Résultats : 4758 texte(s)
Accéder à l'ensemble des types de texte ou des types de paratexte.
Détail
Liste
2951
p. 1382-1395
Bibliotheque Italique, &c. [titre d'après la table]
Début :
SUITE des Lettres de M....... sur la Bibliotheque Italique, ou Histoire Litteraire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Italique, &c. [titre d'après la table]
SUITE des Lettres de M....... sur la
Bibliotheque Italique, ou Histoire Litteraire
de l'Italie. Tomes VIII. et IX. 1730 ,
AGenève , chez Marc- Michel Bousquet et
Compagnie , pp. 278. et pp. 276.
Dix Articles , Monsieur , font tout le
contenu du VIII. Volume de la Bibliote-
que Italique dont je ne toucherai ici que
les Principaux. Le premier présente un
Ouvrage important de M.Fontanini écrit
en Latin. Nos Journalistes en ont traduit
le Titre de cette maniere. Défenses des
Diplômes anciens contre les doutes éle-
vés par le P. Germon , dans l'Ouvrage
qui a pour Titre : De Veteribus Regum
Francorum Diplomatibus , & c. En deux
Livres, avec un Appendix sur les anciens
Auteurs , par M. Juste Fontanini du
11. Vol
Frioul,
JUIN.
II.Vol.
1737.
1383
Frioul , Profeffeur public en Eloquence à
Rome. Rome 1705. pp. 287. sans l'Epi-
tre dédicatoire & l'Indice des Chapitres.
Le P. Germon Jesuite avoit critiqué
I'Ouvrage du P. Mabillon : De Re Diplo
matica : et il avoit proposé dans son Ou
vrage : De Veteribus Regum , &c. beau-
coup de doutes , & même des preuves ,
d'abord contre tous les Diplômes en ge-
neral , & ensuite contre plusieurs de ceux
que le P. Mabillon avoit tenus en parti-
culier pour authentiques . C'est cet Ou-
vrage du P. Germon , que M. Fontanini
s'attacha alors à réfuter dans sa défense-
des Diplômes , qu'il divisa en deux Par-
ties , dont la premiere est employée à
détruire les argumens du P. Germon con⚫
tre les Diplômes en general , et la secon-
de , à justifier en particulier l'authenti
cité de quelques Diplômes publiés par
le P. Mabillon, & attaqués par son Criti-
que. Le Journaliste ne donne ici l'Extrait"
que de la premiere Partie. On peut voir
sur cette dispute du P. Germon les Me-
moires de Trevoux du mois de Mai 1713 .
p. 843. et le troisiéme Volume de l'Ou-
vrage du même Jesuite , dans lequel il
répond à M. Fontanini.
LeJournaliste reprend dans l'article 20
la suite de l'Extrait qu'il avoit donné dans
Fy
le:
1384 MERCURE DE FRANCE
le VI. Volume , du 7. Tome du Recueil.
de M. Muratori : c'est à- dire , 1 ° . de la
Chronique de Sicard , Evêque de Cremo-
ne , Ecrivain du XIII. Siecle , dont l'Ou-
vrage commence à la Naissance de J. C.
et finit en 1221. Cet Auteur étoit mort
dès l'an 1215. Ainsi il faut qu'il ait eu
un Continuateur. 2°. D'une courte Chro-
nique de Cremone depuis l'an 1096.
jusques à l'an 1232. par un Anonyme.
3 °. L'Histoire de la Conquête de la Ter-
re Sainte , écrite en François par Bernard
Trésorier , et traduite en Latin par Fran-
çois Sipino de Bologne , Dominiquain.
Cet Ouvrage finit en 1230.Ilne paroît pas
qu'il dût entrer dans un Recueil des His-
toriens d'Italie , mais la part que les Ita-
liens ont eue aux Guerres d'Outre- Mer
la découverte de cette Piece , qui étoit
comme perdue , et enfin la Nation du
Traducteur qui étoit Italien , ont déter-
miné M. Muratori , à lui donner place
dans son Recueil. Les Auteurs de la Bi-
bliotheque Italique font une comparai-
son curieuse de plusieurs endroits de cer-
te Histoire de Bernard , avec la nouvelle
Histoire d'Angleterre de M. Rapin , dans
les Points qui sont traités par P'un et par
Pautre de ces Historiens. 4°. Une Chro-
nique de Fossanova , depuis la premiere
II. Vol.
annće
JUIN.
11. Vol.
1737.
1385
année de l'Ere Chrétienne jusqu'à l'an-
née 1217. 5°. Une Chronique de l'Egli-
se d'Ateno , depuis Jules Cesar jusqu'à
l'an 1355. c'est peu de chose. 6. Une
autre du Monastere de la Trinité de Ca
va , depuis l'an 569. jusqu'à l'an 1318 ..
c'est pour la premiere fois qu'elle paroît.
M. Muratori l'a recueillie de plusieurs
Mss. differens. 7° . Une Chronique de Ri-
chard de S. Germain depuis l'an 1189.
Epoque de la mort de Guillaume Roi de
Sicile , jusqu'à l'an 1243. 8. Les Ephe-
merides de Naples , ou le Journal de ce
qui s'est passé dans ce Royaume depuis
Fan 1247. jusqu'à l'an 1268. par Mat
thieu Spinelli de Giowenazzo , publié en
Italien pour la premiere fois , avec les
Notes du P. Papebrock.
L'Article III. est employé à donner
un Extrait plus étendu de l'Ouvrage du
Comte de Mezabarba , dont le Journa-
liste avoit déja tracé le plan dans le Tome
V. Il donne dans le I V. Article , la sui-
te de l'Extrait du Voyage Historique d'I-
talie. Il y a peu de choses à vous en dire,
sinon que l'on n'y épargne jamais les
traits de Satyre , sur ce qui peut avoir ra-
· port à la Religion Romaine. A la fin de
l'article le Journaliste soutient contre
l'Auteur du Voyage , qu'un Prince ou
F vj
12
1386 MERCURE DE FRANCE
un Ambassadeur Protestant ne peut bai
ser les pieds du Pape par honneur , sans
blesser sa conscience et sa Religion .
La suite de la Lettre manuscrite du
Comte de..... sur le Caractere des Ita
liens , fait le V. article. Il continue à
traiter de l'Etat de l'Italie par raport aux
Sciences. Dans cette partie de sa Lettre ,
illes regarde particulierement du côtédes
Langues ; de l'Italienne d'abord , puis
de la Latine, de la Grecque, de l'Hebreu ,
du Chaldaïque , et de l'Arabe. Le Comte
y,
donne une notice des meilleurs Au-
teurs Italiens qui ayent cultivé depuis le
XVI. Siecle , ou qui cultivent encore
aujourd'hui ces Langues . L'Auteur passe
ensuite au goût et à l'Etude des Medail-
les , et de tout ce qui concerne l'Antiqui
té, et il a soin de nommer les principaux
Sçavans d'Italie qui s'y sont apliqués.
Cette Lettre est assurément une Piece
curieuse , et qui mériteroit bien qu'on
Pimprimât entiere dans un seul Volume ş
elle serviroit à faire connoître le progrès
et l'état present des Sciences en Italie de-
puis le XVI. Siécle , et à désabuser ceux-
qui croyent que tout l'esprit du monde
est renfermé dans leur propre Pays. Le
Journaliste y a ajoûté au bas des pages ,..
un détail très- recherché de tout ce qui:
II. Vol
concerne
JUIN.
1737
1387
concerne les Sçavans et les Ouvrages dont
il est parlé dans la Lettre. Sans ce detail
elle sembleroit manquer d'une partie es
sentielle.
Je ne m'arrêterai pas sur l'Extrait dư
III. Tome des œuvres du Cardinal Noris
qui fait l'Art. VI. ni sur le VII. Art. qui
n'est qu'une Critique de l'Edition des
Chroniques de Villani , qui a été faite à
Milan en 1729 , et à laquelle on en pre-
fère une autre qu'on préparoit alors à
Florence.
J'obmets aussi les deux articles qui
suivent, les sujets en étant ou peu impor-
tans,ou très- connus, pour dire un mot des
Nouvelles Litteraires de ce VIII . Tome .
lesquelles on trouve pour la pluspart dans
d'autres Journaux , comme la nouvelle
Edition de Cornelius à Lapide , et de la
Byzantine , faites à Venise , l'une chés
Albrizzy, et l'autre chés Giavarina . Celui-
ci a encore imprimé l'Euchologe des Grecs
du P. Goar: et les Antiquités Romaines
de Grævius, de Gronovius & de Sallengre.
On aprend de Milan que le P. Orsi Do
minicain , a fait imprimer une Differta-
rion sur l'invocation du S. Esprit dans
les Liturgies Grecques et Orientalès , I.
vol. 4. Milan 1736. Il s'attache à éclair-
cir les Actes du Concile de Florence , et
LK Vol.
à prou-
7388 MERCURE DE FRANCE
à prouver que le sentiment des Grecs
n'est pas aussi fondé sur la tradition que
l'ont avancé les Peres Touttée , Benedic-
tin , dans son Edition de Saint Cyrille
de Jerusalem , et le Brun de l'Oratoire
dans son Livre des Lyturgies.
Il me reste , Monsieur , à parcourir ict
les principaux articles du IX. Tome de
ce Journal. Le premier et le plus consi-
derable regarde la Bibliotheque Orienta-
tale de M. Asseman , Syrien , et Sçavant
Maronite du Mont- Liban. Cet Ouvrage
a pour Titre : Bibiotheca Orientalis ( Cle.
mentino- Vaticana ) &c. ou Bibliotheque
Orientale Clementine du Vatican , dans la
quelle Joseph Asseman Syrien , Maronių ,
Docteur en Théologie , & c , a revi et aran.
rangé des Mss. Syriaques , Arabes, Persans,
Turcs , Hebreux , Samaritains , Armeniens,
Ethy piens , Grecs , Egyptiens , Georgiens ,
et Malabares , aporiés du Lev ant , et mis
dans la Biblioteque du Vatican , par l'ordre
du Pape Clement XI. separé les vrais Ecrits
des suposés , et donné la vie de chaque Aw-
teur. IV. Tom. fol. Rome 1719.
Cet Article est important , et c'est
ce me semble parler un peu tard de
ce qui en fait le sujet : voici ce qui a
donné occasion à ce grand travail. Cle-
mentXI. avoit envoyé en 1707 en Egyp
11. Vol
te
JUI N.
II. Vole
1737.
7389
te le Maronite Elie , Cousin de M. Asse
man ,pour y acheter des Manuscrits des
Moines du Désert. Il n'y en put acque-
zit que 40 dans le Monastere de Sceie ou
Sait , quoiqu'il y eût une Grote remplie
de Mss. Arabes , Cophtes,et Syriaques, en-
tassés sans ordre les uns sur les autres. Ils
furent aportés à Rome sur la fin de 1707.
Entre cette année et l'année 1715 , le
Pape acquit pour la Bibliotheque Vatica-
ne un grand nombre de Mss. Orientaux
de differentes Bibliotheques , entre les-
quels étoient ceux du fameux Voya-
geur Pietro della Valle. Clement XI . en-
voya encore en 1715 , en Orient à la re-
cherche des Mss .
Il en chargea M. As-
seman , qui avoit déja été préposé depuis
l'an 1707 , par le Pape , au soin et à l'exa-
men des Mss. Orientaux. M. Asseman
en acquit un assés bon nombre , soit en
Egypte , où il alla deux fois , soit en Sy-
rie. Il ne fut de retour à Rome que deux
ans après.
Jusques là on n'avoir connu des Au-
feurs Chaldéens , Syriens et Arabes , que
ce que S. Jerôme , Gennade , Abraham
Ecchellensis , et Fauste Neiron , Maroni-
res suivis par Cave et pir Hottinger , en
avoient dit, ce qui n'étoit pas fort consi-
derable. M. Asseman à l'aide de ses sça-
vautes
1390 MERCURE DE FRANCE
vantes recherches , des differens Ecrivains
qu'il a consultés , et des Mss. nombreux
de la Bibliotheque Vaticane , répand un
grand jour sur la Litterature de ces Na-
tions. Il rectifie ce que des Sçavans ont
dit de moins juste sur la Chronologie ,
sur la Topographie , sur les noms et les
Actions de plusieurs Hommes illustres ,
et il éclaircit beaucoup l'Histoire Eccle-
siastique , dans tout ce qui concerne l'o
rigine , les erreurs , les progrès des Mo
nophysites , des Nestoriens , des Mono-
thelites , et les tumultes que ces Sectes
ont causés dans l'Asie. On voit aussi dans
cet Ouvrage la suite de tous les Patriar
ches de chaque Secte , ce que le R. P. let
Quien recherchoit avec tant de soin pour
son Oriens Christianus , la Succession dest
Evêques , les principales Actions , et les
Ecrits des plus celebres de ces Auteurs.
Pour ce qui regarde le Plan de l'Ouvra
gé , je n'entens pas bien l'exposition que
les Journalistes de Genève en donnent ,
lorsqu'à la page 16 du vol . dont nous
parlons , ils disent que la matiere des Re
marques et des Differtations de M. Asse-
man est divisée en 4 Classes , sur le
plan de la Bibliotheque Orientale. La
premiere des Auteurs Syriens Ortho-
doxes , Jacobites , et Nestoriens , soit
MI. Vol
qu'ils
JUIN.
à un autre Article.
1737.
1357
qu'ils ayent écrit premierement en Syria
que , ou qu'ils ayent été traduits de quel
que autre langue en celle-là. La seconde
Classe des Auteurs Arabes , soit Chré-
tiens , soit Mahometans. La troisiéme des
Livres des Cophtes , et des Ethyopiens ,
outre quelques Monumens de la Science
des Persans et des Turcs. La quatriéme
enfin des Livres sacrés en Syriaque et en
Arabe , tels que sont la Bible , les Rituels,
&c. Voilà donc quatre Classes que les
Journalistes disent faire lePlan de cetOu
vrage ; cependant, page 22 , ils disent que
l'Ouvrage est partagé en 4 Tom . Le pre-
mier des Auteurs Syriens Orthodoxes ;
le second des Auteurs Syriens Jacobites ;
le troisiéme des Syriens Nestoriens ; le
quatrième des Ecrivains des autres Na
tions , soit Orthodoxes , soit Héretiques ,
qui ont été traduits en Syriaque. Or ces
Tomes , comme l'on voit , ne remplis
sent que la premiere Classe du Plan ge
neral , à moins que ce ne soit le premier
vol. seul , qui contienne ces quatre Tom.
ce qu'il auroit fallu specifier.
Je n'entrerai pas dans un plus long dé
tail , ni sur l'execution de ce Plan , ni sur
l'extrait qu'on en trouve ici. On voit assés
par ce que je viens de dire , l'importance
de l'Ouvrage de M. Asseman , et je passe
L'His
1392 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire des Differends entre la Cour
de Rome et celle du Roy de Sardaigne sous
Benoit XIII. et sous le Pape Clement
XII. n'est gueres susceptible d'Extrait,
et demanderoit un trop long détail . On
poura
la voir dans le Livre même , il
est imprimé à Turin par Valetta , İm-
primeur du Roy de Sardaigne , 1. Vol.
in-fol. de 365. pages , ou dans la Biblio-
teque Italique, Tome IX.art. 3. et T. X.
árt. 5.
Je ne vous parlerai point non plus de
l'Histoire du Royaume de Naples , du Ju-
risconsulte Giannone, dont les Journalis-
tes de Genêve donnent l'Extrait avec
quelque complaisance. Cet Ouvrage a
été défendu. On accuse l'Auteur d'avoir
mêlé avec quelques verités beaucoup de
conjectures qui prennent un air de vrai-
semblance , par le tour que l'Historien
leur donne : conjectures cependant qu'il
avance comme des faits certains , sur les-
quels roulent toutes les déclamations va-
gues dont son Ouvrage est rempli.
L'Art. 4. du même I X. Tome contient
la Suite de la Lettre manuscrite du Comte
de .... sur le Caractere des Italiens. Nos
Journalistes en accompagnent l'Extrait
à leur ordinaire , de Notes curieuses et
interessantes sur les Ouvrages de la Vie
II. Vol.
des
JUIN.
II. Vol.
1737.
1393
des Sçavans et des Hommes Illustres ci-
tés dans la Lettre du Comte.
Les Sçavans d'Italie se sont distingués
également dans la Critique diplomati-
que , et dans la connoissance de l'Histoi-
re Ancienne , Romaine, Grecque, Egyp-
tienne et Etrusque, & c. A cette occasion
l'Auteur de la
Lettre fait un bel
éloge de M. le Marquis Maffei , dont la
vaste érudition , dit- il , a eujusqu'ici très-
peu d'exemples parmi les Nations Ultra-
montaines.
La Géométrie , la plus sublime même,
a fait de grands progrès en Italie , ensor-
te que M. de Fontenelle n'a pu s'empê-
cher d'avouer la superiorité des Géome-
tres de l'Italie et de l'Allemagne , pour
résoudre les Problêmes les plus difficiles.
La Méchanique , l'Hydrostatique, l'Op-
tique , la Dioptrique , &c. n'ont pas été
négligées. Pour l'Astronomie , la Géo-
graphie et la Navigation , elles sont moins
cultivées en Italie qu'ailleurs ; quoiqu'on
ne laisse pas d'y avoir de très bons Mé-
moires d'Astronomie, entre lesquels ceux
de M.M. Manfredi et Bianchini doivent
assurément tenir le premier rang.
On ne rend pas assés de justice parmi
les autres Nations , aux découvertes que
les Italiens ont faites sur la Physique
l'Anato
•
1394 MERCURE DE FRANCE
l'Anatomie et la Medecine. L'Auteur
nomme à son ordinaire les Principaux
Italiens qui se sont rendus célébres par
le succès de leurs travaux et de leurs
Ecrits dans ces Sciences. En parlant des
Philosophes de cette Nation , il dit que
ces Sçavans , en dévelopant la Nature du
Mouvement, du Choc et de la Pression ,
abandonnent tout-à- fait ces termes vui-
des de Sens , tels que ceux d'Horreur , de
Sympathie, d'Apétit et autres, qui quoique
déguisés par differens termes , subsis-
tent encore chés plusieurs Philosophes
en Angleterre et ailleurs , sous les noms
de Force Plastique , d'Harmonie et d'At-
traction.
Les Italiens ont de bons Metaphysi-
ciens , peu ou point de Chymistes, moins
de Botanistes qu'en Angleterre , et des
Chirurgiens inferieurs en tout point aux
François. L'Italie abonde en Jurisconsul
tes , sur-tout à Rome et à Naples . La
fin de cette Lettre se trouve dans le X.
Tome , et traite des Beaux Arts.
On aprend dans les Nouvelles Litte-
raires , Article de Florence , ce qui suit :
Une mort subite nous a enlevé le Docteur
Francesco del TEGLIA , Professeur en
Philosophie Morale , dans le temps mê-
me qu'il recitoit une Harangue , le s
II. Vol
Janvier
JUIN.
1737.
13951
Janvier 1731. en presence d'une belle
Assemblée. Il étoit âgé de 60. ans. Dis-
ciple du fameux Poëte Menzini , dont
il a commenté les Oeuvres ,
il en avoit
reçû un bel éloge en forme d'augure ,
lorsqu'il étoit encore dans l'enfance. Ce
qui avoit donné lieu à cet éloge en Vers
Italiens , raporté dans le Journal, est une
Piece de Poësie Latine qu'il publia à l'âge
d'onze ans , contenant un Panegyrique
de Saint Joseph , par où il eût mérité
une place entre les Enfans Illustres de M.
Baillet , s'il eût pû être connu de lui.
Dès lors il ne fit que croître en mérite
et en belles connoissances , étant devenu
un grand Orateur et un grand Poëte
cant en Latin qu'en Toscan. Il a laissé
plusieurs Ouvrages en Vers et en Prose,
qui sont imprimés.
M. l'Abbé Gori , pour exprimer la
perte que fait la Republique des Lettres,
et pour honorer la Pompe funebre de cet
Homme Illustre , fit une belle Inscrip-
tion Latine , qui se lisoit dans un Car-
touche au Frontispice de l'Eglise où il a
été inhumé. L'Inscription est aussi ra-
portée dans le même Article.
Bibliotheque Italique, ou Histoire Litteraire
de l'Italie. Tomes VIII. et IX. 1730 ,
AGenève , chez Marc- Michel Bousquet et
Compagnie , pp. 278. et pp. 276.
Dix Articles , Monsieur , font tout le
contenu du VIII. Volume de la Bibliote-
que Italique dont je ne toucherai ici que
les Principaux. Le premier présente un
Ouvrage important de M.Fontanini écrit
en Latin. Nos Journalistes en ont traduit
le Titre de cette maniere. Défenses des
Diplômes anciens contre les doutes éle-
vés par le P. Germon , dans l'Ouvrage
qui a pour Titre : De Veteribus Regum
Francorum Diplomatibus , & c. En deux
Livres, avec un Appendix sur les anciens
Auteurs , par M. Juste Fontanini du
11. Vol
Frioul,
JUIN.
II.Vol.
1737.
1383
Frioul , Profeffeur public en Eloquence à
Rome. Rome 1705. pp. 287. sans l'Epi-
tre dédicatoire & l'Indice des Chapitres.
Le P. Germon Jesuite avoit critiqué
I'Ouvrage du P. Mabillon : De Re Diplo
matica : et il avoit proposé dans son Ou
vrage : De Veteribus Regum , &c. beau-
coup de doutes , & même des preuves ,
d'abord contre tous les Diplômes en ge-
neral , & ensuite contre plusieurs de ceux
que le P. Mabillon avoit tenus en parti-
culier pour authentiques . C'est cet Ou-
vrage du P. Germon , que M. Fontanini
s'attacha alors à réfuter dans sa défense-
des Diplômes , qu'il divisa en deux Par-
ties , dont la premiere est employée à
détruire les argumens du P. Germon con⚫
tre les Diplômes en general , et la secon-
de , à justifier en particulier l'authenti
cité de quelques Diplômes publiés par
le P. Mabillon, & attaqués par son Criti-
que. Le Journaliste ne donne ici l'Extrait"
que de la premiere Partie. On peut voir
sur cette dispute du P. Germon les Me-
moires de Trevoux du mois de Mai 1713 .
p. 843. et le troisiéme Volume de l'Ou-
vrage du même Jesuite , dans lequel il
répond à M. Fontanini.
LeJournaliste reprend dans l'article 20
la suite de l'Extrait qu'il avoit donné dans
Fy
le:
1384 MERCURE DE FRANCE
le VI. Volume , du 7. Tome du Recueil.
de M. Muratori : c'est à- dire , 1 ° . de la
Chronique de Sicard , Evêque de Cremo-
ne , Ecrivain du XIII. Siecle , dont l'Ou-
vrage commence à la Naissance de J. C.
et finit en 1221. Cet Auteur étoit mort
dès l'an 1215. Ainsi il faut qu'il ait eu
un Continuateur. 2°. D'une courte Chro-
nique de Cremone depuis l'an 1096.
jusques à l'an 1232. par un Anonyme.
3 °. L'Histoire de la Conquête de la Ter-
re Sainte , écrite en François par Bernard
Trésorier , et traduite en Latin par Fran-
çois Sipino de Bologne , Dominiquain.
Cet Ouvrage finit en 1230.Ilne paroît pas
qu'il dût entrer dans un Recueil des His-
toriens d'Italie , mais la part que les Ita-
liens ont eue aux Guerres d'Outre- Mer
la découverte de cette Piece , qui étoit
comme perdue , et enfin la Nation du
Traducteur qui étoit Italien , ont déter-
miné M. Muratori , à lui donner place
dans son Recueil. Les Auteurs de la Bi-
bliotheque Italique font une comparai-
son curieuse de plusieurs endroits de cer-
te Histoire de Bernard , avec la nouvelle
Histoire d'Angleterre de M. Rapin , dans
les Points qui sont traités par P'un et par
Pautre de ces Historiens. 4°. Une Chro-
nique de Fossanova , depuis la premiere
II. Vol.
annće
JUIN.
11. Vol.
1737.
1385
année de l'Ere Chrétienne jusqu'à l'an-
née 1217. 5°. Une Chronique de l'Egli-
se d'Ateno , depuis Jules Cesar jusqu'à
l'an 1355. c'est peu de chose. 6. Une
autre du Monastere de la Trinité de Ca
va , depuis l'an 569. jusqu'à l'an 1318 ..
c'est pour la premiere fois qu'elle paroît.
M. Muratori l'a recueillie de plusieurs
Mss. differens. 7° . Une Chronique de Ri-
chard de S. Germain depuis l'an 1189.
Epoque de la mort de Guillaume Roi de
Sicile , jusqu'à l'an 1243. 8. Les Ephe-
merides de Naples , ou le Journal de ce
qui s'est passé dans ce Royaume depuis
Fan 1247. jusqu'à l'an 1268. par Mat
thieu Spinelli de Giowenazzo , publié en
Italien pour la premiere fois , avec les
Notes du P. Papebrock.
L'Article III. est employé à donner
un Extrait plus étendu de l'Ouvrage du
Comte de Mezabarba , dont le Journa-
liste avoit déja tracé le plan dans le Tome
V. Il donne dans le I V. Article , la sui-
te de l'Extrait du Voyage Historique d'I-
talie. Il y a peu de choses à vous en dire,
sinon que l'on n'y épargne jamais les
traits de Satyre , sur ce qui peut avoir ra-
· port à la Religion Romaine. A la fin de
l'article le Journaliste soutient contre
l'Auteur du Voyage , qu'un Prince ou
F vj
12
1386 MERCURE DE FRANCE
un Ambassadeur Protestant ne peut bai
ser les pieds du Pape par honneur , sans
blesser sa conscience et sa Religion .
La suite de la Lettre manuscrite du
Comte de..... sur le Caractere des Ita
liens , fait le V. article. Il continue à
traiter de l'Etat de l'Italie par raport aux
Sciences. Dans cette partie de sa Lettre ,
illes regarde particulierement du côtédes
Langues ; de l'Italienne d'abord , puis
de la Latine, de la Grecque, de l'Hebreu ,
du Chaldaïque , et de l'Arabe. Le Comte
y,
donne une notice des meilleurs Au-
teurs Italiens qui ayent cultivé depuis le
XVI. Siecle , ou qui cultivent encore
aujourd'hui ces Langues . L'Auteur passe
ensuite au goût et à l'Etude des Medail-
les , et de tout ce qui concerne l'Antiqui
té, et il a soin de nommer les principaux
Sçavans d'Italie qui s'y sont apliqués.
Cette Lettre est assurément une Piece
curieuse , et qui mériteroit bien qu'on
Pimprimât entiere dans un seul Volume ş
elle serviroit à faire connoître le progrès
et l'état present des Sciences en Italie de-
puis le XVI. Siécle , et à désabuser ceux-
qui croyent que tout l'esprit du monde
est renfermé dans leur propre Pays. Le
Journaliste y a ajoûté au bas des pages ,..
un détail très- recherché de tout ce qui:
II. Vol
concerne
JUIN.
1737
1387
concerne les Sçavans et les Ouvrages dont
il est parlé dans la Lettre. Sans ce detail
elle sembleroit manquer d'une partie es
sentielle.
Je ne m'arrêterai pas sur l'Extrait dư
III. Tome des œuvres du Cardinal Noris
qui fait l'Art. VI. ni sur le VII. Art. qui
n'est qu'une Critique de l'Edition des
Chroniques de Villani , qui a été faite à
Milan en 1729 , et à laquelle on en pre-
fère une autre qu'on préparoit alors à
Florence.
J'obmets aussi les deux articles qui
suivent, les sujets en étant ou peu impor-
tans,ou très- connus, pour dire un mot des
Nouvelles Litteraires de ce VIII . Tome .
lesquelles on trouve pour la pluspart dans
d'autres Journaux , comme la nouvelle
Edition de Cornelius à Lapide , et de la
Byzantine , faites à Venise , l'une chés
Albrizzy, et l'autre chés Giavarina . Celui-
ci a encore imprimé l'Euchologe des Grecs
du P. Goar: et les Antiquités Romaines
de Grævius, de Gronovius & de Sallengre.
On aprend de Milan que le P. Orsi Do
minicain , a fait imprimer une Differta-
rion sur l'invocation du S. Esprit dans
les Liturgies Grecques et Orientalès , I.
vol. 4. Milan 1736. Il s'attache à éclair-
cir les Actes du Concile de Florence , et
LK Vol.
à prou-
7388 MERCURE DE FRANCE
à prouver que le sentiment des Grecs
n'est pas aussi fondé sur la tradition que
l'ont avancé les Peres Touttée , Benedic-
tin , dans son Edition de Saint Cyrille
de Jerusalem , et le Brun de l'Oratoire
dans son Livre des Lyturgies.
Il me reste , Monsieur , à parcourir ict
les principaux articles du IX. Tome de
ce Journal. Le premier et le plus consi-
derable regarde la Bibliotheque Orienta-
tale de M. Asseman , Syrien , et Sçavant
Maronite du Mont- Liban. Cet Ouvrage
a pour Titre : Bibiotheca Orientalis ( Cle.
mentino- Vaticana ) &c. ou Bibliotheque
Orientale Clementine du Vatican , dans la
quelle Joseph Asseman Syrien , Maronių ,
Docteur en Théologie , & c , a revi et aran.
rangé des Mss. Syriaques , Arabes, Persans,
Turcs , Hebreux , Samaritains , Armeniens,
Ethy piens , Grecs , Egyptiens , Georgiens ,
et Malabares , aporiés du Lev ant , et mis
dans la Biblioteque du Vatican , par l'ordre
du Pape Clement XI. separé les vrais Ecrits
des suposés , et donné la vie de chaque Aw-
teur. IV. Tom. fol. Rome 1719.
Cet Article est important , et c'est
ce me semble parler un peu tard de
ce qui en fait le sujet : voici ce qui a
donné occasion à ce grand travail. Cle-
mentXI. avoit envoyé en 1707 en Egyp
11. Vol
te
JUI N.
II. Vole
1737.
7389
te le Maronite Elie , Cousin de M. Asse
man ,pour y acheter des Manuscrits des
Moines du Désert. Il n'y en put acque-
zit que 40 dans le Monastere de Sceie ou
Sait , quoiqu'il y eût une Grote remplie
de Mss. Arabes , Cophtes,et Syriaques, en-
tassés sans ordre les uns sur les autres. Ils
furent aportés à Rome sur la fin de 1707.
Entre cette année et l'année 1715 , le
Pape acquit pour la Bibliotheque Vatica-
ne un grand nombre de Mss. Orientaux
de differentes Bibliotheques , entre les-
quels étoient ceux du fameux Voya-
geur Pietro della Valle. Clement XI . en-
voya encore en 1715 , en Orient à la re-
cherche des Mss .
Il en chargea M. As-
seman , qui avoit déja été préposé depuis
l'an 1707 , par le Pape , au soin et à l'exa-
men des Mss. Orientaux. M. Asseman
en acquit un assés bon nombre , soit en
Egypte , où il alla deux fois , soit en Sy-
rie. Il ne fut de retour à Rome que deux
ans après.
Jusques là on n'avoir connu des Au-
feurs Chaldéens , Syriens et Arabes , que
ce que S. Jerôme , Gennade , Abraham
Ecchellensis , et Fauste Neiron , Maroni-
res suivis par Cave et pir Hottinger , en
avoient dit, ce qui n'étoit pas fort consi-
derable. M. Asseman à l'aide de ses sça-
vautes
1390 MERCURE DE FRANCE
vantes recherches , des differens Ecrivains
qu'il a consultés , et des Mss. nombreux
de la Bibliotheque Vaticane , répand un
grand jour sur la Litterature de ces Na-
tions. Il rectifie ce que des Sçavans ont
dit de moins juste sur la Chronologie ,
sur la Topographie , sur les noms et les
Actions de plusieurs Hommes illustres ,
et il éclaircit beaucoup l'Histoire Eccle-
siastique , dans tout ce qui concerne l'o
rigine , les erreurs , les progrès des Mo
nophysites , des Nestoriens , des Mono-
thelites , et les tumultes que ces Sectes
ont causés dans l'Asie. On voit aussi dans
cet Ouvrage la suite de tous les Patriar
ches de chaque Secte , ce que le R. P. let
Quien recherchoit avec tant de soin pour
son Oriens Christianus , la Succession dest
Evêques , les principales Actions , et les
Ecrits des plus celebres de ces Auteurs.
Pour ce qui regarde le Plan de l'Ouvra
gé , je n'entens pas bien l'exposition que
les Journalistes de Genève en donnent ,
lorsqu'à la page 16 du vol . dont nous
parlons , ils disent que la matiere des Re
marques et des Differtations de M. Asse-
man est divisée en 4 Classes , sur le
plan de la Bibliotheque Orientale. La
premiere des Auteurs Syriens Ortho-
doxes , Jacobites , et Nestoriens , soit
MI. Vol
qu'ils
JUIN.
à un autre Article.
1737.
1357
qu'ils ayent écrit premierement en Syria
que , ou qu'ils ayent été traduits de quel
que autre langue en celle-là. La seconde
Classe des Auteurs Arabes , soit Chré-
tiens , soit Mahometans. La troisiéme des
Livres des Cophtes , et des Ethyopiens ,
outre quelques Monumens de la Science
des Persans et des Turcs. La quatriéme
enfin des Livres sacrés en Syriaque et en
Arabe , tels que sont la Bible , les Rituels,
&c. Voilà donc quatre Classes que les
Journalistes disent faire lePlan de cetOu
vrage ; cependant, page 22 , ils disent que
l'Ouvrage est partagé en 4 Tom . Le pre-
mier des Auteurs Syriens Orthodoxes ;
le second des Auteurs Syriens Jacobites ;
le troisiéme des Syriens Nestoriens ; le
quatrième des Ecrivains des autres Na
tions , soit Orthodoxes , soit Héretiques ,
qui ont été traduits en Syriaque. Or ces
Tomes , comme l'on voit , ne remplis
sent que la premiere Classe du Plan ge
neral , à moins que ce ne soit le premier
vol. seul , qui contienne ces quatre Tom.
ce qu'il auroit fallu specifier.
Je n'entrerai pas dans un plus long dé
tail , ni sur l'execution de ce Plan , ni sur
l'extrait qu'on en trouve ici. On voit assés
par ce que je viens de dire , l'importance
de l'Ouvrage de M. Asseman , et je passe
L'His
1392 MERCURE DE FRANCE
L'Histoire des Differends entre la Cour
de Rome et celle du Roy de Sardaigne sous
Benoit XIII. et sous le Pape Clement
XII. n'est gueres susceptible d'Extrait,
et demanderoit un trop long détail . On
poura
la voir dans le Livre même , il
est imprimé à Turin par Valetta , İm-
primeur du Roy de Sardaigne , 1. Vol.
in-fol. de 365. pages , ou dans la Biblio-
teque Italique, Tome IX.art. 3. et T. X.
árt. 5.
Je ne vous parlerai point non plus de
l'Histoire du Royaume de Naples , du Ju-
risconsulte Giannone, dont les Journalis-
tes de Genêve donnent l'Extrait avec
quelque complaisance. Cet Ouvrage a
été défendu. On accuse l'Auteur d'avoir
mêlé avec quelques verités beaucoup de
conjectures qui prennent un air de vrai-
semblance , par le tour que l'Historien
leur donne : conjectures cependant qu'il
avance comme des faits certains , sur les-
quels roulent toutes les déclamations va-
gues dont son Ouvrage est rempli.
L'Art. 4. du même I X. Tome contient
la Suite de la Lettre manuscrite du Comte
de .... sur le Caractere des Italiens. Nos
Journalistes en accompagnent l'Extrait
à leur ordinaire , de Notes curieuses et
interessantes sur les Ouvrages de la Vie
II. Vol.
des
JUIN.
II. Vol.
1737.
1393
des Sçavans et des Hommes Illustres ci-
tés dans la Lettre du Comte.
Les Sçavans d'Italie se sont distingués
également dans la Critique diplomati-
que , et dans la connoissance de l'Histoi-
re Ancienne , Romaine, Grecque, Egyp-
tienne et Etrusque, & c. A cette occasion
l'Auteur de la
Lettre fait un bel
éloge de M. le Marquis Maffei , dont la
vaste érudition , dit- il , a eujusqu'ici très-
peu d'exemples parmi les Nations Ultra-
montaines.
La Géométrie , la plus sublime même,
a fait de grands progrès en Italie , ensor-
te que M. de Fontenelle n'a pu s'empê-
cher d'avouer la superiorité des Géome-
tres de l'Italie et de l'Allemagne , pour
résoudre les Problêmes les plus difficiles.
La Méchanique , l'Hydrostatique, l'Op-
tique , la Dioptrique , &c. n'ont pas été
négligées. Pour l'Astronomie , la Géo-
graphie et la Navigation , elles sont moins
cultivées en Italie qu'ailleurs ; quoiqu'on
ne laisse pas d'y avoir de très bons Mé-
moires d'Astronomie, entre lesquels ceux
de M.M. Manfredi et Bianchini doivent
assurément tenir le premier rang.
On ne rend pas assés de justice parmi
les autres Nations , aux découvertes que
les Italiens ont faites sur la Physique
l'Anato
•
1394 MERCURE DE FRANCE
l'Anatomie et la Medecine. L'Auteur
nomme à son ordinaire les Principaux
Italiens qui se sont rendus célébres par
le succès de leurs travaux et de leurs
Ecrits dans ces Sciences. En parlant des
Philosophes de cette Nation , il dit que
ces Sçavans , en dévelopant la Nature du
Mouvement, du Choc et de la Pression ,
abandonnent tout-à- fait ces termes vui-
des de Sens , tels que ceux d'Horreur , de
Sympathie, d'Apétit et autres, qui quoique
déguisés par differens termes , subsis-
tent encore chés plusieurs Philosophes
en Angleterre et ailleurs , sous les noms
de Force Plastique , d'Harmonie et d'At-
traction.
Les Italiens ont de bons Metaphysi-
ciens , peu ou point de Chymistes, moins
de Botanistes qu'en Angleterre , et des
Chirurgiens inferieurs en tout point aux
François. L'Italie abonde en Jurisconsul
tes , sur-tout à Rome et à Naples . La
fin de cette Lettre se trouve dans le X.
Tome , et traite des Beaux Arts.
On aprend dans les Nouvelles Litte-
raires , Article de Florence , ce qui suit :
Une mort subite nous a enlevé le Docteur
Francesco del TEGLIA , Professeur en
Philosophie Morale , dans le temps mê-
me qu'il recitoit une Harangue , le s
II. Vol
Janvier
JUIN.
1737.
13951
Janvier 1731. en presence d'une belle
Assemblée. Il étoit âgé de 60. ans. Dis-
ciple du fameux Poëte Menzini , dont
il a commenté les Oeuvres ,
il en avoit
reçû un bel éloge en forme d'augure ,
lorsqu'il étoit encore dans l'enfance. Ce
qui avoit donné lieu à cet éloge en Vers
Italiens , raporté dans le Journal, est une
Piece de Poësie Latine qu'il publia à l'âge
d'onze ans , contenant un Panegyrique
de Saint Joseph , par où il eût mérité
une place entre les Enfans Illustres de M.
Baillet , s'il eût pû être connu de lui.
Dès lors il ne fit que croître en mérite
et en belles connoissances , étant devenu
un grand Orateur et un grand Poëte
cant en Latin qu'en Toscan. Il a laissé
plusieurs Ouvrages en Vers et en Prose,
qui sont imprimés.
M. l'Abbé Gori , pour exprimer la
perte que fait la Republique des Lettres,
et pour honorer la Pompe funebre de cet
Homme Illustre , fit une belle Inscrip-
tion Latine , qui se lisoit dans un Car-
touche au Frontispice de l'Eglise où il a
été inhumé. L'Inscription est aussi ra-
portée dans le même Article.
Fermer
2952
p. 1395-1396
« PHARSAMON, ou les Nouvelles Folies Romanesques ; cinquième, sixième, septiéme, huitiéme, [...] »
Début :
PHARSAMON, ou les Nouvelles Folies Romanesques ; cinquième, sixième, septiéme, huitiéme, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PHARSAMON, ou les Nouvelles Folies Romanesques ; cinquième, sixième, septiéme, huitiéme, [...] »
PHARSAMON, ou les Nouvelles Folies
Romanesques ; cinquième, sixième, septiéme, huitiéme,
11. Vol.
septième,
1396 MERCURE DE FRANCE
neuvième et dixié
me Parties. Par M. de Marivaux. 1737.
in- 8. A Paris , chés Prault , Pere, Quay
de Gêvres , au Paradis.
Romanesques ; cinquième, sixième, septiéme, huitiéme,
11. Vol.
septième,
1396 MERCURE DE FRANCE
neuvième et dixié
me Parties. Par M. de Marivaux. 1737.
in- 8. A Paris , chés Prault , Pere, Quay
de Gêvres , au Paradis.
Fermer
2953
p. 1396-1397
Lettre Critique sur la Vie de Pierre Gassendi, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE Critique et Historique à l'Auteur de la Vie de Pierre Gassendi Brochure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Critique sur la Vie de Pierre Gassendi, [titre d'après la table]
LETTRE Critique et Historique à l'Auteur
de la Vie de Pierre Gassendi Brochure
in 12. d'environ 80. pp. A Paris , chés
F. Herissant. M. DCC. XXXVII.
Quelque desir qu'ayent les Historiens
de ne rien omettre de ce qui regarde le
sujet qu'ils ont entrepris de traiter , au
moins en Faits d'importance, il leur arri
ve quelquefois de passer certaines choses
sous silence , ou parce qu'ils n'en ont
pas eu de connoissance , ou parce qu'ils
croyent avoir dit l'équivalent. Ce n'est
point à nous à prononcer sur la cause des
omissions que l'Auteur de cette Lettre
remarque avoir été faites par le R. P.
Bougerel , et si ces omissions peuvent
lui être justement reprochées. Il nous
suffira d'observer qu'elle contient quel
ques Articles qui mériteront de trouver
leur place dans une seconde Edition de
cette Vie. Le Public équitable et éclairé
sçaura toujours bon gré à l'Auteur d'a
voir donné sur Gassendi , avec beaucoup
d'ordre , de soin et de sagacité , tout ce
qui est venu à sa connoissance , et on
11. Vol.
n
JUIN.
1737.
1397
deui reprochera jamais d'avoir ignoré
certles Taits particuliers contenus dans
des Ecrits qui ne sont point publics , et
qui , comme tout le Monde sçait , ne se
devinent point.
de la Vie de Pierre Gassendi Brochure
in 12. d'environ 80. pp. A Paris , chés
F. Herissant. M. DCC. XXXVII.
Quelque desir qu'ayent les Historiens
de ne rien omettre de ce qui regarde le
sujet qu'ils ont entrepris de traiter , au
moins en Faits d'importance, il leur arri
ve quelquefois de passer certaines choses
sous silence , ou parce qu'ils n'en ont
pas eu de connoissance , ou parce qu'ils
croyent avoir dit l'équivalent. Ce n'est
point à nous à prononcer sur la cause des
omissions que l'Auteur de cette Lettre
remarque avoir été faites par le R. P.
Bougerel , et si ces omissions peuvent
lui être justement reprochées. Il nous
suffira d'observer qu'elle contient quel
ques Articles qui mériteront de trouver
leur place dans une seconde Edition de
cette Vie. Le Public équitable et éclairé
sçaura toujours bon gré à l'Auteur d'a
voir donné sur Gassendi , avec beaucoup
d'ordre , de soin et de sagacité , tout ce
qui est venu à sa connoissance , et on
11. Vol.
n
JUIN.
1737.
1397
deui reprochera jamais d'avoir ignoré
certles Taits particuliers contenus dans
des Ecrits qui ne sont point publics , et
qui , comme tout le Monde sçait , ne se
devinent point.
Fermer
2954
p. 1397
« DESCRIPTION des Tableaux du Palais Royal, avec la Vie des Peintres à la [...] »
Début :
DESCRIPTION des Tableaux du Palais Royal, avec la Vie des Peintres à la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DESCRIPTION des Tableaux du Palais Royal, avec la Vie des Peintres à la [...] »
DESCRIPTION des Tableaux du Palais
Royal, avec la Vie des Peintres à la
tête de leurs Ouvrages , dédiée à M. le
Duc d'Orleans, Premier Prince du Sang.
Seconde Edition , revûë , corrigée et aug.
mentée. A Paris , rue S, Severin , chés
Houry , seul Imprimeur et Libraire de
M. le Duc d'Orleans. 1737. in- 12.
Royal, avec la Vie des Peintres à la
tête de leurs Ouvrages , dédiée à M. le
Duc d'Orleans, Premier Prince du Sang.
Seconde Edition , revûë , corrigée et aug.
mentée. A Paris , rue S, Severin , chés
Houry , seul Imprimeur et Libraire de
M. le Duc d'Orleans. 1737. in- 12.
Fermer
2955
p. 1397
« LE JALOUX, Concerto Pantomime, executé et dansé sur le Théatre de la Comédie [...] »
Début :
LE JALOUX, Concerto Pantomime, executé et dansé sur le Théatre de la Comédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE JALOUX, Concerto Pantomime, executé et dansé sur le Théatre de la Comédie [...] »
LE JALOUX, Concerto Pantomime,
executé et dansé sur le Théatre de la Comédie
Italienne , pour les Violons , Flu-
tes , Hautbois , Vielles et Musettes , avec
la Basse continuë et Basson , par M. de
Rochet. Prix 3. livres, les cinq Parties sé-
parées. A Paris , chés le Clerc , ruë du
Roulle , à la Croix d'or ; chés la Veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or,
et à la Comédie Italienne. 1737.
Cette Piece de Symphonie qui a été faite
à l'occasion de la Comédie de l'Italien
marié à Paris , a été très aplaudie , et
parfaitement bien caracterisée au sujet
pour lequel elle a été composée.
executé et dansé sur le Théatre de la Comédie
Italienne , pour les Violons , Flu-
tes , Hautbois , Vielles et Musettes , avec
la Basse continuë et Basson , par M. de
Rochet. Prix 3. livres, les cinq Parties sé-
parées. A Paris , chés le Clerc , ruë du
Roulle , à la Croix d'or ; chés la Veuve
Boivin , rue S. Honoré , à la Regle d'or,
et à la Comédie Italienne. 1737.
Cette Piece de Symphonie qui a été faite
à l'occasion de la Comédie de l'Italien
marié à Paris , a été très aplaudie , et
parfaitement bien caracterisée au sujet
pour lequel elle a été composée.
Fermer
2956
p. 1398-1399
Discours Evangéliques, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS EVANGELIQUES Sur differentes Verités de la Religion, et d'autant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours Evangéliques, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS EVANGELIQUES Sur differentes
Verités de la Religion, et d'autant
plus utiles dans chaque état , que les su
jets et les desseins en sont plus particu-
liers, et plus rarement traités. Leurs Tex-
tes sont pris ordinairement des Evangi
les de l'Avent et du Carême. Par le P. L.
R. D. S. D. Tome troisiéme. A Paris ,
chés de Billy , Quay des Augustins , à S.
Jerôme;le Clerc, Grand - Salle du Palais, à
la Prudence ; Gissey , rue de la Vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jessé , et Clou-
sier, rue S. Jacques, à l'Ecu de France
1727. in- 12.
e Public a déja reçû favorablement
les deux premiers Volumes de cet Ou
L'Auteur pour le rendre plus par-
vrage. L'Auteur
fait , et pour satisfaire à l'empressement
des Lecteurs , a donné ce troisiéme To-
me , dans lequel , aussi-bien que dans
les deux premiers, on trouve un stile vif,
soûtenu , coulant , un tour naturel , in-
telligible , suivi , persuasif , et des apli-
cations justes et frequentes de l'Ecriture
Sainte.
Ce troiséme Volume contient cinq
discours , dont le premier traite des mo
tifs et des dispositions pour aprocher de
la Sainte Table.
Le second roule sur la devotion ena
II. Vol.
vers
1
i
4
الر
JUI N.
1737
faire pour arriver au Ciel .
1399
Wert Marie , renfe rmée dansle Rosaire.
Le troisième , explique ce qu'il y a à
Le quatrième comprend les Vertus
d'un Apôtre , exprimées dans Saint Do-
minique.
Et le cinquiéme , fait connoître les
dangers du monde , pour le grand Ou-
vrage du Salut.
Verités de la Religion, et d'autant
plus utiles dans chaque état , que les su
jets et les desseins en sont plus particu-
liers, et plus rarement traités. Leurs Tex-
tes sont pris ordinairement des Evangi
les de l'Avent et du Carême. Par le P. L.
R. D. S. D. Tome troisiéme. A Paris ,
chés de Billy , Quay des Augustins , à S.
Jerôme;le Clerc, Grand - Salle du Palais, à
la Prudence ; Gissey , rue de la Vieille
Bouclerie , à l'Arbre de Jessé , et Clou-
sier, rue S. Jacques, à l'Ecu de France
1727. in- 12.
e Public a déja reçû favorablement
les deux premiers Volumes de cet Ou
L'Auteur pour le rendre plus par-
vrage. L'Auteur
fait , et pour satisfaire à l'empressement
des Lecteurs , a donné ce troisiéme To-
me , dans lequel , aussi-bien que dans
les deux premiers, on trouve un stile vif,
soûtenu , coulant , un tour naturel , in-
telligible , suivi , persuasif , et des apli-
cations justes et frequentes de l'Ecriture
Sainte.
Ce troiséme Volume contient cinq
discours , dont le premier traite des mo
tifs et des dispositions pour aprocher de
la Sainte Table.
Le second roule sur la devotion ena
II. Vol.
vers
1
i
4
الر
JUI N.
1737
faire pour arriver au Ciel .
1399
Wert Marie , renfe rmée dansle Rosaire.
Le troisième , explique ce qu'il y a à
Le quatrième comprend les Vertus
d'un Apôtre , exprimées dans Saint Do-
minique.
Et le cinquiéme , fait connoître les
dangers du monde , pour le grand Ou-
vrage du Salut.
Fermer
2957
p. 1399
Mémorial Alphabétique sur toutes les Matieres des Eaux et Forêts, &c. [titre d'après la table]
Début :
Legras, Libraire, au troisiéme Pilier de la Grand'Salle du Palais, et Rollin, fils, aussi Libraire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémorial Alphabétique sur toutes les Matieres des Eaux et Forêts, &c. [titre d'après la table]
Legras, Libraire, au troisiéme Pilier de la
Grand'Salle du Palais, et Rollin, fils, aussi Libraire,
Quay des Augustins , donnent avis qu'ils vien-
nent d'imprimer le Mémorial Alphabetique de tou-
tes les Matieres des Eaux et Forêts, Pêches et Chas.
ses , avec tous les Edits , Ordonnances , Déclara-
tions , Arrêts et Reglemens rendus jusqu'à pré-
sent sur icelles , ensemble les Modeles de tous les
Actes des Grands- Maîtres , des autres Officiers
des Eaux et Forêts , et des Instructions pour les
Gardes , &c. Volume in 4. Prix 9 livres.
M. Noel, ancien Conseiller du Roy , Greffier en
chef des Eaux et Forêts de la Table de Marbre ,
Auteur de cet Ouvrage , continuëra de donner ses
Consultations sur ces Matieres en sa Maison
Cloître S. Jean en Greve,
Grand'Salle du Palais, et Rollin, fils, aussi Libraire,
Quay des Augustins , donnent avis qu'ils vien-
nent d'imprimer le Mémorial Alphabetique de tou-
tes les Matieres des Eaux et Forêts, Pêches et Chas.
ses , avec tous les Edits , Ordonnances , Déclara-
tions , Arrêts et Reglemens rendus jusqu'à pré-
sent sur icelles , ensemble les Modeles de tous les
Actes des Grands- Maîtres , des autres Officiers
des Eaux et Forêts , et des Instructions pour les
Gardes , &c. Volume in 4. Prix 9 livres.
M. Noel, ancien Conseiller du Roy , Greffier en
chef des Eaux et Forêts de la Table de Marbre ,
Auteur de cet Ouvrage , continuëra de donner ses
Consultations sur ces Matieres en sa Maison
Cloître S. Jean en Greve,
Fermer
2958
p. 1399-1401
Nouvelle Imprimerie à Lausanne, &c. [titre d'après la table]
Début :
Nous aprenons par des Lettres de Suisse, qu'il s'est fait depuis peu à Lausanne un Etablissement [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Imprimerie à Lausanne, &c. [titre d'après la table]
Nous aprenons par des Lettres de Suisse, qu'il
s'est fait depuis peu à Lausanne un Etablissement
considérable, et qui fait bien honneur à ceux qui
en ont été les Promoteurs. Il y avoit dans cette
Ville quelques petits Libraires passablement
fournis de Livres du temps , et une Impri-
merie pour l'usage de l'Académie, Le sieur Marc
II. Vol.
G
Michel
1400 MERCURE DE FRANCE
Michel Bousquet , Imprimeur et Libraire
Genêve , ayant rompu les engagemens qu'il
avoit dans sa Patrie, et s'étant transplanté à Lau-
sanne , il y a formé le dessein d'une Imprimerie
et Librairie , pour le succès de laquelle tout a
concouru. La Seigneurie de Lausanne lui a fait
construire sur la Piace S. François , et dans une
belle exposition, un Bâtiment d'une grande éten
due et avec toutes les commodités qu'il pouvoit
souhaiter. Les Magistrats de Berne lui ont aussi
prêté un fonds assés considérable pour dix ans,
sans interêt , et outre ces secours , il s'est formé
une Societé qui s'est chargée d'avoir l'œil sur le
choix des Livres à imprimer , et sur la correc-`
tion et perfection de l'Imprimerie. Cette Socie-
té est composée de gens éclairés et d'un mérite
distingué , soit par leur naissance ou par leurs
talens. Elle paroît être formée sur le modele
de la Societé Palatine de Milan , et elle a grande
attention à ne faire imprimer que de bons Ou-
vrages , et à ce qu'il ne soit donné que de belles
Editions , qui seront ornées de Vignettes , Cuis-
de-lampe et Lettres grises d'un fort bon goût;il
y a un grand nombre de Presses qui roulent jour-
nellement , et il en est déja sorti de bons Livres.
Parmi ceux que la Société se propose de faire
imprimer incessamment , l'on compte 'Histoire
Romaine de Laurent Echard: celle de Naples , par
Giannone, une Traduction Françoise du curieux
Ouvrage du Marquis Maffei de Verone , qui a
pour titre Della Scienza Cavalleresca , et une
autre Traduction en la même Langue , d'une
Histoire de Suisse , écrire en Allemand par M.
Lauffer, Professeur en Eloquence et en Histoire
à Berne , homme d'un beau génie et qui mourut
il y a deux ans d'une chute à la fleur de son âge.»
II, Vel,
* Cette
Lettres.
JUIN 1737.
F401
Cette Histoire s'est trouvée manuscrite parmi
ses papiers ; et c'est M. Loys de Bochar , Profes➡
seur en Droit et en Histoire à Lausanne , l'un
des Interessés dans la Societé , qui s'est chargé
de la traduire et qui s'en acquirera bien, comme
on en peut juger par les Essais qu'il a donnés
de sa capacité , tels que les excellens Extraits
qu'il a fournis à la Bibliotheque Italique , et la
Dissertation qu'il a publiée en 1726. sur les En- ·
gagemens des Soldats , qui a été inscrée dans
les Tomes XI. et XII. de la Bibliotheque Ger-
manique.
Quant à M. Bousquet , il n'oublie rien pour
répondre aux vues de la Societé qui le dirige; il
est arrivé depuis peu de la Foire de Francfort ,
où il a fair emplerte des meilleurs Ouvrages .
d'Allemagne , il attend aussi des envois consi-
derables de Hollande , et il en a déja reçû plu-
sieurs de Paris. C'est ce que portent les Lettres
que nous avons vûës.
On y trouve aussi que le Mercure Suisse se conti-
nueavecbeaucoup de succès àNeufchâtel.Ce Mer- i
care,qui paroît tous les mois, a commencé en Dé-
cembre 1732. et n'a pas été discontinué jusqu'à
- présent. Nous en avons raporté quelques frag-
mens dans notre Journal du mois de Juin 1733 .
second volume , et nous aurions continué d'en
faire usage si nous avions cû occasion d'en voir
la suite il est surprenant que ceux de nos Li-
braires qui font commerce de Journaux Etran➡
gers , ne se soient pas encore avisés de faire ve- s
air celui-ci , qu'on dit contenir des Pieces cu
rieuses de Litterature , qui sont fournies par des
Sçavans du Pays,et entre autres par M.Bourguet,
Professeur en Philosophie à Neufchâtel , bom
me d'un mérite connu dans la République des
s'est fait depuis peu à Lausanne un Etablissement
considérable, et qui fait bien honneur à ceux qui
en ont été les Promoteurs. Il y avoit dans cette
Ville quelques petits Libraires passablement
fournis de Livres du temps , et une Impri-
merie pour l'usage de l'Académie, Le sieur Marc
II. Vol.
G
Michel
1400 MERCURE DE FRANCE
Michel Bousquet , Imprimeur et Libraire
Genêve , ayant rompu les engagemens qu'il
avoit dans sa Patrie, et s'étant transplanté à Lau-
sanne , il y a formé le dessein d'une Imprimerie
et Librairie , pour le succès de laquelle tout a
concouru. La Seigneurie de Lausanne lui a fait
construire sur la Piace S. François , et dans une
belle exposition, un Bâtiment d'une grande éten
due et avec toutes les commodités qu'il pouvoit
souhaiter. Les Magistrats de Berne lui ont aussi
prêté un fonds assés considérable pour dix ans,
sans interêt , et outre ces secours , il s'est formé
une Societé qui s'est chargée d'avoir l'œil sur le
choix des Livres à imprimer , et sur la correc-`
tion et perfection de l'Imprimerie. Cette Socie-
té est composée de gens éclairés et d'un mérite
distingué , soit par leur naissance ou par leurs
talens. Elle paroît être formée sur le modele
de la Societé Palatine de Milan , et elle a grande
attention à ne faire imprimer que de bons Ou-
vrages , et à ce qu'il ne soit donné que de belles
Editions , qui seront ornées de Vignettes , Cuis-
de-lampe et Lettres grises d'un fort bon goût;il
y a un grand nombre de Presses qui roulent jour-
nellement , et il en est déja sorti de bons Livres.
Parmi ceux que la Société se propose de faire
imprimer incessamment , l'on compte 'Histoire
Romaine de Laurent Echard: celle de Naples , par
Giannone, une Traduction Françoise du curieux
Ouvrage du Marquis Maffei de Verone , qui a
pour titre Della Scienza Cavalleresca , et une
autre Traduction en la même Langue , d'une
Histoire de Suisse , écrire en Allemand par M.
Lauffer, Professeur en Eloquence et en Histoire
à Berne , homme d'un beau génie et qui mourut
il y a deux ans d'une chute à la fleur de son âge.»
II, Vel,
* Cette
Lettres.
JUIN 1737.
F401
Cette Histoire s'est trouvée manuscrite parmi
ses papiers ; et c'est M. Loys de Bochar , Profes➡
seur en Droit et en Histoire à Lausanne , l'un
des Interessés dans la Societé , qui s'est chargé
de la traduire et qui s'en acquirera bien, comme
on en peut juger par les Essais qu'il a donnés
de sa capacité , tels que les excellens Extraits
qu'il a fournis à la Bibliotheque Italique , et la
Dissertation qu'il a publiée en 1726. sur les En- ·
gagemens des Soldats , qui a été inscrée dans
les Tomes XI. et XII. de la Bibliotheque Ger-
manique.
Quant à M. Bousquet , il n'oublie rien pour
répondre aux vues de la Societé qui le dirige; il
est arrivé depuis peu de la Foire de Francfort ,
où il a fair emplerte des meilleurs Ouvrages .
d'Allemagne , il attend aussi des envois consi-
derables de Hollande , et il en a déja reçû plu-
sieurs de Paris. C'est ce que portent les Lettres
que nous avons vûës.
On y trouve aussi que le Mercure Suisse se conti-
nueavecbeaucoup de succès àNeufchâtel.Ce Mer- i
care,qui paroît tous les mois, a commencé en Dé-
cembre 1732. et n'a pas été discontinué jusqu'à
- présent. Nous en avons raporté quelques frag-
mens dans notre Journal du mois de Juin 1733 .
second volume , et nous aurions continué d'en
faire usage si nous avions cû occasion d'en voir
la suite il est surprenant que ceux de nos Li-
braires qui font commerce de Journaux Etran➡
gers , ne se soient pas encore avisés de faire ve- s
air celui-ci , qu'on dit contenir des Pieces cu
rieuses de Litterature , qui sont fournies par des
Sçavans du Pays,et entre autres par M.Bourguet,
Professeur en Philosophie à Neufchâtel , bom
me d'un mérite connu dans la République des
Fermer
2959
p. 1402
« On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...] »
Début :
On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On nous écrit de Hollande, que le premier jour du mois de Juillet prochain on doit commencer [...] »
On nous écrit de Hollande, que le premier
jour du mois de Juillet prochain on doit commencer
à la Haye la vente d'une grande et cu
rieuse Bibliotheque, qualification qui est justifiée
par le Catalogue que nous en avons. Nous en
donnerons seulement le Titre qui est te!.
BIBLIOTHECA INDERVELDIANA,
Sive Catalogus Librorum in quavis Facultate es
Arte exquisitissimorum quibus, dum in vivis esset,
utebatur Pranobilis Dominus JOH. WALTHERUS
INDERVELDI , &c. Huic Catalogo sparsim
interposta reperitur et alia Bibliotheca , priori ob
Codicum prastantiam haud quaquam inferior.
Quarum binarum Libros Adrianus Moetjens et
Eustachius de Haen Bibliopola Haga - Batavi in
Aula Magna Curia Hollandia , ad diem 1. Julii
1737. et seqq. Quibuscumque Musarum cultoribus
pagina sequenti expressa conditione venales expo-
nunt 1. vol. in 8. pp . 420. Haga Batavorum, apud
eosdem Bibliopolas M. DCC . XXXVII.
On lit à la page qui suit ce Titre, cette courte
Instruction.
Chaque Personne qui achetera
» pour son compte à cette Vente , sera tenuë de
D
payer argent comptant ; et ceux qui achete-
ront en commission , auront six semaines de
crédit pour le payement , à condition qu'ils
donneront caution Bourgeoise.
» Cer Article ne regarde pas seulement les Par-
ticuliers , mais aussi les Libraires qui seront
»obligés aux mêmes Loix , dont ils ne pourong
-être dispensés , atendu les conventions faites
entre les Proprietaires de la Bibliotheque et
• nous.
» On devra payer , comme c'est la coûtume,
de chaque florin cinq dures.
jour du mois de Juillet prochain on doit commencer
à la Haye la vente d'une grande et cu
rieuse Bibliotheque, qualification qui est justifiée
par le Catalogue que nous en avons. Nous en
donnerons seulement le Titre qui est te!.
BIBLIOTHECA INDERVELDIANA,
Sive Catalogus Librorum in quavis Facultate es
Arte exquisitissimorum quibus, dum in vivis esset,
utebatur Pranobilis Dominus JOH. WALTHERUS
INDERVELDI , &c. Huic Catalogo sparsim
interposta reperitur et alia Bibliotheca , priori ob
Codicum prastantiam haud quaquam inferior.
Quarum binarum Libros Adrianus Moetjens et
Eustachius de Haen Bibliopola Haga - Batavi in
Aula Magna Curia Hollandia , ad diem 1. Julii
1737. et seqq. Quibuscumque Musarum cultoribus
pagina sequenti expressa conditione venales expo-
nunt 1. vol. in 8. pp . 420. Haga Batavorum, apud
eosdem Bibliopolas M. DCC . XXXVII.
On lit à la page qui suit ce Titre, cette courte
Instruction.
Chaque Personne qui achetera
» pour son compte à cette Vente , sera tenuë de
D
payer argent comptant ; et ceux qui achete-
ront en commission , auront six semaines de
crédit pour le payement , à condition qu'ils
donneront caution Bourgeoise.
» Cer Article ne regarde pas seulement les Par-
ticuliers , mais aussi les Libraires qui seront
»obligés aux mêmes Loix , dont ils ne pourong
-être dispensés , atendu les conventions faites
entre les Proprietaires de la Bibliotheque et
• nous.
» On devra payer , comme c'est la coûtume,
de chaque florin cinq dures.
Fermer
2960
p. 1403-1404
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 24. May 1737. au sujet des Ouvrages de M. de Thou.
Début :
Je vous prie, Monsieur, de publier dans le prochain Mercure le Memoire suivant ; le Public [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 24. May 1737. au sujet des Ouvrages de M. de Thou.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën
le 24. May 1737. au sujet des Ouvrages
de M. de Thou.
Je vous prie, Monsieur, de publier dans le
prochain Mercure le Memoire suivant ; le Public
poura vous en sçavoir gré , et j'en serai en
particulier tès- reconnoissant. J'ai l'honneur
d'être , &c.
Feu M. d'Ifs, Gentilhomme d'auprès de Caen,
traduisit en 1710. les Memoires de M. de Thou,
et la Préface de la grande Histoire ; il dédía són
Ouvrage à M. l'Abbé de Thou , qui l'honoroit
de son amitié ; cette Traduction fut très-esti
mée ; elle renferme toutes les Poësies Latines de
M. de Thou , mises en Vers François , et sur
tout le Poême à la posterité, qui avoit été impri-
mé séparément avant les deux Editions des Mé-
moires complets ; la premiere en 1711. in 48
chés Reinier Léers , à Rotterdam , ou plutôt chés
Cailloué , à Rouen. La seconde en 1713. in 12.
chés François l'Honoré, à Amsterdam, dédiée par
P'Imprimeur à M.le Baron de Schoulembourg.
