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51
p. 4-5
AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Début :
Qu'un fidelle Ecrivain, en traçant ton Histoire [...]
Mots clefs :
Roi, Exploits, Victoire, Ennemis, Calvin, Piété, Louis
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
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52
p. 15-17
A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Début :
Inébranlable Appuy de la parfaite Eglise, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Église, Erreur de Calvin, Travaux, Honneur, Victoire, Gloire, Roi
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texteReconnaissance textuelle : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
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53
p. 17-18
Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Début :
Arbitre souverain de la Paix, de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lois, Ardeur , Destin, Calvin, Hydre
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texteReconnaissance textuelle : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Sur la Révecation de l'Edit
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
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54
p. 39-41
Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Début :
Peuples trop fortunez que le Ciel a fait naistre [...]
Mots clefs :
Puissant roi, Édits, Erreurs calvinistes, Pasteurs, Louis, Ennemis, Gloire, Enfers, Triomphe
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texteReconnaissance textuelle : Sur la Revocation de l'Edit de Nantes. SONNET.
Sur la Révocation de Edit
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
deNantes.
SONNET. pEuples trop fortunez qule
Ciel afait naistre
Sous l'ombre des Lauriers du plus
puissantdes Rois,
Respirez en repos à l'abry de les
Loix,
Il vient par ses Edits de faire un
coup de Maistre.
Les Erreurs de Calvinvont bientostdisparoistre,
Son Troupeau sans Pasteurs est
réduitauxabois,
Il n'a plus que trois jours pour
faire un meilleur choix.
Heureux, cent fois heureux s'il se
veutreconnoistre!
LOUIS par la valeur ne voit
plus d'Ennemis,
Son bras victorieux les a si bien
soûmis, --
Qu'ilstremblentau seul bruir de
ce Nom redoutable.
Mais pour comblede gloire
,
il
montre à l'U nivers
Que d'un trait de sa main il détrône
le Diable,
Et qu'il peut triompher juiqu'au
fond des Enfers.
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55
p. 41-42
AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
Début :
Que LOUIS ait toûjours vaincu ses Ennemis, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Victoire, Gloire, Héros, Mémoire, Hérésie, Vainqueurs
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY. Sur la Conversion des Heretiques. SONNET.
AU ROY. -\J
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
Surla Conversion desHeretiques.
SONNET. QVe LOUISait ••
toujours
1
vaincu ses Ennemis,
Que ion bras l'ait conduit deVi-
-étoire en Victoire,
Que son bonheur l'aitmis au comble
de la Gloire,
Que les plus grands Héros en.
soient tous ébloüis.
Que sur des monumens de sesfaits
inoüis
Les Sieges à jamaisconserventla
Mémoire,
Qu'it soit à l'avenir l'ornement
de l'Histoire,
Ces marques de Grandeur nesont
rien pour LOUIS.
Qu'il n'entreprenne rien que le
,..- Ciel n'authorife,
C'est par là qu'il fait plus que
les autres Vainqueurs,
Etc'est par là qu'il est Fils Aisné
de l'Eglise.
LE Houx.
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56
p. 46-48
QUATRAINS.
Début :
CHantons tous l'heureuse Paix, [...]
Mots clefs :
Paix, Calvin, Erreur, Bonheur, Louis, Épée, Prudence, Ennemis, Huguenots, Temples
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texteReconnaissance textuelle : QUATRAINS.
Hantons tous l'heureuse
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
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57
p. 14-57
LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
Début :
Vous desirez, Monsieur, que je satisface vostre curiosité sur ce qui [...]
Mots clefs :
Schisme, Prétendus réformés, Réformation, Malheur, Dieu, Ennemis, Roi, Ministres, Pasteurs, Désordres, Piété, Dévotion, Théodose, Clovis, Concile, Alliance, Jésus-Christ, Sacrements, Censure, Rebelles, Temple, Hébreux, Désert, Apôtre, Civilisations, Monuments, Foi, Missions
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
Fermer
58
p. 1-216
HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Début :
Nous avons vû en moins d'une année deux choses [...]
Mots clefs :
Bude, Siège de Buda, Siège, Prince, Histoire, Comte, Troupes, Place, Hommes, Armée, Ville, Attaque, Canon, Assiéger, Place, Prince Charles, Charles V de Lorraine, Électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel de Bavière, Général, Camp, Assiégés, Brandebourg, Assiégeants, Pièces, Travaux, Soldats, Ennemis, Rondelle, Brèche, Nuit, Turcs, Bavarois, Lieutenant, Colonel, Janissaires, Lignes, Major, Régiment, Palissades, Côté
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
HISTOIRE
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
DU SIEGE
DE BUD E.
OUS avons vu en
moins d'une annéedeux
chofes fi remarquables ,
l'une en France , & l'autre
en Hongrie , qu'il eft impoffible
qu'elles ne paffent jufqu'à la
pofterité la plus éloignée , puifque
plufieurs fiecles enſemble ne
fourniffent pas quelquefois des
actions d'un fi grand éclat. Tout
A
Hiftoire du Siege
l'Empire Ottoman employoit fes
foins & fes principales forces à
empefcher que l'on ne prît Bude,
parce que cette Ville peut ouvrir
le paffage jufques à Conftantinople
, & qu'il eft malaisé que le
Royaume de Hongrie dont elle
eft la Capitale , ne foit pasfoumis
à la domination de celuy qui
la poffede. C'eſt pour cela que les
Tures fe font toûjours attachez à
la conferver. Elle a foûtenu quatre
fieges depuis qu'ils en font les
maiſtres , & n'a efté prife qu'au
cinquième , qui eft celuy qui
vient d'eftre fait par l'Armée confedérée
des Chrétiens. L'Empereur
à qui tant de Troupes auxiliaires
jointes aux fiennes , ont
facilité cette Conquête , y va rétablir
la veritable Religion , pendant
que Sa Majefté fortifie cette
méme Religion dans huit cens
Villes
de Bude. 3
t
Villes ou Bourgs , d'où Elle a
chaffe la fauffe , que fept de fes
predeceffeurs n'avoient pû détruire.
Ces deux Nouvelles ayant
donné au Pape la plus fenfible
joye qu'il ait receue depuis fon
Exaltation au Pontificat , il a ordonné
de femblables remerciemens
à Dieu , & d'égales rejoüiffances
dans Rome, pour des actions
qui font du plus grand merite au
prés du S. Siege. On n'y a parlé
jufqu'à la prife de Bude , que de
ce que l'Eglife doit au Roy de
France , & depuis la Conquête
de cette importante Place, on n'y
parle que de l'une & de l'autre
action, & on les regardes comme
les deux plus grands Triomphes
que l'Eglife pouvoit remporter.
Je vous ay entretenue de l'une
pendant plufieurs mois , il faut
vous entretenir de l'autre ; mais
A ij
4 Hiftoire
du Siege
pour le faire avec un peu d'ordre ,
je croy qu'il fera bon de vous expliquer
en peu de mots comment
la Ville de Bude a paffé au pouvoir
des Ottomans.
Louis II. dit le Jeune , Roy de
Hongrie , ayant pery en 1526. à
la bataille de Mohacs , Jean de
Zapol , Comte de Scepus , Vaivode
de Tranfilvanie fut falué
Roy par une partie des Hongrois.
L'autre élut Ferdinand Roy de
Boheme , qui avoit époufé Anne ,
Soeur du defunt Roy Loiys . Ferdinand
affifté des forces de l'Empereur
Charle Quint fon frere ,
alla droit à Bude , dont il fe fai fit
en ayant chaffe Jean de Zapol , qui
par diverfes pratiques qu'il eut à
la Porte , vint enfin à bout de faire
venir Soliman à fon fecours . Solyman
eftant entré dans la Hongrie
avec de puiffantes forces en 1529.
marcha
de Bude.
5
€
C
marcha vers Bude , la prit & retablit
le Roy Jean dans fon Eftat.
Ce dernier pour s'y maintenir
fans trouble , fit un accord avec
Ferdinand , par lequel il devoit
jour du Royaume de Hongrie
jufques à fa mort , à condition
que Ferdinand , ou l'un de fes
Fils , luy fuccederoit , & comme
il fe pouvoit faire que Jean venant
à fe marier auroit des enfans
, il fut arrefté que s'il avoit
un Fils , ce Fils feroit Prince de
Tranfilvanie, & poffederoit toutes
les terres , Villes & Chateaux
qui avoient appartenu à Jean avant
que les Hongrois l'euffent
fait leur Roy. Ce Traité eftant
conclu, il fe maria avec Elifabeth.
fille de Sigifmond Roy de Polog.
ne, & mourut prefque auffi - toft ,
laiffant au berceau un Fils qu'il
en eut. Quelques- uns mirent la
A iij
6 .
Hiftoire du Siege
Couronne fur la tefte de l'Enfant
le jour qu'il fut baptifé , & Ferdinand
ayant demandé à Elifabeth
l'execution du Traité fait
avec le Royfon Mary cette malheureufe
Reyne qui fut avertie
qu'il preparoit une Armée pour
la contraindre à l'obeïffance , envoya
des Ambaffadeurs à Solimã .
Ils en furent bien receus , & en
rapporterent une Robe d'écarlate
en broderie , une maffe de fer
avec le pommeau & la poignée
d'or , & un cimeterre dont le fourreau
eftoit tout femé de pierreries
, pour marque de fon amitié
& de fa protection . En mefme
temps Solyman donna fes ordres
pour faire fecourir Elifabeth fi
elle eftoit attaquée , & Guillaume
Rocandolph, General des Troupes
de Ferdinand , ayant commencé
le Siege de Bude , Mahomet Bacha
de Bude ..
7
cha , & Mahomet Sangiac de
Belgrade , pour obeir à leur Empereur
, marcherent vers cette
Place avec toute la diligence poffible
. Rocandolph remüa fon
Camp à leur arrivée . Il le mit au
pied du Mont S. Girard . Le Sangiac
de Belgrade alla camper fur
les cofteaux de la Plaine qui s'étend
depuis ce Mont le long du
Danube pour enfermer les Chreftiens,
& Mahomet Bacha campa
d'un autre cofté , & fi prés de
Rocandolph , que les Tentes de
l'une & de l'autre Armée n'étoient
éloignées que d'une demie
lieuë. Il y eut de legers combats
entre les deux Camps , avec des
fuccez , tantoft favorables pour
l'un des partis , & tantoft pour
l'autre ; mais enfin Rocandolph
ayant appris que Solyman venoit
luy- mefme appuyer les deffeins
A iiij
8
Hiftoire du Siege
de fes Generaux à la tefte de
deux- cens mille hommes , jugea à
propos de fe retirer . Les Turcs
avertis de fon deffein l'attaquerent
dans fa retraite , & plus de
vingt mille Chrêtiens demeurerent
fur la place . La levée du Siege
n'empefcha pas Solyman de
pourfuivre fon voyage , & de venir
jufque devant Bude . Il envoya
de là affurer la Reine Elifabeth
de fa bienveillance ; & la fit
prier de fatisfaire l'envie qu'il
avoit de voir le jeune Eftienne
fon Fils. Elifabeth trouvant dangereux
de le refufer , parce que
c'eût été marquer de la défiance ,
& irriter un Prince puiffant, l'envoya
au Camp de Solyman , avec
les principaux Seigneurs de fa
Cour. Le Turc le receut avec
beaucoup de careffes , & le fit
loger avec Bajazet & Selim fes
Fils ,
de Bude.
Fils , qu'il avoit eus de Roxelane .
Les Bachas traiterent magnifiquement
les Seigneurs Hongrois
qui avoient accompagné leur
jeune Roy , & cependant les Janiffaires
de Solyman qui avoient
fes ordres , eftant entrez dans la
Ville comme amis , fe répandirent
par tout fous pretexte de
confiderer la beauté des Bâtimens
, & fe voyant affez forts
pour executer leur entreprife , ils
fe faifirent de toutes les Places ,
forcerent les Gardes des Portes
qui ne foupçonnoient point cette
trahifon , & les ouvrirent à quelques
Troupes qu'on avoit fait
avancer. Enfuite on commanda
aux Bourgeois de rendre les armes
, & ce fut ainfi que Solyman
s'empara de Bude , fans qu'il en
coutât le fang d'un feul homme .
Cela arriva en 1541. Apres un
•
A V
Hiftoire du Siege
évenement fi favorable , l'Empereur
Turc tint confeil , & l'on
y
mit en deliberation s'il retiendroit
le Royaume de Hongrie,
ou s'il le rendroit au jeune Roy.
Mahomet Bacha eftoit d'avis que
Solyman le menaſt à Conſtantinople
avec les Seigneurs Hongrois
qu'il avoit entre fes mains ,
& qu'il mift à Bude un Gouverneur
qui ufant de moderation ,
apprit à ce Peuple à fe foumettre
au joug Ottoman . Ruftan
, Gendre de l'Empereur &
de Roxelane , luy voulut perfuader
de garder ſa foy , qu'il ne
pouvoit violer fans honte , & le
Sangiac de Belgrade fut d'avis
qu'en reduifant la Hongrie en
Province , il fe delivraft par là
de la neceffité, où il pourroit eftre
encore de revenir de fi loin fecourir
une Femme & un Enfant.
Il
de Bude. I
Il luy reprefenta qu'ils ne pourroient
refifter aux forces Allemandes
que par le fecours de
celles de la Hauteffe , & que les
Guerres ne fe devant faire que
pour avoir le moyen de vivre en
paix , il eftoit de l'intereft du
Sultan fon Maiftre, de reduire en
Province un Royaume qu'il avoit
fi fouvent défendu ; qu'ainfi il
falloit renvoyer la Reyne en Pologne
à fon Pere Sigifmond , mener
le jeune Roy Eftienne à
Conftantinople pour l'y élever
dans la Loy Mahometane , faire
trancher la tefte à tous les
Seigneurs Hongrois prifonniers,
rafer leurs Fortereffes , tranfporter
une pattie des familles en
Afie , & tenir les autres dans le
devoir par de fortes Garnifons.
Soliman ne fuivit aucun de ces
avis. Il entra dans Bude, & aprés
avoir
12
Hiftoire du Siege
, avoir renverfé les Autels &
fait brifer toutes les Images de
l'Eglife Cathedrale pour la confacrer
felon les Superftitions Mahometanes
, il fit fortir Elifabeth
de la Ville , & l'obligea de ſe retirer
à Lippe avec fon Fils pour
gouverner la Transilvanie , l'affurant
qu'il le rétabliroit fur le
Trône quand il feroit dans un
âge plus avancé. Cependant il la
declara Tutrice de ce jeune Prince
dont il luy promit d'eftre le
Protecteur, & luy rendit Georges
Martinufius pour eftre Miniftre
de fes Eftats. Depuis ce temps-là
la Ville de Bude que les Allemans
appellent offen , eftoit toûjours
demeurée au pouvoir des Turcs.
Elle fut affiegée en 1598. fous
le Regne de Mahomet III . par
l'Archiduc Mathias . Il força le
Fauxbourg qui eft du cofté du
Da
de Bude . 13
1
I
Danube , & fe rendit maiſtre
du Fort bafty fur le Mont Saint
Girard , où il trova quatre- vingt
pieces de canon , mais il ne put
venir à bout de la Citadelle .
Elle fut & vigoureufement défendue
, que la mauvaiſe faifon
s'avançant , il fe vit contraint de
lever le Siege. Comme il n'abandonnoit
le deffein de faire
cette conquefte que par la confideration
de l'hyver , fi - toſt
qu'il vit le temps propre à l'entreprendre
, il ramena fon Armée
devant cette Place. Les
Turcs qui en apprehendoient
la perte , s'avancerent promptement
pour la fecourir. Ils furent
défaits , mais cette victoire qui
donnoit de fi grandes efperances
aux Princes Chreftiens qui attaquoient
Bude ne pût rien
diminuer de la fermeté des
,
Affie
14 Hiftoire du Siege
Affiegez à fe bien défendre .
L'Armée Chreftienne trouva
dans ce fecond Siege les mefmes
hommes , & la mefme refiftance
qui luy avoit fait quitter
le premier , & elle fe retira
encore une fois.
>
Apres la perte d'Albe - Royale
, repriſe en 1602. par les
Turcs qui l'avoient perduë
l'année precedente , le mefine
Archiduc Mathias , qui commandoit
une Armée de quarante
mille hommes , marcha pour
la troifiéme fois contre Bude.
La Ville - baffe ayant efté
facilement emportée , il affiegea
la haute , furprit la Ville de
Peft , & ces commencemens furent
fi heureux , qu'on ne douta
point qu'il ne vint à bout de
fon entrepriſe. Cependant toute
la valeur & la prévoyance
des
de Bude.
15
des Chreftiens ne put empefcher
que la Citadelle ne fût rafraîchie
d'hommes , de vivres &
de munitions . de Guerre ; ainfi
il fallut encore lever le Siège.
Charles de Gonzague , Duc de
Nevers , y fut bleffé d'un coup de
moufquet à l'épaule.
Le dernier Siege eft connu
de tout le monde. Il fut commencé
par le Prince Charles de
Lorraine le 14 de Juillet 1684.
& le fecours jetté dans la Place
, le mauvais eftat dés Troupes
, l'incommodité de la faifon
, & le hazard auquel on fe
feroit exposé en donnant un
affaut general , dans lequel on
auroit eu à combattre en meſme
temps & ceux de la Ville , &
le Seraskier qui n'eftoit pas éloigné
des Lignes , ayant fait
craindre un mauvais fuccez de
cette
16 Histoire du Siege
cette entrepriſe , l'Armée Chreftienne
fe retira le premier jour
de Septembre , fans eftre inquietée
par les Ennemis dans fa
retraite .
Je viens au cinquième Siege
de cette importante Place.
Rien n'eft plus difficile qu'u
ne Relation de cette nature ,
fur tout lors qu'un Siege a efté
long , qu'il a fait verfer beaucoup
de fang, & que l'évenement
en a efté attendu de toute
l'Europe. Comme dans celuy
que j'entreprens de décrire , le
nombre des Intereffez a efté
grand , & qu'il y a eu differens
quartiers de divers Souverains,
fans compter quantité de Volontaires
repandus de plufieurs
Nations, chacun voudroit qu'on
n'oubliaft rien de ce qui le regarde
, & c'est une exactitude
qui
de Bude.
17
,
qui eft entieremet impoffible.Cependant
s'il arrive qu'on ne parle
point d'une action d'un feul Volotaire
lors qu'il eft d'une qualité.
diftinguée, cela eft caufe que tous
ceux de la mefme Nation fe récrient
fur la fauffeté d'un ouvrage
, qui ne manque quelquefois
qu'en ces fortes de circonftances
qui ne meriteroient pas
qu'on s'en mift en peine . Il y en
a d'autres qui pouffent le point
d'honneur plus loing , & qui ne
voudroient pas qu'on marquaft
que ceux de leur Nation ont eu
fouvent du defavantage pendant
le cours du Siege , comme fi la
- Victoire qui couronne tous les
travaux par la priſe d'une Place,
& qui efface toutes les pertes,
pouvoit empécher que l'on n'euft
efté quelquefois batu avant le
triomphe. S'il ne faloit point
parler
18
Hiftoire du Siege
parler des de avantages du Vainqueur,
il faudroit feulement marquer
la Prife , & la Victoire &
ce ne feroit plus alors la Relation
d'un Siege , mais le détail de la
derniere action. Bien que l'on
foit affuré de la priſe de la Place
avant que d'écrire la premiere
ligne du Siege , & qu'on fçache
que ceux qui fe font venus rendre
aux Afliegeans ont dit la
plus - part des fauffetez , il faut
pourtant faire mention de ces
fauffetez ,quoy que dans le tems
qu'on les écrit , on les connoiffe
pour telles. Il faut mettre dans
un journal tout ce qui s'est fait
& tout ce qui s'eft dit , parce que
felon ces chofes ont voit les vraies
& les fauffes mefures qu'ont pris
tant les Affiegeans que les Affiegez.
C'eſt par là que la Pofterité
s'inftruit , & c'eft ce qui doit
donner
de Bude. 19
3:
donner des lumieres à ceux qui
en de pareilles occafions peuvent
un jour avoir des commandemens.
Ainfi quand je diray la
verité de ce qui s'eft paffe pendant
le cours du Siege de Bude
,je ne feray pas pour cela contre
les Allemans. Tout depend
de la derniere action , puifque
lors qu'on reuffit , on a toûjours
pris de juítes mefures. Je dois
dire à l'avantage de la France,
qu'une Place fans dehors , com-
I me celle que vient de reduire
l'Armée des Confederez, fe pourroit
compter prife d'abord
les François l'affiegeoient , puifqu'on
ne manque jamais de capituler
dés qu'ils ont pris les dehors
de quelque Place , & que
Bude n'en avoit point . Ils auroient
pû faire voir en cette occafion
ce qu'ils ont fouvent fait
, fi
éprou
20
Hiftoire du Siege
éprouver à plufieurs Villes , mais
l'Allemagne avoit trop connu
leur valeur en la fameufe journée
de S. Godard pour vouloir
donner lieu à d'autres qu'à fes
Sujets d'acquerir une auffi grande
gloire , & elle a mieux aimé
faire lentement cette Conquête,
quand mefme elle auroit deu
rifquer à ne la pas faire
,, que de
laiffer aux François les avantages
qu'ils font toûjours feurs de
remporter dans toutes leurs entrepriſes.
Comme le fuccés de
celle- cy paroiffoit douteux , elle
fut fort debatue au Confeil de
l'Empereur.Les fentimens étoient
partagez, & il y en avoit d'entierement
cotraires à l'avis du Prince
Charles de Lorraine , qui fouhaitoit
d'ouvrir la Campagne par
un Siege auffi confiderable que
celuy de Bude paroiffoit aux Allemans
.
de Bude. 21
lemans. Il avoit efté contraint
de le lever en 1684. & il croyoit
qu'il y alloit de fa gloire de reparer
par la prife de cette Place
qu'on jugeoit fi importante , le
malheur qu'il avoit eu l'affiegeant
inutilement. Il trouvoit l'occafion
favorable , & qu'il luy eftoit
facile d'acquerir beaucoup de
gloire , à moins qu'il n'euft toû
jours le mefme malheur , puis
qu'il devoit eftre fecondé dans
cette Expedition , non feulement
par les Troupes de l'Empire , mais
encore par celles de plufieurs
Souverains , dont il y en avoit
un tout remply de coeur , qui
vouloit commander les fiennes en
perfonne , & que ces Troupes
qui ne manquoient de rien , étoient
aguerries à l'exemple de
leur Chef , qui a déja fait voir
fon courage & fon intrepidité
en
22 Hiftoire du Siege
en plufieurs occafions . Ileft aisé
de juger que c'eft de l'Electeur
de Baviere que je parle. Outre
tout cela ,le Prince Charles voyoit
accourir en foule quantité d'illuftres
Volontaires de toutes les
Cours de l'Europe , parmi lefquels
eftoient beaucoup de François
qui fe trouvent toujours dans les
lieux où ils peuvent voir qu'il y
a de la gloire à acquerir. Ce n'étoit
pas encore tout ce qui foutenoit
l'efperance de ce Prince. Il
fçavoit que les liberalitez du Pape
fe répadoient à pleines mains,
pour faire fubfifter fes Troupes,
que chaque Souverain de l'Europe
fourniffoit des hommes , de
l'argent , ou des munitions pour
avancer le fuccés de fes deffeins,
& qu'enfin le Siege de Bude étoit
pluftoft l'entrepriſe de la
Chreftienté entiere,que de l'Empire.
de Bude.
23
pire. Comme tous ces avantages
pouvoient contribuer à fa.
gloire & le faire triompher , il
eftoit de ſes interefts de profiter
de l'occafion , puis que l'honneur
de remporter la Victoire , quoy
que deuë aux plus braves fujets
de tous les Souverains de l'Eurodevoit
réjaillir preſque fur
pe ,
luy feul.
Si ce Prince fouhaittoit avec
une extreme impatience qu'il luy
fuft permis d'affieger Bude , les
Turcs qui n'avoient point d'armée
en campagne , ne defiroient
pas avec moins d'ardeur de luy
voir former ce Siege . Celle des
Chreftiens eftoit puiffante , de
forte que l'on eftoit affeuré que
la Place qu'ils attaqueroient ne
pourroit refifter long- temps , ny
attendre le fecours , à moins
qu'on n'affiegeaft la plus forte, &
la
24 Hiftoire du Siege
la mieux remplie d'hommes , &
de munitions & tout cela fe
trouvant à Bude , les Turcs avoient
raiſon de fouhaiter qu'on
mift le Siege devant cette Place,
afin que la longue refiftace qu'elle
feroit, leur puft donner lieu de
preparer un puiffant fecours , &
de le faire mefme venir du fond
de la Turquie , s'il en eftoit befoin
. Michel Abaffi , Prince de
Tranfilvanie , qui eftoit de concert
avec eux fit entendre aux
Imperiaux qu'il fe declareroit
plus ouvertement en leur faveur,
files Ottomans n'eftoient plus
maiftres de Bude. Ainfi tout
contribua à cette entreprife,quoy
que le fuccez en fuft incertain,
parce que la Place , ainfi que la
fuite l'a fait voir , ne manquoit
ny de Soldats , ny de Chefs intrepides
& aguerris, ny d'argent,
2
ny
de Bude.
25
Ο
C
ny de toutes fortes de munitions.
D'ailleurs la forte & longue reſiſtance
que le Gouverneur avoit
faite pendant le dernier Siege
, devoit fervir de regle à celuy
à qui l'on en avoit commis
la défenfe , & comme il étoit
feur d'eftre étranglé s'il rendoit
la Place , il y avoit
apparence
qu'il la défendroit jufqu'à la derniere
extremité. Il y avoit auffi
lieu de prefumer pour plufieurs
raifons , que le grand Vizir venant
en perfonne , periroit plutoft
, que de ne la pas fecourir.
La deftinée de fes deux Predeceffeurs
le devoient engager à
cet effort , c'eftoit par la qu'il
pouvoit fe monftrer digne du
choix qu'on venoit de faire en
Il'élevant à la dignité où il fe
voyoit. Il avoit eu l'adreffe de
fe faire mettre . en la place de
B
16
Hiftoire du Siege
fon Predeceffeur, & il avoit commandé
une Armée contre la Pologne
avec affez de fuccés pour
faire attendre de plus grandes
chofes de luy , quand il feroit à
la tefte d'un plus grand nombre
de Troupes , & cependant c'eft
luy qui eft caufe que l'on a pris
Bude.
Quelque nombreuse que foit
une Armée devant une Place, &
quelque fortifiée qu'elle foit , il eft
prefque impoffible ( & c'eft ce
qu'on n'a prefque point vû depuis
plufieurs ficcles) qu'elle empefche
une Armée Royale de fecourir
la Place affiegée lors que
cette Armée a pu faire affez de
diligence pour arriver avant la
prife de la Ville qu'elle a voulu
delivrer d'un fiege . C'est pour ceque
dans la plufpart des capitulations
, les Villes affiegées metla
tent
de Bude.
27
tent qu'elles fe rendront au jour
dont on convient, pourveu qu'avant
ce jour-là il n'arrive point
d'Armée Royale pour les fecourir.
Il eft enfin conftant que de
vingt Armées qui ont donné
dans des Lignes pour les forcer,
quoy que défenduës par un plus
grand nombre de Troupes , dixneuf
y ont réuffi. La raifon en
eft facile à comprendre. Une Armée
,, quoy que tres -nombreuſe,
qui entoure une Place, peut eftre
forcée par une plus foible , parce
qu'elle eft obligée d'occuper plufieurs
lieues de terrain autour de
la Place qu'elle affiege, & quainfi
chaque quartier eft peu garny
de Troupe , au lieu que l'Armée
qui attaque eft toute raf
femblée en un corps , ce qui la
rend beaucoup plus forte. Celle
qui eft dans les lignes pour-
Bij
28 Hiftoire du Siege
roit faire la mefme chofe , &
unir auffi toutes les forces pour
défendre l'endroit par lequel elle
eft attaquée , mais quand ceux
qui la veulent forcer font habiles
, ils donnent de fauffes attaques
fi à propos qu'on n'ofe dégarnir
aucun Pofte , parce qu'on
ne peut deviner la veritable at
taque. Ainfi l'Armée qui veut
paffer dans une Place , & qui
prend toutes les mesures qu'il
faut pour cela , cela , ne trouvant que
les Troupes d'un feul quartier
à combattre , les forces , aidée
de la Garniſon qui en ce rencontre
ne manque jamais de vigoureufes
forties. Ceft par là que
les Villes affiegées qui ont be
foin d'eftre fecouruës , le font
toujours, quand les Armées qu'on
veut employer pour ce fecours,
arrivent affez à temps . Le Grand
•
Vizir
de Bude. 29
Vizir au lieu de fe fervir de
tous ces avantages , a fait quan
tité de fautes , & elles ont efté
caufe de la prife de la Place
qu'il auroit pû fecourir. Il a fait
batre plufieurs fois fes meilleures
Troupes en détail , ce qui
ne pouvoit manquer d'arriver ,
puifque les corps qu'il envoyoit
eftoient moins forts que toute
Farmée qu'ils avoient à combatre.
Il a laiffé le temps de connoiſtre
que celle qu'il amenoit,
eftoit moins nombreuſe qu'on
n'avoit crû. Il a fait rallentir la
chaleur de fes Troupes , en les
faifant battre trop fouvent , & en
sobftinant à ne pas attaquer les
lignes avec toute fon Armée . Il
a par la frequente défaite de ces
mefmes Troupes rehauffé le courage
des Chreftiens. Il leur a
donné le temps de faire venir
Bij
30
Hiftoire du Siege
le General Scheffemberg avec
les fiennes , qui n'eſtant rebutées
par aucun affaut , ont emporté
la Place ; il eſt cauſe de
la mort du Gouverneur , & de
perte de tout ce qui reftoit
de bonnes Troupes dans Bude,
parce que fi fa preſence n'euft
pas fait efperer un
la
prompt
& vigoureux fecours , on auroit
capitulé lors qu'on auroit
crû n'eftre plus en eftat de fe
défendre. Ainfi fa prefence a
donné aux Affiegeans une Vitoire
, & plus grande , & plus
complette . Elle a fait voir le
peu
de valeur , & le petit nombre
des Troupes Ottomanes
que le peu d'experience de fes
Chefs. Elle a caufé les pertes
que les Troupes ont faites depuis
la prife de Bude , & qui entraifneront
celles qui les doivent
fuivre .
•
>
ainfi
de Bude.
31
e
fuivre. Elle a donné du coeur
aux Victorieux ; elle a ofté la
terreur qui depuis long - temps
faifoit apprehender l'Empire Ot-
& fera caufe qu'aucu- toman
ne Place forte ne ſe défendra autant
qu'elle pourroit faire quand
elle fera affiegée , de crainte
d'éprouver le fort de Neuhaufel
& de Bude .
Toute l'Europe eſtoit attentive
fur l'entreprife par laquelle
les Imperiaux feroient cette année
l'ouverture de la Campagne.
L'Electeur de Baviere eſtant
arrivé à Neuftadt le vingtiéme
de May , l'Empereur y tint plufieurs
fois confeil de guerre avec
les Officiers generaux &
ſes Miniftres. On y propofa le
fiege d'Albe Royale , auquel il
y eut quantité d'avis contraires .
-
B üij
32 Hiftoire du Siege
pes
·
On reprefentoit que les Troueftant
fraifches , & l'Artillerie
en bon eftat , il feroit beaucoup
plus avantageux d'attaquer
Bude. On convenoit que ce Siege
ne fe pouvoit faire fans beaucoup
de peine , à caufe que les
fortifications en avoient efté
tres bien rétablies , & qu'on
y avoit ajouté quelques ouvrages
pour en fortifier les dehors
le long du Danube jufqu'à la
Montagne.On fçavoit encore que
le Foffe avoit efté aprofondy de
l'autre coſté de la Ville , que
avoit contreminé les endroits où
les Imperiaux avoient preparé
des mines lors qu'ils l'affiegerent
en 1684. qu'il y avoit de fauffes
portes pour faire des forties par
deffous , & qu'on avoit dépavé
les rues , ofté les toits , & fait
couvrir de terre toutes les maifons
,
l'on
de Bude.
33
C
3
fons , afin d'empefcher l'effet des
Bombes & des Carcaffes. Des
Deferteurs avoient auffi rapporté
qu'il y avoit dans la Place des
munitions de guerre & de bouche
, pour foutenir un Siege de
plus de fix mois ,,
que la garnifon
eftoit de plus de dix mille
hommes choifis entre les Janiffaires
& les Spahis , & que le
1 Bacha Abdi qui commandoit
dans la Place , eftoit un homme
tres - confommé dans le meftier
de la Guerre , qui avoit fous luy
fix autres Officiers fort experimenteż.
On balança toutes ces
raifons , & elles ne furent point
affez fortes pour empêcher qu'on
ne refoluft d'affieger Bude. Le
rendez vous general fut donné
aux Troupes pour le 29. de
ce mefme mois à la referve de
celles de Brandebourg , qui tra-
·
B v
34 Hiftoire du Siege
verfant la Silefie de fort mau
par
vais chemins, ne pouvoient marcher
qu'à petites journées. Il fut
arrefté fuivant la divifion qui
s'en fit que la grande Armée
que commanderoit le Prince
Charles de Lorraine , feroit de
cinquante- huit à foixante mille
hommes , fçavoir de quinze mille
hommes d'Infanterie Allemande
, de quatorze mille Chevaux
& Dragons Allemans , des Troupes
auxiliaires de Saxe , de Brandebourg
, & de Suabe , & de
quatre mille Hongrois , & que
l'Armée dont l'Electeur de Baviere
auroit le commandement ,
feroit compofée de douze mille
Fantaffins Allemans , de dix
mille Chevaux auffi Allemans
des Troupes de cet Electeur ,
& de celles des Cercles de Baviere
& de Franconie , & de
troisde
Bude..
35
+
trois- mille Hongrois . Dans l'Armée
du Prince Charles les
Comtes de Caprara & de Staremberg
furent nommez Marefchaux
de Camp Generaux ;
le Duc de Croy General d'Infanterie
, le Prince Louis de
Neubourg , & le Comte de Suze
Lieutenans Generaux ; les
Barons de Thingen & de Thun,
& le Marquis de Nigrelli Sergeans
Majors de Bataille ; les
Comtes de Schults & de Dunevald
Generaux de Cavalerie ;
les Comtes de Taff , & de Palfi
, & le Baron de Mercy Lieutenans
Generaux ; le Prince Eugene
de Savoye qui eftoit arrivé
d'Efpagne en pofte depuis
peu de jours , le Comte Philippe
de Thaun , le Baron de Lodron,
& le Comte de Stirum Sergeans
Majors de Bataille .
Le
Comte
36
Hiftoire
du Siege
Comte de Leſlie fut fait Maref
chal de Camp General de l'Armée
de l'Electeur de Baviere ; le
Comte de Sherini General d'Infanterie
, le Marquis de la Verne
& le Comte de Schaffemberg
Lieutenans Generaux, & les Barons
de Wallis & de Berk , &
le Comte d'Afpremont Majors
Generaux . Il fut auffi arrefté que
le Comte de Scherffemberg demeureroit
en Tranfilvanie , &
le Comte Caraffa vers Zatmar
avec les détachemens qu'ils y
commandoient pour la confervation
des Conqueftes nouvellement
faites. Quelques accés.
de fievre qui retinrent le Prince
Charles à Edembourg , l'ayant
empéché d'aller fe mettre à la tête
des Troupes dont on devoit
faire le 29. une reveue Generale
dans les Plaines de Barcam , elle
fut
de Bude.
37
fut remife au 8. de Juin. Ce Prince
partit d'Edembourg le 20.
après avoir eu une longue conference
avec l'Electeur de Baviere
, qui fe rendit à Neuſtadt
le lendemain pour en rendre
compte à l'Empereur. Cependant
tout le trajet du Danube
depuis Ratisbonne jufqu'à Presbourg
eftoit couvert de Barques
& autres petits Vaiffeaux chargez
de munitions & de vivres, & des
Troupes de Baviere , de Franconie
& de Suabe qui defcendoient
vers la Hongrie. Jamais entrepriſe
n'a efté executée avec tant de
joye. On fe preparoit au Siege
de Bude avec un courage & une
ardeur qui ne fe peut exprimer.
Les Volontaires accouroient , de
France, d'Espagne , d'Angleterre,
d'Allemagne & de tous les endroits
de la Chrêtienté , & le
Duc
E
38 Hiftoire du Siege
Duc de Bejar Grand d'Eſpagne,
vint joindre à Vienne le Marquis
de Valero fon frere , qui s'y
eftoit déja rendu avec quelques
autres. Le 29. le Prince Loüis
de Bade partit de Neuftadt en
pofte pour aller joindre l'Electeur
de Baviere , & le Prince
Charles s'y eſtant rendu de Raab
le premier de Juin pour prendre
congé de Sa Majefté Imperiale,
reprit la route de Hongrie , accompagné
du Comte Stratman,
Grand Chancelier. Le 5. il arriva
à Comorrhe , où l'Electeur de
Baviere avoit efté receu deux
jours auparavant au bruit du
Canon & de la Moufqueterie. Ils
en partirent enſemble pour aller
au rendez - vous general. Le Prince
Charles y trouva les Troupes
dont l'Armée Imperiale devoit
eftre compofée. Elles avoient eſté
affem
A
de Bude.
39
affemblées proche de Barkam ,
par les foins du Comte de Staremberg.
On ne peut s'imaginer
la joyé qu'elles témoignerent en
voyant leur General . Il fut aisé
de connoître par toutes les marques
qu'elles en donnerent l'impatience
que chacun avoit de
marcher fous fa conduite . Les
Troupes de Saxe eſtant arrivées
au nombre de mille Chevaux
, & de quatre mille hommes
d'Infanterie , le Prince de
Saxe qui les commandoit , envoya
prier le Prince Charles
de les venir voir. Ce Prince
en fit la reveuë , & alla enfuite
difner dans la Tente de l'Electeur
de Baviere , qui luy fit voir les
fiennes rangées en bataille . I
retourna de là à Comorre pour
quelques ordres qu'il avoit à y
donner. Cependant les Troupes
du
40 Hiftoire du Siege
du Cercle de Suabe , commandées
par le Marquis de Bade-
Dourlach , joignirent l'Armée.
Elles étoient de trois mille hommes
de pied , & de trois mille
Chevaux. On intercepta des
Lettres , par lesquelles on apprit
, que le Grand- Viſir eſtoit
venu à Belgrade , qu'il avoit
donné le commandement en
Chef de l'Armée Ottomane en
Hongrie à Achmet Bacha , auquel
il avoit laiffé des ordres
particuliers , de ne rien épargner
pour la confervation de
Bude & d'Effek comme des
deux Places qui leur eftoient les
plus importantes , & qui faifoient
la feureté de toutes celles
qui leur reftoient dans le Royaume,
& qu'il eftoit enſuite retourné
à Andrinople avec une extreme
diligence. On fçeut auffi
›
par
de Bude. 41
par les Efpions que l'on avoit
envoyez pour reconnoiftre les
forces des Turcs , qu'ils ne pouvoient
mettre au plus que quarante
mille hommes en Campagne
, & que les Troupes d'Afie
avoient pour la plufpart deferté
dans leur marche d'Andrinople
à Belgrade. Les Huffars de Papa,
Dotis , Vefprin & Comorre allerent
en courſe au nombre de
quinze cens jufqu'à quatre lieuës
plus bas que Bude , & jufqu'à
deux lieues du Camp que les
Turcs avoient formé entre cette
Ville & le Pont d'Effeck . Ils emmenerent
prés de deux mille
moutons , deux cens boeufs , &
quantité de chevaux , fans avoir
trouvé perfonne qui leur difputaft
tout ce butin.
9 .
Le le Confeil de guerre fut
tenu au Camp , où tous les Officiers
42 Hiftoire du Siege
ciers Generaux s'eftoient affemblez.
Le Comte Stratman s'y
trouva de la part de Sa Majesté
Imperiale . On leur fit part de ce
qu'on avoit refolu touchant le
Siege de Bude , & deux jours
aprés le Comte de Stratman partit
pour Vienne , où il rendit
compte à l'Empereur de tout ce
qui s'eftoit paffé dans ce Confeil
. Le Comte Rabata , Commif
faire general , s'en retourna auffi
à Vienne , afin de donner ſes ordres
pour faire venir inceffamment
les vivres & les munitions
neceffaires.
Le 12. le Prince Charles partit
de Comorre , & fe rendit au
Camp de Barkan . L'Electeur de
Baviere l'y joignit le lendemain ,
& aprés que l'on eut fait une Reveuë
generale des Troupes , on
commença à leur faire paffer le
Da
de Bude.
43
9
Danube fur le Pont de Gran.
Celles de Saxe marcherent à l'Avant-
garde. L'Electeur de Baviere
partit à la tefte d'un Corps
d'Armée de vingt quatre mille
hommes , compofé des Troupes
Bavaroifes , & de plufieurs Regimens
Imperiaux , & prit fa mar
che en deçà de la Riviere. I
s'avança vers Hatwan , dans le
deffein de s'en rendre Maistre ,
& d'attaquer Peft enfuite. La
priſe de ces deux Places , dont la
derniere n'eft feparée de Bude
que par le Danube , devoit empefcher
les Ennemis d'avoir aut
cune communication entre Bude
& Agria. Le 14. les Défilez,
& la difficulté des chemins qu'il
fallut élargir en plufieurs endroits
, pour les rendre pratiquables
, ayant obligé l'Infanterie à
demeurer derriere avec l'Artillerie,
44 Hiftoire du Siege
lerie , le Prince Charles la laiffa
fous la conduite du Comte de
Staremberg , & s'avança vers
Vicegrad , du côté droit du Danube
, tandis que l'Electeur de
Baviere continuoit fa marche de
l'autre cofté , à une diſtance égale
, en forte que les deux Armées
euffent pû fe fecourir reciproquement
en cas de befoin .
Le 15.
la Cavalerie Imperiale
campa à Poftkamp , & le lendemain
à Saint André. L'Electeur
de Baviere marcha toûjours fous
une meſme ligne , n'ayant que le
Danube entre deux , & vint
le 16. camper à Weitzen. Les Ennemis
qui les pouvoient découvrir
des Ramparts de Bude des
deux coftez de ce Fleuve , ne firent
aucun mouvement pour les
venir reconnoiftre. On fceut par
quelques Turcs qui furent pris
pen
de Bude.
45
pendant cette marche , que le
Commandant de Bude ne s'attendoit
point à voir fa Place affiegée
que dans la croyance
que l'Armée Chreftienne attaqueroit
Agria ou Albe Royale,
on les avoit munies de bonnes
Garnifons & de quantité de vivres
, & qu'on en avort tranf
porté à Bude la pluſpart des richeffes
& des plus beaux meubles
des Officiers & des Bourgeois
, avec les femmes , les enfans
, & les bouches inutiles ; que
fur l'avis que ce Commandant
avoit receu qu'on venoit à luy,
il avoit envoyé demander des
Troupes à ceux des Places voifines
pour en renforcer fa Garnifon
, mais qu'il n'y avoit pas
d'apparence qu'on luy en puft
envoyer avant que les Princes
eunent inveſty la Place . Certe
Gar
46 Hiftoire du Siege
Garnifon ne laiffoit pas d'eftre
forte, puis qu'elle eftoit de douze
mille hommes de pied & trois
mille Chevaux , à ce qu'on aprit
de ces mefmes prifonniers. ,
Le 17. la Cavalerie fe repofa
dans le mefme campement afin
d'attendre que l'Infanterie fuft
arrivée , & l'on fit defcendre les
Bateaux dont on fe devoit fervir
pour conftruire un Pont à faire
paffer le Corps d'Armée de l'E
lecteur de Baviere. Ce Prince
qui defcendoit à gauche du
Fleuve s'empara de Peft , d'où
la garnifon Turque s'eftoit retirée
, aprés avoir fait fauter une
partie des murailles , & tiré de
la Place les munitions & les vivres.
Elle avoit enfuite rompu le
Pont qui luy donnoit communication
avec Bude , mais elle ne
put fi bien faire fa retraite,
qu'un
de Bude.
47
qu'un Aga ne tombaft entre les
mains des Bavarois avec trente
Janiffaires. Son Alteffe Electorale,
ayant laiffé garnifon dan Peft
& donné les ordres pour en reparer
les fortifications , détacha
le Comte de Steinaw avec fix
mille hommes pour aller attar
quer Hatwan , & fe mit en marche
vers l'ifte de S. André pour
paffer le Danube fur les Ponts
que l'on devoit y avoir dieffez,
& fe trouver au Camp devanţ
Bude. Le Prince Charles y étoit
arrivé le 18 & ce mefme jour
toute l'Infanterie ayant joint
l'Armée , il luy fit prendre des
poftes à demie lieuë de la Place,
La Cavalerie les prit de l'autre
cofté vers Albe Royale , & l'on
commença à travailler aux lignes
de circonvallation . Pendant ce
temps il fut tiré des Rempars
plu
48
Hiftoire du Siege
plufieurs volées de Cañon , dont
tout l'effet fut de tuer un Païfan
. On vit auffi paroiftre un detachement
de Cavalerie & d'Infanterie
de la Garnifon de Bude
qui fe prefenta pour embaraffer
les Travailleurs , mais il fe retira
prefque auffi- toft , ne fe trouvant
pas en eftat de foutenir un
gros de Cavalerie Imperiale qui
fe preparoit à le charger . L'avantgarde
du détachement que le
Prince Charles avoit envoyé
pour inveftir la Place, enleva un
Chaoux avec vingt Turcs de
quarante qui l'eſcortoient . Il venoit
de Belgrade, & apportoit des
Lettres au Bacha de Bude . Elles
confirmoient que l'Armée Ottomane
feroit commandée par Achmet
Bacha & que le Grand-
Vifir avoit eu ordre de fe rendre
promptement auprés de fa
Hauteffe
>
>
de Bude. 49
Hauteffe qui eftoit allée à Conftantinople.
Le 19. on ferra la Place de tous
les coftez par où elle eft acceffible
, & le Quartier general fut
étably à un quart de lieuë , avec
quelques Regimens d'Infanterie .
Le lendemain les Affiegez ayant
fait une fortie de trois cens Chevaux
foûtenus d'un pareil nombre
de Janiffaires , il y eut quel
que
Efcarmouche , mais elle fut
de peu de durée , parce qu'ils fe
tinrent toûjours fous le Canon
de la Place , fans qu'on les puft
attirer plus loin . Le Comte d'Altheim
y fut bleffé. Ce mefme
jour on commença d'ouvrir les
Lignes de circonvallation , & de
tracer les premieres Places d'Armes.
On marqua auffi trois Batteries
, & autant d'épaulemens
pour tenir à couvert la Cavalerie
C
50 Hiftoire du Siege
,
dont les Travailleurs devoient
eftre foûtenus dans les approches.
Sur le foir , le Comte de
Staremberg receut ordre d'aller
fe pofter proche les Bains afin
d'attaquer le Vafferftadt ou la
Ville baffe contre laquelle on
drefla deux Batteries du cofté
qui defcend vers le Danube. I
fit ouvrir la Tranchée , & on la
pouffa affez avant. Le Bacha de
Bude trouvant à propos de fe
défaire de beaucoup de bouches
inutiles >
donna la liberté
à tous les Chreftiens .
que
l'on trouva incapables de porter
les armes , & l'on fceut par
eux , qu'ayant affemblé la Garnifon
dans la grande Place , il
leur avoit leu les ordres du
Grand Seigneur qui les exhortoit
à refifter vigoureufement;
qu'il avoit enfuite défendu aux
Sol
de Bude.
51
X
1 Soldats & aux Habitans fous
peine de la vie de parler de Capitulation
, & que s'il arrivoit
qu'il fut tué en leur donnant
l'exemple de fe bien défendre,
on avoit nommé quatre Bachas
qui devoient l'un aprés l'autre
prendre le Commandement.
Le 21. les Bavarois commencerent
à paffer le Danube fur le
Pont de Bateaux de l'Ile de
S. André , & ce jour là fut employé
à ranger les Bagages dans
les Lignes , & à divifer les Troupes
par Eſcadrons & par Batail-
Ilons , afin de faire la diftinction
des Quartiers. Le Prince Charles
occupa les mefmes Poftes qu'il
avoit pris dans le dernier Siege.
L'Electeur de Baviere fit la mefme
chofe , & vint fe camper au
pied du Mont S. Gerard .
Le 22. on dreffa une nou-
Cij
52 Hiftoire du Siege
velle Batterie de fix pieces de
Canon contre la Ville baffe , &
l'on commença en mefme temps
à travailler aux Tranchées par
l'ouverture de trois grandes Places
d'Armes ; beaucoup plus prés
de la Ville que l'on n'avoit fait
en 1684. Il fut refolu qu'il y au
roit trois Attaques ; la premiere
commandée par l'Electeur de
Baviere ; la feconde par le Comte
de Staremberg , & la troifiéme
par les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg que l'on attendoit
inceffamment , & auf
quelles on devoit joindre quelques
Regimens Imperiaux , &
d'autres Troupes Auxiliaires . Le
Prince Charles ne garda que
dix hommes de Cavalerie par
Compagnie pour fervir au
Camp à couvrir les Travailleurs
fous les ordres du Comte de Pal-
,
fi,
de Bude.
53
fi , & il envoya le reste aux environs
d'Albe- Royale , afin d'y
confumer les Fourages, & d'ofter
par là aux Infidelles les moyens
d'y fubfifter. Les Affiegez firent
grand feu tout le jour & toute la
nuit fuivante, & il y eut neuf Soldats
tuez ou bleffez .
Le 23. la nouvelle Batterie de
fix pieces de Canon s'eftant
trouvée prefte , commença dés
le matin à tirer , & fit une Bréche
de fix pas. Ceux qui estoient
au haut des Montagnes , apperçurent
par cette bréche quantité
de Betail & de Chevaux , mais
les Ennemis ne parurent point.
Il y eut fix Soldats à la Batterie
emportez par le Canon de la Place.
Quelques Huffarts & Croates
qui s'étoient avancez trois
lieuës au delà de Bude fous la
conduite du Comte Budiani ,
C iij
$4 Hiftoire du Siege
,
ayant efté avertis que le Bacha
en avoit fait fortir quantité de
Barques chargées de femmes ,
d'enfans & de quantité de
meubles qu'il envoyoit à Belgrade
, les pourſuivirent avec
trois cens Dragons , & les rencontrerent
à l'Ile de Sainte Marguerite.
Ils taillerent en pieces
tous ceux qui les eſcortoient,
s'emparerent de leurs Trefors ,
& amenerent deux cens Prifonniers
, qui furent les Vieillards
, & autres qu'ils jugerent
les plus propres à fe faire ra
cheter.
Le 24. la bréche ayant efté
élargie de vingt pas , on examina
la contenance des Affiegez
qui s'eftoient retranchez à droit
& à gauche au nombre de quatre
cens . Il fut refolu que l'on
iroit à l'Affaut , & comme c'eftoit
de Bude.
55
1 ftoit la premiere action du Siege
, chacun à l'envy chercha à
fe diftinguer. Les difpofitions
de l'attaque furent faites , & à
dix heures du foir on en donna
le fignal par trois volées de Ca-
1 non. Cent Grenadiers s'avancerent
les premiers , ayant un Capitaine
à leur tefte ; ils furent
fuivis de deux cens Moufquetaires
que commandoit un Sergent
Major , & foûtenus de trois
cens autres fous la conduite d'un
Lieutenant Colonel. Ils allerent
vers la brèche , & attaquerent
avec tant de force & de bravoure
les Ennemis qui la défendoient,
qu'ils les forcerent d'abandonner
leurs retranchemens. Six cens
hommes d'Infanterie en deux
Brigades marcherent aprés ceuxcy
, & fe pofterent au pied de
la bréche avec cinq petites pie-
C iiij
$6
Hiftoire
du
Siege
ces de Canon qu'ils avoient fait.
conduire avec eux . Elle fut franchie
par le Prince de Vaudemont,
par le Prince de Commercy,
& par un tres grand nombre
de Volontaires qui s'eftoient
mis à la tefte de l'Infanterie , &
qui fe pofterent dans la Ville
baffe malgré le feu continuel
que firent les Affiegez . Il n'y eut
que cinq Soldats tuez & onze
bleffez. Le Comte de Marfilly,
Infpecteur general des Ingenieurs
, eut le bras caffé au deffus
du coude , d'un coup de Mouf
quet qu'il réceut dans la tranchée
avant que l'on commençant l'Attaque
.
Le 25. fut employé à perfectionner
les Poftes que l'on avoit
occupez dans la baffe Ville , &
fix Bataillons furent logez au
pied des murailles. Il y eut un
Lieu
de Bude .
57
Lieutenant des Grenadiers tué
d'un boulet qui tomba dans la
Tranchée, & qui emporta les bras
& les jambes à cinq Soldats. Un
Chevalier de Malte François fut
auffi dangereufement bleffé . Il
eftoit avec le Marquis de Souvray,
qui fit paroiftre beaucoup
de bravoure .
Le 26. on s'apperceut que les
Affiegez faifoient gliffer du monde
le long de l'eau par dedans la
Ville baffe , pour venir attaquer
un Pofte qui eftoit devant une
groffe Tour joignant le Danube.
Le Chevalier de Rhofne , Capitaine
du Regiment de Staremberg,
foûtenu du Comte d'Awersbergs
, Lieutenant Colonel du
Regiment de Mansfeld , vint à
leur rencontre , & ils les repoufferent
avec beaucoup de vigueur.
Le Prince de Vaudemont le
,
C v
58
Hiftoire
du Siege
Prince de Commercy , & plufieurs
autres Volontaires qualifiez
, accoururent à l'efcarmouche
, qui dura une heure fous le
Canon de la Place. Il n'y eut que
quinze hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegeans . Le Sieur
Bourgers , Capitaine du Regiment
de Staremberg fut de ces
derniers , & Milord Mongois receut
une contufion à la temple.
Les Affiegez perdirent trente
hommes, & le nombre des bleffez
fut beaucoup plus grand. Ce jour
là le Prince de Neubourg, Grand
Maître de l'Ordre Teutonique,
Lieutenant General , qui eftoit
arrivé au Camp le 22. & le
Comte de Diepenthal , General
Major , monterent la Tranchée,
fuivant ce qui avoit efté arreſté
quelques jours auparavant au
Confeil de Guerre , que tous les
jours
de Bude.
59.
jours ce feroit un Lieutenant General
, & un General Major qui
la monteroient à chaque Attaque
avec deux mille hommes,
& qu'on les releveroit de vingtquatre
heures , en vingt- quatre
heures . Outre ces deux mille
hommes , il y avoit toûjours fix
Bataillons de referve , & une
Garde de Cavalerie pour les
foûtenir. On travailla la nuit à
pouffer une grande Coupure fur
Ela droite le long de la muraille ,
afin de couvrir une Batterie de
douze Pieces qu'on vouloit mettre
en estat contre les défences
de deux Rondelles, & de la Courtine,
vers laquelle on devoit conduire
la Tranchée. On ouvrit
auffi une porte au coin de cette
Muraille , où l'on fe logea en dedans
de la baffe Ville , à trois
cens pas du Corps de la haute,
&
60
Histoire
du siege
& en tous ces logemens on ne
perdit que quinze hommes.
Le 27. les Travaux fe trouverent
fort avancez à l'Attaque
de l'Electeur de Baviere , qui fit
dreffer une Batterie fur le panchant
de la Montagne. Il fit faire
auffi fur la hauteur de cette
meſme, Montagne un Logement
affez grand pour contenir mille
hommes , & affeurer la tefte de
la Tranchée , qui fut ouverte au
pied du Chafteau , vis à vis la
grande Tour qui en couvre la
façade. Le foir les Affiegeans firent
une fortie au nombre de
quatre
cens, Cavalerie & Infanterie,
fur cent hommes retranchez à la
teſte des Travaux qu'on avoit
faits la nuit précedente. Le Comte
de Saur, Capitaine au Regiment
de Lorraine qui les commandoit
fit une fi vigoureuſe reſiſtance,
de Bude. 61
cè , que la grande Garde eut le
temps d'y accourir. Les Ennemis
furent repouflez ; ils laifferent
feize des leurs fur la place , &.
eurent quelques bleffez.La Tranchée
fut relevée ce jour- là par
le Comte de Souches , Lieutenant
General , & par le Comte
de Tinghen , Mareſchal Major.
Le 28. on joignit les deux Attaques
par une Ligne de communication
de quatre cens pas .
On mit auffi huit groffes pieces
de Canon fur une nouvelle Baterie
à l'Attaque du Prince Charles
, devant laquelle on tira une
Ligne de deux cens pas ,
afin
qu'on y puft aller de la Tranchée
fans eftre infulté des Ennemis.
Cette Baterie fervit à tirer
contre deux Ouvrages avancez
en forme de pafté , qui défendoient
la Porte du cofté de
la
62 Hiftoire du Siege
la baffe-Ville . Les Ennemis faifoient
de là un feu continuel de
Canon , dont les Affiegeans eftoient
fort incommodez . Les Travaux
furent continuez fans beaucoup
d'obſtacle la nuit de ce
même jour , & on perfectionna la
Ligne de communication
entre
la Porte du milieu & la derniere
, ce qui donnoit moyen
moyen d'entrer
à couvert dans la nouvelle
Baterie.
Le 29. le Sieur Soulars , Ingenieur
, fut bleffé en faifant travailler
à de nouvelles Lignes
qu'on fit en forme de paralelles,
pour communiquer avec les au
tres Travaux , & s'approcher plus
prés de la Place . L'Electeur de
Baviere ayant eu quelque indifpofition
, le Prince Charles l'alla
vifiter fur les cinq heures du foir,
& dans ce temps mefme , les Af-
י
Liegez
de Bude.
63
fiegez firent une Sortie en bien
plus grand nombre qu'ils n'avoient
encore fait du cofté de
l'Attaque des Bavarois. Ils attaquerent
les Travailleurs & les
Troupes qui eftoient en garde
dans la Tranchée , & les
ayant
mis en defordre , ils euffent comblé
les Travaux , fi le Comte de
Hoffkirken n'euft promptement
amené la Garde de Cavalerie.
L'Electeur de Baviere ayant efté
averty de cette Sortie , rien ne
fut capable de le retenir. Il y
courut , quoy qu'indifpofé , auffi-
bien que le Prince Charles , &
leur prefence anima fi bien tous
ceux qui avoient déja commencé
à foûtenir les efforts des Infidelles,
qu'après en avoir tué beaucoup,
ils les forcerent à fe retirer,
& les pourſuivirent jufqu'à quarante
pas de la Tranchée Le Prin64
Hiftoire du Siege
ce Eugene de Savoye fe fit remarquer
par fa bravoure , & eut
un cheval tué fous luy
, auffibien
qu'un de fes Gentilshommes.
Le Baron de Zwitterthal ,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Steinaw , fut tué avec
trente ou quarante Bavarois. Il
y eut auffi quelques bleffez . Le
Baron de Billes , Capitaine dans
le Regiment d'Arko , le fut dangereuſement
.
Le 30. on repara les Travaux
que les Ennemis avoient ruinez
le jour precedent , & on avança
jufqu'à fix-vingt pas de la muraille.
Ce méme jour , deux Compagnies
de Paffau & de Ratisbonne
arriverent au Camp, auffi
- bien que les Troupes de Suabe
& de Franconie . Elles étoient
en tres-bon eftat , & au nombre
de cinq à fix mille hommes . Celles
de Suede commandées par le
de Bude.
65
po-
Marquis de Turlac , arriverent
pareillement , & prirent leur
ite fur une hauteur, afin de pouvoir
agir où il feroit le plus neceffaire.
Le feu parut en differens
endroits de la Ville ; il y avoit
efté mis par des Bombes .
qu'une Baterie de Mortiers avoit
jettées. Le Comte de Dunewald
partit ce jour- là du Camp , pour
aller commander la Cavalerie
inutile au Siege , qui eftoit venuë
camper au nombre de plus
de douze mille hommes jufqu'à
la portée du Canon d'Albe Royale
, ce qui avoit obligé les Turcs
à abandonner plufieurs Chafteaux
, & d'autres petits Poftes
aux environs.
Le 1. de Juillet fut employé à
perfectionner la ligne de communication
à l'attaque du Prince
Charles , & les Poftes deftinez
66
Hiftoire du Siege
par
nez aux Poftes de Suabe & de
Franconie leur furent donnez.
On apprit par des Transfuges
qu'il y avoit une grande confternation
dans la Ville, caufée
la perte qu'avoient fait les Affiegez
à la fortie du 29. il y eut
quatorze de leurs Officiers tuez
avec quantité de Janiffaires. Les
ouvrages qui avoiết eſté comencez
fur la droite , furent achevez .
la nuit fuivante , & on pouffa
ceux de la gauche jufqu'à cent
cinquante pas de la muraille .
Le 2. douze pieces de Canon
& huit Mortiers batirent la Ville.
Deux bateries que les Affiegez
avoient , l'une fur la groffe
Tour , & l'autre fur une autre
Tour , furent démontées en peu
de temps. Les Bombes cauferent
ce jour- là beaucoup de dommage
dans la Ville , à ce qu'on apprit
de Bude. 67
prit d'un Deferteur qui dit qu'elle
n'eftoit défenduë que par ſept
ou huit mille hommes , & que
les vivres commençoient à eſtre
chers , parce qu'ils n'y eftoient
pas en grande abondance. Il parut
quelques Troupes Ennemies
du cofté de Peft , & fur l'avis
qu'on en eut , le Prince Charles
ordonn que l'on fift conſtruire
trois redoutes au bord du Danube
, que les Heiduques & les
Hongrois garderoient . On fit
une brêche de quinze pas du
cofté de l'attaque du Prince
Charles.
Le 3. le Regiment du Prince
Eugene de Savoye arriva au
Camp , & on eut avis que les
Troupes de Brandebourg n'en
eftoient qu'à une lieuë. Quatre .
Mortiers furent ajoutez aux 8.
que l'on avoit mis fur la baterie
dreffée
68
Hiftoire du Siege
dreffée à l'attaque des Imperiaux,
& tout cela fit grand feu la nuit
fuivante. La Baterie des Bavarois
n'en fit pas moins , elle eftoit de
fept Mortiers. L'Artillerie des
Ennemis fit auffi grand feu , &
les Affiegeans furent fort incommodez
des Pierres qu'on leur jetta.
Le Sieur Collery , Capitaine
dans le Regiment de Lorraine,
eut le genouil fracaffé d'un éclat
de Bombe , & un des meilleurs
Bombardiers receut un coup à la
tefte. Il y eut encore quinze ou
vingt hommes bleffez . Un Offi
cier Turc qui vint ſe rendre, fur
mené à l'Electeur de Baviere,auquel
il conta qu'ayant tué le mary
d'une femme dont il eftoit amoureux
, il avoit eſté obligé de
quitter la Ville , & s'eftoit tenu
caché pendant quelques heures
dans un endroit où fa maiftreffe
luy
de Bude. 69
luy avoit promis de le venir joindre
, mais , mais que la crainte d'eftre
découvert par les Affiegeans qui
luy auroient fait un mechant
party , ne luy avoit pas permis de
l'attendre. Il ajouta qu'il n'y avoit
dans la Place que trois mille
Janiflaires , & un pareil nombre
de Soldats ; que malgré l'effet des
Carcaffes & des Bombes , qui avoient
obligé le Commandant à
fe loger dans une cave voutée
prés du Chateau pour y eftre
plus en feureté , ils eftoient tous
refolus de fe bien défendre ; qu'il
n'eftoit entré perfonne dans la
Ville comme on l'avoit crû, mais
que des Turcs en eftoient fortis
pour aller demander un prompt
fecours à Achmet Bacha Seraf
Kier , & aux Tartares.
Le 4. ce mefme Officier montra
à l'Electeur de Baviere , &
aux
70 Hiftoire du Siege
Le
aux Princes de Bade & de Savoye
, le Magafin à poudres &
les mines des Affiegez . Il dit
qu'il y en avoit fous la Rondelle
du Chafteau & à l'endroit de la
breche des Imperiaux. Un autre
Transfuge qui fe difoit Polonois,
fe rendit au Camp & affeura que
les Affiegez ne pourroient tenir
encore un mois , fi l'Armée du
Seraskier ne les fecouroit.
Prince Charles paſſa le Danube
pour aller voir les Troupes de
Brandebourg qui eftoient arri
vées le jour precedent avec une
belle Artillerie. Elles eftoient
compofées de huit mille hommes
, en fix Eſcadrons de Cavalerie
& dix Bataillons d'Infanterie
Le General Schoning qui
les commandoit, receut ce Prince
au bruit du Canon , qui fut
ſuivy de 3. décharges de Mouſque
de Bude.
71
I
queterie. Il luy donna enfuite
un magnifique difner dans fa
tente.
Le
4
5. on fit paffer le Danube
à ces Troupes , qui prirent le pofte
qui leur avoit eſté deſtiné du
cofté de la Ville baffe. Il fut refolu
qu'on en tireroit quinze
cens hommes tous les jours pour
monter la tranchée , & qu'on les
joindroit aux Imperiaux & aux
Suedois, afin de faire quatre mille
hommes pour les Poles qui étoient
du coſté de l'attaque du
Prince Charles.
Un Deferteur Grec arriva en-
*
core au Camp & raporta que
cinq Turcs qu'on avoit fait fortit
à la nage , eftoient allez preffer
le fecours que lors
que les Trou
pes de Brandebourg avoient paru
, les Affiegez avoient fait
roiftre beaucoup de joye dans la
penfée
pa72
Hiftoire du Siege
1
penféc que ce fuft celles du Se
raskier , & que le Commendant ,
ayant appris que c'eftoit un renfort
pour l'Armée Chreftienne,
avoit taché de le déguifer à la
garnifon , en difant que c'eftoit
un mouvement que les Affiegeans
avoient fait faire à leurs Troupes
pour faire croire qu'il leur en
eftoit venu de nouvelles . La plufpart
des Bateries des Affiegez furent
miſes en defordre par le grad
feu qui fut fait de l'attaque des
Imperiaux & de celle des Bavarois.
Il leur demonta plufieurs pieces
de Canon, & fit un fort grand
dommage au couronnement des
deux Pâtez,en forte qu'ils ne pouvoient
prefque plus y demeurer
à couvert . La breche ſe trouva
large de quatre - vingt pas , &
comme les ruines n'avoient point
couvert le pied de la muraille
qui
de Bude.
73
qui paroiffoit encore haute de
dix pieds , ont refolut de l'égaler
avec des Fafcines & des facs à
terre. L'attaque des Bavarois fut
auffi fort avancée , mais la breche
n'eftoit pas fi fpacieuſe.Ceux
Ide Brandebourg qui avoient ou-
Evert la tranchée à leur attaque
avec 1200. hommes , avancerent
- leurs travaux fur la gauche avec
tant de diligence , qu'ils fe trouverent
prefque au pied de la muraille
. Ce jour- là mefme ils donnerent
des marques de leur valeur.
Les Affiegez n'avoient point
fait de fortie depuis celle du 29.
= & pour eftonner ces nouveaux
1 venus ils en firent une fort
brufque & bien concertée fur
leurs Travailleurs , mais ils furent
repouffez avec grand carnage
jufques à la porte de la
Ville , devant laquelle fe pofte-
,
D
74 Hiftoire du Siege
rent ceux qui les avoient pourfuivis.
Ils s'y maintinrent , &
travaillerent de ces Poftes avancez
en reculant , & de la tefte
de la Tranchée en avançant ,
pour rejoindre les Travaux , &
les faire communiquer les uns
avec les autres. Les Ennemis
perdirent quatre ou cinq cens
hommes , & il en coufta à ceux
de Brandebourg un de leurs Ingenieurs
, quatre Lieutenans ,
autant d'Enfeignes, environ . trente
Soldats , & le Fils aifné du
General d'Orffling . il eftoit venu
en Hongrie pour faire cette
Campagne en qualité de Volontaire
, & il fut tué d'un coup
de Moufquet au travers du corps.
La nuit on jetta quantité de
Bombes & de Carcaffes dans la
Ville , principalement du cofté
de l'attaque des Imperiaux. L'Eglife
de Bude.
75
glife de faint Jean , qui fervoit
aux Turcs de grande Moſquée,
fut reduite en cendres avec cinquante
maiſons voifines.Le nombre
des Travailleurs ayant efté
augmenté , on pouffa encore les
approches, & les Lignes de communication
entre les trois attaques
qui furent perfectionnées. ›
Le fixiéme les Troupes de
Brandebourg continuerent leurs
travaux , & ils les poufferent
de telle forte qu'ils fe trouverent
auffi avancez que ceux des
deux autres attaques. Un Capitaine
& quatre de leurs Soldats
furent bleffez , & il y en
eut huit tuez . On fit jouer du
cofté de l'attaque des Bavarois
une Batterie de dix pieces de
Canon dont une fut demontée
auffi- toft par le Canon de
la Ville. Ils fe pofterent la nuit
Dij
76 Hiftoire du Siege
tout proche les Pallades , &
eurent prés de foixante hommes
tuez ou bleffez . Le Sieur Funck,
Lieutenant
Colonel du Regiment
de Souches , fut de ces derniers.
Le 7. les Travaux furent avancez
à droit & à gauche , jufques
à dix ou douze pas de la
bréche , où les Imperiaux fe pofterent.
Ils perdirent prés de cin-
Le Sergent
quante hommes .
General de Dinghen fut bleffé
au pied , à la tefte de l'attaque,
où il eftoit cette nuit de garde
avec le Comte de Souches , &
le Chevalier de Rofne receut
un coup de Moufquet au travers
corps. Les Mineurs eurent ordre
de faire éventer les Contremines
des Affiegez dont on
avoit eſté averty , & les Troupes
de Brandebourg qui travaillerent
de Bude.
77
lerent à dreffer leurs bateries,
les mirent prefque en eftat. Le
bruit fe repandit dans le Camp
que le Grand Vizir eftoit en
marche entre Belgrade & Effek
avec une Armée confiderable,
mais on connut auffi - toft la fauffeté
de ce bruit. C'eftoit Benfi
Bacha , Aga des Jani ffaires. Il
avoit joint les Troupes des Turcs
qui eftoient campez depuis longtemps
en ce lieu - là.
Le huitiéme on travailla à
élever deux nouvelles Batteries
à l'Attaque de Lorraine , l'une
de cinq pieces de Canon , &
l'autre de quatre , afin d'élargir
les brèches. La petite Rondelle
fut abatue par le Canon des Bavarois,
qu'elle incommodoit beaucoup
dans les Tranchées , & la
nuit fuivante on tira une Ligne
qui traverfoit le long de la Ron-
Dij
78 Hiftoire du Siege
,
delle gauche vers la Courtine
droite. Comme ce travail ſe faifoit
fort prés , les pierres & les
Grenades que jetterent les Ennemis
, tuerent ou blefferent prés.
de trente hommes. Le Comte
Guido de Staremberg , Lieutenant
Colonel du Regiment de
ce nom qui commandoit à la
Tranchée , s'y fit diftinguer par
fa valeur , auffi bien que le Major
Bifchoffhaufen , qui fut bleffé
au bras d'une balle de Moufquet.
Un Capitaine de Staremberg
le fut auffi à l'épaule , &
fon Capitaine Lieutenant au
pied . Trois Turcs fe rendirent,
& on apprit d'eux que les Affiegez
avoient grande impatience
qu'il leur vinft quelque fecours,
& qu'ils fe défendoient avec
d'autant plus de réſolution &
de courage, que les belles actions
eftoient
de Bude.
79
eftoient récompenſées par le
Commandant. Quelques autres.
Turcs fortirent de la Ville , dans.
le deffein de brûler les Batteries
des Affiegeans , mais l'un d'eux
ayant efté mis par terre d'un
coup de Moufquet , tout le refte
prit la fuite.
Le neuvième les Affiegez à
la pointe du jour firent jouer
un Fourneau entre la Porte &
la Rondelle du milieu. Il ruina
la Mine que les Imperiaux
avoient faite. Il y eut fept Mineurs
enterrez , & leur Capitaine
fut dangereufement bleffé
. Ils firent enfuite une Sortie
entre cette Attaque & celle
de Brandebourg. Les Troupes
de cette derniere furent d'abord
mifes en defordre , & fe renverferent
fur les Travailleurs avec
perte d'environ cent hom-
D iiij
80
Hiftoire du Siege
mes , entre lefquels furent deux
Lieutenans Colonels ,
II
quatre Capitaines
, & quelques Officiers
fubalternes
. Cependant le Corps
de réſerve de la Place d'Armes
la plus voifine eftant accouru,
on chargea les Turcs d'une maniere
fi vigoureufe , qu'ils fe retirerent
avec plus de précipitation
qu'ils n'eftoient venus.
demeura plus de quatre - vingt
des leurs fur la Place , fans les
bleffez , & l'on fit fix prifonniers.
Aprés qu'ils eurent efté
repouffez , on travailla à retirer
les Mineurs & les Travailleurs
des ruines que le Fourneau avoit
faites. Il n'y en eut qu'un
que l'on ne put retrouver. On
continua les Travaux avec autant
d'ardeur que s'il ne s'eftoit
point fait de Sortie. Les Bavarois
firent jouer une autre Batterie
de Bude. 81
terie de dix pieces , ayant eſté
obligez de changer la premiere,
à caufe que le Canon de la Ville.
l'incommodoit , & qu'elle en
eftoit trop éloignée . Ce mefme
jour , quelques Hongrois donnerent
avis à l'Electeur de Baviere
que fept mille Tartares étoient
en marche , pour jetter
du fecours avec un Bacha dans
Bude du cofté de Peft. Cela
obligea d'envoyer en diligence
trois cens . cinquante hommes :
dans cette derniere Place , avec
ordre de travailler à des Redoutes
, afin que les Ennemis trouvant
les Paffages coupez, ne pûffent
executer leur deffein.
Le dixième on attacha les
Mineurs fous la Paliffade de la
Rondelle oppofée à l'Attaque de
Baviere , & l'on redreffa en celle
de Lorraine la Galerie qui
D v
821 Hiftoire du Siege
→
avoit efté brûlée en partie le
jour précedent . On y attacha
auffi les Mineurs , pour tâcher
d'éventer les Contre- mines fous
la Rondelle qui eftoit à gauche
& fous celle du milieu .
Quoy qu'il tombaſt ce jour- là
une groffe pluye , elle ne put
empefcher que le Prince Charles
ne fift dreffer deux nouvelles
Batteries l'une au milieu
des Travaux , & l'autre de
neuf pieces de Canon fur la
gauche .
Le 11. fut employé à perfectionner
les approches à l'Attaque
de Lorraine , & l'on mit le
Canon fur les deux nouvelles :
Batteries , & deux Mortiers fur
une autre. Il y eut quelques Soldats
tuez & bleffez , mais en
petit nombre. On travailla auffaux
Mines , & à rencontrer
celles
de Bude.
83
celles
,
que les Affiegez pouvoient
avoir préparées pour les faire fauter
contre les Affiegeans , s'ils
donnoient l'affaut. Pendant tout
ce jour , les Canons & les Mortiers
tirerent fans ceffe tant
pour élargir les bréches, que pour
ruiner les Retranchemens qu'avoient
fait les Affiegez , dans le
deffein de bien foûtenir l'affaut.
La Batterie de ceux de Brandebourg
joia , auffi- bien que
celle de Dom Antonio Gonçales
, Lieutenant general de l'Artillerie
, & d'un Ingenieur Efpagnol
, qui par l'élevation de fes
feux d'artifice donna beaucoup
de plaifirs aux Affiegeans , en
mefme temps qu'il caufoit de
grands dommages aux Affiegez .
Les Bavarois battirent inceffam-.
ment la Rondelle du Chafteau,
& y jetterent des Bombes de
deux
$4 Hiftoire du Siege
deux Batteries de trois Mortiers
chacune , dont l'une n'eftoit qu'à
trente pas de la Paliffade . Trois
de leurs Mineurs furent tuez par
leurs propres Cannoniers & le
mefme malheur feroit arrivé à
l'Electeur de Baviere , s'il n'euft
pas changé de place un moment
auparavant.Sur l'avis qu'on avoit
eu que le Seraskier s'eftoit avancé
jufqu'à trois lieuës de Peſt as
vec un Corps de huit mille hommes,
tirez des Garnifons de Themifwar,
Lippa, Giula, grand Waradin
, Segedin , Agria , Hatwan
, & autres Places des Turcs
en la baffe Hongrie , & fur
les Frontieres de Tranfylvanie,
dans le deffein de fecourir Bude
le Prince Charles détacha
le Baron de Mercy & le
Prince Eugene de Savoye avec
trois
,
de Bude. 85
un
trois mille chevaux , & fix Bataillons
d'Infanterie , qui pafferent
le Danube , & fe pofterent
proche de Peft de l'autre colté
du Pont , hors de la portée du Canon
, pour y attendre les Turcs,
& empefcher qu'ils ne fe puffent.
= jetter dans la Place . On fit auffi
un Détachement confiderable de
Cavalerie & de Dragons pour
renforcer ceux que l'on avoit envoyez
à Peſt , où ils travailloient
à de nouvelles fortifications du
cofté du Danube , & pour refferrer
la garnifon d'Albe- Royale,
qui auroit pu faire quelque diverfion
en faveur des Affiegez ,
afin de faciliter le fecours qu'ils
attendoient .
Le 12. on fit applanir à l'attaque
de Lorraine la defcente dans
les Foffez oppofez aux breches,
à la faveur du Canon & des
Bom
86
Hiftoire du Siege
Bombes , afin de pouvoir monter
à l'Affaut , & l'on fit auffi grand
feu aux attaques de Baviere &
de Brandebourg. Quoy que la
breche que l'on avoit commencé
à faire dans cette derniere le
jour precedent , fe trouvaſt élargie
de plus de quinze pas , la muraille
eftoit encore trop haute depuis
fon pied jufques à l'éboulement.
Ainfi l'on continua de
tirer le Canon avec plus de violence
, pour taſcher d'y faire des
ruines plus confiderables , & les
Affiegez qui jetterent inceffamment
des feux d'artifice & des
pierres de leurs Mortiers , n'empêcherent
point qu'en l'une &
en l'autre on n'avançaft les approches
fort prés des foffez . On
vit paroiftre la flâme pendant
plus de huit heures en plufieurs
endroits de la Ville , ce qui fit
2
juger
de Bude.
juger que
les Bombes & les Carcaffes
des Affiegeans
y avoient
caufé un grand dommage. Le
feu de la Baterie des Bavarois
prit à des Tonneaux
de poudre,
& fit fauter en l'air prés de vingt
perfonnes.
Le 13. les Regimens de Steireim
, de Pafc , & de Goucqfes
arriverent des environs de Stulweiſenbourg
au camp des Troupes
commandées par le Baron de
Mercy & par le Prince Eugene
de Savoye , ce qui fit un corps de
neufmille hommes. Les Ennemis
éventerent la mine des Imperiaux
, mais les Mineurs eurent
le loifir de fe fauver. Ils mirent
auffi le feu à un Fourneau dans
l'efperance de faire fauter la
grande garde des Imperiaux , &
l'effet en fut contraire à ce qu'ils
avoient attendu les terres retom
88
Hiftoire du Siege
tomberent fur eux , & remplirent
feulement une partie de la tefte
des travaux des Affiegeans . Cependant
le feu mis à ce Fourneau
ayant ebranlé la Tour fous
laquelle le Mineur avoit eſté attaché
, on pointa contre cette
mefme Tour huit pieces de Canon
qui y firent une breche confiderable.
On tint un Confeil de
guerre où l'on refolut de donner
Affaut par trois endroits , à la
breche de l'attaque de Lorraine.
Le Comte Guido de Staremberg
, & le Comte d'Awersberg
furent commandez , chacun avec
deux- cens quatre - vingts hommes
, le premier à la droite de
l'attaque proche la grande Rondelle
, & le fecond à la gauche.
Le Comte de Herberftein , avec
qui marchoient les Fufeliers ,
Pionniers , & Travailleurs, avoit
or
1
de Bude. 8.9
ordre de donner au milieu de la
Courtine. Il eftoit auffi fuivy de
deux cens quatre - vingts hommes
, & le refte , au nombre de
deux-mille , demeura de referve
pour les foutenir . Sur les fept
heures du foir , le Signal ayant
efté donné pour l'affaut par une
décharge de tout le Canon qui
eftoit en baterie à cette attaque,
on commença de monter à la breche
, ce qui n'eftoit pas aisé , à
caufe que les Ennemis l'avoient
I reparée par plufieurs rangs
de
Paliffades . On ne laiffa pas de les
forcer, quoy qu'ils fiffent une vigoureufe
refiftance , & l'on fe pofta
fur la brêche à la faveur de
la Moufqueterie & des Grenades
qu'on tira dans les retranchemens
paliffadez qu'ils avoient.
faits , derriere lefquels ils fe maintinrent
en tres- bon ordre. Rie
n'e
୨୦ Hiftoire du Siege
·
n'eft égal à l'ardeur que firent
paroiftre tout ce qu'il y avoit de
Volontaires & de Braves à l'Armée
, pour eſtre des premiers à
fe trouver fur la breche . On y
demeura prés de deux heures:
que l'efcarmouche dura, & pendant
ce temps les Affiegez firent
fauter deux Mines , qui cauferent
moins de perte aux Affiegeans
, que les Fleches , les Bombes
, les Grenades & les Pierres.
Cependant on ne pût venir à
bout de faire le logement ; le
defordre & la chaleur du combat
avoient éloigné les Travailleurs
, & d'ailleurs il auroit falu
plus de Fafcines & de facs à terre
, qu'on n'en avoit , pour pou
voir fe mettre à couvert & ſe retrancher.
Cela fut cauſe que l'on
ugea à propos de faire retirer les
raupes dans leurs Poftes, ce que
l'on
de Bude . 91
lon fit à neuf heures du foir, tandis
que le
Canon
, des
Bombes
&
la Moufqueterie
de
deux
Bataillons
de
Souches
&
de
Mansfeld
favorifoient
la retraite
. Le
Prince
Charles
fut
preſent
à l'action
, &
eut
deux
Pages
, l'un
tué
à fes
coftez
, &
l'autre
bleffé
.
La
perte
fut
grande
de
part
& d'autre
. On
tient
qu'il
y
eut
plus
de
cinq
cens
Soldats
tuez
du
cofté
des
Affiegeans
, &
prés
de
trois
cens
bleffez
, ' outre
quelques
Colonels
,
Capitaines
, autres
Officiers
, &
beaucoup
de
Volontaires
. Parmy
ces
derniers
fut
le
Prince
de
Commercy
, qui
demeura
longtemps
fur
la
bréche
expofé
au
feu
. Le
Sieur
du
Pleffis
, fon
Ecuyer
, fut
tué
auprés
de
luy
, &
le
Sieur
de
S. Sulpice
, l'un
de
fes
Gentilhommes
, y_receut
quelques
bleffures
. Le
Duc
de
Bejar
,
Grand
92
Hiftoire du Siege
Grand d'Espagne , monta un des
premiers à l'affaut. Il y fut bleffé
dangereufement , & mourut trois
jours aprés . Le Fils du Prince Robert,
& Milord Georges Savil, fe
cond Fils du Marquis d'Halifax,
avec plufieurs autres Seigneurs
Anglois furent tuez , ainfi que
le
Prince Palatin de Veldens,le jeune
Comte de Maldeghen , le Chevalier
de Cormaillon , le Comte
de Herberſtein , le Comte de
Kouffstein , Capitaine dans Staremberg
, le Baron de Rolle , &
le Sieur Kirchmeir , tous deux
Capitaines dans le Regiment de
Souches, le Baron de Chiffer , le
Comte de Strottembach , & plufieurs
autres Volontaires & Officiers
fubalternes. Milord Fitz-
James, Fils naturel du Roy d'Angleterre
, fut bleffé legerement.
Le Prince Picolomini mourut
dés
de Bude.
93
dés le lendemain de fes bleffures,
& fut enterré dans Peft . Les autres
Bleffez confiderables , dont
les noms ont efté fçeus , furent le
Comte de Staremberg , Lieutenant
Colonel , qui avoit le commandement
de la droite ; le
Comte d'Aversberg , auffi Lieutenant
Colonel , qui commandoit
la gauche ; le Comte de Dona ,
Colonel dans les Troupes de
Brandebourg ; le Marquis de la
Verne , Lieutenant Maréchal de
Camp ; le Duc de Scalona , Grand
d'Efpagne ; le Comte de Valero,
frere du Duc de Bejar ; Dom
Gafpard de Suneja , fon Coufin;
le Comte de Cormaillon ; le Fils
du Comte d'Urfet , & fon Ecuyer;
le Sieur de Longueval ; le Chevalier
de Rhofne ; le Sieur de Landas
, Capitaine de Starembergs
les Capitaines Herrero & le Bay,
&
94 Hiftoire du Siege
& quelques Officiers venus de
Flandre ; le Sieur de Vaubonne ,
Capitaine des Grenadiers de
Bade ; le Baron Golenski , Capitaine
de Becq ; Dom Francifco
l'Africain ; le Sieur de la Brigondelle
, & le Sieur de Vaucou-
Gentilhomme du jeune leur
Prince de Vaudemont. Le Marquis
de Blanchefort , Fils du Maréchal
de Crequi , fut auffi bleffé ,
& la maniere dont il fe diftingua
fit affez connoiftre de quel
Sang il eft forty. Les Affiegez
perdirent beaucoup de monde.
On fçeut d'un Transfuge , qu'une
feule Bombe , qui eftoit tombée
dans leurs Retranchemens après
l'action , avoit emporté deux Agas
des Janiffaires, & plus de quarante
Soldats. Comme ils croyoient les
Troupes des Affiegeans fort en
defordre, il voulurent profiter de
l'oc
de Bude.
95
l'occafion , en faifant une Sortie
fur celles de Brandebourg , mais
ils furent repouffez avec beaucoup
de vigueur, & laifferent plus
de 40. des leurs fur la place. On
fit quinze Prifonniers.
Le 14. on travailla à applanir
les débris que les Contremines
des Affiegez avoient faits à l'Attaque
de Lorraine , & à combler
les Foffez de celles de Baviere
& de Brandebourg. On continua
de canonner la Place , & d'y
jetter des Carcaffes & des Bombes.
On nettoya auffi la Tranchée
, & on en ofta les terres ,
dont les Fourneaux des Ennemis
en avoient remply une partie . On
en découvrit deux ce jour là , &
l'on en tira les Poudres. ' Il y eut
un Mineur tué par l'imprudence,
d'un Canonnier, La Mine prit
feu, & vingt Soldats & deux Ca-
$
no
96
Hiftoire du Siege
nonniers furent emportez. On
eut avis que les Troupes d'Afie
eſtoient arrivées à Belgrade fous
la conduite du Grand Vifir , qu'il
y en avoit encore pris de nouvelles
, & qu'il s'eftoit enfuite
avancé vers le Pont d'Effeck ,
aprés avoir envoyé fix mille Spahis
à Walpo & à Poffega , avec
ordre d'obferver le General
Schults , qui avoit mené huit
mille Allemans & cinq cens
Croates de ce coſté - là.
Le 15. on attacha le Mineur
à la Muraille de la grande Rondelle
, & on commença deux Galaries
au pied de la Courtine.
Quelques Païfans fortis de Bude
furent conduits à l'Attaque de
Lorraine . Ils dirent qu'à l'affaut
du 13. il y avoit eu plus de cinq
cens hommes tuez du cofté des
Ennemis. On avança les Travaux
juſqu'au
de Bude.
