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1
p. 229-237
ELEGIE.
Début :
Du grand monde & du bruit l'ame peu satisfaite, [...]
Mots clefs :
Monde, Désert, Amis, Science, Âme, Roi, Raison, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
ELEGI Ε.
Vgrandmonde&dubruit l'ame
penSatisfaire,
Pourtrouverdurepos je cherche une re- traite ,
GALANT. 149 Etfortant dela Ville apres cent maux Soufferts,
Ie viens chercher du Bec les aimables
Deserts..
CeSéjour agréable encor qu'ilfoit champestre,
Ne fert que rarement à son illustre
Maistre,
Et l'obligeant Emire en tous lieux reveré
AmaBarque agitéeoffre un Portaſſuré.
Trompeuse ambition ! Grandeur imagi- naire!
Qu'en vous lebien est rare &le mal
ordinaire!
Queleplus inſenſible &le mieux pre- paré,
Boit chez vous de Poison dans un Vase doré !
Qu'unefoule importune auſeul gain at- tachée ,
Sous un fasteapparent tient de fraude cachée!
Que les fermes Amisfe trouvent peu Souvent !
Qu'on barit des projets sur un fable mouvant!
Gij
igo LE MERCVRE Etqu'heureux est celuy , dont l'adroite
Science
Sçaitjoindre leſecret avecladéfiance Apeu de vrais Amis qui ſçait se re- trancher ,
Qui garde bien te nombre &n'en va point chercher,
Et qui ſur l'apparence enfin iamais ne -fonde
La folle opinion de plaire àtout le monde!
Onferoit unprodige en vertus achevé.
Qu'onseroit vicieux, pour un goust dépravé,
L'onavencomparer l'honneur à l'arti fice,
Les liberalitezàl'infame avarice,
La douceur à l'aigreur , l'orgueil àla bonté,
Aux laſches actions la generosité,
Lemodeste à celuy, qui fait le necef
faire,
Et l'ame laplusfourbe, au cœur leplus:
fincere.
Cependantdumensonge, infamesArti- fans VnMonstre vous devore , &fait des Partisans,
GALANT. 15.4
k
Voit dans ſes interests ceux qu'il rend miserables ,
Etdesplus oppreſſez fait les plusfavo rables.
On vanteſa conduite , on vanteſon efprit,
On n'oſe contredire àtout ce qu'il écrit,
L'Amour ar tout des
efolavesde l'interest faitpar to
Et regnequelquefois dans les cœurs les
plusbraves.
Al'éclat de la gloire on prefere lebien,
Et pour en acquerir les Crimes nefont
rien.
Quels divers embarras ne m'a-t-on pointfait naiſtre !
Combien , où je commande ay-je ven plusd'unMaistre ?
D'un Roy victorieux la iuste autorités
Apeineapûfléchir un Suiet irrité;
Ceux que i'aimois le mieux , emportez par la brigue,
Ont- ils à ce Torrent opposé quelque Digue!
LaGloirequi m'afait un grand Corps
effembler .... Giij
152 LE MERCVRE Contre les Ennemis qui voudroient nous troubler,
Mapreste des Lauriers dans une vaste Plaine,
Etjevois dansla Ville une Palme incertaine.
Vn indigne Ennemy , qui fort de fon devoir,
Songeàme faire teste , &nesefait pas
voir,
Devient l'injuste Chefd'une infameCabale ,
Trouvedes Courtiſans ſans partirdeſa Salle ,
Etdansſes noirs deſſeins doit estre sa- tisfait D'avoir ofé combatre , encor qu'il soit
défait.
Ilme force àrougir lors que je le furmonte ,
Au plus fort de ma gloire il me couvre
dehonte,
Et donne par caprice en cette occafion,
Au Vainqueur & Vaincu mesme con- fusion.
Ab ! que de mon dépit la juste vian lence .D
GALAN T. 153 Maisle Roy nous l'ordonne,imposons- nousfilence ,
Mon cœur,ilfaut donner encesfacheux
momens,
Au plus grand des Mortels tous nos reffentimens.
Opaisible retraite ? aimable folitude ?
Qui des plus fortunez charmez l'in- quietude , :
M'arrachantauxplaiſirs que vouspou- vezdonner:
Ah! que j'ay de regret de vous aban- donner,
De preferer au mien l'avantage des
autres ,
Etnevoirde long-temps des lieux com- meles vostres! ..
Mais deux jours fans agir mefont à regretter,
4
Etce temps, àmon gré ,nese peut ra- chetera
Pourrons- nous bien changer dans ma plainte inutile,
L'innocence des Champs aux fracas de.
la Ville ?
De cent Beautez en vain on vante les
appas,
Gv
154 LE MERCVRE Moncœur nepeut aimer ce qu'il n'estin
me pas:
Commeil ne fut jamais capable de foi- bleffe ,
Un effort genereux rompt le trait qui le bleffe ,
Etpenchant vers la Gloire
plusqu'àiny.
n'estant
Ilpeuthairdemain, ce qu'il aime aujourd'huy ;
Mais pour vos beaux Deferts , iln'en
estpas demefme,
Pastre repos flateur donne un plaifir extrême
Sans Iris,fans mon Maistre, ô Sejour fortuné.
Vous auriez tout le cœurque je leur ay donné
Le quitte donc l'émail de vos vertes.
Prairies,
Et tout. ce qui flatoit mes douces ré
veries:
Allons tendre les bras à nos illustres
fers,
Allons-nous redonner au Grand Roy que je fers
GALANT Obſerverles proiets d'une fouleimportune,
Ettrouver des plaisirs dans ma noble infortune int Maisil faut bienpenser àce que nous ferons,
Regler nos sentimens par ce que nous Sçaurons , 5
Et fuivant les conseils que la raison
inspire,
Koir,écouterbeaucoup , agir&nevien dire
L
Vgrandmonde&dubruit l'ame
penSatisfaire,
Pourtrouverdurepos je cherche une re- traite ,
GALANT. 149 Etfortant dela Ville apres cent maux Soufferts,
Ie viens chercher du Bec les aimables
Deserts..
CeSéjour agréable encor qu'ilfoit champestre,
Ne fert que rarement à son illustre
Maistre,
Et l'obligeant Emire en tous lieux reveré
AmaBarque agitéeoffre un Portaſſuré.
Trompeuse ambition ! Grandeur imagi- naire!
Qu'en vous lebien est rare &le mal
ordinaire!
Queleplus inſenſible &le mieux pre- paré,
Boit chez vous de Poison dans un Vase doré !
Qu'unefoule importune auſeul gain at- tachée ,
Sous un fasteapparent tient de fraude cachée!
Que les fermes Amisfe trouvent peu Souvent !
Qu'on barit des projets sur un fable mouvant!
Gij
igo LE MERCVRE Etqu'heureux est celuy , dont l'adroite
Science
Sçaitjoindre leſecret avecladéfiance Apeu de vrais Amis qui ſçait se re- trancher ,
Qui garde bien te nombre &n'en va point chercher,
Et qui ſur l'apparence enfin iamais ne -fonde
La folle opinion de plaire àtout le monde!
Onferoit unprodige en vertus achevé.
Qu'onseroit vicieux, pour un goust dépravé,
L'onavencomparer l'honneur à l'arti fice,
Les liberalitezàl'infame avarice,
La douceur à l'aigreur , l'orgueil àla bonté,
Aux laſches actions la generosité,
Lemodeste à celuy, qui fait le necef
faire,
Et l'ame laplusfourbe, au cœur leplus:
fincere.
Cependantdumensonge, infamesArti- fans VnMonstre vous devore , &fait des Partisans,
GALANT. 15.4
k
Voit dans ſes interests ceux qu'il rend miserables ,
Etdesplus oppreſſez fait les plusfavo rables.
On vanteſa conduite , on vanteſon efprit,
On n'oſe contredire àtout ce qu'il écrit,
L'Amour ar tout des
efolavesde l'interest faitpar to
Et regnequelquefois dans les cœurs les
plusbraves.
