Résultats : 3 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 1546-1560
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Litterature.
Début :
IL paroît, M. que M. le Cardinal Quirini est persuadé que pour être dignement [...]
Mots clefs :
Lettre, Édition, Saint Éphrem, Augustin Calmet, Dominus regnavit a ligno, Angelo Maria Querini, Savants, Église, Paroles, Savant, Sujet, Version, Claude Gros de Boze, P. Tournemine, Pape, Hymne, Hébreu, Psaumes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Litterature.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M.
le Marquis de B. fur quelques fujets de
Litterature.
L paroît , M. que M. le Cardinal Quirini
I eft perfuadé que pour être dignement
affocié à une Académie , telle que celle des
Infcriptions & Belles- Lettres , il faut en
quelque façon faire preuve que de tout
tems on a aimé l'Etude , qu'on l'a cultivé
dès la jeuneffe , & qu'on ne l'abandonne
point dans la vieilleffe. Ce fçavant Evêque
de Breſcia avoit fait entrer dans fa Lettre à
M. Freret , Sécrétaire de cette Académie ,
un détail de tous les Ouvrages qu'il a compofés
, & publiés depuis fa jeuneffe . Dans
celle-ci , adreffée à M. de Boze , ci- devant
Sécrétaire , & aujourd'hui Directeur de la
même Académie , il continuë d'indiquer les
Ouvrages aufquels il s'applique actuellement
dans un âge , lequel quoiqu'avancé
ne fe reffent heureufement point des incommodités
, que les années accumulées ne manquent
gueres d'amener.
Après un remercîment à M. le Directeur ,
d'avoir bien voulu procurer l'Extrait que le
Journal des Sçavans du mois d'Août dernier
JUILLET. ' 1744. 7547
a donné de la Lettre de remercîment , que
S. E. écrivit à l'Académie après fa nomination
, il lui marque fon extrême fatisfaction
d'une Lettre qu'il a reçûë de M. le Chancelier
fur le même fujet, du 12 Septembre dernier
, dans laquelle ce digne Chef de la Juftice
fe fait un plaifir de le remercier de n'avoir
pas oublié dans fon Ouvrage le féjour
qu'il avoit fait à Frefnes , il y a plus de
trente ans.
: Il remercie encore M. de Boze d'avoir
fur la fin du même Extrait rappellé fon-refus
de l'Evêché de Padouc , & fon attachement
conftant à celui de Breſcia,furquoi il marque
en pallant fa reconnoiffance aux Auteurs du
Mercure de France , qui dans leur Journal
du mois d'Avril dernier , ont donné en François
dans fon entier la Lettre Paftorale de S.
E. adreflée au Peuple de Brefcia , au fujet de
fon attachement à l'Eglife de ce nom.
M. le Cardinal paffe enfuite aux Eloges
que M. de Boze mérite à fi jufte titre , par
la maniere également polie , modefte &
folide , dont il s'eft exprimé fur le fentiment
de M. Mazochius , au fujet de la figure
du jeune homme qui paroît fur le Diptyque
, dont S. E. avoit propofé l'explication
à tous les Sçavans de l'Europe , & que
les mêmes Auteurs du Mercure le font fait
un plaifir de faire graver dans celui du mois
de Novembre 1742. Cij Ces
1548 MERCURE DE FRANCE .
Ces devoirs d'une obligation indifpenfa
ble remplis , notre fçavant Cardinal entre
dans le détail des travaux Litteraires qui
l'ont occupé à Rome pendant près de deux
mois. Il déclare d'abord à M. de Boze, qu'il
a mis la derniere main , avec le plus de diligence
qui lui a été poffible , à fon Edition
des Euvres de S. Ephrem, enfuite qu'il s'eft
particulierement appliqué à éclaircir la
Queftion , qui s'eft élevée de nouveau , &
avec plus de chaleur que jamais , au ſujet
de ces paroles , Dominus regnavit a LIGNO ,
comme il paroît par plufieurs Volumes du
Mercure , furquoi il a fallu confulter un
grand nombre de Manufcrits de la Bibliothéque
du Vatican. Enfin qu'il a été occupé
à réunir en un corps d'Ouvrage les Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus .
que
Pour ce qui eft de l'Edition de S. Ephrem,
il lui apprend que le V Tome , qu'il vient
de donner , eft le penultiéme de tout l'Ouvrage
, qu'il s'eft preffé de finir le VI , afin
l'Edition entiere puiffe bientôt paroître
fous les aufpices de Benoît XIV , qui gouverne
aujourd'hui l'Eglife , dont les Livres
fur la Beatification & la Canoniſation des ·
Saints , font généralement eftimés , que
les Heterodoxes même en font l'Eloge
comme il paroît par le Journal Litteraire de
Lipfic , & qu'on en prépare actuellement à
Padoug
JUILLET. 1744.
1549
Padoue une nouvelle Edition , avec des
augmentations confidérables .
Il ajoûte que ce grand Pape continuë de
marquer beaucoup de bienveillance aux
Sçavans qui compofent des Ouvrages uti
les , foit à Rome , foit ailleurs , reconnoiffant
que le S. Siége tire fa principale gloire
de la Science , & de la Piété . Et comme les
Auteurs , qui lui dédient leurs Livres , ne
manquent gueres de comparer fon amour
pour les Lettres , à celui dont fût animé le
Pape Nicolas V. M. le Cardinal Quirini déclare
que dans fa Dédicace des OEuvres de
S. Ephrem , il a pris de-là occafion de dire
à Benoît XIV , que ce même Pape fe diſtinguafurtout
dans le choix qu'il fit des Per-
Tonnes les plus verfées dans les Langues
Grecque & Latine , pour traduire l'Iliade
& l'Odyffée d'Homere du Grec en Latin ;
& parmi ces Sçavans , il nomme par diftinction
François Philelphe , à qui Nicolas V. Pape
, propofa de donner une très-belle Maifon
dans Rome , & dix mille Ecus d'Or de
récompenfe ; & Charles Aretin qu'il demanda
par fes Lettres à la République de
Florence. Enfin , s'écrie-t'il , fi le Souverain
Pontife , qu'on vient de nommer , avoit
tant d'empreffement
pour procurer une
Traduction exacte des OEuvres d'Homere
n'eut-il pas regardé comme un vrai bonheur
C iij ar-
>
1550 MERCURE DE FRANCE.
arrivé à la Bibliothéque du Vatican , de lui
voir enfanter l'Edition d'un Pere fr Saint "
fi célébre dans toute l'Eglife Orientale , &
dont les Ecrits , au fentiment de S. Jerôme
, alloient prefque de pair avec les Livres
Canoniques.
