Résultats : 4871 texte(s)
Accéder à la liste des types de textes ou des types de paratextes.
Détail
Liste
951
p. 171-177
Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à M. D. L. S. des Lettres pleines [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Donneau de Visé, De la Bruyère, Manière, Auteur, Monde, Portrait du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Je ſuis fort redevable à M.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
Fermer
Résumé : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
L'auteur exprime sa reconnaissance à M. D. L. s. pour ses lettres savantes et ses conseils. Il loue M. Devizé pour avoir défendu la mémoire de feu Pij contre les critiques de M. de La Bruyère concernant le *Mercure Galant*. M. Devizé reproche à La Bruyère une hyperbole excessive et valorise le contenu du *Mercure*, riche en informations sur les familles, les événements mondains et les nouvelles littéraires, essentiels pour comprendre la société de l'époque. En revanche, il décrit le style de La Bruyère comme rude et négligé, comparable à celui de Juvenal plutôt qu'à Horace. M. D. L. s. aborde également une gravure du portrait du roi Louis accompagnée d'un discours latin de Santolinus, discutant de l'usage approprié des termes latins, soutenant l'observateur qui critique le barbarisme dans le poème.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
952
p. 177-181
Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Remarques, & de Littérature, je me [...]
Mots clefs :
Livres nouveaux, Comédie nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Mais à propos de Remarques
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
Fermer
Résumé : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Le texte traite de la pièce de théâtre 'Les Festes du Cours' de M. Dancourt. Bien que divertissante, cette comédie est jugée incompréhensible par le public du parterre. Le personnage principal, Cyncædor, représente le génie du bal et s'efforce de résoudre divers problèmes tout au long de la pièce. Le langage employé est enrichi de réflexions sur l'esprit, le cœur et les mœurs. L'auteur pallie l'obscurité de l'intrigue par la clarté de certaines chansons. Un avocat se fait cocu lui-même, ajoutant à la confusion générale. Les termes sont habilement choisis pour captiver l'auditoire. L'auteur, non critique professionnel, apprécie les masques, les danses et les chansons interprétées par Cyncædor et Choreda. En réponse à des demandes provenant des provinces, il décide de publier les chansons de la comédie dans un chapitre dédié, offrant également la musique à ceux qui la demanderaient. Il assure que cet ajout n'alourdit pas le livre, ayant augmenté sa longueur de 80 pages et réduit la taille du caractère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
953
p. 197-202
Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Début :
Je n'aurois pas manqué de faire ce mois-cy un détail [...]
Mots clefs :
Prince de Vaudemont, Fêtes, Journal de Verdun, Juges, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
Fermer
Résumé : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Le texte décrit les festivités organisées par le Prince de Vaudemont à Commercy en l'honneur des Altesses Royales de Lorraine et de l'Électeur de Trèves. L'auteur du journal de Verdun loue la magnificence et les bonnes manières de ces fêtes, tout en soulignant leur caractère éphémère. Il mentionne également la mort de Madame la Princesse de Vaudemont, saluant ses vertus mais critiquant l'éloquence de l'auteur du journal. Ce dernier aborde les conséquences politiques de la guerre, prédisant que les juges de la paix se concentreront sur la restitution des villes et provinces occupées durant un conflit long et sanglant, sans motif légitime apparent. L'auteur du texte actuel conteste les raisonnements politiques de l'auteur du journal de Verdun et plaide pour une évaluation impartiale des arguments présentés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
954
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
Fermer
Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
955
p. 334-336
Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
Début :
Voicy une petite Piece que je viens de recevoir de la main / Un ruisseau m'endormoit en tombant dans la Seine, [...]
Mots clefs :
Oiseaux, Zéphire, Flore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
Voicy une petite Piece que
je viens de recevoir de la main
d'un de mes amis , il m'aſſeu
re qu'elle n'eſt point anciens
GALANT. 335
ne , cependant elle ne m'a
point du tout l'air moderne :
quelque âge qu'elle ait , ceux
qui ne l'ont point veuë feront
bien aiſe de la voir , & ceux
qui l'ont leuë , ne feront pas
fâchez de la relire encore.
VN ruilleau mendor
moit en tombant dans
la Seine,
Mille oiseaux m'éveil
loient , & ranimoient
ma veine ,
Dne aurore naiſſante éclai
roit un chemin
336 MERCURE
D'où le Zephire & Flore
avec leur douce haleine
Faifoient neiger fur moy
la rose ,&tejasmin.
Fapperçus tout à coup la
beautéque j'adore.
Foubliay les ruiffeaux ,
Jene vis plus d'oiseaux ,
Je ne vis plus d'aurore ,
De roses , de jasmins , de
Zephire, ny de Flore.
je viens de recevoir de la main
d'un de mes amis , il m'aſſeu
re qu'elle n'eſt point anciens
GALANT. 335
ne , cependant elle ne m'a
point du tout l'air moderne :
quelque âge qu'elle ait , ceux
qui ne l'ont point veuë feront
bien aiſe de la voir , & ceux
qui l'ont leuë , ne feront pas
fâchez de la relire encore.
VN ruilleau mendor
moit en tombant dans
la Seine,
Mille oiseaux m'éveil
loient , & ranimoient
ma veine ,
Dne aurore naiſſante éclai
roit un chemin
336 MERCURE
D'où le Zephire & Flore
avec leur douce haleine
Faifoient neiger fur moy
la rose ,&tejasmin.
Fapperçus tout à coup la
beautéque j'adore.
Foubliay les ruiffeaux ,
Jene vis plus d'oiseaux ,
Je ne vis plus d'aurore ,
De roses , de jasmins , de
Zephire, ny de Flore.
Fermer
Résumé : Poësie Galante de N*. [titre d'après la table]
L'auteur reçoit une pièce littéraire d'un ami. Cette œuvre, bien que récente, peut plaire aux nouveaux lecteurs et aux amateurs de relecture. Elle décrit un ruisseau vers la Seine, des oiseaux inspirants, et l'aurore éclairant un chemin. Zéphyr et Flore apportent roses et jasmin. La beauté adorée par le poète éclipse ces éléments naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
956
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
Fermer
Résumé : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1712, une fête de taureaux se tint à Chamartin, près de Madrid, malgré une interdiction royale. Le Duc de Pastrano obtint l'autorisation après des interventions influentes, à condition de couvrir les frais des éventuels accidents. La fête débuta par la mise à mort de plusieurs taureaux, mais un incident grave survint lorsqu'une maison s'effondra, blessant ou tuant des spectateurs. Malgré cet accident, les spectateurs restèrent pour continuer à assister au spectacle pendant que les organisateurs réparaient les dégâts. À Madrid, une autre fête de taureaux débuta après une annonce initiale indiquant qu'il n'y aurait pas de combats. La tension monta avec l'arrivée de nobles tels que la Duchesse de Frias et le Connétable de Castille. Les toréadors, vêtus simplement et armés de diverses manières, affrontèrent les taureaux. Chaque taureau, après avoir été blessé par des dards, était tué et traîné hors de l'arène par des mules. Les toréadors utilisaient différentes techniques et objets pour provoquer et tuer les taureaux. Après chaque victoire, un torero recevait des bénédictions et des récompenses financières. Un chien montra un courage exceptionnel en attaquant un taureau jusqu'à sa mort. Lors du douzième combat, un torero fut gravement blessé. Le narrateur exprima son regret concernant l'absence de combats à cheval et l'impact économique négatif de la disparition de ces fêtes en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
957
p. 76-97
Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçai à quel Sçavant je suis redevable du [...]
Mots clefs :
Épicure, Morale, Philosophe, Maximes, Sage, Homme, Auteur, Vie, Génie, Douleur, Esprit, Idées, Morale d'Épicure, Mal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Je ne ſçai à quel Sçavant
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
je ſuis redevable du
memoire qu'il vient de
m'envoyer:mais je ſçai bien
que cette piece eſt un excellent
extrait de la Mo
GALANT. 77
rale d'Epicure , avec des relexions
. Nous avons enfin
reçû , dit- il , le livre queM.
Des C ** a compolé pour
justifier une Morale injuftement
décriée , & nous
l'avons lû avec beaucoup
de plaiſir. C'eſt une lecture
fort propre à montrer le
peu d'équité de l'homme ;
& en general on peut dire
qu'il n'y a guere de ſujets
fur qui la bizarrerie de l'efprit
humain ſe ſoit plus
joüće, que ſur le Philoſophe
dont on voit ici la Morale.
Il diſoit que la felicité de
Giij
78 MERCURE
l'homme confiſte dans le
plaifir , il ne croyoit point
d'autre vie que celle-ci ;&
quoy qu'il fit profeffion
d'admettre des Dieux , il ne
leur donnoit pas le ſoin de
punir , ou de recompenfer
T'homme. Il n'en a point
falu davantage à un trésgrand
nombre de gens ,
pour affurer que c'étoit un
débauchéqui ne conſervoit
aucune idée d'honneur , &
qui ne recommandoit à ſes
diſciples que de ſe plonger
dans les voluptez les plus
infâmes. Sa vie & ſes écrits
GALANT. 79
prêchoient pourtant le contraire
, & c'étoit de là qu'il
faloit prendre le jugement
qu'on portoit de lui : mais
au lieu de s'éclaircir par
cette voye directe & legitime
fur cette queſtion de
fait , on s'eſt jetté ſur la
voye du raiſonnement , &
on a dit : Ilfaut que cet homme-
là ait vécu &ait instruit
fes écoliers en Sardanapale ,
puiſqueſes principes generaux
étoient impies. A quoy bon
ces raiſonnemens dans une
queſtion de fait ? Ne valoitil
pas mieux conſulter exa
Giiij
80 MERCURE.
ctement ce qui nous reſte
d'Epicure , & les témoi
gnages que les Auteurs defintereſſez
ont rendus à ſa
probité ? Si on avoit ſuivi
ce chemin, on fût forti bien
plûtôt de l'ignorance ; car
depuis l'Apologie publiée
par M. Gaffendi pour les
moeurs & pour la morale
ce Philoſophe , on eſt ſi
bien revenu de la vieille
preoccupation , que c'eſt à
preſentunechoſetrop commune
que d'être Gaffendiſte
à cet égard. De forte
que ceux qui aiment à ne
de
GALANT. 8
ſuivre pas le torrent , commencent
à retourner aux
vieux préjugez. Tel eſt le
genie de l'homme ; ceux
qui aiment davantage les
choſesnouvelles, ne laiſſent
pas de prendre parti pour
les anciens,lorſqu'ils remarquent
que trop de gens critiquent
l'antiquité. Quand
je dis que le nombre des
eſprits defabuſez ſur le ſujet
d'Epicure fait le torrent , je
ne laiſſe pas de croire que
la cabale des ſuperſtitieux ,
troupe de tout temps nombreufe
& incorrigible , eſt
i
32 MERCURE
encore ſur l'ancien pied.
Auſſi dit-on qu'elle n'eut
pas plûtôt oui dire qu'on
vouloit faire imprimer la
Morale d'Epicure , qu'elle
enfremit ,& qu'elle reſolut
de s'oppoſer au Privilege:
mais heureuſement l'affaire
paſſa par les mains d'un
cenfeur de livresqui écoute
raiſon , & qui n'a pas un
Chriftianiſme miſantrope.
C'eſt de M. C... qué je parle
, Docteur de Sorbonne ,
& Chancelier de l'Univer.
fité de Paris. Il a lû ce livre,
&lui ayant donné ſon Ap
GALANT. 83
probation , il a été caufe
qu'il a été mis ſous la preſſe.
Cette approbation eſt bien
tournée , & ne donnera
point apparemment aucune
priſe aux inquifiteurs de
la foy.
Il nous donne ici , 1º la
morale d'Epicure en 41. maximes.
2. La lettre qu'il écrivit
à Menecée. 3 Vingthuitmaximesdu
mêmeEpi
cure. Et enfin la traduction
de ce que Diogene Laërce
nous a laiſſé de la vie de ce
Philoſophe. Toutes ces maximes
, & la lettre à Mene-
1
84 MERCURE
cée ſont éclaircies par de
judicieuſes reflexions de
l'auteur , & dans lesquelles
on trouvera non ſeulement
des exemples , mais auſſi de
belles moralitez , &le ſupplément
de la morale chrétienne
par tout où l'autre
eſt defectueuſe. Or comme
ces maximes étoient deſtinées
à former un ſage, l'auteur
nous explique dés l'entrée
ce que les Philoſophes
ont entendu par ce nom là.
Perſonne n'a tant fait va
loir ce nom que les Stoïciens
: mais àforce d'outrer
GALANT .
85
leurs idées , ils les ont renduës
ridicules . Elles au
roient été admirables ; &
peut - être même dans la
derniere juſteſſe , pour un
homme qui ne ſe ſeroit fervi
de fon corps que comme
nousnous fervons d'un cheval:
mais elles ne ſçauroient
convenir àun eſprit qui dépend
du corps , comme
nous faiſons par des loix
qu'une forcemajeure à établies.
Les idées d'Epicure
font beaucoup plus proportionnées
à notre état ; & de
là vient qu'on juge qu'il
2
1
86 .
MERCURE
agiſſoit de bonne foy , &
que les autres n'étoient que
francs comediens. On leur
a fait tort en bien des chofes.
On a imputé à Epicure
de s'être vanté que dans le
Taureau de Phalaris il s'écrieroit
parmi l'apreté du feu :
• Cela ne me regarde point , je
ne sens que du plaisir. Mais
l'auteur montre qu'il n'y a
nulle apparence qu'un Philoſophe
, qui avançoit que les
ſens nese pouvoient tromper,
pût infinuer qu'un des fiens lui
representat aver plaisir une
GALANT
87
chose qui en effet étoit pleine
de douleur. Si Epicure avoit
parlé de la forte , il feroit
tombé dans l'inconvenient
des Stoïques , que l'on ne
ſçauroit excuſer d'un renverſement
manifeſte du
langage. Car pour parler
naturellement & de bonne
foy , ils devoient dire que
la brûlure eſt une vive douleur
, &par conſequent un
mal : mais que le ſage le
ſupporte avec une telle conſtance
, qu'il en tire ſa plus
grande gloire. Voila letour
que les Chrétiens mêmes
1
88 MERCURE
doivent donner au ſupplice
d'un Martyr , s'ils veulent
parler ſans figure de Rhetorique.
Une autre choſe
en quoy Epicure s'eſt ſervi
d'une expreſſion droite &
fincere , c'eſt quand il a dit
que le plaifir eſt un bien
mais un bien de telle nature
, qu'il faut le fuir , lors
qu'il eſt capable de nous
attirer un plus grand mal.
Sur le même principe il dit
auſſi , qu'encore que la douleur
foit un mal , il faut la
preferer au plaiſir , lorsqu'-
,
elle peut être cauſe d'un
plus
GALANT. 89
plus grand bien. Ces maximes
ne font nullement
contraires à la veritable Religion.
Ce qu'il dit en un autre
endroit,que lavertu n'eſt
point aimable par elle-même
, mais à cauſe duplaifir
qui l'accompagne , ſemble
moins orthodoxe. Cependant
ſi on l'examine bien ,
on le trouvera fort folide ;
car il paroît impoffible qu'-
un eſprit puiſſe aimer la
ſainteté, ſans avoir en vûë
la ſatisfaction qui en eſt inſeparable
tôt ou tard ; &
ainſi on n'aime point la
Octob. 1714. H
go MERCURE
vertu à cauſe d'elle-même ,
mais à cauſe de ſes effets.
Voici une autre maxime
de ce Philoſophe , qui va
dans le ſens des Caſuiſtes
les plus rigides. Il veut que
fon Sage n'ait point de commerce
particulier avec unefemme
dont le commerce lui est défendu
par les loix ; qu'il ne fe
laiſſe point furprendre aux
charmes de l'amour ; qu'il ne
Se marie jamais ; &que l'a
mour deſe voir renaître dans
ſa posterité ne l'occupe point.
Il arrive pourtant , ajoûte-til
,de certaines chofes dans la
GALANT. 91
vie qui peuvent obliger le
Sage à cet engagement , & lui
faire souhaiter des enfans. La
maniere claire & diftincte
dont il éclaircit ailleurs fon
ſentiment ſur la volupté &
fur les devoirs de l'homme,
faitqu'on nepeutbien comprendre
qu'il y ait eu des
gens affez hardis pour appuyer
les calomnics qui ont
tant couru contre lui. Le
fameux Gerſon étoit ſi perſuadé
de la justice de ces
bruits injurieux , qu'ayant
ſçû le veritable caractere
d'Epicure , il ſe perfuada
Hij
92
MERCURE
qu'il y avoit eu deux Philoſophes
de cenom- là , l'un
fort ſage , & l'autre fort débauché.
On ne peut difconvenir
qu'Epicure n'ait un peu trop
confondu l'utilité avec la
juſtice : mais cela même
peut recevoir une interpretation
favorable , comme
le montre l'auteur dans ſes
éclairciſſemens . Il eft cer
tain qu'il eſt plus aifé de
faire l'apologie de ce Philoſophe
du côté du coeur ,
que du côté de l'eſprit ; car
quand on confidere d'une
GALANT.
93
part qu'il avoit beaucoup
de genie , & que l'on ſe fouvient
de l'autre qu'il a pû
croire que le monde s'étoit
produit par un concours
hazardeux d'atomes ; que
nos raiſonnemens & nos
idées ne ſont que l'agitation
de quelques petits corpufcules
; que par exemple , le
mouvement en rond d'un
atome peut être l'idée vaſte
& immenſe de l'infini ; &
que la matiere ſe mouvant
par ſa nature & de toute
éternité , nous étions neanmoins
parfaitement libres :
94
MERCURE
on ne ſçauroit rien comprendre
dans un tour d'efprit
comme celui- là. Nous
ne donnerons pas pour une
preuve de fon grand genie
la défenſe qu'il fait à fon
ſage de compoſer des panegyriques
, quoy qu'il lui
permette d'être auteur afin
de revivre aprés ſa mort. Il
ne faloit qu'un jugement
mediocre pour preſcrire
celle - là àun homme que
l'on dirigeoit à la ſageſſe ,
à la verité , à la frugalité,
& au dégagement de l'entretien
d'une famille. Au
GALANT.
95
trement la condition eût pû
devenir dure & préjudicia
ble ; car un auteur chargé
d'enfans & de dettes feroit
en quelque façon traité tyranniquement
, & pour fa
perſonne , & pour ceux qui
lui appartiennent , ſi on lui
interdiſoit l'uſage du panegyrique
, d'où il lui revient
quelquefois de beaux loüis
d'or. Il y a des gens qui ſe
moquent de ceux qui pafſent
toute leur vie à tenir
un Sonnet ou un Madrigal
tout prêt pour les mariages,
les morts , les baptêmes ,
96 MERCURE
& autres évenemens qui
concernent les familles favorites
& opulentes. Mais
M. Peliſſon a remarque depuis
longtemps dans ſa
Preface ſur les Oeuvres de
Sarrazin , que ces Poëtes
ont leurs raiſons. Cet homme,
dit- il , que vous blâmez a
trouvé peut-être que pour rétablir
ſa ſanté qui est ruinée ,
pour se défendre de la mauvaiſe
fortune , pour le bien de
la famille dont il est l'appui ,
il lui eft plus utile de travaillerà
deschansons qu'à des traitez
de Morale
r
de Politique.
GALANT.
97
que. Si cela est , je le dirai
hardiment , la Morale la
Politique lui ordonnent ellesmêmes
defaire des chansons.
Fermer
Résumé : Morale d'Epicure. / Obstacles levez pour son impression, / Reflexion sur le genie d'Epicure & sur ce qu'il deffend les Panegyriques au Sage. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception et la compréhension erronée de la morale d'Épicure, souvent perçue négativement. Épicure enseignait que la félicité humaine repose sur le plaisir et rejetait l'idée d'une vie après la mort ainsi que l'intervention divine. Contrairement aux accusations de débauche, ses écrits et son mode de vie montrent une autre réalité. L'auteur déplore que beaucoup jugent Épicure sans avoir étudié ses œuvres, préférant des jugements hâtifs et biaisés. L'Apologie de Gassendi a contribué à réhabiliter Épicure, mais certains persistent dans leurs préjugés. Le livre inclut des maximes d'Épicure, une lettre à Ménécée, et des réflexions complémentaires à la morale chrétienne. Les idées épicuriennes sont présentées comme plus conformes à la nature humaine que celles des Stoïciens, jugées excessives et ridicules. Le texte réfute plusieurs accusations contre Épicure, notamment celle de se vanter de ne ressentir que du plaisir dans le taureau de Phalaris, et souligne la sincérité de ses propos sur le plaisir et la douleur. Pour Épicure, la vertu est aimée pour les plaisirs qu'elle procure. Ses vues sur la volupté et les devoirs humains sont souvent mal comprises. Le texte mentionne également la confusion entre utilité et justice chez Épicure, ainsi que ses théories matérialistes sur l'origine du monde et la liberté humaine. Certaines restrictions imposées par Épicure, comme l'interdiction de composer des panégyriques, sont critiquées, et l'importance économique de la poésie est soulignée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
958
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
Fermer
Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
959
p. 102-114
ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
Début :
L'Academie donne tous les deux ans un prix d'Eloquence / Du Roy des Rois la voix puissante [...]
Mots clefs :
Académie française, Prix, Dieu, Roi, Louis XIV, Louis XIII, Choeur, Choeur de Notre-Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Academie donne tous
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
les deux ans un prix d'Eloquence
& de Poësie , &pretend
par là immortaliſer un
homme tous les deux ans,
Le ſujet du Poëme qui en a
remporté le dernier prix,eft
la loüange du Roy à l'occafion
du nouveau Choeur
de Nôtre Dame , conftruit
par Loüis XIV. & promis
par Loüis XIII. Le prix eſt
unbeauGroupe de bronze,
où l'on voit la Renommée
auprés de la Religion , &la
GALANT. 103
Pietéappuyée ſur unGenie.
Cette Ode n'a pas remporté
le prix de l'Academie
, mais elle l'a bien dif
puté. Ceux qui ont lû celle
qu'on dit l'avoir merité , ne
feront pas 'fachez de lire
celle-capitalaxint
:
ODE PRESENTEE
à l'Academie Françoise pour
la diftribution des Prix de
l'année 1714.
DU Roy des Rois la
voix puiſſante
I iiij
104 MERCURE
S'eſt fait entendre dans ces
lieux.
L'or brille , la toile eſt vi .
vante ,
Le marbre s'anime à mes
yeux.
Prêtreſſes de ce Sanctuaire,
La Paix , la Pieté ſincere ,
La Foy ſouveraine des Rois,
Du Trés - Haut filles immortelles
, :
Raſſemblent en foule au-
すtour d'elles
11
Les arts animez par leurs
VOIX.
O Vierges compagnes des
juſtes ,
GALANT. 105
Je vois deux Heros * profternez
,
Dépoüiller leur bandeaux
auguſtes ,
Par vos mains tant de fois
ornez :
Mais quelle puiſſace celefte
Imprime ſur leur front mo
defte
Cette ſupreme Majesté ,
Terrible & facré caractere,
Dans qui l'oeil étonné re
vere
Les traits de la Divinite.
* Les deux Statues de Loüis XIII. & de
Louis XIV. font aux deux citiz de l'Autet
106 MERCURE
L'un voua ces pompeux
portiques,
Son fils vient de les élever.
O que de projets heroïques
Seul il eſt digne d'achever !
C'eſt lui , c'eſt ce ſage intrepide
Qui triomphe du fort perfide
,
Centre ſa vertu conjuré ,
Etde la diſcorde étouffée
Vient dreſſer un nouveau
trophée
Sur l'Autel qu'il aconfa cré.
Σ
* La paix de l'Empereur faite dans le
temps que le Choeur de Notre-Dame a été
achevé.-
GALANT.
107
Tel autrefois la Cité fainte
Vit le plus ſagedes mortels
Du Dieu qu'enferma fon
enceinte
Dreſſer les ſuperbes autels .
Sa main redoutable& cherie
Loin de ſa paiſible patrie
Ecartoit les troubles afreux
,
Et ſon autorité tranquile
Sur un peuple à lui ſeul docile
Faiſoit luire des jours heureux.
粥
O Toy , cher à nôtre memoire
,
108 MERCURE
Puiſque Louis te doit le
jour ,
Deſcends du pur ſein de la
gloire ,
Des bons Rois immortel
féjour ;
Revois ces rivages illuftres
Où ton Fils depuis tant de
luftres
Porte ton fceptre dans ſes
mains.
Reconnois le aux vertus ſupremes
Qui ceignent de cent dia.
dêmes
Son front reſpectable aux
humains.
GALANT. 109
Viens , l'hereſie infinuante,
Le duel armé par l'affront ,
La revolte pâle & ſanglante
Ici ne levent plus leur front.
Tu vis leur cohorte effrenée,
De leur haleine empoifon-
P née ,
Souffler leur rage ſur tes lis :
Leurs dents , leurs fleches
font briſées ,
Et fur leurs têtes écraſées
Marchetoninvincible Fils .
!
Viens ſous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
110 MERCURE
Là brûle , allumé par fon
zele,
L'encens que tu promis aux
Cicux.
Offre au Dieu que ſon coeur
revere
Ses voeux ardens , ſa foy
fincere ,
Humble tribut de picté.
Voila les dons que tu demandes;
Grand Dieu , ce ſont là les
• offrandes
Quetu reçois dans ta bonté.
C
Les Rois font les vives ima
ges
GALANT. 111
Du Dieu qu'ils doivent honorer
;
Tous lui conſacrent des
hommages ,
Combien peu ſçavent l'adorer
?
Dans une offrande faftueuſe
Souvent leur pieté pom.
peuſe
AuCiel eſt un objet d'horreur:
(
Sur l'autel que l'orgüeil lui
dreffe
Jevoisune main vangereſſe
Tracer l'arrêt de ſa fureur.
**
८
112 MERCURE
Heureux le Roy que la
Couronne
N'ébloüit point de ſa ſplen
deur ;
Qui, fidele au Dieu qui la
donne,
Ofe être humble dans ſa
grandeur ;
Qui donnant aux Rois des
exemples ,
Au Seigneur éleve des
Temples ,
Des afiles aux malheureux ;
Dont la clairvoyante juſ
tice
Démêle & confond l'artifice
GALANT.
113
1
De l'hypocrite tenebreux.
Affiſte avec lui ſur le trône,
La ſageſſe eſt ſon ferme ap-
*
pui :
Si ſa fortune l'abandonne ,
Le Seigneur eſt toûjours à
lui.
Ses vertus feront couronnées
D'une longue ſuite d'années
,
Trop courte encore à nos
ſouhaits ,
Et l'abondance dans ſes
villes
Octob. 1414 . K
114 MERCURE
Fera germer ſes dons fertiles
Cücillis par les mains de la
paix.
Priere pour le Roy.
Toy qui formas Louis de
tes mains falutaires ,
Pour augmenter ta gloire ,
& pour combler nos
voeux,
Grand Dieu , qu'il ſoit encor
l'appui de nos
neveux ,
Comme il fut celui de nos
peres.
Fermer
Résumé : ODE PRÉSENTÉE à l'Académie Françoise pour la distribution des Prix de l'année 1714.
L'Académie décerne un prix d'Éloquence et de Poésie tous les deux ans pour honorer un individu. Le dernier sujet du poème primé concernait la louange du roi à l'occasion du nouveau chœur de Notre-Dame, construit par Louis XIV et promis par Louis XIII. Le prix se compose d'un groupe de bronze représentant la Renommée, la Religion et la Piété appuyée sur un Génie. L'ode présentée, bien qu'elle n'ait pas remporté le prix, a été très appréciée. Elle commence par célébrer la voix puissante du 'Roy des Rois' et décrit la magnificence des lieux ornés d'or, de toile et de marbre. L'ode évoque ensuite les prêtresses de la Paix, de la Piété sincère et de la Foi souveraine des Rois, qui rassemblent les arts animés par leurs voix. L'ode mentionne deux héros prosternés, dépoitraillés de leurs bandeaux augustes, symbolisant les statues de Louis XIII et Louis XIV. Elle loue Louis XIV pour ses projets héroïques et ses victoires, comparant ses actions à celles des grands rois du passé. L'ode se conclut par une prière pour que Louis XIV continue de régner avec sagesse et justice, apportant prospérité et paix à son peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
960
p. 115-118
Répresailles. [titre d'après la table]
Début :
Pourquoy me cherchez-vous querelle, Monsieur ** ? [...]
Mots clefs :
Nicolas Boileau, Transitions, Style, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Répresailles. [titre d'après la table]
Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
Fermer
Résumé : Répresailles. [titre d'après la table]
Dans un dialogue, Galant accuse Mercure de lui chercher querelle sans motif. Mercure révèle que cette dispute découle de la publication d'un tombeau de Boileau dans le journal de Galant, qui a qualifié le Mercure de détestable et dénué de bon goût. Galant anticipe les critiques de Mercure sur son style et son contenu, affirmant ne pas avoir cherché à le satisfaire. Mercure, quant à lui, doit répondre aux attentes du public et n'a pas le temps de s'attarder sur les plaintes de Galant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
961
p. 118-123
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On appelloit autrefois le mois d'Octobre Equus, qui [...]
Mots clefs :
Mois d'octobre, Octobre, Noms, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On appelloit autrefois le
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
mois d'Octobre Equus , qui
veut dire cheval, parce que
ce mois étoit conſacré au
Dieu Mars , & que chaque
année , les premiers jours
de ce mois , on lui immoloit
un cheval. Il fut enſuite
nommé Octobre par Romulus
, ou Numa Pompilius
: maisTibere,à l'exemple
de Celar & d'Auguſte ,
voulut changer les noms
1
GALANT.
119
,
des mois qui ſuivoient ceux
qu'on avoit conſacrez à la
memoire delces Empereurs.
Tibere fit appeller Septembre
de fon nom , Tiberius ,
& Octobre Livius. De même
Domitien voulant s'enrôler
dans le Calendrier
fit appeller Septembre
Germanicus , & Octobre
Domitianus. Mais on l'eut à
peine affaffiné , que le Senat
fit cafler non ſeulement
tous les Edits qu'on avoit
publiez fous ſon Empire ,
mais que fon nom fut arraché
de tous les monu120
MERCURE
mens où on l'avoit gravé ,
&que pour éteindre la memoire
d'un fi méchant
homme on rendit à ces
mois les noms de Septem .
bre &d'Octobre, qu'ils portoient
avant queTibere les
changeât. Cependantquelque
temps aprés , le Senat
ordonna que ces mêmes
mois portaſſent les noms ,
l'un d'Antonin, & l'autre de
Faustine , qu'ils ont porté ,
juſqu'à ce que les flateurs
qui environnoient l'Empereur
Commode , lui curent
conſeillé de changer le ſixićme
GALANT. 121
۲
xiéme mois , qu'on appelloit
Augustus , d'Auguſte ,
de lui donner le ſien de
Commode ; à Septembre celui
d'Hercule , & à Octobre
celui d'Invincible, qu'ilnomma
enfuite Ælius. Mais tous
ces mois qui avoient été
tant de fois changez , n'ont
conſervé aucun des noms
qu'on leur a donnez ; &
malgré les Empereurs &
les temps , ils ont toûjours ,
depuis Commode , porté
les noms qu'ils avoient ſous
le regne d'Auguſte. Octobreeftdoncledixiéme
mois
Octob. 1714. L
122 MERCURE
de l'année , dans lequel on
fait la vendange . C'eſt de
ce mois que Maynard a dit
dans ſes Epigrammes:: 10
Ci gîtJean , qui baiffoit les
yeux
Ala rencontre des gensfobres,
Etquiprioitſouvent desDieux
Que l'année eût plufieurs Oc-3
: tobres.
fin,
On dit proverbialement ,
quand Octobre prend fin
la Touſſaint eſt le matin.
On l'appelle Octobre , parce
que c'étoit le huitieme
mois du Celendrier Ro-
L
GALANT.
123
main.,
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois d'octobre, initialement nommé 'Equus' en référence au dieu Mars, fut renommé 'Octobre' par Romulus ou Numa Pompilius. Tibère, César et Auguste changèrent les noms des mois en l'honneur des empereurs, Tibère appelant octobre 'Livius' et Domitien le renommant 'Domitianus'. Après la mort de Domitien, le Sénat rétablit les noms originaux. Par la suite, le Sénat décida que septembre et octobre porteraient les noms d'Antonin et de Faustine, puis sous Commode, les mois furent à nouveau renommés avant de reprendre leurs noms augustéens. Octobre est le dixième mois de l'année, marqué par la vendange. Une épigramme de Maynard évoque plusieurs 'octobres' dans une année, et un proverbe indique que la fin d'octobre annonce la Toussaint. Le nom 'Octobre' dérive de sa position comme huitième mois dans le calendrier romain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
962
p. 159-164
Lettre Galante. [titre d'après la table]
Début :
Quelle raison avez-vous, Mademoiselle, pour vouloir me mettre ainsi [...]
Mots clefs :
Coeur, Lettres galantes, Imprimeur, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Galante. [titre d'après la table]
Quelle raiſon avez- vous ,
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
Fermer
Résumé : Lettre Galante. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre répond à une demoiselle qui lui a demandé d'écrire une lettre tendre et savante pour son journal. Il refuse de rédiger des lettres galantes, qu'il considère ridicules et vides de sens, remplies de termes comme 'cœur', 'esprit', 'beauté' et 'transports'. Selon lui, ces lettres sont inutiles pour le public et même des personnes respectées comme Monsieur et Madame de... les évitent. L'auteur doit remplir huit pages pour le journal du mois, mais il ne souhaite pas se compromettre en publiant une lettre galante, malgré son affection pour la demoiselle. Il conclut que la publication d'une telle lettre ne rendrait pas justice à l'esprit de la demoiselle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
963
p. 250-258
Quart de critique. [titre d'après la table]
Début :
Tous les évenemens dont le Journal de ce mois est rempli [...]
Mots clefs :
Comédie, Historien, Poète, Critique, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quart de critique. [titre d'après la table]
Tous les évenemens dont
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
GALANT. 251
De Journal de ce mois eſt remli
, ne preſentent heureuſement
aux Lecteurs que des
Tableaux agreables , & j'eſpee
les mener juſqu'à la fin du
Mercure de ſpectacles en ſpectacles
: celuy dont je vais parder
maintenant , eftd'un genre
fortdifferent des autres .
Je me garderay bien d'entreprendre
icy une Critique
que tout lemonde a negligée.
Je parleray ſeulement en Hiftorien
, du fort de la Comedie
des Captifs que M. R.
vient de donner au Theatre.
Cette Piece fut repreſentée
252 MERCURE
1
pour lapremiere fois un Vendredy
, vingt - huitiéme du
mois paffé , la Salle de la Comedie
auffi pleine de ſpectateurs
qu'elle pouvoit l'eſtre;
les luftres furent enfin levez ,
& le Prologue commença.
M. de la Thorilliere , qui
ale talent d'embellir tous les
rôles qu'il jouë , de tout ce
qu'un bon Acteur peut leur
donner de grace & d'ornement
, parut d'abord ſous le
nom de Mercure dans les
Champs Elifées , & ayant à fa
ceinture une douzaine de Placets
, que quelques ombres
GALANT. 253
plaintives luy avoient preſentez
. Celuy de Promethée ,
entre autres donne occafion à
une ſaillie du Poëte; il ſe plaint
que Pluton ait changé ſon
fupplice ,& qu'il ait ſubſtitué
un jeune Procureur , pour luy
ronger le coeur , à la place du
Vautour qui eſtoit deſtiné à
cecruel employ.
Pendant que Mercure fait
la reveuë des ces placets ,Plaute
arrive , la converſation de
ce Poëte avec Mercure eſt fort
animée , & plaiſt beaucoup.
Plaute ſe plaint de la licence
avec laquelle les Modernes
254 MERCURE
pillent dans les ouvrages des
Anciens ; Mercure luy repro
che les larcins qu'il a faits luy
même , & luy demande s'il
deſapprouve que Moliere ait
tiré de luy le ſujet de ſonAm
phitrion. Le Poëte répond à
ces objections des choſes fort
ſenſées. Mercure luy apprend
enfin que ſa Comedie des Ca.
ptifs qui fit autrefois tant de
bruit à Rome , a fourni à un
Poëte moderne , l'idée de la
Piece qu'on va joüer. Les exclamations
de Plaute ſont icy
comiques & pleines d'eſprit.
Il dit qu'il a ſeul enfanté ce ſu
GALANT. 255
jet ; qu'il en eſt le premier
pere , & qu'il eſt en un mot
fort inquiet du fort de ſesCaptifs.
Mercure luy répond à
cela , ce Vers qui finit le
Prologue.
Lesecond est encor plus inquiet
quevous.
J'avois formé le deſſein de
ſuivre l'Hiſtoire de cette Comedie
; mais j'en confidere
trop l'Auteur , pour ne pas
croire de bonne foy que j'ay
pû me tromper dans l'idée
que j'en ay conceuë . J'en diray
ſeulement en paffant ce
que j'en ay entendu dire.
2
256 MERCURE
On prétend que M. R. a
eu le malheur de ne pas pren
dre , comme il le pouvoit ; ce
qu'il y a de meilleur dans les
Captifs de Plaute ,& on foutient
que fon Ariftophon eft
un Auteur qui tombe des
nuës , & qu'il n'a aucun rapport
avec le Clitophon de
Plaute qui eſt un des plus intereffants
perſonnages de ſa
Comedie. Pour l'intrigue, on
ajoûte qu'elle eſt tirée de
'Heureux Esclave, ou duPrince
Esclave , & qu'elle en eft
mal tirée. Ce qu'il y a de vrai,
c'eſt que ſes Chanfons , dont
la
GALANT 257
1
la Muſique eſt de M. Quinaut
, font fort goutées , &
que les divertiſſements de cette
Comedie ſont extraordinaires
, beaux , & bien caracteriſez
.
: On a beaucoup crié contre
les Feſtes de Thalie , il y a cependant
plus de deux mois
qu'on jouë ce Ballet ſur le
Theâtre de l'Opera. Je m'étendrois
davantage ſur les Pieces
nouvelles , fi je ne craignois
pas de ſoulever contre
moy le Public & les Auteurs.
Il faut pourtant que j'en parle
, puiſque c'eſt un des Arti-
Octobre 1714 . Y
1
258 MERCURE
د
cles qui font le plus de bruit
dans le monde. Mais files Au.
teurs veulent m'en croire
qu'il me donnent , par écrit ,
ce qu'il leur plaira que je diſe
de leurs Ouvrages. S'ils font
équitables , ils confulteront
les fuffrages du Public , pour
ſe rendre juſtice ; s'ils ne le
ſont pas , je ne feray pas un
ridicule uſage des Memoires
qu'ils m'enverront.
Fermer
Résumé : Quart de critique. [titre d'après la table]
Le texte relate la première représentation de la comédie 'Les Captifs' de M. R., qui a eu lieu le vendredi 28 du mois précédent dans une salle comble. Le prologue, joué par M. de la Thorilliere dans le rôle de Mercure, montre Mercure recevant des suppliques d'âmes en peine, dont celle de Prométhée. Plaute apparaît ensuite et discute avec Mercure, critiquant la manière dont les modernes s'inspirent des œuvres anciennes. Mercure révèle que 'Les Captifs' de Plaute a servi d'inspiration à la pièce moderne. Le critique apprécie les chants et les divertissements, composés par M. Quinaut, mais émet des réserves sur l'adaptation de l'intrigue et des personnages. Pour éviter de froisser le public et les auteurs, il préfère laisser le jugement final aux spectateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
964
p. 267-270
Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Début :
J'ay dit à peu prés le quart de ce que j'ai osé sur ces trois [...]
Mots clefs :
Honneur, Livre, Vertu, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Jay dità peu prés le quart de
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
Fermer
Résumé : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception critique de l'ouvrage 'Mathanafius'. L'auteur s'étonne de l'enthousiasme suscité par ce livre à Paris, même parmi ceux qui ne maîtrisent pas le grec ou le latin, langues dans lesquelles il est probablement écrit. Il critique les éloges superficiels, estimant que la véritable reconnaissance doit provenir de critiques constructives. L'auteur déplore également la manière dont 'Mathanafius' traite le 'Mercure Galant', lui attribuant des qualités prématurées et utilisant un langage offensant. Il se questionne sur la connaissance que l'auteur de 'Mathanafius' a de son identité, concluant que cette connaissance lui ferait grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
965
p. 351-352
Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Début :
Le Sr Godeheult le fils Marchand Tailleur demeurant ruë Tirechappe, [...]
Mots clefs :
Marchand tailleur, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Avis engros& en détail que tout
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
le monde doit lire pour raiſon,
Le S Godeheult lefils Marchand
Tailleur demeurant ruë Tirechappe,
du côtéde la ruëBetizy,à l'enseigne
du Point du jour, avertit le public
qu'il habille à l'année, c'est à- dire ,
que moyennant la Somme dont on
convient avec lui, ilfournit deux ,
quatre ,fix & douze habits neufs
par an si l'on veut , & à tresbon
compte.
M. Dancourt vientdedonner encore
uneComedie nouvelleque lePublic
trouve maltaillée&mal cousue,
352 MERCURE
jen'en dirois rien ,ſi je n'étois pas
obligé de parler de toutes les pieces
qui fe preſentent , quoiqu'erles
n'aientpas defuccez , mais celle-cy
a Pignon fur ruë :Voicy l'histoire
deson eſtabliſſement.
M.Dancourt lût aux Comediens,
ilya environ unan , la Comedie du
Vert galant ;fes camarades qui ta
trouverent mauvaise,refuferent ab .
folument de la joüer : quandilvit
qu'ils n'en vouloientpoint,illa negligea
,&quelque tems aprés il avova
à ceux qui étoient deſonparty
qu'ilavoitfait courir dans lemonde
, le Conte de l'Abbé vert ,pour
donnerplus de credit àſapiece:Voila
ce qu'on appelle inventer àproposdes
Vauxdevilles pourleTheâtre.