97
jufqu'au Foffé , fur le bord du
quel on dreffa une nouvelle bat--
terie , pour ruiner à droit le cofté
de la grande Rondelle , qu'on
n'avoit pas encore attaqué. Tandis
que les Mineurs travailloient
à deux chambres de Mine , les
Affiegez en firent fauter une à
la gauche de l'Attaque. Elle ne
fit qu'agrandir la brèche du cofté
de ceux de Brandebourg. On
en éventa deux autres qu'on n'avoit
point encore chargées. Les
Bombes que l'Ingenieur Espagnol
fembloit élever jufqu'aux Etoiles,
faifoient un effet fi prodigieux
en retombant , qu'un Transfuge
rapporta qu'une feule avoit enfoncé
deux planchers & deux
voûtes , & tué plus de
perfonnes dans la plus baffe ; ce
qui caufoit une grande defolation
, parce qu'il n'y avoit pref-
E
quarante
98
Hiftoire
du
Siege
que plus d'endroits où l'on fe
puft tenir à couvert. On eut
avis que les Turcs qui venoient
fecourir Bude , eftoient campez
vers Hatwan , aprés avoir paffe
la Teyffe avec un Convoy prés
de Segedin. On détacha auffitoft
les Regimens de Stirum , de
Taff , & de Trurks , pour aller
joindre le Barón de Mercy , afin
d'obliger les Infidelles à repaffer
la Riviere..
Le 16. les Bavarois firent jouer
deux Mines , qui au lieu de
combler le Foffe de la Rondelle
du Chafteau , & de faire fauter
la Paliffade , comme on l'avoit
creu , renverferent les premiers
poftes de leurs Tranchées,
de forte qu'il y eut plus de trente
hommes tuez ou bleffez. Le
Marquis de la Verne , qui n'avoit
efté bleffé que legerement
à
de Bude.
୨୨
#
à l'affaut du 13. le fut ce jourlà
d'un éclat de pierre. Cet accident
fit qu'on réfolut de ne
plus faire jouer de Mines , qu'on
n'euft achevé toutes celles où
l'on travailloit , afin de les faire
fauter toutes à la fois , quand
les trois Attaques donneroient
l'affaut. Un Armenien , qui avoit
fa Femme & fes Enfans à Vienne
, s'eftant échapé de Bude , vint
donner avis que les Janiffaires
avoient preffé deux fois le Bacha
de rendre la Place mais
que ne l'ayant pas trouvé de ce
fentiment , ils luy avoient déclaré
qu'ils fe défendroient encore
quelque temps , mais qu'ils
ne vouloient pas attendre l'extremité
. Il ajoûta que les Affiegez
avoient perdu beaucoup de
monde dans l'action du 13. qu'ils
auroient capitulé fi l'on avoit
E ij
TE
DE
LA
>-
LYON
1895
roo
Hiftoire du Siege
pû fe maintenir fur la brèche,
qu'ils ne s'eftoient tenus en fi
bon ordre derriere leurs rétranchemens
, que parce qu'un Deferteur
eftoit venu leur donner
avis de la refolution que l'on
avoit priſe de donner l'Affaut ;
que cependant l'ayant pris pour
un Efpion , ils luy avoient fait
couper la tefte , & qu'ils en feroient
autant à tous ceux qui
viendroient ſe rendre ; que l'on
avoit commencé à manger les
Chevaux , faute de fourage &
d'autre viande ; qu'un pain
pour vivre un feul jour couftoit
un écu , & que les Bombes de
I'Ingenieur Eſpagnol , qu'ils nommoient
le feu du Ciel , perçoient
les voûtes des Caves. La nuit
les Bavarois fe pofterent derriete
la Paliffade du Foffé de la
Rondelle du Chafteau , de forte
.
que
de Bude. ΙΟΥ
que les Ennemis furent obligez
de s'en retirer avec perte de
quelques hommes. Le Comte
de Fontaine , qui commandoit
les Bavarois , fut tué d'un coup
de Moufquet. Le Comte d'Apre
mont fut bleffé dans la mefme
occafion , auffi bien que le Capitaine
des Grenadiers du Regiment
de Bade. Son Lieutenant
fut tué , & il y eut encore environ
quarante Soldats tuez ou
bleſſez Les Ennemis deffendoient
ce poſte au nombre de deux
cens cinquante , & comme on
leur coupa d'abord le chemin
de la retraite , il n'en échappa
que vingt-fix qui demanderent
quartier. Tout le reste fut tué .
Un Turc qui fortoit de Bude fut
arrefté cette mefme nuit. Il eftoit
Mineur. On apprit de luy que
quoy que la Ville fuft extremé-
E iij
102
Hiftoire du Siege
ment incommodée de l'infection
des Cadavres , qu'on ne pouvoit
enterrer faute de trouver des
lieux où l'on puft les mettre , &
que les Habitans fouffriffent une
fort grande difette à cauſe qu'on
ne diftribuoit des vivres qu'aux
Soldats , les Affiegez ne laiffoient.
pas d'eftre refolus de continuer à
fe bien défendre , & qu'il y avoit
des Fourneaux en divers endroits
avec des coupures & des retranchemens
dans les ruës , à la teſte
defquels ils avoient mis plufieurs
pieces de Canon chargées de
Cartouches.
Le 17. le Prince Charles de
Neubourg eftant arrivé au Camp,
alla fe pofter avec fon Regiment
de l'autre cofté du Pont . Le
Maréchal Caprara , & le General
Palfi , revinrent des environs de
Stulweifembourg avec plufieurs
Re
de Bude.
103
Regimens de Cavalerie . Le premier
paffa le Danube , & prit
le commandement
des Troupes
qui eftoient campées proche de
Peft. Le Marquis de la Verne,
quoy que bleffé , eftant demeurẻ
feul à remplir la Charge de
Lieutenant Maréchal de Camp
general d'Infanterie , ne voulut
plus fortir de l'attaque à caufe
que
le Comte de Fontaine ayant
efté tué la nuit precedente , il
n'y avoit plus d'Officier de fon
caractere pour le relever. On
avança les approches des trois
attaques jufqu'au pied de la
muraille , & l'on acheva une baterie
de trois pieces de Canon à
celle de Lorraine pour battre
l'Angle de la Tour. On travailla
aux Mines à l'Attaque de Brandebourg,
& les Mineurs fe trouverent
fous la Courtine proche
E iiij
104 Hiftoire du Siege
la troifieme Rondelle de celle de
Lorraine , & fous une autre à
gauche. On applanit auffi la defcente
dans les foflez , & pendant
tout le jour & toute la nuit on
ne ceffa point aux trois Attaques
de faire un grand feu de toutes
les Bateries , afin d'agrandir les
bréches & d'achever de ruiner
toutes les defences & les coupures
qui eftoient derriere , ce qui
devoit mettre les Generaux en
eftat de faire donner l'Affaut general
, qu'ils ne vouloient point
hazarder qu'on n'euft éventé les
Contremines.
Le 18. une partie de ceux qui
eftoient campez proche de Peft ,
& qui ne compófoient point
de Regiment , retournerent à
leurs premiers Poftes , fur les
avis qu'on receut que les Troupes
Ottomanes , qu'on croyoit
de
de Bude.
105
,
devoir venir de ce cofté là jetter
du fecours dans Bude s'efloient
retirées apres avoir mis
des vivres dans Hatwan & dans
Erlaw. On apprit le mefme jour
que des Turcs eftoient venus à
deux lieues du Camp couper la
tefte à quelques Fourageurs &
Vivandiers . Sur les onze heures
du foir , les Affiegez fe montrerent
fur la breche . Ils poufferent
de grands cris , & cela fit croire
qu'ils fe preparoient à une fortie .
On fit fur eux un grand feu qui
les contraignit de fe retirer . Ils
éventerent la Mine de l'Attaque
des Imperiaux par un Fourneau
qu'ils firent jouer. Quatre Mineurs
& le Sieur Liber leur Capitaine
, y furent enfevelis . On
les chercha auffi- toft , & on ne
put trouver que deux Mineurs ,
qui n'eftoient pas morts. Les Ba
E v
106
Hiftoire du Siege
varois mirent le feu dans le Chafteau
par une Bombe qu'ils y firent
tomber. Cependant les Ennemis
barricaderent d'une nouvelle
Paliffade la Breche de la
Rondelle .
Le 19.les Affiegez travaillerent
inceffamment entre la Breche des
Imperiaux & la muraille de la
Ville, ce qui fit croire qu'ils y faifoient
un nouveau retranchement.
Les Bavarois travaillerent
de mefme pendant tout le jour à
à une Baterie fur le bord du Foffé
, afin d'abatre la Paliffade , & le
refte de la Rondelle du Cha fteau .
Ils attacherent en mefme temps
le Mineur, pour chercher les Mines
des Ennemis . La nuit les
Troupes de l'Attaque de Lorraine
donnerent un faux Affaut , &
firent jouer plufieurs Mortiers
chargez de Bombes , de Carcaffes
&
de Bude.
107
& de Grenades. L'effet en fut
terrible pour les Affiegez , qui
eftoient accourus en foule pour fe
defendre. Un Transfuge paffa
de la Ville au Camp , & en parlant
des defordres que faifoient
les Bombés dans la Place , il dit
qu'il en eftoit tombé une fur une
voute , qu'elle l'avoit enfoncée, &
que plus de cent hommes qui
eftoient deffous , en avoient efté
tuez .
Le 20. les Affiegez donnerent
trois fauffes allarmes, ce qui obligea
de faire avancer contr'eux
un détachement de Grenadiers
à chaque attaque. On s'apperceus
qu'ils s'aflembloient derriere leurs
Paliffades, & dans la penfée qu'on
eut qu'ils avoient deffein de faire
une fortie, on fit pointer le Canon
& les Mortiers de ce costé là . Les
Bateries firent un grand feu , & le
fuc
108
Hiftoire du Siege
fuccez en fut fort avantageux
aux Affiegeans. Le mefine jour le
General Palfi retourna fur fes pas
avec fix Regimens , & eut ordre
d'obferver les mouvemens des
Troupes Ottomanes , qui avoient
déja paffé le Pont d'Effeck , à ce
que difoient tous les Efpions. Le
Prince Charles alla reconnoiftre
les endroits par où les Turcs pouvoient
jetter du fecours dans la
Place. Il y eut encore un Armenien
qui fe fauva de la Ville. Il
dit que la confternation yeftoit
tres -grande ; qu'il n'y reftoit plus.
que deux mille Janiffaires dont
le nombre diminuoit tous les
jours , & qu'ils ne ſe defendoient
que parce qu'on les avoit affurez,
qu'il y avoit deux Armées en
marche , pour venir faire lever
le Siege .
Le 21. on continua d'élargir
la
de Bude. 109
la brêche à coups de Canon à
l'Attaque de Lorraine , & de
rompre la Paliffade que les Ennemis
y avoient mife. Le Baron
de Mercy , qui avoit fait repaffer
la Teyffe aux Turcs qui s'étoient
avancez vers Hatwan , &
dont il avoit défait une partie de
l'Arriere garde , receut ordre de
repaffer le Danube , & de marcher
avec la Cavalerie que l'on
avoit jugée inutile pour le Siege,
à la rencontre des Infidelles qu'on
difoit s'eftre affemblez vers le
Pont d'Effeck , au nombre de
vingt- cinq à trente mille. Un Cavalier
du Regiment de Caprara
fe faifit d'un Turc qui eftoit caché
dans un Marais . Il avoit des
Lettres pour le Grand Vizir , &
pour quelques Officiers de l'Armée
Turque. Elles furent déchifrées.
Le Bacha de Bude leur
don
110
Hiftoire du Siege
donnoit avis de l'eftat de la Place
, & du preffant befoin qu'il
avoit qu'on le fecouruft.
Le 22. de grand matin les Af
fiegez fortirent du cofté des Bavarois
, & ayant pouffe la Garde
qui étoit à la tefte de la Tracheé,
ils tuerent prés de cent hommes,
entre lefquels fe trouverent le
Sieur Lôben Colonel dans les
Troupes de Saxe , un Capitaine
, & quelques Officiers fubalternes.
Le Sieur Defchwint, Colonel
de l'Artillerie de Baviere,
fut mortellement bleffé au cou.
Ils enclouerent trois pieces de
Canon & un Mortier, & auroient
caufé un plus grand defordre , fi
un Lieutenant & quelques Fantaffins
du Regiment de Bade qui
accoururent n'euffent foûtenu
les Bavarois , & contraint les Ennemis
de fe retirer avec perte de
>
plus
de Bude. III
plus de fix- vingt des leurs, qu'ils
laifferent fur la place. L'avis en
ayant efté donné à l'Electeur de
Baviere , il vint auffi - toft dans la
Tranchée. On décloüa le Mortier
& deux pieces de Canon, &
en fuite on jetta une Bombe de
ce Mortier. Un peu après, on entendit
un bruit extraordinaire,
& il fe fit comme un tremblement
de terre qui ébranla tout
le Camp, & dont plufieurs Tentes
furent renversées. Il s'éleva
une fumée fi épaiffe qu'on' fut
quelque temps fans voir la Ville.
Soit par l'effet de la Bombe,
foit par quelque autre accident,
le feu s'eftoit mis à un Magafin
à poudre , qui eftant proche de
la muraille en renverfa plus de
quarante pas de longueur, en forte
qu'on y euft pû monter aifément;
IIZ
Hiftoire du Siege
ment , fi la Riviere n'en avoit
pas empêché l'accez. Des Fantaffs
fe jetterent fur l'Electeur
de Baviere pour le garantir des
pierres qui tomboient en quantité
dans les Tranchées . On en
trouva un fort grand nombre
dans Peft & dans tout le Camp,
de la pefanteur de deux , trois,
& quatre cens livres , jufques à
cinq cens. On dit qu'il y avoit
neuf cens Quintaux de poudre
dans ce Magafin , & qu'il fit perir
, en fautant en l'air , plus de
quinze cens perfonnes , hommes
femmes & enfans , fans compter
ceux qui demeurerent enfevelis
dans les caves voifines qui furent
couvertes des ruïnes de ce
grand bâtiment. La nuit, on travailla
à la chambre de la Mine
fous la grande Rondelle . Les Af
fiegez la contreminerent , ce qui
obligea
de Bude. 113
geans
obligea les Mineurs des Affied'abandonner
le travail. Il
n'y eut que celuy qui eftoit attaché
à la Courtine du milieu à
la gauche , qui continua . Il arri-
Iva dans la chambre de la Mine
que les Ennemis avoient éventée
, & la voulut rétablir , mais
ayant entendu travailler fous lui,
il fe retira, & laiffa quelques barils
de poudres découverts ; le
feu y prit pluftoft qu'on ne l'avoit
crû , & jetta le Lieutenant
des Mineurs jufque fur la batterie
de Brandebourg . Celuy qui
les commandoit fut brûlé . Comme
la Mine n'eftoit pas affez profonde
, l'ouverture qu'elle fit au
pied de la Courtine , fut feulement
de deux toifes. Les Turcs
fortirent en fi grand nombre ,
qu'on ne les put arrefter que par
un feu extraordinaire que l'on fit
fur eux.
Le
114 Hiftoire du Siege
a
Le 23. Le Mineur attaché à la
Rondelle du milieu, ayant achevé
de perfectionner la Mine , il
fut refolu que fi elle avoit l'effet
que l'on pouvoit s'en promettre,
on donneroit l'Affaut , general,,
Cependant le Prince Charles jugea
à propos
de faire fommer les
Afliegez avant que de l'entreprendre.
Le Magaſin fanté le
jour précedent , avoit mis un fi
grand defordre dans la Place
qu'il y avoit lieu de croire qu'on
les trouveroit moins obftinez , &
qu'ils fe refoudroient à fe rendre
fi on leur offroit des conditions
avantageufes. Ainfi fur les trois
heures aprés midy, ce Prince envoya
le Comte de Konigfek, fon
Aide de Camp general , avec un
Tambour & un Interprete pour
fommer la Ville. Les Affiegez
le voyant venir , & connoiffant
au
de Bude.
115
,
au fignal d'un mouchoir blanc
qu'il avoit quelque propofition
à leur faire planterent fur la
Muraille un Drapeau de mefme
couleur , & vinrent enfuite
prendre la Lettre du Prince
Charles pour la porter au Bacha
, qui dormoit alors , à ce
qu'ils dirent. En attendant la
réponſe , on luy laiffa trois Turcs
pour Oftages , & on luy vint
dire un peu aprés que le Bacha
avoit affemblé fes Officiers,
pour deliberer fur cette Lettre.
Il y eut de part & d'autre fufpenfion
d'armes pendant deux
heures
, & aprés ce temps on
apporta la réponſe du Bacha au
Prince Charles , envelopée d'écarlate.
Voicy les termes qu'elle
contenoit .
GRAND
116
Hiftoire du Siege
RAND VISIR DES
G&RESTIENS,
Tu es bien présomptueux de venir
une feconde fois mettre le Siege
devant Bude , qui a déja couté tant
de monde & tant d'argent aux
Chreftiens. Il est bien vray que ce
Siege nous a furpris , parce que nous
ne nous y attendions point ; mais
par l'affiftance de Dieu, & de noftre
Prophete Mahomet, vous aurez efte
par deux fois honteufement repous-
Sez, & vous n'aurez pas à nous
donner tat d'affauts que vous croiez.
Nous efperons qu'il vous en arrivera
comme il vous est déja arrivé . Si
voftre Empereur vous a commandé
de nous attaquer , nous avons ordre
du noftre de nous bien défendre .
Cette réponſe pleine de fierté
obligea les Affiegeans à faire joüer
le Canon des trois Attaques , &
de Bude.
117
à bombarder la Place avec plus
de furie que l'on n'avoit fait auparavant.
Le 24. Les Imperiaux firent
jouer une Mine , qui au lieu de
renverfer la Rondelle qui eftoit
entre leur bréche & celle des
Troupes de Brandebourg , combla
les premiers poftes de leurs
Tranchées , ce qui fâcha fort les
Hongrois , qui au nombre de
deux mille eftoient tout prefts de
monter à l'affaut , à la tefte des
Troupes de l'Attaque de Lorraine.
Le Capitaine des Mineurs &
deux Travailleurs furent accablez
par les débris de la Mine,
dont plus de deux cens Soldats
furent tuez ou bleffez. Un fugitif
vint apprendre au Prince
Charles que le Treforier des Janiffaires
avoit eu deffein de livrer
la Ville , à condition qu'on
l'en
118 Hiftoire du Siege
t
l'en feroit Vice - Commandant ,
mais que deux Païfans qui luy
devoient apporter la Lettre aïant
efté arreftez , le Bacha avoit fait
couper la tefte au Treforier , &
pendre les Païfans . Il ajoûta que
cinquante Turcs & un Aga a-
- voient efté tuez de la Mine, que
les Imperiaux avoient fait jouër
ce mefme jour, a
Le 25. une Bombe des Affiegeans
renverfa fur la Rondelle
du Chafteau quelques Paliffades,
& deux ou trois cofres chargez
de terre & de pierres qui les foûtenoient.
Le General Dunewald
receut ordre de prendre langue
de l'Armée des Infidelles. Sur les
cinq heures du foir , les Affiegez
firent une Sortie avec 200. hommes
fur la droite de l'Attaque de
Lorraine , où commandoit le
Comte de Saur , qui les repouſſa
vigou
de Bude.
119
quelque
.
vigoureufement avec
perte de leut cofté , mais elle
ne les empefcha pas d'en faire
une autre fur la gauche , où é-.
toient les Troupes de Brandebourg.
Ils couperent la tefte à
quarante hommes , & après avoir
encore efté répouffez de ce coſté
là , ils revinrent de nouveau , 1 , &
poufferent ceux de Brandebourg,
qui furent contraints de quitter
leurs Lignes. Le Prince Charles
en fut averty , & fit incontinent
avancer les Bataillons de referve,
qui eftoient poftez le long du
Danube prés des murailles de la
Ville- baffe. Les Turcs plierent
-lors qu'ils virent ce fecours , &
quoy qu'ils en euffent receu du
Bacha,qui leur envoyoit dé temps
en temps de nouvelles Troupes
pour les foûtenir , ils rentrerent
dans la Ville aprés une Efcarmouche
I 20
Hiftoire du Siege
che qui dura prés de quatre heures.
Il ne demeura que vingt
des leurs fur la place. Ceux de
Brandebourg perdirent le Lieutenant
Colonel de leurs Gardes.
Le Baron d'Ati qui commandoit
le Corps de referve , fut bleffé
au pied d'un coup de Moufquet,
& l'Aide de Camp du Comte de
Staremberg eut les deux jambes
emportées d'un coup de Canon.
Le Baron de Hoenwart fut tué
avec un Enſeigne du Regiment
de Souches , & quelques autres
Officiers.
Le 26. on prepara toutes les
chofes neceffaires pour donner le
lendemain l'Affaut general . Le
Maréchal Caprara paffa le Danube
, & vint fe camper au milieu
des Imperiaux & des Bavarois
, afin de fermer le paffage
· par où les Ennemis auroient pû
fe
de Bude. 121
fe fauver , ou faire des Sorties
fur les Affiegeans. Le Prince
Charles, qui avoit refolu de faire
donner l'Affaut à la pointe du
jour , paffa toute la nuit dans la
Tranchée , & pendant ce temps
on executa la refolution que l'on
avoit priſe d'attacher aux Paliffades
une certaine compofition
de feu artificiel pour les brûler;
elle eut un tres- grand effet .
,
Le 17. au matin les Paliffades
eftant encore toutes enflâmées
par la quantité qu'on y
avoit mis de cette compofition,
on attendit pour donner l'Affaut
qu'une petite pluye , qui
commença à tomber , euft éteint
les feux qui fervoient comme de
défenſe aux Ennemis. Tous les
ordres avoient été donnez le jour
précedent à tous les Officiers Generaux
Subalternes qui devoient
F
7 122 Hiftoire du Siege
eftre employez aux 3.Attaques,&
ils fçavoient en quel lieu & en
quelle maniere ils devoient agir
lors qu'ils auroient oüy le Signal.
Ce Signal eftoit 3. décharges de
12.petites pieces de Canon du côté
de Peft,afin qu'on en puft entendre
le bruit auffibien au quartier
de Baviere, qu'à ceux de Lorraine
& de Brandebourg. Il fut
donné fur les fix heures du foir, &
auffi- toft ceux qui eftoient commandez
à l'Attaque de Lortaine,
marcherent en fort bon ordre
vers la groffe Rondelle à droit,afin
de fe loger fur la bréche . Quarante
Grenadiers ayant un Capitaine
à leur tefte avec un Lieutenant
& un Sergent , furent fuivis
de cinquante Fufeliers , &
d'un pareil nombre d'hommes armez
de faulx , fous les ordres
d'un Capitaine , d'un Lieutenam
,
de Bude. 123
nant , d'un Sergent , & des autres
Officiers fubalternels. Cent
hommes chargez de haches &
pelles eftoient à la premiere ligne,
commandez par un Capitaine
, par un Lieutenant , & par
un Sergent, & avoient deux cens
Moufquetaires pour les foûtenir.
Le Prince de Neubourg, Grand-
Maistre de l'Ordre, Teutonique
, commandoit en cet endroit
de l'Attaque , & le Marquis de
Nigrelli , General de Bataille ,
le Colonel Keth , le Baron Reder
, Lieutenant Colonel , & le
Lieutenant Major de Staremberg
l'accompagnoient pour
porter fes ordres , & les faire
executer avec plus de promptitude.
Le Comte de Souches, qui
avoit auprés de luy le Sergent
general Diepental , le Colonel
d'Oetingen , le Comte Jorger,
,
Fij
124 Hiftoire du Siege
1
Lieutenant Colonel , & le Sergent
Major de Croy, marcha au milieu
vers la Courtine , précedé de 50.
Grenadiers , de cent Fufeliers, &
-de cent autres hommes armez de
faulx & de bâtons ferrez par les
deux bouts . Ceux - cy ayant leurs
Officiers à leur tefte , avoient
auffi pour les foûtenir 200. Moufquetaires
& 5o.hommes avec des
haches & des bêches propres à faper
& à faire des logemens après
qu'on auroit chaffe les Ennemis
de leurs poftes. La difpofition fut
pareille à l'Attaque de Brandebourg.
Ceux qui devoient donner
à la bréche de la Rondelle à gauche,
eftoient foutenus d'un pareil
nombre de Moufquetaires , & avoient
ordre de faire grand feu
contre les Turcs fi- toft qu'ils fe
montreroient hors de leurs Coupures.
Les Heiduques furent
commandez pour donner une
de Bude. 125
fauffe alarme du cofté de l'eau ,
à l'endroit où l'embrafement du
Magafin avoit ouvert la Murailles.
Trois cens hommes les foutenoient
fous les ordres d'un Sergent
Major , de trois Capitaines
& des autres Officiers Inferieurs.
Tous les autres Generaux
furent poftez en divers endroits
pour y faire la fonction
de leurs charges fuivant le commandement
qu'ils avoient receu
. On avoit mis douce cens
hommes de reſerve dans un fond
au pied de la brêche , & ils devoient
s'avancer par files afin de
remplir la place de ceux qui feroient
tuez . Le General Dinghen
les commandoit. Le refte de l'Infanterie
eftoit deftiné pour s'avancer
de la mefme forte fi les
Generaux & les autre Officiers
à qui l'on avoit confié la garde
Y
Fiij
126 Hiftoire du Siege
de la Tranchée , l'euffent jugé
à propos. Tout ayant efté difpofé
de cette forte , les Troupes
Imperiales & celles de Brandebourg
marcherent en mefme
temps du coté des brêches ,
chacun en fon rang , tant les Of
ficiers que les Soldats , principalement
vers la grande Rondelle,
dont la maçonnerie n'avoit
pas
efté bien éboulée , quoy qu'on
y euft fait jouer plufieurs Mines.
Ce fut de part & d'autre
un feu effroyable & un bruit
terrible qu'on ne sçauroit exprimer.
Si le Canon , les Bombes
, les Carcaffes , les Grenades,
& la moufqueterie des Affiegeans
, firent un fracas qui euſt
pû épouvanter les plus intrepides
, le feu que firent les Affiegez
& par leur Canon & par
leurs Mortiers à pierres qu'ils ac- .
compagnerent d'une grefle de
de Bude.
127
Fleches , de Dards , de Bombes
ardentes , & autres Machines,
qu'ils faifoient rouler du haut
des brêches où ils s'expofoient
à corps découvert , fit voir aux
Chreftiens qu'ils avoient à faire
à des gens determinez qui leur
vendroient cherement leurs vies.
Les Imperiaux s'avancerent
bord jufqu'aux Paliffades , dont
les Ennemis avoient reparé les
bréches des Rondelles . Ils eurert
peine à y conferver leur
pofte , à caufe du grand nombre
de Fourneaux qu'on y fit
jouer. Plus de trois cens hommes
furent tuez ou accablez du
premier , & la refiftance des
Affiegez qui fut extraordinaire ,
fit reculer les Imperiaux juf
qu'à trois fois. Le Prince Charles
qui s'en appercent du lieu où
il donnoit les ordres , & qui les
F
128
Hiftoire
du Siege
રે
vit au milieu des feux , tant des
Machines que les Ennemis faifoient
rouler , que de neuf Mines
& de neuf fourneaux qu'ils
firent fauter en fort peu de
temps , s'avança luy - meſme au
pied de la brêche pour les foûtenir
avec de nouvelles Troupes
Sa prefence les anima telle.
ment , que voyant leur General
s'expofer comme eux au plus
grand peril , & vouloir fe rendre
témoin de leurs actions , ils
forcerent les Paliffades , & fe
rendirent maiftres de la grande
Rondelle où ils fe logerent. Ceux
de Brandebourg n'eurent
moins de fuccez à leur attaque.
Ils vinrent à bout de fe loger
fur la Courtine & fur la Rondelle
à gauche. Les Ennemis qui
s'eftoient retirez derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits
pas
all
de Bude. 129
= au de- là des Paliffades , firent
leurs efforts pour les en chaffer,
& jetterent fur les uns & fur
les autres quantité de Fleches ,
de feux d'artifices , & d'autres
Inftrumens remplis de foufre ;
fur tout leurs Mortiers à pierres,
les Mines & les Sacs à poudre
aufquels ils mettoient le feu en
ſe retirant des Poftes qu'on les
forçoit de quitter , tuerent &
blefferent un grand nombre de
Chreftiens. La prefence du Prince
Charles qui ne voulut point
abandonner l'entreprife , contribua
fort à l'heureux fuccez qu'elle
cut. Chacun cherchoit à fe
fignaler avec une intrepidité qui
n'eft pas croyable , & les Soldats
à envy les uns des autres,
prenoient le Pofte que leurs camarades
leur abandonnoient en
perdant la vie. Les Imperiaux
F v
130 Hiftoire du Siege.
trouverent dans la grande Rondelle
deux Etendarts des Janiffaires
, & trois Pieces de Canon,
& ceux de Brandebourg en trouverent
fept & quelques Mortiers
dans la Rondelle dont ils s'étoient
emparez à gauche.
Pendant que l'on donna l'affaut
de ce cofté - là , l'Electeur de Baviere
le donna auffi du cofté de
fon attaque . Il avoit fait brûler le
jour precedent les Paliffades que
les Ennemis avoient plantées fur
la brêche, & fi-toft qu'on eut entendu
le Signal pour y monter,les
Fufeliers , & les Grenadiers avec
les hommes armez de haches qui
avoient fes ordres pour faper celles
qui pouvoient encore embaraffer
, fortirent de la Tranchée,
fuivis de cent Moufquetaires fous
un Capitaine & deux Lieutenans
, pour monter à l'affaut, tant
à
de Bude.
à droit qu'à gauche. Ĉent Travailleurs
marcherent en fuite, 25 .
avec des Pelles , & foixante &
quinze avec des faux , pour faire
un logement fur la hauteur de la
Rondelle, aprés qu'on s'en feroit
emparé. Ils eftoient fouftenus de
50. Fufeliers , de 30. Grenadiers,
& de 200. Moufquetaires. D'autres
Moufquetaires choifis avoiết
efté commandez pour feconder
de chaque cofté les trois Bataillons
Imperiaux , Bavarois & Saxons
qui devoient fouftenir les
premiers. On fe mit en marche
par les Ouvertures qui avoient
efté faites aux foffez vers la brêche
à droit & à gauche de la
Rondelle. En mefme temps toutes
les bateries commencerent à
tirer fur les brêches, & contre les
murailles hautes & les feneftres
des maifons du Chafteau, & l'on
jetta
132
Hiftoire du Siege
jetta auffi fans aucun relâche des
bombes & des carcaffes , dont il
y en eut quantité qui furent jettées
contre les retranchemens
des Affiegez , & entre les deux
premieres murailles du cofté du
Danube. Quoy que la muraille
fuft encore haute & difficile
à monter , on s'avança vers
la brêche à droit & à gauche
avec tant de valeur , de courage
& de conduite , que l'on
s'empara de la Rondelle , malgré
les coups de Moufquets que
les Ennemis tiroient fans ceffe
des Crenaux de cette meſme
muraille . On s'empara auffi à
gauche d'un lieu fitué entre les
maifons , & la muraille exterieure
, ce qui n'eftoit pas aifé
, parce que les endroits les
plus éminens du Chateau le
commandoient , & que l'on jettoit
de Bude .
133
toit de là fur les Affiegeans
une infinité de pierres , de Grenades
, de Bombes & de Sacs
à poudre. Ce feu continuel ne
put arrefter l'ardeur qui les emportoit
, & ils l'effuyerent avec
une bravoure qu'on ne peut affez
loüer, mais la nuit qui commençoit
d'approcher , ne permit pas
qu'on avançaft davantage. On
travailla à des Logemens fur la
Rondelle , & dans les autres Poftes
que l'on avoit occupez . L'Electeur
de Baviere fe tint expofé
au feu pendant toute l'action . Il
vifita tous les Poftes , & alla par
tout donner les ordres qu'il jugea
utiles pour la feureté & pour la
perfection du travail. Non feulement
il animoit les Soldats par
fa prefence , mais il les engageoit
à continuer de bien faire en leur
donnant des marques de fa liberali
F34
Histoire du Siege
ralité . Le Prince Louis de Bade
fit paroiftre auffi beaucoup d'intrepidité
, & demeura expofé
aux coups pendant toute l'efcarmouche
, afin qu'on apprift par
fon exemple à méprifer le peril.
Le Prince de Neubourg, le Prince
Eugene de Savoye , & plufieurs
autres Generaux montrerent
de leur cofté toute la bravoure
qui pouvoit donner un
nouveau courage aux Attaquans,
& la fermeté avec laquelle ils les
voyoient foûtenir le grand feu
des Ennemis , fervit beaucoup à
leur faire remporter les avantages
qu'ils eurent en cette journée.
Ce que firent les Heiduques
ne fut pas confiderable. Auffi ne
faifoient- ils qu'une fauffe attaque
afin d'attirer les Ennemis de
ce cofté- là . Ils y trouverent les
Poftes tres -bien garnis , à caufe
que
de Bude..
135
*
que c'eftoit l'endroit où te Magafin
avoit fauté , & par confequent
le plus découvert. L'affaut:
dura trois heures avec grand
perte du côté des Affiegeans . Ils .
eurent prés de deux mille hom .
mes tuez ou bleffez , fans un fort
grand nombre d'autres qui furent
brûlez ou enterrez par les
mines. Le Prince Charles fut
atteint legerement d'un coup de
pierre à la jambe , & le Sieur
d'Artein fon Ayde de Camp general
de ce Prince , fut tué auprés
de luy. Le Duc de Croy qui
n'avoit receu d'abord qu'une
bleffure peu confiderable , receut
enfuite un coup de Moufquet qui
luy perça le genoüil . Le Duc de
Curland Colonel dans les Troudes
de Brandebourg , fut bleffé
dangereufement , auffi bien que
le Comte Schileck, & le Marquis
Sa
136
Hiftoire
du Siege
,
Sanati . Le General Major de
Thingen le fut mortellement à la
teſte. Le Baron d'Afti qui n'eſtoit
pas encore guery d'une bleffure
qu'il avoit receu e deux jours auparavant
, eut les deux cuiffes
percées , & le Baron de Welbersheim
, les deux bras caffez . Le
Prince de Comercy qui s'eft
toûjours fignalé dans les occafions
où il y avoit le plus de peril
à effuyer , receut auffi une legere
bleffure. Les autres bleffez
dont on a pû jufqu'icy fçavoir les
noms , furent le Duc de Scalona ,
le General Major Diepenthal , le
Comte & le Chevalier d'Apremont
, Freres , le Colonel Goeling
; le Comte d'Archinto ; le
Comte Zacco Sergent Major , le
Lieutenant Colonel Rotten ; le
Comte de Saur ; le Sieur Reder,
Lieutenant Colonel du Regiment
de Bude 137
ment de Neubourg . Le Sergent-
Major Pini , le Marquis de la
Verne , le General Rummel , le
Baron de Welberg , Lieutenant
Colonel de Beck , avec plufieurs
Officiers de ce mefme Regiment:
le Comte de Palfi , Lieutenant
Colonel ; le Baron d'Aversberg,
le Sergent Major , un Capitaine
& un Lieutenant de Staremberg,
& plufieurs autres Officiers
des Regimens de Bade , de Beck,
de Steinau, de Rummel , de Selbolftoff,
de Gallensfels , & autres.
Le Comte de Dona , & le Sergent
Major de Marwitz , furent
tuez à l'attaque de Brandebourg.
Le 28. on dreffa une Batterie
fur la Rondelle du milieu , dont
les Imperiaux s'eftoient rendus
maiſtres à l'Attaque de Lorraine ,
& l'on applanit les bréches , afin
d'y
138 Hiftoire du Siege
d'y pouvoir guinder l'Artillerie .
On travailla à perfectionner les
Lignes de communication des
logemens , & l'on pourfuivit le
travail de trois Mines , qui avoient
efté commencées fous la
feconde Muraille incontinent aprés
l'Affaut du jour précedent.
Le Mineur fut attaché en deux
endroits de cette mefme Muraille.
Ceux de Brandebourg tirerent
une Ligne paralelle à cette
Attaque .
Le 29. on fit fauter deux mines
à l'Attaque de Lorraine. Il y
en eut une qui renverfa quinze
toifes de maçonnerie dans le Foffé
. Elle ne laifferent pas de caufer
du dommage aux Affiegeans ,
puis que deux Capitaines des
Troupes de Brandebourg , & environ
cinquante Fantaffins , la
plufpart des mefmes Troupes.
£u
de Bude.
139
furent enterrez fous leur debris .
Une Batterie de trois pieces de
Canon fut achevée ce jour - là à
la mefine Attaque . Quelques Armeniens
fugitifs vinrent avertir
que plus de mille perfonnes , hommes
, femmes & enfans , avoient
efté tuez dans la Place le jour
qu'on avoit donné l'Affaut ; qu'une
grande quantité avoient voulu
fe fauver du cofté de la Ri
viere , mais qu'ils y avoient trouvé
tous les Bateaux enchaifnez;
que la Garnifon n'eftoit plus que
de mille Combattans , & que le
Muphti les exhortoit inceffammet
à fe rédre,mais que le Bacha
les animoit à refifter jufqu'au
bout par l'efperance du fecours
qu'il attendoit ; qu'il y avoit par
tout des Retranchemens & des
Coupures , & qu'à la derniere
extremité il avoit efté refolus
qu'on
140 Hiftoire du Siege
qu'on mettroit le feu aux Magagafins
, pour faire fauter la Ville
avec tous ceux qui fe trouveroient
dedans. La nuit , les Bavarois
avancerent environ de quarante
pas dans la Rondelle du
Chafteau , en tirant du cofté de
la Riviere , avec perte de cinquante
hommes , & ils y firent
mener deux pieces de Canon,afin
d'élargir la bréche de la feconde
Muraille .
Le 30. le Comte de Souches
& le Comte de Lodron ,Major de
Cavalerie , monterent la Tranchée
. Ce dernier avoit efté nommé
pour la relever , aina que le
Comte de Stirum , auffi Major de
Cavalerie , parce qu'il n'y avoit
plus que le Comte de Nigrelli ,
Major general d'Infanterie , qui
puft fervir. On fit jouër ce jourlà
une troifiéme Mine à l'Attaque
de Bude. 141
que de Lorraine , & deux à l'Attaque
de Baviere, qui firent affez
d'effet. Cependant le Prince
Charles jugeant qu'il y alloit du
fervice de l'Empereur de ne pas
expofer la Ville à l'affaut & au
pillage , envoya une ſeconde fois
fommer le Commandant de fe
rendre. Comme il eftoit déja
tard , les Affiegez prierent les Députez
d'attendre jufqu'au lendemain
la réponſe qu'ils leur demandoient
, parce qu'il falloit affembler
le Confeil fur une affaire
d'une fi grande importance.
Le 31. le Prince Eugene de
Savoye & un Interprete allerent
à la Porte de la Ville , où aprés
qu'on les eut fait attendre une
heure & demie , on leur apporta
deux Lettres du Commandant,
l'une adreffée au Prince Charles,
&
142 Hiftoire du Siege
& l'autre à l'Electeur de Baviere .
Elles contenoient , que la confervation
de Bude , qui eftoit la clef
de Conftantinople & de Jerufalem,
eftoit d'une telle confequence
pour les Ottomans , qu'il ne
pouvoit fe refoudre à la remettre
entre les mains des Chreftiens
mais qu'on n'avoit qu'à
choifir une autre Ville , & qu'il
eftoit preſt à la donner , efperant
par là qu'on luy voudroit bien
accorder la Paix . Ce mefme jour
le premier Capitaine d'Artillerie
eut le bras percé , & le Comte de
Staremberg , en reconnoiffant la
bréche, receut un coup de Moufquet
qui luy emporta un doigt,
& le bleffa à l'épaule . La fièvre
qui luy furvint , accompagnée
d'une diffenterie , l'obligea de fe
faire tranfporter à Comore , où le
Prince de Vaudemont , qu'une
vio
de Bude.
143
violente maladie avoit forcé de
quitter le Camp , eftoit déja depuis
quelques jours. Sur les huit
heures du foir , les Affiegez qui
n'avoient point eu de réponſe,
envoyerent deux Agas au Prince
Charles , & emmenerent avec
eux le Baron de Crentz , Ayde
de Camp du Prince Louis de
Bade , & un Interprete. On crut
que le Commandant avoit deffein
de capituler , mais toute la
negociation aboutit encore à dire
, qu'il feroit livrer telle Ville
qu'on voudroit fi on levoit le
Siege de Bude , ou qu'il rendroit
cette Place pourveu qu'on fift
une Paix generale avec l'Empire
Ottoman . Le Prince Charles
voyant que l'on n'avoit point
d'autres propofitions à luy faire,
renvoya les deux Agas , & rappella
les Oftages. Ils dirent qu'on
les
144 Hiftoire du Siege
les avoit receus fort civilement,
& qu'à leur départ ils avoient
veu beaucoup de confternation
dans la Ville. On fceut ce jour
là que l'Aga des Janiffaires eftoit
mort des bleffures qu'il avoit receues
à l'Affaut du 27. & qu'il y
avoit plus de deux mille hommes
des Ennernis bleffez ou malades.
Le premier jour d'Aouft les
Imperiaux firent jouër une Mine
qui eut un tres - bon effet. Elle fit
bréche dans la feconde Muraille,
& ébranla mefme la troifiéme , ce
qui obligea les Affiegez d'y accourir
en grand nombre. Les
Bavarois profiterent de ce moment
pour attaquer le Chafteau .
Ils y entrerent , mais ils ne purent
fe maintenir dans le logement
qu'ils y avoient commencé.
Le Marquis de la Vergne,
Gene
de Bude . 145
General Major , receut deux
coups de Fléches , dont l'un luy
perça le bras & l'autre la cuiffe .
Le Lieutenant Colonel de l'Artillerie
en receut un autre au ventre.
Quatre Fugitifs vinrent a-,
vertir que les Affiegez travailloient
à une Mine pour faire fauter
la grande Rondelle dont les
Imperiaux s'eftoient emparez. Le
General Dunewald arriva au
Camp avec la Cavalerie qu'il
commandoit aux environs de
Stulweiſembourg.
Le 2. le Comte Caraffa , Major
General, & le General Heufler
, arriverent auffi au Camp,
avec un Corps de quatre mille
hommes qu'ils commandoient
dans la haute Hongrie du cofté
de Zolnoch , & ils prirent leurs
poftes au delà du Danube , où
deux mille Hongrois comman-
G
146
Hiftoire du Siege
dez par le Comte Budiani les
joignirent . La nuit on travailla
aux Lignes de circonvallation
, pour arrefter le fecours des
Ennemis.
Le 3. on vit paroiftre des Avant-
coureurs de l'Armée des
Infidelles, & les Affiegez firet une
falve de tous leurs Canons . Comme
on s'eftoit difpofé à donner
un troifiéme Affaut , les Affiegeans
firent jouer une Mine , mais
elle n'eut pas l'effet qu'on en avoit
eſperé , & la bréche ne s'êtant
pas trouvée affez profonde,
le Prince Charles envoya dire à
l'Electeur de Baviere qu'il ne jugeoit
pas à propos de donner
l'Affaut. Les Troupes de cet Electeur
ne laifferent pas d'y monter
, foit que l'ardeur qui les ani
moit leur fift avancer l'heure du
Combat , foit qu'elles euffent
pris
de Bude.
147
-
pris le bruit de la Mine pour le
Signal dont on étoit convenu . Le
Prince Charles qui en eut avis
fit donner l'attaque de fon cofté .
Les Affiegez au nombre de plus
de deux cens , fe montrerent fur
la Bréche , le Sabre à la main , &
le corps tout découvert. Les Femmes
& les Enfans y parurent
mefme tirant des Fléches , &
faifant rouler des pierres. Il y
eut beaucoup de vigueur de part
& d'autre , & la refiftance fut
telle du cofté des Ennemis , que
tout ce que purent faire les Imperiaux
, ce fut d'avancer leurs
Logemens jufqu'au pied de la
troifiéme muraille. Ils eurent plus
de deux cens hommes tuez ou
bleffez. Les Bavarois fe faifirent
de deux ouvrages , où ils trouverent
du Canon & des Mortiers ;
mais ce ne fut pas fans perdre
G
11
148 Hiftoire du Siege
beaucoup de monde . Le Prince
de Bade receut une contufion
d'une Balle de Moufquet qui luy
perça le Ceinturon & le Jufte
au corps par derriere , & le Prince
Eugene eut un coup de Fléche
, dont le fer luy entra entierement
dans la main . Le Comte
de Caunits , Lieutenant Colonel
du Regiment de Metternich , le
Comte Hermeftein Lieutenant
Colonel de Souches , le Sieur de
Breffey , Gentilhomme Bourguignon
, Major du Regiment de
Grana , & le Major du Regiment
de la Vergne, furent bleffez à l'attaque
des Imperiaux avec plufieurs
autres Officiers. Il y eut un
jeune Comte de Staremberg tué
au commencement de cet Allaut.
Le Chevalier Huberti , Capitaine
des Gardes de l'Electeur de
Baviere , fut bleffé à l'attaque des
Ba
de Bude. 149
Bavarois avec quelques Officiers,
qui ne pûrent obliger les Fantaffins
à les fuivre , tant ils eftoient
rebutez par le feu des Ennemis,
& par les Bombes , Pierres & Grenades
qu'ils jettoient fur eux du
haut du Chateau.
Le 4. on continua de, canonner
& de bombarder la Ville , &
Fon eut avis que l'Armée Ottomane
s'approchoit . On acheva
les deux logemens à droit & à
gauche de la grande Rondelle,
& l'on conduifit quatre pieces
de Canon fur la bréche . On mit
plufieurs rangs de Pali ffades, dont
on fortifia les Travaux , que l'on
avança fort prés des Retranchemens
des Affiegez . Le Prince
Charles employa ce jour à vifiter
tous les Poftes , & à difpofer tout
ce qu'il crut neceffaire pour
eftre en eftat d'aller au devant
G iij
150 Hiftoire du Siege
de l'Armée des Ennemis.
l'Ar-
Le 5. on ne fit que travailler
aux Lignes de circonvallation, &
de contrevallation , & à des Redoutes.
On travailla auffi à des
Mines, à de nouvelles Bateries, &
à combler le Foffé à l'Attaque des
Imperiaux . On eut avis que
mée des Ottomans s'avançoit
toûjours , & que le Grand Vifir
la commandoit en perfonne. On
détacha auffi- toft differens partis ,
afin d'en avoir des nouvelles affeurées
; & cependant la garde
fut redoublée dans tous les Pofles
. Les Affiegez jetterent quantité
de Bombes. Il y en eut une
qui tomba à trois pas du Prince
Charles proche les Bateries des
Imperiaux. Elle mit le feu à
quelques barils de poudre , tua
vingt Canonniers ou Soldats , &
en bleffa plufieurs autres. Pendant
de Bude. 151
dant la nuit les Affiegez firent
defcendre un Batteau chargé de
monde & de meubles,ce qui obligea
de faire un Pont prés de Pefty
pour empefcher que la mefme
chofe n'arrivaft encore , & pour
avoir le fourage plus commodement.
Le 6. les Huffars , après avoir
battu un Party de trente Turcs,
qui s'eftoient détachez pour donner
quelques avis au Bacha de
Bude , amenerent quatre Prifonniers
, par lesquels on fçeut qu'il y
avoit une Armée de vingt mille
hommes du cofté de Stulweiſembourg,
fous le commandement du
Seraskier , & que le Grand Vifir
devoit fuivre avec une Armée de
trente mille hommes, & quarante
pieces de Canon . Le Prince Charles
donna auffi toft fes ordres
pour faire tranſporter les Mala-
Güij
152 Hiftoire du Siege
des , les Bleffez , & tout le bagage
fuperflu dans l'Ifle de S. André;
l'on travailla avec toute la diligence
poffible à perfectionner les
Ouvrages neceffaires pour mettre
le Camp en feureté , & pour
empefcher que les Ennemis ne
fecouruffent la Place . Les Bavarois
firent jouer un Fourneau qui
réüffit affez bien . Il y en avoit encore
un autre mais les Mineurs
ayant rencontré ceux de la Ville,
ne le pûrent achever.
,
Le 7. comme on fe trouvoit
fort incommodé d'une Batterie
que les Affiegez avoient derriere
la petite Rondelle , on en dref
fa une de deux . Canons pour la
démonter . Elle fit l'effet qu'on
en avoit attendu . Les , Bavarois
en firent
firent jouer une nouvelle ,
qui eftoit auffi de deux pieces
de Canon. Ils l'avoient dreffée fur
un
de Bude.
153
un échafaut bien élevé au bout
de la premiere muraille de la
Rondelle , pour abatre le Chafteau
. La nuit, on tâcha de combler
le Foffé avec des fafcines,
mais tout ce qu'on y jetta fut confumé
par des fléches ardentes que
tirerent les Affiegez , & qui y mirent
le feu. Sur le midy on fceut
par des Prifonniers que toute l'Armée
Ottomane devoit s'affembler
le lendemain devant Albe Royale.
On vint dire le foir qu'il y en
avoit partie arrivé à une lieuë du
Camp , du cofté du Chateau où
eftoit l'Attaque des Bavarois.Cela
obligea le Prince Charles à changer
fon Camp. Il fit occuper les
hauteurs & les vallons qui environnent
la Place , & nomma les
Regimens que l'on devoit envoyer
au devant des Ennemis, &
ceux qui demeureroient pour
G V
154 Hiftoire du Siege
continuer le Siege. On eut avis
ce jour là que le General Schults
eftoit mort. Il commandoit un
Camp- volant entre la Save & la
Drave.
Le 8. à la pointe du jour , trois
mille Turcs & Tartares parurent
fur une hauteur. Ils enleverent
deux Gardes avancées de douze
hommes chacune , & aprés avoir
efcarmouché avec les Huffars,
ils fe retirerent fur le midy. Cent
cinquante Hongrois qui avoient
efté détachez pour reconnoiftre
l'Armée des Infidelles , & qui
revenoient au Camp avec quelques
Prifonniers , tomberent entre
leurs mains , & en furent taillez
en pieces , à la referve de
quelques- uns qui en apporterent
la nouvelle. Ce mefme jour
les Affiegez ayant ouvert la Porte
du Chafteau , on fit un déta
de Bude.
155
tachement à l'attaque de Baviere
, pour s'avancer de ce coſtélà.
On en vit un fort grand nombre
le fabre à la main derriere
leurs retranchemens , & ils jetterent
tant de Grenades, qu'on fut
obligé de fe retirer , avec perte
de foixante hommes. On continua
de mettre les Lignes de Circonvalation
en défenfe , en les
fortifiant avec des Redoutes , fur
lofquelles on plaça quelques pieces
de Campagne.Douze hommes.
furent tuéz ou bleffez à une Batterie
à laquelle on travailloit depuis
plufieurs jours , & que les
Bombes des Ennemis ruinerent.
&
Le 9. les Tartares & les Turcs
revinrent fur le midy le long de
la Montagne vis à vis le Camp
de l'Electeur de Baviere
pafferent tout le jour à efcarmoucher.
Quoy qu'ils ne fuffent
pas,
156
Hiftoire
du Siege
pas en affez grand nombre pour
forcer les Lignes, ils ne laifferent
pas d'incommoder , parce qu'on
fut obligé de fe tenir toûjours
fous les Armes. Une Bombe des
Affiegez tomba à l'Attaque des
Imperiaux au milieu de plus
de mille Grenades . Elle mit le
feu à quelques unes dont quatre
ou cinq Moufquetaires furent
tuez. Le Comte d'Archinto
fut bleffé legerement. On pour
fuivit le travail des Mines que
l'on deftinoit à renverfer la feconde
muraille, & les retranchemens
des Paliffades dont les Ennemis
avoient reparé les brèches,
& les Heiduques furent employez
à faire des Fafcines & des
Sacs à terre , pour en remplir les
Foffez, qui eftoient de la hauteurde
deux piques .
Le 10. les Affiegez firent une
for
de Bude. 157
fique
fortie à l'Attaque des Bavarois,
& couperent la tefte à quarante
hommes qu'ils trouverent dans la
Rondelle du Chateau. Un gros
de Turcs au nombre de douze
ou quinze cens , s'approcha du
Camp , mais ils n'eurent pas
toft aperceu un détachement.
commandoit le General Dunewald,
qu'ils prirent la fuite .Trente
Huffarts ayant rencontré
quarante
Turcs, les combatirent . Ils.
en tuerent fix , & firent cinq
Prifonniers , parmy lefquels eftoit
un Aga , qui ayant efté déja pris
il y a quelques années , avoit
payé huit mille écus de rançon.
Ils dirent que le Seraskier avoit
ordre de fecourir Bude à quelque
prix que ce fuft ; mais qu'ils
croyoient que l'on auroit peine
à l'engager au Combat .. Un Efpion
vint donner avis que l'Armée
158 Hiftoire du Siege
mée Otomane, compolée de plus
de foixante mille hommes , eftoit
campée le long du Danube à
trois lieues des Affiegeans. Il dit
qu'il avoit efté la reconnoiftre en
habit de Tartare , que le Serafkier
la commandoit , qu'elle occupoit
deux lieues d'étendue, &
que le grand Vifir eftoit demeuré
derriere avec mille hommes
qu'il avoit retenus pour le
garder.
La Ligne de communication
de l'attaque des Bavarois avec
celle des Imperiaux fut achevée
, & un Foffé profond que
l'on fit avec des bons épaulemens,
mit leur Quartier hors d'eftat
d'eftre infulté par les Ennemis.
Le 11. deux mille Chevaux
Turcs parurent fur la hauteur vis
à vis de l'Attaque de Baviere.
Quelques Efcadrons furent dé
tachez pour les aller reconnoitre.
de Bude.
159
tre. Il y eut une Efcarmouche
dans laquelle
le Prince
Charles
de Neubourg
eut un Cheval
tué
fous luy ; mais les Infidelles
commencerent
à defcendre
en fi grad
nombre
qu'il fut impoffible
de
les fouftenir
. Ainfi il falut fe retirer,
& fe contenter
de faire fur
eux un feu continuel
de Canon .
Trois Mines
furent
miſes en état
de jouer le lendemain
. La plus
grande
avoit huit Chambres
, &
leur charge
eftoit de cinq milliers
de poudre
. Comme
on avoit
refolu
d'aller
à l'Affaut
fi elles
réuffiffoient
, le Prince
Charles
commanda
trois mille hommes
de pied avec quinze
cens Chevaux
ou Dragons
, pour les foûtenir
. Le Comte
Petnehafi
arriva
au Camp
avec trois mille
Hongrois
,
Le 12. on fit jouer les trois Mines,
160
Hiftoire du Siege
nes, dont la plus grande n'eut aucun
effet , ce qui fit croire qu'el
le avoit efté découverte, & qu'on
en avoit tiré les poudres. Les
deux autres ne firent qu'une ouverture
pour dix hommes de
front , encore n'eut- elle pas efté
pluftoft faite que les Affiegez la
reboucherent par le moyen des
chevaux de frife , de forte que
l'on ne jugea pas qu'on d'euft
hazerder l'affaut ,
, quoy qu'on s'y
fuft déja difpofé . On fit retirer
les detachemens , & les Mineurs
eurent ordre de commencer un
nouveau travail . Les Mines jettérent
dans la Tranchée quantité
de pierres , dont plufieurs des
Affiegeans furent bleffez ,entr'autres
le Prince de Wirtemberg , le
Comte de Ridberg , & les Lieutenans
Colonels des Regimens de
Lodron de Neubourg. L'Armée
des
de Bude. 161
des Infidelles vint camper fur le
haut d'une Montagne qui n'étoit
pas fort éloignée des Lignes.
Ceux qu'on avoit envoyez pour
s'en informer,rapporterent qu'elle
eftoit de cinquante mille hommes
avec du Canon .
Le 13. les Affiegez firent une
fortie à cheval fur la grande Garde
des Imperiaux ,dont ils tuerent
douze hommes , & emmenerent
quatre Prifonniers qu'ils firent .
Le Comte de Colonitz , Page du
Prince Charles , & un Trompette
de l'Electeur de Baviere , eurent
la tefte coupée dans cette
efcarmouche. Les Turcs parurent
en bataille devat leur Camp,
& comme ils firent defcendre une
partie de leur Armée, on crut
qu'ils avoiet envie de döner combat.
Cela obligea le Prince Charles,
quidésle jour precedent avoit
fait
162
Hiftoire du Siege
fait fortir des Lignes toute la Cavalerie
, Dragons , Huffars , &
Croates,d'en faire auffi fortir l'Infanterie
, à la referve de vingt
mille hommes ,aufquels il en confia
la garde , & celle des trois attaques.
On forma deux Efcadrons
de la plupart des Volontaires , &
deux mille Heiduques , & un pareil
nombre de Hongrois , furent
commandez pour faire l'avantgarde
de l'Armee , & pour venir
les premiers aux mains fi les
Turcs vouloient entreprendre
quelque chofe. Ceux qu'on avoit
veus d'abord ne tenterent rien,
& fe retirerent le foir dans leur
Camp.
Le 14 dés fix heures du matin
, on s'apperceut qu'ils avoient
formé un corps de trois mille Janiffaires
& d'environ 5000. Chevaux
, qui devoit fervir d'avantgarde,
de Bude.
163
que
garde à leur Armée , tandis
le refte demeureroit derriere rangé
en bataille pour les fouftenir.
On apprit que leur deſſein eftoit
de faire paffer les trois mille Janiffaires
entre le quartier des Imperiaux
, & celuy de Brandebourg,
& que pendant l'action les Affiegez
devoient faire une Sortie
pour leur faciliter le paffage, &
leur donner moyen d'entrer dans
la Ville.En meſme temps le Prince
Charles commanda le Comte
de Dunewald pour former l'aifle
gauche de la Bataille avec neuf
Kegimens Imperiaux , qui furent
ceux de Caprara , Palfi , Taff, Lodron
, Neubourg , Furftemberg,
Stirum , Serau, & Schultz , & huit
cens Huffars. Le General Heufler
eut la droite avec un pareil
nombre de Regimens , tant Imperiaux
& Bavarois, que de ceux
de
164 Hiftoire du Siege
de Saxe & de Brandebourg , qui
occuperent une hauteur dont le
terrein leur eftoit avantageux, &
d'où tous les mouvemens des Ennemis
pouvoient eftre décou
verts . Le gros de l'Armée eftoit
difpofé en fort bon ordre , &
dans une diſtance de terrein- qui
luy donnoit facilité de charger
tout ce qui s'avanceroit pour fecourir
Bude. Les huit mille Janiffaires
& Spahis qui devoient
forcer les Lignes, après avoir voltigé
derriere les hauteurs pendant
deux heures , prirent leur
marche entre ces mefmes hauteurs
, & rencontrerent d'abord
les quatre mille hommes de l'Avantgarde
, qui furent rompus au
premier choc. Le Baron de Mercy
les voyant plier , ſe mit à la
tefte du Regiment de Schultz
pour les fouftenir , & en faifant
fermé,
de Bude. 165
>
ferme , il donna le temps au
Comte de Dunewald d'avancer
avec les Regimens de Taff , de
Lodron , & autres. Ce fut alors
que l'on vint à un Combat tresrude
& tres - opiniaftré . Les
Infidelles furent chargez avec
toute la vigueur poffible , & ces
Regimens faifant leurs decharges
à propos , renverferent
leur
Cavalerie qui prit la fuite & abandonna
les Janiffaires. Il y en
eut deux mille de tuez . Chacun
d'eux portoit quatre à cinq Grenades
, & ils avoient tous , les uns
des haches , les autres des pelles
pour rompre les Lignes & les
applanir s'ils euffent pu aller jufques-
là. On prit huit pieces de
Canon , quarante Etendarts , &
fon fit quatre à cinq cens Prifonniers.
Aprés le Combat , les
Infidelles firent divers mouvemens
166
Hiftoire du Siege
mens en s'avançant dans la Plaine
oppofée au Čamp de l'Electeur
de Baviere , qui ayant fait
auffi fortir fon Armée des Lignes
, la tenoit en ordre de Bataille.
Il fut refolu dans un Confeil
general qui fe tint , qu'on iroit
les attaquer , ce qui fut executé
par cet Electeur , mais ſe voyant
pourfuivis ils fe retirerent dans
leur Camp.Le Comte de Dunewald
, & le General Heufler , qui
s'étoient avacez avec les Huffars
par de là les hauteurs , rencontrerent
un gros de Spahis , que
les Ennemis avoient laiffé pour
couvrir leur retraite. Ils en tuerent
prés de deux cens , & en
firent trente Prifonniers. Il n'y
eut qu'environ cent hommes tuez
du cofté des Imperiaux , entre
lefquels fe trouvèrent le Comte
de Lodron , Lieutenant Colonel
de Bude. 167
nel du Regiment de Croates de
ce nom , & le Major du Regiment
de Caprara On fceut que
les Tures avoient perdu plus de
quatre mille hommes , fans un
fort grand nombre de bleffez, &
qu'ils eftoient d'autant plus touchez
de cette perte , que les Janiffaires
qui avoient eſté tuez
eftoient l'élite de leurs Troupes,
& que c'eftoit par eux principalement
qu'ils s'eftoient flatez
de pouvoir jetter du fecours dans
Bude. Les Affiegez firent une
fortie pendant le Combat , mais
ils furent fi vigoureufement repouffez
, qu'ils tarderent peu à
fe retirer. L'Armée Imperiale
eſtant retournée dans ſon Camp ,
& celle de l'Electeur de Baviere
dans le fien , on fit une falve de
tout le Canon des trois Attaques.
On expofa fur des Piques
plu
168
Hiftoire du Siege
plufieurs teftes de ceux qui avoient
efté tuez dans le Combat
, & l'on planta fur la brêche
les Drapeaux gagnez , afin que
les Affiegez ne puffent douter
de la Victoire qu'on venoit de
remporter. La nuit on furprit
deux Efpions avec des lettres
pour le Grand Vifir. Le Bacha
de Bude luy mandoit qu'il avoit
beſoin d'un prompt fecours , &
qu'il falloit fe fervir de la nuit
pour enfoncer les Lignes des Affiegeans
; que pour luy il s'eftoit
retranché dans la Ville , mais
qu'ils eftoient trop avancez pour
leur pouvoir refiſter.
Le 15. on connut que les
Ennemis avoient decampé , &
qu'ils s'eftoient éloignez de deux
lieuës. Le Prince Charles ordonna
qu'on fift enterrer les
Morts qui eftoient demeurez
dans
de Bude.
169
dans le Champ de Bataille , afin
qu'ils n'infectaffent point l'air, &
aprés avoir envoyé aux Affiegez
un des Prifonniers qu'on avoit
faits , pour les informer de
l'heureux fuccez du jour precedent
, qui les devoit empefcher
d'efperer aucun fecours , il fit
partir le Comte de Lamberg
pour aller fommer la Ville , mais
il ne fut pas pluſtoſt arrivé à la
porte , qu'ils commencerent à
tirer fur luy , de forte qu'il fut
obligé de fe retirer . Le foir,
on apprit par un Transfuge que
trois Bachas eftoient demeurez
au dernier Combat que le
Grand Vifir avoit fait couper
la tefte à un autre , & qu'at- '
tribuant au Seraskier le mauvais
fuccez de cette journée , il
l'avoit infulté avec toutes for-
H
>
170 Hiftoire du Siege
tes de marques de, mépris & de
colere.
Le 16. les Affiegez firent joier
une Mine à l'Attaque des imperiaux
, & fortirent en mefme
temps pour tâcher de profiter de
la confufion où ils croyoient les
trouver dans leurs Tranchées,
mas ils connurent que leur Mine
n'avoit eu aucun effet , & fe retirerent
avec quelque perte . Les
Imperiaux mirent le feu aux Paliffades
de la brêche , & en brû
lerent une partie , mais les Affiegez
en remirent d'autres pendant
la nuit. On s'apperceut
qu'il y en avoit un double rang
derriere les premieres , & qu'ils
les avoient moüillées , afin d'empefcher
que celles qui eftoient
en feu ne les confumaffent.Cinq
Polonois qui vinrent ſe rendre,
rapporterent que les Jani ffaires
avoient
de Bude. 171
avoient declaré qu'ils ne vouloient
plus aller au Combat, parce
que la Cavalerie les abandonnoit
toûjours dans le peril. Ils
ajoûterent que le Grand Vifir en
avoit fait mourir quelques - uns
pour remettre les autres dans l'obeillance.
Le 17. une Mine des Affiegeans
fut éventée à l'Attaque des
Imperiaux. Un Transfuge rapporta
que le foir qu'on avoit brulé
les Paliffades , prés de cent
Turcs avoient été bleffez ou tuez
par les Bombes qu'ils y avoient
enterrées , & aufquelles ils auroient
mis le feu , fi Ton euſt
monté à l'affaut ; qu'il ne reftoit
dans la Ville qu'environ mille
hommes capables de porter les
armes , mais que chacun eftoit
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang. Six
.
H ij
172 Hiftoire du Siege
Fantaffins qui avoient merité la
mort , monterent par ordre de
l'Electeur de Baviere au haut du
Chafteau pour en découvrir le
dedans , mais les Affiegez qui les
découvrirent les firent defcendre
trop toft. La nuit , trente
Volontaires qui s'eftoient détachez
voulurent mettre le feu aux
Paliffades qui défendoient la
brêche de la derniere enceinte
de la Place , mais il y avoit des
poudres répandues aux environs
qui en brûlerent quelquesuns
, & les Affiegez en tuerent
quelques autres , de forte qu'ils
ne purent executer leur def
fein.
Le 18. deux Polonois qui s'étoient
fauvez de l'Armée des
Turcs, rapporterent que le Grand
Vifir avoit promis trente écus
à chacun des Janiffaires qui
pour
de Bude.
173
pourroient forcer les Lignes &
fe jetter dans la Place , qu'ils s'étoient
mis en marche au nombre
de deux mille avec quantité
de Tartares , pour aller gagner
les Montagnes qui regardent la
Ville- baffe , que c'eftoit par là
que les Ennemis pretendoient
faire entrer dans Bude le fecours
que le Commandant continuoit
de preffer , & qu'ayant un Pont
à cinq lieues du Camp des Chrétiens,
ils avoient envoyé du monde
en de là du Danube pour
faire diverfion. Oń fit jouer une
Mine à l'Attaque des Imperiaux
, &le peu de ffuucccceezz qu'elle
eut , obligea de differer l'Affaut
general , & de retirer les
détachemens que l'on avoit faits
à ce deffein. La nuit , on refolut
de nouveau de brûler les Paliffades
, & trois cens hommes
-
Hiij
174 Hiftoire du Siege
furent commandez pour cela ,
mais il n'y eut qu'un fort petit
nombre de Grenadiers qui monterent.
Le grand feu que firent
les Affiegez , & la quantité de
Grenades & de Sacs à poudre
qu'ils jetterent , épouvanterent
fi fort les Moufquetaires qui les
devoient fouftenir , qu'une partie
fe cacha , en forte que les
Officiers s'avancerent prefque
feuls.
Le 19.les Imperiaux tâcherent
de fe pofter fur la petite Rondelle
de la feconde muraille,mais
la refiftance qu'ils trouverent les
en empefcha . Ils eurent prés
de quarante hommes tuez , ou
bleffez. On fut averty par un
Transfuge que le Grand Vifir
avoit commencé de fe mettre
en marche pour revenir vers le
Camp des Affiegeans mais
qu'ayant
de Bude.
175
qu'ayant appris d'un Deferteur
qu'il leur eftoit arrivé un corps
de dix mille hommes , cette nouvelle
l'avoit obligé de retourner
fur fes pas , & que vingt - cinq
mille Tartares eftoient au de- là
du Danube peur tâcher d'y faire
diverfion.
Le 20. à la pointe du jour,
pendant que l'Armée Ottomane
venoit le mettre en Bataille devant
le Camp de- l'Electeur de
Baviere , deux mille Janitaires
qui s'eftoient tenus cachez la
nuit , defcendirent par le grand
Vallon aprés que le Biouac fe fut
retiré , & ils paffetent les Lignes.
de circonvallation que l'on n'avoit
pû laiffer garnies faute de
monde. Ils poufferent la grande
Garde , mais les Generaux
Caprara, & Heufler s'eftant trouvez
heureuſement à cheval , y
Hij
176
Hiftoire du Siege
accoururent. Ils couperent ceux
qui avoient déja forcé les retranchemens
, & les taillerent en pieces
, mais toute leur refiftance,
quoyque des plus vigoureuſes ,
n'empefcha pas que prés de trois
cens ne paffaffent dans la Place,
le refte fut repouffé hors du
Camp. On fit trois cens Prifonniers
, & il y en eut beaucoup
de tuez. Le Sieur Sentini Chevalier
de Malte , & Capitaine
de Cavalerie dans les Troupes
de Baviere , s'eftant trop avancé
pour reconnoiftre les Ennemis,
fut fait prifonnier. Le Comte
de Konigfmark Lieutenant Cólonel
de Beck fut tué , & le General
Heufler bleffé au pied.
Quoy que ceux qui entrerent
dans la Ville , fuffent la plufpart
bleffez & en petit nombre , les
Affiegez ne laifferent pas de faire
de Bude.
177
re une falve de tous leurs Canons
, pour faire croire qu'il leur
eftoit arrivé un plus grand fecours.
On apprit par un Chrétien
qui s'échappa de l'Armée
des Ottomans , que le Grand Vifir
avoit fait affembler fes Troupes
,,
pour leur dire que le fecours
qu'il avoit envoyé , eftoit
entierement entré dans la Ville,
& qu'il donneroit à tous ceux
qui auroient envie de s'y jetter,
la mefme fomme qu'il avoit donnée
aux autres . L'Armée des Infidelles
fe retira à quelques lieuës
du Camp des Chreftiens .
>
Le 21. la Baterie de l'attaque
des Imperiaux qui battoit en
flanc les retranchemens des Af-
Liegez receut un fort grand
dommage du feu que fit leur Artillerie
. Elle en fut prefque entierement
démontée , ce qui fit
H v
178
Hiftoire
du Siege
qu'on augmenta le nombre des
Travailleurs pour la rétablir pen
dant la nuit.Ön redoubla auffi les
Troupes de la Tranchée , & l'on
fit un feu continuel afin d'occu
per les Ennemis. Cette même nuit
on fe prepara à donner un Affaut
au Chafteau du cofté de l'attaque
des Bavarois.
Le 22. le Prince . Charles fit
faire une fauffe Attaque , pour
faciliter par une diverfion celle
que l'Electeur de Baviere commençoit
de fon cofté. Les Turcs.
eftant accourus en grand nom.
bre fur la brêche du cofté des
Imperiaux , on fit fur eux une
décharge de Mortiers , qui leur
tuerent cent hommes , & pen
dant ce temps les Bavarois , qu'animoit
la prefence de leur Prince
, fe rendirent maiftres de la
plus grande partie du Chateau,
malgré
de Bude..
179
malgré la refiftance opiniaftre
de ceux qui le défendoient. Le
General Rummel qui commandoit
l'Attaque , fut tué d'un coup
de Moufquet dans les approches.
H fut extremement regretté .C'étoit
un Officier d'une grande experience
. On ne perdit que trente
hommes , mais plus de deux
cens furent bleffez , la plufpart
par des Sacs à poudre . Un Duc
de Saxe- Mesbourg , ayant une
Compagnie dans le Regiment
de Bade , receut deux coups de
Moufquet, dont l'un luy calla la
jambe. La nuit , les Ennemis
tacherent de repoufler les Bava-
Fois du Pofte qu'ils occupoient,
mais ils ne purent en venir
bout.
Le 23. les Affiegez firent une
Sortie fur la grande Garde des
Bavarois , mais ceux - cy les contrai
180 Hiftoire du Siege
traignirent de fe retirer , & les
pourfuivirent jufques aux portes.
Le Lieutenant Colonel d'Arco
y ayant efté tué d'un coup de
Moufquet , les Turcs emporterent
le corps dans la Ville . On
prit dans l'lfle de Sainte Marguerite
un Turc qui eftoit fortyde
Bude à la nage avec un More
, pendant un orage qui s'eftoit
élevé la nuit . Il dit que ce More
qu'on n'avoit pu arrefter , eftoit
envoyé au Grand Vifir avec
des lettres , par lesquelles le Bacha
de Bude le preffoit de luy
donner promptement un fecours
plus fort que celuy qu'il avoit re
ceu que la Ville ne pouvoit te
nir encore bien long- temps , &
que le Chafteau eftoit fur le
point d'eftre perdu . Il ajoûta ,
qu'il n'eftoit entré que deux
cens cinquante Janiffaires la
plus
de Bude. 181
plufparts bleffez , & hors de combat
, & que le Bacha en publioit
le nombre plus grand pour donner
courage à ceux de la Ville;
que les Affiegez avoient perdu
cent hommes le jour que les Bavarois
s'eftoient poſtez au haut
-du Chafteau & que le Bacha
avoit promis cinq cens écus à
ceux qui eftoient venus la nuit
pour les en chaffer , mais que celuy
qui les commandoit avoit
pris la fuite...
Le 24. les Bavarois fe fortifierent
dans les Poftes dont ils s'eftoient
emparez. Les Affiegez firent
contre eux de nouveaux efforts
mais ils furent inutiles.
Trente Soldats y furent tuez avec
le Lieutenant Colonel du Regiment
Saxon de Trautmansdorf.
L'Armée Ottomane parut de
nouveau à la veuë du Camp , &
sen
182
Hiftoire du Siege
›
s'en retourna le mefmejour à une
lieuë de là. Comme les Affiegez
avoient fait des feu pendant la
nuit, & allumé plufieurs fois de la
poudre au deffus de la grande
Rondelle , on ne douta point que
ce ne fuffent autant de Signaux
pour preffer les Turcs de faire
encore quelque tentative. Le
Prince Charles , pour prevenir
leurs deffeins , détacha fix Efca
drons, & fix Bataillons , qu'il fit
commander par le Baron de Mercy
, le Comte de Souches & le
General Heufler. Ils pafferent
toute la nuit fous les armes fans
qu'il fe fift aucun mouvement du
cofté des Infidelles. On continua
pendant cette mefme nuit , de
combler les Foffez, & d'affurer les
Travaux qui avoient eſté faits
du cofté de l'attaque de Lorrai
ne. On eut avis que le Comte de
Scherf
de Bade. 183
Scherffemberg dont on preffoit
Farrivée , eftoit auprés de Zolnoch
avec les Troupes qu'il commandoit
en Tranfilvanie, & qu'il
feroit toute la diligence poffible
pour le rendre promptement au
Camp , quoy que fon Infanterie
fuft fort fatiguée .
Le 25 deux Escadrons que l'on
avoit détachez , eurent ordre de
revenir au Camp , & les quatre
autres furent poftez au pied des
murailles. Le Prince Charles fit
fortifier les Lignes le long du Danube
, de plufieurs rangs de Paliffades,
& quatre cens Allemans
& deux cens Hongrois y furent
envoyez fous le commandement
du Baron d'Afti pour s'oppofer
au fecours , fi les Ennemis tachoient
d'en faire paffer par là.
Les Travaux que les Bavarois avoient
faits au hautdu Chafteau ,
fu
184 Hiftoire du Siege
furent entierement brûlez par les
facs à poudre, & autres Machines
à feu que les Affiegez y jetterent.
Ainfi l'on fut obligé de fe
retirer , & de fe pofter plus à la
droite. Il y eut en cette occafion
dix ou douze hommes tuez , &
plus de deux-cens bleſſez .
Le 26. le Canon des Affiegeans
ayant ruiné la face de la grande
Rondelle dont ils s'eftoient ren
dus maiftres , on y fit une maniere
de pont avec des poutres. Elles
alloient d'une muraille à l'autre,
& faifoient la communication
des Logemens . Les Ennemis firent
ce qu'ils purent pour bruler
ce Pont, mais on le garnit fi bien
de toutes les chofes qui le pou
voient garantir du feu, qu'ils furent
forcez d'abandonner ce deffen.
Il ne leur reftoit plus que
fept groffes pieces de Canon en
bat
de Bude.
185
batterie ; toutes les autres avoient
efté demontées. Un Turc fut arrêté
proche de la Ville. Il dit que
quantité de Janiffaires animez
par les promeffes du Grand Vifir,
montoient tous les jours à cheval
avec refolution de fe venir
jetter dans la Place , mais que le
courage leur manquoit , fſii toft
qu'ils découvroient le Camp des
Chreftiens.
Le 27. on terraffa le Pont de
communication , & on fit une
forte Redoute pour en defendre
la tefte . On travailla auffi à un
Logement fur la grande Rondelle.
Il fut étendu fur un terrain
uny qui donnoit paffage jufqu'à
la derniere muraille de la Ville.
Ainfi les Affiegeans n'eftoient
plus qu'à cinq ou fix pas des Ennemis
, qui tâcherent de redoubler
leur defence. Ils jetterent
quan
186 Hiftoire du Siege
quantité de feux d'artifice , fans
pouvoir endommager le Logement
qui touchoit leurs Palifades
. Un Croate Deferteur vint
avertir que les Ennemis avoient
receu un renfort de huit mille
hommes , & tiré de Stulweifembourg
huit groffes pieces de Canon
; que le Grand Viſir ayant
promis de récompenfer tous ceux
qui fe jetteroient dans la Ville,
plufieurs s'eftoient déja prefentez
, & que la nuit fuivante on
devoit venir attaquer le Camp
des Chrefliens par deux endroits .
Ce rapport fit qu'on la paffa toute
entiere fous les armes . On s'y
tint mefme le lendemain jufques
à midy , mais on ne vit que quelques
détachemens qui ne firent
que paroiftre, & fe retirerent prefque
auffi - toft.
Le 28. les Affiegeans fe fortific
de Bude.
187
1
fierent dans leur Logement, malgré
tout le feu des Affiegez qui
commença à diminuer. On ag
grandit la bréche du flanc de ce
Logement , & toutes chofes furent
heureuſement difpofées pour
reüffir dans l'affaut. La Baterie de
Suabe continua de faire grand
feu. Elle eftoit fur le panchant
de la Montagne d'où l'on tiroit
avec des Boulets enchaifnez,afin
qu'il fuft plus ailé d'abatre les
Paliffades. Ce mefme jour on
furprit on Turc qui eftoit encore
forty de la Ville à la nage . Il avoitpaffé
fous les deux Ponts , &
s'eftoit caché dans un trou au
de - là des Lignes . Il n'avoit fur
luy qu'une écharpe & un Sabre
avec une Lettre qu'il portoit à
l'Armée Turque pour l'Aga des
Janiffaires. Elle eftoit écrite par
ce
188 Histoire du Siege
celuy qui commandoit les Janiffaires
dans Bude , & n'avoit rien
de particulier , finon que l'Homme
que le Grand Vifir avoit envoyé
, eftoit entré dans la Ville,
& qu'elle eftoit fort preffe. Il fut
impoffible pendant tout le jour
de faire parler ce Turc , mais enfin
on l'intimida fi bien par les
menaces , qu'il avoüa fur le foir,
que le Commandant de Bude
l'avoit chargé de dire au Grand
Vifir, qu'il yavoit prés de quinze
jours qu'il eftoit campé devant
la Ville , & qu'il s'étonnoit que
fcachant le preffant danger où
ilfe trouvoit , il ne luy envoyat
pas un fecours confiderable ; que
les Troupes qu'il commandoit
témoignoient avoir moins de
courage que les Femmes de la
Ville , puifqu'on ne tentoit aucune
chofe , que pour luy il eftoit
re
de Bude. 189
refolu de fe défendre jufqu'à la
derniere goute de fon fang , mais
qu'il ne pouvoit répondre de la
Place s'il ne recevoit un prompt
fecours. Ce Turc ajoûta que le
Bacha luy avoit auffi donné ordre
de recommander la Ville de
Bude & l'honneur de l'Empire
Ottoman au Commandant des
Tartares ; qu'il y avoit encore
2000. hommes dans la Place , avec
quatre cens Janiffaires qui
s'y eftoient jettez le 20 que les
Affiegez s'eftoient bien retranchez
du coſté de l'Attaque des
Imperiaux ; que derriere la Paliffade
de la feconde brêche il y
avoit encore un Foffe & une autre
Paliffade , mais qu'ils n'avoient
point travaillé du cofté
du Chafteau , eſperant eſtre ſecourus.
Le 29. un Polonois vint ſe rendre
190 Hiftoire du Siege
dre le matin , & raporta que les
Infidelles devoient venir atta,
quer le Camp par trois endroits.
Peu de temps aprés , mille Spahis
& deux mille Janiffaires commandez
par deux Bachas, & foutenus
de quinze mille Tartares,
qui avoient ordre de leur faciliter
l'entrée dans la Ville, vinrent
du cofté d'Actoffen pour s'y jetter
, mais comme ils n'y trouve
rent point de paffage & qu'ils
virent qu'on faifoit fur eux une
vigoureufe décharge , ils gagnerent
une colline , d'où eftant enfuite
defcendus dans un Marais
qu'on trouve dans le Vallon , ils
furent envelopez par des Efcadrons
, à la tefte defquels eftoient
le Baron de Mercy & le General
Heufler , & par la garde des Bavarois
. Il en refta huit cens fur la
place. Ils avoient chacun trente
écus
de Bude. 191
écus qu'on leur trouva dans la
poche , le refte fut mis en fuite,
& il n'y en eut que quinze qui
purent paffer ; encore n'en entra↓
t- il que quatre dans la Ville , les
onze autres ayant eſté tuez avant
que d'y arriver. On coupa chemin
à cent Spahis , dont foixante
& feize furent paffez au fil de
l'épée par deux differentes Troupes
de celles de Brandebourg , &
quatre autres tuez dans le quar
tier du General. Le Baron de
Mercy receut trois coups de Sabre
dans cette action,un à l'épaule
, & deux à la tefte , Son Ayde
de Camp fut tué à ſes coftez .
Dans ce mefme temps les Affiegez
voulant faciliter l'entrée du
Secours , hazarderent une Sortie,
mais les Bavarois qui avoient la
garde de la Tranchée , les contraignirent
de fe retirer avec perte
192 Hiftoire du Siege
te de cinquante hommes. D'un
autre cofté l'Armée des Ennemis
vint en ordre de Bataille vers les
Lignes du Camp de Baviere ,
mais elle ne tenta rien , & le
Grand Vifir ayant veu paroiſtre
vingt cinq Efcadrons du corps
d'Armée du Comte de Scherffemberg
qui paffoient le Pont du
Danube , fous le commandement
du General Picolomini , prit le
parti de fe retirer. On gagna
trente Drapeaux, la plufpart rou
ges , les autres eftoient de differentes
couleurs. On fceut par un
Deferteur , que des trois mille
Janiffaires ou Spahis qui avoient
juré au Grand Vifir qu'ils ne reculeroient
, ny ne fuiroient point,
il n'en eftoit pas retourné plus de
cinq cens.
Le 30.quatre Chreftiens écha
pez des mains des Infidelles , fe
rendi
de Bude.
193
Jap
rendirent dans le Camp , & rapporterent
que l'Armée Ottomane
eftoit allée camper une lieuë plus
loin que la plufpart de leurs
Troupes defertoient avec les Drapeaux
, & qu'elles avoient une
grande difette de vivres . Ce mef
me jour le Comte de Scherffemberg
arriva de Tranfilvanie avec
les trois Regimens d'Infanterie ,
de Sherini , de Scherffemberg ,
de Spinola , & le refte de la Cavalerie
, fçavoir soo . Hongrois &
les Regimens de Picolomini ; de
Veterani , de Sainte Croix ; de
Magni , & de Tefvin. Celuy de
Sherini fut joint au corps de Ba
viere , & les autres allerent occu
per le terrein qui reftoit vuide
du cofté de la baffe Ville , depuis'
la droite des Imperiaux jufques
au Dambe."
Le 31 on eit avis, que fept
isque I
194 Hiftoire du Siege
mille Tartares s'eftoient avancez
vers Gran , afin d'empécher
qu'il ne defcendift des vivres
pour les Affiegeans. On entendit
mefme tirer le Canon de cette
Ville. Les Bavarois firent mener
de nouvelles Pieces fur leurs Batteries
à la place de celles qui avoient
eſté gaſtées . Les Troupes
demeurerent fous les armes toute
la nuit , fur ce que le bruit
s'eftoit répandu le foir , que l'Armée
des Infidelles s'eftoit mife
en marche pour les venir attaquer.
Le premier jour de Septembre
on ne ceffa de jetter dans la
Ville des Carcaffes & des Bombes
, & de battre les Paliffades
avec le Canon . Ce mefme jour on
tint un Confeil de Guerre , où ſe
trouverent tous les Generaux
des Troupes auxiliaires . Il fut
agité
de Bude.
195
agité fi l'on iroit attaquer le
Grand Vifir en laiffant affez de
Troupes pour continuer le Siege
, où fi on l'attendroit dans
les Lignes. Plufieurs crurent qu'il
falloit aller aux Ennemis & profiter
de la confternation où les
mettoit la perte qu'ils avoient faite,
mais l'avis contraire l'emporta
, & on refolut de donner l'affaut.
Cette reſolution fut tenuë
fecrette , & le Prince Charles fit
fortir des Lignes trente mille
hommes de Cavalerie & dix mille
d'Infanterie qu'il fit ranger en
Bataille dans la plaine oppofée
au front du terrain que les Infidelles
occupoient > comme s'il
euft eu deffein de les aller attaquer.
Il les empefchoit par là de
faire des détachemens pour le
fecours de la Place. Les Generaux
qui eurent le commande-
I ij
196
Hiftoire du Siege
ment de la Cavalerie , furent le
General Bielke , le Prince Eugene
de Savoye , & les Comtes de
la Torre & d'Arco . Le General
Steinau & le Comte d'Afpremont
commanderent l'Infanterie.
Les ordres furent enfuite
donnez pour l'affaut . Le Comte
de Souches fut commandé pour
l'Attaque de la droite, & le Comte
de Scherffemberg le fut pour
la gauche, chacun avec trois mille
chevaux choifis , & un pareil
nombre d'hommes de pied . La
marche des Volontaires , qui attendoient
ce grand jour avec une
extreme impatience , fut ordonnée
entre les deux aifles, avecordre
de ne pas preceder les premieres
files.
Le 2 . tous les Generaux ſe
trouverent à cheval fi- toft que le
jour parut . Ils allerent vifiter les
Tra
de Bude.
197
Travaux , & le Prince Charles
ayant fait venir les Officiers Ma-.
jors dans fa Tente , les avertit de
tenir toutes les Troupes preftes
pour donner l'affaut à deux heures
aprés midy. L'Electeur de Baviere
n'oublia de fon cofté aucun
des ordres qui pouvoient
eftre neceffaires pour achever de
fe rendre maiftres du Chateau.
