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p. 104-164
LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Début :
Mr Comiers est universel. Vous avez vû au commencement / Je suis persuadé, Monsieur, qu'on n'a pas besoin de [...]
Mots clefs :
Eau, Baguette, Corps, Métaux, Sources, Corpuscule, Mines, Assassins, Effets, Trouver, Parties, Pores, Animaux, Terre
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texteReconnaissance textuelle : LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Mr Comiers est univr":!
tel Vous avez vû au commencement de cette Lettre
un sçavant Traité de sa façon sur un Calendrier fixe Se
perpetuel. Envoicy unautre
pour réponse à ce que le Pere
le Brun, Jesuite
,
& le Pere de
Mallebranche
»
de l'Oratoire,
ont écrit sur la Baguette.
Qaoy qu'il foit Aveugle, il
voit tout. & rien n'échape
à la penetration de son esprit.
LA BAGUETTE
JUSTIFIEE,
ET
Ses e
ffets démontrez naturels.
iAMeJJire Jules-Louis 1Jolt i
Marquis de Chamlay,Conftil1er du Royen ses Confeiht
Maréchal General des Camps
$0 Armées de Sa Afajefié.
E fuis persuadé, Monsieur,
qu'on n'a pas besoin de
Devins,ny deleur Baguette,
pour apprendre les obligations que je vous ay
,
& que
je publie partout; mais je
croy que la Baguette quifait!
tant de bruic, auroic grand
besoin de vostre approbation..
Si ce bon heur luy arrive, per-.
sonne n'en ofcra condamner1
l'usage
,
car toute l'Europeest
convaincue que parvostre pe.,
netration d'esprit, vous découvrez si parfaitementle vrai
& le faux, que vous n'estes
jamais trompé par les fpecieufesapparences de l'un ny
de l'autre.
Les Sçavans disoient hardi-
nent que la Divination par
a Baguette avoir des causes
Physiques
,
pour produire
ans aucun mélange de Pacte
explicile ou implicite, tant de
faits furprenans
; mais lePere
le Brun ayant écrit de Grenoble,, & demandé au Peie de
Malebranche son sentiment
sur les plus grandes difficultez des effets qu'elle produit,
il n'en a receu d'autre réponse, sinon qu'ils estoient diaboliques; & comme j'apprehende que l'on ne traite de
mesme l'Homme art'fiâtl Anemofèope, Propbete Physique du
changement du temps, que j'ajj
donne dans le Mercure du
mois de Mars de l'année
1683. & dans la26. page de
jéêlx Eruditorum
,
imprime
à Leiphe en l'année 11684
y veux répondre physïques
ment aux demandes du Pere:
Is Brun,afin de détromper
ceux qui se laissantentraîner
par le poids du sentiment de
ce Philosophe, d'un sçavoir
& d'un merite distingué
,
feroient de sinistres jugetnens
contre un grand nombre de
gens
*
de Robe&d'Epéc, tous d'une probité connue, qui
nt le même talent que Jac.
ues Aymar Vernay, de Saint
rcran, prés de S. Marcellin
n Dauphinc. Mr l'Evesque
c Morienne, & MrGalc.c,
elebre A stronome,& grand
pcnitcncier do Carpentras,
ont le mesme talent que Jac-j
ques
Aixiiar»aussî bien que Eccleflaflique deLyon, que
d" Panthot, Doyen des Melecins
,
dans sa Lettre écrite
à Mr Daquin, premier Mede-
:in du Roy» assure trouver
l'endroit où font les corps
des Noyez.
Dans les choses obscures
& embarassées de difficultés j
je suspens mon
jugement»!
pour donner lieu à l'Accusé
de défendre sacause, ou pour
attendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime cft
de Droit naturel; c'est pourquoy Seneque le Tragique
disoit
,
Parte alterâ inauditâ
justum licetftatuaty haud œquum
judicat. Pourquoy donc accuser d'abord de diablerie ce
pauvre Aimar &sa Baguette?
C'est agitcontre les maximes
du Droit, car pour prononcer sur de telles matières de
Pacte avec les Demons, Ar-
menta àttbent tjJe sole meriAYIO clariora
,
outre que Odia
ent restringenda, favores amiandi. Ce fut surce,principe à desDamcs, plus sçavantes
fcrupulcs, que dans la conoiffancc de la bclltPhyfiquc,
:
fus obligé, pour satisfaire
leurs demandes, de leur
endre les effets de la Baguette
ors de foupçonde diablerie;
&cela fut cause que je m'exdiquay comme il s'enfuie.
Dieu donc les secrets font
mpenctrables,a permis auxAnés des deux personnes assas-
, nés dans leur cave à Lyon,
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afinqu'ils ne mâchent
point leur suaire ou drap dans
lequel ils fontenfcvelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie
,
disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont esté trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouver les Sources,cela
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principcs font dans mes Letres
,
inférées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay
rien a ajouter
:onccrnant les véritables & les
aux Prophètes, les Devins,
k les Pytons
,
m'en estanc
iflfezexpliqué dans mon Traité des propheries. inseré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Décembre de
l'année1689.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par laBaguette.Je
dis que la Baguette n'cft point.
Justice les Impies &les Scélérats de profession;ainsi l'homme d'iniquité a eu ses Protecteurs.
J'espere guérir par démonstrations Phyfiqucs ces Scrupuleux
,
dans la fuite de ma
Medecine Universelle
,
dont
on aveu les commencemens dans les Mercures des
mois de Juin,Juillet,Aoust,
& Novembre 1687. où je démontreray
fcnfiblement tout
ce que Levinius Lcmnius ra pporte De occultisNaturtoe miraculist tout ce que le gran d
Medecin Fernel a
dit, De abdi-
ris rerum causis,tout ce que
Fromondus avance dans son
Livre De fascinatione
»
routes
les vertus Médicinales & proprietezcurieuses qu'Anselme
Boëce de Boot, Medecin de
l'Empereur Rodolphe 11. attribuë aux pierres precieuses,
& enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantationemorborum, dont le Sçavanc Tenczelius & le docte & curieux
Mr Bartholin ont écrit.
J'examineray en dernier
lieuce qui obligeà present les
Polonoisàcouper lacetteaux
corps moresde leurs parens
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afin qu'ils ne mâchent
point leursuaire ou drap dans
lequel ils font ensevelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie ,disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont cité trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouverles Sources,cel a
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principes font dans mes Letres
,
insérées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay rien aajouter
oncernant lesvéritables & les
aux Prophetcs) les Devins,
& les Pytons
,
m'en estant
assezexpliqué dans mon Trai-.
té des Prophéties, inséré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Decembre: de
l'année1685?.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par la Baguette.Je
dis que laBaguette n'est point
absolument necessaire
,
rnaiJ
qu'elle sert, comme la longueur d'une aiguille d'Horloge ,
à rend re plus sensible le
mouvement de l'impression,
qui est d'autant plus grande,
qu'on serre plus fortement
les deux cornes de la Baguette» demême qu'en pressant
fortement avec le pouce & le
doigt Index, le filet qui suspend une bague au milieu
d'unverreà boire,lacilculation du fang s'y fait ressentir
davarage, il ébranle peu à peu
le filet,&enfin la bague par
ses vibrations, va heurter les
ord s
interieurs du verre,&
ors qu'on a
compte l'heure
lue l'on croit qu'il soit, l'imagination fufpcnd ce prompt
nouvement du sang, & on
:c fle de presser le filet
;
c'est
pourquoy les vibrations finissent, & la bague ne frappe
plus contre le verre.
Je disencore,que laBaguette peut servir à la conduite
des corpuscules,jusque dans
la main, de même qu'un balay trempé dans l'eau, mis
en la cheminée le manche
en bas, sert à attirer la fumée
en haut, ce qui a
donne lieu
aux ignorans de dire que les
Sorciers ayant unBalay entre jambes, montoient par la
cheminée pour aller au Sabat. De plus, je dis que
l'homme armé des deux cornes de la Baguette, doitestre
confideré comme un Ayman
armé
,
dont la force est tresnotablementaugmentée Enfin je remarque avec le P. de
Chales Jesuite, danssonMunJus Mathematicus, que les Baguettes prises sur les differens
arbres qui croissent sur différentcs eipeces de Mines, sont
plus propres pour trouver la
même
même espece de mécal, & de
les Mines, parce que les pores
de ces bois font plus conformes à recevoir les corpuscules
de même métal
,
autour duquel il se fait un tout billon
semblableàceluy de la pierre
d'Ayman. Ce Pere
,
qui est
d'un sçavoir
)
d'une probité,
& d'une vertu consommée,
ne traite pas de diablerie lufage des Baguettes, pour trouver les Mines & les Sources
d'eau, ce qui fait que je ne
crains pas de dire, que l'effet
de la Baguette n'est pas plus
criminel que celuy de la Baguette de Moïse, qui trouva
de l'eau dans le Rocher.
Enfin il est constant, que
dans tous les siecles on a
parlé
de la Baguette de Coudre.
Virgile dans leII. Livre des
Georgiques dit Pinguaque cum
rutrubus torremus exta colurnis,
Agricola dans son Livre de
Re Metallica, n'a pas oublié
de parler de l'usage de la Baguette de Coudre,& de renvoyer les Sçavans curieux au
Livre que le DocteAnglois
Flud a
intitulé Philosophia
Mosaica
;
ils seront satisfaits
u
sujet de cette Dcvination
par la Baguette de Coudre.
Tess: un bois dont la contexure des fibresadurapport à
me corde. C'est pourquoy si
Ivec cette Baguette on emwoehe quelque petit oiseau
3
:crte broche tournera d'ellenemc) a
présquelleaura esté
res bien échaufée
,
car l'humidité du corps de l'oiseau
s'insinuant le long des fibres
de la broche, les détordra. &
elle tournera d'elle-même.
Cela me fait souvenir que
les Juifs pour rostir l'Agneau
Paschal,attcachoient les deux
pieds de derrière au
montand
de la Croix, & les deux pieds
de devant etoient étendus sur
la traverse
,
& tournoient verticalement la Croix.
C'estun fait incontestable,
que l'usage de laBaguette pour
trouver les Sources d'eau, les
Mines & les Tresors
,
ou les
Métaux cachez
,
étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe; & il elt vray que
Jacques Aimar est le premier
qui par hazard a
remarque
que ceux qui ont le talent de
trouver les Sources d't'au,J'ont
gufïi poursuivre lesVoleurs &
Assassins, enmarchant par
erre sur leursvestigessuivant
urroutesur laRiviere & sur
a Mer. Il l'a fait voir par excricoce,ayant suivy par orre de la Justice au mois de
uille dernier
,
depuis Lyon
ufqucs à Beaucaire les trois
'({affins:l tous trois natifs de
roulon. Il trouva dans ici
Pnfbns de Beaucaire le plus
cunc,nommé Joseph Arnoul,
)o[u. On le ramena à Lyon,
Du il fut roüé le 30.Aoust
dernier
,
à l'âge de dix-neuf
ans. Aimar donna la chasle
aux deuxautres Affaffins,I"Urî
nommé Thomas
,
Marinie
de Galere, & l'autre appelle
André Pese
,
Prevoit de Sale,
mariéàToulon. Ils étoient
sortis du Port quelques heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar, qui les poursuivit jusqu'à l'entrée des Terres de
Gennes, ayant reconnu l'endroit où ils avoient débarqué,
& les Oliviers fous lerquel,
ilsavoient couché.
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperçut pour la premiere fois qu'il pouvoit trouver les corps assassinez & cachez sous terre
,
& poursui-
vre&reconnoître les Assassins.
Jacques Aimar naquit a
SaintVeran,présdeS. Marcellin en Dauphiné) le 8. Septembre 1662. entre minuit
ëc une heure. Ceux qui meritent un logement dans les petites Maisons, je veux dire
les A strologues, font charitablement avertis, que le Frere
du même Aimar ,né deux
ans aprèsdans le même lieu,
& au même mois de Septembre
,
n'a point le même talent. Qu'ils n'attribuent donc
pas à l'influence des Astres ce
dont ils ignorent la véritable
cau se. Il n' y a que le Soleil
& la Lune qu'on doit considererdansla Medecine,dans
l'Agriculture te dans la Navigation.
Nostre Jacques Aimar dans
sa il année cherchant de l'eau
dans une cave avec sa Baguette, se sentir intérieurement
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire, & dit qu'il
y
avoirune abondante Source
d'eau en ce lieulà. Oncreusa
& l'on fut étrangement sur
pris de trouver dans un Tonneau le corps d'une Femme.
susédans de lachaux,onytrouva aussi la corde avec laquelle
elleavoitéré étranglée,&cette
Femmeavoitdisparuil y avoir
quatre mois. La Baguette fit
des mouvemens extraordinaires contre son Mary qui se
voyant découvert prit la suite. Ce fut donc par hazard
,
queJ.Aimar reconnut que son
talentde trouver des Sources
d'eau, s'etendoità trouver les
corps assassinez
,
à poursuivre
les Assassins&les Voleurs,&
à les reconnostre, après avoir
receu la premiere impression,
&s'estre,pourainsi dire,ay-
manté au lieu où l'assassinat
& levolontété commis; car
étant ainlicornIne imprégné
des corpuseules & fcls volatilsou fixesémanez du corps
des Voleurs ou Assassins. Il
ressent lamêmeagitation,lors
qu'il marche sur leurs vestiges,& cette agitation interieure est si violentc, lorsqu'il
mer son pied sur ccluy du
Criminel, qu'il tombe en désaillance.
Je répons maintenant article par article aux demandes
& aux difficultez du R. P. le
Brun, proposées au R. P. de
Malebranche. La Baguette
étant fourchuë,on met de l'or
ou de l'argent dans les mains.
Pour lors si le métal caché est
de même cfpece que celui qu'-
on a
dans les mains, la Baguet.
te tourne avec plus deforce,ÔC
l'on juge de la quantité &de
l'espece du métal cachéce qui
a toujours réussi à l'Astronome Mr Galet, grand Penitencicr à Carpentras
;
la raison en
est évidente. Ilsefait autour
de chaque métal
,
de même
qu'autour de toutes les pierres
d'Ayman,un tourbillon de
certains corpuscules
,
fingu-
liers à chaque métal. C'est
pourquoy si le métal qui cft
dans la main, cft de la nature
dumétal caché,ils s'unifient
& font une impression plus
grande. L'exemple est évident
en l'Ayman armé, dont la
presence agite davantage l'aiguilledelaBoussole,attire de
plus loin, & retient plusfortement le ser;& lors que le
métal caché est d'autre eCptce, que celuy qu'on a
dans les
mains, laBaguette ne fait aucun mouvement, parce que lestourbillons de differens
métaux, font de différente
configuration, & par confcquent leurs effets font differens ; ce qui paroist visiblement par l'eau forte, laquelle
disseut l'argent & les autres
métaux moins noblesquel'or,
auquelelle ne touche pas.
Quesiàlamêmeeau forteon
ajoutel'esprit de sel commun,
on fait l'eau Régale, dont les
parties acides du Nitre, devenuës plus grossieres, font dans
les larges pores de l'or, l'esset des coings, en separant les
parties compactes de ce Roy
des métaux, ce que l'eau forte
n'avoit pu faire, parce que les
parties acides duNitre étant
plus minces passoient librement par les porcs de l'or, &
ne pouvoient passer par les
pores plusétroits de l'argent,
sans en ébranlerles parties
compactes & dissoudre sa
masse ;
ffl par une raison contraire, comme les parties acides de l'eau Regale font plus
grossieres elles ne peuvent
entrer dans les petits pores de
l'argent,& ne peuvent par
consequent ledissoudre.
1
Leslarges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or
l,
se même que l'encre monte
lans le tuyau de la plume par
a
fente, quand elle n'est pas
rop seche
,
ce qui cft encore
une autre raison de cc que le
Mercure nes'insinuë quetresdifficilement dans le fer, dans
l'argent) & dans le cuivre, qui
ont les porcs plus secs & plus
étroirs que les pores de l'or.
J'ajoûte icy une curiosité
qui me sertà faire connoistre
que les corpuscules émanez
des Mines, des Métaux fondus,des corpsassassinez,& de
l'eau,modifiezestantentrez
par les porcs de nostre corps
y produisent des agitations
intérieures, enaltérant, fermentant, ou coagulant le
fang
,
les humeurs, & les esprits vitaux & animaux. On
fait des mouches, ou autres
petits animaux que l'air foutient&agite. En voicy la manière. Ces mouches font premièrement fonduësen argent,
puis couvertes d'une dorure
un peu épaisse; après quoy
ayantfaitquelques petitstrous
dans les parties les plus cachéesde lamoucheonla jette
dans de l'eau forte qui dissout
tout l'argenténelaisse que
épaisseur de l'or, qui cft,
pour ainsi dire, l'epiderme de
la mouche,estant comme la
dépoüille du Serpent,ou dela
Cigale.
Quant à la demande pourquoy tous les hommes n'ont
pas les mêmes talens que Jacques Aimar, & pourquoy lors
qu'il est sur l'eau découverte,
ilnesent pas les mêmes émotions ,qu'il ressent quand il
setrouve au dessus des fources d'eau cachées en terres
& comment on peut juger de
l'abondance de la Source, de
(à profondeur ,& des diffe-
rentes terres qu'on trouvera
en creusant,je répons que tous
n'ont pas les porcs configurez
pour donner entrée a. ces atomes,& que les pores de leurs esprits animaux font configurez
de telle maniere,qu'ils n'en
peuvent estre ébranlez ny alterez. Pour la preuve de cela
j'employe l'exemple de l'Eauforte, qui dissout l'argent &
les Métaux moins nobles,sans
toucherà l'or, dont les pores
font disserens de ceux des au.
tres Métaux; & au contraire
les atomes de l'Eau Regale
cftantproportionnez aux po-
res de l'or
,
en font la dissolution, & ne pouvant s'insinuer dansles porestrop étroits
desautresMetaux,ilsn'en peuvent ébranler les parties,n'y en
dissoudre tamanc. Jepourrois
ajoûter qu'il y a
plusieurs personnes qui tombent en défaillance à certaines odeurs de
fleurs,comme de laTubereuse,
&autres, bien qu'elles soient
cachées) & que les mêmes
odeurs plaisent ou soientindifférentes à d'autres. Enfin
qu'il y a
des yeux tendres, far
lelquels les yeux d'autruy
J
principalement des vieilles
Femmes mal saines, font de
malignes impressions
»
sur
quoy les Parcns disent que,
leurs Enfansont esté ensorcelez; ce que Virgile n'a pas
ignoré, puis qu'ila die
Nescio quis teneros oculus mihifascinatagnos.
Au sécond Arricle
,
Pourquoy l'eau qui est à découvert ne fait pointressentir les
mêmesémotions que les Sources cachées,je dis que sur l'eau
à découvert on ne fent rien
pour trop sentir, que les Sources fous terre ont toujours
quelque degré de chaleur
ue ces vapeurs traversant la
erre changent la configuraton. ainsi que l'eau, le vin
le vinaigre distilez, la Rose du mois de May, & le Seein du foir. Ces vapeurs stim";
regnent & fc chargent de rets
)U atomes de différente nature des terres qu'ils traversent en montant. Cette diffeente modification que l'eau
reçoit par la différente filtra
rio de la diversité des pores de
la racine des arbres& des plantes
,
produit la différence des
herbes,desfleurs, & desfruits.
Demême la différente modi-
fication des vapeurs & des ex.
halaisons des Sources & de:
Mines, fait sentir différente
émotions aux Devins à la Ba
guerre, sur lesquelles émotions, de même que les Me
dccins sur les differens Batte
mens du pouls, après de Ion
gues experiences, formen
des regles pour juger del
quantité & profondeur de
Mines, des Métaux cachez,
des Sources & dela d ifferent
nature, ou espece de terr
qu'on trouvera en crcufanr.
Les Devins à laBaguette n
peuvent sentir d'émotion si
eau découverte, parce que
es parties cylindriquesn'étant
modifiées ny imprégnées
l'aucun sel terrestre
,
ne peuvent alterer ny faire fermenter
esang les humeurs, ny les
esprits animaux, & cependant
ils découvrent la vaiif,Ile,1'or
& l'argentmonnoyé, en quelque part qu'ils soient cachez
en terre
,
ou en autre endroit,
parce que les Métaux estant
forgez, frapez
,
& battus, acquierent
,
de même que le
fer trempé
,
destourbillons
fcmblablcs àceux de la pierre
d'Aiman;& d'autant que les
corpuscules qui émanent des
Métaux'tau forgez, for font durs, gez
,
font durs
3, inflexibles, & infiniment plus
subtils que ceux de l'eau, ils
produisent sans autre secours
les altérations & émotions en la personne des Devins à laj
Baguette.
A la demande, Comment
ces corpuscules, ou tels fixes
ou volatifs, émanez du corps
des Assassins
)
peuvent fubfiner sur la terre, sur l'eau, Se
sur la mer, malgré les vents
& les orages, jerépons qu'ils
subsistentdemême
que les
tourbillons de lamatiere magnetique
gnetique autour de l'Aiman,
& que ceux qui font émanez du Lièvre & du Cerfsubsistent sur les Rivieres & furles Etangs, dont les chiens
ressentent l'iiiipreffion
,
ces
corpusculescausant des effervescences semblables à celles
qui proviennent du mélange
de l'esprit de Vitriol avec
l'huile de Tartre, ou de tout
autre [cl Acide avec un tel
vuide
J
ou Alkali. Il y a
plus de cinquante six ans que
j'avoisun Bar bet qui alloit
chercher, & trouvoir dans le
fond de la Durance entre un
millon de cailloux, ccluy que
j'y avoisjetté,aprèsque je l'avois tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait souvenir d'avoir lû dans Wandel.
mont quelque chosedeplus
surprenant. Il dit qu'ayant
mis dans sa main certaine
herbe, & tenu ensuite quelque temps la patte d'un petit
chien,ill'aimanta si fort»
pourainsi dire, que la Maisresseduchien ne pùt l'emp
êcher de le suivre, quoy que luy-même le maltrairast.
La durée de ces corpuscules & leurs effets se prouvent
par l'exemple des corpuscules
de la Lepre qui demeuroient
attachez aux murailles, ce que
Moyfc assure dans le Levitique. A presentlesMarsillois,
où la Phtisie est fort commune, raclent religieusement les
murailles des chambres habitées par des gens infc£hz de
cette malad ie.
Jay connu des personnes
qui ont esté attaquées de la
Goute pour s'estre servies
du fauteuil d'un Gouteux
,
lesquellesen furent de livrées
après avoir brûlélacbaife.
