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1
p. 50-54
Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
L'opinion la plus commune est que Numa Pompilius ajoûta [...]
Mots clefs :
Mois de janvier, Année, Janvier
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
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Résumé : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Le texte traite de l'origine et des variations du début de l'année dans le calendrier romain. Traditionnellement, Numa Pompilius est crédité d'avoir ajouté les mois de janvier et février et d'avoir fixé le début de l'année en janvier. Cependant, Ovide soutient que l'année a toujours commencé en janvier et parfois se terminait en février. Le mois de janvier tire son nom de Janus, une divinité à deux visages représentant le passé et l'avenir. Le terme 'janvier' provient du latin 'januarius', lié à 'janua' signifiant 'porte', car janvier est le premier mois de l'année. Ce mois est également connu pour son froid intense, illustré par l'expression 'Janvier a trois bonnets'. En Occident, avant 1564, l'année débutait soit à Pâques, soit à Noël. En 1564, le roi Charles IX a décrété par édit que l'année commencerait le 1er janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 16-53
DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
Début :
On y fait une querelle à la Lune ; les uns veulent qu'elle / Dans l'opinion où l'on est que Pasques doit toûjours se [...]
Mots clefs :
Pâques, Lune, Mars, Équinoxe, Années, Célébration, Janvier, Grecs, Mois surnuméraire, Printemps, Fête, Mois solaire, Cycle, Dimanche, Jour, Lunes, Église, Concile
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur la Lune qui doit regler la Pasques.
On y fait une querelle
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
à la Lune;les uns veulent qu'-
elle foit Lune de Mars, & les
autres la desfendent contre
cette usurpation avec les armes
du raisonnement qu'ils
employent,selon moy , avec
beaucoup de justesse,d'esprit,
& d'érudition, à l'usage
que vous allez lire. Cette piece *
est de M.l'Abbé Pothonnier,
Aumônier du Roy, de qui je
ne dirois rien de trop flatteur
, -
quand je le mettroisau dessus
des
des éloges que je pourrois luy
donner.
DISSERTATION
Jhr la Lune qui doit regler
laPasques.
Dans l'opinion où l'on est
que Pdfqucs doit toûjours se
rencontrer dans la Lune de
Mars,on est surpris de voir
cette feste tomber cetteannée
dans une Lune qui commence
le trois d'Avril. La difficulté
qu'il y a d'accorder ses prejugez
avec le temps de la ce-
>
lebration
de laPasques decette
année 171 5. a fait craindre
à plusieurs d'avoir esté jusques
icy dans l'erreur ; c'est ce qui
leur a donné occasion de s'é.
claircir sur ces deux points.
1°. Si Pasques doit toûjours se
celebrer le Dimanche qui suit
le 14. de la Lune de Mars?
•£°- Quel nom on doit donner
à la Lune qui a commencé
le six de Mars? la decision de
ces deux questions dépend de !
quelques remarques qu'ilest
bon de faire pour l'intelligence
du sujet. Ainsi avant derien
resoudre sur cette matière
voyons quel est le cours du j
Soleil &de laLune, quelestla
diversité de leur mouvement ,
quelles sont les regles que l'on
suit pour les faire revenir au
mêmepoint &rentrer dans le
même ordre. Cette connoissance
est necessaire. Sans la
Science de l'Astronomie on
ne sçauroitfixer le jour de Pâques
; le Concile de Nicée en
estoitsipersuadé qu'il vouloit
qu'on consultât pour le jour
de la celebration de la Pâques
les Evêqucs d'Alexandrie qui
estoient beaucoup plus habiles
dans l'Astronomiequetous
les autres Evêques du monde.
nL'aannée eist Srolairee ou L.u- L'annéeSolaire est de 365. -
jours 5. heures & 49. minutes.
L'année Lunaire est de 354.
jours 8. heures & 44. minutes
; ainsi d'onze jours ou environ
plus courte que la Solaire.
Decette difference d'années
vient la difference des mois
dont les uns font Lunaires&
les autres Solaires.
Le mois Solaire est de 30.
jours,10 heures & 29. minutes
;mais pour n'estre point
embarrassé dans le calcul que
l'on seroit des heures & des
minutes, on les a inégalement
partagez sur tous les mois de
l'année, de maniere que les
uns sont de30.&les autres de
31. jours;on a donné que 28.
jours au mois de Février, pour
y faire plus aisément l'intercalation
du jour que forment
en 4. ans à 44. minutes prés
les 5. heures 49. minutes qui
font l'excedant des 365. jours.
Ces 44. minutes quiestoient
de trop en quatre ans furent
cause du desordre qu'il y eut
dans le Calendrier du temps
de Gregoire XIII. on en fit la
reforme
,
& pour éviter un
semblabledérangementilfut
resolu de retrancher en 400
ans trois bissextes
,
de façon
que de 4.siecles en 4. siecles il
n'y auroic des premieres an..
nées de chaque siecle, que la
premiere de chaque quatriéme
sieclequi seroit bissextile.
Le mois Lunaire çfl de 29.
jours 12 heures & 44. minutes
; &afin dene point donner
pareillement dans la même -
confusion
, on les a fixez les
uns à 30. & les autres à, 2.2Je,s
premiers se nomment pleins
& les autres caves.
Comme les mois Lunaires
font plus courts que les Solaires,
&qu'il arrivetrès souvent
que deux Lunes commencent
ou sont dans leur plcin
,
ou finissent dans un même
mois, il auroit esté plus à propos
de se servir de nombres
pour distinguer les Lunes, &
de dire par exemple la premiere
Lune, la seconde Lune, la
troisiéme Lune
, que de leur
donner le nom des mois 50..
laires. Cet expedient auroit levé
tous les doutes ; car pour
dire le vray , on a de la peine à
s'accoutûmer à denommer
une Lune du nom d'un mois
qu'elle n'éclaire quelquefois
qu'un seul jour. -
Mais puisque le langage ordinaire
veut que l'on distingue
les Lunes les unes des autres en
les qualifiantdesmêmes noms
que les mois Solaires, & que
l'on dise la Lune de Mars ,
comme on dit le mois deMars;
il s'agit d'examiner de quel
mois la Lune doit emprunter
son nom, si c'estdeceluy où
elle commence , ou bien de
celuy où elle est dans son
- plein, ou enfinde celuy oùelle
finit. Les Lunes ne marchant
point
point d'un pas égal àceluydes
mois Solaires, il se rencontre
presque toûjours qu'elles ont
leur commencement dans un
mois, & qu'elles se terminent
dans un autre.
On auroit pû donner aux
Lunes le nom des mois où elles
commencent, d'habiles
Astronomes sont de cet avis;
il auroit même mieux valu leur
donner le nom des mois où
elles font dans leur plein; cela
auroit été beaucoup plus naturel
,
puisque les Lunes regnent
plus de jours dans ce
mois que dans tout autre; mais
l'usage qui est le maître des
noms comme des Langues,
veut qu'on les dénomme des
mois où elles se terminent;
c'est ainsi qu'en usent la plûpart
des compulistes selon cet
ancien vers:
In quo completurmensiLunatio
detur.
Les douze mois Lunaires
pris ensemble étant donc plus
courts d'onze jours ou environ
que les 12. mois Solaires
aussi prisensemble
,
il s'enfuit
qu'en trois ans il s'en faut trois
fois onze joursou trente-trois
jours que lesmoisLunairesnegalène
les Solaires; ainsi il y
aura trente- sept mois Lunaires
en trois ans, au lieu que
l'on ne comptera que trentesix
mois Solaires; il se trouvera
donc en trois années
un mois surnumeraire que les
Grecs nomment fmbolzJmi.. ~,c'c~.a dire, intercalaire.
Mais comme il y a trois
jours au delà du mois surnumeraire,
il nous faut chercher
un point dans le cours de plusieurs
années ou nous trouvions
au juste une quantité de
mois surnumeraires, sans qu'il
y ait aucun jour de moins ou
de plus. Ce point
--
se trouve
tous les dix neuf ans. Dans lc.,
- l cours de dix neuf années on a
au juste septmois ou septLunes
surnumeraires. Ce point
ou ce cycle se nomme nom-
-
brc d'or. Methon sçavant Astronome
de la Ville d'Athe-
- nes en est l'Auteur. Il fut approuvé
par les Atheniens &
écrit en lettres d'or. Aussi estil
d'une grande utilitépour les
équations,puisquedans la revolution
de ces dix neuf an- Í
néeste Soleil&laLune revien- j
nent presque au même point,
& se retrouvent à peu prés
dans les mêmesdispositions.
