des objets que j'ai chéris
Ne regrettant dans ce Village ,
Que vous , & l'ami qui partage
La gloire de tous vos écrits .
Des vains phoſphores de notre âge
On m'a vû follement épris :
De la nature Amant plus ſage
Je cherche les boſquets fleuris ,
L'ombre des bois , un payſage
Qu'un Sot regarde avec mépris.!
J'ai trouvé dans ce voiſinage
Une Déeſſe au teint vermeil ,
Aux yeux ſereins , au beau corſage ,
Avec ſon fils , le doux ſommeil ,
La ſanté , brillante Déeſſe
A qui j'adreſſe tous mes voeux :
Que les mortels cherchent ſans ceffe
Et qu'ils fixeroient auprès deux
FEVRIER. 1764.
S'ils n'écartoient pas la ſageſſe.
Avec ces êtres bienfaiſans ,
D'une ſociété riante
17
:
Je goute les plaiſirs touchans :-
Dans une égalité charmante
Dieux.& mortels vivent aux champs;
Ceux-ci régnent dans un bocage
Où l'Amour raſſemble les ris:
Ce n'eſt que des fleurs du village
Qu'ils tirent ce beau coloris ,
Qui brille ſur un teint ſauvage..
Coeurs lâches , pâles citoyens ;
Que la cupidité conſume !
Vos tréſors valent-ils les miens ?-
Vos jours ſont mêlés d'amertume:
J'ai du repos , j'ai tous les biens.
Abbé , quelle volupté pure
D'enchaîner ici le ſommeil ,
Et de ſurprendre la nature
Au doux moment de ſon réveil !
Ah ! qu'elle est belle quand l'Aurore
Monte , dans un grand appareil ,..
Sur l'horiſon qui ſe colore
Des premiers rayons du Soleil.
Quel preſtige , quelle magie.
Séduit mes lens tumultueux ;
Quand la lumière réfléchie
M'offre la furface blanchie
18 MERCURE DE FRANCE,
D'un Océan majestueux ! L
Malheur au mortel inſenſible
Qui regarde ſans s'arrêter ,
Le chêne orgueilleux s'agiter
Au bruit de l'Aquilon terrible !
Le cours tranquille des ruiſſeaur ,
L'émail changeant de la prairie ,
L'ambre doré de nos côteaux ,
Et les airs qui ſoufflent la vie !
C'eſt dans les champs & les hameaux
Que la nature ouvrant ſon temple ,
Offre au mortel qui la contemple
Chaque jour des tréſors nouveaux.
Ici dans des plaines riantes ,
On entend' bondir les troupeaux;
Là des Bergeres vigilantes
En chantant tournent leurs fuſeaux ;
Et leurs galans, de violettes
Ornant leurs cheveux négligés ,
Sur l'herbe autour d'elles rangés ,
Accordent leurs douces Muſettes.
Amoureux enfans de Cypris ,
Que ces Hilas & ces Silvandres
Doivent chanter des airs bien tendres,
Puiſqu'un baifer en eſt le prix !
Venez admirer les prodiges
De la nature , & du Printems
Rois ! dans vos Palais éclatans
FEVRIER. 1764. 19
E'Art n'a pas les mêmes preſtiges .
J'aime l'ovale des baffins
Où l'on voit des gerbes humides ,
Pour l'ornement de vos Jardins
Retomber en plaines liquides ;
Mais j'aime mieux en vérité ,
Ce lit creuſé par la nature
Où l'Eure , avec tranquilité
Roule ſur un ſable argenté ,
Son onde tranſparente & pure.
Près de ſes bords eſt un ſéjour,
-Monument vaße & magnifique ,
Que des Arts le pouvoir magique:
Eleva jadis à l'Amour ; *
Où la Minerve de la France ,
Dumaine , ſi chère aux beaux Arts
Les attiroitde toutes parts
Par ſon goût & ſabienfaiſante.
On voit encore dans ce lieu ,
Autourde la tombe immortelle ,
Errer les ombres de Chaulicu ,
Etde la Fare &de Chapelle .
Appuyé fur une urne d'or ,
LaMothe foupire auprès d'elle ;
Et le doux berger Fontenelle
Y ſemble oublier l'heure encor.
Comme eur je ſens couler ma vie ,
*Anet, bâti par Henri II. pour Dianede Poi
tiers.
2 FRANCE .
Sans ambition , ſans defir ,
Et je préfére mon loiſir
Aux fruits trop tardifs du génie.
Dans la carrière des tale as
Vous avez pris un vol rapite ;
Mais bientôt ſur vos jeunes ans ,
Cher Abbé , le travail aride
Imprimera ſes doigts peſans .
Allez donc dans l'antre fublime
Où Platen réformoit les moeurs ,
Du coeur humain ſonder l'abîme ,
Et l'éclairer ſur ſes erreurs .
La ſageſſede votre Maître
N'a rien qui puiſſe m'éblouir :
Il nous apprend à nous connoître ,
Et moi je m'occupe à jouir .
Vous allez , diſciple fidéle ,
Aſſiſter au banquet ſacré.
Qui nourrit votre âme immortelle ,
Et pour les Dieux ſeuls préparé :
Pour moi je prends ſur la fougère-
Un repas moins délicieux ;
Mais je ſuis auprès de Glicère ,
C'eſt être à la table des Dieux .
Sans ſoin , parmi des fleurs écloſes
Je vois marcher l'heure & le temps ;
Et fi je ſaiſis des inſtans ,
C'eſt toujours pour cueillir des roſes.
FEVRIER . 1764.
Oh ! que d'aimables pareſſeux
Ont comme moi dans leur jeuneſſe
Compté longtemps des jours heureux ,
Et dont l'amour dans leur vieillefſe
Parfumoit encor les cheveux.
Dieu de mon coeur ! chère pareſſe !
Epicure , à tes doux rayons
A vu tous ces plaiſirs éclore ;
Et c'eſt toi dont la main encore
Tient négligemment mes crayons ,
Quand je deſſine Life ou Flore.
Tes doigts légers & délicats ,
Lorſque je veux chanter Thémire ,
Pincent les cordes de ma lyre ,
Et l'amour applaudit tout bas
Aux ſons faciles que j'en tire.
Mais tandis que ſous ces berceaux ,
Fuyant l'orage qui s'apprête ,
Je tends des filets aux oiſeaux ,
L'heure s'avance , & ſur ma tête
Le temps appeſantit ſa faulx.
O temps ! divinité terrible ,
Tu courbes ſous les humbles toits
Ledos du Laboureur paiſible ;
Et tu rides le front des Rois
Dans leur Palais inacceſſible.
Du haut de la ſphère des airs
Les Dieux ſeuls , d'un oeil immobile
Contemplent les êtres divers
Emportés ſur ton aîle agile.
O Temps ! tu détruiras mes Vers !
Demain je deſcendrai ſans gloire
Dans la tombe de mes aïeux :
Mais , fi j'ai révéré les Dieux ,
Tu dois épargner ma mémoire.
Quand l'urne froide des Verſeaux
S'inclinera ſur les campagnes,
Et fera fuir dans les hameaux
Bacchus , Cérès & ſes Compagnes
Alors , loin des lieux enchantés-
Embellis par tout ce que j'aime ,
Et par le bonheur habités ,
Je rentrerai malgré moi-même
Dans le tumulte des Cités.
Je reyerrai cette Statue
Qu'érigea l'amour des François.
Mais ne croyez pas que jamais
Ma Muſe aux Grands ſe proſtitue .
Ah ! ſi mon âme déſormais ,
Par des menſonges avilie ,
Devoit , à force d'infamie ,
Des Grands rechercher les bienfaits ;
Fils de Vénus , Fils de Latone,
O mes Dieux ! éteignez en moi
L'amour des Arts qu'on abandonne,
Et du Plaifir qui fait ma lon
FEVRIER. 1764: 23
Laiſſez-moi vieillir ſous ces hêtres
Dans la vertu de mes ancêtres ,
Et mourir comme eux ſans éffroi.
Sous ce lierre qui me couronne
J'aime mieux parcourir aux champs
Le cercle étroit qui m'environne ,
Qued'aller parmi les méchans ,
Dans la ſuperbe Babylone ,
Suivre l'opulence & les rangs.
Irois-je imiter ce reptile ,
Qui pour ſe gliſſer près des Grands ,
En mille replis différens
Sçait recourber ſon corps docile ?
Valet ſouple , adulateur bas ,
Irois- je bercer ces Midas
Dont l'oreille inſenſible eſt ſourde
Même aux accords les plus parfaits ,
Et dont l'âme groſſiére & lourde
S'aſſoupit dans un corps épais?
Ne croyez pas que je m'abbaiſſe
Aflatter d'illuſtres fripons ,
Impoſteurs qui prônent ſans ceſſe
Leurs petits talens , leurs grands noms ,
Et leurs chevaux & leur maîtreſſe :
Objets qu'on voit dans la baſſeſſe
Donner & vendre tour-à -tour
Le prix du coeur que la ſageſſe
Ne doit accorder qu'à l'amour.
24 MERCURE DE FRANCE.
Retiré ſous les toits ruſtiques ,
Par goût j'habite le réduits
Où près de ſes Dieux domeſtiques
Philémon vivant loin du bruit ,
Va préférer les moeurs antiques
A ce faſte impoſant qui ſuit
Vos Sattrapes Aſiatiques : Halb
Près de leur maître adroits ſerpens ,
Mais tyrans , fiers & deſpotiques
Des lâches que l'on voit rampans
Sur le marbre de leurs portiques.
Ils éblouiſſent l'univers als ellin
De l'éclat qui les environne :
Mais ils s'endorment près du trône
Et ſe réveillent dans les fers .
Heureux qui ne voit point le faîte
Ni les lambris de leurs Palais !
Leglaive affreux de Démoclès
N'eſt pas ſuſpendu ſur ſa tête.
Lorſque je quitteral ces bois ,
Pour revoir les bords de la Seine , A
Cher Abbé , des Arts & des Loix
Je reprendrai la douce chaîne ;
Et nous parlerons quelquefois
Des vertus de votre Mécène : 213
CeSage dont l'humanitéпной
Nous montre à travers les ruines
Denotre antique probité ,
Cette
FEVRIER . 1764.
:
Cette noble
ſimplicité
Qui nous
charmoit dans les
Comines.
Au faîte des
grandeurs monté ,
Sans baſſeſſes & fans
intrigues ,
Il y
commande ſans fierté ,
Et ſçait s'y
maintenir ſans brigues.
Vous
offrirez à mes
regards
Sous les
couleurs de la
Nature ,
Son goût
délicat pour les arts ,
Et ſon âme ſans
impoſture.
25
Par des
Tableaux vrais &
touchans,
Vous
échaufferez mon génie ;
Et
l'amant de notre patrie
Deviendra le Dieu de mes
chants.
Par M.
LEGIER.
Fermer