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1
p. 2435-2438
Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Début :
SYSTEME tiré de l'Ecriture Sainte, sur la Durée du Monde, depuis le premier [...]
Mots clefs :
Semaines, Années, Monde, Avènement de Jésus-Christ, Repos, Durée, Fin du monde
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texteReconnaissance textuelle : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
sur la Durée du Monde , depuis le preşiler
Avénement de J. C. -jusqu'à là fin
Brj dés
2436 MERCURE DE FRANCE
des siècles. A Paris chez Huart , rue
S. Jacques in 12. 1733 .
Le dessein de l'Auteur est de nous
apprendre combien d'années le Monde
doit encore durer d'ici au Jugement
dernier. Avant que d'entrer en matiere
il examine une difficulté qu'il prévoit
que le titre de son Livre pourra faire
naître dans l'esprit des Lecteurs. Comment
entreprendre de fixer le nombre des années
de la Durée du Monde , après que J. C.
a prononcé que personne , si ce n'est le Pere
Céleste , ne sçait ni le jour ni l'heure de son
dernier Avénement ? Il fait voir que cette
parole exclut seulement une connoissance
absolument certaine du dernier jour ,
et qu'elle n'ôte à personne la liberté des
conjectures , fondées sur le Texte Sacré ;
et il prouve par l'exemple de plusieurs
Peres , qu'il a toujours été permis dans
l'Eglise d'user de cette liberté.
Il propose ensuite son Systême qui
'donne au Monde 2401. ans de durée
depuis le premier Avénement de J. C.
jusqu'au second. Voici comme il raisonne
pour appuyer cette conjecture. » La
» fin du Monde est le commencement
>> du grand repos dans lequel Dieu doït
>> entrer et faire entrer ses Elûs par le
ia second Avénement de J. C. et ce repos
NOVEMBRE. 1733 2437
celui
que
que
le pre-
» pos , aussi bien
» mier Avénement
a procuré aux ames
» fidelles dans la Loy de grace , étoit
» figuré par les différents Sabbats , ou
» repos des Juifs. Or ces repos , dont
» l'observance
étoit plus rigoureusement
» commandée
aux Juifs , terminoient
» pour la plupart le nombre septénai-
» re , soit de jours , soit de semaines ,
>> soit de mois , soit d'années , soit de » semaines d'années . Il faut donc
que
ce nombre mystérieux
de sept se retrouve
dans la chose figurée , comme
dans la figure ; c'est -à- dire , que le repos
et du premier et du second Avéhement
de J. C. vienne à la suite d'une
révolution
d'années , formé par le nombre
septénaire , depuis une certaine époque
et cette révolution
doit être égale
pour le , premier et pour le second Avés
nement. L'Auteur
prend pour premiere
époque le Déluge , ou plutôt la seconde
année après le Déluge , et comptant
delà jusqu'à la 37. année de J. C. inclusivement
, cet espace lui donne selón
le calcul de quelques Chronologistes
,
2401 ans, qui fone 343 semaines d'années.
Il réduit ces 343 semaines en d'au»
tres semaines , dont chacune est de sepa
semaines d'années. Sept semaines d'années.
2438 MERCURE DE FRANCE
nées font 49. ans. Ainsi une Semaine
composée de sept de ces semaines , fera
343. ans. Il fait ensuite sept semaines
de 343. ans chacune , ce qui lui donne
2401. ans. De toutes ces suppositions il
conclut qu'à compter depuis la 37. an
née de J. C. exclusivement jusqu'au
grand et éternel repos , qui doit commencer
à son second Avenement
doit y avoir 2401. ans. A ce compte,
la fin du Monde n'arrivera que d'ici à
700. ans .
