Résultats : 1121 textes (indexation en cours)
Détail
Liste
151
p. 117-122
Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Début :
Allez vôtre train, M. & ne nous parlez pas davantage [...]
Mots clefs :
Public, Liberté, Usage, Digressions, Conseils
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texteReconnaissance textuelle : Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Allez votre train , M.
ne nous parlez pas davantage
du Public ni de vous. Ces paroles
ſont tirées d'une ſçavante
lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
118 MERCURE
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conſeil autrement
que je fais , nice que
veulent dire poſitivement
ces mots , Allez vôtre train.
Vais -je trop vite , ou trop
lentement ? veut on me
mettre au pas ou au galop ?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent
? veut- on m'ôter la
liberté de parler à perſonne
? en un mot ne veut- on
m'accorder pour objet que
la particule On ? De quelle
utilité cela est - il pour le
1
GALANT . 119
Public , & de quelle conſequence
pour moy ? On
veut me donner des principes
, on veut mepriver de
mes caprices , qui font tout
le merite demon ouvrage ;
enfin on veut me rendre
auteur dans les formes , &
je ne veux pas l'être à ce
prix là. Je ſuis en droit de
parler , d'écrire , & de répondre
avec bienſeance à
tout le monde , & je peux
prendre ,quand il meplaît,
pour objet Monſeigneur ,
Monfieur , Madame , ou
mon ami. C'eſt en confe-
1
120 MERCURE
quence de cette licence ,
dont on ne doit ( je croy )
pas me diſputer l'uſage ,
que je prends la liberté de
vous écrire , Monfieur, que
je ne ſçai pas ce que vous
me voulez dire par ces termes
, Allez vôtre train ;à
moins que vous ne pretendiez
( comme je m'en doute
) que je fois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre , à l'exemple
de l'auteur du Journal
de Verdun , d'une douzaine
de vieilles nouvelles , efcortées
de l'attirail de ſes
refleGALANT.
121
reflexions politiques qui
ennuyent tout le monde ,
&qu'il ne me foit pas permis
de faire des digreffions
amuſantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
demoy l'attention que j'ai
à leur répondre. Je reçois
avec beaucoup de ſoûmiſſion
& d'envie d'en profiter
, les autres conſeils que
vousmedonnez. Vôtre lettre
eſt pleine de ſcience &
d'eſprit , & vous verrez
dans la ſuite de ce Jour
nal l'uſage que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez,
Sept. 1714. L
3
122 MERCURE
Je vais , en attendant que
vous vous retrouviez aux
endroits qui vous appartiennent
, faire part au Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos
, ou qu'il ne lira pas.
ne nous parlez pas davantage
du Public ni de vous. Ces paroles
ſont tirées d'une ſçavante
lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
118 MERCURE
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conſeil autrement
que je fais , nice que
veulent dire poſitivement
ces mots , Allez vôtre train.
Vais -je trop vite , ou trop
lentement ? veut on me
mettre au pas ou au galop ?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent
? veut- on m'ôter la
liberté de parler à perſonne
? en un mot ne veut- on
m'accorder pour objet que
la particule On ? De quelle
utilité cela est - il pour le
1
GALANT . 119
Public , & de quelle conſequence
pour moy ? On
veut me donner des principes
, on veut mepriver de
mes caprices , qui font tout
le merite demon ouvrage ;
enfin on veut me rendre
auteur dans les formes , &
je ne veux pas l'être à ce
prix là. Je ſuis en droit de
parler , d'écrire , & de répondre
avec bienſeance à
tout le monde , & je peux
prendre ,quand il meplaît,
pour objet Monſeigneur ,
Monfieur , Madame , ou
mon ami. C'eſt en confe-
1
120 MERCURE
quence de cette licence ,
dont on ne doit ( je croy )
pas me diſputer l'uſage ,
que je prends la liberté de
vous écrire , Monfieur, que
je ne ſçai pas ce que vous
me voulez dire par ces termes
, Allez vôtre train ;à
moins que vous ne pretendiez
( comme je m'en doute
) que je fois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre , à l'exemple
de l'auteur du Journal
de Verdun , d'une douzaine
de vieilles nouvelles , efcortées
de l'attirail de ſes
refleGALANT.
121
reflexions politiques qui
ennuyent tout le monde ,
&qu'il ne me foit pas permis
de faire des digreffions
amuſantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
demoy l'attention que j'ai
à leur répondre. Je reçois
avec beaucoup de ſoûmiſſion
& d'envie d'en profiter
, les autres conſeils que
vousmedonnez. Vôtre lettre
eſt pleine de ſcience &
d'eſprit , & vous verrez
dans la ſuite de ce Jour
nal l'uſage que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez,
Sept. 1714. L
3
122 MERCURE
Je vais , en attendant que
vous vous retrouviez aux
endroits qui vous appartiennent
, faire part au Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos
, ou qu'il ne lira pas.
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Résumé : Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée de septembre 1714, l'auteur réagit au conseil 'Allez votre train', exprimant sa confusion sur son interprétation. Il refuse de se voir imposer des principes qui restreindraient sa liberté créative, essentielle à la valeur de son œuvre. L'auteur affirme son droit de communiquer librement avec ses correspondants en utilisant des termes appropriés tels que 'Monseigneur', 'Monsieur', 'Madame' ou 'mon ami'. Il critique implicitement un autre auteur pour ses livres remplis de vieilles nouvelles et de réflexions politiques ennuyeuses, préférant des digressions amusantes avec des personnes honnêtes. L'auteur accepte les autres conseils reçus et promet de les appliquer dans la suite de son journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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152
p. 122-131
Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
Début :
Le mariage du Roy fut déclaré hier après dîné, & [...]
Mots clefs :
Mariage, Princesse, Roi, Nouvelle, Princesse des Asturies, Prince des Asturies
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texteReconnaissance textuelle : Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
Copie d'une lettre écrite du
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
Pardo le 15. Août.
Le mariage du Roy fut
declaré hier aprés dîné , &
j'eus l'honneur de baifer
la main à Sa Majeſté comme
beaucoup d'autres. Madame
la Princeſſe montra
4
GALANT. 123
le portrait de la nouvelle
Reine à ceux qui demana
derent à le voir ; elle paroît
belle &bien faite. On étoit
en peine comment le dire
à Monſeigneur le Prince
des Afturies , & il fut decidé
qu'on lui feroit entendre
qu'on le vouloit marier
& le Roy auffi. Il ſe mit à
rire , diſant à M. de Figue.
roa,qui lui porta cette nouvelle
, qu'il lui faisoit un
plaiſant conte ,& que cela
ne pouvoit pas être , qu'il
entendoit bien ce qu'on
youloit lui dire. On lui de
Lij
124 MERCURE
manda ce qu'il entendoit ; il
ne voulut point s'expliquer,
& il fortit de ſon apparte.
ment pour publier cette
nouvelle comme un quento
pafſagero,c'eſt à dire un conte
en l'air. Enfin pendant
fon ſoupé il ne parla d'autre
chofe , & il appella M. do
Figueroa pour lui demander
comment il pouvoit lui
faire croire que le Roy s'al
loit marier , puis qu'il n'y
avoit pas long-temps qu'il
lui avoit fait comprendre
qu'un homme ne pouvoit
pas avoir deux femmes , &
1
GALANT. 125
pourquoy Papa en prenoit
encore une ;diſant toûjours
qu'il penſoit autre choſe ,
ſans vouloir s'expliquer : &
laiſſant cet article à part
qu'onnevouloit pas pouffer
plus loin, il parla de ſonmariage
, & demanda pourquoyonvouloit
le marier fi
jeune. On lui répondit que
cen'étoit encore qu'une parole
donnée depart&d'autre,&
que quand il ſeroit en
âge il ſe marieroit ,que cela
ſe pratiquoit envers lesPrinces.
Ildemanda enſuite ſi ſa
femme pretenduë étoitbel
Liij
126 MERCURE
le;onlui dit qu'oui.Hé bien,
répondit il, fi elle me plaît ,
elle ſera trés - heureuſe avec
moy; car je compte qu'elle
ſera juſte: je lui laiſſerai faire
tout ce qu'elle voudra , je la
ferai bien danſer , & quand
nous irons en caroſſe , j'ordonnerai
qu'iln'aille pas vi
te , peur de faire mal à ſa
groffefſe.
Aprés avoir un peu reflechi,
il commença àdire qu'il
avoit biendes choses à penfer
pour fon mariage ; qu'il
vouloit commander des habitsmagnifiques,&
fur tout
GALANT. 127
:
un bien brodé , parce qu'il
en devoit avoir un de même,
des beaux caroffes , des
-pierreries , & bien d'autres
choſes , qu'il ne lui donneroit
que les unes apres les
autres, parce que s'il donnoit
tout en une fois , il la
lafſeroit , & qu'il aimoit
mieux faire durer le plaifir.
Un moment aprés il dit
qu'il étoit bien obligéàMadamela
Princeſſe de le vouloir
marier , & qu'elle ne
pouvoit pas lui faire un plus
grandplaiſir : mais qu'il jugeoit
bien que ce ne feroit
Liiij
128 MERCURE
pas fitôt,n'ayant encoreque
ſept ans,&qu'on ne marioit
pas avant quatorze ; que
cependant ſi on le marioit
dans huit jours, il ſeroit marié
fortbien.M. de Figueroa
charmé de tous ces dif
cours,comme tous ceux qui
avoient eu l'honneur d'être
prefens, lui fit unequeſtion,
&lui demanda, ſi le jour de
ſon mariage il y avoit bal ,
comme onpouvoit le croire
, qui il prendroit la premiere
pour danſer,ou laReine,
ou la Princeſſe desAfturies
; il répondit qu'il pren
GALANT . 129
droit la Reine , & enſuite
ſa chere petite femme.
Un peu aprés il dit àMadame
la Marquiſe de Salzedo:
Marquiſe,je veux penſer
auſſi àvous ;&comme vous
m'avez bien ſervi ,que vous
avez eu bien de la peine
avec moy,je veux vous faire
Camerera major de la Princeffe
des Afturies. A cette
penfćeelle ne putretenir ſes
larmes &ſajoye. Aprés ſoupé
on le mena chezMadame
la Princeſſe pourvoir le
portrait de la nouvelle Reine,
qu'il trouvabeau, & de
130 MERCURE
A
manda à voir auſſi le por.
trait de la Princeſſe des AL
turies. On lui dit qu'il viendroit
inceſſamment.
Il alla enfuite promener ,
&au retour ilditàM. de Figueroa
qu'il avoit toûjours
penſé aumariage du Roy,&
qu'il ſçavoit bien pourquoy
il ſe marioit. Nevoulant pas
endiredavantage,M. de Figueroa
le pria de lui dire
toutbas. Alors il s'expliqua,
&lui dit qu'il ſçavoit bien
que ſa chere Maman étoit
morte , & qu'il prioit Dieu
pour elle. Ace mot on le
GALANT . 131
lui avoüa , diſant qu'elle
étoit bienheureuſe , parce
qu'elle étoit en Paradis.
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Résumé : Copie d'une lettre écrite du Pardo le. 15. Août.
La lettre du 15 août annonce le mariage du roi. L'auteur a eu l'honneur de baiser la main du roi, ainsi que d'autres personnes présentes. La princesse a présenté le portrait de la nouvelle reine, décrite comme belle et bien faite. La nouvelle du mariage du prince des Asturies a été révélée avec délicatesse. Initialement sceptique, le prince a réagi avec incrédulité, affirmant que cela ne pouvait pas être vrai. Il a ensuite partagé ses réflexions sur son propre mariage futur, exprimant le souhait d'avoir des habits magnifiques et des cadeaux pour sa future épouse. Il a également mentionné son obligation envers la princesse et son désir de voir le portrait de sa future épouse. La lettre se conclut par une promenade du prince, durant laquelle il a discuté avec M. de Figueroa de la mort de sa mère, confirmée comme étant au paradis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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153
p. 131-133
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Les lettres de Londres du 7. de ce mois, porrent que [...]
Mots clefs :
Communes, Chancelier, Londres
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Les lettres de Londres du
17. de ce mois , porrent que
-le4. on lut la 2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuë Reine jouiſſoit,
& on refolut d'y ajoûter 2 .
clauſes : l'une, pour donner
pouvoir au grand Treſorier
de payer 65000. liv. ſterlin
d'arrerages dûs auxtroupes
-deHanovrequi ont ſervi en
Flandres en 1712.l'autre pour
132 MERCURE
payer 100000. livres ſterlin
àdifferens particuliers. Le
même jour les Communes
s'étant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordredes
Regens,leChancelier dit en
leurs noms aux deuxChambres
, qu'ils avoient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretrés
farisfaitdela fidelité
que ſes ſujets avoient fait
paroître , & qu'il viendroit
auplûtôt pour travailler à ſe
mettredansun état heureux
&floriſſat. Enſuite leChancelier
declaraque la loterie
GALANT . 133
ne ſe rempliſſoit pas àcauſe que
les interêts étoient trop bas.
Les Communes s'étant retirées,
refolurent le s de donner cinq
pour cent d'interêt au lieu de 4.
Le 6. cette reſolution fut approuvée.
LeComte de Bercley
areçû ordre de faire voile avec
la flote , compoſee de 20. vaifſeaux
& de fix fregates , pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy.
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
RoyGeorges.
17. de ce mois , porrent que
-le4. on lut la 2. fois le projet
d'acte pour continuer au
nouveau Roy les revenus
dont la feuë Reine jouiſſoit,
& on refolut d'y ajoûter 2 .
clauſes : l'une, pour donner
pouvoir au grand Treſorier
de payer 65000. liv. ſterlin
d'arrerages dûs auxtroupes
-deHanovrequi ont ſervi en
Flandres en 1712.l'autre pour
132 MERCURE
payer 100000. livres ſterlin
àdifferens particuliers. Le
même jour les Communes
s'étant renduës à la Barre
des Seigneurs par ordredes
Regens,leChancelier dit en
leurs noms aux deuxChambres
, qu'ils avoient reçû le
matin une lettre du Roy
Georges,qui témoignoit êtretrés
farisfaitdela fidelité
que ſes ſujets avoient fait
paroître , & qu'il viendroit
auplûtôt pour travailler à ſe
mettredansun état heureux
&floriſſat. Enſuite leChancelier
declaraque la loterie
GALANT . 133
ne ſe rempliſſoit pas àcauſe que
les interêts étoient trop bas.
Les Communes s'étant retirées,
refolurent le s de donner cinq
pour cent d'interêt au lieu de 4.
Le 6. cette reſolution fut approuvée.
LeComte de Bercley
areçû ordre de faire voile avec
la flote , compoſee de 20. vaifſeaux
& de fix fregates , pour
aller en Hollande embarquer
le nouveau Roy.
Les avis de Hollande du 2.
portent qu'on y attendoit le
RoyGeorges.
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Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le 17 du mois, le projet d'acte pour maintenir les revenus royaux pour le nouveau roi a été relu une deuxième fois. Deux clauses ont été ajoutées : l'une pour payer 65 000 livres sterling d'arriérés aux troupes de Hanovre ayant servi en Flandres en 1712, et l'autre pour verser 100 000 livres sterling à divers particuliers. Les Communes se sont ensuite rendues à la Chambre des Lords sur ordre des régents. Le chancelier a lu une lettre du roi Georges, exprimant sa satisfaction envers ses sujets et son intention de venir rapidement pour le bien du royaume. Il a aussi signalé que la loterie ne se remplissait pas en raison d'intérêts trop bas, conduisant les Communes à augmenter le taux d'intérêt à cinq pour cent, décision approuvée le 6. De plus, le comte de Berkeley a reçu l'ordre de naviguer avec une flotte de 20 vaisseaux et six frégates pour aller chercher le nouveau roi en Hollande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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154
p. 133-141
Discours des Deputez de la Province du Languedoc au Roy.
Début :
SIRE, Nous venons aux pieds du Trône de Vôtre Maj. [...]
Mots clefs :
Roi, Députés de la province du Languedoc, Députés, Discours, Languedoc, Ennemis, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours des Deputez de la Province du Languedoc au Roy.
Discours des Deputezde la Province
du Languedoc au Roy.
SIRE ,
1
Nous venons aux pieds du
Trône de Vôtre Maj. lui ren,
1
134 MERCURE
dre le tribut annuel de nôtre
obeïſſance & de nos hõmages.
La Province qui nous depute
ne vantera pas ſon inviolable fidelité
, c'eſt une qualité qui lui
elt commune avec tous ceux
qui ont le bonheur d'être ſoûmis
a vôtre Empire , & ce n'eſt
pas un merite d'étre fidele au
plus grand & au meilleur de
tous les Rois. Ce qui la flate &
la diftingue , eſt le zele ardent
qu'elle a toûjours témoignée
pour la Perſonne facrée de V
M. pour ſon ſervice & pour ſa
gloire ; zele qui dans les temps
les plus difficiles ne s'eſt jamais
démenti , qui lui a fait oublier
fespropresbeſoins pour ne penſer
qu'à ceeuuxx de l'Etat ; & qui
empruntant de nouvelles for.
GALANT. 135.
ces des difficultez &des obſtacles.
lui a fait tirer du fond de
fon amour des reſources que la
nature lui refuſoit . Il étoit bien
juſte , Sire , que par des efforts
juſques là inconnus,elle contribuât
aux frais immenfes d'une
guerre que vous ne ſoûteniez
qu'à regret, & qui devenuë indiſpenſable
& neceſſaire par
les vaſtes projets de l'ambition
de vos ennemis , n'eut jamais
d'autre objet dans les intentions
de V. M. que la paix de
l'Europe&la felicitépublique.
Pourrons - nous jamais-oublier
, & les fiecles à venir le
pourront- ils croire , tout ce que
vôtre tendreſſe pour les peuples
a voulu ſacrifier à leur repos
? mais graces immortelles
:
136 MERCURE
en ſoient renduës auDieu des
armées , il a arrété le bras d'Abraham
prêt à immoler ce qu'il
avoitde plus cher; contentd'un
ſi noble & fi glorieux facrifice ,
il n'a pas permis qu'il s'accomplit,
& par les fuccés les plus éclatans
il a maintenu V.M.dans
la poſſeſſion de faire naître la
paix du fein de ſes victoires.
Quel Princedans des conjon-
Aures ſi favorab es & fi glorieuſes
auroit pû ſe refuſer à la flateuſe
douceur de ſe venger de
fes ennemis , &de porter plus
loin ſes conquêtes : Mais la fageffe
de V. M. toûjours ſuperieure
à toutes paſſions , ne lui
permet pas de perdre un moment
de vue la paix ſi deſirée ,
&ne la rend fentible aux derniers
1
GALANT. 137
miers progrés de ſes armes , qu'
autant qu'elle les regarde comme
le ſeul moyen qui lui ref
toit pour y arriver.
C'eſt pour procurer à l'Eſpagne
le même repos dont nous
jouiſſons que V. M. vient de
prêter au Roy ſon petit- fils fes
troupes victorieuſes à qui rien
ne peut refifter , & qui prêtes à
forcer juſques dans ſes derniers
retranchemens la plus opiniatre
rebellion,feront rentrer das
le devoir des peuples ennemis
d'eux - mêmes , & leur feront
goûter malgréeux les douceurs
de la paix dont l'Europe vous
eft redevable.
Quels biens ne promet pas au
monde une paix fi heureule, ap.
puyée ſur les fondemens folides
Sept. 1714.
3
M
138 MERCURE
de la plus équitable moderation
? Elle nous fait entrevoir
une longue ſuite de beaux jours
que rien ne ſera capable de
troubler. Aprés avoir goûté ſi
long- temps la gloire de vivre
fous l'Empire d'un Royconquerant
, nous goûterons dans un
long repos la douceur de vivre
ſous les loix d'un Roy pacifi
que,& la providence favorable
reünira dans le ſeul regne deV.
M. les differentes gloires des 2.
plusbeaux regnes d'Iſraël.C'eſt
dumoins ce que nous ofonspre
fumer des divines mifericordes.
Les voeux ardens & unanimes
de tous les ſujets de V.M.la perfection
qu'elle donne à l'Eglife,
fon zele pour la fainte doctrine,
ſon amour pour l'unité , ſa
GALANT. 139
piere,ſes vertus, tout en eſt pour
nous un gage preſque certain .
C'eſt ſous ce regne pacifique
quenous allons voir le miel&le
lait coulerde nos montagnes,&
leseauxvives ſe répandre dans
tous les vaiſſeaux de Juda . La
justice& la paix ſe ſont embraffées,
&par cette heureuſe alliance
les loix reprennent leur
vigueur ; l'ordre & la diſcipline
ſe rétabliſſent, l'équité &labonne
foy rentrent dans le commerce
, l'uſure devenuë timide
n'oſe plus ſe montrer.Déja le laboureur
tranquile recüeille
ſans troubles & fans obſtacles
ſes fertiles moiffons,&flaté de la
douce eſperance de joüir du
fruit de ſes mains , il ſe ranime
au travail , & nous promet de
Mij
140 MERCURE
fon induſtrie une continuelle
abondance.
Mais la ſource la plus afſurée
dubonheur que nous attendős
eſt dans le coeur de V. M. Cette
bonté paternelle,qui s'eſt ſi ſouvent&
fi tendrement expliquée
fur les maux inévitables que
traîne aprés ſoy une longue
guerre,ne fera deformais occu.
pée que du ſoin d'y remedier.
Les difficultez s'aplaniront entre
ſesmains,les moyens ſe mul
tiplirõt par les conſeils de la fageſſe,
chaquejour ſeradiftingué
par des bienfaits & par des graces;&
les fruits de la paix, toû
jours amers dans leur primeur,
parviendront enfin par degrez
àla plus heureuſe maturité.
C'eftdans cette confiance que
la Province de Languedoc éGALANT.
141
:
pargnera à V. M. l'inutile recic
de ſes prodigieux épuiſemens ,
des dettes immenfes qu'elle a
contractées pour ſon ſervice,de
la deſolation de pluſieurs contrees
que la famine& les mala
dies ont renduës incultes &defertes.
Bientôt, ſous les regards
favorables de V.M.elle reprendra
fon premier éclat , & il ne
lui reſtera d'autre deſir à former
, que de voir prolonger au
delà des bornes preſcrites une
vie precieuſe , de qui ſeule dépend
nôtre commune felicité.
du Languedoc au Roy.
SIRE ,
1
Nous venons aux pieds du
Trône de Vôtre Maj. lui ren,
1
134 MERCURE
dre le tribut annuel de nôtre
obeïſſance & de nos hõmages.
La Province qui nous depute
ne vantera pas ſon inviolable fidelité
, c'eſt une qualité qui lui
elt commune avec tous ceux
qui ont le bonheur d'être ſoûmis
a vôtre Empire , & ce n'eſt
pas un merite d'étre fidele au
plus grand & au meilleur de
tous les Rois. Ce qui la flate &
la diftingue , eſt le zele ardent
qu'elle a toûjours témoignée
pour la Perſonne facrée de V
M. pour ſon ſervice & pour ſa
gloire ; zele qui dans les temps
les plus difficiles ne s'eſt jamais
démenti , qui lui a fait oublier
fespropresbeſoins pour ne penſer
qu'à ceeuuxx de l'Etat ; & qui
empruntant de nouvelles for.
GALANT. 135.
ces des difficultez &des obſtacles.
lui a fait tirer du fond de
fon amour des reſources que la
nature lui refuſoit . Il étoit bien
juſte , Sire , que par des efforts
juſques là inconnus,elle contribuât
aux frais immenfes d'une
guerre que vous ne ſoûteniez
qu'à regret, & qui devenuë indiſpenſable
& neceſſaire par
les vaſtes projets de l'ambition
de vos ennemis , n'eut jamais
d'autre objet dans les intentions
de V. M. que la paix de
l'Europe&la felicitépublique.
Pourrons - nous jamais-oublier
, & les fiecles à venir le
pourront- ils croire , tout ce que
vôtre tendreſſe pour les peuples
a voulu ſacrifier à leur repos
? mais graces immortelles
:
136 MERCURE
en ſoient renduës auDieu des
armées , il a arrété le bras d'Abraham
prêt à immoler ce qu'il
avoitde plus cher; contentd'un
ſi noble & fi glorieux facrifice ,
il n'a pas permis qu'il s'accomplit,
& par les fuccés les plus éclatans
il a maintenu V.M.dans
la poſſeſſion de faire naître la
paix du fein de ſes victoires.
Quel Princedans des conjon-
Aures ſi favorab es & fi glorieuſes
auroit pû ſe refuſer à la flateuſe
douceur de ſe venger de
fes ennemis , &de porter plus
loin ſes conquêtes : Mais la fageffe
de V. M. toûjours ſuperieure
à toutes paſſions , ne lui
permet pas de perdre un moment
de vue la paix ſi deſirée ,
&ne la rend fentible aux derniers
1
GALANT. 137
miers progrés de ſes armes , qu'
autant qu'elle les regarde comme
le ſeul moyen qui lui ref
toit pour y arriver.
C'eſt pour procurer à l'Eſpagne
le même repos dont nous
jouiſſons que V. M. vient de
prêter au Roy ſon petit- fils fes
troupes victorieuſes à qui rien
ne peut refifter , & qui prêtes à
forcer juſques dans ſes derniers
retranchemens la plus opiniatre
rebellion,feront rentrer das
le devoir des peuples ennemis
d'eux - mêmes , & leur feront
goûter malgréeux les douceurs
de la paix dont l'Europe vous
eft redevable.
Quels biens ne promet pas au
monde une paix fi heureule, ap.
puyée ſur les fondemens folides
Sept. 1714.
3
M
138 MERCURE
de la plus équitable moderation
? Elle nous fait entrevoir
une longue ſuite de beaux jours
que rien ne ſera capable de
troubler. Aprés avoir goûté ſi
long- temps la gloire de vivre
fous l'Empire d'un Royconquerant
, nous goûterons dans un
long repos la douceur de vivre
ſous les loix d'un Roy pacifi
que,& la providence favorable
reünira dans le ſeul regne deV.
M. les differentes gloires des 2.
plusbeaux regnes d'Iſraël.C'eſt
dumoins ce que nous ofonspre
fumer des divines mifericordes.
Les voeux ardens & unanimes
de tous les ſujets de V.M.la perfection
qu'elle donne à l'Eglife,
fon zele pour la fainte doctrine,
ſon amour pour l'unité , ſa
GALANT. 139
piere,ſes vertus, tout en eſt pour
nous un gage preſque certain .
C'eſt ſous ce regne pacifique
quenous allons voir le miel&le
lait coulerde nos montagnes,&
leseauxvives ſe répandre dans
tous les vaiſſeaux de Juda . La
justice& la paix ſe ſont embraffées,
&par cette heureuſe alliance
les loix reprennent leur
vigueur ; l'ordre & la diſcipline
ſe rétabliſſent, l'équité &labonne
foy rentrent dans le commerce
, l'uſure devenuë timide
n'oſe plus ſe montrer.Déja le laboureur
tranquile recüeille
ſans troubles & fans obſtacles
ſes fertiles moiffons,&flaté de la
douce eſperance de joüir du
fruit de ſes mains , il ſe ranime
au travail , & nous promet de
Mij
140 MERCURE
fon induſtrie une continuelle
abondance.
Mais la ſource la plus afſurée
dubonheur que nous attendős
eſt dans le coeur de V. M. Cette
bonté paternelle,qui s'eſt ſi ſouvent&
fi tendrement expliquée
fur les maux inévitables que
traîne aprés ſoy une longue
guerre,ne fera deformais occu.
pée que du ſoin d'y remedier.
Les difficultez s'aplaniront entre
ſesmains,les moyens ſe mul
tiplirõt par les conſeils de la fageſſe,
chaquejour ſeradiftingué
par des bienfaits & par des graces;&
les fruits de la paix, toû
jours amers dans leur primeur,
parviendront enfin par degrez
àla plus heureuſe maturité.
C'eftdans cette confiance que
la Province de Languedoc éGALANT.
141
:
pargnera à V. M. l'inutile recic
de ſes prodigieux épuiſemens ,
des dettes immenfes qu'elle a
contractées pour ſon ſervice,de
la deſolation de pluſieurs contrees
que la famine& les mala
dies ont renduës incultes &defertes.
Bientôt, ſous les regards
favorables de V.M.elle reprendra
fon premier éclat , & il ne
lui reſtera d'autre deſir à former
, que de voir prolonger au
delà des bornes preſcrites une
vie precieuſe , de qui ſeule dépend
nôtre commune felicité.
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Résumé : Discours des Deputez de la Province du Languedoc au Roy.
Les députés de la province du Languedoc adressent un discours au roi pour exprimer leur loyauté et leur dévotion. Ils mettent en avant la fidélité de tous les sujets du roi, mais soulignent que le Languedoc se distingue par son zèle ardent envers la personne royale, son service et sa gloire. La province a toujours soutenu l'État, même dans les périodes difficiles, en mobilisant des ressources malgré les obstacles. Le discours évoque la nécessité d'une guerre contre les ennemis du roi, bien que menée à contrecœur, pour assurer la paix en Europe et le bien public. Les députés remercient Dieu d'avoir mis fin aux conflits et permis au roi de maintenir la paix grâce à ses victoires. Ils louent la sagesse du roi, qui privilégie la paix malgré les succès militaires, et son intervention en Espagne pour y instaurer la paix. Ils espèrent une paix durable et équitable, annonciatrice de prospérité et de justice. Enfin, les députés expriment leur confiance en la bonté paternelle du roi, qui remédiera aux maux causés par la guerre. Ils demandent l'annulation des dettes contractées pour le service du roi et la restauration des régions dévastées, espérant voir la province retrouver son éclat sous la bienveillance royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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155
p. 141-144
A Monseigneur le Dauphin.