Une marque de la bonté de cet Ouvrage , c'est
que Mrs les nouveaux Traducteurs de M.deThou,
l'ont inséré sans y rien changer dans leur pré-
mier tome, je fais cas sûrement d'une telle Apro
bation; mais zelé comine je le suis pour la gloire
d'un Pere , dont la memoire est également pré-
cieuse - aux honnêtes gens , et aux amateurs des
Belles- Lettres , je ne puis lui laisser ravir le seul
Ouvrage par où il soit connu aujourd'hui dans
le Monde sçavant ; je dis aujourd'hui , car cent
Ouvrages délicats et brillans de génie, lui avoient
acquis pendant sa vie une réputation qu'il s'est
II. Vol.
Gij
si
1404 MERCURE DE FRANCE
si pen soucié de perpetuer , qu'après sa mort à
peine ai-je trouvé deux ou trois Originaux.
Je prie donc Mrs les Traducteurs,que je n'ai pas
Phonneur de connoître , de rendre justice à la
verité dans la nouvelle Edition qu'ils préparent
de leur excellente révision , correction et aug
mentation du travail de Mrs du Ryer et Cassan-
dre. Ils peuvent dire dans un Avertissement qu'ils
ont trouvé la Vie de M. de Thou traduite , tr
qu'ils l'adoptent sans y toucher , ayant crû, avec
raison ne la pouvoir rendre meilleure. Ils peu
vent aussi nommer l'Auteur de cette Traduction;
je viens de le leur faire connoître , s'ils ne´le
connossoient pas déja , ce que j'ai peine à croi-
re , après les Aprobations aussi publiques qu'il-
lustres que mon Pere a cues sur son Ouvrage.
Voilà de quoi j'ai trouvé à propos d'instruire le
Public par zele pour la mémoire de mon Pere
et par amour pour la vérité.
le 24. May 1737. au sujet des Ouvrages
de M. de Thou.
Je vous prie, Monsieur, de publier dans le
prochain Mercure le Memoire suivant ; le Public
poura vous en sçavoir gré , et j'en serai en
particulier tès- reconnoissant. J'ai l'honneur
d'être , &c.
Feu M. d'Ifs, Gentilhomme d'auprès de Caen,
traduisit en 1710. les Memoires de M. de Thou,
et la Préface de la grande Histoire ; il dédía són
Ouvrage à M. l'Abbé de Thou , qui l'honoroit
de son amitié ; cette Traduction fut très-esti
mée ; elle renferme toutes les Poësies Latines de
M. de Thou , mises en Vers François , et sur
tout le Poême à la posterité, qui avoit été impri-
mé séparément avant les deux Editions des Mé-
moires complets ; la premiere en 1711. in 48
chés Reinier Léers , à Rotterdam , ou plutôt chés
Cailloué , à Rouen. La seconde en 1713. in 12.
chés François l'Honoré, à Amsterdam, dédiée par
P'Imprimeur à M.le Baron de Schoulembourg.
Une marque de la bonté de cet Ouvrage , c'est
que Mrs les nouveaux Traducteurs de M.deThou,
l'ont inséré sans y rien changer dans leur pré-
mier tome, je fais cas sûrement d'une telle Apro
bation; mais zelé comine je le suis pour la gloire
d'un Pere , dont la memoire est également pré-
cieuse - aux honnêtes gens , et aux amateurs des
Belles- Lettres , je ne puis lui laisser ravir le seul
Ouvrage par où il soit connu aujourd'hui dans
le Monde sçavant ; je dis aujourd'hui , car cent
Ouvrages délicats et brillans de génie, lui avoient
acquis pendant sa vie une réputation qu'il s'est
II. Vol.
Gij
si
1404 MERCURE DE FRANCE
si pen soucié de perpetuer , qu'après sa mort à
peine ai-je trouvé deux ou trois Originaux.
Je prie donc Mrs les Traducteurs,que je n'ai pas
Phonneur de connoître , de rendre justice à la
verité dans la nouvelle Edition qu'ils préparent
de leur excellente révision , correction et aug
mentation du travail de Mrs du Ryer et Cassan-
dre. Ils peuvent dire dans un Avertissement qu'ils
ont trouvé la Vie de M. de Thou traduite , tr
qu'ils l'adoptent sans y toucher , ayant crû, avec
raison ne la pouvoir rendre meilleure. Ils peu
vent aussi nommer l'Auteur de cette Traduction;
je viens de le leur faire connoître , s'ils ne´le
connossoient pas déja , ce que j'ai peine à croi-
re , après les Aprobations aussi publiques qu'il-
lustres que mon Pere a cues sur son Ouvrage.
Voilà de quoi j'ai trouvé à propos d'instruire le
Public par zele pour la mémoire de mon Pere
et par amour pour la vérité.
Fermer
2961
p. 1404-1408
Cours de Chymie démontré par Expérience, &c. [titre d'après la table]
Début :
On vient de nous communiquer un Ecrit dont le sujet nous a parû interessant pour le Public, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cours de Chymie démontré par Expérience, &c. [titre d'après la table]
On vient de nous communiquer un Ecrit dont
le sujet nous a parû interessant pour le Public,
et qui fera , sans doute , plaisir aux Amateurs de
la Physique experimentale. Cet Ecrit que nous
allons donner dans les mêmes termes ,est intitulé.
COURS DE PHYSIQUE , démontré par
P'Expérience. Par M. Beuvain .
Comme la certitude des verités de la Physique
et les progrès qu'on peut faire dans cette Scien-
ce , dépendent d'une infinité d'Experiences que
tout le monde n'a pas la commodité de faire',
deux personnes se sont proposé , pour faciliter
cette étude à ceux qui voudront s'y apliquer , de
donner un Cours de Physique Experimentale ;
P'un qui a ramassé avec beaucoup de soin tous
les Instrumens et les Machines nécessaires , s'est
II, Vol.
charge
MAJU IN 1737.
II. Vol.
1409
thargé d'executer les Expériences , et l'autre de
les expliquer et déveloper à leur occasion tous
Jes Phénomenes de la Nature.
On se propose d'embrasser en quelque façon
toute la Physique dans ce Cours , au moins ce
qui est le plus curieux et ce qu'il est plus né-
cessaire de sçavoir. On commencera par donner
une idée de la matiere , en faisant connoître son
essence , son étenduë , sa divisibilité , sa mobi
lité , ce qui fera entrer dans l'exposition de la na
ture du mouvement , de ses loix generales et des
principes de la Mechanique, dont on mettra sous
les yeux les differentes Machines , tant simples
que composées.
Après avoir donné quelques connoissances de
la Sphere , on fera vour que le Systême de Pro
lomée , qui place la Terre au centre du Monde,
ne satisfait point aux Observations que les Astro-
nomes ont faites , et que Copernic seul a trouvé
le juste arangement des Corps Celestes. Dans
Phypothese des Tourbillons qu'on prouvera , on
kendra la raison physique de tous les mouve-
inens des Planettes , de leurs aparences , de leurs
Eclipses , &c. la Sphere de Copernic , et differens
Globes qu'on mettra sous les yeux , mais sur tout
le jeu de plusieurs nouveaux Planispheres, faci+
literont l'intelligence de ces Explications.
On expliquera ensuite la nature du feu , et on
apuycra l'explication qu'on en aura donnée par
plusieurs Expériences très curieuses sur la Hui-
dié , la lumiere , la chaleur et par oposition sug
Je froid. On expliquera la fabrique et l'usage du
Thermometre, Comme la chaleur produit la plu-
part des fermentations, on expliquera encore cet-
e source inépuisable de Phénomenes , en y joi
guant des Expériences , sur tout celle de la pou-
I iiij
dra
1406 MERCURE DE FRANCE
åre fulminante ; on fera aussi par occasion quet-
ques Expériences de Chymie.
Au sujet de la lumiere,on fera voir les différens
Phosphores, les,differentes sortes de Lunettes,par-
ticulierement une d'une nouvelle invention . On
représentera sur une table les objets exterieurs pat
le moyen d'une Chambre obscure, ce qui imite la
maniere dont ils se peignent au fond de l'œil, du
quelon expliquera la construction; on fera paroî
tre sur un Plan plusieurs figures qui semblent y
marcher. Le Cylindre en ramasse d'autres qu'on
ne distinguoit pas sur les Cartes. On fera voir
aussi les effets du Miroir ardent. Les couleurs se-
ront expliquées dans le Systême de M. Mariotte,
et dans celui de M. Newton , dont on répètera
les Expériences. Cette matiere finita par l'im
tation de l'Arc- en - Ciel.
:
On passera ensuite à l'Air , dont la pesanteus
sera démontréé , ainsi que le Ressort , par une
infinité de belles Experiences , après qu'on aura
donné des conjectures sur ces deux Phénomenes
en general. La Machine pneumatique fournira
les plus interessantes. On fera voir que c'est l'air
qui fait monter l'eau dans les Pompes , dont on
démontrera la structure et le méchanisme, aussi-
bien que celui de toutes les Machines Hydrau
liques , Fontaines , Réservoirs , Jets - d'eau , Mou
lins , Syphons , & c. que l'on mettra sous les
yeux: On expliquera aussi le Barometre.
On fera voir que tous les Corps contiennent
beaucoup d'air, que ce fluide est absolument né-
cessaire pourla vie animale,la circulation du sang,
la végetation des Plantes , qu'il transmet jusqu'à
nos oreilles le son , sur lequel on fera des Expé-
riences qui découvriront ses proprietés. On finira
ce qui regarde Fair par l'explication de la Poudre
à Canom.
JUIN
1737.
1407
En parlant de l'Eau , on donnera des conjec-
eures sur le Flux et Reflux de la Mer et sur l'o-
rigine des Fontaines. On fera des Experiences sur
Pequilibre des Liqueurs , dont on démontrera
les Loix.
En parlant de la Terre , on s'étendra sur les
Métaux et les Mineraux , dont on exposera lä
formation. On s'arêtera beaucoup à la Pierre
d'Aimant , dont on fera les Expériences , parti
culierement celles de l'Aimant artificiel, L'Elec
tricité , qui ressemble à la vertu de l'Aimant , en
fournira d'autres encore très- curieuses, et on ré-
perera celles que M. Dufay a faites.
En traitant des Animaux , on établira par la
maniere dont se fait leur génération , que la cor
ruption n'y a aucune part , que l'Auteur de la
Nature les a organisés dès le commencement
pour être dévelopés dans le temps. On explique-
ra le mouvement des membres de notre Corps ,
les différentes préparations des alimens qui nous
font vivre , la transpiration par les pores , le
mouvement du cœur , la circulation du sang.
On montrera par quels principes les Animaux
marchent, les Oiseaux volent , les Poissons na-
gent. On expliquera ce qu'on apelle les sens , le
roucher , le goût , l'odorat , l'oüie ; la vûë , &c.
Ce Cours sera terminé par une Explication
simple de la plupart des Météores, du Tonnerrey
de la Grêle , des Vents , de la Pluye , de l'Au-
rore Boreale , &c.
On communiquera aux Personnes qui vou-
dront être instruites plus à fond sur ces matie
res , des Manuscrits où elles sont traitées avec
étendue et on leur indiquera les Livres qu'elles
peuvent lire utilement.
Ce Cours de Physique se fait actuellement chés
II. Vol.
G- Y
140 MERCURE DE FRANCE
M. Rogeau , Maître de Mathématiques , rue des
Lavandieres , proche celle de S. Germain l'Au
-xerrois .
le sujet nous a parû interessant pour le Public,
et qui fera , sans doute , plaisir aux Amateurs de
la Physique experimentale. Cet Ecrit que nous
allons donner dans les mêmes termes ,est intitulé.
COURS DE PHYSIQUE , démontré par
P'Expérience. Par M. Beuvain .
Comme la certitude des verités de la Physique
et les progrès qu'on peut faire dans cette Scien-
ce , dépendent d'une infinité d'Experiences que
tout le monde n'a pas la commodité de faire',
deux personnes se sont proposé , pour faciliter
cette étude à ceux qui voudront s'y apliquer , de
donner un Cours de Physique Experimentale ;
P'un qui a ramassé avec beaucoup de soin tous
les Instrumens et les Machines nécessaires , s'est
II, Vol.
charge
MAJU IN 1737.
II. Vol.
1409
thargé d'executer les Expériences , et l'autre de
les expliquer et déveloper à leur occasion tous
Jes Phénomenes de la Nature.
On se propose d'embrasser en quelque façon
toute la Physique dans ce Cours , au moins ce
qui est le plus curieux et ce qu'il est plus né-
cessaire de sçavoir. On commencera par donner
une idée de la matiere , en faisant connoître son
essence , son étenduë , sa divisibilité , sa mobi
lité , ce qui fera entrer dans l'exposition de la na
ture du mouvement , de ses loix generales et des
principes de la Mechanique, dont on mettra sous
les yeux les differentes Machines , tant simples
que composées.
Après avoir donné quelques connoissances de
la Sphere , on fera vour que le Systême de Pro
lomée , qui place la Terre au centre du Monde,
ne satisfait point aux Observations que les Astro-
nomes ont faites , et que Copernic seul a trouvé
le juste arangement des Corps Celestes. Dans
Phypothese des Tourbillons qu'on prouvera , on
kendra la raison physique de tous les mouve-
inens des Planettes , de leurs aparences , de leurs
Eclipses , &c. la Sphere de Copernic , et differens
Globes qu'on mettra sous les yeux , mais sur tout
le jeu de plusieurs nouveaux Planispheres, faci+
literont l'intelligence de ces Explications.
On expliquera ensuite la nature du feu , et on
apuycra l'explication qu'on en aura donnée par
plusieurs Expériences très curieuses sur la Hui-
dié , la lumiere , la chaleur et par oposition sug
Je froid. On expliquera la fabrique et l'usage du
Thermometre, Comme la chaleur produit la plu-
part des fermentations, on expliquera encore cet-
e source inépuisable de Phénomenes , en y joi
guant des Expériences , sur tout celle de la pou-
I iiij
dra
1406 MERCURE DE FRANCE
åre fulminante ; on fera aussi par occasion quet-
ques Expériences de Chymie.
Au sujet de la lumiere,on fera voir les différens
Phosphores, les,differentes sortes de Lunettes,par-
ticulierement une d'une nouvelle invention . On
représentera sur une table les objets exterieurs pat
le moyen d'une Chambre obscure, ce qui imite la
maniere dont ils se peignent au fond de l'œil, du
quelon expliquera la construction; on fera paroî
tre sur un Plan plusieurs figures qui semblent y
marcher. Le Cylindre en ramasse d'autres qu'on
ne distinguoit pas sur les Cartes. On fera voir
aussi les effets du Miroir ardent. Les couleurs se-
ront expliquées dans le Systême de M. Mariotte,
et dans celui de M. Newton , dont on répètera
les Expériences. Cette matiere finita par l'im
tation de l'Arc- en - Ciel.
:
On passera ensuite à l'Air , dont la pesanteus
sera démontréé , ainsi que le Ressort , par une
infinité de belles Experiences , après qu'on aura
donné des conjectures sur ces deux Phénomenes
en general. La Machine pneumatique fournira
les plus interessantes. On fera voir que c'est l'air
qui fait monter l'eau dans les Pompes , dont on
démontrera la structure et le méchanisme, aussi-
bien que celui de toutes les Machines Hydrau
liques , Fontaines , Réservoirs , Jets - d'eau , Mou
lins , Syphons , & c. que l'on mettra sous les
yeux: On expliquera aussi le Barometre.
On fera voir que tous les Corps contiennent
beaucoup d'air, que ce fluide est absolument né-
cessaire pourla vie animale,la circulation du sang,
la végetation des Plantes , qu'il transmet jusqu'à
nos oreilles le son , sur lequel on fera des Expé-
riences qui découvriront ses proprietés. On finira
ce qui regarde Fair par l'explication de la Poudre
à Canom.
JUIN
1737.
1407
En parlant de l'Eau , on donnera des conjec-
eures sur le Flux et Reflux de la Mer et sur l'o-
rigine des Fontaines. On fera des Experiences sur
Pequilibre des Liqueurs , dont on démontrera
les Loix.
En parlant de la Terre , on s'étendra sur les
Métaux et les Mineraux , dont on exposera lä
formation. On s'arêtera beaucoup à la Pierre
d'Aimant , dont on fera les Expériences , parti
culierement celles de l'Aimant artificiel, L'Elec
tricité , qui ressemble à la vertu de l'Aimant , en
fournira d'autres encore très- curieuses, et on ré-
perera celles que M. Dufay a faites.
En traitant des Animaux , on établira par la
maniere dont se fait leur génération , que la cor
ruption n'y a aucune part , que l'Auteur de la
Nature les a organisés dès le commencement
pour être dévelopés dans le temps. On explique-
ra le mouvement des membres de notre Corps ,
les différentes préparations des alimens qui nous
font vivre , la transpiration par les pores , le
mouvement du cœur , la circulation du sang.
On montrera par quels principes les Animaux
marchent, les Oiseaux volent , les Poissons na-
gent. On expliquera ce qu'on apelle les sens , le
roucher , le goût , l'odorat , l'oüie ; la vûë , &c.
Ce Cours sera terminé par une Explication
simple de la plupart des Météores, du Tonnerrey
de la Grêle , des Vents , de la Pluye , de l'Au-
rore Boreale , &c.
On communiquera aux Personnes qui vou-
dront être instruites plus à fond sur ces matie
res , des Manuscrits où elles sont traitées avec
étendue et on leur indiquera les Livres qu'elles
peuvent lire utilement.
Ce Cours de Physique se fait actuellement chés
II. Vol.
G- Y
140 MERCURE DE FRANCE
M. Rogeau , Maître de Mathématiques , rue des
Lavandieres , proche celle de S. Germain l'Au
-xerrois .
Fermer
2962
p. 1408
« Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...] »
Début :
Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil et de la Grande Chambre de Castille, donne avis [...] »
Dom André Gonzales de Barcia, du Conseil
et de la Grande Chambre de Castille, donne avis
au Public qu'il se dispose à mettre sous presse
une Edition en six volumes in folio , Nicola!
Antonii Bibliotheca Hispanica , publiée ci - devant
aussi en deux tomes in folio , ayant déja reçû
beaucoup de secours des Sçavans d'Italie , Cata-
Jogue , Portugal , et autres Endroits de l'Espa
gne , il lui reste à prier ceux de France, Flandres,
Pays- Bas , de Hollande , d'Angleterré , d'Alle-
magne , de Suede et Dannemarc , de vouloir
l'aider de leurs Découvertes ; il auront la bonté
de lui adresser leurs Manuscrits à Madrid , on
au sieur Montalant , Libraire à Paris , par les
voitures publiques et non par la Poste. Il aura
one attention infinie de leur en marquer sa re
Connoissance.
et de la Grande Chambre de Castille, donne avis
au Public qu'il se dispose à mettre sous presse
une Edition en six volumes in folio , Nicola!
Antonii Bibliotheca Hispanica , publiée ci - devant
aussi en deux tomes in folio , ayant déja reçû
beaucoup de secours des Sçavans d'Italie , Cata-
Jogue , Portugal , et autres Endroits de l'Espa
gne , il lui reste à prier ceux de France, Flandres,
Pays- Bas , de Hollande , d'Angleterré , d'Alle-
magne , de Suede et Dannemarc , de vouloir
l'aider de leurs Découvertes ; il auront la bonté
de lui adresser leurs Manuscrits à Madrid , on
au sieur Montalant , Libraire à Paris , par les
voitures publiques et non par la Poste. Il aura
one attention infinie de leur en marquer sa re
Connoissance.
Fermer
2963
p. 1408
« On trouvera au Caffé de la Marine, vis-à-vis l'Hôtel de Toulouse, près la Place des Victoires, [...] »
Début :
On trouvera au Caffé de la Marine, vis-à-vis l'Hôtel de Toulouse, près la Place des Victoires, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On trouvera au Caffé de la Marine, vis-à-vis l'Hôtel de Toulouse, près la Place des Victoires, [...] »
On trouvera au Caffé de la Marine, vis-à-vis
l'Hôtel de Toulouse, près la Place des Victoires,
et au Palais Royal , Les Tables Chronologiques de
Tous les Opera représentés à Paris par l'Académie
Royale de Musique , et de toutes les Pieces repré¹
sentées sur le nouveau Théatre Italien , jusques et
compris l'année 1736.
L'Auteur promet donner incessamment une
pareille Table Chronologique pour le Théatre
Fran çois.
Chique Exemplaire aura la Marque que l'Au-
tour in lique ici, c'est-à-dire des Lettres D. G.
avec sou Paraphe.
l'Hôtel de Toulouse, près la Place des Victoires,
et au Palais Royal , Les Tables Chronologiques de
Tous les Opera représentés à Paris par l'Académie
Royale de Musique , et de toutes les Pieces repré¹
sentées sur le nouveau Théatre Italien , jusques et
compris l'année 1736.
L'Auteur promet donner incessamment une
pareille Table Chronologique pour le Théatre
Fran çois.
Chique Exemplaire aura la Marque que l'Au-
tour in lique ici, c'est-à-dire des Lettres D. G.
avec sou Paraphe.
Fermer
2964
p. 1409
Académie de Peinture et Sculpture, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 15. du mois dernier, l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, reçut M. Adam, Sculpteur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Académie de Peinture et Sculpture, &c. [titre d'après la table]
Le 15. du mois dernier, l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture, reçut M. Adam, Sculpteur,
dont les Ouvrages se ressentent avanta-
geusement du long séjour qu'il a fait à Rome.
M. Tremoliere , qui a été six ans à Rome Pen-
sionnaire du Roy , digne Eleve de M. Vanloo ,
et M. Boizot , Peintres , M. de la Tour , Peintre
en Pastel , de réputation.
M. Adam a été reçû sur un Groupe de Mar-
bre , représentant Neptune et un Triton , géné-
rálement aprouvé.
M. Tremoliere , sur un grand Tableau , re-
présentant Ulisse sauvé du naufrage par le se-
Cours de Minerve , d'une gracieuse et belle exe-
cution.
M. Boizot,sur un Tableau représentant Apol-
lon et Leucotoé , peint avec beaucoup d'intelli-
gence et de graces , er M. de la Tour , sur cing
Portraits très-ressemblans.
de Peinture et Sculpture, reçut M. Adam, Sculpteur,
dont les Ouvrages se ressentent avanta-
geusement du long séjour qu'il a fait à Rome.
M. Tremoliere , qui a été six ans à Rome Pen-
sionnaire du Roy , digne Eleve de M. Vanloo ,
et M. Boizot , Peintres , M. de la Tour , Peintre
en Pastel , de réputation.
M. Adam a été reçû sur un Groupe de Mar-
bre , représentant Neptune et un Triton , géné-
rálement aprouvé.
M. Tremoliere , sur un grand Tableau , re-
présentant Ulisse sauvé du naufrage par le se-
Cours de Minerve , d'une gracieuse et belle exe-
cution.
M. Boizot,sur un Tableau représentant Apol-
lon et Leucotoé , peint avec beaucoup d'intelli-
gence et de graces , er M. de la Tour , sur cing
Portraits très-ressemblans.
Fermer
2965
p. 1409
« Le sieur J. B Le Bas, vient de faire paroître une Estampe en hauteur, de sa composition, et gravée [...] »
Début :
Le sieur J. B Le Bas, vient de faire paroître une Estampe en hauteur, de sa composition, et gravée [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur J. B Le Bas, vient de faire paroître une Estampe en hauteur, de sa composition, et gravée [...] »
Le sieur J. B Le Bas, vient de faire paroître une
Estampe en hauteur, de sa composition, et gravée
par lui , où il a heureusement exprimé le
badinage du jeu de Colin- Maillard. Elle se vend
chés lui , ruë de la Harpe , vis-à- vis la rue Per-
cée , 1737. On lit ces Vers au bas.
Arrache ce bandeau , Damon , tu n'es pas sage
De t'exposer aux tours malicieux
D'un Sexe dont on doit craindre le badinage.
D'ailleurs pour avoir l'avantage
De contempler des attraits gracieux ,
On ne peut trop ouvrir les yeux.
Estampe en hauteur, de sa composition, et gravée
par lui , où il a heureusement exprimé le
badinage du jeu de Colin- Maillard. Elle se vend
chés lui , ruë de la Harpe , vis-à- vis la rue Per-
cée , 1737. On lit ces Vers au bas.
Arrache ce bandeau , Damon , tu n'es pas sage
De t'exposer aux tours malicieux
D'un Sexe dont on doit craindre le badinage.
D'ailleurs pour avoir l'avantage
De contempler des attraits gracieux ,
On ne peut trop ouvrir les yeux.
Fermer
2966
p. 1413-1414
LETTRE à M. ** à Paris, sur les Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Début :
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur, vous m'avez chargé expressément de vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. ** à Paris, sur les Pilules Mercurielles de M. Belloste.
LETTRE à M. ** à Paris, sur les
Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur,
vous m'avez chargé expressément de vous
donner des informations particulieres sur les
Pilules de M. Belloste. Je vous dirai , qu'é-
tant arrivé à Turin ,
j'ai été assés malheu-
reux pour n'y pas rencontrer M. le Docteur
Belloste ; j'ai parlé à son Correspondant , lequel
m'a dit qu'il étoit allé à Casal- Montferrat , &c.
A Milan et à Bresse , où j'ai séjourné , on m'a
assuré que ces Pilules y sont contrefaites ; mais
il n'y a rien de surprenant en cela , puisqu'elles le
sont bien à Turin même. Etant arrivé à Venise,
je ne me suis pas laissé entraîner si fort au tor-
rent des plaisirs qui y abondent en cette saison
que je n'aye songé à vous satisfaire. J'ai trouvé
qu'on a imprimé ici la Traduction Italienne du
premier tome du Chirurgien d'Hôpital , mais da
second on n'en a traduit que le Traité du Mercure,
parce qu'il est plus universel pour la guérison
des Malades , et que le premier paroît être suffi-
samment instructif pour le pansement des bles-
ses ; au bas de ce petit volume , qui n'est que de
123. pages , on a ajoûté deux Lettres que je me
suis donné la peine de traduire moi- même mor
11. Vol.
1414 MERCURE DE FRANCE
à mot , persuadé que je suis que vous ne sçau
rez bon gré de vous les communiquer. Vous ver
rez dans la derniere le caractere de feu M. Bel
loste , et le cas qu'on peut faire de son Remede.
Cette Lettre est d'autant plus digne de foi qu'elle
est d'une personne respectable,qui a eu l'honneur
d'occuperà la Cour de Savoye un poste égal à
son mérite , et qui est ici dans une estime uni-
verselle par sa pratique et par le rang distingué
qu'il tient dans une des plus celebres Universitée
de l'Europe.
Pilules Mercurielles de M. Belloste.
Lorsque je suis parti pour l'Italie, Monsieur,
vous m'avez chargé expressément de vous
donner des informations particulieres sur les
Pilules de M. Belloste. Je vous dirai , qu'é-
tant arrivé à Turin ,
j'ai été assés malheu-
reux pour n'y pas rencontrer M. le Docteur
Belloste ; j'ai parlé à son Correspondant , lequel
m'a dit qu'il étoit allé à Casal- Montferrat , &c.
A Milan et à Bresse , où j'ai séjourné , on m'a
assuré que ces Pilules y sont contrefaites ; mais
il n'y a rien de surprenant en cela , puisqu'elles le
sont bien à Turin même. Etant arrivé à Venise,
je ne me suis pas laissé entraîner si fort au tor-
rent des plaisirs qui y abondent en cette saison
que je n'aye songé à vous satisfaire. J'ai trouvé
qu'on a imprimé ici la Traduction Italienne du
premier tome du Chirurgien d'Hôpital , mais da
second on n'en a traduit que le Traité du Mercure,
parce qu'il est plus universel pour la guérison
des Malades , et que le premier paroît être suffi-
samment instructif pour le pansement des bles-
ses ; au bas de ce petit volume , qui n'est que de
123. pages , on a ajoûté deux Lettres que je me
suis donné la peine de traduire moi- même mor
11. Vol.
1414 MERCURE DE FRANCE
à mot , persuadé que je suis que vous ne sçau
rez bon gré de vous les communiquer. Vous ver
rez dans la derniere le caractere de feu M. Bel
loste , et le cas qu'on peut faire de son Remede.
Cette Lettre est d'autant plus digne de foi qu'elle
est d'une personne respectable,qui a eu l'honneur
d'occuperà la Cour de Savoye un poste égal à
son mérite , et qui est ici dans une estime uni-
verselle par sa pratique et par le rang distingué
qu'il tient dans une des plus celebres Universitée
de l'Europe.
Fermer
2967
p. 1414-1415
LETTRE adressée à M. Cicognini, Conseiller et Premier Médecin de feuë Madame Royale, Doüairiere de Savoye, et Premier Professeur de Médecine Théorique dans l'Université de Padoüe.
Début :
Il s'est excité dans ce Pays, Monsieur, une curiosité quasi universelle de lire le Traité du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE adressée à M. Cicognini, Conseiller et Premier Médecin de feuë Madame Royale, Doüairiere de Savoye, et Premier Professeur de Médecine Théorique dans l'Université de Padoüe.
LETTRE adressée à M. Cicognini,
Conseiller et Premier Médecin de feuë
Madame Royale, Doüairiere de Savoye,
et Premier Professeur de Médecine
Théorique dans l'Université de
Padoüe.
Il s'est excité dans ce Pays, Monsieur, une curiosité quasi universelle de lire le Traité du
Mercure de M. Belloste , inséré dans son Livre
intitulé Suite du Chirurgien d'Hôpital , à causé
des effets admirables qu'on dit avoir été produits sur
diverses personnes par le Mercure ; cè qui a fait
qu'un de mes amis s'est disposé à mettre au jour
Ta Traduction Italienne qu'il afaite de cet Ouvra
ge,pour satisfaire aux pressantes sollicitations d'u-
ne personne de consideration qui l'en a prié. Mais
parce qu'il craint qu'il n'y ait quelqu'un , comme
il arrive ordinairement lorsqu'on propose de nou-
veaux Remedes , qui accuse l'Auteur d'imposture
et qui méprise le mérite d'un tel Remede , il sou-
haite de joindre à l'impression de cet Ouvrage vo-
ire témoignage sincere et autentique , par lequet
LI. Vol
078
JU IN,
1737.
1455
or vende justice à la probité de l'Auteur et à la
bonté de son Remede. Pour obtenir de vous cette
grace il s'est adressé à moi , étant persuadé de mon
attachement pour votre service , et de votre bonté
singuliere à mon égard ; et c'est pour lui complai-
re que je prends la liberté de vous suplier , Mon-
sieur, de me donner quelques informations des mœurs
et du merite de M. Belloste, et de rendre témoigna
gne de ces effets desquels cet Auteur dit que vous
avez été témoin oculaire , comme dans le cas de
M. le Chevalier de Morette , de M. le Comte
d'Arc , Bavarois , de Mad, la Comtesse Busque ?,
et de M. Marchetti , Médecin de S. E. M. le
Cardinal Pic de la Mirandole. Par ce moyen voiss
ferez honneur à la memoire de ce grand homme qui
vous a été parfaitement connu
vous rendrez un
service considérable au Public , en certifiant les ef
fets d'un Remede dont l'usage pouroit être d'une
utilité infinie , et vous m'obligerez sensiblement
dans le dessein où je suis de servir mon ami. Je ne
manquerai pas de chercher les occasions à vous té-
moigner une vraye et parfaite reconnoissance , et
Pestime toute particuliere avec laquelle je suis,
N. C.
A Venise ce 2. Aoust 1734.
Conseiller et Premier Médecin de feuë
Madame Royale, Doüairiere de Savoye,
et Premier Professeur de Médecine
Théorique dans l'Université de
Padoüe.
Il s'est excité dans ce Pays, Monsieur, une curiosité quasi universelle de lire le Traité du
Mercure de M. Belloste , inséré dans son Livre
intitulé Suite du Chirurgien d'Hôpital , à causé
des effets admirables qu'on dit avoir été produits sur
diverses personnes par le Mercure ; cè qui a fait
qu'un de mes amis s'est disposé à mettre au jour
Ta Traduction Italienne qu'il afaite de cet Ouvra
ge,pour satisfaire aux pressantes sollicitations d'u-
ne personne de consideration qui l'en a prié. Mais
parce qu'il craint qu'il n'y ait quelqu'un , comme
il arrive ordinairement lorsqu'on propose de nou-
veaux Remedes , qui accuse l'Auteur d'imposture
et qui méprise le mérite d'un tel Remede , il sou-
haite de joindre à l'impression de cet Ouvrage vo-
ire témoignage sincere et autentique , par lequet
LI. Vol
078
JU IN,
1737.
1455
or vende justice à la probité de l'Auteur et à la
bonté de son Remede. Pour obtenir de vous cette
grace il s'est adressé à moi , étant persuadé de mon
attachement pour votre service , et de votre bonté
singuliere à mon égard ; et c'est pour lui complai-
re que je prends la liberté de vous suplier , Mon-
sieur, de me donner quelques informations des mœurs
et du merite de M. Belloste, et de rendre témoigna
gne de ces effets desquels cet Auteur dit que vous
avez été témoin oculaire , comme dans le cas de
M. le Chevalier de Morette , de M. le Comte
d'Arc , Bavarois , de Mad, la Comtesse Busque ?,
et de M. Marchetti , Médecin de S. E. M. le
Cardinal Pic de la Mirandole. Par ce moyen voiss
ferez honneur à la memoire de ce grand homme qui
vous a été parfaitement connu
vous rendrez un
service considérable au Public , en certifiant les ef
fets d'un Remede dont l'usage pouroit être d'une
utilité infinie , et vous m'obligerez sensiblement
dans le dessein où je suis de servir mon ami. Je ne
manquerai pas de chercher les occasions à vous té-
moigner une vraye et parfaite reconnoissance , et
Pestime toute particuliere avec laquelle je suis,
N. C.
A Venise ce 2. Aoust 1734.
Fermer
2968
p. 1415-1417
RÉPONSE de M. Cicognini.
Début :
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner quelques éclaircissemens sur la probité de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Cicognini.
RÉPONSE de M. Cicognini.
Monsieur , pour lequel je conserve tant d'estime.
II. Vol.
s
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner
quelques éclaircissemens sur la probité de
M. Belloste , Auteur du Livre intitulé Suite du
..
Chirurgien d'Hôpital , et de la vérité des faits
dans lesquelsje suis cité comme témoin. Il n'est rien
de plus équitable que de rendre justice à la vérité et
de complaire en même- temps à un ami comme vous,
Monsieur , pour lequel je conserve tant d'estime.
II. Vol.
s
Vous m'ordonnez, Monsieur, de vous donner
quelques éclaircissemens sur la probité de
M. Belloste , Auteur du Livre intitulé Suite du
..
Chirurgien d'Hôpital , et de la vérité des faits
dans lesquelsje suis cité comme témoin. Il n'est rien
de plus équitable que de rendre justice à la vérité et
de complaire en même- temps à un ami comme vous,
Fermer
2969
p. 1419-1420
« La Comédie Héroïque de l'Ambitieux se soutient toujours au Théatre [...] »
Début :
La Comédie Héroïque de l'Ambitieux se soutient toujours au Théatre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Comédie Héroïque de l'Ambitieux se soutient toujours au Théatre [...] »
La Comédie Héroïque de l'Ambitieux
se soutient toujours au Théatre
François , et attire de nombreuses
Assemblées , malgré les chaleurs.
On prépare pour ce Théatre une Piece
n trois Actes , sous le titre des Caracte-
41. Vol.
res
1420 MERCURE DE FRANCE
res de Thalie , titre heureux , et qui ras
portera bien de la gloire à son Auteur ,
s'il est traité heureusement. Nous so-
rons attentifsà en donner unejuste Ana
lyse et à
raporter
les sentimens du Pu
blic que nous tâcherons de recueillir avec
l'impartialité dont nous faisons profes
sion.
se soutient toujours au Théatre
François , et attire de nombreuses
Assemblées , malgré les chaleurs.
On prépare pour ce Théatre une Piece
n trois Actes , sous le titre des Caracte-
41. Vol.
res
1420 MERCURE DE FRANCE
res de Thalie , titre heureux , et qui ras
portera bien de la gloire à son Auteur ,
s'il est traité heureusement. Nous so-
rons attentifsà en donner unejuste Ana
lyse et à
raporter
les sentimens du Pu
blic que nous tâcherons de recueillir avec
l'impartialité dont nous faisons profes
sion.
Fermer
2970
p. 1420-1421
« Le 15. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre une Comédie qui a [...] »
Début :
Le 15. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre une Comédie qui a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 15. Juin, les Comédiens Italiens remirent au Théatre une Comédie qui a [...] »
Le 15. Juin, les Comédiens Italiens
remirent au Théatre une Comédie qui a
pour titre l'Italien marié à Paris. Cette
Piece qui est de la composition de M. Ric-
coboni le Pere , retiré du Theatre depuis
1729. fut jouée en Italien avec beau-
coup de succès en Juillet 1716. L'Aug
teur y jouoit le premier rôle , c'est-à- di-,
re , celui du Jaloux d'une maniere ini
mitable. La même Piece fut remise au
Théatre en cinq Actes au mois de No-
vembre 1728 traduite en Prose par l'Au-
teur , lequel fut remplacé dans son rôle
par le sieur Pagheti , autre excellent
Comédien mort en 173 2. Dans cette der-
niere reprise , la même Piece a été redui,
te à trois Actes , et mise en Vers libres
par M. de la Grange, connu par d'autres
Pieces qu'il a données au même Theatre.
Elle a été reçue très-favorablement du
Public. Le Sieur Romagnesy joue le pre-
II. Vol,
mier
*
JUIN.
II, Vol.
1737.
1421
mier rôle avec aplaudissement. La Piece
est terminée par un très-joli divertisse
ment dansé par les Acteurs et Actrices
de la Troupe , &c. L'execution en a été
generalement goûtée , ainsi que le Balet
composé par le sieur Riccoboni ; et la
Musique de la composition du sieur Du-
rocher,Auteur de plusieurs Ouvrages de
Musique reçus très favorablement du
Public. On peut voir un Extrait fort au
long de la même Piece dans le premier
Vol. de Décembre 1728 page 2701,
remirent au Théatre une Comédie qui a
pour titre l'Italien marié à Paris. Cette
Piece qui est de la composition de M. Ric-
coboni le Pere , retiré du Theatre depuis
1729. fut jouée en Italien avec beau-
coup de succès en Juillet 1716. L'Aug
teur y jouoit le premier rôle , c'est-à- di-,
re , celui du Jaloux d'une maniere ini
mitable. La même Piece fut remise au
Théatre en cinq Actes au mois de No-
vembre 1728 traduite en Prose par l'Au-
teur , lequel fut remplacé dans son rôle
par le sieur Pagheti , autre excellent
Comédien mort en 173 2. Dans cette der-
niere reprise , la même Piece a été redui,
te à trois Actes , et mise en Vers libres
par M. de la Grange, connu par d'autres
Pieces qu'il a données au même Theatre.
Elle a été reçue très-favorablement du
Public. Le Sieur Romagnesy joue le pre-
II. Vol,
mier
*
JUIN.
II, Vol.
1737.
1421
mier rôle avec aplaudissement. La Piece
est terminée par un très-joli divertisse
ment dansé par les Acteurs et Actrices
de la Troupe , &c. L'execution en a été
generalement goûtée , ainsi que le Balet
composé par le sieur Riccoboni ; et la
Musique de la composition du sieur Du-
rocher,Auteur de plusieurs Ouvrages de
Musique reçus très favorablement du
Public. On peut voir un Extrait fort au
long de la même Piece dans le premier
Vol. de Décembre 1728 page 2701,
Fermer
2971
p. 1421-1422
« L'Academie Royale de Musique continuë les representations du Balet des [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique continuë les representations du Balet des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique continuë les representations du Balet des [...] »
L'Academie Royale de Musique continuë
les representations du Balet des
Amours des Dieux , que le Public voit
toujours avec plaisir ; quoique ce Balet
soit composé d'un Prologue et de quatre
Entrées , on a été obligé de suprimer la
seconde , pour finir l'Opera de meilleure
heure , et donner ce temps à la prome-
nade ; les rôles ont été très-bien remplis
dans cette reprise ; la Dlle Julie , et les
sieurs le Page et Jelyou chantent les rôles
du Prologue. La Dlle Petitpas , et les
sieurs Dun et Tribou ceux de la premie-
re Entrée , la Dlle Pelissier joue le rôle
de Corones , et le sieur Tribou celui d'A-
pollon , dans la troisiéme Entrée ; et la
Dlle Antier , et le sieur Albert nouvel
Acteur
7422 MERCURE DE FRANCE
Acteur ( qu'on a déja entendu ici ) exe- \
cutent très- bien les rôles d'Ariane et de
Bacchus.
On prépare pour ce Theatre l'Opera de
Cadmus, Tragedie, la premiere que Qul-
nault ait donnée au Theatre Lyrique , et
le premier Poëme en ce genre que Lully
ait mis en Musique.
les representations du Balet des
Amours des Dieux , que le Public voit
toujours avec plaisir ; quoique ce Balet
soit composé d'un Prologue et de quatre
Entrées , on a été obligé de suprimer la
seconde , pour finir l'Opera de meilleure
heure , et donner ce temps à la prome-
nade ; les rôles ont été très-bien remplis
dans cette reprise ; la Dlle Julie , et les
sieurs le Page et Jelyou chantent les rôles
du Prologue. La Dlle Petitpas , et les
sieurs Dun et Tribou ceux de la premie-
re Entrée , la Dlle Pelissier joue le rôle
de Corones , et le sieur Tribou celui d'A-
pollon , dans la troisiéme Entrée ; et la
Dlle Antier , et le sieur Albert nouvel
Acteur
7422 MERCURE DE FRANCE
Acteur ( qu'on a déja entendu ici ) exe- \
cutent très- bien les rôles d'Ariane et de
Bacchus.
On prépare pour ce Theatre l'Opera de
Cadmus, Tragedie, la premiere que Qul-
nault ait donnée au Theatre Lyrique , et
le premier Poëme en ce genre que Lully
ait mis en Musique.
Fermer
2972
p. 1423-1424
« Le 28. Juin, l'ouverture de la Foire S. Laurent fut faite par M. le Lieutenant [...] »
Début :
Le 28. Juin, l'ouverture de la Foire S. Laurent fut faite par M. le Lieutenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 28. Juin, l'ouverture de la Foire S. Laurent fut faite par M. le Lieutenant [...] »
Le 28. Juin, l'ouverture de la Foire
S. Laurent fut faite par M. le Lieutenant
General de Police , avec les Ceremonies
accoutumes. Ce Magistrat avoit rendu
le 14. du même mois son Ordonnance
concernant ce qui doit être observé par
II. Vol.
1423
Hle
1424 MERCURE DE FRANCE
les Marchands qui y sont établis , et re-
nouvelle les défenses des Jeux , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit
aussi l'ouverture de son Theatre par
deux Pieces nouvelles d'un Acte chacu-
ne en Vaudeville , avec des divertisse
M
›
mens , intitulées l'Amour Paysan et la
Fée Brochure , précedées d'un nouveau
Prologue adressé au Public , pour se le
rendre favorable pendant le cours de la
Foire. Un nouvel Arlequin Anglois exe-
cute dans le divertissement une Danse
de Paysan yvrogne avec aplaudisse-
ment ; il y a encore quelqu'autres nou-
veaux Acteurs qui dansent differentes
Entrées dans les diversissemens , lesquels
sont terminés par un Acte pantomime
très bien executé par tous les Danseurs ,
et par quelques Acteurs de la Troupe.
S. Laurent fut faite par M. le Lieutenant
General de Police , avec les Ceremonies
accoutumes. Ce Magistrat avoit rendu
le 14. du même mois son Ordonnance
concernant ce qui doit être observé par
II. Vol.
1423
Hle
1424 MERCURE DE FRANCE
les Marchands qui y sont établis , et re-
nouvelle les défenses des Jeux , & c.
Le même jour , l'Opera Comique fit
aussi l'ouverture de son Theatre par
deux Pieces nouvelles d'un Acte chacu-
ne en Vaudeville , avec des divertisse
M
›
mens , intitulées l'Amour Paysan et la
Fée Brochure , précedées d'un nouveau
Prologue adressé au Public , pour se le
rendre favorable pendant le cours de la
Foire. Un nouvel Arlequin Anglois exe-
cute dans le divertissement une Danse
de Paysan yvrogne avec aplaudisse-
ment ; il y a encore quelqu'autres nou-
veaux Acteurs qui dansent differentes
Entrées dans les diversissemens , lesquels
sont terminés par un Acte pantomime
très bien executé par tous les Danseurs ,
et par quelques Acteurs de la Troupe.
Fermer
2973
p. 2643
Nouveaux Amusemens du Coeur & de l'Esprit, &c. [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAUX AMUSEMENS du Coeur & de l'Esprit. Huitiéme Brochure. in-12. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Amusemens du Coeur & de l'Esprit, &c. [titre d'après la table]
NOUVEAUX AMUSEMENS du Coeur
& de l'Esprit. Huitième Brochure. in- 12 .
d'environ iso. pages. Le prix est de vingtquatre
sols , chés Bienvenu , Quai des Augustins.
1738.
Nous avons déja parlé de cet Ouvrage ,
que le Public continuë de recevoir favora
blement , ainsi nous nous bornerons à faire
connoître cette nouvelle Brochure par quelques
Morceaux de Poësie.
& de l'Esprit. Huitième Brochure. in- 12 .
d'environ iso. pages. Le prix est de vingtquatre
sols , chés Bienvenu , Quai des Augustins.
1738.
Nous avons déja parlé de cet Ouvrage ,
que le Public continuë de recevoir favora
blement , ainsi nous nous bornerons à faire
connoître cette nouvelle Brochure par quelques
Morceaux de Poësie.
Fermer
2974
p. 2646
« Parmi la Poësie, on trouve quelques Piéces en Prose, entr'autres, un quatriéme [...] »
Début :
Parmi la Poësie, on trouve quelques Piéces en Prose, entr'autres, un quatriéme [...]
Mots clefs :
Poésie, Prose, Géométrie naturelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Parmi la Poësie, on trouve quelques Piéces en Prose, entr'autres, un quatriéme [...] »
Parmi la Poësie , on trouve quelques Piéces
en Prose , entr'autres , un quatrième
Entretien sur la Géométrie naturelle , & dans
le genre des trois premiers , où regne un
esprit de discernement & de méthode
qui cherche la vérité , &c·
Cette huitiéme Brochure acheve le second
Tome des Nouveaux Amusemens , & c. dont
le Prix est de 3. liv. douze sols , & on promet
d'avertir le Public quand il y aura de
nouvelles Suites.
en Prose , entr'autres , un quatrième
Entretien sur la Géométrie naturelle , & dans
le genre des trois premiers , où regne un
esprit de discernement & de méthode
qui cherche la vérité , &c·
Cette huitiéme Brochure acheve le second
Tome des Nouveaux Amusemens , & c. dont
le Prix est de 3. liv. douze sols , & on promet
d'avertir le Public quand il y aura de
nouvelles Suites.
Fermer
2975
p. 321
Dissertation sur la Musique, [titre d'après la table]
Début :
DISSERTATION sur la Musique moderne, par M. Rousseau, 8o. de [...]
Mots clefs :
Dissertation, Musique moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertation sur la Musique, [titre d'après la table]
DISSERTATION fur la Mufique
, par M. Rouffean , 8 ° . de
100. pages , fans la Préface . A Paris , chés
Quillau , Pere , ruë Gallande , à l'Annon
ciation. 40 , fols.
, par M. Rouffean , 8 ° . de
100. pages , fans la Préface . A Paris , chés
Quillau , Pere , ruë Gallande , à l'Annon
ciation. 40 , fols.
Fermer
2976
p. 321-333
LETTRE de M. Rousseau à M. D.
Début :
M. quand j'inventai de nouveaux caractéres pour entretenir plus commodément [...]
Mots clefs :
Musique, Temps, Notes, Note, Sons, Point, Méthode, Durée, Ouvrage, Chiffres, Naturel, Tonique, Système, Savoir, Rapports, Majeur, Chiffre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
M. Rouffeau adresse une lettre à M. D. pour présenter son invention de nouveaux caractères visant à simplifier la notation musicale. Initialement destiné à un usage personnel, ce système a été adopté par ses amis de province, ce qui l'a poussé à publier sa méthode dans un ouvrage intitulé 'Dissertation sur la Musique Moderne'. Rouffeau critique les signes musicaux actuels, qu'il trouve moins pratiques que l'utilisation des chiffres pour représenter les sons. Sa méthode repose sur le mode majeur, où le chiffre 1 représente la basse et la tonique de tous les tons majeurs. Les notes sont numérotées de 1 à 7, suivant les rapports de la gamme naturelle, ce qui élimine les dièses et les bémols. Rouffeau propose également de simplifier les mesures musicales en les réduisant à deux types (à deux et à trois temps) et deux divisions de temps (double et triple). Les durées des sons sont divisées en parties égales pour assurer l'égalité des temps, et les inégalités sont déterminées avec précision. La méthode utilise des lignes horizontales pour lier les subdivisions des parties égales, remplaçant ainsi divers signes complexes par un système plus simple basé sur le zéro et les points. L'auteur espère que cette méthode sera jugée commode et facile, offrant des avantages pratiques pour noter la musique de manière plus compacte et accessible. Le système est conçu pour être rapidement assimilable par ceux qui connaissent déjà la musique et accessible aux débutants en quelques mois. Un exemple d'air noté avec ce nouveau système sera publié dans le prochain Mercure pour illustrer la méthode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2977
p. 1551-1566
LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Début :
Vous possedez, M. R. P. dans votre Abbaye un Manuscrit complet des [...]
Mots clefs :
Guido d'Arezzo, Gui Arétin, Chant, Sons, Noms, Temps, Notes, Lettres, Lettre, Corde, Nom, Gamme, Maître, Monocorde, Ouvrages, Mémoire, Commencement, Religieux, Peine, Chanter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
L Е TTR Е de M. l'Abbé L. au R. P. D.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
Timothée Veyrel , Trieur de S. Evroul en
Normandie , au fujet des Ouvrages de Gui
Aretin, avec quelques Remarques en faveur
de la mémoire de ce celebre Aíuficien.
VOus políedez, M. R. P. dans votre
Abbaye un Manufcrit complet dee
OEuvres de Gui Aretin , fçavant Mufickn du
commencement de l'onzième fiéefc ; Se en
cela vous ères plus riche que les bibliothè
ques qui n'en ont que des fragmens , par le
moven defquels on ne peut connoître qu'im
parfaitement cet Auteur. Le terns eft venu,'
ce me ièmble , de rendre les Ouvrages de ce
grand Muficien plus communs qn-'ils ne le
font , & je fuis perfuadé que dès-lors que je
vous aurai expoie ce qui a été écrit depuis
peu contre la mémoire de ce Religieux, vous
voudrez bien prendre la peine de vous faire
inftruire de ce qui eft confervé à la Bihliothé- -
que du Roi, des OEuvres Muficales de Gui; •
pour y fournir ce qui y manque, afín que lea
Curieux de Paris puiflenc y avoir recour»
dans le befoin.
Vous n'aurez peut-être connu le nouveau
Livre de M. Roufleau, intitulé 1 Dijfertatua
fur.
MERCURE DE FRANCE
fnr la Mttpque moderne, que par l'Extraie
qu'en donnent les Journaux. Le grand nom
bre fc fera repofé , qHant au Syftême de la
maniere de chiffrer le Chant , fur ce que l'é
vénement & la fuite du tems pourront en
apprendrc.Mais je ne croi pas qu'aucun Journalifte
ait rapporté les propres termes de M.
Rouifeau.» Il n'eft pas aifé , dit-il , page i.
»» de fçavoir préciièment en quel état étoit la
» Mufiquc , quand Gui d'Arczze s'avifa de
»fupprimer tous les caradéres que l'on y
»remployoit, pour leur fubftituer les Notes
» qui font en .ufage aujourd'hui. Ce qu'il y a
» de vraifcmblable , eft que les premiers ca-
» ractéres étoient 1« mêmes avec lefquels
»»les anciens Grecs exprimoient cette Mufi-
» que mervolitufe , de laquelle , quoiqu'on
» endife ,1a nôtre n'approchera jamais, quant
» à fes effet": , Sc ce qu'il y a de fur, c'eft que
>» Gui rendu un fort mauvais fervicc à la Mu-
» fique i &c qu'il eft fâcheux pour nous qu'il
»» n'ait pas trouvé en foH chemin des Mufi-
» ciens lu(TÎ indociles que ceux d'aujourd'hui.
Plus bas, il s'étonne qu'on ne falTe pasau-_
jourd'hui pour la perfection de la Mufique ,
ее ¡ue Gui d'Arezxe a fait pour la gâter.
Il ine piroíó que M. Rouifeau n'a pas connu
fufhTamment Gui Aretin avant que d'entre
prendre d'en parler. Il auroit pû fe mettre au>
lait de 1д fituation où étoit l'arc d'écrire le
Chant
JUI LLE T. i74y; ijjj
Chant avant le terns de ce Religieux , en
confultant le Livre de votre Confrere Dorrt
Jacques le Clercq , imprimé à Paris , in 4.
en 1675. mais s'il a négligé de cirer même
le petit Livre du Pere SouhairryjCordeliefj je
fuis plus étonné qu'il air ignoré que Dom le
Clercq a fait graver des morceaux de Chant
notés , fuivantl'ufige obfervé avant le fiécle
de Gui Arerin , par le moyendc'quels on voit
qu'à la vérité les fept premieres lettres de
l'Alphabet Larin ont fervi à defigner les fons
dans le Chant Romain , mais qu'il y avoir en
même-tems des Notes de différentes foimes
qu'on plaçoit fur les paroles , à des diftances
arbitraires.Les lettres a, b, c, d. e, f g, éroient
les fept noms des fons ; les Notes quarrées
ou en équerre ou à queue, ou un fïmple trait
de plume tiré perpendiculairement , ou bien,
finiffant en crofle , avec des points entremê
lés étoient les Notes de ces fiécles , fans li
gnes ni fans clefs. Ainfi un même fon , quirevenoit
de tems en tems, étoit placé à la
fantaifie du Noteur ou Notatcur , de ma
niere que des Ecoliers à qui on avoir fait
chanter les fons de la Gamme a,b,c,d,e,f,g ,.
par intervalles disjoints , ne lçavoient plus à
quoi s'en tenir,& il étoit néceflaire à tout mo
ment que le Maître les remît en chemin , &
retraçât à leur mémoire, que tel figne devoir
produire le fon- b , celui-ci le fon d , cet
autre
tj54 MERCURE DE FRANCE
autre le fon f. Par exemple , fur l'Introït S№
luit , leur ayant dit que le premier fon étoic
le fon d,ils voyoient confufément que le fou
fuivant dévoie être plus aigu , mais ils né fçavoyent
pas de combien il devoit l'être ni
s'il falloit du d. proceder au g. ou à l'a» Il
falloit que le Maître prît la peine de
prononcer toujours la lettre de la Note qui
enindiquok le fon, de la faire fonner ou de
la voix ou fur fon Monocorde, Infiniment
alors fort ûfité , où la touche des Ion*
étoient marquée par le moyen des bandes de
différentes couleurs , alternativement. Si le
Maître s'en difpenfoit , tout à coup les Eco
liers fortoîent de leur chemin. Si pour s'éxemptercette
peine, il écrivoit les lettres fous
les .Notes » ou s'il fe contentoit d'employer
les ièpt lettres fur le Texte . les Ecoliers
avoient,àla vérité, des guides devant eux ,
mais c'étoient encore des guides muets, pout
ainfi-dire, &c qui ne repréfentoient qu'obfcu-'
rémentle fon, dont la lignification leur ctoie
attachée.
Que fit Gui Aretin ? Ce grand Maître , £
forée de travailler à infinuer & inculquer lç
Chant à la mémeirc des jeunes Moines de
Pompofc , s'apperçût qu'ils le rctenoiênt plus
aifément en voyant où il plaçoit fon doigt
fur le Monocorde,, pour former chaque fou
de la Gamme , qu'il vouloit qu'ils rendirent
confor
JUILLET.. 1743. 155 j
coRÍormcment aux Notes de la Pièce de
Chant qui étoit à exécuter. Il conclut de-là,
que l'imagination des Ecoliers feroit beau
coup foulagée & même invariablement fixée,
fi fur chaque fyllabe. du Texte à chanter , il
repréfentoit le (Monocorde , au moins par
extrait. Ainfi ^ par exemple , pour Pin-'
rroît Statuit , il imagina de figurer d'abord
fc'—гЩ-Ц- m И
puis _ puis —
Sta- tu • it , Sc ainfi da rede;
C'eft ainfi que fe forma ce qu'on' appella de
puis, une portée ou une pattée de la longueur
d'une ligne de paroles , par le moyen des
différentes repréfentations de la touche du
Monocorde, jointes & réunies enfemble. Ott
lui donna depuis le nom d'échelle , à caulè
de la reflemblancff.
Dès- lors, on put hardiment fe fer vir des
termes clairs de monter & de defeendre , de
chant haut 5 de chant bas, au lieu qu'aupara
vant on n'emplovoit que les termes obfcurs de
chant aigu, de chzut grave t aller dams
aller dans Je grave.
A mefure que cette clarté devint fenfiblc
clic fit plaifir aux gens portés pour le pro
grès des Sciences , & elle défbht ceux qui
apparemment auroient été bien aifes que le
Chant fût refté difficile à apprendre , foit afin
«l'être regardés comme des Maîtres néceflai
m^é MERCURE ÜE FRANCE
íes , (bit afin de mériter plus long tems PIich
noraire dû à leurs peines. Je ne vous appren
drai rien de nouveau , M. R. P. vous ères à
la lource. Mais qu'il me foit permis de faire
afage de ce que Dom le Clereq , & depuis
lui , Dom Mabillon ont ptiblié d'après votre
Manufcrit,
Ce ne fut pas en ce que Gui Aretin enfcigna
à commencer l'oAave par le fon С , faiîànt
fuivrc ainii les fignes en montant, с cl
*> f,g, a, b,c, qu'il rendit la Science du Chant
Grégorien ( alors qualifié Mufique ) plus aifee
à apprendre ; il contrevint en cela à l'étymologie
du mot de Gamme , qui étoit venue
de ce que le G,fc trenivoit au haut des fept let
tres , quand la plus balTe ou la plus graveé roic
la lettr с a ; ce qui faifoit alors a, b, с , d . e ¿
f, g. Ce ne fut pas non plus de ce qu'il ima-<
gina de donner de nouveaux noms aux tons li
gnifiés précédemment parjCjdjCjCgja/çavoir,
ut , ré, mi, fa, fol, la , lefqucls noms il prit au
commencement de chaque hemiftiche de la
premiere Strophe àUt tpteant taxis. Mais la
facilité vint de ce que fur chaque fyllabc de
la parole , ceux qni chantoient , voyoient à
3uel dégre ou à quel étage , pour ainfi-dire , ils
evoient porter leur voix: car il retint l'ufagc
des trois lettres anciennes , fçavoir , la lettre
C, qu'il plaça au commencement de la corde
•ù il vouloit qu'oH fit former ce qu'ilappel*.
loic
JUILLET. Î743. 1557
bit ttt ; la lettre F , qu'il plaça au commence
ment de la corde où il vouloit qu'on fit fonnetfa,
c'eftce qu'on a depuis appelle les Clefs
du Chinr , & enfin la lettre b, qui éroit deftinée
dans certains cas à être placée dans le
degré immédiatement inférieur à la corde c ,
pour fignifier que de cette corde с à la corde
l , l'intervalle étoit d'un ton. J'avouerai ce
pendant qu'il reftoit uncchofe à dçfirer dans
les nouveaux noms que Gui Aretin donnoit^
aux fons de la Gamme. On fait naturellement
fept fons confécutifs , jufqu'à ce qu'on attei
gne le huitième , appelle communément
Octave. Gui ne jugea à propos d'employer
que fix noms* il en reftoit un à fuppléer3& ce
fut en quoi peut-être les ennemis de ce Reli
gieux auraient été mieux fondés à combattre
fa Méthode , comme infuififante. Mais je me
doute que fi on examinoit exactement fes-
Ouvrages , on verrait qu'il ne fe conrentoit
pas de ces fix fyllabes ut re mi fa fol la , &
qu'il y en avoit une feptiéme qu'il faifoit pro
noncer be, dont le figne étoit % ou ï. Ainfi
voici quelle étoit l'Odave de Gui Aretin :
Ш re mifa fol la beut.
Quelques-uns de ceux, qui remarquèrent
que les quatre fons d'enhaut, ne font proporrionellement
pris } que la repetition des
quatre fons d'en bas,ne voulant retenir aucun
nom tiré d'une des fept premieres lettres feules
155» MERCURE Dt FRANCE
de l'alphabet , s'aviferent de propofer , com
me plus convenable , lorfqu'il y auroir , par
exemple , felon notre ufage »Auel, cette
progrcflîon à faire ,
ut re mi fa fol la fi ut ré mi ,
s'aviferent , dis- je , de propofer de chanter^
Ut re mi fa Jet la mifa Jol la.
'Ce fut ce qu'on appella chanter par les
muances , parce qu'avant que, de retrou
ver le fon huitième ou octave , on reprènoit
, pouf fignifier des fons qui larendiüenC
complette , des noms déjà employés une
fois s ces repetitions de noms avec muance
ott changement de fon, ctoient très-in
commodes , & cependant elles fubfifterent
jufqu'à ce qu'un particulier vainquit
Î'entêterrrent qu'on avoit de ne pa's don
ner le nom de ié гп feptiéme fon , &
vint à bout d'éliminer la répétition de la
fylhbe mi , en lui fubftiruant la fyllabc ß.
Mais pen reviens à dire , que tout cela
n'a pas dû être imputé à Gui Aretin , qui
fburnifiant fix. noms nouveaux , & confervant
le feptiéme , donnoit de quoi fatisfaire
les commençans. Il ne reftoit rien
que de clair dans fon Syftême , parce que
le feptiémede íes foni ctoit figuré ou J| ou
t , felon le different ion qu'il convenoit de
former dans l'intervalle du U à l'ut. L'é
chelle quiregnoit fur h parole d'un côté
JUILLET. 1743. » 15
fe la page à l'autre , fot un Ibulagemenc
admirable. Le Chant Grégorien fut appris
en peu de tems par les enfans de Choeur de
l'Eglife d"Arre«zo , & un petit enfant en fçût
pkis en un mois que les vieillards les pius
âgés de tous les autres Pays, (a) En effet
quand même un С hantjp eût vécu cent
ans , il n'auroit pû encore au bout du
íiécle fe tirer lui tout feul d'une An
tienne ( b ) Le Pape Jean XX. ayant
oui parler de ce prodige, fit venir à Ro
me le Moine Gui , avec l'Antiphonier no^
té à fa manière , pour s'affûrer lui même
de h vérité. Ce Souverain Pontife s'étanc
fait expliquer les nouvelles régies par l'Au
teur même, & ayant un peu refléchi deiTus 3
prit l'Antiphonier, fit l'ciTai fur un Verfct
qui éroit nouveau pour lui : il le chan
ta faus faute f & l'apprit à l'heure même .
( a ) Ectlefi» { Aretint ) etiatn pueri in modula»-
di /htdio perfeiles ahotum quarunque lócorum fitpi-
T»nt (enes, puide Ер. ad fheostald. Ер. Arft.
Quiitm eorum imitation» cloordt noflrarum no.
tarum uju exercitati ante unius tnenfis fpatiun invifes
inauditos cantus ita primo intuitu indubit agi
ter can:abant , ut maximum fpeäaculum plurimi*
plièrent. Ibid.
{ b ) Maximi dolui de noßris canforibus qui etß
centum annis in canendi ßudio perfeverent , numquam
temen -utl minimam Antipbenam per fe valent tfferre.
Ibid. -
ts¿o MERCURE DE FRANCE
en préfence du Réligieux. ( с ) Si c'eft-là
rendre un fort mauvais fervice к la Mtißque
, Ci c'eft-là gâter l'Art d'enfeigner le
Chant , je ne fçais pas cömmen^ il falloic
-qu'il s'y prit , pour réuflîr au goût de
M. Roufleau.
Il cft vrai que ces témoignages nous font
tranfmis par l'Auteur même ; mais ne convenoit-
il pas qu'd fe défendit contre fes
«mules que la jaloufic animoit plutôt qu'un
zélé véritable , felon qu'il fut facile de s'en
appercevoir i Auflî arriva-t'il que ces adverfaires
voyant le progrès immenfe que
fit le nouveau iecrct de peindre le Chant
& de l'apprendre , n'oferent rien écrire
contre Gui , à qui ils (è virent obligés de
laifler le champ libre.
J'allois finir ici cette Lettre , M. R. P.
lorfqu'un de vos Confreres , qui vifire affi-,
dûment tous les Manufcrits du Berry ,
pour donner l'Hiftoire de cette Province,
a eu la bonté de me faire part de quel
ques Extraits plus amples des Ouvra-
( с ) Tontifex noflrum velut tjuoddam frodigium
revolvcns Antifhonardum , prtfixasque ruminans re
gulas , non frius deßitit , яш de loco in que fedebat
aècejjtt , donec unum verficulum inaudnum volt
eempos edifeeret , ut quod vix créditai in aliis , tam
fubito in fe recognofeeret. Guido Ер. ad Michael
* Annal. Benei T. IV. P. 314.