Il revient au fecond Article de.fes occupations
Litteraires durant fon dernier féjour
à Rome , Article qui eft tout- à- fait lié au
premier , concernant l'Edition des OEuvres
de Saint Ephrem , car il s'agiffoit de bien
examiner par les Manufcrits du Vatican , fi
cette Leçon Dominus regnavit A LIGNO ,
étoit appuyée de l'autorité du texte de ce
Saint Docteur en fon premier Sermon de la
Refurrection , comme quelques Sçavans
l'ont prétendu , entr'autres Gerard Voffius
dans fa Verfion du même Difcours , & non
pas tout-à-fait , dit -il , fans quelque efpece
de fondement .
Ici , M. je fuis obligé d'interrompre mon
Extrait,pour faire précéder un petit Eclairciffement
fur le fujer en queftion , fanst
quoi ce que va dire le fçavant Cardinal des
Piéces inférées dans le Mercure fur cette
matiere , pourroit paroître obfcur , même
en France , à l'égard de quelques Lecteurs ,
qui font peu au fait de cette conteſtation
Litteraire : voici en peu de paroles, ce qu'il
eft néceffaire de fçavoir.
J'ent
JUILLET. 1744. 11551
J'entendois l'Office dans le Choeur de
l'Eglife de S. Germain -des-Prez un des jours
de la femaine Sainte 1733 , & lorsqu'on
chanta l'Hymne Vexilla Regis , &c. je fus
particulierement frappé de cette Strophe :
Impletafunt que concinit
David fideli carmine
Dicens in Nationibus ,
Regnavit à ligno Deus.
Je n'y avois jamais fait attention , & j'ignorois
même que ce regnavit à ligno eur
jamais fait une difficulté parmi les Sçavans .
David , dis - je , en moi -même , felon le pieux
Auteur de l'Hymne , a donc chanté prophé
tiquement dans fes Pfeaumes , que J. C.
régneroit par le bois de la Croix , & c'est ce
que
d'abord après le Service , j'allai chercher
dans la Vulgate , ne me fouvenant pas d'y
avoir jamais lû rien de pareil . Il eft vrai que
dans le Pf. XCV , v. 10 , on trouve ces paroles
: Dicite in Gentibus quia Dominus regnavit
, & rien davantage. Eft-ce affés pour
attribuer à David la Prophétie en queftion
C'eft cependant Fortunat , Evêque de Poitiers
, felon la plus commune opinion , qui
a compofé cette Hymne au VI Siécle , & il
y a preuve qu'on l'a chantée en France dès
le IX.
J'ouvris tout de fuite dans mon Cabinet
C iiij
le
1552 MERCURE DE FRANCE.
le Pleautier de Genebrard , ou fon Edition
des Pfeaumes , felon la Vulgate , accompagnée
de fçavans Commentaires , dont il y
a eu cinq Editions. La mienne eft d'Anvers
de 1592 & la derniere. Son Commentaire
fur ce 10 Verfet du Pf. 95 , eft fort long &
rempli , felon la coûtume de l'Auteur , de
beaucoup d'érudition , mais qui ne m'a ni
plainement inftruit , ni déterminé. Car fi
d'un côté Genebrard convient que regnavit
à ligno n'eſt point dans le Texte Hébreu , il
prétend de l'autre que les Septante l'ont
ajoûté par un Efprit prophétique , en traduifant
ce Verfet trois cent ans avant J. C.
C'eft ainfi , dit-il , que les Anciens l'ont
toûjours cité , fçavoir , S. Juftin Martyr
Lactance , Tertullien , Arnobe , S. Auguftin
, Caffiodore , (a) Theodulphe , le Pfeautier
Romain , & c. c'étoit , felon lui , la maniere
des Anciens , en traduiſant l'Ecriture ,
d'inférer quelques mots en paffant , pour
fervir à l'intelligence de ce que la Lettre
renferme de mifterieux , furquoi G. donne
plufieurs exemples , &c.
Mais eft- ce affés' encore une fois en bonne
Critique pour admettre des paroles , qui
ne fe trouvent ni dans le Texte Hébreu
qui eft l'Original , ni dans les Exemplaires ,
(a ) Theodulphe , Evêque d'Orleans , auquel Gel
nebrard attribue l'Hymne , Vexilla Regis.
que
JUILLET. 1744. 1553
que nous avons aujourd'hui de la Verfion
des Septante , premiers Auteurs , felon Genebrard
, de cette Addition ? Ce qui , à
vous dire le vrai , M. me parût affés embarraffant.
par
Mon embarras diminua, lorfque j'eus confulté
le fçavant Dom Auguftin Calmet,dont
le travail fur les Pfeaumes , a acquis chés
moi depuis long- tems , une eftime particu
liere. Dom Calmet convient dans fon Commentaire,
que l'Addition regnavit à ligno eft
ancienne , & il ajoûte aux Autorités , citées
Genebrard , celles de S. Leon Pape , de
l'Auteur de l'Opufcule des Montagnes de Sina
de Sion , fous le nom de S. Cyrille , le
Pleautier Gothique , celui de S. Germaindes-
Prez , celui de Chartres , tous Monumens
, où on lit Dominus regnavit à ligno ;
mais il dit en même-tems que ces paroles
ne font ni dans l'Hébreu , ni dans le Chaldaïque
, ni dans le Syriaque , ni dans les
anciennes Verfions Grecques , faites fur
l'Hébreu , ni dans la Vulgate , l'Arabe &
l'Ethiopienne , faites fur les Septante , ni
dans la Verfion de S. Jerôme , faite fur
l'Hébreu .