Ainli Hyppocrate confama
par de grands seux les atomes
de la Peste. L'expeicnce a
fait voir que sur les sieges
de ceux qui souffrent des Hemorroïdes,oula Dissenterie,
il y
demeure des corpufcu les
qui communiquent le même
mal aux autres ; & pour faire
conoistre la force que ces corpuscules émanez de l'eau, des
Métaux cachez
,
& des corps
des Assassins, ont de faire
ressentirde violences impressions & alterations aux corps
des Devins à la Baguette, il
suffit d avoirremarqué que
iors qu'une Femme en certain
estat entre dans une cave, tout
le vin se gâte,&lePouccacse
corromm corrompt d'une d UMe érrarre C{r<1J'rr.ïortc nn
dans le saloir. Enfin> pour
démontrer que les co* pulcules dontils'agir, subsistent
malgré les vents & les nrags,
il ne faut que faire Kfbxion,
que de chaque point des objets, même les plus éloignez,
parc une pyramide de rayons,
dont la bazeestant entrée par
la prunelle de l'oeil sur le cristassin» forme par la pointe de
la mêmepyramide renversée,
ou Pinceau optique,lemême
point de l'objet sur la Retine.
sans que les vents puissent dé
tourner ces rayons qui viennent en ligne droite. On voit
avecplaisirtoutlemisteredes
especes ou peintures des objets sur undrap,ou papier
blanc dans une chambre ob.
scure;& ce que tous les Philosophes ont de la peine à expliquer c'est que dans le même
trou toutes les imagesdesdifferens objets setrouvent confonduës,& après s'estre entrecroisées se debarassent à cerraine distancesuivant la longueur du foyer solaire du verre
convexe
,
qu'on a mis sur le
trou fait au volet de la chambre obscure,pour se peindre
su le drap ou papier blanc,
avec leurs vives couleur,mais
en ~ation renversée. Pour
expliquer ce qu'il y a
de plus
difficile dans l'Auguste Sacrement du Corps de J, C. j'ay
emploié cette experience dans
ma nouvelle Instrution pour
réunir les Eglises P. R. à [tEglifè
Romaine. Ce Livre est imprimé en1678. par le S' Pepie,au
grand S. Basile, ruë Saint Jacques.
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance, que le
consentement de deux Vai;
fins à ne plus se servir des bornes plantées, oste la première
convencion) à moins que de
reconnoistre avec les Payens,
les Deux Thermes, & le pou.
voir de lesarracheràdes bornes, & de les congédier quand
on ne voudroit plus s'en servir.
Si le me~me Pere parle juste, lors qu'il dit que c'est un
fait constant, que les Devins
à la Baguette trouvent les chc«
mins perdus,ilestaussi vray
de dire que
LesPeuplesaffranchis de l'Em
pireIberois>
Quifournis a NajjaH ont cepe
d'eflrc RD!.Í.
( J'entens les Hollandois par
ces Peuple,) autoient grand
besoin de lacques Aimar-p( ur
trouver la hauteur de la route, par laquelle estant vivement poursuivispar lesVaisseaux Anglois, ils abrogerent
leurs voyages en venant du
Japon par les Mers Scpteiv»
trionalcs.
Voicy quelque chose de
plus considerable & de plus
positif. ray leuautrefoisdans
le secondLivre des Macha-
ont faussé la foy promiseau
Sacrement de Mariage, les
deux Sexes vivrent dans une
réciproque fidélité
,
& on
n'aura plus besoin du sacrifice de jalousie
,
ny des eaux
ameres que la F\mmc soupconnée écoit obligée de boire
en presence du Prestre & de
son Mary
,
suivant l'ordonnance de Moyfc
,
écrite au
long dans le 5. Chapitre du
Livre des Nombres. Le Grand
Ausone danssonIdile15. digne de la Muse Françoise de
Madame des Houlieres, ne
diroit plus.-
£)uoduit&fèfl&boritcr->si..-.-.
'; PœIJæ.qu graves in cœlibe
vitâ
1 conifigis, at gravior cuflodia
vinamaritis.
La crainte du mouvement
le la Baguette suffiroit au May pour retenir sa Femme dans
.c devoir conjugal
,
& par ce
noyen il vivroit tranquillement dans son ménag) pourvu que luy-même fuit dans sa
conduitetel qu'il veut paroitre dans l'esprit de sa Femme.
Je dis que letalent des Devins à la Baguettepeut éstre
^lteré ,& même se perdre pat
le changement d'air, de nourriture, &par les agiémens du
mariage
,
parce que leurtempérament venant à changer,
les espritsvitaux &animaux
changent de configuration.
Je dis outre cela, que les Devins à la Baguette peuvent
estre en défaut, lors que des
personnes d'autorité les insultrent ou les rallient; car
pour lors la crainte caufanr
en eux de fortes & inférieures
émotions) ils ne peuvent ref- ;
sentir celles des corpuscules
étrangers, émanez des pieces
d'or cachées en terre. Par la 1
..----.- -- - - i
même raison les Médecins
ont souvent trompez au jugement des maladies par les
prompts & differens batte
nens du pouls, que la memoie,oula presence d'une personne aimée, causent. Les Anciens nous fournissent pour
exemple cePrincequi par une
agitation extraordinaire de
pouls à la presence de sa BelleMere,fit connoistre à son Mc,
dccin qu'il en estoit secretement amoureux, ce qui porttl.
son Perc à laluy ceder,afin de
luy faire recouvrer sa fanré
perduë. Je dis encorce,que plu-
sieurs personnes ont sans le
sçavoir, le même talent que
Jacques Aimar, & pour le reconnoistre,qu'ils prennent ma
Baguette.C'est un jetde Coudre
,
les branches forment la
lettre Y. Le tronc a un pied de
longueur) & une des cornes
en aauuntjCar l'autre estcoupéeàtrois pouces prés du
tronc Qu'ilsempoignent d'unemain letronc de la Baguette, & de l'autre la longue corne, la paume des mains toutnée vers le Ciel, la Baguette.
tournera sur l'or, de même que
la broche
de Courdre tourne !'
uprés du feu. J'ajoute enin qu'on peut facilement
oir l'experience de la Divilation par la Baguette. M
Geofroy
,
un des plus Sçavans
poticaires de l'Europe
J
a
hez luy un Garçon
,
nomae Pierre Tonnelier, de Noent sur Seine, né le 14. Serembre de l'année 1669. Ce
Garçon a
les cheveux noirs
la barbe rousse, & sans se
ervir d'aucune Baguerte, rte, il
ent des pal pitations de coeur,
ors qu'il est dessus ou fort
rés de onelques d'or
uc )L0~' 'i.d.
-1
,
.-;.t. ées 1 en,.sera-,
Il
MMr
Geofroy m'a asseuré en avoir
vû plusieurs fois l'experience,
lors même que ce jeune hom
me n'estoit point averty qu'il
eust caché de l'or dans son
Jard in. Letalentde cePierre
Tonnelier a
quelque choie de
plus fingulicr que, celuy de
Jacques Aimar puis que sans
Baguette il trouve l'or caché
enterre. Ilena fait voir l'cx
perience à Madame _:-.Lo_u
>- vois en sa maison, ensuite à
Ml'Abbé de Louvois dans
le Jardin del'Acadcmie des
Sciences où à la vérité il
manqua au premier coup par
1.
les railleries,& les brocards de
quelques-uns de la compagnie ; mais ses esprits étant
remis
,
il réussit un quarcd'heure après, puis qu'il trouva plusieurs fois l'or que l'on
avoit caché. Il a encore depuis prouveson talenrchez
Mr le President Nicolaïoù
l'on employa touterfortes de
ruses pour le tromper & pour
le surprendre
,
& depuis peu
de jours il a
encorclétffiLtns
hesiter
,ayant trouvé deux
Louis d'or que Madame de
Morangis avoir elle mêmc/>
sachez en deux differensenuft'r
droits du Jardin de sa maison
ruë S. Louis, prés la Place
Royale. Ce jeune homme
vient souvent chez moy ;
je
l'ay examiné à fond, ôcPay
trouve un bon Israëlite, dans
lequel il n'y a point de fraude,
& je fuis prest» quoy qu'Aveugle
,
à luy donner en qualité de Docteur en Theolo.
gie,&de Chevalier de l'Inquisition du S. Office, à luy
donner dis-je,mon Approbation..& artefter que la Divination par la Baguette a
sescauses Phyfiqucs naturelles, sans
mélange de pacte explicite ou
implicite
tel Vous avez vû au commencement de cette Lettre
un sçavant Traité de sa façon sur un Calendrier fixe Se
perpetuel. Envoicy unautre
pour réponse à ce que le Pere
le Brun, Jesuite
,
& le Pere de
Mallebranche
»
de l'Oratoire,
ont écrit sur la Baguette.
Qaoy qu'il foit Aveugle, il
voit tout. & rien n'échape
à la penetration de son esprit.
LA BAGUETTE
JUSTIFIEE,
ET
Ses e
ffets démontrez naturels.
iAMeJJire Jules-Louis 1Jolt i
Marquis de Chamlay,Conftil1er du Royen ses Confeiht
Maréchal General des Camps
$0 Armées de Sa Afajefié.
E fuis persuadé, Monsieur,
qu'on n'a pas besoin de
Devins,ny deleur Baguette,
pour apprendre les obligations que je vous ay
,
& que
je publie partout; mais je
croy que la Baguette quifait!
tant de bruic, auroic grand
besoin de vostre approbation..
Si ce bon heur luy arrive, per-.
sonne n'en ofcra condamner1
l'usage
,
car toute l'Europeest
convaincue que parvostre pe.,
netration d'esprit, vous découvrez si parfaitementle vrai
& le faux, que vous n'estes
jamais trompé par les fpecieufesapparences de l'un ny
de l'autre.
Les Sçavans disoient hardi-
nent que la Divination par
a Baguette avoir des causes
Physiques
,
pour produire
ans aucun mélange de Pacte
explicile ou implicite, tant de
faits furprenans
; mais lePere
le Brun ayant écrit de Grenoble,, & demandé au Peie de
Malebranche son sentiment
sur les plus grandes difficultez des effets qu'elle produit,
il n'en a receu d'autre réponse, sinon qu'ils estoient diaboliques; & comme j'apprehende que l'on ne traite de
mesme l'Homme art'fiâtl Anemofèope, Propbete Physique du
changement du temps, que j'ajj
donne dans le Mercure du
mois de Mars de l'année
1683. & dans la26. page de
jéêlx Eruditorum
,
imprime
à Leiphe en l'année 11684
y veux répondre physïques
ment aux demandes du Pere:
Is Brun,afin de détromper
ceux qui se laissantentraîner
par le poids du sentiment de
ce Philosophe, d'un sçavoir
& d'un merite distingué
,
feroient de sinistres jugetnens
contre un grand nombre de
gens
*
de Robe&d'Epéc, tous d'une probité connue, qui
nt le même talent que Jac.
ues Aymar Vernay, de Saint
rcran, prés de S. Marcellin
n Dauphinc. Mr l'Evesque
c Morienne, & MrGalc.c,
elebre A stronome,& grand
pcnitcncier do Carpentras,
ont le mesme talent que Jac-j
ques
Aixiiar»aussî bien que Eccleflaflique deLyon, que
d" Panthot, Doyen des Melecins
,
dans sa Lettre écrite
à Mr Daquin, premier Mede-
:in du Roy» assure trouver
l'endroit où font les corps
des Noyez.
Dans les choses obscures
& embarassées de difficultés j
je suspens mon
jugement»!
pour donner lieu à l'Accusé
de défendre sacause, ou pour
attendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime cft
de Droit naturel; c'est pourquoy Seneque le Tragique
disoit
,
Parte alterâ inauditâ
justum licetftatuaty haud œquum
judicat. Pourquoy donc accuser d'abord de diablerie ce
pauvre Aimar &sa Baguette?
C'est agitcontre les maximes
du Droit, car pour prononcer sur de telles matières de
Pacte avec les Demons, Ar-
menta àttbent tjJe sole meriAYIO clariora
,
outre que Odia
ent restringenda, favores amiandi. Ce fut surce,principe à desDamcs, plus sçavantes
fcrupulcs, que dans la conoiffancc de la bclltPhyfiquc,
:
fus obligé, pour satisfaire
leurs demandes, de leur
endre les effets de la Baguette
ors de foupçonde diablerie;
&cela fut cause que je m'exdiquay comme il s'enfuie.
Dieu donc les secrets font
mpenctrables,a permis auxAnés des deux personnes assas-
, nés dans leur cave à Lyon,
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afinqu'ils ne mâchent
point leur suaire ou drap dans
lequel ils fontenfcvelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie
,
disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont esté trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouver les Sources,cela
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principcs font dans mes Letres
,
inférées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay
rien a ajouter
:onccrnant les véritables & les
aux Prophètes, les Devins,
k les Pytons
,
m'en estanc
iflfezexpliqué dans mon Traité des propheries. inseré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Décembre de
l'année1689.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par laBaguette.Je
dis que la Baguette n'cft point.
Justice les Impies &les Scélérats de profession;ainsi l'homme d'iniquité a eu ses Protecteurs.
J'espere guérir par démonstrations Phyfiqucs ces Scrupuleux
,
dans la fuite de ma
Medecine Universelle
,
dont
on aveu les commencemens dans les Mercures des
mois de Juin,Juillet,Aoust,
& Novembre 1687. où je démontreray
fcnfiblement tout
ce que Levinius Lcmnius ra pporte De occultisNaturtoe miraculist tout ce que le gran d
Medecin Fernel a
dit, De abdi-
ris rerum causis,tout ce que
Fromondus avance dans son
Livre De fascinatione
»
routes
les vertus Médicinales & proprietezcurieuses qu'Anselme
Boëce de Boot, Medecin de
l'Empereur Rodolphe 11. attribuë aux pierres precieuses,
& enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantationemorborum, dont le Sçavanc Tenczelius & le docte & curieux
Mr Bartholin ont écrit.
J'examineray en dernier
lieuce qui obligeà present les
Polonoisàcouper lacetteaux
corps moresde leurs parens
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afin qu'ils ne mâchent
point leursuaire ou drap dans
lequel ils font ensevelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie ,disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont cité trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouverles Sources,cel a
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principes font dans mes Letres
,
insérées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay rien aajouter
oncernant lesvéritables & les
aux Prophetcs) les Devins,
& les Pytons
,
m'en estant
assezexpliqué dans mon Trai-.
té des Prophéties, inséré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Decembre: de
l'année1685?.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par la Baguette.Je
dis que laBaguette n'est point
absolument necessaire
,
rnaiJ
qu'elle sert, comme la longueur d'une aiguille d'Horloge ,
à rend re plus sensible le
mouvement de l'impression,
qui est d'autant plus grande,
qu'on serre plus fortement
les deux cornes de la Baguette» demême qu'en pressant
fortement avec le pouce & le
doigt Index, le filet qui suspend une bague au milieu
d'unverreà boire,lacilculation du fang s'y fait ressentir
davarage, il ébranle peu à peu
le filet,&enfin la bague par
ses vibrations, va heurter les
ord s
interieurs du verre,&
ors qu'on a
compte l'heure
lue l'on croit qu'il soit, l'imagination fufpcnd ce prompt
nouvement du sang, & on
:c fle de presser le filet
;
c'est
pourquoy les vibrations finissent, & la bague ne frappe
plus contre le verre.
Je disencore,que laBaguette peut servir à la conduite
des corpuscules,jusque dans
la main, de même qu'un balay trempé dans l'eau, mis
en la cheminée le manche
en bas, sert à attirer la fumée
en haut, ce qui a
donne lieu
aux ignorans de dire que les
Sorciers ayant unBalay entre jambes, montoient par la
cheminée pour aller au Sabat. De plus, je dis que
l'homme armé des deux cornes de la Baguette, doitestre
confideré comme un Ayman
armé
,
dont la force est tresnotablementaugmentée Enfin je remarque avec le P. de
Chales Jesuite, danssonMunJus Mathematicus, que les Baguettes prises sur les differens
arbres qui croissent sur différentcs eipeces de Mines, sont
plus propres pour trouver la
même
même espece de mécal, & de
les Mines, parce que les pores
de ces bois font plus conformes à recevoir les corpuscules
de même métal
,
autour duquel il se fait un tout billon
semblableàceluy de la pierre
d'Ayman. Ce Pere
,
qui est
d'un sçavoir
)
d'une probité,
& d'une vertu consommée,
ne traite pas de diablerie lufage des Baguettes, pour trouver les Mines & les Sources
d'eau, ce qui fait que je ne
crains pas de dire, que l'effet
de la Baguette n'est pas plus
criminel que celuy de la Baguette de Moïse, qui trouva
de l'eau dans le Rocher.
Enfin il est constant, que
dans tous les siecles on a
parlé
de la Baguette de Coudre.
Virgile dans leII. Livre des
Georgiques dit Pinguaque cum
rutrubus torremus exta colurnis,
Agricola dans son Livre de
Re Metallica, n'a pas oublié
de parler de l'usage de la Baguette de Coudre,& de renvoyer les Sçavans curieux au
Livre que le DocteAnglois
Flud a
intitulé Philosophia
Mosaica
;
ils seront satisfaits
u
sujet de cette Dcvination
par la Baguette de Coudre.
Tess: un bois dont la contexure des fibresadurapport à
me corde. C'est pourquoy si
Ivec cette Baguette on emwoehe quelque petit oiseau
3
:crte broche tournera d'ellenemc) a
présquelleaura esté
res bien échaufée
,
car l'humidité du corps de l'oiseau
s'insinuant le long des fibres
de la broche, les détordra. &
elle tournera d'elle-même.
Cela me fait souvenir que
les Juifs pour rostir l'Agneau
Paschal,attcachoient les deux
pieds de derrière au
montand
de la Croix, & les deux pieds
de devant etoient étendus sur
la traverse
,
& tournoient verticalement la Croix.
C'estun fait incontestable,
que l'usage de laBaguette pour
trouver les Sources d'eau, les
Mines & les Tresors
,
ou les
Métaux cachez
,
étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe; & il elt vray que
Jacques Aimar est le premier
qui par hazard a
remarque
que ceux qui ont le talent de
trouver les Sources d't'au,J'ont
gufïi poursuivre lesVoleurs &
Assassins, enmarchant par
erre sur leursvestigessuivant
urroutesur laRiviere & sur
a Mer. Il l'a fait voir par excricoce,ayant suivy par orre de la Justice au mois de
uille dernier
,
depuis Lyon
ufqucs à Beaucaire les trois
'({affins:l tous trois natifs de
roulon. Il trouva dans ici
Pnfbns de Beaucaire le plus
cunc,nommé Joseph Arnoul,
)o[u. On le ramena à Lyon,
Du il fut roüé le 30.Aoust
dernier
,
à l'âge de dix-neuf
ans. Aimar donna la chasle
aux deuxautres Affaffins,I"Urî
nommé Thomas
,
Marinie
de Galere, & l'autre appelle
André Pese
,
Prevoit de Sale,
mariéàToulon. Ils étoient
sortis du Port quelques heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar, qui les poursuivit jusqu'à l'entrée des Terres de
Gennes, ayant reconnu l'endroit où ils avoient débarqué,
& les Oliviers fous lerquel,
ilsavoient couché.
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperçut pour la premiere fois qu'il pouvoit trouver les corps assassinez & cachez sous terre
,
& poursui-
vre&reconnoître les Assassins.
Jacques Aimar naquit a
SaintVeran,présdeS. Marcellin en Dauphiné) le 8. Septembre 1662. entre minuit
ëc une heure. Ceux qui meritent un logement dans les petites Maisons, je veux dire
les A strologues, font charitablement avertis, que le Frere
du même Aimar ,né deux
ans aprèsdans le même lieu,
& au même mois de Septembre
,
n'a point le même talent. Qu'ils n'attribuent donc
pas à l'influence des Astres ce
dont ils ignorent la véritable
cau se. Il n' y a que le Soleil
& la Lune qu'on doit considererdansla Medecine,dans
l'Agriculture te dans la Navigation.
Nostre Jacques Aimar dans
sa il année cherchant de l'eau
dans une cave avec sa Baguette, se sentir intérieurement
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire, & dit qu'il
y
avoirune abondante Source
d'eau en ce lieulà. Oncreusa
& l'on fut étrangement sur
pris de trouver dans un Tonneau le corps d'une Femme.
susédans de lachaux,onytrouva aussi la corde avec laquelle
elleavoitéré étranglée,&cette
Femmeavoitdisparuil y avoir
quatre mois. La Baguette fit
des mouvemens extraordinaires contre son Mary qui se
voyant découvert prit la suite. Ce fut donc par hazard
,
queJ.Aimar reconnut que son
talentde trouver des Sources
d'eau, s'etendoità trouver les
corps assassinez
,
à poursuivre
les Assassins&les Voleurs,&
à les reconnostre, après avoir
receu la premiere impression,
&s'estre,pourainsi dire,ay-
manté au lieu où l'assassinat
& levolontété commis; car
étant ainlicornIne imprégné
des corpuseules & fcls volatilsou fixesémanez du corps
des Voleurs ou Assassins. Il
ressent lamêmeagitation,lors
qu'il marche sur leurs vestiges,& cette agitation interieure est si violentc, lorsqu'il
mer son pied sur ccluy du
Criminel, qu'il tombe en désaillance.
Je répons maintenant article par article aux demandes
& aux difficultez du R. P. le
Brun, proposées au R. P. de
Malebranche. La Baguette
étant fourchuë,on met de l'or
ou de l'argent dans les mains.
Pour lors si le métal caché est
de même cfpece que celui qu'-
on a
dans les mains, la Baguet.
te tourne avec plus deforce,ÔC
l'on juge de la quantité &de
l'espece du métal cachéce qui
a toujours réussi à l'Astronome Mr Galet, grand Penitencicr à Carpentras
;
la raison en
est évidente. Ilsefait autour
de chaque métal
,
de même
qu'autour de toutes les pierres
d'Ayman,un tourbillon de
certains corpuscules
,
fingu-
liers à chaque métal. C'est
pourquoy si le métal qui cft
dans la main, cft de la nature
dumétal caché,ils s'unifient
& font une impression plus
grande. L'exemple est évident
en l'Ayman armé, dont la
presence agite davantage l'aiguilledelaBoussole,attire de
plus loin, & retient plusfortement le ser;& lors que le
métal caché est d'autre eCptce, que celuy qu'on a
dans les
mains, laBaguette ne fait aucun mouvement, parce que lestourbillons de differens
métaux, font de différente
configuration, & par confcquent leurs effets font differens ; ce qui paroist visiblement par l'eau forte, laquelle
disseut l'argent & les autres
métaux moins noblesquel'or,
auquelelle ne touche pas.
Quesiàlamêmeeau forteon
ajoutel'esprit de sel commun,
on fait l'eau Régale, dont les
parties acides du Nitre, devenuës plus grossieres, font dans
les larges pores de l'or, l'esset des coings, en separant les
parties compactes de ce Roy
des métaux, ce que l'eau forte
n'avoit pu faire, parce que les
parties acides duNitre étant
plus minces passoient librement par les porcs de l'or, &
ne pouvoient passer par les
pores plusétroits de l'argent,
sans en ébranlerles parties
compactes & dissoudre sa
masse ;
ffl par une raison contraire, comme les parties acides de l'eau Regale font plus
grossieres elles ne peuvent
entrer dans les petits pores de
l'argent,& ne peuvent par
consequent ledissoudre.
1
Leslarges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or
l,
se même que l'encre monte
lans le tuyau de la plume par
a
fente, quand elle n'est pas
rop seche
,
ce qui cft encore
une autre raison de cc que le
Mercure nes'insinuë quetresdifficilement dans le fer, dans
l'argent) & dans le cuivre, qui
ont les porcs plus secs & plus
étroirs que les pores de l'or.
J'ajoûte icy une curiosité
qui me sertà faire connoistre
que les corpuscules émanez
des Mines, des Métaux fondus,des corpsassassinez,& de
l'eau,modifiezestantentrez
par les porcs de nostre corps
y produisent des agitations
intérieures, enaltérant, fermentant, ou coagulant le
fang
,
les humeurs, & les esprits vitaux & animaux. On
fait des mouches, ou autres
petits animaux que l'air foutient&agite. En voicy la manière. Ces mouches font premièrement fonduësen argent,
puis couvertes d'une dorure
un peu épaisse; après quoy
ayantfaitquelques petitstrous
dans les parties les plus cachéesde lamoucheonla jette
dans de l'eau forte qui dissout
tout l'argenténelaisse que
épaisseur de l'or, qui cft,
pour ainsi dire, l'epiderme de
la mouche,estant comme la
dépoüille du Serpent,ou dela
Cigale.
Quant à la demande pourquoy tous les hommes n'ont
pas les mêmes talens que Jacques Aimar, & pourquoy lors
qu'il est sur l'eau découverte,
ilnesent pas les mêmes émotions ,qu'il ressent quand il
setrouve au dessus des fources d'eau cachées en terres
& comment on peut juger de
l'abondance de la Source, de
(à profondeur ,& des diffe-
rentes terres qu'on trouvera
en creusant,je répons que tous
n'ont pas les porcs configurez
pour donner entrée a. ces atomes,& que les pores de leurs esprits animaux font configurez
de telle maniere,qu'ils n'en
peuvent estre ébranlez ny alterez. Pour la preuve de cela
j'employe l'exemple de l'Eauforte, qui dissout l'argent &
les Métaux moins nobles,sans
toucherà l'or, dont les pores
font disserens de ceux des au.
tres Métaux; & au contraire
les atomes de l'Eau Regale
cftantproportionnez aux po-
res de l'or
,
en font la dissolution, & ne pouvant s'insinuer dansles porestrop étroits
desautresMetaux,ilsn'en peuvent ébranler les parties,n'y en
dissoudre tamanc. Jepourrois
ajoûter qu'il y a
plusieurs personnes qui tombent en défaillance à certaines odeurs de
fleurs,comme de laTubereuse,
&autres, bien qu'elles soient
cachées) & que les mêmes
odeurs plaisent ou soientindifférentes à d'autres. Enfin
qu'il y a
des yeux tendres, far
lelquels les yeux d'autruy
J
principalement des vieilles
Femmes mal saines, font de
malignes impressions
»
sur
quoy les Parcns disent que,
leurs Enfansont esté ensorcelez; ce que Virgile n'a pas
ignoré, puis qu'ila die
Nescio quis teneros oculus mihifascinatagnos.
Au sécond Arricle
,
Pourquoy l'eau qui est à découvert ne fait pointressentir les
mêmesémotions que les Sources cachées,je dis que sur l'eau
à découvert on ne fent rien
pour trop sentir, que les Sources fous terre ont toujours
quelque degré de chaleur
ue ces vapeurs traversant la
erre changent la configuraton. ainsi que l'eau, le vin
le vinaigre distilez, la Rose du mois de May, & le Seein du foir. Ces vapeurs stim";
regnent & fc chargent de rets
)U atomes de différente nature des terres qu'ils traversent en montant. Cette diffeente modification que l'eau
reçoit par la différente filtra
rio de la diversité des pores de
la racine des arbres& des plantes
,
produit la différence des
herbes,desfleurs, & desfruits.
Demême la différente modi-
fication des vapeurs & des ex.
halaisons des Sources & de:
Mines, fait sentir différente
émotions aux Devins à la Ba
guerre, sur lesquelles émotions, de même que les Me
dccins sur les differens Batte
mens du pouls, après de Ion
gues experiences, formen
des regles pour juger del
quantité & profondeur de
Mines, des Métaux cachez,
des Sources & dela d ifferent
nature, ou espece de terr
qu'on trouvera en crcufanr.
Les Devins à laBaguette n
peuvent sentir d'émotion si
eau découverte, parce que
es parties cylindriquesn'étant
modifiées ny imprégnées
l'aucun sel terrestre
,
ne peuvent alterer ny faire fermenter
esang les humeurs, ny les
esprits animaux, & cependant
ils découvrent la vaiif,Ile,1'or
& l'argentmonnoyé, en quelque part qu'ils soient cachez
en terre
,
ou en autre endroit,
parce que les Métaux estant
forgez, frapez
,
& battus, acquierent
,
de même que le
fer trempé
,
destourbillons
fcmblablcs àceux de la pierre
d'Aiman;& d'autant que les
corpuscules qui émanent des
Métaux'tau forgez, for font durs, gez
,
font durs
3, inflexibles, & infiniment plus
subtils que ceux de l'eau, ils
produisent sans autre secours
les altérations & émotions en la personne des Devins à laj
Baguette.
A la demande, Comment
ces corpuscules, ou tels fixes
ou volatifs, émanez du corps
des Assassins
)
peuvent fubfiner sur la terre, sur l'eau, Se
sur la mer, malgré les vents
& les orages, jerépons qu'ils
subsistentdemême
que les
tourbillons de lamatiere magnetique
gnetique autour de l'Aiman,
& que ceux qui font émanez du Lièvre & du Cerfsubsistent sur les Rivieres & furles Etangs, dont les chiens
ressentent l'iiiipreffion
,
ces
corpusculescausant des effervescences semblables à celles
qui proviennent du mélange
de l'esprit de Vitriol avec
l'huile de Tartre, ou de tout
autre [cl Acide avec un tel
vuide
J
ou Alkali. Il y a
plus de cinquante six ans que
j'avoisun Bar bet qui alloit
chercher, & trouvoir dans le
fond de la Durance entre un
millon de cailloux, ccluy que
j'y avoisjetté,aprèsque je l'avois tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait souvenir d'avoir lû dans Wandel.
mont quelque chosedeplus
surprenant. Il dit qu'ayant
mis dans sa main certaine
herbe, & tenu ensuite quelque temps la patte d'un petit
chien,ill'aimanta si fort»
pourainsi dire, que la Maisresseduchien ne pùt l'emp
êcher de le suivre, quoy que luy-même le maltrairast.
La durée de ces corpuscules & leurs effets se prouvent
par l'exemple des corpuscules
de la Lepre qui demeuroient
attachez aux murailles, ce que
Moyfc assure dans le Levitique. A presentlesMarsillois,
où la Phtisie est fort commune, raclent religieusement les
murailles des chambres habitées par des gens infc£hz de
cette malad ie.
Jay connu des personnes
qui ont esté attaquées de la
Goute pour s'estre servies
du fauteuil d'un Gouteux
,
lesquellesen furent de livrées
après avoir brûlélacbaife.
Ainli Hyppocrate confama
par de grands seux les atomes
de la Peste. L'expeicnce a
fait voir que sur les sieges
de ceux qui souffrent des Hemorroïdes,oula Dissenterie,
il y
demeure des corpufcu les
qui communiquent le même
mal aux autres ; & pour faire
conoistre la force que ces corpuscules émanez de l'eau, des
Métaux cachez
,
& des corps
des Assassins, ont de faire
ressentirde violences impressions & alterations aux corps
des Devins à la Baguette, il
suffit d avoirremarqué que
iors qu'une Femme en certain
estat entre dans une cave, tout
le vin se gâte,&lePouccacse
corromm corrompt d'une d UMe érrarre C{r<1J'rr.ïortc nn
dans le saloir. Enfin> pour
démontrer que les co* pulcules dontils'agir, subsistent
malgré les vents & les nrags,
il ne faut que faire Kfbxion,
que de chaque point des objets, même les plus éloignez,
parc une pyramide de rayons,
dont la bazeestant entrée par
la prunelle de l'oeil sur le cristassin» forme par la pointe de
la mêmepyramide renversée,
ou Pinceau optique,lemême
point de l'objet sur la Retine.
sans que les vents puissent dé
tourner ces rayons qui viennent en ligne droite. On voit
avecplaisirtoutlemisteredes
especes ou peintures des objets sur undrap,ou papier
blanc dans une chambre ob.
scure;& ce que tous les Philosophes ont de la peine à expliquer c'est que dans le même
trou toutes les imagesdesdifferens objets setrouvent confonduës,& après s'estre entrecroisées se debarassent à cerraine distancesuivant la longueur du foyer solaire du verre
convexe
,
qu'on a mis sur le
trou fait au volet de la chambre obscure,pour se peindre
su le drap ou papier blanc,
avec leurs vives couleur,mais
en ~ation renversée. Pour
expliquer ce qu'il y a
de plus
difficile dans l'Auguste Sacrement du Corps de J, C. j'ay
emploié cette experience dans
ma nouvelle Instrution pour
réunir les Eglises P. R. à [tEglifè
Romaine. Ce Livre est imprimé en1678. par le S' Pepie,au
grand S. Basile, ruë Saint Jacques.
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance, que le
consentement de deux Vai;
fins à ne plus se servir des bornes plantées, oste la première
convencion) à moins que de
reconnoistre avec les Payens,
les Deux Thermes, & le pou.
voir de lesarracheràdes bornes, & de les congédier quand
on ne voudroit plus s'en servir.
Si le me~me Pere parle juste, lors qu'il dit que c'est un
fait constant, que les Devins
à la Baguette trouvent les chc«
mins perdus,ilestaussi vray
de dire que
LesPeuplesaffranchis de l'Em
pireIberois>
Quifournis a NajjaH ont cepe
d'eflrc RD!.Í.
( J'entens les Hollandois par
ces Peuple,) autoient grand
besoin de lacques Aimar-p( ur
trouver la hauteur de la route, par laquelle estant vivement poursuivispar lesVaisseaux Anglois, ils abrogerent
leurs voyages en venant du
Japon par les Mers Scpteiv»
trionalcs.
Voicy quelque chose de
plus considerable & de plus
positif. ray leuautrefoisdans
le secondLivre des Macha-
ont faussé la foy promiseau
Sacrement de Mariage, les
deux Sexes vivrent dans une
réciproque fidélité
,
& on
n'aura plus besoin du sacrifice de jalousie
,
ny des eaux
ameres que la F\mmc soupconnée écoit obligée de boire
en presence du Prestre & de
son Mary
,
suivant l'ordonnance de Moyfc
,
écrite au
long dans le 5. Chapitre du
Livre des Nombres. Le Grand
Ausone danssonIdile15. digne de la Muse Françoise de
Madame des Houlieres, ne
diroit plus.-
£)uoduit&fèfl&boritcr->si..-.-.
'; PœIJæ.qu graves in cœlibe
vitâ
1 conifigis, at gravior cuflodia
vinamaritis.
La crainte du mouvement
le la Baguette suffiroit au May pour retenir sa Femme dans
.c devoir conjugal
,
& par ce
noyen il vivroit tranquillement dans son ménag) pourvu que luy-même fuit dans sa
conduitetel qu'il veut paroitre dans l'esprit de sa Femme.
Je dis que letalent des Devins à la Baguettepeut éstre
^lteré ,& même se perdre pat
le changement d'air, de nourriture, &par les agiémens du
mariage
,
parce que leurtempérament venant à changer,
les espritsvitaux &animaux
changent de configuration.
Je dis outre cela, que les Devins à la Baguette peuvent
estre en défaut, lors que des
personnes d'autorité les insultrent ou les rallient; car
pour lors la crainte caufanr
en eux de fortes & inférieures
émotions) ils ne peuvent ref- ;
sentir celles des corpuscules
étrangers, émanez des pieces
d'or cachées en terre. Par la 1
..----.- -- - - i
même raison les Médecins
ont souvent trompez au jugement des maladies par les
prompts & differens batte
nens du pouls, que la memoie,oula presence d'une personne aimée, causent. Les Anciens nous fournissent pour
exemple cePrincequi par une
agitation extraordinaire de
pouls à la presence de sa BelleMere,fit connoistre à son Mc,
dccin qu'il en estoit secretement amoureux, ce qui porttl.
son Perc à laluy ceder,afin de
luy faire recouvrer sa fanré
perduë. Je dis encorce,que plu-
sieurs personnes ont sans le
sçavoir, le même talent que
Jacques Aimar, & pour le reconnoistre,qu'ils prennent ma
Baguette.C'est un jetde Coudre
,
les branches forment la
lettre Y. Le tronc a un pied de
longueur) & une des cornes
en aauuntjCar l'autre estcoupéeàtrois pouces prés du
tronc Qu'ilsempoignent d'unemain letronc de la Baguette, & de l'autre la longue corne, la paume des mains toutnée vers le Ciel, la Baguette.
tournera sur l'or, de même que
la broche
de Courdre tourne !'
uprés du feu. J'ajoute enin qu'on peut facilement
oir l'experience de la Divilation par la Baguette. M
Geofroy
,
un des plus Sçavans
poticaires de l'Europe
J
a
hez luy un Garçon
,
nomae Pierre Tonnelier, de Noent sur Seine, né le 14. Serembre de l'année 1669. Ce
Garçon a
les cheveux noirs
la barbe rousse, & sans se
ervir d'aucune Baguerte, rte, il
ent des pal pitations de coeur,
ors qu'il est dessus ou fort
rés de onelques d'or
uc )L0~' 'i.d.