JUILLET. 1743. i56i
gcs du même A retin , fur un Manuicrit
conicrvc dans l'Abbaye de Chezalbenoîr,
Je fuis perfuadé que vous avez déjà ceci
dans la collection qui eft parmi les Ma*
nuferits de S. Evroul. Je ne vous prie d'y
faire attention , qu'afin de nous confirmer
de plus en plus dans le fentiment que
Gui Aretin rendit un très- grand fervice à
J'Eglife & à tous les Chantres , en in
ventant une nouvelle manière claire & aifée
, de noter le Chant. La connoiiTance de
cette Science étoit fi obfcure & fi em
brouillée , que Gui fe vit obligé de dire
que de fon tems les Chantres » étoient
- les plus infenfés ou les plus à plaindre
»de tous les hommes, (л) Dans tousles
» Arts communément, dit il, on en apprend
» plus de foi-même que les Maîtres n'en ont
» enfeigné. Les enfans ayant appris à lire lg
{a) Temporibus noßris jupir omnes homines fatui
funt cantores. In omni enim arte plura funt valdi
qui. fenfu neßro eognofeimus qutm que. à magiflro
iidicimus. Ferfecio enim folo Pfaiterio , «mnium i:~
brorum Uniones cognofeunt puertdi ¡ (¡p Agricultu
re feientiam fubito intelligunt ruflici. <3jui enim
unam vineam future , unam arbufculam inferere
unum aßnum enerare cognovit , ßcut in in uno fá
cil , in omnibus ßmiliter , auf etiam melius facit fr
mon dubitat. Miferabiles autem cantores eorumque
olijcipuli , etiamfi per centum annos quotidie décan
tent , nunquam per fi fine mag'tßro vel parvulam
cant abunt Antiphonarn , &c.
. » Pfautier j
%fíi MERCURE DE FRANCE
*> Pfcaurier , lifcnt après cela feuls tou-
» tes fortes de Livres. Les Payfans ap-
» prennent en peu de lems Jes travaux de
" la Campagne. Quand ils fçavent railler
» une Vigne , planter ou enter un Arbre -,
» charger une Bête , Us fe règlent fur ce
» qu'ils ont fait une fois , pour Je faire tou-
» jours de même , & quelquefois encore
» mieux ; & ils font fùrs de réuilîr. Mais
» pour ce qui eft des miferables Chantres
n & de leurs Difciples , quand même ils
» chanteraient tous les jours pendant cent
h ans , jamais ils ne feront en état de
» chanter d'eux-mêmes, & fans le fecours
» du Maître , la moindre petite Antienne. . .
»> Et ce qui cft plus fatal , c'eft que plu-
» lleurs Clerps & Moines , voyant qu'ils
» perdent leur tems, en elïayant d'appren-
» dre à chanter , négligent l'aififtançe à
» l'Office Divin. En effet, ajoute- с il , lorf-
» qu'on l'entend célébrer, il femble qu'on
» voyc des gens difputer les uns con-
» tre les autres j à peine deux voix font-
9 elles à l'unifon f Le Difcipje ne s'açcpr-
» de ni avec fon Maître , ni avec fon Condifciple.
La maniere de noter , inventée
oar Arerin , remédia à rout cela ; le Chant
Grégorien , qui étoit la principale Mufique
de ces tems là , fut appris facile
ment , & fut chanté à l'unifon fans difcordance
¿
JUILLET. 174 3: 1 5 if j
cordance & même avec goût : & ce fût
cette facilité qui fit naître tous les rafinemens
qu'on trouva depuis. Que M. Rouffeau
ait donc la bonté d'effacer de fon
Livre , que Gui Aretin rendu un fon mau
vais fervice à 1л M fique , & qu'il eft à
propos de faire pour fa Perfection y ce
que Gui d'Arezze л fait four la gâter.
Enfin , que ce même Gui apprit aux hom
mes à chanter difficilement. Toutes ces Propofirions
étant taulîcs , ne peuvent que
défigurer un Livre, où l'Auteur tait profeifion
de vouloir dire la vérité : l'expérience fit
voir évidemment que le Chant étoit de
venu infiniment plus aifé à apprendre рас
fa méthode , que par les précédentes: c'eil
le feul Fait que j'ai entrepris de prouver ,
Si qui me proîr très bien établi par les
témoignages tirés des Ouvrages du tems
même de l'invention. Cette méthode con
tinuera , & acquerrera de nouvelles per
fections avec le tems. Loin qu'elle perde
de fon mérite , je fuis témoin qu'un fçavant
Magiibat de Pans a enchéri, deilus en don
nant des noms aux onze femitons qui fonC
entre l'ut inférieur à l'ut fupérieur } c'eftà-
dire , qu'outre les noms de re mi fajol
laß, il a admis les trois fyllabes ma fi fa t
de l'Annphonicr de Paris , auxquelles il
en a joint deux de fa fa$on , l'un pour l'ut
E dieze ,
i5¿4 MERCURE DE FRANCE
dièze , & l'autre pour Je fol dièze. Ces
multiplications de noms , qui font fi légiti
mes , que j'ai fi fort fouhaittés , & qui ferviroient
fi utilement à s'entendre claire
ment les uns les autres , lorfqu'on parle
de tranfpofitions de Chant , font bien op-
•pofées à la prétendue Amplification que
}A. RouiTeau propofe. L'idée qui m'eft ve
nue de peindre aux yeux des enfans qui corn»
mencent à apprendre le chantóles diftances
icelles des cordes de l'ancienne échelle d'Aretin
, & que j'ai communiquée au Pu
blie il y a deux ans , n'y eft pas moins
oppoféc. Ainfi , M. K, P. vous voyez que
je fuis jntereilé à foutenir ce que j'ai ima
giné pour la plus grande facilité de ceux qui
feront ufage de l'échelle d'Aretin, J'accor
derai Ыеп que les chiffres 1.2. 3 4.. 5. ¡S . 7.
rciTemblenr à ces fept premières lettres de
l'Alphabet Latin a b с de fg , & c'eft parce
qu'elles ne leur reiTemblent que trop, que
je prétends que l'une des méthodes n'elt
pas plus commode que l'autre , pour enfeigner
le Chant d'une manjéic claire
palpable , & intelligible aux enfans qui
commi ncent , & qui font , pour ainfi dire,
a la Croij: de par Dieu de la Mu fique.
Comme donc l'ufage d'employer feulement
les fept premières lettres de l'AlphabeC
Latin t a été reprouvé pour fpn infiiffifan•
.,y,î\U I;L i E T-, : Д743.\ ... ij;<5.
ce , iL y a tout lieu de craindre que lern"
ploi desfept premiers chiffres n'ait le même
ïorrj il en fera de ce leptiéme. comme des No
tes de Tiron , qu'on employe pour écrire
en abrégé , & écrire aulîj vite que l'O
rateur qui prononçoic un Difcours : on s'en
iervjra pour épargner le papier , pour évi
ter de former un Volume de ce qui peut
être cont.nu- eu quelques, pages -, pour en
voyer aulii beaucoup d'airs notés dans une
iimplc Lettre. On en agira ainfi de Maî
tre à Maître , mais non de Maître à éco
lier , & je ne croirai jamais qu'il le trouve4
(fes écoliers , qui n'ayant aucune teinrurc
de Chant, & qui étant absolument neufs
dans cet Art , apprennent facilement ' à
chanter (implement par i. 2 .}. 4 5 .6. 7.
fans échelle ; ou s'il s'en trouve , je ioutiens
que ces enrans auroit nr appris encore beau
coup plus facilement par la méthode
de l'Echelle- de 1 Gui * Arétin , *ték¿> qu'elle
a été perfectionné* ju(ques!ici & qu'elle
pourra l'être encore par la fuite.
Il ne me rede plus, M. R. P, qu'à vous
demander , fi vone Manufcnjde Gui Arctin
, eil aulli riche en Figu.es, que Ce
lui que je viens -de découvrir à Chezalbenoît
j c'eft-à-dire , fi on y trouve des
Figures de Jou urs de toute forte d'inftrumens
, à commencer par de petites do-
• » E ij ches,
tff& MERCURE DE>RANCE
ches, & qui font qualifiés Percujfíonales ¿
Tetjßbiles , Inflatiles f &c. Cela cft afféf
digne d'atrenuon dans le Manufcrit de
Çhezalbenoîr f que l'on dit être du XI,
ou XII. fiéclc. ,Ел même rems , fquffrez
que je vous prie de faire examiner, fi en
Quelque endroit de votre Exemplaire i Gui
eft appelle Guide Augens Aretinus , com
me le Pere de Monttaucon l'appelle dans
les Tables de fon Ouvrage , intitulé Bibliothec*
Bibliotbpcarum. И peut fe faire qu'il y
ait eû un Guido Augcnfis qui ait écrit fur ia,
Mufique , & que la reiTemblancc du nom foie
caufe que des deux on n'en aura fait qu'un;
J'ai l'honneur d'être , &c.
A I tris , ce 3« Juin t 1743.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. l'Abbé L. au R. P. D. Timothée Veyrel, Prieur de S. Evroul en Normandie, au sujet des Ouvrages de Gui Aretin, avec quelques Remarques en faveur de la mémoire de ce célebre Musicien.
Timothée Veyrel écrit au R. P. pour discuter des œuvres de Gui Aretin, musicien du début du XIe siècle. L'abbaye du destinataire possède un manuscrit complet des œuvres de Gui Aretin, contrairement aux autres bibliothèques qui ne détiennent que des fragments. Veyrel souhaite rendre ces œuvres plus accessibles et demande au destinataire de consulter les œuvres musicales de Gui conservées à la bibliothèque du Roi pour compléter celles de l'abbaye. Veyrel critique un livre récent de M. Roufleau, 'Dissertation sur la musique moderne', qui conteste les contributions de Gui Aretin à la musique. Roufleau affirme que Gui Aretin a remplacé les caractères anciens de la musique par les notes modernes sans connaître précisément l'état de la musique à cette époque. Veyrel souligne que Roufleau n'a pas suffisamment étudié Gui Aretin et aurait dû consulter des ouvrages comme celui de Jacques le Clercq ou les travaux du Père Souhairy. Le texte décrit les méthodes anciennes de notation musicale, utilisant les sept premières lettres de l'alphabet latin pour désigner les sons et diverses formes de notes sans lignes ni clés. Gui Aretin a innové en représentant les positions des doigts sur le monocorde directement sur les syllabes du texte à chanter, facilitant ainsi l'apprentissage des jeunes moines. Cette méthode a conduit à la création des portées musicales, appelées 'échelles'. Gui Aretin est crédité d'avoir rendu le chant grégorien plus accessible en utilisant les lettres C, F, et b pour indiquer les positions des notes sur une corde. Il utilisait six syllabes (ut, ré, mi, fa, sol, la) et une septième syllabe optionnelle (be ou si). Sa méthode permit aux enfants du chœur de l'église d'Arrezzo d'apprendre rapidement le chant grégorien, impressionnant ainsi le pape Jean XXII qui adopta cette méthode. Le texte mentionne des critiques adressées à Gui, notamment par M. Roufleau, mais souligne que sa méthode a été bénéfique pour l'Église et les chantres. Un manuscrit trouvé dans l'abbaye de Chezal-Benoît confirme l'importance de la contribution de Gui. Le texte se termine par une demande à M. R. P. d'examiner un manuscrit de Chezalbenoît, riche en figures et illustrations d'instruments de musique, et de vérifier s'il contient des références à Guido Augens Aretinus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2978
p. 79-86
LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
Début :
Votre Lettre à Mlle. de Brissac, est très-bien écrite, Monsieur, & je l'ai lûë [...]
Mots clefs :
Méthode, Lettre, Abbé, Pierre Pipoulain-Delaunay, Livre, Langue, Figures, Syllabe, Abbé Danguy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
LETTRE de M, de Launay, Auteur d'un
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Fermer
2979
p. 1125-1128
EXTRAIT d'une Lettre de M..... sur l'origine de l'usage de réciter trois fois Ave Maria à midi.
Début :
Dans ce que le R. P. Texte a écrit depuis neuf ou dix ans, M. sur un ancien [...]
Mots clefs :
Louis XI, Ave Maria, Salutation angélique, Louis le Gros, Ordonnance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de M..... sur l'origine de l'usage de réciter trois fois Ave Maria à midi.
EXTRAIT d'une Lettre de M.....fur
l'origine de l'ufage de réciter trois fois
D
Ave Maria à midi.
Ans ce que le R. P. Texte a écrit depuis
neuf ou dix ans , M. fur un ancien
Jetton orné de la Légende , Ave Maria
, il a appellé au fecours de l'explication ,
qu'il en donne, deux Ordonnances de Louis
XI ; la premiere , dit-il , datée du premier
Mai 1472 , fut donnée , pour faire réciter la
Salutation Angélique trois fois le jour , au fon
de la cloche ; pour ce qui eft de midi, Louis XI
ne fit que renouveller ce qui fe pratiquoit fous
Louis le Gros , décédé en 1137 ; voila ce que
je lis dans fon Ecrit , inféré dans le Mercure
de Juin 1735 , & une preuve certaine que
ce R. P. eft bien perfuadé de ce qu'il a écrit
en 1735 , eft qu'en 1740 , dans le Mercure
de
Y126 MERCURE DE FRANCE.
de Juin premier Volume , il répete en abregé
la même chofe , écrivant à M. Péliffier
de Féligonde , qui demandoit à s'inftruire
fur ces anciens Jettons marqués de l'Ave
Maria. Ce fut , dit-il , ce Roi ( Louis XI )
qui ordonna le premier Mai 1472 , que l'on
fonneroit trois fois le jour l'Ave Maria , Louis
le Gros qui regnoit en 1137 , ne l'ayant ordonné
que pour le midi.
Il me paroît que l'on peut réduire ces deux
Morceaux du R. P. Texte , à deux propofitions
; l'une confifte à affûrer que fous Louis
le Gros , décédé en 1137 , la pratique de réciter
à midi la Salutation Angélique , fubfiftoit
déja, & que c'étoit ce Roi qui l'avoit
ordonné ; l'autre Propofition eft que Louis
XI ordonna le premier Mai qu'on récitât la
Salutation Angélique trois fois le jour au
fon de la cloche.
Quelque haute que foit l'idée que j'ai des
profondes recherches du fçavant Pere Texte,
je crains bien qu'il ne fe foit trompé au ſujet
de l'Ordonnance
de Louis VI, autrement
Louis le Gros , & ce qui me porte à le
craindre , eft que felon lesMonumens
du Regne
de Louis XI , ce dernier Prince n'inftitua
que l'Ave Maria de midi & non pas
celui du matin ni celui du foir , que quelques
Monumens, échappés à la fagacité de ce
Pere , prouvent être plus anciens que le Regne
du même Louis XI. A
voning
JUI N. 1744. 1127
A l'égard de l'établiſſement de l'Ave de
midi , voici ce qu'en dit l'Auteur de la Chronique
du Greffier de l'Hôtel de Ville de Paris
, qui étoit contemporain. » Et le dit pre-
» mier jour de Mai 1472 , fut fait à Paris
» une moult belle & notable Proceffion
» en l'Eglife & fait ung prefchement bien
» folemnel par ung Docteur en
Docteur en Théologie,
» nommé Maiftre Jehan Beete , natif de
Tours , lequel dift & déclaira entre autres
» chofes , que le Roi avoit finguliere confi-
» dence en la benoifte Vierge Marie, prioit
» & exhortoit fon bon populaire , manans
» & habitans de la Cité de Paris, que doref-
» navant à l'heure de midi que fonneroit à
l'Eglife dudit Paris la groffe cloche , cha-
» cun feuft fléchi ung genoüil en terre , en
» difant Ave Maria , pour donner bonne
paix au Royaume de France .
«
99
Parmi les Hiftoriens modernes , je me
contenterai , de crainte d'être long , de citer
ce qu'en dit le Pere Daniel , en une fimple
ligne à la fin de la Vie de Louis XI . Ce fut
lu , dit- il, qui établit en France la coûtume de
fonner l'Angelus à midi.
Pour que je ceffe de craindre que le R. P.
Texte n'ait pris le change dans ce qu'il a
écrit fur l'établiffement des Ave ou Angelus,
je prends la liberté de lui demander où fe
trouve l'Ordonnance du Roi Louis le Gros,
qui ,
1128 MERCURE DE FRANCE.
qui , felon lui , établit à midi la récitation
de l'Ave? Je fuis d'autant plus curieux de la
connoître , que ni Duchefne , ni Dom Mabillon
, ni M. Du Cange , ni Dom Martenne
, tous quatre grands Scrutateurs des anciens
Monumens de la Monarchie , ne diſent
rien de cette Ordonnance, quoique les
trois derniers euffent eûr occafion de la produire
dans ce qu'ils ont écrit fur la Salutation,
Ave Maria, fi elle leur eût été connuë.
M. Secouffe, qui fupplée à ce qui manque au
Recueil d'Ordonnances de M. de Lauriere ,
& Dom Martin Bouquet , Bénédictin , qui ramaffe
tous les Monumens qui regardent nos
Rois, auront, fans doute , beaucoup d'obligation
au P.Texte , s'il leur indique où eft contenuë
la teneur de cette Ordonnance ; ea
mon particulier, je le prie de la tranfmettre
en fon entier au Public par le canal du Mercure
, afin qu'on revienne du préjugé où
l'on eft , que la Salutation Angélique du
foir & du matin eft d'un établiffement plus
ancien que celle de midi.
De B..... ce 31 Mars 1744.
l'origine de l'ufage de réciter trois fois
D
Ave Maria à midi.
Ans ce que le R. P. Texte a écrit depuis
neuf ou dix ans , M. fur un ancien
Jetton orné de la Légende , Ave Maria
, il a appellé au fecours de l'explication ,
qu'il en donne, deux Ordonnances de Louis
XI ; la premiere , dit-il , datée du premier
Mai 1472 , fut donnée , pour faire réciter la
Salutation Angélique trois fois le jour , au fon
de la cloche ; pour ce qui eft de midi, Louis XI
ne fit que renouveller ce qui fe pratiquoit fous
Louis le Gros , décédé en 1137 ; voila ce que
je lis dans fon Ecrit , inféré dans le Mercure
de Juin 1735 , & une preuve certaine que
ce R. P. eft bien perfuadé de ce qu'il a écrit
en 1735 , eft qu'en 1740 , dans le Mercure
de
Y126 MERCURE DE FRANCE.
de Juin premier Volume , il répete en abregé
la même chofe , écrivant à M. Péliffier
de Féligonde , qui demandoit à s'inftruire
fur ces anciens Jettons marqués de l'Ave
Maria. Ce fut , dit-il , ce Roi ( Louis XI )
qui ordonna le premier Mai 1472 , que l'on
fonneroit trois fois le jour l'Ave Maria , Louis
le Gros qui regnoit en 1137 , ne l'ayant ordonné
que pour le midi.
Il me paroît que l'on peut réduire ces deux
Morceaux du R. P. Texte , à deux propofitions
; l'une confifte à affûrer que fous Louis
le Gros , décédé en 1137 , la pratique de réciter
à midi la Salutation Angélique , fubfiftoit
déja, & que c'étoit ce Roi qui l'avoit
ordonné ; l'autre Propofition eft que Louis
XI ordonna le premier Mai qu'on récitât la
Salutation Angélique trois fois le jour au
fon de la cloche.
Quelque haute que foit l'idée que j'ai des
profondes recherches du fçavant Pere Texte,
je crains bien qu'il ne fe foit trompé au ſujet
de l'Ordonnance
de Louis VI, autrement
Louis le Gros , & ce qui me porte à le
craindre , eft que felon lesMonumens
du Regne
de Louis XI , ce dernier Prince n'inftitua
que l'Ave Maria de midi & non pas
celui du matin ni celui du foir , que quelques
Monumens, échappés à la fagacité de ce
Pere , prouvent être plus anciens que le Regne
du même Louis XI. A
voning
JUI N. 1744. 1127
A l'égard de l'établiſſement de l'Ave de
midi , voici ce qu'en dit l'Auteur de la Chronique
du Greffier de l'Hôtel de Ville de Paris
, qui étoit contemporain. » Et le dit pre-
» mier jour de Mai 1472 , fut fait à Paris
» une moult belle & notable Proceffion
» en l'Eglife & fait ung prefchement bien
» folemnel par ung Docteur en
Docteur en Théologie,
» nommé Maiftre Jehan Beete , natif de
Tours , lequel dift & déclaira entre autres
» chofes , que le Roi avoit finguliere confi-
» dence en la benoifte Vierge Marie, prioit
» & exhortoit fon bon populaire , manans
» & habitans de la Cité de Paris, que doref-
» navant à l'heure de midi que fonneroit à
l'Eglife dudit Paris la groffe cloche , cha-
» cun feuft fléchi ung genoüil en terre , en
» difant Ave Maria , pour donner bonne
paix au Royaume de France .
«
99
Parmi les Hiftoriens modernes , je me
contenterai , de crainte d'être long , de citer
ce qu'en dit le Pere Daniel , en une fimple
ligne à la fin de la Vie de Louis XI . Ce fut
lu , dit- il, qui établit en France la coûtume de
fonner l'Angelus à midi.
Pour que je ceffe de craindre que le R. P.
Texte n'ait pris le change dans ce qu'il a
écrit fur l'établiffement des Ave ou Angelus,
je prends la liberté de lui demander où fe
trouve l'Ordonnance du Roi Louis le Gros,
qui ,
1128 MERCURE DE FRANCE.
qui , felon lui , établit à midi la récitation
de l'Ave? Je fuis d'autant plus curieux de la
connoître , que ni Duchefne , ni Dom Mabillon
, ni M. Du Cange , ni Dom Martenne
, tous quatre grands Scrutateurs des anciens
Monumens de la Monarchie , ne diſent
rien de cette Ordonnance, quoique les
trois derniers euffent eûr occafion de la produire
dans ce qu'ils ont écrit fur la Salutation,
Ave Maria, fi elle leur eût été connuë.
M. Secouffe, qui fupplée à ce qui manque au
Recueil d'Ordonnances de M. de Lauriere ,
& Dom Martin Bouquet , Bénédictin , qui ramaffe
tous les Monumens qui regardent nos
Rois, auront, fans doute , beaucoup d'obligation
au P.Texte , s'il leur indique où eft contenuë
la teneur de cette Ordonnance ; ea
mon particulier, je le prie de la tranfmettre
en fon entier au Public par le canal du Mercure
, afin qu'on revienne du préjugé où
l'on eft , que la Salutation Angélique du
foir & du matin eft d'un établiffement plus
ancien que celle de midi.
De B..... ce 31 Mars 1744.
Fermer
2980
p. 1164-1195
LES VIES des Hommes Illustres de la France, depuis le commencement de la Monarchie jusqu'à présent. Par M. d'Auvigny. Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines. A Amsterdam, & se vendent à Paris, chés le Gras, Grand'Salle du Palais, à L couronnée 1744.
Début :
Nous avons rendu compte en son tems de tous les Volumes de cet Ouvrage, [...]
Mots clefs :
Duc de Nemours, Ennemis, Français, Armée, Troupes, Ville, Général, Roi, Vénitiens, Pierre de Navarre, Louis XII, Bataille, Bologne, Victoire, Courage, Combat, Guerre, Suisses, Italie, Armes, Colonne, Retranchements, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES VIES des Hommes Illustres de la France, depuis le commencement de la Monarchie jusqu'à présent. Par M. d'Auvigny. Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines. A Amsterdam, & se vendent à Paris, chés le Gras, Grand'Salle du Palais, à L couronnée 1744.
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à préfent. Par M. d' Auvigny.
Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines.
A Amfterdam , & se vendent à
Paris , chés le Gras , GrandSalle du Palais
, à L couronnée 1744:
N
Ous avons rendu compte en fon tems
de tous les Volumes de cet Ouvrage
qui ont précédé les deux dont on vient de
lire le titre , & qui viennent de paroître depuis
peu de jours . En rendant ce compte au
public , nous avons fouhaité pour fon intérêt
, que l'Auteur jouit d'une longue vie &
d'une parfaite fanté , Il a plû au Seigneur
d'en difpofer autrement. Nous avons perdu
M. d'Auvigny à la fleur de fon âge , & au
milieu de la courfe litteraire qu'il avoit entreprife.
C'eft ce que nous apprenons à regret
de M. fon Frere , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Prémontré , dans un Avertiffement,
qui eft à la tête du IX Tome . Avertiffe-
"
JUIN. 1744. TM 1165
tiffement qui contient un détail litteraite ,
honorable , & curieux , lequel nous nous
faifons un devoir de rapporter ici dans fon
entier à caufe de fa brièveté.
Ces deux Volumes , dit M. le Chanoine ,
& ceux qui les fuivront , font les Ouvrages
pofthumes de M. d'Auvigny , Chevau- Leger
de la Garde , qui après avoir donné fes foins
pour l'Edition des Tomes VII & VIII de
fon Livre , fe hâta de partir pour joindre
La Troupe , & a été malheureufement tué
dans le Combat d'Ettinghen , à l'âge de treit
re & un ans , le 27 Juin 1743 , laiffant une
Veuve & deux enfans mâles , à qui les defcendans
des Hommes Illuftres de la France ,
qu'il a célébrés fi dignement , accorderont ,
fans doute , leur protection & par honneur
& par reconnoillance .
On fera peut-être étonné qu'un Auteur ,
qui a fi peu vécu , ait pû fournir une pareille
carriere , & qu'outre ces dix Volumes , qui
font imprimés , il ait encore laiffé la matiere
de plufieurs autres en manufcrit , entre les
mains de fon Libraire , avant que de partir
pour la Franconie, où il a fini fes jours . Peu
d'Ecrivains ont eu plus de facilité & de talens
pour écrire l'Hiftoire , & je crois que la République
des Lettres a fait en lui une perte.
Sa mémoire étoit prodigieufe , & fon ima
gination d'une vivacité extraordinaire, join-
E iij
te
1166 MERCURE DE FRANCE.
te à beaucoup de pénétration d'efprit. Naturellement
Philofophe , il s'étoit formé un
style nerveux & fententieux , qu'on remar
que facilement dans cet Ouvrage. Peut-être
aimoit- il un peu trop les ornemens du ftyle
& les agrémens de la narration , & il femble
les avoir quelquefois préférés à l'exacti
tude de la Grammaire , trop vif & trop
hardi dans fes penfées , pour s'y affujettit
fcrupuleufement.
Si l'on eft furpris qu'il ait pu achever un
fi long Ouvrage à la fleur de fes années ;
( Ouvrage qui fuppofe une lecture immenft
& un très-pénible travail ) combien le ferat'on
davantage , fi on fait attention à tous
les Livres , qu'il a publiés avant celui- ci ?
Après s'être exercé dans fa premiere jeuneffe
fur des matieres de bel efprit & de fiction ,
il s'appliqua férieufement à l'Hiftoire , &
donna un Abregé de celle de France & de la
Romaine, imprimée en 1730. Quelques an
nées après il mit au jour l'Hiftoire de la
Ville de Paris, en cinq Volumes, dont néan
moins la moitié du quatriéme & tout le cinquiéme
ne font point de lui , mais de feu
M. de la Barre , de l'Académie des Belles-
Lettres.
M. d'Auvigny étoit né dans le Hainaut
Après la mort d'un Oncle , qui lui avoit
donné de l'éducation , il vint à Paris en
1
1728
JUIN. 1169 1744.
?
1728 , & fut recommandé à une perfonne
très-connuë dans la République des Lettres ,
qui ayant apperçu en lui du génie , de l'efprit
, du talent & beaucoup d'application à
la lecture & au travail , prit quelque foin
de cultiver ces difpofitions. Mais depuis
plus de huit années , M. d'Auvigny s'étant
attaché à d'autres perfonnes , & ayant voulu
fe conduire à fon gré , celui à qui il avoit
obligation de la premiere culture de fes talens
, n'eut dans la fuite prefque aucun commerce
avec lui. Ainſi dans la compofition
des Vies des Hommes Illuftres , on peut dire
qu'il n'a été fecondé de qui que ce foit. Il
ne me fied pas de m'étendre davantage fur
les louanges d'un frere. J'ai crû devoir à fes
chers manes ce leger tribut , & que le Pu
blic l'approuveroit.
›
Pour donner une idée du travail de M.
d'Auvigny & pour fuivre la coûtume , que
nous avons prife , en rendant compte de
pareils Ouvrages nous expoferons ici
une des Vies qui compofent ce IX Tome.
Celle de GASTON DE FOIX , Duc de Nemours,
Général d'Armée , & Viceroi de Milan , fous
Louis XII , qu'on trouve à la pag. 128 ,
nous a paru convenir aux bornes de ce
Journal.
L'Hiftoire de ce Prince , tué à 24 ans ,
dans le fein de la victoire , eft une folide
E iij preu1168
MERCURE DE FRANCE.
preuve , qu'on ne peut trop fe hâter de de
venir Grand Homme , & que la vertu ne
fuit pas la jeuneffe , mais que l'ardeur & la
préfomption abandonnent rarement cet âge
dangereux .
GASTON étoit de l'Illuftre Maiſon de Foix ,
qui fe vante à jufte titre d'être iffuë de la
premiere race de nos Rois. Ces Cadets belliqueux
firent avouer de tout tems , qu'ils
étoient dignes de la Couronne , que la molleffe
de leurs aînés avoit fait perdre à leur
Maiſon. Son pere étoit N.... Comte de Foix
& de Comminges , & fa mere N.... de VALOIS
, foeur de Louis XII . Elle avoit été élevée
à la Cour de France , & témoin des malheurs
de fon frere , dont la caufe lui étoit
connuë : c'étoient les mauvais conſeils , &
une ambition déréglée . Cette Princeffe eut
donc foin d'écarter de fon fils tous les flateurs
, & de ne rien propoſer à fon émulation
, que de jufte & de légitime.
LOUIS XII , qui n'avoit point de fils , témoigna
à celui de fa foeur une affection de
pere ; il le fit venir de bonne heure à ſa
Cour , & ce qui commença à donner une
grande idée du jeune Prince , ce fut que ni
fa haute naiffance , ni les grands biens de fa
Maiſon , ni la faveur du Roi fon Oncle ne
parurent point l'occuper , ni le corrompre.
La fcience de la guerre , quoi qu'encore
bien
JUIN.17445 1169
bien imparfaite , étoit la principale de fon
tems ; il s'y adonna tout entier , & on le
vit à la journée d'Aignadet , à peine âgé de
18 ans , combattre fous les yeux du Roi avec
une valeur finguliere & une prudence que
fes regards lui infpiroient. Cette prudence
fut depuis la caufe de fa perte.
Quelque idée que Louis XII cut de fon
extrême vivacité , on ne s'en défia point
affés , à caufe de cette premiere marque de
moderation . Il le jugea lui-même depuis
auffi prudent , que tout le monde le trouvoit
brave!
·
Les Vénitiens , vaincus à Aignadel , montrerent
la fierté des anciens Romains , & fe
jugeant dans leur accablement hors d'état
d'obtenir une paix honorable , ils s'appliquerent
à attirer le Pape dans leur parti , &
à s'affurer des Suiffes , pour continuer la
guerre.D
,
Ces derniers devoient être les plus redoutables
ennemis de la France , & cependant
ils furent les moins menagés , Louis
XII avoit voulu délivrer la Nation Françoi
fe de l'efpece de tribut qu'elle payoit à ce
peuple belliqueux , ou plutôt lui faire connoître
, que c'étoit pour en être fervie , &
non pear s'en voir protegée ; de forte que
les Suiffes , animés par l'intérêt , écouterent
fans peine les propofitions des enne-
291VİV 50
Ey mis
1170 MERCURE DE FRANCE.
mis de la France , & leverent une armée
en leur faveur , pour entrer dans le Duché
de Milan.
2
Cet Etat ne s'étoit jamais vu plus puiffamment
menacé , & imoins de forces pour fe
deffendre ce dénûement dans une circonftance
femblable , ne pouvoit être réparé
que par une extrême attention , & une
grande prudence. " Enforte que le grand
nombre jugea , que le Roi confentoit en
quelque façon à le perdre , lorfqu'on vit le
Duc de Nemours, âgé de 22 ans , revêtu du
titre de Viceroi de Milan , & chargé de fa
confervation . Le jeune Prince avoit defiré
cet emploi avec ardeur, comme le plus brillant
qu'il pûr obtenir , & l'Europe vit avec
étonnement , que ce même Gafton , fi plein
de feu & d'ardeur pour la guerre , étoit devenu
tout à coup retenu & circonfpect , defirant
de combattre, comme un jeune guerrier
, mais fçachant en éviter les occaſions
comme un vieux Capitaine .
>
Sans attendre les Suiffes furieux au fortir
de leurs montagnes , il s'en approcha affés
pour leur laiffer efperer le combat. Ses vûes
étoient que les ennemis fe flatant de finir la
Campagne par une Bataille , prendroient
moins de précaution pour la fubfiftance de
leur armée , & qu'ils fe verroient contraints
par-là d'abandonner un Pays bien gardé &
dépourvût de vivres. Les
JUIN. 1171 1744.
Les Suiffes arrivés à Galera , dans le Milanez,
apprirent que le Général François étoit
pofté à Legnago , à quatre milles d'eux ,
fuivi feulement de trois cent lances , & de
deux cent Gentilshommes de la Maiſon du
Roi. Ils s'avancerent , & Gafton , fans trop
s'éloigner , pour leur donner plus d'envie
de le fuivre , recula jufques dans les Fauxbourgs
de Milan , où ils l'inveftirent , en at
tendant , pour le forcer , les fecours , qui
leur avoient été promis par le Pape & les
Vénitiens ; mais pendant que ces deux
Puiffances les amufoient d'efperances vaines
, le Duc de Nemours renforçoit fon armée
de quelques troupes tirées des garnifons
voisines.
Les Suiffes inquiets de l'abandon de leurs
Alliés , & n'ofant entreprendre d'attaquer
les François dans leurs retranchemens , s'avancerent
vers l'Adda , menaçant d'entrer
dans le Bergamafque. Le Duc de Nemours ,
toujours devant eux ou à leur fuite , campa
à Caffano , & rompit de telle forte leurs deffeins
, qu'ils lui envoyerent propoſer peu
de jours après de retourner dans leur Pays ,
s'il vouloit leur donner un mois de paye ,
fur le même pied qu'ils l'avoient toujours
reçu de la France.
re ,
Cette propofition , qu'on alloit leur fai
fut rejettée , parce qu'ils la faifoient :
E vj
on
1172 MERCURE DE FRANCE.
on marchanda ; ils s'irriterent , & mêlant
la fierté à l'intérêt , ils demanderent deux
jours après , le double de ce qu'on leur avoit
refufé, Gafton devenu plus fort en troupes ,
& en état de combattre avec plus de confiance
, en defiroit en quelque forte l'occafion.
On s'en appercevoit à fa façon de traiter
avec les Suiffes , qui envoyerent enfin
un trompette , pour déclarer qu'ils ne vouloient
plus d'accommodement , & qu'ils alloient
faire une guerre cruelle aux François
.
Le Duc de Nemours attendoit fans crainte
l'effet de ces menaces , lorfqu'on lui apprit
que les Suiffes avoient pris fecretement la
route du Lac de Côme , pour rentrer dans
leurs montagnes , vengeant la honte de cette
retraite par l'incendie de quelques Villages .
Gafton profita de leur abfence , & de la réputation
, que fa conduite lui avoit donnée
pour fortifier le Milanez , & affoiblir les
conféderés , en leur oppofant , s'il étoit poffible
, les forces de quelques Etats d'Italie.
La République de Florence & de Bologne
étoient les feuls Etats , qui laiffaffent
quelque efperance. La premiere , puiffante
par l'étendue de fes terres , le nombre & la
richeffe de fes habitans , étoit gouvernée par
un Magistrat Militaire, qui portoit le Titre
de Gonfalonier : fon inclination pour la France
JUIN. 1744. 1173
ce étoit décidée , mais le Confeil de la République
, rebuté de la legereté de la Nation
, écoutoit moins fon refpect pour le
Gonfalonier , que la crainte d'être facrifié
au premier avantage que les François pourroient
fe promettre en les abandonnant,
Gafton fut donc obligé de fe contenter de
voir garder une efpece de neutralité à cet
Etat , qu'il auroit été fi important de déterminer
pour fon parti , & de tourner toute
fon attention fur Bologne , abfolument déclarée
en fa faveur.
Cette Ville étoit alors fous la domination
des Bentivoglio , d'une Maiſon Illuftre d'Italie
, qui fe prétend defcendre d'un Roi de
Sardaigne , bâtard d'un Empereur d'Allemagne.
Les Bentivoglio ou Bentivoles , ennemis
perfonnels du Pape , de fa Maiſon &
de fes deffeins , avoient confenti , que le
Duc de Nemours mît dans Bologne une
garnifon de deux mille Allemands , & de
deux cent Gendarmes , fous les ordres d'Odet
de Foix , Seigneur de Lautrec , d'Ive
d'Alégre , & des Capitaines de la Fayette
& de S. Vincent , que les Italiens furnommoient
le Grand Diable , à caufe de fa valeur
, & de fa taille extraordinaire.
Mais l'expérience de ces Chefs , & la
force de la garnifon ne furent que la feconde
caufe du falut de la Ville ; elle étoit
perduc
1174 MERCURE DE FRANCE.
duë fans reffource , fi les ennemis avoient
pû éviter les inconvéniens ordinaires des
unions de troupes , qui infpirant differens
avis , obligent à perdre dans des déliberations
un tems toujours précieux à la guerre.
Ils confulterent donc , & Pierre de Navarre
, foldat de fortune , inftruit par Gonfalve ,
furnommé le Grand Capitaine , plus inftruit
encore par la Nature & par fon génie , fit
réfoudre d'emporter la Place par le moyen
des Mines , dont on l'a fait le premier Inventeur.
Bologne n'avoit point de dehors ;
une feule muraille , épaiffe à la vérité , étoit
toute fa défenſe ; le canon en ayant ruiné
plus de cent braffes en peu de jours , la largeur
de cette bréche tenta les affiégeans :
on voulut rifquer un affaut , dont les commencemens
eurent fi de fuccès , que les
Chefs réfolurent d'attendre l'effet de la Mine.
Pierre de Navarre l'avoit pouffée vers
la porte de Castiglione,fous un endroit de la
muraille , où il y avoit une petite Chapelle.
L'idée de l'Ingénieur étoit de la renverfer
avec la muraille dans le foffé , & de le combler
ainfi de leurs débris. La Garnifon inquiéte
de la largeur de la bréche , mais raffurée
par leur courage & par leur nombre
fe tenoit rangée le long de la muraille , affectant
une contenance fiere. Mille Fantaf
fins & cent quatre- vingt Gendarmes , enpeu
νομές
JUIN
1175 1744.
voyés par le Duc de Nemours , avoient encore
augmenté leur courage. Ils faifoient
des cris , & bravoient les affiégeans . Ceuxci
que Pierre de Navarre affuroit de l'effet
de la Mine , en attendoient le moment avec
impatience. Un tonnerre épouvantable l'annonça;
il fembloit que la Ville dût s'abîmer
, & les affiégeans célébroient déja leur
victoire par de grands cris , mais après que
le tourbillon de fumée & de poufliére für
diffipé , leur furpriſe fut extrême de voir la
Chapelle enlevée par la Mine dans le même
état, qu'elle étoit avant fon effet ; la poudre
l'avoit pouffée fi perpendiculairement, & la
maçonnerie ainfi que la charpente s'étoit
trouvée fi bonne,qu'à quelques fentes près,
on ne fe feroit point apperçu de fa tranflation
les Bolonnois crierent au miracle ,
& l'idée d'être foutenus par une providence
particuliere leur infpira une extrême réfolution.
Les affiégeans furpris refterent dans leurs
quartiers , & les nouvelles mefures , qu'ils
fe trouverent obligés de prendre , donnerent
le tems au Gouverneur d'envoyer demander
du fecours à Gafton de Foix , & l'ef
perance de le recevoir avant que d'être forcés.
Ce Général , qui affembloit les troupes à
Final , fur les frontieres du Modenois & du
-Bolorois , marcha avec toute fon armée
com1176
MERCURE DE FRANCE.
compofée d'onze mille Fantaffins , & de
treize cent lances. Craignant que le nom
bre ne le fit reconnoître , & ne pouvant
néanmoins feater de délivrer Bologne
avec moins de forces , il fut bien -tôt hots
-d'inquiétude. L'air fe chargea de nuages ,
& la neige , qui tomboit à gros flocons , en
rendant fa marche plus difficile , la rendit
auffi plus affurée. Toute Farmée, entrà dans
Bologne à l'infçu des ennemis , que l'on au
roit aifément battus à caufe de leur confiance
, fi Gaſton ent pû fe perfuader qu'ils ignorallent
fon arrivée . Le fiége fut levé fur le
champ avec beaucoup de précipitation ,
:quoique fans défordre , & le Duc de Nemours
, libérateur de Bologne fans avoir
tiré l'épée , fut regardé comme le plus prudent
, & le plus heureux Capitaine de fon
tems.
?
រ
Mais à peinegoûtoit-il les premiers fruits
de fa victoire , qu'on lui apprit la furprife
de Breffe par les Vénitiens. Cette Place fi
importante à la confervation du Milanez ,
avoit été confiée à la garde de du Lude , &
ce brave Officier fe trouvoit en état de la
conferver contre tous les ennemis du dehors
, mais il en avoit de plus dangereux
parmi les habitáns même , qui devoient
aider à fa deffenfe . Breffe , comine la plupart
des Villes d'Italie, étoit divifée en deux parJUIN.
1744. 1177
:
tis , à la tête defquels on voyoit les Maiſons
d'Avogaro , & de Gambara. Celle- ci attachée
aux François joüiffoit de toute la faveur
de ces nouveaux Maîtres de l'Italie.
& les autres ( c'eſt l'effet ordinaire de la
mauvaife politique ) éprouvoient chaque
jour de nouvelles injuftices. Une infulte ,
que le Comte de Gambara fit au Comte d'Avogaro
, obligea ce dernier à reclamer l'autorité
du Duc de Nemours . Ce Prince lui
promit de le fatisfaire , & l'oublia . L'Italien
crut qu'en lui refuſant la juftice , qui eft le
premier devoir des Souverains , on lui donnoit
l'exemple d'oublier le fien , tant il eſt
vrai que le déni de juftice , qui eft fi commun
, eft la fource de mille maux.
Il fçût donc mettre tout fon parti dans
l'intérêt de fa vengeance , & il prit fes mefures
avec tant de jufteffe , que les Vénitiens
avertis de fon deffein , parurent aux
portes de Breffe , avant que le Gouverneur
eut aucun foupçon de leur marche . La gar
nifon raffemblée fe porta toute entiere du
côté que paroiffoient les ennemis , mais
pendant qu'ils leur réfiftoient , une feconde
troupe de Vénitiens conduits par quelques
habitans entrerent par des égouts , dont ils
avoient ouvert les grilles. Aux cris de S.
Marc , qu'ils firent retentir de toutes parts ,
le Comte d'Avogaro parut dans la Place ,
font
1178 MERCURE DE FRANCE.
fondit fur le Gouverneur , déja embarraffe
par la multitude des ennemis,& l'obligea de
fe retirer au Château , d'où il pûr à peine
envoyer informer le Duc de Nemours de
fon malheur , & lui demander du fécours.
Ce Général étoit encore à Bologne , éloignée
de Breffe de quarante lieuës , & féparée
par le Pô , le Mincio , la Chieſa , & .
Les chemins devenus difficiles à caufe des
pluyes , fembloient impraticables à l'Artillerie
, dont on avoit cependant un befoin
abfolu ; mais l'ardeur du Chef , & l'affection
des Soldats pour lui , furmonterent ces
obftacles. Son armée fit en un jour trente
milles d'Italie , & ayant appris , que la République
envoyoit un Corps de cinq à fix
milles hommes au fecours de leurs troupes ,
qui affiégeoient le Château de Breffe , il fit
une diligence incroyable , pour gagner
de
vîteffe ces nouveaux ennemis. S'étant affuré
de cet avantage , il envoya contre eux le
Chevalier Bayard & Teligni avec leursGens
d'armes. Ces deux braves Chefs les ayant
joints , les battirent , & le Duc de Nemours
continuant fa route , arriva enfin à la vûë du
Château de Breffe , où il entra fans réfiftance.
Ce Prince donna une nuit à fes troupes
pour repofer , & le lendemain leur ayant
promis le pillage de la Ville , elles marcherent
JUI N. 1744. 1172
rent avec beaucoup de réfolution contre les
retranchemens des Vénitiens. Le Provedi
teur , qui les commandoit , avoit eu foin de
les munir d'une nombreufe artillerie ; outre
huit mille foldats , il avoit fous fes ordres
douze mille habitans prêts à combattre.Cette
armée étant trop nombreufe pour tenir dans
le terrain ,qui féparoit la Ville du Château,
il en avoit mis une partie en bataille , pour
rafraîchir les deffenfeurs du retranchement ;
de plus il avoit à dos une Riviére , & un
Pont , qu'il pouvoit rompre , fuppofé que
les François l'obligeaffent à la retraite.
Le Duc de Nemours étoit inftruit de tous
les avantages de l'ennemi ; mais le recouvrement
étoit d'une telle importance , qu'il réfolut
de tout rifquer. Son armée étoit de
douze mille hommes , qu'il divifa en plufieurs
corps : d'Alégre eut ordre de fe pofter
hors de la Ville , vis-à- vis la Porte de S.
Jean , la feule , que les Vénitiens avoient
laiffée ouverte , enfuite le Duc attaqua une
Abbaye appuyée contre les retranchemens ,
l'emporta , & fit paffer ce qu'il y avoit d'ennemis
au fil de l'épée. Ce premier fuccès encouragea
les troupes , fans rien faire perdre , -
au Général de fa moderation : Herigoïe , ou
Henri Gonet , fort eftimé de ce Prince &
des Soldats , fut mis à la tête d'une troupe
de Gafcons choifis , & le Chevalier Bayard
fuivit
1180 MERCURE DE FRANCE.
fuivit à pied avec fes Gens d'armes pour les
foutenir. L'ennemi les voyant avancer fiérement
& en bon ordre , fit un feu terrible
, qu'ils effuyerent fans s'ébranler ; le canon
du Château battoit avec furie contre
les retranchemens , & y faifoit de grandes
bréches ; les François les gagnerent après
avoir rempli le follé de fafcines , & ce fut
là que le combat devint fanglant. On s'y
battoit main à main , à coup de haches , de
piques , & d'épées. Le Chevalier Bayard
'animant les fiens
par fon exemple , reçut un
fi grand coup de pique dans la cuiffe , que
le fer y demeura avec le bout du bois où il
étoit attaché ; ce brave homme tomba noyé
dans fon fang , & les Soldats que fa préfen-
'ce avoit foutenus , commençoient à s'ébranler
, lorfque le Duc de Nemours la pique à
la main parut à leur tête , criant : Enfans ,
vengeons le bon Chevalier. Son exemple , &
fes cris infpirerent aux Soldats une efpece
de fureur ; les retranchemens furent forcés
en plufieurs endroits , & les fuyards pourfuivis
fi vivement , qu'ils n'eurent pas le
tems de lever le Pont , qu'il falloit paffer
pour entrer dans la Ville , où les vainqueurs
entrerent avec eux . Les Officiers leur firent
faire alte au- delà du Pont , pour les remettre
en ordre avec une facilité , qui fit connoître
combien le Duc de Nemours avoit acquis
JUI N. 1744.
1181
quis d'autorité fur fes troupes,
On reconnut bien-tôt la néceffité de cette
conduite ; la Gendarmerie Vénitienne , toute
la Cavalerie légere ,& une bonne partie
de leur Infanterie , fe firent voir en bataille
dans la Place , tout prêts à profiter du défordre
des François . Leur Général détacha
d'abord le Capitaine Bonnet , avec quelques
bataillons pour charger les Vénitiens ;
ils le reçurent avec courage , & le combat
devint plus long & plus dangereux , en cé
que les habitans montés fur les toits de leurs
maifons , en faifoient tomber de groffes
pierres & de l'eau bouillante , pendant que
d'autres tiroient par les fenêtres.
Le Duc de Nemours envoyoit fans ceffe
de nouvelles troupes pour feconder les premieres
, & les animoit par l'efpoir du pillage
, qui leur avoit été promis. Enfin après
une demie heure de combát , les Vénitiens
cédérent de tous côtés , & leur réfiftance vigoureuſe
fut la caufe que les vainqueurs ne
donnerent aucun quartier. On en fit un
grand maffacre dans toutes les rues de la
Ville. Plufieurs en fortirent , croyant trouver
leur falut dans la campagne , mais la
précaution , qu'ils avoient prife , de murer
toutes les portes de la Ville , à l'exception
de celle de S. Jean ' , leur devint funefte :
d'Alégre y étoit avec les Gens d'armes , qui
11
les
182 MERCURE DE FRANCE.
les malfacrerent . Les ennemis y perdirent ,
dix à douze mille hommes ; le Provediteur
André Gritti refta prifonnier , & ce qui mit
le comble au malheur de cette journée , fut
la prife du Comte Louis d'Avogaro & de
fon fils , Auteurs de la révolte.
Après que les Soldats les eurent rendus
témoins du pillage de leurs maiſons & de
la défolation de leur famille , contre laquelle
tout fut permis , on les préfenta au
Duc de Nemours , toute l'armée demandant
à grands cris leur fupplice. Il ne fervit de
rien au malheureux Comte de repréſenter ,
qu'étant né fujet des Vénitiens , il n'avoit
fait qu'appeller fes anciens Maîtres au ſe,
cours de la Patrie & de fa Maiſon , que l'on
accabloit d'injuftice ; le plus fort fut regardé
comme le Maître légitime , & fa mort fut
ordonnée.
Ce Seigneur appartenoit aux Maiſons les
plus confidérables de la Ville , & du Pays
d'alentour ; fon malheur y jetta la confternation
, & acheva la déſolation publique
furtout lorfqu'on vint à réfléchir fur la deftinée
de fon fils , compagnon involontaire de
fon crime , & qui devoit l'être de fon fupplice
.
Ce jeune homme avoit obéi à la Nature ,
ainfi qu'à la reconnoiffance , en fuivant le
Comte d'Avogaro , & fon courage avoit été
adJUIN.
1744. 1183
admiré par
il
le Duc de Nemours même , lorfque
fe voyant enveloppé avec fon pere ,
avoit tout tenté pour le fauver , ou pour
périr avec lui les armes à la main. Sa douleur
, lorfqu'il fe vit arrêté , fut d'un homme
plein de fentimens ; celle de fon pere
fembla feule l'occuper , & ce fut en cet
état , qu'on le préfenta au Duc de Nemours.
Ce Général , d'un âge à peu près femblable
au fien , parut touché de fon fort ; il le plaignit
, fans entreprendre de le confoler , ainfi
que le tentent ceux qui ne fçavent pas que
rien n'affoiblit dans un lâche la crainte de
perdre la vie , & qu'un homme de coeur
n'a pas beſoin de fecours pour fouffrir unę
mort honorable ; que même dans de certaines
fituations , & aux yeux d'un homme
courageux , les exhortations à la patience
& àla foumiffion font des affronts àfon courage.
On conduifit le pere & le fils en pri
fon , & le lendemain toute la Ville vint fe
jetter aux pieds du Duc de Nemours , pour
demander leur grace. La néceflité de faire
un exemple le rendit inexorable , & on vit
enfin ces deux malheureufes victimes marcher
enfemble au fupplice.
Cette fituation affreuſe pouvoit faire
comprendre qu'il eft des maux plus grands ,
que l'afpect d'une mort prochaine. Le Comte
d'Avogaro lié à côté de fon fils ne pouvoit
con1184
MERCURE DE FRANCE.
contenir les tranfports de la plus vive douleur
; il fe précipitoit vers le fupplice &
vers la mort , comme dans un afile qui devoit
le délivrer de cette cruelle vûë. Son
malheureux fils défefperé de fon état , demandoit
comme une grace , plus précieuſe
que la vie même , qu'on l'exécutât le premier.
On voyoit fur leur vifage & dans
leurs regards , l'agitation affreufe de leur
ame. Lamultitude , qui environnoit l'échaffaut
, obfervoit un filence profond , jettant
fes regards tantôt fur les deux victimes ,
tantôt fur le Duc de Nemours , dont la
trifteffe fembloit laiffer quelque efperance
de grace , mais à ce calme fuccederent des
cris perçans , lorfqu'on vit le Comte d'Avogaro
arrivé fur l'échaffaut s'approcher de
fon fils pour lui dire les derniers adieux ,
& les efforts que ces deux infortunés faifoient
pour s'embraffer malgré leurs liens.
Tandis que ce Spectacle accabloit tous les
coeurs , le Duc de Nemours fit un figne , &
les deux têtes tomberent prefque en mêmetems.
Cependant le pillage de la Ville avoit
ceffé ; après avoir été la caufe de la priſe
de la Place , en animant le foldat , il le devint
de la perte de l'armée en l'enrichiſſant.
Les troupes déferterent en foule , & cette
barbare victoire devint par- là prefque auffi
fuJUIN.
1744. 1185
funefte aux François qu'une défaite. Le Duc
de Nemours , au lieu de foldats aguerris , fe
trouva obligé de fe fervir de nouvelles levées
, inférieur en ce point aux ennemis ,
qui n'employoient contre lui que l'élite de
leurs troupes. Cependant Bologne fauvée
une armée vaincuë , Breffe reconquiſe en
moins de quinze jours , lui avoient donné
la réputation du plus grand & du plus heureux
Capitaine de l'Europe. Devenu la terreur
des ennemis , il devint le motif de la
présomption des François , qui s'imaginerent
que fon nom feul devoit triompher.
LOUIS XII , plus prudent par fon Confeil
que par fon caractere , & éblouii de fes fuccès
, lui manda de chercher par tout les Efpagnols
& de leur livrer bataille,
Une des raifons de cet empreffement étoit
la déclaration du Pape en faveur de la Ligue
, fortifiant ainfi des tréfors du S. Siége
& des troupes de l'Etat Eccléfiaftique les
Vénitiens & les Efpagnols , déja fi puiffans
en Italie . Mais Louis & fon Confeil étoient
alfés inftruits de la politique des Pontifes
pour ne pas douter qu'une victoire complette
fur les forces réunies des Conféderés , ne
déterminât le Pape à les abandonner. On
eraignoit auffi que l'Empereur , féduit par
l'exemple de la Cour de Rome , n'embraffat
le parti de la Ligue , & que les Suiffes irrités
I. Vol F du
1186 MERCURE DE FRANCE.
du mépris , que le Duc de Nemours leur
avoit témoigné , n'imitaffent toutes ces Puif
fances, en fe joignant à elles , pour accabler
les François .
Ces motifs firent agir Gaſton avec moins
de circonfpection , que l'état des affaires
ne le demandoit , dans le defir de donner
bataille pour contenter le Roi , & de déranger
les projets de tant de fiers ennemis . Il
prit donc le chemin de la Romagne à la tête
d'une armée de dix-huit mille hommes d'Infanterie
, & d'une Gendarmerie nombreuſe ;
il y trouva celle des ennemis commandée
par le Viceroi de Naples , mais ce Général
avoit reçû des ordres pofitifs d'éviter la ba
taille , le Roi d'Efpagne , fon Maître , ne
doutant pas que le Roi d'Angleterre & l'Empeu
,
pereur attaquant la France dans elle
ne fût obligée de rappeller fes troupes d'Ita
lie
pour fa deffenfe , de forte que le Duc de
Nemours , plus preffé que jamais par de
nouveaux ordres du Roi , avoit à engager
au combat des ennemis fupérieurs en nom
bre , & qui ne négligeoient rien pour l'évi
ter. Il s'empara à leur vûë de Cafteldi -Solarolo
, de Colignola & de Granarolo , eſperant
à chaque fiége de Place forcer les enne
mis à venir au fecours & les réduire à la né.
ceffité de donner bataille. Ils parurent conf
tans dans l'idée de la fuire , & pour les
conJUIN.
1744.
1187
contraindre , le Duc de Nemours fe vit forcé
d'affiéger Ravenne.
L'importance de cette Ville, par rapport à
fa richeffe , au nombre de fes habitans , à fa
fituation dans l'Etat Eccléfiaftique , & la
promeffe qu'avoit exigé Antoine Colonne
avant que de fe jetter dans la Place pour la
défendre , qu'on viendroit sûrement la fe
courir,ne permettoient plus aux Conféderés
de régler leurs démarches fur les ordres de
la Cour d'Efpagne. Rome & Venife menacées
, montrant plus d'inquiétude & plus
de feu , déterminerent leurs Alliés , & l'ar
mée entiere approcha à deuxmilles de diſtan
ce de celle des François.
Gafton , que leur arrivée combloit de
joie , donna ordre au Chevalier Bayard d'aller
les reconnoître à la tête de fes Gendarmes
, & de quelques Archers ; ce brave Capitaines
pouffa jufques dans le Camp ennemi
, qu'il eut le tems d'examiner avec attention
, tout en combattant , & répandant
Fallarme en tous lieux. Sur le compte qu'il
en rendit au Duc de Nemours , ce Prince
réfolut d'attaquer le lendemain onzième
Avril , jour de Pâques . Quelques -uns en témoignerent
du fcrupule , mais le Général
leur fit fentir qu'une guerre injufte ne devoit
jamais être entreprife , ni une guerre
jufte differée pour aucune raifon , & fur le
Fij champ
1188 MERCURE DE FRANCE.
champ onjetta un Pont fur la Romagné¿
pour aller à l'ennemi ; l'avantgarde compo
fée d'Infanterie Allemande , & précédée de
l'Artillerie , paffa fous les ordres du Duc de
Ferrare ; elle mit la riviere à fa droite , &
fa gauche fur deffendue par fept cent Gendarmes
; la bataille toute d'Infanterie Françoife
fe plaça à côté de ces derniers , & cinq
mille Italiens achevoient de former la ligne,
Le Seigneur de Chabanes , la Palice & le
Cardinal de S. Severin , armés de pied en
cap , étoient derriere avec fix cent lances
& le fameux Ive d'Alégre fut mis à la têtę
d'un Corps de quatre cent Gendarmes pour
la réferve , afin d'être à portée de repouffer
les forties que la garnifon de Ravenne
pourroit faire.
Les Chefs de l'armée Eſpagnole étoient
Pierre de Navarre , Fabrice Colonne , & Antoine
de Leve , Carvajal , Ferdinand d'Avalos
, Marquis de Pefcaire , Officiers célébres
, & peu dignes d'avoir pour Général le
Viceroi de Naples Raimond de Cardonne ,
le plus effeminé de tous les hommes , & que
le Pape même ne daignoit pas comprendre
parmi eux , l'appellant toujours Madame de
Cardonne. Tous ces Chefs mirent leur armée
en bataille , à la difference de terrain
près , ſuivant la même difpofition que celle
de France, Le Duc de Nemours lui fit paffer
le
JUIN. 1744. 1189
le Ronco , & l'artillerie fe fit bientôt entendre
d'une maniere terrible ; celle des ennemis
avoit l'avantage de prendre les François
à découvert , pendant que couchés le ventre
à terre dans leurs retranchemens , ils fe
trouvoient à l'abri des coups.
Pierre de Navarre avoit donné cet ordre
contre le fentiment de Fabrice Colonne
qui vouloit qu'on fortit pour aller au- devant
des François ; celui de Pierre de Navarre
qui mettoit les foldats en sûreté , leur parut
d'abord le meilleur , mais on reconnut bientôt
le défavantage certain d'être enfermés
& feulement fur la défenfive , contre des
ennemis , qui attaquoient avec vigueur .
Les François avoient déja perdu deux mille
hommes; les retranchemens ennemis étoient
bordés de petits chariots arnés de contelats,
& de pointes , machines d'autant plus terri
bles qu'elles étoient inconnues ; cependant
on vint à bout de les forcer. Le canon du
Duc de Nemours faifoit dans la Cavalerie
de Colonne le même ravage que celui des
ennemis dans fon Infanterie ; Colonne outré
de voir tomber fes Gendarmes ,fans pouvoir
donner un coup d'épée , demanda au
Viceroi la permiffion de charger , & malgré
fon refus vint tomber avec furie fur un Efcadron
que commandoient le Duc de Nemours
& le Chevalier Bayard ; il avoit di-
F iij vifé
1190 MERCURE DE FRANCE.
•
vifé le fien en deux pour les envelopper , &
profiter ainfi de leur petit nombre , mais
Gafton & le Chevalier Bayard foutinrent le
choc avec tant de courage & de bonheur
que Colonne mis en défordre leur donna
pour prendre une nouvelle difpofition , le
tems dont il avoit lui-même befoin pour le
ralliement ; il revint faire une feconde charge,
& les 2 troupes fe rompirent une feconde
fois; cependant lesFrançois auroient été obligés
de céder , fi Ive d'Alégre attentif à tout ce
qui fe paffoit dans la Plaine , ne fut accouru
à leur fecours. Alors le combat devint opiniâtre
, & Colonne après une vigoureufe
réfiſtance , ne ſe voyant plus que deux cent
Gendarmes de cinq cent qu'il commandoit ,
prit la fuite , & fut fuivi de Raimond de
Cardonne , avec le refte de la Cavalerie ,
qui n'avoit point encore combattu .
Pierre de Navarre refta feul avec fon Infanterie
, & préfenta, malgré cet abandon ,
un front redoutable au vainqueur ; le Duc
de Nemours jugea à leur contenance qu'il
falloit les attaquer avec précaution ; il détacha
trois mille Archers pour aller faire le
tour du retranchement , afin de prendre les
ennemis par derriere , pendant qu'il les attaqueroit
de front avec le refte de l'Infanterie.
Pierre de Navarre les voyant approcher
, fit mettre ventre à terre à fes gens ,
mais
JUI N. 1744 1191
mais les Archers Gafcons , les plus adroits
de l'Europe , en ayant tué ou bleffé un
grand nombre , il les fit tous relever , &
envoya un détachement de douze cent hommes
d'élite , qui chargerent les Gafcons avec
tant d'impétuofité , qu'ils les mirent en
fuite.
ས
Ce fuccès encouragea Pierre de Navarre ,
& jugeant bien que dépourvu de Cavalerie
il ne pouvoit efperer qu'une retraite glorieufe
, il fongea à fecourir Ravenne , pour
dé
gager la parole donnée à Antoine Colonne ,
& mettre en sûreté cette Place , qui étoit
Foccafion de la bataille , & l'objet de la victoire
; fon détachement de douze cent hommes
, après avoir pouffé les Gafcons , ne s'amufa
donc point à les pourfuivre , & prenoit
le chemin de Ravenne , lorfque le
Bâtard du Fay fe préfentant à la tête de
quelque Cavalerie , les obligea de retourner
dans leur Camp.
Pierre de Navarre les vit revenir avec
une efpece de joie ; il avoit à foutenir le
choc de l'armée Françoife entiere , & ce fut
là qu'il fit voir ce que peut la capacité à la
guerre , lorfqu'elle eft aidée du courage. Un
foffé défendoit fon retranchement ; il l'avoit
bordé d'un grand nombre de piquiers
robuftes & braves , qui foutinrent jufqu'à
fix charges fans fe rompre. Le Colonel Ja-
Fiiij cob ,
1192 MERCURE DE FRANCE.
>
cob , des Chef des Allemans , qui étoient a
la folde de la France, y fut tué ; les foldats
dont il étoit aimé , jetterent de grands cris ,
& chargerent les ennemis avec une nouvelle
fureur ; ceux- ci toujours ferrés & en bon
ordre , & pour ainfi dire , fortifiés de leurs
pertes , par le courage que l'excès du danger
donne à de braves foldats , foutinrent
cette attaque fans s'ébranler , & ils paroiffoient
impénétrables , quand un Officier
nommé Fabien , du Régiment de Jacob , un
des plus grands , & des plus forts hommes
qu'il y eut alors en Europe , défefperé de la
perte de fon Colonel , & la voulant venger
, fauta au milieu des ennemis , & prenant
fa pique par le travers , l'appuya avec
tant de force fur plufieurs de celles des ennemis
, qu'il les fit baiffer jufqu'à terre
donnant à ceux qui le fuivoient le moyen
d'entrer par cette ouverture : il y fut tué ,
mais fa mort donna la victoire à fon parti .
Les François au milieu des rangs Efpagnols
, firent des prodiges de valeur pour
achever de rompre des gens , qui à demi
vaincus , combattoient avec un courage aufli
reglé , que s'ils avoient pû efperer de vainere
on parvint jufqu'à Pierre de Navarre ;
il fut environné , accablé de coups de pique
& de traits, & enfin fait prifonnier. Ce qui
reftoit d'Espagnols , privés de leur Général ,
fe
JUIN. 1744. 1193
fe raffemblerent en un feul corps , & fe retirerent
en bon ordre par le grand chemin.
Le Duc de Nemours échauffé par un combat
fi long & fi opiniâtre , apperçut ce bataillon
; leur contenance fiere le frappa ; il
lui fembla qu'ils emportoient avec eux la
meilleure partie de fa victoire & fans
confulter que fon ardeur , il alla fe jetter
avec un petit nombre de Gendarmes fur des
troupes , que ni fon armée entiere , ni la
perte de leur Général , n'avoient pu obliger
à fe rendre.
,
A fon arrivée , les Efpagnols préfenterent
leurs piques ; fon cheval fut tué & lui- même
bleflé. Démonté & ayant perdu fa lance ,
déja couvert de fang , il mit le fabre à la
main , & regardant fon coufin Lautrec à
pied & bleffé comme lui : S'il faut périr
dit-il , faifons- nous regretter. En même- tems
il part & porte des coups terribles ; plufieurs
des ennemis tomberent à fes pieds , mais fes
armes fauffées de toutes parts par de violens
coups de pique , le laifferent bientôt à dé
couvert. Lautrec , refté prefque fenl auprès
de ce Prince , admirant la bravoure , défefperé
de fon péril , ne ceffoit de crier aux
Efpagnols : C'est le frere à votre Reine ne le
tuez pas. Mais ces cris adreffés à des gens
qui n'efperoient plus de quartier , & ac
Fy com1194
MERCURE DE FRANCE.
compagnés de grands coups de fabre , ne
touchoient point des foldats défefperés &
furieux ; Gafton affoibli par fa premiere
bleffure , & n'ayant que fon fabre pour
toute défenſe , reçut à la fois quatorze blef
fures , dont il expira fur le champ de bataille
.
gne
La témérité fit ainfi mourir dans le fein
de la victoire & à l'âge de vingt- quatreans
, un Prince , que l'ardeur d'acquerie
rop-tôt le titre de grand Capitaine , préci
pitoit dans tous les dangers. Son bonheur
l'éblouit ; le titre de foudre de l'Italie , que
trois grandes actions en une feule Campalui
avoient fait donner , lui infpira une
nouvelle présomption , & ce même titre lui
convint encore mieux après la mort , quedurant
fa vie ; car il eut de la foudre , le
bruit , l'éclat & le peu de durée. Ce Prince
fe crut invincible , parce qu'il avoit toujours .
vaincu . Des triomphes fouvent répétés , forment
le caractere brillant , à qui l'on donnele
titre d'Héroïfine , mais le mêlange dequelques
infortunes perfectionne & conferve
le grand homme.