Début :
MONSEIGNEUR, La Province de Languedoc vient par de respectueux hommages [...]
Mots clefs :
Dauphin, Languedoc, Province de Languedoc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monseigneur le Dauphin.
AMonseigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
La Province de Languedoc
vient par de reſpectueuxhom
mages reconnoître en vous
142 MERCURE
l'heritier preſomptifde la premiere
Couronne du monde.
Le ſentiment naturel qui nous
intereſſe au bonheur de nos ne-
-veux, nous fait goûter par avance
toute lagloire qu'ils aurotde
-vous obeïr,& nous leur ſervons
d'interpretes pour vous prêter
en leur nom le ferment anticipé
d'une fidelité inviolable .
Quelle conſolation pour
nous,de voir dans un Prince déja
ſi parfait revivre ſon auguſte
pere , &découvrir dans ſon
heureux naturel le fond de ces
grandes vertus que nous avons
ſi amerement regrettées.
Qu'il eſt glorieux , Monſeigneur
, pour l'illuſtre Dame à
qui la ſageſſe du Roy a confié
vôtre éducation , de voir gerGALANT.
143
mer avec tant de ſuccés la ſemence
de ſes nobles vertus qu'-
ellea fi ſagement cultivée, d'en
recüeillir déja les fruits ,&de
vous voir dans un âge ſi peu avancé
non ſeulement l'objet de
la tendreſſe,mais mêmede l'admiration
de tous ceux qui ont
l'honneurde vous approcher.
Que fera ce donc, Monfeigneur
, lors qu'appellé auprés
du Roy vôtre biſayeul ,vous aurez
de plus prés ce grand modeledevant
vos yeux , &qu'intruit
long-temps par ſes leçons
dans le grand art de regner ,
vous partagerez le poids des affaires
, & concourrez avec lui
par votre ſageſſe & vôtre zele
ànôtre commune felicité ?
C'eſt ce que nous promet le
144 MERCURE
retour heureux des mifericor
des du Seigneur.Ce grand Dieu
fléchi par tant d'illuſtres victimes
qu'il s'eſt immolées dans ſa
colere,nous fait enfin connoî.
tre par la paix glorieuſe qu'il
vient de nous donner , qu'il aime
toûjours Ifraël ; & nous avons
lieu d'augurer de cedernier
bienfait qu'il ſera ſuivi d'un
plus grand ; qu'il conſervera ,
pourla conſolationdubiſayeul,
un jeune Prince qui fait ſes efperances
& fes delices ,&qu'il
confervera, pour le bonheur de
l'arriere-petit-fils,un grandRoy
qui eſt ſon appui & fa gloire.
C'eſt ce qui fait,Monſeigneur,
nôtre plus douce efperance , &
c'eſt auſſi l'unique objet de nos
vocux & de nos deſirs.
MONSEIGNEUR ,
La Province de Languedoc
vient par de reſpectueuxhom
mages reconnoître en vous
142 MERCURE
l'heritier preſomptifde la premiere
Couronne du monde.
Le ſentiment naturel qui nous
intereſſe au bonheur de nos ne-
-veux, nous fait goûter par avance
toute lagloire qu'ils aurotde
-vous obeïr,& nous leur ſervons
d'interpretes pour vous prêter
en leur nom le ferment anticipé
d'une fidelité inviolable .
Quelle conſolation pour
nous,de voir dans un Prince déja
ſi parfait revivre ſon auguſte
pere , &découvrir dans ſon
heureux naturel le fond de ces
grandes vertus que nous avons
ſi amerement regrettées.
Qu'il eſt glorieux , Monſeigneur
, pour l'illuſtre Dame à
qui la ſageſſe du Roy a confié
vôtre éducation , de voir gerGALANT.
143
mer avec tant de ſuccés la ſemence
de ſes nobles vertus qu'-
ellea fi ſagement cultivée, d'en
recüeillir déja les fruits ,&de
vous voir dans un âge ſi peu avancé
non ſeulement l'objet de
la tendreſſe,mais mêmede l'admiration
de tous ceux qui ont
l'honneurde vous approcher.
Que fera ce donc, Monfeigneur
, lors qu'appellé auprés
du Roy vôtre biſayeul ,vous aurez
de plus prés ce grand modeledevant
vos yeux , &qu'intruit
long-temps par ſes leçons
dans le grand art de regner ,
vous partagerez le poids des affaires
, & concourrez avec lui
par votre ſageſſe & vôtre zele
ànôtre commune felicité ?
C'eſt ce que nous promet le
144 MERCURE
retour heureux des mifericor
des du Seigneur.Ce grand Dieu
fléchi par tant d'illuſtres victimes
qu'il s'eſt immolées dans ſa
colere,nous fait enfin connoî.
tre par la paix glorieuſe qu'il
vient de nous donner , qu'il aime
toûjours Ifraël ; & nous avons
lieu d'augurer de cedernier
bienfait qu'il ſera ſuivi d'un
plus grand ; qu'il conſervera ,
pourla conſolationdubiſayeul,
un jeune Prince qui fait ſes efperances
& fes delices ,&qu'il
confervera, pour le bonheur de
l'arriere-petit-fils,un grandRoy
qui eſt ſon appui & fa gloire.
C'eſt ce qui fait,Monſeigneur,
nôtre plus douce efperance , &
c'eſt auſſi l'unique objet de nos
vocux & de nos deſirs.
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Résumé : A Monseigneur le Dauphin.
La lettre adressée au Dauphin par la Province de Languedoc exprime la loyauté et l'admiration des auteurs. Ils se réjouissent de servir le Dauphin et voient en lui les vertus de son père. Ils louent également la personne chargée de son éducation pour son succès dans l'inculcation des nobles vertus. Les auteurs espèrent que le Dauphin, en étant proche de son bisaïeul le roi, apprendra l'art de régner et contribuera à la gouvernance du royaume. Ils attribuent la récente paix à la miséricorde divine et prient pour que Dieu préserve le Dauphin pour le bien du roi et du royaume. Leur plus grande espérance est de voir le Dauphin devenir un grand roi, soutien et gloire de son bisaïeul.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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156
p. 145-168
VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
Début :
J'ay attendu longtemps ce mois cy quelque nouvelle / Grand & fameux neveu de ces illustres Rois, [...]
Mots clefs :
Horace, Poésie, Livre d'Horace, Malheur, Temps, Eaux, Repos
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
J'ay attendu longtemps ce
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
mois cy quelque nouvelle
piece de Poësie , mais on n'a
pas jugé à propos de m'en faire
preſent. Lindifference des
Auteurs m'a determiné à parcourir
tous mes papiers poury
chercher quelque choſe qui
pût faire plaifir aux Lecteurs.
J'y ay enfin trouvé une verſion
paraphrafée de la 29.
Ode du troifiéme Livre d'Horace
qui n'a jamais été imprimée
, je l'ay lûë & examinéc
avec beaucoup d'attention .Je
l'ay même montrée à d'excellents
Critiques qui à quelque
Septembre 1714. N
146 MERCURE
petite choſe prés , en ont
trouvé la Poësie , & les penſéesbelles.
Leur temoignage
m'adeterminé à la donner , &
je ſuis perfuadé que ceux qui
la liront ne feront pas plus
difficiles qu'eux.
:
GALANT 147
VERSION
C
paraphrafée de la 29. Ode
du 3. Livre d'Horace addreſſée
à Mecenas , qui
commence par Tyrrhena
Regum progenies , .
Grand&fameux neven
de ces illuftres Rois ,
Qu'autrefois la Toscane a
reconnu pour maiſtres ,
Noble &digne heritier de
ces nobles ancestres ,
Nij
148 MERCURE
Dont un peuple puiſſant a
reveré les loix ,
Quitte pour aujourd'huy
ces éclatantes marques
Et cet appareilglorieux ,
Qui fait bien connoiſtre à
:
nosyeux ,
Que tu fors du fang des
Monarques ,
Et vienssçavoir par mon
moyen
و
Jusqu'on vont les plaiſirs
d'un ſimple Citoyen.
CecharmantTrooly dont
۱
GALANT . 149
les fuperbes eaux
ой
Baignent de flots d'argent
cent baſſins de Porphyre ;
Ces jardinssomptueuх ,
l'oeil furpris admire
D'an art entreprenant
prodiges nouveaux ,
Cispalais enchantez , ces
pompeux édifices
les
Ont aßezoccupé tesſens :
Viens-t'en dans ces lieux
innocens
Gouter d'innocentes delices:
Tu n'es pas plus grand
qu'Apollon ,
1
Niij
ISO MERCURE
Qui fait bien cet honneur
àmonhumble vallon.
Tu trouveras mon vin
fur mon buffet placé ,
Ce vin que m'a rendu ma
premiere cuvée ,
Quepourtoyſeulement mes
Joins ont refervée ,
Et que j'ay fait garder
dans un autre glacé:
Tu verras fur mon linge
une moiſſon deroſes ,
Et tu trouveras ,ſi tu veux,
Pourl'usage de tes cheveux
GALANT. 151
De bien plus excellentes
chofes ;
Carj'ay de ces parfumsfi
A
doux
Que l'Orient vaincu ne
produit que pour nous.
C'est la diverſitéqui ſoutient
le plaiſir ;
Le trop de bonne chere en
fait perdre l'envie ,
D'un dégoust infaillible elle
eft toûjours ſuivie,
Et l'excés du bien mêmeen
ofte le defir. ما
N iiij
152 MERCURE
Sans or & fans azur ;
fans pourpre &Sans
peinture
Un repas ferviproprement
Dans un licu qui n'a d'ornement
,
Que des beautez de la
nature ,
•Sçait bien mieux charmer
lesSoucis ,
Que ces pompeux feſtins ,
८ ou les Rois font affis.
Quitte doncpour ceſoir le
tumulte & le bruit ;
GALANT. 153
Laifle de trop de biens l'abondance
importune ;
Laiſſe dans ton palais ta
gloire&tafortune ;
Etfois abſent de Rome au
moins pour une nuit.
Ceffe de contempler dans
Sagrandeurfublime
Cette Reine de l'univers ,
Qui fur tant de peuples
divers .
Levefon orgueilleuse cime ,
Et qui par ses vastes
projets
Dans tous les Potentats ne
154 MERCURE
voit que desſujets.
ॐ
Déja la canicule élance
fon ardeur ;
Des feux dufier Lion la
force eſt aſſemblée;
Dugrand aftré du jour la
flamme estredoublée ;
Et l'air eft allumé parsa
vive fplendeur.
Le burger entouré de brebis
Languiſſantes ,
Va chercher le ſecours des
eaux ,
Où ces arbres , dont les
GALANT.155
rameaux
Font des ombres rafrai
chiffantes ,
Mais qui dans cet embra-
Sement
Nefont pas agitez, d'un
zephirſeulement.
Elevé cependant au ſupréme
pouvoir ,
Et malgré ce haut rang
étouffé dans la preffe
D'un amas defâcheux qui
t'affiegentfans ceſſe ,
Etqui viennent te rendre
136 MERCURE
un importun devoir ,
Tu trouve le repos indigne
d'un grand homme :
L'Etat occupe tous tes
Joins ;
Ettafantéte touche moins,
Que ne fait l'intereſt de
Rome ,
Pourqui tu redoute l'effort
Des Parthes revoltez ou
des peuples du Nort.
Mais de grace dy moy ,
quefert d'entretenir
Deces évenemens lacrainGALANT
157
te anticipée ,
Si cette crainte eſt vaine ,
& peut- être trompée,
Puiſque c'est à Dieu feul
desçavoir l'avenir,
Ces fuccés éloignezSous
une nuit obscure ,
Parfa prudence font cachez,
Et lorſqu'il nous voit empêchez
A craindre une perte future
,
Il rit des choses d'icy bas ,
Où tel pleure un malheur
158 MERCURE
qu'il nefentirapas..
ॐ
Gardons bien noftreesprit
de s'échapperſi loin ,
Bornons tous nosfoucis à
lachoſe preſente ,
1
Et croyons que fans fruit
nôtre coeurſe tourmente
Pourunfauxavenir, d'un
veritableſoin ;
Aille comme il pourra , le
temps qui nous doit
fuivre ,
Ces chagrinsſontpour nos
neveux ,
GALANT. 159
Etles maux qui viendront
fur eux ,
Quand nous aurons ceffé
de vivre ,
Enrien neferoient amoindris
Par la compaſſion de nos
coeurs attendris.
ॐ
Ainsique nous voyons un
grandfleuve en repos ,
Dormir comme un étang
dans l'enclos defesrives,
Puis tout à coup laſſé de
voirſes eaux captives ,
160 MERCURE
S'élever, s'elargır, &pouffermilleflots:
Ilparoift une mer , &fon
ravage étrange
Entraine troupeaux &
maisons ;
De mêmeenchan De même en changeantfes -
faisons,
Le temps fait qu'un
Se change,
état
Et mêle en ſes divers effets
Le tumulte au repos & la
guerre à la paix.
ॐ
Ce
GALANT. 161
Ce changement de temps
peut troubler nos plaiſirs ;
Mais celuy-là fans doute.
en éprouve un extrême ,
Qui tout autant qu'il peut
Jerenferme enſoy-même ,
Et qui de ce qu'il tient contentefes
defirs.
Le beau temps d'aujourd'huy
comble toutefa
joye ;
Que demain le Ciel foit
changé
Que de noirs nuages chargé
,
Septembre 1714. Ο
162 MERCURE
Il éclate , il tonne , il foudroye
;
Leſage ignore ce malheur ,
Et jusqu'à ce qu'il souffre ,
épargnefa douleur.
Bien moinss'aviſe-t'ilpar
des crisfuperflus
De rappeller àſoy la difgrace
paffée ,
Bien moins occupe-t'ilfon
coeur&Sapensée
Aluy rendre preſents des
maux qui neſont plus ,
Ilfçait qu'un fiecle entier
GALANT. 163
de troubles & d'allarmes
Ne fera pas revivre un
mort ,
Ilſçait que les arrests du.
fort
S'executent malgré nos lar
mes ,
Et que même une Deité
Nepeut pas empêcher qu
un malheur n'ait esté.
Lafortunefeplaît àfrap
per de grands coups
Enſes jeux infolens elle est
opiniâtre ;
O ij
164 MERCURE
Elle estsouvent contraire
àqui plus l'idolâtre ,
Etson visage est traître ,
alors qu'ilfemble doux :
Ellefait de grands dons ,
mais leur peu de durée
Afflige noftre ambition ;
Bienſouvent la poſſeſſion
En eft courie & mal af-
Seurée
Et ce que je tiens desa
main
Un autre le tiendra peuteſtre
dés demain.
ॐ
GALANT. 165
Je nesuis point ingrat des
biens qu'elle m'afaits ;
Je vante ſes faveurs , je
l'en aime , & l'en lovë ,
Sur tout quand àmaporte
ellefixefa roue ,
Etſemble vouloir rire au
gré de mesfouhaits.
Maisfitoft quejeſens qu'
elle ébranle fon aisle ,
Pour voler en d'autres
quartiers ,
Je mediſpoſe volontiers
Aluy rendre ce qui vienm
d'elle
166 MERCURE
Et ne demeure revêtu
Quedu manteau certainde
ma propre vertu.
* Quand je ferois privé de
tout autreſoutien ;
Jamais la pauvreté n'étonneroit
mon ame ,
Et je n'y connois rien qui
foit digne de blâme ,
Quand on se peut vanter
qu'on est hommede bien :
Je la tiens preferable aux
richeſſes lointaines,
Qui viennent des bords
GALANT. 167
estrangers ,
Qu'on chercheavec tant de
dangers
Par des routes ſi peu certaines,
Où l'on reclameſiſouvent
L'indulgence desflots&la
faveur du vent.
*
Armezdoncvosfureurs
contre l'air& les eaux ,
Aquilons inhumains, fiers
Auteurs des naufrages,
Vous aurez tout loiſir de
former vos orages ,
168 MERCURE
Avant que d'abimer ny
moy ny mes Vaiffeaux,
Quand je m'embarqueray
fur le fameux Egée
Zephire les careffera ,
Luyfoutmes voiles enflera ,
Ma Barquefera chargée :
Toutfera calme aux environs
,
Et Pollux & Castor tien-
C dront mes avirons.
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Résumé : VERSION paraphrasée de la 29e. Ode du 3e. Livre d'Horace adressée à Mecenas, qui commence par Tyrrhena Regum progenies, &c.
L'auteur découvre une paraphrase de la 29ème Ode du troisième Livre d'Horace dédiée à Mécène et décide de la publier après l'avoir examinée et soumise à des critiques en septembre 1714. Cette ode oppose la vie simple et innocente d'un citoyen aux plaisirs éphémères des monarques, encourageant Mécène à privilégier des joies modestes comme un bon vin et des roses fraîches. Elle met en garde contre l'excès et prône la modération. L'ode aborde également les soucis liés au pouvoir et les dangers menaçant Rome, incitant à profiter du présent sans se préoccuper de l'avenir incertain. La vie est comparée à un fleuve alternant entre repos et tumultes, soulignant que ceux qui savourent le moment présent sont moins affectés par les revers. Le texte réfléchit sur la fortune et la vertu, décrivant la fortune comme capricieuse et imprévisible. L'auteur exprime sa gratitude pour les faveurs de la fortune mais préfère la vertu à la richesse incertaine. Il conclut en invoquant les vents pour protéger ses navires lors de son voyage sur la mer Égée, espérant un trajet calme sous la protection des dieux.
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157
p. 169-171
Avis utile aux Mathematiciens.
Début :
M. le Duc de la Force Protecteur de l'Académie des [...]
Mots clefs :
Prix, Baromètre, Mathématiciens, Académie des belles-lettres, sciences et arts de Bordeaux
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texteReconnaissance textuelle : Avis utile aux Mathematiciens.
Avis utile auxMathematiciens.
M. le Ducde la Force Protecteur
de l'Académie des
belles Lettres , Sciences , &
Arts de Bordeaux ; ayant
deſſein de propoſer un Prix
à tous les Sçavans del'Europe
, a laiſſé le choix du ſujet
&la deciſion àcette Compagnie
, qui a choiſi l'explication
des effets duBarometre.
Le Prix ſera une Medaille
d'or de la valeur de 300. liv.
au moins , ayant d'un coſté ,
les Armes de M. le Duc de
Septembre 1714. P
170 MERCURE
la Force ,&de l'autre la deviſe
de l'Académie.
Il ſera donné le premier
de May prochain , à celuy
dont le ſittême ſur la cauſe
des variations du Barometre
ſera le plus probable.
Les Differtations peuvent
eſtre en François ou en Latin,
&elles ne feront reçûës que
juſqu'au premier de Mars prochain
incluſivement.
Au bas des Differtations
il y aura une Sentence fans
le nom de l'Auteur ; & dans
un Billet cacheté , l'Auteur
mettra , avec la même SenGALANT.
178
tence , fon nom ou unc
,
adreſſe quelconque , pour ſe
faire connoiſtre. Le tout
affranchi de port , à l'adreſſe
du ſieur Brun , Imprimeur
de l'Academic de Bordeaux ,
ruë S. Jâmes.
M. le Ducde la Force Protecteur
de l'Académie des
belles Lettres , Sciences , &
Arts de Bordeaux ; ayant
deſſein de propoſer un Prix
à tous les Sçavans del'Europe
, a laiſſé le choix du ſujet
&la deciſion àcette Compagnie
, qui a choiſi l'explication
des effets duBarometre.
Le Prix ſera une Medaille
d'or de la valeur de 300. liv.
au moins , ayant d'un coſté ,
les Armes de M. le Duc de
Septembre 1714. P
170 MERCURE
la Force ,&de l'autre la deviſe
de l'Académie.
Il ſera donné le premier
de May prochain , à celuy
dont le ſittême ſur la cauſe
des variations du Barometre
ſera le plus probable.
Les Differtations peuvent
eſtre en François ou en Latin,
&elles ne feront reçûës que
juſqu'au premier de Mars prochain
incluſivement.
Au bas des Differtations
il y aura une Sentence fans
le nom de l'Auteur ; & dans
un Billet cacheté , l'Auteur
mettra , avec la même SenGALANT.
178
tence , fon nom ou unc
,
adreſſe quelconque , pour ſe
faire connoiſtre. Le tout
affranchi de port , à l'adreſſe
du ſieur Brun , Imprimeur
de l'Academic de Bordeaux ,
ruë S. Jâmes.
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Résumé : Avis utile aux Mathematiciens.
L'Académie des Belles Lettres, Sciences et Arts de Bordeaux, sous la protection du Duc de la Force, organise un concours ouvert aux savants européens. Le sujet porte sur l'explication des effets du baromètre. Le prix est une médaille d'or valorisée à au moins 300 livres, décorée des armes du Duc de la Force et de la devise de l'Académie. La cérémonie de remise du prix se tiendra le 1er mai 1715. Les dissertations, rédigées en français ou en latin, doivent être soumises avant le 1er mars 1715. Chaque dissertation doit comporter une sentence sans le nom de l'auteur et un billet cacheté avec le nom ou l'adresse de l'auteur. Les soumissions doivent être envoyées à l'imprimeur de l'Académie, le sieur Brun, rue Saint-Jacques à Bordeaux, sans frais de port.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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158
p. 171-177
Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à M. D. L. S. des Lettres pleines [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Donneau de Visé, De la Bruyère, Manière, Auteur, Monde, Portrait du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Je ſuis fort redevable à M.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
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Résumé : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
L'auteur exprime sa reconnaissance à M. D. L. s. pour ses lettres savantes et ses conseils. Il loue M. Devizé pour avoir défendu la mémoire de feu Pij contre les critiques de M. de La Bruyère concernant le *Mercure Galant*. M. Devizé reproche à La Bruyère une hyperbole excessive et valorise le contenu du *Mercure*, riche en informations sur les familles, les événements mondains et les nouvelles littéraires, essentiels pour comprendre la société de l'époque. En revanche, il décrit le style de La Bruyère comme rude et négligé, comparable à celui de Juvenal plutôt qu'à Horace. M. D. L. s. aborde également une gravure du portrait du roi Louis accompagnée d'un discours latin de Santolinus, discutant de l'usage approprié des termes latins, soutenant l'observateur qui critique le barbarisme dans le poème.
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159
p. 177-181
Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Remarques, & de Littérature, je me [...]
Mots clefs :
Livres nouveaux, Comédie nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Mais à propos de Remarques
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
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Résumé : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Le texte traite de la pièce de théâtre 'Les Festes du Cours' de M. Dancourt. Bien que divertissante, cette comédie est jugée incompréhensible par le public du parterre. Le personnage principal, Cyncædor, représente le génie du bal et s'efforce de résoudre divers problèmes tout au long de la pièce. Le langage employé est enrichi de réflexions sur l'esprit, le cœur et les mœurs. L'auteur pallie l'obscurité de l'intrigue par la clarté de certaines chansons. Un avocat se fait cocu lui-même, ajoutant à la confusion générale. Les termes sont habilement choisis pour captiver l'auditoire. L'auteur, non critique professionnel, apprécie les masques, les danses et les chansons interprétées par Cyncædor et Choreda. En réponse à des demandes provenant des provinces, il décide de publier les chansons de la comédie dans un chapitre dédié, offrant également la musique à ceux qui la demanderaient. Il assure que cet ajout n'alourdit pas le livre, ayant augmenté sa longueur de 80 pages et réduit la taille du caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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160
p. 182-186
PROLOGUE DES FESTES DU COURS.
Début :
PRÈS de la plus superbe Ville [...]
Mots clefs :
Dieu, Amour, Dieux, Paix, Amour, Nuit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROLOGUE DES FESTES DU COURS.
PROLOGUE
DES FESTES
DU COURS.
CHOREDA.
PRE'Sde la plus fuperbe Ville
Quecouvre lavoute des
Cieux ,
Dans un séjour délicieux
Quebaigne une eau pure & tranquile,
Lieu charmant&digne desDieux
L'amour a choiſiſon azile.
GALANT . 183
CYNOEDOR.
Tandis que l'horreurde la Guerre
Mettoit enfeu toute la Terre ,
Cesont ces beaux Lieux que la Paix
Avoit choisi pourfon Palais.
ENSEMBLE
Les foins du plus grand Roi du
monde
Ont mis Bellone dans les fers
Et parſaſageſſe profonde
La Paix pourson séjour a le vaſte
Univers
ENSEMBLE
5
Les Ris, lesfeux , viennentprendre
la place ,
184 MERCURE
Qu'elle occupoitdans ces heureux
Climats,
Favoris du Dieu de la Thrace ,
Venez , volez , accourezfur leurs
pas,
Qu'ici le plaisir vous délaße
Dela fatigue des Combats;
Etque l'Amourluy même en chaffe
Tout ce qui ne luy convient pas.
CHOREDA.
Venus vousappe lle
Dans ce beau réduit ,
Plein d'ardeur pour elle
Le Dieu Mars lafuit
Et prés de vos belles
L'Amourvous conduit,
Son Flambeau vous luit;
Diſcrets &fidelles
Venez-ySans bruit.
T
CYNOEDOR .
GALANT . 185
CYNOE DOR.
Venus en colere
A dit à l'Amour ,
Qu'en certain mystere
On craint le grand jour;
Fadisà Cythere
Enflagrant délit
Phoebus la furprit ,
L'Amourpour luyplaire
Prend ici la nuit.
CHOREDA.
Ici Venus veille -
Pour ces Favoris ,
LeDieu de la treille
ہک
Endort les Maris ,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leurfecours
Septembre 1714.
186 MERCURE
Au Dieu des Amours ,
Pour ceux qu'il affemble
Cettenuit au Cours .
ENSEMBLE .
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leur fecours
Au Dieu des Amours
Pour ceux qu'il affemble
Cette nuit au Cours.
Fin du Prologue.
DES FESTES
DU COURS.
CHOREDA.
PRE'Sde la plus fuperbe Ville
Quecouvre lavoute des
Cieux ,
Dans un séjour délicieux
Quebaigne une eau pure & tranquile,
Lieu charmant&digne desDieux
L'amour a choiſiſon azile.
GALANT . 183
CYNOEDOR.
Tandis que l'horreurde la Guerre
Mettoit enfeu toute la Terre ,
Cesont ces beaux Lieux que la Paix
Avoit choisi pourfon Palais.
ENSEMBLE
Les foins du plus grand Roi du
monde
Ont mis Bellone dans les fers
Et parſaſageſſe profonde
La Paix pourson séjour a le vaſte
Univers
ENSEMBLE
5
Les Ris, lesfeux , viennentprendre
la place ,
184 MERCURE
Qu'elle occupoitdans ces heureux
Climats,
Favoris du Dieu de la Thrace ,
Venez , volez , accourezfur leurs
pas,
Qu'ici le plaisir vous délaße
Dela fatigue des Combats;
Etque l'Amourluy même en chaffe
Tout ce qui ne luy convient pas.
CHOREDA.
Venus vousappe lle
Dans ce beau réduit ,
Plein d'ardeur pour elle
Le Dieu Mars lafuit
Et prés de vos belles
L'Amourvous conduit,
Son Flambeau vous luit;
Diſcrets &fidelles
Venez-ySans bruit.
T
CYNOEDOR .
GALANT . 185
CYNOE DOR.
Venus en colere
A dit à l'Amour ,
Qu'en certain mystere
On craint le grand jour;
Fadisà Cythere
Enflagrant délit
Phoebus la furprit ,
L'Amourpour luyplaire
Prend ici la nuit.
CHOREDA.
Ici Venus veille -
Pour ces Favoris ,
LeDieu de la treille
ہک
Endort les Maris ,
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leurfecours
Septembre 1714.
186 MERCURE
Au Dieu des Amours ,
Pour ceux qu'il affemble
Cettenuit au Cours .
ENSEMBLE .
Tous les Dieux ensemble
Prêtent leur fecours
Au Dieu des Amours
Pour ceux qu'il affemble
Cette nuit au Cours.
Fin du Prologue.
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Résumé : PROLOGUE DES FESTES DU COURS.
Le texte décrit une fête célébrée dans un lieu idyllique, baigné par une eau pure et tranquille, où l'amour a trouvé refuge. Pendant que la guerre dévastait la Terre, la paix a élu domicile dans ces beaux lieux, permettant aux fêtes du roi de triompher et à la paix de régner sur l'univers. Les rires et les feux ont remplacé la guerre dans ces climats heureux. Mercure invite les favoris du dieu de la Thrace à se détendre après les combats, tandis que Vénus appelle les galants à la rejoindre discrètement. Cynoedor révèle que Vénus, en colère, a ordonné à l'amour de se manifester la nuit pour éviter d'être surprise par Phoebus. Vénus protège ses favoris en endormant les maris avec l'aide du dieu de la treille, et tous les dieux soutiennent le dieu des amours pour cette nuit de fête.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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161
p. 187-197
DIVERTISSEMENT DES MASQUES.