Ils réüffent s'ils peuvent ,
qu'importe? les espritsfontroûjours
prévenus & voilàle Vert galant.
Fermer
Résumé : Avis en gros & en détail que tout le monde doit lire pour raison.
Le texte annonce que le tailleur Godeheult, fils Marchand, résidant rue Tirechappe au coin de la rue Betizy, sous l'enseigne 'Le Point du jour', offre de fournir des habits neufs à l'année à des prix avantageux, avec une quantité variable selon l'accord avec le client. Parallèlement, l'auteur critique la comédie 'Le Vert galant' de Monsieur Dancourt, qualifiée de 'mal taillée et mal cousue' par le public. Malgré son manque de succès, l'auteur se sent obligé d'en parler. Il révèle que Dancourt avait présenté cette pièce aux comédiens environ un an plus tôt, mais elle avait été refusée. Pour la promouvoir, Dancourt aurait diffusé une histoire fictive, 'Le Conte de l'Abbé vert'. Malgré les refus initiaux, la pièce a finalement été jouée, démontrant comment les préjugés du public peuvent influencer la réception d'une œuvre théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
966
p. 81-85
Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Vous m'assurez, Mademoiselle, que vous n'avez point de [...]
Mots clefs :
Lettre, Lettres galantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Vous m'aſſurez , Mademoiselle
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
, que vous n'avez
point de part à la réponſe
82 MERCURE
que je viens de recevoir au
fujet de la lettre que je vous
ai écrite dans le Journal du
mois paffé. Cette réponſe
eſt pourtant fi pleine d'efprit
& fi galamment tournée
, que je m'étonne de la
chaleur avec laquelle vous
la deſavoüez : mais qui que
ce foit qui en ſoit l'auteur ,
je ne ſçaurois m'empêcher
de la rendre publique. Je
ferai le même uſage de
toutes les pieces qu'on
m'enverra , quand même
elles ſeroient contre moy ,
lors qu'elles meriteront
GALANT. 83
d'être lûës comme cette
lettre.
Ily a pluſieurs années ,
Monficur , que je suis dans
l'erreur , j'y ferois encore ,
fi la lettre que vous m'avez
écrite dans votre dernier Mercure
, ne m'avoit pas dérrompée.
F'éprouve maintenant qu'-
on peut être tendre , &exprimer
parfaitement ce qu'onfent,
fans le fecours de l'art d'écrire
fes pensées, fur le modele de
quelques beaux efprits , qui
Souvent fans amour , ont crû
leur imagination affezvive&
affez hardie pourſe perfuader
84 MERCURE
qu'ils ſcavoient charmer les
coeurs par le faſte de leurs expreffions.
Oui , Monfieur , je
vous ai l'obligation de m'avoir
deffilié les yeux , &je traite
àpreſent de langage fade &
ridicule tout ce qu'on appelle
lettres galantes. Elles n'ont
point les graces de la nature ,
mais tout l'éclat de la coquetterte.
Elles éblouiffent lesyeux
&l'esprit ,&le n'est en coeurn'e
les lifant que la dupe des fens ;
au lieu qu'une lettre vraiment
tendre & naturelle produit un
effet tout contraire.
Pour moy,si j'écris jamais
GALANT. 85
à quelqu'un que je l'aime ,je
vous promets de facrifier toûjours
le tour de ma phrafe à
l'ingenuité de mes sentimens ,
& de n'employer deformais ,
en parlant de l'amour , que les
termes les plus ſimples que la
verité puiffe mettre à la bouche
des amans. Soyez content ,
Monfieur, de l'effet que vo
tre lettre a fait sur mon coeur,
comptezquej'aurai une reconnoiſſance
éternelle de l'obligation
Fermer
Résumé : Réponse d'une Demoiselle à l'Auteur. [titre d'après la table]
Un éditeur reçoit une réponse élégante à une lettre précédente et décide de la publier malgré les réticences de son autrice. Il affirme publier toutes les pièces dignes d'intérêt, même celles défavorables. L'interlocuteur, 'Monfieur', admet s'être trompé sur l'art d'écrire des lettres galantes. Il apprécie une lettre récente de 'Monfieur' qui montre qu'il est possible d'exprimer des sentiments tendres sans formules artificielles. Il critique les lettres galantes, les trouvant fades et ridicules, et préfère la simplicité et la naturel. Il promet d'utiliser des termes simples et sincères pour exprimer ses sentiments amoureux. Il exprime sa gratitude envers 'Monfieur' pour cette prise de conscience et assure une reconnaissance éternelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
967
p. 105-109
Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
On lui a donné le nom qu'il porte, parce qu'il étoit [...]
Mots clefs :
Mois de novembre, Déesse, Diane, Vacuna, Repos, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
On lui a donné le nom
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
qu'il porte, parce qu'il étoit
le neuvième mois de l'année
Romaine : il fut con106
MERCURE
ſacré à Diane par les aniq
ciens, qui faisoient au comiol
mencement de ce mois unt
grand feſtin à l'honneur deat
Jupiter.
On croit que les Fêtes
vacunales ſe celebroient
dans ce même mois. Ces
Fêtes étoient conſacrées à
la Déeſſe Vacuna , par
ceux qui ſe repoſoient des
peines & des travaux qui
les avoient occuppez pendant
l'année , & principa
lement par les laboureurs
& par les gens qui travailloient
à la vigne , qui , ag
Y
電
GALANT. 107
1
prés avoir fait leurs moif
ſons & leurs vendanges
prenoient ce temps pour
facrifier à cetre Déefle ,
comme le dit Ovide dans
le ſixiéme des Faſtes.
Nam quoque eum fiunt antique
facra Vacune ,
Ante vacunales ſtantque fedentque
focos.
Lorſqu'on voit les humains
environner leurs feux ,
Pour offrir à Vacune
Leurs voeux & leur fortune,
C'eſt un temps de repos
pour eux.
Horace en parle auſſi
1
108 MERCURE
dans ſa dixiéme Epître
lorſqu'il dit : fen , onio
Hac tibi dictabam poft fanum
putre Касипа
F'étois derriere le Temple
ruiné de la Déeſſe Vacune
lorſque je vous envoyai dire
ces choses.
Cette Déeſſe étoit en
grande veneration chez les
Sabins. Porphyrion parlant
d'elle , dit que quelqus uns
l'ont appellée Minerve
d'autres Diane , d'autres
Céres : mais Varron , dans
fon premier livre des choſes
Divines , la connoît fous
GALANT. 109
le nom de la Déeſſe Victoire
, parce que , dit- il , il
n'eſt point d'hommes qui
goûtent mieux les charmes
du repos , que ceux qui
furmontent les paſſions par
la ſageſſe ,&c.
Fermer
Résumé : Discours curieux sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois de septembre tire son nom de sa position initiale en tant que neuvième mois du calendrier romain. Il était consacré à Diane et inaugurait un grand festin en l'honneur de Jupiter. Les fêtes vacunales, dédiées à la déesse Vacuna, avaient lieu en septembre. Ces célébrations impliquaient les laboureurs et les vignerons, qui offraient des sacrifices après les moissons et les vendanges. Ovide et Horace mentionnent ces fêtes dans leurs œuvres respectives. La déesse Vacuna était particulièrement révérée chez les Sabins. Selon Porphyre, elle pouvait être appelée Minerve, Diane ou Cérès. Varron, dans 'Des choses divines', l'associe à la déesse Victoire, soulignant que ceux qui maîtrisent leurs passions par la sagesse savourent le mieux le repos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
968
p. 156-168
Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Début :
Je serois fort embarrassé du choix de mes termes / La misericorde de Dieu, justement irritée des crimes [...]
Mots clefs :
Royaume de Naples, Pape, Miracle avéré, Miracle, Église, Clergé, Évêque, Peuple, Isernia, Larmes, Vierge, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
Je ſerois fort embaraffé
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
du choix de mes termes
pour vous annoncer un
miracle comme celui que
GALANT
yous allez lire , s'il y avoir
quelqu'un à Rome & dans
tout le Royaume de Naples
qui osât en douter. Je
n'aurois pas pris moy-même
la peine de le traduire
de l'Italien , comme je l'ai
reçû , fi , loin de le croire
capable de répandre des
idées ſuperftitieuſes dans
l'eſprit des lecteurs
n'en avois pas trouvé le
detail rempli d'actions &
de ſentimens de piete, b
, je
158 MERCURE
que le Pape a a reçue Relation que le
d'un miracle avere , &qui
eft arrivé à Icernie , ville du
Royaume de Naples,pendant
le mois d'Octobre dernier .
La mifericorde de Dieu ,
juſtement irritée des cri
mes des hommes , ſe fert
de toutes fortes de moyens
pour les ramener àluiane
Dans la ville d'Icernia
il y a un Monastere de
Religieuſes ſous la Regle
de ſainte Claire ,où depuis
pluſieurs années on a une
grande veneration pour
)
GALANT! 159
une petite Image de la
Vierge , faite de cire , dont
le bufte eſt garde ſoigneufement
dans une châſſe
fur un pie- d'eſtal de bois
doré.
Un Mardi , deuxieme
d'Octobre de la preſente
année , il arriva que les
Religieufes de ce Con
vent étant en oraiſon dans
leur Eglife , à l'exemple
de tout le Clergé de la
• ville , qui avoit ordonné
des prieres publiques pour
fléchir la colere du Ciel
& pour lui demander la
160 MERCURE
Fra
fin des pluies continuelles
qui avoient inondé toute la
campagne , & des maladies
contagieuſes qui ravageoient
tout le pays ; il arriva
, dis - je , que les Reli
gieuſes étant en oraiſon
dans leur choeur , elles remarquerent
qu'il couloit
des yeux de cette Image de
la Vierge une grande quantité
de larmes ; ce qui leur
cauſa tant de frayeur , qu
elles continuerent leurs
oraiſons depuis la premiere
heure de la nuit juſqu'au
jour.
Lc
GALANT. 161
Le Lundi de la ſemaine
fuivante elles apperçûrent
encore fur cette fainte Ima
ge quelque choſe de me
naçant & de fevere ; &
s'approchant de plus prés
du pié d'eſtal où elle étoit,
elles le trouverent tout
mouillé de fueur. Alors é
tonnées & troublées de ce
prodige , elles recommen
cerent leurs prieres avec
plus de ferveur. Enfin vers
les deux heures de la nuit ,
accablées de jeûnes , de larmes
, de difciplines & de
veilles , elles fortirent du
Νου. 1714. Ο
1
162 MERCURE
choeur , où cependant elles
laifferent deux Religieufes
de garde , en oraifon , avec
deux lampes allumées: mais
vers les quatre heures elles
virent les yeux de cetre
Image ſe fondre encore en
larmes , dont non ſeule
ment le pié - d'eſtal , mais
toute la table de l'autel fut
baignée. Elles ſe mirent a
lors à crier mifericorde , à
fonner les cloches , à courir
au dortoir où étoient
leurs compagnes , pour les
ramener dans l'Eglife , où ,
la face profternée enterre ,
1
GALANTA 163
elles implorerent,la clo
mence du Ciel. Le Mardi
9. tous les habitans du lieu,
effrayez de ce miracle, répandu
déja dans tout le
pays , llEvêque & tout le
Clergé , ſe tranſporterent
en cette Eglife , où ils vil
rent encore la même ſueur
&les mêmes larmes. Alors
l'Evêque fit un diſcours au
peuple & aux Religieuſes ;
il leur recommanda de ne
pas interrompre leurs jeû
nes , leur larmes & leur penitence
; il leur dit que ce
miracle étrange les mena
Oij
164 MERCURE
çoit de quelque grandmal
heur. Il ordonna des proceffions
folemnelles pour
les jours ſuivans : mais le
lendemain Mercredi,ſur les
huitheures du matin, toute
laville& tous les lieux d'a
lentour ſentirent un trem
blement de terre épouvantable.
Tous les habitans ſe
ſauverent dans la campagne.
Cependant l'Evêque ,
avec tout fon Chapitre , fie
ôter cette Image lacrée de
la place où elle étoit ; il la
mit dans un châſſe de crif
tal, ornée d'un grand nomGALANT.
165
brede pierres precicuſes, &
environnée de lumieres.
Enfuire il rappella le peuple
àl'Eglife , où le Pere Fran-
¿çois Girolamo d'Alfedena ,
celebre Predicateur , exhorta
tous les aſſiſtans à la
-penitence.227
Le jour ſuivant, qui étoit
Je Jeudi , l'Evêque & tout
le Clergé, accompagnédu
peuple , ( aprés avoir celebré
la Meſſe ) porta cette
fainte Image en proceſſion
dans toutes les Egliſes de la
ville , où l'on ne ſentit plus
de tremblemens de terre.
166 MERCURE
On continuë cependant lest
mêmes devotions , & cetrel
Image demeure toûjours
expotée ſur le Maître Aurel
de ce Monaftere , pour fa
tisfaire à la pieté des fideles,
qui vont de toutes parts of
frir leurs voeux à Dieu dans
l'Egliſe où on la garderob
Il ne m'eſt encore guerd
arrivé juſqu'à preſent de
chanter les loüanges de perſonne
;je croy que c'eſt fautedegoûtpour
ce genre d'é
crire , puiſque lemondene
manque pas de gens qui en
meritent;mais on auroit rai
GALANT 1671
ac
fon de me faire paffer pour
leplus inutile & le plusing
juſteJournaliſte de France,
ffiijjee ne difois rien d'une
tion éclatante que leChevo
de Langonvient de fairelais
Lezi.du mois paffé il ren,
contra àla hauteur des Ifles
de ſainte Marguerite , un
vaiſſeau d'Alger de so. canons
, avec soo. hommes
d'équipage & so. eſclaves; il
l'attaqua , l'Algerienl'abor
da mais le feu continuel de
la mouſqueterie &des grenades
le força de s'éloigner,
Alors le Chev. de Langon
168 MERCURE
vers
abattit heureuſement fes
mâts àcoupsde canon,&lui
eria deſe rendre,finon qu'il
Falloit coulerbas. L'Algerie
n'envoulut rien faire: cepedant
unvent d'Eſt le pouffa
rs leGolfe deLion , où il
alla s'échoüer malgré lui.
Alors il demáda du ſecours?
mais il fut impoſſible de lui
endoner. Il perit enfin avec
tout ſonéquipage,àl'exception
de deux Chrétiens & 7.
Turcs,qu'onſauva.Lecobar
dura 7. ou 8.heures,leChev.
Balbiani Piemontois y fut
tué , & le Chev. de Langon
rentra dasToulon
Fermer
Résumé : Relation que le Pape a reçûë d'un miracle averé, & qui est arrivé à Icernie, ville du Royaume de Naples, pendant le mois d'Octobre dernier.
En octobre 1714, à Icernia, une ville du Royaume de Naples, un miracle s'est produit dans un monastère de religieuses suivant la règle de sainte Claire. Une petite image de cire de la Vierge Marie, conservée dans une châsse, a pleuré abondamment pendant que les religieuses priaient pour mettre fin aux pluies continues et aux maladies contagieuses qui affligeaient la région. Ce phénomène a suscité frayeur et émerveillement parmi les religieuses, qui ont intensifié leurs prières et dévotions. Le lundi suivant, l'image était mouillée de sueur, et les religieuses ont continué leurs prières avec ferveur. Le mardi, l'évêque et le clergé, informés du miracle, se sont rendus à l'église et ont constaté les larmes et la sueur de l'image. L'évêque a appelé la population à la pénitence et a organisé des processions solennelles. Cependant, le jour suivant, un violent tremblement de terre a frappé la ville. En réponse, l'évêque a déplacé l'image sacrée dans une châsse de cristal ornée de pierres précieuses et a mené une procession à travers la ville, après quoi les tremblements ont cessé. L'image reste exposée pour permettre aux fidèles de manifester leur piété. Par ailleurs, le texte mentionne brièvement une action militaire où le Chevalier de Langon a affronté et vaincu un vaisseau algérien près des îles de Sainte-Marguerite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
969
p. 170-207
LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
Début :
Vous deviez, Madame, vous contenter du silence que je garday [...]
Mots clefs :
Goût, Bon goût, Opéra, Comédie, Racine, Théâtre, Corneille, Musique, Théâtre italien, Théâtre français, Tragédie, Auteurs, Spectacles, Molière, Poème, Mauvais goût, Spectateurs, Poésie, Anciens, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
LETTRE
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
*
**
aune de Mademoiselle
Dame de ses amies ,fur le
goust d'apresent ត់ គ. ម
Vous devicz , Madame ,
yous contenter du filence que
je garday la derniere fois que
nous allâmes enſemble à la
Foire de ſaint Laurent. J'ayois
,ce me ſemble , ſouffert
1
GALANT. 171
1
avec affez de patience toutes
les plaifanteries que vous aviez
faites fur le ferieux que j'affectois
,difiez-vous , àun ſpe
Etacle qui attiroit tout Paris ,
&où tout Paris rioit Jem'étois
d'abord moy-même accuſée
de mauvais gouft , n'ofant
pardifcretion en accuſer
le ſiecle ; mais vous ne prîtes
pas le change , & vous me
preſſates ſi vivement qu'il fallut
enfin trancher le mot ,&
vous dire avec un geſte de
compaffion, que le bon goût
étoit tout à fait perdu. Ce
mot ne me fut pas plûtôt
(
Pij
172 MERCURE
\
échappé , que vous me fites
mon procés , comme à une
revoltée qui vouloit ſecoüer
le joug du jugement du public.
Je vous avoue que je fus
piquée de ce reproche que je
-ne m'eſtois attiré que parce
que j'avois eu la complaiſance
de vous dire mon ſentiment ,
& je ne fus pas plutôt arrivée
chez moy , que je mis la main
à la plume , pour me juftifier
, ou plutôt pour ſoûtenir
ce que j'avois avancé. Oüy ,
Madame , le bon goût eſt
tout-à- fait perdu ; vous en
eſtes vous-même une convicGALANT.
173
tion vivante ,& puiſque, malgré
ce juſte diſcernementdont
la nature vous a partagée ,&
que vous avez cultivé par une
lecture affidue des meilleurs,
Auteurs tant_anciens quemo
dernes , vous vous eſtes laiffée
entraîner au torrent , je ne
ſçaurois croire qu'il reſte encore
quelques traces de cebon
gouſt qui a fant illuſtré le.
Regne de Loüis le Grand,&
dont je vais parler. Mais pour
garder quelque ordre dans
cetteDiffertation , je vais d'a
bord en établir le fondement
par la définition du bongoût.
1
Piij
174 MERCURE
۱
Je ne parle pas icy , Madame
, de ce que l'on appelle
goût de ſentiment , il n'eſt
pas moins difficile à definic
que l'amour , & c'eſt à propos
de cette eſpece de goût ,
qu'on dit en commun proverbe
, qu'il n'en faut point
difputer. C'eſt du goût de difcernement
& de raiſon , que
je veux parler ,& voicy comment
je le définis.
Le bon goût eſt un parfait
accord de l'efprit avec la raifon
. Je ne ſçais , Madame , fi
vous me pafferez cette définition
; mais comme elle me
GALANT. 175
1
paroilt aflez juſte , j'attendray
que vous la condamniez pour
ladeffendre.
Suppoſé donc que le bon
goût foit un parfait accord
de l'eſprit avecla raiſon, peuton
voir des Farces ſi depourvuës
de ſens commun attirer
tout Paris , fans eftre endroit
de dire que tout Paris n'a pas
le ſens commun ;& que par
confequent le bon goût eſt
tout à fait perdu
Vous me répondrez , fans
doute , que c'eſt la nouveauté
qui attire à ces fortes de ſpectacles
; qu'ils rappellent au pu
Piij
176 MERCURE
blic , le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
,& qu'on aime à voir encore
quelques reſtes de ces divertiſſantes
pieces , où l'on alloit
ſi ſouvent ſe diſſiper ; que
d'ailleurs il y a des ouvrages
dont le mauvais fait tout le
prix: quoyque toutes ces raifons
jointes enſemble n'en
faflent pas une bonne , jeveux
pourtant me donner la peine
de les refuter chacune en particulier..
Vous dites , Madame , que
c'eſt la nouveauté qui attire à
ces fortes de ſpectacles ; mais
GALANT. 177
d'où vient que les autres nouveautez
qu'on donne ſur la
Scene Françoile , n'ont pas le
même privilege , & que la
preſſe n'y eſt pas fi grande ?
vous ajoûtez qu'ils rappellens
au Public le plaifir que la Comedie
Italienne luy a fait autrefois
; mais a t'elle dû luy
en faire , & ne devroit- il pas
avoir conceu de l'indignation
pour ce quiluy a gâté le goût,
car je n'attribuë qu'à la Comedie
Italienne , ce dégoût
des bonnes choſes , où l'on
eſt depuis fi longtems , & les
Auteurs qui depuis ont tra
178 MERCURE
vaillé pour le Theatre François
ne sçauroient fe diſculper
de la lâche complaiſance
qu'ils ont euë de s'accommo
der au mauvais goût , en don
nant des Comedies ſur le modelle
de celles qui avoient enrichi
l'Hoſtel deBourgogne.
Vous dises encore ,Madame,
qu'il y a des ouvrages dont le
mauvais fait tout le prix ; je
conviens avec vous que rien
n'eſt plus ennuyeux qu'une
infipulé mediocrité ;mais de
ces deux extrêmes , qui font
le bon & le mauvais , le premier
n'eſt il pas préferable ?
GALANT. 179
cependant on le voit languir
fur le Theatre François ,tandis
que ſon indigne rival
triomphe à toutes les Foires.
En verité , Madame , fi les
ombres de Corneille , de Moliere
& de Racine pouvoient
avoir conſervé de la ſenſibilité
pour les chofes de ce monde;
combien ces grands hommes
rabattroient ils de la bonne
:
opinion qu'ils avoient conceuë
d'eux mêmes fur ta foy
de nos applaudiſſements puif
que nous les prodiguons pour
des ouvrages qui ne font pas
même dignes des fiflets qui
180 MERCURE
faifoient autrefois une ſi rude
guerre aux mediocres ouvra
ges. Mais combien fremiroient
ils de voir un Cinna ,
un Miſantrope , une Andromaque
negligez , tandis que
des parodies quin'ont ni rime
ni raiſon , ſont courues avec
une efpece de fureur.Ne me
dites pas que ces excellentes
Pieces que je viens de citer
ont beaucoup perdu de leur
prix en vieilliſſant ; non Madame
, il n'en eſt pas des Comedies
& des Tragedies comme
des femmes , le nombre
des années ne produit pas le
GALANT. 181
mais
même effet tur celles là , que
fur celles - cy ; le tems reſpecte
ces premieres beautez ,
quand ce que j'avance ſeroit
problematique , je doute que
s'il ſe pouvoit faire que la
plus belle Piece de ces grands
maiſtres parut aujourd'huy
pour la premiere fois,elle tint,
contre Arlequin Phaëton , ſi
con le luy oppofoit , tant le
mauvais goût a prévalu.
;
Conamelhypotheſe que je
fais est impoflible , on pourra
n'en pas convenir ; mais je
ſçais , & vous ſcavez vousmême
ce qu'il en faut croire ,
182 MERCURE
je pourrois avoir quelques experiences
qui appuiroient ce
que je viens de dire , car enfin
quoyque le peu d'empreſſement
qu'on a à voir les pieces
de Corneille & de Moliere ,
même les plus belles , puiffe
eſtre attribué aux trop frequentes
repreſentations qu'on
en donne, on ne sçauroit difconvenir
que celles qui font
joüées plus rarement n'ont
pas un fort plus heureux ; en
effet la mort d'Ochon qui n'a
reparu ſur la Scene qu'aprés
une longue interruption,ſembloit
avoir le merite de la nou-
♡
GALANT. 183
veaute qui irrate fi fort legoût
des François , cependant à
peine en a-t-on fu fouffrir
deux repreſentations , au lieu
que le Baron d'Albicrak dont
le fuccés avoit eſte fort mediocre
dans ſa nanfance , a
trouvé grace auprés des Daames
, &n'a dû fa réüffite qu'à
ce qui luy avoit nuy dans cet
heureux tems , où le bon goût
regnoit encore , je dis , auprés
desDames , car ce ſont elles
qui font aujourd'huy le deftin
des pieces de Theatre , la
premiere regle eſt celle de leur
plaire. Il faut que les Auteurs
1
184 MERCURE
s'attachent à étudier leur
goût , & vous pouvez juger
fi cet accord de l'eſprit avec
la raiſon qui conſtituë le bon
goût , ſe trouve chez elles ,
par la fureur avec laquelle on
les voit courir à des baga.
teles.
Mais ne renfermons pas
dans des bornes auſſi étroites
une matiere auſſi vaſte que
celle cy , laſſons-làlesmomeries
de la Foire Saint Germain,
&paſſons à des ſpectacles plus
dignes de noſtre attention ;
tout nous y convaincra que
le bon goût cit perdu : de
tous
GALANT. 185.
tous les fuccefleurs deMoliere
, Renardaeſté ſans contredit
celuy dont les pieces ont
eſté le plus fuivies. Il auroit
merité la gloire qu'il s'eſt acquiſe
au Theatre , s'il s'en fuo
tenu à des pieces de caracteretelle
que fon Joüeur. On peut
dire que c'eſt (a la verſification
prés) ce qu'il a fait de meilleur,
&fi fon Vicomte de la Cafe ,
& fon Saute Marquis , n'y
étoient pas , j'ajoûterois que
cette piece n'eſt pas indigne
d'eſtre avoüée de Moliere. Je
crois même que Renard a cû
Les raiſons pour y faufiler ce
Novembre 17 14.
186 MERCURE
trivelinage , la Comedie Italienne
avoitcommencéàgâter
le goût , & il importoit à cet
Auteur Comique de donner
quelque choſe à la bifarrerie
des ſpectateurs , pour réüffir.
Il s'eft apperceu par malheur
que ces Scenes , qu'il avoit
peut eſtre hazardées , ont eſté
les mieux receuës , c'eſt ce
qui la fait renoncer au bon
goût dans les autres pieces
qu'il a données depuis au
public. Quelle difference ,
Madame , de Renard à Renard
: auroit on pû reconnoître
l'Auteur du Joütur dans
GALANT. 187
l'Auteur du Legataire ou de
Democrite amoureux ? j'avoüe
qu'il y a dans le Legataire
deux derniers Actes qui
font un plaiſir infini & qu'on
trouve dans Democrite la
plus divertiſſante reconnoif.
fance qu'on ait jamais vû dans
le genre Comique ; mais le
bon fens n'eſt il pas renverfé
dans le reſte. Cependant je
rends juftice à cet Auteur
& je crois qu'il ſe ſeroit corrigéde
bien des chofes , ſi le
bruit des applaudiſſemens ne
l'eût empêché d'écouter les
conſeils de ſes amis , il ſe ren-
2.
Qij
188 MERCURE
dit à la pluralité des voix , il
ſe perſuada toûjours de plus
en plus que le bon goût ne
conſiſtoit deformais qu'à ſe
conformer à celuy de ſon ſfiet
cle pour plaire,il ne le pouvoir
faire plus ſeurement qu'en
donnant têre baiffée dans le
mauvais goût qui regnoit
avec tant de ſuperiorité.
Paffons de la Comedie à la
Tragedie ,je ne parleray point
des pieces des Auteurs vivans
ils font trop jaloux les uns des
autres pour s'accommoder
des éloges qu'il me faudroit
faire deceux qui m'en paroî
GALANT. 189
troient les plus dignes , &
d'ailleurs c'eſt le fort des gens
de Lettres de ne joüir de leur
gloire que lorſqu'ils ne font
plus en état de la reffentir ;
c'eſt à dire aprés leur mort.
Je ſçais que Corneille , Mohere
, & Racine , ont eu le
privilege de jouir de la leur
pendant leur vie ; mais ce n'a
eſté qu'imparfaitement , &
leur réputation n'eſt arrivée
à ſon plus haut periode ,
qu'aprés qu'ils n'ont plus eſté.
Corneille a cu le chagrin de
voir ungrand Cardinal , luy
donner pour Juge des perfon190
MERCURE
)
nos qui depuis le font cu
forthonorées d'eſtre ſes Confreres
; Sarafin luy a preferé
Scudery ,l'Abbé d'Aubignac
l'a traité de Poëte du Pont +
neuf. Racine a vûtomber à la
cinquiéme répreſentation ce
même Britannicus qui s'eſt ſi
glorieuſement relevé de ſa
chute ,&qui charme aujourd'huy
ce même Parterre qui
luyaautrefois refuſe ſes ſuffra
ges , la Phedre de Pradon a
fait chanceler la fienne , il en
foupira en ſecret & la honte
d'avoir eſté durant quelques
jours aux priſes avec untel
GALANT... 191
1
adverfaire , luy fit payer bien
cher une victoire qu'il ne
croyoit pas qu'on oſa luy difputer.
Moliere , enfin , malgré
toute fa gloire n'a pu ſe
mettre à couvert des traits
mordants du Juvenal de nos
jours & ce qu'il y a de plus
ſurprenant , c'eſt que ce même
Miſantrope que B. éleve audeſſus
de toutes ſes autres pieces
par l'oppofition qu'il en
fait avec les Fourberies de
Scapin feroit tombé fi une
Farce qu'il avoit proport onnée
à la décadence du bon
goût n'eut donné lieu d'en
192 MERCURE
faire remarquer les beautez
au public à force de l'y accoutumer.
Pardonnez moy ,Madame
, cette petite digreffion .
Je reviens auxAuteurs modernes
que la mort nous a un
peu trop toſt enlevez .
Monfieur de la Foſſe eſt
un de ceux qui ont le plus approché
de Corneille&de Racine
, Polixene a eſté ſon coup
d'eflay ; mais ceste Tragedie
a eſté ſi bien receuë qu'elle a
paflé pour un coup de maître.
Manlius Capitolinus eſt venuë
Manlius
immediatement aprés , & certeexcellente
piece n'a pas de-
⚫genere
GALANT 193
generé de la gioire de ſon aî
née. Theſée n'a pas cu moins
de ſuocés que Polixene , &
Manlius ; mais Callhiroé n'a
pas été , à beaucoup prés , fi
bien receuë. Ne croyez pas ,
Madame , que je prétende juger
du merite de ces quatre
pieces par leur réviſite , il faudroit
que je ſuppoſaffe ec bon
goût dont je deplore la perte :
je me contente donc de faire
icyune obfervation ;c'eſt que
ce même Thefée qui dans ſa
naiſſance entraîna tous les ſuffrages
, n'a trouvé que des
ſpectateurs glacez quand on
Novembre 1714. R
194 MERCURE
د
a
la remis fur la Scene. Je ne
ſçais ſi Polixene auroit un
meilleur fort ; juſqu'icy la
préſomption ne luy eſt pas favorable
, le fiecle n'eſt pas à
beaucoup prés , ſi ſenſible au
bon qu'il l'eſtoit il y a douze
ans ; la ſimple nature avoit
encore de quoy fatisfaire les
plus zelez partiſants du Cothurne
, il a fallu depuis , que
l'art foit venu au ſecours avec
tout ce qu'il a de plus ébloüiffant,
les ſituations , terme encore
inconnu dans un tems ,
qu'on peut appeller juſtement
l'âge d'or des Muſes , ont eſté
GALANT . 195
multipliées ; les reconnouflances
ſont devenuës communes,
on les a fait entrer dans des
ſujets qui n'en demandoient
point , & nous avons vû des
Tragedies avoir un grand fuccés
qui ne l'ont dû qu'à d'heureux
hors- d'oeuvres. Aureſte,
quoyque je me fois propofé
de ne point parler des Aud
teurs modernes encore vivants
, je ne puis en general
leur refufer une gloire qui
leur eſt dûë , c'eſt qu'ils ont
plus approché de Corneille&
de Racine que les Comiques
n'ont approché de Moliera
Rij
196 MERCURE
Je ne sçaurois vous en donner
d'autre raiſon , finon , que la
Comedie Italienne n'a pas
avec la Tragedie le même rapport
qu'elle a avec la Comedie
Françoiſe. Il a donc eſté
plus facile à la Tragedie de ſe
garantir de la contagion du
mauvais goût , quoyqu'elle
n'en ait pas eſté plus ſuivic.
Ne vous attendez pas ,Ma,
dame,que je parleicy des pc.
tites picces , elles ne meritent
pas nôtre attention , c'eſt un
batclage continuel , & elles
ne fervent qu'à nous faire voir
on monstrueuxaſſemblagedu
GALANT. 197
Theatre François , avec le
Theatre Italien. Je ſçais qu'il
y en a quelques- unes qui doivent
être exceptées de la regle
generale , l'Esprit de contradiction
, iction le Galant Jardinier,
Crifpin rivalde fonMattre
, & 1 Elté des Coquettes
font de ce petit nombre ; s'il
n'y a point de moeurs , on ne
fçauroit au moins diſconvenir
qu'il n'y ait quelques grains
de ſel dans le dialogue , &
quelque ordre dans la conduite
, mais c'eſt tout. Permettez
, Madame,que je vous
tranſporte fans machine du
Riij
198 MERCURE
Theatre François à celuy de
l'Opera pour vous y faire voir
les ravages que le mauvais
goût y a fait.
Il eſt incontestable , que
perſonne n'a mieux réüfli à
ce gente de muſique que Luly;
il n'eſt pas moins vray que
Quinaut , dans ce genre de
Poefie l'a emporté fur tous
ceux qui y ont travaillé aprés
luy, cependant,combien nous
refte til d'ouvrages de ces
grands Maîtres qui ſe ſousiennent
avec leur premier
éclat , on pourroit aiſement
les compter , & je n'en conGALANT.
199
nois point d'autres qu'Armide
, Roland , Alceſte & Phaë--
ton , ce n'eſt pas que Bellerophon
,Thefee & Atys foient
inferieurs à ces premiers ; dans
Bellerophon , Thomas Corneille
a heureuſement réüny
la delicateſſe du lyrique avec
la pompe du dramatique ;
Thefée & Arys fontles chefsd'oeuvres
de Quinaut pour la
regularité du Poëme , & pour
l'exactitude de la verſification,
Pun & l'autre font remplis de
fentiments & de penſées , &
l'on peut dire que Luly , ani.
mé par de fi belles paroles s'eſt
Riiij
200 MERCURE
furpaflé pour les exprimer dignement
; cependant , Bellerophon
a paru trop tragique ,
on a trouvé Theſée languiffant
,& nous avons vû à la
honte de nôtre fiecle , les Dames
fortir aucinquiéme Acte
d'Arys , comme on auroit pûs
faire au cinquiéme Acte de
Roland , malgré la difference
qui ſe trouve entre ces deux
derniers Actes.
A quoy , Madame , attribuer
cette bifarrerie , fi ce
n'eſt au changement de goût ;
& à quoy attribuer ce changement
de goût , ſi cen'eſt à
GALANT. 201
cette même Italie qui a fait
tomber le Theatre François ?
cette orgueilleuſe rivale n'étoit
pas contente que nous
luy cuffions cedé la gloire du
Poëme épique ,elle nous a encore
envié celle de réüffir
mieux qu'elle au Poëme dramatique
, avantage que nous
avons fur toutes les Nations,
& par ſes cantares & ſes fonates
, dont elle a inondé tout
Paris , elle nous a rendu ennuyeufe
cette riche ſimplicité
qui eſt le veritable caractere
de nôtre langue & de notre
genie.
\
202 MERCURE
On me dira peut- eftre que
ces premiers Opera que j'ay
tant vanté , font pourtant
l'ouvrage d'un Italien. If eft
vray, mais cet Italien avoit
parfaitement bienconnulaneceffite
de renoncer au goût de
fa Nation , pour s'accommoder
au noſtre , il trouva que
les François jugeoient plus fainement
des choses que les
Italiens ; & il connut que la
Muſique n'aïint point d'autre
but que de chatouiller agreablement
l'oreille , il ne falloit
pas la charger de diſſonances
aff. ctées , parce que la
GALANY. 203
pluſpart de nos compofiteurs
modernes n'en font un
uſage frequent , que pour
faire parade d'une grande
Science dans un Art qui ne demande
que du goût & du fentiment.
C'eſt par cemanquede
goût & de fentiment qu'ils
font du recitatif ſi lauvage ,
ils donnent beaucoup à l'harmonie,
mais c'eſt toujours aux
dépens de la melodie , le genie
n'a du tout point de part à
leur chant, les paroles ne font
point exprimées , & les penfées
les plus vives deviennent
languiſſantes fous une note
204 MERCURE
forcée & barbare
,
au lieu
que leur incomparable predecefleur
nous faifoit en-
,
7
tendre une eſpece de declamation
dans ſon recitatif,
&nous exprimoit juſques aux
paranthetes. Au reſte je ne
m'étonne pas que nos Muficiens
modernes réuffiffent fi
mal dans l'expreſſion , lapluſpartd'entre
eux n'ont que leur
Muſique en partage , &il faudroit
qu'ils fuffent bons Auteurs
pour devenir bons Muffciens
, auffi rien ne les embaraffe
tant qu'une Scene de
recitatif, ils ne ſcavent com
GALANT. 205
ment s'y prendre , ils prient
toujours l'Auteur d'en retrancher
le tiers , perfuadez qu'ils
ſcauront bien ſe ſauver à la
faveur de l'harmonie qu'ils
poſſedent à fond , & dont ils
font leur unique étude.Qu'en
arrive-t-il , les plus belles
Scenes font défigurées , le
pathetique eſt étouffe , l'intereſt
ſe perd, l'oreille ſeule eſt
fatisfaite ou plutôt elle eſt
étourdie tandis que l'eſprit &
le coeur ne trouvent rien
pour eux. Les plus belles Scenes
de Corneille & de Racine
font toujours les plus longues,
,
206 MERCURE
1
elles perdrosent de leur prix fi
elles étoient abbregées , on ne
peut entrer de plein pied dans
cesgrands fentiments qui jettentle
trouble dans l'ame des
Spectateurs , il faut les preparer
, les amener, & nous y
conduire par degrez : cependant
tout deffectueux que
font les Opera modernes ,
je ne doute point qu'ils ne
donnent bien toſt l'exclufion
aux anciens ; on n'a qu'à continuer
à y mettre quelques
Cantates ; nous voyons tous
les jours un petit Air chanté
par quelque voix diftinguée
GALANT. 207
rappeller bien des gens à des
Opera qu'ils trouvoient langunfants
, parce qu'ils font
trop beaux , le beau les accable
, il ne leur faut que du
joly , & fi l'on peut y faire
entrer du comique je reponds
du fuccés.
Je ne doute pas,Madame,que
vous n'avoüez maintenant
ces remarques ,& que vous ne
regardiez enfin le plaiſir qu'on
prend aux ſpectacles des Foires,
comme un ſacrifice d'efprit
& de bon goût au pernicieux
uſage qui s'introduit.Je
fuis , Madame , voſtre , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de Mademoiselle ** à une Dame de ses amies, sur le goust d'apresent.
La lettre traite de la dégradation du bon goût dans le théâtre et la musique contemporains. L'autrice regrette la perte du bon goût, qu'elle définit comme une harmonie entre l'esprit et la raison, et critique les spectacles modernes pour leur manque de sens commun. Elle attribue le succès de ces œuvres à la nouveauté et à la nostalgie de la comédie italienne, notant que le public privilégie des productions médiocres aux classiques de Corneille, Molière et Racine. Les femmes sont décrites comme les principales juges des pièces de théâtre, influençant ainsi les choix des auteurs. Le texte met également en lumière les difficultés rencontrées par les auteurs classiques pour obtenir le succès de leur vivant. Corneille, Molière et Racine ont tous été initialement critiqués ou mal reçus. Cependant, Monsieur de la Fosse est cité comme un auteur moderne ayant réussi à approcher la qualité des classiques avec des œuvres comme 'Polixène' et 'Thésée'. L'évolution du goût théâtral et musical est également abordée. Le public moderne préfère désormais des œuvres sophistiquées et artificielles, influencé par le mauvais goût italien. Lully et Quinault sont loués, bien que peu de leurs œuvres aient résisté à l'épreuve du temps. Les compositeurs modernes sont critiqués pour leur manque de goût et de sentiment, rendant leur musique forcée et barbare. Dans le domaine musical, les musiciens contemporains peinent à exprimer les émotions et simplifient les scènes, déformant ainsi les œuvres classiques. L'autrice prédit que les opéras modernes finiront par surpasser les anciens grâce à l'ajout de cantates et d'airs chantés par des voix distinguées, attirant un public qui préfère le joli et le comique au beau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
970
p. 209-277
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Début :
M. Arnoul auroit plutost envoyé cette description, si / SA MAJESTÉ ayant pris la résolution de venir à [...]
Mots clefs :
Pierre Arnoul, Fête, Intendant des Galères et du commerce à Marseille, Reine d'Espagne, Arsenal des galères, Marseille, Reine, Bouclier, Sa Majesté, Minerve, Triomphe, Amour, Salle d'armes, Salle d'armes de l'Arsenal des galères, Chevalier, Ouvrage, Coeur, Princesse, Dames, Inscription, Armes, Espagne, Tapis, Fauteuil, Marchepied, Princesse, Appartement, Marquis, Oracle, Roi d'Espagne, Pièces, Conseiller du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
AVERTISSE MENT.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
cet
M. Arnoul auroit pluroſt
envoyé cette deſcription , fi
quand il a voulu mettre par
écrit ce qui regarde la Salle
d'Armes , il ri'eut trouvé que
ouvrage avoit beſoin
d'une liaiſon un peu plusreguliere
en quelques endroits ;
ce qui l'a mis dans l'obligation
d'y faire quelques additions
qui luyont paru neceſſaires
, & auſquelles il en auroit
joint peut-eſtre encore d'autres
, fi on neluy. Fait que
la Reine vouloit avoir cette
Novembre 1714%. S
210 MERCURE
deſcription avant qu'Elle cut
quitté la Provence : au lieu
que cela paroiſſoit beaucoup
moins neceſſaire lorſque l'ouvrage
eſtoit répandu ſur toute
l'étenduë de quatre grandes
falles ougalleries, en plufieurs
pieces détachées ; mais il eſpere
que Sa Majesté aura la bonté
d'agréer ce travail en l'état
qu'il eſt , comme venant du
coeur plutoſt que de l'eſprit
par l'extrême envie qu'il avoit
deluy marquer ſeulement par-
'àfon zele & fon profond
refpecie fe fire auffi
qu'Elle voudra bien confiderer
, qu'il n'a eu que fix jours
د
GALANT 211
de temps pour le compoſer
& l'executer.