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Résumé : Systême tiré de l'Ecriture Sainte sur la durée du Monde &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'ouvrage 'SYSTEME tiré dell'Ecriture Sainte' publié en 1733 à Paris. L'auteur y développe sa théorie sur la durée du monde depuis la première venue du Christ jusqu'à la fin des siècles. Il aborde la difficulté posée par la parole de Jésus-Christ, qui affirme que seul le Père connaît le jour et l'heure du Jugement dernier. L'auteur soutient que cette parole n'exclut pas les conjectures basées sur les textes sacrés, citant des exemples de Pères de l'Église ayant utilisé cette liberté. L'auteur propose que le monde doit durer 2401 ans depuis la première venue du Christ jusqu'à la seconde. Il associe cette durée à la fin du monde et au commencement du grand repos divin et des élus, symbolisé par les sabbats juifs. Ces sabbats, souvent terminés après des périodes de sept jours, semaines, mois ou années, suggèrent une révolution septénaire. L'auteur choisit comme point de départ la seconde année après le Déluge et compte jusqu'à la 37ème année du Christ, totalisant 2401 ans selon certains chronologistes. Il divise ces années en semaines d'années et conclut que la fin du monde surviendra dans environ 700 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 321-333
LETTRE de M. Rousseau à M. D.
Début :
M. quand j'inventai de nouveaux caractéres pour entretenir plus commodément [...]
Mots clefs :
Musique, Temps, Notes, Note, Sons, Point, Méthode, Durée, Ouvrage, Chiffres, Naturel, Tonique, Système, Savoir, Rapports, Majeur, Chiffre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
LETTRE de M. Rouffeau à M. D.
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
M. quand j'inventai de nouveaux caracté
res pour entretenir plus commodément
notre commerce de Mufique , je n'imaginois
guére que la connoiffance de ce ſyſtême
pafferoit plus loin que chés vous & chés
moi : cependant je me vis bien - tôt dans le
cas d'en multiplier l'ufage , lorfqu'étant
venu à Paris , je fus follicité par mes amis
de Province de leur envoyer divers morceaux
de Mufique ; comme ces commiffious
revenoient fouvent , je pris le parti de leur
expliquer ma Méthode , ce qui me mit à
portée de fatisfaire leur curiofité plus facilement
, & fans augmenter le volume de mes
Lettres. Nous nous en fommes fi bien trouvés
, que nous continuons à nous envoyer
réci-
Fiij
322 MERCURE DE FRANCE
réciproquement en Italie & à Paris , ce qu'il
ya de plus curieux & de plus nouveau en
fait de Mufique , noté fuivant ma Méthode ,
Son extrême facilité comparée aux embarras
de la Mufique ordina re , m'engagea bien - tôt
d'en faire un parallèle , dans lequel la mienne
me fembloit gagner & mériter un examen
plus fericux . L'Académie Royale des Sciences
voulut bien m'accorder l'honneur de faire
čet examen. Elle en porta même un jugement
affés favorable , pour m'autorifer à
publier ma Méthode ; c'eft ce que je fais aujourd'hui
dans un petit Ouvrage intitulé
Differtation fur la Mufique Moderne , lequel
indépendamment de mon fyftême que j'y
explique , contient des réflexions fur l'Echelle
& les Notes ordinaires de la Mufique
, affés neuves , je crois , & affés intereffantes
pour mériter quelque attention . Je
vais , M. vous donner une idée de ce petit
Traité , en attendant que la lecture vous
mette en état de ne vous en rapporter qu'à
vous- même. Au refte , je ne vous cacherai
point que j'ai la foibleffe d'être du nombre
de ces Auteurs , qui s'imaginent que leurs
Ouvrages ne font point fufceptibles d'extrait
, & qu'il faut tout lire , pour en bien
juger.
›
Comme ma vûë n'eſt point d'anéantir les
Signes de la Mufique ordinaire , pour leur
fubftituer
FEVRIER 1743 325
fubftituer les miens , je devois être difpenfé
de répondre aux obiections qu'on fait ordinairement
, & même avec affés de raifon ;
contre toutes les entreprifes de ce genre :
cependant , je me fuis apperçû qu'on fe
plaifoit fi fort à répeter ces fortes d'objec
tions & avec tant de confiance , que j'ai
crû devoir montrer en détail combien peu
elles font appliquables à mon fyftême : mon
but n'eft que d'établir une Méthode plus
fimple & plus commode qui puiffe fervir
pour ainfi dire , d'aide & de fupplément à
l'ancienne . Il ne faut donc pas fe fatiguer à
prévoir ce que deviendra la Mufique déja
notée , fi la mienne a lieu , & il faut encore
moins m'oppofer la longueur du tems qu'il
faudroit perdre à apprendre la Mufique deux
fois , puifque , fondé fur l'extrême fimplicité
de ma Méthode , j'établis qu'on parviendroit
à les fçavoir toutes deux , en commençant
par la mienne , en moins de tems encore
qu'on n'en met à apprendre feule celle qui
eft en ufage. C'est ce que j'explique en
détail dans ma Préface : j'ai tâché d'y épuifer
ce qu'il y avoit de général à oppofer à
mon fyftême , & j'ofe croire qu'il faut aimer
à chicanner , pour renouveller les mêmes
objections , après l'avoir lûë.
L'Ouvrage commence par un examen des
Signes actuels de la Mufique , tels qu'ils ont
F iiij éré
324 MERCURE DE FRANCE
été fubftitués par Jean de Meurs ou par
Guy d'Arezzo aux chiffres de l'Arithmétique,
c'est -à - dire , aux lettres de l'Alphabet des
Grecs. Les motifs de cette fubftitution
m'ayant parû frivoles , j'explique le fondement
de mon opinion , & après avoir montré
que les chiffres peuvent conferver tous les
avantages des Notes , j'ajoûte que ces chiffres
étant l'expreffion qu'on a donnée aux
nombres , & les nombres eux- mêmes étant
les expofans de la géneration des fons , rien
n'eft fi naturel que l'expreffion des fons par
les chifres de l'Arithmétique,
La maniére d'employer ces chiffres ne
peut être relative qu'aux rapports des fons
ou à leurs intervalles , & il eft aifé de voir
que le fecond fens eft préferable pour la
pratique. Mais il s'agit de trouver un fon
fixe & fondamental auquel on puiffe rapporter
tous les autres & qui leur ferve de
terme commun de comparaifon. Il n'en eſt
poind de tel , proprement dit ; mais il en eſt
une infinité d'arbitraires , qui peuvent devenir
fondamentaux , chacun à fon tour : car
alors nuls des autres fons ne peuvent être
employés dans le Chant qu'en vertu de
certains rapports déterminés qu'ils ont avec
ce fon Tonique , & tous ceux qui n'ont pas
ces rapports - là , font pour lors exclus de la
modulation
Pr
FEVRIER. 1743. 325
Or , comme il n'y a que le mode majeur
qui nous foit indiqué par la Nature , je le
prends pour modéle dans ma nouvelle inftitution
, & j'établis le chiffre 1. pour la Bafe
& la Tonique de tous les Tons majeurs.
Nous avons dans le Clavier douze fons
principaux,fur chacun defquels on peut faire
rouler un Chant ; chacun de ces fons pourra
donc être exprimé par le chiffre 1 , & ce
fon particulier fera déterminé par fon nom
naturel qu'on écrira à la marge ; c'cft- àdire
, que fi l'on écrit ut nous ferons en ut
majeur , & l'ut fe marquera 1 ; fi l'on écrit
fol , nous ferons en fol majeur , & le fol
s'écrira 1 &c. Or , dès que le Ton ferą ainſi
déterminé , le chiffre ou la Tonique 1. s'appellera
toujours ut , fans égard pour fon nom
naturel ; la feconde Notte du Ton s'appellera
re & fe marquera 2 ; la troifiéme , mi
& fe marquera 3 &c. jufqu'à la feptiéme
qui s'appellera fi & fe marquera 7. Toutes
ces Nottes devront fe trouver entre elles &
avec la Tonique en mêmes rapports que
les Nottes de même nom dans la Gamme
naturelle entre elles & avec le C fol ut ; de
maniére qu'il y aura toujours un Ton entre
1 & 2 , un Ton entre 2 & 3 , un demi Ton
entre 3 & 4, &c. Ce qui retranche tout
d'un coup les Diézes & les Bémols des Clés,
& exprime toujours les mêmes intervalles ,
F Y tant
326 MERCURE DE FRANCE
tant majeurs que mineurs avec les mêmes
caractéres .
Ceci revient à peu près à cette Méthode
qu'on appelle tranfpofition dans la Mufique
vocale , & que les maîtres regardent ordinairement
comme une pratique d'ignorans ,
s'imaginant qu'il y a beaucoup plus de
fcience à chanter toujours au naturel; à plus
forte raifon ne l'adopteroient- ils pas dans la
pratique inftrumentale , puifque d'ailleurs
elle détruit ce rapport direct qu'ils fuppofent
toujours entre une telle pofition de Notte &
une telle touche de leur inftrument.
Mais ce rapport eft à chaque inſtant en
défaut , & doit plus fervir à induire en erreur
qu'à faciliter l'exécution , ce que j'explique
en détail , auffi bien que tout ce qui
concerne l'idée que l'on doit fe faire des
Nottes & des fons relatifs dans l'exécution
tant vocale qu'inftrumentale. S'il y a quel
que chofe de mal imaginé dans la Mufique ,
c'eft , fans contredit , la Méthode de chanter
& d'exécuter au naturel ; je crois l'avoir
démontré ; & s'il y a quelque chofe d'ingenieux
dans le Systême que je propoſe , c'eſt
l'expreffion des fons,toujours relative au Ton
dans lequel ils font employés. Vous jugerez,
M. de la folidité de mes preuves, en les examinant
dans l'ouvrage même.
Les paffages d'une Octave à l'autre ſe font
par
FEVRIER : 1743. 327
par des points placés au- deffus ou au- deffous
des Nottes , ou par des pofitions fur lignes ,
femblables
à celles de la Mufique ordinaire ,
avec cette difference,que l'éloignement
d'un
degré ne fait qu'un intervalle de feconde par cette Mufique , & qu'il n'en faut pas d'avantage
pour faire une Octave par la mienne ,
de forte qu'une feule ligne & fes deux eſpaces
contigus y fuffisent pour faire roûler une
partie dans l'étendue
de trois Octaves , pour
lefquelles il ne faudroit pas moins d'onze
lignes par la Méthode ordinaire.
,
A l'égard du mode mineur , comme le
rapport des fons , qui le conftituent , fe
trouve exactement dans l'Octave , compriſe .
entre deux la fur le Clavier naturel , cette
Octave en devient le modéle , & en appliquant
le chiffre 1 , & le nom d'ut à la
Médiante d'un ton mineur la Tonique .
s'appellera la & fe marquera par le chiffre 63
ainfi le nom écrit à la marge & qui indique
toujours la Note qui doit s'appeller ut
alors celui de la Médiante & non pas de la
Tonique c'eft ce qu'on connoît toujours
par un Signe ajoûté à ce mot , quand le Ton
eft mincur & cet arrangement a de plus.
l'avantage d'exprimer très- exactement l'analogie
qui fe trouve d'un côté, entre tout Ton
majeur & le mode mineur de fa fixiéme.
F vj Note
>
eft.
4
328 MERCURE DE FRANCE
Note , & de l'autre, entre tout Ton mineur
& le mode majeur de fa Médiante.
Le Dièfe accidentel s'indique par une
ligne oblique qui traverfe la Note , en montant
de gauche à droite, & le Bémol par une
autre femblable ligne qui la traverfe en defcendant
dans le même fens.
Voilà, M. une idée abrégée de la Méthode
dont je me fers pour l'expreffion de tous les
fons qui compofent le Clavier. Les avantages
que cette Méthode a pardeffus la Note
ordinaire , me paroiffent confidérables ; je
ne vous parlerai ici que des deux plus importans,
qui font , 1 °. L'identité d'idées toujours
confervée dans le même arrangement
de caractéres, ce qu'on ne trouve point dans
l'autre Mufique, où les mêmes pofitions de
Notes expriment à tout moment des fons &
des intervalles differens. 2°. La connoiffance
exacte des intervalles fimples & redoublés ,
tant par la difference des chiffres qui les expriment
, que par des renverfemens dont la
parfaite connoiffance dépend d'un quart
d'heure d'application.
L'examen de la manière dont on a déter
miné la durée des fons & la valeur des Notes
, occupe la feconde partie de l'Ouvrage.
Toutes ces differentes figures de Notes ;
relatives à la durée d'une ronde ou à celle
d'une mefure à quatre tems , n'ont rien de
dés
FEVRIER. 1743 329
déterminé quant à la durée , puifque rien
n'eft fi variable que le terme même auquel
on les compare . De -là naiffent mille défauts
nuifibles à la précifion des mouvemens.
D'ailleurs , pourquoi ce grand nombre de
mefures differentes , indiquées par tant de
chiffres bizarres , tandis que d'un autre côté
on n'a établi les rapports des Notes que par
une progreffion fous double , qui ne fait que
la moitié des combinaiſons ?
·
Je ne reconnois que deux mefures differentes
, fçavoir à deux & à trois tems , & je
reconnois de même deux divifions de tems
fçavoir , divifion fous double & divifion
fous-triple , auxquelles il faut néceffairement
avoir égard dans la diftribution des valeurs ,
faute dequoi , on tombe dans les exceptions
vicieufes dont je parle dans cet Ouvrage.
Comme nous n'avons point de fon fixe abfolu
, qui mérite par quelque proprieté par
ticuliére de fervir de fondement aux autres.
de même & par la même raiſon , nous n'avons
point de durée abfoluë qui doive ſervir
de mefure commune aux differentes valeurs
des Notes. Mais comme dans chaque Ton
j'établis pour fon fixe le fon fondamental de
ce Ton- là , dans chaque mefure differente
je prends auffi pour terme de comparaiſon
la durée même de la meſure dont il eft ques
tion ; j'en divife les tems par des virgules ;
chaque
330 MERCURE DE FRANCE
chaque tems comprend une Note , ou plu
fieurs ; s'il n'en comprend qu'une , cette
Note remplit tout ce tems & doit durer autant
que lui ; rien n'eft fi fimple : fi le tems
contient plufieurs Notes , divifez fa durée en
autant de parties égales qu'il y a de Notes ;
appliquez chacune de ces parties à chacune
de ces Notes , & paffez- les de forte que tous
les tems foient égaux.
Un tems eft- il divifé en parties inégales ?
Toutes les inégalités poffibles font déterminées
avec la plus exacte précifion , non par
une complication de figures bizarres , mais
par de fimples lignes horifontales ajoûtées
au- deffus ou au - deffous des Notes, pour lier
toutes celles qui ne font que des fubdivi
fions des parties égales , auxquelles par ce
moyen il eft aife de les comparer. Ces liaifons
font à peu près l'effet des croches , doubles-
croches & c . dans la Muſique ordinai
re , excepté qu'elles reviennent beaucoup
plus rarement & ne peuvent jamais être plus
de deux en nombre fur la même Note.
Je me fers du point , à peu près pour le
même ufage que dans la Mufique ordinaire
mais je lui donne un fens bien plus étendu ,
puifqu'il peut foutenir le fon de la Note qui
l'a précedé , non feulement pendant la moitié
de la durée de cette Note , ce qui ne fait
qu'un cas particulier , mais pendant toutes
Jes
FEVRIER 1743 331
les differentes durées dont la mesure où on
l'employe eft fufceptible ; le point, de même
que les Notes , n'ayant de valeur déterminée
que par la place qu'il occupe dans la meſure:
ou dans le tems où il eft.
Comme je n'ai pas befoin de diverfifier la
figure des Notes pour repréfenter leurs diffe
rentes valeurs , & que les mêmes régles font
appliquables à tous leurs filences relatifs , il
s'enfuit que le feul zéro fuffit avec les points
qui le peuvent fuivre , pour remplacer tous
ces foupirs,demi foupirs & autresSignes bizarres
qu'on eft contraint d'arranger à tout mo
ment à la file les uns des autres , faute d'avoir
voulu donner au point un ufage plus étendu .
Il n'eft pas néceffaire , M. de vous en
dire davantage , pour vous rappeller l'idée
d'une Méthode que vous avez cultivée avec
tant de plaifir. Vous m'avez fait l'honneur
de me dire autrefois que vous ne croyiez pas
qu'il fût poffible d'imaginer des Signes plus
fimples & plus expreffifs que les miens.
J'efpere, M. que fi le Public n'adopte pas en
tout un jugement auffi favorable , il les
trouvera , du moins , commodes & faciles ;
en quoi j'ofe me flatter d'avoir travaillé avec
un fuccès bien different de tous ceux qui ont
propofé jufqu'ici des projets en ce genre.
Au refte , il me paroît qu'on trouvera
dans ce fyftême bien des avantages de détail
qu'on
32 MERCURE DE FRANCE
qu'on fouhaite depuis long-tems. Il n'y a
peut-être pas un Amateur de la Mufique qui
n'ait cherché une fois en fa vie quelque
moyen plus commode de noter fous un plus
petit volume , & fans tout cet embarras de
lignes & de portées , foit pour porter fur foi
des Recueils , foit pour envoyer de la Mufique
en Province , foit enfin parce qu'on ne
trouve pas de papier reglé fous fa main , toutes
les fois qu'on a quelque air à noter.
Ce qu'il y a d'avantageux dans mon
fyftême , c'eft qu'il fuffit pour ceux qui fçavent
la Mufique de lire une fois mon Ouvrage
, pour pouvoir exécuter fur la mienne
avec lamême facilité que fur l'autre : à l'égard
de ceux qui ne la fçavent point, s'ils fe veulent
contenter de la mienne , ils doivent fçavoir
chanter à Livre ouvert tout au moins en huit
mois , & s'ils veulent outre cela fçavoir la Mufique
ordinaire , ils ne doivent pas employer
plus du double de ce tems-là pour toutes
deux, en commençant par la mienne , ce qui
n'arriveroit pas s'ils commençoient par l'autre;
car tout cet embarras de tranfpofitions, de
clefs , de valeurs , de pofitions , fait une confufion
qu'on ne doit développer à l'efprit
des Ecoliers , que quand leurs organes ont
acquis l'habitude de la mefure & de l'intonation,&
qu'ils commencent à entendre quelque
chofe à la théorie des tons & des modes.
Vous
FEVRIER 1743 935
Vous trouverez dans le Mercure prochain
un Air noté par mes caractéres ; je
n'ai point voulu le mettre dans celui - ci, parce
que cet Extrait ne fuffifant pas pour expliquer
mon Systéme , il falloit donner à mon
Livre le tems de fe répandre dans les Provinces
, afin que tout le monde fût en état de
déchiffrer. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 6. Janvier 1743 .
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Résumé : LETTRE de M. Rousseau à M. D.
M. Rouffeau adresse une lettre à M. D. pour présenter son invention de nouveaux caractères visant à simplifier la notation musicale. Initialement destiné à un usage personnel, ce système a été adopté par ses amis de province, ce qui l'a poussé à publier sa méthode dans un ouvrage intitulé 'Dissertation sur la Musique Moderne'. Rouffeau critique les signes musicaux actuels, qu'il trouve moins pratiques que l'utilisation des chiffres pour représenter les sons. Sa méthode repose sur le mode majeur, où le chiffre 1 représente la basse et la tonique de tous les tons majeurs. Les notes sont numérotées de 1 à 7, suivant les rapports de la gamme naturelle, ce qui élimine les dièses et les bémols. Rouffeau propose également de simplifier les mesures musicales en les réduisant à deux types (à deux et à trois temps) et deux divisions de temps (double et triple). Les durées des sons sont divisées en parties égales pour assurer l'égalité des temps, et les inégalités sont déterminées avec précision. La méthode utilise des lignes horizontales pour lier les subdivisions des parties égales, remplaçant ainsi divers signes complexes par un système plus simple basé sur le zéro et les points. L'auteur espère que cette méthode sera jugée commode et facile, offrant des avantages pratiques pour noter la musique de manière plus compacte et accessible. Le système est conçu pour être rapidement assimilable par ceux qui connaissent déjà la musique et accessible aux débutants en quelques mois. Un exemple d'air noté avec ce nouveau système sera publié dans le prochain Mercure pour illustrer la méthode.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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