Le General Schoning tint auffi
toutes chofes difpofées à l'attaque
de Brandebourg , & d'abord
que le Signal cut efté donné par
fix Pieces de Canon tirées du
quartier des Troupes de Suabe,
quatre Capitaines fuivis chacun
de cinquante Grenadiers , avec
quatre Lieutenans , quatre Sergens
, & les autres Officiers inferieurs
, marcherent à la droite
de l'Attaque. Le Baron d'Afti
eftoit à leur tefte , & ils eftoient
I iij
198 Hiftoire du Siege
fouftenus de deux cens Moufquetaires
que commandoient
quatre Capitaines & d'autres
Officiers fubalternes, ayant à leur
tefte un Lieutenant Colonel &
un Major. Ceux - cy eftoient fuivis
de cent hommes armez d'une
demie Pique & d'un Sabre , chacun
avec deux Piftolets de ceinture
. On fit marcher à quelque
diſtance trois cens Arquebufiers
commandez par quatre Capitaines,
& trois Bataillons de reſerve
les fuivoient. Ils eftoient chacun
de fix cens hommes avec leurs
Officiers. La difpofition de la
gauche fut pareille . Toute la difference
qu'il y eut , c'eſt que cent
cinquante Arquebufiers furent
les premiers qui s'avancerent, &
qu'ils n'eftoient precedez que de
cinquante Grenadiers , & de
vingt- cinq à trente hommes armez
de Bude. 199
mez de Pertuifanes , d'une Epée,
& d'une Hache . Tout fut difpofé
de la muc torte à l'Attaque
de Daviere, & à celle de Rrandebourg
, & jamais Affaut ne fut
entrepris avec plus d'ardeur , &
plus d'intrepidité . Le Baron
d'Afti qui avoit l'Avant- garde
des Grenadiers , & qui marchoit
à leur tefte , fut bleffé d'abord,
& le Sieur Bifchoff- haufen , Sergent
Major du Regiment de Diepenthal
, prit le Commandement
en fa place. Quoy qu'ils fuffent
foûtenus des Bataillons qu'on avoit
fait fuivre , ils trouverent
une fi furieuſe refiftance de la
part des Affiegez , qu'ils furent
contraints de reculer. Outre la
grande quantité de facs à poudre
qu'on jetta fur eux , les Ennemis
firent jouer une Mine qui
leur caufa un fort grand defor-
I iiij
200
Hiftoire du Siege
dre. Ils retournerent une feconde
fois à l'affaut avec une vigueur
extraordine , & ils ne
Purent encore obliger les Tercs
a fuir , mais enfin aprés une tresrude
Efcarmouche qui dura une
heure devant la Ville , les Affiegez
ayant perdu courage par la mort
du Commandant qui fut tué fur
la Bréche , ils firent fi bien qu'ils
vinrent à bout d'arracher les
Paliffades , & de forcer leurs
Retranchemens. Ils y trouverent
huit cens Janiffaires qu'ils taillerent
en pieces , fans avoir aucun
égard à la poſture foûmife
où ils fe mirent en leur demandant
quartier , & jettant leurs
Armes bas. Quelques - uns d'entre
eux voyant qu'ils ne vouloient
épargner perfonne , reprirent
leurs Armes , fe défendirent
en defefperez , & firent
jouër
•
de Bude. 201
jouer un Fourneau dont plufieurs
Maifons fauterent . Le feu
du Fourneau fe communiqua à
une certaine machine qu'il avoient
difpofée auparavant , &
produifit un autre feu bien plus
dangereux qui couroit de place
en place, & que perfonne ne prenoit
le foin d'efteindre , parce
que les Victorieux eftoient alors
occupez à pourfuivre , & à exterminer
tout ce qui pouvoit
refter d'Ennemis dans la Ville ,
où quelques ordres que les Of
ficiers puffent donner , il fut impoffible
d'empefcher le carnage.
Ainfi l'embrafement fut prefque
general. Ceux de Brandebourg
entrerent en mefme temps dans
la Ville , & penetrant dans les
rues au travers des flâmes , ils
firent main baffe fur tout ce
qu'ils rencontrerent , fans épar
I v
202 Hiftoire du Siege
gner Vieillards , Femmes & Enfans
. Les Victorieux n'en confultoient
que la fureur qui les
animoit , & qui les portoit à fe
vanger de l'opiniâtre reſiſtance
que ces malheureux avoient faite
fur la Bréche à force de Bombes
, de Mines , de Pots à feu &
autres machines roulantes qu'ils
avoient jettées à la faveur de
leur Moufqueterie , & d'une
grefle de fléches. Cependant la
Cavalerie qu'on avoit tirée des
Lignes fous les Generaux nommez
pour la commander eftoit
demeurée , ainsi que l'Infanterie,
toûjours en action , & en Bataille
avec les Ennemis , dont
l'Armée , non feulement avoit
paru de ce coſté là , mais meſme
avoit commencé à attaquer l'Avantgarde
des Chreftiens. D'un
autre cofté les Generaux Sherini
,
de Bude.
203
rini, la Vergne & de Beck , n'ou
blierent rien pour achever de
fe rendre maiftres de ce qui reftoit
à occuper du Chateau,
fouftenant avec un courage tout
heroïque l'affaut qu'ils y avoient
donné , & en mefme temps les
Grenades & les Pierres que jettoient
les Janiffaires , qui ne fçachant
encore rien du fuccez de
l'autre attaque , faifoient leurs
derniers efforts pour fe maintenir
fur une hauteur d'où dépendoit
la confervation du Chafteau.
Pendant qu'ils fe deffendoient
avec toute la bravoure
qu'on peut attendre de gens.
auffi aguerris que determinez ,
les Turcs qui eftoient auparavant
de l'autre cofté , s'eftoient
venus retirer de celuy - cy , partie
du cofté de la Riviere , &
partie du cofté du Chaſteau où
ils
204 Hiftoire du Siege
ils avoient merveilleufement renforcé
les Janiflaires. Pour s'oppofer
au fecours qu'ils leurs donnoient
, l'Electeur de Baviere ,
qui remarqua que le Grand Vifir
n'agifloit point , & qu'il ne
faifoit mine d'aucun mouvement
, commanda le Comte d'Apremont
avec 500. hommes , &
le fit aller à l'affaut avec les autres
pour les foûtenir. Le Prince
Louis de Bade s'apercevant de
l'inevitable neceffité qu'il y a
voit de s'emparer de la hauteur
qui occupoient encore les Affiegez
, pour le rendre enfuite maifres
du bas où ils avoient plufieurs
places d'armes & autres
Logemens , paffa luy mefme de
ce coflé-là , & ordonna de l'efcalader
& de grimper au deffus,
ce qui fut fait fi heureuſement,
que
de Bude.
205
que l'on envoya une grefle de
de moufquerades & de Grenades
fur les Turcs qui fe voyant foudroyez
de cette forte , arborerent
un Drapeau blanc , & jufques à
leurs Turbans , criant de toute
leur force qu'on leur donnaft
quartier & la vie. Il y en cut
plufieurs , qui ne voulant point
attendre ce qu'on refoudroit, pafferent
par deffus le mur d'un
chemin couvert , & tâcherent de
fe fauver avec quelques Juifs par
le Danube dans de petits Bateaux
qu'ils trouverent mais
les Tolpazes les ayant atteints
avec leurs Saiques , coulerent à
fond plufieurs de ces petits Baftimens
, tuerent la plupart de
ceux qui avoient cru s'échaper,
& les autres qui avoient déja
paffe la Riviere , furent taillez
2
en
206
Hiftoire du Siege
>
en pieces , ou faits prifonniers
par les Hongrois qui eftoient
dans Peft . L'Electeur de Baviere
accorda la vie au Lieutenant
du Bacha & à plus de
douze cens hommes , qui voyant
les Imperiaux Maitres de la
Place , l'avoient fuivy dans une
Rondelle où il s'eftoit retiré
entre le Chafteau & la Ville.
Il fit de mefine quartier à ce qui
reftoit de Turcs dans le Chafteau
, d'où il les envoya fous
bonne garde dans une grande
Mofquée & dans un grand Magafin
. Les Soldats qu'on ne
put faire revenir fi - toft de leur
premiere fureur , affommerent
& jetterent dans la Riviere les
vieilles Gens fans nulle diftinction
de Sexe , & il y en eut
quelques - uns de fi
,
cruels ,
qu'ayant
de Bude.
207
cruautez ,
qu'ayant trouvé des Femmes
avec des Enfans de deux ou trois
mois , ils leur ouvrirent le ventre
, & y fourrerent ces miferables
Enfans. L'Electeur de Baviere
, & le Comte de Stratman ,
Chancelier de l'Empereur , qui
arriverent dans la Ville pendant
que l'on commettoit ces
ne pûrent les faire
ceffer qu'aprés des défenfes tres
rigoureufes , & plufieurs fois reïterées.
Le feu eftoit répandu par
tout , & avec le fang qui couloit
de tous coftez , il est aisé de
s'imaginer quel affreux Spectacle
offroit cette trifte Ville abandonnée
au pillage . Cependant
la principale Mofquée , qui
avoit efté autrefois l'Eglife de
Saint Etienne , Roy de Hongrie
, fut préfervée de l'embrafement,
208
Hiftoire du Siege
>
fement , ainfi qu'un grand Magafin
, dans lequel eftoient quantité
de vivres , & un autre plein
de poudres . Ces deux Magalins
furent confervez par les foins
du Commiffaire Rabata qui
eut là - deffus beaucoup de conduite
& de vigilance . On perdit
prés de deux cens hommes
à l'Attaque de Lorraine , avec
le Marquis de Spinola , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie . Il
y eut trois cens cinquante Soldats
tuez à celle de Baviere , à
caufe d'un Fourneau que les Ennemis
y firent jouër . Le Comte
de Tartembac fut auffi tué à
cette Attaque , & le Comte de
Zacco , Major du Regiment
d'Alpremont , y fut bleffé à
mort ainfi que le Sieur Mon-
.ticolli , Capitaine dans le meſme
>
Re
de Bude . 209
Regiment. Ceux de Brandebourg
ne perdirent que cent
hommes , & le nombre des Blef
fez ne fut que de quatre cens
dans toutes les trois Attaques .
11 y eut plus de trois mille hommes
tuez ce jour- là - du cofté des
Affiegez . On jetta les corps des
Turcs & des Juifs dans la Riviere
, & les Chretiens furent enterrez.
Le Lieutenant du Bacha
dit qu'au commencement du Siege
la Garnifon eftoit de dix mille
Janiffaires , fans compter les Juifs
& les Habitans capables de porter
les armes , qui faifoient encore
plus de cinq mille hommes.
L'Aga des Janiffaires &
le Mufthi demeurerent prifonniers
avec ce Lieutenant du Bacha
, & plufieurs autres Offciers.
L'Aga fut donné au Prince
Char
210 Hiftoire du Siege
Charles. Cette conqueſte eft
d'autant plus glorienfe , qu'elle
s'eft faite à la veuë de l'Armée
des Ottomans , qui fans ofer rien
tenter , ont laiffé prendre une
Ville auffi importante que Bude,
& dont ils eftoient en poffeffion
dépuis cent quarante-cinq ans.
On dit que lors qu'ils connurent
que les Chreftiens y eftoient entrez
, ils s'arracherent la barbe
de defefpoir , & fe jetterent par
terre. Le foir ils fe retirerent à la
faveur de la nuit .
dans la Place trois à
On a trouvé
quatre cens
dont il dont y en
pieces de Canon ,
a quantité d'un fort grand calibre
, avec foixante Mortiers,
& un nombre incroyable de Boulets
, de Grenades , de Carcaffes ,
de Bombes , & d'autres Machines
de Guerre. On fit environ
deux
de Bude. 211
deux mille prifonniers , & l'on
prit plus de cent Juifs qui s'eftoient
refugiez dans leur Synagogue.
Le Prince Charles fit tout
ce qu'on peut attendre d'un
grand & experimenté Capitaine,
donnant les ordres par tout où
fa prefence eftoit neceffaire , &
n'oubliant rien de ce qui pouvoit
contribuer à l'heureux fuccés
de cette grande journée . L'Electeur
de Baviere s'y acquit
beaucoup de gloire , & fit
roiftre combien il eft intrepide
par la maniere dont il s'expofa
au feu. Tous les Volontaires
chercherent à fe fignaler à l'envy
les uns des autres , & le Prince
de Commercy donna d'éclatantes
marques de valeur &
de courage. Comme ils pouvoient
fe trouver par tout , le
pa-
Mar
212
Hiftoire du Siege
allerent
Marquis de Blanchefort , & le
Marquis de Souvray
dans tous les Poftes où le peril
eftoit le plus apparent. C'eſt ce
qu'ils avoient déja fait pendant
tout le Siege, n'ayant laiffé échaper
aucune occafion , quelque
dangereufe quelle fuft , fans y
courir avec une ardeur qui ne
fe peut exprimer. Le Prince
Louis de Bade receut un coup
de Moufquet qui luy éfleura la
chair. Il monta un des premiers
à l'affaut , & anima les Soldats
par fa valeur . Le Prince Euge
ne de Savoye , qui eft fon Coufin
Germain , ne fe diftingua
pas
moins. Il avoit cfté deftiné
à l'Eglife , mais le Chevalier de
Savoye , fon Frere , qui commandoit
un Regiment de Dragons
au fervice de l'Empereur,
eftant
de Bude .
2137
eftant mort au Siege de Vienne,
il refolut de quitter l'Etat Ecclefiaftique
, & s'eftant rendu en
pofte à ce mefme Siege aprés a--
voir efté faluër S. M. I. qui étoit '
à Lints , il s'y fignala , & acheva
la Campagne en qualité de Volontaire
, âgé feulement de dixneuf
ans. L'Empereur voulant
reconnoiftre la valeur de ce jeune
Prince , luy donna un Regiment
de Dragons , à la tefte duquel
il fervit la Campagne fui- :
vante , & fit des chofes au delà !
de fon âge à la prife de Strigonie,
& au premier Siege de Bude , où
il fut bleffé d'un coup de Moufquet
au bras. Aprés la Campa
gne, il alla voir le Duc de Savoye
Chef de fa Maifon , qui le receut
avec toutes les marques d'honneur
deuës à ſa naiffance & à fon
me
214 Hiftoire du Siege
merite. Il paffa de là à Veniſe , revint
à la Cour de l'Empereur , &
fe trouva àla Prife de Neuhaufel
& autres Places . Au retour.
de cette Campagne , quoy qu'il
n'euft alors que vingt & un an,
l'Empereur le fit General Major.
de fes Troupes fur la fin de l'année
derniere . Le Siege de Bude
ayant efté refolu , il fe rendit au
Camp des Impériaux pour y faire
les fonctions de cet employ , dont
il s'eft acquité avec toute la gloire
poffible.
Si-toft
que
la Place
eut eſté
prife
, le Prince
Antoine
de Neubourg
, Grand
Maiftre
de l'Or.
dre Teutonique
, & le Prince
de Commercy
partirent
pour
en
apporter
la nouvelle
, l'un à l'Empereur
, & l'autre
à l'Imperatrice
.
Doüairiere
, le Comte
de Sherini
,
de Bude. 215
rini , dépefché par l'Electeur de
Baviere , l'apporta à l'Electrice fa
Femme. Le Comte de Konigfeeck
fut auffi dépeſché par le
Prince Charles avec le grand
Drapeau des Turcs trouvé dans
Bude qu'il apporta au Prince Hereditaire
Imperial .
Le 3. le Prince Charles & les
Generaux vinrent au Quartier
de l'Electeur de Baviere , où le
Te Deum fut chanté au bruit des
Trompettes , des Timbales , &
des Canons , dont on fit faire trois
décharges autour des Lignes. On
mit auffi le feu aux Bombes qu'on
y avoit enterrées pour les Ennemis,
s'ils euffent ofé entreprendre
de les
attaquer.
Le 6. toute l'Armée partit en
bon ordre pour marcher du cofté
du Pont d'Effeck. On laiffa
dans
216 Hiftoire du Siege de Dude.
dans Bude les Regimens d'In-1
fanterie de Beck , de Salme &
de Diepenthal , avec des détachemens
des Alliez fous le
Commandement du Baron de
Beck .
F I
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Résumé : HISTOIRE DU SIEGE DE BUDE.
Le siège de Buda, capitale stratégique du royaume de Hongrie, fut marqué par plusieurs événements militaires significatifs. En 1526, après la mort du roi Louis II à la bataille de Mohács, Jean de Zapolya et Ferdinand de Bohême se disputèrent le trône. Ferdinand, soutenu par Charles Quint, prit Buda mais dut la rendre en 1529 après l'intervention de Soliman le Magnifique, qui rétablit Jean de Zapolya. À la mort de ce dernier, sa veuve Élisabeth envoya leur fils Étienne à Soliman, qui s'empara de Buda en 1541 sans combat. La ville resta sous domination ottomane jusqu'en 1686. Plusieurs sièges eurent lieu par la suite. En 1598 et 1602, l'archiduc Mathias échoua à prendre la citadelle. En 1684, le prince Charles de Lorraine commença un siège mais dut se retirer. Le cinquième et dernier siège, en 1686, fut mené par une armée chrétienne confédérée et aboutit à la prise de Buda, rétablissant ainsi la domination chrétienne sur la ville. Les préparatifs du siège de 1686 inclurent la revue des troupes et les travaux de circonvallation. Les attaques impériales et bavaroises désorganisèrent les batteries des assiégés, ouvrant une brèche dans la muraille. Les combats furent intenses, avec des pertes des deux côtés. Le 2 septembre 1686, les troupes impériales entrèrent dans Buda après une résistance farouche. Les pertes furent lourdes : les troupes de Brandebourg perdirent 100 hommes, les forces adverses 400, et 3 000 hommes furent tués du côté des assiégés. Les corps des Turcs et des Juifs furent jetés dans la rivière, tandis que les chrétiens furent enterrés. La garnison comptait 10 000 janissaires, 5 000 Juifs et habitants armés. Plusieurs officiers ottomans furent capturés. La conquête de Buda eut lieu sous les yeux de l'armée ottomane, qui se retira sans intervenir. Dans la ville, on découvrit 400 pièces de canon, 60 mortiers et une grande quantité de munitions. Environ 2 000 prisonniers furent faits, dont plus de 100 Juifs réfugiés dans leur synagogue. Le Prince Charles et l'Électeur de Bavière se distinguèrent par leur bravoure, ainsi que le Prince Eugène de Savoie. Après la prise de la ville, un Te Deum fut chanté pour célébrer la victoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
s. p.
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
Début :
MONSEIGNEUR, S'il n'y a rien de plus difficile [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Roi, Siège, Prince, Ennemis, Place, Vie, Temps, Ordres, Âge, Lieux, Monarque, Places, Guerre, Troupes, Combat, Reine, Admiration, Actions, Attaque
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texteReconnaissance textuelle : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
ASON ALTESSE ROYALE
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
201
و
MONSEIGNEUR
:
0
LE DUC
D'ORLEANS
FRERE UNIQUE DU ROY
M ONSEIGNEUR,
م
S'il n'y a rien de plus
difficile àfaire que les EpiEPISTRE
.
Stres de la nature de celle
que j'ofe entreprendre ,
c'eſt ſur tout lors qu'onse
propose de donner quelque
idée d'une Vie toute glorieuse
, & qui s'est formée
Sur un Modelle où les
plushautes Vertus se trouvent
dans leur plus brillant
éclat. Quoy que les
bonnes inclinations qu'un
Prince fait voir si - toft
qu'il fort de l'Enfance ,
Semblent devoir faire croire
que la ſuite répondra à de Mon
EPISTRE .
fi beaux commencemens ,
'Histoire ne laiſſe pas de
nous fournir de grands
exemples du contrairs.
Mais , MONSEIGNEUR ,
on n'a pas douté un moment
que le temps ne donnaft
de la force aux vertus
naiſſantes deVoftreAlteffe
Royale , quand on vous a
veu pour la feuë Reyne vostre
Mere un respect 15
une tendreffe qui caufoient
de la joye & de l'admiration
à tous ceux qui avoient
EPISTRE.
P'honneur de vous aprocher.
V. A. R. n'estoit jamais
plus contente , que lors qu'-
Elle estoit avec cette Princeffe.
Vous quittiez fouvent
les plaiſirs qui ont accoutumé
d'attacher les Per-
Sonnes d'un age peu avancé
, pour ſuivre cette vertueuse
Reyne dans les lieux
où sa pieté la conduiſoit..
Vostre chagrin paroiſſoit
fenſible, lors que vous croyiez
luy avoir déplû en quelque
chofe ; & dés queV. A. R.
EPISTRE .
eut remarqué que cettefage
Princeffe fouhaitoit que
vous vous attachaßiez au
Roy, ces voeux furent außitoſt
remplis ; mais , MONSEIGNEUR
, comme vous ne
faites en cela que ſuivre
voſtre penchant naturel , il
a toûjours paru depuis ce
temps-là que rien ne pouvoit
alterer la reſpectueuse
amitié que vous aviez pour
un Monarque quieft devenu
les delices defes Peuples,
& l'admiration de toute la
EPISTRE.
Terre ; le temps n'a fait
qu'augmenter cette union ,
& la tendreſſe vous ayant
joint au Roy ainfi que le
Sang, tout a marqué la
parfaite intelligence dans
laquelle vous vivez. Lors
qu'il s'estagy des divertiffemens
que l'age autorise , &
des Spectacles qu'unSouverain
doit donner pour la
gloire deſon Etat , & pour
occuper la plus vive Feuneſſe
de fa Cour, qui ſans
ces plaisirs neceſſaires auroit
EPISTRE.
pû en chercher d'autres
moins permis on vous a vûs
briller enfemble , &vous
faire reconnoiſtre par voſtre
bonne grace & par vostre
bon air, toutes les fois que
l'usage observé dans ces
fortes de Spectacles demandoit
que vous fußiez caché.
Quandde cesfeux on apaffé
à quelque divertiſſement
Martial , on vous a veus
dans ces Festes guerrieres
dans ces Carrousels commander
l'un l'autre les
EPISTRE .
premieres Quadrilles.Enfin
lors qu'il s'estagy de veritables
fatigues , & de perils
eff ctifs, on peut dire,MONSEIGNEUR
, que vous n'avez
pas feulement accom
pagnéleRoy, mais que vous
avez toujours esté ſonOm
bre,s'ilm' eftpermisdeparler
ainsi, à moins que V.A.R.
n'ait quitté cet Augufte
Frere pour aller vaincre
fes Ennemis en prenant
des Places, ou en gagnant
des Batailles. Le doy parler
EPISTRE.
de cette union , puis que d'e
toutes les merveilles de ce
floriffantEtat, c'est ceque le
Roy deSiam ale plus admiré.
Les Relations conviennent
toutes que lors que ce
Monarque l'eut apprise, il
ditqu'il nes'étonnoitplusdes
prosperitez de la France ,
ny du malheur de quelques
Roisfes voifins, dont la di
viſion de la Famille Royale
avoit cauſe laruine. Enfin
ce Prince en parla d'une
maniere quifit paroiſtre que
EPISTRE.
cestoit la seule chose qui
manquoit au bonheur deSa
Vie , esque s'il euſt eu quelques
Souhaits à former , ils
ne pouvoient estre quesur
une choſe dans laquelle il
faisoit confifter leſouverain
bonheurd'unEtat. LesAmbaffadeurs
de ce Monarque
ne luy diront pas seulement
ce qu'ils ont veu de cetteunion;
mais aprés luy avoir
confirmé tout ce que la Renommée
a prisſoin de luy aprendre
des merveilles de la
i
Vie
EPISTRE.
Viedu Roy , ils parleront de
V. A. R. Ils enfont charmez
, & voicy la troiſiéme
Relation , où l'on peut voir
de quelle maniere ils ont expliqué
ce qu'ils en penſent.
Vostre bonté , MONSEIGNEUR,
leur a paru dans
les choses obligeantes queV.
AR a bien voulu leur dire,
Vostre magnificence a brillé
à leurs yeux dans vos Palais
&&dans vos Festes , &
ils ont paßé pendant leur
Voyage de Flandre dans
EPISTRE.
quelques - uns des lieux où
V. A. R. a fait marcher la
Victoireàses coſtez. Mais
comme ils n'ont vũ qu'une
partie de ce que vous avez
conquis pour le Roy , je ne
Sçaurois m'empescher de
marquer icy tout ce que vous
avez fait lors que vous avez
commandé en Chef les
Armées d'un FrereAuguste
qui vous est plus cher que
vous- même. QuandceMonarque
entreprit la glorieu-
Se Guerre qui vangea tant
EPISTRE.
de Rois , en humiliant une
Puissance inferieure à ces
Souverains , & qui s'en di-
Soit lArbitre. SaMajesté
commença pardesEntrepri-
Ses dont tous les Siecles paf-
Sezne luy fourniffoient aucun
exemple. Elle ouvrit la
Campagne par quatre Sieges
àla fois , &vous euftes
Pavantage , MONSEL
GNEUR, de triompher le
premier en forçant la Ville
d'Orsoy de ſe rendre à dif
cretion ; de forte qu'on ne
Tij
EPISTRE .
1
peut s'entretenir de cette fameuse
Guerre qu'aprés avoir
admiré le Roy dans
tout ce qu'il a fait pour la
Soûtenir außi glorieusement
qu'il l'avoit commencée , on
ne paſſe aux Actions du
Prince à qui est deuë la
conqueste de cette Place.Elle
couta peu de temps & peu
d'hommes ; & cependant ,
MONSEIGNEUR , le Roy ,
&V. A.R toûjours inſepables
, ſur tout dans le
peril , vous courustes risque
EPISTRE .
L
de la Vie. Sa Majestévoulant
tout voir , & donner
par ttoouuttſeess ordres elle-mefme
, alloit tantoft àun Siege
& tantoſt à l'autre. Ainfi
on peut dire qu' Ellé estoiten
meſme temps devant les
quatre Places aßiegées. Ce
Monarque estant un jour
venu dans vostre Camp ,
vous allaſtes enſemble voir
quelques attaques . Vous
bravaſtes le peril , & demeuraſtes
quelque tempsen
un lieu où M. le Chevalier
EPISTRE .
preff aftes
d Arquin,qui vousſuivoit,
fut tué d'un coup de Canon
avant que vous fußiezhors
deſa portée. Ce Siege fut
bien-toft finy, mais la maniere
dont vous preffaftes
cette Place , & voſtre inébranlable
fermetéfirent connoiſtre
que vous eſtiez capable
des plus hautes entreprifes.
Le Roy enfut bien per
Suadé, puis qu'aprés cette
conqueſte il choisit V. A. R.
pour faire le Siege de Zutphen,
Placeforte , & Capi
EPISTRE .
tale d'une Province. L'impatiente
ardeur que vous
fiftes alors paroistre fut une
preuve incontestable es de
voſtre valeur , & du desir
que vous aviez d'acquerir
de la gloire. Vous partiſtes
à trois heures du matin , &
demeurastes quatorze heures
àcheval. Enfin , MONSEIGNEUR,
vous n'arrestates
qu'àla veuë de laPlace,
où vous deviez cueillir des
Lauriers, &fi elle avoit esté
plus éloignée, l'ardeur quié
EPSSTRE .
chaufoit votre courage,vous
auroit empeſché desentirles
fatiques ausquelles l'homme
le plus robuſte auroit dûfuccomber
Vous allastes reconnoiſtre
la Place jusqu'à la
portée du Mousquet. Vous
marquâtes l'endroit où vous
vouliez que la Tranchée
fust ouverte , es les lieux
où l'on devoit drefferles Bateries
; vous poursuiviſtes le
Siege avec vigueur ,
triomphant &des ruſes que
les Ennemis mirent en ufaEPISTRE.
ام
ge, &de toute la valeur
qu'ils firent paroiſtre , vous
réduiistes ſous l'obeiffance
du Roy unePlace forte par
elle-mesme,&par une nombreuse
Garnison , &munie
de tout ce qui pouvoitfervir
àune longue défense;mais
vostre pieté vous empefcha
d'y entrer , avant que d'y
avoir rétably le culte des
Autels , eny faisant celebrer
laMeffe.
L'année ſuivante le Roy
ayant aßiegeMastric, donEPISTRE.
naà V. A. R. l'attaque dis
Fort de Veich. Ce ne devoit
estre qu'unefaufſe Attaque,
mais vous la poufſfaſtes avec
tant de chaleur le jour que
vos Troupes donnerent pour
favorifer la veritable , que
vousfiſtesrompre les Palif-
Sades,&emporterla Demylune
; deforte quefi on eust
préparé des échelles , on se
Seroit rendu Maistre de la
Place par escalade , tant
vous ſcavez inſpirer d'ardeur
aux Troupes qui com-
د.
EPISTRE.
battent ſous vos ordres .
Pendant le cours de cette
Guerre , V. A. R. prit encore
deux Places importantes,
5gagna une Bataille qui
en afſeura beaucoup autres.
Bouchain fut la premiere
qui connut que vous n'attaquezjamais
fans triompher.
Aprés avoir reconnu
vous- mefmes les endroits les
plus avantageux , vous ré-
Solûtes d'ataquer deux Baſtions
. L'un estoit convert
par un Ouvrage à corne,
>
EPISTRE .
LaCourtine qui estoit entre
ces deux Bastions estoitaußi
couverte d'une Demy-lune ,
&pour diviſerle feu desAffiegezpar
une diverſion neceffaire,
&faciliterles Travaux
de cette attaque qui
embrafſoit plusieurs grands
Ouvrages , V. A. R. jugea
àpropos d'en faire commencer
une du costé de la baffe-
Ville.
Vous estiez appliqué à
ce Siege , lors que le Roy
vous envoya avertir, fuivant
EPISTRE.
vant la parole qu'il vous
avoit donnée , Qu'il voyoit
quelque apparence deBataille
,& qu'il croyoit que
le Prince d'Orange expoſeroit
plûtoſt cinquante
mille hommes, que d'eſtre
témoin de la priſe de Bouchain.
Vous marchastes
außi- toft,laiſſant vos ordres
pour la continuation du Siege.
Vous trouvaſtes leRoy
en Bataille en presence des
Ennemis, &vous vousmi
tes àla teſte de l'aifle gauche
ū
EPISTRE .
que vous deviez commander.
Le Prince d'Orange
ayant évitéle Combat, vous
retournaſtes au Camp , 5
tout remply encore de l'ardeur
dont vous eſtiez animé
, vous ordonnaſtes qu'on
emportaft tous les Dehors
de Bouchain l'épée à la
main, ce qui fut executé,
laPlace ſe rendit bien- toft
aprés. Tant que ce Siege
dura, V. A. R. paffa toutes
les nuits à cheval. Elle viſitoit
les Attaques , les BateEPISTRE.
ries , & les Gardes des Lignes.
Elle entroit dans tous
les détails , & envoyoit
fans ceffe des rafraichiffemens
aux Soldats pour les
encourager au travail.
Fedeurois parlericy d'une
Conqueſte bien plus importante
, &dire ce que V. A.
R. fit devant Saint Omer
mais comme on en peut jugerpar
les Sieges des Places
que vous avez prifes ,dont
Je viens d'ébaucher quelques
Actions, je ne parleray
EPISTRE.
plus que de la Bataille de
Caffel ; elle est remplie de
trop de circonstances glorieuses
àV. A. R. pourn'en
marquerpas au moins quelques-
unes . L'Armée ennemie
estoit plus forte que celle
du Roy,elle estoit postée dans
des lieux naturellementfortifiez.
Des hayes vives &
des foſſez pleins d'eau luy
fervoient de rempart, elle
n'estoit point obligée de di
viſerſes forces comme vous,
MONSEIGNEUR , qui de
EPISTRE .
viez laiffer des Troupes
dans la Tranchée de Saint-
Omer,& dans les postes que
que vous aviez gagnez autour
de cette Place. Cependant
voyant la neceßité , ou
de combattre , ou d'eſtre contraint
à lever le Siege que
vous aviez ſi heureuſement
commencé, vous ne balançastes
point,quoy que leConfeildeGuerre
euft de lapeine
àSerefoudre au Combat,
dites, Que vous ne vouliez
pas eſtre obligé à lever le
EPISTRE.
Siege , & que fous voſtre
Commandement les Armes
du Roy receuffent un
affront qui ne leur eſtoit
point encorearrivé depuis
le commencement de la
Guerre. Vous vous avançaftes
enfuitepour reconnoiſtre
les Ennemis , & donnastes
des ordres pour les
aller attaquer. Ce fut - là
que vous remplistes les devoirs
& d'un brave Capitaine
, & d'un General experimenté
Vous exhortaftes
EPISTRE.
les Soldats, vous leur inspiraſtes
de l'ardeur , & vous
les menaſtes à la charge.
Ainsi vostre esprit esvostre
coeur n'agirent pas moins
que vostre bras. Dés que les
Ennemis faisoient quelque
mouvement , vous donniez
de nouveaux ordres , & vous
fuftes toûjours defangfroid
au milieu des dangers ,Sans
paroiſtre un seul moment
embaraßé. Lefeu des Ennemis
ne vous étonna point;
vous vistes pluſieurs de vos
A
EPISTRE.
Officiers bleffez autour de
vous ; vous eustes mesme un
cheval bleßé , & receustes
un coup de Mousquet dans
vos Armes. Tout cela ne
vous empécha point de chargerſouvent
à la teste des
EscadronsedesBataillons,
d'estre toûjours au plus fort
de la mêlée , & de remener
vous-mesme au Combat,des
Troupes qui avoient plié.
Le lendemain la douceur
ayant pris la place du feu
qui brilloit dans vos yeux
EPISTRE..
ود
le jour du Combat ,le foin
que vous fiftes prendre des
Bleſſez,vous rendit l'amour
des Vaincus dont vous
aviez esté la terreur , comme
vous devinſtes l'admiration
des Vainqueurs..
Mais, MONSEIGNEUR, ce
n'est pas affez , qu'aprés a
voir fait voir voſtre ſage
conduite dans un âge où la
prudence eft fi peu ordinatre
àla jeunesse , jaye fait une
legere peinture d'une partie
de vos éclatantes Actions ;
aa
EPISTRE.
Jedois ajoûter icy que nousne
voyons point de Souverains
, meſmeparmy les plus
puiſſans Monarques , qui
ayent porté la magnificence
außi loin que V. A. R. Vos
Superbes Bastimens , vos
Meubles magnifiques, &la
riche abondance de vosPierrerits
, tout marque le Sang
dont vous fortez. Cependant,
MONSEIGNEUR,tant
dechoſes n'empeſchent point
que la Nobleffe infortunée
ne trouve un azile auprés
EPSSTRE.
de vous , es que beaucoup
d'illustres Malheureux ne
foient tous les ans vangez
par vos bienfaits des injuſtices
de la fortune. Si l'on
joint à toutes ces dépenses
les grandes &galantes Feſtes
que vous donnez ſouvent
, on connoistra, MONSEIGNEUR
, que vous fçavezfoûtenir
de toutes manieres
l'éclat de vostre augufterang;
außı perſonne n'en
connoift-il mieux la grandeur
,&les droits queV.A
EPISTRE .
R. Maisquoy que vous les
Coûteniez ſi dignement ,
vous avez une bonté naturelle
, qui ſans vous faire
defcendre de vostre rang
vous attire tous les coeurs.
Iusqu où ne va- t- elle point
pour les auguſtes Perfonnes
qui vous touchent ? Quels
Soins ne prenez - vous pas
de l'éducation d'un Prince,
dont l'efprit a brillé avant
l'âge , &à qui vous donnez
ſi ſouvent d'utiles leçons.?
Quelle tendreffe n'avez-
VOUS
EPISTRE.
C
pas pour la Reyne d'Eſpagne
, & pour Madame la
DucheffeRoyalede Savoye,
vos augustes Filles ! On en
peut juger par l'empreſſo
ment que vous avez à leur
apprendre de vos nouvelles ,
& à recevoir des leurs , &
par les Preſens que vous
leur faites continuellement;
de forte que si elles ne tenoient
point la vie de vous ,
vous paroiftriez peut- estre
trop galant à leur égard.
Mais , MONSEIGNEUR
ee
EPISTRE.
on peut dire quesi l'avan
tage eft grandde vous avoir
pour Pere , il y en a außi
beaucoup à vous avoir pour
Maistre. Ceux qui ont
I'honneur de vous fervir ,
trouvent unProtecteurdans
V. A. R. Vous avez la
bonté d'entrer jusque dans
le détail de leurs affaires.
S'ils ont des proces que vous
trouviez juftes , vous les
faites recommander ; &sit
faut obtenir du Roy quetque
grace en leur faveur .
EPISTR E.
V. A. R. ne dédaigne
point de parler pour eux.
Enfin ,MONSEIGNEUR ,
-Si on vous rend quelque
Service diftingué , vous
accablez de bienfaits ceux
dont vous le recevez .Mais,
MONSEIGNEUR , je
voy qu'il faut que je finiffe
malgré l'abondance de
la matiere qui me reste ,
& que pour ne point pas-
Ser tes bornes d'une Epiſtre
, j'ajoûteſeulement icy
EPISTRE.
que je suis avec le plus profond
respect,
MONSEIGNEUR,
De Voſtre Alteſſe Royale
Le tres -humble & tres
obeïllant Serviteur
DEVIZE .
Fermer
Résumé : A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLEANS FRERE UNIQUE DU ROY.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc d'Orléans, frère unique du roi, et met en lumière les vertus et les exploits du Duc. L'auteur reconnaît la difficulté de décrire une vie aussi glorieuse et vertueuse, tout en soulignant que les bonnes inclinations d'un prince peuvent se manifester dès l'enfance, bien que l'histoire offre des exemples contraires. Le Duc d'Orléans est loué pour son respect et sa tendresse envers la reine, sa mère, ainsi que pour son attachement au roi. Il a souvent préféré la compagnie de la reine aux plaisirs habituels de son âge, et son chagrin était visible lorsqu'il croyait lui avoir déplu. La reine souhaitait qu'il se rapproche du roi, ce qui fut réalisé. Leur relation est marquée par une respectueuse amitié et une parfaite intelligence, renforcée par des divertissements et des spectacles où ils brillaient ensemble. Lors des divertissements martiaux, le Duc et le roi se distinguaient dans les carrousels et les fêtes guerrières. Leur union a été admirée par le roi de Siam, qui y voyait une clé du bonheur et de la prospérité de l'État français. L'épître détaille également les exploits militaires du Duc, notamment lors de la guerre contre une puissance inférieure. Le Duc a joué un rôle crucial dans la prise de plusieurs places fortes, comme Orsoy, Zutphen, et Bouchain, montrant un courage et une détermination exceptionnels, souvent au péril de sa vie. Il a également participé à la bataille de Cassel, où il a mené les troupes avec ardeur et stratégie. Sa conduite sage et brave a été saluée par tous. Enfin, l'épître souligne la magnificence du Duc, visible dans ses bâtiments superbes, ses meubles magnifiques, et la richesse de ses pierreries, tout en notant que ces richesses n'entravent pas sa noblesse et sa générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 239-249
Livre de M. Forestier, contenant les raisons qui ont obligé les Protestans de France à se réünir à l'Église Romaine. [titre d'après la table]
Début :
J'ay encore a vous entretenir d'un Ouvrage singulier en sa maniere, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Conversion, Ministre, Hollande, Ambassadeur, Abjuration, Hérésie, Protestants, Louis le Grand, Prétendus réformés, Église catholique, Ennemis, Croyances, Cérémonies, Écriture, Conciles, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre de M. Forestier, contenant les raisons qui ont obligé les Protestans de France à se réünir à l'Église Romaine. [titre d'après la table]
J'ay encore à vous entrecenir
d'un Ouvrage singulier
en samaniéré, & je croy que
tout cc que je vous envoye
ce moiscy touchant les Arts,
&lesSciences,vous donnera.
dIkujdtfi&epus1-osuçV'djaSmesfoi,n?; estM'-JEpi'elîijpiî,çjrfnt^jçivous
ayparlerans*Jeteti^ps, de{&
conversion.Il cft né àMontpe,
Ujfcry& a exercé les fonctionsdeMinistredlaReligion
prétenduëreformée., Comme
ses parens sont Hollandais, ilcHé;élevéen- Hollande
désj^ge^de;(Jix. huit 1110is;,
&, çpiyoyê par les Etats-
Générauxdes Provinces unies
des Plys-b?s en 1675. en qua
litéde Ministreà l'arméede
Mfte Marquis,deMonpoüil
lan. En.iS^éril fut nommé
-,
i,
par
par les mesmes Etats pour
allerà la Porte Othomaneavec
leur Ambassadeur,& en
1681. pour venir en France avec
l'Ambassadeur qu'ils y
envoyerent il sir abjuration
de l'Heresie en Octobre1686.
entre les mains de Mrl'Archevesque
de Paris. Tant de
differens Emplois marquant
l'estime que les Etats Généraux
faisoient du sÇav-oir de
MA Forestier, vous doivent
faire avoir bonne opinion de
iorr Ouvrage. Il contient les
juites & principales raisons
qui ont obligé les Protestans
de France a le reiïmr a 1bglise
Romaine fous le Regne
deLOUIS LE GRAND.
• La premiere est fondée sur
leur Schisme.L'Autheur prou.
ve par des Argumess invincibles,
tirez de - l'Ecriture,des
Saints Peres, & des propres
princi pes des Pretendus Reformez
,qu'ils n'ont pu, sans
se déclarermanifestement rebellesà
Dieu, & àses Ministres,
se separer de l'Eglise
Romaine , & il resout toutes
les difficultez principales des
Averlaires,, •'
Dans la", seconde
,
l'Autheur
fait voir d'une maniere
auez particuliere
, que les
Pretendus Reformezsont la
vraye Babylone del'Apocalypse
,&ilparle de leursDu
vi sions scandaleuses, & des
Differends infinis qu'ils ont
enrre- eux en matiere de Religion
, comme s'en estant in-
-
rbrmé luy mesne, ce qu'ila
pû faire,à cause des occasions
où il s'cil. rencontré. Il juftifie
inefrne;leglise Catholique
contre lesaccusations de
ses Ennemis, & montre corn-.*
ment les portes de l'Enfer ne
prévaudront jamais contre
elle. X ij
On peut dire que parmy
les differentes methodes dont
les Docteurs Catholiques se
font servis tres utilement pour
la conversion desPretendus
Reformez, la plus considerableest
celle qui esttirée de
ionien quelesProtestans de
France sirent avecles Lutheriens
en 1631 & de celle qu'ils
ont avec les Protestansd'Angleterre.
C'est la troiúémé
raison dont l'Autheur se fert
dans cet Ouvrage,&il prouve
par leurs propres Docteurs,
quecesLutheriens& Anglois
nes'accordent guere avec les
Pirote(tamclc ce Royaume,
sur les principauxArticles de
leucCroyance..Ilfaicniefme
voirparleurs Liturgies conrment
cIlles &An^teis.s'accordent avec:
les GackqUqucs sur des Arti
eles-îd^KQ^de la derniere con*-
sequence
,
d'où il conclud.
par une conclusion necessaire
,quelesProtestans de-j
France,qui ont bien voula
s'unic avec des Etrangers,
n'ont pûrefuserde s' unir avec
ceux irlife Gallicane
IqLuifont leurs propres Freres.
résoutaussi toutes les difficultez
que l'on peut former
contre cette Réunion.
L'Autheur fait voir dans la
quatriéme,qu'on doitnecefsairement
reconnoistre les
Traditions Apostoliques, &:
avoir une venerition particuliere
pour la Messe( dont il
ra pporte en peu de paroles la
plusparte desMysteres) pour
les autres Sacremens,& enfin'
pour les Cérémonies,&cela
par l'Ecriture. & par le témoignage
des Saints Peres qui
ont vêcu pendant les premiers
Siecles, que les Prétendus
Reformez nomment
les beaux jours del'Eglise.
Cet Ouvragea ejïç leu .pai?
plusieurs personnes fort.éclair
rees, qui l' ont trouvé tres-uti
le pour ramener à, ,la connois
lance dela Verité ceux.qui
sont encore dans l'égarement
& pour confirmer;dansles
sentimens de la Foy Catholique
les Réünis, Ces mesmes
perfonçes ont.die. -qu'il, elfe
remplyd'.esprit &f' de ju gement,
&que l'A uthcur y a
traité les principaux Articlesdasqsléae
,Reljgiond'une.maniéré- ,agreable,
solide,& particuliere;
que les difficultézqu'on
nous oppose y sont
levées clairement, & qu'il y
fait voir une connoissance
profonde de l'Histoire & des
Conciles. Le Roy ,à qui cet
Ouvrage est dédié,comme à
celuy qui a prés Dieu a le plus
contribué àcette réunion
generale, par sapieté & par
foozete. aJtnirabfe pour fEglise
, si connoistre l'estime
qu'il en faisoit par les marques
de bontéqu'il donna le
derniermoisiTAutheur,qui.
eut kdorifaîactqnAehtendre
de saproprebouche, que S4
Majellë eiïda contente du
bon témoignagequonluy
avoit rendu de saç^nduire'^
&.,qu'EUe se souviendrait de|
luy. Ce futMr l'Archevesque.
de Paris qui le p^clenraa$£
Roy. L'Autheur ijcpeuta!j}
sez seloüer desbpntcz^qu£
cegrandPrélatW:è'Ëmki
gnéesenplusieursrencontrès.
OntrouvesonOu^ra^e
àrueSaintJacque$.;-.& dans laCour^-neuvedu^Palais, au
Dauphin. ",.j. : c
, Je ,ypia|
d'un Ouvrage singulier
en samaniéré, & je croy que
tout cc que je vous envoye
ce moiscy touchant les Arts,
&lesSciences,vous donnera.
dIkujdtfi&epus1-osuçV'djaSmesfoi,n?; estM'-JEpi'elîijpiî,çjrfnt^jçivous
ayparlerans*Jeteti^ps, de{&
conversion.Il cft né àMontpe,
Ujfcry& a exercé les fonctionsdeMinistredlaReligion
prétenduëreformée., Comme
ses parens sont Hollandais, ilcHé;élevéen- Hollande
désj^ge^de;(Jix. huit 1110is;,
&, çpiyoyê par les Etats-
Générauxdes Provinces unies
des Plys-b?s en 1675. en qua
litéde Ministreà l'arméede
Mfte Marquis,deMonpoüil
lan. En.iS^éril fut nommé
-,
i,
par
par les mesmes Etats pour
allerà la Porte Othomaneavec
leur Ambassadeur,& en
1681. pour venir en France avec
l'Ambassadeur qu'ils y
envoyerent il sir abjuration
de l'Heresie en Octobre1686.
entre les mains de Mrl'Archevesque
de Paris. Tant de
differens Emplois marquant
l'estime que les Etats Généraux
faisoient du sÇav-oir de
MA Forestier, vous doivent
faire avoir bonne opinion de
iorr Ouvrage. Il contient les
juites & principales raisons
qui ont obligé les Protestans
de France a le reiïmr a 1bglise
Romaine fous le Regne
deLOUIS LE GRAND.
• La premiere est fondée sur
leur Schisme.L'Autheur prou.
ve par des Argumess invincibles,
tirez de - l'Ecriture,des
Saints Peres, & des propres
princi pes des Pretendus Reformez
,qu'ils n'ont pu, sans
se déclarermanifestement rebellesà
Dieu, & àses Ministres,
se separer de l'Eglise
Romaine , & il resout toutes
les difficultez principales des
Averlaires,, •'
Dans la", seconde
,
l'Autheur
fait voir d'une maniere
auez particuliere
, que les
Pretendus Reformezsont la
vraye Babylone del'Apocalypse
,&ilparle de leursDu
vi sions scandaleuses, & des
Differends infinis qu'ils ont
enrre- eux en matiere de Religion
, comme s'en estant in-
-
rbrmé luy mesne, ce qu'ila
pû faire,à cause des occasions
où il s'cil. rencontré. Il juftifie
inefrne;leglise Catholique
contre lesaccusations de
ses Ennemis, & montre corn-.*
ment les portes de l'Enfer ne
prévaudront jamais contre
elle. X ij
On peut dire que parmy
les differentes methodes dont
les Docteurs Catholiques se
font servis tres utilement pour
la conversion desPretendus
Reformez, la plus considerableest
celle qui esttirée de
ionien quelesProtestans de
France sirent avecles Lutheriens
en 1631 & de celle qu'ils
ont avec les Protestansd'Angleterre.
C'est la troiúémé
raison dont l'Autheur se fert
dans cet Ouvrage,&il prouve
par leurs propres Docteurs,
quecesLutheriens& Anglois
nes'accordent guere avec les
Pirote(tamclc ce Royaume,
sur les principauxArticles de
leucCroyance..Ilfaicniefme
voirparleurs Liturgies conrment
cIlles &An^teis.s'accordent avec:
les GackqUqucs sur des Arti
eles-îd^KQ^de la derniere con*-
sequence
,
d'où il conclud.
par une conclusion necessaire
,quelesProtestans de-j
France,qui ont bien voula
s'unic avec des Etrangers,
n'ont pûrefuserde s' unir avec
ceux irlife Gallicane
IqLuifont leurs propres Freres.
résoutaussi toutes les difficultez
que l'on peut former
contre cette Réunion.
L'Autheur fait voir dans la
quatriéme,qu'on doitnecefsairement
reconnoistre les
Traditions Apostoliques, &:
avoir une venerition particuliere
pour la Messe( dont il
ra pporte en peu de paroles la
plusparte desMysteres) pour
les autres Sacremens,& enfin'
pour les Cérémonies,&cela
par l'Ecriture. & par le témoignage
des Saints Peres qui
ont vêcu pendant les premiers
Siecles, que les Prétendus
Reformez nomment
les beaux jours del'Eglise.
Cet Ouvragea ejïç leu .pai?
plusieurs personnes fort.éclair
rees, qui l' ont trouvé tres-uti
le pour ramener à, ,la connois
lance dela Verité ceux.qui
sont encore dans l'égarement
& pour confirmer;dansles
sentimens de la Foy Catholique
les Réünis, Ces mesmes
perfonçes ont.die. -qu'il, elfe
remplyd'.esprit &f' de ju gement,
&que l'A uthcur y a
traité les principaux Articlesdasqsléae
,Reljgiond'une.maniéré- ,agreable,
solide,& particuliere;
que les difficultézqu'on
nous oppose y sont
levées clairement, & qu'il y
fait voir une connoissance
profonde de l'Histoire & des
Conciles. Le Roy ,à qui cet
Ouvrage est dédié,comme à
celuy qui a prés Dieu a le plus
contribué àcette réunion
generale, par sapieté & par
foozete. aJtnirabfe pour fEglise
, si connoistre l'estime
qu'il en faisoit par les marques
de bontéqu'il donna le
derniermoisiTAutheur,qui.
eut kdorifaîactqnAehtendre
de saproprebouche, que S4
Majellë eiïda contente du
bon témoignagequonluy
avoit rendu de saç^nduire'^
&.,qu'EUe se souviendrait de|
luy. Ce futMr l'Archevesque.
de Paris qui le p^clenraa$£
Roy. L'Autheur ijcpeuta!j}
sez seloüer desbpntcz^qu£
cegrandPrélatW:è'Ëmki
gnéesenplusieursrencontrès.
OntrouvesonOu^ra^e
àrueSaintJacque$.;-.& dans laCour^-neuvedu^Palais, au
Dauphin. ",.j. : c
, Je ,ypia|
Fermer
61
p. 50-71
A MONSIEUR D. L. C. D. G. Ce 10. May 1687.
Début :
La tranquillité qui regne dans le Royaume depuis qu'on en / J'entre, Monsieur, autans que vous pouvez l'attendre de nostre [...]
Mots clefs :
Tranquilité, Royaume, Calvinisme, Religion catholique, Vérité, Conversion, Ennemis, Honneur, Clergé, Constitution, Schisme, Docteurs, Apôtres, Institution, Évangile, Rebelles, Martyrs, Hébreux, Troupeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR D. L. C. D. G. Ce 10. May 1687.
dans le Royaume depuisqu'on
en a banny le Calvinisme?
fait que je ne vous entretiens
presque plus sur cette
grande matiere. Ce qu'il y a
de remarquable, c'est que
ceux qui ont eu le plus de peine
à se départir de leurs erreurs)
font aujourd'huy plus
$elez dansnofhe Religion)
que Les Catholiques mesmes
qui l'ontprofessée dés leur
miffance.Celavient sans doutc
du grand foin qu'ils ont
1ptrJiisn de se faire instruire. Ce
leur a fait connoistre
- -
plus à fond laverité de la Religion
qu'ils ont embrassée;
de forte que depuis unan,on
a souvent veu que ceux qu'on
ne croyoit pas sincerement
convertis,ont procuré la conversion
de plusieurs autres.
Nous ne voyons presque plus
de ces obstinez qui ne l'étoient
que pour tirer quelque
gloire de leur obstination,&
qui fermoient les yeux à la
verité,moins parce qu'ilsn'en
estoient pas persuadez
, que
parce qu'ils s'imaginoienr
qu'il leur estoit honteux de
ceder
, après avoir resisté avec
chaleur. Il y a lieu deC~t
perer que le peu qui reste de.
cesobstinez, renoncera bientost
à cefauxhonneur.Onles.
combat tous les jours avec les
armes de la raison ,d'une ma-,
niçre qui donne sujet de croire
qu'ils vont estre sans def-:
fence.Voicy uneLettre écrite
surcesujet par un Capitaine
de Cavalerie, à un de ses A*-
mis, qui differe de jour en
jour sa Conversion. Vous en
trouverez le stile fort naturel,
& la manière dont il combat
l'obstination de son Amy ,
pourra donner lieu à ceux qui
font encore dans le mesme
estat, de faire d'utiles reflexions.
,..A MONSIEUR D. L. C. D. G.
Ce 10. May 1687. 1'Entre, Monsieur. autant
que vous p(1u'Vez. l'attendre
de nostre amitié
,
dans toutes les
peines d'esprit ou je connoisque
vous de-urk estre. Cependant je
nepuis me dispenser de faire des
voeux ,afin
quilplaise
au Ciel
vous inspirer de prendre un parti
que j'ay douhaite depuis longtemps
quevous puissezvousrésoudre
a prendre. Il mettroir fin
avos peines, &feroit cesser le
triomphe de vos ennemis. Ne
vous souvenez -vous point,
Monsieur ,quevous m'a'Vt.'::{
fait l'honneur de me direune
fois, que s'ilriyavoit que vous
gîf moy ,
l'on pourrait accommoder
le differend f se me reconnois
dema part tres-incapable
de discourir de cette matiere qui
me passe
,
aussi-bien que beaucoupd'autresquil'ontplus
étudiee
;& comme les misteres de
la Religion n'ont pas estéfortdez
sur la raison des hommes, qui tji
moins que rien en cette occasion,
jaytoûjours mieux Aimi
* à
l'exemple du Charbonnier croire
quesçavoir,suivant ce que dit
uin Ancien *, Sanctius ac reverenriùsdeactis
Deorum
-credere quam scire, Et
SaintAugujUnaprès/A:^ Meliyus
scitur Deus nesciendo;
en sorte que le partyleplus raisonnable,
& le plus seur pour
unparticulier, est de voguer
jimplemertt & avec confiance,
dans la grandeNef, dont la
conduite regarde nos Supérieurs,
&queleSeigneur a promis de
ne jamais abandonner. Il ejl
vray que je suis demeure d'accord
avec vous, aue les 7)~
,
steurs particuliers qui s'avanserent
le Sieclepasséde prescher
de leur chef une pretenduë reforme
»
au scandale de l'Eglise,
navoient pas manque tout- fait a - de prétexté specieux pour
cela, & qu'ils navoient pas
tout le tort en certaineschoses.
L'opulence tg l'ignorance du
Ciergé de ce temps-là, sa conduite
déreglée en la pluspart de
ses membres.& le mauvais usage
qui se faisoit de ces grands
biens, luy avoient attirédes envi
ux , &' dfjofa lesPeuples aécouleruoiontiers
ceux qui
commencèrent kd'attaquer& *4
décrier sa conduite.Mais an
p~ilseasmlloeeurr,syc(eglafilnen'yreagracrodoiitt qui
pas
le mesme lieu d'attaquer la decrtI
rine,encontredJ~isr-antimpudemment
, & osantabroger
d'autorité privée des Constitutions
autorisées &sanctifiées
par la pratique générale de tant
de Siecles; desavouant par ce
changement la Religion de nos
Peres, comme s'ilseujjent rfié
des idiots a leur égard, &qupposantl'Eglise
corrompuepresque
déssanaissasnce, vculart fixer
&renfermer fia puretédans les
deux ou trois premiersSiecles*
L'aigreurqui salluma, en oe
tempr-O, entre les deux Tartis,
empejiha >outr?la ~ccnfidcration
-dd,autres intercj0h temporel,s qtte
/7 que l'onne pustssiereconci*lierj
mai; à present que l'on /7-~/-f~~ t l minerlescbofts de sens froid&
en bons feres, se peut-il faire
qu'un homme raisonnable Je
croye plus enseureté de confdence
,&mieux fondé dans
le Schisme que dans le giron de
l'Eglise ? Je ne touche point les
matieres de dispute
.J
ny les questions
decontroversejenesuis
pas dffiz scavant pour cela;
maismarrestantsimplement 4t1
Schisme
?
de bonne-foy
?
Monsieur,
pouvez-vous croire qu'un
certain nombre de Docteurs mécontens
,
témennres & discordansentreeux
, ayenteu l'autoritéd'attaquer
l'Eglise en
leur nom, sans autre titre ny
mission
,
(ü fous pretexte d'abuss'enseparer,
&sefairedes
reformesselon leur caprice ïVotts
gluez pû voir ce qu'enpensoit
Montagne,quanddaécrit, que
nonobstant toutpretexte de reforme,&
[ZH} entrer dans la
questîon
,
il estoit bien bardy
pour un particulier de se mettre àlatestede cette affaire çfyf
gdaesraentdcheasragefar ibtulye-rmaeissmone sdu'urnlee
ebofedecelle impu? tance ; je
trouve aussî quecej/i une garantie
nlt!. ajjuree pourceuxqui
ont osé s'en contenter. Sapiens
non conturbabit publicos
mores, nec populum in se
novitate vitæ convertet, a
dit Seneque ,
@r non pas Calvin.
Ce n'estpasd'aujourd'huy
qu'il y a des abus dans les
•moeurs &dans la conduite; mais
cesabus ne doivent point empescberque
l'on ne respecte la
doctrine; @r je ne voy pas quelle
.repugnanc: vous Pafi1.J!'z. avoir
de rentrer dans le sein de nostre
JMere commune ,
dont vos derniers
Peres , en siuvant le torrent
du temps , eurent l'imprudence
de se separer le Siocle
passé. Reverti unde veneris
quid grave cft ? Ne fommesnous
pas tous Chrefliens
,
enfans
d'unemejme Mere ? Ne prionsnous
pas Dieu de la mesme maniéré3Juivant
le modelle que le
Sauveur nous en a laissé dans
l'Oraison qu'il adresse àson Pe-
-re: &nelouons-nous
pasleSei-
*tneur dans les mesmes termes partabouche du Prophete
Royal f Ne croyons - nous p(t
aussi la mesme chose au fond, e le précisdenostre sost rapporté
dans le Symbole des Apostres,
n'est-il pas commun entre
nous ?.A l'égard du mystere de
l'Eucharistie, quia esté le grand
point de 14 querelle
,
où nous
disons, comme il est écrit, Cecy
est mon Corps,&quevous expliquez
d'une manière différente
&détournée, Icy est mon
Corps, ne nous doit-ilpasestre
également adorable comme nous
le devons adorer en effet, sans
trop penetrer dans une chose
aussi ineffable qu'incomparable,
comme le témoigne le devot à
« Kempis, n'approuvant point à
l' sujet les disputes de l'Ecole,
qui ont donné lieu au differend?
Qui scrutator est Majestatis
,
opprimetur à gloria. Revelez
donc à nous, Monsieur,
vous le devez par toutes considerations,&
la révolution generale
que vous 'lslcne':( de voir,
ve peut-estre qu'un coup de la
nain de Dieu
, comme mesme
tous ceux du partyl'avoüent,
& cenepeut estre l'ouvrage des
hommes. Si quantité de pieuser
pratiques qui sont en usage parmy
nous, vous blessenta cause
de leur moderne institution, obien
, ne les pratiquez point
mais dans les chosesdepratique
essentielle&necessaire commandée
par l'Eglise, comme lesFeunes&
les abstinences ordonnées,
trouvez-vous que la penitence
soit contraireàl'Evangile
, &{
à laLoy du Sauveur du monde,
dont la vie qu'il nous a lafecpour
modelle,n'aesté quune continuellepenitence
, & est-ce un
merite ouuneveritable reforme,
comme l'ontpreiendu les Novateurs,
que
de
la rétrancher? La
Foy de vous&de nous n'impliqlaue
point de contradiction, ($f
différencequ'ily a, c'est que
nous croyons &pratiquons plu.
que vous; en quoy nous accomplissons
plus parfaitement, &
d'unemaniereplus étendue' &
meritoire,leJacrificedetejprit
'-& de la nature, dont le Seigneur
nous ordonna de luy rendre
hommage, comme tenant l'un
&l'autre de luysenquoy consiste
, ce mesemble, l'esprit de
la Loy,&l'essence de nostre Religion,
que l'Ange rebelle&
nostre premier Pere trompe^par
leur propre suffisance
, neurent
pas le bonheur de bien comprendre
, non plus que l'Apostre infidelle.
Mais
les
Autheurs du
Schism ont tellementaffectéde
se mesquer çy déguiser, pour
établir entre nous de pretenduës
disparitez,qu'ilssesont avisez
de desavoùerjusques à leurs propres
noms; &comme s'ils a-I
voienthonte de porterceux
qui
leur ont esté imposez auBaptême
en memoire des Saints ApoftresjJOdartyrS
j & Confesseurs
denostreReligion
, qui estoient
ienlusasgede tout tempsdans l'E- ont estérappellerchez
lesanciensHebreuxceuxetA—
brabam&deSara,d'Isaac&
-,
de
-
Rachet,,pour les fairerevi-
*<ure en la personnedeleurs CA,
sans,faisant par une nouvelle
revolutionsucceder l'Ancien Testament
au Nouveau; ce qui
ne vousdoit-il pas paroistreridiculeaussi-
bien qu'àmoy ? S'avit-
il donc en revenantànous.
(7 au centre commun ,
desacrifier
aux Idoles, comme il semble
que vous l'entendiez ,lors
queje vous ayoüy dire,spensant
imiterle zele des premiers
Chrestiens, quei\.;sjhuf-<
-friYieK plùtost comme eux les
rouës &les che'l.Jalc"\,. que de
-:IfUOUS ébranler en la moindre
sorte dans vostreresolution : &
çfuisqu'an est ,crfvvenu pa/mj
vous, comme vos Ministres ia*
voüerent en presence du Grand
Henry ,que l'on pourvoit sesauver
dans nostre Religion, pouvez-
vous l'envisagercomme un
estat de perdition;& avez
vous juste raison de vous acharnerdans
unParty douteux pour
le moins &contesté, & visi'blement
plein d'erreur, ainsi que
dépourveude juste autorité,plutost
quedevous réunir à celuy
qui de l'aveu. commun,renfermeune
pleine sseureté? Je n'ignorepd*
que vous vous piquez
de fermeté & que vous estes
ferme en effets mais sivostre
* -
grand coeuraquelquerepugnance
àserendre,la procéduresommaire
que l'on atenuë pourvous obliger
à rejoindre leTroupeau,
n'estantpas de vostre goust, par
rapport aux menagemens que
l'on avoit eus cy-devant pour
le Party, outre que les plus
sensez de ce Party sont demeurezd'accord
qu'ils'y falloit
prendre ainsi pouryparvenir,
sans quoy cet Ouvrage important,
qui achevera derendre le
regne du plusgrand de nos Rois,
fameux dans les tempsàvenir,
n'auroit jamais esté consommé,
Pouvc;z-,votes avoir honteà
l'heure qu'ilest>&
vous rougir, aprés avoir disputé
le terreinjusques-icy,de sortir
le dernier par la bréched'une
Place démantelée,&qui
n'est plus tenable par aucun endroit?
M.le Marquis du Bordage,
que je cite par estime,
estoit-ilmoins zelé que vous,&
nepeut-on point vousle comparer?
Vous sçavez comment
abandonnant tousses interests,
Mfutarresté avec sa Famille
en voulantsortir du Royaume,
Cependant aprés avoir donné,
en cetteoccaftontoutes lesmar-
:.JUCS d'une heroïquefermeté , Ut
grace du Seigneurl'ayant enfin
éclairé, il donnaensuitedes
rmitaarqbuleessitouchantes d'une véconversion,
lors qu'il prit
le party de renoncer au Schisme,
qu'ilne putrester aucun lieu de
douter de sa sincerité. Enfin, de
quelque opinion que voussoyez,
je n'enseray jamais moins plein
de zele pour vous,sçachantque
vous estes un parfaitementbonnefie
homme, f:7 ungenereux
Amy.Maissouffrez que ce zele
s'explique& s'interessepour ce
quivous-regardedéplusprés
"tIÛ vousdoit estre leplus chcv-
J'fuis,&c*-
en a banny le Calvinisme?
fait que je ne vous entretiens
presque plus sur cette
grande matiere. Ce qu'il y a
de remarquable, c'est que
ceux qui ont eu le plus de peine
à se départir de leurs erreurs)
font aujourd'huy plus
$elez dansnofhe Religion)
que Les Catholiques mesmes
qui l'ontprofessée dés leur
miffance.Celavient sans doutc
du grand foin qu'ils ont
1ptrJiisn de se faire instruire. Ce
leur a fait connoistre
- -
plus à fond laverité de la Religion
qu'ils ont embrassée;
de forte que depuis unan,on
a souvent veu que ceux qu'on
ne croyoit pas sincerement
convertis,ont procuré la conversion
de plusieurs autres.
Nous ne voyons presque plus
de ces obstinez qui ne l'étoient
que pour tirer quelque
gloire de leur obstination,&
qui fermoient les yeux à la
verité,moins parce qu'ilsn'en
estoient pas persuadez
, que
parce qu'ils s'imaginoienr
qu'il leur estoit honteux de
ceder
, après avoir resisté avec
chaleur. Il y a lieu deC~t
perer que le peu qui reste de.
cesobstinez, renoncera bientost
à cefauxhonneur.Onles.
combat tous les jours avec les
armes de la raison ,d'une ma-,
niçre qui donne sujet de croire
qu'ils vont estre sans def-:
fence.Voicy uneLettre écrite
surcesujet par un Capitaine
de Cavalerie, à un de ses A*-
mis, qui differe de jour en
jour sa Conversion. Vous en
trouverez le stile fort naturel,
& la manière dont il combat
l'obstination de son Amy ,
pourra donner lieu à ceux qui
font encore dans le mesme
estat, de faire d'utiles reflexions.
,..A MONSIEUR D. L. C. D. G.
Ce 10. May 1687. 1'Entre, Monsieur. autant
que vous p(1u'Vez. l'attendre
de nostre amitié
,
dans toutes les
peines d'esprit ou je connoisque
vous de-urk estre. Cependant je
nepuis me dispenser de faire des
voeux ,afin
quilplaise
au Ciel
vous inspirer de prendre un parti
que j'ay douhaite depuis longtemps
quevous puissezvousrésoudre
a prendre. Il mettroir fin
avos peines, &feroit cesser le
triomphe de vos ennemis. Ne
vous souvenez -vous point,
Monsieur ,quevous m'a'Vt.'::{
fait l'honneur de me direune
fois, que s'ilriyavoit que vous
gîf moy ,
l'on pourrait accommoder
le differend f se me reconnois
dema part tres-incapable
de discourir de cette matiere qui
me passe
,
aussi-bien que beaucoupd'autresquil'ontplus
étudiee
;& comme les misteres de
la Religion n'ont pas estéfortdez
sur la raison des hommes, qui tji
moins que rien en cette occasion,
jaytoûjours mieux Aimi
* à
l'exemple du Charbonnier croire
quesçavoir,suivant ce que dit
uin Ancien *, Sanctius ac reverenriùsdeactis
Deorum
-credere quam scire, Et
SaintAugujUnaprès/A:^ Meliyus
scitur Deus nesciendo;
en sorte que le partyleplus raisonnable,
& le plus seur pour
unparticulier, est de voguer
jimplemertt & avec confiance,
dans la grandeNef, dont la
conduite regarde nos Supérieurs,
&queleSeigneur a promis de
ne jamais abandonner. Il ejl
vray que je suis demeure d'accord
avec vous, aue les 7)~
,
steurs particuliers qui s'avanserent
le Sieclepasséde prescher
de leur chef une pretenduë reforme
»
au scandale de l'Eglise,
navoient pas manque tout- fait a - de prétexté specieux pour
cela, & qu'ils navoient pas
tout le tort en certaineschoses.
L'opulence tg l'ignorance du
Ciergé de ce temps-là, sa conduite
déreglée en la pluspart de
ses membres.& le mauvais usage
qui se faisoit de ces grands
biens, luy avoient attirédes envi
ux , &' dfjofa lesPeuples aécouleruoiontiers
ceux qui
commencèrent kd'attaquer& *4
décrier sa conduite.Mais an
p~ilseasmlloeeurr,syc(eglafilnen'yreagracrodoiitt qui
pas
le mesme lieu d'attaquer la decrtI
rine,encontredJ~isr-antimpudemment
, & osantabroger
d'autorité privée des Constitutions
autorisées &sanctifiées
par la pratique générale de tant
de Siecles; desavouant par ce
changement la Religion de nos
Peres, comme s'ilseujjent rfié
des idiots a leur égard, &qupposantl'Eglise
corrompuepresque
déssanaissasnce, vculart fixer
&renfermer fia puretédans les
deux ou trois premiersSiecles*
L'aigreurqui salluma, en oe
tempr-O, entre les deux Tartis,
empejiha >outr?la ~ccnfidcration
-dd,autres intercj0h temporel,s qtte
/7 que l'onne pustssiereconci*lierj
mai; à present que l'on /7-~/-f~~ t l minerlescbofts de sens froid&
en bons feres, se peut-il faire
qu'un homme raisonnable Je
croye plus enseureté de confdence
,&mieux fondé dans
le Schisme que dans le giron de
l'Eglise ? Je ne touche point les
matieres de dispute
.J
ny les questions
decontroversejenesuis
pas dffiz scavant pour cela;
maismarrestantsimplement 4t1
Schisme
?
de bonne-foy
?
Monsieur,
pouvez-vous croire qu'un
certain nombre de Docteurs mécontens
,
témennres & discordansentreeux
, ayenteu l'autoritéd'attaquer
l'Eglise en
leur nom, sans autre titre ny
mission
,
(ü fous pretexte d'abuss'enseparer,
&sefairedes
reformesselon leur caprice ïVotts
gluez pû voir ce qu'enpensoit
Montagne,quanddaécrit, que
nonobstant toutpretexte de reforme,&
[ZH} entrer dans la
questîon
,
il estoit bien bardy
pour un particulier de se mettre àlatestede cette affaire çfyf
gdaesraentdcheasragefar ibtulye-rmaeissmone sdu'urnlee
ebofedecelle impu? tance ; je
trouve aussî quecej/i une garantie
nlt!. ajjuree pourceuxqui
ont osé s'en contenter. Sapiens
non conturbabit publicos
mores, nec populum in se
novitate vitæ convertet, a
dit Seneque ,
@r non pas Calvin.
Ce n'estpasd'aujourd'huy
qu'il y a des abus dans les
•moeurs &dans la conduite; mais
cesabus ne doivent point empescberque
l'on ne respecte la
doctrine; @r je ne voy pas quelle
.repugnanc: vous Pafi1.J!'z. avoir
de rentrer dans le sein de nostre
JMere commune ,
dont vos derniers
Peres , en siuvant le torrent
du temps , eurent l'imprudence
de se separer le Siocle
passé. Reverti unde veneris
quid grave cft ? Ne fommesnous
pas tous Chrefliens
,
enfans
d'unemejme Mere ? Ne prionsnous
pas Dieu de la mesme maniéré3Juivant
le modelle que le
Sauveur nous en a laissé dans
l'Oraison qu'il adresse àson Pe-
-re: &nelouons-nous
pasleSei-
*tneur dans les mesmes termes partabouche du Prophete
Royal f Ne croyons - nous p(t
aussi la mesme chose au fond, e le précisdenostre sost rapporté
dans le Symbole des Apostres,
n'est-il pas commun entre
nous ?.A l'égard du mystere de
l'Eucharistie, quia esté le grand
point de 14 querelle
,
où nous
disons, comme il est écrit, Cecy
est mon Corps,&quevous expliquez
d'une manière différente
&détournée, Icy est mon
Corps, ne nous doit-ilpasestre
également adorable comme nous
le devons adorer en effet, sans
trop penetrer dans une chose
aussi ineffable qu'incomparable,
comme le témoigne le devot à
« Kempis, n'approuvant point à
l' sujet les disputes de l'Ecole,
qui ont donné lieu au differend?
Qui scrutator est Majestatis
,
opprimetur à gloria. Revelez
donc à nous, Monsieur,
vous le devez par toutes considerations,&
la révolution generale
que vous 'lslcne':( de voir,
ve peut-estre qu'un coup de la
nain de Dieu
, comme mesme
tous ceux du partyl'avoüent,
& cenepeut estre l'ouvrage des
hommes. Si quantité de pieuser
pratiques qui sont en usage parmy
nous, vous blessenta cause
de leur moderne institution, obien
, ne les pratiquez point
mais dans les chosesdepratique
essentielle&necessaire commandée
par l'Eglise, comme lesFeunes&
les abstinences ordonnées,
trouvez-vous que la penitence
soit contraireàl'Evangile
, &{
à laLoy du Sauveur du monde,
dont la vie qu'il nous a lafecpour
modelle,n'aesté quune continuellepenitence
, & est-ce un
merite ouuneveritable reforme,
comme l'ontpreiendu les Novateurs,
que
de
la rétrancher? La
Foy de vous&de nous n'impliqlaue
point de contradiction, ($f
différencequ'ily a, c'est que
nous croyons &pratiquons plu.
que vous; en quoy nous accomplissons
plus parfaitement, &
d'unemaniereplus étendue' &
meritoire,leJacrificedetejprit
'-& de la nature, dont le Seigneur
nous ordonna de luy rendre
hommage, comme tenant l'un
&l'autre de luysenquoy consiste
, ce mesemble, l'esprit de
la Loy,&l'essence de nostre Religion,
que l'Ange rebelle&
nostre premier Pere trompe^par
leur propre suffisance
, neurent
pas le bonheur de bien comprendre
, non plus que l'Apostre infidelle.
Mais
les
Autheurs du
Schism ont tellementaffectéde
se mesquer çy déguiser, pour
établir entre nous de pretenduës
disparitez,qu'ilssesont avisez
de desavoùerjusques à leurs propres
noms; &comme s'ils a-I
voienthonte de porterceux
qui
leur ont esté imposez auBaptême
en memoire des Saints ApoftresjJOdartyrS
j & Confesseurs
denostreReligion
, qui estoient
ienlusasgede tout tempsdans l'E- ont estérappellerchez
lesanciensHebreuxceuxetA—
brabam&deSara,d'Isaac&
-,
de
-
Rachet,,pour les fairerevi-
*<ure en la personnedeleurs CA,
sans,faisant par une nouvelle
revolutionsucceder l'Ancien Testament
au Nouveau; ce qui
ne vousdoit-il pas paroistreridiculeaussi-
bien qu'àmoy ? S'avit-
il donc en revenantànous.
(7 au centre commun ,
desacrifier
aux Idoles, comme il semble
que vous l'entendiez ,lors
queje vous ayoüy dire,spensant
imiterle zele des premiers
Chrestiens, quei\.;sjhuf-<
-friYieK plùtost comme eux les
rouës &les che'l.Jalc"\,. que de
-:IfUOUS ébranler en la moindre
sorte dans vostreresolution : &
çfuisqu'an est ,crfvvenu pa/mj
vous, comme vos Ministres ia*
voüerent en presence du Grand
Henry ,que l'on pourvoit sesauver
dans nostre Religion, pouvez-
vous l'envisagercomme un
estat de perdition;& avez
vous juste raison de vous acharnerdans
unParty douteux pour
le moins &contesté, & visi'blement
plein d'erreur, ainsi que
dépourveude juste autorité,plutost
quedevous réunir à celuy
qui de l'aveu. commun,renfermeune
pleine sseureté? Je n'ignorepd*
que vous vous piquez
de fermeté & que vous estes
ferme en effets mais sivostre
* -
grand coeuraquelquerepugnance
àserendre,la procéduresommaire
que l'on atenuë pourvous obliger
à rejoindre leTroupeau,
n'estantpas de vostre goust, par
rapport aux menagemens que
l'on avoit eus cy-devant pour
le Party, outre que les plus
sensez de ce Party sont demeurezd'accord
qu'ils'y falloit
prendre ainsi pouryparvenir,
sans quoy cet Ouvrage important,
qui achevera derendre le
regne du plusgrand de nos Rois,
fameux dans les tempsàvenir,
n'auroit jamais esté consommé,
Pouvc;z-,votes avoir honteà
l'heure qu'ilest>&
vous rougir, aprés avoir disputé
le terreinjusques-icy,de sortir
le dernier par la bréched'une
Place démantelée,&qui
n'est plus tenable par aucun endroit?
M.le Marquis du Bordage,
que je cite par estime,
estoit-ilmoins zelé que vous,&
nepeut-on point vousle comparer?
Vous sçavez comment
abandonnant tousses interests,
Mfutarresté avec sa Famille
en voulantsortir du Royaume,
Cependant aprés avoir donné,
en cetteoccaftontoutes lesmar-
:.JUCS d'une heroïquefermeté , Ut
grace du Seigneurl'ayant enfin
éclairé, il donnaensuitedes
rmitaarqbuleessitouchantes d'une véconversion,
lors qu'il prit
le party de renoncer au Schisme,
qu'ilne putrester aucun lieu de
douter de sa sincerité. Enfin, de
quelque opinion que voussoyez,
je n'enseray jamais moins plein
de zele pour vous,sçachantque
vous estes un parfaitementbonnefie
homme, f:7 ungenereux
Amy.Maissouffrez que ce zele
s'explique& s'interessepour ce
quivous-regardedéplusprés
"tIÛ vousdoit estre leplus chcv-
J'fuis,&c*-
Fermer
62
p. 7-13
STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Début :
La conjoncture presente des affaires fait meriter tant de / Fille du Ciel, aimable Paix, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Armes, Gloire, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
A
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
conjoncture prefente des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque en reçoit de tant déloquentes Plumes, que je croy
devoir commencer maLettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions. L'illuftre Madame des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires. Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'envoit point d'elle
qui ne répondent à la réputation qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
FilleIlle du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie ,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe envie
GALANT. 9
Ontvoulu d'icy-bas exiler pour jamais :
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemisfont confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Cielfe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieuxdeftinezà d'éternelles·
larmes.
Ouy,jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignolspar leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vousferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſerfilence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Quefait l'inconftante Deeffe,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fafoibleſſe,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefmemain qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ilsfont
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quelpoint.
il les aime,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tousfes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne,
Des Conqueftes qu'ilfait, des Batailles qu'ilgagne ,
Tous eftes lefeulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleurje les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent,
Et qui foulant aux pieds toutesfortes de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leurgloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com-·
battoientpour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors , Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fesgouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ontfait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource &l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
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Résumé : STANCES IRREGULIERES Sur les Victoires du Roy.
Le texte est une lettre du périodique Mercure, qui commence par louer le roi et mentionne les éloges qu'il reçoit. L'auteur décide de partager des poèmes récents, notamment ceux de Madame des Houlières, reconnue pour ses vers de qualité. Le poème principal, intitulé 'Stances sur les Victoires du Roy', célèbre les triomphes du roi Louis. Il décrit la paix comme une fille du ciel, exilée par l'erreur et la jalousie, mais appelée à revenir grâce aux succès du roi. Le poème souligne la générosité du roi, qui préfère la paix et le bien-être de ses peuples à la gloire personnelle. Il mentionne également la rage des ennemis du roi, vaincus sur terre et sur mer, et exprime l'espoir que la paix reviendra grâce aux victoires du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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63
p. 25-35
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Début :
L'Illustre Madame des Houlieres qui ne suit jamais / Fille des plaisirs, triste Goutte, [...]
Mots clefs :
Goutte, Santé, Louis, Guerriers, Héros, Camp de Namur, Ennemis, Plaisir, Victorieux, Espérance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
L'Illuftre Madame
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
S
des
Houlieres qui ne fuit jamais
la route commune & qui
donne toujours fujet d'admirer le furprenant & rare talent qu'elle a pour les Vers,
a trouvé un tour ingenieux
pour peindre les alarmes que
nous caufe l'intrepidité qui
porte le Roy à méprifer le
peril. Vous en conviendrez
quand vous aurez leu l'Ouvrage qui fuit.
Aoust 1692.
26 MERCURE
222252555222 22252
E PITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
A LA GOUTTE.
FIlle des plaifirs , trifte Goutte,
Qu'ondit que la Richeſſe accompagne
toujours,
Vous que jamais on ne redoute
Quandfous un toit ruftiqueon voit
couler fesjours ;
Je ne viens pas icy pleine d'impa- tience ,
Effayerpar des vœux d'ordinaire impuiffans,
GALANT. 27
D'adoucir voftre violence.
Goutte, le croirez- vous ? C'est par
reconnoiffance
Queje vous offre de l'encens
2
De cette nouveauté vous paroissez
charmée.
Faite pour n'infpirer que de durs
fentimens,
A de tendres remercimens .
Vous n'eftespas accoutumée.
Commencez à goûter cequ'ils ont de
douceurs.
Qu'on vous rende par tout defu
prêmes honneurs;
Qu'en bronze, qu'en marbre on
vous voye
Triomphante de la Santé
Rétablir dans nos cœurs le repos
la
joye.
شیخ
Acombien deperils LOVIS feroit em
(proye
Cij
28 MERCURE
Si vous n'aviez pas mis fesjours en
feureté !
2
Toutce qu'affrontoitfon courage
Enforçant deNamur les orgueilleux
Rampars ,
Peignoit l'effroy fur le vifage
Desgenereux Guerriers dont ce Heros
partage
Les penibles travaux , les glorieux
hazards.
Dans la crainte de luy déplaire
On n'ofoit condamnerfon ardeur témeraire,
Bien qu'elle puft nous mettre au comble du malheur.
Aforce de refpect on devenoit coupable.
Vous feule, Goutte fecourable,
Avez ofé donner un frein à favaleur.
GALANT. 29
2
Helas ! qui l'auroit dit , à voir
couler nos larmes
Dans ce temps que la paix confacroit
au repos ,
Où de vivesdouleurs attaquoient ce
Heros ,
Quefes maux quelque jourauroient'
pour nous des charmes?
Mais quel bruit quelle voix fe répard
dans les airs?
Quoy done , Meffagere inviſible
De tout ce qui fe fait dans ce vafte
Univers,
Auprés du grand Roy que tu fers
On voit couler le fang ! Evenement
terrible !
Quelle idée offrez- vous à mon cœur
agité?
Sur l'excés de valeur &d'intrepidité,
Plufieurs perfonnes bleffées auprés du Roy.
Cij
30 MERCURE
Ce Heros fera-t-il toujours incorrigi
ble?
28
Vousn'avez pas affez duré,
Goutte , dont j'eftois fi contente,,
Vous trompez ma plus douce attente ,
Vous en quij'efperois , &quej'avois
juré
De celebrer un jour par quelquegrandefefte ( Tefte ,
Si pour nous conferver une fi chere
Dansle Campde Namur vous aviez
mesuré
Vostre durée à fa conquefte.
S
Ab! que ne laiffe-t-il à son augufte
Fils
Dompterde mortels Ennemis
Fameuxpar leur rang, par leur.
nombre
GALANT. 31
Mais qu'à fuivre fon char le Ciel a
condamnez!
Qu'ilne nous quitte plus , qu'ilje
repose à l'ombre
Des Lauriers qu'il a moiffonnez.
N'eft-ilpoint las de wainore ? & ne
doit- il pas croire
Quefon nompour durertoujours
N'a plus affaire dufecours
De quelque nouvelle Victoire ?
Ces Grecs & ces Romains fi vantez
dans l'Hiftoire
Ont fauvé leurs noms du trépas
Par des faits moins brillans , moins
dignes de memoire.
Affreuse avidité degloire !
La fienne efface tout, & ne luyfuffit
pas.
S
De tant de Nations la chere & vaine
Idole
Cilj
32 MERCURE
Naffau , par plus d'un crime en Mo
narque érigé,
Dés qu'il fçait Namur affiegés
Fremit , raffemble tout, & vers la
Sambre vole ,
A voir fi prés de nous floter fes Etendars..
A quelque noble effort qui n'auroit
du s'attendre?
Mais toutfçavant qu'il eft dans le
Métier de Mars ,
Ilfemble n'eftre enfin venu que pour
apprendre
Le grand Art de forcer une Place à
Se rendresses
E1 pour fes Alliez toujours remply
d'égards ,
Lancerfur noftre Camp de menaçans.
regards ,
Eft tout ce qu'il ofe entreprendre.
GALANT.
33
2
Tout ce qui justifie &nourrit les terreurs ,
་
L'Art , la Nature, cent mille hommes ,
Et ce que l'byver a d'horreurs ;
Malgré lafaifon où nous fommess
Auront vainement entrepris
De rendre Namur imprenable,
Quand Louis l'attaque, il eftpris,
Etces amas de Rois que fa puiſſance
accable ,
Eft la Montagne de la Fable,
Quide l'attention fait passer au mépris.
2
Non, je ne mefuis point trompée,
Je voy courirle Peuple , & je lis dans
fesyeux
Que LOVIS eft victorieux.
Macrainte pourfa vie est enfindiffi
pée,
34 MERCURE
Etje n'afpire plus qu'à revoir dans
ces lieux
Ce Heros dont mon ame est toujours
occupée.
Goutte , qu'on vit trop toft finir ,
Et dontje viens d'avoir l'audace de
me plaindre
Puis que pour ce Vainqueur on n'a
plus rien à craindre,
Gardez-vous bien de revenir.
2.
Ne le dérobez point à noftre impatience.
Lors qu'il eft éloigné de nous
Tout est enfevely dans un morne fi- lence ,
Et le foible plaifir que donne l'efpe
rance,
Eft le feul plaifir qnifoit doux.
Mais , Goutte, s'il eft vray ce qu'on
nous ditfans ceffe ,
GALANT: 35
Que jusqu'à l'extrême vieillefe
Fous conduisez les jours lors que
vous ne venez
Qu'aprésqu'on apaßéhuitLuftres,
Pour des jours précieux , &toujours´
fortunez
Fours quifont tous marquezpar quelquesfaits illuftres ,
Quelle esperance vous donnez !
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, A LA GOUTTE.
Le poème est dédié à Madame des Houlières et célèbre son talent poétique ainsi que son courage face aux dangers auxquels le roi Louis XIV est confronté. Il commence par louer Madame des Houlières pour son génie et sa bravoure, soulignant les périls que le roi affronte, notamment lors du siège de Namur. Le texte exprime une admiration profonde pour l'intrépidité du roi malgré les risques qu'il encourt. Le poème aborde également la maladie du roi, la 'Goutte', et exprime le souhait qu'elle ne revienne pas afin de permettre au roi de poursuivre ses exploits militaires. La 'Goutte' est personnifiée et implorée de ne pas revenir, afin que le roi puisse rester en bonne santé et continuer à triompher sur le champ de bataille. Le texte se termine par une expression d'espoir que la 'Goutte' ne revienne jamais, permettant ainsi au roi de rester victorieux et d'inspirer admiration et respect.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 351-376
Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Début :
Enfin l'on ne doit plus avoir d'inquietude touchant la playe [...]
Mots clefs :
Maréchal de Villars, Ennemis, Flandre, Troupes, Campagne, Argent, Hollande, Nations, Guerre, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
Enfin l'on ne doit plus avoir
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
34
Hhij
366 MERCURE
dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
d'inquietude couchant la playe
de Mr le Maréchal de Villars ,
devant eſtre à prefent reputée
comme guerie, puifqu'un pois
pourroit à peine y entrer prefentement , & qu'il pourroit fc
mettre en Campagne fi la neceffité le demandoit ; & comme ce Maréchal netefpire que,
la guerre & qu'il veut eftre en
cftat de bonne heure de fe
fignaler & de faire voir aux
Alliez qu'il n'apprehende pas
leurs menaces, il a tres certainementdonnéordre qu'on travaillaft à tous les équipages
352 MERCURE
& qu'on luy fift venir quantité de vin de Bourgogne.
Il fembloit que les Ennemis
le preparoient à faire quelques
mouvemens en Flandre , & Mr
le Maréchal de Barwick avoir
eſté nommé pour y faire une
tournée & pour les obferver ;
mais comme l'on a cfté informé qu'ils eftoient tranquiles
&quefa prefencen y eftoit pas
neceffaire , ce Maréchal n'eft
pas parti.
Mrle Maréchal d'Harcourt
eftant retombé en paralyfie ,
Mr Fagon l'a fait faigner , &
luy a fait prendre l'Emerique ,
GALANT 353
prétendant que cette paralyfie
ne vient point du dedans , &
qu'elle n'eſt qu'exterieure , &
par confequent point dangereufe. Ce Maréchal partit le
28. pour aller aux caux de
Bourbon & fon, deffein eft
de faire encore la Campagne
fur le Rhin ou nos Troupes
fontnombreufes, en boneftat,
& ne manquent de rien , ſuivant que les Ennemis le publient eux - mêmes tous les
jours , & il y a lieu de croire
qu'ils ne feront pas en eftat de
leur refifter , ny d'envoyer des
Troupes en Flandres & fur le
Fanvier 1710. Gg
354 MERCURE
Rhin , les Princes d'Allemagne
n'eftant pas payez des fubfides
que l'Angleterre & la Hollande font convenus de leur donner , & que ſelon toutes les apparences , ils ne pourront leur
payer encore de long- temps ,
l'argent manquant abfolument à ces deux Nations.