Début :
Qu'un Bal au Cours sous ce feüillage [...]
Mots clefs :
Amour, Amours, Époux, Amant, Femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIVERTISSEMENT DES MASQUES.
DIVERTISSEMENT
DES MASQUES,
CAIR.
V'un Bal au Cours Sous st
fevillage
Estun aimable amusement :
La Coquette ,& laplusfage
Iviennent également
Ecouter le doux langage
D'unjeune& nouvelAmant.
Qu'un Bak au Cours ,&c.
Iln'est dans aucun bocage
Siſeau de qui le ramage
Soit plus doux &plus charmant
;
188 MERCURE
Que le séduisant langage
D'unjeune & nouvel Amant.
Qu'un Bal au Cours , &c.
La liberté regne en ces lieux ,
On n'y craint point la médiſance.
LesJaloux & les ennuyeux
Ifont dupez par l'apparence.
DesArgus les plus curieux ,
Ony trompe la vigilance.
Folispropos , discours joyeux
S'y débitent fans confequence.
L'Amourpoury combler nos voeux
Eft avec nous d'intelligence .
Telyveut trop ouvrir les yeux
Qui voit souvent plus qu'il ne
pense.
د
GALANT. 189
AIR,
PI
quêtes nouvelles
our faire au Cours des con-
L'Amour attire tout Paris ;
Au clair de la Lune les Belles
Changent souvent de Favoris ,
Et nefontgueres plusfidelles
Aleurs Amans qu'à leurs Maris
AIR.
eunes Fillettes
Jeunes Dijj mulez
Les ardeursfecrettes
Dont vous brûlez ;
Quand fous fon Empire
LeDieu des Amours
A sçû vous réduire ;
Cachez bien toûjours
190 MERCURE
Cequ'il vous inspire
Oufifonmartire
Vousforce à le dire,
Laiſſezvous conduire
Aux Fêtes du Cours.
4
AIR..
Beantezqui voulez qu'on vous
aime,
Pourquoi vous défendre d'aimer :
Il estmal aisé d'allumer
Les Feux d'amourfans en brûler
Loi-même
Branles en Contre-danfe.
AvCours aprés la danse
Pour les tendres Amans
Il estfans confequence
D'agréablesmomens
GALANT. 191 :
L'Amourpour écarter tout ce qui
les traverse
Amuseles Mamans
Long-tems ;
Il endort les Maris
Rigris,
Et le Diable les berce..
1
Au Bal du Cours lesDames
Dans la belle Saison ,
Duſuccés de leursflames
Caufoientfur le gazon ,
Entr'elles les Amours troquerent
Leur chaußure.
Etcechangement -là
Prouva
A bon nombre d'Epoux
Faloux
Quelle étoit leur Coeffure.
192 MERCURE
Icimaint agréable
Tout rempli de Bachus,
Vient aufortir de table
Faire inſulte à Venus.
L'Amour toujours au guet prompt
àvangersa mere ,
Aprés deux ou trois tours
De Cours
Leurdécochant un trait
Lesfait
Tomber dans quelqu'orniere.
Perfecuteurs des Dames
Jaloux trop curieux ,
Laißezen paix les ames
Dans ces aimab es lieux :
De ſoins & deſoucis dégageant
nospensées ,
Sans nous priver dujour
L'Amour
GALANT. 193
L'Amour
Nous rend comme les Dieux
Heureux
Dans les Champs Elifees.
Aſſis prés desa femme
In Avocat au Cours ,
Méconnoissant la Dame
Lui contafes amours;
Elle pour profiter de fon erreur
extrême
En tira de l'argent :
Comptant ,
Et le pauvre Avocat
Bien fat
Sefit cocu lui-même.
Unejeune coquette
Septembre 1714 . R
194 MERCURE
Femme d'un Orlogeur ,
Acertaine amourette
Ayant livré ſon coeur ,
Tandis qu'à travailler chez tuy
l'Epoux demeure ,
La Belle &son Galant
Souvent
S'en vont au Cours exprés
Aufrais
Du BergerSonner l'heure.
Amans dans les Ruelles
Nepaſſez plus vos jours ,
Il est des nuits plus belles
Pour vous aux Bals du Cours ,
L'Amour vous offre ici des conquétés
aisées ,
Enfaveur de la Paix
Ses Traits
GALANT. 194
Ne forment que des noeuds
Heureux
Dans les Champs Elisées.
D'une aimable Grisette,
Certain vieux Brocanteur
Par contrat fit emplette
Sans s'aßurer du coeur
.ינ
L'exemple d'un Epoux dont toute
Lafortune,
Venoit de trafiquer
Troquer,
Fit qu'elle trafiqua
Troqua ....
Au Cours , au clair de Lune.
Une Fille sçavante
En l'art de Cupidon ,
Rij
194 MERCURE
Deſes droits jouiſſante
En uſoitbien dit- on , Mal instruit defesfeux , un Tuteur
mal habile
La crût au Cours la nuit
Et prit
Sa Femme & Son Rival
Au lieudefa Pupille.
થોડાક લો છો ??????????
<
Le Démon de la Dancel
Pourflaterfes defirs, ban
De toutesapuissanceonport
Travailleà vosplaisirs
Deſes empreſſemens il ne veut
pourfalaire
Que l'honneur de pouvoir
Vous voir
En foule ici témoins
Des Soins
Qu'il prendra pour vous plaire.
GALANT. 197
Voilà ce qu'il y a de plus
comique dans la Picce. Mais
ce qu'il y a de meilleur à la
rête de cet Ouvrage c'eſt une
Epître en grands& petits vers
dediée au Prince Royal &
Electoral de Saxe.
DES MASQUES,
CAIR.
V'un Bal au Cours Sous st
fevillage
Estun aimable amusement :
La Coquette ,& laplusfage
Iviennent également
Ecouter le doux langage
D'unjeune& nouvelAmant.
Qu'un Bak au Cours ,&c.
Iln'est dans aucun bocage
Siſeau de qui le ramage
Soit plus doux &plus charmant
;
188 MERCURE
Que le séduisant langage
D'unjeune & nouvel Amant.
Qu'un Bal au Cours , &c.
La liberté regne en ces lieux ,
On n'y craint point la médiſance.
LesJaloux & les ennuyeux
Ifont dupez par l'apparence.
DesArgus les plus curieux ,
Ony trompe la vigilance.
Folispropos , discours joyeux
S'y débitent fans confequence.
L'Amourpoury combler nos voeux
Eft avec nous d'intelligence .
Telyveut trop ouvrir les yeux
Qui voit souvent plus qu'il ne
pense.
د
GALANT. 189
AIR,
PI
quêtes nouvelles
our faire au Cours des con-
L'Amour attire tout Paris ;
Au clair de la Lune les Belles
Changent souvent de Favoris ,
Et nefontgueres plusfidelles
Aleurs Amans qu'à leurs Maris
AIR.
eunes Fillettes
Jeunes Dijj mulez
Les ardeursfecrettes
Dont vous brûlez ;
Quand fous fon Empire
LeDieu des Amours
A sçû vous réduire ;
Cachez bien toûjours
190 MERCURE
Cequ'il vous inspire
Oufifonmartire
Vousforce à le dire,
Laiſſezvous conduire
Aux Fêtes du Cours.
4
AIR..
Beantezqui voulez qu'on vous
aime,
Pourquoi vous défendre d'aimer :
Il estmal aisé d'allumer
Les Feux d'amourfans en brûler
Loi-même
Branles en Contre-danfe.
AvCours aprés la danse
Pour les tendres Amans
Il estfans confequence
D'agréablesmomens
GALANT. 191 :
L'Amourpour écarter tout ce qui
les traverse
Amuseles Mamans
Long-tems ;
Il endort les Maris
Rigris,
Et le Diable les berce..
1
Au Bal du Cours lesDames
Dans la belle Saison ,
Duſuccés de leursflames
Caufoientfur le gazon ,
Entr'elles les Amours troquerent
Leur chaußure.
Etcechangement -là
Prouva
A bon nombre d'Epoux
Faloux
Quelle étoit leur Coeffure.
192 MERCURE
Icimaint agréable
Tout rempli de Bachus,
Vient aufortir de table
Faire inſulte à Venus.
L'Amour toujours au guet prompt
àvangersa mere ,
Aprés deux ou trois tours
De Cours
Leurdécochant un trait
Lesfait
Tomber dans quelqu'orniere.
Perfecuteurs des Dames
Jaloux trop curieux ,
Laißezen paix les ames
Dans ces aimab es lieux :
De ſoins & deſoucis dégageant
nospensées ,
Sans nous priver dujour
L'Amour
GALANT. 193
L'Amour
Nous rend comme les Dieux
Heureux
Dans les Champs Elifees.
Aſſis prés desa femme
In Avocat au Cours ,
Méconnoissant la Dame
Lui contafes amours;
Elle pour profiter de fon erreur
extrême
En tira de l'argent :
Comptant ,
Et le pauvre Avocat
Bien fat
Sefit cocu lui-même.
Unejeune coquette
Septembre 1714 . R
194 MERCURE
Femme d'un Orlogeur ,
Acertaine amourette
Ayant livré ſon coeur ,
Tandis qu'à travailler chez tuy
l'Epoux demeure ,
La Belle &son Galant
Souvent
S'en vont au Cours exprés
Aufrais
Du BergerSonner l'heure.
Amans dans les Ruelles
Nepaſſez plus vos jours ,
Il est des nuits plus belles
Pour vous aux Bals du Cours ,
L'Amour vous offre ici des conquétés
aisées ,
Enfaveur de la Paix
Ses Traits
GALANT. 194
Ne forment que des noeuds
Heureux
Dans les Champs Elisées.
D'une aimable Grisette,
Certain vieux Brocanteur
Par contrat fit emplette
Sans s'aßurer du coeur
.ינ
L'exemple d'un Epoux dont toute
Lafortune,
Venoit de trafiquer
Troquer,
Fit qu'elle trafiqua
Troqua ....
Au Cours , au clair de Lune.
Une Fille sçavante
En l'art de Cupidon ,
Rij
194 MERCURE
Deſes droits jouiſſante
En uſoitbien dit- on , Mal instruit defesfeux , un Tuteur
mal habile
La crût au Cours la nuit
Et prit
Sa Femme & Son Rival
Au lieudefa Pupille.
થોડાક લો છો ??????????
<
Le Démon de la Dancel
Pourflaterfes defirs, ban
De toutesapuissanceonport
Travailleà vosplaisirs
Deſes empreſſemens il ne veut
pourfalaire
Que l'honneur de pouvoir
Vous voir
En foule ici témoins
Des Soins
Qu'il prendra pour vous plaire.
GALANT. 197
Voilà ce qu'il y a de plus
comique dans la Picce. Mais
ce qu'il y a de meilleur à la
rête de cet Ouvrage c'eſt une
Epître en grands& petits vers
dediée au Prince Royal &
Electoral de Saxe.
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Résumé : DIVERTISSEMENT DES MASQUES.
Le texte décrit les bals et les divertissements au Cours comme des lieux de rassemblement social où la liberté prédomine. Ces événements permettent de duper les médisants et les jaloux grâce aux apparences. Les jeunes amants y trouvent un langage doux et charmant, et l'amour y est omniprésent, facilitant les rencontres et les échanges galants. Les femmes y changent fréquemment de favoris et ne montrent pas plus de fidélité à leurs amants qu'à leurs maris. Les jeunes filles sont encouragées à dissimuler leurs ardeurs secrètes et à participer aux fêtes du Cours. La beauté y incite à aimer, et les moments tendres y sont nombreux. L'amour y adoucit les maris rigides et berce les couples. Les dames y célèbrent leurs succès amoureux et parfois trompent leurs époux. Le texte relate plusieurs anecdotes spécifiques, comme celle d'un avocat trompé par sa femme ou d'une jeune coquette ayant une amourette avec un galant. Les bals offrent des conquêtes faciles grâce à la paix et à l'amour qui y règnent. Des exemples de trahisons et de malentendus y sont également mentionnés, tels que celui d'un brocanteur trompé ou d'un tuteur mal avisé. Enfin, le texte loue le démon de la danse pour ses efforts à satisfaire les désirs des participants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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162
p. 197-202
Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Début :
Je n'aurois pas manqué de faire ce mois-cy un détail [...]
Mots clefs :
Prince de Vaudemont, Fêtes, Journal de Verdun, Juges, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
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Résumé : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Le texte décrit les festivités organisées par le Prince de Vaudemont à Commercy en l'honneur des Altesses Royales de Lorraine et de l'Électeur de Trèves. L'auteur du journal de Verdun loue la magnificence et les bonnes manières de ces fêtes, tout en soulignant leur caractère éphémère. Il mentionne également la mort de Madame la Princesse de Vaudemont, saluant ses vertus mais critiquant l'éloquence de l'auteur du journal. Ce dernier aborde les conséquences politiques de la guerre, prédisant que les juges de la paix se concentreront sur la restitution des villes et provinces occupées durant un conflit long et sanglant, sans motif légitime apparent. L'auteur du texte actuel conteste les raisonnements politiques de l'auteur du journal de Verdun et plaide pour une évaluation impartiale des arguments présentés.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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163
p. 202-206
Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Début :
Je vais en attendant battre la campagne, & promener d'abord [...]
Mots clefs :
Fête, Campagne, Fête galante, Chinon, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Je vais en attendant
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
battre la campagne , & promener
d'abord juſqu'à Chi
GALANT 203
non; les lecteurs qui voudront
m'y accompagner , ils y apprendront
le ſuccés d'une des
plus ſplendides & des plus
galantes feſtes qu'aucun par
ticulier ait donnée en France
pour le retour de la Paix.
M. des Molieres homme
riche & de distinction dans
cette Province fit dreſſer le
douze du mois paffé tout
l'appareil d'un Feu magnifique
au milieu d'une Terraſſe
vis à vis le Convent des Capucins
de Chinon. Le Theatre
de cette réjoüiſſance ſo
trouva ainſi heureuſement
204 MERCURE
fitué ſur le haut d'une Mon
tagne qui commande à la
Ville & à la Riviere. Plus
de cinq cens chandelles enfermées
dans des Lanternes
fervirent à illuminer le Con
vent dont les murailles du
Jardin furent bordées d'un
grand nombre de pots de
fer & de terre pleins de gau
dron & d'autres feux , une
quantité prodigieuſe de fufées
& de gerbes ſe meſlerent
au bruit des Tambours ,
des Trompettes , des Haut
bois , & des Violons , dont
le defordre agréable fut in
GALANT. 205
terrompu par pluſieurs décharges
de fix pieces de canon
qu'on avoit rangées ſur la
Terraffe , & qui tirerent juf
qu'à ce que tout l'artifice du
Feu de joye fut conſommé.
Toute la Ville de Chinon
fur les Remparts , fur les
Ponts & dans la Campagne
répondit à cette feſte par mille
acclamations de vive le Roy.
Enfin les illuminations furent
fi nombreuſes & fi grandes ,
que bien des gens aſſurent
avoir leu de plus d'une demie
lieuë , à la faveur de leur lumiere
, & aprés de trois lieuës
206 MERCURE
àla ronde , toute la campagne
a eu le plaisir de voir cette
réjoüſſance , qui fut ſuivic
d'un repas dont la propreté ,
l'abondance & la delicateſſe
firent les honneurs à plus de
quatre- vingt perſonnes.
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Résumé : Relation d'une Feste galante que M. Desmolieres a donné à Chinon pour celebrer le retour de la Paix. [titre d'après la table]
Le texte relate une fête somptueuse organisée par M. des Molière pour célébrer le retour de la paix. Cet événement a eu lieu le 12 du mois précédent sur une terrasse dominant la ville de Chinon et la rivière, face au couvent des Capucins. La scène était illuminée par plus de cinq cents chandelles dans des lanternes, tandis que les murs du jardin étaient décorés de pots contenant des gaudrons et autres feux. Des fusées, des gerbes, et des instruments de musique tels que tambours, trompettes, hautbois et violons, accompagnés de salves de canons, ajoutaient à l'ambiance festive. Toute la ville, des remparts aux ponts et à la campagne, acclama le roi. Les illuminations étaient visibles à plus d'une demi-lieue, permettant à la région environnante de participer au spectacle. La soirée s'est conclue par un repas où la propreté, l'abondance et la délicatesse furent mises en avant pour plus de quatre-vingts personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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164
p. 206-215
Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
Début :
Pour changer de theatre & de matiere, je prie ceux [...]
Mots clefs :
Accusateur, Avocat, Inquisiteurs, Curé, Curé de Saint Matthias, Avocat
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texteReconnaissance textuelle : Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
Pour changer de theatre
&de matiere , je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie juſqu'à Veniſe
, où je vais en entrant
offrir à leurs yeux la fidelle
peinture d'une Hiſtoire fi
veritable,& fi fraîche , qu'elle
fait encore à preſent tout le
T GALANT. 207
bruitde cette Ville.
Le vingt trois du mois
paſſé , on mit en priſon , par
ordre des Inquifiteurs de l'Etát
, le Curé de la Paroiſſe de
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans , accuſé d'entretenir correſpondance
en France. Son
Accuſateur avoit contrefait le
caractere de ſon écriture , &
avoit compoſé une Lettre ,
dans laquelle il diſoit que le
Senateur bien connu , n'ayant
pû aller au * Pregadi , n'avoit
pû l'informer de ce qui s'y
étoit paflé. Ce pauvre Curé a
* Conſeil des Dix.
208 MERCURE
été mis à la queſtion plufieurs
fois , & a ſouffert tous les
tourmens imaginables ; mais
loin de confeffer un crime
qu'il n'avoit point commis , il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il étoit innocent. Ccpendant
on fut prêt à le condamner
à la mort ; mais comme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
, ſans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable , on le condamna à
une priſon perpetuelle , dans
l'eſpoir qu'avec le temps il denonceroit
GALANT. 209
nonceroit le Senateur.
Le même Accuſateur a tenté
de joüer un pareil tour au
Curéde Saint Jean ,& eft allé
chez luy , luy dire , qu'il luy
étoit tombé entre les mains
une de ſes Lettres pleine de
matieres d'Etat , & que s'il ne
lay donnoit cent ſequins il la
portcroit aux Inquifiteurs de
l'Etat. Le Curé ſurpris de voir
une Lettre de ſon caractere ,
quoyqu'il ſçût bien ne l'avoir
pas écrite , luy dit qu'il luy
donneroit les cent ſequins ,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accuſateur s'en contenta ,
Septembre 1714. S
210 MERCURE
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent , & qu'il luy remettroit
alors ladite Lettre. Le
Curé fut auſſitôt trouver un
Avocat pour confulter cette
affaire. L'Avocat luy dit , Si
vous estes coupable , payez , &
tachez de r'avoir cette Lettre ,
finon allez rendre compte auxInquisiteurs
de ce qui ſe paſſe. Le
Curé prit ce dernier parti ,il
fut les trouver , & leur dit
qu'une perſonne inconnuë
étoit venuë luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat , qu'elle paroif
GALANT. 211
foit être de ſon caractere ,
mais qu'il affeuroit ne l'avoir
pas écute; qu'il avoit promis
à ce fauſſaire de luy donner
cent ſequins , & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquifiteurs ſe ſouvenant
du Curé de S. Mathias ,&fe
figurant que ſe pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaifoit
toutes les écritures ,
dirent au Curé de S. Jean que
le jour que devoit venir cet
Accufateur ,leCapitaine , ou
leGrand- Prevôr ſe trouveroit
dans fon Eglife avec ſes Archers
, &que pour faire con
Sij
212 MERCURE
noître ledit Accuſateur lorf
qu'il luy parleroit , il n'avoit
qu'à ſe moucher pluſieurs
fois . L'Accuſateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent ſequins,
&fut le chercher dans ſon
Eglife , où il confeſſoit. Le
Curé l'aborda , ſe moucha ,
& auffitoft les Archers du Prevôt
ſe ſaiſirent de ſa perſonne
,& le conduiſirent en prifon
, où il fut appliqué à la
queſtion , & où il confefſa
tous ſes crimes .
Le Curé de S. Mathias fut
reconnu innocent & mis en
GALANT. 2133
liberté avec une joye extraor
dinaire de tout le peuple ,&
l'Accuſateur a été étranglé,&
attaché enſuite à une porence
fur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquifiteurs d'Etat , differente
du Conseil des Dix , qui
fait mouter les criminels en pu
blic.
Ce Curé a donné dans cette
horrible extrêmité une preuve
de la conſtance & de la fermetéd'un
veritable Chrétien
If a fouffert toutes les tortures
ſans jamais s'en plaindre ,
&preferé ſon devoir à ſa vic.
214 MERCURE
Peu de jours aprés fon empriſonnement
, ſon Accuſateur
fut ſe confeffer au Curé de
S. Caffan , & luy dit avoir accuſé
injuſtement le Curé de
S. Mathias & qu'il pouvoit
luy confier ſa Confeſſion , ce
qu'il fit ; mais connoiffant
parce moyenſonAccuſateur,
il crût que ſa Religion luy
deffendoit abſolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il foit
forti de priſon il ya huit jours,
il n'eſt retourné chez luy qu'-
hier , pour éviter la grande
quantité de peuple qui meurt
d'envie de le voir.
GALANT . 215
Cet Accuſateur étoit Ferrarois
,& avoit tiré cinquante
piſtoles en pluſieurs fois du
grand Chancelier deffunt, par
des Lettres contrefaites de fon
caractere . Il a joüé le même
tour à pluſieurs autres perfonnes.
&de matiere , je prie ceux
qui ne s'ennuyent point de
voyager avec moy de me
tenir compagnie juſqu'à Veniſe
, où je vais en entrant
offrir à leurs yeux la fidelle
peinture d'une Hiſtoire fi
veritable,& fi fraîche , qu'elle
fait encore à preſent tout le
T GALANT. 207
bruitde cette Ville.
Le vingt trois du mois
paſſé , on mit en priſon , par
ordre des Inquifiteurs de l'Etát
, le Curé de la Paroiſſe de
S. Mathias âgé d'environ 60.
ans , accuſé d'entretenir correſpondance
en France. Son
Accuſateur avoit contrefait le
caractere de ſon écriture , &
avoit compoſé une Lettre ,
dans laquelle il diſoit que le
Senateur bien connu , n'ayant
pû aller au * Pregadi , n'avoit
pû l'informer de ce qui s'y
étoit paflé. Ce pauvre Curé a
* Conſeil des Dix.
208 MERCURE
été mis à la queſtion plufieurs
fois , & a ſouffert tous les
tourmens imaginables ; mais
loin de confeffer un crime
qu'il n'avoit point commis , il
a toûjours répondu avec fermeté
qu'il étoit innocent. Ccpendant
on fut prêt à le condamner
à la mort ; mais comme
on luy avoit donné tous
les tourmens que les Loix permettent
, ſans pouvoir arracher
de luy l'aveu du crime
dont on prétendoit qu'il fut
coupable , on le condamna à
une priſon perpetuelle , dans
l'eſpoir qu'avec le temps il denonceroit
GALANT. 209
nonceroit le Senateur.
Le même Accuſateur a tenté
de joüer un pareil tour au
Curéde Saint Jean ,& eft allé
chez luy , luy dire , qu'il luy
étoit tombé entre les mains
une de ſes Lettres pleine de
matieres d'Etat , & que s'il ne
lay donnoit cent ſequins il la
portcroit aux Inquifiteurs de
l'Etat. Le Curé ſurpris de voir
une Lettre de ſon caractere ,
quoyqu'il ſçût bien ne l'avoir
pas écrite , luy dit qu'il luy
donneroit les cent ſequins ,
mais qu'il falloit du temps.
L'Accuſateur s'en contenta ,
Septembre 1714. S
210 MERCURE
& répondit qu'il retourneroit
dans trois jours pour prendre
l'argent , & qu'il luy remettroit
alors ladite Lettre. Le
Curé fut auſſitôt trouver un
Avocat pour confulter cette
affaire. L'Avocat luy dit , Si
vous estes coupable , payez , &
tachez de r'avoir cette Lettre ,
finon allez rendre compte auxInquisiteurs
de ce qui ſe paſſe. Le
Curé prit ce dernier parti ,il
fut les trouver , & leur dit
qu'une perſonne inconnuë
étoit venuë luy faire voir une
Lettre où il y avoit des matieres
d'Etat , qu'elle paroif
GALANT. 211
foit être de ſon caractere ,
mais qu'il affeuroit ne l'avoir
pas écute; qu'il avoit promis
à ce fauſſaire de luy donner
cent ſequins , & qu'il devoit
venir les prendre un tel jour.
Les Inquifiteurs ſe ſouvenant
du Curé de S. Mathias ,&fe
figurant que ſe pouvoit être
quelque malheureux qui contrefaifoit
toutes les écritures ,
dirent au Curé de S. Jean que
le jour que devoit venir cet
Accufateur ,leCapitaine , ou
leGrand- Prevôr ſe trouveroit
dans fon Eglife avec ſes Archers
, &que pour faire con
Sij
212 MERCURE
noître ledit Accuſateur lorf
qu'il luy parleroit , il n'avoit
qu'à ſe moucher pluſieurs
fois . L'Accuſateur vint à
point nommé trouver leCuré
pour recevoir les cent ſequins,
&fut le chercher dans ſon
Eglife , où il confeſſoit. Le
Curé l'aborda , ſe moucha ,
& auffitoft les Archers du Prevôt
ſe ſaiſirent de ſa perſonne
,& le conduiſirent en prifon
, où il fut appliqué à la
queſtion , & où il confefſa
tous ſes crimes .
Le Curé de S. Mathias fut
reconnu innocent & mis en
GALANT. 2133
liberté avec une joye extraor
dinaire de tout le peuple ,&
l'Accuſateur a été étranglé,&
attaché enſuite à une porence
fur la place pendant tout un
jour. C'est la Justice ordinaire
des Inquifiteurs d'Etat , differente
du Conseil des Dix , qui
fait mouter les criminels en pu
blic.
Ce Curé a donné dans cette
horrible extrêmité une preuve
de la conſtance & de la fermetéd'un
veritable Chrétien
If a fouffert toutes les tortures
ſans jamais s'en plaindre ,
&preferé ſon devoir à ſa vic.
214 MERCURE
Peu de jours aprés fon empriſonnement
, ſon Accuſateur
fut ſe confeffer au Curé de
S. Caffan , & luy dit avoir accuſé
injuſtement le Curé de
S. Mathias & qu'il pouvoit
luy confier ſa Confeſſion , ce
qu'il fit ; mais connoiffant
parce moyenſonAccuſateur,
il crût que ſa Religion luy
deffendoit abſolument de le
déclarer. Enfin quoyqu'il foit
forti de priſon il ya huit jours,
il n'eſt retourné chez luy qu'-
hier , pour éviter la grande
quantité de peuple qui meurt
d'envie de le voir.
GALANT . 215
Cet Accuſateur étoit Ferrarois
,& avoit tiré cinquante
piſtoles en pluſieurs fois du
grand Chancelier deffunt, par
des Lettres contrefaites de fon
caractere . Il a joüé le même
tour à pluſieurs autres perfonnes.
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Résumé : Etrange avanture arrivée à Venise au Curé de S. Mathias accusé d'entretenir des correspondances criminelles en France, & sa justification. [titre d'après la table]
En septembre 1714, un curé de la paroisse de Saint-Mathias, âgé d'environ 60 ans, est arrêté à Venise sur ordre des Inquisiteurs de l'État pour une accusation de correspondance en France. Cette accusation repose sur une lettre compromettante écrite par un faux accusateur ayant imité l'écriture du curé. Malgré plusieurs séances de torture, le curé affirme son innocence. Il est condamné à la prison perpétuelle. Plus tard, l'accusateur est arrêté alors qu'il tentait de faire chanter le curé de Saint-Jean en lui montrant une lettre falsifiée. Les Inquisiteurs tendent un piège à l'accusateur et le capturent. Le curé de Saint-Mathias est alors libéré, accueilli avec joie par le peuple. L'accusateur, originaire de Ferrare, est exécuté publiquement. Il avait déjà extorqué de l'argent à plusieurs personnes, y compris au grand chancelier défunt, en utilisant des lettres contrefaites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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165
p. 215-216
« Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Début :
Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...]
Mots clefs :
Mariage, Généalogie, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Bien m'en prend de n'avoir
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
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Résumé : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
L'auteur explique l'absence d'un article sur les mariages dans le dernier numéro, évitant ainsi de justifier des erreurs signalées dans les généalogies précédentes. Ces erreurs proviennent de noms incorrects fournis par les contributeurs et de sa propre négligence. Il s'engage à être plus vigilant à l'avenir pour éviter ces problèmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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166
p. 217-233
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Le P. Loüis de Sanlecque, Chanoine Regulier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Roi, Gouverneur, Femme, Fille, Parlement, Enfants, Épouse, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Le P. Loüis de Sanlecque,
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
Chanoine Regulier de l'Ordre
de S. Auguſtin , Prieur de
Charnay prés Dreux , connu
par ſes Ouvrages de Poëfie ,
mourut en ſon Prieuré le 14.
Juillet 1714 .
Dom N... Pouderoux
Abbé de S. Martin de Cani.
goux , mourut le 28. Aouſt
1714.
Madame la Princeffe de
Vaudemont Anne Elifabeth
de Lorraine , mourut d'une
attaque d'apoplexie le cinq
Aouſt , dans le Chaſteau de
Commercy , elle eftoit neé
Septembre 1714. T
218 MERCURE
le 6. Aoult 1649. & elle
avoit cité mariée le 27. Avril
1669 à Gharles Henry legitimé
de Lorraine Prince de
Vaudemont depuis Grand
d'Elpagne de la premiere clafſe
, Chevalier de la Toiſon
d'Or & Gouverneur du Milancz
; de ce mariage eſtoit
né Charles Thomas de Lorraine
dit le Prince Thomas de
Vaudemont filsunique ,Chevalier
de la Tofon d'Or ,
Commandant en Chef l'Armée
Imperiale en Lombardie
en 1704. mort en trois
jours d'une fiévre maligne
GALANT. 219
à Oſtiglia en Italie , le 12 .
May de la même année , ſans
alliance.
:
Madame la Princeſſe de
Vaudemont qui vient de
mourir eſtoit fille de Charles
de Lorraine troiſieme du
nom Duc d'Elbeuf , Pair de
France , Gouverneur & Lieu
tenant General pour le Roy
de la Province de Picardie
mort le 4 May 1692. &
d'Anne Elifabeth de Lannoy
ſa premiere femme , morte
le trois Octobre 1654. M.
le Duc d'Elbeuf d'apreſent
eſt fils du même Duc , & d'ETij
220 MERCURE
lifabeth de laTout en Auvergne
ſa ſeconde femme , feuë
Madame la Ducheſſe de Mantouë
eſtoit auſſi ſa fille ,& de
Françoiſe de Montault Navailles
ſa derniere femme.
M. le Prince de Vaude.
mont& Madame la Princeffe
de l'Iflebonne fa foeur ſont
nez de Charles Duc de Lorraine
troiſième du nom &
de Beatrix de Cuſance Princeffe
de Cantecroix
avoit épousé du vivant de
Nicole Ducheſſe de Lorraine
fa femme ; ce qui donna licu
aux Sentences données à Ro-
, qu'il
GALANT. 221
me par le Tribunal de la
Rotte les 28. Fevrier 1658 .
15. Janvier 1653. & 23 .
Mars 1654. par leſquelles ce
Mariage fut declaré nul &
illegitime.
La grandeurde la Maiſon
de Lorraine eſt ſi connuë
qu'il n'est pas neceſſaire icy
d'entrer dans la diſcuſſion de
fon origine ;on remarquera
ſeulement qu'elle eſt la plus
ancienne des Maiſons Ducales
Souveraines qui ſubſiſtent
àpreſent , &qu'elle a toûjours
eſté confiderée comme une
des plus illuftres entre les
Tiij
222 MERCURE
Souveraines de l'Europe depuis
GerardComte d'Alface
qui l'an 1048 fut inveſti par
l'Empereur Henry III. ſon
coufin du Duché de Mozelane
, que l'on appelloit alors
le Duché de la Haute Lorraine.
Meffire Paul Duc de Beauvillier
, Pair de France,Grand
d'Eſpagne , Chevalier des
Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de ſa Chambre
,Chef duConſeil Royal
des Finances , Miniſtre d'Etat,
Gouverneur des Enfans de
France & Gouverneur de la
GALANT. 223
Ville & Citadelle du Havre-
de- Grace, du Chaſteau de
Loches , & de Beaulieu
mourut le 31 Aouſt 1714.
en ſa 66. année Il eſtoit fils
deFrançois de Beauvillier Duc
de S. Aignan , Pair de France
, Chevalier des Ordres du
Roy , Lieutenant General de
fes Armées , Conſeiller en
fes Conſeils , Premier Gentilhomme
de ſa Chambre
Gouverneur de Tourraine ,
& des Villes & Chaſteaux de
Loches , de Beaulieu & du
Havre-de Grace , mort le 16.
Juin 1687. & de Dame An-
,
Tiiij
224 MERCURE
toinette Servient ſa premiere
femme ; il avoit épousé en
1671. Loüife HenrietteColbert
fille deM. Jean Baptifte
Colbert Marquisde Seignelay
Miniſtre & Secretaired'Etat ,
Commandeur &Grand Treforier
des Ordres du Roy ;
&de pluſieurs enfans nez de
ce Mariage il n'eſt reſté dans
lemondeque Marie Henriette
de Beauvillier mariée le
20. Decembre 1703. avec
Loüis de Rochechoüart Duc
de Mortemar Pair de France
ſon couſin germain , Premier
Gentilhomme de la Chambre
GALANT. 225
du Roy par la demiffion de
fon beau pere. M. le Ducde
Beauvillier fe voyant ſans
enfans mâles s'eſtoit demis
depuis quelques années de fon
Duché de S. Aignan en faveur
de Paul de Beauvillier fon frere
, dit leChevalier de S. Aignan
, né du ſecond mariage
de feu M. le Ducde S. Aignan
avec Françoife Geré de Luce.
M. le Duc de S. Aignan d'aujourd'huy
a épousé en 1707.
Marie Anne de Montlezun ,
falle& heritiere de feu M. le
Marquis de Beſmaux , dont il
a des enfans . La Maiſon de
226 MERCURE
Beauvillier , l'une des plus an
ciennes du Royaume , a pris
fon nom du lieu de Beauvillier
en Beauffe , Bourg ſitué à
cinq lieuës de Chartres ; elle
s'eſt alliée aux Maiſons d'EΓ.
touteville , d'Illiers , d Eſtampes
, de Clermont Tonnerre ,
de Beauveau , de Rohan , du
Bec , de la Grange Montigny,
du Châtelet , &c.
Dame Marie Heron, veuve
de Meffire Abel de Sainte-
Marthe , Seigneur de Corbeville
, Doyen des Confeillers
de la Cour des Aydes , mou
rut le premier Septemb. 1714.
GALANT 227
Feu M. de Sainte Marthe ſon
mary étoit neveu des celebres
Gaucher , dit Sevole de Sainte-
Marthe , & Loüis de Sainte-
Marthe freres jumeaux , Hif
toriographes de France , Auteurs
de l'HiſtoireGenealogia
que de laMaiſon de France ,
fortis d'une famille ancienne
qui a donné de tout temps des
perſonnes recommendables
par leur eſprit & leur probité:
Meffire Germain Chriſto
phe de Thumery , Chevalier
Seigneur de Boiffife , le Vé ,
&c. Conſeiller du Roy en ſes
228 MERCURE
Conſeils , Préſident en la ſeconde
Chambre des Enqueftes
, mourut ſubitement le r.
Septembre 1714. âgé de 70.
ans. Il étoit fils de Chriſtophe
de Thumery , Seigneur de
Boffiſe , mort en 16 17.&de
Magdelaine leCoigneux,morteen
1687. Il avoit été receu
Confeiller au Parlement en
1673. & Préfident aux Enqueſtes
en 1682. Il avoit
épousé Magdelaine le Tellier
de même famille que Meffieurs
de Courtenvaux , &de
Souvré , & fille de René le
Tellier Geur de Morſan & de
GALANT. 229
Neuvy , Conſeiller en laCour
des Aydes , & de Françoiſe
Briçonet ; il en a laiſſé René
de Thumery , Conſeiller au
Parlement de Metz , quia l'agrément
de laCharge deMonſieur
fon pere ; Adrien de
Thumery , Chevalier de Malthe
; & Magdelaine de Thumery,
mariée en 1695.aJean-
Baptifte de Flexelles , Comte
de Bregy ; & Valentine de
Thumery non mariée. La famille
de Thumery eſt une des
plus anciennes familles deParis
; il y a plus de 300. ans
qu'elle eſt en poffeffion de la
230 MERCURE
1
Terrede Boflife , & elle s'eſt
alliée aux meilleurs familles de
la Robe.
Dame Marie Magdelaine
Boucherat , veuve de Meffire
Henry de Fourcy , Comte de
1
Cheffy , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& ancien Prevoſtdes
Marchands , mourur le trois
Septembre 1714. Elle étoit
fille de feu Meffire LoüisBoucherat
, Chevalier Comte de
Compans , mort Chancelier
de France le 2.Septemb.1699.
& de Dame Françoiſe Marchand
ſa premiere femme,
Feu M. de Fourcy étoitneveu
GALANT. 231
de Dame Marte de Fourcy,
femme de Meffire Antoine
Coffié , dit Ruzé , Marquis
dEffiat , Maréchal de France,
Chevalier desOrdres du Roy,
& Sur- Intendant des Finances
,& fils de Henry de Fourcy
, Seigneur de Chefly , Préfident
de la Chambre des
Comptes de Paris , Sur- Intendant
des Baſtiments , &Confeiller
d Erat , & petit fi's de
Jean de Fourcy , Seigneur de
Chefly en Brie,fucceſſivement
Secretaire du Roy , Treforier
de France à Paris , Préſident
des Comptes , Sur Intendant
232 MERCURE
des Baſtimens & Conſeiller
d'Etat. Madame de Fourcy
qui vient de mourir a eu pour
enfans feu Meſſire Henry-
Loüis de Fourcy , Maistre des
Requeſtes ; Olivier François
de Fourcy, Chanoine deParis,
AbbéCommendataire de S.
Ambroiſe de Bourges , cy-devant
Conſeiller au Parlement;
Balthazar- Henry de Fourcy ,
receu Chevalier de Malte fur
ſes preuves admiſes le 25 .
Janvier 1673. depuisChanoine
de Noſtre-Dame , Abbé
Commendataire de S. Vandrille
, Docteur de Sorbonne;
AchillesGALANT.
233
Achilles-Balthazar de Fourcy,
receuConſeiller au Parlement
en 1699. & Angelique Henriette
de Fourcy , mariée le 31.
Mars 1689. avec Paul deFieuber
, Seigneur de Reveillon ,
Conſeiller au Parlement , puis
Maistre des Requeſtes.
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Résumé : Article des Morts. [titre d'après la table]
En 1714, plusieurs personnalités notables ont décédé. Le Père Louis de Sanlecque, chanoine régulier de l'Ordre de Saint-Augustin et prieur de Charnay près Dreux, est mort le 14 juillet. Dom N... Pouderoux, abbé de Saint-Martin de Canigou, est décédé le 28 août. Madame la Princesse de Vaudémont, Anne Élisabeth de Lorraine, est morte d'une attaque d'apoplexie le 5 août au château de Commercy. Née le 6 août 1649, elle avait épousé Charles Henry légitimé de Lorraine, prince de Vaudémont, le 27 avril 1669. Leur fils unique, Charles Thomas de Lorraine, dit le Prince Thomas de Vaudémont, est mort en 1704 en Italie. Madame la Princesse de Vaudémont était la fille de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et d'Anne Élisabeth de Lannoy. La Maison de Lorraine est l'une des plus anciennes maisons ducales souveraines, remontant à Gérard, comte d'Alsace, investi du duché de Haute Lorraine en 1048. Paul Duc de Beauvillier, pair de France et ministre d'État, est décédé le 31 août à l'âge de 66 ans. Il était le fils de François de Beauvillier et d'Antoinette Servient. Marie Henriette de Beauvillier, sa fille, a épousé Louis de Rochechouart, duc de Mortemart. Le texte mentionne également des informations sur les familles Thumery et Fourcy. René de Thumery, Conseiller au Parlement de Metz, a eu trois enfants : Adrien, Chevalier de Malthe ; Magdelaine, mariée en 1695 à Jean-Baptiste de Flexelles, Comte de Bregy ; et Valentine, non mariée. La famille Thumery est l'une des plus anciennes de Paris, possédant la terre de Boisfle depuis plus de 300 ans. Dame Marie Magdelaine Boucherat, veuve de Henry de Fourcy, Comte de Cheffy, Conseiller d'État et ancien Prévôt des Marchands, est décédée le 3 septembre 1714. Elle était la fille de Louis Boucherat, Chevalier Comte de Compans, ancien Chancelier de France, et de Françoise Marchand. Henry de Fourcy avait pour tante Marte de Fourcy, épouse d'Antoine Coffié, Marquis d'Effiat, Maréchal de France et Surintendant des Finances. Madame de Fourcy a eu plusieurs enfants, dont Henry-Louis, Maître des Requêtes, et Olivier.
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167
p. 233-235
Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est presque rien de plus seur pour soutenir le titre & [...]
Mots clefs :
Attention, Lecteurs, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Il n'eſt preſque rien deplus
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
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Résumé : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées par l'auteur lors de la rédaction d'un livre visant à divertir ou surprendre les lecteurs grâce à des détails amusants. Pour ce faire, l'auteur doit soit recueillir, soit inventer des informations. Cependant, il estime que les informations inventées sont de faible qualité. Les données collectées récemment, durant la période des vendanges, sont également jugées peu valorables. Les contributions des lecteurs ne sont pas plus satisfaisantes. L'auteur invite ceux qui contestent cette critique à reconnaître ses efforts constants pour lire et sélectionner les mémoires envoyés. Il impute la médiocrité du contenu aux lecteurs, qui le forcent à combler les lacunes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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168
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
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Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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169
p. 241-243
ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
Début :
À Quelques Dames du quartier [...]
Mots clefs :
Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
ENVΟΥ
ſur le mot de la derniere
Enigme du mois paffé.
AQuelques Dames dis
quartierSeptembre 1714.
X
242 MERCURE
Je lûsbier leMercure der
nier ;
L'Enigme vint ; les Da-
mes affemblées
De devinerle motſefirent
nn honneur ;
Et toutes s'empreſſant de
dire leurs pensées,
Firent naître à l'envy l'é-
clatante rumeur
De tant de voix entrecou-
pées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on alloit deviner en
GALANT 24元
chorus .
MesDames ,fans tirer,
leur dis-je , à confe
29407
quence
७
Accordez-moyde grace,un
momentd'audiance:
0prodige étonnant, lebeau
Fort bien repris-je alors
le mot se trouvera
Dans le filence.
ſur le mot de la derniere
Enigme du mois paffé.
AQuelques Dames dis
quartierSeptembre 1714.
X
242 MERCURE
Je lûsbier leMercure der
nier ;
L'Enigme vint ; les Da-
mes affemblées
De devinerle motſefirent
nn honneur ;
Et toutes s'empreſſant de
dire leurs pensées,
Firent naître à l'envy l'é-
clatante rumeur
De tant de voix entrecou-
pées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on alloit deviner en
GALANT 24元
chorus .
MesDames ,fans tirer,
leur dis-je , à confe
29407
quence
७
Accordez-moyde grace,un
momentd'audiance:
0prodige étonnant, lebeau
Fort bien repris-je alors
le mot se trouvera
Dans le filence.
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Résumé : ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
En septembre 1714, des dames tentent de résoudre une énigme du Mercure. Leur effervescence crée une rumeur bruyante. L'auteur demande le silence pour trouver le mot. Le texte souligne leur engagement et utilise un style poétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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170
p. 243-244
« Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...] »
Début :
Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...]
Mots clefs :
Balle du jeu de paume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere étoït la Balle du Jeu de Paume. Les [...] »
Le mot de la premiere étoit
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont de
viné font , Les petits yeux de
Xij
144 MERCURE
fc ,
Souris , les beaux yeux de Catin
, l'oyſeau bleu , Cabrico.
let ,la jeune veuve ,laPrécicules
deux Tourterelles , &
le veritable Amphitrion...
laBalle du Jeu de Paume. Les
noms de ceux qui les ont de
viné font , Les petits yeux de
Xij
144 MERCURE
fc ,
Souris , les beaux yeux de Catin
, l'oyſeau bleu , Cabrico.
let ,la jeune veuve ,laPrécicules
deux Tourterelles , &
le veritable Amphitrion...
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171
p. 244-245
ENIGME.
Début :
L'Auteur de l'Enigme suivante dit, que pour établir sa / Bien des gens se passent de moy, [...]
Mots clefs :
Mouchoir
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Auteur de l'Enigme fuivante
dit , que pour établir ſa
réputation , il eft bien aiſe
qu'on ſcache que c'eſt luy qui
La faite.
ENIGME.
Bien des gens ſe paſſent
de moy
Cependantjeſuis neceſſaire.
Ceux qui vous diront le
GALANT. 245
e
contraire
Nefontpas gens de grand
alloy.
Jene plais guere à la jeuneffe
,
Ala bien elever , lorſque
l'on s'intereffe ,
On la reprend ſouvent à
mon ſujet .
L
Selon l'occaſion, j'ayla gau
che , ou la droite ,
C'en est aßez , j'ay fini
mon projet ;
Si vous me devinez , vous
Jerezbien adroite.
dit , que pour établir ſa
réputation , il eft bien aiſe
qu'on ſcache que c'eſt luy qui
La faite.
ENIGME.
Bien des gens ſe paſſent
de moy
Cependantjeſuis neceſſaire.
Ceux qui vous diront le
GALANT. 245
e
contraire
Nefontpas gens de grand
alloy.
Jene plais guere à la jeuneffe
,
Ala bien elever , lorſque
l'on s'intereffe ,
On la reprend ſouvent à
mon ſujet .
L
Selon l'occaſion, j'ayla gau
che , ou la droite ,
C'en est aßez , j'ay fini
mon projet ;
Si vous me devinez , vous
Jerezbien adroite.
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172
p. 246-247
ENIGME.
Début :
L'Auteur de celle-cy dit qu'il est si jaloux de sa réputation / Je suis un enfant de la terre [...]
Mots clefs :
Pierre à fusil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Auteur de celle - cy dit
qu'il eſt ſi jaloux de la réputation,
qu'il eſt bien aiſe qu'on
ne ſcache pas que c'eſt luy qui
l'a faite.
ENIGME.
FEfuis un enfant de la
terre
Que l'on forme à coups de
C
marteau ,
On me politſous le ciſeau ,
Et je fais à l'acier une immortelle
guerre.
Promethée ou Deucalion
GALANT. 247
M'arracherent jadis du
fein de la matiere ,..
Et tirerent de moy , dit- on ,
L'origine de la lumiere.
Je nesçay guere à quoy reffemble
ma couleur :
Mon pere est un brutal
dont la main me déchire ,
Et c'eſt de mon être qu'on
tire
L'experience , l'art , l'éclat
&la chaleur.
qu'il eſt ſi jaloux de la réputation,
qu'il eſt bien aiſe qu'on
ne ſcache pas que c'eſt luy qui
l'a faite.
ENIGME.
FEfuis un enfant de la
terre
Que l'on forme à coups de
C
marteau ,
On me politſous le ciſeau ,
Et je fais à l'acier une immortelle
guerre.
Promethée ou Deucalion
GALANT. 247
M'arracherent jadis du
fein de la matiere ,..
Et tirerent de moy , dit- on ,
L'origine de la lumiere.
Je nesçay guere à quoy reffemble
ma couleur :
Mon pere est un brutal
dont la main me déchire ,
Et c'eſt de mon être qu'on
tire
L'experience , l'art , l'éclat
&la chaleur.
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173
p. 248-250
CHANSON dont les paroles sont de .. & la Musique de M. Dubreuïl Vignancourt.
Début :
Un prélude pour annoncer une Chanson faite sur une / Le changement, Iris, vous est si doux, [...]
Mots clefs :
Coquette, Savants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON dont les paroles sont de .. & la Musique de M. Dubreuïl Vignancourt.
Un prélude pour annoncer
uneChanſon faite ſur une
coquette doit-il être bien ſerieux.
Non : Il n'en faut pas
même là deſſus , difent les
connoiffeurs ; comme les coquettes
ne gardent aucune
meſure avec leurs Amants , il
ne faut ni ſcrupule , ni ceremonie
pour les chanter.
۱
on
ane t
as
es
C
7
GALANT. 249
CHANSON
dont les paroles ſont de ..
& la Muſique de M. Dubreüil
de Vignancourt .
Le changement , Iris ,
vous eftfi doux
Que lorsqu'on est bienavec
vous,
ی
On n'ofe s'en donner la
gloire :
Celisy qui ſçait vous arrefter
,
Asi peu de temps pour le
croire ,
250 MERCURE
Qu'il n'en a pas pour s'en
venter.
Voicy bien d'autres nouvelles
, Mefficurs ,
Sçavants contre Sçavants , Ercteurs
contre Lecteurs
Combattent à l'envy pour le
choix des Autheurs .
uneChanſon faite ſur une
coquette doit-il être bien ſerieux.
Non : Il n'en faut pas
même là deſſus , difent les
connoiffeurs ; comme les coquettes
ne gardent aucune
meſure avec leurs Amants , il
ne faut ni ſcrupule , ni ceremonie
pour les chanter.
۱
on
ane t
as
es
C
7
GALANT. 249
CHANSON
dont les paroles ſont de ..
& la Muſique de M. Dubreüil
de Vignancourt .
Le changement , Iris ,
vous eftfi doux
Que lorsqu'on est bienavec
vous,
ی
On n'ofe s'en donner la
gloire :
Celisy qui ſçait vous arrefter
,
Asi peu de temps pour le
croire ,
250 MERCURE
Qu'il n'en a pas pour s'en
venter.
Voicy bien d'autres nouvelles
, Mefficurs ,
Sçavants contre Sçavants , Ercteurs
contre Lecteurs
Combattent à l'envy pour le
choix des Autheurs .
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Résumé : CHANSON dont les paroles sont de .. & la Musique de M. Dubreuïl Vignancourt.
Le texte discute de la composition d'une chanson dédiée à une coquette, estimant qu'un prélude sérieux est inutile. Il mentionne une chanson de M. Dubreüil de Vignancourt, vantant la douceur d'être avec Iris et critiquant Celisy. Des disputes entre savants et érudits concernent le choix des auteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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174
p. 250-257
Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Et quoyque je ne sois nullement interessé dans leurs querelles [...]
Mots clefs :
Énigme, Nouvelles, Mercure, Livre, Public, Mercure galant, Nicolas Boileau, Jean-François Regnard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Et quoyque je ne fois nullement
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
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Résumé : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur du Mercure Galant, une publication mensuelle, rencontre des difficultés en raison de son implication involontaire dans des querelles malgré son désir de neutralité. La publication du 'Tombeau de Boileau' a suscité des critiques de la part de certains 'fameux génies', tandis qu'une autre faction le soutient. Pour apaiser les tensions, l'auteur prévoit de publier le 'Tombeau de Renard'. Il affirme que son objectif est de divertir ses lecteurs sans commenter les pièces imprimées. Bien qu'il reconnaisse que son style puisse scandaliser certaines personnes éclairées, il reste indifférent à ces réactions. Il espère que les dames apprécieront son ouvrage pour compenser l'indifférence des hommes. Le texte mentionne également les nouvelles du mois, bien que cet article soit peu lu en raison de la multitude de gazettes et manuscrits disponibles. Cependant, l'auteur le juge nécessaire, tout comme l'article des énigmes. Il liste les députés réunis à Bade pour le Congrès de la Paix générale, signé par le Prince Eugène pour l'Empereur et le Maréchal de Villars pour le Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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175
p. 258-275
NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Début :
M Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Prince, Baron, Empereur, Roi de France, Électeur, Abbé, Princes, Évêques, Congrès de la paix à Bade, Paix, Bade, Congrès, Envoyés, Plénipotentiaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
NOMS :
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
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Résumé : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Le document décrit la liste des plénipotentiaires et envoyés présents au Congrès de la Paix à Bade, qui a commencé le 5 juin 1714. Les représentants incluent plusieurs dignitaires de haut rang. Pour l'Empereur, les représentants sont Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain, et Jean Friderich, Comte de Scilern. Pour le Roi de France, les représentants sont François Charles de Vinithamille, Comte de Marville, et Barberie, Seigneur de Saint Contest. Divers princes et États sont également représentés, notamment le Prince Henry d'Auvergne, le Baron de Malknecht pour l'Électeur de Bavière, l'Évêque de Bâle, les Princes de Birkenfeld, l'Électeur de Cologne, Madame la Princesse veuve de Monsieur le Prince de Condé, le Marquis de Bade-Dourlach, Madame la Duchesse d'Elbeuf, les États Généraux des Provinces-Unies, le Duc de Guastalla, le Landgrave de Hesse-Cassel, le Landgrave de Hesse-Hanau, le Duc de Saxe Gotha, les Princes et États protestants du Cercle du Haut Rhin, les Chapitres d'Hildesheim et de Spire, le Prince d'Isembourg, le Duc de Lorraine, le Chapitre de Liège, le Prince de Ligne, le Duc de Modène, le Duc de la Mirandole, le Prince de Montbéliard, le Cardinal Ottoboni, le Roi de Prusse, le Duc de Parme, le Roi de Sicile, l'Évêque et Prince de Spire, l'Électeur de Trèves, le Grand-Maître de l'ordre Teutonique, le Duc de Wurtemberg, et les Marquis Malaspina de Mulazzo et Madrignano. Ces individus sont identifiés par leurs titres et fonctions respectifs, avec quelques détails supplémentaires pour certains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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176
p. 276-304
NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
Début :
Du 21. Aoust. Il y a dans cette place 2000. [...]
Mots clefs :
Barcelone, Hommes, Rebelles, Mines, Troupes, Régiment, Tranchée, Armes, Bataille, Maréchal de Berwick, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
NOUVELLES
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
** de ce qui ſe paſſe dans Barcelone
, & la difpofition des
Troupes.
Du 21. Aouft
Il ya dans cette Place 2000.
hommes de Troupes reglées
tant Infanterie que Cavalerie.
Les Chefs des Rebelles
font le premier Villaroüel ,
le ſecond c'eſtoit Poanton
Lieutenant General , il eſt
deferté ,& fon employ eft
encore vacant..
GALANT 277
Ilya un Major General de
Bataille qui s'appelle Jozepet.
Celuy qui commande la
Cavaleric est le Chevalier
Romana , le Commandant de
l'Artillerie eſt Balet qui eft
auſſi Ingenieur en chef Bru
no Torner eft Capitaine de
Bombardiers , & Pacheras eft
Capitaine des Mineurs .
Le Regiment de la Colonelle
est composé de fix Ba
taillons de soo. hommes,
Le nombre des Habitans
qui prennent les armes &qui
font actuellement le Service
va à 3000. hommes qui font
178 MERCURE
parmy les Troupes reglées ;
&le Regiment de la Colo-
7 Les Places d'Armes font
au nombre de trois , la pre
miere s'étend depuis Sainte
Catherine juſqu'à la Chapelle
de Marcos , la ſeconde au
Palais ,& la troifiéme à la
Mercediosla
- Ceux qui occupent la Demi-
Lune de la porte neuve ,
ont actuellement unRenfort
à faint Pierre & au Jardin de
ce Convent.
Le renfort de la breſche eſt
à laplacede ſaint Pierre.Ceux
GALANT 299
qui gardent la Denni Lune de
fainte Claire ont le leur à la
Celuy de la garde du Baf
tion du Levant eft à l'Aucata.
Dans l'écurie de l'Aucata ,
il y a toûjours cent chevaux
de Piguet quo
ס נ ו כ כ
obDans le Jardin de Gury , ily
aauffi cens chevaux de Piquet
hors laVille le long de laMer.
Le fignal pour l'allarme c'eſt
le toquefin , lors duquel ils
font tous obligez de prendre
les armes , & ceux qui refuſent
de marcher font pris &
mis en prifon.
280 MERCURE
1
La coupure qui eſt derriere
la bieſche prend depuis la
porte neuve juſqu'aux Poten
ces; l'ona abattu toutes les
Egliſes&maiſonsdepuis faint
Auguſtin juſqu'aux Bouche-
Cette coupure eſt dans ſa
perfection ; il y a une grande
place d'armes,avec un grand
foffé de douze pieds de profondeur
& dix de largeur. La
muraille eſt de pierre & de
terre d'argile ; l'on y a mis
cinq pieces de canon ſur les
deux coſtez chargées à
touche.
a car-
1
Il
GALANT. 281
Ilyadans la PlaceunConfeil
de guerre qu'on appelle
Junta magna , où aſſiſtent le
Gouverneur de laProvince appelléTorrellas
, qui eſtant fort
âgé a pour Lieutenans Don
Francifco Sayol ,DonJoſeph
de Pinot, le Comte de Po
nonos,leComte de Plazencia,
leMarquis de Sermanat , Don
Fiancilco Sivaller , & Don
Emmanuel Ferrer, coup inq
Ceux qui ont foin de faire
payer les Troupes, font Salvador
Felice , Juan Llinas , Ci
toven , Chattople Llado , le
Docteur Monnar,Medecin
Septembre 1714. Aa
281 MERCURE
/
4
Francifco Moſcaro , Marchand
auffi bien que Joſeph
Durand , Muriano Durand,
Comallas , Juan Albaret ,&
le nommé Fer. L'argent ſe
prend par tout où l'on ſçait
qu'il yen a de gré ou de for
co , & ceux qui refuſent dele
donner font pris & mis en
prifon.
Le nombre des bleſſez depuis
qu'on bat en brefehe
pour aller à 600 hommes.