Ce cycle nous est encore plus
précieux par l'usagequ'enfit
autrefois l'Eglise pour fixer le
jour de la célébration de la
Pâques. S. Ambroise attribuë
rétablissement de cet usage à
une Assemblée qui setint,lors
du Concile de Nicée;S. Jerôme
& le venerableBede en font
honneur à Eusebe de Cesarée.
Ce mois où cette Lune surnuméraire
doit trouver quelque
place dans le cours de la
troisiémeannée;autrement il
arriveroit que lesLunes parcourcroienttoutesles
faisons,
de forte que la Lune de Mars
serencontreroit en Automne,
cette d'Octobre dans le Printemps,
celle du solstice d'Eté
dans le solstice d'Hyver, &
ainsi des autres. C'est à cet inconvenient
que s'exposent les
Turcs & les Arabes quicomptent
leurs années par les Lunes
, & qui négligent de faire
aucune intercalation.
Il est presentement question
de sçavoir de quel mois
de la troisiéme année les deux
Lunes doivent prendre le nom.
Pour trouver ce mois, il n'y a
qu'à se rappeller le principe
que nous avons étably, ou plûtôt
que l'usage a aucorifé,qui
est que la Lune prend le nom
du mois oùelle se termine;s'il
se rencontre donc unmoisoù
2. Lunes se terminent, je dis
que ce mois est bis lunaire,
c'est à-dire, qu'il donne son
nom à deux Lunes sçavoir à
la surnumeraire & à celle qui
la suit; & par confcquent c'est
dans ce mois qu'il faut placer
la Lune embolismique.
Or danslatroisiéme,fixié.
me, neuviéme,onzieme, quatorzième
,
dix septiéme
, &
dixneuvième annéedunombre
d'or,il se trouve en chacune
de ces années un mois ou
deux Lunes se terminent. Le
calcul en est facile
,
il ne faut
que repassersur les années prccedences,
L'année1710. étoit la premiere
du nombre d'or Le premier
du mois Solaire de Janvier
étoit aussi le premier de
la Lune de Janvier;mais l'année
Lunaire étant plus courte
d'onze jours, il fallut en 1711.
retrograder d'onze jours pour
trouver le premier de la Lune
de Janvier
, en forte que le
-
premier dela Lune de Janvier
tombât, non le premier du
, mois de Janvier comme Tannée
de devant, mais le 20. de
Décembre 1710. onze jours
plus tard. Par la même rétrogradation
en 1711. le premier
de la Lune de Janvier se rencontra
le 9. de Décembre 1711.
& toûjours par la même rétrogradation
ce prèmier de la
Lune de Janviereût été le 29.
de Novembre sans l'intercalation
qui se fit du mois surnumeraire
dans le mois dAoût
1712. troisiéme du nombre
d'or. Dans ce mois se trouva
la fin de deux Lunes, sçavoir
le 2. d'Août la fin de la Lune
d'Août furnumcraire, & le 31.
d'Août la fin de la Lune
d'Août ordinaire; il en est de
même de cette année1715,
qui est la sixiéme du nombre
d'or où se doit intercaler la
Lune surnumeraire,ils'y trouvera
un mois où deux Lunes
se termineront,scavoir le mois
de Juiillet. La Lune de Juillet
surnumeraire finira le premier
de Juillet,& laLunedeJuillet
ordinaire se terminera le 30.
du même mois de Juillet qui
donne ainsi son nom à deux
Lunes , à la surnumeraire& à
l'ordinaire. On peut dire la
même chose des neuvième
* onzième
,
quatorzième
,
dixfepcièmey6c
dix neuvième du
nombre d'or ; il est aisé d'en
faire le calcul. Il est doncévident
que dans le cours de dixneuf
années nous avons sept
mois où deux Lunes se terminent
, & par consequent sept
endroits pour placer les sept
Lunes surnuméraires qui se
trouvent dans ce Cycle de dixneuf
années.
En suivant cette methode
pour intercaler la Lune furnunacraire,
nousn'avons pasune
feule LUlle qui ne 101t au
moins quelques jours dans le
mois donc elle porte le nom;
au lieu que ceux qui mettent
la Lune fornumcraire dans la
troisiéme année immédiatement
après celle de Février, &
qui prennent pour premiere
Lune ou pour Lune de Mars
celle dont le plein tombe à l'équinoxe,
ou après l'équinoxe,
donnent souvent à cette Lune
le nom d'un mois dont elle
n'éclaire pas un feui jour;c'est
ce que nous éprouvons en
cette année 1715. car sil'on
donne le nom du mois de
Mars à la Lune donc le 14. est
à l'équinoxeou apresl'équi,
noxe , il en certain que cette
Lune aura le nom d'un mois
dans lequel elle ne rompra
pas un seul jour, puifou'cHc
commence le trois d'Avril.
Ces principes reconnus
pour incontestables, & donc
la connoissance écoit necessaire
pour resoudre les deux questions
propofécs ; je dis pour
répondre à la prem cre que la
Lune de Mus ne doit point
servir de règle pour fixer la
Pâques.
Sicette Lune regloitlaPâques
,
il arriveroit siuvent on celebreroit cette Feste
avant l'équinoxe du Printemps.
Or la Pâques ne doit
jamais se celebrer avant l'équinoxe
du Printemps ; donc
la Lune de Mars n'est nullement
la regle de la Pâques.
La preuve de ma premiere
proposition cil: facile; pour
l'avoir, il n'y a qu'à remonter
jusques aux années precedentes
En 1711 le 14. de la Lune
de Mars étoit le 5. de Mars;
en 1711. le 14. de la même
Lune étoit le 21.deFévrier,
Or le Dimanche qui luit immediatement
le 5. de Mars&
le ildeFévrier estavant l'équinoxe
que l'Eglise a fixé au
zi. de Mars pour rendre la
célébration de la Pâques cont
tante, uniforme& invariable
à perpétuité, autant que l'irregularité
des Cycles & l'inégalité
du mouvement apparent
des Astres le pouvoient permettre.
Donc si la Lune de
Mars étoit la règle de la Pâ-
-
ques,on verroit souvent cette
Fête avant l'équinoxe. Mais
,
cette Feste ne doit point se celebrcr
avant l'équinoxe du
Printemps ; en voicy les preuves.
1 Le mois de Nisan ou la
LunedeNisan(c'estla même
chosecar lesHebreux,lesEgyptienslesArabes
& lesGrecs le
servoient de mois lunaires,&
ils n'avoient qu'un même terme
pour exprinici&laLune &
lemois ; man ,
manach, fwfr,
ou¡.u{vJ?;d'où les Latins ont fait
mensis) étoir le premier mois
de l'annéeEcclesiastique des
Juifs, & le temps auquel ils
faisoient leur Pâques, & cest
sur ce mois que les Conciles &
les Peresont réglé celle des
Chrétiens ; or le mois de Nifan
écoit le mois dont le premier
mier jour commençoit avec
l'équinoxe,ou suivoit de prés
l'équinoxe. Donc la Pâques
des Chrétiens qui est déterminée
par celle des Juifs, & qui
ne differe de la leur qu',çn ce
que les uns la font precisément
le 14. du moisde Nisan,
& les autres le Dimanche qui
le fuit ne doit jamais se celebrer
avant l'équinoxe du Printemps.
Dés le second siecle il y eût
de grandes contestations au
sujet du jour de Pâques entre
les Asiatiques& les Occidentaux
, les Grecs & les Latins ;
chaque party s'appuyoït sur la
tradition de son Eglise. Pour
arrêter ces disputes,&rétablir
la paix
4
il fut resolu dans la
fuite de faire plusieursCycles
qui regleroient la Pâques: dans
plusieurs Concileson y décida
cette fameusequestion,&même
au rapport d'Eusebe donc
le témoignage, comme fau.
-
teur de l'Arianisme
,
n'est pas
d'un grand poids en cette matiere,
on n'assembla le Concile
de Nicée que pour terminer
l'affaire de la celebration de la
Pâques. Or tous les Cyclesqui
furent faits à cette occasion
fixent la Pâques après l'équinoxe.