Je fçay de certitude par un
homme revenu depuis peu
d'Angleterre , qu'il a efté furpris en y arrivant , d'y trouver
le pain plus cher qu'à Paris , &
la rareté de l'argent encore
plus grande , & l'on ne doit pas
s'en étonner , les fubfides que
GALANT 355
l'Angleterre a payez depuis le
commencement de la guerre ,
toutes les Nations quiluy donne des Troupes ou qui font diverfion en la faveur , l'ayant
entierement épuifée , joint que
l'argent que luy coûte fes
Troupes pendant chaque cam
pagne , eft dépenſé hors du
Royaume, & que depuis plufieurs années l'argent en fort
fans qu'il y entre d'efpeces, tou
tes les Marchandifes que fes
Flotes luy apportent n'cftant
que pour l'ufage de fes Habitans.
A l'égard de la Holande,
Ggij
356 MERCURE
y a déja plufieurs années
que je vous ay marqué que
quelques Provinces avoient declaré qu'elles n'eftoient pas en
eftat de fournir aux frais de la
Guerre; ce que vient encore
de declarer la Province d'Utrecht . Je vous ay marqué auffi
y a long-temps , que la plufpart de ceux qui poffedoient
des Terres à la Campagne, les
ont abandonnées , les Taxes
qu'elles payoient eftant beau
coup plus fortes que les revenus qu'ils en tiroient ; & prefentement encore les Etats Genetaux viennent d'impofer
GALANT 357
quatre fois pour cette année
le deux centiéme denier fur
les Terres , les Obligations, les
Actions des deux Compagnies , les Rentes viageres , &
generalement fur tous les
biens qui y font fujers. Et
comme ce fond , quand mefme il feroit entierement rem
ply , ne fuffiroit qu'à peine
pour fubvenir à la moitié des
dépenses ordinaires &extraordinaires de la Guerre, il faudra
avoir recours à de nouveaux
emprunts ; mais le credit des
Etats ayant déja ſouffert quelques atteintes , tant par leur
358 MERCURE
derniere Lotterie qui n'a pû
eftre remplie que par la neceflité où ils le font trouvez
de donner leurs Obligations
en payement des avances confiderables qui devoient eftre
remboursées en argent comptant , il eft à prefent queſtion
de fçavoir s'ils pourront par
le moyen defdits nouveaux
emprunts qui font leur unique reffource , fuppléer à l'autre moitié defdites dépenfes.
Il eft à remarquer queceux
qui ont des Obligations de
l'Etat , auront de la peine à
trouver de l'argent fur ces
GALANT 359
•
Obligations, & qu'ils n'enpouront trouver qu'avec beaucoup de perte.
D'ailleurs , vous avez déja
fçû le pitoyable cftat où fe
trouve aujourd'huy la Marine
d'Holande ; qu'il eft dû beaucoup aux Capitaines qui ont
avancé , fuivant l'ufage du
Pays , tout ce qui a regardé
depuis long- temps l'équipement de leurs Vaiffeaux, & qui
n'ayant plus dequoy y fournir,
demandent ce qui leur eſt dû,
& que l'on paye toutes les
fommes qui font neceffaires
pour mettre en Mer cette an
360 MERCURE
née , moyennantquoy ils s'offrent de fervir , l'impoffibilité
eftant entiere qu'ils puiffent
fervir autrement.
Au reste , les dernieres nouvelles d'Amfterdam portent
que la plupart des Negocians
voyant chaquejour leur Commerce déperir , & le rifque
qu'ils courent d'eftre entierement ruïnez fi la Guerre continue , n'ont plus la mefme
opiniaftreté qu'ils avoient à la
continuer.
Il eft aifé de juger par tou
tes ces chofes de l'eftat our fe
trouve la Holande , & qu'elle
ne
GALANT 361
ne peutabfolument continuer
la guerre beaucoup de temps.
Je reviens encore à l'Angleterre , qui par les fonds accordez par le Parlement pour
la Campagne prochaine , pretend éblouir tout le monde;
& en effet rien n'eft plus ébloüiffant que les calculs de
toutes les fommes que le Parlement accorde ; mais fans
entrer dans les détails & dans
l'impoffibilité qui fe trouve de
les lever tous , quand mefine.
l'Angleterre feroit dans l'opulence , il eft certain que quand
tous les Anglois feroient por
Fanvier 1710. Hh
36 MERCURE
tez à fournir ces fommes , la
rareté de l'argent qui eft au
jourd'huy plus grande en Angleterre qu'en aucun autre lieu
de l'Europa, en empefcheroit,
& que le Proverbe , qui dic,
Perfonne nedonne ce qu'il n'apas,
eft veritable. Elle doit des
fommes immenfes à Monfieur
le Duc de Savoye , qui n'eft
pas un Prince à attendre longtemps , craignant que le boul
verfement des Affaires ne luy!
fift perdre ce qui luy ´eft dû ;!
ce qui n'embaraffe pas peu les
Anglois.
Quant à ce qui regarde la.
GALANT 363
France , elle renferme des
fommes immenfes qui font
cachéos , & l'abondance y fera grande lors que l'on aura
trouvé les moyens de les faire
fortir des mains de ceux qui
les gardent avec tant de foin ;
& pour n'en pas dourerazil
n'y a qu'à fe fouvenir que da
derniere reforme eftoit de fix
cens millions ; ce qui eft un
fait inconteftable , & qu'on a
reconnu lors qu'on a donné
coursà toutes les efpeces reformées & non reformées,
qu'il y avoit un tiers de l'argent du Royaume qui n'avort
Hhij
364 MERCURE
point efté porté à la Monnoye pour eftre reformé ; &
ce qui obligea de leur donner
cours , fut que l'on trouvoit
tous les jours des fommes
tres confiderables fous les
fcellez faits chez les perfonInes qui mouroient , & j'en
pourrois rapporter pour plu
fieurs millions , fi je voulois
nommer ceux qui n'avoient
pas fait reformer leur argent.
Il eft auffi entré en France
plufieurs millions depuis que
Monfeigneur le Duc d'Anjou
a pris poffeffion de la Cou
ronne d'Espagne , tant parce
2
GALANT 365
qu'elle lui appartenoit , que
parce que Charles II. l'avoir
reconnu pour fon Succeffeur.
Tout cet argent n'y est pas entré par le Commerce que les
François ont fait au Perou ;
mais par les grandes depenfes
queles Eſpagnols ont faites en
Francepour foutenir la Guerre
las France leur ayant foutny
des Armes , des Draps &
quantité d'autres choſes neceffaires à la Guerre. NosModes
font auffi caufe que les Efpagnols ont acheté beaucoup
de chofes en France & plu
ficurs qui ont eu des Emplois
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dans le Perou , d'où ils ont
raporté de grandes fommes ,
& qui ont demeuré affez longtemps en France , &fur tout à
Paris , y ont fait de grandes
dépenfes , enforte que lorsque
tout l'argent caché commencera à voir le jour , on verra
plus dedouze cens millions circuler au lieu qu'il n'y a pas aujourd'huy dans le Commerce,
200. millions de nouvelles ef-
< peces qui font tout l'argent qui
circule dans le Royaume. 1
A l'égard des bleds , il fufit
qu'il ait commencé à entrer
dans le Royaume pour que
GALANT 367
Fabondance s'y trouve bien
toft , & pour engager les Ufuriers à mettre en vente ceux
qu'ils tiennent cachez , &d'ailleurs comme il paroift que la
srecolter doit cftre des plus
abondantes , on ne manquera
bien- toft plus dans le Royaume ni d'argent ni de bleds.
Mrs de l'Academie Françoi
fe s'eftant affemblez felon l'ufage , quarante jours aprés la
mort de Mr.de Corneille , &
de Mr le Comte de Crecy pour
nommerceuxquidoivent remplir leurs places , ont choifi Mr
le Prefident de Melmes & Mr
368 MERCURE
l'Abbé Oudart de la Mothe,
connu par plusieurs ouvrages
de Theatre & par le beau Ree
cueil d'Odes qu'il a donné zau
public , & qui a reçu un aps
plaudiffementgeneral . Il a rem
porté ſept ou huit Prix del'Academie de Toulouſe , & deux
ou trois de l'Academie Françoife , oùilaleu l'avantage de
parler plufieurs fois & de faire
des Remerciemens à ce fçavant
& illuftre: Corps.
Mrle President de Melines,
diftingué pár fon nom, par ſon
efpriti & par fes dignitez elt
entré par detteb nomination
CALANT 369
dans un Corps ou l'on atoujours vû des Cardinaux , des
Evêques , des Ducs & Pairs &
des Miniftres d'Etat. Ainfi l'on
peut dire qu'il n'eft pas déplacé.
Je dois ajoûtericy ce que j'ay
oublié de vous dire dans 1 E.
loge que j'ay fait de Mr de
Corneille ; fçavoir , que fon
grand travail , & fur tout le
grand nombre de Livres & de
Memoires qu'il a cfté obligé
de lire pour compofer les cinq
Volumes infolio qu'il a donnez
au Public , luy avoient fait perdre la vûë quelques années
370 MERCURE
avant,fa mort; que fon Eloge
aefté fait par un Aveugle, &
que fa place a efté remplie par
unautre Aveugle qui doit faire
auffi fon Eloge le jour de fa res
ception.
Avant que d'entrer dans
Article de la Marine dont
j'ay beaucoup à vous entrete
nit , je dois vous dire que ce
Corps qui a toujours fait honneur à la France , & qui dans
les temps les plus difficiles a
toujours tenu tefte en mefme
temps aux deux Nations qui
pretendent à l'Empire de la
Mer, & qui ne font riches &
GALANT 37£
celebres que par leur Com
merce ; je dois , dis-je , vous
dire que ce Corps , qui tous
les mois fe rend fameux par
un grand nombre de Prifes,
d'actions éclatantes , & de
Vaiffeaux Ennemis pris on
coulez à fond , va malgré la
rareté d'argent qui ſe trouve
aujourd'huy prefque chez tous
les Princes de l'Europe , recevoir une fomme confiderable,
MrleComte de Pontchartrain?
ayant trouvé des expediens
de luy en faire toucher fans
qu'il en coûte rien au Roy.
Je paffe à la fuite des Expe
372 MERCURE
ditions dont je vous envoye
unJournal tous les mois beaucoup plus circonftancié que
celuy que l'on trouve dans plu .
fieurs nouvelles publiques.
De Cartagenne du Détroit
le 25. Decembre.
Mrle Chevalier de Norey,
Commandant les Vaiffeaux du
Roy le Rubis & le Trident, fic
rencontre le 19. Decembre,
eftant Nord & Sud d'Alborand, à 5 ou 6. licues de.
la Cofte d'Espagne , de deux
Vaiffeaux de guerre Anglois,
l'un
GALANT 373
l'un de 70. Canons , & l'autre
de cinquante - quatre fous le
vent Mr le Chevalier de
Norey, quoy qu'avec des for.
ces inégales , attaqua ces deux
Vaiffeaux à demy portée du
moufquet. Le Combat dura
depuis dix heures du matin juſqu'à deux heures aprés midy,
•fans qu'il pût les aborder , &
il en fut feparé par les Courans en forte qu'ils furent
obligez de faire route à Gibraltar , n'ayant que la Mizaine & le Petit Hunier, & la
plufpart de leurs Equipages
eftant tuez ou bleffez. Mr de
Janvier 1710.
I i
374 MERCURE
Norey n'a eu que 29. hommes hors de combat. Mr du
Vigné , Lieutenant de Vaifſeau , y aa efté tué ,,
ainfi que
Mr le Chevalier de Caftelanne
Enfeigne , qui fervoit fur le
Trident.
Mr Robert Leguillon, Commandant la Barque Longue la
Revanche , armée à Calais , y
conduifit le 4. Janvier un Bâtiment Anglois , chargé de
5oo. barils de beurre , & de
200. barils de boeuf fallé.
Lemefme Capitaine a auffi
débarqué une rançon de 100.
livres sterlin.
GALANT · 375
Le Capitaine Louvet qui
monte la Barque la Toifon , a
pris un Navire Anglois , chargé de 136. Caiffes d'oranges
aigres , & de 8. Caiffes de citrons.
Le Capitaine François Polu,
Commandant la Triumphante,
& Jacques du Pleffis qui monte la Revanche , ont pris un
Dogre Hollandois.
Le Capitaine Marc- Tefte,
Commandant la Barque le
Comte de Brionne , a apporté
pour 2000. livres de rançons
Angloifes en efpeces.
François Bachelier , ComIi ij
376 MERCURE
4
ATM
mandant le Dogre le Prompt,
a amené une rançon Hollandoife de 1600. florins
Fermer
Résumé : Article qui regarde les Affaires du temps. Cet Article a esté fait avant que l'on sçut la situation des Affaires presentes. [titre d'après la table]
En début d'année 1710, plusieurs événements militaires et politiques marquent l'Europe. Le maréchal de Villars, guéri de sa blessure, est prêt à reprendre le combat. Le maréchal de Barwick est nommé pour surveiller les mouvements ennemis en Flandre, mais cette mission est annulée en raison de la tranquillité des ennemis. Le maréchal d'Harcourt, souffrant de paralysie, est soigné par Mr Fagon et se prépare à rejoindre les troupes sur le Rhin. Les ennemis, notamment les princes d'Allemagne, manquent de fonds en raison des retards de paiement des subsides par l'Angleterre et la Hollande. La Hollande, confrontée à des difficultés financières, impose de nouvelles taxes et peine à trouver des crédits. L'Angleterre, malgré ses efforts pour lever des fonds, souffre d'une grande rareté d'argent. En revanche, la France possède des réserves d'argent cachées et bénéficie de l'afflux de fonds liés à la succession espagnole. Sur le plan maritime, la marine française continue de se distinguer par ses prises et ses actions éclatantes. Plusieurs capitaines français ont récemment capturé des navires ennemis et des rançons. Par ailleurs, l'Académie française a élu deux nouveaux membres pour remplacer Corneille et le comte de Crecy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 376-393
Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez que Mr de Ferriol, Ambassadeur du Roy à [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Frégates, Constantinople, Relations, Convoi, Ennemis, Equipage, Combat, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Vous fçavez que Mr de
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
Ferriol , Ambaffadeur du Roy
àConftantinople , avoit obte
nu de fa Hauteffe de faire
charger des Bleds à Conftantinople & dans les Echelles du
Levant. Il s'eft heureufement
acquitté de fa Commiſſion. Il
y a plufieurs Relations qui
peuvent toutes paffer pour des
Originaux , eftant écrites par
des Officiers de confideration,
& qui font tous dans des poftès à pouvoir fçavoir ce qu'ils.
GALANY 377
mandent , qui neanmoins ne
s'accordent pas , particulierement à l'égard des dates ; tel
eft le fort des Relations que
´l'on reçoit des Affaires les plus
importantes. Perfonne ne le
connoift mieux que moy qui
ay toûjours ramaffé toutes celles qui ont efté répanduës dans
le monde des actions les plus
remarquables , & j'ay trouvé
une fois une circonſtance aſſez
confiderable , toute differente
dans neuf Relations de la même Affaire , fans qu'il m'ait
efté poffible de découvrir celle qui parloit le plus jufte.
Li iij
378 MERCURE
ގ
%%
cmAinfi en fait de nouvelles , la
premiere qu'on lit fait plaifir,
& l'on croit d'abord eftre
bien inftruit. La feconde Relation , dans laquelle on trouve
des faits differens embaraffe un
peu ; & lors qu'on en a lû
beaucoup, on fe trouve fi
baraffé qu'on eft contraint de
parler au hazard , ou de donner au Public les Extraits de
PArticle qui embaraffe afin de
fe difculper , & qu'il en juge
par luy- mefme. J'ay trouvé le
mefme embaras pour des da
tes , dans la Relation que vous
allez lire , qui d'ailleurs vous
GALANT 379
paroiftra tres- curieufe. Entre
fept ou huit Relations dont
j'ay formé celle que vous allez
lire , il y en a une feule qui
-prend l'affaire de plus haut,
par laquelle je vais commencer, & qui n'eft contredite en
rien parce qu'elle eft feule.
Mr de Feuquieres eftoit allé
àu Levant pour amener un
Convoy de bled. Tous les autres Vaiffeaux tant du Roy que
des Marchands qui eftoient allez pour le mefme ſujet s'affemblerent à Smirne fous les
ordres de Mrde Feuquieres au
nombre de 84. Baftimens tant
380 MERCURE
Vaiffeaux, Barques , Pinques ,
ou Tartanes , parmy lefquels
cftoit compris le Temeraire , de
60. canons , monté par Mr de
Feuquieres ; le Toulouſe de mêmeforce; l'Etendart & le Flenron de 50; l'Hirondelle & la Vef
tale de 36. tous Vaiffeaux de
Roy, & une trentaine d'autres
Vaiffeaux particuliers ; le refte
eftoit de petits Baftimens".
Ils partirent dans le mois d'Octobre, & quoy que la faifon
fût la plus rude de toute l'année, à caufe des divers coups
de vents qui regnent en ce
temps- là &que l'on fut obligé
GALANT 281
de paffer dans toutes les Croifieres ordinaires nonobitant
25. ou 30. gros Vaifféaux Ennemis qui font dans ces Mers ;
ce Convoy franchit tout fans
voir aucun Vaiffeau ennemy,
& fans qu'il ſe foit écarté aucun Baftiment pendant untrajet de plus de 6oo. licuês.
Comme on avoit apprisque
le Convoy eftoit parti , & que
l'on voyoit tous les jours aux
Coftes de Provence une Efcadre ennemie de huit Vaiffeaux
qui fe relevoient les uns aprés
les autres , on eftoit à Toulon
& à Marſeille dans une grande
382 MERCURE
confternation , parce qu'on découvroit tous les jours les Ennemis aux avenues , & que nos
Vaiffeaux n'eftoient pas en état
de s'oppofer à cette Efcadre ,
eftant tous chargez de bled.
Mais par un effet de la Providence , dans le temps que l'Avant-garde de ce Convoyavoit
découvert les Illes d'Hieres defquelles il s'approchoit , que les
Ennemis n'auroient pas manqué d'appercevoir , & d'en
prendre finon tout , au moins
la plus grande partie , un gros
coup de vent de Nord Oüeft
s'éleva fi fort qu'il obligea les
GALANT 383
Ennemis de pouffer au large
& le Convoy d'arriver au
Gourjan.
Dans le moment que l'on
cut appris àToulon l'arrivée de
ce Convoy au Gourjan par un
fecond effet , & tout particulier de la même Providence,qui
l'avoit ainfi reglé, Mr Caffart ,
qui monte le Parfait de 70.
canons , fe trouva enrade avec
le Serieux , de 60. & Mr Laigle avec le Phoenix , de 52. canons.
Il eſt à remarquer que le
Vaiffeau le Toulouze , de so.
canons monté par Mr Lam-
384 MERCURE
bert , & qui faifoit partie du
Convoy, s'eftant trouvé à por
tée d'entrer à Toulon le 6 informa Mr Daligre de Saint Lié
qui y commande la Marine , de
la fituation oùil avoit laiffé Mr
de Feuquieres , avec le Convoy. On ne perdit pas un moment pour décharger en partie ce Vaiffeau qui eftoir char
gé debled, afinde le foulager,
& on augmenta confiderablement fon équipage , afin de le
mettre en eftat de fortir & d'aller rejoindre Mr de Feuquieresavec les 3. autres Vaiffeaux
dont on augmenta auffi confiderablement
GALANT 385
de
fiderablement les Equipages ;
ce qui fut fait en tres - peu
temps , en forte qu'ils mirent
à la voile le 8 à 10, heures
du matin , avec un Brulot , &
un autre petit Baltiment , qui
tous enſemble avoient deux
mille hommes d'Equipage.
Quoy que je vous aye dit
dans le Prelude de cet Article,
que de plufieurs Relations j'en
formois une feule , j'en ay
trouvé deux qui regardent le
Combat qui m'ont paru dignes de vous cftre envoyées
toutes deux.
Fanvier 1710.
Кк
386 MERCURE
a
Premiere Relation duCombat.
Le 9º eftant à la vûë er de
vant le Gourjan , ils virent paroiftre deux Vaiffeaux qui faifoient route fur eux ; & lors
qu'ils furent à demy lieuë , le
Parfait les chaſſa à toutes voiles,
les joignit fe mit en travers
de ces deux Vaiffeaux , & les
canonna jufqu'à ce que
rieux le Phoenix y fuffent
arrivez le premier attaqua le
Faucon Anglois de 44. Canons
qu'il démata & qu'il prit. Mr
Caffard tomba enfuite fur le
Pembrok de 70. Canons
Mr Laigle avoit déja démâté,
dont il avoit tué le Capi-
:
le Serque
GALANT 387
taine ,
plus de hommes 70.
de l'Equipage ; ce Vaiffean fe
-rendit , & il a esté amené à
Toulon avec le Faucon. Cette
action a efté tres-vive , &n'a
pas duré plus d'une heure ; ces
deux Vaiffeaux venoient de ca
renner au Port Mahon pour fortifier l'Escadre Angloife qui croifait depuis long-temps fur les
Coftes de Provence , en attendant
Mrde Feuquieres & fon Convoy , dont aucun Baſtiment n'a
efté pris ny perdu depuis fon départ de Levant.
Seconde Relation du Combat.
Le 9ºeftant prés du moüillage
KK
388 MERCURE
•
>
où le Toulouze , avoit déja jetté
l'Ancre , on aperçut deux Vaif
feaux qui s'aprochoient de terre.
Mr de Feuquieres fit fignal au
Parfait , au Serieux & au
Phoenix , de les aller reconnoiftre ,
ce qu'ils firent. Comme nos Vaiffeauxfortoient defiprés de terre
ces deux Vaiffeaux Ennemis l'un
de 66.canons , & l'autre de 40.
crurent que c'eftoient des Vaiffeaux chargez de bleds. Ils allerent deffus ; mais ayant reconnu
aprés la force de nos Vaiſſeaux
ils tâcherent defe fauver ; mais
Mr Caffart avec le Parfait
donna une bordée à la flute qui
la mit hort d'état. En effet, elle
GALANT 389
aculafur le Parfait , &luy emporta fa Gallerie , l'ayant remife , le Serieux y alla , & la
prit. Pendant ce temps Mr de
Laigle alla augros , & l'ayant approché de prés il le combatit pendant une große heure & demie
avec unfeu extraordinaire , &il
luy emportafon Maft d'Artimon.
Le Capitainey fut tué le Capitaine en fecond voyant que
Parfait venoit à luy fe voyant
beaucoup de monde tué parle gros
feu du Canon& de la moufqueterie de MrLaigle ,ferendit à luy
nevoulutpoint connoiftrel'Of
ficier queMrCaffart luy, envoya
le
Kij
390 MERCURE
le premier; de maniere que ces 2 •
Angloisfont àToulonprefentement
avec tout le Convoy dont chaque
Baftiment va à fa deftination.
Au refte ce Convoy eft des
plus confiderables & l'on peut
affurer qu'il vaut bien huit millions , puifqu'il y a de compte
fait pour le Languedoc &pour
la Provence cent mille charges
de bled, la charge pefant à peu
prés 300. livres poids de Paris ;
à 36. livres ce font déja trois
millions fix cens mille livres :
il y en a du moins pour autant
en Marchandifes fines , & ce
qu'un grand nombre de particuliers a de provifions de
GALANT 391
bled fur ces Vaiffeaux va encore fort loin. Il faut ajoûter
à tout cela quantité de farines ,
huit mille quintaux de Legumes , fept mille quintaux de
Ris , & beaucoup de viandes.
Les Officiers qui fe font diftinguez dans le Combat , n'ont
pas attendu long- temps leur
recompenfe , puifqu'en même
temps quenous avons appris la
maniere dont ils fe font diftinguez , nousavons fçu que S. M.
a nommé Mr Caffart , Capitai
ne de Fregate ; Mr des Hayes,
Lieutenantde Vaiffeau , & Mr.
Laigle , Capitaine de Brulot .
Le Vaiffeau l'Entreprenant
392 MERCURE
1
arriva auffi de Barbarie le 12, avec cinq
mille charges de bled.
Je vous diray peu de chofes ce moiscy de l'Espagne. Elle fe trouve aujourd'huy dans une fituation tres-avantageufe par raport à celle de tous les Sou
verains de l'Europe. Elle eft tranquile
chez elle , où rien ne manque: elle tra
vaille à mettre 80. mille hommes fur
pied, avec lefquels elle ne peut faire
qu'avantageufement la paix ou la guerre,ce qui provient de la grande union
qui fe trouve entre Sa Majefté Catholique & tous fes Sujets . Ce Monarque
apour eux tout l'amour qu'un Souverain peut avoir pour fes Sujets , & depuis qu'il eft fur le Trône , il a fait plufieurs Campagnes , dans lefquelles il a
expoféfon fang pour leur défenfe , ce
que les Espagnols reconnoiffent par un
amour & une fidelité à l'épreuve de
toutes choſes. Aufli trouve-t-il abondamment de l'argent & des hommes
dans tous les Etats , & c'eft dequoy fai
re de bonnes & degrandes Armées ; car
pourpeu que les Efpagnols foient inf
GALANT 393
truits du métier de la guerre , jamais on
n'a vû de Peuple plus intrepide. Il ne
fçait ce que c'eft que de fuir, & l'Hiftoire nous fournit une infinité d'exemples
éclatans de cette intrepidité , & toute la
terre fe fouvient encore de celle du
Comte des Fontaines , dont tout le Bataillon perit dans le mefme terrain où il
eftoit en bataille , ce Comte affis au milieu du Bataillon animant tous fes Soldats.
#
Je devrois en finiffant vous parler de
l'heureufe face qu'il paroît que l'Europe
doit prendre dans peu ; mais ce font des
Affaires delquelles la prudence ne veut
pas que l'on parle trop , de crainte de
n'en pas parler jufte. Je fuis , Madame,
voftre , &c.
APariscedernierJanvier 1710.
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Résumé : Article contenant un grand nombre de Particularitez de l'arrivée en France, du Convoy qui a apporté des Bleds du Levant, avec beaucoup d'autres Marchandises. [titre d'après la table]
Le texte décrit une mission diplomatique et militaire impliquant M. de Ferriol, ambassadeur du roi à Constantinople, qui a organisé le chargement de blé dans cette ville et dans les Échelles du Levant. Plusieurs rapports, rédigés par des officiers de confiance, divergent sur les détails, notamment les dates, soulignant la complexité de la vérification des informations. M. de Feuquières a été envoyé au Levant pour escorter un convoi de blé composé de 84 bâtiments, incluant des navires de guerre et des vaisseaux marchands. Malgré des conditions météorologiques difficiles et la présence d'une escadre ennemie, le convoi a quitté Smirne en octobre et a évité les ennemis grâce à un coup de vent, arrivant ainsi au Goujan. À Toulon, l'arrivée du convoi a été accueillie avec soulagement. Le vaisseau Toulouse a informé de la situation de M. de Feuquières. Les vaisseaux Parfait, Sérieux, et Phoenix, sous les ordres de M. Caffart, M. Laigle, et M. Daligre, ont été préparés pour rejoindre le convoi. Deux rapports différents relatent un combat naval le 9 janvier 1710, où les vaisseaux français ont capturé deux vaisseaux ennemis près du Goujan. Le convoi, d'une valeur estimée à huit millions de livres, comprenait cent mille charges de blé et diverses marchandises. Les officiers distingués lors du combat ont été récompensés par le roi. De plus, le vaisseau Entreprenant est arrivé de Barbarie avec cinq mille charges de blé. Le texte se conclut par une description de la situation en Espagne, soulignant sa stabilité et sa préparation militaire, ainsi que la loyauté de ses sujets envers le monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 5-56
Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Début :
On prononce tout les ans à l'Hostel de Ville de Lyon, [...]
Mots clefs :
Éloge, Seigneur de Jonage, Assemblée, Louis le Grand, Alliés, Ennemis, Ardeur militaire, Combats, Hôtel de ville de Lyon, Discours
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texteReconnaissance textuelle : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Nprononce tous les ans
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
à l'Hoſtel de Ville de
Lyon , le jour de la Fefte de
Saint Thomas , un Difcours
en prefence de M' l'Archevêque , de M' l'Intendant , de
A iij
6 MERCURD IS
M's les Comtes de Saint Jean,
& de toutes les Compagnies
de la Ville. Ce Difcours a efté
fait cette année par le fils
de Mr Yon , Seigneur de
Jonage qui fut nommé l'année
derniere premier Echevin ,
quoy que revêtu d'une Charge de Secretaire du Roy. Il a
beaucoup de merite , & il eft
fort eftimé. Le Difcours que
fon fils prononça le jour de S.
Thomas , reçut de grands applaudiffemens. Vous en jugerez par ce que je vais vous en
rapporter. Ce qu'il dit du Roy
plutinfiniment , & aprés avoir
GALANT
fini l'Eloge de Sa Majeſté , lors
quel'on croyoitqu'il n'en duft
plus rien dire , il l'apoftropha
comme fi Elle cut efté prefente, & il s'attira des applaudiffemens nouveaux. Voici le
commencement de fon Difcours.
བར
:
Tout eft grand , tout eft auguf
te , Meffieurs , dans le deffein que
j'entreprens rien n'y pourroit
eftre mediocre que la foibleffe du
file ; mais dans l'obligation que je
mefuis impofée de traiter une de
cesglorieufes matieres que d'autres
avant moy ont peut - eftre negligées ,j'ofe meflatter que la NoA iiij
8 MERCURE
bleffe de monfujer donnera du relief à mespenfées , & de l'éclat
à mes paroles ; & ma temerité
trouve fon pretexte dans l'impor
tance du difcours , & dans l'injuftice du filence.
C'est une ancienne &commune erreur , que de relever avecexcés le merite desperfonnes celebres ,
qui ont vécu avant nous , pour
diminuer lagloire de ceux dans les
temps defquels nous vivons ; cette
erreur eft , tantoft un aveuglement groffier dans l'efprit des peuples , qui croyent que la fuite des
temps a le même fort que le déclin
de leur age ; & que la nature
-GALANT 9
ffant comme l'homme , elle vieilliffant
degenere defiecle enfiecle dans fes
productions , àproportion de ce que
d'année en année il s'affoiblit dans
fes travaux ? c'est ce que le
plus fameux de tous les Poëtes a
voulu nous exprimer par ces deux
Vers traduits en noftre langue ?
O fi Dieu me rendoit mes
premieres années ,
dit- il en cet endroit en un
autre:
Les illuftres Heros nâquirent
autrefois :
Tantoft c'est une illisfion defubtiles mais vaines idées , telles
que celles de ces Philofophes ,
.
10 MERCURE
qui s'imaginoient , que les pre
miershommes formez d'uneplus
riche matiere nez fous
deplusfavorables étoiles , avoient
bien pû laiffer d'heureux fuccef
feurs deleurs noms , mais nonpas
de purs heritiers de leur gloiree ?
comme fi pour trouver ce qu'il y
a de plus grand dans le monde , il
falloit remonterjufqu'au regnefabuleux de Saturne : tantofi c'est
une enviefecrette entre des perfon
nes que la fortune ou la naiffance
a mis au niveau les uns des autres,
dans le même rang & àportée des
mêmes honneurs ; chacun pour dé
crierfon concurrent transportepour
GALANT I
ainfi dire fon eftime au fiecle de
ceux qui nepeuvent plus concourir avec perfonne : pour épargner
fon encens au merite des vivans ,
on le prodigue à la memoire des
morts , pour tout difputer à
ceux qui ne nous peuvent plus
rien difputer ? Reproche que le
Sage a peut - eſtre prétendu nous
faire par cesparoles ? J'ay donné.
aux morts les louanges que j'ay
refufées auxvivans.
Il est donc vray , Meffieurs
que foit aveuglément , foit illu
fion , foit envie , la gloire de nos
Contemporains ne va jamais
felon nous de pair avec celle de
12 MERCURE
nos predeceffeurs , par une injuftice de tous les temps" , le merite
qui refpire & qui vit encore , eft
toujours contredit , il faut que,
les fecles éloignez nous le rappelle
pour qu'il foit confacré, je veux
dire veritablement reconnu ; ainfi
parla au grand Conquerant de
, dans le temps que les
Heros paffoient pour des Dieux ,
le Philofophe Califthene : Pour
paroiftre Dieu , luy dit-il , au
jugement des hommes, il faut
avoir long- temps difparu à
leurs yeux ; les honneurs divins fuivent quelques fois les
morts , mais ils n'accompa-
GALANT 13
gnent jamais les vivants.
Je viens tâcher , Meffieurs
de rendre à tous les temps &
tous les merites , la justice qui
leur eſt deuë ; je viens louer les
grands hommes , qui excellent à
prefent , auffs bien que ceux qui
ont excellé autrefois , &proportionnant les louanges au merite ,
les Modernes y auront peut- eſtre
plus de part que les Anciens.
Icy , Meffieurs , mon deffein
cmmne à fe développer
vous vousappercevezfans doute ,
queje voudrois vous donner une
idée des Herospar des comparatfens des uns aux autres ; mais
US
14 MERCURE
que ce deffein feroit vaſte , &
qu'il feroit étendu ; il m'engageroit à rappeller dans vos efprits
tous les Heros qui ont brillé , &
qui brillent encore dans tous les
Arts & dans toutes les Sciences :
ce ne feroit que charger ma
memoirepourlaffer vos patiences :
le refpectqueje dois à voftre attentionprefcrit à monfujet des bornes
plus étroittes il m
; m'oblige nonfeulement à me fixer au plus
glorieux de tous les Arts , je
veux dire à l'Art Militaire ;
mais encore pour éviter l'ennuy
d'un trop long récit , à ne choifir
parmi les Herosde la Guerre les
SGALANT
15
plus renommez que quelques- uns
de ceux à qui leurs fameux exploits ontmeritéle nom de Grand:
mais dans les loüanges que je
leur donneray ,
j'efpere que de
vous-même vous trouverez dequoy remplir àproportion l'Eloge,
de tous les autres , &c'eſt là le
Plan de ce Difcours dans lequel ,
aprés avois tracé l'idée des Grands
Heros de l'antiquité, je tâcheray
de vous donnercelle du plus grand
de tous dans lefiecle prefent.
Voicyce qu'il dit dans fa
premiere partie.
Une des plus fortes paffions
& qui a le plus occupé le cœur
16 MERCURE .
des Grands de l'antiquité, &même de tous les temps ; c'eſtoir le
defir de fe diftinguerpar les Armes , & deſefaire par leur Epée
plus grand que un nom encore
la
celuy qu'ils avoient déja par leur
naiffance ; ils laiffoient pour la
plupart aux Orateurs l'Art du
Difcours , aux Philofophes l'étudedes Sciences , aux Politiques
Ladminiftration des Etats
gloire de tous ces Heros de Litterature de Miniftere , n'excitoit guerre leur noble émulation
quelquecharme même qu'elle eut
pour quelques uns ce n'étoit
qu'un amusement de Paix & de
·
יך
GARANT 17
repos ;toutt cédoit au premierpref=
fentiment de Guerre qui les raviffoit , ilsfe fentoient comme d'euxmême transportez dans le champ
glorieux des Combats , & ils
voloient pour l'arrofer quelques
fois de leur fang, & y cueillir
furun tas de morts
من
de bleſſez
les Lauriers & les bonneurs du
triomphe.
Cette ardeur Militaire qui
dans le cœur des Potentats , à
prefque toujours efté une envie
prodigieufe de dominere de
s'étendre , une ambition démesurée.
de s'élever au deffus de la condition humaine , a toujours efté une
Février 1710.
B
18 MERCURE
fuitefatale de l'orgueil du premier
des mortels ; mais elle ne laiffe
pas auffi deftre dans les deffens
de la fageffe éternelle , qui doit
tout raporter à fa gloire : elle ne
laiffe pas , dis-je , d'eftre comme
un caractere de divinité , imprimée dans l'ame des Souverains ;
caractere dont les traitsfe repandansfurla gloire de leurs actions ,
comme fur la majesté de leurs
perfonnes , nous porte à les respecter tous , non-feulement comme les
images éclatantes de l'Etre fuprémequilesfoutient fur le Trône:
mais encore comme les fujets les
plus nobles les plus dignes
GALANT 19
une
deftreparreprefentation en qualité
de demi- Dieux de la terre
partie de ce qu'eftpar luy même le
grand Souverain de l'Univers
en qualité de Dieu des Armées.
La gloire desgrands Conquerans , ayant donc toujours en deux
faces , qu'on pouvoit envisager,
l'une humaine , l'autre divine ;
l'une qui a des taches , l'autre qui
les couvre , mais qui ne les leve
les pas ; ayant à commencer par
Heros de l'antiquité , ne nous ar
reftons point icy à blâmer ou à
louer trop leurs Conqueftes ; tachons feulement de relever leurs
perfonnes , &fans examiner d'a
Bij
20 MERCURE
A
bord, fi l'ardeur qui les animois
eftoit injufte ou legitime ; parmy
quelques- uns de ceux qui ont paſſé
pour les plus grands donnons la
preference àdeuxfeulement ; mais
choififfons-les bien , afin qu'en étalant leur gloire on ne puiffe rien
penfer de grand de celle des autres
qui nefe trouve dans la leur , &
qui ne juftifie noftre deffein de ne
parler que
"
d'eux.
Il parla enfuite d'Alexandre
& deCefar, & dit tout ce que
l'on en pouvoit dire. Il fit voir
qu'ils avoient eu toutes les
grandes qualitez qui ont fait
le merite des plus grands He-
GALANT! 21
{
ros des ficcles paffez , & aprés
enavoir fait un portrait , &de
la reffemblance de leurs acstions , il dit : It me femble
quevous balancez & que vous
attendez que je decide ? Hé!
qu'importe Meffieurs , lequel des
deux Heros d'Alexandre ou de
Cefarfut le plus grand dans les
fiecles paffez , fi le fiecle prefent
nous en offre un plus grand que
tous les deux enfemble , &
par confequent le plus grand de
tous le Heros ; quel eft il donc ce
Heros; vous l'allez bien- toft voir
paroiftre dans toutefa gloire.
Il entra enfuite dans fa feمن
22 MERCURE
conde partie , & dits
combats par
Au-deffus de cette haute va
leur qui parcourt le monde pour
combatre pour vaincre ; je place
celle d'un Heros qui commence fes
la justice , & qui
terminefes victoires par la moderation ; qui protegefes Alliez par
La puiffance , & qui fe foutient
luy-méme parfa grandeur : Elevez icy vos efprits , Meffieurs ,
j'ay de grands évenemens à vous
reprefenter, je n'ayplus à vous
cacher de grands défauts en vous
montrant de grands courages.
Je ne parleray plus icy de ces
Heros impetueux , quiportantpar
GALANT 23
tout les armes de l'injustice & les
faifant marcher fous les Enfeignes de la Valeur & de la Generofité, raviffoient noſtre admiration avec autant de rapidité qu'ils
ravageoient les Campagnes ; c'e
toient des foudres terribles qui ne
fondoientfurla terre avec vûteffe,
que par l'impuiffance de s'arrefter ;
c'eftoient des tourbillons qui ramaffant tout ce qu'ils trouvoient à
leurrencontre ,fe groffiffoient euxmêmes , &ferendoient plus violens? Je parle d'un Heros digne de
toute loüange, & je commence d'a
bord par vous dire qu'armé de
juftes prétentions contre d'injuftes
24 MERCURE
refus , il entreprend la guerre en
Roy & nonpas en Ufurpatenr ; il
affemble fes Magiftrats avant que
de lever fes Troupes , ne met
LesArmées en Campagne , qu'aprés les avoir mifes fous la protection des Loix.
a
Aces mots , Meffieurs , vous
reconnoiffez Louis le Grand ;
ehpourriez- vous penfer à quelqu'autres cePrincegenereuxjouiffoit àpeine de la Paix par un heureux mariageavecl'Infante d'Ef
pagne , que porté à la guerre par
l'inftinct pour ainfi dire defa valeur , il regardoit avec inquietude
fes armes dans le repos ; mais il
aimoit
GALANT 25
aimoit mieux les laiffer languir,
que de lesfairefervir à l'injuftice.
à l'ambition ; c'eſt ainſi qu'il
retenoit dans une amere tranquillité , les premiers feux de fa jeuneffe ; lorfque le Roy d'Espagne
avec une ame moins guerriere
mais plus intereffée luy difpute les
droits inconteftables de la Reine
fon Epoufe: quefera- t- il ?Se prefentera-t- il d'abord avec l'épée ?
Non, il commandera àfa valeur
d'attendre ladecifion des Loix, &
les Loix confultées ordonnent àfa
valeur attentive à leurs ordres ,
defoutenirfa caufepar les armes?
Le ciel n'ayantpermis cette injufFévrier 1710.
C
26 MERCURE
tice dela part de l'Espagne , qu'a
fin que les Peuples de divers
Royaumes appriffent combien ce
fage & puillant Heros fçavoit
joindre à la force de reprimer fes
ennemis , le pouvoir de retenirfon
indignation : le voila donc qui remet à la Fuftice la direction defon
courage : allez , Prince , allez où
cette Reine des Loix portera voftre
Bouclier ; allez lancer vos foudres fur une Nationfuperbe , tant
qu'elle ne prendra confeil que de
l'obftination defes armes : ce ne
fera de fa part que Troupes affoiblies ,
que Soldats tombez aux
pieds des voftres ; mais dés qu'elle
GALANT 27
ferangera fous les loix de l'équi
té pourfe reconnoiftre , ce nefera
de vostre part qu'excés de generofité ? en vain la Fortune vous
ouvrira-t-elle le paffage à la conqueſte de l'Univers , voftre courage nefera pas las de vaincre ;
mais voftre grandeur d'ame vous
fera croire que vous avez affez
vaincus vous arrefterez vos cour
fes rapides au milieu des combats ,
par untrop grand respect pour
les Loix, vous rendrez unepartie
de vos conqueftes de peur qu'elles
n'ayent à vous reprocher que vous
vouliez trop étendre vos prétentions ? ô Prince , ô Heros valeuC ij
28 MERCURE
reux moderé tout enſemble 3
qui aime mieux ceder les droits de
la guerre que d'eftre foupçonné
d'avoirfailli contre les regles de
la Fuftice ? Loy , Meffieurs je
cherche Alexandre & Cefar , je
les trouve , peut - eftre , Grand
Roy, dans les Combats à vos côtez, poury voir des Villes mais
des plus fortes prifes dans deux
jours , des Provinces entieres reduites en deuxfemaines ; mais je
les perds &je les vois fe retirer
faifis d'étonnement à la vuede cet
excés pour ainfi dire de moderation , qui limite fi promptement la
portée de voftre valeur ? qu'il ne
GALANT 29
paroiffe donc ici , mais pour cette
fois feulement , que lefeulRoyde
Lacedemone , qui ne vouloit d'autre avantagefurfes Sujets , fi ce
n'est qu'il luyfut permis d'efre
plus vaillant , & de faire moins
qu'eux de faute contre les Loix.
Quej'aimerais à vous repreſenter ce grand Monarque , dans
d'autres Campagnes à la tefte d'une nombreuse Armée , preffant la
Fortunefans luy donner du relashe , paffant en Maiftre du monde par les Etats de plufieurs Souverains fans prefque s'enquerir fi
l'on veutfouffrirfon paffage ,
portantpar tout le flambeau de la
C
iij
30 MERCURE
guerre fans laiffer languir le feu
de faprofperité je vous compterois plus de trente Villes munies
&fortifiées , renduës à l'aspect
du Vainqueur, & prefque toutes
fans mursabatus & fans combats
donnez , effrayées feulement de
• fon grand nom, & tachant avec
les Peuples voisins , d'apaifer fa
・jufte colére en foumetant leurs
teftes à fa puiffance , & leur
cœur àfa bonté; je vous montrerois des Villes forcées malgré leurs
vigoureuses refiftances ? hé commentn'auroient-ellespas enfin cedé
à des Armes fi feures de leurs
coups , je rappellerois encore icy
GALANT zi
1
les élements forcez , les faifons
bravées , &la nature foumife en
quelque forte à fon épée , mais
Alexandre , & Céfar , ſe pouroient peut-être reconnoistre à fes
traits ; je ne veux plus loüer
en Louis le Grand , rien de ce qui
peut aprocher de luy les autres
Heros ? difons donc quelque chofe
de plus.
Unde ces efprits qui tiennent
leur fiecle en de perpetuelles agitations , & qui excitent les orages
dans la ferenité des plus beaux
jours un de ces efprits capables
de remuer de grandes machines
d'ébranler les Etats ; un de
C iiij
32 MERCURE
ces efprits qui ont toujours att
milieu de la Paix le cœur armé
la volonté ambitieuſe un
Prince heretique , car enfin fi
nous ne voulons pas le nommer ,
il faut du moins le défigner ; un
Prince , dis-je , inquiet de vivre
comme un autre Efau par fon
épée ,fe mer en tefte de vivre
parle Sceptre: il trame des deffeins
prodigieux que nul n'auroit pu
croire , parce que nul autre n'auroitpu les imaginer , il les communique aux Puiffances confederées
il les conduit fifourdement à
fesfins qu'à la tefte d'une Armée
Navale il entreprefque invifible
GALANT 33
en Angleterre ; d'abord il fe fait
jour dans les vaftes appartemens
du Roy , prendfierementſaplace
vis- à- vis de fon Trône , &partage avecluy lefuprême honneur;
dans peu l'Anglois , grand amateur des nouveautez , retire fon
obéiffance du Monarque , &la
transporte à l'Ufurpateur , &
tout d'un coup l'injuſte & aveugle Fortune , féparant les bons
fuccésde la bonnecaufe , le Prince Proteftantfe faifit de la Couronne du Prince Catholique.
› Grandeur de la gloire magranime de mon Roy , où cftes- vous
àprefent ? la voila , Meffieurs
34 MERCURE
quifort defon Palais , pour tendrela main àce Potentat defcendu
de fon Trône ; c'eſt une Majeſté
puiſſante , qui va au-devantd'une
Majefté opprimée; c'est un Prince
qui entouré de fa Cour, & revêtu defapropre Grandeur , s'arvance pour relever un Prince infortuné, poufféfur nos bordsfeulement par quelques flots officieux
de la mer; il neperdpointdetemps
pourfoulagerfa douleur , il effuye
fes larmes par des marquesfenfi
bles de l'affection de fon cœur ;
il
le reveft de tous les ornemens de la
Royauté; il luy donne un Trône
dans un defes Palais , &arraآن
GALANT 35
chepour ainfi dire d'entre les mains
du Deftinfa Royale Famille : refolu jufques à la fin de fes jours
de leurfaire part defes trefors &
defa fortune.
Je voudrois bien vous faire
voir icy tous deux grands defolateurs des Rois & des Royaumes ; vous Alexandre , qui venez
de nous faire compter pour beaucoup les honneurs que vous avez
rendus à une Reine captive fous
lejougde vos armes tandis qu'elles
eftoient injustement tournées contre le Roy fon Epoux ; & vous
Céfar , dont un des plus grands
traitsfut; de rendrele Trône d'un
36 MERCURE
frere àunefœur, pour la rendre
elle-même par cette espece de
generofité l'objet de vos amours.
&de vos profufions ; mais li je
ne puis vous voir icy en perfonne
j'y vois du moins vos ombres gémiffantes de douleur d'apprendre
qu'il y afur la terre dans l'ame
d'un plus grand Conquerant que
vous , une plus grande generofité
que la voftre.
Reduirons- nous à cette action
genereufe la Magnanimité de
noftre Heros ? non , Meffieurs
quifçait réfugier un Roy en peut
bien foutenir un autre , l'entreprife eft difficile mais elle eft
GALANT 37
jafte l'execution eft prompte mais
elle eft de Louis le Grand, un Roy
mourant nommefon Succeffeur il
faut le luy donner.
1
url
Les paroles d'un Souverain
au lit de la mortfont des Sentences depolitique, & les Peuples y
font attentifs , comme àdes Arrefts
prononcez gloire de l'Etai?
le Roy d'Espagne meurt fans
enfants , il déclare Heritierde
fes Royaumes un Fils de France?
tes Espagnols empreffez le demandent à Louis le Grand , &
Louis le Grand , comment le leur
envoit-il , avec une portion de
cettefageffe dont il fait des leçons
38 MERCURE
à toute l'Europe , aveclesconfeils
de cette prudence , qui rend l'obéiffance affectionnéepar la douceur du commandement, avec cette
grandeur d'ame qui le rend fuperieur à tous les Heros , ce n'eft
pas affez avec cette grandeur
d'ame qui le rend Louis le Grand,
Philippe V. enrichi de tous ces
J
nobles prefens du grand Royfon
ayeul , entre en Triomphe dans
toutes les Villes d'Espagne , &
toutes les vertus l'yfuivent ; mais
fes Ennemis , Ennemis de la
juftice , & de la veritable
deur, l'y attaquent.
gran
*Et que font-ils , ils entretien-
CALANT 39
nent des intelligences avec quelquesfactieux , qui affemblent des
nuagesfurfa tefte, ils s'emparent
foit par rufe foit parfureur foit
par irreligion , toujours par
injustice , de quelques Royaumes
éloignez du Siege defon Empire:
mais que n'auront ils pas à craindre , grandPrince , lorsqu'ils verront voftre Majesté s'aprocher de
vos Troupes , pour ranimer leur
valeurpar voftre prefence : autrefois dans une Guerre contre les
Gaulois , il nereftoit auxRomains
d'autre efperance , qu'an Capitole
affiegé, & en Camille banni , &
neanmoins ils repoufferent ces
40 MERCURE
fiers Ennemis , vous voftre
efperance est encore toute entiere ,
dans la poffeffion de vos plus
grand Royaumes , dans le cœur
de vos meilleurs Sujets , dans
l'affection de vos Troupes , dans
la force de voftre bras , dans la
confiance en des Victoires remportées , dans la protection de Louis
le Grand: vous diffiperez à lafin
les Germains & leurs Confederez.
Vous foupirez cependant ,
Peuples foumis , à la puiſſance
de ce jeune Roy , & nous peuteftre auffi avec vous : car enfin
que voyons nous depuis quelques
GALANT 41
années , le glaive du Tout- Puiffant eft entre les mains de fes
Ennemis , la Victoire s'égare , &
il luy eft permis de fe ranger fous
des Drapeauxprefque tous Heretiques , de prendre parti contre
les Armes défenfives même de la
Religion : mais ne nous laiffons
pasicy abattrefous les coups d'une
legere infortune ? en vain nes
Ennemis veulent-ilsfe perſuadër,
queces revers nous arrivent pour
enorgueillir leurs Armes nous
fommes comme convaincus ,
c'eft pour montrer à tous les Rois
à tous les Peuples, la grandeur
de Louis le Grand dans tous fes
Février 1710. D
que
42 MERCURE
points de veuë on ne l'avoit
ven jufques alors ce Monarque
que dans la profperité , &ilne
luy manquoit rien pour paroître
plus grand que les autres : mais
il luy manquoit un changement.
de fortune pour paroître en un
fens plus grandqu'il n'avoit encoreparu : nous l'avions veu Victorieux defes Ennemis , vaincre
fonpropre bonheur mais nous ne
L'avions pas encore affez ven ſe
vaincre foy - même , nous fçavions ce qu'ilfçavoitfaire , mais
nous nefçavions pas ce qu'ilfçavoitfuporter; il avoitparu peutêtre trop beureux, maisfans per-
GALANT 43
dre la moderation ilfaloit qu'il
parut moins heureux : mais fans
perdre laconftance.
Qu'il eft peu de ces ames égales,
faites à l'épreuve de toutes les revolutions de cette grande rouë fur
laquelle tourne toutce qu'on appelle
grands évenemens ; mais lafageffe
active e vigilante de Louis le
Grand voit changer de face à la
Fortune , fans permettre à fon
cœur de changer defituation , comme s'il n'avoit jufques alors mé
nagéles bons fuccés que pourexercer fa prefence d'efprit à foûtenir
les mauvais ; bé que feait - on ?
peut - eftre même qu'il craignoit
Dij
44 MERCURE
pour fon ame la durée defes prof
peritez & qu'il avoit demandé
quelquefois de n'eftre pas toujours.
vainqueur de fes ennemis , pour
s'exercer dans cet Art fi difficile de
vaincre l'adverſité ; ainfi lagrandeurdefoname foûtenant nos efperances , ranime la fermeté de nos
fameuxGuerriers qui commencent
déja à regarder le glorieux avan
tageremportéfur un nombre affez
grand de nos ennemis en Alface ,
la glorienfe retraite de noftre
Armée en Flandres , comme des
prefages prefque infaillibles d'un
nombre prefque infini de Victoires.
GALANT 45
+
Je finis , Meffieurs mais n'al
lez point me reprocher , que
pour faire unplus grand éloge de
Louis le Grand , il falloit le
prendre de plus haut , remonter
jufques auTrône des Clovis , des
Saint Louis , des Charlemagne ,
comparer même ces grands Rois ,
avec les Conftantin &les Theodofe , & chercher jufques dans
leurs Tombeaux , les femences de
la valeur &de lagrandeurd'ame
de Louis le Grand : Il est uray ,
Meffieurs , que fa gloire com
mençoit a fe produire à fe
mais comme il former
en
n'y en apoint excepté S. Louis ,
46 MERCURE
en qui la fortune ait affemblé
tant d'événemens divers , il eftoit
important dans les conjonctures
prefentes , de mettre fes actions a
part, &de ne pas confondre dans
la concurrence de leurs grands
noms , celuy dont la gloire remonte
juſques à eux , avec autant d'éclat qu'elle en eft defcendue : c'eft
donc fans rien diminuer de leur
gloire , que Louis le Grand eft
plus Grand que tous les autres
Heros ; plus grand par rapport
la vaillance, parce qu'il a triomphé
même defon bonheur, dans laprofperité de fes armes plus grand
par rapport à la generofité & à
à
GALANT 47
la grandeur d'ame non -feulement parce qu'il a donné azile à
unRoidépouillé de fes Etats ; nonfeulement parce qu'il a maintenu
un Prince de fa famille fur un
Trôneétranger,mais encore parce
que dans une interruption debonheur,fon cœur s'eft mis au- deffus
des injuftices de la Fortune.
AU ROY..
! Oui , SIRE, *
Vous eftes leplusgrand de tous
les Heros , pour dire encore
48 MERCURE
vous quelque chofe de grand que
nous n'avons pû dire , le nom de
LOUIS LE GRAND renfermant
toutes les qualitez d'unfouverain
Heros , trouvera quelque chofe
de foy dans les noms particuliers
quepourront prendre dans lecours
des temps , pour caracterifer leur
propregrandeur , quelques- uns des
Rois qui fuivront VÔTRE MAJESTE' fur le Trône ; il fe trouvera ce grand nom , mais comme
divifé , dans ceux qui par leur
valeur porteront le nom de Magnanime, dans ceux qui par leur
demence feront reconnus pourPcse des Peuples ; dans ceux qui
par
GALANT 49
par leur zeleferont appellez Deffenfeurs de la Religion ; dans
ceux qui par leur vertu feront
avouez pour Princes Pieux ; &
dans ceux qui dans les temps infortunezferont qualifiez d'İntrepides ; ainfi voftre grand Nom,
allant pompeufement de fiecle en
fiecle , vivra avec éclat tant qu'il
yaura , comme ily en aura toujours , de grandes vertus affifes
fur le Trone ; & tandis que l'Antiquitéfera occupée dans les Hiftoires de fes Conquerans , àplaindre le trifte fort d'Alexandre
de Cefar , tous deux fatalement.
arrachez à la vie , la Pofterité
Février 1710.
E
50 MERCURE
fera retentir lagrandeur de vostre
Ame, dans tous les grands énjenemens de voftre Regne , ne cefferajamais d'admirer unefi belle
vie, dont la Parque filera encore
refpectueufement les jours gloricux, & au de- là de ceux de
David , jufqu'à l'extremité d'une
longue carriere.
"
A MONSEIGNEUR.
MONSEIGNEUR,
Digne Fils du plus grand des
"Heros qui fe reproduit en Vous
vous avezla même valeur , vous
GALANT SI
joignez la même prudence , &
Les Peuples reffentent pour vous
le même amour qu'ils ont pourfa
Sacrée Perfonne.
pronsVous avez , MONS EIGNEUR, la même valeur; quelle
femente pour ainfi dire de triomphes , n'a- t-elle pasjetté dans vos
premieres Campagnes , quel trophée Philifbourg, monument éternel d'une vaine refiftance à vos
forces ; quel trophée , dis-je , n'at- il pas érigé à l'honneur de vôtre
gloire, quelle vive ardeur n'a pas
animée vos courſes conquerantes
du Palatinat ; & quel torrent de
réputation auroit jamais púfuiE ij
52 MERCURE
vrelarapiditéde vosVictoiresfila
fageffe du Roy n'avoit agi comme
de concert avec la Providence ,
pour retirer du peril une vie fi
neceffaire àfes Sujets , &pourne
plus expofer au Champ de Mars
un Heros qui doit à coté defon
Trônefoutenirle poids defa Cou
ronne.
Ala même valeur vous joignez la même prudence ; & où
Monfeigneur , vous auroit- elle
manqué cette prudence ; feroit-ce
dans les Armées où vostre bras
agiffoit autant par voftre efprit
que par voftre cœur , où les Soldatsfuivoient vos ordres avec vos
GALANT 53
exemples , & où vous ne laiffiez
rien prévenir par la Fortune , de
tout ce quipouvoit eftreprévúpar
voftre attention :feroit- ce au Confeil , où quelquesfois les plus éclairez ne verroient peut- eftre que de
loin les chofes les plus importantes
fi vous ne les mettiez vous- même
dans leur point de vue, pour les
leur montrer de plus prés.
Les Peuples ont pour vous ,
Monfeigneur , le même amour
que pour Sa Majesté : ils cherchentfur voftre vifage les preſages de leur bonheur à venir ; ils
croyent appercevoir dans vos yeux
dans vos regards , le fondeD iij
54 MERCURE
ment des efperancespubliques , &
l'air affable & plein de bonté,
fous l'appas duquel vousprévenz ceux qui ont l'honneur de
ous approcher, devient le charme attrayant qui gagne nos cœurs
&forme les douces chaînes qui
nous lient avec paffion à vostre
Augufte Perfonne.
Ainfi , Monfeigneur , Heros
par voftre Augufte Pere , Heros
par vous - même , Heros encore
dans vos Defcendans ; voftregloireferafans fin dans la Pofterité
comme elle eft à prefent fans mefure.
GALANT 55
Dés qu'il ' eut fini il s'éleva
dans l'Affemblée un concert
de es a
fit voir que
l'Orateur est heureux lorfqu'il
a pour objet ces merites éminents , univerfellement reconnus , & aplaudis de tous.
Il fit enfuite , felon la coutume , les Eloges de Mr l'Archevêque de Lyon ; de Mr le
Maréchal de Villeroy Gouverneur de la mêmeVille ; de Mr
le Duc de Villeroy fon fils ;
& ceux de Mr l'Intendant ;
de Mrs les Comtes de Lyon;
de Mrs de la Cour des Monnoyes ; de Mrs les Treforiers.
E
iij
56 MERCURE
9
de France ; de Mrs les Elûs ;
de Mr le Prevôt des Mar
chands ; de Mrs les Echevins ;
& de Mrs les Confuls.
Vousdevezjuger que l'Affemblée eftoit des plus nom- .
breuſes , & que l'Orateur futs
long , ayanteu à parler de tant
d'Auguftes Perfonnes , & de
tant d'Illuftres Magiftrats , &
ce qu'il y eut de furprenant fut
qu'il n'ennuya pasunmoment,
& que dans tout ce qu'il dit
le caractere de toutes les perfonnes dont il parla , fut no
blement , & ingenieuſement
mis dans fon jour.
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Résumé : Article dont on ne peut donner dans cette Table une idée qui puisse répondre à son sujet, & qui renferme un Eloge du Roy, & de Monseigneur le Dauphin d'une maniere toute singuliere, [titre d'après la table]
Le texte relate la prononciation annuelle d'un discours à l'Hôtel de Ville de Lyon, le jour de la fête de Saint Thomas, en présence de l'archevêque, de l'intendant, des comtes de Saint Jean et des compagnies de la ville. Cette année, le discours a été prononcé par le fils de Monsieur Yon, seigneur de Jonage, récemment nommé premier échevin malgré ses fonctions de secrétaire du roi. Le discours a reçu de grands applaudissements. L'orateur commence par une réflexion sur la grandeur de la tâche entreprise, reconnaissant la faiblesse humaine mais espérant que la noblesse du sujet donnera du relief aux paroles. Il critique l'erreur commune de surévaluer les mérites des personnes célèbres du passé pour diminuer la gloire des contemporains. Il cite des poètes et des philosophes pour illustrer cette erreur et affirme que la gloire des contemporains est souvent méconnue. L'orateur se propose de rendre justice à tous les mérites, anciens et modernes, en louant les grands hommes actuels autant que ceux du passé. Il se concentre sur l'art militaire et choisit de parler des héros les plus renommés, en particulier Alexandre et César, dont il vante les grandes qualités. Cependant, il introduit la figure d'un héros contemporain, Louis le Grand, qui incarne la justice, la modération et la grandeur d'âme. Louis est décrit comme un roi qui entreprend la guerre avec justice, respecte les lois et fait preuve de générosité même dans la victoire. Le texte célèbre la grandeur et la magnanimité de Louis le Grand, roi de France. Il le compare à des figures historiques comme Alexandre le Grand et Jules César, mais souligne que Louis dépasse ces héros par sa modération et sa générosité. Le texte décrit plusieurs exploits de Louis, notamment son refus de tirer avantage de ses sujets et sa capacité à inspirer la peur et le respect sans combat. Il mentionne également des campagnes militaires où Louis a conquis de nombreuses villes par sa seule réputation. Le texte évoque ensuite une menace potentielle d'un prince hérétique qui trame des plans ambitieux pour s'emparer du trône d'Angleterre. Louis est présenté comme un défenseur des rois opprimés, prêt à soutenir un monarque déchu et à lui offrir refuge et soutien. Le texte souligne également la sagesse politique de Louis, qui a su gérer les revers de fortune avec constance et sagesse. Il mentionne la mort du roi d'Espagne sans héritier et la nomination de Philippe V, fils de Louis, comme successeur. Malgré les attaques des ennemis de la justice, Louis reste un modèle de grandeur et de prudence. Enfin, le texte conclut en exaltant la grandeur de Louis, comparée à celle des plus grands rois de l'histoire. Il prédit que le nom de Louis le Grand sera synonyme de toutes les vertus royales et que sa mémoire sera célébrée pour sa vie exemplaire et ses actions héroïques. Le discours s'adresse également à un haut dignitaire, louant ses qualités et ses actions. L'orateur souligne la prudence et l'esprit stratégique du destinataire sur le champ de bataille, où ses soldats suivent ses ordres et ses exemples, et où il anticipe les événements grâce à son attention. Il mentionne également son rôle au conseil, où il éclaire les décisions importantes. Les peuples éprouvent pour lui un amour similaire à celui qu'ils portent à leur souverain, voyant en lui les signes de leur bonheur futur et étant charmés par sa bonté et son affabilité. Le discours célèbre également la lignée héroïque du destinataire, soulignant qu'il est un héros par son père, par lui-même et par ses descendants, et que sa gloire perdurera dans la postérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 217-222
Lettre de Frontignan du I. Aoust.
Début :
LE 24. JUILLET au matin, plusieurs vaisseaux ennemis parurent à [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Duc de Roquelaure, Ennemis, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Frontignan du I. Aoust.
Lettre de Frontignan du
1. Aoust.
LE 24.JUILLET au
matin, plusieursvaisseaux
ennemis parurent à la hauteur
de Montpellier.
A six heures du soir ils
debarquerent à Cette,villageouvert&
sans défense:
ils s'en emparerent.
Mr le Duc de Roquelaure
se rendit à rontignan
avec Mr de Basville,
& rassembla le peu de troupes
dont il pouvoit disposer,
sans dégarnir les Cevennes
ni le Vivarez.
Il ne put avoir que trois
Compagnies de Cavalerie;
il se rendit àMeze sur l'Etang
de Thau où il Clllpeî.
cha toutesles descentes que
les ennemis vouloient y
tenterà la faveur de l'Etang.
Mr le Duc de Noailles
estoit campé au Boulou,
six lieuës au delà de Perpignan.
Mr le Duc de Roquelaure
luy dépefcha unCourier
pourluy demander du
secours ; mais les ennemis
avoient cruce secours impossible.
On fait quelquefois
l'impossible quand on
veut, & qu'on sçait prendre
promptement le bon
party.
Mr le Duc de Noailles
arrange son projet,& prend
la posteenuninstant. Il se
fait suivre de si prés par
900. C-hevaux.,iooo.Grénadiers
& 12. pieces de
canon, dont 4. estoient de
2.4. livres de bales, qu'on
dit dansle pays qu'on avoit
veu une armée & du canon
qui couroient la poste.
Les 900. Chevaux eftoient
commandez par Mr
le Marquis de Caylus, Maréchal
deCamp.
Les 1000. Grenadiers
estoient commandez par
Mr de Planque
p
Brigadier.
Mr de Chastillon
, &
Mrd'Estaires, Maréchaux
de Camp.
Mr d'Offeville, & Mr
de Sandricourc ,Brigadiers.
Mr de Bosselly
,
Mr le
Comte deNoailles,&Mr
le Marquis de Noailles,
Colonels, estoient de ce
détachement.
Mr leDuc deRoquelaure
& Mr le Duc de
Noailles arrivez à Agde en
mesme temps que les troupes,
resolurent d'attaquer
dans le moment à peine
laissa-t'on quatre heures de
repos aux troupes , après
quoy on fut aux ennemis
qu'on obligea de se retirer
au Port de Cette. On les
suivitlelong delaplage
nonobstant le grand feu
des vaisseaux.
Dans le temps qu'ils se
rembarquerent,on apperçut
au haut de la montagne
de Saint Clair six cens
hommes qui furent attaquez
si vivement par nos
Dragons , qu'on en tua
plusieurs;& l'on fit prisonniers
quelques Officiers
& quatre-vingts soldats.
Le reste fut pousséjusqu'à
la mer où plusieurs se
noyerent.
1. Aoust.
LE 24.JUILLET au
matin, plusieursvaisseaux
ennemis parurent à la hauteur
de Montpellier.
A six heures du soir ils
debarquerent à Cette,villageouvert&
sans défense:
ils s'en emparerent.
Mr le Duc de Roquelaure
se rendit à rontignan
avec Mr de Basville,
& rassembla le peu de troupes
dont il pouvoit disposer,
sans dégarnir les Cevennes
ni le Vivarez.
Il ne put avoir que trois
Compagnies de Cavalerie;
il se rendit àMeze sur l'Etang
de Thau où il Clllpeî.
cha toutesles descentes que
les ennemis vouloient y
tenterà la faveur de l'Etang.
Mr le Duc de Noailles
estoit campé au Boulou,
six lieuës au delà de Perpignan.
Mr le Duc de Roquelaure
luy dépefcha unCourier
pourluy demander du
secours ; mais les ennemis
avoient cruce secours impossible.
On fait quelquefois
l'impossible quand on
veut, & qu'on sçait prendre
promptement le bon
party.
Mr le Duc de Noailles
arrange son projet,& prend
la posteenuninstant. Il se
fait suivre de si prés par
900. C-hevaux.,iooo.Grénadiers
& 12. pieces de
canon, dont 4. estoient de
2.4. livres de bales, qu'on
dit dansle pays qu'on avoit
veu une armée & du canon
qui couroient la poste.
Les 900. Chevaux eftoient
commandez par Mr
le Marquis de Caylus, Maréchal
deCamp.
Les 1000. Grenadiers
estoient commandez par
Mr de Planque
p
Brigadier.
Mr de Chastillon
, &
Mrd'Estaires, Maréchaux
de Camp.
Mr d'Offeville, & Mr
de Sandricourc ,Brigadiers.
Mr de Bosselly
,
Mr le
Comte deNoailles,&Mr
le Marquis de Noailles,
Colonels, estoient de ce
détachement.
Mr leDuc deRoquelaure
& Mr le Duc de
Noailles arrivez à Agde en
mesme temps que les troupes,
resolurent d'attaquer
dans le moment à peine
laissa-t'on quatre heures de
repos aux troupes , après
quoy on fut aux ennemis
qu'on obligea de se retirer
au Port de Cette. On les
suivitlelong delaplage
nonobstant le grand feu
des vaisseaux.
Dans le temps qu'ils se
rembarquerent,on apperçut
au haut de la montagne
de Saint Clair six cens
hommes qui furent attaquez
si vivement par nos
Dragons , qu'on en tua
plusieurs;& l'on fit prisonniers
quelques Officiers
& quatre-vingts soldats.
Le reste fut pousséjusqu'à
la mer où plusieurs se
noyerent.
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Résumé : Lettre de Frontignan du I. Aoust.
Le 24 juillet, des vaisseaux ennemis débarquèrent à Cette, un village sans défense près de Montpellier. Le Duc de Roquelaure, accompagné de Mr de Basville, rassembla les troupes disponibles sans affaiblir les défenses des Cévennes et du Vivarais. Il se positionna à Mèze sur l'étang de Thau pour empêcher les descentes ennemies. Pendant ce temps, le Duc de Noailles, campé au Boulou près de Perpignan, reçut une demande de secours. Il organisa rapidement une force composée de 900 chevaux, 1000 grenadiers et 12 pièces de canon, commandée par plusieurs officiers de haut rang. Les deux ducs arrivèrent à Agde avec les troupes et attaquèrent immédiatement les ennemis, les forçant à se retirer au port de Cette. Pendant leur rembarquement, des dragons français attaquèrent et tuèrent plusieurs hommes ennemis sur la montagne de Saint Clair, faisant également des prisonniers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 223-224
Extrait d'une autre Lettre. [titre d'après la table]
Début :
Le reste des 600. hommes se sauva au Fort qui est [...]
Mots clefs :
Frégate, Fort, Ennemis, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une autre Lettre. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eji extrait
,>
dune autre Relation.
Le reste des 600. hommes
se sauva au Fort qui est
au bout du Mole d'où les
ennemis faisoient ungrand
feu. Ils estoient fouftenus
par le canon d'une Fregate
qui estoit dans le port costé
en travers, & de plusieurs
vaisseaux.
L'Artillerie estant arrivée
, on en fit trois batteries
y
& après avoir fait
quelques décharges qui
chasserent la Fregate du
port, les Grenadiers commandez
par Mr d'Auzé,
Capitaine au Regiment
d'Artois, & soustenu par
Mrde Planque,s'avancerent
lelong duMole, &
escaladerent le Fort où ils
firent prisonniers deuxOfficiers&
soixante & dix
soldats.
On fit ensuite avancer à
l'extremité du village une
batterie qui obligea les ennemis
à s'éloigner, & le
30. Juillet ils sirentvoile
vers leLevant.
,>
dune autre Relation.
Le reste des 600. hommes
se sauva au Fort qui est
au bout du Mole d'où les
ennemis faisoient ungrand
feu. Ils estoient fouftenus
par le canon d'une Fregate
qui estoit dans le port costé
en travers, & de plusieurs
vaisseaux.
L'Artillerie estant arrivée
, on en fit trois batteries
y
& après avoir fait
quelques décharges qui
chasserent la Fregate du
port, les Grenadiers commandez
par Mr d'Auzé,
Capitaine au Regiment
d'Artois, & soustenu par
Mrde Planque,s'avancerent
lelong duMole, &
escaladerent le Fort où ils
firent prisonniers deuxOfficiers&
soixante & dix
soldats.
On fit ensuite avancer à
l'extremité du village une
batterie qui obligea les ennemis
à s'éloigner, & le
30. Juillet ils sirentvoile
vers leLevant.
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Résumé : Extrait d'une autre Lettre. [titre d'après la table]
Une bataille opposa 600 hommes retranchés dans un fort à l'extrémité d'un môle, soutenus par une frégate et des vaisseaux. L'artillerie créa trois batteries, chassant la frégate. Les grenadiers, dirigés par Monsieur d'Auzé, capturèrent deux officiers et soixante-dix soldats. Les ennemis se retirèrent et levèrent l'ancre le 30 juillet.
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69
p. 225-234
AVANTURE DE MR POUJET.
Début :
L'Affaire de Cette a pensé nous couster un Juge [...]
Mots clefs :
Juge, Poujet, Ennemis, Vin, Bière, Officiers, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE DE MR POUJET.
AVANTURE
DEVis-rOUss-T.,
L'Affairede Cette
a pensé nous couster un
Juge de l'Amirauté i
voicy l'Avanture.
Mr Poujet, juge de
l'Amirauté fut intimidé
par les ennemis qui
l'obligerent à prester
ferment de fidelitéà la
Reine Anne, & luy
donnerent des Provifions
nouvelles pour
sa Charge.ils le firent
Magistrat Anglois
,
moyennant quoy il fut
pillé tout le premier
par préference
, &c il
resta dans Cette jusqu'au
jour du départ
des ennemis.
En les voyant quitter
prise, il crut pouvoir
abjurer la Magistrature
Angloise.Il
depefcha un Paysan
pour donner avis à nos
Generaux de la retraite
des ennemis. Ce Paysan
fut surpris se glissant
furtivement le
long de la Plage. On
l'arrestecomme un Espion
; on le menace.
Ce pauvre Ruste répond
naïvement:Je ne
suis point un Espion
>
Messieurs,jesuisun Cotfr
rier • maistues à pied,
luy dit on; N'importe,
jesuisle CourierduJuge
de mon Village, puisque
c'est luy qui m'envoye porterdes
avis.
Sur cette déclaration
MylordNorris envoya
prendre Mr Poujet
à Cette, & dés qu'il
fut arrivé on luy déclara
qu'on l'alloitcondamner
comme unAnglois
qui trahit safouveraine.
Helas
, M'ef
sieurs
>
leur réponditjJil
A
, tout effrayé
) vous
ne devez* me condamner
ni com*me Ang/cü ni comme François
3 car
je ne fçâ) plus ce que je
(UIJ.
s, On ne luy tient pas
de longs discours
,
&
sans autre forme de
procés on le déc lare
traistre: on le condamne
: on va le faire pendre.
Pendant qu on le dispose
à prendre son party
de bonne grace ou
a être pendu malgré
luy,deux Officiers que
nous avions faits prisonniers
furent amenez
à nos Generaux,
qui leur faisant une reception
polie & gracieuse
, leur donnerent
d'abord leurtable
pour prison.
Aprés lesy avoir te-
0
nus joyeusement captifs
, on les renvoya sur
leur parole;mais à condition
qu'ils porteroient
au Mylord les
marques de leurcaptivité;
c'est-à-dire force
bouteilles du mesme
vin dont ils avoient
bu.
Ils partent avec cinq
ou six hommes chargez
de bon vin, sans
compter celuy qu'ils
avoient dans la teste
, qui donnoit à leur
marche un air de gayeté
d'un tres-bon augure
pour tous ceux
qu'ils rencontroient.
Cette troupe gaillardearriva
fortà propos
pourégayerun peu
la ceremonie funeste
du pauvreMr Poujet.
Il présentoitdéja lecol
au sacrificateur
, & la
victime alloit estre immoléeen
l'air, tordue
les Officiers parurent
avec leur present bachique.
En l' offrant au
Mylord ils crierent
>
grace , grace. Le Dieu
du vin solicita. Quel
Juge pourroit estre infléxible
à tant de bouteilles.
LesOfficiersy
joignent un recit patetique
de la reception
que nos Generaux, leur
ont faite. Enfin le Mylord
attendry leurrenvoye
Mr Poujet avec
un present de Biere excellente.
;
Ainsipour deux Officiers
& de bon vin
y l'on nous donna en échange,
un Juge ôcde
la Biere. Nous y perdons;
mais c'est la feule
perte que nous ayons
faite en forçant les ennemis
à se rembarquer.
DEVis-rOUss-T.,
L'Affairede Cette
a pensé nous couster un
Juge de l'Amirauté i
voicy l'Avanture.
Mr Poujet, juge de
l'Amirauté fut intimidé
par les ennemis qui
l'obligerent à prester
ferment de fidelitéà la
Reine Anne, & luy
donnerent des Provifions
nouvelles pour
sa Charge.ils le firent
Magistrat Anglois
,
moyennant quoy il fut
pillé tout le premier
par préference
, &c il
resta dans Cette jusqu'au
jour du départ
des ennemis.
En les voyant quitter
prise, il crut pouvoir
abjurer la Magistrature
Angloise.Il
depefcha un Paysan
pour donner avis à nos
Generaux de la retraite
des ennemis. Ce Paysan
fut surpris se glissant
furtivement le
long de la Plage. On
l'arrestecomme un Espion
; on le menace.
Ce pauvre Ruste répond
naïvement:Je ne
suis point un Espion
>
Messieurs,jesuisun Cotfr
rier • maistues à pied,
luy dit on; N'importe,
jesuisle CourierduJuge
de mon Village, puisque
c'est luy qui m'envoye porterdes
avis.
Sur cette déclaration
MylordNorris envoya
prendre Mr Poujet
à Cette, & dés qu'il
fut arrivé on luy déclara
qu'on l'alloitcondamner
comme unAnglois
qui trahit safouveraine.
Helas
, M'ef
sieurs
>
leur réponditjJil
A
, tout effrayé
) vous
ne devez* me condamner
ni com*me Ang/cü ni comme François
3 car
je ne fçâ) plus ce que je
(UIJ.
s, On ne luy tient pas
de longs discours
,
&
sans autre forme de
procés on le déc lare
traistre: on le condamne
: on va le faire pendre.
Pendant qu on le dispose
à prendre son party
de bonne grace ou
a être pendu malgré
luy,deux Officiers que
nous avions faits prisonniers
furent amenez
à nos Generaux,
qui leur faisant une reception
polie & gracieuse
, leur donnerent
d'abord leurtable
pour prison.
Aprés lesy avoir te-
0
nus joyeusement captifs
, on les renvoya sur
leur parole;mais à condition
qu'ils porteroient
au Mylord les
marques de leurcaptivité;
c'est-à-dire force
bouteilles du mesme
vin dont ils avoient
bu.
Ils partent avec cinq
ou six hommes chargez
de bon vin, sans
compter celuy qu'ils
avoient dans la teste
, qui donnoit à leur
marche un air de gayeté
d'un tres-bon augure
pour tous ceux
qu'ils rencontroient.
Cette troupe gaillardearriva
fortà propos
pourégayerun peu
la ceremonie funeste
du pauvreMr Poujet.
Il présentoitdéja lecol
au sacrificateur
, & la
victime alloit estre immoléeen
l'air, tordue
les Officiers parurent
avec leur present bachique.
En l' offrant au
Mylord ils crierent
>
grace , grace. Le Dieu
du vin solicita. Quel
Juge pourroit estre infléxible
à tant de bouteilles.
LesOfficiersy
joignent un recit patetique
de la reception
que nos Generaux, leur
ont faite. Enfin le Mylord
attendry leurrenvoye
Mr Poujet avec
un present de Biere excellente.
;
Ainsipour deux Officiers
& de bon vin
y l'on nous donna en échange,
un Juge ôcde
la Biere. Nous y perdons;
mais c'est la feule
perte que nous ayons
faite en forçant les ennemis
à se rembarquer.
Fermer
Résumé : AVANTURE DE MR POUJET.
Le texte raconte l'histoire de Mr Poujet, juge de l'Amirauté à Cette, forcé par les ennemis de prêter serment de fidélité à la Reine Anne et de devenir magistrat anglais. Après le départ des ennemis, Poujet envoie un paysan avertir les généraux français, mais ce dernier est arrêté et accusé d'espionnage. Poujet est alors capturé et condamné pour trahison. Alors qu'il est sur le point d'être pendu, deux officiers français, récemment libérés, arrivent avec des bouteilles de vin en guise de marque de leur captivité. Ils intercedent en faveur de Poujet. Mylord Norris, impressionné par leur geste et par le vin, gracie Poujet et le renvoie avec un présent de bière. Cette négociation permet de sauver Poujet, bien que les Français aient perdu un juge en échange de deux officiers et du vin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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70
p. 21-30
NOUVELLES. Lettre de Lerida du 16. Aoust.
Début :
Je ne doute pas, Monsieur, que vous n'ayez vû quelque [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armées du roi, Lérida, Bataillons, Comte de Merode, Escadrons, Cavalerie
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES. Lettre de Lerida du 16. Aoust.
NOUVELLES,
Lettre de Lerida du i6<
Aoust. Je
ne doute pas, Monsieur,
que vous n'ayez vû quelque
Relation da combat donnele20
de ce mois entre tArmEe du
Roy & celle de l'Archiduc;
mais je doute que vous en aje^
vû de plus veritable&mieux
circonflanciée que celle que je
me donne l'honneur de ruous
envoyer.
Le 19 l'armée du Rrry
étant campéeprés de Saragoj]e}
& celle des ennemis en dcçade
la Chartreuse,Monsieur le
'Marquis de Baj alla les reconnoître
pendant que Sa Majestéfit
avancer toute l'Armée
qui ptfja la nuit en bataille,
"ltinji que celle des ennnemis.
Lecombatcommença le lendemainmatin
par une canonade
qui dura depuis six heures jusaprèsdemidy
que les troupes
vinrent aux mains.
Les ennemis ayantrenforcé
leur aîle gauche de la plus
grandepartie de leur Cavalerie,
voulurent d'abord prendre en
flanc la droite de l'Arméedu
PKoy
,
qui rfioit commandéepar
MessieursdeAmezaga c-
Mahoni. Mais les Gardes du
Corps &les Dragons leschargerent
avec tant de vigueur.•'
qu'ils en firentungrandcarnage&
pousserent le restejusqu'à
l'Ebre,ouils'ennoyaungrand
nomWfi,
Le reste de la Cavalerie de
la droite aprés avoirachevéde
défaire la premiere ligne des
Ennemis, fut arrestée&mise
en desordre par leur seconde
ligne
,
sans que Monsieur le
Marquis de Bay, qui (yporta
promptement, pust la rallier
à cause qu'elle fut mal soustenuë
par l'Infanterie dont la
pluspart des Soldatsestoient
nouvellement leve%.
:
Ce General envoya en mê..
me temps ordre à Don joseph
de Armendariz&à Don Pedro
Ronquillo qui commandoient
la gauche de la premiere
Ligne de le venirjoindre avec
toute leur Cavalerie,àla reserve
ve de huit Escadrons ; çya
Monsieur le Comte de Merode
&à MonsieurleMarquis
de Lançarotte,qui commandoient
lasecondeLigne,deprendre
les Postes de Messieurs de
Armandariz&Ronquillo.
Dés qu'ils furentarrivez ils
chargerent si vigoureusement
les Ennemisqu'ils les firent
plier; mais le desordrede nostre
seconde Ligne de la droite
estoitsigrand qu'ils ne purent
faire une seconde charge.
Monsieur le Comte de Merode
& Monsieur le Marquis
deLançarottes'avancerent antcc
la seconde Ligne de la gauche
qu'ils commandoient; mais
s'estans aperçusque les Ennemisavoient
détaché de leur
droite trois Bataillons pour
prendreenflancles Gardes IUilonnes
qui estoient à la tesse de
la premiere Ligne de la gauche,
Monsieur le Marquis deLancarotte
marcha à eux avec deux
Escadrons
, & les défit entierement.
Il alla ensuiterejoindre le
reste de la Cavalerie & trois
Bataillons
, & marcha avec
Monsieur le Comte de Merode
pour charger unesecondefois,
mais les Ennemis ayant détaché
dix Escadrons &plusieurs
Bataillonspour les enveloper,
ils furent obligez de se retirer
en couvrant deux Bataillons
des Gardes Walonnes quise
posterent sur les hauteurs de la
Guerba.
La Brigade de Rupelmonde
oerrefta les Ennemis, & ne fit
saretraitequ'a lafin delaBataille
,
apréslaquelleellese retira
sans estre poursuivie, non
plus que le reste de l'Armée,
dont la plus grande partie se
rassemblaàTudela aute Mon-
Jieur le Marquis de Bay4 &
unepartieà Daroca avec Monsieur
le Duc de Pratameno.
Les Ennemisfont demeurez
maistres du ChampdeBataille,
mais cette Victoire leur a coûté
cher; leur Infanterieayant
d'abordestéfort mal-traitéepar
le canon; leuraîlegauche ayant
estédeffaite, '& à laquelle on
apris cinq Etendarts, çj$r ensuite
plusieurs autres Bataillons
ausquels on a enlevéquatre
Drapeaux.
On n'a encore pu sçavoir le
nombre des morts de l'Armée
du R..oy.,parce qu'ilrevienticus
lesjours desgens qu'on awit
cru tt4fZ oufaitsPrisonniers,
On ria perdu d'Officiers de consideration
que Monsieur le Duc
d'Havré, quifut tuéd'un coup
de canonavant que l'aéîionfut
tout àfaitengagée.
Les Habitans de Saragojfc
ont donné des marques de leur
zelc au Roy en fournissant à
son Armée du pain, du vin
j&ode lauviandre pesnda.nt trois, Nostre Garnison a enlevé aux
Ennemis un Convoy de cinquante
Chariots de vivres &
de munitions; &quarantemil
écus en especes qui estoient destinez
pour payer leurs Troupes.
Jesuis, &c.
Lettre de Lerida du i6<
Aoust. Je
ne doute pas, Monsieur,
que vous n'ayez vû quelque
Relation da combat donnele20
de ce mois entre tArmEe du
Roy & celle de l'Archiduc;
mais je doute que vous en aje^
vû de plus veritable&mieux
circonflanciée que celle que je
me donne l'honneur de ruous
envoyer.
Le 19 l'armée du Rrry
étant campéeprés de Saragoj]e}
& celle des ennemis en dcçade
la Chartreuse,Monsieur le
'Marquis de Baj alla les reconnoître
pendant que Sa Majestéfit
avancer toute l'Armée
qui ptfja la nuit en bataille,
"ltinji que celle des ennnemis.
Lecombatcommença le lendemainmatin
par une canonade
qui dura depuis six heures jusaprèsdemidy
que les troupes
vinrent aux mains.
Les ennemis ayantrenforcé
leur aîle gauche de la plus
grandepartie de leur Cavalerie,
voulurent d'abord prendre en
flanc la droite de l'Arméedu
PKoy
,
qui rfioit commandéepar
MessieursdeAmezaga c-
Mahoni. Mais les Gardes du
Corps &les Dragons leschargerent
avec tant de vigueur.•'
qu'ils en firentungrandcarnage&
pousserent le restejusqu'à
l'Ebre,ouils'ennoyaungrand
nomWfi,
Le reste de la Cavalerie de
la droite aprés avoirachevéde
défaire la premiere ligne des
Ennemis, fut arrestée&mise
en desordre par leur seconde
ligne
,
sans que Monsieur le
Marquis de Bay, qui (yporta
promptement, pust la rallier
à cause qu'elle fut mal soustenuë
par l'Infanterie dont la
pluspart des Soldatsestoient
nouvellement leve%.
:
Ce General envoya en mê..
me temps ordre à Don joseph
de Armendariz&à Don Pedro
Ronquillo qui commandoient
la gauche de la premiere
Ligne de le venirjoindre avec
toute leur Cavalerie,àla reserve
ve de huit Escadrons ; çya
Monsieur le Comte de Merode
&à MonsieurleMarquis
de Lançarotte,qui commandoient
lasecondeLigne,deprendre
les Postes de Messieurs de
Armandariz&Ronquillo.
Dés qu'ils furentarrivez ils
chargerent si vigoureusement
les Ennemisqu'ils les firent
plier; mais le desordrede nostre
seconde Ligne de la droite
estoitsigrand qu'ils ne purent
faire une seconde charge.
Monsieur le Comte de Merode
& Monsieur le Marquis
deLançarottes'avancerent antcc
la seconde Ligne de la gauche
qu'ils commandoient; mais
s'estans aperçusque les Ennemisavoient
détaché de leur
droite trois Bataillons pour
prendreenflancles Gardes IUilonnes
qui estoient à la tesse de
la premiere Ligne de la gauche,
Monsieur le Marquis deLancarotte
marcha à eux avec deux
Escadrons
, & les défit entierement.
Il alla ensuiterejoindre le
reste de la Cavalerie & trois
Bataillons
, & marcha avec
Monsieur le Comte de Merode
pour charger unesecondefois,
mais les Ennemis ayant détaché
dix Escadrons &plusieurs
Bataillonspour les enveloper,
ils furent obligez de se retirer
en couvrant deux Bataillons
des Gardes Walonnes quise
posterent sur les hauteurs de la
Guerba.
La Brigade de Rupelmonde
oerrefta les Ennemis, & ne fit
saretraitequ'a lafin delaBataille
,
apréslaquelleellese retira
sans estre poursuivie, non
plus que le reste de l'Armée,
dont la plus grande partie se
rassemblaàTudela aute Mon-
Jieur le Marquis de Bay4 &
unepartieà Daroca avec Monsieur
le Duc de Pratameno.
Les Ennemisfont demeurez
maistres du ChampdeBataille,
mais cette Victoire leur a coûté
cher; leur Infanterieayant
d'abordestéfort mal-traitéepar
le canon; leuraîlegauche ayant
estédeffaite, '& à laquelle on
apris cinq Etendarts, çj$r ensuite
plusieurs autres Bataillons
ausquels on a enlevéquatre
Drapeaux.
On n'a encore pu sçavoir le
nombre des morts de l'Armée
du R..oy.,parce qu'ilrevienticus
lesjours desgens qu'on awit
cru tt4fZ oufaitsPrisonniers,
On ria perdu d'Officiers de consideration
que Monsieur le Duc
d'Havré, quifut tuéd'un coup
de canonavant que l'aéîionfut
tout àfaitengagée.
Les Habitans de Saragojfc
ont donné des marques de leur
zelc au Roy en fournissant à
son Armée du pain, du vin
j&ode lauviandre pesnda.nt trois, Nostre Garnison a enlevé aux
Ennemis un Convoy de cinquante
Chariots de vivres &
de munitions; &quarantemil
écus en especes qui estoient destinez
pour payer leurs Troupes.
Jesuis, &c.
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Résumé : NOUVELLES. Lettre de Lerida du 16. Aoust.
Le 19 août, l'armée du Roi, stationnée près de Saragosse, affronta celle de l'Archiduc, positionnée près de la Chartreuse. Le combat débuta le 20 août par une intense canonade suivie d'engagements directs. Les ennemis renforcèrent leur aile gauche avec une grande partie de leur cavalerie pour attaquer le flanc droit de l'armée du Roi, commandé par les messieurs d'Amezaga et Mahoni. Les Gardes du Corps et les Dragons repoussèrent vigoureusement cette attaque, infligeant de lourdes pertes et repoussant les survivants jusqu'à l'Èbre. La cavalerie de la droite, après avoir défait la première ligne ennemie, fut désorganisée par la seconde ligne adverse. Le Marquis de Bay tenta de rallier la cavalerie, mais sans le soutien suffisant de l'infanterie, composée de soldats nouvellement recrutés. Il ordonna alors à Don Joseph de Armendariz et Don Pedro Ronquillo de se replier avec leur cavalerie. Le Comte de Merode et le Marquis de Lançarotte prirent leurs postes. La cavalerie ennemie, bien que repoussée, profita du désordre pour éviter une seconde charge. Le Marquis de Lançarotte défit trois bataillons ennemis visant les Gardes Wallonnes, mais face à une contre-attaque ennemie avec dix escadrons et plusieurs bataillons, les forces du Roi se retirèrent en couvrant les Gardes Wallonnes. La Brigade de Rupelmonde harcela les ennemis jusqu'à la fin de la bataille. Les forces ennemies restèrent maîtresses du champ de bataille, mais leur victoire fut coûteuse, avec une infanterie sévèrement touchée par le canon et plusieurs drapeaux capturés. L'armée du Roi perdit le Duc d'Havré, tué par un coup de canon. Les habitants de Saragosse soutinrent l'armée du Roi en fournissant des vivres, tandis que la garnison captura un convoi ennemi de cinquante chariots de vivres et munitions, ainsi que quarante mille écus en espèces.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 40-46
Siege de S. Venant. [titre d'après la table]
Début :
Saint Venant fut investi le 5. Septembre, & la tranchée [...]
Mots clefs :
Siège de Saint-Venant, Régiment de Bugey, Tranchée, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Siege de S. Venant. [titre d'après la table]
Saint Venant fut investi le
5.Septembre,& la tranchée
fut ouverte la nuit du 16.
au17. lesinnondations qui
en faisoient la plus grande
forceayant estésaignées, la
Garnisonfutobligée decapituler
le 29. au soir. Elle
sortit le 2. Octobre avec armes
&bagages, deux pieces
de canon, & toutes les autres
marques d'honneur, &
sur conduite à Arras. Cette
Garnison estoit au nombre
de deux mil hommes.
Les Ennemis ont eu à ce
Siege prés de mil hommes
tuez ou blessez.
Nous n'y avons, perdu aucun
Officier de consideration
que Mr le Comte de
Bcrenger du Gua, Colonel
du Regiment de Bugey, qui
fut tué le 24. Septembre. Il
avoit entrepris une sortie où
il ne fut suivi que d'une trentaine
de Grenadiers, la planche
sur laquelle tout son détachement
devoir passer s'étant
rompuë, ilne laissapas
de se jetter dans la tranchée
& de culbuter les Ennemis.
Il faisoitensuite sa retraite
avec toute la conduite & la
valeur possible ; lors qu'il
receu un coup dans la teste
dont il mourut.
Il servoit depuis sa plus
grande jeunesse,& il ne s'étoit
point pasle de Campagne
qu'il ne se fût distingué.
La derniere année il enleva
le poste considerable de la
Tuyle
,
dans la Val-d'Aost.
Il fit la même année cette
belle retraite à Constans,où
il arresta les Ennemis, &se
retiraavec les deux seulsBataillons
de son Regimenr.
Il estoit filsde Mr leComte
du Gua
,
Maréchal de
Camp, quia serviavecdistinction
depuis 1670 &pcn,
dant la derniere Guerre d'Italie
,
où il a esté estropié
d'un bras; & de Damoiselle
N de Symiane, soeur
de Mr le Marquis de Symiane,
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S-- A. R.
Monsieur le Duc d'Orléans.
Tout le mondeconnoist
l'illustre Maison de Berenger
en Dauphiné, &la Genealogie
en a esté imprimée exactement
par feu Mr Chorier,
Historien decette Province.
Mr leComte duGuaavoit
trois fils, dont l'aîné est
enterré à Aire, le second à
S. Venant,&le Roy a donné
au troisieme le Regiment
de Bugey.
Mr le Marquis de Listenay,
Maréchal de Camp,
estant mort dans une sortie
faite à Aire le 24. Septembre,
le Roy a donné son Regiment
à son frere; sa Charge
dans la Gendarmerie à sa
fille pour la vendre, & sa
pension de sixmil livres à sa
Veuve.
Mr de Listenay estoitl'aïné
de l'illustre Maison de
Beauffremont
, au Comté
de Bourgogne.
Le Roy a donné à Mr de
Langez, Capitaine de Cavalerie,
un Guidon de Gendarmerie,
avec permission
de vendre sa Compagnie.
5.Septembre,& la tranchée
fut ouverte la nuit du 16.
au17. lesinnondations qui
en faisoient la plus grande
forceayant estésaignées, la
Garnisonfutobligée decapituler
le 29. au soir. Elle
sortit le 2. Octobre avec armes
&bagages, deux pieces
de canon, & toutes les autres
marques d'honneur, &
sur conduite à Arras. Cette
Garnison estoit au nombre
de deux mil hommes.
Les Ennemis ont eu à ce
Siege prés de mil hommes
tuez ou blessez.
Nous n'y avons, perdu aucun
Officier de consideration
que Mr le Comte de
Bcrenger du Gua, Colonel
du Regiment de Bugey, qui
fut tué le 24. Septembre. Il
avoit entrepris une sortie où
il ne fut suivi que d'une trentaine
de Grenadiers, la planche
sur laquelle tout son détachement
devoir passer s'étant
rompuë, ilne laissapas
de se jetter dans la tranchée
& de culbuter les Ennemis.
Il faisoitensuite sa retraite
avec toute la conduite & la
valeur possible ; lors qu'il
receu un coup dans la teste
dont il mourut.
Il servoit depuis sa plus
grande jeunesse,& il ne s'étoit
point pasle de Campagne
qu'il ne se fût distingué.
La derniere année il enleva
le poste considerable de la
Tuyle
,
dans la Val-d'Aost.
Il fit la même année cette
belle retraite à Constans,où
il arresta les Ennemis, &se
retiraavec les deux seulsBataillons
de son Regimenr.
Il estoit filsde Mr leComte
du Gua
,
Maréchal de
Camp, quia serviavecdistinction
depuis 1670 &pcn,
dant la derniere Guerre d'Italie
,
où il a esté estropié
d'un bras; & de Damoiselle
N de Symiane, soeur
de Mr le Marquis de Symiane,
Premier Gentilhomme
de la Chambre de S-- A. R.
Monsieur le Duc d'Orléans.
Tout le mondeconnoist
l'illustre Maison de Berenger
en Dauphiné, &la Genealogie
en a esté imprimée exactement
par feu Mr Chorier,
Historien decette Province.
Mr leComte duGuaavoit
trois fils, dont l'aîné est
enterré à Aire, le second à
S. Venant,&le Roy a donné
au troisieme le Regiment
de Bugey.
Mr le Marquis de Listenay,
Maréchal de Camp,
estant mort dans une sortie
faite à Aire le 24. Septembre,
le Roy a donné son Regiment
à son frere; sa Charge
dans la Gendarmerie à sa
fille pour la vendre, & sa
pension de sixmil livres à sa
Veuve.
Mr de Listenay estoitl'aïné
de l'illustre Maison de
Beauffremont
, au Comté
de Bourgogne.
Le Roy a donné à Mr de
Langez, Capitaine de Cavalerie,
un Guidon de Gendarmerie,
avec permission
de vendre sa Compagnie.
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Résumé : Siege de S. Venant. [titre d'après la table]
Le siège de Saint Venant débuta le 5 septembre 1793. La tranchée fut ouverte la nuit du 16 au 17 septembre. Malgré les inondations, la garnison dut capituler le 29 septembre. Elle sortit le 2 octobre avec armes et bagages, deux pièces de canon et toutes les marques d'honneur, et fut conduite à Arras. La garnison comptait deux mille hommes. Les ennemis subirent près de mille hommes tués ou blessés. Parmi les pertes notables, le Comte de Berenger du Gua, Colonel du Régiment de Bugey, fut tué le 24 septembre lors d'une sortie. Il avait entrepris cette sortie avec une trentaine de grenadiers et fut mortellement blessé en se retirant. Il servait depuis sa jeunesse et s'était distingué dans plusieurs campagnes. Le Marquis de Listenay, Maréchal de Camp, mourut également le 24 septembre lors d'une sortie à Aire. Le Roi attribua son régiment à son frère, sa charge dans la gendarmerie à sa fille pour la vendre, et sa pension de six mille livres à sa veuve. Le Roi accorda également un guidon de gendarmerie à Mr de Langez, Capitaine de Cavalerie, avec permission de vendre sa compagnie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 80-85
AUTRE LETTRE du même Officier. DU CAMP devant Aire le 25 Septembre
Début :
Le 22. Monsieur le Comte d'Esteing, Lieutenant General Commandant [...]
Mots clefs :
Montvert, Houdetot, Siège d'Aire-sur-la-Lys, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE LETTRE du même Officier. DU CAMP devant Aire le 25 Septembre
AUTRE LETTRE
du même Officier.
DU CAMP
devantAire le 2.5SeptembrÓ
Le 22.Monsieur le Comte
JtEfteing, Lieutenant General
Commandant à S. Omer ,
fit un détachement de goo..
Chevaux commandépar Mrs
de Mortagny (Cf d*Ejlaghol
Brigadiers; MÏS du Palais ,
de S.Sernin &d*Houdetôt
Colonels
,
Neufchastel (7
Montvert Lieutenants-Colonels
; ilspasserentl'Ax
, &
se posterent dans des fonds de
l'autrecosté, au delà des
hauteurs qui sont à une lieue
demie de S. Omer. Ils envoyerent
devant euxtrois cens
Chevaux
, en deux corps , sous les ordres de Mrs d'Houdetot
~& de Montvert
,
du
cofté du Village d'Heuderin.
ghem
, avec ordre de recevoir lefleurHergeuft 30Hous
fards
,
qui avec15Dragons
poussentjusques dans le quartier
du Comte deNassauWeilbourg
à S. yiugujlm
,
où ils
sabrerent. Une Garde de 60.
Cuirassiers y estans accouruë
fut battuë renvesée; mais
tous nos Houssards ejlantallc%.
au secours avec 300. Maîtres
quise trouvoientcommandez
pousserentvos Houssards. Mr
de Montvert
, au lieu de les
attendre de se rejoindre à
Mrd'houdetot,marcha à eux,
fut renversé,& ces trois cents
Chevauxfurentrepoussezvivementjusqu'à
ce que Mr de
Mortantnousayantàsontour
envelopé,il ne s 'ensauva que
ce qui put penetrer au travers
de vos Troupes. On nous en
tua beaucoupy & nous eûmes
68. Cavaliers de pris.
Mr de Mortani aprèss'estre
remis en bataille
, voyantque
toutnostre piquet alloit au Je*
çoursrepassa la petite rivure
&jia ou quelques uns de nos
gens le suivirent, (y tomberent
dans une embuscade de
Grenadiers que l'on avoit pofdtez
deanscle Vqillague deeBla.n-
Les François perdirent Mr
de MontnjertLieutenantColonel
,
deux Lieutenants avec
cÓmmiflion de Capitaine, deux
Autres, trois Cornettes,sept
Maréchaux des Logis,&une
quarantaine deDragons ou Ca-
Valiers.
Nous avons perdu en tout
trois cents hommes.
Lanuit du21.au13,les
Ennemis pousserent une paralelle,
maislesassiegez ayant
fait une sortie à une heure
aprèsminuit ruinerent
une partie de leurs travaux.
Le soir du 2. 3. Mr le
Marquis de Flavacourt avec
quatre cents Grenadiers gu
trois cents Travailleurs ruerent
presque tout ce qui se
trouva dans la tranchée &
ruinerent tous les travaux
des Ennemis,Mr de Flavacoure
y fut blessé.
du même Officier.
DU CAMP
devantAire le 2.5SeptembrÓ
Le 22.Monsieur le Comte
JtEfteing, Lieutenant General
Commandant à S. Omer ,
fit un détachement de goo..
Chevaux commandépar Mrs
de Mortagny (Cf d*Ejlaghol
Brigadiers; MÏS du Palais ,
de S.Sernin &d*Houdetôt
Colonels
,
Neufchastel (7
Montvert Lieutenants-Colonels
; ilspasserentl'Ax
, &
se posterent dans des fonds de
l'autrecosté, au delà des
hauteurs qui sont à une lieue
demie de S. Omer. Ils envoyerent
devant euxtrois cens
Chevaux
, en deux corps , sous les ordres de Mrs d'Houdetot
~& de Montvert
,
du
cofté du Village d'Heuderin.
ghem
, avec ordre de recevoir lefleurHergeuft 30Hous
fards
,
qui avec15Dragons
poussentjusques dans le quartier
du Comte deNassauWeilbourg
à S. yiugujlm
,
où ils
sabrerent. Une Garde de 60.
Cuirassiers y estans accouruë
fut battuë renvesée; mais
tous nos Houssards ejlantallc%.
au secours avec 300. Maîtres
quise trouvoientcommandez
pousserentvos Houssards. Mr
de Montvert
, au lieu de les
attendre de se rejoindre à
Mrd'houdetot,marcha à eux,
fut renversé,& ces trois cents
Chevauxfurentrepoussezvivementjusqu'à
ce que Mr de
Mortantnousayantàsontour
envelopé,il ne s 'ensauva que
ce qui put penetrer au travers
de vos Troupes. On nous en
tua beaucoupy & nous eûmes
68. Cavaliers de pris.
Mr de Mortani aprèss'estre
remis en bataille
, voyantque
toutnostre piquet alloit au Je*
çoursrepassa la petite rivure
&jia ou quelques uns de nos
gens le suivirent, (y tomberent
dans une embuscade de
Grenadiers que l'on avoit pofdtez
deanscle Vqillague deeBla.n-
Les François perdirent Mr
de MontnjertLieutenantColonel
,
deux Lieutenants avec
cÓmmiflion de Capitaine, deux
Autres, trois Cornettes,sept
Maréchaux des Logis,&une
quarantaine deDragons ou Ca-
Valiers.
Nous avons perdu en tout
trois cents hommes.
Lanuit du21.au13,les
Ennemis pousserent une paralelle,
maislesassiegez ayant
fait une sortie à une heure
aprèsminuit ruinerent
une partie de leurs travaux.
Le soir du 2. 3. Mr le
Marquis de Flavacourt avec
quatre cents Grenadiers gu
trois cents Travailleurs ruerent
presque tout ce qui se
trouva dans la tranchée &
ruinerent tous les travaux
des Ennemis,Mr de Flavacoure
y fut blessé.
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Résumé : AUTRE LETTRE du même Officier. DU CAMP devant Aire le 25 Septembre
Le 22 septembre, le lieutenant général Jefteing envoya un détachement de 600 chevaux sous les ordres de plusieurs officiers, dont les brigadiers de Mortagny et d'Eslagholf, pour traverser l'Aa et se positionner près de Saint-Omer. Trois cents chevaux furent envoyés vers Heuderin pour affronter 300 hussards et 15 dragons ennemis. Une garde de 60 cuirassiers fut battue, mais les hussards furent repoussés par 300 maîtres commandés. Montvert, commandant l'un des corps, fut renversé en attaquant l'ennemi. Les troupes ennemies furent repoussées, mais une partie put s'échapper. Les Français perdirent Montvert et plusieurs autres officiers et soldats. Les assiégés tuèrent de nombreux ennemis et en capturèrent 68. La nuit du 21 au 23 septembre, les ennemis tentèrent de construire une parallèle, mais les assiégés firent une sortie pour ruiner leurs travaux. Le 23 septembre, le marquis de Flavacourt, avec des grenadiers et des travailleurs, détruisit presque tous les travaux ennemis dans la tranchée, mais fut blessé. Les pertes françaises s'élèvent à trois cents hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 86-97
RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Début :
Le 24. Septembre Mr le Chevalier de Valence, Capitaine de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Infanterie, Dragons, Grenadiers, Chevaux, Cavalerie, Valence, Vive-Saint-Éloi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
RELATION
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
de l'Affaire de Vive
Saint-Eloy.
Le 24. Septembre Mr le
Chevalier de Valence, CapitainedeGalere,
arriva d'Ipres
& rendit compte au
Roy de ce qui fuir. Mrriatendant
ayant donné avis à
Mrde Ravignan, Maréchal
de Camp, que les ennemis
faisoient remonter un gros
Convoy par la Lys, il partitle
18. à dix heures du soir
avec Mrs d'Houk, & de Jarnac
Brigadiers, Mrs de Valence
, de Noailles, de Nogaret,
de Louvigny
,
d'Angennes
,
& de Montesson
Colonels) 19. Compagnies
de Grenadiers, 1500. Fuseliers,
& leRégiment de
Dragons de S. Chaumont.
Il marcha toute la nuit
dans les Bois, prés de Vive
S. Eloy, passa à la veuë de
Menin, & à la demi portée
du canon de Courtray, à
troislieues de Deins en deça
de Gand, & arriva à deux
heures après midi à Oucghem
sur le bord de la Lys.
Trente Houssards qu'il
avoit envoyez à la découverte,
vinrent avertir que
les Ennemis se mettoient en
bataille à Vive S. Eloy sur
le bord de la riviere,&qu'ils
rangeoient leurs Batteaux
derriere eux; il pressa la
marche de ses Troupes, &
ayant pillé le Village, pendant
que l'Infanterie se
mettoit en bataille,ilalla
reconnoitre les Ennemis.
Mr le Comte d'Arhlone,
qui commandoit l'Escorte
du Convoy, avoit
13oo. hommes d'Infanterie
& 600.Chevaux. Il
avoit appuyé sa gauche à un
Mardis impratiquable joignant
la Lys. Son front qui
croit fort étroit, se trouvoit
couvert d'une prairie coupée
par trois fossez, & une
levée de terre; il avoit posté
sa Cavalerie, à sa droite
qui nestoit point retranchée.
Mr de Ravignanprit lemeilleur
party qui estoit de
se poster de maniere qu'en
allongeant sa gauche
,
il y
postast Mr de ,Jarnac
,
Mr
de Louvigny, Mr deMontesson
avec 6oo.Fuseliers,
à costé d'eux , & le Regiment
de Dragons de Saint-
Chaumont,avec 30. Houssarts
qui faisoient face à la
Cavalerie ennemie. Monsieur
d'Houk Brigadier,Mrsde
Valence & de Nogaret
Colonels avec les Grenadiers
,
Mrs d'Angennes &,;
de Noailles Colonels, avec
le surplus desFuseliersoccupoient
la droite jusquau-
Marais.
- Comme on avoitobservé
que la Cavalerie ennemie
pouvoir pénétrerparunchemin
& tomber sur la gauche
de l'Infanterie, on posta à
l'entrée, de ce chemin60.
Fufeliers. Au signal, qui étoit
de battre aux champs,
les Fufeliers de la droite firent
feu sur les ennemis pour
les occuper. En même temps
tous les grenadiers passerent
les trois fossez sans tirer, &
tombèrent sur les ennemis
la bayonnette au bout du
fusil, se mêlercnt & culbuterent
les premiers rangs,
firent un grand carnage,&
poufferent sivivement les ennemis,
qu'ils n'eurent pas Ictemps
de se jetterdans deux
vieilles Redoutes ruinées.
Nos Dragons cependant
chargèrent sià props & si
brusquement la Cavalerie
ennemie, qu'ils la défirent
en tres peu de temps. Les
Houssards qui estoient à la
teste des Dragons fabrerent
avec tant de fureur,qu'elle
fut renversée. Mr de Jarnac
<
fc replia sur la droite, &
•
prit en flanc l'Infanterie ennemie
qui estoit déja presque
tout à faitrenversée par
<
les Grenadiers.
âe Des 1300.hommes d'Infanterie
, tout fut tué ou
noyé à l'exception de C09+
qui furent conduits à Ipres,
& d'une trentaine deblessez
à mort, qu'onlaissa dans
les Villages. On compta que
des 600. Chevaux la moitié
avoit estétuez ou noyez, le
reste s'estant sauvé du costé
de Deins. Le Comte d'Athlone
qui commandoit l'efcorte
, fut fait prisonnier,
avec un Lieutenant Colonel,
un Major &36. autres Officiers.
On prit beaucoup de
Chevaux des Cavaliers ÔC
tous ceux qui remontoient
les Belandres sur lesquelles
les soldats se chargèrent de
Burin; dix furent choisis
pourmettrele feu aux poudres
avec précaution,ils le
firent, & secoucherentensuite
à terre a près s'estre
bouché les oreilles, ce qui
n'empêcha pas que deux ne
furent estoussez. Le bruit
fut si furieux que le Village
de S. Eloy vive fut renverfé
,
& que la terre fut ébranlée
jusques à Valenciennes,
&S. Quentin ou
les vitres en furent cassées;
laLys fut separée en deuxbras
au travers des Terres,
& les Batteaux furent tous
brifez. Il yavoir treize cent
quatre - vingt milliers de
poudre, de l'Artillerie, &
une grande quantité de boulets,
de bombes chargées,
de carcasses
,
de grenades;
de vinaigre & d'eau de vie.
Après cette expédition
,
qui ne coûtaque50. hommes
tuez ou blessez
,
Mr de
Ravignan, marcha lentement
vers Rouffelar où il
arriva le lendemain à midy;
ses Troupes estant fort satiguées
, a cause qu'elles e''
toient cliarcyées&embarassées
deprisonniers. Il y reçût
avis que les ennemisenvoyoient
plusieursdétachemens
pour le couper. En
effet une heure après 600.
Chevaux ennemis parurent
avec quelque Infanterie, &
attaqueront un poste à la
portéedefusil de Rouffelar.
Mr du Bois, Lieutenant Colonel
de S. Chaumont partit
avec 100. Dragons, fou.
tenus de quelques Grenadiers,
commandez par Mr
de Valence. Les ennemis se
retirèrentavec précipitation
Monsieur
Mr Dubois les poursuivit
leur , tua 15.hommes, prit
un Officier avec 10. Chevaux;
ensuite Mr de Ravignan
marcha par le grand
chemin d'Ipres, où il arriva
le 10 au soit.
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Résumé : RELATION de l'Affaire de Vive Saint-Eloy.
Le 24 septembre, le Chevalier de Valence, Capitaine de Galère, alerta le roi de la remontée d'un convoi ennemi par la Lys. Le 18 septembre, à dix heures du soir, Monsieur de Ravignan, Maréchal de Camp, partit avec plusieurs officiers et troupes, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Ils marchèrent toute la nuit et arrivèrent à Oucghem, sur le bord de la Lys. Des hussards signalèrent que les ennemis se préparaient à combattre à Vive Saint-Eloy. Monsieur de Ravignan organisa ses troupes pour attaquer, allongeant sa gauche et postant des fusiliers et des dragons pour contrer la cavalerie ennemie. Les grenadiers chargèrent les ennemis, causant un grand carnage, tandis que les dragons et les hussards défirent la cavalerie ennemie. La bataille fut victorieuse, avec 1300 hommes d'infanterie ennemis tués ou noyés, et de nombreux chevaux capturés ou tués. Le Comte d'Athlone, commandant l'escorte ennemie, fut fait prisonnier. Après la bataille, Monsieur de Ravignan marcha vers Rouffelar, où il reçut des renforts et repoussa une attaque ennemie. Il arriva à Ipres le 10 octobre au soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 119-122
EXTRAIT d'une Lettre de Lerida, du 18. Septembre.
Début :
Mr le Comte de Louvignies, qui commande icy, ayant esté [...]
Mots clefs :
Prisonniers, Armée, Ennemis, Lérida
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Lerida, du 18. Septembre.
EnnemEis.
XTRAIT
d'une Lettre de Lerida,
duig. Septembre.
Mrle Comte de Louvignies,
qui commande icy
,
ayantesté
avertj que les Ennemis faisoientconduire
à Barcelone cinq
cent Officiers ou Soldats,qu'ils
avoient faits prisonniers à la
bataille el," Sarragosse
,
estant
sorti avec une partie de nostre
Garnison pour tâcher de les delivrer,
a reussidans son dessein.
Ila battu lEforte & ramené
les Prisonniers.
Plusieurs RegimentsFrançoissont
arrivez à S. Jeande
pieddePort
,
où ils attendent
les ordres pour entrer en Navarre.
Les Miquelets s'estoientempare'{
du passage de Canfranc
dans les Pyrenées ; mais ils
en ont bientost eftéchaJjèz,&
le passage estàpresent libreentre
cette Ville,Monçon &saca
qui font les plusfortes Places,
d'Aragon
,
&quifont bien
pourvues de toutes îeschofesnece[
faires
-
cessaires
>
en cas de Siege ; mais
on ne croit pas les Ennemis en
estat d'en entreprendre aucun.
Mr le Duc de Noailles est
arrivé à Valladolid le même
jourque leursMajestez Catholiquesquiy
arriverent avant
hier
, & Mr de Vendôme y
devoit arriver hier.
Les dernieres nouvelles que
nous avons receuës del'armée
des Ennemis , portent que le
Comte de Starremberg avoit
fait cuire une grande quantité
de biscuits
,
&qu'on lui avoit
écrit que sa presence efloit necessaire
en Catalogne,
, parce
qu'on attendoit un 7randcorpsi
de Troupes Françoises dans le.
Roussillon ; nous ne croyonspasi
que ce Genralrisquedese laisser
enfermer avec l'Archiduc
&son Armée, qui estbaucoup
diminuée à cause des grandes
fatiguesqu'elle a essuyées
XTRAIT
d'une Lettre de Lerida,
duig. Septembre.
Mrle Comte de Louvignies,
qui commande icy
,
ayantesté
avertj que les Ennemis faisoientconduire
à Barcelone cinq
cent Officiers ou Soldats,qu'ils
avoient faits prisonniers à la
bataille el," Sarragosse
,
estant
sorti avec une partie de nostre
Garnison pour tâcher de les delivrer,
a reussidans son dessein.
Ila battu lEforte & ramené
les Prisonniers.
Plusieurs RegimentsFrançoissont
arrivez à S. Jeande
pieddePort
,
où ils attendent
les ordres pour entrer en Navarre.
Les Miquelets s'estoientempare'{
du passage de Canfranc
dans les Pyrenées ; mais ils
en ont bientost eftéchaJjèz,&
le passage estàpresent libreentre
cette Ville,Monçon &saca
qui font les plusfortes Places,
d'Aragon
,
&quifont bien
pourvues de toutes îeschofesnece[
faires
-
cessaires
>
en cas de Siege ; mais
on ne croit pas les Ennemis en
estat d'en entreprendre aucun.
Mr le Duc de Noailles est
arrivé à Valladolid le même
jourque leursMajestez Catholiquesquiy
arriverent avant
hier
, & Mr de Vendôme y
devoit arriver hier.
Les dernieres nouvelles que
nous avons receuës del'armée
des Ennemis , portent que le
Comte de Starremberg avoit
fait cuire une grande quantité
de biscuits
,
&qu'on lui avoit
écrit que sa presence efloit necessaire
en Catalogne,
, parce
qu'on attendoit un 7randcorpsi
de Troupes Françoises dans le.
Roussillon ; nous ne croyonspasi
que ce Genralrisquedese laisser
enfermer avec l'Archiduc
&son Armée, qui estbaucoup
diminuée à cause des grandes
fatiguesqu'elle a essuyées
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Lerida, du 18. Septembre.
Le texte décrit des événements militaires en Espagne et dans les Pyrénées. Le Comte de Louvignies a libéré cinq cents officiers ou soldats français prisonniers à Barcelone après la bataille de Saragosse. Plusieurs régiments français sont arrivés à Saint-Jean-de-Pied-de-Port, en attente d'ordres pour entrer en Navarre. Les Miquelets avaient pris le contrôle du passage de Canfranc, mais en ont été chassés, libérant ainsi le passage entre Saint-Jean-de-Pied-de-Port, Monçon et Saca, des places fortes bien approvisionnées en Aragon. Le Duc de Noailles est arrivé à Valladolid le même jour que les Majestés Catholiques, et le Duc de Vendôme devait arriver le lendemain. Les dernières nouvelles de l'armée ennemie indiquent que le Comte de Starhemberg avait préparé une grande quantité de biscuits et reçu l'ordre de se rendre en Catalogne en raison de l'attente d'un grand corps de troupes françaises dans le Roussillon. Cependant, il est peu probable que ce général risque de se laisser enfermer avec l'Archiduc et son armée, affaiblie par les grandes fatigues subies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 128-134
EXTRAIT d'une Lettre de Lerida du 29. Septembre.
Début :
Nostre Commandant a esté dans un mouvement continuel depuis la [...]
Mots clefs :
Espagne, Convoi, Prisonniers, Ennemis, Général Stanhope
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de Lerida du 29. Septembre.
EXTRAIT
d'une Lettre deLerida
du29. Septembre,
Nostre Commandant a esté
dans un mouvement continuel
depuis laBataille de Sarragope.
Il ne s'estpas contentéd'avoir
délivréla plusgrande partie des
Prisonniers que les Ennemisy
avoientfaits
, & qu'ils faisoient
conduire à Barcelone. Il
méditaitdepuis long-tempsun
moyendesurprendre Balaguer,
posse important, que les Ennemis
avoient fortifié, & à la
faveur duquel ilssesont maintenus
si long-temps dans nostre
Voisinage.L'ocasion s'est presensée,
& il en a profité. Sur
l'avis qu'ilavoit receu que les
Ennemis y conduisoient un
Convoy
,
il sortit avec une
partie de nostre Garnison, &se
posta demaniéréque ce Convoy
venant àpasserdanssonembuscade,
l'Escortese trouva envelopée.
Il lafittouteprisonniere,
à la reserve ae quelques joi-
(lats quifurent tue Ensuite Il
fîtmarcher leConvoy
,
à la tête
duquel il mit des Soldats qui
sçavoientparlerAllemand,qui
ayant ditàlaporte qu'ils estoient
de l'Escorte qui amenoit le
Convoy entrerentdans la Ville
sansaucuneresistance. LaGarnison
qui estoit de 800. hommes
, après avoir reconnu la,
surprise,se mit en défense; mais
ellefutcontrainte decederaprés
en avoir eu plus de trois cents
de tuez Ceux qui resstoientfurent
faits prisonniers avec le
Gouverneur. Onstrnfititefàuter
les jortificatîons
, & on a
Amené icy tous les Prisonniers,
douzepiecesdecanon, quatre
mortiers & quantitédevivres
& demunitions.
Le 19.Septembre l'Armée
ennemiearriva à Alcala,d'où.
le General Stanhope s'avan.
ça avec un détachement de
tjoo. Chevaux. Mais l'Archiduc
n'y efloit pas encore
entré le 2.3. LaVille de Tolede
se fortifioit
,
& avoit
pris les armes. Les Ennemis
ayant envoyé deux Regiments
de Cavalerie pour la
sommer de prêter ferment
à l'Archiduc,les Habirans
les obligerent de se retirer.
Le Village de Vallejas,qui
fournissoit une grande partie
du pain qui se consommoit
à Madrid, a esté bruslé par
les ordres du General Stanhope,
parce que lesHabitans
avoientrefusé d'en fournir à
ses Troupes. Mr le Duc de
Veraguas , President du
Conseil desOrdres,qui estoit
àl'extremité lors du départ
du Roy d'Espagne pour
Valladolid, mourut le lendemain,
& Mr le Marquis
de Jamaïca son fils, après
lui avoir rendu les derniers
devoirs, suivit Sa Majesté
Catholique.
Tous les Grands & les
autres personnes les plus
distinguées,ontoffert tous
leurs biens au Roy d'Espagne.
La Reine & le Prince des
Asturies,arriveren le premier
Octobre à Vittoria,
avec un grand nombre de
personnes de distinction.outre
tous les Officiers des Conseils.
L'Armée Espagnole,forte
d'environ 14000. hommes,
estoit campée à Penafiel
sur leDuero. Elle devoit de
là continuer sa marche vers
Valladolidoùle Royd'Espagne
l'attendoitpour se
mettre à la telleavec Mrde
Vendôme,& marcher du
cofté de Salamanque,.
d'une Lettre deLerida
du29. Septembre,
Nostre Commandant a esté
dans un mouvement continuel
depuis laBataille de Sarragope.
Il ne s'estpas contentéd'avoir
délivréla plusgrande partie des
Prisonniers que les Ennemisy
avoientfaits
, & qu'ils faisoient
conduire à Barcelone. Il
méditaitdepuis long-tempsun
moyendesurprendre Balaguer,
posse important, que les Ennemis
avoient fortifié, & à la
faveur duquel ilssesont maintenus
si long-temps dans nostre
Voisinage.L'ocasion s'est presensée,
& il en a profité. Sur
l'avis qu'ilavoit receu que les
Ennemis y conduisoient un
Convoy
,
il sortit avec une
partie de nostre Garnison, &se
posta demaniéréque ce Convoy
venant àpasserdanssonembuscade,
l'Escortese trouva envelopée.
Il lafittouteprisonniere,
à la reserve ae quelques joi-
(lats quifurent tue Ensuite Il
fîtmarcher leConvoy
,
à la tête
duquel il mit des Soldats qui
sçavoientparlerAllemand,qui
ayant ditàlaporte qu'ils estoient
de l'Escorte qui amenoit le
Convoy entrerentdans la Ville
sansaucuneresistance. LaGarnison
qui estoit de 800. hommes
, après avoir reconnu la,
surprise,se mit en défense; mais
ellefutcontrainte decederaprés
en avoir eu plus de trois cents
de tuez Ceux qui resstoientfurent
faits prisonniers avec le
Gouverneur. Onstrnfititefàuter
les jortificatîons
, & on a
Amené icy tous les Prisonniers,
douzepiecesdecanon, quatre
mortiers & quantitédevivres
& demunitions.
Le 19.Septembre l'Armée
ennemiearriva à Alcala,d'où.
le General Stanhope s'avan.
ça avec un détachement de
tjoo. Chevaux. Mais l'Archiduc
n'y efloit pas encore
entré le 2.3. LaVille de Tolede
se fortifioit
,
& avoit
pris les armes. Les Ennemis
ayant envoyé deux Regiments
de Cavalerie pour la
sommer de prêter ferment
à l'Archiduc,les Habirans
les obligerent de se retirer.
Le Village de Vallejas,qui
fournissoit une grande partie
du pain qui se consommoit
à Madrid, a esté bruslé par
les ordres du General Stanhope,
parce que lesHabitans
avoientrefusé d'en fournir à
ses Troupes. Mr le Duc de
Veraguas , President du
Conseil desOrdres,qui estoit
àl'extremité lors du départ
du Roy d'Espagne pour
Valladolid, mourut le lendemain,
& Mr le Marquis
de Jamaïca son fils, après
lui avoir rendu les derniers
devoirs, suivit Sa Majesté
Catholique.
Tous les Grands & les
autres personnes les plus
distinguées,ontoffert tous
leurs biens au Roy d'Espagne.
La Reine & le Prince des
Asturies,arriveren le premier
Octobre à Vittoria,
avec un grand nombre de
personnes de distinction.outre
tous les Officiers des Conseils.
L'Armée Espagnole,forte
d'environ 14000. hommes,
estoit campée à Penafiel
sur leDuero. Elle devoit de
là continuer sa marche vers
Valladolidoùle Royd'Espagne
l'attendoitpour se
mettre à la telleavec Mrde
Vendôme,& marcher du
cofté de Salamanque,.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de Lerida du 29. Septembre.
Le 29 septembre, le commandant, après la bataille de Saragosse, libéra des prisonniers ennemis à Barcelone et attaqua Balaguer, une position fortifiée. Il intercepta un convoi ennemi, captura l'escorte et fit entrer des soldats déguisés dans la ville, permettant de prendre une garnison de 800 hommes. Les prisonniers, canons, mortiers et munitions furent amenés à Lérida. Le 19 septembre, l'armée ennemie arriva à Alcalá, mais l'archiduc n'y était pas encore. Tolède repoussa deux régiments de cavalerie ennemis. Vallejas fut incendié sur ordre du général Stanhope après le refus des habitants de ravitailler ses troupes. Le duc de Veragua et son fils, le marquis de Jamaïque, moururent après le départ du roi d'Espagne pour Valladolid. La reine et le prince des Asturies arrivèrent à Vittoria le 1er octobre. L'armée espagnole, forte de 14 000 hommes, campait à Peñafiel, prête à marcher vers Valladolid pour se joindre au roi et à M. de Vendôme afin de progresser vers Salamanque.
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76
p. 134-143
Suite du Siége d'Aire.
Début :
La nuit du 27. au 28. Septembre les Assiegez brulerent [...]
Mots clefs :
Attaque, Nuit, Ennemis, Place, Siège d'Aire-sur-la-Lys
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texteReconnaissance textuelle : Suite du Siége d'Aire.
Suite du Sièged'Aire.
La nuit du 17. au 28.
Septembre les Assiegez brulèrent
tous les Ponts des
Assiegeants, & la nuit du
28. am9. ils firentune sor- liede00. hommes qui
juinerent une partie des travaux
& renverserent tout
ce qui se presenta devant
eux, & ne se retirerent qu'aprés
que le General Gromkau
y eut conduit deux Régiments
quifurent aussi fort
maltraitez.
Le 3.Octobre les Ennemis
attaquerent la Redoute
qui est sur la Chaussée de
Bethune; mais ils furent repoussezavec
beaucoup de
- perte , & le lendemain ils y
donnerent un nouvel assaut
voiùveilms efunrtent repoussezaussi
qu'au premier. Ils
remporterent enfin le 5.
mais comme elle est ouverte
du costé de la Place ils
perdirent plus de 300 hommes
en s'y logeant,tant par
le Canon, que par la Moufqueterie
des Assiegez, du
nombre desquels estoient
plusieurs Officiers. Le General
Efferenyfut blclfé
,
& le Comte de Dhona eut
la teste emportée par un
boulet.
Le 7. les Ennemis ayant
fait un logement du costé
de l'avant fosTé à l'attaque
gauche) les Afficuez sirent
une sortie & le ruinerent. La
nuit suivante les Assiegeans
travaillentà lerétablir; mais
le lendemain les Assiegez
y jetterent une si grande
quantité de Bombes qu'ils
le ruincrent de nouveau.
La nuit du9. au 10.les
tranchées de l'attaque gauc
he furent inondées,quoy
que les Ennemis eussent fait
des ouverturespour faire écouler
l'eaude l'avant fossé
Le 10. lesEnnemis travaillerent
encore à faire écouler
les eaux, ce qui n'empêcha
pas que la nuit leurs tranchées&
même une Batterie
furent inondées de nouveau,
mais les jours suivants
ayant encore fait écouler
des eaux, ils pousserentleurs
ouvrages jusqu'àl'avant fossé
& jetterent des Ponts pour
attaquer le Glacis de la Contrescarpe.
Le 16. ils y donnerent
l'Assaut, & ils se rendirent
Maistresd'une partie du
chemin couvert après un
combat fort opiniâtre. Mais
le lendemain ils en furent
chassezavec une perte considerable.
Lesjours suivants,
jusqu'au24.ils y donnerent
plusieursassauts inutilement
ayant toûjours esté repoussez
avec beaucoup de perte;
maisenfin aprèsl'avoir encore
attaqué plusieurs fois,
ils en demeurerent les Maîtres
le 27. à l'exception
d'une Place d'Armes.
La nuit du 28. au 29.
lesEnnemis attaquerent cette
d erniere place d' Armesqu'il
leur restoit à prendre, & s'en
emparerent aprés une vigoureuse
resistance.
Les pluyes estant furvs*
nuës ont si fort incommo
dé lesEnnemisàl'attaque de
la Porte d'Arras, que leurs
Troupes avoient de l'eau
jusqu'à l'estomach
, en sorte
qu'ils furent obligez d'abandonner
cette attaque où
il y avoir trois batteries
qu'ils ne purent retirer des
bouës. Ils avoient déja abandonnéuneautreattaque
& il n'y avoit plus que celle
d'entre la Porte de Nostre-
Dame&cellle d'Arras,d'où
l'on battoir la Place.
Le.29. Mr le Comte
d'Esting , qui estoitcampé
derriere la Colm entre Bergues
&S.Orner,alla camper
avec ses Troupes sous
le canon de la Citadelled'Ipres,
où Mr le Comte de
Villars qui doit commander
dans cette Place,étoit ar.
rivé avec trois Régiments.
Les Ennemis avoient un
Camp de 8000. hommes le
long de la Lis pour favoriserunConvoy
de 300. batteaux
chargez de toutes fortes
de munitions de Guerre
& de bouche qui devoit leur
venir de Gand; mais après
enestre sorci& rentrédeux
fois, ils resolurent de lefaire
escorter par quinze mille
hommes,sur ce qu'ils avoient
esté informez que
nous en avions dix mille du
costé d'Ipresqui devoient
l'attaquer.
Le 30.au soirun party
enleva cent Chevaux aux
Ennemis prés de Lille.
Un de leur Régimentsde
Dragons qu'ils envoyoient
en garnison à Mons
àcause dumauvais cRac ouT,
*1! eftoic, fut attaqué prés de
Tournay par le Partisan Jacob
quien tua cinquante
& en fit pluficurs Prisonniers.
La nuit du 17. au 28.
Septembre les Assiegez brulèrent
tous les Ponts des
Assiegeants, & la nuit du
28. am9. ils firentune sor- liede00. hommes qui
juinerent une partie des travaux
& renverserent tout
ce qui se presenta devant
eux, & ne se retirerent qu'aprés
que le General Gromkau
y eut conduit deux Régiments
quifurent aussi fort
maltraitez.
Le 3.Octobre les Ennemis
attaquerent la Redoute
qui est sur la Chaussée de
Bethune; mais ils furent repoussezavec
beaucoup de
- perte , & le lendemain ils y
donnerent un nouvel assaut
voiùveilms efunrtent repoussezaussi
qu'au premier. Ils
remporterent enfin le 5.
mais comme elle est ouverte
du costé de la Place ils
perdirent plus de 300 hommes
en s'y logeant,tant par
le Canon, que par la Moufqueterie
des Assiegez, du
nombre desquels estoient
plusieurs Officiers. Le General
Efferenyfut blclfé
,
& le Comte de Dhona eut
la teste emportée par un
boulet.
Le 7. les Ennemis ayant
fait un logement du costé
de l'avant fosTé à l'attaque
gauche) les Afficuez sirent
une sortie & le ruinerent. La
nuit suivante les Assiegeans
travaillentà lerétablir; mais
le lendemain les Assiegez
y jetterent une si grande
quantité de Bombes qu'ils
le ruincrent de nouveau.
La nuit du9. au 10.les
tranchées de l'attaque gauc
he furent inondées,quoy
que les Ennemis eussent fait
des ouverturespour faire écouler
l'eaude l'avant fossé
Le 10. lesEnnemis travaillerent
encore à faire écouler
les eaux, ce qui n'empêcha
pas que la nuit leurs tranchées&
même une Batterie
furent inondées de nouveau,
mais les jours suivants
ayant encore fait écouler
des eaux, ils pousserentleurs
ouvrages jusqu'àl'avant fossé
& jetterent des Ponts pour
attaquer le Glacis de la Contrescarpe.
Le 16. ils y donnerent
l'Assaut, & ils se rendirent
Maistresd'une partie du
chemin couvert après un
combat fort opiniâtre. Mais
le lendemain ils en furent
chassezavec une perte considerable.
Lesjours suivants,
jusqu'au24.ils y donnerent
plusieursassauts inutilement
ayant toûjours esté repoussez
avec beaucoup de perte;
maisenfin aprèsl'avoir encore
attaqué plusieurs fois,
ils en demeurerent les Maîtres
le 27. à l'exception
d'une Place d'Armes.
La nuit du 28. au 29.
lesEnnemis attaquerent cette
d erniere place d' Armesqu'il
leur restoit à prendre, & s'en
emparerent aprés une vigoureuse
resistance.
Les pluyes estant furvs*
nuës ont si fort incommo
dé lesEnnemisàl'attaque de
la Porte d'Arras, que leurs
Troupes avoient de l'eau
jusqu'à l'estomach
, en sorte
qu'ils furent obligez d'abandonner
cette attaque où
il y avoir trois batteries
qu'ils ne purent retirer des
bouës. Ils avoient déja abandonnéuneautreattaque
& il n'y avoit plus que celle
d'entre la Porte de Nostre-
Dame&cellle d'Arras,d'où
l'on battoir la Place.
Le.29. Mr le Comte
d'Esting , qui estoitcampé
derriere la Colm entre Bergues
&S.Orner,alla camper
avec ses Troupes sous
le canon de la Citadelled'Ipres,
où Mr le Comte de
Villars qui doit commander
dans cette Place,étoit ar.
rivé avec trois Régiments.
Les Ennemis avoient un
Camp de 8000. hommes le
long de la Lis pour favoriserunConvoy
de 300. batteaux
chargez de toutes fortes
de munitions de Guerre
& de bouche qui devoit leur
venir de Gand; mais après
enestre sorci& rentrédeux
fois, ils resolurent de lefaire
escorter par quinze mille
hommes,sur ce qu'ils avoient
esté informez que
nous en avions dix mille du
costé d'Ipresqui devoient
l'attaquer.
Le 30.au soirun party
enleva cent Chevaux aux
Ennemis prés de Lille.
Un de leur Régimentsde
Dragons qu'ils envoyoient
en garnison à Mons
àcause dumauvais cRac ouT,
*1! eftoic, fut attaqué prés de
Tournay par le Partisan Jacob
quien tua cinquante
& en fit pluficurs Prisonniers.
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Résumé : Suite du Siége d'Aire.
Le siège d'Aire-sur-la-Lys se caractérise par plusieurs actions militaires intenses. Du 17 au 28 septembre, les assiégés incendient les ponts des assiégeants et effectuent des sorties nocturnes pour détruire leurs travaux. Le 3 octobre, les ennemis attaquent une redoute mais sont repoussés avec de lourdes pertes. Le 5 octobre, ils prennent la redoute malgré des pertes importantes, incluant plusieurs officiers blessés ou tués. Les nuits suivantes, les assiégeants tentent de rétablir leurs positions mais sont contrés par des bombardements. Le 10 octobre, ils avancent jusqu'à l'avant-fossé et construisent des ponts pour attaquer le glacis. Le 16 octobre, ils prennent une partie du chemin couvert mais sont repoussés le lendemain. Jusqu'au 24 octobre, plusieurs assauts sont repoussés avec de lourdes pertes. Le 27 octobre, les ennemis prennent le chemin couvert, sauf une place d'armes, qu'ils s'emparent la nuit du 28 au 29 octobre après une résistance vigoureuse. Les pluies perturbent les opérations des ennemis, les forçant à abandonner certaines attaques. Le 29 octobre, le comte d'Esting et le comte de Villars se positionnent près de la citadelle d'Ipres avec leurs troupes. Les ennemis préparent un convoi de munitions escorté par 15 000 hommes pour contrer une attaque prévue par 10 000 soldats français. Le 30 octobre, un détachement français capture cent chevaux ennemis près de Lille et un régiment de dragons ennemis est attaqué près de Tournai, subissant des pertes significatives.
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77
p. 317-351
Suite des Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Extrait d'une Lettre d'Aranda du 31. Septembre. [...]
Mots clefs :
Madrid, Aranda, Vitoria, Ennemis, Espagne, Tolède, Roi d'Espagne, Armée du roi
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Extrait d'une Lettre d'Aranda
du 31.Septembre.
DOmJoseph Vallejo
, Colonel deCavalerie
,
qui
avoit estédetachépour inco rmoder
les Ennemis, ayant esté
informé que le General Wet-
ZCI
,
qui commande les Troupes
de VElecteur Palatin marchoit
vers L'Aragon avec un
Colonel. L'Ï une escorte de
deux cens Chevaux
,
marcha
le 30. dans le dessein de les
combattre.Illesjoignità Vaidés
et deux lêltCStcy.) où il
les attaqua si vivementque
malgré la grande resistance
qu'ils firent ils furententièrement
défaits. Plus de cinquante
furent tuez, &soixante
faitsprisonniers avec
un Capitaine C, unautre
Officier &' on prit tous U$
Equipages du General dans
lesquels on trouva plus detrois
mille Pistolesen or, &beau*
coup de Vaisselled'Argent
le toutfut pillé. Ce. General
(fg- le Colonel avec le reste de
leurs Cavaliers,sesauverent
aSizuenca<5oùlesEn.emii It Siguença ou CS.- n ': em¡.~ avaientzoo.Fantaffins$
mais ne s'y croyant pas en
seureté
, par la crainte qu'ils
avoient des habitans
,
demanderent
à capituler. On leur
accorda un passeportqu'ils demanderent
pour quatorze personnes.
Aprés cette action qui
ne cousta que quelques Cavaliers
à Mr de Vallejo
,
il envoya
icy les prisonniers
, &
marcha le lendemain à Guadalara
afin de pouvoir observer
les Ennemis de plus prés.
LEtrois Octobre le
Roy d'ESpsgne,& Monsieur
de Vendosme arriverent
à Tordesillas sur l£
Duero pouraller se mettre
à la teste de l'Armée
qui estoit à Salamanque
& qui devoit estrejointe,
par les Garnisons de Pampelune,
de Jaca en Aragon,
de Fontarabie, de S.
Sebastien & du Passage
ces Garnisons devant estre
relevées Dar d'autres Tioupes
;)
sçavoir celles de Pampelune
& de Jaca; par trois
Regiments tirez de Bayone
,
& celles de S. Sebastien
, de Fonrarabie & du
Passage par de nouvelles
Troupes que les Estats de
Biscaye
,
d'A lava & de
Guipuscoa doivent lever
& entretenir à leurs dé- pens.
DesLettres deMadrid du
4, portent que l'Archiduc
n'y estoit entré que le 28.
Septembre,qu'il estoit precedé
parle Regiment de
Cavalerie de Galvés,&
accompagné de ses Gardes
; qu'il entra par la ruë
d'Alcala &: qu'il continua
sa marche par la Grande
ruë jUÍllutà la Porte de
Guadalaxara, qu'il allai
l'Eglise deNostre-Dame
d'Atocha où il entendit la
Messe ; qu'il alla ensuite,
sansentrer au Palais; à la
Maison de Campagne de
Ivlrle Comte d'Aguilar&
-de-'li'auPirdo où ilestoit
encore le 4. qu'une partie
estoit dans le Voisinage ,
ôtl'autre le long de la Riviere
deXarama ;qu'elle
n'estoit composée que de
14000. hommes de Troupes
reglées &d'environ
Z500. Miquelests ou Bandits
qui faisoient de grands
desordres
,
ayantpilléplusieursVillages
aux,,, environs
du Pardo, & commis
plusieurs Sacrileges dans
les Eglises en emportant
les Vases, Sacrez & en jettant
les hosties consacrées
par terre; que les Curez
quiavoientesté en demander
justice au Comte de
Staremberg avoient ea
pour reponse, qu'il ne pouvoit
empescher ces desordres
faute d'argent dequoy
payer les Troupes ,
que la Ville de Madrid
n'estoit gouvernée que pas
les Alcaldes; que les Generaux
avoient reglé la contribution
à quarente deux
mille Ecus par mois, &
qu'on en avoit fait le premier
payement d'un Magatin
de farine que la Reine
avoitordonnéde jetter
parce q'uelle estoit gastée,
& de laquelle neanmoins
les Ennemis faisoient faire
du pain pour leurs Troupes
;qu'ils tiroienc des contributions
en grains des
autres lieux, ce qui n'empeschoit
pas que le pain ne fustbeaucoup plus cher à
Mad11d qua 1ordmairc.
Voicy ce que porte uneletre
de Madrid. Malgrécette
cherté du pain le peuple ria
pointvouluramasserl'Argent
que l'Archiduc a fait jetter
dans les rucs,CM ce mesme peuple
ordinairement amateur des
Spectaclesserenferma dans le
temps des Illuminations, &
assomma quelques Comediens
qui avoient joüé dans un des
Fauxbourgs un Prologue de
rejoüissance
,& mesme que le
Poëte qui l'avoitcomposé,
avoit aujjt esté trouvé mort le
lendemain dans la rot,
:' LE Roy d'Espagne
arrivaà Salamanque le 5.
avec Monsieur de Vendosme
,
où ils ne demeurerent
qu'un jour parce que l'Arméecontinuoit
de marcher
vers Placentia quoy
que toutes les Troupes
n'eussent pas encore joint.
Elle trouvoit par tout une
grandeabondance de vivres
& de fourages, & il
arrivoit ous les jours des
Recruës & des Corps de
Troupes tirées de divers
endroits.
• tes Regiments de Castille
& de Madrid passerent
le 15.enrevûë devant
sa Majesté Catholique qui
les trouvacomplets &en
tres bon estat. On a distribué
des Officiers François
quiestoient sans employ,
dans les Regiments où il
en manquoit. L'Estramadure
a donné des Chevaux
de remonte pour la Cavalerie,
& il y avoit quarente
pieces de Canon en estat
de marcher.
On a mis la Cavalerie
en quartier de rafraichissement
en attendant la
jonction du r<.fte des
Troupes
,
à l'exception de
neufcens Chevaux qui ont
esté detachez vers Talavera
de la Reyna,pour mieux
observer les mouvements
des Ennemis.Les Dragons,
commandez par Mr le
Comte Mahoni sontallez
a Oropezaen deçade Talavera;
toute l'Infanterie
partit le 17. pour aller camper
à Casa Tejada à huit
lieues de Placentia.
Un détachement de la
Garnison de Pampelune,
joint
joint par un bon nombre
d'habitans armez ayant
pane l'Ebre s'est emparé
de la Ville de Corella où
les Ennemis avoient des
Troupes, entre Calahorra
,
& Tudela
,
& a fait la
Garnison prisonniere.Plusieurs
Maisons de mal intentionnez
ontesté pillées,
entr'autres ce ledu nommé
Ferrer qui a esté aussi
rasée parce queson Fils
estoit à teste dela Garnison.
Copied'uneLettre écrite
deVittoria du 21.
Octobre. JE reçois une lettre de
D. Henriquez deCavaillas
Capitaine au Regiment
de Toledequin'a point
quitté le Roy depuis sa
sortie de Madrid. Il me
marque que depuis l'arrivée
de S. M. C. à Placentia
les Troupes estoient
campées entreCoria &Almara
; que Mrde Vendosllle
estantentré dans cette
derniere Place avec un
gros detachementen avoit
fait rompre le Pont le 14.
& que ceGeneral ayant ensuite
marché le long du
Tage pourreconnoistre la
disposition de l'Armée de
l'Archiduc dans laCastille
, il s'avança jusquà une
lieuë d'Oropesa où il fut
attaqué par 500. Cavaliers
Alemans embusquez qui
le prirent par derriere 6c
crurent pouvoir l'enveloper.
Son detachemenc n'estoit
que de 260. Cavaliers
avec lesquelsil fit une
sivigoureiife deffense qu'il
mit les ennemis en fuite
,
entua ou blessa plus de
ioo. & en prit 41. quiont
eslé amenez hier icy. Il dit
que l'Archiduc ne paroilt
plus avoir le dessein defaire
la jonction des Troupes
de Portugal depuis que
8000. hommes de (es troupesqui
s'estoient avancez
vers Albuquerqueavoienc
retourné sur leurs pas à l'aproche
de l'ArméeEfpagnole.
Mr de Vendosme
alla encore hier reconnoiftre
rAmee Ennemiequi a
remonte le lage. Mr b
Marquis de Bay tient les
Portugais dans le refpetl:.
On amena hier au Camp
ii. Miquelers qui couroient
les Montagnes de
Tolede dont quelqoues-uns
assurent que l'Archiduc
meditoit La retraitte dans
l'Arragon. Nous attendons
lereste de l'Artillerieavec
les munitions Se les provisions
de bouchepour8jours
qui feront prêtes au plus
tard le 18. après quoy nous
marcherons aux Ennemis
qui desolent la Castillepar
leursvexations. On nous
écrit icy de la frontiere de
Navarrecjue les Ennemis
retirent les petites garni-*
fons qui font sur la Frontiere.
d'Arragon dont ils
forment un Corps a Saragosse
avec lequel ilspré-,
tendent assurer le paisage
dCe cettae Proivilncelpear la.
Extrait d'une autre
Lettre de Vittoria.
LE Roy d'Espagne a
devancé huit mille Portugaise
de2,4.heuresy &sejtemparédu
Pontd'Almaraz. On
erojoit quilefloïtimpojjïble de
les prévenir & on a admiré
la diligence quesa M. C. c-
Mr de Vendosme ont fait
ainsi que Mr le Marquis de
Bay qui les a ensuite con•>'
traints de se retirer:LArchiduceffort
embarrassépourfç
retirer noyant que quinze
mille hommes dont trois mille
font malades. Il ravage les
Maisons & Chasteaux des
Grands & brusle beaucoupde
Villages aux environs de
Madrid. On a surpris une
lettre de /'Archidu:hejje 2
Aiadamefd Mere par laquelle
elle luy mande que les affaires
du Roy son Mary*
vont si mal que ii cela continueelle
apprehende que
les Catalans ne prennent
des resolutions violentes.
&Armée J^Jpagnolc efl
presentement de vingt deux
mille hommes effiaifs. Le
Roy cherche à donnerBataille
; maisMonsîeur de Vertdosme
le retient, le suppliant
de temporiser enattendantMr
le Duc de Moailles. La Ville
de Cadiz a vingt quatre Bataillons
y
taillons
y
& a offert au Roy
J'Espagne de luyen envoyer ce
quilluy plairoit. Sa Majeflé
atémoignéqu'il ejioitnecejfau
requ'ils restassentJ & qu'elle
estoit très Jatisfaite dailleurs
.de leur bonne volonté.
A Vittoria le13.
«
Offabre.
L'Armée du Roy
d'Espagne est prefente-
Hienc composée de douze lmille hommes de pied & de sept mille chevaux; &
, cp nombre est effedtify- le
Roy attend encore deux
millechevaux dans peu de
jours, de forte qu'il (ira.
bien plus fort en Cavalerie
que sesEnnemis. l'A rgent
n'a pointmanquéjur.
qu'àpreient,$d'onne/çauroit
pouffer plus loin la ûr
délité que le font tous les
peuples d'Espagne. Le
Royaume de Murcie a pri$
les Armes dans la refoluçion
de se bien deffendre si
les Ennemis viennent 1attaquer,
celuy de Valence
en a fait autant. Il court
un bruit depuis hier midy
que les Ennemis feignant
-d'envoyer un detachemenc
à Tolede se retirent
véritablement ce qui est
fort naturel à croire s'il est
vray que les Portugais se
soient retirezcomme on
le publie. La Province de
Biicaye vient de donner
5000. pistoles à la Reine;
Il vient de tems en tems de
pareils petits lecours icy
aussi bien qu'à tArmée du
Roy d'Espagne.
Quelques traitres avoient
tramé une conspirationà
Tortose; mais elle a ellé
decouverte, & les auteurs
ont été pris &arrestez. Un
autretraître avoit livré aux
Ennemisla Ville de Xerès
de los Cavalleros vers
la Frontière de l'Alentejo,
mais il n'en ont pas profité
j'en estant retirez après
avoir néanmoins fait farter
quelques fortifications
lX. bruslé quelques munitions.
On vient de recevoir
nouvelle que les Ennemis
marchentàS. Pozuelo qui
est sur le chemin de Tolede
; cestaussi celuy d'Aragon
& de Valençe. On ne
sçait point lequel ils prendront,
Latesse de Armée
du Roy decpaone ea à
Talavera de la Reina àn.
lieuës de Madrid On dit
mesme que le Colonel Vallejo
est à Alcala. Nous
sommes icy dans un tresvilain
pays entouré de
montagnes;mais qui est
bon pour la feurecé de la
Reine.
A Vînoriale 3°,Oélobrea
tat-des affaires ¿,Ef.
P (,-;?Ï' n'est pas augi mauvais
que vous l'avek. pu croire.
LesEnnemis font toujours
campez aux environs de Madrid.
L'Archiduc est au Pardo.
Les Villagessontpillez &'
bruslezjusqu'aux Eglises où
les Anglois& les Holandois
font des impietez & des sacrileges
abominables.LesMaisons
de tous lesFrançois&de
tous ceux qui ont suivi la
Couront estépilléesà Madrid,
& la noflre par consequent ,
ejl du nombre. Les François
ont eu ordre de sortir de cette
Ville dans 24. heures sous
peine de la viey &les Dames
qui font restées à Madrid,
ordre d'aller à Tolede ; la plus
part ontdéja obey
, & les autres
se disposent à le faire.
Ellesfont prés de 60. dans le
cas. On nefait quelle peut
estrel'intentiondel'Archiduc,
à moins qu'il ne croye engager
par-là les Marisqui font auprès
du Roy & de la Reine
d'aller trouver leurs femmes.
Ony a ordonné encore à tous
ceux qui ont des Armes
,
de
les porter a la Caza delCampo
; on craint que ce ne foit
dans la vue defaire un pillage
général ensortant de Cette
Capitale. Mrle Marquisde
Manfera, qui ayant prés de
cent ans, n'avoit pas pusuivre
le Roy,quelque bonne en'"
viequ'ilen eust, estant rcflêà
Madrid, le GeneralStanhope
lalla voir pour l'exhorter
d'allerse mettre aux pieds du
Roy Carlos tercero. illuy
répondit qu'il pouvoit le
mettre aux pieds de l'Archiduc
d'Autriche, ter~
dontse servent les Espagnols
pour dire assurer de leurs respects;
qu'ill'honoroitcomme
un grand Prince; qu'il
pouvoit luy dire de sapart,
quil n'avoit qu'un Dieu,
uneLoy & un Roy; que
son Dieu & sa Loy H1y
estoient connus; que pour
son Roy,s'il ignoroit qui
il estoit,il luy apprenoit
quec'estoitPhilippeV. de
Bourbon legitime Roy
d'Espagne, a qui il avait
presté le ferment defidèle
lé
;
qu'il ne vouloit pas que
le peu de joursqu'il avoità
vivre, fussent tachez,
de l'infamie de luy estre
parjure; quec'estoitlà tout
ce qu'il pouvoir dire de sa
part à l'Archiduc. Ilfiâit
son discours, en disant qu'il
estoit las d'estre debout,
& qu'il s'alloit coucher.
De-la le General Stanhope
fut chez Mrle Marquis de
Frezno, qui luy répondit en
substance la mesmechose,ajoustant
que l'Archiduc estoit
maist. e de le traitter comme
prisonnier; mais que
sans son grand âge & ses
infirmitez qui l'avoient
mis hors d'estat de suivre
son Roy, il ne l'auroit pas
trouvé à Madrid.
Monsieur de Vendosme efi
charmé de lafidélité des peuples.
Elle va dela de tout ce
que l'on en peut dire.Je ne vous
enciteray qu'un exemple qui
vousferajuger du reste. Les
Ennemis ayant ordonné dans
un Village près de Madrid
qu'oncriastvivat Carlostercero,
tes habitants crierent
vivat Felippé Quinto. On
les menaça dufeu;ils crierent
encore plus fort; onmit lefeu
à leursMaisonsilss'assemblerent,
& danserent autour
desflames jusqu'à ce que tout
just redu t encendres, disant
que c'estoient leurs illuminations
& leurs feux de jojt
qu'ilssaisoient par avarie?
pour le retour de leur Roy à
Madrid.Ce détail, & les
réponses de Mr de Manfera
& de Mr de Frezno au
General Stanbope ontesté envoyées
à la Reine dans ces
mesmes termes.
Le R<jy esttousjours depuis
le 19. à Casa Tejada
,
soft
Armée en quartier
,
qui se
peutassemblerendeuxjoursa
trois lieues de-là. Mr de Vallejo
est avec un détachement
entreSegovie & Madrid;
Mrde, Bagamonteavec500.
Chevaux, à Torre Lodana
prés l'Escurial ; MrMahoni,
avec lesDragons de l'Armée
à Calçada d'Oropeza
, &
MrLanceroti avecun autre
détachement, à Talavera de
la Reyna. On estinformé par
ces Officiers. Generaux
,
de
toutceque font les Ennemis.,
les paysans ayant un grand
foin de les en instruire, & les
Ennemissontsipeu informe";\.
de ce qui nousregarde
, que
dans des lettres qu'onleura
surprisces derniersjours, leurs
Generaux demandaient s'il
estoitvray que Mr de Vendosme
eust joint Philippe V.
Onprend la plupartde leurs
Courriers, ce qui nous est trèsutilepoursçavoirl'eflat
omils
sont
, & quellessont leurs
intentions: lesilencedes paysans
à leur égard, & le peu
d'avisquonleur donne, ont
fait dire icy 3quele secours
de France qui vientjoindre
Mrde JSloailIcs enCatalogne,
aura joint avant quils sçachent
quilsoit party de Dauphiné'.
Il
y d'autres Lettres
qui portentqueMrdeVendosmeavoitdétache
4000.
Chevaux sur les ailes de
l'Arméedel'Archiduc;
,qu'il avoit plus de seize
,cens prifonners ; que les
Ennemis ayant fait une
descente sur les Costes du
Royaume de Valence, Mr
Gaëtano les avoit repoussez
avec les Troupes de
Murcie, & qu'il y en avoit
eu quatre cens Tele pris ou
de tuez.
du 31.Septembre.
DOmJoseph Vallejo
, Colonel deCavalerie
,
qui
avoit estédetachépour inco rmoder
les Ennemis, ayant esté
informé que le General Wet-
ZCI
,
qui commande les Troupes
de VElecteur Palatin marchoit
vers L'Aragon avec un
Colonel. L'Ï une escorte de
deux cens Chevaux
,
marcha
le 30. dans le dessein de les
combattre.Illesjoignità Vaidés
et deux lêltCStcy.) où il
les attaqua si vivementque
malgré la grande resistance
qu'ils firent ils furententièrement
défaits. Plus de cinquante
furent tuez, &soixante
faitsprisonniers avec
un Capitaine C, unautre
Officier &' on prit tous U$
Equipages du General dans
lesquels on trouva plus detrois
mille Pistolesen or, &beau*
coup de Vaisselled'Argent
le toutfut pillé. Ce. General
(fg- le Colonel avec le reste de
leurs Cavaliers,sesauverent
aSizuenca<5oùlesEn.emii It Siguença ou CS.- n ': em¡.~ avaientzoo.Fantaffins$
mais ne s'y croyant pas en
seureté
, par la crainte qu'ils
avoient des habitans
,
demanderent
à capituler. On leur
accorda un passeportqu'ils demanderent
pour quatorze personnes.
Aprés cette action qui
ne cousta que quelques Cavaliers
à Mr de Vallejo
,
il envoya
icy les prisonniers
, &
marcha le lendemain à Guadalara
afin de pouvoir observer
les Ennemis de plus prés.
LEtrois Octobre le
Roy d'ESpsgne,& Monsieur
de Vendosme arriverent
à Tordesillas sur l£
Duero pouraller se mettre
à la teste de l'Armée
qui estoit à Salamanque
& qui devoit estrejointe,
par les Garnisons de Pampelune,
de Jaca en Aragon,
de Fontarabie, de S.
Sebastien & du Passage
ces Garnisons devant estre
relevées Dar d'autres Tioupes
;)
sçavoir celles de Pampelune
& de Jaca; par trois
Regiments tirez de Bayone
,
& celles de S. Sebastien
, de Fonrarabie & du
Passage par de nouvelles
Troupes que les Estats de
Biscaye
,
d'A lava & de
Guipuscoa doivent lever
& entretenir à leurs dé- pens.
DesLettres deMadrid du
4, portent que l'Archiduc
n'y estoit entré que le 28.
Septembre,qu'il estoit precedé
parle Regiment de
Cavalerie de Galvés,&
accompagné de ses Gardes
; qu'il entra par la ruë
d'Alcala &: qu'il continua
sa marche par la Grande
ruë jUÍllutà la Porte de
Guadalaxara, qu'il allai
l'Eglise deNostre-Dame
d'Atocha où il entendit la
Messe ; qu'il alla ensuite,
sansentrer au Palais; à la
Maison de Campagne de
Ivlrle Comte d'Aguilar&
-de-'li'auPirdo où ilestoit
encore le 4. qu'une partie
estoit dans le Voisinage ,
ôtl'autre le long de la Riviere
deXarama ;qu'elle
n'estoit composée que de
14000. hommes de Troupes
reglées &d'environ
Z500. Miquelests ou Bandits
qui faisoient de grands
desordres
,
ayantpilléplusieursVillages
aux,,, environs
du Pardo, & commis
plusieurs Sacrileges dans
les Eglises en emportant
les Vases, Sacrez & en jettant
les hosties consacrées
par terre; que les Curez
quiavoientesté en demander
justice au Comte de
Staremberg avoient ea
pour reponse, qu'il ne pouvoit
empescher ces desordres
faute d'argent dequoy
payer les Troupes ,
que la Ville de Madrid
n'estoit gouvernée que pas
les Alcaldes; que les Generaux
avoient reglé la contribution
à quarente deux
mille Ecus par mois, &
qu'on en avoit fait le premier
payement d'un Magatin
de farine que la Reine
avoitordonnéde jetter
parce q'uelle estoit gastée,
& de laquelle neanmoins
les Ennemis faisoient faire
du pain pour leurs Troupes
;qu'ils tiroienc des contributions
en grains des
autres lieux, ce qui n'empeschoit
pas que le pain ne fustbeaucoup plus cher à
Mad11d qua 1ordmairc.
Voicy ce que porte uneletre
de Madrid. Malgrécette
cherté du pain le peuple ria
pointvouluramasserl'Argent
que l'Archiduc a fait jetter
dans les rucs,CM ce mesme peuple
ordinairement amateur des
Spectaclesserenferma dans le
temps des Illuminations, &
assomma quelques Comediens
qui avoient joüé dans un des
Fauxbourgs un Prologue de
rejoüissance
,& mesme que le
Poëte qui l'avoitcomposé,
avoit aujjt esté trouvé mort le
lendemain dans la rot,
:' LE Roy d'Espagne
arrivaà Salamanque le 5.
avec Monsieur de Vendosme
,
où ils ne demeurerent
qu'un jour parce que l'Arméecontinuoit
de marcher
vers Placentia quoy
que toutes les Troupes
n'eussent pas encore joint.
Elle trouvoit par tout une
grandeabondance de vivres
& de fourages, & il
arrivoit ous les jours des
Recruës & des Corps de
Troupes tirées de divers
endroits.
• tes Regiments de Castille
& de Madrid passerent
le 15.enrevûë devant
sa Majesté Catholique qui
les trouvacomplets &en
tres bon estat. On a distribué
des Officiers François
quiestoient sans employ,
dans les Regiments où il
en manquoit. L'Estramadure
a donné des Chevaux
de remonte pour la Cavalerie,
& il y avoit quarente
pieces de Canon en estat
de marcher.
On a mis la Cavalerie
en quartier de rafraichissement
en attendant la
jonction du r<.fte des
Troupes
,
à l'exception de
neufcens Chevaux qui ont
esté detachez vers Talavera
de la Reyna,pour mieux
observer les mouvements
des Ennemis.Les Dragons,
commandez par Mr le
Comte Mahoni sontallez
a Oropezaen deçade Talavera;
toute l'Infanterie
partit le 17. pour aller camper
à Casa Tejada à huit
lieues de Placentia.
Un détachement de la
Garnison de Pampelune,
joint
joint par un bon nombre
d'habitans armez ayant
pane l'Ebre s'est emparé
de la Ville de Corella où
les Ennemis avoient des
Troupes, entre Calahorra
,
& Tudela
,
& a fait la
Garnison prisonniere.Plusieurs
Maisons de mal intentionnez
ontesté pillées,
entr'autres ce ledu nommé
Ferrer qui a esté aussi
rasée parce queson Fils
estoit à teste dela Garnison.
Copied'uneLettre écrite
deVittoria du 21.
Octobre. JE reçois une lettre de
D. Henriquez deCavaillas
Capitaine au Regiment
de Toledequin'a point
quitté le Roy depuis sa
sortie de Madrid. Il me
marque que depuis l'arrivée
de S. M. C. à Placentia
les Troupes estoient
campées entreCoria &Almara
; que Mrde Vendosllle
estantentré dans cette
derniere Place avec un
gros detachementen avoit
fait rompre le Pont le 14.
& que ceGeneral ayant ensuite
marché le long du
Tage pourreconnoistre la
disposition de l'Armée de
l'Archiduc dans laCastille
, il s'avança jusquà une
lieuë d'Oropesa où il fut
attaqué par 500. Cavaliers
Alemans embusquez qui
le prirent par derriere 6c
crurent pouvoir l'enveloper.
Son detachemenc n'estoit
que de 260. Cavaliers
avec lesquelsil fit une
sivigoureiife deffense qu'il
mit les ennemis en fuite
,
entua ou blessa plus de
ioo. & en prit 41. quiont
eslé amenez hier icy. Il dit
que l'Archiduc ne paroilt
plus avoir le dessein defaire
la jonction des Troupes
de Portugal depuis que
8000. hommes de (es troupesqui
s'estoient avancez
vers Albuquerqueavoienc
retourné sur leurs pas à l'aproche
de l'ArméeEfpagnole.
Mr de Vendosme
alla encore hier reconnoiftre
rAmee Ennemiequi a
remonte le lage. Mr b
Marquis de Bay tient les
Portugais dans le refpetl:.
On amena hier au Camp
ii. Miquelers qui couroient
les Montagnes de
Tolede dont quelqoues-uns
assurent que l'Archiduc
meditoit La retraitte dans
l'Arragon. Nous attendons
lereste de l'Artillerieavec
les munitions Se les provisions
de bouchepour8jours
qui feront prêtes au plus
tard le 18. après quoy nous
marcherons aux Ennemis
qui desolent la Castillepar
leursvexations. On nous
écrit icy de la frontiere de
Navarrecjue les Ennemis
retirent les petites garni-*
fons qui font sur la Frontiere.
d'Arragon dont ils
forment un Corps a Saragosse
avec lequel ilspré-,
tendent assurer le paisage
dCe cettae Proivilncelpear la.
Extrait d'une autre
Lettre de Vittoria.
LE Roy d'Espagne a
devancé huit mille Portugaise
de2,4.heuresy &sejtemparédu
Pontd'Almaraz. On
erojoit quilefloïtimpojjïble de
les prévenir & on a admiré
la diligence quesa M. C. c-
Mr de Vendosme ont fait
ainsi que Mr le Marquis de
Bay qui les a ensuite con•>'
traints de se retirer:LArchiduceffort
embarrassépourfç
retirer noyant que quinze
mille hommes dont trois mille
font malades. Il ravage les
Maisons & Chasteaux des
Grands & brusle beaucoupde
Villages aux environs de
Madrid. On a surpris une
lettre de /'Archidu:hejje 2
Aiadamefd Mere par laquelle
elle luy mande que les affaires
du Roy son Mary*
vont si mal que ii cela continueelle
apprehende que
les Catalans ne prennent
des resolutions violentes.
&Armée J^Jpagnolc efl
presentement de vingt deux
mille hommes effiaifs. Le
Roy cherche à donnerBataille
; maisMonsîeur de Vertdosme
le retient, le suppliant
de temporiser enattendantMr
le Duc de Moailles. La Ville
de Cadiz a vingt quatre Bataillons
y
taillons
y
& a offert au Roy
J'Espagne de luyen envoyer ce
quilluy plairoit. Sa Majeflé
atémoignéqu'il ejioitnecejfau
requ'ils restassentJ & qu'elle
estoit très Jatisfaite dailleurs
.de leur bonne volonté.
A Vittoria le13.
«
Offabre.
L'Armée du Roy
d'Espagne est prefente-
Hienc composée de douze lmille hommes de pied & de sept mille chevaux; &
, cp nombre est effedtify- le
Roy attend encore deux
millechevaux dans peu de
jours, de forte qu'il (ira.
bien plus fort en Cavalerie
que sesEnnemis. l'A rgent
n'a pointmanquéjur.
qu'àpreient,$d'onne/çauroit
pouffer plus loin la ûr
délité que le font tous les
peuples d'Espagne. Le
Royaume de Murcie a pri$
les Armes dans la refoluçion
de se bien deffendre si
les Ennemis viennent 1attaquer,
celuy de Valence
en a fait autant. Il court
un bruit depuis hier midy
que les Ennemis feignant
-d'envoyer un detachemenc
à Tolede se retirent
véritablement ce qui est
fort naturel à croire s'il est
vray que les Portugais se
soient retirezcomme on
le publie. La Province de
Biicaye vient de donner
5000. pistoles à la Reine;
Il vient de tems en tems de
pareils petits lecours icy
aussi bien qu'à tArmée du
Roy d'Espagne.
Quelques traitres avoient
tramé une conspirationà
Tortose; mais elle a ellé
decouverte, & les auteurs
ont été pris &arrestez. Un
autretraître avoit livré aux
Ennemisla Ville de Xerès
de los Cavalleros vers
la Frontière de l'Alentejo,
mais il n'en ont pas profité
j'en estant retirez après
avoir néanmoins fait farter
quelques fortifications
lX. bruslé quelques munitions.
On vient de recevoir
nouvelle que les Ennemis
marchentàS. Pozuelo qui
est sur le chemin de Tolede
; cestaussi celuy d'Aragon
& de Valençe. On ne
sçait point lequel ils prendront,
Latesse de Armée
du Roy decpaone ea à
Talavera de la Reina àn.
lieuës de Madrid On dit
mesme que le Colonel Vallejo
est à Alcala. Nous
sommes icy dans un tresvilain
pays entouré de
montagnes;mais qui est
bon pour la feurecé de la
Reine.
A Vînoriale 3°,Oélobrea
tat-des affaires ¿,Ef.
P (,-;?Ï' n'est pas augi mauvais
que vous l'avek. pu croire.
LesEnnemis font toujours
campez aux environs de Madrid.
L'Archiduc est au Pardo.
Les Villagessontpillez &'
bruslezjusqu'aux Eglises où
les Anglois& les Holandois
font des impietez & des sacrileges
abominables.LesMaisons
de tous lesFrançois&de
tous ceux qui ont suivi la
Couront estépilléesà Madrid,
& la noflre par consequent ,
ejl du nombre. Les François
ont eu ordre de sortir de cette
Ville dans 24. heures sous
peine de la viey &les Dames
qui font restées à Madrid,
ordre d'aller à Tolede ; la plus
part ontdéja obey
, & les autres
se disposent à le faire.
Ellesfont prés de 60. dans le
cas. On nefait quelle peut
estrel'intentiondel'Archiduc,
à moins qu'il ne croye engager
par-là les Marisqui font auprès
du Roy & de la Reine
d'aller trouver leurs femmes.
Ony a ordonné encore à tous
ceux qui ont des Armes
,
de
les porter a la Caza delCampo
; on craint que ce ne foit
dans la vue defaire un pillage
général ensortant de Cette
Capitale. Mrle Marquisde
Manfera, qui ayant prés de
cent ans, n'avoit pas pusuivre
le Roy,quelque bonne en'"
viequ'ilen eust, estant rcflêà
Madrid, le GeneralStanhope
lalla voir pour l'exhorter
d'allerse mettre aux pieds du
Roy Carlos tercero. illuy
répondit qu'il pouvoit le
mettre aux pieds de l'Archiduc
d'Autriche, ter~
dontse servent les Espagnols
pour dire assurer de leurs respects;
qu'ill'honoroitcomme
un grand Prince; qu'il
pouvoit luy dire de sapart,
quil n'avoit qu'un Dieu,
uneLoy & un Roy; que
son Dieu & sa Loy H1y
estoient connus; que pour
son Roy,s'il ignoroit qui
il estoit,il luy apprenoit
quec'estoitPhilippeV. de
Bourbon legitime Roy
d'Espagne, a qui il avait
presté le ferment defidèle
lé
;
qu'il ne vouloit pas que
le peu de joursqu'il avoità
vivre, fussent tachez,
de l'infamie de luy estre
parjure; quec'estoitlà tout
ce qu'il pouvoir dire de sa
part à l'Archiduc. Ilfiâit
son discours, en disant qu'il
estoit las d'estre debout,
& qu'il s'alloit coucher.
De-la le General Stanhope
fut chez Mrle Marquis de
Frezno, qui luy répondit en
substance la mesmechose,ajoustant
que l'Archiduc estoit
maist. e de le traitter comme
prisonnier; mais que
sans son grand âge & ses
infirmitez qui l'avoient
mis hors d'estat de suivre
son Roy, il ne l'auroit pas
trouvé à Madrid.
Monsieur de Vendosme efi
charmé de lafidélité des peuples.
Elle va dela de tout ce
que l'on en peut dire.Je ne vous
enciteray qu'un exemple qui
vousferajuger du reste. Les
Ennemis ayant ordonné dans
un Village près de Madrid
qu'oncriastvivat Carlostercero,
tes habitants crierent
vivat Felippé Quinto. On
les menaça dufeu;ils crierent
encore plus fort; onmit lefeu
à leursMaisonsilss'assemblerent,
& danserent autour
desflames jusqu'à ce que tout
just redu t encendres, disant
que c'estoient leurs illuminations
& leurs feux de jojt
qu'ilssaisoient par avarie?
pour le retour de leur Roy à
Madrid.Ce détail, & les
réponses de Mr de Manfera
& de Mr de Frezno au
General Stanbope ontesté envoyées
à la Reine dans ces
mesmes termes.
Le R<jy esttousjours depuis
le 19. à Casa Tejada
,
soft
Armée en quartier
,
qui se
peutassemblerendeuxjoursa
trois lieues de-là. Mr de Vallejo
est avec un détachement
entreSegovie & Madrid;
Mrde, Bagamonteavec500.
Chevaux, à Torre Lodana
prés l'Escurial ; MrMahoni,
avec lesDragons de l'Armée
à Calçada d'Oropeza
, &
MrLanceroti avecun autre
détachement, à Talavera de
la Reyna. On estinformé par
ces Officiers. Generaux
,
de
toutceque font les Ennemis.,
les paysans ayant un grand
foin de les en instruire, & les
Ennemissontsipeu informe";\.
de ce qui nousregarde
, que
dans des lettres qu'onleura
surprisces derniersjours, leurs
Generaux demandaient s'il
estoitvray que Mr de Vendosme
eust joint Philippe V.
Onprend la plupartde leurs
Courriers, ce qui nous est trèsutilepoursçavoirl'eflat
omils
sont
, & quellessont leurs
intentions: lesilencedes paysans
à leur égard, & le peu
d'avisquonleur donne, ont
fait dire icy 3quele secours
de France qui vientjoindre
Mrde JSloailIcs enCatalogne,
aura joint avant quils sçachent
quilsoit party de Dauphiné'.
Il
y d'autres Lettres
qui portentqueMrdeVendosmeavoitdétache
4000.
Chevaux sur les ailes de
l'Arméedel'Archiduc;
,qu'il avoit plus de seize
,cens prifonners ; que les
Ennemis ayant fait une
descente sur les Costes du
Royaume de Valence, Mr
Gaëtano les avoit repoussez
avec les Troupes de
Murcie, & qu'il y en avoit
eu quatre cens Tele pris ou
de tuez.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
La lettre d'Aranda du 31 septembre 1706 décrit plusieurs événements militaires et politiques en Espagne. Le colonel Vallejo a attaqué et vaincu les troupes du général Wet-ZCI près de Vaidés et de Lécetcy, tuant plus de cinquante ennemis et en capturant soixante. Les Espagnols ont également pillé des équipements précieux, incluant trois mille pistoles en or et de la vaisselle d'argent. Les généraux ennemis se sont réfugiés à Siguenza. L'archiduc, confronté à la retraite de ses troupes, a ravagé des maisons et villages autour de Madrid. Une lettre interceptée indique que les affaires du roi d'Espagne sont en difficulté, ce qui inquiète les Catalans. L'armée espagnole, forte de quinze mille hommes dont trois mille malades, attend des renforts. Cadix a proposé son aide au roi, mais celui-ci a refusé, se déclarant satisfait de leur bonne volonté. À Vittoria, l'armée du roi d'Espagne compte douze mille hommes de pied et sept mille chevaux, avec deux mille autres chevaux attendus. Les royaumes de Murcie et de Valence se préparent à se défendre. Des conspirations à Tortose et des trahisons à Xerès ont été découvertes et réprimées. Les ennemis se dirigent vers S. Pozuelo, tandis que l'armée du roi est à Talavera de la Reina. Le 30 octobre à Vitoria, les ennemis campent autour de Madrid, pillant et brûlant les villages, y compris les églises. Les Français ont reçu l'ordre de quitter Madrid, et les dames doivent se rendre à Tolède. Les habitants de Madrid restent fidèles à Philippe V. Les marquis de Manfera et de Frezno ont refusé de se rendre à l'archiduc, affirmant leur loyauté envers Philippe V. Le roi est à Casa Tejada, et plusieurs détachements surveillent les mouvements ennemis. Les courriers ennemis sont souvent interceptés, fournissant des informations précieuses sur leurs intentions et mouvements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 271-278
NOUVELLES d'Espagne.
Début :
Du Camp Royal de Casa Texada le 2. Novembre. Le [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Habitants, Casatejada
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne.
NOUVELLES
d'Espagne.
ZD
Du Camp RoyaldeCasa
Texada le 2. Novembre.
LE Roy reçut ilya
deuxjours un CourrierdeMr
le Duc de Noailles qui luy
mandoit qu'ilentreroit le 10.
en Catalogne & hier il reçut
avis que l'Archiducavoit
quitté son Camp du Pardo;
qu'ilavoit marche à Pinto,
& qu'il auoït passé le Tage à
Aranjuez où son armée êfloit
campée.
L'Armée du Roy grossit de
jour en jour. Tous les Magazins
sontfaits à Talavera de
la Veja, & à Talavera de la
Reyna. Mr l'Evesque de
Murcie a envoyé à Sa Majesté
Catholique, un grand
nombre de Chariots chargez
degrains
, & toutesles Villes
d'Andalousies'efforcent à
ïenvi pour donner des marques
de leurzeles;les unesmvoyent
de grosses sommes
d'autres des chevaux , tout équipe%;
de maispresque toutes
l'argent & desvivres.
UnPartyennemi de cent
quatre-vingt
Quatre-vingtCavaliers
,
qui
avoit esté envoyé pour s'informer
denostre situation, a
estédéfait par Mr le Marquis
deLança ote.
LeRebetleFerrer avouluse
venger de ce que les habitans
de Corella avoient rasé sa
maison
, aya nt assemblé à Saragosse
environ mille hommes
tant Fantassins que Cavaliers,
ilse mit en marche pour tascher
de nouveau dese rendre maistre
de Corella. Mais les habitans
de cette Ville
,
de Tudela
C- des autres lieux des
environs
,
s'estant joint aux
Troupes, avec lesquelles ils
avoient auparavant chassé les
ennemis
}
marchèrent au devant
de luy, le chargèrent si
vivement,qu'ilfutobligéde
si retirer aprés avoir perdu
prés de cent cinquante hommes.
Deux Regimens de Dragons
.,
Ér un détachement des
troupes de Navarre , ont reçu
ordre de s'avancerpourempescher
les courses des Partis
Ennemis. Les Deserteurs qui
viennent en ajJezgrand nombre
,
assurent que l'Armée de
l'Archiduc estfortdiminuée,
parce que la trop grande hcew*
ce que les Generaux donnent
4ux soldats
,
les excitantàse
disperser pourpiller, ily en a
un grand nombre d'ajJomme:(.
par lespeuples, qui ne laissent
paffir que ceux quise disent
CatholiquesDeserteurs.
Le bruitqui s'estoitrépandu
que Archiducauoit fait
sortir toutes les Dames deMadrid
dans le dessein de donner
cette Capitale aupillage, s'est
trouvéfaux. Peut-estre que le
refus que les habitans ontfait
de porter leurs armes à la Caza
del Campo,les a préservez.
Ce qu'il y a decertain, c'est
que ce Prince estfort irrité
contre eux&on assure mesme
qu'il a ditque s'il peut devenir
leur Maistreabsolu,ilen
fera une Colonie.
Mr de Valejo a enlevé
aux Ennemis un Convoy de
provisions
y & défait deux
censchevaux qui l'escortoient.
Il pleut icy depuis dix jours;
mais heureusementleterrain
est une especede gravier qui
ne tourne pas aisement en
bouë; en forte que nous n'en
serons pas incommodez dans
les marches.
D'autres Lettres du 8.
portent que l'Archiduc avoitfait
enlever à Madrid
deux mille chevaux pour
remonter sa Cavalerie, <5é
que quelques maisons avoientestépillées
;queles
Miquelets avoient voutuf
s'emparer de Segorbe, anciennement
Sagunte, dans
le Royaume de Valence;
mais qu'ilsavoientesté repoussez
avec perte de cent
soixante hommes; que le
Roy d'Espagne ayant appris
la marche des Ennemis,
avoit détaché sept
mille chevaux pour les suivre,
& pour charger leur
arriere Garde s'ils pouvoient
la joindre.
d'Espagne.
ZD
Du Camp RoyaldeCasa
Texada le 2. Novembre.
LE Roy reçut ilya
deuxjours un CourrierdeMr
le Duc de Noailles qui luy
mandoit qu'ilentreroit le 10.
en Catalogne & hier il reçut
avis que l'Archiducavoit
quitté son Camp du Pardo;
qu'ilavoit marche à Pinto,
& qu'il auoït passé le Tage à
Aranjuez où son armée êfloit
campée.
L'Armée du Roy grossit de
jour en jour. Tous les Magazins
sontfaits à Talavera de
la Veja, & à Talavera de la
Reyna. Mr l'Evesque de
Murcie a envoyé à Sa Majesté
Catholique, un grand
nombre de Chariots chargez
degrains
, & toutesles Villes
d'Andalousies'efforcent à
ïenvi pour donner des marques
de leurzeles;les unesmvoyent
de grosses sommes
d'autres des chevaux , tout équipe%;
de maispresque toutes
l'argent & desvivres.
UnPartyennemi de cent
quatre-vingt
Quatre-vingtCavaliers
,
qui
avoit esté envoyé pour s'informer
denostre situation, a
estédéfait par Mr le Marquis
deLança ote.
LeRebetleFerrer avouluse
venger de ce que les habitans
de Corella avoient rasé sa
maison
, aya nt assemblé à Saragosse
environ mille hommes
tant Fantassins que Cavaliers,
ilse mit en marche pour tascher
de nouveau dese rendre maistre
de Corella. Mais les habitans
de cette Ville
,
de Tudela
C- des autres lieux des
environs
,
s'estant joint aux
Troupes, avec lesquelles ils
avoient auparavant chassé les
ennemis
}
marchèrent au devant
de luy, le chargèrent si
vivement,qu'ilfutobligéde
si retirer aprés avoir perdu
prés de cent cinquante hommes.
Deux Regimens de Dragons
.,
Ér un détachement des
troupes de Navarre , ont reçu
ordre de s'avancerpourempescher
les courses des Partis
Ennemis. Les Deserteurs qui
viennent en ajJezgrand nombre
,
assurent que l'Armée de
l'Archiduc estfortdiminuée,
parce que la trop grande hcew*
ce que les Generaux donnent
4ux soldats
,
les excitantàse
disperser pourpiller, ily en a
un grand nombre d'ajJomme:(.
par lespeuples, qui ne laissent
paffir que ceux quise disent
CatholiquesDeserteurs.
Le bruitqui s'estoitrépandu
que Archiducauoit fait
sortir toutes les Dames deMadrid
dans le dessein de donner
cette Capitale aupillage, s'est
trouvéfaux. Peut-estre que le
refus que les habitans ontfait
de porter leurs armes à la Caza
del Campo,les a préservez.
Ce qu'il y a decertain, c'est
que ce Prince estfort irrité
contre eux&on assure mesme
qu'il a ditque s'il peut devenir
leur Maistreabsolu,ilen
fera une Colonie.
Mr de Valejo a enlevé
aux Ennemis un Convoy de
provisions
y & défait deux
censchevaux qui l'escortoient.
Il pleut icy depuis dix jours;
mais heureusementleterrain
est une especede gravier qui
ne tourne pas aisement en
bouë; en forte que nous n'en
serons pas incommodez dans
les marches.
D'autres Lettres du 8.
portent que l'Archiduc avoitfait
enlever à Madrid
deux mille chevaux pour
remonter sa Cavalerie, <5é
que quelques maisons avoientestépillées
;queles
Miquelets avoient voutuf
s'emparer de Segorbe, anciennement
Sagunte, dans
le Royaume de Valence;
mais qu'ilsavoientesté repoussez
avec perte de cent
soixante hommes; que le
Roy d'Espagne ayant appris
la marche des Ennemis,
avoit détaché sept
mille chevaux pour les suivre,
& pour charger leur
arriere Garde s'ils pouvoient
la joindre.
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Résumé : NOUVELLES d'Espagne.
Le roi d'Espagne a reçu des nouvelles du duc de Noailles annonçant son entrée en Catalogne le 10 novembre. L'archiduc a quitté son camp du Pardo pour marcher vers Pinto et a traversé le Tage à Aranjuez. L'armée royale s'accroît quotidiennement, avec des magasins établis à Talavera de la Vega et Talavera de la Reina. L'évêque de Murcie a envoyé des chariots de grains, et les villes d'Andalousie fournissent des sommes d'argent, des chevaux et des vivres. Le marquis de Lañote a défait un parti ennemi de 180 cavaliers. Le rebelle Ferrer a été repoussé après avoir perdu près de 150 hommes. Deux régiments de dragons et des troupes de Navarre ont été envoyés contrer les incursions ennemies. Les déserteurs rapportent que l'armée de l'archiduc est diminuée en raison des pillages. Monsieur de Valejo a capturé un convoi de provisions et défait 200 chevaux ennemis. Malgré dix jours de pluie, le terrain ne se transforme pas en boue. Des lettres du 8 novembre indiquent que l'archiduc a réquisitionné 2 000 chevaux à Madrid et que les Miquelets ont été repoussés à Segorbe. Le roi d'Espagne a envoyé 7 000 cavaliers pour suivre les ennemis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 295-299
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Depuis ma derniere, on a sçu que les Ennemis estoient [...]
Mots clefs :
Vitoria, Ennemis, Roi d'Espagne, Noailles, Tolède, Madrid
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
-d'Efpagnc.
A Vittoria le ij,
Novembre.
Depuis
ma derniert, on
afçu que les Ennemis estoient
tousjours à Val de Moro, qui
riejlquà 4. lieues de Madrid,
qu'ils avoient mis4000.
hommes dans Tolcde;J
qu'ils l'alloient fortifier.
Par leCourrier qui arriva
hier icy,on a apprisque lesEnnemis
vendoientle boisJecharbon
& les autres choses quils
avoient amassées à Madrid,
obligeantmesme lesBourgeois
à les acheter; ce qui afait
dire qu'ils ne veulentpas garderMadridnirefierà
Tolede;
maison ne peutpas encore efire
long tempssanssavoir la- resolution
qu'ilsprendrontquand
ils sçauront que la tesie des
Troupes que le Roy envoye à
son petit Fils entre actuelle-
Menten Roussillon, & que le
tout
toutyfera le20. de cemois ,
de maniere que Mrde Noailles
agira dans peu de jours.
On ne peut rien comprendre
aux desseins des Ennemis
ni à leurs vues, le Roy d'Espagne
ayant actuellementplus
de vingtmille hommes,
estant bienplusfort, en Cavalerie
que
les
Ennemis, ce qui
le met en estatetenlever les
vivresdes Ennemis de quelque
part qu'ils veulent les tirer.
Mr de Noailles entrant
en Catalogne avec53. Bataillons
53. Escadrons
,
est en
estat detout entreprendre. Ensin
noussommes à la Deïllc db:
quelques grande action, &
tpeut-estre de la decisionde ton? £cettegrande affaire.
,
':':\ De Vittoria le 14.
Novembre.
LA Reine a reçu un
Courrier du Roy, quiluy
écrit qu'il avoit fait la revuedesonarmée,
qui consiée
en seize mille cinq
cens hommes d'Infanterie,
& onze mille cinq -cen$.
chevaux,sanscompter lez
tambours & les trompettes;
l'Archiduc se fortifié
toûjours à Tolede, Scl'èn
ne peut encore pénetrer (es
desseins.
-d'Efpagnc.
A Vittoria le ij,
Novembre.
Depuis
ma derniert, on
afçu que les Ennemis estoient
tousjours à Val de Moro, qui
riejlquà 4. lieues de Madrid,
qu'ils avoient mis4000.
hommes dans Tolcde;J
qu'ils l'alloient fortifier.
Par leCourrier qui arriva
hier icy,on a apprisque lesEnnemis
vendoientle boisJecharbon
& les autres choses quils
avoient amassées à Madrid,
obligeantmesme lesBourgeois
à les acheter; ce qui afait
dire qu'ils ne veulentpas garderMadridnirefierà
Tolede;
maison ne peutpas encore efire
long tempssanssavoir la- resolution
qu'ilsprendrontquand
ils sçauront que la tesie des
Troupes que le Roy envoye à
son petit Fils entre actuelle-
Menten Roussillon, & que le
tout
toutyfera le20. de cemois ,
de maniere que Mrde Noailles
agira dans peu de jours.
On ne peut rien comprendre
aux desseins des Ennemis
ni à leurs vues, le Roy d'Espagne
ayant actuellementplus
de vingtmille hommes,
estant bienplusfort, en Cavalerie
que
les
Ennemis, ce qui
le met en estatetenlever les
vivresdes Ennemis de quelque
part qu'ils veulent les tirer.
Mr de Noailles entrant
en Catalogne avec53. Bataillons
53. Escadrons
,
est en
estat detout entreprendre. Ensin
noussommes à la Deïllc db:
quelques grande action, &
tpeut-estre de la decisionde ton? £cettegrande affaire.
,
':':\ De Vittoria le 14.
Novembre.
LA Reine a reçu un
Courrier du Roy, quiluy
écrit qu'il avoit fait la revuedesonarmée,
qui consiée
en seize mille cinq
cens hommes d'Infanterie,
& onze mille cinq -cen$.
chevaux,sanscompter lez
tambours & les trompettes;
l'Archiduc se fortifié
toûjours à Tolede, Scl'èn
ne peut encore pénetrer (es
desseins.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Le texte décrit des événements militaires en Espagne. Les ennemis sont positionnés à Val de Moro, près de Madrid, et ont renforcé leurs troupes à Tolède. Ils vendent des ressources amassées à Madrid, indiquant qu'ils ne prévoient pas de s'y établir durablement. La situation est incertaine en raison de l'arrivée prochaine de troupes françaises en Roussillon. Le roi d'Espagne dispose de plus de vingt mille hommes et d'une cavalerie supérieure, lui permettant de menacer les approvisionnements ennemis. Monsieur de Noailles, avec 53 bataillons et 53 escadrons, est prêt à intervenir en Catalogne. La reine a reçu des informations selon lesquelles l'armée du roi compte seize mille cinq cents hommes d'infanterie et onze mille cinq cents chevaux, sans compter les tambours et les trompettes. L'archiduc continue de se fortifier à Tolède, mais ses intentions restent obscures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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80
p. 187-206
Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
Début :
Du Camp de Casa Texada le 15. Novemb. Par Mr [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Archiduc, Madrid, Espagne, Roi d'Espagne, Chevaux, Cavalerie, Fourrages, Retraite, Casatejada, Vitoria
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
Suite des Nouvelles
d'Espagne depuisle
mois passé.
Du Camp de Casa
Texada le
15.
ISIovemb.
ParMrdeC***.
Nous sommes tousjours
icy dans la mesme
situation à reparer l'Armée
du Royde tout cequi luy
manquoit
,
& à remonter
laCavalerie. Les Ennemis
ont quitté Madrid.Ils marchent
pour passer le Tage
au pont d'Aranjuez. Ils seront
sur le chemin de retourner
en Arragon, & en
Catalogne. Leur retraite
eu: à prés de cent lieuës.
Nous mettrons quatre mille
Chevauxaprés eux, pendant
que le reste de l'Armée
les suivra. Par des Let.
tres que nous ayons interceptées
de l'Archiduc , d'hier,il se plaint à l'Archiduchese
de l'opiniastreté
de Mr de Staremberg
d'avoir voulu venir à Madrid
, & d'estre resté si
longtemps dans ce pays.
Il luy avouë qu'ils sont
dans là plus mauvaise situation
du monde, &
beaucoup plus mal que
quand ils estoient assiegez
dans Barcelone; que l'E£'
pagne a presentement un
bon General en la personne
deMr le Duc de Vendosme.
Lettre de Vittoria le 16.
Novembre.
I le/ï arrivé aprés rnidy,
un Gardedu l{oy. ,de l^Compagnied'ossone
, qui ayoit:
esté envoyé pour sçavoir ce
qui se passoit à Madrid. Il
en eflparty le12..& a rapportéqueleu.
lesEnnemis
avoiententièrementretire toutes
les Troupes quilsy avoient
après avoir enlevé tout ce qui
pouvoitJervira leursubsistance
j & pillé quelques Maisons.
Celles de Mr le Marquis
de Sant-Iago, de Mrs de
Mejorada
, & de Campo
Florido3font du nombre Ils
ont ordonné à tous les Conseils
ou Prefidios que l'Archiduc
àvoit establis
,
desuivrel'Armee.
Mr Ducasse a écrit a
Mr le C. de Lionne que la
Reine avoit esté informée
dés le 8. que les Ennemis
devoient se mettre en marche
le 10. qu'il seroit édifié
toute sa vie de la fidelité
des Espagnols dont il avoit
eu des témoignages dans
une grande estenduë de
pays qu'il avoit traversée
pour se rendre à l'Armée
de SaMajesté Catholique.
Les Ennemis avoient
surpris les Villes de Ciudad
Rodrigo& d'Almagro
dans la Manche, d'où
ils tiroient des vivres & des
fourages ; mais Mr de Figueroa,
à la teste de la Noblesse&
des Peuplesd'Andalousie,
les en chasserent
peu de temps aprésqu'ils
s'en furent emparez, & envoyerentà
SaMajesté Catholique
le Corregidor
d'Almagro,lié suruiiAfne,
pour le punir de sa rebellion.
Lesdétachements
que les Ennemis avoient
dans ces deux Postes, furent
faits prisonniers. Leur
Armée commença alors à
manquer de vivres & de
fourages,
fourages
, leRoyd'Espagne
ayant envoyé plusieurs
corps de Cavalerie pour
occuper les passages.
Le Comte de Starem-
)erg avoitdés le6. fait par-
~ir un grand nombre de
chariots pour conduire à
Daroca les malades qui esoient
à Madrid.
Les vivresestoient fort
:hers dans cette capitale;
nais les habitans loin d'en
:stre affligez
,
se réjeüisoient
par avance du reour
de leur Roy legitime,
persuadez que l'abondance
y seroit aussitostrestablie.
On ne peut trop loüer
la fermeté avec laquelle ils
avoient refusé non seulement
de donner leurs armes
à l'Archiduc; mais
aussi de les vendre.Ce Prince
n'avoit pas jugé a propos
de les ycontraindre
dans l'apprehension que ce
la ne causast quelque tumulte
dont les fuites lu)
auroient sans doute elle
desavantageuses. Il n'avoi
non plus osé donner de
ordres pour réprimer la
liberté que les habitan
prenoient de témoigner
laverfion qu'ils avoient
pour luy par leurs discours
& par leurs actions, & qui
alloit jusqu'au point que
les Marchands tenoient
leurs boutiques fermées.
Des queles Ennemis furent
sortis de Madrid, le
Peuple nonobstant la grande
cherté des vivres, voulut
donner des marques
publiques de sa joye; mais
Mr de Sanguinetto quien
est Corregidor -; que le
Roy d'Espagne y avoit
laissé, & qui n'en a point
fait là-fpticlion pendant le
sejour que les Ennemis y
ont fait, les obligea à differer
leurs réjoüissances
jusqu'àceque les Ennemis
fussent éloignez.
Le lendemain de leur
départ,Don Feliciano de
Bracatiiot-itie,queSa MajestéCatholiqueavoit
chargé
d'y conduire un grand
convoy de grains, & de
toutes fortes de provisions,
arriva prés du Pont appellé
de Segovie
,
où les Députez
de la Ville al crent audevant
de luy. On nedoit
point estre surpris de
cette diligence; on estoit
bien informé du jour que
les Ennemis devoient fortir
de cette capitale, & le
• Roy avoit donné tous les
ordres necessaires pour amasser
toutes ces provisions
, & pour les tenir à
portée de les y faireentrer
aussi-tost après leur départ,
afin d'y restablir l'abondance.
En effet
,
le pain qui
valoit douze fols avant
l'arrivée dece convoy, ne
se vendit plus le lendemain
quil fut entré que depuis
deux à trois fols. On n'entendit
aprés cela dans toutes
les rues que des cris
de VivatFélipo Quinto;on
sonnatoutes les Cloches ;
ce n'estoient dans toutes les
ruës que feux de joye &illuminations,
avec un grand
nombrede Portraits deSa
Majesté Catholique.
Du Quartier Royal de
Casa Texada le zz*
Novembre.
L
es Troupes Ennemies
ùrcupenr encore Tolede , San
Pozuelo
,
Chinchon
, ~&
quelques autres Lieux des environs.
Leurs Généraux ont
ordonné aux habitansde mener
à Tolede quatre -vingt
Chariots chargez de Fascines.
On ne doute point que ce ne
soit pour couvrir le dessein
qu'ilsont deseretirer Nostre
Cavalerie qui estois cantonnée
dans plusieurs Villages aux
environs de celuy-cy
,
marcha
ily a quatre jours pour aller
dans le voisinage de Talavera
de la Reyna. Le 19. le Royfit
la revûë de huitBataillons de
ses deux Regiments des Gardes
Espagnoles ~e Walones.
Le20. SaMajestépassaaussi
en revûë 2 1. autres Bataillons
qui estoient campez prés
d'Almaraz
, c- hier toutes
ces Troupes partirent pour se
rendre en quatre jours à Talavera.
Demain le Roy doitpartir
d'icy pour aller coucher à
Casalda
, ~& le lendemain à
Talaveraoù il trouveratoute
son Infanterie campée.
Sa Afajeflévient d'avoir
avis certain que les Ennemis
ont fait passer toute leur Armée
du costé de Chinchon,&
rompre le Pont de Zamora
pour assurer leu'" retraite; que
le Comte de Staremberg,pour
se decharger de l'Archiduc
dans une conjoncture si delicate
,
l'avoit envoyé devant
sous une escorte de mille Chevaux
pour se rendre en diligence
à Pastrana. Ainsion ne
doute plus de la retraite des
Ennemisen Catalogne.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu23.
L
es Ennemis ont enfin
abandonnéMadridsans avoir
osé ~fare de pillage general.
Ils ont neanmoins emmené
une grande quantité de v ivres
qu'ils avoient ramassez.., efe
sontsaisis de tous les Chevaux
~& autres bestes de charge, apparemment
pour emporter les
effets qu'ils ont enlevez dans
les Lieux des environs qu'ils
ontentièrement saccagez sans
avoirépargné les Eglisesoù
ils ont commis de grands sacrileges.
Extrait d'une Lettre du
Camp de Casa Texada
du 19. Novembre.
L'ArméeduRoyquia
des vivrespourplusieursmoig
est en marche. Plusieurs detachements
de Cavaleriese sont
avancez pour incommoder les
Ennemisdans leurmarche. Le
reste de la Cavalerie est arrivé
à Talavera de la Reyna & le Roy marche à la , teste de
l'Infanterie, ~0* d'une partie
de ses Gardes du Corps. Tous
les Soldats font habillez de
nef&sontremplis de bonne
volonté.
Des Lettres de Barcelone,
venuës par Marseille,
portent qu'on avoit esté
plus de trois Semaines sans
avoir de nouvelles de l'Archiduc,
le Gouverneur de
Lerida ayant enlevé huit
Couriers de suite. Toutes
les Lettres qu'on leur a
trouvées marquoient le
mauvais estat de sesaffaires.)&
l'impossibilitéqu'il
yavoit de se maintenir en
Espagne
,
s'il ne recevoit
promptemenc un puissant
secours.
NoAvVeimttorbiarele.27.
'cft tout de bon que les
Ennemis se retirent. on a sçû
hier au soirqu'ils ont passé le
Xarama doitils ontfait rompre
les Ponts. L'Archiduc a
prisles devants avecmille chevaux.
Il coucha le 21. à Pastrana,
& il s'enva, à grandes
journées. Le Roy d'Espagne
a pajjé à Talavera de lte
Reyna,&s'estmesme avancé
pins
en deçà en remontant le
long du Tage. On a envoyé
plusieurs détachements aprés
l'Armée ennemiepourl'embarajjer
dans sa marche. Je ne
doutepoint queparl'ordinaire
prochain je ne vous mande le
jourde nostre departpourMadrid
: les chemins sont pourtant
bien mauvais
, mais la
ecine se déplaistfort icy.
d'Espagne depuisle
mois passé.
Du Camp de Casa
Texada le
15.
ISIovemb.
ParMrdeC***.
Nous sommes tousjours
icy dans la mesme
situation à reparer l'Armée
du Royde tout cequi luy
manquoit
,
& à remonter
laCavalerie. Les Ennemis
ont quitté Madrid.Ils marchent
pour passer le Tage
au pont d'Aranjuez. Ils seront
sur le chemin de retourner
en Arragon, & en
Catalogne. Leur retraite
eu: à prés de cent lieuës.
Nous mettrons quatre mille
Chevauxaprés eux, pendant
que le reste de l'Armée
les suivra. Par des Let.
tres que nous ayons interceptées
de l'Archiduc , d'hier,il se plaint à l'Archiduchese
de l'opiniastreté
de Mr de Staremberg
d'avoir voulu venir à Madrid
, & d'estre resté si
longtemps dans ce pays.
Il luy avouë qu'ils sont
dans là plus mauvaise situation
du monde, &
beaucoup plus mal que
quand ils estoient assiegez
dans Barcelone; que l'E£'
pagne a presentement un
bon General en la personne
deMr le Duc de Vendosme.
Lettre de Vittoria le 16.
Novembre.
I le/ï arrivé aprés rnidy,
un Gardedu l{oy. ,de l^Compagnied'ossone
, qui ayoit:
esté envoyé pour sçavoir ce
qui se passoit à Madrid. Il
en eflparty le12..& a rapportéqueleu.
lesEnnemis
avoiententièrementretire toutes
les Troupes quilsy avoient
après avoir enlevé tout ce qui
pouvoitJervira leursubsistance
j & pillé quelques Maisons.
Celles de Mr le Marquis
de Sant-Iago, de Mrs de
Mejorada
, & de Campo
Florido3font du nombre Ils
ont ordonné à tous les Conseils
ou Prefidios que l'Archiduc
àvoit establis
,
desuivrel'Armee.
Mr Ducasse a écrit a
Mr le C. de Lionne que la
Reine avoit esté informée
dés le 8. que les Ennemis
devoient se mettre en marche
le 10. qu'il seroit édifié
toute sa vie de la fidelité
des Espagnols dont il avoit
eu des témoignages dans
une grande estenduë de
pays qu'il avoit traversée
pour se rendre à l'Armée
de SaMajesté Catholique.
Les Ennemis avoient
surpris les Villes de Ciudad
Rodrigo& d'Almagro
dans la Manche, d'où
ils tiroient des vivres & des
fourages ; mais Mr de Figueroa,
à la teste de la Noblesse&
des Peuplesd'Andalousie,
les en chasserent
peu de temps aprésqu'ils
s'en furent emparez, & envoyerentà
SaMajesté Catholique
le Corregidor
d'Almagro,lié suruiiAfne,
pour le punir de sa rebellion.
Lesdétachements
que les Ennemis avoient
dans ces deux Postes, furent
faits prisonniers. Leur
Armée commença alors à
manquer de vivres & de
fourages,
fourages
, leRoyd'Espagne
ayant envoyé plusieurs
corps de Cavalerie pour
occuper les passages.
Le Comte de Starem-
)erg avoitdés le6. fait par-
~ir un grand nombre de
chariots pour conduire à
Daroca les malades qui esoient
à Madrid.
Les vivresestoient fort
:hers dans cette capitale;
nais les habitans loin d'en
:stre affligez
,
se réjeüisoient
par avance du reour
de leur Roy legitime,
persuadez que l'abondance
y seroit aussitostrestablie.
On ne peut trop loüer
la fermeté avec laquelle ils
avoient refusé non seulement
de donner leurs armes
à l'Archiduc; mais
aussi de les vendre.Ce Prince
n'avoit pas jugé a propos
de les ycontraindre
dans l'apprehension que ce
la ne causast quelque tumulte
dont les fuites lu)
auroient sans doute elle
desavantageuses. Il n'avoi
non plus osé donner de
ordres pour réprimer la
liberté que les habitan
prenoient de témoigner
laverfion qu'ils avoient
pour luy par leurs discours
& par leurs actions, & qui
alloit jusqu'au point que
les Marchands tenoient
leurs boutiques fermées.
Des queles Ennemis furent
sortis de Madrid, le
Peuple nonobstant la grande
cherté des vivres, voulut
donner des marques
publiques de sa joye; mais
Mr de Sanguinetto quien
est Corregidor -; que le
Roy d'Espagne y avoit
laissé, & qui n'en a point
fait là-fpticlion pendant le
sejour que les Ennemis y
ont fait, les obligea à differer
leurs réjoüissances
jusqu'àceque les Ennemis
fussent éloignez.
Le lendemain de leur
départ,Don Feliciano de
Bracatiiot-itie,queSa MajestéCatholiqueavoit
chargé
d'y conduire un grand
convoy de grains, & de
toutes fortes de provisions,
arriva prés du Pont appellé
de Segovie
,
où les Députez
de la Ville al crent audevant
de luy. On nedoit
point estre surpris de
cette diligence; on estoit
bien informé du jour que
les Ennemis devoient fortir
de cette capitale, & le
• Roy avoit donné tous les
ordres necessaires pour amasser
toutes ces provisions
, & pour les tenir à
portée de les y faireentrer
aussi-tost après leur départ,
afin d'y restablir l'abondance.
En effet
,
le pain qui
valoit douze fols avant
l'arrivée dece convoy, ne
se vendit plus le lendemain
quil fut entré que depuis
deux à trois fols. On n'entendit
aprés cela dans toutes
les rues que des cris
de VivatFélipo Quinto;on
sonnatoutes les Cloches ;
ce n'estoient dans toutes les
ruës que feux de joye &illuminations,
avec un grand
nombrede Portraits deSa
Majesté Catholique.
Du Quartier Royal de
Casa Texada le zz*
Novembre.
L
es Troupes Ennemies
ùrcupenr encore Tolede , San
Pozuelo
,
Chinchon
, ~&
quelques autres Lieux des environs.
Leurs Généraux ont
ordonné aux habitansde mener
à Tolede quatre -vingt
Chariots chargez de Fascines.
On ne doute point que ce ne
soit pour couvrir le dessein
qu'ilsont deseretirer Nostre
Cavalerie qui estois cantonnée
dans plusieurs Villages aux
environs de celuy-cy
,
marcha
ily a quatre jours pour aller
dans le voisinage de Talavera
de la Reyna. Le 19. le Royfit
la revûë de huitBataillons de
ses deux Regiments des Gardes
Espagnoles ~e Walones.
Le20. SaMajestépassaaussi
en revûë 2 1. autres Bataillons
qui estoient campez prés
d'Almaraz
, c- hier toutes
ces Troupes partirent pour se
rendre en quatre jours à Talavera.
Demain le Roy doitpartir
d'icy pour aller coucher à
Casalda
, ~& le lendemain à
Talaveraoù il trouveratoute
son Infanterie campée.
Sa Afajeflévient d'avoir
avis certain que les Ennemis
ont fait passer toute leur Armée
du costé de Chinchon,&
rompre le Pont de Zamora
pour assurer leu'" retraite; que
le Comte de Staremberg,pour
se decharger de l'Archiduc
dans une conjoncture si delicate
,
l'avoit envoyé devant
sous une escorte de mille Chevaux
pour se rendre en diligence
à Pastrana. Ainsion ne
doute plus de la retraite des
Ennemisen Catalogne.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu23.
L
es Ennemis ont enfin
abandonnéMadridsans avoir
osé ~fare de pillage general.
Ils ont neanmoins emmené
une grande quantité de v ivres
qu'ils avoient ramassez.., efe
sontsaisis de tous les Chevaux
~& autres bestes de charge, apparemment
pour emporter les
effets qu'ils ont enlevez dans
les Lieux des environs qu'ils
ontentièrement saccagez sans
avoirépargné les Eglisesoù
ils ont commis de grands sacrileges.
Extrait d'une Lettre du
Camp de Casa Texada
du 19. Novembre.
L'ArméeduRoyquia
des vivrespourplusieursmoig
est en marche. Plusieurs detachements
de Cavaleriese sont
avancez pour incommoder les
Ennemisdans leurmarche. Le
reste de la Cavalerie est arrivé
à Talavera de la Reyna & le Roy marche à la , teste de
l'Infanterie, ~0* d'une partie
de ses Gardes du Corps. Tous
les Soldats font habillez de
nef&sontremplis de bonne
volonté.
Des Lettres de Barcelone,
venuës par Marseille,
portent qu'on avoit esté
plus de trois Semaines sans
avoir de nouvelles de l'Archiduc,
le Gouverneur de
Lerida ayant enlevé huit
Couriers de suite. Toutes
les Lettres qu'on leur a
trouvées marquoient le
mauvais estat de sesaffaires.)&
l'impossibilitéqu'il
yavoit de se maintenir en
Espagne
,
s'il ne recevoit
promptemenc un puissant
secours.
NoAvVeimttorbiarele.27.
'cft tout de bon que les
Ennemis se retirent. on a sçû
hier au soirqu'ils ont passé le
Xarama doitils ontfait rompre
les Ponts. L'Archiduc a
prisles devants avecmille chevaux.
Il coucha le 21. à Pastrana,
& il s'enva, à grandes
journées. Le Roy d'Espagne
a pajjé à Talavera de lte
Reyna,&s'estmesme avancé
pins
en deçà en remontant le
long du Tage. On a envoyé
plusieurs détachements aprés
l'Armée ennemiepourl'embarajjer
dans sa marche. Je ne
doutepoint queparl'ordinaire
prochain je ne vous mande le
jourde nostre departpourMadrid
: les chemins sont pourtant
bien mauvais
, mais la
ecine se déplaistfort icy.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne depuis le mois passé.
En novembre, l'armée française est stationnée à Casa Texada, où elle répare et renforce ses troupes, notamment la cavalerie. Les ennemis, ayant quitté Madrid, se dirigent vers le Tage au pont d'Aranjuez, en direction de l'Aragon et de la Catalogne, à environ cent lieues de distance. Les Français envoient quatre mille cavaliers à leur poursuite, tandis que le reste de l'armée les suit. Des lettres interceptées révèlent que l'Archiduc se plaint de la situation désastreuse de ses troupes, pire que lors du siège de Barcelone, et reconnaît la compétence du Duc de Vendôme. À Madrid, les ennemis ont retiré toutes leurs troupes après avoir pillé certaines maisons et ordonné aux conseils de suivre l'armée. Les habitants de Madrid, malgré la cherté des vivres, se réjouissent du retour imminent de leur roi légitime. Les ennemis ont également surpris les villes de Ciudad Rodrigo et d'Almagro, mais ont été chassés par Monsieur de Figueroa. Les vivres et les fourrages manquent à l'armée ennemie, le roi d'Espagne ayant envoyé des corps de cavalerie pour occuper les passages. Le Comte de Staremberg a évacué les malades de Madrid vers Daroca. À Madrid, les habitants ont refusé de donner ou vendre leurs armes à l'Archiduc. Après le départ des ennemis, un convoi de grains est arrivé, rétablissant l'abondance et provoquant des réjouissances publiques. Les troupes ennemies occupent encore quelques lieux autour de Tolède, mais leur retraite vers la Catalogne semble imminente. L'armée du roi est en marche, bien approvisionnée et prête au combat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 270-288
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Le 23. Novembre toute l'Armée de Sa Majesté Catholique [...]
Mots clefs :
Armée, Ennemis, Archiduc, Madrid, Troupes, Marquis, Espagne, Lieutenant général, Staremberg, Vitoria, Torroella de Montgrí, Bayonne, Ejea de los Caballeros, Catalogne
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
I
-
e23.Novembre toute
l'Armée de Sa Majesté
Catholiqueestoitarrivée
à Talavera où elle séjourna
quelques jours pendant lesquels
elleavait esté augmentéede
présde quinze
cens Espagnols qui navoient
encore pu rejoindre
depuis la bataille de Saragosse.
Toutes les Troupes
témoienoient une grande
ardeur de combattre.
Plusieurs Officiers ont
écrit qu'elles n'avoient ja-
.,' mais esté mieux habillées,
mieux nourries,& mieux
payées; & qu'on ne pouvoit
trop loüer le zele Ôc
J'attention de Monsieur de
Vendosme & de Mr le
Comted'Aguilar qui avoient
donné tous leurs
soins pour que l'Armée
fut pourvûë abondamment
detoutes les choses
necessaires avant que de rienentreprendre.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu29.
Novembre.
U
n Courierarrivéle 28.
ausoir a rapportéque l'Archiduc
avec1000.Chevaux
avoitpassé a Pastrana, marchantàgrandes
journées vers
Saragosse ; que l'Infanterie
&lerestede son Armée le
suivoit ; que le IL. le Comte
deStaremberg qui avoit passé
le Xaramas, qui tombe dans le
Tage prés d'Aranjuez, en
avoit fait rompre tous les
Ponts &brisertoutes les Barquespourretarder
ceuxqui le
suivoient; il avo.-.t sa tenlever
toutes les munitions &
leurs vivres de Tolede ,y
ayantlaisséseulement quelques
Troupes pourcachersa retraite.
Tous les Rebelles qui estoient
venus avec l'Archiduc
s'enretournentdemesme suivis
de toutce qui rejîoit de
gens mal intentionnez ;de
maniere qu'il nendemeurait
aucun à Madrid. Onne peut
pas exprimer la haine que les
Castillans ont pour Archiducy
à OMise des sacrileges & des
cruautéz de ses Troupes.
Quelques jours avant leur
retraite de Tolede, ilyeut un
tumulte à la Comedie où quelques
Espagnols ne pouvant
souffrir des derisions que fai
-
soient de Philippe V. quelques
Auteurs; ils en tuernt
trois.
Au sortir de Madrid ils
ils avoient emmené Don Antonio
GordonezDirecteur de
la Doüanne decette Vaille
,
luy
demandant 6000. Pistoles
pour sa rançon que sa femme
ramassa; mais ceux qui les
emportoientfurent rencontrez
parun Partyde Don Feliciano
de Bracamonte qui les leur
enleva&lesenvoya au Roy*,
ilfitencore deuxColonels Prisonniers.
Lorsquel'onpresenta
les 6000. Pistoles à fit
A4.ijefie> Elle repondit qu'elle
les feroit rendre à celuy qui
avoit esté forcé de les donner
aux Ennemis'< Dés quelle fut
informée de leurretraitte xelle
envoya à leurpoursuite4000
Chevaux des meilleursqu'il
y eust dans son Armée, fouï
le Commandement de lvlrs de
Zerezed , de Carvillas
Mahoni ,
,
çjrVailejo.
Sa MajestéCatholique
a fait Lieutenant General
Mr le C heval ier de Croix
& luy a donnél'ancienneté
sur ses Cadets qui avoient
esté nommez i ieutenans
Generaux l'hyver dernier.
S. M. C. luya donne en
mesmetemps lecommandement
des Troupes de
Navarre fous Mr le Duc de
S. Jean qui en est Viceroy.
") Lettre d'un Officier Get-
neral de l'Armée du Royen Catalogne,
du 30. Novembre
,
à
Torreil de Montgri.
-.N
ous voicy dans le pays
ennemi; Ce n'est pas avoir
perdu le temps depuis que nos
preparatifsontpris date qui est
au commencement de ce mois ,
de s'estre mis en estat d'entrer
en action. La plus grande partièdenostre
artillerie est arrivée
à Rose ;nosfubfijlances.
ayantesté extremement traversées
par les temps affreux
qu'ilfait. NosTroupessont
repanduës dans des quartiers
des deux costésdu Ter&vivent
aux dépens du Païs ;
nous avons une teste de Cavaleriejusques
dans laplaine
de Calonge,Ilresteencore il.
Bataillons & 18. Escadrons
àjoindreLepaïs estfortabatu
&ce quilui arrive dansun
temps où il sembloitqu'il duft
avoir moinssujetde lecraindre
, l'abatra encore davrtntâge
; mais commeil n'asouffert
que des peines passageres depuis
la revolte )ilne faut pas
douter qu'il n'attende les En.
nemis pour donnerquelquessignes
de vie.Nous n'avons.
iry aucune nouvelle de Mr de
Staremberg
, ce qui me fait
croirequ'ilest encore en CajliL
le où il riy a pas long-temps
qu'il doit l'avoirquitté. Peu
de jours nous eclaircirons.
Un Courier qui arriva
le 3. Decembre àVictoria
rapporta que les Ennemis
avoient entierement évacuéTolede
le 29. Novembre;
que cette Ville qu'ils
,
avoient choisie pour faire
leur Place d'Armes, avoit
esté abandonnée avec tant
de précipitation
, que ne
pouvant sauver les Magasinsqu'ilsavoient
mis dans
l'Alcaçar & dans plusieurs
maisons, y avoient mis le
feu ,&placé une mèche
qui devoit faire fauter soixante
barils de poudre, ce
qui auroit detruitcePalais
magnifique. Mais que les
habitansy estant accourus
en dilip-enceavoient.osié
la meche ôc esteintlefeu ;
qu'ils
qu'iIs- furent si irritez contre
lés Ennemisqu'ils prirent
les armes&chargerent
leur arriere garde, enquoy
ils furent secondez par cinq
cens Chevaux que Dom
PedroRonquillo fasoit entrer
par une Porte pendant
que les
Ennemis
fuyoient
par l'autre.
Que Mr de Vallejo qui
commandoit un détachement
de Cavalerie pour les
incommoderavoitsurpris
parune march e forcée de
douze lieuës, un Régiment
deCavaleriePortugaise qui
estoit en Quartier àOcana 1a &àune pareille distance
de l'Armée ennemie ;
qu'il
avoit d'abord investi ce
Poste de tous les costez
afin que personne n'en pust
sortir; qu'ensuite il yestoit
entrél'épée à la main, &
avoit obligé ce Regiment
à serendre;que tout avoit
esté pris depuis le Colonel
jusqu'aux Trompettes ; a
présquoy il s'estoit retiré
avec beaucoup dediligence
; que le General Staremberg
qui en futinforméaussitost
envoya un détachement
pour chercher
les Bagages que Mr de Vallejo
n'avait pû faire emporter
&que les Habitants avoient
pillez; que ce détachement
lesobligea de
les rapporter dans la place;
mais qu'ils furent contraints
de les abandonner
& de se retirer avec une
grande précipitation, Mr
de Vallejoestant revenu
sur ses pas pourles charger.
Mr le Marquis de Lançarote
quis'estoit distigué
en plusieurs occasions
pendant le sejour que les
Ennemis ont fait à Madrid,
&entr'autres par la
défaite d'unParty de cent
quatre vingtChevaux, est
mort de maladieauCamp
deCasa Texada. Ce Marquis
est fort regreté.
Extrait d'une Lettre de
Vittoria du 4.
Décembre.
On vientd'apprendre
par un Courier arrivé de
l'ArméeduRoyquesaMajestédevoit
entrer hier 3.à
Madrid, &que les Ennemis
se retiraient en Arragon; que
quatreRegidors Deputé de la
Ville estoient arrivez au
Camp de Talavera le
2 7.
Novembre baiser la main de
sa Majesté& luy faire présent
desixmille Pistoles, &
qu'onyarresta le 16. le Marquis
d'Aracava
,
Partisan diton, de l'Archiduc. ,
De Bajome le 10.
Décembre,
n Courier qui a passe
icy ce matin a rapporté
que leRoy d'Espagneestoit
entréàMadrid le 3. qu'il
estoit allé d'abord à Nostre-
Damed'Atocha pour
rendre grâces à Dieu; que
peu de temps aprés la foule
estoit si grande qu'on ne
pouvoir passer dans lesruës
des environs ,en forte que
Sa Majesté Catholique
mesme fut obligée d'attendre
long-temps avant que
de pouvoir sortir,ne voulant
pas que ses Gardes firent
faire place estant tout
chée des larmes de joye
qu'Elle voyoir répandre à
ses fidelles sujets qu'enfin
on ne pouvoit exprimer
jusqu'à tel point ont esté
les réjoüissances des Peuples
de cette Capitale qui
pendantlesejour que les
Ennemis yont faitont tant
donné de marques de leur
fidélité & de le1 ur attachement
pourleur Roy legitime.
Toutes les Lettres d'Espagne
sont remplies d'exemplessur
ce sujet; & il
yenadetres-singulieres.;
; LesEnnemis estant dans
Madrid
,
& ayant reconnu
lafermeté du Peuple, voulurent
à force de caresses &
de menaces obliger les Enfants
à crier Vivat Carlos
terceros mais ils n'y purent
réüssir;& désqu'ils en furent
sortis ces mesmes Enfants
crierent par toute la
Ville, sans que leurs peres
& leurs meres le leur fissent
faire, Vivat Felipe quinto.
Un Particulier ayant en
presence des Ennemis parlé
avantageusement de
PhilippeV.&ditquel'Archiduc
n'estoit pas Roy
d'Efpagiie.,
d'Espagne
,
& qu'il ne le
feroit jamais, futconduit
en prison
,
après quoy on
le maltraita pour le faire
retracter; mais au lieu d'en
estre intimidé
,
à chaque
coup qu'on luy donnoit, il
crioit de toute sa force
, Vivat Felipe quinto.
-
Sa Majesté Catholique
a honoré Don Joseph de
Echarri, du titre de Marquis
de Salinas, pour le recompenser
de les services.
Mr du Rozel, Lieutenant
General, a chassé les
Ennemis de Sanguessa
, a
surpris Canfrane,&introduit
un Convoy dans Jaca.
Du Camp d'Exea le 3.
Décembre 1710.
N
Nous tentions entrer en
Espagne par Bayonne. On
nous afait marcher à Pompelune
Destols C, Persuit : ce
sont les passages qui communiquententre
les deux Royaumes.
Nous nous sommes assembles
à Pampelune22.Battaillons,&
14. Escadrons venus
des costes du Poitou &de
la Guienne&nous avons esté
jointsparquelques Troupes de
Dauphiné, le tout composant
une Armée 1 8000. hommes
effectifs qui ne manquent de
rien. Nousavons reçeuun
Courrier de MrdeVendosme;
il afaitchangernostre route
qui estoitd'aller droit à Afadrid.
Ce Courriernous a appris
que l'Archiduc avot
pris les devants pour gagner
Sarragoce afin d'y passerl'Ebre
(;;'se retirer en Catalogne;
&que le Comte de Staremberg
le suivoit avec le reste de
son Armée.Nostre ordre a esté
de marcherpromptement pour
prendre les devants & s,opposerà
leurs passages. Ona
fait prendre le devantàtoute
la Cavallerieque nous avons
suivie. Noussommes entrez
dans lArragon le z9. dupassé,
& nous avons marché
a
Exea
,
petite Ville dans laquelle
estoient 400. Miquelets
; (j qui a estéemportée
d'assaut le 2. de ce mois. Les
400 Miquelets ont esté passés
au fil de l'épée sans en
avoirépargné aucun. Nous
allons continuernostremarche
,,'1.)e.rs l'Ebre
,
&si nousy arrivons
avant que l'Archiduc
l'aitpassé nousenrendrons bon
compte.
Lettre d'un Officier General
de l'Armée du
-. RoyenCatalogne
, commandee par Mr
le Duc de Noailles, à
Torreil de Montgri le
6. Décembre.><,;
Il
y avoit lieu de croire
que le retour del Archiduc
en Catalogne yannonceroit
celuy de son armée;
mais on apprend qu'il ne
revient qu'avec 1500. Chevaux,
l'on ne scait encore
à quoyMr de Scaremberg
s'estdéterminé. Cette dé marche - si peu attendue de
l'Archiducest un premier
effet de la diversion qui se
fait de ce costé-cy
,
& fait
connoistre les raisons qui
l'ont obligé de se venir
montrer en ce pays.Ilestoit
necessaire qu'il y revint, à
moins de s'exposer à perdre
cette Province, où la
desolation & la consternation
sont au plus haut
point, le peuple ne menaçantpasmoins
que de Ce
revolter. On verra bientost
l'effet quela presence de ce
Princeauraproduit, & si
elle fera capable de calmer
inquiétude du Peuple, &
de lerassurer. Nous travaillons
le plus diligemment
qu'il est possible à
amasser des fafeines3 & à
achevertous les préparatifs
necessaires pour ce quel'on
se propose. Ils ont esté retardez
considerablement
par les grandes eaux, mais
nos subsistances commentât
a arriver,& 7. ou 8.
jours avanceront beaucoup.
Les Troupes achevent
d'arriver le7. &le 8.
& on espere qu'elles ne resteront
pas long-temps sans
entrer en action ; on vit
pendant ce temps aux dépens
du pays.
d'Espagne.
I
-
e23.Novembre toute
l'Armée de Sa Majesté
Catholiqueestoitarrivée
à Talavera où elle séjourna
quelques jours pendant lesquels
elleavait esté augmentéede
présde quinze
cens Espagnols qui navoient
encore pu rejoindre
depuis la bataille de Saragosse.
Toutes les Troupes
témoienoient une grande
ardeur de combattre.
Plusieurs Officiers ont
écrit qu'elles n'avoient ja-
.,' mais esté mieux habillées,
mieux nourries,& mieux
payées; & qu'on ne pouvoit
trop loüer le zele Ôc
J'attention de Monsieur de
Vendosme & de Mr le
Comted'Aguilar qui avoient
donné tous leurs
soins pour que l'Armée
fut pourvûë abondamment
detoutes les choses
necessaires avant que de rienentreprendre.
Extrait d'une Lettre de
Vittoriadu29.
Novembre.
U
n Courierarrivéle 28.
ausoir a rapportéque l'Archiduc
avec1000.Chevaux
avoitpassé a Pastrana, marchantàgrandes
journées vers
Saragosse ; que l'Infanterie
&lerestede son Armée le
suivoit ; que le IL. le Comte
deStaremberg qui avoit passé
le Xaramas, qui tombe dans le
Tage prés d'Aranjuez, en
avoit fait rompre tous les
Ponts &brisertoutes les Barquespourretarder
ceuxqui le
suivoient; il avo.-.t sa tenlever
toutes les munitions &
leurs vivres de Tolede ,y
ayantlaisséseulement quelques
Troupes pourcachersa retraite.
Tous les Rebelles qui estoient
venus avec l'Archiduc
s'enretournentdemesme suivis
de toutce qui rejîoit de
gens mal intentionnez ;de
maniere qu'il nendemeurait
aucun à Madrid. Onne peut
pas exprimer la haine que les
Castillans ont pour Archiducy
à OMise des sacrileges & des
cruautéz de ses Troupes.
Quelques jours avant leur
retraite de Tolede, ilyeut un
tumulte à la Comedie où quelques
Espagnols ne pouvant
souffrir des derisions que fai
-
soient de Philippe V. quelques
Auteurs; ils en tuernt
trois.
Au sortir de Madrid ils
ils avoient emmené Don Antonio
GordonezDirecteur de
la Doüanne decette Vaille
,
luy
demandant 6000. Pistoles
pour sa rançon que sa femme
ramassa; mais ceux qui les
emportoientfurent rencontrez
parun Partyde Don Feliciano
de Bracamonte qui les leur
enleva&lesenvoya au Roy*,
ilfitencore deuxColonels Prisonniers.
Lorsquel'onpresenta
les 6000. Pistoles à fit
A4.ijefie> Elle repondit qu'elle
les feroit rendre à celuy qui
avoit esté forcé de les donner
aux Ennemis'< Dés quelle fut
informée de leurretraitte xelle
envoya à leurpoursuite4000
Chevaux des meilleursqu'il
y eust dans son Armée, fouï
le Commandement de lvlrs de
Zerezed , de Carvillas
Mahoni ,
,
çjrVailejo.
Sa MajestéCatholique
a fait Lieutenant General
Mr le C heval ier de Croix
& luy a donnél'ancienneté
sur ses Cadets qui avoient
esté nommez i ieutenans
Generaux l'hyver dernier.
S. M. C. luya donne en
mesmetemps lecommandement
des Troupes de
Navarre fous Mr le Duc de
S. Jean qui en est Viceroy.
") Lettre d'un Officier Get-
neral de l'Armée du Royen Catalogne,
du 30. Novembre
,
à
Torreil de Montgri.
-.N
ous voicy dans le pays
ennemi; Ce n'est pas avoir
perdu le temps depuis que nos
preparatifsontpris date qui est
au commencement de ce mois ,
de s'estre mis en estat d'entrer
en action. La plus grande partièdenostre
artillerie est arrivée
à Rose ;nosfubfijlances.
ayantesté extremement traversées
par les temps affreux
qu'ilfait. NosTroupessont
repanduës dans des quartiers
des deux costésdu Ter&vivent
aux dépens du Païs ;
nous avons une teste de Cavaleriejusques
dans laplaine
de Calonge,Ilresteencore il.
Bataillons & 18. Escadrons
àjoindreLepaïs estfortabatu
&ce quilui arrive dansun
temps où il sembloitqu'il duft
avoir moinssujetde lecraindre
, l'abatra encore davrtntâge
; mais commeil n'asouffert
que des peines passageres depuis
la revolte )ilne faut pas
douter qu'il n'attende les En.
nemis pour donnerquelquessignes
de vie.Nous n'avons.
iry aucune nouvelle de Mr de
Staremberg
, ce qui me fait
croirequ'ilest encore en CajliL
le où il riy a pas long-temps
qu'il doit l'avoirquitté. Peu
de jours nous eclaircirons.
Un Courier qui arriva
le 3. Decembre àVictoria
rapporta que les Ennemis
avoient entierement évacuéTolede
le 29. Novembre;
que cette Ville qu'ils
,
avoient choisie pour faire
leur Place d'Armes, avoit
esté abandonnée avec tant
de précipitation
, que ne
pouvant sauver les Magasinsqu'ilsavoient
mis dans
l'Alcaçar & dans plusieurs
maisons, y avoient mis le
feu ,&placé une mèche
qui devoit faire fauter soixante
barils de poudre, ce
qui auroit detruitcePalais
magnifique. Mais que les
habitansy estant accourus
en dilip-enceavoient.osié
la meche ôc esteintlefeu ;
qu'ils
qu'iIs- furent si irritez contre
lés Ennemisqu'ils prirent
les armes&chargerent
leur arriere garde, enquoy
ils furent secondez par cinq
cens Chevaux que Dom
PedroRonquillo fasoit entrer
par une Porte pendant
que les
Ennemis
fuyoient
par l'autre.
Que Mr de Vallejo qui
commandoit un détachement
de Cavalerie pour les
incommoderavoitsurpris
parune march e forcée de
douze lieuës, un Régiment
deCavaleriePortugaise qui
estoit en Quartier àOcana 1a &àune pareille distance
de l'Armée ennemie ;
qu'il
avoit d'abord investi ce
Poste de tous les costez
afin que personne n'en pust
sortir; qu'ensuite il yestoit
entrél'épée à la main, &
avoit obligé ce Regiment
à serendre;que tout avoit
esté pris depuis le Colonel
jusqu'aux Trompettes ; a
présquoy il s'estoit retiré
avec beaucoup dediligence
; que le General Staremberg
qui en futinforméaussitost
envoya un détachement
pour chercher
les Bagages que Mr de Vallejo
n'avait pû faire emporter
&que les Habitants avoient
pillez; que ce détachement
lesobligea de
les rapporter dans la place;
mais qu'ils furent contraints
de les abandonner
& de se retirer avec une
grande précipitation, Mr
de Vallejoestant revenu
sur ses pas pourles charger.
Mr le Marquis de Lançarote
quis'estoit distigué
en plusieurs occasions
pendant le sejour que les
Ennemis ont fait à Madrid,
&entr'autres par la
défaite d'unParty de cent
quatre vingtChevaux, est
mort de maladieauCamp
deCasa Texada. Ce Marquis
est fort regreté.
Extrait d'une Lettre de
Vittoria du 4.
Décembre.
On vientd'apprendre
par un Courier arrivé de
l'ArméeduRoyquesaMajestédevoit
entrer hier 3.à
Madrid, &que les Ennemis
se retiraient en Arragon; que
quatreRegidors Deputé de la
Ville estoient arrivez au
Camp de Talavera le
2 7.
Novembre baiser la main de
sa Majesté& luy faire présent
desixmille Pistoles, &
qu'onyarresta le 16. le Marquis
d'Aracava
,
Partisan diton, de l'Archiduc. ,
De Bajome le 10.
Décembre,
n Courier qui a passe
icy ce matin a rapporté
que leRoy d'Espagneestoit
entréàMadrid le 3. qu'il
estoit allé d'abord à Nostre-
Damed'Atocha pour
rendre grâces à Dieu; que
peu de temps aprés la foule
estoit si grande qu'on ne
pouvoir passer dans lesruës
des environs ,en forte que
Sa Majesté Catholique
mesme fut obligée d'attendre
long-temps avant que
de pouvoir sortir,ne voulant
pas que ses Gardes firent
faire place estant tout
chée des larmes de joye
qu'Elle voyoir répandre à
ses fidelles sujets qu'enfin
on ne pouvoit exprimer
jusqu'à tel point ont esté
les réjoüissances des Peuples
de cette Capitale qui
pendantlesejour que les
Ennemis yont faitont tant
donné de marques de leur
fidélité & de le1 ur attachement
pourleur Roy legitime.
Toutes les Lettres d'Espagne
sont remplies d'exemplessur
ce sujet; & il
yenadetres-singulieres.;
; LesEnnemis estant dans
Madrid
,
& ayant reconnu
lafermeté du Peuple, voulurent
à force de caresses &
de menaces obliger les Enfants
à crier Vivat Carlos
terceros mais ils n'y purent
réüssir;& désqu'ils en furent
sortis ces mesmes Enfants
crierent par toute la
Ville, sans que leurs peres
& leurs meres le leur fissent
faire, Vivat Felipe quinto.
Un Particulier ayant en
presence des Ennemis parlé
avantageusement de
PhilippeV.&ditquel'Archiduc
n'estoit pas Roy
d'Efpagiie.,
d'Espagne
,
& qu'il ne le
feroit jamais, futconduit
en prison
,
après quoy on
le maltraita pour le faire
retracter; mais au lieu d'en
estre intimidé
,
à chaque
coup qu'on luy donnoit, il
crioit de toute sa force
, Vivat Felipe quinto.
-
Sa Majesté Catholique
a honoré Don Joseph de
Echarri, du titre de Marquis
de Salinas, pour le recompenser
de les services.
Mr du Rozel, Lieutenant
General, a chassé les
Ennemis de Sanguessa
, a
surpris Canfrane,&introduit
un Convoy dans Jaca.
Du Camp d'Exea le 3.
Décembre 1710.
N
Nous tentions entrer en
Espagne par Bayonne. On
nous afait marcher à Pompelune
Destols C, Persuit : ce
sont les passages qui communiquententre
les deux Royaumes.
Nous nous sommes assembles
à Pampelune22.Battaillons,&
14. Escadrons venus
des costes du Poitou &de
la Guienne&nous avons esté
jointsparquelques Troupes de
Dauphiné, le tout composant
une Armée 1 8000. hommes
effectifs qui ne manquent de
rien. Nousavons reçeuun
Courrier de MrdeVendosme;
il afaitchangernostre route
qui estoitd'aller droit à Afadrid.
Ce Courriernous a appris
que l'Archiduc avot
pris les devants pour gagner
Sarragoce afin d'y passerl'Ebre
(;;'se retirer en Catalogne;
&que le Comte de Staremberg
le suivoit avec le reste de
son Armée.Nostre ordre a esté
de marcherpromptement pour
prendre les devants & s,opposerà
leurs passages. Ona
fait prendre le devantàtoute
la Cavallerieque nous avons
suivie. Noussommes entrez
dans lArragon le z9. dupassé,
& nous avons marché
a
Exea
,
petite Ville dans laquelle
estoient 400. Miquelets
; (j qui a estéemportée
d'assaut le 2. de ce mois. Les
400 Miquelets ont esté passés
au fil de l'épée sans en
avoirépargné aucun. Nous
allons continuernostremarche
,,'1.)e.rs l'Ebre
,
&si nousy arrivons
avant que l'Archiduc
l'aitpassé nousenrendrons bon
compte.
Lettre d'un Officier General
de l'Armée du
-. RoyenCatalogne
, commandee par Mr
le Duc de Noailles, à
Torreil de Montgri le
6. Décembre.><,;
Il
y avoit lieu de croire
que le retour del Archiduc
en Catalogne yannonceroit
celuy de son armée;
mais on apprend qu'il ne
revient qu'avec 1500. Chevaux,
l'on ne scait encore
à quoyMr de Scaremberg
s'estdéterminé. Cette dé marche - si peu attendue de
l'Archiducest un premier
effet de la diversion qui se
fait de ce costé-cy
,
& fait
connoistre les raisons qui
l'ont obligé de se venir
montrer en ce pays.Ilestoit
necessaire qu'il y revint, à
moins de s'exposer à perdre
cette Province, où la
desolation & la consternation
sont au plus haut
point, le peuple ne menaçantpasmoins
que de Ce
revolter. On verra bientost
l'effet quela presence de ce
Princeauraproduit, & si
elle fera capable de calmer
inquiétude du Peuple, &
de lerassurer. Nous travaillons
le plus diligemment
qu'il est possible à
amasser des fafeines3 & à
achevertous les préparatifs
necessaires pour ce quel'on
se propose. Ils ont esté retardez
considerablement
par les grandes eaux, mais
nos subsistances commentât
a arriver,& 7. ou 8.
jours avanceront beaucoup.
Les Troupes achevent
d'arriver le7. &le 8.
& on espere qu'elles ne resteront
pas long-temps sans
entrer en action ; on vit
pendant ce temps aux dépens
du pays.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
En novembre 1710, l'armée de Sa Majesté Catholique, renforcée par environ quinze cents Espagnols, séjourna à Talavera. Les troupes, bien équipées, nourries et payées grâce aux efforts de Monsieur de Vendôme et du Comte d'Aguilar, manifestaient une grande ardeur au combat. Un courrier rapporta que l'Archiduc, accompagné de mille chevaux, se dirigeait vers Saragosse, suivi par son infanterie. Le Comte de Staremberg avait détruit les ponts et les barques sur le Tage pour retarder ses poursuivants et avait emporté les munitions et vivres de Tolède. À Madrid, les Castillans exprimaient une haine profonde envers l'Archiduc en raison des sacrilèges et des cruautés de ses troupes. Les rebelles et les gens mal intentionnés quittaient la ville. À Tolède, un tumulte éclata à la comédie après des dérisions faites sur Philippe V. Lors de leur retraite, les ennemis emmenèrent Don Antonio Gordonez, directeur de la douane, en exigeant une rançon de six mille pistoles, mais furent interceptés par Don Feliciano de Bracamonte, qui libéra Gordonez et fit prisonnier deux colonels. La reine refusa la rançon et envoya quatre mille chevaux à la poursuite des ennemis. Sa Majesté Catholique nomma Lieutenant Général Monsieur le Chevalier de Croix, lui confiant le commandement des troupes de Navarre sous le Duc de Saint-Jean. En Catalogne, les troupes françaises étaient entrées en territoire ennemi et se préparaient à entrer en action. L'artillerie était arrivée à Roses, tandis que les subsistances avaient été retardées par des conditions météorologiques difficiles. Les ennemis évacuèrent Tolède précipitamment, laissant derrière eux des magasins incendiés. Monsieur de Vallejo surprit un régiment de cavalerie portugaise à Ocana et le força à se rendre. Le Marquis de Lanzarote, distingué pour ses actions à Madrid, mourut de maladie. L'armée de Sa Majesté Catholique entra à Madrid le 3 décembre, où elle fut accueillie avec joie par la population. Des exemples de fidélité au roi légitime furent rapportés, comme celui d'enfants criant 'Vive Felipe quinto' malgré la présence des ennemis. Le roi honora Don Joseph de Echarri du titre de Marquis de Salinas pour ses services. Monsieur du Rozel chassa les ennemis de Sanguessa et surprit Canfranc. L'armée française, composée de 18 000 hommes, entra en Aragon et prit d'assaut la ville d'Exea, massacrant les défenseurs. L'Archiduc revint en Catalogne avec seulement 1500 chevaux, tandis que les préparatifs pour une nouvelle action se poursuivaient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 339-369
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Les Ennemis en abandonnant Tolede pour prendre la route d'Arragon, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Roi, Général, Vendôme, Armée, Troupes, Cavalerie, Infanterie, Bataille, Canon, Dragons, Guadalajara, Reine, Guerre, Prisonniers, Brihuega, Général Stanhope, Staremberg, Gérone
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
d'Espagne.
Les Ennemis en abandonnant
Tolede pour prendre
la route d'Arragon
, ont
divisé leur Armée en differensCorps,
observant toujours
de les mettre à une
distancc qui ne leur ostast
pas les moyens de s'entresecouririles
uns les autres,
en casque quelqu'un fust
attaqué. Ils croyoient qu'-
ils pourroient estre harcelez
par quelques détachefmens
; mais ils ne com- eroienc pas que l'on pust
faire des démarches allez
promptes pour les attaquer
avec toute l'Armée.
Le Roy d'Espagne pour
leur ôter le soupçon qu'on
pust les suivre, estoit allé
exprés avec Monsieur de
Vendosme à Madrid pendant
que les Troupes, par
differens Corps, déroboient
aux Ennemis desmarches
précipitées.SaMajesté Catholique,
avant de partir
ordonna au Détachement 1
detous lesGrenadiers de I
Itil'Armée
&de cent hommes
choisis par Bataillon avec
trente- deux Escadrons de
Cavalerie & de Dragons de
marcher le plus legerement
qu'ils pourroient pour tâ.
cher de joindre les Ennemis.
Mr de Vallejo reçut
ordre de les attaquer par
tout où il les trouveroit
avec douze cens Maistres
qu'il commandoit, afin de
les arrester.
Apres ces précautions.
le Roy & Vendosme arrivèrent
le 7. Décembre à
Alcala, où ils apprirens
qu'il y avoit à une lieuë de
là un Régiment des Ennemis.
Sa Majestéordonna à
Don Feliciano de Bracamonte
d'y marcher avec sa
Brigade. Il fit tant de diligence
qu'il surprit ce Regiment
& le fit prisonnier.
LETTRE
De sa Adajefté Catholique
à la Reine.
Du Camp de Brihuega,
le 9 Décembre.
Je vous dépêche un Courrier
pour vous apprendre une
nouvelle aussi agréablequ'importante.
Mous menons défaire
huit Bataillons & huit Escadrons
prisonniers de guerre.
Nous avons fait donner l'af
faut après midi à Brihuega , aprèsl'avoir battu toute 1,4
matinée avec notre Canon.
LesBrèches étoientfort petites
&les Ennemis avoient retranchemens
sur retranchemens.
L'affaire a esléfort disputée&
a duré plus de deux heures;
mais enfin nos Troupes étant
entrées dans la Ville de maison
en maison
, 0* les Ennemis
s'étant retirez dans un retranchement
qu'ils avoient fait
dans la Place, ont battu la
Chamade. Il n'y a eu aucune
contestation au sujet de la Ca.
pitulation, puifqu'ils ont proposéd'obordqu'on
les reçutprisonniers
de guerre, ce qui leur
a esteaccordé. Tous les Officiers
Generaux Anglois sont du
nombre des Prisonniers. Ce
font Stanhope, Wills &Carpenter.
De notre côté le Marquis
deThouy a esté blesséà la
main ; de celui des EnnemÙ,
Carpenter est bllJé. L'action
a estéfort chaude, (y notre In.
fanterie a hit'# séparécequ'elle
fit à laBataille de Sarragosse ,
en faisant des merveilles aujourd'hui.
Des huit Bataillons
ily en a sept Anglais & un
Portugais, mais à la solde de
la Reine Anne, Les huit Ef.
cadrons consistent en trois Pe.
ymens de Dragons & un de
Cavalerie, tousAnglois;c'etoientles
meilleure, Troupes des
Ennemis,
Je joins à cette bonne nouvelle,
la prise que fit hier Braamonte,
d'un Bataillon Allemand.
Le Comte de Suremberg
sefl avancé aujourd'hui avec
plus de quatre mille hommes à
deux lieuësd'icy ,suivant les
avisquej'en ay eu, apparemmentpoursecourir
Stanhope.
Le Roy d'Espagne estanc
parti le 8 au marin de Guadalaxara
avec toute Ca Cava-
-
lerie pour donner sur l'arriere-
garde des Ennemis,
il eut avis que le General
Stanhopeestoit dans Brihuega
; il marcha droit à
lui1
pourl'attaquer,mais voyant
qu'il s'y estoit retranché de
maniere à se bien deffendre,
il fit invertirlaVille sur tout
du côcé de la Rivière par ou
il jugeoit qu'il pourroit se
retirer à la faveur de la nuit.
La Ville de Brihuega située
à six lieuës de Guadalaxara,
efl: fermée d'une muraille
fort haute, fort épaisse &
revêtue d'une Terrasse en
quelques endroits, avec des
Tours antiques & un alîez
~on Château. Apres avoir
tiré quelques coups de ca-
- ~on on somma les Ennemis
le se rendre,& surle refus
qu'ils en firent on dressa pen-
~ant la nuit de nouvelles bateries
qui commencerent à
tirer le9 au matin & firent
une bréche qui devint inutile
à cause des Terrasses,
Mais Monsieur de Vendome
ayant remarqué plusieurs
maisons attachéesàl'enceinte
des murailles en dehors,
lesfit occuper pour attacher
par là le Mineur &faire une
Brèche pratiquable de ce côté
là. Quand tout sur disposé,
Sa Majesté fitfaire deux
attaques & donna ordre
pour soûtenir la gauche, qui
estoit la veritable. Enfin on
donna l'assaut; l'action fut
long-temps disputée, & les
notres se voyant arrêtez par
le grand nombre & par des
retranchemens qu'ils trouvoient
dans les ruës de 20
en 20 pas, se retrancherent
de leur coté sur la Brèche
pour y attendre du renfort.
Peu de temps après Monsieur
le Duc de Vendosme
y mena quelques Bataillons
qui s'étant jointà eux,pousserentles
Ennemis en garnant:
toujoursle Terrain
le maisonen maison & do
etranchement en rctranchement,
en quoy ilsfurent
aidez par les habitans qui
démolissoient leurs propres
maisons pour assommer les
Ennemis à coups de pierres;
ils penetrent enfin jusqu'au
centre de laVille, pendant
que d'autres Troupes commandées
à l'attaque de la
droite, faisoient diversion;
ce qui obligea les Ennemis
à battre la Chamade & à
capituler. Ils répugnoient
à sedésarmer dès le foir &
à livrer' une des Portes du
Château, maisonles y obligea
sur l'avis que Sa Majesté
eut que le General Sta~
remberg s'avançoit pour les
ecourir. MrdeZuniga fut
chargé du foin de faire
xecuter la Capitulation,
pendant que le Roy & Mr
le Vendôme se disposoient
aller combattre Mr de
taremberg.
D'autres Lettres portent
~ue Mrde Bracamontedé-
~ché par le Roy, cmpêcha
le General Starcm-
~erg de rompre le Pont de
Guadalaxara,ce qui facilitapassage
de l'Armée pour
~atcher à Brihuega.
Un Lieutenant general
& deux Lieutenans Colonels
vinrent capituler. Ils
consentirent d'abord àestre
Prisonniers de guerre. On
accorda aux principaux Officiers,
leurs chevaux & bagages,
à l'exception des Vases
sacrez
, en cas qu'ils'en
trouvast.
; Pendant laCapitulation,
on entendit plusieurs coups
de canon ; c'estoit le signal
de l'Armée ennemie, pour
avertir le General Stanhope
qu'onvenoitlesecourir.
Le 10. au matin le Roy
fut avertique les Ennemis
paroissoient sur la hauteur
de Villa-viciosa, où Monsieur
de Vendosme avoit
posté dès le soir toute la Cavalerie
, ayant prévu que
Mr de Staremberg hafarderoit
le tout pour le tout.
On rangea l'Armée en baaille,
la droite appuyée à
un grand ravin, & la gauhe
à un petit Bois d'Oliiers
où les Ennemis ne pû-
~ent pasallonger leur droite
pour donner une étendue à
~ur gauche qu'ils connucnt
que nous débordions
considerablement par nôtre
droite. Nous avions dans;
nôtre centre un terrain desavantageux
par quantité de
ravins & de petites murailles
de terre séche de la hauteur
de deux pieds & demi.
Nostre droite de Cavalerie
estoit commandée par Mr
le Marquis de Val deCanas;
nostre gauche par Mr le
Comte d'Aguilar,& nostre
centre d'Infanterie par
Mr le Comte de las Torrés,
au deffaut de Mr le
Marquis de Thouy qui avoit
estéblessé la veille à la main
& au pied, & qui ne laissa
pas,malgré toutes les remontrances
qu'on luy faisoit,
de combattre à la te-fte
d'un Escadron ; les Ennemis
à la portée du canon en
mirent vingt pieces en batterie
avec deux mortiers:
le nostre costé nous en mimes
22.pieces. Sur les deux
~eures la canonnade commençant
de part & d'au-
~e,le Roy passa à la droite,
ontre laquelle jcs Ennemis
voient dressé une batterie
leneufpieces, qui faifoienc
~un
feu très-vif.Monsieur
de Vendosme passa à la gauche
& dés qu'il fut arrivé
l'Armée marcha. Nostre
droite que le Roy conduisoit
passa un grand ravin,
& se reforma en presence
de l'Ennemi du costé de
Villa viciosa, qui a donné le
nom à cette Bataille. Monsieur
de Vendosme estantà
la gauche envoya ordre à
Mr Mahoni, qui commandoit
le Corps de Dragons
de marcher au grand
trot, & de gagner les derrieres
des Ennemis pour faciliter
la jonction de Mr de
Bracamonté,qui arriva avec
mille chevaux précisément
à l'heure qui luy avoit esté
prescrite dans le temps que
les deux Armées estoient aux
mains. Cette précaution
nous donna le moyen de gagner
les derrieres de leur Infanterie
, où la Cavalerie de
nostre droite avoir penetré ,
en renversant l'aîle gauche
quîluyestoitopposée. Cette
Infanterie ainsi enveloppée
,fitd esefforts de valeur
si étonnans qu'elle gagna
même duterrain sur la nôtre,
ce qui a fait dire dans
quelques Lettres, qu'elle
avoit plié d'abord. Mais enfin
les Gardes Walonnes &
Espagnoles percerent les
deux Lignes & la Reserve
des Ennemis,& renversérent
un gros Bataillon quarré
au milieu duquel estoit
Mr de Staremberg. Les
Gardes du Roy avec le Regiment
de a Reine commandé
par' Mrle Marquis
de Reaucour, penetrerent
deux fois le centre des Ennemis
,& il ne se seroit pas
fauvé un homme sans la
nuit quisavorisa la retraite
d'une partie decette Infanterie
qui se retira avec preci
pitation du cofté de Siguença.
Il nous est resté avec le
Champ de Bataille, vingt
piéces de canon,deux Mortiers
, tous les équipages
d'Artillerieavecquantitéde
chariots longs,attelezchacun
de huit Mulets;ceschariots
sont nommez Galleres
par les Espagnols. Parmi les
Bagages, il s'esttrouvé environ
huit millefusils. Mr
Mahoni a pris d'un autre
:osié sept cens Mulets chargez
, & les Troupes fefonr
enrichies du butin que les
ennemis avoient pillé dans
la Castille. On Soldat courut
porter à Monsieur de
Vendoime, un Ecendart qu'-
il avoit pris, & refusa l'argent
que ce Prince vouloit
luy donner;illuy dit en luy
montrant une bourse pleine
d'or,voila ce que l'ongagne en
combattant pourson Roy.
Il est demeuré plus de
quatre mille hommes sur le
Champ de Bataille, & on a
fait trois mille prifonniersy,
parmi lesquels font Mr de 1
Belcastel,
Belcastel, Commandant les
Troupes deHollande, Mr
leS.Amant,Lieutenants
Generaux,&un grand nom. -
ne d'autres Omciers.; outre
leux mille trois cens autres
risonniers
,
presque tous
Cavaliers, qui ont esté pris
ar Mr de Vallejo le lendemain
de la Bataille. En forque
decestrois journées,
ous avons neuf mille prionnierseffectifs.
Il y a quanté
de-Drapeaux , d'Etenarts
, & de Timbales;on
en sçait pas le nombre,
arcequ'on en apportoit encore
lois que.Mr deZuniga
est parti pour apposer
ce détail au Roy. Loçfcjtjc
sa Majesté Cajthpliqwe l'a
dépesché,on ne f<jqvjûiitpa$
non plus au juste, latv>r#:
bre desmorts & des blessez
, tant ducoftp.âe.$cru>crnief
que cJecelVy;cUs££psrt
gnoltyquiQaripcfrdftfàsn
PedrodeRonquillo,-.tué
danslaBataille,&Mr le
ComtedûRucetoondetle
premier MiréchaldcGar$>p,
& le dernier Brigadier, mort
des blesures qu'il avoit re-t
çuës la veille àla prise do &nht~ ';,
Mt Maboni poursuivoit
vivement le General
Staremberg
; on assurequ'-
ill'avoitatteint, &fait sommerdeserendre;
onattend
unCourrier pour estre éclaircidelafin
de cette grande
affaire.
* On aprend qu'onapris
encore autres deux mille
hommes aprés la déroute.
•.
Extrait d',une Lettre de
devant Gironne.
Mr le Duc de Noailles
alla camper le 14. à Cervia
& le 15. on a investi Gironne
; tous les Miquclets&
Sommetans des Ennemis,
voulant disputerun costé de
la Montagne, ont esté repoussez
& défaits par Mr de
Planque.
On vient d'apprendre depuis
cette Lettre que la tranchée
est ouverte devant Gironne
,& que Mr le Duc de
Noailles est parti avec une
bonne partie de sa Cavalc
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Les forces ennemies, après avoir quitté Tolède, se dirigèrent vers l'Aragon en divisant leur armée en plusieurs corps pour se protéger mutuellement. Le roi d'Espagne, afin de dissimuler ses intentions, se rendit à Madrid avec Monsieur de Vendôme, tandis que les troupes espagnoles se préparèrent à attaquer les ennemis. Le roi ordonna à un détachement de grenadiers et de cavalerie de marcher rapidement pour intercepter les ennemis. Le 7 décembre, le roi et Vendôme arrivèrent à Alcala et apprirent la présence d'un régiment ennemi à proximité. Don Feliciano de Bracamonte surprit et captura ce régiment. Le 9 décembre, le roi d'Espagne informa la reine de la capture de huit bataillons et huit escadrons ennemis à Brihuega, après un assaut intense. Les ennemis, bien retranchés, furent finalement contraints de se rendre. Parmi les prisonniers figuraient les généraux Stanhope, Wills et Carpenter. Le roi d'Espagne, ayant appris que Stanhope était à Brihuega, marcha vers la ville et ordonna un assaut. Après une bataille acharnée, les ennemis capitulèrent. Le roi et Vendôme se préparèrent ensuite à affronter le comte de Starhemberg, qui avançait avec des renforts. Le 10 décembre, les deux armées s'affrontèrent près de Villa-Viciosa. Les troupes espagnoles, bien commandées, parvinrent à envelopper et à repousser les ennemis, capturant de nombreux prisonniers et du matériel. Dans les jours suivants, les troupes espagnoles continuèrent à faire des prisonniers et à capturer des drapeaux et des timbales. Le duc de Noailles, quant à lui, investit Gironne et repoussa les forces ennemies qui tentaient de défendre la montagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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83
p. 66-86
NOUVELLES d'Espagne.
Début :
On a marqué dans les Relations de la Bataille de [...]
Mots clefs :
Espagne, Ennemis, Roi, Staremberg, Duc de Noailles, Batterie, Canon, Daroca, Gérone
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Espagne.
NO,UVELLES d'EJpagne.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
On a marqué dans les
Relations de la Bataille de
Villaviciosa
, que Mr le
Marquis de Thoy
,
quoy
qu'il eustesté blessé à lac-A
taque de Brihuega, ne laissa
»
pas de combatre à la telle;
d'un Escad ron; maison n'a
pu rien dire de l'avanture
qui luy arriva ;n'en ayant
esté informé que depuis
peu.
Il avoir percéjusqu'â la
Batterie des ennemis, lorsque
quatre de leursBatail-
Ions & un de leurs Escadrons
, ayant esté jusques
entre nos deux Lignes, se
retiroient en bon ordre.
Il reconnut bien leurInfanterie
; mais ayant crû que
f l'Escadron ennemi estoit un
des nostres, il alla se mettte
à la teste, en disant qu'il
falloitaller charger. Ilfut
Ï
reçu a coups de sabre, ôc
ensuite menéà la teste des
quatre Bataillons qui se formoient
en un Bataillon
quarré pour se retirer,
voyant que la Bataille estoit
perduë- Le Colonel d'un
Regiment Palatin qui avoit
esté entierement deffait répondit
de Mr deThoy aux
Officiers qui estoient presens.
On le relâcha,&il
vint ensuite rejoindre le
Royd'Espagne.
Sa Majesté Catholique
aprés avoir envoyé des détachemens
pour suivre le
General Staremberg
- ,
alla
camper le 12. à Fuentes, &-
arriva le ià Siguença. Les
habitans de cette Ville ont
donné des marques de fidelité
pourleur Roy légitime,
en se délivrant eux-mêmes
des Ennemis Le General
Staremberg y avoit envoyé
un Bataillon qu'ils contraignirent
de mettre bas les
armes.
Mr de Bracamonte avoit
fait prisonniers deux cens
hommes qui estoient dans
Hita ;& Mr de Valejoen
avoit encore pris deux cens
cinquante qui estoient sortis
de Médina- celipourailes1
jboindreele Grenergal Star.em-
A Daroca le 31. Decembre.
L'Armée du Roy a estéobligée
desejourner à Siguençajusqu'au
24.àcause de la difficulté
des subsistances.Lesmêmes
raisons avaient retenu les Ennemis
icy oùils avoient marchéjour
& nuit , ce quifait
quenous leuravonsencorepris
plus de quinzecens hommes.
Mr de Villarealqui suivoit
Mf de Staremberg avec cinq
cens Fantassins des Regimens
ds Staremberg& de Revent-
Itfw
, (.fJ' trente Maistres, a
rfié coupé par Mr de Valejo fl
£7*s'efl jetté dans le Chasteau
dïllli*c*a à trois lieuës de Calatajudoù
il s'estrendu prisonnier
deguerre. Nous avons trouvé
dans ce Chasteau d'Illuega a
trois lieuës de Calatajud où il
s'estrenduprisonnier de guerre,
Nous avons trouvé dans ce
Chasseau cinq mille sacs de
graindeux pieces de canon.
Nous prîmes encore hier le
Ghasteau d'Afil!d.J où ilyavoit
deux cens hommes des vieilles
Troupes de l'Empereur qui J'y
tf/oient" trouvées envelopées
par les détachemens que nous
avonsà lasuite des Ennemis.
Le 2. 3. MI de Staremberg
Arriva à Saragosse avec les débris
de fin Armée. M* de
Valejoquile sui voit toujours
attaqua son Atriere-garde, &
le culbuta dans cette Ville.
Monsieur de Vendosme a envoyéordre
àMr de Valejo&
à Mr de Bracamonté de paffit
l'Ebre, l'un audessus&l'au-
Ire au dessous de Sarragosse ,
pour couperentierementla communication
des Ennemis avec
Barcelone.
Barcelone. Mr de Valdecanas
ostà quatre lieuës de Sarragossse
avec la teste de nostre Cavalerie,&
nostre Infanteriey arrivera
le 2. du moisprochain.
D'autres Lettres portent
que tous les habitans des
lieux situez dans les Pyrenées
& le long de l Ebre font
soumis à SaMajesté Catholique;
que Mr le Chevalier
de Croix,Lieutenant gencral
ayant assemblé les Troupes
Efpagnolcs de la Navarre
à Tudela avoit marché
de l'autre costé de l'Ebre
à la droite de soncoursvers,
Sarragosse ; que leColonel
Nebor, sellant joint à,
un Corps de Miquelets.
avoit entrepris de faire des
courses dans le Royaume de
Valence,où il avoit esté battu
& obligé de seretirer en
desordre, & que les Troupes
de ce Royaume-là
, avoient
reçu ordre de marcher
vers Tortose pour en-
- trer dans la Catalogne; que
l'Archiduc estoitarrivé à
Barcelone avec une escorte
de cinquante Cavaliers seulement,&
environcinquante
de ses Officiers&Domestiques;
que le lendemain
18. à minuit, on entendit
une décharge de canon &
de mousqueterie
,
suivie de
grandes illuminations;que
ce qui avoit donné lieu de
faire ces réjoüissances,estoit
l'arrivée d'un Courrier de
Mr de Staremberg qui avoic
apporté la nouvelle que ce
General avoit entierement
défait l'Armée du Roy Philippe
; qu'en même temps
l'Archiduc sortit de son Palais
, &alla à l'Eglise pour y
faire chanter le Te Deum;
que pendant toutla jour on
parladecette V ctoire,mais
que le lendemain on n'en
parla prefquc plus; que trois
jours s'estant passez sans
qu'on en reçust la confirmation
, les plus sensez commencerent
-
d'en douter;
qu'il arriva ensuite quelques
fuyards qui dirent qu'il n'y
avoir point de Victoire gagnée
,mais qu'après le Combat
on s'estoit retiré de part
& d'autre accablé de fatigues,
& que Mr de Staremberg
s'en revenait, & que
Mr de Vendosme le suivoit;
que le General Staremberg
qui estoit arrivé le 23. à Sarragosse,
en estoit sorti le
2. 7.
qu'il avoir abandonné dix
pieces Pde canon, quantité
munitions, & un magasin
d'habits pour ses Troupes;
qu'il n'avoit pas dix
-
huit
cens hommes
, y compris
quelque Cavalerie
, avec
quatre pieces de campagne ;
que la Reine y devoir arriver
incessamment de Navacarra,
& que le Roy devoit
l'y attendre.,
Du Camp de Gironne, le
27Decembre 1711.
Nous avons ejlé quinze
jours en marche& en mouvement,
tant pourl'embarquementquepour
le débarquement.
Nous sommes venusensuite
droit à Gironne ,où dés le lendemain
nous avons travaillé
à nos Batteries. Ce n'a pas
estésansrisque. Nous estions
fort exposez au feu des Ennemis
; mais nous sommes en
état de leurfaire tête. La tranchéefut
ouverte la nuit du23.
au 24. Nous n'avons encore
perdu quedeux Officiers, dont
l'un estoit Officier de l'Artillerie.
On commence d'aujourd'hui
à monter la tranchée avec les
drapeaux, & ce n'ej}propre*,
ment aussi que d'aujourd'hui
que Mr le Duc de Noailles
compte la tranchée ouverte;
mais dés qu'on a remué la
terre devant une place
, on dit
la tranchée ouverte. Nous
sommes à present en état de
presser la place. On ne s'y épargnera
pas.
Du Camp devant Gironne,
le 29 Décembre 1710.
La tranchée fut ouvertele
2.7 ausoir,Mr le Comte de
Fienney commandoit ; hier ce fut Monsieur de Guerchy
Adr le Duc , de Noailles envoya
s'emparer d'un Poste au
dessus du Calvaire ; aujourd'hui
laBréche paroissoit déja
considérable & notre tranchée
vajusqu'à dix toises prés du
chemin couvert. Mr le Duc
de Noailles afait monterà ta
Bréche en sa presence , un
Lieutenant des Grenadiers
d'Auvergne,suivi desept ou
huit Grenadiers pour reconnaître.
Ils ont faitleurdécharge,
& ensuiteMonsteur le Duc
de Noailles leur afaitsigne de
se retirer. Ce Lieutenanta tfle
ble,Selégerement à la joue. Mr
le Duc de Noailles estoit résolu
de faire monter cefoir à l'as
faut; mais on apprend dans le
moment que les Ennemis ont
faitjouertrois Fourneaux à ce
Fort dans le dessein de l'abandonner.
Un moment après que
les Mines ont eu fait leur esset
on y a fait entrer les Grenadiers.
On n'y a trouvé que
trois pieces de Canon deFer&
un de Bronze ; ils ontapparemment
enlevé le reste cette nuit;
ce font les deux Bastions enface
de notre Tranchée qu'ils ont
faitsauter, leflanc decelui du
cosséde leur droite, & la face
de celui du cossé de leur gauche.
Il n'est pas aisé de comprendrequel
a estéle dessein des
Ennemis en cela. On travailla
dés ce soir à faire une Batterie
au dessous du Fort pour battre
une Redoute qui est entre le
Fort& la Ville, & je crois
qu'on l'attaquera cette nuit.
Pendantl'après
-
dîné quelques
Grenadierssesont rendusmaitres
d'une des dernieresmaisons
duFAuxbourg; elle estoit retranchée
en forte qu'ayant occupé
ce posse
,
cela nous facilite
les aproches de la Ville. On
croit qu'on s'enrendra maître
dans peu.
Du Camp devant Gironnc , le 2 Janvier 1711.
Depuis la prise du Fort
rouge, Mr le Duc deNoailles
a fait dressersur la même
hauteur,par où on l'avoit attaqué
,une Batterie de quatre
pieces de Canonqui tire sur le
Fort du Calvaire,cer a même
déjà ruinéses~d;nfisJdesorte
qu'il ne peut plus nom incommoder.
Il a fait dresseruneautre
Batterie de l'autre cossé du
Ter, pour battre en breche /4
Ville. Cette Batterie a commencé
a tirer ce matin
,
elle est
de onze pièces de canon; on
l'augmentera encore. Les Ennemis
font un grand feu sur
cette batterie.Du Fort Connestable
on a tiré une espece de
Boyau au dessous duFortrouge
, pour approcher d'une redoute
que les Ennemis occupent
à une demieportée du Mousquet
de la Place. Ilya aussi
une batterie de trots pieces de
Canon dans ce boyauqui tire
sur aire redoute, dont on n'a
pû encore s'emparer. Onvo:
w luten faire latentative lanuit
dernieretmais ayanttrouvéquelle
estoittropbien diffenduë,&
même soutenuë par quatre ou
cinq cens Miquelets, on se retira.
La Batterie des Mortiers
a mis lefeu à quelques endroits;
il a esté éteintpar les habitans.
.Alr le Duc de Noailles doit
encore faire faire une batterie
de Canon cette nuit, dans le
Fauxbourg, sur le chemin ,du
Pont-Major pour battre de ce
costé-la la Ville en brechs.
Un Courrier que Mr le
Duc deNoaillessir partir de
Gironnc le17,3esté54 heures
à venir à Perpignan. Ce
General mande au Roy que
les grandes pluyes&les torrcns
continuels ont retardé
ses ouvrages,mus que les
bréches sonten bon état,&
quemalgré les d fficultcz de
faire venir exactement les
provisions au Camp,il cfpereestremaistre
de la Ville le
20 dece mois, après quoi le
reste desForts ne l'em baraffcra
pas.
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Résumé : NOUVELLES d'Espagne.
Le texte décrit plusieurs événements militaires en Espagne et autour de Girone. Lors de la bataille de Villaviciosa, le Marquis de Thoy, bien que blessé, participa activement et fut capturé après avoir confondu un escadron adverse avec un escadron allié. Il fut ensuite relâché et rejoignit le roi d'Espagne. Les troupes espagnoles, dirigées par Sa Majesté Catholique, se déplacèrent vers Fuentes et Siguença, où les habitants montrèrent leur fidélité en expulsant les ennemis. Plusieurs actions militaires eurent lieu, notamment la capture de prisonniers et de châteaux, comme ceux d'Illueca et d'Afilion. L'armée du roi dut séjourner à Siguença en raison des difficultés de subsistance. Le général Staremberg, après avoir été poursuivi, arriva à Saragosse avec les restes de son armée. Les troupes espagnoles, sous les ordres de Monsieur de Vendosme, continuèrent à harceler les ennemis. À Barcelone, l'Archiduc célébra une victoire annoncée par Staremberg, mais des informations contradictoires émergèrent rapidement. Le texte mentionne également les opérations devant Girone, où les troupes françaises, sous le commandement du Duc de Noailles, travaillèrent à ouvrir des tranchées et à installer des batteries pour assiéger la ville. Plusieurs actions notables, comme la prise du Fort Rouge et les préparatifs pour attaquer la ville, sont détaillées. Malgré les difficultés dues aux intempéries, le Duc de Noailles prévoyait de prendre Girone d'ici le 20 janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 2-66
EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Début :
La Maison de Choiseul est si connuë dans l'Europe [...]
Mots clefs :
Maréchal Choiseul, Troupes, Roi, Majesté, Prince, Ennemis, Guerre
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
EXTRAIT
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
DES FÀITS
V
LES PLUS IMPORTANS
CONCERNANTS
FEUM'LEMARE'CHAL
DE CHOISEUL. LA Maison de Choi-
,-
seul est si connue
dans l'Europe pour son ancienneté,
& la Noblesse de
son origine estsi amplement
rapportçc dans le Nobilier
de la Province de
Champagne, d'où elle la
tire, qu'il suffira pour établir
la haute naissance de
Monsieur le Maréchal de
Choiseul, de dire que dans
la preuve qu'ilfit de sa Noblesleen1688.
lors qu'il
fut faitChevalier de l'Ordre
par une genealogie qui remonte
jusqu'à
17 ayeuls &
ayeules; il justifiequeJean de
Choiseul quivivoit audouziémesiécle
son ;onziéfQc
ayeulfit l'hômage-lige avec
la Princesse Alix de Dreux
sa mère, dans untitre: de
l'Abbaye dela Chancedatté
de l'an 1239qu'ildevoit
à l'Evêque deLangres à cau
fc de son Château de Choiseul
,
qu'ils'obligeaàdeux
cent marcs d'argent pour
les conventions du Mariage
de Margueritte de Navarre
avec Ferry II.Duc de
Lorraine,&endonna Ces
Lettres l'an 1149, qu'il
confirma au moisd'Avril
de l'an 1252,,toutesles dotations
queReignier Seigneur
d'Aigremont perc
d'Alix d'Aigremontsafemme,
avoitfâitaux Religieux
del'Abbayede Moritnont
dontilsfont Fondateurst
&de-* celle de Molesme
,
& qu'au mois d'Aoust de
l'ànnée suivante, il promit
à Hugues Comte de Bourgogne
de faire la guerre
auCotme de Champagne,
& de l'aider de Ces Châteaux
de Choiseul& d'Aigremont
,
& qu'en l'an
126 5 ,
il termina un différent
qu'il avoit avec Thibault
Comte de Bar son
Coufin, au nom duquel il
avoit répondu de mil marcs
d'argent pour laseureté des
conventions du Mariage
de ses Enfans avec ceux du
Comte deBourgogne, son
pere qui écoit Regnard de
Choiseul 1
2e ayeul du
Nom. Sirede Choiseul
assigna l'an im, la moitié
de sonChâteau deChoiseul
pour le douaire de -la.
Princesse Alix de Dreux sa
femme )men: dudit Jean de
Choiseul
,
qui étoit veuve
de Gautier de Bourgogne
frere d'Estienne II. Comte
de Bourgogne ; Elle étoit
fille de Robert11. Comte
de Dreux 4e fils. du Roy
Loiâis VI dit le Gros &
d'Alix de Savoye
,
l'an
12 jj, il fut l'une des cautions
du Mariage de Blanche
fille de Thibault Comte
de Champagne, & Roy
de Navarre, avec Jean fils
de Pierre Duc deBretagne :
cette Maison a toujours été
reputée grande dans son
enginc , tous les Historiens
qui l'ont curieufcmçnt
recherchée la croyant sortie
des anciens Comtes de
Langres, &du Bassignyqui
étoient Souverains, dont
plusieurs Branches se font
conservées, JLïtejuàprêtent.
LesMarquis de Langres, Barons
dïAmbonnéville, & de
Beaupré; les Barons de Meuse
,
Marquis de Germay ; les
Comtes de Che'Vigny) les Bâtonsd'Aguelly
; lesSeigneurs
:
de Villars & de Bussieres ;
les Marquis de Praslain Comtes
du Plessis &Ducs de Choiseul
Pairs de France
,
d'où
sont issus les Maréchaux de
Praflain & du Plejfis ; les
ComtesdHostel> & les Seigneurs
de Voteau.
Mr leMaréchal de Choiseul
cft né le dernier Decembrc
1632.. & morele1j
Mars 1 7 11. âgé de 78 ans
deuxmois& 15 jours. Il
étoit fils de Loüis. de Choiseul
,
Seigneur Marquis de
Francieres, Lieutenant General
des Armées du Roy,
Grand Bailly & Gouverneur
de Langres. Il s'appelloit
Claudede Choiseul Marquis
deFrancieres, Premier
Maréchal de France
,
Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur des Ville &,
Citadelle de Valenciennes,
GrandBailly&Gouverneur
de laVillede Langres,
-
-
En l'année1649. dés Tige
de 16. ans il commença
à donner des preuves de son
courage,en servant de Vo
lontaire jusqu'au temps que
le Marquis de Franciere fart
pere,luy avant cédé la Compagnie
qu'il avoit dans le
Régiment du Grand Prince
de Condé,il se trouva en
cette qualité au combat de
Vurysur Seine, appelléle
combat S. Antoine, oùil
mérita
, par la valeur qu'il y
fit paroistre
,
le Regiment
de Cavalerie, dont Sa Majessé
lhonnora en 16 3.
temps oùil n' y en avoit que
huit au neufen France, ce
que leCardinal Mazarin luy
ditavant d'obtenir cc Régiment
,est digne de rermaque
; on l'appelloit alors le
Comte de Choiseul, nom
qu'il a toujours porté depuis,
jusquace qu'ilaitesté
fait Maréchal de France : il
avoir combattu en cetce fameusejournée
avec tant de
courage à la tête du Régiment
de Coridé, où la
plupart des Officiers furent
tués, & il s'estoit si fort ex- posé qu'il y futblessé ÔC
pris prisonnier,leCardinal
le voulutvoir,& luy parla
en cette forte: Monsieur
evousavezbienfaitniais voûï
ave% malfaitvous avek bien
fait en combattant en -tre^~
brave hommé, maisvousavez
malfaitdeservircontreleRoy
vôtre Maistre ; le Comte de
Choiseul luy répondir.-Â/arë.
siuerjesuisencore trop jeune
pourfaire des refléélions3jfajf
obéi aveuglémentàmon Pere;
le Cardinal luy répliqua:
Hé bien, fyîonficur
,
le Roy
seravostre premier Pere
y
alltz
Chf'{--WNS attendre fis ordres
Eneffet quelque tempsaprès
onluy envoya le Brevet de
Mettre de Camp de Cavalerie,
qu'ilreçût del'agrément
même de Monsieurle
Prince; il se signalaà la tête
de son RegimentauxSièges
deMouzon & de Sainte
Menehoult,en 1654. àceluy
d'Arras, où les Ennemis
qui attaquoient cette Place,
ayant esté forcez dans leurs
retranchemens,ildeffità
la tête de son Régiment cc:
luy d'Obock, dont ilgagna
les Timballes,SaMajesté eu
fut sicontente,qu'Elle IUY
accorda une pensionde mil
écus, qui estoit pour lors
sort considerable. En16
il se trouva aux Sieges de.
Landrecies, Condé & S.
Guillain, & àce dernier
ayant joint la capacitéauf
courage, il opposa si à propos
quelques Escadrons aux
Ennemis, qu'il facilitabeaucouplaréduction
decette
Place.
1 En1656.ausiege deValenciennes
,
les Ennemis
ayant attaqué le Maréchal
de la Ferté qui y comman-; doit,le Comtede Choiseul ;
par sa vigilance & par sa
valeur
,
donna moyen au
Marquis de Renelde retirer.
les Gardes Suisses restées
dansles Tranchées,où ellles.
auroient esté accablées par
le grand nombre des Ennemis.
En 1657.lorsque feu
Monsieur le Maréchal de
Turenne investitCambray
la fermeté que le Comte do)
Choiseul témoigna en attendant
avec 12. Escadrons
seulementles ennemis, qui
enavoient trente&quivenoient
pourtomber surles
bagagesdel'Armée,qu'ils
auroient pillez, cette fermeté
leséconria tellement,
qu'ils seretirèrentsans oser
rienentreprendre.En1658.
sonmenteaugmentant de
jour en jourluyacquit avec
raison la confiance des Ge"
neraux ,le Maréchal de la
Ferté luy donna le, Commandement
d'unCorps.de
deux mil hommes, pour
couvrir Landrecies, le
Quesnoy &les Places voisines,
pendant qu'il aflîegeoitSaineVenant&
Mardick,
&que le Maréchal de
Turenne&ttaquoit DpnKçtque.
En
En 1664. après la Paix
des Pyrenées, le Comte de
Choiseul n'ayant plus d'occasson
en France designaler
sa valeur, il demanda
d'aller à la tête d'un Regiment
en Hongrie avec
les Troupes que Sa Majesté
envoya au secours de l'Empereur
,
qui arresterent par
le gain du fameux Combat
de Saint Godard le cours
des prosperitez des Armées
Ottomanes. Ilse signala
fort en cette occasion.
En 1667 le Comte de
Choiseulfut faitBrigadier
des ArméesduRoy&dans
la guerre qui recommença
alors il donna de nouvelles
marquesde sa capacité& de
son zele, En 1668. aux sieges
de Tournay., Doüay
& Lisle, que Sa Majestésir
en personne, il fut détaché
pour chercher le Comtede
Martin
,
commandant les
Troupes Espagnolles yit
dessità latête du Regiment
d'Hostein ce célébré Général,
&,fit beaucoup d'Officiers
prisonniers, cette doffaite
fut encore remarquable
par laprise de Don*
Antoine de Cordouë
,
qui
commandoit la Cavalerie
Espagnolle.
En1669. leComte de
Choiseul fut fait Maréchal
de Camp, & envoyé en
Candie, où il demanda d'alleér
avec les Troupes que le
Roy y fit passer au secours
des Venitiens : Il répondit
tellement par ses actions à
la bonne opinion qu'on
avoit de sa capacité
, que
les Venitiens ,& le Sieur
Morosini, leur General, en
firent des Eloges, qui ont
cIe rendus publics partoute
l'Europe ; ils reconnurent
authentiquement combien
sa presence leur avoircfté
necessaire, lorsqu'estant
demeuré à ce Siège feulearjenc
avec six cens hommes
après rembarquement du
leste des Troupes
-
de Sa
Majesté il dit au General
Morosini : Les François n'aandonnent
point leurs amis
sans les mettre au moins en
seureté, quand il est impossible
de leur procurer la victoire.:
Ensuite il fit un tel effort
avec Ces six cens hommes,
(jtui epoussa les Turcs, &
lui donnal ieud'obtenirune
Capitulation honorable, dans le moment qu'il devoitpérir
avec toute &
Garnison.
La Republique de Venise
fut si touchée de cet important
service,qu'elle ordonna
à son Ambassadeur à Paris,
d'aller de sa part faire
des complimens &:des remercimens
au Comte de
Choiseul, dontils'acquitta.
En 1671. àla Guerre de
Hollande il se distingua
aux Sieges d'Arnheim, du
Fort de Schinck, de Nime:
gue, de Crevccoeur
, & de
Bomel.
;
En 1673. à la deffese
de Prague près de Wesel, qu'il ne gardoit qu'avec un
Bataillon & une Compagnie
de Cavallerie
,
il arrêrai
tout court le Prince d'o.
range,qui ne pût le forcer
avec toute son Armée.:
En 1674.il se distingue
au Combat de Seneff. '.;
En 1675.ilcommande
un Corps de Troupes pen..
dant l'EstésurlaMeuse,&
l'Hyver en Lorraine fous le
M^t&chal de Rochefort il
pritla Ville de Deuxponts,,
& plusieursChafteaux.
En 1476. le Comte de
Choiseul fut fait Lieutenant
General des Armées;
du Roy:Il deffit cette même
année une Efcortc tresconfiderable
de Fourageurs,
& lorsque le Maréchal Duc
de Luxembourg se retira
fous Saverne, le Comte de
Choiseul conduifir l'Arrieregarde
de l'Armée qu'il
commandoit, & la garantit
par sa bonne conduite du
rilque qu'elle couroit d'être
entamée par l'Aimée^ çanemie.
En 1677. il se trouva à
la Journée de Cochsberg,
où l'Armée des Ennnemis
fut défaire, il avoir déjà
disposé toute l'Armée,
quand le Maréchal de Crequy
arriva juste pour avoir
Thonneur de la victoire,
MonsieurdeChoiseul finie
cette campagne par le
siege de Fribourg.
En 1677. ilattaqua avec
le même succès un Corps
de Troupes des Ennemis,
fit plusieurs Prisonniers,apprit
beaucoup de bagages
cetteactionfut, suivie d'une
autre
autre prés Rhinfeld
,
où il
força & battit les Ennemis
retranchez, prit SeKingen.
aprés s'être rendu Maistre
d'un Poste qui en estoit
proche.
En 16-, p. il se trouva à
laprise des Forts de Stras
bourg,& battit l'arrieregarde
des Ennemis prés de
Minden.
Son merite & sa capacité
s'estant fait remarquer dans
tous les endroits où ila fer-
.J
vi; le feu Electeurde Cologne
le demanda au Roy
en 1684. pour commander
son Arméeenqualité de General
& FeldMaréchal, & il
est dit dans le monde à ce
sujet, qu'une personne puissante
qui ne lui estoit pas
favorable, dit au Roy que leComte de Choiseulestoit
un Officier tres-capable
,
mais qu'il avoitla veuë basse;
à quoi Sa Majesté répliqua
il en verra mes Ennemis de
plus prés.
Il réduisit la Ville de Liege
à l'obeissance de cet Electeur,
par une action qui eue
esté temeraire s'il y eut eu
unmeilleur party à prendre;
maisla témérité devient pruetice
en certaines extremitez
où l'audace est necessaire
pourintimider ceux qui vous
accableroient par le grand
nombre un petit parti qui
tenoit encore pour l'Electeur
dans la Ville contre
cinquantemille revohez
en armes, lui livrant une
des portes, par laquelle il
entra avec sa seule Compagnie
des Gardes, pendant
que toute son Armée étoit
derriere
, un des Mutins le
coucha en jouë avec un fusil
bandé pour le tuer;son Capitainc
desGardes se jetta dcf,
ÍUs, & l'alloit tuer d'uncoup
depistollet ; mais leComte
de Choiseull'empêcha en;
cliant; ah ne luifaitespointde
mal, ilestassezpuni,puisqu'ila
peur; en fuiteil sempara sans.
perdre temps de toutes les
places&des avenues par le
moyen du party
-
qu'il avoic
dans la Ville,destrouppes
qu'il y fit entrer sur le
champ;cette richeVillevoulut
luyfaire present d'une
somme tres-conisiderablea
qu'il refusa
, coûtent du
present de l'Electeru qui
lui donna uneépée garnie de
diamants, & quatre picces
de canons qui sont sur la
principale Tour du Chas.
tcaud'Irouer en Bourgogne,
parBrevet de Sa Majesté.
En 1689. il commanda
un Corps separé sur le haut
Rhin, pour s'opposer à fEJelèeûr:
de Bavierre qui le
trouva posté, de maniéré
qu'il n'osa rien entreprendre
avec toute son armée, quoy
que le Comte de Choiseul
n'rot que trente-deux Efèadrons
fous ses ordres, & un
RegimentdInfanterie. Il
prie à la fin de la Campagne
Bretten dans le Marquisat de
Baden, fit prifonnicrs 600
hommes quiétoient dedans,
& repoussa un Corps de
Troupes qui s'estoit approché
pour la secourir.
-
En 1690. il continua ses
services en Allemagne fous
le Maréchal de Lorges, en
1 6 9 1. il fut envoyé à
S.Omer, à desseind'yassemblerun
corps detroupes
; les Ennemis menaçany
d'attraquer nos Places Maritimes
,
& en 1692. il servit
en ladite qualité de Lieutenant
général
,
fousle Marechal
de Bellefond
,
le long
des Costes de Normandie.
Au mois de Mars 1693.
le Comte de Choiseul fuy
fait Maréchal de France,
lamêmeCampagne de1693.
il commanda en sécond l'Armée
d'Allemagne,que Mr
le Maréchal de Lor ge comme
son ancien commandoiy
en chef; Mr le Maréchal de
Choiseulla commanda fcul
pendant quelque temps ;
Mr le Maréchal de Lorge
estant allé au devant de
Monseigneur&de son Armée,
que conduisoit Monlïeur.
le Maréchal de Bouf
flers.
En 1694. Mr le MaréchaldeChoiseul
fut nommé
,
pour commander surles
Costes Maritimes du Ponent
une Armée pour s'apporer
aux enrreprifes des Ennemis;
il commandoit dans toute
l'etenduë des Provinces de
Normandie & Bretagne ,
comme General d'Armée,&
comme Gouverneur, de maniéré
que Sa Majesté en l'honorant
de cet Employ
,
lui
dit je vous donne le même
Commandement, avec la
même authorité qu'avoit
mon frere la campagne dernière;
en sorte que ses ordres
depuis le Conquest par delà.
Brest se portoient jusqu'au
Treporc au delà de Dieppe;
ce qui fait plus de cent quatrevingt
lieues.
En 1695. Mr le Maréchal
de Choiseul eut le même
Commandement sur les
Costes de Normandie & de
Bretagne, Dieppe;qui se trouvoie
éloigné de plus de 60
lieues de la Hogue, où il campoit
avec son Armée fut
bombardé par les Ennemis
& sort endommagé, le Maréchal
de Choiseul quelque
.diligence qu'il sit nayant pû
s'y rendre assez tost, il prévint
les Ennemis au Havre qu'ils
bombarderent ensuite avec
furie; mais par sa prévoyance&
par les bons ordres qu'il
donna dans la Ville; les Ennemis
après avoirresté devant
trois jours & trois nuits,
furent obligez de se retirer
après y avoir perdu leur plusgrande
Galiotre, qui fauta
d'une deno s bombes;on prit
tout ce qui estoit dessus ;ils
esperoient dans la terreur où
tout ce Pays se trouvoit;s'emparer
de cette Ville que le
Bourgeois avoit entièrement
abandonné en laissant lesportes
de la Ville ouvertes, &
même le Commandant , quoi- que jusqueslà connu
pour un brave homme, se
trouvoit saisi de la même
crainte,&s'étoit enfermé dans
une tour dont il n'osoit fortir
avant que le Maréchal de
Choiseul fut arrivé; lequel
par sa presence & par ses (agesprécautions
sauva l-el Ville
de l'incendie; il n'y eut seulement
que deux ou trois maifons
endommagées ou brulées.
En 1696 ,
Sa Majesté
nomma Mrle Maréchal de
Choiseul pour commander
en chef son Arméed'Allemagne,
avec laquelle il
passa d'abord le Rhin, &
-
subsista longtems dans le
Marquisat de Baden aux
dépens desEnnemis; cfrfuite
ayant repassé éèfleuvê
avec son Armée, il marcha
jusques auprès de Mayence
,jusqu'à ce que la
substance luy manquant,
il fut obligé de remonter
fut le ruisseau duSpirback,
qu'il occupa dans toute son
étenduë,depuis Neustat jusqu'à
Spire
,
qui font5grandeslieuesd'
Allemagne.Mr le
Prince de Baden ayant passé
le Rhin à Mayencc avec
toutes les forces de l'Empire
qui rendoient son Armée
plus nombreuse d'un
tiers que cclle de Sa Majesté,
quoy qu'elle eûtesté
jointe par un corps détaché
de celle de Flandres , commandé par Mr le Marquisd'Harcourt
Lieutenant
General, publioit aussi-bien
que tous les Alliezqu'il aL
loit faire le siege de philisbourg
ou celuy de Landau
,
& ravager l'Alsice.
Il avoit à sa suite toute
l'artillerie, &les munitions
de guerres necessaires
,
&
ses magasinsassurez ; fou
projet paroissoitbon, aucun
General jusques
-
là
n'avoit pensé de garder un
si grand espace de pays,
avec une Armée fort infe- ;
ricure à celle de son Ennemy
,
n'ayant pour se couvrir
qu'un simple Ruisseau
gayable, & presque deses- ¡,
chépar tout, sans aucuns
retranchemens. Mnsieur
le Maréchal de Choiseul
fit feulement à la haste relever
un peu de terre le long
dece ruisseau,& quelques
abatis d'arbres. Le Prince de
Baden marchoit à luy à
grandes journées, ille trouva
campé en cetétat,ayant
sa droite appuyée à Spire,
c'est à dire, au Rhin, sa
gauche à Neustat
petite
»
Ville au pied de la Montagne,
& son centre fortifié
de quelques redoutes,
&
d'arbres abatus, sa fituation
, & plus encore l'alfu.
rance de son Armée fous
un tel General, arresta tout
court le Prince de Baden ; il s'amusa à cannoner un
Château au-dessus de Neuflac
qu'il ne prit point,
non plus que cette Ville
qui n'auroit pas tenuë contre
un détachement de cent
Dragons, quoy qu'ellefût
de son côté au-delà dudit
ruisseau,& après avoir passé
trois semaines, les deux
Armées en presence à se
cannoner de part & d'autre,
Mrle Prince de Baden fc
retira ,
retira, & finit la campagne,
sonArmée en tres mauvais
état, ayant beaucoup souffert.,
sur tout sa Cavalerie,
celledu Roy ayant auparavant
consommé ce qu'il
y avoit de fourages,au lieu
quecelle deSa Majesté avoit
aborrdahcedetouteschoses;
sanstrop loüer Mr le Maréchalde
Choiseul, on peut
dire que ce parti hardi qu'il
prit de luy-même contré
l'avisde plusieurs Officiers
Généraux, est un trait de
grand Capitaine, & des
plusexpcîrimeiitez.1
En 1627.il continua le
même commandement CD
Allemagne, subsista longtems
avec son Armée aLi
prés de Mayence aux dépens
des Ennemis, pendant que
Mr le Prince de Baden avec
celle de l'Empire assembloit
de l'autre côté du Rhin
plusieurs ponts pour passer.
ce fleuve, & ravagerl'Alsace
; Mr le Marechal de
Choiseul pour l'empêchec
marchaàl'entréedela nuit,
avec tant dediligence qu'cD
moins de trois joursil avoit
passé le Rhinau FortLoüis
avec toute son Armee , armes
, canons & bagages,
& campa au milieu du Mat*
quisatde Baden,ayant fait
plusde trente lieuësd'Allemagne
; Mr le Prince de
l'autre, côté du Rhin, pour
lobserver ,croyant que
nôtre Illustre General, vouloit
feulement couvrir l'Alface
, comme il en faisoit
courir le bruit,fut dans un
étonnement incroyable d'aprendre
que l'Armée du
Roy innondoit son propre
Païs,tous sesprojetsenfurent
deconcertez;ilnepensa
plus qu'à couvrir l'Allemagne
où l'Armée du Roy
subsista la plus grandepartie
de la campagne au desfous
& au-dessus de Strasbourg,
où le Maréchalde
Choiseul auroit emporté de
grands avantages, sans les
pluies qui tomberent pendant
prés d'un mois sans
discontinuation,&qui rendirent
les chemins tellement
impraticables qu'il fut impossible
d'attaquer les Ennemis
dans leurs retranchemens
le long de la Montagne
; cet espece de deluge
embarassa même extrêmement
l'Amée du Roy dans
sa retraite, où les Ennemis
parurent inutilement
pour donner sur l'arrierc..
garde,ils ne purent l'enta.
mer par aucun endroit:
elle subsista le reste de la
campagne toujours aux dépens
des ennemis au Païsde
la Saarre
,
où les ordres
arriverent pour une cessation.
d'Actesd'Hostilitez
de part &d'autres en attendant
la fin du Traité de Paix
qui fut conclu à Rifwick ;
Mrle Mareschal ds Ghoiseul
à son retour à la Cour
aprèsavoir rendu compte
au Roy de sa Campagne, luy representat que sa santé
& sa vûe eftoienr si fort affoiblis
qu'il estoit obligé
de dire à Sa Majesté, avec
regret, qu'il ne se trouvoir.
plus en estat de pouvoir
aller à la guerre à l'avenir,
& qu'il estoit heureux d'en
sortir avec l'honneur de son
<eftimë ; le Roy luy repon?-
dit avec bonté qu'un Homme
commeluy luy seroit
toûjoursnecessaire.
Eusuite SaM. pour mac--
quer qu'Elle étoit contente
de ses services, de son propre
mouvement, ju geant
qu'il n'avoit pas assez de revenupour
subsister convenablement
selon son rang,
changea le Gouvernement
qu'il avoit de Saint Orner
,
qui ne valoir que 12 mil
livres à celuy de Vallenciennes.
quiest de 30 mil
Ivres.,
Au commencement de
Jannéç'1707érpnt.devenu'
leDoyen des. Maréchaux
de France, par la
mort de Mr le, Marefcb^l
d'Estrées, malgré la màtivaisesanté,
il fé donna
tout entier aux affaires de
la Mareschaussée jusqu'au
mois de Fevrier 1711,
que se sentant afforblir
beaucoup
,
il supplia- Sa
lMajcll:é de trouver bon
qu'ilquittât ce tra~ait~~u~c
sa santé neluypouvoit plus
foût-t-ilit-) le Roy k luy
permit avec Eloges,die
qu'ilapi^buvbittôûjours
que-lèsj Ht>mrnSs?dè diftitlaion
,commeluymissent
un intervale entrela vie
& morè ,SaMajestédit
qu'il
qu'il le prioit de conserver
la santéd'un Homme qu'il
avoit toûjours estimé.
A sa mort qui arriva
le quinze Mars, c'est-àdire
, fort peu de tem ps
après,SaMajesté dit publiquement
à son sujet, qu'-
Ellevenoitde perdre un
vertueux Gt--litilï.hon-Ime
:
grandElogo danslabouche
d'un Roy,qui parlant [don
r
son coeurcomprend f-ou'$lc'è-,-
mot devertueuxtout ce
; qui peut faire le Panegirique
d'un grand Homme.
LorsquesaFamilleallaannoncer
cettemort à Sa M;,,,
& témoigner sadouleur sur
cette perte, SaMajestérépondit
je perds aussi un Sujet
qui m'a rendu d'importants
fervices, &qui a sçûrendre
dignementla Justice ;
SaMajestéavoit un si grand,
fonds de confiance en sa
probité &sincerité
, qu'en
plusieurs rencontres Elle a
cité, pour faitsconstants,
cequ'Elle sçavoit par luy,
en disant, Cboifeulmcula
dit. ii On a fort admiré dans
le Monde la maniere
dont il remit la Connétablio
entre les mains du
Mareschal de Villeroy
soïs esprit fain & entier,
sa santé luy promettoit encore
plusieurs annéesde
vie; mais il vouluen'être
plus occupé que des foins
de son salut,& de l'arrangement,
de ses affaires ,-&
lors que quelque tems a près
il vit sa santé diminuer
il preparoit luy-même se,s
Amis à une separation qui
l'attendrissoit sans s*allarmer.
Enfin quand on luy
annnonça qu'il falloitfonger
à ses Sacrements
,
il
dit d'un air ferme & gracieux.
t^ous me faites plaifr
, car je me sens diminuer;
il eut l'aprésmidy
une conversation avec Mr
l'Abbé Fl.., homme
doüé d'un profond sçavoir
& d'une aussi grande pieté,
aveclequel il en avoir déja
eu plusieurs de cette manière
: Le foir il seconter
ôç le sit avec grande présence
d'esprit le lendemainqui
estoit le Vendredy
matin 13 Mars
,
il recût
le saint Viatique & l'Extrême-
Onction; repondant
à toutes les Prières,
avec une humilité, unepiété
& une édification admirable
;le reste dii jour ille
passa tranquillement, , parlantavec
une entiere connoissance
; même le soit
son Domestique luy parlant
d'une querellede deux
Medecins qui estoient prests
à se battre dans son antichambre
,
sur un remède
qu'onvouloitluy donner,
il répondit en riant
,
ilssi
battent pour peu de chose
le peu de , vie qui me reste
ne vaut pas la peine de disputer
; >ynais il faut pourtant
mourrir dans les formes ; la nuit sepassa encore assez
bien; mais sur lesquatre
heuresdumatin, ilfut
fort agité, il fallutle lever
dans son fauteüil
,
où il
resta, du temps ; mais ne
pouvant plus tenir, on le
remit au lit avant midy , auquel temps il ne parla
presqueplus, mais il entendoit
& serroit la main
à son Confesseur en embrassant
le Crucifix; le Samedy
jusqu'à minuit,il
fut à peu prés de Inefrne',
-
en empirant toûjours jut:
qu'au Dimanche à midy
1 5 Mars qu'il expira, sans
aucune violence
, comme
une lumière qui s'éteint
faute d'huile.
, Mr le Maréchal de
Choiseul à la mort de
son pere quil'avoittoûjours
flaté de luy laisser
trente mille livre de rente,
trouva plus de dettes
que debiens; on luy
proposa de prendre des
,
Lettres, d'Etat
3,
pour
.pouvoiravec* le/tenis,
s'aqufetêr petitàpetit
sans s'incommoder;non,
: dit-il ; il vaut mieux
-siftcômàderquedéfaire
attendre ceux a qui l'on
doit ; ensuiteilassembla
tous les Créanciers
de sa Maison, S( leur
distribuà les Terres dont
,
il auroit pû joüir long-
,
tems malgré eux, & seroit
restésans bien si le
Roy parses bien-faits ne
-
l'eût mis en étatdesub-
: sister.fplong -Ilfèroittroplongde
raporter toutes sesactions,
dejufticc,&C de
rgénerofité , ilprenoit
souvent sur fbii necef-
-- saire pour aider ses proches,
ses amis, & ceux
quis'atachoientàluy. Il
n'y a jamais eu un meilleur
parent,un meilleur
Ami, ni un meilleur Maître;
en un mot, le grand
nombre d'actionséclatantes
publiques & particulieres,
Tiinformioé
desoncaracterependant
une longue vie ; le jugement
des plus grands
Hommes du dernier Siecle,
qui l'ont loüéhautement
, prouvent bien
lemérite du coeur &
de l'esprit de ce grand Homme.
En effet, peut-on gagner
tant de suffrages,
réussir dans unsi grand
nombre d'entreprises ,
,
se conduire pendant
soixanteans, à la Cour,
à la Guerre,dans lavie
privée,& dans les conjonctures
les plus delicates,
avecune équité parfaite,
un honneur franc,
une exactebien-seance,
& une fermetéinébranlable
, sans avoir un
grand coeur, un bon
sens, un jugement seur,
& un grand fond de veritableesprit.
Mr le Maréchal de
: Choiseul ne1 se piquoit
<point de cette subtilité
,degenie y&C de cette
-politique rafinée, qui
fait le méritede la plus-
- part des Courtisants;
son grand coeur en ref,
fufoit l'étude, &en mé-
"prifoir l'usage:Iln'avoit
.pas besoin d'Art, lavivacitédu
sentiment luy
rfuffifoic faloit - il agir,
falait-ilparler dans une
occasion importante, il
agissoit, il parloit avec
une promptitude ,. ôc
,. une justesse dont les plus
deliez Courtisants ,au..,
roient fait un grand
honneur à leur esprit. i Ila eu le bonheur de
n'en sçavoir point trop,
&de se laisser conduire
par une nature excellen-
-,
te, quilatoûjoursporté
droit à ce qu'il y avoit
de plus raisonnable, &c
de plus vertueux; aurions-
nous en sa personne
le modelleparfait
d'un Gentil-homme ;1,
s'il eûttantsubtilisé surles
principes de la vertus
-& de l'honneur, & H.
lesentiment chez luy eût?*
été embarassé par les
raisonnements delaPhi-1-
lofofie &delaPolitique,
en plusieurs occasions,
dans des tems dificiles,
son honneur Se la reli—>
giondesonsermentsurent,
tentez par l'interest,
d'une grande fortune;
il né fut point assezrafiné
politiquepour se former
denouveaux devoirs par
des raisonnements fub-
19s
, en ces occasions
,
il répondoit gauloise—
ment; il nJcft pas en
moy de faire cela,j'aimerois
mieux mourIr.
Enfin l'ame du Maréchal
de Choiseul étoit
celled'un véritableChelier
Gaulois, verseuse
> confiance
,
intrepide
:1
comme celle des Guesclins,
& des Bayards
,
Pi pendant soixaute ans
comme le modele denô-î
tre.gncieiiiie ?.&£ verjta-i
hle iClicvaiçe : i:
Je parojtroisufurpec.
les droits de la Chaire,;
&entreprendre. l'Osai-;
son Funebredu Masê-î
chal de Choiseul ,ii je.)
voulois montrer,icy,dans
touc leurjour le$;gfàndsî
sentimens - quil'ani- ,,'
moient 8c qui fori
moient en luy ce çoncert
de vertus qui fait le
parfait honneste hotn.
me & le veritable Chrétien
, cette bonté
, cette
humanité
,
cettecharité1
extrême d
:l ce pardon
courageux des injures,
jointà cette suprême valeur;
cette libéralité exercée
de bonne foy ôtiecrettement
sur desennemis,
sur desingrats; ces
vertus sublimesdansun
homme simple font hon..
neur à l'homme & à la
Religion:oüy, l'on peut
dire que l'homme& la
Religion luy ont obligation
d'avoir fourni une
preuve vivante &inCOfl.
testable, que les conseils
de l'Evangile sont sondez
dans la bonne nature,
&que le véritable
heroïsine du monde ne
peut estre perfectionné
qtuiepaanr
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Résumé : EXTRAIT DES FAITS LES PLUS IMPORTANS CONCERNANTS FEU Mr LE MARÉCHAL DE CHOISEUL.
Le texte présente les faits marquants concernant la vie et la carrière militaire du Maréchal de Choiseul. La maison de Choiseul, originaire de Champagne, est réputée pour son ancienneté et sa noblesse, confirmée par une généalogie remontant à 17 aïeuls et aïeules. Jean de Choiseul, ancêtre de Choiseul, fit hommage-lige à la princesse Alix de Dreux en 1239. La famille Choiseul est liée à plusieurs branches nobles, dont les marquis de Langres et les ducs de Choiseul. Claude de Choiseul, né le 16 décembre 1632 et mort le 13 mars 1711, commença sa carrière militaire à 16 ans en 1649. Il se distingua lors du combat de Vurysur Seine et reçut le régiment de cavalerie de Sa Majesté en 1653. Il participa à de nombreux sièges et batailles, notamment à Mouzon, Sainte-Menehoult, Arras, et Valenciennes. En 1664, il combattit en Hongrie au secours de l'Empereur. Promu brigadier en 1667, il se distingua lors des sièges de Tournay, Douay, et Lisle. En 1669, il fut nommé maréchal de camp et envoyé en Candie, où il négocia une capitulation honorable avec les Turcs. En 1671, il se distingua lors de la guerre de Hollande et fut promu lieutenant général en 1676. Il commanda diverses troupes en Lorraine et sur le Rhin, et fut nommé maréchal de France en 1693. Sa carrière militaire fut marquée par son courage, sa capacité stratégique, et son dévouement au service du roi. Entre 1694 et 1697, le Maréchal de Choiseul continua à jouer un rôle crucial sur le plan militaire. En 1694, il fut nommé pour commander les côtes maritimes du Ponant, couvrant la Normandie et la Bretagne, avec une autorité étendue de Brest à Dieppe. En 1695, il défendit Dieppe contre les bombardements ennemis et sauva Le Havre grâce à ses précautions. En 1696, il commanda l'armée en Allemagne, traversa le Rhin et occupa le Marquisat de Baden. Il repoussa les forces du Prince de Baden, malgré leur supériorité numérique, en fortifiant un ruisseau. En 1697, il continua de subsister aux dépens des ennemis près de Mayence et traversa le Rhin pour empêcher les projets de l'ennemi. Sa santé déclinante le força à se retirer en 1697. Le roi exprima publiquement son estime pour lui. Le Maréchal de Choiseul mourut le 15 mars, après avoir réglé ses dettes et aidé ses créanciers. Il fut loué pour son honneur, sa générosité et son courage, incarnant les vertus d'un véritable chevalier et chrétien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 2-11
ODE TIRÉE DU PSEAUME 143. Benedictus Dominus meus.
Début :
BENI soit le Dieu des Armées, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : ODE TIRÉE DU PSEAUME 143. Benedictus Dominus meus.
TIRE'E'DU PSEAUME If'.
Benedictus Dominas:meus. BENI soit le Dieudes
Armées, ;
Qui donne la force à mon
bras,
Et par qui mesmainsfont
formées
Dans Farcpenibib des
combats;
De sa clemence inépuifa-
: ble t.
Le secours prompt & fa*
vorable,
Afiai mes oppressions: : En luy j'ay trouvé mon
azile,
Et par luy d'un peuple indocile
J'ay dissipé lesfactions.
Qui suis-je vile creature,
Qui suis-je, Seigneur,&
pourquoy
Le Souverain de la nature
S'abbaiÍfe-t-il jusques à
moy ?
L'homme en sa coursepassagere
N'est rien qu'une vapeur
legere,
Que le Soleil fait dissiper,
Sa grandeur n'est qu'une
vaine ombre
Et sa clarté qu'une nuit
sombre,
Que l'oeil, fuit & voit
échapper.
s,
Maisquoy les périls qui
m'obsedent
Ne font point encore paf
sez?
De nouveaux ennemis
succedent
A mes ennemis terrassez?
Dieu terrible,ordonne aux : campagnes
D'engloutir les vastes
montagnes ,
Commande aux Cieux ck
s'abbaisser,
Fais de leurs voutes enflammées
Pleuvoir ces fleches allumées
Que tes fureurs-sçavent
lancer.
Objet de mes humbles
Cantiques,
Seigneur,je t'addresse ma
voix
Toy, do.3nt les promesses
antiques
Furent toûjours l'espoirdes
Roys,
Tojyde qui les secours
propices,
Atravers tant de precipices,
M'ont toujours garanti
d'effroy,
Conserve aujourd'hui ton
ouvrage,
Etdaigne détourner l'orage
Qui s'appreste à fondre
sur moy,
Arreste cet affreux déluge,
Doncles flots me vont submerger,
Sois mon vangeur, fois
mon refuge
Contre le fils de l'ecrangen
Vange-toy d'un peuple
-
infidele, 4
De qui la bouche crimi-
,
nelle
Ne souvre quilïrnpier^,
Et dont la main vouée au
crime
Ne connoist rien de legitimé
Que le meurtre & l'iniquité.
Ces hommes, qui nont
point encore
-EpIquvé la main du Seigneur
iSegflanttenot qrueeDieu le*
Et s'enyvrent de leur bon- heur;
Leur posterité florissante,
Ainsi qu'unetigenaissante
Croît & s'éleve fous leursyeux,
Leurs filles couronnent
leurs têtes
De tout ce qu'en nos jours
de fêtes
Nous portons de plusprecieux.
De leurs grains leurs
granges sont pleines,
Leurs celliers regorgent
- de fruits,
Leurs troupeaux touschargez
de laines
Sont incessamment reproduits,
Pour eux la fertile rosée
Tombant sur la terre embrasée,
Rafraîchit son seinalteré.
Et pour eux le flambeau
du monde
Nourrit d'une chaleur fécondé
Le germe en ses flancs
resserré.
Le calme regne dans
leurs Villes,
Nul bruit n'interrompt
leur sommeil,
On ne voit point leurs
toits fragiles
Ouverts aux rayons du
Soleil;
Cest ainsi qu'ils passent
:: leur fig€ :
Heureux) difcnt."ils) le rivage
.Où l'on jouit d'un tel bonheur.
Qu'ilsrestent dans leur
rêverie,
Heureuse la feule Patrie
Où l'onadore le Seigneur.
Benedictus Dominas:meus. BENI soit le Dieudes
Armées, ;
Qui donne la force à mon
bras,
Et par qui mesmainsfont
formées
Dans Farcpenibib des
combats;
De sa clemence inépuifa-
: ble t.
Le secours prompt & fa*
vorable,
Afiai mes oppressions: : En luy j'ay trouvé mon
azile,
Et par luy d'un peuple indocile
J'ay dissipé lesfactions.
Qui suis-je vile creature,
Qui suis-je, Seigneur,&
pourquoy
Le Souverain de la nature
S'abbaiÍfe-t-il jusques à
moy ?
L'homme en sa coursepassagere
N'est rien qu'une vapeur
legere,
Que le Soleil fait dissiper,
Sa grandeur n'est qu'une
vaine ombre
Et sa clarté qu'une nuit
sombre,
Que l'oeil, fuit & voit
échapper.
s,
Maisquoy les périls qui
m'obsedent
Ne font point encore paf
sez?
De nouveaux ennemis
succedent
A mes ennemis terrassez?
Dieu terrible,ordonne aux : campagnes
D'engloutir les vastes
montagnes ,
Commande aux Cieux ck
s'abbaisser,
Fais de leurs voutes enflammées
Pleuvoir ces fleches allumées
Que tes fureurs-sçavent
lancer.
Objet de mes humbles
Cantiques,
Seigneur,je t'addresse ma
voix
Toy, do.3nt les promesses
antiques
Furent toûjours l'espoirdes
Roys,
Tojyde qui les secours
propices,
Atravers tant de precipices,
M'ont toujours garanti
d'effroy,
Conserve aujourd'hui ton
ouvrage,
Etdaigne détourner l'orage
Qui s'appreste à fondre
sur moy,
Arreste cet affreux déluge,
Doncles flots me vont submerger,
Sois mon vangeur, fois
mon refuge
Contre le fils de l'ecrangen
Vange-toy d'un peuple
-
infidele, 4
De qui la bouche crimi-
,
nelle
Ne souvre quilïrnpier^,
Et dont la main vouée au
crime
Ne connoist rien de legitimé
Que le meurtre & l'iniquité.
Ces hommes, qui nont
point encore
-EpIquvé la main du Seigneur
iSegflanttenot qrueeDieu le*
Et s'enyvrent de leur bon- heur;
Leur posterité florissante,
Ainsi qu'unetigenaissante
Croît & s'éleve fous leursyeux,
Leurs filles couronnent
leurs têtes
De tout ce qu'en nos jours
de fêtes
Nous portons de plusprecieux.
De leurs grains leurs
granges sont pleines,
Leurs celliers regorgent
- de fruits,
Leurs troupeaux touschargez
de laines
Sont incessamment reproduits,
Pour eux la fertile rosée
Tombant sur la terre embrasée,
Rafraîchit son seinalteré.
Et pour eux le flambeau
du monde
Nourrit d'une chaleur fécondé
Le germe en ses flancs
resserré.
Le calme regne dans
leurs Villes,
Nul bruit n'interrompt
leur sommeil,
On ne voit point leurs
toits fragiles
Ouverts aux rayons du
Soleil;
Cest ainsi qu'ils passent
:: leur fig€ :
Heureux) difcnt."ils) le rivage
.Où l'on jouit d'un tel bonheur.
Qu'ilsrestent dans leur
rêverie,
Heureuse la feule Patrie
Où l'onadore le Seigneur.
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Résumé : ODE TIRÉE DU PSEAUME 143. Benedictus Dominus meus.
Le poème 'Tiré du Psaume LXXXIX' est une louange à Dieu, le Seigneur des armées, qui accorde force et secours au poète pour vaincre ses ennemis et disperser les factions rebelles. Le poète s'émerveille de l'attention divine envers une 'vile créature' et souligne la fragilité de la grandeur humaine. Il exprime ses craintes face aux périls et aux nouveaux ennemis qui succèdent aux anciens. Il implore Dieu de manifester sa puissance en ordonnant aux campagnes d'engloutir les montagnes et aux cieux de lancer des flèches enflammées, afin de le protéger et de le venger des peuples infidèles qui ne reconnaissent pas la main du Seigneur. Le poème décrit ensuite la prospérité des ennemis, dont la postérité croît, les filles sont couronnées de biens précieux, les granges sont pleines de grains, les celliers regorgent de fruits, et les troupeaux sont chargés de laines. La rosée et le flambeau du monde nourrissent leurs terres, et le calme règne dans leurs villes. Le poète conclut en souhaitant que ces peuples restent dans leur rêverie et en bénissant la patrie où l'on adore le Seigneur.
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86
p. 61-71
Nouvelles de Flandre.
Début :
Le 30. Avril Mylord Marlborough arriva incognito à Tournay. Il n'y [...]
Mots clefs :
Roi, Camp, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Flandre.
Nouvelles<de Flandre.
Le 30. AvrilMylord.
,'hlLlrlborougharriva incognitoà
Tournay.Iln'y
retta qu'un moment^&il
aila couchera Fline. (tJt,J
,r La nuit du30. au^-iv
Mayle GénéraTopequi
avoit son quartier au Chasteaud'Air
, nemarcher
dix pieces de cartondé
ceux quiestoientsur FEf-"
planadede Tournay, avec
40. Chariots d'artillerie
chargez de poudre& de
balles,& il alla joindre
sept mille hommes qui
estoient campezau Mont
de laTrinitéain si que les
Trou pes qui estoientà
SainteMaure& aux autres
Villagescircon-vioifinsô&:
toutescesTrou pes marchèrentensuite
àla sourdineversOrchies.
Ily eust
en mesme tempsunmouvement
vers le Pont à
1\1arque,.& soixante Batteaux
qui estoient sur la
Lys, ôcqui avoientordre
de remonter sur l'Efcaut*
remonterent de nouveau
versLille.
Le1.May au soir 50.
Batteaux quiéroient à Oudenarde
chargez de munitions
de bouche, arriverent
à Tournay.Leseaux
de la Scarpe estoient 'fl
.basTes que lesEnnemis fiu
j'enc obligez d'alleger
leurs'Batteaux de 7.àS;
:•JpeaSulmenelbsa.Crream£faoinrq,bueeaudc'oeuapu
parcequelesVoitures de
terre ne pouvoient passer
du costé du Village de
Coulicheoùlaterreest si
mouvante, que l'on n'y
peur faire de chetiii.
Le2..les Boulangers de
.l'arméeennemie entretentà
Tournay .;-cependant
le gros de cetteAr-
:l11ée passalaScarpe entre
«poiiay
Doüay& Pecquencourc,
,& cam pa depuis Sommais
jusqu'au Village d)Ab[.
con. -1'
Le mesme jour leCamp
de Mylordd'Albermarle
quiestoit à Mande &à
Mortagrne
,
fut renforce,
&il dévoie arriver des
Troupes au peritCamp de
Calogne ôc de Vaux commandé
parMrdeS.Clair
Gouverneur d-Audenarcte.•<
- Le 3.le Campde Mer*,
tagne marchoit pour joindre
Lt. grande Armée, à
l'exception de deux'Real.',
ments de laGarnison du
Chasteau
,
&ilestoit arrivé
au camp de Calogne
trois Regiments d'Infanterie
,
qui avec la Garnison
deS. Amand devoient
servir à escorterles Batteaux,
dontil en estoitencore
arrivé la veille à
Tournay 33. chargez de farinevenantd'Oudenarde.
Le soir du mesme jour
3. les Ennemis firentsortir
de Tournay 55. à 60.'0
pièces de gros canon& :
1 500. charettes d)Arrillè.
rie;qui prirent la route de
Lille-jpour;serendrepà
Doüay rJ & unCorps de
Troupes qui estoit campé
à Ninove arriva àBlaton.
,r Le 4"cesi11eflnesTrau..
pes se mirent en marche
pour aller joindre la grande
Armée qui avoit passé
le Scarpe.
L'Armée du Rov estoit
campée la droite au delà
deBouchain,la gauche à
Monchi Preux-, & lecentre
àOisi; ensorte que les
deux Armées n'estoient
separées que par laSensée
& par des Marais qui sont
uneespece de barriere depuis
la Scarpe jusqu'à sErs
caur. NostreCavaleries'estendoit
sur les derriercs
du calté de la Somme
pour subsister plus conu
modement. Mr leMareschal
deVillarsaprés avoir
visité le terrain-entre la
Scarpel'escaut,&l'Haisne,
faisoit travailleràdeji.
Redoutes & desRetranchements
dans lesendroits
où les Ennemis
pourroient penetrer, &il
raifoic retenir les eauxde
laScarpe, de laSensée,
à& de l'Escaut à Bouchain , Valenciennes; &àCondé..,
ce quiembarrassois
beaucouples Ennemis qui
ne pouvoient faire rémora
ter leurs Batteaux parces
rivieres que très-difficile
lenlcilr.
LeColonel Savary s'ees
tantavancé dans l'Artois
avec 45 hommes, futenveloppé,&
on le conduite
àHcidin avec tout foin
Party.
Le7.les Ennemisayant
attaqué le Poste d'Arleux
,
situésur laSensée de leur
costé;ilsseretirerent a près
avoir eu plus de trois cens
hommes tuezou blessez.
Le 9 le Major General
Chambrier qui escortoit
unConvoy de quarante
cinq Belandres qui remontoient
la Scarpeavec
deux Bataillons, l'un des
Gardes bteues,<3e l'autre
Suisse
,
faisant neuf cens
hommes
,
fut attaqué par
Mr de Permangle Commandant
de Condé à la
place de Mrde Puissegur,
entreSaintAmand & Mortagne.
Le combat fut ro-rc
opiniarre•mais quoique
Mrde Permangle n'eust
que huit cens hommes,
les Ennemis furent entierementdéfaits;
leur Commandant
fut pris, & on
brusla quarante Batteaux
de soin, d'avoine & de fa^
rines.
Le 30. AvrilMylord.
,'hlLlrlborougharriva incognitoà
Tournay.Iln'y
retta qu'un moment^&il
aila couchera Fline. (tJt,J
,r La nuit du30. au^-iv
Mayle GénéraTopequi
avoit son quartier au Chasteaud'Air
, nemarcher
dix pieces de cartondé
ceux quiestoientsur FEf-"
planadede Tournay, avec
40. Chariots d'artillerie
chargez de poudre& de
balles,& il alla joindre
sept mille hommes qui
estoient campezau Mont
de laTrinitéain si que les
Trou pes qui estoientà
SainteMaure& aux autres
Villagescircon-vioifinsô&:
toutescesTrou pes marchèrentensuite
àla sourdineversOrchies.
Ily eust
en mesme tempsunmouvement
vers le Pont à
1\1arque,.& soixante Batteaux
qui estoient sur la
Lys, ôcqui avoientordre
de remonter sur l'Efcaut*
remonterent de nouveau
versLille.
Le1.May au soir 50.
Batteaux quiéroient à Oudenarde
chargez de munitions
de bouche, arriverent
à Tournay.Leseaux
de la Scarpe estoient 'fl
.basTes que lesEnnemis fiu
j'enc obligez d'alleger
leurs'Batteaux de 7.àS;
:•JpeaSulmenelbsa.Crream£faoinrq,bueeaudc'oeuapu
parcequelesVoitures de
terre ne pouvoient passer
du costé du Village de
Coulicheoùlaterreest si
mouvante, que l'on n'y
peur faire de chetiii.
Le2..les Boulangers de
.l'arméeennemie entretentà
Tournay .;-cependant
le gros de cetteAr-
:l11ée passalaScarpe entre
«poiiay
Doüay& Pecquencourc,
,& cam pa depuis Sommais
jusqu'au Village d)Ab[.
con. -1'
Le mesme jour leCamp
de Mylordd'Albermarle
quiestoit à Mande &à
Mortagrne
,
fut renforce,
&il dévoie arriver des
Troupes au peritCamp de
Calogne ôc de Vaux commandé
parMrdeS.Clair
Gouverneur d-Audenarcte.•<
- Le 3.le Campde Mer*,
tagne marchoit pour joindre
Lt. grande Armée, à
l'exception de deux'Real.',
ments de laGarnison du
Chasteau
,
&ilestoit arrivé
au camp de Calogne
trois Regiments d'Infanterie
,
qui avec la Garnison
deS. Amand devoient
servir à escorterles Batteaux,
dontil en estoitencore
arrivé la veille à
Tournay 33. chargez de farinevenantd'Oudenarde.
Le soir du mesme jour
3. les Ennemis firentsortir
de Tournay 55. à 60.'0
pièces de gros canon& :
1 500. charettes d)Arrillè.
rie;qui prirent la route de
Lille-jpour;serendrepà
Doüay rJ & unCorps de
Troupes qui estoit campé
à Ninove arriva àBlaton.
,r Le 4"cesi11eflnesTrau..
pes se mirent en marche
pour aller joindre la grande
Armée qui avoit passé
le Scarpe.
L'Armée du Rov estoit
campée la droite au delà
deBouchain,la gauche à
Monchi Preux-, & lecentre
àOisi; ensorte que les
deux Armées n'estoient
separées que par laSensée
& par des Marais qui sont
uneespece de barriere depuis
la Scarpe jusqu'à sErs
caur. NostreCavaleries'estendoit
sur les derriercs
du calté de la Somme
pour subsister plus conu
modement. Mr leMareschal
deVillarsaprés avoir
visité le terrain-entre la
Scarpel'escaut,&l'Haisne,
faisoit travailleràdeji.
Redoutes & desRetranchements
dans lesendroits
où les Ennemis
pourroient penetrer, &il
raifoic retenir les eauxde
laScarpe, de laSensée,
à& de l'Escaut à Bouchain , Valenciennes; &àCondé..,
ce quiembarrassois
beaucouples Ennemis qui
ne pouvoient faire rémora
ter leurs Batteaux parces
rivieres que très-difficile
lenlcilr.
LeColonel Savary s'ees
tantavancé dans l'Artois
avec 45 hommes, futenveloppé,&
on le conduite
àHcidin avec tout foin
Party.
Le7.les Ennemisayant
attaqué le Poste d'Arleux
,
situésur laSensée de leur
costé;ilsseretirerent a près
avoir eu plus de trois cens
hommes tuezou blessez.
Le 9 le Major General
Chambrier qui escortoit
unConvoy de quarante
cinq Belandres qui remontoient
la Scarpeavec
deux Bataillons, l'un des
Gardes bteues,<3e l'autre
Suisse
,
faisant neuf cens
hommes
,
fut attaqué par
Mr de Permangle Commandant
de Condé à la
place de Mrde Puissegur,
entreSaintAmand & Mortagne.
Le combat fut ro-rc
opiniarre•mais quoique
Mrde Permangle n'eust
que huit cens hommes,
les Ennemis furent entierementdéfaits;
leur Commandant
fut pris, & on
brusla quarante Batteaux
de soin, d'avoine & de fa^
rines.
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Résumé : Nouvelles de Flandre.
À la fin avril et début mai, des événements militaires significatifs se déroulent en Flandre. Le 30 avril, le lord Larlborough arrive incognito à Tournay et repart rapidement. La nuit suivante, le général d'Orque mobilise des troupes et de l'artillerie, rejoignant des forces près de Tournay. Ces troupes marchent vers Orchies, tandis que des bateaux sur la Lys et la Scarpe se déplacent vers Lille et Tournay. Le 1er mai, des bateaux chargés de munitions arrivent à Tournay. Les ennemis allègent leurs bateaux en raison de la faible profondeur de la Scarpe. Le 2 mai, les boulangers de l'armée ennemie sont à Tournay, et le gros de l'armée ennemie traverse la Scarpe. Le camp de Mylord d'Albermarle est renforcé par des troupes venues de Calogne et de Vaux. Le 3 mai, le camp de Mergnagne rejoint la grande armée, et des régiments d'infanterie escortent des bateaux de farine à Tournay. Le soir, les ennemis sortent de Tournay avec des canons et des chariots d'artillerie, se dirigeant vers Lille et Douai. Le 4 mai, ces troupes rejoignent la grande armée au-delà de la Scarpe. L'armée du Roi est positionnée entre Bouchain et Oisi, séparée de l'armée ennemie par la Sensée et des marais. La cavalerie française est déployée près de la Somme. Le maréchal de Villars supervise la construction de redoutes et de retranchements pour empêcher les ennemis de progresser. Le colonel Savary est capturé en Artois. Le 7 mai, les ennemis attaquent Arleux, subissant de lourdes pertes. Le 9 mai, le major général Chambrier, escortant un convoi, est attaqué près de Saint-Amand. Les ennemis sont défaits, leur commandant est capturé, et quarante bateaux sont brûlés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 23-39
EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Début :
MONSIEUR, Le consentement unanime de vos suffrages vous a fait [...]
Mots clefs :
Académie française, Amour, Vertu, Ennemis, Hommes, Despréaux, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
EXTRAIT
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
De la Réponseque fit à
ce Discours Monsieur
de Valincour
,
Secretaire
General de la Marine,
alors Chancelier
de l'Academie.
MONSIEUR,
Le consentement unanime
de njos fufJra(es vous afait
ajJeZ voir combien nous estJeZ,
desiré, & avec quel
plaisir l' AcademieFrançoise
IVa pourlaseconde fois écrire
dans Ilof fastes
, un nom dont
elles'honore depuis tant d'années.
Quelles terres, quelles
mers quelles guerres, quelles
negociation s & pour
parler de ce qui nous convientparticulièrement,
quelles
académies peut-on citer
aujourd'huyoù l'on nftrvUve
des traces delagloire de
ce nom illustre? Qujl amour
pour lesLettres dans tous ceux
qui le portent, &qu'ils ont
Sçu joindre à tant àaéhons
éclatantes &a tant deservices
tanins à l'Etat?
§l*el
Quel exemple plus propre
à confondreégalement & la
grojjieretè barbare qui mé..
prise l'amour des Lettres,
comme indigne des Grands
Hommes, fY lA delicatesse
oisive,qui n'y cherche qu'un
amusement, frivole, ou une
vaine reputation.
N'a-t on pas vû vôtre
illustre pere donner encore
à la lecture des bons livres,
les plus doux momens
de son loisir,dansunevieillejîe
echapée à tant de combats
qu'aavoit rendusfunestesà
nos ennemis. J'ay vû ce
Frere, qui vous est sicher
adoucir les ennuisd'une lono-
ue navigation, tantôt avec
ce Poëte qui fut l'amy de Sri*
pion, tantôt avec celuy qui
fit lesdelices SAugujle *•
& à la veille d'un grand
combat étudiertranquillement
dans les Heros des terris
pastr des actions deconduite
& de valeur dont il alloit
lui-même donner de nou-
'VeAUX exemples.
Et quel honneur n'apoint
fait*uk Lettres, ce grand
Cardinaly Doyen del'Academie,
lorflue joignantà la
force d'un genie superieur,
toutes les graces & toutes
les lumieres qu'on trouve
dans le commerce des Muses,
il regnoit par la parole dans
toutes les Cours de l'Europe,
Maître dans l'art de persuader,
dont il pouvoit donner
des preceptes comme Aristote,
(IF des exemples comme
Demostenes, il rassuroit nos
A¡lteZ' incertains, dissipoit
les Irgues de nos ennemis,
(§£> jjLtjoit ceder aux seuLs
forces de la raison, ceux qui
étoient en état de rellff,r
aux plus puissantes armées.
Quidenousen levoyant
aujourd'hui dans ce noble repos
aquis partant de travaux
celebres, ne croit voir ce
Nestor d'Homere, qui par
les charmes desonéloquence,
&par lasagesse deses conseils
, avoit modéré si longtemps
les passions des Princes
& des Republiques,& qui
avoit esté l'amy & le compagnon
fidele des Heros de
trois âges? & dans quels
Agesy & dans quels siecles
cet illustreCardinal ne paroist-
ilpointavoirvécu?&..
Puisquenous sommes pri'
VeZ duplaisir de le oir à
nos exercices, c'est à VOUS,
Monsieur, d'en remplir la
place,tl,ujJi bien que celle de
l'excellent hommeà quivous
JucceàeXj, faites-nous part
de ces richesses qui 'VOU$ font
naturelles, & de celles que
'UOIU aveZ acquises par vos
grandsemplois dans les Païs
étrangers; montrez-nous en
quoy la Langue Franfoife
peut estre comparable
, ou
même préferée à tant d'autres
Langues qui vous sont sifamilieres.
Que l'Academie, en
vous voyant, croye voir
son illustre Doyen, & l'illustre
confrere qu'elle a
perdu. .4
Je ne crains point,Messieurs
, que l'amitié me
rende suspect sur le sujet
de MonsieurDESPREAUX..
quel éloge en puis je faire
que vous n'ayiez déja prévenu?
J'ose attester, Messieurs
,
le jugement que
tant de fois vous en avez
porté vous-mêmes ,
j'atteste
celui de tous les Peuples
de l'Europe. L'approbation
universelle
, ,
cft le plusgrand éloge
que les homimes puissent
donner à un écrivain, &
en même temps la marque
la plus certaine de la
perfection des ouvrages;
par quel heureuxsecret
peut-on acquérir cette
approbation. Monsieur
Despreaux nous l'aappris
lui-même, c'est par l'amour
du vray.
En t/Jet, ce rirft que dans
levrayfeulement que tous les
hommes je jéumjjtnt, différens
d'ailleurs dans leurs
moeurs, dans leurs prejugeT9
dans leurmaniere depenser,
d'ecrire, cV- dejuger de ceux
quiecrivent; des que le vray
paroît clairementàleursyeux,
il enleve toujours leurconsentement&
leuradmiration.
Monsieur Despreaux
avoit puisé dans la nature
même, ce Vrayqu'on ne
peut voir qu'enelle, mais
qu'elle ne laiiIè voir qu'à
les favoris.
Mais c'eiten vain qu'un
auteur choisitle vraypour
modele
,
il est toûjours sujetas'égarer,
s'il ne prend
.auLIJ laraifon pour guide:
elle apprit a Monsieur
Despréaux à éviter les excez
de Juven.al,& d'Hora- - cemême,qui avoient atta--
que les vices de leur temps
avec des armes qui faisoient
rougir la vertu. Il
osa le premier faire voir
aux hommes une satyre
fage & modeste , & renédit
sacvierausisi pturse qu.e ses .;}
Incapablededéguisement
,
dansses moeurs, comme d'affectation
dans ses ouvrages, il S'elf toûjours montré tel
qu'ilestoit, aimant mieux,
dzjoit-it> laisser voir de veritables
deffautsque de les
couvrir par de fausses vertus.
Tout ce qui choquoit la
raison oulaverité
,
excitoit
en luy-même un chagrin,
dont il n'etoit pas lemaistre,
& auquel peut estre sommes
nous redevables de ses p us
ingenieusescompositions:mais
en attaquant ce déffaut des
Ecrivains,ila toujours épargné
l urs personnes.
il croyoit permu à tout
homme qui sçait parler ou
écrire de censurer publiquementde
mauvais livres:mais
il ne regardoit qu'avec horreur
ces dangereux ennemis
du genre humain, qui sans
respectpour l'amitié,pour la
véritémême, déchirent indifféremment
tout ce qui s'offre
à leur imagination
,
(9i
qluesi du fonds des tenebrts qui
dérobent à la rigueur des
JLoix^sefont un jeu cruel de
publier les fautes les plus cac/;
éts,& de noircir les actions
lesplus innocentes.
M. Despreaux s'animoit
sur tout contre ces genres
de poësies
,
où la Religion
luy paroissoitoffensée &.
Heureux d'avoir pûd'une
même main imprimer un
oprobre éternel à des ouvrages
si contraires aux bonnes
moeurs,& donner à ],:r.vertu,
enlapersonnede notre Auguste
Monarque, des louan
ges qui nepérirontjamais.
Souvenons- nous que
nôtre siecle fera regardé
un jour du même point
d'éloignement d'où nous
regardons maintenant celuy
d'Auguste.
On ne voit que foiblement
sa gloire dans les
arcs de triomphes, médailles
& autres monumens
que ce temps a détruits
ou alterez : mais quand
on le contemple dans les
vers de Virgile & d'Horace
soûtenant luy seul tout
le poids des affaires du
monde,vainqueur de ses
1\ * ennemis, & toujours pere
de ses sujets,banissant le
vice par ses Loix, enseignant
la vertu par ses
exemples,&.
Alors les coeurs & les
esprits sereünissent pourformer
un noHveau çenctrt de
louanges. On bénit le Ciel
d'avoir donne aux hommes
un si bon Maijlre, & l'on
souhaite que tous ceux qui
viendront Aprés luy puijjtnt
luy ressembler.
N'en d,),,,tonspoint,Monsieur,
tel & plus grand encore
la posterité verra tÀuguste
Loüis dans les ouvrages
de M. Despreaux, é..
& dans ceux decette illustre
Compagnie.
PurjJt t-il encore durant
nn grand nombre d'années
préparer aux siecles à venir
-
de nouveauxsujets d'admiration;&
puisse une longue (ST
heureuse paix le mettre bientost
en estat de procureràses
peuples un bonheur qui fait
le plus cher objet deses desirs
&qui fera la consommation
desa gloire
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Résumé : EXTRAIT De la Réponse que fit à ce Discours Monsieur de Valincour, Secretaire General de la Marine, alors Chancelier de l'Academie.
Monsieur de Valincour, Secrétaire Général de la Marine et Chancelier de l'Académie, répond à un discours en exprimant la joie de l'Académie d'honorer à nouveau un nom illustre. Il souligne les nombreuses contributions de cette personne dans divers domaines, notamment les lettres, les guerres et les négociations. Valincour mentionne l'amour des lettres partagé par tous ceux qui portent ce nom, citant des exemples de membres éminents comme le père de l'interlocuteur et le Cardinal Doyen de l'Académie, qui ont combiné des talents littéraires et des actions héroïques. Valincour loue également Monsieur Despreaux, dont l'œuvre a reçu une approbation universelle en Europe. Despreaux est salué pour son attachement à la vérité et à la raison, évitant les excès et les affectations. Il est reconnu pour ses compositions ingénieuses et son engagement à censurer les mauvais livres sans attaquer les personnes. Despreaux est particulièrement admiré pour avoir défendu la religion et les bonnes mœurs, et pour avoir célébré la vertu du monarque. Valincour conclut en espérant que la postérité verra le roi Auguste Louis à travers les œuvres de Despreaux et de l'Académie. Il souhaite également une longue et heureuse paix pour le bonheur des peuples.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 49-64
« Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Début :
Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...]
Mots clefs :
Troupes, Ennemis, Hommes, Marquis, Cavalerie, Cavaliers, Chevaux, Attaque, Prince, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Le 2.7. Juin une partie
de la Garnison de Doüay
sortit dans le dessein d'aller
rompre une digue qui
retenoit les eaux de la
Scarpe & de la Sensee, &
qui estoit couverte parun
petit Chasteau & par une
Redoute prés d'Arleux.
Ces Troupes ne pouvant
rompre la Digue sans
s'élire auparavant emparées
de ces postes, elles les
attaquerent; mais quoy
qu'ils ne sussent gardez
que parsoixante & dix
hommes ils se deffendirent
si bien que les Ennemis
furent obligez de se
recirer avec perte, ainsi
qu'ils avoientdéjafaitplusieurs
autres fois auparavant.
Cependant ayant resolu
de s'en rendre maistres à
quelque prix que ce fust,
parce que cette Digue empeschoit
la navigation de
la Scarpe & du Canal de
la Deule
,
& qu'elle retenoit
les eaux de maniere
que les Moulins deDoüay
ne pouvoient tourner, ils
firent marcherla nuit du
cinq au six Juillet huitmille
hommes tant Cavalerie
qu'Infanrerie,avec quatre
pieces de canon pour les
attaquer de nouveau. Les
soixante & dix hommes
qui les gardoient, se deffendirent
si vigoureusement
qu'ils tuerent beaucoup
de monde aux ennemis
; mais enfin la breche
ayant esté faite ils furent
emportez d'assaut & faits
prisonniersau nombre de
soixante & six
, quatre
ayant esté tuez.
Les Ennemis s'en estant
rendus maistres
,
resolurent
de les bien fortifier,
afin de les mieux conferver.
Pour couvrir leurs
Travailleurs ils pofterenc
douze Escadrons & dix
Bataillons à une demi
lieuë de Doüay, la droite
à Goeulzin, & la gaucheà
Sains-leNoble, ayant derriere
eux les inondations
&leruisseaudu Moulinet.
Mr le Marechal de Villarsalla
le 9. reconoistre
ce Camp
,
& trouvaque
la droite estoit si peuappuye'e,
que sil'on pouvoit
cacher la marche de nos
Troupes ,il seroitfacile
de le forcer. La difficulté
estoit de faire arriver les
Troupes fous Bouchain
partant des Portes d'Arras
& du Camp qui estoit
entierement découvert
par les grandes Gardes des
Ennemis.
La nuit du 9.au 10. ce
Maréchal fit marcher plusieurs
Pontons, avec ordre
de les cacher le jour fous
des arbres présde l'Escaur,
& aprèsavoir fait reconnoistre
le terrain entre
Bouchain & les Ennemis
par Mr le Baron de Raski
Colonel des Houssards, il
détacha trente Escadrons
des Gardes du Corps, des
Grenadiers à cheval
,
de
Dragons, de Cavalerie &
de Houssards, fous les ordres
deMr le Comte de
Gassionavec Mrle Marquis
de Coignie,le Prince
Charles de Lorraine &
Mr le Marquis deHautefort,
des Mousquetaires ,
Marchaux de Camp ; Mr
le Duc de la Tremoille ,
Mr Gaydon, Mrle Comte
deSaumery
,
Mrde St.
Servin
,
& Mr de Bellefond
,
Brigadiers
;
Mr le
Prince de Marsillac
,
Mr
le Duc de Ç-t.Agnan., Mr
le Prince de Lanlbe[ç)Mr
de Manicamp,
,
Mr de
Chabannes, Mr d'Aremberg,
Mr de Rottembourg,
Mr de Leémour , MrduTil, Mrle Marquis
de saint ChaumontMr
des Granges
, & Mr de
Beaufremont, Colonels.
Mr le Marquis de Coignies
marcha le premier
sous Bouchain avec les
Dragons, & il se tint sur
leshauteurs, pour empesccherquedes
Villages voisins
il ne pust aller personne
au Camp des Enne-
'mis" & que leurs partis ne
pussent découvrir nos
Troupes quand elles y arriveroient.
Lorsqu'elles
Sortirent du Camp les
Houssards & les Cavaliers
disilerent laplusgrande
partie à pied, les autres
tenant leurs chevaux en
main comme s'ils estoient
allez en pasture.
Pendant une partiede
la journée on fit faire l'éxercice
aux Troupes du
Camp sur les lieux les plus
élevez, & à dix heures on
ordonna à tous les postes
de la Scarpe, de l'Éscaut
& de la Sensée, d'arrester
tous les paysans sous prétexte
de quelques Espions"'
qu'on avoit eu avis qui
avoient examiné le Camp.
Toutes ces précautions
ayant esté prises ,Mr de
Gassion arriva fous Bouchain
sans avoir esté découvert,
& marcha ensuite
avec Mr de Coignies
peur aller attaquer les Ennemis.
Il arriva àla pointe
du jour prés de leur
Camp oùil separa ses
Troupes en quatre corps,
dont il formaquatre lignes
qui Ce soutenoient
Pun-e l'autre. La premiere
estoit composée de trois
cens Dragons, & d'un pareil
nombre de Houssards
commandez par Mr le Baron
de Raski leur Colo-d
nel
,
qui avoir encore este,
la nuit
,
luy sixiéme , reconnoistre
-
s'il n'y avoit
point quelque ravin eu
emincreux qui couvrist
front des Ennemis ; la
conde estoit de Dragons
de Cavalerie, & les deux
tres entièrement de Calerie;
la quatrièmequi
voit de Reserve estoit
mmandce par Mr de la
remoille.-
Onarriva en cet ordre
sans estre découvert,
nsle Camp ennemi jusn'a
la garde del'Etendart
ui futtaillée en pieces ,
és qu'elle eut crié : Qui
ive. En mesme remps les
oussards & les Dagon.
de la premiere ligne
debanderent & donne
rent l'alarme par tout l
Camp en tuant tout c
qui se rencontra fous leui
main à coups de fusil, de
pistolet,&de sabre. Quel
ques pelotons d'lnfante
rie firent feu sur no
Troupes, mais ils furen
bientostdissipez:on en tu
une partie, & le restese
sauva dans le chemin couvert
deDoüay. Le carnage
fut beaucoup plus
grand dans la Cavalerie
ennemie qui n'eut pas le
mps de se former en
orps un grand nombre
Officiers& de Cavaliers
vant esté tuez dans leurs
entes. Il y a eu des Régilents
donc il n'est pas reé
cent hommes
,
& un
nttr'autres dont il n'en resté que cinq, ce que
on a appris par des Let
es venuës de Douay le
ndemain de l'action.
out le Camp fut pillé, &
on mit le feu à ce que l'on
e putemporter apres que
on eut ramassé prés de
eize cens chevaux qui
ont elle emmenez a
Camp avec les prison
niers. On a pris aussï plu
sieurs Etendarts & quel
quespaires de Timbales
Nous avons perdu en cet
re action Mr deCoëtmer
Colonel de Dragons; Mr
le Baron de Raski a est
blessé ainsi que quelques
Officiersde Dragons.
Apres avoir resté plus
d'une heure sur le Champ
de Bataille, Mr de Gassion
fit sa retraire sans estro
poursuivi. Ils'est
conduit
dans cette action avec
beaucoup de prudence&
d'habilleté
,
ainsi que Mr
deCoignies 3eMus les autres
Officiers Généraux&
Subalternes,& particulierement
Mr le Baron de
Rata.
1
Mr le Maréchal de Villars
, pour favoriser leur
rerraite, avoir fait avancer
Mr d'Albergoti &Mr le
Prince d'Isenghienauvillaged'Aubigny
avec deux
mille Grenadiers, & fit attaquer
par Mr le Comte
de Broglio les gardes avancées
de l'aile droite de
l'arméeennemie,afind'attirer
leur attention de ce
costéla, les Houssards les
pousserent du costé de
Lievin ; ils tuerent plusieurs
Cavaliers
, en prirentaussi
plusieurs,& ramenerent
soixante chevaux.
de la Garnison de Doüay
sortit dans le dessein d'aller
rompre une digue qui
retenoit les eaux de la
Scarpe & de la Sensee, &
qui estoit couverte parun
petit Chasteau & par une
Redoute prés d'Arleux.
Ces Troupes ne pouvant
rompre la Digue sans
s'élire auparavant emparées
de ces postes, elles les
attaquerent; mais quoy
qu'ils ne sussent gardez
que parsoixante & dix
hommes ils se deffendirent
si bien que les Ennemis
furent obligez de se
recirer avec perte, ainsi
qu'ils avoientdéjafaitplusieurs
autres fois auparavant.
Cependant ayant resolu
de s'en rendre maistres à
quelque prix que ce fust,
parce que cette Digue empeschoit
la navigation de
la Scarpe & du Canal de
la Deule
,
& qu'elle retenoit
les eaux de maniere
que les Moulins deDoüay
ne pouvoient tourner, ils
firent marcherla nuit du
cinq au six Juillet huitmille
hommes tant Cavalerie
qu'Infanrerie,avec quatre
pieces de canon pour les
attaquer de nouveau. Les
soixante & dix hommes
qui les gardoient, se deffendirent
si vigoureusement
qu'ils tuerent beaucoup
de monde aux ennemis
; mais enfin la breche
ayant esté faite ils furent
emportez d'assaut & faits
prisonniersau nombre de
soixante & six
, quatre
ayant esté tuez.
Les Ennemis s'en estant
rendus maistres
,
resolurent
de les bien fortifier,
afin de les mieux conferver.
Pour couvrir leurs
Travailleurs ils pofterenc
douze Escadrons & dix
Bataillons à une demi
lieuë de Doüay, la droite
à Goeulzin, & la gaucheà
Sains-leNoble, ayant derriere
eux les inondations
&leruisseaudu Moulinet.
Mr le Marechal de Villarsalla
le 9. reconoistre
ce Camp
,
& trouvaque
la droite estoit si peuappuye'e,
que sil'on pouvoit
cacher la marche de nos
Troupes ,il seroitfacile
de le forcer. La difficulté
estoit de faire arriver les
Troupes fous Bouchain
partant des Portes d'Arras
& du Camp qui estoit
entierement découvert
par les grandes Gardes des
Ennemis.
La nuit du 9.au 10. ce
Maréchal fit marcher plusieurs
Pontons, avec ordre
de les cacher le jour fous
des arbres présde l'Escaur,
& aprèsavoir fait reconnoistre
le terrain entre
Bouchain & les Ennemis
par Mr le Baron de Raski
Colonel des Houssards, il
détacha trente Escadrons
des Gardes du Corps, des
Grenadiers à cheval
,
de
Dragons, de Cavalerie &
de Houssards, fous les ordres
deMr le Comte de
Gassionavec Mrle Marquis
de Coignie,le Prince
Charles de Lorraine &
Mr le Marquis deHautefort,
des Mousquetaires ,
Marchaux de Camp ; Mr
le Duc de la Tremoille ,
Mr Gaydon, Mrle Comte
deSaumery
,
Mrde St.
Servin
,
& Mr de Bellefond
,
Brigadiers
;
Mr le
Prince de Marsillac
,
Mr
le Duc de Ç-t.Agnan., Mr
le Prince de Lanlbe[ç)Mr
de Manicamp,
,
Mr de
Chabannes, Mr d'Aremberg,
Mr de Rottembourg,
Mr de Leémour , MrduTil, Mrle Marquis
de saint ChaumontMr
des Granges
, & Mr de
Beaufremont, Colonels.
Mr le Marquis de Coignies
marcha le premier
sous Bouchain avec les
Dragons, & il se tint sur
leshauteurs, pour empesccherquedes
Villages voisins
il ne pust aller personne
au Camp des Enne-
'mis" & que leurs partis ne
pussent découvrir nos
Troupes quand elles y arriveroient.
Lorsqu'elles
Sortirent du Camp les
Houssards & les Cavaliers
disilerent laplusgrande
partie à pied, les autres
tenant leurs chevaux en
main comme s'ils estoient
allez en pasture.
Pendant une partiede
la journée on fit faire l'éxercice
aux Troupes du
Camp sur les lieux les plus
élevez, & à dix heures on
ordonna à tous les postes
de la Scarpe, de l'Éscaut
& de la Sensée, d'arrester
tous les paysans sous prétexte
de quelques Espions"'
qu'on avoit eu avis qui
avoient examiné le Camp.
Toutes ces précautions
ayant esté prises ,Mr de
Gassion arriva fous Bouchain
sans avoir esté découvert,
& marcha ensuite
avec Mr de Coignies
peur aller attaquer les Ennemis.
Il arriva àla pointe
du jour prés de leur
Camp oùil separa ses
Troupes en quatre corps,
dont il formaquatre lignes
qui Ce soutenoient
Pun-e l'autre. La premiere
estoit composée de trois
cens Dragons, & d'un pareil
nombre de Houssards
commandez par Mr le Baron
de Raski leur Colo-d
nel
,
qui avoir encore este,
la nuit
,
luy sixiéme , reconnoistre
-
s'il n'y avoit
point quelque ravin eu
emincreux qui couvrist
front des Ennemis ; la
conde estoit de Dragons
de Cavalerie, & les deux
tres entièrement de Calerie;
la quatrièmequi
voit de Reserve estoit
mmandce par Mr de la
remoille.-
Onarriva en cet ordre
sans estre découvert,
nsle Camp ennemi jusn'a
la garde del'Etendart
ui futtaillée en pieces ,
és qu'elle eut crié : Qui
ive. En mesme remps les
oussards & les Dagon.
de la premiere ligne
debanderent & donne
rent l'alarme par tout l
Camp en tuant tout c
qui se rencontra fous leui
main à coups de fusil, de
pistolet,&de sabre. Quel
ques pelotons d'lnfante
rie firent feu sur no
Troupes, mais ils furen
bientostdissipez:on en tu
une partie, & le restese
sauva dans le chemin couvert
deDoüay. Le carnage
fut beaucoup plus
grand dans la Cavalerie
ennemie qui n'eut pas le
mps de se former en
orps un grand nombre
Officiers& de Cavaliers
vant esté tuez dans leurs
entes. Il y a eu des Régilents
donc il n'est pas reé
cent hommes
,
& un
nttr'autres dont il n'en resté que cinq, ce que
on a appris par des Let
es venuës de Douay le
ndemain de l'action.
out le Camp fut pillé, &
on mit le feu à ce que l'on
e putemporter apres que
on eut ramassé prés de
eize cens chevaux qui
ont elle emmenez a
Camp avec les prison
niers. On a pris aussï plu
sieurs Etendarts & quel
quespaires de Timbales
Nous avons perdu en cet
re action Mr deCoëtmer
Colonel de Dragons; Mr
le Baron de Raski a est
blessé ainsi que quelques
Officiersde Dragons.
Apres avoir resté plus
d'une heure sur le Champ
de Bataille, Mr de Gassion
fit sa retraire sans estro
poursuivi. Ils'est
conduit
dans cette action avec
beaucoup de prudence&
d'habilleté
,
ainsi que Mr
deCoignies 3eMus les autres
Officiers Généraux&
Subalternes,& particulierement
Mr le Baron de
Rata.
1
Mr le Maréchal de Villars
, pour favoriser leur
rerraite, avoir fait avancer
Mr d'Albergoti &Mr le
Prince d'Isenghienauvillaged'Aubigny
avec deux
mille Grenadiers, & fit attaquer
par Mr le Comte
de Broglio les gardes avancées
de l'aile droite de
l'arméeennemie,afind'attirer
leur attention de ce
costéla, les Houssards les
pousserent du costé de
Lievin ; ils tuerent plusieurs
Cavaliers
, en prirentaussi
plusieurs,& ramenerent
soixante chevaux.
Fermer
Résumé : « Le 27. Juin une partie de la Garnison de Doüay [...] »
Le 2 juin, une partie de la garnison de Douai tenta de rompre une digue retenant les eaux de la Scarpe et de la Sensee, mais fut repoussée par les défenseurs des postes voisins. Le 5 au 6 juillet, huit mille hommes avec quatre pièces de canon attaquèrent de nouveau ces postes et les vainquirent, capturant la plupart des défenseurs à l'exception de quatre tués. Les ennemis fortifièrent ensuite les postes. Le maréchal de Villars, après avoir reconnu le camp ennemi, nota que la droite était peu appuyée. La nuit du 9 au 10 juillet, il fit marcher plusieurs troupes vers Bouchain, prenant des précautions pour éviter la découverte. Le marquis de Coignies marcha en tête avec les dragons pour empêcher toute communication avec le camp ennemi. À l'aube, les troupes françaises attaquèrent le camp ennemi en quatre lignes. La première ligne, composée de dragons et de hussards, débanda et donna l'alarme, tuant ceux qu'ils rencontrèrent. La cavalerie ennemie fut particulièrement touchée, avec de nombreux officiers et cavaliers tués. Le camp fut pillé et incendié, et près de mille deux cents chevaux furent capturés. Les Français perdirent le colonel de dragons Coëtmer et le baron de Raski fut blessé. Après avoir resté sur le champ de bataille, les troupes françaises se retirèrent sans être poursuivies, grâce à des actions de diversion menées par d'Albergotti et le prince d'Isenghien. Les hussards poussèrent également les ennemis vers Lievin, tuant et capturant plusieurs cavaliers et ramenant soixante chevaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
89
p. 22-26
NOUVELLES de Flandre.
Début :
La nuit du 4. au 5. Aoust les Ennemis quitterent leur [...]
Mots clefs :
Ennemis, Maréchal, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Flandre.
NOVVELLES
de Flandre.
-
La nuit du4.au5.Aoust
les Ennemis quitterent leur
Camp de Betonsart, & décamperent
sans tambours
ny trompettes. Milord
Marlborough fit filer [Orl
Armée par derriere le Mont
saint Eloy, pendant que le
Gouverneur de Doiiay avec
un Corps de six mille hommes
estoit allé occuper le
passage de la Sensée,& aprésavoirtraversé
la Plaine de
Lens ils passerent la Scarpc
prés de Vitry, &laSensée àAubigny,& camperenc
leur droite au Ruisseau de
M~rquion leur gauche
à Thun l'Evêque. Mr le
Maréchal de Villars ayant
esté informé de la route que
les Ennemis avoient prise
Et battre , la Generale
a
&
marcha à deux heures du
matin & fit tant de diligence
avec la teste de l'Armée
qu'il arriva prés de Cambray,
oùil fie camper les
Troupes à mesure qu'elles
arriverent dans une Plaine
toute découverte à la vûë
des ennemis, qui au lieu de
venir l'attaquer, décamperent
la nuit du 6: au 7. &,-
passerent l'Escaut sur huit
Ponts
Ponts. Ils mirent leur droite
à Hapre sur la Selle, &
leur gauche à Hordain appuyée
à l'Escaut.Mrle
Maréchal de Villarss'éten-
K dit vers Cambray ,& mit
sa gauche à Vane sur laSenséeà
trois quarts de lieüe de
Bouchain, & dans cette
dispositionl'Arméeestoit
paralelle à la gauche des
ennemis. Mr de Broglio
avoir marché avec sa reserve
à Denain entre Valencicnnes
& Bouchain pour
couper aux ennemis la com- l munication avec Douay
,
& eut ordre de jetter cinq
cens Grenadiers dans cette î
derniere Place. Mr le Chevalier
de Luxembourgestoit j
entré dans la premiere avec j
deux Regimens de Dragons. vi,
Une partie des Garnisons de i.j
SaintOmer&d'Ipres devoit j
joindre l'Armée avec Mr le
Comte de Villars & Mr le
Marquis deGoë briant.
de Flandre.
-
La nuit du4.au5.Aoust
les Ennemis quitterent leur
Camp de Betonsart, & décamperent
sans tambours
ny trompettes. Milord
Marlborough fit filer [Orl
Armée par derriere le Mont
saint Eloy, pendant que le
Gouverneur de Doiiay avec
un Corps de six mille hommes
estoit allé occuper le
passage de la Sensée,& aprésavoirtraversé
la Plaine de
Lens ils passerent la Scarpc
prés de Vitry, &laSensée àAubigny,& camperenc
leur droite au Ruisseau de
M~rquion leur gauche
à Thun l'Evêque. Mr le
Maréchal de Villars ayant
esté informé de la route que
les Ennemis avoient prise
Et battre , la Generale
a
&
marcha à deux heures du
matin & fit tant de diligence
avec la teste de l'Armée
qu'il arriva prés de Cambray,
oùil fie camper les
Troupes à mesure qu'elles
arriverent dans une Plaine
toute découverte à la vûë
des ennemis, qui au lieu de
venir l'attaquer, décamperent
la nuit du 6: au 7. &,-
passerent l'Escaut sur huit
Ponts
Ponts. Ils mirent leur droite
à Hapre sur la Selle, &
leur gauche à Hordain appuyée
à l'Escaut.Mrle
Maréchal de Villarss'éten-
K dit vers Cambray ,& mit
sa gauche à Vane sur laSenséeà
trois quarts de lieüe de
Bouchain, & dans cette
dispositionl'Arméeestoit
paralelle à la gauche des
ennemis. Mr de Broglio
avoir marché avec sa reserve
à Denain entre Valencicnnes
& Bouchain pour
couper aux ennemis la com- l munication avec Douay
,
& eut ordre de jetter cinq
cens Grenadiers dans cette î
derniere Place. Mr le Chevalier
de Luxembourgestoit j
entré dans la premiere avec j
deux Regimens de Dragons. vi,
Une partie des Garnisons de i.j
SaintOmer&d'Ipres devoit j
joindre l'Armée avec Mr le
Comte de Villars & Mr le
Marquis deGoë briant.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de Flandre.
Au début août, des mouvements militaires significatifs eurent lieu en Flandre. La nuit du 4 au 5 août, les ennemis quittèrent Betonsart et se déplacèrent silencieusement. Lord Marlborough dirigea son armée derrière le Mont Saint-Éloy, tandis que le gouverneur de Douai, avec six mille hommes, occupa le passage de la Sensée. Les troupes traversèrent la plaine de Lens, la Scarpe près de Vitry, et la Sensée à Aubigny, avant de camper avec leur droite au ruisseau de Marquion et leur gauche à Thun-l'Évêque. Informé de ces mouvements, le maréchal de Villars marcha avec son armée à deux heures du matin et arriva près de Cambrai. Les troupes campèrent dans une plaine découverte, visible des ennemis, qui décampèrent la nuit du 6 au 7 août et traversèrent l'Escaut sur huit ponts. Les ennemis positionnèrent leur droite à Hapre sur la Selle et leur gauche à Hordain, appuyée à l'Escaut. Le maréchal de Villars se dirigea vers Cambrai et positionna sa gauche à Vigne sur la Sensée, à trois quarts de lieue de Bouchain, rendant l'armée parallèle à la gauche des ennemis. Le comte de Broglie marcha avec sa réserve à Denain pour couper la communication des ennemis avec Douai et reçut l'ordre de placer cinq cents grenadiers à Douai. Le chevalier de Luxembourg entra dans Douai avec deux régiments de dragons. Des parties des garnisons de Saint-Omer et d'Ypres devaient rejoindre l'armée avec le comte de Villars et le marquis de Gœbriant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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90
p. 73-77
Lettre du Camp de Paillancour, du 1. Septembre.
Début :
Mr le Maréchal de Villars, ayant résolu d'inquieter les [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre du Camp de Paillancour, du 1. Septembre.
Lettre du Camp de Paillan?
cour,.;du i'.,Sept,em{bres .: :'1
Mr le Maréchal de VIIi.-
lars
, ayant réjolu
,
çtinquiéter
les Ennemisy commande hier
aprèsmidjsix millef&ldats ou
grenadiers.Il iftfaireAdeujç
Ponts agauche de Thun*4'Euefjue
, entre ceVillage .(!¡-
Etrun qui furent conftruiu
^yec\tant de di-ligene* de
sècret que les Ennemis qui,rien
ctoicnt qu'à une portée de moufquej
fte Xç$Apperçltrept,point.
Les Troupesypdjferept;le plus
grand dêtachememt3 commandé
par Mr de, sÇhzfteaumorand
alla 4u 'çossé' de Hg,.rdair prés
de Bouchain; le fècond, aux
Ôfdres\de Jplr clt Çofefcdre,
Pianhaajwj où Us Ennemis
fdini]^xmBa>tailblonsw;(Q'iftYe.r:'t,r _bi(JD
f*dujoroïftém,>fiw$le
~O'PMWtt~f àe A4r le Chevalierde
4en
-4e l'Efawrtik-#'Hjkidc'it
Pont, Mrde Colandre.attaqua
le posse dlwy pour attirer les
Ennemis de ce cojlé-là.Mrdt
Chafteaumorandattaqua celui
de Hourdin où ily avoitquatre
BataiHons, dontonfit ungrand
carnage ; toutes les Tentes, &
lesMaisons de Hordain où il
y avoit un grand nombre
d'Officiersfurent pilltes
> (nforte
que la plus part des Soldatsyfirentungrosbutin.
On
prit un Maréchal de Camp
qui commandoit à cefxofle, un
Colonelj trois Capitaines> un
Enjeigney deux Ingénieurs ,
soixante Soldats, le rtftcAyant
esiétué,ou ayantpris la fuite9 é cent Chevaux. Dans le
temps que Mr de Cbafteaumorand
attaquoit Hourdin
Mr iAubigny3prenoitlepofie,
d'Etrun à revers 3
où il fit
soixantehommesprisonniers
le , resse létantsàulsé à la fa*
leur de la nuit: Air J'AIIbigny
fit ensuite travailler a
achever le Pont avec Mr le
Chevalier de LivryJ qui étoit
tefiéde l'autrecoté, Cmonysit
pafferles Troupes qui nefurent
point poursuivies par les Ennemis
,
dont toute l'Armée refia
çn Bataille jusques à deux
heures du matin ; Air de Frne/
on
,
Colonel de Bigorre, (7
le Lieutenant Colonel de Picardie,
ont eee*blessez
Nousaprenons en ce mo~
ment,que Mr de Coignies, 4
dtffait prés du Quesnoy
„
ftpt
Escadrons de Cavalerie&de
Dragons , qui jervoient d'efl
corte aux Fourageurs ; quil 4
pris un grand nombre de Chevaux
, de Soldats
a
&d'Of.
ficiers; & entrautres le Lieu.
tenant General & le Major
Generalqui commandoitntl'ep
corte; mais que MrdeBroïld
y a ejlè tué.
cour,.;du i'.,Sept,em{bres .: :'1
Mr le Maréchal de VIIi.-
lars
, ayant réjolu
,
çtinquiéter
les Ennemisy commande hier
aprèsmidjsix millef&ldats ou
grenadiers.Il iftfaireAdeujç
Ponts agauche de Thun*4'Euefjue
, entre ceVillage .(!¡-
Etrun qui furent conftruiu
^yec\tant de di-ligene* de
sècret que les Ennemis qui,rien
ctoicnt qu'à une portée de moufquej
fte Xç$Apperçltrept,point.
Les Troupesypdjferept;le plus
grand dêtachememt3 commandé
par Mr de, sÇhzfteaumorand
alla 4u 'çossé' de Hg,.rdair prés
de Bouchain; le fècond, aux
Ôfdres\de Jplr clt Çofefcdre,
Pianhaajwj où Us Ennemis
fdini]^xmBa>tailblonsw;(Q'iftYe.r:'t,r _bi(JD
f*dujoroïftém,>fiw$le
~O'PMWtt~f àe A4r le Chevalierde
4en
-4e l'Efawrtik-#'Hjkidc'it
Pont, Mrde Colandre.attaqua
le posse dlwy pour attirer les
Ennemis de ce cojlé-là.Mrdt
Chafteaumorandattaqua celui
de Hourdin où ily avoitquatre
BataiHons, dontonfit ungrand
carnage ; toutes les Tentes, &
lesMaisons de Hordain où il
y avoit un grand nombre
d'Officiersfurent pilltes
> (nforte
que la plus part des Soldatsyfirentungrosbutin.
On
prit un Maréchal de Camp
qui commandoit à cefxofle, un
Colonelj trois Capitaines> un
Enjeigney deux Ingénieurs ,
soixante Soldats, le rtftcAyant
esiétué,ou ayantpris la fuite9 é cent Chevaux. Dans le
temps que Mr de Cbafteaumorand
attaquoit Hourdin
Mr iAubigny3prenoitlepofie,
d'Etrun à revers 3
où il fit
soixantehommesprisonniers
le , resse létantsàulsé à la fa*
leur de la nuit: Air J'AIIbigny
fit ensuite travailler a
achever le Pont avec Mr le
Chevalier de LivryJ qui étoit
tefiéde l'autrecoté, Cmonysit
pafferles Troupes qui nefurent
point poursuivies par les Ennemis
,
dont toute l'Armée refia
çn Bataille jusques à deux
heures du matin ; Air de Frne/
on
,
Colonel de Bigorre, (7
le Lieutenant Colonel de Picardie,
ont eee*blessez
Nousaprenons en ce mo~
ment,que Mr de Coignies, 4
dtffait prés du Quesnoy
„
ftpt
Escadrons de Cavalerie&de
Dragons , qui jervoient d'efl
corte aux Fourageurs ; quil 4
pris un grand nombre de Chevaux
, de Soldats
a
&d'Of.
ficiers; & entrautres le Lieu.
tenant General & le Major
Generalqui commandoitntl'ep
corte; mais que MrdeBroïld
y a ejlè tué.
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Résumé : Lettre du Camp de Paillancour, du 1. Septembre.
Le 1er septembre, des attaques ont été menées contre les ennemis. La veille, six mille fantassins et grenadiers ont construit des ponts près de Thun-l'Évêque sans être repérés. Les troupes se sont ensuite divisées : une partie, dirigée par Monsieur de Chafteaumorand, a attaqué Hourdin, vainquant quatre bataillons ennemis et capturant plusieurs officiers et soldats. Une autre partie, sous les ordres du Prince de Condé, a affronté les ennemis à Planche-à-Baron. Monsieur de Colandre a attaqué Estrun pour attirer les ennemis, tandis que Monsieur de Laubigny a pris Estrun à revers, faisant soixante prisonniers. Les troupes ont achevé la construction du pont sous la direction de Monsieur le Chevalier de Livry. L'armée ennemie a battu en retraite sans poursuivre. Parmi les blessés figurent le Colonel de Bigorre et le Lieutenant Colonel de Picardie. Monsieur de Coignies a capturé des escadrons de cavalerie et de dragons près du Quesnoy, faisant de nombreux prisonniers, mais Monsieur de Broglie a été tué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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91
p. 78-79
« Les Ennemis ont investi Bouchain le 10. Aoust. Depuis ce [...] »
Début :
Les Ennemis ont investi Bouchain le 10. Aoust. Depuis ce [...]
Mots clefs :
Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Ennemis ont investi Bouchain le 10. Aoust. Depuis ce [...] »
Les Ennemis ont inverti
Bouchain le I o. Aoust. Depuisce
jour-là jusqu'au23.
ils ont travaillé à faire des
passages dans le Marais
à force de fascines,& à
faire des retranchements
pour couvrir la Cavalerie
qui devoir soutenir les
Travailleurs.
Lanuit du23. au 24. ils
ouvrirent la tranchée à trois
attaques. La Garnison est
sortie de la Placele 14 Septembre,
fouslineCapitulation
honorable; mais qui
n'a pas esté executée par la
mauvaisesoy des Ennemis.
Ondfrrtrieralemdïs prochainundétail:
drconstancié
dece siege.
Bouchain le I o. Aoust. Depuisce
jour-là jusqu'au23.
ils ont travaillé à faire des
passages dans le Marais
à force de fascines,& à
faire des retranchements
pour couvrir la Cavalerie
qui devoir soutenir les
Travailleurs.
Lanuit du23. au 24. ils
ouvrirent la tranchée à trois
attaques. La Garnison est
sortie de la Placele 14 Septembre,
fouslineCapitulation
honorable; mais qui
n'a pas esté executée par la
mauvaisesoy des Ennemis.
Ondfrrtrieralemdïs prochainundétail:
drconstancié
dece siege.
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Résumé : « Les Ennemis ont investi Bouchain le 10. Aoust. Depuis ce [...] »
Du 1er au 23 août, les ennemis ont pris Bouchain et préparé des passages dans le marais. La nuit du 23 au 24 août, ils ont ouvert des tranchées. La garnison a capitulé le 14 septembre, mais les ennemis n'ont pas respecté la capitulation. Un rapport détaillé suivra.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 5-13
« Les letres du 25. portent que Mr le Marquis de Folleville [...] »
Début :
Les letres du 25. portent que Mr le Marquis de Folleville [...]
Mots clefs :
Troupes, Ennemis, Marquis, Bataillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les letres du 25. portent que Mr le Marquis de Folleville [...] »
Les letres du 25. portent
que Mr le Marquis de Folleville
qui avoit apporté la
confirmation de la prise de
ce Chasteau,loüoitbeaucoup
Mr de Matamoros,
Capitaine d'Artillerie, à
l'industrie duquel on devoit
la reduction de ce poste important;
que le Prince de
Santo-Buono, cy-devant
Ambassadeur d'Espagne à
Venise
,
avoir eu la Viceroyauté
du Perou, pour le
recompenser de ses services
& de la fidélité qu'il a toujours
gardée à son legitime
Souverain, nonobstant les
grands biens qu'il possedoit
au Royaume de Naples, &
qui ont esté confisquez.
Celles du Camp de Calaf
du 19.disent que le 16.
Mr de Vendosme partit de
Cervera avec les troupes
Espagnoles pour aller camper
à Tarosa &: ocuper le
poste de Calaf;que le même
jour les troupes Françoises
qui étoient à Agramunt,
commandées par Monsieur
le Marquis de Guerchy
arriverent à une lieuë du
Camp; que le lendemain
17. Mr de Vendosme fie
partir tous les Dragons à la
pointe du jour & qu'il les
suivit vers les sept heures
avec la Cavalerie; que Mr
le Chevalier de Croix qui
les commandoit, étant arrivé
aux hauteurs de Saint
Martin, envoya avertir ce
Prince que l'Armée ennemie
paroissoit sortir des défilezde
Capons; qu'il partit
incontinent pour l'aller joindre
après avoir envoyé ordre
à Mr le Marquis de Laver
qui étoit à la teste de la
colonne de l'Infanterie Espagnole
,
d'avancer en
grande diligence, & à la
Cavaler ie de marcher demesme.
Mais que dés que
les ennemis s'aperceurent
que l'on marchoit à eux, ils
reculerent,& après avoir
passe leruisseau de Pratz del
Rey, ils mirent leur droite
au Bourgdu même nom,
qui efl; fermé de bonnes murailles
, &, leur gauche au
Moulin de Montferrat,entouré
aussi d'une muraille
fort épaisse
, & le gros de
leur Armée de l'autre côtéde
la haureur.
Que Monsieur de Vendosme
mit la droite de la
sienne sur la hauteur du
Moulin,& la gauche sur cek
le de Prats del Rey. Qu'il fie
ensuitedresser des Batteries
qui incommoderent beaucoup
les Ennemis, & fit
avancer les Troupes pour
chasser ceux qui bordoient
le ruisseau
,
& dont plus de
cinq cens furent tuez; que
le 18. les ennemis tenrerent
de s'emparer du ruisseau;
que pour cet effet ils firent
avancer quatre Bataillons
Anglois contre deux Compagnies
des Gardes Walones
qui le gardoient,&qui
tinrent ferme, jusqu'à ce
que Monsieur de Vendosme
ayant fait marcher la
Brigade entiere, les ennemis
furent obligez de se retirer
en desordre après avoir
perdu plusde cent hommes;
que lesennemis estoient fore
- incommodez sur les - bau..
teurs qu'ils occupoient,
n'ayant point d'Artillerie
pouropposer à celle de
Monsieur de Vendosme
, la difficulté des Montagnes
ne leur permettant pas d'y
en conduire, & parce que
Monsieur de Vendosme occupant
le poste de Calafoù
il a établisonQuartier,ils
ne peuvent plus tirer des
Montagnes les provisions
qu'ils en tiroient.
Les Lettres deCadizconfirment
que la charge des
quatorze Navires Anglois
& Hollandois qui y ont
esté conduits par six Armateurs
François,est estimée
plus de trois millions;
que ces Prises ont elle faites
prés de l'embouchuredu
Tage sur une Flotte de
cinquante - deux Vaisseaux ,»
& que les autres s'estant
écartez avoient donné à
la Coste
,
où ils estoient
pétis avec leurs Charges;
qu'il y en avoit plusieurs
chargez de bled
, qui est à
un prix excessifen Portugal;
& que le bruit qui avoit
couru que toutes les Troupes
Angloises qui sont dans
ce Royaume passoient en
Catalogne ,ne s estoit pas
trouvé veritable, n'y ayant
eu que deux Bataillons fort
foibles qui s'estoientembarquez
pour aller remplacer
les Troupes de la Garniton
de Gibraltar qui avoient
deferté.
que Mr le Marquis de Folleville
qui avoit apporté la
confirmation de la prise de
ce Chasteau,loüoitbeaucoup
Mr de Matamoros,
Capitaine d'Artillerie, à
l'industrie duquel on devoit
la reduction de ce poste important;
que le Prince de
Santo-Buono, cy-devant
Ambassadeur d'Espagne à
Venise
,
avoir eu la Viceroyauté
du Perou, pour le
recompenser de ses services
& de la fidélité qu'il a toujours
gardée à son legitime
Souverain, nonobstant les
grands biens qu'il possedoit
au Royaume de Naples, &
qui ont esté confisquez.
Celles du Camp de Calaf
du 19.disent que le 16.
Mr de Vendosme partit de
Cervera avec les troupes
Espagnoles pour aller camper
à Tarosa &: ocuper le
poste de Calaf;que le même
jour les troupes Françoises
qui étoient à Agramunt,
commandées par Monsieur
le Marquis de Guerchy
arriverent à une lieuë du
Camp; que le lendemain
17. Mr de Vendosme fie
partir tous les Dragons à la
pointe du jour & qu'il les
suivit vers les sept heures
avec la Cavalerie; que Mr
le Chevalier de Croix qui
les commandoit, étant arrivé
aux hauteurs de Saint
Martin, envoya avertir ce
Prince que l'Armée ennemie
paroissoit sortir des défilezde
Capons; qu'il partit
incontinent pour l'aller joindre
après avoir envoyé ordre
à Mr le Marquis de Laver
qui étoit à la teste de la
colonne de l'Infanterie Espagnole
,
d'avancer en
grande diligence, & à la
Cavaler ie de marcher demesme.
Mais que dés que
les ennemis s'aperceurent
que l'on marchoit à eux, ils
reculerent,& après avoir
passe leruisseau de Pratz del
Rey, ils mirent leur droite
au Bourgdu même nom,
qui efl; fermé de bonnes murailles
, &, leur gauche au
Moulin de Montferrat,entouré
aussi d'une muraille
fort épaisse
, & le gros de
leur Armée de l'autre côtéde
la haureur.
Que Monsieur de Vendosme
mit la droite de la
sienne sur la hauteur du
Moulin,& la gauche sur cek
le de Prats del Rey. Qu'il fie
ensuitedresser des Batteries
qui incommoderent beaucoup
les Ennemis, & fit
avancer les Troupes pour
chasser ceux qui bordoient
le ruisseau
,
& dont plus de
cinq cens furent tuez; que
le 18. les ennemis tenrerent
de s'emparer du ruisseau;
que pour cet effet ils firent
avancer quatre Bataillons
Anglois contre deux Compagnies
des Gardes Walones
qui le gardoient,&qui
tinrent ferme, jusqu'à ce
que Monsieur de Vendosme
ayant fait marcher la
Brigade entiere, les ennemis
furent obligez de se retirer
en desordre après avoir
perdu plusde cent hommes;
que lesennemis estoient fore
- incommodez sur les - bau..
teurs qu'ils occupoient,
n'ayant point d'Artillerie
pouropposer à celle de
Monsieur de Vendosme
, la difficulté des Montagnes
ne leur permettant pas d'y
en conduire, & parce que
Monsieur de Vendosme occupant
le poste de Calafoù
il a établisonQuartier,ils
ne peuvent plus tirer des
Montagnes les provisions
qu'ils en tiroient.
Les Lettres deCadizconfirment
que la charge des
quatorze Navires Anglois
& Hollandois qui y ont
esté conduits par six Armateurs
François,est estimée
plus de trois millions;
que ces Prises ont elle faites
prés de l'embouchuredu
Tage sur une Flotte de
cinquante - deux Vaisseaux ,»
& que les autres s'estant
écartez avoient donné à
la Coste
,
où ils estoient
pétis avec leurs Charges;
qu'il y en avoit plusieurs
chargez de bled
, qui est à
un prix excessifen Portugal;
& que le bruit qui avoit
couru que toutes les Troupes
Angloises qui sont dans
ce Royaume passoient en
Catalogne ,ne s estoit pas
trouvé veritable, n'y ayant
eu que deux Bataillons fort
foibles qui s'estoientembarquez
pour aller remplacer
les Troupes de la Garniton
de Gibraltar qui avoient
deferté.
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Résumé : « Les letres du 25. portent que Mr le Marquis de Folleville [...] »
Les lettres du 25 mentionnent la prise d'un château par le Marquis de Folleville, qui a salué le rôle crucial du Capitaine d'Artillerie Monsieur de Matamoros. Le Prince de Santo-Buono, ancien Ambassadeur d'Espagne à Venise, a été nommé Vice-roi du Pérou pour sa fidélité à son souverain, malgré la confiscation de ses biens au Royaume de Naples. Les lettres du camp de Calaf, datées du 19, rapportent que Monsieur de Vendosme a quitté Cervera avec les troupes espagnoles pour camper à Tarosa et occuper le poste de Calaf. Les troupes françaises, commandées par le Marquis de Guerchy, se sont approchées du camp. Le 17, Monsieur de Vendosme a envoyé les Dragons à l'aube, suivis par la cavalerie. Les ennemis, apercevant l'avancée des troupes, se sont retirés après avoir traversé le ruisseau de Pratz del Rey. Monsieur de Vendosme a positionné ses troupes sur les hauteurs et a dressé des batteries, tuant plus de cinq cents ennemis. Le 18, les ennemis ont tenté de reprendre le ruisseau mais ont été repoussés après avoir perdu plus de cent hommes. Les lettres de Cadix confirment la capture de quatorze navires anglo-hollandais par des armateurs français, estimée à plus de trois millions, près de l'embouchure du Tage. Plusieurs navires étaient chargés de blé. Contrairement aux rumeurs, seules deux faibles bataillons anglais se sont embarqués pour Gibraltar, et non pour la Catalogne.
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93
p. 14-23
TRADUCTION de la Lettre écrite par l'Archiduc à la Dépude Catalogne
Début :
LE ROY. Illustres, Venerables, Excellens, Nobles, Magnifiques, & nos Amez [...]
Mots clefs :
Ennemis, Allemagne, Épouse, Consolation, Catalogne, Barcelone, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION de la Lettre écrite par l'Archiduc à la Dépude Catalogne
TRADUCTION
- de la Lettre écrite par
l'Archiduc à la Dépude
Catalogne.
LE ROY.
lllustres, Venerables,
Excellens,Nobles, Magnifiques,
& nos Amez
&tres-fidelles Députez,
& Auditeurs des Comtes
de la Généralité de cette
Principautéde Catalogne.
La prompte & imprévue
mort de l'Empereur
Joseph, mon Frere, qui a
laisséle Trône Impérial
vaccant, mefitd'abord
penser que mapresence
estoit necessaire en Allemagne
pour my opposer
aux pernicieuxdesseins
des Ennemis qui ne manquerontpas
dans cettefatale
conjonctured'essayer
à troubler le repos de mes
Royaumes&Pays hereditaires
, & à brouiller
toute £si Umagies mais
la considération du chagrin
que vous auroitcause
mon absence, m'afait
sùsPendreJufèJues icycette
juste & convenable rsolution.
Cependantcomme
ma presence (JI absolument
necessaire dans mes
Domaines & Etats hereaitairespouryétablirla
seureté; & principalement
poury travaillerau
bien de nostresainte Religion
, & en particulier
pour vousyprepareravec
toute la diligence possible
~desTroupes&desfubfî*
des pour la deffense de
cette tres-fidellePricipauté,
&pourfinir cetteguerre
; considerations qui ont
obligé les Princesd'Allemagne
de solliciter mon
départ pour prévenir les
grands préjudices que
pourroient causer les pernicieux
desseins des Ennemis.
Tout cela ma déterminé
à passer pour un
peu de temps in Allemagne
; & quoy qu'ilfust
tres-convenable pour moy
& pour tous mes bons
vassauxdenemepoint
separer de la Reine mon
Epouse, je veux pourtant
vous donner la plus
grande marque de cet
amour que vous avez
mérité de moy par vôtre
confiance en vous laissant
& confiant à votreifdélité
ce que j'ayde plus
cher&de plusprécieux ;
cette separation mesera
tres-sensible, mais elle cft
aducieparlapenséeque
je travaille par la à votre
plus grande consolation.
C'estsurl'experience
quej'ay eue de vdtrejidelitéqueje
mefonde dans
laresolution quejeprens ;
le glorieuxsacrifice que
vous m'avez fait dans
les temps les plusfâcheux
me rassure donc, ~& me
fait esperer que dans toutes
les occasions presenteront,
vous donnerez
tous lessecours neceJJairtJ.
à la Reine mon Epouse
,
ce quiseul est capable de
me consolerpendant mon
absence qui ne sera pas
~longue,&durantlaquelle
je vous affurc que je
feray les derniers efforts
pourfinir une guerre qui
vous afflige ~tant,&pour
vous délivrerpar laforce
des Armes detout ce que
vous avezsouffert avec
tant de constance de la
partde mes Ennemis.Je
Vous recommandede nouveau
leprecieuxgage que
je vouslaisse. Et comme
vous trouverezvôtre consolation
en elle ,
elle trou- -
vera aussi lasienne dans
votre constante fidelité.
Vous devez cela à l'amour
paternel que fay
pour vous , & dont je
vais travailler à vous
donner encore deplus
grandes marques parla
réduction entiere de la
MonarchIe d'EJpagne>.
ce qui relèveraextrêmementlelustre
delaNation
Catalanne&quoy
que Mrs les Presidents
ayent merité d'entendre
de ma bouche ces expressions
de matendresse.,&
qu'ils vous les ayent redites
enparticulier,j'ay
crû devoirencorevous les
repeterafin de vous faire
mieux connoistrecombien
est grande ma tendresse
pour vous, &pour vous
engager par là à continuer
la vostre pour le
service de la Reine mon
Epouse
, & à pourvoir
parvotresecours&votre
application à tous les bc-
Joms indispensables dans -
les conjonctures presentes
pour le biendecettePrincipauté,
en attendant que
je revienne moy - même
vous y animerpourvôtre
plusgrande consolation.
De Barcelone le 6. Sept. 1 711.
MOY LE ROY.
Don Raymond de Villanéc
dePerlas.
- de la Lettre écrite par
l'Archiduc à la Dépude
Catalogne.
LE ROY.
lllustres, Venerables,
Excellens,Nobles, Magnifiques,
& nos Amez
&tres-fidelles Députez,
& Auditeurs des Comtes
de la Généralité de cette
Principautéde Catalogne.
La prompte & imprévue
mort de l'Empereur
Joseph, mon Frere, qui a
laisséle Trône Impérial
vaccant, mefitd'abord
penser que mapresence
estoit necessaire en Allemagne
pour my opposer
aux pernicieuxdesseins
des Ennemis qui ne manquerontpas
dans cettefatale
conjonctured'essayer
à troubler le repos de mes
Royaumes&Pays hereditaires
, & à brouiller
toute £si Umagies mais
la considération du chagrin
que vous auroitcause
mon absence, m'afait
sùsPendreJufèJues icycette
juste & convenable rsolution.
Cependantcomme
ma presence (JI absolument
necessaire dans mes
Domaines & Etats hereaitairespouryétablirla
seureté; & principalement
poury travaillerau
bien de nostresainte Religion
, & en particulier
pour vousyprepareravec
toute la diligence possible
~desTroupes&desfubfî*
des pour la deffense de
cette tres-fidellePricipauté,
&pourfinir cetteguerre
; considerations qui ont
obligé les Princesd'Allemagne
de solliciter mon
départ pour prévenir les
grands préjudices que
pourroient causer les pernicieux
desseins des Ennemis.
Tout cela ma déterminé
à passer pour un
peu de temps in Allemagne
; & quoy qu'ilfust
tres-convenable pour moy
& pour tous mes bons
vassauxdenemepoint
separer de la Reine mon
Epouse, je veux pourtant
vous donner la plus
grande marque de cet
amour que vous avez
mérité de moy par vôtre
confiance en vous laissant
& confiant à votreifdélité
ce que j'ayde plus
cher&de plusprécieux ;
cette separation mesera
tres-sensible, mais elle cft
aducieparlapenséeque
je travaille par la à votre
plus grande consolation.
C'estsurl'experience
quej'ay eue de vdtrejidelitéqueje
mefonde dans
laresolution quejeprens ;
le glorieuxsacrifice que
vous m'avez fait dans
les temps les plusfâcheux
me rassure donc, ~& me
fait esperer que dans toutes
les occasions presenteront,
vous donnerez
tous lessecours neceJJairtJ.
à la Reine mon Epouse
,
ce quiseul est capable de
me consolerpendant mon
absence qui ne sera pas
~longue,&durantlaquelle
je vous affurc que je
feray les derniers efforts
pourfinir une guerre qui
vous afflige ~tant,&pour
vous délivrerpar laforce
des Armes detout ce que
vous avezsouffert avec
tant de constance de la
partde mes Ennemis.Je
Vous recommandede nouveau
leprecieuxgage que
je vouslaisse. Et comme
vous trouverezvôtre consolation
en elle ,
elle trou- -
vera aussi lasienne dans
votre constante fidelité.
Vous devez cela à l'amour
paternel que fay
pour vous , & dont je
vais travailler à vous
donner encore deplus
grandes marques parla
réduction entiere de la
MonarchIe d'EJpagne>.
ce qui relèveraextrêmementlelustre
delaNation
Catalanne&quoy
que Mrs les Presidents
ayent merité d'entendre
de ma bouche ces expressions
de matendresse.,&
qu'ils vous les ayent redites
enparticulier,j'ay
crû devoirencorevous les
repeterafin de vous faire
mieux connoistrecombien
est grande ma tendresse
pour vous, &pour vous
engager par là à continuer
la vostre pour le
service de la Reine mon
Epouse
, & à pourvoir
parvotresecours&votre
application à tous les bc-
Joms indispensables dans -
les conjonctures presentes
pour le biendecettePrincipauté,
en attendant que
je revienne moy - même
vous y animerpourvôtre
plusgrande consolation.
De Barcelone le 6. Sept. 1 711.
MOY LE ROY.
Don Raymond de Villanéc
dePerlas.
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Résumé : TRADUCTION de la Lettre écrite par l'Archiduc à la Dépude Catalogne
Dans une lettre adressée à ses fidèles députés et auditeurs des comtes de la Généralité de la Principauté de Catalogne, un roi annonce la mort imprévue de son frère, l'Empereur Joseph, laissant le trône impérial vacant. Cette situation l'oblige à se rendre en Allemagne pour contrer les menaces des ennemis et protéger ses royaumes héréditaires. Le roi exprime son chagrin à l'idée de quitter la Catalogne et souligne la nécessité de sa présence en Allemagne pour assurer la sécurité et le bien de la religion. Il décide de partir pour un court moment, malgré la douleur de se séparer de la reine, son épouse. Il confie la défense de la Catalogne et la protection de la reine aux députés, en se fondant sur leur fidélité éprouvée. Le roi les encourage à soutenir la reine et à continuer à servir la Principauté avec constance et fidélité. Il promet de revenir rapidement et de mettre fin à la guerre qui afflige la Catalogne. Le roi réitère son amour paternel pour la nation catalane et son désir de la voir relevée par la réduction de la Monarchie d'Espagne. La lettre se termine par une expression de tendresse et un appel à la fidélité et au service de la reine et de la Principauté.
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94
p. 37-52
Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Début :
Pour vous informer au juste des mouvements de nôtre Armée [...]
Mots clefs :
Ennemis, Canon, Hommes, Ruisseau, Armée, Convoi, Duc de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Lettre contenant un détail de
-
ce quis'est passé à l'Armée
commandée par Monsieur
de Vendosme
,
depuis le 16.
Septembrejusqu'au 2.3.
}>
Pour vousinformer au
» juste des mouvements de
» nôtre Armée, je vous
»diray qu'elle décampa le
16. Septembre de Cervera » &Agramunt,&vintcam-
» pcr en deux Corps à Tar,
yroja &àGuissonna.
>3
Le lendemain 17. nous
Ȏtant tous joints dans la
»Plaine de Connil, nous »marchâmes à la hauteur
"de Saint Martin qui est
un Village ou nous de-
»vionsfaire halte, nous la
3)
fimes effectivement;mais
nous ne nous attendions
» pas à beaucoup prés d'y
trouver les Ennemis, dont
JJ
nous vimes l'Armée qui
marchoit pour venir Focuper
aussi-bien que le
;, gros bourg de Calas.
»Ilfallutfaire unedisposition
pour aller en,
„ avant, dans un terrain fort
»dlfjcile & fort scabreux par
„ tous les ravins & les am-
5J phiteatresque formoient
3>
les Vignes. Pendant ce
temps là, les ennemis qui
s'etoient arrestez & qui s3étoient
mis en battaille,
commencerent à défiler
par leurs derrieresjusqu'à ,, Pratz-del Rey où ilsap-
„puyérent leur droite, &
"leur gauche à un gros
,,,
„Convent ou il y a un Moulin sur le bord d'un
l' ruisseau - derriere lequel
„ils se formerent ; nous
„ nousaprochâmesd'eux en
),
bataille à la portéedufusil;
,,Mais comme le canon ,l,., ,,n'étoit point encore arri-
,,
vé, que nous avions plus
,, de la moitié de l'Armée
„derriere, à cause de la
.J)
longue journée par ce
J)
qu'elle ne put trouver
,,
d'eaudans toute sa mar- ,)che, on remit la partie
.&y
au lendemain, & les deux „Armées coucherentauBi-
^voiiacen se donnant force
fanfares méfiez de Haut-
,, bois. Pendant la nuit
"on fit reconnoistre les
'>
bords du ruisseau qui se ,,trouverent cfcarpez plus
„ qu'on ne pensoit &
>>
absolument impraticables
„ Le 18. au matin nostre
canon étant arrivé on
,,commanç2 à sept heures
,,&-demie à tirer sur les
,,
ennemis qui ne pouvoient
",
avoir le leur, par ce qu'
„ étant angagé dans le défilé
))qui est entre Santa Colo-
5)ma & Saint Martin dont
.,)il étoit déjaassés prés &
;, que nous occupâmes
}y d'abord, ils avoient été
„obligez de le faire retour-
,,ner sur ses pas avecdili-
,, gence & de luy faire
fàlreP le tour par 1-;
„guaïda. Ainsi le nostres
* '"les maltraita fort & fit
„souffrir principalement
"leur Cavallerie; ils recu-
„lerent leurs lignes de
,,quelque distance & les
ayant placéessurdes hau- 1
„teurs fort avantageuses,
„ils•tâcherait de se cou- 1 vrirde nostrefeu en
,,
proficant de petits rideaux
"C]ui étoient devant eux
do)
Ils envoyerent deux mille
5,
hommes dans le village de
,3Pratz-del- Rey
,
endeça
3S
du ruisseau & qui est bien
3)ferme par une muraille
,,épaisse
,
bien flanquée par
5,
des tours & avec un che-
JJtnin de ronde dessus: ils
'),
mirent aussi à leur gauche
"dans le Convent qui est
,) au de-là huit cent hommes
»)qui s'y retrancherent.
,,Ainsi il étoit inutile de
„ tenter une affaire qui cer-
,,tainement auroit mal
5)
tourné pour nous puisque
„ la Cavallerie ne pouvoit
pas seulement donner un
,,coup de main, & que „leurs postes n'croient que
l'affaire de l'Infanterie
„
dont la leur est fuperieurc
,,à la nostre; cependant
„ comme il faut boire absolument
& qu'il n'y
,)avoit pas d'autre eau que
,,
celle du ruisseau, Mon-
,,sieur de Vendosme s'étant
,,avancé à une de nos batateries,
envoya deux com-
,,pagnies de Grenadiers des
J)
G irdes Wallones pour
,,cliaffir une des petites
»
Gardes que les ednemis
avoient portées pour
,, garder les bords du ruis-
„
seau; les ennemis voyant
,, ces Troupes pousséesen-
.;; voyerent leurs Grenadiers
,,en-plus gros nombre qui
,,ramenerent les nostres
,,.
jusques auprès de la batnterie,
ce qui fit qu'un battaillon
entier des Gardes
9)
wallones déccndit sureux
& les poursuivit fort loin
,,au de-U du ruisseau sur
„ quoy toutes la premiere
'", ligne des ennemis s'étant
,,ébranlée pour marcher en
, ,,avant, la nostreen fit
„dt meCme, & nous nous
„aprochâmes à la grande
„ portée du pistolet croyant
"la faire engager, de ma- niere qu'on ne pouvoit
,),pIus s'en dedire; cepen- dant Mr de Vendosme
„ayant crié halte de la
;»
batterie, les deux Armées
)J
resterent en presence „quelque temps, pendant
lequel nostre canon dé-
„ siloit; l'Armée ennemie
cnfiti se retira dans ses
,, premiers postes en se couvrant
de quelques rideaux.
,,Ainsi ilsnouslaisserent
,,
maistres de cette partie du
„ruisseau après avoir perdu
5>
une trentaine d'hommes.
5)
Les deserteurs qui vinrent
Cil grand nombre dirent
)J que le canon leur avoir
"tué plus de quatre-vingt-
,,dix Cavaliers ou Soldats
,,&autantdechevaux: tout
»
le reste delajournée s'e-
J) tant paffé à les canonner ,
„nous nous campames sur
,,nostre mesme terrain, &-
3)
les ennemis qui n'avoient
„ point d'équipages, les
,,ayant renvoyez croyant
,,
d'estreattaquez certaine-
,,ment,coucherent en
5,
battaille au Bivoüac, ôc
travaillerent à se retran-
,,cher & a faire des batte-
"J'ries, ce qui sit prendre
33 party à noftrc General
",
de faire aussi retrancher
,,; les piquets que l'on avoit
„avancez prés du ruisseau&
3>de faire camper les Trou-
»
pesquin'étoient pas "à
9) couvert feulement du
"fullt, derriere des rideaux
qui ne les éloignent pas
„ d'avantage; le foir le
,,Régiment de Chazel,
„ Dragons arriva avec huit
',) pièces de canon & un
convoy
convoy de plusde deux
,,mille sacs de farine.
,, Le 19. se passa à tirée
,,quelques coups de canon
,,
beaucoup de coups de fuGI
,, & à travailler à se garantir
5,
de ce que nous pourroic
,,faire l'Artillerie des en-
,,nemis que l'on croyoit
Il
devoir amener la mesme „nuit.
,,
Tout le20.oncontinua
1)
à perfectionner les retran-
,,
chements avancez aussi-
,,
bien que les batteries. ôt
jjles ennemis travaillèrent à
élever leurs retranchemenés
peut se couvrir de
nostre canon qui ne UÏOLC ,,cependant pas fort souvent
attendu le peu de
„boulets qu'on avoir; on.
.1) en attendoit de Lerida par,
,, un convoy qui en venoit
,,avecdix ou douze pièces
„„fdaeirveilnegSt,iqèugaetdrçe^.dCeafrldûotnenseà.
Venasque se rendic. le 16.
,, la garnison de deux cent
,,vingt hommes & vingt
a,
Officiers aesté faitprison-
,,niere, nos Troupes fonç
,,allées faire le deCaC-
^tcl- Leon & ne peuvent
,,
estre icy que le 6' ou le 8.
5,
du mois prochain; il doit
„ arriver tous les jours des
;, remontes pour la Caval-.
„ lerie & les quatre mille-
„ hommes qui ont pris Ve, ,,nafque, ne laisseront pas
,,
de tenir ici un bon coin.*
„Il vient tous les jours
J)
beaucoup de deserteurs del'Armée
des ennemis dont
„ le canon arriva le 21. au
5,
soir
,
& commenta à tirer?
„le 22. Cematin23ilsont
commencé à nous bom-
))
barder dans nostre Camp;
,,on fait monter leur pertc
,,tant par l'Artillerie que
npar la Mousqueterieàcinq
x>
cens hommes ,, tuez ou blessez un Colonel, un „Lieutenant Colonel, un ,,Major ,tuez.; &quelques
,,Officiers.On faitau jpufcf
„,d'huy un grand fourrage à la vue desennemis,,jç
Mnc fçays'il produira queU
",que mouvement$iln'yà
,,pas apparence que nous
Il
décampions de long-
„ temps d'icy, je vous ¡mot::,
,,meray dje tout ce qui s'y-,
l'passera
-
ce quis'est passé à l'Armée
commandée par Monsieur
de Vendosme
,
depuis le 16.
Septembrejusqu'au 2.3.
}>
Pour vousinformer au
» juste des mouvements de
» nôtre Armée, je vous
»diray qu'elle décampa le
16. Septembre de Cervera » &Agramunt,&vintcam-
» pcr en deux Corps à Tar,
yroja &àGuissonna.
>3
Le lendemain 17. nous
Ȏtant tous joints dans la
»Plaine de Connil, nous »marchâmes à la hauteur
"de Saint Martin qui est
un Village ou nous de-
»vionsfaire halte, nous la
3)
fimes effectivement;mais
nous ne nous attendions
» pas à beaucoup prés d'y
trouver les Ennemis, dont
JJ
nous vimes l'Armée qui
marchoit pour venir Focuper
aussi-bien que le
;, gros bourg de Calas.
»Ilfallutfaire unedisposition
pour aller en,
„ avant, dans un terrain fort
»dlfjcile & fort scabreux par
„ tous les ravins & les am-
5J phiteatresque formoient
3>
les Vignes. Pendant ce
temps là, les ennemis qui
s'etoient arrestez & qui s3étoient
mis en battaille,
commencerent à défiler
par leurs derrieresjusqu'à ,, Pratz-del Rey où ilsap-
„puyérent leur droite, &
"leur gauche à un gros
,,,
„Convent ou il y a un Moulin sur le bord d'un
l' ruisseau - derriere lequel
„ils se formerent ; nous
„ nousaprochâmesd'eux en
),
bataille à la portéedufusil;
,,Mais comme le canon ,l,., ,,n'étoit point encore arri-
,,
vé, que nous avions plus
,, de la moitié de l'Armée
„derriere, à cause de la
.J)
longue journée par ce
J)
qu'elle ne put trouver
,,
d'eaudans toute sa mar- ,)che, on remit la partie
.&y
au lendemain, & les deux „Armées coucherentauBi-
^voiiacen se donnant force
fanfares méfiez de Haut-
,, bois. Pendant la nuit
"on fit reconnoistre les
'>
bords du ruisseau qui se ,,trouverent cfcarpez plus
„ qu'on ne pensoit &
>>
absolument impraticables
„ Le 18. au matin nostre
canon étant arrivé on
,,commanç2 à sept heures
,,&-demie à tirer sur les
,,
ennemis qui ne pouvoient
",
avoir le leur, par ce qu'
„ étant angagé dans le défilé
))qui est entre Santa Colo-
5)ma & Saint Martin dont
.,)il étoit déjaassés prés &
;, que nous occupâmes
}y d'abord, ils avoient été
„obligez de le faire retour-
,,ner sur ses pas avecdili-
,, gence & de luy faire
fàlreP le tour par 1-;
„guaïda. Ainsi le nostres
* '"les maltraita fort & fit
„souffrir principalement
"leur Cavallerie; ils recu-
„lerent leurs lignes de
,,quelque distance & les
ayant placéessurdes hau- 1
„teurs fort avantageuses,
„ils•tâcherait de se cou- 1 vrirde nostrefeu en
,,
proficant de petits rideaux
"C]ui étoient devant eux
do)
Ils envoyerent deux mille
5,
hommes dans le village de
,3Pratz-del- Rey
,
endeça
3S
du ruisseau & qui est bien
3)ferme par une muraille
,,épaisse
,
bien flanquée par
5,
des tours & avec un che-
JJtnin de ronde dessus: ils
'),
mirent aussi à leur gauche
"dans le Convent qui est
,) au de-là huit cent hommes
»)qui s'y retrancherent.
,,Ainsi il étoit inutile de
„ tenter une affaire qui cer-
,,tainement auroit mal
5)
tourné pour nous puisque
„ la Cavallerie ne pouvoit
pas seulement donner un
,,coup de main, & que „leurs postes n'croient que
l'affaire de l'Infanterie
„
dont la leur est fuperieurc
,,à la nostre; cependant
„ comme il faut boire absolument
& qu'il n'y
,)avoit pas d'autre eau que
,,
celle du ruisseau, Mon-
,,sieur de Vendosme s'étant
,,avancé à une de nos batateries,
envoya deux com-
,,pagnies de Grenadiers des
J)
G irdes Wallones pour
,,cliaffir une des petites
»
Gardes que les ednemis
avoient portées pour
,, garder les bords du ruis-
„
seau; les ennemis voyant
,, ces Troupes pousséesen-
.;; voyerent leurs Grenadiers
,,en-plus gros nombre qui
,,ramenerent les nostres
,,.
jusques auprès de la batnterie,
ce qui fit qu'un battaillon
entier des Gardes
9)
wallones déccndit sureux
& les poursuivit fort loin
,,au de-U du ruisseau sur
„ quoy toutes la premiere
'", ligne des ennemis s'étant
,,ébranlée pour marcher en
, ,,avant, la nostreen fit
„dt meCme, & nous nous
„aprochâmes à la grande
„ portée du pistolet croyant
"la faire engager, de ma- niere qu'on ne pouvoit
,),pIus s'en dedire; cepen- dant Mr de Vendosme
„ayant crié halte de la
;»
batterie, les deux Armées
)J
resterent en presence „quelque temps, pendant
lequel nostre canon dé-
„ siloit; l'Armée ennemie
cnfiti se retira dans ses
,, premiers postes en se couvrant
de quelques rideaux.
,,Ainsi ilsnouslaisserent
,,
maistres de cette partie du
„ruisseau après avoir perdu
5>
une trentaine d'hommes.
5)
Les deserteurs qui vinrent
Cil grand nombre dirent
)J que le canon leur avoir
"tué plus de quatre-vingt-
,,dix Cavaliers ou Soldats
,,&autantdechevaux: tout
»
le reste delajournée s'e-
J) tant paffé à les canonner ,
„nous nous campames sur
,,nostre mesme terrain, &-
3)
les ennemis qui n'avoient
„ point d'équipages, les
,,ayant renvoyez croyant
,,
d'estreattaquez certaine-
,,ment,coucherent en
5,
battaille au Bivoüac, ôc
travaillerent à se retran-
,,cher & a faire des batte-
"J'ries, ce qui sit prendre
33 party à noftrc General
",
de faire aussi retrancher
,,; les piquets que l'on avoit
„avancez prés du ruisseau&
3>de faire camper les Trou-
»
pesquin'étoient pas "à
9) couvert feulement du
"fullt, derriere des rideaux
qui ne les éloignent pas
„ d'avantage; le foir le
,,Régiment de Chazel,
„ Dragons arriva avec huit
',) pièces de canon & un
convoy
convoy de plusde deux
,,mille sacs de farine.
,, Le 19. se passa à tirée
,,quelques coups de canon
,,
beaucoup de coups de fuGI
,, & à travailler à se garantir
5,
de ce que nous pourroic
,,faire l'Artillerie des en-
,,nemis que l'on croyoit
Il
devoir amener la mesme „nuit.
,,
Tout le20.oncontinua
1)
à perfectionner les retran-
,,
chements avancez aussi-
,,
bien que les batteries. ôt
jjles ennemis travaillèrent à
élever leurs retranchemenés
peut se couvrir de
nostre canon qui ne UÏOLC ,,cependant pas fort souvent
attendu le peu de
„boulets qu'on avoir; on.
.1) en attendoit de Lerida par,
,, un convoy qui en venoit
,,avecdix ou douze pièces
„„fdaeirveilnegSt,iqèugaetdrçe^.dCeafrldûotnenseà.
Venasque se rendic. le 16.
,, la garnison de deux cent
,,vingt hommes & vingt
a,
Officiers aesté faitprison-
,,niere, nos Troupes fonç
,,allées faire le deCaC-
^tcl- Leon & ne peuvent
,,
estre icy que le 6' ou le 8.
5,
du mois prochain; il doit
„ arriver tous les jours des
;, remontes pour la Caval-.
„ lerie & les quatre mille-
„ hommes qui ont pris Ve, ,,nafque, ne laisseront pas
,,
de tenir ici un bon coin.*
„Il vient tous les jours
J)
beaucoup de deserteurs del'Armée
des ennemis dont
„ le canon arriva le 21. au
5,
soir
,
& commenta à tirer?
„le 22. Cematin23ilsont
commencé à nous bom-
))
barder dans nostre Camp;
,,on fait monter leur pertc
,,tant par l'Artillerie que
npar la Mousqueterieàcinq
x>
cens hommes ,, tuez ou blessez un Colonel, un „Lieutenant Colonel, un ,,Major ,tuez.; &quelques
,,Officiers.On faitau jpufcf
„,d'huy un grand fourrage à la vue desennemis,,jç
Mnc fçays'il produira queU
",que mouvement$iln'yà
,,pas apparence que nous
Il
décampions de long-
„ temps d'icy, je vous ¡mot::,
,,meray dje tout ce qui s'y-,
l'passera
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Résumé : Lettre contenant un détail de ce qui s'est passé à l'Armée commandée par Monsieur de Vendosme, depuis le 16. Septembre jusqu'au 23.
Du 16 septembre au 23 octobre, l'armée commandée par Monsieur de Vendosme effectua plusieurs mouvements stratégiques. Le 16 septembre, elle quitta Cervera et Agramunt pour se diriger vers Tarragona, Reus et Guissona. Le lendemain, elle se rassembla dans la plaine de Conil et marcha vers Saint Martin, où elle rencontra l'armée ennemie près de Calas. En raison du terrain difficile, une disposition spécifique fut nécessaire pour avancer. Les ennemis se retranchèrent près de Pratz-del Rey, et les deux armées campèrent sans engager de combat. Le 18 septembre, l'arrivée du canon marqua le début des hostilités. Les ennemis, en difficulté, se retirèrent vers Pratz-del Rey. Les Grenadiers wallons tentèrent de prendre une garde ennemie mais furent repoussés. Les deux armées restèrent en présence, et les ennemis se retirèrent après avoir subi des pertes, estimées à une trentaine d'hommes. Les déserteurs ennemis rapportèrent des pertes encore plus lourdes. Les jours suivants, les deux armées se retranchèrent et échangèrent des tirs d'artillerie. Le 23 octobre, les ennemis bombardèrent le camp, causant des pertes. Malgré cela, un grand fourrage fut organisé sous les yeux des ennemis, sans mouvement notable des deux côtés. La lettre se conclut en indiquant que l'armée ne décampera pas de sitôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
95
p. 60-63
Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
Début :
Nous occupons toûjours nos mêmes postes, & les Ennemis [...]
Mots clefs :
Ennemis, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
Extrait d'une Lettre dumê."
me Camp,du16s
-
-
,';
Nous occuponstoujours nos
mêmes passes
> & les Ennemi-s
les leurs,qu'ilssoufrent beaucoup
par le mauvais tempsqu'ilfait
depuisplusieurs jours, (7 par *
le manque de fourage,nous ne
soufrons gueres moins qu'eux.
Monsieur de Vendosme
, a ffpendant
fait mettre la plus
grande partiede laCavalerie
Acouvert dans les lieux les plus
proches du Camp. On travaille
à reparer leschemins pour conduire
l'artillerie devant Cardonne
&So/fone) qui doivent
estreattaquez par les Troupes
qau~i oon~tf~a<i~t lesS~iefg~es de Ve'--
nasque&de Castel-Léon. Les
Deserteursqui continuent de
venir en grand nombre, apu-*
rent que les Ennemissont obli.
Lez d'allerfourager jusqu'a
douze & tresse heuës de leur
Camp : nous n'allonspas encore
si loin à beaucoup près. Deux
cens soixante (7 dix chevaux
des Ennemis,de Troupes réglées
ou volontaires, nous ayantenlevé
un Convoy de deux mille
Mulets
,
de cinquante sept
grands Chariots, desix-vingt
Charettes
y
que l'on conduifoit.
de l'Armée a Lerida, Monfleur
de Funbnena,,Colonelqui
etoitàBalaguerenayanteu
avois
, en sortit avec cent soixante
chevaux, (7 ayantjoint
les Ennemis au de-là de Termens
,illes défit entièrement;
quatre- vingt furent tuez&
les autres faits prisonniers
,
ftdrmy lesquelsily avoir un
Colonel, (7 troisLieutenants
Colonels qui furent tous conduits
à Balaguer,où le Colo
nel est mort deses Maures ;
c:7 le Convoy a été reconduit
à Lerida. Cette action n'a
cousté qu'unLieutenant,
dix Cavaliers tuezou h.erf'Z'
&une légère blessure à Mfde
Funbuena.
me Camp,du16s
-
-
,';
Nous occuponstoujours nos
mêmes passes
> & les Ennemi-s
les leurs,qu'ilssoufrent beaucoup
par le mauvais tempsqu'ilfait
depuisplusieurs jours, (7 par *
le manque de fourage,nous ne
soufrons gueres moins qu'eux.
Monsieur de Vendosme
, a ffpendant
fait mettre la plus
grande partiede laCavalerie
Acouvert dans les lieux les plus
proches du Camp. On travaille
à reparer leschemins pour conduire
l'artillerie devant Cardonne
&So/fone) qui doivent
estreattaquez par les Troupes
qau~i oon~tf~a<i~t lesS~iefg~es de Ve'--
nasque&de Castel-Léon. Les
Deserteursqui continuent de
venir en grand nombre, apu-*
rent que les Ennemissont obli.
Lez d'allerfourager jusqu'a
douze & tresse heuës de leur
Camp : nous n'allonspas encore
si loin à beaucoup près. Deux
cens soixante (7 dix chevaux
des Ennemis,de Troupes réglées
ou volontaires, nous ayantenlevé
un Convoy de deux mille
Mulets
,
de cinquante sept
grands Chariots, desix-vingt
Charettes
y
que l'on conduifoit.
de l'Armée a Lerida, Monfleur
de Funbnena,,Colonelqui
etoitàBalaguerenayanteu
avois
, en sortit avec cent soixante
chevaux, (7 ayantjoint
les Ennemis au de-là de Termens
,illes défit entièrement;
quatre- vingt furent tuez&
les autres faits prisonniers
,
ftdrmy lesquelsily avoir un
Colonel, (7 troisLieutenants
Colonels qui furent tous conduits
à Balaguer,où le Colo
nel est mort deses Maures ;
c:7 le Convoy a été reconduit
à Lerida. Cette action n'a
cousté qu'unLieutenant,
dix Cavaliers tuezou h.erf'Z'
&une légère blessure à Mfde
Funbuena.
Fermer
Résumé : Extrait d'une Lettre du même Camp, du 16.
La lettre relate une situation militaire où les troupes et les ennemis occupent des positions similaires, tous deux affectés par le mauvais temps et le manque de fourrage. Monsieur de Vendôme a déplacé la cavalerie près du camp et des travaux sont en cours pour réparer les chemins afin de déplacer l'artillerie vers Cardonne et Solférino. Ces lieux doivent être attaqués par les troupes des sièges de Vernasque et de Castel-Léon. De nombreux déserteurs signalent que les ennemis doivent parcourir douze à treize heures pour trouver du fourrage, contrairement aux troupes du camp. Récemment, les ennemis ont capturé un convoi destiné à l'armée à Lerida, comprenant deux mille mulets, cinquante-sept grands chariots et six-vingts charrettes. En réponse, le colonel Monflour de Funbuena, basé à Balaguer, a mené une action avec cent soixante chevaux près de Termens. Il a défait les ennemis, tué quatre-vingts d'entre eux et fait prisonniers un colonel et trois lieutenants-colonels. Cette action a coûté la vie à un lieutenant et à dix cavaliers, et a légèrement blessé Monflour de Funbuena. Le convoi a été reconduit à Lerida.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
96
p. 63-66
« Les dernieres nouvelles qu'on avoit reçûës d'Estremadure étoient [...] »
Début :
Les dernieres nouvelles qu'on avoit reçûës d'Estremadure étoient [...]
Mots clefs :
Ennemis, Guerre, Valence, Aragon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les dernieres nouvelles qu'on avoit reçûës d'Estremadure étoient [...] »
Les dernières nouvelles
qu'on avoir reçues d'Estremadure
étoient que l'un des
partis destinez pour empécher
le transport des grains
de Castille en Portugal ,1 avoit
rencontré prés d'Olivença
un Regiment des Enjicmis}
qui,quoy que surperieur,
avoir été attaqué par
ce Party qui l'avoit entièrement
défait, la pluspart des
Soldats & Officiers de ce
Régiment ayant été ruez &
lciefte faits prisônniers;que
l'Arméeétoitséparée cri
trois Corps qui étoient apportée
dese joindre en cas
de besoin ; mais qu'elle devoit
se sépater bientostentierement,&
entrer en quartier
d'Hiver.
Les Lettres du Royaume
de Valence disoient que le
fameuxRebelle, nomme
l'Alicantino, avoit été pris,
&qu'on devoit en faire justicc
incessament.
Celles d' Arragon
, que
leshabitans de Huesca,des
lieux de son Territoire
,
de
Santa Oladiera,deSabaliés,
& daples
, ayant appris
qu'une Troupe de volontaires
avoient fait une cource
dans le voisinage
,
les avoient
coupez dans leur rettaite,
& avoient repris leur
butin après enavoirrué un
grand nombre, & fait beaucou
p de prisonniers& qué
le Roypourrécom pen fer
leurzele, icsavoic tous exemptez
de logement de gens
de guerre.
qu'on avoir reçues d'Estremadure
étoient que l'un des
partis destinez pour empécher
le transport des grains
de Castille en Portugal ,1 avoit
rencontré prés d'Olivença
un Regiment des Enjicmis}
qui,quoy que surperieur,
avoir été attaqué par
ce Party qui l'avoit entièrement
défait, la pluspart des
Soldats & Officiers de ce
Régiment ayant été ruez &
lciefte faits prisônniers;que
l'Arméeétoitséparée cri
trois Corps qui étoient apportée
dese joindre en cas
de besoin ; mais qu'elle devoit
se sépater bientostentierement,&
entrer en quartier
d'Hiver.
Les Lettres du Royaume
de Valence disoient que le
fameuxRebelle, nomme
l'Alicantino, avoit été pris,
&qu'on devoit en faire justicc
incessament.
Celles d' Arragon
, que
leshabitans de Huesca,des
lieux de son Territoire
,
de
Santa Oladiera,deSabaliés,
& daples
, ayant appris
qu'une Troupe de volontaires
avoient fait une cource
dans le voisinage
,
les avoient
coupez dans leur rettaite,
& avoient repris leur
butin après enavoirrué un
grand nombre, & fait beaucou
p de prisonniers& qué
le Roypourrécom pen fer
leurzele, icsavoic tous exemptez
de logement de gens
de guerre.
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Résumé : « Les dernieres nouvelles qu'on avoit reçûës d'Estremadure étoient [...] »
En Estrémadure, un détachement espagnol a vaincu un régiment des Enjicmis près d'Olivença, empêchant ainsi le transport de grains vers le Portugal. La plupart des soldats et officiers ennemis ont été tués ou capturés. L'armée espagnole, divisée en trois corps, se prépare à entrer en quartiers d'hiver après une éventuelle réunion. En Valence, le rebelle Alicantino a été capturé et sera prochainement exécuté. En Aragon, les habitants de Huesca et des localités voisines ont intercepté des volontaires qui avaient pillé leur région. Ils ont récupéré leur butin après avoir tué plusieurs assaillants et fait des prisonniers. En récompense, le roi a exempté ces habitants du logement des troupes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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97
p. 83-89
Suite des Nouvelles d'Espagne.
Début :
Monsieur de Vendosme, ayant eu avis que trois mille hommes [...]
Mots clefs :
Ennemis, Hommes, Duc de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
Monsieur de Vendosme,
ayant eu avis que trois mille
hommes des meilleures
Troupes de l'ArméeduGeneral
Staremberg
,
avoient
,
pris secrettement la route
de Tarragone pour quelque
expédition, il envoya avertir
les Gouvet neurs de TorraCe
& de Lerida de se tenis
sur leurs gardes. Eneffet,le
General Wezel, à la teste de
ce détachement
,
auquel il
avoir joint deux mille cinq
cens Miquelets,arriva le 2
Octobreavant le jour sur le
glacis de Tortose sans avoir
esté découvert à cause d'un
grand broülllard. ces Troupes
surprirent d'abord un
Corps de Garde prés de la
barrière & la demi lune de
la Porte du Temple
,
où il
n'y avoir point de Garde Ils
voulurent ensuite cfcalader
la muraille prés de la Tour
voisine de l'angleflanqué du
Bastion de S. Jean ; mais le
bruic qu'ils firent en posant
leurs Echelles, les fit découvrir.
Onavertitaussi-tost
MrdeGlines Commandant
de la Place qui s'y transporta
avec toute la diligence
possible. Dés qu'ilfutarrivé
il fit tirer cinq coups de canon
qui estoient le signal
pour faire prendre lesarmes
à la Garnison. Dans le même
temps il fit tirer sur le Rempart
les Echelles que les Ennemis
avoienc dressées, par
les So ldats de sa garde qui
l'avoient suivi. Lesennemis
fc voyant découverts se glisrent
entre les ouvrages & la
riviere ; mais la Garnison &
un grand nombre de Bourgeois
ayant occupé tous les :
Portes, on sir pluficurs décharges
de canon sur eux
chargé à cartouche, qui leur
tuèrent beaucoup de monde.
Cependant ils ne se rebuterentpas&
s'avancerent
aux portes du Temple &de
Saint Jean ausquelles il voulurent
attacher des petards
pour les enfoncer; mais lesgrandes
décharges que l'on
fie sur eux les obligèrent de
seretirer en si grand desordre
qu'ils abandonnèrent
quatrecens hommes qui
avoient pris poste dans la
demi lune de la Porte du
Temple, avec un Lieutenant-
Colonel & plusieurs
autres Officiers'; tout leur
attirail, & huit cent fusils.
Mrs de Bustamante qui étoit
avec deux cens hommes à
deux lieues de là, accourut
au bruit du canon, lequel
ayant trouvé les Ennemis
qui se retiroient, les poursuivit,
& en prie un grand
nombre. On compte que,
cette entrepriseleuracoûté
prés de quinze cens hommes
tant tuez que prisonniers &
deserteurs qui se fontvenus
rendre depuis.
D'autres Lettres portent
qu'après que les Ennemis Ce
furent retirez
,
l'Evêque fit
chanter le Te Deum, & distribuer
ensuite des rafraîchissemens
à la Garnison &
aux Bourgeois qui avoient
pris les armes pour la deffense
de leur patrie; que dans le
même temps que les Ennemis
avoientessayé de furprendre
Tortose
,
plusieurs
Vaisseaux de guerre & plufleurs
Galeres où il y avoit
des Troupes de débarquement
avoient approché de
Vignaroz à l'embouchure
de l'Ebre, dans le destein de
s'emparer de cette Ville ou
de brûler les Magasins de
grains qu'on y avoit amassez
; mais qu'ils avoient esté
pareillement contraints de
le retirer sans avoir pû exe-
,
cuter leur dessein.
d'Espagne.
Monsieur de Vendosme,
ayant eu avis que trois mille
hommes des meilleures
Troupes de l'ArméeduGeneral
Staremberg
,
avoient
,
pris secrettement la route
de Tarragone pour quelque
expédition, il envoya avertir
les Gouvet neurs de TorraCe
& de Lerida de se tenis
sur leurs gardes. Eneffet,le
General Wezel, à la teste de
ce détachement
,
auquel il
avoir joint deux mille cinq
cens Miquelets,arriva le 2
Octobreavant le jour sur le
glacis de Tortose sans avoir
esté découvert à cause d'un
grand broülllard. ces Troupes
surprirent d'abord un
Corps de Garde prés de la
barrière & la demi lune de
la Porte du Temple
,
où il
n'y avoir point de Garde Ils
voulurent ensuite cfcalader
la muraille prés de la Tour
voisine de l'angleflanqué du
Bastion de S. Jean ; mais le
bruic qu'ils firent en posant
leurs Echelles, les fit découvrir.
Onavertitaussi-tost
MrdeGlines Commandant
de la Place qui s'y transporta
avec toute la diligence
possible. Dés qu'ilfutarrivé
il fit tirer cinq coups de canon
qui estoient le signal
pour faire prendre lesarmes
à la Garnison. Dans le même
temps il fit tirer sur le Rempart
les Echelles que les Ennemis
avoienc dressées, par
les So ldats de sa garde qui
l'avoient suivi. Lesennemis
fc voyant découverts se glisrent
entre les ouvrages & la
riviere ; mais la Garnison &
un grand nombre de Bourgeois
ayant occupé tous les :
Portes, on sir pluficurs décharges
de canon sur eux
chargé à cartouche, qui leur
tuèrent beaucoup de monde.
Cependant ils ne se rebuterentpas&
s'avancerent
aux portes du Temple &de
Saint Jean ausquelles il voulurent
attacher des petards
pour les enfoncer; mais lesgrandes
décharges que l'on
fie sur eux les obligèrent de
seretirer en si grand desordre
qu'ils abandonnèrent
quatrecens hommes qui
avoient pris poste dans la
demi lune de la Porte du
Temple, avec un Lieutenant-
Colonel & plusieurs
autres Officiers'; tout leur
attirail, & huit cent fusils.
Mrs de Bustamante qui étoit
avec deux cens hommes à
deux lieues de là, accourut
au bruit du canon, lequel
ayant trouvé les Ennemis
qui se retiroient, les poursuivit,
& en prie un grand
nombre. On compte que,
cette entrepriseleuracoûté
prés de quinze cens hommes
tant tuez que prisonniers &
deserteurs qui se fontvenus
rendre depuis.
D'autres Lettres portent
qu'après que les Ennemis Ce
furent retirez
,
l'Evêque fit
chanter le Te Deum, & distribuer
ensuite des rafraîchissemens
à la Garnison &
aux Bourgeois qui avoient
pris les armes pour la deffense
de leur patrie; que dans le
même temps que les Ennemis
avoientessayé de furprendre
Tortose
,
plusieurs
Vaisseaux de guerre & plufleurs
Galeres où il y avoit
des Troupes de débarquement
avoient approché de
Vignaroz à l'embouchure
de l'Ebre, dans le destein de
s'emparer de cette Ville ou
de brûler les Magasins de
grains qu'on y avoit amassez
; mais qu'ils avoient esté
pareillement contraints de
le retirer sans avoir pû exe-
,
cuter leur dessein.
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Résumé : Suite des Nouvelles d'Espagne.
Le marquis de Vendôme, averti de l'approche de trois mille hommes des troupes du général Staremberg vers Tarragone, alerta les gouverneurs de Tortose et de Lérida. Le général Wezel, à la tête de cinq mille hommes, arriva devant Tortose le 2 octobre, profitant du brouillard pour éviter la détection. Les troupes surprirent un corps de garde près de la Porte du Temple et tentèrent d'escalader la muraille, mais furent découvertes. Le commandant M. de Glines fit tirer des coups de canon pour alerter la garnison. Les assaillants, repoussés par des décharges de canon, tentèrent d'enfoncer les portes avec des pétards sans succès. Ils se retirèrent en désordre, abandonnant quatre cents hommes, des officiers et des armes. M. de Bustamante captura un grand nombre d'ennemis en retraite. Cette attaque coûta aux assaillants près de quinze cents hommes. Après le retrait des ennemis, l'évêque fit chanter le Te Deum et distribuer des rafraîchissements. Parallèlement, des vaisseaux de guerre approchèrent de Vinaroz pour s'emparer de la ville ou brûler des magasins de grains, mais se retirèrent sans exécuter leur plan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 46-52
Extrait d'une Lettre du Camp de Calaf du 18 Novembre.
Début :
Mr le Comte de Muret, Lieutenant General ayant esté détaché [...]
Mots clefs :
Troupes, Calaf, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre du Camp de Calaf du 18 Novembre.
Extrait d'une Lettre du
Camp de Calafdu 18
Novembre.
Mr le Comte de Muret,
Lieutenant General ayant esté
détachéavec trois mille hommes.
pour aller attaquer Cardone,
y arriva le 14. Il trouva
qite les Ennemis avoient aDèz
bien fortifié la Ville & le
Chasteau, £r que même ils
avoient aussifortifié une Casfine
où ils avoient missix-vingt
hommu. Ilfut aussi que la
Garnisonetoit composée de
bonnes Troupes; sçavoir du
Régiment de Taf, de deux
Battaillons; d'un Régiment de
Grisons, & de celuy Jef.,
Députation de Catalogne d'un
battaillon chutlnJ (;7 trois cens
hommes d'autres Troupes, qui
toutes étoient bien disposées à
faire une vigoureuse résistance :
Mais les Troupes du Roy
étoient auiYi bien dijpojeeh a les
attaquer. L'Artillerie ayant
ruiné les def,njres de deux
Tours quiflanquoient ungrand
retranchement que les Ennemii
avoientélevé entre la Cassine
& la Ville, Mr le Comte de
Muretfit toutes les dispositions
necessaires pour attaquer ce
retranchement. Il partagea
quatorze cens hommes en trois
Corps; celuy du centre, desix
Compagnies de Grenadiers Ë,,r
de six piquets, étoit commandé
parMr le Marquis d'Arpajon;
celuy de la droite,composé d'un
pareil nombre de Grenadiers gr
de
de piquets étoit commandé par
fyfr le Comte d'Hercel, c:::ï
celuy de la gauche
,
de trois
:ens Dragons &desix Piquets,
étoit commandé par
Mf le Comte de Melun. On
narcha dans cet ordre le i7.a
a pointe dujour, en laissant
derriere la Cassinefortifiée,&
e retranchement fut emporté
.)Epée à la mainJaux trois ataques.
Les Troupes qui les
dessendoientfurentsuiviesdesi
réscjue les nôtres entrerentdans
a Ville avec elles. Le Gou-.
verneur du Chasteau, voulant
profiter de ce désordre, fit sortir
trois cens hommes pour enveloper
nos Troupes, & les mettre
entre deux feux; mais ellesse
rallierentsipromptementqu'elles
obligerent les Ennemis de se
jetter dans un Ravin, & de
se retirerderriere la Riviere de
Cardonner. On ne trouva point
d'Habitansdans laVille,parce
qu'ils en étoient tous sortis à
l'approche de nos Troupes. Mr
le Comte de Muretfit ensuite
sommer le Commandant de la
CaJJine,cjiiise renditavecsept
autres Officiers 0* cent douze
Soldatssans avoiretféattaque;
IJÆI'!Y que cepostefustfraisé&
palissadé. Mr de Courtieres,
Lieutenant Colonel dans les
TroupesWalones,unCapitaine
des Grenadiers & un Aidc-
Major des mesmesTroupes,
furent blessezàl'attaque du
retranchement, qui n'a pas
cousté aux Troupes du Roy
vQleufiae%ra9ntehommes tuez ou
au lieu que les Ennemisen
ont perdu environ sept
cens, tant tue%, déserteurs
ouprisonniers,y compris
lessix-vingtshommesqui
étoient dans la CaJJtne. On
trouva beaucoup de vivre?
dans la Ville, que les Ennemis
yavoientamassez. Lelendemain
de l'action, Mr le Comte
de Muretfit dresserdes Batte
ries contre leChasteau.
Camp de Calafdu 18
Novembre.
Mr le Comte de Muret,
Lieutenant General ayant esté
détachéavec trois mille hommes.
pour aller attaquer Cardone,
y arriva le 14. Il trouva
qite les Ennemis avoient aDèz
bien fortifié la Ville & le
Chasteau, £r que même ils
avoient aussifortifié une Casfine
où ils avoient missix-vingt
hommu. Ilfut aussi que la
Garnisonetoit composée de
bonnes Troupes; sçavoir du
Régiment de Taf, de deux
Battaillons; d'un Régiment de
Grisons, & de celuy Jef.,
Députation de Catalogne d'un
battaillon chutlnJ (;7 trois cens
hommes d'autres Troupes, qui
toutes étoient bien disposées à
faire une vigoureuse résistance :
Mais les Troupes du Roy
étoient auiYi bien dijpojeeh a les
attaquer. L'Artillerie ayant
ruiné les def,njres de deux
Tours quiflanquoient ungrand
retranchement que les Ennemii
avoientélevé entre la Cassine
& la Ville, Mr le Comte de
Muretfit toutes les dispositions
necessaires pour attaquer ce
retranchement. Il partagea
quatorze cens hommes en trois
Corps; celuy du centre, desix
Compagnies de Grenadiers Ë,,r
de six piquets, étoit commandé
parMr le Marquis d'Arpajon;
celuy de la droite,composé d'un
pareil nombre de Grenadiers gr
de
de piquets étoit commandé par
fyfr le Comte d'Hercel, c:::ï
celuy de la gauche
,
de trois
:ens Dragons &desix Piquets,
étoit commandé par
Mf le Comte de Melun. On
narcha dans cet ordre le i7.a
a pointe dujour, en laissant
derriere la Cassinefortifiée,&
e retranchement fut emporté
.)Epée à la mainJaux trois ataques.
Les Troupes qui les
dessendoientfurentsuiviesdesi
réscjue les nôtres entrerentdans
a Ville avec elles. Le Gou-.
verneur du Chasteau, voulant
profiter de ce désordre, fit sortir
trois cens hommes pour enveloper
nos Troupes, & les mettre
entre deux feux; mais ellesse
rallierentsipromptementqu'elles
obligerent les Ennemis de se
jetter dans un Ravin, & de
se retirerderriere la Riviere de
Cardonner. On ne trouva point
d'Habitansdans laVille,parce
qu'ils en étoient tous sortis à
l'approche de nos Troupes. Mr
le Comte de Muretfit ensuite
sommer le Commandant de la
CaJJine,cjiiise renditavecsept
autres Officiers 0* cent douze
Soldatssans avoiretféattaque;
IJÆI'!Y que cepostefustfraisé&
palissadé. Mr de Courtieres,
Lieutenant Colonel dans les
TroupesWalones,unCapitaine
des Grenadiers & un Aidc-
Major des mesmesTroupes,
furent blessezàl'attaque du
retranchement, qui n'a pas
cousté aux Troupes du Roy
vQleufiae%ra9ntehommes tuez ou
au lieu que les Ennemisen
ont perdu environ sept
cens, tant tue%, déserteurs
ouprisonniers,y compris
lessix-vingtshommesqui
étoient dans la CaJJtne. On
trouva beaucoup de vivre?
dans la Ville, que les Ennemis
yavoientamassez. Lelendemain
de l'action, Mr le Comte
de Muretfit dresserdes Batte
ries contre leChasteau.
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Résumé : Extrait d'une Lettre du Camp de Calaf du 18 Novembre.
Le 14 novembre, le Comte de Muret, lieutenant général, arriva à Cardone avec trois mille hommes pour attaquer la ville. Les ennemis avaient fortifié la ville, le château et une caserne, où ils avaient placé soixante-dix hommes. La garnison comprenait des troupes du Régiment de Taf, deux bataillons, le Régiment de Grisons, le Régiment Jef, une députation de Catalogne et trois cents hommes d'autres troupes. L'artillerie française détruisit les défenses de deux tours, permettant au Comte de Muret de préparer l'attaque d'un retranchement entre la caserne et la ville. Il divisa quatorze cents hommes en trois corps : le centre commandé par le Marquis d'Arpajon, la droite par le Comte d'Hercel et la gauche par le Comte de Melun. Le 17 novembre, à l'aube, les troupes françaises attaquèrent et prirent le retranchement après trois assauts. Les ennemis se retirèrent derrière la rivière de Cardonner. La ville était vide d'habitants. Le Comte de Muret somma ensuite le commandant de la caserne, qui se rendit avec sept autres officiers et cent douze soldats. Parmi les blessés français figuraient Mr de Courtieres, un capitaine des grenadiers et un aide-major des troupes wallonnes. Les pertes françaises s'élevèrent à vingt-neuf hommes tués ou blessés, tandis que les ennemis perdirent environ sept cents hommes, y compris les soixante-dix de la caserne. Beaucoup de vivres furent trouvés dans la ville. Le lendemain, le Comte de Muret fit dresser des batteries contre le château.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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99
p. 153-156
NOUVELLE RECENTE
Début :
Il vient d'arriver une nouvelle de Flandre dont le fond est [...]
Mots clefs :
Flandre, Ennemis, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RECENTE
NOUVELLE RECENTE
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
Il vient d'arriver une
nouvelle de Flandre dont
le fond est déjàcomfirmé,
mais comme l'Impression
presse, on ne vous donne
icy que le premier détail
qui en est venu, & dont
quelques circonitances
pouroient être sujetes à
re-
forme: voici ce qu'on en
dit aujourd'huy.
M. de Vivans avoit fait
un détachement pour faciliter l'arrivée d'un convoy pour Maubeuge, 4
pour achever d'en remplir
les magazins comme on a
fait dans toutes nos places,
nos gens conduisent se
convoylorsqu'ils eurentavis que cinq-cent chevaux
des ennemi venoient pour
l'enlever
,
les nostresjugerent que les ennemis
les voyant un nombre a
peu prés égal n'entrepren-
». droient pas de les attaquer.
Nôtre commandant mit
en embuscade la plus
grande partie de son efcorte, & marcha tres lentement avec le reste, qui
étant en tres petit nombre
attira les ennmis & c'est ce
qu'il souhaittoit; car après
une maneuvre dont on ne
sçait pas encore bien le détail, on fit donner insensiblement les ennemis dans
l'embuscade, & tous se rejoignirent sur eux,enforte
qu'ils -ont ététaillez en pièces, on dit que tous nos
gens ainsi réunis ne compofoient encore qu'environ quatre-cent hommes.
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Résumé : NOUVELLE RECENTE
Une récente nouvelle en provenance de Flandre rapporte qu'un détachement commandé par M. de Vivans avait été envoyé pour faciliter l'arrivée d'un convoi destiné à approvisionner Maubeuge. Alors que les troupes françaises conduisaient le convoi, elles rencontrèrent environ cinq cents cavaliers ennemis cherchant à l'intercepter. Les Français, bien que moins nombreux, jugèrent que les ennemis n'oseraient pas les attaquer en raison de la proximité des effectifs. Le commandant français mit alors en place une embuscade avec la majeure partie de ses forces, tandis qu'un petit groupe avançait lentement pour attirer les ennemis. Cette manœuvre permit de surprendre les assaillants, qui furent pris au piège et vaincus. Les forces françaises, réunies, ne comptaient qu'environ quatre cents hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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100
p. 265-270
Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Début :
La nuit du premier au 2. de Mars à la [...]
Mots clefs :
Arras, Heures, Magasins, Ennemis, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Lettre d'Arras du 3. de
Mars 1712.
La nuit du premier au t.
de Mars à la faveur de l'obscurité les ennemiss'approcherent d'Arras.
Lesécondsurlessept heures
du matinayant ouvert lu.
portes de la Ville à l'ordinaire,
les Paysansavertirent que la
ennemis travaillaient autour
de la Place, Mr le Mareschal
de Montesquiou fit AujJiroft
mettre toute la Garnison fous
les Armes, c-fitsortir lt
Cavalierie, les Grenadiers &
cinq Bataillons par la porte
.Rou'viul nous apperçûmes
les ennemis qui travailloient à
quatre censsoixante toises de
la Place, & mesmeétoient
déjà à moitié couverts dans
leur tranchées. Monsieur le
Mareschalayant envoyéreconnoijlre, apprit qu'ilsn'asoientinvesty la Ville que
depuis la rivière de Scarpe
jusquau Crinchon., il resolut
de faire attaquer les ennemis
quis'étoient rendus maistres du
Fatixbourg de Bapaume. On
leur tua baycoup de mondee
mais le combat estans trop
opiniâtre
,
nous Jugeames à
propos de mettre le feu au
Fauxbourg
en nous retirans.
Nous y avons perdu trois
braves Officiers; (9" le Colonel
du Regiment de Belsan
,
qui
commandoit cette attaque,fut
fait prisonnier. Sur les onze
heures les deserteurs affurérent
MrleMareschalque ce n'estoit
point pour assieger la Place
;
mais seulement pour brusler
les Magasins que les ennemis
stoient venus. Aussitost on
occupa la moitié de la Garnison
*défaire les Mules de soin
pour les transporter plus loin,
0* les mettre le long de la rivière
,
mais malgré les Canons de
la Ville &de la Citadelle ,sur
les quatre heures après midy ils
commencerent a jetter des Bombes & des Pots à feusur les
Magasins&sur la Citadelle;
ensuiteJur les dix heures ils tirèrent à Boulets rougessur nos
Magasins. Voyantque son éteignoit toujours le feu de leurs
bombes (7 de leurspots àfeu
a une
heure aprèsminuit, il ne
fut plus possibled'éteindre le
feu qu'ilsfaisoientavec leurs
bouletsrouges quiperçoient en.,.
tierement nos Magasins;
d'ailleurssur les dix heures du
Joir ils commencèrent à bombarder la Ville
3
ce qui obligea de relâcher tous les Bourgeois que l'onretenoit depuis
midy aux Magasins. Sur les
quatre heures de
ce matin
loyans quelques uns de nos
Magasins en feu cm quantité
de paille quonavoit allumée
exprésd'un autre costé,ils
crurent tout bruslé&craignant
quelque sortiesur des Troupes
qui s'étoient débandées
,
les
rassemblerent, ils se font retite^ cette nuit à
quatre heures.
Ily a
environ cinquante mille rations de fourages brulées ou gaflées. Il est, tombe
tant dans la Ville que dans 14
Citadelle environ deux cens
cinquante bombes & cent pots
A feu
,
ils ont esté contraints
de laisser dans leurs retranche.
ments environ trois cens bombes. On a
rasé les travaux
qu'ils ont faits, ils ont perdu
environ troiscens hommes, &
nous cent.
Mars 1712.
La nuit du premier au t.
de Mars à la faveur de l'obscurité les ennemiss'approcherent d'Arras.
Lesécondsurlessept heures
du matinayant ouvert lu.
portes de la Ville à l'ordinaire,
les Paysansavertirent que la
ennemis travaillaient autour
de la Place, Mr le Mareschal
de Montesquiou fit AujJiroft
mettre toute la Garnison fous
les Armes, c-fitsortir lt
Cavalierie, les Grenadiers &
cinq Bataillons par la porte
.Rou'viul nous apperçûmes
les ennemis qui travailloient à
quatre censsoixante toises de
la Place, & mesmeétoient
déjà à moitié couverts dans
leur tranchées. Monsieur le
Mareschalayant envoyéreconnoijlre, apprit qu'ilsn'asoientinvesty la Ville que
depuis la rivière de Scarpe
jusquau Crinchon., il resolut
de faire attaquer les ennemis
quis'étoient rendus maistres du
Fatixbourg de Bapaume. On
leur tua baycoup de mondee
mais le combat estans trop
opiniâtre
,
nous Jugeames à
propos de mettre le feu au
Fauxbourg
en nous retirans.
Nous y avons perdu trois
braves Officiers; (9" le Colonel
du Regiment de Belsan
,
qui
commandoit cette attaque,fut
fait prisonnier. Sur les onze
heures les deserteurs affurérent
MrleMareschalque ce n'estoit
point pour assieger la Place
;
mais seulement pour brusler
les Magasins que les ennemis
stoient venus. Aussitost on
occupa la moitié de la Garnison
*défaire les Mules de soin
pour les transporter plus loin,
0* les mettre le long de la rivière
,
mais malgré les Canons de
la Ville &de la Citadelle ,sur
les quatre heures après midy ils
commencerent a jetter des Bombes & des Pots à feusur les
Magasins&sur la Citadelle;
ensuiteJur les dix heures ils tirèrent à Boulets rougessur nos
Magasins. Voyantque son éteignoit toujours le feu de leurs
bombes (7 de leurspots àfeu
a une
heure aprèsminuit, il ne
fut plus possibled'éteindre le
feu qu'ilsfaisoientavec leurs
bouletsrouges quiperçoient en.,.
tierement nos Magasins;
d'ailleurssur les dix heures du
Joir ils commencèrent à bombarder la Ville
3
ce qui obligea de relâcher tous les Bourgeois que l'onretenoit depuis
midy aux Magasins. Sur les
quatre heures de
ce matin
loyans quelques uns de nos
Magasins en feu cm quantité
de paille quonavoit allumée
exprésd'un autre costé,ils
crurent tout bruslé&craignant
quelque sortiesur des Troupes
qui s'étoient débandées
,
les
rassemblerent, ils se font retite^ cette nuit à
quatre heures.
Ily a
environ cinquante mille rations de fourages brulées ou gaflées. Il est, tombe
tant dans la Ville que dans 14
Citadelle environ deux cens
cinquante bombes & cent pots
A feu
,
ils ont esté contraints
de laisser dans leurs retranche.
ments environ trois cens bombes. On a
rasé les travaux
qu'ils ont faits, ils ont perdu
environ troiscens hommes, &
nous cent.
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Résumé : Lettre d'Arras du 3. de Mars 1712.
Le 3 mars 1712, les ennemis approchèrent d'Arras durant la nuit et commencèrent à travailler autour de la ville. À sept heures du matin, les paysans avertirent de leur activité. Le maréchal de Montesquiou mobilisa la garnison et envoya la cavalerie et les grenadiers. Les ennemis avaient investi la ville depuis la rivière de Scarpe jusqu'au Crinchon. Une attaque fut lancée contre les ennemis au faubourg de Bapaume, causant de lourdes pertes, mais les forces françaises durent mettre le feu au faubourg en se retirant. Trois officiers furent tués et un colonel fut fait prisonnier. Vers onze heures, des déserteurs informèrent le maréchal que les ennemis visaient à brûler les magasins plutôt qu'à assiéger la ville. La garnison fut déployée pour protéger les magasins, mais les ennemis lancèrent des bombes et des pots à feu sur les magasins et la citadelle. Le feu ne put être éteint, et les bombardements continuèrent jusqu'au lendemain matin. Les ennemis se retirèrent à quatre heures du matin. Environ cinquante mille rations de fourrage furent brûlées ou gâchées. Environ deux cent cinquante bombes et cent pots à feu tombèrent dans la ville et la citadelle. Les ennemis laissèrent trois cents bombes dans leurs retranchements. Les travaux ennemis furent rasés, et ils perdirent environ trois cents hommes, tandis que les forces françaises perdirent cent hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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