On regretta d'autant plus le Duc de Nemours
, que fa perte fut fuivie de celle de
Italie pour les François , & qu'il avoit de
ces qualités naturelles & d'éducation , qui
Le rencontrent rarement chés les Princes. La
JeuJUIN.
1744. 1795*
Jeuneffe de la Cour , qui l'avoit fuivi , vantoit
fon affabilité , fa douceur , fes égards
pour les difpofitions heureuſes , & pour le
zéle. Les vieux Guerriers loüoient fon attention
pour leurs fervices , & fes déférences
pour la capacité & l'expérience. Le foldat
publioit fon extrême valeur , & les peuples,
vaincus fa clémence. Ces préventions favorables
, & la rapidité de fes fuccès éblouirent
tous les yeux , & l'Europe entiere le
reconnut pour un très- grand Capitaine , à
un âge où l'on ne commence qu'à être foldat.
Le bonheur eft une forte de mérite aux
yeux des hommes . S'il n'eft pas fort eſtimable
aux yeux de la raifon , il eft le plus
brillant & le plus admiré du vulgaire.
Les autres grands Capitaines , dont les
Vies rempliffent ce IX Tome , font : Louisde
la Tremoüille II. du nom , Prince de
Talmond , Vicomte de Thouars , furnommé
Le Chevalier fans reproche , fous les Rois
Louis XI & François I ; Ive d'Alégre, Che--
valier de l'ordre du Roi , Capitaine de cent
hommes d'armes , fous les Régnes de Char--
les VIII & Louis XII ; le Chevalier Bayard ,
Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné
, Chevalier de l'Ordre , Capitaine de
cent hommes d'armes.
France , depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à préfent. Par M. d' Auvigny.
Tomes IX & X. contenant les Grands Capitaines.
A Amfterdam , & se vendent à
Paris , chés le Gras , GrandSalle du Palais
, à L couronnée 1744:
N
Ous avons rendu compte en fon tems
de tous les Volumes de cet Ouvrage
qui ont précédé les deux dont on vient de
lire le titre , & qui viennent de paroître depuis
peu de jours . En rendant ce compte au
public , nous avons fouhaité pour fon intérêt
, que l'Auteur jouit d'une longue vie &
d'une parfaite fanté , Il a plû au Seigneur
d'en difpofer autrement. Nous avons perdu
M. d'Auvigny à la fleur de fon âge , & au
milieu de la courfe litteraire qu'il avoit entreprife.
C'eft ce que nous apprenons à regret
de M. fon Frere , Chanoine Régulier
de l'Ordre de Prémontré , dans un Avertiffement,
qui eft à la tête du IX Tome . Avertiffe-
"
JUIN. 1744. TM 1165
tiffement qui contient un détail litteraite ,
honorable , & curieux , lequel nous nous
faifons un devoir de rapporter ici dans fon
entier à caufe de fa brièveté.
Ces deux Volumes , dit M. le Chanoine ,
& ceux qui les fuivront , font les Ouvrages
pofthumes de M. d'Auvigny , Chevau- Leger
de la Garde , qui après avoir donné fes foins
pour l'Edition des Tomes VII & VIII de
fon Livre , fe hâta de partir pour joindre
La Troupe , & a été malheureufement tué
dans le Combat d'Ettinghen , à l'âge de treit
re & un ans , le 27 Juin 1743 , laiffant une
Veuve & deux enfans mâles , à qui les defcendans
des Hommes Illuftres de la France ,
qu'il a célébrés fi dignement , accorderont ,
fans doute , leur protection & par honneur
& par reconnoillance .
On fera peut-être étonné qu'un Auteur ,
qui a fi peu vécu , ait pû fournir une pareille
carriere , & qu'outre ces dix Volumes , qui
font imprimés , il ait encore laiffé la matiere
de plufieurs autres en manufcrit , entre les
mains de fon Libraire , avant que de partir
pour la Franconie, où il a fini fes jours . Peu
d'Ecrivains ont eu plus de facilité & de talens
pour écrire l'Hiftoire , & je crois que la République
des Lettres a fait en lui une perte.
Sa mémoire étoit prodigieufe , & fon ima
gination d'une vivacité extraordinaire, join-
E iij
te
1166 MERCURE DE FRANCE.
te à beaucoup de pénétration d'efprit. Naturellement
Philofophe , il s'étoit formé un
style nerveux & fententieux , qu'on remar
que facilement dans cet Ouvrage. Peut-être
aimoit- il un peu trop les ornemens du ftyle
& les agrémens de la narration , & il femble
les avoir quelquefois préférés à l'exacti
tude de la Grammaire , trop vif & trop
hardi dans fes penfées , pour s'y affujettit
fcrupuleufement.
Si l'on eft furpris qu'il ait pu achever un
fi long Ouvrage à la fleur de fes années ;
( Ouvrage qui fuppofe une lecture immenft
& un très-pénible travail ) combien le ferat'on
davantage , fi on fait attention à tous
les Livres , qu'il a publiés avant celui- ci ?
Après s'être exercé dans fa premiere jeuneffe
fur des matieres de bel efprit & de fiction ,
il s'appliqua férieufement à l'Hiftoire , &
donna un Abregé de celle de France & de la
Romaine, imprimée en 1730. Quelques an
nées après il mit au jour l'Hiftoire de la
Ville de Paris, en cinq Volumes, dont néan
moins la moitié du quatriéme & tout le cinquiéme
ne font point de lui , mais de feu
M. de la Barre , de l'Académie des Belles-
Lettres.
M. d'Auvigny étoit né dans le Hainaut
Après la mort d'un Oncle , qui lui avoit
donné de l'éducation , il vint à Paris en
1
1728
JUIN. 1169 1744.
?
1728 , & fut recommandé à une perfonne
très-connuë dans la République des Lettres ,
qui ayant apperçu en lui du génie , de l'efprit
, du talent & beaucoup d'application à
la lecture & au travail , prit quelque foin
de cultiver ces difpofitions. Mais depuis
plus de huit années , M. d'Auvigny s'étant
attaché à d'autres perfonnes , & ayant voulu
fe conduire à fon gré , celui à qui il avoit
obligation de la premiere culture de fes talens
, n'eut dans la fuite prefque aucun commerce
avec lui. Ainſi dans la compofition
des Vies des Hommes Illuftres , on peut dire
qu'il n'a été fecondé de qui que ce foit. Il
ne me fied pas de m'étendre davantage fur
les louanges d'un frere. J'ai crû devoir à fes
chers manes ce leger tribut , & que le Pu
blic l'approuveroit.
›
Pour donner une idée du travail de M.
d'Auvigny & pour fuivre la coûtume , que
nous avons prife , en rendant compte de
pareils Ouvrages nous expoferons ici
une des Vies qui compofent ce IX Tome.
Celle de GASTON DE FOIX , Duc de Nemours,
Général d'Armée , & Viceroi de Milan , fous
Louis XII , qu'on trouve à la pag. 128 ,
nous a paru convenir aux bornes de ce
Journal.
L'Hiftoire de ce Prince , tué à 24 ans ,
dans le fein de la victoire , eft une folide
E iij preu1168
MERCURE DE FRANCE.
preuve , qu'on ne peut trop fe hâter de de
venir Grand Homme , & que la vertu ne
fuit pas la jeuneffe , mais que l'ardeur & la
préfomption abandonnent rarement cet âge
dangereux .
GASTON étoit de l'Illuftre Maiſon de Foix ,
qui fe vante à jufte titre d'être iffuë de la
premiere race de nos Rois. Ces Cadets belliqueux
firent avouer de tout tems , qu'ils
étoient dignes de la Couronne , que la molleffe
de leurs aînés avoit fait perdre à leur
Maiſon. Son pere étoit N.... Comte de Foix
& de Comminges , & fa mere N.... de VALOIS
, foeur de Louis XII . Elle avoit été élevée
à la Cour de France , & témoin des malheurs
de fon frere , dont la caufe lui étoit
connuë : c'étoient les mauvais conſeils , &
une ambition déréglée . Cette Princeffe eut
donc foin d'écarter de fon fils tous les flateurs
, & de ne rien propoſer à fon émulation
, que de jufte & de légitime.
LOUIS XII , qui n'avoit point de fils , témoigna
à celui de fa foeur une affection de
pere ; il le fit venir de bonne heure à ſa
Cour , & ce qui commença à donner une
grande idée du jeune Prince , ce fut que ni
fa haute naiffance , ni les grands biens de fa
Maiſon , ni la faveur du Roi fon Oncle ne
parurent point l'occuper , ni le corrompre.
La fcience de la guerre , quoi qu'encore
bien
JUIN.17445 1169
bien imparfaite , étoit la principale de fon
tems ; il s'y adonna tout entier , & on le
vit à la journée d'Aignadet , à peine âgé de
18 ans , combattre fous les yeux du Roi avec
une valeur finguliere & une prudence que
fes regards lui infpiroient. Cette prudence
fut depuis la caufe de fa perte.
Quelque idée que Louis XII cut de fon
extrême vivacité , on ne s'en défia point
affés , à caufe de cette premiere marque de
moderation . Il le jugea lui-même depuis
auffi prudent , que tout le monde le trouvoit
brave!
·
Les Vénitiens , vaincus à Aignadel , montrerent
la fierté des anciens Romains , & fe
jugeant dans leur accablement hors d'état
d'obtenir une paix honorable , ils s'appliquerent
à attirer le Pape dans leur parti , &
à s'affurer des Suiffes , pour continuer la
guerre.D
,
Ces derniers devoient être les plus redoutables
ennemis de la France , & cependant
ils furent les moins menagés , Louis
XII avoit voulu délivrer la Nation Françoi
fe de l'efpece de tribut qu'elle payoit à ce
peuple belliqueux , ou plutôt lui faire connoître
, que c'étoit pour en être fervie , &
non pear s'en voir protegée ; de forte que
les Suiffes , animés par l'intérêt , écouterent
fans peine les propofitions des enne-
291VİV 50
Ey mis
1170 MERCURE DE FRANCE.
mis de la France , & leverent une armée
en leur faveur , pour entrer dans le Duché
de Milan.
2
Cet Etat ne s'étoit jamais vu plus puiffamment
menacé , & imoins de forces pour fe
deffendre ce dénûement dans une circonftance
femblable , ne pouvoit être réparé
que par une extrême attention , & une
grande prudence. " Enforte que le grand
nombre jugea , que le Roi confentoit en
quelque façon à le perdre , lorfqu'on vit le
Duc de Nemours, âgé de 22 ans , revêtu du
titre de Viceroi de Milan , & chargé de fa
confervation . Le jeune Prince avoit defiré
cet emploi avec ardeur, comme le plus brillant
qu'il pûr obtenir , & l'Europe vit avec
étonnement , que ce même Gafton , fi plein
de feu & d'ardeur pour la guerre , étoit devenu
tout à coup retenu & circonfpect , defirant
de combattre, comme un jeune guerrier
, mais fçachant en éviter les occaſions
comme un vieux Capitaine .
>
Sans attendre les Suiffes furieux au fortir
de leurs montagnes , il s'en approcha affés
pour leur laiffer efperer le combat. Ses vûes
étoient que les ennemis fe flatant de finir la
Campagne par une Bataille , prendroient
moins de précaution pour la fubfiftance de
leur armée , & qu'ils fe verroient contraints
par-là d'abandonner un Pays bien gardé &
dépourvût de vivres. Les
JUIN. 1171 1744.
Les Suiffes arrivés à Galera , dans le Milanez,
apprirent que le Général François étoit
pofté à Legnago , à quatre milles d'eux ,
fuivi feulement de trois cent lances , & de
deux cent Gentilshommes de la Maiſon du
Roi. Ils s'avancerent , & Gafton , fans trop
s'éloigner , pour leur donner plus d'envie
de le fuivre , recula jufques dans les Fauxbourgs
de Milan , où ils l'inveftirent , en at
tendant , pour le forcer , les fecours , qui
leur avoient été promis par le Pape & les
Vénitiens ; mais pendant que ces deux
Puiffances les amufoient d'efperances vaines
, le Duc de Nemours renforçoit fon armée
de quelques troupes tirées des garnifons
voisines.
Les Suiffes inquiets de l'abandon de leurs
Alliés , & n'ofant entreprendre d'attaquer
les François dans leurs retranchemens , s'avancerent
vers l'Adda , menaçant d'entrer
dans le Bergamafque. Le Duc de Nemours ,
toujours devant eux ou à leur fuite , campa
à Caffano , & rompit de telle forte leurs deffeins
, qu'ils lui envoyerent propoſer peu
de jours après de retourner dans leur Pays ,
s'il vouloit leur donner un mois de paye ,
fur le même pied qu'ils l'avoient toujours
reçu de la France.
re ,
Cette propofition , qu'on alloit leur fai
fut rejettée , parce qu'ils la faifoient :
E vj
on
1172 MERCURE DE FRANCE.
on marchanda ; ils s'irriterent , & mêlant
la fierté à l'intérêt , ils demanderent deux
jours après , le double de ce qu'on leur avoit
refufé, Gafton devenu plus fort en troupes ,
& en état de combattre avec plus de confiance
, en defiroit en quelque forte l'occafion.
On s'en appercevoit à fa façon de traiter
avec les Suiffes , qui envoyerent enfin
un trompette , pour déclarer qu'ils ne vouloient
plus d'accommodement , & qu'ils alloient
faire une guerre cruelle aux François
.
Le Duc de Nemours attendoit fans crainte
l'effet de ces menaces , lorfqu'on lui apprit
que les Suiffes avoient pris fecretement la
route du Lac de Côme , pour rentrer dans
leurs montagnes , vengeant la honte de cette
retraite par l'incendie de quelques Villages .
Gafton profita de leur abfence , & de la réputation
, que fa conduite lui avoit donnée
pour fortifier le Milanez , & affoiblir les
conféderés , en leur oppofant , s'il étoit poffible
, les forces de quelques Etats d'Italie.
La République de Florence & de Bologne
étoient les feuls Etats , qui laiffaffent
quelque efperance. La premiere , puiffante
par l'étendue de fes terres , le nombre & la
richeffe de fes habitans , étoit gouvernée par
un Magistrat Militaire, qui portoit le Titre
de Gonfalonier : fon inclination pour la France
JUIN. 1744. 1173
ce étoit décidée , mais le Confeil de la République
, rebuté de la legereté de la Nation
, écoutoit moins fon refpect pour le
Gonfalonier , que la crainte d'être facrifié
au premier avantage que les François pourroient
fe promettre en les abandonnant,
Gafton fut donc obligé de fe contenter de
voir garder une efpece de neutralité à cet
Etat , qu'il auroit été fi important de déterminer
pour fon parti , & de tourner toute
fon attention fur Bologne , abfolument déclarée
en fa faveur.
Cette Ville étoit alors fous la domination
des Bentivoglio , d'une Maiſon Illuftre d'Italie
, qui fe prétend defcendre d'un Roi de
Sardaigne , bâtard d'un Empereur d'Allemagne.
Les Bentivoglio ou Bentivoles , ennemis
perfonnels du Pape , de fa Maiſon &
de fes deffeins , avoient confenti , que le
Duc de Nemours mît dans Bologne une
garnifon de deux mille Allemands , & de
deux cent Gendarmes , fous les ordres d'Odet
de Foix , Seigneur de Lautrec , d'Ive
d'Alégre , & des Capitaines de la Fayette
& de S. Vincent , que les Italiens furnommoient
le Grand Diable , à caufe de fa valeur
, & de fa taille extraordinaire.
Mais l'expérience de ces Chefs , & la
force de la garnifon ne furent que la feconde
caufe du falut de la Ville ; elle étoit
perduc
1174 MERCURE DE FRANCE.
duë fans reffource , fi les ennemis avoient
pû éviter les inconvéniens ordinaires des
unions de troupes , qui infpirant differens
avis , obligent à perdre dans des déliberations
un tems toujours précieux à la guerre.
Ils confulterent donc , & Pierre de Navarre
, foldat de fortune , inftruit par Gonfalve ,
furnommé le Grand Capitaine , plus inftruit
encore par la Nature & par fon génie , fit
réfoudre d'emporter la Place par le moyen
des Mines , dont on l'a fait le premier Inventeur.
Bologne n'avoit point de dehors ;
une feule muraille , épaiffe à la vérité , étoit
toute fa défenſe ; le canon en ayant ruiné
plus de cent braffes en peu de jours , la largeur
de cette bréche tenta les affiégeans :
on voulut rifquer un affaut , dont les commencemens
eurent fi de fuccès , que les
Chefs réfolurent d'attendre l'effet de la Mine.
Pierre de Navarre l'avoit pouffée vers
la porte de Castiglione,fous un endroit de la
muraille , où il y avoit une petite Chapelle.
L'idée de l'Ingénieur étoit de la renverfer
avec la muraille dans le foffé , & de le combler
ainfi de leurs débris. La Garnifon inquiéte
de la largeur de la bréche , mais raffurée
par leur courage & par leur nombre
fe tenoit rangée le long de la muraille , affectant
une contenance fiere. Mille Fantaf
fins & cent quatre- vingt Gendarmes , enpeu
νομές
JUIN
1175 1744.
voyés par le Duc de Nemours , avoient encore
augmenté leur courage. Ils faifoient
des cris , & bravoient les affiégeans . Ceuxci
que Pierre de Navarre affuroit de l'effet
de la Mine , en attendoient le moment avec
impatience. Un tonnerre épouvantable l'annonça;
il fembloit que la Ville dût s'abîmer
, & les affiégeans célébroient déja leur
victoire par de grands cris , mais après que
le tourbillon de fumée & de poufliére für
diffipé , leur furpriſe fut extrême de voir la
Chapelle enlevée par la Mine dans le même
état, qu'elle étoit avant fon effet ; la poudre
l'avoit pouffée fi perpendiculairement, & la
maçonnerie ainfi que la charpente s'étoit
trouvée fi bonne,qu'à quelques fentes près,
on ne fe feroit point apperçu de fa tranflation
les Bolonnois crierent au miracle ,
& l'idée d'être foutenus par une providence
particuliere leur infpira une extrême réfolution.
Les affiégeans furpris refterent dans leurs
quartiers , & les nouvelles mefures , qu'ils
fe trouverent obligés de prendre , donnerent
le tems au Gouverneur d'envoyer demander
du fecours à Gafton de Foix , & l'ef
perance de le recevoir avant que d'être forcés.
Ce Général , qui affembloit les troupes à
Final , fur les frontieres du Modenois & du
-Bolorois , marcha avec toute fon armée
com1176
MERCURE DE FRANCE.
compofée d'onze mille Fantaffins , & de
treize cent lances. Craignant que le nom
bre ne le fit reconnoître , & ne pouvant
néanmoins feater de délivrer Bologne
avec moins de forces , il fut bien -tôt hots
-d'inquiétude. L'air fe chargea de nuages ,
& la neige , qui tomboit à gros flocons , en
rendant fa marche plus difficile , la rendit
auffi plus affurée. Toute Farmée, entrà dans
Bologne à l'infçu des ennemis , que l'on au
roit aifément battus à caufe de leur confiance
, fi Gaſton ent pû fe perfuader qu'ils ignorallent
fon arrivée . Le fiége fut levé fur le
champ avec beaucoup de précipitation ,
:quoique fans défordre , & le Duc de Nemours
, libérateur de Bologne fans avoir
tiré l'épée , fut regardé comme le plus prudent
, & le plus heureux Capitaine de fon
tems.
?
រ
Mais à peinegoûtoit-il les premiers fruits
de fa victoire , qu'on lui apprit la furprife
de Breffe par les Vénitiens. Cette Place fi
importante à la confervation du Milanez ,
avoit été confiée à la garde de du Lude , &
ce brave Officier fe trouvoit en état de la
conferver contre tous les ennemis du dehors
, mais il en avoit de plus dangereux
parmi les habitáns même , qui devoient
aider à fa deffenfe . Breffe , comine la plupart
des Villes d'Italie, étoit divifée en deux parJUIN.
1744. 1177
:
tis , à la tête defquels on voyoit les Maiſons
d'Avogaro , & de Gambara. Celle- ci attachée
aux François joüiffoit de toute la faveur
de ces nouveaux Maîtres de l'Italie.
& les autres ( c'eſt l'effet ordinaire de la
mauvaife politique ) éprouvoient chaque
jour de nouvelles injuftices. Une infulte ,
que le Comte de Gambara fit au Comte d'Avogaro
, obligea ce dernier à reclamer l'autorité
du Duc de Nemours . Ce Prince lui
promit de le fatisfaire , & l'oublia . L'Italien
crut qu'en lui refuſant la juftice , qui eft le
premier devoir des Souverains , on lui donnoit
l'exemple d'oublier le fien , tant il eſt
vrai que le déni de juftice , qui eft fi commun
, eft la fource de mille maux.
Il fçût donc mettre tout fon parti dans
l'intérêt de fa vengeance , & il prit fes mefures
avec tant de jufteffe , que les Vénitiens
avertis de fon deffein , parurent aux
portes de Breffe , avant que le Gouverneur
eut aucun foupçon de leur marche . La gar
nifon raffemblée fe porta toute entiere du
côté que paroiffoient les ennemis , mais
pendant qu'ils leur réfiftoient , une feconde
troupe de Vénitiens conduits par quelques
habitans entrerent par des égouts , dont ils
avoient ouvert les grilles. Aux cris de S.
Marc , qu'ils firent retentir de toutes parts ,
le Comte d'Avogaro parut dans la Place ,
font
1178 MERCURE DE FRANCE.
fondit fur le Gouverneur , déja embarraffe
par la multitude des ennemis,& l'obligea de
fe retirer au Château , d'où il pûr à peine
envoyer informer le Duc de Nemours de
fon malheur , & lui demander du fécours.
Ce Général étoit encore à Bologne , éloignée
de Breffe de quarante lieuës , & féparée
par le Pô , le Mincio , la Chieſa , & .
Les chemins devenus difficiles à caufe des
pluyes , fembloient impraticables à l'Artillerie
, dont on avoit cependant un befoin
abfolu ; mais l'ardeur du Chef , & l'affection
des Soldats pour lui , furmonterent ces
obftacles. Son armée fit en un jour trente
milles d'Italie , & ayant appris , que la République
envoyoit un Corps de cinq à fix
milles hommes au fecours de leurs troupes ,
qui affiégeoient le Château de Breffe , il fit
une diligence incroyable , pour gagner
de
vîteffe ces nouveaux ennemis. S'étant affuré
de cet avantage , il envoya contre eux le
Chevalier Bayard & Teligni avec leursGens
d'armes. Ces deux braves Chefs les ayant
joints , les battirent , & le Duc de Nemours
continuant fa route , arriva enfin à la vûë du
Château de Breffe , où il entra fans réfiftance.
Ce Prince donna une nuit à fes troupes
pour repofer , & le lendemain leur ayant
promis le pillage de la Ville , elles marcherent
JUI N. 1744. 1172
rent avec beaucoup de réfolution contre les
retranchemens des Vénitiens. Le Provedi
teur , qui les commandoit , avoit eu foin de
les munir d'une nombreufe artillerie ; outre
huit mille foldats , il avoit fous fes ordres
douze mille habitans prêts à combattre.Cette
armée étant trop nombreufe pour tenir dans
le terrain ,qui féparoit la Ville du Château,
il en avoit mis une partie en bataille , pour
rafraîchir les deffenfeurs du retranchement ;
de plus il avoit à dos une Riviére , & un
Pont , qu'il pouvoit rompre , fuppofé que
les François l'obligeaffent à la retraite.
Le Duc de Nemours étoit inftruit de tous
les avantages de l'ennemi ; mais le recouvrement
étoit d'une telle importance , qu'il réfolut
de tout rifquer. Son armée étoit de
douze mille hommes , qu'il divifa en plufieurs
corps : d'Alégre eut ordre de fe pofter
hors de la Ville , vis-à- vis la Porte de S.
Jean , la feule , que les Vénitiens avoient
laiffée ouverte , enfuite le Duc attaqua une
Abbaye appuyée contre les retranchemens ,
l'emporta , & fit paffer ce qu'il y avoit d'ennemis
au fil de l'épée. Ce premier fuccès encouragea
les troupes , fans rien faire perdre , -
au Général de fa moderation : Herigoïe , ou
Henri Gonet , fort eftimé de ce Prince &
des Soldats , fut mis à la tête d'une troupe
de Gafcons choifis , & le Chevalier Bayard
fuivit
1180 MERCURE DE FRANCE.
fuivit à pied avec fes Gens d'armes pour les
foutenir. L'ennemi les voyant avancer fiérement
& en bon ordre , fit un feu terrible
, qu'ils effuyerent fans s'ébranler ; le canon
du Château battoit avec furie contre
les retranchemens , & y faifoit de grandes
bréches ; les François les gagnerent après
avoir rempli le follé de fafcines , & ce fut
là que le combat devint fanglant. On s'y
battoit main à main , à coup de haches , de
piques , & d'épées. Le Chevalier Bayard
'animant les fiens
par fon exemple , reçut un
fi grand coup de pique dans la cuiffe , que
le fer y demeura avec le bout du bois où il
étoit attaché ; ce brave homme tomba noyé
dans fon fang , & les Soldats que fa préfen-
'ce avoit foutenus , commençoient à s'ébranler
, lorfque le Duc de Nemours la pique à
la main parut à leur tête , criant : Enfans ,
vengeons le bon Chevalier. Son exemple , &
fes cris infpirerent aux Soldats une efpece
de fureur ; les retranchemens furent forcés
en plufieurs endroits , & les fuyards pourfuivis
fi vivement , qu'ils n'eurent pas le
tems de lever le Pont , qu'il falloit paffer
pour entrer dans la Ville , où les vainqueurs
entrerent avec eux . Les Officiers leur firent
faire alte au- delà du Pont , pour les remettre
en ordre avec une facilité , qui fit connoître
combien le Duc de Nemours avoit acquis
JUI N. 1744.
1181
quis d'autorité fur fes troupes,
On reconnut bien-tôt la néceffité de cette
conduite ; la Gendarmerie Vénitienne , toute
la Cavalerie légere ,& une bonne partie
de leur Infanterie , fe firent voir en bataille
dans la Place , tout prêts à profiter du défordre
des François . Leur Général détacha
d'abord le Capitaine Bonnet , avec quelques
bataillons pour charger les Vénitiens ;
ils le reçurent avec courage , & le combat
devint plus long & plus dangereux , en cé
que les habitans montés fur les toits de leurs
maifons , en faifoient tomber de groffes
pierres & de l'eau bouillante , pendant que
d'autres tiroient par les fenêtres.
Le Duc de Nemours envoyoit fans ceffe
de nouvelles troupes pour feconder les premieres
, & les animoit par l'efpoir du pillage
, qui leur avoit été promis. Enfin après
une demie heure de combát , les Vénitiens
cédérent de tous côtés , & leur réfiftance vigoureuſe
fut la caufe que les vainqueurs ne
donnerent aucun quartier. On en fit un
grand maffacre dans toutes les rues de la
Ville. Plufieurs en fortirent , croyant trouver
leur falut dans la campagne , mais la
précaution , qu'ils avoient prife , de murer
toutes les portes de la Ville , à l'exception
de celle de S. Jean ' , leur devint funefte :
d'Alégre y étoit avec les Gens d'armes , qui
11
les
182 MERCURE DE FRANCE.
les malfacrerent . Les ennemis y perdirent ,
dix à douze mille hommes ; le Provediteur
André Gritti refta prifonnier , & ce qui mit
le comble au malheur de cette journée , fut
la prife du Comte Louis d'Avogaro & de
fon fils , Auteurs de la révolte.
Après que les Soldats les eurent rendus
témoins du pillage de leurs maiſons & de
la défolation de leur famille , contre laquelle
tout fut permis , on les préfenta au
Duc de Nemours , toute l'armée demandant
à grands cris leur fupplice. Il ne fervit de
rien au malheureux Comte de repréſenter ,
qu'étant né fujet des Vénitiens , il n'avoit
fait qu'appeller fes anciens Maîtres au ſe,
cours de la Patrie & de fa Maiſon , que l'on
accabloit d'injuftice ; le plus fort fut regardé
comme le Maître légitime , & fa mort fut
ordonnée.
Ce Seigneur appartenoit aux Maiſons les
plus confidérables de la Ville , & du Pays
d'alentour ; fon malheur y jetta la confternation
, & acheva la déſolation publique
furtout lorfqu'on vint à réfléchir fur la deftinée
de fon fils , compagnon involontaire de
fon crime , & qui devoit l'être de fon fupplice
.
Ce jeune homme avoit obéi à la Nature ,
ainfi qu'à la reconnoiffance , en fuivant le
Comte d'Avogaro , & fon courage avoit été
adJUIN.
1744. 1183
admiré par
il
le Duc de Nemours même , lorfque
fe voyant enveloppé avec fon pere ,
avoit tout tenté pour le fauver , ou pour
périr avec lui les armes à la main. Sa douleur
, lorfqu'il fe vit arrêté , fut d'un homme
plein de fentimens ; celle de fon pere
fembla feule l'occuper , & ce fut en cet
état , qu'on le préfenta au Duc de Nemours.
Ce Général , d'un âge à peu près femblable
au fien , parut touché de fon fort ; il le plaignit
, fans entreprendre de le confoler , ainfi
que le tentent ceux qui ne fçavent pas que
rien n'affoiblit dans un lâche la crainte de
perdre la vie , & qu'un homme de coeur
n'a pas beſoin de fecours pour fouffrir unę
mort honorable ; que même dans de certaines
fituations , & aux yeux d'un homme
courageux , les exhortations à la patience
& àla foumiffion font des affronts àfon courage.
On conduifit le pere & le fils en pri
fon , & le lendemain toute la Ville vint fe
jetter aux pieds du Duc de Nemours , pour
demander leur grace. La néceflité de faire
un exemple le rendit inexorable , & on vit
enfin ces deux malheureufes victimes marcher
enfemble au fupplice.
Cette fituation affreuſe pouvoit faire
comprendre qu'il eft des maux plus grands ,
que l'afpect d'une mort prochaine. Le Comte
d'Avogaro lié à côté de fon fils ne pouvoit
con1184
MERCURE DE FRANCE.
contenir les tranfports de la plus vive douleur
; il fe précipitoit vers le fupplice &
vers la mort , comme dans un afile qui devoit
le délivrer de cette cruelle vûë. Son
malheureux fils défefperé de fon état , demandoit
comme une grace , plus précieuſe
que la vie même , qu'on l'exécutât le premier.
On voyoit fur leur vifage & dans
leurs regards , l'agitation affreufe de leur
ame. Lamultitude , qui environnoit l'échaffaut
, obfervoit un filence profond , jettant
fes regards tantôt fur les deux victimes ,
tantôt fur le Duc de Nemours , dont la
trifteffe fembloit laiffer quelque efperance
de grace , mais à ce calme fuccederent des
cris perçans , lorfqu'on vit le Comte d'Avogaro
arrivé fur l'échaffaut s'approcher de
fon fils pour lui dire les derniers adieux ,
& les efforts que ces deux infortunés faifoient
pour s'embraffer malgré leurs liens.
Tandis que ce Spectacle accabloit tous les
coeurs , le Duc de Nemours fit un figne , &
les deux têtes tomberent prefque en mêmetems.
Cependant le pillage de la Ville avoit
ceffé ; après avoir été la caufe de la priſe
de la Place , en animant le foldat , il le devint
de la perte de l'armée en l'enrichiſſant.
Les troupes déferterent en foule , & cette
barbare victoire devint par- là prefque auffi
fuJUIN.
1744. 1185
funefte aux François qu'une défaite. Le Duc
de Nemours , au lieu de foldats aguerris , fe
trouva obligé de fe fervir de nouvelles levées
, inférieur en ce point aux ennemis ,
qui n'employoient contre lui que l'élite de
leurs troupes. Cependant Bologne fauvée
une armée vaincuë , Breffe reconquiſe en
moins de quinze jours , lui avoient donné
la réputation du plus grand & du plus heureux
Capitaine de l'Europe. Devenu la terreur
des ennemis , il devint le motif de la
présomption des François , qui s'imaginerent
que fon nom feul devoit triompher.
LOUIS XII , plus prudent par fon Confeil
que par fon caractere , & éblouii de fes fuccès
, lui manda de chercher par tout les Efpagnols
& de leur livrer bataille,
Une des raifons de cet empreffement étoit
la déclaration du Pape en faveur de la Ligue
, fortifiant ainfi des tréfors du S. Siége
& des troupes de l'Etat Eccléfiaftique les
Vénitiens & les Efpagnols , déja fi puiffans
en Italie . Mais Louis & fon Confeil étoient
alfés inftruits de la politique des Pontifes
pour ne pas douter qu'une victoire complette
fur les forces réunies des Conféderés , ne
déterminât le Pape à les abandonner. On
eraignoit auffi que l'Empereur , féduit par
l'exemple de la Cour de Rome , n'embraffat
le parti de la Ligue , & que les Suiffes irrités
I. Vol F du
1186 MERCURE DE FRANCE.
du mépris , que le Duc de Nemours leur
avoit témoigné , n'imitaffent toutes ces Puif
fances, en fe joignant à elles , pour accabler
les François .
Ces motifs firent agir Gaſton avec moins
de circonfpection , que l'état des affaires
ne le demandoit , dans le defir de donner
bataille pour contenter le Roi , & de déranger
les projets de tant de fiers ennemis . Il
prit donc le chemin de la Romagne à la tête
d'une armée de dix-huit mille hommes d'Infanterie
, & d'une Gendarmerie nombreuſe ;
il y trouva celle des ennemis commandée
par le Viceroi de Naples , mais ce Général
avoit reçû des ordres pofitifs d'éviter la ba
taille , le Roi d'Efpagne , fon Maître , ne
doutant pas que le Roi d'Angleterre & l'Empeu
,
pereur attaquant la France dans elle
ne fût obligée de rappeller fes troupes d'Ita
lie
pour fa deffenfe , de forte que le Duc de
Nemours , plus preffé que jamais par de
nouveaux ordres du Roi , avoit à engager
au combat des ennemis fupérieurs en nom
bre , & qui ne négligeoient rien pour l'évi
ter. Il s'empara à leur vûë de Cafteldi -Solarolo
, de Colignola & de Granarolo , eſperant
à chaque fiége de Place forcer les enne
mis à venir au fecours & les réduire à la né.
ceffité de donner bataille. Ils parurent conf
tans dans l'idée de la fuire , & pour les
conJUIN.
1744.
1187
contraindre , le Duc de Nemours fe vit forcé
d'affiéger Ravenne.
L'importance de cette Ville, par rapport à
fa richeffe , au nombre de fes habitans , à fa
fituation dans l'Etat Eccléfiaftique , & la
promeffe qu'avoit exigé Antoine Colonne
avant que de fe jetter dans la Place pour la
défendre , qu'on viendroit sûrement la fe
courir,ne permettoient plus aux Conféderés
de régler leurs démarches fur les ordres de
la Cour d'Efpagne. Rome & Venife menacées
, montrant plus d'inquiétude & plus
de feu , déterminerent leurs Alliés , & l'ar
mée entiere approcha à deuxmilles de diſtan
ce de celle des François.
Gafton , que leur arrivée combloit de
joie , donna ordre au Chevalier Bayard d'aller
les reconnoître à la tête de fes Gendarmes
, & de quelques Archers ; ce brave Capitaines
pouffa jufques dans le Camp ennemi
, qu'il eut le tems d'examiner avec attention
, tout en combattant , & répandant
Fallarme en tous lieux. Sur le compte qu'il
en rendit au Duc de Nemours , ce Prince
réfolut d'attaquer le lendemain onzième
Avril , jour de Pâques . Quelques -uns en témoignerent
du fcrupule , mais le Général
leur fit fentir qu'une guerre injufte ne devoit
jamais être entreprife , ni une guerre
jufte differée pour aucune raifon , & fur le
Fij champ
1188 MERCURE DE FRANCE.
champ onjetta un Pont fur la Romagné¿
pour aller à l'ennemi ; l'avantgarde compo
fée d'Infanterie Allemande , & précédée de
l'Artillerie , paffa fous les ordres du Duc de
Ferrare ; elle mit la riviere à fa droite , &
fa gauche fur deffendue par fept cent Gendarmes
; la bataille toute d'Infanterie Françoife
fe plaça à côté de ces derniers , & cinq
mille Italiens achevoient de former la ligne,
Le Seigneur de Chabanes , la Palice & le
Cardinal de S. Severin , armés de pied en
cap , étoient derriere avec fix cent lances
& le fameux Ive d'Alégre fut mis à la têtę
d'un Corps de quatre cent Gendarmes pour
la réferve , afin d'être à portée de repouffer
les forties que la garnifon de Ravenne
pourroit faire.
Les Chefs de l'armée Eſpagnole étoient
Pierre de Navarre , Fabrice Colonne , & Antoine
de Leve , Carvajal , Ferdinand d'Avalos
, Marquis de Pefcaire , Officiers célébres
, & peu dignes d'avoir pour Général le
Viceroi de Naples Raimond de Cardonne ,
le plus effeminé de tous les hommes , & que
le Pape même ne daignoit pas comprendre
parmi eux , l'appellant toujours Madame de
Cardonne. Tous ces Chefs mirent leur armée
en bataille , à la difference de terrain
près , ſuivant la même difpofition que celle
de France, Le Duc de Nemours lui fit paffer
le
JUIN. 1744. 1189
le Ronco , & l'artillerie fe fit bientôt entendre
d'une maniere terrible ; celle des ennemis
avoit l'avantage de prendre les François
à découvert , pendant que couchés le ventre
à terre dans leurs retranchemens , ils fe
trouvoient à l'abri des coups.
Pierre de Navarre avoit donné cet ordre
contre le fentiment de Fabrice Colonne
qui vouloit qu'on fortit pour aller au- devant
des François ; celui de Pierre de Navarre
qui mettoit les foldats en sûreté , leur parut
d'abord le meilleur , mais on reconnut bientôt
le défavantage certain d'être enfermés
& feulement fur la défenfive , contre des
ennemis , qui attaquoient avec vigueur .
Les François avoient déja perdu deux mille
hommes; les retranchemens ennemis étoient
bordés de petits chariots arnés de contelats,
& de pointes , machines d'autant plus terri
bles qu'elles étoient inconnues ; cependant
on vint à bout de les forcer. Le canon du
Duc de Nemours faifoit dans la Cavalerie
de Colonne le même ravage que celui des
ennemis dans fon Infanterie ; Colonne outré
de voir tomber fes Gendarmes ,fans pouvoir
donner un coup d'épée , demanda au
Viceroi la permiffion de charger , & malgré
fon refus vint tomber avec furie fur un Efcadron
que commandoient le Duc de Nemours
& le Chevalier Bayard ; il avoit di-
F iij vifé
1190 MERCURE DE FRANCE.
•
vifé le fien en deux pour les envelopper , &
profiter ainfi de leur petit nombre , mais
Gafton & le Chevalier Bayard foutinrent le
choc avec tant de courage & de bonheur
que Colonne mis en défordre leur donna
pour prendre une nouvelle difpofition , le
tems dont il avoit lui-même befoin pour le
ralliement ; il revint faire une feconde charge,
& les 2 troupes fe rompirent une feconde
fois; cependant lesFrançois auroient été obligés
de céder , fi Ive d'Alégre attentif à tout ce
qui fe paffoit dans la Plaine , ne fut accouru
à leur fecours. Alors le combat devint opiniâtre
, & Colonne après une vigoureufe
réfiſtance , ne ſe voyant plus que deux cent
Gendarmes de cinq cent qu'il commandoit ,
prit la fuite , & fut fuivi de Raimond de
Cardonne , avec le refte de la Cavalerie ,
qui n'avoit point encore combattu .
Pierre de Navarre refta feul avec fon Infanterie
, & préfenta, malgré cet abandon ,
un front redoutable au vainqueur ; le Duc
de Nemours jugea à leur contenance qu'il
falloit les attaquer avec précaution ; il détacha
trois mille Archers pour aller faire le
tour du retranchement , afin de prendre les
ennemis par derriere , pendant qu'il les attaqueroit
de front avec le refte de l'Infanterie.
Pierre de Navarre les voyant approcher
, fit mettre ventre à terre à fes gens ,
mais
JUI N. 1744 1191
mais les Archers Gafcons , les plus adroits
de l'Europe , en ayant tué ou bleffé un
grand nombre , il les fit tous relever , &
envoya un détachement de douze cent hommes
d'élite , qui chargerent les Gafcons avec
tant d'impétuofité , qu'ils les mirent en
fuite.
ས
Ce fuccès encouragea Pierre de Navarre ,
& jugeant bien que dépourvu de Cavalerie
il ne pouvoit efperer qu'une retraite glorieufe
, il fongea à fecourir Ravenne , pour
dé
gager la parole donnée à Antoine Colonne ,
& mettre en sûreté cette Place , qui étoit
Foccafion de la bataille , & l'objet de la victoire
; fon détachement de douze cent hommes
, après avoir pouffé les Gafcons , ne s'amufa
donc point à les pourfuivre , & prenoit
le chemin de Ravenne , lorfque le
Bâtard du Fay fe préfentant à la tête de
quelque Cavalerie , les obligea de retourner
dans leur Camp.
Pierre de Navarre les vit revenir avec
une efpece de joie ; il avoit à foutenir le
choc de l'armée Françoife entiere , & ce fut
là qu'il fit voir ce que peut la capacité à la
guerre , lorfqu'elle eft aidée du courage. Un
foffé défendoit fon retranchement ; il l'avoit
bordé d'un grand nombre de piquiers
robuftes & braves , qui foutinrent jufqu'à
fix charges fans fe rompre. Le Colonel Ja-
Fiiij cob ,
1192 MERCURE DE FRANCE.
>
cob , des Chef des Allemans , qui étoient a
la folde de la France, y fut tué ; les foldats
dont il étoit aimé , jetterent de grands cris ,
& chargerent les ennemis avec une nouvelle
fureur ; ceux- ci toujours ferrés & en bon
ordre , & pour ainfi dire , fortifiés de leurs
pertes , par le courage que l'excès du danger
donne à de braves foldats , foutinrent
cette attaque fans s'ébranler , & ils paroiffoient
impénétrables , quand un Officier
nommé Fabien , du Régiment de Jacob , un
des plus grands , & des plus forts hommes
qu'il y eut alors en Europe , défefperé de la
perte de fon Colonel , & la voulant venger
, fauta au milieu des ennemis , & prenant
fa pique par le travers , l'appuya avec
tant de force fur plufieurs de celles des ennemis
, qu'il les fit baiffer jufqu'à terre
donnant à ceux qui le fuivoient le moyen
d'entrer par cette ouverture : il y fut tué ,
mais fa mort donna la victoire à fon parti .
Les François au milieu des rangs Efpagnols
, firent des prodiges de valeur pour
achever de rompre des gens , qui à demi
vaincus , combattoient avec un courage aufli
reglé , que s'ils avoient pû efperer de vainere
on parvint jufqu'à Pierre de Navarre ;
il fut environné , accablé de coups de pique
& de traits, & enfin fait prifonnier. Ce qui
reftoit d'Espagnols , privés de leur Général ,
fe
JUIN. 1744. 1193
fe raffemblerent en un feul corps , & fe retirerent
en bon ordre par le grand chemin.
Le Duc de Nemours échauffé par un combat
fi long & fi opiniâtre , apperçut ce bataillon
; leur contenance fiere le frappa ; il
lui fembla qu'ils emportoient avec eux la
meilleure partie de fa victoire & fans
confulter que fon ardeur , il alla fe jetter
avec un petit nombre de Gendarmes fur des
troupes , que ni fon armée entiere , ni la
perte de leur Général , n'avoient pu obliger
à fe rendre.
,
A fon arrivée , les Efpagnols préfenterent
leurs piques ; fon cheval fut tué & lui- même
bleflé. Démonté & ayant perdu fa lance ,
déja couvert de fang , il mit le fabre à la
main , & regardant fon coufin Lautrec à
pied & bleffé comme lui : S'il faut périr
dit-il , faifons- nous regretter. En même- tems
il part & porte des coups terribles ; plufieurs
des ennemis tomberent à fes pieds , mais fes
armes fauffées de toutes parts par de violens
coups de pique , le laifferent bientôt à dé
couvert. Lautrec , refté prefque fenl auprès
de ce Prince , admirant la bravoure , défefperé
de fon péril , ne ceffoit de crier aux
Efpagnols : C'est le frere à votre Reine ne le
tuez pas. Mais ces cris adreffés à des gens
qui n'efperoient plus de quartier , & ac
Fy com1194
MERCURE DE FRANCE.
compagnés de grands coups de fabre , ne
touchoient point des foldats défefperés &
furieux ; Gafton affoibli par fa premiere
bleffure , & n'ayant que fon fabre pour
toute défenſe , reçut à la fois quatorze blef
fures , dont il expira fur le champ de bataille
.
gne
La témérité fit ainfi mourir dans le fein
de la victoire & à l'âge de vingt- quatreans
, un Prince , que l'ardeur d'acquerie
rop-tôt le titre de grand Capitaine , préci
pitoit dans tous les dangers. Son bonheur
l'éblouit ; le titre de foudre de l'Italie , que
trois grandes actions en une feule Campalui
avoient fait donner , lui infpira une
nouvelle présomption , & ce même titre lui
convint encore mieux après la mort , quedurant
fa vie ; car il eut de la foudre , le
bruit , l'éclat & le peu de durée. Ce Prince
fe crut invincible , parce qu'il avoit toujours .
vaincu . Des triomphes fouvent répétés , forment
le caractere brillant , à qui l'on donnele
titre d'Héroïfine , mais le mêlange dequelques
infortunes perfectionne & conferve
le grand homme.
On regretta d'autant plus le Duc de Nemours
, que fa perte fut fuivie de celle de
Italie pour les François , & qu'il avoit de
ces qualités naturelles & d'éducation , qui
Le rencontrent rarement chés les Princes. La
JeuJUIN.
1744. 1795*
Jeuneffe de la Cour , qui l'avoit fuivi , vantoit
fon affabilité , fa douceur , fes égards
pour les difpofitions heureuſes , & pour le
zéle. Les vieux Guerriers loüoient fon attention
pour leurs fervices , & fes déférences
pour la capacité & l'expérience. Le foldat
publioit fon extrême valeur , & les peuples,
vaincus fa clémence. Ces préventions favorables
, & la rapidité de fes fuccès éblouirent
tous les yeux , & l'Europe entiere le
reconnut pour un très- grand Capitaine , à
un âge où l'on ne commence qu'à être foldat.
Le bonheur eft une forte de mérite aux
yeux des hommes . S'il n'eft pas fort eſtimable
aux yeux de la raifon , il eft le plus
brillant & le plus admiré du vulgaire.
Les autres grands Capitaines , dont les
Vies rempliffent ce IX Tome , font : Louisde
la Tremoüille II. du nom , Prince de
Talmond , Vicomte de Thouars , furnommé
Le Chevalier fans reproche , fous les Rois
Louis XI & François I ; Ive d'Alégre, Che--
valier de l'ordre du Roi , Capitaine de cent
hommes d'armes , fous les Régnes de Char--
les VIII & Louis XII ; le Chevalier Bayard ,
Lieutenant Général pour le Roi en Dauphiné
, Chevalier de l'Ordre , Capitaine de
cent hommes d'armes.
Fermer
2981
p. 1720-1735
DISCOURS Latin sur l'Amour de la Patrie. EXTRAIT.
Début :
CE Discours fut prononcé le 10 Février 1744, par R. P. Geoffroy, de la [...]
Mots clefs :
Orateur, Amour de la patrie, Citoyen, Hommes, Mérite, Nature, Héros, Éloge, Coeur, Membres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Latin sur l'Amour de la Patrie. EXTRAIT.
DISCOURS Latin fur l'Amour de la
CE
Patrie.
EXTRAIT.
E Difcours fut prononcé le ro Février
1744 , par le R. P. Geoffroy , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de LOUIS LE GRAND,
L'Orateur répondit parfaitement à l'idée
avantageufe qu'on s'étoit formée de fon mérite
& de fes talens , & parut digne , dès fon
entrée dans la carriere, de marcher àla fuire
de tant d'hommes célebres , qui ont rempli
avec gloire , prefque fans interruption , depuis
plus d'un fiècle , la place qu'il occupe
aujourd'hui. Son Difcours mérita les éloges
d'un Auditoire nombreux & choifi, & il n'a
point démenti à l'impreffion le brillant fuccès
qu'il a eu à la prononciation . Nous en
allons donner , autant qu'il eft poffible , une
analyſe exacte & un précis fidèle , fans prétendre
néanmoins en réunir toutes les beautés
il faudroit copier la Piéce même & la
mettre toute entiere fous les yeux du Lecteur;
AOUST. 1744. 172.1
teur ; c'eft un beau Tableau qu'il faut voir
dans fon jour ; quelques traits repréſentés fidélement
aux yeux du Lecteur éclairé , fuffiront
pour le mettre fur les voyes, & lui faire
juger par analogie , du mérite de tout l'Ouvrage.
ر د
Le Sujet eft vafte , mais intéreffant ,
puifqu'il n'y a point d'homme , qui n'ait des
devoirs à remplir à l'égard de la Patrie . L'E
xorde commence par une précaution' oratoire
, que l'Orateur a jugé néceffaite . » L'a-)
» mour de la Patrie , dit il , étant fi nature
» à tous les hommes , & particulierement
>> aux François , on s'étonnera peut- être de
» me voir traiter un Sujet , qui n'ayant nila
grace de la nouveauté, ni la furprife du Pa
» radoxe, n'offre rien, ce femble, qui doive
» intéreffer ou piquer l'Auditeur .... Il eſt
» vrai , M M. mais n'étant encore recom-
» mandable par aucun endroit auprès de
» vous , au défaut de tout autre mérite , j'ai
» crû que c'en feroit un pour moi, fi l'A-
» mour de la Patrie fignaloit les premiers
» efforts de mon Eloquence , & fr elle en
portoit , pour ainfi dire , l'empreinte &
» les couleurs . Si Eloquentia qualifcumque
» mea primos conatus apud vos per ipfa Patria
» veluti lineamenta effingerem.
Appellé , continue- t'il , dans ce Lycée ,
» pour y former, moins des Orateurs que
dea
A v » Ci
1722 MERCURE DE FRANCE.
» Citoyens, ai -je dû paroître Orateur à vos
» yeux,avant que d'y paroître Citoyen ? N'é-
» toit il pas jufte au contraire , &c. La jeune
Nobleffe élevée dans les Lettres & dans la
Vertu au Collège de Louis LE GRAND ,
n'eſt pas oubliée dans ce morceau .
Suit un Eloge du P. de la Sante , ancien
Maître & prédeceffeur immédiat de notre
Orateur dans l'épineux emploi de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND. Cet Eloge eft ingénieux , & ne
fait pas moins d'honneur au Difciple reconnoiffant
, qu'au grand Maître , qui en eft
l'objet. Il mérite d'être lû.
L'Orateur paffe enſuite à ſa diviſion , &
fe propofe d'examiner 1 ° . ce que c'eft que
l'Amour de la Patrie , & combien il eſt digue
du Citoyen.
20. Ce qu'il exige du Citoyen , pour être
digne d'elle.
Il termine fon Exorde , en priant l'Auditeur
de pardonner au Citoyen tout ce qu'il
trouvera de défectueux dans l'Orateur. Orator
quidquid peccaverit condonate Civi.
La force impérieufe de l'Amour de la Patrie
, le courage invincible qu'il infpire ,
Pattrait enchanteur dont il captive & enchaîne
tous les coeurs , font les trois fubdivilions
, qui partagent & rempliffent la premiere
Partie.
» Les
AOUST . 1744.
1723
89
"
Les autres affections du coeur , dit l'O-
>>rateur , doivent bien fouvent leur origine
» à l'Education & au Préjugé , quelquefois
» à l'imagination , & prefque toujours à la
» Paffion ; elles ont leurs viciffitudes , leurs
« révolutions , leur décadence ..... L'Amour
de la Patrie ne connoît point ces
» variations bizarres ; il naît & meurt avec
» nous ... naſcitur nobifcum ... illo præeunte
»infantis cujufque apud fe nati animum tacitè
quodammodo ingreditur, Civemque defignans
» in homine vix delineato , primos fibi vendicat
» vagitus pueri , viri fingultus habitura veľ
" ultimos . Ardet ignis ifte finu nondum calente
»fervidus , vitalis anima praviofpiritu ventilatus
, infantia fafciolis impeditus non cap-
» tivus , immerſus umbris non oppreſſus , rora-
» tus lacrymis non extinctus , nec ceffat inter
» obferatos fenfuum meatus vi quâdam invictâ
obftrepere,donec per depaftos pueritia obicès
» ad rationis ufque facem eluctatus iter , eas ab
» illâ concipiat flammas , quæ fubindè ad imperii
totius fplendorem fulgeant.
"
""
Les Peuples , même les plus barbares &
les plus infenfibles à tout le refte , ne le
font point à l'Amour de la Patrie : » Scytham
fuccendit inter nives , Hircanum fovet
»inter nemora , Perfam & Indum Caucafea
interfaxafubigit, Thracem rapit ad arma,& c .
L'Orateur nous repréfente enfuite l'affec-
A vj
tion
$ 724 MERCURE DE FRANCE.
"
tion pour la Patrie, comme une Reine puif
fante, qui exerce un pouvoir abfolu für tous
les coeurs ; l'Univers eft fon Empire , tous
les Peuples fes Sujets , tous les Tréfors fes
revenus , tous les hommes fes Guerriers.
Voyez-les , dit-il , ces hommes magnani-
»mes , guidés par l'Amour de la Patrie ; ils
bravent les périls & les dangers.... Envain
« leurs Epoufes éplorées s'efforcent- elles de
les retenir ; envain leur offrent - elles les
tendres gages de leur amour ; la Patrie
» parle ; fourds à toute autre voix , à celle
» même de la tendreffe & de l'amour , ils
courent avec joye le précipiter au milieu.
» des hazards.
Vient enfuite le Caractére des differentes
Nations de l'Europe , des Anglois , des Allemands
, des Italiens , des Savoyards . Voici
ceux des Hollandois , des Eſpagnols & des .
François. « In Bataviâ , non aliter ac merca-
» tus quem exercet , intentus fænori , moras lu
»cro novit apponere ; haud tamen culpandus ,
»nifi , ut fit fæpè in mercatu , lateat infidiosa
nocte , luce ut quaftuosâ fulgeat .... In Hifpania
parturit graviter , eventum trulinat,
»&fortunam lentâ quâdamfeſtinatione concis
»liatam ad fe deducit , tunc magis ipfe timendus
cim timere magis ipfe videtur ....In Galliâ
aflu præceps , ingenitâ quâdam alacritate for-
20.1unam pracurrit , eventumque præoccupat ,.
2. bac
B
AOUST. 1744 172
hoc magis cavendus aliis , quod fibi minus
sipfi caveat.
33
La Haine d'Annibal , ce fier ennemi de
Rome , & le courage invincible du Peuple
Romain à défendre la Patrie après les fanglantes
Journées du Tefin , de Trebie & de
Cannes , offrent un beau champ à l'Orateur,
» Odium Romæ jurafti , Annibal ; aderit fua
fed nec omnis nec omni Sacramento fides
» Illam inter Ticini Undas fpectabis prop
» naufragantem , femianimem ad Trafimeni
»Lacus fpoliabis , urgebis ardentem ad Trebia
» Ripus , in agris Cannenfibus habebis propè
funeratam. Plura ne fperaveris
Te ad
» Capitoliumfiftet illa vel undique pervia ,vincet
vel indefenfa , vel attrita conteret ....
» Illa tibi opponet Cives , quos vel ipfo Larium
»fuorum intuitu & igne fuccenfa pairie fax
» ad redimendas clades fuas eo inflammabir
» aftu, qui te vel inter laureatos victoria
multiplicis aggeres clade non reparanda
» obruat , &c.
ל כ
La ruine de Sagonte mérite encore de
trouver place ici . » In Italiam properanti
» ( Annibali) occurrit Sagantus , Orl's quan-
» tula , fed quanta Civitas ! Cedit hac victori
Alpium ; arcem ingredere qua jam tus eft....
» Illam requiris in illa medias ? Rogum hunc
afpice congeftis ædibus ardentem , bic omnis
Saguntus eft.Gentem petis? hac vide hominum
»fimulacra
1726 MERCURE DE FRANCE.
39
»fimulacra fervente buſto pro mortis jure de-
»certantia ; in his ftat tota Gens . Opes repofcis
victori promiffas Militi ? Hunc cinerem oc-
»cupa , nifi hunc etiam defendant funere in
ipfo vivaces anima , & inter incendia pugnaces
umbra tueantur. Quaris hos ignes quis in-
»jecerit ? Civilis Amor .... odio tuo atrocior.
On voit par tous ces traits & par le ſtyle
qui y régne , que Pline & Seneque ne font
pas les Héros de notre Orateur .
Les Républiques Grecques & Romaine
offroient bien d'autres exemples fameux du
courage invincible, qu'infpire l'Amour de la
Patrie , mais l'Orateur , par une fage oeconomie
, n'a fait que les indiquer , & il termine
cette feconde fubdivifion par un parallele
fuivi de nos Héros François avec les Héros
Grecs & Romains. Les Caractéres de du
Guefclin , du Connétable de Montmorenci ,
du Duc de Guife , d'Alexandre, & de Henri
IV , font touchés avec une fineffe & une délicateffe
de Pinceau , peu communes . Voici
ceux de Charles XII , Roi de Suede & du
Czar Pierre le Grand , Ce morceau vientimmédiatement
après le parallele d'Alexandre
& de Henri IV. » Principem utrumque pari
» indole , exitu diffimili propè redivivum ætas
» etiam noftra fufpexit , Alexandrum in Carolo,
Succo Principe , fed fobrium, magis acrem,
» tam animoſum, æquè precipitem, Heroëmfortè
« nimis ,
AOUST. 1744. 1727
nimis , nec fatis Regem Henricum ( IV) in
» Petro , Mofcho Cafare , magis ferocem inge-
» nio , ac ftudio fubactum , humanum cultu ,
» exercitationepropè Gallum, Regem fortè ma-
»gis quam Heroëm , fed nec indigum Heroica
laudis , & laude Regiâ cumulatum : ambo
>
» bellis mutuis exercitati .... Carolus Germa-
» niam armis concufferat , Poloniam praliis
» occupaverat Mofcoviam labefactaverat
» victoriis , Orbem penè totum nominis fui ter-
» rore ità repleverat , ut praviafortitudinis fa-
» ma opera vix quidquam fortitudini relinque-
» ret. Mofchus vero Cafar victus fæpe , num-
» quam fractus , Imperio propè fuperftes Impe-
» rator , ita ftetit in adversâ forte , ut ab ipsâ
»fortunæ pertinacia conftantiam edoceretur que
» illam frangeret. Suecia Rex occidit eo demùm
faro quod Alexandri decebat amulum ....
»populisque nihil fui præter famamfactis pa-
» rem , nec minus famâ ipsâ defiderium reliquit,
» Heros major fi magis Civis. Regnavit Mof
» covia reparator eå dudum fortunâ quam
Henricus meruerat , imperia luftravit plurima
non fpectator otiofus ,fed operofus explorator ;
» Artes in eis varias didicit Tyro , tractavit
» Artifex , in Patriam afportavit redux , fua-
»fit Hortator , Magifter edocuit , illuftravit
"
Princeps , Imperator promovit , & inter illa-
» rum ftudia occumbens , Gentem reliquit inf
» tructam claffibus . ... Litteris perpolitam....
» imbutam
1728 MERCURE DE FRANCE
» imbutam Moribus .... virtutum fucco non-
» dum vegetam , fed jam earumfuffufam colorë
at nexu foederatam , maximus Princeps idem
w & Civis optimus .
L'Exemple d'Ovide , qui foupire avec tant
de grace & d'harmonie après fa Terre natale,
& celui d'Uliffe , qui cherche à travers mille
écueils fa Patrie fugitive , prouvent d'une
maniere fenfible & touchante l'attrait enchanteur
qu'a pour tout homme la Terre
qui l'a vu naître.
»
Echappé , dit le P. Geoffroy , aux fu-
" reurs & aux poifons de Circé , un heureux
» naufrage vous fait aborder , Uliffe ,à l'Iſle
» enchantée de Calypfo;là tout s'empreffe a
vous faire oublier vos malheurs . Le fommeil,
fi long- tems refufé à vos defirs , vient
affoupir fur un lit de fleurs vos fens épui-
"fés , & rendre à vos membres fatigués leur
premiere vigueur ....Tout s'offre à vos
» défirs, tout les prévient ; les ris & les jeux
»vous environnent de toutes parts & volti-
»gent fans ceffe autour de vous; des plaifirs de
» toute efpece, tels que l'imagination riante
» d'un Fenelon peut feule enfanter & décrire,
» s'offrent en foule. Pour comble de faveur,
» une Déeffe aimable vous offre l'immorta-
» lité . Joüiffez , trop heureux Uliffe , d'un
fort fi doux & fi flateur ; fixez votre féjour
dans cette Terre délicieufe ; oubliez la Mer
ל כ
30
» &
A O UST. 17.44 1729
»
'
& les écueils ; oubliez .... non , MM ;
» inſenſible à tout autre bonheur qu'à celui
" de revoir fa Patrie , l'immortalité ne le
» touche point.Ithaque eft toujours préfente
» à fon efprit; elle occupe toutes fes pensées;
elle emporte tous les défirs de fon coeur....
» mais qu'eft-ce que cette Ithaque , direz-
» vous ? Une Terre ingrate & deferte , une
" roche aride & ftérile. N'importe ; c'eft fa
» Patrie ; il aime mieux payer le tribut à la
» Nature fur ce rocher qui l'a vû naître
» que de vivre immortel , mais Etranger
» dans l'Ile fortunée de Calypfo ... Ulyffe ,
» dira - t'on, étoit Roi d'Ithaque ; l'éclat d'u-
>> ne Couronne peut éblouir ....
éblouir .... Voici ,
» continue l'Orateur , ce Sauvage nouvelle-
» ment arrivé des Forêts de l'Amérique.
» Dieux ! quelle figure ! Eft ce un hom-
» me ?... mais pourquoi cet air fombre &
» rêveur ? .... Eh quoi ! lui dit-on , l'allegreffe
de tant d'hommes qui vous envi-
» ronnent ; leurs défirs empreffés ; leurs ca-
» reffes ne peuvent- ils vous diftraire un moment?
Ne prendrez- vous aucune part à la
» joye publique , vous qui en faites la meilleure
partie ... Jettez au moins les yeux
« fur cette Ville fuperbe ; joiiffez du charmant
fpectacle qu'elle vous offre ; voyez
la majefté de fes Edifices , leur nombre ,
> leur grandeur , leur richeffe , leur magni-
» ficence ,
99
3
1730 MERCURE DE FRANCE.
» ficence , leur ftructure , leur fymmétrie ;
»voyez la multitude innombrable de fes ha-
» bitans , la largeur & la beauté de fes ruës ;
» voyez ces Places publiques , couronnées
» de Palais fomptueux ; voyez-y ces Monu-
"mens , chef-d'oeuvres de l'Art & du Goût;
» contemplez , & c ..... Que penfe- t'il de
» tout cela, M M ? Ces maffes énormés frap-
» pent à la vérité ſa vûë errante & étonnée ;
"il les regarde avec furprife ; l'éclat dont
elles brillent l'ébloüit , mais fon coeur les
» dédaigne. Quorfum verò ? Nemorofos Penates,
Lares erraticos , confcios natalium receffus
, & confignata infantia rudimentis antra
cogitat. Sed hæc vix humana ſunt , imờ
»ne humana quidem , fed in his Patria Tellus
» eft. Et que vix habitanda videntur homini ,
» Civem totum loca fibi vendicant.
Les devoirs que l'Amour de la Patrie exige
du Citoyen , ce qui fait la feconde Partie,
fe réduifent à deux. Faites pour elle tout ce
qu'elle mérite que vous faffiez. Ne faites pour
elle que ce qu'elle veut que vous faffiez . Ces
deux fubdivifions , toutes fimples qu'elles
font , fourniffent à l'Orateur l'occafion de
fe déveloper , en quelque forte , lui- même,
& de faire agir les refforts d'une Eloquence,
également ingénieuſe , délicate & enjoüée.
Il compare d'abord le Corps Politique .
avec le Corps Humain. » Les uns , dit-il
« font
AOUST. 1744. 1731
"
»font dans le Corps Politique ce qu'eſt la
» Tête dans le Corps Humain . Elevés aux
≫ premiers rangs , ils exercent un pouvoir
» abfolu fur les Membres qui leur font ſub-
» ordonnés ; fubordination précieuſe ! C'eſt
» à elle que font attachés le fort & la defti-
» née des Empires.....Vous l'avez éprou-
" vé , Rome , Ecole féconde de Vices & de
<< Vertus , en fait de Politique , comme en
» toute autre choſe. Tandis qu'une douce
» union a regné entre les Membres de votre
République , tranquille au- dedans , redou
» tée au déhors , vous avez été la Maîtreffe
» du Monde . L'harmonie a-t'elle été trou-
» blée ? La difcorde , l'ambition , la jaloufie,
» la fureur , ont- elles armé le Citoyen con-
» tre le Citoyen , & défuni les Membres de
» de vafte Corps ? quelles Scénes tragiques
» n'avez - vous pas données au Monde !