Al'éclat de la gloire on prefere lebien,
Et pour en acquerir les Crimes nefont
rien.
Quels divers embarras ne m'a-t-on pointfait naiſtre !
Combien , où je commande ay-je ven plusd'unMaistre ?
D'un Roy victorieux la iuste autorités
Apeineapûfléchir un Suiet irrité;
Ceux que i'aimois le mieux , emportez par la brigue,
Ont- ils à ce Torrent opposé quelque Digue!
LaGloirequi m'afait un grand Corps
effembler .... Giij
152 LE MERCVRE Contre les Ennemis qui voudroient nous troubler,
Mapreste des Lauriers dans une vaste Plaine,
Etjevois dansla Ville une Palme incertaine.
Vn indigne Ennemy , qui fort de fon devoir,
Songeàme faire teste , &nesefait pas
voir,
Devient l'injuste Chefd'une infameCabale ,
Trouvedes Courtiſans ſans partirdeſa Salle ,
Etdansſes noirs deſſeins doit estre sa- tisfait D'avoir ofé combatre , encor qu'il soit
défait.
Ilme force àrougir lors que je le furmonte ,
Au plus fort de ma gloire il me couvre
dehonte,
Et donne par caprice en cette occafion,
Au Vainqueur & Vaincu mesme con- fusion.
Ab ! que de mon dépit la juste vian lence .D
GALAN T. 153 Maisle Roy nous l'ordonne,imposons- nousfilence ,
Mon cœur,ilfaut donner encesfacheux
momens,
Au plus grand des Mortels tous nos reffentimens.
Opaisible retraite ? aimable folitude ?
Qui des plus fortunez charmez l'in- quietude , :
M'arrachantauxplaiſirs que vouspou- vezdonner:
Ah! que j'ay de regret de vous aban- donner,
De preferer au mien l'avantage des
autres ,
Etnevoirde long-temps des lieux com- meles vostres! ..
Mais deux jours fans agir mefont à regretter,
4
Etce temps, àmon gré ,nese peut ra- chetera
Pourrons- nous bien changer dans ma plainte inutile,
L'innocence des Champs aux fracas de.
la Ville ?
De cent Beautez en vain on vante les
appas,
Gv
154 LE MERCVRE Moncœur nepeut aimer ce qu'il n'estin
me pas:
Commeil ne fut jamais capable de foi- bleffe ,
Un effort genereux rompt le trait qui le bleffe ,
Etpenchant vers la Gloire
plusqu'àiny.
n'estant
Ilpeuthairdemain, ce qu'il aime aujourd'huy ;
Mais pour vos beaux Deferts , iln'en
estpas demefme,
Pastre repos flateur donne un plaifir extrême
Sans Iris,fans mon Maistre, ô Sejour fortuné.
Vous auriez tout le cœurque je leur ay donné
Le quitte donc l'émail de vos vertes.
Prairies,
Et tout. ce qui flatoit mes douces ré
veries:
Allons tendre les bras à nos illustres
fers,
Allons-nous redonner au Grand Roy que je fers
GALANT Obſerverles proiets d'une fouleimportune,
Ettrouver des plaisirs dans ma noble infortune int Maisil faut bienpenser àce que nous ferons,
Regler nos sentimens par ce que nous Sçaurons , 5
Et fuivant les conseils que la raison
inspire,
Koir,écouterbeaucoup , agir&nevien dire
L
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Résumé : ELEGIE.
Le poème 'ELEGI Ε.' explore les réflexions d'un individu sur la vie à la cour et le désir de retraite. L'auteur aspire à un repos loin de la ville et de ses maux, mais reconnaît que même les lieux déserts ne conviennent pas toujours à son maître. Il critique l'ambition trompeuse et la grandeur imaginaire, soulignant que le bien est rare et le mal ordinaire dans ce contexte. L'auteur déplore la rareté des amis sincères et la fréquente présence de projets éphémères. Il admire celui qui sait allier la science et la défiance, et qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. Le poème condamne les vices et les artifices, préférant l'honneur, la générosité et la sincérité. Il décrit également les intrigues et les manipulations à la cour, où les intérêts personnels dominent souvent. L'auteur exprime son regret de devoir abandonner une retraite paisible pour obéir aux ordres du roi, malgré son désir de rester dans un lieu tranquille. Il conclut en exprimant son intention de suivre les conseils de la raison et de rester prudent dans ses actions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 128-157
Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay promis de vous faire part de ce qu'Hadgi [...]
Mots clefs :
Mecque, Pèlerins, Muraille, Pierres, Seigneur, Sultan, Caverne, Kiaabe, Mahomet, Vénération, Le Caire, Voyage, Chameaux, Sépulcre, Montagne, Désert
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texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Je vous ay promis de vous
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
faire part de ce qu'Hadgi
Mehemet Envoyé du Dey
d'Alger , a raconté icy de la
Méque, où il a paffé quelques
années , il faut vous tenir parole.
La Meque eft une Ville
fort ancienne de l'Arabie Deferte,
pour laquelle les Mahometans
ont une telle venération
, qu'ils croyent que tous,
ceux qui ne font pas de leur
Secte , font indignes d'y enGALANT.
129
trer. Ainfi ils ne leur permettent
pas d'en approcher,
mefme de quelques journées
, & fi un Chrétien eftoit
furpris fur cette Terre qu'ils
eftiment Sainte , ce feroit un
facrilege , que le feu feul
pourroit expier. La dévo
tion porte quantité de Mufulmans
à entreprendre
ce
Pelerinage. Il s'en rencontre
beaucoup qui le font
pour trafiquer , car les Marchands
viennent de tous les
coltez du monde débarquer
au Port de Ziden fur la
Mer Rouge à douze fitues
130 MERCURE
>
de la Méque , mais ce qui at
tire encore grand nombre de
Pelerins , c'est que ce Voyage
abfout de tout & que
quand on l'a pû faire , quel
que grand crime que l'on ait
commis , on n'en fçauroit
plus eftre recherché. Il part
tous les ans cinq Caravan
nes qui vont à la Méque ;
fçavoir celle du Caire , qui
eft compofée des Egyptiens ,
& de tous ceux qui viennent
de Conftantinople , & des
autres lieux voifins.
le de Damas qui emmene
tous ceux qui font de Syrie;
cel.
GALANT. 131
Celle des Magrebins ou Ponentaux
, comprenant tous
les Pelerins de Barbarie , Fez
& Maroc , qui s'aſſemblent
au Caire ; celle de Perfe , &
celle des Indes ou du Mogol ,
Le temps ou doit partir la Caravanne
du Caire eftant ar
rivé , on fait la defcente de la
Vefte de Mahomet . C'eſt
ainfi qu'on appelle les Prefens
que le Grand Seigneur
envoye tous les ans à la Méque.
Ces Prefens que l'on -
travaille au Chafteau du Caire
, font portez par la Ville.
en grande pompe à la Mai,
132 MERCURE
fon de l'Emir Adge , ou Chef
de la Caravanne des Pelerins
de la Méque. Cet Emir qui
fait le Voyage tous les ans,
mene d'ordinaire quinze
cens Chameaux à luy pour
porter fes hardes , & auffi
pour en vendre ou louer à
ceux qui en manquent , car
il en meurt beaucoup par les
chemins. Il y en a cinq cens
qui ne fervent qu'à porter de
l'Eau pour
fa Famille , & on
les charge d'Eau nouvelle
toutes les fois qu'on en trou .
ve . Aprés que les Prefens
ont efté deux jours chez luy,
GALANT. 133
il fort de la Ville encore avec
, pour aller camper
pompe , pour
dehors. Un Chameau riche.
ment enharnaché, porte un
grand Pavillon ou Tabernacle
de Satin Cramoiſy tout
brodé d'or , & principalement
en certains endroits où
il y a de groffes Lettres Arabes
, auffi en broderie d'or.
Sous ce Pavillon qui eft fait
en maniere de Clocher , &
qui a une pomme dorée à la
pointe , & quatre autres à
T'entour , font les Prefens de
fa Hauteffe , parmy lefquels
il y a
ordinairement
quatre
134 MERCURE
pieces de Velours Cramoily
fort longues , toutes brodées
de groffesLettres Arabes d'or,
larges & épaiffes comme le
doigt. Chacun fe preffe pour
baiſer , ou du moins pour tou
cher ce Pavillon , auquel les
Mahometans portent le mefme
reſpect que nous portons
aux Saintes Reliques . On
paffe plufieurs jours fous des
Tentes proche de la Ville,
aprés quoy on va camper
douze milles , proche d'un
Etang appellé la Birque . C'eft
le Rendez - vous de toute la
Caravanne qui eft fouvent
GALANT. 135
compofée de cent mille Pelerins.
On ne marche que
de nuit
,pour éviter la chaleur
qui eft prefque infupportable
, & lors que la Lune n'éclaire
pas , on porte plufieurs
Falots devant chaque Caravanne
. Les Chameaux font
attachez queue à queuë .
Ainfi on peut les laiffer aller
fans qu'il foit befoin de les
conduire
. Il y a trente-fept
journées du Caire à la Mé
que , & tout ce chemin fe
fait par des Deferts . Comme
on n'y trouve aucuns rafraif
chiffemens
, on ne mange
136 MERCURE
que ce que l'on a porté. Ily
a peu d'Eau , encore eft - elle
mauvaiſe ; mais ce qui eft
plus fâcheux que tout cela,
ce font des Vents chauds qui
oftent la refpiration
, & qui
font mourir en fort peu de
temps.Ceux qui peuvent réfifter
aux fatigues de ceVoya
ge , reviennent fi maigres,
qu'à peine on les reconnoift.
Cependant il ne fe paffe point
d'années qu'il n'y ait des
Femmes & des Enfans qui le
faffent. Quand ils en font revenus
, on les nomme Adgi,
c'eft à dire Pelerins , & ils
GALANT. 137
font fort refpectez toute leur
vie. Tant que l'on marche,.
onchante des Verfets de
l'Alcoran , & l'on s'y appli
que avec tant de zele , que
l'on voit quantité de Perfonnes
tomber tout à coup de
leurs Chameaux par l'exceffive
fatigue , & mourir en les
chantant. Deux jours avantque
d'arriver à la Méque,
chacun fe dépouille prefquenud
par plus de reſpect , &
prend des Sandales pour ne
pas fouler une Terre qu'ils
croyent fi fainte. Ils de
meurent ainfi huit jours,,
May 1685.- M.
a
138 MERCURE
pendant lefquels ils font
obligez de vivre dans la
plus étroite régularité. Ceux
qui font malades font quel
ques aumônes , au lieu de fe
dépoüiller
.
La Méque eft une Ville de
la grandeur de Marſeille , environnée
de grandes & hautes
Montagnes , & toute bâ
tie de Pierre & de Mortier,
Au milieu eft le Kiaabe , ou
Beytullah , c'est à dire Maiſon
de Dieu , que les Turcs difent
avoir efté bâty par les
Anges , vifité par Adam , &
tranfporté au fixiéme Ciel
GALANT. 139
durant le Déluge , afin qu'il
fuft préfervé des Eaux , & depuis
rebafty par Abraham,
fur le modelle de l'autre qui
luy fut envoyé du Ciel . Ils
ont une tres- grande veneration
pour ce Temple , ainf
que pour une Pierre noire,
nommée Alkible , ou Aliette,
qui eft à main droite en en
trant , proche la porte. Ils
prétendent qu'elle n'eft de
venue noire que par les pechez
des Hommes ; qu'elle:
eftoit blanche lors que l'An
ge Gabriel l'apporta au Pa
riarche Abraham ,qu'elle lay
Mij
140 MERCURE
fervoir d'échafaut quand il
bâtiſſoir cette Maiſon, & qu’-
elle fe hauffoit & fe baifloit
à fa volonté , afin qu'il ne fift
aucuns trous à la Muraille .
Cette Maiſon qui eft haute de
cinqbraffes , felon.ce qu'en a
dit Adgi Mehemet , a quin
ze pas ou environ de longueur
, & onze ou douze de
largeur. Le feuil de la Porte
eft fort élevé de terre , & à
peines un Homme y peut- il
atteindre avec la main. La
Porte eft d'argent mafif. Elle
s'ouvre en deux , & eft large
d'une braffe , & haute à
GALANT. 141
peu prés d'une braffe & de
mie. L'on y monte avec une
Echelle que foûtiennent
quatre
Roues. Il y en a deux attachées
au bas de cette Echel .
le , & les deux autres le font
à deux pieces de bois , où elle
eft attachée par le milieu..
Quand on veut entrer dans
le Kiaabe , on approche l'E
chelle de la Muraille par le
moyen de ces Rouës . Trois .
Colomnes
de figure Octogo
ne , & environ de trois braf
fes & demie ,foûtiennent
cette
Maiſon . Elles font de Bois
d'Aloës , de la groffeur d'un
1
142 MERCURE
Homme , & chacune d'une
piece. Le dedans eft tapiffé
d'Etoffes de Soye rouge &
blanche , & le dehors d'une
Etoffe de Soye noire , qui eſt
un espece de Damas . Il y a
tout autour une Muraille qui
en empefche l'abord , avec
un eſpace entre la Muraille
& la Maiſon . Deux ceintures
d'or ceignent le Kiaabe.
L'une eft vers le bas , & l'au
tre vers le haut , & à l'un des
coftez de la Terraffe qui
le couvre , on voit une Goul
tiere d'or maffif qui avance
dehors de la longueur d'une
>-
GALANT. 143
braffe , pour jetter loin les
Eaux des pluyes qui tombent
de la Terraffe dans cette
Goutiere...
Les Pelerins eftant arrivez
à la Méque , y paffent trois
jours , & celuy qui peut baifer
le premier la Pierre noire
dont je viens de vous parler,
eft tenu pour Saint , mais il
faut qu'il le faffe au meſme
temps dit l'un à l'au
tre le Selam , aprés qu'on a
finy la Priere appellée
Kloufchlouk , le jour du Ven
dredy qui fe rencontre pen¬
dant les trois jours . Chacun
on
f
144 MERCURE
1
auffi-toft fe jette à fes pieds
pour les luy baifer , & bien
fouvent il meurt fur le champ >
à caufe de la grande foule
qui l'étouffe . On eft obligé
pendant ce temps là de
faire fept fois un chemin affez
long qui va autour du
Kiaabe . Un Iman qui va devant
enſeigne comme il faut
le faire , & tout le monde a les
yeux fur luy, pourl'imiterdans -
toutes les actiós. Il va d'abord
doucement marmotant quel .
ques Prieres , puis il court &
faute à de certains intervales,
enremaant les épaules d'une
façon
GALANT. 145
façon ridicule , aprés quoy il
recommence à marcher tout
doucement , & continuë enfuire
à fauter. Tous les ans
on ofte les vieilles Etoffes qui
entourent le Kiaabe , pour y
en mettre de neuves , & elles
font pour le Grand Seigneur
lors que le petit Bairam ou
Pafques d'immolation arrive
le Vendredy. Il en donne
des morceaux aux Moſquées
neuves & ces morceaux
leur fervent de Dédicace .
Lors que le petit Bairam arri
ve àun autre que jour le Vendredy
, ces vieilles Eroffes
May 1685.
N
146 MERCURE
appartiennent au SultanScherif
qui commande là . Il en
ofte l'or , & les coupe par pe-
• tits morceaux qu'il vend pour
Reliques au prix de plufieurs.
Sequins.
Apres trois jours de fejour
fait à la Méque , les Pelerins
vont coucher à un lieu nommé
Minnet , où ils arrivent
la veille du petit Bairam , &
le jour de ce Bairam , ils immolent
des Moutons chacun
felon fon pouvoir , & les
diftribuent la plufpart aux
Pauvres . Ce jour là mefme
ils reprennent leurs habits , &
GALANT. 147
fe remettent dans le mefme
état où ils eftoient huit jours
auparavant. Cela eftant fait,
ils vont au Mont Arafat,
éloigné d'une journée , & ils
s'y arreftent auffi trois jours;
Le premier , aprés avoir prié
quelque temps au pied de
cette Montagne , ils y jettent
fept Pierres. Le fecond ils en
jettent quatorze , & le troifiéme
ils en jettent vingt &
une. Ils difent qu'ils jettent
toutes ces Pierres à la tefte
du Diable , qui vint tenter
Abraham en cét endroit, lors
qu'il eftoit preft de facrifier
Nij
148 MERCURE
fon Fils Ifmael , car ils pré
tendent que ce fur fur ce
Mont Arafat qu'il mena fon
Fils pour le facrifier , & que
ce Fils eftoit Ifmaël , & non
pas Ifaac. Ils veulent encore
qu'Adam & Eve ayant efté
feparez par punition de leur
peché , fe chercherent deux
cens vingt ans fur cette
Montagne , l'on y montant
pendant que l'autre en defcendait
d'un autre cofté , &
qu'enfin aprés un fi grand
nombre d'années ils le ren
contrerent fur le fommet.
Les Pelerias eftant tous af
GALANT. 149
femblez dans la Plaine qui
eſt auprés de cette Montagne
, y font une affez lon
gue Priere environ une demie
heure avant le Soleib
couchant. Ils levent les
mains au Ciel , & implorent
la mifericorde Divine , croyát
obtenir la remiffion de leurs
pechez , comme ils font perfuadez
que Dieu pardonna à
nos premiers Parens à la
mefme heure , & au mefme
lieu . Cette Priere achevée , le
Sultan Scherif qui vient toûjours
avec eux , leur donne
la Benediction , & chacun
N iij
150 MERCURE
le
répond Amen. Ce Scherif,
qui gouverne la Méque pour
le . Spirituel comme pour
Temporel , prend pour Titre
, Alaman Albafcemi , c'eft
à dire , defcendu de Haf
cem Bifayeul de Mahomet.
Heftoit autrefois Sujet du
Sultan d'Egypte, & il l'eft aujourd'huy
du Grand Seigneur
, mais de telle forte
qu'il retient toûjours une
grande autorité , car le Turc
fe dit humble Sujet de la Méque
, fans s'en vouloir appeller
Seigneur. Aprés ces
Cerémonies
, on part en
2
+
GALANT. ISI
& on retourne cou- hafte
cher à Minnet .
Ce Village
eft au milieu d'une autre
Plaine , où il y a une Roche
dans laquelle on voit une
Caverne , où les Turcs tiennent
que leur Prophete faifoit
fouvent Oraifon , & mef
me ils montrent dans la partie
ſupérieure de cette Caverne
, un enfoncement qui repréſente
la forme du haut de
la tefte d'un Homme , qu'ils
affeurent y avoir efté fait,
lors que Mahomet s'eftant
profterné en ce lieu , toucha
de fa tefte en fe relevant con-
Niiij
152 MERCURE
tre le haut de la Caverne qui
eftoit un peu baffe . Ils prétendent
que la Pierre s'amo
lit , comme fi c'euft efté de la
Cire
, & que la figure de la
tefte y eft demeurée depuis
ce temps - là . Pour conferver
la memoire de ce prétendu
miracle , ils ont baſty une
Mofquée en ce mefme lieu .
Il y en a une partie édifiée fur
la Roche , & elle contient la
Caverne dans fon enclos , ce
qui fait que ce lieu là leur eſt
en tres-grande veneration .
La plupart de ceux qui vont
à la Méque , font en mefire
GALANT. 153
temps le Voyage de Médine,
mais ils le font volontaire
ment, & fans y eftre obligez.
C'eft auffi une Ville de l'Arabie
Deferte, que l'on appelloit
autrefois Jefrab. Elle eft à
trois journées de la Mer
Rouge , & beaucoup moins
grande que la Méque . Au
milieu de cette Ville eft une
Moſquée , au coin de laquelle
on voit le Sepulchre de
Mahomet. Il eft de Marbre
blanc , avec les Tombeaux
Ebubeker
, Aly , Omar , &
Orman Califs , fucceffeurs de
ce faux Prophete , chacun
154 MERCURE
ayant auprés de foy les Livres
de fa vie & de fa Secte,
qui font fort divers . Il y a là
un tres- grand nombre de
Lampes , qui brûlent toûjours
. Ce Sepulchre eft dans
une petite Tour , ou Bafti .
ment rond , couvert d'un
Dome que les Turcs appellent
Turbé. Ce Baftiment eft
ouvert depuis le milieu juf
ques à ce Dome , & tout autour
il y a une petite Galerie,
dont la Muraille de dedans
eft percée de plufieurs Fenettres
qui ont des Grilles
d'argent, Celle de dedans
م ی ل م
GALANT. 155 "1
qui eft la Muraille de la Tour,
eft parée d'une infinité de
Pierres précieuſes , à l'endroit
où répond la tefte du Sepulchre.
On y voit entr'autres
un gros Diamant , large
de deux doigts , & long a
proportion , & au deffus eft
le Diamant que Sultan Of
man , Fils d'Achinet y envoya
, & qui eft pareil à celuy
que portent les Empereurs
Ottomans. Ces deux Diamans
n'en faifoient autrefois
qu'un , que ce Sultan fit fcier
par le milieu . Il y a plus bas
une Demy- lune d'or , où font
156 MERCURE
attachez d'autres Diamans)
d'un fort grand prix . La Por
te par où l'on entre dans la
Galerie qui eft autour du
Turbé , feft d'argent maffif,
auffi bien que celle par où
l'on entre de la Galerie dans
le Turbé. On ne l'ouvre que
quand il n'y a point de confufion
d'Etrangers , c'eſtà di
re quelque temps aprés le
départ des Pelerins , qui ne
voyent que la Galerie & les
richeffes quifont dedans , par
les Feneftres & Grilles d'ar
gent. Vous aurez fans dou
te entendu dire quele TomGALANT.
157
beau de Mahomet eft dans
une Chambre , dont les Murailles
font entierement couvertes
d'Aiman , & que ce
Cercueil qui eft de Fer , refte
fufpendu en l'air par la vertu
de cette Pierre qui l'attire de
tous coftez. Cela n'eft pas
vray. Ce Tombeau eft à trois
degrez de Terre , & ces degrez
font aufli de Marbre
blanc.
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Résumé : Particularitez touchant la Méque, [titre d'après la table]
Le texte relate les récits d'Hadgi Mehmet, envoyé du Dey d'Alger, concernant La Mecque, une ville sacrée de l'Arabie Déserte interdite aux non-musulmans. Chaque année, cinq caravanes, provenant du Caire, de Damas, des Maghrébins, de Perse et des Indes, se rendent à La Mecque pour des motifs religieux et commerciaux. La caravane du Caire, composée de cent mille pèlerins, traverse des déserts ardents et manque souvent d'eau potable. Les pèlerins chantent des versets du Coran et se dépouillent à l'approche de La Mecque, portant des sandales par respect. La Mecque est décrite comme une ville de la taille de Marseille, entourée de montagnes, avec la Kaaba au centre. La Kaaba, apportée par l'ange Gabriel à Abraham, mesure cinq brasses de hauteur, quinze pas de longueur et onze ou douze de largeur. Elle est recouverte de soieries rouges et blanches à l'intérieur et de soie noire à l'extérieur, et protégée par une muraille. Les pèlerins effectuent sept fois le tour de la Kaaba et touchent la Pierre Noire, considérée comme sainte. Les étoffes de la Kaaba sont renouvelées annuellement lors du petit Bairam. Après ces rites, les pèlerins se rendent à Minnet pour sacrifier des moutons et se dirigent vers le mont Arafat pour prier et obtenir le pardon divin. Le sultan Scherif, descendant de Mahomet, dirige spirituellement et temporellement La Mecque. Le texte mentionne également des lieux sacrés liés à Mahomet, comme une caverne près de La Mecque et son sépulcre à Médine, orné de pierres précieuses. Le tombeau de Mahomet repose à trois degrés de terre en marbre blanc, contrairement à certaines croyances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 14-57
LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
Début :
Vous desirez, Monsieur, que je satisface vostre curiosité sur ce qui [...]
Mots clefs :
Schisme, Prétendus réformés, Réformation, Malheur, Dieu, Ennemis, Roi, Ministres, Pasteurs, Désordres, Piété, Dévotion, Théodose, Clovis, Concile, Alliance, Jésus-Christ, Sacrements, Censure, Rebelles, Temple, Hébreux, Désert, Apôtre, Civilisations, Monuments, Foi, Missions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
LETTRE
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
D'UN NOUVEAU
CATHOLIQUE,
Sur le Pouvoir que le Roya
exercé dans l'Extinction
duSchisme.
A MONSIEUR***. vOusdesxire, Monsieur,
que jesatisfacevosxtre curiositésurce
quisepasse en France
à l'égard de nos Freres PrétendusReformez
,&ilfaut que
je vous disxe d'abord comme le
Docteur Gamaliel dans les Actes
des Apostres,quecetouvrage de
la déformation
,
où savois auparavantmalheurd'estre
engagé
,
s' estdissipé si facilement,
qu'on apû connoîstrequ'il n'estoit
pas de Dieu, mais des hommes
,
c'est à dire un Ouvrage de Cabale,
de Party, & de Politique
humaine. On a eu beau crier dedans
& dehors le Royaume à th
violence, comme ontjait les Ignorais
passionnez, & les Ennemis
de l'Etat. Le Roys'est acquispar
l'exécution de cettegrande entreprise
une Couronne immortelle de
Gloire; maïs il faut considerer
cet événement si fameux,dans
tout son jour, & dans toute son
jéteenduseposuréla .gl*oire de SaMa-
On peut envisagerselon trois
égards le pouvoirque le Royy a
cxyfcéj ou dans son fond & en
luy mesme
, ou par rapport aux
Ridelles & aux Ministres de
l'Eglise
y
ou à l'égard des choses sacrées,&quiappartiennent à
la Religion.Ducossé de la puissance
du Royy est certainqu'étant
souveraine,il n'y en a point
d'autre sur la Terre, non seulement
au dessus,y mais mesme à
costé, c'està dire, qui luyfoit
superieure, ou égale hors celle de
Dieu, dont elle dépend, pwfqtte
c'estle propre du SouverainEmpire
de n'avoir ny Superieur ny
Egal sur la Terre, autrementil
neseroitpas Sou'Verain. DucoOé
de ses Sujets
,
soit Fidelles, foit
Ministres de l'Eglise, il rieftpas
moins certain, qu'ils sont- 'tous
soûmis à cette souveraine Puissance
,
mesme lesseconds en qualité
de Ministres & de Passeurs
de l'Eglise. C'est la doctrine de
Saint Paul, lors qu'ildite.xpref
sement
,
Que toute ame foit
soumiseaux PuiffincesSou,
veraines. D'ouvient,que Saint
CbrjJojlomeexpliquant ce Pasfige
dit; Encore que ce soit
un Apostre
, un Evangeliste,
unProphete
, & S. Bernard
,
écrivant à un Archevesque de
ssoonûmteimspes, ; Si toute ame est
la vostrel'est aussi,
car qui peut vous excepter
de la généralité? En effetpersonne
ne peut estre exempt de cette
Paissance; car outre que ce feroit
à celuy qui pretendroit de
l'éftrr , deprouverson Privilege,
ce qui luyseroit impossible,ilfaudroit,
ou que cette indépendance
fuji absoluë, & ceseroit ouvrit
-la porteaudesordre & à laconfusion
, ou. qu'elle nefustpas absoluë
, &par consequent qu'elle
relevât de quelqu'autre Puissance,
qui efiant égale, ou superieure
en ce point à celle du Roy, détruiroit,
comme il a esté dit
,
sa
Souveraineté. Quant aux choses
sacrées
,
£r qui appartiennent à
la Religion,il estencore constant,
quelles sont dans l'enceinte &
du ressort de cettemesme Puissance.
Saint Paul dit, que les
Souverains sont Ministres
de
-
Dieu pour le bien, &
pour vanger le mal'indéfiniment
, ce qui enferme le bien &
le mal, qui regarde la Religion y
dont par consequent ils peuvent
connoifire. Il dit autre part,qu'il
faut prier pour eux, afin que
nous passions la vie paisiblement,
& tranquillement en
toutepieté & honnesteté. Il
faut donc qu'ils puissent connoistre
de la Religion, d ns la quelleconsiste
la veritable Pieté, & exercer
leur pouvoir dans cette matiere.
sdujjtlef EmpereutsTheodose
& Honorius dans l'Epistre à
Marcellin luy disent. L'unique
fin que nous nous proposons,
& par les travaux de la
Guerre, & par les desseins de
la Paix, c'est de maintenir
le veritable Culte de Dieu
parmy nos Peuples, & qu'ils
l'embrassent avec devotion.
Theodose dans l'Epitre à l'Evesque
Cyrille, metselon le mesme
sens le devoir de Cesarà établir
non seulement la paix
,
mais la
pietéparmy sesSujets,sans quoy
les Etats ne peuvent estre veritablement
heureux
,
puisque leur
félicitéconsiste
,
selon S. Augustin,
à aimer Dieu & qu'ils en
soient aimez
,
le reconnoissant
pour leurveritable Roy. Plusieurs
Papessontappelléles Rois,Apostoliques
, & ont ditqu'ils avoientsur
ce sujet un Esprit Sacerdotal.
La sausse Epitreattribuée
au PapeEleuthereappelle
un Roy, Vicaire de Dieu
dans la Religion. On trouve
dans le Concile de Calcedoine
plusieurs acclamations faites à
l'Empereur en ces termes, à l'Empereur
Pontife, au vra y Prêtre.
C'f/? pour cela que les noms
d'Aurheurs & Défenseurs de
la Foy leur ont estèaussidonner
comme celuy de Pasteurs des
Pasteurs, & un Pape Leon
dans un Chapitre inseréauDécret
de Gratian appelle les Em(-
pereurs François de laseconde race
,
Pontifes. S. Remy parlant
de Clovis l'appelle Evesque des
Evesques,àl'occasion d'un Prêtre
qu'il avoitfaitparsonordre;
(t) Gregoire de Toursparlant
aussi à un Roy de la Race de
Clovis luy dit ; Si nous manquons
, vous nous pouvez
corriger ; mais si vous manquez,
vous ne pouvez estre
corrigé que par celuy
,
qui
est la Justice mesme; @r il -
est à remarquer que les Evesques
de France avoient decoûtume
pour lors de rendre la Commumon.
a ceux qu'ilsen avaient retranchez,
quandils estoient assi:{
heureux que d'estre admis à la
Table ~r à la presence des Rois.
Les Conciles ne se tenoient dans
le Royaume que parleur ordre,
(t) mesme les Decrets portoient
bien souvent cet ordre enparticulier
, ~& efloient ensuite generalement
confirmez pjr leur Auth(J..
rité Royale. Ainsiiln'appartient
qu'aux Souverains
,
sur tout de
cetteSouverainetésinguliereànos
Roys
,
d'executer dans toute son
étenduë
, ce qui regardelaReligion
, parce qu'euxseulspossedent
le pouvoir necessaireà cette execution.
D'où vient encore,que
Justinien.
Justinien dans la Division du
Droit, en Public
,
(ij en Privé
ou particulier,fait deux especes
du Public, dont l'uneestlePublic
Divin, par lequel il commence
on Code, au uniq*:e le Theodosien
finissoitpar là.Ulpien definit
d:- miTrhe l.i fitrifrrudence
>
monelle qui acc:Je h's differens
entre lesparticuliers
,
Y/J.ns cel11le
qu'on appelle Lt'?iJI.:tnee
,
la
connoissance des choses Divines
& Humaines, & le
mesmeJustinien dit
, que tauthorité
des Loixmet le bonordre
~(t)la bonne disposition dans les
chosesDivines ~ü Humaines,
~& en bannit toute sorte de malice
,~& d'iniquité.
Ilfaut avouerneanmoins que
lesfonctions du Ministere Sacré
ne venant point de la puissance
Souveraine,mais de Jesus- Christ,
qui en a donné le pouvoir à son
Vghfey ellesnepeuvent s'exercer
par la voye du souverain Empire
, quoy que le pouvoir que l'Egltjê
donne par l'ordination àses
Ministres
, ne soit pas incompatibleavecceluy
de la Souverainete
en un mesme sujet
, comme on
voit dans la Personne du Pape,
qui à l'égard des Peuples de ses
Etats,peut exerceren même temps
l'un& l'autre; ce qu'ilfaut pourtant
biendistinguer à l'égarddes
autres Etats~(jr Royaumes ,
qui
ne dépendent point de luy. Ilfaut
aussi convenir que le Souverain
ne peut changer ce que Dieu,
Roy des Roys
,
veraindresS1ouvtel'Jra,1in14sa,a/p1ersetaSboluyluy
mefrac poure;rrcimmuable9
comme la nouvelle Alliance
, ensuite
de l'ancienne, contractée ,,-
vec les hommes au prix de son
Sangpar Jesu- Christson Fils,
Mediateur de ce Pere Celesteauprés
des hommes, laquellealliance
s'execute par la voye de la
Predication
,
quisefait de cette
heureuse nouvelle, qu'on appelle
Evangile, de la remission des
prc/}ez
,
d'une vie éternelle, &
du Royaume des Cieux ,soit par
le Ministere de la parole, soit
par d'autres signes visibles qu'on
appelle Sacremens
,
epcrune
vie conforme à la Morale du
Décalogue dans la pure té cff lA
perfectionoùJesus Christ l'd
portée, mais anssi ics Pasteurs de
l'Eglise dc-nslesjonchonsouils
exercentà /",,n'ont au
fond quelepurministere de cette
parole on heureusenouvelle, de
quelque maniere , ou par quelqnessignes
Jen/tbles qu'ils la*
y?">7/7n: du Troupeau, c'està dire
la zoycd: Déclaration,Dispensation
,
(:7 Manifestation de la
part de Dieu
,
qui seul commande
aux coeurs (gjr aux esprits
,&
à qui toute la verta & l'efficace
de cette paroledoit estre ttltt'lbuét
parfesus-Christson Fils,&ils
n'ont par consequent que cette
mesme njoye pour juger les Rebelles
à la parole
, & pour leur
annoneur ouih nont point de
part à le societé desSaints
,
s'ils
nese corrigentils exercent cette
CensureDivine selon le langage
de Tertullien
, par l'imposition
des peines Medicinales àceux cptâ
s'yveulentsoumettre,&parune
espece de relegation ,qui lesprive
du saint commerce de leurs Freres
, & de la participation aux
Assemblées,comme on pratiquoit
anciennement,ef aux Sacrifices,
aussi-bien que de telle des Enfans,
(tJ des autres Seaux Q¡ gages de
l'Alliance quisont les Sacremens,
& cette C'ensure est un jugement
dans un sens
,
(yj lors qu'estant
fatte par l'EspritdeDeu & de
lesus Cbrist, elle se ~russe dans
le Ciel ; jugement d'autant plus
redoutable qu'il est un prejugéselon
le mesme Pere
, pour celuy
de l'Eternité ,sicesRebelles fersistentjusqu'àlafindans
le mé- pris&leviolementde cette
sainte A lliance, C'est ce qui fait
direàun grand Pape, que le
Privilege accordé au premier des
Apostres,d'etrePierre fondamentale
de l'Eglise aprés la celebre
confessionqu'il fit de lesus-Christ
comme Fils du Dieu vivant,
est répandu par toute l'Eglise en
quelque lieu qu'on y prononce des
jugemensselon l'équité de saint
Pierre, c'est à dire selon la ju-
JleJfir de son esprit, @f la droiture
de son coeur, charmezde la découverte
de la Charité d'un Dieu,
qui luuinspirerent cetteConfession;
qu'ainsi
,
bien que lesus-Christ
parlâtsingulierement à S. Pierre
pour enre la forme le modelle
des autres Ministres ( en quoy les
Papessontsingulierementles Successeurs)
le droit de Pierre Fondamentale
passa à tous les autres,
qui font à cet égardses Successeurs
,
lors qu'ilsagissentparson
Esprit,&quelamesmeCharité
1lesanime.
Maisenfin la force & l'efficace
de tout ce Ministre exterieur,
qui viennent uniquement
de Dieu, aboutissentà l'interieur
& aufond du coeur,& les Adtmflres
de l'Eglise ne peuvent en
cette ci.uaktese Jfaire obeir dans
ces for,ci.onsexttneures,ymain~
¡C.jn' lordre étably
, ^y3 en bannir
le trouble b-ri la confusion,
par aucune JOtc qu' autant que le Souverain leur
a communique de fin pouvoir,
d'abord ou danslasuite, lors (ru"
la Société des Fidelless'est introduite
& affermie dans les Etats,
carselon un ancien Evesque d'Afriq:
e,laRepuihy^erieft pas
dans l'Eglise
,
maisl'Eglise dans
la Republique,cequifaitdire à
l'Historien Socrate, que depuis
que l'Eglise futraceüe dans l'Empire
par une autorité publique
dont on pourroit marquer l'Epoque
par l'Edit de Constantin&
de Licinius, tout ce qui regarde
la Religion a fort dépendu des
Empereurs. C'est ce qu'on peut
aussidire à proportion de tous les
Royaumes, où l'Eglise est entrée,
@ où elhs"ejltrouvéeétabliey
aprés qu'ilssesontformez dela
décadence de l Empire.
Vous njoje^ donc, Monsieur,
aprés tout ce que je viens d'établir
si solidement,de quelle étenduë
estce PouvoirSouverain. Il
enferme non seulement ce que les
Ecclesiastiques appellent Jurisdi-
¡¡icn, qui émane de luy, comme
desa source
, ey dont le Prince,
en le communiquant, n'a pû se
dépGuiller,nonplus que desa Souveraineté,
ensorte que nonobstans
cette délegation speciale
,
il peut
l'exercer toutes les fois qu'il "vou..
dra parfiy-nl!!fJJf
,& dans toutesa
plenitude.Ilembrasse toutes
les personnes,mesme les ~Mnistres
de l'Eglise, les lieux,les
temps, les circonstances,&generalementtoutce
quiregarde la
Discipline etJ l'Oeconomie exterieure
de cette mesme Eglise Je
displus
; outre qu'ill'autorise pour
l'exercicede
ses
Fonctionsexterieures,.&
luy donne lepouvoir
de se faire obeir au dehors pour
entretenir le bon ordre, & bannir
laconfusion, il maintient mejl
me la Foy,& la Profession exterieure
quis'enfait, & lorsque
la Societé veut s'assembler parses
Députez,pour terminer des Contnestatiiones
paFrrapoport à cette mes- KC5elle
ne le peut qJitj.li.:r son autorité. Les Décrets ou Cwonsquellefait
d~ cesAssemblées, ou Cons Ir!,
doivent estre A-ttttHif'{ parcette
puissance,& ne pÀjjcxt que par
elleenforce &vigueur de Loix.
C'estdans ce sensqueConstantin
prenoit le nom d Evesque exterieur,&
qu'il écrivoit aux ILvefques
assemblez àTyr, qu'il luy
apportenoit de juger, si on avoit
bien 014
mal-jugéselon la Regle
divine; qu'Ozius dans Saint Athanase
donnoit à l'Empereurtout
l'empiresur laTerrey à l'exclusion
des Evesques, auxqui Ulesreules
Fonctions (àcr¿"j') (r: de ovûler
l' Encens, !.:l),ln: tHiijic}! Il lhiji
toire IlO--".<C fI!i)Í' nj ^rvees, Lr!"t'?I
c'estce que les anciens Peres appelloient,
tant à l'égarddela Foy,
a; de la Diserpline, rapporter au
jugement sacré, a qui les Grecs
donnaient le nom d'Epichrefe.
Les Juifs dr les Samaritains
porterent leurdifferendsur le Temple
de Jerusalem &Jceluy de Garizaim
,
à Ptolomée) Roy d'Egypte,
qui en jugea par la Loy
de Moyse. Les mesmesjuifs
n'eurent point de droit de rétablir
ce Temple, que par Cyrus & les
autres Rois de Perse
,
& l'on ne
fait pas assez de reflexionsur ce
que les Htbreux leurs Pndeccf
seurs
, ne crurentpas devoir sortir
de l'Egypte, pour aller sacrifier
à Dieu dans le Desert, sans la
permission de Pharaon, & qu'il
fallut une Misson extraordinaire
pour les tirerde ce Royaume en la
personne de Moyse éprouvée ù
autorise par des Miracles des
Prodiges.Ezechias rompit les
Idoles,&mesme le Serpentd'Airain
élevé par ¡.fO}f. Luy &
Iosias détruisirent les Lieux hauts,
cjuifaifovnt diversion pour le
Culte q:;' on devoitrendreaDieu
au Temple de Jerusalem. Le Roy
des Ninivires ordonna un Jeune
public, Darius do:ir,a pouvoir à
Daniel de rompre l Idole
, &
condamna aux Ly„ons s/es EJnne- mis, & Nabuchodonosor défendit
dans ses Etats de blasphemer
le vray Dieu. Saint Pierre &
S.Iean, dans les Actes des Apostres,
ne recusent point le Sa.
iJetl.rin, lors qu'ilsdisent, Nous
sommes jugez pour avoir
,donné la santé à un Malade,
&quand ce Tribunal leur défend
de prescher Iesus
-
Christ pour
U,-,leffie
,
ils aileguentl'ordre de
Dieu, en luy disant
,
Jugez
vous-rnefmes, si nous devons
plûtost obeïr à Dieu
-
qu'aux hommes. S.PaulgagnaSergius
son luge, qui estoit
ajjis sur le Tribunal
, pour juger
entre luy &E{yrr;as le Magicien.
Le mesme Apostre accusé par Tertullus
d'eflre de la Secte des Nazaréens
,subit le jugement de
Felix. Il reclama ensuiteceluy
de Festus,Successeur de Felix,
disans qu'ildevoitestrejugé à
ce Tribunal; lors qu'il apprebenda
que le mesme Ecstus ne liy
rendist pas justice,ilappella à Cesar,
qui eust eu effçfiïvxment le
bonheur d'employersaPuissance
souveraine en faveur de laReligion
Chrétienne, s'il eustabsous
S. Paul
,
~(gif condamné les Iuifs.
lustin, Athenagore, Tertudien,
adresserentdesapologies aux Empereurspour
la Religion Chrétienne,
Les Peres d'Antioche s'adres
serent à Aurelien,pour fairedonner
le Siege Episcopal à celuy qui
avoieesté ordonné à J'a place de
Paul de Samosatequ'ils avoienl
déposé. L'Evesque Archelaus désenditcontreManes,
Chefdes
Manichéens, la cause de la Foy
devant Marcellin,luge Imperial,
qui prit pour Assesseurs un
Medecin, un Retheur, (7 un
Grammairien Payens. S. Athanase
défendit aussi ccrre mesme
Foy à Laodicée contre Anus devant
Probus, quijugeoit, vice
sacra,&qui prononca en faveur
d'Aibanafe. Ce mesme Saint, gr*
les Evesques Catholiquess'adresserent
suvent pour cet effet à
~Constance&alovinien, Empereurs,
quoy que contraires. Theodoric
,Arien, jugea entre les Eucpjftes
de Rome dans un Schis
me de cetteEEugene,Evesque
d' Afrique,offrit aux Ariens * de ()tf'r¡ !(.n hg:'Y luge Hunneric, ° ~o)' ~C les Ariens
refuserentceparty se pourrois eu
ter nJie infinitéd'autres exemples;
car enfincombien de Loix de l'Empereur7~,/parler
desautres,sur les personnes, les
biens, ~& generalement tout ce qui
regarde la Religion. Il réglé les
Ceremonies du Baptesme; ilordonne
qu'on prononcera le Canon
delaMesseà haute voix; cjuon
m'ordonnera point d'Evêquesqu'à
l'âge de trente ans; que l'Evesque
ne pourra estre absent de son
Dioceseplus d'un an, ~sansfit
permission;qu'onne celebrerapoint
les Mysteres Sacrez dans des
Maisonspart calieres;en un mot,
il commence,ainsiqu'il a esté dit,
son Code par la Foy Catholique,
~& la premiere Loy est celle des
EmpereursValentinien Gratien,
£7° Theodose, qui ordonnent que
ivus tesPeuplesfou#>is à leur Empire,
suivront la Communion du
Pontise Damase
,
er de Pierre
3 Evesque d'Alexandrie,Personnage.
d'une sainteté Apostolique.
Combien aufjtde Loix,&d'Ordonnances
de noi Rois dans toutes
les Races ! Combien de Capitulaires
de Charlemagne, ~& deses
Stfcl'ejf'!4fS !
./1..nf-i pour f/a-i-re l'application
de tout ce que j'ayétably au sujet
du Pouvoir Souverain à l'hypotbcje
dont il s'agit
,
il estconstant
que les PretendusReformez n'avoient
pû sans cette autorité S"Criger
dans le Royaume en Corps
& en Société de ~Religion,&
qu'ils n'yavoient pû de mesme
subsister jusqu'à present. Cette Societe
s'est mesme formée d'abord
par une entreprise sur l'autorité
Royale, ~& par une violente. rupture
de l'unité de la Societé Catboll,
lue,à laquelle le droit duMinistere
de la Paroleappartenoit
originairement, par une succesfion
non interrompuë deses Minisires
depuisses Fondateurs ApofloDques,(
W danslaquelle l'Exercice
de ce droit avoit esté conservé
& maintenu par le Chefde l'Etat
,
premierMembre de cette Societé,&
en qui reside tout le fCJU-
'Verain Empire. La liberté, qui
dms son origineavoit esté arrachée
par la Société Schismatique,
a t'fié tolerée dans son progrés à la
faveur des Edits, parunesage
ÆDnJeftendance, &par une jbre~
lfiennePolitique3félonUntcefsité
des temps; maisaujourd'huy
cette mesme Prudence Cbrtjlienne
secondée par son Clergé, &sur
tout par deux Grands Hommes)
( j'entens l'IllustreArchevesque
du Siege de l'Empire, & le digne
Directeur deConsciencedu Roy)
a.inspiréheursu'CernentSuiV!a~
jeftçderetirerparlaSupprejjton
desEditssamain,quisoûtenoit
comme à regret ce Corpsétranger
dans l'usage deses Fonctions, (if
parcemoyen il s'est détruit,&
lest dissous. Que devoit-on faire
des parties éparses de ce Corqs
dssipé, qui font tout autant de
Fidelles, qui ne doivent ny ne
peuvent demeurer sans Profession
exterieure & publique de la Religion
Chrestienne, qu'ils ont dans
lecoeur? La Charitépaternelle du
Souverain ne l'obligeoit-ellepas
à employer sa Puissance Royale
afinqu'ils , vinssentse rejoindreau
£orpslégitime & naturel de ÏËglise
Catholique •£$r cette mesme
Charité de la part de ses Sujets
divisez,pour ne pas dire l'équité
& lebon sens ,ne lespressoit-elle
pas vivement eux-mesmes de se
réünir à leurs Parens, à leurs Amis,&
àleurs Concitoyens,selon
l'ordrecivil, enunmot, à leurs
Freres
Freres enJesus-Christ, quisont
Enfans aussi bien queux du mesme
Dieuqu'ils adorentpar le mesme
Jesus-Christ,quiesperentaux
mesmes promesses, c- au mesme
heritage celeste
,
qui observent la
mesme Loy,&vivent de la mesme
Foy &de la mesmeMorale
? R^efufercetterrun'ùn,n'eftoitce
pas resister à l'ordrede Dieu
3
qui leur faisoit cc commandement
par leur Souverain, & mesme
à l'Esprit de Dieu, c'est à dire, à
son Amour ($f à sa Charité qui
les ensollicitoit?& n'estoit-cepas
meriterparcetterésistance l'indignation&
la colere de la Puissance
Royale
,
ordonnée de Dieupour
procurer ce bien, qu'ils refusoient,
&pourvangerlemal qu'ilsfaisoient
en le refusant ? Graces à
Dieu,lenombre des Opiniâtres
& des Refractaires e(i.à cette
heure si petit, quon peut aisément
le compter,&ilfaut avoüer
que c'est une des felicitez du Regneglorieux
de ce Grand Monarque
, que le doigt de Dieu ait tellement
éclaté sur son autorité,
qu'il ait laissé si peu à faire à
l'Instruction& à la Terjua/îort.
Rien riefl sifoible& sifaux
que le retranchement, dont ces
Desobeïssans se couvrent,lors
qtiiis disent
,
qu'on n'est point
maistre de leurs consciences, qu'on
ne leurpeut ordonnerde croire,mais.
feulement lesy exhorter; qu'on
ne force point les esprits,& qu'on
ne commande point laReligion;
qu'ainsi il faut obeïrplûtost a>'
Dieu, - qu'aux hommes,parce
qu'ilssontasseurez d' estredans la
veritable Religion ; car il ne s'agitpoint
dechangerde Religion,
cestlamesme dans son fond &
danssasubstlance.Ilne s'agitpoint
de la Regle de la Foy, puis quon
ne la leur contestepas, & qu'ils
ne peuvent aussi la contester à
l'Eglise Catholique ,qui la possede
de toute ancienneté
, & qui
leurouvre sonsein pour les recevoirà
la Profession exterieure de
cette Foyavecses autres Enfans
dans L'unité de l'Esprit si) le lien
de la Paix. Tous les autres fentimem,
qui servoient de pretexte
specieux ,plûtost que de sause solideauSchismesoitqu'ils
ayent
durapportà la Réglé fondamentale,
soit qu'ils n'en ayent point,
seront allez aprés celaàéclaircir.
On leurs ra veirfacilement^quon
ne comprend pas sur toutes ces
Question l'Eglise Catholiques
qu'on luy a imposé à loscasion
de quelques Docteurs particuliers
deai Communion,puis quelle n'a
changé ny de sentimens, ny de
langage, qui se conservent dans
lesLivrespublics,dontellesesert
pour rectifier ces Docteurs particuliers,
~& les ramener à la pureté
de ses sentimens
, au lieu que par
un étrangerenversement d'esprit
les Docteurs de l'Erreur, qui ont
produit le Schisme sous la belle
apparence de Reforme,mais en
effet par la haine qu'ils avoient
conceue contreles autres, se sont
malheureusementjettez dans une
extremited'autant plusdangereuse,
qu'ils ont commencé par la
suppresion de tous ces Monument
publics, oul'Eglise a toujours
confervéses véritables idées
ses véritables expresions,pourétablirles
leurs particulières,&par
cette conduite ils ont ouvert laporte
à toutes fortes de A/oM~f~~f~
bienloin de retranchercelles qu'ils
s'imaginent avoir esté introduites,
& de la fermer pour l'avenir.
On leurfera voir en un mot,
que ce nesont la pluspartque des
Question de nom, fondéessur
deséquivoques de leur part,ou
deDiscipline, qui nemeritoient
pasune sisunesteseparation,puis
que le fondement en Jesus-Christ
(si toujours demeuréfermeparmy
les Catholiques.Aussi dans la
pluspart des Dioceses, &sur tout,
en celuy deParis, on n'afaitsigner
qu'un Formulaire général
de Foy Catholiqueuniverselle
Apostolique, , sansentrer dans
Aucun détail qu'apris s'estre féüny,
ou si l'on est entré en quelque
éclaircissement avec quelques- uns
de nos Freres, ce n'a esté que pour
satisfaireacesfauxScrupules,~&
pour leur montrer qu'on ne leur
demandoit que cette Profesion generale
& orthodoxe. Quant au
Passage des AffcsdesÀpo(lrr$,
Qu'ilfaut obéir à Dieu plû-
,. tost' qu'aux hommes
,
rien
n'est si mal appliqué à la matière
presente par la lecture du Texte.
Les Juifs défendoient aux Aposrres
de
prescher
Jesus-Christpour
Mejjie & pour Liberateur, qui
au contraire leur avoit ordonné
de la part ex son Pere de le prescher
partoutencettequalité,
avoit confirmé cette Mission par
le MiracledesaResurrecton,ù
partous euxqui la suivirent,
quifurent la conformation de tous
les aurres qu'ilavoitfaits à leurs
yeux ,
(9" en presence des Juifs
pendant sa Vie. Est-ilquestion
derenoncer icy à la Prédication
deceMessi &r Libérateur?Ou
plûtofln'estilpasquestion de liz
ratifierpar une réunionavecceux
quile reconnaissent, @J donton
s'estoit injustement separé ? C'est
donc obéir véritablement a Dieu
& alefut Christson Fils; c'est
lereconnaistre pour le Messue
pour le Liberateur, que d'accomplir
cette réunion qui fait la pienitude
de la Charité que le Pere
& te Filsnous ordonnent d'avoir
pour nos Freres, qui composent un
Corpsdontlesus-Chrsti est leChef.
lefuis, Monsieur
,
vostre, &c.
Fermer
Résumé : LETTRE D'UN NOUVEAU CATHOLIQUE, Sur le Pouvoir que le Roy a exercé dans l'Extinction du Schisme. A MONSIEUR ***.
La lettre d'un nouveau catholique traite du rôle du pouvoir royal dans la résolution du schisme en France. L'auteur souligne que la réforme, bien que perçue comme difficile, s'est réalisée aisément, suggérant une origine humaine et politique plutôt que divine. Le roi a ainsi acquis une gloire immortelle. Le pouvoir royal est décrit comme souverain, n'ayant de supérieur terrestre que Dieu, et tous les sujets, y compris les ministres de l'Église, lui sont soumis. Cette doctrine est appuyée par Saint Paul et Saint Jérôme, qui prônent la soumission aux autorités souveraines. Les souverains gèrent également les affaires religieuses, comme le démontrent les actions des empereurs Théodose et Honorius et les écrits de Saint Paul. Plusieurs papes et conciles ont reconnu les rois comme défenseurs de la foi. En France, les conciles se tenaient par ordre royal et leurs décrets étaient confirmés par l'autorité royale. Le texte distingue les pouvoirs temporels et spirituels, citant Ulpien et Justinien sur la prudence et l'autorité des lois. Les fonctions ministérielles sacrées proviennent de Jésus-Christ et ne peuvent être modifiées par le pouvoir souverain. Les pasteurs de l'Église exercent le ministère de la parole et des sacrements, jugeant les rebelles à la parole divine. Le pouvoir souverain englobe la juridiction ecclésiastique et régule les affaires religieuses. Les prétendus réformés se sont établis grâce à l'autorité royale, mais celle-ci est maintenant retirée pour dissoudre leur société. Les réfractaires, en minorité, utilisent des prétextes faibles pour résister. Les Docteurs de l'Erreur ont provoqué le schisme par haine et division. La foi en Jésus-Christ reste ferme parmi les catholiques, avec des formulaires de foi signés dans plusieurs diocèses. La question de l'obéissance à Dieu plutôt qu'aux hommes est expliquée par la mission des apôtres de prêcher Jésus-Christ comme Messie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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