DESCRIPTION
de la Feste que M. Arnoul ,
Intendant des Galeres & du
Commerce àMarseille, donna
àla Reine d'Eſpagne leLundy
2.9. Octobre 1714 à l'occaſion
de la Salle d' Armes de l'Arcenal
des Galeres , que Sa Ma-
1 jefté voulut bien aller voir ,
& d'une eſpece de Triomphe
quiy avoit eſté preparé pour
Elle.
SAMAJESTE ayant
pris la réſolution de venir à
Sij
212 MERCURE
Marſeille le 21. d Octobre:
& M. Arnoul l'ayant ſçeu
le 23. jugea bien qu'Elle pourroit
voir la Salle d'Armes des
Galeres , comme eſtant ce
qu'il y a de plus curieux &
qui marque le mieux la puifſance
du Roy ; il ſe mitauffitoſt
en état de la préparer , de
maniere qu'elle pût plaire à la
Reine , & faire partie des
honneurs qu'on devoit luy
rendre. Il chercha là - deſſus
un ſujet qui pût ſervir à fon,
deflein , & s'agiſſant d'une
Salle d'Armes il crût qu'il devoit
le tirer desArmes mêmes,
GALANT. 213
:
Il trouva que le mot Latin
Parma , qui ſignifie Targue ,
Bouclier , ou Ecu , en François
,faiſoit une heureufe allu.
fion au nom de la Reine , il
le choifit & tira de- là occaſion
de faire à Sa Majesté une
eſpece de triomphe , en élevant
le Bouclier , ou Parma
au - deſſus de toutes les autres
armes , non - ſeulement par
les places diftinguées qu'on
pouvoit luy donner partout ,
mais de plus par beaucoup
d'allegories , qui pouvoient
avoir rapport à la Reine ;
c'eſt ce qu'il a eſté queſtion
214 MERCURE
de mettre en execution , &
c'eſt auſſi ce qui s'est fait par
Beaucoup d'Inſcriptions , de
Deviles , ou d'Emblemes répanduës
fur toute l'étenduë
de la premiere Salle , & de
celle qui vers le bout la traverſe
en forme de Croix.
Pour donner d'abord une
idée de fon deſſein , il y avoit
au deſſus de la principale porte
, par où la Reine devoit entrer
, & d'où l'on découvre
toute l'étenduë de la premiere
Salle , un trophée d'armes ,
dont l'Ecu des Armes de Parme
tenoit le defſfas , &le mis
GALANT . 21
licu , avec ces deux mots :
Parma triumphans..
Pour fuivre ce deffein il y
avoit fur toute l'étenduë de
ces deux faltes au plus haut du
plancher ſur le milieu de chaque
poutre , une targue ou
écu des armes de Parme , accompagné
d'une autre targue
de chaque coſté où ſont des
Solcils avec la deviſe du Roy
tels que font ordinairement
tou es les targues des Galeres.
Entre toutes ces targues ou
écus de diſtance en distance
216 MERCURE
on en avoit mis d'autres plus
ornez ayant de même les armes
de Parme , & qui estoient
pareillement attachezau plancher
dans le milieu des poutres
, faiſant autant de deviſes
ou d'emblêmes differentes,
& la premiere qui ſe prefentoit
aprés qu'on eſtoit entré
dans la ſalle exprimée par ce
vers.
Parmarum , Regina , tibi labor
iſte dicatur.
Ce qui faiſoit proprement
en peu de mots l'Epître Dédicatoire
GALANT . 217
こ
dicatoire de tout l'ouvrage.
A quelques diſtancesenfuite
eſtoitun autre écu ou Parma ,
avec les mêmes armes ayant
au-deſſus ce vers .
Arma triumphanti cedant bie
catera Parma
ال
Comme un commande
ment qu'on faiſoit d'abord
aux autres armes de céder au
Boucher ou Parma qui devoit
triompher à l'occation de la
Reine .
L'inſcription ſuivante établiſſfoit
la raiſon pour laquelle
Novembre 1714. T
218 MERCURE
lebouclier devoit en effet être
au-deſſus des autres armes ,
par cet autre verse по лоэ
Illa agitant furie , Parmam
prudentia ducit.
Enſuite comme le bouclier
n'eſt fait que pour parer fans
offenſer , on a pretendu que
pour attirer plus d'honneur
au bouclier , il falloit ôter
de celuy de Minerve qui eft
regardécomme le plus ancien
&le premier de tous , la tête
de Meduſe pour y mettre à la
place les armes de la Reine ,
GALANT. 219
comme devant eſtre beaucoup
plus agreables à cette
Déeffe , qui toute belliqueuſe
qu'elle eſt , ne devoit rien
avoir qui pût empêcher qu'on
s'approchad'Elle , par rapport
aux Sciences & aux Arts dont
Elle eſtoit auſſi la Déeſſe, ce
qui ſe trouve marqué par ce
vers.
Dura medusa fugat , grata es ,
tu Parma Minerva.
On faifoit voir auffitoft
aprés les avantages , & les
merveilleux effets dece chan-
Tij
220 MERCURE
gement , en ce qu'au lieu que
cette tête de Meduſe eſtoit
fi affreuſe qu'Elle changeoit
en pierre ceux qui la regardoient
,,ce nouvel écu qui eſt
proprement le ſceau de la
douceur& de la bonté de la
Reine , marquée par le celefte
azur de ſes Lys , devoit faire
tomber les armes des mains ,
& gagner les coeurs fans violence
, en adouciflant & en attendriſſant
ceux - même que
l'autre auroit pû rendre auſſi
durs que des rochers , ce, qui
étoit expliqué par cet autre
vers:
1
(
GALANT. 221
1
Altera quos fecit lapides , emol
liet ista.
Onfeint enſuite que de pareilles
diſpoſitions ont d'abord
engagél'Amour,qui n'a
voit jamais oſé rien pretendre
fut Minerve , à qui l'on verra
dans la ſuite que la Reine eſt
comparée , & qui eſt auſſi par
tout reprefentée par le bouelier
ou Parma , non- ſeulement
à s'en approcher , mais
que de plus il a joint à la Parma
tous ſes traits , comme autant
de charmes qu'il a don
Tiij
222 MERCURE
nez à la Reine , pour faire la
conqueſte d'un coeur qui luy
convint , au lieu du ſeul bouclier
dont Elle ſe ſervoit contre
luy même , le tout repreſenté
par un Ecu , ou Parma ,
orné des traits , & de toutes
les armes de l'Amour, en forme
de trophée , avec un cartouche
audeſſus qui porte ce
vers :
1.
Huic amor antefugax ,fua tela
21.adjungit arcum,
On feint encore enſuite que
l'Amour continuant de s'inteGALANT
. 2230
reffer pour le bouclier ou Par
ma , qui eſt toûjours icy le
ſymbole , auſſi bien,que lo
ſceau de la Reine, chaſſe luy
même d'auprés d'elle la Hiss
bou de Minerve , qui eſt, toujours
un oiſeau de mauvais augure
, en quelqu'endroit qu'il
foit ,& qui pourroit éloigners
celuy dont Elle doit faire la
conquête avec ſes nouvelles
armes ; & pour marquer en
core plus fon empreſſement
pour Elle , on luy fait derober
à ſa mere un des oiſeaux
qui luy ſont conſacrez , pour
l'aſſocier au bouclier , ce qui
G
ว
Tiiij
224 MERCURE
peut ſe rapporter à tous les
coeurs de quelque caractere
qu'ils ſe trouvent , attachez au
char de la mere d'amour ; le
ンtout repreſenté par le bouclier
ou Parma , ayant toujours
toutes les armes de l'Amour
, comme en trophée
avec un pigeon à coſté , & ce
vers au-deffus :
Subreptam &matri ,Volucrem,
21:00 bubone fugato.
C'eſt ainſi qu'on pretend
que la Reine d'Eſpagne ayant
joint les armes de l'amour , à
GALANT. 225
la bonne odeur de les Lys ,
qui dénote parfaitement , ce
que la Renommée avoit déja
publié de fes vertus ,& de les
grandes qualitez , a fait la conquête
d'un coeur , qui ſeul
eftoit digne de la poffeder ; le
tout reprefenté par une targue
, ou Parma , répandant
une odeur agréable , ornée&
&environnée , comme deflus,
de toutes les armes de Fa
mour , placée dans un grand
coeur , comme dans un Trône,
porté ſur le dos de deux lions,
& appuyé contre deux tours ,
avec la colombe , ou pigeon
2
3
226 MERCURE
donné par l'amourvolti
geant au-deffus , & portant
en ſon bec une couronne de
laurier ,avec ceversad
1..1 1
Sic & odore ſuo , fic Parma
triumphat amore.
1
i
:
11 1001
On prétend enſuite qu'A-2
pollon aprés avoir chantéluymême
juſqu'icy les loüanges
de la targue , ou Parma , va
dans ce qui fuit declarer fest
heureux deſtins , par les ora.)
cles qu'il va rendre , & qui
doivent faire la plus glorieuſe
partie de ſon Triomphe , ce
A
GALANT. 227
i
qu'exprime le vers ſuivant
écrit en groffes Lettres ſur un
cartouche attaché à une poutre
du plancher comme tout
ce qui a precedé , pour preparer
les ſpectateurs à cette
feconde partie du Triomphe.
Cantavit Parmam , jam vatici
netur Apollo.
Ce qui fuit eſt en effetune
Prophette , s'agiſſant en partic
de l'avenir , & un Oracle en
ce qu'ony peut trouver plufieurs
ſens differens , comme
il arrivoit toûjours à ceux qui
228 MERCURE
1
confultoient les Oracles , ce
qui fe voit par le vers fuivant
fur une targue , ou Ecu de
Parme.
Hacse conjungunt Florentia li
lia Parma.
Ce qui veut dire que des
Lys floriffans fe joignent enſemble
par le moyen de la
targue , ou Parma, ou qu'elle
va ſe joindre elle même aux
Eys , ou que par elle, les Lys ,
Parme& Florence ſe joignent
enſemble , ce qui est fondé
fur ce qu'on prétend que la
GALANT. 229
Maiſon de Parme , c'eſt à-dire
la Reine , doit probablement
heriter duDuché deFlorence.
Outre cet avantage qu'Apollon
promet par l'Oracle
precedent qui paroiſt deſigner
le mariage du Roy d'Elpagne,
& de la Reine ; l'Oracle qui
fuit en promet trois autres ,
par une eſpece d'Enigme repreſentée
par unbouclier myparti
des Armes de Parme &
de GrandGonfalonier de l'Eglife
, couvrant en partietrois
tiges de Lys , avec ce versaudeffus
.
230 MERCURE
His erit Umbra , novum Tutamen
, Incrementum.
Parce que l'Umbrella ſignifie
que la Reine aura tousjours
fous fon ombre le Prince des
Afturies & les deux Infants ;
que de plus le bouclier par
luy même eſtant le ſymbole
de la précaution &de la ſeureté
, marque le ſoin qu'Elle
prendra de leur conſervation ,
&qu'Elle donnera de plus au
Roy d'autres enfans dénotez
par les fix Lys de fon écu ,
joints aux trois de celuy du
Roy.
:
GALANT. 231
-1. Cequi fuit elt encore une
Prophetie , un Oracle , & une
Enigme toute enſemble,repreſentée
par l'écu de Parme
Pou Parma , accolé avec celuy
de France ,& ce versaudeffus
.
Radici quàm pulchra dabunt tua
lilia juncta .
1.
-Par'où l'on doit entendre ,
que les Lys de la Maiſon de
France eſtant les premiers qui
ayent jamais parû , on doit les
regarder comme l'origine, le
tronc ou la racine de tous les
1
232 MERCURE
autres ;&que les Lys de Parme
eſtant ainſi rejoints , &
comme entez ſur leur premiere
louche ,ou racine, ne peuvent
manquer de produire
les plus beaux rejettons du
monde.
Er enfin cette premiere falle
eſtoit terminée dans le bout
par une armure dorée& damaſquinée
repreſentant le
Roy Philippes V. ſur un Picdeſtal
, accompagné de ſes
Gardes , avec un Manteau
Royal de velours cramoiſi
doublé d'hermines ayant un
Bâton de commandement
dans
GALANT. 233
dans la main droite , & un
Bouclier auxArmes de Parme,
paſſé dans le bras gauche ,
avec ces mots Eſpagnols :
En braços del Rey valera
Varones.
Ce qui eſt encore unOraele
, en ce que cela ſe peur
entendre en deux manieres ,
lapremiere fur ce qu'un Roy
auſſibrave qu'eſt le Roy d'Elpagne
, fe peut battre contre
pluſieurs , en ſe ſervant du
bouclier pour parer ; & l'autre
fait affez voir que la Reine
Novembre 1714. V
234 MERCURE
en doit avoir des Princes diftinguez
par leur merite &
par leur valeur.
Il faut icy faire remarquer
qu'avant que d'aller juſqu'à
cette figure qui repreſentoit
le Roy d'Eſpagne , il falloit
traverſer la ſeconde Salle qui
ſe croiſe avec la premiere,&
que dans le milicu on y avoit
preparé un marchepied couvert
d'un tapis de Perſe , aved
un fautcüil de damas cramoifi
, garni de grands galons
d'or , pour que la Reine s'y
puſt aſſeoir , en cas qu'elle fuſt
fatiguée ; qu'au deſſus de co
GALANT 235
fauteüil étoit un Soleil quire- :
preſentoit le Roy d'Eſpagne ,
dont les rayons eſtoient figu
rez par des Armes blanches ,
& qu'entre ce Soleil & le fauteüal
, il y avoit une Couronne
d'or fufpendue par des fi
lets inviſibles avec cette legen-
1
Veni de Eridano
Dion Koni coronaberistą ob wait
อา โว ก and softe iup &
Comme ſi le Roy du haut
de ſa gloire l'eût invitée luymême
à venir ſorepoler dans 2
cofauteil pour y eſtre cour
Vij
236 MERCURE
ronnéc , & la reponſe de la
Reine au Roy étoit marquée
par une autre legende au bas
du marchepied qui contenoit
ces mots :
Etàte quid voluifuper terram.
Aprés cet Epiſode que l'attention
qu'on devoit avoir
pour la Reine , avoit donné
licu de placer en cet endroit ,
& qui eſtoit même neceſſaire
par rapport àl'ouvrage pour
ne pas ennuyer , ou fatiguer
Sa Majesté,&ceux qui avoient
l'honneur de la ſuivre , parun
GALANT. 237
trop grand nombre de penſées
de la même eſpece , &
tousjours fur un même ſujet ;
Elle paffa dans la premiereallée
du bras de la Salle qui traverſe
à droite , ou du haut de
l'arcade qui formoit l'entrée
de cette alléependoit cette legende
:
Parma Fata dabit ,jam facta
reclufit Apollo.
En effet , les deux allées
qui partagent ce bras , contenoient
tout ce que les deſtinées
promettoient de glorieux
:
238 MERCURE
& d'avantageux à la targue
ou Parma ; repreſentant la
Reine par pluſieurs autresprédictions
, dont la premiere
étoit :
77
Herculeas ultra tu, Parmaferere
columnassis داد
obreg
Pour marquer que fa renommée
doit aller plus loin
que les travaux d'Hercule en
paſſant au- delà des colomnes
qui les ont borteza: Nana
Et d'autant que l'Amerique
doit eſtre ſous la domination
de la Reine , un autre Bouclier
C
GALANT. 239
aux Armes de Parme ſuivoit,
avec ces mots:
Mundus te nofcet & alter.
On voyoit enſuite dans le
fonds de cette allée , fous un
Soleil , dont les rayons font
formez par des épées , un aur
tre Ecu aux Armes de Parme ,
qui estoit entre deux lions ,
dont l'un fuit tout épouvanté
; & l'autre s'en approche en
ſe baiſſant comme pour en
lêcher le bord ;avec ces deux
vers François au deffus
240 MERCURE
Le Lion de la Flandre en fur
épouvanté,
Le Lion de l'Espagne en doit
eftre enchanté.
Cequi faiſoir alluſion d'un
coſté aux exploits d'Alexan
dre Farneze en Flandre , & de
L'autre aux empreſſements des
Eſpagnols que laReine va gagner
par ſes charmes & par
fes grandes qualitez .
En paſſant dans l'autrepartie
du premier bras de cette
Salle qui forme une ſeconde
allée , on voyoit auffi contre
1 la
:
GALANT. 241
la muraille , fous un autre Soleil
, un autre Ecu aux Armes
deParme poſe ſur deuxTours
ou Chafteaux , avec ce vers
au deſſus.
Castrum pro Castro tibi reddit
Iberia , duplex.
:
Ce qui fait alluſion au Duché
de Castro ,que la Maiſon
de Parme a tousjours touhaité
paſſionnement de r'avoir ,
& aux deux Tours ou Châ
teaux qu'elle retrouve en devenant
Reine d'Eſpagne.
Enſuite la gloire de la Rei-
Novembre 1714. X
242 MERCURE
ne ſembloit patler au delà de
l'étendue du monde entier ,&
monter juſques dans lesCieux,
par les idées qu'ont fourny
l'Ambaſſadeur de Perſe , & le
Chaoux de la Porte , qui font
venusà Marseille précilement
dans le temps que Sa Majeſté
y eſt arrivée , & dont le dernier
doit inceſſamment s'en
retourner à Conftantinople.
Par rapport à celuy cy on
a joint au Bouclier de Parme,,
ou Parma , repreſentant la
Reine , le vers ſuivant :
Jamque volat , Luna, de te
repleat orbem.
qui
GALANT. 243
)
Ce qui fait alluſion au
Croiffant des Ottomans , par
lequel ils ont pretendu mar.
quer qu'ils ne le prenoient
pour armes & pour deviſe
qu'en attendant , qu'eſtant
maiſtres du monde entier leur
Lune fût plaine : &par le vers
cy deſſus on fait voir , qu'elle
valêtre en effet bientôt, mais
que ce ſera de la grande idée
que cet Empire aura de la Reine
, par le recit que ceChaoux
en doit faire à ſon retour.
Quant à ce qui regarde
1
l'Ambaſſadeur de Perſe , ſon
entrée à Marseille a donné
Xij
244 MERCURE
lieu à la Deviſe ſuivante qui
fait la derniere des predictions
d'Apollon ſur les deſtinées du
Bouclier , ou Ecu de Parme ,
&qui eft repreſentée par l'Aurore
, ou Soleil levant , dont
unrayon venant reflechir fur
les Armes de Parme , dont le
champ eſt dor , en reçoit un
nouvel éclat , comme l'Ambaffadeur
en faliant la Reine
lorſqu'il paſſa ſous ſes fenêtres
, ce qui eſt exprimé par le
vers ſuivant :
Ex te luce nova Radius ſplendefcit
Eous .
GALANT. 245
La Reine paſſa enſuite dans
l'autre bras de la gallerie qui
traverſe la premiere , & qui
fait une feule Salle tres-belle
& tres large , où les alluſions
& les myſteres fe decouvroient
, & où devoit s'accomplir
le triomphe de laTargue,
ou Parma , dans toute fa
pompe.
Pour cet effet toutes les
Nations dont la Reine entend
les Langues , s'eſtoient empreſlées
de s'y trouver pour
huy ériger une ſtatuë ſous la
figure de Minerve , &luy don
ner chacune un éloge particu,
Xiij
246 MERCURE
lier ; & le Monde entier y
eſtoit , en ce qu'on y voyoit
les 4. Parties qui le compoſent
, placées chacune dans
fon rang,&qui s'exprimoient quis
par des ſentiments& des mouvements
tous differents , qui
tous augmentoient également
la gloire du triomphe ; & le
Soleil luy même y paroffoit
dans tout fon éclat pour autorifer
& donner lieu aux élo
ges des fix Langues ou Na
tions connues de la Reine.
On trouvoit d'abord dans
cette Salle en ſe tournant unc
grande pyramide entre deux
GALANT. 247
arcades , toute compoſee de
pointes d'épées qui faisoit un
eeffffeett furprenant,, parla beauté
de ſa ſtructure & par fon
éclat , & au deffus eſtoit l'Ecu
de Parme au champ d'or , qui
brilloit encore d'avantage ,
ayant des pointes de bayonnettes
qui luy formoient com
me autant de rayons ; avec
ces deux vers François :
Elle brille au plus baut ,&les
traits de l'envie ,
Ne font icy que blanchir
l'orner.
5
1
Xinj
248 MERCURE
Ce qu'on devoit regarder ,
comme une difpofition pro
chaine à fon triomphe.
!
t
On voyoit enſuite dans le
milieu de cette grande falle ,
un grand Piedeſtal à fix côtez
avec une grande figure audeſſus
repreſentant la Reine
comme une Minerve richement
veſtuë & de la maniere
qu'on la dépeint , ayant une
demy pique à la main droite ,
&au bras gauche un bouclier,
ou Parma , aux armes de Parme
, au lieu de celuy de Me
duſe avec un voile ſur la tête
qui luy couvroit tout le viſaGALANT.
249
ge : au- deſſus de cette figure
eſtoit un ſoleil magnifique
dont les rayons eſtoient formez
de pointes d'épées & de
hallebardes ,d'une grandeur
extraordinaire repreſentant
le Roy , & le tout enſemble
formoit un ſujet qui donnoit
lieu à fix differentes infcriptions
pour autant de differens
rapports , que cette diſpoſition
priſe tout enſemble ,
ou par parties pouvoit avoir
avec la Reine , & qui s'expliquoit
par les fix differentes
langues qu'Elle ſçait.
Celle qui ſe preſentoit
250 MERCURE
d'abord en face eftort Latine
& eſtoit exprimée par ces
mots:
Electa ut fol , terribilis ut caftrorum
acies ordinata .
Ce qui s'explique affez par
luy même , cette figure eftant
environnée d'armes placées
dans un grand ordre tous un
foleil repreſentant le Roy.
Pour en faire enfuite plus
particulierement l'allufion
avecla Reine , la ſeconde infcription
qui estoit en François
faiſoit voir que le titre d'Electa
GALANT. 251
ut fot , luy convenoit parfai
tement Par Ces deux vers :
Comme luy nous l'avons choiſie,
Pour estre icy l'objet de nos refpects.
Er pour faire voir que lá
comparaifon qu'on en faifoit
avec la crainte qu'infpire l'é
clat des armes d'une Armée
rangée en bataille luy convenoit
pareillement , ſuivant
l'idée qu'on doit avoir d'une
jeune Princeſſe qui dés ſes plus
tendres années fait ſon plus
grand plaiſir de la chaffe &
31
252 MERCURE
d'ettre à cheval , faute d'avoir
d'autres occaſions de ſignaler
fon courage , & de marquer
ſon inclination pour les armes,
l'Eſpagnol l'expliquoit pas
cette inſcription :
No Nacio
En el tiempo
De las Amazonas
Porque
Afu coraçon Varonil
Le era devido
Reinar fobre los hombres.
Ytales.
La quatrième infcription ,
& qui estoit en idiome Par
GALANT. 253
mezan , ou Plaiſantin farfoit
voir que les Etats de Parme
eſtant fituez ſur le Pô , autrefois
l'Eridan , où Phaëton fut
precipité ,on pouvoit dire que
ce Fleuve rendoit au Soleil ?
une fille ſage & prudente au
lieu d'un fils préſomptueux ,
temeraire ; la Reine devenant
la petite fille du Roy repreſenté
par le ſoleil, ce qui estoit
exprimé par ces mots:
In cambi
D'unfiol temerer
Al Po
Ghe rend
Una Fiola prudenta.
,
254 MERCURE
:
La cinquieme failoin voir
en Italien , que de cette maniere
on pouvoit dire auffi ,
que le Soleil avoit produit ,
de même que Jupiter une
Minerve ſortie de ſa tête ,
attendu que l'on ſçait que
c'eſt le Roy luy même qui
aprés avoir parcouru dans
fon idée toutes les Cours de
l'Europe pour examiner &
peſer qu'elle pouvoit eſtre la
Princefle qui conviendroit le
mieux au Roy ſon petit fils
avoit chouſi la Princeſſe de
Parme ; ce qui ſe voit par ces
د
mots:
GALANT. 255
Ecoſi ſi vede
Una nueva Minerva
Uscita
Dal capo del fole.
Et la fixieme inſcription
faifoit voir que fi Elle n'eſt
pas veritablement la Déeffe
Minerve que les Payens ont
adorée ,Elle en poſlede ſi parfaitement
les grandes qualitez
& les rares talens , qu'Elle
eſt la veritable & la plus parfaite
reſſemblance , tel qu'estoit
autrefois le Palladium venu
du Ciel , que les Troyens
gardoient foigneuſementdans
en
256 MERCURE
leur Tample ,parce que leurs
deſtins en dépendoient, & que
tant qu'ils l'auroient ils devoient
eſtre victorieux de
leurs ennemis & leur Ville
,
devoit toujours eître imprenable
; ce qui faisoit dire à
l'Allemand qui ſouhaitoit
paffionnement de l'avoir , &
qui ſçaitcequ'il perd.
Glugfelig ist
Spanien
Van ſe ſich
Erhalen Ran
in Seinem
Palladium.
Cc
GALANT. 265
qu'autre illumination qu'on
auron pû luy faire dans cette
falle.
M. Arnoul avoit eû ſoin
de prier M. le Chevalier de
Rancé , premier Chef d'Eſcadre
des Galeres,&quiles commande
à Marseille , de faire
faireun détachement d'autant
de ſoldats qu'il en falloit, pour
border les deux hayes , entre
leſquelles elle auroit à paffer ,
depuis le grand pavillon de
Thorloge de l'Arcenal juſques
à l'entrée de la cour , que la
Reine avoit à traverſer pour
aller à la ſalle d'armes ,& dans
Novembre 1714.. Z
1
266 MERCURE
cette cour ſe trouverent les
Gardes de l'Erendart , ayant
à leur tête M le Chevalier de
Rouffet qui les commande.Sa
Majesté ſçachant que cette
Compagnie eſt toute compoſéede
Gentilshommes , la
pluſpart Chevaliers de Malte
&tous en bon ordre , Elle fit
arrêter ſa chaiſe pour les confiderer
, & M. le Chevalier de
Rouffet la falua de l'Eſponton,
de même que les Officiers
de la Compagnie , comme
avoient fait auparavant , ceux
qui commandoient les Détachemens
des Troupes desGaGALANT.
267
t
Jeres; & M. le Chevalier de
Rouſſet ettost prêt à faire faire
l'exercice à la Compagnie ,
lorſqu'elle le fit appeller pour
luy dire qu'il eſtoit trop tard.
Elle vint mettre enſuite
pied àterre pour monter a la
Salle d'Armes , au bas de l'efcalier
où estoient M. le Chevalier
de Rancé à la tête de
Meffieurs les Officiers Generaux
, les Capitaines , & autres
Officiers desGaleres , qui n'avoient
pas eſté detachez , &
M. Arnoul y estoit pareille-
* ment , de même queMadame
Arnoul habillée & coiffée de
Zij
168 MERCURE
la maniere qui convenoit en
pareille occafion , avec une
grande partie des Dames les
plus-qualifiées du corps desGaléres
, & de la Ville pour recevoir
Sa Majeſté , la ſuivre ,
&luy faire leur cour.ini
Lorſque la Reine entra dans
la Salle d'Armes& lorſqu'elle
en ſortit,on luy tira deux cent
boëtes de l'Arcenal , & pendant
tout le temps qu'elle y
fût, les trompettes & les violons
qui avoient eſté poſtez
dans des lieux où ils pouvoient
eſtre entendus ſans incommoder
ne cefferent point de
joüer
GALANT. 269
31 Quand Sa Majefté eut veu
laSalled'Armes Elle paffa dans
la Maiſon du Roy par une
porte quiy communique , &
fe trouva d'abord dans un
grand appartement compoſé
de cinq pieces , toutes preparées
pour Elle , dans la plus
grande deſquelles , il y avoit
un magnifique canapée ſous
undais , pour qu'Elle pût s'y
repofer en cas qu'Elle ſe trouva
fatiguée avant que d'entrer
dans une grande ſalle qui eſt
jointe à cet appartement où
eſtoit de plus un grandTheâ
tre ,& un Orqueſte , le tout
蓄
Z iij
270 MERCURE
preparé pour luy donner le
divertinfoment de trois differentes
Pieces , ſçavoir lePrologue
de Phaëton , le Medecin
malgré luy de M. deMoliere
, & la Chaffe d'Enée &
Didon de M. Campra , qui
eſtoit chargé en partie da.
l'execution de cette fête.
Elle entra d'abord dans
cette falle fans s'arreſter dans
l'appartement , & Elle y trouva
dans le milieu ſur un marchepied
couvert d'un grand
tapis de Perſe , un fauteüil de
damas cramoiſi garny de
galons d'or , ſous un dais de
GALANT. 271
-
femblable damas & garni de
même de galons d'or & de
grandes crepines. Ce fauteüil
eſtoit couvert d'une grande
toilette de velours cramoiſi ,
garni de mêmes franges & de
galons d'or.
Sa Majefté eſtoit menée
par M. le Marquis de Los
Balbazés chargé par le Roy
d'Elpagne de laconduire dans
tout le voyage ,& Elle estoit
accompagnée de Madame la
Princeffe de Piombino , de
Madame la Princeffe Pio , de
Madame la Comteſſe de Somaglio
,& des autres Dames
Zij
272 MERCURE
?
de ſa Cour.
Quand Sa Majesté voulut
s'affeoir , on découvrit le fauteüil&
la toilette fut miſe devant
Elle ſur le tapis , au bas
d'un grand carreau de velours
cramoiſi garni de galons d'or
qui devoit eſtre ſous fes pieds.
Elle avoit à ſa droite Madame
la Princeſſe de Piombino ,&
Madame la Princeſſe Pio à ſa
gauche fur des tabourets poſez
ſur le tapis du marchepied;
&derriere ſur de pareils tabourets
pofez auffi fur le tapis
Madame la Comteffe de So-..
maglio , & M. le Marquis, de
GALANT 273
:
Los Balbazés , tout le reſtede
la falle eſtoit garni de petits
placets où Elle voulut bien
permettre queles Damesfuffent
aſſiſes pour le ſpectacle :
ecs placets eſtoient derriere
fon dais avec quelques uns
par les côtez ; mais éloignez.
On avoit preparé proche de
cette falle la collation de la
Reine , croyantqu'Elle fe feroit
ſervir dans le temps du
ſpectacle ; mais Elle voulut
attendre qu'il fut fini..
Sa Majesté repaffa enfuite
dans l'appartement qui luy
avoit eſté preparé ; & Elles'ar274
MERCURE
reſta dans la chambre où eſtoit
le dais avec le grand canapée
ou Elle s'afſfit pour faire collation.
• Cette collation estoit com.
poſée de 28.grandes corbeilles
de patiflerie ,de confitures
Léches,de fruits cruds ſans mê.
lange & de ſecs ,le tout en
piramide ; elle fur apportéc
par les Commiſſaires desGaleres
, qui de main en main less
remettoient à M. Arnoul , de
qui les Officiersde la Reine les.
recevoient, pour les preſenter
à Sa Majesté , & toutes les
corbeilles pafferent ainſi deGALANT.
275
-
vant Elle , enfuite aux Dames
de ſa Cour ,& ſucceſſivement
aux autres Dames , aux Gentilhommes
de ſa ſuite , &aux
Officiers & autresGentilhommes
de la Ville , dont toute la
chambre estoit remplie , &
peu de temps aprés SaMajefté
ſe retira.
de
Elle devoit aller en fortant
l'Intendance , à la Maiſon
de Ville , pour y voir l'illumination
desGaleres qu'elle avoit
agrée pour ce même foir ,&
elle en auroit vû tout l'effet
de la maniere que M. de Rancé
avoit fait ranger les Gale276
MERCURE
:
res ; mais comme il étoit tard
Elle aima mieux retourner
chez elle , & quant au Salut -
Royal qu'on luy devoir , M.
deRancé le luy avoit fait faire
le jour precedent. :
Pendant le temps que Sa
Majesté a reſté à Marseille ,
M. le Marquis de Los Balbazés
, M. le Duc de Caſte ſon
fils , Mle Marquis de Grille ,
&les autres Seigneurs les plus
qualifiz de fa Cour firent
Phonneur à M. Arnoul de dîner
chez luy le premier jour ,
le jour ſuivant ils dînerent
chezM. leChevalierdeRancé,
GALANT. 277
& le trofiéme chez M. le
Bailly de la Pailletric , & en
general chacun a fait tout ce
qu'il a pû pour marquer fon
reſpect & fon attachement
pour la Reine , de même que
la corſi ieration qui estoin ûë
à ces Seigneurs,avec beaucoup
d'empreſſement pour tâ her
d'être de quelqu'agrement
de quelque utilité à toutes les
perſonnes de ſa Maiſon.
Fermer
Résumé : AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
Le 29 octobre 1714, M. Arnoul, Intendant des Galères et du Commerce à Marseille, organisa une fête en l'honneur de la Reine d'Espagne lors de sa visite à la Salle d'Armes de l'Arsenal des Galères. Informé de cette visite le 21 octobre, M. Arnoul choisit le mot latin 'Parma' pour la décoration, en référence au nom de la Reine de Parme. La Salle d'Armes fut ornée de trophées d'armes, d'écus et d'inscriptions latines célébrant la Reine. Un trophée d'armes avec l'écu des armes de Parme était placé au-dessus de la porte principale, accompagné de l'inscription 'Parma triumphans'. Divers écus des armes de Parme étaient dispersés dans la salle, accompagnés de devises et d'emblèmes. Une inscription latine soulignait que le bouclier de la Reine devait triompher sur les autres armes. La tête de Méduse sur le bouclier de Minerve fut remplacée par les armes de la Reine, symbolisant sa douceur et sa bonté. Des représentations symboliques et allégoriques liées à la Reine d'Espagne et à la Maison de Parme furent également présentées. L'Amour, représenté par Cupidon, utilisait divers symboles pour conquérir le cœur de la Reine. Il remplaça le bouclier de Minerve par ses propres armes, symbolisant la victoire de l'amour sur la raison. L'Amour chassa le hibou de Minerve et vola un oiseau sacré à sa mère Vénus pour l'associer à son bouclier, symbolisant la conquête des cœurs. Ces éléments étaient représentés par un bouclier avec un pigeon et un vers latin. La Reine d'Espagne, en combinant les armes de l'amour avec la pureté des lys, conquit un cœur digne d'elle. Cette scène était illustrée par une targe de Parme, répandant une odeur agréable et ornée des armes de l'Amour, placée dans un grand cœur porté par deux lions et appuyée contre deux tours, avec une colombe tenant une couronne de laurier. Apollon annonça des destins heureux par des oracles, prédisant l'union des lys florissants par la targe de Parme, symbolisant l'héritage probable du Duché de Florence par la Maison de Parme. Un second oracle promit que la Reine aurait sous son ombre le Prince des Asturies et les deux Infants, et qu'elle donnerait au Roi d'autres enfants. Un troisième oracle prédit que les lys de Parme, joints à ceux de France, produiraient. Lors de sa visite à Marseille, la Reine d'Espagne fut accueillie dans la Salle d'Armes par plusieurs dignitaires, dont M. le Chevalier de Rancé et M.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
970
AVERTISSEMENT. / DESCRIPTION de la Feste que M. Arnoul, Intendant des Galeres & du Commerce à Marseille, donna à la Reine d'Espagne le Lundy 29. Octobre 1714 à l'occasion de la Salle d'Armes de l'Arcenal des Galeres, que sa Majesté voulut bien aller voir, & d'une espece de Triomphe qui avoit esté preparé pour Elle.
971
p. 278-315
TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Début :
Dans le Harem où sont renfermées les femmes du Grand Seigneur [...]
Mots clefs :
Seigneur, Eunuques, Prince, Appartement, Vizir, Dames, Reine, Harem, Sultane, Sérail, Appartement, Reine, Princesse, Cheval, Esclaves, Cuisine, Grand vizir, Fourrure, Affaires, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
TRADUCTION
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
d'une description du Harem ,
ou de l'Appartement des Fem-
Appartemer
mes du Grand- Seigneur.
Dans le Harem où ſontrenfermées
les femmes duGrand-
C
GALANT. 279.
Seigneur , il y a trois principaux
appartements , outre сс
luy de ce Prince. Le premier
eſtceluy de la Sultane Validé ,
ou Reine Mere. Le ſecond celuy
de la Suliane Haffki , ou
Reine ; & le troſieme celuy
de la Kiaya Kadin , ou Sur- Intendante
des filles. La Kaya
Kadin a jurisdiction fur toutes
les filles eſclaves du Serrail;
c'eſt elle auſſi qui commande
auxquarante Boula. Les Boula
ſont des filles âgées qui ont
ſoin de faire le lit du Grand-
Seigneur,& de le ſervirquand
il eſt dans l'appartement des
280 MERCURE
1
femmes ; elles ſont ſur le même
pied que les quarante Pages
de la premiere chambre
qui fervent leGrand Seigneur
quand il eſt hors du Harem.
Dix de ces Boula font garde
pendant la nuit à la porte de
la chambre où le Grand Seigneur
couche. Ces Boula deviennent
par droit d'ancienneté
Hazinedar Oufta, ou Treforieres
,& enſuiteKaya Kadin.
La dignité de Kiaya Kadın
eſt la premiere : ſi quelque fille
veut repreſenter quelque choſe
au Grand Seigneur , elle
s'adreſſe à cette Sur- Intendante
,
GALANT. 281
te , & celle cy le fait ſçavoirà
ce Prince , parce qu'il n'y a
qu'elle , & les quarante Boula
qui ayent un libre accés auprés
de la perſonne duGrand-
Seigneur , auffi bien que la
Sultane Haffeki , & les quatre
premieres Kadins ou Dames.
La Kiaya Kadin a la direction
de toutes les filles qui ſont deftinées
pour les plaiſirs du
Grand- Seigneur ; il y en a une
centaine. Celles qui ont eu le
bonheur de plaire à ce Prince
s'appellent Odaliques , c'est- àdire
, filles de la chambre ; &
fi le Grand- Seigneur deman-
Novembre 1714. Aa
282 MERCURE
de quelqu'autre fille qui n'ait
pas encore eſté Odalique , c'eſt
la Kiaya Kadin qui l'introduir ,
aprés qu'elle en a cula permiffion
de la Sultane Validé. Ces
Princes ont cette déference
pour leurs meres.
La Sultane Haffeki , ou Reine
, eſt toûjours celle qui a cu
lapremiere un enfant mâle ;
elle porte une Couronne d'or
fur la tête. Elle & les quatre
premieres Dames qui ont eu
des enfans mâles , ou des filles ,
ont toutes leurs appartemens
leurs cuifines ,& offices à part;
elles ont des Eunuques pour
GALANT. 283
les ſervir dans le Serrail , &
pour les affaires du dehors elles
ont un Agent & des Baltagis
* du vieuxSerrail * qui leurs
font affectez . Elles vont auprés
duGrand Seigneur quand
elles veulent, ſans que laKiaya
Kadin en prenne connoiſſance,
&fice Prince veut aller chez
elles , il les fait ſeulement
avertir par une des Boula , &
alors elles ſe preparent,&vont
au devant de luy , baiſent la
Ce font ceux qui hors du Serrail
executent les commiſſions des Princes,
des femmes , &des Eunuques,
**Palais où on relegue les femmes du
Grand-Seigneur aprés ſa mort..
Aa ij
284 MERCURE
1
terre quand elles font en fa
prefence , le prennent en
fuite ſous les bras , & le conduiſent
dans leur chambre ;
tant que ce Prince reſte avec
ces Dames , ni la Kiaya Kadin ,
ni aucune Boula ne peut entrer
ſans qu'il ne les appelle...
On affigne à la SultaneHaf-
Seki pour appanage certains
fonds de terre quirendent environ
quarante , ou cinquanto
Yuk ou charges d'argent; chaque
charge vaut deux mille
cinq cent livres , on luydonne
encore une perſonne de
probité , & de confideration
GALANT. 285.
pour Agent , qui a ſoin des
affaires au dehors , & des appanages
, &qui en rend compte
au premier Eunuque , &
celuy cy à la Sultane Haffeki.
Celuy qui porte les ordres à
l'Agent aprés les avoir receu
du premier Eunuque , eſt le
Baltagi , qui eſt Kahuegi , ou
faiſeur du caffe de la Sultane.
On doit obſerver qu'il n'y
aqu'une Sultane Haßki , qui
comme j'ay dit eſt toûjours
celle qui accouche la premiere
d'un enfant mâle ; que fi
on ne luy donne point la
Couronne , on ne luy fair
:
2.86. MERCURE
point ſa Maiſon ,on ne l'ap
pelleque BacheKadin , premiere
Dame , & les autres Dames
Odaliques, qui ont enſuite des
enfans , font appellées la ſeconde
Dame , la troifiéme:
Dame ,& cela juſqu'à la neu
viéme ; parce que c'eſt la coû
tume qu'il peut y en avoir
juſqu'à neuf; mais elles n'ont
ni Maiſons à part , ni Appanages
; on leur affigne ſeulement
un certain nombre de
plats dela cuiſine Imperiale
on leur donne un ou deux
Eunuques pour les ſervir au
dedans,& quelques Baltagis,
ॐ
GALANT. 287
pour les fervir au dehors du
Serrail ;& outreles dépenſes.
tant pour leurs perſonnes .
que pour celle des Princes ou
Princeſſes leurs enfans le
Grand-Seigneur leur donne
une dizaine de bourſes , c'eſtà-
dire quinze mille livres pour
leurs menus plaiſirs.