Quelles révolutions ! Quelle décadence
» n'avez-vous pas éprouvées ! ...Agité par
» le fouffle féditieux des factions oppofées,
quelles tempêtes n'a pas effuyé le Vaiffeau
» de la République ? A quels écueils n'eft- il
" pas venu fe brifer ? &c. France , tu n'as
» pas un fort pareil à craindre. Eo tenente
Sceptrum Rege, qui varia per obfequia diffufos
Regni ordines Imperio fuo ita colligit , ut te
»fatifecuram tui , alieni arbitram , Orbis par-
»tim amicus gratuletur , partim inimicus ti-
» meat,
و ر
و و
1732 MERCURE DE FRANCE.
و د
meat , Spectator omnis admiretur . Mais quel
lugubre Spectacle ne t'offriront point tes.
propres Faftes, Si ex hoc fublimiorefelicitatis
gradu oculos in eam atatem conjicias , quâ
tuis à te defcifcentibus,ruentibus in te exteris,
utrifque præda & ludibrium ità miferè jacebas
, ut tibi imperaret nemo , fervires omniwbus
, & ipfa Regnum tolleret Regnantum
» multitudo.
L'Orateur peint enfuite les qualités que
doit avoir un vrai Citoyen . Quem appellabo
Civem ? &c. A la tête de ceux qu'il juge dignes
de ce Titre flateur , on voit marcher
M. le Prince de Conty , Général de l'armée
d'Italie. » Civem appello Heroëm , qualem fran-
»genda expectant Alpium culmina , & percuſſa
»jam faxa refonant , quem , fi de ejus praftan-
» tiâ Proceres interrogaveris , dicant animo ut
genere Principem..... St fortitudinem à mi
»litibus repetas , votis efflagitent Ducem; quem
» deniqu : Aula , ut fuas delicias indicet, Civi
stas ut fuos amores exprimat , Caftra utfuam
fpem fignificent gratulatione divisâ , concor
di admiratione , CONTIUM nuncupabunt.
»
M. le Premier Préfident tient auffi un
rang diftingué parmi les vrais Citoyens.
Civem appello virum , qui in eo Senatu conftitutus
, cujus fplendor Gallia ipsâ longiùs
» diffunditur , ità in variis ejus dignitatum gra-
»dibus ftetit , ut primum autingeret excelfitate
» mentis,
A O UST. 1744. 1738
mentis , primum ità occupat , ut omnes labo-
→ rum univerfitate complectatur ; qui munus
» quàmſplendidum tam difficile tunc auſpica-
»tus cum gravia juberet gravior neceffitas , ità
2fe geffit Regi gratus ac Populo , ut alterius
»promoveret jura , alterius fuperaret vota
confuleret utriufque commodis , & amores colligeret
; dignus qui & ab Auguftiffimo Sena-
» tu ftudiorum fuorum interpres , unus præter
» morem electus, mitteretur in Regiam; & beni-
»gnè admitteretur ab eo Rege , qui optima mo-
» neri cùm velit , audire amat optimos .
Cet Eloge , où le coeur * ne parle pas
moins que l'efprit,fut extrêmement applau
di , & excita dans l'Auditoire un murmure
d'approbation , non moins flateur pour
l'illuftre Magiftrat , que pour l'Orateur.
Les Membres illuftres des trois Académies
de Paris font encore mis par le Pere
Geoffroy au nombre des Citoyens utiles .
L'Eloge de l'Académie Françoife eft fort
beau , & digne de cette brillante Societé
Littéraire.
L'Orateur termine cette feconde Partie
par une fuite de Caractéres d'hommes inutiles
à l'Etat , ou peu propres par leur ignorance
, leur peu de lumieres , leur molleffe ,
leur inconftance , leur incapacité de rendre
* M. le Premier Préfident honore l'Orateur de
fon eftime & de fon amitié.
fervice
1734 MERCURE DE FRANCE.
fervice à la Patrie.Cette feconde fubdivifion
n'eft pas la moins intéreflante. Nous en allons
citer quelques morceaux , par lefquels
nous finirons cet Extrait.
Voici ce qu'il dit d'une certaine efpece
d'hommes , qui n'eft malheureuſement que
trop commune aujourd'hui. On verra s'il
les peint d'après nature .... » Homuncio-
» nes polituli , quorum laus eft unica , ftertere
» molliter , blandiri ferociter , ineptire ſuaviter
, & cum pretio quodam vilefcere .
»fero pueri , citò fenes , numquam viri……….
Il peint ainfi ces hommes , » qui faginate
» molis intrà cancellos defidiosè revoluti , na-
» tura pinguis orbe fluenti ac nitido verfant
»fefe cum labore &fine opere , ficque in Patriå
» vrvunt , non ut ejus opes ftudio foecundo reno-
» vent veluti apes induftria , fed inertes fuci
Dvoraci otio abfumant.
"
Et ces Mifantropes , » qui fic apud fe vic-
» titant foli ac fegreges, ut nec aliis vivant nec
»fibi , in Patria Tellure hofpites , in propria
»familiâ exules , alieni apud fuos , apud fe
»ipfos peregrini , raro cum hominibus , vix
» unquam homines.
Nous ne fçavons fi le morceau fuivant
fera fort goûté par une certaine Secte de
Politiques. » Illos ejice Civilium rerum exploratores
faftiofos , qui tunc fibi maximè
m in gente fua fapiunt , cum fapit ipfis nihil
» quod
A O UST. 1744. 1735
»quod gentile fuerit , Philofophi nomine , maledici
officio , alieni ftudio , affectu propè hof-
» tes , Regionis omnis præter quam sua pracones
,fua & omnis imperiti aquè & ofores ,
» laudatores Reipublica , quoniam in Regno
» nati , futuri laudatores Regni , fi in Repu-
» blicâ editi.
Ces Peintures font ingénieufes & de bon
goût. C'est une juftice qu'on doit rendre
au P. Geoffroy ; fon Pinceau eft véridique ;
il caractériſe bien chaque chofe , & la peint
avec les couleurs qui lui font propres. Ses
Héros font tirés d'après nature , & tels que
l'Hiftoire nous les repréfente. Le brillant
du coloris ajoûte encore un nouvel éclat à
fes Portraits , en rehauffe la fineffe , & leur
communique un nouveau luftre ; on peut
dire auffi qu'il s'eft peint lui -même dans ce
Difcours , puifque tout y refpire le grand
Orateur & le bon Citoyen.
CE
Patrie.
EXTRAIT.
E Difcours fut prononcé le ro Février
1744 , par le R. P. Geoffroy , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de LOUIS LE GRAND,
L'Orateur répondit parfaitement à l'idée
avantageufe qu'on s'étoit formée de fon mérite
& de fes talens , & parut digne , dès fon
entrée dans la carriere, de marcher àla fuire
de tant d'hommes célebres , qui ont rempli
avec gloire , prefque fans interruption , depuis
plus d'un fiècle , la place qu'il occupe
aujourd'hui. Son Difcours mérita les éloges
d'un Auditoire nombreux & choifi, & il n'a
point démenti à l'impreffion le brillant fuccès
qu'il a eu à la prononciation . Nous en
allons donner , autant qu'il eft poffible , une
analyſe exacte & un précis fidèle , fans prétendre
néanmoins en réunir toutes les beautés
il faudroit copier la Piéce même & la
mettre toute entiere fous les yeux du Lecteur;
AOUST. 1744. 172.1
teur ; c'eft un beau Tableau qu'il faut voir
dans fon jour ; quelques traits repréſentés fidélement
aux yeux du Lecteur éclairé , fuffiront
pour le mettre fur les voyes, & lui faire
juger par analogie , du mérite de tout l'Ouvrage.
ر د
Le Sujet eft vafte , mais intéreffant ,
puifqu'il n'y a point d'homme , qui n'ait des
devoirs à remplir à l'égard de la Patrie . L'E
xorde commence par une précaution' oratoire
, que l'Orateur a jugé néceffaite . » L'a-)
» mour de la Patrie , dit il , étant fi nature
» à tous les hommes , & particulierement
>> aux François , on s'étonnera peut- être de
» me voir traiter un Sujet , qui n'ayant nila
grace de la nouveauté, ni la furprife du Pa
» radoxe, n'offre rien, ce femble, qui doive
» intéreffer ou piquer l'Auditeur .... Il eſt
» vrai , M M. mais n'étant encore recom-
» mandable par aucun endroit auprès de
» vous , au défaut de tout autre mérite , j'ai
» crû que c'en feroit un pour moi, fi l'A-
» mour de la Patrie fignaloit les premiers
» efforts de mon Eloquence , & fr elle en
portoit , pour ainfi dire , l'empreinte &
» les couleurs . Si Eloquentia qualifcumque
» mea primos conatus apud vos per ipfa Patria
» veluti lineamenta effingerem.
Appellé , continue- t'il , dans ce Lycée ,
» pour y former, moins des Orateurs que
dea
A v » Ci
1722 MERCURE DE FRANCE.
» Citoyens, ai -je dû paroître Orateur à vos
» yeux,avant que d'y paroître Citoyen ? N'é-
» toit il pas jufte au contraire , &c. La jeune
Nobleffe élevée dans les Lettres & dans la
Vertu au Collège de Louis LE GRAND ,
n'eſt pas oubliée dans ce morceau .
Suit un Eloge du P. de la Sante , ancien
Maître & prédeceffeur immédiat de notre
Orateur dans l'épineux emploi de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND. Cet Eloge eft ingénieux , & ne
fait pas moins d'honneur au Difciple reconnoiffant
, qu'au grand Maître , qui en eft
l'objet. Il mérite d'être lû.
L'Orateur paffe enſuite à ſa diviſion , &
fe propofe d'examiner 1 ° . ce que c'eft que
l'Amour de la Patrie , & combien il eſt digue
du Citoyen.
20. Ce qu'il exige du Citoyen , pour être
digne d'elle.
Il termine fon Exorde , en priant l'Auditeur
de pardonner au Citoyen tout ce qu'il
trouvera de défectueux dans l'Orateur. Orator
quidquid peccaverit condonate Civi.
La force impérieufe de l'Amour de la Patrie
, le courage invincible qu'il infpire ,
Pattrait enchanteur dont il captive & enchaîne
tous les coeurs , font les trois fubdivilions
, qui partagent & rempliffent la premiere
Partie.
» Les
AOUST . 1744.
1723
89
"
Les autres affections du coeur , dit l'O-
>>rateur , doivent bien fouvent leur origine
» à l'Education & au Préjugé , quelquefois
» à l'imagination , & prefque toujours à la
» Paffion ; elles ont leurs viciffitudes , leurs
« révolutions , leur décadence ..... L'Amour
de la Patrie ne connoît point ces
» variations bizarres ; il naît & meurt avec
» nous ... naſcitur nobifcum ... illo præeunte
»infantis cujufque apud fe nati animum tacitè
quodammodo ingreditur, Civemque defignans
» in homine vix delineato , primos fibi vendicat
» vagitus pueri , viri fingultus habitura veľ
" ultimos . Ardet ignis ifte finu nondum calente
»fervidus , vitalis anima praviofpiritu ventilatus
, infantia fafciolis impeditus non cap-
» tivus , immerſus umbris non oppreſſus , rora-
» tus lacrymis non extinctus , nec ceffat inter
» obferatos fenfuum meatus vi quâdam invictâ
obftrepere,donec per depaftos pueritia obicès
» ad rationis ufque facem eluctatus iter , eas ab
» illâ concipiat flammas , quæ fubindè ad imperii
totius fplendorem fulgeant.
"
""
Les Peuples , même les plus barbares &
les plus infenfibles à tout le refte , ne le
font point à l'Amour de la Patrie : » Scytham
fuccendit inter nives , Hircanum fovet
»inter nemora , Perfam & Indum Caucafea
interfaxafubigit, Thracem rapit ad arma,& c .
L'Orateur nous repréfente enfuite l'affec-
A vj
tion
$ 724 MERCURE DE FRANCE.
"
tion pour la Patrie, comme une Reine puif
fante, qui exerce un pouvoir abfolu für tous
les coeurs ; l'Univers eft fon Empire , tous
les Peuples fes Sujets , tous les Tréfors fes
revenus , tous les hommes fes Guerriers.
Voyez-les , dit-il , ces hommes magnani-
»mes , guidés par l'Amour de la Patrie ; ils
bravent les périls & les dangers.... Envain
« leurs Epoufes éplorées s'efforcent- elles de
les retenir ; envain leur offrent - elles les
tendres gages de leur amour ; la Patrie
» parle ; fourds à toute autre voix , à celle
» même de la tendreffe & de l'amour , ils
courent avec joye le précipiter au milieu.
» des hazards.
Vient enfuite le Caractére des differentes
Nations de l'Europe , des Anglois , des Allemands
, des Italiens , des Savoyards . Voici
ceux des Hollandois , des Eſpagnols & des .
François. « In Bataviâ , non aliter ac merca-
» tus quem exercet , intentus fænori , moras lu
»cro novit apponere ; haud tamen culpandus ,
»nifi , ut fit fæpè in mercatu , lateat infidiosa
nocte , luce ut quaftuosâ fulgeat .... In Hifpania
parturit graviter , eventum trulinat,
»&fortunam lentâ quâdamfeſtinatione concis
»liatam ad fe deducit , tunc magis ipfe timendus
cim timere magis ipfe videtur ....In Galliâ
aflu præceps , ingenitâ quâdam alacritate for-
20.1unam pracurrit , eventumque præoccupat ,.
2. bac
B
AOUST. 1744 172
hoc magis cavendus aliis , quod fibi minus
sipfi caveat.
33
La Haine d'Annibal , ce fier ennemi de
Rome , & le courage invincible du Peuple
Romain à défendre la Patrie après les fanglantes
Journées du Tefin , de Trebie & de
Cannes , offrent un beau champ à l'Orateur,
» Odium Romæ jurafti , Annibal ; aderit fua
fed nec omnis nec omni Sacramento fides
» Illam inter Ticini Undas fpectabis prop
» naufragantem , femianimem ad Trafimeni
»Lacus fpoliabis , urgebis ardentem ad Trebia
» Ripus , in agris Cannenfibus habebis propè
funeratam. Plura ne fperaveris
Te ad
» Capitoliumfiftet illa vel undique pervia ,vincet
vel indefenfa , vel attrita conteret ....
» Illa tibi opponet Cives , quos vel ipfo Larium
»fuorum intuitu & igne fuccenfa pairie fax
» ad redimendas clades fuas eo inflammabir
» aftu, qui te vel inter laureatos victoria
multiplicis aggeres clade non reparanda
» obruat , &c.
ל כ
La ruine de Sagonte mérite encore de
trouver place ici . » In Italiam properanti
» ( Annibali) occurrit Sagantus , Orl's quan-
» tula , fed quanta Civitas ! Cedit hac victori
Alpium ; arcem ingredere qua jam tus eft....
» Illam requiris in illa medias ? Rogum hunc
afpice congeftis ædibus ardentem , bic omnis
Saguntus eft.Gentem petis? hac vide hominum
»fimulacra
1726 MERCURE DE FRANCE.
39
»fimulacra fervente buſto pro mortis jure de-
»certantia ; in his ftat tota Gens . Opes repofcis
victori promiffas Militi ? Hunc cinerem oc-
»cupa , nifi hunc etiam defendant funere in
ipfo vivaces anima , & inter incendia pugnaces
umbra tueantur. Quaris hos ignes quis in-
»jecerit ? Civilis Amor .... odio tuo atrocior.
On voit par tous ces traits & par le ſtyle
qui y régne , que Pline & Seneque ne font
pas les Héros de notre Orateur .
Les Républiques Grecques & Romaine
offroient bien d'autres exemples fameux du
courage invincible, qu'infpire l'Amour de la
Patrie , mais l'Orateur , par une fage oeconomie
, n'a fait que les indiquer , & il termine
cette feconde fubdivifion par un parallele
fuivi de nos Héros François avec les Héros
Grecs & Romains. Les Caractéres de du
Guefclin , du Connétable de Montmorenci ,
du Duc de Guife , d'Alexandre, & de Henri
IV , font touchés avec une fineffe & une délicateffe
de Pinceau , peu communes . Voici
ceux de Charles XII , Roi de Suede & du
Czar Pierre le Grand , Ce morceau vientimmédiatement
après le parallele d'Alexandre
& de Henri IV. » Principem utrumque pari
» indole , exitu diffimili propè redivivum ætas
» etiam noftra fufpexit , Alexandrum in Carolo,
Succo Principe , fed fobrium, magis acrem,
» tam animoſum, æquè precipitem, Heroëmfortè
« nimis ,
AOUST. 1744. 1727
nimis , nec fatis Regem Henricum ( IV) in
» Petro , Mofcho Cafare , magis ferocem inge-
» nio , ac ftudio fubactum , humanum cultu ,
» exercitationepropè Gallum, Regem fortè ma-
»gis quam Heroëm , fed nec indigum Heroica
laudis , & laude Regiâ cumulatum : ambo
>
» bellis mutuis exercitati .... Carolus Germa-
» niam armis concufferat , Poloniam praliis
» occupaverat Mofcoviam labefactaverat
» victoriis , Orbem penè totum nominis fui ter-
» rore ità repleverat , ut praviafortitudinis fa-
» ma opera vix quidquam fortitudini relinque-
» ret. Mofchus vero Cafar victus fæpe , num-
» quam fractus , Imperio propè fuperftes Impe-
» rator , ita ftetit in adversâ forte , ut ab ipsâ
»fortunæ pertinacia conftantiam edoceretur que
» illam frangeret. Suecia Rex occidit eo demùm
faro quod Alexandri decebat amulum ....
»populisque nihil fui præter famamfactis pa-
» rem , nec minus famâ ipsâ defiderium reliquit,
» Heros major fi magis Civis. Regnavit Mof
» covia reparator eå dudum fortunâ quam
Henricus meruerat , imperia luftravit plurima
non fpectator otiofus ,fed operofus explorator ;
» Artes in eis varias didicit Tyro , tractavit
» Artifex , in Patriam afportavit redux , fua-
»fit Hortator , Magifter edocuit , illuftravit
"
Princeps , Imperator promovit , & inter illa-
» rum ftudia occumbens , Gentem reliquit inf
» tructam claffibus . ... Litteris perpolitam....
» imbutam
1728 MERCURE DE FRANCE
» imbutam Moribus .... virtutum fucco non-
» dum vegetam , fed jam earumfuffufam colorë
at nexu foederatam , maximus Princeps idem
w & Civis optimus .
L'Exemple d'Ovide , qui foupire avec tant
de grace & d'harmonie après fa Terre natale,
& celui d'Uliffe , qui cherche à travers mille
écueils fa Patrie fugitive , prouvent d'une
maniere fenfible & touchante l'attrait enchanteur
qu'a pour tout homme la Terre
qui l'a vu naître.
»
Echappé , dit le P. Geoffroy , aux fu-
" reurs & aux poifons de Circé , un heureux
» naufrage vous fait aborder , Uliffe ,à l'Iſle
» enchantée de Calypfo;là tout s'empreffe a
vous faire oublier vos malheurs . Le fommeil,
fi long- tems refufé à vos defirs , vient
affoupir fur un lit de fleurs vos fens épui-
"fés , & rendre à vos membres fatigués leur
premiere vigueur ....Tout s'offre à vos
» défirs, tout les prévient ; les ris & les jeux
»vous environnent de toutes parts & volti-
»gent fans ceffe autour de vous; des plaifirs de
» toute efpece, tels que l'imagination riante
» d'un Fenelon peut feule enfanter & décrire,
» s'offrent en foule. Pour comble de faveur,
» une Déeffe aimable vous offre l'immorta-
» lité . Joüiffez , trop heureux Uliffe , d'un
fort fi doux & fi flateur ; fixez votre féjour
dans cette Terre délicieufe ; oubliez la Mer
ל כ
30
» &
A O UST. 17.44 1729
»
'
& les écueils ; oubliez .... non , MM ;
» inſenſible à tout autre bonheur qu'à celui
" de revoir fa Patrie , l'immortalité ne le
» touche point.Ithaque eft toujours préfente
» à fon efprit; elle occupe toutes fes pensées;
elle emporte tous les défirs de fon coeur....
» mais qu'eft-ce que cette Ithaque , direz-
» vous ? Une Terre ingrate & deferte , une
" roche aride & ftérile. N'importe ; c'eft fa
» Patrie ; il aime mieux payer le tribut à la
» Nature fur ce rocher qui l'a vû naître
» que de vivre immortel , mais Etranger
» dans l'Ile fortunée de Calypfo ... Ulyffe ,
» dira - t'on, étoit Roi d'Ithaque ; l'éclat d'u-
>> ne Couronne peut éblouir ....
éblouir .... Voici ,
» continue l'Orateur , ce Sauvage nouvelle-
» ment arrivé des Forêts de l'Amérique.
» Dieux ! quelle figure ! Eft ce un hom-
» me ?... mais pourquoi cet air fombre &
» rêveur ? .... Eh quoi ! lui dit-on , l'allegreffe
de tant d'hommes qui vous envi-
» ronnent ; leurs défirs empreffés ; leurs ca-
» reffes ne peuvent- ils vous diftraire un moment?
Ne prendrez- vous aucune part à la
» joye publique , vous qui en faites la meilleure
partie ... Jettez au moins les yeux
« fur cette Ville fuperbe ; joiiffez du charmant
fpectacle qu'elle vous offre ; voyez
la majefté de fes Edifices , leur nombre ,
> leur grandeur , leur richeffe , leur magni-
» ficence ,
99
3
1730 MERCURE DE FRANCE.
» ficence , leur ftructure , leur fymmétrie ;
»voyez la multitude innombrable de fes ha-
» bitans , la largeur & la beauté de fes ruës ;
» voyez ces Places publiques , couronnées
» de Palais fomptueux ; voyez-y ces Monu-
"mens , chef-d'oeuvres de l'Art & du Goût;
» contemplez , & c ..... Que penfe- t'il de
» tout cela, M M ? Ces maffes énormés frap-
» pent à la vérité ſa vûë errante & étonnée ;
"il les regarde avec furprife ; l'éclat dont
elles brillent l'ébloüit , mais fon coeur les
» dédaigne. Quorfum verò ? Nemorofos Penates,
Lares erraticos , confcios natalium receffus
, & confignata infantia rudimentis antra
cogitat. Sed hæc vix humana ſunt , imờ
»ne humana quidem , fed in his Patria Tellus
» eft. Et que vix habitanda videntur homini ,
» Civem totum loca fibi vendicant.
Les devoirs que l'Amour de la Patrie exige
du Citoyen , ce qui fait la feconde Partie,
fe réduifent à deux. Faites pour elle tout ce
qu'elle mérite que vous faffiez. Ne faites pour
elle que ce qu'elle veut que vous faffiez . Ces
deux fubdivifions , toutes fimples qu'elles
font , fourniffent à l'Orateur l'occafion de
fe déveloper , en quelque forte , lui- même,
& de faire agir les refforts d'une Eloquence,
également ingénieuſe , délicate & enjoüée.
Il compare d'abord le Corps Politique .
avec le Corps Humain. » Les uns , dit-il
« font
AOUST. 1744. 1731
"
»font dans le Corps Politique ce qu'eſt la
» Tête dans le Corps Humain . Elevés aux
≫ premiers rangs , ils exercent un pouvoir
» abfolu fur les Membres qui leur font ſub-
» ordonnés ; fubordination précieuſe ! C'eſt
» à elle que font attachés le fort & la defti-
» née des Empires.....Vous l'avez éprou-
" vé , Rome , Ecole féconde de Vices & de
<< Vertus , en fait de Politique , comme en
» toute autre choſe. Tandis qu'une douce
» union a regné entre les Membres de votre
République , tranquille au- dedans , redou
» tée au déhors , vous avez été la Maîtreffe
» du Monde . L'harmonie a-t'elle été trou-
» blée ? La difcorde , l'ambition , la jaloufie,
» la fureur , ont- elles armé le Citoyen con-
» tre le Citoyen , & défuni les Membres de
» de vafte Corps ? quelles Scénes tragiques
» n'avez - vous pas données au Monde !
Quelles révolutions ! Quelle décadence
» n'avez-vous pas éprouvées ! ...Agité par
» le fouffle féditieux des factions oppofées,
quelles tempêtes n'a pas effuyé le Vaiffeau
» de la République ? A quels écueils n'eft- il
" pas venu fe brifer ? &c. France , tu n'as
» pas un fort pareil à craindre. Eo tenente
Sceptrum Rege, qui varia per obfequia diffufos
Regni ordines Imperio fuo ita colligit , ut te
»fatifecuram tui , alieni arbitram , Orbis par-
»tim amicus gratuletur , partim inimicus ti-
» meat,
و ر
و و
1732 MERCURE DE FRANCE.
و د
meat , Spectator omnis admiretur . Mais quel
lugubre Spectacle ne t'offriront point tes.
propres Faftes, Si ex hoc fublimiorefelicitatis
gradu oculos in eam atatem conjicias , quâ
tuis à te defcifcentibus,ruentibus in te exteris,
utrifque præda & ludibrium ità miferè jacebas
, ut tibi imperaret nemo , fervires omniwbus
, & ipfa Regnum tolleret Regnantum
» multitudo.
L'Orateur peint enfuite les qualités que
doit avoir un vrai Citoyen . Quem appellabo
Civem ? &c. A la tête de ceux qu'il juge dignes
de ce Titre flateur , on voit marcher
M. le Prince de Conty , Général de l'armée
d'Italie. » Civem appello Heroëm , qualem fran-
»genda expectant Alpium culmina , & percuſſa
»jam faxa refonant , quem , fi de ejus praftan-
» tiâ Proceres interrogaveris , dicant animo ut
genere Principem..... St fortitudinem à mi
»litibus repetas , votis efflagitent Ducem; quem
» deniqu : Aula , ut fuas delicias indicet, Civi
stas ut fuos amores exprimat , Caftra utfuam
fpem fignificent gratulatione divisâ , concor
di admiratione , CONTIUM nuncupabunt.
»
M. le Premier Préfident tient auffi un
rang diftingué parmi les vrais Citoyens.
Civem appello virum , qui in eo Senatu conftitutus
, cujus fplendor Gallia ipsâ longiùs
» diffunditur , ità in variis ejus dignitatum gra-
»dibus ftetit , ut primum autingeret excelfitate
» mentis,
A O UST. 1744. 1738
mentis , primum ità occupat , ut omnes labo-
→ rum univerfitate complectatur ; qui munus
» quàmſplendidum tam difficile tunc auſpica-
»tus cum gravia juberet gravior neceffitas , ità
2fe geffit Regi gratus ac Populo , ut alterius
»promoveret jura , alterius fuperaret vota
confuleret utriufque commodis , & amores colligeret
; dignus qui & ab Auguftiffimo Sena-
» tu ftudiorum fuorum interpres , unus præter
» morem electus, mitteretur in Regiam; & beni-
»gnè admitteretur ab eo Rege , qui optima mo-
» neri cùm velit , audire amat optimos .
Cet Eloge , où le coeur * ne parle pas
moins que l'efprit,fut extrêmement applau
di , & excita dans l'Auditoire un murmure
d'approbation , non moins flateur pour
l'illuftre Magiftrat , que pour l'Orateur.
Les Membres illuftres des trois Académies
de Paris font encore mis par le Pere
Geoffroy au nombre des Citoyens utiles .
L'Eloge de l'Académie Françoife eft fort
beau , & digne de cette brillante Societé
Littéraire.
L'Orateur termine cette feconde Partie
par une fuite de Caractéres d'hommes inutiles
à l'Etat , ou peu propres par leur ignorance
, leur peu de lumieres , leur molleffe ,
leur inconftance , leur incapacité de rendre
* M. le Premier Préfident honore l'Orateur de
fon eftime & de fon amitié.
fervice
1734 MERCURE DE FRANCE.
fervice à la Patrie.Cette feconde fubdivifion
n'eft pas la moins intéreflante. Nous en allons
citer quelques morceaux , par lefquels
nous finirons cet Extrait.
Voici ce qu'il dit d'une certaine efpece
d'hommes , qui n'eft malheureuſement que
trop commune aujourd'hui. On verra s'il
les peint d'après nature .... » Homuncio-
» nes polituli , quorum laus eft unica , ftertere
» molliter , blandiri ferociter , ineptire ſuaviter
, & cum pretio quodam vilefcere .
»fero pueri , citò fenes , numquam viri……….
Il peint ainfi ces hommes , » qui faginate
» molis intrà cancellos defidiosè revoluti , na-
» tura pinguis orbe fluenti ac nitido verfant
»fefe cum labore &fine opere , ficque in Patriå
» vrvunt , non ut ejus opes ftudio foecundo reno-
» vent veluti apes induftria , fed inertes fuci
Dvoraci otio abfumant.
"
Et ces Mifantropes , » qui fic apud fe vic-
» titant foli ac fegreges, ut nec aliis vivant nec
»fibi , in Patria Tellure hofpites , in propria
»familiâ exules , alieni apud fuos , apud fe
»ipfos peregrini , raro cum hominibus , vix
» unquam homines.
Nous ne fçavons fi le morceau fuivant
fera fort goûté par une certaine Secte de
Politiques. » Illos ejice Civilium rerum exploratores
faftiofos , qui tunc fibi maximè
m in gente fua fapiunt , cum fapit ipfis nihil
» quod
A O UST. 1744. 1735
»quod gentile fuerit , Philofophi nomine , maledici
officio , alieni ftudio , affectu propè hof-
» tes , Regionis omnis præter quam sua pracones
,fua & omnis imperiti aquè & ofores ,
» laudatores Reipublica , quoniam in Regno
» nati , futuri laudatores Regni , fi in Repu-
» blicâ editi.
Ces Peintures font ingénieufes & de bon
goût. C'est une juftice qu'on doit rendre
au P. Geoffroy ; fon Pinceau eft véridique ;
il caractériſe bien chaque chofe , & la peint
avec les couleurs qui lui font propres. Ses
Héros font tirés d'après nature , & tels que
l'Hiftoire nous les repréfente. Le brillant
du coloris ajoûte encore un nouvel éclat à
fes Portraits , en rehauffe la fineffe , & leur
communique un nouveau luftre ; on peut
dire auffi qu'il s'eft peint lui -même dans ce
Difcours , puifque tout y refpire le grand
Orateur & le bon Citoyen.
Fermer
2982
p. 1736-1738
LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
Début :
LES Ouvrages des Anciens, Monsieur, deviennent le patrimoine des Modernes, [...]
Mots clefs :
Poésies, Lettre, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Desforges Maillard, à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise.
LETTRE de M. Desforges Maillard,
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
à M.le Préfident Bouhier , de l'Académie
Françoife.
L
Es Ouvrages des Anciens , Monfieur ,
deviennent le patrimoine des Modernes
, qui fçavent imiter. Pourquoi donc ,
quoique mon coeur ne foit pas copiſte de
fes fentimens pour vous , n'en pourrois-je
point emprunter la tournure dans l'Ode
d'Horace , Donarem pateras , & pour vous
donner vos étrennes en ce commencement
d'année ? Rouffeau s'en eft bien fervi par
original dans une Lettre à M. Duffé , que
j'ai lûe dans quelque Edition de fes Poëfies.
Je vous donnerois , cher Bouhier ,
De belle Porcelaine fine ,
Gobelets , Taffes de la Chine ,
Avec un joli Sucrier ;
Item , en guiſe de Médailles ,
Quelques boiffeaux de gros écus ,
Préfens qui ne font de refus ,
L'Auteur difant que ces clincailles
Sont agréables aux amis ,
Don
AOUST. 1744.
1737
Dont par l'efprit Philofophique
Les noeuds font les mieux affermis.
Mais comme à ce fameux Lyrique ,
Dont la fortune étoit modique ,
Ce ne fut oncques le vouloir
Qui me manqua , mais bien l'avoir.
Par ce Morceau de notre Horace ,
On voit que Rome eut ſes Gaſcons ,
Et qu'éparſe en tous les Cantons ,
C'eft une très- antique Race.
Les Critiques , qui veulent que les Odes
de M. de la Motte ne foient que de la bonne
Profe , pourroient en affirmer autant de
l'Exorde de celle Donarem pateras , mais
l'Aigle Latin ſe dreſſe enſuite fur fes
>
ergots,
& s'envole dans les nuës. J'avois deffein
M. de vous propofer quelques difficultés
Littéraires. Mes embarras , que vous fçavez,
m'en empêchent . Je connois parfaitement
la Mufe Moufquetaire de Saint Gilles , Poëte
François. C'eft de Saint Geniez , Poëte Latin ,
natif d'Avignon , que je vous ai parlé . Il eſt
extraordinaire que je vous aye adreffé une
Lettre qui eft imprimée il y a un tems infini
dans l'onziéme Volume des Amuſemens du
Coeur & de l'Efprit , & que vous n'en ayez
rien vŷ. Je voulois vous en épargner le
B port
1738 MERCURE DE FRANCE.
port, parce qu'elle eft longue , fur la promeffe
que l'Auteur du Recueil m'avoit faite
de vous en envoyer la feüille. Il n'eft pas
poffible qu'à la fin ce Volume ne parvienne
jufqu'à Dijon, Je vous remercie , M. du nouveau
Recueil de vos Poëfies. Vos Traductions
font des Originaux , & les Originaux
vous traduiroient aujourd'hui de la même
maniere , fi le deftin avoit tranfpofé vos
naiffances & vos âges.
Puiffiez-vous , reſpecté , chéri ſur l'Hélicon
Et confervant la même flâme ,
Jouir de la fanté du tendre Anacréon ,
Comme vous en poffedez l'ame !
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A .... ce ... Janvier 1744.
Fermer
2983
p. 1739-1748
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
Notre Cause, Monsieur, au sujet du 10 Verset du Pseaume 95, ne pouvoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Saint Éphrem, Oeuvres de piété, Édition, Pape, Vatican, Angleterre, Rome, Traduction, Manuscrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
Fermer
2984
p. 1764-1777
RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
Début :
MA Réponse à votre Lettre, M. vient un peu tard, mais n'en soyez point [...]
Mots clefs :
Méthode, Figures, Enfants, Ouvrage, Apprendre, Pierre Pipoulain-Delaunay, Lire, Lecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, à la Lettre de M. de Launay, insérée dans le Mercure de Janvier 1744.
REPONSE de M. l'Abbé Berthault ,
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
Auteur du Quadrille des Enfans , à la Lettre
de M. de Launay , inferée dans le Mercure
de Fanvier 1744.
MA
A Réponse à votre Lettre , M. vient
un peu tard , mais n'en foyez point
fâché ; ce retardement m'a laiffé le loifir d'achever
un Ouvrage qui vous convaincra, de
même que le Public , que mon Syſtême de
lecture n'a pas la moindre reffemblance avec
celui dont vous avez hérité de M.votre Pere.
Vous êtes furpris de ce qu'en publiant l'idée
& le plan de na Méthode de lecture ,
je n'aye fait aucune mention de celle de
M. Py- Poulain de Launay , votre Pere ,
parce que vous prétendez que cette derniere
eft précisément celle que j'ai annoncée .
Je vous dirai d'abord qu'il ne feroit pas
étonnant que je n'euffe eu aucune connoiffancede
la Méthode de M. Py- Poulain , lorſque
je formai le plan de la mienne, Son Ouvrage
fut, imprimé en 1719 , mais il n'en
étoit pas content lui - même ; il mourut
avant que de le refondre ; le peu d'Exemplaires
qu'il en avoit fait imprimer,ne furent
pas débités , & fa Méthode demeura inconnu
A OUST. 1744.
1765
connue au Public. Je ne parle que d'après
vous. Ce ne fut qu'en 1742 qu'elle commença
à fe faire connoître par l'Edition
que vous en donnâtes , après l'avoir réformée
& perfectionnée , comme vous nous
l'avez appris vous-même . Mais le projet de
la mienne étoit conçû avant ce tems - là . **
Cela foit dit en paffant; paffons aux preuves
de votre accufation. 1 ° . Vous dites que
fi je fais prononcer be , ce , de , & c. au lieu
de bé , cé , dé , & c. M. votre Pere l'a fait de
même; premier point de reffemblance . Mais
M. de Launay eft-il le premier qui ait eu
cette idée ? Pourquoi voudriez - vous que
j'aye appris cela de lui,plutôt que de l'Auteur
de la Grammairegénérale & raisonnée, imprimée
en 1660 , qui peut-être a fervi de guide
en cela à M. votre Pere lui-même ? Car cet
Auteur dans le Chapitre 6 de la premiere
partie , donne aux Lettres cette dénomination
, & il a été fuivi par la plupart des Ecrivains
qui font venus après lui. Vous conviendrez
donc qu'on ne peut raisonnable-
*Voyez la Préface de cet Ouvrage , publié par les
foins de M. de Launay , fils , en 1742 , page 3.
** Cet Ouvrage eft intitulé , la Théorie & la Pratique
du nouveau Quadrille des Enfans , ou d'une nouvelle
Méthode pour apprendre à lire par le moyen de
160 Figures , contenues en 8 Planches , &c. Il fe vend
chés Jacques Vincent , ruë S. Severin , à l'Ange .
Cij
ment
1768 MERCURE DEFRANCE.
14
de Louvain , que je vous indique ; * depuis
la page 2 jufqu'à la 12 , vous en trouverez
plufieurs. L'Ouvrage a paru en 1717 , avant
celui de M. votre Pere , mais fi vous voulez
faire une plus ample moiffon , jettez les yeux
fur les Regles de la Prononciation pour la Lan-¸
gue Françoife, par M. B. Paris, 1711 ,fur les
Principes de l'Ortographe Françoife , Paris ,
1725 , & fur le Traité de l'Ortographe Françoife
du Sr le Roy, ou fi vous voulez , contentezvous
de parcourir le Livre de M. Hindret ,
imprimé en 1688 , fous ce titre : L'art de
prononcer & de bien parler la Langue Françoife
, & réimprimé en 1696 ; vous y remarquerez
prefque tous les fons de la Méthode
que vous avez fait connoître au Public , &
plufieurs autres dont vous pourrez faire votre
profit. C'est un Ouvrage que M. votre
Pere a pû confulter . L'accufera-t'on de plagiat
?
Secondement , fuffit- il que ma Méthode
employe quelques fons qui fe trouvent dans
celle de M. Py- Poulain , pour être en droit
d'affurer que ces deux Méthodes ne different
point ? L'ufage que j'en fais eft- il le même?
C'est ce qu'il faudroit montrer, & que vous
ne montrerez jamais . Non , M. ne croyez
* Principia Lingua Burgundica felectis Hiftoria exemplis
exornata per Anton. Francifc. de Pratel, &c. Brivellis,
1717.
pas
A O UST. 1744 . 1769
que
pas que mes Principes foient les mêmes
ceux de feu M. votre Pere . L'analogic qui
regne dans ma Méthode eft totalement differente
de celle qui domine dans l'Ouvrage
de M. Py- Poulain ; daignez faire la comparaifon
de celui que je publie , pour enfeigner
la théorie & la pratique de ma Méthode
, & du fien ; je fuis fûr que vous conviendrez
que notre plan n'eft pas le même ,
que nos vûës font tout-à-fait differentes , &
que nous fuivons l'un & l'autre une route
bien oppofée. Vous pourrez remarquer 1 °.
les combinaiſons dont une Lettre eft fufcep
tible . 2 °. Une infinité d'exemples
, pour affermir
les Enfans fur la diftinction des pluriers
& des finguliers , tant des Verbes que
des Noms adjectifs & fubftantifs. 3 ° . Des
Tables de mots , propres à donner auxEnfans
la facilité de joindre les nrots les uns
aux autres ; habitude qu'ils n'acquerroient
autrement qu'avec beaucoup de peine, 4°.
Tous les fons répétés , tant en Lettres majufcules
, qu'en Lettres Italiques , avec plufieurs
Piéces de Lecture , pour exercer les
Enfans fur ces deux Caractéres , afin d'éviter
les défauts de toutes les autres Méthodes
, qui m'apprennent aux Enfans qu'à lire
le Caractére Romain , défaut qui dégoûte le
Public de ces Méthodes , & dont la vôtre
C v n'eſt
1770 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas exempte . 4° . N'attendez de moi
aucune réponse à ce que vous ajoûtez , que
je combine & que j'arrange les fyllabes d'une
maniere differente de toutes les Méthodes qui
ont paru jufqu'ici , ce que M. votre Pere a
fait , dites- vous , de la même maniere . Car
je vous avouë que je ne fçais ce que vous.
voulez dire ; tout ce que je puis vous affûrer
, c'eft que ma Méthode eft auffi différen
te de celle de M. Py -Poulain , quoiqu'elle
renferme quelques fons qui me font communs
avec lui , que la fienne différe des anciennes
, quoiqu'elle en renferme tous les
fons.
5°. Nous voici arrivés à un article important
, & qui fait le caractere diftinctif de
ma Méthode de celles qui l'ont précédée ;
c'eft d'avoir imaginé de peindre en quelque
forte les fons & les fyllabes de la Langue
, pour les faire retenir par le moyen de
figures gravées ; mais , fi l'on vous en croit ,
je ne fuis encore ici que le Copiſte de M.
Py-Poulain car il y a plus de vingt - cing
ans , dites- vous , que M. de Launay , mon
Pere fe fervoit de figures pour apprendre à
lire.
Voilà une Anecdocte curieufe ; d'où l'avez-
vous déterrée ? Je fuis un peu furpris
que vous alléguiez ce fait , fans en donner
de
AOUS T. 1744. 17711
de
preuve ; vous nous renvoyez au Mémoire
de M. Danguy , & vous fçavezbien
que ce fait n'y eft nullement prouvé ;
vous voulez donc qu'on vous en croye fur
votre parole. Je ne m'y oppofe pas , pourvû
que vous ne mne faffiez pas un crime d'avoir
ignoré avec toute la terre , lorfque je publiai
le plan de ma Méthode , une chofe que
vous & M. Danguy deviez reveler dans
la fuite ; mais , M. eft- il bien poffible que
M. votre pere en faifant part au public de
fes idées , ait oublié de lui communiquer
cette partie de fon fyftême ? Car dans l'Ou
vrage qu'il a publié , il n'y a pas un feul miot,
qui puiffe faire foupçonner qu'il fe foit jamais
avifé de fe fervir de figures pour ap
prendre à lire ; vous avez vous- même donné
une feconde Edition de cet Ouvrage ; vous
avez réformé quelques-unes des idées de
F'Auteur , & en avez perfectionné quelques
autres. C'est vous-même qui nous l'apprenez
vous défapprouvez d'ailleurs l'ufage
des figures pour apprendre à lire , & vous
n'avez point averti que vous aviez réformé
le fyftême de M. votre pere fur un article
auffi important;que cela eft modefte ! Après
cela , pouvois-je fçavoir qu'en peignant les
fons de la Langue par des figures , dont les
objets font familiers aux Enfans , je ne fai-
Cvj
fois
1772 MERCURE DE FRANCE.
fois fuivre les traces de M. de Launay ? que
& avec quelle raifon pouvez - vous vous
plaindre , fi je ne lui
pas fait honneur
d'une découverte dont je ne pouvois fçavoir
qu'il fût le pere , & dont vraisembla
blement le Public refufera encore de lui accorder
la gloire , fi vous ne vous efforcez
de la lui affurer par des preuves convainquantes
?
Pour moi , je me contente de l'aveu que
vous faites , que les figures de feu M. votre
étoient differentes des miennes ; il fapere
tiguoit fans doute les Enfans mal- à- propos ,
en les obligeant à mettre dans leur tête deux
idées en même-tems , celle de la figure &
celle de la fyllabe ; peut- être fes figures
étoient tirées de la Fable ou de l'Hiftoire :
s'eft-il fervi d'un Janus à deux vifages pour
exprimer le fon ge , du Cefte de Venus pour
ft , d'Acteon changé en Cerf pour fe , de la
Barque à Caron pour que , comme dernierement
M.l'Abbé Danguy a voulu l'entreprendre,
contre les droits de mon privilége.Si cela
eft , je conviens que fa Méthode manquoit
de fimplicité , & qu'il furchargeoit inutile
ment la mémoire de fes éléves. C'étoit vouloir
leur apprendre une choſe par le moyen
d'une autre , qui ne leur étoit pas plus connuë
: il falloit leur apprendre plufieurs faits
Hif
AOUST. 1744. 1773
exempte
Hiftoriques ou Fabuleux pour leur faire re
tenir un feul fon de la Langue ; que d'idées
ne falloit- il pas mettre dans leur tête en
même-tems heureuſement ma Méthode eft
de ce défaut ; elle n'oblige point
Les Enfans à fe charger la mémoire de deux
idées en même- tems. Comme je n'employe
que des objets qui leur font familiers , tels
que font Eventail , Montre , Liv , Soleil
&c. elle ne fait que fe fervir des idées qu'ils
ont déja , fans que je m'en fois mêlé , pour
leur faire retenir des fons que je veux leur
apprendre. S'il eft vrai que M. de Eaunay
ait employé des figures pour apprendre
à lire , je fuis bien aife de l'avoir ignoré
& je m'eftime heureux que ma Méthode
foit en ce point fi différente de la fienne.
Que M. Py - Poulain jouiffe donc de
la gloire qu'il a méritée, en publiant ſa Méthode
de lecture , & vous de celle que vous
avez pû acquérir à la réformer & à la perfectionner
; je ne fuis point affés injufte pour
vouloir m'attribuer , ou partager avec vous
les éloges qu'elle a reçus de nos Sçavans ;
mais convenez auffi que ceux dont on a honoré
la Méthode que j'ai annoncée , ne vous
touchent ni directement ni indirectement ; des
Cenfeurs publics ne l'ont préconisée , que
parce qu'ils lui ont vû operer des merveilles ;
or , remarquez que ces prodiges , qui ont
étonné
1774 MERCURE DE FRANCE.
étonné , n'ont été opérés que par une Méthode
, qui , par l'ufage qu'on y fait de plufieurs
figures, n'eft propre , felon vous , qu'à
fatiguer inutilement les Enfans , & à retarder
leurs progrès à quoi penfiez -vous donc,
quand vous avez cru pouvoir faire honneur
à votre Méthode , & de ces Merveilles , &
des éloges qui en ont été la fuite ? Quelle
contradiction !
Vous me reprochez , après M. Dand'introduire
une réforme dans l'ortoguy
,
graphe , & d'écrire Cen pour Sang. Dange
pour Dogue. C'est une méprife qui ne vous
fait pas honneur ; en voici l'origine . Ces
fyllabes Ang & Og , quoique compofées de
différentes lettres , rendent le même fon
c'est pourquoi j'ai cru devoir les peindre
par une même figure. J'en dis autant de ces
autres , San & Cen. Mais il ne s'enfuit pas.
de-là que j'écrive Dangue , au lieu de Dogue ,
ni Cenguin , au lieu de Sanguin . Vous voyez
à quoi on s'expofe , quand on s'aviſe de
ler d'une matiere qu'on n'entend pas ; pour
moi je ne me fuis jamais avifé de réformer
fur cet article les anciens ufages , & il ne
m'arrivera certainement jamais de propofer
d'écrire Cien ,Cat , Ceval , jamê , Anglê , ils
èmê , Pijon , axès , fuxès , egziler , otorifer ,
& c. au lieu de Chien , Chat , Cheval, jamais,
par-
An
AOUST. 1744.
$775
Anglois , ils aimoient , Pigeon , accès , fuccès ,
exiler , autorifer , &c. comme vous l'avez
fait dans le Plan nouveau d'ortographe que
vous avez publié , pag. 178 , 179 , 182 ,
194 , 210.
Au refte , M. étoit-il néceffaire de troubler
la cendre des morts , & de faire paroître ſur
la Scéne une perfonne qui n'eft plus & que
je regrette , pour avoir occafion de lâcher
quelques traits de mauvaiſe plaifanterie ? à
Dieu ne plaife qu'elles me déterminent à
rompre le filence que je me fuis impofé du
vivant même de feu M. l'Abbé Danguy.
Un refte d'amitié pour un jeune homme à qui
je n'ai jamais ceffé de rendre tous les fervices
qui ont dépendu de moi ; l'efperance bien fondée
que j'avois conçue de fon retour , les regrets
•·qu'il a fait paroître àfa mort , pour en avoir fi
mal ufe avec moi , font des motifs trop preſſans,
qui m'obligent encore à me taire. J'avoue , qu'il
m'a beaucoup coûté dans le tems de me détermi
ner au filence , mais il me coûtera
pen
nant de le garder , & l'occafion favorable de
vous rendre vos plaifanteries , ne fera pas capable
de mele faire rompre.
mainte-
C'est même à regret que je releverai ce que
vous avancez , que M. D. a dit à des perfonnes
refpectables, que je lui avois avoué que
votre Méthode n'étoit autre que la mienne ;
qu'il
1776 MERCURE DE FRANCE.
qu'il l'ait dit , ou non , cela m'inquiéte fort
peu. Mais comment avez- vous ofe alleguer en
preuve des faits de cette nature , qu'il eft impoffible
de vérifier ? car enfin il s'agit defçavoir
s'il eft vrai quej'ayejamais fait un pareil aveu;
comment aurois-je pû le faire ? connoiſſois -je
affés peu les principes de ma Méthode & ceux
de la vôtre , pour ignorer l'extrême différence
qu'il y a entre les uns & les autres ?
Voilà , M. les réfléxions que j'ai cru devoir
publier pour répondre à votre Lettre ;
j'augure trop bien des difpofitions favora
bles où je vous vois maintenant à l'égard de
ma Méthode , puifque vous effayez de vous
l'approprier , pour ne pas les feconder ;
déja vous en goûtez le fond ; c'eft beaucoup ;
il ne vous refte plus qu'un pas à faire ; il ne
s'agit que d'approuver l'ufage que je fais des
figures ; rien n'eft plus aife ; le facrifice que
vous ferez pour cela de vos préjugés ne ſera
pas grand.
Je m'attens que bien- tôt vous ferez connoître
que vous êtes docile à la voix de la
Raifon , & que vous fçavez rendre hommage
à la vérité. Penfez - y. Je fuis , & c.
Je perfifte dans les mêmes fentimens que
je vous marquai dans une vifite dont vous
m'honorâtes un jour , fans vous faire connoître.
Vous voulûtes parier que je ne ferois
jamais
AOUST. 1744.
1777
jamais lire en un mois , par le moyen de ma
Méthode & de mes figures , comme je l'a
vois annoncé ; j'acceptai le défi , & vous
propofai de dépofer chacun pareille fomme
raifonnable chés un Notaire ; fi mon Effai
réuffit , vous difois-je , j'ai gagné , finon j'ai
perdu . Ne trouvez pas mauvais , s'il vous
plaît , que dorénavant je ne réponde point
vos Lettres , fi vous m'en adrellez encore ,
que vous n'acceptiez la propofition que
vous m'avez obligé de vous faire.
Je profite de cette occafion pour avertir
le public que ceux , qui enfeignent fuivant
les principes de ma Méthode , s'offrent d'enfeigner
gratis pendant quinze jours , & au
cas qu'au bout de ce tems- là les parens ne
foient pas contens des progrès , ils pourront
remercier les Maîtres : finon , ils feront
obligés de s'en tenir au marché dont ils feront
convenus. L'expérience confirme que
cette Méthode eft très-propre à apprendre
aux Etrangers à bien prononcer le François
, & à réformer leur accent en très- peu
de tems.
Voilà ma nouvelle adreſſe , au cas que vous
vouliez , M. me venir trouver pour m'annoncer
que vous acceptez le défi que je vous fais.
L'Abbé Berthaud , rue de Richelieu , visà-
vis celle de Villedot.
Fermer
2985
p. 1780-1784
LETTRE de M. Boyer, Médecin ordinaire du Roi, & de S. A. S. Mad. la Duchesse du Maine, Docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris, Censeur Royal, écrite à M. Malouin, Docteur-Régent de la même Faculté de l'Académie Royale des Sciences, & Censeur Royal.
Début :
Vous avez raison, M. & très-cher Confrere, d'être surpris que M. Bruyere, [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Silva, Roi, Saignée, M. Bruyère, Jean-Claude-Adrien Helvétius, Censeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Boyer, Médecin ordinaire du Roi, & de S. A. S. Mad. la Duchesse du Maine, Docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris, Censeur Royal, écrite à M. Malouin, Docteur-Régent de la même Faculté de l'Académie Royale des Sciences, & Censeur Royal.
LETTRE de M. Boyer , Médecin ordinaire
du Roi , & de S. A. S. Mad, la Ducheffe
du Maine , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , Cenfeur Royal,
écrite à M. Malouin , Docteur- Régent de
la même Faculté de l'Académie Royale des
Sciences, Cenfeur Royal.
Vfrere ,d'être
Ous avez raifon , M. & très-cher Confree,
terrefurpris que M. Bruyere ,
Editeur d'une Collection de divers Ouvrages
& Piéces fugitives de feu MM. Chirac
& Silva , ait mis fur le compte de ce dernier
une Differtation fur la néceffité des faignées
révulfives dans les maladies inflammatoires
, dont vous êtes l'Auteur.
*
M. Bruyere vous dira fans doute, qu'ayant
trouvé dans les papiers de M. Silva , une
Theſe où il n'a vû votre nom qu'en qualité
deRépondant, tandis que M.Silva préfidoit à
l'Acte où elle fût agitée dans nos Ecoles , il
n'avoit pas héfiré d'en croire M. Silva l'Auteur
, parce que les Préfidens dans nos Eco-
* On appelle faignée révulfive , celle qui fe prati
que toutes les fois qu'on veut dégager une partie , où le
Sang fe porte en trop grande abondance , en l'attirant
dans une partie opposée.
les ,
AOUST. 1744. 1781
?
les , font , comme l'on fçait , cenfès être les
Auteurs des Théfes qui s'y foutiennent , &
ils le font prefque toujours , à moins qu'il
ne fe rencontre des Bacheliers capables de
les compofer , comme vous l'êtiez dès -lors .
D'ailleurs , le fujet de la Théfe favorifoit
cette croyance , parce qu'il rouloit fur une
Doctrine , dont M. Silva venoit de fe déclarer
publiquement le Défenfeur , au point
d'employer le peu de loifir que lui laiffoient
fes affaires , à établir par un calcul hydrauli
que , une Théorie qui pût rendre raifon des
fuccès d'une pratique , qui lui avoit réüffi
dans tant d'occafions. Ainfi M. Bruyere ,
comme vous voyez , a pû facilement fe
tromper fur la Théfe dont vous êtes l'Auteur
; l'Elégance avec laquelle elle eft écrite ,
en fait l'éloge , & on reconnoît aisément au
ftyle l'Auteur de la Differtation fur la Mufique
, qui a été fi applaudie .
On revient de toutes les erreurs , à plus
forte raifon des méprifes , & je fuis sûr ,
comme j'ai eu l'honneur de vous le dire ,
que M. Bruyere vous rendra toute la Juſtice
qui vous eft dûë. Il est tombé dans une
bien plus grande faute à l'égard de M. Helvetius
, Premier Médecin de la Reine , notre
digne Confrere , dans le Mémoire qu'il
a publié pour fervir à l'Hiftoire de la Vie de
M. Silva , pag. 91 , en difant ce qui fuit :
» Sa
1782 MERCURE DE FRANCE.
Sa réputation déjà établie le fit appeller
par M. le Duc d'Orleans Régent , dans les
» Confultations qui furent faites au Châtean
» des Tuilleries fur le danger où le Roi fe trou-
» voit alors ; la faignée du pied , qui avoit fi
» bien fervi M. Silva dans la Cure de M. le
» Duc de Beauvilliers , ne lui manqua pas dans
» cette occafion importante ; ce remède qu'il
» confeilla , comme le plus jeune des Conful-
» tans , ayant été adopté par les autres , lui
procura la gloire de rendre à la France un
» Roi , l'objet de fes inquiétudes & de fes allar-
» mes , qui lui marqua fon eftime & Sa reconnoiffance
par un Brévet de 1500 liv. de
» pension , & c.
Quoi de plus fimple & de plus natufel
en apparence , que cette narration ? & qui,
de ceux, qui n'ont pas été témoins de ce fait,
n'y ajouteroit pas une foi entiere ? Je fuis
moi-même de ce nombre , étant alors enfermé
par ordre du Roi dans Marſeille , affligée
de la pefte , où j'ai été pendant plus de deux
ans , fans fçavoir ce qui fe paffoit à Paris. A
mon retour , j'entendis parler de ce fait à
M. Silva , avec qui , vous fçavez , que j'étois
extrêmement lié , & d'une maniere approchante
du recit de M. Bruyere ; ce fait
étoit affés flateur pour vouloir y avoir quelque
part.
Il eft vrai que M. Silva fut appellé aux
ConAOUST.
1744: 1783
Confultations , qui furent faites pour le
Roi au Château des Tuilleries ; il est vrai
auffi qu'il fe trouva le plus jeune des Confultans
; il n'eft pas moins vrai qu'il fut gratifié
d'un Brévet de 1500 1. de penfion
mais tout ce raifonnement de M. B. fe trouve
détruit par la feule date de la faignée du
pied , qui fût faite la veille du jour que M.
Silva fut appellé. Elle fut propofée par M.
Helvétius , adoptée par M. Dodart , Premier
Médecin de S. A. R. Mad. la Ducheffe
d'Orleans. Cette faignée trouva bien des
contradictions de la part des Courtisans ,
mais elle fut foutenue avec tant de chaleur ,
& par de fi bonnes raifons par M.Helvétius,
qu elle fut faite à l'inftant , & fuivie de tout
le fuccès qu'on en pouvoit attendre.
Voilà , mon très -cher Confrere , à quoi
font exposés les Editeurs , qui n'approfondiffent
pas affés la vérité des faits , furtout
quand ils font auffi récents que celui- ci , &
qu'on peut les apprendre de perfonnes encore
vivantes , qui en ont été les témoins.
Je ne doute pas que M. Bruyere ne reconnoiffe
l'erreur où il eft tombé à l'égard
de M. Helvétius , au fujet de la faignée du
pied , qui prevint le danger où étoit la
France de perdre un Roi , l'objet de fon
Amour , l'admiration aujourd'hui de toute
l'Europe. Ce fujet eft trop confiderable , &
trop
#784 MERCURE DE FRANCE.
•
trop flateur pour n'en pas rapporter la
gloire à celui qui la mérite. J'efpere que
I'Editeur rectifiera en même- tems ce qui
vous regarde. Pour moi , qui ai lû ce Livre,
par ordre de M. le Chancelier , j'ai rempli
mon devoir de Cenfeur : à l'égard des faits ,
je n'en fuis garant , comme vous fçavez ,
qu'autant qu'ils peuvent intéreffer l'État oy
la Religion. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 10 Juin 1744,
du Roi , & de S. A. S. Mad, la Ducheffe
du Maine , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , Cenfeur Royal,
écrite à M. Malouin , Docteur- Régent de
la même Faculté de l'Académie Royale des
Sciences, Cenfeur Royal.
Vfrere ,d'être
Ous avez raifon , M. & très-cher Confree,
terrefurpris que M. Bruyere ,
Editeur d'une Collection de divers Ouvrages
& Piéces fugitives de feu MM. Chirac
& Silva , ait mis fur le compte de ce dernier
une Differtation fur la néceffité des faignées
révulfives dans les maladies inflammatoires
, dont vous êtes l'Auteur.
*
M. Bruyere vous dira fans doute, qu'ayant
trouvé dans les papiers de M. Silva , une
Theſe où il n'a vû votre nom qu'en qualité
deRépondant, tandis que M.Silva préfidoit à
l'Acte où elle fût agitée dans nos Ecoles , il
n'avoit pas héfiré d'en croire M. Silva l'Auteur
, parce que les Préfidens dans nos Eco-
* On appelle faignée révulfive , celle qui fe prati
que toutes les fois qu'on veut dégager une partie , où le
Sang fe porte en trop grande abondance , en l'attirant
dans une partie opposée.
les ,
AOUST. 1744. 1781
?
les , font , comme l'on fçait , cenfès être les
Auteurs des Théfes qui s'y foutiennent , &
ils le font prefque toujours , à moins qu'il
ne fe rencontre des Bacheliers capables de
les compofer , comme vous l'êtiez dès -lors .
D'ailleurs , le fujet de la Théfe favorifoit
cette croyance , parce qu'il rouloit fur une
Doctrine , dont M. Silva venoit de fe déclarer
publiquement le Défenfeur , au point
d'employer le peu de loifir que lui laiffoient
fes affaires , à établir par un calcul hydrauli
que , une Théorie qui pût rendre raifon des
fuccès d'une pratique , qui lui avoit réüffi
dans tant d'occafions. Ainfi M. Bruyere ,
comme vous voyez , a pû facilement fe
tromper fur la Théfe dont vous êtes l'Auteur
; l'Elégance avec laquelle elle eft écrite ,
en fait l'éloge , & on reconnoît aisément au
ftyle l'Auteur de la Differtation fur la Mufique
, qui a été fi applaudie .
On revient de toutes les erreurs , à plus
forte raifon des méprifes , & je fuis sûr ,
comme j'ai eu l'honneur de vous le dire ,
que M. Bruyere vous rendra toute la Juſtice
qui vous eft dûë. Il est tombé dans une
bien plus grande faute à l'égard de M. Helvetius
, Premier Médecin de la Reine , notre
digne Confrere , dans le Mémoire qu'il
a publié pour fervir à l'Hiftoire de la Vie de
M. Silva , pag. 91 , en difant ce qui fuit :
» Sa
1782 MERCURE DE FRANCE.
Sa réputation déjà établie le fit appeller
par M. le Duc d'Orleans Régent , dans les
» Confultations qui furent faites au Châtean
» des Tuilleries fur le danger où le Roi fe trou-
» voit alors ; la faignée du pied , qui avoit fi
» bien fervi M. Silva dans la Cure de M. le
» Duc de Beauvilliers , ne lui manqua pas dans
» cette occafion importante ; ce remède qu'il
» confeilla , comme le plus jeune des Conful-
» tans , ayant été adopté par les autres , lui
procura la gloire de rendre à la France un
» Roi , l'objet de fes inquiétudes & de fes allar-
» mes , qui lui marqua fon eftime & Sa reconnoiffance
par un Brévet de 1500 liv. de
» pension , & c.
Quoi de plus fimple & de plus natufel
en apparence , que cette narration ? & qui,
de ceux, qui n'ont pas été témoins de ce fait,
n'y ajouteroit pas une foi entiere ? Je fuis
moi-même de ce nombre , étant alors enfermé
par ordre du Roi dans Marſeille , affligée
de la pefte , où j'ai été pendant plus de deux
ans , fans fçavoir ce qui fe paffoit à Paris. A
mon retour , j'entendis parler de ce fait à
M. Silva , avec qui , vous fçavez , que j'étois
extrêmement lié , & d'une maniere approchante
du recit de M. Bruyere ; ce fait
étoit affés flateur pour vouloir y avoir quelque
part.
Il eft vrai que M. Silva fut appellé aux
ConAOUST.
1744: 1783
Confultations , qui furent faites pour le
Roi au Château des Tuilleries ; il est vrai
auffi qu'il fe trouva le plus jeune des Confultans
; il n'eft pas moins vrai qu'il fut gratifié
d'un Brévet de 1500 1. de penfion
mais tout ce raifonnement de M. B. fe trouve
détruit par la feule date de la faignée du
pied , qui fût faite la veille du jour que M.
Silva fut appellé. Elle fut propofée par M.
Helvétius , adoptée par M. Dodart , Premier
Médecin de S. A. R. Mad. la Ducheffe
d'Orleans. Cette faignée trouva bien des
contradictions de la part des Courtisans ,
mais elle fut foutenue avec tant de chaleur ,
& par de fi bonnes raifons par M.Helvétius,
qu elle fut faite à l'inftant , & fuivie de tout
le fuccès qu'on en pouvoit attendre.
Voilà , mon très -cher Confrere , à quoi
font exposés les Editeurs , qui n'approfondiffent
pas affés la vérité des faits , furtout
quand ils font auffi récents que celui- ci , &
qu'on peut les apprendre de perfonnes encore
vivantes , qui en ont été les témoins.
Je ne doute pas que M. Bruyere ne reconnoiffe
l'erreur où il eft tombé à l'égard
de M. Helvétius , au fujet de la faignée du
pied , qui prevint le danger où étoit la
France de perdre un Roi , l'objet de fon
Amour , l'admiration aujourd'hui de toute
l'Europe. Ce fujet eft trop confiderable , &
trop
#784 MERCURE DE FRANCE.
•
trop flateur pour n'en pas rapporter la
gloire à celui qui la mérite. J'efpere que
I'Editeur rectifiera en même- tems ce qui
vous regarde. Pour moi , qui ai lû ce Livre,
par ordre de M. le Chancelier , j'ai rempli
mon devoir de Cenfeur : à l'égard des faits ,
je n'en fuis garant , comme vous fçavez ,
qu'autant qu'ils peuvent intéreffer l'État oy
la Religion. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris , le 10 Juin 1744,
Fermer
2985
2986
p. 1787-1803
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur l'Apologie des Normands, &c.
Début :
IL y a, M. quelques-tems qu'en me faisant plusieurs questions au sujet de mon [...]
Mots clefs :
Normands, Orateur, Normandie, Nation, Esprit, Évêque de Bayeux, Caen, Vertus, Province, Pierre Corneille, Apologie, Compatriotes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur l'Apologie des Normands, &c.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le
Marquis de B. fur l'Apologie des
Normands , & c.