-1
,
.-;.t. ées 1 en,.sera-,
Il
MMr
Geofroy m'a asseuré en avoir
vû plusieurs fois l'experience,
lors même que ce jeune hom
me n'estoit point averty qu'il
eust caché de l'or dans son
Jard in. Letalentde cePierre
Tonnelier a
quelque choie de
plus fingulicr que, celuy de
Jacques Aimar puis que sans
Baguette il trouve l'or caché
enterre. Ilena fait voir l'cx
perience à Madame _:-.Lo_u
>- vois en sa maison, ensuite à
Ml'Abbé de Louvois dans
le Jardin del'Acadcmie des
Sciences où à la vérité il
manqua au premier coup par
1.
les railleries,& les brocards de
quelques-uns de la compagnie ; mais ses esprits étant
remis
,
il réussit un quarcd'heure après, puis qu'il trouva plusieurs fois l'or que l'on
avoit caché. Il a encore depuis prouveson talenrchez
Mr le President Nicolaïoù
l'on employa touterfortes de
ruses pour le tromper & pour
le surprendre
,
& depuis peu
de jours il a
encorclétffiLtns
hesiter
,ayant trouvé deux
Louis d'or que Madame de
Morangis avoir elle mêmc/>
sachez en deux differensenuft'r
droits du Jardin de sa maison
ruë S. Louis, prés la Place
Royale. Ce jeune homme
vient souvent chez moy ;
je
l'ay examiné à fond, ôcPay
trouve un bon Israëlite, dans
lequel il n'y a point de fraude,
& je fuis prest» quoy qu'Aveugle
,
à luy donner en qualité de Docteur en Theolo.
gie,&de Chevalier de l'Inquisition du S. Office, à luy
donner dis-je,mon Approbation..& artefter que la Divination par la Baguette a
sescauses Phyfiqucs naturelles, sans
mélange de pacte explicite ou
implicite
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Résumé : LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Le texte présente une correspondance et des observations concernant la divination par la baguette, un sujet controversé à l'époque. Le marquis de Chamlay, confiseur du roi et maréchal général des camps et armées de Sa Majesté, défend l'usage de la baguette contre les critiques des pères Le Brun et Malebranche. Chamlay affirme que les effets de la baguette sont naturels et non diaboliques, citant plusieurs savants et exemples historiques pour appuyer ses arguments. Il mentionne notamment Jacques Aymar Vernay, connu pour son talent à trouver des sources d'eau et des corps cachés. Chamlay explique que la baguette amplifie les mouvements imperceptibles, similaires à ceux d'une aiguille d'horloge ou d'une bague suspendue dans un verre. Le texte aborde également les propriétés des corpuscules émanant des métaux et des corps vivants. Jacques Aimar utilise une baguette pour détecter les métaux cachés en exploitant les tourbillons de corpuscules spécifiques à chaque métal. L'eau-forte dissout les métaux moins nobles que l'or, tandis que l'eau régale, enrichie en esprit de sel commun, dissout l'or en raison de la taille de ses pores. Les corpuscules peuvent altérer les humeurs et les esprits vitaux des devins, et les émotions ressenties varient en fonction de la configuration de leurs pores et de leur sensibilité. Le texte mentionne Pierre Tonnelier, un jeune homme capable de détecter l'or sans baguette, en ressentant des palpitations du cœur. Monsieur Geofroy, un apothicaire savant, a observé ce talent. Tonnelier a démontré ses capacités devant plusieurs personnalités influentes, réussissant même malgré des tentatives de tromperie. L'auteur, après avoir examiné Tonnelier, le déclare honnête et prêt à approuver la divination par la baguette comme ayant des causes physiques naturelles, sans implication de pacte explicite ou implicite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1992-2013
LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
Début :
L'Auteur se défend depuis plusieurs années de rendre son Systême public, [...]
Mots clefs :
Flamme, Matière, Aimant, Pores, Fer, Fluide, Circulation, Phénomènes, Flamme ténébreuse, Cercles, Corps, Animal, Boîte céleste, Système, Eau, Élasticité, Inflammable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PLAN ou l'Idée générale d'un nouveau Systême du Monde, qui sera incessamment mis au jour par le Baron de Carbonnieres.
LE PLANou l'Idée générale d'un nouveau
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Systême du Monde , qui fera inceffamment
mis aujour par le Baron de Carbonnieres.
L'nées
' Auteur fe défend depuis plufieurs années
de rendre fon Systême public ,
mais les inftances réiterées de plufieurs
bons Phyficiens , & l'explication qui fe fait
par fes principes de tous les Phénomenes ,
qui fe préfentent journellement fous les
fens , l'ayant parfaitement convaincu ,
n'ayant rien trouvé d'ailleurs dans les Obfervations
& les Expériences anciennes &
modernes , qui combatte fon Syftême , &
qui au contraire ne lui ferve de preuve , il
s'eft enfin déterminé à le mettre au jour
par le feul motif, que pouvant être adopté
par quelque perfonne capable , il pourra
être perfectionné , au point de devenir utile
, foit pour la Chymie , la Médecine , la
Navigation, l'Agriculture , &c.
L'Auteur ne penfoit point à faire un
SylEMBRE.
1744. 1995
Systême, car il ne s'eft appliqué, depuis plus
de 12 ans , à la recherche de la Vérité , que
pour fa fatisfaction particuliere ; il étoit
d'ailleurs fi prévenu de certains faits que
la Philofophie Scholaftique a toujours regardés
comme indubitables, qu'il eut lui - même
pris pour une abfurdité de les révoquer
en doute.
En effet , lorfque fes fens & fa raiſon ſe
révoltoient contre l'opacité de la Lune ,
ainfi que fur plufieurs autres Phénomenes ,
que la Phyſique lui avoit expliqués, par des
preuves qui avoient été jufqu'ici univer-
Tellement reconnues pour indubitables , fes
préjugés décidoient fouverainement.
Cependant , à force de combattre , il parvint
à fufpendre la violence des préjugés ,
pour laiffer fes fens & fa raiſon agir en
pleine liberté.
Ce fut dans cette nouvelle fituation , que
fe trouvant comme régénéré dans un nouveau
Monde , il conçut le Systême dont il
s'agit ici , lequel fappe par le fondement tous
ceux qui ont parû juſqu'à préſent.
Deux motifs le déterminent d'en faire
inférer une idée générale dans les Journaux
publics ; le premier eft ,
eft , que comme il en a
conféré avec beaucoup de Philofophes , &
qu'il a même communiqué fes cahiers , il
ne feroit pas impoffible que quelqu'un ne
pûr
3
994 MERCURE DE FRANCE.
pût le l'adopter , & qu'il ne fût
figuré.
par
là dé-
Le fecond eft , qu'après que ce Systême
aura effuyé dans cet abbregé la Critique
publique , il aura plus de force pour pénétrer
au travers des préjugés , par ſon évidence
, dans la raifon du Public.
Voici donc l'Idée générale & fuperficielle
du nouveau Systême . Cet Ouvrage n'eft autre
chofe que l'Anatomie fimple & facile
du Monde , par laquelle l'efprit le plus borappercevra
diſtinctement , fans peine , ni
méditation ,
né
1. Que le Monde eft un feul Corps , renfermé
dans une boëtte , qui eſt le Ciel , qui
lui fert comme de peau ; que cette boëtteeft
immobile , que fa matiere peut être confiderée
comme une glace aqueufe , & d'une
épaiffeur prodigieufe & fans pores.
2. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles &
tous les Aftres avec la Terre , qui eft immobile
au Centre , font les parties qui compo
fent ce Corps.
3. Qu'une flâme obfcure ou ténébreuſe ,
fluide & univerfelle , extrêmement compreffée
dans cette boëtte Célefte , ne pou
vant y laiffer aucun vuide , unit toutes les
parties de ce Corps , & le rend continu .
4. Que pour avoir une notion fenfible
de cette flâme ténébreuſe , on peut la confiderer
SEPTEMBRE. 1744. 1999
derer comme de la fumée extrêmement rarefiée.
5. Que de même que d'un Vin noir il
s'en fépare la fubftance la plus fubtile , &
qui eft clair à proportion de fa fubtilité ,
comme l'Eau-de- Vie , l'Efprit de Vin , &c.
ainfi s'exprime-t'il de la flâme ténébreuſe
une fubftance , d'autant plus ou moins fubtile
, que les pores où elle eft filtrée , font
plus ou moins ferrés.
6. Que la matiere exprimée de la flâme
ténébreufe , eft une flâme de même fubftance
, mais d'autant plus ou moins lumineufe
& ardente , qu'elle a été plus ou moins fubtilifée
, fuivant que les pores où elle a été
filtrée , font plus ou moins ferrés .
7. Que c'eft la compreffion extrême &
univerfelle où eft la flâme ténébreufe , qui
opere cette filtration.
8. Que c'eft de cette même compreffion
que dérive l'élafticité de la flâme fubtile ou
lumineufe , laquelle étant dégagée des
parties homogénes où elle étoit enfermée
par le brifement de ces mêmes parties , trouve
du vuide , pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreufe , laquelle étant plus
groffiere , a fes pores affés grands , pour y
recevoir la flâme fubtile.
9. Que conféquemment l'élafticité eſt
proportionnée à la ſubtilité de la flâme lumineufe,
10.
1996 MERCURE DE FRANCE.
10. Que les Corps ne font inflâmables &
combuftibles , que parce qu'il s'eft filtré dans
leurs parties matérielles de la flâme fubtilifée
par cette filtration , & qui en reffort par
fon élasticité , à mefure que les particules
qui la contenoient , font brifées ; tels font
le Nitre , le Souffre , le Bithume , le Bois ,
l'Huile , e.
11. Que le Soleil , la Lune , les Etoiles ,
& généralement tous les Aftres , ne font
autre chofe que des flâmes lumineufes &
ardentes .
12. Que la matiere qui produit ces flâmes
, n'eft autre chofe que le Souffre , le
Nitre , le Bithume , l'Huile , &c . dont les
Cercles afpiraux fimples ou doublés que par
courent ces flâmes , font imbibés ou impregnés.
13. Que la difference de lumiere ou de
lueur & ardeur, qui fe trouve entre ces flâmes
, ne provient que de celle qu'il y a entre
les pores de la matiere qui les produit.
14. Qu'à mefure que la matiere
qui produit
ces flâmes eft réduite en combuftion
,
elle eft remplacée par de ſemblable maticre
, dont les Cercles s'imbibent de nouveau.
15. Que ce remplacement fe fait par une
circulation continuelle de la flâme ténébreuſe
, laquelle eft chaffée & pouffée par
l'élafticité de toutes ces flâmes lumineufes ,
lef
SEPTEMBRE. 1744. 1997
lefquelles ayant leurs cours parallele à la
Ligne Equinoctiale , font prendre fon cours
à la flâme ténébreufe vers les deux Poles
Céleftes ,
16. Que comme la boëtte Célefte eft faite
en façon d'un OEuf , n'étant pas abfolument
ronde , à mesure que la flâme ténébreuſe ,
remplit ou compreſſe les Poles Céleſtes , elle
ne peut prendre d'autre cours que par le
centre où eft la Terre ; & c'eft aux approches
de la Ligne Terreftre que ces cours
Polaires fe rencontrent
, enforte que ne
pouvant rétrograder , ils ne font plus qu'un
feul cours , qui ne peut être que vers les
Aftres,où ils reprennent de nouveau le cours
de chaque Pole , & ainfi fueceffivement il
s'enfuit une circulation continuelle.
