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1
p. 1739-1748
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
Début :
Notre Cause, Monsieur, au sujet du 10 Verset du Pseaume 95, ne pouvoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Saint Éphrem, Oeuvres de piété, Édition, Pape, Vatican, Angleterre, Rome, Traduction, Manuscrits
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le Cardinal Quirini, écrite à M. de Boze, Directeur de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres.
SUITE de l'Extrait de la Lettre de M. le
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
Cardinal Quirini , écrite à M. de Boze ,
Directeur de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
N
Otre Caufe , Monfieur , au fujet du
10 Verfet du Pleaume 95 , ne pouvoit
tomber en de meilleures mains. M. le
Cardinal , après avoir examiné la Queſtion ,
après avoir lû tout ce qui a été imprimé ſur
ce fujet en differens Mercures , s'arrêtant au
point important , & qui eft le plus de fa
compétence , déclare hautement , page 13 ,
que la Leçon regnavit A LIGNO , manque
abfolument dans tous les Manufcrits Grecs
du Vatican des OEuvres de S. Ephrem . Carent
ii omnes , ne uno quidem excepto , quos diligenter
infpexi. Il demande enfuite ce que
répondroit à cela le P. Tournemine , s'il
étoit encore au monde ? Quid ad hac Doctiff.
Pater Turnemenius , fi in vivis degeret ,
refponderet Il ajoûte que cette Leçon manque
pareillement aux Manufcrits d'Angleterre
, fur lefquels a été faite l'Edition d'Oxford
, ainfi qu'au Manufcrit de la Bibliothéque
de S. Mare de Venife , qu'il a eu foin
de faire confulter.
que
Et parce que
>
le P. Tournemine avoit dit
Bij affir1740
MERCURE DE FRANCE.
- affirmativement dans fa Lettre imprimée
dans le Mercure de Septembre 1733 , &
conclu que S. Ephrem lifoit cette addition
dans les Manufcrits de la Verfion Syriaque de
fon Eglife , Verfion traduite fur les Septante
&c , le fçavant Cardinal employe deux pages
in 4° . de fa Lettre , pour réfuter cette
conclufion , & l'erreur générale où étoit le
P. Tournemine fur ce fujet. Il lui démontre
qu'il a crû fans un fondement fuffifant , que
ces deux mots à ligno étoient dans le 10 V.
du Pf. 95 , même avant l'établiſſement du
Chriftianifme , puifqu'on ne les trouve pas
dans les Exemplaires Grecs , dont Origene
s'eft fervi pour rédiger fes Héxaples.
›
A l'égard de la Verfion Syriaque de
l'Eglife d'Edeffe , dans laquelle le P. Î, prétendoit
que S. Ephrem lifoit regnavit à
ligno , je rapporterai ici la réponſe du Cardinal
Q. dans fes propres termes. Primo non
aliam Verfionem Syriacam novimus prater
eam in
qua additio illa non comparet ; deinde
textus Syriacus ejus Sermonis , nec in Vaticana
Bibliotheca , nec alibi ( quod fciamus ) reperitur.
Demum Manufcripti Gracum ejufdem
textum afferentes , ii certe quos fuperius laudavi
, ea additione deftituuntur.
L'Argument que tiroit le P. T. du filence
de Tryphon , difputant avec S. Juftin , ne
paroît auffi d'aucune conféquence. Enfin ces
mots
AOUST. 1744. 1741
mots à ligno manquant dans la Vulgate de
S. Jerôme , dans le texte Grec de l'ancien
Teftament des MM. du Vatican , plus autentiques
, imprimé en 1588 par les foins
du fçavant Cardinal Antoine Caraffa , Bibliotéquaire
, il eft aifé de voir , dit M.
Quirini , que le Fevre d'Etaples , Auguftin
Juftinien , Simon de Muiz , & en dernier
lieu , fans parler de plufieurs autres Sçavans,
Dom Auguſtin Calmet , ont eu grande raifon
de foupçonner que c'eft une note ajoutée
d'abord par quelque pieux Chrétien à la
marge du Pleaume , laquelle a depuis paffé
dans le Texte , par l'ignorance de quelque
Copiſte , ou autrement.
J
L'Illuftre Auteur de cette Lettre parle enfuite
des foins qu'il s'eft donnés & qu'il fe
donne encore pour le Recueil des Lettres
du Cardinal Reginaldus Polus , Archevêque
de Cantorbery , Grand Défenfeur de la Religion
Catholique , dans le commencement
des troubles d'Angleterre . L'Abbé Schanar
Allemand , avoit commencé d'en former un
Recueil , mais le Cardinal Quirini en a découvert
trois ou quatre fois davantage. Il
eft vrai que ces Lettres ne fe trouvent que
dans un Volume de la Bibliotéque Vaticane
, dont l'Ecriture eft très-difficile à lire.
mais aucune difficulté n'étant capable de le
rebuter dans fon entrepriſe , il a fi fort
Biij avancé
>
1742 MERCURE DE FRANCE.
>
avancé cette Collection, que les préliminai
res font déja imprimés , fçavoir , la Vie de
Reginald Polus traduite en Latin par
André Dudith , fur l'Edition Italienne de
Louis Beccatelli ; la Préface de fon Ouvrage
, De unitate Ecclefia , adreffé à l'Empereur
Charles V. une autre Préface du même Ouvrage
au Roi d'Ecoffe , enfin une Epitre
apologétique au Parlement d'Angleterre ,
&c. Il fe propofe à cette occafion de faire
voir clairement la fauffeté de tout ce que
Burnet a écrit contre Polus , dans fon Hiftoire
de la Réformation d'Angleterre .
Pour faire juger de quelle importance
font ces Lettres de Polus , le Docte Editeur
en rapporte ici deux en entier , la premiere
écrite en Latin à André Gritti , Doge de
Venife , par laquelle on voit que Polus fe
regardoit plûtôt comme Vénitien , que
comme Anglois , à caufe de fa longue réftdence
à Venife. Cette Lettre eft datée de
Rome 1536. La feconde en Langue Italienne
, eft écrite au Cardinal Contarini
Légat à Bologne , & datée auffi de Rome le
2 Juin 1542 .
On trouvera dans ce même Recueil une
autre Lettre de Polus , écrite au même Cardinal
Contarini , où fe lit un Fait fingulier
& bien honorable à la Ville de Modene ,
fçavoir la création de trois Cardinaux
en un même jour tous trois nés à
2
MoA
O UST. 1744. 1743
>
Modene , & tous trois
diftingués
par
une éminente
Vertu
tels furent
Gregoire
Cortez
, Abbé Bénédictin
, Thomas
Badi
de l'Ordre
de S. Dominique
, Maître
du S.
Palais , & Jean Moron
. Mi allegro
, dit
Polus dans cette Lettre , Con V. S. Rma una
altra volta di questa trinita
di novi Cardinali
, dali quali non afpetto major frutto chè
quefto che fiano uniti fempre » in eodem Spi-
» ritu & non tres , fed unum cor & una
»anima
in illo , cujus Spiritus
illos electos
effe mihi perfuadeo
, & quefta
é la mia
allegrezza
, &c.
C'eſt le Pape Paul III , qui fit cette création
remarquable , ce qui donne occafion
au Cardinal Quirini de parler de la finguliere
attention de ce fouverain Pontife , à
donner le Chapeau de Cardinal à des fujets
Sçavans & Vertueux , tels que furent Contarini
, Polus , Bembe , Caraffe , depuis Pape
, fous le nom de Paul IV ; Sadolet , Evêque
de Carpentras ; Frederic Fregofe , Evêque
d'Engubio , qu'il fallut contraindre &
forcer par un Commandement exprès du
Pape , d'accepter cette dignité , & plufieurs
autres qui ont illuftré le tems heureux auquel
le Pape Paul III, & le Cardinal Polus ,
qui en fait fouvent mention dans fes Lettres
, ont vêcu .
Sur la fin de cette Lettre à M. de Boze ,
Biiij
il.
1744 MERCURE DE FRANCE.
il est encore parlé du Pape Benoît XIV , lequel
, outre fa fcience parfaite des Saintes
Ecritures, poffede aufli les Auteurs de la belle
Litterature , & n'a pas même oublié les Sentences
& les Fleurs des Anciens Poëtes
qu'il recite auffi facilement dans l'occafion' ,
que s'il ne faifoi que d'achever fes Humanités.
Il femble que le Cardinal Quirini ait
quelque regret de finir fa Lettre , déja affés
étendue & remplie de tant de matieres différentes
, car après avoir fait à M. de Boze
le Compliment laconique , ufité dans la
Langue Latine , Vale , il le faluë une feconde
fois , Vale iterum , le priant en même-
tems , de vouloir bien faluer de fa part
le Chancelier de France : Virum Ampliſſimum
, cui quantum debeam , initium hujus
Epiftola declaravit , & de lui dire qu'il fe
rappelle encore agréablement le féjour qu'il
a fait autrefois dans fa magnifique Maiſon
de Frefne , & les entretiens qu'il y a eû
avec plufieurs Sçavans , &c . Mais ajoutez ,
s'il vous plaît , dit-il , que furtout je n'oublierai
jamais ce qui fût dit la premiere fois
que j'entrai dans cette Maifon , dont l'Illuftre
Seigneur étoit alors Procureur Général
du Parlement. Je dis en riant : Me voici
dans le Château où l'on forge les foudres contre
le Vatican. Pardonnez-moi , me réponditil
A OUST. 1744. 1743
il , ce font les Boucliers contre les foudres du
Vatican , que l'on forge dans cette Maifon.
» Hæc , ajoute-t'il , non ita bene meminif
» fem , nifi fingularem adverfus Virum il-
» lum , & munere quo fungitur , & fuis vir-
» tutibus Clariffimum , obfervantiam me-
» cum in Italiam exportaffem.
La Lettre eft enfin terminée par un troifiéme
falut à M. de Boze. Vale tertium , Vir
Doctiffime & amiciffime . Elle eft datée de
Brefcia le 23 Décembre 1743 .
Vous avez vû , M. dans la premiere partie
de cet Extrait , l'état ou la diligence du fçavant
Cardinal , & fon amour pour le travail
, avoient conduit l'Edition des OEuvres
de S. Ephrem. Depuis la date de fa Lettre ,
il y a lieu de croire que l'impreffion du VI
& dernier Tome eft bien avancée , peutêtre
même achevée , cependant on a vû ici
depuis peu , avec autant de plaifir que d'édification
, la Traduction Françoife des Euvres
de Piété de S. Ephrem , tirées des premiers
Volumes de la nouvelle Edition de
Rome. Je me fais un devoir de vous en parler
ici , par
le rapport effentiel qu'a cette
Traduction avec le principal fujet de ma
Lettre.
Ce Livre eft intitulé OEUVRES de Piété de
S..EPHREM , Diacre d'Edeffe , & Docteur de
l'Eglife , traduites en François fur la nouvelle
Edi-
Bv
1746 MERCURE DE FRANCE.
Elition de Rome , 2 Vol . 8 ° . d'environ 500
pages chacun. A Paris , chés Didot , Quai des
Auguftins , à la Bible d'Or , MDCC XLIV .
L'Auteur de cette Traduction , au lieu
d'une longue Préface que fembloient exiger
de lui le mérite de S. Ephrem, & celui de
fes Ouvrages , nous donne à la tête du premier
Tome un EXTRAIT des Mémoires de
M. de Tillemont , Tome VIII , 1713 , pour
donner , dit-il , une connoiffance de l'Auteur
& de fes Ouvrages. Il ne pouvoit fans
doute mieux faire , car M. de Tillemont
d'ailleurs Ecrivain également folide & poli,
a épuifé ce grand fujet.Il a fuivi S. Ephrem ,
depuis fa naiffance jufqu'à fa mort , & jufqu'après
fa mort , puifqu'il nous parle de
fon Teftament , d'un miracle fait en mourant
, d'un autre miracle après fa mort , &
enfin des Difciples du Saint Docteur , ce qui
fait un morceau d'Hiftoire varié , également
curieux , & édifiant..
Après cet EXTRAIT de M. de Tillemont
qui occupe 88 pages , fuit le TE'MOIGNAGE
de S. Gregoire de Nyffe , tiré de fon Panégyrique
de S. Ephrem. Ce Témoignage eft fort
court , mais il contient des chofes, admirables
fur l'énergie & fur l'efficacité de fon
Eloquence , &c .
Vous n'attendez pas fans doute de moi ,
M. un Extrait de ces OEuvres de Piété ; ce
n'eft
AOUST. 1744 1747
n'eft pas là le fujet d'une fimple Lettre. Je
me bornerai à vous indiquer les principales
matieres , qui y font traitées , en vous rapportant
quelques- uns des différens Titres ,
qui font à la tête de chaque OEuvre.
Dans le I Volume il eft traité des Vertus
des Vices. De la crainte de Dien. De la
Charité. De la Longanimité. De la Douceur
De la Vérité. Du Menfonge. De l'Obéiſſance.
De la Défobéiffance , & du Murmure. De la
Médifance & des Médifans. De la Temperan
ce & de la Continence. Difcours de Piété ou
de la véritable & parfaite vie Religieufe , &
de la Componition . Difcours contre ceux qui
vivant mal , recherchent ambitieusement les
bonneurs & les dignités.
Le II Volume contient un Difcours des
Paffions & des troubles de l'ame. Sermon de la
Pénitence. Exhortation à la Piété. Difcours:
fur le fecond avénement. Difcours fur les
Saints Peres , morts en paix. Eloges des Pafteurs
, & des Solitaires de la Mésopotamie.
Lettre de S. Ephrem à un jeune Religieux.
Inftructions fur la Piété, en IV Parties. Traité
de la Vertu en X Chapitres. Maximes fur
la Vie Spirituelle.Elévation & Priere à JESUSCHRIST.
J'ai entrepris , M. la lecture de ces deux
Volumes , & je fuis fort fatisfait de ce que
j'en ai déja vû. Je fouhaite que vous ayez
B vj
la
#
1748 MERCURE DE FRANCE.
même curiofité que moi . J'ai l'honneur
d'être , Monfieur , &c.
A Paris , le rs Juillet 1744.
P.S. Je ne fçais , M. comment j'ai oublié
de vous obferver que pour faciliter l'intelligence
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem ,
dont on vient de donner la Traduction
l'habile Traducteur a mis à la tête de prefque
chaque Traité le fujet ou l'Analyfe du
Traité , tiré de l'Article de S. Ephrem , tel
qu'il eft compofé dans la Bibliotéque des
Auteurs Eccléfiaftiques , par Dom Remy
Ceillier , Bénédictin de la Congrégation de
S. Vanne.
Il me reste à exhorter ce pieux Traducteur
d'achever fon entrepriſe , c'est- à- dire ,
de nous donner de la même maniere , la fuite
des Oeuvres de Piété de S. Ephrem , tirée
de l'Edition entiere de fes Ouvrages , pour
l'honneur de la Religion , & pour l'avancement
fpirituel des Fidéles.
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