Lc 14. Août le Comte
Don Jofeph Mata,DonCar
los Ribera ,Don Magin Ninot,
Don Francifco de laVoGALANY.
ga,& le fils du Juge Salvador
furent tuez; le fils aîné de Be
rardo avec deux fils de Llinas
farent bleſſeze 2ob ediểu
Ua sûr dans l'action du
même jour soo hommes tucz
A
A Gironne le 8, Septembre
D
Par lesLettres ddou quarre,
Monfieur , que je viens de
IsEcupiti du Campideyang
Barcelone,j'apppprreenndd que les
nouvelles batteries conti
nuoient àtiter vivement pour
ouvrir les nouvelles breches
Aaij
284 MERCURE
& qu'elles eltoient prelqueen
eftat auſſi bien que les Mines.
L'on me mande que M. le
Maréchal de Berwick avoit
fait fommet le 3. les Barcelonois
pour la premiere &
derniere fois ; ils répondirent
qu'ils alloient aff mbler leurs
Confeils que cela feroit un
peu long , mais qu'ils feroient
A
leurs réponſes Le 4 au foir
tirer de
elle n'eſtoir pas encore venue.
L'on continue cependant de
part & d'autre &l'on
croit qu'ils ne ſe prefferont
pas de la faire , parce que le
defordre que les caux ont
A
GALANT. 285
1
fait à la tranchée & dans les
Mines leur a donné de nou
velles efperances &relevé leur
courages il eſt certain que la
famine eſt dans cette Places
beaucoup de gens voudroient
en fortir , mais M. le Maréchal
de Berwick veurs que
Ponles'y faffe rentrer & cela
s'execute régulierement. Le 32
plus de 200 perſonnes entre
Jefquelles ily avoir beaucoup
defemmes ,parurent hors de
la Ville pour fortirsen implo
rant lamifericorde du Roy&
crane vive Philippes Vo mais
en les obligeaàrentrer
286 MERCURE
que
Il fait un temps fi affreux
depuis 10, ou 12. jours que
toutes les tranchées ont eſté
inondées , & qu'il eſt entré
beaucoup d'eau dans les Mines
,ce qui retardera encore
le Siege quelque tempsiolo
Paredes Lettres du
je viens de recevoir de Mataro
, l'on me mande qu'un
Enſeigne ayantdeferté de la
Place avec fix foldats , avoit
dit que le Confeil eſtoit encore
affemblé ,que l'on difoit
que trois perfonnes avoient
ſté nommées pour aller par
Jet àMonfieur deMaréchal de
GALANT. 287
Berwick, alçavoir leGeneral
de Bataille Joſeper , le Marquis
de Tamarit ,& le Comte
de Placentia. Que l'on ne ſçavoit
pas quel jour ce feroit;
mais que s'il y avoit quelque
retardement ce n'estoit qu'à
cauſe du déſordre que l'on
[çavoit que les eaux avoient
fait dans la tranchée & dane
les Mines, ce qui leur avoi
selevé le courage.201
Quant à ce qui ſe paſſedans
IePaysducoſtéde la Marine,le
Village de Saint Hiſcle a eſté
pillé Sentierement brulé
par le détachement deMon
188 MERCURE
fieur de Valloute queſtoir
à Tordera ; & deux autres
des Troupes d'Eſpagne qui
s'y estoient joint Les Rebelles
ſe ſont appro hez ' aprés
avoir abandonne Canet ; mais
lors qu'ils fçûrent que l'on
marchoit de ce colte là , ils
fitent la même manoeuvre ,
ainſi la chofe fut faite fans
refittance
C'eſt unVillage ſitué dans
un pays tres difficile prés de
la Mer qui ſervoit de retraite
& de magaſin aux Rebelles
dont ils farfoient continuellement
porter des vivres
Saint
GALANT. 289
Saint Paul & Canet pour
Barcelone.
Monfieur de Vallouſe a
auſſi fait bruler à ſon retour
ſept Barques de Barcelone
avec leurs agrés qu'il trouva
àCanet & à Saint Paul.
Pour ce qui eſt de la Montagne,
Monfieur de Rauchop
eſt toûjours avec un détachement
du coſté de Ripoüille ,
& Meragas ,s'eſt retiré un
peu plus loin du côté de la
Puebla qui eſt à quatre heures
de là.
Les Rebelles s'y eſtoient
aſſemblez pour faire de nou-
Septembre 17 14 . Bb
290 MERCURE
veau ſoulever le pays ; mais
comme l'on n'a ſçû depuis
qu'ils avoient marché du côté
de Manresa , Monfieur de
Bracamonté profite de ce
temps là pour aller bruler de
nouveau Arbucia où il y a un
autre corps de Rebelles. Monfieur
le Comte de Frenne a
envoyé un détachement dans
la Plaine de Vich , pour le
favoriſer dans ſon expedition :
c'eſt un endroitdans le Mouſigny
qui eſt continuellement
ſous les armes & qui fert de
retraite & de magaſin aux
Rebelles.
GALANT. 297
Le deux de ce mois au matin
trois Officiers de Cavaleric
de la Ville vinrent au Camp
commedeferteurs. M. le Marêchal
de Berwick les interrogea
, les fit garder à veuë , &
enſuite embarquer pour Pcniſcola.
Le meſme jour deux unCapitaine
de Volontaires du
Marquis Delpoal deferta , &
eût une longue conference
avec M. le Mareſchal qui le fit
refter chez luy; l'on croit qu'il
doit aller joindre quelqu'un
des Camps volans detachez de
l'Armée contre cesRebelles.
Bb ij
292 MERCURE
Les nouvelles breches &
les mines vont parfaitement
bien , mais une grande pluye
qu'il fit hier pendant dix à
douze heures a inondé la
plus grande partie de la tranchée
,& fur tout mis beaucoup
d'eau dans les mines ,
dont quelque partie s'eſt
éboulée : on travailie à reparer
les dommages , cependant
ces orages réïterez cauſent du
retardement. Les Affiegez
pretendent avoir eventé la
mine des Eſpagnols qui eſt
ſous la courtine prés l'angle
rentrant du Baſtion de la porGALANT.
293
re neuve.. Mais on dit qu'elle
n'eſt point endommagée
d'autant plus que l'on a poufſé
un rameau d'un autre côté;
d'ailleurs on aſſeure que les
breches dont le nombre augmente
tous les jours , & qui
quand cette mine n'y ſeroit
pas feront encore 6. attaques,
Leront encore plus que ſuffifantes
,&tout ſe diſpoſe pour
leſdites attaques. Les Dragons
en auront une. Mole Marefchal
fait faire des échelles ,&
l'on en a déja porté beaucoup
avec un grand nombre de
grenades aux dépoſts que l'on
Bb iij
294 MERCURE
a formez prés les débouchez
marquez pour l'attaque des
breches.
M. le Maréchal voulut bien
les faire ſommer hier 3 à 10 .
heures du matin avant de les
expoſer à un affaut general ,
ils répondirent qu'ils affembleroient
leur conſeil : une
heure aprés ils demanderent fi
l'on ſouhaitoit pour ôrages
des hommes de guerre ou de
Magiftrature , ajoûtant qu'ils
ne pouvoient ceffer de tirer ,
de maniere que le feu a toûjours
continué de part &
d'autre;&quoyqu'il y ait prés
GALANT . 295
de 36. heures , il ne paroît pas
qu'ils ayent encore fait de réponſe.
L'on aſſeure neanmoins
qu'il eſt venu cette nuit deux
Exprés avec des Lettres dú
ſieur Villaroël qui ont fait
éveiller Monfieur le Maref
chal ; mais comme il a dit à
tout le monde que ce n'eſtoit
que des deferteurs , on a jugé
qu'il vouloit qu'on ignoraft
le reſte.
Le pain eft tres - rare & fort
cher dans Barcelone , d'où
les femmes viennent en grand
nombre fur le bordde nos lignes
pour tâcher d'en fortir ,
B b iiij
J
296 MERCURE
A
mais M. le Maréchal a donné
ordre par toutde les faire rentrer
par forcedans la Ville.
2. M. de Sardini Montriel
Lieutenant Colonel du Regiment
de la Marine , homme
tres eſtimé de toutes les manieres
a eu ce matin une jambe
emportée d'un coup de canon
, & l'autre tres endommagée
en deſcendant la tranchéc.
Enfin aprés trois jours entiers
pendant leſquels les Barcelonois
ont fait pluſieurs
aſſemblées generales leſquelles
auroient dû naturellement
GALANT. 297
finir pour envoyer les trois
Deputez qu'ils avoient nommez
dés le premier jour : le
réſultat du tout a eſté que le
nommé Jozepet General de
Bataille dans cette Ville ayant
demandé hier à parler àMonfieur
le Chevalier d'Hasfeld
qui eſtoit de tranchée , luy
rendit pour réponſe que la
Ville ne vouloit écouter aucunes
propefkions & luy demanda
enfuite s'il vouloit
quelque choſe de plus ; cela
fini il luy conſeilla de ſe retirer
promptement , &l'on recommença
à tirer de part & d'au298
MERCURE
tres ; l'extravagance de cette
réponſe étant encore mieux
marquée en Efpagnol comme
elle a eſté faite , on en joint
une copie à la preſente.
:
La nuit du quatre au cinq
les Affiegez firent une fortic
par deux endroits du chemin
couvert qui eſt prés de la
Redoute de la Mer , ils tomberent
fur les deux Compagnies
des Grensers du Regiment
d'Auvergne qui les
chafferent & leur tuerent
treize hommes ; mais des
Officiers de ces deux Compagnies
, ily en eutdeux deblef.
GALANT. 299
ſez , deux morts & vingtun
Grenadiers tuez oubleffez.
La nuit du cinq au fix il fit
une ſi grande pluye que ces
inondations réïterées obligerent
d'abandonner la Mine
des Eſpagnols , celle du ſieur
de Lorme pouvant eſtre plus
facilement réparée,on compte
qu'elle ſera en état au plus
tard le neuf..
Il entra encore avant hier
•aprés midy dans Barcelone
deux groffes Barques chargées
de proviſions à la veuë
de toute l'Armée ; on parle
d'en armer vingt- cinq ou tren300
MERCURE
te pour s'oppoſer à tous les
petits Baſtimens qu'ils font
entrer de cette maniere dans
laPlace.
Les Rebelles de la Montagne
s'eſtant raſſemblez devant
Manreze au nombre de plus
de 4000. l'ont attaqué &même
bleſſé à mort le Gouverneur
; mais les détachemens
qui ſont toûjours en campagne
s'eſtant réünis les en ont
chaffez.
Monfieur de Sardiny Lieutenant
Colonel du Regiment
de la Marine eſt mort des
bleſſures dont on a parlé. 3
GALANT 301
Respuesta bichaporla ciudadde
Barcelona dopalabra altenienté
General detrinxera Cavallero
d'Hasfeld el dia 6. Setiembre
1714. Segun que el general detrinxera
hauia propuesto dias.
Laciudad ha hecho tresjuntas
a refuelto lo figuiente.
La ciudad noquiere admittir
propofition alguna quiere V. E.
algoMas?
Le 7. de ce mois les Barcelonois
firent la réponſe ſuivante
à la ſommation qui leur
avoit été faite deux jours
avant.
Un Officier vint ſur labre302
MERCURE
che , & demanda à parler à
l'Officier General commendant
la tranchée , qui étoit M.
leChevalier d'Hasfeld , il luy
lut la réponſe , contenant que
la Députation de Barcelone
faiſoit ſçavoir à M. le Maréchal
de Berwick qu'elle n'avoit
aucune propoſitionàfaire
ni à recevoir.
Le 11. on a donné l'aſſaut
general fans avoir pu ſe
ſervir des Mines qui ſe trouvoient
toutes noyées , & on
s'eſt empaté de tous les trois
Baſtions attaquez , &des retranchemens
; les Barcelonois
GALANT. 303
eſtoient retranchez dans les
maiſons , & dans les ruës , &
avoient demandé à capituler ,
fur quoyMonfieur le Maref
chal de Berwick leur fit répondre
qu'ils ne pouvoient
demander autre choſe que
d'eſtre pris à diſcretion.
On en étoit là lors que M.
le Ducde Mortemart eft party.
On attend la fin de cette
affaire par M. le Marquis de
Broglio.
e M. de la Villemenu , Colonel
d'Orleans a un coup de
fufil au travers du corps .
M. de Tailleran la cuiſſe
coupéc.
304 MERCURE
M. dHoudetot un coup
de fuſil dans l'aîne.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de ce qui se passe dans Barcelone, & la disposition des Troupes.
En août 1714, Barcelone est sous contrôle rebelle avec environ 2 000 hommes de troupes régulières, incluant l'infanterie et la cavalerie. Les chefs rebelles principaux sont Villarroël et Poanton, ce dernier ayant été destitué. Les officiers clés comprennent Jozepet, major général de bataille, le Chevalier Romana, commandant de la cavalerie, Balet, directeur de l'artillerie et de l'ingénierie, Bruno Torner, capitaine des bombardiers, et Pacheras, capitaine des mineurs. Le régiment de la colonelle compte six bataillons de 500 hommes chacun, et environ 3 000 habitants prennent les armes, portant le total des forces à 5 000 hommes. Les positions défensives sont établies près de Sainte Catherine, du Palais, et de la Merced, avec des renforts à la Demi-Lune de la porte neuve et à la brèche de saint Pierre. La Junta magna, dirigée par le gouverneur Torrellas et ses lieutenants, dont le Comte de Pononos et le Marquis de Sermanat, gère les opérations. Les finances sont collectées par la force si nécessaire. Depuis le début des combats, environ 600 hommes ont été blessés et plusieurs tués, dont le Comte Don José Mata et Don Carlos Ribera. Les batteries continuent de tirer pour ouvrir de nouvelles brèches, et les mines sont presque prêtes. Le maréchal de Berwick a sommé les Barcelonais de se rendre, mais ceux-ci demandent du temps pour consulter leurs conseils. Les rebelles utilisent un village près de la mer comme retraite et magasin de vivres. Plusieurs actions militaires sont menées par les forces françaises et espagnoles, incluant des attaques et des destructions de bastions rebelles. À Barcelone, des désertions vers les forces françaises sont signalées. Les travaux de siège avancent malgré des intempéries. Les assiégés prétendent avoir détecté une mine espagnole, mais les brèches créées par les bombardements sont suffisantes pour lancer des attaques. Le pain est rare et cher à Barcelone. Le 6 septembre 1714, Barcelone refuse toute proposition de négociation. Le 7 septembre, la réponse de la députation de Barcelone au maréchal de Berwick indique qu'elle n'a aucune proposition à faire ni à recevoir. Le 11 septembre, un assaut général permet la prise de trois bastions et des retranchements. Les Barcelonais demandent à capituler, mais le maréchal de Berwick exige une reddition sans condition. Parmi les blessés figurent M. de la Villemenu, M. de Tailleran et M. d'Houdetot. La fin des hostilités est attendue avec l'arrivée du marquis de Broglio.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
177
p. 304-331
JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Début :
Le Roy partit le 29. Aoust de Versailles pour aller coucher [...]
Mots clefs :
Roi, Fontainebleau, Cour, Seigneurs, Cardinal, Duchesse, Dames, Abbé, Électeurs, Chevaux, Duc d'Orléans, Conseil d'État, Cheval, Duchesse de Berry, Cardinal de Rohan, Seigneurs de la Cour, Chasse du cerf, Chasse, Cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
JOURNAL
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
2
7
GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
de ce qui s'est passé àFontaibleau
juſques au 21. Sep.
tembre 1714.
Le Roy partit le 29. Aouſt
de Verſailles pour aller coucher
à Petitbourg. Madame
la Ducheſſe de Berry eſtoit à
ſon côté dans le fonds du
caroſſe. Madame la Ducheſſe ,
& Madame la Princeſſe de
Conti eſtoient ſur le devant.
Je ne feray pas le détail de
Petitbourg ,
GALANT. 305
Petitbourg , ni de la grande
chere que Monfieur le Duc
d'Antin fit au Roy , & à toute
la Cour. Ce Seigneur a
toûjours fait de même lorf
que Sa Majeſté luy a fait l'honneur
d'y aller coucher. Le Roy
partit le 30. aprés avoir entendu
la Meffe , & avoir diné.
Sa Majesté fut eſcortée pendant
le voyage , par les Gardes
du Corps , les Gendarmes
, les Mouſquetaires ,&
Chevaux - Legers , juſqu'à
Fontainebleau , où S. M. arriva
le 30. à cinq heures du ſoir.
Le Vendredy 31. le Roy
Septembre 1714. Cc
306 MERCURE
alla à la chaffe du Cerf. Tous
les Seigneurs , & Dames de la
Cour portoient l'habit du
Cerf. Les Dames veſtuës en
Amazones à cheval ,& celles
qui estoient en caléche , habil-
Jées en Siamoiſes. S. M.revint
debonneheure , & prit ,
aprés avoir changé de linge
une cariole pour aller viſiter
les réparations.
Le Samedy premier Septembre
, il y eut aprés la Mefſe
Conſeil de confcience ,
où le R. P. le Tellier aſſiſta
ſeul , & l'apreſdinée S. M
alla tirer. Ce même jour on
C
GALANT. 307
apprit la mort du Duc de
Beauvillier.
Le Dimanche 2. il y cût
Conſeil d'Etat , l'apreſdinée
promenade Royale le long du
Canal , fur lequel on voyoit
quatre Gondoles ſculptées&
dorées que des Matelots vef
tus de damas bleu , garni de
galons ,& franges d'or , faifoient
monter & deſcendre ,
à meſure que la caléche du
Roy montoit & defcendoit :
cette caléche eſtoit entourée
de tous les Seigneurs de la
Cour à cheval , & fuivie de
plufieurs caroffes à 8 & à 6 .
Ccij
1
308 MERCURE
chevaux. Celuy de Madame
la Princeſſe de Conty fille du
Roy , de Monfieur le Cardinal
de Rohan, & de Monfieur
le Nonce étoient du nombre.
Ily eût auſſi peſche des Cormorans
; & au retour de la
promenade , S. M. apprit à
M. le Duc de Villeroy qu'elle
avoit donné la placede Préſident
du Conſeil des Finances
à M. le Maréchal de Villeroy
fon pere. Lemeſme jourMonfieur
le Duc d'Orleans arriva
à cinqheures de Paris ,&foupa
avecle Roy qui a toûjours
à ſa droite Madame la Dus
GALANT. 309
cheſſe de Berry , à la gauche
Madame. Monfieur le Duc
d'Orleans à coſté de Madame
la Ducheffe de Berry , & Madame
la Duchefle d'Orleans à
coſté de Madame .
Le Lundy troifiéme , il
y eut Conſeil d'Etat , & on
vit ce jour- là tous les Princes
& Seigneurs de la Cour en
habit du Cerf , ainſi que les
Princeſſes , & Dames veſtuës
en Amazones. S. M. alla
l'apreſdînée à la chaſſe du
Cerf , d'où Elle revint fort
tard ,parce qu'on en courut
deux ; M. l'Ambaſſadeur de
310 MERCURE
Sicile , M. le Nonce , M. le
Cardinal de Rohan y allerent
auffi. M. le Cardinal del Giudice
arriva ce ſoir de Paris.
Le Mardy quatriéme il y
cut Conſeil des Finances. Les
neveux de feu M. le Duc
d'Hamilton furent preſentez
au Roy & à Madame la Ducheffe
de Berry pendant ſa
toilette. Le Roy augmenta ce
jour-là les Gardes du Corps
de cette Princeffe de douze :
cette troupe eſt une des plus
belles qu'on puiſſe voir. Ils
font veſtus de drap noir avec
des Brandebourgs d'un galon
GALANT . 311
velouté , & une Bandoliere
brodée d'argent avec unCeinturon
couvert d'un galon
d'argent , ce qui fait untrésbel
effet. Le Cardinal del Giudice
qui avoit receu ordre du
Roy fon Maiſtre de retourner
en Eſpagne , cûr une longue
conference avec le Roy dans
le cabinet ; enſuite il y eût
Conſeil des Finances. Le Roy
alla tirer l'apreſdinée : ce foirlà
au ſoupé du Roy il y cût
les 24. violons,qui joints avec
les baffes de viole , les hautsbois
, flutes douces , & baffons
firentune tres-belle fym
4
312 MERCURE
phonie à cauſe de la veille de
la naiſſance de S. M. M. le
Cardinal delGiudice s'y trouva
, qui voulut embraſſer les
genoux du Roy , lorſqu'il ſe
leva de table ; mais S. M. le
releva , & l'embraſſa. Cette
Eminence étoit allée prendre
congé deMadame la Duchefſe
de Berry , & de Madame
L'apreſdinée , devant partir le
lendemain matin en chaiſe de
poſte pour Madrid.
Le Mercredy 5. il y cut
Conſeil d'Etat , & l'apreſdinée
promenade Royale le long
du Canal. Monfieur le Duc
d'Orleans
GALANT. 313
d'Orleans étoit à cheval àcôté
de la caléche du Roy , ainſi
que tous les Seigneurs de la
Cour. Il y cut grand nombre
de Caroſſes à 8. & à 6. chevaux
tant des Princeſſes que
des Dames de la Cour. Les
Gondoles monterent & defcendirent
ſur le Canal au lieu
ordinaire, & il y eut une tresbelle
pêche des Cormorans.
Le Jeudy fixiéme il y eut
Conſeil d'Etat, & l'apreſdinée
Sa Majeſté alla à la chaſſe du
Cerf , Madame , Monfieur le
Ducd'Orleans, Mademoiselle
de Charollois , Madame la
Septembre 1714. Dd
314 MERCURE
Marquise de Maillebois curent
place dans le Caroffe du
Roy. Madame la Ducheſſe de
Berry alla auſſi ce jour là ſe,
promener dans la Foreft , elle,
fit entrer dans ſon, Caroffe
Mesdames les Marquiſes de,
Mouchi , de Parabere , & de
Pons; elle étoit eſcortée de
ſes Gardes du Corps. Cette
Princeſſe n'aſſiſte àaucun ſpectacle
public à cauſe du duëil.
Le Vendredy ſeptiéme il y
cut Conſeil de confcience. Le
même jour M. le Nonce ,
&Meffieurs les Ambaſſadeurs
de Sicile&d'Hollande allerent
)
GALANT 3
àla toilette de Madame la
Ducheſſe de Berry , où le cercle
fut tres beau. L'apreſdinéc
Sa Majeſté alla tirer, & il y cut
chaffe du Cerfavec l'équipage
de Mr le Ducd'Enguien.
Le Samedy huitième jourde
laNativité de laVierge ,Monfieur
l'Ambaſladeur d'Hollande
, & Mademoiselle ſa
fille allerent à la toilette de
Madame la Ducheſſe deBerry.
Monfieur le Marquis de la
Vrilliere , & Monfieur le
Comte de Pontchartrain y
allerent auſſi faire leur cour.
A 2. heures & demie le Roy
Ddij
316 MERCURE
ſe rendit à la Tribune de la
Chapelle, accompagné de
Madame la Ducheſſe de
Berry , de Madame , & de
Monfieur le Duc d'Orleans
pour y entendre les Veſpres
qui furent chantées par la
muſique. Le Roy s'affit fur un
fauteüil . Madame la Ducheſſe
de Berry étoit aſſiſe auprés de
S. M. enſuite Madame &
Monfieur le Duc d'Orleans
eſtoient de l'autre coſté. Voicy
le nom de ceux qui eurent
l'honneur d'y ettre affis . Sur la
droite du Roy eſtoient affis
M. le Cardinal de Rohan ,
GALANT. 317
Grand Aumônier , M. l'Abbé
deChoiſeul , M. l'Abbé d'Entragues
Aumôniers du Roy ,
& le R. P. le Tellier. Sur la
gauche étoient affis M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouget , & M. l'Abbé Davejan
, Aumôniers de Madame
la Ducheſſe deBerry . M. l'Abbé
de Magnas , M. l'Abbé de
Verthamont , Aumôniers de
Madame y estoient de même
que M. l'Abbé Malet Aumônier
de Monfieur le Duc d'Orleans.
Derriere le fauteüil du
Roy eſtoit affis M. le Duc de
Villeroy , Capitaine desGar-
Dd iij
318 MERCURE
des. Derriere Madame la Du
cheffe de Berry , M. le Marquis
de Coetenfo fonChevalier
d'honneur, Madame la
Ducheffe de S. Simon ſa Damed'honneur
, & Madamela
Marquiſe de la Vieuville ſa
Dame d'atours. Derriere Madame
eſtoit affiſe Madame de
Châteautieri ; & derriereMonfieur
le Duc d'Orleans , M.le
Marquis d'Estampes ſon Capitaine
des Gardes. Madame
la Ducheſſe , Madame la Princeſſe
de Conty , & Mademoiſelle
de Charollois estoient
dans une des niches. Le mê
GALANT. 319
me jour S. M. entendit le Salut
à fix heures du foir.
Le Dimanche neuviéme il
y eut Conſeil d'Etat. Mrdame
l'Ambaſſadrice d'Hollande
, &Mademoiselle la fille
allerent à la toilette de Madame
la Ducheffe de Berry
où le cercle étoit rempli des
plus grands Seigneurs & Dames
de la Cour. Il y eut ce
jour-là promenade Royale ; 11
y avoit plus de 100. carofles
à8. ou à 6 chevaux . Ceux de
Madame la Princeffe de Conti
fille du Roy , de Monfieur le
Nonce , de Monfieur le Car
Ddij
320 MERCURE
dinal de Rohan ; ceux de
M. l'Ambaſſadeur d'Hollande,
dans l'un deſquels il étoit
avec Madame l'Ambaſſadrice,
&Mademoiselle ſa fille aînée,
&dans l'autre le reſte de ſa famille.
Celuy de l'Ambaſſadeur
de Sicile. Il y avoit un
nombre infini d'étrangers qui
conviennent qu'on ne voit
rien dans l'Europe de plus
beau: en effet , rien n'eſt plus
grand que de voirde deſſus le
Tibre , le Roy deſcendre le
long du Canal avec toute ſa
Cour. Il n'eſt point de plus
beau coup d'oeil que cette va
GALANT. 321
rieté : d'un coſté ſur leCanal
quatre Gondoles dorées qui
voltigent ; &de l'autre cemélange
de Seigneurs à cheval ,
de caroffes ,& de peuple. L'Electeur
deBaviere arriva à neuf
heures du foir.
Le Lundy dix l'Electeur en
tendit la Meſſe du Roy ; il y
cut ce matin Conſeil des Depêches
, & l'apreſdinée pour
la premiere fois Conſeil des
Parties. S. M. alla aprés le diné
à la chaſſe du Cerf. Tous
les Princes & Seigneurs portoient
l'habit du Cerf , de
même que les Princeſſes , &
{
322 MERCURE
Jes Dames veltoes en Amazo
nes ,& à cheval. L'Electeur ,
M. le Prince Ragorza , M. Ic
Nonce , Mile Cardinal deRo
han , de même que tous les
Ambaſfadeurs y allerent auffi
avec un nombre infini d'é
trangers : il y avoit plus de
1000. chevaux , dont il yen
avoit 200. de main qui ſont
au Roy , que des Palefreniers
menoient , qui étoient couverrs
de caparaffons toutbro
dez d'or ; il y avoit auffi plus
dedeux cent caroffes ou caléches.
Le Mardy onze il y eut
GALANT. 323
Conſeil des Finances aprés la
Meffe du Roy , & l'apreſdinéc
Confeil d'Etat Les Princesa
lerent avec pluſieurs Seigneurs
à la challe du Sangher.
Le Mercredy douze M. le
Marquis du Luc , fils deM. le
Comte da Luc , Ambaffadeur
en Sulfe , arriva à huit heures
du matin de Bade , & porta la
nouvelle de la ſignature de la
Paix generale. Ce Seigneur ,
aprés le levé du Roy , fut preſenté
par M. le Marquis de
Torcy , & entra avec S. M.
dans le cabinet ; il y eut enfuite
Confeil d'Etat : le même
324 MERCURE
jour M. leDuc d Enguien alla
avec pluſieurs Seigneurs à la
chaffe du Cerf, &le Roy alla
tirer l'apreſdinée.
L'e Jeudy treize on chanta
à la Meſſe du Roy un motet
de la compofition de M. Dus
buiffon , il y cut Conſeil d'E.
tat, & fymphonie audiné du
Roy , qui alla immediatement
aprés à la chaſſe du Cerf:Madame,
Monſicur le Ducd'Orleans
, Mademoiselle de Charollois
, Meſdames de Maillebois
, de Rupelmonde , & de
S. Germain étoient dans le caroſſe
de S. M. Tous les PrinGALANT.
325
ces ,& Seigneurs de la Cour
yallerent auſſi ; les Princeſſes
&Dames veſtuës en Amazones
à cheval , & celles qui
étoient en caléches en Siamoiſes
. L'Electeur, M. le Cardinal
de Rohan , M. le Prince
Ragotzi , M le Nonce , tous
les Ambaffadeurs & Envoyez
eſtoient du nombre. Ily avoit
plus de 1000. chevaux , fans
compter les caroffes, caléches,
brelines , phaëtons , & guinguettes
ou chaiſes, qui étoient
toutes d'une tres - grande
beauté. Il yavoit plus de 300.
chevaux de main du Royavec
326 MERCURE
des caparallons tout brodez
d'or. On prit deux Cerfs . Au
retour on fit la curée à huit
heures & demic devant S. M.
pendant que 60. ou 80. cors
ſonnoient ,&que 180 chiens
eſtoient aprés le Cerf qu'on
avoit coupé en morceaux ,
tout cela à la lueur de 100.
lambeaux portez par des Palefteniers
qui bordoient toute
l'allée Royale.