On peut consulter le
Cycle de S. Hippolyte mis par
le Cardinal Marcel dans la Bibliothèque
du Vatican & donné
par Scaliger, Grutterus, le
Pere Gilles Bûcher
, & M.
Bianchini
*
celuy de S. Denis
d'Alexandrie, de Theophile
d'Alexandrie, de Viétorius
d'Aquilée, & enfin celuy de
Denis le Petit mis au jour par
le Pere Gilles Bûcher, & approuvé
dans plusieurs Conciles
de France & d'Angleterre
tenus contre les Irlandois &
Ecossois dont l'urage estoit
different des autres Eglises
pour le jour de la célébration
de la Pâques. Donc suivain la
decision du Concile de Nicée,
- l'autorité des Cycles quenous
avons rapportez & la pratique
desEglises de France &d'Angleterre,
on doit faire Pâques
dans la Lune dont le 14. se rencontre
ou le jour de lequinoxe
ou après l'équinoxe du Printemps.
,\ Les Cycles de Theophile
d'Alexandrie,& de Viétorius
d'Aquiléen'étants pointd'accord
au sujet du jour de Pâques,
causerent quelque division
dans l'Eglise vers le cinquiéme
& sixiéme siecle. Le
Pape S. Léon & les Latins rejettoient
celuy de Theophile
pour s'arracher entièrement à
celuy de Victorius ; au contraire
les Grecs s'en tenaientà
celuy de Theophile & defapprouvoientceluy
de Viétorius.
Or il n'y avoir de difference
entre ces deux Cycles
qu'en ceque celuy de Theophile
pour ne point faire Pâ-
,
ques le même jour que lesjuifs
plaçoit cette Feste le Dimanche
qui suivoit le 14. de la Lune
, & celuy de victorius la
marquoit le Dimanche qui Cc,
trouvoit & le 14. de la Lune
&le jourdel'équinoxecequiétoit
cause que les uns cele.
broient la Pâques huit jours
plûtôt que les autres. Le Cycle
de Denis le Petit dans le fixié.
me siecle mit fin à toutes ces
disputes;les Grecs & les Latins
le suivirent ; & afin qu'il n'y
eût plus de variation ni de division
pour la celebration de
la Pâques, on convint alors
d'annoncer tous les ans à la
FestedesRoisle jour de cette
Felle. Ainsi la Lune Pascale est
celle dont le14, estàl'equinoxe
ou après l'équinoxe
,
& le
jour de la Pâques est le Dimanche
aprèsle14. de cette Lune.
Ceux qui veulent être instruits
à fond sur cette matière, doivent
lire l'excellent Livre du
sçavant Pere Petau de Doélrina
Temporum, les Traitezdu Pere
Lamy;du Pere Bonjour,&de
M. Bianchini.
Dés que c'est l'équinoxe du
Printemps qui règle la Lune
Pascale, c'eit à-dire celle où
doit se celebrer la Pâques) il
est aisé de connoistre en quel
mois &en quel quantième du
mois on doit faire Pâques.
La Lune Pascale ne peut
commencer qu'entre le 8de
Mars & le 5. d'Avrilinclusivement,
le 14. de la Lune Pascalene
peut estre plutost que
le 11. de Mars nyplus tard
que le 18. d'Avril, doùil
s'enfuit qu'on ne peut jamais -
celebrerla Pâques avantle2.1.
de Mars ny plus tard que le 2 5.
d'Avril. Ce font là les deux
points fixes entre lesquels
roule la célébration de la
Pâques.
Si tostque nous avons un
point fixe qui réglé la Pâques,
nous devons peu nous mettre
en
en peine du nom de la Lune
Pascale. Que ce foit la Lune
de Mars, d'Avril, de May,
que nous importe.Toutes
ces questions nefont que des
disputes de nom.
S'ilest vray cependant que
c'est le mois Solaire où se termine
la Lune qui donne à la
Lune sa dénomination, & si
l'intercalation se fait du mois
surnumeraire de la maniéré
dont nous l'avons marqué cydessus,
je diray pour répondre
à la fécondé question que la
Lune quiacommencé le 6. de
Mars est la Lune d'Avril , -
puisqu'elle finit le y. d'Avril;
ainsi la Pasques se celebrera
cette année aprèsle14. de la
Lune de May, & on intercalera
le mois surnumeraire dans
celuy de Juillet; donc c'est un
faux préjuge de croire quec'est
la Lune de Mars qui réglé la
Pasques.
Je ne doute pas qu'on ne
foit surpris d'entendre dire
que Pasques est dans la Lune
de May. Quelque étrange
que paroisse ce langage, il faut
parler ainsi si l'on veut suivre
nôtre systême qui n'est tel que
pour se conformer au vulgaire
& s'accommodet à l'usage ou
l'on cil de donner aux Lunes
le nom des mois où elles font;
si l'oreille pouvoit se faire à
entendre appeller Lune de
Mars celle donc aucun point
ne tombe en Mars, nous
,
pourrions dire que la Lune de
Mars est toûjours celle dont
le14. se rend ontre dans l'équinoxe
; alors nous ne ferions
point contraires à l'opinion
où l'on est que Pasques est
toujours dans laLune de Mars.
selon ce dernier sentiment la
Lune quia commencé le 6. de
Marsferoit la Lune surnumeraite
qui se mettroit tous les
trois ans immédiatement après
le mois de Février) ensorte
que cette troisiéme année feroit
de 384. jours. C'estoit à
peu prés ainsi que les Grecs
faisoient l'intercalation de
leur moisembolismique.Tous
les 4. ans à chaque Olympiade
,
dont l'époque est si fameure)
ils inferoient leur Luneembolismique,
de manière
que leur 4e. année estoit de
398. jours. jÊfq
De tout ceci on doit co
dure qu'il n'y a que trois cho-"
ses dont le concours foit abfoi
lument necessaire pour déterminer
la célébration de la Pasques.
1°. L'equinoxe du Printemps
qui est fixé au 21. de
Mars. 2°. La Lune qui est
celle dont le 14. tombe au 21.
de Mars ou aprèsle21. de
Mars. 3°. Le jour, qui cil le
Dimanche qui fuit le 4. de
cette Lune;de façonque si ce
14. se rencontroit le Dimanche,
on remettroit la Pasques
au Dimanche suivant. Ainsi
,
lorsqu'on connoît ces trois
points, on ne sçauroit se tromper
pour le jour de lacélébration
de la Pasques.
Fermer
3
p. 1891-1906
SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
Début :
V. CONFERENCE, Tenuë le 9. Janvier, entre Raghib-Effendi et les Ministres de Chah Thamas. [...]
Mots clefs :
Traduction, Conférences pour la paix, Turcs, Persans, Négociation, Sérasker, Raghib Effendi, Janvier, Desterdar, Conseils généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
SUITE DE LA TRADUCTION
de la Relation Turque , sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs
et les Persans.
V. CONFERENCE , tenue le 9. Janvier,
entre Raghib- Effendi et les Ministres
de Chah- Thamas.
A négociation n'avançant point , les Plénipotentiaires de la Porte , pour
intriguer les Persans , laisserent couler
quelques jours sans les faire inviter à
continuer les Conférences ; mais ceux- cy
paroissant rester tranquilles chez eux ,
A iiij les
1892 MERCURE DE FRANCE
4
les Turcs se déterminerent à leur envoyer
Raghib-Effendi. Ce Defterdar , conformément aux instructións que ses Collegues lui avoient données , signifia en termes formels aux Ministres de Perse ,
qu'il n'étoit pas possible de déferer aux
prieres qu'ils avoient faites jusqu'alors ,
et que tant qu'ils s'aheurteroient à la restitution des Pays conquis au- delà de l'Araxe , il étoit inutile qu'ils se flatassent
de réussir dans leur Mission. Nous connoissons votre état mieux que vous- mêmes , leur dit-il , à quoi bon vous fixer
à rebattre continuellement les mêmes instances , puisque vous ne pouvez vous
promettre aucun fruit de cette conduite ?
Pour moi je vous parle à cœur ouvert ;
si vous voulez travailler avec succès à
la réunion de nos Souverains , croyezmoi , ne réclamez plus rien de tout ce
que nous avons au- delà de l'Araxe ; car
en faisant la paix et gardant chacun ce
que nous possedons , il se trouvera que
l'avantage sera encore de votre côté.
2
Raghib- Effendi ayant sondé le terrain.
de cette maniere , et s'étant tourné et retourné de tous les sens pour découvrir
les plus secrets sentimens des Ministres
de Perse , et les désabuser de leurs esperances , Mehemet Riza-Khan , répondità
SEPTEMBRE. 1732. 1893
à ce Defterdar. Je vous jure sur la tête
de Mourteza-Ali , * qu'absolument je
n'ai pas le pouvoir de me desister en entier des Pays que vous nous avez enlevez
au-delà de l'Araxe ; cependant en consideration de la Paix , et pour mettre la
derniere main à un ouvrage si salutaire ,
je veux bien risquer de m'attirer tout le
courroux de notre Roy par mon trop de
condescendance , et je vous abandonne
contre ses deffenses précises , tout ce qui
est au- delà de ce Fleuve ; mais que leurs
Excellences , le Seraskier Achmet , ne
prétende plus garder rien des Pays endeçà , car je suis résolu de tout hazarder
plutôt que de me relâcher de la moindre chose sur cet article. Voilà tout ce
que nous avons à vous dire.
VI. CONFERENCE , tenue sous les Pavillons
du Seraskier Achmet- Pacha , où assisterent , outre les Ministres ordinaires , tous
les Visirs qui se trouverent à l'Armée et
les principaux Chefs des Troupes..
Le 11. Janvier , deux jours après la
Ali , Gendre de Mahomet , dont les Persans
suivent la Secte.
** N. B. C'est une politesse de la Langue
Turque, de parler en plurier, quoiqu'on ne patle
qu'à une ou que d'une personne.
Av derniere
1894 MERCURE DE FRANCE
derniere Conference , les Plénipotentiaires de Turquie et de Perse , les Visirs:
et les principaux Officiers de l'Armée
Ottomane s'étant assemblez sous la Tente
du Seraskier Achmet , ce Pacha prit la
parole et dit : Suivant le rapport qu'on
m'a fait jusqu'à present , presque toutes
les Conferences précedentes se sont passées en discours infructueux de part et
d'autres ; mais , graces à Dieu , continuat'il, en regardant les Ministres du Roy de
Perse , vous venez d'augmenter la haute
idée que je m'étois déja faite de votre
sagesse , puisqu'ayant reconnu avant hier
dans votre entretien avec Raghib Effendi , que les propositions que vous nous
aviez faites cy-devant n'étoient pas recevables , vous convintes avec lui de
renoncer à la restitution des Pays que
nous avons conquis au- delà de l'Araxe ; desorte que nous pouvons dire que
ce n'est proprement que de ce jour que
notre négociation a commencé , tâchons.
de la continuer er de la finir même aujourd'hui , à la satisfaction commune ;
il ne s'agit plus maintenant que de disputér sur les Pays qui sont en- deçà de
ce Fleuve ; examinons cette matiere
l'amiable.
Dès que nous avons cedé les Pays au
à
dela
SEPTEMBRE. 1732. 1895
delà , interrompirent les Persans , nous
ne voyons pas qu'il y ait plus rien à regler entre nous , car pour ceux de deçà
ils ne méritent pas , dans la désolation
où vous les avez mis , que nous tenions
une seule Conference à leur sujet.
Nous ne pensons pas de même, reprirent les Turcs , et nous jugeons , au
contraire , que parmi ces Contrées il y a
beaucoup de Lieux et de Places qui de
route necessité , et surtout par rapport
à la convenance doivent être annexez à notre Empire , comme , par exemple , les Ville et Province de Tauris , que
des raisons tres- essentielles nous empê
chent absolument de vous restituer.
>
Nous ne pouvons que vous repeter
roûjours ce que nous vous avons déja
dit tant de fois , répartirent les Persans ;
nous ne sommes pas ici pour disputer
d'égal à égal , sur ce qu'il convient que
vous nous donniez et que nous vous
donnions ; et nous en revenons , à l'ordinaire , à vous supplier de prendre en
consideration notre état , et sur tout
Phonneur de la Porte. Hé ! ne le faisons
nous pas , répliquerent les Turcs ; comment ! quand nous vous rendons la Pro
vince d'Hamadan , qui est si belle et si
grande, cette grace n'est- elle pas assez
A vj Con
1896 MERCURE DE FRANCE
considerable pour vous inspirer plus de
retenue dans vos demandes ?
Nous conviendrons bien , dirent les
Persans , que la restitution de cette Province seroit effectivement une faveur ,
si le Suppliant pour lequel nous parlons ,
n'étoit pas un Roy qui se jette entre les
bras du plus grand Monarque du monde,
son unique réfuge et l'azile de la Foy
Ortodoxe; mais lorsque nous envisageons
votre Empereur sous cette idée sublime ,
il nous paroît qu'il est de sa grandeur de
nous traiter plus favorablement. Enfin ,
c'est de vous que sont partis les coups
qui nous ont terrassez ; nos playes sont
encore toute sanglantes , vous seuls pouvez y appliquer les remedes les plus propres à les guérir promptement ; nous ne
pouvons vous dire rien de plus.
Le Ministre de Chah-Thamas s'en tenant toûjours à renouveller leurs prieres
aux Turcs , et à leur remettre continuellement devant les yeux l'honneur de la
Porte , et le malheureux Etat de la Perse;
ceux- cy leur dirent encore , comme ils
avoient déja fait dans d'autres Conferences , de réfléchir de nouveau sur les prétentions qu'ils formoient , et c'est par- là
que finit cette Séance.
VI
SEPTEMBRE. 1732. 1897
VII. CONFERENCE , qui fut generale.
comme la précedente , et se tint de même.
chez le Seraskier, le 13. de Janvier.
Très-honorez Plénipotentiaires , dirent les Turcs aux Persans , dans la derniere Conference que nous eûmes ensemble , nous vous priâmes de faire de
plus mures refléxions sur l'état de vos
affaires et sur la nature de vos prétentions . Dites-nous donc aujourd'hui à quoi
vous êtes résolus; car enfin si vous pensez
tour de bon à pacifier les troubles qui
agitent votre Monarchie , pourquoi n'agissez-vous pas consequemment , et le
plutôt que vous pourrez , puisque ce ne
peut être que le plus avantageux pour
vous ? la décision de l'affaire est toute entiere entre vos mains ; il ne tient qu'à
vous que nous ne finissions dans un
instant.
Vos Excellences ont vû , répondirent
les Ministres de Perse , qu'en renonçant
pour notre Roy aux Etats que Vous possedez au- delà de l'Araxe , nous vous
avons accordé , pour accelerer l'ouvrage
de la Paix , beaucoup plus que Sa Majesté
ne nous avoit permis de le faire. C'est
à votre tour à suivre notre exemple.
Hé bien ! répartirent les Turcs , quoique
1898 MERCURE DE FRANCE
y
que notre pouvoir ne s'étende pas aussi
à vous restituer rien au delà d'Amadan,
nous voulons bien , pour que vous ayez
lieu d'être tout-à- fait contens de nous , y
ajoûter encore Kirmancha ( 1 ) et le Pays d'Herdelan , au risque des reproches que
notre Empereur pourra nous en faire ,
mais il faut que de votre côté vous vous
désistiez de vos vûës sur la Province/de
Tauris , qu'il nous est impossible de vous:
rendre.
Sur cette derniere proposition , les Ministres de Perse repliquerent : Nous n'avons cessé de vous prier , et de vous supplier de rétablir notre Souverain dans
rous ses Etats, et de faire revivre en lui l'éclat de la gloire de ses Ancêtres; nous vous
avons démontré que cela ne se pouvoit
faire qu'en lui remettant tous les Païs que
vous avez subjuguez dans son Royaume ;
et nous vous avons fait voir qu'en prenant une voïe si honorable , l'Empereur,
votre Maître , s'immortaliseroit , er que
toutes les Puissances de la Terre, témoinsd'un procédé si noble , ne pourroient se
lasser d'admirer et de publier sa clémen-
( 1) Kirmancha , ou Kerman , Ville d'une
Province du même nom , autrefois la Caramanic.
ce
SEPTEMBRE. 1732. 1899
ee et sa générosité. Surpris de trouver vos
Excellences peu sensibles à cette gloire
suprême , qu'il leur étoit si facile d'aquerir , nous avions du moins esperé de les
fléchir , en leur cédant de notre bon gré
1 ) Ghendge , Tiflis , ( 2 ) Erivan , Kiat
Kiartil , le ( 3 ) Daguestan , Chamakić
et d'autresContrées si considérables, qu'elles formeroient chacune un grand Etat ; }
et cependant la sublime Porte, sans avoir
égard à nos miséres , à nos humiliatious ,
et aux efforts que nous faisons , malgré
notre abbatement , pour applanir toutes
les difficultez qui s'opposent à notre ré
conciliation avec elle , s'amuse encore à
vouloir se conserver quelques Cantons
ruinez et des Déserts qu'elle vient de nous
( 1 ) Ghendgé, ou Ghendgea , Ville considérable de la Géorgie , ainsi que Tiflis ou Téflis , qui
en est la Capitale.
(2 ) Erivan ou Irvam, Capitale d'une Provin
ce du même nom , qui fait partie de la grande Armenie. Kiat , et Kiartil sont dans la même:
Contrée.
( 3 ) Le Daguestan, dont Chamakié est la Capitale , est un Païs de Montagnes , comme son
nom le signifie,qui fait partie de la Médie-Atropaterre. Il est habité par les Lesquis , qui dans le
commencement des Troubles , se mirent d'euxmêmes sous la protection des Turcs, pour se ga
rantir des invasions des Moscovites..
prendre
630175
1900 MERCURE DE FRANCE
14
H
prendre en deçà de l'Araxe. Que vos Excellences y pensent-bien , et qu'elles jugent elles mêmes , si tant d'attachement
à des bagatelles , répond dignement à l'élevation du Trône que remplit avec tant
de Majesté, votre auguste Empereur ? Les
Ministres Persans prononcerent ce Discours avec toute la véhémence imaginable , et ajouterent gen se levant , avec un
air plein d'altération , que vos Excellences nous envoient , s'il leur plaît , Raghib- Effendi , nous leur ferons sçavoir, par
són Canal , nos dernieres intentions.
CONTINUATION DE LA VII CONFERENCE
entre le Defterdar Raghib- Effendi , seulement,et les Ministres de Chab-Thamas.
CeDefterdar s'étant rendu chez les Plénipotentiaires Persans , ils lui dirent : De
la même maniere que le Seraskier Achmet Pacha a ordre de votre Maître de
ne pas restituer à la Perse aucun des Païs
au-delà de l'Araxe , nous vous jurons ,
par le Dieu Tout- puissant , que nous
avons aussi ordre du nôtre , de ne pas
ceder à la Porte , un pouce de terre en
deçà. Ainsi , dites à leurs Excellences
ajouterent- ils, que nous leur sommes bien
obligez des soins qu'elles ont pris pour
mettre fin à nos principales disputes, puisque
SEPTEMBRE. 1732. 1955
que tout ce qui nous en reste à vuider ,
ne regarde plus que la possession de Tauris ; mais suppliez - les de notre part , comme nous vous en supplions vous- même,
de lever encore ce leger obstacle , en
nous restituant cette Province, qui n'of◄
fre plus aux yeux que des dégâts et des
mazures ; et si la chose est aussi impossi
ble que le Seraskier nous l'a assuré , engagez du moins cet illustre Pacha à trouver bon que nous congédions la plupart
de nos domestiques , et que nous puissions nous retirer avec ce qui reste de nos
gens à ( 1 ) Gherbelaï - Mahaladé , pour y
passer le reste de nos jours.
Raghib-Effendi ayant rendu compte àses
Collégues de ce que venoient de lui dire
les Ministres de Perse ; ceux de Turquie
laisserent passer deux jours sans leur donner de leurs nouvelles , comme s'ils n'avoient pas daigné faire attention au rapport de ce Defterdar.
La négociation cependant se renoua le
(1) C'est un lieu situé près de Bagdat, où le fils
d'une des filles de Mahomet est inhumé ; sa mémoire est en si grande vénération parmi les Persans , qu'entr'autres superstitions du culte religieux qu'ils lui rendent , ils se font une dévotion de porter des Chapelets d'une espece de
Terre glaise , qui se trouve à l'endroit où est son Tombeau.
163
点
1902 MERCURE DE FRANCE
16 , que se tint la derniere Conférence
avec la même assemblée , et chez le Seraskier.
VIII ET DERNIERE CONFERENCE.
Si vos Excellences , dirent les Plénipotentiaires Turcs , souhaitent véritablement la Paix ; au nom de Dieu , ne perdons plus le temps en Discours superflus,
et cessez de nous faire des propositionsque nous ne puissions pas recevoir ; mais
au contraire finissons tout - à - l'heure ,
comme rien n'est plus facile , si vous en
avez bien envie ?
Nous n'aspirons à autre chose , répon
dirent les Persans , qu'à nous trouver parfaitement d'accord avec vos Excellences
ordonnez, prescrivez - nous ce qu'il faut
que nous fissions ; nous sommes prêts de
concourir de tout notre pouvoir avec
vous , à la conclusion d'un accommodement ferme et durable entre nos deux
Nations.
Vous nous avez priez de vous traiter
favorablement, reprirent les Turcs, et nous
y.avons acquiesce avec plaisir. Premierement , en vous rendant la Province d'Amadan , et ensuite sur de nouvelles instances de votre part , le Païs d'Herdelan ,
et Kirmancha.Contentez - vous de ces graces
SEPTEMBRE. 1732. 1903
ces que nous vous faisons gratuitement ,
sans qu'aucune Loy divine ni humaine
nous y oblige , et ne pensez plus à répéter Tauris sur nous.
Avant que de répondre à vos Excellenecs,reprirent les Ministres de Perse,qu'elles nous permettent de leur faire une
question et une comparaison tout ensemble.Supposons un homme opulent et liberal, à qui un pauvre ayant demandé douze
mille ( 1 )Tomans , les lui auroit donnés
de bonne grace ; dites nous , si l'indigent
avoit encore besoin d'un seul Toman; seroit-il vrai - semblable , et croyez vous ,
que cet homme si généreux le lui refusât?
Votre parallele seroit juste , repartirent les Turcs , si nous pouvions disposer
des Païs que vous nous demandez , comme cet homme le pourroit de son bien
et que nous n'eussions pas de plus for--
tes raisons de retenir Tauris , qu'il en
auroit d'épargner un Toman ; mais nous
ne sommes pas dans le même cas, et quoiqu'il soit vrai , comme nous en convenons , que nous vous ayions cedé des
Provinces d'assez grande conséquence ,
( 1 ) Le Toman vaut environ 45 liv . de notre
monnoye , et n'est pas une espece, mais une ma- niere de compter comme nous disons une Pistole , pour signifier 10 francs.
"
pour
1904 MERCURE DE FRANCE
pour y joindre encore celle- ci qui est ruinée, sans nous faire tant prier , c'est précisément notre résistance inébranlable à
vous satisfaire sur cette restitution , qui
doit vous convaincre qn'elle passe absolument notre pouvoir. Mais il faut sans
doute qu'il y ait quelque chose de surna
turel , caché derriere le rideau de la prédestination , et qui doive bien-tôt se manifester , puisque nous ne saurions parvenir à vaincre l'entêtement avec lequel
vous persistez dans vos demandes ; surquoi
nous ne pouvons vous dissimuler , qu'à
la fin il sera peut-être cause de la rupture
de notre négociation , dont la consommation étoit si prochaine.
L'Empire Ottoman est si puissant, et sa
grandeur si relevée , dirent alors les Ministres Persans , que toutes les adversitez
qui pourront encore nous venir de sa
part , nous seront plus supportables que
les reproches et les mépris que nous aurions à essuyer , non seulement du Roy ,
notre Maître , mais de nos Compatriotes
de tous Etats , jusqu'à la plus vile popu
lace , si nous faisions la Paix aux conditions que vous voulez nous imposer.
Ce n'est pas notre obstination , comme
vous en accusez , c'est l'honneur , mille
fois plus cher pour nous que la vie , qui
nous
SEPTEMBRE. 1732. 1905
nous force à les rejetter ; et nous aimons
encore mieux nous exposer aux maux les
plus terribles , qu'à nous voir flétris pour jamais par le désaveu et l'indignation de
toute la Perse. Du reste , si après nous
avoir tant accordé , vous croyez qu'il y
aille de votre gloire de nous refuser si peu
de chose , et à nous renvoyer , sans avoir
pû rien conclure , nous n'en murmurerons point contre vous , et nous ne nous
plaindrons que du destin ; mais souffrez
qu'avant que de finir cette Conférence ,
nous vous rappellions pour la derniere
fois que Chah-Thamas s'est remis sans restriction , à la clémence et à la générosité
de votre Empereur, et permettez- nous du
moins d'implorer votre intercession auprès de Sa Hautesse. Nous osons encore
nous flater , que si des personnes de votre
rang , et d'un mérite aussi distingué que
le vôtre, veulent bien s'intéresser pour no
tre Roy , et faire à la Porte quelques representations en sa faveur , elles n'auront
pas de peine à lui procurer la triste consolation de recouvrer une Ville et une
Province si ravagées, qu'on ne peut pres
que plus les reconnoître que par le lieu
qu'elles occupent sur la terre.
Immédiatement après la tenue de cette
derniere Conference, qui se termina de la
sorte ,
1906 MERCURE DE. FRANCE
›
sorte , Mustapha-Khan alla rendre visite
à chacun en particulier des Plénipotentiaires Turcs , des Visirs , et autres principaux. Chefs de l'Armée Ottomane. Il
les pressa , les sollicita , les carressa tant
et leur fit de nouveau des Instances si
fortes, d'écrire et d'interceder même pour
leur Maître , qu'à la fin les Ministres du
G. S. persuadez que ceux de Chah- Thamas n'avoient pas le pouvoir de se relâcher sur Tauris , et que n'étant pas non
plus autorisez de leur côté à s'en dessaisir , dresserent un Mémoire détaillé de
tout ce qui s'étoit dit et passé depuis l'ouverture des Conférences, et l'envoyerent
à la Porte.
Il se tint à ce sujet consécutivement
plusieurs Conseils Généraux au Sérail , en
présence de S. H. où la matiere vivement
agitée , partagea souvent les opinions , et
dont le dernier résultat, fut cependant de
rendre Tauris à la Perse , avec tous les autres Païs conquis en deçà de l'Araxe ; au
moyen de quoi la Paix , également désirée des deux Peuples ennemis , fut conclue et signée quelque temps après.
P. V. D.
de la Relation Turque , sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs
et les Persans.
V. CONFERENCE , tenue le 9. Janvier,
entre Raghib- Effendi et les Ministres
de Chah- Thamas.
A négociation n'avançant point , les Plénipotentiaires de la Porte , pour
intriguer les Persans , laisserent couler
quelques jours sans les faire inviter à
continuer les Conférences ; mais ceux- cy
paroissant rester tranquilles chez eux ,
A iiij les
1892 MERCURE DE FRANCE
4
les Turcs se déterminerent à leur envoyer
Raghib-Effendi. Ce Defterdar , conformément aux instructións que ses Collegues lui avoient données , signifia en termes formels aux Ministres de Perse ,
qu'il n'étoit pas possible de déferer aux
prieres qu'ils avoient faites jusqu'alors ,
et que tant qu'ils s'aheurteroient à la restitution des Pays conquis au- delà de l'Araxe , il étoit inutile qu'ils se flatassent
de réussir dans leur Mission. Nous connoissons votre état mieux que vous- mêmes , leur dit-il , à quoi bon vous fixer
à rebattre continuellement les mêmes instances , puisque vous ne pouvez vous
promettre aucun fruit de cette conduite ?
Pour moi je vous parle à cœur ouvert ;
si vous voulez travailler avec succès à
la réunion de nos Souverains , croyezmoi , ne réclamez plus rien de tout ce
que nous avons au- delà de l'Araxe ; car
en faisant la paix et gardant chacun ce
que nous possedons , il se trouvera que
l'avantage sera encore de votre côté.
2
Raghib- Effendi ayant sondé le terrain.
de cette maniere , et s'étant tourné et retourné de tous les sens pour découvrir
les plus secrets sentimens des Ministres
de Perse , et les désabuser de leurs esperances , Mehemet Riza-Khan , répondità
SEPTEMBRE. 1732. 1893
à ce Defterdar. Je vous jure sur la tête
de Mourteza-Ali , * qu'absolument je
n'ai pas le pouvoir de me desister en entier des Pays que vous nous avez enlevez
au-delà de l'Araxe ; cependant en consideration de la Paix , et pour mettre la
derniere main à un ouvrage si salutaire ,
je veux bien risquer de m'attirer tout le
courroux de notre Roy par mon trop de
condescendance , et je vous abandonne
contre ses deffenses précises , tout ce qui
est au- delà de ce Fleuve ; mais que leurs
Excellences , le Seraskier Achmet , ne
prétende plus garder rien des Pays endeçà , car je suis résolu de tout hazarder
plutôt que de me relâcher de la moindre chose sur cet article. Voilà tout ce
que nous avons à vous dire.
VI. CONFERENCE , tenue sous les Pavillons
du Seraskier Achmet- Pacha , où assisterent , outre les Ministres ordinaires , tous
les Visirs qui se trouverent à l'Armée et
les principaux Chefs des Troupes..
Le 11. Janvier , deux jours après la
Ali , Gendre de Mahomet , dont les Persans
suivent la Secte.
** N. B. C'est une politesse de la Langue
Turque, de parler en plurier, quoiqu'on ne patle
qu'à une ou que d'une personne.
Av derniere
1894 MERCURE DE FRANCE
derniere Conference , les Plénipotentiaires de Turquie et de Perse , les Visirs:
et les principaux Officiers de l'Armée
Ottomane s'étant assemblez sous la Tente
du Seraskier Achmet , ce Pacha prit la
parole et dit : Suivant le rapport qu'on
m'a fait jusqu'à present , presque toutes
les Conferences précedentes se sont passées en discours infructueux de part et
d'autres ; mais , graces à Dieu , continuat'il, en regardant les Ministres du Roy de
Perse , vous venez d'augmenter la haute
idée que je m'étois déja faite de votre
sagesse , puisqu'ayant reconnu avant hier
dans votre entretien avec Raghib Effendi , que les propositions que vous nous
aviez faites cy-devant n'étoient pas recevables , vous convintes avec lui de
renoncer à la restitution des Pays que
nous avons conquis au- delà de l'Araxe ; desorte que nous pouvons dire que
ce n'est proprement que de ce jour que
notre négociation a commencé , tâchons.
de la continuer er de la finir même aujourd'hui , à la satisfaction commune ;
il ne s'agit plus maintenant que de disputér sur les Pays qui sont en- deçà de
ce Fleuve ; examinons cette matiere
l'amiable.
Dès que nous avons cedé les Pays au
à
dela
SEPTEMBRE. 1732. 1895
delà , interrompirent les Persans , nous
ne voyons pas qu'il y ait plus rien à regler entre nous , car pour ceux de deçà
ils ne méritent pas , dans la désolation
où vous les avez mis , que nous tenions
une seule Conference à leur sujet.
Nous ne pensons pas de même, reprirent les Turcs , et nous jugeons , au
contraire , que parmi ces Contrées il y a
beaucoup de Lieux et de Places qui de
route necessité , et surtout par rapport
à la convenance doivent être annexez à notre Empire , comme , par exemple , les Ville et Province de Tauris , que
des raisons tres- essentielles nous empê
chent absolument de vous restituer.
>
Nous ne pouvons que vous repeter
roûjours ce que nous vous avons déja
dit tant de fois , répartirent les Persans ;
nous ne sommes pas ici pour disputer
d'égal à égal , sur ce qu'il convient que
vous nous donniez et que nous vous
donnions ; et nous en revenons , à l'ordinaire , à vous supplier de prendre en
consideration notre état , et sur tout
Phonneur de la Porte. Hé ! ne le faisons
nous pas , répliquerent les Turcs ; comment ! quand nous vous rendons la Pro
vince d'Hamadan , qui est si belle et si
grande, cette grace n'est- elle pas assez
A vj Con
1896 MERCURE DE FRANCE
considerable pour vous inspirer plus de
retenue dans vos demandes ?
Nous conviendrons bien , dirent les
Persans , que la restitution de cette Province seroit effectivement une faveur ,
si le Suppliant pour lequel nous parlons ,
n'étoit pas un Roy qui se jette entre les
bras du plus grand Monarque du monde,
son unique réfuge et l'azile de la Foy
Ortodoxe; mais lorsque nous envisageons
votre Empereur sous cette idée sublime ,
il nous paroît qu'il est de sa grandeur de
nous traiter plus favorablement. Enfin ,
c'est de vous que sont partis les coups
qui nous ont terrassez ; nos playes sont
encore toute sanglantes , vous seuls pouvez y appliquer les remedes les plus propres à les guérir promptement ; nous ne
pouvons vous dire rien de plus.
Le Ministre de Chah-Thamas s'en tenant toûjours à renouveller leurs prieres
aux Turcs , et à leur remettre continuellement devant les yeux l'honneur de la
Porte , et le malheureux Etat de la Perse;
ceux- cy leur dirent encore , comme ils
avoient déja fait dans d'autres Conferences , de réfléchir de nouveau sur les prétentions qu'ils formoient , et c'est par- là
que finit cette Séance.
VI
SEPTEMBRE. 1732. 1897
VII. CONFERENCE , qui fut generale.
comme la précedente , et se tint de même.
chez le Seraskier, le 13. de Janvier.
Très-honorez Plénipotentiaires , dirent les Turcs aux Persans , dans la derniere Conference que nous eûmes ensemble , nous vous priâmes de faire de
plus mures refléxions sur l'état de vos
affaires et sur la nature de vos prétentions . Dites-nous donc aujourd'hui à quoi
vous êtes résolus; car enfin si vous pensez
tour de bon à pacifier les troubles qui
agitent votre Monarchie , pourquoi n'agissez-vous pas consequemment , et le
plutôt que vous pourrez , puisque ce ne
peut être que le plus avantageux pour
vous ? la décision de l'affaire est toute entiere entre vos mains ; il ne tient qu'à
vous que nous ne finissions dans un
instant.
Vos Excellences ont vû , répondirent
les Ministres de Perse , qu'en renonçant
pour notre Roy aux Etats que Vous possedez au- delà de l'Araxe , nous vous
avons accordé , pour accelerer l'ouvrage
de la Paix , beaucoup plus que Sa Majesté
ne nous avoit permis de le faire. C'est
à votre tour à suivre notre exemple.
Hé bien ! répartirent les Turcs , quoique
1898 MERCURE DE FRANCE
y
que notre pouvoir ne s'étende pas aussi
à vous restituer rien au delà d'Amadan,
nous voulons bien , pour que vous ayez
lieu d'être tout-à- fait contens de nous , y
ajoûter encore Kirmancha ( 1 ) et le Pays d'Herdelan , au risque des reproches que
notre Empereur pourra nous en faire ,
mais il faut que de votre côté vous vous
désistiez de vos vûës sur la Province/de
Tauris , qu'il nous est impossible de vous:
rendre.
Sur cette derniere proposition , les Ministres de Perse repliquerent : Nous n'avons cessé de vous prier , et de vous supplier de rétablir notre Souverain dans
rous ses Etats, et de faire revivre en lui l'éclat de la gloire de ses Ancêtres; nous vous
avons démontré que cela ne se pouvoit
faire qu'en lui remettant tous les Païs que
vous avez subjuguez dans son Royaume ;
et nous vous avons fait voir qu'en prenant une voïe si honorable , l'Empereur,
votre Maître , s'immortaliseroit , er que
toutes les Puissances de la Terre, témoinsd'un procédé si noble , ne pourroient se
lasser d'admirer et de publier sa clémen-
( 1) Kirmancha , ou Kerman , Ville d'une
Province du même nom , autrefois la Caramanic.
ce
SEPTEMBRE. 1732. 1899
ee et sa générosité. Surpris de trouver vos
Excellences peu sensibles à cette gloire
suprême , qu'il leur étoit si facile d'aquerir , nous avions du moins esperé de les
fléchir , en leur cédant de notre bon gré
1 ) Ghendge , Tiflis , ( 2 ) Erivan , Kiat
Kiartil , le ( 3 ) Daguestan , Chamakić
et d'autresContrées si considérables, qu'elles formeroient chacune un grand Etat ; }
et cependant la sublime Porte, sans avoir
égard à nos miséres , à nos humiliatious ,
et aux efforts que nous faisons , malgré
notre abbatement , pour applanir toutes
les difficultez qui s'opposent à notre ré
conciliation avec elle , s'amuse encore à
vouloir se conserver quelques Cantons
ruinez et des Déserts qu'elle vient de nous
( 1 ) Ghendgé, ou Ghendgea , Ville considérable de la Géorgie , ainsi que Tiflis ou Téflis , qui
en est la Capitale.
(2 ) Erivan ou Irvam, Capitale d'une Provin
ce du même nom , qui fait partie de la grande Armenie. Kiat , et Kiartil sont dans la même:
Contrée.
( 3 ) Le Daguestan, dont Chamakié est la Capitale , est un Païs de Montagnes , comme son
nom le signifie,qui fait partie de la Médie-Atropaterre. Il est habité par les Lesquis , qui dans le
commencement des Troubles , se mirent d'euxmêmes sous la protection des Turcs, pour se ga
rantir des invasions des Moscovites..
prendre
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prendre en deçà de l'Araxe. Que vos Excellences y pensent-bien , et qu'elles jugent elles mêmes , si tant d'attachement
à des bagatelles , répond dignement à l'élevation du Trône que remplit avec tant
de Majesté, votre auguste Empereur ? Les
Ministres Persans prononcerent ce Discours avec toute la véhémence imaginable , et ajouterent gen se levant , avec un
air plein d'altération , que vos Excellences nous envoient , s'il leur plaît , Raghib- Effendi , nous leur ferons sçavoir, par
són Canal , nos dernieres intentions.
CONTINUATION DE LA VII CONFERENCE
entre le Defterdar Raghib- Effendi , seulement,et les Ministres de Chab-Thamas.
CeDefterdar s'étant rendu chez les Plénipotentiaires Persans , ils lui dirent : De
la même maniere que le Seraskier Achmet Pacha a ordre de votre Maître de
ne pas restituer à la Perse aucun des Païs
au-delà de l'Araxe , nous vous jurons ,
par le Dieu Tout- puissant , que nous
avons aussi ordre du nôtre , de ne pas
ceder à la Porte , un pouce de terre en
deçà. Ainsi , dites à leurs Excellences
ajouterent- ils, que nous leur sommes bien
obligez des soins qu'elles ont pris pour
mettre fin à nos principales disputes, puisque
SEPTEMBRE. 1732. 1955
que tout ce qui nous en reste à vuider ,
ne regarde plus que la possession de Tauris ; mais suppliez - les de notre part , comme nous vous en supplions vous- même,
de lever encore ce leger obstacle , en
nous restituant cette Province, qui n'of◄
fre plus aux yeux que des dégâts et des
mazures ; et si la chose est aussi impossi
ble que le Seraskier nous l'a assuré , engagez du moins cet illustre Pacha à trouver bon que nous congédions la plupart
de nos domestiques , et que nous puissions nous retirer avec ce qui reste de nos
gens à ( 1 ) Gherbelaï - Mahaladé , pour y
passer le reste de nos jours.
Raghib-Effendi ayant rendu compte àses
Collégues de ce que venoient de lui dire
les Ministres de Perse ; ceux de Turquie
laisserent passer deux jours sans leur donner de leurs nouvelles , comme s'ils n'avoient pas daigné faire attention au rapport de ce Defterdar.
La négociation cependant se renoua le
(1) C'est un lieu situé près de Bagdat, où le fils
d'une des filles de Mahomet est inhumé ; sa mémoire est en si grande vénération parmi les Persans , qu'entr'autres superstitions du culte religieux qu'ils lui rendent , ils se font une dévotion de porter des Chapelets d'une espece de
Terre glaise , qui se trouve à l'endroit où est son Tombeau.
163
点
1902 MERCURE DE FRANCE
16 , que se tint la derniere Conférence
avec la même assemblée , et chez le Seraskier.
VIII ET DERNIERE CONFERENCE.
Si vos Excellences , dirent les Plénipotentiaires Turcs , souhaitent véritablement la Paix ; au nom de Dieu , ne perdons plus le temps en Discours superflus,
et cessez de nous faire des propositionsque nous ne puissions pas recevoir ; mais
au contraire finissons tout - à - l'heure ,
comme rien n'est plus facile , si vous en
avez bien envie ?
Nous n'aspirons à autre chose , répon
dirent les Persans , qu'à nous trouver parfaitement d'accord avec vos Excellences
ordonnez, prescrivez - nous ce qu'il faut
que nous fissions ; nous sommes prêts de
concourir de tout notre pouvoir avec
vous , à la conclusion d'un accommodement ferme et durable entre nos deux
Nations.
Vous nous avez priez de vous traiter
favorablement, reprirent les Turcs, et nous
y.avons acquiesce avec plaisir. Premierement , en vous rendant la Province d'Amadan , et ensuite sur de nouvelles instances de votre part , le Païs d'Herdelan ,
et Kirmancha.Contentez - vous de ces graces
SEPTEMBRE. 1732. 1903
ces que nous vous faisons gratuitement ,
sans qu'aucune Loy divine ni humaine
nous y oblige , et ne pensez plus à répéter Tauris sur nous.
Avant que de répondre à vos Excellenecs,reprirent les Ministres de Perse,qu'elles nous permettent de leur faire une
question et une comparaison tout ensemble.Supposons un homme opulent et liberal, à qui un pauvre ayant demandé douze
mille ( 1 )Tomans , les lui auroit donnés
de bonne grace ; dites nous , si l'indigent
avoit encore besoin d'un seul Toman; seroit-il vrai - semblable , et croyez vous ,
que cet homme si généreux le lui refusât?
Votre parallele seroit juste , repartirent les Turcs , si nous pouvions disposer
des Païs que vous nous demandez , comme cet homme le pourroit de son bien
et que nous n'eussions pas de plus for--
tes raisons de retenir Tauris , qu'il en
auroit d'épargner un Toman ; mais nous
ne sommes pas dans le même cas, et quoiqu'il soit vrai , comme nous en convenons , que nous vous ayions cedé des
Provinces d'assez grande conséquence ,
( 1 ) Le Toman vaut environ 45 liv . de notre
monnoye , et n'est pas une espece, mais une ma- niere de compter comme nous disons une Pistole , pour signifier 10 francs.
"
pour
1904 MERCURE DE FRANCE
pour y joindre encore celle- ci qui est ruinée, sans nous faire tant prier , c'est précisément notre résistance inébranlable à
vous satisfaire sur cette restitution , qui
doit vous convaincre qn'elle passe absolument notre pouvoir. Mais il faut sans
doute qu'il y ait quelque chose de surna
turel , caché derriere le rideau de la prédestination , et qui doive bien-tôt se manifester , puisque nous ne saurions parvenir à vaincre l'entêtement avec lequel
vous persistez dans vos demandes ; surquoi
nous ne pouvons vous dissimuler , qu'à
la fin il sera peut-être cause de la rupture
de notre négociation , dont la consommation étoit si prochaine.
L'Empire Ottoman est si puissant, et sa
grandeur si relevée , dirent alors les Ministres Persans , que toutes les adversitez
qui pourront encore nous venir de sa
part , nous seront plus supportables que
les reproches et les mépris que nous aurions à essuyer , non seulement du Roy ,
notre Maître , mais de nos Compatriotes
de tous Etats , jusqu'à la plus vile popu
lace , si nous faisions la Paix aux conditions que vous voulez nous imposer.
Ce n'est pas notre obstination , comme
vous en accusez , c'est l'honneur , mille
fois plus cher pour nous que la vie , qui
nous
SEPTEMBRE. 1732. 1905
nous force à les rejetter ; et nous aimons
encore mieux nous exposer aux maux les
plus terribles , qu'à nous voir flétris pour jamais par le désaveu et l'indignation de
toute la Perse. Du reste , si après nous
avoir tant accordé , vous croyez qu'il y
aille de votre gloire de nous refuser si peu
de chose , et à nous renvoyer , sans avoir
pû rien conclure , nous n'en murmurerons point contre vous , et nous ne nous
plaindrons que du destin ; mais souffrez
qu'avant que de finir cette Conférence ,
nous vous rappellions pour la derniere
fois que Chah-Thamas s'est remis sans restriction , à la clémence et à la générosité
de votre Empereur, et permettez- nous du
moins d'implorer votre intercession auprès de Sa Hautesse. Nous osons encore
nous flater , que si des personnes de votre
rang , et d'un mérite aussi distingué que
le vôtre, veulent bien s'intéresser pour no
tre Roy , et faire à la Porte quelques representations en sa faveur , elles n'auront
pas de peine à lui procurer la triste consolation de recouvrer une Ville et une
Province si ravagées, qu'on ne peut pres
que plus les reconnoître que par le lieu
qu'elles occupent sur la terre.
Immédiatement après la tenue de cette
derniere Conference, qui se termina de la
sorte ,
1906 MERCURE DE. FRANCE
›
sorte , Mustapha-Khan alla rendre visite
à chacun en particulier des Plénipotentiaires Turcs , des Visirs , et autres principaux. Chefs de l'Armée Ottomane. Il
les pressa , les sollicita , les carressa tant
et leur fit de nouveau des Instances si
fortes, d'écrire et d'interceder même pour
leur Maître , qu'à la fin les Ministres du
G. S. persuadez que ceux de Chah- Thamas n'avoient pas le pouvoir de se relâcher sur Tauris , et que n'étant pas non
plus autorisez de leur côté à s'en dessaisir , dresserent un Mémoire détaillé de
tout ce qui s'étoit dit et passé depuis l'ouverture des Conférences, et l'envoyerent
à la Porte.
Il se tint à ce sujet consécutivement
plusieurs Conseils Généraux au Sérail , en
présence de S. H. où la matiere vivement
agitée , partagea souvent les opinions , et
dont le dernier résultat, fut cependant de
rendre Tauris à la Perse , avec tous les autres Païs conquis en deçà de l'Araxe ; au
moyen de quoi la Paix , également désirée des deux Peuples ennemis , fut conclue et signée quelque temps après.
P. V. D.
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Résumé : SUITE DE LA TRADUCTION de la Relation Turque, sur les Conferences pour la Paix entre les Turcs et les Persans.
Entre janvier et septembre 1732, des conférences de paix eurent lieu entre les Turcs et les Persans pour résoudre des conflits territoriaux. Lors de la cinquième conférence, les Turcs, représentés par Raghib-Effendi, refusèrent de restituer les territoires conquis au-delà de l'Araxe, estimant que les Persans ne pouvaient espérer réussir sans cette concession. Mehemet Riza-Khan, ministre persan, accepta de céder les territoires au-delà de l'Araxe mais exigea la restitution des territoires en deçà de l'Araxe, notamment la province de Tauris. Lors des conférences suivantes, les Turcs reconnurent les concessions persanes mais insistèrent sur la nécessité de conserver certains territoires en deçà de l'Araxe, comme Tauris. Les Persans maintinrent leur demande pour Tauris, soulignant les souffrances de leur royaume et l'honneur de la Porte ottomane. Les Turcs proposèrent de restituer les provinces de Kirmancha et d'Herdelan, à condition que les Persans renoncent à Tauris. Les Persans insistèrent sur la restitution de tous les territoires conquis et sur la gloire que cela apporterait à l'empereur ottoman. Lors de la huitième et dernière conférence, les Persans réitérèrent leur refus de céder des territoires en deçà de l'Araxe. Les Turcs renouvèlèrent les négociations mais sans aboutir à un accord. Les Persans exprimèrent leur volonté de se retirer à Gherbelaï-Mahaladé si Tauris ne leur était pas restituée. La négociation resta en suspens. En septembre 1732, les Persans exprimèrent leur volonté de coopérer et de conclure un accord ferme, tout en demandant la restitution de la province de Tauris. Les Turcs, après avoir rendu les provinces d'Amadan, d'Herdelan et de Kirmancha, refusèrent de céder Tauris. Les Persans insistèrent sur l'honneur et la dignité, préférant affronter des adversités plutôt que d'accepter des conditions humiliantes. Après plusieurs conseils au Sérail, les Turcs décidèrent de rendre Tauris à la Perse, ainsi que les autres provinces conquises. Cette décision permit la conclusion et la signature de la paix entre les deux nations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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