AU CONCIERGE
DU PALAIS ROY AL.
REQUESTE.
Mouche et Plutonne , c'est le nom „
De deux Barbettes de renom ,
Qui sont vos très humbles Servantes ,
Et qui viennent , très- suppliantes
Far devers vous crier merci ,
Pour cas qui les met en souci,
C'est
FEVRIER
1732 493
C'est au sujet d'une Ordonnance,
Qui fait une expresse défense:
A tout incivil Animal
D'entrer dans le Palais Royal
Et sur tout à la Gent Canine.
Cette Ordonnance les chagrine ;
Mais leur respect est le plus fort,
Elles sentent qu'on n'a point tort
D'agir avec cette rudesse
Envers tous ceux de leur espece..
Jadis ils oserent gâter
La demeure de Jupiter ,
Et leur punition fut telle
Qu'aucun n'en rapporta nouvelle :-
Ce qui fait que Chiens de leurs nez',,
S'entre font fête où vous sçavez.
Ceci peut être une imposture;
Mais , comme om craint que
Ne se commette de la part
De ces Animaux , sans égard,
telle injurePour les lieux les plus venerables ,
On ne veut point que leurs semblables
Desormais entrent dans celui
Qu'on doit respecter aujourdhuy ,
Tant pour les beautez qu'il enserre,
Que pour le Maître qu'on revére.
Les Suppliantes cependant ,
Sans condamner aucunement
L'équité
404 MERCURE DE FRANCE
L'équité de cette Ordonnance ,
Voudroient pour elles seulement
Qu'on pût avoir quelque Indulgence ;
Vous remontrant très-humblement .
Qu'une semblable complaisance
Ne peut tirer à consequence ::
Qu'il est Chiens et Chiens dans Paris. ›
Et qu'elles sont Chiennes d'un prix
Qui vaut bien qu'on leur fasse grace
Lesdistinguant entierement
Des vils Animaux de leur race ;
Que le premier Prince du Sang,
Malgré tout l'éclat de son rang ,
Daigne louer leur gentillesse
Et même leur faire caresse.
On peut sans risque être garant
De leur reserve et leur sagesse ,
Tant on prit soin correctement
De bien diriger leur jeunesse.
Permettez donc que libremente
Elles puissent avoir entiée
Dans cette enceinte reverée,
Qui de Paris fait à present .
Les délices et l'ornement..
Si vous honorez leur priere
De cette faveur singuliere ,
Plutonne vous remerciera ,
Et Mouche yous caressera,
2
St
FEVRIER. 1732. 4955
Si vous aimez qu'on vous caresse ,
Comme elle vous divertira
Si vous voulez voir son adresse ,
Sa legereté , sa souplesse.
Leur Maître aussi vous répondra
Car il est bon qu'il en réponde
Que sur elles il veillera
Si bien qu'il ne passera
Rien de deshonnête et d'immonde
Dans ce rendez vous du beau Monde
Ainsi , soyez en sureté
Contre toute incongruité
De la part des deux SuppliantesQui sont vos très-humbles servantes. .