Le Vendredy quatorze il y
eur Conſeil de Conſcience.
M. le Cardinal de Rohan
M le Prince de Rohan , M.
le Prince d'Eſpinoy , & M. le
GALANT. 327
Prince de Soubite allerent àla
toilette de Madame la Duchefle
de Berry luy preſenter
àfigner le Contrat de Mariage
de M. le Prince de Soubiſe
avecMademoiselle d' Elpinoy,
que cette Princeffe figna :M..
le Duc deEnguien alla cejourlà
àla chaſſe du Sanglier ; &
on en prit deux ; le Roy alla
tirer l'apreſdinée..
Le Samedy dix huit il y
cut Conſeil des Finances ,M.
le Duc & M. le Comte de
Toulouſe allerent à la chaffe
du Cerf L' preſdinée S. M.
travailla avec M. Voiſin.
4
328 MERCURE
Le Dimanche ſeize ily eut
Conſeil d'Etat. M. le Cardinal
de Polignac , M. l'Archevêque
de Lyon , M. le Duc
de la Tremoille , M. l'Am-
-baſſadeur de Malthe , allerent,
à la toilettede Madame la Du
cheffe de Berry , où le cercle
des Dames fut des plus brillans
: il y eut Conſeil d'Etat
l'apreſdinée.
Le Lundy dix- ſeptiéme le
Roy prit medecine. M. le
Duc d'Enguien alla à la chaſſe
du Sanglier , il en prit deux ,
il y eut ce jour là Conſeil des
Parties le matin ; & l'aprefdinée
,
GALANC. 329
dinée Conſeil d Etat .
Le Mardy dix huitiéme il
y cut Conſeil des Finances ;
& l'apreſdinée chaſſe du
Cerf. Tous les Princes , Princeffes
, l'Electeur , les Ambaſſadeurs
y allerent auffi ; & au
retour on fit la curée en preſence
du Roy , de l'Electeur ,
de M. le Duc d'Enguien , de
M. le Comte de Charollois ,&
de tous les Seigneurs de la
Cour.
Le Mercredy dix- neuviéme
on chanta à la Meſſe du Roy
un Motetde la compofition
deM. la Loüette : ily eutCon-
Septembre 1714, Ec
330 MERCURE
feil d'Etat , & M. le Maréchal
de Villeroy y entra pour la
premiere fois en qualité de
Miniſtre. Le Roy alla tirer
l'apreſdinée , & à ſon déboté
M. le Maréchal de Villars
arriva de Bade , à qui S. M.
demanda ;fitout estoit fini , oüy
Sire , répondit ce Maréchal
laPaix Generale eft fignée ;
le Prince Eugene m'a aſſuré
qu'Elle feroit durable.
Le Jeudy vingtiéme ily cut
Confeil d'Etat, une tres belle
ſymphonie au dîné du Roy ,
qui alla à la chaſſe du Cerf
demême que l'Electeur , tous
2
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GALANT. 331
lesPrinces,Seigneurs &Dames
de la Cour.
On joue un tres-gros jeu
tous les jours chez l'Electeur .
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Résumé : JOURNAL de ce qui s'est passé à Fontainebleau jusques au 21. Septembre 1714.
Du 29 août au 21 septembre 1714, plusieurs événements significatifs eurent lieu à Fontainebleau. Le roi quitta Versailles le 29 août, accompagné de la Duchesse de Berry, de la Duchesse de Conti et de la Princesse de Conti. À Fontainebleau, le roi s'adonna à diverses activités, notamment des chasses au cerf et des promenades royales le long du canal. Le 1er septembre, le duc de Beauvillier décéda. Le lendemain, le roi nomma le maréchal de Villeroy président du Conseil des Finances. Le 3 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de l'ambassadeur de Sicile, du nonce et du cardinal de Rohan. Le 4 septembre, le roi augmenta les Gardes du Corps de la Duchesse de Berry et reçut les neveux du duc d'Hamilton. Une autre promenade royale eut lieu le 5 septembre. Le 6 septembre, une nouvelle chasse au cerf se tint avec plusieurs membres de la cour. Le 16 septembre, le Duc d'Enguien chassa le sanglier et captura deux bêtes. Le 17 septembre, un conseil des finances se tint, et le Duc d'Enguien ainsi que le Comte de Toulouse allèrent chasser le cerf. Le 18 septembre, plusieurs personnalités assistèrent à la toilette de Madame la Duchesse de Berry. Le 19 septembre, le Duc d'Enguien chassa à nouveau le sanglier. Le 20 septembre, une chasse au cerf se déroula en présence de nombreux princes, princesses, l'Électeur et les ambassadeurs. Le 21 septembre, un motet fut chanté lors de la messe du roi, et le Maréchal de Villeroy fit sa première entrée en tant que ministre. Le Maréchal de Villars arriva de Bade, annonçant la signature de la paix générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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178
p. 331-332
AVIS.
Début :
On a fait courir le bruit à Paris que M. de Woolhouse Gentilhomme [...]
Mots clefs :
Maladies, Professeur de médecine
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
1
On a faitcourir le bruit àParis
que M. deWoolhouseGentilhomme
& Oculiste Anglois ,
eftoit mort depuis deux mois ,
tant à cauſe qu'il a changé de
quartierqu'àcause d'une maladie
dangereuse , dont M. Geoffroy
Professeur en Medecine,la entierement
queri ; mais ce bruit
mal est fondé,&il avertit le
Ecij
332 MERCURE
Public qu'il a demeuré cy devant
pendant biendes années au Fauxbourg
Saint Germain ; &qu'il
demeure preſentement au College
de l'Ave- Maria vis à-vis le
petit Portail de Saint Estienne
du Mont ; prés Sainte Geneviéve.
Ilpratique trente trois differentes
operations manuelles fur
les yeux : il remedie par des
medicamens , doux ,prompis
furs,àtouslesautres mauxqueriffables
de la veuë , entre les cens
foixante &treize maladies diffe.
rentes , qui peuvent attaquer ,
l'oeil. Ildonnera une liste des perſonnes
qu'il agueri à Paris
tous ceux qui laſouhaiteront.
1
On a faitcourir le bruit àParis
que M. deWoolhouseGentilhomme
& Oculiste Anglois ,
eftoit mort depuis deux mois ,
tant à cauſe qu'il a changé de
quartierqu'àcause d'une maladie
dangereuse , dont M. Geoffroy
Professeur en Medecine,la entierement
queri ; mais ce bruit
mal est fondé,&il avertit le
Ecij
332 MERCURE
Public qu'il a demeuré cy devant
pendant biendes années au Fauxbourg
Saint Germain ; &qu'il
demeure preſentement au College
de l'Ave- Maria vis à-vis le
petit Portail de Saint Estienne
du Mont ; prés Sainte Geneviéve.
Ilpratique trente trois differentes
operations manuelles fur
les yeux : il remedie par des
medicamens , doux ,prompis
furs,àtouslesautres mauxqueriffables
de la veuë , entre les cens
foixante &treize maladies diffe.
rentes , qui peuvent attaquer ,
l'oeil. Ildonnera une liste des perſonnes
qu'il agueri à Paris
tous ceux qui laſouhaiteront.
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Résumé : AVIS.
Une rumeur à Paris annonce la mort de M. de Woolhouse, oculiste anglais. M. Geoffroy dément cette information. M. de Woolhouse a déménagé au Collège de l'Ave-Maria. Il pratique diverses opérations oculaires et traite plus de cent soixante-treize maladies de la vue avec des médicaments efficaces. Il fournit une liste de ses patients guéris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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179
p. 333
AUTRE AVIS de grande consequence.
Début :
Le sieur Godeheult le fils, Marchand Tailleur, demeurant [...]
Mots clefs :
Habits, Marchand tailleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE AVIS de grande consequence.
AUTRE AVIS
de grande conſequence.
د
د Le ſieur Godeheult le fils
Marchand Tailleur , demeurant
ruë Tirechappe, du côté de la ruë
Betizi , àl'Enseigne du Point du
jour , quartier de la ruë de la
Monnoye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutes fortes
d'habits &ſurtouts tant brodez
que gallonez& unis : il habille
Regimens&Livrées ,il troque
toute forte de Garderobe , &enfin
il habille àl'année de toutes
façons, proprement,magnifiquement
& à juste prix.
de grande conſequence.
د
د Le ſieur Godeheult le fils
Marchand Tailleur , demeurant
ruë Tirechappe, du côté de la ruë
Betizi , àl'Enseigne du Point du
jour , quartier de la ruë de la
Monnoye avertie le Public
qu'il fait&fournit toutes fortes
d'habits &ſurtouts tant brodez
que gallonez& unis : il habille
Regimens&Livrées ,il troque
toute forte de Garderobe , &enfin
il habille àl'année de toutes
façons, proprement,magnifiquement
& à juste prix.
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180
p. 334
« On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
Début :
On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
On a imprimé depuis peu
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
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181
p. 334-336
Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
Début :
Voicy une petite Piece que je viens de recevoir de la main / Un ruisseau m'endormoit en tombant dans la Seine, [...]
Mots clefs :
Oiseaux, Zéphire, Flore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
Voicy une petite Piece que
je viens de recevoir de la main
d'un de mes amis , il m'aſſeu
re qu'elle n'eſt point anciens
GALANT. 335
ne , cependant elle ne m'a
point du tout l'air moderne :
quelque âge qu'elle ait , ceux
qui ne l'ont point veuë feront
bien aiſe de la voir , & ceux
qui l'ont leuë , ne feront pas
fâchez de la relire encore.
VN ruilleau mendor
moit en tombant dans
la Seine,
Mille oiseaux m'éveil
loient , & ranimoient
ma veine ,
Dne aurore naiſſante éclai
roit un chemin
336 MERCURE
D'où le Zephire & Flore
avec leur douce haleine
Faifoient neiger fur moy
la rose ,&tejasmin.
Fapperçus tout à coup la
beautéque j'adore.
Foubliay les ruiffeaux ,
Jene vis plus d'oiseaux ,
Je ne vis plus d'aurore ,
De roses , de jasmins , de
Zephire, ny de Flore.
je viens de recevoir de la main
d'un de mes amis , il m'aſſeu
re qu'elle n'eſt point anciens
GALANT. 335
ne , cependant elle ne m'a
point du tout l'air moderne :
quelque âge qu'elle ait , ceux
qui ne l'ont point veuë feront
bien aiſe de la voir , & ceux
qui l'ont leuë , ne feront pas
fâchez de la relire encore.
VN ruilleau mendor
moit en tombant dans
la Seine,
Mille oiseaux m'éveil
loient , & ranimoient
ma veine ,
Dne aurore naiſſante éclai
roit un chemin
336 MERCURE
D'où le Zephire & Flore
avec leur douce haleine
Faifoient neiger fur moy
la rose ,&tejasmin.
Fapperçus tout à coup la
beautéque j'adore.
Foubliay les ruiffeaux ,
Jene vis plus d'oiseaux ,
Je ne vis plus d'aurore ,
De roses , de jasmins , de
Zephire, ny de Flore.
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Résumé : Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
L'auteur reçoit une pièce littéraire d'un ami. Cette œuvre, bien que récente, peut plaire aux nouveaux lecteurs et aux amateurs de relecture. Elle décrit un ruisseau vers la Seine, des oiseaux inspirants, et l'aurore éclairant un chemin. Zéphyr et Flore apportent roses et jasmin. La beauté adorée par le poète éclipse ces éléments naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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182
p. 337-351
Mariages. [titre d'après la table]
Début :
J'ai vû l'heure que j'allois estre obligé de donner ce [...]
Mots clefs :
Mariage, Seigneur, Dame, Conseiller, Parlement, Comte, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages. [titre d'après la table]
J'ay vû l'heure que j'allois
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
eſtre obligé de donner ce
mois- cy un Mercure defiguré.
L'article des Mariages qui
eſt le plus beau & le meilleur
du Livre a penſé n'y pas eſtre ,
par la negligence de monGenealogiſte.
Je ſuis fi piqué
contre luy , que je ne peux
m'empeſcher de vous l'annoncer
, Meſſieurs, comme un des
plus extraordinaires mortels
qu'il y ait au monde : c'eſt en
un mot un vray Democrite
qui ſe moque de tout , de ſes
Genealogies ,de ſa propre perſonne
, de mon Mercure &
Septembre 1714 . F
338 MERCURE
de moy. Jugez s'il a tort , &
lifez àbon compte l'hiſtoire
des Mariages qu'il vient de
m'envoyer.
Jacques Papillon , Secretaire
du Roy , fils de M. Papillon
, époufa le 30. Aouſt
Damoifelle Renée- Françoiſe
Feydeau , fille de feu Meffire
Charles Feydeau , Capitaine
au Regiment deChampagne ,
& de Dame Marie Anne du
Pleſſis , petite fille de Pierre
Feydeau , Seigneur de Vaugien,
Secretaire du Roy , Receveur
general des Gabelles à
Paris , & de Catherine Vi
GALANT. 339
vien , & arriere petite fille
d'Antoine Feydeau reçû Conſeiller
au Parlement de Paris
en 1573. & d'Efter Baillif.
Ledit Antoine Feydeau , fils
de Guillaume Feydeau mort
le 15. Avril 1577. & enterré
à faint Medericoù ſe voitſon
Epitaphe. Feu M. Feydeau pere
de Mademoiselle Feydeau
qui vient de ſe marier , avoit
fait ſes preuves pour l'Ordre
de Malthe , & elles avoient
eſté admiſes .Cette famille s'eft
alliée à celles de Meſmes ,
d'Hennequin, le Camus,Maupeou
, Montholon , le Febvre
Ffij
340 MERCURE
d'Eaubonne , Voiſin , Roüillé
de Meſlay , de Machault , & à
laMaiſon de Daillon du Lude.
Meffire Jean - Auguſte le
Rebours , Conſeiller au Parlement
, fils de Meſſire Claude
le Rebours , Seigneur de ſaint
Mars , Conſeiller d'honneur
au Parlement , & de Dame
Jeanne Pantin de la Guerre ,
époufa le trois Septembre Marie-
Loüife Chuberé , fille de
Pierre Chuberé , Avocat au
Parlement ,Banquier Expedi
tionnaire enCour deRome,&
Secretaire du Roy , & de Marie
Regnault ſa ſeconde femGALANT.
341
me. M. le Rebours eft couſin
germain de M. Alexandre le
Rebours Intendant des Finances
, & de Dame Elizabeth-
Thereſe le Rebours , femme
de Meſſire MichelChamillart,
cy devant Miniſtre & Secretaire
d'Etat , Controlleur General
des Finances , Commandeur
& Grand- Treforier des
Ordres du Roy , & ils font
tous trois petits enfans d'Alexandre
le Rebours, Seigneur
de Bertherandfoſſe , Préſident
de la Cour des Aides , fils de
Guillaume le Rebours , Seigneur
de Bertherandfoſſe , Pré-
Ffiij
342 MERCURE
fident de la Cour des Aides,&
Conſeiller d'Etat , lequel étoir
fils de Germain le Rebours ,
Seigneur de Bertherandfoſſe ,
l'un des plus celebres Avocats
du Parlement de Paris , & le
plus employé de ſon temps.
M. le Comte de Roucy ,
Mestre de Camp d'un Regiment
de Cavalerie , épouſa le
4. Septembre Damoiſelle .....
Huguet, fille d'Alphonſe Denis
Huguet, Conſeiller auParlement
, & de Marguerite de
Turmenyes , & petite fillede
/ Simon Huguet mortSecretairedu
Roy en 1691. forty d'uGALANT.
343
ne famille de la Ville d'Orleans
, où elle ſubſiſte encore
-à preſent. M. le Comte de
Roucy eft fils de Moffire François
de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roucy,Lieutenant
General des Armées du
Roy , cy devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Catherine
Françoiſe d'Arpajon,fille
de feu M. le Duc d' Arpajon ,
petit fils de Frederic- Charles
de la Rochefoucaud de Roye ,
Comte de Roye & de Roucy ,
Lieutenant General des Armées
duRoy de France ,Ma-
Ffiij
344 MERCURE
réchal de Camp General des
Troupes du Roy de Dannemarck
, & Chevalier de ſon
Ordre de l'Elephant ; & de
Dame Iſabelle de Durfort-
Duras , arriere petit fils de
François de la Rochefoucaud
de Roye Comte de Roucy ;
&de Dame Julienne Catherine
de la Tour en Auvergne.
Ledit François de la Rochefoucaud
fils de Charles de la
Rochefoucaud de Roye
Comte de Roucy ; & de Claude
de Gontheau de Biron , &
,
د
petit fils de François de la Rochefoucaud
troiſiémedu nom
GALANT. 343
Comte de la Rochefoucaud
Prince de Marfillac,Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capitaine
de so. Hommes d'Armes de
ſes Ordonnances ; & de Char
lotte de Roye ſa ſeconde femme
Comteffe de Roucy , foeur
puiſnée d'Eleonore de Roye,
femme de Louis de Bourbon
Prince de Condé. La Maiſon
de la Rochefoucaud , l'une
des plus illuftres du Royaume
, deſcend de Foucaud Seigneur
du Chateau de la Roche
en Angoumois , dit depuis,
de la Rochefoucaud, vivant
vers l'an 1000. & elle
346 MERCURE
s'eſt toûjours alliée aux plus
grandes Maiſons. Voyez la
Genealogie de cette Maiſon
dans l'Histoire des GrandsOf
ficiers de la Couronne.
M. le Prince de Soubize fils
de M. le Prince de Rohan
Lieutenant General des Armées
du Roy , Capitaine Lieurenant
des Gendarmes de
ſa Garde , Gouverneur de
Champagne , & de Brie ; &
de Dame Marie-Anne-Geneviéve
de Levis de Vantadour ,
a épousé Mademoiselle de
l'Eſpinoy , fille de feu Meſſire
Loüis de Melun , Prince de
GALANT. 347
l'Eſpinoy , & de Dame Eliſabeth
de Lorraine Liflebonne.
La Maiſon de Rohan eſtune
des plus illuſtres de laProvince
deBretagne ; & elleest connuë
depuis l'an 1100. que vivoir
Alinpremier du nom,Vicomte
de Rohan. M. le Princede
Guimené en eſt l'aîné ,& il a
pour cadets Meſſieurs les
Princes de Soubize : les Seigneurs
du Poulduc dans l'Evêché
de Vannes , fubfiftant
encoreà preſent en Bretagne
font auffi de cette Maiſon ,
comme on lepeut voir à la fin
de l'Hiſtoire du Maréchal de
ةيس
348 MERCURE
Guebrian par le ſieur le La
boureur ; voyez auffi pour
cette genealogie , la nouvelle
édition de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne
au Chapitre des Maréchaux
de France ; de même
que pour la genealogie de la
Maiſon de Melun qui eſt aufſiunedes
plus illuftres &des
plus anciennes du Royaume.
Meffire Mathieu de Montholon
Confeiller au Grand
Confeil , fils de Meffire Mathieu
de Montholon Conſeiller
au Chaſtelet ; & de Marie
Ravier , a épouféle Sep
GALANT. 349
tembre Damoiſelle Clotilde
le Doux de Melleville , fille
de feu Claude le Doux , Seigneur
deMelleville,Conſeiller
au Parlement ; & de Françoiſe
Nau ,petite fille de Claude
le Doux Seigneur deMelleville
, mort Conſeiller au
Parlement en 1652.& arriere
petite fille de Claude le Doux
Seigneur de Melleville Maiſtre
des Requeſtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy en 1617. lequel
eſtoit fils de Jean le Doux
Seigneur de Melleville , Prefident
, Lieutenant General
Civil & Criminel de la Ville
350 MERCURE
d'Evreux,d'où cette famille eft
originaire. M. de Montholon
eſt frere puiſné de Meffire
François de Montholon Infpecteur
General de la Marine
& des Galeres , marié depuis
peu à Mademoiselle de Novion
, fille de M. le Preſident
de Novion ; & il a pour trifayeul
Meffire François de
Montholon Seigneur du Vivier&
d'Aubervilliers faitGardedes
Sceaux de France l'an
1542. & qui eut entre autres
fils François de Montholon
Seigneur d'Aubervilliers,aufli
Garde des Sceaux de France
1
GALANT. 351
1
en 1588. Voyez pour la genealogie
de cette famille qui
eſt originaire de la Villed'Autun
, l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre des Chanceliers &
Gardes des Sceaux de France.
Meffire ... de Lataignant ,
Conſeiller au Parlement , fils
& petit fils de Meſſieurs de
Lataignant Conſeiller auParlement
, a épousé Mademoifelle
Miotte,fille de M. Miotte
Greffier du Confeil.
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Résumé : Mariages. [titre d'après la table]
En septembre 1714, Jacques Papillon, secrétaire du roi, manifeste son insatisfaction envers son généalogiste pour avoir omis les articles sur les mariages dans le Mercure. Il reproche au généalogiste sa négligence et son attitude moqueuse. Plusieurs unions notables sont rapportées : Jacques Papillon a épousé Renée-Françoise Feydeau le 30 août. La famille Feydeau est liée à des maisons prestigieuses telles que Mesmes, Hennequin, Maupeou et Montholon. Jean-Auguste le Rebours, conseiller au Parlement, a uni sa vie à celle de Marie-Louise Chuberé le 3 septembre. Les deux familles sont distinguées, avec des ancêtres ayant occupé des postes importants au Parlement et à la Cour. Le Comte de Roucy, mestre de camp d'un régiment de cavalerie, a épousé une demoiselle Huguet, originaire d'Orléans. La famille de Roucy descend de François de la Rochefoucauld. Le Prince de Soubize, fils du Prince de Rohan, a épousé Mademoiselle de l'Espinoy. La maison de Rohan est illustre en Bretagne depuis l'an 1100. Mathieu de Montholon, conseiller au Grand Conseil, a épousé Clotilde le Doux de Melleville en septembre. Clotilde provient d'une famille de conseillers au Parlement et de magistrats. Mathieu de Montholon est le frère cadet de François de Montholon, inspecteur général de la Marine, récemment marié à Mademoiselle de Novion. Leur ancêtre, François de Montholon, fut Garde des Sceaux de France en 1542. Enfin, Meffire de Lataignant, conseiller au Parlement, a épousé Mademoiselle Miotte, fille de M. Miotte, greffier du Conseil.
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183
p. 352-353
MORT.
Début :
François Bernard, Seigneur d'Aigresain, mourut le 13. [...]
Mots clefs :
Seigneur, Secrétaire
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texteReconnaissance textuelle : MORT.
MORT.
د
François Bernard , Seigneur
d'Aigrefain mourut le 13 .
• Septembre , laiſſant des enfans
de Dame ... Pujol ſa femme
qu'il avoit épousé depuis peu
d'années , fille de Jacques Pujol
Avocat au Conſeil , &
d'Elifabeth Charon de Monceaux.
Il eſtoit fils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigrefain
&duChemin enBrie,Secretaire
duRoyen 1659. & favory
deM. Fouquet Sur Intendant
des Finances ,& petit fils de
Loüis
GALANT. 353
Louis Bernard fieur Duche.
min Secretaire de la Chambre
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin mort en
1623. & enterré dans l'Egliſe
de Neumouſtier en Brie .
د
François Bernard , Seigneur
d'Aigrefain mourut le 13 .
• Septembre , laiſſant des enfans
de Dame ... Pujol ſa femme
qu'il avoit épousé depuis peu
d'années , fille de Jacques Pujol
Avocat au Conſeil , &
d'Elifabeth Charon de Monceaux.
Il eſtoit fils de Charles
Bernard,Seigneur d'Aigrefain
&duChemin enBrie,Secretaire
duRoyen 1659. & favory
deM. Fouquet Sur Intendant
des Finances ,& petit fils de
Loüis
GALANT. 353
Louis Bernard fieur Duche.
min Secretaire de la Chambre
du Roy & du Maréchal
du Boisdauphin mort en
1623. & enterré dans l'Egliſe
de Neumouſtier en Brie .
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Résumé : MORT.
François Bernard, Seigneur d'Aigrefain, est décédé le 13 septembre. Il a laissé des enfants avec Dame Pujol, sa femme, fille de Jacques Pujol et Élisabeth Charon de Monceaux. François Bernard était le fils de Charles Bernard, secrétaire du Roi en 1659 et favori de M. Fouquet. Il était aussi le petit-fils de Louis Bernard, secrétaire de la Chambre du Roi, décédé en 1623.
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184
p. 353
APOSTILLE.
Début :
La Ville de Barcelone est enfin prise, & renduë à discretion [...]
Mots clefs :
Barcelone, Siège
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texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
La Ville de Barcelone eſt
enfin priſe , & renduë à difcretion.
Je donneray le mois
prochain un Journal hiſtorique
de tous les grands évenemens
de ce Siege .
La Ville de Barcelone eſt
enfin priſe , & renduë à difcretion.
Je donneray le mois
prochain un Journal hiſtorique
de tous les grands évenemens
de ce Siege .
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185
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-Propos. 3 Histoire. 9 Feste que les Espagnols ont [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Avant-Propos.
Hiftoire.
5
2
Feſte que les Espagnols ont retenu
des Grecs desRomainspour
celebrer la naiſſance de leurs
Rois. 83
Discours fur l'origine du mois.
: 87
Acrostiche de Loüis le Grand ,
c. 95
Traité des Acephales , ou des
hommesfans tête.
Si S. Augustin en a vi.
98
103
TABLE.
Enfants nés fans tête. 109
Par où l'enfantſe
que d'être né. 115
• Article que Perſonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre finguliere
écrite du Pardo le 15. Aouft.
122
Nouvelles.
125
Discours des Deputez de la Province
de Languedoc au Roy.
133
AMonseigneur leDauphin. 141
C
Verſion paraphrafée de la 29 .
Ode du 3. Livre d'Horace
adreffée à Mecenas , qui commence
par TyrrhenaRegum
progenies. 147
Ggij
TABLE.
Avis utile aux Mathematiciens.
169
173
Paralelle de M. Devizé & de
M. de la Bruyere.
Critique d'un diſtique de Centeüil
à l'accaſion du Portrait
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le fieur de la Haye.
175
Remarque d'hazardſur la petite
Comedie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre . 177
Article pour la Province qui
contient lePrologue er les Divertiſſements
des Festes du
:
Cours.
:
182
TABLE.
Chapitre où en attendant les con
clufions de la Paix generale ,
l'Auteur du Mercure declare
la guerre à l'Auteur dufournal
de Verdun. 197
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
de la Paix. 203
Etrange avanture arrivée àVenise
au Curé de S. Mathias
accusé d'entretenir des corref
pondances criminelles en France
,&ſa justification. 207
Article des Morts. 217
Reflexions inutiles. 233
Leure de M. P. à l'Auveur.
236
TABLE.
Enigme du moispassé. 241
Envoyfur le mot de la derniere
Enigmes.
Chanfon.
244
249
Trés -beau raisonnement de l'Auteur.
250
Liste des noms de Meſſieurs les
Plenipotentiaires aßemblez à
Bade pour le Congrezde la
Paix generale.
Nouvelles de ce quiſe paſſe dans
258
Barcelone , & de la difpofition
des Troupes depuis le 21 .
Aoust jusqu'à present. 276
Fournal de ce qui s'est passé a
Fontainebleau jusqu'au 20.
Septembre. 304
1
TABLE.
Avis. 33
Poësie Galante de N *. 335
Mariages. 338
Mort. 352
Apostille. 353
Avant-Propos.
Hiftoire.
5
2
Feſte que les Espagnols ont retenu
des Grecs desRomainspour
celebrer la naiſſance de leurs
Rois. 83
Discours fur l'origine du mois.
: 87
Acrostiche de Loüis le Grand ,
c. 95
Traité des Acephales , ou des
hommesfans tête.
Si S. Augustin en a vi.
98
103
TABLE.
Enfants nés fans tête. 109
Par où l'enfantſe
que d'être né. 115
• Article que Perſonne ne lira. 117
Copie d'une Lettre finguliere
écrite du Pardo le 15. Aouft.
122
Nouvelles.
125
Discours des Deputez de la Province
de Languedoc au Roy.
133
AMonseigneur leDauphin. 141
C
Verſion paraphrafée de la 29 .
Ode du 3. Livre d'Horace
adreffée à Mecenas , qui commence
par TyrrhenaRegum
progenies. 147
Ggij
TABLE.
Avis utile aux Mathematiciens.
169
173
Paralelle de M. Devizé & de
M. de la Bruyere.
Critique d'un diſtique de Centeüil
à l'accaſion du Portrait
du Roy gravé par de Lincks
d'aprés le fieur de la Haye.
175
Remarque d'hazardſur la petite
Comedie des Festes du Cours
que M. Dancourt vient de
mettre au Theatre . 177
Article pour la Province qui
contient lePrologue er les Divertiſſements
des Festes du
:
Cours.
:
182
TABLE.
Chapitre où en attendant les con
clufions de la Paix generale ,
l'Auteur du Mercure declare
la guerre à l'Auteur dufournal
de Verdun. 197
Relation d'une Feste galante que
M. Desmolieres a donné à
Chinon pourcelebrer le retour
de la Paix. 203
Etrange avanture arrivée àVenise
au Curé de S. Mathias
accusé d'entretenir des corref
pondances criminelles en France
,&ſa justification. 207
Article des Morts. 217
Reflexions inutiles. 233
Leure de M. P. à l'Auveur.
236
TABLE.
Enigme du moispassé. 241
Envoyfur le mot de la derniere
Enigmes.
Chanfon.
244
249
Trés -beau raisonnement de l'Auteur.
250
Liste des noms de Meſſieurs les
Plenipotentiaires aßemblez à
Bade pour le Congrezde la
Paix generale.
Nouvelles de ce quiſe paſſe dans
258
Barcelone , & de la difpofition
des Troupes depuis le 21 .
Aoust jusqu'à present. 276
Fournal de ce qui s'est passé a
Fontainebleau jusqu'au 20.
Septembre. 304
1
TABLE.
Avis. 33
Poësie Galante de N *. 335
Mariages. 338
Mort. 352
Apostille. 353
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières d'un ouvrage historique ou littéraire, débutant par un 'Avant-Propos'. Il comprend plusieurs sections telles que 'Histoire' et 'Nouvelles'. Les sujets traités incluent des fêtes célébrant la naissance des rois, des discussions sur l'origine du mois, un acrostiche dédié à Louis le Grand, et un traité sur les acephales ou hommes sans tête. Le texte mentionne également des articles sur des enfants nés sans tête, des lettres singulières, et des discours des députés de la province de Languedoc au roi. Il contient aussi des critiques littéraires, des remarques sur des pièces de théâtre, et des articles relatifs à des événements politiques et sociaux, comme la déclaration de guerre à l'auteur du journal de Verdun et la relation d'une fête donnée par M. Desmolieres à Chinon. Le document se conclut par des sections sur les mariages, les morts, des énigmes, ainsi que des nouvelles de Barcelone et Fontainebleau.
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186
s. p.
Avis pour placer la Figure.
Début :
L'air doit regarder la page 248. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer la Figure.
L'air doit regarder la page 248.
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187
p. 3-5
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
Optat* supremo collocare Sisyphus in monte saxum. [...]
Mots clefs :
Style
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texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
Ptat *fupremo collocare
Sıſyphus in monte
faxum.
Envain des fieres Danaïdes
De Promethée d'Ixion
*1893
Le crime la punition
S'offrent à mes esprits timides.
Nul mortel ne verra jamais
* Horace Epod. Ode 13 .
Octob. 1714. Aij
4
MERCURE
rougir mon front
Du fuccés malheureux d'une
grande avanture,
Et j'irai , si je peux , fur le
Sommet du mont
Attacher mon rocher, vosyeux
fi
mon Mercure.
Oui , Meffieurs , je vous
tez ,
attaquerai par tant de cô
, & ſi ſouvent , que je
trouverai peut- être à la fin
l'endroit ſenſible. Je m'attacherai
à vous comme un
oiſeau ſur ſa proye ;je tomberai
tous les mois ſur vous,
& je vous étonnerai du
moins , fi je ne vous plais
GALANT.
S
pas. On commence à dire
de moy que j'ai du ſtile , on
me fait beaucoupde grace :
mais on ne ſçait pas encore
juſqu'on peut aller l'envie
que j'ai de bien faire. On
s'en appercevra peut - être
dans le journal de ce mois.
En attendant que mes faillies
me preſentent quelque
ouvrage qui ſoit plus animé
que ce qui s'offre maintenant
à mon imagination,
commençons par quelque
choſe; auffi bien * ce que je
ſçai le mieux , c'est mon commencement.
Sıſyphus in monte
faxum.
Envain des fieres Danaïdes
De Promethée d'Ixion
*1893
Le crime la punition
S'offrent à mes esprits timides.
Nul mortel ne verra jamais
* Horace Epod. Ode 13 .
Octob. 1714. Aij
4
MERCURE
rougir mon front
Du fuccés malheureux d'une
grande avanture,
Et j'irai , si je peux , fur le
Sommet du mont
Attacher mon rocher, vosyeux
fi
mon Mercure.
Oui , Meffieurs , je vous
tez ,
attaquerai par tant de cô
, & ſi ſouvent , que je
trouverai peut- être à la fin
l'endroit ſenſible. Je m'attacherai
à vous comme un
oiſeau ſur ſa proye ;je tomberai
tous les mois ſur vous,
& je vous étonnerai du
moins , fi je ne vous plais
GALANT.
S
pas. On commence à dire
de moy que j'ai du ſtile , on
me fait beaucoupde grace :
mais on ne ſçait pas encore
juſqu'on peut aller l'envie
que j'ai de bien faire. On
s'en appercevra peut - être
dans le journal de ce mois.
En attendant que mes faillies
me preſentent quelque
ouvrage qui ſoit plus animé
que ce qui s'offre maintenant
à mon imagination,
commençons par quelque
choſe; auffi bien * ce que je
ſçai le mieux , c'est mon commencement.
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Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée d'octobre 1714, un individu se nommant 'Mercure' exprime sa volonté de persévérer face aux défis, comparant sa tâche aux punitions éternelles des figures mythologiques Sisyphes, Danaïdes, Prométhée et Ixion. Il cite une ode d'Horace, soulignant que certains secrets resteront inaccessibles aux mortels. L'auteur évoque une grande aventure malheureuse qui le fait rougir et sa détermination à atteindre le sommet d'une montagne pour y attacher son rocher. Il promet d'utiliser divers moyens pour toucher ses lecteurs et de revenir mensuellement pour les surprendre ou les plaire. Bien que son style soit reconnu et qu'on lui fasse des grâces, l'étendue de son désir de bien faire reste méconnue. Il espère que cela se manifestera dans le journal du mois. Pour commencer, il se concentre sur ce qu'il maîtrise le mieux, affirmant que son début est ce qu'il sait faire de mieux.
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188
p. 5-12
Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous mene point au Japon, mais en Portugal [...]
Mots clefs :
Portugal, Lisbonne, Baptême, Seigneurs, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Je ne vous mene
* Plaideurs A iij
6 MERCURE
point au Japon , mais en
Portugal , à Lisbonne , où
je vous ai retenu des places,
pour vous faire voir à vôtre
aiſe la ceremonie du Baptême
de l'Infant de Portugal
Joſeph. Ceux qui n'auront
pas la commodité d'aller
juſques là, en pourront,
fi bon leur ſemble , lire la
relation que je leur donne.
Le 27, du mois d'Août
dernier M. l'Abbé de Mornay,
Ambaſſadeur de Fran .
ce , ſe rendit au Palais à
onze heures aprés midi , où
tous les Seigneurs de la
GALANT. 37
Cour étoient déja. Tout
étant prêt , le Duc de Cadaval
fortit de l'appartement
de l'Infant , le tenant
dans ſes bras , & marchant
fous un dais porté par trois
Marquis & trois Comtes ,
ſçavoir les Marquis d'Alegrete
, de Nice, & de Cafcaes
le fils , & les Comtes
d'Arcos , de Ribeira , & de
Santiago. Devant le dais
l'Ambaſſadeur prit ſaplace,
&marcha. Immediatement
aprés le dais ſuivoit laMarquiſe
de fainte Croix, comime
Gouvernante , & qua .
A iiij
8 MERCURE
tre autres Seigneurs portant
dans de grands baffins
dorez les chofes neceſſaires
pour le Baptême , comme
le cierge , le fel, &c.
Ces Seigneurs étoient le
Duc fils , les Marquis de
Fronteira , & les deux Marquis
de las Minas, leſquels
étoient fuivis de toute la
Nobleſſe titrée & autre , &
de tous les Officiers de la
Maiſon du Roy de Portugal.
Ce cortege étoit precedé
des Herauts d'armes ,
Maſſiers , & d'un nombre
d'Officiers de Juſtice , qui
GALANT.
1
la
ſe mirent en marche de
vant l'Ambaſſadeur , lorf
que le Duc tenant l'Infant
fortit de l'appartement , &
ainſi marcha juſques à la
Chapelle , au milieu de
quelle étoit élevée une ef
trade , où l'on montoit par
trois marches. Sur cette
eſtrade s'élevoient quatre
colomnes , qui portoient
un dais magnifique fait en
forme du Baldachin de S.
Pierre de Rome , d'une
étoffe toute d'or , & brodé
avec des franges fort hautes
& fort épaiſſes. Les co
10 MERCURE
lonnes étoient garnies de
la même étoffe . Deſſous ce
dais étoient les fonts baptiſmaux
: à l'un des côtez il
y avoit un lit pratiqué dans
l'épaiffeur d'une arcade de
I'Eglife , & à l'oppofite un
*buffet garni de quantité de
vales de vermeil doré. Il
ne monta fur cette eſtrade
que l'Ambaſſadeur, le Duc,
# & les quatre Seigneurs qui
portoient les chofes neceffaires
au Baptême. Le Cardinal
, aſſiſté de fix Evêques
, en fit la fonction. Le
Roy , la Reine , l'Infante ,
GALANT. IT
1
:
& ſes deux freres , Don Antonio
& Don Manuel , étoient
à la tribune , d'où ils
voyoient facilement la ceremonie
, les fonts baptifmaux
en étant proche. La
Reine avoit devant elle ſes
deux enfans. La petite Infante
, qui eſt la plus âgée ,
paroît déja grandelette &
fort jolie. La ceremonie finie
, on chanta le Te Deum ,
aprés quoy tout le cortege
reprit la marche en même
ordre juſqu'à l'appartement
de l'Infant.
Le ſoir il y eut des illu
12 MERCURE
minations , & les tours &
les vaiſſeaux firent trois décharges
d'artillerie. Il y
avoit dans la place du Palais
de la cavalerie & de
l'infanterie ſous les armes ,
mais en petit nombre , par
rapportàla ta la ppeettiitteelſlſedu lieu,
qui eſt occupé par les échafauts
pour la fête des taureaux
, qui commencera
demain.
* Plaideurs A iij
6 MERCURE
point au Japon , mais en
Portugal , à Lisbonne , où
je vous ai retenu des places,
pour vous faire voir à vôtre
aiſe la ceremonie du Baptême
de l'Infant de Portugal
Joſeph. Ceux qui n'auront
pas la commodité d'aller
juſques là, en pourront,
fi bon leur ſemble , lire la
relation que je leur donne.
Le 27, du mois d'Août
dernier M. l'Abbé de Mornay,
Ambaſſadeur de Fran .
ce , ſe rendit au Palais à
onze heures aprés midi , où
tous les Seigneurs de la
GALANT. 37
Cour étoient déja. Tout
étant prêt , le Duc de Cadaval
fortit de l'appartement
de l'Infant , le tenant
dans ſes bras , & marchant
fous un dais porté par trois
Marquis & trois Comtes ,
ſçavoir les Marquis d'Alegrete
, de Nice, & de Cafcaes
le fils , & les Comtes
d'Arcos , de Ribeira , & de
Santiago. Devant le dais
l'Ambaſſadeur prit ſaplace,
&marcha. Immediatement
aprés le dais ſuivoit laMarquiſe
de fainte Croix, comime
Gouvernante , & qua .
A iiij
8 MERCURE
tre autres Seigneurs portant
dans de grands baffins
dorez les chofes neceſſaires
pour le Baptême , comme
le cierge , le fel, &c.
Ces Seigneurs étoient le
Duc fils , les Marquis de
Fronteira , & les deux Marquis
de las Minas, leſquels
étoient fuivis de toute la
Nobleſſe titrée & autre , &
de tous les Officiers de la
Maiſon du Roy de Portugal.
Ce cortege étoit precedé
des Herauts d'armes ,
Maſſiers , & d'un nombre
d'Officiers de Juſtice , qui
GALANT.
1
la
ſe mirent en marche de
vant l'Ambaſſadeur , lorf
que le Duc tenant l'Infant
fortit de l'appartement , &
ainſi marcha juſques à la
Chapelle , au milieu de
quelle étoit élevée une ef
trade , où l'on montoit par
trois marches. Sur cette
eſtrade s'élevoient quatre
colomnes , qui portoient
un dais magnifique fait en
forme du Baldachin de S.
Pierre de Rome , d'une
étoffe toute d'or , & brodé
avec des franges fort hautes
& fort épaiſſes. Les co
10 MERCURE
lonnes étoient garnies de
la même étoffe . Deſſous ce
dais étoient les fonts baptiſmaux
: à l'un des côtez il
y avoit un lit pratiqué dans
l'épaiffeur d'une arcade de
I'Eglife , & à l'oppofite un
*buffet garni de quantité de
vales de vermeil doré. Il
ne monta fur cette eſtrade
que l'Ambaſſadeur, le Duc,
# & les quatre Seigneurs qui
portoient les chofes neceffaires
au Baptême. Le Cardinal
, aſſiſté de fix Evêques
, en fit la fonction. Le
Roy , la Reine , l'Infante ,
GALANT. IT
1
:
& ſes deux freres , Don Antonio
& Don Manuel , étoient
à la tribune , d'où ils
voyoient facilement la ceremonie
, les fonts baptifmaux
en étant proche. La
Reine avoit devant elle ſes
deux enfans. La petite Infante
, qui eſt la plus âgée ,
paroît déja grandelette &
fort jolie. La ceremonie finie
, on chanta le Te Deum ,
aprés quoy tout le cortege
reprit la marche en même
ordre juſqu'à l'appartement
de l'Infant.
Le ſoir il y eut des illu
12 MERCURE
minations , & les tours &
les vaiſſeaux firent trois décharges
d'artillerie. Il y
avoit dans la place du Palais
de la cavalerie & de
l'infanterie ſous les armes ,
mais en petit nombre , par
rapportàla ta la ppeettiitteelſlſedu lieu,
qui eſt occupé par les échafauts
pour la fête des taureaux
, qui commencera
demain.
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Résumé : Description de la Ceremonie du Baptême de l'Infant de Portugal Joseph. [titre d'après la table]
Le texte relate le baptême de l'Infant Joseph de Portugal à Lisbonne. L'auteur avait réservé des places pour l'événement et offrait une description écrite pour ceux absents. Le 27 août, l'Abbé de Mornay, ambassadeur de France, se rendit au palais royal à onze heures. Le Duc de Cadaval porta l'Infant sous un dais soutenu par trois marquis et trois comtes, suivi par l'ambassadeur et la Marquise de Sainte-Croix avec les objets nécessaires. Le cortège, précédé par des hérauts d'armes et des officiers de justice, se dirigea vers la chapelle où se trouvaient les fonts baptismaux ornés. La cérémonie fut dirigée par le Cardinal, assisté de six évêques. Le Roi, la Reine, l'Infante et ses frères assistèrent depuis une tribune. Après le baptême, le Te Deum fut chanté et le cortège retourna à l'appartement de l'Infant. En soirée, des illuminations et des salves d'artillerie marquèrent la célébration.
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189
p. 12-21
Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Si j'en reçois, comme je l'espere, une relation, je ne [...]
Mots clefs :
Relation, Parallèle, Fête de Taureaux, Mémoires
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texteReconnaissance textuelle : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Si j'en reçois , comme je
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
Fermer
Résumé : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite décrire une fête de taureaux en Espagne à laquelle il a assisté deux ans plus tôt. Il fait référence à une relation écrite par Madame Daunoy sur une fête similaire, tout en reconnaissant que cette dernière a tendance à embellir ses descriptions. L'auteur ne cherche pas à comparer la sincérité de leurs récits respectifs. Il observe que les goûts et les modes évoluent avec le temps, ce qui rend les histoires anciennes suspectes. Il préfère donc se concentrer sur les événements contemporains plutôt que sur les récits anciens. L'auteur précise qu'il rejettera les récits historiques anciens sauf s'ils sont exceptionnellement bien écrits et véridiques. Pendant qu'il rédige, il reçoit un paquet contenant des remarques inutiles sur les anciens, mais il décide de revenir à la description de la fête des taureaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
190
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
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Résumé : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1712, une fête de taureaux se tint à Chamartin, près de Madrid, malgré une interdiction royale. Le Duc de Pastrano obtint l'autorisation après des interventions influentes, à condition de couvrir les frais des éventuels accidents. La fête débuta par la mise à mort de plusieurs taureaux, mais un incident grave survint lorsqu'une maison s'effondra, blessant ou tuant des spectateurs. Malgré cet accident, les spectateurs restèrent pour continuer à assister au spectacle pendant que les organisateurs réparaient les dégâts. À Madrid, une autre fête de taureaux débuta après une annonce initiale indiquant qu'il n'y aurait pas de combats. La tension monta avec l'arrivée de nobles tels que la Duchesse de Frias et le Connétable de Castille. Les toréadors, vêtus simplement et armés de diverses manières, affrontèrent les taureaux. Chaque taureau, après avoir été blessé par des dards, était tué et traîné hors de l'arène par des mules. Les toréadors utilisaient différentes techniques et objets pour provoquer et tuer les taureaux. Après chaque victoire, un torero recevait des bénédictions et des récompenses financières. Un chien montra un courage exceptionnel en attaquant un taureau jusqu'à sa mort. Lors du douzième combat, un torero fut gravement blessé. Le narrateur exprima son regret concernant l'absence de combats à cheval et l'impact économique négatif de la disparition de ces fêtes en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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191
p. 68-76
Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant, s'il vous plaît, à d'autres articles [...]
Mots clefs :
Forcalquier, Sénéchal, Gaspard de Réal de Curban, Roi, Sénéchaux
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texteReconnaissance textuelle : Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
vous plaît , à d'autres articles;
fur tout.choiſiſſons les
meilleurs . Voici heureuſementuneHarangue
courte
&d'un ſtile net & concis.
Elle m'a paru bonne , &je
la donne pour telle.
GALANT . 69
(
M. de Real étant arrivé à
Forcalquier le 19. Août 1714.
pouryprendrepoffeffion de
laChargede Senechal , fut
reçû par les habitans ſous les
armes,viſitépar MsduClergé
, de la Nobleffe & du
Siege en Corps , & harangué
par les Confuls en cha.
peron. Il fit preſenter ſes
lettres de proviſions par ſon
Avocat le vingt à l'audience
publique. Il y fut complimenté
par l'Avocat du
Roy,& enſuite par le Lieutenant
General. Il prefida
à l'audience , & prenant
70 MERCURE
ſa place , il parla en ces
termes.
MESSIEURS,
LaJustice prononceroit en
vain des jugemens , fi l'Epée
n'en afſfuroit l'execution ;
l'Epée pourroit ſe porter à des
entrepriſes dangereuses , fi la
Justice ne la conduiſoit.
Les loix les armes , dont
les emploisfontſi differens, se
doivent donc un mutuel ſecours
; elles ont concouruà
mer les grands Empires , elles
concourent à lesfoûtenir ,
àfor
GALANT. 71
cet heureux concert affure la
fortune des particuliers au dedans
, &rend l'Etat puiſſant
redoutable au dehors.
Nous le voyons ce concert
fous un Roy , qui aprés avoir
portéau plus haut point l'art
de regner,femble en avoirfixé
les regles par lafuperioritéde
fon genie. Elles font invariables
dans ce Monarque , &les
Princes les plus habiles dans la
Sciencede gouverner les hommes
,fontceuxdont la conduite
eft moins éloignée de laſienne.
Le nom de Senechal n'eft
guere moins ancien que laMo
72 MERCURE
narchie . Ilfaudroit , pour trouver
fon origine , remonter, ou
peu s'en faut , juſques à celle
du Trône. La France a eu des
Senechaux preſqu'auſſitôt que
des Rois. Ils étoient alors les
premiers Officiers de la Maifon
du Prince ; ilsfont aujourd'hui
dans leurs Senechauffées
d'un côtéles chefs de laJustice ,
de l'autre , ceux de laNobleſſe,
qu'ils conduisent dans
les armées. Et pour dire quelque
choſe qui nous foit plus
particulier, cette Provincefous
Jes Comtes , avant qu'elle eût
paſſeſous la domination de nos
Rois,
GALANT.
73
Rois , recevoit des loix dia
main des Senechaux. Leurs
fonctionsy font preſentement
les mêmes que celles des Senechaux
des autres Provinces du
Royaume. Jele remarque, pour
rappeller par la dignité de ces
fonctions l'idée des devoirs
auſquels elles engagent,&pour
m'exciter par de fi grands objets
àles remplir.
Je m'étois proposé , Meffieurs
, de vous marquer toute
la joye que j'ai de me voir affis
parmi defi dignes Magistratsi
je me flatois de le pouvoir
faire, parce qu'on croit être
Octob.17:4 G
74
MERCURE
súr des expreſſions quand on ne
confulte que ſes ſentimens.
Quels peuvent être les miens ,
instruit de vôtre habileté à
connoître la justice , &de vôtre
integrité à la rendre !
Mais j'ignorois une partie
des engagemens où je me trouve.
Je ne m'y attendois ni à
une installation si glorieuse ,
ni à des demonstrations d'une
bienveillance fi marquée , qui
augmentantmaſenſibilité, rendent
impoffibles les témoignages
d'une reconnoiſſance trop vive
pourpouvoir être exprimée.
Ce n'estpas que je me livre
GALANT. 75
aux charmes flateurs des difcours
que j'ai entendus. En
vain la bouche même qui prononce
les jugemens a parlé; en
vain elle a applaudi à la voix
non ſeulement du peuple , mais
du Parquet : mon coeurſe refuſeàdes
éloges qu'ilſouhaite
de meriter : mais il ne peutfe
refufer à un accüeil qui le prévient
,& qui en m'inſtruiſant
m'encourage d'une maniere fi
obligeante.
Que ne puis - je exprimer
tout ce que je fens ! Il ne manqueroit
rien à mafatisfaction ,
Meſſfieurs, fi je pouvois vous
1
Gij
76 MERCURE
faire connoître toute l'étenduë
de mon zele pour cette Compagnie
, & de mon attachement
pour chacun des Magiftrats
qui la compoſent : mais
c'est le fort de tous les mouvemens
extraordinaires de l'ame,
qu'ils manquent de termes pour
Se produire , & ne paroiffent
tels qu'ils font que par le filence.
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
vous plaît , à d'autres articles;
fur tout.choiſiſſons les
meilleurs . Voici heureuſementuneHarangue
courte
&d'un ſtile net & concis.
Elle m'a paru bonne , &je
la donne pour telle.
GALANT . 69
(
M. de Real étant arrivé à
Forcalquier le 19. Août 1714.
pouryprendrepoffeffion de
laChargede Senechal , fut
reçû par les habitans ſous les
armes,viſitépar MsduClergé
, de la Nobleffe & du
Siege en Corps , & harangué
par les Confuls en cha.
peron. Il fit preſenter ſes
lettres de proviſions par ſon
Avocat le vingt à l'audience
publique. Il y fut complimenté
par l'Avocat du
Roy,& enſuite par le Lieutenant
General. Il prefida
à l'audience , & prenant
70 MERCURE
ſa place , il parla en ces
termes.
MESSIEURS,
LaJustice prononceroit en
vain des jugemens , fi l'Epée
n'en afſfuroit l'execution ;
l'Epée pourroit ſe porter à des
entrepriſes dangereuses , fi la
Justice ne la conduiſoit.
Les loix les armes , dont
les emploisfontſi differens, se
doivent donc un mutuel ſecours
; elles ont concouruà
mer les grands Empires , elles
concourent à lesfoûtenir ,
àfor
GALANT. 71
cet heureux concert affure la
fortune des particuliers au dedans
, &rend l'Etat puiſſant
redoutable au dehors.
Nous le voyons ce concert
fous un Roy , qui aprés avoir
portéau plus haut point l'art
de regner,femble en avoirfixé
les regles par lafuperioritéde
fon genie. Elles font invariables
dans ce Monarque , &les
Princes les plus habiles dans la
Sciencede gouverner les hommes
,fontceuxdont la conduite
eft moins éloignée de laſienne.
Le nom de Senechal n'eft
guere moins ancien que laMo
72 MERCURE
narchie . Ilfaudroit , pour trouver
fon origine , remonter, ou
peu s'en faut , juſques à celle
du Trône. La France a eu des
Senechaux preſqu'auſſitôt que
des Rois. Ils étoient alors les
premiers Officiers de la Maifon
du Prince ; ilsfont aujourd'hui
dans leurs Senechauffées
d'un côtéles chefs de laJustice ,
de l'autre , ceux de laNobleſſe,
qu'ils conduisent dans
les armées. Et pour dire quelque
choſe qui nous foit plus
particulier, cette Provincefous
Jes Comtes , avant qu'elle eût
paſſeſous la domination de nos
Rois,
GALANT.
73
Rois , recevoit des loix dia
main des Senechaux. Leurs
fonctionsy font preſentement
les mêmes que celles des Senechaux
des autres Provinces du
Royaume. Jele remarque, pour
rappeller par la dignité de ces
fonctions l'idée des devoirs
auſquels elles engagent,&pour
m'exciter par de fi grands objets
àles remplir.
Je m'étois proposé , Meffieurs
, de vous marquer toute
la joye que j'ai de me voir affis
parmi defi dignes Magistratsi
je me flatois de le pouvoir
faire, parce qu'on croit être
Octob.17:4 G
74
MERCURE
súr des expreſſions quand on ne
confulte que ſes ſentimens.
Quels peuvent être les miens ,
instruit de vôtre habileté à
connoître la justice , &de vôtre
integrité à la rendre !
Mais j'ignorois une partie
des engagemens où je me trouve.
Je ne m'y attendois ni à
une installation si glorieuse ,
ni à des demonstrations d'une
bienveillance fi marquée , qui
augmentantmaſenſibilité, rendent
impoffibles les témoignages
d'une reconnoiſſance trop vive
pourpouvoir être exprimée.
Ce n'estpas que je me livre
GALANT. 75
aux charmes flateurs des difcours
que j'ai entendus. En
vain la bouche même qui prononce
les jugemens a parlé; en
vain elle a applaudi à la voix
non ſeulement du peuple , mais
du Parquet : mon coeurſe refuſeàdes
éloges qu'ilſouhaite
de meriter : mais il ne peutfe
refufer à un accüeil qui le prévient
,& qui en m'inſtruiſant
m'encourage d'une maniere fi
obligeante.
Que ne puis - je exprimer
tout ce que je fens ! Il ne manqueroit
rien à mafatisfaction ,
Meſſfieurs, fi je pouvois vous
1
Gij
76 MERCURE
faire connoître toute l'étenduë
de mon zele pour cette Compagnie
, & de mon attachement
pour chacun des Magiftrats
qui la compoſent : mais
c'est le fort de tous les mouvemens
extraordinaires de l'ame,
qu'ils manquent de termes pour
Se produire , & ne paroiffent
tels qu'ils font que par le filence.
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Résumé : Discours de M. de Réal fit à l'Assemblée du Clergé, de la Noblesse, & de la Justice, le jour qu'il fut installé dans sa Charge de Sénéchal de Forcalquier. [titre d'après la table]
Le 19 août 1714, M. de Réal arriva à Forcalquier pour prendre possession de la charge de Sénéchal. Il fut accueilli par les habitants armés et reçu par les représentants du clergé, de la noblesse et du siège en corps. Le lendemain, lors d'une audience publique, M. de Réal présenta ses lettres de provision. L'avocat du roi et le lieutenant général lui adressèrent des compliments. Dans son discours, M. de Réal insista sur la nécessité de la collaboration entre la justice et l'épée pour assurer l'ordre et la puissance de l'État. Il rappela l'antiquité et la dignité de la fonction de Sénéchal, soulignant que ces derniers étaient autrefois les premiers officiers du prince et jouaient un rôle clé dans l'administration de la justice et la conduite de la noblesse. M. de Réal exprima sa joie et sa gratitude pour l'accueil chaleureux et les marques de bienveillance qu'il reçut, tout en reconnaissant l'habileté et l'intégrité des magistrats présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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192
p. 76-97
Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçai à quel Sçavant je suis redevable du [...]
Mots clefs :
Épicure, Morale, Philosophe, Maximes, Sage, Homme, Auteur, Vie, Génie, Douleur, Esprit, Idées, Morale d'Épicure, Mal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Je ne ſçai à quel Sçavant
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
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Résumé : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception et la compréhension erronée de la morale d'Épicure, souvent perçue négativement. Épicure enseignait que la félicité humaine repose sur le plaisir et rejetait l'idée d'une vie après la mort ainsi que l'intervention divine. Contrairement aux accusations de débauche, ses écrits et son mode de vie montrent une autre réalité. L'auteur déplore que beaucoup jugent Épicure sans avoir étudié ses œuvres, préférant des jugements hâtifs et biaisés. L'Apologie de Gassendi a contribué à réhabiliter Épicure, mais certains persistent dans leurs préjugés. Le livre inclut des maximes d'Épicure, une lettre à Ménécée, et des réflexions complémentaires à la morale chrétienne. Les idées épicuriennes sont présentées comme plus conformes à la nature humaine que celles des Stoïciens, jugées excessives et ridicules. Le texte réfute plusieurs accusations contre Épicure, notamment celle de se vanter de ne ressentir que du plaisir dans le taureau de Phalaris, et souligne la sincérité de ses propos sur le plaisir et la douleur. Pour Épicure, la vertu est aimée pour les plaisirs qu'elle procure. Ses vues sur la volupté et les devoirs humains sont souvent mal comprises. Le texte mentionne également la confusion entre utilité et justice chez Épicure, ainsi que ses théories matérialistes sur l'origine du monde et la liberté humaine. Certaines restrictions imposées par Épicure, comme l'interdiction de composer des panégyriques, sont critiquées, et l'importance économique de la poésie est soulignée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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193
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
Fermer
Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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194
p. 102-114
ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
Début :
L'Academie donne tous les deux ans un prix d'Eloquence / Du Roy des Rois la voix puissante [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix, Dieu, Roi, Louis XIV, Louis XIII, Choeur, Choeur de Notre-Dame
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texteReconnaissance textuelle : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Academie donne tous
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
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Résumé : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Académie décerne un prix d'Éloquence et de Poésie tous les deux ans pour honorer un individu. Le dernier sujet du poème primé concernait la louange du roi à l'occasion du nouveau chœur de Notre-Dame, construit par Louis XIV et promis par Louis XIII. Le prix se compose d'un groupe de bronze représentant la Renommée, la Religion et la Piété appuyée sur un Génie. L'ode présentée, bien qu'elle n'ait pas remporté le prix, a été très appréciée. Elle commence par célébrer la voix puissante du 'Roy des Rois' et décrit la magnificence des lieux ornés d'or, de toile et de marbre. L'ode évoque ensuite les prêtresses de la Paix, de la Piété sincère et de la Foi souveraine des Rois, qui rassemblent les arts animés par leurs voix. L'ode mentionne deux héros prosternés, dépoitraillés de leurs bandeaux augustes, symbolisant les statues de Louis XIII et Louis XIV. Elle loue Louis XIV pour ses projets héroïques et ses victoires, comparant ses actions à celles des grands rois du passé. L'ode se conclut par une prière pour que Louis XIV continue de régner avec sagesse et justice, apportant prospérité et paix à son peuple.
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195
p. 115-118
Répresailles. [titre d'après la table]
Début :
Pourquoy me cherchez-vous querelle, Monsieur ** ? [...]
Mots clefs :
Nicolas Boileau, Transitions, Style, Mercure
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texteReconnaissance textuelle : Répresailles. [titre d'après la table]
Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
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Résumé : Répresailles. [titre d'après la table]
Dans un dialogue, Galant accuse Mercure de lui chercher querelle sans motif. Mercure révèle que cette dispute découle de la publication d'un tombeau de Boileau dans le journal de Galant, qui a qualifié le Mercure de détestable et dénué de bon goût. Galant anticipe les critiques de Mercure sur son style et son contenu, affirmant ne pas avoir cherché à le satisfaire. Mercure, quant à lui, doit répondre aux attentes du public et n'a pas le temps de s'attarder sur les plaintes de Galant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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196
p. 118-123
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On appelloit autrefois le mois d'Octobre Equus, qui [...]
Mots clefs :
Mois d'octobre, Octobre, Noms, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On appelloit autrefois le
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
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Résumé : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois d'octobre, initialement nommé 'Equus' en référence au dieu Mars, fut renommé 'Octobre' par Romulus ou Numa Pompilius. Tibère, César et Auguste changèrent les noms des mois en l'honneur des empereurs, Tibère appelant octobre 'Livius' et Domitien le renommant 'Domitianus'. Après la mort de Domitien, le Sénat rétablit les noms originaux. Par la suite, le Sénat décida que septembre et octobre porteraient les noms d'Antonin et de Faustine, puis sous Commode, les mois furent à nouveau renommés avant de reprendre leurs noms augustéens. Octobre est le dixième mois de l'année, marqué par la vendange. Une épigramme de Maynard évoque plusieurs 'octobres' dans une année, et un proverbe indique que la fin d'octobre annonce la Toussaint. Le nom 'Octobre' dérive de sa position comme huitième mois dans le calendrier romain.
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197
p. 123-138
Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant aux nouvelles. Le Prince Royal Electoral de Saxe [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Sa Majesté, Duc, Lettres, Hongrie, Pologne, Troupes, Comte
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Royal Electoral
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
de Saxe , fils unique du
Roy Auguſte , arriva au
commencement du mois
dernier à Paris , aprés avoir
voyagé en Italie & en Allemagne.
Vers la fin du même
mois ce Prince fut à
Fontainebleau , où il fut
2
preſenté au Roy par Madame
, accompagné du Palatin
de Livonie &de pluſieurs
autres Seigneurs. Ce
Prince fut charmé de l'accüeil
qu'il reçut du Roy ,
Lij
124 MERCURE
auſſi bien que tous les Seigneurs
qui l'accompa
gnoient.
La Reine Doüairiere de
Pologne arriva à Lyon le
18. du mois d'Août , aprés
avoir traverſé une partie de
la Provence & tout le Dauphiné
dans un coche d'eau ,
qu'on lui avoit preparé
pour lui épargner les fatigues
du voyage par terre.
Elle deſcendit à l'Archevêché.
A fon débarquement
M. le Maréchal de Villeroy
fut la complimenter. Il lui
donna la main juſqu'à fa
1
GALANT.
125
chaiſe à porteurs. Il fut accompagné
de M. l'Intendant
, & de M. le Prevôt
des Marchands , ſuivi de
tout le Corps des Echevins
de Lyon , qui harangua
auſſi Sa Majesté Polonoiſe
avant qu'elle débarquât.
Elle avoit avec elle la jeune
Princeſſe de Sobieski ſa petite-
fille.Elle partit de Lyon
en litiere le 29. & la Princeffe
Sobieski dans une autre
avec ſa Gouvernante. Sa
Majefté Polonoiſe s'embarqua
à Roüanne ſur la Loire
, & fut accompagnée de
Liij
126 MERCURE
M. leMaréchal de Villeroy,
& de plus de trente carofſes
, qui la ſuivirent plus
d'une lieuë hors des portes
de la ville. Le 11. Septembre
elle arriva à Nevers ,
où elle fut reçûë au bruit
du canon par le Corps de
Ville en robe rouge , les habitans
étant ſous les armes,
&elle en partit le 12. pour
aller à Blois .
Il y a certains articles de
nouvelles où le precieux
langage du Journal de Verdun
ſe preſente malgrémoy
à mon imagination. En-
1
1
1
GALANT. 127
tr'autres fur celles qu'il debite
de Vienne : * On ajoute
, dit - il , qu'ily étoit arrivé
des Commiſſaires pour y recevoir
des remiſes que les Banquiers
de Hambourg & de
Hollande y ont faitfaire pour
le fervice du Roy de Suede.
M. Hyſteen , qui refide depuis
quelque temps à Petri-Vvaradin
par ordre de Sa Majesté
Suedoiſe , doit faire la deftination
2 de cet argent : mais jufqu'à
ce qu'on ait avis de l'arrivée
de ce Prince fur les Etats
des Princes Chrétiens , on ap-
*Page 278.
L'iiij
128 MERCURE
prehendera toûjours que que
nouvel acroc de l'inconstante 3
varieté dts Infideles.
Que veut- il dire par ces
mots de ſervices, de faire
la deſtination 2 , & d'acroc
de l'inconftante 3 varieté,
&c. Parle-t- il François ou
Allobroge ? & pourquoy
tient - il le même langage
par tout ?
Il eſt neanmoins conſtant
que le départ du Roy de
Suede de Demir-Tcoa eft
mandé de tant d'endroits
differens , qu'on n'oſe prefqueplus
en douter. Les der-
:
GALANT.
129
nieres lettres de Vienne le
confirment, & ajoûtent que
ce Prince traverſera inco
gnitò les Pays Hereditaires
de l'Empereur , qui a donné
ordre qu'on regalât par
tout Sa Majesté Suedoile ,
& qu'on lui donnât dans
tous les lieux de ſon paffage
des marques réelles d'une
amitié & d'une intelligence
parfaite. Le Comte de Villlek
étoit à la veille de partir
pour la Hongrie , afin d'y
recevoir ce Monarque de
la part de l'Empereur, dont
une partie des équipages a
130 MERCURE
pris depuis quelques jours
la route de Presbourg. Le
départ de Sa Majesté Imperiale
pour Presbourg eft
fixé au 10. cependant elle
aordonnéà la Chancellerie
de la Cour de Hongrie de
difpofer toute choſe pour la
conclufion de la Diere , &
d'affifter au couronnement
de l'Imperatrice en qualité
de Reine de Hongrie.
On écrit de Varſovie ,
que le z. de ce mois le Roy
de Pologne fit la revûë de
ſes Gardes à pied , que le
General Cyan marchera
GALANT. 131
vers le Palatinat de Sandomir
avec les Gardes à cheval
, & qu'il ſe joindra aux
troupes Saxonnes qui y
font,plus de huit mille hommes
de la Nobleſſe de Pologne
étant déja montez à
cheval. Le Roy fait affembler
toutes ſes troupes &
fon artillerie; & nonobſtant
la diſette, qui eft grande en
ce pays , & dans les Provinces
les plus fertiles du
Royaume , il fait faire de
grands amas de fourrages ,
d'avoines , de blez , pour la
ſubſiſtance de fon armée.
132 MERCURE
On dit qu'il a deffein des'avancer
à Coſmice , au deçà
de Steczica , afin d'y être à
portée d'obſerver les defſeins
de la Nobleſſe. Les
Dietes des Palatinats de
Maſovie & de Kaliſch ſe
ſont ſeparées fans avoir pris
aucunes refolutions. Ainfi
on voit encore peu de difpoſition
au rétabliſſement
d'une pafaite tranquilité
dans ce Royaume.
On mande de Madrid ,
que le 27. du mois dernier
le Roy alla du Pardo à l'Egliſe
de Notre-Dame d'A
GALANT.
133
tocha , où le Te Deum fur:
chanté en preſence des
Grands, qui s'y étoient rendus
pour rendre graces à
Dieu de la priſe de Barce
lone ,& des heureux ſuccés
de la guerre de Catalogne,
dont on trouvera le détail
dans la ſuite de ce Journal.
Les dernieres lettres de
Rome portent qu'entr'au.
tres audiences confidera
bles que le Pape avoit données
, malgré ſes infirmitez
qui continuent toûjours ,
l'Ambaſſadeur de Malthe
en avoit cu une de Sa Sain-
:
134 MERCURE
:
teté , dans laquelle il lui
avoit donné à connoître
que les Chevaliers de cet
Ordre prenoient ombrage
de l'armement naval des
Turcs , qui intrigue aufli
beaucoup les Venitiens. On
écrit de Veniſe , que l'équipage
du vaiſſeau l'Union ,
arrivé de Smirne , a rapporté
que trois Bachas de
la petite Aſie s'étant revól
tez , avoient mis so. ou 60.
mille hommes en campagne,
& qu'ils demandoient
la tête du Grand Vifir. Si
cette revolte ſe confirme,
GALANT.
135
elle donnera de l'occupation
au Divan , qui paroif->
foit diſpoſé à rompre avec
quelque puiſſance voiſine ;
joint à cela qu'elle empêchera
l'arrivée des cara.
vanes de Perſe à Smirne.
On écrit de Londres , que
le Roy continue à faire de
grands changemens dans
lesCharges. Celle de Capitaine
general des troupes
d'Ecoſſe a été donnée aus
Duc d'Argyle, avec leGouvernement
du château d'E
dimbourg , & celui de Port
Mahon. Le Duc de Mont136
MERCURE
roſſe a été fait Secretaire
d'Etat pour l'Ecoſſe , à la
place du Comte de Maar.
Le Duc de Roxborough a
été fair Garde du Sceau Privé
du même pays, à la place
du Duc d'Athol. Le Marquis
d'Annandale a eu la
Charge de Chancelier que
poſſedoit le Comtede Finlater
& de Seafiel. Le Duc
Schrevvsbury a deman
à ſe demettre de la Charge
de Grand Treſorier , & on
croit que la Treſorerie ſera
adminiſtrée par cinq Commiſſaires
. Le Duc de Som
de
merſet
:
GALANT.
137
merſetpretendoità laCharge
de premier Gentilhomme
de la Chambre : mais il
a accepté la Charge de
grand Ecuyer qu'on lui offroit.
Milord Marlboroug ,
outre la Charge de Capi
taine general des forces
d'Angleterre , a encore obtenu
celle de Colonel du
premier regiment des Gardes
, & celle de grand Maî
tre de l'artillerie. Le Comte
de Sunderland ſon gendre,
qui a été fait Viceroy d'Irlande
, a ordre de partir au
plûtôt , pour aller prendre
Octob. 1714. M
138 MERCURE
poſſeſſion de fon Gouvernement.
Les lettres de Lisbonne
du 14. du mois dernier portent
qu'on y attendoit avec
impatience la flote du Brefil
, au devant de laquelle
on avoit envoyé quatre
vaiſſeaux de guerre , pour
lamettreà couvert des Corfaires
d'Alger & de Salé qui
font en mer.
Fermer
Résumé : Nouvelles. [titre d'après la table]
Le Prince Électeur de Saxe, fils du roi Auguste, est arrivé à Paris au début du mois précédent après un voyage en Italie et en Allemagne. Il a été présenté au roi à Fontainebleau par Madame, en compagnie du Palatin de Livonie et d'autres seigneurs. La reine douairière de Pologne et la princesse de Sobieski, sa petite-fille, sont arrivées à Lyon le 18 août et ont quitté la ville le 29 août. La reine s'est embarquée à Roanne sur la Loire, escortée par le maréchal de Villeroy. Des nouvelles de Vienne rapportent l'arrivée de commissaires pour recevoir des fonds des banquiers de Hambourg et de Hollande destinés au roi de Suède. Le départ du roi de Suède de Demir-Tcoa est confirmé, et il traversera incognito les Pays Héréditaires de l'Empereur, qui a ordonné un accueil amical. À Varsovie, le roi de Pologne a passé en revue ses gardes à pied. Le général Cyan se dirige vers le Palatinat de Sandomir avec les gardes à cheval pour rejoindre les troupes saxonnes. Malgré une disette, le roi rassemble des troupes et des provisions pour surveiller les intentions de la noblesse. En Grande-Bretagne et en Écosse, plusieurs changements politiques et militaires ont eu lieu en octobre 1714. Le Duc d'Argyle a été nommé Capitaine général des troupes d'Écosse et gouverneur du château d'Édimbourg ainsi que de Port Mahon. Le Duc de Montrose est devenu Secrétaire d'État pour l'Écosse, remplaçant le Comte de Mar. Le Duc de Roxborough a succédé au Duc d'Atholl comme Garde du Sceau Privé d'Écosse. Le Marquis d'Annandale a obtenu la charge de Chancelier. Le Duc de Shrewsbury a démissionné de sa charge de Grand Trésorier, et la trésorerie sera probablement administrée par cinq commissaires. Le Duc de Somerset a refusé la charge de premier Gentilhomme de la Chambre mais a accepté celle de grand Écuyer. Milord Marlborough a obtenu les charges de Colonel du premier régiment des Gardes et de grand Maître de l'artillerie. Le Comte de Sunderland, gendre de Marlborough, a été nommé Vice-roi d'Irlande et doit partir rapidement pour prendre possession de son gouvernement. À Lisbonne, on attendait la flotte du Brésil, escortée par quatre vaisseaux de guerre pour la protéger des corsaires d'Alger et de Salé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
198
p. 138-140
« Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Début :
Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...]
Mots clefs :
Historiette, Nouvelles générales, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Aprés tant de nouvelles
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
Fermer
Résumé : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
L'auteur regrette de ne pas pouvoir publier d'historiette ce mois-ci en raison du manque de temps et d'espace. Il a reçu un paquet fermé qu'il s'apprête à ouvrir. Il reste déterminé à divertir ses lecteurs malgré les contraintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
199
p. 140-159
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Je suis, Monsieur, un vrai Diego Lucifuge. Consolez-vous [...]
Mots clefs :
Dame, Carosse, Aventures, Inconnus, Nuit, Journal, Mercure, Manuscrit, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Jesuis, Monfieur, un vrai
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
Diego Lucifuge. Conſolezvous
, Meſdames , voila à
peu prés vôtre affaire. Continuons.
Far naturellement un penchant
extraordinaire pour les
avantures nocturnes. Juſqu'ici
cethomme- là ne reſſemble
pas malàunvoleur de nuit.
Mon nom &mafamille n'ont
rien à démêler avec le recit que
je vais vous faire. Et que
GALANT.
141
m'importe ? De grace,Monſieur
Lucifuge , laiſſez là
vos digreſſions , & achevez
vôtre hiſtoire.
Rien n'eſt plus extraordinaire
que la varieté pref.
que infinie d'évenemens ,
que le forta , pour ainſi
dire , fait naître ſous mes
pas. Je vous en donnerai le
détail quand il vous plaira.
Contentez - vous en attendant,
pour aujourd'hui , de
la derniere de mes avantures.
Il y a environ fix mois
que retournant par le ba142
MERCURE
teau de Melun à Paris , je
me trouvai par hazard auprésdedeux
hommes, dont
l'un dit à l'autre : Toute la
proviſion que nous avions
faite eft , grace à Dieu ,
consommée. Nous voila
bien guedez ; dormons ,
mon ami , auſſi bien je croy
que cette nuit nous nefongerons
guere à nous repofer
. En effet ils s'endormirent
de leur côté , & moy
du mien. Vers les ſept heures
du ſoir ils ſe reparlerent,
&j'entendis enfin qu'-
ils fe diſoient tout bas :Mais
GALANT. 143
ſi le Portier de l'Hôtel de*...
s'eſt enyvré aujourd'hui
comme à ſon ordinaire ,
nous ne tenons rien. A te
dire vrai , reprit l'un d'eux,
je n'en ſerois pas faché , &
il faut que tu fois bien fou
pour expoſer une fi belle
femme à de ſi grands rifques.
Je ſuis inconftant &
fidele felon l'occaſion :mais
amoureux à la rage , quand
je memêle d'aimer. J'aime ,
&malgré les excés dont je
ſuis capable, je ne voudrois
pas , comme toy , mettre
l'objet qui me feroit le plus
144 MERCURE
cher à une ſi terrible épreu
ve. Bon , répondit l'autre ,
tu te moques , ton imagination
timide s'effraye d'une
bagatelle ; & de deux
choſes l'une , ou tu comprends
mal la facilité que
je trouve à executer ce que
j'entreprends , ou tu veux
retirer la parole que tu m'as
donnée de me ſervir de ſecond
juſqu'à la fin de cette
avanture. Mais écoute. A
minuit juſte elle ſortira de
fa chambre fans faire de
bruit ; elle montera au gre
nier ,
GALANT. 145
nier , elle ſe fera une ceinture
de la corde qui ſert à
monter le foin. Le portier ,
qui enrage de ne pas avoir
la clefde ſa maiſon la nuit,
& qui m'a promis de me
rendretous les ſervices imaginables,
ladeſcendra doucement
, avec l'aide de la
poulie qui eſt au deſſus de
la fenêtre du grenier ; je la
recevrai dans mes bras , &
je la mettrai dans un lieu ſi
fecret , & fi propre à ſa ſu
reté , que tout m'y répondra
d'elle. Mais ſonges tu ,
reprit l'ami ſage , aux ſuites
Octob. 1714. N
146 MERCURE
d'une affaire fi dangereuſe
Quels diſcours ne va-t-on
pas tenir ? Quels bruits ne
va-t- on pas répandre contre
cette malheureuſe femme?
N'at- elle pas un mari ,
des parens àredouter?Voila
juſtement , dit l'autre en
colere , les bourreaux des
mains de qui je veux l'arracher.
Enun mot veux tu
me ſeconder , ou non ? Je
veux tout ce que tu voudras
, reprit le donneur d'a .
vis : mais j'ai mauvaile opinion
de tout ceci , & je lerai
bien furpris ſi le ſuccés
*
GALANT. 147
répond à mon attente.
Je connoiſſois indifferemment&
la maiſon & la Dame
dont ces Meſſieurs venoient
de parler ; j'étois
pourtant alors mediocrement
touché de ſa beauté:
mais au diſcours de ces
:
1
inconnus , la bonne grace
avec laquelle il me parut
qu'elledonnoitdans l'avanture
, m'en rendit ſur le
champ éperdûment amoureux.
Je conçus enfin le
deſſeinde leur enlever leur
proye , & toutes mes reflexions
faites , voici com
Nij
148 MERCURE
me je m'y pris.
Je devois en arrivant à
Paris ſouper avec deux Piemontois
, qui le lendemain
matin étoient obligez de
s'embarquer dans la diligence
de Lyon pour retourner
dans leur pays. Dés
que je fus prés des Jeſuites
de la rue ſaint Antoine, j'entrai
chez un loüeur de caroffes
de remiſe , oùj'en pris
un , qui me mena chez un
Traiteur qui demeure au
prés de l'Abbaye ſaint Germain.
C'étoit là où mes
deux étrangers m'avoient
GALANT. 149
donné rendez - vous. Les
affaires qu'ils avoient à me
communiquer les avoient
diſpenſez d'inviter d'autre
tiers , ni de quarts à fouper
avec eux Je leur abandonnai
plufieurs articles confiderables
des choſes dont il
étoit queſtion entre nous ,
en faveur de la partie que
jemeditois , &dont je voulois
qu'ils fuſſent avecmoy.
D'ailleurs j'étois für d'eux ,
& quoique je ne fois point
timide , je doutois moins
de leur courage que de
ma refolution. Cepen
Niij
150 MERCURE
je
dant , ſans leur faire part
du deſſein que j'avois fur la
Dame dont il s'agiffoit ,
-1-leur dis que je comprois
qu'ils m'alloient rendre
dans une heure un ſervice
d'où dépendoit tout le repos
de ma vie ; qu'il y avoit
à deux cens pas de la mai
fon où nous foupions une
ruë que je leur nommai , &
qu'au coin de cette ruë
deux hommesdevoient defcendre
de caroffe pour ſe
mettre en embuſcade dans
le voiſinage ; qu'il n'étoit
en un mot queſtion que
1 .
GALANT. 151
d'arriver dans ce quartierlà
avant eux , de les enveloper
, & de les ſaifir commedes
malfaicteurs au nom
de la justice & du Roy,dans
le moment qu'ils deſcendroient
de caroffe ; que
rien enfin n'étoit plus facile
que cette propoſition,pourveu
qu'elle fût executée
1 avec toute la diligence poffible;
qu'il faloit ſeulement
faire provifion de cordes
pour les lier aprés les avoir
defarmez , les promener ,
& les laiſſer dans un quartier
perdu; que pendant le
Nilij
152 MERCURE
temps qu'ils les retiendroient
, juſqu'à ce qu'ils
les miſſent en liberté ,j'aurois
le loiſir de faire à mon
aiſe une autre affaire , dont
le ſecret étoit pour moy
d'une conſequence infinie.
Nous ſcavons trop , me
dirent - ils tous deux , juf
qu'où s'étendent les droits
de l'amitié , pour vouloir
vous l'arracher , & nous
ſommes prêts à faire aveu
glément tout ce qu'il vous
plaira exiger de nous. Partons
, leur dis-je, mes amis ,
nous n'avons pas de temps
GALANT. 153
àperdre,& contentez-vous
ſeulement d'apprendre que
lesamans ne ſont point chiches
des momens qu'ils
conſacrent à l'amour.
Il étoit environ onze
heures & demie lorſque
nous arrivâmes au gîte. Un
inſtant aprés nous enten.
dîmes un caroſſe qui venoit
au pas des chevaux ; c'étoit
juſtement celui que nous
attendions. Dés qu'il fut
arrêté , & que les deux inconnus
en furent defcendus
, nous nous jettâmes fur
eux à la faveur de la nuit,
154 MERCURE
nous les deſarmâmes ſans
bruit , nous les fimes remonter
dans le même caroffe
; & un coquin de laquais
de l'un de mes Piemontois
, qui avoit une
grande épée , ſe plaçaà côté
du cocher , à qui il dit de
foüetter droit à la Baſtille .
Cependant j'attendis tranquilement
qu'on fit joüer
la poulie , qui joüa enfin à
minuit ſonné. Je reçus la
Dame dans mes bras , je la
partai dans mon caroſſe , où
mon valet m'attendoit , &
je me fis mener auprés de
GALANT . 155
la Place des Victoires , où
je demeure , aprés avoir eu
neanmoins la précaution de
faire arrêter mon cocher à
quelques pas de ma maifon.
Un inſtant aprés que la
Dame fut entrée dans le
caroffe, elle reconnut bien
que je n'étois point l'homme
à qui elle avoit donné
le rendez- vous : mais commeil
ne lui importoit guere
entre les mains de qui elle
combat , & qu'elle auroit
mieux aimé aller en enfer
que retourner avec ſon ma-
:
156 MERCURE
ri , elle ne me parut que
mediocrement alarmée de
la mépriſe.
Cependant dés que nous
fûnies chez moy , & qu'elle
y eut un peu repris ſes efprits
, je lui contai tout ce
qui m'étoit arrivé avec mes
avanturiers du bateau.Mon
recit la fit rire , & elle m'avoüa
un moment aprés ,
qu'elle n'étoit point fachée
du ſuccés qu'avoit cu leur
indifcretion ; qu'au con
traire elle s'imaginoit être
beaucoup plus en fûreté
chez moy , de qui perſonne
GALANT. 157
一
de fa famille n'avoit lieu de
ſe méfier ; au lieu que les
premiers foupçons de ceux
qui s'intereſſoient en elle
ne manqueroient pas de
tomber ſur l'un de ces deux
inconnus,que mes Piemontoisvenoientde
laiſſer àdemi
morts & à pied entre la
Place Royale & la Baſtille.
Elle me conta enſuite l'hiſ
toire de ſa deſunion avec
ſon mari, ſes emportemens,
ſes brutalitez , ſes jaloufies ;
elle ſoûpira , pleura , gemit,
& m'attendrit tout mon
faoul. Je lui fis à mon tour
158 MERCURE
les plus belles proteſtations
dumonde , je lui promis de
la ſervir , & de l'aimer juſqu'au
tombeau. Enfin elle
ſe deshabilla , ſe coucha &
dormit. J'eus l'honneur de
la délaſſer. Elle reſta huit
jours chez moy , au bout
deſquels elle commença à
s'ennuyer : elle me dit qu'-
elle étoit rebutée de la vie
qu'elle menoit , & qu'elle
vouloit ſe retirer dans une
Communauté à quelques
lieuës d'ici , où elle eſt
maintenant en paix , en
lieſſe & en ſanté , que je
GALANT. 159
prie Dieu de lui conſerver
long-temps.
Si quelques douzaines
d'avantures , àpeuprés auſſi
originales que celle ci,font
de vôtre goût, aſſurez m'en
dans votre premier Journal
, & vous verrez dans la
ſuite comme vous ferez
fervi.
Oui , Monfieur Diego Lucifuge
, j'ai lu avec plaifir vôtre
manuscrit , &je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion.
MERCURE.
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Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Diego Lucifuge relate une aventure nocturne survenue lors d'un trajet en bateau de Melun à Paris. Il surprend deux hommes discutant d'un enlèvement. Intrigué, Lucifuge décide d'agir et organise une embuscade à Paris avec deux Piemontois pour capturer les ravisseurs. À Paris, ils interceptent une dame en attente d'un rendez-vous nocturne et neutralisent deux inconnus, qu'ils livrent à la Bastille. Lucifuge ramène ensuite la dame chez lui. Bien que surprise, elle choisit de rester avec lui plutôt que de retourner auprès de son mari violent et jaloux. Elle révèle alors son histoire de désunion conjugale marquée par des brutalités et des soupçons incessants. Lucifuge la réconforte et lui propose son aide. La dame séjourne huit jours chez lui avant de se retirer dans une communauté religieuse pour y trouver la paix. Lucifuge exprime son désir de voir cette communauté prospérer. Le récit se termine par la mention de la lecture et de l'approbation d'un manuscrit par Diego Lucifuge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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200
p. 159-164
Lettre Galante. [titre d'après la table]
Début :
Quelle raison avez-vous, Mademoiselle, pour vouloir me mettre ainsi [...]
Mots clefs :
Coeur, Lettres galantes, Imprimeur, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Galante. [titre d'après la table]
Quelle raiſon avez- vous ,
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
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Résumé : Lettre Galante. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre répond à une demoiselle qui lui a demandé d'écrire une lettre tendre et savante pour son journal. Il refuse de rédiger des lettres galantes, qu'il considère ridicules et vides de sens, remplies de termes comme 'cœur', 'esprit', 'beauté' et 'transports'. Selon lui, ces lettres sont inutiles pour le public et même des personnes respectées comme Monsieur et Madame de... les évitent. L'auteur doit remplir huit pages pour le journal du mois, mais il ne souhaite pas se compromettre en publiant une lettre galante, malgré son affection pour la demoiselle. Il conclut que la publication d'une telle lettre ne rendrait pas justice à l'esprit de la demoiselle.
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