Auteur du texte (3)
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Destinataire du texte (1)
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Détail
Liste
1
p. 263-287
EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
Début :
L'Epithalame qui suit est de M. l'Abbé Genest, dont je viens / Voicy les momens desirez. [...]
Mots clefs :
Noces, Duc de Bourbon, Nymphes, Divinités, Hymen, Charmant, Immortelle, Époux, Épouse, Fête, Beauté, Douceur, Déesse, Coeur, Larmes, Douleur, Liberté, Sentiments, Destin, Louis
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texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
L'Epithalame
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
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Résumé : EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
Le texte présente un épithalame composé par l'Abbé Genest pour célébrer les noces du Duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes. Ce poème met en scène diverses divinités, nymphes et sylvains de Versailles qui chantent et dansent pour honorer l'événement. L'épithalame commence par l'invocation d'Hyménée, le dieu du mariage, et célèbre la beauté et la félicité des jeunes époux. Les divinités expriment leur joie et leur admiration pour cette union, soulignant qu'une telle fête n'a jamais réuni autant de dieux. Les nymphes et les sylvains alternent entre regret pour la jeunesse perdue et admiration pour l'amour des mariés. Le texte se conclut par une célébration joyeuse et harmonieuse de l'union des époux, mettant en avant la beauté et la perfection de leur amour. Par ailleurs, le texte décrit une scène théâtrale célébrant la grandeur et la majesté du roi Louis XIV. Les personnages, incluant des dieux, des nymphes et des sylvains, expriment leur admiration et leur gratitude envers le roi. Ils soulignent sa bonté, ses exploits militaires et son autorité sur les nations, le comparant à un dieu respecté et adoré par tous. La jeune épouse du roi est également louée pour sa majesté et ses grâces. La scène se termine par des chants et des danses célébrant l'amour et le bonheur des amants, avec des vœux pour une vie longue et heureuse. Les personnages invitent les jeunes amants à céder à l'amour et à vivre dans le bonheur éternel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 13-24
A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Début :
Il y a long-temps qu'on a fait parler les Animaux, mais [...]
Mots clefs :
Siam, Fontevraud, Levraut, Siamois, Doux, Animaux, Transmigration des âmes, Orient
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Il y a long-temps qu'on a
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
Fermer
Résumé : A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Le texte narre l'histoire d'un levraut offert à Madame l'Abesse de Fontevraud afin de divertir Mademoiselle de Blois. Cet animal a été formé par l'abbé Genest pour relater ses aventures, centrées sur la métempsycose, soit la transmigration des âmes selon les croyances siamoises. Le levraut affirme avoir vécu plusieurs existences, incluant celles de guerrier, de poète et de talapoin (moine bouddhiste) en Siam. Il décrit ensuite ses diverses transformations : d'abord en poisson, puis en canard, avant de redevenir levraut. Le levraut exprime son désir de servir et de plaire à Madame l'Abesse, affirmant que tous les animaux raisonnables reviendraient à un état primitif de douceur et de traitabilité pour elle. Il conclut en exprimant son souhait de mourir sous ses lois, considérant cela comme le plus grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 168-214
A MADEMOISELLE DE SCUDERI.
Début :
Voicy une Lettre que je suis fort seur que vous lirez / Ces yeux que la sagesse admet dans son Empire, [...]
Mots clefs :
Duchesse du Maine, Plaisirs, Mademoiselle , Esprit, Jeu, Princesse, Air, Duc, Monde, Campagne, Nouvelles, Prince, Terre, Duc du Maine, Guerre, Raison, Jardin, Récit, Divertissements, Promenade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERI.
Voicy une Lettre que je
fuis fort feur que vous lirez
avec grand plaifir , puis qu'-
elle eft de M l'Abbé Geneft,
de l'Academie Françoife, Ill'a
écrite de Chaftenay , & elle
porte le 17. de ce mois pour
date,
168 MERCURE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERI.
¿Es jeux que la fageſſe admes
dans fon Empire
,
Ces plaifirs doux & purs que
defire ,
la
Gestranquilles plaifirs , ils eftoient
envolez ,
Sans queperfonnepuft nous dire
En quels lieux ils eftoient allez;
Mais en quel endroit de la terre
Loin de ces bords heureux pouvoient
ils fe cacher ?
Si parmy les Vainqueurs , par le
bruit de la guerre
lls
GALANT. 169
Ils ont paru s'effaroucher ;
Sur des bords frapez du tonnerre
,
Chezles Peuples vaincus ,falloit
il les chercher?
·
Par tout où j'allois j'avois
beau regarder , & tâcher d'en
découvrir les traces ; je ne les
trouvois plus ces divertiffemens
ingenieux , où la raifon
a tant de part ; ces nobles
plaiſirs qui ne fe
rencontrent
point parmy le tumulte & le
defordre des
paffions , & tels
qu'on les voit ,
Mademoiſelle ,
dans ces belles
Promenades
que vous nous avez décrites ,
Octobre 1699 . P
170 MERCURE
ou dans ces aimables & fages
converfations que vous nous
avez données. Je ne pouvois
croire toutefois qu'ils fuffent
fortis de la France , où l'efprit
& les connoiffances de la Sçavante
Grece , & de la victorieufe
Italie , fe font venus établir
avec eux depuis longtemps.
En effet , j'ay trouvé
que ces plaifirs y font toûjours
, quoy que moins recherchez
& moins connus
qu'ils n'eftoient peut - eftre ,
il y a quelques années.
Ouy ,je découvre enfin leur retraite
ignorée,
GALANT: 171
Je ne m'abuse point, iln'eft rien de
plus vray.
Des tranquilles plaifirs la Troupe
eft retirée
Dans le paisible Chaftenay.
Madame la Ducheffe du
Maine les y a tous amenez
avec elle , & va rendre à jamais
célébre par fon féjour le
Village de Chaftenay. Il y a
plufieurs Maiſons aſſez belles .
Cette Princeffe a choifi celle
de M' de Malezieu , qui n'eſt
pas la plus grande ; mais qui ,
fur tout à prefent , me paroiſt
la plus jolie .
Si vous defirez fçavoir ,
Pij
172 MERCURE
Mademoiſelle , ce qui engage
Madame la Ducheffe du Maine
à aimer cette maiſon , c'eſt
principalement le merite de
celuy à qui elle appartient , &
la confiance étroite qu'il s'eft
attirée de S. A. S. Monfieur le
Duc du Maine par un attaches
ment plein de zele , & par les
foins qu'il a pris de fon éduca
tion . Il a une infinité de talens
, & il excelle en tous . Jurifconfulte
, Philofophe , мathematicien
au premier degré,
il poffede parfaitement les belles
Lettres , il parle à charmer ,
& il écrit comme il parle.
GALANT. 173
"
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, à qui il vient de montrer
les mathematiques , n'a
pas efté longtemps à reconnoiftre
ces qualitez en luy ;
& Madame la Ducheffe du
Maine , tout enfant qu'elle
eftoit , les fçut difcerner dés
les premieres années de fon
mariage.
La vûë dé cette petite maifon
eft charmante . Tout ce
qui eft aux environs ne fem .
ble fait que pour elle . On di .
roit que Sceaux & Berni n'ont
efté faits que pour luy rendre
hommage de leurs Parterres ,
Piij
174 MERCURE
de leurs Jardins , & de leurs fuperbes
Bâtimens , qu'ils ne
font qu'un ornement attaché
à cette maiſon , & n'ont efté
placez que pour luy offrir une
agréable Perspective .
Le Pays n'abonde pas en
eaux ; mais il eſt varié. Il y a
des Bois & de belles Prairies ;
il y a d'excellentes Fontaines ;
la terre y produit de tres bons
fruits ; l'air y eft tres pur &
tres fain. Madame la Ducheffe
du Maine y demeure depuis
que la Cour eft partie de Verfailles
, les incommoditez de
fa groffeffe l'empêchant d'alGALANT.
175
Cette ler à Fontainebleau.