Si parmi ces Dames qui ont
cudes enfans mâles , il y en a
quelqu'une que le Grand Scigneur
honore d'une bienveillance
particuliere , ce Prince
luy donne pour Appanage un
fonds de terre ſuffifantà faire
environ quinze ou vingt char288
MERCURE
ges d'argent,
Il n'en eſt pas de même à
l'égard de la Sultane Validé ,
dés que le Prince ſon fils eſt
fur le Trône , elle a en qualitéde
Reine Mere , fa Maifon
en particulier , elle a de gros
Appanages , elle a un Agent
au dehors ; & quand elle ordonne
au Grand- Viſir de faire
quelque choſe , ce premier
Miniſtre le repreſente au
Grand Seigneur , qui donne
aufſcoſt ſon confentement
par écrit :fi leGrand Seigneur
vient à mourir , & que fon &
fils monte fur le Trône , la
Sultane
GALANT. 289
Sultane Validé, comme grandmere
a toûjours les mêmes
honneurs ; mais elle ne ſe mêle
plus des affaires ,& la mere
du Prince n'eſt que la ſeconde
en dignitez , elle a pourtant
unemaiſon à part& les mêmes
Officiers que la grand'mere :
fi la grand' mere meurt, la Reine
devient abſoluë , & fi elle
vient à mourir, la Kiaya Kadın
prend fa place dans les affaires
qui regardent ſeulement l'appartement
des femmes , fans
ſe mêler des affaires du dehors.
Quand le Grand Seigneur
meurt , s'il n'a point de fils
Novembre 1714. Bb
290 MERCURE
pour luy fucceder د ou que
celuy qu'il a , ſoit trop jeune
pour regner , on met ſur le
Thrône le frere du Grand-
Seigneur , ou un autre Prince,
&alors la mere de ce Princedevient
Sultane Validé , &
on envoye au vieux Serrail
la Sultane Validé du Prince
mort , & elle y demeure juſqu'à
ſa mort fans pouvoir ſe
marier ; mais ſi le fils d'une
Sultane Haffeki ou d'une
autre Dame Odalique , vient à
mourir pendant que leGrand-
Seigneur ſon pere eſt en vie,
la mere du Prince ne reſte
,
1
GALANT. 291
point dans le Serrail , aprés
la mort du Grand- Seigneur ,
on la marie à quelque Viſir ,
ou on l'envoye au vieux Serrail.
Al'égard des Dames Odali
ques qui n'ont eu que des filles
, on les marie quelquefois
quand même leurs filles font
encore en vie , & du vivant
même du Grand Seigneur ;
cela ſepratique demême à l'égard
des Dames Odaliques qui
n'ont point eu d'enfans : mais
pour celles qui ont eu des enfans
mâles , on ne les marie
point , tant que leurs fils font
(
Bbij
292 MERCURE
en vie, on les envoye au vieux
Serrail. Dés que le Grand-Scigneur
vient à mourir , fi un
de ces Princes par ſucceſſion
de temps , devientGrand- Seigneur
, alors la mere de ce
Prince revient dans le Serrail
en qualité de Sultane Validé.
La Sultane Kalidé a plus de
cent filles eſclaves pour la fervir.
La premiere eſt la Hazinedar
Oufta , ou Treforiere ; &
la ſecondeKontongi Boula , qui
eſt celle qui eſt chargée de la
caffette aux bijoux; elle a deux
cuiſines , l'une dans l'appartement
des femmes , & l'autre
au dehors ; elle a trente ou
GALANT. 293
quarante Eunuques , dont le
chef s'appelle Bacha Aga ,ou
premier Aga , ce ſont ceux
qui ont ſoindes emplettes ,&
des affaires de toutes les eſclaves:
outre ce premier Aga , il
y en a encore deux autres
qu'on appelle ſecond & troifiémeAga
, & ces trois Aga
commandent les autres Eunuques.
Tous les Eunuques ſont
eſclaves : quand ils ſont vieux
on leur donne la liberté , &
on les envoye au Caire , en
leur donnant une paye par
jour depuis trente Paras *juf-
**Un Paras vaut 18. deniers de France.
ВБ ij
294 MERCURE
qu'à cent cinquante.
r
ว
La Maiſon de la Sultane
Haffeki est compoféede la même
maniere que cellede laSultane
Validé. Ily a environ fix
cent filles eſclaves dans l'appartement
des femmes ; les
unes deſtinées pour le Grand-
Seigneur ,& les autres pour le
ſervice de la Sultane Validé
pour celuyde la SultaneHaffeki
,&des autres Dames,quand
elles ont ſervy long temps ,
on les marie quelquefois à des
Agas , ou à des Secretaires de
laPorte ; mais la Kiaya Radin ,
& la Hazinedar Boula ouTreGALANT
. 295
foriere du Grand- Seigneur ,
reſtent juſqu'à leur mort dans
le Serrail.
Il y a trois ou quatre cent
Eunuques noirs qui ſervent
dans l'appartement des femmes
; leur chef s'appelle Kizlar
Aga. Celuy-cy les commande
tous , & fon pouvoir
eſt grand tant au dedans qu'au
dehors , il eſt toûjours auprés
de la perſonne du Grand Scigneur
, & on peut dire que ce
Prince n'a pas moins d'égard
pour luy , que pour leGrand-
Vifir.
Tous les Telhis ou Suppli
Bb iiij
296 MERCURE
ques & repreſentations que le
Grand-Vifir ou les autres Vifirs
veulent faire au Grand-
Seigneur, paſſent par les mains
dduuKiflar-Aga , & on ne peut
faire aucun preſent au Prince,
ni luy faire ſçavoir la moindre
choſe , ni avoir aucune réponſe
de luy fans ſa permiffion ,
& particulierement quand le
Grand- Seigneur eſt dansl'ap.
partement des femmes , &
ſuppoſé que le Kiflar-Aga cût
des affaires , il envoye à ſa
place le Hazinedar , ou Treforier
qui eſt auſſi unEunuque
noir , ou un des dix huit Eu-
}
e
ALANT. 2.97
nuques qu'on appelle Favoris,
&enfuite ils luy viennent rendrecomptede
ceque leGrand-
Seigneur a répondu. LeKiflar-
Aga eſt au-deſſus des autres
Viſirs , c'eſt pour cela que
dans les marches publiques
fon cheval a des chaînes d'or
au col comme celuy du
Grand-Seigneur &du Grand-
Viſir ; les chevaux des autres
Viſirs n'ont que des chaînes
d'argent,il porte auſſi les jours
de ceremonie la veſte de ſatin
blanc fourée de Martre Zibeline
, comme le Grand- Vizir ;
les autres Viſirs la portent
,
298 MERCURE
rouge , ou verte.
Enfin cet Officier eft toû
jours auprés du Grand Seigneur
, quand il eſt dans le
Harem ou au dehors , foit
,
ou que
qu'il monte à cheval pour aller
à la promenade ,
quelqu'un le traite ; il a accés
huprés du Grand- Seigneur en
quelqu'endroit qu'il foit , à
moins qu'il ne fût feul auprés
de la Sultane- Validé, de la Sultane-
Haff ki , ou de quelqu'autre
Dame Odalique , alors il
n'entre pas par refpect , &
quand même il auroit unTelhis
du Grand- Viſir , il n'entre
GALANT. 299
point àmoins qu'il ne ſoit appellé
, au lieu que le Hazinedar
&les autres Eunuques favoris
ne vont auprés de ce Prince
que quand ils font appellez ,
ou quand le KiflarAga les envoye
pour luy dire quelque
choſe. C'eſt luy qui a les clefs
des portes du Harem , & les
Eunuques de garde luy portent
les clefs , aprés qu'ils les
ont fermées , & le matin ils
reprennent les clefs pour les
ouvrir : fi le Grand Seigneur
veut fortir pendant la nuit
les Eunuques de garde avertiffent
le Kiflar-Aga , & alors
>
300 MERCURE
il va luy-mêmeouvrir la por
te.
Toutes les nuits il y a quarante
Eunuques de garde avec
deux favoris à la porte desap
partemens , & au dehors des
murailles du coſté desjardins ,
il y a toutes les nuits quatre
ou cinq cent Bostangis * qui
font la garde , & les uns , &
les autres font tous armez ; le
Kiflar-Aga fair quelquefois la
ronde pendant la nuit , & s'il
trouve quelqu'un des Gar-
* Ce font les Jardiniers qui compoſent
ceCorps , dont le Boſtangis-Bachi
eft le Chef.
GALANT. 301
des endormi , ou qui ne foit
point en ſon poſte , le lende
main il luy fait donner cing
cent coups de bâtons ſur la
plante des pieds , & l'envoye
au vieux Serrail .
L'appartement! du Kiflar-
Aga eſt auprés de la porte de
l'appartement des femmes, il
y a environ cent Eunuques ,
& cent Baltagis à ſon ſervice.,
les uns pour le ſervir en dedans
, & les autres au dehors.;
il y a auſſi une cuiſine au dehors
, & des Officiers juſqu'au
nombre de cent cinquante
perſonnes,ils dependent pour
302 MERCURE
tant du Chefde la cuiſine Imperiale
, & c'eſt le Kiflargi Bachi
ou Chefde la chambre de
l'Office du Grand - Seigneur
qui eſt leur Sur- Intendant ; ils
portent tous des bonnets
blancs faits en pain de ſucre ,
excepté que le bout eſt rond.
La Sultane Validé , la Sultane
Haffeki , & les autres Dames
Odaliques ont un certain nombre
de plats de la cuiſine du
Grand- Seigneur ; mais cela eſt
pour les filles qui font à leur
ſervice , car elles ne mangent
quece qui leur eſt preparédans
les cuiſines qu'elles ont dans
0
GALANT. 303
leurs appartements. Les viandes
pour le reſte des filles &
des Eunuques ſont preparées
dans la cuiſine du Kıflar-Aga.
Les Baltagis du vieux Serrail
compoſent unCorps d'environquatre
cens hommes ; ils
ont pour leur Chef le Baltagilar
Kiayaffi , qui les punit
quand ils fontquelques fautes.
Il porte une ceinture large de
brocard d'or ,& le bonnet de
feutre jaune pointu , & qui
eſt un peu plus grand qu'un
grand pain de ſucre ; les Bal.
tagis portent auſſi de ſemblables
bonnets de feutre jaune ,
304 MERCURE
ils ſervent les femmes du Serrail
du Grand-Seigneur , &
celles qui ſont dans le vieux
Serrail. Ce font eux qui font
toutes les emplettes&les commiſſions
au dehors , ils dependent
du Kiflar-Aga.
:
Quand les femmes du
Grand-Seigneur font en marche
pour aller d'un lieu à un
autre , ils marchent àpied au
tour des caroffes avec leurs
épécs , les Eunuques font à
cheval auffiarmez , & marchent
devant & derriere les
caroffes ; ily a aufli bon nombredeBostangis
, qui marchent
un
GALANT . 305 .
:
un peu éloignez , & conduiſent
de cette maniere les
femmes d'un gîte à l'autre.
Les Baltagis , ont ſoin de
charger & décharger le bagage.
Onfait le caffé de la Sultane
Validé,de la Sultane Haßeki ,
de la Bache Kadin , de la Kiaya
Kadin , & du Kiflar Aga , au
dehors ou à des chambres
particulieres pour cela deſſervies
par vingt ou trenteBaltagis
, & chacunes de ces chambres
a un chef qui eſt un
ancien Baltagi , qu'on appelle
Kahuegi Bachi.
Novembre 1714. Cc
306 MERCURE
Ces faiſeurs de caffé font
eſtimez parmi le corps des
Baltagis ,& quand ils ſortent
de-là on leur donne des employs
confiderables ou de
bons Ziamets * , ou on les fait
Capigis - Bachis.
Le Secretaire du Kiflar-Aga
eſt auſſi eſtimé , on l'appelle
Yazigi Effendi ,il eſt quelque
fois chargé des ordres du
Grand-Seigneur pour leGrand
Viſir , & il va toûjours auprés
de ce premier Miniftre
pour lesaffaires du KıflarAga.
Ce Secretaire eft pourtant
au- deſſous du BaltagisKiayaffi
* Fonds de terres
GALANT . 307
& porte un bonnet de feutre
jaune , comme celuy de ces
Officiers; mais dans les voyages
ils portent tous des bonnets
de draps rouges comme
ceux des Bostangis ;c'eſt leBaltagi
Larkiayaffi qui porte ordinairement
les Haticherifs ,
ou ordres duGrand Seigneur
tant par écrit que de bouche
au Grand Vıfır ,aux autres
Viſirs , & au Moufti : quand
ila ſervi long- temps , on le
fait Capigi Bachi , ou on luy
donne quelqu'autre employ
confiderable .
Les Baltagis peuvent deve
Ccij
308 MERCURE
nir Sphais , ou Cavaliers avec
dix-huit afpres * de paye par
jour ,ou bien Chaoux ; c'eſtàdire
Huiffier.
Autrefois quand les fils
des Grands Seigneurs eſtoient
devenus grands on leur donnoit
des Provinces à gouverner
, & on leur donnoit un
Viſir ſage & prudent pour
Kiaya ouLieutenant ; cesPrinces
apprenoient par là les affaires
du monde , & quand le
Grand Seigneur venoit à mourir
, les Officiers de la Porte ,
* Un Aſpre vaut dix-huit deniers de
Franse.
GALANT. 309
tous les Chefs des Corps des
Milices , & tous les Docteurs
de la Loy en donnoient avis
au Prince aîné , & à ſon arrivée
on l'inſtalloit à la place du
Grand Seigneur ſon pere.Dés
qu'il avoit l'autorité en main
il faiſoit revenir ſes freres , &
les mettoitdans les priſons qui
font deſtinées pour ces Princes
,&qui font dans l'appartement
des femmes , & on
leur donnoit pour les ſervir
quelques vieilles Boula
quelques Eunuques noirs avec
tout ce qu'il leur faut pour
Ieur nourriture& leur entre-
د
&
310 MERCURE
tien , & ils demeuroient enfermez
juſqu'à ce que leur
rang d'être Empereur , vint
ou que la mort les delivrat :&
fi quelqu'un de ces Princes ne
venoit point fe remettre en
prifon , on le pourfuivoit jufqu'à
ce qu'on le prit ,& on le
faiſoit enfuite mourir.Aujourd'huy
il n'en eft pas demême,
pendant que le Grand-Seigneur
leur pere eſt vivant , ils
font élevez auprés de luy , &
quand il meurt on met ſur le
Trône le premier né , & fes
autres freres dans les priſons
qui font dans l'appartement
し
GALANT. 311
des femmes ſous la garde de
la SultaneValidé ,& cela fe fait
de l'avisde tous les principaux
Officiers de l'Empire , & ils
prennent une declaration par
écrit de cette Princeffe , comme
il ne ſera fait aucun tort à
ces Princes. On donne auffi à
ces Princes quelques vieilles
Boula , & quelques Eunuques
pour les fervir dans leurs prifons,&
quelques Baltagis pour
les fervir au dehors .
Al'égard des Sultanes ou
filles des Grands- Seigneurs ,
c'eſt l'ordinaire qu'on les
maric environ à l'âge de
1
>
312 MERCURE
ſept ans , à quelque Viſir qui
ne ſoit point marié; quelques
jours aprés que le mariage a
été celebré , on conduit en
cérémonie cette Princeſſe avec.
ſa dot ; & fon trouffeau.
chez fon Epoux ; on luy don
ne auffi trente ou quarante
filles , & une vingtaine d'Eunuques
noirs pour la fervir.
Le Grand-Viſir , les Viſirs de
route , tous les principaux.
Docteurs de laLoy& generalement
tous les principaux
Officiers de la Porte marchent
à cheval au -devant des
Caroffes de la Princeffe , le
د
Kiflar
GALANT. 313
Kiflar-Aga & quelques Eunuques
favoris le précedent ;
Quand la Princeſſe eſt arrivée
chez ſon Epoux , le Kiflar-
Aga la luy remet entre les
mains ,& luy la conduit dans
fon appartement ,& la remet
entre les mains de ſa Kiaya-
Kadin, de fa nourrice , & de
ſes gouvernantes , il fort enſuite
de l'appartement de la
Princeffe , & traite tous les
principaux Officiers qui l'ont
accompagné ; aprés le repas
il donne au Grand Viſir , au
Kiflar-Aga , au Moufty , aux
deux Kadileskers , au Cadi de
Novembre 1714. Dd
314 MERCURE
Conftantinople ,& à tous les
les Viſirs de route à chacun
une fourrure de martre zibline;
il endonne à tous les autres
principaux Officiers de la
Caftanie; il donne auffi des
fourrures de martre zibline
auxEunuques favorisqui ont
accompagné le Kiflar-Aga ,&
diſtribuë de l'argent àtousles
autres chacun ſuivant ſa qualité,
& aprés que le Grand-
Vıfır , le Kflar-Aga, les autres
Viſirs , les Docteurs de la
Loy ont felicité le nouveau
marié, chacun ſe retire chez
ſoy. Le lendemain il va renGALANT.
315
dre ſa viſite au Grand-Viſir
qui luy donne une fourrure
de martre zibline ; le premier
Miniſtre l'envoye enfuite au
Grand- Seigneur , ce Prince
luy donne un Caftan de drap
d'or fourré de martre zibline ,
comme ſon gendre , il va
aprés chez le Kıflar- Aga où la
Reine Mere luy envoye une
fourrure de martre zibline ,
&puis il ſe retire chez luy.
Fermer
Résumé : TRADUCTION d'une description du Harem, ou de l'Appartement des Femmes du Grand Seigneur.
Le harem ottoman est organisé autour de trois principaux appartements : celui de la Sultane Validé, celui de la Sultane Haffki et celui de la Kiaya Kadin. La Kiaya Kadin supervise les filles esclaves et les Boula, des femmes âgées au service du sultan. Ces dernières peuvent accéder à des rôles plus élevés, tels que Hazinedar Oufta ou Kiaya Kadin. La Sultane Haffki, reconnaissable à sa couronne d'or, ainsi que les quatre premières dames ayant des enfants mâles ou des filles, possèdent leurs propres appartements et eunuques. Elles ont également le privilège de voir le sultan sans intermédiaire. La Sultane Validé, après l'accession de son fils au trône, dispose d'une maison particulière et d'appanages. En cas de décès du sultan, la mère du nouveau sultan devient la principale figure féminine, suivie par la Sultane Validé, puis par la Kiaya Kadin. En l'absence d'héritier mâle, un frère ou un prince succède au sultan, et la mère du nouveau sultan devient Sultane Validé. La mère d'un prince décédé est envoyée au vieux serrail. Les odalisques sans enfants mâles peuvent être mariées, tandis que celles ayant des fils restent au serrail. La Sultane Validé est servie par de nombreux esclaves et eunuques, dirigés par le Kizlar Aga, qui contrôle l'accès au sultan et supervise les communications et les présents. L'organisation du palais comprend divers corps, tels que les Bostangis, supervisés par le Bostangis-Bachi, et les Baltagis, dirigés par le Baltagilar Kiayaffi. Ces derniers servent les femmes du harem et effectuent des tâches extérieures. Les cérémonies d'arrivée d'une princesse incluent des distributions de cadeaux et des visites protocolaires au Grand-Visir et à la Reine Mère.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
972
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Fermer
Résumé : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Dans un extrait du 'Mercure Galant', l'auteur s'adresse à ses lectrices en exprimant son regret de ne pas pouvoir offrir davantage de contenu galant. Il précise que sa méthode diffère de celle de ses prédécesseurs, privilégiant la légèreté et la simplicité dans son écriture. Il se présente comme le véritable auteur du 'Mercure Galant', reconnaissable par la simplicité et la franchise de ses expressions. L'auteur aborde ensuite une affaire concernant M. Dufreny, un dramaturge reconnu pour ses œuvres sérieuses et comiques. Dufreny a présenté sa nouvelle comédie 'Les deux Veuves, ou le faux Damis' aux comédiens, qui l'ont refusée malgré les éloges reçus précédemment. Les comédiens ont justifié leur décision par des raisons subjectives et une aversion pour le style de Dufreny. L'auteur critique cette attitude, soulignant que les comédiens usurpent le goût du public et imposent leurs décisions arbitraires. Il appelle les lectrices à s'opposer à cette situation et à soutenir les bonnes pièces, refusant ainsi de cautionner les mauvaises. Enfin, l'auteur affirme qu'il continuera à exprimer librement ses opinions, malgré les éventuelles pressions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
973
p. 346-349
« J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Début :
J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...]
Mots clefs :
Énigmes, Auteurs, Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Jay beau feüilleter tous les
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
Fermer
Résumé : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
L'auteur exprime sa déception concernant la qualité des énigmes récemment reçues, excepté une qu'il trouve bonne. Il révèle les solutions des énigmes du mois précédent et les noms des personnes ayant réussi à les résoudre, notamment 'la Belle des belles', 'la Fée Caraboche' et 'le Solitaire Quemine'. Auparavant, M. Dumoulin avait confié deux énigmes secrètement à l'auteur. M. Anceau, mécontent de ces énigmes, a envoyé un madrigal critique à leur auteur, pointant leurs défauts. L'auteur prévoit une possible querelle entre les parties impliquées, mais affirme que cela ne le concerne pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
974
p. 9-14
« Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Début :
Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal, Liberté, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Voila leurs étrennes.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Fermer
Résumé : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, l'auteur exprime ses préoccupations concernant les critiques potentielles de 'redoutables auteurs' qu'il aurait pu offenser involontairement. Il avoue avoir assisté à des représentations littéraires et théâtrales avec bienveillance et humanité, mais les réactions des auteurs l'ont amené à reconsidérer ses jugements. L'auteur apprécie particulièrement l'opéra 'Télémaque', louant ses paroles et sa musique, malgré certaines critiques. Il invite les lecteurs à le corriger s'ils estiment qu'il a tort et se déclare prêt à se soumettre à leurs avis. Enfin, il explique que, par obligation professionnelle, il doit adapter son style en fonction des sujets abordés, regrettant de ne pas pouvoir exprimer librement ses opinions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
975
p. 108-109
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Decembre, dixième mois de l'année Romaine, & le dernier [...]
Mots clefs :
Décembre, Saturnales, Fêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Decembre, dixième mois
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
de l'année Romaine , & le
GALANT.
109
dernier du Calendrier Gregorien
, fut autrefois ſous
la protection de Veſta , &
conſacréà Saturne. On celebroit
pendant ce mois les
Fêtes Saturnales : mais ce
temps n'eſt pas le nôtre ,
&fauf aux lecteurs à voir
àpreſent s'ils approuveront
que nous y celebrions de
nouvelles Fêtes.
Fermer
976
p. 110-117
Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Début :
La machine represente le Temple de la Paix, dressé sur [...]
Mots clefs :
Inscription, Devise, Symbole, Temple de la Paix, Lille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Description du feu d'artifice
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
fait pour la réjoüiſſance de
lapaix generale par Meffieurs
les Magistrats de la
ville de Lille.
La machine represente le
Temple de la Paix , dreſſé fur
le modele de celui de Janus. Ce
portique est en figure quarrée,
poséesur une baze octogonne
à quatre grands pans , &à
quatre moindres , dont voici
les inscriptions.
Inscription des quatre grands
pans.
Premiere inscription.
Ludovico Magno ,.
GALANT. 111
Urriuſque fortunæ victori ,
Clauſis belli portis ,
Pace
Conſpirantibus foederatis
hoftibus
Compofitâ ,
Perdomitis Gothalanis ,..
Aſſertâ Philippo Quinto
Hifpania ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
Dignitate vindicatâ ,
Annos manentemque fortunam
Apprecatur.
F. P. Q. J.
112 MERCURE
Seconde inscription.
Ludovico Magno ,
Conſummato feliciter duodecim
annorumbello.
Symbole.
Un élephant chargé d'une
tour qui paroît remplie defoldats.
Devife.
Ettantum tulitunus onus.
Luiſeul a ſçû porter un fardeau
fi pesant.
Troifiéme inscription.
Ludovico Magno
Carolo Sexto Cæfare Gal.
liæ confiliato.
GALANT . 113
Symbole.
Le Soleil , fur qui un aigle
élevé dans les airs attache ſes
yeux.
Devife.
Implet amore ſui.
Il lui gagne le coeur , il ſçait
s'en faire aimer.
Quatriéme inscription.
LudovicoMagno
Pacem æternam bello proſcripto
ſancienti.
Symbole.
L'arc-en - ciel au-deſſus de
l'arche de Noë aprés le deluge.
Devife.
Nulladies pacem hanc nec
Dec. 1714. K
114 MERCURE
foedera rumpet.
Une fi belle paix n'aura jamais
defin.
Inſcriptions des quatre moindres
pans.
Ludovico Magno ,
Barcenone auxiliaribus copiis
expugnatâ.
Symbole.
Les Geans de la Fable qui
paroiſſent enfevelis fous leurs
montagnes.
Deuzfe.
Enquòdiſcordia cives
Perducit miferos.
D'un peuple peu foûmis voila
la fin tragique.
GALANT. 115
Seconde infcription .
Ludovico Magno ,
Coloniæ ac Bavariæ Electorum
afſertâ dignitate .
Symbole .
Le Soleil au milieu des gemeaux
du Zodiaque.
Devife
Fratribus æquat honorem.
Tous deux également ont part
ca ce bonheur
Troifiéme inscription .
In omniætate triumphanti.
Symbole
Un grand laurier taillé en
couronne.
Kij
116 MERCURE
Devife.
Primis fic crevitab annis.
Le nombre deſes ans égalefes
couronnes.
Quatriéme inscription.
Ludovico Magno,
Compofitis Raftadi ac Badenæ
de pace Germana
controverfitsaina n
Symbole
Un Orloge à rouëd
1 Devife, THE
i
Magnæ mentis opus.
D'un esprit élevé voila le
grand ouvrage.
Les Deviſes & les Infcriptions
ſontdu Pere de Lare,
GALANT. 117
Jeſuite du College de Lille.
Fermer
Résumé : Description du feu d'artifice fait pour la réjoüissance de la paix generale par Messieurs les Magistrats de la ville de Lille.
Le texte relate un feu d'artifice organisé par les magistrats de Lille pour célébrer la paix générale. La pièce maîtresse est le Temple de la Paix, inspiré du temple de Janus, avec une structure carrée sur une base octogonale. Cette structure comporte huit pans ornés d'inscriptions et de symboles. Les quatre grands pans honorent Louis XIV et ses victoires. La première inscription évoque la fin des guerres et l'établissement de la paix avec des alliés. La deuxième mentionne douze années de guerres victorieuses, symbolisées par un éléphant portant une tour remplie de soldats. La troisième parle d'une alliance avec Charles VI, représenté par un aigle fixant le soleil. La quatrième célèbre la paix éternelle, symbolisée par un arc-en-ciel au-dessus de l'arche de Noé. Les quatre plus petits pans contiennent aussi des inscriptions. La première parle de la prise de Barcelone avec des renforts, illustrée par des géants ensevelis sous des montagnes. La deuxième traite de la confirmation des électeurs de Cologne et de Bavière, symbolisée par le soleil parmi les Gémeaux. La troisième célèbre les triomphes à travers les âges, représentés par une couronne de laurier. La quatrième mentionne la consolidation de la paix en Rhénanie et en Bade, symbolisée par une horloge. Les devises et inscriptions sont l'œuvre du Père de Lare, jésuite au Collège de Lille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
977
p. 171-220
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Pour moy, Messieurs, je ne pretends, que vous donner / Je ne trouve point, dit-il, (ce qui est remarquable) que les [...]
Mots clefs :
Vincent Voiture, Gilles Ménage, Sonnets, La belle matineuse, Quintus Catulus, Pétrarque, Sonnet, Soleil, Yeux, Aurore, Vers, Cieux, Nuit, Fleurs, Beauté, Lumière, Dissertation, Nymphe, Orient, Feux, Imitation, Flambeau, Poètes italiens, Poètes français, Épigramme, Poètes, Épigramme, Amour, Aurora, Sonetto, Terre, Annibal Caro, Claude-Gaspard Bachet de Méziriac, Tristan L'Hermite, Jacques Testu de Belval, Olivier de Magny, Daniel de Rampalle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Pour moy , Meffieurs , je
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
ne pretends ,que vous donner
un abregé hiſtorique d'une
Differtation ſçavante queM.
deMenage écrit à M. Courar
ſon amy , fur l'origine des
Sonnets pour la belle Matineuſe
: &àla fin de cet extrait,
les derniers Sonnets qui ont
eſté faits ſur le même ſujet,
Pij
172 MERCURE
FeTe ne trouve point , dit- il ,
(ce qui est remarquable ) que les
PoëtesGrecs ayentcomparél'Aurore
, ou le Soleil , à une belle
perſonne que l'on rencontre à la
pointe du jour. Le premier des
autres Poëtes qui s'eſtſervy de
cette comparaison , je veux dire
lepremier de ceux qui font venusàma
connoissance, est un certa
n Quintus Catulus Et comme
il vivoit ſur la fin de la République
Romaine , c'est-à- dire dans
le fiecle d'or de la Latinité , il a
trés-noblement exprimé cette penſée
dans les beaux vers qu'ilfit
pour le Comedien Rofcius ,&
ةم
GALANT: 173
que Ciceron nous a confervédans
Jon Livre de la Nature des
Dieux.
Conſtiteram exorientem
Auroram forte ſalutans ,
Cum fubito à Læva Rof-
1 cius exoritur.
Pace mihi liceat , cooeleftes,
dicere veſtra ,
Mortalis viſus eſt pulchrior
effe Dea.
Jenesçaurois me refoudre à
vous expliquer ce Latin , je suis
trop difcret , & trop pareffeux ,
pour lefaire. Aprés ce Quintus
Piij
174 MERCURE
Catulus , un autre Poëte Latin
dont lenom nous est inconnu , a
heureusement employé la même
pensée dansſes Vers.
Occurris cum manemihi,
ni purior ipsâ
Luce novâ exoreris , lux
mea , diſpeream.
Quod fi nocte venis, ( jam
vero ignoſcite Divi )
Talis ab occiduis heſperus
exit aquis.
1
Ceux qui voudront prendre
la peine de lire la Differtation de
M.de Menage ,y verrontfon
GALANT. 175
Sentiment sur ces quatre Vers
qu'on trouvera parfaitement traduits
dans les deux Tercets du
premier Sonnet de M. de Malleville.
LesPoetes Italiens ont traduit
enfuite en leur Languel'Epigramme
de Catulus. Petrarque
qui tient le premier rang parmy
eux, la traduite de laforte.
SONETTO .
Il Cantar novo , él pianger
degli Augelli
In s'ul di fanno riſentir le
valli ,
Piiij
176 MERCURE
E'l mormorar dé liquidi
Criſtalli
Giuper lucidi, freſchi rivi,
e Snelli.
Quella ch' a neve il volto ,
oro i Capelli ;
Nel cui amor non fur mai
Inganni , nè falli ;
Deſtami al ſuon degli amo
roſi balli ,
Pertinando al ſuo Vecchio
i bianchi velli.
Coſi mi ſueglio a falutar
l'Aurora ,
E'l ſol ch' e ſeco : e più
GALANT. 177
l'altro , ond' io fui
Neprimi anni abbagliato ,
e ſono ancora.
I Gli ò veduti alcun giorno
ambedui
Levarſi inſieme : e'n un
punto , e'n u'n ora :
Quel far le Stelle , e queſto
ſparir lui.
Annibal Caro fi celebre par
ſes Lettres , que Montagne prefere
àtoutes les Italiennes , &
que M. Chapelain compare à
celles des anciens Latins, en afait
ceSonnet.
178 MERCURE
SONETTO.
Eran l'aer tranquillo , c
l'onde chiare :
Soſpirava favonio , e fuggia
Clori :
L'alma Ciprigna inanzi a i
primi albori
Ridendo empia d'amor la
terra él mare.
La ruggiadoſa Aurora in
Ciel più rare
Facea le Stelle : e di più
bei colori
GALANT. 179
Sparſe le Nubi , eimonti :
Uſcia già fuori
Febo , qual più lucente in
Delfo appare.
Quando altra Aurora un
più vezzoſo oſtello
Aperſe ; e lampeggiò ſereno
e puro
Il ſol , che fol m'abbaglia
e mi diſace.
Volfimi : e'n contro a lei
mi parue ofcuro
( Santi lumi del Ciel con
voſtra pace )
L'oriente , che dinanzi era
fibello.
180 MERCURE
Fose affeurer aprés M. de
Menage, que ce Sonnet eft admirable
pour la beauté des Vers ,
& je ſuis , comme luy , fort de
l'avis du Caporaly qui le trouve
le plus beau de tous ceux du
Caro.
Antonio Francesco Raïnério ,
Gentilhomme Milanois , Secretaire
du Cardinal Verulano ,
depuis de Pierre- Loüis Farnése ,
voulut àl'imitation du Caro dont
il eſtoit contemporain , & amy
particulier , s'égayer ſur la même
matiere. Il fit ce Sonnet qui ne
laif:f pas d'estre fort beau ,quoi-'
qu'il le ſoit moins que celuy dis
GALANT. 181
SONETTO.
Era tranquillo il mar : le
ſelve e i prati
Scoprian le pompe ſue ,
fior , frondi , al Cielo .
E la Notte s'en gia ſquarciando
il velo ,
Eſpronando icavai foſchi
& alati .
Scvotea l'Aurora da capegli
aurati
Perle d'un vivo traſparente
gielo : :
182 MERCURE
E già rotava il Dio che
nacque inDelo
Raggi da i Liti Eoi ricchi
odorati.
Quando eccod'occidente
un più bel fole
Spunto gli incontro , ferenando
il giorno ,
Et impallidio l'Orientale
Imago.
Velociffime luci eterne e
fole ,
(Con voſtra pace ) il mio
bel viſo adorno
Parve ancor più di voilucente
e vago.
GALANT. 183
,
Marcello Giovanetti a fait
auffi deux Madrigaux fur la
pensée de Catulus ; mais je renvoye
àla differtation deMonfieur
Menage ceux qui seront curieux
de les live , nonfeulement parce
que voila déja affez d'Italien
mais parce qu'ils ne sont pas
comparables au Sonnet du Caro ,
ny à ceux du Raïnerio.
Les Poëtes François ont auſſi
traduit l'Epigramme de Catulus
à l'exemple des Poëtes Italiens ;
le premier qui l'a traduit , fut
Olivier de Magny , qui vivoit
fousHenry 11. &ſous Charles
IX. Voicyfa traduction.
+
184 MERCURE
1
SONNΕΤ.
J'étois tout preſt à faluër
l'Aurore
Que je voyois de l'Orient
fortir
Et de ſes fleurs largement
départir
Aux Prez , aux Champs ,
aux Montagnes encore:
Quant tout à coup la
beauté que j'adore ,
Vint de ſes rays , ces clartez
amortir ,
Et moy craintif en glace
convertir ,
GALANY. 185
convertir ,
Puis auſſi-toſt en feu qui
me devore.
Pardonnez-moy , divin
flambeau des Cieux ,
Si par mes Vers j'oſe dire
en ces lieux
La verité d'un fait qui
vous importe.
4
Un corps mortel , bien
qu'il vienned'en haut ,
Nous a ſemblé plus relui
fant , & chaut ,
Que n'a de vous la lu
miere plus forte.
Decembre 1714
186 MERCURE
Aprés Olivier de Magny
Monfieurde Meziriac , qui éton
un des plus Sçavans hommes de
l'autre fiecle, un des plus dignes
Sujets de l'Academie Françoise ,
imita de la forte l'Epigramme de
Catu'us, ou le Sonnet du Caro ,
ou tous les deux enſemble.
SONNET.
Vous levant ſi matin ,
vous troublez tout le
monde ,
Vous faites que le jour
chaſſe trop-tôt la nuit ,
GALANT. 187 1
Et que d'un pas hâté chaque
Etoile s'enfuit
Penfant que le Soleil forte
déja de l'onde.
Auſſi voyant l'éclat de
cette treffe blonde ,
Et la vive clarté que ce
bel oeil produit ,
Qui ne diroit foudain ,
c'eſt le Soleil qui luit ,
Et va recommencer ſa
courſe vaggaabboonnddee..
L'Aurore qui venoit
d'un viſage riant
En volonté d'ouvrir les
Qij
188 MERCURE
portes d'Orient ,
Dans le lit de Tithon eſt
preſque retournée.
Voyez comme de honte
elle a le teint vermeil
,
Et change de couleur ,
tant elle eſt étonnée ,
Croyant de ſe lever plus
tard que le Soleil.
Depuis , Monfieur de Balzac
ayant lû le Sonnet du Caro avec
plaisir , &souhaitant de le voir
en noftre langue, pria Monfieur
de Voiture de le traduire.
GALANT . 189
Monfieur de Voiture s'en excufa
d'abordfurfapareffe ; mais
enfin sa pareffe ceda àla paſſion
qu'il avoit de plaire àMonſicur
de Balzac , &il luy envoya ce
Sonnet.
Desportes dumatin l'Amante
de Cephale
Ses rófes épandoit dans le
milieu des airs ,
Et jettoit fur les Cieux
nouvellement ouverts
Ces traits d'or & d'azur
qu'en naiſſant elle étale :
Quand la Nymphe divi
1,0 MERCURE
ne à mon repos fatale
Apparut , &brilla de tant
d'attraits divers ,
Qu'il ſembloit qu'elle ſeule
éclairoit l'Univers ,
Et rempliſſoit de feux la
rive Orientale.
Le Soleil ſe hâtant pour
la gloire des Cieux ,
Vint oppoſer ſa flamine à
l'éclat de fes yeux ,
Etprit tous les rayons dont
l'Olympe ſe dore.
L'onde , la terre ,& l'air
s'allumoient à l'entour ;
GALANT. 191
Mais auprés de Philis on le
prit pour l'Aurore ,
Et l'on crût que Philis étoit
l'aſtre du jour.
Ce Sonnet eftfi beau que M.
de Malleville jaloux defa beauté
voulut auſſi imiter celuy du
Caro : Et comme il avoit l'efpritfécond,
au lieu d'un Sonnet,
il en fit trois , & tous trois fi
bons ,que le moins bon ſemble
meilleur que les deux Italiens enfemble.
Les voicy tous trois.
192 MERCURE
SONNET.
Le filence regnoit ſur la
terre , & fur l'onde ,
L'air devenoit ferain , &
l'Olympe vermeil :
Et l'amoureux Zephir af-
✓ franchy du ſommeil
Reffuſcitoit les fleurs d'une
haleine feconde.
L'Aurore déployoit l'or
de ſa trefle blonde ,
Et ſemoit de rubis le chemin
du Soleil.
Enfin
GALANT . 193
Enfin ce Dieu venoit au
plusgrand appareil
Qu'il ſoit jamais venu pour
éclairer le monde.
Quand la jeune Philis au
viſage riant ,
Sortant de ſon Palais plus
clair que l'Orient
Fit voir une lumiere &
plus vive , & plus
belle.
Sacré flambeau du jour
n'en ſoyez point jaloux ,
Vous parûtes alors auſſi
peu devant elle
Decembre 1714. R
194 MERCURE
Que les feux de la nuit
avoient fait devant vous .
AUTRE.
La nuit ſe retiroit dans ſa
grotte profonde:
Ies oyſeaux commençoient
leur ramage
charmant :
Zephire ſe levoit , & les
fleurs ranimant
Parfumoit d'un douxair la
Campagne feconde.
L'Aurore en cheveux d'or
GALANT. 195 ےھک
ſe faiſoit voir au monde ,
Belle , comme elle eſtoit ,
aux yeux de ſon amant :
Et d'un feu tout nouveau
le ſoleil s'animant
Dans un char de rubis fortoit
du ſein de l'onde .
Mais lorſqu'en cettepompe
il montoit dans les
Cieux ,
Amarante parut , & du
feu de ſes yeux
Fit de l'Olympe ardent
étinceler la voute.
L'air fut tout embrazé
Rij
196 MERCURE
de ſes rayons divers ;
Et voyant tant d'éclat, on
ne fut plus en doute
Qui du ſoleil , ou d'elle ,
éclairoit l'Univers,
AUTRE.
L'Etoile de Venus fi
brillante , & fi belle
Annonçoit à nos yeux la
naiſſance du jour.
Zephire embraſſoit Flore ,
& foupirant d'amour ,
Baiſoit de fon beau ſein la
:
GALANT . 197
fraîcheur éternelle .
I'Aurore alloit chaffant
les ombres devant elle
Et peignoit d'incarnat le
celeſte ſéjour.
Et l'aſtre ſouverain revenant
à fon tour.
Jettoit un nouveau feu
dans ſa courſe nouvelle.
Quand Philis ſe levant
avecque le ſoleil
Dépoüilla l'Orient de tout
cet appareil ,
Et de clair qu'il eſtoit , le
fit devenir ſombre.
Riij
198 MERCURE
Pardon , ſacré flambeau
de la terre , & des
Cieux,
Sitoſt qu'elle parut, ta clarté
fut une ombre ,
Et l'on ne connut plus de
ſoleil que ſes yeux.
Ces trois Sonnets font fort
beaux , ily a cependant beaucoup
de chofes àdire contre les Vers.
Aprés M. de Voiture , &
M. deMalleville , M. Tristan
& pluſieurs autres en firent à
l'envy ſur le mêmesujet. Voicy
celuy deM. Tristan.
GALANT. 129
SONNET
REQUE DEC
LYON
ILLE
*1893*
L'Amante de Cephale
entre- ouvroit la barriere
Par où le Dieu du jour
monte ſur l'horifon ,
Et pour illuminer la plus
belle ſaiſon ,
Déja ce clair flambeau
commençoit ſa carriere.
Quand la Nymphe qui
tient mon ame priſonniere
,
Et de qui les appas font
Rinj
200 MERCURE
fans comparaiſon ,
En un pompeux habit fortant
de faſa maiſon ,
A cet aftre brillantoppoſa
ſa lumiere.
Le ſoleil s'arreſtant devant
cette beauté
Se trouva tout confus de
voir que ſa clarté
Cedoit au viféclat de l'objet
que j'adore.
Et tandis que de honte il
eſtoit tout vermeil ,
En verſant quelques pleurs
il paſſa pour l'Aurore ,
GALANT. 20
Et Philis en riant paff.
pour le Soleil .
En voicy un autre dont l'Auteur
est inconnu.
Au point qu'en treſſes
d'or l'Aurore échevelée
Venoit d'un front ferein
nous annoncer le jour ,
Et qu'aux yeux des humains
, joyeux de fon
retour
Elle avoit ſa richeſſe , & fa
pompe étalée :
Une Nymphe , en beau
202 MERCURE
té de nulle autre égalée ,
Ou pluſtoſt qu'une Nymphe
, un jeune aftre
d'amour
,
Se levant éclairât tous les
lieuxd'alentour ,
Par la fraîcheur de l'air
dans les champs ap-
: pellée.
L'Aurore qui venoit de
poindre dans les Cieux ,
Sur ce brillant objet ayant
jetté les yeux ,
Pallit d'étonnement d'une
fi belle montre.
GALANT . 203
Et le trouble effaçant
fon viſage riant,
Penſa que le ſoleil venoit
à ſa rencontre ,
Et crût avoir failly la route
d'Orient .
Il s'en faut beaucoup que ce
Sonnet ne soit parfait ; mais je
n'ay pas deBein, ny nefuis obligéd'enfaire
la critique.
Avant ceux de M. de Voiture
, & de M. de Malleville ,
M. de Rampalle avoit fait ce
Madrigalfur le mêmeſujet.
204 MERCURE
:
MADRIG AL.
L'Aurore en ſes plus
beaux habits
Ouvroit d'une clef de rubis
Le portail d'où le jour
commence ſa carriere ,
Et la terre admiroit le
Soleil qui la fuit ,
Triomphant des feux de
la nuit ,
Monté ſur un Char de
lumiere :
*
GALANT. 205
Quand Philis parut à
fon tour
Plus belle que l'Aſtre du
jour ,
Devant qui la nuit ſombre
avoit plié ſes voiles.
Et ſes yeux qui brilloient
d'un éclat non pareil,
Firent même affront au
Soleil
Qu'il venoit de faire aux
Etoiles.
Ce Madrigal n'est pas bon.
206 MERCURE
1
M. de Voiture , quelque
temps avant que d'avoirfaitfon
Sonnetpour cette belle qui au levé
du Soleil fut priſe pour le
Soleil , en avoit fait un autre
pour une autre belle , qui ayant
parudans unFardin , alors que le
Soleil ſe couchoit ,fut priſe pour
l'Aurore. Ce Sonnet est aussi une
efpece d'imitation de celuy dis
Caro.
SONNET.
Sous un habit de fleurs
la Nymphe que j'adore ,
GALANT 207
L'autre foir apparut fi
brillante en ces lieux ,
Qu'à l'éclat de ſon teint ,
&celuy de fes yeux
Tout le monde la prit pour
la naiſſante Aurore.
La terre en la voyant fit
mille fleurs éclore !
L'air fut par-tout remplis
de chants melodieux ,
Et les feux de la nuit pallirent
dans les Cieux ,
Et crurent que le jour recommençoit
encore.
Le Soleil qui tomboit
208 MERCURE
dans le ſein de Thetis ,
Rallumant tout à coup fes
rayons amortis
Fit tourner ſes chevaux
pour alleraprés elle .
Et l'Empire des flots ne
l'eut ſçû retenir :
Mais la regardant mieux ,
& la voyant fi belle ,
Il ſe cacha ſous l'onde , &
n'oſa revenir.
-Long- temps auparavantBernardino
Rota avoit fait un Sonnetfur
le même ſujetpour PorzsiaCapecéfafemme
: Ceux qui
voudront
GALANT . 209
.
voudront le voir , le trouveront
dans la Differtation de M. de
Menage.
A l'imitation de ce dernier
Sonnet de M. de Voiture , plufieurs
perſonnes en firent d'autres
ſur la même pensée. En voicy
un de M. Triftant.
SONNET.
Sur la fin de fon cours
le Soleil ſommeilloit :
Et déja ſes courſiers abor
doient la marine ,
QuandEliſe paſſa dans un
Decembre 1714. S
210 MERCURE
Char qui brilloit
De la ſeule ſplendeur de
ſa beauté divine .
Mille appas éclatans qui
font un nouveau jour ,
Et qui ſont couronnez
d'unegrace immortelle ,
Les rayons de la gloire ,
&les feux de l'amour
Ebloüiſſoient les yeux , &
brûloient avec elle.
Je regardois coucher le
bel aftre des Cieux ,
Lorſque cegrand éclat me
vint frappet les yeux ,
GALANT. 211
Etde cet accident ma raifon
fut ſurpriſe.
Mondefordre fut grand,
je ne le cele pas ,
Voyant baiſſer le jour , &
rencontrant Elife ,
Je crus que le ſoleil revenoit
ſur ſes pas.
En voicy un autre de M.
l'Abbé Testu.
SONNET.
1
Le belaſtre du jour ſe
retiroit ſous l'onde ,
Sij
212 MERCURE
Traîné pompeuſement fur
un Char de faphirs.
Et déja l'on ſentoit
mille petits Zephirs ,
Qui venoient moderer
fon ardeur ſans ſeconde.
En vain pour arrêter ſa
courſe vagabonde ,
Nouspouffions vers leCiel
mille & mille foupirs.
Par l'ordre des deſtins
malgré tous nos deſirs ,
Nous allions voir finir le
plus beau jour du
monde,
GALANT. 213
Quand l'aimable Philis
vint paroiſtre en ces
lieux ,
Et jetta tant de traits , tant
d'éclats de ſes yeux ,
Que l'Univers brilla d'une
flamme nouvelle .
On vit fans le Soleil
recommencer le jour ,
Et la terre luiſit d'une
clarté ſi belle ,
Qu'on ne fit plus de voeux
pour hater fon retour.
Vous venezde lire, Meffieurs ,
preſque tous les Sonnets qui ont
214 MERCURE
estéfaits pour la belleMatineuse;
jugezmaintenantfi lesModernes
les effacent , & fi le Caffé du
Mont Parnaffe, où trente beaux
eſprits ont contribué à la compofition
des deux Sonnets de M.
D*** n'ont pas fait au moins
pour l'honneur de noftre Siecle,
ce que Meffieurs de Voiture &
de Malleville ont fait pour la
gloire du leur.
6
1
SONNET.
Le Pere des Saiſons ſur
un Char de lumiere ,
GALANT. 215
Raſſemblant tout l'éclat
de l'immortelle Cour ,
Fourniſſoit dans les Cieux
ſa brillante carriere ,
Ses courſiers hanniſſants
fouffloient au loin le jour :
Quand tout à coup des
mois l'inégale courriere
Veut obfcurcir ſa gloire ,
& regner à fon tour ;
Entre Phoebus& nous fe
plaçant tout entiere ,
Elle couvre d'horreur le
terreſtre ſéjour.
Les Enfers ne font pas
216 MERCURE
plus affreux ny plus
fombres ,
Les mortels étonnez ſe parurent
des ombres ,
Le voile de la nuit ſe déploya
dans l'air.
Alors pour diſſiper ces
funeſtes allarmes ,
Iris de fes beaux yeux étala
tous les charmes :
Qui croira le prodige ! On
n'en vit pas plus clair.
Vous comprenez bien Meffieurs,
dans quel eſprit ce Sonnet
a estéfait , &vous m'avoüerez
que
GALANT. 217
que l'Iris de M. D *** auroit
eû bien de l'avantagefurlaPhilis
deMde Voiture , ſi ſes beaux
yeux avoient effacél'Aurore,fait
palirle Soleil,&diſſipé l'éclipse ;
mais cette belle Matineuse eût
beau étaler tous ses charmes ,
pour rendre la lumiere au monde,
on n'en vit pas plus clair.
ر
Parmiles Sonnets que j'aytiré
de la Dißertation de M. de
Menage, ily en a deux de M.
de Voiture un pour une belle,
qui , au levé du Soleil fut priſe
pour le Soleil , er l'autre , qui ,
le foir fut priſe pour l'Aurore.
Ces deux Sonnets furent égale-
Decembre 1714. T
218 MERCURE
ment faits à l'imitation de celuy
duCaro.En voicy encore un moderne,
dans le goût du dernier
deM. Voiture; mais ilſemble
avoir efté pluſtoſt fait à limitation
des quatres Vers Latins de
Quintus Catulus , qu'à l'imi
tation du Caro.
SONNET.
Sur de riches Côteaux
où la jeune Pomone
Du a Conquerant de l'Inde
aime à flater l'eſpoir ,
Bacchus .
GALANT. 219
Quand les heures fermoient
les barrieres du
foir ,
Et qu'au ſein de Thetis
dormoit bl'amant d'Oenone
.
Le cChaſſeur de l'Athmos
eft enchanté de voir
La d tenebreuſe Soeur du
beau Fils de Latone ,
Qui ſur ſon Char d'argent
d'Etoiles ſe couronne ,
Phoebus Endimion. d Diane
Tij
220 MERCURE
Du e Frere de la Mort ſecondant
le pouvoir...
Le filence couvroit la
terre de ſes aîles ,
Les Amans ſe livroient
aux fonges infideles ,
D'aſſoupiſſans pavots regnoient
furtous les yeux.
Diane à fon Berger vint
marquer ſa tendreffe ,
La Déeffe en ſes bras devint
plus que Déeſſe ,
Et le mortel heureux crût
eſtre au rang des Dieux.
Fermer
Résumé : Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
Le texte présente un abrégé historique d'une dissertation de M. de Menage sur l'origine des sonnets dédiés à la belle Matineuse. Les poètes grecs n'ont jamais comparé l'Aurore ou le Soleil à une belle personne rencontrée au lever du jour. Cette comparaison apparaît d'abord chez Quintus Catulus, poète romain de la fin de la République, dont les vers sont conservés par Cicéron. Un autre poète latin anonyme a également utilisé cette comparaison. En Italie, Pétrarque et Annibal Caro ont traduit l'épigramme de Catulus. Caro est particulièrement connu pour son sonnet sur ce thème. Antonio Francesco Rainério et Marcello Giovanetti ont également écrit des œuvres inspirées de Catulus, bien que jugées inférieures à celles de Caro et Rainério. En France, Olivier de Magny et M. de Meziriac ont traduit l'épigramme de Catulus en sonnets. De Magny vivait sous les règnes d'Henri II et Charles IX, tandis que M. de Meziriac, savant et académicien, a imité soit l'épigramme de Catulus, soit le sonnet de Caro, ou les deux. Plusieurs sonnets français s'inspirent de l'épigramme de Catulus ou du sonnet de Caro, centrés sur la beauté féminine comparée à celle du soleil ou de l'aurore. Monsieur de Balzac demanda à Monsieur de Voiture de traduire un sonnet, ce qu'il fit malgré ses réticences initiales. Desportes, Monsieur de Malleville, Monsieur Tristan et l'Abbé Testu ont également écrit des sonnets sur ce thème. Le texte mentionne aussi des œuvres littéraires et des descriptions poétiques de scènes mythologiques, comme celles impliquant Bacchus, Pomone, Diane et Endymion. Il conclut en comparant les œuvres modernes à celles des auteurs classiques, notant que les premières n'ont pas atteint le même niveau de gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
977
Extrait historique d'une Dissertation de M. de Menage sur les Sonnets pour la belle matineuse. / Sonnet de Petrarque / Sonnet d'Annibal Caro. / Sonnet de Raïnerio. / Sonnet d'Olivier de Magny. / Sonnet de M. de Meziriac. / Sonnet de Voiture. / Trois Sonnets de M. de Malleville. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet d'un Inconnu. / Madrigal de M. de Rampalle. / Autre Sonnet de M. de Voiture. / Sonnet de M. Tristan. / Sonnet de. M. l'Abbé Testu. / Sonnet moderne de M. D. C. / Autre du même Auteur. [titre d'après la table]
978
p. 225-233
Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Début :
Cinq ou six representations m'ont mieux instruit de ce [...]
Mots clefs :
Réputation, Poème, Critique, Musique, André Cardinal Destouches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Cinq ou fix reprefentations
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
m'ont mieux inſtruit de
ce que le Public en penfe &
voſtre curiofité aura plus lieu
d'eſtre ſatisfaite. Je vais d'abord
vous expoſer le jugement
du public en ſimpleHiftorien
, aprés quoy je feray
le commentateur. Ce ſera à
> vous à me faire connoiſtre ſi
je dois continuer un metier fi
décrié dans Mathanafius . Le
226 MERCURE
jugement avantageux qu'on
a porté du Poëme ne s'eſt
point dementi , & tout le
monde le met au- deſſus de la
Muſique. C'eſt peut eſtre la
premiere fois qu'on a fait cet
honneur àla Poëfie , en fait
d'Opera , on n'en a pas moins
eſté injuſte par le paffé , &j'ay
toûjours eſté ſurpris qu'il ſe
trouva des Auteurs en reputation
qui daignaſſent travailler
à ces fortes d'ouvrages , veu
le danger où ils s'expoſoient
de ſe degrader.
Je neveux pas icy diminuer
la gloire de M. Pellegrin ;
GALANT. 227
mais comme il y auroit de
l'injuſtice à l'élever ſur les ruïnes
de la réputation de M.
Deſtouches , je tacheray de
rendre au Poëte & au Muficien
, ce qui leur appartient.
Cela ſuppoſé , permettez moy
de vous faire part de mes réflexions
.
Il ya plus d'un an que la
réputation du Poëme de Telemaque
eſt établie : pluſieurs
lectures qui en avoient eſté
faites devant des perſonnes de
goût avoient ſi rapidement
emporté les fuffrages , que la
critique n'a oſé luter contre
Ictorrent.
228 MERCURE
L'impreſſion qui a paruhuit
jours avant la premiere répreſentation
, n'a fait que juftifier
les partiſans de cette Piece.
Quel parti reftoit il à prendre
aux Cenſeurs , fi non de fronderla
Mofique. On peut comparer
cette maudite engeance ,
au Medecin de Pourceaugnac
à qui il faut un malade. Voilà ,
fije ne me trompe , la premiere
cauſe de l'orage qui s'eſt
élevé contre la Muſique de
Telemaque , en voicy la ſeconde
: la qualité d'Inſpecteur
General de l'Académie
Royale de Muſique dont le
1
GALANT. 229
2
Roy a honore M. Deſtouches
luy a fait preſque autant de
jaloux qu'ilyy a de Muſiciens ,
la plupart de ces Meffieurs ,
montrent à chanter , en fautil
d'avantage pour donner le
ton à la critique. Les écoliers
&les écolieres décident ſur la
foy de leurs maiſtres & toutes
ces déciſions réünies decredi
tent pour quelque temps les
meilleurs ouvrages .
Mais me dira- ton , eſt ce
affez de dire du mal d'unOpera
pour eſtre crû , n'en faut- il
pasdétailler les défauts & les
prouver.
230 MERCURE
Je répons à cela qu'il n'en
eſtpas tout à faitde la Mufique
comme de la Poësie , les
Muficiens n'ont d'ordinaire
queleur Muſique en partage
ils ne ſe piquent guere d'un
raiſonnement exact & fuivi ,
&comme il eſt établi qu'ils
n'ont pas ce don d'éloquence
perfuafive dont les Poëtes
ſont plus à portée d'eftre partagez
, on n'exige pas qu'ils
appuyent ce qu'ils avancent ,
&on aime mieux les en croire .
fur leur parole , que d'effuyer
de leur part des preuves mal
errangées& peu concluantes.
GALANT. 231
Deforte qu'il fuffit àunMuficien
de dire qu'un Opera ne
luy plaiſt pas ,pour empêcher
trente perſonnes à quiil a fait
plaiſir de faireun aveu fincere
del'effet qu'il a produit ſureux
Cependant comme il faut du
moins quelques raiſons vagues
pour appuyer la mediſance
on ſaiſit un faux air de reffemblance
, pour répandredans le
mondeque tout eſt pillé ; on
ne convient des bons morceaux
que pour dire qu'ils
pourroient eſtre meilleurs ; fi
l'Acteur ou l'Actrice ſont
enthumez , on dit que le reci-
,
232 MERCURE
tatifeft froid , & quoy que le
bon l'emporte de beaucoup
fur le mauvais , on s'attache
au dernier , ſans tenir compte
du premier , n'y eut il qu'un
deffaut pour trente beautez .
Voila à peu prés ce qui s'eft
paſſé dans les premieres répreſentations
de Telemaque ;
j'apprends que la cabale commence
à ſe diffipper & que la
verité ſe fait jout à travers les
nuages. Je ne doute point que
cela ne vous faſſe autant de
plaifir qu'à moy ; vous avez
tousjours aimé qu'on rendit
iuſtice au merite & j'ofe
vous
GALANT. 233
vous aſſurer que M. Deſtouches
en a & qu'il n'eſt pas '
comme la plupart des Muſiciens
qui n'ont que la note
pour tout talent. Ila du ſentiment
, des entrailles ,& du
goût. Iffé , Amadis de Grece ,
& Callhyroé nous l'avoient
déja prouvé & Telemaque va
achever de nous en convaincre....
Fermer
Résumé : Examen de l'Opera de Telemaque. [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception publique de l'opéra 'Télémaque', soulignant que le poème a été particulièrement apprécié par le public, même avant sa première représentation. Des lectures positives devant des personnes de goût et une impression du texte publiée peu avant la première ont renforcé cette opinion favorable. Deux principales raisons expliquent les critiques négatives portées sur la musique de l'opéra. La première est la jalousie des musiciens envers M. Destouches, l'Inspecteur Général de l'Académie Royale de Musique. La seconde est l'influence des écoliers et écolières qui suivent les avis de leurs maîtres. Les musiciens, contrairement aux poètes, n'ont pas besoin de justifier leurs critiques par des arguments solides, se contentant souvent de déclarer qu'un opéra ne leur plaît pas, ce qui suffit à influencer l'opinion publique. Les critiques tendent à se concentrer sur des défauts mineurs, négligeant les qualités majeures de l'œuvre. Cependant, la cabale contre l'opéra semble se dissiper, permettant à la vérité de ressortir. L'auteur conclut en reconnaissant les mérites de M. Destouches, soulignant son talent, son sentiment et son goût, illustrés par ses œuvres précédentes telles que 'Issé', 'Amadis de Grèce' et 'Callirhoé'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
979
p. 272-274
Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Des Chansons aux Enigmes, je croy qu'il n'y a qu'un [...]
Mots clefs :
Guerre, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Des Chanſons aux Enigmes
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
Fermer
Résumé : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte relate une rivalité littéraire entre M. Anceau et M. Dumoulin. L'auteur reste indifférent mais propose de médier si nécessaire. Il réfléchit sur les différences de capacités et l'aide nécessaire pour pallier l'ignorance. Il précise que ses énigmes sont conçues pour être résolues par Anceau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
980
p. 281-284
Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Début :
Voicy ce qu'on me mande de Berne du 9. Novembre / Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Berne, Montagnes, Lucerne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Voicy ce qu'on me mande
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
Fermer
Résumé : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Le document décrit un événement survenu entre les frontières de Berne et du Valais, impliquant deux montagnes voisines : Cheville, appartenant aux Valaisans, et Anzeinde, sous juridiction bernoise. Entre ces montagnes coule une source d'où naissent deux rivières : la Lavançon, traversant Bex en pays bernois, et la Luzerne, traversant le Valais. Le 23 septembre, un bruit souterrain intense fut entendu sur la montagne de Cheville, augmentant le lendemain et continuant pendant 24 heures avec une violence comparable à des détonations de canons. Une fumée épaisse et une flamme claire émergèrent de la montagne, provoquant l'effondrement de son sommet, qui recouvrit du bétail, plusieurs maisons et obstrua la rivière de Luzerne. Des experts ont conjecturé que la montagne pourrait contenir des mines de soufre et de poix. Les secousses et le bruit se poursuivaient encore au 23 du mois passé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
981
p. 284-286
De Berne le 10. Novembre 1714.
Début :
Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Rocher, Montagne, Berne, Torrent, Poussière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Berne le 10. Novembre 1714.
De Berne le 10. Novembre
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
1714.
Le premier de ce mois un
tres -grand rocher de la Montagne
de Cheville , où font
les limites de Berne & de
GALANT. 285
Vallais , fe fundit & tomba
dans la Vallée avec quantité
de ſouffre , de bois , & de
pouffiere , qui couvroient foixante
journaux de pâturage ,
&du monde & du bétail , appartenants
aux Vallefans. Le
torrent appellé Lizerne fut
bouché pendant trois jours ,
&il ſe fit enſuite une ouverture
entre le rocher & un bois,
au travers d'une petite Montagne
, & le torrent entraina
des arbres de ſapin de deux
toiſes d'épaiſſeur. Les Montagnes
de Bex n'ont pas cu
t
grand dommage , tous les
286 MERCURE
rochers eftant tombez dansles
terres de Vallais , où il y a cu
dix huit perſonnes tuées ,&
trois de bleffées : une femme
fe trouva enterrée juſques aux
épaules , &deux autres eurent
leurs habits brulez : ces femmes
virent tout ,& eſtant affez
éloignées, elles necrurent pas
que la pouffiere put les bruler.
L'on entendit encore Lundy
dernier ungrandcoup ,& l'on
vit fortir une fumée noire
& rouge ,& la formation de
deux étangs.
Fermer
Résumé : De Berne le 10. Novembre 1714.
Le 1er novembre 1714, un éboulement majeur s'est produit sur la montagne de Cheville, à la frontière entre Berne et le Valais. Cet événement a causé la chute de soufre, de bois et de poussière sur soixante journaux de pâturages valaisans, entraînant la mort de dix-huit personnes et blessant trois autres. Une femme a été partiellement ensevelie, tandis que deux autres ont eu leurs vêtements brûlés par la poussière enflammée. Le torrent de la Lizerne a été obstrué pendant trois jours avant de se libérer, emportant des arbres de sapin de deux toises d'épaisseur. Les montagnes de Bex ont subi peu de dommages, les rochers étant principalement tombés sur les terres valaisannes. Le 9 novembre, un bruit violent accompagné de fumée noire et rouge a été observé, et deux étangs se sont formés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
982
p. 286-305
Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je ne suis pas le maistre de satisfaire l'empressement que / [...]
Mots clefs :
Avocat, Homme, Esprit, Probité, Justice, Vertu, Vérité, Lumières, Ennemis, Confiance, Paix, Qualités, Honnête homme, Orateur, Éloquence, Qualités du coeur, Avocat, Avocat du roi au Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Je ne fuis pas le maiſtrede
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
fatisfaire l'empreſſement que
GALANT. 287
vous me marquez , Meffieurs ,
pour les Pieces d'Eloquence
que leurs Auteurs , quelques
belles qu'elles foient ,& malgré
les applaudiſſemens qu'elles
ont receuës de tous ceux
qui les ont entendu prononcer
, n'aiment ſouvent pas à
rendre publiques. S'il ne tenoit
qu'à moyde vousen fairepart,
jecroy querien ne feroit plus
capable de contenter parfaite.
ment voſtre curiofité que le
Diſcours que MonfieurChauvelin
Avocat General fit dans
le Parlement , le 26. Novembre
dernier , ſur laréputation
188 MERCURE
des Avocats ,j'en ay entendur
de quelques uns de fes Audi
teurs ,&lû des fragmens dans
une Gazette de Hollande
dont je croy qu'il n'approuveroit
pas la peine qu'on prendroit
de les imiter. Je ſerois
preſquedans le même embarras
au ſujet de la Harangue de
M. Herault Avocat du Roy
du Chaſtelet , fi un de mes
amis n'avoit pas pris le ſoin
d'en ramaffer exactement les
morceaux que vous allez lire.
C'eſt un preſent qu'il m'a fait,
& certainement un preſent
que jecroy vous faire.
Le
GALANT. 289
A
Le but queM. Herault s'eſt
propoſé dans leDifcours qu'il
a fait aux Avocats à la
rentrée du Chaſtelet , a été de
leur faire perfuader que les
qualitez du coeur ſont preferables
à celles de l'eſprit. Loin ,
dit- il , de trop donner à la gloire
qui vient de l'esprit , affeurons
aux qualitez du coeur la préference
qu'elles meritent ,
fons voir qu'ellesfontplus effentielles
à l'Avocat que celles de
l'esprit. L'Orateur , continuet-
il un peu plus loin , doit eftre
honneste homme , éloquent, mais
la probitéfait le fond de fon ca-
Decembre 1714. Bb
fai290
MERCURE
1
ractere , l'éloquence n'en estpour
ainſi dire , que le colori : la probité
demande ſes demande festpremiersfoins , l'art
de bien dire ne demande que les
Seconds.Orator, ditQuintilien ,
vir bonus , dicendi peritus ...
vous en conviendrez bientoft ,
ajoute t- il , vous eſtes,nous ofons
le dire , neceffaires auxMagiftrats.
Le Jugefait par vous ce
qu'il ne peutfaire parluy-mêm ;
par vous , il demaſque les fourbes
qui viennent par des dehors
trompeurs furprendreſon équité,
en ſurprenant ſa compaffion. Par
à travers un amas confus
de circonstances embroüillées , il
vous
GALANT. 291
va reconnoijtre delivrer l'innocence
opprimée par l'imposture :
c'est par vous qu'il fuit la chicane
dans tous ſes détours , vous
luy montrez la verité, c'estàluy
de la vanger. Qui réuffira le
mieux dans ſes fonctions ſi importantes
& fihonorables ? qui
remplira mieux l'attente dufuge?
ou l'Avocat habile , fans probité,
ou l'Avocat honnestehomme.
Le premier aveuglé par l'in
terest, ou féduit par ta preſomption
, entreprendra la deffenſe
des cauſes les plus injustes , se
fiant trop à luy même , il aura
trop peu d'application pour les
Bbij
292 MERCURE
ilmé.
autres , plus il fera éloquent ,
plus ilfera dangereux ; aux lumieres
pures qui éclairent ,
lera un fauxbrillant qui ébloüit ,
ſaſcience luy fournira de ſpécieuses
raiſons pourparer le men-
Jonge , &fon industrie luy mettra
en mains des Armes pour combattre
la justice ; il puiſera dans
Son efprit millemoyens capcieux ,
mille détours peu finceres : icy il
donnera de belles couleurs à la
cupidité , il mettra l'innocence
dans unfaux jour , nul fcrupule
d'impofer aux Magistrats, de calomnier
ſes Parties , de trabir
mêmeſes Clients . Que d'intriGALANT.
293
gues. Car de quoy ne peut pas
eftre capable un Avocat avec un
bel eſprit ,fans un bon
beaucoup de lumieres
coeur, avec
د
;
peu
efde
probité ; en un mot qui est
habilefans estre honneſte homme.
Au contraire , dit il, dans un
autre endroit , à la loüarige
d'un Avocat honneſte hom,
me , le fuge instruit d'une cause
parun Avocat, qui avec un
prit mediocre , joint une vertu
qui ne l'estpas ,qui à la verité,
a moins d'éloquence , mais plus
de bonnefoy , habile, non pas autant
qu'on peut le foubaitter ,
mais autant qu'on peut lefou-
Bb iij
294 MERCURE
>
haitter honneste homme : comme
il n'a pas un grand fonds d'érudition
, il a la Justice pour fin
laſageſſe pour confeil , comme
c'est la droiture de ſon coeur
qui fait celle de ſon esprit ,fon
esprit ne porte jamais de faußes
lumieres dansfon coeur , fcrupuleuxſurtout,
il cherchepluſtoſtà
affurer le repos de ſa confcience ,
qu'à se preparer l'honneur d'une
victoire, il nese laiſſe ni émouvoir
par l'autorité , ni entraîner
par une compaffion aveugle qui
n'envisage dans la mifere ,que la
miſere même , il neprête ſon ſecours
à l'affligéquelorsqu'ilmerite
GALANT. 295
d'estre jecouru , il ne prend fous
Sa protection l'opprimé , que ,
quand il reconnoît injuste la puif-
Jance qui l'accable , ex par- là
digne enfin de la confiance du Juge,
lefuge avec luy marche en
feureté, & dans le cahos d'une
cauſe que la cupidité avoit pris
Soin d'embarraffer , il ne craint
p'us qu'on ne lui déguise,ou qu'on
ne luy ſupprimeſes faiis , qu'on
ne ſubſtiriüe la vray-Jemblance
à la verité , qu'au lieu de développer
lesens de la Loy ,on ne luy
coorrrroommmpppee le texte qu'au licu en
2
d'éclairerſon eſprit on ne s'appli
que àfurprendre ſon coeur , il ſe
B b iiij
८
296 MERCURE
repoſe enfinfur l'attention exacte
de l'Orateur qui l'empêche de ſe
tromper luy-même , &fur la
bonne foy qui luyfait ignorer
l'art funeste de tromper les autres
... SSii ll''oonn eefsttccoonduitparla droiture
de ſon coeur , on est toujours
habile à conduire les autres par
les routes de la ſageſſe , on sçait
tout dans une ſcience où le coeur
est le Maistre qui inſtruit ....
En parlant de l'Avocat
fans probité , le coeur , dit- il ,
n'a que trop d'empireſur l'esprit ,
la raison devroit le conduire
c'eſt luy qui domine la raison , il
la réduit enfervitude , il ne luy
GALANT. 197
permet plus d'écouter la ſageße
qui luy feroit connoiſtre la justice
ola verité , il faut que l'esprit
malgréluy , penſe comme le coeur
fent ,&fi le coeur est esclave de
quelque paſſion , il faut que la
raiſon pour estre écoutée apprenne
le langage de cette paſſion....
L'Avocat honneste homme neſe
laiſſegagner ny intimider ; il ne
craint d'avoir pour ennemis que
la verité , infenfible aux plus
touchantes prieres , rien ne le
frappe que lajustice ,rien ne luy
est recommandable que la justice,
&s'il en estoit beſoin , il la défendroit
contre le fuge même....
298 MERCURE
1
د
S'il manque de brillant pour
furprendre , il nemanque point de
force pour convaincre... En un
mot la veritéſur les lévres de
l'honneste homme ,fait aimer
fait triompher la justice ; &jamais
lajustice neſe trouveparlay
la victime de l'interest.
Le Client , les Parties , tout
l'Etat est intereßé à la probité
de l'Avocat , & il ne faut pas
croire que lorſqu'il s'acquitte de
fes fonctions , il le ſerve moins
que les guerriers qui repouſſent
loin de nos frontieres , ceux qui
qui les attaquent. L'Etat porte
dans ſes entrailles des ennemis
د
THEQUE DELAVILL
nous a
GALANT
plus dangereux , &plus remuans
que toutes les Puißances liguées
au dehors : ne parlons même plus
d'ennemis étrangers , aujourdhuy
que la ſageße du Roy
rendu la Paix,fans qu'il luy
ait coûté tout ce que ſon amour
pourfonpeuple, estoitprest de luy
Sacrifier aujourd'huy que ce
Monarque grand dans l'une
l'autrefortune,faifiſſant le moment
heureux que fa pieté avoit
obtenu du Ciel , a changé une
partie de nos ennemis en alliez
zelez, & réduit l'autre par la
force de ses armes , aujourd'huy
د
qu'il leur donne en Vainqueur ,
300 MERCURE
la Paix qu'ils luy avoient refufée.
Enfin , conclut-il dans la
premiere partie de ſon difcours
, glorieuse profeſſion , dans
laquelle rien ne borne l'honneur
de servir l'Etat, ou pendant la
guerre on a l'avantage de faire
gouter par la justice ,les fruits
de la Paix , ou pendant la Paix
on a la gloire de receüillir les
Lauriers qui viennentse confondre
avec les Palmes .
Dans la ſeconde partie , Ce
n'est pas aßz , dit- il , que l'Avocat
, avec les qualitez du coeur
foitplus utile auxJuges &au
GALANT . 301
Public , qu'avec les qualicez de
l'esprit , il estencoreplus utile à
luy-même.
Qu'il est aisé de concevoir ce
que la renommée en aura bientoft
publié , ce que la réputation
luy procurera de confiance,ceque
fa
la confiance luy attirera de nouveaux
Chents ; l'on verra les
innocens & les opprimez sempreffer
également aprés luy
maison devenir frequentéc comme
unTemple ,ſes décisions écoutées,
receuës comme des Oracles.
Il a le coeur compatißant; qui eft
la veuve , quifontles orphelins,
quifont les malheureux qui neſe
302 MERCURE
trouvent intereßezàl'avoir pour
Patron. Il est incapable de tromper
, les grands
les petits se Je
croiront donc également enſeuretéen
le rendant l'arbitre de leur
fortune ,&vous ne le verrez
descendre du Barreau , que pour
venir exercer chez luy uneMagiftrature
domestique d'autant
pius floriſſante qu'elle n'aura
pour titre que la vertu même....
Ne pensez pas d'ailleurs , que
pour devenir homme privéildevienne
pour cela homme moins
neceffaire à la Republique , Sa
maison n'est plus afſiegée des
plaideurs , mais son cabinet est
GALANT. 303
l'école de la vertu , on s'y affemble
en foule pour s'y instruire
les jeunes le prennent pour leur
maiſtre ,les autres ſefe le choiſiſſent
pourleur conſeil , tous ont en luy
la même confiance ; c'est la vertu
& la probité qui l'ont formé ,
peut- on suivre de plus fideles
guides.... Qu'elle excuſe pourroit
apporter Orateur,fi les qualitez
effentielles luy manquoient
puiſque lafacilité deles acquerir
égale encore la neceffité de les
poffeder.
Quant aux Procureurs ....
manquent- ils deScience,lesFuges
peuventy suppléer par leurs
304 MERCURE
lumieres ; mais lorsqu'ils manquent
de probité ; les Juges ne
peuventysuppléerparleur vertu.
Perfectionnez vostre coeur , il eft
le centre des paſſions quand on le
neglige ; il est leprincipe de toutes
les vertus ,quand on le cultive.
Enfin voicy comme il conclut,
Pourquoy dans la ſocieté civile ,
voyez vous qu'onsevanteſiſouvent
d'avoir un bon coeur , &fi
rarement d'avoir un bel eſprit ;
l'amour proprey trouvefon compte;
c'est qu'enſepiquant du bon
coeur on oublie rien pour fon
éloge,au lieu qu'enſepiquantseulement
du bel eſprit , on laiffe
,
mille
GALANT. 305
mille défauts à foupçonner :en
un mot ( croyez nous ) le bon coeur
est tout à la fois ce qui ſoutient
la dignité de l'Avocat , &ce qui
fait le plus grand merite du
Procureur.
Fermer
Résumé : Extrait d'un Discours éloquent que M. Herault, Avocat du Roy du Chastelet, a prononcé dans la Grande Chambre de cette Cour le 22. Octobre dernier. [titre d'après la table]
Le Mercure Galant de décembre 1714 mentionne deux discours récents. Le premier, prononcé par Monsieur Chauvelin au Parlement le 26 novembre précédent, n'est pas détaillé. Le second, tenu par Monsieur Hérault, Avocat du Roi au Châtelet, lors de la rentrée du Châtelet, souligne la supériorité des qualités du cœur sur celles de l'esprit pour un avocat. Hérault met en avant la nécessité de la probité, considérant l'éloquence comme un simple accessoire. Un avocat honnête et probe aide les magistrats à démêler la vérité et à rendre justice, tandis qu'un avocat habile mais sans probité peut être dangereux en utilisant son éloquence pour tromper. Le texte insiste sur le rôle crucial de l'avocat honnête dans la société, qui défend la justice. Il doit comprendre et parler le langage des passions humaines, car la raison seule ne suffit pas. L'avocat honnête sert la vérité et la justice, même contre le pouvoir souverain. Sa probité est essentielle pour les clients, les parties et l'État, qui combat des ennemis intérieurs plus dangereux que les menaces extérieures. L'avocat, par sa probité et sa compétence, attire la confiance et devient un refuge pour les innocents et les opprimés. Même après avoir quitté le barreau, il continue de servir la République en étant un modèle de vertu et de probité. Le texte souligne également l'importance de la probité des procureurs, qui ne peut être compensée par la science ou la vertu des juges. La probité est essentielle pour maintenir la dignité de l'avocat et constitue la plus grande qualité du procureur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
983
p. 331-340
Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure dérogeroit au Titre de Galant qui luy est [...]
Mots clefs :
Journal, Jupiter, Mercure, Sculpteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Le Mercure dérogeroit au
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Fermer
Résumé : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur du 'Mercure Galant', une publication périodique, adresse ses vœux de santé et de prospérité au roi, à sa famille royale et à ses lecteurs. Il exprime son désir de poursuivre la publication du 'Mercure Galant' et encourage ses éventuels successeurs à prendre la relève. L'auteur souligne que la revue reçoit quotidiennement une abondance de contributions de qualité médiocre, ce qui garantit un approvisionnement constant en contenu. Il prodigue plusieurs conseils à ses successeurs. Tout d'abord, il leur recommande d'éviter de critiquer les pièces de théâtre ou les livres contemporains afin de prévenir les conflits avec les auteurs. Ensuite, il les met en garde contre l'excès de nouveauté ou d'impertinence, insistant sur le respect du public et la modération dans l'auto-promotion. L'auteur illustre ces conseils par une anecdote concernant la valeur perçue des statues de Mercure, Jupiter et Junon. Il explique que la statue de Mercure, bien que moins prestigieuse que celles de Jupiter et Junon, est plus appréciée en raison de son nom et de son titre. Cette comparaison sert à souligner l'importance du nom et du titre de la publication. Enfin, l'auteur sollicite l'avis de ses lecteurs sur la poursuite de la publication du journal, montrant ainsi son attachement à leur opinion et à leur satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
984
p. 3-14
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Début :
Viginti talentis unam orationem vendidit Isocrates.* Isocrate reçut d'un [...]
Mots clefs :
Mécène, Hommes, Éloquence, Rhétorique, Grecs, Romains, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Igintitalentis unam
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
Fermer
Résumé : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Le texte examine la valeur accordée à l'éloquence et à la rhétorique dans l'Antiquité et la compare à l'époque contemporaine. Dans l'Antiquité, l'éloquence était extrêmement prisée. Par exemple, Isocrate reçut une somme importante pour une harangue, tandis qu'Aretin fut récompensé pour se taire, illustrant les différentes manières dont les orateurs étaient valorisés. Chez les Grecs et les Romains, l'éloquence permettait d'influencer des décisions majeures, telles que ravager des continents ou destituer des rois. Les orateurs célèbres étaient couronnés de lauriers et acclamés par le peuple. Les enfants des dignitaires étaient également distingués par leurs talents oratoires. De nos jours, bien que le goût pour les arts soit toujours présent, les succès littéraires ne sont plus récompensés de la même manière. Les auteurs modernes se plaignent souvent de l'indifférence et du mépris qu'ils rencontrent, ce qui les pousse à critiquer sévèrement la société. Cependant, chacun souhaite obtenir des mécènes avant de prouver sa valeur. L'auteur s'adresse au public, le priant de devenir son mécène et promettant de partager avec lui des œuvres littéraires variées. Il reconnaît ses erreurs passées et s'engage à améliorer ses publications futures. Enfin, il invite les écrivains à lui envoyer leurs œuvres pour les corriger et les publier correctement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
984
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
985
p. 50-54
Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
L'opinion la plus commune est que Numa Pompilius ajoûta [...]
Mots clefs :
Mois de janvier, Année, Janvier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Le texte traite de l'origine et des variations du début de l'année dans le calendrier romain. Traditionnellement, Numa Pompilius est crédité d'avoir ajouté les mois de janvier et février et d'avoir fixé le début de l'année en janvier. Cependant, Ovide soutient que l'année a toujours commencé en janvier et parfois se terminait en février. Le mois de janvier tire son nom de Janus, une divinité à deux visages représentant le passé et l'avenir. Le terme 'janvier' provient du latin 'januarius', lié à 'janua' signifiant 'porte', car janvier est le premier mois de l'année. Ce mois est également connu pour son froid intense, illustré par l'expression 'Janvier a trois bonnets'. En Occident, avant 1564, l'année débutait soit à Pâques, soit à Noël. En 1564, le roi Charles IX a décrété par édit que l'année commencerait le 1er janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
986
p. 54-73
Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant, Messieurs, aux autres articles de ce Journal. En [...]
Mots clefs :
Fête, Duchesse de Brissac, Princesse, Intermède, Abeille, Divertissements, Roi, Danse, Marquis de Caumont La Force, Comédie italienne, Nuits de Sceaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Messïeurs
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
, aux autres articles
de ce Journal. En voicijustement
un, que vous lirez
sans doute avec plaisir.
Son Altesse Serenissîme
Madame la Duchesse du
Maine, donr je fuis persuadé
que tout le monde a
entendu mille fois loüer
avec justicele goût,la delicatesse
& l'esprit, a paru
si contente de plusieurs Fêtes
charmantes qui ont été
representées dans sa maison
de Sceaux, que j'ai mis tout
en usage pour en avoir la
datte, l'arrangement,les
divertissemens, les paroles
& la musique, dont je me
fuis long-temps flaté de
vous donner le détail, si je
pouvois reiïflîr dans mon
adbesssoeliunm:emntais cela m'a été
impossible, lX;
c'est de quoy je fuis d'autant
plus mortifié, que j'ose
vous affurer, sur la parole
d'un grand nombre de gens
d'eiprit & de distinction qui
les ont vûës, que c'est ce
que je vous aurois peut-être
donné de meilleur. Cependant
tous mes soins
n'ont pas été inutiles, ôc
après bien des mouvemens,
j'ai enfin été assez heureux
pour en apprendre ce que
vous en allez lire.
La Fête que donna Madame
la Duchesse de Brissac
avec M le Marquis de
Caumont la Force, étoic
compolée de trois Intermedes
differens) mais qui
avoient quelque liaisonentreux.
Le premier, intitulé
les Champs Elysées, commençât
par le Roy de la
Fête, qui conjuroit la nuit
de le favoriser dans le def.
fein qu'il avoit de donner
une Fête à Son Alreflfe Se.
reniflime. Apres cette invocation
il rencontroit un
Magiciende ses amis, à qui
-ilconfiait l'embarras ou il
jfe trouvoit d'être obligé de
presideràcefpc&acle, &
de ne sçavoir comment s'y
prendre pour le rendre
agreable & nouveau. Le
Magicien lui offroit de le
conduire aux Champs Elysées,
pour y consulter les
ombres des plus grands
Poètes de l'antiquité, &
des Poëtes modernes. Le
Roy acceptoic l'offre du
Migicieniils defcendoienc
dans le Royaume de Pluton
, où tous ces grands
hommes leur temoignoienf
un égal empressement a fe- *
conder leur entreprise, par
ce qu'ils connoilloient les
grandes vertus de la Princesse)
& que (on nom avoic
paffé Fonde noire. Enfin
Anacrcon étoit celui qui se
chargeoit lui seul de fecou.
rir le Roy de la Fête. Il prioit
l'Amour de la conduire luimême,
& de lui marquer
par là sa reconnoissance de
ce que ce Poëte galant l'avoir
si bien celebré dans Ces
écrits. Orphée venoit en.
fuite avec Arion, & plufleurs
ombres) qui charmées
de les entendre, les
environnoient sans ccfTc.
Cet Intermede finiÍfoit par
une scené que chantoienc
deux grands Musiciens, 8c
les ombres témoignoient
par leur danse le plaisir qu'-
ellesavoient d'écouter leurs
agreables concerts.
Le second Intermede
étoit intitulé l'Amour bief,
fé par l'Abeille. L'Amour
engagé par Anacreon à se
charger du foin de la Fête,
venoit à Sceaux pour la préparer.
Le Sommeil defefperé
d'être banni de la Cour
de la Princcflè, & ne poui
vanfc iupporrer que l'Amour)
qu'il regarde comnie
Ion plus grand ennemi,
fût!charge" d'une commiffion
sihonorable, répandoit
ses pavots sur ce petit
Dieu, & faisoit si bien qu'il
l'endormoit. Pendant le
sommeil de l'Amour une
abeille venoit le piquer.
L'Amour se réveilloit en
faisant des imprecations
contr'ellejôc dans le temps
qu'il alloit jurer par le Styx
de l'exterminer elle & toute
[on espece yVenus paroiffoie
pour arrêter le efrment
temeraire de son fils, & lui
reprefenranc que l'abeille
étoit fous la proteâion de
la Princesse
; qu'elle en avoit
composé sa dévise
, &
inllitué nn Ordre fous le
nom de l'Abeille. L'Amour
fc repentoit, de sa colere,
Se difoic sur le champ qu'il
guerissoit sa blessure;enfuite
il appelloit tous les autres
Amours, & mettant
l'abeille au rang des astres,
il en celebroit lapotheofe
avec eux.
L'Amour & [es. freres
composoient aussi le troi:"\
siéme Intermede. Il paroisfoit
fous la figure d'Arlequin)
& tous les freres fous
celles des personnages de
la ComedieItalienne,parce
qu'ils avoient remarqué
que la Princesse les voyoit
avec peine dans sa Cour
fous leur propre figure, &
quelle craignôic qu'ils n'y
causassent du desordre:mais
souhaitant de n'en point
sortir, & de former un spec.
tacle qui lui fût agréable,
ils alloient mettre leur arc
& leurs fleches à ses pieds,
& representoient ensuite
une petite Comedie Italienne-.,
intitulée les Fêtesnocturnes
J ou l'Epée enchantée.
Quinze jours après, cette
Fête fut suivie de celle de
l'inconnu. Voicien peu de
mots quel en étaie le sujet.
Une personne qui ne vouloit
point se faire connoî?
tre entreprenoit de donner
une Fête, mais d'y rappel-
1er, s'il écoit poilible, cette
premiere (Implicite que les
grandes nuits de Sceaux
avoient euë lors qu'elles
comcommencerent,
parce que
l'éclat où on les avoit portées
mettoit une trop grandeémulation
entre ceux
qui donnoient ces fortes de
divertissemens. Le premier
Intermedecommençoitpar
le Mystere, quivenoit avec
deux deks.. suivans pour
preparer laFête,&pour
dépayser les curieux qui
voudroient découvrir par
qui elle auroit été donnée.
D'autressuivans du Mystere
venoient le joindre, &
aprés quelques discours&
quelques ceremonies convenables
au sujet, ils formoienctous
ensemble un
divertissement.
Pourrépondre à l'idée
qu'on avoir de rappeller la
simplicité dans les grandes
nuits, Astrée paroissoitavec
deux de les suivantes,
pour donner à la Princesse
unerepresentationdesplaisirs
simples & innocens du
premierâge. PlusieursBergers
, &un grand nombre
de Bergeres formoient ce
divertissement,& par leurs
chansons, aussi bien que
par leurs danses, ils exprimoient
les charmes de ]a
vie champêtre, & ils faisoient
une naïve description
des plaisirs que l'ongoûte
lors qu'on est exempt d'ambition
, & que l'on fuit les
loix de la nature. C'étoit là
le second Intermede de la
Fête de l'inconnu.
Cerés formoit le troisiéme,
& suivie d'un grand
nombre de Laboureurs &
de Moissonneurs, elle venoit
offrir à la Princesse les
premices des fruits &des
moissons.
La Fête qui fut donnée
aprés celle-ci avoit pour
fujer la ceinture de Venus
qui avoit été perduë
,
&
que l'on venoit chercher à
Sceaux. Elle est de la composition
de M. de laMotte;
maiscomme j'en ignore les
circonstances, je n$ peux
en faire ici la description.
C'étoit encore un inconnu
qui donnoit cette Fête.
Un troisiéme inconnu
s'est chargé du dernier de
ces Divertissemens, qui a
précédé de peu de jours le
départ de Son Altesse Serenissime
pour Versailles. Le
sujet de cette Fête étoitsingulier.
C'étoit une de ces
veillées que les paysans &
les paysannes de villages
font pendant les hyvers,
lors qu'ils se rassemblent
pour travailler tous enferra
ble aprés leur souper. Celle-
ci étoit composée des
habitans de Sceaux. Une
vieille nommée Ragonde,
veuve fort riche, aimoit
passionnément un jeune
paysan nommé Colin. Celui
ci ne pouvoit la souffrir
à cause de l'inégalité de
'r¡g.e., & parce qu'il avoit
du goût pour la fille de la
veuve, nommée Colette.
C'est sur cette matiere que
rouloient tous les entretiens
de la veillée. La vieille
amoureusefaisoit tous ses
efforts pour gagner Colin;
ôc voyant qu'il sobftinoit à
la mépriser, elle contoit
une histoire qui tendoit à
lui faire croire qu'elle étoit
sorciere, & que s'il ne l'aimoit
pas, elle sçauroit bien
l'y contraindre par ses malefices.
Colin racontoit une
autre histoire qui tendoit à
lui persuader qu'il ne la
craignoit point. Les autres
paysans interrompoient
cette conversation on dansoit
,
& par là finissoit le
premier Intermede.
-; Le second Intermede étoit
composé de plusieurs
paysansapostez par lavieille,
& déguisez en Lutins,
en Demons & en Sorciers.
Colin trompé par Colette,
qui obeïssoit aux ordres de
sa mere, & aux conseils
d'un autre paysan nommé
Lucas,pour qui cette jeune
paysanne avoit beaucoup
de tendresse
,
donnoit un
rendez-vous à Colin, lui
faisant accroire que c'étoit
àl'insçûdesamere.Colins'y
rendoitavec empressemet;
& dans le moment qu'il
attendoit sa chere Coletre,
tous ces faux Lutins & Demons
effrayoient Colin,
tant par leurs danses que
parleurs chants. Ragonde
le voyant presque mort de;
peur,paroissoit, pour lui
dire qu'elle alloit l'abandonner
à la fureur de ces
Lutins soûmis à ses ordres,
s'il ne promettoit pas de
l'épouser. Colin épouvanté
ne
ne faisoit plus aucune resistance,
&:
faisoit
des sermens
d'épouser Ragonde. La
vieille satisfaite congedioit
les Lutins, les Sorciers ôc
les Demons,&emmenoit
son cher Colin.
Le troisiémeIntermede
étoit la noce de Lucas & de
Colette, & celle de Ragonde
& de Colin. Tout le
villagecelebroitce double
mariage;ôc aprésplusieurs
danses &: plusieurs chansons,
cette ceremonie sinissoit
par uncharivari.
Fermer
Résumé : Ebauche de quelques unes des principales Nuits de Sceaux. [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs fêtes organisées par des personnalités de la haute société française. La première fête, organisée par Madame la Duchesse du Maine à Sceaux, comportait trois intermèdes. Le premier, 'Les Champs Élysées', montrait le Roi de la Fête consultant les ombres des grands poètes pour honorer la Duchesse. Le deuxième intermède, 'L'Amour blessé par l'Abeille', représentait l'Amour piqué par une abeille, symbolisant la protection de la Duchesse. Le troisième intermède présentait l'Amour et ses frères dans une pièce intitulée 'Les Fêtes nocturnes ou l'Épée enchantée'. Une autre fête, 'La Fête de l'Inconnu', fut organisée par une personne anonyme pour rappeler la simplicité des premières grandes nuits de Sceaux. Elle comprenait trois intermèdes : un mystère préparant la fête, Astrée et ses suivantes illustrant les plaisirs champêtres, et Cérès offrant les prémices des fruits et des moissons à la Princesse. Trois autres fêtes furent organisées en l'honneur d'une princesse. La première voyait Cérès offrir les prémices des fruits et des moissons à la princesse. La deuxième, organisée par M. de la Motte, concernait la recherche de la ceinture de Vénus perdue à Sceaux. La troisième fête, avant le départ de la princesse pour Versailles, représentait une veillée paysanne de Sceaux. Cette veillée mettait en scène Ragonde, une veuve riche, amoureuse de Colin, un jeune paysan préférant Colette, la fille de Ragonde. Avec l'aide de Colette et de Lucas, Ragonde tentait de séduire Colin en utilisant la peur et la sorcellerie. Colin, effrayé par des lutins et des démons, acceptait finalement d'épouser Ragonde. La fête se concluait par un double mariage entre Lucas et Colette, ainsi que Ragonde et Colin, célébré par des danses et des chansons, et se terminait par un charivari.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
987
p. 85-92
Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Début :
Le trait est nouveau, il est ancien, il y a plus d'un [...]
Mots clefs :
Cocher, Maître, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Le trait est nouveau ilest ancien, il , y aplus d'un
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
an que vous l'avez entendu
conter, ou vous ne le
sçavez pas encore;tout cela
peut être,&n'être pasaussi.
Pour moy ,qui ignore presque
tout ce qui s'est fait&
dit depuis dix ans à Paris,
je vous assure que je ne le
sçai que d'hier au soir, ôc
que j'aiappris, comme une
chose nouvelle & fort réjoüissante,
que le cocher de
M. Elvetius, fameux Medecin
Hollandois, ennuyé
depuis long-temps de sa
condicion,& las de panser
ses chevaux & de mener
son maître, lui dir un beau
jour, d'un air suffisant &
plein de confiance, qu'il
étoit resolu de le quitter,
qu'il vouloir faire une fin ,
en un mot prendre un parti.
M.Elvetiusétonné de la
proposition de son cocher
dont il étoit content, lui
demanda quelle raison le
portoit à lui tenirce langage,
& quel parri il vouloir
prendre. Ecoutez mon defsein,
Monsieur, lui dit-il.
Il y a, comme vous sçavez,
tant d'années que je fuis à
vôtre service, que j'ai foin
de vos chevaux,que je fais
vos commissions chez vos
malades, que je porte &
rapporte vos ordonnances
de chez l'Apoticaire
,
&
que je vous entends parler
Medecine, que j'en ai retenu,
outre presque tous les
termes dont vous vous servez,
l'usage des remedes
que vous employez contre
un grand nombre de maladies
; enfin je croy en
avoir assez appris pour pouvoir
m'ériger en Médecin
à montour. Vraiment,mon
ami, lui dit M. Elvenus,
tu as raison, si ce que tu
me dis est vrai. Vous pouvez,
Monsieur,reprit-il,
me mettre q, l'épreuve. Je
le veux, lui répliqua (on
maître, & demain nous en
essayerons:cependantjete
prie
prie pour aujourd'hui de
me mener à l'ordinaire.
Dans la journée M. EL
vetius alla voir deux de ses
amis à qui il conta la i.
sion de son cocher, & convint
avec eux d'un expedient
singulier pour le faire
rentrer dans son bon sens.
Je vous lamenerai demain,
dit-il à l'un& à l'autre i reC.
tez au lit jusqu'à ce que
nous arrivions, & ayez le
foinde faire mettre de la
marmelade dans un bassin;
sur-toutne m'attrapez pas.
J'y goûteraiJe raisonnerai
sur lamatiere à ma fantaisie
, & je la ferai jetter sur
le champ. Pour mon cocher,
que je vous enverrai
après demain, & qui ne
manquera pas de vouloir
faire ce qu'il m'aura vu faire,
vous lui donnerez à
goûter de ce qu'il vous
plaira
Lelendemain M. Elvetius
mene son cocher chez
ses amis, il le leur presente
comme un éleve qui pro.
mettoit de se distinguer un
jour dans la profession, ôc
fait enfin gravement ôc
sans peril, tout ce qu'illeur
avoit dit la veille. Ji\:
Le jqur suivant il le leur
envoye à sa place: mais le
pauvre diable n'eut pas entame
la visite&le bassin,
qu'il se hâta d'aller dans
l'antichambre rendre juiqu'au
fang les menus suffrages
de ion coup d'essai,
en jurant à chaque hoquet
contre son maitre,qu'il donna
cent fois au diable. Il
retourne cependant au logis;
& reprend tranquiler.
ment, avec le foin de son
écurie, la fonquenille &
lalivrée qu'il porte.
Fermer
Résumé : Histoire boufonne. [titre d'après la table]
Un cocher au service de M. Elvetius, un médecin hollandais réputé, décide de quitter son emploi pour devenir médecin. Il affirme avoir acquis des connaissances médicales en observant et aidant M. Elvetius. Ce dernier, intrigué, organise une mise en scène avec deux amis pour dissuader le cocher. Ils simulent des maladies et lui donnent un bassin contenant de la marmelade, prétendant qu'il s'agit d'un remède. Le cocher, dégoûté, comprend son erreur et renonce à son projet de devenir médecin, retournant à son poste de cocher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
988
p. 92-94
Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Début :
Dans le Mercure de Septembre M. D. L. S. a fort [...]
Mots clefs :
Poète, Portrait du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Dans le Mercure de Septembre
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
M. D. L. 5. a fort
bien critiqué le vicit & le
consisas de l'hexametre du
Distique qui est nlis[ous
le Portrait du Roy,à cause
de l'impropriété& du barbarisme
de ces mots mais
je m'étonnequ'iln'aie rien
repris dans le pentametre,
qui est encore plusvicieux,
parce qu'il est sans cesure,
& qu'il y manque une longue,
à cause de l'ecthlipsis
quis'y rencontre. D'ailleurs
qu'il n'ait pas jugé que ces
vers ne pouvoient pasêtre
deSanteüil, mais de quelque
Poëte dupays du Nord,
qui sçait malles réglés de liPoësie Latine, & scande
les pentametres par des anapestes.
Pour rendre sa pensée
toute entiere, il faloit
donc dire;
Stravit inaccessisstructas in
ntPibusarCsS ;
Quiàni ? hic per Rhenum fie
fibifecit iter.
Sic, àcause du fort de
Tholhuys, duqm uel le canon
faisoit grand feu, comme
de la forteresse qui est dans
l'estampe en eloignement.
Fermer
Résumé : Réponse à la Critique d'un Distique de Santeüil qui a paru dans le Mercure de Septembre. [titre d'après la table]
Le texte critique le poème 'Portrait du Roy' pour ses fautes métriques et stylistiques. L'auteur reproche à M. D. L. de ne pas avoir signalé les défauts du pentamètre, comme l'absence de césure et de syllabe longue due à une ecthlipsis. Il suggère que l'auteur pourrait être un poète du Nord ignorant les règles latines. Une version corrigée des vers est proposée, en référence au fort de Tholhuys et à une estampe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
989
p. 95-99
Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
Début :
La dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens [...]
Mots clefs :
Chanoines, Chanoines de la Cathédrale d'Amiens, Religieux, Religieux de l'abbaye de Saint-Acheul, Église, Cathédrale d'Amiens, Abbaye de Saint-Acheul, Dispute
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
La dispute entre les Chanoines
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
de la Cathédrale
d'Amiens & les Religieux
de l'Abbaye de S. Acheal;
touchant le corps de Saint
Firmin leConfesseur,vient
enfin d'être terminée dune
manière bien glorieuse
pour M.l'Abbé de l'Estocq,
Chanoine, Théologal, &
grand Vicaire de Monseigneur
l'Evêque d'Amiens,
qui a fait voir avec beaucoup
de solidité & de précision,
dans deux ouvrages
qu'il a donnez là-dessus au
public, le bon droit de son
Eglise. Le ic. du present
mois.,la châsse de saint Firmin
le Consesseur,troisiéme
me Evêqued'Amiens, &;
dont estquestion depuis
1697. entre le Chapitre 'ci'A:
miens & les Chanoines Réguliers
de S. Acheul, a été,
ouverte. Non feulement on
ya trouvélesreliques de
ce Saint, mais encore raae
le plus autentique que l'on
puisse desirer. Il ne faloit
plus que cette derniere
preuvepour mettre le comble
à la conviaion. Le
Choeur de l'Eglise Cathédrale
s'esttrouvéàcette ouverture
importante rempli
de ce qu'il y a de plus distingué
dans la ville. On a
trouve dans cette châtre des
ossemens entiers de saint
Firmin, & une quantité de
cendres considerable. L'acte
quimarque la translation
de ce Saint dans l'Eglise
d'Amiens, s'y est trouvé
entier avec les sceaux, renfermé
dans une boëte de
bois de hêtre. La justification
de la translation de saint
Firmin
) que M. l'Abbé de
l'Estocq a donnée au Public
l'année derniere 1714.
ne laisse rien à desirer touchant
la certitude de la
translation de ce Saint
dans la Cathédrale d'Amiens.
Les raisons qu'il apporte
dans cet ouvrage font
deduites avec beaucoup de
netteté & de jugement.
C'est une piece excellente
en son genre.
Fermer
Résumé : Décision de la dispute entre les Chanoines de la Cathedrale d'Amiens & les Religieux de l'Abbaye de S. Acheul. [titre d'après la table]
Le texte décrit la résolution d'une dispute entre les Chanoines de la Cathédrale d'Amiens et les Religieux de l'Abbaye de Saint-Acheul au sujet du corps de Saint Firmin le Confesseur. Cette querelle, débutée en 1697, a été tranchée en faveur de l'Église d'Amiens grâce à l'intervention de M. l'Abbé de l'Estocq, Chanoine, Théologal et grand Vicaire de l'Évêque d'Amiens. En mars, la châsse de Saint Firmin, troisième évêque d'Amiens, a été ouverte en présence de notables de la ville. Les reliques du saint y ont été trouvées intactes, accompagnées d'un acte authentique de sa translation vers Amiens, conservé dans une boîte de bois de hêtre. Cet événement a validé les arguments présentés par M. l'Abbé de l'Estocq dans ses écrits, notamment un ouvrage publié en 1714, qui prouvait la légitimité de la présence des reliques à Amiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
990
p. 99-103
Nouvelles d'Espagne. / Noms des Seigneurs qui composent l'Academie des beaux Esprits de Castille. [titre d'après la table]
Début :
Passons maintenant, s'il vous plaît, Messieurs, aux nouvelles [...]
Mots clefs :
Espagne, Madrid, Académie des beaux esprits de Castille, Roi d'Espagne, Langue castillane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne. / Noms des Seigneurs qui composent l'Academie des beaux Esprits de Castille. [titre d'après la table]
Passons maintenant, s'il
vous plaît, Meilleurs, aux
nouvelles generales. Je ne
sçai par quelle raison favorite
je fuis dans l'usage de
commencer par celles d'Espagne.
En attendant que je
vous rende raison de cela,
comme de tous mes caprices,
voici celles quej'ai rCJ
çûës de ce Royaume.
Sa Majesté Catholique,
comme je vous l'ai déjà dit,
a établi une Academiede
beaux esprits à Madrid pour
l'ornement, l'augmentation
& la correction de la Langue
Castillane. Les Membres
de cet illustre Corps,
dont le Roy d'Espagne est
le protecteur, font.
Le Marquis de Villena,
Duc d'Escalonne, premier
Majordome du Roy, Be
Grand d'Espagne) Dirctteur.
D. Vincent de Squarzafigo,
Secretaire.
D. Jean de Terreras,
Curé de Saint André.
D. André de Barzia,Avocat
general du Conseil des
Finances, ôc depuis peu
Conseiller de Castille.
Le R. Pere Jean de Ayalla
, Docteur en Langue Hebreuse
dans l'Université de
Salamanque.
Le Pere Aleazard
,
Jesuite.
Le Pere Cassani, Jesuite.
D. Jean deVillamoros
Prêtre.*
Le Marquis de saint Philippe)
qui a été Envoyé du
Roy à Genes.
D. Gonzales Machado,
President du Conseil des
Indes.
D. Jerôme Pardo, qui a
été du Conseil des Finances
,& à present du Conseil
Royal de Castille.
Le Comte de Salduena.
Le Marquis d'Aguillard,
Comte de Sant Estevan,
Capitaine des Gardes du
Corps, & Grand d'Espagne.
D. Jean de Solis y Avocat.
D. François Villegas)
Avocat.
D. Manuel de Fuentes,
Conseiller des Finances.
vous plaît, Meilleurs, aux
nouvelles generales. Je ne
sçai par quelle raison favorite
je fuis dans l'usage de
commencer par celles d'Espagne.
En attendant que je
vous rende raison de cela,
comme de tous mes caprices,
voici celles quej'ai rCJ
çûës de ce Royaume.
Sa Majesté Catholique,
comme je vous l'ai déjà dit,
a établi une Academiede
beaux esprits à Madrid pour
l'ornement, l'augmentation
& la correction de la Langue
Castillane. Les Membres
de cet illustre Corps,
dont le Roy d'Espagne est
le protecteur, font.
Le Marquis de Villena,
Duc d'Escalonne, premier
Majordome du Roy, Be
Grand d'Espagne) Dirctteur.
D. Vincent de Squarzafigo,
Secretaire.
D. Jean de Terreras,
Curé de Saint André.
D. André de Barzia,Avocat
general du Conseil des
Finances, ôc depuis peu
Conseiller de Castille.
Le R. Pere Jean de Ayalla
, Docteur en Langue Hebreuse
dans l'Université de
Salamanque.
Le Pere Aleazard
,
Jesuite.
Le Pere Cassani, Jesuite.
D. Jean deVillamoros
Prêtre.*
Le Marquis de saint Philippe)
qui a été Envoyé du
Roy à Genes.
D. Gonzales Machado,
President du Conseil des
Indes.
D. Jerôme Pardo, qui a
été du Conseil des Finances
,& à present du Conseil
Royal de Castille.
Le Comte de Salduena.
Le Marquis d'Aguillard,
Comte de Sant Estevan,
Capitaine des Gardes du
Corps, & Grand d'Espagne.
D. Jean de Solis y Avocat.
D. François Villegas)
Avocat.
D. Manuel de Fuentes,
Conseiller des Finances.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Espagne. / Noms des Seigneurs qui composent l'Academie des beaux Esprits de Castille. [titre d'après la table]
Le texte relate des nouvelles générales concernant l'Espagne. Sa Majesté Catholique a établi une Académie des beaux esprits à Madrid pour embellir, enrichir et corriger la langue castillane. Cette institution est sous la protection du roi d'Espagne et dirigée par plusieurs personnalités éminentes. Parmi elles, on trouve le Marquis de Villena, Duc d'Escalonne, premier Majordome du Roi et Directeur. D'autres membres notables incluent D. Vincent de Squarzafigo, Secrétaire, D. Jean de Terreras, Curé de Saint André, et D. André de Barzia, Avocat général du Conseil des Finances. L'Académie compte également le Père Jean de Ayalla, Docteur en Langue Hébraïque, ainsi que des Jésuites tels que le Père Aleazard et le Père Cassani. Le texte mentionne également des figures politiques et religieuses importantes, comme le Marquis de Saint Philippe, D. Gonzales Machado, Président du Conseil des Indes, et le Comte de Salduena.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
991
p. 208-262
EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Début :
Les Sçavants ne me reprocheront plus maintenant le / Ce qu'on appelle une Tache du Soleil, est ordinairement [...]
Mots clefs :
Tâches, Facule, Soleil, Volcan, Noyau, Nuage, Nébulosité, Surface, Flamme, Mémoires, Facules du soleil, Corps noirs, Fournaise, Savants, Mercure galant, Dames, Journal, Astronomes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Les Sçavants ne mereprocheront
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
plus maintenant le
deffaut qu'ils m'ont reproché;&&
ils ne se plaindront pas
davantage de ne pas trouver
dans mon Livre des matières
sçavantes. J'en ai de quoi exercer
doresnavant leur fciencc
& leur curiosité. Ils pourront
juger de mon attention à
les satisfaire par l'ouvrage de
phisique, dont je leur fais present
dans le Journal de ce
Mois:Je pense, que, si ce n'avoit
été à leur consideration,
jeneme serois peut-estre jamais
avisé d'introduire dans le
Mercure
Mercure Galant des Memoires
de cette espece, outre qu'ils
font trop élevez pour moy,
je lescroy peu propres àamufer
les Dames, & le reste des
gens du monde. Cependant
comme il est juste que-chacun
trouve son compte dans mon
Livre,l'accëuil qu'ils feront
à cette piece me déterminera à
continuer àleur en donner de
sçavantes, ou à cesser de
le faire. Je fuivray toûjours
en cela leur goût qui est plus
capable de décider que lemico.
Ils auront donc pour ce mois.
cy,enattendant qu'il leur
plaire s'expliquer ou m'aider
sur cet article, la moitié de
j'explication des Taches &
Facules du Soleil; & lemois
prochain l'autre.
EXPLICATION
des Taches & Facules
inSoleil.
Ce qu'on appelle une Tache
du Soleil, cO: ordinairementcomposé
de deux parties
générales, sçavoir de quelques
corps noirs de figure irrcgu,
lièrement arrondie, & d'une
(fpeee de nuage.obscur qui
tes environne de tous coftez**
Les Facules font unepart^
quelconque du disque du Soleil
qui paroît plus éclairée que
le reste de sa surface,& qui
pour l'ordinaire environne
chaque tache en forme de 1
couronne d'une largeur médiocre.
Les taches avec leurs
facules font commeattachées
à certains endroits fixez du
corps du Soleil. Ce que l'on
connoît,en ce qu'elles y reparoissent
après plusieursrévo-
~lutisdecet astreautour de
luy 111me) long temps après
avoirété''drflîpécs.Ellesdé(
crivent toutes des paralelles
à lequateur du Soleil,àdifférentes
distances de cet équateur,
ce qui ne va gueres a
plusde13. devrez vers l'un ou
l'autre de ses Pôles; &même
depuis environ une trentaine
d'années qu'on les observe
avec toute l'exactitude poffible,
on n'en trouve plus que
du côtéduPôle méridional de
cet afire, comme il en marqué
dans les Mémoires de l'Acadcmie
desScunces, au fujec
de la tache du mois de Mars
1704.
2.. Ily a grande apparence
que ce font ces facules qui pro-i.
duisent les taches; puisqu'on
a vu des facules paroitre sans
taches pendant plusieurs jours,
& cnfuitc des taches naître au
milieu de ces facules, comme
on le trouve dans les Mémoires
cy-dessus : à l'égard
de cellesdel'onzième Juin
1684.&du2.4.Février 1704.
où il est dit entr'aurrcs chofcs
touchant cette dernicrej que
Ton vit le premier jour grand
nombre de facules dans unen.-
droit du bord du Soleil, ou
l'on s'attendoit de voir une
tache reparoître, que le iondemain
le nombre &. la grandeur
des faculesaiugmentèrent en mêAme [èrns qu'elles cheminoienc
vers le milieu du Soleil,
sans qu'il y parûc encore aucune
tache; que le troisïéme
jour les facules s'éroienr encore
avancées davantage vers
le milieu du Soleil; qu'on
voyoit alors 6. petites taches
nouvellement néesaumilieu
de ces facules, & que le quatrième
& les jburs suivans les.
facules & les taches continuèrent
d'avancer enfclnble
sur le dlrque duSoleil; mais
on ne voit point de tache fansfacules.
3. Il n'cit pasmoins vrayfcmblable
que ce font les mêmes
facules qui décruifent les
taches; puisque les facules.
augmentent àl'entour des taches,
à mesure que celles-ci se
diflîpent-, & que les facules
fubfillent encore en la place
des taches, pendant même
quelques jours, après la dcftcuétlon
de ces derniercs,
comme il est rapporté expressement
touchant la tache
du 2. 7 Janvier1704. dans les
Mémoirescitez,& au fujec
de plusieurs autres de l'année
1678.&decelles du fixiéme&
du22. May 1701. If
cit die en particulier de cellescy,
qu'elles étoient environnées
de facules, & qu'elles ont
disparu au milieu du Soleil en
s'éclaircissant peu à - peu sans
avoirchangé ny de grandeur,
ny de figure; ce qui fait noiftre cou- manifeftemenc que
ces taches ont à la fin degenerezen
facules A l'égarddecellesdel'année
1678.ilefi:rap- ,-l porté dansles mêmes Mémoires
quelles finirent en
laissant feulemenr plufi urs
points noirs environnez de
faculcsilelquelles avoient pris
la
la place du nuage; d'où l'on,
peut conclure que les facules
dissipent la nebulosité qui environne
les corps noirsy
avant de pouvoir détruire
ces mêAmes corps, & que par
consequent cettenebuloûcé
cit moins solide que les corps
noirs, Aussi voit-on quelquefois
des corps noirs subsister
long temps sans atmofphérc,
ou nuige
4. Les taches & facules
croissnt & se multiplient en
peu de temps, mais elles fc
détruisent insensiblement.
Celles du mois de Décembre
1700. parurent tout a coups
melles du 2. de Juillet 1703.
n'étoient d'abord que 3. en
nombre,& fort foiblcs,
quoyquaffez étenduës;une
d'elles contenoit 4. corps
noirs, & une autre feulement
2. au-dedans d'un nuage
obscur;mais l'iic. du même
mois ces 3. taches étant devenuës
très- fcnfïbles, l'une renfermoit
alors treize corps
noirs
, une autre sept, & la
troisiémefeulement deux;
outre treize autres petits qui
cftoient répandus çà & là,
entre ces trois grandes taches
sans aucun nuage à l'entour.
Quand ces tachescommencèrent
à difparoiûre
7
il
n'yen avoie plus que deux
qui fubfiftoienc, dont une
renfermoit feulementi.corps
noirs au- dedans d'unnuage,
& l'autre n'en contenoit plus
que 3. environnez de facules;
ainsiratmofphére de cette derniere
avoit esté entiercment
dissîpéc,avant ses corps noirs.
Il eH dit encore touchant les
taches du6. Juin 1703.que
l'amas des petites taches qui
accompagnoientla plus grossè
étoit presque dissipé; quoyquecette
plu grosseiubfiftâc
encore,ce qui saicvoirqu 'clle
se dissîpa fùcctffivement.
Voyez toujours les Memoirescitez.
5. A l'égard de l'arrangement
des corps noirs dans la nebulosité
des taches, il n'eltpis
toûjours confus;mais(ouvent
quand il y a un grand
nombre de ces corps noirs,
(comme dans celles de l11.
Juillet 1703.mêmes Mémoires)
dont une feule en contenoit
treize corps noirs
sont rangez vers le bord du
nuage en forme de cercle ou
d'ovale
, qui est la figure la
plus ordinaire des taches lor f.
qu'elles partent sur le milieu du
Soleil , comme dans celle du
zi. May 1702. Il paroist encore
par toutes les figures des
taches qui ont esté inférées
dans les Livres de l'Académie
des Sciences, que l'ptmofpherc.
d'une tache est toujours
un peu plus claiie dans
son milieu que dans ses
bords, quoy qu'il n'y foie
fait aucune mention de cette
propriété1 , ; ce qui porte à
croire que le milieu d'une
tache n'cH jamais exempt de
facules. Cependant ces arrangemens
des corps noirs dans
chaque tache; de même que
leur nombre, leur figure, leur
grandeur, & leur distance ne
font pas constantes, non plus
que ceux de plusieurs taches
voisines qui composent un
amas de taches, qu'on appelle
une tache totale:il cft dit
(par exemple) de celles du 6.
Juin 1703. mêmes Mémoires,
qu'une partie des petites taches
qui accompagnoient la plus
grosse s'étantdissipée sur le
milieu du Soleil, le restes'étoit
fort approché de cette
plus grosse; & encore au fujet
de celle du 19Janvier 1704.
qu'il ya un changement continuel
dans la figure des taches
& dans leurs distances,&arrangemens.
On ajoute touchant
celle du 2. Juillet1703. que
la moyenne des trois grandes
taches qui se voyoient alors,
s'étoit approchée de l'une des
2. autres, &éloignée de l'autre,
au milieu même duSoleil;
que le lendemain cette
moyenne avoit disparu tout à
fait; & que le nombre & l'arrangement
des corps noirs des
i. taches restantes,avoit conolîJera
blementchangé en trois;
jours de temps : on dit de même
des taches de 1678. qui,
fcrmoient la figure d'un trapése;
qu'une d'elles ayant disparures
3 autress'arrangerent
fous la for;iie d'un triangle
équilareral; quatre jours aprés
2. s'approcherent davantage
entr'elles, & la 3
e. au contraire
s'éloigna en suite des
deux plus qu'auparavant. On
ajoûte que la tache du 17eL.
Janvier, 1704. estoitcomposée
de 2. corps noirs joints ensemble
par une de leurs extremitez,
& enfermez dans une
même nebulosite; que le i8.,
suivant ces 2. corps noirs s'étoient
séparez l un de l'autre;
que le 29. il y en avoit trois
presque égaux; que le 31. ces
trois corps s'etoient considerablement
écartezl'un de itau..
tre, quoyque toujours enfermez
dans un même nuage,
& que le ItFévrier ilsl'étoicnt
encoredavantage ayant chacun
alors sonatmosphére particulier
Enfin il ca rapporté
au su jet des taches du 5. May
1684. que les parties des taches
qui changent de figure
ont outre leur mouvement
jegié & général à l'entour
du Soleil un mouvement irrégulier,
presque comme des
nuées pouffées au hazard par
les vents.
6. Quant à la grandeur de:
tout un amas de caches qui
paroissent enmême temps, Se
qu'on a nommé cy-dessus une
tache totale, le plusconsiderable
qui ait paru depuis 30. années
n'occupoit au plus qu'une
12e. partie de la largeur du
disque du Soleil; mais on a
vû des taches beaucoup plus
éloignées entr'elles, que de
cette valeur: comme (par
exemple) celles qui parurent,
à la fois le 5?, Janvier 1704,
estoient distantes entr'elles de
tout le diamctre du Soleil:
celles des mois de Mars & de
May de la même année Ce
font formezde même en 2.endroits
du Soleil presque opposez.
Il est dit expressémentde.
celles du mois de May 1702,
qu'e lles étoient trop éloignées
l'une de l'autre, pour ne
faire qu'unmême corps, aussï
croientelles presque diametralement
opposées
7. A l'égard du lieu propre
destaches, & facules, il y a
toutes les apparences qu'ellesfont
situées sur lecorps même
du Soleil, & non pas à quelque
distance de cet astre corn-,
me Mercure & les autres Pla-:'
nettes; puisqu'il eH. dit dans
les Mémoires citez, de celledu6.
Jlin 1703.qu'en passant
surle bord du Soleil, elle y faisoit
une especed'échancrure
ou d'enfoncement; ce qui
pourroit faire croire, que la
partie du Soleil qui est roue
autour d'une tache & qu'on
appelle facules, est ordinairement
un peu plusélevéeàl'égard
du reste de son disque.
que n'cil la tache, & que c'est
ce qui fait paroître la tache
plus basse; on trouvera encore
d'autres preuve de cet
article dans les suivantes.
Enfin quant autemps de la
révolution apparente des taches
& faculcs du Soleil,ayant
pris un milieu entre toutes
celles qui sontrapportées dans
les Mémoires cit au nombre
de 17. je trouve que ce temps
est de 17. jours 12. heures 49.
minutes qui ne differe du
moyen apparent établi par le
plus célébre des A gronomes
modernes, .( qui les a obferveés
pendant prés de 60. années)
que de 28. minutes,
ce qui est tres-peu de chose
pour un mouvementsujet à
des irregularitez;mais comme
cette période est dépendante
de celle de la Terre autour du
Soleil, dans lesistême des Pythagoriciens;
on en conclud
que le temps de la révolution
actuelle &absoluë des mêmes
taches autour du Soleil ou du
Soleil mèmc, tel qu'il paroîtroit
vû des Etoiles fixes, n'est
que de 25. jours 16. heures
55.minutes; au lieu de j.
jours 5. heures quece sçavant
Astronomecité, a tiré d'une
révolution apparente de 27.
jours de la tache du 2,0. May
1680. -
9. Il faut remarquerencore
qu'on ne voit pas des taches
sur le Soleil en tour temps,
ny toûjours en égalequantité.
Il n'en a paru (par exemple)
aucune depuis 1680. jusques
en 1685. ny depuis1695.
jusques 1700. ny encore depuis
1705.jusquesen1710 On
trouvera encore quelques autres
proprietez des taches dont
il n'est point parlé icy dans
les articles15. & suivans.
Io. Pour venir maintenantà
chercherla nature des taches&
des facules, je considere que
pU-ifgu'clles font
-
attachées
ou a&âees à des endroits
fixesdu corps du Soleil,& que
lesfacules paroissent en differents
lieux du Soleil, & subsîssent
feules indépendemment
des taches;que les taches naissent
au milieu d'elles; que les
faculesaugmentent àmesure
que les taches sont détruites,
au même lieu où paroissoient
les taches; il faut comme on
l'a conjecturé à l'article i.
que ce soient les facules qui
produisent
produisent les taches tout à
coup, & qui les détruisent
ensuite peu à peu en les attenuant
jusques à les faire disparoistre,
sans changer considerablement
ny leur figure,
ny leur grandeur, ou qui les
divisent quelquefois en d'autres
taches, & les écartent,
ou les approchent les unes des
autres, qui retardent ou accelerent,
ou détournent, leur
mouvement naturel ,&changent
leurs latitudes, selon
que ces facules s'augmentent
entre les taches ou aumilieu
d'unemême tac he; mais qu.o:
sont-ce que ces facules & ces
taches, énommentles facules;.
agissent-elles pOl produire
des taches sur Iî surface du
Soleil, où nous venons de
Voir que ces raches font suspendues,
comme les Islesflottantes
de Saint Omer le font
sur l'eau de la Mer? par
quelle verru ces mêmefaculesmeuvent
elles, & changentelles
les taches en tant de differentes
manières. Enfin quel
pouvoir, quelleforceontelles
pour les détruire? je ne fau..
rois mieux faire pour répondre
à toutes ces questions, que
de considerer les taches du Soleil
comme la nouvelle Isle de
S. Ermi, ou de Santorini, qui
a esté produite en l'année
1706. par un Volcan caché
fous les eaux, dans l'Archipel
de la Medirerrannée
,
proche
l'ancienne Isle de S. Ermi, ou
de Sanrorini ; ou comme cette
autre Isle pareille à cellecy ,
qu'un Volcan forma de même
dans le voisinage des Açores
en l'année15 30. Je regarde
donc des facules qui
produisent les taches,& qui les
détruisent ensuite comme des
flâmmes que ces deux Volcans
ont pousseenl'air pendant plu,
sieurs mois, au moins le premier
; lesquelles flammes ont
apporté avec elles à la surface
de l'eau quantité de pierres de
Ponce & de cendres, dont ces
deux Isles font la pluspart
composées.
11. C'est pourquoy je ne
feins point de supposer audessous
de la matiérelumi.
neufe du Soleil, & autour de
son axe, un corps solide ou
noyau, dans lequel se forment
tous les Volcans qui produissent
les flammes ou facules
que l'on voit à sa surface, ôc
cela par les éruptions de leK
matière étheréequiremplie
le centre de ce noyau. Ainsiles
facules ne font autre chose
que cette matière étherée Jne
me qui fort avec impetuosité
de chaque Volcan, & qui entraîneavecelle
quantité de matiéres
grattes.volatiles, fuligimineuses,
&: d'huiles terrestres
ou de bitumes dont ce noyau
est rempli. Ces huiles terrestres
estant arrivées à la surface
du Soleil y forment une
especed'écume noire
, en forme
de boursoufflure, semblable
à celle qui fc forme sur
fIes huilesétherées quel'on enflâvné
en y versant des esprits
acides; c'est cette écume huileuse
terrestre qu'on appelle les
corps noirs des taches, & la
nebulosité qui les environne
ordinairement n'est autre
chose que la fumée qui se
formé des parties huileuses les.
plus aisées à volatiliser, laquelle
ne pouvant passer tout
au travers de l'écume huileuse,
s'échappe à l'entour en forme
d'atmosphere. La flamme
qui a élevé les fumées & les
écumes passant en petite quantitéautravers
de ces boursoufflures,
les laisse paroistrenoirâ
tres; au lieu qu'étant mêlées
avec les fulginositez enflammées,
le tout ensemble contracte
une couleur grisâtre,,
brune,laquelle doitcependant
paroistre plus claire au
milieu & à l'entour des corps
noirsqui est l'endroit où la
plus grande force du sujet de
laflammeest rassemblée. Enfin
l'atmosphere des taches n'étant
que les parties les plus,
volatiles que la flâmme demêle
d'avec les écumes, elles
ne doivent pas en estre séparées
;aulieu que le jetdes fiàlU"
mes qui apportent letout ensemble
à la surface du Soleil
3,; doit s'étendre tout à l'entour
en forme de couronne de fea
qu'on a nommée facule.,
Quelquefois les fuliginositez:
& les écumes font tellement
mêlées dans le Volcan, que la
flâmme leséleve confufémenc
sans les démêler; alors il paroist
des cor ps noirs seuls
au milieu des facules ; quelquefois
la flamme n'enleve du
Volcan que des parties huileu
ses, inflammables,&n'a pas
assez de force pour détacher
les souffres terrestres;alors on
voit
voit un nuage surnager une
facule, & en estre en même
temps environné; enfin le jet
de flamme sortquelquefois
tout pur du Volcan, sans rien
détacher; alors il paroist seulement
à la surface du Soleil
une flamme plus pure que le
reste du disque du Soleil,lequel
est toûjours couvert d'une
fumée ou fuliginosité claire,
excepté dans l'endroit des facules.
Ces éruptions de facules
se remarquent même à la vue
aidée de lunettes d'aproche;
car la surface du Soleil paroist
toute herissée & ondulante
comme une Mer orageuse, ou
si l'on veut comme une chaudiere
qui bout à gros boüillons,
& qui est couverte de fLlmées,
comme on le voit encore
cy-aprés.
il. Pour comprendre:
comment ces écumes peuvent:
flotter sur la surface du Soleil,
il faut concevoir son noyau
inondé d'une espece de souffres
fondu & enflammé, dont les
fumées composent l'atmosphere
que les Altronomes modernes
ont reconnu autouri
du Soleil, & dont l'agitation
& le bouillonnement pareil u
celuy de la flamme des corps
terrestres pousse la mayere é..)
theréequi l'environne en toute
circonference, selon des
lignes tirées de chaque point
de la surface du Soleil; &
afin que le noyau, & la matiereliquide
qui le couvre encore
ne fc consomme pas,il faut
penser que le Soleil reçoit continuellement
un nouvel aliment
par ses deux Pôles, à
peu prés comme M. Descartes
l'a dit dans ses Principes.
13. Il est aisé de juger delà
comme les facules peuvent
subsister sans taches, & enfuiteen
produire à mesure que
leur force augmente; & aussi
comme elles peuvent tantost
diviser les corps noirs, tantost
les unir, tantost les écarter
, & tantostles approcher,
& en un mot les mouvoir en
tout sens, selon qu'elles naiffent
au dessous ou proche en
plus grande quantité, & selon
l'endroit où leur force est la
plus grande comme aussi elles
peuvent les détruire peu à peu
en les divisant, ou atténuant,
ou absorbant entièrement.
C'est à peu prés la même
chose à l' égard des nebulositez,
Wquelles doivent paroistre
tout à coup, demême
que leurs corps noirs par l'é.
ruption de la matière étheré;
au lieu que ces nuages ne doivent
se dissiper que peu à peUy
sçrvoir à mesure qu'ils se mêlent
avec la matièrede l'at
mosphere du Soleil; il n'est
pas difficile encore de comprendre
comme les corps
Bâirs3 plus pefanrs que la matière
liquide du Soleil flottent
néanmoins à sa surface, supposéqu'ils
ne puissent se mêler
avec cette matière liquide;
commeil arrive aux corps qui
«
flottent à la surface de seau)
quoyque plus pesants, lorsqu'elle
sçauroit les moüiller
pourquoy l'on ne voit jamais
de taches sansfacules, puisque
ce font elles qui produifenc
les taches, & pourquoy les
taches & les facules tournent
toûjours de compagnie, & de
même vitesse que le Soleil, &
après avoir disparu
,
reparoissent
plusieurs fois au même
endroit; le Volcan qui les a
produites la premiere fois sub.
fîftant au moins pendant tout
ce temps, & ne produisant pas
non plus continuellement des
éruptions; de même quenos
Volcans ne jettent pas perpétuellement,
mais feulement
de temps en temps; sçavoir,
lors que la matiere embrasée
a la force devaincre les obstacles
qui la retiennent. On
voitencore comme il peut naître
des taches en differens endroits
du Soleil fort cfloignés
les uns dcsautres,comme nous
voyons ici bas des Volcans en
toutes fortes de diftanccs
,
comme par exemple celuy
dIflmdc nommé l'Hécla
l'Ethna J en Sicile, celuy des Ca.
naries,de l'Isle deFivego, de
Tava, de Ternate
,
de Bourbon,
de Guadeloupe,ceuxdttf
Chili, &c. On voit auai comme
un Volcan solaire continuant
devomir des facules, ô£
des marieres fuligineu ses.9 1es."
taches deviennent plus étcnduës,
& plus opaques, & coi>
tiennent un plus grand nombre
de corps noirs,& comme
ces nouvelles éruptions doivent
agiter différemment, ôc
les tâches, & les corps nous
quellescontiennent, même
ranger ces derniers tout au*
tour du jcc de flâme,& vers les
bords dela nebulosité. Maisil
lesmatières fuligineuses& ter- >
retires cessent de monter 9
quoy que les facules continuent
de s'élever, les râ hes
doivent à lafia être diflbpées,
être buës en partie par la matière
du Soleil, ou enhalées
dJn) l'air quil'environnerapeu
prés commeil arrive à l'écume
du bouillon Lù Ion cuit les
viande ,&cmomi'artiv^roic
à lanouvelle Santorin,&à la
nouvelle Açore, si les Volcans
qui les ont produites la
premiere fois, poussoient de
nouveau des flâmes au travers
les matieresquicomposent cet
deuxIsles, sans leur apporter,
de nouvelles matiercs terrest
res.
14. Ce Systême quej'explique
au jourd'huy est fort différent
de celuy pour lequel je
m'étois déclaré dans le second
Tome de mes recherches;premiere
édition, & dont je me
croyois même l'Inventeur , sçavoir [ que le Soleil foie
composé d'un noyau solide
couvert d'une matiere lumineufequi
par des flus & rcflus
(à peu prés comme l'Ocean)
découvre & cache successivement
les différentesparties de
ce noyau, ] & cela faute d'avoir
euoccasion de faire toutes
les comparaisonsde ce qui
paroit au Soleil au su jet de ses
taches & de ses facules, avec
ce que nous sçavons qui arrive
à nos Volcans terrestres. Au
reste l'opinion que le Soleil
foit un volcan, ou fournaise
enflamméeest prefquc généra
- lementreceuë desancicnsPhilofophes,
& des modernes.
L'Ecclesiastique dans le chap.
43.traiteleSoleilde feu, en
ditant [qu'il brûle la terre lors
qu'il arrive au milieuduCiel
& qu'il nest , pas possiblealors
d'ensoutenir l'ardeur, parce
qu'il est semblableà une fournaise
embrasée, bruslant les
montagnes de trois côtez &
aveuglant les yeux des hommes
par ses rayons enflammez]
Le Soleil est nomméen
HébreuChammét,k,c'en-à- dire
chiud. Aristote dit dansun en.
droit de la Physique, que les
Astres sont de nature defeu..
, Les anciens Rornains nommoient
le Solei'une fournaise
incxringuible de chaleur &de
vie. AnanJgorecroyoit que le
Soleil étoit un rocher enflammé
; Zénon le Citique, que
c'étoit un feu très pur;Demo-,
crite & Métrodore, une mat:
seardente; Anaximandreune
portion de feu; Xenophânes
un assemblage de feux formé
d'exhalaisons vaporeuses;Epicure
unepierre de Ponce enflammée;
Platon dans son Timée
un assemblage de feux qui
tourne sur luy même. Les Stoïciens
ungrand incendie; les
Atlantiens lecroyoientunfeu
sacré dans le Ciel;Pythagore
un feu au milieu du monde,
de même que toutes les étoiles
fixes ; les Egyptiens l'ont crû
de même un feu qui devoit un
jourembratcr le monde. Les
Peres de l'Eglise ont crû aussï
que leSoleilétoitunfeu;saint
Ambroise en parle ainsi dans
ses Hymnes;saint Cyrille de
Jerusalem dit que le Soleil est
un feu aumilieu d'un Ciel
d'eau. S. Gregoire de Nazianzea
penséde même, & Riccioli
cite 2.3.Peres del'Eglise,
qui sont de ce sentiment
, Aristarque croyoit que le Soleil
étoit un corps liquide, ce
quine s'éloigne pas de la pensee
deces premiers. JI
:, 1 5. Al'égard des modernes
le P. Kircher, Képler&Boüillant
appellent le Soleil une
boule de feu formée du plus
subtildelamatiere éthérée.
semblable aux fournaises des
fondeurs, ou même à de l'airain
fondu & boüillant,couvert
de fuliginositez noires.
Riccioli dit que les grandes
lunettes le font paroître comme
un Océan de feu inégal,
& agité couvert d'ondes& de
tour billons deflâmes. Taquet
dit qu'on voit par les lunettes
la surface du Soleil toute helissée,
deflots de feu.,couverted'ombres
& de facules, &
cela avec tant de variété,qu'el«
le n'est jamais un momentla
même, mais qu'elle change
continuellement de face; Galilée,
Kepler,Boülland, Scheiner,
& Blancan soutiennent
que les taches du Soleil ne sont
que des fuliginofirez, ou vapeurs
qui sortent de- lafournaise
du Soleil, dont quelques
unes prenant feu, brillent
comme des flâmes ardentes;
par où l'on voit qu'ils font du
Soleilun vray Volcancomme
nous. Riccioli ajoûte à cela,
que ces fumées &ces nües solaires
sontapparemment dune
matiere pluscompacte,que
celles
Celles d'icy bas&delanature,
du Soleil même. Hevélicus
croit que ces tâches sont des
fuméespouffées du noyau du
Soleil par la force de sachaleur,
& que les facules font des partics
plus clairesque le reste; il
a joûte à cela qu'il croit le Soleilun
corps liquide. Le P. Dechales
dit encore qu'une espece
de tremblement ou de
bouillonnement continuel
qu'on apperçoir dans , toute
l'étendue dudisquedu Soleil,
pareil ace qui s'observe, lors
qu'on regardeune fournaise
enflammée,convainct que le
Soleil est un véritable feu allumé.
Descartes dans ses principesd
: Philosophie fait le corps
du Soleil du feu le plus pur,&
ses tâches d'une écume eslevée
à sa surface, qui est rebüe enfuice
par la maticre liquide de
cet Astre; ce qui n'elf pas fort
esloigné de l'opinion d'un
Volcan; ses Sectateurs Régis,
Roault,& Gadrois le pensent
de même, ainsi que Mr
Baile, le Clerc,&c. L'Illustre
Neuton dit formellement
dans sa Dioptrique,que le Soleil
n'est autre chose qu'un
grand Volcan. Galilée entre
autres dit que les tâches du
Soleil sont faites de matieres
épaisses& obscures fort semblables
ànosvûës, qu'elles se
forment en peu de temps sur
la surfacedu Soleil,& sedissipent
ensuite d'elles mêmes;
que ce ne sont pas des corps
sphériques comme les Astres;
mais qu'elles sont au contraires
applaties & même assez
minces, par raport à leur étenduë.
Il les croit composées
d'un assemblage de corps opaques,
en ce que tantôt elles
s'assemblent plusieurs ensemble,
& tantôt fc séparent,ils
les compare à desfloccons de
neige, ou de laine, ce quia
beaucoup de rapport à nos
nües ; il les compare aussi aux
boursoufflures qui fc forment
lors qu'on verse quelque huile
de lacire, ou du bithume
sur un fer ardent. EnfinTaquet,
dit que les Atmosphéres
qu'on voit dans les tâches
font des parties duSoleil couver
tes de fumées ou de nuages,
& que tout le reste de la face
du Soleil en est infecté comme
un linge très blanc, qu'on
auroit couvert d'une toile d'araignée
,
excepté les endroits
où paroissent les faculcs; ou
commeun miroir trèspoli,sur
lequelon a mis la main, ou
soufflé avec la bouche. Il ajoû.,
te qu'il y a des facules crcs
blanches, de blaffardes, &
d'autres encore moinsclaires;
mais qu'elles font toûjours
plus claires que lesnebulositez,.
ou que les tâches, qu'il dit
être noires. Voila donc nôtre
sentiment sur le Soleil & ses
tâches confirmé par l'autorité
des plus grands Astronomes&
Philosaphes tant anciens ouc
modernes, tant sacrez, que
profanes, que la plupart ont
observé avec toute ladiligence,&
la ca pacitépossible, ce
qui joint à la conformité qu'il
a avec les experiences les plus
exactes, & avec les principes
physiques doitle mettre entierement
hors de doute.
AVIS SUR LA FIGURE.
Les LettrésA. marquent les
Facules.
Les Lettres B.les Corps noirs.
Les Lettres C. les Nuages.
Les Lettres D. le reste de III
surface du Soleil.
Fermer
Résumé : EXPLICATION des Taches & Facules du Soleil.
Le texte aborde les taches et facules solaires, des phénomènes observés à la surface du Soleil. Les taches solaires sont des zones sombres composées de corps noirs irréguliers entourés d'un nuage obscur, tandis que les facules sont des zones plus éclairées souvent associées aux taches. Ces phénomènes sont fixes et réapparaissent après plusieurs rotations solaires. Entre 1680 et 1710, des variations significatives dans la visibilité et la quantité des taches ont été notées, avec des périodes sans observation entre 1680-1685 et 1695-1700. Les taches solaires varient en apparence, forme et position, et peuvent se déplacer ou former des amas appelés taches totales. Leur temps de révolution apparent est d'environ 17 jours, 12 heures et 49 minutes, correspondant à une révolution absolue de 25 jours, 16 heures et 55 minutes en tenant compte du mouvement de la Terre. L'auteur compare les taches solaires à des îles flottantes créées par des volcans sous-marins, suggérant que sous la surface lumineuse du Soleil se trouvent des volcans produisant des flammes ou facules. Ces facules sont constituées de matière éthérée et de substances volatiles formant des écumes noires à la surface du Soleil. L'atmosphère des taches est composée de fumées volatiles qui s'échappent autour des écumes, apparaissant comme des couronnes de feu entourant les taches. Les facules peuvent subsister sans taches et les produire à mesure que leur force augmente, influençant leur mouvement et leur apparence. Le texte explore diverses théories sur la nature du Soleil et de ses taches, formulées par des astronomes et philosophes à travers l'histoire. Les anciens, comme Grégoire de Nazianze et Riccioli, voyaient le Soleil comme un corps liquide. Les modernes, tels que le Père Kircher, Kepler et Bouïllant, le décrivaient comme une boule de feu composée de matière éthérée. Riccioli observait le Soleil comme un océan de feu inégal et agité, couvert d'ondes et de tourbillons de flammes. Taquet notait que la surface solaire était hérissée de flots de feu, couverte d'ombres et de facules, changeant constamment d'apparence. Galilée, Kepler, Bouïlland, Scheiner et Blancan estimaient que les taches solaires étaient des fuliginosités ou vapeurs sortant de la fournaise solaire. Descartes, ses disciples et Newton comparaient le Soleil à un volcan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
992
p. 266-309
Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Début :
Quoiqu'il en soit, je crois qu'il en est même d'excellents dont [...]
Mots clefs :
Harangues, Académie française, Hommes, Mérite, Public, Lettres, République des Lettres, Langue, Éloquence, Admiration, Roi, Discours, Cardinal de Richelieu, Esprit, Académie royale des médailles et inscriptions, Académie, Jean-Roland Mallet, Guillaume Massieu, Académie des sciences, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Quoiqu'il en soit,je crois qu'il
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
en est même d'excellents donc
les extraits sont de mon domaine,
&endépit de l'Imprimeur
des Mémoires de l'Academie,
qui trouva mauvais, il ?
y a quelque temps que j'eusse
fait imprimer la Haranguede
M. le Maréchal de Villars, je
vais faire le moins mal que je
pourrayun extraitdesDiscours
que M l'Abbé Massieu, & M.
Maletprononcèrent à l'Académie
Françoise le 29. de Décembre
dernier, qui estle jour
qu'ils y prirent sceance.
M.l'AbbéMassieudel'AcadémieRoyale
desMédailles
& des Inscriptions, & Professeur
Royal en Langue Grecque,
distingué non seulement
.,
dans la Republiquedes Lettres
par son esprit & par son éru-
1 dition, mais digne par les qua
litez du coeur des 1uffl.ages de
roue le monde, & honoré
d'une estime universelle
, parla
le premier. Dans le commencement
deson exorde,
élevé déja depuis quelque temps
dit-il, à deux places considerables
dans la République Litteraire,
honoré de protections
respectables,admis enfin pour
comble de gloire, dans cette
auguste Compagnie, je n'ay
plus de souhaits à former.
Mais oferois- je le dire, ces avantacresinsignes,
dont jeconnois
tout le prix,ne sont pas
cc qui me touche le plus;c'est
l'honneur de les tenir de vous:
ouy, Meilleurs, deussiez vous
rougir de vôrre ouvrage, je
vous dois originairement tout
ce que je fuis. Permettez moy
un détail, qui en établissant un
sist si glorieux pour moy,vous
prouvera peut-êtreencore,
que rien n'échappe à ma rcconnoissance.
Dans cet endroit ilfait l'E:..
loge de M. de Tourreil, & celuy
de l'Academie des Inscriptions
, aprésquoy il ajoure.
J'y fus receu ,
Messieurs; je
n'oubliray jamais cette premiere
faveur, source de toutes
celles qui m'ont été depuis accordées.
Mis je n'oubliray ja*
maisaussi, que j'en fus redevable
à un des p'us dignes Sujietslqu'ait
eu-l'AcademieFran- à un homme qui plus
recommendable encore par
l'integrité de ses rnoeHs & la
droiture de soncaractere,que
que par l'élévation de son genie
& la force de son éloquence
, ~reün(ïoiren sa personne
les vertus de * Caron & les ta-
IClus de ~Dmollh:ne. 'J--: v*
"llb Bientost après une place se
- presenta dans ce fameux Ly-
! M. de TOHrreil,
cée, qui fera un monuments
éternel du zele de François
I. pour les Lettres, & qui embrasse
la connoissance de toutes
les Lingues sçavantes. La
mort enleva le docte personnage
, qui enseignoit celle
qu Homere & Pindare ont
par lée. Ce fut encore parmi
vous, MessieuRs,queje
trouvai dans cette occasion un
Mécene. Et de qui cet homme
illustrene l'est il pas.cheri
& reveré de tout cequ'il y a
de Sçavants en France & dans
les PJYs estrangers, il semble
* M.l'Ab.éBignon.
n'avoir d'autorité que pour
la faire servir à l'accroissement
des Sciences. Il crut entrevoir
en moy les qualitcz que demandoit
l'employ vacant. Et
grâce à ses (oins genereux,
je fucceday à Monteur l'Ab-
Lé Galois dans la fonction
honorable d'exposer les bCJutez
d'une Langue, qui n'acesse
depuis vostreestablissement
de tenir le premier rang sur
toutes les autres.
J: n'avois ju rqtJcs là des
oblig ations qu'à quelques uns
de vous, iESSJEURS;
j'en eus dans la suite à toute
l'Académie. Depuis ce [erop,;;
elle ne fie presque point de
perres, qu'elle ne daignast jetter
vers moy quelques regards.
J trouvay au milieu de vous
un grand nombre d'amis zelez.
Ceux même, quine montrerent
pas tant d'ardeur, s'expliquerent
en des termes si
abligpancs
, que j'eus tout
lieu d'esperer qu'à l'avenir
ils ne me seroient pas moins
favorables que ceux qui se
declaroient le plus vivement.
Et peut estre que dés lors
j'aurois eu également à Mc
loüer des uns & des autres,
*ii des hommes du premier
ordre, distinguez par la plus
haute naifljncc & par les plus
éminentes dignitez ; mais plus
distinguez encore par les qualitez
personnelles & par le
mérite réel, n'avoient rriitii
en leur faveur les suffrages
de toure l'Académie, & les
voeux de toute la France.L'attention
qu'il vous plust de roc
donner dans cesdi fferentes
conloriracelle du
Public Je sortis de l' obscurité
où j'estois demeuré jusqu'alors
par mon insuffisance &
par goust. Je commença/
malgré moy d'avoirunnom.
Et que ne vous dois- jepas,
MESSIEURS, pour les
heureuxeffets qui suivirent.
Les bontez que vous me rcmoignâtes
redoublèrent celles
qu'un genereux * Protecteur
m'avoit marquées des sa plus
tendre jeunesse il se sceut
gré d'avoir toujours penséde
moy
y
ce que vous paro diez
en penser vous- mêmes ; il
m'appella auprès de luy :
Que vous diray je? il mit le
comble à ses bien faits & aux
vostres, en inspirant les fen-
* M. deBercy,
timents qu'il avoir pour moy
au vigilant & infatigable Minifire,
avec lequelilest encore
plus uni par le coeur que
par l'alliance, & qui après
avoir soustenu l'Etat pendant
les difficultez d'une longue &
cruelleguerre,s'occupe maintenantroueentier,
à chercher
les moyens de nous faire goûter
les fruirs de la Paix,
Après avoir rendu compte
de son loisir & de Ces occupations:
Du moins si au ddf.HJt
des ouvrages, dit il, je vous
apportois quelques unes des
excellences parties qui fc
trouvaient dans monillustre
Prédecesseur!il n'estoit pas dà
ces hommes qualifiezquis'imaginentqu'un
grand nom
est un privilège d'ignorance.
Monsieur l'Abbé de Clerambault
brûla toute sa vie d'un
desirinsatiable d'apprendre.
Issu d'une Maison, où la gloire
des armes estoit hereditaire,
mais appelle à un estat qui ne
luy laissoit en partage que l'é-
UïcJc ; il resolut de porter l'érudition
âussi loin que ses
Àyeuk avoient porté la laleur,
Personne n'a jamais fait
unmeilleur usage du temps
précieux de la jeunesse. La
Sorbonne retentir encore des
applaudissemens, que luyattirerent
ses premiers succés.
Philosophe & Theologien, il
parloit sçavamment dece que
la Nature & la Religion ont de
plus obscur. Profond dans
l'Histoire
, on eust dit qu'il
s'estoit trouvé à tous les siecles,
qu'il avoit veu tous les
pays. Combien de fois avezvous
admiré cette multitude
prodigieuse de faits dont il
avoit rempli sa memoire? Sur
quel événement
,
sur quelle
circonstance, sur quelle date
l'avez- vous trouveen défaut?
Sacuriositénes'estoit pas bornée
à ce que les Sciences ont
d'attrayant & de gracieux.
L'envied'estre utile l'avoit engagé
dans ces recherches desagreables
& rebutantes, dont
on doit tenir d'aurant plus de
compte aux personnes qui les
font, qu'on n'a pas le courage
de lesfaire soymême;&qu'on
est ravi pourtant de trouver
au besoin des hommes qui
ayent bien voulu se charger
d'un semblable travail,Que
diray je de son admiration &
de son zele pour l'Académie?
.c'Ca sur ce point,Messieurs,
que je feray gloire de ne luy
ceder jamais.
A la fuite des loüanges qu'il
donne à l'Academie, il ajoûte.
Vous le [avez, Meilleurs,
les Lingues ne sont jamais plus
exposées à degenerer, que
lor squ'elles sont parfaites.
L'heureux intervalle,qui produisit
les meilleurs Ecrivains
de Rome, ne fut pas de
longue durée. Le penchant
que les hommes ont au changement
, l'amour de la fingularité,
la tentation de dire des
choiesneuves,bannirent bien- *
tost
tost les graces naturelles, &
introduisirent les ornemens recherchez.
Onnevoulut plus
s'énoncerqu'avec esprit. On
entendit finesse à tout. Les
expressionseurent deux faces;
& outre un sens dlTcét, en
pre senterentun détourné. On
substitua aux beautez réelles
des riens délicats. La symmetrie
marquée prit la place de
l'ordrecaché. On hazardaaudelà
des bornes. Tout ce que
l'on écrivit étincella de traits,
& à chaque mot excita lasurprise.
Maniere d'autant plus
dangereuse, qu'elle est plus
propre à ébloüir,quecirconspeste
au commencement, elle
ne garde plus de mesures dans
la suite, & qu'on ne s'apperfiait
de ses pernicieux effets,
que l'orsqu'elle a entierement
corrompu le fond d'une Langue.
Celle que nous parlons,
Messieurs,, n'aura rien de semblable
à craindre. Vous prenez
toutes les précautions necessaires
pour la preserver de
ces changemens imperceptibles.
Vous vous opposez avec
vigueur à ces défaurs agréables,
qui taschent de s'insinuei
sous les apparences des
beautcz. Vous necessez - de
rappellcr nos Ecrivains de
l'affectation à la nanire) du
raffinement à la simplicité, du
brillant au solide, de la maniere
des Lucains & des Seneques,
à celle des Cicerons &
& desVirgiles.
'; Enfin aprésl'Elogedu
Cardinal de Richelieu & du
Chancelier Seguier, qui furent
les premiers Protecteurs
de:irAcademie; il dit: Mais siArmand & Seguier furent
si touchez de ce titre,qu'eussent-
ils pensé
,
s'ils avoient
pû prévoir toute la gloire
qui luy estoit reservée? s'ils
avoient sçû ,qu'un jouril feroit
porté par LOUIS;qu'il
deviendrait un droit de la
Couronné;& que sur la Liste
des Protecteurs de l'Academie
, on ne trouveroit plus
aprés leurs noms , que des
noms de Rois?
Lereste de son Di scoursest
un éloquent & veritable Eloge
du Roy.
Apres que M.l'Abbé Masfieu
eut achevé de parler, M.
Mallet, premier Commis de
M. Desmaretz
,
qui avoir este
éleu par les Messieurs del'Academie
Françoise à la place dcD
feu M. de Tourreil
,
le même
jour que M. deBercy fut receu
à l'Academie des Sciences,
prononça un Discours,dont
voicy l'Extrait:
MESSIEURS,
Les grands hommes qui ont
esté parmi vous, ceux qu'on y
voit encore,les differences dignitezdont
vous estesrevêtus &
qui répandent une d'éclat sur
la République des Lettres, les
Couronnes de gloire qui brillent
sur vos telles,les Sçavants
Discours qui ont sete ptononcez
dansce sanctuaire de l'éloquence
; ces murs même;tout
porte dans mon ame tant de
respect,d'admiration & de
surprise
, que plus je connois
le prix de vos bontez
,
moins
il me paroist possible d'y proportionnermesremerciments
-& de vous en marquer ma reconnoissance.
Il pîffe ensuite à l'éloge de
M. de Tourreil,en ces termes:
M. de Tourreil estoir un de
ces espritsnaturels & cultivez,
qui avec tous les ornemens &
toutes les recherches de Tare
conservent les beautez & les.
graces de la nature •.l'esprit qui
brille de tous costez dans ses
écrits,&qu'ily jette pourainsi
dire avec profusion, semble
quelquefois y effacer le merite
de l'étude & du travail ; mais
aussiles langues originalesqu'ils
possedoit, son ardeur àtransporter
toute leur énergie dans
la nostre,qu'il s'estoit renduë
propre par des singularitez
heureuses: les sçavantes remarques
qu'il joignoit à ses fameuses
trad uctions
le feu de
ses ex pressions & l'inimitable
varieté de ses tours,
rend à
*IArt le triomphe que la nature
[cmh;olc luy disputer.
C'est,dit il que lques lignes
plus basJe privilege des grands
genies de lier commerce avec
tous les siecles. M. de Tourreil
trouvant dans Demosthene
la force,la fecondité, la
vehemence
, en un mot tous
les caracteres du sublime, &
frappé par la conformité qui
estoit encreeux, en fit son favori
d'étude. Ce Prince des
Orateurs a t il rien perdu de sa
noblesse & de son élévation
dans les mains de Mde Tourrei
l? ou plutost quels nouveaux
traits
traits ce fidele interprèten'a- til
pas joint aux richesses de
l'original?
Permettez-moy ,
Messieurs;
de marquer icy la caufc qui
m'a toûjours paru nourrir la
fameuse querelle entre lesanciens
& les modernes. Tout
le monde convient que pour
la decider,il faut se transporter
dans les temps & dans les
pays des anciens, prendre leurs
moeurs, se famiharifermême
avec eux, avant que de porter
un' jugement sur leur merite:
mais le moyen de percer
tant de siecles, de se despcüiller
de ses propres habitudes
pour en adopter d'autres
, que l'éloignement a obscurcies,&
a rendu bizarres ou
sauvages ? Si quelqu'un ne
prend soin de nous rendre present
ce que l'on admiroit autrefois
& ce que l'on admirera
toûjours,quand il sera montré
tel qu'ilestoit aux yeux
d'Athene & de Rome ? Cett)mci-rieurs, ce qu'a
fait M. de Tourreil à l'égard
de Demosthene. Il est le pre-
1-icr qui nous ait fait sentir
"t.out ce qu'il valoit, & qui ait
,cfié tellement animé de son j
esprit qu'on peut dire que suf
eust vêcu du temps de Philippes
,ceseroit luy qui auroit encouragé
la Grece,& fait ttc111i
blerleRoy de Macedoine.
1
Maisil nes'est pas contente
de rendre exactement son modele
dans ses écrits,il en a pris
jusqu'aux moeurs &aux sentiments.
Amedroite& sincere,
à l'épreuve de la crainte & de
l'interest,sans autre plaisir que
celuyde l'amour des Lettres,
sans autre ambition que celle
de remplir une exacte probité.
S'il n'eut pas comme l'Athe-
I
nien des conquerans à réprimer
& la patrie à défendre
c'est l'effet du bonheur de son,
siecle qui n'a offert d'autre
matiere à son zele que de soûtenir
la Republique des Lettres
, & de contribuer par son
travail à la gloire de sa patrie
& à celle de son Roy.
A la fuite de l'élogedu Cardinal
de Richelieu,qui fut le
Fondateur de l'Academie
,
il
ajoûte : Un si noble établissement
demandoit une fermeté
pareille à celle de la Monarchie
, &ce fut pour laluy procurer
que le Chancelier Seguier
, dont la sagesse égaloit
l'autorité,mit sa gloireà (oû.
tenir l'ouvrage d'Armand; il
encherit même sur les foins Se
la tendresse du Fondateur;il
ne se contenta pas de soûtenir
l' Academie naissante, il luy
donna samaison pour azile;
& de la même main qui tenoit
les armes de laJustice, dumême
glaive qui luy servoità punir
le crime,à dc&ndrcj'mnocence
& la vertu;il chassoit
de la France la barbarie, l'ignorance
,l'importesse & les
autres vices de l'esprit ennemis
dela societé.
La protection de l'Academie
parut sur sa iciie un titre
si beau, que nul autre aprés
luy n'osa y prétendre; il devine
digne du choix & de l'adoption
duRoy. Tous ces grands
noms, que les vertus politiques
& guerrieres ont acquis
à S. M. Bien loin d'estre ternis
par le mélange de ce titre, en
prirent un nouveau lustrequi
rejaillit sur les Muses; il se les
rendit Familieres & domestiques
,& leur ayant mis la balance
en main, pour faire sur
le langage de ses Sujets, ce que
fait Themis sur leur conduire,
il voulut que leur Tribunal
fust établi prés de sontThône
& dans son propre Palais.
C'est de là, Messieurs,qu'avec
un pouvoir absolu vous
maintenez l'Empire de l'Eloquence
par la severité de vos
loix
,
non-seulement contre
la licence & l'abus du peuple
grossier ;maisencorecontre
l'invasion des Etrangers
& des Bar bares. Comme
Paris est maintenant ce que
Rome fut autrefois, l'abord
de toutes les Nations; vous
appliquez vostrevigilance à
le preserver de la honte
que
Rome ne pût éviter, d'avoir
veu d abord 1k langue
étenduëaussi loin que ses conquestes,
& de la voir enfin corrompuë
par le commerce des
,Pe.upks qu'elleavoit vaincus oupolicez.
Pâr.vos soins le u:"c-Ie de
LOUISLEGRANDn'aura
point le triste avantage, d'avoir
comme le siecle d'Auguste
emporté du monde avec luy
la pureté du langage&laperfection
des beaux Arts.
Lereste est un paralelle du
regne d'Auguste & de celuy
de Louis XIV. rempli* d'un
grand nombre de traits éclatans,
& finit à l'ordinaire par
des voeux pour la confcrvation
du Roy.
Aprés que M. Massieu &
M MaHeteurenracbeveteutS
Discours, M. l'AbbéFieury
alors Dircteur de l'Acade,-
mie,leur répondit.
MESSIEURS,
Vous avczLi-nivantacm qui
vous est communt, que vôtre
ékét:on, quoyquc faite à différents
jours, acaé pat fjtement
uniforme : chacun da
vous a eu Le nombre d'électeursque
demandent nos loix
les plus rigoureuses, chacun
en a remporté tous les suffrages;
&leRoy nostreauguste
protecteur a tesmoigné que
cette union de la compagnie
luy estoit tres-agreable. Il
étoit donc bien juste de vous
recevoir enmesmejour;&ne
pas différer plus long-temps
le plaisir & l'utilité que nous
esperons, de vous voir souvent
assister à nos séances.
Vous, *MONSIEUR,particulierement
dévoüé àl'estude
&àla propagation des belles
Lettres, tant comme Pro-
:*M.l'AbbéMttlfiai..
feueurRdyat en Langue Grec-
1
que, que comme tres digne
membre de l'Académie des
Inscriptions ,
qui fraternise
avec lanostre:vous avez desja
donné au public des preuves
de vostre merite suffisantes
pour justifier nostre choix.
Ce beau D. scours que vous
prononçates en prenant poc.
session de la chaire de Professeur,&
qui vous attira l'admiration
de tous lesauditeurs, fie
paroistreen mesme temps vostre
érudition & vostreéloquence.
Maisce jour si brillant
pour vous nous rappelle un
triste souvenir de la perte d'un
de nos plus illustres confreres
à qui vous avez succedé en
cettech tire, Mr l'Abbé Gallois
si fameux par le Journal
dec;, Suivants,dontil fut le premier
Auteur, & par l'amitié
d'un grand Ministre, protecteur
des Lettres & membre
luy-mesme de l'Académie
Françoise.
Vous avrz encore, M 0 N.
SIEUR,faitparoistrevostre
merite A adémique pu ces
sçavançesDissertations que
vous avez recitées dans l'Académie
des Inscriptions, à ces
jours solemnels, oùelle ouvre
ses portes à tout le public.
Vous sçavez les applaudissements
dont elles ont eslé suivies,
particulièrement celle qui
a pour sujet les trois Graces,
& qui vous a fait connoistre
pour un de leurs favoris.
Js ne parle point des deux
ouvrages que vous n'avez pas
encore rendus publics: l'histoiredela
PoësieFrançoiseSe
la traduction de Pindare.
Ceux à qui vous avez bien
voulu communiquer cette histoire
,
personnes distinguées
par leur litterature & par la si
-
nesse de leur goust, l'ont trouvéeaussi
poliment escrite
qu'elle eil curieusement recherchée;
& la préface sur tout
leur a paru incomparable.
Un peu plusloinilajouste,
conrinuez donc, MONS I EllR"
de nous faire connoistre de
plusen plus lesrichesses& les"
beautez de cette langue; mais
continuezaussi de cultiver la
nostre avec autant de succés
que vous avez commencé.
Sur tout ne trompez pas l'esperance
que nous avons conccuë
avec tant de fondement
de vous voir tres assidu à nos
exercices.
Voussuccedezaussi, *
MONSIEUR,àun homme,
qui dans uncaractere different
ne se distinguoit pas moins.
Mt de Tourrcil, né dans une
ville où l'esprit & la politesse
font des qualitez ordinaires,
estoie remarquable par ces
mcfmes qualitez; sa famille
étoit illustrée par les premieres
dignirez du second Parlement
de France. Son naturel
exquis avoir esté cultivé par
une excellenteéducation ; &
amené jeune à Paris, il avoir
perdu jusqu'à ces legers de-
: e M,Métlet.
sautsquifontsouvenir de la
Province. Lavivacrré &la facilité
de sonespritne l'empescherent
pas de s'appliquer à
des estudes serieuses -& peniblcs;
& les essais de Jurisprudence
qu'il donna au public
dés sajeunesse monstrerent le
progrés qu'il avoit desja fait
dans cetre science, & le talent
qu'il avoir pour donner de l'agrément
aux sujets qui en paroissentlemoins
susceptibles;
mais son principal aurait fut
pour les belles Lettres & pour
l'éloquence en particulier. Il se
livra tout entier à cette estude;
&
& persuadé que l)alXiennc.\
Grece en estoit la source la
plus pure, il enapprit par un
travail infatigable la langue,
lesmoeurs, l'histoire, & tout
ce qui peut nous faire connoistre
après tant de siecles cette
sçavante nation.
C'est donc àcet illustre Académicien
que vous succedez,
MONSIEUR, & dont vous
nous consolerez par vostreassiduité
à nos assemblées. Vous
nous avez donné des preuves
esclatantes de vostre merite
académique par cette belle
Ode qui vous fit gagnée le
tpnx, que nous avons accoustumé
dedistribuer ; & un autre
prix encore, auquel sans
doute vous ne vous attendrez
pas & qui ne vous est pas moins
glorieux. Vousvoyez bien
que je parle decetesmoigna
ge public de son estime que
vous donna la grande Reine
que l'Angleterre vient de perdre,
lorsqu'ayant leu avec admiration
cette mesme Ode, elle
vousenvoya par l'Ambanadeur
de France la Médaille d'or:
que vous confcrvez si precieufernent,
& qui a esté representéeau
Roy"loIfqu'llaapp.ro.
vévoftrçélection.11 estjuste
que le public soit informé dunecirconstance
si singuliere.
Vous avez trouvé le secret,
MONSIEURd'allierdesoccupations
qui paroissent ordinairement
incompatibles, l'estude
des bellesLettres avec les affaires
les plus serieuses. De
tout temps on a creu que l'estudeestoit
le fruit du loisir &
l'occupation de ceux que rien
n'obligeoit au travail.De-là
vint le nom d'escole chez les
Grecs. Il estvray toutefois que
les affaires ont besoin du se-
CQUISCLCSelfudes,non fculcment
pourdelasserl'esprit,en
le tournant à des objets plus
agreables ; mais pour le nourrir,
le fortifier & le diriger
dans la conduite des affaires
mesme
C'estque cette conduite des
affaires, foit publiques
,
foit
particulières, est une portion
de la sagesse Le monde, quoique
puissent dire les speculatifs
paresseux, ne se gouverne
point deluy tncfnic-.sicc n'est
pour le Physique tousjours
conduit par les Loix immuables
de la (agdic souveraine.
Qaant auxchosesmorales, la
politique&l'oeconomiquene.
font point des noms vuidcs de
sens, ce font des arts effectifs,
& les plus nobles de tous Ÿ
putfqu'ïk fervent à gouverner
les hommes mesmes.
", Son DI{,ours finit comme
les autres, par l'éloge du Roy.
Fermer
Résumé : Extrait des Harangues que Mrs Massieu & Malet prononcerent le 29. du mois passé, à l'Academie Françoise, où ils furent reçûs dans les Places vacantes par la mort de Mr l'Abbé de Clerambault, & de Mr de Tourreil. [titre d'après la table]
Lors de son discours d'admission à l'Académie Française le 29 décembre précédent, l'abbé Massieu exprime sa gratitude envers l'Académie et ses membres, soulignant la valeur des honneurs reçus. Il rend hommage à plusieurs figures influentes, telles que M. de Tourreil, l'Abbé Bignon, M. de Bercy et le ministre, qui ont soutenu sa carrière académique. Massieu évoque également son prédécesseur, l'abbé de Clerambault, reconnu pour son érudition. Le discours met en lumière les qualités exceptionnelles d'un théologien et érudit, admiré pour sa vaste connaissance en histoire, sciences et religion, ainsi que pour sa mémoire prodigieuse. L'orateur admire l'Académie française pour son rôle dans la préservation de la langue française contre les dégénérescences. Il compare les dangers de l'affectation et du raffinement excessif dans la langue à la vigilance de l'Académie pour maintenir la pureté et la simplicité de la langue française. M. Mallet, nouvellement élu, prononce un discours où il exprime son respect pour les grands hommes de l'Académie et pour M. de Tourreil, connu pour ses traductions et ses écrits. Il aborde la difficulté de juger équitablement les anciens et les modernes sans comprendre leurs contextes culturels. Il met en avant l'importance de préserver et de promouvoir les lettres et les arts, s'inspirant des modèles antiques d'Athènes et de Rome. Le texte souligne la contribution du Cardinal de Richelieu et du Chancelier Séguier à la fondation de l'Académie française, ainsi que la protection continue de l'Académie par le roi Louis XIV. Le discours compare le règne de Louis XIV à celui d'Auguste, soulignant les efforts pour maintenir la pureté du langage et la perfection des arts. Il mentionne l'élection de nouveaux membres, notamment l'Abbé Fleuriau, louant ses contributions aux lettres et ses dissertations érudites. Le nouvel académicien est encouragé à promouvoir les richesses et les beautés de la langue tout en cultivant la leur avec succès. Le discours se conclut par un éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
993
p. 309-314
Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Début :
Des Extraits ne sont pas difficiles à faire, m'a dit un [...]
Mots clefs :
Extraits, Discours, Académie française, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
Fermer
Résumé : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Le texte aborde les défis liés à la réalisation d'extraits de textes, soulignant que les préférences de l'auteur ne correspondent pas toujours à celles du public. L'auteur critique les extraits effectués par Monsieur Devizé et privilégie la publication des discours académiques dans leur intégralité pour éviter toute déformation. Il exprime des préoccupations concernant la présentation des harangues du Duc de la Force et de l'Abbé d'Estees à l'Académie. Le texte évoque également la réception mitigée des essais littéraires, citant la suppression de la tragédie 'Mahomet' par son auteur, contrairement à 'Caton', mieux accueillie malgré des comparaisons défavorables avec d'autres œuvres. L'auteur espère une meilleure réception future pour 'Caton' et prévoit d'en discuter les détails le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
994
p. 329-332
Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
O vous, Messieurs, qui n'étes peut-être pas plus graves [...]
Mots clefs :
Chevalier d'Aceilly, Mercure, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
Fermer
Résumé : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
L'auteur s'adresse à ses lecteurs, qu'il appelle 'Meilleurs', en présentant ses écrits comme un mélange de caprices de son imagination, de sentences et de plaisanteries, formant un tissu ridicule ou ornemental. Un personnage sage et éminent de France a complimenté l'auteur sur sa richesse, en référence au périodique 'Mercure'. L'auteur reconnaît la qualité du 'Mercure' tout en suggérant qu'il pourrait être encore amélioré. En réponse à ce compliment, l'auteur cite quatre vers du Chevalier d'Aceilly pour exprimer sa préférence personnelle. Le personnage trouve cette modestie difficile à croire, mais l'auteur reste convaincu de la valeur de ses propos. Malgré l'indifférence du personnage, l'auteur continue de partager ses réflexions et de proposer ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
995
p. 28-33
Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
Fevrier, en Latin Februarius, est formé de l'ancien verbe [...]
Mots clefs :
Mois de février, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Fevrier, en Latin Februar/
as, est formé de l'ancien
verbe februare,purifier, expier,
à ferveo
, parce que
chez les Romains ce mois
étant le dernier de l'année,
ilsallumoient des torches
& des feux autour des tombeaux
de leurs parens &
amis, & prioient lesDieux
pour le repos de leurs Mânes.
Macrobe & Isidoreremarquent
que comme l'on
donnoit le nom de Februus
à Pluton, & qu'on lui faisoit
des sacrifices, c'est d'où
ce mois a été nomméFebruarius.
On celebroit aussî le 15.
de Février les Fêtes des Lupercales,
qui se faisoient
en l'honneur de Pan Dieu
des Pasteurs, pendant lesquelles
les Prêtres de cette
Divinité courans la ville
comme des insensez, frapoient
avec une peau de
bouc la paume des mains
& le sein des femmes
,
qui
avoient la superstition de
croire quelles deviendroientenceintes,&
enac-
1 coucheroient» avec moins
de risque
,
se croyant februai*
you purifiées par cette
ceremonie.
Suidas pretend donner
une autre origine à ce mois.
Il rapporte que Camille
ayant été obligéde le retirer
de Rome par les brigues
d'un certain Februarius,
son collegue dans le
Consulat, après que ce
grand homme eut délivré
sa patrie par la defaite des
Gaulois, il exposa au Peuple
Romain tous les torts
de son collegue, qui dans
le moment fut chassé de la
ville à coups de foüec)ayaru:
pour habillement un vêtement
de jonc, pour plus
grande ignominie; & comme
il reçut ce traitement
dans le present mois, apparemment
que l'on se fit dans
la suite une coutume de dire
qu'un nommé Februarius
avoit été puni dans ce mois.
Autre Epoque très -remarquable.
Un Mercredi 26. Février,
de l'an747.avantN.S.de
l'an 7. de Rome, de l'an u
de la huitième Olympiade,
de la premiere année du
Regne d'Ezechias à Jerusa.
lem, Nabonassar, que l'E
- criture sainte appelle Baladan
le pere, 4. Rois,20.
12. & if 39.1. entra en triomphe
dans Baby lone.
Là commence cetteErre
fameuse qui est laréglé ia*
faillible pour la chronologie
jusquaN. S. ;
Tous les ans Nabonasareens
sont de 365. jours pre,
cifément
; au lieu que les
ans Juliens étant de six heures
de plus, donnent 366
jours à chaque quatrième
année. Ainsiau bout de i
ans l'an Julien ne commence
que trois jours apres
l'an Babylonien; de sorte
qu'au bout de 1460. ans Juliens
, les deux sortes d'années
recommencent au nieme
jour. Mais alors Babylone
compte1461.
as, est formé de l'ancien
verbe februare,purifier, expier,
à ferveo
, parce que
chez les Romains ce mois
étant le dernier de l'année,
ilsallumoient des torches
& des feux autour des tombeaux
de leurs parens &
amis, & prioient lesDieux
pour le repos de leurs Mânes.
Macrobe & Isidoreremarquent
que comme l'on
donnoit le nom de Februus
à Pluton, & qu'on lui faisoit
des sacrifices, c'est d'où
ce mois a été nomméFebruarius.
On celebroit aussî le 15.
de Février les Fêtes des Lupercales,
qui se faisoient
en l'honneur de Pan Dieu
des Pasteurs, pendant lesquelles
les Prêtres de cette
Divinité courans la ville
comme des insensez, frapoient
avec une peau de
bouc la paume des mains
& le sein des femmes
,
qui
avoient la superstition de
croire quelles deviendroientenceintes,&
enac-
1 coucheroient» avec moins
de risque
,
se croyant februai*
you purifiées par cette
ceremonie.
Suidas pretend donner
une autre origine à ce mois.
Il rapporte que Camille
ayant été obligéde le retirer
de Rome par les brigues
d'un certain Februarius,
son collegue dans le
Consulat, après que ce
grand homme eut délivré
sa patrie par la defaite des
Gaulois, il exposa au Peuple
Romain tous les torts
de son collegue, qui dans
le moment fut chassé de la
ville à coups de foüec)ayaru:
pour habillement un vêtement
de jonc, pour plus
grande ignominie; & comme
il reçut ce traitement
dans le present mois, apparemment
que l'on se fit dans
la suite une coutume de dire
qu'un nommé Februarius
avoit été puni dans ce mois.
Autre Epoque très -remarquable.
Un Mercredi 26. Février,
de l'an747.avantN.S.de
l'an 7. de Rome, de l'an u
de la huitième Olympiade,
de la premiere année du
Regne d'Ezechias à Jerusa.
lem, Nabonassar, que l'E
- criture sainte appelle Baladan
le pere, 4. Rois,20.
12. & if 39.1. entra en triomphe
dans Baby lone.
Là commence cetteErre
fameuse qui est laréglé ia*
faillible pour la chronologie
jusquaN. S. ;
Tous les ans Nabonasareens
sont de 365. jours pre,
cifément
; au lieu que les
ans Juliens étant de six heures
de plus, donnent 366
jours à chaque quatrième
année. Ainsiau bout de i
ans l'an Julien ne commence
que trois jours apres
l'an Babylonien; de sorte
qu'au bout de 1460. ans Juliens
, les deux sortes d'années
recommencent au nieme
jour. Mais alors Babylone
compte1461.
Fermer
Résumé : Discours important sur l'Origine du Mois. [titre d'après la table]
Le mois de février tire son nom du verbe latin 'februare', signifiant purifier ou expier. Chez les Romains, février était le dernier mois de l'année et comportait des rituels de purification, tels que l'allumage de torches et de feux autour des tombeaux, ainsi que des prières pour les âmes des défunts. Macrobe et Isidore associent également février à Februus, une autre désignation de Pluton, auquel des sacrifices étaient offerts. Les Lupercales, célébrées le 15 février, honoraient Pan, le dieu des pasteurs, et incluaient des rites de purification et de fertilité. Selon Suidas, février porte aussi le nom de Februarius en mémoire de la punition infligée à un certain Februarius, collègue de Camille au consulat. Le 26 février 747 avant notre ère marque l'entrée triomphale de Nabonassar à Babylone, point de départ de la chronologie babylonienne, qui compte 365 jours par an, contrairement aux années juliennes qui ajoutent un jour tous les quatre ans, créant un décalage de trois jours tous les 1460 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
996
p. 37-50
Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Début :
J'eus autrefois beaucoup de goût pour les voyages & la [...]
Mots clefs :
Longitudes, Mathématiques, Sciences, Marins, Levant, Couchant, Pilotes, Voyages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Jesu autrefois beaucoup de
goût pour les voyages & la
navigation ; je n'ai pu le faussaire
que peu & en la feule
Europe. Je fuis mainttnant
sequestré du monde &perclus.
Je n'ai aucun mérité an choix
des plaisirs, C'Tje fuis réduit
a ceux de mediter. J'aipeu de
lettres, &fuis peine initié
dans quelquesprincipes ¬ions
des termes des klathematiques.
C'eflune temritéde
diéler ce qui peut être public;
d'ailleurs, cette crainte ne doit
pas faire ensevelir les recher-t
ches qui peuvent être utiles.
Pour éviter ces écüeils, j'ai
écrit quandfai pû, & déposé
l'annéederniere un teflament
qui contient des motifsdȎ-q
multttion, pouranimer lesfça*
vans a certaines découvertes.
Celle des longitudes en efl
,
nombre, en la pouffant plus
loin quelleness ici; &jj ai
fournis a Mcjfieurs de tAcademie
des Sciences les traÙ(Z
quon pourra faire a ce sujet
&autres. Je doute cependant
qu'on doive attendre ce secret
de la profondeur des Mathématiques.
La Sphere celefle &
les aflres fèmb/ent à pareilles
heures & degre^ de latitude
presenter des afpetts & conjonctions
semblables à tout le
tour du globe du Levant au
Couchant. Les opérations de
cettescience,& toutes les
gares formées par règle &
compas peuvent-elles dijferer
comme les degrez ? Mais la
nature recelle de grands tresôrs,
que les temps ou le hasarddécouvrent,
&que l'art
ou la science mettent à profit,
On peut donc de ces accords
esperer la perfection de cette
connoijjance.L'exemple de l'aigmuatnltleedfletolaucbhoaunjtJ,
ôqluloei[qouietlf'aui--
f~/ /f *~-
jette à plusieurs variations
qu on attribue a diverfcscau-
Jes. Le Journal circonflancié
du Cours rapportésur les cartes
marines redrejje, & celui
qu'on doit tenir des longitu-
- - des,
desi donnera la preuve de
l'autre & de plujieurs courant
; car il me paroît dés à
present que la connoijjance des
longitudesejlpresque autant
certaine pour les voyages de
long cours que celle despôles.
Les Marins & Pilotes que fai connus dans ma jeunesse
sçavoient prendre les hauteurs
ou élévations de latitude, &
ne jugeoient ausurplus de l'en- r
- droit ou étoit leur bâtiment,
que par eslime du cours de U
navigation faite, rapportée
*sur lescartes &portlands par
experience ou connot(Tance des
cotes. Je me fouvicns même
qu'ils regloient journellement
leurs montres, quands ils en
auoient. Cela est conzmunaux
voyageursparterre, & d'accusèr
ces montres de dereglement,
quand elles leurparois
<fent avancer ou reculer, sans
faire attention que la justesse
de cette machine exige que son
,aiguille paroisse diligente ou parejJèujè de quatre minutes
des soixante à heure parchacun
degré, que le tout efl transporté
du côté du Levant &
du Couchant, & proportionnellement
depuis la fubdivi*
Jion jufquà 12. heures un tour
du quadran, qui donneroit 180.
degre de changement & le
demi cercle du globe; de meme
les 2.4. heures, ou deuxfois le
tour duquadran donneroient
la preuve du cercle entier parcouru,
& d'unjour & d'une
nuit de difference. On entend
affik que la montre enquef
tion paroitra letarder a proportion
qu'elle fera portée du
çoté de tEst ou Levant
, 0*
queparoissant avancer, ilfera
évidentqu'onfera alléàl'Ouest
pu Ponent. Voici donc deux
Aiguillespresqueégalement SÛ
res. Ilfautpour celle-ci le choix
de l'ouvrier & de l'ouvrage, o & desfoinsattentifspourprévenirJon
repos) fon desordre
ou changement. Ces précautionsfont
au-dessous de l'habiletédes
artsmechaniques. On
peut encore, pour lafacilitéde
ceux que tout calcul embarajJè,
joindre des tables & chiffres
quidonneroient au premier
coup d'oeil,par les dtclinaifons
desfécondés, minutes & heures,
les diflances de longitude
du degréconnu & quitté, sur
lequel la montre auroitétéseulement
régléeaumidi du lieu.
Ilconvient aujji avoir d'autires
montres pour (ervir de
preuve & comparaison
,
&
pour lufage jou,'nalier, lesquelles
doivent être reglées ,, chaquejour:mais nullement
celles qui feront dessinées pour
les longitudes, qu'a certaine
heure notable d'un degré connu.
Ilsemble quejoignantcette
methodeJtmple&facile àl'ef
time, ony trouvera ajje^de
jufteffi) sans renoncer à quelquesecretplus
infaillibley qu'il
ne m'eflpaspermis de prévoir,
& que le bonheur reserve
peut - être à quelque rustre,
quoique pltttÓt dû aux Jcd-
'Vans. J'ai cru devoir hasarder
un avis important a tant
de nations; s'il n'est pas devenucommun,
ceprincipepeut
Juppléer au défautd'étude
}
de
flyle & d'arrangèment. S'il
efl utile aux hommes3 cefl le
prix que j'en attends ; ils ne
peuvent me donner la jànté,
je n'ai bejoin d'aucune autre
chos, &je quitterais volontiers
un Juperflu contraire au
repos. En tout cas j'acquitte
une ré,pPaarraattioonn dd'honneur duuç
à de grands Horologeurs,&
a des chefs-d'oe/t''Vrc Jpwvent
-!zccufez.. a tort, au moins par
.nos terrejlres.Mapeinture est
commune à dautres, elle ne
_me découvrepoint, & disculpera
mon zele s'il efl indiferet.
Au rejleonfeait que
les degre^ de longitude accourcijjentens'éloignant
de la
lignejainsipour garder une
regle generale dans la connoif-
.sànce quon recherche, on ne
doitpasdiuifer ces deg,rezpar
rlieues, par mille, ni par autre
mesùre, mais par une quote
partie du degréplus ou moins
longi Si fon veut le diviser en
360> chacune de ses parties
fera bien courte, sur-tout en
approchant des pales. A l'égard
des pendules ou montres
devinées a cet ujage Cr methode,
ilfaudroityfaire joindre
une troisiémeaiguille, laquelle
dans chaque minute feroit
le tour du quadran, comme
celle des minutes le fait
'dans une heure.Parcemoyen
on compterott aisément juf
ques aux sîmples vibrations,
dont le mouvement & la vitejjè
étant égaux, le nombre en
feroit determiné pour chaque
mtnute : ce qui etant rapporte
aux diiifions du degré de longitude)
gitude3 donneroit une position
a/ftz précise, & une preuve apeuprésjuste des autres operations.
Ceci rieji qu'utieesquisse,
l'usâgeajoute aisément,
polit &perfectionne: mais il
me paroit que ces avis quej'ai
fait brocher devroient être devenus
vulgaires. Cesecret,si
cen ejl un, me paroîttrivial
ily a long-temps:mais ilfèm.
ble qu'jldoiesuppléer au besoin,
en attendant quun lieureux
concoursfournisse unfpe~>
cifque de proprleté,quipuissè
direélement donner teffet quon
cherche, au lieu que ceci ne.
le donne que par rapport.
goût pour les voyages & la
navigation ; je n'ai pu le faussaire
que peu & en la feule
Europe. Je fuis mainttnant
sequestré du monde &perclus.
Je n'ai aucun mérité an choix
des plaisirs, C'Tje fuis réduit
a ceux de mediter. J'aipeu de
lettres, &fuis peine initié
dans quelquesprincipes ¬ions
des termes des klathematiques.
C'eflune temritéde
diéler ce qui peut être public;
d'ailleurs, cette crainte ne doit
pas faire ensevelir les recher-t
ches qui peuvent être utiles.
Pour éviter ces écüeils, j'ai
écrit quandfai pû, & déposé
l'annéederniere un teflament
qui contient des motifsdȎ-q
multttion, pouranimer lesfça*
vans a certaines découvertes.
Celle des longitudes en efl
,
nombre, en la pouffant plus
loin quelleness ici; &jj ai
fournis a Mcjfieurs de tAcademie
des Sciences les traÙ(Z
quon pourra faire a ce sujet
&autres. Je doute cependant
qu'on doive attendre ce secret
de la profondeur des Mathématiques.
La Sphere celefle &
les aflres fèmb/ent à pareilles
heures & degre^ de latitude
presenter des afpetts & conjonctions
semblables à tout le
tour du globe du Levant au
Couchant. Les opérations de
cettescience,& toutes les
gares formées par règle &
compas peuvent-elles dijferer
comme les degrez ? Mais la
nature recelle de grands tresôrs,
que les temps ou le hasarddécouvrent,
&que l'art
ou la science mettent à profit,
On peut donc de ces accords
esperer la perfection de cette
connoijjance.L'exemple de l'aigmuatnltleedfletolaucbhoaunjtJ,
ôqluloei[qouietlf'aui--
f~/ /f *~-
jette à plusieurs variations
qu on attribue a diverfcscau-
Jes. Le Journal circonflancié
du Cours rapportésur les cartes
marines redrejje, & celui
qu'on doit tenir des longitu-
- - des,
desi donnera la preuve de
l'autre & de plujieurs courant
; car il me paroît dés à
present que la connoijjance des
longitudesejlpresque autant
certaine pour les voyages de
long cours que celle despôles.
Les Marins & Pilotes que fai connus dans ma jeunesse
sçavoient prendre les hauteurs
ou élévations de latitude, &
ne jugeoient ausurplus de l'en- r
- droit ou étoit leur bâtiment,
que par eslime du cours de U
navigation faite, rapportée
*sur lescartes &portlands par
experience ou connot(Tance des
cotes. Je me fouvicns même
qu'ils regloient journellement
leurs montres, quands ils en
auoient. Cela est conzmunaux
voyageursparterre, & d'accusèr
ces montres de dereglement,
quand elles leurparois
<fent avancer ou reculer, sans
faire attention que la justesse
de cette machine exige que son
,aiguille paroisse diligente ou parejJèujè de quatre minutes
des soixante à heure parchacun
degré, que le tout efl transporté
du côté du Levant &
du Couchant, & proportionnellement
depuis la fubdivi*
Jion jufquà 12. heures un tour
du quadran, qui donneroit 180.
degre de changement & le
demi cercle du globe; de meme
les 2.4. heures, ou deuxfois le
tour duquadran donneroient
la preuve du cercle entier parcouru,
& d'unjour & d'une
nuit de difference. On entend
affik que la montre enquef
tion paroitra letarder a proportion
qu'elle fera portée du
çoté de tEst ou Levant
, 0*
queparoissant avancer, ilfera
évidentqu'onfera alléàl'Ouest
pu Ponent. Voici donc deux
Aiguillespresqueégalement SÛ
res. Ilfautpour celle-ci le choix
de l'ouvrier & de l'ouvrage, o & desfoinsattentifspourprévenirJon
repos) fon desordre
ou changement. Ces précautionsfont
au-dessous de l'habiletédes
artsmechaniques. On
peut encore, pour lafacilitéde
ceux que tout calcul embarajJè,
joindre des tables & chiffres
quidonneroient au premier
coup d'oeil,par les dtclinaifons
desfécondés, minutes & heures,
les diflances de longitude
du degréconnu & quitté, sur
lequel la montre auroitétéseulement
régléeaumidi du lieu.
Ilconvient aujji avoir d'autires
montres pour (ervir de
preuve & comparaison
,
&
pour lufage jou,'nalier, lesquelles
doivent être reglées ,, chaquejour:mais nullement
celles qui feront dessinées pour
les longitudes, qu'a certaine
heure notable d'un degré connu.
Ilsemble quejoignantcette
methodeJtmple&facile àl'ef
time, ony trouvera ajje^de
jufteffi) sans renoncer à quelquesecretplus
infaillibley qu'il
ne m'eflpaspermis de prévoir,
& que le bonheur reserve
peut - être à quelque rustre,
quoique pltttÓt dû aux Jcd-
'Vans. J'ai cru devoir hasarder
un avis important a tant
de nations; s'il n'est pas devenucommun,
ceprincipepeut
Juppléer au défautd'étude
}
de
flyle & d'arrangèment. S'il
efl utile aux hommes3 cefl le
prix que j'en attends ; ils ne
peuvent me donner la jànté,
je n'ai bejoin d'aucune autre
chos, &je quitterais volontiers
un Juperflu contraire au
repos. En tout cas j'acquitte
une ré,pPaarraattioonn dd'honneur duuç
à de grands Horologeurs,&
a des chefs-d'oe/t''Vrc Jpwvent
-!zccufez.. a tort, au moins par
.nos terrejlres.Mapeinture est
commune à dautres, elle ne
_me découvrepoint, & disculpera
mon zele s'il efl indiferet.
Au rejleonfeait que
les degre^ de longitude accourcijjentens'éloignant
de la
lignejainsipour garder une
regle generale dans la connoif-
.sànce quon recherche, on ne
doitpasdiuifer ces deg,rezpar
rlieues, par mille, ni par autre
mesùre, mais par une quote
partie du degréplus ou moins
longi Si fon veut le diviser en
360> chacune de ses parties
fera bien courte, sur-tout en
approchant des pales. A l'égard
des pendules ou montres
devinées a cet ujage Cr methode,
ilfaudroityfaire joindre
une troisiémeaiguille, laquelle
dans chaque minute feroit
le tour du quadran, comme
celle des minutes le fait
'dans une heure.Parcemoyen
on compterott aisément juf
ques aux sîmples vibrations,
dont le mouvement & la vitejjè
étant égaux, le nombre en
feroit determiné pour chaque
mtnute : ce qui etant rapporte
aux diiifions du degré de longitude)
gitude3 donneroit une position
a/ftz précise, & une preuve apeuprésjuste des autres operations.
Ceci rieji qu'utieesquisse,
l'usâgeajoute aisément,
polit &perfectionne: mais il
me paroit que ces avis quej'ai
fait brocher devroient être devenus
vulgaires. Cesecret,si
cen ejl un, me paroîttrivial
ily a long-temps:mais ilfèm.
ble qu'jldoiesuppléer au besoin,
en attendant quun lieureux
concoursfournisse unfpe~>
cifque de proprleté,quipuissè
direélement donner teffet quon
cherche, au lieu que ceci ne.
le donne que par rapport.
Fermer
Résumé : Copie d'une Lettre instructive & curieuse sur les Longitudes. [titre d'après la table]
Le texte présente les réflexions d'un individu passionné par les voyages et la navigation, mais limité par des contraintes personnelles. Il manifeste un vif intérêt pour les mathématiques et les découvertes scientifiques, notamment la détermination des longitudes. L'auteur a rédigé un testament encourageant les recherches dans ce domaine. Il estime que la précision des longitudes pourrait égaler celle des latitudes, en s'appuyant sur des outils comme l'aiguille aimantée et les journaux de bord. Il propose une méthode pour améliorer la précision des montres et pendules en navigation, suggérant l'ajout d'une troisième aiguille pour mesurer les vibrations. L'auteur espère que ses idées, bien que simples, puissent être perfectionnées et appliquées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
997
p. 50-56
Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
L'univers est moins vaste que l'imagination des hommes [...]
Mots clefs :
Livre, Spectacles, Mercure, Variété, Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Lunivers est moins vaste
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
Fermer
Résumé : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte traite des perceptions et des jugements des lecteurs concernant un auteur, probablement celui du 'Mercure'. L'auteur observe que les lecteurs sont facilement influencés par divers éléments tels que le faux, le vrai, la raison, l'éloquence, la vérité, la louange et les mensonges. Il note que ses idées variées et parfois désordonnées semblent plaire aux lecteurs. L'auteur se défend contre les reproches liés à la publication de fausses nouvelles, affirmant ne pas être responsable de la véracité de tout ce qui lui est écrit. Il exprime son regret d'avoir offensé certaines personnes en décrivant des spectacles dans son livre. Il se questionne sur les sujets qu'il peut aborder sans être critiqué, se demandant s'il doit se limiter à la médisance ou à la critique, ou éviter de parler favorablement de quiconque. Il conclut en espérant que les lecteurs trouveront ses articles futurs discrets et exempts de reproches justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
998
p. 56-57
Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois, le Sieur Crin, natif de Compiegne, [...]
Mots clefs :
Roi, Estampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le I2. de ce mois,le Sieur
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
Crin,natif de Compiegne,
âgéd'environ25. ans, étant
a Versailles, eut l'honneur
(de l'agrément de M.le Duc
de Noailles, Pair de France,
Capitaine des Gardes du
Corps du Roy) de preienter
à Sa Majelté3 à l'issuë de sa
Kieffw, l'histoire entierede,
loaRegne jusqua present
ôc sa louange ktr la paix,
renfermées en deux vers
Latins,jqu'il a traduits en 4.
vers François, & placez en
formfc d'inscription au bas
d'une estampe du Portrait
du Roy, qui les a très bkn
reçus. Les voici.
GeJJit Jceptra puer, crcjcentis
fama voLvît,
Vir njkit
>
gmdet denique
pace senex.
Ce Roy des son enf-ance a
porcé la couronne; La gloire en sa jeunessea.
marché sur ses pas; A
En son âge viril-vainqueur
dans les combats;
Blanchi fous les lauriers le
repos l'environne.
Fermer
Résumé : Distique Latin à la loüange du Roy, traduit en quatre Vers François. [titre d'après la table]
Le 12 du mois, le Sieur Crin, natif de Compiègne, obtint l'agrément du Duc de Noailles pour offrir au roi une histoire de son règne et une louange pour la paix. Cette histoire était résumée en deux vers latins traduits en quatre vers français. Les vers furent placés sur une estampe du portrait du roi, qui fut bien accueillie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
999
p. 78-80
De Paris.
Début :
Le Baron d'Espar, General Suedois, est arrivé ici depuis [...]
Mots clefs :
Chevalier de Malthe, Lyon, Roi, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
Fermer
Résumé : De Paris.
Le baron d'Espar, général suédois, est à Paris pour négocier avec le roi de France concernant le Duché de Deux-Ponts. Plusieurs officiers français se préparent à aider la République de Venise contre les Turcs. Le comte d'Estaires remplace M. Prior comme ambassadeur d'Angleterre. À Lyon, du marbre de Gênes arrive pour la statue royale. Les Chevaliers de Malte doivent rejoindre Malte avant le 15 mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1000
p. 86-108
Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
Début :
M le Duc de la Force, dont la naissance, le merite [...]
Mots clefs :
Compagnie, Duc, Royaume, Académie française, Discours, Duc de la Force, Abbé d'Estrées, Académiciens, Muses, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
M le Duc de la Force;
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
donc la naissance; lemerite
& les belles qualitez
n'ont besoin ni decomment
taire,nid'éloge, ayaptéto
élû parMessieurs de sAca.
demie Françoise, à la place.
de feu.M.Bruslart de.JSilooi
lery,Evêque de :SoiffoiisJ
y prit seance le Lundi2 8:
Janvier, ôc prononça un
Discours qui fut si universellementapprouvé
;queje
suis très-mortifié de ne
pouvoir vous en donner
qu'un extrait.
Aieflieurs, dit
-
il, lorjque
vous élevc^jusqu'a vous des
hommes celebres par leurs Ecrits,
c'est une dette que vous
acquitte^ ; & juflesarbitres,
des talens
,
la réputation la
mieux établie entraîne necef
Jairement vos fujjrages.
Mais lorjque vous ouvre%
le Sanctuaire des Mufesàceux
qui n'ont d'autre mérité que
de lesaimersans lesavoirbeau^
coup servies, éejl umgrâce*
que 'Vous faites) & la prefertneesemble
être l'ouvrage tout
pur devotre inclination.
CependantJtfavorable
pour moj, dois-je le juflifier
aujourd'hui? Comment rendrè:
raison de mon bonheur ? n'ejl..
ce pas assiz de le sentir avec
la plus vive reconnoissance? ,, L?Academieornéeplus que
jamais de ce que la Religion,
les Armes & laMagijlrature
ont de perfonnagesplus diJlingue"{,
avoit-elle besoin dun.
homme qui n'eutay apporter
que les avantages du rang &
de la dignitéîPer..
Permette^-moj donc, Messieurs,
de mabandonner à une
idée plusflateuse, Peut-être
a,vek -vous Jfiî combien fat
ététouché dés ma jeunesse de
cet éclat indépendant du ha*
%ard
,
injeparable de nousmêmes,
de cette gloire delicate
que vouspoffede^&dontvous
êtes les vraisdispensateurs.
Peut-être avek-vous ffû que
fenjtble aucommercedes Gens
de Lettres, où l'on acquiert
olvec facilitécequi leur aco ûté
tant de travai
lui
travail3 je les ai aitne^,
je les ai recherche% ,je
les ai rassemble
-OuiyMejjieurs,j'ai ose
fonder une Cnlonje Jçavmte *
dans une des premieres villes
du Royaume. Ne dévots-je
point attendre votre aveuf
Les Academies étrangeres qui
nefleuriffent que fous vos auf
pices, qui ne
brillent
que de la
reflexion de vos lumieres, doi..
vent recevoir de vous leurs
Chef, & non pas vous les
prejnter. Je putscependant
m'applaudir de mon impatience
en de ma temerité) puisque
* L'Academie Royale de Bordeaux
établie en 171;. fous laprotectiondeM.
leDucdelaForce,;
Uous 'Vez approuvé l'une &
couronné l'autre.
En madoptantaujourd'hui
"vous épandèzfut cette Compagnie
que j'ai formée un éclat
qui lui manquoit; elle partagera,
elle éternisera ma reconnoijjance.
Vous me rendespliàs
digne d'elle. Elle me reverra
avec la mêmejojye que les nations
les plus oei 'N-crrvoitnt
leursPrinces,lorsqu'ils revénoient
charge^ du nomglorieux
d'ami
y
d'allié) de citoyen Ac-
Rome.
Heureux ctux à qui la fortune
meten rnam les recorfb
penJes des Arts! Heureux
ceux qui placez entre Augufle
& Virgile peuvent faciliter
laccés du Trône aux Aiufes
timides ! Quellefut donc U
joje du grand Armand, lors
qu'il jetta les fondemens de
cette Compagnie? Quand il
r/auroit pllStendu aujjt loin
les frontiefei du Royaume;
quand d auroitabattu moins
Jtennemisy cette Epoque feule
*eût assurési memoire contre
l'oubli,lignorance & tenvie,
>
&fins cet événement peut-
*
ître tous les autres étoientperdus
pour la pofierité.
En cet endroit il continuë
l'éloge du Cardinal de
Richelieu, du Chevalier
Seguier, & de M. de Sillery,
dont il remplit maintenant
la place.
Plus loin il ajoûte.
Armand, vous le ffave;r,
avait long-temps combattu 1'heresse
par la¡;: doéîrine, avant
que de lacombattreparlaptiif-
Jance. Dans ces derniers temps
te monstre *,toujours fécond
ksereproduire, a reparu feus
une nouvelleforme, d'autant
flqi dangereuse,qu'il ne pre-
* Le Tanfcnifme,
noit les cDuleu-rs de la vérité
que pour la trahir plus sûrement.
:
'- Sillerj estm des Athletes
éhoifis pour le poursuivre.
Avec quel courage ne ta-t-il
point attaqué f Avecquelle
.charitéingenieuseriA-MI pastravaillé
a la réunion des ef.
prits qutlvoyoit uniquement
divife^sur la maniéré de le
tetraffer r Lamortfeule apic
interrompre un fïsaint ou-
vrage. si saint :, Telle a été,Messîeurs, la
findes travaux & des jours
de ce grand h.fJmme. J'aisenti
tomme hjoustout. ce qye njous
perdtz en lui, & je le fins
encore au moment même-que
,'Vous me deftycz Jasuccessîon.
L)ttmitié wu$avoi? unis feus
les yeux d'une Princejje * -
également spirituelle & vertueuse
dans cet aimablesejour,
dansces, riantes campagnes (fil
tille,riadmet deplaisirs que ceux
qui luifontoffertspar les Muses.
Là nous avons affe% joui
des derniers entretiens de Ai, tEveque de Soijjons pour le
regretter long-temps.
Combien a-tril versé dàm
* Madame la Duchessedu Maine.
mon coeur d'amour, de refpeêl
& de zele pour l'académie!
Il ne vous abandonnait, m-art-
il dity que pour "vaquer aux
devoirsdeJon état.
Je rends graces au mien.,
qui me permettra plus d'ajjiduité;
uniquementpartagé entre
deux occupations,d'admis
rer mon hIaÍtre, &d'apprendre
de vous à exprimer mon
admiration;témoin toura tour
& de ses vertus & de vos
éloges.
Dans cette auguste retraite *
ou il daigne.quelquefois mJad
v* Marly. ,
mettre
mettre aJes délajjèmens;dans
ces momens heureux ou il tempère
l'éclat qui l'environne
pour dejeendrejusqu'q, nous,
je recueilleraiplussoigneusement
que jamais fèsparoles
fis allions qui échapent à l'hijtoire.
Je vous les rapporterai;
je fiai le precicuxujage que
iwusenpourrezfaire.
»
Oui, AdeJJteurs, les Héros
que la Fable a imagine.z, ou
que l'Histoireaembelis, ont
bejoin, pour paroitre grands del'appareil de , toutes leurs
udéloires
j
de l'ajjemblage detous
les jours de leurvie. Un
sieus jour du Roy vous four..
nit unpanégyrique:je dis même
unfienl de ces jours pd-ifibles,
ou il ne s'occupe que du
bonheur defia Cour & de la
félicité defies peuples.
Il respireenfin Apres tant
deglorieux travaux,il compte
avec impatience de quel moment
fies fiujets commenceront
a goûter tous les firuits de la
paix:toujours rempli desfoins
de cet heureux avenir, il ne
travaille qu'à nous l'ajjurer.
Sa tendrejfie paternelle fie croit
trop rejJèrréepar les bornes de
laplus longue vie; elle létend
n~u--de~là. Q9u,,e,lté»moignage tfo0~u--
chantuous en a-t-il donné, &
quelJpeélacle à l'Univers! Jamais
il ne paraît moins homr
me,que lors qu'ilJe souvient
de l'être. Puissè le CielJe contenter
de cettepieuse &fagé
préoyance!puissions-nousn'a-.
"voirjamais hejoin d'en rejjentir
les effets ! Queson h ritier.
croissè Jous ses yeux, & re..
çoiqje deJa bouche les injlructions
qu'il lui legue.
* Pour moy, Messieurs,Il le
titre £Académicien re 1c"nd
plus recommandable a vtre
Apgujle Proteâeur, mon -ele
poursa Personne ifacrée me rendraplus
cher à cette célébré
Compagnie. Les bontez de ce
Monarque vousont prévenus
en ma faveuy ; j'ai reffinti de
tous fies bienfaits le plus pur
& le plus précieux. Il a brisé
les funefles liens où niavoit
fnLagé le malheur de ma naiss
pince ; & cesi aux pieds de
Ces mêmes Autelsausquels il
triarappellé, queje dois former
autant de voeux pourfit
vie que vous éleruez de monu.,
mens poursa gloire.
Aprés que M. le Duc de
la Force eutachevésonDilcours,
M.l'Abbé d'Ettrées,
Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit, Dire<5teur
de l'Academie, luirépondit.
MONSIEUR,
Dans lesfréquentespertâi
que tAcademie afaitesdepuis:
quelques mois, elle s'ejl vûe
enlever beaucoup d'hommes illucres
; cesi ce quifanJa douleur
: mais de nepouvoirgueres
en perdre que de tels, cess
cequi. faitsa gloire; & enfin
de pourvoir les remplacer,cest
ce qui peut la conso ler.
C1tjl en effet, Monfiettr,
par cet endroit quelle Je console
aujourd'hui, en voyant
un homme de votre naijjance
& de votremérité prendre la
place d'ungrand Prelat quelle
regrette,& dont javoue que
.( je ne fçaurois me Jouvenir
sans me sèntir attendri. Je
fuisperjitadé MeJJteurs, que
ceux dentre vous qui ont
eu quelque liaison avec lui
rejjentent ce que je Jens mymême
dans ce marnent; car
cejl faire un éloge également
1Jeritable & glorieux de feu
Al. l'r-vequedeSoleons, que
de dire qu'il sétoit attiré l'ef
time & l'amitié de tous les
gens d'honneur; & vous me
pardonnerez Jtje fais le mien
en disànt que j'étois. de ses
amis.
Son esprit, sa candeur, ses
manieres polies, sa fidélité dans
te commerce de l'amitié> mbritpient
qu'on s'attachât 4
lui. Il tiroit toutes ces qualit ez
du fond d'un beau & noble
naturel, commun a tous ceux
de sa Adaijon. De la njenoit
cette union intimede trois freres,
tous trois dijlinguez chacun
dans leur état, digne pof
terité du fameux Chancelier
de Sillry.
Vne mort prématurée dans un âge qui.n,étai-t pas encore
fort avancé) nous a ravi cet
aimable&rcjpeélable Pre-
Lt, aujji recommandable par
sa regulritt:, par sa charité
envers les pauvres , par l'application
à ses devoirs, que
par les qualitez dont la nature
l'avoit avantagé. Vous lui
fùccedcz, Monfiettr) & vous
honorerez la place que vous
tlie^ prendre parmi no-us ;
fous,l'honorerez^
>
dis-je" nn
feulementpar le rang que 'VOUJ
lene'{ dans le mondey &pat
le nom que vous portt;z, un
des plus illuflres qu'il y ait
dans le Royaume : mais encore
par les talens propresd'un
Académicien
)
qui ont déja
brillédaus une Cour qui cfi
l'école du bongo,ut&le regne
de la politejjè> & outïut jusqTue'aupx
prLii/iris etfl a.ssaisonné
Quand ces talens ssous auraient
manquéyAdonfieur>
nous aurions de qaoyju(lisier
le choix qu'on a fait devous
par la faveur & la protection
que vous accorde'{ aux sciencesy
aux beaux 1rts, aux
belles Lettres, &par la libéralité
dont vous nfe^ envers
ceux qui sy dppliquent. Mous *sommes Académiciens ; notre
Académie efl comme la mere
& le modefe de toutes les autres
y
elleprendpart, elle sinterejje
à ce qni les regarde.
Nous riignorions pas ce qui leflpasé a Bordeaux: vous
y atek établi une Academie
qui renferme dansson objet
tout ce que les trois Académies
inftstuées ici, &qui traaillent
fous l'autorité & la
protcélwn du Roy, Je font
chacune proposéJeparrment.
Vous lui avek obtenu des Lettres
patentes de SaMajefié>
njQusy ae'{ fondé dcs prix,.
nom en êtes le pero : ce titre
fcul meritoit que nous enflions
de ïempreffement pour tout
tggreger à- la notre.
Apres celatl feroit inutile
que je vous exhortajfe au nom
de l'Acadeoeie a remplir les
devoirs£Académicien parnjo*
tre ajfîdmté aux ajfèmhlées,
par vos lHmieres, & meme >
çpmme vous le pourriez*?par
rvos ouvrages: vous naur
qu'à suivre votre inclination,
& à laijler prendre rejJor a
votre Genie,. pour répondre
à nos esperances, &pour confirmerrapprobation
generale
qu'on a donnée au choix que
ngus avons fait de votre Personne.
Fermer
Résumé : Extrait de la Harangue de M. le Duc de la Force, reçû à l'Academie Françoise, le 28. Janvier dernier. [titre d'après la table]
Le texte relate l'élection du Duc de la Force à l'Académie Française, succédant à l'évêque Bruslart de Sourdis. Le 28 janvier, le Duc prononce un discours où il exprime sa gratitude et son honneur d'avoir été choisi, tout en reconnaissant ses mérites littéraires limités. Il met en avant l'importance de l'Académie dans la promotion des arts et des lettres et annonce la fondation d'une académie à Bordeaux, sollicitant l'approbation de l'Académie Française. Il rend hommage à ses prédécesseurs, notamment Armand de Richelieu, et insiste sur la lutte contre l'hérésie. Le discours se conclut par des remerciements et une promesse de fidélité à l'Académie. Lors de la cérémonie académique, le Duc exprime son impatience de voir les fruits de la paix après des travaux glorieux et travaille à assurer un avenir heureux. Il loue la tendresse paternelle du monarque et souhaite que son héritier suive ses instructions. Il remercie le monarque pour ses bienfaits et forme des vœux pour sa vie. Après le discours du Duc de la Force, l'Abbé d'Ettrées prend la parole. Il loue les qualités des frères d'Ettrées, dignes héritiers du célèbre Chancelier de Sillery. Il évoque la mort prématurée d'un frère, regretté pour sa régularité, sa charité et ses talents. L'Abbé encourage le nouveau membre à honorer sa place par son rang, son nom illustre et ses talents académiques. Il félicite également le nouveau membre pour sa protection des sciences, des beaux-arts et des belles-lettres, ainsi que pour sa libéralité envers ceux qui s'y consacrent. Il mentionne l'Académie de Bordeaux, fondée avec des lettres patentes du roi, et encourage le nouveau membre à suivre son inclination et son génie pour répondre aux attentes de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer