Résultats : 21932 texte(s)
Détail
Liste
5951
p. 1028-1029
LETTRE écrite par M. l'Evêque de Grenoble le 27 Avril 1733. sur la mort de M. l'Archevêque de Roüen.
Début :
Après avoir rendu, Monsieur, dans mon Eglise Cathédrale une partie de ce que je dois à la [...]
Mots clefs :
Archevêque de Rouen, Prières, Prélat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. l'Evêque de Grenoble le 27 Avril 1733. sur la mort de M. l'Archevêque de Roüen.
LETTRE écrite par M. l'Evêque de
Grenoble le 27 Avril 1733. sur la mort
de M. l'Archevêque de Rouen .
A
Près avoir rendu , Monsieur , dans mon Eglise
Cathédrale une partie de ce que je dois à la
mémoire de feu M. l'Archevêque de Rouen ,
je m'empresse de le recommander à vos prieres dans
ce moment , où le Christianisme doit sanctifier tous
nos regrets : vous trouverez sans doute bien légitimes
ceux que me cause la perte d'un Prélat , ave
quel,quoiqu'uni par les liens du sang , je l'étois encore
bien plus intimement par tous ceux que peus
former la reconnoissance pour une longue suite de
bienfaits que j'en avois reçû , et l'heureuse expérience
que j'avois des talens dont le Ciel l'avois
favorisé. J'ai eu part aux uns , et j'ai été témoin
des autres , dès le moment qu'il voulut bien me
sonfier une partie du gouvernement du premier des
Diocèses
ΜΑΥ. 1 ཧ ༣༣ ; 1029
Diocèses où la Providence l'avoit conduit. Je lus
fus redevable des mêmes sentimens , lorsque placé
sur un des Siégesles plus distinguez du Royaume ,
il désira que je l'y suivisse. En tout lieu et en toute
rencontre , soit qu'il présidât aux Etats d'une Province
, dont les interêts se sont trouvés plus d'une
fois difficiles à être menagez , soit qu'il fut un des
Membres des diverses Assemblées du Clergé où il a
toujours parû avec éclat , soit qu'il eut quelque
sorte de part aux affaires publiques , soit qu'il s'appliquât
aux Fonctions ordinaires du Ministere Ecclesiastiqne
, par tout également il se montroit aux :
personnes équitables , digne du Poste qu'il occupoit
, et remplissant tout ce que la situation des
choses pouvoit demander de lui . Plus instruit qu'un
autre , il rendoit volontiers ses lumieres utiles à
tous ceux qui étoient à portée d'en profiter Touché
autant que je devois l'être de cet avantage , je
fus très-sensible à mon éloignement de sa Personne
, lorsqu'il me fut devenu indispensable : Une
mort plus prompte que je n'avois lieu de l'appréhen
der , rend à jamais durable cette séparation que je
ne puis envisager qu'avec l'amertume la plus cúisante.
L'heureuse habitude où je suis de vous voir
entrer dans les dispositions que je crois devoir vous
inspirer , me donne lieu d'esperer que vous m'aiderez
à m'acquitter de ce que la Religion éxige de
moi dans cette conjoncture ; c'est par ce motifque
je vous prie de vous souvenir dans vos Prieres et
dans vos Sacrifices , d'un Prélat auquel je me ferai
toujours l'honneur d'avoir été très - singulierement
attaché. Je suis , &c.
Grenoble le 27 Avril 1733. sur la mort
de M. l'Archevêque de Rouen .
A
Près avoir rendu , Monsieur , dans mon Eglise
Cathédrale une partie de ce que je dois à la
mémoire de feu M. l'Archevêque de Rouen ,
je m'empresse de le recommander à vos prieres dans
ce moment , où le Christianisme doit sanctifier tous
nos regrets : vous trouverez sans doute bien légitimes
ceux que me cause la perte d'un Prélat , ave
quel,quoiqu'uni par les liens du sang , je l'étois encore
bien plus intimement par tous ceux que peus
former la reconnoissance pour une longue suite de
bienfaits que j'en avois reçû , et l'heureuse expérience
que j'avois des talens dont le Ciel l'avois
favorisé. J'ai eu part aux uns , et j'ai été témoin
des autres , dès le moment qu'il voulut bien me
sonfier une partie du gouvernement du premier des
Diocèses
ΜΑΥ. 1 ཧ ༣༣ ; 1029
Diocèses où la Providence l'avoit conduit. Je lus
fus redevable des mêmes sentimens , lorsque placé
sur un des Siégesles plus distinguez du Royaume ,
il désira que je l'y suivisse. En tout lieu et en toute
rencontre , soit qu'il présidât aux Etats d'une Province
, dont les interêts se sont trouvés plus d'une
fois difficiles à être menagez , soit qu'il fut un des
Membres des diverses Assemblées du Clergé où il a
toujours parû avec éclat , soit qu'il eut quelque
sorte de part aux affaires publiques , soit qu'il s'appliquât
aux Fonctions ordinaires du Ministere Ecclesiastiqne
, par tout également il se montroit aux :
personnes équitables , digne du Poste qu'il occupoit
, et remplissant tout ce que la situation des
choses pouvoit demander de lui . Plus instruit qu'un
autre , il rendoit volontiers ses lumieres utiles à
tous ceux qui étoient à portée d'en profiter Touché
autant que je devois l'être de cet avantage , je
fus très-sensible à mon éloignement de sa Personne
, lorsqu'il me fut devenu indispensable : Une
mort plus prompte que je n'avois lieu de l'appréhen
der , rend à jamais durable cette séparation que je
ne puis envisager qu'avec l'amertume la plus cúisante.
L'heureuse habitude où je suis de vous voir
entrer dans les dispositions que je crois devoir vous
inspirer , me donne lieu d'esperer que vous m'aiderez
à m'acquitter de ce que la Religion éxige de
moi dans cette conjoncture ; c'est par ce motifque
je vous prie de vous souvenir dans vos Prieres et
dans vos Sacrifices , d'un Prélat auquel je me ferai
toujours l'honneur d'avoir été très - singulierement
attaché. Je suis , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. l'Evêque de Grenoble le 27 Avril 1733. sur la mort de M. l'Archevêque de Roüen.
Le 27 avril 1733, l'évêque de Grenoble écrit à propos de la mort de l'archevêque de Rouen. Il mentionne avoir déjà rendu hommage à ce dernier dans son église cathédrale et le recommande aux prières du destinataire. L'évêque exprime ses regrets pour la perte d'un prélat avec qui il était lié par le sang et par la reconnaissance pour les nombreux bienfaits reçus. Il souligne les compétences et les talents de l'archevêque, dont il a été témoin lors de la gestion du diocèse de Rouen et dans diverses fonctions publiques et ecclésiastiques. L'archevêque était connu pour son équité et sa dignité, qu'il manifestait en présidant aux États d'une province, en participant aux assemblées du clergé ou en s'occupant des affaires publiques. L'évêque regrette la séparation soudaine causée par la mort inattendue de l'archevêque et espère l'aide du destinataire pour accomplir ses devoirs religieux. Il prie pour que l'archevêque soit souvenir dans les prières et les sacrifices.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5952
p. 1660-1661
EXPLICATION des deux Logogryphes du premier Volume de Juin 1732.
Début :
Frottant ma tête et me rongeant les doigts, [...]
Mots clefs :
Logogriphe, Chocolat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des deux Logogryphes du premier Volume de Juin 1732.
EXPLICATION des deux Logogryphes
du premier Volume de Juin 1732.
FRottant ma tête et merongeant les doigts ,
Au Logogryphe je révois.
J'étois plus rouge qu'écarlate
De ne trouver le mot. Dans l'instant un garçon
Vient me servir mon Chocolate.
Oh , parbleu , m'écriai- je , bon.
Ceci se prend pour manger et pour boire ;
Neuf lettres composent son nom ;
Je suis au fait. Prenant un , deux , trois , quatreJe trouve choc , que lorsqu'il faut se battre
Appréhende fort le poltron.
Dans un , trois , quatre , est Cocq , qui met en fuite 1
Le Lion , Roi des animaux.
Un, deux , sept , huit , c'est le Chat hypocrite.
Qui croque les Rats nigauds.
Un , sept , six , huit , et neuf , c'est la Calote ,
Dont on se sert avec utilité
Pour préferver du froid mainte tête falotte ,
En nouveau Régiment de nos jours inventé.
Un trois , quatre , deux , neuf, Coche plein de vitesse ;
Un
JUILLET. 17320 1661
Un , trois , quatre , cinq , le Coco.
Neuf, quatre , deux et trois , l'Echo..
Voilà le Logogryphe expliqué piéce à piéce..
Le Maire:
du premier Volume de Juin 1732.
FRottant ma tête et merongeant les doigts ,
Au Logogryphe je révois.
J'étois plus rouge qu'écarlate
De ne trouver le mot. Dans l'instant un garçon
Vient me servir mon Chocolate.
Oh , parbleu , m'écriai- je , bon.
Ceci se prend pour manger et pour boire ;
Neuf lettres composent son nom ;
Je suis au fait. Prenant un , deux , trois , quatreJe trouve choc , que lorsqu'il faut se battre
Appréhende fort le poltron.
Dans un , trois , quatre , est Cocq , qui met en fuite 1
Le Lion , Roi des animaux.
Un, deux , sept , huit , c'est le Chat hypocrite.
Qui croque les Rats nigauds.
Un , sept , six , huit , et neuf , c'est la Calote ,
Dont on se sert avec utilité
Pour préferver du froid mainte tête falotte ,
En nouveau Régiment de nos jours inventé.
Un trois , quatre , deux , neuf, Coche plein de vitesse ;
Un
JUILLET. 17320 1661
Un , trois , quatre , cinq , le Coco.
Neuf, quatre , deux et trois , l'Echo..
Voilà le Logogryphe expliqué piéce à piéce..
Le Maire:
Fermer
Résumé : EXPLICATION des deux Logogryphes du premier Volume de Juin 1732.
Le texte 'EXPLICATION des deux Logogryphes', daté de juin et juillet 1732, explique un logogriphe, une devinette où chaque mot est représenté par une série de lettres. Le narrateur découvre la solution en observant un garçon qui lui sert du chocolat. Le mot recherché est 'chocolat', composé de neuf lettres. Le texte décompose ensuite ce mot en diverses combinaisons pour former d'autres mots : 'choc' (un, deux, trois, quatre), 'Cocq' (un, trois, quatre), 'Chat' (un, deux, sept, huit), 'Calote' (un, sept, six, huit, neuf), 'Coche' (un, trois, quatre, deux, neuf), 'Coco' (un, trois, quatre, cinq) et 'Echo' (neuf, quatre, deux, trois). Le texte se conclut par la mention du mot 'Le Maire'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5953
p. 1654-1655
VERS DU MESME, A M. l'Abbé D*** en lui envoyant des Prix qu'il avoit remportés aux Jésuites.
Début :
O toi, donc les doctes leçons [...]
Mots clefs :
Temple, Lauriers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS DU MESME, A M. l'Abbé D*** en lui envoyant des Prix qu'il avoit remportés aux Jésuites.
VERS DU MESME
>
'A M. l'Abbé D*** en lui envoyant des Prix
qu'il avoit remportés aux Jéfuites.
Toi , dont les doctes leçons
Du Temple de Phébus m'ont ouvert la barriere ,
Toi , par qui mis au rang de fes chers Nouriffons ;
De Lauriers triomphans j'ai ceint ma tête altiere ;
Ami
JUILLET. 1738. 1635
Ami fidele , & Cenfeur éclairé ,
D ** qui dès ma tendre enfance
Guidant un pas encore mal affuré,
Du Dédale de la Science
Me démêlas le fil facré .
Daigne accepter ce Livre , ou des mains de fa gloire
Mon front environné de rameaux toujours verds ,
Du temps injurieux affi ontant les hyvets ,
Trouve un heureux Printems aux champs de la
victoire.
Souffre qu'à tes genoux dépofant mes Lauriers ,
M'avançant fur tes pas au Temple de Mémoire
Parmi ces noms fameux qui brillent dans l'Hiſtoire ,
Je tranſmette le tien jufqu'aux fiecles derniers.
Viens avec moi fous ces pompeux Trophées ,
Apprendre à l'Univers tes vertus , ta grandeur ;
Nouveaux Platons , comme nouveaux Orphés
De l'Immortalité partageons la fplendeur .
Tous deux nous élevans d'une aîle audacieuse
Perçons des vaftes Cieux la route lumineuse ;
Et vainqueurs immortels de l'envie et des temps ,
Consacrons à Dieu feul d'éternels monumens.
>
'A M. l'Abbé D*** en lui envoyant des Prix
qu'il avoit remportés aux Jéfuites.
Toi , dont les doctes leçons
Du Temple de Phébus m'ont ouvert la barriere ,
Toi , par qui mis au rang de fes chers Nouriffons ;
De Lauriers triomphans j'ai ceint ma tête altiere ;
Ami
JUILLET. 1738. 1635
Ami fidele , & Cenfeur éclairé ,
D ** qui dès ma tendre enfance
Guidant un pas encore mal affuré,
Du Dédale de la Science
Me démêlas le fil facré .
Daigne accepter ce Livre , ou des mains de fa gloire
Mon front environné de rameaux toujours verds ,
Du temps injurieux affi ontant les hyvets ,
Trouve un heureux Printems aux champs de la
victoire.
Souffre qu'à tes genoux dépofant mes Lauriers ,
M'avançant fur tes pas au Temple de Mémoire
Parmi ces noms fameux qui brillent dans l'Hiſtoire ,
Je tranſmette le tien jufqu'aux fiecles derniers.
Viens avec moi fous ces pompeux Trophées ,
Apprendre à l'Univers tes vertus , ta grandeur ;
Nouveaux Platons , comme nouveaux Orphés
De l'Immortalité partageons la fplendeur .
Tous deux nous élevans d'une aîle audacieuse
Perçons des vaftes Cieux la route lumineuse ;
Et vainqueurs immortels de l'envie et des temps ,
Consacrons à Dieu feul d'éternels monumens.
Fermer
5954
p. 202-203
« Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
Début :
Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...]
Mots clefs :
Prince de Soubise, Évêques, Nominations, Chevalier, Comte, Duc, Officiers, Ministre d'État, Gouvernement, Vicaire général, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 19 Octobre , le Roi nomma M. le Prince de
Soubife Maréchal de France.
Le même jour , M. l'Evêque d'Autun prêta ferment
entre les mains de Sa Majeſté .
Le Roi a accordé à l'occafion de l'affaire de
Saint Caft en Bretagne , une penfion de deux mille
livres fur le Tréfor Royal à M. le Chevalier de
Redmont , Maréchal de Camp ; le grade de Maréchal
de Camp à M. le Marquis de la Chaftre ,
Brigadier d'Infanterie , ci - devant Colonel du Régiment
de Crambrefis.
Sa Majesté a fait Brigadiers d'Infanterie , MM .
le Chevalier de Saint- Pern , Colonel du Régiment
de Penthievre ; le Chevalier de la Tour d'Auvergne
, Colonel du Régiment de Boulonnois ; le
Marquis de Broc , Colonel du Régiment de Bourbon
; le Chevalier de Polignac , Colonel du Régiment
de Brie ; le Chevalier de Sainte-Croix , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Bourbon ; & Brigadier
de Dragons le Marquis de Marbeuf , Meftre
de Camp du Régiment de fon nom .
Le Roi a auffi accordé aux Officiers des troupes
qui ont contribué aux fuccès de cette affaire , &
aux Gentilhommes de cette Province ' , des penfions
, des gratifications & des Croix de S. Louis.
Le 2 Novembre , M. Berrier , Miniftre d'Etat
prêta ferment entre les mains du Roi pour
charge de Secretaire d'Etat de la Marine ; M. de
Maffiac , Lieutenant général des Armées Nayales ,
DECEMBRE . 1758. 203
ayant obtenu la permiffion de Sa Majefté de fe
démettre de cette charge , ainfi que M. le Normand-
de Maizy , qui y étoit adjoint .
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la ville
de Nay en Bearn , en faveur du Baron d'Eſpalungue
, premier Baron des Etats de Bearn , Moufquetaire
du Roi , & aide de Camp de M. le Duc de Tref
mes , Pair de France , Lieutenant général des Armées
du Roi , Commandant pour Sa Majesté à
Bayonne , & fur les côtes .
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux de
l'Archevêque de Paris , pour faire rendre à Dieu
de folemnelles actions de graces , au fujet de la
victoire remportée fur les Heffois & les Hanòvriens
par les troupes
de Sa Majefté aux ordres du
Prince de Soubiſe , on chanta le 28 du mois dernier
le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine . M.
l'Abbé d'Agoult , Doyen du Chapitre , y officia.
M. de Lamoignon , Chancelier de France, accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat , & Maîtres
des Requêtes , y affifta , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , & le
Corps de Ville , qui y avoient été invités de la part
de Sa Majefté par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
Le Clergé de France y fut auffi invité
de la part du Roi , & y affifta .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 19 Octobre , le Roi nomma M. le Prince de
Soubife Maréchal de France.
Le même jour , M. l'Evêque d'Autun prêta ferment
entre les mains de Sa Majeſté .
Le Roi a accordé à l'occafion de l'affaire de
Saint Caft en Bretagne , une penfion de deux mille
livres fur le Tréfor Royal à M. le Chevalier de
Redmont , Maréchal de Camp ; le grade de Maréchal
de Camp à M. le Marquis de la Chaftre ,
Brigadier d'Infanterie , ci - devant Colonel du Régiment
de Crambrefis.
Sa Majesté a fait Brigadiers d'Infanterie , MM .
le Chevalier de Saint- Pern , Colonel du Régiment
de Penthievre ; le Chevalier de la Tour d'Auvergne
, Colonel du Régiment de Boulonnois ; le
Marquis de Broc , Colonel du Régiment de Bourbon
; le Chevalier de Polignac , Colonel du Régiment
de Brie ; le Chevalier de Sainte-Croix , Lieutenant-
Colonel du Régiment de Bourbon ; & Brigadier
de Dragons le Marquis de Marbeuf , Meftre
de Camp du Régiment de fon nom .
Le Roi a auffi accordé aux Officiers des troupes
qui ont contribué aux fuccès de cette affaire , &
aux Gentilhommes de cette Province ' , des penfions
, des gratifications & des Croix de S. Louis.
Le 2 Novembre , M. Berrier , Miniftre d'Etat
prêta ferment entre les mains du Roi pour
charge de Secretaire d'Etat de la Marine ; M. de
Maffiac , Lieutenant général des Armées Nayales ,
DECEMBRE . 1758. 203
ayant obtenu la permiffion de Sa Majefté de fe
démettre de cette charge , ainfi que M. le Normand-
de Maizy , qui y étoit adjoint .
Le Roi a difpofé du Gouvernement de la ville
de Nay en Bearn , en faveur du Baron d'Eſpalungue
, premier Baron des Etats de Bearn , Moufquetaire
du Roi , & aide de Camp de M. le Duc de Tref
mes , Pair de France , Lieutenant général des Armées
du Roi , Commandant pour Sa Majesté à
Bayonne , & fur les côtes .
Le Roi ayant écrit aux Vicaires Généraux de
l'Archevêque de Paris , pour faire rendre à Dieu
de folemnelles actions de graces , au fujet de la
victoire remportée fur les Heffois & les Hanòvriens
par les troupes
de Sa Majefté aux ordres du
Prince de Soubiſe , on chanta le 28 du mois dernier
le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine . M.
l'Abbé d'Agoult , Doyen du Chapitre , y officia.
M. de Lamoignon , Chancelier de France, accompagné
de plufieurs Confeillers d'Etat , & Maîtres
des Requêtes , y affifta , ainfi que le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides , & le
Corps de Ville , qui y avoient été invités de la part
de Sa Majefté par M. Defgranges , Maître des Cérémonies.
Le Clergé de France y fut auffi invité
de la part du Roi , & y affifta .
Fermer
Résumé : « Le 19 Octobre, le Roi nomma M. le Prince de Soubise [...] »
Le 19 octobre, le roi nomma le Prince de Soubise Maréchal de France et l'Évêque d'Autun prêta serment. À la suite de l'affaire de Saint-Cast en Bretagne, le roi accorda une pension de deux mille livres au Chevalier de Redmont et le grade de Maréchal de Camp au Marquis de la Chastre. Plusieurs Brigadiers d'Infanterie furent nommés, dont le Chevalier de Saint-Pern, le Chevalier de la Tour d'Auvergne, le Marquis de Broc, le Chevalier de Polignac et le Chevalier de Sainte-Croix. Le Marquis de Marbeuf fut nommé Brigadier de Dragons et Maître de Camp. Des pensions et des Croix de Saint-Louis furent attribuées aux officiers et gentilshommes ayant contribué aux succès de cette affaire. Le 2 novembre, M. Berrier prêta serment comme Secrétaire d'État de la Marine, remplaçant M. de Massiac et M. le Normand-de Maizy. Le roi attribua le Gouvernement de la ville de Bayonne au Baron d'Espalungue et ordonna des actions de grâce pour la victoire sur les Hessois et les Hanovriens, avec un Te Deum chanté le 28 du mois précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5955
p. 2310-2311
Te Deum chanté au Collége de Navarre, [titre d'après la table]
Début :
La Maison & le Collége Royal de Navarre ont crû devoir témoigner de leur reconnoissance [...]
Mots clefs :
Fête, Fontaine, Collège royal de Navarre, Te Deum, Claude-Henry Feydeau de Marville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté au Collége de Navarre, [titre d'après la table]
LaMaiſon & le Collége Royal de Navarre
ont crû devoir témoigner leur reconnoiſſance.
an Roi , leur ſecond Fondateur , en faiſant
éclater leur joye par la Fête qu'ils viennent
de donner au Public, à l'occaſion de la
convalefcence de S. M. Cette Fête commença
par le Te Deum , qui fut chanté le Jeudi
au foir 17 Septembre; il fut ſuivi d'une
grande illumination ; trois grands Porti
ques , élevés à chaque côté de la Fontaine
occupoient toute la largeur de la cour. Audeſſus
de la Fontaine étoit placé un grand
Soleil de lumiere , ſurmonté d'une corniche,
laquelle joignant les Portiques , formoit du
tout une Décoration ſelon la plus grande
préciſion de l'Architecture. Tous les Ornemens
que peut admettre cet Art , s'y trouvoient
formés par une quantité prodigieuſe
de Lampions & de Pots à feu. On fit tomber
des fenêtres une pluye , pour ainfi- dire ,
de pains, de viandes & de dragées , pendant
que le Principal fit couler une double Fontaine
de Vin. M. de Marville , Lieutenant
Général de Police , honora la Fête de ſa préfence,
OCTOBRE. 1744. 2317
fouce , & l'augmenta par ſes libéralités ; &
par cet exemple , il inſpira aux Supérieurs
&Membres de la Maiſon , une générofité
proportionnée à leur pouvoir.
Le Deffein de la Décoration étoit de M.
le Beſgue , Architecte du Collége.
ont crû devoir témoigner leur reconnoiſſance.
an Roi , leur ſecond Fondateur , en faiſant
éclater leur joye par la Fête qu'ils viennent
de donner au Public, à l'occaſion de la
convalefcence de S. M. Cette Fête commença
par le Te Deum , qui fut chanté le Jeudi
au foir 17 Septembre; il fut ſuivi d'une
grande illumination ; trois grands Porti
ques , élevés à chaque côté de la Fontaine
occupoient toute la largeur de la cour. Audeſſus
de la Fontaine étoit placé un grand
Soleil de lumiere , ſurmonté d'une corniche,
laquelle joignant les Portiques , formoit du
tout une Décoration ſelon la plus grande
préciſion de l'Architecture. Tous les Ornemens
que peut admettre cet Art , s'y trouvoient
formés par une quantité prodigieuſe
de Lampions & de Pots à feu. On fit tomber
des fenêtres une pluye , pour ainfi- dire ,
de pains, de viandes & de dragées , pendant
que le Principal fit couler une double Fontaine
de Vin. M. de Marville , Lieutenant
Général de Police , honora la Fête de ſa préfence,
OCTOBRE. 1744. 2317
fouce , & l'augmenta par ſes libéralités ; &
par cet exemple , il inſpira aux Supérieurs
&Membres de la Maiſon , une générofité
proportionnée à leur pouvoir.
Le Deffein de la Décoration étoit de M.
le Beſgue , Architecte du Collége.
Fermer
5956
p. 184-185
CONTRE LES AUTEURS SATYRIQUES.
Début :
Dieu des Vers, puissant Apollon, [...]
Mots clefs :
Auteurs satiriques, Dieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTRE LES AUTEURS SATYRIQUES.
CONTRE LES AUTEURS SATYRIQUES,
Dieu des Vers , puissant Apollon ,
Peux - tu souffrir sur le Parnasse ,
Peux-tu voir répandus dans le sacré Vallon
D'implacables Démons dont l'insolente audace
Par les plus indignes Chansons ,
De ta Lyre aujourd'hui font mépriser les sons ?
Les Eumenides ennemies ,
Dont la noire fureur en tous lieux se répand ,
Ont- elles converti les Muses en Furies ?
L'Hypocrene en bourbier , et Pegase en Serpent
Il paroit tous les jours des Satyres nouvelles ,
Dans le Public sans cesse on séme des Bre
vets ,
Des Monorimes , * des Couplets ;
Et ces injurieux Libelles
Armés de leurs traits odieux ,
Portent des atteintes cruelles ,
Sans épargner même les Dieux :
* Ouvrage tout en mêmes rimes et d'une satyre
ontrée.
2
C'est
JANVIER.
1733. 185
C'est l'Enfer qui vomit ces insolents ouvra
ges;
Ce tissu de fiel et d'outrages
Ajoûte à la malignité
L'imposture et l'impiété ;
Les plus hautes vertus deviennent leurs victi
mes ,
Et les Auteurs de tant de crimes
Se flattent de l'impunité.
De ces nouveaux Pythons purge à jamais la
terre ,
Fils du plus grand des Dieux , de sa gloire ja
Joux ,
Frappe , fais tomber sous tes coups
Des Monstres dignes du Tonnerre .
Dieu des Vers , puissant Apollon ,
Peux - tu souffrir sur le Parnasse ,
Peux-tu voir répandus dans le sacré Vallon
D'implacables Démons dont l'insolente audace
Par les plus indignes Chansons ,
De ta Lyre aujourd'hui font mépriser les sons ?
Les Eumenides ennemies ,
Dont la noire fureur en tous lieux se répand ,
Ont- elles converti les Muses en Furies ?
L'Hypocrene en bourbier , et Pegase en Serpent
Il paroit tous les jours des Satyres nouvelles ,
Dans le Public sans cesse on séme des Bre
vets ,
Des Monorimes , * des Couplets ;
Et ces injurieux Libelles
Armés de leurs traits odieux ,
Portent des atteintes cruelles ,
Sans épargner même les Dieux :
* Ouvrage tout en mêmes rimes et d'une satyre
ontrée.
2
C'est
JANVIER.
1733. 185
C'est l'Enfer qui vomit ces insolents ouvra
ges;
Ce tissu de fiel et d'outrages
Ajoûte à la malignité
L'imposture et l'impiété ;
Les plus hautes vertus deviennent leurs victi
mes ,
Et les Auteurs de tant de crimes
Se flattent de l'impunité.
De ces nouveaux Pythons purge à jamais la
terre ,
Fils du plus grand des Dieux , de sa gloire ja
Joux ,
Frappe , fais tomber sous tes coups
Des Monstres dignes du Tonnerre .
Fermer
Résumé : CONTRE LES AUTEURS SATYRIQUES.
En janvier 1733, une supplique est adressée à Apollon pour qu'il intervienne contre les auteurs satiriques. L'auteur exprime son indignation face à la prolifération de satires impertinentes qui dénigrent la poésie sacrée et offensent les dieux. Ces satires sont décrites comme des démons implacables et des furies, comparées à des monstres issus de l'enfer. Elles prennent diverses formes, telles que des brevets, des monorimes et des couplets, et sont qualifiées de libelles injurieux armés de traits odieux. L'auteur dénonce la malignité, l'imposture et l'impiété de ces œuvres, qui visent même les plus hautes vertus. Il appelle Apollon à purger la terre de ces monstres, les comparant à des Pythons, et à les frapper avec la puissance de son père, Zeus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5957
p. 95-96
BENEFICES.
Début :
Le Roy a donné l'Archevesché d'Arles à Mr [...]
Mots clefs :
Roi, Arles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES.
LBeENEFICES. Royidonnél'Ar-
-n«LeRoyadonnéTArchevesché
d'Arles à Mr
l'Abbé de Janson
,
Grand
Vicaire 6c Chanoine honoraire
de laCathédraledc
Beauvais.
f':- Il estfilsde Laurent de
Fourbin
,
Marquis de Janson
en Provence, & de
Françoise de Briançon la
Saludie, & neveu de Tout
saint de Fourbin,Cardinal
de Janson, Evesque de
Beauvais, Grand-Aumosnier
de France, & Commandeur
des Ordres du
Roy.
-n«LeRoyadonnéTArchevesché
d'Arles à Mr
l'Abbé de Janson
,
Grand
Vicaire 6c Chanoine honoraire
de laCathédraledc
Beauvais.
f':- Il estfilsde Laurent de
Fourbin
,
Marquis de Janson
en Provence, & de
Françoise de Briançon la
Saludie, & neveu de Tout
saint de Fourbin,Cardinal
de Janson, Evesque de
Beauvais, Grand-Aumosnier
de France, & Commandeur
des Ordres du
Roy.
Fermer
5958
p. 180-182
Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Le 12. M. l'Archevêque destina sur ce sujet un Mandement, dont voici la teneur. [...]
Mots clefs :
Paix, Archevêque, Mandement, Paris, Roi, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le 12. M. l'Archevêque destina sur ce sujet
un Mandement , dont yoici la teneur.
Harles-Gaspard - Guillaume de Vintimille
séricorde Divine , et par la grace du S. Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , Duc de Saint
Cloud , Fair de France , Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit, &c. Aux Archiprêtres de Sainte
Marie Magdelaine et de Saint Severin , et aux
Doyens Ruraux de notre Diocèse : Salut et Benedition
. Dieų , mes très- chers Freres , par la
prise du Château de Milan , vient encore de se
déclarer en faveur du Roy et de ses Alliez.
-
Quelques louanges qui soient dûes à la valeur
des Troupes , à la capacité des Generaux de Sa
Majesté , au courage et à l'activité de ses Alliez ;
ce n'est point aux moiens humains , mais à la
Providence de celui qui regle à son gré le sort
des
JANVIER 1734. 181
des Armes et des Empires , qui éleve et qui abbaisse
les Thrones , comme il lui plaît , que le
Roy attribue tant de succès inesperez ; et quelques
glorieux que soient ces évenemens, ils n'affoiblissent
point son amour pour la paix.
Entrez donc dans les sentimens de Religion et
dans les vues pacifiques d'un Roy , selon le coeur
de Dieu , qui rend hommage à la Majesté Divine
, de tout ce qui lui arrive d'heureux , et qui
tout occupé du bonheur de ses Peuples, sera toujours
prêt à préferer leur repos à sa propre gloire.
Venez , à son exemple , reconnoître au pied
des Autels , les graces et les bienfaits du Dieu qui
protege la France : * Demandez - lui ardemment
que les succès d'une Guerre juste et necessaire
nous conduisent à une prompte paix , plus dési
rable que les victoires , et pour laquelle Dieu
nous ordonne de recourir à lui , parce que c'est
de la paix de l'Etat que dépendent notre paix et
notre tranquillité.
A ces causes , après en avoir conféré avec nos
venrables Freres les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Metropolitaine : Nous or
donnons qu'après demain Jeudi , 14 du present
mois , le Te Deum sera chanté dans notredite
Eglise Métropolitaine , en actions de graces de la
prise du Château de Milan : Dimanche 17 da
courant dans toutes les Abbayes , Chapitres, Pa
roisses et Couvens , exempts et non exempts , de
la Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocèse , le Dimanche après la reception
du present Mandement . Si mandons aux
* Quarite pacem civitatis ad quam transmigrare
vos feci , et orate pro ea ad Dominum, quia in pace
illius erit pax vobis. Jerem. 29.7·
I iij
Ar❤
182 MERCURE DE FRANCE
Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine et S.Severin
de notifier notre present Mandement à tous
Abbez Prieurs , Curez , Superieurs et Superieures
de la Ville et desdirs Fauxbourgs ; et aux Doyens
Ruraux de l'envoyer aux Curez de la Campagne ,
Superieurs et Superieures des Communautez ,
exemptes et et non exemptes , à ce qu'ils n'en
ignorent , et qu'ils l'observent et fassent observer
par les personnes qui leur sont soumises.
Donné à Paris , en notre Palais Archiepiscopal
le 12 Janvier 1734. Signé, CHARLES , Archevêque
de Paris , c.
un Mandement , dont yoici la teneur.
Harles-Gaspard - Guillaume de Vintimille
séricorde Divine , et par la grace du S. Siége
Apostolique , Archevêque de Paris , Duc de Saint
Cloud , Fair de France , Commandeur de l'Ordre
du S. Esprit, &c. Aux Archiprêtres de Sainte
Marie Magdelaine et de Saint Severin , et aux
Doyens Ruraux de notre Diocèse : Salut et Benedition
. Dieų , mes très- chers Freres , par la
prise du Château de Milan , vient encore de se
déclarer en faveur du Roy et de ses Alliez.
-
Quelques louanges qui soient dûes à la valeur
des Troupes , à la capacité des Generaux de Sa
Majesté , au courage et à l'activité de ses Alliez ;
ce n'est point aux moiens humains , mais à la
Providence de celui qui regle à son gré le sort
des
JANVIER 1734. 181
des Armes et des Empires , qui éleve et qui abbaisse
les Thrones , comme il lui plaît , que le
Roy attribue tant de succès inesperez ; et quelques
glorieux que soient ces évenemens, ils n'affoiblissent
point son amour pour la paix.
Entrez donc dans les sentimens de Religion et
dans les vues pacifiques d'un Roy , selon le coeur
de Dieu , qui rend hommage à la Majesté Divine
, de tout ce qui lui arrive d'heureux , et qui
tout occupé du bonheur de ses Peuples, sera toujours
prêt à préferer leur repos à sa propre gloire.
Venez , à son exemple , reconnoître au pied
des Autels , les graces et les bienfaits du Dieu qui
protege la France : * Demandez - lui ardemment
que les succès d'une Guerre juste et necessaire
nous conduisent à une prompte paix , plus dési
rable que les victoires , et pour laquelle Dieu
nous ordonne de recourir à lui , parce que c'est
de la paix de l'Etat que dépendent notre paix et
notre tranquillité.
A ces causes , après en avoir conféré avec nos
venrables Freres les Doyen , Chanoines et Cha
pitre de notre Eglise Metropolitaine : Nous or
donnons qu'après demain Jeudi , 14 du present
mois , le Te Deum sera chanté dans notredite
Eglise Métropolitaine , en actions de graces de la
prise du Château de Milan : Dimanche 17 da
courant dans toutes les Abbayes , Chapitres, Pa
roisses et Couvens , exempts et non exempts , de
la Ville et Fauxbourgs ; et dans toutes les autres
Eglises de notre Diocèse , le Dimanche après la reception
du present Mandement . Si mandons aux
* Quarite pacem civitatis ad quam transmigrare
vos feci , et orate pro ea ad Dominum, quia in pace
illius erit pax vobis. Jerem. 29.7·
I iij
Ar❤
182 MERCURE DE FRANCE
Archiprêtres de sainte Marie- Magdelaine et S.Severin
de notifier notre present Mandement à tous
Abbez Prieurs , Curez , Superieurs et Superieures
de la Ville et desdirs Fauxbourgs ; et aux Doyens
Ruraux de l'envoyer aux Curez de la Campagne ,
Superieurs et Superieures des Communautez ,
exemptes et et non exemptes , à ce qu'ils n'en
ignorent , et qu'ils l'observent et fassent observer
par les personnes qui leur sont soumises.
Donné à Paris , en notre Palais Archiepiscopal
le 12 Janvier 1734. Signé, CHARLES , Archevêque
de Paris , c.
Fermer
Résumé : Mandement sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le 12 janvier 1734, l'Archevêque de Paris, Charles-Gaspard-Guillaume de Vintimille, a publié un mandement célébrant la prise du Château de Milan. Ce succès est attribué à la Providence divine plutôt qu'aux efforts humains. Le Roi exprime sa gratitude envers Dieu et son désir de paix, malgré les victoires militaires. L'Archevêque appelle les fidèles à reconnaître les bienfaits de Dieu et à prier pour une paix rapide. Il ordonne que le Te Deum soit chanté dans l'église métropolitaine le 14 janvier et dans toutes les églises du diocèse le dimanche suivant la réception du mandement. Les archiprêtres et les doyens ruraux doivent notifier ce mandement à tous les ecclésiastiques et communautés religieuses pour assurer son observation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5959
p. 198-201
Madrigaux. [titre d'après la table]
Début :
La mort de ce Prince fit cesser tous les Divertissemens [...]
Mots clefs :
Berger, Divertissement, Marquis, Fontainebleau, Louanges, Ballet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigaux. [titre d'après la table]
La mort de ce Prince fit
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
cefler tous les Divertiffemens
qu'on devoit continuer à
GALANT. 199
Fontainebleau , & celuy du
Balet du Temple de la Paix
fut du nombre. Je n'eus pas
le temps de vous dire le mois
paffé , que M' le Marquis de
la Vrilliere s'y eftant fait admirer
, les applaudiffemens
qu'il receut furent caufe que
Sa Majeſté trouva bon qu'il
dançaft une Entrée feul. Il y
réüffit d'une maniere fi avanrageufe
, que l'on entendit
en mefme temps toutes les
voix s'élever pour luy donner
des loüanges. Ce fut ce qui
donna lieu à un des Spectateurs
de faire les Vers fui-
R. iiij
200 MERCURE
vans , fur le Perſonnage de
Berger , qu'il repreſentoit
dans ce Balet.
"
Ergeres, craignez laſurpriſe,
Défiez - vous de ce nouveau BB
venu ,
C'est l'amour , qui n'ofaatfe faire voir
tout nu ,
Sous cet habit champestre fe de.
guife ;
Pour vous approcher de plus prés
Il paroift fans Arc &fans Fléches;
Mais il vient avec mille attraits ,
Qui nefont pas aux coeurs de moins
fenfibles bréches.
Pour leurfairefubirfa Loy,
La force n'eft pas neceſſaire ,
Il ne faut point tant d'attirail
plaire
pour
Quand on a les graces pour foy
GALANT. 201
f
Encor qu'il ait quitté fes armes
Vous n'eftes pas moins en danger,
Il est aisé , quand on a tant de
charmes
>
De trouver l'heure du Berger.
Fermer
Résumé : Madrigaux. [titre d'après la table]
Après la mort d'un prince, les divertissements à la cour de France ont été suspendus, entraînant l'annulation du ballet du Temple de la Paix à Fontainebleau. Cependant, lors d'une représentation antérieure, le Marquis de la Vrillière s'est distingué par ses talents de danseur, suscitant l'admiration du public. Sa performance dans un rôle de berger a inspiré un spectateur à écrire des vers. Ces vers mettent en garde contre les dangers de l'amour, décrit comme un adversaire subtil et séduisant, capable de captiver les cœurs sans armes apparentes mais avec des charmes irrésistibles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5960
p. 202-206
Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Début :
Je vais en attendant battre la campagne, & promener d'abord [...]
Mots clefs :
Fête, Campagne, Fête galante, Chinon, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Je vais en attendant
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
Fermer
Résumé : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Le texte relate une fête somptueuse organisée par M. des Molière pour célébrer le retour de la paix. Cet événement a eu lieu le 12 du mois précédent sur une terrasse dominant la ville de Chinon et la rivière, face au couvent des Capucins. La scène était illuminée par plus de cinq cents chandelles dans des lanternes, tandis que les murs du jardin étaient décorés de pots contenant des gaudrons et autres feux. Des fusées, des gerbes, et des instruments de musique tels que tambours, trompettes, hautbois et violons, accompagnés de salves de canons, ajoutaient à l'ambiance festive. Toute la ville, des remparts aux ponts et à la campagne, acclama le roi. Les illuminations étaient visibles à plus d'une demi-lieue, permettant à la région environnante de participer au spectacle. La soirée s'est conclue par un repas où la propreté, l'abondance et la délicatesse furent mises en avant pour plus de quatre-vingts personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5961
p. 1032-1036
EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
Début :
Loin d'ici, noir chagrin, cherche un autre séjour; [...]
Mots clefs :
Bergers, Chants, Flore, Églogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
EGLOGUE
Pour celebrer la Santé et le Retour
du R. P. R. D. L. O. .
L
Silvandre.
Oin d'ici , noir chagrin , cherche un autre
séjour ;
Dans ces heureux climats Daphnis est de tetour,
Il est de nos hameaux, l'ornement & la joye ,
Benissons , Bergers , le Ciel qui nous l'envoyez
En ce jour solemnel que nos jeunes agneaux
sensibles , fassent voir leur aise par des sauts ;
Hâtez-vous de venir , solitaires Dryades ;
Ac-
MAY. 1732. 1033
Accourez , joignez - vous aux humides Nayades
Foulez l'herbe naissante au gré de nos desirs ;
Flore , reparoissez , ramenez les Zephirs.
Les Nymphes quitteront leur rétraite rustique
Pour être les témoins d'une Fête publique.
Damon.
Cher Silvandre , tirons des chants de nos hau→
bois ,
Tels qu'un Chantre fameux en fit entendre aux
bois ;
Les Frênes , les Ormeaux descendant des montagnes ,
Nous suivront attentifs dans nos vastes campagnes ,
Commencez ; c'est à vous , celebrons tour
. tour ,
De l'illustre Daphnis l'agréable retour ,
Les maux & les soucis que causa son absence ,
Et les plaisirs qu'on sent de sa convalescence.
Silvandre.
Ce qu'un Loup ravissant est à notre bercail ,
Un mal contagieux au debile bétail ,
Un pâtre mercenaire aux tristes bergerics ,"
Un fougueux Aquilon à l'émail des prairies ,
L'absence des brebis à leurs tendres agneaux ,
La langueur de Daphnis l'étoit à nos troupeaux,
Damon.
Ce que sont aux Jardins les larmes de l'Aurore,
I iiij .. Les
1034 MERCURE DE FRANCEぶ
Les amoureux Zephirs aux dons brillants de Flore ,
La Plante la plus verte aux meres des chevreaux ,
Aux Moissonneurs lassez le cristal des ruisseaux ;
Ce qu'est pour les Bergers l'ombrage frais d'un hêtre,
La santé de Daphnis l'est au bétail , au Maître,
Silvandre.
Depuis le jour fatal qu'il partit de ces lieux ,
On n'a plus entendu de son mélodieux ;
Ma Flute étoit sans voix , et ma tendre Mu
setre
Tristement suspenduë étoit toûjours muette ;
Nul Berger n'avoit soin d'enfler ses chalumeaux
Nos soupirs étoient seuls repetez des échos.
Damon.
Dès l'instant que Daphnis reparut dans nos
plaines ,
On vit tarir nos pleurs , on vit cesser nos pei--
nes ;
Par tes Airs les plus doux nous chantons son
retour ;
Pour signaler au loin sa gloire & mon amour;
Tous les ans de ce Dieu qui daigne nous le
* rendre ,
J'arroserai l'Autel du sang d'un Agneau tendre.
Silvandre.
Pour son heureux retour les Nymphes de ces lieux
MAY. 17.32.
1035
Par "
des accens plaintifs importunoient les Cieux,
Sensible à son départ , presqu'autant que le maî- tre ,
Le bétail negligeoit et de boire et de paître ,
La douleur arracha des plaintes d'un rocher ;
Apollon & Palès coururent se cacher.
Damon.
Le Tigre calme enfin sa fureur homicide :
Du sang, de nos Agneaux le Loup n'est plus avide ;
Le Serpent a perdu son venin dangereux ;
Avoir les doux transports de nos Troupeaux nombreux ,
On diroit que Pallas est en cette Contrée ,
Ou que nous revoyons l'heureux siecle d'Astrée.
Silvandre.
Au lieu du pur Froment l'yvroie & les chardons
S'élevoient sous nos yeux , et couvroient nos sillons ;
Tranquilles nous voyions la Terre sans parure ;
Nos Vignes sans façon , nos Vergers sans cul- ture ;
Les Fleuves , les Rochers , les Pins , les Arbris
seaux >
Vous rapelloient , Daphnis , auprès de nos troupeaux..
Damon.
Nos Prez sont tapissez d'une aimable verdure ร
Les
1026 MERCURE DE FRANCE
Les Arbres ont repris leur verte chevelure ;
Le Printemps , les Zephirs , Flore et toute sa Cour ,
Annoncent de Daphnis la santé , le retour ;
Pendant les belles nuits , Diane en nos Campagnes
Foule à pas cadencez l'herbe avec ses compagnes.
Silvandre.
Daphnis aime mes Vers , il aprouve mes Chants,
Il m'a dit plusieurs fois qu'il les trouve tou- chants :
Mes Sons , à beaucoup près , de lui ne sont pas
dignes ;
Je fais , comme un Oison , du bruit entre les
Cignes ,
J'imite nos Bergers , mais ce qui plaît le plus ,
C'est l'effort que je fais pour chanter ses vertus.
Damon.
•
Sur le mont Helicon pour Poëte on l'avoue ;
Il peut le disputer au Pasteur de Mantouë ,
Muses , qui protegez vos doctes Nourrissons
Pour lui faites couler du parfum, des buissons ;
Vous , Parques , filez-lui des jours d'or & de soye
Et les Bergers alois nageront dans la joye.
M. Chabaud.
Pour celebrer la Santé et le Retour
du R. P. R. D. L. O. .
L
Silvandre.
Oin d'ici , noir chagrin , cherche un autre
séjour ;
Dans ces heureux climats Daphnis est de tetour,
Il est de nos hameaux, l'ornement & la joye ,
Benissons , Bergers , le Ciel qui nous l'envoyez
En ce jour solemnel que nos jeunes agneaux
sensibles , fassent voir leur aise par des sauts ;
Hâtez-vous de venir , solitaires Dryades ;
Ac-
MAY. 1732. 1033
Accourez , joignez - vous aux humides Nayades
Foulez l'herbe naissante au gré de nos desirs ;
Flore , reparoissez , ramenez les Zephirs.
Les Nymphes quitteront leur rétraite rustique
Pour être les témoins d'une Fête publique.
Damon.
Cher Silvandre , tirons des chants de nos hau→
bois ,
Tels qu'un Chantre fameux en fit entendre aux
bois ;
Les Frênes , les Ormeaux descendant des montagnes ,
Nous suivront attentifs dans nos vastes campagnes ,
Commencez ; c'est à vous , celebrons tour
. tour ,
De l'illustre Daphnis l'agréable retour ,
Les maux & les soucis que causa son absence ,
Et les plaisirs qu'on sent de sa convalescence.
Silvandre.
Ce qu'un Loup ravissant est à notre bercail ,
Un mal contagieux au debile bétail ,
Un pâtre mercenaire aux tristes bergerics ,"
Un fougueux Aquilon à l'émail des prairies ,
L'absence des brebis à leurs tendres agneaux ,
La langueur de Daphnis l'étoit à nos troupeaux,
Damon.
Ce que sont aux Jardins les larmes de l'Aurore,
I iiij .. Les
1034 MERCURE DE FRANCEぶ
Les amoureux Zephirs aux dons brillants de Flore ,
La Plante la plus verte aux meres des chevreaux ,
Aux Moissonneurs lassez le cristal des ruisseaux ;
Ce qu'est pour les Bergers l'ombrage frais d'un hêtre,
La santé de Daphnis l'est au bétail , au Maître,
Silvandre.
Depuis le jour fatal qu'il partit de ces lieux ,
On n'a plus entendu de son mélodieux ;
Ma Flute étoit sans voix , et ma tendre Mu
setre
Tristement suspenduë étoit toûjours muette ;
Nul Berger n'avoit soin d'enfler ses chalumeaux
Nos soupirs étoient seuls repetez des échos.
Damon.
Dès l'instant que Daphnis reparut dans nos
plaines ,
On vit tarir nos pleurs , on vit cesser nos pei--
nes ;
Par tes Airs les plus doux nous chantons son
retour ;
Pour signaler au loin sa gloire & mon amour;
Tous les ans de ce Dieu qui daigne nous le
* rendre ,
J'arroserai l'Autel du sang d'un Agneau tendre.
Silvandre.
Pour son heureux retour les Nymphes de ces lieux
MAY. 17.32.
1035
Par "
des accens plaintifs importunoient les Cieux,
Sensible à son départ , presqu'autant que le maî- tre ,
Le bétail negligeoit et de boire et de paître ,
La douleur arracha des plaintes d'un rocher ;
Apollon & Palès coururent se cacher.
Damon.
Le Tigre calme enfin sa fureur homicide :
Du sang, de nos Agneaux le Loup n'est plus avide ;
Le Serpent a perdu son venin dangereux ;
Avoir les doux transports de nos Troupeaux nombreux ,
On diroit que Pallas est en cette Contrée ,
Ou que nous revoyons l'heureux siecle d'Astrée.
Silvandre.
Au lieu du pur Froment l'yvroie & les chardons
S'élevoient sous nos yeux , et couvroient nos sillons ;
Tranquilles nous voyions la Terre sans parure ;
Nos Vignes sans façon , nos Vergers sans cul- ture ;
Les Fleuves , les Rochers , les Pins , les Arbris
seaux >
Vous rapelloient , Daphnis , auprès de nos troupeaux..
Damon.
Nos Prez sont tapissez d'une aimable verdure ร
Les
1026 MERCURE DE FRANCE
Les Arbres ont repris leur verte chevelure ;
Le Printemps , les Zephirs , Flore et toute sa Cour ,
Annoncent de Daphnis la santé , le retour ;
Pendant les belles nuits , Diane en nos Campagnes
Foule à pas cadencez l'herbe avec ses compagnes.
Silvandre.
Daphnis aime mes Vers , il aprouve mes Chants,
Il m'a dit plusieurs fois qu'il les trouve tou- chants :
Mes Sons , à beaucoup près , de lui ne sont pas
dignes ;
Je fais , comme un Oison , du bruit entre les
Cignes ,
J'imite nos Bergers , mais ce qui plaît le plus ,
C'est l'effort que je fais pour chanter ses vertus.
Damon.
•
Sur le mont Helicon pour Poëte on l'avoue ;
Il peut le disputer au Pasteur de Mantouë ,
Muses , qui protegez vos doctes Nourrissons
Pour lui faites couler du parfum, des buissons ;
Vous , Parques , filez-lui des jours d'or & de soye
Et les Bergers alois nageront dans la joye.
M. Chabaud.
Fermer
Résumé : EGLOGUE, Pour celebrer la Santé et le Retour du R. P. R. D. L. O.
Le texte est une églogue célébrant le retour et la santé retrouvée du R. P. R. D. L. O., surnommé Daphnis. Deux bergers, Silvandre et Damon, expriment leur joie et leur soulagement à travers des dialogues poétiques. Silvandre invite à célébrer ce retour en conviant les Dryades et les Nayades à se joindre à la fête. Damon propose de chanter les maux causés par l'absence de Daphnis et les plaisirs de sa convalescence. Silvandre compare l'absence de Daphnis à divers maux affectant la nature et les bergers, tandis que Damon associe la santé de Daphnis à des éléments bénéfiques pour la nature et les bergers. Les deux bergers décrivent la tristesse et le silence qui ont régné pendant l'absence de Daphnis et la joie revenue avec son retour. Ils mentionnent également les transformations positives dans la nature, comme la verdure revenue et les animaux apaisés. Silvandre et Damon louent les talents poétiques de Daphnis et souhaitent qu'il soit protégé par les Muses et les Parques, afin que les bergers puissent vivre dans la joie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5962
p. 194-198
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Le 11 Décembre les Comédiens François ont remis Nicomede, Tragédie du [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie-Française, Nicomède, Nanine, Tragédie, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
Le Décembre les Comédiens François
ont remis Nicomede , Tragédie du
grand Corneille , & très digne d'en être :
elle n'avoit point été reprife depuis la mort
du célébre Baron , arrivée en 1729 le 22
Décembre . Parmi la foule des beautés fu--
périeures dont cette piece étincelle , il fe
trouve beaucoup de chofes , ou plutôt d'expreffions
familieres , qu'on doit moins attribuer
à l'Auteur qu'au tems où il a vêcu .
Les deux premieres fois le public paroiffoit
indécis & comme partagé entre les éclats
de rire & les applaudiffemens , mais à la
troifiéme repréſentation ces familiarités ne
T'ont plus frappé , il n'a été fenfible qu'au
mérite fingulier de l'ouvrage , où la politique
joue le premier rôle , & qu'on peut
appeller une Tragédie de caractere. Nitomede
y paroît un digne éleve d'Annibal .
L'ironie eft fa figure favorite , il l'employe
fur-tout dans toute fa force vis- à vis de
Flaminius. Ce ton railleur paroît un peu
bleffer la dignité du cothurne ; le fpectateur
furpris n'a fçu d'abord s'il devoit applaudir
Nicomede comme un homme d'efprit
, ou l'admirer comme un grand homme.
Quelques-uns même l'ont qualifié de
JANVIER. 1755. 195
héros perfifleur , mais on a fenti par réflexion
que ce langage ironique partoit
d'une ame fiere , & qu'il convenoit à un
Prince jaloux de fes droits , & juftement
indigné de voir qu'un Romain vint impofer
la loi à Prufias fon pere , dans les propres
Etats. Il femble que Corneille ait voulu
dans cette piece , venger les Rois de la
fupériorité qu'il avoit donnée fur eux aux
Romains dans fes autres Tragédies. L'Ambaffadeur
de Rome y eft auffi petit devant
Nicomede que le Roi d'Egypte l'eft deyant
Cefar dans la mort de Pompée. M.
Grandval eft irès-bien dans le rôle de Nicomede
, & Mlle Clairon parfaitement
dans celui de Laodice . Le Samedi 15 , on
a joué cette Tragédie avec Nanine , Comédie
remife en trois actes , de M. de Voltaire.
Le Samedi 21 , on a redonné les
deux mêmes pieces. La chambrée étoit complette
pour parler le langage des Comédiens.
Le Lundi 23 , ils ont repréfenté pour la
premiere fois le Triumvirat , de M. de
Crébillon . Toute la France y étoit : il fut
écouté & reçu avec tous les égards , &
j'ofe dire , le reſpect qu'on doit au Sopho-
* Les Comédiens ont été les premiers à s'y méprendre
; ils ont affiché la piéce fous le titre nouveau
de Tragédie héroï- comique.
Iij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
de
cle de nos jours. Il eft beau à 81 ans de
paroître encore dans la carriere : c'eſt un
fpectacle non-feulement digne de la curiofité
publique , mais encore de l'acclamation
univerfelle . On eft forcé d'avouer que
le quatriéme acte & une partie du cinquiéme
ont paru d'abord inférieurs aux trois
premiers , qui ont reçu de grands applau
diffemens. C'est peut-être la faute des Comédiens
, dont le feu s'eft rallenti : le froid
des Acteurs eft fouvent mis fur le compte
la piéce ; quand ils manquent de concert &
de chaleur , elle paroît manquer d'enfemble
& d'intérêt. Tullie eft le perfonnage qui
a le plus frappé faut- il s'en étonner ? c'eft
Mlle Clairon qui le joue. L'éloquence de
fon jeu y a peut-être autant contribué que
la fupériorité du rôle ; ce qui a fait dire
que la fille de Ciceron étoit plus diferte
que fon pere. Sextus eft encore un beau
caractere il fe montre un digne fils de
Pompée. Les connoiffeurs les plus rigides ,
mais qui jugent fans partialité , conviennent
tous qu'il y a dans cette tragédie des
béautés du premier ordre , & des traits
marqués au coin du grand maître. On y
reconnoît l'auteur d'Electre & de Rhadamifte
: c'est un beau foleil couchant , il
darde encore des rayons qui ont toute la
force de fon midi ; ils doivent échauffer le
public en fa faveur.
:
JANVIER. 1755. 197
Ils l'ont fait à la deuxième repréfentation.
La piece a été mieux jouée , en conféquence
mieux fentie . La cataſtrophe furtout
a fait la plus grande impreffion.
L'inftant où Fullie découvre le voile qui
cache la tête de fon pere fur la tribune
aux harangues , & la précifion admirable
avec laquelle l'actrice rend toute la
force de cette pofition terrible , former t
un coup de théatre qui arrache les lar-.
mes & qui déchire l'ame de tous les
fpectateurs. J'en parlerai plus au long le
mois prochain dans l'extrait que j'en donnerai.
On a oublié dans les deux derniers volumes
de Décembre de parler de la repriſe
des Tuteurs , qui ont été joués avec les
Troyennes. Sans entrer dans aucun détail , `
je vais fuppléer à ce filence. Cette Comédie
en deux actes , ou plutôt le talent qu'elle
annonce , mérite qu'on en faffe mention .
Les trois premieres fcenes montrent que
le jeune auteur de cette petite piéce eft appellé
au Comique , fon vers eft facile , &
fon dialogue naturel ; mais le difcours
qu'il adreffe à Madame la Comteffe de la
Marck prouve encore mieux fa vocation
pour ce genre. Quand on penfe à fon âge
auffi jufte fur l'art que l'on embraffe ,
& qu'on a comme lui le talent d'écrite ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
on eft für d'y faire un progrès rapide.
Le genre moyen de la Comédie , où les
moeurs purement bourgeoifes qu'il fe propofe
de traiter , me femblent comme à lui
les plus théatrales . Il faut fur la fcene des
ridicules de perfpective , fi j'ofe m'exprimer
ainfi ; il faut que leurs traits foient
gros pour exciter un vrai rire , ou un rire
machinal ; c'eft celui de la nature : ne rire
que de l'efprit , c'eft à peine fourire. J'aime
mieux pour mon amufement , rire avec
la bonne foi d'un bourgeois ingenu , ou la
groffe franchife d'un bon payfan , qu'avec
la circonfpection d'un homme du monde
qui craint d'éclater , & qui regle tous fes
mouvemens fur les loix exactes de la froide
décènce . Ce rire compaffé , qui en naiffant
expire fur les levres , ne part jamais
de l'ame , il n'eft qu'un raffinement de
l'art , ou plutôt qu'un ennui déguisé.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En décembre 1754, les comédiens français ont repris la tragédie 'Nicomède' de Pierre Corneille, qui n'avait pas été jouée depuis la mort de l'auteur en 1729. La pièce, riche en beautés littéraires, contient des expressions familières attribuables à l'époque de Corneille. Lors des premières représentations, le public était partagé entre le rire et les applaudissements, mais à la troisième représentation, il a reconnu le mérite de l'œuvre, qualifiée de tragédie de caractère où la politique joue un rôle central. Nicomède y apparaît comme un digne élève d'Annibal, utilisant l'ironie, notamment envers Flaminius. Certains spectateurs ont vu en lui un héros persifleur, mais cette ironie reflète la fierté et l'indignation d'un prince défendant ses droits. Corneille semble vouloir venger les rois dans cette pièce, contrairement à ses autres tragédies. Les acteurs M. Grandval et Mlle Clairon ont été particulièrement applaudis dans leurs rôles respectifs de Nicomède et Laodice. Le 15 janvier 1755, 'Nicomède' a été jouée avec 'Nanine', une comédie de Voltaire. Le 21 janvier, les deux pièces ont été rejouées devant une salle comble. Le 23 janvier, les comédiens ont présenté pour la première fois 'Le Triumvirat' de M. de Crébillon, reçu avec respect et admiration malgré des réserves sur les quatrième et cinquième actes. Mlle Clairon a particulièrement impressionné dans le rôle de Tullie, et Sextus a été salué pour son interprétation. La pièce a été mieux jouée lors de la deuxième représentation, notamment la catastrophe où Tullie découvre la tête de son père, suscitant une grande émotion chez les spectateurs. En décembre, la reprise des 'Tuteurs' a été omise, mais cette comédie en deux actes, écrite par un jeune auteur talentueux, mérite mention pour son dialogue naturel et son potentiel comique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5963
p. 202-207
Article du Testament de Mr l'Archevêque de Reims, par lequel il donne sa Bibliothque à l'Abbaye de Sainte Geneviève, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un Article bien different de ceux que vous venez [...]
Mots clefs :
Testament, Donner, Bibliothèque, Abbaye de Sainte Geneviève
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article du Testament de Mr l'Archevêque de Reims, par lequel il donne sa Bibliothque à l'Abbaye de Sainte Geneviève, [titre d'après la table]
Je paffe à un Article bien
different de ceux que vous ve
nez de lire. Je vous ay dit le
mois paffé que feu Mr l'Archevêque de Reims avoit laiffé fa
belle & nombreuſe Bibliotheque à l'Abbaye de Sainte Geneviève ; voicy à cet égard l'ar
ticle de fon Teftament olo
graphe , datté de Paris du s.
Novembre 1709. par lequel
il difpofe de ce riche depoft.
Mapremiere intention eftoit de
donner à mon neveu l'Abbé de
Louvois ma Bibliotheque , mais
reflexion faite j'ay cru qu'elle luy
GALANT 203
feroit inutile & même à charge à
caufe de l'honneur qu'il a d'estre
Bibliothecaire du Royce Recueil
de Livres eft grand & tres- curieux je l'ay fait avec beaucoup
de dépenfe e de plaifir , car je
n'aypas ceffé d'en acheterpendant
prés de cinquante ans ; ce feroit
grand dommage que ces Livres
fuffentdiffipez , comme il eft indu
bitable qu'ils le feroient aprés ma
mort , c'est ce qui m'aperfuadéque
je les devois donner à une Communauté capable de s'en ferair,
& d'en aider le public & de les
bien conferver.
~ Fe les donne donc je les legue
204 MERCURE
à la Maifon des Religieux de
l'Abbaye de Sainte Genevieve au
Mont de cette Ville , Chanoines
Reguliers de Saint Auguſtin dela
Congregation de France; j'eflime
cette Congregation autant qu'elle
merite de l'eſtre , &je ſuis bien
aife de luy donner cette marque de
l'amitiéque j'aypour elle & pour
le Pere Polinier prefentement fon
tres- digne General ; je prie ledit
Pere Polinier & le Pere de Ribe
folles actuellement Prieur de ladite
Abbaye de Sainte Genevieve , ou
ceux qui leurfuccederont dans ces
Emplois , de faire mettre immediatement aprés mon decés , tous les
GALANY 205
Livres de madite Bibliothèque
tous enfemble dans lafeconde partie de leur Bibliotheque dont toutes les tablettes & la menuifierie
ont eftéfaitesparles foins du Pere
Polinierdans le dernier Triennal,
pendant lequel il a efté Prieur de
ladite Abbaye.
Je prie celuy qui fera Abbé
lors de mon decés de faire prier
Dieu dans toute la Congregation
pour le repos de mon ame.
Je donne le Bufte de marbre de
feu Monfieur le Chancelier mon
pere, avecfonfcabellon aufdits Religieux de Sainte Genevieve pour
eftre par eux placé dans le même
206 MERCUR
lieu où je viens de dire queje defire
que tous mes Livresfoient mis.
Sellwal
Les Chanoines Reguliers
furent informez du beau pres
fent que leur faifoit Monfieur
l'Archevêque de Reims , pref
que en même temps qu'ils apa
prirent fa mort; auffi toftl'Ab.
bé & Superieur General , pour
marquer fa reconnoiffance envoya des Billets imprimez par
routes les Maifons de fa Congregation , avec ordre de faire
des Services pour le repos de
l'ame du deffunt.
Il en fit faire un tres-folemb
GALANT 207
nel dans l'Eglife de fon Abbaïc
le Mardy 18. Mars toute la
famille & les perfonnes les
plus confiderables de la Cour
& de la Ville , & toute l'Affemblée du Clergé y avoient
efté invitez , les Chanoines
Reguliers chanterent la veille
auMoir tout le grand Office
des Morts , & le lendemain
l'Abbé celebra Pontificale
ment la Meffe.
different de ceux que vous ve
nez de lire. Je vous ay dit le
mois paffé que feu Mr l'Archevêque de Reims avoit laiffé fa
belle & nombreuſe Bibliotheque à l'Abbaye de Sainte Geneviève ; voicy à cet égard l'ar
ticle de fon Teftament olo
graphe , datté de Paris du s.
Novembre 1709. par lequel
il difpofe de ce riche depoft.
Mapremiere intention eftoit de
donner à mon neveu l'Abbé de
Louvois ma Bibliotheque , mais
reflexion faite j'ay cru qu'elle luy
GALANT 203
feroit inutile & même à charge à
caufe de l'honneur qu'il a d'estre
Bibliothecaire du Royce Recueil
de Livres eft grand & tres- curieux je l'ay fait avec beaucoup
de dépenfe e de plaifir , car je
n'aypas ceffé d'en acheterpendant
prés de cinquante ans ; ce feroit
grand dommage que ces Livres
fuffentdiffipez , comme il eft indu
bitable qu'ils le feroient aprés ma
mort , c'est ce qui m'aperfuadéque
je les devois donner à une Communauté capable de s'en ferair,
& d'en aider le public & de les
bien conferver.
~ Fe les donne donc je les legue
204 MERCURE
à la Maifon des Religieux de
l'Abbaye de Sainte Genevieve au
Mont de cette Ville , Chanoines
Reguliers de Saint Auguſtin dela
Congregation de France; j'eflime
cette Congregation autant qu'elle
merite de l'eſtre , &je ſuis bien
aife de luy donner cette marque de
l'amitiéque j'aypour elle & pour
le Pere Polinier prefentement fon
tres- digne General ; je prie ledit
Pere Polinier & le Pere de Ribe
folles actuellement Prieur de ladite
Abbaye de Sainte Genevieve , ou
ceux qui leurfuccederont dans ces
Emplois , de faire mettre immediatement aprés mon decés , tous les
GALANY 205
Livres de madite Bibliothèque
tous enfemble dans lafeconde partie de leur Bibliotheque dont toutes les tablettes & la menuifierie
ont eftéfaitesparles foins du Pere
Polinierdans le dernier Triennal,
pendant lequel il a efté Prieur de
ladite Abbaye.
Je prie celuy qui fera Abbé
lors de mon decés de faire prier
Dieu dans toute la Congregation
pour le repos de mon ame.
Je donne le Bufte de marbre de
feu Monfieur le Chancelier mon
pere, avecfonfcabellon aufdits Religieux de Sainte Genevieve pour
eftre par eux placé dans le même
206 MERCUR
lieu où je viens de dire queje defire
que tous mes Livresfoient mis.
Sellwal
Les Chanoines Reguliers
furent informez du beau pres
fent que leur faifoit Monfieur
l'Archevêque de Reims , pref
que en même temps qu'ils apa
prirent fa mort; auffi toftl'Ab.
bé & Superieur General , pour
marquer fa reconnoiffance envoya des Billets imprimez par
routes les Maifons de fa Congregation , avec ordre de faire
des Services pour le repos de
l'ame du deffunt.
Il en fit faire un tres-folemb
GALANT 207
nel dans l'Eglife de fon Abbaïc
le Mardy 18. Mars toute la
famille & les perfonnes les
plus confiderables de la Cour
& de la Ville , & toute l'Affemblée du Clergé y avoient
efté invitez , les Chanoines
Reguliers chanterent la veille
auMoir tout le grand Office
des Morts , & le lendemain
l'Abbé celebra Pontificale
ment la Meffe.
Fermer
Résumé : Article du Testament de Mr l'Archevêque de Reims, par lequel il donne sa Bibliothque à l'Abbaye de Sainte Geneviève, [titre d'après la table]
Le texte relate le legs de la bibliothèque de l'archevêque de Reims à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Dans son testament du 1er novembre 1709, l'archevêque avait initialement prévu de donner sa bibliothèque à son neveu, l'abbé de Louvois. Cependant, il changea d'avis, estimant que cette donation serait inutile et à charge pour son neveu en raison de ses fonctions de bibliothécaire du roi. La bibliothèque, constituée avec soin et dépense sur près de cinquante ans, était jugée trop précieuse pour être dispersée après sa mort. L'archevêque décida donc de la léguer à la communauté des religieux de l'abbaye de Sainte-Geneviève, qu'il estimait capable de bien conserver et utiliser ces livres. Il demanda que les livres soient placés dans la seconde partie de la bibliothèque de l'abbaye, récemment rénovée par le père Polinier. L'archevêque fit également don d'un buste de marbre de son père aux religieux. Après la mort de l'archevêque, les Chanoines Reguliers organisèrent des services religieux en sa mémoire, y compris une messe solennelle le 18 mars, à laquelle assistèrent des personnalités de la cour et de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5964
p. 199-205
MORTS.
Début :
Dame Catherine l'Avocat, veuve de Messire Simon Arnauld, Chevalier, Marquis [...]
Mots clefs :
Descendance, Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
*
Dame Catherine l'AVCK
çat, veuve de MessireSimon Arnauld
,
Chevalier
Marquis de Pomponne
,
Sire & Baron de Ferrieres
,
Chambrois)&Auquinv¡lle,'
Ministre & Secretaire d'Etat &: des commandemens
de Sa Majesté, & Surintendant des postes ôc relais de
France, mourut le31. Décembre en sa 75. année.
Les enfans qu'elle laisse sont:
Nicolas-Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
, BrigadierdesArmées du
Roy, Lieutenant General,
& Commandant pour .Sa
Majesté au Gouvernement
de Tlfle de France, Envoyé
extraordinaire prés de
Monsieurl'Electeur de Ba-,
viere au mois de Mars
1699. *
,4>
Henry-Charles Àrnai^Id
de Pomponne, Abbé de S.
Médard sleSoissons, ôc
Conseiller, d'Etat d'Eglise.
Et CatherineFelicité,
qui épousa le
1
3.Août
1699. Messire Jean-Baptiste
Colbert, Marquis de Torcy
,
Ministre & Secretaire
d'Etat, & Chancelier des
Ordres du Roy.
Dame Marie de Falconis,veuve de Messire Loüis
Comte d'Amanzé,Lieutenant General au Gouvernement de Bourgogne, ôc
Gouverneur de BourbonLancy, mourut aussi le ;f..
Décembre. Elle laisse Ma-
rie-Joleph qui épousa le
20. Mars 1706. Anne de la
Qyeille, Marquis de Châteauguay
,
qui a eu en faveur de ce mariage la même Lieutenance Generale,
& le même Gouvernement.
Loüis Comte damanzé, pere de Marie-Joseph
étoit fils de GaspardComte
d'Amanzé. Gaspard étoit 1
fils de Jean Vicomte d'A- JI
manzé, & d'Isabeau d'Escars. Isabeau d'Escarsétoit;
fille de Jean d'EscarsPrince de Carency
J,
Comte de
Vauguyo,Chevalier de
Ordre du S. Esprit
,
&
Anne de Clermont-Ton
terre. Jean d'Escars etoic
ls de François d'Escars,
dgneur de laVauguyon,
;
d'Isabelle de Bourbon,
ame de Carency.Isabelle
e
Bourbon étoit fille de
Charles de Bourbon, Serneur de Careney, & de:
Catherine d'Alegre.CharÎS de Bourbon étoitfils.
e
Jacques de Bourbon,
eigneur de Carency
,
ôc
Antoinette de la Tour
pliergues. Jacques de
Bourbon étoit fils de Jean
de Bourbon, Seigneur de
Carency, & de Jeanne de
Vendosmois, & ce Jean de
Bourbon étoit fils de Jean
de Bourbon I. du nom,
Comte de la Marche, ôc
de Catherine
,
Comtesse
de Vendosme.
Messire François Petit
d'Estigny, Prieur de saint
Jean le Cencenier, mourut
le3. Janvier,
.-
Messire Jacques Jannard, Seigneur de Thoiry,
qui avoit été reçu Conseiller au Grand Conseil
'n 1675. mourut le 16. Janvier sans laisser de pofterié de N. de Gaumont,
Maître desRequêtes. *
Nicolas Clement, Garle de la Bibliotheque du
Roy, mourutaussi le 16.
anvier. Il est fort regreté de tous les Sçavans.
*
Dame Catherine l'AVCK
çat, veuve de MessireSimon Arnauld
,
Chevalier
Marquis de Pomponne
,
Sire & Baron de Ferrieres
,
Chambrois)&Auquinv¡lle,'
Ministre & Secretaire d'Etat &: des commandemens
de Sa Majesté, & Surintendant des postes ôc relais de
France, mourut le31. Décembre en sa 75. année.
Les enfans qu'elle laisse sont:
Nicolas-Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
, BrigadierdesArmées du
Roy, Lieutenant General,
& Commandant pour .Sa
Majesté au Gouvernement
de Tlfle de France, Envoyé
extraordinaire prés de
Monsieurl'Electeur de Ba-,
viere au mois de Mars
1699. *
,4>
Henry-Charles Àrnai^Id
de Pomponne, Abbé de S.
Médard sleSoissons, ôc
Conseiller, d'Etat d'Eglise.
Et CatherineFelicité,
qui épousa le
1
3.Août
1699. Messire Jean-Baptiste
Colbert, Marquis de Torcy
,
Ministre & Secretaire
d'Etat, & Chancelier des
Ordres du Roy.
Dame Marie de Falconis,veuve de Messire Loüis
Comte d'Amanzé,Lieutenant General au Gouvernement de Bourgogne, ôc
Gouverneur de BourbonLancy, mourut aussi le ;f..
Décembre. Elle laisse Ma-
rie-Joleph qui épousa le
20. Mars 1706. Anne de la
Qyeille, Marquis de Châteauguay
,
qui a eu en faveur de ce mariage la même Lieutenance Generale,
& le même Gouvernement.
Loüis Comte damanzé, pere de Marie-Joseph
étoit fils de GaspardComte
d'Amanzé. Gaspard étoit 1
fils de Jean Vicomte d'A- JI
manzé, & d'Isabeau d'Escars. Isabeau d'Escarsétoit;
fille de Jean d'EscarsPrince de Carency
J,
Comte de
Vauguyo,Chevalier de
Ordre du S. Esprit
,
&
Anne de Clermont-Ton
terre. Jean d'Escars etoic
ls de François d'Escars,
dgneur de laVauguyon,
;
d'Isabelle de Bourbon,
ame de Carency.Isabelle
e
Bourbon étoit fille de
Charles de Bourbon, Serneur de Careney, & de:
Catherine d'Alegre.CharÎS de Bourbon étoitfils.
e
Jacques de Bourbon,
eigneur de Carency
,
ôc
Antoinette de la Tour
pliergues. Jacques de
Bourbon étoit fils de Jean
de Bourbon, Seigneur de
Carency, & de Jeanne de
Vendosmois, & ce Jean de
Bourbon étoit fils de Jean
de Bourbon I. du nom,
Comte de la Marche, ôc
de Catherine
,
Comtesse
de Vendosme.
Messire François Petit
d'Estigny, Prieur de saint
Jean le Cencenier, mourut
le3. Janvier,
.-
Messire Jacques Jannard, Seigneur de Thoiry,
qui avoit été reçu Conseiller au Grand Conseil
'n 1675. mourut le 16. Janvier sans laisser de pofterié de N. de Gaumont,
Maître desRequêtes. *
Nicolas Clement, Garle de la Bibliotheque du
Roy, mourutaussi le 16.
anvier. Il est fort regreté de tous les Sçavans.
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte relate le décès de plusieurs personnalités et fournit des détails sur leurs familles et leurs titres. Dame Catherine l'AVCK, veuve de Messire Simon Arnauld, Chevalier Marquis de Pomponne, est décédée le 31 décembre à l'âge de 75 ans. Elle laisse trois enfants : Nicolas-Simon Arnauld, Marquis de Pomponne, Brigadier des Armées du Roy, Lieutenant Général et Commandant pour Sa Majesté au Gouvernement de l'Île de France ; Henry-Charles Arnauld de Pomponne, Abbé de Saint-Médard de Soissons et Conseiller d'État d'Église ; et Catherine-Félicité, épouse de Messire Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Torcy, Ministre et Secrétaire d'État. Dame Marie de Falconis, veuve de Messire Louis Comte d'Amanzé, Lieutenant Général au Gouvernement de Bourgogne et Gouverneur de Bourbon-Lancy, est également décédée le 31 décembre. Elle laisse Marie-Joseph, qui a épousé Anne de la Queille, Marquis de Châteauguay, et a hérité de la même Lieutenance Générale et du même Gouvernement. Le texte mentionne également la généalogie de Louis Comte d'Amanzé, remontant jusqu'à Jean de Bourbon, Comte de la Marche, et Catherine, Comtesse de Vendôme. Messire François Petit d'Estigny, Prieur de Saint-Jean le Cencenier, est décédé le 3 janvier. Messire Jacques Janinard, Seigneur de Thoiry, Conseiller au Grand Conseil en 1675, est décédé le 16 janvier sans laisser de postérité. Nicolas Clément, Garçon de la Bibliothèque du Roy, est également décédé le 16 janvier et est regretté par tous les savants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5965
p. 1672-1678
EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Début :
Madame la Princesse de Conti, accompagnée du Prince son Fils ainé, [...]
Mots clefs :
Prince de Conti, Princesse de Conti, Joie, Grandeur, Peuple, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
EXTRAIT d'une Lettre , au sujet du
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Le 4 juin, la princesse de Conti et son fils aîné, le prince de Conti, arrivèrent à Pezenas, chef-lieu de la comté du même nom. Ils furent accueillis par des acclamations publiques, la princesse refusant que le canon soit tiré en son honneur. Ils entrèrent par la porte de Conti et traversèrent une rue spacieuse menant à une vaste halle aux ardoises colorées. Cette halle débouchait sur une place magnifique aboutissant à un quai long et large, bordé de belles maisons symétriques avec des balcons. Le quai était terminé par deux fontaines pyramidales offrant une eau abondante et constante. Des feux d'artifice furent allumés aux extrémités du quai, accompagnés d'inscriptions et d'emblèmes en l'honneur de la princesse et du jeune prince. Leur logement fut préparé par les consuls dans des maisons situées au milieu du quai. Le soir, les feux d'artifice furent tirés avec succès, suivis d'un bûcher allumé par les consuls et les bourgeois armés. La ville fut illuminée, attirant un grand nombre d'étrangers venus rendre hommage à la princesse et au prince. Le lendemain matin, la princesse et le prince quittèrent Pezenas, laissant le peuple attristé. Le juge royal de la ville de Monblanc, Julien, adressa des compliments à la princesse et au prince, soulignant leur dignité et leur bonté. Il exprima également le regret du peuple de voir la princesse partir si tôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5966
p. 2100-2107
Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Début :
Le 30 Août le Prevôt des Marchands, ayant eu avis sur les sept heures du [...]
Mots clefs :
Illuminations, Naissance du duc d'Anjou, Paris, Lumières, Prévôt des marchands, Échevins, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Illuminations ordonnées par les Prevôt des
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
Marchands & Echevins de la Ville de,
Paris , pour celébrer l'heureufe Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou , fur les
deffeins , & fous la conduite du fieur
Beaufire le fils , Architecte de la Ville.
LE
E 30 Août le Prevôt des Marchands ,
ayant eu avis fur les fept heures du
matin que la Reine étoit en travail , fe
rendit à l'inftant à l'Hôtel de Ville , où
Mr du Bureau arriverent peu de tems
après fur les deux heures arriva un
Page du Duc de Gêvres , Gouverneur
de Paris , lequel apprit que la Reine
avoit été heureufement accouchée à 9
heures 7 minutes. Le Corps de Ville a
fait préfent à ce Page d'une magnifique
Tabatiere d'or.
A 11 heures , M. le Chevalier de S. An
dré , Enfeigne des Gardes du Corps , arriva
en pofte , & remit à Mrs les Prevôt
des Marchands , Echevins , la Lettre de
Cachet dont il étoit chargé de la part du
Roy , pour annoncer à la Ville la Naiffance
de Monfeigneur le Duc d'Anjou ,
Mrs de Ville firent préſent à cet Officier
d'un Bijoux de prix.
Le Bureau fe tranſporta à l'inftant au
Parlement , & à fon retour vers le midy
il
SEPTEMBRE. 1730. 2101
il fut fait une décharge des Canons de la
Ville , & le Toxin fut fonné jufqu'à minuit.
Le foir , entre 7 & 8 heures , il y eut
une autre décharge des Canons , & un
feu qui fut allumé avec la cerémonie or
dinaire , il y eut deux fontaines de
vin dans la Place de Gréve , & il fut tiré
quantité de Fufées volantes . La face exterieure
de l'Hôtel de Ville fut illuminée
par grand nombre de Falots placez dans
la Lanterne , fur le comble , fur les corniches
& faillies , & par des Luftres garnis
de groffes lumieres , aux Arcades de
S. Jean & du S. Efprit : il y eut auffi quelques
Falots chez M. le Prevôr des Marchands
, fur le fronton de la Porte d'entrée
, & fur le mur de face.
Le Jeudy 31 Août , il y a eu une feconde
illumination à la face de l'Hôtel
de Ville, de,toutes fortes de lumieres . Il y
avoit de gros Falots fur la tête des po-
-teaux de la Banniere du Peron , & une
fuite de Falots fur la Corniche des piéd'eftaux
du premier ordre , & au bas de
l'appui des croifées , toutes les Colomnes
de cet ordre étoient illuminées , ainfi
leurs Chapiteaux. Entre ces Colomnes
il y avoit fix Luftres de fer blanc , fuſpendus
aux ceintres des fix croifées , garnies
de fortes lumieres ; & au- deffus de la
Iv princi
que
2102 MERCURE DE FRANCE
t.
principale Porte , des Falots fur la cori
niche.
Ce premier ordre étoit terminé par un
filet de gros Lampions fur la faillie de
PArchitrave , avec des Plaques qui refléchiffoient
la lumiere , & par une fuite de
Falots fur la corniche. Aux ceintres des
Arcades du S. Efprit & de S. Jean , deux
grands Luftres de fer blanc , portant chacun
75 lumieres.
Le fecond ordre étoit décoré par onze
Luftres de fer blanc , fufpendus au devant
des croifées , portant chacun 57 lumieres
; entre ces Luftres étoient des Falots
placez dans les Niches , & deux
gros Falots fur le fronton des Niches.
Le fecond étoit auffi terminé par un
cours de Falots fur la corniche de l'Entáblement.
d'
Le comble étoit illuminé par 3 grands
Luftres de fer blanc , portant plus de 60
lumieres placées au milieu, au- deffus & à"
côté du Cadran.LesLucarnes étoient illunées
chacune par un Luftre de fer blanc
de 57 lumieres , & par des Falots fur les
Corniches. Le Comble étoit profilé par
des Falots fur le Rempant & fur le Faite.
11
y avoit auffi deux grandes piramides
de lumieres fur les deux poinçons de l'exrêmité
du Faîte. Le Socle & le Pietal
de la Lanterne étoient garnis de
"
Falots ,
SEPTEMBRE. 1730. 2103
Falots , & les Portiques de la grande
& petite Lanterne , garnis de grand
nombre de lumieres fufpendues en dedans
.
Le Samedy , 2 de ce mois , il y eut
un grand Feu d'Artifice élevé dans la
Place de Grève , à quatre Faces & quatre
Portiques d'ordre ruftique ; au milieu des
Portiques étoient des Palmiers , & aux
quatre coins des Vafes enflammez : fur
la Corniche étoient des Groupes de Genies.
Le Socle du couronnement étoit
terminé par la Statuë de Junon . On
voyoit fur chacune des faces des Cartouches
aux Armes du Roi & de la Ville.
Les degrez au rez de-chauffées étoient gar
nis de grand nombre de lumieres. Il y
avoit auffi quatre Fontaines de vin , dif
tribuées aux quatre coins de la Plaçe.
A l'arrivée du Roi à Notre Dame , il
y eut une falve des Canons de la Ville ,
& une autre à fa fortie. Cette arrivée
avoit été annoncée dès les 5 heures du
matin par une décharge des Canons de
la Ville , & par le Toxin .
S
Le Corps de Ville étant de retour du
Te Deum de Notre Dame , & ayant reçû
vers les 7 heures & demie M. le Gouver
neur en la maniere ordinaire , au bas
du Peron de l'Hôtel de Ville , il fut fait
une décharge des Canons de la Ville , &
Ivj the
>
2104 MERCURE DE FRANCE
tiré grand nombré defufées volantes . Enfuite
Made de Trefies alluma l'Artifice ,
placé fur le corps du Feu , par le moyen
d'une Fufée de corde qui avoit communication
à la Loge de M. le Gouverneur.
Auffi - tôt on vit un nombre prodigieux
d'artifices en l'air , ce qui dura pendant une
demie heure , fous diverfes formes , avec
un tel fuccès , qu'on ofe dire qu'il n'y a
guére eu rien de plus complet en ce genre.
L'interieur de la cour de l'Hôtel de
Ville fut illuminé par des Falots fur la
corniche du premier ordre.
Le même jour il y eut des Illuminations
chez chacun de Mrs du Corps de
Ville , & des Fontaines de vin.
La façade de l'Hôtel du Prevôt des
Marchands , étoit illuminée par 6 grands
Ifs à huit pans , garnis de Falots , deux
de ces Ifs accompagnoient la Porte d'entrée
, & les quatre autres accompagnoient
les deux Pavillons en aifle . La principale
Porte étoit décorée par un Chambranle ,
dont les refans étoient de lumieres ; fur
la Corniche & le Fronton , des Falots ;
au devant de chaque Pavillon , en aifle ,
étoit un Portique de lumieres figuré,femblable
à celui de la principale Porte , au
centre duquel étoit un Luftre de fer blanc
de so lumieres. Entre les Ifs , aux côtez
de la Porte étoient des Chambranles de
lumieres ,
SEPTEMBRE . 1730. 2103
lumieres , avec des Luftres de fer blanc
fufpendus au ceintre , garnis de 50
lumieres
chacun. Toute cette illumination
étoit terminée par une fuite de Falots audevant
de la premiere pleinte.
L'Illumination de M. Meſnil , premier
Echevin , étoit compofée d'une fuite de
Falots au-devant de la premiere Pleinte
de la face de fa maiſon du côté des Halles,
au milieu étoit le Chiffre du Roi , accompagné
de deux Luftres de fer blanc &
d'un autre au- deſſus , & plus haut à l'aplomb
des Luftres , étoient trois Fleurs
de Lys de lumieres.
و
M. Befnier , fecond Echevin , avoit audevant
de la face de fa maifon fix Ifs de
figure pentagonne , portant plus de 700 .
lumieres , placez en forme d'Avenue.
*
Il y avoit fur l'appui du Balcon de la
maifon de M. Roffignol , troifiéme Echevin
, une fuitede Falots & ſept Girandoles
de fer blanc , portant chacune so. lumieres,
placées au -devant des Trumeaux.
Entre ces Girandoles étoient fix Luftres
de fer blanc , garnis de 57. lumieres cha
cun , fufpendus au- devant des fix Croifées
du premier étage. On voyoit auſſi à
cet étage deux M de lumieres repréfentant
le Chiffre de la Reine ; & au-deffus
étoient trois Fleurs de Lys , le Chiffre da
Roi en lozange lumineux.
.1
La
2106 MERCURE DE FRANCE
La face de la maifon de M. Lagneau,
quatriéme Echevin étoit illuminée au rezde-
chauffée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez , & deux Vafes . La
Porte d'entrée par un Chambranle & Corniche
à trois rangs de lumieres , avec um
Fronton triangulaire , au deffus duquel
étoit le Chiffre de la Reine, Aux deux Croifées
du premier & fecond étage , étoient
quatre Luftres de fer blanc , garnis de
$7. lumieres chacun , fufpendus aux Linteaux
des quatre Croifées ; au- devant des
Trumeaux entre ces 4. Luftres étoient 3 .
Fleurs de Lys & le Chiffre du Roi en
lozange.
La face de la maifon du Procureur du
Roi étoit illuminée par deux grands Portiques
de lumieres ceintrez ; au - deffus
de chaque Pilaftre defquels étoit une
Girandole de fer blanc , portant so. lua
mieres chacune ; au-deffus de ces deux
Portiques on voyoit le Chiffre du Roi
& trois Fleurs de Lys de lumieres,
,
La face de la maifon de M. Boucot
Receveur , étoit illuminée par un Portique
, dont les Pilaftres étoient en Confo
les & le Fronton contourné , au- deffus des
Pilaftres deux Girandoles de fer blanc, garnies
chacune de so.lumieres. Sous le Fronton
on voyoit le Chiffre du Roi , & au
deffus , entre les Girandoles , une Fleur
de Lys de lumieres II
SEPTEMBRE. 1730. 2107
Il y avoit auffi des Falots chez M. Remy
, ancien Echevin , dans fa cour , &
deux Ifs de lumieres au- devant de fa porte
, avec une Fontaine de vin , ainfi qu'à
tous les autres , comme auffi chez M. le
Roi , ancien Echevin .
Fermer
Résumé : Illuminations ordonnées par les Prevôt des Marchands & Echevins de la Ville de Paris pour celébrer l'heureuse Naissance de Monseigneur le Duc d'Anjou, sur les desseins, & sous la conduite du sieur Beausire le fils, Architecte de la Ville.
Le 30 août 1730, le Prévôt des Marchands de Paris fut informé à sept heures du matin que la Reine était en travail. Il se rendit à l'Hôtel de Ville, rejoint par les membres du Bureau. À deux heures, un page du Duc de Gêvres annonça la naissance du Duc d'Anjou à 9 heures 7 minutes. Le Corps de Ville offrit une tabatière d'or au page. À 11 heures, le Chevalier de Saint-André apporta une lettre de cachet du Roi annonçant la naissance, et le Corps de Ville offrit un bijou à cet officier. Le Bureau se rendit ensuite au Parlement et, à son retour vers midi, des canons furent tirés et le tocsin sonné jusqu'à minuit. Le lendemain, entre 7 et 8 heures, une nouvelle décharge de canons eut lieu, accompagnée d'un feu d'artifice et de fontaines de vin sur la Place de Grève. L'Hôtel de Ville fut illuminé avec des falots et des lustres. Le 31 août, une seconde illumination eut lieu à l'Hôtel de Ville, avec des lustres et des falots disposés sur les corniches et les colonnes. Le 2 septembre, un grand feu d'artifice fut tiré sur la Place de Grève, avec des fontaines de vin aux quatre coins. À l'arrivée du Roi à Notre-Dame, des salves de canons furent tirées. Le Corps de Ville, de retour du Te Deum, reçut le Gouverneur et fit tirer des fusées volantes. Un feu d'artifice fut allumé dans la cour de l'Hôtel de Ville. Les façades des maisons des membres du Corps de Ville furent également illuminées avec des falots, des lustres et des girandoles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5967
p. 200-207
SUITE DES NOUVELLES DE PARIS.
Début :
Le Commissaire la Minois ayant apposé le Scellé dans le Palais [...]
Mots clefs :
Commissaire, Marquis, Duc d'Orléans, Charge, Maisons royales, Arrêts, Grands officiers, Roi de France, Princesse, Maréchal, Reine mère, Vieux Louvre, Gardes françaises, Études, Conseils, Oratoire, Éloquence, Contrat de mariage, Nominations, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES NOUVELLES DE PARIS.
SUITE DES NOUVELLES
DE PARIS ..
Le Commiffaire la Minois ayant
appofé le Scellé dans le Palais
Royal à l'Appartement de M le
Marquis d'Armentieres , mort à fa
Maifon de Campagne. Mr le Grand
Prévôt en alla porter fes plaintes
àM. le Duc d'Orleans , prétendant
qu'il avoit le pouvoir par fa Charge
de mettre le Scellé dans toutes les
Maifons Royales . Ainfi , qu'il prioit
S. A. R. de ne point permettre
qu'on contrevint à tous les Arrêts
qui lui adjugeoient ce Droit . Sur ces
remontrances , le Commiffire eut
ordre de fe retirer , & les Officiers
de la Grande Prévôté firent leur
fonction , tant pour le Scellé , que
que pour l'Inventaire .
{
D'AVRIL. 201
Le 17 , le Roy figna le Contrat
de Mile Duc d'Olonne , avec Mlle
de Harlus de Vertilly.
Le Roy a donné la furvivance
de la Charge de Maître de la Garde-
Robe à M. de Maillebois
. S. M. a
fait une grace bien plus éclatante ,
en accordant au Prince de Bouillon
âgé de treize ans , la furvivance
de
la Charge de Grand Chambellan
de France.
Mde qui s'étoit trouvée incommodée
d'un Rhume , Le porte
beaucoup mieux , cette Princeffe
va paffer l'Eté à Saint Cloud.
On difpofe, ici l'Appartement de
la Reine Mere dans le Louvre . Mr
Coëpelle a été chargé de faire nétoyer
toutes les Peintures & lés
Dorures .
il
M. Nerot eft occupé de le faire
meubler magnifiquement
, y a
toute apparence que tous ces préparatifs
font deſtinés pour le Czar.
Les Maréchaux des Logis ont reçû
l'ordre de chercher aux environs
du Louvre , des Maifons garnies ,
202
LE MERCURE
qu'ils marquent à la craye , pour
loger les Officiers de S. M. Ĉzarienne.
On fait en même tems préparer
l'Hôtel de Lefdiguiéres , au
cas que ce Prince refufe de loger
dans une Maifon Royale.
Le 19 , on a appris que Madame
Royale avoit été dangereufement
malade , mais que cette Princeffe
étoit hors de danger.
Les Réparations & Ameuble.
mens que l'on fait dans le Vieux
Louvre om difperfé les Confeils;
qui fe tiendront chez les Chefs .
La Revue des Gardes Françoifes
& Suifles , fe fit dans la Grande
Allée des Tuilleries , en préfence
du Roy , qui tenoit le Rôle entre
fes mains ; il l'examinoit à mefure
qu'il paffoit des Compagnies avec
une application qui excita autant
de furprife que de plaifir.
Il a la même attention dans fes Etudes
, & il fait tous fes Exercices avec
une grace & une envie de s'inftruire
qui charme toutes les perfonnes qui
D'AVRIL. 203
.ont
l'honneur d'être
propofées à fon
Education. Il eft
tellement reglé
qu'Il regarde lui même à fa Pendule
quel Maître il doit faire appeller.
Mr le Maréchal de Villeroy
doit fe féliciter de trouver des
difpofitions fi
vertueufes dans un
Prince , qui par des
préfages fi
heureux , doit faire le bonheur de
fes
Sujets.
"
Le 21 & le 22 , on tint le Confeil
des Finances & le Confeil de
Commerce , chez Mr le Maréchal
de
Villeroy
Le 23 , le R. Terraffon de l'Oratoire
a été
demandé par M.le
Duc de
Lorraine , pour prêcher le
Carême prochain. Ce Prince étant
curieux
d'entendre
fucceflivement
nos plus célébres
Prédicateurs .
Le même jourfe fit
l'Election
d'un
Profeffeur en Droit en la place
de feu M ,
l'Ecuyer. Les fuffrages
fe réunirent
unanimement dans
la
perfonne de M. Lorry.
Cechoix
a été
applaudi de tous ceux qui
connoiffent le mérite du
nouvean
204 LE MERCURE
Profeffeur , dont l'Efprit , le bon
Goût , l'Erudition , & l'Application
continuelle annonçent depuis longtemps
au Public la capacité avec
laquelle il remplira cette Chaire.
M. Dargouges Lieutenant Civil ,
Doyen d'Honneur de la Faculté ,
qui avoit adifté tres exactement à
toutes les actions de la difpute ,
opina dans l'Election avec un difcernement
& une Eloquence qui
firent l'admiration de toute l'Af
femblée.
Le 24. le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de
Bretonvilliers
Lieutenant
de Roy
de Paris , avec Mlle de Cornillon
riche héritière
de Provence . Mr
le Marquis de la Vrilliere
à la
tête de tous les Parens , ût l'honneur
de préfenter la plume à S. M.
Mr le Préfident Nicolaï a obrenu
la Survivance de la Charge de
premier Préfident en la Chambre
des Comptes pour M. fon fils ,
Confeiller au Parlement , c'eſt le
8. de cette famille qui aura fuccédé
de
D'AVRI L.
205
de pere en fils à cette Charge importante
, en remontant à Jean Nicolaï
fieur de S. Victor Maître des
Requêtes , qui a vêcu fous les Régnes
de Charles VIII & Louis XII.
Le 21 le Roy a receu ce matin
le Serment de fidelité de M. le
Marquis d'Argenteuil pour la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement
de Champagne , dont
Mr de Lefville Lieutenant des Gardes
du Corps , s'eft défait en fa faveur.
Mrsles Maréchaux de Harcour, de
Villeroy & Mr le Marquis de
Louvois font allés demander à
Me le Duc Régent l'agrèment du
Roy , pour le Mariage de Mr le
Marquis de Harcour , avec Mlle de
Louvois fille de M. le Marquis
de Barbezieux . on fçait que ce jeune
Se neur eft veuf depuis peu de
Mlle de Villery.
Le 25 , on fut informé que le
Czar avoit débarqué à Dunkerque ,
il eft accompagné de plufieurs Princes
& Seigneurs : Il tient une Table
de 12 Couverts pour lui & une
autre de 17 pour les Perfonnes
qualifiées de fa fuite . Il fit l'hon-
Avril 1717. S
206 LE MERCURE
neur à M. du Lybois Gentil-homme
ordinaire , qui s'étoit rendu à Dun-
Kerque pour le recevoir , & à M.
d'Herouville Colonel fils & furvivancier
de M. d'Herouville ancien
Maître d'Hôtel du Roy , de
les faire manger avec lui. Ce Prince
a prié le Roy , & M. le Regent
de lui accorder 20 Places de Garde
de Marine , pour autant de Ġentils
- hommes qu'il fait venir de
Mofcovie , afin qu'ils s'inftruiſent
dans la Marine.
La quantité de Troupes qui filent
dans les Païs de Cleves & de
Gueldres appartenants
au Roy
de Pruffe , qu'on dit devoir venir
en France femble porter quelque
ombrage à une Puiffance voiline ,
qui, par precaution,a donné des ordres
de faire fortifier les Places de
la frontiere ; on ne fçait point d'autres
raifons de ces mouvemens , finon
, que les Miniftres du Roy de
Pruffe fe plaignent que l'on a arrêté
un des Vaiffeaux de leur Maître
fur les Cô es d'Affrique .
Le 27 , Mst le Prince de Dombe s
eft parti à fix heures du matin en
pofte pour la Hongrie . M. le MarD'AVRIL
207
quis d'Eftrades , & M. fon fils courrent
avec ce Prince , qui a pris le
nom du Comte de Tehalmont.
Le 30 du mois paffé S. M. à
honnoré du Cordon de Comman
deur de l'Ordre de S. Loüis , M.
Forteffon Maréchal des Logis, Ayde
Major de la Compagnie des Chevaux
Legers de fa Garde & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie.
M. du Bois refté feul de 218 Rentiers
qui compofoient la 14° Claffe
de la premiére Tontine établie en
1689 & qui touchoit en cette
qualité 29125 liv. de rentes , depuis
le 23 Janvier 1716 , pour deux Actions
de 300 liv. chacune , jouïf.
foit encore de prés de 4000 liv.
de rentes dans la premiere Claffe
de la 2e Tontine , où il avoit un
feptième , & qui par fa mort arrivée
le 27 du mois dernier , âgé de
93 ans , eft réduite à fix Rentiers.
DE PARIS ..
Le Commiffaire la Minois ayant
appofé le Scellé dans le Palais
Royal à l'Appartement de M le
Marquis d'Armentieres , mort à fa
Maifon de Campagne. Mr le Grand
Prévôt en alla porter fes plaintes
àM. le Duc d'Orleans , prétendant
qu'il avoit le pouvoir par fa Charge
de mettre le Scellé dans toutes les
Maifons Royales . Ainfi , qu'il prioit
S. A. R. de ne point permettre
qu'on contrevint à tous les Arrêts
qui lui adjugeoient ce Droit . Sur ces
remontrances , le Commiffire eut
ordre de fe retirer , & les Officiers
de la Grande Prévôté firent leur
fonction , tant pour le Scellé , que
que pour l'Inventaire .
{
D'AVRIL. 201
Le 17 , le Roy figna le Contrat
de Mile Duc d'Olonne , avec Mlle
de Harlus de Vertilly.
Le Roy a donné la furvivance
de la Charge de Maître de la Garde-
Robe à M. de Maillebois
. S. M. a
fait une grace bien plus éclatante ,
en accordant au Prince de Bouillon
âgé de treize ans , la furvivance
de
la Charge de Grand Chambellan
de France.
Mde qui s'étoit trouvée incommodée
d'un Rhume , Le porte
beaucoup mieux , cette Princeffe
va paffer l'Eté à Saint Cloud.
On difpofe, ici l'Appartement de
la Reine Mere dans le Louvre . Mr
Coëpelle a été chargé de faire nétoyer
toutes les Peintures & lés
Dorures .
il
M. Nerot eft occupé de le faire
meubler magnifiquement
, y a
toute apparence que tous ces préparatifs
font deſtinés pour le Czar.
Les Maréchaux des Logis ont reçû
l'ordre de chercher aux environs
du Louvre , des Maifons garnies ,
202
LE MERCURE
qu'ils marquent à la craye , pour
loger les Officiers de S. M. Ĉzarienne.
On fait en même tems préparer
l'Hôtel de Lefdiguiéres , au
cas que ce Prince refufe de loger
dans une Maifon Royale.
Le 19 , on a appris que Madame
Royale avoit été dangereufement
malade , mais que cette Princeffe
étoit hors de danger.
Les Réparations & Ameuble.
mens que l'on fait dans le Vieux
Louvre om difperfé les Confeils;
qui fe tiendront chez les Chefs .
La Revue des Gardes Françoifes
& Suifles , fe fit dans la Grande
Allée des Tuilleries , en préfence
du Roy , qui tenoit le Rôle entre
fes mains ; il l'examinoit à mefure
qu'il paffoit des Compagnies avec
une application qui excita autant
de furprife que de plaifir.
Il a la même attention dans fes Etudes
, & il fait tous fes Exercices avec
une grace & une envie de s'inftruire
qui charme toutes les perfonnes qui
D'AVRIL. 203
.ont
l'honneur d'être
propofées à fon
Education. Il eft
tellement reglé
qu'Il regarde lui même à fa Pendule
quel Maître il doit faire appeller.
Mr le Maréchal de Villeroy
doit fe féliciter de trouver des
difpofitions fi
vertueufes dans un
Prince , qui par des
préfages fi
heureux , doit faire le bonheur de
fes
Sujets.
"
Le 21 & le 22 , on tint le Confeil
des Finances & le Confeil de
Commerce , chez Mr le Maréchal
de
Villeroy
Le 23 , le R. Terraffon de l'Oratoire
a été
demandé par M.le
Duc de
Lorraine , pour prêcher le
Carême prochain. Ce Prince étant
curieux
d'entendre
fucceflivement
nos plus célébres
Prédicateurs .
Le même jourfe fit
l'Election
d'un
Profeffeur en Droit en la place
de feu M ,
l'Ecuyer. Les fuffrages
fe réunirent
unanimement dans
la
perfonne de M. Lorry.
Cechoix
a été
applaudi de tous ceux qui
connoiffent le mérite du
nouvean
204 LE MERCURE
Profeffeur , dont l'Efprit , le bon
Goût , l'Erudition , & l'Application
continuelle annonçent depuis longtemps
au Public la capacité avec
laquelle il remplira cette Chaire.
M. Dargouges Lieutenant Civil ,
Doyen d'Honneur de la Faculté ,
qui avoit adifté tres exactement à
toutes les actions de la difpute ,
opina dans l'Election avec un difcernement
& une Eloquence qui
firent l'admiration de toute l'Af
femblée.
Le 24. le Roy figna le Contrat
de Mariage de M. le Marquis de
Bretonvilliers
Lieutenant
de Roy
de Paris , avec Mlle de Cornillon
riche héritière
de Provence . Mr
le Marquis de la Vrilliere
à la
tête de tous les Parens , ût l'honneur
de préfenter la plume à S. M.
Mr le Préfident Nicolaï a obrenu
la Survivance de la Charge de
premier Préfident en la Chambre
des Comptes pour M. fon fils ,
Confeiller au Parlement , c'eſt le
8. de cette famille qui aura fuccédé
de
D'AVRI L.
205
de pere en fils à cette Charge importante
, en remontant à Jean Nicolaï
fieur de S. Victor Maître des
Requêtes , qui a vêcu fous les Régnes
de Charles VIII & Louis XII.
Le 21 le Roy a receu ce matin
le Serment de fidelité de M. le
Marquis d'Argenteuil pour la Charge
de Lieutenant Général au Gouvernement
de Champagne , dont
Mr de Lefville Lieutenant des Gardes
du Corps , s'eft défait en fa faveur.
Mrsles Maréchaux de Harcour, de
Villeroy & Mr le Marquis de
Louvois font allés demander à
Me le Duc Régent l'agrèment du
Roy , pour le Mariage de Mr le
Marquis de Harcour , avec Mlle de
Louvois fille de M. le Marquis
de Barbezieux . on fçait que ce jeune
Se neur eft veuf depuis peu de
Mlle de Villery.
Le 25 , on fut informé que le
Czar avoit débarqué à Dunkerque ,
il eft accompagné de plufieurs Princes
& Seigneurs : Il tient une Table
de 12 Couverts pour lui & une
autre de 17 pour les Perfonnes
qualifiées de fa fuite . Il fit l'hon-
Avril 1717. S
206 LE MERCURE
neur à M. du Lybois Gentil-homme
ordinaire , qui s'étoit rendu à Dun-
Kerque pour le recevoir , & à M.
d'Herouville Colonel fils & furvivancier
de M. d'Herouville ancien
Maître d'Hôtel du Roy , de
les faire manger avec lui. Ce Prince
a prié le Roy , & M. le Regent
de lui accorder 20 Places de Garde
de Marine , pour autant de Ġentils
- hommes qu'il fait venir de
Mofcovie , afin qu'ils s'inftruiſent
dans la Marine.
La quantité de Troupes qui filent
dans les Païs de Cleves & de
Gueldres appartenants
au Roy
de Pruffe , qu'on dit devoir venir
en France femble porter quelque
ombrage à une Puiffance voiline ,
qui, par precaution,a donné des ordres
de faire fortifier les Places de
la frontiere ; on ne fçait point d'autres
raifons de ces mouvemens , finon
, que les Miniftres du Roy de
Pruffe fe plaignent que l'on a arrêté
un des Vaiffeaux de leur Maître
fur les Cô es d'Affrique .
Le 27 , Mst le Prince de Dombe s
eft parti à fix heures du matin en
pofte pour la Hongrie . M. le MarD'AVRIL
207
quis d'Eftrades , & M. fon fils courrent
avec ce Prince , qui a pris le
nom du Comte de Tehalmont.
Le 30 du mois paffé S. M. à
honnoré du Cordon de Comman
deur de l'Ordre de S. Loüis , M.
Forteffon Maréchal des Logis, Ayde
Major de la Compagnie des Chevaux
Legers de fa Garde & ancien
Meftre de Camp de Cavalerie.
M. du Bois refté feul de 218 Rentiers
qui compofoient la 14° Claffe
de la premiére Tontine établie en
1689 & qui touchoit en cette
qualité 29125 liv. de rentes , depuis
le 23 Janvier 1716 , pour deux Actions
de 300 liv. chacune , jouïf.
foit encore de prés de 4000 liv.
de rentes dans la premiere Claffe
de la 2e Tontine , où il avoit un
feptième , & qui par fa mort arrivée
le 27 du mois dernier , âgé de
93 ans , eft réduite à fix Rentiers.
Fermer
5968
p. 204-211
LES ECHECQS.
Début :
Le bois est le pere des Echecqs, où il y a trente-deux [...]
Mots clefs :
Pièces, Reine, Roi, Échecs, Jeu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ECHECQS.
LES
ECHECOS.
Le bois eft le
pere des
Echecqs , où il y a trentedeux
pieces ; ils font tournez
ſouvent en un mêine
jour, ils font ordinairement
fort polis , ce qui fait
leur beauté.
GALANT. 205
Les deux Chefs differens
font les deux Rois qui femblent
commander deux Ar
mées , felon les Anciens ,
qui vouloient préparer l'efprit
des jeunes gens aux
noms d'armée , leur livrée
eft de deux couleurs, blanc
& noir , pour les diftinguer.
I
Ils font les Images de
l’Inimitié mortelle qu'il y
a entre les Armées ; cependant
, le Jeu étant fini
( ou la guerre ) on les met
206 MERCURE
coucher en une même
boete ou maifon ( Image
d'Amis ) d'où l'on ne les
tire que pour jouer.
Le Roy ne fait jamais
qu'un pas à la fois ou
qu'une marque fur l'Echiquier
, fi ce n'eſt qu'il roc ;
c'eſt- à - dire qu'ayant reçû
un Echecq , ou par la
crainte de le recevoir , il
change de place & ſe met
à celle d'une Tour , & la
Tour fe met à la fienne.
Dans ce changement de
GALANT. 207
14-
e
d
place avec la Tour il évite
l'Echecq , qui eft un coup
fouvent de partie . Il craint
la prifon parce que lorf
qu'il ne peut marcher fans
s'expofer à un Echecq , il
eft dit en priſon.
Ily a dans chaque Armée
une Reine qui a la marche
de toutes les pieces
( excepté celle du Cavalier)
& en cela elle imite les Amazones
qui alloient courageufement
en guerre .
Le courageux Soldat eft
208 MERCURE
un de ces Prons qui venant
jufqu'au dernier rang de
l'Echicquier de l'ennemi ,
a droit de demander la
piece la plus haute qui
manque dans fon jeu , noir
ou blanc , & s'il manque
de la Reine i l'a demande
, ainfi de Pion ( qui eft
mafculin , ou Soldar ) il
devient Reine , & change
de
fexe,
le combat
parce que le Roy en reçoit
l'échec émat , il faut le fuppofer
ainfi.
Où
GALANT. 209
q
70%
que
20
ef
Ο
Où cette Reine prend
tant de pieces qu'elle gågne
la partie.
Pour rendre aux Auteurs
des Pieces la juftice
qui leur eft due , & mettre
le Public au fait , je ſouhai
terois que ceux qui me
donnent leurs Vers , ne me
laiffaffent point ignorer
leur noms ; mais fouvent
les reçois par des voyes
indirectes ; de - là mon
ignorance.
je
Avril 1714. S
210 MERCURE
On a eu deux Epitalames
de Mr le Prefident Henault
, ami des Mufes comme
il eft , elles ne pouvoient
luy refufer des complimens
fur fon Mariage.
La premiere Piece qui
commence par ces Vers ,
Par un beau jour de la
nouvelle Année ,
eft de Mr de Caux.
La deuxième , dont
voicy le premier Vers,
GALANT. 211
T
er
ot
*
L'autre jour c'eftoit fifte
aux rives du Permeffe ,
eft de Mr le Roy ,
ECHECOS.
Le bois eft le
pere des
Echecqs , où il y a trentedeux
pieces ; ils font tournez
ſouvent en un mêine
jour, ils font ordinairement
fort polis , ce qui fait
leur beauté.
GALANT. 205
Les deux Chefs differens
font les deux Rois qui femblent
commander deux Ar
mées , felon les Anciens ,
qui vouloient préparer l'efprit
des jeunes gens aux
noms d'armée , leur livrée
eft de deux couleurs, blanc
& noir , pour les diftinguer.
I
Ils font les Images de
l’Inimitié mortelle qu'il y
a entre les Armées ; cependant
, le Jeu étant fini
( ou la guerre ) on les met
206 MERCURE
coucher en une même
boete ou maifon ( Image
d'Amis ) d'où l'on ne les
tire que pour jouer.
Le Roy ne fait jamais
qu'un pas à la fois ou
qu'une marque fur l'Echiquier
, fi ce n'eſt qu'il roc ;
c'eſt- à - dire qu'ayant reçû
un Echecq , ou par la
crainte de le recevoir , il
change de place & ſe met
à celle d'une Tour , & la
Tour fe met à la fienne.
Dans ce changement de
GALANT. 207
14-
e
d
place avec la Tour il évite
l'Echecq , qui eft un coup
fouvent de partie . Il craint
la prifon parce que lorf
qu'il ne peut marcher fans
s'expofer à un Echecq , il
eft dit en priſon.
Ily a dans chaque Armée
une Reine qui a la marche
de toutes les pieces
( excepté celle du Cavalier)
& en cela elle imite les Amazones
qui alloient courageufement
en guerre .
Le courageux Soldat eft
208 MERCURE
un de ces Prons qui venant
jufqu'au dernier rang de
l'Echicquier de l'ennemi ,
a droit de demander la
piece la plus haute qui
manque dans fon jeu , noir
ou blanc , & s'il manque
de la Reine i l'a demande
, ainfi de Pion ( qui eft
mafculin , ou Soldar ) il
devient Reine , & change
de
fexe,
le combat
parce que le Roy en reçoit
l'échec émat , il faut le fuppofer
ainfi.
Où
GALANT. 209
q
70%
que
20
ef
Ο
Où cette Reine prend
tant de pieces qu'elle gågne
la partie.
Pour rendre aux Auteurs
des Pieces la juftice
qui leur eft due , & mettre
le Public au fait , je ſouhai
terois que ceux qui me
donnent leurs Vers , ne me
laiffaffent point ignorer
leur noms ; mais fouvent
les reçois par des voyes
indirectes ; de - là mon
ignorance.
je
Avril 1714. S
210 MERCURE
On a eu deux Epitalames
de Mr le Prefident Henault
, ami des Mufes comme
il eft , elles ne pouvoient
luy refufer des complimens
fur fon Mariage.
La premiere Piece qui
commence par ces Vers ,
Par un beau jour de la
nouvelle Année ,
eft de Mr de Caux.
La deuxième , dont
voicy le premier Vers,
GALANT. 211
T
er
ot
*
L'autre jour c'eftoit fifte
aux rives du Permeffe ,
eft de Mr le Roy ,
Fermer
Résumé : LES ECHECQS.
Le texte décrit les échecs, un jeu originaire du bois, composé de 32 pièces. Les deux rois, distingués par des couleurs différentes (blanc et noir), dirigent deux armées opposées. À la fin de la partie, les pièces sont rangées ensemble, symbolisant la réconciliation. Le roi se déplace d'une case à la fois, sauf lors du roque, où il échange de place avec une tour pour éviter un échec. La reine peut se déplacer comme n'importe quelle autre pièce, sauf le cavalier. Un pion, en atteignant la dernière rangée, peut être promu à une pièce manquante, souvent la reine. Le texte mentionne également des épithalames de Monsieur le Président Henault et des auteurs de pièces anonymes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5969
p. 204-212
« Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Début :
Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...]
Mots clefs :
Incendie, Circonstances, Flammes, Maisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Les circonstances d'un
événement le rendent ſouvent
le plus conſiderable qu'il
n'eſt en luy-même. Par
exemple , on ne s'étonnera
pas que le feu prenne quelquefois
dans une grande Ville
comme Paris ; mais il y a de1
GALANT. 205
quoy s'étonner lorſqu'il y
prend , que les maiſons les
plus proches de celle qui brûle
ne ſoient point endommagées
du malheur de leur voifine.
Le monde eſt plein
du bruit de ces fameuſes incendies
qui ont ſouvent mis
des Villes en cendre. Plus
d'onze mille maiſons qui furentconſommées
par les flâmmes
de Conſtantinople il y a
environ un an , & la Ville de
Romhild en Saxe , qui vient
d'eſtre preſque entierement
bruflée , font de triſtes comparaiſons
qui ne peuvent fer206
MERCURE
de
vir qu'à faire admirer davantage
la diligence , le zele& les
précautionsdesMagiftrats
Paris. Le feu qui n'eſt point
allumé par la guerre , n'a dans
toutes les Villes du monde
quelesmêmes principes ; mais
il n'a pas dans celle- cy les mêmes
progrés. Lorſqu'il prend
icy on ade la peine à s'imaginer
qu'ailleurs des Villes enticres
periffent par les flammes,&
lorſqu'il prend ailleurs on ne
peut pas concevoir avec quelle
diligence on l'éteint icy.
Qu'on ne me reproche pas
qu'il faut n'avoir rien àdire
GALANT. 207
à
au Public pour l'entretenir
d'une maiſon brûlée , je crois
qu'il n'y a dans aucun Mercure
guere d'article qui ſoit plus
raisonnable que celuy cy ;
moins qu''oonn neprétende être
en droit de m'alleguer qu'une
choſe n'eſt bonne à raconter
qu'autant que les incidens du
fait ont cauſe d'éclat ou de
defordre.
Celuy dont il eſt queſtion
va me ſervir de réponſe à
toutes les objections du monde.
:
Le 12. de ce mois le feu
prit au bout de la tuë de la
1
208 MERCURE
Barillerie , derriere le Palais,à
la maiſond'un nommé Jean
Billoüard , Marchand de Bottes,
entre les quatre & cinq
heures du matin , ſa maiſon
embraſée du bas en haut ,
menaçoit déja les maiſons de
fon voiſinage, lorſque Monſieur
le premier Préſident &
Monfieur d'Argenfon y arriverent.
Les ordres ques les 2.
Magiſtrats donnerent , furent
ſipromptement executez qu'à
peine les Pompes de la Ville
furent amenées , les canaux
des ruës ouverts , & ces eaux
multipliées , & portées fans
relâche
GALANT. 209
1
relâche au milieu des flammes,
que le feu fut éteint.
Les gens qui aiment les
- grands évenemens , en verroient
de reſte dans une Ville
comme Paris, fiune pareillevi
gilance & des ſoins pareils ,
n'arrêtoient pas dans leurs ,
commencemens , le progrés
des defordres qui pourroient
y arriver tous les jours.
J'ay raconté le fond de
P'accident,je paffe maintenant
aux circonstances.ool of
L'efcalier de cette maiſon
fut le premier devoré par la
flamme. Anfi quatre ou cing
May 1714. S
210 MERCURE
ménages, peuplez d'hommes ,
de femmes ,&de petits enfans
qui Thabitoient trouverent ,
aprés que quelques uns des
premiers éveillez le furent ſauvez
par les toits , qu'il n'yavoit
plus de ſalut pour eux , à
moins de fauter par les fenêtres.
On mit des matelats
dans la ruë pour les recevoir
pendant que ſept perfonnes
deſcendoient d'une croiſée
du troiſième étage , avec
le ſecours d'une corde groffe
comme la moitié du petit
doit. Alors une Mere ( dont
les mouvemens font allez dif
GALANT. 211
ficiles à exprimer ) prit une
petite fille de trois ans qui ref.
toit encore avec elle dans la
chambre , elle l'embraffa , &
en même temps elle l'envoya
par la feneſtre: Un particulier
l'a reçût ſaine & fauve entre
ſes bras : Elle fit le ſaut aprés
ſon enfant , fa réſolution la
ſauva auxdépens de quelques
contufions: Mais c'eſt peu de
choſe pour un fi grand faut.
Un pauvre ouvrier qui demeuroit
au quatriéme , fut le
ſeul à qui il en coûta la vie:
Il ſe précipita de ſa fenestre
fur le pavé, oùil expiraàl'inf
S ij
212 MERCURE
tant. La vie d'un homme eſt
certainement d'un prix important;
mais je crois qu'on
ne sçauroit voir dans nul endroit
du monde de fi triſtes
Avantures àſi peu de frais.....
événement le rendent ſouvent
le plus conſiderable qu'il
n'eſt en luy-même. Par
exemple , on ne s'étonnera
pas que le feu prenne quelquefois
dans une grande Ville
comme Paris ; mais il y a de1
GALANT. 205
quoy s'étonner lorſqu'il y
prend , que les maiſons les
plus proches de celle qui brûle
ne ſoient point endommagées
du malheur de leur voifine.
Le monde eſt plein
du bruit de ces fameuſes incendies
qui ont ſouvent mis
des Villes en cendre. Plus
d'onze mille maiſons qui furentconſommées
par les flâmmes
de Conſtantinople il y a
environ un an , & la Ville de
Romhild en Saxe , qui vient
d'eſtre preſque entierement
bruflée , font de triſtes comparaiſons
qui ne peuvent fer206
MERCURE
de
vir qu'à faire admirer davantage
la diligence , le zele& les
précautionsdesMagiftrats
Paris. Le feu qui n'eſt point
allumé par la guerre , n'a dans
toutes les Villes du monde
quelesmêmes principes ; mais
il n'a pas dans celle- cy les mêmes
progrés. Lorſqu'il prend
icy on ade la peine à s'imaginer
qu'ailleurs des Villes enticres
periffent par les flammes,&
lorſqu'il prend ailleurs on ne
peut pas concevoir avec quelle
diligence on l'éteint icy.
Qu'on ne me reproche pas
qu'il faut n'avoir rien àdire
GALANT. 207
à
au Public pour l'entretenir
d'une maiſon brûlée , je crois
qu'il n'y a dans aucun Mercure
guere d'article qui ſoit plus
raisonnable que celuy cy ;
moins qu''oonn neprétende être
en droit de m'alleguer qu'une
choſe n'eſt bonne à raconter
qu'autant que les incidens du
fait ont cauſe d'éclat ou de
defordre.
Celuy dont il eſt queſtion
va me ſervir de réponſe à
toutes les objections du monde.
:
Le 12. de ce mois le feu
prit au bout de la tuë de la
1
208 MERCURE
Barillerie , derriere le Palais,à
la maiſond'un nommé Jean
Billoüard , Marchand de Bottes,
entre les quatre & cinq
heures du matin , ſa maiſon
embraſée du bas en haut ,
menaçoit déja les maiſons de
fon voiſinage, lorſque Monſieur
le premier Préſident &
Monfieur d'Argenfon y arriverent.
Les ordres ques les 2.
Magiſtrats donnerent , furent
ſipromptement executez qu'à
peine les Pompes de la Ville
furent amenées , les canaux
des ruës ouverts , & ces eaux
multipliées , & portées fans
relâche
GALANT. 209
1
relâche au milieu des flammes,
que le feu fut éteint.
Les gens qui aiment les
- grands évenemens , en verroient
de reſte dans une Ville
comme Paris, fiune pareillevi
gilance & des ſoins pareils ,
n'arrêtoient pas dans leurs ,
commencemens , le progrés
des defordres qui pourroient
y arriver tous les jours.
J'ay raconté le fond de
P'accident,je paffe maintenant
aux circonstances.ool of
L'efcalier de cette maiſon
fut le premier devoré par la
flamme. Anfi quatre ou cing
May 1714. S
210 MERCURE
ménages, peuplez d'hommes ,
de femmes ,&de petits enfans
qui Thabitoient trouverent ,
aprés que quelques uns des
premiers éveillez le furent ſauvez
par les toits , qu'il n'yavoit
plus de ſalut pour eux , à
moins de fauter par les fenêtres.
On mit des matelats
dans la ruë pour les recevoir
pendant que ſept perfonnes
deſcendoient d'une croiſée
du troiſième étage , avec
le ſecours d'une corde groffe
comme la moitié du petit
doit. Alors une Mere ( dont
les mouvemens font allez dif
GALANT. 211
ficiles à exprimer ) prit une
petite fille de trois ans qui ref.
toit encore avec elle dans la
chambre , elle l'embraffa , &
en même temps elle l'envoya
par la feneſtre: Un particulier
l'a reçût ſaine & fauve entre
ſes bras : Elle fit le ſaut aprés
ſon enfant , fa réſolution la
ſauva auxdépens de quelques
contufions: Mais c'eſt peu de
choſe pour un fi grand faut.
Un pauvre ouvrier qui demeuroit
au quatriéme , fut le
ſeul à qui il en coûta la vie:
Il ſe précipita de ſa fenestre
fur le pavé, oùil expiraàl'inf
S ij
212 MERCURE
tant. La vie d'un homme eſt
certainement d'un prix important;
mais je crois qu'on
ne sçauroit voir dans nul endroit
du monde de fi triſtes
Avantures àſi peu de frais.....
Fermer
Résumé : « Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Un incendie s'est déclaré à Paris, chez Jean Billoüard, marchand de bottes près du Palais, vers quatre heures du matin. Rapidement, les flammes menaçaient les maisons voisines. Les magistrats, dont le Premier Président et Monsieur d'Argenfon, ont ordonné l'intervention des pompes de la ville et l'ouverture des canaux des rues, permettant ainsi de maîtriser le feu avant qu'il ne cause des dégâts majeurs. L'incendie a détruit l'escalier, piégeant plusieurs familles. Quatre ou cinq ménages ont dû sauter par les fenêtres, amorties par des matelas placés dans la rue. Sept personnes ont été secourues à l'aide d'une corde. Une mère a sauvé son enfant de trois ans en le lançant par la fenêtre avant de sauter elle-même, subissant quelques contusions. Un ouvrier habitant au quatrième étage a malheureusement péri en se précipitant par la fenêtre. La rapidité et l'efficacité des autorités parisiennes ont contrasté avec les destructions massives observées dans d'autres villes comme Constantinople et Romhild en Saxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5970
p. 1050-1058
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
Début :
JUGEMENT des Commissaires Genéraux du Conseil, députés par Sa Majesté pour la [...]
Mots clefs :
Actions, Ordonnances, Arrêts, Loterie, Jugement, Actionnaires, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
ARRESTS , DECLARATIONS ,
ORDONNANCES & c.
UGEMENT des Commiffaires Genéraux
du Confeil , députés par Sa Majefté pour la
liquidation des dettes & revifion des comptes des
Communautés d'Arts & Métiers de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , du 7. Mars 1730. portant
condamnation d'interdiction & de differentes
amendes contre plufieurs Maîtres Tailleurs d'habits
, anciens Jurés de leur Communauté , & le
nommé
MA Y. 1730. 1051
nommé de Montigny , & Reglement genéral fur
l'un des plus fréquens abus des Jurés des Com-)
munautés d'Arts & Métiers.
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
11. Mars , portant reglement pour les Fondeurs
en Or & en Argent , par lequel il eft fait deffenfes
aux Maitres Fondeurs & autres fondans des
matieres d'Or & d'Argent, de fondre nuitamment,
à peine de trois cens livres d'amende &c.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi au fujet
de la Duché & Pairie de Sully &c. Le Roi étant
en fon Confeil déclare la dignité de Duc & Paig
de France dévolue à Louis -Pierre-Maximilien de
Bethune , à la charge de retirer la Terre de Sully
des mains d'Armand de Bethune , Sieur d'Orval,
fur le pied , & aux charges , claufes & conditions
portées par l'Art. 7. de l'Edit du mois de May
1711. & cependant ledit Sieur d'Orval demeu
rera faifi de ladite Terre jufqu'au jour du remboufement
actuel . Fait & arrêté au Confeil d'Etat
du Roi , S. M. y étant , tenu à Verfailles le
13. Mars 1730. figné Phelipeaux .
AUTRE de la Cour des Monnoyes, du même
jour , portant Reglement pour les Maîtres
Orfevres ; & qui condamne un Maître Orfevre &
fon Compagnon par lui protegé , en cent livres
d'amende folidaire , confifque les Ouvrages d'Orfevrerie
faifis fur le Compagnon , & interdit le
Maître Orfevre pour trois mois.
AUTRE du 15. Avril , qui confirme le Sieur
Gagne dans un Droit de Péage fur la Riviere de
Saône au Port de Pouilly..
AUTRE
1.052. MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui confirme le
Sieur Batheon dans des droits de Péages ſur la
Riviere du Rhône à Vertrieu .
ORDONNANCE de Police du 20. Avril
concernant la vente des Huitres , par laquelle il
eft deffendu à tous Colporteurs d'Huitres d'en
crier & vendre dans les rues de Paris depuis le
dernier Avril jufqu'au dernier Jeudi du mois
d'Août de chaque année , à peine de 200. livres
d'amende contre les contrevenans & c.
ARREST du 25. Avril , qui ordonne que
dans fix mois les Proprietaires des Offices de
Clercs - Quefteurs & Commiffaires aux Caves fupprimés
par Edit de Juillet 1634. dont la Finance
n'a pas été liquidée & rembourfée, feront tenus de
remettre leurs Quittances de Finance , Proviſions
& autres Titres de proprieté ès mains de M. de
Gaumont , Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, pour être procedé à la liquidation des
Rentes ou Interêts qui fe trouveront leur être dûs.
AUTRE du 2. May , portant qu'il fera ou
vert une Loterie qui continuera pendant fix années
& huit mois pour le remboursement de vingtcinq
mille Actions de la Compagnie des Indes ,,
& révoque celle qui avoit été permife par l'Arrêt
du 7. Mars dernier ; & en conféquence ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE. PREMIER
Qu'à commencer du prefent mois de May
l'Adjudicataire genéral de fes Fermes - Unies remettra
le vingtiene de chaque mois és mains du
Garde du Tréfor Royal en exercice , la fomme
de quatre cens mille livres , pour être employée
en
MAY.
1730 .
en
remboursement
d'Actions de la
Compagnie 1730.
1053
des Indes, en la
maniere qui fera ci - après expliquée
; au moyen de quoi ledit
Adjudicataire
ne
fournira
plus , à
commencer
du mois de Jain
prochain , que cinq ceas mille livres par mois
pour le
remboursement
des
Capitaux des Rentes
fur la Ville , à laquelle
fomme S. M. a jugé à
propos de fixer les fonds
qu'elle y deftine.
I I.
Que la Loterie que S. M. avoit permis par
Arrêt du 7. Mars dernier aux Syndics & Directeurs
de la Compagnie des Indes d'établir, demeurera
revoquée & fupprimée , & qu'il en fera oùvert
une autre le 25. du préfent mois , qui continuëra
pendant fix années & huit mois, pour le
remboursement de vingt-cinq mille Actions.
III.
Que les Numero de toutes les Actions feront
mis dans une boifte pour être tirés au fort , &
que les Actionnaires dont les Numero fortiront
feront rembourfés & payés comptant de leurs
Actions , fuivant l'évaluation ci-après ; fçavoir ,
Pendant les mois de May & de Juin 1300. liv.
Pendant les fix derniers mois de la préſente année
·
Pendant
l'année 1731
1400. liv.
Pendant l'année 1732
1500. liv.
1600. liv.
Pendant l'année 1733
Pendant l'année 1734
1700. liv.
1800. liv.
Pendant les fix premiers mois de l'année 1735 .
1900. liv.
Pendant les fix derniers mois
2000. liv.
Pendant les fix premiers mois de 1736. . .
2100. liv.
Et pendant les fix derniers mois , ainfi qu'il fuit,
Juillet
Août
2200. liv.
• 2300. liv.
Septembre
1054 MERCURE DE FRANCE
Septembre
Octobre
Novembre
2400. liv.
25.00. liv.
3000. liv. Et Decembre
3000. liv. Au moyen de laquelle valeur graduelle
les Ac- tions feront portées jufqu'à trois mille livres.
IV.
Que ladite Loterie fera tirée le vingt - cinquiéme
jour de chaque mois , à commencer du préfent
mois , dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
, en préfence des Sieurs Commiflaires , des
Syndics & Directeurs de la Compagnie , & de
ceux des Actionnaires qui s'y voudront trouver.
V.
Que chaque Numero qui fortira de la boifte
operera le remboursement comptant d'une Action
, & qu'il fera tenu par le Secretaire de la
Compagnie un Registre paraphé par l'un desdits
fieurs Commiffaires , où feront enregistrés les
Numero fortis , lequel Regiſtre demeurera au Secretariat
pour y avoir recours en cas de befoin.
V I. 1
Qu'auffi -tôt que la Loterie de chaque mois
aura été tirée , ceux des Actionnaires à qui des
Lots feront échûs en recevront la valeur du Garde
du Trefor Royal , à la feule déduction de dix
livres par Action pour les frais , en rapportant
toutefois dans les trois premiers mois feulement
de chaque demi année les dividendes de leurs
Actions pour ladite demi année , & faute d'y fatisfaire
, qu'il leur fera retenu foixante - quinze
livres. S. M. laiffant la jouiffance du dividende à
ceux dont les Numero ne fortiront que dans les
trois derniers mois de chaque demi année.
VII.
Que les Actionnaires qui auront des Lots , &
qui voudront en recevoir la valeur , feront tenus
de
MAY . 1730. 1059
de faire vifer leurs Actions par celui ou ceux que
les Directeurs de la Compagnie des Indes nommeront
à cet effet , & de fe préfenter dans les
trois ſemaines qui fuivront chaque féance de la ,
Loterie , mais que ceux qui ne fe trouveront point
en état de difpofer de leurs Actions, ni d'en recevoir
le remboursement feront diſpenſés de les
rapporter , auquel cas les fonds qui leur étoient .
deftin és feront diftribués , à Bureau ouvert , dans
les huit jours qui précederont la féance fuivante
à ceux qui fe préfenteront , lefquels recevront la
valeur de leurs Actions fur le même pied que fi
le fort avoit fait fortir leurs Numero de la boifte,
& ce jufqu'à concurrence des fonds reftés en caiffe,
& non reclamés.
VIII.
Que toutes les Actions qui auront été rembour
fées feront remifes de trois mois en trois mois
pår le Garde du Trefor Royal aux Directeurs de
la Compagnie des Indes , en lui fourniffant les
décharges neceffaires pour être brûlées publiquement
, avant de tirer la Loterie du mois fuivant.
I X.
Qu'il fera dreffé des Etats des Actions qui
auront été remifes par le Garde du Tréfor Royal
aufdits Directeurs, qu'au pied de ces états ils met→
tront leur reconnoiffance , & feront leur foumiffion
de payer de fix mois en fix mois à S. M.
le dividende defdites Actions , quoiqu'annullées
& brulées , attendu que c'eft de fes deniers que
le rembourfement en aura été fait ; confentant
toutefois S. M. que pendant la durée de la préfente
Loterie le dividende defdites Actions foit remis de
fix mois en fix mois au Garde du Tréfor Royal,
pour fervir au remboursement des vingt - cinq
mille Actions , conjointement avec les fonds que
l'Adjudicataire general de fes Fermes -Unies doit
lui fournir. AR1056
MERCURE DE FRANCE
J
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous ceux qui jouiffent de la Nobleffe en confequence
de Lettres obtenues , foit qu'elles foient
d'Annobliffement , Maintenue , Confirmation ,
Rétabliffement ou Réhabilitation , ou par Mairies
, Prevôtez des Marchands , Efchevinages ou
Capitoulats , depuis 1643. jufqu'au premier Septembre
1715. feront tenus de payer dans trois
mois , à compter de la datte du preſent Arreſt ,
la fomme de deux mille livres , & les deux fols
pour livre , pour le Droit de Confirmation dû à
Sa Majesté à caufe de fon avenement à la Couronne
; faute duquel payement ils feront déchûs
de la Nobleffe & des Privileges y attachez , &
compris dans les Rolles des Impofitions de l'année
prochaine comme roturiers .
ARREST de la Cour de Parlement, du 10. Mai
1730. qui ordonne la fuppreffion d'une Thefe
&c. La Cour a arrêté & ordonné que ladite Thefe
fera fupprimée , fait inhibitions & deffenfes aux
Jefuites & à tous autres , de foutenir aucunes
propofitions contraires aux libertez de l'Eglife
Gallicane , aux maximes & aux Ordonnances du
Royaume , & notamment aux Déclarations des
4. Août 1663. & Mars 1682. fur l'autorité du
Pape , la fuperiorité des Conciles Generaux &
autres matieres contenues dans ladite Thefe ; enjoint
à ceux qui pourroient en avoir des Exemplaires
, de les apporter à cet effet au Greffe de la
Cour ; ordonne que le prefent Arrêt fera fignifié
aux Superieurs des Maifons des Jefuites de cette
Ville de Paris , imprimé , lu , publié & affiché par
tout ou befoin fera , & que copies collationnées
d'icelui feront envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être pareillement
lues , publiées & enregistrées : Enjoint aux Subftituts
MAY. 1730. 1057
Atituts du Procureur General du Roi d'y teniria
main , & d'en certifier la Cour dans un mois.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne que
du jour de fa publication jufqu'au premier de
Juin de l'année prochaine 1731. les Boeufs , Vaches
, Moutons , Brebis , Agneaux , Porcs , Boucs,
Chevres & Chevrotins , qui viendront des Pays
Etrangers dans le Royaume , feront & demeureront
déchargez de tous Droits d'entrées , & c .
AR RE S T dụ 16 , Mai , pour faire retirer
les Actions de la Compagnie des Indes , qui font
tant au dépôt volontaire , qu'à celui où elles ont
été portées pour Primes ou Marchez fermes ; par
lequel il eft ordonné que les Porteurs des Recepiffez
du Sieur Nicolas , feront tenus de les rapporter
dans un mois pour tout délay , & de retirer
, tant du Dépôt volontaire que de l'autre , les
Actions qui y ont été dépofées ; finon , & ledit
temps paffé , Sa Majefté déclare nuls tous lefdits
Recepiffez du Sr. Nicolas , & ordonne que les
Actions qui n'auront point été retirées , feront
brûlées avec celles qui rentreront par la voye de
la Loterie , fans que cette peine puiffe être réputée
comminatoire . Veut & entend toutefois Sa Majefté
, que s'il avoit été porté que.ques Actions
au Dépot volontaire , foit par avis de parens ,
Acte judiciaire , ou convention particuliere , pour
raifon de Tutelle , Dot , ou autrement , lefdites
Actions ne puiffent être retirées dans le délai cideffus
marqué, par les particuliers dépofants, qu'en
prefence d'un Notaire qui fe chargera du Dépôt.
ARREST de la Cour du Parlement du 17.
Mai 1730. qui fupprime une Thefe foutenue en
Sorbonne le 8 Mai , &c. La Cour a arrêté &
ordonné que ladite Thefe fera fupprimée ; enjoint
Sorbonne
1058 MERCURE DE FRANCE
>
aux
aux
à ceux qui pourroient en avoir des exemplaires de
les apporter à cet effet au Greffe de la Cour ; fait
inhibitions & deffenfes à tous Bacheliers , Licentiez
, Docteur & autres , de foûtenir , écrire &
enfeigner , directement , ni indirectement és
Ecoles publiques , ni ailleurs , aucunes propofitions
contraires à l'ancienne doctrine de l'Eglife ,
aux Saints Canons , Decrets des Conciles Gene
raux , aux Libertez de l'Eglife Gallicane ,
Maximes & Ordonnances du Royaume
clauſes & conditions portées par l'Arrêt d'enregiftrement
de Lettres Patentes de 1714. & notamment
fur la propofition quatre- vingt -onziéme
, & aux Déclarations du 4. Août 1663. Edit
du mois de Mars 1682. fur l'autorité du Pape ,
la fuperiorité des Conciles Generaux & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à ſchifmes & à troubler la tranquil-
Itié publique , à peine d'être procedé contr'eux
ainfi qu'il appartiendra , fait deffenfes au Syndic
de la Faculté de Theologie , de fouffrir que telles
propofitions foient inferées en aucunes Thefes
Jui enjoint de veiller à ce que l'Edit de 1682. &
notamment l'article 8. dudit Edit foit executé
felon fa forme & teneur : Ordonne que le prefent
Arrêt fera fignifié aux Syndic & Doyen de ladite
Faculté de Theologie , imprimé , lû , publié &
affiché par tout où befoin fera, & que copies collationnées
d'icelui , feront envoyées au Bailliage
& Sénéchauffée du reffort , pour y être pareillement
lu , publié & enregistré , &c.
ORDONNANCES & c.
UGEMENT des Commiffaires Genéraux
du Confeil , députés par Sa Majefté pour la
liquidation des dettes & revifion des comptes des
Communautés d'Arts & Métiers de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , du 7. Mars 1730. portant
condamnation d'interdiction & de differentes
amendes contre plufieurs Maîtres Tailleurs d'habits
, anciens Jurés de leur Communauté , & le
nommé
MA Y. 1730. 1051
nommé de Montigny , & Reglement genéral fur
l'un des plus fréquens abus des Jurés des Com-)
munautés d'Arts & Métiers.
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
11. Mars , portant reglement pour les Fondeurs
en Or & en Argent , par lequel il eft fait deffenfes
aux Maitres Fondeurs & autres fondans des
matieres d'Or & d'Argent, de fondre nuitamment,
à peine de trois cens livres d'amende &c.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi au fujet
de la Duché & Pairie de Sully &c. Le Roi étant
en fon Confeil déclare la dignité de Duc & Paig
de France dévolue à Louis -Pierre-Maximilien de
Bethune , à la charge de retirer la Terre de Sully
des mains d'Armand de Bethune , Sieur d'Orval,
fur le pied , & aux charges , claufes & conditions
portées par l'Art. 7. de l'Edit du mois de May
1711. & cependant ledit Sieur d'Orval demeu
rera faifi de ladite Terre jufqu'au jour du remboufement
actuel . Fait & arrêté au Confeil d'Etat
du Roi , S. M. y étant , tenu à Verfailles le
13. Mars 1730. figné Phelipeaux .
AUTRE de la Cour des Monnoyes, du même
jour , portant Reglement pour les Maîtres
Orfevres ; & qui condamne un Maître Orfevre &
fon Compagnon par lui protegé , en cent livres
d'amende folidaire , confifque les Ouvrages d'Orfevrerie
faifis fur le Compagnon , & interdit le
Maître Orfevre pour trois mois.
AUTRE du 15. Avril , qui confirme le Sieur
Gagne dans un Droit de Péage fur la Riviere de
Saône au Port de Pouilly..
AUTRE
1.052. MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui confirme le
Sieur Batheon dans des droits de Péages ſur la
Riviere du Rhône à Vertrieu .
ORDONNANCE de Police du 20. Avril
concernant la vente des Huitres , par laquelle il
eft deffendu à tous Colporteurs d'Huitres d'en
crier & vendre dans les rues de Paris depuis le
dernier Avril jufqu'au dernier Jeudi du mois
d'Août de chaque année , à peine de 200. livres
d'amende contre les contrevenans & c.
ARREST du 25. Avril , qui ordonne que
dans fix mois les Proprietaires des Offices de
Clercs - Quefteurs & Commiffaires aux Caves fupprimés
par Edit de Juillet 1634. dont la Finance
n'a pas été liquidée & rembourfée, feront tenus de
remettre leurs Quittances de Finance , Proviſions
& autres Titres de proprieté ès mains de M. de
Gaumont , Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, pour être procedé à la liquidation des
Rentes ou Interêts qui fe trouveront leur être dûs.
AUTRE du 2. May , portant qu'il fera ou
vert une Loterie qui continuera pendant fix années
& huit mois pour le remboursement de vingtcinq
mille Actions de la Compagnie des Indes ,,
& révoque celle qui avoit été permife par l'Arrêt
du 7. Mars dernier ; & en conféquence ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE. PREMIER
Qu'à commencer du prefent mois de May
l'Adjudicataire genéral de fes Fermes - Unies remettra
le vingtiene de chaque mois és mains du
Garde du Tréfor Royal en exercice , la fomme
de quatre cens mille livres , pour être employée
en
MAY.
1730 .
en
remboursement
d'Actions de la
Compagnie 1730.
1053
des Indes, en la
maniere qui fera ci - après expliquée
; au moyen de quoi ledit
Adjudicataire
ne
fournira
plus , à
commencer
du mois de Jain
prochain , que cinq ceas mille livres par mois
pour le
remboursement
des
Capitaux des Rentes
fur la Ville , à laquelle
fomme S. M. a jugé à
propos de fixer les fonds
qu'elle y deftine.
I I.
Que la Loterie que S. M. avoit permis par
Arrêt du 7. Mars dernier aux Syndics & Directeurs
de la Compagnie des Indes d'établir, demeurera
revoquée & fupprimée , & qu'il en fera oùvert
une autre le 25. du préfent mois , qui continuëra
pendant fix années & huit mois, pour le
remboursement de vingt-cinq mille Actions.
III.
Que les Numero de toutes les Actions feront
mis dans une boifte pour être tirés au fort , &
que les Actionnaires dont les Numero fortiront
feront rembourfés & payés comptant de leurs
Actions , fuivant l'évaluation ci-après ; fçavoir ,
Pendant les mois de May & de Juin 1300. liv.
Pendant les fix derniers mois de la préſente année
·
Pendant
l'année 1731
1400. liv.
Pendant l'année 1732
1500. liv.
1600. liv.
Pendant l'année 1733
Pendant l'année 1734
1700. liv.
1800. liv.
Pendant les fix premiers mois de l'année 1735 .
1900. liv.
Pendant les fix derniers mois
2000. liv.
Pendant les fix premiers mois de 1736. . .
2100. liv.
Et pendant les fix derniers mois , ainfi qu'il fuit,
Juillet
Août
2200. liv.
• 2300. liv.
Septembre
1054 MERCURE DE FRANCE
Septembre
Octobre
Novembre
2400. liv.
25.00. liv.
3000. liv. Et Decembre
3000. liv. Au moyen de laquelle valeur graduelle
les Ac- tions feront portées jufqu'à trois mille livres.
IV.
Que ladite Loterie fera tirée le vingt - cinquiéme
jour de chaque mois , à commencer du préfent
mois , dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
, en préfence des Sieurs Commiflaires , des
Syndics & Directeurs de la Compagnie , & de
ceux des Actionnaires qui s'y voudront trouver.
V.
Que chaque Numero qui fortira de la boifte
operera le remboursement comptant d'une Action
, & qu'il fera tenu par le Secretaire de la
Compagnie un Registre paraphé par l'un desdits
fieurs Commiffaires , où feront enregistrés les
Numero fortis , lequel Regiſtre demeurera au Secretariat
pour y avoir recours en cas de befoin.
V I. 1
Qu'auffi -tôt que la Loterie de chaque mois
aura été tirée , ceux des Actionnaires à qui des
Lots feront échûs en recevront la valeur du Garde
du Trefor Royal , à la feule déduction de dix
livres par Action pour les frais , en rapportant
toutefois dans les trois premiers mois feulement
de chaque demi année les dividendes de leurs
Actions pour ladite demi année , & faute d'y fatisfaire
, qu'il leur fera retenu foixante - quinze
livres. S. M. laiffant la jouiffance du dividende à
ceux dont les Numero ne fortiront que dans les
trois derniers mois de chaque demi année.
VII.
Que les Actionnaires qui auront des Lots , &
qui voudront en recevoir la valeur , feront tenus
de
MAY . 1730. 1059
de faire vifer leurs Actions par celui ou ceux que
les Directeurs de la Compagnie des Indes nommeront
à cet effet , & de fe préfenter dans les
trois ſemaines qui fuivront chaque féance de la ,
Loterie , mais que ceux qui ne fe trouveront point
en état de difpofer de leurs Actions, ni d'en recevoir
le remboursement feront diſpenſés de les
rapporter , auquel cas les fonds qui leur étoient .
deftin és feront diftribués , à Bureau ouvert , dans
les huit jours qui précederont la féance fuivante
à ceux qui fe préfenteront , lefquels recevront la
valeur de leurs Actions fur le même pied que fi
le fort avoit fait fortir leurs Numero de la boifte,
& ce jufqu'à concurrence des fonds reftés en caiffe,
& non reclamés.
VIII.
Que toutes les Actions qui auront été rembour
fées feront remifes de trois mois en trois mois
pår le Garde du Trefor Royal aux Directeurs de
la Compagnie des Indes , en lui fourniffant les
décharges neceffaires pour être brûlées publiquement
, avant de tirer la Loterie du mois fuivant.
I X.
Qu'il fera dreffé des Etats des Actions qui
auront été remifes par le Garde du Tréfor Royal
aufdits Directeurs, qu'au pied de ces états ils met→
tront leur reconnoiffance , & feront leur foumiffion
de payer de fix mois en fix mois à S. M.
le dividende defdites Actions , quoiqu'annullées
& brulées , attendu que c'eft de fes deniers que
le rembourfement en aura été fait ; confentant
toutefois S. M. que pendant la durée de la préfente
Loterie le dividende defdites Actions foit remis de
fix mois en fix mois au Garde du Tréfor Royal,
pour fervir au remboursement des vingt - cinq
mille Actions , conjointement avec les fonds que
l'Adjudicataire general de fes Fermes -Unies doit
lui fournir. AR1056
MERCURE DE FRANCE
J
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous ceux qui jouiffent de la Nobleffe en confequence
de Lettres obtenues , foit qu'elles foient
d'Annobliffement , Maintenue , Confirmation ,
Rétabliffement ou Réhabilitation , ou par Mairies
, Prevôtez des Marchands , Efchevinages ou
Capitoulats , depuis 1643. jufqu'au premier Septembre
1715. feront tenus de payer dans trois
mois , à compter de la datte du preſent Arreſt ,
la fomme de deux mille livres , & les deux fols
pour livre , pour le Droit de Confirmation dû à
Sa Majesté à caufe de fon avenement à la Couronne
; faute duquel payement ils feront déchûs
de la Nobleffe & des Privileges y attachez , &
compris dans les Rolles des Impofitions de l'année
prochaine comme roturiers .
ARREST de la Cour de Parlement, du 10. Mai
1730. qui ordonne la fuppreffion d'une Thefe
&c. La Cour a arrêté & ordonné que ladite Thefe
fera fupprimée , fait inhibitions & deffenfes aux
Jefuites & à tous autres , de foutenir aucunes
propofitions contraires aux libertez de l'Eglife
Gallicane , aux maximes & aux Ordonnances du
Royaume , & notamment aux Déclarations des
4. Août 1663. & Mars 1682. fur l'autorité du
Pape , la fuperiorité des Conciles Generaux &
autres matieres contenues dans ladite Thefe ; enjoint
à ceux qui pourroient en avoir des Exemplaires
, de les apporter à cet effet au Greffe de la
Cour ; ordonne que le prefent Arrêt fera fignifié
aux Superieurs des Maifons des Jefuites de cette
Ville de Paris , imprimé , lu , publié & affiché par
tout ou befoin fera , & que copies collationnées
d'icelui feront envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être pareillement
lues , publiées & enregistrées : Enjoint aux Subftituts
MAY. 1730. 1057
Atituts du Procureur General du Roi d'y teniria
main , & d'en certifier la Cour dans un mois.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne que
du jour de fa publication jufqu'au premier de
Juin de l'année prochaine 1731. les Boeufs , Vaches
, Moutons , Brebis , Agneaux , Porcs , Boucs,
Chevres & Chevrotins , qui viendront des Pays
Etrangers dans le Royaume , feront & demeureront
déchargez de tous Droits d'entrées , & c .
AR RE S T dụ 16 , Mai , pour faire retirer
les Actions de la Compagnie des Indes , qui font
tant au dépôt volontaire , qu'à celui où elles ont
été portées pour Primes ou Marchez fermes ; par
lequel il eft ordonné que les Porteurs des Recepiffez
du Sieur Nicolas , feront tenus de les rapporter
dans un mois pour tout délay , & de retirer
, tant du Dépôt volontaire que de l'autre , les
Actions qui y ont été dépofées ; finon , & ledit
temps paffé , Sa Majefté déclare nuls tous lefdits
Recepiffez du Sr. Nicolas , & ordonne que les
Actions qui n'auront point été retirées , feront
brûlées avec celles qui rentreront par la voye de
la Loterie , fans que cette peine puiffe être réputée
comminatoire . Veut & entend toutefois Sa Majefté
, que s'il avoit été porté que.ques Actions
au Dépot volontaire , foit par avis de parens ,
Acte judiciaire , ou convention particuliere , pour
raifon de Tutelle , Dot , ou autrement , lefdites
Actions ne puiffent être retirées dans le délai cideffus
marqué, par les particuliers dépofants, qu'en
prefence d'un Notaire qui fe chargera du Dépôt.
ARREST de la Cour du Parlement du 17.
Mai 1730. qui fupprime une Thefe foutenue en
Sorbonne le 8 Mai , &c. La Cour a arrêté &
ordonné que ladite Thefe fera fupprimée ; enjoint
Sorbonne
1058 MERCURE DE FRANCE
>
aux
aux
à ceux qui pourroient en avoir des exemplaires de
les apporter à cet effet au Greffe de la Cour ; fait
inhibitions & deffenfes à tous Bacheliers , Licentiez
, Docteur & autres , de foûtenir , écrire &
enfeigner , directement , ni indirectement és
Ecoles publiques , ni ailleurs , aucunes propofitions
contraires à l'ancienne doctrine de l'Eglife ,
aux Saints Canons , Decrets des Conciles Gene
raux , aux Libertez de l'Eglife Gallicane ,
Maximes & Ordonnances du Royaume
clauſes & conditions portées par l'Arrêt d'enregiftrement
de Lettres Patentes de 1714. & notamment
fur la propofition quatre- vingt -onziéme
, & aux Déclarations du 4. Août 1663. Edit
du mois de Mars 1682. fur l'autorité du Pape ,
la fuperiorité des Conciles Generaux & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à ſchifmes & à troubler la tranquil-
Itié publique , à peine d'être procedé contr'eux
ainfi qu'il appartiendra , fait deffenfes au Syndic
de la Faculté de Theologie , de fouffrir que telles
propofitions foient inferées en aucunes Thefes
Jui enjoint de veiller à ce que l'Edit de 1682. &
notamment l'article 8. dudit Edit foit executé
felon fa forme & teneur : Ordonne que le prefent
Arrêt fera fignifié aux Syndic & Doyen de ladite
Faculté de Theologie , imprimé , lû , publié &
affiché par tout où befoin fera, & que copies collationnées
d'icelui , feront envoyées au Bailliage
& Sénéchauffée du reffort , pour y être pareillement
lu , publié & enregistré , &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
En mars 1730, plusieurs mesures administratives ont été prises à Paris. Le 7 mars, les commissaires généraux du Conseil ont sanctionné des maîtres tailleurs d'habits et le nommé de Montigny, anciens jurés de leur communauté, en leur infligeant des amendes et des interdictions. Ils ont également réglementé les abus fréquents des jurés des communautés d'arts et métiers. Le 11 mars, la Cour des Monnoyes a interdit aux maîtres fondeurs de travailler la nuit, sous peine d'amende. Le 13 mars, le Conseil d'État a déclaré Louis-Pierre-Maximilien de Bethune duc et pair de France, lui attribuant la terre de Sully au détriment d'Armand de Bethune, seigneur d'Orval. La même journée, la Cour des Monnoyes a réglementé les maîtres orfèvres et condamné un maître et son compagnon à une amende et à la confiscation de leurs œuvres. Le 15 avril, deux arrêts ont confirmé les droits de péage du sieur Gagne sur la Saône et du sieur Batheon sur le Rhône. Le 20 avril, une ordonnance de police a interdit la vente d'huîtres dans les rues de Paris de la fin avril à la fin août. Le 25 avril, les propriétaires d'offices supprimés en 1634 ont été sommés de remettre leurs titres pour liquidation. Le 2 mai, une loterie a été instaurée pour rembourser 25 000 actions de la Compagnie des Indes sur une période de six ans et huit mois. Le 10 mai, la Cour de Parlement a supprimé une thèse jugée contraire aux libertés de l'Église gallicane. Le 15 mai, les animaux importés d'autres pays ont été exemptés de droits d'entrée jusqu'au 1er juin 1731. Le 16 mai, un arrêt a ordonné le retrait des actions de la Compagnie des Indes déposées. Le 17 mai, une autre thèse a été supprimée pour les mêmes raisons que la précédente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5971
p. 820-828
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Début :
ARREST du 21. Novembre 1730. qui ordonne que le sieur [...]
Mots clefs :
Arrêt, Déclaration du roi, Ordonnance, Commerce, Brevets, Militaires, Médecine, Négociants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
ARRESTS , DECLARATIONS
ORDONNANCES , &c.
RREST du 21. Novembre 1730. qui or-
Adonne que le sieur Jacques Auriol et ses
Associez , jouiront pendant dix années à commencer
au premier Janvier 1731. au lieu & place
de la Compagnie des Indes , du commerce de la
Côte de Barbarie , pour en jouir et y faire le
commerce exclusif , sous le nom de COMPAGNIE
D'AFRIQUE.
" DECLARATION DU ROY , concernant
les Scellez des Officiers Militaires. Donnée
à Versailles le 3. Février 1731. Registrée en
Parlement. Par laquelle S. M. établit un nouveau
Reglement pour prévenir toutes les difficul
tez qui pourroient survenir sur cette matiere.
ARREST du 11. Fevrier , portant . Reglement
pour les Toiles , Batistes et Linons qui se
fabriquent dans les Generalitez de Paris et de
Soissons.
AUTRE , du 13. Fevrier , qui ordonne que
les Acquereurs des Offices sur les Quais , Ports et
Halles de Paris , rétablis par Edit du mois de Juin
1730 seront mis en possession des fonctions et
Droits y attribuez , lorsque tous les Offices auront
été acquis ; que les acquereurs des Offices
d'une Communauté , dont la totalité n'aura point
encore été levée , jouiront seulement de la portion
AVRIL. 1731. 821
tion des droits attachez à leurs Offices ; et qu'en
attendant que la totalité des Offices de chaque
Communauté soit levée , Remy Barbier et ses
Cautions continueront la perception desdits droits
à la charge de payer tous les mois à chaque acquereur
d'Office la portion des droits à lui revenante.
DECLARATION DU ROY , sur les
Insinuations. Donnée à Versailles le 17. Fevrier
1731. Registrée en Parlement le 9. Mars , par
laquelle S. M. a . jugé nécessaire de rappeller les
dispositions des anciens Reglemens à cet égard, et
même de fixer d'une maniere encore plus précise
qu'il n'a été fait jusqu'à present, les Bureaux dans
lesquels les Insinuations des Donations entre-vifs
doivent êtres faites , &c.
ARREST du 5. Mars , qui regle la distribution
des fonds destinez au soulagement des pauvres
Maisons et Communautez de filles Religieuses
du Royaume.
AUTRE du 6. Mars , par lequel Sa Majesté
accorde une Loterie d'Etoffes de Soye , Or et
Argent , en faveur des Créanciers de Gazon -Galpin.
Et veut qu'elle soit , composée de 133000.
Billets de 3. livres chacun , et que les Lots desdites
Etoffes soient, en nombre proportionné,suivant
la division qu'il conviendra faire desdites
Marchandises , dont sera dressé un Etat visé du
Lieutenant General de Police. Ladite Loterie a été
ouverte le 19. Mars et doit être tirée pour la premiere
fois le 11. May suivant , et ensuite de mois
en mois . On a publié differens Avis pour
former le Public de la disposition de ladite Loterie
, avec un Etat des Marchandises qui doivent
la composer , et une Liste de ceux qui ont été
I j commis
in822
MERCURE DE FRANCE
commis par M. Herault , pour la distribution
des Billets.
2
2
ORDONNANCE DU ROI , du io . Mars
concernant les Cavaliers , Dragons et Soldats ,
qui aprés avoir obtenu leurs Congez absolus
voudront prendre de nouveaux Engagemens. Par
laquelle il est dit , que Sa Majesté étant informée
que la plus grande partie des Cavaliers , Dragons
et Soldats , qui sont dans le cas d'obtenir des
Congez absolus , aprés avoir rempli le temps de
leurs engagemens , au lieu d'en prendre de nouveaux
avec leurs Capitaines , lorsqu'ils ont intention
de continuer leurs services dans les Troupes
, en sont souvent détournez par les proposi
tions qui leur sont faites avant l'expiration desdits
Congez , par d'autres Capitaines de la même
garnison , pour les attirer dans leurs Compagnies
; Et voulant remedier à un abus égaleanent
contraire au bien de son Service , et à la
bonne intelligence qui doit regner entre les differens
corps et les Officiers dont ils sont composez
, 5. M. a défendu et défend très expressement
à tous Capitaines d'Infanterie , Cavalerie et
Dragons , d'engager et recevoir en leurs Compagnies
aucun Cavalier , Dragon ou Saldat des
autres Compagnies , avec lesquelles ils seront en
garnison , quoique porteur d'un Congé absolu ;
à peine ausdits Capitaines d'être cassez , et de
perdre ce qu'ils auront payé pour lesdits engagemens
, et ausdits Soldats , Cavaliers ou Dragons
, de continuer à servir dans la Compagnie
qu'ils auront quitté , pendant le temps porté par
leur nouvel engagement , et d'être punis comme
déserteurs s'ils s'en absentent sans Congé. Défend
pareillement Sa Majesté à tous Capitaines ,
quoique de garnison differente , de recevoir en
·
leurs
AVRIL. 1731. 823
Jeurs Compagnies aucun Cavalier , Dragon on
Soldat sortant d'une autre Compagnie avec Congé
absolu , pendant le temps d'un mois , à compter
du jour de la date dudit Congé : Permet Sa
Majesté , en cas de contravention , au Capitaine
de la Compagnie que ledit Cavalier , Dragon ou
Soldat aura quitté , de le reprendre en celle on it
aura passé avant ledir terme expiré , pour continuer
ses services en sa premiere Compagnie pen-
"dant le tems de son nouvel enrollement , ainsi
qu'il est dit ci-dessus , en restituant au nouveau
Capitaine la somme de trente livres seulement
pour le prix d'icelui. Veur au surplus , Sa Majesté
, qu'après ledit terme d'un mois passé , il soit
libre à tous Cavaliers , Dragons et Soldats por
teurs de Congez absolus , de prendre partie en
telle Compagnie qu'ils jugeront à propos , à
l'exception seulement de celles avec lesquelles ils
étoient en garnison lors de l'expedition de leurs
Congez absolus ; et à tous Capitaines étant en
garnisons , ou, quartiers differens , de les recevoir
en leurs Compagnies , sans pouvoir être repetez
sous quelque prétexte que ce puisse être , &c.
ARREST du Conseil du 17. Mars , concermant
la Discipline et la Police des trois Corps
de la Medecine .
Le Roi s'étant fait représenter les Arrêts de
son Conseil , des trois Juillet , vingt-cinq Octobré
mil sept cent vingt-huit , et onze Mars mil
sept cent trente-un , Par lesquels sa Majesté , pour
prévenir les dangereux inconveniens de la distribution
d'un nombre considerable de Remedes appellez
Specifiques et autres , qui se fait par diffesens
Particuliers , auroit ordonné qu'ils seroient
examinez , et auroit à cet effet choisi son prenier
Medecin et son premier Chirurgien , avec
I iiij
ceur:
824 MERCURE DE FRANCE
ceux des differens Corps de la Medecine , de la
Chirurgie et des Apotiquaires , qu'Elle a jugé les
-plus capables pour proceder à cet examen. Vu
PAvis du Sieur Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police , Oui le rapport , Sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et or
donne , que les Arrêts des 3. Juillet , 25. Octobre
1728. , et 11. Mars 1731. seront executez selon
leur forme et teneur , et en consequence ordonné
la
I. Qu'il ne sera à l'avenir expedié ni délivré
aucuns Brevets par son Premier Medecin pour
distribution des Remedes particuliers , qu'aprés
avoir été examinez à la Commission , et en conséquence
d'une Déliberation signée de tous ceux
qui la composent ; et que pour plus grande sûreté
dans l'usage desdits Remedes , les Maladies et
les circonstances ausquelles ils seront jugez applicables
, soient specifiez dans lesdits Brevets et
Privileges.
II. Ne pourront lesdits Brevets et Privileges
être accordez que pour le tems et espace de trois
ans , passé lequel temps , seront tenus ceux en
faveur de qui ils auront été expedicz , de les rapporter
, pour en obtenir le renouvellement , qui
ne sera délivré que sur les Certificats donnez par
les Medecins et Chirurgiens des lieux où lesdits
Remedes auront été employez , sur le bon effet
qu'ils auront produit ; Et en cas qu'aucuns desdits
Brevets on Privileges ayent été expediez pour
un temps indéfini , ils ne pourront avoir lieu que
pendant ledit temps de trois années , à compter
du jour de leur date , le tout à peine de nullité
mille livres d'amende applicable aux Hôpitaux
des Lieux , même de punition exemplaire contre
ceux qui auront , ledit temps passé , continué à
distribuer leurs Remedes sans avoir obtenu le
renouAVRIL.
1731. 825
renouvellement de leurs Brevets dans la forme
prescrite ci dessus. 2
III . Veut Sa Majesté que les Minutes desdies
Brevets et Privileges , ainsi que le Registre
qui en sera tenu ,
demeurent entre les mains du
Premier Medecin , pour y avoir recours en cas de
besoin.
2
IV. Et pour éviter toute surprise dans le Public
de la part des Distributeurs desdits Remedes
qui auront été examinez et approuvez , ordonne
Sa Majesté que l'Original des Affiches sera conforme
à la teneur des Brevets qui les autoriseront,
et visé du Premier Medecin , ou de tel autre qui
sera par lui préposé à cet effet à peine de cing
cens livres d'amende.
,
V. Ordonne Sa Majesté que son Premier Me,
decin sera tenu d'adresser un double Imprimé de
chaque Brevet ou Privilege , aux Doyens des Facultez
ou Aggregations de Medecine lesquels
auront soin de l'informer exactement du succès
ou des inconveniens desdits Remedes.
2
VI. Entend pareillement Sa Majesté , que lorsqu'il
arrivera des Maladies Epidemiques ou des
cas extraordinaires jusqu'ici inconnus soit en
fait de Medecine ou de Chirurgie dans la Ville
de Paris , il en soit donné avis à la Commission
par les Medecins ou Chirurgiens chargez du soin
des Malades , lesquels seront invitez , s'il est ainsi
jugé à propos , a venir faire le détail de ladite
Maladie ou desdits cas extraordinaires à ladite
Commission , à laquelle les Medecins et Chirurgiens
des Provinces seront pareillement tenus dans
les mêmes cas d'en envoyer le récit , qui sera
adressé au Premier Medecin , et qui contiendra
aussi la maniere dont les Malades auront été trai
tez , et du tout en sera tenu Registre , dans le
quel sera fait mention du progrès et de l'issue de
la
$26 MERCURE DE FRANCE
la Maladie ou desdits cas extraordinaires.
VII. Enjoint trés-expressément Sa Majesté
tous les Corps des Facultez de Medecine et d'Aggregations
du Royaume , ainsi qu'à tous les
Lieutenans du Premier Chirurgien , de dénoncer
ladite Commission tous Distributeurs de Remedes
, et Colporteurs qui ne se trouveront munis
d'aucun Brevet du Premier Medecin dans
la forme ci - dessus prescrite .
VIII. Et pour prévenir toutes sortes de contestations
et de procès entre les trois professions ,
des Medecins , Chirurgiens et Apoticaires en co
qui peut regarder les differens objets et la police
desdites Professions , veut Sa Majesté que ladite
Commission aprés s'être fait représenter les Statuts
et Reglemens , donne son Avis sur les difficultez
nées ou à naître , concernant l'exercice
la discipline et les limites de chacune desdites
Professions , pour , ledit avis vû et rapporté , y
être pourvû par Sa Majesté.
>
IX. Fait Sa Majesté défenses à tous Gouverneurs
et Magistrats des Villes dans les Provinces,
de permettre à des gens sans qualité comme
Operateurs ou autres , de distribuer et débiter aucuns
Remedes s'ils n'ont été approuvez de
la Commission , et qu'il ne leur soit apparu de
Pexpedition des Brevets ou Privileges dans les
formes 'ci dessus , &c.
AUTRE du 20. Mars , portant Reglement
pour le droit d'Amortissement des sommes données
aux gens de main- morte , à charge de fondation
perpetuelle , quoique sans stipulation
d'emploi.
ORDONNANCE du Roi
Mars , qui fixe à dix ans , la résidence des
du 21.
NégoAVRIL.
173.1 . 827
Négocians et Artisans François dans les Eschelles
du Levant et de Barbarie. Par laquelle S. M.
ordonne ce qui suit.
1. Les Négocians François , qui sont présentement
établis dans les Eschelle's du Levant et de
Barbarie , sur les permissions de la Chambre du
Commerce de Marseille , pourront y continuer
leur résidence pendant dix années , à compter du
jour que la présente Ordonnance aura été enregistrée
dans les Chancelleries de chacune desdites
Eschelles ; aprés lequel temps de dix années , Sa
Majesté enjoint ausdits Negocians de revenir dans
le Royaume , à peine de désobéissance , et aux
Consuls et Vice - Consuls de les y contraindre.
II. Les Negocians qui voudront à l'avenir passer
en Levant et en Barbarie pour s'y établir
prendront le Certificat de la Chambre du Cominerce
de Marseille , en la maniere ordinaire , er:
ne pourront résider que dix ans dans l'Eschelle
qu'ils auront choisie , lesquels dix ans ne compteront
que du jour de leur arrivée sur l'Eschelle
dont le Chancelier adressera son Certificat à ladite
Chambre,
III. Veut et entend Sa Majesté , que les dis
positions des deux précedens Articles ayent licu
et soient observées à l'égard des Artisans et gens
de mêtier , de quelque Profession qu'ils soient
lesquels se trouvent présentement établis dans les
Eschelles de Levant êt de Barbarie , au qui pourront
s'y établir dans la suite,
IV. Les Marchands et Artisans , qui après
avoir résidé en Levant et en Barbarie seront revenus
en France , ne pourront y retourner qu'à
prés un terme de cinq ans au moins , comp
ter du jour de leur départ desdits Pays.
V. Les Commis des Négocians ne seront point
soumis aux mêmes dispositions , pendant tout le
temps
828 MERCURE DE FRANCE.
temps qu'ils seront au service desdits Négocians
François , et qu'ils s'instruiront pour se rendre
capables de participer à leur commerce , et les
remplacer lors de leur retraite , ou en cas de mort,
ou de tout autre évennement.
VI.. Les Domestiques pourront demeurer chez
leurs Maîtres autant de temps qu'ils voudront
les garder ; mais lorsqu'ils leur donneront congé
, et qu'ils seront inutiles sur les Eschelles , les
Consuls les teront embarquer sur le premier bâtiment
destiné pour France.
ORDONNANCES , &c.
RREST du 21. Novembre 1730. qui or-
Adonne que le sieur Jacques Auriol et ses
Associez , jouiront pendant dix années à commencer
au premier Janvier 1731. au lieu & place
de la Compagnie des Indes , du commerce de la
Côte de Barbarie , pour en jouir et y faire le
commerce exclusif , sous le nom de COMPAGNIE
D'AFRIQUE.
" DECLARATION DU ROY , concernant
les Scellez des Officiers Militaires. Donnée
à Versailles le 3. Février 1731. Registrée en
Parlement. Par laquelle S. M. établit un nouveau
Reglement pour prévenir toutes les difficul
tez qui pourroient survenir sur cette matiere.
ARREST du 11. Fevrier , portant . Reglement
pour les Toiles , Batistes et Linons qui se
fabriquent dans les Generalitez de Paris et de
Soissons.
AUTRE , du 13. Fevrier , qui ordonne que
les Acquereurs des Offices sur les Quais , Ports et
Halles de Paris , rétablis par Edit du mois de Juin
1730 seront mis en possession des fonctions et
Droits y attribuez , lorsque tous les Offices auront
été acquis ; que les acquereurs des Offices
d'une Communauté , dont la totalité n'aura point
encore été levée , jouiront seulement de la portion
AVRIL. 1731. 821
tion des droits attachez à leurs Offices ; et qu'en
attendant que la totalité des Offices de chaque
Communauté soit levée , Remy Barbier et ses
Cautions continueront la perception desdits droits
à la charge de payer tous les mois à chaque acquereur
d'Office la portion des droits à lui revenante.
DECLARATION DU ROY , sur les
Insinuations. Donnée à Versailles le 17. Fevrier
1731. Registrée en Parlement le 9. Mars , par
laquelle S. M. a . jugé nécessaire de rappeller les
dispositions des anciens Reglemens à cet égard, et
même de fixer d'une maniere encore plus précise
qu'il n'a été fait jusqu'à present, les Bureaux dans
lesquels les Insinuations des Donations entre-vifs
doivent êtres faites , &c.
ARREST du 5. Mars , qui regle la distribution
des fonds destinez au soulagement des pauvres
Maisons et Communautez de filles Religieuses
du Royaume.
AUTRE du 6. Mars , par lequel Sa Majesté
accorde une Loterie d'Etoffes de Soye , Or et
Argent , en faveur des Créanciers de Gazon -Galpin.
Et veut qu'elle soit , composée de 133000.
Billets de 3. livres chacun , et que les Lots desdites
Etoffes soient, en nombre proportionné,suivant
la division qu'il conviendra faire desdites
Marchandises , dont sera dressé un Etat visé du
Lieutenant General de Police. Ladite Loterie a été
ouverte le 19. Mars et doit être tirée pour la premiere
fois le 11. May suivant , et ensuite de mois
en mois . On a publié differens Avis pour
former le Public de la disposition de ladite Loterie
, avec un Etat des Marchandises qui doivent
la composer , et une Liste de ceux qui ont été
I j commis
in822
MERCURE DE FRANCE
commis par M. Herault , pour la distribution
des Billets.
2
2
ORDONNANCE DU ROI , du io . Mars
concernant les Cavaliers , Dragons et Soldats ,
qui aprés avoir obtenu leurs Congez absolus
voudront prendre de nouveaux Engagemens. Par
laquelle il est dit , que Sa Majesté étant informée
que la plus grande partie des Cavaliers , Dragons
et Soldats , qui sont dans le cas d'obtenir des
Congez absolus , aprés avoir rempli le temps de
leurs engagemens , au lieu d'en prendre de nouveaux
avec leurs Capitaines , lorsqu'ils ont intention
de continuer leurs services dans les Troupes
, en sont souvent détournez par les proposi
tions qui leur sont faites avant l'expiration desdits
Congez , par d'autres Capitaines de la même
garnison , pour les attirer dans leurs Compagnies
; Et voulant remedier à un abus égaleanent
contraire au bien de son Service , et à la
bonne intelligence qui doit regner entre les differens
corps et les Officiers dont ils sont composez
, 5. M. a défendu et défend très expressement
à tous Capitaines d'Infanterie , Cavalerie et
Dragons , d'engager et recevoir en leurs Compagnies
aucun Cavalier , Dragon ou Saldat des
autres Compagnies , avec lesquelles ils seront en
garnison , quoique porteur d'un Congé absolu ;
à peine ausdits Capitaines d'être cassez , et de
perdre ce qu'ils auront payé pour lesdits engagemens
, et ausdits Soldats , Cavaliers ou Dragons
, de continuer à servir dans la Compagnie
qu'ils auront quitté , pendant le temps porté par
leur nouvel engagement , et d'être punis comme
déserteurs s'ils s'en absentent sans Congé. Défend
pareillement Sa Majesté à tous Capitaines ,
quoique de garnison differente , de recevoir en
·
leurs
AVRIL. 1731. 823
Jeurs Compagnies aucun Cavalier , Dragon on
Soldat sortant d'une autre Compagnie avec Congé
absolu , pendant le temps d'un mois , à compter
du jour de la date dudit Congé : Permet Sa
Majesté , en cas de contravention , au Capitaine
de la Compagnie que ledit Cavalier , Dragon ou
Soldat aura quitté , de le reprendre en celle on it
aura passé avant ledir terme expiré , pour continuer
ses services en sa premiere Compagnie pen-
"dant le tems de son nouvel enrollement , ainsi
qu'il est dit ci-dessus , en restituant au nouveau
Capitaine la somme de trente livres seulement
pour le prix d'icelui. Veur au surplus , Sa Majesté
, qu'après ledit terme d'un mois passé , il soit
libre à tous Cavaliers , Dragons et Soldats por
teurs de Congez absolus , de prendre partie en
telle Compagnie qu'ils jugeront à propos , à
l'exception seulement de celles avec lesquelles ils
étoient en garnison lors de l'expedition de leurs
Congez absolus ; et à tous Capitaines étant en
garnisons , ou, quartiers differens , de les recevoir
en leurs Compagnies , sans pouvoir être repetez
sous quelque prétexte que ce puisse être , &c.
ARREST du Conseil du 17. Mars , concermant
la Discipline et la Police des trois Corps
de la Medecine .
Le Roi s'étant fait représenter les Arrêts de
son Conseil , des trois Juillet , vingt-cinq Octobré
mil sept cent vingt-huit , et onze Mars mil
sept cent trente-un , Par lesquels sa Majesté , pour
prévenir les dangereux inconveniens de la distribution
d'un nombre considerable de Remedes appellez
Specifiques et autres , qui se fait par diffesens
Particuliers , auroit ordonné qu'ils seroient
examinez , et auroit à cet effet choisi son prenier
Medecin et son premier Chirurgien , avec
I iiij
ceur:
824 MERCURE DE FRANCE
ceux des differens Corps de la Medecine , de la
Chirurgie et des Apotiquaires , qu'Elle a jugé les
-plus capables pour proceder à cet examen. Vu
PAvis du Sieur Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police , Oui le rapport , Sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et or
donne , que les Arrêts des 3. Juillet , 25. Octobre
1728. , et 11. Mars 1731. seront executez selon
leur forme et teneur , et en consequence ordonné
la
I. Qu'il ne sera à l'avenir expedié ni délivré
aucuns Brevets par son Premier Medecin pour
distribution des Remedes particuliers , qu'aprés
avoir été examinez à la Commission , et en conséquence
d'une Déliberation signée de tous ceux
qui la composent ; et que pour plus grande sûreté
dans l'usage desdits Remedes , les Maladies et
les circonstances ausquelles ils seront jugez applicables
, soient specifiez dans lesdits Brevets et
Privileges.
II. Ne pourront lesdits Brevets et Privileges
être accordez que pour le tems et espace de trois
ans , passé lequel temps , seront tenus ceux en
faveur de qui ils auront été expedicz , de les rapporter
, pour en obtenir le renouvellement , qui
ne sera délivré que sur les Certificats donnez par
les Medecins et Chirurgiens des lieux où lesdits
Remedes auront été employez , sur le bon effet
qu'ils auront produit ; Et en cas qu'aucuns desdits
Brevets on Privileges ayent été expediez pour
un temps indéfini , ils ne pourront avoir lieu que
pendant ledit temps de trois années , à compter
du jour de leur date , le tout à peine de nullité
mille livres d'amende applicable aux Hôpitaux
des Lieux , même de punition exemplaire contre
ceux qui auront , ledit temps passé , continué à
distribuer leurs Remedes sans avoir obtenu le
renouAVRIL.
1731. 825
renouvellement de leurs Brevets dans la forme
prescrite ci dessus. 2
III . Veut Sa Majesté que les Minutes desdies
Brevets et Privileges , ainsi que le Registre
qui en sera tenu ,
demeurent entre les mains du
Premier Medecin , pour y avoir recours en cas de
besoin.
2
IV. Et pour éviter toute surprise dans le Public
de la part des Distributeurs desdits Remedes
qui auront été examinez et approuvez , ordonne
Sa Majesté que l'Original des Affiches sera conforme
à la teneur des Brevets qui les autoriseront,
et visé du Premier Medecin , ou de tel autre qui
sera par lui préposé à cet effet à peine de cing
cens livres d'amende.
,
V. Ordonne Sa Majesté que son Premier Me,
decin sera tenu d'adresser un double Imprimé de
chaque Brevet ou Privilege , aux Doyens des Facultez
ou Aggregations de Medecine lesquels
auront soin de l'informer exactement du succès
ou des inconveniens desdits Remedes.
2
VI. Entend pareillement Sa Majesté , que lorsqu'il
arrivera des Maladies Epidemiques ou des
cas extraordinaires jusqu'ici inconnus soit en
fait de Medecine ou de Chirurgie dans la Ville
de Paris , il en soit donné avis à la Commission
par les Medecins ou Chirurgiens chargez du soin
des Malades , lesquels seront invitez , s'il est ainsi
jugé à propos , a venir faire le détail de ladite
Maladie ou desdits cas extraordinaires à ladite
Commission , à laquelle les Medecins et Chirurgiens
des Provinces seront pareillement tenus dans
les mêmes cas d'en envoyer le récit , qui sera
adressé au Premier Medecin , et qui contiendra
aussi la maniere dont les Malades auront été trai
tez , et du tout en sera tenu Registre , dans le
quel sera fait mention du progrès et de l'issue de
la
$26 MERCURE DE FRANCE
la Maladie ou desdits cas extraordinaires.
VII. Enjoint trés-expressément Sa Majesté
tous les Corps des Facultez de Medecine et d'Aggregations
du Royaume , ainsi qu'à tous les
Lieutenans du Premier Chirurgien , de dénoncer
ladite Commission tous Distributeurs de Remedes
, et Colporteurs qui ne se trouveront munis
d'aucun Brevet du Premier Medecin dans
la forme ci - dessus prescrite .
VIII. Et pour prévenir toutes sortes de contestations
et de procès entre les trois professions ,
des Medecins , Chirurgiens et Apoticaires en co
qui peut regarder les differens objets et la police
desdites Professions , veut Sa Majesté que ladite
Commission aprés s'être fait représenter les Statuts
et Reglemens , donne son Avis sur les difficultez
nées ou à naître , concernant l'exercice
la discipline et les limites de chacune desdites
Professions , pour , ledit avis vû et rapporté , y
être pourvû par Sa Majesté.
>
IX. Fait Sa Majesté défenses à tous Gouverneurs
et Magistrats des Villes dans les Provinces,
de permettre à des gens sans qualité comme
Operateurs ou autres , de distribuer et débiter aucuns
Remedes s'ils n'ont été approuvez de
la Commission , et qu'il ne leur soit apparu de
Pexpedition des Brevets ou Privileges dans les
formes 'ci dessus , &c.
AUTRE du 20. Mars , portant Reglement
pour le droit d'Amortissement des sommes données
aux gens de main- morte , à charge de fondation
perpetuelle , quoique sans stipulation
d'emploi.
ORDONNANCE du Roi
Mars , qui fixe à dix ans , la résidence des
du 21.
NégoAVRIL.
173.1 . 827
Négocians et Artisans François dans les Eschelles
du Levant et de Barbarie. Par laquelle S. M.
ordonne ce qui suit.
1. Les Négocians François , qui sont présentement
établis dans les Eschelle's du Levant et de
Barbarie , sur les permissions de la Chambre du
Commerce de Marseille , pourront y continuer
leur résidence pendant dix années , à compter du
jour que la présente Ordonnance aura été enregistrée
dans les Chancelleries de chacune desdites
Eschelles ; aprés lequel temps de dix années , Sa
Majesté enjoint ausdits Negocians de revenir dans
le Royaume , à peine de désobéissance , et aux
Consuls et Vice - Consuls de les y contraindre.
II. Les Negocians qui voudront à l'avenir passer
en Levant et en Barbarie pour s'y établir
prendront le Certificat de la Chambre du Cominerce
de Marseille , en la maniere ordinaire , er:
ne pourront résider que dix ans dans l'Eschelle
qu'ils auront choisie , lesquels dix ans ne compteront
que du jour de leur arrivée sur l'Eschelle
dont le Chancelier adressera son Certificat à ladite
Chambre,
III. Veut et entend Sa Majesté , que les dis
positions des deux précedens Articles ayent licu
et soient observées à l'égard des Artisans et gens
de mêtier , de quelque Profession qu'ils soient
lesquels se trouvent présentement établis dans les
Eschelles de Levant êt de Barbarie , au qui pourront
s'y établir dans la suite,
IV. Les Marchands et Artisans , qui après
avoir résidé en Levant et en Barbarie seront revenus
en France , ne pourront y retourner qu'à
prés un terme de cinq ans au moins , comp
ter du jour de leur départ desdits Pays.
V. Les Commis des Négocians ne seront point
soumis aux mêmes dispositions , pendant tout le
temps
828 MERCURE DE FRANCE.
temps qu'ils seront au service desdits Négocians
François , et qu'ils s'instruiront pour se rendre
capables de participer à leur commerce , et les
remplacer lors de leur retraite , ou en cas de mort,
ou de tout autre évennement.
VI.. Les Domestiques pourront demeurer chez
leurs Maîtres autant de temps qu'ils voudront
les garder ; mais lorsqu'ils leur donneront congé
, et qu'ils seront inutiles sur les Eschelles , les
Consuls les teront embarquer sur le premier bâtiment
destiné pour France.
Fermer
Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Entre novembre 1730 et avril 1731, plusieurs ordonnances et déclarations royales ont été émises. Le 21 novembre 1730, un arrêt accorda à Jacques Auriol et ses associés le monopole du commerce sur la Côte de Barbarie pour dix ans, à partir du 1er janvier 1731, sous le nom de Compagnie d'Afrique. Le 3 février 1731, une déclaration royale établit un nouveau règlement concernant les sceaux des officiers militaires. Le 11 février, un arrêt régula la fabrication des toiles, batistes et linons dans les généralités de Paris et de Soissons. Le 13 février, un autre arrêt organisa la mise en possession des acquéreurs d'offices sur les quais, ports et halles de Paris. Le 17 février, une déclaration royale rappela les dispositions des anciens règlements sur les insinuations des donations entre vifs. Le 5 mars, un arrêt régula la distribution des fonds destinés au soulagement des pauvres maisons et communautés de filles religieuses. Le 6 mars, une ordonnance royale accorda une loterie d'étoffes de soie, or et argent en faveur des créanciers de Gazon-Galpin. Le 10 mars, une ordonnance royale concerna les engagements des cavaliers, dragons et soldats. Le 17 mars, un arrêt du Conseil régula la discipline et la police des trois corps de la médecine. Le 20 mars, un arrêt porta règlement sur le droit d'amortissement des sommes données aux gens de main-morte. Enfin, le 21 mars, une ordonnance royale fixa à dix ans la résidence des négociants et artisans français dans les échelles du Levant et de Barbarie. Le texte mentionne également deux points concernant les relations commerciales et les domestiques dans un contexte colonial. Premièrement, il permet aux individus de participer à des activités commerciales et de se faire remplacer en cas de retraite, de décès ou d'autres événements. Deuxièmement, il stipule que les domestiques peuvent rester au service de leurs maîtres aussi longtemps que ceux-ci le souhaitent. Cependant, lorsqu'ils sont congédiés et deviennent inutiles sur les lieux de travail désignés, les consuls doivent les faire embarquer sur le premier navire en partance pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5972
p. 200-208
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
d by Goog
MAI.
1752.
201
grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
I
oog
202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Le Roi partit le 16 Mars dernier pour le Château
de Choisy, d'où Sa Majesté revint le 18.
Le dix-neuf, Dimanche de la Passion, Leurs
Majestés accompagnées de Monseigneur le Dau-
phin, & de Mesdames de France, assisterent au
Sermon du Pere Dumas, & ensuite aux Vêpres
& au Salut.
Le 17 & le 22, la Reine entendit le Sermon
du même Prédicateur.
Le 19, le Roi tint »onseil d'Etat.
Le 21, après avoir couru le Cerf dans les Bois
de Verriere, Sa Majesté se rendit au Château de
Bellevue. Monseigneur le Dauphin a été indisposé
pendant quelques jours d'un rhume.
Le 20 au matin, Mesdames de France allerent
se promener au Chateau de Maisons.
Le Roi a nommé Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de Saint Louis, le Comte de
Sparre, Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté, & Colonel du Régiment Royal-Sue-
dois.
Les Chanoines Réguliers de l'Abbaye de Sainte
Geneviève célébrerent le 23 un Service solemnel
pour le Repos de l'ame du feu Duc d'Orleans.
Le Chœur de leur Eglise étoit tendu de noir de-
puis la naissance des voûtes jusqu'en bas. Il y avoit
de chaque côté deux Litres de velours, chargés
d'Ecussons aux Armes du Prince. Douze autres
d by Goog
MAI.
1752.
201
grands Ecussons aux mêmes Armes coupoient de
distance en distance le cours de la Tenture. Au-
dessus du Catafalque étoit un Dais, orné aussi
d'Ecussons, & garni de franges d'argent. Des
Guirlandes en festons soutenoient les Rideaux
qui partoient des quatre coins du Dais. La répré-
sentation, élevée sur un triple Gradin, étoit cou-
verte d'un Drap mortuaire, galonné d'argent, &
bordé d'hermine. On avoit placé sur des Coussins
la Couronne & les marques des Ordres du Saint-
Esprit & de la Toison d'Or. Cent Cierges, chacun
de deux livres, entouroieur la Représentation. Il
y en avoit trente-six, de quatre livres chacun
sur l'Autel, & un cordon de lumiere, formé pat
un grand nombre de Bougies, regnoit le long du
Couronnement des Stalles. La Nef, les Chapelles
& les Tribunes, ainsi que le Chœur étoient entie-
rement tendus de noir.
Le même jour, les Billets de la Seconde Lotte-
rie Royale étoient à six cens trente six livres. Ceux
de la Premiere, & les Actions de la Compagnie
des Indes, n'avoient point de prix sixe.
Le Catafalque, élevé dans l'Eglise de l'Abbaye
Royale de Saint Denis pour la cérémonie des
Obseques de Madame Henriette, étoit d'un plan
quarré long, autour duquel régnoient quatre de-
grés avec des Pied d'Estaux placés aux angles. Sur
l'Estrade étoit un Socle, qui supportoit un Tom-
beau de Porphire. Les Degrés, les Pied d'Estaux
& l'Estrade, étoient de différens marbres On
voyoit aux quatre coins du Tombeau quatre Fi-
gures de Rond de Bosse, représentant la Religion,
la Piété, la Vertu & la Prudence. En face de ces
Figures, sur les Pied-d'Estaux, s'elevoient à une
très prande hauteur des Faisceaus de Lis en ar-
gent, dont chaque fleur portoit une lumiere. Les
armoiries & le Chiffre de la Princesse étoient
I
oog
202 MERCUREDE FRANCE.
groupés devant & derriere ces Faisceaux dans des
Cartouches d'or. Deux groupes d'Enfans, en
bronze antique, qui éteignoient leurs flambeaux,
étoient placés sur les flancs de l'Estrade à la hau-
teur des Degrés. Au-dessus du Catafalque étoit
suspendu un Pavillon, dont les rideaux étoient re-
levés. Tous les fonds du Pavillon & des Rideaux
étoient blancs, avec divers ornemens d'hermine,
& avec des Armoiries & des Chiffres en argent.
Un Ordre d'Architecture, dont les Chapi-
teaux, les Corniches & les Bosses, étoient de
bronze antique, & dont les Pilastres ainsi que
les Corps étoient feints en marbre, formoient
la décoration interieure du Chœur de l'Eglise.
Le fond général & dominant de cette décora-
tion, de même que celui du Pavillon qui cou-
vroit le Catafalque, étoit en blanc. Des Fleurs
de Lis d'or étoient semées le long des Rideaux.
Les Bordés & les Retroussés étoient d'hermine.
Dans la frise de la corniche, & au bas de l'Ordre
d'Architecture, regnoient des Litres de Sarin
blanc, chargés de larmes & de Feurs de Lis. On
avoit disposé alternativement les Armes & le Chif-
fre de la Princesse. Plusicurs girandoles, portant
des lumieres, & placées avec symétrie, ajoutoient
une nouvelle clarté à celle qui partoit du Catafal-
que. Les différens blancs, qui faisoient le fond de
cette décoration, ne nuisoient point à l'effet des
métaux dont étoient composés ses ornemens acces-
soires, non plus qu'au brillant de la grande quan-
tité de lumières dont elle étoit éclairée.
Le 23 Mars, veille du jour fixé pour la céré-
monie des Obseques, les Vêpres & les Vigiles des
Morts furent chantées par les Religieux de l'Ab-
baye, & l'Evêque de Meanx, Premier dumô-
nier de la Princesse, y officia. Monfeigneur le
Dauphin, & Mesdames, Victoire, Sophie & Loui.
203
MAI.
1752.
se, se rendirent le 24 à Saint-Denis, ainsi que le
Duc d'Orléans & le Prince de Condé, qui de-
voient mener Madame Sophie & Madame Louise
à l'Offrande. Lorsque les séances furent prises,
l'Evêque de Meaux célebra pontificalement la
Messe, étant assisté des Evêques de Séez & de
Dijon. A l'Offertoire, & après les saluts ordi-
naires, faits par le Marquis de Brezé, Grand-
Maître, & par M. Desgranges, Maître des Cé-
rémonies, Mesdames de Ftance allerent à l'Of-
ftande. Madame Victoire y fut menée par Mon-
seigneur le Dauphin, la queve de la Mante de la
Princesse étant portée par le Prince de Tingry, le
Comte de Choiseuil Meuse & le Coite de Bauffre-
mont. Madame Sophie, dont la queve de la Man-
te étoit portée par le Marquis de Sennecterre,
le Marquis de Gontaut, & le Comte de Dursoit,
fut menée par le Duc d'Otléans. Madame Loui-
se, fut menée par le Prince de Condé, & la queue
de la Mante de la Princesse fut portée par le Comte
de Thomond, le Marquis d'Armentieres & le-
Marquis de Brancas.
Après cette cérémonie, l'Evêque de Troyes pro-
nonça l'Oraison funèbre. Il prit pour Texte ces pa-
roles duPs. 101. Dies mei sicut umbra declinaverunt
& ego sicut foenum arui, tu autem Domine, in
aternum permanes. Mes jours ont disparu comme l'on-
bre, & j'ai seché comme l'herbe; mais vous Seigneur
vous demeurez éternellement. A la fin de sou Fxor-
de, le Prélat annonça ainsi le plan & la division
générale de son Discours. » Jours brillans, que
„ l'assemblage des qualités les plus aimables ren-
»» doit si précieux devant les hommes. Ils ont
xx passé comme une ombre, & telle est la juste
» matiere de nos regrete, Dies mei sicut umbra de-
»clinovirum. Jours sanctifiés, que l'assemblage
1vj
204 MERCURE DE FRANCE.
„ des vertus les plus chrétiennes a rendu précieux
„devant Dieu. Leur récompense est dans l'éterni-
„ té de sa gloire, & tel est le fondement heureux
»de notre espérance. Tu autem, Domine, in
»aternum permanes » L'Eveque de Troyes,
dans la premiere Partie, présenta un tableau fi-
dele des qualités de l'esprit, du caractere & du
cœur de Madame Henriette, & il peignit cette
Princesse sous ces trois poins de vûe differens.
Esprit solide & cultivé, mais sans affectation de
savoir & d'étude. Caractère doux & facile, mais
avec toutes les réserves de la décence & de la di-
gnité. Cœur tendre & compatissant, mais avec
droiture & sans foiblesse. Dans la seconde Partie,
le Prélat montra que Madame Henriette possédoit
toutes les vertus qui honorent le plus la jeunesse
qui se trouvent le moins avec la grandeur, qui
sont sur-tout nécessaires au moment de la mort
sagesse de conduite,, dans l'âge de la dissipation
& des écarts; fidélité à la Loi, dans l'indépendan-
ce du rang; pureté de conscience dans tous les
tems, & sur-tout à l'instant qui devoit décider de
son éternité.
La Messe étant finie, l'Evêque de Meaux & les
Evêques de Séez, de Dijon, de Saint-Paul trois-
Châteaux, & de Tréguier, firent les encensemens
autour du Corps; qui fut ensuite levé par les Gar-
des du Corps du Roi, & porté au caveau de la
sépulture de la Maison Royale. Les quatre coins
du poële étoient tenus par le Comte de Gramont
le Marquis de Rochechouart, le Comte de Lisse-
bonne, & le Comte de Stainville. Le Baron de
Montmorency, Chevalier d'honneur de Madame
Henriette, porta la couronne, & le manteau à
la Royale fut porté par le Marquis de Lhopital,
premier Ecuyer de cette Princesse. Le Corps ayant
été descendu dans le caveau & le Roi d'Armes
MAI.
1752.
205.
ayant fait les proclamiations accûtumées, le Baron
de Montmorency & le Marquis de Lhopital, dé-
poserent dans le caveau, l'un la couronne, l'autre
le manteau à la Royale. Le Clergé, le Parle-
ment, la Chambre des Comptes, la Cour des
Aides, la Cour des Monnoies, l'Université, le
Châ:elet, le Corps de Ville & l'Election, qui
avoient été invités de la part du Roi à ce Service
par le Marquis de Brezé, Grand-Maître des céré-
monies, y assisterent.
Le 26, Dimanche des Rameaux, leurs Ma-
jestés, accompagnées de Monseigneur le Dauphin.
& de Mesdames de France, assisterent à la Béné-
diction des palmes, qui fut faite par l'Abbé Ger-
gois, Chapelain de la Chapelle de Musique, le-
quel en présenta au Roi & à la Reine. Leurs Ma-
jestés assisterent à la Procession, & adorerent la
Croix. Le Roi & la Reine entendirent ensuite la
grande Messe, célebrée par le même Chapelain.
L'après-midi, leurs Majestés assisterent aux Vêpres
& au Salut.
Le 27, la Reine s'etant rendue à l'Eglise parois-
siale du Château, y communia par les mains de
l'Evêque de Chartres, son premier Aumônier. Mon-
seigneur le Dauphin communia le 29 dans la mê-
me Eglise par les mains du Cardinal de Soubize,
Grand Aumônier de France. Madame Adélaide y
communia le 27 par les mains de l'Evêque de
Meaux, son premier Aumônier, & Mesdames
Victoire, Sophie & Louise, le 28, par les
mains de l'Abbé de Termont, Aumônier du
Roi.
Le Roi tint le 25 un Conseil des Dépêches, & le
29 un Conseil d'Etat.
Le 28 au soir, la Cour quitta le deuil qu'on avoit
206 MERCURE DE FRANCE.
pris le 15 Février pour la mort de Madame H
Fette.
Le Roi a nommé son Ambassadeur, auprès du-
Roi & de la République de Pologne, le Com-
te de Broglie, Brigadier des Armées de Sa Ma-
jesté.
Le Chevalier de la Touche, Marécha, des
Camps & Armées du Roi, a été nommé par Sa-
Majesté, pour remplir la place de son Ministre
Hlénipotentiaire auprès du Roi de Prusse, vacante
par la mort du Comte de Tyrconell, & dans-
linterim M. le Baillif, Gentilhomme Ordinaire
de la Maison du Roi, sera chargé des affaires de Sa
Majesté à la Cour de Berlin.
Madame la Dauphine sortit le 29 pour la pre-
miere sois depuis la fausse couche qu'elle a faite le
9, & certe Princesse entendit la Messe du Roi.
Le 30, jour du Jeudi-Saint, le Roi a entendu
le Sermon de la Cêne de l'Abbé de la Riviere
Chanoine de l'Eglise de Saint Merry, & Clerc de
la Chapelle de la Reine, & l'Evêque de Lombez-
a fait l'Absoute. Ensuite; Sa Majesté a lavé les
piede à douze Pauvres, & les a servis à table.
Læ Comte de Charolois, faisant les fonctions de la-
charge de Grand Maître de la Maison du Roi,
étoit à la têt: des Maîtres d'Hôtel, & sil precédoit-
le service dont les plats étoient portés par Mon-
seigneur le Dauphin, le Duc d'Orléans, le Prince-
de Condé, le Comte de Clermont, le Prince de
Conty, le Comte de la Marche, le Prince de
Dombes, le Comte d'Eu, le Duc de Penthievre
& par les principaux Officiers de Sa Majesté-
Après certe cérémonie, le Roi & la Reine se
sout rendus à la Chapelle, où leurs Majestés ont:
entendu la grande Messe, & assisté ensuite à da-
Procession.
zed by Goog
MAI.
1752.
207
Le memejour, les Actions de la Compagnie des In-
des étoient à dix huit cens cinquante-sept livres dix.
sols. Les Billets de la Premiere Loterie Royale
n'avoient point de prix fixe, & ceux de la seconde
étoient à six cens trente trois livres.
Le même jour, la Reine entendit le Sermon.
de la Cêne de l'Abbé d'Espiard, Chanoine de l'E-
glise Métropolitaine de Besançon, & Conseiller-
Clerc du Parlement de la même Ville. L'Evêque
de Lombez ayant fait l'Absoute, Sa Majesté lava
les pieds de douze pauvres filles qu'elle servit à
table. Le Marquis de Chalmazel, premier Maî-
tre d'Hôtel de la Reine, précéda le service, dont
les plats furent portés par Mesdames Adélaide,
Victoire, Sophie & Louise; par la Duchesse
d'Orléans & la Duchesse de Penthievre, & pas
les Dames du Palais.
Leurs Majestés se rendirent le même jour sur
les dix heures du soir à la Chapelle du Château, &
y firent leurs prieres pendant une heure devant-
l'Autel, où le Saint Sacrement étoit en dé-
pôt.
Le 31., jour du. Vendredi-Saint, le Roi & la-
Reine, accompagnés de Monseigneur le Dauphin
& de Mesdames de France, entenditent dans-
lamême Chapelle le Sermon de la Passion du Pere
Dumas. Leurs Majestés assisterent ensuite à l'Of-
fice, & allerent à l'adoration de la Croix. L'aprè--
midi le Roi & la Reine entendirent l'Office des
Tén ébres.
Le premier Avril, Samedi-Saint, la Reine
aslista, ainsi que Monseigneur le Dauphin, Ma-
dame la Dauphine & Mesdames, aux Complies.
& au Salut, pendant lequel l'O Filii fut chanté
par la Musique.
Le 2. Fête de Pâques, li Roi & la Reine ace
208 MERCURE DEFRANCE.
compagnés de Monleigneur le Dauphin & de
Mesdames, entendirent la grand'Messe célébrée
pontificalement par l'Evêque de Lombez. L'après-
midi, leurs Majestés, accompagnées de mène
que le matin, assisterent à la Prédication du Pere
Dumas, & ensuite aux Vêpres auxquelles le mê-
me Prélat officia.
Le Roi & la Reine assisterent le 3 & le 4 aux
Vêpres & au Salut chantés par les Missionnaires.
Leurs Majestés dinerent le 31 du mois dernier
& souperent le 2 de ce mois au grand couvert.
Le 3 le Roi tint Conseil d'Etat.
Sa Majesté fur le 4 au soir à Trianon.
Le Roi a accordé à M. Quespay, l'un de ses
Medecins Consultans, la survivance de M. Mar-
cot, pour la place de premier Médecin ordinai-
re de Sa Majesté.
Fermer
5973
p. 204-220
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Il est au moins bien juste de dire, maintenant quelque [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Fille, Dame, Roi, Président, Conseiller au Parlement, Fils, Père, Frère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Ileſt au moins bien juſte
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
Fermer
5974
p. 2080-2098
LIT DE JUSTICE.
Début :
Le Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois les ordres du Roi par le Marquis de Dreux, [...]
Mots clefs :
Roi, Chancelier, Justice, Arrêts, Déclarations, Procès verbal, Parlement, Lit de justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIT DE JUSTICE.
LIT DE JUSTIC E.
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
E Parlement qui avoit reçu le 2. de ce mois Liesordres du Roi par le Marquis de Dreux,
Grand- Maître des Céremonies , se rendit le len
demain à Versailles vers, les dix heures, pour le
Lit de Justice que S. M. avoit résolu de tenir.
Le Parlement s'étant assemblé dans la Salle qui
avoir
SEPTEMBRE. 1732. 2087
avoit été préparée ; toutes les séances furent pri
ses en la maniere ordinaire. Aussitôt que le Roi
qui étoit revenu de Matly le même jour , fut
sorti de son appartement pour aller tenir son
Lit de Justice , quatre Présidens à Mortier et six Conseillers allerent recevoir S. M avec les cérémonies accoutumées &c. Le Roi s'assit_sous son Dais &c.
PROCES VERBAL de ce qui s'est passé
au Lit de Justice.
EXTRAIT des Registres de Parlement du mecredy
trois Septembre 1732 , du matin.
LE ROY LOUIS XV. du nom tenant son Lit
de Justice en son Château de Versailles.
Asa droite aux hauts Sieges.
Le Duc d'Orleans , le Duc de Bourbon , le Comte de Charolois , le Comte de Clermont , le Prince de Conty , Princes du Sang.
Sur le reste du banc.
Les Ducs de Luynes , de la Rochefoucault
d'Estrées , de Gramont , de Gesvres , de Charost
de Villars , de Fitz-james , de Rohan Rohan
d'Ostun , de Valentinois , d'Aiguillon , Pairs
Laïcs.
Sur le même banc.
Le Gouverneur de Paris.
Sur les trois bancs couverts de tapisserie dans
le Parquet , et sur les bancs répondant au premier et second Barreau , vis- à- vis de Messieurs
les Présidens , les Conseillers d'honneur , Maîtres
des Requestes , Conseillers de la Grand- Chambre,
Présidens des Enquestes et Requestes.
L'Abbé de Clugny , Conseiller d'honneur.
Présidens I iij
2082 MERCURE DE FRANCE
Présidens des Enquêtes et Requêtes.
du Roland , Berthier , Moreau , de Fourcy , Roujault , Feideau , Crozat , le Peletier , Bernard ,
Bois, Poncer, Durey , Fremont , Masson.
Conseillers de la Grand- Chambre.
Canaye , de Vienne , Pallu , de la Guillaumie ,
Daverdoing , Nigot , le Moine , Soullet , Loren.
chet , Goislart , Nau , de Tourmont , Racine ,
Droüin , Coste.
A la gauche du Roi aux hauts Sieges.
L'Evêque Comte de Beauvais , Pair Ecclésias
tique.
A ses pieds.
Charles Godefroy de la Tour d'Auvergne
Grand Chambellan..
>
A droite sur un tabouret , au bas des degrez
du Siege Royal , Charles de Lorraine , Grand
Ecuyer de France , portant au col l'Epée de Parement du Roi.
A gauche sur un banç , au dessous de celui des
Pairs Ecclésiastiques.
Le Ducde Noailles, le Duc de Villeroi , le Duc
de Charost , le Duc d'Harcourt , Capitaine des
Gardes du Corps du Roi , & le Marquis de
Courtenvaux , Commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde.
En une Chaise à bras, couverte de l'extrémité
du tapis de velours violet , semé de fleur-de lys
servant de drap de pied au Roi.
M. Henry-François Daguesseau , Chancelier
de France , vêtu d'une robe de velours violet.
C- Sur le banc répondant à celui où sieient Mes- sieurs les Présidens au Conseil en la Chambre du
Parlement , MM. le Pelletier , de Maupeou , de ....
la
SEPTEMBR E. 122. 2083
la Moignon , d'Aligre , Portail , Molé, Talon Présidens. •
Dans le Parquet , sur deux tabourets devant
M le Chancelier, à droite, le sieur Dreux, GrandMaitre , et à gauche , le sieur des Granges, Mai- tre des Céremonies.
Dans ledit Parquet , au milieu , à genoux devant le Roi , deux Huissiers- Massiers du Roi,
tenant leurs Masses d'argent doré , & six He- rauts d'Armes.
A côté droit sur les deux bancs couvèrs de tapis de fleur-de-lys , les Conseillers d'Etat et les
Maîtres des Requêtes venus avec M. le Chan- celier.
Conseillers d'Etat.
L'Abbé Bignon , Desmarests de Vaubourg , le Goux de la Berchere , Fagon , De la Moignon
de Courson , le Guerchois , Berryer de la Ferriere , de Bernage , d'Argenson , Meliand , de
Machaut , de Harlay , Orry.
Maitres des Requêtes.
Le Fevre de Caumartin , Chopin , de la Moignon de Bournan, Camus de Pontcarré,d'Aguesseau de Fresne , de Machault.
Sur une forme à gauche , en entrant vis- à- vis Messieurs les Présidens.
MM. Phelypeaux de Maurepas , Phelypeaux de S. Florentin ee Bauyn d'Angerviliers Secre- taires d'Etat.
Sur trois autres bancs à gauche dans le Parquet , vis- à vis les Conseillers d'Etat , les sieurs ,
Chevaliers de l'Ordre.
De Goesbriand , de Livry, de Matignon , de
Nesle , de Beauveau , de Tavannes , de ClermontI iiij Tonnere,
2084 MERCURE DE FRANCE
J Tonnerre, de Simiane, Comtede Grammont , de
Beringhein , de la Farre.
Gouverneurs de Provinces.
D'Arpajon , de . Fervaques,
Lieutenans Géneraux de Provinces.
De Buron , de Joyeuse , de Souvré , de Bonnelles , de Givry , de Château- Regnaud , d'Enonville , de Lignerac , de Seignelay , d'Isanghien.. A côté de la forme où étoient les Secretaires
d'Etat , Mirey Secretaire de la Cour , faisant les fonctions de Gieffier en chef.
A côté de lui , à gauche , un des trois principaux Commis pour la Grand-Chambre , tenant
la plume , ayant devant eux chacun un Bureau couvert de velours violet.
Sur une autre forme derriere eux , Dufranc ,
Secretaire de la Cour.
Sur une autre forme , le Grand- Prévôt de
l'Hôtel.
Sur un siege à l'entrée du Parquet , Delauge
premier Huissier.
En la pláce répondant à celle qu'ils occupent toutes les Chambres assemblées.
M. Pierre Gilbert de Voisins Avocat.
M. Guillaume-François Jolyde Fleury
Procureur General.
M. Louis Chauvelin , Avocat.
M. Guillaume- François - Louis Joly
de Fleury , Avocat.
>duRoy:
Dans le surplus des Bancs , les Conseillers des
Enquêtes et Requêtes , Neyret , de Monthulé ,
Lamblin, le Rebours , Benoise , Robert , Tubeuf.
Fermé , de Blair , Alexandre , Pineau Henin ,
Rulleau , Bertin , Pajot , Lemée , Carré , Clement,
le Clerc , Thomé , Fieubet , Latteignant , Mon- tholon
7
SEPTEMBRE. 1732. 2085
tholon , Dumans , Lamouche , Dupré , de Beze ,
Pajot , de Paris , Boucher, Chambennat , le Clerc,
Seguier , de Paris , de la Michaudiere , Lespine ,
fe Maistre , Henin , le Gendre , de Bragelogne ,
Langlois , Pichon , Pasquier , Anjorrant , Nouet,
Barally , de la Forest , le Riche , Boutin , Mayneau , Parent , Salaberry , Barré , Leveque , le
Prestre , Moufle , le Boindre , Michau , Jassault ,
Guillier , Aubin , le Fer , de la Guillaumie , de
Favieres , Macé , Chalmette , Boulanger , Baudry,
Berger , de la Guillaumie , Godheu , de Vougny,
Roland, Feydeau , le Bel , Doublet , de la Live ,
Lescalopier , Boulet , le Tourneur , Chevalier ,
Aymerec , de Berny , Amyot, Goujon , Moriceau
le Lay , Petit , Berthier , de Tourmont , Potier ,
Pineau, Blondeau , Boucher , Brayer, du Trousset , de Selle , Maissat , Berrier , Ravot , Theve
nin , Doublet, de Nicolay , Lozandiere , Lamoignon , du Rousset , Durand, Aubourg , Michau,
Foucault , le Gars , Caze , du Noyer, Jacquier
Hermant , Thiroux.
Ce jour, la Cour , toutes les Chambres assemblées , en robes et chaperons d'écarlate , dans la
grande Salle des Gardes du Corps du Roi , pré- parée pour tenir son Lit de Justice , Messieurs les
Presidens revêtus de leurs Manteaux , qu'ils
avoient été prendre dans une piéce voisine , te- nant leurs Mortiers à la main , attendant la venuë du Roi , le Grand- Maître des Cérémonies
ayant averti la Compagnie que le Roi étoit prêt ,
ont été députez pour l'aller recevoir et saluer
Messieurs les Présidens de Maupeou , de Lamoignon , d'Aligre et Portail , et Mrs Canaye Pallu , de la Guillaumie et Daverdoing , Laics
et Mrs de Vienne et le Moyne Clercs , Conseillers en la Grand-Chambre, lesquels l'ont conduit
Iz
f
2086 MERCURE DE FRANCE
་
en son Lit de Justice , Mrs les Présidens mar- chant à ses côtez , Mrs les Conseillers derriere
lui , et le Premier Huissier entre les deux Massiers du Roi , immédiatement devant sa Person
ne Le Roi étoit précedé de M. le Duc d'Or
leans , de M. le Duc de Bourbon , de M. le
Comte de Charollois , de M. le Comte de Clermont , et de M. le Prince de Conty , Princes du
Sang , qui ont pris leur place traversant le Parquet le Roi étoit aussi précedé du Marquis de
Courtenvaux , commandant la Compagnie des
Cent Suisses de la garde , du Grand Chambellan,
et du Grand Ecuyer de France , et étoit suivi
des quatre Capitaines des gardes.
Les Chevaliers de l'Ordre , Gouverneurs et
Lieutenans generaux de Provinces, avoient pris
peu avant leurs places , pour éviter la confusion ,
quoiqu'ils n'ayent droit que d'accompagner let
Roi , et d'entrer à sa suite étant mandez.
Après le Roi , est entré M. le Chancelier , lequel a traversé le Parquet , et a pris place dans
un siége à bras , placé aux pieds du Roi , coùvert de l'extrêmité du même tapis de velours
violet , semé de fleurs-de- lys , qui servoit de ta- pis de pied au Roi , et un Bureau devant lui avec lui sont entrez les Conseillers d'Etat et Maîtres des Requêtes ci-dessus nommez , qui se sont de- placez dans le Parquet sur deux bancs ,
vant les bas siéges , étant au--dessous des Pairs
Laïcs.
1
Le Roi s'étant assis et couvert , M. le Chancelier a dit par son ordre que Sa Majesté commandoit qu'on prît séance ; après quoi le Roi
ayant ôté et remis son chapeau , a dit :
Messieurs , je vous ai fait venir pour vous faire
51-
SEPTEMBRE. 1732. 2007
sçavoir mes volontez , mon Chancelier va vous
les expliquer.
M. le Chancelier étant ensuite monté vers le
Roi , agenouillé à ses pieds pour recevoir ses or
drès , descendu , remis en sa place , assis et couvert , après avoir dit que le Roi permettoit qu'on
se couvrit , a dit :
MESSIEURS ,
La conduite passée de Sa Majesté vous a fait
voir l'indulgence d'un Pere , plutôt que la severité
d'un Roy. Elle a voulu tout attendre de votre reconnoissance , et ne regner sur vous quepar sa bonté,
Le succès a-t'il répondu à des dispositions si favor rables ?
Au lieu des actions de graces qui étoient dûes au
Roy , les Remontrances qu'il n'a pas refusé de recevoir n'ont presque été remplies que de traits capables de rappeller tout ce que S. M. avoit bien vous lu oublier. Mais malgré cet esprit qui y regnoit,
malgré ces mouvemens prématurez et peu respec- tueux, dont elles ont été suivies , la moderation du
Roy a encore étouffé tout autre sentiment.
Toujours maître de lui-même , et aussi exempt
depassion que la Loy , il ne s'est expliqué qu'en Legislateur attentif à regler l'avenir , plutôt qu'à réparer le passé ; et en éloignant tout ce qui pouvoit
être une occasion de lui déplaire , il a voulu encore
plus s'épargner à lui-même la peine de se voir forcé
à donner des marques de son mécontentement.
Des sentimens si dignes du Roy ont dicté la Déclaration qui vous a été adressée , et c'est cependant
à la premiere lecture d'une telle Loy , que le Parle
ment se porte à y resister , dans des termes qne son
respect pour le Roy devroit lui faire ignover ; et ily
ajoûte en même temps la résolution encore plus -
I vj prenante
2088 MERCURE DE FRANCE
"f
·_prenante , de suspendre le jugement de toutes les affaires particulieres; comme si en cessant defaire son devoir , il vouloit contraindre S M. par l'amour
même qu'elle apour la Justice , à recevoir la loy de
ceux à qui elle doit la donner Etoit-ce donc la le moyen d'obtenir la grace sur laquelle on avoit resolu de faire encore de nouvelles instances auprès de
Sa Majesté ?
La volonté du Roy , declarée plus d'une fois , n'a
pû vaincre la resistance de cette Compagnie , et c'est ainsi que contre la Religion du serment qui consacre
les Magistrats au ministere de la Justice , contre l'obligation essentiellement attachée à un caractere
dont le Roy seul peut suspendre l'exercice , comme le
Roy seul peut l'imprimer , le service du public demeure abandonné par ceux mémes dont la plus grande gloire est de s'y devouer
Le Roy veut bien cependant vous donner encore une derniere marque de son indulgence ; et n'ayant
pour objet en ce moment , que defaire respecter la
Majesté Royale , par la publication de sa Loy , il
se contente de montrer qu'il possede la plenitude de la Justice et qu'il est la source de toute autorité.
Vous , à qui il veut bien en communiquer une
partie si importante , vous n'en étes que plus obligez
à donner l'exemple de la soumission qui lui est dûe ,
et à lui montrer par votre conduite , comme vos Peres le disoient autrefois , que si l'obéïssance étoit
per due dans ce Royaume , on la retrouveroit
dans votre Compagnie.
Avec de telles dispositions , vous pouvez être sûrs
obtenir un accès favorable auprès du Trône de
S. M. Que le zele qui vous y amene soit toûjours
accompagné de ces sentimens respectueux et soumis
qui animoient vos Prédecesseurs , et qui donnoient
tant de poids à leurs representations , lorsqu'ils pro- testoient
>
SEPTEMBRE. 1732. 2089
testoient hautement que parlant devant leur Roy
et leur Maître , leurs Remontrances ne signifioient que des supplications et des prieres.
Tel a été le langage des Magistrats , qui dans des
temps moins tranquilles que ceux où nous vivons ,
·portoient au Roy les vœux de cette Compagnie ; et
quel Maitre fut jamais plus digne que celui qui nous gouverne , d'être servi avec ces sentimens ? Le
Ciel nous l'a donné pour faire le bonheur de tout
son Royaume, mettez-le en état de faire toujours le votre et de suivre son inclination naturelle , en
ne vous faisant jamais sentir que les effets de sa
protection et de sa bonté
Après quoi M. le Président le Peletier , et tous Messieurs les Présidents et Conseillers découverts,
ont mis le genou en terre , M le Chancelier leur
a dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez , eux relevez, debout, et découverts, M. le Président le
Peletier a dit :
SIRE,
Il n'est point de douleur plus sensible pour des Sujets uniquement occupez de l'amour le plus tendre et
le plus respectueux pour la sacrée personne de VOTRE
MAJESTE' , et du zele le plus ardent et le plus sincere pour ses interêts , que d'apprendre en ce moment
qu'ils ont eu le malheur de lui déplaire.
Puissions- nous , SIRE , découvrir à V. M. les
veritables sentimens de nos cœurs , Elle y verroit
gravez ceux de la soumission la plus parfaite , et de
Pobéissance la plus respectueuse , dont nous sommes
chargez par état de donner l'exemple à ses Sujets.
Toujours animez du desir de plaire à V. M. , et de
remplir l'obligation que nous avons contractée de la
servir , nous ne redoutons que sa colere.
•
Mais lorsque votre bras s'appesantit sur nousnas,
2090 MERCURE DE FRANCE
nos jours ne sont plus que des jours d'amertume et de douleur ; nos esprits sont saisis d'une consterna- tion, que la bonté seule de V. M. peut dissiper.
Rendez-nous , SIRE , ces marques de votre bonté accoûtumée , et rien ne sera jamais capable de
nous arrêter dans la carriere penible de nos de- voirs.
Qu'il nous soit encore permis , SIRE , en suivant les traces de ceux qui nous ont precedez , de repre
senter a V. M. , ce qu'ils n'ont jamais obmis de
témoigner en semblables occasions à V. M, même ,
et aux Rois ses prédecesseurs.
L'examen le plus exact , et la liberté d'esprit la
plus entiere , peuvent seuls nous mettre en état de satisfaire dignement aux devoirs que nous impose P'honneur que V. M. nous fait de nous consulter
sur les matieres les plus importantes.
Tout occupez du respect que la présence de V. M.
leur inspiroit , ils l'ont toujours assûrée qu'ils ne
pouvoient en ce moment remplir d'autre devoir que celui du silence.
Penetrez de ces mêmes sentimens dans un jour ,
où tout, jusqu'au lieu même où nous sommes assem- blez , nous annonce le courroux de V. M. nous devons , SIRE , à plus forte raison , adresser en tour
respect et toute humilité les mêmes vœux à V. M,
et la supplier pour le bien de son service et l'acquit
de nos honneurs et consciences , de nous faire remettre la Declaration sur laquelle il veut bien consulter son Parlement , pour en déliberer en la maniere
accoûtumée.
La Declaration du 18. Août 1732. se trouve
dans des circonstances differentes ; l'examen que votre Parlement en a fait , le met en état de represen
ter à V. M. tout ce qu'il craint pour le bien de son service , et celui de son Etat , des dispositions de
cette
SEPTEMBRE. 132. 2090
cette loy. S'il obmettoit une occasion d'en represen
ter les conséquences , il croiroit manquer à ce qu'exigent de lui le zele infatigable et l'attachement
inviolable dont il ne cessera jamais de donner des
preuves à V. M.
Le Discours de M. le Président le Peletier fini,
M. le Chancelier est monté vers le Roi , pour
prendre ses ordres le genou en terre , descendu ,
remis en sa place , assis et couvert , a fait ouvrir les portes , et a ordonné áu Secretaire de la
Cour , faisant les fonctions de Greffier en chef
de faire lecture de la premiere Déclaration.
D
Les portes ayant été ouvertes , et le Secretaire
de la Cour ayant fait lecture , debout et décou- vert , de ladite Déclaration , M. le Chancelier a
dit aux Gens du Roi qu'ils pouvoient parler aussitôt les Gens du Roi se sont mis à genoux.
›
M. le Chancelier leur a dit , que le Roi ordonnoit qu'ils se levassent , eux relevez , debout
et découverts , Maître Pierre Gilbert de Voisins
portant la parole , ils ont dit :
SIRE ,
En vain nous voudrions étouffer la douleur dons
nous sommes pénetrez , elle échapperoit malgré nous;
et nous osons croire qu'elle ne peut etre imprévûë à
V. M. même. Frappez de la Déclaration que
V. M. nous fit remettre il y a quinzejours en sai
présence , assujettis par le commandement absolu de
sa propre bouche, nous vous avons rendu , SIRE ,
cette aveugle obéissance que vous nous aviez imposée. Nous pouvions flater nos vœux de quelque ressource ; le Ciel ne l'a pas permis , SIRE ; n'attribuons qu'à sa disgrace l'extrémité où une affaire si
fâcheuse se trouve réduite aujourd'hui.
Obéis-
1092 MERCURE DE FRANCE
-
Obéissons encore en ce moment , où V. M. fate
publier cette même Déclaration avec tout l'appareil
de sa puissance. Faudroit-il pour nous d'autre sujet
de douleur , que ces termes de menaces et d'indigna- tion qui en marquent la plupart des dispositions , et
que la Posterité pourra voir dans cette Loy tracée
par V. M. pour la premiere Compagnie de son
Royaume.
Lorsqu'on voit qu'elle met des bornes au zele de
votre Parlement pour votre service , et pour le bien
de vos Sujets , on ne peut s'empêcher de craindre ,
qu'Elle n'en mette aussi entre le cœur de V. M. et
ce Corps qui tient d'Elle seule tout ce qu'il a de
caractere et de pouvoir. Ceux qui , comme nos Rois,
trouvent en eux la plénitude de la souveraine puis- sance , semblent n'avoirpas besoin d'assigner des
termes , aux prieres , aux supplications , aux humbles remontrances de leurs Officiers ; Dieu même
dont ils sont l'image , attend souvent de nous des
vœux réiterez , et , s'il est permis de le dire , quelquefois sa bonté veut être en quelque sorte impor tunée.
Jamais votre Parlement , SIRE , n'a mieux servi
les Rois vos Prédecesseurs , que lorsqu'il a été plus
libre , et qu'il s'est vu plus honoré de leur confiance et de leur bonté.
Si ceux qui le composent ont eu le malheur de déplaire à V. M. quel surcroît d'affliction pour eux et
pour nous, que le contre-coup en pût porter quelque
joursur le bien public , et sur votre service , dont il
est inséparable!
Attendons tout de V. M. de sa bonté et de sa sageffe : Ces Loix que la fatalité des conjonctures fait
éclore , marquées d'un ressentiment sous lequel on
ne sçauroit trop s'humilier , dépendent sur tout du
retour de la bienveillancé du Prince. Votre cœur,
SIRE
SEPTEMBRE. 1732. 2093
SIRE , si genereux et si noble , est facile à s'appai
ser. La colere de nos Rois n'est jamais durable , et
le plus souvent avec elle , s'efface ce qu'elle n'avoit
produit qu'à regret.
Soutenus de cette esperance , nousfaisons à V.M.
puisqu'Elle l'ordonne , l'humble sacrifice de nos
propres sentimens ; et de son très- exprès commandement , nous requerons que sur la Déclaration
dont la lecture vient d'être faite , il soit mis, qu'elle
a été lûë et publiée ; V.M. séant en son Lit de Justice, et registrée au Greffe de la Cour , pour être
exécuté selon sa forme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier , monté vers le
Roy , pour prendre sa volonté , ayant mis un genou en terre , a été aux opinions à Messieurs
les Princes du Sang , à Messieurs les Pairs Laïcs,
et revenu , passé devant le Roy , lui a fait une
profonde reverence , a pris l'avis de l'Evêque et
Comte de Beauvais , Pair Ecclesiastique , et des
quatre Capitaines des Gardes ci- dessus nommez ;
puis descendant dans le Parquet à Messieurs les Présidens de la Cour , aux Conseillers d'Etat et
Maîtres des Requêtes venus avec lui, à l'Abbé de
Clugni, Conseiller d'honneur, Présidens des Enquêtes et Requêtes, et Conseillers de la Cour , est
remonté vers le Roy , comme cy- dessus , redefcendu , assis et couvert , a prononcé :
Le Roy séant en son Lit deJustice , a ordonné et
ordonne que la Declaration qui vient d'être lûë,sera
enregistrée au Greffe de son Parlement , et que sur
le repli d'icelle il soit mis, que lecture en a étéfaite,
et l'enregistrement ordonné , ce requerant son Procureur general , pour être le contenu en icelle executé selon saforme et teneur.
Ensuite Monsieur le Chancelier remonté vers
le Roy, pour prendre ses Ordres , le genou en terre
2004 MERCURE DE FRANCE
térre , descendu , remis en sa place, assis et cou- vert , a dit :
Si la Justice est toujours le premier objet de l'attention du Roy , S. M. ne doit pas oublier ce qu'exige d'Elle la necessisé indispensable de soutenir les
charges de l'Etat , qui nepeuvent êtresupportées que
par l'Etat même.
Sensible à tous les besoins de ses Sujets , $ M. est
bien éloignée de vouloir les augmenter par de nouvelles dépenses : Elle ne travaille au contraire qu'à diminuer les anciennes , et Elle voudroit pouvoir
parvenir , par ce seul moren , à la liberation de l'Etat, sans étre obligée de proroger encore la durée de
plusieurs droits, dont la perception , continuée pour 6
ans , par des Lettres Patentes de 1726 , doit cesser .
suivant les mêmes Lettres , dans le cours de cette
année. $
Mais si les conjonctures presentes et la situation
actuelle des affaires de S. M. ne lui permettent pas
encore de suivre tous les mouvemens de son affection
pour ses Peuples , Elle leur donne au moins de plus
grandes esperances pour l'avenir , en ordonnant dèsa-present lasuppression entiere d'une partie des Droits
qui avoient été rétablis, etla modération de plusieurs autres.
F
- Tel est le sujet de la Loy , dont vous allez entendre la lecture. Vous y verrez que dans l'adminis
tration même de ses Finances , le Roy est toujours
occupé de ce qui regarde la Justic´ .
'Le soulagement qu'il a accorde aujourd'hui,tombe
entierement sur ceux qui sont obligez de la reclamer
dans les Tribunaux. S. M ne cherche qu'à en applanir les voies , à les rendre également accessibles
à toutes les conditions , et à empêcher que la crainte
des frais excessifs n'étouffe les plaintes du pauvre et
nefavorise l'oppression du riche..
Recevez donc avec respect une Loy qui tend à
pre-
SEPTEMBRE 1732. 2093
procurer successivement un sï grand bien, et à faci
liter cette prompte expédition des affaires, qui fais
unepartie si essentielle de la Justice.
Après quoi , Monsieur le Chancelier a ordon né au Secretaire de la Cour , faifant la fonction
de Greffier en chef, de lire ladite Declaration ; et
après la lecture , Monsieur le Chancelier ayant
dit ; les Gens du Roy peuvent parler ; lesd. Gens du
Roy se sont mis à genoux , et Monsieur le Chancelier leur ayant dit : Le Roy ordonne que vous»
vous leviez. Eux relevez , debout et découverts ;.
Me Pierre Gilbert de Voisins portant la parole,
on dire.
I. SIRE,
Nous ne pouvons douter de l'intention ni des dé➡
sirs de VOTRE MAJESTE' pour le soulagement de
ses Sujets : Et lorsqu'Elle déclare que la situation
présente deses Finances ne lui permet pas encore de
leur épargner la prorogation de ces impositions di verses rassemblées dans un même Edit ; nous som
mes persuadez que sa bonté en est plus touchée que nous-mêmes. Le retranchement ou la diminution de
quelques- unes dès-à-present , en est un gage assûré Achevez , SIRE, l'ouvrage de votre bonté
Royale pour vosPeuples , le plutôt que l'état de vos.
affaires le pourra permettre Nous ne pouvons en
supplier V. M. avec trop d'instance , ni trop de
respect.
Qu'Elle nous permette de la supplier “aussi trèsi humblement , defaire une attention. Ces Charges
de l'Etat dont Elle sent le poids , et qui retardent
les effets de son cœur vraiement paternel pour ses
Peuples , se sont accumulées de longue main dans l'a diversité des occasions. Peut-être qu'un peu plus
instances humbles et respectueuses , faites dans le
temps
2096 MERCURE DE FRANCE
temps , en eussent épargné quelque partie , et V. M.
elle même en recueilleroit le fruit aujourd'hui.
Nous requerons que sur la Déclaration , dont la
lecture vient d'êtrefaite , il soit mis , qu'elle a été
Izë et publiée , V. Mséant en son Lit de Justice , et
registrée au Greffe de la Cour , pour être exécutée selon saforme et teneur : Et que Coppies collationnées ensoient envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées du ressort , pour y être pareillement lûë, publiée
et en registrée. Enjoint auxSubstituts de votre Procureur General d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour au mois.
S
2
Après quoi Monsieur le Chancelier est monté
vers le Roy pour prendre fa volonté, le genou en
terre , a été aux avis , ainsi que la prémiere fois
Revenu en son Siége , assis et couvert, a prononcé:
Le Roy seant en son Lit de Justice , a ordonné es
ordonne que la Declaration qui vient d'être lie
sera enregistrée au Greffe de son Parlement , et que
sur le repli d'icelle il soit mis que lecture en a été
faite et l'enregistrement ordonné , ce requerant son
Procureur General , pour être le contenu en icelle
executé selon sa forme et teneur , et copies collationnées envoyées aux Bailliages et Senechaussées du
Ressort, pour y être pareillement lûe, publiée et enregistrée. Enjoint aux Substituts de son Procureur General dy tenir la main, et d'en certifier la Cour au
mois.
Ensuite a dit que pour la plus prompte execution de ce qui venoit d'être ordonné , le Roy
vouloit que par le Greffier de son Parlement , il
fût mis présentement sur le repli des deux Décla
rations qui avoient été publiées , ce que ledit Seigneur Roy avoit ordonné qui y fût mis , ce qui a été executé à l'instant.
Ensuite M. le Chancelier remonté vers le Roy
pour
SEPTEMBRE. 1-32. 2097
$
pour prendre ses ordres , le genou en terre , descendu, remis en son siege , assis et couvert a dit :
Le Roy voulant finir cette Seance dans le même
esprit avec lequel S. M. l'a commencée , m'ordonne
de vous dire qu'il regarde l'obligation defaire rendre la justice à ses Sujets , comme le premier et le plus essentiel des devoirs de la Royauté.
Il juge que son aatorité et sa conscience sont éga lement blessées , lorsque ceux qu'il a établis роит
remplir unefonction si necessaire , en son nom et à
sa décharge , cessent de s'en acquitter ; et S. M. n'a
pû voir sans une extrème surprise , que son Parlement ait suspendu l'expedition de toute affaire par- ticuliere , sous pretexte qu'il avoit arrêté que les
Chambres demeureroient assemblées.
Le Roy vous ordonne donc très-expressément et
avec toute l'autorité qu'il a sur vos Charges et sur
vos personnes , de rendre assidument la justice que
vous devez à ses Peuples , et de prendre de telles mesures pour la tenue des assemblées de Chambre , que
le service ordinaire puisse être continué; S. M.
ordonnant à toutes et chacunes les Chambres ,
s'en acquitter exactement , et de n'en interrompre
jamais le cours d'elles-mêmes et sans son aveu , pour
quelque raison et sous quélque prétexte que ce puisse tre.
de
Après quoi le Roy ayant pris la parole , a dit :
Je vous ordonne de ma propre bouche d'executer tout
ce qui vient de vous être dit , et principalement sur l'exercice de la Justice : S'est levé et est sorti danş
le même ordre qu'il étoit entré.
Signé, MIREY.
DECLARATION DU ROY, qui proroge
pendant six années , à commencer au premier
Octobre prochain , la levée de differens droits y
énoncez
2093 MERCURE DE FRANCE
énoncez ; et ordonne la suppression ou modération d'une partie desdits droits. Donnée à Ver-
<sailles le 3. Août 1732. Registrée en Parlement
le . Septembre , le Roy tenant son Lit de Justice.
AUTRE Déclaration du Roy , donnée à
Marly le 18. Août , Registrée en Parlemene
le même jour 3. Septembre.
ARREST du 2 Aoust , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1734. l'exemption des Droits
d'entrée sur les Bestiaux , venant des Païs Etrangers dans le Royaume.
ARREST DU CONSEIL , dus Aoust , con- cernant les Droits d'Insinuation des substitutions testamentaire , par lequel S. M. ordo nne que l'Article V. du Tarif des Insinuations , du
29 Septembre 1722 , sera exécuté suivant sa forme et teneur ; en conséquence, qu'il ne pourra
être perçu plus de quatre Droits d'Insinuation
pour les Substitutions contenues dans les Testamens ou dispositions de derniere volonté , en
quelque nombre que soient les héritiers instituez
ou légataires grévez de substitution. Lesquels
Droits seront payez au domicile du Testateur ,
sans préjudice du centiéme denier , dans le cas
où il est dû. Ordonne pareillement S. M. que
lesdites substitutions seront insinuées dans les
Bureaux de la situation des biens , en payant
seulement le centiéme denier , et au cas que le
centiéme denier ne fût pas dû , il sera payé un
seul Droit, suivant la qualité du Testateur conformément aux Classes de l'Art. V. du Tarif ,
du 29 Septembre 1722. dans chacun desdits Bu-*
xcaux , pour l'Insinuation desdites substitutions.
TABLE
Fermer
Résumé : LIT DE JUSTICE.
Le 3 septembre 1732, le Parlement se rendit à Versailles pour un Lit de Justice convoqué par le roi Louis XV. Le roi, revenu de Marly le même jour, fut accueilli par des dignitaires et s'assit sous son dais royal. Le procès-verbal du Lit de Justice liste les personnalités présentes, incluant les Princes du Sang, les Pairs laïcs, et divers Conseillers. Le roi rappela au Parlement son obligation de soumission et de respect envers la couronne, soulignant que la résistance aux lois royales était inacceptable. Le Président Le Peletier, au nom des Présidents et Conseillers, exprima leur douleur d'avoir déplu au Roi et leur dévouement. Ils demandèrent la bienveillance du Roi et la possibilité de délibérer sur une déclaration royale. Le Chancelier de France, Henry-François Daguesseau, lut ensuite la déclaration, qui concernait la prorogation de certains droits et taxes pour des raisons financières. Les Gens du Roi, représentés par Maître Pierre Gilbert de Voisins, exprimèrent leur douleur face à la déclaration et leur espoir en la bonté du Roi. Après consultation des Princes du Sang et des Pairs, le Chancelier ordonna l'enregistrement de la déclaration au Greffe du Parlement. Le Roi, par l'intermédiaire du Chancelier, souligna l'importance de la justice et du soulagement des sujets face aux charges de l'État. La déclaration visait à faciliter l'accès à la justice en réduisant les frais excessifs. Les Gens du Roi supplièrent le Roi de continuer à soulager ses sujets et de prendre en compte les charges accumulées. Le Chancelier ordonna l'envoi de copies de la déclaration aux bailliages et sénéchaussées pour enregistrement et exécution. Le roi adressa également des instructions solennelles au Parlement, ordonnant la reprise de l'exercice de la justice et du service ordinaire sans interruption, sauf sur son ordre explicite. Plusieurs déclarations et arrêts royaux furent enregistrés entre août et septembre 1732, concernant la prorogation et la suppression de divers droits, notamment la levée de droits, l'exemption des droits d'entrée sur les bestiaux étrangers, et la réglementation des droits d'insinuation des substitutions testamentaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5975
p. 200-230
ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Début :
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions / DE toutes les passions qui élévent & échauffent le coeur de l'homme, la plus noble, la plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique & Militaire de M. le Vicomte de BELSUNCE.
Nous avons annoncé dans le dernier Mercure, la
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
d
0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
mort de M. le Vicomte de BELSUNCE, nous eussions
defiré étre alors en état de rendre àſa mémoire,
le tribut de louanges qui lui eft fi légitimement dû ;
& c'est avecgrand plaisir que nous faiſons part au
Public de cet Eloge qui vient de nous être envoyé.
FEVRIER . 1764.
201
ELOGE Historique & Militaire de
M. le Vicomte de BELSUNCE.
DE toutes les passions qui élévent & échauffent
le coeur de l'homme, la plus noble, la plus
pure , celle qui règne encore ſur le ſage l'orf-
qu'il a dompté toutes les autres , c'eſt la gloir e
où le déſir d'éxiſter honorablement dans l'o-
pinion d'autrui. Plus cette paſſion paroît s'éloi-
gner des premièrs appétits de nos ſens ,plus ſon
empire eſt vague & indéterminé , plus il faut
ſeconder ſes élans ambitieux , & aggrandir l'em--
pire de ſes chimères. Nul obstacle ne l'arrête ;
nulle crainte ne l'épouvante: mais elle s'indigne
qu'on lui préſcrive des limites ; car ſon Domaine
eſt le temps & l'eſpace , & la récompenſe l'immor
talité. Que feroit-ce donc , pour le cœur qu'elle
anime, que ce moment ſi court où nous occupons
une petite place dans ce vaſte univers ? Quel
frivoleeſpoirque celui d'une louange incertaine !
Que l'enthouſiaſme prodigue quelquefois ,mais
que l'envie ou l'intérêt particulier ſe hâtent de
corompre ! Quel prix pour la vertu , que ces
honneurs tant de fois profanés , & ces diſtin-
tions ſi ſouvent uſurpées ! La faveur eſt pour
ceux qui vivent , la réputation pour ceux qui ne
font plus. Le grand Homme n'eſt dignemeng
louéque par les regrets. Auſſi voyons-nous tou
tes les ſociétés , où la gloire eſt le ſentiment
dominant,s'attacher principalement à honorerla
mémoire de ceux de leurs Membres , dont la
mort les a privées. Cet uſage a peut-être con
Lv
202 MERCURE DE FRANCE .
tribué , plus que touteautre choſe , à foutenir la
ſplendeur des Académies ; on aime à les voir
commencer à louer lorſque la louangen'eſt plus
ſuſpecte ; il ſemble que ce ſoit là une éléction
nouvelle; &, d'autant plus flateuſe que lerang
qu'elle affigne s'étend à tous les Siécles! Le métier
des Armes regardé parmi nous comme leplus
noble de tous , ſeroit-il donc le ſeul fruſtré
de cet avantage ? Les vrais Amans de la gloire
feront-ils privés de ſes derniéres faveurs ? Et verra-
t-on mourir les plus braves Guerriers comme on
voit tomber tour-a-tour les Victimes deſtinées au
Sacrifice? Mais ſi les malheurs de la Guerre en-
durciſſent nos coœurs , & les accoutument au
Deuil, comment pourrons-nous contemplerd'un
œil indifférent le ſort d'un Officier diſtingué,
qui , après avoir deux fois verſe ſon ſang en
Allemagne , a traverſé les Mers pour chercher
un péril nouveau , ſous lequel il devoit enfin
fuccomber ? Sans douteune telle perte ne doit
pas trouver d'âme inſenſible. Mais c'eſt à l'amitié
a élever la voix pour rappeller aux Militaires le
ſouvenir d'unHomme qui fut leur compagnon ,
& leur ami , & les inviter à répandre encore
des larmes & des Aeurs ſur ſa tombe.
M. le Vicomte de Belſunce , Lieutenant Gé-
néral des Armées du Roi , & Gouverneur de S.
Domingue nâquit en 1720 , dans les Terres (a)
de ſon Père : Il y reçut cette éducation de la
(a) à Méharin en Béarn. Nousnedirons point
ici que M. de Belſunce , étoitforti d'une Maison
Illustre , qu'il étoit le vingtième Vicomte du méme
nomdePère enfils toutes ces chofesferontgravéesfur
des monumens ,nous n'écrivons ici que cequi doit
être gravé dans les cœurs.
FEVRIER . 1764.
203
première enfance, fi importante pour le reſte de
la vie , & pourtant ſi négligée parmi nous.
Placé en arrivant au monde dans ces contrée's
belliqueuſes qui ont vû naître Henry-le-Grand
il ne fut point accoutumé à ces ſoins trop em-
preſſes & toujours indiſcrèts , qui rendent les en-
fans également vains & foibles. Ses parens , pé-
nétrés des principes de l'ancienne Nobleſſe ,
croyoient qu'il falloit avant tout le rendre digne
de vivre , & que ſes jours ne ſeroient précieux
qu'autant qu'il pouroit les rendre utiles à ſa
Patrie. Ce fut donc dès lors qu'il acquit cette
force de tempérament , cette mâle vigueur qui
fait les bons Guerriers ; & cette aiſance , cette
grâce naturelle qui les rend aimables. S'il eſt
vrai que l'accorddes formes extérieures avec les
qualités de l'âme , ou , ſi l'on veut , de la figure
avec le caractère , produiſe cet enſemble , cette
harmonie d'où réſulte la principale beauté , nous
nedevons pas être ſurpris que M. de Belfunce
aitpoſſédé fingulièrement ledonde plaire &de
prévenir en ſa faveur. Sa démarche étoit auſſi
noble & auſſi franche que ſes manières , & ladou-
ceur de ſes mœurs ſe faiſoit ſentir dans toute fa
perfonne. Il aima paſſionnément les éxercices du
corps, fur-tout ceux qui demandent de l'adreſſe
&de l'audace: mais l'émulation qu'il y mit ne fut
jamais ni petite ni vaine. Il ne les regardoit
que comme des moyens quiconduiſent àdesobjets
plus importans ; & comme ſi ſon âme eût porté
en elle- même l'imagede la véritable gloire , on
ne le vit jamais prendre des fantômes pour elle
ni la chercher où il nepouvoit pas la trouver.
Elevé parmi les Baſques , leurs éxercices & leurs
jeux lui plurent infiniment. Il avoit même ſi
bienapprisleur langue qu'il ne l'a jamais oubliéć ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
'& qu'il la parloit auſfi facilement que le Fran-
çois. (b ) Mais on vit bien-tôt ſe manifeſter en
lui un goût décidé pour la guerre ; & lorſque
nos goûts font vifs& foutenus , ils ne tardent
pas à devenir des talens. Le cours des Etudes
ordinaires , époque pendant laquelle on paroît
plutôt attendre l'âge de jouer un rôle que s'y
préparer , ne lui offrit que de foibles attraits. Eh !
que voit-on en effet dans laplupart des Ecoles ?
La Science , concentrée dans des règles puériles
paroît tourner toujours ſur elle - même & ne
s'appuyer jamais ſur les rapports & les beſoins
des hommes. Si l'on eût dit à M. de Belſunce,
que l'étude rendit César , le premier de ces
Romains , qui étoient les premièrs de la terres
fi on lui eût raconté comment Lucullus , en
cultivant les Lettres , ſe mit en état d'être un
grand Général le jour qu'il voulut le devenir ;
ſi on lui eût fait ſentir combien leur commerce
aggrandit l'âme , & comment toutes les grandes
choſes ſe tiennent , ſans doute il auroit fait de
rapides progrès dans une carrière où la facilité de
ſon eſprit ſembloit l'appeller & nous ajou
terions un article à ſon Eloge , quand même
nous ne l'enviſagerions que comme Homme
de Guerre. Il falloit à M. de Belſunce , des
études plus Analogues à ſes penchans. Il les
trouva dans le Régiment du Roi. On ſçait aſſez
que , dans ce Corps reſpectable , la jeuneſſe
reçoit des leçons en temps de Paix , comme elle
y trouve des éxemples en temps de Guerre. Il y
entra en 1739 , & continua d'y ſervir juſqu'en
3745. Rappeller les actions de ce Régiment c'eſt
: (b) On ſçait que le Basque est une langue mère
bien antèrieure à la nôtre.
FFVRIER. 1764.
205
raconter celles de M. de Belſunce , qui n'occu-
pant alors qu'un rang ſubalterne , ſe trouvoίε
confondudansla foule des braves gens , & faifoit
des choſes mémorables, fans pouvoir ſe diſtin-
guer. Perſonne n'ignore comment cette troupe
valeureuſe ſouffrit à Prague les horreurs d'un
Siége, & celles de la famine ; & comment ces
Guerriers invincibles alloient dans les ouvrages
des ennemis , braver la mort , qu'ils retrouvoient
enfuite ſous un aspect encore plus horrible
,
lorſque , rentrant en triomphe dans leurs murs ,
ils voyoient autour d'eux la difette & la conta-
gion. Tels furent pour M. de Belſunce , les
prémices de la vie ; tel fut lejourterriblequi bril
la ſurſon Printemps.
En 1745. il quitta l'Infanterie & obtint une
Compagnie de Dragons. Ici ſes ſoins ſe multi-
plient. Ilne ſuffitpasà l'homme qu'il va comman-
der d'être brave &docile , il faut qu'il ſoit pro-
fond dans l'art de maîtriſer , de conduire cet
animal courageux , non moins utile au combat
que leGuerrier lui-même. Le Dragon également
deſtiné aux fiége, aux batailles & aux eſcarmou-
ches , doit être à la fois , Fantaſſin , Cavalier &
Huſſard. Dans le combat , fixe dans ſon rang,
attentifau moindre ſignal; dans l'eſcarmouche ,
rapide & léger , ſe ſervant de Chef à lui-même :
par-tout ſon rôle eſt différent , par-tout il luk
fautde nouveaux talens : tantôt il doit preſſer la
courſe de ſon cheval , tantôt la modérer , & la
régler avec une éxactitude géométrique. Cen'eſt
pas tout, cen'eſt même rien encore: fi lorſque
lerepos ſuccède aux travaux ,de conducteur im-
périeux il ne devient pas protecteur attentif &
complaiſant;dès que ſon cheval ne leſert plus ,
c'eſt àlui à leſervir , à lui procurer une nourriture
1
106 MERCURE DE FRANCE.
convenable , à ſoigner ſesbleſſures &àréparer ſes
forces abbatues.
M. le Vicomte de Belſunce , entrant dans
les plus petits détails , fut bien-tôt en état de
donner en tout l'exemple & la leçon. Il ſentit
dès-lorscombien ces détails étoient importans ,
&il jugea qu'ils ne devoientparoître minucieux
qu'à celui qui n'a pas allez d'étendue d'eſprit
pour appercevoir la chaîne qui les lie aux plus
grandes choſes. Il faut avouer qu'alors on
ignoroit aſſez généralement que s'attacher à
avoir de belles troupes , c'étoit travailler à en
avoirde bonnes ; que ſi l'onveut qu'un homme
foit ſoldat un jour d'action , il faut qu'il le ſoit
tous les jours de ſa vie; enfin que tout ce qui
accoutume à l'ordre & à l'obéiſſance conduit
directement à la victoire. Scipion paſſe en revue
fon armée, il remarque le cheval de Marius
c'étoit lemieux ſoigné,le mieux équipé de toute
ſa Cavalerie. Scipion loue , protége, éléve Ma-
rius,& ce regard d'un grand Général dévoile les
talens d'un homme dont le nom retentit encore
mille ans après ſa mort en des climats où il
n'étoit jamais parvenu de ſon vivant. Et cepen-
dant ladiſcipline &l'exactitude ſont traittésparmi
nousde ſoins frivoles & puériles. M. le Vicomte
de Belſunce penſa tout autrement , & nous ne
pouvons nousdiſſimuler que ce qui lui mérite
nos Eloges, lui attira ſouvent la jaloufie & la
critique. Il n'y répondit qu'en perſévérant ; il
ſçavoit que la diſpute aigrit les eſprits , & que
l'exemple les ramene. Sa modeſtie , ſa fran-
chiſe,la fimplicité de ſes mœurs lui firent enfin
pardonner ſes talens.
La Guerre continuant avec la même vivacité,
M. de Belfunce ſetrouva dans la plupart des ac
FEVRIER. 1764.
207
tions qui ſe paſſerent enFlandre: il profita de
cesoecaſions pour s'inſtruire profondément dans
l'Art de conduire &de faire combattre la Cavale-
rie : artd'autant plus difficile qu'il demande un
jugement à la fois für & rapide, qu'il éxige le
flegme & l'impétuoſité , & ne laiſſe ſouvent
qu'un moment pour décider du fort d'une Ba-
taille. Ce fut lorſque M. de Belſunce ſe trouva
chargéde conduire des Détachemens conſidéra-
bles ,qu'il ſentit tout le prix de l'expérience qu'il
avoit acquiſe dans les Dragons.
Cependant une nouvelle carrière s'ouvre pour
lui. M. lePrince de Monaco ayant été fait Ma-
réchal de Camp : le Roi donna ſon Régiment
au Vicomte de Belſunce ;
c'étoit un des plus
anciens & des plus braves Régimens del'Infan-
terie Françoiſe. La Paix dont on commençoit
àjouir , ne fut pas un obſtacle à l'émulationde
ce nouveau Colonel. Les premières années de
cette paix furent un temps d'activité pour l'In-
fanterie. Nos neveux auront peine à croire
qu'une Nation , qui venoit de faire la guerre
pendant huit ans avec trois cens mille hom-
mes de troupes , n'avoit pourtant ni Tactique ,
ni Exercice , ni Diſcipline. Il fallut de nouveaux
Réglemens fur prèſque tous les objets du Ser-
vice Militaire. Les premieres Ordonnances qui
parurent n'eurent pas tout le fuccés qu'on en
attendoit; on les corrigea , on en fit de nouvelles.
Et celles-ci , quoique plus prèsdu but qu'on ſe
propoſoit laiſfoient encore dequoi travailler à
ceux qui , comparant toujours la pratique &
la théorie, ne trouvent riende beanque ce qui eſt
bon & utile. L'Hiſtorien Jofeph , en louant la
Diſcipline des Romains, diſoit que leurs Exerci-
ces étoient des Combats où le ſang n'étoit pas
الله
208 MERCURE DE FRANCE.
répandu , & leurs Combats des Exercices enfan-
glantés. M. le Vicomte de Belſunce fondoit tout
ſon ſyſtème ſurce rapport immédiat que doivent
avoir les évolutions des Exercices avec celles des
Combats . Toute manœuvre difficile & com-
pliquée fut rejettéecomme inutile & même com-
me nuifible. L'objet des évolutions , diſoitil , ne
peut être que de changer dediſpoſition ou de
lieu ; dans ces deux cas le moyen le plus fim-
ple & le plus prompt eſt toujours préférable.
Son Régiment fut donc accoutumé à exécuter
des mouvemens aiſés , mais rapides : ſe rompre ,
ſe réformer , ſe développer en un clin d'œil
n'étoit plusqu'unjeu pour lui.
Les Militaires étoient alors partagés ſur un
point qui n'a pas moins élevé de diſpute parmi
eux,que la queſtion ſur la prééminence des anciens
ou des modernes ( c ) n'en a fait naître parmi
les Gens de Lettres. Il s'agiſſoitde ſçavoir ſi les
affairesd'Infanteriedevoient ſe décider par le feu
ou par l'arme blanche. Les François , diſoient
les uns , naturellement vifs & impétueux , doivent
attaquer avec la Baïonnette ; tandis que les
Allemands , plus lents &plus flegmatiques , met-
tront toute leur confiance dans leur feu. Les
autres prétendoient qu'une troupe , accoutumée
à tirer vite & avec ordre , ſeroit aſſurée de la
Victoire ; parce qu'elle détruiroit ſon ennemi
avant qu'il pût la joindre. A entendre difputer
(c) On pouvoit comparer les partiſans de l'Ar-
me blanche à ceux des anciens & les partiſans
du feu à ceux des modernes , & cela d'autant
mieux que le fort de la querelle rouloitfur la
prééminence des anciens Militaires fur les Mi
litaires modernes.
FEVRIER. 1764.
209
gravement ſur cette matière on eût dit qu'il en
étoitdes armées comme de deux hommes qui
veulent ſe battre en duel , & qui choififfent en-
tre l'épée & le piſtolet. Il s'en faut bien cepen-
dant que les batailles ne ſe décident ainfi. On
peut les rapporter toutes à ces deux objets géné-
raux ; l'attaque & la défenſe. De deux armées
qui combattent , l'une veut défendre un terrein ,
& l'autre l'emporter: celle qui le défend tâche
d'entirer le meilleur parti poſſible, ſoit en ap-
puyant ſes flancs , ſoit en profitant des hauteurs ,
foit en couvrant ſon front de quelques retran-
chemens naturels ou artificiels : dans ce cas , fon
ordre de Bataille eſt déterminé par des points
principaux ; la place où elle ſe trouve eſt la
plus avantageuſe pour elle , & c'eſt là qu'elle doit
recevoir le combat. Il faut donc qu'elle y atten-
de ſon ennemi,& queque lorſqu'il approchera, elle
lerepouſſe par ſon feu. On ſent que fi elle alloit
au-devant delui ,elle perdroit tout l'avantage
deſa poſition.Le principe de l'Armée qui attaque
eſt tout oppoſé. Il s'agit de forcer l'ennemi
dans un des points principaux de ſon ordre de
bataille. Comme c'eſt à elle à manœuvrer , elle
doit luidonner de la jalouſie par-tout , afin de
lui dérober la connoiffance de l'endroit où elle
doit attaquer & où elle ne manquera pas de
porter la plus grande partie de ſes forces; ré-
parant ainſi par le nombrele déſavantage de la
poſition. Dans ce cas , les troupes qui attaquent
doivent s'efforcer d'arriver ſur l'ennemi le plus
promptement qu'il eſt poſſible: car juſqu'à ce
qu'elles l'ayentjoint, elles ſeront expoſées à un
feu qui ſera toujours ſupérieur, puiſque des trou-
pes qui font en repos tirent beaucoup mieux que
celles qui marchent. Ajoutez à cela l'effet pro
210 MERCURE DE FRANCE .
digieuxd'une Artillerie placée avantageuſement,
& vousconviendrez que tout ſe réduit àce prin-
cipe qu'il faut attaquer avec l'arme blanche , &
ſe défendre par le feu. Il ſuit de-là que les
Soldats doivent être accoutumés à marcher avec
vivacité , quoiqu'avec ordre , & à tirer prompte-
ment , quoiqu'avec flegme & adreſſe.
M. le Vicomte de Belſunce ſentit mieuxqueper-
ſonne cette double néceſſité. Son Régiment fut
éxercéà marcher avec cette rapidité quieſt ſi natu-
relle à la Nation Françoiſe , mais avec un ordre
qui lui étoit tout nouveau. Lorſquedans les éxer-
cices on formoit une attaque ſimulée, les ſoldats
redoubloient imperceptiblementla viteſſe de leurs
pas juſqu'à ce qu'étant ſuppoſés prêts à joindre
l'ennemi , ils priſſent leurcourſepour tomber ſur
lui avecdes cris de victoire que toutes les Nations
ont adoptés à l'éxemple du Barritusdes Romains.
Mais l'ordre & ladiſcipline les ſuivoient juſques
danscedéſordre apparent; le moindre ſignalles
rallioit, & à la place d'une troupe débandée &
abandonnée , vous revoyez ſoudain une ligne
d'infanterie marchant gravement &pofément.
En s'occupant ainſi de l'artd'attaquer,il ne fal-
loit pas négliger celui de ſe défendre. M. le Vi-
Comte de Belſunce ſçut encore le perfectionner.
Il remarqua que les feux qu'on faiſoit éxécuter
dans les éxercices n'avoient pas affez de rapport
avec ceuxqui ſe pratiquentdans les combats. Dans
les premiers, l'ordre eſtdifficile & minucieux; dans
leſecond,laconfuſion eſt exceſſive. M. de Bel-
funce ſcut trouver un juſte milieu. Il introduifit
une méthodepar laquelle le ſoldat paroiſſant tirer
àſavolontéentretenoit un feu réglé,fuffiſamment
nourri , & qui nes'éteignoitjamais. Il avoit obſer-
véquedans lecombat,lepremier rang ne met
?
FEVRIER. 1764.
211
toitpas un genou à terre , comme à l'exercice ;
il trouva le moyende faire tirer les trois rangs
debout: par-là ,il gagna du temps &de la préci-
fion, & fur-tout le grand objetde la conformité
parfaitede l'exercice avec le combat.
Nous n'entrerons pas ici dans le détail de tous
les ſoins qu'il ſe donna pour établir la régle &
la diſcipline dans tous les points.
C'étoit aux
ſuccès à faire l'éloge du travail qu'il avoit fait
pour inſtruire les autres & s'inſtruire lui-même .
Il falloitdone que la guerre mît au jour ſesta-
lens. Elle s'alluma en Allemagne dans l'année
1757. Le Régiment de Belſunce ſervitdans l'ar-
mée de M. le Maréchal d'Etrée. La bataille d'Haf-
tembeck qui nous valut l'Electoratd'Hanovre fuc
plus déciſive que ſanglante. L'attaque queM. de
Chevert exécuta ſur le flane gauche des ennemis,
en aſſura le ſuccès avant que le reſte de l'armée
les eût pu joindre. Le Régiment de Belſunce ,
quoique deſtiné à une attaque , & ayant la tête
d'une colonne, n'eſſuya qu'une pertelégère.Mais
le courage impatient deM. de Belſunce l'avoit
conduit à de plus grands dangers. M. leMar-
quis d'Armentieres , aux ordres de qui il étoit.
avoitjugé à propos de former une avant-gardede
neuf Compagnies de Grenadiers. Ce Général
croyantque M. de Belſunce préféreroit de reſter à
la têtedela Brigade qu'il commandoit, avoit con-
fié la conduite de ce détachement à M. de laBla-
chette , Lieutenant Colonel de ſon Régiment.
M. de Belfunce , plus attaché à la gloire qu'a fon
grade, jugea que le poſte le plus honorable étcit
oùledanger feroit leplus grand ; il reclama fes
droits & l'on croira aiſément qu'il fut écouté ſans
humeur. M. de la Blachette fut donc obligéde
lui céder , quoiqu'à regret , & de tous les actes
212 MERCURE DE FRANCE.
de ſubordination , c'eſt le ſeul qui lui aitjamais
couré.
M. de de Belſunce précéda la diviſion de M.
d'Armentieres , & ſe porta rapidement ſur une
batterie a laquelle s'appuyoit la gauche des enne-
mis. Il étoit prodigue de ſa vie; mais c'étoit fur-
tout , lorſqu'il pouvoit en s'expoſant épargner
cellede ſes ſoldats Avant de les conduire à l'atta-
que , il veut voir de plus près & reconnoître lui-
même , il s'avance ſeul , & tandis qu'il examine,
il reçoit un coup de fuſil qui lui traverſe le bras.
Cette bleſſure ne l'étonne pas ; elle ne l'afflige
même que parce qu'elle l'oblige à ſe retirer , &
l'empêche d'être plus long-temps utile à ſa Pa-
trie. Mais il craint que le malheur arrivé au Chef ,
ne décourage les foldats; il diſſimule la douleur
qu'il éprouve , cache ſa retraite & s'éloigne avec
peine regardant ſouvent derriere lui , comme le
paſſagerconfidèredans un morne ſilencele rivage
qu'il va perdre de vue.
Les malheurs inattendus qui ſuivirent cette
campagne glorieuſe , ramenèrent l'armée ſur les
bords du Rhin. M. de Belſunce n'y rencontra pas
les mêmes périls que ſur les bords du Wezer , il
ſe trouva à la bataille de Crevelt , mais non pas à
l'endroit où ſe paſſa le fortde l'action . Privé d'une
occafionde ſe diftinguer , il ſe plaignitde la for-
tune& l'accuſa d'injuſtice ; mais il eut plus à ſe
plaindre encorede la manière dont elle la répara .
La diverſion que M. le Prince de Soubiſe avoit
opéréedans la Heſſe , & la Victoire que M. le
Maréchal de Broglie avoit remportée à Sun-
dershaufen avoient déterminé M. le Prince Fer-
dinandà repaſſer leRhin , & à envoyer une gran-
departiede ſon armée au ſecours de l'Electorat
d'Hanovre. M. le Maréchal de Contades envoya >
FEVRIER. 1764.
213
de ſon côtéun ſecours àM. le Prince de Soubiſe,
qui le mit en état d'attaquer & de battre les enne-
misdansla poſitionavantageuſequ'ils avoientpriſe
près de Luttersberg Le Régiment de Belſunce
faiſant partie de ce ſecours , ſe trouva aux ordres
de M. de Chevert, qui dans cette occafion , atra-
qua & plia encore le flanc gauche des ennemis.
M. de Belſunce fidèle à ſon inclination , marcha
à la tête des Grenadiers comme il avoit fait à
,
Haſtembeck. Une pareille récompenſe l'attendoit.
A la première décharge il reçut un coup de feu
dans le bas-ventre , que les Chirurgiens jugèrent
fur le champ devoir être mortel; il fut tranſporté
àCaffel , & de la à Marpurg ſans forces & fans
mouvement , n'ayant que ce qui luifalloitde con-
noillance pour entendre à chaque inſtantdes fol-
dats & des Officiers qui demandoient s'il étoit
mort. Queſtion cruelle ! à laquelle ceux qui le
portoient ne répondoient que par des ſoupirs , &
que lui ſeul écoutoit ſans en être ému.
Quelque dangereuſe qu'eût paru cette bleſſure,
les ſuites n'en furentpas funeſtes. La vigueur de
fon tempérament , & fur-tout le calme de ſon
âme hâtèrent ſa guériſon. Elle fut même ſi promp-
te que tout le monde en fut ſurpris. Au bout de
fix ſemaines il monta à cheval , & reprit ſes tra-
vaux ordinaires ; car l'hyver n'y metroitpointd'in-
tervalle : le Roi venoit de lui accorder le gradede
Brigadier il fut employé en cette qualité dans la
Ville de Duffeldorff, où ſa mémoire eſt encore
chérie, ainſi que dans tous les lieux amis ou enne-
mis , où il a eu quelques commandemens.
On ne ſe ſouvient que trop de la campagne de
1759 , époque malheureuſe pour les armes Fran-
çoiſes ! Le 31 Juillet , la Heſſe étoit conquiſe ,
Munſter & Minden étoient en notre pouvoir , &
214 MERCURE DE FRANCE.
nous étions prêts de nous rendre maîtresde l'Elec-
torat d'Hanovre. Les ennemis déconcertés , ſans
plande défenſe , ſans moyens , ſans reſſources,
n'avoient plus que leur Chefpour toute eſpéran-
ce. Le premier d'Août à neuf heures du matin la
ſcène étoit totalement changée ; l'armée Fran-
çoiſe, abandonnant toute idéede conquête ,ſe fût
trouvée trop heureuſe d'avoirune retraite aſſurée
&l'eſpoir d'arriver ſur les bords du Rhin: tant le
fortdes batailles eſt incertain &terrible ! Leçon
redoutable! que toutes lesNationsbelliqueuſes ont
ſouvent donnée & reçue , mais qui ne corrigera
jamais les François de l'impatience decombattre !
Danscette malheureuſe journée , dans ce court
eſpacede temps où ſe décidoit le ſort des Nations ,
M. de Belſunce eut occafion de ſe diſtinguer à
la tête de ſon Régiment. Les brigades de Picardie
&de Belſunce qui compoſoient la droite de la
première ligne , ayant été formées des premières ,
M. leChevalier de Nicolaiqui lescommandoit, les
mit en mouvement pour marcher aux ennemis
mais les autres diviſions , tant de première que
de ſeconde ligne , n'étant pas arrivées, ou n'étant
pas àportée de le ſoutenir , ce Général fut obligé
decommander defaire halte. Pendant cetemps-
là le combat s'étoit engagé à notre centre : les
ennemis encouragés par les avantages qu'ils y
avoient déja remportés , ſe déterminèrent à y
conduire la plus grande partie de leurs forces..
Une colonne de Cavalerie déboucha vis-à-vis le
flanc gauche de la diviſion de M. de Nicolai ; le
Régiment de Belſunce occupoit cette gauche qui
ſe trouvoit abſolument à découvert: il n'y avoit
que deux momens , l'un pour voir ledanger ,
l'autre pour le prévenir. M. de Belſunce ne perd
ni l'un ni l'autre , il change en un clin d'œil l'or-
FEVRIER. 1764.
215
dredeſa brigade & fait faire un mouvement au
premier bataillon , par lequel il ſe trouve faire
face ſur le flanc gauche. Dans cette diſpoſition
impoſante, ilattendlechocaveccette fermetéqui
annonce preſque toujours le ſuccès ; le Général
ennemi s'en apperçoit & voit à quelques diſtances
de-là , une autre brigade qui lui offre une victoire
plusaiſée; il fait ſurlechampun ſignede lamain,
ſedétourne, & laiſſant le Régiment de Belſunce
derrierelui , il va attaquer cette brigade qui fut
preſqu'entierementdétruite. Lecentre de l'armée
ayant été mis en déſordre , & le fort de cette
journée étantdéja décidé, M. le Chevalier de Ni-
colain'eut d'autre parti à prendre que de retirer
ſesdeuxbrigades. Ileſtaiſéde juger combien cette
retraite fut périlleuſe pour le Régiment de Bel-
ſunce qui avoit les ennemis derriere lui & ſur ſon
flanc : elle s'exécuta cependant avec un ordre ad-
mirable & une tranquillité parfaite 3 on eûtdit
queles ennemis charmés de ceſpectacle avoient
oublié qu'il falloit combattre , & croyoient aſſiſter
à un exercice.
Les ſuites de cette bataille ayant ramené l'ar-
mée Françoiſe ſous Gieſſen , M. le Maréchal de
Broglie en vint prendre le commandement le 3
du mois de Novembre , &déclara que le Roi avoit
donné à M. de Belſunce la place de Major Géné-
tal. Celui-ci ne l'avoit ni demandée ni deſirée ;
mais cette grace fut le fruit de l'eſtime que fon
nouveau Général avoit conçue pour lui; eſtime
plus flatteuſe en elle-même , que tout ce qui
pouvoit en être l'effet.
La VilledeGieſſen placéeentreles deux armées
&hors d'état de ſoutenir un long fiége , paroif
ſoit être deſtinée à ſubir la loi du plus opiniâtre.
Malgré la rareté de toute eſpèce de ſubſiſtance,
l'armée Françoiſe tint la campagne juſqu'au 16
216 MERCURE DE FRANCE .
Janvier 1760 , & les Alliés furent obligés de re-
noncer à l'eſpoir de la conquête de Gieſſen , qui
ſeul avoit pû leur faire ſupporter les fatigues ex-
ceſſives d'une fi longue campagne. On avoit pris
denotre côtédes meſures ſi ſages , que les trou-
pes ne manquèrent jamais de rien , & qu'elles
Tentrèrent dans leurs quartiers en auſſi bon état
que ſi la campagne avoit fini au mois d'Octobre ;
les foins que M. de Belſunce ſe donna dans cette
occafion , répondirent parfaitement aux intentions
de ſon Général. Il fallut les continuer pendant
tout l'hyver. Comme il étoit déja très - avancé
lorſque l'arméeſe fépara , il ne reſtoit qu'un très-
court eſpace de temps pour réparer & com-
pletter les troupes. M. de Belſunce alla vifi-
ter tous lesquartiers qui occupoientune étendue
deplus de 80 lieues , & préſida a tous les travaux.
Leplus important de tous reſtoit encore à faire .
&M. le Maréchal de Broglie en étoit profondé-
mentoccupé à Francfort; il s'agiſſoit de remédier
àdes inconvéniens innombrables , dont notre fer-
vice étoit rempli. L'expérience les avoit fait ſuf-
fifamment connoître , mais les peines qu'on s'é-
toitdonnées pour y remédier "n'avoient eu au-
cun ſuccès. Bacon dit que l'erreur la plus com-
mune à ceux qui commandent, eſt de vouloir la
fin ſans permettre les moyens. Dans cette occa-
ſion il n'y en eut point de négligés. Etablir la dif-
cipline parmi les foldats, plutôtpar les précau-
tions qui préviennent les fautes, que par les châ-
cimensqui lespuniſſent; en multipliant leurs de-
voirs , diminuer leurs fatigues & ajouter à leur
bien- être , aſſurer à la fois la célérité & le ſecret
dans les marches & les détachemens ; maintenir
la tranquillité & l'abondance dans les camps;.
ménager le pays ennemi , & s'y préparer des
refſources ;
42
:
FEVRIER. 1764.
217
reſſources ; ſe concilier les peuples par la juſtice &
la modération , & faire marcher l'humanité à la
ſuitedes armées : tel fut le plan que ſe propoſa
M. le Maréchal de Broglie , & qu'il remplit dans
touteſon étendue , en donnant le Réglement
de 1760(d) .
M. le Vicomte de Belſunce eut beaucoup de
part à ceRéglement ,dont la plus grande partie
des objets étoient du reffort du Major Général ,
mais le Régimentdes Gardes Françoiſes ayant re-
joint l'armée, M.deCornillon,Majorde ceCorps,
reprit les fonctions de Major Général , qu'il avoit
éxercées pendantles trois campagnes précédentes.
M. le Vicomte de Belſunce fit donc la campagne
de 1760à la rêtede ſonRégiment & en qualité
deBrigadier. Le ſort ne voulut pas qu'elle lui
offrît des occafionsde ſe diſtinguer autrement que
par ſon émulation qui le conduiſoitdans tous les
endroitsoù il pouvoit s'inſtruire. Iln'y eutpreſque
pointd'actionoù ilneſe trouvâtcomme volontai
re, &par-tout où il ſe trouva , il donna toujours
l'exemple. Mais l'hyver devoit lui faire retrouver
lesoccafions qu'il avoitinutilement cherchéespen-
dant l'été.
Depuis lecommencement dela guerre, onn'a
voitencoretenté qu'une fois de prendre desquar-
*tiers ſur le bord du Wezer ; & quoique toutes les
places fuſſent alors en notre pouvoir , & que le
paysabondât encoreenſubſiſtance,on fut bientôt
obligé deſe retirer avec une perte conſidérable.A
la fin de l'année 1760 , la conſervationdu pays
qu'on avoit conquis , étoitbien plus difficile. Lipf-
tadt, Munſter , Hamelen & Hanovre étoient en-
(d) Ce Réglement a été adoptédepuis parMef-
fiçurs lesMaréchauxd'Etrées & de Soubiſe.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
core occupés par les ennemis ; la Heſſe qui avoit
prèſque toujours été le théâtre de la guerre , ſe
trouvoit entièrement ravagée ; la communica-
tion avec le Bas-Rhin , étoit trop étendue & trop
difficile. Le génie & l'activité ſurmontèrent tous
les obitacles. Le pays étoit ouvert , & la première
ligne des quartiers n'avoit point de place forte
pour la couvrir , en trois ſemaines de temps on
en créa , on en approviſionna une capable de
contenir cinq ou fix mille hommes de garniſon ,
& l'Allemagne étonnée compta une fortereſſe de
plus.
Qu'il nous ſoit permis d'interrompre le récit
*d'une longue & malheureuſe guerre par une ré-
Héxion confolante pour l'humanité. Goetingue ,
l'aſyle des Muſes , le ſiége d'une Univerſité célé-
bre , voit ſes portiques & ſes lycées changés en
remparts , & remplis de ſoldats.Tel fut le fort de
Rome & d'Athènes ; mais les barbares qui ſoumi-
rent ces Villes , détruiſirent également , & les
Sciences , & les Peuples qui les cultivoient. Les
François qui viennent dans Goetingue , braver àla
fois les périls de la guerre , la rigueur de la ſai-
fon& ladiſette qui les menace; les Françoisſontles
protecteurs &les amis des Lettres. L'Officier dans
l'intervalle de ſes travaux vienvient écouter les le-
çons d'un Profeſſeur qu'il reſpecte & qu'il honore,
& le Grenadier qui défendit hier l'accès d'une re-
doute , conſerve aujourd'hui avec la même vigi-
lance le dépôt des Muſes , dont la garde lui a été
confiće. Tel eſt l'empire de la Philoſophie, qu'il
adoucit la guerre elle-même , & qu'il fait régner
les mœursjuſqu'au ſein des combats.
M.le Maréchal de Broglie , après avoir mis
l'élitedeles troupes dans Goetingue, n'avoit garde
de négliger le choixdes Commandans. Il tomba
FEVRIER. 1764.
219
furM. leComte de Vaux , Lieutenant-Général &
ſurM. leVicomte de Belfunce. L'hiſtoire prèſque
incroyable de ce qui s'eſt paflé dans l'hyver de
l'année 1761, eſt le ſeul éloge qui ſoitdigned'eux.
M. leComte de Vaux, qui auroit fait un prodige
enſe procurant ſeulement les moyens de confer-
ver ſa place , ſe prépare ſur le champ ceux d'atta-
quer les ennemis & de les inquiéter par-tout.
Dès le 27 Janvier, leVicomte de Belſunce fort à
la tête d'un détachement conſidérable qui étoit
deſtiné à favoriſer par une diverſion les expédi-
tions du Comte de Stainville & du Comte de Nar-
bonne; il cherche les ennemis , les trouve en for-
ce, les attaque , & leur tue ou leur prend trois
cent hommes, tandis que le Comte de Stainville
enléve un corps Pruffien , & le Comte de Nar-
bonne un bataillon Hanovrien .
On ſe rappelle les efforts prodigieux que firent
les Alliés, lorſqu'après s'être combinés avec les
Prufliens , ils nous attaquèrent de toute part,&
voulurent nous contraindre à abandonner la
Heffe. La garniſon de Goetingue n'a bien-tôt
plus de communication avec l'Armée ; elle en
ignore ladeſtinée,ou les ſeules nouvelles qu'elle
en reçoit lui apprenent qu'elle eſt prèsde Franc-
fort. C'eſt dans ce moment que ſon courage &
ſon activité redoublent ; il faudroit un journal
détaillé pour raconter ici tout ce que M. de
Belſunce fitderemarquable : il n'y eur préſque
pointdejourqui ne fût ſignalépar quelques avan-
zages. Ilapprend que les ennemis occupent Du-
Derſtadt , Ville éloignéede Goetingue de près
de fix lieues. Ily marche , les ſurprend , & fair
350 priſonniers. Après avoir diſſipé ſucceſſive-
ment,tous les corps qui obſervoient la garniſonde
Goetingue, il raffemble ſa Cavalerie; fort de
Kü
220 MERCURE DE FRANCE...
la Ville ,& va s'établir à plusde quatre lieues de
làdans celle de Northeim : il y ramaſſedes ſub-
ſiſtances ; léve des contributions juſques dans
Eimbeck , & s'avance lui-même à Seeſen ſur
le chemin de Brunſvick on il enléve cent Cava-
liers & cing Officiers. A peine est-il revenu qu'il
ſe porte rapidement d'un côté tout oppoſe. II
paffe la Leine; met en fuite les ennemis , & leur
tue ou prend trois cens hommes. Le retour de
l'Armée ennemie qui avoit été chaffée de la
Heſſe l'ayant obligé de rentrer dans Goetingue,
il apprend peu de jours après que le Colonel
Collignon occupe Northeim avec un Bataillon
Prufſfien; il fort à la tête d'un gros détachement
ſecondé par M.le Marquis de Durfort : ils fon-
dent tous deux ſur l'ennemi ; nos Dragons
joignent l'Infanterie au moment où elle ar-
rivoit à un Pont au -delà duquel elle de voit
trouver ſon ſalut. Ils la cottoyent & en efſuyent
tout le feu , pour aller s'emparerdu Pont. Trois
cens prifonniers , & deux pièces de Canon ſont
le prix de cette manœuvre hardie. Les deux
Armées avoient pris leurs quartiers , & le calme
étoit rétabli partout : mais M. de Belſunce
croyoit qu'il n'étoit jamais temps de ſe repoſer
lorſqu'il reſtoit quelque choſe de glorieux à
faire. On lui rapporte qu'un Bataillon de la
légion Britannique occupe Daffel ; il va pour
l'attaquer , mais il trouve à ſa place troisBa-
taillons d'Infanterie ennemie ; il les contraint à
ſe retirer, & les fait tenir en échec tandis qu'il
pourſuit le Bataillon de la légion Britannique ,
qui cherchoit à regagner le bois, quoiqu'il eûr
été renforcé par un corps de Grenadiers & de
Cavalerie. M. de Belſunce à la tête de nosDra-
gons joint ces troupes réunies ,les attaque,les
FEVRIER. 1764.
piécedeCanon.
221
défait & ramene deux cens priſonniers avec une
Nous ne finirions pas fi nous voulions rap-
porter tous les avantages de moindre confé-
quence qu'il remporta pendant fon ſéjour à
Goetingue. Il nous ſuffira de dire qu'on n'a pas
enlevé aux ennemis un poſtede trente hommes ,
qu'il ne l'ait été reconnoître lui- même,&qu'il
n'ait conduit les troupes à l'attaque.
LeGrade de Maréchal de Camp , &leCom
mandement d'une avant-garde , furent la récom-
penſe qu'il reçut de ſes ſervices ſignalés.
L'Armée Françoiſe ſe raſſemble ; les opéra-
tions de laGuerre vont recommencer , mais on
ne peutpas dire de M. de Belſunce qu'il rentre
en campagne : avec de nouvelles Troapes it
marche àde nouveaux ſuccès. Le Général Spor-
cken, àla têted'un corpsde quinze millehommes ,
gardoit les défilés de la Dimel. M. Le Maré-
chal de Broglie les fait tourner par deux corps
commandés par M. le Marquis de Poyanne ,
& M. le Baron de Clozen. Il ſe préſente lui-
même devant le Général Sporcken : celui - ci
profite de la nuit pour ſe retirer. Le Vicomte
de Belſunce avec deux Régimens de Dragons ,
&un Régiment de Troupes Légéres le joint , &
L'oſe attaquer. En vain l'Infanterie ennemie croit
ſe mettre à couvert dans un bois ; notre Cavale-
rie y pénétre , & la diſperſe , treize pièces de Ca-
non , deux cent priſonniers ,& tous les Equipages
des ennemis reſtent en nos mains. De toutes les
actions où s'étoit diſtingué M. de Belfunce cel-
le-ci fut laplus flatteuſe pour lui , parce qu'elle
ſe paſſa prèſque ſous les yeux de ſon Général ,
qui arriva au moment où elle finiſſoit.Mais telle
étoit lamodeſtie , & l'élévationde ſon âme , que
:
K iij
:
222 MERCURE DE FRANCE.
s'occupant moins de ce qu'il avoit fait que de
ce qu'il auroit voulu faire , il n'aborda le Maré-
chal de Broglie quiavec crainte & parut furpris
des éloges qu'il en recevoit.
Juſqu'ici le fuccès a toujours accompagné
notre Héros; ilmanquedonc quelque choſea fa
gloire: car comment connoître les hommes qui
n'ont pas connu l'adverſité! ne craignons point
pour lui cette épreuve : elle mettra ſon mérite
dans tout ſon jour. M. le Maréchal de Broglie
étoitencore enWestphalie, mais il méditoitle pafa
fageduWezer, & il vouloit s'aſſurer la communi
cation de Goeringue. Il y envoya M. le Vicomte
de Belfunce avec le corps qu'il commandoit.
LeGénéral Lukner dont on connoit la capacité
& l'activité reçut un renfort conſidérable , fir
une marche forcée , & vint tomber ſur M. de
Belſunce qu'il trouva près de Daſſel ; l'inégalité
des forces rendoit la retraite néceffaire , mais la
nature du terrein la rendoit très-difficile. M. de
Belfunce voit le danger ; & ne s'en émeut pas
c'eſt a la valeur àcompenfer rant dedéfavanta-
ges,& il compte fur celle de ſesTroupes. L'en-
nemi qui croit être sûr de la Victoire, le preſſe
&s'oppoſe à fa retraite. Dès qu'il s'approche , M.
deBelſunce le fait charger; un Efcadron ne paffe
un défilé que tandis qu'un autre combat , &
repouſſe une colonne entière de Cavalerie. Après
vingt charges plus glorieuſes les unes que les
autres , notre Cavalerie parvientenfin à allurer fa
retraite; mais cinq cens hommesd'Infanterieac-
cablésde laffitude &du poidsdela chaleur qui ce
jour-là fut exceſſive,ne purent monter un eſcarpe-
ment au haut duquelils auroienttrouvéleur falut.
M. deBelfunce , obligé de les abandonner, fe
ſaiſir de leurs drapeaux, & les emporte avec lui,
ne laiſſant ainſi aux ennemis d'autre ſupériorité
FEVRIER. 1764.
223
quecellequeleur donnoit la vîteſſede leurs che-
vaux fur les forces du Fantaſſin épuiſé. Ce revers
ne diminua ni ſon courage , ni la confiance que
ſes troupes avoient en lui. Il écrivit au Maréchal
de Broglie : Nous avons été battus , mais nous
nous sommes bien battus . M. de Belſunce cherchoit
une revanche au lieu d'excuſe ; & ſon Général le
miten étatde la prendre. Il lui donna de nou-
velles troupes , & l'envoya vers la forêt du Hartz
avec ordre d'obſerver les ennemis & d'entrepren-
dre ſur eux , s'il en trouvoit l'occaſion .
M. de Belſunce marchoit plein d'ardeur &
d'eſpérance , lorſqu'il reçut l'ordre deſe rendre à
la Cour pour y recevoir des inſtructions ſur ſa
deſtination ultérieure. 11 obéit & ſediſpoſe à par-
tir. Cependant il voit avec douleur qu'il ne lui
reſte plus que cinq ou fix jours à commander
ces braves gens qui avoient toujours combattu
fous ſes ordres , & qui s'étoient tous promis de
le vanger. Dans ces circonstances il s'approche de
la forêt du Hartz. Ce Pays affreux & inacceſk-
ble eſt fameux par les mines qu'il renferme. Des
montagnes énormes entaſſées les unes ſur les
autres , & couvertes de cyprès; des torrens dont
l'onde mêlée de ſoufre & de vitriol flétrit l'herbe,
1
qu'elle arroſe & couvre de rouille les pierres qu
lui ſervent de lit ; des rochers menaçans , des
ruines immenfes , des précipices horribles ; tels
font les objets hideux que la Nature a raſſemblés
dans les lieux où elle a placé ſes tréſors. Cer
épouvantable ſéjour est habité par un Peuple di-
gne de lui. Des hommes pâles & livides , accou-
tumés à vivre dans les entrailles de la Terre , ne
pareiſſent ſur ſa ſurface que comme ces oiſeaux
lugubres que la lumière offenſe & qui reffentent
en voyant la clarté du jour une terreur égale à
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE .
cellequi nous ſuit dans les ténébres. Qui croiroit
que cette horrible contrée renfermât l'objet le
plus cher aux deſirs de l'homme , & que nos Pa-
lais les plus rians lui duſſent leurprincipal éclat a
Mais ce Pays offre lui-même un contraſte aufli
frappant ; du ſein de ces arides montagnes on
voit s'élever une Ville bien bâtie ( e ) & bien or-
née. C'eſt làqu'on prépare les métaux , & qu'on
les convertit eneſpéces. L'argent qui y abonde y
procure tout ce qui nedépend pasdes faveursde
la Nature. Le Duc de Brunswick & l'Electeur
d'Hanovre en partagent la Souveraineté ; tous
deux étoient alors nos ennemis , & la conquête
de ce Pays ne pouvoit manquer d'être très-im-
portante pour nous. Mais la Nature l'avoit ren-
du prèſqu'inacceſſible , & l'art avoit achevé ſon
ouvrage. Un ſeul chemin en permettoit l'entrée
àtravers une gorge étroite eſcarpée & défendue
par pluſieurs retranchemens ; la garde en fut
confiée à 1500 chaſſeurs tant à pied qu'à cheval ,
commandés parleGénéral Freytag, & connoif
ſant tous parfaitement le pays qu'ils devoient
défendre.
Quelqu'envie qu'eût M.de Belſuncede triom-
pher de tant d'obstacles , il ſentit que ce ſeroit
verſer du ſang inutilement que de tenter à force
ouverte le ſuccès de cette entrepriſe. Avant d'ar-
river à la forêt on trouve près d'un petit ruif-
ſeau & au bas d'un eſcarpement une ( f) Ville
affez conſidérable ſituéeà 300 ou 400 pas de la
( e ) Clausthal & Cellerfeld font regardées com-
me deux Villes séparées , parce que l'une appar-
tient à l'Electeur d'Hanovre , & l'autre au Duc
de Brunswick ; mais elles se touchent & ne pa-
roiffent auxyeux que comme une feule Ville.
(f) Oflerode.
7
FEVRIER. 1764.
225
gorge; c'étoit-là où l'infanterie Hanovrienne fa-
tiguéed'avoirpaſſetoutela nuit ſous les armes ve-
noitſe repoſer pendant la journée. La cavalerie
reſtoit en bataille dans une petite plaine derriere
laVille. Des Poſtesplacésdetous lescôtésdevoien
avertir s'ils voyoientparoître lesFrançois.M.deBel-
funcereconnoît la poſitionde l'ennemi & le trouve
ſur ſesgardes, mais il parvient bientôt à lui inf-
pirer de la confiance en lui faiſant pluſieurs atta-
ques ſimulées , qui d'abord, lui donnent l'allarme
mais qui n'ayant point de ſuite , le font re-
pentirdes'être fatigué inutilement. M. de Belfunce
profitedeces eſcarmouches pour éxaminer com-
ment il pourra fairepaſſer ſa cavalerie au guć
& couper celle des ennemis avant qu'elle ait
gagné lebois. Enfin le z Septembre, il ſe met en
marche pendant la nuit ; arrive à un bois où il
fait cacher ſes troupes juſqu'à ce que l'heure ſoit
venueoù les ennemis quittent les retranchemens
pour entrer dans la Ville ; puis il fait paroître
quelques troupes légéres devant leſquelles les
poſtesdes ennemis ſe replient comme ils avoient
fait les jours précédens , ſans donner l'allarme au
reſtede leurs troupes ,bientôt il s'avance lui-
même ſuivide ſon Infanterie& de ſa Cavalerie ,
quitraverſenten courant une plaine deplusd'une
demie lieue de large. A la tête de la premiere il
deſcendl'eſcarpement par un chemin qu'il avoit
reconnu , traverſe le ruiſſeau , tombe ſur la Cava-
Jerie ennemie , la met en fuite & ſe porte rapi-
dement ſurle chemin par lequel l'Infanterie Ha-
novrienne peut ſe retirer. Pendant ce temps-là
la ſienne arrive , attaque la Ville & en briſe les
portes , les ennemis fuyent de toutes parts , mais
on leur faitplus de sooprifonniers. Il n'yavoit
pasunmomentàperdre fi 100hommesſeulement
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
s'étoient ralliés à l'entrée des bois , l'entrepriſe
ftoit manquée. Mais nos Dragons les ſuivirentjuf-
qu'àleurs retranchemens.Arrêtés parces obstacles,
ils mettent pied à terre & emportent la première
barrière. L'Infanterie lesjoint& ſans s'arrêter un
inſtant elle poursuit les fuyards ſur toutes les
montagnes du Hartz juſqu'à ce qu'elle arrive à la
VilledeClauſtal dontelle s'empare après avoir
fait cing lieues de chemin, dont trois en combat-
tant. Ce ſuccès nous valut un million de contri-
butions; & en nous ouvrant lepays d'Halberstadt,
&deBrunswick , il prépara l'expédition deWol-
fembutel.
M. le Vicomte de Belſunce ſe réſout enfin de
quitter ſes braves Compagnons , mais il eſt obligé
d'éviter leurs adieux; ils eufſſent été trop touchans
pour eux, & trop glorieux pour lui. Il ſe rend à
laCour où il apprend qu'il eſtdeſtiné àcomman-
der un corps detroupes qu'on envoye à Saint-Do-
mingue. De toutes les idées effrayantes qui , dans
cetteoccafion, pouvoient ſe préſenter à ſon eſprit,
la ſeulequi letouche, c'eſt la craintede ne pouvoir
répondre comme il le deſire à la confiance qu'on
lui témoigne. Il n'objecte pas que ſon tempéra-
ment ne peut foutenir la mer; que ſa ſanté, déja
épuiſée parde longs travaux,réſiſtera difficilement
àun climat dangereux : mais feulement que le
genre de guerre auquel on le deſtine ſeranouveau
pour lui , & qu'en répondant de fon zèle , il ne
peut répondre de ſes talens. Réſola d'obéir , il ne
demande plus qu'une grace : c'eſt d'emmener
aver lui ſon ami. Car ſon âme douce & ſenſible ,
accoutumée dès long-temps aux impreſſions les
plus tendres , n'avoit pas changé de nature par
l'habitude des combats , & s'étoit du moins réſer-
vé le ſentimentde l'amitié ,comme celui qui con-
FEVRIER. 1764.
22.7
vientleplus à un grand homme. Mais ici fon in-
clination ſe trouvoit encore identifiée avec fon
amour pour la guerre. Il y avoit plus de vingt
ans qu'il étoit lié de l'amitié la plus vive avec М.
de Caftra, Lieutenant -Colonel desCantabres: une
eſtime réciproque avoit toujours refferré ces liens.
Il voulut donc qu'il s'embarquât avec lui ( g ) ,
ainſi que deux Officiers de fon Régiment, dont il
avoit éprouvé la valeur & la capacité h ) . Mais
s'il ménageoit ainſi desſecours utiles à la Colonie
qu'il alloit défendre , quelsſecours plus importans,
encorene ſe préparoit-il pas à lui-même ? Heureux
eelui que lafortune a élevé& qu'elle attache encore,
àdegrands emplois, ſi lorſque l'intérêt particulier,
les cabales , les jalouſies viendront ſe placer entre
lui & le bien qu'il voudra faire , il trouve alors un
ami qui, par ſon eſtime & fon fuffrage , conſole
ſon âme flétrie par l'injuſtice, & lui ouvre un cœur
ſimple & pur , auquel il puiſſe confier le dépôt de
ſa vertu!
M. de Belſunce s'embarqua ſur l'Eſcadre com-
mandée par M. de Blenac; il mit à la voile le 24
Janvier 1762 , & arriva à Saint-Domingue le 16
Mars. Il ſouffrit beaucoup de la mer pendant la
traverſée: mais les devoirs qu'il doit remplir à fon
arrivée lui donnent de nouvelles forces. Il a bien-
tôt acquis une connoiſſance exacte du pays. N
obſerve que la défenſe en eſt trop étendue , &
qu'il n'eſt pas poſſible de s'oppoſer par-tout à un
débarquement. Il ſçait que cette fauſſe idée de dé -
fendre la côte a déja perdu pluſieurs Colonies ;
il ſe réfout donc à prendreune poſition où il ſoir
(g) Ilpaſſa à S. Domingue avec le rang deBri
gadier.
(h) MM. de Renaud& de Milly.
Kvj
228 MERCURE DE FRANCE.
impoſſible de leforcer , &d'où il puiſſe , en casde
deſcentes , harceler & inquiéter aſſez les ennemis
pour les forcer à abandonner leur entrepriſe. Tel
fut le plande défenſe qu'il choiſit , & qui fera cer-
tainement approuvé par quiconque ne préférera
pas l'intérêt de ſon habitation à celui de ſa Patrie.
Les fatigues, les ſoins que de ſi ſages meſures
avoient exigés de lui netardèrent pas à altérer ſa
conſtitution. Son tempérament paya alors au cli-
mat un tribut qu'il ſembloit que ſon âme eût ſuſ-
pendu , tant que ſa ſanté avoit été néceſſaire à la
Colonie. La force de ſa complexion le fit triom-
pher de cette maladie , ainſi que d'une autrequ'il
eut encore peude temps après celle-là.
M. le Vicomte de Belſunce, pendant le court
eſpacede temps qu'il a vécu, a eu du moins la
confolation de recevoir les honneurs ſans les avoir
mandiés.M. le Duc de Choiseul, qui, vingt ans au-
paravant , avoit fait connoillance avec lui les armes
àla main, réuniſſant en ſa perſonne les Placesde
Secrétaire d'Etat , de la Guerre & de la Marine,
ne lui montra ſa ſupériorité qu'en appréciant ſes
ſervices , & en lui faiſant obtenirdes récompenſes
qui auroient perdu de leur prix ſi elles avoient été
follicitées.
M. de Belſunce apprit qu'il avoit été fait Lieu-
tenant-Général & Gouverneur de S. Domingue ;
mais ces honneurs ſi bien mérités ne devoient
ſervir qu'à décorer ſa mémoire. Il fut attaqué au
mois de Juillet 1763. d'une maladie qui le
conduiſit bien- tôt au tombeau. Ce fut alors que
fon courage fut mis à une épreuve nouvelle; il
avoit enviſagé la mort ſans effroi ,' lorſqu'il avoit
été au-devantd'elle ; dans ce moment il la voit
tranquillement s'avancer vers lui. Mais il lui
manque la conſolation d'expirer entre les bras
deſon ami. M. de Castra étoit abfent, &jamals
V
to
CO
ed
ja
pa
l'a
fu
d
0
C
L
Π
コ
FEVRIER. 1764 .
229
ſapréſence n'auroit été plus néceſſaire à M. de
Belſunce. Car dans ces momens extrêmes , l'âme
conſervant encore une activité qu'elle ne peut
plus porter ſur elle-même ,s'élance avec ardeur
vers les objets de ſon amour ; & ce ſentiment eſt
d'autant plus pur en elle qu'alors ily régne tout
ſeul, & n'en partage plus l'empire avec l'intérêt
perſonnel , & l'amour de la conſervation. M.
de Belſunce averti de ſa fin , leva encore une
fois les yeux,regarda autour de lui ,&n'y voyant
pas ce qu'il cherchoit il les referma foudain
comme s'il donnoit le ſignal à la mort qui
s'apprêtoit à le frapper. Déjà les regrèts avoient
fuccedé aux allarmes , déjàle deuil étoitrépandu
parmiceux qui l'environnoient. M. de Castra ar-
rive : en vain on veut l'arrêter en lui diſant qu'il
n'eſt plus tems;il s'élance vers le lit de ſon amis
l'appelle avec des cris douloureux. La mort ſem-
ble les entendre & lâcher ſa proïe. M. de Bel-
funce fort de l'agonie , où il étoit plongé depuis
dix-huit heures: c'eſt vous que je revois ,dit-il ,
que mon fort eſt changé ! c'en est fait , je meurs
content A ces mots, il voit couler les larmes de
ſon ami , il ſe ſent ſerrer dans ſes bras , il veut
le ferrer à ſon tour, il retrouve ſes forces ; l'a-
mitié , cette douce conſolation de ſon être en
combat la deſtruction. M. de Betfunce paroît
rappellé a la vie , l'eſpoir renaît , une joie timide
&inquiette ſe répanddans ſamaiſon.M. de Caftra
lui-même ſe flatte de le conſerver. Mais , M. de
Belfunce ſentoit mieux ſon état. N'eſpérez rien,
dit-il ,mesjours ſont consommés ; la mort habite
déjà dans mes entrailles . ( i ) je ſens l'endroit
où elle me frappe ; ne lui oppoſons point une
réſiſtance inutile: mais tant que nous vivrons
(i) Ilest mort d'une inflammation d'entrailles .
<
230 MERCURE DE FRANCE .
foyons dignes de vivre.Alors il employe le reſte
de ſes momens à faire ſes dernières diſpoſitions.
L'équité la plus parfaite y préſide. A peine furent-
elles conſommées que le moment fatal.
...
Mais
pourquoi nous retracer ces objets douloureux ?
Défenſeur . Offrons-lui le tribut de nos larmes ,
3
Nous avons perdu un Citoyen , un Guerrier , un
fans douteil le merite; mais il a vécuavecgloire, &
ſa vie aété ſans tache : mêlons donc quelques
fleursaux lauriers qui ornent ſa tombe , & n'offen-
fonspasſamémoire pard'inutiles plaintes ; car ce-
lui-là ſeul eſt mort trop tôt quia fini ſes jours, ſans
les avoir rendusutiles à ſon pays.
Fermer
5976
p. 1661
Second Logogryphe.
Début :
Le nom de Cornard est injure, [...]
Mots clefs :
Logogriphe, Cornard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Second Logogryphe.
Second Logogryphe.
LE nom de Cornard est injure ,
Et le Cor fait trembler les animaux des champs.
Le Roc ne craint aucunement les dents :
Le Nard est ce parfum de la sainte Ecriture .
Et le Nord , ce pays sujet à la froidure..
Un , cinq , six ; car , que l'on voulut pros crire
Jadis du langage françois ,
( Et qui n'a cependant rien perdu de ses droits. )
Mais poursuivons ce qui nous reste à dire ,
Sept , deux , quatre , un , .est Donc , et le nom :
d'Empereur ,
Conrard ; 'j'en suis. sorti , je crois à mon hon
neur.
Le Maire
LE nom de Cornard est injure ,
Et le Cor fait trembler les animaux des champs.
Le Roc ne craint aucunement les dents :
Le Nard est ce parfum de la sainte Ecriture .
Et le Nord , ce pays sujet à la froidure..
Un , cinq , six ; car , que l'on voulut pros crire
Jadis du langage françois ,
( Et qui n'a cependant rien perdu de ses droits. )
Mais poursuivons ce qui nous reste à dire ,
Sept , deux , quatre , un , .est Donc , et le nom :
d'Empereur ,
Conrard ; 'j'en suis. sorti , je crois à mon hon
neur.
Le Maire
Fermer
Résumé : Second Logogryphe.
Le texte décrit un logogriphe où 'Cornard' est une insulte. 'Cor' fait trembler les animaux, 'Roc' ne craint pas les dents, 'Nard' est un parfum biblique et 'Nord' est un pays froid. Les nombres 'Un, cinq, six' et 'Sept, deux, quatre, un' désignent des lettres. Le nom 'Conrard' est celui d'un empereur, et le locuteur en est issu. Le Maire est mentionné à la fin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5978
p. 64
ENVOY Par Guillot le Pensif.
Début :
Bouteille en main Guillot sous une treille, [...]
Mots clefs :
Bouteille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY Par Guillot le Pensif.
ENVOY
Par Guillot le lJenftf
Bouteille en main Guillot
sous une treille,
L'e sprit bouché,longtems
te mot chercha; •
Mais son esprit enfinsedébaucha
,
Si tôt qu'il eut débouché sa bouteille
Par Guillot le lJenftf
Bouteille en main Guillot
sous une treille,
L'e sprit bouché,longtems
te mot chercha; •
Mais son esprit enfinsedébaucha
,
Si tôt qu'il eut débouché sa bouteille
Fermer
5979
p. 2311
Illumination des Théatins, [titre d'après la table]
Début :
L'illumination de la Maison des R. P. Théatins fut des plus brillantes. Le Corps de [...]
Mots clefs :
Horloge, Corps de logis, Étoile, Pyramide, Théatins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Illumination des Théatins, [titre d'après la table]
L'illumination de la Maiſon des R. P,
Théatinsfut des plus brillantes .Le Corps de
Logis & les deux aîles étoient éclairés de
trois grands cordons de lumiere , & les
Croiſées , qui donnent ſur la Seine , toutes
entourées de cinq rangs de Lampions. Le
Clocher de l'Horloge , qui eſt au milieu du
corps de Logis , étoit tout éclairé , & portoit
unePyramidede 6 à 7 pieds de hauteur,
terminée par une grande Etoile, qui repréſentoit
le Genie de la France , avec cette
Inſcription, GENIO GALLICO ; au-def
ſous de l'Horloge , étoit un grand Tableau,
qui repréſentoit un Soleil , fortant de l'Eclipſe
, avec cette Deviſe au-deſſus , Refurgo
clarior , & au bas , Je renais plus brillant. Ce
Tableau étoit entouré d'un nombre infini
de lumieres , qui alloient ſe rejoindre au
contour de l'Horloge & à la Pyramide, audeſſus
de laquelle brilloit l'Etoile , comme
autant de Diamans , qu'il y avoit de Lame
pions , remplis d'une graiſſe , compoſée exprès,
Théatinsfut des plus brillantes .Le Corps de
Logis & les deux aîles étoient éclairés de
trois grands cordons de lumiere , & les
Croiſées , qui donnent ſur la Seine , toutes
entourées de cinq rangs de Lampions. Le
Clocher de l'Horloge , qui eſt au milieu du
corps de Logis , étoit tout éclairé , & portoit
unePyramidede 6 à 7 pieds de hauteur,
terminée par une grande Etoile, qui repréſentoit
le Genie de la France , avec cette
Inſcription, GENIO GALLICO ; au-def
ſous de l'Horloge , étoit un grand Tableau,
qui repréſentoit un Soleil , fortant de l'Eclipſe
, avec cette Deviſe au-deſſus , Refurgo
clarior , & au bas , Je renais plus brillant. Ce
Tableau étoit entouré d'un nombre infini
de lumieres , qui alloient ſe rejoindre au
contour de l'Horloge & à la Pyramide, audeſſus
de laquelle brilloit l'Etoile , comme
autant de Diamans , qu'il y avoit de Lame
pions , remplis d'une graiſſe , compoſée exprès,
Fermer
5980
p. 203-204
De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
Début :
Le Maréchal de Daun, après avoir établi son quartier à Mengelsdorff, alla reconnoître [...]
Mots clefs :
Maréchal Daun, Roi de Prusse, Camp, Opérations militaires, Prince Henri, Troupes, Attaque, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
De l'Armée Autrichienne , le 1 Octobre.
Le Maréchal de Daun , après avoir établi fon
quartier à Mengelfdorff , alla reconnoître la pofition
du corps aux ordres du Général Ziethen à
Landfcrone ; & il apprit que le Roi de Pruffe
s'étoit porté de Sagan fur Grienberg. Il fit fes
difpofitions pour envelopper le camp de Landfcrone
le lendemain , & pour marcher enfuite au
Prince Henri. Mais il apprit le 24 , que le Général
Ziethen avoit décampé la nuit , pour le
Iv
204 MERCURE DE FRANCE.
joindre au Prince Henri , dont l'Armée venoit
d'abandonner Gorlitz. Toutes les troupes légères
furent détachées , avec ordre de pourfuivre vivement
les Pruffiens . Elles atteignirent leur bagage ,
en enlevèrent une partie , & firent beaucoup de
prifonniers .
Le Maréchal de Daun , après avoir établi fon
quartier à Mengelfdorff , alla reconnoître la pofition
du corps aux ordres du Général Ziethen à
Landfcrone ; & il apprit que le Roi de Pruffe
s'étoit porté de Sagan fur Grienberg. Il fit fes
difpofitions pour envelopper le camp de Landfcrone
le lendemain , & pour marcher enfuite au
Prince Henri. Mais il apprit le 24 , que le Général
Ziethen avoit décampé la nuit , pour le
Iv
204 MERCURE DE FRANCE.
joindre au Prince Henri , dont l'Armée venoit
d'abandonner Gorlitz. Toutes les troupes légères
furent détachées , avec ordre de pourfuivre vivement
les Pruffiens . Elles atteignirent leur bagage ,
en enlevèrent une partie , & firent beaucoup de
prifonniers .
Fermer
Résumé : De l'Armée Autrichienne, le 1 Octobre.
Le 1er octobre, le Maréchal de Daun repéra le corps du Général Ziethen à Landfcrone et apprit le déplacement du Roi de Prusse vers Grienberg. Le 24 octobre, Ziethen quitta Landfcrone pour rejoindre le Prince Henri. Daun envoya des troupes légères qui capturèrent du bagage ennemi et firent des prisonniers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5981
p. 179-180
BENEFICES DONNEZ par le Roy.
Début :
L'Evêché de Mâcon, à l'Abbé de Valras, Agent [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Dons, Abbayes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
ENEFICES DONNEZ
par le Roy.
'Evêché de Mâcon , à l'Abbé de ValLEras , Agent du Clergé.
L'Abbaye de S. Vincent de Laon
l'Evêque d'Arras.
Celle de S. Julien de Dijon , Ordre de
S. Benoît , vacante par la démission de
la Dame de Bussy-Rabutin , à la Dame
de Langhac , Prieure de l'Abbaye de
Praslon.
Celle de Preaux , même Ordre , Diocèse de Lizieux , à la Dame de Brancas.
Celle de Montsor d'Alençon , même
Iij Ordre
180 MERCURE DE FRANCE
Ordre , à la Dame de Chateaurenault.
Le Prieuré de S. Pancras de Fontaine ,
Diocèse de Besançon , à M. Franchet
Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
la même Ville.
Le Prieuré de Vausse , Ordre du Valdes- Choux , Diocèse de Langres , à M. Pẹ
titbenoist , Chanoine de Besançon.
par le Roy.
'Evêché de Mâcon , à l'Abbé de ValLEras , Agent du Clergé.
L'Abbaye de S. Vincent de Laon
l'Evêque d'Arras.
Celle de S. Julien de Dijon , Ordre de
S. Benoît , vacante par la démission de
la Dame de Bussy-Rabutin , à la Dame
de Langhac , Prieure de l'Abbaye de
Praslon.
Celle de Preaux , même Ordre , Diocèse de Lizieux , à la Dame de Brancas.
Celle de Montsor d'Alençon , même
Iij Ordre
180 MERCURE DE FRANCE
Ordre , à la Dame de Chateaurenault.
Le Prieuré de S. Pancras de Fontaine ,
Diocèse de Besançon , à M. Franchet
Chanoine de l'Eglise Métropolitaine de
la même Ville.
Le Prieuré de Vausse , Ordre du Valdes- Choux , Diocèse de Langres , à M. Pẹ
titbenoist , Chanoine de Besançon.
Fermer
Résumé : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
Le roi attribue divers bénéfices ecclésiastiques. L'évêché de Mâcon accorde un bénéfice à l'abbé de Val-Leras. Plusieurs abbayes et prieurés changent de titulaires, notamment Saint-Vincent de Laon, Saint-Julien de Dijon, Preaux, Montsor d'Alençon, Saint-Pancras de Fontaine et Vausse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5982
p. 201-202
« Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Début :
Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Voila déja une avanture du
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
Fermer
5983
p. 203-204
ESPAGNE.
Début :
Les Lettres de Buenos-Ayres marquent que, depuis la victoire remportée par [...]
Mots clefs :
Madrid, Buenos Aires, Victoire contre les Sauvages, Roi Très-Chrétien, Lisbonne, Navires, Marchandises, Danger, Tempête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 25 Janvier.
Les Lettres de Buenos - Ayres marquent que ,
depuis la victoire remportée par les troupes Efpagnoles
& Portugaifes fur les Indiens voifins de la
riviere d'Urugay , les Vainqueurs ont continué
leur marche ; que malgré tous les obſtacles que
leur oppofoit un pays montueux & couvert de
bois , ils ont foumis tous les peuples de ces cantons
; & que ces peuples fe difpofent à paffer
dans les nouveaux établiffemens , qui leur ont été
affignés.
Un Courier étant arrivé le 20 de Versailles ;
avec la nouvelle que le Roi Très- Chrétien étoit
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
parfaitement guéri de fa bleffure , le Roi fit chanter
fur le champ le Te Deum dans fa Chapelle
& ordonna qu'on célébrât cet heureux événement
par trois jours de réjouiffances & d'illuminations.
DE LISBONNE , le 4 Janvier.
Il a été annoncé dans les lettres datées du
23 du mois dernier , que deux Navires de la flotte
de la Baie de Tous les Saints étoient en grand
danger. Quelque diligence qu'on ait apportée.
pour les fecourir , ils ont coulé bas dans la Barre.
Ces Bâtimens fe nommoient le Gafparino & la
Sanada. Le premier étoit le Navire le plus riche
de la flotte. Outre fon chargement particulier ,
il avoit une partie de celui du Vaiffeau de retour
de Goa , qui étant arrivé à la Baie de Tous les
Saints , ne fe trouva pas en état de continuer fa
route. Des équipages du Gafparino & de la Sanada
, il n'a péri que deux Matelots. Dans la
même tempête deux Navirės Anglois , qui étoient
à l'ancre dans le Tage , ont eu leurs cables brifés.
Un de ces Bâtimens a échoué contre un banc de
fable ; mais on a fauvé toute la cargaifon. Hier ,
le feu du ciel tomba fur un Vaiffeau de guerre
la même Nation , renverfa le grand mât , & tua
quelques perfonnes de l'équipage.
DE MADRID , le 25 Janvier.
Les Lettres de Buenos - Ayres marquent que ,
depuis la victoire remportée par les troupes Efpagnoles
& Portugaifes fur les Indiens voifins de la
riviere d'Urugay , les Vainqueurs ont continué
leur marche ; que malgré tous les obſtacles que
leur oppofoit un pays montueux & couvert de
bois , ils ont foumis tous les peuples de ces cantons
; & que ces peuples fe difpofent à paffer
dans les nouveaux établiffemens , qui leur ont été
affignés.
Un Courier étant arrivé le 20 de Versailles ;
avec la nouvelle que le Roi Très- Chrétien étoit
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
parfaitement guéri de fa bleffure , le Roi fit chanter
fur le champ le Te Deum dans fa Chapelle
& ordonna qu'on célébrât cet heureux événement
par trois jours de réjouiffances & d'illuminations.
DE LISBONNE , le 4 Janvier.
Il a été annoncé dans les lettres datées du
23 du mois dernier , que deux Navires de la flotte
de la Baie de Tous les Saints étoient en grand
danger. Quelque diligence qu'on ait apportée.
pour les fecourir , ils ont coulé bas dans la Barre.
Ces Bâtimens fe nommoient le Gafparino & la
Sanada. Le premier étoit le Navire le plus riche
de la flotte. Outre fon chargement particulier ,
il avoit une partie de celui du Vaiffeau de retour
de Goa , qui étant arrivé à la Baie de Tous les
Saints , ne fe trouva pas en état de continuer fa
route. Des équipages du Gafparino & de la Sanada
, il n'a péri que deux Matelots. Dans la
même tempête deux Navirės Anglois , qui étoient
à l'ancre dans le Tage , ont eu leurs cables brifés.
Un de ces Bâtimens a échoué contre un banc de
fable ; mais on a fauvé toute la cargaifon. Hier ,
le feu du ciel tomba fur un Vaiffeau de guerre
la même Nation , renverfa le grand mât , & tua
quelques perfonnes de l'équipage.
Fermer
Résumé : ESPAGNE.
Le texte décrit plusieurs événements en Espagne, en France et au Portugal. En Espagne, des lettres de Buenos Aires rapportent la victoire des troupes espagnoles et portugaises contre les Indiens voisins de la rivière d'Uruguay. Les vainqueurs ont soumis les peuples des cantons environnants, qui se préparent à s'installer dans de nouveaux établissements. En France, un courrier arrivé à Versailles le 20 janvier annonce la guérison complète du roi Louis XV d'une blessure. Un Te Deum a été chanté dans la chapelle royale et trois jours de réjouissances ont été ordonnés. Au Portugal, des lettres datées du 23 décembre précédent signalent le naufrage de deux navires de la flotte de la Baie de Tous les Saints, le Gasparino et la Sanada, malgré les efforts de secours. Le Gasparino transportait une partie du chargement d'un vaisseau de retour de Goa. Seuls deux matelots ont péri. Deux navires anglais ont également subi des dommages lors de la même tempête, mais leur cargaison a été sauvée. Enfin, un vaisseau de guerre anglais a été frappé par la foudre, renversant son grand mât et tuant plusieurs membres de l'équipage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5984
p. 205-206
Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Début :
Un grand homme & un petit peuvent à esprit égal [...]
Mots clefs :
Homme, Taille, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Reponse à la feconde Quef
tion :
S'il eft plus avantageux
un homme d'être d'une
grande taille que d'une
petite.
ParMad. la Comteffe de **.
Un grand homme & un"
petit peuvent à efprit égal
paroître en avoir moins
l'un que l'autre. Il femble
que l'efprit paroît plus dans
un petit homme : feroit- ce
206 MERCURE
3
parce qu'on en attend davantage d'un grand , pour
remplir l'idée de grandeur
que fa taille nous donne ?
Je ne fçai fi les autres femmes font de mon goût :
mais un grand homme fot
m'ennuye plus qu'un petit ,
& je le trouve bien plus embaraffant ; il ſemble que
j'aye plus de regret à la place qu'il occupe dans ma
chambre.
tion :
S'il eft plus avantageux
un homme d'être d'une
grande taille que d'une
petite.
ParMad. la Comteffe de **.
Un grand homme & un"
petit peuvent à efprit égal
paroître en avoir moins
l'un que l'autre. Il femble
que l'efprit paroît plus dans
un petit homme : feroit- ce
206 MERCURE
3
parce qu'on en attend davantage d'un grand , pour
remplir l'idée de grandeur
que fa taille nous donne ?
Je ne fçai fi les autres femmes font de mon goût :
mais un grand homme fot
m'ennuye plus qu'un petit ,
& je le trouve bien plus embaraffant ; il ſemble que
j'aye plus de regret à la place qu'il occupe dans ma
chambre.
Fermer
Résumé : Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Madame la Comtesse de ** discute des perceptions liées à la taille. Un petit homme semble plus intelligent qu'un grand, car on attend plus d'un grand homme. Elle préfère les petits hommes, trouvant les grands plus ennuyeux et encombrants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5985
p. 201-202
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis sur mes neuf pieds du genre masculin, [...]
Mots clefs :
Cordelier
5986
p. 1029-1030
« Le 2. et le 9. Mai, il y eut Concert François au Château des Thuilleries ; on y chanta le Prologue [...] »
Début :
Le 2. et le 9. Mai, il y eut Concert François au Château des Thuilleries ; on y chanta le Prologue [...]
Mots clefs :
Cantate, Concert, Château des Tuileries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 2. et le 9. Mai, il y eut Concert François au Château des Thuilleries ; on y chanta le Prologue [...] »
Le 2. et le 9. Mai , il y eut Concert François
au Château des Thuilleries ; on y chanta le Pro-
I üij logue
030 MERCURE DE FRANCE
logue de Phaeton , et une Cantate Allégorique ,
qui a pour titre : Le Soleil , Vainqueur des Nuages.
Le sieur Jeliote , nouveau Chanteur , qu'on
avoit déja entendu à l'Opéra , y chanta pour la
premiere fois une Cantatille avec applaudissement
, ayant une très-belle voix de Hautecontre
.
Le 14 il y eut Concert
Spirituel
à cause
de
la Fête de l'Ascension , on y éxecuta le Te Deum
de M. de Blamont , Sur- Intendant de la Musique
du Roi , qui fut très-applaudi. Le sieur Somis
, dont on a déja parlé , joża un Concerto et
une Sonnate avec de nouveaux applaudissemens.
Le 16. on chanta le Prologue de Rolland , er
la Cantatille de l'Eté , mise en Musique par le
sieur le Maire , qui fut très-goûtée , chantée par
la Dlie Courvasier. La Dlle le Maure chanta la
Cantate de Zephire et Flore , et le beau Récit dans
la Cantate de M. de la Lande.
-Le 24. Fête de la Pentecôte , on éxécuta deux
Motets , l'un du feu sieur Gilles , et un autre
de M. de la Lande , qui termina le Concert ; ils
furent précedez de differentes Piéces de simphonies
, dont l'éxécution fait toujours beaucoup
de plaisir.
au Château des Thuilleries ; on y chanta le Pro-
I üij logue
030 MERCURE DE FRANCE
logue de Phaeton , et une Cantate Allégorique ,
qui a pour titre : Le Soleil , Vainqueur des Nuages.
Le sieur Jeliote , nouveau Chanteur , qu'on
avoit déja entendu à l'Opéra , y chanta pour la
premiere fois une Cantatille avec applaudissement
, ayant une très-belle voix de Hautecontre
.
Le 14 il y eut Concert
Spirituel
à cause
de
la Fête de l'Ascension , on y éxecuta le Te Deum
de M. de Blamont , Sur- Intendant de la Musique
du Roi , qui fut très-applaudi. Le sieur Somis
, dont on a déja parlé , joża un Concerto et
une Sonnate avec de nouveaux applaudissemens.
Le 16. on chanta le Prologue de Rolland , er
la Cantatille de l'Eté , mise en Musique par le
sieur le Maire , qui fut très-goûtée , chantée par
la Dlie Courvasier. La Dlle le Maure chanta la
Cantate de Zephire et Flore , et le beau Récit dans
la Cantate de M. de la Lande.
-Le 24. Fête de la Pentecôte , on éxécuta deux
Motets , l'un du feu sieur Gilles , et un autre
de M. de la Lande , qui termina le Concert ; ils
furent précedez de differentes Piéces de simphonies
, dont l'éxécution fait toujours beaucoup
de plaisir.
Fermer
Résumé : « Le 2. et le 9. Mai, il y eut Concert François au Château des Thuilleries ; on y chanta le Prologue [...] »
Du 2 au 24 mai, plusieurs concerts furent organisés au Château des Tuileries. Le 2 et 9 mai, le concert 'Concert François' présenta le prologue de 'Phaeton' et la cantate allégorique 'Le Soleil, Vainqueur des Nuages'. Le chanteur Jeliote interpréta une cantatille, saluée pour sa voix de haute-contre. Le 14 mai, à la fête de l'Ascension, un concert spirituel eut lieu avec l'exécution du 'Te Deum' de M. de Blamont et des œuvres de Somis. Le 16 mai, le prologue de 'Rolland' et la cantatille de 'l'Été' furent interprétés, avec des performances de la demoiselle Courvasier et de la demoiselle le Maure. Le 24 mai, à la fête de la Pentecôte, deux motets furent exécutés, l'un du défunt sieur Gilles et l'autre de M. de la Lande, précédés de diverses pièces de symphonies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5987
p. 203-205
Détail de la retraite de M. le Duc de Chevreuse, de la ville de Soest, le 18 Octobre 1758.
Début :
Le 17 Octobre 1758, à six heures du soir, M. le Duc de Chevreuse, [...]
Mots clefs :
Duc de Chevreuse, Troupes, Détachement, Maréchal, Patrouilles, Force, Brigades, Cavalerie, Retraite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail de la retraite de M. le Duc de Chevreuse, de la ville de Soest, le 18 Octobre 1758.
Détail de la retraite de M. le Duc de Chevreuse ,
de la ville de Soeft , le 18 Octobre 1758 .
4
Le 17 Octobre 1758 , à fix heures du foir , M.
le Duc de Chevreufe , fut averti par un payſan in
connu qu'un corps de 6000 hommes marchoit
fur lui ; il envoya fur le champ un détachement
& des patrouilles pour en fçavoir la vérité , &
dépêcha, après cela un Courier à M. le Maréchal
de Contades pour lui en donner avis , ainfi qu'à
1
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
M. de Beaufremont & M. de Fitz - James . Il fir
partir tous les équipages , mit les troupes fous les
armes & les y fit paffer la nuit . M. le Maréchal
lui manda par le retour de fon Courier de fe retirer
, s'il étoit attaqué par des forces fupérieures .
ou s'il avoit des avis certains de leur marche fur
lui ; mais qu'il n'avoit connoiffance que d'un Ré
giment de Huffards qui eût paflé la Lippe , ce qui fit
que le Duc de Chevreufe regarda encore comme
moins certain l'avis du payfan inconnu , d'autant
que fon détachement, & fes patrouilles lui avoient.
fait dire qu'ils ne trouvoient perfonne.
A 7 heures du matin le 18 , M. de Beaufre
mont qui l'avoit joint très - diligemment dans la
nuit , voyant qu'on n'appercevoit rien , voulut fe
retirer. M. le Duc de Chevreufe tâcha de l'engager
à refter ; mais comme l'ordre par écrit de M. le
Maréchal donné à M. de Beaufremont portoit feu
lement de refter en bataille à la tête du camp , il
prit le parti pour l'exécuter de fe retirer , & cela
fut heureux , puifque s'il s'étoit retiré avec M. le
Duc de Chevreuſe , il eût expofé fon corps & tous
les équipages de fa divifion à être pris . M. de
Beaufremont étoit encore fort près de M. le Duc
de Chevreufe , quand celui- ci prit le parti de fe
retirer ; mais comme il n'avoit que deux brigades
de Cavalerie qui euffent été inutiles dans le pays
convert , par lequel M. le Duc de Chevreufe s'étoit
affuré de fa retraite , il n'a pu que fçavoir gré
à M. de Beaufremont d'avoir rempli un objet plus
utile.
A huit heures du matin , une garde en avant du
camp de M. le Duc de Chevreufe , le fit avertir que
les ennemis paroiffoient , il s'y porta pour les reconnoître
; & ayant apperçu très- diftinctement
que le corps qui venoit à lui étoit de quatorze
DECEMBRE. 1758 . 1 205
mille hommes au moins , il commença fa retraite .
La Cavalerie des ennemis qui venoit au grand
trot , joignit fon arriere-garde qui étoit déja à
une affez grande diſtance de fon camp ; les huft
efcadrons qui la compofoient étoient fi peu nombreux
, qu'ils ne faifoient à peu près que la valeur
de quatre qui furent pouffés par cette Cavalerie
qui étoit au nombre de vingt - quatre escadrons. Il
y a eu un défordre inévitable , mais qui n'a duré
qu'un moment , parce qu'il envoya ordre à M. fe
Duc de Mazarin de fe placer avec les deux batail-
Ions de fon Régiment dans des haies , mouvement
qu'il a exécuté avec valeur & intelligence ,
les ennemis depuis ce temps n'ont fuivi qu'en
efcarmouchant , & nous n'avons perdu que deux
cens hommes.
Cette retraite n'a point porté coup à la jonction
de MM. de Chevert & de Fitz- James ; & quand
M. le Duc de Chevreufe auroit été affez malheureux
pour cela , elle étoit inévitable pour un
corps réduit à trois mille hommes , par tous les
détachemens qui étoient fortis , & qui font rentrés
fans aucune porte , devant un corps de quatorze
mille hommes fuivi d'une armée.
de la ville de Soeft , le 18 Octobre 1758 .
4
Le 17 Octobre 1758 , à fix heures du foir , M.
le Duc de Chevreufe , fut averti par un payſan in
connu qu'un corps de 6000 hommes marchoit
fur lui ; il envoya fur le champ un détachement
& des patrouilles pour en fçavoir la vérité , &
dépêcha, après cela un Courier à M. le Maréchal
de Contades pour lui en donner avis , ainfi qu'à
1
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
M. de Beaufremont & M. de Fitz - James . Il fir
partir tous les équipages , mit les troupes fous les
armes & les y fit paffer la nuit . M. le Maréchal
lui manda par le retour de fon Courier de fe retirer
, s'il étoit attaqué par des forces fupérieures .
ou s'il avoit des avis certains de leur marche fur
lui ; mais qu'il n'avoit connoiffance que d'un Ré
giment de Huffards qui eût paflé la Lippe , ce qui fit
que le Duc de Chevreufe regarda encore comme
moins certain l'avis du payfan inconnu , d'autant
que fon détachement, & fes patrouilles lui avoient.
fait dire qu'ils ne trouvoient perfonne.
A 7 heures du matin le 18 , M. de Beaufre
mont qui l'avoit joint très - diligemment dans la
nuit , voyant qu'on n'appercevoit rien , voulut fe
retirer. M. le Duc de Chevreufe tâcha de l'engager
à refter ; mais comme l'ordre par écrit de M. le
Maréchal donné à M. de Beaufremont portoit feu
lement de refter en bataille à la tête du camp , il
prit le parti pour l'exécuter de fe retirer , & cela
fut heureux , puifque s'il s'étoit retiré avec M. le
Duc de Chevreuſe , il eût expofé fon corps & tous
les équipages de fa divifion à être pris . M. de
Beaufremont étoit encore fort près de M. le Duc
de Chevreufe , quand celui- ci prit le parti de fe
retirer ; mais comme il n'avoit que deux brigades
de Cavalerie qui euffent été inutiles dans le pays
convert , par lequel M. le Duc de Chevreufe s'étoit
affuré de fa retraite , il n'a pu que fçavoir gré
à M. de Beaufremont d'avoir rempli un objet plus
utile.
A huit heures du matin , une garde en avant du
camp de M. le Duc de Chevreufe , le fit avertir que
les ennemis paroiffoient , il s'y porta pour les reconnoître
; & ayant apperçu très- diftinctement
que le corps qui venoit à lui étoit de quatorze
DECEMBRE. 1758 . 1 205
mille hommes au moins , il commença fa retraite .
La Cavalerie des ennemis qui venoit au grand
trot , joignit fon arriere-garde qui étoit déja à
une affez grande diſtance de fon camp ; les huft
efcadrons qui la compofoient étoient fi peu nombreux
, qu'ils ne faifoient à peu près que la valeur
de quatre qui furent pouffés par cette Cavalerie
qui étoit au nombre de vingt - quatre escadrons. Il
y a eu un défordre inévitable , mais qui n'a duré
qu'un moment , parce qu'il envoya ordre à M. fe
Duc de Mazarin de fe placer avec les deux batail-
Ions de fon Régiment dans des haies , mouvement
qu'il a exécuté avec valeur & intelligence ,
les ennemis depuis ce temps n'ont fuivi qu'en
efcarmouchant , & nous n'avons perdu que deux
cens hommes.
Cette retraite n'a point porté coup à la jonction
de MM. de Chevert & de Fitz- James ; & quand
M. le Duc de Chevreufe auroit été affez malheureux
pour cela , elle étoit inévitable pour un
corps réduit à trois mille hommes , par tous les
détachemens qui étoient fortis , & qui font rentrés
fans aucune porte , devant un corps de quatorze
mille hommes fuivi d'une armée.
Fermer
Résumé : Détail de la retraite de M. le Duc de Chevreuse, de la ville de Soest, le 18 Octobre 1758.
Le 17 octobre 1758, le Duc de Chevreuse fut averti par un paysan de l'approche de 6000 hommes. Il envoya des patrouilles et informa le Maréchal de Contades, ainsi que M. de Beaufremont et M. de Fitz-James. Le Maréchal conseilla au Duc de se retirer en cas d'attaque par des forces supérieures, mais l'alerte parut moins certaine. Le 18 octobre, M. de Beaufremont décida de se retirer malgré les tentatives du Duc de le retenir. À 8 heures, une garde avertit le Duc de l'approche de 14 000 ennemis. La cavalerie ennemie perturba temporairement l'arrière-garde du Duc. Le Duc de Mazarin reçut l'ordre de se placer dans des haies pour ralentir les ennemis. La retraite se poursuivit sans compromettre la jonction avec les troupes de MM. de Chevert et de Fitz-James. Les pertes furent limitées à deux cents hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5988
p. 2677-2679
ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
Début :
Scavantes filles de mémoire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Lyre, Ouvrage, Grandeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
Fermer
Résumé : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
L'ode célèbre la nomination de M. Bouhier comme premier évêque de Dijon. Inspirée par les Muses, l'œuvre exprime la joie et l'admiration de l'auteur pour cette distinction. Le roi, guidé par la justice, a récompensé la vertu de Bouhier non pas en raison de sa lignée, mais de ses mérites personnels. Dijon, la patrie de Bouhier, approuve ce choix royal. L'auteur souligne que l'humilité de Bouhier a retardé cette reconnaissance, mais il est désormais attendu avec impatience comme protecteur de l'innocence et destructeur du vice. L'auteur conclut en imposant silence à sa muse, respectant le dévouement de Bouhier à ses responsabilités pastorales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5989
p. 96-98
REMARQUE.
Début :
Arles est une Ville de Provence, Métropole particuliere de la [...]
Mots clefs :
Arles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUE.
EMAR QUE.
Arles est une Ville de
Provence, Métropole par
ticuliere dela secondeNarbonnoise.
Arles autrefois
Arelate qui fignisioit en
LangueCeltique une Ville
bastie dansun marais. Ou
appelle encoreen Languedoc
docun Etan Late. Arles est
une des plus anciennes ôc
des plus illustres Villes des
Gaules; on l'appelloit la
Rome des Gaules,GtlluU
Roma Arelas. La statuë de
Diane qui fut découverte
il y a quelques années
,
&
qu'on voit aujourd'huy à
l'HosteldeVille,est peutestre
une de celles que les
Fociens apporterent lorsqu'ils
vinrent s'establir
dans les Gaules, à Arles
ainsi qu'à Marseille. Il y
trouvera le détail dans l'histoire
de l'Eglise d'Arles
parMrDuport; ce Livre
a paru en i6.9o. Il y a dans
le Chapitre un Provost
,
un Archidiacre, un Sacriltain,
un Archiprestre, un
Capiscol
, un Primicier
,
un Tresorier
, & treize
Chanoines
,
dont l'un eil:
Theologal. L'Archevêque
a pour suffragans, Marseille,
Orange, S. Paul Trois
Chasteaux, & Toulon. Son
Diocese a cinquante& une
Paroisse.
Arles est une Ville de
Provence, Métropole par
ticuliere dela secondeNarbonnoise.
Arles autrefois
Arelate qui fignisioit en
LangueCeltique une Ville
bastie dansun marais. Ou
appelle encoreen Languedoc
docun Etan Late. Arles est
une des plus anciennes ôc
des plus illustres Villes des
Gaules; on l'appelloit la
Rome des Gaules,GtlluU
Roma Arelas. La statuë de
Diane qui fut découverte
il y a quelques années
,
&
qu'on voit aujourd'huy à
l'HosteldeVille,est peutestre
une de celles que les
Fociens apporterent lorsqu'ils
vinrent s'establir
dans les Gaules, à Arles
ainsi qu'à Marseille. Il y
trouvera le détail dans l'histoire
de l'Eglise d'Arles
parMrDuport; ce Livre
a paru en i6.9o. Il y a dans
le Chapitre un Provost
,
un Archidiacre, un Sacriltain,
un Archiprestre, un
Capiscol
, un Primicier
,
un Tresorier
, & treize
Chanoines
,
dont l'un eil:
Theologal. L'Archevêque
a pour suffragans, Marseille,
Orange, S. Paul Trois
Chasteaux, & Toulon. Son
Diocese a cinquante& une
Paroisse.
Fermer
Résumé : REMARQUE.
Arles, située en Provence, est une ville historique de la seconde Narbonnaise, autrefois connue sous le nom d'Arelate. Construite dans un marais, elle est également appelée 'Etan Late' en Languedoc. Arles est l'une des plus anciennes et des plus illustres villes des Gaules, surnommée la 'Rome des Gaules' ou 'Gallia Roma Arelas'. Une statue de Diane, récemment découverte et exposée à l'Hôtel de Ville, pourrait avoir été apportée par les Phocéens lors de leur établissement à Arles et à Marseille. Les détails de cette histoire sont disponibles dans l'ouvrage 'Histoire de l'Église d'Arles' de M. Duport, publié en 1690. Le chapitre de la ville comprend plusieurs dignitaires : un provost, un archidiacre, un sacristain, un archiprêtre, un capiscol, un primicier, un trésorier et treize chanoines, dont un théologal. L'archevêque d'Arles a pour suffragants les diocèses de Marseille, Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Toulon. Son diocèse compte cinquante-et-une paroisses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5990
p. 203-205
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On va faire embarquer pour Embden quatre Compagnies d'anciennes Troupes [...]
Mots clefs :
Londres, Compagnies, Parlement, Dettes nationales, Dépenses, Soldats, Commandement, Tribunaux de l'Amirauté, Amérique, Pêche à la baleine, Commerce du nord, Corsaires, Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES, le 16 Juillet.
On va faire embarquer pour Embdem quatre
Compagnies d'anciennes Troupes qui remplaceront
le Régiment Anglois de Brudenell , actuellement
engarnison dans cette Place , & que l'on envoye
à l'armée d'Hanovre.
Suivant l'état remis au Parlement dans la derniere
ſéance,nos dettes nationales montoient le 11
Janvier dernier à ſoixante- dix- ſept millions ſeptcens
quatre-vingt mille trois cens quatre-vingtfix
livres ſterlings. Elles ont été augmentées depuis
decinq millions de livres , pour les dépenſes extraordinaires
de cette campagne. Ainfielles montent
actuellement à quatre-vingt-deux millions
fept cens quatre-vingt mille trois cens quatrevingt-
fix livres ſterlings , le tout non compris less
dettes de la Marine qui font ſeules un objet d'enron
deux millions de livres ſterlings .
Il paroît décidé que la Cour ne fera paſſer en
Allemagne que dix mille hommes , au lieu de
trente ou de vingt mille qu'on s'étoit d'abord propoſé
de joindre à l'armée d'Hanovre
Lecommandement de ces troupes é tant deſtiné
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
au Duc de Marlborough , on croit que le Comte
d'Ancram commandera celles qu'on a deſſein de
renvoyer ſur les côtes de France. On aſſure même
que le Prince Edouard Augufte , frere du Prince
de Galles , a obtenu de Sa Majesté la permiſſion
d'aller ſervir , en qualité de volontaire , dans l'expédition
qu'on doit tenter de nouveau ſur ces mêmes
côtes , & qu'il s'embarquera ſur la flotte du
Chefd'eſcadre Howe.
Les Tribunaux de l'Amirauté , établis dans nos
Iſles de l'Amérique , ont pris le parti , pour abréger
les procédures, de déclarer de bonne priſe tous
les vaiſſeaux Hollandois qu'on trouve munis de
permiffions données par les François. Ces permiffions
, ſuivant leur Jurisprudence , naturaliſent les
vaiſſeaux , & les rendent ſujets à confiſcation ,
comme s'ils appartenoient véritablement à l'ennemi.
La pêche de la Baleine a mal réuſſi cette année
dans les mers du Nord. Six vaiſſeaux Hollandois ,
& cinq des nôtres , y ont péri ; pluſieurs autres ont
beaucoup fouffert , & quelques-uns auront de la
peine à ſe dégager des glaces.
Notre commerce du Nord commence à ſe reſſentir
de la méſintelligence ſurvenue entre cette
Cour & celle de Suede. Aux priſes que nos Corſaires
ont faites de pluſieurs Navires Suédois , qui
n'ont point été reſtitués , on oppoſe ici le refus
que la Cour de Suede a fait d'admettre, en qualité
deMiniſtre , le Chevalier Goodrick, envoyé par le
Roi pour réſider à Stockolm. Mais dans un Mémoire
que le ſieur Wynants , Secretaire de Légation
de Suede , préſenta au Roi , avant que de ſe
retirer , on obſerve que le Chevalier Goodrick
ayant pris ſa route par Breſlaw , & ayant eu pluſieurs
conférences avec les ennemis des Puiſſances
AOUST. 1758 . 109
auxquelles eſt alliée la Suede , il étoit devenu juftement
ſuſpect ; que d'ailleurs , pendant tout le
temps que le ſieur Goodrick avoit mis au voyage
de Suede, la Cour de Londres avoit gardé le filence
ſur la miffion de ſon Miniſtre , & qu'on n'avoit
été inſtruit de ſa deſtination à Stockholm que par
des voies indirectes ; qu'au reſte , outre ces motifs
d'excluſion , ſuffiſamment juſtifiés par les circonftances,
le refus de ſa Majesté Suédoiſe étoit fondé
ſur le droit que tous les Souverains ont à cet
égard, & fur l'exemple qu'en a donné la Cour de
Londres à l'occaſion d'un Miniftre nommé il y a
quelques années par le Roi de Suede , & qu'elle
ne voulut point recevoir , quoique le cas fut bien
différent de celui qui ſe préſente aujourd'hui.
DE LONDRES, le 16 Juillet.
On va faire embarquer pour Embdem quatre
Compagnies d'anciennes Troupes qui remplaceront
le Régiment Anglois de Brudenell , actuellement
engarnison dans cette Place , & que l'on envoye
à l'armée d'Hanovre.
Suivant l'état remis au Parlement dans la derniere
ſéance,nos dettes nationales montoient le 11
Janvier dernier à ſoixante- dix- ſept millions ſeptcens
quatre-vingt mille trois cens quatre-vingtfix
livres ſterlings. Elles ont été augmentées depuis
decinq millions de livres , pour les dépenſes extraordinaires
de cette campagne. Ainfielles montent
actuellement à quatre-vingt-deux millions
fept cens quatre-vingt mille trois cens quatrevingt-
fix livres ſterlings , le tout non compris less
dettes de la Marine qui font ſeules un objet d'enron
deux millions de livres ſterlings .
Il paroît décidé que la Cour ne fera paſſer en
Allemagne que dix mille hommes , au lieu de
trente ou de vingt mille qu'on s'étoit d'abord propoſé
de joindre à l'armée d'Hanovre
Lecommandement de ces troupes é tant deſtiné
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
au Duc de Marlborough , on croit que le Comte
d'Ancram commandera celles qu'on a deſſein de
renvoyer ſur les côtes de France. On aſſure même
que le Prince Edouard Augufte , frere du Prince
de Galles , a obtenu de Sa Majesté la permiſſion
d'aller ſervir , en qualité de volontaire , dans l'expédition
qu'on doit tenter de nouveau ſur ces mêmes
côtes , & qu'il s'embarquera ſur la flotte du
Chefd'eſcadre Howe.
Les Tribunaux de l'Amirauté , établis dans nos
Iſles de l'Amérique , ont pris le parti , pour abréger
les procédures, de déclarer de bonne priſe tous
les vaiſſeaux Hollandois qu'on trouve munis de
permiffions données par les François. Ces permiffions
, ſuivant leur Jurisprudence , naturaliſent les
vaiſſeaux , & les rendent ſujets à confiſcation ,
comme s'ils appartenoient véritablement à l'ennemi.
La pêche de la Baleine a mal réuſſi cette année
dans les mers du Nord. Six vaiſſeaux Hollandois ,
& cinq des nôtres , y ont péri ; pluſieurs autres ont
beaucoup fouffert , & quelques-uns auront de la
peine à ſe dégager des glaces.
Notre commerce du Nord commence à ſe reſſentir
de la méſintelligence ſurvenue entre cette
Cour & celle de Suede. Aux priſes que nos Corſaires
ont faites de pluſieurs Navires Suédois , qui
n'ont point été reſtitués , on oppoſe ici le refus
que la Cour de Suede a fait d'admettre, en qualité
deMiniſtre , le Chevalier Goodrick, envoyé par le
Roi pour réſider à Stockolm. Mais dans un Mémoire
que le ſieur Wynants , Secretaire de Légation
de Suede , préſenta au Roi , avant que de ſe
retirer , on obſerve que le Chevalier Goodrick
ayant pris ſa route par Breſlaw , & ayant eu pluſieurs
conférences avec les ennemis des Puiſſances
AOUST. 1758 . 109
auxquelles eſt alliée la Suede , il étoit devenu juftement
ſuſpect ; que d'ailleurs , pendant tout le
temps que le ſieur Goodrick avoit mis au voyage
de Suede, la Cour de Londres avoit gardé le filence
ſur la miffion de ſon Miniſtre , & qu'on n'avoit
été inſtruit de ſa deſtination à Stockholm que par
des voies indirectes ; qu'au reſte , outre ces motifs
d'excluſion , ſuffiſamment juſtifiés par les circonftances,
le refus de ſa Majesté Suédoiſe étoit fondé
ſur le droit que tous les Souverains ont à cet
égard, & fur l'exemple qu'en a donné la Cour de
Londres à l'occaſion d'un Miniftre nommé il y a
quelques années par le Roi de Suede , & qu'elle
ne voulut point recevoir , quoique le cas fut bien
différent de celui qui ſe préſente aujourd'hui.
Fermer
Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En 1758, la Grande-Bretagne prépare plusieurs opérations militaires. Quatre compagnies de troupes anciennes doivent se rendre à Emden pour remplacer le régiment de Brudenell à Hanovre. La dette nationale britannique a augmenté de 15 millions de livres sterling, atteignant 82 millions 780 000 livres sterling, sans inclure les dettes de la Marine, estimées à 2 millions de livres. La Cour britannique prévoit d'envoyer 10 000 hommes en Allemagne sous le commandement du Duc de Marlborough, tandis que le Comte d'Ancram dirigera les troupes sur les côtes de France. Le Prince Édouard Auguste, frère du Prince de Galles, s'embarquera avec la flotte du Chef d'escadre Howe. Les tribunaux de l'Amirauté en Amérique déclarent de bonne prise les vaisseaux hollandais munis de permissions françaises. La pêche à la baleine dans les mers du Nord a été désastreuse, avec la perte de vaisseaux hollandais et britanniques. Le commerce britannique avec la Suède est affecté par des tensions diplomatiques, notamment le refus de la Suède d'accepter le Chevalier Goodrick comme ministre britannique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5991
p. 1662-1663
Autre Explication. VIRELAY.
Début :
La belle et la grande conquête, [...]
Mots clefs :
Logogriphe, Soufflet, Virelay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Explication. VIRELAY.
Autre ExplicationsVIRELAY .
LaA belle et la grande conquête´;, -
Que d'avoir trouvé le souffer
Dans une Enigme obseure , et faiteIlve Ce
1662 MERCURE DE FRANCE
Ce semble pour rompre la tête ,
Par ses détours si fort abstraite ,
Qu'il ne faut pas être une bête
Pour en pénétrer le secret !
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet !
Pour marquer ce qu'aux jours de Fête
Produit une machine honnête ,
Qui des vents la fureur arrête ,
Et qui bien que toujours muette ,
A cependant pour interprete
De mille voix l'accord complet.
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet!
Pour voir une machine prête
Rallumer la flamme où s'apprête
Mainte clef, maint dard , mainte bréte.
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet!
Pour exprimer cette tempête,
Qu'excite une main inquiéte
Sur une jouë alors distraite
Au coup dont elle sent l'effet,
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet.
Pour
JUILLET. 1732 1663]
Pour acquerir la foi parfaite ,
D'une main sacrée et discrete ,
Sur une chair souvent tendrete ,
Recevoir un coup en souhait ,
C'est ici le comble , et le faîte
Stile badin , je te regrette ,
Sérieusement je répete :
:
La belle , et la grande conquête ;
Que d'avoir trouvé le Souflet !
S
Par F. E. F. de la Doctrine Chrétienne.
LaA belle et la grande conquête´;, -
Que d'avoir trouvé le souffer
Dans une Enigme obseure , et faiteIlve Ce
1662 MERCURE DE FRANCE
Ce semble pour rompre la tête ,
Par ses détours si fort abstraite ,
Qu'il ne faut pas être une bête
Pour en pénétrer le secret !
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet !
Pour marquer ce qu'aux jours de Fête
Produit une machine honnête ,
Qui des vents la fureur arrête ,
Et qui bien que toujours muette ,
A cependant pour interprete
De mille voix l'accord complet.
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet!
Pour voir une machine prête
Rallumer la flamme où s'apprête
Mainte clef, maint dard , mainte bréte.
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet!
Pour exprimer cette tempête,
Qu'excite une main inquiéte
Sur une jouë alors distraite
Au coup dont elle sent l'effet,
La belle , et la grande conquête
Que d'avoir trouvé le Souflet.
Pour
JUILLET. 1732 1663]
Pour acquerir la foi parfaite ,
D'une main sacrée et discrete ,
Sur une chair souvent tendrete ,
Recevoir un coup en souhait ,
C'est ici le comble , et le faîte
Stile badin , je te regrette ,
Sérieusement je répete :
:
La belle , et la grande conquête ;
Que d'avoir trouvé le Souflet !
S
Par F. E. F. de la Doctrine Chrétienne.
Fermer
Résumé : Autre Explication. VIRELAY.
Le texte du 'Mercure de France' de 1662 célèbre la découverte du soufflet, qualifiée de 'belle et grande conquête'. Le soufflet résout une énigme complexe, nécessitant une réflexion approfondie pour en saisir le fonctionnement. Il est apprécié pour sa capacité à maîtriser les vents et à produire une harmonie de mille voix, malgré son silence. Le soufflet est utile dans diverses situations, comme rallumer une flamme ou simuler une tempête. Le texte souligne également l'acquisition d'une foi parfaite par une expérience physique, mettant en avant l'importance du soufflet dans des contextes techniques et spirituels. Bien que le style badin soit regretté, l'auteur insiste sérieusement sur la valeur de cette découverte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5992
p. 1823-1825
MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
Début :
Nous nous contenterons de rapporter ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir, [...]
Mots clefs :
Mandement, Miracles, Archevêque de Paris, Théologiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour
titre : Dissertation sur les Miracles, et en
particulier sur ceux qui ont été opérez au
Tombeau de M. de Paris , en l'Eglise de
S. Medard de Paris , avec la Relation et
les Preuves de celui qui s'estfait le 3 Novembre
1730. en la Personne d'Anne le
Franc , de la Paroisse de S. Barthelemi.
Brochure in 4º . de 34 pages. A Paris ,
chez Pierre Simon , ruë de la Harpe, 1731 .
Nous nous contenterons de rapporter
ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir,
ce que M. l'Archevêque y déclare, y condamne
, et ordonne sur la fin , à cause des
bornes ausquelles on est assujetti dans un
Journal comme celui- ci.
2
A CES CAUSES , veu P'Ecrit qui a pour titre
: Dissertation sur les Miracles , etc. Le
Requisitoire de notre Promoteur d'Offce
, avec notre Ordonnance ; au bas d'icelui
, du 15 Juin dernier , le cahier d'information
, contenant la déposition de 40
témoins , le rapport de deux Médecins ,
du 7 de ce present mois ; autre Rapport
de trois Chirurgiens , du 11 du même
mois ; après en avoir conféré avec plusieurs
Théologiens , sçavans et pieux le
I iiij
saint
1824 MERCURE DE FRANCE
S. Nom de Dieu invoqué : TouT CONSIDE'RE'
. Nous déclarons faux et supposé le
Miracle qu'on a prétendu avoir été opéré
le 3 du mois de Novembre dernier , en la
personne d'Anne le Franc ; et en renouvellant
l'art. 30. des Statuts Synodaux de
ce Diocèse , défendons de publier aucens
Miracles nouveaux , que de notre autorité
, et après que par un examen canonique
, nous en aurons reconnu et déclaré
juridiquement la vérité. Défendons en
outre de rendre aucun culte religieux au
fieur Paris , d'honorer son Tombeau , de
celebrer , ou de faire celebrer des Messes
en son honneur. Condamnons led.Ecrit ,
intitulé : Dissertation , etc. comme rempli
de suppositions et d'impostures , tendant à
séduire les Fidéles , injurieux au Pape et
au Corps des premiers Pasteurs , et favorisant
des erreurs condamnées par l'Eglise
défendons de le lire , ou de le refenir
: Ordonnons d'en rapporter incessamment
les Exemplaires à notre Secretariat
; le tout sous les peines de droit. Et
sera notre present Mandement lû , publié
et affiché par tout où besoin sera . DONNE
à Paris , en notre Palais Archiepiscopal ,
le 15 Juillet 1731. Signé CHARLES , Archevêque
de Paris. Par Monseigneur
;
Martin.
I
JUILLET. 1731. 1825
A la fin du Mandement on trouve le
Rapport de Messieurs Andry et Winslow,
Docteurs en Médecine , de la Faculté de
Paris , et celui des Sieurs Petit , Guérin et
Morand, Chirurgiens Jurez,au sujet de la
maladie et guérison d'Anne le Franc.
de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour
titre : Dissertation sur les Miracles, et en
particulier sur ceux qui ont été opérez au
Tombeau de M. de Paris , en l'Eglise de
S. Medard de Paris , avec la Relation et
les Preuves de celui qui s'estfait le 3 Novembre
1730. en la Personne d'Anne le
Franc , de la Paroisse de S. Barthelemi.
Brochure in 4º . de 34 pages. A Paris ,
chez Pierre Simon , ruë de la Harpe, 1731 .
Nous nous contenterons de rapporter
ici l'essentiel de ce Mandement ; sçavoir,
ce que M. l'Archevêque y déclare, y condamne
, et ordonne sur la fin , à cause des
bornes ausquelles on est assujetti dans un
Journal comme celui- ci.
2
A CES CAUSES , veu P'Ecrit qui a pour titre
: Dissertation sur les Miracles , etc. Le
Requisitoire de notre Promoteur d'Offce
, avec notre Ordonnance ; au bas d'icelui
, du 15 Juin dernier , le cahier d'information
, contenant la déposition de 40
témoins , le rapport de deux Médecins ,
du 7 de ce present mois ; autre Rapport
de trois Chirurgiens , du 11 du même
mois ; après en avoir conféré avec plusieurs
Théologiens , sçavans et pieux le
I iiij
saint
1824 MERCURE DE FRANCE
S. Nom de Dieu invoqué : TouT CONSIDE'RE'
. Nous déclarons faux et supposé le
Miracle qu'on a prétendu avoir été opéré
le 3 du mois de Novembre dernier , en la
personne d'Anne le Franc ; et en renouvellant
l'art. 30. des Statuts Synodaux de
ce Diocèse , défendons de publier aucens
Miracles nouveaux , que de notre autorité
, et après que par un examen canonique
, nous en aurons reconnu et déclaré
juridiquement la vérité. Défendons en
outre de rendre aucun culte religieux au
fieur Paris , d'honorer son Tombeau , de
celebrer , ou de faire celebrer des Messes
en son honneur. Condamnons led.Ecrit ,
intitulé : Dissertation , etc. comme rempli
de suppositions et d'impostures , tendant à
séduire les Fidéles , injurieux au Pape et
au Corps des premiers Pasteurs , et favorisant
des erreurs condamnées par l'Eglise
défendons de le lire , ou de le refenir
: Ordonnons d'en rapporter incessamment
les Exemplaires à notre Secretariat
; le tout sous les peines de droit. Et
sera notre present Mandement lû , publié
et affiché par tout où besoin sera . DONNE
à Paris , en notre Palais Archiepiscopal ,
le 15 Juillet 1731. Signé CHARLES , Archevêque
de Paris. Par Monseigneur
;
Martin.
I
JUILLET. 1731. 1825
A la fin du Mandement on trouve le
Rapport de Messieurs Andry et Winslow,
Docteurs en Médecine , de la Faculté de
Paris , et celui des Sieurs Petit , Guérin et
Morand, Chirurgiens Jurez,au sujet de la
maladie et guérison d'Anne le Franc.
Fermer
Résumé : MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
Le mandement de l'archevêque de Paris, daté du 15 juillet 1731, condamne un écrit intitulé 'Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérés au Tombeau de M. de Paris, en l’Église de Saint-Médard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 novembre 1730 en la personne d'Anne le Franc', publié en 1731. Après avoir examiné les témoignages de 40 témoins, les rapports de deux médecins et trois chirurgiens, ainsi que les avis de théologiens, l'archevêque déclare que le miracle prétendu survenu le 3 novembre 1730 est faux. Il interdit la publication de nouveaux miracles sans examen canonique et défend tout culte rendu au diacre Paris, ainsi que toute célébration de messes en son honneur. L'écrit est condamné pour ses suppositions et impostures, et il est interdit de le lire ou de le diffuser. Les exemplaires doivent être rapportés au secrétariat archiépiscopal sous peine de sanctions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5992
MANDEMENT de M. l'Archevêque de Paris, au sujet d'un Ecrit qui a pour titre : Dissertation sur les Miracles, et en particulier sur ceux qui ont été opérez au Tombeau de M. de Paris, en l'Eglise de S. Medard de Paris, avec la Relation et les Preuves de celui qui s'est fait le 3 Novembre 1730. en la Personne d'Anne le Franc, de la Paroisse de S. Barthelemi. Brochure in 4o. de 34 pages. A Paris, chez Pierre Simon, ruë de la Harpe, 1731.
5993
p. 197-200
ALLEMAGNE.
Début :
Hadgi Ali Effendi, Envoyé extraordinaire du Grand Seigneur, rendit le 22 [...]
Mots clefs :
Vienne, Dresde, Schwedt, Berlin, Hanovre, Ratisbonne, Clèves, Roi, Prince, Comte, Envoyé extraordinaire, Académie des sciences et des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 31 Mai.
Hadgi Ali Effendi , Envoyé extraordinaire du
Grand Seigneur , rendit le 22 vifite aux fieurs
de Gundel & de Binder , Référendaires de la Cour.
Il alla le même jour à la Comédie Françoiſe. On
ne fçait pas encore quand il aura fes audiences
de congé. Ce Miniftre montre beaucoup d'empreffement
à voir tout ce qui peut être digne
de curiofité dans cette capitale & dans les envi
rons. Le Baron de Penckler eft attendu inceffamment
de retour de Conftantinople. Le Comte de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Colloredo , qui réfide en qualité d'Envoyé extraordinaire
de leurs Majeftés Impériales auprès
du Roi de la Grande-Bretagne , eft venu ici pour
recevoir de nouvelles inftructions , avant de ſe
rendre à Hanovre.
On conftruit dans le jardin de Binder un vaſte
bâtiment , pour y placer diverfes manufactures.
Les principaux féditieux de Croatie font arrêtés
ou difperfés , & la tranquillité eft rétablie dans
Cette Province.
DE DRESDE , le 2 Juin.
Depuis le 27 du mois dernier , le Roi eft de
retour de Frauftadt. Sa Majeſté n'a employé que
dix-huit heures à revenir de cette ville . Le Comte
de Soltikow , qui va remplacer à Hambourg le
Knés Gallitzin en qualité d'Envoyé extraordinaire
de l'Impératrice de Ruffie auprès du Cercle de
la Baffe - Saxe , fut préfenté le 29 à leurs Majeftés
& à la Famille royale. Le Roi a permis au Comte
de Flemming , fon Miniftre à la Cour de Vienne
de fe rendre ici. On compte qu'avant de retourner
en Autriche , il ira complimenter de la part
du Roi Sa Majefté Britannique fur fon arrivée
dans fes Etats d'Allemagne . Sa Majefté a donné
au Prince Maximilien , fecond fils du Prince
Royal , le Régiment d'infanterie qui étoit vacant.
DE SCHWEDT , le 3 Juin.
>
'Avant-hier le Roi de Pruffe arriva du camp de
Stargard en cette ville , & la cérémonie des fiançailles
de la Princeffe , feconde fille du Margrave,
avec le Prince Ferdinand , frere de Sa Majeſté
Pruffienne , fe fit avec la plus grande pompe. Le
JUILLET . 1755 . 199
mariage de ce Prince & de cette Princeffe , fera
célébré dans le mois d'Août à Berlin.
DE BERLIN , le 7 Juin.
Le Roi revint ici le 2 de ce mois , & Sa Majefte
partit avant-hier pour Magdebourg. Elle doit y
faire la revue des troupes qui font campées près
de Pitzphul . De Magdebourg le Roi ſe rendra à
Cleves, & enfuite à Embden . Le Prince héréditaire
de Heffe - Darmstadt , & le Prince Ferdinand de
Brunſwic , accompagnent Sa Majeſté .
L'Académie royale des Sciences & Belles- lettres
tint avant-hier une féance publique à3 l'occafion
de l'anniverfaire de l'avénement du Roi au trône,
Le Prince Frederic - Henri- Charles , fecond fils
du Prince de Pruffe , honora cette affemblée de fa
préfence. Le fieur Formey , Secrétaire perpétuel
de la Compagnie, annonça que le prix de la claffe
de Philofophie fpéculative , pour cette année , avoit
été adjugé à la Piece , nº . 7 , ayant pour device :
Nihil mortalibus arduum eft. Il informa en même
tems l'affemblée que l'auteur de ce Mémoire
eft le fieur Adolphe - Frederic Reinhard , Secretaire
de Juftice du Duc de Mecklenbourg- Strelitz.
Après que le fieur de Maupertuis , Président de
P'Académie , eut lû l'éloge du feu Préfident de
Montefquieu ; le fieur Eller , Directeur , fit la defcription
d'un monftre Cyclope , né le premier Fé
vrier de cette année dans cette Capitale. L'Académie
propoſe pour le Sujet du prix , que la claſſe
de Philofophie expérimentale doit donner en 1757,
de déterminer , Si l'arfenic qui se trouve en grande
quantité dans les mines métalliques de divers genres
, eft le véritable principe des métaux , ou fi
c'est une fubftance qui en naît & qui en fort par
voie d'excrétion.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
1
DE HANOVRE , le 7 Juin.
formes Toutes les troupes commandées pour
un camp dans la plaine de Bult , s'y affemblent
aujourd'hui. On y conduifit hier un train d'artillerie
de trente pieces de canon.
Il eſt arrivé de Vienne le 28 du mois dernier
an courier avec des lettres de M. Keith , Miniftre
Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne auprès de
leurs Majeftés Impériales. Le Comte de Holderneff
alla fur le champ rendre compte à Sa Majeſté
du contenu de ces dépêches. Cette Cour
eft convenue d'un Cartel avec celle de Mayence ,
pour l'extradition réciproque des déferteurs.
On attend ici dans quelques jours la Princeffe
épouse du Prince héréditaire de Heffe-Caffel , &
les trois Princes fes fils. Le Roi fait.trayailler à
trois épées d'or , qu'il deftine pour ces Princes.
Sa Majesté a ordonné de fortifier la ville de Staden.
On va bâtir ici un nouvel Hôtel des Monnoies. A
DE RATISBONNE, les Juin.
Sur le bruit qui s'eft répandu que les ſujets Proteftans
de l'Impératrice Reine , tranfplantés en
Hongrie & en Tranfilvanie , y éprouvoient de
mauvais traitemens , les Miniſtres de cette Princeffe
à la Diete , ont diftribué un Mémoire pour
détruire ces fauffes allégations.
DE CLEVES , le 4 Juin,
La Régence a reçu un refcrit par lequel le Roi
lui enjoint de laiffer à la Communauté de Ronsdorffle
libre exercice de la Religion Réformée.
DE VIENNE , le 31 Mai.
Hadgi Ali Effendi , Envoyé extraordinaire du
Grand Seigneur , rendit le 22 vifite aux fieurs
de Gundel & de Binder , Référendaires de la Cour.
Il alla le même jour à la Comédie Françoiſe. On
ne fçait pas encore quand il aura fes audiences
de congé. Ce Miniftre montre beaucoup d'empreffement
à voir tout ce qui peut être digne
de curiofité dans cette capitale & dans les envi
rons. Le Baron de Penckler eft attendu inceffamment
de retour de Conftantinople. Le Comte de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Colloredo , qui réfide en qualité d'Envoyé extraordinaire
de leurs Majeftés Impériales auprès
du Roi de la Grande-Bretagne , eft venu ici pour
recevoir de nouvelles inftructions , avant de ſe
rendre à Hanovre.
On conftruit dans le jardin de Binder un vaſte
bâtiment , pour y placer diverfes manufactures.
Les principaux féditieux de Croatie font arrêtés
ou difperfés , & la tranquillité eft rétablie dans
Cette Province.
DE DRESDE , le 2 Juin.
Depuis le 27 du mois dernier , le Roi eft de
retour de Frauftadt. Sa Majeſté n'a employé que
dix-huit heures à revenir de cette ville . Le Comte
de Soltikow , qui va remplacer à Hambourg le
Knés Gallitzin en qualité d'Envoyé extraordinaire
de l'Impératrice de Ruffie auprès du Cercle de
la Baffe - Saxe , fut préfenté le 29 à leurs Majeftés
& à la Famille royale. Le Roi a permis au Comte
de Flemming , fon Miniftre à la Cour de Vienne
de fe rendre ici. On compte qu'avant de retourner
en Autriche , il ira complimenter de la part
du Roi Sa Majefté Britannique fur fon arrivée
dans fes Etats d'Allemagne . Sa Majefté a donné
au Prince Maximilien , fecond fils du Prince
Royal , le Régiment d'infanterie qui étoit vacant.
DE SCHWEDT , le 3 Juin.
>
'Avant-hier le Roi de Pruffe arriva du camp de
Stargard en cette ville , & la cérémonie des fiançailles
de la Princeffe , feconde fille du Margrave,
avec le Prince Ferdinand , frere de Sa Majeſté
Pruffienne , fe fit avec la plus grande pompe. Le
JUILLET . 1755 . 199
mariage de ce Prince & de cette Princeffe , fera
célébré dans le mois d'Août à Berlin.
DE BERLIN , le 7 Juin.
Le Roi revint ici le 2 de ce mois , & Sa Majefte
partit avant-hier pour Magdebourg. Elle doit y
faire la revue des troupes qui font campées près
de Pitzphul . De Magdebourg le Roi ſe rendra à
Cleves, & enfuite à Embden . Le Prince héréditaire
de Heffe - Darmstadt , & le Prince Ferdinand de
Brunſwic , accompagnent Sa Majeſté .
L'Académie royale des Sciences & Belles- lettres
tint avant-hier une féance publique à3 l'occafion
de l'anniverfaire de l'avénement du Roi au trône,
Le Prince Frederic - Henri- Charles , fecond fils
du Prince de Pruffe , honora cette affemblée de fa
préfence. Le fieur Formey , Secrétaire perpétuel
de la Compagnie, annonça que le prix de la claffe
de Philofophie fpéculative , pour cette année , avoit
été adjugé à la Piece , nº . 7 , ayant pour device :
Nihil mortalibus arduum eft. Il informa en même
tems l'affemblée que l'auteur de ce Mémoire
eft le fieur Adolphe - Frederic Reinhard , Secretaire
de Juftice du Duc de Mecklenbourg- Strelitz.
Après que le fieur de Maupertuis , Président de
P'Académie , eut lû l'éloge du feu Préfident de
Montefquieu ; le fieur Eller , Directeur , fit la defcription
d'un monftre Cyclope , né le premier Fé
vrier de cette année dans cette Capitale. L'Académie
propoſe pour le Sujet du prix , que la claſſe
de Philofophie expérimentale doit donner en 1757,
de déterminer , Si l'arfenic qui se trouve en grande
quantité dans les mines métalliques de divers genres
, eft le véritable principe des métaux , ou fi
c'est une fubftance qui en naît & qui en fort par
voie d'excrétion.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
1
DE HANOVRE , le 7 Juin.
formes Toutes les troupes commandées pour
un camp dans la plaine de Bult , s'y affemblent
aujourd'hui. On y conduifit hier un train d'artillerie
de trente pieces de canon.
Il eſt arrivé de Vienne le 28 du mois dernier
an courier avec des lettres de M. Keith , Miniftre
Plénipotentiaire de la Grande-Bretagne auprès de
leurs Majeftés Impériales. Le Comte de Holderneff
alla fur le champ rendre compte à Sa Majeſté
du contenu de ces dépêches. Cette Cour
eft convenue d'un Cartel avec celle de Mayence ,
pour l'extradition réciproque des déferteurs.
On attend ici dans quelques jours la Princeffe
épouse du Prince héréditaire de Heffe-Caffel , &
les trois Princes fes fils. Le Roi fait.trayailler à
trois épées d'or , qu'il deftine pour ces Princes.
Sa Majesté a ordonné de fortifier la ville de Staden.
On va bâtir ici un nouvel Hôtel des Monnoies. A
DE RATISBONNE, les Juin.
Sur le bruit qui s'eft répandu que les ſujets Proteftans
de l'Impératrice Reine , tranfplantés en
Hongrie & en Tranfilvanie , y éprouvoient de
mauvais traitemens , les Miniſtres de cette Princeffe
à la Diete , ont diftribué un Mémoire pour
détruire ces fauffes allégations.
DE CLEVES , le 4 Juin,
La Régence a reçu un refcrit par lequel le Roi
lui enjoint de laiffer à la Communauté de Ronsdorffle
libre exercice de la Religion Réformée.
Fermer
Résumé : ALLEMAGNE.
Le 22 mai, Hadgi Ali Effendi, envoyé extraordinaire du Grand Seigneur, a visité Vienne et assisté à la Comédie Françoise. Il a manifesté un grand intérêt pour les curiosités de la capitale et ses environs. Le Baron de Penckler était attendu de retour de Constantinople. Le Comte de Colloredo, envoyé extraordinaire de l'Empereur auprès du Roi de Grande-Bretagne, était à Vienne pour recevoir de nouvelles instructions avant de se rendre à Hanovre. Un vaste bâtiment était en construction dans le jardin de Binder pour y installer diverses manufactures. La tranquillité a été rétablie en Croatie après l'arrestation ou la dispersion des principaux séditieux. À Dresde, le Roi est revenu de Frauftadt le 27 mai. Le Comte de Soltikow a été présenté à la famille royale pour remplacer le Knés Gallitzin à Hambourg. Le Comte de Flemming, ministre à la Cour de Vienne, a été autorisé à se rendre à Dresde. Le Roi a attribué le Régiment d'infanterie vacant au Prince Maximilien, second fils du Prince Royal. À Schwedt, le Roi de Prusse est arrivé de Stargard pour les fiançailles de la princesse, fille du Margrave, avec le Prince Ferdinand. Le mariage est prévu pour août à Berlin. À Berlin, le Roi est revenu le 2 juin et est parti pour Magdebourg afin de passer en revue les troupes près de Pitzphul. Il se rendra ensuite à Cleves et à Embden, accompagné du Prince héréditaire de Hesse-Darmstadt et du Prince Ferdinand de Brunswick. L'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a tenu une séance publique pour l'anniversaire de l'avènement du Roi au trône. Le prix de la classe de philosophie spéculative a été attribué à Adolphe-Frédéric Reinhard. L'Académie a également proposé un sujet pour le prix de 1757 sur l'arsenic dans les mines métalliques. À Hanovre, les troupes pour le camp de Bult se rassemblaient. Un courrier de Vienne a apporté des lettres de M. Keith, ministre de Grande-Bretagne. La Cour a convenu d'un cartel avec Mayence pour l'extradition réciproque des déserteurs. La princesse épouse du Prince héréditaire de Hesse-Cassel et ses trois fils étaient attendus. Le Roi a ordonné la fortification de la ville de Staden et la construction d'un nouvel Hôtel des Monnoies. À Ratisbonne, les ministres de l'Impératrice Reine ont distribué un mémoire pour réfuter les allégations de mauvais traitements subis par les sujets protestants transplantés en Hongrie et en Transylvanie. À Cleves, la Régence a reçu l'ordre du Roi de laisser la Communauté de Ronsdorff exercer librement la Religion Réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5994
p. 64-67
ENIGME, Par Mr L***
Début :
Effet de la simple nature, [...]
Mots clefs :
Je ne sais quoi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME, Par Mr L***
IGME,
Par M"L
Effet de lasimple nantît>
Et quelquefois fils du bavard,
Nésouvent dans le sein de
l'art,
Adon pouvoir & mon prix
sonttous deuxsansmesure.
Parmoyl'oeil est séduit, l'esprit
est enchanté :
Parmoy plus d'un deffaut (si
un deffaut aimable:
Etplus bizarequ'équitable,
Je donne à la laideurlepassur
la beauté.
~m
Jesuis également à la Brune
àlaBlonde , :
Je fuis majestueux
,
délicat,
simple,admy
Jefuis dugoûtde toutlemonde:
Mais ne ma pas qui le voté*
droit.
pIlnl'esatpoinitsarnsemoyd.'a*rt de
mDee-steesplriitesm&.*ckSs coeurjesor-
Les grâcesriotot pointd'autre
pere :
\t;( i-amesrn'eut d'autres
traits quilesmiens.
Despassonsrie-con
Des pajjions,rtjjon bh-aabbiillee
je fais ,
craindre
rfperer j*e Je craindre ,* rfterer ; je
fais aimer,haïr:
Dela fortunenjray mobile,
jJeepuis combler vossvwtx O* puis les trahir.
Pourme definirmieuxqu'àjouterois-
je encore?
Mon nom ne m'explique pas
r htm: -('- {.,: v.
-
MonefirctflcetbnignotÇ)
Si me connoijjoh:> je nesef<
ei) plus.rien%
Par M"L
Effet de lasimple nantît>
Et quelquefois fils du bavard,
Nésouvent dans le sein de
l'art,
Adon pouvoir & mon prix
sonttous deuxsansmesure.
Parmoyl'oeil est séduit, l'esprit
est enchanté :
Parmoy plus d'un deffaut (si
un deffaut aimable:
Etplus bizarequ'équitable,
Je donne à la laideurlepassur
la beauté.
~m
Jesuis également à la Brune
àlaBlonde , :
Je fuis majestueux
,
délicat,
simple,admy
Jefuis dugoûtde toutlemonde:
Mais ne ma pas qui le voté*
droit.
pIlnl'esatpoinitsarnsemoyd.'a*rt de
mDee-steesplriitesm&.*ckSs coeurjesor-
Les grâcesriotot pointd'autre
pere :
\t;( i-amesrn'eut d'autres
traits quilesmiens.
Despassonsrie-con
Des pajjions,rtjjon bh-aabbiillee
je fais ,
craindre
rfperer j*e Je craindre ,* rfterer ; je
fais aimer,haïr:
Dela fortunenjray mobile,
jJeepuis combler vossvwtx O* puis les trahir.
Pourme definirmieuxqu'àjouterois-
je encore?
Mon nom ne m'explique pas
r htm: -('- {.,: v.
-
MonefirctflcetbnignotÇ)
Si me connoijjoh:> je nesef<
ei) plus.rien%
Fermer
5995
p. 204-208
FABLE.
Début :
Dés qu'il eût cessé de parler, M. de la / L'Ecrevisse, dit-on, a sa façon d'aller [...]
Mots clefs :
Esprit, Écrevisse, Philosophe, Descartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE.
M. de
la Motte quine laisse rien tomber,
prit modestement la parole
J
& récita avec le flegme
que vous luy connoissez
la fable qui suit: je la fais
imprimer sans son aveu;mais
je ne croy pas en avoir bésoin,
ny devoir m'exposer à un refus
de sa part, pendant que je
peut profiter d'un larcin. que
luy a fait ma memoire.
FABLE.
L'Ecrevisse, dit-on
3 a sa
façon d'aller
Etsa marcheest dereculer.
Une EcrevissePhilosophe
Oui sans raison n'adoptoitrien,
Et qui danssonespriteûtl'esprit
de l'étoffe
Dont parmy nous Descartes eût
le sien ;
Cette Ecrevisse donc examina /4
chose
, Latrouvaridicule en soy.
Etn'enput trouver d'autre cause
Qu'un usage ancien mais voiL
bien de quoy
Autoriser unesotise,
Dit-elle,ejjayons l'autre guift:l
Elle lefit,s'en trouva bien,
Puismoulut enseigner les autres
Messoeurs je n'ay d'interejl qu
les vostres,
Ecoutez-moy pour vostrebien:
Quittons nostre marche incertaine
J'ensçais une qui convientmieux
Faisonssuivre la queuë, &qu
la tête mène
Et pourguides prenons nosyeux
LagentEcrevisseestbien bonne
D'allersanscesse se heurter
Ne sçavoir où l'on va , dans
quels pieges l'on donne,
Je sçaisce quejedis,&moy même enpersonne
J'ay fait l'essay, regardez-moy
trotter.
Bon, dit une vieille obstinée
Celle-cy veut sçavoirplus qut
nosanciens:
allons comme on alloit, quant à
moyjem'y tiens,
Pournous régirse croit-elle donc
net.
Petit esprit, mettez ses rtliflns
boutà bout
Vous trouverez orgüeil,rêverie,
Cr cesi tout.
La vieille dit
, &sesinjures
L'emporterentsur lesraisons,
La Philosophe essuya les murmures
;.-
Dusotpeuple&lestêtes dure
Firent gloire d'allertoujours a
reculons.
Pour les vieilles erreurs poin
derespectbizare,
Examinons la,nouveauce,
Par les deux excès l'on s'égare
Mais la raison va droit, mar
chons de son côte.
la Motte quine laisse rien tomber,
prit modestement la parole
J
& récita avec le flegme
que vous luy connoissez
la fable qui suit: je la fais
imprimer sans son aveu;mais
je ne croy pas en avoir bésoin,
ny devoir m'exposer à un refus
de sa part, pendant que je
peut profiter d'un larcin. que
luy a fait ma memoire.
FABLE.
L'Ecrevisse, dit-on
3 a sa
façon d'aller
Etsa marcheest dereculer.
Une EcrevissePhilosophe
Oui sans raison n'adoptoitrien,
Et qui danssonespriteûtl'esprit
de l'étoffe
Dont parmy nous Descartes eût
le sien ;
Cette Ecrevisse donc examina /4
chose
, Latrouvaridicule en soy.
Etn'enput trouver d'autre cause
Qu'un usage ancien mais voiL
bien de quoy
Autoriser unesotise,
Dit-elle,ejjayons l'autre guift:l
Elle lefit,s'en trouva bien,
Puismoulut enseigner les autres
Messoeurs je n'ay d'interejl qu
les vostres,
Ecoutez-moy pour vostrebien:
Quittons nostre marche incertaine
J'ensçais une qui convientmieux
Faisonssuivre la queuë, &qu
la tête mène
Et pourguides prenons nosyeux
LagentEcrevisseestbien bonne
D'allersanscesse se heurter
Ne sçavoir où l'on va , dans
quels pieges l'on donne,
Je sçaisce quejedis,&moy même enpersonne
J'ay fait l'essay, regardez-moy
trotter.
Bon, dit une vieille obstinée
Celle-cy veut sçavoirplus qut
nosanciens:
allons comme on alloit, quant à
moyjem'y tiens,
Pournous régirse croit-elle donc
net.
Petit esprit, mettez ses rtliflns
boutà bout
Vous trouverez orgüeil,rêverie,
Cr cesi tout.
La vieille dit
, &sesinjures
L'emporterentsur lesraisons,
La Philosophe essuya les murmures
;.-
Dusotpeuple&lestêtes dure
Firent gloire d'allertoujours a
reculons.
Pour les vieilles erreurs poin
derespectbizare,
Examinons la,nouveauce,
Par les deux excès l'on s'égare
Mais la raison va droit, mar
chons de son côte.
Fermer
5996
p. 207-211
CAPRICE amoureux fait inpromtu par Mr ... dans le moment où commença la derniere tempeste qui fit tant de ravages dans le mois de Decembre dernier.
Début :
Vents mutinez qui nous faites la guerre, [...]
Mots clefs :
Vents, Tempête, Chaos, Nature, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAPRICE amoureux fait inpromtu par Mr ... dans le moment où commença la derniere tempeste qui fit tant de ravages dans le mois de Decembre dernier.
CAPRICE
amoureuxfait inpromptu par Mr... dans le
moment où commença
La dernieretempeftequi
fit tant de ravages
dans le mois de Decembre dernier.
Vents mutinez qui nous
faires la guerre ,
Et dont les tranſports fu
· rieux
Effrayent la nature, & font
paflir les Cieux j
Redoublez vos efforts , &
208 MERCURE
replongez la Terre
Dans le premier cahos dont
l'ont tirée les Dieux.
N'offrez à mes regards que
des objets funeftes :
Montagnes à mes yeux
abilmez dans les mers ;
Precipitez -vous Corps celeftes :
Soleil , embrafez l'Univers ,
De ces vaines fureurs je
n'ay plus rienà craindre,
Je perds l'objet de mon
amour :
Defefpoir, à qui feul je me
livre en ce jour ,
Eclatez , c'est trop vous
contraindre ,
GALANT. 209
contraindre ,
Tout tremble , tout perit ,
Dieux , quels mugiffements !
Je ne fuis pas feul miſerable ,
Tout partage mon trifte
fort ;
Dans l'eftat où je fuis quel
fpectacle agreable !
Qu'il m'eft doux de mourir ,
mais quoy l'affreuſe mort
Loin de moy fuit , inexora
ble ,
Et me refufe fon fecours.
Ah, fans pouvoir mourir ,
à tout moment j'expire !
Octobre. 1712. S
210 MERCURE
Ne reſpectes tu donc mes
jours
Que pour prolonger mon
martyre,
C'est trop , c'eſt trop languir , precipices affreux
Ouvrez-vous , recevez un
amant malheureux.
Mortels infortunez ! jevous
fuis.... qui m'arreſte ?
Mais quel calme desja vient
regner dans les airs :
Où font donc ces horreurs
qu'excitoit la tempefte ?
Quevois je , le Soleil éclai
re l'Univers ,
Les vents ont fufpendu
GALANT. 211
leur
rage ,
Et ferme fur fes fondements
La Terre ne craint plus
l'orage
Qui confondoit les Elements ;
La nature eftonnée a diffi.
pé fon trouble
Et reprend la tranquillité?
Et ma feule douleur redouble op
Quand tout ceffe d'eftre
agité.
amoureuxfait inpromptu par Mr... dans le
moment où commença
La dernieretempeftequi
fit tant de ravages
dans le mois de Decembre dernier.
Vents mutinez qui nous
faires la guerre ,
Et dont les tranſports fu
· rieux
Effrayent la nature, & font
paflir les Cieux j
Redoublez vos efforts , &
208 MERCURE
replongez la Terre
Dans le premier cahos dont
l'ont tirée les Dieux.
N'offrez à mes regards que
des objets funeftes :
Montagnes à mes yeux
abilmez dans les mers ;
Precipitez -vous Corps celeftes :
Soleil , embrafez l'Univers ,
De ces vaines fureurs je
n'ay plus rienà craindre,
Je perds l'objet de mon
amour :
Defefpoir, à qui feul je me
livre en ce jour ,
Eclatez , c'est trop vous
contraindre ,
GALANT. 209
contraindre ,
Tout tremble , tout perit ,
Dieux , quels mugiffements !
Je ne fuis pas feul miſerable ,
Tout partage mon trifte
fort ;
Dans l'eftat où je fuis quel
fpectacle agreable !
Qu'il m'eft doux de mourir ,
mais quoy l'affreuſe mort
Loin de moy fuit , inexora
ble ,
Et me refufe fon fecours.
Ah, fans pouvoir mourir ,
à tout moment j'expire !
Octobre. 1712. S
210 MERCURE
Ne reſpectes tu donc mes
jours
Que pour prolonger mon
martyre,
C'est trop , c'eſt trop languir , precipices affreux
Ouvrez-vous , recevez un
amant malheureux.
Mortels infortunez ! jevous
fuis.... qui m'arreſte ?
Mais quel calme desja vient
regner dans les airs :
Où font donc ces horreurs
qu'excitoit la tempefte ?
Quevois je , le Soleil éclai
re l'Univers ,
Les vents ont fufpendu
GALANT. 211
leur
rage ,
Et ferme fur fes fondements
La Terre ne craint plus
l'orage
Qui confondoit les Elements ;
La nature eftonnée a diffi.
pé fon trouble
Et reprend la tranquillité?
Et ma feule douleur redouble op
Quand tout ceffe d'eftre
agité.
Fermer
Résumé : CAPRICE amoureux fait inpromtu par Mr ... dans le moment où commença la derniere tempeste qui fit tant de ravages dans le mois de Decembre dernier.
Le poème 'Caprice', publié dans le Mercure en octobre 1712, relate un amour malheureux durant une tempête dévastatrice survenue en décembre précédent. Le narrateur, désespéré par la perte de son amour, invoque les vents et les éléments naturels pour intensifier le chaos. Il souhaite voir des objets funestes et des montagnes s'abîmer dans les mers, et que le Soleil embrase l'univers. Malgré son désir de mourir, la mort lui échappe, augmentant son tourment. La tempête finit par se calmer, mais sa douleur redouble face au retour du calme. Le narrateur exprime son impossibilité de trouver la paix, même dans la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5997
p. 203-208
NOUVEL Avis, concernant le Spécifique antivénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la ville de Schelestat en Alsace.
Début :
La Dame veuve du Docteur Fels ayant obtenu un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, par lequel Sa [...]
Mots clefs :
Remède, Docteur, Maladie, Vénérien, Chirurgiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEL Avis, concernant le Spécifique antivénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la ville de Schelestat en Alsace.
NOUVEL Avis , concernant le Spécifique antivénérien
du Docteur FELS , premier Médecin &
·Bourgmestre de la ville de Scheleftat en Alface.
La Dame veuve du Docteur Fels ayant obtent
un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , par lequel Sa
Majefté lui a permis de continuer de compofer
& d'adminiftrer , ou faire adminiftrer par fes Pré-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
pofés , tant à Paris , fous l'infpection & direction
de M. Caumont , Médecin ordinaire du Roi ,
que dans les Provinces du Royaume , le Remède ,
ou Spécifique anti - vénérien , dont fon mari a fait
la découverte , en fit publier peu après cette
obtention , les propriétés effentielles & très-intéreffantes
pour le Public . ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 & la Feuille des Affiches du 19 Juillet
même année , &c. ) Mais , comme elle ne put
alors accompagner fon Avis ou Inftruction d'un
Extrait de Piéces juftificatives propres à prouver
& conftater l'excellence & les avantages de ce
Spécifique , ces Piéces étant pour - lors fous les
fcellés appofés après le décès de fon mari ; elle
croit devoir maintenant faire part au Public de
quelques-uns des principaux faits qui y font
énoncés & atteftés par pluſieurs Médecins & Chirurgiens
très- célébres .
1. Trois Atteftations qui prouvent très- authentiquement
qu'une femme de la Paroiffe d'Ablincourt
, Diocèle de Noyon , enceinte de 4 mois
& demi , ayant tous les fymptômes les plus graves
& les plus caractériſtiques de la V .... a été parfairement
guérie en huit jours par l'ufage de la Tifane
ou Apozême du Docteur Fels. Ces Atteftations
font fignées par M. Petit , premier Médecin de S.
A. S. Mgr. le Duc d'Orléans ; par M. Guérin ,
Chirurgien- Major des Moufquetaires Noirs , &
M. Moreau , premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu
de Paris. Il est à remarquer que le reste du temps
de la groffeffe de cette femme s'elt paflé en parfaite
fanté , & que l'enfant dont elle eſt accouchée
à terme & très - heureufement , ne s'est trouvé
affecté d'aucun fymptôme de maladie vénérienne.
2. Trois autres Atteftations , par lesquelles
FEVRIER. 1763 . 205
Te même M. Petit , M. le Thieullier & M. Cantwel
, Docteurs Régens de la Faculté de Médecine
de Paris , certifient que le mari de cette même
femme avoit auffi les fymptômes véroliques
les plus graves , lefquels fymprômes ont été en
outre reconnus tels par M. de Senac , premier
Médecin du Roi , par M. Quefnay , M. de la
Sone , MM. le Gagneur , Caumont , Hevin ,
Duval & autres Médecins & Chirurgiens de la
Cour & de la ville de Verſailles , où ce malade a
été traité fous leurs yeux , jufqu'à parfaite guérifon
, obtenue en pareil efpace de temps que la
précédente.
3º. Un Certificat de M. M... Capitaine de
Dragons & Chevalier de S. Louis , par lequel cet
Officier attefte qu'il a été parfaitement guéri par
la Tifane du Docteur Fels , d'une maladie vénérienne
très-grave & très-invétérée , qui l'avoit réduit
à une telle extrémité , que l'on défefpéroit
de la vie.
4. Une Déclaration volontaire , paffée devant
Me Deruelle & fon Confrère , Notaires à Paris ,
par le fieur D ... bourgeois de Paris , contenant ,
qu'après avoir été traité d'une maladie vénérienne
par plufieurs Chirurgiens , qui l'avoient manqué
(ce font les termes.) il a été parfaitement guéri par
le Reméde fpécifique qui lui a été confeillé & adminiftré
par M. Fels.
5º. Une Lettre de M. Monnet , par laquelle il
déclare que dès le neuvième jour •qu'il a fait
ufage de la Tifane du Docteur Fels , il a été délivré
de très vives douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis long- temps ,
& qu'aucuns remédes n'avoient pu guérir ; qu'il
avoit confulté plufieurs Médecins , qui n'avoient
pu découvrir aucun fymptôme qui caractériſâr la
206 MERCURE DE FRANCE.
V.... mais que , fur quelques foupçons , il s'étoit
déterminé à prendre ce Remède , par lequel il
certifie avoir été parfaitement guéri en vingtquatre
jours , jouillant préfentement de la meil
leure fanté en foi de quoi , ce généreux Citoyen
a confenti que ce fait fût rendu public , & qu'on
le nommâr , pour lui donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter plufieurs autres
guérifons de maux vénériens de toutes eſpèces ,
& notamment de plufieurs caries , exoftoles &
autres maladies affectant les os , les cartilages ,
&c. que cet excellent Spécifique a radicalement
détruites ; mais les perfonnes qui ont été guéries
ne confentant pas d'être citées , on les doit
paffer fous filence ; d'autant plus que les fairs cideffus
rapportés fuffifent pour faire connoître évidemment
que ce Reméde eft un Spécifique certain
contre toute maladie vénérienne , foit récente
, ſoit invétérée , ſoit héréditaire , &c . &
que , de plus , un de fes effets particuliers eft de
réuffir parfaitement dans la cure des maladies
vénériennes qui ont réfifté à l'uſage du mercure
le mieux adminiftré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce précieux
Reméde. Une remarque qu'il eft encore trèsnéceffaire
de faire , & qui ajoûte beaucoup à
l'importance de ce Spécifique , c'eft qu'il eft compofé
fans aucun ingrédient mercuriel , & par conféquent
exempt de tous les inconvéniens inféparables
du mercure.
M. Caumont efpere donner dans peu les obfervations
qu'il a faites fur ce Reméde & fur les
effets , depuis qu'il eft fous la direction.
Sa demeure eft à Paris , rue de Bourgogne ,
près de la rue de Varenne .
FEVRIER. 1763. 20
Madame Fels demeure toujours rue Quincampoix
, près de la rue de Venife , même maifon
que M. Arnoult , ancien Epicier- Droguifte.
Il eft bon de rappeller ici , en faveur des perfonnes
qui pourroient n'avoir pas été à portée de
lire les ouvrages périodiques où il a été fait mention
de ce Reméde , ce qui a déja été dit ſur ſes
propriétés.
Ce Spécifique eft un Apozême dont on boit trois
verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies vénériennes,
fans jamais caufer de falivation , étant
compofé , comme on vient de le faire remarquer
, fans aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent fe font
-en très-peu de jours , les bains n'y étant pas néceffaires.
3º. Pendant l'ufage de ce Reméde , qui ne dure
ordinairement que vingt - quatre jours , on n'eſt
point aftreint à garder la chambre : on peut
même vaquer aux affaires qui ne caufent point
trop de fatigue & n'exigent point une trop longue
contention d'efprit , ayant foin néanmoins
de ne fe pas expofer aux injures de l'air.
4°. Ce Spécifique n'a rien de contraire aux
eftomachs débiles ni aux poitrines délicates ; il
en eſt même fouvent le véritable antidote , principalement
lorsque la langueur ou le mal- aife
de ces organes provient de quelques anciens
réfidus , vénériens maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à ceux qui
ont eu dans la jeuneffe certaines galanteries imparfaitement
terminées.
> s . Ce Reméde agit avec tant de douceur
que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu ci-deffus , l'a
employé pendant le cours de la groffeffe même ,
208 MERCURE DE FRANCE.
avec le plus heureux fuccès ; & de même , pour
les enfans à la mammelle , en le faiſant boire à
leurs nourrices.
60. Loin d'être affoibli ou maigri par fon
ulage , on y recouvre les forces & l'embon
point détruits ou diminués par la maladie.
du Docteur FELS , premier Médecin &
·Bourgmestre de la ville de Scheleftat en Alface.
La Dame veuve du Docteur Fels ayant obtent
un Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , par lequel Sa
Majefté lui a permis de continuer de compofer
& d'adminiftrer , ou faire adminiftrer par fes Pré-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
pofés , tant à Paris , fous l'infpection & direction
de M. Caumont , Médecin ordinaire du Roi ,
que dans les Provinces du Royaume , le Remède ,
ou Spécifique anti - vénérien , dont fon mari a fait
la découverte , en fit publier peu après cette
obtention , les propriétés effentielles & très-intéreffantes
pour le Public . ( Voyez le Mercure
d'Août 1762 & la Feuille des Affiches du 19 Juillet
même année , &c. ) Mais , comme elle ne put
alors accompagner fon Avis ou Inftruction d'un
Extrait de Piéces juftificatives propres à prouver
& conftater l'excellence & les avantages de ce
Spécifique , ces Piéces étant pour - lors fous les
fcellés appofés après le décès de fon mari ; elle
croit devoir maintenant faire part au Public de
quelques-uns des principaux faits qui y font
énoncés & atteftés par pluſieurs Médecins & Chirurgiens
très- célébres .
1. Trois Atteftations qui prouvent très- authentiquement
qu'une femme de la Paroiffe d'Ablincourt
, Diocèle de Noyon , enceinte de 4 mois
& demi , ayant tous les fymptômes les plus graves
& les plus caractériſtiques de la V .... a été parfairement
guérie en huit jours par l'ufage de la Tifane
ou Apozême du Docteur Fels. Ces Atteftations
font fignées par M. Petit , premier Médecin de S.
A. S. Mgr. le Duc d'Orléans ; par M. Guérin ,
Chirurgien- Major des Moufquetaires Noirs , &
M. Moreau , premier Chirurgien de l'Hôtel- Dieu
de Paris. Il est à remarquer que le reste du temps
de la groffeffe de cette femme s'elt paflé en parfaite
fanté , & que l'enfant dont elle eſt accouchée
à terme & très - heureufement , ne s'est trouvé
affecté d'aucun fymptôme de maladie vénérienne.
2. Trois autres Atteftations , par lesquelles
FEVRIER. 1763 . 205
Te même M. Petit , M. le Thieullier & M. Cantwel
, Docteurs Régens de la Faculté de Médecine
de Paris , certifient que le mari de cette même
femme avoit auffi les fymptômes véroliques
les plus graves , lefquels fymprômes ont été en
outre reconnus tels par M. de Senac , premier
Médecin du Roi , par M. Quefnay , M. de la
Sone , MM. le Gagneur , Caumont , Hevin ,
Duval & autres Médecins & Chirurgiens de la
Cour & de la ville de Verſailles , où ce malade a
été traité fous leurs yeux , jufqu'à parfaite guérifon
, obtenue en pareil efpace de temps que la
précédente.
3º. Un Certificat de M. M... Capitaine de
Dragons & Chevalier de S. Louis , par lequel cet
Officier attefte qu'il a été parfaitement guéri par
la Tifane du Docteur Fels , d'une maladie vénérienne
très-grave & très-invétérée , qui l'avoit réduit
à une telle extrémité , que l'on défefpéroit
de la vie.
4. Une Déclaration volontaire , paffée devant
Me Deruelle & fon Confrère , Notaires à Paris ,
par le fieur D ... bourgeois de Paris , contenant ,
qu'après avoir été traité d'une maladie vénérienne
par plufieurs Chirurgiens , qui l'avoient manqué
(ce font les termes.) il a été parfaitement guéri par
le Reméde fpécifique qui lui a été confeillé & adminiftré
par M. Fels.
5º. Une Lettre de M. Monnet , par laquelle il
déclare que dès le neuvième jour •qu'il a fait
ufage de la Tifane du Docteur Fels , il a été délivré
de très vives douleurs de tête , de bras & de
jambes , qui le tourmentoient depuis long- temps ,
& qu'aucuns remédes n'avoient pu guérir ; qu'il
avoit confulté plufieurs Médecins , qui n'avoient
pu découvrir aucun fymptôme qui caractériſâr la
206 MERCURE DE FRANCE.
V.... mais que , fur quelques foupçons , il s'étoit
déterminé à prendre ce Remède , par lequel il
certifie avoir été parfaitement guéri en vingtquatre
jours , jouillant préfentement de la meil
leure fanté en foi de quoi , ce généreux Citoyen
a confenti que ce fait fût rendu public , & qu'on
le nommâr , pour lui donner plus d'authenticité.
On pourroit encore rapporter plufieurs autres
guérifons de maux vénériens de toutes eſpèces ,
& notamment de plufieurs caries , exoftoles &
autres maladies affectant les os , les cartilages ,
&c. que cet excellent Spécifique a radicalement
détruites ; mais les perfonnes qui ont été guéries
ne confentant pas d'être citées , on les doit
paffer fous filence ; d'autant plus que les fairs cideffus
rapportés fuffifent pour faire connoître évidemment
que ce Reméde eft un Spécifique certain
contre toute maladie vénérienne , foit récente
, ſoit invétérée , ſoit héréditaire , &c . &
que , de plus , un de fes effets particuliers eft de
réuffir parfaitement dans la cure des maladies
vénériennes qui ont réfifté à l'uſage du mercure
le mieux adminiftré ; avantage dont l'humanité
étoit privée avant la découverte de ce précieux
Reméde. Une remarque qu'il eft encore trèsnéceffaire
de faire , & qui ajoûte beaucoup à
l'importance de ce Spécifique , c'eft qu'il eft compofé
fans aucun ingrédient mercuriel , & par conféquent
exempt de tous les inconvéniens inféparables
du mercure.
M. Caumont efpere donner dans peu les obfervations
qu'il a faites fur ce Reméde & fur les
effets , depuis qu'il eft fous la direction.
Sa demeure eft à Paris , rue de Bourgogne ,
près de la rue de Varenne .
FEVRIER. 1763. 20
Madame Fels demeure toujours rue Quincampoix
, près de la rue de Venife , même maifon
que M. Arnoult , ancien Epicier- Droguifte.
Il eft bon de rappeller ici , en faveur des perfonnes
qui pourroient n'avoir pas été à portée de
lire les ouvrages périodiques où il a été fait mention
de ce Reméde , ce qui a déja été dit ſur ſes
propriétés.
Ce Spécifique eft un Apozême dont on boit trois
verres par jour.
Il a l'avantage , 1º. de guérir les maladies vénériennes,
fans jamais caufer de falivation , étant
compofé , comme on vient de le faire remarquer
, fans aucun ingrédient mercuriel.
2º. Les préparations qui le précédent fe font
-en très-peu de jours , les bains n'y étant pas néceffaires.
3º. Pendant l'ufage de ce Reméde , qui ne dure
ordinairement que vingt - quatre jours , on n'eſt
point aftreint à garder la chambre : on peut
même vaquer aux affaires qui ne caufent point
trop de fatigue & n'exigent point une trop longue
contention d'efprit , ayant foin néanmoins
de ne fe pas expofer aux injures de l'air.
4°. Ce Spécifique n'a rien de contraire aux
eftomachs débiles ni aux poitrines délicates ; il
en eſt même fouvent le véritable antidote , principalement
lorsque la langueur ou le mal- aife
de ces organes provient de quelques anciens
réfidus , vénériens maſqués ou dégénérés , comme
il n'arrive que trop communément à ceux qui
ont eu dans la jeuneffe certaines galanteries imparfaitement
terminées.
> s . Ce Reméde agit avec tant de douceur
que M. Fels , ainſi qu'on l'a vu ci-deffus , l'a
employé pendant le cours de la groffeffe même ,
208 MERCURE DE FRANCE.
avec le plus heureux fuccès ; & de même , pour
les enfans à la mammelle , en le faiſant boire à
leurs nourrices.
60. Loin d'être affoibli ou maigri par fon
ulage , on y recouvre les forces & l'embon
point détruits ou diminués par la maladie.
Fermer
Résumé : NOUVEL Avis, concernant le Spécifique antivénérien du Docteur FELS, premier Médecin & Bourgmestre de la ville de Schelestat en Alsace.
Le document traite d'un avis concernant le spécifique antivénérien du Docteur Fels, premier médecin et bourgmestre de la ville de Scheleftat en Alface. La veuve du Docteur Fels a obtenu un arrêt du Conseil d'État du Roi, lui permettant de continuer à composer et administrer ce remède à Paris et dans les provinces du Royaume, sous la direction de M. Caumont, médecin ordinaire du Roi. Le texte mentionne plusieurs attestations et certificats de médecins et chirurgiens célèbres, prouvant l'efficacité du spécifique antivénérien. Parmi les cas notables, une femme enceinte de quatre mois et demi, guérie en huit jours, et son mari, également guéri en peu de temps. D'autres témoignages incluent un capitaine de dragons et un bourgeois de Paris, tous ayant été guéris de maladies vénériennes graves. Le spécifique est décrit comme un apozème à boire, composé sans ingrédient mercuriel, ce qui évite les inconvénients du mercure. Il guérit les maladies vénériennes sans salivation, en peu de jours, et permet de vaquer aux affaires sans contrainte excessive. Il est également bénéfique pour les estomacs débiles et les poitrines délicates, et peut être utilisé pendant la grossesse et pour les nourrissons via leurs nourrices. Le remède renforce les forces et l'embonpoint. M. Caumont prévoit de publier ses observations sur ce remède. Les adresses de M. Caumont et de Madame Fels sont fournies pour toute demande d'information.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5998
p. 185-190
LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
Début :
Depuis le 12 de Juillet, Monsieur, que je ne vous ai donné des nouvelles [...]
Mots clefs :
Thamas Kouli-Kan, Roi de Perse, Ministre, Turcs, Constantinople, Révolution, Paix, Ispahan, Chah, Contagion, Peste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
LETTRE écrite de Constantinople le 22.
Novembre 1732. au sujet de la derniere
contagion , et de la nouvelle Révolution
de Perse.
D
Epuis le 12 de Juillet , Monsieur ,
que je ne vous ai donné des nouvelles
de ce pays- ci , il n'y a presque été
question que de la Peste . Voilà près de
cinq mois qu'on ne parle d'autre chose
que de ses ravages à Constantinople , et
quoique les Turcs ayent coûtume de se
mocquer de ceux qui la craignent , on a
I v remar
186 MERCURE DE FRANCE
remarqué cette année , au grand deshonneur
de la prédestination absoluë, qui est ,
comme vous sçavez , le Dogme favori des
Mahometans , qu'en general , ce ter ible
fleau leur a causé autant d'effroi qu'au :
autres ; mais comme par respect pour
leurs préjugez , la plupart n'en ont pas
pris plus de précautions qu'à l'ordinaire
on assûre qu'il a péri dans cette Ville et
dans ses environs 150 mille personnes .
Je ne sçai si ce calcul est bien fidele ; ce qu'il
y a de vraí , c'est que la contagion se répandant
comme un torrent , n'a pas plus
épargné les grands que les petits : elle
s'est introduite jusques dans le Serrail du
Grand Seigneur , dont elle a emporté
beaucoup d'Officiers , et sur- tout d'Eunu
ques noirs , entr'autres le Kasnadar ou
Trésorier de Sa Hautesse. L'Eski - Serai ,
c'est-à-dire , le vieux Serrail , où sont
renfermées aussi sévérement que dans un
Monastere , les Sultanes du G. S. après
sa mort ou sa déposition , n'en a pas été
éxempt non plus : trois ou quatre Sultanes
y sont mortes , du nombre desquelles.
a été la Sultane favorite du dernier Sultan
Achmet III . et Mere de la Sultane veuvedu
fameux G. V. Ibraim Pacha , qui fut
étranglé il y a deux ans. Celle- ci avoit
été pareillement attaquée du même mal ,
mais
JANVIER. 1733 137
mais elle a eu le bonheur d'en réchaper.
Enfin , pour ne vous point ennuyer par
un plus long détail sur cette triste matiere
, j'ajoûterai seulement que le G. Viz.
d'aujourd'hui a eu la douleur et la cons →
tance d'en voir mourir dans son propre
Palais un de ses freres , un de ses neveux ,
sa fille , celui à qui elle étoit promise en
mariage , et plus de deux cent de ses domestiques.
Dieu merci cette cruelle maladie
tire à sa fin , et la communication
commence à se rétablir par tout.
Je reviens , Monsieur , à ma Lettre du
2 Juillet ; je vous y marquois , si vous
Vous en souvenez , que le 4 du même
mois , la Porte avoit reçû des dépêches
d'Achmet , Pacha de Babilonne , qui envoyoit
au G. S. une Lettre de Chah -Tahmas
, pour Sa Hautesse , par laquelle ce
Prince rejettoit entierement l'infraction
du dernier Traité de Paix sur Tahmas-
-Couli- Kan , son Itimadil-Deulet, ou Grand
Visir , qui paroissoit vouloir usurper son
Trône , mais que les Turcs se défiant de
la bonne- foy du Roy de Perse , et apprehendant
que pour les mieux trompet ,
n'eut concerté avec son premier Ministre
la rebellion dont il l'accusoit , la Portene
sçavoit à quoi s'en tenir , ni à qui elledevoit
effectivement attribuer la rupture'
Lvj d'une
il
188 MERCURE DE FRANCE
1
d'une Paix recherchée avec tant d'ém
pressement par la Perse , et si fraîchement
concluë.
Ce Mystere impénétrable alors , s'est
enfin éclairci ; on a reçû depuis quelques
jours des nouvelles , dont quant à present
, je ne puis vous rapporter- qu'un
précis ; me réservant à vous les détailler ,
lorsqu'on m'aura remis une Piece qu'on
m'a promise. Ces nouvelles disent donc
en substance , que d'un côté Tahmas-
Couli Khan , après avoir déclaré en termes
formels , par ses Lettres , au Roy
son Maître , qu'il ne ratifieroit jamais ce
Traité honteux , que Sa Majesté venoit
de faire avec les Turcs. Il étoit parti du
Corassan , et avoit pris la route d'Ispahan
à la tête d'une Armée , composée
de Montagnads féroces et déterminez
comme lui ; que d'un autre côté Chah-
'Tahmas , persistant à vouloir que la derniere
Paix eut son entiere exécution
cette contrariété de sentimens avoit jetté
la division entre le Souverain , le premier
Ministre , et leurs Partisans respectifs
; que cependant le Prince voyant approcher
Tahmas- Couli- Kan , homme ambitieux
, capable de tout entreprendre , et
dont les Explois lui avoient faits un grand
nombre d'amis , jusques dans sa propre
Cour
JANVIER 1733. 189
Cour , avoit cru devoir ceder au temps ,
et se reconcilier avec lui ; que le perfide
Ministre cachant son noir dessein sous les
dehors affectez d'un zéle , d'une fidélité ,
et d'un attachement à toute épreuve ,
pour l'honneur de son Souverain, et pour
le bien du Royaume , avoit reçu avec
une soumission toute respectueuse en
apparence , les propositions qu'on étoit
alle lui faire , de la part de Chah - Tahmas.
Qu'en conséquence il s'étoit rendu
avec peu de suite à Ispahan , après avoir
cependant distribué ses Troupes dans différens
quartiers , aux environs de cette
Capitale, que par ce moyen il tenoit comme
bloquée,et qu'y étant arrivé, la premicre
chose qu'il avoit faite,avec le secours de
ses Partisans , dont le Roy étoit environ
né , même dans son Palais , avoit été de se
saisir de ce malheureux Prince qu'il avoit
fait mettre sur le champ dans un Carosse
fermé , et fait conduire avec une grosse
Escorte , vers le Corassan , où l'on ignoroit
encore ce qu'il étoit devenu ; qu'ensuite
il avoit forcé le Harem ou apparte
ment des Femmes , ce lieu si sacré , sur
tout en Perse ; qu'il y avoit d'abord violé
la soeur du Roy , qu'on dit êrre une fort
bille Princesse ; qu'ensuite il avoit tiré de
ce Harem un enfant au Berceau , fils de
ChahTo
MERCURE DE FRANCE
Chah-Tahmas ; qu'il l'avoit fait proclamer
Roy de Perse , publiant que son Pere
étoit incapable de regner ; qu'il s'étoit fait
déclarer Regent du Royaume , pendant
la minorité de ce nouveau Monarque .
Qu'en cette qualité , il s'étoit revêtu des
Habits Royaux , et des autres marques
de Souverain, et avoit paru en public avec
un faste extraordinaire ; qu'il faisoit journellement
massacrer ce qui restoit de
grands Seigneurs à la Cour , attachez à
Chah-Tahmas , ou qui pouvoient lui faire
ombrage ; qu'il enrichissoit de leurs dépouilles
les compagnons de ses désordres
et de sa fortune , et qu'il commandoit si
despotiquement dans Ispahan , que tout
y trembloit sous lui , d'une maniere qui
tenoit du prodige. Je suis , &c.
P. V. D.
Novembre 1732. au sujet de la derniere
contagion , et de la nouvelle Révolution
de Perse.
D
Epuis le 12 de Juillet , Monsieur ,
que je ne vous ai donné des nouvelles
de ce pays- ci , il n'y a presque été
question que de la Peste . Voilà près de
cinq mois qu'on ne parle d'autre chose
que de ses ravages à Constantinople , et
quoique les Turcs ayent coûtume de se
mocquer de ceux qui la craignent , on a
I v remar
186 MERCURE DE FRANCE
remarqué cette année , au grand deshonneur
de la prédestination absoluë, qui est ,
comme vous sçavez , le Dogme favori des
Mahometans , qu'en general , ce ter ible
fleau leur a causé autant d'effroi qu'au :
autres ; mais comme par respect pour
leurs préjugez , la plupart n'en ont pas
pris plus de précautions qu'à l'ordinaire
on assûre qu'il a péri dans cette Ville et
dans ses environs 150 mille personnes .
Je ne sçai si ce calcul est bien fidele ; ce qu'il
y a de vraí , c'est que la contagion se répandant
comme un torrent , n'a pas plus
épargné les grands que les petits : elle
s'est introduite jusques dans le Serrail du
Grand Seigneur , dont elle a emporté
beaucoup d'Officiers , et sur- tout d'Eunu
ques noirs , entr'autres le Kasnadar ou
Trésorier de Sa Hautesse. L'Eski - Serai ,
c'est-à-dire , le vieux Serrail , où sont
renfermées aussi sévérement que dans un
Monastere , les Sultanes du G. S. après
sa mort ou sa déposition , n'en a pas été
éxempt non plus : trois ou quatre Sultanes
y sont mortes , du nombre desquelles.
a été la Sultane favorite du dernier Sultan
Achmet III . et Mere de la Sultane veuvedu
fameux G. V. Ibraim Pacha , qui fut
étranglé il y a deux ans. Celle- ci avoit
été pareillement attaquée du même mal ,
mais
JANVIER. 1733 137
mais elle a eu le bonheur d'en réchaper.
Enfin , pour ne vous point ennuyer par
un plus long détail sur cette triste matiere
, j'ajoûterai seulement que le G. Viz.
d'aujourd'hui a eu la douleur et la cons →
tance d'en voir mourir dans son propre
Palais un de ses freres , un de ses neveux ,
sa fille , celui à qui elle étoit promise en
mariage , et plus de deux cent de ses domestiques.
Dieu merci cette cruelle maladie
tire à sa fin , et la communication
commence à se rétablir par tout.
Je reviens , Monsieur , à ma Lettre du
2 Juillet ; je vous y marquois , si vous
Vous en souvenez , que le 4 du même
mois , la Porte avoit reçû des dépêches
d'Achmet , Pacha de Babilonne , qui envoyoit
au G. S. une Lettre de Chah -Tahmas
, pour Sa Hautesse , par laquelle ce
Prince rejettoit entierement l'infraction
du dernier Traité de Paix sur Tahmas-
-Couli- Kan , son Itimadil-Deulet, ou Grand
Visir , qui paroissoit vouloir usurper son
Trône , mais que les Turcs se défiant de
la bonne- foy du Roy de Perse , et apprehendant
que pour les mieux trompet ,
n'eut concerté avec son premier Ministre
la rebellion dont il l'accusoit , la Portene
sçavoit à quoi s'en tenir , ni à qui elledevoit
effectivement attribuer la rupture'
Lvj d'une
il
188 MERCURE DE FRANCE
1
d'une Paix recherchée avec tant d'ém
pressement par la Perse , et si fraîchement
concluë.
Ce Mystere impénétrable alors , s'est
enfin éclairci ; on a reçû depuis quelques
jours des nouvelles , dont quant à present
, je ne puis vous rapporter- qu'un
précis ; me réservant à vous les détailler ,
lorsqu'on m'aura remis une Piece qu'on
m'a promise. Ces nouvelles disent donc
en substance , que d'un côté Tahmas-
Couli Khan , après avoir déclaré en termes
formels , par ses Lettres , au Roy
son Maître , qu'il ne ratifieroit jamais ce
Traité honteux , que Sa Majesté venoit
de faire avec les Turcs. Il étoit parti du
Corassan , et avoit pris la route d'Ispahan
à la tête d'une Armée , composée
de Montagnads féroces et déterminez
comme lui ; que d'un autre côté Chah-
'Tahmas , persistant à vouloir que la derniere
Paix eut son entiere exécution
cette contrariété de sentimens avoit jetté
la division entre le Souverain , le premier
Ministre , et leurs Partisans respectifs
; que cependant le Prince voyant approcher
Tahmas- Couli- Kan , homme ambitieux
, capable de tout entreprendre , et
dont les Explois lui avoient faits un grand
nombre d'amis , jusques dans sa propre
Cour
JANVIER 1733. 189
Cour , avoit cru devoir ceder au temps ,
et se reconcilier avec lui ; que le perfide
Ministre cachant son noir dessein sous les
dehors affectez d'un zéle , d'une fidélité ,
et d'un attachement à toute épreuve ,
pour l'honneur de son Souverain, et pour
le bien du Royaume , avoit reçu avec
une soumission toute respectueuse en
apparence , les propositions qu'on étoit
alle lui faire , de la part de Chah - Tahmas.
Qu'en conséquence il s'étoit rendu
avec peu de suite à Ispahan , après avoir
cependant distribué ses Troupes dans différens
quartiers , aux environs de cette
Capitale, que par ce moyen il tenoit comme
bloquée,et qu'y étant arrivé, la premicre
chose qu'il avoit faite,avec le secours de
ses Partisans , dont le Roy étoit environ
né , même dans son Palais , avoit été de se
saisir de ce malheureux Prince qu'il avoit
fait mettre sur le champ dans un Carosse
fermé , et fait conduire avec une grosse
Escorte , vers le Corassan , où l'on ignoroit
encore ce qu'il étoit devenu ; qu'ensuite
il avoit forcé le Harem ou apparte
ment des Femmes , ce lieu si sacré , sur
tout en Perse ; qu'il y avoit d'abord violé
la soeur du Roy , qu'on dit êrre une fort
bille Princesse ; qu'ensuite il avoit tiré de
ce Harem un enfant au Berceau , fils de
ChahTo
MERCURE DE FRANCE
Chah-Tahmas ; qu'il l'avoit fait proclamer
Roy de Perse , publiant que son Pere
étoit incapable de regner ; qu'il s'étoit fait
déclarer Regent du Royaume , pendant
la minorité de ce nouveau Monarque .
Qu'en cette qualité , il s'étoit revêtu des
Habits Royaux , et des autres marques
de Souverain, et avoit paru en public avec
un faste extraordinaire ; qu'il faisoit journellement
massacrer ce qui restoit de
grands Seigneurs à la Cour , attachez à
Chah-Tahmas , ou qui pouvoient lui faire
ombrage ; qu'il enrichissoit de leurs dépouilles
les compagnons de ses désordres
et de sa fortune , et qu'il commandoit si
despotiquement dans Ispahan , que tout
y trembloit sous lui , d'une maniere qui
tenoit du prodige. Je suis , &c.
P. V. D.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Constantinople le 22. Novembre 1732. au sujet de la derniere contagion, et de la nouvelle Révolution de Perse.
La lettre du 22 novembre 1732 décrit les récents événements à Constantinople et en Perse. À Constantinople, la peste a sévi depuis le 12 juillet, causant la mort de 150 000 personnes, y compris des membres de la cour impériale et des eunuques. La maladie a également frappé le harem, entraînant le décès de plusieurs sultanes, dont la favorite du sultan Achmet III. Le grand vizir a également perdu des membres de sa famille et des domestiques. Actuellement, la peste semble en rémission. En Perse, une crise politique majeure est en cours. Le chah Tahmas a rejeté le dernier traité de paix avec les Turcs, accusant son grand vizir, Tahmas-Couli Khan, de vouloir usurper le trône. Tahmas-Couli Khan, à la tête d'une armée, a marché sur Ispahan, forçant le chah à se réconcilier avec lui. Profitant de cette situation, Tahmas-Couli Khan a ensuite emprisonné le chah, violé sa sœur et proclamé un enfant roi, se déclarant régent. Il a instauré un règne de terreur, éliminant les opposants et s'enrichissant de leurs biens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5999
p. 201-206
« Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Début :
Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...]
Mots clefs :
Saint, Sa Majesté, Abbaye, Arrêt du Conseil d'État, Académie royale de chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Selo
Elon les avis reçus de Lorraine , le feu prit la
nuit du 5 au 6 du mois dernier à l'aîle gauche
de l'avant-cour du château de Luneville. Malgré
les prompts fecours qu'on a apportés , cette aîle
a été totalement réduite en cendres , Plufieurs perfonnes
ont été bleffées en voulant arrêter le progrès
des flammes ou éviter d'en être la proie.
ཚ་
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'arrêt rendu
en fon Confeil le 25 Decembre 1753 , par lequel
il auroit été ordonné , en conformité des précédens
arrêts , que les Offices qui feroient levés vacans
en fes revenus cafuels pendant le courant de
Pannée 1754 , par mort ou autrement , ne payeroient
que moitié des droits de marc d'or , d'enregiftrement
chez les Gardes des rolles & de fceau ,
enfemble de ceux de réception & d'inſtallation
dans les Cours & Jurifdictions où ils feroient reçus
& inftallés ; & que ceux qui leveroient des
Offices de nouvelle création , ou aufquels n'auroit
été pourvût depuis leur création , ne payeroient
, pour s'en faire pourvoir , que le tiers
defdits droits de marc d'or , d'enregistrement , de
fceau , de réception & d'inftallation ; & Sa Majefté
voulant continuer la même grace pendant
Pannée 1755 , le Roi proroge pendant l'année
1755 , le délai porté par l'arrêt du 25 Décembre
à commencer du › premier Janvier juſqu'au
dernier Décembre inclufivement , & c.... Veut
néanmoins Sa Majefté , que ceux au profit de qui
1753
~IV
202 MERCURE DE FRANCE.
les porteurs de quittances de Finance d'Offices de
nouvelle création s'en feront démis après les fix
mois du jour de la date defdites quittances ,
foient tenus de payer après lefdits droits en entier.....
Ordonne Sa Majefté que ceux qui ont
levé , à ſes revenus cafuels , des Offices de pareille
nature que ceux ci -deffus mentionnés , à compter
du 4 Juin 1726 , & depuis , ou qui les leveront
pendant le délai accordé par le préfent Arrêt
, feront & demeureront déchargés du droit
de confirmation .
Il paroit un autre Arrêt du Confeil d'Etat ,
qui ordonne l'exécution des Ordonnances des Intendans
& Commiffaires départis dans le Comté
de Bourgogne , concernant les plantations & le
commerce du tabac.
Par un troifiéme Arrêt du Confeil d'Etat , le
Roi ordonne l'exécution de fa déclaration du zo
Décembre dernier , au fujet de la Monnoie de
Metz : voulant Sa Majefté , qu'à commencer
de l'année 1754 , le jugement du travail des
monnoies qui auront été ou feront faites en ladite
monnoie , foit fait & jugé en fa Cour des
monnoies de Paris ; qu'en conféquence les de
niers de boîte du travail fait en la Monnoie de
Metz pendant l'année 1754 , avec les regiftres
des délivrances qui en ont été faites , lefquels
zont été portés & remis en la Cour de Parlement
de Metz , en foient retirés en l'état qu'ils y ont été
portés , & remis par le Greffier dudit Parlement
ou autres dépofitaires .... pour être le tout envoyé
& remis au Greffe de la Cour des monnoies
de Paris .... à l'effet d'y être ledit travail
jugé en la maniere accoutumée pour les autres
monnoies.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
AVRIL. 1755. 203
phine & Mefdames de France , allerent le 26 fe
promener au pavillon du Marquis de Lhopital ,
près la machine de Marly.
Un Négre âgé de dix fept ans , appartenant
M. Riviere , Confeiller au Parlement , fut baptifé
le 24 du mois de Février dans l'Eglife de
Saint Côme. Il a eu pour parrein M. le Normant
, Intendant des armées navales , & pour marreine
Mme la Riviere. La cérémonie a été faite
en préfence du Curé de la Paroiffe , par M. l'Abbé
Drouet , qui avoit inftruit le nouveau Caté
chumene.
L'Académie royale de Chirurgie avoit propofé
pour le prix de l'année 1754 le fujet fuivant :
l'amputation étant abfolument néceffaire dans les
plaies compliquées des fracas des os , principalement
lorfqu'elles font faites par armes à feu , déterminer
les cas où il faut faire l'opération fur le
champ , & ceux où il convient de la différer : & en
donner les raifons. Cette queftion paroît n'avoir
pas été bien entendue. Pour déterminer les cas
dont il s'agit , on doit avoir égard à la différence
des plaies , à l'efpéce des accidens , à la nature
de la partie offenſée , même au lieu où le bleffé
fe trouve. Il eft néceffaire auffi de confidérer
s'il peut ou non être tranfporté , fi l'on eft obligé
de le mener loin , & fi l'on a les moyens de faire
commodément le tranfport. L'Académie n'ayant
rien trouvé de tout cela dans les mémoires qu'on
lui a préfentés , a décidé que le même fujet feroit
propofé pour l'année 1756. Le prix fera double
, & l'auteur de la piece couronnée aura deux
médailles , chacune de cinq cens livres , ou une
médaille & la valeur de l'autre , à fon choix. Les
perfonnes qui ont déja compofé , pourront renvoyer
de nouveau leurs mémoires , après y avoir
fait les changemens convenables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Le 2 Mars , M. le Comte d'Argenſon , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le Département de
la guerre , préfenta à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , pour fes premieres armes , un fufil
conftruit fuivant la derniere Ordonnance pour
l'infanterie. Ce fufil , de la fabrique de Saint-
Etienne en Forez , n'a que deux pieds de long ,
& il eft regardé comme un chef- d'oeuvre en ce
genre pour le travail & la richeffe. Il a été fait
par ies ordres & fous les yeux de M. de Saint- Perieux
, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , &
Directeur de ladite fabrique . Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , qui marque un goût décidé pour
les armes , a été très- fatisfait de ce préfent. 44
Le Roi a difpofé de l'Abbaye de Saint Jean de
Laon en faveur de l'Ecole royale militaire , pour
être unie à cet établiffement , & les revenus employés
à la defferte de la Chapelle & à l'entretien
des Prêtres & des Soeurs de la Charité , qui
ferviront dans l'Ecole militaire .
Sa Majefté a accordé l'Abbaye Réguliere &
élective de Lieffies , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Cambrai , à Dom Lhomme , Religieux
de cette Abbaye ; le Prieuré Conventuel & électif
du Deffens , Ordre de Grandmont , Diocèfe
d'Agen , à M. Malaret , Prêtre du Diocèfe de
Toulouſe ; & le Prieuré de Chatenet , Ordre de
Saint- Benoît , Diocèſe de Limoges , à la Dame de
Brie de Soumagnac , Religieufe du même Ordre.
Le Roi a accordé l'Abbaye Réguliere de Sept-
Fonts , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Autun , à
Dom Alpheran , Religieux de cette Abbaye ; &
le Prieuré de Saint - Sever , Diocefe de Bourges ,
à M. Teftard , Curé du même Dioceſe.
Les Religieux de la Charité célébrerent le 8
Mars , avec beaucoup de folemnité , la fête de S.
AVRIL.
1755. 205
Jean - de-Dieu , fondateur de leur Ordre. Le Nonce
du Pape y officia pontificalement. Après le
Sermon , l'on fit la proceffion , & le Nonce donna
la bénédiction du Saint Sacrement dans les falles
des Malades. Elles étoient ornées de riches
tapifferies de velours & des Gobelins , & éclairées
par plus de deux cens luftres . Un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere diftinction
ont contribué à la dépenfe de cette fête ,
& y ont affifté , ainfi qu'au fouper des malades.
Tout le monde a adıniré l'ordre , la propreté & la
charité qui regnent dans ce célebre hôpital.
Monfeigneur le Dauphin a pris pendant trois
jours les eaux de Vichi .
La Marquife de Bournelle fut préfentée le à
leurs Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
de Brancas .
Le 12 , le Comte d'Ayen , à qui le Roi vient
d'accorder un brevet d'honneurs , remercia Sa
Majefté.
Sa Majefté , toujours occupée du progrès des
fciences & des arts qui peuvent contribuer au bien
public , & voulant marquer aux Démonſtrateurs
royaux en Chirurgie , établis à Paris , la fatisfaction
qu'elle a de leurs travaux, a augmenté de cent
piftoles les appointemens de chacun des cinq anciens.
Le 4 Mars , à trois heures du matin , la Maiſon
Conventuelle de l'Abbaye de Sellieres , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Troyes , écroula jufqu'aux
fondemens . Les Religieux & les domeftiques auroient
été enfevelis fous les ruines, fans les prompts
fecours qu'on leur apporta.
Par un édit enregiftré le 12 de ce mois au Parlement
, le Roi fupprime les Offices de Lieutenans
Généraux d'épée , de Chevaliers d'honneur & de
206 MERCURE DE FRANCE.
Confeillers honoraires , établis dans les Préfi
diaux , Bailliages , Sénéchauffées , & autres Jurif
dictions inférieures , reffortiffantes nuement aux
Parlemens.
L'Evêque de Gap fut facré le 16 , dans l'Eglife
des Religieufes de Conflans , par l'Archevêque
de l'aris , affifté des Evêques de Séez & de Saint-
Omer.
La Comteffe le Danois fut préfentée le 16 à
Jeurs Majeftés & à la Famille royale.
Le 17 , les Ducs de Rochechouart , de Fitz -James
, d'Harcourt , d'Antin & de Valentinois , prirent
féance au Parlement , en qualité de Pairs de
France.
Le 20 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -fept cens trente livres . Les billets de
la premiere lotterie royale & ceux de la feconde
lotterie n'avoient point de prix fixe.
Elon les avis reçus de Lorraine , le feu prit la
nuit du 5 au 6 du mois dernier à l'aîle gauche
de l'avant-cour du château de Luneville. Malgré
les prompts fecours qu'on a apportés , cette aîle
a été totalement réduite en cendres , Plufieurs perfonnes
ont été bleffées en voulant arrêter le progrès
des flammes ou éviter d'en être la proie.
ཚ་
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'arrêt rendu
en fon Confeil le 25 Decembre 1753 , par lequel
il auroit été ordonné , en conformité des précédens
arrêts , que les Offices qui feroient levés vacans
en fes revenus cafuels pendant le courant de
Pannée 1754 , par mort ou autrement , ne payeroient
que moitié des droits de marc d'or , d'enregiftrement
chez les Gardes des rolles & de fceau ,
enfemble de ceux de réception & d'inſtallation
dans les Cours & Jurifdictions où ils feroient reçus
& inftallés ; & que ceux qui leveroient des
Offices de nouvelle création , ou aufquels n'auroit
été pourvût depuis leur création , ne payeroient
, pour s'en faire pourvoir , que le tiers
defdits droits de marc d'or , d'enregistrement , de
fceau , de réception & d'inftallation ; & Sa Majefté
voulant continuer la même grace pendant
Pannée 1755 , le Roi proroge pendant l'année
1755 , le délai porté par l'arrêt du 25 Décembre
à commencer du › premier Janvier juſqu'au
dernier Décembre inclufivement , & c.... Veut
néanmoins Sa Majefté , que ceux au profit de qui
1753
~IV
202 MERCURE DE FRANCE.
les porteurs de quittances de Finance d'Offices de
nouvelle création s'en feront démis après les fix
mois du jour de la date defdites quittances ,
foient tenus de payer après lefdits droits en entier.....
Ordonne Sa Majefté que ceux qui ont
levé , à ſes revenus cafuels , des Offices de pareille
nature que ceux ci -deffus mentionnés , à compter
du 4 Juin 1726 , & depuis , ou qui les leveront
pendant le délai accordé par le préfent Arrêt
, feront & demeureront déchargés du droit
de confirmation .
Il paroit un autre Arrêt du Confeil d'Etat ,
qui ordonne l'exécution des Ordonnances des Intendans
& Commiffaires départis dans le Comté
de Bourgogne , concernant les plantations & le
commerce du tabac.
Par un troifiéme Arrêt du Confeil d'Etat , le
Roi ordonne l'exécution de fa déclaration du zo
Décembre dernier , au fujet de la Monnoie de
Metz : voulant Sa Majefté , qu'à commencer
de l'année 1754 , le jugement du travail des
monnoies qui auront été ou feront faites en ladite
monnoie , foit fait & jugé en fa Cour des
monnoies de Paris ; qu'en conféquence les de
niers de boîte du travail fait en la Monnoie de
Metz pendant l'année 1754 , avec les regiftres
des délivrances qui en ont été faites , lefquels
zont été portés & remis en la Cour de Parlement
de Metz , en foient retirés en l'état qu'ils y ont été
portés , & remis par le Greffier dudit Parlement
ou autres dépofitaires .... pour être le tout envoyé
& remis au Greffe de la Cour des monnoies
de Paris .... à l'effet d'y être ledit travail
jugé en la maniere accoutumée pour les autres
monnoies.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dau
AVRIL. 1755. 203
phine & Mefdames de France , allerent le 26 fe
promener au pavillon du Marquis de Lhopital ,
près la machine de Marly.
Un Négre âgé de dix fept ans , appartenant
M. Riviere , Confeiller au Parlement , fut baptifé
le 24 du mois de Février dans l'Eglife de
Saint Côme. Il a eu pour parrein M. le Normant
, Intendant des armées navales , & pour marreine
Mme la Riviere. La cérémonie a été faite
en préfence du Curé de la Paroiffe , par M. l'Abbé
Drouet , qui avoit inftruit le nouveau Caté
chumene.
L'Académie royale de Chirurgie avoit propofé
pour le prix de l'année 1754 le fujet fuivant :
l'amputation étant abfolument néceffaire dans les
plaies compliquées des fracas des os , principalement
lorfqu'elles font faites par armes à feu , déterminer
les cas où il faut faire l'opération fur le
champ , & ceux où il convient de la différer : & en
donner les raifons. Cette queftion paroît n'avoir
pas été bien entendue. Pour déterminer les cas
dont il s'agit , on doit avoir égard à la différence
des plaies , à l'efpéce des accidens , à la nature
de la partie offenſée , même au lieu où le bleffé
fe trouve. Il eft néceffaire auffi de confidérer
s'il peut ou non être tranfporté , fi l'on eft obligé
de le mener loin , & fi l'on a les moyens de faire
commodément le tranfport. L'Académie n'ayant
rien trouvé de tout cela dans les mémoires qu'on
lui a préfentés , a décidé que le même fujet feroit
propofé pour l'année 1756. Le prix fera double
, & l'auteur de la piece couronnée aura deux
médailles , chacune de cinq cens livres , ou une
médaille & la valeur de l'autre , à fon choix. Les
perfonnes qui ont déja compofé , pourront renvoyer
de nouveau leurs mémoires , après y avoir
fait les changemens convenables.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Le 2 Mars , M. le Comte d'Argenſon , Minif
tre & Secrétaire d'Etat , ayant le Département de
la guerre , préfenta à Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , pour fes premieres armes , un fufil
conftruit fuivant la derniere Ordonnance pour
l'infanterie. Ce fufil , de la fabrique de Saint-
Etienne en Forez , n'a que deux pieds de long ,
& il eft regardé comme un chef- d'oeuvre en ce
genre pour le travail & la richeffe. Il a été fait
par ies ordres & fous les yeux de M. de Saint- Perieux
, Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , &
Directeur de ladite fabrique . Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , qui marque un goût décidé pour
les armes , a été très- fatisfait de ce préfent. 44
Le Roi a difpofé de l'Abbaye de Saint Jean de
Laon en faveur de l'Ecole royale militaire , pour
être unie à cet établiffement , & les revenus employés
à la defferte de la Chapelle & à l'entretien
des Prêtres & des Soeurs de la Charité , qui
ferviront dans l'Ecole militaire .
Sa Majefté a accordé l'Abbaye Réguliere &
élective de Lieffies , Ordre de Saint Benoît , Diocefe
de Cambrai , à Dom Lhomme , Religieux
de cette Abbaye ; le Prieuré Conventuel & électif
du Deffens , Ordre de Grandmont , Diocèfe
d'Agen , à M. Malaret , Prêtre du Diocèfe de
Toulouſe ; & le Prieuré de Chatenet , Ordre de
Saint- Benoît , Diocèſe de Limoges , à la Dame de
Brie de Soumagnac , Religieufe du même Ordre.
Le Roi a accordé l'Abbaye Réguliere de Sept-
Fonts , Ordre de Citeaux , Diocèse d'Autun , à
Dom Alpheran , Religieux de cette Abbaye ; &
le Prieuré de Saint - Sever , Diocefe de Bourges ,
à M. Teftard , Curé du même Dioceſe.
Les Religieux de la Charité célébrerent le 8
Mars , avec beaucoup de folemnité , la fête de S.
AVRIL.
1755. 205
Jean - de-Dieu , fondateur de leur Ordre. Le Nonce
du Pape y officia pontificalement. Après le
Sermon , l'on fit la proceffion , & le Nonce donna
la bénédiction du Saint Sacrement dans les falles
des Malades. Elles étoient ornées de riches
tapifferies de velours & des Gobelins , & éclairées
par plus de deux cens luftres . Un grand nombre
de Seigneurs & de Dames de la premiere diftinction
ont contribué à la dépenfe de cette fête ,
& y ont affifté , ainfi qu'au fouper des malades.
Tout le monde a adıniré l'ordre , la propreté & la
charité qui regnent dans ce célebre hôpital.
Monfeigneur le Dauphin a pris pendant trois
jours les eaux de Vichi .
La Marquife de Bournelle fut préfentée le à
leurs Majeftés & à la Famille royale par la Ducheffe
de Brancas .
Le 12 , le Comte d'Ayen , à qui le Roi vient
d'accorder un brevet d'honneurs , remercia Sa
Majefté.
Sa Majefté , toujours occupée du progrès des
fciences & des arts qui peuvent contribuer au bien
public , & voulant marquer aux Démonſtrateurs
royaux en Chirurgie , établis à Paris , la fatisfaction
qu'elle a de leurs travaux, a augmenté de cent
piftoles les appointemens de chacun des cinq anciens.
Le 4 Mars , à trois heures du matin , la Maiſon
Conventuelle de l'Abbaye de Sellieres , Ordre de
Citeaux , Dioceſe de Troyes , écroula jufqu'aux
fondemens . Les Religieux & les domeftiques auroient
été enfevelis fous les ruines, fans les prompts
fecours qu'on leur apporta.
Par un édit enregiftré le 12 de ce mois au Parlement
, le Roi fupprime les Offices de Lieutenans
Généraux d'épée , de Chevaliers d'honneur & de
206 MERCURE DE FRANCE.
Confeillers honoraires , établis dans les Préfi
diaux , Bailliages , Sénéchauffées , & autres Jurif
dictions inférieures , reffortiffantes nuement aux
Parlemens.
L'Evêque de Gap fut facré le 16 , dans l'Eglife
des Religieufes de Conflans , par l'Archevêque
de l'aris , affifté des Evêques de Séez & de Saint-
Omer.
La Comteffe le Danois fut préfentée le 16 à
Jeurs Majeftés & à la Famille royale.
Le 17 , les Ducs de Rochechouart , de Fitz -James
, d'Harcourt , d'Antin & de Valentinois , prirent
féance au Parlement , en qualité de Pairs de
France.
Le 20 , les actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix -fept cens trente livres . Les billets de
la premiere lotterie royale & ceux de la feconde
lotterie n'avoient point de prix fixe.
Fermer
Résumé : « Selon les avis reçus de Lorraine, le feu prit la nuit [...] »
Le 5 et 6 du mois dernier, un incendie a ravagé l'aile gauche de l'avant-cour du château de Luneville, malgré les interventions rapides des secours. Plusieurs personnes ont été blessées en tentant de maîtriser les flammes. Le roi a prolongé jusqu'à la fin de l'année 1755 un arrêt du Conseil d'État du 25 décembre 1753, réduisant de moitié les droits de marc d'or, d'enregistrement, de sceau, de réception et d'installation pour les offices vacants ou de nouvelle création. Les porteurs de quittances de finances doivent payer ces droits en entier s'ils se démettent de leurs offices après six mois. Un autre arrêt du Conseil d'État ordonne l'exécution des ordonnances des intendants et commissaires du comté de Bourgogne concernant les plantations et le commerce du tabac. Un troisième arrêt stipule que le jugement du travail des monnaies de Metz sera effectué à Paris à partir de l'année 1754. Le dauphin, la dauphine et les filles de France se sont promenés au pavillon du marquis de Lhôpital près de la machine de Marly. Un jeune esclave de 17 ans a été baptisé dans l'église de Saint-Côme. L'Académie royale de Chirurgie a proposé pour 1754 un sujet sur les amputations, mais n'a pas trouvé les mémoires satisfaisants et a décidé de proposer le même sujet pour 1756 avec un prix double. Le comte d'Argenson a offert au duc de Bourgogne un fusil fabriqué à Saint-Étienne. Le roi a attribué l'abbaye de Saint-Jean de Laon à l'École royale militaire et a accordé plusieurs abbayes et prieurés à divers religieux. Les religieuses de la Charité ont célébré la fête de saint Jean de Dieu avec solennité. Le dauphin a pris les eaux de Vichy. La marquise de Bournelle et la comtesse le Danois ont été présentées à la famille royale. Le roi a augmenté les appointements des démonstrateurs royaux en chirurgie. Le 4 mars, la maison conventuelle de l'abbaye de Sellières s'est écroulée. Un édit a supprimé les offices de lieutenants généraux d'épée, de chevaliers d'honneur et de conseillers honoraires dans les juridictions inférieures. L'évêque de Gap a été sacré, et plusieurs ducs ont pris séance au Parlement en qualité de pairs de France. Les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1730 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6000
p. 839-847
DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
Début :
LOUIS, par, &c. Après la division & les troubles que le refus de se soûmettre à la Bulle Unigenitus [...]
Mots clefs :
Bulle Unigenitus, Roi, Déclaration du roi, Église, Évêques, Édit, Archevêques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
DECLARATION
D U ROY.
Par laqunsele des Bulles des
Ar laquelle le Roy explique de nouveau fes¹
Papes , données contre le Janféniſme , & fur celle
de la Conftitution Un genitus . Donnée à Verfailles
, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement
, le 3.- Avril , le Roy y féant en fon Lit de
Juſtice.
bles
LOUIS, par, &c. Après la divifion & les trou
que le refus de fe foûmettre à la Bulle Uni
genitus avoit fait naître dans l'Eglife de France
Nous eûmes lieu d'efperer en l'année 1720. d'y
voir la paix heureufement rétablie . Des Explica--
tions dreffées dans un efprit de concorde & de
charité , approuvées par tous les Cardinaux, tous
les Archevêques , & prefque tous les Evêques de
notre Royaume , qui avoient accepté cette Con--
ftitution , adoptées même par la plupart des
Prélats qui avoient hésité d'abord à la recevoir ,
ne laiffoient aucun pretexte à ceux , qui affectant
de la décrier par des interpretations contraires à
-fon veritable fens , vouloient les faire fervir d'excufe
à leur réfiſtance. Ce fut dans des circonfrances
fi favorables que Nous jugeâmes à propos
de donner notre Déclaration du 4. Aouft 1720.
par laquelle , en ordonnant d'un côté que la
Bulle Unigenitus feroit obſervé felon fa forme &
teneur dans tous nos Etats , & en deffendant tour:
ce qui pourtoit y être contraire. Nous prîmes de
l'autre les précautions les plus convenables pour
affurer le repos & la tranquillité de ceux d'entre
nos
$40 MERCURE DE FRANCE
feu que
nos Sujets qui feroient ceder leur prévention à
Pauthorité du Chef & du Corps des premiers Pafteurs
: Nous avons eu , à la verité , la fatisfaction
de voir des Corps entiers , & un grand nombre
de Sujets des differens Ordres de l'Eglife de France
, entrer dans ces fentimens , & l'édifier par la
fincerité de leur retour : Mais, Nous fçavons que
tous ceux qui les avoient imitez dans leur réfiftance
, n'ont pas encore fuivi l'exemple de leur
foumiffion ; & Nous voyons avec déplaifir qu'il
y en a même plufieurs , qui au lieu de profiter de
notre indulgence , n'ont cherché qu'à allumer le
Nous avions voulu éteindre par notre
Déclaration. Non feulement ils ont interjetté de
nouveaux appels , & ils n'ont pas ceffé d'attaquer
la Conftitution avec la même licence , par des
Libelles auffi injurieux au Pape , aux Evêques &
à toute l'Eglife , que contraires au reſpect qui eft
dû à notre authorité ; mais ils ont entrepris de
révoquer en doute le pouvoir qui appartient aux
Evêques d'inftruire les Fideles de la foumiffion
qu'ils doivent à la Bulle Unigenitus , & d'examiner
les fentimens & les difpofitions des Ecclefiaftiques
, lorfqu'ils fe prefentent à eux , foit pour
recevoir les faints Ordtes , foit pour obtenir des
Visa ou des Inftitutions Canoniques . Ce n'eft pas
même feulement à la Conftitution Unigenitus ,
que les ennemis de cette Bulle & de la paix cherchent
à donner atteinte , ils ne ceffent d'attaquer
directement ou indirectement les Conftitutions
des Papes qui ont condamné les cinq Propofitions
tirées du Livre de Janfénius , ou qui ont
preferit la fignature du Formulaire ; ils renouvellent
les fubtilitez frivoles qui avoient été inventées
pour éluder l'obſervation de ces Bulles
ils s'authorifent de la diftinction du fait & du
droit , & abufant de ce qui fe paffa fous le Pontificat
AVRIL. 1730. 84T
tificat de Clement IX . ils prennent toujours la
deffenfe du filence refpectueux fur le fait de Janfenius
, quoique déclaré infuffifant par la Bulle
Vineam Domini Sabaoth , donnée par Clement
XI . & unanimement acceptée par tous les Prélats
de notre Royaume. Nous ne devons donc
pas divifer deux objets , qui , quoique differents,
ne font cependant que trop unis dans l'efprit de
la plus grande partie de ceux qui ne cherchent
qu'à perpetuer les troubles prefens de l'Eglife ; Et
puifque l'on Nous oblige à expliquer encore nos
intentions fur l'execution de la Bulle Unigenitus,
Nous croyons devoir prendre en même temps de
nouvelles précautions contre ces efprits indociles
, que quatre Bulles données fucceffivement par
differents Papes contre le Janféniſme,qui ont été
reçûës par toute l'Eglife , & dont l'execution a
été tant de fois affermie par notre authorité ,
n'ont pu encore réduire à une entiere obéiffance
: Nous continuërons cependant de veiller avec
attention à la conſervation des Maximes de
notre Royaume & des Libertez de l'Eglife Gallicane
, qui Nous feront toujours plus précieuſes
qu'à ceux qui s'en font un vain titre pour colol
rer leur réfiftance ; & Nous fommes perfuadez.
que nos Cours de Parlement , qui étant principalement
chargées du foin de les maintenir ,
font acquittées fi dignement de ce devoir en differentes
occafions , & dès le temps même des
Lettres Patentes du 14. Février 1714. données
fur la Bulle Unigenitus , fçauront toujours faire
un jufte difcernement entre le zele éclairé qui les
deffend avec fageffe , & les intentions fufpectes
de ceux qui n'y cherchent qu'un prétexte pour
troubler , ou pour éloigner une paix auffi défirable
pour l'interêt de l'Etat , que pour le bien
de l'Eglife. A CES CAUSES , & autres à ce Nous
fe
mouvans
842 MERCURE DE FRANCE
mouvans , de l'avis de notre Confeil , & de notre
grace fpeciale , pleine puiffance & authorité
Royale , Nous avons dit , déclaré & ordonné ;
difons, déclarons & ordonnons, voulons & Nous
plaît ce qui fuit :
Article 1. Renouvellant , en tant que befoin feroit
par ces Prefentes , fignees de notre main j
les Edits & Déclarations du feu Roy notre treshonoré
Seigneur & Bifayeul , fur la condamnation
des cinq Propofitions de Janfénius , & ſur
la fignature du Formulaire , & en particulier
l'Edit du mois d'Avril 1665. & les Lettres Patentes
du dernier jour d'Aouft 1705. Ordonnons
que les Bulles des Souverains Pontifes Innocent
X. Alexandre VII . & Clement XI . fur
lefdites Propofitions , & fur la fignature du Formulaire
, feront obfervées & exécutées felon leur
forme & teneur : Voulons en conféquence , que
perfonne ne puiffe être promú aux Ordres facrez
, ou pourvû de quelque Benefice que ce foit ,
Seculier ou Régulier , exempt ou non exempt de
la Jurifdiction de l'Ordinaire , ni même en requerir
aucun , en vertu des dégrez par lui obte
nus , fans avoir auparavant figné le Formulaire
en perfonne ; entre les mains de fon Archevêque
ou de fon Evêque , ou de leurs Grands Vicaires ;
de laquelle fignature il fera fait mention dans
l'Acte de requifition , & pareillement dans l'Aete
de prife de poffeffion de chaque Benefice ; le tout
à peine de nullité defdits Actes à l'égard de ceux
qui fe trouveroient les avoir faits , fans avoir
préalablement figné le Formulaire. Et au cas
que quelqu'un d'entre les Archevêques ou Evêques
néglige d'en exiger la fignature , voulons
& entendons , conformement à l'Edit du mois
d'Avril 1665. qu'il y foit contraint par faifie du
Revenu temporel de fon Archevêché ou Evêché.
Ordonnons
N
AVRIL. 1730. 843
que les Ordonnons en outre , fuivant ledit Edit ,
Ecclefiaftiques , qui n'ayant pas encore figné le
Formulaire , refuferont de le faire à l'occafion
du Vifa ou de l'inftitution aux Benefices dont
ils demanderont à être pourvûs , foient déclarez
incapables de les poffeder, & que tous ceux dont
lefdits Ecclefiaftiques pourroient avoir été précedemment
pourvûs , demeurent vacans & impétrables
de plein droit , fans qu'il fait befoin à cet
effet d'aucune Sentence ni Declaration judiciaire,
ainfi qu'il eft porté par ledit Edit du mois d'Avril
1665.
II. Voulons , conformement au même Edit ,
que lefdites fignatures du Formulaire foient pures
& fimples , fans aucune diftinction , interpretation
ou reftriction qui déroge directement
ou indirectement aufdites Conftitutions des Papes
Innocent X. Alexandre VII . & Clement XI .
déclarant que ceux qui fe ferviroient dans leur
fignature defdites diftinctions , interprétations ou
reftrictions ; ou qui figneroient un Formulaire
different de celui dont la fignature a été ordonnée
par ledit. Edit du mois d'Avril 1665. feront
fujets aux peines portées par ledit Edit.
III. Confirmant , en tant que befoin feroit
les Lettres Patentes du 14. Février 1714. & notre
Declaration du 4. Aouft 1720. Regiſtrées dans
toutes nos Cours de Parlement : Ordonnons que
la Conftitution Unigenitus foit inviolablement
obfervée felon fa forme & teneur dans tous les
Etats, Pays,Terres & Seigneuries de notre obéïffance
; & qu'étant une Loy de l'Eglife par l'acceptation
qui en a été faite , elle foit auffi regardée
comme une Loy de notre Royaume. Voutons
que tous nos Sujets , de quelque état & condition
qu'ils foient , ayent pour ladite Bulle le
refpect & la foumiffion qui font dûs au jugement
de
844 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglife univerfelle , en matiere de doctrine.
IV. L'Article cinquième de notredite Decla
ration fera pareillement exécuté felon fa forme
& teneur , fans neanmoins que fous prétexte du
filence que Nous y avons impofé , on puiffe prétendre
que notre intention ait jamais été d'empêcher
les Archevêques ou Evêques d'inftruire les
Ecclefiaftiques & les Peuples confiez à leurs foins ,
fur l'obligation de fe foumettre à la Conftitution
Unigenitus.
V. Deffendons , conformement à l'Art. III.
de notre Déclaration du 4. Aouft 1720. & par
les motifs qui y font expliquez , d'exiger directement
ou indirectement aucunes nouvelles formu
les de foufcription à l'occafion des Bulles des Papes
qui font reçûës dans notre Royaume. Décla
rons neanmoins, que par cette deffenfe Nous n'avons
pas entendu que les Archevêques & Evê
ques de notre Royaume ne puiffent refuſer d'admettre
aux faints Ordres, ou aux Dignitez & aux
Benefices, de quelque nature qu'ils foient, les Ec→
clefiaftiques Seculiers ou Reguliers , exempts ou
non exempts , qui auroient renouvellé leurs appels
de la Bulle Unigenitus depuis norre Decla
ration du 4. Aouft 1720. ou déclaré par écrit
qu'ils perfiftent dans ceux qu'ils avoient préce
demment interjettez , ou qui auroient compofé
ou publié des Ecrits pour attaquer ladite Bulle
ou les Explications defdits Archevêques & Evêques
, des années 1714.& 1720. ou qui auroient
renu des difcours injurieux à l'Eglife & à l'Epif
copat , & qui en feroient convaincus , foit par
des preuves légitimes , ou par l'aveu qu'ils en
feroient aufdits Archevêques ou Evêques lorfqu'ils
feroient interrogez fur lefdits faits , en fe
prefentant à eux pour l'Ordination , ou pour le
Vifa , ou l'Inſtitution Canonique , & qui perfe-
2
vere
AVRIL . 1730. 845 .
vereroient dans le même efprit de révolte, ou de
defobéiffance contre la Bulle Unigenitus , ou les
autres Conftitutions cy-deffus mentionnées , &
refuferoient de s'expliquer , conformement aux
Art. II. & III. de la prefente Declaration ,
la foumiffion due aufdites Conſtitutions.
2
fur
VI. Les Appellations comme d'abus , fi aucunes
font interjettées des refus de Vifa , ou d'Inftitution
Canonique faits par les Archevêques ou
Evêques aux Ecclefiaftiques qui fe trouveront être
dans quelqu'un des cas expliquez par les Art . I.
II. III. & V. de notre prefente Declaration
n'auront aucun effet fufpenfif , mais dévolutif
feulement , & fans que les caufes de refus marquées
dans lefdits cas , puiffent être regardées
comme un moyen d'abus . Voulons que lorfqu'outre
lefdites caufes , le refus defdits Archevêques
ou Evêques en renfermera d'autres qui feront
jugées abufives , nos Cours foient tenucs de déclarer
qu'il y a abus feulement en ce qui concerne
lefdites autres caufes ; fauf à nofd. Cours
d'ordonner en ce cas , s'il y échet , que dans le
temps qu'elles jugeront à propos de preferire, à
l'appellant comme d'abus , il fera tenu de fe retirer
fuivant l'art. VI. de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
pardevant le Superieur Ecclefiaftique de l'Evêque
ou de l'Archevêque qui lui aura refuſé le Viſa,ou
P'Inftitution Canonique pour le Benefice qui fera
le fujet de la conteftation, à l'effet d'obtenir l'un
ou l'autre, fi faire fe doit ; & après que led . Vifa
ou ladite Inftitution Canonique auront été rap-
-portez , ou faute par ledit appellant de les rapporter
, & dans le delay_qui lui aura été accordé
, il fera ftatué par nofd. Cours fur la maintenue
provifoire ou définitive au Benefice contentieux
, ainfi qu'il appartiendra.
VII
846 MERCURE DE FRANCE
VII . Ordonnons au furplus , que notre Declaration
du 10. May 1728. concernant les Imprimeurs
, foit executée felon fa forme & teneur;
ce faifant , que tous ceux qui feront convaincus
d'avoir compofé, imprimé, debité ou autrement
diftribué , fous quelque titre ou nom que ce puif.
fe être , des Ouvrages , Ecrits , Lettres ou autres
Libelles qui attaqueroient directement ou indirectement
les Conftitutions des Papes cy - deffus
marqués, nommément la Bulle Unigenitus, l'Inftruction
Paftorale de 1714. les Explications de
1720. ou qui tendroient à foûtenir , renouveller
ou favorifer en quelque maniere que ce foit les
Propofitions condamnées par ladite Conftitution
, ou qui feroient contraires à la Religion, au
refpect dû à notre S.Pere le Pape & aux Evêques,
ou à notre authorité , aux droits de notre Ĉouronne,
ou aux libertez de l'Eglife Gallicane,foient
condamnez aux peines portées par ladite Decla
ration du 10. May 1728. Voulons que les Corps
ou Communautez , & pareillement les Particuliers
qui auroient prêté leurs Maifons , en tout
ou en partie , pour fervir de dépôt à des Ouvrages
ou Ecrits de la nature cy-deffus marquez , &
pour les y mettre en sûreté , foient condamnez
pour la premiere fois en 3000 liv. d'amende , &
les Corps ou Communautez déclarez en outre
déchûs de tous les Privileges à eux accordez par
Nous ou par les Rois nos Predeceffeurs . Ordonnons
qu'en cas de récidives, les Particuliers foient
condamnez au banniffement à temps , même à
plus grande peine s'il y échet. Enjoignons à nos
Cours de Parlement & autres nos Juges , de tenir
la main à ce que ces Prefentes foient exactement
& inviolablement obfervées , & de prêter
aux Archevêques ou Evêques , ou à leurs Officiaux
, lorſqu'ils en feront requis , le fecours &
l'affiftance
AVRIL 1730.
847.
l'affiftance neceffaires . pour l'execution des Ordonnances
& Jugemens qui en feront par eux
rendus contre les contrevenans dans les cas qui
regardent les Juges d'Eglife ; le tout conformement
à l'Art. XXX . de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
& c.
D U ROY.
Par laqunsele des Bulles des
Ar laquelle le Roy explique de nouveau fes¹
Papes , données contre le Janféniſme , & fur celle
de la Conftitution Un genitus . Donnée à Verfailles
, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement
, le 3.- Avril , le Roy y féant en fon Lit de
Juſtice.
bles
LOUIS, par, &c. Après la divifion & les trou
que le refus de fe foûmettre à la Bulle Uni
genitus avoit fait naître dans l'Eglife de France
Nous eûmes lieu d'efperer en l'année 1720. d'y
voir la paix heureufement rétablie . Des Explica--
tions dreffées dans un efprit de concorde & de
charité , approuvées par tous les Cardinaux, tous
les Archevêques , & prefque tous les Evêques de
notre Royaume , qui avoient accepté cette Con--
ftitution , adoptées même par la plupart des
Prélats qui avoient hésité d'abord à la recevoir ,
ne laiffoient aucun pretexte à ceux , qui affectant
de la décrier par des interpretations contraires à
-fon veritable fens , vouloient les faire fervir d'excufe
à leur réfiſtance. Ce fut dans des circonfrances
fi favorables que Nous jugeâmes à propos
de donner notre Déclaration du 4. Aouft 1720.
par laquelle , en ordonnant d'un côté que la
Bulle Unigenitus feroit obſervé felon fa forme &
teneur dans tous nos Etats , & en deffendant tour:
ce qui pourtoit y être contraire. Nous prîmes de
l'autre les précautions les plus convenables pour
affurer le repos & la tranquillité de ceux d'entre
nos
$40 MERCURE DE FRANCE
feu que
nos Sujets qui feroient ceder leur prévention à
Pauthorité du Chef & du Corps des premiers Pafteurs
: Nous avons eu , à la verité , la fatisfaction
de voir des Corps entiers , & un grand nombre
de Sujets des differens Ordres de l'Eglife de France
, entrer dans ces fentimens , & l'édifier par la
fincerité de leur retour : Mais, Nous fçavons que
tous ceux qui les avoient imitez dans leur réfiftance
, n'ont pas encore fuivi l'exemple de leur
foumiffion ; & Nous voyons avec déplaifir qu'il
y en a même plufieurs , qui au lieu de profiter de
notre indulgence , n'ont cherché qu'à allumer le
Nous avions voulu éteindre par notre
Déclaration. Non feulement ils ont interjetté de
nouveaux appels , & ils n'ont pas ceffé d'attaquer
la Conftitution avec la même licence , par des
Libelles auffi injurieux au Pape , aux Evêques &
à toute l'Eglife , que contraires au reſpect qui eft
dû à notre authorité ; mais ils ont entrepris de
révoquer en doute le pouvoir qui appartient aux
Evêques d'inftruire les Fideles de la foumiffion
qu'ils doivent à la Bulle Unigenitus , & d'examiner
les fentimens & les difpofitions des Ecclefiaftiques
, lorfqu'ils fe prefentent à eux , foit pour
recevoir les faints Ordtes , foit pour obtenir des
Visa ou des Inftitutions Canoniques . Ce n'eft pas
même feulement à la Conftitution Unigenitus ,
que les ennemis de cette Bulle & de la paix cherchent
à donner atteinte , ils ne ceffent d'attaquer
directement ou indirectement les Conftitutions
des Papes qui ont condamné les cinq Propofitions
tirées du Livre de Janfénius , ou qui ont
preferit la fignature du Formulaire ; ils renouvellent
les fubtilitez frivoles qui avoient été inventées
pour éluder l'obſervation de ces Bulles
ils s'authorifent de la diftinction du fait & du
droit , & abufant de ce qui fe paffa fous le Pontificat
AVRIL. 1730. 84T
tificat de Clement IX . ils prennent toujours la
deffenfe du filence refpectueux fur le fait de Janfenius
, quoique déclaré infuffifant par la Bulle
Vineam Domini Sabaoth , donnée par Clement
XI . & unanimement acceptée par tous les Prélats
de notre Royaume. Nous ne devons donc
pas divifer deux objets , qui , quoique differents,
ne font cependant que trop unis dans l'efprit de
la plus grande partie de ceux qui ne cherchent
qu'à perpetuer les troubles prefens de l'Eglife ; Et
puifque l'on Nous oblige à expliquer encore nos
intentions fur l'execution de la Bulle Unigenitus,
Nous croyons devoir prendre en même temps de
nouvelles précautions contre ces efprits indociles
, que quatre Bulles données fucceffivement par
differents Papes contre le Janféniſme,qui ont été
reçûës par toute l'Eglife , & dont l'execution a
été tant de fois affermie par notre authorité ,
n'ont pu encore réduire à une entiere obéiffance
: Nous continuërons cependant de veiller avec
attention à la conſervation des Maximes de
notre Royaume & des Libertez de l'Eglife Gallicane
, qui Nous feront toujours plus précieuſes
qu'à ceux qui s'en font un vain titre pour colol
rer leur réfiftance ; & Nous fommes perfuadez.
que nos Cours de Parlement , qui étant principalement
chargées du foin de les maintenir ,
font acquittées fi dignement de ce devoir en differentes
occafions , & dès le temps même des
Lettres Patentes du 14. Février 1714. données
fur la Bulle Unigenitus , fçauront toujours faire
un jufte difcernement entre le zele éclairé qui les
deffend avec fageffe , & les intentions fufpectes
de ceux qui n'y cherchent qu'un prétexte pour
troubler , ou pour éloigner une paix auffi défirable
pour l'interêt de l'Etat , que pour le bien
de l'Eglife. A CES CAUSES , & autres à ce Nous
fe
mouvans
842 MERCURE DE FRANCE
mouvans , de l'avis de notre Confeil , & de notre
grace fpeciale , pleine puiffance & authorité
Royale , Nous avons dit , déclaré & ordonné ;
difons, déclarons & ordonnons, voulons & Nous
plaît ce qui fuit :
Article 1. Renouvellant , en tant que befoin feroit
par ces Prefentes , fignees de notre main j
les Edits & Déclarations du feu Roy notre treshonoré
Seigneur & Bifayeul , fur la condamnation
des cinq Propofitions de Janfénius , & ſur
la fignature du Formulaire , & en particulier
l'Edit du mois d'Avril 1665. & les Lettres Patentes
du dernier jour d'Aouft 1705. Ordonnons
que les Bulles des Souverains Pontifes Innocent
X. Alexandre VII . & Clement XI . fur
lefdites Propofitions , & fur la fignature du Formulaire
, feront obfervées & exécutées felon leur
forme & teneur : Voulons en conféquence , que
perfonne ne puiffe être promú aux Ordres facrez
, ou pourvû de quelque Benefice que ce foit ,
Seculier ou Régulier , exempt ou non exempt de
la Jurifdiction de l'Ordinaire , ni même en requerir
aucun , en vertu des dégrez par lui obte
nus , fans avoir auparavant figné le Formulaire
en perfonne ; entre les mains de fon Archevêque
ou de fon Evêque , ou de leurs Grands Vicaires ;
de laquelle fignature il fera fait mention dans
l'Acte de requifition , & pareillement dans l'Aete
de prife de poffeffion de chaque Benefice ; le tout
à peine de nullité defdits Actes à l'égard de ceux
qui fe trouveroient les avoir faits , fans avoir
préalablement figné le Formulaire. Et au cas
que quelqu'un d'entre les Archevêques ou Evêques
néglige d'en exiger la fignature , voulons
& entendons , conformement à l'Edit du mois
d'Avril 1665. qu'il y foit contraint par faifie du
Revenu temporel de fon Archevêché ou Evêché.
Ordonnons
N
AVRIL. 1730. 843
que les Ordonnons en outre , fuivant ledit Edit ,
Ecclefiaftiques , qui n'ayant pas encore figné le
Formulaire , refuferont de le faire à l'occafion
du Vifa ou de l'inftitution aux Benefices dont
ils demanderont à être pourvûs , foient déclarez
incapables de les poffeder, & que tous ceux dont
lefdits Ecclefiaftiques pourroient avoir été précedemment
pourvûs , demeurent vacans & impétrables
de plein droit , fans qu'il fait befoin à cet
effet d'aucune Sentence ni Declaration judiciaire,
ainfi qu'il eft porté par ledit Edit du mois d'Avril
1665.
II. Voulons , conformement au même Edit ,
que lefdites fignatures du Formulaire foient pures
& fimples , fans aucune diftinction , interpretation
ou reftriction qui déroge directement
ou indirectement aufdites Conftitutions des Papes
Innocent X. Alexandre VII . & Clement XI .
déclarant que ceux qui fe ferviroient dans leur
fignature defdites diftinctions , interprétations ou
reftrictions ; ou qui figneroient un Formulaire
different de celui dont la fignature a été ordonnée
par ledit. Edit du mois d'Avril 1665. feront
fujets aux peines portées par ledit Edit.
III. Confirmant , en tant que befoin feroit
les Lettres Patentes du 14. Février 1714. & notre
Declaration du 4. Aouft 1720. Regiſtrées dans
toutes nos Cours de Parlement : Ordonnons que
la Conftitution Unigenitus foit inviolablement
obfervée felon fa forme & teneur dans tous les
Etats, Pays,Terres & Seigneuries de notre obéïffance
; & qu'étant une Loy de l'Eglife par l'acceptation
qui en a été faite , elle foit auffi regardée
comme une Loy de notre Royaume. Voutons
que tous nos Sujets , de quelque état & condition
qu'ils foient , ayent pour ladite Bulle le
refpect & la foumiffion qui font dûs au jugement
de
844 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglife univerfelle , en matiere de doctrine.
IV. L'Article cinquième de notredite Decla
ration fera pareillement exécuté felon fa forme
& teneur , fans neanmoins que fous prétexte du
filence que Nous y avons impofé , on puiffe prétendre
que notre intention ait jamais été d'empêcher
les Archevêques ou Evêques d'inftruire les
Ecclefiaftiques & les Peuples confiez à leurs foins ,
fur l'obligation de fe foumettre à la Conftitution
Unigenitus.
V. Deffendons , conformement à l'Art. III.
de notre Déclaration du 4. Aouft 1720. & par
les motifs qui y font expliquez , d'exiger directement
ou indirectement aucunes nouvelles formu
les de foufcription à l'occafion des Bulles des Papes
qui font reçûës dans notre Royaume. Décla
rons neanmoins, que par cette deffenfe Nous n'avons
pas entendu que les Archevêques & Evê
ques de notre Royaume ne puiffent refuſer d'admettre
aux faints Ordres, ou aux Dignitez & aux
Benefices, de quelque nature qu'ils foient, les Ec→
clefiaftiques Seculiers ou Reguliers , exempts ou
non exempts , qui auroient renouvellé leurs appels
de la Bulle Unigenitus depuis norre Decla
ration du 4. Aouft 1720. ou déclaré par écrit
qu'ils perfiftent dans ceux qu'ils avoient préce
demment interjettez , ou qui auroient compofé
ou publié des Ecrits pour attaquer ladite Bulle
ou les Explications defdits Archevêques & Evêques
, des années 1714.& 1720. ou qui auroient
renu des difcours injurieux à l'Eglife & à l'Epif
copat , & qui en feroient convaincus , foit par
des preuves légitimes , ou par l'aveu qu'ils en
feroient aufdits Archevêques ou Evêques lorfqu'ils
feroient interrogez fur lefdits faits , en fe
prefentant à eux pour l'Ordination , ou pour le
Vifa , ou l'Inſtitution Canonique , & qui perfe-
2
vere
AVRIL . 1730. 845 .
vereroient dans le même efprit de révolte, ou de
defobéiffance contre la Bulle Unigenitus , ou les
autres Conftitutions cy-deffus mentionnées , &
refuferoient de s'expliquer , conformement aux
Art. II. & III. de la prefente Declaration ,
la foumiffion due aufdites Conſtitutions.
2
fur
VI. Les Appellations comme d'abus , fi aucunes
font interjettées des refus de Vifa , ou d'Inftitution
Canonique faits par les Archevêques ou
Evêques aux Ecclefiaftiques qui fe trouveront être
dans quelqu'un des cas expliquez par les Art . I.
II. III. & V. de notre prefente Declaration
n'auront aucun effet fufpenfif , mais dévolutif
feulement , & fans que les caufes de refus marquées
dans lefdits cas , puiffent être regardées
comme un moyen d'abus . Voulons que lorfqu'outre
lefdites caufes , le refus defdits Archevêques
ou Evêques en renfermera d'autres qui feront
jugées abufives , nos Cours foient tenucs de déclarer
qu'il y a abus feulement en ce qui concerne
lefdites autres caufes ; fauf à nofd. Cours
d'ordonner en ce cas , s'il y échet , que dans le
temps qu'elles jugeront à propos de preferire, à
l'appellant comme d'abus , il fera tenu de fe retirer
fuivant l'art. VI. de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
pardevant le Superieur Ecclefiaftique de l'Evêque
ou de l'Archevêque qui lui aura refuſé le Viſa,ou
P'Inftitution Canonique pour le Benefice qui fera
le fujet de la conteftation, à l'effet d'obtenir l'un
ou l'autre, fi faire fe doit ; & après que led . Vifa
ou ladite Inftitution Canonique auront été rap-
-portez , ou faute par ledit appellant de les rapporter
, & dans le delay_qui lui aura été accordé
, il fera ftatué par nofd. Cours fur la maintenue
provifoire ou définitive au Benefice contentieux
, ainfi qu'il appartiendra.
VII
846 MERCURE DE FRANCE
VII . Ordonnons au furplus , que notre Declaration
du 10. May 1728. concernant les Imprimeurs
, foit executée felon fa forme & teneur;
ce faifant , que tous ceux qui feront convaincus
d'avoir compofé, imprimé, debité ou autrement
diftribué , fous quelque titre ou nom que ce puif.
fe être , des Ouvrages , Ecrits , Lettres ou autres
Libelles qui attaqueroient directement ou indirectement
les Conftitutions des Papes cy - deffus
marqués, nommément la Bulle Unigenitus, l'Inftruction
Paftorale de 1714. les Explications de
1720. ou qui tendroient à foûtenir , renouveller
ou favorifer en quelque maniere que ce foit les
Propofitions condamnées par ladite Conftitution
, ou qui feroient contraires à la Religion, au
refpect dû à notre S.Pere le Pape & aux Evêques,
ou à notre authorité , aux droits de notre Ĉouronne,
ou aux libertez de l'Eglife Gallicane,foient
condamnez aux peines portées par ladite Decla
ration du 10. May 1728. Voulons que les Corps
ou Communautez , & pareillement les Particuliers
qui auroient prêté leurs Maifons , en tout
ou en partie , pour fervir de dépôt à des Ouvrages
ou Ecrits de la nature cy-deffus marquez , &
pour les y mettre en sûreté , foient condamnez
pour la premiere fois en 3000 liv. d'amende , &
les Corps ou Communautez déclarez en outre
déchûs de tous les Privileges à eux accordez par
Nous ou par les Rois nos Predeceffeurs . Ordonnons
qu'en cas de récidives, les Particuliers foient
condamnez au banniffement à temps , même à
plus grande peine s'il y échet. Enjoignons à nos
Cours de Parlement & autres nos Juges , de tenir
la main à ce que ces Prefentes foient exactement
& inviolablement obfervées , & de prêter
aux Archevêques ou Evêques , ou à leurs Officiaux
, lorſqu'ils en feront requis , le fecours &
l'affiftance
AVRIL 1730.
847.
l'affiftance neceffaires . pour l'execution des Ordonnances
& Jugemens qui en feront par eux
rendus contre les contrevenans dans les cas qui
regardent les Juges d'Eglife ; le tout conformement
à l'Art. XXX . de l'Edit du mois d'Avril
1695. concernant la Jurifdiction Ecclefiaftique ,
& c.
Fermer
Résumé : DECLARATION DU ROY. Par laquelle le Roy explique de nouveau ses intentions sur l'exécution des Bulles des Papes, données contre le Jansénisme, & sur celle de la Constitution Un genitus. Donnée à Versailles, le 24. Mars 1730. Registrée en Parlement, le 3. Avril, le Roy y séant en son Lit de Justice.
Le document est une déclaration royale de Louis XV, datée du 24 mars 1730, concernant l'application de la bulle papale Unigenitus et des constitutions contre le jansénisme. Le roi rappelle les efforts passés pour rétablir la paix dans l'Église de France après le refus initial de se soumettre à la bulle Unigenitus. Il souligne que des explications approuvées par les cardinaux, archevêques et évêques ont été adoptées, mais certains continuent de résister. La déclaration renforce l'obligation d'observer la bulle Unigenitus et les constitutions contre le jansénisme, en ordonnant que la bulle soit respectée dans tous les États et que les sujets du roi doivent lui montrer soumission. Le roi défend également les libertés de l'Église gallicane et ordonne des mesures contre ceux qui attaquent les constitutions papales ou troublent la paix. La déclaration réitère l'interdiction de promouvoir des ecclésiastiques sans qu'ils aient signé le formulaire et confirme les peines pour ceux qui refusent de se soumettre. Elle précise également les procédures pour les appels comme d'abus et les sanctions contre les imprimeurs de libelles contraires aux constitutions. Un autre décret royal, daté d'avril 1730, condamne les individus ou les communautés ayant prêté leurs maisons pour servir de dépôt à des ouvrages ou écrits interdits. Les peines prévues incluent une amende de 3 000 livres pour la première infraction, avec perte des privilèges pour les corps ou communautés concernés. En cas de récidive, les particuliers encourent le bannissement ou des peines plus sévères. Le décret ordonne aux cours de parlement et autres juges de faire respecter ces dispositions et de prêter assistance aux autorités ecclésiastiques pour l'exécution des jugements concernant les contrevenants. Cette mesure est conforme à l'article XXX de l'édit d'avril 1695 sur la juridiction ecclésiastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6000