17. Que comme la flâme lumineuse ou ardente
ne confomme rien , ne faiſant
que
brifer & divifer les parties de la matiere qui
eft réduite en combustion , & que rien de ce
qui eft contenu dans la boëtte Célefte , ne
fçauroit en fortir ni fe perdre , il s'enfuit
que la matiere inflâmable , dont les Cercles
s'imbibent continuellement de nouveau , ne
fçauroit rien diminuer du volume de matiere
dont le Monde eft rempli .
18. Qu'à mesure que la matiere combufrible
des Cercles eft réduite en cendres , en
poulliere , en fumée , &c , ces mêmes cendres
,
1998 MERCURE DE FRANCE.
drés , cette même pouffiere , & c. font rap- гар-
portées par la même circulation à la Terre ,
où elles remplacent la matiere inflâmable ,
qui en eft continuellement féparée , en s'imbibant
dans la flâme ténébreufe , qui y circule
toujours.
19. Car de même que la Terre morte qui
a été dépouillée de fon Nitre ou Salpêtre ,
étant miſe dehors , s'imprégne de nouveau
-Salpêtre que la flâme ténébreufe y dépofe ,
en la traverfant par la circulation , ainſi la
flâme ténébreufe s'imbibe , en paffant par la
Terre , d'autant de matiere inflâmable qu'elle
en avoit dépofé , & les Cercles qu'elle
traverſe par la même circulation , en font
de même , s'imbibant d'autant de matiere
inflâmable , dont ils ont été dépouillés , &
qu'ils font capables d'en contenir , laquelle
ils reçoivent de la flâme ténébreuſe.
20. De même que fi on met dans une
Cuvette de l'Eau , de l'Huile & autres Liqueurs
, & qu'on imprégne de petites piéces
de Drap de chacune de ces Liqueurs , chaque
morceau de Drap ne s'imbibera dans la
Cuvette que de la même Liqueur dont il
étoit imbibé , & dont la glutinofité étoit
conforme , auffi chaque Cercle ne s'imbibet'il
que de la même matiere dont il avoit
été imprégné , & dont la glutinofité ſe trouve
de même nature ou pareille.
21.
SEPTEMBRE. 1744. 1999
21. Comme l'eau dans laquelle on fait
diffoudre du fel , s'en imbibe d'autant qu'elle
eft capable d'en contenir , après quoi elle
n'en peut plus diffoudre , auffi la Åâme ténébreuſe
, ainfi que les Cercles s'imbibentils
continuellement par la circulation d'au
tant de matiere inflamable , dont ils avoient
été dépouillés & qu'ils en peuvent contenir.
22. La prodigieufe quantité de matiere
inflâmable qui eft réduite en combuſtion
par tant de differens Cercles enflâmés, n'empêche
pas qu'il ne s'en trouve toujours la
même quantité pour la remplacer , parce
que cette matiere , brifée , en paffant par la
circulation dans tant de differens Cercles,
dont la chaleur eft differente , elle y reçoit
une nouvelle trituration & concoction , qui
la difpofent à recevoir fa premiere figure
d'inflamable , en paffant par la Terre .
23. Il s'enfuit donc que toutes les parties.
du Corps du Monde s'entretiennent mutuellement
par la circulation , & que la matiere
qui leur fert de nourriture , reçoit la même
trituration concoction & digeftion , de
-même que s'entretient le corps de l'Animal
irraifonnable , qui eft le feul dont l'Auteur
entend parler dans fon Ouvrage , comme
de la Vie materielle d'une Plante ou autre
Végétal : car pour l'Animal raifonnable
qui
2000 MERCURE DE FRANCE.
qui eſt l'Homme , dont la Vie n'eft pas materielle
, mais pure , fpirituelle , & qui vient
immédiatement de Dieu , il n'a garde de
toucher à ce qui eft purement Métaphysi
que , & dont il fe reconnoît fi indigne d'ap
procher.
24. Ainfi le Monde eft un grand Animal ,
& l'Animal eft un petit Monde , ne differant
entr'eux que par la grandeur & la fenfibilité
, la Vie Végétative de l'un & de l'autre
s'entretenant par les régles d'un feul &
même Méchanifme , qui confifte uniquement
dans la compreffion , où Dieu a mis la
Hâme ténébreufe dans la boëtte Célefte , car
cette compreffion caufe l'élafticité , & celleci
produit la circulation , & conféquem
ment le mouvement , qui eft le fiége de la
Vie , ou plutôt la Vie même du Corps mondain
& du Corps animal , ainfi c'eft cette
compreffion univerfelle de la flâme ténébreufe
qui eft le grand reffort , qui fait agir
toute la Nature.
25. Comme la matiere inflâmable eſt l'humide
radical , ou le Chyle qui entretient
dans les vaiffeaux de l'Animal , qui repréfentent
les Cercles du Corps mondain , la
Alâme fubtile , qui par fon élasticité produit
la circulation & le mouvement qui vivifie
materiellement l'Animal , eft une matiere
dont les pores
font plus groffiers ou moins
ferSEPTEMBRE.
1744. 2001
ferrés que ceux du Nitre , du Souffre , &c.
elle produit auffi une flâme moins fubtile, &
conféquemment moins ardente , laquelle fe
trouve proportionnée au tempérament de
l'Animal , & n'en peut brûler ni alterer les
parties , de même que la flâme ,produite par
l'Eau-de- Vie, ne brûle pas le linge.
26. Mais s'il s'engendre parmi le liquide
du corps Animal d'autre matiere , qui ait fes
pores plus ferrés que celle du Chyle ou de
l'humide radical , & qu'elle vienne à s'en-
Alâmer, la flâme qu'elle produira , étant plus
fubtile , occafionnera une circulation plus
rapide & plus ardente , conféquemment
une pulfation du poulx plus vive ; c'eft ce
que l'on nomme la fiévre , laquelle durera
autant qu'il y aura de cette matiere étrangere
difpofée à s'enflâmer ; & comme il faut
enfuite du tems , pour qu'il fe forme de
femblable matiere , & qu'elle s'enflâme de
nouveau , c'eft ce tems qu'on appelle l'intervalle
des accès .
27. Lorsque cette matiere étrangere commence
à s'enflâmer peu à peu , elle bouche
par fon élasticité les conduits , & empêche
la flâme naturelle ou du Chyle d'avoir fon
cours libre ; c'est ce qui occafionne les friffons
au commencement de la fiévre , qui durent
jufqu'à ce qu'il y ait une fuffifante
quantité de cette matiere étrangere, qui foit
D en2002
MERCURE DE FRANCE.
enflâmée
rapide.
, pour produire une circulation
28. Si l'Animal avale d'autre matiere
dont les pores foient groffiers , elle produira
une flâme moins fubtile , laquelle étant
mêlée avec celle qui occafionne la fiévre ,
en temperera l'ardeur & l'activité &
pourra la rendre conforme à la flâme naturelle
, & guerir le Malade ; mais fi la matiere
étrangere , qui produit la fiévre, eft tropabondante
, elle pourra fuffoquer par fon élafticité
la flâme naturelle ; enforte que l'accès
finiffant défaut de matiere étrangere
l'Animal fe trouvera fans flâme , conféquemment
fans circulation , fans mouvement
& fans vie.
par
29. Comme la flâme ténébreuſe eft univerfellement
compreffée dans la boëtte Célefte
, elle ne sçauroit avoir d'élafticité , n'y
ayant aucun vuide pour s'étendre ; mais la
Alâme fubtile trouve moyen de s'étendre
dans les pores de la flâme ténébreuſe , lefquels
font affés grands pour la recevoir :
c'eft pourquoi fi l'on bouchoit un four allumé
, la flâme feroit fuffoquée , dès qu'elle
feroit privée de la flâme exterieure , qui eft
la ténébreufe , qui lui fournit des pores.
pour s'étendre , & de même, dès que la flâine
fubtile du corps Animal a bouché les
pores de la flâme ténébreufe , il repouffe en
dehors celle-ci pour en refpirer de nouvelle
SEPTEMBRE. 1744. 2003
velle à la place , fans quoi la flâme naturelle
feroit fans action , ne pouvant s'étendre , &
l'Animal mourroit.
de tou-
30. Toutes les fermentations , en général ,
font le pur effet d'une matiere qui s'enflâme ,
auffi voit - on que lorfque les particules
du levain commencent à s'enflâmer , l'élafticité
de leur flâme fait peu à peu gon
fler la pâte, jufqu'à ce que la matiere du levain
ayant fini , la pâte s'affaiffe & reprend
fa premiere fituation . Il en eft de même du
Mouft ou Vin nouveau , ainfi que
tes fortes de fermentations , qui font plus
ou moins grandes & violentes , que la matiere
, qui s'enflâme , a fes pores plus ou
moins ferrés, d'où peuvent s'enfuivre l'efferveſcence,
& une infinité de Phénomenes qui
arrivent par le mêlange de certaines Liqueurs
, lefquels font expliqués naturellement
par ce principe , fans avoir recours à
des acides & à des alkalis chimeriques.
de 31. Puifque rien n'eft fi naturel que
concevoir , que la compreffion extrême où
Dieu a mis le fluide ou flâme ténébreufe
dans la boëtte Célefte , doit néceffairement
operer une filtration de la fubftance la plus
rafinée dans les pores de la matiere , où la
Alâme ténébreufe eft trop groffiere pour s'y
filtrer , que cette flame rafinée doit néceffairement
, à cauſe de la compreffion géné-
Dij
ra2004
MERCURE DE FRANCE.
rale , être élastique , dès qu'elle trouve une
efpece de vuide pour s'étendre dans les pores
de la flâme ténébreuſe , à mesure qu'elle
eft dégagée de la matiere où elle s'étoit filtrée
, par le briſement de fes parties , que
>
cette élasticité met néceffairement la matiere
en action & en mouvement il est donc
abfurde d'admettre aucune vertu dans la
matiere , pour expliquer les Phénomenes
& pour démontrer la caufe du mouvement
des Aftres & autres , ni de donner au feu
qui eft une matiere , la vertu ou propriété
d'échauffer, puifqu'il eft ridicule, encore un
coup , d'admettre quelque vertu ou propriété
dans la matiere , rien n'étant fi facile
à démontrer que ce n'eft point par une propriété
que le feu produit la chaleur , mais
par un pur eeffffeett ddee ll''ééllaaffttiicciittéé , comme on
le trouvera démontré par le nouveau Syftême
.
32. Si les Anciens Philofophes euffent
compris ce qui eft démontré dans le nouveau
Systême ; fçavoir , que la Lune eft une
pure flame , quelle eft la caufe de fa variation
à notre afpect , quelle eft celle de fes
taches invariables , & celle de fon Eclipfe
par l'abſence des rayons du Soleil , ils n'euffent
pas abandonné la raifon , pour fe livrer
à une opacité Lunaire , auſſi impoſſible
qu'elle eft abfurde,
33. C'eſt cependant de cette erreur où
l'on
SEPTEMBRE . 1744. 2005
l'on a demeuré enfeveli jufqu'à préfent, que
fe font engendrés Systêmes fur Systêmes, tous
contraires au fens & à la raifon , & qui pis
eft , à la Religion , pour la plûpart ; mais
comme l'erreur ne fçauroit être ſtable , tous
ces Systêmes erronnés fe font fucceffivement
détruits , & fe détruifent journellement les
uns les autres .
34. La feule Académie Royale des Sciences
, invariable dans fes fublimes lumieres ,
n'en a encore adopté aucun , regardant jufqu'à
préfent la Phyfique , comme enfevelie
dans les ténébres , & comme étant du moins
encore au berceau , comme le dit un Sçavant
Auteur Moderne * ; c'eſt par cette raifon
qu'elle eft obligée de propofer annuellement
des Prix pour l'explication des Phénomenes
les plus fimples , & que le nouveau
Systême mettroit un Villageois , même
fans étude , en état de les expliquer fur le
champ , fans héfiter .
35. En effet , l'homme le plus borné verra
dans le nouveau Systême, d'un feul trait, que
l'élafticité des flâmes Céleftes , dont le cours
eft parallele à la Ligne Equinoctiale , doit
néceffairement produire un cours de fluide
d'un Pole à l'autre , que ce cours doit produire
un flux d'environ fix heures , & fuc-
* M. Rollin , dans fon Extrait de l'Hift . des Egypt.
Carthag. &c. Edit. 1735. Tom, x111 . p. 75.
Diij ceffi2006
MERCURE DE FRANCE.
ceffivement un reflux , que les Marées doivent
être plus grandes aux Equinoxes qu'aux
Solftices , qu'elles doivent auffi être plus
hautes aux nouvelles & pleines Lunes qu'aux
Quadratures , que le flux & le reflux doivent
être conformes au cours journalier de
la Lune , qu'ils devoient arriver à differentes
heures fur les Côtes , & que celles du
Midi devoient l'avoir avant celles duNord ,
que dans les mêmes Lieux & à la même
heure , où les Marées font les plus hautes
en nouvelle & pleine Lune , elles devoient
être les plus baffes dans les Quadratures ,
que fans le flux & le reflux , le Monde finiroit
néceffairement , qu'il doit Y avoir des
cours variables dans la Mer , que le flux &
le reflux de la Méditerranée ne peut être
fenfible que dans l'embouchure de l'Euripe,
qui eft à fon Levant ; il verra enfin que
tous ces effets font produits par une feule
cauſe.
36. De cette même caufe , il concevra la
fource des vents & celle des rivieres & fontaines
, & l'explication de tous les Phénomenes
de l'Aimant.
37. Enfin on verra par ce nouveau Syftême
, qu'on n'a pas befoin d'avoir recours.
à tous ces prétendus miracles Philofophiques
, pour appercevoir diftinctement la
propagation & la vivification de l'Animal ,
celSEPTEMBRE.
1744. 2007
celles du Végétal , & la formation du Mineral.
L'Auteur refutera exactement les Objections
qui lui feront faites par le même Journal
public. Il avoit même le deffein de commencer
l'attaque , en mettant en pleine évidence
l'impoffibilité de l'opacité & folidité
de la Lune , & en prouvant tout de fuite
fa lumiere , mais il differera cet article pour
placer celui de l'Aimant.
Cette préférence qu'il donne à l'Aimant
provient de l'émulation qu'il a euë ,
voyant dans la Gazette de France du 23 Mai
1744 , que depuis 1742 , l'Académie des
Sciences n'ait pû parvenir à avoir aucun
Mémoire fuffifant fur ce fujet,& qu'elle foit
obligée d'en renvoyer fa décifion jufqu'en
1746.
1
Il y a déja long-tems que l'Auteur auroit
envoyé un Traité à l'Académie des Sciences
fur ce fujet , s'il n'avoit crû que fon
Ouvrage eut été imparfait , s'il n'eut prouvé
la caufe du cours d'un fluide d'un Pole à
F'autre , & c'est ce qu'il ne pouvoit faire
qu'en mettant au jour tout fon Systême.
Mais comme d'un côté , il a donné ici une
idée , du moins fuperficielle , de la caufe de
ce cours de fluide Polaire, & que de l'autre,
ce cours eft reconnu & n'eft conteſté
›
perſonne , l'Auteur va fur ce principe ex-
Diiij pliquer
par
2008 MERCURE DE FRANCE.
pliquer en détail tous les Phénomenes de
l'Aimant ; il le rend public , afin que fon
fentiment ayant effuyé pendant deux ans la
Critique & les objections du Public, l'Académie
des Sciences foit mieux à portée de
donner fa décision en 1746.
L'Auteur foûtient en premier lieu , que
l'Aimant étant une matiere , elle ne fçauroit
avoir ni vertu ni proprieté attractive , ni
autre, non plus que le Fer ni le Pole, ni aucune
autre forte de matiere .
Il s'agit d'examiner fi , fans s'écarter de
ce principe indubitable , on peut expliquer
quelle eft la caufe de la direction de l'Aiguille
Aimantée vers le Nord , à la difference
de toute autre matiere , & celle de
l'attraction du Fer par l'Aimant , qui eſt
exclufive de toute autre matiere , & enfin
la caufe de tous les autres Phénoménes de
l'Aimant.
L'explication de ces Phénomenes n'eft cependant
pas la Pierre Philofophale , car il
n'y a rien de furprenant ni de merveilleux ,
rien au contraire n'eft fi fimple , ni plus à la
portée de tout le monde. Voici donc de
quoi il s'agit.
Tout le mystere confifte à fçavoir que le
Fer eft un compofé de petites lamilles ,
couchées les unes fur les autres , à la difference
des autres matieres qui ont leurs Poles
droits ;
SEPTEMBRE. 1744. 2009
droits ; l'Analyfe que les Chymiftes ont
faite du Fer , qui eft imprimée , & qui n'eft
conteſtée , rend ce fait certain . pas
L'Aimant eft une matiere dont les pores
font extraordinairement plus ferrés que
ceux de toute autre matiere enforte
que le fluide Polaire n'y fçauroit pénétrer.
L'Aimant , dont on frotte l'Aiguille de
Fer , s'infinuant entre les petites lamilles qui
le compofent , en bouchent étroitement
tous les pores , & de même que l'on voit un
bâton mis en façon d'Aiguille Aimantée fur
un pivot dans le courant rapide d'un Ruiffeau
, ce bâton tournera toujours tandis que
l'eau le frappera obliquement , & il n'aura
d'affiette ftable que lorfque fa pointe regardera
la fource , de même qu'un Coq qui fert
de girouette au haut d'un Clocher , n'a de
ftabilité que lorfque la pointe de fon bec
regarde la fource du vent.
C'eft ainfi que le cours rapide du fluide
Polaire , ne pouvant traverfer l'Aiguille de
Fer , parce que l'Aimant en bouche les pores
, cette Aiguille ne peut avoir d'affiette
fixe , tandis que ce fluide la frappe obliquement
, & ne devient ftable que lorfque fa
pointe regarde la fource du fluide, qui vient
directement du Nord.
Comme deux Ruiffeaux qui auroient leur
fource oppofée , recevroient néceffairement
Dy de
2010 MERCURE DE FRANCE.
8
de la variation dans leur cours , lors de leur
rencontre , ainfi les deux cours de fluide
Polaire étant directement oppofés , & venant
à fe rencontrer aux environs de la Ligne
Equinoxiale , leur cours reçoit néceffairement
de la variation à leur rencontre , &
conféquemment l'Aiguille Aimantée ; c'eſt
ce que l'on nomme déclinaifon & inclinaifon
de l'Aiguille Aimantée , qui arrive aux
environs de la Ligne , plus ou moins près ,
fuivant la fituation où fe trouve le Soleil ,
par la raison qui en eft expliquée par le
Systême.
A l'égard de l'attraction , nous voyons par
expérience que la matiere qui a fes pores
très -ferrés , comme la Cire d'Eſpagne , le
Corail , & c. ne pouvant recevoir que le
plus fubtil de la flâme ténebreuſe , fi l'on
frotte cette matiere , on agite par conféquent
cette flâme fubtile , qui la pénetre ,
laquelle fortant & fe trouvant très rarefiée ,
donne moyen à la flâme ténébreufe de s'étendre
pour remplir cette rarefaction , enforte
qu'elle enleve avec elle la paille , le
fétu , qui en étcient pénetrés.
L'Aimant ayant les pores encore plus
ferrés que ces matieres , n'eft traversé que
par une flâme encore plus fubtile , & dont
la rarefaction eft encore plus grande
mais elle ne l'eft cependant pas affés , pour
enlever
SEPTEMBRE. 1744 2011
enlever le Fer , à caufe de fa pefanteur , elle
n'enleveroit même pas la paille , parce que
fa flâme étant infiniment fubtile , elle fe
gliffe dans les pores de la flâme ténébreuſe ,
fans violence & fans lui caufer d'agitation ,
ainfi celle- ci n'en peut donner à la paille ,
qui en eft remplie .
Il faut donc chercher une rarefaction
plus grande que ne l'eft celle qui fe trouve
dans la flâme qui pénetre l'Aimant , & qui
augmente la force de l'attraction .
En voici une expérience bien facile ; prenez
un fufil , bouchez-en la lumiere , rempliffez-
le d'eau , pliez le bout de la baguette
à la groffeur du calibre avec de l'étoupe de
filaffe , enfoncez- là dans le fufil jufqu'à un
pied du fond , il en tombera de l'eau , parce
que le canon eft trop plein , mais il reftera
de l'eau au-deffus du bouchon de la baguette
; agitez la baguette , comme pour nettoyer
le canon , en la retirant d'environ un
pied , il fe forme entre l'eau du fond &
celle d'au- deffus du bouchon , une rarefaction
qui eft comme une efpece de vuide.
Comme la flâme , dont la baguette eft remplie
, trouve moyen de s'étendre dans cette
efpece de vuide ou de rarefaction , vous ſentirez
une attraction fi violente , qu'à peine
aurez-vous la force de tenir la baguette , &
fi vous la lâchez , elle s'enfoncera avec tant
D vj de
2012 MERCURE DE FRANCE.
de violence , qu'elle enleveroit un poids de
plus de 20 livres , qui feroit attaché à l'autre
bout , & elle heurte avec force & avec
grand bruit contre l'eau du fond.
De-même que dans le cours rapide d'un
Ruiffeau , y mettant un caillou ou autre
maffe, que l'eau ne puiffe pas penetrer , l'eau
rejaillira contre & laiffera un vuide derriere
cette maffe ; c'eſt ainfi que le cours du
fluide Polaire ne pouvant pénétrer la Pierre
d'Aimant , rejaillit contre , & laille à l'oppofite
une espece de vuide ou rarefaction ,
qui augmente celle de la flâme fubtile , qui
pénetre l'Aimant , réciproquement celleci
augmente la premiere par le choc qu'elle
lui donne en fortant de l'Aimant , & c'est
à la faveur de cette rarefaction que la flâme
ténebreuſe , dont le fer eft rempli , trouve
moyen de s'étendre , & comme elle ne peut
facilement fe débarraffer d'entre ces couches
de lamilles de Fer , elle entraîne le Fer
avec elle , & c'eft là l'attraction du Fer.
Comme ce fluide , qui venant du Nord ,
rejaillit contre l'Aimant , comme s'il rétrogradoit,
ce fluide Polaire repouffe en arriere
la limaille de Fer , ce qui a fait croire que
l'Aimant avoit deux vertus magnétiques ,
l'une attractive & l'autre expulfive.
,
Lorfque la Pierre d'Aimant eft armée
c'eft-à- dire , qu'elle eft bordée de Fer aux
deux
SEPTEMBRE. 1744. 2013
・ツ
deux côtés , l'attraction en eft plus grande ,
parce que le fluide fubtil qui pénétre l'Aimant
, ne pouvant facilement pénétrer ces
couches de lamilles de fer , gliffe entre le
Fer & l'Aimant, & fort avec plus d'abondance
par les deux bouts de la ferrure ; c'eſt
pour cela que c'eſt à ces deux bouts que le
Fer s'accroche , parce que la rarefaction y
eft plus grande.
>
Ce Sujet demanderoit un plus ample détail
, tel qu'il eft dans le Systême nouveau
mais l'Auteur fe flate qu'il y en a affés ici
pour exciter la Critique & les Objections ,
dont la réfutation éclairera la matiere , au
point de pouvoir être décidée
par l'Académie
des Sciences.
Fermer
3
p. 39-50
DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Début :
LES Atomes d'Epicure, les parties rameuses, angulaires, ou les globules des Cartésiens [...]
Mots clefs :
Eau, Air, Corps, Fluide, Fluidité, Parties, Mouvement, Fluides, Ballons, Animaux, Poids, Terre, Force, Action, Pores
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
DISCOURS fur l'utilité des fluides. "
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
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