Lya , M. quelque tems qu'en me fai-
I fant plufieurs questions au fujet de mon
Voyage Litteraire de Normandie , dont vous
avez depuis lû tout le Manuſcrit , vous me
fîtes auffi l'honneur de me propofer de donner
dans cet ouvrage un mot d'Apologie de
la Nation Normande ; je n'ignore pas le
bien & le mal qu'on en a dit & qu'on en dit
encore tous les jours , Nation , dis-je , fi in- .
genieufe , fi fage , fi vertueufe. Je pris , M.
la liberté de répondre que je me garderois
bien de me donner cette peine , & qu'elle
n'en a pas béfoin , pour détruire , une prévention
des plus mal fondées. Si j'avois été
alors mieux inftruit , ma réponſe auroit été
plus précife & plus fatisfaiſante. Oüi , M.
j'ignorois alors qu'un habile Profeffeur de
Rhétorique du Collège des Jéfuites de Caën
avoit prononcé un fort beau Difcours fur
ce fujet au mois de Novembre 1743.J'ignorois
en même-tems qu'un de mes amis de
cette Ville m'en avoit envoyé , peu de jours
après la prononciation , un fort bon Extrait,
Dij le1788
MERCURE DE FRANCE .
lequel Extrait je n'ai cependant reçû qu'au
commencement de ce mois d'Août. Je vais
M. le mettre ici fous vos yeux , perfuadé
que vous en ferez content , & que le Public ,
& toute la Nation , fi folidement juſtifiée ,
m'en fçauront gré.
APOLOGIE DES NORMANDS , par le
R. P. Du Parc , Profeffeur de Rhétorique
an College des Jéfuites de Caën , prononcée
au mois de Novembre 1743 .
que
dit
L'Orateur n'en veut qu'à des Cenfeurs
l'Envie arme contre les Normands : adverfus
invidos Normannorum Cenfores , c'eſt
le Titre de fa Harangue : pour le juftifier
il s'appuye de l'autorité d'un Ancien , qui a
que l'Envie s'élève toujours contre la fupériorité
du inérite , ou du rang . Non moins
étonné de la patience inépuifable de fes Compatriotes
, que de l'acharnement de leurs
Cenfeurs , il remonte jufqu'à l'origine de
ces injuftes préventions , & il en fixe l'Epoque
( que peut-être on pourroit reculer
un peu plus loin ) à ces Siècles où les Normands
, unis aux Neuftriens , effrayoient
également la France & l'Allemagne , l'Italie
& la Sicile. Les Peuples vaincus ne fe vengerent
de leurs défaites , qu'en faifant paffer
la bravoure de ces Vainqueurs pour fureur
barAOUST.
17440 1789
› barbare & leur Sageffe pour fourberie
odieufe. Depuis ces Siècles fameux , on n'a
point rendu juftice aux Normands ; on a
décrié ou diffimulé leurs Vertus , on a groffi
leurs défauts. L'Orateur entreprend , 1º. de
venger ce mérite calomnié ; 2 °. d'excufer
ces défauts exagerés.
Par la fimplicité de ce début , on voit
bien qu'on n'aura point à effuyer les clameurs
& l'enthoufiafme d'un Apologiſte
outré. Trop fage & trop judicieux pour
fuppofer que la Patrie ait befoin d'une
Apologie fort véhémente , l'Orateur laiffe
fentir , fans le dire , que le Préjugé qu'il
attaque , n'eft plus gueres que populaire ; il
mefure fes efforts à la foibleffe de fon ennemi.
PREMIERE PARTIE.
La valeur dans la Guerre , le fuccès dans
les Arts Liberaux , la ferveur dans la Piété
& dans la Religion , voilà les Vertus don't
nos differentes Provinces ont fait entr'elles
un partage abfolu , à l'exclufion de la Normandie
, à qui on n'a laiffé d'autre mérite
que celui d'une frauduleufe induſtrie &
d'une mauvaiſe foi , contraires aux Loix de
la Société. L'Orateur , pour faire fentir Finjuftice
d'une excluſion fi honteuſe à fa Pa-
Diij trie
1790 MERCURE DE FRANCE.
trie , commence par établir fon droit aux
Vertus Militaires.
Les hauts faits d'Armes du fameux Guifcard
, qui n'avoit pour efcorte que dix braves
Normands ; les Exploits merveilleux de
Guillaume le Conquérant , du vaillant Richard
, & de l'intrépide Robert , Ducs de
Normandie , font des Titres immortels &
inconteftables de la bravoure Normande.
Le P. Du Parc joint ici une ingénieux recit
d'une Expédition , dans laquelle de jeunes
Normands défirent une troupe nombreuſe
& formidable de Brigands. Les Camillis
les d'Eftampes , les d'Harcourts , les Louvignis
, les Brezés , les Tourvilles ne font pas
oubliés , non plus que M. de Guerchois
Eléve de Vendôme , & Compagnon de
Villars , & le Maréchal de Coigny , le
Vainqueur de Guaftalle. Quoique l'Encens ,
que l'on donne ici à ces Héros , ne doive
brûler qu'en l'honneur de leur Province
cependant la vapeur en eft fi douce , qu'ils
ne fçauroient manquer d'y être fenfibles.
>
Des Champs de Mars , l'Orateur paffe
dans les Temples de Pallas & des Muſes , où
fes Compatriotes ne figurent pas avec moins
d'avantage. On décrit ici le caractere de la
plupart des Auteurs , qui ont illuftré la Normandie
, Alexandre , Daniel , Legendre
Vertot, Brébeuf, les deux Corneilles, Porée,
FonAOUST.
1744. 1791
,
Fontenelle , &c. font repréfentés fi heureu
fement , qu'on ne fçait lequel on doit le
plus admirer , ou l'Erudition & l'Intelli-
-gence , ou le Pinceau & le Coloris du Peintre
Orateur. Voici le Parallele qu'on y fait
des Peres Alexandre & Daniel. Les gens
inftruits connoiffent le mérite fupérieur
quoiqu'inégal ,de ces deux Rivaux ; on fera
charmé de les voir péfés dans la même Balance
, & plus encore de voir que fi elle
panche d'un côté , c'eft une Critique fage &
éclairée qui l'y détermine , fans recevoir le
poids qu'un intérêt particulier auroit pû y
jetter.
Si je gardois le filence fur ces deux cé-
» lébres Ecrivains , l'Hiftoire s'en plaindroit
» avec juftice. L'un fut un prodige incroya
» ble de Mémoire & d'Erudition ; fon ftyle
>> eft auffi grave que fon fujet ; toujours vaf-
» te , toujours fécond dans fes fçavantes élu-
>> cubrations , il ne lui a manqué que d'être
»toujours également fain dans fa Doctrine ,
de forte que fi on retranchoit quelque
chofe de fon Ouvrage , ce feroit en aug-
»menter le prix. L'autre eft un Sçavant ,
>> dont le goût eft sûr , le jugement exquis ,
» l'efprit net , & l'érudition bien digerée .
» Sincére dans fon Hiftoire , en rendant
juftice au mérite des François , il n'a fait
»aucune grace à leurs défauts. Partout il
>>
Diiij »>y
1792 MERCURE DE FRANCE.
» y porte fi loin la précifion & l'exacti-
» tude , qu'on ne peut y rien ajoûter ,
» ni en rien retrancher , fans que la Vé-
» rité en fouffre . Ces deux. Grands Hom-
: mes méfurerent leurs forces dans un Combat
fingulier , l'Action für vive , & fit
honneur aux deux Rivaux. L'un comptoit
moins fur la bonté de fes armes , que fur fa
vigueur perfonnelle ; l'autre, avec autant de
courage , & plus de précaution , combattoit
fans frayeur , comme il triomphoit fans
fafte ; auffi étoit- ce un Athléte éprouvé ,
dont la Philofophie & la Théologie avoient
fouvent couronné la valeur & l'adreffe ..
L'Orateur , en nous difant que l'un des
deux Athlétes fe défioit de fes propres armes
, veut fans doute , excufer le premier ,
& nous infinuer qu'étant voilé par état à un
Systême , il donnoit nécellairement trop de
prix à fon Emule , qui pour prendre mieux
fon avantage
s'étoit fagement borné à
comparer Systême à Systême , & à oppoſer
principe à principe , conféquence à confé-
-quence .
Après l'Hiftoire & l'Epopée , le P. Du
Parc introduit la Tragédie. " Ellc me re-
» procheroit , dit -il , ce filence injurieux au
grand Corneille , cet Illuftre Normand ,
dont le mérite eft trop élevé , pour que
nos Eloges ou nos Cenfures puiffent l'at-
» teindre.
A OUST. 1744. 1793
>>
>>
, י
» teindre. D'autres ont peut-être la Verfifi-
» cation plus coulante , l'expreffion plus pu--
» re , le ftyle plus chatié , mais aucun n'a ,
» comme lui , cette grandeur dans les idées ,
>> cette élévation dans les fentimens , cette
>> nobleffe dans les Maximes , cette variété
» dans les Intrigues , qui frappe l'efprit ,
» étonne l'imagination , ébranle l'ame toute
» entiere , & tranfporte un Lecteur hors de
»lui-même ,fans qu'il puiffe réfifter au mou
» vement qui l'entraîne. Quelle vivacité ,
quelle richeffe dans les couleurs qu'il em
»ploye pour peindre les Héros ! Non que
»fes Portraits foient , comme on le lui a re-
>> proché , l'Ouvrage d'une heureufe Imagi
» nation , qui repréfente les Perfonnages ,
» moins tels qu'ils furent , que tels qu'ils
» dûrent être. Le Pinceau de Corneille est
>> fi vrai , fes traits conviennent fi-bien au
caractere de chaque Nation , qu'en lifant
fes Tragédies , on fe croit dans la compa-
>> gnie des Héros qu'il fait parler. Rome &
»Carthage exiftent dans l'efprit du Lecteus ,
»ou plûtôt fon coeur devient le Théatre des
>>>Guerres cruelles , que la Rivalité alluma
entre ces Républiques ennemies , & des
» Combats furieux , où leur haine invétérée
» s'affouvit de fang. Corneille trouva la Scé-
»ne Françoife fouillée par la licence , déf
» gurée par la barbarie , dégradée par lar
D.Yv Druf
1794 MERCURE DE FRANCE .
"
&
» rufticité . On ne peut lui difputer la gloire
» d'en avoir été le Pere , en la purgeant
» la délivrant de ces monftres , & d'y avoir
» ramené la pudeur , la décence & le bon
goût , en prenant pour modéle le févére
» & vertueux Sophocle . Corneille fçavoit
» que l'Amour , quand il joue le premier
» rôle au Théatre , ne peut s'y affujettir aux
» régles de la bienféance , & qu'il prétend
» y tyrannifer toutes les autres paffions ; loin
» de flater fon injurieufe molleffe , il ofa lui
arracher fon flambeau , dont l'ardeur avoit
déja commencé fes ravages fur la Scéne..
» Parmi plufieurs avantages finguliers , ce
génie fublime & divin a celui de s'élever
» haut , quand il prend fon effor , que fi
"perfonne ne peut en approcher , & celui
""
de nous forcer à l'admirer , fouvent même
» jufques dans fa chûte ou dans fes écarts.
» Le Frere du Grand Corneille ne lui fut
» pas plus uni par les liens du fang , que par
» la conformité d'inclinations. Nulle diffe-
» rence entre leur caractere ; dans le com-
» merce de la vie ils avoient l'efprit auff
plein de droiture & d'équité , que de fail-
»lies & d'agrémens dans leurs ingénieufes
»fictions ; leurs talens cependant ne font
»pas comparables. L'un , né pour le Tragi-
» que , fait fur le Théatre trembler le vice-
» au bruit de fon tonnerre. L'autre , Comi-
99
» que
AOUST. 1744.
1795
*99*
que & enjoué, l'y fait rougir & fe cacher
» à l'éclat des rifées , qui l'y accueillent .
» Cependant l'un n'a pas feulement plus de
magnificence & de majesté que l'autre , il
» a encore plus de nerf & de force . On di-
» roit que la Nature a partagé les talens entre
les deux Corneilles , comme la Coûtu-
» me de Normandie partage les biens entre
les freres uniquement jaloufe de bien
» pourvoir les aînés , elle laiffe le foin des
»cadets & de leur fortune à leur travail &
» à leur induſtrie. "
La troifiéme Subdivifion roule fur la Piété
des Normands . Le P. D. s'y trouve trop
chargé de matiere , pour pouvoir s'étendre
beaucoup . L'Eglife eft aflés magnifique dans
les Edifices & affés riche dans les revenus
qu'elle poffede en Normandie , pour qu'on
ne puiffe refufer aux Normands la gloire
d'une Piété généreufe & folide. L'Orateur ,
fans prefque s'y arrêter , à l'occafion des
inondations qui défolerent cette Province:
il y a peu d'années, rappelle à fes auditeurs
le fouvenir des pieufes contributions , que
M. l'Evêque de Bayeux , par la voye de
l'exemple & du zéle , impofa fur l'opulence
charitable de fes Diocèfains. On croiroit
voir l'ardeur de l'Illuftre Prélat , dont le
zéle tendre , humble , actif , univerfel , fent
toutes les miſéres , defcend dans tous les dé-
D vj
tails ,
#796 MERCURE DE FRANCE.
tails , fe multiplie dans tous les Lieux ,
pourvoit à tous les befoins ..
&
On pourroit demander pourquoi l'Orateur
ne s'étend pas davantage fur les loiianges
de M .. l'Evêque de Bayeux ; il avoit
prévenu cette objection ; il en parle dans
I'Epitre dédiée à ce Prélar , dans laquelle il
paroît craindre & la mauvaiſe humeur de
quelques Cenfeurs chagrins , qui lui feront
un crime d'avoir trop vanté la Normandie ,
& la foibleffe de quelques Normands , qui
penferont peut- être qu'il devoit prendre
fes intérêts de fa Patrie avec plus de chaleur
, & ne pas fe contenter de l'excufer en
badinant..
Il vient enſuite à un autre reproche qu'il
appréhende, plus que tout le refte . Ĉ'eſt
d'avoir paffé fous filence dans le Compliment
qu'il fit à M. l'Evêque de Bayeux.,
Illuftre Maifon de Luynes , les : Grands
Hommes qu'elle a produits , leurs actions ,
leurs vertus , les qualités du coeur & de l'efprit
qui la diftinguent ; de n'avoir rien dit
de M. le Duc de Chevreufe , fi connu au
Siége de Prague par fa générofité , ſa libéralité
, fon courage , & par quatre bleffures
qu'il y reçût ; de n'avoir pas fait mention
de cette fermeté d'ame , jointe à la plus folide
piété , qui rend M. de Bayeux le foûtien
& l'appui de la Religion , dont il venge les
droits ,
A O UST. 1744. 1797
droits , fans aigreur & fans amertume , mais
conftamment & fans foibleffe ; de cette Eloquence
douce & infinuante , qui a ramené
plus d'une fois au fein de la Vérité les Efprits
les plus opiniâtres ; de cette affabilité
charmante , qui lui gagne tous les coeurs ,
& donne un nouveau prix à fes bienfaits ;
de cette vigilance Paftorale , de ce zéle pur
& univerfel , qui fe livre aux petits comme
aux grands , qui porte l'Illuftre Pafteur à
prêcher fon peuple jufqu'au milieu même
des Campagnes , expofé aux injures de l'Air,
& uniquement occupé des intérêts de fon
Troupeau : voilà , dit le P. D. ce qu'on me
reprochera , fans doute , d'avoir oublié
mais pour louer fi dignement une . Maifon
fi diftinguée , un Prélat d'un fi rare mérite ,
un Difcours auroit- il fuffi ? Et que feroit
alors devenue la Caufe des Normands ? Il
ajoûte encore une autre raifon qui doit l'exeufer
, c'eft que M. de Luynes , malgré cette
bonté facile , qui le rend fi affable envers
tout le monde , n'écoute pas volontiers ceux.
qui le loüent , & qu'il eft auffi attentif à
éviter les louanges qu'à les mériter. Ainfi il
y avoit deux écueils à craindre ; s'étendre
fur les louanges de ce digne Prélát , c'étoit
vouloir lui déplaire ; omettre des Vertus ,
fi univerfellement eftimées , c'étoit s'attirer
L'indignation du Public. Le P. D. a uſé de
i
l'à
1798 MERCURE DE FRANCE.
L
Padreffe ordinaire des Orateurs , pour tromper
la modeftie de M. de Luynes ; fon zéle ,
fa vigilance , fa bonté , fa charité , fes talens
Académiques , toutes ces qualités font
loüées fans affectation par des traits répandus
dans la premiere & dans la feconde
Partie ainfi " dans l'Epitre Dédicatoire.
que
Cette premiere Partie finit par l'Eloge de
'de M. le Cardinal de Fleury , que M. de
Bayeux a fi dignement remplacé à l'Acadé
mie Françoife , & dont la mémoire fera
toujours chere à la Ville de Caën , par les
aumônes que S. E. y répandoit , & par la
protection dont elle honoroit tous les Ordres
de la Province , & en particulier l'Univerfité
de Caën. Les fleurs que l'Orateur
jette en paffant fur le Tombeau de ce Miniftre
, font affés choifies être mêlées:
pour
aux plus belles dont on ait orné ſon Maufolée.
SECONDE PARTIE
En changeant de matiere , le P. D. change
de ton . Jufqu'ici il nous a enchanté ,
maintenant il va nous amufer . Pour loüer
fes Compatriotes , il a déployé les charmes
du génie le plus gracieux ; pour les excufer ,
il prodigue le fel de l'efprit le plus enjoué.
Là , c'eft un Difcours rempli de gravité &
de
AOUST. 1744. 1799
"
"
de nobleſſe ; ici , ce n'eft qu'une converſation
, j'ai prefque dit un badinage , plein de
légéreté & de fineffe. Ces genres , ſí éloignés
& fi oppofés , femblent fe rapprocher
& fe réconcilier pour prendre l'air élégant
& agréable , que l'Auteur donne à tous fes:
Portraits. On trouve celui d'un Normand
tiré d'après l'idée que s'en font les Cenfeurs
qu'on va confondre . « Ils le repréfentent
»ce Normand , toujours élevé fur une Rouë
»mobile , d'où il obferve de quel côté ſouf-
»fle le vent de la fortune ; les fraudes volti
»gent à l'entour de fa tête , & font rétentir
» à fes oreilles un bruit flateur ; la diffimula-
»tion compofe l'air de fon vifage , & régle
» le mouvement de fa langue ; la fineffe di-
» rige tous les regards , & préfide au jeu des
» muſcles moteurs , d'où dépend l'action ,
»ou plûtôt le langage des yeux , dociles aux
impreffions qu'elle leur tranfmet. Ceux ci
parlent & fe taifent à fon gré , fans jamais
trahir le fécret des fentimens & des pen-
» fées , dont ils font les interprétes naturels.
»Formé à l'école de la flaterie & de la poli-
» telſe , ſon coeur reçoit de l'une le miel
» qu'il diſtille , & de l'autre le mafque dont
»il fe couvre : Mercure y joint fes bons offi-
» ces , qui ne font pas indifferens ; ce Dieu ,
» d'un vol careffant , jouë & folâtre fans
»ceffe près du cher nourriffon ; il fecoue
»
66
» fur
1800 MERCURE DE FRANCE.
fur lui fes aîles légères , & en fait tomber
une pluye de rufes & d'artifices , dont
"Pavide Normand ne laiffe rien échaper.
Ici , on trouve en détail les differens défauts
qu'on reproche aux Normands ; pour
montrer la fauffeté de ces préjugés , le P. D.
fe contente d'en indiquer la vraye fource.
Les Normands , plus actifs qu'aucun autre
Peuple pour amaffer du bien , plus attentifs
à le conferver , plus habiles à l'augmenter ,
ont fertilifé jufqu'aux Rocs arides de leurs
Montagnes , & par la commodité de leurs.
Ports ont rendu leur Province le Magaſin
de l'Europe , & le centre de fon Commerce.
Voilà tout le fondement du reproched'intérêt
, dont on les a chargés.
On fe plaint que dans la Société ils ne
font ni affés francs , ni affés ouverts ; qu'en
amitié ils font froids ou infidéles. La plus
rapide excurfion en leurs Villes feroit bientôt
rendre juſtice à leur exacte politeffe & .à
leur louable fincerité. On ne fçauroit leur
en demander davantage , fans exiger ou plus
de rufticité , ou moins de difcrétion dans
leurs manieres.
On les accufe encore d'être peu fcrupuleux
fur les intérêts de la bonne- foi & de la
vérité , accufation fondée uniquement fur
leur attention à ne point parler d'eux - mêmes
, ni de leurs affaires , & à éviter par là
less
AOUST. 1744. 1801
les difputes où l'on s'expofe , en fatisfaiſant
une curiofité fotte & déplacée .
Sont-ils donc fi ennemis de la difpute &
des Procès ? Oui fans doute , & ce n'eft que
pour les éviter que toutes leurs affaires fe
traitent & fe terminent en Juftice réglée.
C'est ici que F'Orateur touche finement l'article
des témoins de Normandie , en faisant
obferver que nulle part ils ne s'expliquent
avec plus de jufteffe , de reſpect & de Religion
, & que pulle part leurs fautes ne
font punies avec tant de févérité que dans
la Jurifprudence Normande.
Enfin l'air de la Normandie eft , dit- on ,
fi contagieux , qu'aucun Etranger ne peut y
féjourner , fans gagner le mal du Pays . Mais
ce prétendu mal eft un vrai bien pour ces
Etrangers. En Normandie les Bretons deviennent
plus laborieux & plus induſtrieux;
les Gafcons plus modeftes , & moins fanfarons
, les Champenois plus fins & plus déliés
, &c.
A propos des préventions que les Parifiens
, malgré leur bonté naturelle , ne laiffent
pas de conferver contre les Normands ,
le P.D. nous fait le Portrait de certains Seigneurs
de cette Capitale , qui font leur féjour
en Normandie , & qui font exempts
des préjugés populaires.
22 Nous les voyons , dit-il , auffi élevés
í
»par
1802 MERCURE DE FRANCE
•
»
par leur Dignité qué par leur Naiffance.
»L'éclat qui les couvre eft fi temperé par la
bonté de leur caractere & par la douceur
de leurs manieres , qu'il nous eft permis
»de les approcher avec confiance , & de
jouir , fans contrainte , des charmes de
» leur commerce. Nous admirons dans leurs
»difcours & dans leurs Ecrits l'Erudition la
plus recherchée , qui s'y produit avec ces
graces faciles & aifées , qui ne coulent
» qu'avec le fang des Dieux dans les plus
»beaux génies ; nous y fentons ces tours.
>> heureux qu'une noble fimplicité leur four-
» nit , pour éclaircir les plus fombres matieres
, & pour embellir les plus abftraites.
»L'Orateur avoue qu'ils ne doivent point
»ces belles qualités au féjour de la Normandie
, mais qu'ils les ont apportées avec
» eux.
A ces traits , il eft aifé de reconnoître M.
l'Evêque de Bayeux , quoique le P. D. ne
l'ait pas nommé ; furtout l'Académie de
Caën , dont il eft le reftaurateur , ne peut
s'y méprendre.
Mais encore , d'où vient cette réputation
de duplicité , qu'on nous reproche , dit l'Orateur
? Apparemment de l'alliance des Normands
avec les Neuftriens , alliance qui forma
entre eux une union fi étroite , qu'un
Normand & un Neuftrien fembloient ne
faire
A O UST. 1744. 1803
faire qu'une même perfonne. Je fuis fâché
d'être obligé d'omettre dans cet Extrait les
beautés d'un Difcours , qui n'eft pas fufceptible
d'abrégé ; j'en demande pardon au P.
du Parc , fi ennemi de la diffufion & de la
prolixité , & en même- tems fi jaloux de la
propreté & du bon goût , qu'on diroit qu'en
Pere fage & oeconome, il ne refuſe à aucune
des idées qu'il enfante , la parure qui lui ,
convient le mieux , mais fans vouloir y
ajoûter aucun de ces ornemens qui , fans relever
une véritable beauté , ne peuvent flater
qu'une vanité capricieufe. On doit juger
de- là quels font le choix & la pureté du
Latin , la clarté & l'exactitude du ſtyle .
Le fuccès de cette Piéce prouve que le
goût de la faine Antiquité a encore des Partifans.
Je crois , M. en finiffant ma Lettre , que
non feulement vous conviendrez de cette
vérité , mais que vous avonerez qu'on ne
peut pas difculper plus avantageufement
une Nation , dont le mérite ne vous est pas
inconnu , vous , MM.. qquuii poffedez des Domaines
confidérables dans cette belle &
grande Province , qui d'ailleurs n'avez jamais
donné dans les Préjugés vulgaires , &
qui êtes également équitable & éclairé.
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A Paris ,le 14 Août 1744.
Marquis de B. fur l'Apologie des
Normands , & c.
Lya , M. quelque tems qu'en me fai-
I fant plufieurs questions au fujet de mon
Voyage Litteraire de Normandie , dont vous
avez depuis lû tout le Manuſcrit , vous me
fîtes auffi l'honneur de me propofer de donner
dans cet ouvrage un mot d'Apologie de
la Nation Normande ; je n'ignore pas le
bien & le mal qu'on en a dit & qu'on en dit
encore tous les jours , Nation , dis-je , fi in- .
genieufe , fi fage , fi vertueufe. Je pris , M.
la liberté de répondre que je me garderois
bien de me donner cette peine , & qu'elle
n'en a pas béfoin , pour détruire , une prévention
des plus mal fondées. Si j'avois été
alors mieux inftruit , ma réponſe auroit été
plus précife & plus fatisfaiſante. Oüi , M.
j'ignorois alors qu'un habile Profeffeur de
Rhétorique du Collège des Jéfuites de Caën
avoit prononcé un fort beau Difcours fur
ce fujet au mois de Novembre 1743.J'ignorois
en même-tems qu'un de mes amis de
cette Ville m'en avoit envoyé , peu de jours
après la prononciation , un fort bon Extrait,
Dij le1788
MERCURE DE FRANCE .
lequel Extrait je n'ai cependant reçû qu'au
commencement de ce mois d'Août. Je vais
M. le mettre ici fous vos yeux , perfuadé
que vous en ferez content , & que le Public ,
& toute la Nation , fi folidement juſtifiée ,
m'en fçauront gré.
APOLOGIE DES NORMANDS , par le
R. P. Du Parc , Profeffeur de Rhétorique
an College des Jéfuites de Caën , prononcée
au mois de Novembre 1743 .
que
dit
L'Orateur n'en veut qu'à des Cenfeurs
l'Envie arme contre les Normands : adverfus
invidos Normannorum Cenfores , c'eſt
le Titre de fa Harangue : pour le juftifier
il s'appuye de l'autorité d'un Ancien , qui a
que l'Envie s'élève toujours contre la fupériorité
du inérite , ou du rang . Non moins
étonné de la patience inépuifable de fes Compatriotes
, que de l'acharnement de leurs
Cenfeurs , il remonte jufqu'à l'origine de
ces injuftes préventions , & il en fixe l'Epoque
( que peut-être on pourroit reculer
un peu plus loin ) à ces Siècles où les Normands
, unis aux Neuftriens , effrayoient
également la France & l'Allemagne , l'Italie
& la Sicile. Les Peuples vaincus ne fe vengerent
de leurs défaites , qu'en faifant paffer
la bravoure de ces Vainqueurs pour fureur
barAOUST.
17440 1789
› barbare & leur Sageffe pour fourberie
odieufe. Depuis ces Siècles fameux , on n'a
point rendu juftice aux Normands ; on a
décrié ou diffimulé leurs Vertus , on a groffi
leurs défauts. L'Orateur entreprend , 1º. de
venger ce mérite calomnié ; 2 °. d'excufer
ces défauts exagerés.
Par la fimplicité de ce début , on voit
bien qu'on n'aura point à effuyer les clameurs
& l'enthoufiafme d'un Apologiſte
outré. Trop fage & trop judicieux pour
fuppofer que la Patrie ait befoin d'une
Apologie fort véhémente , l'Orateur laiffe
fentir , fans le dire , que le Préjugé qu'il
attaque , n'eft plus gueres que populaire ; il
mefure fes efforts à la foibleffe de fon ennemi.
PREMIERE PARTIE.
La valeur dans la Guerre , le fuccès dans
les Arts Liberaux , la ferveur dans la Piété
& dans la Religion , voilà les Vertus don't
nos differentes Provinces ont fait entr'elles
un partage abfolu , à l'exclufion de la Normandie
, à qui on n'a laiffé d'autre mérite
que celui d'une frauduleufe induſtrie &
d'une mauvaiſe foi , contraires aux Loix de
la Société. L'Orateur , pour faire fentir Finjuftice
d'une excluſion fi honteuſe à fa Pa-
Diij trie
1790 MERCURE DE FRANCE.
trie , commence par établir fon droit aux
Vertus Militaires.
Les hauts faits d'Armes du fameux Guifcard
, qui n'avoit pour efcorte que dix braves
Normands ; les Exploits merveilleux de
Guillaume le Conquérant , du vaillant Richard
, & de l'intrépide Robert , Ducs de
Normandie , font des Titres immortels &
inconteftables de la bravoure Normande.
Le P. Du Parc joint ici une ingénieux recit
d'une Expédition , dans laquelle de jeunes
Normands défirent une troupe nombreuſe
& formidable de Brigands. Les Camillis
les d'Eftampes , les d'Harcourts , les Louvignis
, les Brezés , les Tourvilles ne font pas
oubliés , non plus que M. de Guerchois
Eléve de Vendôme , & Compagnon de
Villars , & le Maréchal de Coigny , le
Vainqueur de Guaftalle. Quoique l'Encens ,
que l'on donne ici à ces Héros , ne doive
brûler qu'en l'honneur de leur Province
cependant la vapeur en eft fi douce , qu'ils
ne fçauroient manquer d'y être fenfibles.
>
Des Champs de Mars , l'Orateur paffe
dans les Temples de Pallas & des Muſes , où
fes Compatriotes ne figurent pas avec moins
d'avantage. On décrit ici le caractere de la
plupart des Auteurs , qui ont illuftré la Normandie
, Alexandre , Daniel , Legendre
Vertot, Brébeuf, les deux Corneilles, Porée,
FonAOUST.
1744. 1791
,
Fontenelle , &c. font repréfentés fi heureu
fement , qu'on ne fçait lequel on doit le
plus admirer , ou l'Erudition & l'Intelli-
-gence , ou le Pinceau & le Coloris du Peintre
Orateur. Voici le Parallele qu'on y fait
des Peres Alexandre & Daniel. Les gens
inftruits connoiffent le mérite fupérieur
quoiqu'inégal ,de ces deux Rivaux ; on fera
charmé de les voir péfés dans la même Balance
, & plus encore de voir que fi elle
panche d'un côté , c'eft une Critique fage &
éclairée qui l'y détermine , fans recevoir le
poids qu'un intérêt particulier auroit pû y
jetter.
Si je gardois le filence fur ces deux cé-
» lébres Ecrivains , l'Hiftoire s'en plaindroit
» avec juftice. L'un fut un prodige incroya
» ble de Mémoire & d'Erudition ; fon ftyle
>> eft auffi grave que fon fujet ; toujours vaf-
» te , toujours fécond dans fes fçavantes élu-
>> cubrations , il ne lui a manqué que d'être
»toujours également fain dans fa Doctrine ,
de forte que fi on retranchoit quelque
chofe de fon Ouvrage , ce feroit en aug-
»menter le prix. L'autre eft un Sçavant ,
>> dont le goût eft sûr , le jugement exquis ,
» l'efprit net , & l'érudition bien digerée .
» Sincére dans fon Hiftoire , en rendant
juftice au mérite des François , il n'a fait
»aucune grace à leurs défauts. Partout il
>>
Diiij »>y
1792 MERCURE DE FRANCE.
» y porte fi loin la précifion & l'exacti-
» tude , qu'on ne peut y rien ajoûter ,
» ni en rien retrancher , fans que la Vé-
» rité en fouffre . Ces deux. Grands Hom-
: mes méfurerent leurs forces dans un Combat
fingulier , l'Action für vive , & fit
honneur aux deux Rivaux. L'un comptoit
moins fur la bonté de fes armes , que fur fa
vigueur perfonnelle ; l'autre, avec autant de
courage , & plus de précaution , combattoit
fans frayeur , comme il triomphoit fans
fafte ; auffi étoit- ce un Athléte éprouvé ,
dont la Philofophie & la Théologie avoient
fouvent couronné la valeur & l'adreffe ..
L'Orateur , en nous difant que l'un des
deux Athlétes fe défioit de fes propres armes
, veut fans doute , excufer le premier ,
& nous infinuer qu'étant voilé par état à un
Systême , il donnoit nécellairement trop de
prix à fon Emule , qui pour prendre mieux
fon avantage
s'étoit fagement borné à
comparer Systême à Systême , & à oppoſer
principe à principe , conféquence à confé-
-quence .
Après l'Hiftoire & l'Epopée , le P. Du
Parc introduit la Tragédie. " Ellc me re-
» procheroit , dit -il , ce filence injurieux au
grand Corneille , cet Illuftre Normand ,
dont le mérite eft trop élevé , pour que
nos Eloges ou nos Cenfures puiffent l'at-
» teindre.
A OUST. 1744. 1793
>>
>>
, י
» teindre. D'autres ont peut-être la Verfifi-
» cation plus coulante , l'expreffion plus pu--
» re , le ftyle plus chatié , mais aucun n'a ,
» comme lui , cette grandeur dans les idées ,
>> cette élévation dans les fentimens , cette
>> nobleffe dans les Maximes , cette variété
» dans les Intrigues , qui frappe l'efprit ,
» étonne l'imagination , ébranle l'ame toute
» entiere , & tranfporte un Lecteur hors de
»lui-même ,fans qu'il puiffe réfifter au mou
» vement qui l'entraîne. Quelle vivacité ,
quelle richeffe dans les couleurs qu'il em
»ploye pour peindre les Héros ! Non que
»fes Portraits foient , comme on le lui a re-
>> proché , l'Ouvrage d'une heureufe Imagi
» nation , qui repréfente les Perfonnages ,
» moins tels qu'ils furent , que tels qu'ils
» dûrent être. Le Pinceau de Corneille est
>> fi vrai , fes traits conviennent fi-bien au
caractere de chaque Nation , qu'en lifant
fes Tragédies , on fe croit dans la compa-
>> gnie des Héros qu'il fait parler. Rome &
»Carthage exiftent dans l'efprit du Lecteus ,
»ou plûtôt fon coeur devient le Théatre des
>>>Guerres cruelles , que la Rivalité alluma
entre ces Républiques ennemies , & des
» Combats furieux , où leur haine invétérée
» s'affouvit de fang. Corneille trouva la Scé-
»ne Françoife fouillée par la licence , déf
» gurée par la barbarie , dégradée par lar
D.Yv Druf
1794 MERCURE DE FRANCE .
"
&
» rufticité . On ne peut lui difputer la gloire
» d'en avoir été le Pere , en la purgeant
» la délivrant de ces monftres , & d'y avoir
» ramené la pudeur , la décence & le bon
goût , en prenant pour modéle le févére
» & vertueux Sophocle . Corneille fçavoit
» que l'Amour , quand il joue le premier
» rôle au Théatre , ne peut s'y affujettir aux
» régles de la bienféance , & qu'il prétend
» y tyrannifer toutes les autres paffions ; loin
» de flater fon injurieufe molleffe , il ofa lui
arracher fon flambeau , dont l'ardeur avoit
déja commencé fes ravages fur la Scéne..
» Parmi plufieurs avantages finguliers , ce
génie fublime & divin a celui de s'élever
» haut , quand il prend fon effor , que fi
"perfonne ne peut en approcher , & celui
""
de nous forcer à l'admirer , fouvent même
» jufques dans fa chûte ou dans fes écarts.
» Le Frere du Grand Corneille ne lui fut
» pas plus uni par les liens du fang , que par
» la conformité d'inclinations. Nulle diffe-
» rence entre leur caractere ; dans le com-
» merce de la vie ils avoient l'efprit auff
plein de droiture & d'équité , que de fail-
»lies & d'agrémens dans leurs ingénieufes
»fictions ; leurs talens cependant ne font
»pas comparables. L'un , né pour le Tragi-
» que , fait fur le Théatre trembler le vice-
» au bruit de fon tonnerre. L'autre , Comi-
99
» que
AOUST. 1744.
1795
*99*
que & enjoué, l'y fait rougir & fe cacher
» à l'éclat des rifées , qui l'y accueillent .
» Cependant l'un n'a pas feulement plus de
magnificence & de majesté que l'autre , il
» a encore plus de nerf & de force . On di-
» roit que la Nature a partagé les talens entre
les deux Corneilles , comme la Coûtu-
» me de Normandie partage les biens entre
les freres uniquement jaloufe de bien
» pourvoir les aînés , elle laiffe le foin des
»cadets & de leur fortune à leur travail &
» à leur induſtrie. "
La troifiéme Subdivifion roule fur la Piété
des Normands . Le P. D. s'y trouve trop
chargé de matiere , pour pouvoir s'étendre
beaucoup . L'Eglife eft aflés magnifique dans
les Edifices & affés riche dans les revenus
qu'elle poffede en Normandie , pour qu'on
ne puiffe refufer aux Normands la gloire
d'une Piété généreufe & folide. L'Orateur ,
fans prefque s'y arrêter , à l'occafion des
inondations qui défolerent cette Province:
il y a peu d'années, rappelle à fes auditeurs
le fouvenir des pieufes contributions , que
M. l'Evêque de Bayeux , par la voye de
l'exemple & du zéle , impofa fur l'opulence
charitable de fes Diocèfains. On croiroit
voir l'ardeur de l'Illuftre Prélat , dont le
zéle tendre , humble , actif , univerfel , fent
toutes les miſéres , defcend dans tous les dé-
D vj
tails ,
#796 MERCURE DE FRANCE.
tails , fe multiplie dans tous les Lieux ,
pourvoit à tous les befoins ..
&
On pourroit demander pourquoi l'Orateur
ne s'étend pas davantage fur les loiianges
de M .. l'Evêque de Bayeux ; il avoit
prévenu cette objection ; il en parle dans
I'Epitre dédiée à ce Prélar , dans laquelle il
paroît craindre & la mauvaiſe humeur de
quelques Cenfeurs chagrins , qui lui feront
un crime d'avoir trop vanté la Normandie ,
& la foibleffe de quelques Normands , qui
penferont peut- être qu'il devoit prendre
fes intérêts de fa Patrie avec plus de chaleur
, & ne pas fe contenter de l'excufer en
badinant..
Il vient enſuite à un autre reproche qu'il
appréhende, plus que tout le refte . Ĉ'eſt
d'avoir paffé fous filence dans le Compliment
qu'il fit à M. l'Evêque de Bayeux.,
Illuftre Maifon de Luynes , les : Grands
Hommes qu'elle a produits , leurs actions ,
leurs vertus , les qualités du coeur & de l'efprit
qui la diftinguent ; de n'avoir rien dit
de M. le Duc de Chevreufe , fi connu au
Siége de Prague par fa générofité , ſa libéralité
, fon courage , & par quatre bleffures
qu'il y reçût ; de n'avoir pas fait mention
de cette fermeté d'ame , jointe à la plus folide
piété , qui rend M. de Bayeux le foûtien
& l'appui de la Religion , dont il venge les
droits ,
A O UST. 1744. 1797
droits , fans aigreur & fans amertume , mais
conftamment & fans foibleffe ; de cette Eloquence
douce & infinuante , qui a ramené
plus d'une fois au fein de la Vérité les Efprits
les plus opiniâtres ; de cette affabilité
charmante , qui lui gagne tous les coeurs ,
& donne un nouveau prix à fes bienfaits ;
de cette vigilance Paftorale , de ce zéle pur
& univerfel , qui fe livre aux petits comme
aux grands , qui porte l'Illuftre Pafteur à
prêcher fon peuple jufqu'au milieu même
des Campagnes , expofé aux injures de l'Air,
& uniquement occupé des intérêts de fon
Troupeau : voilà , dit le P. D. ce qu'on me
reprochera , fans doute , d'avoir oublié
mais pour louer fi dignement une . Maifon
fi diftinguée , un Prélat d'un fi rare mérite ,
un Difcours auroit- il fuffi ? Et que feroit
alors devenue la Caufe des Normands ? Il
ajoûte encore une autre raifon qui doit l'exeufer
, c'eft que M. de Luynes , malgré cette
bonté facile , qui le rend fi affable envers
tout le monde , n'écoute pas volontiers ceux.
qui le loüent , & qu'il eft auffi attentif à
éviter les louanges qu'à les mériter. Ainfi il
y avoit deux écueils à craindre ; s'étendre
fur les louanges de ce digne Prélát , c'étoit
vouloir lui déplaire ; omettre des Vertus ,
fi univerfellement eftimées , c'étoit s'attirer
L'indignation du Public. Le P. D. a uſé de
i
l'à
1798 MERCURE DE FRANCE.
L
Padreffe ordinaire des Orateurs , pour tromper
la modeftie de M. de Luynes ; fon zéle ,
fa vigilance , fa bonté , fa charité , fes talens
Académiques , toutes ces qualités font
loüées fans affectation par des traits répandus
dans la premiere & dans la feconde
Partie ainfi " dans l'Epitre Dédicatoire.
que
Cette premiere Partie finit par l'Eloge de
'de M. le Cardinal de Fleury , que M. de
Bayeux a fi dignement remplacé à l'Acadé
mie Françoife , & dont la mémoire fera
toujours chere à la Ville de Caën , par les
aumônes que S. E. y répandoit , & par la
protection dont elle honoroit tous les Ordres
de la Province , & en particulier l'Univerfité
de Caën. Les fleurs que l'Orateur
jette en paffant fur le Tombeau de ce Miniftre
, font affés choifies être mêlées:
pour
aux plus belles dont on ait orné ſon Maufolée.
SECONDE PARTIE
En changeant de matiere , le P. D. change
de ton . Jufqu'ici il nous a enchanté ,
maintenant il va nous amufer . Pour loüer
fes Compatriotes , il a déployé les charmes
du génie le plus gracieux ; pour les excufer ,
il prodigue le fel de l'efprit le plus enjoué.
Là , c'eft un Difcours rempli de gravité &
de
AOUST. 1744. 1799
"
"
de nobleſſe ; ici , ce n'eft qu'une converſation
, j'ai prefque dit un badinage , plein de
légéreté & de fineffe. Ces genres , ſí éloignés
& fi oppofés , femblent fe rapprocher
& fe réconcilier pour prendre l'air élégant
& agréable , que l'Auteur donne à tous fes:
Portraits. On trouve celui d'un Normand
tiré d'après l'idée que s'en font les Cenfeurs
qu'on va confondre . « Ils le repréfentent
»ce Normand , toujours élevé fur une Rouë
»mobile , d'où il obferve de quel côté ſouf-
»fle le vent de la fortune ; les fraudes volti
»gent à l'entour de fa tête , & font rétentir
» à fes oreilles un bruit flateur ; la diffimula-
»tion compofe l'air de fon vifage , & régle
» le mouvement de fa langue ; la fineffe di-
» rige tous les regards , & préfide au jeu des
» muſcles moteurs , d'où dépend l'action ,
»ou plûtôt le langage des yeux , dociles aux
impreffions qu'elle leur tranfmet. Ceux ci
parlent & fe taifent à fon gré , fans jamais
trahir le fécret des fentimens & des pen-
» fées , dont ils font les interprétes naturels.
»Formé à l'école de la flaterie & de la poli-
» telſe , ſon coeur reçoit de l'une le miel
» qu'il diſtille , & de l'autre le mafque dont
»il fe couvre : Mercure y joint fes bons offi-
» ces , qui ne font pas indifferens ; ce Dieu ,
» d'un vol careffant , jouë & folâtre fans
»ceffe près du cher nourriffon ; il fecoue
»
66
» fur
1800 MERCURE DE FRANCE.
fur lui fes aîles légères , & en fait tomber
une pluye de rufes & d'artifices , dont
"Pavide Normand ne laiffe rien échaper.
Ici , on trouve en détail les differens défauts
qu'on reproche aux Normands ; pour
montrer la fauffeté de ces préjugés , le P. D.
fe contente d'en indiquer la vraye fource.
Les Normands , plus actifs qu'aucun autre
Peuple pour amaffer du bien , plus attentifs
à le conferver , plus habiles à l'augmenter ,
ont fertilifé jufqu'aux Rocs arides de leurs
Montagnes , & par la commodité de leurs.
Ports ont rendu leur Province le Magaſin
de l'Europe , & le centre de fon Commerce.
Voilà tout le fondement du reproched'intérêt
, dont on les a chargés.
On fe plaint que dans la Société ils ne
font ni affés francs , ni affés ouverts ; qu'en
amitié ils font froids ou infidéles. La plus
rapide excurfion en leurs Villes feroit bientôt
rendre juſtice à leur exacte politeffe & .à
leur louable fincerité. On ne fçauroit leur
en demander davantage , fans exiger ou plus
de rufticité , ou moins de difcrétion dans
leurs manieres.
On les accufe encore d'être peu fcrupuleux
fur les intérêts de la bonne- foi & de la
vérité , accufation fondée uniquement fur
leur attention à ne point parler d'eux - mêmes
, ni de leurs affaires , & à éviter par là
less
AOUST. 1744. 1801
les difputes où l'on s'expofe , en fatisfaiſant
une curiofité fotte & déplacée .
Sont-ils donc fi ennemis de la difpute &
des Procès ? Oui fans doute , & ce n'eft que
pour les éviter que toutes leurs affaires fe
traitent & fe terminent en Juftice réglée.
C'est ici que F'Orateur touche finement l'article
des témoins de Normandie , en faisant
obferver que nulle part ils ne s'expliquent
avec plus de jufteffe , de reſpect & de Religion
, & que pulle part leurs fautes ne
font punies avec tant de févérité que dans
la Jurifprudence Normande.
Enfin l'air de la Normandie eft , dit- on ,
fi contagieux , qu'aucun Etranger ne peut y
féjourner , fans gagner le mal du Pays . Mais
ce prétendu mal eft un vrai bien pour ces
Etrangers. En Normandie les Bretons deviennent
plus laborieux & plus induſtrieux;
les Gafcons plus modeftes , & moins fanfarons
, les Champenois plus fins & plus déliés
, &c.
A propos des préventions que les Parifiens
, malgré leur bonté naturelle , ne laiffent
pas de conferver contre les Normands ,
le P.D. nous fait le Portrait de certains Seigneurs
de cette Capitale , qui font leur féjour
en Normandie , & qui font exempts
des préjugés populaires.
22 Nous les voyons , dit-il , auffi élevés
í
»par
1802 MERCURE DE FRANCE
•
»
par leur Dignité qué par leur Naiffance.
»L'éclat qui les couvre eft fi temperé par la
bonté de leur caractere & par la douceur
de leurs manieres , qu'il nous eft permis
»de les approcher avec confiance , & de
jouir , fans contrainte , des charmes de
» leur commerce. Nous admirons dans leurs
»difcours & dans leurs Ecrits l'Erudition la
plus recherchée , qui s'y produit avec ces
graces faciles & aifées , qui ne coulent
» qu'avec le fang des Dieux dans les plus
»beaux génies ; nous y fentons ces tours.
>> heureux qu'une noble fimplicité leur four-
» nit , pour éclaircir les plus fombres matieres
, & pour embellir les plus abftraites.
»L'Orateur avoue qu'ils ne doivent point
»ces belles qualités au féjour de la Normandie
, mais qu'ils les ont apportées avec
» eux.
A ces traits , il eft aifé de reconnoître M.
l'Evêque de Bayeux , quoique le P. D. ne
l'ait pas nommé ; furtout l'Académie de
Caën , dont il eft le reftaurateur , ne peut
s'y méprendre.
Mais encore , d'où vient cette réputation
de duplicité , qu'on nous reproche , dit l'Orateur
? Apparemment de l'alliance des Normands
avec les Neuftriens , alliance qui forma
entre eux une union fi étroite , qu'un
Normand & un Neuftrien fembloient ne
faire
A O UST. 1744. 1803
faire qu'une même perfonne. Je fuis fâché
d'être obligé d'omettre dans cet Extrait les
beautés d'un Difcours , qui n'eft pas fufceptible
d'abrégé ; j'en demande pardon au P.
du Parc , fi ennemi de la diffufion & de la
prolixité , & en même- tems fi jaloux de la
propreté & du bon goût , qu'on diroit qu'en
Pere fage & oeconome, il ne refuſe à aucune
des idées qu'il enfante , la parure qui lui ,
convient le mieux , mais fans vouloir y
ajoûter aucun de ces ornemens qui , fans relever
une véritable beauté , ne peuvent flater
qu'une vanité capricieufe. On doit juger
de- là quels font le choix & la pureté du
Latin , la clarté & l'exactitude du ſtyle .
Le fuccès de cette Piéce prouve que le
goût de la faine Antiquité a encore des Partifans.
Je crois , M. en finiffant ma Lettre , que
non feulement vous conviendrez de cette
vérité , mais que vous avonerez qu'on ne
peut pas difculper plus avantageufement
une Nation , dont le mérite ne vous est pas
inconnu , vous , MM.. qquuii poffedez des Domaines
confidérables dans cette belle &
grande Province , qui d'ailleurs n'avez jamais
donné dans les Préjugés vulgaires , &
qui êtes également équitable & éclairé.
J'ai l'honneur d'être , M. &c.
A Paris ,le 14 Août 1744.
Fermer
2987
p. 1807-1822
SÉANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie, à laquelle présida M. de Malaval, Directeur, en l'absence de M. de la Peyronie, Premier Chirurgien & Médecin Consultant de Sa Majesté, le 2 Juin 1744.
Début :
MR Hévin, Sécretaire pour les correspondances, fit en l'absence de M. [...]
Mots clefs :
Dissolvant, André Levret, Blanc d'oeuf, Tumeurs, Liqueur, Expériences, Lymphe, Sang, Lait, Sucs, Couennes lymphatiques, Expérience, Médicament, Remède, Substances, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie, à laquelle présida M. de Malaval, Directeur, en l'absence de M. de la Peyronie, Premier Chirurgien & Médecin Consultant de Sa Majesté, le 2 Juin 1744.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , à laquelle préfida
M. de Malaval , Directeur , en l'abfence
de M. de la Peyronie , Premier
Chirurgien Médecin Confultant de Sa
Majefté , le 2 Juin 1744.
M
R Hévin , Sécretaire pour les correfpondances
, fit en l'abſence de M.
Quefnay , Sécretaire , l'ouverture de la
Séance . Il déclara que l'Académie avoit adjugé
le Prix fur la matiére des Remedes
Emolliens , au Mémoire N °. 7 , qui a pour
Deviſe les treize Lettres fuivantes , P. F. G.
M. E. A. C. P. D. L. D. D. L. Ce Mémoire
eft de M. Graffot , Maître ès Arts , & Chirurgien
Major de l'Hôtel- Dieu de Lyon.
L'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant . De tous les autres
Ouvrages , qui ont mérité d'être admis au
concours , les Mémoires Nº . 11 , & N °. IV,
ont le plus approché de celui qui a remporté
le Prix . Le No. 11 a pour Devile Sat cito,
fi fat bene ; le Mémoire eft de M. Guyot ,
Maître en Chirurgie à Genéve ; le N°.IV ,
eft terminé ces trois Vers de Lucrece.
par
Animi
808 MERCURE DE FRANCE.
Animi tenebras neceffe eft
Non radii Solis , nec lucida tela diei
Discutiant ,fed NaturaSpecies , ratioque.
Le dernier Mémoire eft de M. Louis ,
Maître ès Arts , fils du Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roi à Metz , ancien
Chirurgien , Aide - Major des Camps & Armées
du Roi , ancien Chirurgien Major du
Régiment du Commiflaire Général de la
Cavalerie , & aujourd'hui Chirurgien gagnant
Maîtrife à l'Hôpital Général de Paris
, en la Maifon de la Salpêtriere.
M. Hevin lût enfuite les Eloges de M.
'Andoüillé, le pere , Membre de l'Académie,
ancien Prévôt de fa Compagnie , & Démonftrateur
Royal pour les Maladies des
Os , & de M. Perron , le pere , Confeiller
du Committé perpétuel de l'Académie ,
Chirurgien Herniaire de l'Hôtel Royal des
Invalides , & de tous les Hôpitaux Militaires
du Royaume , tous deux morts depuis la
Séance publique de l'année derniere .
M. Levret fit la lecture du précis d'un
très-long Mémoire , lû dans les Séances particulieres
de l'Académie , dans lequel il démontre
, par un grand nombre d'Expériences
Phyfiques , & par quelques Faits de pratique
, la poffibilité de fondre ou réfoudre
les Tumeurs Squirrenfes , Scrophuleuſes ,
CanA
O UST. 1744. 1809
Cancereufes & autres , faites par l'engorgement
ou par l'extravafation de la Lymphe
épaiffie & endurcie , foit dans les glandes ,
foit dans le tiffu cellulaire des graiffes.
M. Levret commençe par expofer dans
ce Mémoire , qu'il a travaillé à l'imitation
de Mrs de la Peyronie , Petit , Quefnay ,
Bouquot , Faget & Dufoüart , qui ont fait
une quantité d'Expériences pour découvrir
la nature des humeurs , qui entroient dans
la compofition de ces fortes de Tumeurs ,
tant pour en diftinguer l'état contre nature,
d'avec l'état fain , que pour reconnoître les
divers degrés de dépravation , où ces humeurs
pouvoient être parvenuës. M. Levret
a repeté les mêmes Expériences , & il s'eft
convaincu , ainfi que ces Meffieurs , 1 ° . que
les Tumeurs Squirreufes, Cancereufes , &c.
étoient faites de fucs , en partie albumineux
, & en partie gelatineux , & il croit
avoir découvert leurs juftes proportions relatives
. 2 °. Que la ftagnation de ces fucs, &
la diffipation de leur Serum , fuffifoit pour
produire le Squirre. 3 ° . Que la perverſion
de ces mêmes fucs , occafionnée par le mouvement
fpontané de putréfaction , étoit laˆ
caufe des cruelles douleurs, & autres grands
accidens , qui font périr les Malades , lorfque
l'Opération ( feul fecours qui refte en
pareil cas ) n'eft plus praticable . Ces decou-
E vertes
1810 MERCURE DE FRANCE:
vertes l'ont conduit à pouvoir déterminer
le tems où l'on peut effayer de traiter ces
fortes de Tumeurs , par la voye de la Réfolution.
L'Auteur donne enfuite la Deſcription de
fon Médicament diffolvant ou fondant, qui
a pour baze le Sel fixe de Tartre , & pour
véhicule l'Eau de pluye diftillée ; ce Remede
eft une Liqueur potable , auffi lympide
que la plus belle Eau ; elle n'a nulle odeur ,
& fa faveur eft très-fupportable. Comme M.
Levret, lors de la découverte de fon Diffolvant
, n'avoit pas en main des Tumeurs
Squirreufes, Cancereufes, &c. pour faire fes
Expériences , il fe détermina à le mettre en
épreuve fur des fubftances reconnuës , en
quelque forte , analogues à l'humeur qui
produit ces efpeces de Tumeurs ; il choifit
pour cet effet des Coënes lymphatiques ,
qui fe forment fur le fang que l'on tire dans
les Maladies inflammatoires, du blanc d'oeuf,
cuit & crud , de la lymphe , du lait frais
caillé , &c .
M. Levret prit d'abord une de ces Coënes
lymphatiques ; il la mit fur le feu , dans un
vaiffeau de terre , avec huit onces de fon
Diffolvant ; dès que la liqueur fut prête
à bouillir , il s'apperçut que la Coëne
s'étoit gonflée , & qu'elle étoit devenuë
tranfparente, & en un quart d'heure d'ébullition
A O UST. 1744. 1811
Jition , elle fut exactement diffoute . L'Auteur
fait obferver qu'il étoit resté à la Coëne
quelques petits caillots de fang ; il fe trouva
au fond du vafe , après la parfaite diffolu
tion de cette Coëne , de petits grumeaux
noirs , qu'il foupçonna être la partie rouge
du fang, qui y étoit demeurée incrustée ; pour
s'en affûrer , il recommença l'Expérience
avec une Coëne lavée & bien blanchie ; il
ne refta aucuns grumeaux , ce qui le perfuada
de la réalité de fon foupçon ; on verra
ailleurs les conféquences qu'il tire de ce
Phénomene. M. Levret a répeté ces Expériences
, tant à froid , qu'à la chaleur du fumier,
avec des Coënes fraîches & feches , lavécs,
ou non lavées; elles ont été toutes diffoutes,
fans avoir acquis de mauvaiſe odeur,
les unes plûtôt , les autres plus tard , fuivant
leur plus ou moins de denfité,la température
de la liqueur ou de l'air, le repos, ou le mouvement
qui leur avoit été communiqué.
L'Auteur n'étoit pas content d'avoir vu
diffoudre parfaitement ces Coënes ; il voulut
fçavoir fi le même moyen qui les fondoit
, pourroit empêcher qu'elles ne fe formaffent.
Pour s'en affûrer , il profita de l'occafion
d'un Pleuretique , à qui il avoit déja
tiré à plufieurs reprifes , un fang extrêmement
coëneux. La Maladie exigeant de nouvelles
faignées , il tira deux palettesde fang
E ij
1812 MERCURE DE FRANCE.
à l'ordinaire, & une troifiéme dans une pin
te de fon Diffolvant tiéde . Il eut la fatifaction
de voir que le fang y refta en diffolution
, & que celui qui avoit été tiré dans
les palettes , devint coëneux. Cette Expérience
, qu'il répeta une feconde fois , lui fit
imaginer de donner fonDiffolvant en boiffon
au Malade , le fixième jour de la Maladie
, après neuf faignées , qui n'avoient
point diminué les accidens ; il arriva en
vingt-quatre heures un changement manifefte
en mieux ; les urines , qui n'avoient
coulé jufques- là qu'en petite quantité &
roufsâtres , devinrent abondantes & faffranées
; il furvint des fueurs foetides , qui terminerent
la Maladie en peu de jours.
M. Levret avoüe de bonne foi , que ce
fuccès apparent ne le flata
ne le flata pas beaucoup , &
qu'il ne fe crut pas autorifé à regarder comme
l'effet de fon Reméde , une Guérifon
qu'on pouvoit auffi attribuer aux faignées ,
au Régime , aux autres Remedes dont on
s'étoit fervi , & même au tems qu'avoit duré
la Maladie . En homme fage , il fufpendit
fon Jugement jufqu'à- ce qu'il fe préſentât
de nouvelles occafions de faire ufage de fon
Remede. Il en donna fucceffivement à trois
Pleuretiques , avec le même fuccès , à l'un
après fix faignées , à l'autre , après cinq , &
au dernier , après quatre . Une Erefipele au
vifage
A O UST. 1744. 1813
1
vifage fournit auffi à peu près dans le même
tems à l'Auteur une autre occafion de
preuve. Après avoir fait plufieurs faignée
des bras & des pieds , fans aucun changement,
( le fang fe trouvant fort coëneux ) il
fit ufage de fon Diffolvant , tant intérieurement
, qu'en topique , & le Malade fut parfaitement
guéri le feptiéme jour. M. Levret
ne voulut pas être feul témoin des bons effets
de fon Remede ; il en fournit à plufieurs
de fes Confreres , qui tous s'en font
très-bien trouvés dans diverfes Maladies in-
Aammatoires. Il termine ces premieres Expériences
, en avertiffant qu'il eft bien éloigné
de croire que fon Diffolvant ait la propriété
de faire feul ces Cures , mais qu'il le
regarde comme un moyen qui peut concourir
puillamment à cet effet , étant aidé de la
diette , des faignées , &c. & dirigé avec
beaucoup de prudence.
M. Levret n'a pas oublié de rapporter une
chofe affés finguliere , qui arriva au Malade
de l'Erefipele au vifage , & à qui il tira du
fang du pied dans fon Diffolvant . Cet homme
portoit depuis trente ans fur le tarfe
un ganglion très-dur , & gros comme une
aveline. Le bain feul du pied dans le Diffolvant
chaud pour la faignée,ramollit beaucoup
cette Tumeur; l'application de compref-
Les imbues de la même Liqueur , en procure→
E iij
rent
1814 MERCURE DE FRANCE.
rent la refolution parfaite dans l'efpace de
trois semaines.
Satisfait en quelque maniere du fuccès
de fes Expériences fur les Coënes lymphatiques
, il voulut les effayer fur le blanc
d'oeuf, que l'on fçait être fort analogue
avec la partie albumineufe de la lymphe ,
qui furabonde dans lesTumeurs Squirreufes,
Ĉancereufes , &c. Il mit le blanc d'un oeuf
frais crud , dans une bouteille , avec huit
onces de Diffolvant ; il les mêlangea exactement
, & les mit au bain-marie ; la Liqueur
fut une heure en ébullition , fans que
le blanc d'oeuf prît aucune confiftance ; le
mêlange refta lympide & de couleur de
paille ; il fe fit feulement , en refroidif
fant , une espece de précipité dont on va
parler.
M. Levret obferva dans cette Expérience
trois chofes remarquables , 1 ° . que le blanc
d'oeuf n'a pû prendre aucune confiftance ,
quoiqu'il ait bouilli dans la Liqueur pendant
une heure. 2 ° . Que les ligamens qui
attachent le jaune de l'oeuf au blanc , & que
quelques-uns nomment le germe de l'oeuf,
devinrent auffi durs que des ganglions.
3 °. Que la pellicule lucide , qui enveloppe
la partie la plus folide du blanc d'oeuf , ne
fut point détruite par le Diffolvant. Elle
étoit feulement devenuë opaque , & elle
Y
formoir
AOUST. 1744 1815
le
formoit avec les ligamens ou le germe ,
précipité dont on a parlé. Ces trois Phénoménes
femblent devoir faire naître les refléxions
fuivantes. 1 °. Que cette Liqueur paroît
être le vrai Diffolvant des fucs albumineux
, puiſqu'elle les tient en fonte , malgré
l'action du feu, z ° . Qu'elle ne paroît
attaquer que ces fucs , puifqu'elle ne fond
pas la pellicule lucide , qui enveloppe immédiatement
le blanc d'auf. 3 ° . Qu'elle
donne du reffort aux parties folides , puif-
'elle durcit les ligamens ou le germe, qui
font de ce genre .
qu'elle
Il ne fuffifoit pas d'avoir éprouvé que le
Diffolvant tenoit le blanc d'oeuf en fonte
ou fluide ; il falloit voir s'il pourroit fondre
ce même blanc d'oeuf , durci par la cuiffon.
On va voir par l'Expérience fuivante , que
M. Levret y a réiiffi. Il fit durcir un oeuf
frais , il le dépouilla de fa coque , il fépara
le jaune du blanc , il coupa ce dernier par
lardons , qu'il mit au bain-marie dans une
bouteille de verre blanc, avec huit onces de
Diffolvant ; le blanc d'oeuf s'y diffout peu
peu,& il fe trouva en fonte parfaite après fix
heures d'ébullition ; on voyoit dans la Liqueur
les portions de pellicules qui couvroient
le blanc d'oeuf dans fon état naturel ;
elles avoient confervé la forme qui leur
avoit été donnée en le coupant par mor-
E iiij ceaux ;
1816 MERCURE DE FRANCE.
ceaux ; ce qui prouve encore que le Diffolvant
n'agit point fur les parties folides . L'Expérience
qui fuit en fournit une nouvelle
preuve. Il mit un jaune d'oeuf crud dans
du Diffolvant boüillant ; il y prit une
confiftance dure & folide , comme il arrive
dans l'eau commune bouillante . Le Diffol
vant fit en cette occafion ce qu'il avoit déja
fait à la Coëne , mife en ébullition ; la partie
rouge du fang , qui y étoit incruftée , s'y
étoit cuite & endurcie. De tout l'oeuf, il ne
fe diffout donc que le blanc , & des Coënes
que les Coënes mêmes.
Ce qui s'eft paffé dans les Coënes & le
blanc d'oeuf peut être mis en parallele avec
les Expériences particulieres que M. Levret
fit enfuite für la Lymphe. En effet il a éprou
vé , 1 ° . que la Lymphe , mêlée avec le Dif
folvant , & mife en ébullition , n'a pû prendre
aucune confiftance. 2 ° . Que cette même
Lymphe durcie au feu , comme le blanc
d'oeuf , s'eft parfaitement fondue dans le
Diffolvant. 3 ° . Que quand la Lymphe ſe
trouve chyleufe , la diffolution refte louche,
tant qu'elle eft chaude , & qu'en refroidiffant
, elle s'éclaircit par la précipitation des
parties chyleufes , qui y étoient fufpenduës,
& non altérées par l'action du Diffolvant.
Mais , continue M. Levret , » ces fubftances
» étant naturellement diaphanes , il étoit
" difficile
A O UST. 1744. 1817
>>
"
par
» difficile d'apperce voir à la vûë , fi aprè
»l'action du Diffolvant leurs molécules
» avoient été alterées ou non. Je conjectu-
» rois la fluidité , qu'elles avoient con-
»fervée , ou qui leur avoit été renduë ,
qu'elles étoient reftées, ou qu'elles étoient
» rentrées dans leur état naturel , mais cela
» ne m'affûroit pas démonftrativement que
» dans le dernier de ces deux cas , ces ſubf-
» tances euffent été rétablies dans leur premiere
intégrité. Pour en être certain , il
» étoit donc néceffaire de l'éprouver fur
quelque fubftance qui pût mieux tomber
» fous les fens. Le Lait , qui a des parties dif
» tinctes & très-perceptibles à la vûë , m'a
file convaincu Diffolvant détruit que
» quelque chofe dans les compofés acciden-
» tels , ce n'eft que pour leur rendre leur
» forme naturelle , en mettant en liberté
>> leurs molécules ftagnantes , aufquelles , en
>> rendant le mouvement , il femble , pour
» ainfi-dire , rendre la vie.
»
»
M. Levret mêla enſemble parties égales
de Lait & de Diffolvant ; il les laiffa à froid
pendant vingt- quatre heures , fans y apperaucun
changement ; il mit enfuite le
mêlange fur le feu . Le Lait , ainfi mixtionné
, monta au premier moment de l'ébulli
tion , comme s'il eût été feul ; il perdit feulement
fa grande blancheur , & devint un
E v peu
1818 MERCURE DE FRANCE
peu roux, M. Levret, curieux de voir fi dans
cet état le Lait tourneroit en y jettant un acide,
y verfa quelques gouttes de vinaigre, qui
le cailleboterent fur le champ. Mais ce qu'il
Y a de fingulier , c'eft que ces mêmes caillebots
, jettés dans du Diffolvant chaud ou
froid , s'y fondent , & le lait reprend fa
premiere forme , fur tout à froid , comme
cela eft prouvé par l'Expérience qui fait.
M. Levret mit une cueillerée de caillé.
fait avec la préfure ordinaire , dans un Vaſe
de verre , avec huit onces de Diffolvant
froid ; au bout d'une heure , la Liqueur devint
blanchâtre , ce qui continua d'augmen
ter toujours de plus en plus ; douze heures.
après , il ne pouvoir plus voir le morceau de
caillé que par deffus la Liqueur, parce qu'el
le s'étoit rendue opaque , en devenant laiteufe.
Le lendemain à pareille heure , il
trouva à la place du caillé , une pellicule de
crême , d'un blanc laiteux , comme fi l'on
eût ajoûté au Diffolvant autant de Lait qu'on
y avoit mis de caillé.
Content de cet effet , qui fe paffa à froid
en 36 heures , il voulut éprouver ce qui
arriveroit à la chaleur ; il mit fur le feu un
pareil volume de caillé , avec une pareille
quantité de Diffolvant dans un vaiffeau de
terre. A mefure que la Liqueur s'échauffoit,
le caillé fe fondoit , & au premier moment
de
AOUS T. 1744 1819
de l'ébullition , le mêlange s'éleva , comme
auroit fait du Lait coupé ; il fe fit à la furface
une pellicule de crême cuite , & la Liqueur
laiteufe refta uniforme , quoique
refroidie. Il a repeté cette derniere Expérience
avec differens Fromages , tels
que ceux de Brie , Saffenage , Roquefort ,
Gruyere , Hollande , Parmefan , &c. ils
ont été tous diffouts très- promptement , &
ont confervé fous cette nouvelle forme leur
couleur , leur odeur & leur goût ; on peut
donc conclure que cet Agent ne fait que
défunir les molécules des fubftances , fansles
altérer ni les détruire .
L'Auteur , en fuivant cette idée , conjectura
que l'application de ce Médicament
pourroit produire de bons effets fur les Tumeurs
laiteufes, qui arrivent aux mammelles
des femmes après leurs couches ; il l'éprou
va avec beaucoup de fuccès fur une Dame
attaquée de cette Maladie , dont elle fouf
froit confidérablement depuis trois femaines
; elle fut guérie en huit jours , par le
moyen de compreffes imbibées de cette Liqueur
, pofées fur la partie , & que l'on
avoit foin d'entretenir chaudes & humides .
Il avoit tout lieu d'être fatisfait du fuccès
de fes Expériences fur les diverfes fubftances
qu'il y avoit employées ; mais il lui reftoit
à éprouver fon Diffolvant fur de v ayes
E vj Tu1820
MERCURE DE FRANCE.
Tumeurs Cancereufes ; c'étoit même fon objet
principal . Enfin il eut occafion d'avoir
trois de ces Tumeurs ; il répeta fucceffivement
fur ces trois Tumeurs les Expériences
que nous avons vûës , en préſence de Mrs
Moreau , Hevin , Bruyere , Defpuech , tous
Membres de l'Académie;ils furent témoins de
la parfaite diffolution de ces Tumeurs ,laquel
le s'acheva de la même maniere que celle des
Coënes , du Lait caillé , caillebotté , de la
Lymphe , & du blanc d'oeuf cuit , fans endommager
les parties que ces fucs albumineux
avoient abreuvées & diftenduës . Ces
Expériences , qui furent faites à l'aide du
feu , à la chaleur du fumier , & à l'air temperé
, fouffrirent quelques variations , par
rapport à l'étendue du tems , fuivant le degré
de chaleur , & la quantité des mouvemens
communiqués au Médicament. Par
exemple , la diffolution ſe fit au bain-marie
bouillant , en fix heures , à l'air temperé, en
fix femaines , & à la chaleur du fumier , en
quinze jours ; il eft bon d'obferver que toutes
ces diffolutions fe font faites fans putréfaction
, & fans altérer le tiffu des parties
folides engorgées de fues .
» N'est- ce pas-là , dit M. Levret , ce qu'a
» fait d'une part ce Médicament avec le
» blanc d'oeuf cuit , puifqu'il n'a pas diffous
» la pellicule qui l'enveloppe , ni les liga-
» mens
AOUS T. 1744. 182
"
mens, non plus que le jaune , ces trois der-
» nieres fubftances étant en quelque forte,du
»genre des parties folides & non des liqui-
» des. Si l'on fe rappelle d'autre part , con-
» tinue ce Chirurgien , l'Expérience de la
» diffolution de la Coëne , où il étoit resté
quelques petits caillots de fang , qui dans
l'épreuve s'étoient endurcis , & celle de la
Lymphe chyleufe , où le chyle s'étoit dépofé
en forme de précipité , il fera aifé de là
» de conclure, que non -feulement ce Médica-
» ment ne détruit point les parties folides ,
» mais qu'entre les particules même qui
compofent les fluides , il n'agit fpéciale-
» ment que fur l'albumineufe & fur la géla-
» tineufe , en leur rendant leur premiere
»forme & leur fluidité , de-même qu'au
» Lait caillé , & c.
35
93
L'Auteur a reconnu par le moyen de fon
Diffolvant , que les fucs qui entroient dans
la compofition
des trois Tumeurs Cancereufes,
qui lui fervirent pour fes épreuves , furpaffoient
vingt-quatre fois ou environ , le
poids des folides qui les contenoient ; que
ces fucs étoient la Lymphe même condenfée ,
épaiffie , & folidifiée par la féparation & la
fouftraction de faférofité, & que dans cet état,
qui la rend quelquefois
affés femblable à de
la corne , & très-élaftique , elle fe trouve
compofée de quatre parties de fucs albumineuxfur
une partie de gélatineux.
M.
1822 MERCURE DE FRANCE.
M. Levret auroit pû dans la fuite de ce
Mémoire rapporter quelques exemples des
bons effets de fon Remede , tant intérieurement
qu'extérieurement fur des Tumeurs
Scrophuleufes , & fur des Cancers , foit occultes
, foit confirmés , & même ulcerés ;
mais il a jugé à propos d'en réferver le détail
pour une autre occafion. Il fit obferver , en
finiffant fon Mémoire , quoiqu'il fe foit ſervi
de fon Diffolvant bouillant , pour parve
nir plus promptement à la diffolution des
fucs endurcis qu'il a mis en épreuve , il n'a
pas entendu que ce dernier degré de chaleur
dût s'employer dans la pratique, mais qu'el
le aide beaucoup l'action de ce Médicament;
il est même d'autant plus fingulier que fon
Diffolvant agiffe fi puiffamment dans ce der
nier degré de chaleur , que fans ce Médica
ment c'eft un moyen für pour endurcir plus .
promptement ces fortes de fucs albumineux..
La fuite pour le prochain Mercure.
Royale de Chirurgie , à laquelle préfida
M. de Malaval , Directeur , en l'abfence
de M. de la Peyronie , Premier
Chirurgien Médecin Confultant de Sa
Majefté , le 2 Juin 1744.
M
R Hévin , Sécretaire pour les correfpondances
, fit en l'abſence de M.
Quefnay , Sécretaire , l'ouverture de la
Séance . Il déclara que l'Académie avoit adjugé
le Prix fur la matiére des Remedes
Emolliens , au Mémoire N °. 7 , qui a pour
Deviſe les treize Lettres fuivantes , P. F. G.
M. E. A. C. P. D. L. D. D. L. Ce Mémoire
eft de M. Graffot , Maître ès Arts , & Chirurgien
Major de l'Hôtel- Dieu de Lyon.
L'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant . De tous les autres
Ouvrages , qui ont mérité d'être admis au
concours , les Mémoires Nº . 11 , & N °. IV,
ont le plus approché de celui qui a remporté
le Prix . Le No. 11 a pour Devile Sat cito,
fi fat bene ; le Mémoire eft de M. Guyot ,
Maître en Chirurgie à Genéve ; le N°.IV ,
eft terminé ces trois Vers de Lucrece.
par
Animi
808 MERCURE DE FRANCE.
Animi tenebras neceffe eft
Non radii Solis , nec lucida tela diei
Discutiant ,fed NaturaSpecies , ratioque.
Le dernier Mémoire eft de M. Louis ,
Maître ès Arts , fils du Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roi à Metz , ancien
Chirurgien , Aide - Major des Camps & Armées
du Roi , ancien Chirurgien Major du
Régiment du Commiflaire Général de la
Cavalerie , & aujourd'hui Chirurgien gagnant
Maîtrife à l'Hôpital Général de Paris
, en la Maifon de la Salpêtriere.
M. Hevin lût enfuite les Eloges de M.
'Andoüillé, le pere , Membre de l'Académie,
ancien Prévôt de fa Compagnie , & Démonftrateur
Royal pour les Maladies des
Os , & de M. Perron , le pere , Confeiller
du Committé perpétuel de l'Académie ,
Chirurgien Herniaire de l'Hôtel Royal des
Invalides , & de tous les Hôpitaux Militaires
du Royaume , tous deux morts depuis la
Séance publique de l'année derniere .
M. Levret fit la lecture du précis d'un
très-long Mémoire , lû dans les Séances particulieres
de l'Académie , dans lequel il démontre
, par un grand nombre d'Expériences
Phyfiques , & par quelques Faits de pratique
, la poffibilité de fondre ou réfoudre
les Tumeurs Squirrenfes , Scrophuleuſes ,
CanA
O UST. 1744. 1809
Cancereufes & autres , faites par l'engorgement
ou par l'extravafation de la Lymphe
épaiffie & endurcie , foit dans les glandes ,
foit dans le tiffu cellulaire des graiffes.
M. Levret commençe par expofer dans
ce Mémoire , qu'il a travaillé à l'imitation
de Mrs de la Peyronie , Petit , Quefnay ,
Bouquot , Faget & Dufoüart , qui ont fait
une quantité d'Expériences pour découvrir
la nature des humeurs , qui entroient dans
la compofition de ces fortes de Tumeurs ,
tant pour en diftinguer l'état contre nature,
d'avec l'état fain , que pour reconnoître les
divers degrés de dépravation , où ces humeurs
pouvoient être parvenuës. M. Levret
a repeté les mêmes Expériences , & il s'eft
convaincu , ainfi que ces Meffieurs , 1 ° . que
les Tumeurs Squirreufes, Cancereufes , &c.
étoient faites de fucs , en partie albumineux
, & en partie gelatineux , & il croit
avoir découvert leurs juftes proportions relatives
. 2 °. Que la ftagnation de ces fucs, &
la diffipation de leur Serum , fuffifoit pour
produire le Squirre. 3 ° . Que la perverſion
de ces mêmes fucs , occafionnée par le mouvement
fpontané de putréfaction , étoit laˆ
caufe des cruelles douleurs, & autres grands
accidens , qui font périr les Malades , lorfque
l'Opération ( feul fecours qui refte en
pareil cas ) n'eft plus praticable . Ces decou-
E vertes
1810 MERCURE DE FRANCE:
vertes l'ont conduit à pouvoir déterminer
le tems où l'on peut effayer de traiter ces
fortes de Tumeurs , par la voye de la Réfolution.
L'Auteur donne enfuite la Deſcription de
fon Médicament diffolvant ou fondant, qui
a pour baze le Sel fixe de Tartre , & pour
véhicule l'Eau de pluye diftillée ; ce Remede
eft une Liqueur potable , auffi lympide
que la plus belle Eau ; elle n'a nulle odeur ,
& fa faveur eft très-fupportable. Comme M.
Levret, lors de la découverte de fon Diffolvant
, n'avoit pas en main des Tumeurs
Squirreufes, Cancereufes, &c. pour faire fes
Expériences , il fe détermina à le mettre en
épreuve fur des fubftances reconnuës , en
quelque forte , analogues à l'humeur qui
produit ces efpeces de Tumeurs ; il choifit
pour cet effet des Coënes lymphatiques ,
qui fe forment fur le fang que l'on tire dans
les Maladies inflammatoires, du blanc d'oeuf,
cuit & crud , de la lymphe , du lait frais
caillé , &c .
M. Levret prit d'abord une de ces Coënes
lymphatiques ; il la mit fur le feu , dans un
vaiffeau de terre , avec huit onces de fon
Diffolvant ; dès que la liqueur fut prête
à bouillir , il s'apperçut que la Coëne
s'étoit gonflée , & qu'elle étoit devenuë
tranfparente, & en un quart d'heure d'ébullition
A O UST. 1744. 1811
Jition , elle fut exactement diffoute . L'Auteur
fait obferver qu'il étoit resté à la Coëne
quelques petits caillots de fang ; il fe trouva
au fond du vafe , après la parfaite diffolu
tion de cette Coëne , de petits grumeaux
noirs , qu'il foupçonna être la partie rouge
du fang, qui y étoit demeurée incrustée ; pour
s'en affûrer , il recommença l'Expérience
avec une Coëne lavée & bien blanchie ; il
ne refta aucuns grumeaux , ce qui le perfuada
de la réalité de fon foupçon ; on verra
ailleurs les conféquences qu'il tire de ce
Phénomene. M. Levret a répeté ces Expériences
, tant à froid , qu'à la chaleur du fumier,
avec des Coënes fraîches & feches , lavécs,
ou non lavées; elles ont été toutes diffoutes,
fans avoir acquis de mauvaiſe odeur,
les unes plûtôt , les autres plus tard , fuivant
leur plus ou moins de denfité,la température
de la liqueur ou de l'air, le repos, ou le mouvement
qui leur avoit été communiqué.
L'Auteur n'étoit pas content d'avoir vu
diffoudre parfaitement ces Coënes ; il voulut
fçavoir fi le même moyen qui les fondoit
, pourroit empêcher qu'elles ne fe formaffent.
Pour s'en affûrer , il profita de l'occafion
d'un Pleuretique , à qui il avoit déja
tiré à plufieurs reprifes , un fang extrêmement
coëneux. La Maladie exigeant de nouvelles
faignées , il tira deux palettesde fang
E ij
1812 MERCURE DE FRANCE.
à l'ordinaire, & une troifiéme dans une pin
te de fon Diffolvant tiéde . Il eut la fatifaction
de voir que le fang y refta en diffolution
, & que celui qui avoit été tiré dans
les palettes , devint coëneux. Cette Expérience
, qu'il répeta une feconde fois , lui fit
imaginer de donner fonDiffolvant en boiffon
au Malade , le fixième jour de la Maladie
, après neuf faignées , qui n'avoient
point diminué les accidens ; il arriva en
vingt-quatre heures un changement manifefte
en mieux ; les urines , qui n'avoient
coulé jufques- là qu'en petite quantité &
roufsâtres , devinrent abondantes & faffranées
; il furvint des fueurs foetides , qui terminerent
la Maladie en peu de jours.
M. Levret avoüe de bonne foi , que ce
fuccès apparent ne le flata
ne le flata pas beaucoup , &
qu'il ne fe crut pas autorifé à regarder comme
l'effet de fon Reméde , une Guérifon
qu'on pouvoit auffi attribuer aux faignées ,
au Régime , aux autres Remedes dont on
s'étoit fervi , & même au tems qu'avoit duré
la Maladie . En homme fage , il fufpendit
fon Jugement jufqu'à- ce qu'il fe préſentât
de nouvelles occafions de faire ufage de fon
Remede. Il en donna fucceffivement à trois
Pleuretiques , avec le même fuccès , à l'un
après fix faignées , à l'autre , après cinq , &
au dernier , après quatre . Une Erefipele au
vifage
A O UST. 1744. 1813
1
vifage fournit auffi à peu près dans le même
tems à l'Auteur une autre occafion de
preuve. Après avoir fait plufieurs faignée
des bras & des pieds , fans aucun changement,
( le fang fe trouvant fort coëneux ) il
fit ufage de fon Diffolvant , tant intérieurement
, qu'en topique , & le Malade fut parfaitement
guéri le feptiéme jour. M. Levret
ne voulut pas être feul témoin des bons effets
de fon Remede ; il en fournit à plufieurs
de fes Confreres , qui tous s'en font
très-bien trouvés dans diverfes Maladies in-
Aammatoires. Il termine ces premieres Expériences
, en avertiffant qu'il eft bien éloigné
de croire que fon Diffolvant ait la propriété
de faire feul ces Cures , mais qu'il le
regarde comme un moyen qui peut concourir
puillamment à cet effet , étant aidé de la
diette , des faignées , &c. & dirigé avec
beaucoup de prudence.
M. Levret n'a pas oublié de rapporter une
chofe affés finguliere , qui arriva au Malade
de l'Erefipele au vifage , & à qui il tira du
fang du pied dans fon Diffolvant . Cet homme
portoit depuis trente ans fur le tarfe
un ganglion très-dur , & gros comme une
aveline. Le bain feul du pied dans le Diffolvant
chaud pour la faignée,ramollit beaucoup
cette Tumeur; l'application de compref-
Les imbues de la même Liqueur , en procure→
E iij
rent
1814 MERCURE DE FRANCE.
rent la refolution parfaite dans l'efpace de
trois semaines.
Satisfait en quelque maniere du fuccès
de fes Expériences fur les Coënes lymphatiques
, il voulut les effayer fur le blanc
d'oeuf, que l'on fçait être fort analogue
avec la partie albumineufe de la lymphe ,
qui furabonde dans lesTumeurs Squirreufes,
Ĉancereufes , &c. Il mit le blanc d'un oeuf
frais crud , dans une bouteille , avec huit
onces de Diffolvant ; il les mêlangea exactement
, & les mit au bain-marie ; la Liqueur
fut une heure en ébullition , fans que
le blanc d'oeuf prît aucune confiftance ; le
mêlange refta lympide & de couleur de
paille ; il fe fit feulement , en refroidif
fant , une espece de précipité dont on va
parler.
M. Levret obferva dans cette Expérience
trois chofes remarquables , 1 ° . que le blanc
d'oeuf n'a pû prendre aucune confiftance ,
quoiqu'il ait bouilli dans la Liqueur pendant
une heure. 2 ° . Que les ligamens qui
attachent le jaune de l'oeuf au blanc , & que
quelques-uns nomment le germe de l'oeuf,
devinrent auffi durs que des ganglions.
3 °. Que la pellicule lucide , qui enveloppe
la partie la plus folide du blanc d'oeuf , ne
fut point détruite par le Diffolvant. Elle
étoit feulement devenuë opaque , & elle
Y
formoir
AOUST. 1744 1815
le
formoit avec les ligamens ou le germe ,
précipité dont on a parlé. Ces trois Phénoménes
femblent devoir faire naître les refléxions
fuivantes. 1 °. Que cette Liqueur paroît
être le vrai Diffolvant des fucs albumineux
, puiſqu'elle les tient en fonte , malgré
l'action du feu, z ° . Qu'elle ne paroît
attaquer que ces fucs , puifqu'elle ne fond
pas la pellicule lucide , qui enveloppe immédiatement
le blanc d'auf. 3 ° . Qu'elle
donne du reffort aux parties folides , puif-
'elle durcit les ligamens ou le germe, qui
font de ce genre .
qu'elle
Il ne fuffifoit pas d'avoir éprouvé que le
Diffolvant tenoit le blanc d'oeuf en fonte
ou fluide ; il falloit voir s'il pourroit fondre
ce même blanc d'oeuf , durci par la cuiffon.
On va voir par l'Expérience fuivante , que
M. Levret y a réiiffi. Il fit durcir un oeuf
frais , il le dépouilla de fa coque , il fépara
le jaune du blanc , il coupa ce dernier par
lardons , qu'il mit au bain-marie dans une
bouteille de verre blanc, avec huit onces de
Diffolvant ; le blanc d'oeuf s'y diffout peu
peu,& il fe trouva en fonte parfaite après fix
heures d'ébullition ; on voyoit dans la Liqueur
les portions de pellicules qui couvroient
le blanc d'oeuf dans fon état naturel ;
elles avoient confervé la forme qui leur
avoit été donnée en le coupant par mor-
E iiij ceaux ;
1816 MERCURE DE FRANCE.
ceaux ; ce qui prouve encore que le Diffolvant
n'agit point fur les parties folides . L'Expérience
qui fuit en fournit une nouvelle
preuve. Il mit un jaune d'oeuf crud dans
du Diffolvant boüillant ; il y prit une
confiftance dure & folide , comme il arrive
dans l'eau commune bouillante . Le Diffol
vant fit en cette occafion ce qu'il avoit déja
fait à la Coëne , mife en ébullition ; la partie
rouge du fang , qui y étoit incruftée , s'y
étoit cuite & endurcie. De tout l'oeuf, il ne
fe diffout donc que le blanc , & des Coënes
que les Coënes mêmes.
Ce qui s'eft paffé dans les Coënes & le
blanc d'oeuf peut être mis en parallele avec
les Expériences particulieres que M. Levret
fit enfuite für la Lymphe. En effet il a éprou
vé , 1 ° . que la Lymphe , mêlée avec le Dif
folvant , & mife en ébullition , n'a pû prendre
aucune confiftance. 2 ° . Que cette même
Lymphe durcie au feu , comme le blanc
d'oeuf , s'eft parfaitement fondue dans le
Diffolvant. 3 ° . Que quand la Lymphe ſe
trouve chyleufe , la diffolution refte louche,
tant qu'elle eft chaude , & qu'en refroidiffant
, elle s'éclaircit par la précipitation des
parties chyleufes , qui y étoient fufpenduës,
& non altérées par l'action du Diffolvant.
Mais , continue M. Levret , » ces fubftances
» étant naturellement diaphanes , il étoit
" difficile
A O UST. 1744. 1817
>>
"
par
» difficile d'apperce voir à la vûë , fi aprè
»l'action du Diffolvant leurs molécules
» avoient été alterées ou non. Je conjectu-
» rois la fluidité , qu'elles avoient con-
»fervée , ou qui leur avoit été renduë ,
qu'elles étoient reftées, ou qu'elles étoient
» rentrées dans leur état naturel , mais cela
» ne m'affûroit pas démonftrativement que
» dans le dernier de ces deux cas , ces ſubf-
» tances euffent été rétablies dans leur premiere
intégrité. Pour en être certain , il
» étoit donc néceffaire de l'éprouver fur
quelque fubftance qui pût mieux tomber
» fous les fens. Le Lait , qui a des parties dif
» tinctes & très-perceptibles à la vûë , m'a
file convaincu Diffolvant détruit que
» quelque chofe dans les compofés acciden-
» tels , ce n'eft que pour leur rendre leur
» forme naturelle , en mettant en liberté
>> leurs molécules ftagnantes , aufquelles , en
>> rendant le mouvement , il femble , pour
» ainfi-dire , rendre la vie.
»
»
M. Levret mêla enſemble parties égales
de Lait & de Diffolvant ; il les laiffa à froid
pendant vingt- quatre heures , fans y apperaucun
changement ; il mit enfuite le
mêlange fur le feu . Le Lait , ainfi mixtionné
, monta au premier moment de l'ébulli
tion , comme s'il eût été feul ; il perdit feulement
fa grande blancheur , & devint un
E v peu
1818 MERCURE DE FRANCE
peu roux, M. Levret, curieux de voir fi dans
cet état le Lait tourneroit en y jettant un acide,
y verfa quelques gouttes de vinaigre, qui
le cailleboterent fur le champ. Mais ce qu'il
Y a de fingulier , c'eft que ces mêmes caillebots
, jettés dans du Diffolvant chaud ou
froid , s'y fondent , & le lait reprend fa
premiere forme , fur tout à froid , comme
cela eft prouvé par l'Expérience qui fait.
M. Levret mit une cueillerée de caillé.
fait avec la préfure ordinaire , dans un Vaſe
de verre , avec huit onces de Diffolvant
froid ; au bout d'une heure , la Liqueur devint
blanchâtre , ce qui continua d'augmen
ter toujours de plus en plus ; douze heures.
après , il ne pouvoir plus voir le morceau de
caillé que par deffus la Liqueur, parce qu'el
le s'étoit rendue opaque , en devenant laiteufe.
Le lendemain à pareille heure , il
trouva à la place du caillé , une pellicule de
crême , d'un blanc laiteux , comme fi l'on
eût ajoûté au Diffolvant autant de Lait qu'on
y avoit mis de caillé.
Content de cet effet , qui fe paffa à froid
en 36 heures , il voulut éprouver ce qui
arriveroit à la chaleur ; il mit fur le feu un
pareil volume de caillé , avec une pareille
quantité de Diffolvant dans un vaiffeau de
terre. A mefure que la Liqueur s'échauffoit,
le caillé fe fondoit , & au premier moment
de
AOUS T. 1744 1819
de l'ébullition , le mêlange s'éleva , comme
auroit fait du Lait coupé ; il fe fit à la furface
une pellicule de crême cuite , & la Liqueur
laiteufe refta uniforme , quoique
refroidie. Il a repeté cette derniere Expérience
avec differens Fromages , tels
que ceux de Brie , Saffenage , Roquefort ,
Gruyere , Hollande , Parmefan , &c. ils
ont été tous diffouts très- promptement , &
ont confervé fous cette nouvelle forme leur
couleur , leur odeur & leur goût ; on peut
donc conclure que cet Agent ne fait que
défunir les molécules des fubftances , fansles
altérer ni les détruire .
L'Auteur , en fuivant cette idée , conjectura
que l'application de ce Médicament
pourroit produire de bons effets fur les Tumeurs
laiteufes, qui arrivent aux mammelles
des femmes après leurs couches ; il l'éprou
va avec beaucoup de fuccès fur une Dame
attaquée de cette Maladie , dont elle fouf
froit confidérablement depuis trois femaines
; elle fut guérie en huit jours , par le
moyen de compreffes imbibées de cette Liqueur
, pofées fur la partie , & que l'on
avoit foin d'entretenir chaudes & humides .
Il avoit tout lieu d'être fatisfait du fuccès
de fes Expériences fur les diverfes fubftances
qu'il y avoit employées ; mais il lui reftoit
à éprouver fon Diffolvant fur de v ayes
E vj Tu1820
MERCURE DE FRANCE.
Tumeurs Cancereufes ; c'étoit même fon objet
principal . Enfin il eut occafion d'avoir
trois de ces Tumeurs ; il répeta fucceffivement
fur ces trois Tumeurs les Expériences
que nous avons vûës , en préſence de Mrs
Moreau , Hevin , Bruyere , Defpuech , tous
Membres de l'Académie;ils furent témoins de
la parfaite diffolution de ces Tumeurs ,laquel
le s'acheva de la même maniere que celle des
Coënes , du Lait caillé , caillebotté , de la
Lymphe , & du blanc d'oeuf cuit , fans endommager
les parties que ces fucs albumineux
avoient abreuvées & diftenduës . Ces
Expériences , qui furent faites à l'aide du
feu , à la chaleur du fumier , & à l'air temperé
, fouffrirent quelques variations , par
rapport à l'étendue du tems , fuivant le degré
de chaleur , & la quantité des mouvemens
communiqués au Médicament. Par
exemple , la diffolution ſe fit au bain-marie
bouillant , en fix heures , à l'air temperé, en
fix femaines , & à la chaleur du fumier , en
quinze jours ; il eft bon d'obferver que toutes
ces diffolutions fe font faites fans putréfaction
, & fans altérer le tiffu des parties
folides engorgées de fues .
» N'est- ce pas-là , dit M. Levret , ce qu'a
» fait d'une part ce Médicament avec le
» blanc d'oeuf cuit , puifqu'il n'a pas diffous
» la pellicule qui l'enveloppe , ni les liga-
» mens
AOUS T. 1744. 182
"
mens, non plus que le jaune , ces trois der-
» nieres fubftances étant en quelque forte,du
»genre des parties folides & non des liqui-
» des. Si l'on fe rappelle d'autre part , con-
» tinue ce Chirurgien , l'Expérience de la
» diffolution de la Coëne , où il étoit resté
quelques petits caillots de fang , qui dans
l'épreuve s'étoient endurcis , & celle de la
Lymphe chyleufe , où le chyle s'étoit dépofé
en forme de précipité , il fera aifé de là
» de conclure, que non -feulement ce Médica-
» ment ne détruit point les parties folides ,
» mais qu'entre les particules même qui
compofent les fluides , il n'agit fpéciale-
» ment que fur l'albumineufe & fur la géla-
» tineufe , en leur rendant leur premiere
»forme & leur fluidité , de-même qu'au
» Lait caillé , & c.
35
93
L'Auteur a reconnu par le moyen de fon
Diffolvant , que les fucs qui entroient dans
la compofition
des trois Tumeurs Cancereufes,
qui lui fervirent pour fes épreuves , furpaffoient
vingt-quatre fois ou environ , le
poids des folides qui les contenoient ; que
ces fucs étoient la Lymphe même condenfée ,
épaiffie , & folidifiée par la féparation & la
fouftraction de faférofité, & que dans cet état,
qui la rend quelquefois
affés femblable à de
la corne , & très-élaftique , elle fe trouve
compofée de quatre parties de fucs albumineuxfur
une partie de gélatineux.
M.
1822 MERCURE DE FRANCE.
M. Levret auroit pû dans la fuite de ce
Mémoire rapporter quelques exemples des
bons effets de fon Remede , tant intérieurement
qu'extérieurement fur des Tumeurs
Scrophuleufes , & fur des Cancers , foit occultes
, foit confirmés , & même ulcerés ;
mais il a jugé à propos d'en réferver le détail
pour une autre occafion. Il fit obferver , en
finiffant fon Mémoire , quoiqu'il fe foit ſervi
de fon Diffolvant bouillant , pour parve
nir plus promptement à la diffolution des
fucs endurcis qu'il a mis en épreuve , il n'a
pas entendu que ce dernier degré de chaleur
dût s'employer dans la pratique, mais qu'el
le aide beaucoup l'action de ce Médicament;
il est même d'autant plus fingulier que fon
Diffolvant agiffe fi puiffamment dans ce der
nier degré de chaleur , que fans ce Médica
ment c'eft un moyen für pour endurcir plus .
promptement ces fortes de fucs albumineux..
La fuite pour le prochain Mercure.
Fermer
2988
p. 1827-1828
Mémoires pour servir à l'Histoire des Gaules, &c. Extrait, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Gaules & de la France, dédiés à [...]
Mots clefs :
Francs, Gaules, Celtes, Origine, Mémoires, Histoire, Gaulois, Remarques, Académie royale des inscriptions et belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires pour servir à l'Histoire des Gaules, &c. Extrait, [titre d'après la table]
MEMOIRES рour
fervir à l'Hiſtoire
des Gaules & de la France , dédiés à
MM . de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , par M. Gibert , 1 vol. in-
12. A Paris , chés B. Brunet fils , grande
Sale du Palais , à l'Envie .
Ces Mémoires forment un Recueil de
quinze Differtations fur des fujets importans
de notre Hiftoire ancienne , traités avec
beaucoup d'ordre & de folidité. On fe contentera
d'en rapporter ici les Titres.
I. Remarques fur les Noms des Celtes ,
des Galates & des Gaulois . II. Recherches
nouvelles fur les Hyperboréens. III. Obfervations
fur un paffage d'Herodote , le plus
ancien où les Celtes foyent nommés . Ì V.
Paffage d'Onomacrite , où la Gaule eft appellée
Pays Lycéen . V. Effai de Differtation
fur l'Origine des Gaulois . V I. Examen
du Ch. IX . du L. I. de l'Hiftoire des
Celtes ,, par M. Pelloutier . VII. Fragmens
de Critique fur un Livre intitulé , Antiquités
de la Nation & de la Monarchie Françoi
Leg
1828 MERCURE DE FRANCE.
fe , par M. le Gendre de S. Aubin. VIII
Remarques fur l'Origine des Francs , &
l'Etymologie de leur nom. IX . Obfervations
finguliéres fur l'origine des Germains .
X. Explication d'un Endroit de Procope ,
qui concerne l'établiffement des Francs dans
les Gaules , T. I. de la Guerre des Goths.
XI. S'il faut lire Armoriques ( Appogines
ou Arboruches ( ApСopuxo ) dans Procope.
XII. De l'affociation des Francs & des Arboruches.
XIII . De l'Epoque du Régne
de Pharamond. XIV . Examen des differens
fentimens fur l'Epoque de l'Etabliffement
des Francs dans les Gaules. X V. Si
les Francs avoient des Rois avant que de
paffer le Rhin.
fervir à l'Hiſtoire
des Gaules & de la France , dédiés à
MM . de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , par M. Gibert , 1 vol. in-
12. A Paris , chés B. Brunet fils , grande
Sale du Palais , à l'Envie .
Ces Mémoires forment un Recueil de
quinze Differtations fur des fujets importans
de notre Hiftoire ancienne , traités avec
beaucoup d'ordre & de folidité. On fe contentera
d'en rapporter ici les Titres.
I. Remarques fur les Noms des Celtes ,
des Galates & des Gaulois . II. Recherches
nouvelles fur les Hyperboréens. III. Obfervations
fur un paffage d'Herodote , le plus
ancien où les Celtes foyent nommés . Ì V.
Paffage d'Onomacrite , où la Gaule eft appellée
Pays Lycéen . V. Effai de Differtation
fur l'Origine des Gaulois . V I. Examen
du Ch. IX . du L. I. de l'Hiftoire des
Celtes ,, par M. Pelloutier . VII. Fragmens
de Critique fur un Livre intitulé , Antiquités
de la Nation & de la Monarchie Françoi
Leg
1828 MERCURE DE FRANCE.
fe , par M. le Gendre de S. Aubin. VIII
Remarques fur l'Origine des Francs , &
l'Etymologie de leur nom. IX . Obfervations
finguliéres fur l'origine des Germains .
X. Explication d'un Endroit de Procope ,
qui concerne l'établiffement des Francs dans
les Gaules , T. I. de la Guerre des Goths.
XI. S'il faut lire Armoriques ( Appogines
ou Arboruches ( ApСopuxo ) dans Procope.
XII. De l'affociation des Francs & des Arboruches.
XIII . De l'Epoque du Régne
de Pharamond. XIV . Examen des differens
fentimens fur l'Epoque de l'Etabliffement
des Francs dans les Gaules. X V. Si
les Francs avoient des Rois avant que de
paffer le Rhin.
Fermer
2989
p. 1828-1829
VII & VIII Vol. de la Collection des OEuvres de M. Bossuet, [titre d'après la table]
Début :
Le septiéme & le huitiéme Volumes de la Collection des Oeuvres de M. Bossuet, [...]
Mots clefs :
Oeuvres, Jacques Bénigne Bossuet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII & VIII Vol. de la Collection des OEuvres de M. Bossuet, [titre d'après la table]
Le feptiéme & le huitiéme Volumes de
la Collection des Oeuvres de M. Boffuet
Evêque de Meaux , paroiffent depuis peu
Paris , chés le Mercier , la veuve Alix , Barois
, fils , & Boudet , Libraires , in-fol . 1744.
Le feptiéme Volume contient les Ecrits de
M. Boffuet , à l'occafion des difputes , qui fe
font élevées au fujet du Livre des Maximes
des Saints , la Politique tirée des propres paroles
de l'Ecriture-Sainte , & fon Traité fur
la Comédie. Le huitiéme comprend le Difcoursfur
l'Hiftoire Universelle , une Lettre
au Pape Innocent XI , avec la Réponſe .?
les
AOUST. 1744. 1829
les Oraifons Funébres , & le Difcours que
M. Boffuet prononça lorfqu'il fut reçû à
l'Académie Françoiſe,
la Collection des Oeuvres de M. Boffuet
Evêque de Meaux , paroiffent depuis peu
Paris , chés le Mercier , la veuve Alix , Barois
, fils , & Boudet , Libraires , in-fol . 1744.
Le feptiéme Volume contient les Ecrits de
M. Boffuet , à l'occafion des difputes , qui fe
font élevées au fujet du Livre des Maximes
des Saints , la Politique tirée des propres paroles
de l'Ecriture-Sainte , & fon Traité fur
la Comédie. Le huitiéme comprend le Difcoursfur
l'Hiftoire Universelle , une Lettre
au Pape Innocent XI , avec la Réponſe .?
les
AOUST. 1744. 1829
les Oraifons Funébres , & le Difcours que
M. Boffuet prononça lorfqu'il fut reçû à
l'Académie Françoiſe,
Fermer
2990
p. 1829-1833
X Tome des Vies des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
Début :
LES VIES des Hommes Illustres de la France, &c. Par M. d'Auvigny. T. X. contenant [...]
Mots clefs :
Roi, Amiral de Bonivet, Fautes, Faveurs, Inclination, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : X Tome des Vies des Hommes Illustres, [titre d'après la table]
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , &c. Par M. d'Auvigny. T. X. contenant
la fuite des Grands Capitaines , à
Amfterdam , & fe vend à Paris , chés le Gras,
Grand'Sale du Palais , à l'L couronnée ,
1744.
Nous avons rendu compte du IX Tome
de cet Ouvrage dans le I. Vol. du Mercure
de Juin dernier , p. 1164. Celui- ci contient
les Vies de l'Amiral de Bonivet , de
Charles Duc de Bourbon , premier Prince
du Sang , Pair & Grand Chambellan de
France , &c. de Claude de Lorraine , Duc
de Guife , & c. & de François , Duc de
Guife.
On fe contentera de rapporter ici l'Article
qui regarde l'Amiral de Bonivet , Capitaine
de cent Hommes d'Armes , Chevalier de
l'Ordre du Roi & Gouverneur de Provence
fous le Régne de François I , parce que cet
Article eft moins étendu , & n'excedera
point les bornes que nous fommes obligés
de nous prefcrire.
On a vû dans quelques-unes des Vies
précédentes que
l'Amiral de Bonivet avoit
commis de grandes fautes dans le Confeil
dont
1830 MERCURE DE FRANCE.
gneur ,
n'étoit
›
dont la faveur du Roi l'avoit rendu l'ame ,
& à la tête des armées que ce Monarque
avoit confiées à fa conduite. Cependant
l'inclination qu'il reffentoit pour ce Seipas
feulement Pouvrage de
la prévention. Il étoit moins néceſſaire d'ajoûter
que de retrancher du caractere de
Bonivet , pour en former un grand homme
; fa préfomption feule caufa fon malheur
& fes fautes . Les difgraces de la Fortune
n'étant point fuivies de celle du Prince
, il en fut moins humilié , & moins en
état de faire les réfléxions , dont certains ef
prits ne font capables que dans l'abattement.
Le fuccès du Siége de Fontarabie , où il
montra des talens pour la guerre , acheva
de le gâter. On a vû que de tous les favoris
de François I , Anne de Montmorenci ,
feul corrigé par de grands accidens , mérita
le nom de grand Capitaine. Chabot , Seigneur
de Brion , l'un de ceux qui partageoient
les bonnes graces du Roi , pour
avoir affifté à la défenſe de Marſeille , & à
la levée de ce Siége , formé par le Connétable
, fe crût le modéle des Généraux , &
commit depuis beaucoup de fautes.Les hommes
qui n'ont rien à défirer , méritent rarement
un pareil bonheur . L'eftime du grand
nombre s'accorde trop aifément à la faveur ,
pour que ceux qui la poffédent prennent les
moyens
A O UST. 1744: 1831
moyens néceffaires de fe rendre véritablement
utiles & eftimables. L'Hiftoire n'offre
en aucun Pays de la terre un Favori réellement
grand homme ; il ne faut que du bonheur
& de l'efprit pour gagner l'ame d'un
Prince , mais l'autre Titre ne s'acquiert qu'à
l'aide de la crainte , de l'efperance & de la
contradiction. Je n'appelle point Favoris
des hommes tels que les Cardinaux de Volfey
& de Richelieu ; ces puiffans génies
domptoient leur Maître & leur Nation
fans être aimés & fans efperer d'être excu
fés dans leur difgrace, lorfqu'elle arriveroit.
Bonivet fût donc malheureux dans fes entrepriſes
militaires , & infiniment dangereux
à l'Etat , parce qu'il fut trop affùré de
l'inclination du Roi , non de celle qui vient
de la connoiffance des talens & qui doit être
la récompenfe de la fidélité & des fervices ,
mais de ce goût du coeur qui fe déclare fouvent
fans motif, & dont on ne manque
prefque jamais d'abufer. Bonivet fut longtems
attaché à la Régente , Mere du Roi ,
qui fe fervoit de lui , pour faire paffer à fon
fils les idées qu'elle ne vouloit pas lui préfenter
elle- même. Il ne la fervit que trop
bien. Et que pouvoit-on attendre d'un Gouvernement
foumis à une femme hautaine &
capricieuſe , foûtenue dans tous fes deſſeins ,
& que fes paffions feules dirigeoient ? Bonivet
1832 MERCURE DE FRANCE.
vet fut plus heureux dans fes négociations
en Allemagne, où le Roi l'envoya au commencement
de fon Régne , & c'eft affés l'efprit
des Cours de juger un homme capable
de tout , parce qu'il a réuffi dans un genre,
Son Commandement en Italie lors de la retraite
du Connétable , & fes fuccès fâcheux ,
dont cette expédition fut fuivie , ne détromperent
point le Roi fur l'idée qu'il avoit dẹ
fes talens. Il préféra fes confeils à ceux des
plus grands Capitaines de fon Royaume , &
fon aveugle confiance en un homme , aveuglé
lui-même par fa préfomption , les perdit
l'un & l'autre. Le Roi fut pris , & Bonivet ,
devenu éclairé fur le bord du précipice ,
connut toutes les fautes, dans l'inftant qu'el
les produifoient leur plus malheureux effet
; enfin , n'écoutant plus que fon défefpoir
, il fe fit tuer à la Bataille de Pavie , les
armes à la main , ne voulant point furvivre
à la
perte du Roi , & à fa réputation . Ainfi
le défefpoir finit les jours d'un homme , à
qui rien n'avoit ofé faire ombrage pendant
le cours de fa vie , dont la faveur avoit été
continuelle , que toutes les fautes n'avoient
point rendu coupable aux yeux de celui qui
auroit pû l'en punir , & à qui fon Roi ,
prevenu de la plus forte inclination , auroit
peut-être pardonné fa propre perte , s'il
avoit
AOUST. 1744. 18 ; 3
avoit pû le réfoudre à fe la pardonner luimême.
France , &c. Par M. d'Auvigny. T. X. contenant
la fuite des Grands Capitaines , à
Amfterdam , & fe vend à Paris , chés le Gras,
Grand'Sale du Palais , à l'L couronnée ,
1744.
Nous avons rendu compte du IX Tome
de cet Ouvrage dans le I. Vol. du Mercure
de Juin dernier , p. 1164. Celui- ci contient
les Vies de l'Amiral de Bonivet , de
Charles Duc de Bourbon , premier Prince
du Sang , Pair & Grand Chambellan de
France , &c. de Claude de Lorraine , Duc
de Guife , & c. & de François , Duc de
Guife.
On fe contentera de rapporter ici l'Article
qui regarde l'Amiral de Bonivet , Capitaine
de cent Hommes d'Armes , Chevalier de
l'Ordre du Roi & Gouverneur de Provence
fous le Régne de François I , parce que cet
Article eft moins étendu , & n'excedera
point les bornes que nous fommes obligés
de nous prefcrire.
On a vû dans quelques-unes des Vies
précédentes que
l'Amiral de Bonivet avoit
commis de grandes fautes dans le Confeil
dont
1830 MERCURE DE FRANCE.
gneur ,
n'étoit
›
dont la faveur du Roi l'avoit rendu l'ame ,
& à la tête des armées que ce Monarque
avoit confiées à fa conduite. Cependant
l'inclination qu'il reffentoit pour ce Seipas
feulement Pouvrage de
la prévention. Il étoit moins néceſſaire d'ajoûter
que de retrancher du caractere de
Bonivet , pour en former un grand homme
; fa préfomption feule caufa fon malheur
& fes fautes . Les difgraces de la Fortune
n'étant point fuivies de celle du Prince
, il en fut moins humilié , & moins en
état de faire les réfléxions , dont certains ef
prits ne font capables que dans l'abattement.
Le fuccès du Siége de Fontarabie , où il
montra des talens pour la guerre , acheva
de le gâter. On a vû que de tous les favoris
de François I , Anne de Montmorenci ,
feul corrigé par de grands accidens , mérita
le nom de grand Capitaine. Chabot , Seigneur
de Brion , l'un de ceux qui partageoient
les bonnes graces du Roi , pour
avoir affifté à la défenſe de Marſeille , & à
la levée de ce Siége , formé par le Connétable
, fe crût le modéle des Généraux , &
commit depuis beaucoup de fautes.Les hommes
qui n'ont rien à défirer , méritent rarement
un pareil bonheur . L'eftime du grand
nombre s'accorde trop aifément à la faveur ,
pour que ceux qui la poffédent prennent les
moyens
A O UST. 1744: 1831
moyens néceffaires de fe rendre véritablement
utiles & eftimables. L'Hiftoire n'offre
en aucun Pays de la terre un Favori réellement
grand homme ; il ne faut que du bonheur
& de l'efprit pour gagner l'ame d'un
Prince , mais l'autre Titre ne s'acquiert qu'à
l'aide de la crainte , de l'efperance & de la
contradiction. Je n'appelle point Favoris
des hommes tels que les Cardinaux de Volfey
& de Richelieu ; ces puiffans génies
domptoient leur Maître & leur Nation
fans être aimés & fans efperer d'être excu
fés dans leur difgrace, lorfqu'elle arriveroit.
Bonivet fût donc malheureux dans fes entrepriſes
militaires , & infiniment dangereux
à l'Etat , parce qu'il fut trop affùré de
l'inclination du Roi , non de celle qui vient
de la connoiffance des talens & qui doit être
la récompenfe de la fidélité & des fervices ,
mais de ce goût du coeur qui fe déclare fouvent
fans motif, & dont on ne manque
prefque jamais d'abufer. Bonivet fut longtems
attaché à la Régente , Mere du Roi ,
qui fe fervoit de lui , pour faire paffer à fon
fils les idées qu'elle ne vouloit pas lui préfenter
elle- même. Il ne la fervit que trop
bien. Et que pouvoit-on attendre d'un Gouvernement
foumis à une femme hautaine &
capricieuſe , foûtenue dans tous fes deſſeins ,
& que fes paffions feules dirigeoient ? Bonivet
1832 MERCURE DE FRANCE.
vet fut plus heureux dans fes négociations
en Allemagne, où le Roi l'envoya au commencement
de fon Régne , & c'eft affés l'efprit
des Cours de juger un homme capable
de tout , parce qu'il a réuffi dans un genre,
Son Commandement en Italie lors de la retraite
du Connétable , & fes fuccès fâcheux ,
dont cette expédition fut fuivie , ne détromperent
point le Roi fur l'idée qu'il avoit dẹ
fes talens. Il préféra fes confeils à ceux des
plus grands Capitaines de fon Royaume , &
fon aveugle confiance en un homme , aveuglé
lui-même par fa préfomption , les perdit
l'un & l'autre. Le Roi fut pris , & Bonivet ,
devenu éclairé fur le bord du précipice ,
connut toutes les fautes, dans l'inftant qu'el
les produifoient leur plus malheureux effet
; enfin , n'écoutant plus que fon défefpoir
, il fe fit tuer à la Bataille de Pavie , les
armes à la main , ne voulant point furvivre
à la
perte du Roi , & à fa réputation . Ainfi
le défefpoir finit les jours d'un homme , à
qui rien n'avoit ofé faire ombrage pendant
le cours de fa vie , dont la faveur avoit été
continuelle , que toutes les fautes n'avoient
point rendu coupable aux yeux de celui qui
auroit pû l'en punir , & à qui fon Roi ,
prevenu de la plus forte inclination , auroit
peut-être pardonné fa propre perte , s'il
avoit
AOUST. 1744. 18 ; 3
avoit pû le réfoudre à fe la pardonner luimême.
Fermer
2991
p. 1833-1834
Essais d'Exhortations, &c. [titre d'après la table]
Début :
ESSAIS d'Exhortations, avant & après l'Administration du très-saint Viatique, [...]
Mots clefs :
Sacrements, Exhortations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essais d'Exhortations, &c. [titre d'après la table]
ESSAIS d'Exhortations , avant & après
l'Adminiſtration du très - faint Viatique'
des Sacremens de Batême , de l'Extrême-
Onction , & du Mariage , avec divers motifs.
& Actes pour la confolation des Malades ,
& des Mourans , & quelques Exhortations
pour les Fiançailles. Par un Prêtre de l'Oratoire
, 1 vol. in- 12 . de 544 pag . fans la Table
, & l'Avertiffement ; à Paris , chés le
Mercier , Imprimeur-Libraire de l'Hôtelde-
Ville , ruë S. Jacques , au Livre d'Or ,
M. DCC . XLIV .
Le feul Titre de ce Livre en fait connoître
l'importance , & marque la modeftie du
pieux Auteur , qui , fous le nom d'Eſſais ,
nous donne un Ouvrage achevé & des plus
édifians que la Piété Chrétienne puiffe défirer.
و د
» Il y a lieu de croire , dit * un des Doc-
» teurs en Théologie de la Faculté de Paris ,
qui l'ont approuvé , que cet Ouvrage fera
» très- utile à ceux qui font chargés de l'Ad-
»miniftration des Sacremens , & que l'onction
qui accompagne les paroles de la
* M. le Boyer , Théologal de l'Eglife de Toulouse.
F » Sain1834
MERCURE DE FRANCE.
» Sainte Ecriture , que l'Auteur a ramaffées
»avec foin , produira dans les Fidéles les
>> fentimens , dans lefquels ils doivent
» être , lorfqu'ils approchent des Sacremens.
l'Adminiſtration du très - faint Viatique'
des Sacremens de Batême , de l'Extrême-
Onction , & du Mariage , avec divers motifs.
& Actes pour la confolation des Malades ,
& des Mourans , & quelques Exhortations
pour les Fiançailles. Par un Prêtre de l'Oratoire
, 1 vol. in- 12 . de 544 pag . fans la Table
, & l'Avertiffement ; à Paris , chés le
Mercier , Imprimeur-Libraire de l'Hôtelde-
Ville , ruë S. Jacques , au Livre d'Or ,
M. DCC . XLIV .
Le feul Titre de ce Livre en fait connoître
l'importance , & marque la modeftie du
pieux Auteur , qui , fous le nom d'Eſſais ,
nous donne un Ouvrage achevé & des plus
édifians que la Piété Chrétienne puiffe défirer.
و د
» Il y a lieu de croire , dit * un des Doc-
» teurs en Théologie de la Faculté de Paris ,
qui l'ont approuvé , que cet Ouvrage fera
» très- utile à ceux qui font chargés de l'Ad-
»miniftration des Sacremens , & que l'onction
qui accompagne les paroles de la
* M. le Boyer , Théologal de l'Eglife de Toulouse.
F » Sain1834
MERCURE DE FRANCE.
» Sainte Ecriture , que l'Auteur a ramaffées
»avec foin , produira dans les Fidéles les
>> fentimens , dans lefquels ils doivent
» être , lorfqu'ils approchent des Sacremens.
Fermer
2992
p. 1834
Catalogue d'une Bîbliothéque de Livres très-rares, [titre d'après la table]
Début :
On trouve à Paris, chés Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, le Catalogue d'une [...]
Mots clefs :
Bibliothèque, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Catalogue d'une Bîbliothéque de Livres très-rares, [titre d'après la table]
On trouve à Paris , chés Briaffon , Libraire
, rue S. Jacques , le Catalogue d'une
Bibliothèque de Livres très-rares , où il fe
trouve plufieurs remarques curieufes fur les
Editions de ces mêmes Livres : cette Bibliothéque
eft à vendre à Bafle : voici le Titre
de ce Catalogue ,
Bibliotheca Selectiſſima , five Catalogus Librorum
in omni genere Scientiarum rariſſimorum
,, quos maximis fumptibus , fummoque
ftudio ac cura per plurimos annos collegit ,
nunc vero venum exponit Samuel Engel , ex
Rep. Helv. Bernenfi Biblioth. Primarius , qui
buncce Catalogum Ordine alphabetico concinnavit
, fimul ac notis perpetuis illuftravit ,
8°.1743 .
On vendra cette Bibliothéque en gros ,
ou en détail , avant le mois d'Octobre , mil
fept cent quatante- quatre.
, rue S. Jacques , le Catalogue d'une
Bibliothèque de Livres très-rares , où il fe
trouve plufieurs remarques curieufes fur les
Editions de ces mêmes Livres : cette Bibliothéque
eft à vendre à Bafle : voici le Titre
de ce Catalogue ,
Bibliotheca Selectiſſima , five Catalogus Librorum
in omni genere Scientiarum rariſſimorum
,, quos maximis fumptibus , fummoque
ftudio ac cura per plurimos annos collegit ,
nunc vero venum exponit Samuel Engel , ex
Rep. Helv. Bernenfi Biblioth. Primarius , qui
buncce Catalogum Ordine alphabetico concinnavit
, fimul ac notis perpetuis illuftravit ,
8°.1743 .
On vendra cette Bibliothéque en gros ,
ou en détail , avant le mois d'Octobre , mil
fept cent quatante- quatre.
Fermer
2993
p. 1835-1842
ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Beaux Arts de la Ville de Lyon, du quatre Décembre 1743.
Début :
M. Borde, président, rapporta l'Extrait suivant des Mémoires qui avoient été lûs à l'Académie, / Discours sur l'inutilité du Systême des Génies. M Rey combat, dans ce Discours, le sentiment [...]
Mots clefs :
Anciens, Modernes, Mémoire, Corps, Discours, Eaux, Mouvements de la lune, Planètes, Réflexions, Théâtres, Composition, Salubrité de l'air, Années climatériques, Génération, Physique moderne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de l'Académie des Beaux Arts de la Ville de Lyon, du quatre Décembre 1743.
ASSEMBLE'E publique de l'Académie dès
Beaux Arts de la Ville de Lyon , du quatre
Décembre 1743 .
M des Mémoiresqui avoient été lús à l'Acadé-
Borde , préfident , rapporta l'Extrait fuivant
mie , depuis la précédente Affemblée publique.
Difcours fur l'inutilité du Systême des Génies.
M Rey combat , dans ce Difcours , le fentiment
de quelques anciens qui donnoient à chaque Aftre
un Génie , pour le conduire ; & ne croyoient pas
les Loix Méchaniques fuffifantes , pour maintenir
l'Univers dans l'état où nous le voyons . Les Phyficiens
modernes font bien éloignés d'avoir recours
à de telles explications ; les loix du mouvement , la
configuration des corps . la différente difpofition de
leurs parties,font les feuls refforts qu'ils employent.
Differtation fur les trois inégalités des mouvêmens
de la Lune.
Le P. Béraud examine , dans la premiere Partie
de cet Ouvrage , les différentes hypotéfes ; propofe
une Méthode fimple , pour déterminer les deux dernieres
inégalités des mouvemens lunaires , & croit
pouvoir prouver dans la fuite , par des obfervations
sûres & récentes , qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles
s'accordent avec le calcul fondé fur les Tables
Aftronomiques.
Dans la feconde Partie , il cherche la caufe Phyfi
que de ces irrégularités conftantes , & penfe qu'avec
l'aide des découvertes de M. Newton , on peut
démontrer qu'elle eft dans lesLoix du mouvement,
établies par le Créateur.
Fij Nous
1836 MERCURE DE FRANCE.
Nous voyons , avec étonnement , les progrès de
P'Aftronomie , depuis environ un Siécle ; cependant
il lui reste encore bien des ténébres à percer ; les
grands hommes qui ont inventé des hypotéfes ,
pour rendre raifon des inégalités des mouvemens
de la Lune & des autres Planettes , n'ont point levé
les difficultés .L'hypotéfe circulaire donne l'acceleration
des Planettes , en raifon des diamétres apparens
, tandis que par les obfervations , elle devroit
être en raifon double des diamétres L'hypotéfe Elliptique
de Kepler corrige ce défaut ; mais pour éviter
une erreur de calcul , ce grand homme s'eft jetté
dans une erreur de fait , en fuppofant l'excentricité
de la Lune,moindre qu'elle n'eft réellement . M. de
la Hyre , en adoptant les Ellipfes de Kepler , a reconnu
cette erreur , & a cru pouvoir la détruire .
Il place pour cela le centre du mouvement des Planettes
dans un point éloigné des foyers , mais ce
point ne peut le trouver que par l'ufage des Tables
des anciens , qui font défectueules . La Courbe de
M. Caffini détermine aifément le Lieu des Planettes
, mais elle eft différente de l'Ellipfe ; l'une &
l'autre hypotéfe place le centre de la Lune , dans
le même inftant, dans des Lieux différens , qui ofera
décider laquelle eft la vraye ?
Differtation fur la falubrité de l'air.
M. Moëgling , l'un de nos Académiciens affociés
étrangers , Auteur de cette Differtation , nous
y préfente un examen des principes actifs répandus
dans l'air , fon action fur nos corps , & les effets
qu'elle y produit ; un grand nombre d'exemples ,
appuyés d'autorités refpectables , lui fervent à établir
, que l'air humide & froid eft extrêmement
nuifible à la fanté. La tention néceffaire aux fibres
de pos corps eft néceffairement relâchée par l'humidité
AOUST. 1744. 1837
dité de l'air , & le froid , en refferrant les pores ,
arrête la tranfpiration . Ces deux qualités nuifibles
de l'air , font elles réunies ? le danger augmente
& il eft difficile de fe défendre de fes impreffions. Il
fuit done , de cet examen , que l'air fec & chaud
eft le plus analogue à nos corps , & tel qu'il le
faut ,, pour entretenir le jeu de les parties.
7
Mémoire fur l'harmonie & fur les régles de la
compofition.
-M. Cheinet , dans la premiere Partie de ce Mémoire
, préfente des recherches Phyfiques fur le
principe de l'harmonie ; il établit le rapport des
confonnances qui la forment , l'origine des modes
principaux , quelles en doivent être les bornes ; & il
finit cette premiere Partie , par la néceffité du tempérament
, pour tous les inftrumens à touches.
M. Cheinet s'eft propofé , dans la feconde Partie ,
d'examiner quelles font les véritables régles de la
compofition , qu'il déduit des principes qu'il a établis
; quels doivent être les accords d'une bonne -
Mufique & leurs juftes bornes.
Difcours fur les Régules Métalliques.
M. Gavinet , après une explication du mot de
Régule , un détail des différentes efpéces & de leur
utilité , dans l'art de décompofer les Métaux & les
Minéraux , établit une nouvelle maniere de procéder
à l'opération du Régule Martial , qui abrege de
moitié le travail ordinaire. L'explication du Méchanifme
de cette opération y répand des lumieres
intéreffantes. L'Etoile qui paroît fur la furface de ce
Régule après la fufion , perd ici tous fes droits d'Af
tre bienfaifant , d'Etoile lumineufe , que lui avoit
Fiij donné
1838 MERCURE DE FRANCE.
donné l'imagination échauffée & peu habile de
quelques anciens Philofophes & Alchymiftes. I
préfente une expérience fur la chaux d'antimoine ,
qui n'eft la terre vitrefcible de cè minéral , déque
pouillée de fon huile & de fon fouffre , par le fel vo
lasil du Salpêtre à laquelle il a rendu la forme de
Régule. La maniere de procéder aux Régules d'étain
& de cuivre,& leur utilité dans la compofition
de l'Elixir Solaire , que Paracelfe & Vanhelmont
ont donné fous des noms mystérieux , terminent ce
difcours . Des Méthodes fimples , des expériences
bien conduites , tendent toutes également à la perfection
des Arts ; rien n'eft à négliger.
Mémoire fur les Théatres des anciens, comparés
à ceux des Modernes.
M. Clapaffon , après avoir fait dans ce Mémoire ,
une defcription exacte des Théatres des anciens ,
qu'il a tirée de Vitruve & des meilleurs Auteurs
qui en ont traité , les compare à ceux des Modernes
, & trouve dans cette comparaiſon , des raiſons
de préférence en faveur de ces derniers .
L'étendue , la folidité , la magnificence des Théatres
anciens , les marbres les plus précieux qu'on
employoit dans leur conftruction , & ces fuperbes
Portiques qu'on élevoit aux environs les rendoient
fupérieurs à ceux des Modernes , mais il en réfultoit
néceffairement des défauts , contre l'ufage auquel
on les deftinoit .
La grandeur de leur enceinte empêchoit la voix
des Acteurs de parvenir diftinctement aux oreilles
des Spectateurs , ou du moins ce n'étoit pas fans
altérer le naturel , qui en fait le plus grand charme.
Ils n'empruntoient pas le fecours des lumieres artificielles
, qui donnent aux Spectacles, des Modernes
A O UST. 1744. 1839
nes un air d'enchantement . Le genre de leur conf
truction ne leur permettoit pas , fans doute , l'artifice
de nos décorations , leur variété , l'entente de
la perfpective , & furtout la promptitude dans les
changemens de nos décorations , puifqu'ils étoient
en ufage de baiffer le rideau , toutes . les fois que la
Scéne devoit changer.
Nous avons fouvent l'occafion de comparer nos
ufages , nos coûtumes , nos découvertes à celles des ,
Anciens : fi nous y trouvons des raifons de préféren
ce , elles ne doivent pas altérer notre estime pour
eux , & nous faire regarder comme plus habiles ,
mais feulement plus heureux.
M. Colomb lut la Defcription Anatomique d'un
Enfant monftrueux né & mort , depuis quelques
mois , dans la Paroiffe de S. George , dont il avoit
fait la diffection . Il en expofa le réfultat ; ce n'eft
Pas là le feul exemple des bizarreries & des égaremens
de la Nature.
Differtationfur la fuperftition des nombres , ou
Les années Climatériques .
Le P. Tolomas préfente trois points de vûë inté
reflans , dans cet Ouvrage . Le premier contient des
recherches fur la prétendue vertu des nombres ,
P'origine de cette opinion ; & en remontant , par
des traces prefque effacées , à la plus haute Anti- .
quité , il fuit le fil des penfees, qui ont conduit les
hommes à regarder certaines années comme funef .
tes , ou du moins comme périlleuses. Le fecond:
point de vue nous offre une définition des années
Climatériques , un examen des raifons prétendues
des craintes que ces années avoient infpirées , &
dont bien des gens ne font pas encore affranchis .
Enfin , le troifiéme objet de ce Mémoire , eft de ré-
Fiij futer
1840 MERCURE DE FRANCE.
futer & détruire ces préjugés , qui tout frivoles &
déraisonnables qu'ils font , n'ont pas laiffé d'être
adoptés par les plus grands Philofophes de la
Gréce & de l'Italie , & mème par quelques Peres
de l'Eglife.
Quel doit être le but d'un Ouvrage de ce genre !
D'inftruire la raiſon humaine , en l'éclairant ; de
rendre fervice à la Société , en diffipant fes v . ines
terreurs , & de fortifier l'efprit contre les attaques
des préjugés.
Difcours fur les progrès de la Phyſique
moderne.
M. Dugas établit dans ce Difcours les avantages
confidérables que l'Anatomie , les Méchaniques &
l'Aftronomie ont retiré des nouvelles découvertes •
que la Phyfique ne fe laffe point de nous préfenter.
Il examine enfuite , d'où peut naître la différence
des progrès de la Phyſique moderne , comparée à
celle des Anciens . En fuivant les réfléxions de M.
Dugas , on doit chercher cette différence , & on la
trouvera infailliblement dans la maniere dont les
anciens faifoient ufage de leurs connoiffances . Ils
affujet iffoient la Nature à leurs idées & à leurs
fens ; les Modernes , au contraire , la cherchent en
elle même. Des faits certains , des expériences réiterées
, travaillent tous les jours au fondement d'un
Systême univerfel , lequel , s'il eft accordé aux connoiffances
humaines , ne peut être trouvé que par
gette voye.
Réfléxions fur la Génération.
M. Olivier fait fes premieres réfléxions fur la néceffité
de reconnoître les Loix de la création
dans
AOUST. 1744.
1841
dans la difproportion étonnante entre les parties de
l'Embrion , contenues dans l'oeuf , & les parties d'un
corps adulte.
L'accroiffement de l'Embrion , la nourriture qu'il
prend dans le fein de fa mere , & les fecours que là
Nature lui prête pour en fortis, font une fuite de ces
mêmes réfléxions qui étonnent plus la raiſon, qu'elles
n'éclairent l'efprit , auffi M. Olivier en fait ik
ufage , lorfqu'en comparant les fonctions & les divers
mouvemens du corps humain avec ceux
dont une machine , compofée avec tout l'art poffible
, feroit capable , il croit pouvoir conclure que
l'Edifice du corps humain eft véritablement leChef
d'oeuvre de l'Auteur de la Nature.
1
Hiftoire & Analyfe des Eaux de Hauterive
en Bourbonnois , par le P. Godin.
De toutes les maladies qui attaquent la vie de
l'homme , il n'en eft point de plus cruelle , que la
Pierre. Les Eaux Minérales d'Hauterive femblent
nous offrir les diffolvans propres à réfoudre la Pier
re. La diftiflation exacte de ces Eaux a préfenté au
P. Godin , un fel vitriolé fulphureux & nitreux ,
dont la mare , en ſe déffechant, eft devenu verdâtre.
Le hazard feul a part à la découverte de ces Eaux ,
dont les qualités bienfaifantes furent feulement con .
nuës à quelques Païfans du voifinage , pendant un affés
long- tems ; des expériences ont fuccedé à cette découverte
, on en- voit l'Hiftoire dans le Mémoire du
P. Godin. Quel bonheur , fi de nouvelles guérifons
viennent affûrer la réputation naiffante de ces .
Eaux !
M. Chriftin , Sécretaire perpétuel , prononça l'Elo
ge du P. Duclos Jéfuite , Académicien affocié , an
cien Ordinaire , mort dans le mois de Juillet 1743
F v étap
3842 MERCURE DE FRANCE
etam Recteur de la Mafon d'Ax . Il étoit né à
Lyon , il avoit profile la Phytique , & dans le même
tems qu' profit les Mathématiques au
gand College , il occupoit avec diftrction une
place d'Aftronome dans cette Académie . Il a donné
piafieurs Mémoires très intéreilans , truts de fes
grandes connoiffances dans ies Mathématiques. Il
avoit l'efprit vif & pénétrant , & les moeurs fort
douces ; il a été univerfe lement regretté .
M. Dugas lût un Mémoire fur les moyens de
conferver de la Lumiere pendant la nuit & la
Séance finit par la lecture d'un Mémoire du P.
Godin fur la Caufe & les effets de la Maladie des
Vapeurs.
Beaux Arts de la Ville de Lyon , du quatre
Décembre 1743 .
M des Mémoiresqui avoient été lús à l'Acadé-
Borde , préfident , rapporta l'Extrait fuivant
mie , depuis la précédente Affemblée publique.
Difcours fur l'inutilité du Systême des Génies.
M Rey combat , dans ce Difcours , le fentiment
de quelques anciens qui donnoient à chaque Aftre
un Génie , pour le conduire ; & ne croyoient pas
les Loix Méchaniques fuffifantes , pour maintenir
l'Univers dans l'état où nous le voyons . Les Phyficiens
modernes font bien éloignés d'avoir recours
à de telles explications ; les loix du mouvement , la
configuration des corps . la différente difpofition de
leurs parties,font les feuls refforts qu'ils employent.
Differtation fur les trois inégalités des mouvêmens
de la Lune.
Le P. Béraud examine , dans la premiere Partie
de cet Ouvrage , les différentes hypotéfes ; propofe
une Méthode fimple , pour déterminer les deux dernieres
inégalités des mouvemens lunaires , & croit
pouvoir prouver dans la fuite , par des obfervations
sûres & récentes , qu'il s'en faut de beaucoup qu'elles
s'accordent avec le calcul fondé fur les Tables
Aftronomiques.
Dans la feconde Partie , il cherche la caufe Phyfi
que de ces irrégularités conftantes , & penfe qu'avec
l'aide des découvertes de M. Newton , on peut
démontrer qu'elle eft dans lesLoix du mouvement,
établies par le Créateur.
Fij Nous
1836 MERCURE DE FRANCE.
Nous voyons , avec étonnement , les progrès de
P'Aftronomie , depuis environ un Siécle ; cependant
il lui reste encore bien des ténébres à percer ; les
grands hommes qui ont inventé des hypotéfes ,
pour rendre raifon des inégalités des mouvemens
de la Lune & des autres Planettes , n'ont point levé
les difficultés .L'hypotéfe circulaire donne l'acceleration
des Planettes , en raifon des diamétres apparens
, tandis que par les obfervations , elle devroit
être en raifon double des diamétres L'hypotéfe Elliptique
de Kepler corrige ce défaut ; mais pour éviter
une erreur de calcul , ce grand homme s'eft jetté
dans une erreur de fait , en fuppofant l'excentricité
de la Lune,moindre qu'elle n'eft réellement . M. de
la Hyre , en adoptant les Ellipfes de Kepler , a reconnu
cette erreur , & a cru pouvoir la détruire .
Il place pour cela le centre du mouvement des Planettes
dans un point éloigné des foyers , mais ce
point ne peut le trouver que par l'ufage des Tables
des anciens , qui font défectueules . La Courbe de
M. Caffini détermine aifément le Lieu des Planettes
, mais elle eft différente de l'Ellipfe ; l'une &
l'autre hypotéfe place le centre de la Lune , dans
le même inftant, dans des Lieux différens , qui ofera
décider laquelle eft la vraye ?
Differtation fur la falubrité de l'air.
M. Moëgling , l'un de nos Académiciens affociés
étrangers , Auteur de cette Differtation , nous
y préfente un examen des principes actifs répandus
dans l'air , fon action fur nos corps , & les effets
qu'elle y produit ; un grand nombre d'exemples ,
appuyés d'autorités refpectables , lui fervent à établir
, que l'air humide & froid eft extrêmement
nuifible à la fanté. La tention néceffaire aux fibres
de pos corps eft néceffairement relâchée par l'humidité
AOUST. 1744. 1837
dité de l'air , & le froid , en refferrant les pores ,
arrête la tranfpiration . Ces deux qualités nuifibles
de l'air , font elles réunies ? le danger augmente
& il eft difficile de fe défendre de fes impreffions. Il
fuit done , de cet examen , que l'air fec & chaud
eft le plus analogue à nos corps , & tel qu'il le
faut ,, pour entretenir le jeu de les parties.
7
Mémoire fur l'harmonie & fur les régles de la
compofition.
-M. Cheinet , dans la premiere Partie de ce Mémoire
, préfente des recherches Phyfiques fur le
principe de l'harmonie ; il établit le rapport des
confonnances qui la forment , l'origine des modes
principaux , quelles en doivent être les bornes ; & il
finit cette premiere Partie , par la néceffité du tempérament
, pour tous les inftrumens à touches.
M. Cheinet s'eft propofé , dans la feconde Partie ,
d'examiner quelles font les véritables régles de la
compofition , qu'il déduit des principes qu'il a établis
; quels doivent être les accords d'une bonne -
Mufique & leurs juftes bornes.
Difcours fur les Régules Métalliques.
M. Gavinet , après une explication du mot de
Régule , un détail des différentes efpéces & de leur
utilité , dans l'art de décompofer les Métaux & les
Minéraux , établit une nouvelle maniere de procéder
à l'opération du Régule Martial , qui abrege de
moitié le travail ordinaire. L'explication du Méchanifme
de cette opération y répand des lumieres
intéreffantes. L'Etoile qui paroît fur la furface de ce
Régule après la fufion , perd ici tous fes droits d'Af
tre bienfaifant , d'Etoile lumineufe , que lui avoit
Fiij donné
1838 MERCURE DE FRANCE.
donné l'imagination échauffée & peu habile de
quelques anciens Philofophes & Alchymiftes. I
préfente une expérience fur la chaux d'antimoine ,
qui n'eft la terre vitrefcible de cè minéral , déque
pouillée de fon huile & de fon fouffre , par le fel vo
lasil du Salpêtre à laquelle il a rendu la forme de
Régule. La maniere de procéder aux Régules d'étain
& de cuivre,& leur utilité dans la compofition
de l'Elixir Solaire , que Paracelfe & Vanhelmont
ont donné fous des noms mystérieux , terminent ce
difcours . Des Méthodes fimples , des expériences
bien conduites , tendent toutes également à la perfection
des Arts ; rien n'eft à négliger.
Mémoire fur les Théatres des anciens, comparés
à ceux des Modernes.
M. Clapaffon , après avoir fait dans ce Mémoire ,
une defcription exacte des Théatres des anciens ,
qu'il a tirée de Vitruve & des meilleurs Auteurs
qui en ont traité , les compare à ceux des Modernes
, & trouve dans cette comparaiſon , des raiſons
de préférence en faveur de ces derniers .
L'étendue , la folidité , la magnificence des Théatres
anciens , les marbres les plus précieux qu'on
employoit dans leur conftruction , & ces fuperbes
Portiques qu'on élevoit aux environs les rendoient
fupérieurs à ceux des Modernes , mais il en réfultoit
néceffairement des défauts , contre l'ufage auquel
on les deftinoit .
La grandeur de leur enceinte empêchoit la voix
des Acteurs de parvenir diftinctement aux oreilles
des Spectateurs , ou du moins ce n'étoit pas fans
altérer le naturel , qui en fait le plus grand charme.
Ils n'empruntoient pas le fecours des lumieres artificielles
, qui donnent aux Spectacles, des Modernes
A O UST. 1744. 1839
nes un air d'enchantement . Le genre de leur conf
truction ne leur permettoit pas , fans doute , l'artifice
de nos décorations , leur variété , l'entente de
la perfpective , & furtout la promptitude dans les
changemens de nos décorations , puifqu'ils étoient
en ufage de baiffer le rideau , toutes . les fois que la
Scéne devoit changer.
Nous avons fouvent l'occafion de comparer nos
ufages , nos coûtumes , nos découvertes à celles des ,
Anciens : fi nous y trouvons des raifons de préféren
ce , elles ne doivent pas altérer notre estime pour
eux , & nous faire regarder comme plus habiles ,
mais feulement plus heureux.
M. Colomb lut la Defcription Anatomique d'un
Enfant monftrueux né & mort , depuis quelques
mois , dans la Paroiffe de S. George , dont il avoit
fait la diffection . Il en expofa le réfultat ; ce n'eft
Pas là le feul exemple des bizarreries & des égaremens
de la Nature.
Differtationfur la fuperftition des nombres , ou
Les années Climatériques .
Le P. Tolomas préfente trois points de vûë inté
reflans , dans cet Ouvrage . Le premier contient des
recherches fur la prétendue vertu des nombres ,
P'origine de cette opinion ; & en remontant , par
des traces prefque effacées , à la plus haute Anti- .
quité , il fuit le fil des penfees, qui ont conduit les
hommes à regarder certaines années comme funef .
tes , ou du moins comme périlleuses. Le fecond:
point de vue nous offre une définition des années
Climatériques , un examen des raifons prétendues
des craintes que ces années avoient infpirées , &
dont bien des gens ne font pas encore affranchis .
Enfin , le troifiéme objet de ce Mémoire , eft de ré-
Fiij futer
1840 MERCURE DE FRANCE.
futer & détruire ces préjugés , qui tout frivoles &
déraisonnables qu'ils font , n'ont pas laiffé d'être
adoptés par les plus grands Philofophes de la
Gréce & de l'Italie , & mème par quelques Peres
de l'Eglife.
Quel doit être le but d'un Ouvrage de ce genre !
D'inftruire la raiſon humaine , en l'éclairant ; de
rendre fervice à la Société , en diffipant fes v . ines
terreurs , & de fortifier l'efprit contre les attaques
des préjugés.
Difcours fur les progrès de la Phyſique
moderne.
M. Dugas établit dans ce Difcours les avantages
confidérables que l'Anatomie , les Méchaniques &
l'Aftronomie ont retiré des nouvelles découvertes •
que la Phyfique ne fe laffe point de nous préfenter.
Il examine enfuite , d'où peut naître la différence
des progrès de la Phyſique moderne , comparée à
celle des Anciens . En fuivant les réfléxions de M.
Dugas , on doit chercher cette différence , & on la
trouvera infailliblement dans la maniere dont les
anciens faifoient ufage de leurs connoiffances . Ils
affujet iffoient la Nature à leurs idées & à leurs
fens ; les Modernes , au contraire , la cherchent en
elle même. Des faits certains , des expériences réiterées
, travaillent tous les jours au fondement d'un
Systême univerfel , lequel , s'il eft accordé aux connoiffances
humaines , ne peut être trouvé que par
gette voye.
Réfléxions fur la Génération.
M. Olivier fait fes premieres réfléxions fur la néceffité
de reconnoître les Loix de la création
dans
AOUST. 1744.
1841
dans la difproportion étonnante entre les parties de
l'Embrion , contenues dans l'oeuf , & les parties d'un
corps adulte.
L'accroiffement de l'Embrion , la nourriture qu'il
prend dans le fein de fa mere , & les fecours que là
Nature lui prête pour en fortis, font une fuite de ces
mêmes réfléxions qui étonnent plus la raiſon, qu'elles
n'éclairent l'efprit , auffi M. Olivier en fait ik
ufage , lorfqu'en comparant les fonctions & les divers
mouvemens du corps humain avec ceux
dont une machine , compofée avec tout l'art poffible
, feroit capable , il croit pouvoir conclure que
l'Edifice du corps humain eft véritablement leChef
d'oeuvre de l'Auteur de la Nature.
1
Hiftoire & Analyfe des Eaux de Hauterive
en Bourbonnois , par le P. Godin.
De toutes les maladies qui attaquent la vie de
l'homme , il n'en eft point de plus cruelle , que la
Pierre. Les Eaux Minérales d'Hauterive femblent
nous offrir les diffolvans propres à réfoudre la Pier
re. La diftiflation exacte de ces Eaux a préfenté au
P. Godin , un fel vitriolé fulphureux & nitreux ,
dont la mare , en ſe déffechant, eft devenu verdâtre.
Le hazard feul a part à la découverte de ces Eaux ,
dont les qualités bienfaifantes furent feulement con .
nuës à quelques Païfans du voifinage , pendant un affés
long- tems ; des expériences ont fuccedé à cette découverte
, on en- voit l'Hiftoire dans le Mémoire du
P. Godin. Quel bonheur , fi de nouvelles guérifons
viennent affûrer la réputation naiffante de ces .
Eaux !
M. Chriftin , Sécretaire perpétuel , prononça l'Elo
ge du P. Duclos Jéfuite , Académicien affocié , an
cien Ordinaire , mort dans le mois de Juillet 1743
F v étap
3842 MERCURE DE FRANCE
etam Recteur de la Mafon d'Ax . Il étoit né à
Lyon , il avoit profile la Phytique , & dans le même
tems qu' profit les Mathématiques au
gand College , il occupoit avec diftrction une
place d'Aftronome dans cette Académie . Il a donné
piafieurs Mémoires très intéreilans , truts de fes
grandes connoiffances dans ies Mathématiques. Il
avoit l'efprit vif & pénétrant , & les moeurs fort
douces ; il a été univerfe lement regretté .
M. Dugas lût un Mémoire fur les moyens de
conferver de la Lumiere pendant la nuit & la
Séance finit par la lecture d'un Mémoire du P.
Godin fur la Caufe & les effets de la Maladie des
Vapeurs.
Fermer
2994
p. 1842-1850
ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
Début :
LES grandes occupat[i]ons de M. Pallu, Intendant de Lyon, ne lui ayant pas permis de donner, / Mémoire, contenant la Description de plusieurs Machines de Guerre. Les [...]
Mots clefs :
Lyon, Degrés, Calcul, Observation, Éclipse de lune, Provence, Nombres, Soleil, Machine, Arithmétique, Arts libéraux, Cadrans solaires, Phtisie, Observations météorologiques, Architecture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ASSEMBLÉE publique de la même Académie, du 22 Avril 1744.
ASSEMBLE' E publique de la même
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Académie , du 22 Avril 1744.
I
Es grandes occupat ons de M. Pallu , Inten
dant de Lyon , ne lui ayant pas permis de donner,
en qualité de Directeur de l'Académie, les Extraits
des Mémoires qui y ont été lûs depuis la
derniere Aff mblée publique il avoit prié M.
Borde,President de la précédente année , d'en faire
le Recueil & la lecture. Voici les Extraits qu'il a
rapportés.
?
Mémoire , contenant la Defcription de plufieurs
Machines de Guerre.
Les avantages que le Public peut retirer des ingénieufes
inventions , & des Machines qui forment
le curieux Cabinet de M. Grollier de Servieres
viennent infentiblen: ent orner nos Regifties. Ce
Mémoire contient des détails de conftruction &
d'apAOUST.
1744. 1.843
application. 1 : D'une Machine qui fert à forer
des Canons. Le Canon eft jetté en tonte tout maffif,
eft placé fur cette Machine & y ett fufpendu , dans
une fituation renventée & perpendiculaire , fur des
piéces de bois , qui lui permettent de defcendre infenfiblement
fur des forets de diferentes grandeurs
& force , qui en détachent ia natiere , en
tournant rapidement fur leur centre , par l'action
des chevaux , ou de tout utre moteur. Une feconde
Machiné faire paffer du Canon > pour au travers
d'une Riviere , loifqu'il n'y a point de Pont.
Une troifiéme , pour transporter ailément du Canon
fur divers endroits du Rempart ; moyen etile lorf
que les batteries des affiégés ont été démontées en
partie , & qu'il eft néceffaire de taire feu en plu-
Geurs endroits 4. Un Pont volant , pour trav.rfer
un foflé 5 ° . & 6 ° Deux moyens différens & d'une
grande fimplicité , pour éventer les Mines des affié--
geans , les prevenir & les inonder.
Sur les fractions des Nombres.
Les opérations d'Arithmetique préfentent fou
vent des fractions , dont il eit neceflaire de connoître
la valeur relativement à l'efpéce dont elles font
parties aliquotes , il faut pour y parvenir, employer
des réductions , qui fouvent , par la longueur du
calcul , deviennent fufceptibles d'erreur. M. l'Abbé
Dugaiby, qui a fenti ces difficultés , a cru pouvoir
les lever , en. imaginant des tables & des échelles
où ces reductions ie trouvent toutes faites , au premier
coup d'oeil ; un Inftrument qui a quelque rap- .
port au Compas de proportion , & inventé pour faciliter
la conftruction de ces échelles lui a fervi uti- >
lement. I elt compofé de deux régles , donc l'une
eft divifée fuivant la fuite naturelle des Nombres ,
I vj
&
1844 MERCURE DE FRANCE.
& l'autre , felon l'ordre des Nombres impairs ; le
centre de mouvement des deux régles eft variable
fur l'une des deux . Cet Inftrument divife tout cercle
& tout, fecteur à volonté , felon les différentes gradations
des Nombres , marqués fur la principale.
régle , & réfout méchaniquement & fans calcul le
Problême de Papus , fans avoir recours aux lignes
du fecond genre.
Obfervations du Paffage de la Planette de
Mercure fur le Soleil , le matin du 5
Novembre 1743 .
que
2
Un Phenomene fenfible & obfervé avec exactitude
, préſente aux Aftronomes des preuves de la
jufteffe , ou de la fauffeté de leurs hypotéfes . Il leur
eft donc extrêmement important de n'en pas laiffer
échapper l'heureux inftant. Le Paffage de Mercure
fur le Soleil , eft d'autant plus utile à l'Aftronomie,
le mouvement de cette Planette n'eft pas encore
bien connu , fes révolutions , quoique promp
tes , ne le placent que rarement dans une fiuation
propre à être obfervé. Le Phénomene annoncé par
les Ephemerides , avertit le P. Beraud de le précautionner
pour l'Obfervation Une Lunette de 20
pieds un quart de cercle , une Machine parallactique
& une Pendule réglée fur le mouvement vrai ,
furent préparées pour cette Obfervation ; le tems la
favorifa parfaitement . Mercure parut par la Lunette
de 20 pieds, exactement rond , fort noir , & fa circonférence
bien terminée , fans nebulofité , & fans
anneau lumineux. L'inftant de fon immerſion totale
fut à 8 heures du matin , 49' f1 " , tems vrai , &
celui de l'émerfion totale à i heures après midi ,
21' 20" , le tems de fon immerfion . totale à fon
émerfion entiere fut de 4 heures 3.1 ' 29" , & le tems
I
que
A O UST. 1744. . 1845
que fon diamétre mit à paffer le bord occidental dư
Soleil de z ' 6" , d'où l'on a conclu , que le moment
de for entrée fur le bord oriental , fut à 8 heures 47°
45" , qui différe du tems de l'entrée déterminée ,
par les Tables de 14' 33 " dont il a avancé , le diamétre
apparent du Soleil ce jour-là , étant de 32 °
30" ; la route entiere de Mercure comparée à ce
diamétre eft de 27 ' 14" . Le P. Beraud , par un calcul
intéreffant & tiré de cette Obfervation , donne
le rapport de la grandeur véritable de Mercure &
fon diamétre ; comparée à celle de la Terre , elle
eft comme 388 à 1200, c'eft- à-dire, que fon diamètre
eft un peu plus d'un tiers de celui de la Terre ; fa
furface un neuvième , & ſa ſolidité un vingt - feptiéme:
ce qui fe trouve très conforme aux précédentes
déterminations données par les Aftronomes les
plus exacts. Cette Obfervation annonce donc une
erreur dans les Tables, mais le P. Beraud ne fe preffe
pas de la conclure ; c'eft à la conformité des Obfervations
du même Phénomene à décider de la justef
fe ou de l'erreur des Tables qui les prédiſent.
Obfervation de l'Eclipfe de Lune , du z
Novembre 1743-
Le moment de cette Eclipfe a encore précédé le
tems où elle devoit arriver , felon les Ephémerides
de 15' 42 " , différence trop confidérable & qui auroit
pu faire douter de l'exactitude de l'Obfervation
, fi le P. Beraud n'avoit eu la fatisfaction de
voit la fienne ne différer que de peu de fecondes de
celles qui ont été faites en même-tems , à Toulon ,
par le P. du Chatelard , l'un de nos Académiciens
affociés , & à Marseille , par le P. Permas . Tel eft
P'ufage de ces fortes de comparaifons . Eiles font à
l'Aftro1846
MERCURE DE FRANCE.
FAftronomie , ce que les démonftrations font à la
Géométrie .
Sur les proportions dans l'Arithmetique.
M. l'Abbé Dugaiby préfenta un fecond Inftrument
qu'il a inventé , pour faciliter l'intelligence &
P'ufage des régles de proportions . Le quatrieme
proportionnel à trois nombres donnés, vient comme
de lui même fe placer fur l'Inftrument , par une
opération fimple ,immédiate & fans calcul , qui ne
demande que beaucoup de précifion dans l'inftru
ment.
Sur la perfection des Arts Libéraux.
L'Architecture , la Peinture , la Sculpture & la
Gravure , font des Arts infiniment précieux , la perfection
où nous les voyons , a conduit M. de la
Monce à en pénétrer la caufe . Les Analyfes qu'il
en a faites , lui font voir par tout , que les habiles.
Maîtres n'ont été tels que par une étude fuivie &
attentive des beaux Arts & des Sciences , qui conduifent
à leur intelligence. Il fait voir que les cinq
ordres d'Architecture doivent être confiderés com
me les lettres de l'Alphabet , c'eft - à- dire fufceptibles
d'une combinaiſon étonnante , laquelle bien enten
duë ne manquera jamais de plaire . Que le Pinceau
guidé par l'H ftoire , la Fable & les diverfes productions
de la Nature , préfentera tout à la fois , le
bon goût , la vérité la nobleffe de l'exécution
& enfin que le Cifeau & le Burin conduits par des
mains attentives , produiront ces Chefs-d'oeuvres
d'une pratique haoile & d'une fçavante imitation..
Sur
AOUST. 1847
1744.
Sur la conftruction des Cadrans Solaires , Verticaux
, Méridionaux déclinans ; & la
connoiffance de la Méridienne fur des Plans
Verticaux.
&
La Géométrie fe place par tout avec fuccès ; le
calcul différentiel vient au fecours d'une pratique
de Gnomonique , & fournit par une formule , une
Méthode fimple & exacte , pour trouver la déclinaifon
d'un Plan vertical , & en conféquence , la
ligne méridienne fur ce Plan . M., Mathon , à l'aide
de cette méthode , tire une tangente à la ligne
d'ombre d'un ftyle droit , élevé perpendiculairemert
fur le Plan , au point le lus près de midi ,
en conclut , par le calcul , le vrai point du midi , &
Ja hauteur du Pôle. Une feconde méthode pour
trouver la même méridienne , fans avoir befoin de
connoître la déclinaifon du Plan , fuppofe la maniere
ordinaire pour tracer la meridienne fur des
Plans horifontaux , par des cercles concentriques ,
décrits du pied d'un ftyle droit mais pour éviter
les erreurs , produites par le changemen de déclimaifon
du Soleil , M. Mathon propoſe de tirer une
tangente à la ligne d'ombre , au point trouvé part
Poble vation le complement de l'Angle de cette
tangente , avec une ligne verticale fera l'Angle
cherché entre la fous- litaire & la ligne de midi Les
petits arcs de la Courbe décrite , par l'extrêmité de
P'ombre , peuvent être pris , fans erreur fenfible
pour des lignes droites , furtout lorfqu'on fera ufage
de ftyles un peu longs.
:
Sur
1848 MERCURE DE FRANCE.
Sur l'ufage du Sucre de lait , dans l'Emoptifie
&les fueurs immédiates qui accompagnent
ordinairement la Phibyfi .
M. Moegling , l'un des Académiciens affociés ,
nous fit part de la maniere fitée en fon Pays , pour
la compofition du Sucre de lait ; elle est peu diffé
tente de celle des Suiffes . D'heureuſes applications
qu'il afaites de ceRemede à l'Emoptyfie & à l'Eryfie ,
l'ont perfuadé , qu'il n'opéroit efficacement dans
l'une & l'autre maladie , que par les fels abondans
qu'il renferme , lefquels fe mêlant avec le fang ,
l'embaraffent , en arrêtent la fougue, & l'empêchent
de monter avec impétuofité dans les poulmons ,
& par leur qualité aftringeante , confolident les petits
vaiffeaux , & font ceffer les vomiffemens & crachemens
de fang . Il rafraîchit la chaleur immoderée,
& refferre les pores qui laiffent échapper avec
trop de facilité la Lymphe qui circule avec le fang-
Obfervations météorologiques faites à Lyon en
l'année 1743 »
comparées avec celles de
Provence , qui nous ont été envoyées par Le
P. du Chatelard & par M. Boeuf , Confeiller
au Parlement d'Aix.
Le plus grand froid a été à Lyon le 28 Janvier ,
de 7 dégrés au deffous de la congélation , & en Provence
le 23 , feulement de deux dégrés tous la congélation
, donc le froid de l'Hyver 1743.à Lyon , a
été plus grand que celui de Provence des dégrés .
La plus grande chaleur à Lyon de l'Eté 1743 , a
été le 18 Juin de 29 dégrés au - deffus de la congélation
& en Provence le 1 Août de 23 dégrés ,
›
donc
AOUST. 1744. 1849
donc l'Eté de Lyon a été plus chaud que celui de
Provence de 6 dégrés , & à peu près dans la même
proportion du froid. Nous avons déja remarqué ,
dans les années précédentes , des différences prelque
auffi fenfibles .
Les hauteurs du Barométre ont été à peu près les
mêmes à Lyon & en Provence , & les mêmes jours
relativement à la hauteur des Lieux.
3
La déclinaifon de l'Aiguille aimantée a été affés
conftamment de 16 dégrés à Toulon , & à Lyon
de 15 dégrés 30' Nord - Ouest.
Sur la meilleure maniere d'enfeigner
l'Arithmétique.
l'or-
Il eft certain que plufieurs perfonnes fe plaignent
d'avoir oublié à chiffrer , prefqu'auffi- tôt qu'ils l'avoient
appris . M. Cheinet fait voir évidemment que
ce défaut ne vient pas feulement du peu d'habitude
qu'on en conferve , mais bien plus encore de la
maniere dont on a été enſeigné. Il ne faut que fentir
la différence qu'il y a entre un Arithméticien &
un Chiffreur. Les Maîtres n'enfeignent , pour
dinaire , que la fimple pratique de l'Arithinétique ,
qui s'oublie fort aisément , au lieu que les principes
de certe Science ne pénétrent dans l'entendeinent ,
que pour s'y affûrer une place conftante , & y former
des traces inéfaçables. Plufieurs raifons enga
gent M. Cheinet à donner des inſtructions aux Maî.
tres & aux Difciples , pour les conduire sûrement
dans la théorie & dans la pratique de cette Scien-
EC.
Obfer
1850 MERCURE DE FRANCE.
Obfervations fur la réforme de la Severonde ,
en ufage dans cette Ville , & nommée communément
Forget.
C'est ici une espéce de reproche fait à l'habitude ,
au mauvais goût & au préjugé ; la Severonde ou le
Forget des Toits de cette Ville , a préfenté à M.
Delorme des fujets d'Obfervations critiques , qui
paroiffent bien fondées. Elles portent fur la faillie
défectueufe que cette Severonde préfente à la vûë ,
fur fon inutilité pour préferver de la pluye le mûr
de face & les paffans : fur l'oeconomie de fa rétorme
, dans la conftruction & dans les réparations fré
quentes : fur les dangers aufquels expofe la faillie
hors-d'oeuvre , en facilitant à la flâme la communication
d'une maison à l'autre ; fur la diminution du
jour , nuifible aux Ouvriers & aux Manufactures ;
& enfin fur l'humidité & le mauvais air qu'elle
maintient dans les appartemens , par fon oppofition
à une circulation aifée . M. Delorme ajoute à toutes
cès Obfervations , deux modéles tirés de la belle
& fimple Architecture , qu'il feroit à fouhaiter
qu'on voulut imiter , mais une certaine fatalité veut
que l'indiférence pour le bien public , piévale pref
que toûjours.
M. Cheinet lût un Mémoire fur l'harmonie & fur
les régles de la compofition ; l'Extrait en a été
donné dans la précédente Affemblée publique.
M. Delamonce fit la lecture d'un Mémoire fur
plufieurs anciens Temples , & leur comparaiſon avec
nos Eglifes modernes . L'Extrait fe trouve avec ceux
de la Séance publique du 8 Mai 1743 .
M. Gaviner termina la Séance , par un Mémoire
fur les Régules Métalliques , dont on a vû l'Extrait
avec ceux de la précédente Aſſemblée publique.
Fermer
2995
p. 1851-1853
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
Le Sr Petit, Graveur, ruë S. Jacques, à la Couronne d Epine, près les Mathurins, qui continuë de [...]
Mots clefs :
Graveur du roi, Estampe, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le St Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la Cou
ronne d'Epine, près les Mathurins , qui continuë de
graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuftres
du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre au jour les deux Portraits fuivans .
FRANÇOIS- XAVIER DU PLESSIS , Miffionnaire de
la Compagnie de Jéfus , né à Quebec , en Canada ,
le 13 Janvier 1694. On lit au bas ,
Miffus fumEvangelizare vobis verbum Crucis , up
non evacuetur Crux Chrifti. I. ad Cor . 1 .
Traduction.
-Je fuis envoyé pour annoncer l'excellence & la
vertu de la Croix , afin que vous lui rendiez les honneurs
qui lui font dûs. Chap. I. de La premiere Epitre
de S. Paul aux Cor.
ANNIBAL CARRACHI , Peintre, né à Boulogne en
1560, mort à Rome en 1609. On lit ces Vers au basa
De l'Ecole de Lombardie
Voici l'ornement fi vanté ;
Aux Figures qu'il fit il fçût donner la vie ,
Et parvenir lui- même à l'immortalité.
Le St Odieuvre vient de mettre en vente les Por
traits fuivans.
MAXIMILIEN DE BETHUNE , Duc de Sully ,
Grand Maître de l'Artillerie , Pair & Maréchal de
France , & c. né au Château de Rofny en 1919 ►
mort en fon Château de Villebon , au Pays Chartrain
, le 21 Décembre 1641.
PHI
1852 MERCURE DE FRANCE.
PHILIPPE DU PLESSIS MORNAY , Gouverneur
de Saumur , né à Buhi les Novembre 1549 , mort
en la Baronie de la Forêt , le 11 Novembre 1623 .
ANDRE - HERCULE, CARDINAL DE FLEURY, Mi.
niftre d'Etat. C'est d'après le grand Tableau Allégorique
peint par M.Rigaud, gravé par Pinſſio , dont
il a été parlé dans le tems.
Il vient de paroître une parfaitement belle Eftampe
en hauteur. C'eft le Portrait de Pierre Mignard ,
Ecuyer , Premier Peintre du Roi , Directeur &
Chancelier de l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , peint par Hyacinthe Rigaud , qu'on peut
appeller à juste titre , le Van Dyck de la France , la
Figure eft repréfentée jufqu'aux genoux & affife dans
un Fauteuil , la main droite appuyée fur un Portefeuille
, & tenant de la main gauche un Crayon.
Cette Eftampe eft la derniere production de l'excellent
Burin de M . . .. Smith , Peintre & Graveur
Allemand , avant fon départ de Paris pour Berlin ,
fa Patrie. Il a été reçû depuis peu du Corps de l'Académie
, où la Planche en Cuivre eft confervée ,
cuforte que les Curieux ne peuvent poffeder cette
précieufe Eftampe que par une faveur particuliere
de l'Académie : elle ne fe vend point.
CORIOLAN , grande Eftampe en large , gravée par
H. Simon Thomaffia , d'après le Tableau original
de feu GHARLES DE LA FOSSE , d'une très riche
& très ingénieufe compofition ; on lit au bas ces
paroles d'après Vigenere.
Quan armis viri deffendere Urbem non poffunt , mulieres
precibus lacrymisque defendunt , & la Traduc
tion fuivante.
Les femmes par leurs pleurs & par leurs prieres
fauvent la Vilie , que les hommes ne pouvoient défendre
avec leurs armes. Cette
AOUST. 1744. 1858
Cette Eftampe fait encore un très- magnifique
morceau; elle fe vend chés le St Lépicié, Graveur da
Roi , au coin de lAbreuvoir du Quai des Orfévres ,
& chés L. Surugue , auſſi Graveur du Roi , ruë des
Noyers.
Vue DE HOLLANDE , Payfage en large , gravé
par C. N. Cochin Graveur du Roi , d'après Ph . Vauvremens
; elle fe vend chés C. N. Cochin , ruë S. Jacques
, à S. Charles.
Le même Graveur vient auffi de graver un autre
Payfage en large , d'après le mêine Vauvremens
fous le titre d'ACCIDENT DE VOYAGE , & qu'on
vend chés lui ; elle peut faire pendant à la précédente
, quoiqu'un peu plus large.
Voici encore une Eftampe nouvelle , d'un goût
galant , fimple & très ingénieux , gravée par
Te Sieur Lépicie , Graveur du Roi , d'après le
Tableau original de M. A. Boucher , Peintre &
Profeffeur de l'Académie. Cette Eftampe , qui eft
en hauteur , porte pour titre LE DEJEUNER ; elle
fe vend chés le Sr Lépicié , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfévres , & chés L. Surugue , auffi
Graveur du Roi , rue des Noyers.
Le St Petit , Graveur , ruë S. Jacques , à la Cou
ronne d'Epine, près les Mathurins , qui continuë de
graver avec fuccès la fuite des Hommes Illuftres
du feu Sr Defrochers , Graveur du Roi , vient
de mettre au jour les deux Portraits fuivans .
FRANÇOIS- XAVIER DU PLESSIS , Miffionnaire de
la Compagnie de Jéfus , né à Quebec , en Canada ,
le 13 Janvier 1694. On lit au bas ,
Miffus fumEvangelizare vobis verbum Crucis , up
non evacuetur Crux Chrifti. I. ad Cor . 1 .
Traduction.
-Je fuis envoyé pour annoncer l'excellence & la
vertu de la Croix , afin que vous lui rendiez les honneurs
qui lui font dûs. Chap. I. de La premiere Epitre
de S. Paul aux Cor.
ANNIBAL CARRACHI , Peintre, né à Boulogne en
1560, mort à Rome en 1609. On lit ces Vers au basa
De l'Ecole de Lombardie
Voici l'ornement fi vanté ;
Aux Figures qu'il fit il fçût donner la vie ,
Et parvenir lui- même à l'immortalité.
Le St Odieuvre vient de mettre en vente les Por
traits fuivans.
MAXIMILIEN DE BETHUNE , Duc de Sully ,
Grand Maître de l'Artillerie , Pair & Maréchal de
France , & c. né au Château de Rofny en 1919 ►
mort en fon Château de Villebon , au Pays Chartrain
, le 21 Décembre 1641.
PHI
1852 MERCURE DE FRANCE.
PHILIPPE DU PLESSIS MORNAY , Gouverneur
de Saumur , né à Buhi les Novembre 1549 , mort
en la Baronie de la Forêt , le 11 Novembre 1623 .
ANDRE - HERCULE, CARDINAL DE FLEURY, Mi.
niftre d'Etat. C'est d'après le grand Tableau Allégorique
peint par M.Rigaud, gravé par Pinſſio , dont
il a été parlé dans le tems.
Il vient de paroître une parfaitement belle Eftampe
en hauteur. C'eft le Portrait de Pierre Mignard ,
Ecuyer , Premier Peintre du Roi , Directeur &
Chancelier de l'Académie Royale de Peinture &
Sculpture , peint par Hyacinthe Rigaud , qu'on peut
appeller à juste titre , le Van Dyck de la France , la
Figure eft repréfentée jufqu'aux genoux & affife dans
un Fauteuil , la main droite appuyée fur un Portefeuille
, & tenant de la main gauche un Crayon.
Cette Eftampe eft la derniere production de l'excellent
Burin de M . . .. Smith , Peintre & Graveur
Allemand , avant fon départ de Paris pour Berlin ,
fa Patrie. Il a été reçû depuis peu du Corps de l'Académie
, où la Planche en Cuivre eft confervée ,
cuforte que les Curieux ne peuvent poffeder cette
précieufe Eftampe que par une faveur particuliere
de l'Académie : elle ne fe vend point.
CORIOLAN , grande Eftampe en large , gravée par
H. Simon Thomaffia , d'après le Tableau original
de feu GHARLES DE LA FOSSE , d'une très riche
& très ingénieufe compofition ; on lit au bas ces
paroles d'après Vigenere.
Quan armis viri deffendere Urbem non poffunt , mulieres
precibus lacrymisque defendunt , & la Traduc
tion fuivante.
Les femmes par leurs pleurs & par leurs prieres
fauvent la Vilie , que les hommes ne pouvoient défendre
avec leurs armes. Cette
AOUST. 1744. 1858
Cette Eftampe fait encore un très- magnifique
morceau; elle fe vend chés le St Lépicié, Graveur da
Roi , au coin de lAbreuvoir du Quai des Orfévres ,
& chés L. Surugue , auſſi Graveur du Roi , ruë des
Noyers.
Vue DE HOLLANDE , Payfage en large , gravé
par C. N. Cochin Graveur du Roi , d'après Ph . Vauvremens
; elle fe vend chés C. N. Cochin , ruë S. Jacques
, à S. Charles.
Le même Graveur vient auffi de graver un autre
Payfage en large , d'après le mêine Vauvremens
fous le titre d'ACCIDENT DE VOYAGE , & qu'on
vend chés lui ; elle peut faire pendant à la précédente
, quoiqu'un peu plus large.
Voici encore une Eftampe nouvelle , d'un goût
galant , fimple & très ingénieux , gravée par
Te Sieur Lépicie , Graveur du Roi , d'après le
Tableau original de M. A. Boucher , Peintre &
Profeffeur de l'Académie. Cette Eftampe , qui eft
en hauteur , porte pour titre LE DEJEUNER ; elle
fe vend chés le Sr Lépicié , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfévres , & chés L. Surugue , auffi
Graveur du Roi , rue des Noyers.
Fermer
2996
p. 1853
Nouvelle Carte de la France, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît une nouvelle Carte de la France, qui comprend toutes les Opérations que M. Cassini de [...]
Mots clefs :
Carte, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Carte de la France, [titre d'après la table]
Il paroît une nouvelle Carte de la France , qui
comprend toutes les Opérations que M. Caffini de
Thury a faites , par ordre du Roi , dans l'intérieur
du Royame. On y trouve des Tables de la Longitude
, Latitude & diftance de Paris à toutes
les principales Villes du Royaume. Cette Carte
fe vend chés d'Heulland , rue Serpente , attenant
P'Hôtel de la Serpente , chés M. Martiu , Officier
du Roi.
comprend toutes les Opérations que M. Caffini de
Thury a faites , par ordre du Roi , dans l'intérieur
du Royame. On y trouve des Tables de la Longitude
, Latitude & diftance de Paris à toutes
les principales Villes du Royaume. Cette Carte
fe vend chés d'Heulland , rue Serpente , attenant
P'Hôtel de la Serpente , chés M. Martiu , Officier
du Roi.
Fermer
2997
p. 1856
« LE 18 Août, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Pastorale Héroïque [...] »
Début :
LE 18 Août, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Pastorale Héroïque [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Pastorale héroïque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 18 Août, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre la Pastorale Héroïque [...] »
E 18 Août, l'Académie Royale de Muroïque
d'Acis & Galatée , dont le Poëme
eft de M. de Capiſtron , mis en Mufique par
M. de Lully. Cette Piéce , qui vient d'être
reçûe très -favorablement , avoit été donnée
la derniere fois au mois d'Avril 1734 , &
le Public la revoit aujourd'hui avec le même
plaifir. Les principaux rôles , qui font
ceux de Galatée, d'Acis & de Polypheme ,font
fort bien remplis par la Dile le Maure , &
par les Srs Jelyot & Chaffé ; les Ballets ont
été trouvés bien deffinés & exécutés au
mieux ; ils font de la compofition de M.
Malter l'aîné.
d'Acis & Galatée , dont le Poëme
eft de M. de Capiſtron , mis en Mufique par
M. de Lully. Cette Piéce , qui vient d'être
reçûe très -favorablement , avoit été donnée
la derniere fois au mois d'Avril 1734 , &
le Public la revoit aujourd'hui avec le même
plaifir. Les principaux rôles , qui font
ceux de Galatée, d'Acis & de Polypheme ,font
fort bien remplis par la Dile le Maure , &
par les Srs Jelyot & Chaffé ; les Ballets ont
été trouvés bien deffinés & exécutés au
mieux ; ils font de la compofition de M.
Malter l'aîné.
Fermer
2998
p. 1856-1858
« Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Début :
Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont cessé les représentations de la Comédie des Graces, [...] »
Les Comédiens François ont ceffé les repréfentations
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
de la Comédie des Graces ,
quoique le Public la redemande avec empreffement.
Cette Piéce eft dans un nouveau
genre , que l'Auteur a introduit au Théatre,
& qui paroît difficile à manier,par les nuances
fines & délicates qu'il y faut employer
avec ménagement; le ftyle en eft vif, léger,
badin , rempli de traits & de détails agréa-
Eles ,
A O UST. 1744. 1857
bles. L'idée en eft ingénieuſe & riante. L'Amour
au pied d'un Arbre , au milieu des
trois Graces , qui l'ont lié avec des guirlandes
de fleurs , forme un des Tableaux
des plus gracieux & des plus piquans
qu'on air encore vû fur la Scéne. Après
avoir rendu juftice à l'Ouvrage , on ne
peut donner trop d'applaudiffement à la
façon dont il eft joué par les Dlles Gauffin
& Dangeville , qui ont les principaux
rôles.On affûre que l'Auteur dit partout que
le fuccès de pareilles Piéces eft abfolument
dû au jeu des Acteurs ; il eft certain qu'il
faut avoir vu les repréfentations , pour s'imaginer
le feu , l'efprit , l'enjoûment , toutes
les graces & la varieté continuelle des
tons que la Dile Dangeville met dans le
rôle de l'Amour , qu'elle joie dans la plus
grande perfection & avec une extrême légereté.
Après avoir donné la Comédie des
Graces à la fuite de differentes Tragédies ,
les Comédiens l'ont jouée le 3 de ce mois
avec le Magnifique , Comédie de M. de la
Mothe, & avec l'Oracle, & les deux petites,
Piéces ne fe font point fait de tort l'une à
l'autre . On en donnera un Extrait plus détaillé
, quand on reprendra la Piéce .
Le 13 , les mêmes Comédiens remirent
auffi au Théatre la Comédie fans titre , ou le
Mercure Galant , Piéce en cinq Actes & en
G Vers
1858 MERCURE DE FRANCE.
Vers , de M. Bourfaut , laquelle n'avoit pas
été jouée depuis le mois de Novembre 1723 ;
le Public l'a revûë avec plaifir. Cette Piéce
eft très-bien écrite , & parfaitement bien
repréſentée.
Fermer
2999
p. 1858-1859
Les Talens déplacés, nouvelle Piéce, joüée à la Comédie Italienne, [titre d'après la table]
Début :
Le 20, les Comédiens Italiens donnerent la premiere représentation d'une Piéce nouvelle, [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Pièce nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Talens déplacés, nouvelle Piéce, joüée à la Comédie Italienne, [titre d'après la table]
Le 20 ,-les Comédiens Italiens donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle
, en Vers & en un Acte , qui a pour
titre les Talens déplacés , laquelle fut reçûë
très-favorablement .Elle eft de la compofition
de M. G. de Merville , Auteur de l'Apparence
Trompeuse , petite Piéce en un Acte ,
jouée au mois de Mars dernier fur le même
Théatre . La jeune Dlle Aftraudi , dont on a
déja parlé avec éloge , joue un rôle dans la
Piéce nouvelle avec autant de grace que
d'intelligence . Elle exécute auffi parfaitement
bien un Morceau de Symphonie fur le
Violoncelle , avec beaucoup d'applaudiffement
; elle chante enfuite un Duo avec le Sr
Rochard, qu'elle accompagne du même Inſtrument
; ce Morceau a été généralement applaudi.
Cette Piéce eft terminée par un Divertiffement
comique & fingulier ; la Dlle
Caroline y danfe un Pas de deux avec le Sr
Balleti ; le Sr Vincent , en Polichinelle , & le
Sr Deshayes , en femme , en danfent un autre
; ils font partie du Divertiſſement
lequel eft exécuté tout au mieux. On par-
·
lera
A O UST. 1744 1839
lera plus au long du fujet de la Piéce.
Le 25 , les mêmes Comédiens repréſenterent
la Comédie du Mari Garçon , & celle
de l'Amant Auteur & Valet. La même jeune
Actrice joüa le rôle de Suivante dans la premiere
Piéce, au gré du Public. Ces deux Comédies
furent fuivies d'un nouveau Feu d'artifice
, dont la compofition & l'exécution
furent fort applaudies.
la premiere repréſentation d'une Piéce nouvelle
, en Vers & en un Acte , qui a pour
titre les Talens déplacés , laquelle fut reçûë
très-favorablement .Elle eft de la compofition
de M. G. de Merville , Auteur de l'Apparence
Trompeuse , petite Piéce en un Acte ,
jouée au mois de Mars dernier fur le même
Théatre . La jeune Dlle Aftraudi , dont on a
déja parlé avec éloge , joue un rôle dans la
Piéce nouvelle avec autant de grace que
d'intelligence . Elle exécute auffi parfaitement
bien un Morceau de Symphonie fur le
Violoncelle , avec beaucoup d'applaudiffement
; elle chante enfuite un Duo avec le Sr
Rochard, qu'elle accompagne du même Inſtrument
; ce Morceau a été généralement applaudi.
Cette Piéce eft terminée par un Divertiffement
comique & fingulier ; la Dlle
Caroline y danfe un Pas de deux avec le Sr
Balleti ; le Sr Vincent , en Polichinelle , & le
Sr Deshayes , en femme , en danfent un autre
; ils font partie du Divertiſſement
lequel eft exécuté tout au mieux. On par-
·
lera
A O UST. 1744 1839
lera plus au long du fujet de la Piéce.
Le 25 , les mêmes Comédiens repréſenterent
la Comédie du Mari Garçon , & celle
de l'Amant Auteur & Valet. La même jeune
Actrice joüa le rôle de Suivante dans la premiere
Piéce, au gré du Public. Ces deux Comédies
furent fuivies d'un nouveau Feu d'artifice
, dont la compofition & l'exécution
furent fort applaudies.
Fermer
3000
p. 1859-1867
Extrait des Amours Grivois, [titre d'après la table]
Début :
Le 19, l'Opera Comique remit au Théatre une Piéce en un Acte, toute en Vaudevilles, [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Théâtre, Roi, Lois, Tambour, Acteur, Flamand, Amour, Jardinier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Amours Grivois, [titre d'après la table]
Le 19 , l'Opera Comique remit au Théatre
une Piéce en un Acte , toute en Vaudevilles
, avec un Divertiffement de Chants &
de Danſes , intitulée la Coquette fans le fçavoir
, ou la Fauffe Coquette , laquelle fut fuivie
du Déguisement Paftoral , dont il a été
parlé dans le dernier Journal. On donna enfuite
la petite Comédie des Amours Grivois,
qu'on voit toûjours avec le même plaifir.
Elle fut fuivie d'un Divertiffement Provençal
, exécuté au mieux . La Dlle Puvigné &
le Sr Noverre danſerent enfuite un Pas de
deux , qui a pour titre la Jardiniere , lequel
fut généralement applaudi.
Cette derniere Piéce , qui vient d'être imprimée
, a été repréſentée à l'Opera Comique
le 16 du mois dernier avec beaucoup
de fuccès , ainſi qu'on l'a dit dans le Mercure
de Juillet. Trois Auteurs ont travaillé à
cet Ouvrage ; en voici les noms tels qu'on
Gij les
1860 MERCURE DE FRANCE.
les a donnés à l'Impreffion , Par Mrs F. D.
L. G. & L. S.
On n'a pas cru devoir donner un Extrait
dans les formes de cette Piéce , attendu que
c'eft plûtôt un Recueil de Chanfons qu'un
Opera Comique régulier; ils le caractériſent
par ce Vers des Bucoliques de Virgile .
Q Meliboe ! Deus nobis hac ctia fecit.
Ils achevent d'en tracer une idée
ee Quatrain.
Trois bons François , avec naïveté ,
par
De leur Grand Roi célebrent le courage ;
Du Bel-Efprit ils n'ont rien emprunté ;
Dans leur coeur feul ils ont puifé l'Ouvrage .
Cet Ouvrage n'en a pas moins de prix
pour n'avoir, rien emprunté du bel Efprit ,
qui n'auroit fervi peut-être qu'à le gâter,
Ôn en va juger par l'Extrait de quelques
Couplets .
Le Théatre repréſente un Hameau Flamand;
on voit dans l'éloignement une Ville ,
dont les Remparts font détruits par le canon
; de l'autre côté un camp,, à la tête duquel
est une batterie de canons. Les aîles
repréfentent des Maifons, des Payfans, & des
Eftaminets. Le milieu de la Scéne eft occupé
par plufieurs Flamands , dont les uns
joüent de divers Inftrumens, fous un grand
Arbre ,
.4
A O UST. 1744. 1861
Arbre , pendant que les autres , autour de
plufieurs tables , boivent , fument , joüent
& danfent.
Un Bûveur Flamand chante
L'Amour troublé
Par le bruit des Trompettes ,
S'eft envolé
De ces retraites ;
Courons le chercher dans nos Bois ;
Qu'il entende nos voix ;
Revien dans cet azile ,
Amour , tout eft tranquile ;
LOUIS y donne des Loix.
JOLICOU K.
Nos Ennemis ont pris le large ;
Quand on les entend battre aux champs ,
Ratapataplan , ratapataplan ,
Nos Amours battent la charge.
Ce Couplet eft fuivi d'une Marche de
Grenadiers & de Vivandieres .
Le même Jolicoeur , le plus fier Héros des
Amours Grivois , en qualité de Tambour ,
chante le Couplet ſuivant.
Au fon du Tambour
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
A ma voix obéïſſe.
G iij Au
1862 MERCURE DE FRANCE.
Au fon du Tambour ,
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
Faffe l'Exercice ;
Qu'ici chaque Amant
Soit prêt au Commandement.
Montrez-nous ici comment
On prend les Belles ;
Prenez garde à vous
Grivois ; écoutez- moi tous.
x
Que les coeurs les plus rebelles
Tombent fous vos coups.
Voici l'Exercice des Amans Grivois , au
fon du Tambour , chanté par Jolicoeur.
Préfentez-vous
A genoux
Baifez la main
Remettez-vous
•
-
·
Offrez le Bouquet
Parez- en le Sein
Prenez un baifer
Alte- là . . .
Remettez- vous
·
.. •
• ..
• .. • • •
•
Nous finiffons cet Extrait par le Branle
géneral au bruit du canon ; il eſt chanté alternativement
par la Dlle Darimath , Dame
Flamande , traveftie en Servante , & par le
Sr
A OUST. 1744. 1863
Sr de Lécluse , Tambour , dont on vient de
parler.
Amis , chantons à pleine voix ,
Vive le bon Roi de France !
Enfin nous voilà fous fes Loix ,
Au gré de notre eſpérance ;
Enfin nous voilà fous les Loix
De ce bon Roi de France .
**
YPRES & MENIN , en moins d'un mois ,
Sont à lui par fa vaillance ,
Et déja FURNES , çà fait trois ;
Morgué quelle diligence !
Enfin , & c .
C'étoit malgré tous nos Bourgeois
Qu'on lui faifoit réfiftance ;
Chacun lui crioit fur les toîts ,
Y avance , y avance , y avance.
Enfin , & c.
**
Je n'étions avec ces Hongrois
Jamais en pleine allûrance ;
Giiij
LOUIS
1864 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS fçaura mieux qu'eux , je crois ,
Veiller à notre défenſe.
Enfin , & c.
*3X
་་
Sur tous nos coeurs il a des droits ,
En vertu de fa clémence ;
Je goûtons , grace à les Exploits ,
Le repos & l'abondance ;
Enfin , & c.
>
La Bierre nous rendoit fournois ;
Du Vin j'ignorions l'uſance ;
Il nous fait boire du l'ivois ;
Morgué quelle difference !
Soyons à jamais fous les Loix
De ce bon Roi de France .
Dès qu'on le voit , on l'aime tant ,
Que l'on fe fent l'ame épriſe ;
Sur tout , le beau Sexe Flamand
Le mettroit dans fa chemife ;
Pour moi , je l'aime franchement ;
Chacun loue à fa guife.
Si
AOUST . 1744. 1865
Si pour célébrer les grands Rois
Je n'avons pas d'Eloquence ;
Tout Flamand , comme un franc Gaulois ,
Ne dit rien que ce qu'il penfe :
Parquoi j ' difons , vivent les Loix
De ce bon Roi de France !
****
Meffieurs , la Critique a des droits
Mais qu'ici l'on s'en diſpenſe :
;
Nous chantons le plus grand des Rois ;.
Le zéle vaut l'Eloquence.
Répetez tous à haute voix ,
Vive le bon Roi de France !
Au refte l'ingénieux Triumvirat , qui a
fait ce joli préfent au Public , peut fe vanter
fur tout du choix du Sujet ; il n'en eft point
de plus intéreffant , & qui foit plus du tems
préfent .
On peutaffurer d'ailleurs, que cette agréable
Piéce a été exécutée dans toutes fes parties
, foit pour le Chant , foit pour la Danfe
& pour l'Action Théatrale,d'une maniere à
ne rien laiffer à défirer. M. Boifmortier ,
Maître de Mufique , connu par plufieurs
G V bons
1866 MERCURE DEFRANCE.
bons Ouvrages , a compofé les Airs de la
Symphonie & des Vaudevilles.
Cette Piéce eft très-bien imprimée chés
Prault , le fils , Quai de Conty , vis- à - vis la
defcente du Pont-Neuf, à la Charité, 1744.
On a dit dans le dernier Mercure , que
P'Opera Comique de la Foire S. Laurent
avoit donné fon Spectacle gratis à l'occafion
de la priſe de Furnes. Ce Divertiffement populaire
fut encore marqué ce jour là , par
quelques circonstances , auffi fingulieres
qu'inattendues. Une Marchande Bouquetiere
, voulant contribuer en quelque chofe
à la Fête qu'on donnoit fur ce Théatre , s'y
rendit, & fit porter plufieurs corbeilles , remplies
de toutes fortes de fleurs & de Bouquets
, qu'elle préſenta à cette nombreuſe
Affemblée , qui fçût très bon gré à la Marchande
, de cette galanterie ..
Après la repréſentation de la premiere-
Piéce , un Acteur de la Troupe s'avança fur
le bord du Théatre pour annoncer aux Spectateurs
qu'ils ne pouvoient pas donner la feconde
Piéce qu'ils avoient promife , l'Acteur,
qui devoit remplir un des rôles ,fe trouvant
indifpofé , qu'ils étoient tous très-fâchés
de ce contre tems , & c. Le Sr de Léclufe
, Acteur des plus comiques du même
Théatre , avoit pris la précaution de ſe placer
,
AOUST. 1744. 1867
eer, comme Spectateur ,pendant la premiere
Piéce , dans une des premieres Loges , en habit
de Jardinier , confondu avec toutes fortes
de gens , de tous états ; toute l'Affemblée
fe récria fort fur cette annonce de ne pas
jouer la Piéce promiſe ; le feint Jardinier ſe
leva , comme tous les autres , porta la parole
au nom de l'Affemblée,& dit qu'on prétendoit
que la Piéce fût joüée , puifqu'on l'avoit
promife. Cette Scéne fut jouée avec
tant d'art & d'apparence & de vérité , que
tous les Spectateurs donnerent parfaitement
dans l'illufion . L'Acteur , qni avoit déja fait
l'annonce , propofa enfin au feint Jardinier,
qui étoit toujours dans la Loge , de vouloir
bien fe charger du rôle de l'Acteur malade
puifqu'il en avoit l'habit ; le défi fut accepté
; le fuppofé Jardinier quitta fa place ,
pour paffer au Théatre , & joüa fon rôle
avec l'applaudiffement de toute l'Affemblée.
une Piéce en un Acte , toute en Vaudevilles
, avec un Divertiffement de Chants &
de Danſes , intitulée la Coquette fans le fçavoir
, ou la Fauffe Coquette , laquelle fut fuivie
du Déguisement Paftoral , dont il a été
parlé dans le dernier Journal. On donna enfuite
la petite Comédie des Amours Grivois,
qu'on voit toûjours avec le même plaifir.
Elle fut fuivie d'un Divertiffement Provençal
, exécuté au mieux . La Dlle Puvigné &
le Sr Noverre danſerent enfuite un Pas de
deux , qui a pour titre la Jardiniere , lequel
fut généralement applaudi.
Cette derniere Piéce , qui vient d'être imprimée
, a été repréſentée à l'Opera Comique
le 16 du mois dernier avec beaucoup
de fuccès , ainſi qu'on l'a dit dans le Mercure
de Juillet. Trois Auteurs ont travaillé à
cet Ouvrage ; en voici les noms tels qu'on
Gij les
1860 MERCURE DE FRANCE.
les a donnés à l'Impreffion , Par Mrs F. D.
L. G. & L. S.
On n'a pas cru devoir donner un Extrait
dans les formes de cette Piéce , attendu que
c'eft plûtôt un Recueil de Chanfons qu'un
Opera Comique régulier; ils le caractériſent
par ce Vers des Bucoliques de Virgile .
Q Meliboe ! Deus nobis hac ctia fecit.
Ils achevent d'en tracer une idée
ee Quatrain.
Trois bons François , avec naïveté ,
par
De leur Grand Roi célebrent le courage ;
Du Bel-Efprit ils n'ont rien emprunté ;
Dans leur coeur feul ils ont puifé l'Ouvrage .
Cet Ouvrage n'en a pas moins de prix
pour n'avoir, rien emprunté du bel Efprit ,
qui n'auroit fervi peut-être qu'à le gâter,
Ôn en va juger par l'Extrait de quelques
Couplets .
Le Théatre repréſente un Hameau Flamand;
on voit dans l'éloignement une Ville ,
dont les Remparts font détruits par le canon
; de l'autre côté un camp,, à la tête duquel
est une batterie de canons. Les aîles
repréfentent des Maifons, des Payfans, & des
Eftaminets. Le milieu de la Scéne eft occupé
par plufieurs Flamands , dont les uns
joüent de divers Inftrumens, fous un grand
Arbre ,
.4
A O UST. 1744. 1861
Arbre , pendant que les autres , autour de
plufieurs tables , boivent , fument , joüent
& danfent.
Un Bûveur Flamand chante
L'Amour troublé
Par le bruit des Trompettes ,
S'eft envolé
De ces retraites ;
Courons le chercher dans nos Bois ;
Qu'il entende nos voix ;
Revien dans cet azile ,
Amour , tout eft tranquile ;
LOUIS y donne des Loix.
JOLICOU K.
Nos Ennemis ont pris le large ;
Quand on les entend battre aux champs ,
Ratapataplan , ratapataplan ,
Nos Amours battent la charge.
Ce Couplet eft fuivi d'une Marche de
Grenadiers & de Vivandieres .
Le même Jolicoeur , le plus fier Héros des
Amours Grivois , en qualité de Tambour ,
chante le Couplet ſuivant.
Au fon du Tambour
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
A ma voix obéïſſe.
G iij Au
1862 MERCURE DE FRANCE.
Au fon du Tambour ,
Célebrez l'Amour ;
Que chacun en ce jour
Faffe l'Exercice ;
Qu'ici chaque Amant
Soit prêt au Commandement.
Montrez-nous ici comment
On prend les Belles ;
Prenez garde à vous
Grivois ; écoutez- moi tous.
x
Que les coeurs les plus rebelles
Tombent fous vos coups.
Voici l'Exercice des Amans Grivois , au
fon du Tambour , chanté par Jolicoeur.
Préfentez-vous
A genoux
Baifez la main
Remettez-vous
•
-
·
Offrez le Bouquet
Parez- en le Sein
Prenez un baifer
Alte- là . . .
Remettez- vous
·
.. •
• ..
• .. • • •
•
Nous finiffons cet Extrait par le Branle
géneral au bruit du canon ; il eſt chanté alternativement
par la Dlle Darimath , Dame
Flamande , traveftie en Servante , & par le
Sr
A OUST. 1744. 1863
Sr de Lécluse , Tambour , dont on vient de
parler.
Amis , chantons à pleine voix ,
Vive le bon Roi de France !
Enfin nous voilà fous fes Loix ,
Au gré de notre eſpérance ;
Enfin nous voilà fous les Loix
De ce bon Roi de France .
**
YPRES & MENIN , en moins d'un mois ,
Sont à lui par fa vaillance ,
Et déja FURNES , çà fait trois ;
Morgué quelle diligence !
Enfin , & c .
C'étoit malgré tous nos Bourgeois
Qu'on lui faifoit réfiftance ;
Chacun lui crioit fur les toîts ,
Y avance , y avance , y avance.
Enfin , & c.
**
Je n'étions avec ces Hongrois
Jamais en pleine allûrance ;
Giiij
LOUIS
1864 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS fçaura mieux qu'eux , je crois ,
Veiller à notre défenſe.
Enfin , & c.
*3X
་་
Sur tous nos coeurs il a des droits ,
En vertu de fa clémence ;
Je goûtons , grace à les Exploits ,
Le repos & l'abondance ;
Enfin , & c.
>
La Bierre nous rendoit fournois ;
Du Vin j'ignorions l'uſance ;
Il nous fait boire du l'ivois ;
Morgué quelle difference !
Soyons à jamais fous les Loix
De ce bon Roi de France .
Dès qu'on le voit , on l'aime tant ,
Que l'on fe fent l'ame épriſe ;
Sur tout , le beau Sexe Flamand
Le mettroit dans fa chemife ;
Pour moi , je l'aime franchement ;
Chacun loue à fa guife.
Si
AOUST . 1744. 1865
Si pour célébrer les grands Rois
Je n'avons pas d'Eloquence ;
Tout Flamand , comme un franc Gaulois ,
Ne dit rien que ce qu'il penfe :
Parquoi j ' difons , vivent les Loix
De ce bon Roi de France !
****
Meffieurs , la Critique a des droits
Mais qu'ici l'on s'en diſpenſe :
;
Nous chantons le plus grand des Rois ;.
Le zéle vaut l'Eloquence.
Répetez tous à haute voix ,
Vive le bon Roi de France !
Au refte l'ingénieux Triumvirat , qui a
fait ce joli préfent au Public , peut fe vanter
fur tout du choix du Sujet ; il n'en eft point
de plus intéreffant , & qui foit plus du tems
préfent .
On peutaffurer d'ailleurs, que cette agréable
Piéce a été exécutée dans toutes fes parties
, foit pour le Chant , foit pour la Danfe
& pour l'Action Théatrale,d'une maniere à
ne rien laiffer à défirer. M. Boifmortier ,
Maître de Mufique , connu par plufieurs
G V bons
1866 MERCURE DEFRANCE.
bons Ouvrages , a compofé les Airs de la
Symphonie & des Vaudevilles.
Cette Piéce eft très-bien imprimée chés
Prault , le fils , Quai de Conty , vis- à - vis la
defcente du Pont-Neuf, à la Charité, 1744.
On a dit dans le dernier Mercure , que
P'Opera Comique de la Foire S. Laurent
avoit donné fon Spectacle gratis à l'occafion
de la priſe de Furnes. Ce Divertiffement populaire
fut encore marqué ce jour là , par
quelques circonstances , auffi fingulieres
qu'inattendues. Une Marchande Bouquetiere
, voulant contribuer en quelque chofe
à la Fête qu'on donnoit fur ce Théatre , s'y
rendit, & fit porter plufieurs corbeilles , remplies
de toutes fortes de fleurs & de Bouquets
, qu'elle préſenta à cette nombreuſe
Affemblée , qui fçût très bon gré à la Marchande
, de cette galanterie ..
Après la repréſentation de la premiere-
Piéce , un Acteur de la Troupe s'avança fur
le bord du Théatre pour annoncer aux Spectateurs
qu'ils ne pouvoient pas donner la feconde
Piéce qu'ils avoient promife , l'Acteur,
qui devoit remplir un des rôles ,fe trouvant
indifpofé , qu'ils étoient tous très-fâchés
de ce contre tems , & c. Le Sr de Léclufe
, Acteur des plus comiques du même
Théatre , avoit pris la précaution de ſe placer
,
AOUST. 1744. 1867
eer, comme Spectateur ,pendant la premiere
Piéce , dans une des premieres Loges , en habit
de Jardinier , confondu avec toutes fortes
de gens , de tous états ; toute l'Affemblée
fe récria fort fur cette annonce de ne pas
jouer la Piéce promiſe ; le feint Jardinier ſe
leva , comme tous les autres , porta la parole
au nom de l'Affemblée,& dit qu'on prétendoit
que la Piéce fût joüée , puifqu'on l'avoit
promife. Cette Scéne fut jouée avec
tant d'art & d'apparence & de vérité , que
tous les Spectateurs donnerent parfaitement
dans l'illufion . L'Acteur , qni avoit déja fait
l'annonce , propofa enfin au feint Jardinier,
qui étoit toujours dans la Loge , de vouloir
bien fe charger du rôle de l'Acteur malade
puifqu'il en avoit l'habit ; le défi fut accepté
; le fuppofé Jardinier quitta fa place ,
pour paffer au Théatre , & joüa fon rôle
avec l'applaudiffement de toute l'Affemblée.
Fermer