Je m'abftiens , M. de rapporter ici toute
la Doctrine de D. Calmet , qui m'a beaucoup
éclairé fur ce fujet. Je me contente de
dire avec lui , & après plufieurs autres Sça
Cy vans
1554 MERCURE DE FRANCE.
vans qu'il cite , qu'il eft très-problable que
ces paroles a ligno , ayant été mifes par
quelqu'un à la marge de fon Pfeautier , à
l'endroit de regnavit , furent enfuite incon
fideremment fourrées dans le Texte , d'où
enfin elles ont été bannies , parce qu'on a
reconnu qu'elles n'étoient ni dans les Sources
Hébraiques , ni dans les anciennes. Verfions
des Grecs..
Inftruit de la maniere que je viens de le
dire , fur un fujet qui m'avoit toujours été
étranger , & fouhaitant d'en apprendre da
vantage , j'écrivis à M. Foubert , Docteur de
Sorbonne , la Lettre qui eft imprimée dans
le Mercure du mois d'Août 1733`, pour
l'engager à faire auffi de fon côté quelques
recherches , le priant de commencer par le
Pleautier , qui eft dans la Bibliothèque de
Sorbonne , l'un des plus beaux Monumens
en ce genre & des plus rates.
Au lieu de la Réponfe que j'attendois de
M. l'Abbé Foubert , je fus affés étonné d'en
recevoir directement , & fur ce même fu et
une du feu Pere Tournemine , avec qui j'étois
véritablement en commerce Litteraire ,
mais fans jamais avoir eu enfemble aucuneforte
de conteftation . Dans cette Réponſe ,.
le fçavant Jefuite employa toute fon érudition
, toute fon éloquence , pour me dire &
me foutenir poliment que j'étois dans l'erreur
JUILLET . 1744. 1555
reur , & que regnavit à ligno n'eſt pas une
Addition , mais que c'eft la Verfion fidelle
da Texte Original ; ainfi , conclut le P. T.
l'Auteur de l'Hymne Vexilla Regis foit
Fortunat , foit Theodulphe, a pûregarder ces
paroles à ligno , comme Originales dans la
Sainte Ecriture.
"
J'avouerai cependant que fi quelque chofe
m'embarraffa dans cette Réponse du P. T.
c'est l'endroit que voici , écrit d'un air de
confiance & fur le ton décifif.
>> Ce feroit parler trop affirmativement ,
»de dire que cette Addition étoit inconnue
Ȉ tout l'Orient. S. Ephrem , Syrien , l'a ci-
» tée dans fon premier Sermon de la Réſurrection.
Il la lifoit donc dans les Manuf
» crits de la Verfion Syriaque de fon Eglife ,
»Verfion traduite fur les Septante , & auffi
ancienne que l'Eglife ; les Verfions pofte-
>> rieures n'ont pas la même autorité.
Vous fentez , M. comme moi , tout le
poids de cette allegation ; nous verrons en
fon lieu de quelle valeur elle fera dans notre
conteſtation .
Cependant je fis imprimer la Réponse du
P. T. dans le Mercure du mois de Septem
bre fuivant , & je pris en même - tems des
mefures avec Dom Calmet , pour qu'il vou
lut bien foutenir lui- même notre caufe commune
, contre un Adverfaire célébre , c'eſt-
Cvj
a1556
MERCURE DE FRANCE.
à-dire , répondre à la Lettre du P. Tournemine
, que je lui envoyai , avec la mienne,
écrite à M. le Docteur Foubert.
Dom Calmet , qui depuis le féjour qu'il
a fait à Paris dans l'Abbaye S. Germain
m'honore d'une amitié particuliere , eur
d'abord quelque peine à fe déterminer , il
le fit cependant , ne mettant qu'une clauſe
à la permiffion qu'il m'accorda d'imprimer
La Réponſe.
"
» J'ai reçû , me dit il , dans fa Lettre du
» 2 Janvier 1734 , tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant
» mon féjour à Paris ; il a annoncé mes Ou-
» vrages dans fes Journaux d'une maniere
» fi honnête & fi polie , que je ne puis me
réfoudre à entrer avec lui dans aucune
» conteſtation . Si donc vous jugez à propos
» de faire quelque ufage de ce que j'ai l'hon-
»neur de vous écrire , je vous prie de le lui
»communiquer auparavant , & de lui dé-
» clarer que je le rends abfolument le maî-
» tre de tout. Avec cette condition je vais
» vous expofer ce que je penſe fur le`ſujet
>> en queftion.
En me conformant à cette difpofition , je
fis mon devoir à l'égard du P. T. qui répon
dit par d'autres politeffes , & m'accorda toute
la liberté dont j'avois befoin. La Réponse
de D. C. fut donc imprimée dans le Mercure
JUILLET. 744 15ST
cure du mois de Mai 1734 , fous ce titre
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet ,
Abbé de Senones , au fujet d'une Prophétie attribuée
au Roi David , &c.
Que vous dirai-je , M. de cette Réponse
qui m'étoit directement adreffée ? Elle emporta
tous les fuffrages par la maniere folide
, lumineufe & polie , dont tous les Argumens
du P. T. font difcutés , & en mêmetems
refutés.
pas
Je fus charmné , fur tout , de voir l'allegation
, tirée de l'autorité de S. Ephrem , qui
m'avoir embarraflé , entierement détruite.
Il eſt vrai , dit Dom Calmet , qu'on lit Dominus
regnavit à ligno , dans l'Edition Latine
du Sermon qu'on cite , mais on ne lit
ligno dans l'Edition Grecque d'Angleterre ,
c. Bientôt le Cardinal Quirini , en conti
nuant , comme je vais faire , l'Extrait de fa
Lettre , nous éclairera encore davantage fur
ce fait important , & ne laiffera aucun lieu
de douter de la prévention du P. T. principale
caufe de fa méprife. La Réponſe de D.
Calmet eft datée de l'Abbaye de Senones le z
Janvier 1734.
Cependant le P. T. n'eut pas plutôt lû
cette Réponſe , qu'il fe mit en état de répliquer
par une Lettre qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer , datée du 6 Mai 1734 , & que
je fis imprimer tout de fuite dans le . Vol.
du
1558 MERCURE DE FRANCE
du Mercure du mois de Juin 1734.