Princeffe fe plaift icy , & a beau .
coup de raiſon de s'y plaire ,
puifqu'en effet fa fanté y eft
meilleure , & qu'elle y goufte
un aimable repos .
Quel dommage , Mademoifelle
, que vous ne foyez pas
témoin de tout ce qui fe paffe
icy , vous qui avez tant fait
valoir Atys , qui avez mêlé aux
defcriptions immortelles des
beaux lieux que vous avez habitez
, & des galantes Feftes
où vous cftiez appellée , rant
d'heureux caractéres de vos
illuftres amis ! Que ne puis - je
P iïij
176 MERCURE
au moins emprunter aujour
d'huy voftre merveilleux Genie
, pour vous faire des recits
& des peintures qui fuffent
dignes de vous , & des fujets
que je veux vous reprefenter
!
Que vous feriez ravie , ma
demoiſelle , de voir madame
la Ducheffe du Maine , un
efprit tres aimable , & tres cultivé
, propre non - ſeulement à
connoiftre ce qu'il y a de plus
beau dans les beaux Arts; mais
ce qu'il y a de plus difficile & de
plus fublime dans les Sciences.
Elle vous étonneroit dans les
GALAŃT.
177
}
jeux d'efprit , où elle s'exerce
fouvent. Sa vivacité & fa penetration
font à peine croyables
.
Sa preſence répand l'allegreffe
dans tout ce Pays , & y
attire une affluence de Peuple
continuelle ; mais pour moy,
ce que je ne conçois pas , c'eft
qu'elle femble avoir transforméune
petite cabane en unvafte
&pompeux édifice .On voit
cette Maiſon avec d'autres
yeux depuis qu'elle l'habite.
La multitude du monde qui
s'y trouve , au lieu de la faire
paroiftre plus petite , la fait
178 MERCURE
paroiftre grande ; & je me reprefente
la cabane de Baucis
& de Philemon , changée en
un magnifique Temple . C'eſt
un concours perpetuel , reglé ,
paiſible. Tout s'y occupe tranquillement
& agreablement ,
& pour ne point quitter les
idées de la Campagne , c'eſt
une ruche où les Abeilles reviennent
employer l'efprit qu '
elles ont cuëilli des plus douces
fleurs .
- A voir auffi comment rout
eft empreffé pour le ſervice &
le divertiffement de cette Prin
ceffe,
GALANT. 179
Rege incolumi mens omnibus
una eft.
Vous croiriez voir comme
au travers de ces ruches de
verre , les Abeilles autour de
leur Roy.
Illum admirantur, & omnes
Circumftant fremitu denfo , flipantque
frequentes.
Je vous diray encore plus ;
dans cette petite maiſon , &
dans le joly Jardin qui y ré .
pond par fa mediocre étendue ,
on eft toûjours à la vûë les uns
des autres . Il n'y a point de
fecret. Ce féjour est une vraye
image de l'âge d'or ; ou bien ,
180 MERCURE
.
fans parler le langage de la
Fable , on peut dire que l'innocence
des premiers jours
du monde renaift icy. Je la
réconnois en effet à la paifible
vie qu'on y méne & aux beaux
jours que nous avons eus , à la
douceur de l'air , aux beautez
de la Campagne , aux arbres
chargez de plus de fruits que
de feuilles. Je me perfuade
que le monde a commencé
ainfi , que nos premiers parens
trouvérent la terre ainfi difpofée
à leur offrir ce qui eftoit
neceffaire à leur nourriture :
& dans l'agréable afpect de
GALANT. 18
tout ce qui m'environne , je
ne puis m'empêcher , malgré
➤ Virgile , de donner la préférence
à l'Automne fur le Printemps
, en me fervant de fes
propres paroles , car où en
trouverois je d'auffi belles ?
Non alios prima nafcentis origine
mundi
Illuxiffe dies , aliumve habuiffe
tenorem
Crediderim .....
Mais ,
Mademoiſelle , quoy
que je vous dife de l'innocen
ce de cette vie champestre ,
çe n'eft que pour les moeurs
& pour les paiſibles occupa182
MERCURE
tions ; car je vous affure que
les plaifirs ne laiffent pas d'y
eftre diverfifiez & choifis , &
que la raifon qui les conduit
eft éclairée & agiffante. Je
m'en vais vous dire comment
les jours font diſtribuez ; &
fi voftre bonté , comme je
m'en flate , daigne s'intereffer
à ce qui me regarde en mon
particulier. Voicy mes matinées.
Mane Deum exoro ......
Inde lego , Phoebmmque cio , mu-
Jamque laceffo.
Les jours ont efté fi beaux
que j'ay fait mon Cabinet du
Jardin.
GALANT 183
la
On attend ainfi le temps
de voir la Princeffe . Enſuite
les tables font abondamment
& délicatement
fervies , où
Compagnie
eft gaye; la Mufique
s'y mêle ou mêle ou y fuccede.
Il y a des flutes , des hautbois ,
des violons , des claveffins ,
des trompettes
même dont
le -fon femble s'adoucir pour
s'unir aux autres Inftrumens .
L'aprefdinée, ceux qui ne chaf
fent point ont la promenade
dans les Jardins des Maifons
voifines , dans les Bois ou dans
les belles Prairies dont je vous
ay parlé d'abord . On fe raf184
MERCURE
femble vers le foir ; la Prin
ceffe tient fon Cercle. Aprés
la converſation le Jeu eft ouvert.
C'eſt un Jeu affez piquant.
Vous connoiffez fans
doute le Hocca , mais la malignité
en eft corrigée par la
fageffe de celle qui y préfide.
La fureur du Jeu qui femble
s'eftre débordée dans ce
temps cy , & qui eſt un defordre
auffi commun qu'il eft pernicieux
; cette fureur qui s'allume
même par la neceffité
qui devroit l'éteindre , ne regne
point en ce lieu : ce Jeu
vorace , où l'on exerce plutoft
GALANT. 185
une piraterie , & une cruelle
guerre , qu'un commerce agréable
& amufant , où l'argent
ne paroift méprifé que
parce qu'il eft defire trop avidement
, où l'avarice la plus
âpre fait la plus infenfée prodigalité
; & renonce à ce qu'il
ya de plus neceffaire & de
plus indifpenfable dans la vie ,
& oublie toutes les loix pour
n'écouter qu'une temeraire envie
du gain ; tout cela,dis je, eft
banny des Jeux de Chaftenay.
Icy l'oeil avide & jaloux
Ne void point des monceaux de
ces jaunes idoles ,
Octobre 1699. Q
186 MERCURE
Que le Foueur avare adore à deux
genoux :
Ou ne voit point icy ces tours &
ces bricoles
Quidu fort impofteur déterminent
les
coups,
Ny la dupe expofée à la gueule des
loups
Plaindre l'affreux revers de fes
espoirsfrivoles,
Rebut de l'Ufurier & jouet des
Filoux
N'ayant plus le credit de trouver
deux oboles
Defolée, enragée , aprés fespentes
folles
Chercher un arbre des licous .
GALANT. 187
1
Icy loin des tranfports de rage
de couroux
Que leFou devorant exerce en fes
écoles
On n'entend ny fermens , ny piquantes
paroles ,
Le fort le plus fatal n'y peut eftre
que doux
Et les Pieces de quatre fous
Sont Pieces de quatre Piftoles.
En effet , on le pique uniquement
fur les caprices ou
fur les faveurs de la fortune ,
fans prendre garde à ce que
l'on perd , ny à ce que l'on
gagne ; & l'on le divertit fans
faire de mal aux autres ny
Qij
188 MERCURE
à foy- même; ce qui devroit, à
mon avis , eftre la regle de
tous les Jeux formez pour
délaffement , & pour l'amuſement
de l'efprit .
le
Nous avons auffi le Jeu de
l'Oye renouvellé des Grecs ,
& qui eft encore multiplié en
mille autres qui n'en font que
des imitations , ou des copies.
Ce font tous ces differens Jeux
qui occupent auffi l'un aprés
l'autre les foirées , avec une
application d'autant plus plaifante
qu'on ne les fçait pas , &
qu'on étudie chaque coup à
mefure qu'on le joüe , ce qui
GALANT. 189
caufe des furpriſes toûjours
nouvelles , & affez divertiffantes
.
Voila comme fe paffent
d'ordinaire les journées , mais
l'on peut dire que les nuits fe
paffent encore plus agréable.
ment , & je puis alleguer à propos
ces Vers.
Il eft des nuits brillantes
Plus belles que les plus beaux
jours
Le croirez - vous fur mon
recit
Mademoiſelle ! Il n'y a
point de nuit qui ne foit fignalée
par quelque brillant
fpectacle , dont l'éclat annon190
MERCURE
ce même noftre ſurpriſe &
noftre joye à tous les lieux
d'alentour. Depuis que je fuis
icy , il n'a pas manqué une
feule foirée d'y avoir un feu
d'artifice également agreable
& ingenieux . Madame la Ducheffe
du Maine aime ces
fortes de spectacles , qui en
effet font nobles & magnifiques
, & l'on s'occupe à luy
en preparer toûjours de nouveaux
.
Je ne fçai pas fi c'eft un
Prince qu'elle porte en fon
fein , mais fi c'en eſt un , il
y a apparence qu'un jour il
1
GALANT 191
ne craindra pas le feu . La
qualité de grand Maistre de
l'Artillerie ne luy fiera pas
mal non plus qu'au Prince
fon Pere , & ce jeune Aiglon
eft accouftumé de bonne
heure au bruit & à la lueur
de la foudre , s'il eft deftiné
a porter celle de Jupiter . On
diroit qu'à prefent que la
Guerre ne fait plus d'ufage
de ces feux terribles , celuy
qui en eft le dépofitaire les
veut tous employer à faire
éclater le triomphe & le regne
de la Paix.
Nous avons icy un excel192
MERCURE
lent Auteur de ces brillantes
productions . C'eſt un Gentilhomme
qui a fervi long- tems ,
& qui aprés eftre parvenu à
la tefte du Regiment de Piémont
, s'eft retiré avec la réputation
d'un des plus braves
& des meilleurs Officiers
du Royaume . If joint à cela
le merite d'une rare probité ,
& d'un fçavoir exquis ; je
vous en dirois davantage s'il
n'étoit pas mon ami.
C'est donc ce Gentilhomme
, apellé M de Villeras ,
qui ordonne & qui conduit
tous ces feux , & qui les rend
aufli
GALANT.
193
auffi étonnans par leur diverfité
inépuisable que par leur
beauté ; il y melle toûjours
du deffein & de l'invention ,
& ces fpectacles font toûjours
quelques grandes Images qui
attachent l'efprit aufli bien
que les yeux.
Prothée fçavoit fe transfor
mer en tous les élemens
mais je n'aurois pas cru que
le feul élement du feu devint
fufceptible de tant de
differentes formes. En matiere
de feux les hiperboles du
galant Voiture , & les mente.
ries du Menteur. , ne feroient
Octobre 1699. R
194 MERCURE
icy que la pure verité . Que
diriez vous Mademoiſelle
d'un tournoy de feu ? Un en-.
chanteur paroift , & dans une
grave harangue à Madame la
Ducheffe du Maine annonce
le combat de deux Chevaliers
dont l'un fouftient que
Mademoiſelle de Luffan , qui
eftoit alors auprés de la Prin .
ceffe , eft la plus charmante
& la plus accomplie Damoifelle
qui étoit au monde . Les
champions paroiffent avec des
lances de feu , des plumes de
feu fur leur cafque , des armes
éclatantes de feu ; Les
GALANT. 195
5
Chevaux jettent du feu par
les yeux & par les nazeaux :
leurs crins font des flames
ondoyantes , ils font mille
tours , mille paffades & mille'
caracoles en rempliffant l'air
tout de feu , enfuite fe battent
avec des épées flambo -
yantes : tout le réduit en feu ,
& ainfi fe termine le combat ,
ou l'enchantement ; Jamais je
n'avois rien vû de plus beau
que cette idée , & rien ce me
femble , ne feroit plus digne
d'un divertiffement Royal ,
en faifant ainfi des Quadrilles
& des Troupes de Cheva-
Rij
196 MERCURE
liers ardens combattans avec
des armes de feu .
Une autrefois c'est une
Ville qu'on affiege , ou qu'on
deffend , ou l'on fait de part
& d'autre un feu terrible : je
ne pus voir cette attaque que
d'une feneftre éloignée . , parce
que j'eftois incommodé
d'une chute que j'avois faite ·
mais j'ay eſté recompensé par
autre fpectacle comme
un
vous verrez dans la fuite de
mon recit .
Je ne pus affez admirer
Samedy dernier un Soleil que
je vis briller tout à coup dans
GALANT . 197
la nuit fur le haut d'une colonne
, aux deux coftez parurent
deux Globes femez d. Aftres
refplendiſſans , & qui
aprés s'eftre enflâmez tout àfait
s'ouvrirent , éclaterent &
firent une image auffi vive
que furprenante de ce qu'on
nous enfeigne de l'embrazement
de l'univers .
Hier je fus furpris comme
fi je n'avois encor rien veu .
Aprés l'effort de quantité de
belles Fufées qui retomberent
en Eftoilles dans le Jardin ,
les allées & le parterte parurent
tout en feu avec leurs
Riij
498 MERCURE
compartimens . L'Air eftoit
paifible , mais couvert de nuages
, fi bien que l'on auroit
dit que toutes les Etoiles du
Ciel étoient en effet defcen .
duës fur la Terre & avoient .
été rangées dans un nouvel
ordre , & avec des diſtances &
des figures régulieres . On croyoit
voir mille fleurs enflamées
placées artiftement par un habile
Deffinateur. Le Marin auroit
bien eu raifon de dire cette
fois. Il terren ftellato. L'afpect
étoit admirable de tous coftez ,
& aprés avoir eu le plaifir de regarder
des feneftres de la mai .
THEAL
DE
GALANT.
x9on
fon ce Ciel de haut en bash
y avoit encore un autre plai
fir de fe promener dans ces
routes lumineufes parmy ces
nouvelles conftellations .
Je ne finirois jamais , Mademoifelle
, fi je voulois tout di
re en détail ; mais je ne puis
m'empêcher de vous particularifer
un peu la Feite , ou plu.
toft plufieurs Feftes enfemble
, qui fe donnerent icy Dimanche
paffé. M' le Duc du
Maine eftoit venu de Fontaine-
bleau , & demeura trois .
jours auprés de Madame la
Ducheffe du Maine. Il y a
200 MERCURE
bien des chofes à dire de ce
Prince , mais elles ne peuvent
eftre ignorées . On fçait qu'il
a tout l'efprit imaginable , une
capacité & une application
extrême pour s'acquiter de
tous les devoirs de fes grandes
Charges , & il releve toutes
ces qualitez par une vertu
réguliere & folide . Il a édifié
icy les peuples par fa pieté &
par la douceur , autant qu'il
leur a donné lieu de le benir
par fes charitez : & entr'autres
par un don confiderable qu'il
a fait pour l'inftruction & le
foulagement des pauvres de ce
Village.
GALANT . 201
La veritable devotion de
ce Prince ne luy ofte pas une
humeur agreable , & un tour
naturellement fin & njoué ,
qu'il a dans l'efprit ; au contraire
, elle redouble plutoft
fcs aimables complaifances
pour une Princeffe qu'il aime
uniquement & qui en eft fi
digne. Il cherche avec foin
tout ce qui peut la divertir .
Il a veu que dans les temps
qu'elle eftoit obligée à garder
la Chambre , elle s'amuferoit
& feroit quelque exercice en
joüant des Comedies à quoy
elle fe plaiſt beaucoup . Il en
202 MERCURE
reprefente avec elle , & l'on
peut dire qu'il eft également
Îoüable par le motif & par
l'execution
. Il est fi vray
d'ailleurs que tout peut ekre
rectifié par un bon uſage
que ces divertiffemens font
là mille fois plus agréables
,
que
fur les Theatres publics ,
fans en avoir aucun des défauts
. La dignité des Acteurs
les releve , & il y a une certaine
nobleffe dans leurs per
fonnes & dans leurs actions
qui corrige tout ce qui eft à
craindre dans ces fpectacles.
On joua le Medecin mal .
GALANT. 203
gré luy. Tout le fel & toute
la vraye plaifanterie en furent
goûtez ; fans que rien y fuft.
fenti d'indecent & de nuifi -
ble ; M de Malezieu dont je
viens de vous parler y joüoit
le rolle le plus difficile . Avec
tout ce que je vous en ay dit,
il eft encore un des meilleurs
Acteurs qu'on ait jamais veus
Ilfe revelt de tous les perfonnages
, foit ferieux , foit comiques
: de forte que ce ne font
point des images mais la chofe
méme qu'il reprefente. Madame
Manneville , Dame
d'honneur de Madame la Du204
MERCURE
cheffe du Maine , joua auffi
fort bien. Leurs Alteffes n'eurent
pas de peine à trouver
dans leur mailon , auffi bien
que dans la famille de M ' de
Malezieu , qui eft aimable &
nombreuſe , ce qu'il leur falloit
encore de bons Acteurs ,
& la piece fut tres bien exe-
Cutée.
Madame la Princeſſe , pour
qui fe faifoit la Fefte , y étoit
venue avec Mademoiſelle
d'Anguyen . L'indifpofition
de
Mademoiſelle
de Condé fift
doublement regretter ſon ab.
fence. Madame la Princeffe
GALANT. 205
&
Mademoiſelle
d'Anguyen
parurent tout à fait contentes
de la repreſentation . Le
jeu du Hocca vint enfuite.
C'eft icy qu'on peut voir un
utile exemple de moderation
& de frugalité de jeu . On s'y
divertit fort. Monfieur le Duc
du Maine fe plaignit en fortant
du Jeu , qu'il avoit perdu
deux Ecus ; Les Princeffes
louerent leur fortune ' d'en
avoir gagné environ autant .
Apiés le foupé , Madame
la Princeffe fut invitée d'aller
en Carroffe à quelques pas
de la Maiſon; Eile vit à la clarté
206 MERCURE
des flambeaux un Fort, & vis- àvis
de deux grands Navires qui
paroiffoient à l'Ancre dans un
Pré.Onôta les chevaux , les Caroffes
furent ainfi changez en
Amphitheatre.
Les Navires diftinguez par
leurs fanaux s'approchérent du
Fort , & commencérent à le
cannoner , & à le bombarder.
Le Fort répondit auffi par des
boulets rouges : les Vaiffeaux
revirérent diligemment , &
tirérent de nouvelles bordées .
On voyoit le cercle des Bombes
, & la trace directe des boulets
, qui eftoient des fufées ,
GALANT. 207
1
gliffant le long des cordes tendues
pour cet ufage . Tout cela
eftoit compaffé avec une jufteffe
incroyable. Enfuite les
Troupes de terre attaquerent
le Fort à plufieurs repriſes , & la
défenſe ne fut pas moins vi .
goureufe que l'attaque . On
lançoit de part & d'autre une
infinité de fufées qui imitoient
le feu des grenades . Les Attaquez
paroiffoient à la lueur du
feu. Enfin le feu fe prit aux
Vaiffeaux , ils fautérent en
élançant dans les airs une
double girandole. De même
le feu fe mir aux Magafins du
208 MERCURE
Fort , & il fauta en élançant
auffi une Girandole , qui égala
fans doute celle qu'on voit
tous les ans au Chafteau Saint
Ange à Rome.
Je me reffouviens des Af.
fauts des Maftrik & de Cambray
, que j'ay vûs ; & cette
agreable finte m'a rappellé
des images tres vives qui me
font demeurées dans l'efprit ,
ce que je ne croyois pas qu'on
puft fi bien me reprefenter.
Il faut remarquer , Mademoifelle
, que la Lune dero .
boit icy quelque chole à l'éclat
des feux ; mais cependant elle
GALANT. 209
contribua beaucoup à la beau.
té du ſpectacle. La ferenité
du Ciel , auſſi - bien que . le
bruit de la Fette , avoit
attiré tous les Habitans des
Villages circonvoisins. Les
Champs eftoient couverts de
Spectateurs , & cette fombre
lumiere , qui ne laiffoit voir
que des coiffures & des cravaites
blanches , en cachant
tous les défauts des vifages &,
des habillemens , faifoit que'
tout paroiffoit beau & propre :
Mille voix d'admiration & de
joye fuivoient le mouvement
Octobre 1699. S
1
120 MERCURE
de chaque Fufée ; & au retour
on ne voyoit que des danfes
& on n'entendoit que des
chants par toute la Campagne
; ce que Monfieur le Duc
du Maine regarda avec plaifir
s'intereffant avec tendreffe à
voir les Peuples commencer
à goûter quelques fruits de la
Paix.
Je finis , Mademoiſelle , &
je fuis fûr que fi je ne me hâte
'de vous envoyer ma Lettre ,
toute imparfaite & peut eftre
toute ennuyeufe qu'elle eft ,
demain il s'offriroit quelque
chofe pour l'augmenter , &
GALANT. 211
pour m'embaraffer de nou
veau . Ce M' de Villeras eft un
étrange homme , il ne tart
point.
Je veux feulement conclure
, comme j'ay commencé ,
que les plaifirs tranquiles &
innocens font retirez ici . Où en
verroit on ailleurs de ſemblables
Les plaifirs de la Cour ,
j'en jurerois , ne font pas
exempts de trouble & d'inquiétude
, & pour vous prouver
mieux toute l'innocence
de ceux qu'on goûte à Chaftenay
, il fuffit de vous dire que ,
l'on a M' le Curé pour témoin
Sij
212 MERCURE
de tout ce qui s'y fait : c'eſt un
fort honnelte homme , plein
de capacité , & qui a toutes les
vertus Paftorales . Il s'appelle
M' le Riche , & eft riche en
bonnes oeuvres. Depuis dixfept
ans il fait mille biens dans
fa Paroiffe , & me fait la grace
de me loger.
Au refte , Mademoiſelle ,
je crois que vous me fçaurez
quelque gre d'avoir interrompu
l'agréable repos que l'on
goûte icy par le foin de vous
en rendre compte. Je voudrois
bien pouvoir reparer par
toutes mes omillions paffées.
là
GATANT.. 213.
Vous m'aurez peut eftre accúfé
de negligence , fur ce que
je n'ay point eu l'honneur de
vous écrire depuis longtemps ,
mais vous vous fouviendrez
que vous avez dû prendre mon
filence pour une marque que
je n'eftois pas à la Cour , d'où
je n'aurois pas manqué de
vous écrire , comme vous me
l'ordonuez , Il y a long temps.
que je fais de petites courſes à
la Campagne , & queje ne fuis
point à portée de vous mander
de nouvelles Je fuis inca .
pable de manquer jamais vo .
lontairement à ri.n qui puiffe
214. MERCURE
vous plaire Je me promets
que voftre bonté n'aura pas
de peine à vous en perfuader ,
& que vous regarderez moins
au défaut du recit que je vous
envoye , qu'à l'empreffement
que j'ay cû de prendre cette
occafion de vous faire fouvenir
de mon reſpect & de mon
zéle.
fuis fort feur que vous lirez
avec grand plaifir , puis qu'-
elle eft de M l'Abbé Geneft,
de l'Academie Françoife, Ill'a
écrite de Chaftenay , & elle
porte le 17. de ce mois pour
date,
168 MERCURE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERI.
¿Es jeux que la fageſſe admes
dans fon Empire
,
Ces plaifirs doux & purs que
defire ,
la
Gestranquilles plaifirs , ils eftoient
envolez ,
Sans queperfonnepuft nous dire
En quels lieux ils eftoient allez;
Mais en quel endroit de la terre
Loin de ces bords heureux pouvoient
ils fe cacher ?
Si parmy les Vainqueurs , par le
bruit de la guerre
lls
GALANT. 169
Ils ont paru s'effaroucher ;
Sur des bords frapez du tonnerre
,
Chezles Peuples vaincus ,falloit
il les chercher?
·
Par tout où j'allois j'avois
beau regarder , & tâcher d'en
découvrir les traces ; je ne les
trouvois plus ces divertiffemens
ingenieux , où la raifon
a tant de part ; ces nobles
plaiſirs qui ne fe
rencontrent
point parmy le tumulte & le
defordre des
paffions , & tels
qu'on les voit ,
Mademoiſelle ,
dans ces belles
Promenades
que vous nous avez décrites ,
Octobre 1699 . P
170 MERCURE
ou dans ces aimables & fages
converfations que vous nous
avez données. Je ne pouvois
croire toutefois qu'ils fuffent
fortis de la France , où l'efprit
& les connoiffances de la Sçavante
Grece , & de la victorieufe
Italie , fe font venus établir
avec eux depuis longtemps.
En effet , j'ay trouvé
que ces plaifirs y font toûjours
, quoy que moins recherchez
& moins connus
qu'ils n'eftoient peut - eftre ,
il y a quelques années.
Ouy ,je découvre enfin leur retraite
ignorée,
GALANT: 171
Je ne m'abuse point, iln'eft rien de
plus vray.
Des tranquilles plaifirs la Troupe
eft retirée
Dans le paisible Chaftenay.
Madame la Ducheffe du
Maine les y a tous amenez
avec elle , & va rendre à jamais
célébre par fon féjour le
Village de Chaftenay. Il y a
plufieurs Maiſons aſſez belles .
Cette Princeffe a choifi celle
de M' de Malezieu , qui n'eſt
pas la plus grande ; mais qui ,
fur tout à prefent , me paroiſt
la plus jolie .
Si vous defirez fçavoir ,
Pij
172 MERCURE
Mademoiſelle , ce qui engage
Madame la Ducheffe du Maine
à aimer cette maiſon , c'eſt
principalement le merite de
celuy à qui elle appartient , &
la confiance étroite qu'il s'eft
attirée de S. A. S. Monfieur le
Duc du Maine par un attaches
ment plein de zele , & par les
foins qu'il a pris de fon éduca
tion . Il a une infinité de talens
, & il excelle en tous . Jurifconfulte
, Philofophe , мathematicien
au premier degré,
il poffede parfaitement les belles
Lettres , il parle à charmer ,
& il écrit comme il parle.
GALANT. 173
"
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, à qui il vient de montrer
les mathematiques , n'a
pas efté longtemps à reconnoiftre
ces qualitez en luy ;
& Madame la Ducheffe du
Maine , tout enfant qu'elle
eftoit , les fçut difcerner dés
les premieres années de fon
mariage.
La vûë dé cette petite maifon
eft charmante . Tout ce
qui eft aux environs ne fem .
ble fait que pour elle . On di .
roit que Sceaux & Berni n'ont
efté faits que pour luy rendre
hommage de leurs Parterres ,
Piij
174 MERCURE
de leurs Jardins , & de leurs fuperbes
Bâtimens , qu'ils ne
font qu'un ornement attaché
à cette maiſon , & n'ont efté
placez que pour luy offrir une
agréable Perspective .
Le Pays n'abonde pas en
eaux ; mais il eſt varié. Il y a
des Bois & de belles Prairies ;
il y a d'excellentes Fontaines ;
la terre y produit de tres bons
fruits ; l'air y eft tres pur &
tres fain. Madame la Ducheffe
du Maine y demeure depuis
que la Cour eft partie de Verfailles
, les incommoditez de
fa groffeffe l'empêchant d'alGALANT.
175
Cette ler à Fontainebleau.
Princeffe fe plaift icy , & a beau .
coup de raiſon de s'y plaire ,
puifqu'en effet fa fanté y eft
meilleure , & qu'elle y goufte
un aimable repos .
Quel dommage , Mademoifelle
, que vous ne foyez pas
témoin de tout ce qui fe paffe
icy , vous qui avez tant fait
valoir Atys , qui avez mêlé aux
defcriptions immortelles des
beaux lieux que vous avez habitez
, & des galantes Feftes
où vous cftiez appellée , rant
d'heureux caractéres de vos
illuftres amis ! Que ne puis - je
P iïij
176 MERCURE
au moins emprunter aujour
d'huy voftre merveilleux Genie
, pour vous faire des recits
& des peintures qui fuffent
dignes de vous , & des fujets
que je veux vous reprefenter
!
Que vous feriez ravie , ma
demoiſelle , de voir madame
la Ducheffe du Maine , un
efprit tres aimable , & tres cultivé
, propre non - ſeulement à
connoiftre ce qu'il y a de plus
beau dans les beaux Arts; mais
ce qu'il y a de plus difficile & de
plus fublime dans les Sciences.
Elle vous étonneroit dans les
GALAŃT.
177
}
jeux d'efprit , où elle s'exerce
fouvent. Sa vivacité & fa penetration
font à peine croyables
.
Sa preſence répand l'allegreffe
dans tout ce Pays , & y
attire une affluence de Peuple
continuelle ; mais pour moy,
ce que je ne conçois pas , c'eft
qu'elle femble avoir transforméune
petite cabane en unvafte
&pompeux édifice .On voit
cette Maiſon avec d'autres
yeux depuis qu'elle l'habite.
La multitude du monde qui
s'y trouve , au lieu de la faire
paroiftre plus petite , la fait
178 MERCURE
paroiftre grande ; & je me reprefente
la cabane de Baucis
& de Philemon , changée en
un magnifique Temple . C'eſt
un concours perpetuel , reglé ,
paiſible. Tout s'y occupe tranquillement
& agreablement ,
& pour ne point quitter les
idées de la Campagne , c'eſt
une ruche où les Abeilles reviennent
employer l'efprit qu '
elles ont cuëilli des plus douces
fleurs .
- A voir auffi comment rout
eft empreffé pour le ſervice &
le divertiffement de cette Prin
ceffe,
GALANT. 179
Rege incolumi mens omnibus
una eft.
Vous croiriez voir comme
au travers de ces ruches de
verre , les Abeilles autour de
leur Roy.
Illum admirantur, & omnes
Circumftant fremitu denfo , flipantque
frequentes.
Je vous diray encore plus ;
dans cette petite maiſon , &
dans le joly Jardin qui y ré .
pond par fa mediocre étendue ,
on eft toûjours à la vûë les uns
des autres . Il n'y a point de
fecret. Ce féjour est une vraye
image de l'âge d'or ; ou bien ,
180 MERCURE
.
fans parler le langage de la
Fable , on peut dire que l'innocence
des premiers jours
du monde renaift icy. Je la
réconnois en effet à la paifible
vie qu'on y méne & aux beaux
jours que nous avons eus , à la
douceur de l'air , aux beautez
de la Campagne , aux arbres
chargez de plus de fruits que
de feuilles. Je me perfuade
que le monde a commencé
ainfi , que nos premiers parens
trouvérent la terre ainfi difpofée
à leur offrir ce qui eftoit
neceffaire à leur nourriture :
& dans l'agréable afpect de
GALANT. 18
tout ce qui m'environne , je
ne puis m'empêcher , malgré
➤ Virgile , de donner la préférence
à l'Automne fur le Printemps
, en me fervant de fes
propres paroles , car où en
trouverois je d'auffi belles ?
Non alios prima nafcentis origine
mundi
Illuxiffe dies , aliumve habuiffe
tenorem
Crediderim .....
Mais ,
Mademoiſelle , quoy
que je vous dife de l'innocen
ce de cette vie champestre ,
çe n'eft que pour les moeurs
& pour les paiſibles occupa182
MERCURE
tions ; car je vous affure que
les plaifirs ne laiffent pas d'y
eftre diverfifiez & choifis , &
que la raifon qui les conduit
eft éclairée & agiffante. Je
m'en vais vous dire comment
les jours font diſtribuez ; &
fi voftre bonté , comme je
m'en flate , daigne s'intereffer
à ce qui me regarde en mon
particulier. Voicy mes matinées.
Mane Deum exoro ......
Inde lego , Phoebmmque cio , mu-
Jamque laceffo.
Les jours ont efté fi beaux
que j'ay fait mon Cabinet du
Jardin.
GALANT 183
la
On attend ainfi le temps
de voir la Princeffe . Enſuite
les tables font abondamment
& délicatement
fervies , où
Compagnie
eft gaye; la Mufique
s'y mêle ou mêle ou y fuccede.
Il y a des flutes , des hautbois ,
des violons , des claveffins ,
des trompettes
même dont
le -fon femble s'adoucir pour
s'unir aux autres Inftrumens .
L'aprefdinée, ceux qui ne chaf
fent point ont la promenade
dans les Jardins des Maifons
voifines , dans les Bois ou dans
les belles Prairies dont je vous
ay parlé d'abord . On fe raf184
MERCURE
femble vers le foir ; la Prin
ceffe tient fon Cercle. Aprés
la converſation le Jeu eft ouvert.
C'eſt un Jeu affez piquant.
Vous connoiffez fans
doute le Hocca , mais la malignité
en eft corrigée par la
fageffe de celle qui y préfide.
La fureur du Jeu qui femble
s'eftre débordée dans ce
temps cy , & qui eſt un defordre
auffi commun qu'il eft pernicieux
; cette fureur qui s'allume
même par la neceffité
qui devroit l'éteindre , ne regne
point en ce lieu : ce Jeu
vorace , où l'on exerce plutoft
GALANT. 185
une piraterie , & une cruelle
guerre , qu'un commerce agréable
& amufant , où l'argent
ne paroift méprifé que
parce qu'il eft defire trop avidement
, où l'avarice la plus
âpre fait la plus infenfée prodigalité
; & renonce à ce qu'il
ya de plus neceffaire & de
plus indifpenfable dans la vie ,
& oublie toutes les loix pour
n'écouter qu'une temeraire envie
du gain ; tout cela,dis je, eft
banny des Jeux de Chaftenay.
Icy l'oeil avide & jaloux
Ne void point des monceaux de
ces jaunes idoles ,
Octobre 1699. Q
186 MERCURE
Que le Foueur avare adore à deux
genoux :
Ou ne voit point icy ces tours &
ces bricoles
Quidu fort impofteur déterminent
les
coups,
Ny la dupe expofée à la gueule des
loups
Plaindre l'affreux revers de fes
espoirsfrivoles,
Rebut de l'Ufurier & jouet des
Filoux
N'ayant plus le credit de trouver
deux oboles
Defolée, enragée , aprés fespentes
folles
Chercher un arbre des licous .
GALANT. 187
1
Icy loin des tranfports de rage
de couroux
Que leFou devorant exerce en fes
écoles
On n'entend ny fermens , ny piquantes
paroles ,
Le fort le plus fatal n'y peut eftre
que doux
Et les Pieces de quatre fous
Sont Pieces de quatre Piftoles.
En effet , on le pique uniquement
fur les caprices ou
fur les faveurs de la fortune ,
fans prendre garde à ce que
l'on perd , ny à ce que l'on
gagne ; & l'on le divertit fans
faire de mal aux autres ny
Qij
188 MERCURE
à foy- même; ce qui devroit, à
mon avis , eftre la regle de
tous les Jeux formez pour
délaffement , & pour l'amuſement
de l'efprit .
le
Nous avons auffi le Jeu de
l'Oye renouvellé des Grecs ,
& qui eft encore multiplié en
mille autres qui n'en font que
des imitations , ou des copies.
Ce font tous ces differens Jeux
qui occupent auffi l'un aprés
l'autre les foirées , avec une
application d'autant plus plaifante
qu'on ne les fçait pas , &
qu'on étudie chaque coup à
mefure qu'on le joüe , ce qui
GALANT. 189
caufe des furpriſes toûjours
nouvelles , & affez divertiffantes
.
Voila comme fe paffent
d'ordinaire les journées , mais
l'on peut dire que les nuits fe
paffent encore plus agréable.
ment , & je puis alleguer à propos
ces Vers.
Il eft des nuits brillantes
Plus belles que les plus beaux
jours
Le croirez - vous fur mon
recit
Mademoiſelle ! Il n'y a
point de nuit qui ne foit fignalée
par quelque brillant
fpectacle , dont l'éclat annon190
MERCURE
ce même noftre ſurpriſe &
noftre joye à tous les lieux
d'alentour. Depuis que je fuis
icy , il n'a pas manqué une
feule foirée d'y avoir un feu
d'artifice également agreable
& ingenieux . Madame la Ducheffe
du Maine aime ces
fortes de spectacles , qui en
effet font nobles & magnifiques
, & l'on s'occupe à luy
en preparer toûjours de nouveaux
.
Je ne fçai pas fi c'eft un
Prince qu'elle porte en fon
fein , mais fi c'en eſt un , il
y a apparence qu'un jour il
1
GALANT 191
ne craindra pas le feu . La
qualité de grand Maistre de
l'Artillerie ne luy fiera pas
mal non plus qu'au Prince
fon Pere , & ce jeune Aiglon
eft accouftumé de bonne
heure au bruit & à la lueur
de la foudre , s'il eft deftiné
a porter celle de Jupiter . On
diroit qu'à prefent que la
Guerre ne fait plus d'ufage
de ces feux terribles , celuy
qui en eft le dépofitaire les
veut tous employer à faire
éclater le triomphe & le regne
de la Paix.
Nous avons icy un excel192
MERCURE
lent Auteur de ces brillantes
productions . C'eſt un Gentilhomme
qui a fervi long- tems ,
& qui aprés eftre parvenu à
la tefte du Regiment de Piémont
, s'eft retiré avec la réputation
d'un des plus braves
& des meilleurs Officiers
du Royaume . If joint à cela
le merite d'une rare probité ,
& d'un fçavoir exquis ; je
vous en dirois davantage s'il
n'étoit pas mon ami.
C'est donc ce Gentilhomme
, apellé M de Villeras ,
qui ordonne & qui conduit
tous ces feux , & qui les rend
aufli
GALANT.
193
auffi étonnans par leur diverfité
inépuisable que par leur
beauté ; il y melle toûjours
du deffein & de l'invention ,
& ces fpectacles font toûjours
quelques grandes Images qui
attachent l'efprit aufli bien
que les yeux.
Prothée fçavoit fe transfor
mer en tous les élemens
mais je n'aurois pas cru que
le feul élement du feu devint
fufceptible de tant de
differentes formes. En matiere
de feux les hiperboles du
galant Voiture , & les mente.
ries du Menteur. , ne feroient
Octobre 1699. R
194 MERCURE
icy que la pure verité . Que
diriez vous Mademoiſelle
d'un tournoy de feu ? Un en-.
chanteur paroift , & dans une
grave harangue à Madame la
Ducheffe du Maine annonce
le combat de deux Chevaliers
dont l'un fouftient que
Mademoiſelle de Luffan , qui
eftoit alors auprés de la Prin .
ceffe , eft la plus charmante
& la plus accomplie Damoifelle
qui étoit au monde . Les
champions paroiffent avec des
lances de feu , des plumes de
feu fur leur cafque , des armes
éclatantes de feu ; Les
GALANT. 195
5
Chevaux jettent du feu par
les yeux & par les nazeaux :
leurs crins font des flames
ondoyantes , ils font mille
tours , mille paffades & mille'
caracoles en rempliffant l'air
tout de feu , enfuite fe battent
avec des épées flambo -
yantes : tout le réduit en feu ,
& ainfi fe termine le combat ,
ou l'enchantement ; Jamais je
n'avois rien vû de plus beau
que cette idée , & rien ce me
femble , ne feroit plus digne
d'un divertiffement Royal ,
en faifant ainfi des Quadrilles
& des Troupes de Cheva-
Rij
196 MERCURE
liers ardens combattans avec
des armes de feu .
Une autrefois c'est une
Ville qu'on affiege , ou qu'on
deffend , ou l'on fait de part
& d'autre un feu terrible : je
ne pus voir cette attaque que
d'une feneftre éloignée . , parce
que j'eftois incommodé
d'une chute que j'avois faite ·
mais j'ay eſté recompensé par
autre fpectacle comme
un
vous verrez dans la fuite de
mon recit .
Je ne pus affez admirer
Samedy dernier un Soleil que
je vis briller tout à coup dans
GALANT . 197
la nuit fur le haut d'une colonne
, aux deux coftez parurent
deux Globes femez d. Aftres
refplendiſſans , & qui
aprés s'eftre enflâmez tout àfait
s'ouvrirent , éclaterent &
firent une image auffi vive
que furprenante de ce qu'on
nous enfeigne de l'embrazement
de l'univers .
Hier je fus furpris comme
fi je n'avois encor rien veu .
Aprés l'effort de quantité de
belles Fufées qui retomberent
en Eftoilles dans le Jardin ,
les allées & le parterte parurent
tout en feu avec leurs
Riij
498 MERCURE
compartimens . L'Air eftoit
paifible , mais couvert de nuages
, fi bien que l'on auroit
dit que toutes les Etoiles du
Ciel étoient en effet defcen .
duës fur la Terre & avoient .
été rangées dans un nouvel
ordre , & avec des diſtances &
des figures régulieres . On croyoit
voir mille fleurs enflamées
placées artiftement par un habile
Deffinateur. Le Marin auroit
bien eu raifon de dire cette
fois. Il terren ftellato. L'afpect
étoit admirable de tous coftez ,
& aprés avoir eu le plaifir de regarder
des feneftres de la mai .
THEAL
DE
GALANT.
x9on
fon ce Ciel de haut en bash
y avoit encore un autre plai
fir de fe promener dans ces
routes lumineufes parmy ces
nouvelles conftellations .
Je ne finirois jamais , Mademoifelle
, fi je voulois tout di
re en détail ; mais je ne puis
m'empêcher de vous particularifer
un peu la Feite , ou plu.
toft plufieurs Feftes enfemble
, qui fe donnerent icy Dimanche
paffé. M' le Duc du
Maine eftoit venu de Fontaine-
bleau , & demeura trois .
jours auprés de Madame la
Ducheffe du Maine. Il y a
200 MERCURE
bien des chofes à dire de ce
Prince , mais elles ne peuvent
eftre ignorées . On fçait qu'il
a tout l'efprit imaginable , une
capacité & une application
extrême pour s'acquiter de
tous les devoirs de fes grandes
Charges , & il releve toutes
ces qualitez par une vertu
réguliere & folide . Il a édifié
icy les peuples par fa pieté &
par la douceur , autant qu'il
leur a donné lieu de le benir
par fes charitez : & entr'autres
par un don confiderable qu'il
a fait pour l'inftruction & le
foulagement des pauvres de ce
Village.
GALANT . 201
La veritable devotion de
ce Prince ne luy ofte pas une
humeur agreable , & un tour
naturellement fin & njoué ,
qu'il a dans l'efprit ; au contraire
, elle redouble plutoft
fcs aimables complaifances
pour une Princeffe qu'il aime
uniquement & qui en eft fi
digne. Il cherche avec foin
tout ce qui peut la divertir .
Il a veu que dans les temps
qu'elle eftoit obligée à garder
la Chambre , elle s'amuferoit
& feroit quelque exercice en
joüant des Comedies à quoy
elle fe plaiſt beaucoup . Il en
202 MERCURE
reprefente avec elle , & l'on
peut dire qu'il eft également
Îoüable par le motif & par
l'execution
. Il est fi vray
d'ailleurs que tout peut ekre
rectifié par un bon uſage
que ces divertiffemens font
là mille fois plus agréables
,
que
fur les Theatres publics ,
fans en avoir aucun des défauts
. La dignité des Acteurs
les releve , & il y a une certaine
nobleffe dans leurs per
fonnes & dans leurs actions
qui corrige tout ce qui eft à
craindre dans ces fpectacles.
On joua le Medecin mal .
GALANT. 203
gré luy. Tout le fel & toute
la vraye plaifanterie en furent
goûtez ; fans que rien y fuft.
fenti d'indecent & de nuifi -
ble ; M de Malezieu dont je
viens de vous parler y joüoit
le rolle le plus difficile . Avec
tout ce que je vous en ay dit,
il eft encore un des meilleurs
Acteurs qu'on ait jamais veus
Ilfe revelt de tous les perfonnages
, foit ferieux , foit comiques
: de forte que ce ne font
point des images mais la chofe
méme qu'il reprefente. Madame
Manneville , Dame
d'honneur de Madame la Du204
MERCURE
cheffe du Maine , joua auffi
fort bien. Leurs Alteffes n'eurent
pas de peine à trouver
dans leur mailon , auffi bien
que dans la famille de M ' de
Malezieu , qui eft aimable &
nombreuſe , ce qu'il leur falloit
encore de bons Acteurs ,
& la piece fut tres bien exe-
Cutée.
Madame la Princeſſe , pour
qui fe faifoit la Fefte , y étoit
venue avec Mademoiſelle
d'Anguyen . L'indifpofition
de
Mademoiſelle
de Condé fift
doublement regretter ſon ab.
fence. Madame la Princeffe
GALANT. 205
&
Mademoiſelle
d'Anguyen
parurent tout à fait contentes
de la repreſentation . Le
jeu du Hocca vint enfuite.
C'eft icy qu'on peut voir un
utile exemple de moderation
& de frugalité de jeu . On s'y
divertit fort. Monfieur le Duc
du Maine fe plaignit en fortant
du Jeu , qu'il avoit perdu
deux Ecus ; Les Princeffes
louerent leur fortune ' d'en
avoir gagné environ autant .
Apiés le foupé , Madame
la Princeffe fut invitée d'aller
en Carroffe à quelques pas
de la Maiſon; Eile vit à la clarté
206 MERCURE
des flambeaux un Fort, & vis- àvis
de deux grands Navires qui
paroiffoient à l'Ancre dans un
Pré.Onôta les chevaux , les Caroffes
furent ainfi changez en
Amphitheatre.
Les Navires diftinguez par
leurs fanaux s'approchérent du
Fort , & commencérent à le
cannoner , & à le bombarder.
Le Fort répondit auffi par des
boulets rouges : les Vaiffeaux
revirérent diligemment , &
tirérent de nouvelles bordées .
On voyoit le cercle des Bombes
, & la trace directe des boulets
, qui eftoient des fufées ,
GALANT. 207
1
gliffant le long des cordes tendues
pour cet ufage . Tout cela
eftoit compaffé avec une jufteffe
incroyable. Enfuite les
Troupes de terre attaquerent
le Fort à plufieurs repriſes , & la
défenſe ne fut pas moins vi .
goureufe que l'attaque . On
lançoit de part & d'autre une
infinité de fufées qui imitoient
le feu des grenades . Les Attaquez
paroiffoient à la lueur du
feu. Enfin le feu fe prit aux
Vaiffeaux , ils fautérent en
élançant dans les airs une
double girandole. De même
le feu fe mir aux Magafins du
208 MERCURE
Fort , & il fauta en élançant
auffi une Girandole , qui égala
fans doute celle qu'on voit
tous les ans au Chafteau Saint
Ange à Rome.
Je me reffouviens des Af.
fauts des Maftrik & de Cambray
, que j'ay vûs ; & cette
agreable finte m'a rappellé
des images tres vives qui me
font demeurées dans l'efprit ,
ce que je ne croyois pas qu'on
puft fi bien me reprefenter.
Il faut remarquer , Mademoifelle
, que la Lune dero .
boit icy quelque chole à l'éclat
des feux ; mais cependant elle
GALANT. 209
contribua beaucoup à la beau.
té du ſpectacle. La ferenité
du Ciel , auſſi - bien que . le
bruit de la Fette , avoit
attiré tous les Habitans des
Villages circonvoisins. Les
Champs eftoient couverts de
Spectateurs , & cette fombre
lumiere , qui ne laiffoit voir
que des coiffures & des cravaites
blanches , en cachant
tous les défauts des vifages &,
des habillemens , faifoit que'
tout paroiffoit beau & propre :
Mille voix d'admiration & de
joye fuivoient le mouvement
Octobre 1699. S
1
120 MERCURE
de chaque Fufée ; & au retour
on ne voyoit que des danfes
& on n'entendoit que des
chants par toute la Campagne
; ce que Monfieur le Duc
du Maine regarda avec plaifir
s'intereffant avec tendreffe à
voir les Peuples commencer
à goûter quelques fruits de la
Paix.
Je finis , Mademoiſelle , &
je fuis fûr que fi je ne me hâte
'de vous envoyer ma Lettre ,
toute imparfaite & peut eftre
toute ennuyeufe qu'elle eft ,
demain il s'offriroit quelque
chofe pour l'augmenter , &
GALANT. 211
pour m'embaraffer de nou
veau . Ce M' de Villeras eft un
étrange homme , il ne tart
point.
Je veux feulement conclure
, comme j'ay commencé ,
que les plaifirs tranquiles &
innocens font retirez ici . Où en
verroit on ailleurs de ſemblables
Les plaifirs de la Cour ,
j'en jurerois , ne font pas
exempts de trouble & d'inquiétude
, & pour vous prouver
mieux toute l'innocence
de ceux qu'on goûte à Chaftenay
, il fuffit de vous dire que ,
l'on a M' le Curé pour témoin
Sij
212 MERCURE
de tout ce qui s'y fait : c'eſt un
fort honnelte homme , plein
de capacité , & qui a toutes les
vertus Paftorales . Il s'appelle
M' le Riche , & eft riche en
bonnes oeuvres. Depuis dixfept
ans il fait mille biens dans
fa Paroiffe , & me fait la grace
de me loger.
Au refte , Mademoiſelle ,
je crois que vous me fçaurez
quelque gre d'avoir interrompu
l'agréable repos que l'on
goûte icy par le foin de vous
en rendre compte. Je voudrois
bien pouvoir reparer par
toutes mes omillions paffées.
là
GATANT.. 213.
Vous m'aurez peut eftre accúfé
de negligence , fur ce que
je n'ay point eu l'honneur de
vous écrire depuis longtemps ,
mais vous vous fouviendrez
que vous avez dû prendre mon
filence pour une marque que
je n'eftois pas à la Cour , d'où
je n'aurois pas manqué de
vous écrire , comme vous me
l'ordonuez , Il y a long temps.
que je fais de petites courſes à
la Campagne , & queje ne fuis
point à portée de vous mander
de nouvelles Je fuis inca .
pable de manquer jamais vo .
lontairement à ri.n qui puiffe
214. MERCURE
vous plaire Je me promets
que voftre bonté n'aura pas
de peine à vous en perfuader ,
& que vous regarderez moins
au défaut du recit que je vous
envoye , qu'à l'empreffement
que j'ay cû de prendre cette
occafion de vous faire fouvenir
de mon reſpect & de mon
zéle.
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p. 174-177
A MONSIEUR l'Abbé Genest.
Début :
Quand on sait regler ses desirs, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Agréable, Princesse
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR l'Abbé Genest.
A
MONSIEUR
l'Abbé Geneft
....
Vand
on
fçait regler
fes
de
.
Qr
firstbo
On trouve d'innocens plaiſirs ;
Fen découvre dans voftre ou
Vrage
Une
tres
agréable
image
.
Vous
en parlez
fi
galamment
,
Quoyque
cefoit
tres
-
fagement
,
Qu'à la vertu
la plus fevere
Vous
avez
trouvé
l'art
›
de
plaire
,
"
Mais
je
ne m'en
étonne
pas
,
Car
la
Princeße a tant d'appas
GALANT. 175
A
qui vous
confacrez
vos
veillas
,
Que
pour
la contenter
vous
fain
tes
des merveilles
.
En
effet
,
Monfieur
,
vous
me
donnez une
idée
de
cette
Princeffe
qui
me
charme
;
je
la vois toute aimable
,
toure
belle
&
toute
parfaite
.
Ce
n'eft
pas feulement
à
la
pein-
dre que vous
excellez
.
Les
au-tres Portraits
que vous
faites
font de
même
fi
bien touchez
&
fi
vrais
,
&
vos
defcriptions
fi
vives
&
fi
attachantes
,
queje foûtiens hardiment qu'en
.
Piiij
176 MERCURE
le
tre
tous
les
plaifirs
qu'on
peut
avoir
,
celuy
de
lire
vôtre
ou-
vrage
eft le
plus
noble
,
plus
grand
&
le
plus
innocent
.
En
rendant
juſtice
au
rare
me-
rite
de
cette Princeffe
,
Mon-
fieur
,
vous
faites
connoiftre
le
vôtre d'une
maniere
fiavan-
tageuſe
,
qu'on
ne
peut s'em-
pêcher de vous admirer
.
J'ay
affez
lû
en
François
,
en
Italien
en
Eſpagnol
&
en
Portugais
,
&
je
n'ay rien
vû en
ces
qua-tre
Langues de
plus agreable
&
de
plus
achevé que
vostre
Lettre
.
L'honneur que vous
m'avez
fait
,
Monfieur
,
de par
.
GALANT
.
177
4
"
ler de moy en loüant une fi
charmante Prince ffe , m'empê-
che de m'étendre davantage
fur vos loüanges , & j'aime
mieux finir par un Madrigal
pour elle.
MONSIEUR
l'Abbé Geneft
....
Vand
on
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de
.
Qr
firstbo
On trouve d'innocens plaiſirs ;
Fen découvre dans voftre ou
Vrage
Une
tres
agréable
image
.
Vous
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galamment
,
Quoyque
cefoit
tres
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,
Qu'à la vertu
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Vous
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plaire
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Mais
je
ne m'en
étonne
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Car
la
Princeße a tant d'appas
GALANT. 175
A
qui vous
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vos
veillas
,
Que
pour
la contenter
vous
fain
tes
des merveilles
.
En
effet
,
Monfieur
,
vous
me
donnez une
idée
de
cette
Princeffe
qui
me
charme
;
je
la vois toute aimable
,
toure
belle
&
toute
parfaite
.
Ce
n'eft
pas feulement
à
la
pein-
dre que vous
excellez
.
Les
au-tres Portraits
que vous
faites
font de
même
fi
bien touchez
&
fi
vrais
,
&
vos
defcriptions
fi
vives
&
fi
attachantes
,
queje foûtiens hardiment qu'en
.
Piiij
176 MERCURE
le
tre
tous
les
plaifirs
qu'on
peut
avoir
,
celuy
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lire
vôtre
ou-
vrage
eft le
plus
noble
,
plus
grand
&
le
plus
innocent
.
En
rendant
juſtice
au
rare
me-
rite
de
cette Princeffe
,
Mon-
fieur
,
vous
faites
connoiftre
le
vôtre d'une
maniere
fiavan-
tageuſe
,
qu'on
ne
peut s'em-
pêcher de vous admirer
.
J'ay
affez
lû
en
François
,
en
Italien
en
Eſpagnol
&
en
Portugais
,
&
je
n'ay rien
vû en
ces
qua-tre
Langues de
plus agreable
&
de
plus
achevé que
vostre
Lettre
.
L'honneur que vous
m'avez
fait
,
Monfieur
,
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.
GALANT
.
177
4
"
ler de moy en loüant une fi
charmante Prince ffe , m'empê-
che de m'étendre davantage
fur vos loüanges , & j'aime
mieux finir par un Madrigal
pour elle.
Fermer
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