Le fçavant Jefuite la commença par ces
mots : » Vous m'avez , M. donné un Ad-
» verfaire redoutable , mais j'ai depuis long-
» tems l'honneur d'être ami du R. P. Dom
» Calmet , nous ne combattrons que de ci-
» vilité.
Cette civilité , en effet , & tous les égards
poffibles font bien marqués dans la Réplique
du P. T. mais on n'y trouve rien qui
détruife les bonnes raifons de fon Illuftre
Adverfaire ; vous en jugerez , M. par l'article
qui regarde S. Ephrem , que j'eftime le
plus effentiel.
" Je conviens , dit le P. T. que la Citation
de S. Ephrem peut être conteftée. Dans la
> Traduction Latine du Sermon de la Croix
»on lit à ligno ; ces deux mots ne font point
» dans le Grec , imprimé en Angleterre , je
»l'avoue. J'ai cependant de la peine à croire
»que le Traducteur Latin les eût mis dans
»fa Verfion , s'ils n'étoient pas dans le Ma
» nufcrit Grec ; quel intérêt l'auroit obligé
»à cette falfification , dans un tems où la
Vulgate , en laquelle ces deux mots ne
font point , étoit reçue par toute l'Eglife
>>
&c.
.
D.
. Nous ne jugeâmes point à propos ,
Calmer & moi , d'infifter fur cette Réplique
, & de fatiguer le P. T. & le Public par
142
JUILLET. 1744. 1559
un nouvel Ecrit , fur une Queftion qui me
paroiffoit bien difcutée & jugée par les Sçavans
en notre faveur.
Je m'avifai peu de tems après , pour don
ner indirectement quelque fatisfaction au
P. T. de lui propofer l'éclairciffement & la
défenfe du fameux paffage de Jofeph l'Hiftorien
, qui rend un témoignage fi remarquable
en faveur de J. C. & cela parce que
Dom Calmet , dans fa Lettre citée , fembloit
douter , à l'occafion du regnavit à ligno,
de l'autenticité de ce paffage de l'Hif
torien Grec .
Je me dois fçavoir bon gré de ma tentative
, car elle a donné lieu à un fort bon
Ouvrage du P. T. qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer peu de tems avant fa mort , &
dont je ne manquerai pas , M..de vous rendre
compte en tems & lieu..
Les chofes étoient en cet état,lorfque j'ap
pris que l'Edition des OEuvres de S. Ephrem,
entreprife par le Cardinal Quirini , étoit
déja fort avancée , ce qui me fit réfoudre de
le prendre pour Arbitre, & de lui déférer le
Jugement diffinitif de notre conteftation ,
tant en qualité d'Editeur de S. Ephrem
qu'en celle de Sçavant du premier Ordre, &
de Bibliotéquaire du Vatican. Vous verrez
qu'il falloit tout cela enfemble.
>
Vous le verrez , dis-je , par le compte
qui
1560 MERCURE DE FRANCE.
qui me reste à vous rendre de la Lettre de
M: le Cardinal à M. de Boze . Mais je n'ap
perçois , M. que la mienne excederoit certaines
bornes , fi je ne m'arrêtois ici en vous
promettant inceffamment la fuite & la fin
de mon Extrait.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , le 29 Juin 1744.
le Marquis de B. fur quelques fujets de
Litterature.
L paroît , M. que M. le Cardinal Quirini
I eft perfuadé que pour être dignement
affocié à une Académie , telle que celle des
Infcriptions & Belles- Lettres , il faut en
quelque façon faire preuve que de tout
tems on a aimé l'Etude , qu'on l'a cultivé
dès la jeuneffe , & qu'on ne l'abandonne
point dans la vieilleffe. Ce fçavant Evêque
de Breſcia avoit fait entrer dans fa Lettre à
M. Freret , Sécrétaire de cette Académie ,
un détail de tous les Ouvrages qu'il a compofés
, & publiés depuis fa jeuneffe . Dans
celle-ci , adreffée à M. de Boze , ci- devant
Sécrétaire , & aujourd'hui Directeur de la
même Académie , il continuë d'indiquer les
Ouvrages aufquels il s'applique actuellement
dans un âge , lequel quoiqu'avancé
ne fe reffent heureufement point des incommodités
, que les années accumulées ne manquent
gueres d'amener.
Après un remercîment à M. le Directeur ,
d'avoir bien voulu procurer l'Extrait que le
Journal des Sçavans du mois d'Août dernier
JUILLET. ' 1744. 7547
a donné de la Lettre de remercîment , que
S. E. écrivit à l'Académie après fa nomination
, il lui marque fon extrême fatisfaction
d'une Lettre qu'il a reçûë de M. le Chancelier
fur le même fujet, du 12 Septembre dernier
, dans laquelle ce digne Chef de la Juftice
fe fait un plaifir de le remercier de n'avoir
pas oublié dans fon Ouvrage le féjour
qu'il avoit fait à Frefnes , il y a plus de
trente ans.
: Il remercie encore M. de Boze d'avoir
fur la fin du même Extrait rappellé fon-refus
de l'Evêché de Padouc , & fon attachement
conftant à celui de Breſcia,furquoi il marque
en pallant fa reconnoiffance aux Auteurs du
Mercure de France , qui dans leur Journal
du mois d'Avril dernier , ont donné en François
dans fon entier la Lettre Paftorale de S.
E. adreflée au Peuple de Brefcia , au fujet de
fon attachement à l'Eglife de ce nom.
M. le Cardinal paffe enfuite aux Eloges
que M. de Boze mérite à fi jufte titre , par
la maniere également polie , modefte &
folide , dont il s'eft exprimé fur le fentiment
de M. Mazochius , au fujet de la figure
du jeune homme qui paroît fur le Diptyque
, dont S. E. avoit propofé l'explication
à tous les Sçavans de l'Europe , & que
les mêmes Auteurs du Mercure le font fait
un plaifir de faire graver dans celui du mois
de Novembre 1742. Cij Ces
1548 MERCURE DE FRANCE .
Ces devoirs d'une obligation indifpenfa
ble remplis , notre fçavant Cardinal entre
dans le détail des travaux Litteraires qui
l'ont occupé à Rome pendant près de deux
mois. Il déclare d'abord à M. de Boze, qu'il
a mis la derniere main , avec le plus de diligence
qui lui a été poffible , à fon Edition
des Euvres de S. Ephrem, enfuite qu'il s'eft
particulierement appliqué à éclaircir la
Queftion , qui s'eft élevée de nouveau , &
avec plus de chaleur que jamais , au ſujet
de ces paroles , Dominus regnavit a LIGNO ,
comme il paroît par plufieurs Volumes du
Mercure , furquoi il a fallu confulter un
grand nombre de Manufcrits de la Bibliothéque
du Vatican. Enfin qu'il a été occupé
à réunir en un corps d'Ouvrage les Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus .
que
Pour ce qui eft de l'Edition de S. Ephrem,
il lui apprend que le V Tome , qu'il vient
de donner , eft le penultiéme de tout l'Ouvrage
, qu'il s'eft preffé de finir le VI , afin
l'Edition entiere puiffe bientôt paroître
fous les aufpices de Benoît XIV , qui gouverne
aujourd'hui l'Eglife , dont les Livres
fur la Beatification & la Canoniſation des ·
Saints , font généralement eftimés , que
les Heterodoxes même en font l'Eloge
comme il paroît par le Journal Litteraire de
Lipfic , & qu'on en prépare actuellement à
Padoug
JUILLET. 1744.
1549
Padoue une nouvelle Edition , avec des
augmentations confidérables .
Il ajoûte que ce grand Pape continuë de
marquer beaucoup de bienveillance aux
Sçavans qui compofent des Ouvrages uti
les , foit à Rome , foit ailleurs , reconnoiffant
que le S. Siége tire fa principale gloire
de la Science , & de la Piété . Et comme les
Auteurs , qui lui dédient leurs Livres , ne
manquent gueres de comparer fon amour
pour les Lettres , à celui dont fût animé le
Pape Nicolas V. M. le Cardinal Quirini déclare
que dans fa Dédicace des OEuvres de
S. Ephrem , il a pris de-là occafion de dire
à Benoît XIV , que ce même Pape fe diſtinguafurtout
dans le choix qu'il fit des Per-
Tonnes les plus verfées dans les Langues
Grecque & Latine , pour traduire l'Iliade
& l'Odyffée d'Homere du Grec en Latin ;
& parmi ces Sçavans , il nomme par diftinction
François Philelphe , à qui Nicolas V. Pape
, propofa de donner une très-belle Maifon
dans Rome , & dix mille Ecus d'Or de
récompenfe ; & Charles Aretin qu'il demanda
par fes Lettres à la République de
Florence. Enfin , s'écrie-t'il , fi le Souverain
Pontife , qu'on vient de nommer , avoit
tant d'empreffement
pour procurer une
Traduction exacte des OEuvres d'Homere
n'eut-il pas regardé comme un vrai bonheur
C iij ar-
>
1550 MERCURE DE FRANCE.
arrivé à la Bibliothéque du Vatican , de lui
voir enfanter l'Edition d'un Pere fr Saint "
fi célébre dans toute l'Eglife Orientale , &
dont les Ecrits , au fentiment de S. Jerôme
, alloient prefque de pair avec les Livres
Canoniques.
Il revient au fecond Article de.fes occupations
Litteraires durant fon dernier féjour
à Rome , Article qui eft tout- à- fait lié au
premier , concernant l'Edition des OEuvres
de Saint Ephrem , car il s'agiffoit de bien
examiner par les Manufcrits du Vatican , fi
cette Leçon Dominus regnavit A LIGNO ,
étoit appuyée de l'autorité du texte de ce
Saint Docteur en fon premier Sermon de la
Refurrection , comme quelques Sçavans
l'ont prétendu , entr'autres Gerard Voffius
dans fa Verfion du même Difcours , & non
pas tout-à-fait , dit -il , fans quelque efpece
de fondement .
Ici , M. je fuis obligé d'interrompre mon
Extrait,pour faire précéder un petit Eclairciffement
fur le fujer en queftion , fanst
quoi ce que va dire le fçavant Cardinal des
Piéces inférées dans le Mercure fur cette
matiere , pourroit paroître obfcur , même
en France , à l'égard de quelques Lecteurs ,
qui font peu au fait de cette conteſtation
Litteraire : voici en peu de paroles, ce qu'il
eft néceffaire de fçavoir.
J'ent
JUILLET. 1744. 11551
J'entendois l'Office dans le Choeur de
l'Eglife de S. Germain -des-Prez un des jours
de la femaine Sainte 1733 , & lorsqu'on
chanta l'Hymne Vexilla Regis , &c. je fus
particulierement frappé de cette Strophe :
Impletafunt que concinit
David fideli carmine
Dicens in Nationibus ,
Regnavit à ligno Deus.
Je n'y avois jamais fait attention , & j'ignorois
même que ce regnavit à ligno eur
jamais fait une difficulté parmi les Sçavans .
David , dis - je , en moi -même , felon le pieux
Auteur de l'Hymne , a donc chanté prophé
tiquement dans fes Pfeaumes , que J. C.
régneroit par le bois de la Croix , & c'est ce
que
d'abord après le Service , j'allai chercher
dans la Vulgate , ne me fouvenant pas d'y
avoir jamais lû rien de pareil . Il eft vrai que
dans le Pf. XCV , v. 10 , on trouve ces paroles
: Dicite in Gentibus quia Dominus regnavit
, & rien davantage. Eft-ce affés pour
attribuer à David la Prophétie en queftion
C'eft cependant Fortunat , Evêque de Poitiers
, felon la plus commune opinion , qui
a compofé cette Hymne au VI Siécle , & il
y a preuve qu'on l'a chantée en France dès
le IX.
J'ouvris tout de fuite dans mon Cabinet
C iiij
le
1552 MERCURE DE FRANCE.
le Pleautier de Genebrard , ou fon Edition
des Pfeaumes , felon la Vulgate , accompagnée
de fçavans Commentaires , dont il y
a eu cinq Editions. La mienne eft d'Anvers
de 1592 & la derniere. Son Commentaire
fur ce 10 Verfet du Pf. 95 , eft fort long &
rempli , felon la coûtume de l'Auteur , de
beaucoup d'érudition , mais qui ne m'a ni
plainement inftruit , ni déterminé. Car fi
d'un côté Genebrard convient que regnavit
à ligno n'eſt point dans le Texte Hébreu , il
prétend de l'autre que les Septante l'ont
ajoûté par un Efprit prophétique , en traduifant
ce Verfet trois cent ans avant J. C.
C'eft ainfi , dit-il , que les Anciens l'ont
toûjours cité , fçavoir , S. Juftin Martyr
Lactance , Tertullien , Arnobe , S. Auguftin
, Caffiodore , (a) Theodulphe , le Pfeautier
Romain , & c. c'étoit , felon lui , la maniere
des Anciens , en traduiſant l'Ecriture ,
d'inférer quelques mots en paffant , pour
fervir à l'intelligence de ce que la Lettre
renferme de mifterieux , furquoi G. donne
plufieurs exemples , &c.
Mais eft- ce affés' encore une fois en bonne
Critique pour admettre des paroles , qui
ne fe trouvent ni dans le Texte Hébreu
qui eft l'Original , ni dans les Exemplaires ,
(a ) Theodulphe , Evêque d'Orleans , auquel Gel
nebrard attribue l'Hymne , Vexilla Regis.
que
JUILLET. 1744. 1553
que nous avons aujourd'hui de la Verfion
des Septante , premiers Auteurs , felon Genebrard
, de cette Addition ? Ce qui , à
vous dire le vrai , M. me parût affés embarraffant.
par
Mon embarras diminua, lorfque j'eus confulté
le fçavant Dom Auguftin Calmet,dont
le travail fur les Pfeaumes , a acquis chés
moi depuis long- tems , une eftime particu
liere. Dom Calmet convient dans fon Commentaire,
que l'Addition regnavit à ligno eft
ancienne , & il ajoûte aux Autorités , citées
Genebrard , celles de S. Leon Pape , de
l'Auteur de l'Opufcule des Montagnes de Sina
de Sion , fous le nom de S. Cyrille , le
Pleautier Gothique , celui de S. Germaindes-
Prez , celui de Chartres , tous Monumens
, où on lit Dominus regnavit à ligno ;
mais il dit en même-tems que ces paroles
ne font ni dans l'Hébreu , ni dans le Chaldaïque
, ni dans le Syriaque , ni dans les
anciennes Verfions Grecques , faites fur
l'Hébreu , ni dans la Vulgate , l'Arabe &
l'Ethiopienne , faites fur les Septante , ni
dans la Verfion de S. Jerôme , faite fur
l'Hébreu .
Je m'abftiens , M. de rapporter ici toute
la Doctrine de D. Calmet , qui m'a beaucoup
éclairé fur ce fujet. Je me contente de
dire avec lui , & après plufieurs autres Sça
Cy vans
1554 MERCURE DE FRANCE.
vans qu'il cite , qu'il eft très-problable que
ces paroles a ligno , ayant été mifes par
quelqu'un à la marge de fon Pfeautier , à
l'endroit de regnavit , furent enfuite incon
fideremment fourrées dans le Texte , d'où
enfin elles ont été bannies , parce qu'on a
reconnu qu'elles n'étoient ni dans les Sources
Hébraiques , ni dans les anciennes. Verfions
des Grecs..
Inftruit de la maniere que je viens de le
dire , fur un fujet qui m'avoit toujours été
étranger , & fouhaitant d'en apprendre da
vantage , j'écrivis à M. Foubert , Docteur de
Sorbonne , la Lettre qui eft imprimée dans
le Mercure du mois d'Août 1733`, pour
l'engager à faire auffi de fon côté quelques
recherches , le priant de commencer par le
Pleautier , qui eft dans la Bibliothèque de
Sorbonne , l'un des plus beaux Monumens
en ce genre & des plus rates.
Au lieu de la Réponfe que j'attendois de
M. l'Abbé Foubert , je fus affés étonné d'en
recevoir directement , & fur ce même fu et
une du feu Pere Tournemine , avec qui j'étois
véritablement en commerce Litteraire ,
mais fans jamais avoir eu enfemble aucuneforte
de conteftation . Dans cette Réponſe ,.
le fçavant Jefuite employa toute fon érudition
, toute fon éloquence , pour me dire &
me foutenir poliment que j'étois dans l'erreur
JUILLET . 1744. 1555
reur , & que regnavit à ligno n'eſt pas une
Addition , mais que c'eft la Verfion fidelle
da Texte Original ; ainfi , conclut le P. T.
l'Auteur de l'Hymne Vexilla Regis foit
Fortunat , foit Theodulphe, a pûregarder ces
paroles à ligno , comme Originales dans la
Sainte Ecriture.
"
J'avouerai cependant que fi quelque chofe
m'embarraffa dans cette Réponse du P. T.
c'est l'endroit que voici , écrit d'un air de
confiance & fur le ton décifif.
>> Ce feroit parler trop affirmativement ,
»de dire que cette Addition étoit inconnue
Ȉ tout l'Orient. S. Ephrem , Syrien , l'a ci-
» tée dans fon premier Sermon de la Réſurrection.
Il la lifoit donc dans les Manuf
» crits de la Verfion Syriaque de fon Eglife ,
»Verfion traduite fur les Septante , & auffi
ancienne que l'Eglife ; les Verfions pofte-
>> rieures n'ont pas la même autorité.
Vous fentez , M. comme moi , tout le
poids de cette allegation ; nous verrons en
fon lieu de quelle valeur elle fera dans notre
conteſtation .
Cependant je fis imprimer la Réponse du
P. T. dans le Mercure du mois de Septem
bre fuivant , & je pris en même - tems des
mefures avec Dom Calmet , pour qu'il vou
lut bien foutenir lui- même notre caufe commune
, contre un Adverfaire célébre , c'eſt-
Cvj
a1556
MERCURE DE FRANCE.
à-dire , répondre à la Lettre du P. Tournemine
, que je lui envoyai , avec la mienne,
écrite à M. le Docteur Foubert.
Dom Calmet , qui depuis le féjour qu'il
a fait à Paris dans l'Abbaye S. Germain
m'honore d'une amitié particuliere , eur
d'abord quelque peine à fe déterminer , il
le fit cependant , ne mettant qu'une clauſe
à la permiffion qu'il m'accorda d'imprimer
La Réponſe.
"
» J'ai reçû , me dit il , dans fa Lettre du
» 2 Janvier 1734 , tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant
» mon féjour à Paris ; il a annoncé mes Ou-
» vrages dans fes Journaux d'une maniere
» fi honnête & fi polie , que je ne puis me
réfoudre à entrer avec lui dans aucune
» conteſtation . Si donc vous jugez à propos
» de faire quelque ufage de ce que j'ai l'hon-
»neur de vous écrire , je vous prie de le lui
»communiquer auparavant , & de lui dé-
» clarer que je le rends abfolument le maî-
» tre de tout. Avec cette condition je vais
» vous expofer ce que je penſe fur le`ſujet
>> en queftion.
En me conformant à cette difpofition , je
fis mon devoir à l'égard du P. T. qui répon
dit par d'autres politeffes , & m'accorda toute
la liberté dont j'avois befoin. La Réponse
de D. C. fut donc imprimée dans le Mercure
JUILLET. 744 15ST
cure du mois de Mai 1734 , fous ce titre
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet ,
Abbé de Senones , au fujet d'une Prophétie attribuée
au Roi David , &c.
Que vous dirai-je , M. de cette Réponse
qui m'étoit directement adreffée ? Elle emporta
tous les fuffrages par la maniere folide
, lumineufe & polie , dont tous les Argumens
du P. T. font difcutés , & en mêmetems
refutés.
pas
Je fus charmné , fur tout , de voir l'allegation
, tirée de l'autorité de S. Ephrem , qui
m'avoir embarraflé , entierement détruite.
Il eſt vrai , dit Dom Calmet , qu'on lit Dominus
regnavit à ligno , dans l'Edition Latine
du Sermon qu'on cite , mais on ne lit
ligno dans l'Edition Grecque d'Angleterre ,
c. Bientôt le Cardinal Quirini , en conti
nuant , comme je vais faire , l'Extrait de fa
Lettre , nous éclairera encore davantage fur
ce fait important , & ne laiffera aucun lieu
de douter de la prévention du P. T. principale
caufe de fa méprife. La Réponſe de D.
Calmet eft datée de l'Abbaye de Senones le z
Janvier 1734.
Cependant le P. T. n'eut pas plutôt lû
cette Réponſe , qu'il fe mit en état de répliquer
par une Lettre qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer , datée du 6 Mai 1734 , & que
je fis imprimer tout de fuite dans le . Vol.
du
1558 MERCURE DE FRANCE
du Mercure du mois de Juin 1734.
Le fçavant Jefuite la commença par ces
mots : » Vous m'avez , M. donné un Ad-
» verfaire redoutable , mais j'ai depuis long-
» tems l'honneur d'être ami du R. P. Dom
» Calmet , nous ne combattrons que de ci-
» vilité.
Cette civilité , en effet , & tous les égards
poffibles font bien marqués dans la Réplique
du P. T. mais on n'y trouve rien qui
détruife les bonnes raifons de fon Illuftre
Adverfaire ; vous en jugerez , M. par l'article
qui regarde S. Ephrem , que j'eftime le
plus effentiel.
" Je conviens , dit le P. T. que la Citation
de S. Ephrem peut être conteftée. Dans la
> Traduction Latine du Sermon de la Croix
»on lit à ligno ; ces deux mots ne font point
» dans le Grec , imprimé en Angleterre , je
»l'avoue. J'ai cependant de la peine à croire
»que le Traducteur Latin les eût mis dans
»fa Verfion , s'ils n'étoient pas dans le Ma
» nufcrit Grec ; quel intérêt l'auroit obligé
»à cette falfification , dans un tems où la
Vulgate , en laquelle ces deux mots ne
font point , étoit reçue par toute l'Eglife
>>
&c.
.
D.
. Nous ne jugeâmes point à propos ,
Calmer & moi , d'infifter fur cette Réplique
, & de fatiguer le P. T. & le Public par
142
JUILLET. 1744. 1559
un nouvel Ecrit , fur une Queftion qui me
paroiffoit bien difcutée & jugée par les Sçavans
en notre faveur.
Je m'avifai peu de tems après , pour don
ner indirectement quelque fatisfaction au
P. T. de lui propofer l'éclairciffement & la
défenfe du fameux paffage de Jofeph l'Hiftorien
, qui rend un témoignage fi remarquable
en faveur de J. C. & cela parce que
Dom Calmet , dans fa Lettre citée , fembloit
douter , à l'occafion du regnavit à ligno,
de l'autenticité de ce paffage de l'Hif
torien Grec .
Je me dois fçavoir bon gré de ma tentative
, car elle a donné lieu à un fort bon
Ouvrage du P. T. qu'il me fit l'honneur de
m'adreffer peu de tems avant fa mort , &
dont je ne manquerai pas , M..de vous rendre
compte en tems & lieu..
Les chofes étoient en cet état,lorfque j'ap
pris que l'Edition des OEuvres de S. Ephrem,
entreprife par le Cardinal Quirini , étoit
déja fort avancée , ce qui me fit réfoudre de
le prendre pour Arbitre, & de lui déférer le
Jugement diffinitif de notre conteftation ,
tant en qualité d'Editeur de S. Ephrem
qu'en celle de Sçavant du premier Ordre, &
de Bibliotéquaire du Vatican. Vous verrez
qu'il falloit tout cela enfemble.
>
Vous le verrez , dis-je , par le compte
qui
1560 MERCURE DE FRANCE.
qui me reste à vous rendre de la Lettre de
M: le Cardinal à M. de Boze . Mais je n'ap
perçois , M. que la mienne excederoit certaines
bornes , fi je ne m'arrêtois ici en vous
promettant inceffamment la fuite & la fin
de mon Extrait.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , le 29 Juin 1744.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Litterature.
Dans une lettre au Marquis de B., le Cardinal Quirini aborde des sujets littéraires et son engagement académique. Il insiste sur la nécessité d'un amour constant pour l'étude pour appartenir à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, illustrant cela par ses propres travaux littéraires, même à un âge avancé. Il exprime sa gratitude envers M. de Boze, Directeur de l'Académie, pour divers extraits et rappels concernant ses refus d'évêchés et son attachement à l'Église de Brescia, soulignant sa politesse et modestie. Le Cardinal mentionne ses travaux récents à Rome, notamment la finalisation de l'édition des œuvres de Saint Éphrem et l'examen de la question des paroles 'Dominus regnavit a LIGNO'. Il évoque la bienveillance du pape Benoît XIV envers les savants, comparant son amour pour les lettres à celui du pape Nicolas V. La lettre se conclut par une réflexion sur l'importance de la traduction des œuvres d'Homère et des écrits de Saint Éphrem. En juillet 1744, l'auteur relate une expérience personnelle en 1733 lors de l'office à l'église de Saint-Germain-des-Prés. Intrigué par une strophe de l'hymne 'Vexilla Regis' mentionnant une prophétie de David, il entreprend des recherches. Il découvre que cette prophétie n'apparaît ni dans la Vulgate ni dans les versions modernes des Septante, mais était présente dans certaines versions anciennes. La controverse académique autour de cette prophétie implique plusieurs érudits, dont le Père Tournemine et Dom Calmet. L'auteur publie la réponse du Père Tournemine dans le Mercure de France et collabore avec Dom Calmet pour réfuter ses arguments. La controverse se termine sans vainqueur clair, mais l'auteur décide de faire appel au Cardinal Quirini pour trancher la question en raison de son expertise sur les œuvres de Saint Éphrem.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 1739-1748
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
Notre Cause, Monsieur, au sujet du 10 Verset du Pseaume 95, ne pouvoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Saint Éphrem, Oeuvres de piété, Édition, Pape, Vatican, Angleterre, Rome, Traduction, Manuscrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Dans une lettre à M. de Boze, le Cardinal Quirini aborde l'absence de la leçon 'regnavit à ligno' dans le Psaume 95, verset 10, des manuscrits grecs du Vatican des Œuvres de Saint Éphrem. Il conteste la conclusion du Père Tournemine selon laquelle Saint Éphrem aurait lu cette addition dans les manuscrits syriaques. Quirini souligne également l'absence de ces mots dans les exemplaires grecs utilisés par Origène et dans la Vulgate de Saint Jérôme, ainsi que dans les manuscrits du Vatican. Le Cardinal mentionne ses efforts pour rassembler les lettres du Cardinal Reginald Pole, archevêque de Cantorbéry, et se propose de réfuter les écrits de Burnet contre Pole. Il cite des correspondances de Pole, notamment avec le Doge de Venise et le Cardinal Contarini. Il note aussi la création de trois cardinaux modénois par le Pape Paul III, soulignant la préférence de ce dernier pour des sujets savants et vertueux. La lettre évoque plusieurs figures religieuses et intellectuelles notables, telles que Contarini, Polus, Bembe, Caraffe, Sadolet, et Frédéric Fregofe, actifs sous les pontificats de Paul III et du cardinal Polus. Le pape Benoît XIV est mentionné pour sa vaste connaissance des Saintes Écritures et de la littérature classique. Quirini conclut en évoquant une anecdote sur une visite chez le chancelier de France et mentionne la traduction française des œuvres de piété de saint Éphrem, publiée en deux volumes à Paris chez Didot. Cette traduction inclut des extraits des mémoires de M. de Tillemont et un témoignage de saint Grégoire de Nysse. Le rédacteur exprime son intérêt pour cette lecture et encourage le traducteur à poursuivre son travail pour honorer la religion et promouvoir l'avancement spirituel des fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 2222-2235
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
Début :
A peine, Monsieur, eûs-je achevé la Lettre que je me suis donné l'honneur [...]
Mots clefs :
Témoignage, Bibliothèque, Flavius Josèphe, Manuscrits, Saint Éphrem, Lettre, Croix, Sermon, Doutes, Chrétiens, Juifs, Jésus-Christ, P. Tournemine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
LETTRE écrite par M.D. L. R. à M.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
La lettre de M.D. L. R. au Marquis de B. traite des œuvres de Saint Éphrem et d'un sermon sur la Croix découvert dans la Bibliothèque Orientale de M. d'Herbelot. Le Cardinal Quirini avait affirmé que les manuscrits grecs de Saint Éphrem ne contenaient pas la leçon 'Regnavit à ligno', mais une version arabe de ce sermon a été trouvée dans la Bibliothèque du Roi. La lettre aborde également un passage célèbre de l'historien Josèphe concernant Jésus-Christ, dont l'authenticité a été remise en question par Dom Calmet. Le Père T. a défendu ce passage dans un ouvrage publié peu avant sa mort. La controverse autour du témoignage de Flavius Josèphe sur Jésus-Christ est ancienne. Accepté sans contestation pendant quatorze siècles, des doutes émergent au XVIe siècle avec Sébastien Lepusculus et Luc Osiander, puis s'intensifient avec la Réforme protestante. Le Père Tournemine critique ces doutes, soulignant que les sceptiques sont souvent des chrétiens séparés de l'autorité ecclésiastique. Il réfute les principales objections des adversaires, telles que l'absence de citation du témoignage par certains Pères de l'Église, l'apparence d'un ajout dans le texte, la différence de style, et l'idée que Josèphe ne pouvait parler de Jésus sans être chrétien. Tournemine cite de nombreux auteurs, tant catholiques que protestants, qui soutiennent l'authenticité du témoignage de Josèphe. Il conclut que les doutes sont infondés et que le témoignage est confirmé par une longue tradition et des autorités respectées. Plusieurs érudits protestants et anglais ont également défendu ce témoignage contre les critiques. Le Père Tournemine examine les objections des adversaires, notant que les auteurs anciens n'ont pas explicitement déclaré l'absence du témoignage et que leurs écrits ne couvraient pas nécessairement tous les sujets pertinents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer