Résultats : 20 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 28-124
DE L'ART DE NAVIGER.
Début :
Il n'y a jamais eu tant de Vaisseaux en Europe que / Entre les Arts qui sont estimez les plus necessaires [...]
Mots clefs :
Navigation, Naviguer, Aimant, Boussole, Fer, Pierre, Traité, Vaisseaux, Année, Mer, Usage, Aiguille, Monde, Art, Manière, Vertus, Nord, Pôle, Ouvrage, Cause, Expérience, Vaisseau, Secours, Pilotes, Nature, Jésuite, Secret, Découverte, Cartes, Curieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ART DE NAVIGER.
Il n'y a jamais eu tant de
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Vaisseaux en Europe que
l'année derniere
,
& si l'on
en peut juger par l'apparence,
il y en aura encore plus l'Esté
prochain. Cela m'engage à
vous faire part d'un Ouvrage
fortcurieux
,
dans lequel il
efl: traité detout ce qui regarde
la Navigation.C'est
une matiere d'une fort grande
étenduë, &qui doit faire
pdluaisir non feulement à ceux
mestier, mais mesme aux
indifferens, puis qu'il est fort
agreable de sçavoir unpeu
>dc tout , pour en pouvoir
parler dans le monde quand
l'occasion s'en offre.
DE L'ART DE NJVIGEK ENtre les Arts qui font
estimez les plus necessaires
aux hommes , celuy de
la Navigation a esté un des
premiers & des principaux.
L'obligation qu'il y avoit de
traverser les Rivieres, de pasfer
dans les Isles, & en d'autres
lieux, tant pour le Commerce
que pour la communication
des Habitans,les a
portez à inventer des machines
flotantes & capables de
les soûtenir sur les eaux, pour
les transporterd'un bord à
l'autre, avec ce qu'ils vouloient
y conduire , & cela se
faisoit alors sans aucun Pilote.
De là font venus les
Rats-d'eaux
,
les Bacs
J
les
Pontons, les Canots, les
Gondoles, les Balons, les
Nacelles, & une infinité
d'autres Barques
,
aurquelles
on a donné divers noms selon
l'usage & les Regions où elles
ont elle inventées, & ces
Vaisseaux pour la pluspart
estoient ordinairement faits
tout d'une Iiiece, comme de
troncs d'arbres creu sez
)
d'écorces
& de roleaux
, y en
avanr d'une grosseur & d'une
grandeur suffisante pourcela.
D'autresestoient faits de
joncs pliez & joints ensemble
; quelques-uns de bois
de sciage? & de planches
chevillées, & d'autres de
cuir cousu & end urcy. Il y
en avoit qui estant faciles à
plier, le pouvoient aifémenc
transporter d'un lieu à l'autre,
ou que l'on pouvoit porter
en leur efiarJ comme encore
aujourd'huy les Canots dans
les Indes, & les Balons dans
le Royaume de Siam, ou les
Gondoles à Venise, & les
Pontons ailleurs.
Comme l'usage de tous ces
Vaisseaux n'estoit d'ordinaire
que pour le courant des Rivieres
, ou pour leur trajet,
on n'avoit besoin pour les
conduire que de perches, de
rames, de cordages, de moulinets
3 ou de voiles; on y
employoit les uns& les autres
en ces premiers temps,
& l'on voit encore dans les
Pa ïs qu'on découvre de nouveau,
que leurs Habitans en
usent presque tous de la mes-
: me maniere. Ilyaaussi des lieux vers
le Nort , comme dans la
Norvegue & dans la Groelande
, où les Vaisseaux à
cause des glaces sont si portatifs
, qu'on les faitglisser
sur les neges pour les tranf-
: porter de Rmere à autre,
sans aucun débris,& vers la
Mer Glaciale; les Pyrates y
) ont des Vaisseaux de cuir si
bien fermez, qu'ils n'ont pas
de peine à les faire entrer
l profondement dans Teauj &L
pendant la nuit ils se glissent
sous les grands Vaisseaux)
les percent au fond de cale,
&.les font submerger
, pour
y exercer enfuire leur brigandage.
Voilà pour ce qui regarde
la construction la
matiere îz l'usage des premicrs
Vaisseaux.
On tient generalement que
les Egyptiens ont esté les
premiers qui ayent inventé
l'usage de ces petitsVaisseaux,
par la necessité qu'ils avoient :
des'en servir en certaine faûson
de l'année à cause des
inondations ordinaires que
[ le Nil fait tous les ans dans
leur Païs,ensorte que tou- tes les terresen sont couver- tes; ce qui oblige les Habirr
tans à y faire des Tranchées.
~&: des Fossez pour faciliter
lIes écoulemens de l'eau
, »5C
à se retirer avec leurs Familles
& leurs Troupeaux sur les
» éminences de leurs Terres;
) car ce Fleuve ne croist qu'à
une certaine mesure de hauteur.
Les Venitiens outre leurs,
Gondoles,se servent encore
) aujourd'huy de cette force de
[ petitsVaisseaux
)
qu'ils appellent
Fisoleroe,ils font ex- ;
tremement legers
,
& vont
aussiviste que le vent; c'est
pour la chasse de certains oiseaux
qu'ils appellent Fisoolæ,
& qui se fait sur l'eau avec
assez de divertisement. Outre
ce nom qu'ils donnent à leurs
Vaisseaux
)
ils les appellent
Fusoleroe à cause de leur vi--
tesse, ou parce qu'ils ressemblcnt
à des fuseaux, estant
ronds & pointus par les deux
bouts ; ou comme les Balons
de Siam, cymbala,longs &
ronds.
Les Syriens&lesAffricains
savoient emprunté l'usage de
olleurs Vaisseaux des Egyptiens.
Toutefois pour l'art de navviger
comme il estoit rude
5&& grossier en ce temps-là,
chaque Nation y ajoûta du
sien selon l'occasion
, & suivant
que leur propre ex perience
leur en donnoit lieu;
mais ce n'estoit pas encore our faire des voyages de
olong cours, ny pour sexposer
aux vents, & aux tempestes.
Ils ne faisoient que
costoyer les rivages, sans
entrer en pleine Mer, &
ixherchoient seulement leur
seureté en navigeant.
Il y a diversité d'opinions
entre les Auteurs àl'égard de
ceux qui ont esté les premiers
Inventeurs de la lonHruétion
des grands Vaisseaux, & des
instrumens qui fervent à la
Navigation. Quelques-uns
tiennent qu'A tlas inventa les
Navires & l'art de navi ger;
& d autres disent que ce furent
les Tyriens.
Ensuite les Copeens, habitans
de la Boeotie prés du
Fleuve Caphise, trouverent : l'usage des Rames & des Avi--:
rons. Dedale inventa le Mast ; «j
â.X. les Antennes, Icare, son
Fils, les Voiles. Les Tyrrremiens
forgerent les Ancres;
Mnacharsis fit les Harpons,
& Pericles les Crocs & les Agrafes
, pour servir dans les
combats demer. Les Platéens
J:onlpaiIcrent les premiers la uste largeur des Vaisseaux;
car auparavant ils estoient
oous bien plus longs que lar-
D'res) & toutefois capables de
recevoir beaucoup de personnes&
de bagage, selon la
ongueur des arbres, des ro- caux, ou des écorces dont
2ls estoient conitruits.
Quant à la difference des
Vaisseaux,& à leurs équipages
3
on donne à Tiphis
l'honneur d'avoir inventé
l'art & les regles de bien naviger
, & de conduire les
gouvernail comme un bon
Pilote. Minos composales
premier l'ArméeNavale.Eole
enseigna aux Nautonniers lai)
maniere de gouverner les
Voiles. Enfin on ajoûta tantii de découvertes à la Navigation
,
qu'elle commença àe
devenir plus parfaite, & alors
le desir de connoistre les>3
Regions &les Peuples, pOftaÕJ
ceux qui en avoient déja quelque
experience,àpasser en des
Païsun peu plus éloignez,&
à y transporter des vivres &
d'autres choses necessaires,
puur établir une espece de
commerce.
Entre ces Vaisseaux qui
commençoient déja à pouvoir
souffrir la Mer
3
les Galeres
semblerent d'un ufaec
aasfsletzzccoommmmooddeeppoouurrlleeuurrlele--
gereté & pour leur virefe;
Diodore dit que Sesostris Roy
d'Egypte
, & Successeur de
Moeris
, a esté le premier de
tous qui se soit servyde Galere
?
& qu'ayant dompté les
Habitans d'autour de la Mer
Rouge, il tâcha de conduire
un Canal navigable depuis le
Nil jusqu'à cette Mer.
Thucydide rapporte que
Damased'Erictée inventa
la premiere Galere à deux
bancs, & Aminocle de Corint
he,celle qui estoit à trois.
Aristote aécrit que les Carthaginois
formerent celle qui
en avoit quatre. Nesictonde
Salamine en fitune de cinq;
& selon le témoignage de
Polybej, lesRomains furent
les premiers qui firent construire
une Armée navale de
cette sorte deVaisseaux,dans
l'appareil de guerre contre
les Carthaginois. Xenagoras
de Syracuse inventa des
Galeres à six bancs. Mnefigethon
en composa juiqu'l
dix; Alexandre le Grand,
jusqu'à douze. Ptolemeus Soter
en fit faire une jusqu'à
quinze, Ainsi le progréss'en
augmentoit detempsen
temps, & selonles expcriences
& la force des Vaisseaux
? qui devoient tenir la mer ,
& y resister
,
& alors les rames
estoient autant en usage
que les voiles.
Mais quand le bruit se fut
répandu par toute la Grece,
que Jason commandé par le
Pvoy Pelias devoit entreprendre
un grand voyage par -
mer, pour aller en laColchideàla
conqueste de la Toison
d'or, toute la Fleur de la
jeunesse de Grece voulut avoir
part à cette fameuse navigation
dont tout le monde parloir.
C'est ainsi qu'en usent
les Volontaires dans les grandes
Expéditions. Le nombre
en fut de cinquante-quatre?
des plus braves & des plus
considerables de laGrece.
A ce sujet on construisit
une Galere à trente ttaçcs de
chaque costé,ce qui n'avoit
:, point encore esté fait jusques
alors. Ce fut Argus Fils d'Arestor,
qui en fut l'Architecte
,
&qui luy donna de son
nom celuy d'Argo
,
& ceux
qui le monterent furent delà
appeliezArgonautes, si l'on
encroitApollonius le Rhodien.
ToutefoisDiodore dit
que ce Vaisseau futainsi
nommé à cause de sa legereté;
& Ciceton assure que
cetre Galere portoit ce nom
à cause de celuy des Grecs,
qui s'appelloient alors Argi,
ve5,du nom de la Ville d'Argos
dont ils estoientoriginaires.
Typhis,commePilote
pour son experience, prit la
conduire de ce Vaisseau?qui
a esté si renommé dans la
Grece,& qui pourainsi dire
a merité d'estre transporté
dans le Ciel, pour y faire unes,
constellation entre les autres
Astres.
Moreri dans son Diéèion-I
naire historique, marque que
cette Navigation se fit en
l'année 2792. de la Creation
du monde, s'il y a quelque
ombre de verité en cette histoire
si fabuleuse. Tout le
mistere de cette Conqueste
rin'ciloit que le secret & la
b découverte de la Pierre Philosophale,
que les Anciens
couvroient des voiles decette
IFabïe.
Mais quel que éclat que cet-
,ne Navigation au eu, & quoy
pqu'on l'éleve au dessus de
toutes les autres entreprises
maritimes,elle n'est presque
nrien à l'égard de ces grandes
Navigations qui se sont faites
bdepuis dans toutes les mers
asses plus vastes
,
& jusquss aux
Regions les plus reculées, &
dont la découverte n'a pû
fc faire sans le secours de
l'Aimant & l'usage de lal
Boussole.
Les bancs des Galeress'aug-
-
menterent encore de nombre
,
puis que Ptolomeus Phi-
- ladelphus en fit faire une de
quarante, & Ptoloméus Phi- -
lopator; surnommé Triphon, (J
uneautre desoixante.
Mais de quelle quantité de 3
Vaisseaux
? & de quelle grandeur
Xerxes, Roy des perses,
<; necouvrit-ilpasl'Hellespont
avec son Aimée navale? Le
nombre en estoit du moins
de
bde mille. Quelle hauteur,
quelle force & quelle profondeur
n'avoient pas les Navires,
dont il fit faire un pont ilié de chaifnes pour joindre
l'Asie à l'Europe. Toutefois
avec ce grand appareil de
guerre sur mer) il fut vaincu
par Themistocle prés de Salanine
,
&: contraint de se sauver
avec une petiteBarque.
Aprés tout, l'on remarque
ussu'en ces temps-l à les Pilotes
¡;tn'dvoient point d'autres guiotes
que leurexperience, la
lécouverte des Isles & des
Terres qu'ils avoient euxmêmesveuës,
des Golphcs-oùi
ils étoieut arrivez, des banc
&des écueils qu'ils avoient
€vitez,desRéd uits &desSinus
qu'ils connoissoient, & l'ot<
fervation des Estoiles qui leult
servoient à se conduire; U
quand ils avoient perdu leutfj
tramontane,ils couroient riQ
que de faire naufrage. -Ju-nques
alors les Cartes marines
& les Mappemondes n'e-a
stoient point en usage; aussi
leurs Navigations n'estoient
elles pas fort grandes, & les]
naufrages pouvoient estre aie
sez frequens
Y
puis qu'il
alloit assurer sur la force de
ses bras, sur l'industrie des
Nautonniers, sur la conduite
les voiles & des rames, pour
se tirer des écueils, des bancs
de sable, & des détroits perilleux
quand on y tomboit.
Aussi remarque-t-on que
la pluspart faisoient ferrer
leurs Vaisseaux sur le devant
& fous la carene, pour les rendre
plus solides contre les vagues,
& pour en empescher
le débris contre les rochers
sachez.
On donnoit aussi ancienment
des noms specieux aux
Vaisseaux les plus considerables,
commeon le voit au * combat navaldécric par Virgile
dans le cinquième livre
de son Eneide, où il nomme
trois Vaisseaux, la Balene, le
Centaure, & la Chimere. Et
aujourd huy encore à Venise
n'ya-t-il pas le Bucentaure,
qui est un Vaisseau de solem-
- nité & d'apparat, d'une pro--
digieufe grandeur, qui se démonte,
& qu'on remet enn
efur quand le Doge fait la
ceremonie d'aller e pouser la
Mer. De mesme dans les Arméesnavales
il y a des VaiC-l;
séaux qu'on nomme le Grand
„
Amiral, le Vice -
Amiral, la
) Capitane, &c.
Les Anciens en avoienten-
) core de differente nature, les
uns decharge,& les autres de
3 guerre. Les premiers estoient
) ordinairement plats, & fervoient
au passage des gens
de guerre, du bagage, des
rl harnois & des chevaux. Ce
fut Hippius de Tyr qui les
inventa, & on lesappelloit
Hippagines
, non pas de son
nom, mais dumotGrec de
3 cheval. Les autres qui servoient
dans les combats d.,
mer, estoient gros & ronds)
munis de becs de fer & poin- !
tus> pour percer de roideur :
ceux des Ennemis à force de : bras, & par la violence des ;
rames, & les couler à fond.
Aussi estoient-ils appellez;
rostratæ na-La Navires à bec.
De là cft venu chez les Romains,
que le Senat estoit
apellé l\Eflra, & que pro rostris
dicere,veut dire haranguerdevant
leSena,parce que quand
Romains avoient pris des
Vaisseauxà bec sur les Ennemis
dans quelque combat
on leur coupoit ce bec., &..
~oon l'attachoit le long du
éIBarreau où se faisoient les
harangues, & où fevuidoient
}llcs causes; de mesme que l'on
fc attache aux voûtes des Temples
les Drapeaux & les Eten- bdardsqu'on prend sur les
3 Ennemis.
Ces mesmes Vaisseaux de
guerreavoientaussi des Tourelles
sur la poupe, d'où la
Milice combattoit à coups
) de dards & de Bêcbes) &
jettoit des feux & d'autres
machines de guerre dans les
Vaisseaux des ennemis,comme
du le mesme Virgile dans
la peinture qu'il fait du combat
naval de l'Empereur Auguste
contre Antoine &
Cleopatre.
1 Ces Vaisseaux avoient encore
les Pàvoijddes3 qui cG
toient des ceintures de boucliers
rangezsur le bord
>
avec lesquels la Milice se
mettoit à couvert contre les
traits des ennemis ; & l'usage
s'en garde encore maintenant
dans les grands Vaisseaux de
guerre, maisplûtost par parade
qu'autrement. Ce font
de grandes ceintures d'étose
ordinairement d'écarlate, tausquelles
on donne le nom.
de Pavesades, par le changement
de quelques Lettres.
Il faut maintenant parler
de l'usage de la Boussole
,
qui
estla conduite la plus reguliete
dont les Pilotes se fervent
avec le secours de la
Carte ou Mappemonde,pour
faire de grands voyages par
mer,& ellen'a estéd écouverte
que depuis trois ou quatre
cens ans,par le moyen de l'Aiman,
il estfacile de croire,
comme j'ay dit,que l'on ne se
conduisoit furmpr auparavant
quepar sa propre experience,
par les vents,& par les Af-
!
tres : ce qui se remarque dans
toute la Navigation des Anciens.
Mais il semble que la Divine
Providence avoit renfermé
tout le secret de la Boussole
dans le seul Aiman ; car
en effet sans le secours de :
cette Pierre, l'usage n'en au-«
roit pasesté connu. LaBoussole
que les Latins appellent:
ACHS Magnetica navicularia, Aiguilleaimantée, ou Pixis
nautica,àcausedesa boëte)
est un infiniment fort necessaire
àla navigation. Cest;
une découverte des derniers
ficcles. dont les Anciens
n'ont point eu l'urage. Il est
vray que les vertus & les facultez
de l'Aiman leur ont
esté connuës, en ce qu'il attire
à soy le fer; mais ils n'ont
pas sceu que ce mesme fer
touché de l'Aiman eustune
propriété pour se tourner vers leNord& le Midy; & c'est
là cette noble connoissance,,
qui a servy à découvrir les.
nouveaux Mondes, les Isles
inconnues
?
les Nations les
plus éloignées, & pour ainsi
dire, à enrichir l'Europe par
le commerce& par les frequentes
navigations qui se
font faires,& se font encore:
en toutes Izs parties diu
monde.
Quoy que les Anciensscessent
les vertus de l'Aiman,
&: qu'ils enayentécrit,
comme AnHore, Platon,
Pline,&plusieursautresdont
nous parleronsa on ne voit
rien dans leurs écrits de la
Boussole, & le temps que l'on
commença à se servir dans
l'Europe de l' Aimanaulieu
de Boussole
,
est environ dés
l'an 1260. que Paul Venitien,
ayant fait un voyage dans la
Chine, en apporta le secret.
Les Chinois s'en servoient
de cette maniere. Ils suspendoient
un morceau de la
pierre d'Aman sur un morceau
de Liege, & le laissoient
flotter sur l'eau dans un Basfin
ou un Cuveau, & ce
Liege avec l'Aiman nemanquoit
pas de tourner du
costé du Nort. C'estoit-là
leurBoussolequileurfaisoit
connoistre l'Etoile polaire,
&; la maniere de con duire
leurs Vaisseaux sur la Mer,
ce qui a duré chez eux jufques
au milieu du ficcle precedent.
Ce mesme usage de cette
forte de Boussole a duré aussi
en Europe un assez longtemps,
jusqu'à ce qu'un certain
Flavius Melphitanus,
trouva le secret de la Boussole
, & par cet instrument
il donna moyen aux Espagnols
de naviger au nouveau
Monde,&d'y découvrir
la Castille d'or, & d'autres
parties de l'Amérique,
comme la Riviere de Platoe
& de Parana; c'est ce que
rapporte Petrus Cic'{tt , en
son traité de la Marine. Collenutius
dans son Histoire de
Naples en fait aussi mention;
•ôcjonjitisappelle la Boussole,
la regle des Nautonniers ou
de la Marine.
Mais d'autres attribuent
cette découverte à un certain
Jean Gira, natif du Bourg
d'Amalphi dans la Campanie
au territoire de Rome,
environ l'an 1300. Cela a du
rapport avec ce qu'enécrit
Collenutius. Toutefois il se
peut faire que ce Gira ne
trouva feulement que le
secret de faire la Boussole ;
c'est a dire de faire la Boëtte
êc de suspendre les aiguilles
aimantées sur un pivot, pour
leur donner le mouvement
qu'elles ont. Mais on demande
si le Lys qui se
met en toutes les Boussoles
pour marquer le Pole ou le
Nort , en conduisant l'aiguille
sur ce Lys qui est la
marque du Midy, n'est pas
un indice, que lesFrançois
ont trouvé le secret de mettre
les Boussoles dans leur
perfection
, car toutes les
Boussoles font marquées de
cette fleur Royale, & mesme
en quelque Païs que cesoit
que l'on en fasse
, pourune
instruction generale on y
ajoute ce Lys.
Aussi est-cedepuis ce tempslà,
que l'Art de naviger a
acquis de la perfection,& est
ca si grande estime cheztoutes
les Nations, qu'on a tâché
dans Les deux derniers
Siecles à le porter à son plus
haut point de perfection &
qu'enfin fous le Regne de
Louis LE GRAND
, on Jo
proposé des recompenses
considerables pour ceux qui
y feroient quelques nouvelles
découvertes.
Eneffet, Comme le commerce
unit les Nations les
plus éloignées, & n'enfait
presque pour ainsidire qu'un
seul peuple, qu'il porte les
richesses dans les lieux les
plus infertiles qu'il y répand
l'abondance & qu'il fait
voir les Indes Orientales &
Occidentales, la Chine & le
Perou dans l'Europe, ne doiton
pas dire que la Boussole,
qui fait tant de merveilles,4 trll un ouvrage & un miracle
de l'Art,publique c'est sur
elle que l'onasseure sa vie,
ses biens & sa fortune, & que
l'on va sur toute forte de
Mers par son secours, aussi
aisement & avec autant de
seureté que sur rcrrc)& qu'enfin
l'onattire les peuples les
plus Barbares, & les moins
civilisez à des connoissances
qu'ilsn'auroient jamais euës,
& à des alliances qui ne se
(
seroient jamais faites,témoins
les Ambassadeurs d'Ardra
dans la Guinée, ceux de
Moscovie, d'Alger, de Maroc
de Fez, & de nouveau ceux
de Siam,& d'autres?
Comme l'aiguille aimantée
est la principale partie
& la plus noble de la
Boussole, on doit avoir un
grand foin de la mettre dans
sa perfection
, & dans une
liberté qui la laisse bien agir.
L'aiguille ayant esté frottée
de l'A iman) acquiert les
mesmes proprietcz que cette
pierre renferme en soy, & les
conferve des Siecles entiers.
La Boëte ou elle doit estre
enfermée,est ordinairement
de bois, ronde ou quarrée;
il n'importe, mais sur tout il
faut se donner de garde de ;
n'y mettre aucun clou de fer,
puis qu'il feroit une attraction
de l'aiguille. La grandeur
de la Boëte fera de cinq
ou six pouces de diamettre.
On plantera au milieu un pi-
-
vot à angles droits fait de
cuivre,c'est la matiere la plus
propre, décrivant avec le
Compas un Cercle Concentrique
en la mesme Boëte.
Ceux de Marseille ont acquis
a réputation d'y travailler
excellemment.
Au retour des grandsvoyages
, on doit laisser les Boussoles
en leur état & dans leur
situation naturelle; elles ne :
se gastent pas pour estre dans
le repos. Quelques-uns atta--
chent la roteavec l'aiguilles
pour luy donner plus de fermeté
; celle d'un Cadran solaire
est tropvive pour unn
Vaisseau qui est toujours
dans l'agitation,&on auroit
peine à s'y regler. Pour lasJ
figure de l'aiguille aimantée
cela dépend des habiles Ar..]
tisans, & qui en connoissentir
les défauts & la perfection.
On a remarqué du moin
vingt declinaisons de l'Ai
man ou de la Boussole, c'est
¥
a quoy les habiles Pilotes
prennent ordinairement gar- de,pour se regler sur leurs
Cartes &asseurer leur Navigation
; les. sçavans Auteurs
enseignent à les corriger.
Toutes les Nations del'Europe
se font accord ées à diviser
l'horison en trente-deux
Rumbs
,
qui font autant de
routes différentes
, que le
Vaisseau doit suivre par le
moyen de la Boussole, estant
pouffé du vent. Chaque
Rumb ou route est éloignée
l'une de l'autre de onze degrez
& un quart; & quoy
que cette division puisse s'e
tendre jusqu'à trois cens soi
xante degrez
,
la premiere est
l'ordinaire de tous les Pilotes
& sur laquelleils sereglent
& leurs Cartes font marquées
de ces trente-deux Rumbs:
qui font les vents, & ces
vents font les routes qui regardent
les parties du mon.
de. Je laisse aux Curieux à
visiter les Cartes,& à enapprendre
les noms qui y font
marquez, & principalement
sur la Boussole.
L'aiguille de la BoUssole.
ayant acquis la mesme vertu
de
de l'Aiman qui l'a touchée,
laconserve dans cette admirable
& surprenante proprieté
,
qu'elle tourne naturelle.
ment un de les bouts au Nort
& l'autre auSud, qui luy est
opposé; & le Lys qui en: en
la Rose legarde toujours le
Nort ; ainsi en suivant les lu
gnes qui font marquées en la
Boussole seulement avec
l'oeil, on peut connoistre
en touttempsl'end roit de
l'horison
,
les quatre Vents
principaux, & pareillement
tous les autres.
L'avantage que son tire
de la Boussole., qui rend la
conduite du Vaisseau tresaisée
, est qu'elle represente
toutes les routes dans la mesme
disposition qu'elles font
en effet
) & l'experience &la
pratique en font connoiftrc
lavérité.
C'eil: une chose merveilleuse,&
qui donne un grand
avantage à la Navigation;
que par la conduite de la
Boussole,le Pilote peut tel.
lement gouverner ion Vaisseau,
dans les plus épaisses
tenebres de la nuit qu'il n'a
besoin ny des Astres ny de
;
lumière,& mesme il le gouverne
aussi-bien estant dans
le fond decale, ques'ilestoit
sur la poupe ou sur le tillac.
Il ne leur importe de voir la
Mer, ou de ne la pas voir,
non plus que le Ciel, ny aucune
Estoile remarquable
qui puisse luy designer quelque
Region ou Cap.
Les habiles Pilotes portent
quelquefois plus d'une Bousfoie,
ou une pierre d'A iman
dans leurs voyages de long
cours, à cause des accidens
qui sont à craindre, & c'est
une précaution qu'il est bon
d'avoir. Ce n'est pas que l'aiguille
d'un Cadran ne pust
servir deBoussolleencasdecas denetr.
1 ", 1 cessitépourvûqu'on la mette
sur du liege flotant, sur de
l'eau dans un grand vase
, car
elle marquera toujours le
Nort, ou l'Estoile polaire.
C'est comme les Anciçns en
usoient.
Si l'Aiman ou l'aiguille
aimantée de la Boussole n'avoit
point de declinaison,
l'art de la Navigation Seroit
entierement allure en son
principe;& le Vaisseau suivant
si ligne marquée par le
ent ou le Rumb< ne s'écarteroit
jamais de sa route, ce
pgui ne se peur faire sans dé*-
sliner.
Enfin,comme jel'ay déjai
Hit,ilya un grand nombre
He declinaisons que les Carycs
enseignent, & les Auteurs
qui les marquent dans
eurs traitez, font à consulter.
Comme l'aiguille de la
Boussoleales mesmes vertus
yc proprietez que l' A iman , est à propos de parler de
cette Pierre, pour faire l'uion
de l'une avec l'autre.
PlusieursAuteursontécrie
de la nature & des vertus de
l'Aiman à l'égard du fer qu'il
attire,&en sontun prodige
denature. S. Augustin mesme
en saCité deDieu,Isidore,
Platon & Theophraste en
disent des merveilles, & pour
la découverte, Nicander
&'. Pline aprés luy rapportent
qu'il fut trouvépar ha"
zard de cette maniere.
Un Pasteur l10mnlé¡rAa.,
snety menant paistre son ,troupeau sur le montIda en
Phrygie,s'apperceut que M
fer de sa houlette & lescloud
de ses souliers le tenoient ans
resté. Il en fut surpris, & en
avertit ses Compagnons qui
meurent la curiosité de tirer
p quelquesunes deces Pierres
bdulieuoù elles estoient, &
bd'en faire l'experience, ce
quiayant réussi, ils nommeirent
l'Aiman Magnes, du
nom decePasteur,&ce nom
ulluy est demeuré depuis en
Latin. La chose se divulgua,
&&C cette vertu cachée & secrete
fut ainsidécouverte.
D'autres donnent le nom de Magnesà l' Aimant de
Celuy de Magnesie, Ville de
^Macédoine) tirantversle lac
*Boebti$3 où il se trouve sur le ;
mont appellé Capo virilichi
de Natolie; d'autres le nomment
encore Heraclion
,
du J
nom de la Ville d'Heraclée *t
parce qu'on y en trouve aux
environs;ou du nom d'Hercule,
i cau se de sa foreeattra--
ctive envers le fer.
Sotachus faitcinq especes
d'Aiman
>
& les divise de
cetre forte
,
le premier qui.
vient d'Ethiopie
)
le second,
qui se trouve en Phrygie ou àCapo-Virilichi,le troisiéme
prés d'Echium,Ville de Boeotie,
le quatriéme en Alexan-
,j
drie de Troade, & le cinquiéme
à Capo de S. Georgio
>W*7guiefeo> à une lieuë & den
mie de Prague. Il y en a de
maslme & de femelle, dont les
vertus font différentes. On
en voit de diverse couleur;
mais le bleu est le plus
excel lent & le plus precieux
b de tous. Il s'en trouve de
) cette especeen une Contrée
) sablonneuse appellée Zimiris.
Le blanc n'a pas tant de force,
) & les Italiens l'appellentCalamita
bianca. Ce n'est pas
) qu'il n'yen ait en Allemagne
) d'excellent; mais le meilleur
est celuy quiattirele fer d'une
costé, & lerepousse de l'autre.
Ainsi dans l'Aiman la partie
Boreale qui attire le fer, doit
regarder la Boreale,de mesme
que l'australe qui lerepousse,
doit regarder l'australe.
L'Aiman que l'on nomme
Theamedes,&que les Allemans
appellent Ein Bleser, n'est pas
uneespece difference;car tout
Aiman qui attire le fer, &
montre les plages du monde
par une de ses parties, le
repousse de la partie opposée.
On voit ainsi dans l'Aiman.
que les parties opposées font:
Il des effetsdifferens.
C'est une erreur que les
Vaisseauxqui ont des cloux de fer,demeurentattachez à.
u une Montagneversle Nort,
«» s'ils en approchent de trop- prés, à cause de rAitnan
qui s'y trouve, & qu'ils ont
peine à s'en tirer; mais c'est
une merveille qu'un fer libre
& plus leger qu'une pierre
> d'Aiman, y courtnaturellement,
&tache de s'y joindre,
& si le fer est attaché & plus
pesant que la pierre, l'Aiman,
, court au fer & s'y joint.
Il faut pour la conservation
de l'Aiman qu'il soit enfermé
dans la limaille de fer
..J
où
il conferve ses forces, les
augmente,& en fait sa nourriture
; de plus il communique
sa vertu au fer, comme
on le remarque aux anneaux
d'une chaisne, dont l'un attire
l'autre, parce que la
vertu de l'Aiman [rani pire,
& passe au travers de chaque
anneau jusqu'au bout de la
chaisne&dansl'estenduë ou
cercle de son activité. Dans
cette attraction il est necessaire
que l'Aiman soit plus
pesant que le fer
, autrement
,'lPAiman iroit au fer ; mais
quoy qu'il en soit, c'est toûjoursl'Aiman
qui attire selon
le sentiment de tous ceux qui en ont écrit.
Ce qui est encore de plus
merveilleux, l'Aimanne laissse
pas d'attirer le fer au travers
du bois,de la pierre &
du verre mesme
,
& ces corps
ne mettent point d'obstacle
sa vertuattractrice. Cette
vertu naturelle ressemble à
La lumiere
,
qui passe au travers
des corps diaphanes &
ransparens
, ou au son qui
raverse les corps les plus solides,
& vient fraper lesorei
les; maisc'est une chose a
sez étonnante que l'Aima
ayant tant de simpathie ave
le fer, se fortifiant dans
limaille, & y acquerant me
me de nouvelles forces,
n'agit pas également en tou
tes ses parties, que d'un cost
il l'attire
,
& de l'autre il
repousse. D'où luy vient ce
amour & cette aversion
un mesmetemps? Ce son
des merveilles qui doiven
estre admirées des hommes
& qui ne sçauroient estr
connuës.
L'onpourroit douter sil'Aiman
souhaite s'unir au fer,
ou lefer à l'Aiman pour se
revestir de ses vertus, combine
font, attirer un autre fer,
:Jx, montrer les plages du
)rmonde, & cette propriété
est sans doute la plus Dclle,
a plus curieuse & la plus
dmirable , puis que par le
)lnoyen d'une aiguille aimansèée
,enfermée dans une Boufole
,
l'on trouve le pole, l'on
onnoiftle point arctique&
antarctique, l'on parcourt
joutes les Mers aussi-bien la uit que le jour, & l'on peuc
adresserdes routes sans erreur
à toutes les parties du
monde, & mesme jusqu'aux
Antipodes.
Voicy uneexpérience aC
fez aisée pour connoistre
dans une pierre d'Aiman le
point boreal, & le poin
austral. Il faut la mettre dan
une écuelle de bois sur une
eau reposée dans un bassîn
Cette écuelle tournera assc,,:
long-temps sur l'eau, jusqu'
ce que le point boreal d
la pierre ait trouvé le pol.
boreal
,
& alors elle s'y an
restera, & cela donnera lier
de distinguer dans l'Aiman
v !!a partie boreale & l'australe.
[ La mesme experience se peut
encore faire avec un filet;
) car si vous suspendez une
pierre d'Aiman, elletournera
long-temps jusqu'à ce qu'elle aittrouvé son pole. Ilenest de mesme de l'aiguilleaimantéeenfermée
dans sa Boussole&posée (u-r
son pivot;elle ne se reposera
pas qu'elle n'ait trouvé son
ÎNortj&enle montrant elle
amontre toutesles autres parties
du monde dans le mesme
temps. Elle a la mesme aé\ivite
que l'Aiman, & la garde
pendant tout un siecle sans
en este dépoüillée, à moins;
de quelque accident, comme;
du feu.
!
Il y a encore un moyen de
découvrir le point concentrique
de l'Aiman. Il faut
mettre un fer surun ais bien
poly,& luy presenter la pierre
d'Aiman.Alors on y verra
le point d'attraction & d'activité
; d'abord le fer tremblera
& suivra l'Aiman pour
s'y attacher. C'est une mer-j
veille que l'esprit de l'Aiman.
s'épanche sur le fer fl-J
1
tost qu'il enest coucher dans
son irradiation il se forme
un cetc le où s'étend sa vertu
inspirée.
Theoprafte Paracelse écrit
que les forces de 1" Aiman
peuvent Cllre augmentées à
l'infiny ,jusqu'à arracher un
cloud attaché dans une mu,,
raille, ce qu'il a mesme ex*
perimenté.
Claudien qui a écrit du
temps de l'Empereur Theodose
en l'année427. a fait
une admirable descriprion
de la pierre d'Aiman & de
ses vertus en une de ses Elj-.
L
grammes. Il la represents
sous la figure de la Déesse
Venus,&le fer fous celle du
Dieu Mars, & nous donne
une merveilleuse peinture de
leur simpathie & de leur amour.
Aussi n'y a m1 rien de
plus éclatant en la nature,
& qui paroisse plus aux yeux
que cetteviveimpression qui
feO'ne entre cette pierre& le
fer. On se sert de cet exemple
pour montrer qu'il peut
y avoir d'autres fimpathies
en la Nature, sinon auni
fortes, du moins approchantes
,
telle que la poudre
de simpathie par le vitriol
Romain avec le fang
d'une playe.
* On tient qu'AlbertleGrand,
qui a traité de l'Aimanjavoit
aussi la connoissance de la.
Boussole. C'est la pensée de
Cardan au 7.liv. de la Subtilité,
où il parle amplement
des vertus & des propriétés
de l'Ainlan., de sa découverte,
de ses effets & de ses
especes.
Jean-Baptisse Porta, Napolitain
, a fait un traité particulier
des merveilles de cette
Pierre. Zuingerus en parle
beaucoup en son Theatre de
la Vie humaine; maisjamais
personne n'en a pû découvrir
la cause, &Dieu a voulu
que ce secret demeurait
caché dans la nature.
Ansclme Boëce de Bort,
en son histoire des Pierres
Precieuses, qu'il dédia àl'Empereur
Rodolphe II. dont il
estoit Medecin, & qu'il mit
en lumiere l'an
1 514. comme ;
aussîdans les Commentaites <
qu'il a faits sur la Pratique
dorée de Jean Stocher, im--
primez a Leyde l'an 1634,
parle àfond de l'Aiman^ôc>:
le préfere mesme à toutes les
Pierres les plus precieuses
pour ses vertus & ses proprie.
tez. Il dit que les unes ne
font que pour la couleur, le
brillant&labeauté, & pour
[
plaire
-
aux yeux, & l'autre
pour ravir l'esprit.
Mais à propos de la Bouf-
[ole, il y a encore une autre
L
merveille, que plusieurs Pi-
[ lotes ont ebservée dans leurs
[ Navigations. C'est que quand
[ le Vaisseauapasséau delà de
[ la Ligne meridionale,la Boussole
se sent affoiblir, & panche
ducollédu Pole Antarctique,
comme s'il y
avoit une autre montagne
d'Aiman dans l'extremité de
l'Amerique versle Pole Austral,
qui l'attiraft, cette quatrième
partie du Monde n'estant
pas encore entièrement : découverte.Quelques-uns;
mesme tiennent qu'il y en
peut avoir une, par les declinaifons
qu'ils remarquent en laBoussoleau delà de laLigne;
mais cette Boussole re- - prend toutes ses forces su tost
que le Vaisseau retourne au
dessous de la Ligne? en tirant
un peu vers le Nort:& par là
on
on presumeque cette aiguille
aimantée regarde plûtost les
IPoles que les plages du mon-
3 de. Ceux qui ont navigé le
iplus prés vers l' Amérique, se
sont apperceusque leurBous.
sole declinoit de quelques
bdegrez contre l'Occident, & ils ont remarquécela sur leur
Mappemonde par les hauteurs
du Pole Austral.
.: Comme le rond de la terre
est divisé dans saSphere
en360. degrez, & la Carte
bdes Pilotes en 32. Vents,qui
sont autant de plages;il leur
3eft facile de voir combien ils
sécartent de leur route ,6c
de la reprend re par le secours
de leur Boussole,ensupputant
les degrez. Cette aiguille:
(ertaufS de guide sur laterre;
4
ayant un Cadran solaire, on
y remarque le Nort, en la
faisant tourner sur la pointe:
du Midy, qui est la Fleur de :
Lys:&enconnoissant le Nort,
on connoist les autres parties,,
leMidy,l'Orient & l'Occi--
dent. On peutmesme par
son secours traverser les plus
vastes landes & les plus gran- -
des forests, l'aiguille mar--
quant toûjours le Pole Arctique.
LaBaussole sert aussi à
l'Ichnographie,quiest tracer
& décrirelafigure d'une
Ville, le plan d'un Chasteau,
ou d'une terre, ou d'unautre
lieu par ses éminencces,& par
les reduirs,en se servant de
;
pals ou de pieux pour marquer
lesd istances.
L'on a inventé encore
beaucoup d'autres secretscurieux
par l'usage de la Boussole,
& divers Jeux d'esprit
qui surprennent ceux qui
n'en sçavent pas le Cecree, &
qui se persuadent qu'il y a
de la magie ou de l'enchan..
tement. Boëtius en rapporte
de fort subtils en son histoire
des Pierreries,au chapitrede
l'Aiman.
Il nous reste à voir quelques
Navigations des plus
celebres qui se font faites depuisladécouverte
de cette
Boussole. Celle de Chriftophle
Colomb, natif de Gennés,
ne se fit que plus de cent
quatrevingt ans après ; il
découvrit la quatrième partie
du monde, qui est l'Amerique,
& ce fut l'an 1492.
pette partie futainsi nommée
&Arrimons Vespatius de
j Florence, qui y fit voile en-
1fuite
,
& l'an IJI?/.Ferdinand
ni Magellan trouva ledétroit
: qui porte son naIn, Magella-
„ nique, & fit le circuit du
1 monde. Mais aujourd'huy la
1 Navigation est élevée à un
1 point où elle n'avait point
| encore monré, &la France a | sesTyphis& ses Argonautes,
; qui n'apprehendent point les
écueils, les bancs, & les au-
<
tres perils de la Mer. Le nombre
s'en augmente tous les
l
jours, leur experience les rend
t maistres dés leurs premiers
voyages. De plusonnepeut
donner assez de loüanges, aux
habiles Cosmographes &
aux illustresMathématiciens,
dont les Ouvrages
célébrés onc beaucoup
servy à la Navigation; les
Arias que l'on a faits en
Hollande, pour la defeription
des Mers
1
des Régions
&des Terres, fonr encore
d.un grand secours aux habiles
Pilotes.
J'ajoute icy pour la curiosité
de ceux qui voudront
s'instruire de tout ce qu'on
peut connoistre sur la Navigation,
& sur toutes les parr
ties qui la regardent,un Catalogue
des Auteurs les plus
fameux qui ont écrit de cette
Pierre Nonius, célébré
Mathématicien Portugais, en
l'année 1330. fit un Livre de
la Navigation, divisé en deux
parcies, où il traite des Cartes
marines, & des instrumens
qui fervent pour trouver
l'élévation du Pole: il y
explique lanaturedes Lignes
Loxodromiques
,
quels font
les instrumens les plus propres
pour faire une heureuse
navigation, &lesReglesque
l'on doit suivre pour le mesmeeffet.
De plus) il donne
folurionauxquestionsqu'Alphonse
Sofa luy propose sur
ses doutes qui regardent les
vents & le lever du Soleil. Il
faut dela pénétration pour
un si sçavant Auteur, dont
les queitions font curieuses.
Pierre Medina, Espagnol
) mit au jour en l'année 1561.
un traite en sa langue, divile
en huit livres; où il expose
les principes de la Sphere,
& sur tout ceux qui regardent
la Navigation. il
parle de la Mer, des courans,
des-bancs de fable les plus
fameux
,
des presages de ta
tempeste, desvents & de
leur
- cours, de la hauteur
des Etoiles
,
de l'élévation
du Pole) de la declinaison
du Soleil, & de celles de la
Boussole ; de la Lune & de
ses effets à l'égard du flux'J
des connoissances parfaites
duCalcndtier, & d'autres qui
regardent la Marine. Cet
Ouvrage a semblé assez curieux
pour avoir esté traduit
en François par Nicolas Nicolas
du Dauphiné, Geographe
du Roy. On la imprimé
à Lyon.
Jacques Severrius, donnas
au Public en l'année ijp8,
un Livre intituléde ,-
Orbes
catoptrico, où l' Auteur ex-- ''-' plique plusieurs choses qui
regardent la parfaire Navi.,;
gation, & les regles que
l'on y doit suivre.
Jean Garcia
,
surnommé
Ferdinand, mit en lumiere
en l'année1598. un Traité
fort curieux pour les Pilotes;
& pour la conduite desVaisfcaux
; où sont expliquées:
diveifes matieres, comme Jar;
declinaison du Soleil; lan
maniere de prendre les latiuudes
par la hauteur de TEooile
polaire; & ce qui efi:
sle plus curieux, c'est la defrriprion
presque entiere des
oftes de France, d'Erpagne,
& de Flandre) & de leurs
)Oorrs.
André Garcia Cespedes,
~Eûatif d'Espagne, produisiten
s'année 1606. en sa Langue
, un Livre qui porte pourtitre
ï%epimento de Navigacion
)
diinse
en deux Parties. Il yenseigne
les princi pes de la
~phere
, .&. ajoûteles Tables
sftes declinaisons du Soleil ,&
sa maniere de trouver la hauteur
du Pole par l'Etoile po
laire De plus, il apprend lo
pratiques del'Astrolabe
, cz l'Arbateste, & de plusieur
autres instrumens necessaire
à la Sphere & à la Marine. 7
fait une entiere descriptio
de la Boussole., & de la ma
niere de s'en servir
,
& s'é~
tend sur plusieurs autres pal:J
ticularicez qui la regarden
Il traite de l'Hydrogaphie:
& des secrets pour la prati
quer ; & instruit à faire des
Ccarthes. eCe Lrivcreesht féort.ro
Simon Stevin Mathemai
xien du Prince d'Orange.
n l'année 1608. fit paroistre
Mémoires,divisez en six
livres.Il y traite de la Navigation
& detout ce qui la
regarde
, & de la Geographie,
sur tout il parle de la Navigation
Loxodromique&
lirculaire ; il y enseigne l'ugage
de l'Aiman &de la Boutole)
& de ses declinaisons,
vvec les pratiques ex. connoissances
duflux & reflux.
Guillaume Gilbert, Melecinde
Londres, en l'année
cvéïo. mit au jour un traité de
Aiman,où selon les principesdelaPhysique
,
il pari]
de lanature& de ses effets;
.& des moyens de s'en servin
Cet Ouvrage est Latin & son
curieux. C'est un des premiers
qui ait traité à fond de certl':
pierre.
VillebrordusSnellius en l'ann
née 1-62.0. fitparoistre son
Livre,intitulé Typhis Batavus
il donne une parfaiteconnoissance
des Lignes Loxodromiques,
& en explique h;
nature avec beaucoup de fo-i
lidité ; il y ajoute la methodo
de les réduire en tables; c'cor
jusqu'à presentceluy qui en
A parlé le plusà fond
Le cours de Conimbre parut
en i~.H y est traitede la
mature des vertus & des pro-
~prietez de l'Aiman, & de la
cBouflolc.
Nicolas Cabéc, Jesuite,mit
rmu jour en l'année1619. sa
Philosophie Magnétique,où
selon les principes de la Phisiique,
la nature,&les vertus
bde l'Aiman font expliquées,
àôc les secrets de la Boussole.
Adrianus Metius , donna n l'année1631. un traité du
premier Mobile, divisé en
xinq Livres, oùilenseigne
la Methode de naviger pan
le Globe, & pour l'usage des
Pilotes il y donne une Tables
des Lignes Loxodromiques,
qui est d'une grande érudition
&: utilité. C'est la pre-:
miere qui ait paru.
Jean Tassin, Geographe dun
Roy, en l'année 1633. donna,
au Public des Cartes desa;
costes de la Mer Mediterranée
& de l'Oceane, ce qui
est d'une merveilleuse commodité
pour laNavigation.
Georges Fournier) Jesuite,c:
en l'année1640. fitparoistre
son Hydrographie en François
,
où il traite de l'Art )de naviger ) & de quelques
particularitez qui regardenr
la Marine.
Barthelemy Morisot > en
[ l'année 1643. fit imprimer à
1 Dijon son Livre intitulé Orbis
maritimus. On y voit tout
ce qui Yeft passé de plus
:>
considerable sur laMer,tant
0 en Navigation
,
qu'en Combats
; & tout y est traité
b d'une manière historique. Cet
) Ouvrage est fort agreable & fort utile.
Jean Grandamy, Jesuite,
mit en lumiere en l'année
1646. un traite tres-curieux y
où il fait voir par une nouvelle
demonstration l'immobilitédela
terre par le moyen
de l'Aiman. Il détruit par là
toutes les opinions de ceux
qui onttenu le contraire, &
enseigne une methode d'avoir
la Ligne du Midy Magnétique
sans aucune décli-
Basson. Ses experiences font
admirables, & ses demonstrations
claires.
Nicolas Zuchi
,
de Parme,
Jesuite, publia en l'année
1649. un traité de l'Aiman,
quiestaussi fort curieux. Il
) en explique tous les effets,
) & les fonde sur des rairons,
& en produit des experiences,
sans approfondir la cause primitive
, ne s'attachant qua la finale.
Nous avons aussi un excellent
Traité de l'Aiman du
sçavant Kirker Jesuite,&Bibliothecaire
du Vatican. Cet
) Ouvrage est remplyd'experiences
tirées de cette Pierre,
&enrichi de figures; mais il
s'attache plutôt! aux prati-
) ques, qu'à donner l'explication
de sa nature. Ce fut en
1 l'année1654. qu'il parut.
Bernard Varenius nous
donna en 1660. sa Geographie
Universelle
,
où il traite
de la Navigation assez amplement,
& donne l'explicatior
des Lignes Loxodromiques.
Jean Riccioli,de Ferrare,
Jesuite, en l'année 1661. fil
voir le jour à sa Geographie:
où il ajoûte un traité de la
Navigation. Cet Ouvrage est
divisé en neuf Livres ; il y
joint les Tables Loxodromiques,
explique clairement la
Navigation circulaire, enseigne
la plus grande partie de
Problêmes nautiques, & donne
la maniere de faire des
Cartes hydrographiques.
La mesmeannée il parut
un Cours Mathématique de
Gaspar Schotus, Jesuite,où
il traite de l'art de naviger &
del'Hydrographie assez clairement
, mais avec peu de
démonstrations.
Mr Denis,Prestre,Hydro.
graphe & Professeur Royal
à Dieppe, en l'année 1666.
commença à donner au Public
ses Ouvrages par un trairé
de l'Aiguille aimantée ou
de laBoussole. Il enseigne les
moyens de trouver diverses
declinaisons del'Aimantée:
des Tables des amplitudes ortives.-? >.
Le mesme Mr Denis
xt
en l'année t6,6S. fit imprimer
une façon nouvelle deo
naviger par nombres, c'est à
dire, par Sinus, qui peut feulement
servir dans les Navirgations
de briefcours, & nonn
pas dans les longues.
En la mesme année Vin--l
cent Leontaut mit au jour un
traité de l'Aiman, dans le
quel il fait voir les directions
de la Boussole d'une maniere
nouvelle & solide. Cet Ou-u
ouvrage est d'un grand secours
pour la Navigation circulaire
'1{. Loxodromique.
.,
Le mesme M' Denis, en
année1669. donna au Puolic
un traitéintitulé, Dis
cours de la déclinaison du Soleil.
111 sert dans la Navigation à
observer la latitude en dioversesmanieres.
Le mesme Auteur en l'ananée1673.
mit au jour un autre ivre qui porte pour titre,
L'art de navigerensa plus haute
erfection
,
où il enseigne à
prouver facilement les laIluudes.
Claude - François Milleme
Dechales, Jesuite
> en l'année
1677. fit imprimer fonrii
Livre intitulé, tArt,rie nanji^v
ger, démontré parprincipes,&
confirmé par plusieurs observations
tirées de l'experience. Ce#3
Ouvrage est des plus solides
& est divisé en sept Livres,
avec quantitéde figures pour
l'intelligence, & des Table
fort amples. Il y traitede
grandeurs des Navires,avec
plusieurs circonstances de 1^1
Navigation sur les Rivières
& sur les Canaux; amplemen
de la Boussole & de sa constructionne
instruction;de la Sphere&dela
maniere d'observer la hauteur
tics Astres, des Lignes Loxo-
Hromiques, des Cartes hydrographiques,
des Latitudes
&C des Longitudes,enfindu
flus & du reflus de la Mer.
Maisoutretous ces Auteurs
jjque nous venons de citet,il y
ena encore d'autres qui ont
traitédela Navigation, sçavoir
Pierre AppianRodericus
Zamoranus , André Gaspar
Cespedius,DuRégime de la
'\Mfavigatïon-fèartholomoettsCrefr>:
entius> de Mauttcd Mediterrar,
nca-yAurufilnCoefareus; RoberItts
Dudlé, de arcanis maris
Jacques Colomb,d,ans; lo,
Flambeau de laNavigation
le Livre intitulé la Colomne
flamboyante; Pierre Herigon
en son Cours de Machematique;
Jean Janson, dans [OCI
Intioduction au Monde ma
ritime le P. Mersenne. Minime,
danssonIstiodromie:
LazarusBaytiusdere navali
J'ay leu en manufèrit L\
Phare de laMer, du Sr Bre
byon,Avocat à Dieppe, qui
mourut lors qu'on en impri
moitla premierefeüille.Ce
•Omvifieestoit divisé en si;:FI
ILivres.,& devoit avoir trente
ilfix gcran3de0s figures; le Sieur Bilaine en dévoit faire l'impression.
Il y est traitéàfond
de la Sphere, & de tout ce qui regarde une parfaite Navigation.
Il y a esperance que
aTes Héritiers le feront mettre
en lumiere dans quelque
Dzemps.11 avoit sesattestions
Ibde Mrs les Mathématiciens
ibde Paris.
Toutes les recherches que
vous venez delire sur l'Art
)hle la Navigation, ont este
faires par M Rouic,>deRouer.«i.
dont je vous ay déja envoyé
plusieurs Ouvrages quevous
avezestimez. Onest toujours
obligé a ceux qui par de femblables
foins facilitent au Public
ces fortes de connoiflances,
& qui luy épargnent les
longues lectures qu'il feroit
besoin de faire, pour s'infiruireun
peuàfond sur les
matieres de cette nature.
Fermer
Résumé : DE L'ART DE NAVIGER.
Le texte aborde l'évolution de la navigation en Europe et l'importance croissante des vaisseaux. L'année précédente a vu un nombre record de vaisseaux, avec une augmentation prévue pour l'été suivant. La navigation est cruciale pour traverser rivières et îles, utilisant divers types d'embarcations comme des radeaux, des bacs et des gondoles, fabriqués à partir de matériaux naturels. Les Égyptiens sont souvent crédités de l'invention de ces petits vaisseaux, adaptés par les Vénitiens, Syriens et Africains. Le texte mentionne plusieurs inventions liées à la navigation, telles que les rames, les mâts, les voiles, les ancres et les gouvernails, attribuées à différents peuples et individus. Tiphys est crédité des règles de navigation et de l'utilisation du gouvernail, tandis que Minos forma la première armée navale. Les galères, rapides et maniables, furent utilisées par divers peuples, notamment les Égyptiens et les Romains. L'expédition des Argonautes, dirigée par Jason, est évoquée pour sa quête de la Toison d'Or. Les grandes flottes de Ptolémée et de Xerxès sont également mentionnées. Les pilotes anciens se fiaient à leur expérience et aux étoiles pour naviguer. Le texte compare ces navigations à celles plus récentes, facilitées par l'aimant et la boussole. Les vaisseaux anciens incluent ceux décrits par Virgile et des navires spécifiques comme le Bucentaure à Venise. Les vaisseaux de guerre possédaient des becs de fer et des tourelles pour lancer des projectiles. La boussole, introduite en Europe vers 1260, a révolutionné la navigation en permettant de découvrir de nouveaux mondes et d'enrichir l'Europe par le commerce. Les Chinois utilisaient déjà une forme primitive de boussole. Les améliorations apportées par Flavius Melphitanus et Jean Gira ont permis des explorations majeures, comme celles des Espagnols en Amérique. L'aiguille aimantée, ou aiman, est essentielle pour la navigation car elle permet de déterminer le nord et l'étoile polaire. Les cartographes enseignent diverses déclinaisons de l'aiguille. L'aimant, découvert par un pasteur nommé Magnès, attire le fer et repousse d'un côté. Les propriétés de l'aimant sont décrites par plusieurs auteurs anciens comme Saint Augustin et Pline. La boussole, utilisant une aiguille aimantée, aide à orienter les navires et à corriger leur route. Des expériences montrent que l'aimant tourne pour indiquer le nord. La boussole s'affaiblit au-delà de l'équateur, suggérant une autre montagne magnétique en Amérique du Sud.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 43-64
A MADEMOISELLE DE M. ****
Début :
Vous ne serez pas fachée sans doute, de voir l'Ouvrage / Il n'est pas aisé, Mademoiselle, de vous satisfaire sur [...]
Mots clefs :
Pluies, Soleil, Terre, Mademoiselle , Temps, Cause, Air, Nuée, Vapeurs, Maladies, Année, Siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE M. ****
Vous neferez pas fachée
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
Fermer
3
p. 123-142
A MONSIEUR ***
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre sur les Maladies / Il est vray, Monsieur, que tout le monde voit avec peine [...]
Mots clefs :
Air, Maladies, Année, Terre, Homère, Pluie, Humidité de l'air, Canicule, Printemps, Corps, Chaleurs, Cause, Pluies, Hiver, Malades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR ***
Il m'eft tombé entre les
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
Fermer
4
p. 113-118
ODE Sur un commencement d'Année.
Début :
L'Astre qui partage nos jours, [...]
Mots clefs :
Année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Sur un commencement d'Année.
O
DEA
Sur un commencement
d'Année.
L'Aftre qui partage nos
jours ,
Et qui nous preſte ſa lu-
4
miere
Viene de terminer la carriere,
Et commencer un nouveau
cours .
Avec une viteffe extrême T
Nous avons vu l'an's'écou
ler ;
Février 1711. Gg
114 PIECES
Celui ci paffera de même
Sans qu'on puiffe le rappeller.
Tout finit , tout eft fans remede
,
Aux Loix du temps affu
jéti ,
Et par l'inftant qui lui fuccede
,
Chaque inftant eft anéantis
La plus brillante des journées
Paffe
pour
ne
plus
revenir
,
La
plus
fertile
des
années
11 FUGITIVES.
N'a commencé que pour fi
nir.
En vain par les murs qu'on
acheve ,
L'on tâche à s'immortalifer;
La vanité qui les éleve
Ne fçauroit les éternifer .
L'homme qui de tout eſt le
Maitreymi:0
Par la même Loi doit perir ;
Ici bas commencer à naiftre,
Neft que commencer à
mourir.
Pourquoi donc dans ce pèu
d'efpace Gg ij
716 PIECES
€
De tant de foins m'embarraffer
?
Pourquoi perdre le jour qui
paffe ,
Pour un autre qui doit paſſer?
Si tel eft le deftin des hommes
,
Qu'un moment peut les voir
finirs
Goutons bien l'instant où
nous fommes ,
Puifqu'il ne peut plus reve
nir.
Cet homme eft vraiment
* déplorable , citrus?
FUGITIVES.
Qui de la fortune amoureux
Serend lui même miferable ,
En travaillant pour eftre
heureux .
Infenfez ! voſtre ame fe livre
A de tumultueux projets
Vous mourez fans avoir ja
mais
Pû trouver le moment de
aplo vivre.m, qusmon I
Je fonge aux jours que j'ai
paffez ,
Sans les regreter: nimen
tanplaindregnod ! anda
Je vois ceux qui me ſongs
laiffez ,
118 PIECES
Sans les defirer ni les crain
dre.
Jak
Ne laiffons point évanouir
Des biens mis en noftre
puiffance ,
Et que l'attente d'en jouir
N'étouffe point leur joüif
fance.
Le moment paffe n'eft pluss
rien ,
Demain nous pouvons ne
plus eftre ,
Be prefent eft l'unique bien ,
Dont l'homme foit vrai
ment le Maitres
DEA
Sur un commencement
d'Année.
L'Aftre qui partage nos
jours ,
Et qui nous preſte ſa lu-
4
miere
Viene de terminer la carriere,
Et commencer un nouveau
cours .
Avec une viteffe extrême T
Nous avons vu l'an's'écou
ler ;
Février 1711. Gg
114 PIECES
Celui ci paffera de même
Sans qu'on puiffe le rappeller.
Tout finit , tout eft fans remede
,
Aux Loix du temps affu
jéti ,
Et par l'inftant qui lui fuccede
,
Chaque inftant eft anéantis
La plus brillante des journées
Paffe
pour
ne
plus
revenir
,
La
plus
fertile
des
années
11 FUGITIVES.
N'a commencé que pour fi
nir.
En vain par les murs qu'on
acheve ,
L'on tâche à s'immortalifer;
La vanité qui les éleve
Ne fçauroit les éternifer .
L'homme qui de tout eſt le
Maitreymi:0
Par la même Loi doit perir ;
Ici bas commencer à naiftre,
Neft que commencer à
mourir.
Pourquoi donc dans ce pèu
d'efpace Gg ij
716 PIECES
€
De tant de foins m'embarraffer
?
Pourquoi perdre le jour qui
paffe ,
Pour un autre qui doit paſſer?
Si tel eft le deftin des hommes
,
Qu'un moment peut les voir
finirs
Goutons bien l'instant où
nous fommes ,
Puifqu'il ne peut plus reve
nir.
Cet homme eft vraiment
* déplorable , citrus?
FUGITIVES.
Qui de la fortune amoureux
Serend lui même miferable ,
En travaillant pour eftre
heureux .
Infenfez ! voſtre ame fe livre
A de tumultueux projets
Vous mourez fans avoir ja
mais
Pû trouver le moment de
aplo vivre.m, qusmon I
Je fonge aux jours que j'ai
paffez ,
Sans les regreter: nimen
tanplaindregnod ! anda
Je vois ceux qui me ſongs
laiffez ,
118 PIECES
Sans les defirer ni les crain
dre.
Jak
Ne laiffons point évanouir
Des biens mis en noftre
puiffance ,
Et que l'attente d'en jouir
N'étouffe point leur joüif
fance.
Le moment paffe n'eft pluss
rien ,
Demain nous pouvons ne
plus eftre ,
Be prefent eft l'unique bien ,
Dont l'homme foit vrai
ment le Maitres
Fermer
Résumé : ODE Sur un commencement d'Année.
Le poème médite sur la fugacité du temps et l'inévitabilité de la mort. Il souligne la fin d'une année et le début d'une nouvelle, notant que les jours et les années passent rapidement et sans retour. Tout, y compris les réalisations humaines comme les bâtiments, est soumis aux lois du temps. L'homme, maître de tout, doit également périr. Le poème invite à profiter du moment présent, car il ne reviendra pas. Il critique ceux qui, amoureux de la fortune, travaillent pour le bonheur sans jamais le trouver. Le poète exprime son détachement des jours passés, sans regret ni désir pour les jours à venir. Il encourage à savourer les biens présents et à ne pas les laisser s'évanouir en les attendant. Le moment présent est le seul bien dont l'homme est vraiment maître.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 9-20
Erudition sur le mot Etrennes, [titre d'après la table]
Début :
La nouveauté de toutes choses a tousjours plû aux hommes. [...]
Mots clefs :
Étrennes, Nouveauté, Érudition, Année, Gaulois, Romains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Erudition sur le mot Etrennes, [titre d'après la table]
LITTERATURE. LA nouveauté detoutes
choses a tousjours
plû aux hommes
N'est- ce point pour cela
seul quils ont attaché a14
nouvel An une idée hetî*
rcuïe & agrcable, Seneque
appellenouvel an le
commencement- du regné
de Neron annus no- vus initium UcuhfeliciCl3
fimi. Le pronostic n'estoit
pas juste , mais les
flatteurs prédisent tousjours
merveille. On donnoit
chez les Romains au
premier jour de l'an des
figues, du miel & des I
dattes, fruits doux, fiin- 1
boles de la douce paix,
1¡
& de l'agreable union
qu'onsouhaitoit entre
parents & amis. N'eftce
point aussi comme fîtnbole
de pureté., de franchife
& de sincerité
) que
les Gaulois faisoient des
presentsdeguy de chesne
coupé avec une ferpe
d'or; l'or est le fimbole
de la pureté, il ne reste
plus qu'à prouver que le
guï de chesne est le fimbole
de la sincerité; un
autheur la dit, mais ces
fortes d'éruditions ne se
démonstrent pas comme
un probleme de Geome..,
trie, quoyqu'il en [oit,
on dit que les Etrennes
Gauloisesestoient plus;
sinceres que les nostres.
Je connois pourtant un
Amant qui a donné celle
cy : elle est de Mon- *
sieur leB. Comme franc f5 Gaulois
amant,
Je vous donne en étrenne, I
Iris, un coeursincere ; i
Pour voustvous m'aimez,
cejî un riche
present,
C'en est un fort petit si
vous ne rrîaimcZi
guere.
La response de la Gauloise
me paroist plus leurement
sincere.
Quejevousaime ou non,
vojlre coeur vautson
prixy
j'aimeroismieux celuy
d'un autre,
J'auray peu de plaisir k
recevoir le vostre ;
Mais c'est tousjours autantdepris.
Le Roy Tatius Sabinus
receut le premier la
Verveine du bois sacré
de la Déesse Strinia
, ou
Strenia, pour bon augure
de la nouvelle année,
c'estoit l'équivalent du
gui de etejne des Gaulois.
Etrennes vient, diton,
de ce mot Strenia,
ccluy de ftrenuw
,
qui
signifie genereux ) peut:
aussi avoir part à cette
étimologie, parce qu'on
donnoit les étrennes à
ceux quise distinguoient
par leur valeur. On donnoit
dans les premiers
temps des fruits en étrennes
,
mais on donna ensuite
des medailles d'argent.
A ce sujetOvidefait
dire à Janus, que les Anciens
estoient bien simples
de croire,que le miel
fust plus doux que l' argent.
La feste des étrennes
estoit dediée au Dieu j
Janus qu'on representoit 4
à deux virages; quelque
mauvaisplaisant de ce
temps-là, a peut-estre dit
que l'un des visages dejanus
estoit triste, & que
l'autre estoit gay, pour
marquer la tristesse de celuy
qui estobligé de donnerdesétrennes,&
lagaïe*
té de celuy qui les reçoit.
S'il est glorieux de
donner, il cft quelquefois
glorieux aussi de re-
- cevoir 3.
cevoir
,
& les étrennes
qu'on portoit aux Empereurs
Romains, étoient
des marques d'honneur.
Auguste en recevoit une
si grande quantité, que
pour n'en pas profiter, il
en achetoit des Idoles.
Tibere ne voulut point
recevoir d'étrennes; Caligula
les restablit, Claude
les deffendit ensuite,
mais elles resterent tousjours
en usage parmy le
peuple.
Qui croiroit quon pust
trouver une raison physique
des étrennes,je ne
sçay quel Ancien a dit,
que touteschoses estant
contenuës dans leurs commencements,
on doit tirer
des augures bonsou mauvais
de toute l'année par
le premier jour.
L'avis estbonprofitez-en
Sivous voulez, Iris,faire
unamantfidelle,
Deconstance rare modelle:
Faites-vous-en aimerau
premierjour de l'an,
A coup seur il sera constant
toute l'année,
Abien moins à present la
constance est bornée.
Les Gaulois croyoient
que le gui estoit un present
considerable duCiel,
qu'il preservoit du poison,
& que celuy qu'on
cuëilloit le jour de l'an
portoit bonheur toute
l'année à ceux qui en gardoient
sur eux.
-
Il nous est resté de cette
superstition payenne le
mot de la guy l'an neuf.
on appelloit encore ainsi
dans les derniers temps
les presents des étrennes.
le trouverais encore
beaucoup d'érudition sur
les étrennes, mais pour
entrer dans l'espritdela
superstitionancienne, je
veux éviter d'ennuyer au
premier jour de l'an, de
peur d'estre ennuyeux
tout le reste de l'année.
choses a tousjours
plû aux hommes
N'est- ce point pour cela
seul quils ont attaché a14
nouvel An une idée hetî*
rcuïe & agrcable, Seneque
appellenouvel an le
commencement- du regné
de Neron annus no- vus initium UcuhfeliciCl3
fimi. Le pronostic n'estoit
pas juste , mais les
flatteurs prédisent tousjours
merveille. On donnoit
chez les Romains au
premier jour de l'an des
figues, du miel & des I
dattes, fruits doux, fiin- 1
boles de la douce paix,
1¡
& de l'agreable union
qu'onsouhaitoit entre
parents & amis. N'eftce
point aussi comme fîtnbole
de pureté., de franchife
& de sincerité
) que
les Gaulois faisoient des
presentsdeguy de chesne
coupé avec une ferpe
d'or; l'or est le fimbole
de la pureté, il ne reste
plus qu'à prouver que le
guï de chesne est le fimbole
de la sincerité; un
autheur la dit, mais ces
fortes d'éruditions ne se
démonstrent pas comme
un probleme de Geome..,
trie, quoyqu'il en [oit,
on dit que les Etrennes
Gauloisesestoient plus;
sinceres que les nostres.
Je connois pourtant un
Amant qui a donné celle
cy : elle est de Mon- *
sieur leB. Comme franc f5 Gaulois
amant,
Je vous donne en étrenne, I
Iris, un coeursincere ; i
Pour voustvous m'aimez,
cejî un riche
present,
C'en est un fort petit si
vous ne rrîaimcZi
guere.
La response de la Gauloise
me paroist plus leurement
sincere.
Quejevousaime ou non,
vojlre coeur vautson
prixy
j'aimeroismieux celuy
d'un autre,
J'auray peu de plaisir k
recevoir le vostre ;
Mais c'est tousjours autantdepris.
Le Roy Tatius Sabinus
receut le premier la
Verveine du bois sacré
de la Déesse Strinia
, ou
Strenia, pour bon augure
de la nouvelle année,
c'estoit l'équivalent du
gui de etejne des Gaulois.
Etrennes vient, diton,
de ce mot Strenia,
ccluy de ftrenuw
,
qui
signifie genereux ) peut:
aussi avoir part à cette
étimologie, parce qu'on
donnoit les étrennes à
ceux quise distinguoient
par leur valeur. On donnoit
dans les premiers
temps des fruits en étrennes
,
mais on donna ensuite
des medailles d'argent.
A ce sujetOvidefait
dire à Janus, que les Anciens
estoient bien simples
de croire,que le miel
fust plus doux que l' argent.
La feste des étrennes
estoit dediée au Dieu j
Janus qu'on representoit 4
à deux virages; quelque
mauvaisplaisant de ce
temps-là, a peut-estre dit
que l'un des visages dejanus
estoit triste, & que
l'autre estoit gay, pour
marquer la tristesse de celuy
qui estobligé de donnerdesétrennes,&
lagaïe*
té de celuy qui les reçoit.
S'il est glorieux de
donner, il cft quelquefois
glorieux aussi de re-
- cevoir 3.
cevoir
,
& les étrennes
qu'on portoit aux Empereurs
Romains, étoient
des marques d'honneur.
Auguste en recevoit une
si grande quantité, que
pour n'en pas profiter, il
en achetoit des Idoles.
Tibere ne voulut point
recevoir d'étrennes; Caligula
les restablit, Claude
les deffendit ensuite,
mais elles resterent tousjours
en usage parmy le
peuple.
Qui croiroit quon pust
trouver une raison physique
des étrennes,je ne
sçay quel Ancien a dit,
que touteschoses estant
contenuës dans leurs commencements,
on doit tirer
des augures bonsou mauvais
de toute l'année par
le premier jour.
L'avis estbonprofitez-en
Sivous voulez, Iris,faire
unamantfidelle,
Deconstance rare modelle:
Faites-vous-en aimerau
premierjour de l'an,
A coup seur il sera constant
toute l'année,
Abien moins à present la
constance est bornée.
Les Gaulois croyoient
que le gui estoit un present
considerable duCiel,
qu'il preservoit du poison,
& que celuy qu'on
cuëilloit le jour de l'an
portoit bonheur toute
l'année à ceux qui en gardoient
sur eux.
-
Il nous est resté de cette
superstition payenne le
mot de la guy l'an neuf.
on appelloit encore ainsi
dans les derniers temps
les presents des étrennes.
le trouverais encore
beaucoup d'érudition sur
les étrennes, mais pour
entrer dans l'espritdela
superstitionancienne, je
veux éviter d'ennuyer au
premier jour de l'an, de
peur d'estre ennuyeux
tout le reste de l'année.
Fermer
Résumé : Erudition sur le mot Etrennes, [titre d'après la table]
Le texte explore les traditions liées au Nouvel An et aux étrennes, une coutume d'offrir des présents. Chez les Romains, le Nouvel An était associé à des symboles de paix et d'union, avec des offrandes de figues, de miel et de dattes. Les Gaulois, de leur côté, offraient du gui de chêne coupé avec une fêpe d'or, symbolisant la pureté et la sincérité. Le roi Tatius Sabinus recevait de la verveine du bois sacré de la déesse Strinia comme augure pour la nouvelle année. Le terme 'étrennes' provient de 'Strenia' ou 'strenuus', signifiant généreux. Initialement, des fruits étaient offerts, mais ils furent remplacés par des médailles d'argent. La fête des étrennes était dédiée à Janus, représenté avec deux visages. Les étrennes aux empereurs romains étaient des marques d'honneur, bien que certains empereurs comme Tibère les aient refusées. Une superstition ancienne voulait que le premier jour de l'année déterminât le reste de l'année. Les Gaulois croyaient que le gui, cueilli le jour de l'an, portait bonheur toute l'année. Le texte se conclut par une réflexion sur l'érudition des traditions anciennes, tout en évitant de lasser le lecteur dès le premier jour de l'année.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 22-23
Autre Etrenne par Mr de L. T. Sur l'Air de la Baguette.
Début :
De l'An passé la course terminée [...]
Mots clefs :
Année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Etrenne par Mr de L. T. Sur l'Air de la Baguette.
Autre Etrenne par Mr
de L. T.
Sur l'Air de la Baguette.
Del'Anpassé la coutft
terminée
Devroit Iris finir vostre
rigueur ;
Heureux, heureux ,Ji la
nouvelle Annee
Pouvoit aussi commencer
mon bonheur.
de L. T.
Sur l'Air de la Baguette.
Del'Anpassé la coutft
terminée
Devroit Iris finir vostre
rigueur ;
Heureux, heureux ,Ji la
nouvelle Annee
Pouvoit aussi commencer
mon bonheur.
Fermer
7
p. 248-250
ERUDITIONS sur le second mois de l'année.
Début :
Fevrier est le second mois de l'année que Numa [...]
Mots clefs :
Mois, Février, Numa, Année, Fête, Éruditions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERUDITIONS sur le second mois de l'année.
ERVDITIONS
sur le fécond mois de
1'année.
FEvrier
est le second
mois de l'année que Numa
ajoustaau Calendrier
de Romulus
,
dont l'annéenestoit
que de dix
mois. On l'appella ainll
du nom de Februus
Dieu des Purifications,J
parce que le peuple se
~puriioit en ce mois; ou
du nom de Junon, Februata,
dont on faisoit
la - Feste en ce mois appellée
la Feste des Lupercales
, dans laquelle les
femmesestoientpurifiées
par les Prestres d_Pall'
de Lycie, appellez Luperques..
C'estoit dans le
,
commencement le dernier
moischez les Romains.
LeVs DC ecemvirs
en firent le second Numa
,
dédia ce second
mois de l'année au Dieu
fcornus,qu'oncroit le
Dieu des Denombremens.
Il falloit dans ce
mois fairele denombrement
de la Republique,
& fairedes sacrifices aux
Dieux des Enfers.
sur le fécond mois de
1'année.
FEvrier
est le second
mois de l'année que Numa
ajoustaau Calendrier
de Romulus
,
dont l'annéenestoit
que de dix
mois. On l'appella ainll
du nom de Februus
Dieu des Purifications,J
parce que le peuple se
~puriioit en ce mois; ou
du nom de Junon, Februata,
dont on faisoit
la - Feste en ce mois appellée
la Feste des Lupercales
, dans laquelle les
femmesestoientpurifiées
par les Prestres d_Pall'
de Lycie, appellez Luperques..
C'estoit dans le
,
commencement le dernier
moischez les Romains.
LeVs DC ecemvirs
en firent le second Numa
,
dédia ce second
mois de l'année au Dieu
fcornus,qu'oncroit le
Dieu des Denombremens.
Il falloit dans ce
mois fairele denombrement
de la Republique,
& fairedes sacrifices aux
Dieux des Enfers.
Fermer
Résumé : ERUDITIONS sur le second mois de l'année.
Février, second mois du calendrier romain, fut ajouté par Numa au calendrier de Romulus. Il tire son nom de Februus, dieu des purifications, ou de Junon, dont la fête des Lupercales était célébrée en février. À l'origine, février était le dernier mois de l'année. Les décemvirs le dédièrent à Féronie, dieu des dénombrements, et y procédaient au dénombrement de la République et à des sacrifices aux dieux des Enfers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 50-54
Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Début :
L'opinion la plus commune est que Numa Pompilius ajoûta [...]
Mots clefs :
Mois de janvier, Année, Janvier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
L'opinion la plus commune
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
est que Numa Pompilius
ajouta à l'année les
mois de Janvier & de Février)
&qu'il voulut qu'elle
commenât par celui d)
Janvier:mais Ovide, dans
le second Livre des Fastes,
semble nous affurer que
l'année a toûjours commencé
par le mois de Janvier,
& fini quelquefois par Février
, comme on peut le
voir dansces vers.
Sed tamen (antiqui ne nescius
ordinis erres )
Primus ut estJanimensis C?
Antefuit.
Qui sequitur Fanum, veteris
fuit ultimus anni.
Tu quoquesacrorum.Termine
ìfin.i)Te1iU ;1:': ..:" '} *'fininerzsq:i:: :•;
Primus eratJani menfis4 quid
januaprimaest.
§hufixer est imis ,..;vlanju;t
irnus erat.
Postmodo credunturfipatio dif
I tantia longo
Tempora bis quini continuasse *njiri.
Les années eurent ensuite
de differenschangemens,
jusquà ce que, sélon la supputation
donc on e ferc en
Occident, le Roy Charles
IX. ordonna par un Edit de
l'année1564. qu'on cora^j
menceroit à compter l'année
par le premier de Janvier.
Auparavant on la
commençoir à Pâques ouà
Noël, comme letémoigne
le Pere Peteau en (on Rationarium.
LesRomains lui
ont donné ce nomàcause
de Janus, Divinité à qui ils
attribuoient deux têtes,parce
que d'un côté le premier
jour de Janvierregarda
l'année precedente, 3c de
l'autre cellequi vient. Ce
mot péuraufïi venirduLa:
tilljanuarius, dejanua,pDY.
tdee. Ce mois étant le premier
tous, est comme la porte
des années.
On dit proverbialement
que Janvier a trois bonnets
, pour dire qu'il saic
fort froid en ce temps-là,
& qu'il faut bien se couvrir
la tête. On dit aussi
: C'est
un Soleil de Janvier, qui
n'a ni force.ni vertu.
Passonsmaintenant,
Fermer
Résumé : Discours sur l'origine du Mois. [titre d'après la table]
Le texte traite de l'origine et des variations du début de l'année dans le calendrier romain. Traditionnellement, Numa Pompilius est crédité d'avoir ajouté les mois de janvier et février et d'avoir fixé le début de l'année en janvier. Cependant, Ovide soutient que l'année a toujours commencé en janvier et parfois se terminait en février. Le mois de janvier tire son nom de Janus, une divinité à deux visages représentant le passé et l'avenir. Le terme 'janvier' provient du latin 'januarius', lié à 'janua' signifiant 'porte', car janvier est le premier mois de l'année. Ce mois est également connu pour son froid intense, illustré par l'expression 'Janvier a trois bonnets'. En Occident, avant 1564, l'année débutait soit à Pâques, soit à Noël. En 1564, le roi Charles IX a décrété par édit que l'année commencerait le 1er janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 122-123
Nouveau Calendrier, [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un nouveau Calendrier perpetuel qui ne déplaira peut-être pas aux connoisseurs, [...]
Mots clefs :
Calendrier perpétuel, Jours, Année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Calendrier, [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un nouveau Calendrier
perpetuel qui ne déplaira peut- être pas aux con
noisseurs, et dont on espere que le Public retirera
des grands avantages , il n'est point d'années
passées ou à venir ,qa'on ne place tout d'un coup
sur ce Calendrier et de la façon la moins composée.
Tout son artifice ne consiste qu'à raporter
les jours et les Fêtes mobiles , aux jours et Fêtes
fixes de l'année , ce qu'on fait en plaçant la Pâque
vis- à- vis le jour du mois qui lui convient
et par cette simple opération on trouve facilement
pour tous les jours , celui du mois , de la
semaine , la Fête du même jour avec les Vigiles ,
les Quatre-Tems, de même que l'beure du lever
et du coucher du Soleil , calculée pour la latitu
de des 43 dégrez 31 minutes .
Ce Calendrier est disposé en rond et composé
de plusieurs circonférences concentriques , done
les extérieures présentent l'année commune ; les
intérieures sont chargées des Lettres Dominicales
, des Epactes , du Nombre d'or , servans
connoître la Pâque pour quelque année que ce
soit avant comme après la réformation.
* Il renferme encore l'Indiction Romaine , et n'a
qu'un pied de hauteur. On le place fort commodément
sur un Bureau , et il ne peut manquer
d'être d'un grand secours, tant dans la Chronologie
que dans les affaires Civiles ; les Gens de
Palais et autres qui seront bien - aises de vérifier
dans certains cas , les titres anciens et les dates
les
JANVIER. 1734 123
les plus reculées , le pourront faire par le secours
de ce Calendrier avec une facilité surprenante.
On a eu soin d'en donner une explication fort
étendue , qui contient la description de toutes
les circonférences qui le composent , avec leur
usage ; et pour une plus grande intelligence on
à raporté plusieurs exemples qui conduiront
comme par la main ceux qui à la premiere lecture
n'entendront point cette explication qui est
jointe au Calendrier même.
On le trouve à Aix , chez Antoine Choquel ,
Libraire, à la place des Precheurs.
perpetuel qui ne déplaira peut- être pas aux con
noisseurs, et dont on espere que le Public retirera
des grands avantages , il n'est point d'années
passées ou à venir ,qa'on ne place tout d'un coup
sur ce Calendrier et de la façon la moins composée.
Tout son artifice ne consiste qu'à raporter
les jours et les Fêtes mobiles , aux jours et Fêtes
fixes de l'année , ce qu'on fait en plaçant la Pâque
vis- à- vis le jour du mois qui lui convient
et par cette simple opération on trouve facilement
pour tous les jours , celui du mois , de la
semaine , la Fête du même jour avec les Vigiles ,
les Quatre-Tems, de même que l'beure du lever
et du coucher du Soleil , calculée pour la latitu
de des 43 dégrez 31 minutes .
Ce Calendrier est disposé en rond et composé
de plusieurs circonférences concentriques , done
les extérieures présentent l'année commune ; les
intérieures sont chargées des Lettres Dominicales
, des Epactes , du Nombre d'or , servans
connoître la Pâque pour quelque année que ce
soit avant comme après la réformation.
* Il renferme encore l'Indiction Romaine , et n'a
qu'un pied de hauteur. On le place fort commodément
sur un Bureau , et il ne peut manquer
d'être d'un grand secours, tant dans la Chronologie
que dans les affaires Civiles ; les Gens de
Palais et autres qui seront bien - aises de vérifier
dans certains cas , les titres anciens et les dates
les
JANVIER. 1734 123
les plus reculées , le pourront faire par le secours
de ce Calendrier avec une facilité surprenante.
On a eu soin d'en donner une explication fort
étendue , qui contient la description de toutes
les circonférences qui le composent , avec leur
usage ; et pour une plus grande intelligence on
à raporté plusieurs exemples qui conduiront
comme par la main ceux qui à la premiere lecture
n'entendront point cette explication qui est
jointe au Calendrier même.
On le trouve à Aix , chez Antoine Choquel ,
Libraire, à la place des Precheurs.
Fermer
Résumé : Nouveau Calendrier, [titre d'après la table]
Un nouveau calendrier perpétuel a été publié pour les connaisseurs et le grand public. Il permet de situer rapidement les années passées ou futures en rapportant les jours et fêtes mobiles aux jours et fêtes fixes de l'année. En plaçant la Pâque face au jour approprié, on peut déterminer le jour du mois, de la semaine, les fêtes correspondantes, les vigiles, les Quatre-Temps, ainsi que l'heure du lever et du coucher du soleil pour une latitude spécifique (43 degrés 31 minutes). Le calendrier est circulaire et composé de plusieurs circonférences concentriques. Les circonférences extérieures indiquent l'année commune, tandis que les intérieures contiennent les lettres dominicales, les épactes, le nombre d'or, et l'indiction romaine, permettant de connaître la Pâque pour n'importe quelle année avant ou après la réforme. Haut d'un pied, il peut être placé sur un bureau et est utile en chronologie et dans les affaires civiles. Les personnes travaillant dans les palais ou ayant besoin de vérifier des titres anciens et des dates reculées peuvent le faire facilement grâce à ce calendrier. Une explication détaillée accompagne le calendrier, décrivant chaque circonférence et son usage, avec des exemples pour faciliter la compréhension. Il est disponible à Aix, chez Antoine Choquel, libraire, à la place des Prêcheurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 1053-1065
SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Début :
Je dis donc d'abord que l'autorité de Caton, en cette matiere de Chronologie [...]
Mots clefs :
Système chronologique, Dissertation, Année, Rome, Varron, Caton, Années, Nombre, Raison, Fastes, Romulus, Erreur, Fondation, Polybe, Denys d'Halicarnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
SUITE de la Dissersation sur les trois
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
Systêmes Chronologiques &c.
SECONDE PARTIE.
Preuves de la verité du Systême de Caton :
E dis donc d'abord que l'autorité de
Caton , en cette matiere de Chronologie
Romaine , me paroît de beaucoup
préferable à celle de Varron , soit parce
que Caton est de plus de cent ans plus
ancien que Varron , soit parce qu'au raport
de Cornelius - Nepos , il avoit composé
des Livres d'Histoires , où il recherchoit
soigneusement et en détail l'Antiquité
et les origines de chaque Républi-
J en catre
: Varron au contraire étoit plus moderne
, et par conséquent plus éloigné
des sources , où l'on peut puiser ces sortes
de connoissances ; et s'il étoit le plus
Sçavant desRomains,c'étoit dans un autre
genre, comme dans la Grammaire et dans
IVol A v la
1054 MERCURE DE FRANCE
la Philosophie , plutôt que dans l'Histoire;
et les 50 volumes qu'on dit avoir été
composez par lui sur ces Sciences , ne forment
pas un trop heureux préjugé en faveur
de son exactitude.
Ajoutez pour seconde raison que l'au
torité de Caton est suivie , appuyée et
extrémement fortifiée par celle de Tite-
Live , de Polybe qui étoit à peu près du
même tems que Caton et de celle de Denis
d'Halicarnasse , qui passe avec raison pour
le plus judicieux , le plus exact Ecrivain ,
et pour le plus curieux , le plus fidele et
le plus détailléChronologiste de l'Histoire
Romaine.
Une troisiéme raison , c'est que les Auteurs
qui ont suivi Varron , l'ont fait par
la bonne opinion et la grande idée qu'ils
s'étoient formée de lui et de sa science ,
plutôt que par aucune raison solide. Le
P. Petau , qu'on regarde comme le Prince
des Chronologistes modernes , ne dir- il
pas , ( Rat. part. 3. 3. 2. ) qu'il est difficile
de décider laquelle des deux opinions
deVarron ou de Vesrius est la plus véritable
? et néanmoins sans séulement mettre
celle deCaton en parallele avec elles , etsans
apporter la moindre raison , ne se déclaret-
il
pas ouvertement pour Varronensuite
par une manifeste petition de prin-
I Vol.
cipe ,
JUIN. 1734. - 1055
pe , et en supposant par tout que cet
Auteur qu'il lui a plu d'adopter , est infaillible
, ne fait- il pas le procès aux plus
grands Historiens de l'Antiquité , aux
Polybes et aux Denis d'Halicarnasse , et
ne les condamne- t- il pas , comme on dit,
sur l'étiquette du sac , et se contentant de
mettre à la marge ( part. 3.11 . 3. ) erreur
de Polybe et de Denis d'Halicarnasse ,
sans se soucier de le prouver dans le texte?
Une quatrième preuve de la verité du
calcul de Caton , et par conséquent de la
fausseté de celui de Varron , preuve qui
ne me paroît pas à rejetter , c'est que
Caton ne suppose que des faits certains
et attestez par tous les Auteurs , quand
il marque les années de Rome par les
Consuls , les Tribuns consulaires & c :
Varron au contraire est le premier des
Anciens qui ait ainsi compté des Dictatures
pour desannées séparées : il en est le seul
créateur , elles sont de sa pure invention,
et il les a controuvées au besoin pour appuyer
le sentiment de son bon ami , le
faiseur d'Horoscopes, TarritiusFitmianus,
qu'il avoit chargé et prié de rechercher
exactement le jour précis où Rome fut
fondée . Celui - ci , plutôt que de demeurer
court en si beau chemin , d'avouer
l'insuffisance et la vanité de son Art , sur
1. Vol. A vj tout
1056 MERCURE DE FRANCE
tout pour une pareille recherche, crut au
contraire devoir saisir l'occasion de se distinguer
et de se faire valoir en s'élevant
au- dessus de tous les autres Sçavans qui
l'avoient precedé.
Il tira donc l'horoscope de Rome , et
assura que l'année de sa fondation répondoit
à la troisième année de la sixième
Olympiade ; et pour jetter du merveilleux
dans cette époque , non content de l'éclipse
de Soleil , que plusieurs Auteurs
très dignes de foi rapportent être arrivée
vers le temps de la mort de Romulus
et qu'on trouve dans les Tables Astronomiques
, il en marque encore deux autres
de son autorité privée , l'une au moment
de la naissance de Romulus , l'autre à
celui de la fondation de Rome et apparemment
lorsqu'on mettoit la premiere
pierre. Mais comme il étoit plus Astrologue
qu'Astronome il n'a pas eu le
bonheur de rencontrer juste ; et le calcul
Astronomique n'a point encore fait découvrir
ces deux éclipses de la création
de Tarrutius.
"
C'est pourtant pour donner la vogue
à cette opinion , que Varron s'est vû oblid'ajoûter
deux années au nombre de
celles que comptoit Caton. Mais Varron
voyant qu'il étoit regardé comme un Sça-
I. Vol. vant
JUIN. 1734.
1057
vant du premier ordre,n'a pas voulu faire
regner Romulus ou quelqu'un des autres
Rois deux ans de plus qu'ils n'ont regné :
il auroit été refuté trop facilement par le
témoignage constant et unanime des Historiens.
Il s'est aussi bien donné de garde
d'augmenter de deux Consulats la liste des
Consuls : cette supercherie eut été grossiere
et n'auroit induit personne en erreur .
Taillant donc en pleine étoffe , pour ainsi
parler , et espérant se cacher dans l'obscurité
des années chargées d'évenemens
il a choisi la 305º de Rome , la 3 * du Décemvirat
et les 430 , 444 et 451 : et comme
il ne lui falloit que deux ans pour remplir
son systême , chose assez singuliere ,
et qui fait peu d'honneur à son jugement!
dans la même année 305 la plus remplie
de faits , il a confondu le Consulat d'Horatius
et de Valerius avec le Décemvirat
d'Appius et des neuf autres Décemvirs
et n'a ainsi donné à ces deux illustres
Protecteurs du peuple opprimé qu'un petit
reste d'année contre toute verité et
toute vraisemblance , tandis qu'il a libéralement
accordé des années entieres à des
Dictateurs qu'on ne créoit souvent que
pour un tems très- court et jamais pour
plus de six mois.
La Dictature même étoit une Magistra-
1. Vol. ture
1058 MERCURE DE FRANCE
ture extraordinaire , qui bien que supérieure
aux autres ne les anéantissoit pas,
et n'empêchoit pas la création des autres
Magistratures annuelles et ordinaires
comme il paroît évidemment par lesDictatures
de Sylla et de César , pendant la
durée desquelles il y eut toujours à Rome
des Consuls nommés même dans lesFastes
Capitolins.
Je conclus donc cette preuve , sur laquelle
j'ai cru devoir m'étendre un peu
plus que sur les autres , et je dis que Varron
,sans exemple , et contre toutes les coutumes
des Romains et le témoignage de
tous les Historiens qui assurent le con-
,traire , a placé de son chef trois Dictatures
entre des Consulats , dont il les a séparées
sans aucune raison .
Voilà assez de preuves tirées de l'autorité
et du témoignage des Auteurs dignes
de toute créance : il est temps présente
ment de passer aux démonstrations puisées
dans les principes de l'Astronomie . Elles
prouvent avec encore plus d'évidence et
de certitude , que Caton et ceux qui le
suivent ont raison et qu'au contraire
Varron et ses Sectateurs ont tort. Pour
ne pas ennuyer et accabler mes Lecteurs,
je réduirai à un petit nombre ces sortes
de démonstrations.
و
1. Vol.
La
14. 1754° 1039
"
La premiete qui se présente et qui est
des plus simples et des plus claires , se prend
de l'année de la mort de Romulus marquée
par une éclipse de Soleil ,que le Pere
Petau ( 3. 3. 186. ) rapporte au 26 May
715. avant J. C. or selon tous les Historiens
et selon Varon même et les Fastes
ainsi que nous l'avons démontré dans la
premiere partie de cette Dissertation , l'année
de cette mort de Romulus est la 37
de la fondation de Rome : car il n'y a
personne qui ne fasse commencer le regne
de Romulus au moment de cette fonda-
-
tion , et qui le prolonge au delà de 37
ans. Tout le monde convient donc que
l'année 37. de Rome est la derniere de
Romulus on dispute seulement si la
premiere année de cette fondation est la
3 de la 6 Olympiade , 753 avant . J. C.
comme le veut Varron , ou la 4 de cette
6 Olympiade , 752 avant J. C. comme
le marquent les Fastes ou les Marbres
Capitolins et Verrius Flaccus ; ou enfin
si elle est la premiere année de la 7Olympiade
, 751 avant J. C. comme le soutiennent
Caton , Polybe , Titc- Live Tite- Live ,
Denis d'Halicarnasse et nous aussi avec
ces illustres Auteurs. Une petite addition
qui est de toutes les opérations d'Arithmétique
la plus facile et la moins composée ,
I. Vol.
va
1060 MERCURE DE FRANCE
va vuider la question et terminer cette
importante dispute. Ajoûtez 36 à l'an
715 avant J. C. qui correspond à la 37.
de la fondation de Rome , et vous aurez
pour la premiere année de Rome non pas
753 avant J. C. comme Varron , ni 752
comme les Fastes , mais 751 comme Caton.
Une seconde preuve de même genre
que celle-ci , se tire de la comparaison de
deux éclipses , l'une de Soleil dont on
vient de parler , arrivée le 26 May 715.
avant J. C. l'autre de Lune marquée aussi
par le même Pere Petau , ( 3. 2. 175. ) et
arrivée le 22 Juin 168. la veille du jour
de la Bataille , où le Consul Paul Emile
défit Persée dernier Roy de Macédoine.
Cette année 168. avant J. C. est selon
Caton 84 de Rome , selon les Fastes
585 et selon Varron 586 : de sorte que
de l'une à l'autre éclipse , c'est-à- dire depuis
168. jusqu'à 715. avant J. C. il y a
547 ans. Mais selon Varron depuis l'année
37 de Rome jusqu'à la 586. il y a 549
ans , deux de trop selon les Fastes , jusqu'à
l'an 585. il y en a 548. un plus qu'il
ne faut ; selon Caton jusqu'à la 584. il y
en a 547 tout juste. C'est donc le systême
de Caton qui est le seul véritable , puisqu'il
s'accorde parfaitement avec le cal-
I. Vol. cul
JUIN. 1734 1061
cul Astronomique qui est sûr et invariable
3 et tous les autres systêmes sont faux
puisqu'ils sont contraires au mouvement
des Astres si certain , si reglé et si familier
à nos Astronomes , qu'à une minute
près ils nous prédisent d'avance les éclipses
de Soleil et de Lune pour tous les siecles
suivans , et que pour tous les précédens
ils nous les calculent avec une entiere
exactitude en rétrogradant.
:
Je pourrois,si je n'appréhendois d'être
trop long , me servir encore des éclipses
tant de Soleil que de Lune des années 217.
190. 104. 63. 51. 5o . et autres années
avant J. C. et en former des démonstrations
pareilles à celles que je viens d'apporter
mais je finis et je me contente de
tirer de tous les principes que j'ai établis
quelques conséquences de pratique , qui
serviront à ne se point tromper en lisant
les Auteurs qui ont suivi les faux systêmes
de Varron et des Fastes ou d'autres encore
plus mauvais , et à trouver sans peine
f'année véritable avant J. C. à laquelle
répondent les différentes supputations des
années de Rome.
,
Premiere conséquence ' ; le systême de
Caton étant le seul vrai ainsi que nous
l'avons démontré , il est clair que pour
avoir l'année véritable avant J. C. qui
I. Vol. ré1062.
MERCURE DE FRANCE
répond à la Catonienne , il ne faut que
prendre le nombre , qui ajouté à celui de
Caton fasse la somme de 752. Je veux
sçavoir, par exemple , combien d'années
avant J. C. est la 245. de Rome , pre-
- miere année du Consulat, je prends 507.
qui ajouté à 245. fait 752. ainsi ce nombre
507. marque l'année d'avant J. C.
qui répond à la 245 de Rome.
La deuxième conséquence qui est encore
plus importante que la premiere
c'est que pour rectifier les années Varroniennes
et avoir l'année d'avant J. C.
qui leur réponde dans la verité , on doit
leur ajouter un nombre , qui depuis la
premiere jusqu'à la 305. fasse 752. depuis
la même année 305. jusqu'à la 429. fasse
751. depuis la 430. jusqu'à la 444. fasse
752. depuis la 445 jusqu'à la 452. fasse
753. enfin depuis la 453. jusqu'à la fin
fasse 754. Voilà pour les années de Varron
. Quant à celles des Fastes , ajoutez un
nombre , qui jusqu'à 243. donne 752.
depuis 243. donne 751. depuis 304 donne
750. depuis 429. donne 751. depuis 444 .
donne 752. enfin depuis 452. donne 753 .
Je rends ceci sensible et palpable par
quelques exemples.
On demande la véritable année d'avant
J. C. qui réponde à la 364. de Rome
I Vol. qui
JUIN. 1734.
1063
qui est celle de la prise de Rome selon
Varron . Comme cette année 364. est entre
305. et 429. je n'ajoute que 387. qui
avec 364. fait 751. et ce nombre 387.
marque l'année juste et précise avant J.
C. où Rome a été prise . La raison de ceci
est évidente , puisque Varron ayant manqué
mal - à-propos de compter l'année
306. qui est celle du Consulat d'Horace
et Valere , et n'en ayant fait qu'une même
année avec la 3. du Décemvirat , il doit
avoir dans la suite sur les années de la
fondation de Rome une unité de moins
que Caton , jusqu'à ce qu'en 430. en insérant
la Dictature de Papirius , et corrigeant
cette erreur par une autre erreur
contraire , il revienne à l'égalité du nombre
des années de Rome avec Caton . Dans
cc: entre-deux il faut donc , pour corriger
l'expression des années Varroniennes ,
leur ajouter , 1 ° . Cette unité qu'elles ont
de moins que les Catoniennes, afin de les
leur égaler ; 2 ° .. Un nombre qui avec
elles augmentées ainsi de l'unité , fasse
752. ou , ce qui revient au même , ajouter
seulement un nombre , qui joint à
elles ne donne que 751.
·
Par cette regle on trouve que Varron
met la prise de Rome par les Gaulois trois
ans plûtôt qu'il ne faut, en la plaçant l'an
I Vol. 364.
1664 MERCURE DE FRANCE
>
364. de Rome , qui selon lui est la 390
avant J. C. Polybe au contraire qui
étoit cent ans environ plus proche de ce
temps- là que Varron , qui d'ailleurs est
un Ecrivain tout autrement exact et bien
plus croyable que lui en matiere d'Histoire
, et dont enfin le poids et le témoignage
mis dans une juste balance , l'em-,
porte de beaucoup sur celui de Varron ;
Polybe , dis-je , marque cette année de la
prise de Rome par des caractéres si précis
et si distinctifs , ( la 22. année de la
98. Olympiade ; la 19. après la défaite des
Athéniens par Lysandre , 405. avant J.
C. la 16 avant la Bataille de Leuctres
371. avant J. C. ) qu'il faut absolument
vouloir se tromper et ne voir goute en
plein midi , pour ne pas reconnoître ici
l'an 387. avant J. C. A la marge donc de
l'endroit du Rationarium, cité plus haut à
la fin de la troisiéme preuve , mettez en
lettres italiques ce titre- ci : Erreur de Varron
et du Pere Petau , au lieu de celui - ci
qu'on y trouve ; Erreur de Polybe et de
Denis d'Halicarnasse. Cette remarque peut
très - bien être placée au nombre des preuves
du premier ou du second genre que
nous avons alleguées plus haut.
Encore un exemple et je finis . A quelle
année avant J.C. doit-on rapporter la 243
1Vol. de
JUIN. 1734 1965
de Rome selon les Fastes ? il faut distinguer
si c'est la 143 et derniere des Rois ,
elle a rapport à la 509. avant J. C. qui
avec elle fait 752. mais si c'est la 243 et
premiere du Consulat , elle ne se rapporte
qu'à la 508.qui jointe à 243. ne donne
751.Voïez.en la régle et la raison plushaut.
Fermer
Résumé : SUITE de la Disser[t]ation sur les trois Systêmes Chronologiques &c. SECONDE PARTIE. Preuves de la verité du Systême de Caton.
Le texte compare les systèmes chronologiques romains de Caton et de Varron. L'auteur privilégie le système de Caton pour plusieurs raisons. Tout d'abord, Caton est antérieur à Varron et a rédigé des ouvrages historiques en recherchant minutieusement l'antiquité et les origines de la République romaine. Varron, bien que savant en grammaire et philosophie, est jugé moins fiable en matière d'histoire. Ensuite, l'autorité de Caton est soutenue par des historiens tels que Tite-Live, Polybe et Denis d'Halicarnasse. De plus, les auteurs qui suivent Varron le font par admiration plutôt que par des raisons solides. Enfin, Caton se base uniquement sur des faits certains, tandis que Varron a inventé des dictatures pour appuyer l'horoscope d'un ami astrologue. L'auteur critique Varron pour avoir ajouté deux années au calcul de Caton afin de correspondre à cet horoscope. Varron a placé des dictatures entre des consulats sans raison valable, ce qui contredit les coutumes romaines et les témoignages historiques. L'auteur conclut que le système de Caton est plus fiable, appuyé par des preuves astronomiques et des éclipses historiques. Il fournit des méthodes pour convertir les années de Rome selon les systèmes de Caton et de Varron en années avant J.-C. Le texte aborde également la datation de la prise de Rome par les Gaulois, en comparant les opinions de Varron et de Polybe. Varron situe cet événement trois ans trop tôt, en 364 avant J.-C. Polybe, considéré comme plus fiable, place la prise de Rome en 387 avant J.-C., en se basant sur des références précises telles que la 22e année de la 98e Olympiade et la 19e année après la défaite des Athéniens par Lysandre. Le texte recommande de corriger une note marginale pour indiquer l'erreur de Varron et du Père Petau, plutôt que celle de Polybe et de Denis d'Halicarnasse. De plus, il distingue entre la 143e et dernière année des rois, correspondant à 509 avant J.-C., et la 243e et première année du consulat, correspondant à 508 avant J.-C.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 95-116
Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Début :
M. Fréret parcourt un champ d'une plus vaste étendue dans la seconde partie de cet [...]
Mots clefs :
Année, Isaac Newton, Temps, Jours, Égypte, Cycle, Système, Nicolas Fréret, Dieux, Culte, Égyptiens, Époque, Sphère, Argonautes, Chronologie, Pasteurs, Chiron, Peuples, Religion, Hypothèse, Astronomie, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Extrait de la Défense de la Chronologie fondée sur les monumens de l'histoire ancienne contre le systême chronologique de M. Newton ; par M. Fréret, & c.
Suite de l'Extrait de la Défenfe de la Chro
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
nologiefondéefurles monumens de l'histoire.
ancienne contre le fyftême chronologiquede
M.Newton; parM. Fréret,&c.
M.Fréretparcourt unchampd'uneplus
vafte étendue dans la feconde partie de cet
Ouvrage. Elle ne renferme que trois fec
tions , dont les deux premieres traitent de
la chronologie de l'hiftoire Orientale. Il
prélude par des obfervations générales fur
les antiquités Egyptiennes & fur celles des
Chaldéens. Il expofe la méthode qu'il faut
fuivre pour parvenir à diftinguer les tra
ditions fabuleufes de ces peuples , des tra
ditions véritables ; enfuite il propoſe les
moyens de les concilier, & de réduire à
leur valeur hiſtorique ces efpaces immen
fes d'années que le préjugé national affi
gnoit parmi eux à la durée de leur Monar
chie.
Ces remarques le.conduifent par degrés
à une difcuffion approfondie de l'époque
96 MERCURE DE FRANCE.
toire de ce temps-là défigne fous le nom
de Pafteurs. Ils en étoient les maîtres ab
folus , lorfque Jacob vint y chercher un
afyle. Le Prince qui revêtit Jofeph dela
dignité de Miniftre de fes Etats , étoit un
deces Rois Pafteurs, qui ne furent entiére
ment expulfés qu'au bout de 511 ans. Le
temps de leur domination fut marqué par
toutes les viciffitudes de la fortune. Après
avoir donné la loi pendant plufieurs fie
cles , ils fe virent réduits à la recevoir. Un
premier échec les dépofféda du trône de
Memphis, fous le regne d'Aliphragmu
thofis vers l'an 1878 avant l'Ere Chrétien
ne. Ce Monarque leur enleva cette Capi
tale, les chaffa de l'Egypte , & les contrai
gnit de fe renfermer dans des marais du
Delta. C'eft à cet événement que fe rap
porte l'époque du paffage d'Inachus dans
la Grece.
Quarante-huit ans après , de nouvelles
révolutions affoiblirent encore ce peuple
d'étrangers. Les Egyptiens , fous la con
duire de Thethmofis leur Roi , les force
rent dans les lieux qui leur fervoient de
retraite , & où ils s'étoient retranchés. Ils
les obligerent pour la plupart de fe retirer
dans la Paleſtine & dans la Phénicie , au
nombre de 240000, d'où ils fe répandirent
dans la partiemontagneufe de la terre de
Chanaan.
Après
JUIN. 1758.
97
Après la défaite des Pafteurs par Theth
mofis en 1830 , ceux d'entr'eux qui ſe
fentirent affez forts pour réfifter aux atta
ques des naturels du pays, demeurerent
en Egypte. Ils fe cantonnerent dans les
environs de Pélufe , où ils conferverent
leur indépendance jufqu'au regne d'Amé.
nophis. Ce Prince fuperftitieux fe faiſant,
pour ainfi dire , un devoir d'extirper une
race profcrite comme impure par les Mi
niftres de fa Religion , leur déclara ouver
tement la guerre , & marcha contr'eux.
Cela les mit dans la néceffité de pourvoir
à leur défenſe. Ils fignalerent leur liberté
expirante par une dévaftation entiere de
l'Egypte. Ils remporterent de grands avan
tages fur Aménophis, qui n'échappa à leur
pourfuite , qu'en fuyant vers les frontieres
de l'Ethiopie. Le fuccès de leurs armes
s'étant foutenu pendant treize ans , ils fu
rent enfin vaincus par Séfoftris, fils de ce
Prince , qui les extermina. Ceux qu'épar
gna le fer du Vainqueur, fubirent le joug
de la fervitude la plus onéreuſe. Les Ifraé
lites , dont les Ancêtres avoient paſſé en
Egypte au temps de la pu flance de ces
Pafteurs , furent enveloppés dans la même
difgrace. Cet efclavage commun adonné
lieu de les confondre depuis les uns avec
les autres. Les horreurs des difcordes civi
E
98 MERCURE DE FRANCE
les qui défolerent l'Egypte dans le cours
de cette guerre cruelle & fanglante, qui
précéda la ruine des Pafteurs , furentcaufe
que plufieurs de fesHabitans abandonne
rent leur patrie , loin de laquelle ilsalle
rent, fous la conduite de différens Chefs,
chercher des retraites , & fonder des Etats.
Cefut alors que Danaus paffadans laGre
ce, où il établit une colonie.
Latroifieme fection beaucoup plus lon
gue que les deux précédentes , contient
is articles , où l'Auteur traite un grand
nombre de queftions auffi curieufes qu'im
portantes, & qui ont été affez peuéclair
cies jufqu'à préfent pour mériter une ex
plication plus détaillée. Il la deftine prin
cipalement à combattre l'identité préten
due de Séfoftris & d'Ofiris, que M. New
ton fuppofe d'après M. Prideaux , quia
avancéune femblable opinion fur quelques
traits de reffemblance qu'il a obfervésdans
les actions que l'hiftoire attribue àcesdeux
Héros de l'antiquité. Comme fi des rap
ports vagues dans la vie de plufieurs hom
mes, occafionnés par un pur effet du ha
zard , fuffifoient pour les identifier. M.
Fréret fait voir que cette identité eft con
traire à ce que l'Ecriture nous apprend de
la Religion Egyptienne au temps deJacob,
deJofeph& de Moyfe, Il prouve par le
JUIN. 1758.
99
texte des Ecrivains facrés , quele cultequi
en dépendoit n'avoit point fouffert les
changemens que M. Newton fe perfuade
lui être arrivés ; qu'il fut dans les ficcles
poftérieurs à Salomon , le même que celui
qui fubfiftoit dans ce pays au temps de
Moyfe, & que parconféquent le culte
d'Ofiris & d'Apis étoit établi long-temps
avantSefac, contemporain de Salomon &
de fonfils Roboam. Il réfulte de l'impoffi
bilité que Séfoftris ait pu être le même
quel'Ofiris des Egyptiens , des difficultés
infurmontables que le fçavant Académi
cien forme contre l'hypothefe de M. New
ton furla nature de l'idolâtrie , qu'il fou
tient avoir commencé par le culte des
hommes apothéofés. Il n'a point de peine
à montrer que ce fentiment contredit
l'idée que les Anciens nous donnent de la
Religion Egyptienne. « Les Dieux adorés
en Egypte , dit notre Auteur , étoient
»dedeuxefpeces. Lesunsétoient lesDieux
fupérieurs, qui étoient tels par leur na
"
29
99
»ture. Les autres étoient des hommes il
luftres , quela reconnoiffance , l'admira
tion & la flatterie avoient mis au rang
»desDieux, à caufe de leurs grandes ac
»tions, & des découvertes utiles quele
»genre humain leur devoit dans les Arts
& dansles Sciences. D'abord on s'étoit
E ij
100 MERCURE DEFRANCE.
»contenté de les affocier aux grandes Di
»vinités , à celles de la claffe fupérieure.
33
»Ces Dieux du fecond ordre étoientfub.
»ordonnés aux premiers. Ils n'étoient d'a
»bordque les exécuteurs de leurs volon
tés, & leurs Miniftres dans le gouverne
"mentdel'Univers. Mais dans la fuite,
"on les confondit enfemble , on leur
» donna un pouvoir égal ; & commeles
»hommes préferent volontiers dans la
Religion les objets fenûbles , & ceux qui
"
"
frappent leur imagination , aux objets
purement métaphyfiques , les Divinités
»
» du fecond ordre prirent peu 2 peu la
place des premieres , & les firent pref
»qu'entiérement oublier. »
Un examen réfléchi de l'origine de l'i
dolâtrie le conduit néceffairement à difcu
ter celle que lui attribuoit Evhemere, le
premier Auteur du fyftême qui concerne
l'apothéofe , ou le culte des hommes morts,
adopté & renouvellé par M. Newton. Cet
ancien Ecrivain qui fleuriffoit du temps
des fucceffeurs d'Alexandre , avoit compo
fé unouvragefur l'hiftoire fabuleufe,où
il prétendoit que toutes les Divinités n'é
toient que de fimples hommes femblables
à nous, quel'admiration pour leurs belles
actions , la reconnoiffance pour leursbien
faits, & ſouvent la terreur qu'ils avoient
JUIN 1758.
ΙΟΙ
infpirée , avoient placés dans ce rang fu
blime. Les peuples naturellement portés a
la fuperftition , s'étoient avifés d'adreffer
leur culte & leurs adorations à ces hom
mes qu'ils avoient changés en des êtres
d'une nature fupérieure à la nôtre. Ils s'i
maginoient qu'ils étoient devenus immor
tels , impaffibles & tout-puiffants , & ils les
regardoient comme les difpenfateurs des
biens &des maux qui nous arrivent dans
ce monde.
Cet Evhemere avoit affecté demarquer
le temps & le lieu de la naiſſance , de la
mort & de lafépulture de toutes ces Divi
nités. Son hypotheſe , bien loin d'être re
çue favorablement, excitaune indignation
générale, même parmi ceux d'entre les
Payens qui paroiffoient le plus indifférens
fur leurReligion. Elle fe préfentoit à leurs
yeux comme un moyen imaginé pour en
anéantir l'idée dans l'efprit des hommes.
M.Fréret obferve qu'il fuffit de confidérer
ce fyftême en lui même , dont lanouveau
té eft fenfible, pour être convaincu de fon
abfurdité & de fa fauffeté , même parmi
les Grecs qui admettoient l'apothéofe. En
effet , on ne fçauroit nier que cette affo
ciation des ames humaines aux Dieux fu
périeurs , ne foit la feule maniere dont on
puiffe concevoir l'origine du culte des
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
hommes déifiés. « Mais cette affociation ,
»dit notre Académicien , ne fera jamais
que des Dieux fecondaires & fubalter
»nes, dont le culte nepourra s'établir que
»par une longue fuite de générations , &
» ces Dieux ne parviendront même pref
»quejamais àêtre égalés aux Dieux fupé
»rieurs. C'eft ce qu'il confirme pardes
exemples tirés du culte religieux des Grecs,
qui diftinguoient cesDivinités fupérieures
des fubalternes , qu'ils nommoient tou
jours des Héros & des demi- Dieux. Il
montre par l'hiftoire de celui de Bacchus
quece Dieu nefut jamais regardé comme
un homme, oucomme un Héros. Il ex
pofe enfuite l'opinion des Egyptiens tou
chant le même Bacchus, Hercule & Pan,
qu'ils foutenoient n'avoir jamais été des
hommes. Il fait voir que l'apothéofe a été
inconnue aux peuples de l'Orient ; que
S. Paul , en s'adreffant aux Gentils, atou
joursfuppofé que lesDieux du Paganiſme
n'étoient pas des hommes déifiés ; que les
Phéniciens rejettoient le culte des Héros;
enfin que les Prêtres d'Egypte nioient que
les hommespuffent s'élever à la nature des
Dieux, & les Dieux defcendre à l'huma
nité. Ces remarques font fuivies de deux
digreffions , dont l'une a pour objet la va
riation de l'écliptique , dont les Egyptiens
JUIN. 1758.
10%
'entretinrent Hérodote ; l'autre roule fur
leur antiquité reconnue par Solon & par
Platon. M. Fréret fe propoſe d'établir dans
le dernier article de cette feconde partie
de fon Traité, queles Egyptiens ont con
fervé fous la domination des Grecs & des
Romains , le même éloignement pour le
culte des hommesmorts , qu'ils enavoient
témoigné dans les premiers âges de leur
Monarchie, & dansles fiecles floriffans de
leur indépendance. Cela donne lieu au
développement de leur fyftême religieux,
qu'il explique d'après les idées d'Hermes
de Porphyre, deJamblique , & de quel
ques autres Platoniciens modernes. Sino
tre analyfe n'excédoit déja par fa longueur
les bornes ordinaires , nous aurions pu en
trer dans quelque détail fur ce que ren
ferme de curieux ce morceau, qui nous
paroît fait avec beaucoupde foin , & très
propre à intéreffer ceux qui s'appliquent à
approfondir la théologie de ces anciens
temps duPaganifme. Nous ofons direàla
louange de l'Auteur , qu'il manie fon fujet
d'une maniere également fçavante & phi
lofophique. C'eft le témoignage que lui
rend M. de Bougainville , au jugement
duquel nous acquiefçons volontiers. Il eft
bonde l'entendre parler lui-même. « C'eft
»unfujet immenfe, dont les profondeurs
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.ور
ود
»inacceffibles au génie fans érudition ,
»impénétrables à l'érudition fans génie,
»renferment une infinité de problèmes ,
qu'un fçavant Philofophe eftfeul en état
"3
»
"
»de réfoudre. Je ne crains pas d'être dé
favoué parceux qui connoiffent les écrits
imprimés de M. Fréret, quand je leur
annonce que ce dernier Ouvrage ache
»vera de les convaincre qu'il étoit toutce
qu'il faut être pour lutter avec fuccès
»contredepareilles queftions. Illeprouve
» dans le coursde l'Ouvrage entier , mais
principalement à mes yeux dans cette
»feconde partie, oùbrillent à la fois toute
»la force & la fagacité de l'efprit, tout
» l'art de la critique & toutes les richeſſesود
» du fçavoir. Des difcuffions fines & mé
thodiques y conduifent le Lecteur à des
dénouemens finguliers , mais fimples ,
»dont la nouveauté l'étonne , dont la vé
»rité le frappe, & qu'il adoptefans efforts
»commedesidéesnaturelles, qui n'avoient
»befoin que d'être développées en lui.ور
»Les découvertes y naiffent les unes des
» autres. La chaîne qui lie les conféquen
» ces aux principes , les vraisemblances
» aux vérités , met entr'elles un accord fi
parfait , que les conjectures mêmes em
pruntent des faits dont elles dépendent ,
»ou qu'elles expliquent une folidité qui
» leur donne du corps.»
JUIN. 1758.
105
M. Fréret ne s'eft attaché jufqu'ici à
combattre que les preuves hiftoriques &
morales du fyftême de M. Newton , en
employant des argumens du même genre,
que les moyens mais enufage par fon Ad
verfaire. Il lui reftoit à examiner les preu
ves aftronomiques , dont ce Géometre a
voulu étayer fon hypothefe , & que fes
partifans font valoir avec beaucoup d'em
phafe. C'eſt ce que notre Auteur entre
prend de faire dans la troifieme partie qui
fe divife en deux fections. Cette matiere
eft liée à des calculs fi compliqués , qu'elle
eft, pour ainfi dire , hériffée de difficultés
qu'on ne parvient à réfoudre que par le
travail le plus opiniâtre. Mais les éclair
ciffemens qu'elle reçoit par ces fortes de
difcuffions compenfent la féchereffe des
détails épineux & pénibles qu'elle com
porte , & qui fuppofent néceffairement
une connoiffance plus que médiocre de
l'ancienne aftronomie. L'objet de la pre
miere fection eſt un réfutation dans les
formes de l'hypothefe de M. Newton ſur
letemps de l'établiffement de l'année Egyp
tienne. Suivant la fuppofition du nouveau
Chronologiſte , les Egyptiens s'étoient
fervis, avant le regne d'Ammon, pere de
Sefac ou Séfoftris, d'une année de 360
jours, qui différoit auffi fenfiblement de
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
l'année Lunaire que de l'année Solaire. Ce
Prince fut le premier qui ajouta cinq jours
épagomenes audouze mois, & qui donna
365 jours à l'année , dont l'ufage ne fut
pas d'abordcommun. Elle n'eut cours dans
toute l'Egypte que 72 ans après la mort
de Séfoftris , vers l'an 884 avant l'Ere
chrétienne , fous le regne d'Aménophis,
fils de Zarah , Roi d'Ethiopie, au temps.
duquel M. Newton rapporte l'entiere ex
pulfion des Paſteurs en 930, & qu'il pré
tend être le Menès d'Hérodote, l'Offiman
dyas de Diodore, & le Memnon desGrecs.
Il préfume que les Prêtres Egyptiens , à la
faveur de leursobfervations du lever & du
coucher héliaque des étoiles , furent alors
en état derégler leur Calendrier, en cor
rigeant la forme défectueufe de l'année
qu'ils avoient fuivie jufques-là. Il croit
que cefut pour confacrer la mémoire de
cette correction , dont ilattribuel'honneur
à Aménophis , qu'ils placerent autour de
fontombeaudansle fameuxédifice appellé
Memnonium, un cercle d'or de 365 cou
dées de circonférence , & le diviferent en
365 parties égales , qui faifoient allufion
au même nombre des jours dont leur an
née étoit compofée. Ilfuppofe encore que
le commencement de cette année nouvelle
fut fixépar eux au jour de l'équinoxe du
107
JUIN. 1758.
printemps. Mais comme elle a environ fix
heures de moins que l'année tropique, il
arriva qu'en quatre ans l'équinoxe avan
çoit d'un jour, & que par une fuite de
cette anticipation annuelle , au lieu de
concourir avecle premier jour du premier
mois, c'étoitfur le fecondde ce mois qu'il
tomboit. La même chofe avoit lieu pour
les levers & lescouchersdes étoiles. Ainft
felon M. Newton , lorfque ces Prêtres in
troduifirent dans la Chaldée l'ufage de
l'année de 365 jours, 137 ans après l'an
884, qui eft celui de fon établiſſement en
མ་
Egypte, le jour de l'équinoxe du prin
temps ne répondoit plus au premier jour
de l'année; mais au trente-quatrieme jour
cinq heures du fecond mois. L'établiffe
ment de cette année à Babylone , eft l'épo
que queM.Newton affigne à l'Ere de Na
bonaffar , qui commence au 26 Février de
Fan 747 avant l'Ere chrétienne.
Ces différentes affertions difcutées en
détail par notre Académicien , lui paroif
fentappuyées fur des fondemensruineux,
&parconféquent très-faciles à renverfer.
It montreque l'Aménophis dont il s'agit
ici , n'eft ni le Ménès d'Hérodote, ni l'Of
fimandyas de Diodore , que M. Newton
atortdelefaire auteur de la réforme du
Calendrier Egyptien ; que fon tombeau
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
n'avoit point été orné du cercle d'or , mais
celui d'un Roi d'Egypte plus ancien que
Séfaftris , & qui régnoit plus de feize cens
ans avant l'Ere chrétienne; enfin que l'éta
bliſſement de l'année de 365 jours eft de
la plus haute antiquité. Les raifons qu'il
oppofe à celles que le nouveauChronolo
gifte produit en faveur de fon hypotheſe,
fe réduifent aux articles fuivans. 1°. Les
Egyptiensavoient une annéevague de 365
jours , dont le commencement varioit
tous les ans de fix heures quelques minu
tes. C'étoit leur année religieufe. Les
Prêtres fe firent un point capital d'en con
ferverl'ufage ; en conféquence duquel les
fêtes des Dieux qui changeoient tous les
quatreans de jour par rapport au mouve
ment du foleil dans l'écliptique , parcou
roient toutes les faifons , & fanctifioient
fucceffivement tous les jours de l'année
folaire vraie.
2º. Ils avoient de plusune année civile,
dont le commencement étoit fixe , & qui
fervoit à régler la culture des terres , le
temps des fermages, & celui du paiement
des impôts annuels qui fe prenoient fur le
produit des terres.
3. Lescommencemens deces deux an
nées, dont l'une indiquoit les fêtes , &
l'autre marquoit les ufages civils , fe réu
niffoient au bout de 1460 ans par leur
JUIN. 1758.
concours au même point de l'écliptique.
109
Comme l'année civile commençoit au
lever héliaque de la canicule, nomméeSo
this en Egypte, cet espace de 1460 ans ,
dont le premier & dernier inftant étoient
déterminés par le retour commun des
deux années aux mêmes points du ciel ,
formoit un cycle connu fous le nom de
Cycle Sothiaque ou Caniculaire. La réunion
du premier jour de l'année vague avec
celui du lever héliaque de l'étoile Sothis
fous le climat de l'Egypte , marquoit la fin
d'une de ces périodes , & le commence
ment d'une autre.
4°.Cenforin témoigne expreffément que
l'année dans laquelle il écrivoit , étoit la
centieme d'un nouveau cycle , & que la
réunion ou le commencement du cycle
avoit concouru avec l'année du fecond
Confulat de l'Empereur Antonin , le trei
zieme jour avant les Calendes d'Août ,
c'eft-à-dire le 20 Juillet d'une année Ju
lienne , qui eft indubitablement la 138°
de l'Ere vulgaire. Cette année répondoit
donc à la premiere du nouveau cycle
Egyptien, & àla derniere du cycle pré
cédent. Ce cycle antérieur à celui de
Cenforin, avoit parconféquent commencé
aumois deJuillet de l'an 1322 avant l'Ere
vulgaire, c'est-à-dire 438 ans entiers avant
110 MERCURE DE FRANCE
la date établie par M. Newton pour le
premierétabliſſementde l'année Egyptien
ne de 365 jours.
5. M. Fréret va plus loin encorè. Il
fait voir que le cycle révolu immédiate
ment avant celui pendant lequel écrivoit
Cenforin , n'eft pas le plus ancien cycle
Egyptien. Il n'étoit que lefecond; & celui
de la centiemeannée, d'où dateCenforin,
étoit le troifieme. On trouvera donc, en
remontant au premier cycle, qu'il avoit
commencé 2920 ans avant le cent trente
huitieme de Jeſus-Chrift , ou l'an 2782
avant FEre chrétienne. La réalité de ce.
premier cycle eft une choſe facile àconf
tater , même parl'Ecriture dont notreAu
teur tire des preuves inconteftables, pour
montrer quel'année vague de 365 jours,
étoit en ufage chez lesEgyptiensau moins
du temps de Moyfe, & que parconfé
quent elle étoit de la même ancienneté
que lecycle caniculaire , qui eft compofé
de ces années. Ainfi ces deux chofes ont
uneliaiſon fi étroite, que l'une ne fçauroit
fubfifter fans l'autre , & que l'existence
prouvée de ce cycle eft une démonftration
de l'année de 3.65 jours.
L'examen de l'époque de Chiron dé
terminée dans le nouveau fyftême par
Faftronomie , fait le fujet de la feconde
JUIN. 1758.
TRE
fection , qui fe partage en quatre articles.
C'eft, fans contredit, le côté le plus im
pofant fouslequel l'hypothefe de M. New
tonfe préfente à l'efprit des perfonnes qui
nejugent que d'après les apparences, &
qui font par cela même moins en garde
contre l'illufion des moyens dont il fe fert
pour les établir. Comme la chronologie
阈
paroît recevoir fa plus grande certitude
des fecours qu'elle tire de l'aftronomie
M. Newton autorife fon calcul abrégé
d'une preuve qui en découle , & qui don
neàfon raiſonnement l'air d'une démonf
tration. Il s'agit de la détermination de
l'âge des Argonautes par le lieu des colu
res dans l'ancienne fphere Grecque réglée
par Chiron, pour leur ufage dans le cours
de la navigation qu'ils avoient entrepris.
M. Halley, qu'on n'accufera pas affuré
ment d'avoir été prévenu contre le nou
veau fyftême , avoue de bonne foi que
c'en eft l'endroit le plus problématique ;
parce qu'il dépend entiérement de deux.
fuppofitions, fçavoir rº. que Chiron avoir
deffiné une ſphere célefte pour l'ufage des
Argonautes ; 2°. que cette fphere étoit
celle qu'avoit fuivie Eudoxe , deux chofes
qui font avancées gratuitement. La théo
rie de la préceffion des équinoxes fournir
M.Newton l'argumentprincipal par le
112 MERCURE DE FRANCE.
quel il fe propofe d'abréger de plus de 400
ans la chronologie Grecque. Il eft conftant
parlesobfervations les plus exactes, queles
points équinoctiaux , & généralement tous
les points de l'écliptique , ont un mouve
ment rétrograde & continu , qui les porte
d'Orient en Occident contre l'ordre des
fignes , & dont la quantité mefurée eft
d'un degré en 72 ans. Chiron , felon M.
e
Newton, fixa l'expofition des points car
dinaux,au 15° degréde leursfignes.Meton,
l'an 16 de l'Ere de Nabonaffar , obſerva
31
le folftice d'été au huitieme degré da
Cancer. Parconféquent lesfolftices avoient
rétrogradé de fept degrés , & comme un
degrééquivaut à 72 ans, fept degrés par
courus produifent un intervalle de 504
ans , qui, ajoutés aux 316 de l'Ere de Na
bonaffar , qui s'étoient écoulés jufqu'au
temps de l'obfervation de Meton, nefont
remonter l'expédition des Argonautes qu'à
l'an 936 avant l'Ere chrétienne. Il n'eft
point queftion de la jufteffe de ces calculs
qu'on ne contefte point à M. Newton.
M.Fréret combat uniquement la vérité des
faits auxquels le nouveau Chronologiſte
les applique , & les conféquences qu'il en
tire pour accréditer fon hypotheſe. En
effet , fi cette fphere ancienne n'eft pas
celle de Chiron , il eft évident qu'on n'a
113
JUIN. 1758.
aucune raifon d'en déduire l'époque des
Argonautes , ni fonder fur le calcul qui
en réfultera, une chronologie totalement
oppofée à celle qui eft appuyée fur le té
moignage des meilleurs Ecrivains de l'An
tiquité. C'eft ce qu'il s'attache à prouver,
en remarquant 1°. que le premier planif
phere connu des Grecs differoit abfolu
ment de celui auquel Eudoxe a comparé
les obfervations du folftice faires par Me
ton ; ou quedumoins fi cette fphere eft
celle qu'Eudoxe a employée , elle avoit été
réformée demaniereàn'être plus lamême;
que conféquemment on ne peut inférer
l'époque des Argonautes de la pofition
affignée pour lors aux étoiles dans cette
fphere qui avoit été corrigée plufieurs
fiecles après eux ; 2°. qu'il fuffit de jetter
un coup d'œil fur ce qui nous refte des
monumens de l'aftronomie ancienne, pour
fe difpenfer d'avoir recours à cette correc
tion de fphere primitive, & pour être à
portée de voir divers Calendriers dreffés
fucceffivement , & dont il eft facile de
déterminer les époques, par les différences
qu'on obferve dans la repréſentation de
l'état du ciel fur chacun de ces Calen
driers ; 3 °. que celui qu'Eudoxe a fuivi ,
n'a été dreffé qu'au temps d'Héfiode , &
que fi l'on examine avec foin les frag
114 MERCURE DE FRANCE.
mens qui fubfiftent encore de quelques
autres , on parviendra à en découvrir dans
lenombre, un dont la date eft beaucoup
plus ancienne; puifqu'elle répond au com
mencement du quinzieme fiecle avant
Jefus-Chrift ; 4°. enfin que le temps de ce
premier effai de l'aftronomie concourt à
peu près avec l'époque marquée par les
meilleurs Ecrivains pour l'entreprife des
Argonautes ; qu'ainfi la détermination af
tronomique de cet événement , loin de
détruire leurs calculs , comme on voudroit
lefuppofer, eft unepreuvede plus en leur
faveur. Au refte, M. Fréret, avantquede
paffer à une difcuffion de la prétendue
démonſtration aftronomique de M. New
ton , donne une traduction d'un morceau
qui y eft relatif, & qu'il a extrait de
l'Ouvrageque M. Wifthon apublié contre
le nouveau fyftême. Elle y eft attaquée
dans un très-grand détail , qu'il abrege
felon l'exigence des cas. Il commente quel
quefois letexte du célebre Aftronome An
glois , auxremarques duquel il en ajoute
d'autres qui lui ont paru propres à confir
mer les idées de M. Wifthon. Il fait en
fuite des objections qui lui font particu
lieres contre cette même preuve aftrono
mique, dont M. Newton & fespartifans
fe prévalent; & pour leur donner toutela
JUIN 1758.
113
force dont ellesfontfufceptibles, ilfe livre
aux plusprofondes difcuffions des Calen
driers des différensâges , qu'il compare les
uns avec les autres. Il fait obſerverla mar
che progreffive des conftellations , indi
quée fur ces planifpheres , par la diverfité
des lieux qu'elles y occupent. De ces dif
férentes pofitions mifes en parallele avec
celles que les catalogues de Bayer & de
Flamftéed attribuent aux mêmes étoiles, il
déduit les époques qui doivent être affi.
gnées à ces planifpheres anciens. Il exa
mine unpaffage de Columelle allégué par
M.Newton, qui s'en autorife fans rap
porter les paroles expreffes de cet Auteur,
pour avancer que Meton avoit placé le co
lure des folftices au 8. degré. Ilfe pro
pofe de montrer que le fçavant Anglois
s'eft mépris groffiérement fur le fens de ce
paffage, qui bien loin de favorifer fon
fyftème, lui eft formellement contraire.
Cet examen l'engage par occafion dans
des recherches fur les Calendriers rufti
ques des Anciens. Des éclairciffemens fur
les Calendriers qui portoient le nom de
Meron, & fur ceux qui étoient , felon les
apparences , plus anciens que le temps.
d'Héfiode , terminent cette fection &c
F'ouvrage entier. Il eft aifé de jugerde fon
utilité par l'analyfe que nous venons d'en
116 MERCURE DE FRANCE.
faire. Onpeut affurer qu'elle eft fupériea
re à celle d'un écrit purement polémique;
puifque l'objet de ce Traité n'eft pas une
finple réfutation des hypothefes fingulie
res & hardies de M. Newton ; fon plan
embraffe encore la folution des plus im
portantes queſtions de la chronologie de
tous les peuples de l'antiquité, & la fixa
tion de toutes les époques générales, &
de celles d'un infinité de faits particuliers
fur chacun defquels il afpire à découvrir
la vérité. S'il nous étoit permis de déclarer
ce que nous penfons du travail de l'Au
teur, fans prétendre pour cela diminuer
le mérite de celui des autres perfonnesqui
ont attaqué le nouveau fyftême ,
dirions que nous n'en connoiffons aucun,
qui en ait développé les principes avec
plus d'ordre & de clarté , ait faifi les diffi
cultés qui en naiffent avec plus de préci
fion , & les ait combattus avec plus de
nous
force que M. Fréret.
Fermer
12
p. 111-131
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
Début :
M. le Cat, Secrétaire de la Classe des Sciences, a ouvert la Séance par l'énumération [...]
Mots clefs :
Prix, Rouen, Académie, Académie de Rouen, Temps, Année, Figures, Mémoire, Remporter, Éloge, Feydeau de Brou, Égypte, Débordement des rivières, Lettres, Anatomie, Indiens , Prêtres, Agriculture, Prosper de Crébillon, Hiéroglyphes, Exposition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, des Belles-Lettres & des Arts de Rouen, tenue le Mercredi 4 Août 1762.
SÉANCE publique del'Académiedes
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
Sciences , des Belles-Lettres & des Arts
deRouen,tenueleMercredi4Août 17620
M.leCat,Secrétairede laClaſſedes
Sciences , a ouvertla Séanceparl'énu
mération des travaux dela Compagnie
dans l'année académique ;détail trop
conſidérable pour trouver place ici.
Ilditenfuite :
L' Académie avoit propoſé l'an paffé
pour ſujet du Prix de Phyſique,de
déterminer la meilleure maniered'aman
der les terres....... Quoiqu'elle ait reçu
ungrand nombre de Mémoires, par
mi leſquels il y ena qui méritent des
éloges , particulierement le Mémoire
N°.4. dont la deviſe eſt auxAmateurs
dela bonneagriculture , avec leslettres
initiales L.B.D, cependant elle trouve
112 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt pas aſſez fourni d'expériences
nouvelles; elle exhorte donc l'Auteurà
redoubler ſes efforts , ſur une matière
auſſi importante , pour mériter le prix
qu'elle remet à l'année prochaine ; il
fera double , c'est-à-dire de la valeurde
600 liv. Les Auteurs des Mémoiresles
adreſſeront francs de portà M. le Cat,
ils, mettrontà leurs Mémoires une de
viſe , & auront l'attention de couvrir
leur nom d'un papier collé oucacheté.
Les Ecoles protégées par l'Académie
ont tenu leurs concours ordinaires &
au jugementdes Commiſſairesdecette
Compagnie,
Les prixd'Anatomieont étéadjugés ,
Le 1er à M. Louis Daurignac , de
Rouen.
Le 2º, à M. Jacques-René Boulard,
d'Evreux.
e
Le3º , à M. Hubert Aubé, de Ver
non.
Un4º,reſtéde l'anpaſſé,àM. Touf
faint le Roi, d'Evreux.
LesprixdeChirurgieont étéadjugés.
Le rer , à M. Jacques-RenéBoulard,
quia eu le 2º prix d'anatomie
cettenotice....Longè primus.
,
avec
OCTOBRE. 1762. 113
e
Le 2º prix , à M. HubertAubé , qui
a remportéle 3º prix d'anatomie.
Le3º, à M. Céſar Rubis , d'Orléans.
Un4, reſté l'an paſſé , à M. Louis
Daurignac , qui a remporté lepremier
prix d'anatomie.
Acceffit , M. Touſſaint le Roy , qui
a eule 4º prix d'anatomie.
Les prixde Mathématique ont été
adjugés.
Le 1er ſur l'analyſe &les ſectionsco
niques , à M. Maille , d'Elbeuf.
Le 2° & le 3 , fur le calcul & les
élémens de Géométrieont étédiſtribués
entre M. Coufin , de Dieppe , & M.
Tirvache , de Rouen ,lesquels ont ti
ré au fort pour le choix.
Lesprix de Botanique ontétéadjugés.
Le 1er , à M. Baudouin , de Rouen.
Le 2º , à M. Chandelier, de Rouen.
Lez ,a étéréſervé pourl'année pro
chaine.
M. du Boullay ,Secrétaire desBelles
Lettres , annonça que l'Académie avoit
encore remis leprixde Poëfie , dontle
Sujet étoit la délivrance de Salerne ,
par quarante Chevaliers Normands au
commencement du onziéme fiécle , &
114 MERCURE DE FRANCE.
la fondation du Royaume de Sicile ,
qui fut la ſuite de cette expédition.
Dès l'année derniere , l'Académie
avoit exhorté les Auteurs , à traiter ce
Sujetmoins en Hiſtoriens qu'en Poëtes;
elle les avoit avertis qu'elle nedeman
doit pas uneHiſtoireſuivie d'événemens
quioccupentprèsd'unſiécle , que cette
exactitude chronologique répandoit
unfroid mortel ſur un Poëmé , qu'il
s'agiſſoitde choiſirl'époque qu'on croi
roit la plus intéreſſante &de l'embellir
par quelque fiction ingénieuſe quidon
neroit les moyens d'y enchaſſerles évé
nemens qui l'auroient précédée ou fui
vie;quec'étoit lesſeuls avis qu'elle crût
devoir donner , perfuadée qu'il faut
laiſſer au génie une liberté entiere ,&
qu'il eſt peu de faitshiſtoriques , dont
le merveilleux & la fingularité prêtent
davantage à la Poëfie.
L'Académie ne ſe laſſera point de
réïterer le même programme , tant qu'il
ne lui viendrapointd'Ouvrages dignes
d'être couronnés.Elle avertit ſeulement
que pour ranimer encore davantage
l'émulation entre les concurrens elle
,
a jugé à propos dedoublerle prix qui
fera de 600liv. Les Ouvrages feront
adreſſés francs de port , & fous la for
OCTOBRE. 1762. 115
me ordinaire , avant le premier Juillet
1763 , à M. Maillet du Boullay ,Maître
des Comptes , Secrétaire perpétuel de
l'Académie de Rouen pour lesBelles
Lettres,derrière l'Archevêché,àRouen.
M. du Boullay annonça enſuite les
prix de l'Ecole de Deſſein.
L'Académie avoit proposé pour le
prixde compofition enpeinture,le Sa
crifice d'Iphigénie. Après avoir vû les
eſquiſſes desEléves , elles les a jugées
foibles , & elle a remis ce prix à l'an
née prochaine.
Le 1er prix d'après nature a été rem
porté par Marie-Gabriel Frenelle , de
Rouen , qui avoit remporté le ſecond
prixdanslamêmeclaſſel'annéederniere.
Le ſecond prix d'après nature a été
remporté par Anicet-Charles-Gabriël
le Monnier, de Rouen.
Le prix d'après la Boſſe , aété rem
porté par Charles le Carpentier , de
Ponteaudemer.
L'Acceffit , dans la même claſſe a été
adjugé à Philippe-Nicolas Vandart , de
Rouen.
Le prix de Deſſein aété remporté par
Dominique Martin , de Wardiré , près
de S. Omer.
L'Académie a accordéun prix extra
116 MERCURE DE FRANCE.
ordinaire dans cette claſſe à Mlle Do
rothée Jacques , de Rouen.
ARCHITECTURE.
Le Sujetd'Architecture étoitdecon
ſtruire au milieud'unJardin unBelveder,
dans lequel on pouvoit entrer par les
quatre faces , &deleterminer parune
balustrade. OnavoitdemandéunSallon
au centre ,un logement commode pour
le Maître , & laiſſé la liberté du choix
del'ordre dansla décoration extérieure
&intérieure; ce prix a été remporté
par Jacques- François Deſvaux , de
Rouen.
M. Vregeon lut les obſervations mé
téorologiques del'année.
M. le Cat lut l'éloge de M. deMoy
d'Ectot , Conſeiller de la Grand Cham
bre du Parlement & Membre de l'A
cadémie , né le 4 Janvier 1691
&
mort le 8 Juin 1762 , avec la réputa
,
tiond'un despluslaborieux& desplus
reſpectables Magiſtrats de cette Cour.
M. du Boullay lut l'éloge de M. de
Brou, Maîtredes Requêtes , Intendant
de la Généralité de Rouen, Académi
cien Titulairedans la claſſe des Belles
Lettres , né àParis le 3 Octobre 1731 ,
&mort dans lamême Ville le9 Juin
1
OCTOBRE. 1762. 117
1762. On ne peut faire d'autre extrait
de cet éloge qu'en en rapportantquel
questraits.
M. deBroudonna ,dès ſespremieres
années , des marques d'un eſprit péné
trant& d'une âme ſenſible. L'ambition
de ſe diftinguer & de ſe rendre utile ,
lui faiſoit trouverdes charmes dans tous
les objets de l'attention des hommes
qui ont le plus réfléchi.
» Il cultiva ſurtout l'éloquence ; il
>> ſavoit que c'étoit l'art qui le menoit
>> le plus directementà ſon but, &que
>>pour gouverner les hommes , il faut
>>ſavoirleurplaire &lesperfuader : mais
>>ce quifait le plus d'honneur à fon ju
>>gement, fon éloquence n'étoit point
>>celle defonâge. Leluxe de l'eſprit ne
>>le ſéduifit jamais. Ala noble fimplici
>>té de ſon ſtyle ,àla ſageſſedeſesré
>> flexions , on auroit cru entendre un
>> Orateur , dont le goût&la raiſon au
>>roient reçu des années ledernier degréود
>>de maturité. On ne reconnoiſſoit fa
>>jeuneſſe que dans les traits de fon
» viſage & la vive ſenſibilité de fon
» cœur.
Avocatdu Roi au Châteletavant dix
fept ans , Conſeiller au Parlement de
Parisà dix-neuf, Maître des Requêtes à
118 MERCURE DE FRANCE.
vingt,IntendantdeRouenàvingt-qua
tre , >>il fut toujours obligéde deman
>>der desdiſpenſes pourtoutes ſes char
>> ges ,& il prouva toujoursparſa capa
> cité, que cesdiſpenſes n'étoientpoint
»accordées au crédit & à la faveur.
>>Quiſçaura ſe figurerles mouvemens
» d'un jeune cœur que des éloges pré
»maturés ont rendu avide de louan
"ges,mais quidefire cependantencore
>>plus de les mériter que de les ob
»tenir, ſe formera unejuſte idée des
>>diſpoſitions avec leſquelles M. deBrou
>> vint prendre poſſeſſion de ſa Généra
„ lité. Bientôtles défauts& les inconvé
»niens de touteeſpéce, dont fourmil
»lent les inſtitutions humaines, ſe pré
>>fententàlui de toutesparts. Entraîné
>>parla vivacité de fon âge & de fon
>> zèle , il voudroit réformer tout ce qui
»luiparoît vicieux& fupprimertout ce
» cequi luiſemble nuiſible; mais il ne
>> tarde pas à s'appercevoirque les réfor
>>mations trop ſubitesſont ſouvent plus
>>dangereuſes quelesabus mêmes , &
» que le mérite de l'homme d'Etat
>>confifte moins à empêcher tous les
>>maux, qu'àlescontenirdans des bor
>> nes qu'ils ne puiſſent jamais fran
»chir.
OCTOBRE. 1762. 119
Achevons de caractériſer M. deBrou
par quelques autres traits. Après avoir
rapporté ſes Ordonnances ſur la police
des corvées, les exemptions qu'ila ac
cordées auxpèresde famille qui avoient
donné un certain nombred'enfansàla
Patrie,les encouragemens qu'il a procu
rés autant qu'il étoit enſon pouvoir, à
l'Agriculture , au Commerce&auxArts,
lesbienfaits dont l'Académie lui eſt re
devable; M. du Boullay ajoute ce qui
fuit:
» Les malheurs publics retombent,
>>fans doute , ſur tous les Citoyens ;
>> mais ils accablent encore davantage
» ceux qui ontle courage de tenir le
>>gouvernail dans des temps difficiles :
» M. deBrou, quin'avoitpeut-être en
>> core enviſagé les grandes places que
>>parles côtés agréables, en dut reffen
»tir alors toute l'amertume. Mais il
>>étoitbienéloignéd'attacherle fruitde
>>ſes travauxà l'opinion.C'eſt cequ'il fit
>>voirlors du bombardementduHavre;
>>événement rapporté dans cet éloge
>>avec les détails qu'il méritoit.
M. du Boullay le termine par cette
anecdote honorable à la mémoire deM.
deBrou.
» LeRoilui-même , attentifà récom
120 MERCURE DE FRANCE.
penſer ſes fidéles ſerviteurs juſques
>> dans leurpoſtérité, a juſtifiéces éloges
»pardes marques publiquesde ſa bon
>>té,tandisque les perſonnesqui avoient
»été lesplus chères àM. deBrou, reti
>>rées à la campagne y déploroient
>>uneperte fi imprévue , &fi cruelle.
»Sa Majesté leur envoya annoncer la
>> part qu'elle prenoit à leur juſte dou
>>leur,&qu'elledonnoitunepenſion au
>>jeune enfant qui fait déſormais l'uni
>>que eſpérance de cette famille déſo
»lée, bienfait honorable , qui l'excitera
>> à marcherunjourſurles traces de fon
»père.
M.duLagne, Profeſſeurd'Hydrogra
phie, lut un Mémoire concernantune
Cartequ'ilapréſentée, furlaquelle étoit
tracée la route qu'a tenue la derniere
Cométependantle mois deJuindecette
année. Cette Carte étoitdreſſée ſelon les
différences d'aſcenſion droite, & de dé
clinaiſon qu'il avoit obſervées conjoin
tement avec M. Bouin, Aſſocié de l'A
cadémie, entre la Cométe & un grand
nombred'Etoiles.
M. du Boullaylutàla mêmeSéance ,
des réfléxions fur les Ouvragesde M.de
Crébillon ; il avoit cru traiterd'une ma
nière plus littéraire qu'hiſtorique, l'éloge
de
OCTOBRE. 1762. 121
decet illuſtre mort, pour ne pasrépé
ter ce que le Public adéja vû dans le
Mercure , ſecond volumedeJuillet.
Nousnerapportonsquel'éxamend'A
trée & Thyeſte, cellede ſes piéces qui
caractériſe le plus fon génie.
Riennemontreplus , dit M. duBoul
lay,combienlesvéritables Génies font
au-deſſus des vues bornées qui détermi
nentles hommesvulgaires. Pourtoutau
tre que M. Crébillon,c'eûtété une témé
rité d'entreprendre de faire applaudir,
par des Spectateurs François , un ſujet
qu'onauroitcrû êtreobligéd'adoucirfur
le Théâtre mêmedeLondres. Dequelle
difficulté n'étoit pas le principal Rôle ?
CombienlePoëte n'avoit-il pas àcrain
drede la ſituation où il étoitobligé de
repréſenterceperſonnage,&del'eſpéce
d'outrage dontiltireune ſi atroce ven
geance. Devant le Tribunal de notre
Nation, il n'y avoit pasde milieu entre
la terreur&le ridicule.
Pournepasſe brifercontrecetécueil,
il falloit obſerver ſcrupuleuſement les
bienféances , conduire le Drame avec
le plus grandArt, accommoder laFable
ànos mœurs,c'eſt ce qui paroiſſoitpref
qu'impoffible , & c'eſt ceque M. deCré
billonexécuta.
II. Vol.
F
122. MERCURE DE FRANCE.
Enſuppoſant que c'eſt aux Autels
mêmes queThyeſte a enlevéEropeà fon
frère , il écarte du perſonnage d'Atrée
tout cequi pouvoit en diminuer la di
gnité. Cependant l'outrage n'en eſtpas
moins fanglant ; condition néceſſaire
pour rendre la vengeanced'Atrée égale
ment terrible & vraisemblable. Cette
vengeance elle-même , qui faitfrémir
,
eſt préparéede loin', & néceffitée mê
me en quelque forte par les obstacles
qu'Atrée rencontre dans l'exécution de
ſes premiers deſſeins. Enfin , quoique
le Poëteeût eula noblehardieſſedepré
ſenter auxyeux mêmes du Spectateur,la
plus horrible catastrophe qui puiſſe ja
maisterminer une Tragédie,cependant
la Scène n'eſt point deshonorée par un
attentat qui auroit révolté la nature :la
vueſeule de cette coupe funeſte qu'A
tréepréſenteà ſonfrère, ſuffit pour que
la ſituation ne perde riende fa force &
defon effet.
Alabellediſpoſitionde ſonſujet,M.
de Crébillon ſçut ajouter toutes lesbeau
tés de détail dont il étoit fufceptible.
Tous ces caractères ſe ſoutiennent tels
qu'ils ſe fontannoncés. Uncolorisfom
bre , mais vigoureux, femblableà celui
de cesTableaux qu'on fuppofe éclairés
t
OCTOBRE. 1762. 123
parlalueurd'un incendie ,ſubjugue l'at
tention,&attachelesSpectateurs , com
me malgré eux , enles pénétrant d'une
fecrette horreur. Enfin cetteTragédie eft
la preuve la plus complette de la vérité
decettemaximeavancée par nos Maî
tres:
Qu'il n'eſt point deforfait nidemonſtre odieux.
Qui parl'art embellinepuiſſe plaireauxyeux.
M.deCrébillonfut reçuà l'Académie
deRouenle21 Novembre 1754, & elle
regardera toujours comme une diftinc
tion flatteuſe,l'honneurd'avoir compté,
parmi ſesMembres, unPoëteque laNa
tion ne ceſſerajamaisde réclamer parmi
ſes plus grands Maîtres.
M. de Saint Paul, Mouſquetaire du
Roy, lut un Mémoire furl'origine des
Hieroglyphes Egyptiens , dont voici
l'extrait.
Après avoir expoſé la célébrité des
hieroglyphes , ou Ecriture ſacrée des
Egyptiens, M. deSaintPaulajoûtaque
lesAuteursGrecs &Latins n'étoient pas
desguides ſuffiſans dans cette forte d'é
tude; qu'il falloit joindre aux connoif
fances qu'ils donnent, celle des Allégo .
ries Religieuſes des Indiens ; il l'apuiſée
dansdiversmanufcrits queluiont con
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
muniqués des perſonnesqui ont fait un
long ſéjour dans les Indes ſa Patrie.
On ſçait que les Indiens defcendent
desEyptiens , queles cruautés de Cam
byfeobligerentde ſetranſplanterdansles
Indes, mais on ignore communément
que ces fugitifs , eny portant leursuſa
ges &leur religion, y porterent auffi
leurs anciens hieroglyphes ; ils y font
connus ſous le nom des Incarnations,
ou changemens de forme de Vichenou.
CeDieu, le Neptunedes Indiens , étoit
adoré comme Auteur de l'Eau qui fait
croître le pâturage.
Les premiersHabitansdel'Egypte ne
ſe nourrirentpendantlongtemps quede
féves , de Lotus,&dulaitdeleurstrou
peaux. Enfin, il ſe trouva parmi eux
quelques hommesdegéniequi invente
rentlesSciences & les Arts , entr'autres
l'Agriculture. Pendant que cesSçavans
accumuloientde jour enjour de nou
velles connoiffances, lepeuple croupif
foit dansune ignorance quilui étoit ex
trémement préjudiciable. La plupart ſe
laiſſoient furprendre par le débordement
duNil, avantque d'avoirprislesprécau
tionsnéceſſaires, tantpoureuxquepour
leurs beftiaux ; celui-ci ſemoittrop tôt ;
ſongrainpourrifſoit; celui-là trop tard,
il ne levoitpointà temps; cetautreper
OCTOBRE. 1762. 125
doit ſa peine à pêcher hors de ſaiſon , &
ainfi du reſte.
Les Sçavan's ouPrêtres(cesdeux ter
mes ſont ſynonymes ) chercherent le
moyende remédieràces inconvéniens ,
&réuffirent. Ils inventerent neufFigu
res ſymboliques , qu'ils expofoient à la
vue du Peuple, pour Pinformer de ce
qu'illui étoit importantde ſçavoir.
Cinq de ces figures avoient rapport
audébordementdu Nil.
Lapremiere étoitunchien; on l'ex
poſoit pour avertir quel'étoile que nous
appellons encore la canicule, commen
çoit d'être viſible le matin ; que confé
quemmentledébordementduNilnetar
deroitpas à ſefaire fentir , & qu'il étoit
temps de prendre des précautions au
fujetdecette inondation ;ilſemble qu'ern
cetemps-là, cetteétoile ſelevoit vers le
commencementdeJuîn.
La deuxiéme figure étoit un Lion ;
elle avertiſſoit que le débordement que
I'on comparoit à un Lion furieux qui
ravage tout, commençoit d'inonder la
plaine: l'éxpoſition de ce Lion ſe fai
ſoitvers les premiers jours deJuillet.
La troifiéme étoit une des fix fortes
d'oiſeaux de proie connusſous le nom
général d'éperviers. Son éxpoſition ap
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
prenoit que le vent Septentrional qui
favoriſe l'augmentation du déborde
ment, commençoitàſouffler avec force.
Les Prêtres avoient choifi un de ces
Eperviers pour déſigner ce vent; parce
que ces fortesd'oiſeauxde paſſage neſe
sendent en Egypte que quandilſe fait
fentir fortement; l'expofition de cet oi
feau ſe faiſoittantôtplutôt, tantôt plus
tard.
La quatriéme figure étoit celle d'un
Enfantquinefaitquede naître; ſon ex
pofition apprenoit que le débordement
étant arrivéà ſa plus grande hauteur, le
travail ruſtique renaiſſoit ; mais qu'il n'é
toitpas encorepoffiblede s'en occuper ;
qu'on ne lepourroitque quand cetEn
fant feroit devenu grand, c'est-à-dire ,
quand onpourroitmener paîtrelestrou
peaux, &enfemencerla terre. Cette fi
gures'expofoitversle vingtiéme Août ,
c'est-à-dire , environſept ſemaines après
le commencement du débordement.
Lacinquiéme étoit un Héronà aigret
te ; les Prêtres l'expofoient pour ap
prendre au Peuple que le ventméridio
nal,qui favoriſe l'écoulement du débor
dementfe faiſoit ſentir,& qu'ainſi on
pourroit enſemencer les terres dans un
temps convenable : on avoit choiſi le
Héron à aigrette, pour être le ſymbole
OCTOBRE. 1762. 127
decevent, parce qu'onnevoit deces
oiſeauxdepaſſage en Egypte,que quand
il commence à fe fairefentir. L'expofi
tion duHéronſefaiſoitdu premier au
dixiéme de Septembre.
Cefontcescinqfiguresque lesGrecs
ont appellées Bactyles , les comparant
auxcinqdoigtsdelamain,quifonttou
jours enſemble; aux Indes, on les ap
pelle Pandeva' , c'est-à-dire les cinq fre
res.
Lafixiémefigure étoit uncochon:fon
expofition apprenoit qu'il étoit temps
d'enſemencerlesterres.Dans ces anciens
temps la charruen'étoit pas encore in
ventée , &l'onenſemençoit les terres à
l'aide de ces animaux. L'expoſitionde
cette figure ſefaiſoit vers le 15 d'Octob.
Laſeptiéme étoit un Poiffon. On l'ex
poſoitvers lecommencement de Fé
vrier,pour avertirquec'étoit le tempsde
s'occuper de la pêché.
La huitième étoit une Tortue. On
apprenoitpar ſonexpoſition,quec'étoit
la ſaiſon d'obſerverdans quels endroits
les Tortues venoient faire leur ponte ,
afin d'enlever l'animal & fes œufs. On
ne fait rien decertain touchant le temps
de l'expoſition de cette figure.
La neuviéme étoit un Ours : Elle
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
apprenoit que larecolte étantfinie,c'é
toit letemps defairela chaffe à cetani
mal & aux autres Bêtes féroces qui in
feſtoient le Pays. L'expofition de cette
figure ſe faiſoit vers le 15 deMars.
Cesneuffiguresfont devenues , entre
les mains desGrecs, les neufSybilles ,
les neuf Piérides & les neufMuſes.
QuantauxIndiens, elles leur ontdonné
lieu de direqueleurNeptune avoitpris
fucceffivement la forme de ces neuf
Symboles, cequifait la principalepartie
de leurMythologie.
Il y avoitdéja longtemsque ces neuf
figures avoientété inventées , lorſque
des Juifs ſe tranſplanterent en Egypte.
Ils adopterent l'uſage lucratif d'expofer
les neuffigures , & même en invente
rent unedixiéme. Avantleur arrivée,
les Egyptiens n'avoient pointde bat
teaux capables de naviger ſur le Nil
pendant la duréedeſon débordement;
les Prêtres , ou les plusSçavans d'entre
cesJuifs, inventerentles barques à voi
les&àrames;&lorſque ledébordement
étoit parvenu à une hauteur affez con
fidérablepour qu'on pûtſe ſervirde ces
nouveaux batteaux, ils en expoſoient
undedeux coudéesdelong.
Cette dixiéme & derniere figure a
OCTOBRE. 1762. 129
donné lieu au dixiéme changement du
Neptune Indien en cheval aîlé, ainſi
qu'au foulier de Perſée qui avoit deux
coudées de long , & au cheval Pégaſe
desGrecs. Elleaauſſi faitdire par quel
ques-unsd'eux , qu'ilyavoit dixMuſes
&dixSybilles.
Telle eſt l'origine des premiers Hié
roglyphes des Egyptiens; on peut më
meajoûterque c'eſt auſſi celledelaplu
part des Symboles qui accompagnent
les Divinités , tant Grecques qu'In
diennes , & quele cultepopulaire ap
pellé idolatrie, leDogmedela Métemp
fycofe , &les métamorphofesviennent
delamêmefource.
Il eſt vrai qu'à l'imitation de ces dix
anciennes figures, les Prêtres d'Egypte
enontinventédans la fuiteune grande
quantité de nouvelles ; maisil n'eſt pas
difficile d'en pénétrer la fignification ,
quand on connoît bien les dix, dont
onvientdeparler, furtout fià cette con
noiffance onjoint celle des Fables Re
ligieuſesdesGrecs&des Indiens.
:
Cequi a été dit ne fuffitcependant
que pour connoître la fignification de
chaque hiéroglyphe en particulier ;
mais lorſqu'il s'agit de déchiffrer une
fuite de figures hieroglyphiques telles
Fw
130 MERCURE DE FRANCE.
qu'on envoitfurpluſieurs monumens ,
il faut encore obſerver que ſouvent on
doit conſidérer cette écriture ſacrée,
commeune écriture tracée àla manière
des Juifs , c'est-à-dire,comme uneécri
ture qui va de la droite à la gauche;
&s'ilyapluſieurs grouppes de figures ,
ondoit regarderchaquegrouppe , com
meautant de pages d'unLivre dontla
premiere eſt celle qu'à notre façonnous
appellons la dernière. C'eſt en ſuivant
cette méthode qu'il n'est pas difficile ,
parexemple , depénétrerle ſensdes hié
roglyphes de la Table Iſiaque, celui
des grandes figures quiſe voyent aubas
delaTable Egyptienne
&celui des
quatrederniers grouppesdelaTablede
Sienne.2.
L'explication détaillée que M. de
Saint-Paulſepropoſe de donner dans
lafuite,de divers monumens & des Al
légories qui y ont rapport , achévera
deprouverla véritéde fonexpofé. 10
M. Lecat lut l'abregé d'un Mémoire
fur le fommeil, diviféen deux parties.
FL
Dans la première il prétend renverſer
Vol.4. de l'Antiquité expliquée duP.Monfau
Planche 139. Edition de 1719.
oh
2. Idem Pl. 141.
Edition
:
OCTOBRE. 1762. 131
le ſyſtêmele plus reçu pourl'explication
८
dece phénomène. Dans la feconde, il
yenſubſtitue un de ſon invention
,
par lequel il rend raiſon de toutes les
circonstances du fommeil, & fur-tout
de celles qu'il avoit trouvées inexplica
bles par le ſyſtême ordinaire.
M. l'Abbé Yart, des Académies de
Caën & de Lyon , &de la Société
Royale d'Agriculture,terminala féance
parundiſcours ſurl'hiſtoire , où il mon
tra ce que doit être & ce quedoit faire
unHiſtorien. Ildoit être reſpectable par
lui-même ,judicieuxdansſes principes ,
jufte dans ſes ſentimens , il doit écrire
avecſageſſe, avec courage , avec utili
té. Onne pourroit entrer dans le détail
intéreſſant deces diviſions, fans paffer
les bornes quinous fontprefcritesdans
nos extraits.
Fermer
14
p. 70
AUTRE.
Début :
Lecteur, que mon sort est funeste ! [...]
Mots clefs :
Année
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LECTEUR , que mon fort eſt funeſte!
Toujours je promets le bonheur.
On me defire avec ardeur.
Quand on me tient , hélas! ſouvent on me dé
teſte.
ParM. Bapteftin.
LECTEUR , que mon fort eſt funeſte!
Toujours je promets le bonheur.
On me defire avec ardeur.
Quand on me tient , hélas! ſouvent on me dé
teſte.
ParM. Bapteftin.
Fermer
17
p. 108-112
Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Début :
Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apollon, contenant des anecdotes intéressantes ; [...]
Mots clefs :
Almanach, Anecdotes, Littéraire, Année, Poète, Notice, Ouvrages, Bernard le Bouyer de Fontenelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Alinanach Littéraire ou Étrennes d'Apol
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
Fermer
Résumé : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
L'Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apol, publié en avril 1778, est un recueil contenant diverses contributions littéraires et anecdotiques. Il inclut des anecdotes sur des figures notables telles que Montesquieu, Duclos, Rousseau et Voltaire. Le recueil propose également des poèmes nouveaux, des chansons, un fragment de La Fontaine, une traduction d'Homère par Voltaire, des lettres de Voltaire à Helvétius, et un discours d'Adam à Ève extrait d'une nouvelle traduction de Milton. De plus, il présente une notice des principaux ouvrages publiés en 1777 et diverses curiosités. L'édition est disponible en petit format in-12 au prix de 1 livre 4 sols et peut être achetée chez plusieurs libraires à Paris. Cet Almanach Littéraire succède à celui de l'année précédente, qui avait été bien accueilli par le public. L'éditeur a enrichi cette nouvelle édition de divers morceaux de poésie et de littérature, ainsi que d'anecdotes variées. Parmi les anecdotes notables, on trouve des discussions sur la médecine, des critiques littéraires, et des interactions entre artistes et leurs sujets. Par exemple, un chef de cabale critique un jeune poète, un artiste peintre décrit une interaction avec une modèle, et un dialogue entre un particulier et le peintre Chardin. Une autre anecdote implique M. de Fontenelle et un journaliste de Trévoux. L'ouvrage se termine par une notice des principaux ouvrages publiés durant l'année, soulignant les traits saillants de chaque œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 165-181
ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
Début :
ON sait que de tous les Recueils Poétiques qui paroissent annuellement, l'Almanach [...]
Mots clefs :
Almanach des Muses, Vers, Année, Poètes, Mérite, Paris, Nouveauté, Journal, Poésie, Recueils poétiques, Éditeur, Poètes du jour, Journal de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
ALMAN AcH des Muſes , 1783. A Paris,
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint
Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
-
- " " ,
ON ſait que de tous les Recueils Poétiques
qui paroiffent annuellement , l'Almanach
des Muſes eft le plus ancien & le plus ré
pandu. On le donne, on le reçoit en étren
nes , il eſt attendu, deſiré par les Amateurs,
par les jeunes Faiſeurs ſur-tout, qui brûlent
de ſavoir ſi leur nom eſt enregiſtré à ce greffe
poétique ; & l'on ſe demande comment on
trouve le nouvel.Almanach, avec le même
intérêt que met un Agriculteur à demander
ſi la récoltel de l'année eſt bonne ou mau
vaiſe. On n'eſt pas d'accord tous les ans †
ſon degré de mérite ; les opinions ſe parta
gent quelquefois , & plus d'un jugement
qu'on en porte dépend bien moins de la
1 66 M E R C U R E
bonté réelle des poéſies,que du genre de vers
qºi domine dans le Recueil, parce que telle
ou telle eſpèce de poëme a toujours plus ou
moins d'attraits pour les juges, même les
plus éclairés. Souvent auſſi le tribut d'une
année ſe trouve réellement inférieur à celui
des précédentes ; mais, tour-à-tour un peu
moins bien, un peu moins mal, l'Almansch
des Muſes a toujours pafſe pour être le meil
leur de nos Recueils poetiques. Le goût
exercé de l'Éditeur, la confiance méritée des ^
meilleurs Poëtes du jour, concourent à l'en
richir; & ſi depuis quelques années la mort
lui a enlevé ſes plus riches tributaires, une
nouvelle race de Poëtes ſemble ſortir de leur
cendre, & réclamer leur héritage. - .
Cependant, il faut en convenir, ce Re
cueil a perdu, ſinonde ſon mérite,au moins un
peu de ſa nouveauté. Preſque toutes les Pièces
qu'on y inſéroit autrefois n'avoient pas en
core vû le jour ; celles qui le compoſent
aujourd'hui ont paru en partie dans le Mer
cure ou dans 1e Journal de Paris; & la raiſon
de cette différence, c'eſt que le Journal de
Paris n'exiſtoit pas encore, & que les Poëtes
connus dédaignoient alors d'envoyer leurs
productions au Mercure, effrayés peut-être
par ces deux vers plaiſans & énergiques que
· M. Robé avoit appliqués à ce Journal :
· vaſte Clamart, où tant de trépaſſés . #
, Giſſent en paix l'un ſur l'autre entaſſés. -
Mais aujourd'hui que le Joutnal de Par -
•.
- *
D E F R A N C E. I 67
offre aux Poëtes du jour une grande &
prompte célebrité, & que le Mercure, plus
en credit, leur paroît un dépôt plus digne de
leurs Ouvrages , ces deux Journaux ſont de
venus une des mines les plus fécondes dé
l'Almanach des Muſes. En perdant ce degré
de-nouveauté, encore une fois, il n'a rien
perdu de ſon mérite; mais il devroit exciter
moins d'empreſſement , & puiſque ſon ſuccès
eſt toujours le même, c'eſt un nouveau motif
d'eloge pour l'Éditeur.Il eſt vrai qu'il s'y trou
ve encore tous les ans aſſez de vers nouveaux
pour plaire, même à ceux qui courent moins
après le mérite qu'après la nouveauté. -
' Au reſte, cette Collection, qui n'eſt guère
compoſée que de vers faits dans l'année ,
préſente un tableau utile à ceux qui veulent
obſerver les progrès ou la décadence de la
poéſie. On peut y voir les diverſes nuances ſe
prolonger ou diſparoître ſucceſſivemenr; on
peut y découvrir tous les ans quel genre de
poéſie vient de perdre ou de gagner ſous la
plume de nos Écrivains. Cette réflexion nous
inſpire l'idée de changer notre plan pour l'ex
trait que nous devons en faire. Nous parcour
rons les divers genres de poéſie dans leſquels
ſe ſont exercés les Auteurs qui ont contribué
au Volume de l'année; & par cette marche,
que nous ſuivrons dorénavant , nous met
trons nos Lecteurs à portée de voir par eux
imêmes, dans quels genres nos Muſes mo
dernes ont à déplorer leurs pertes, ou à s'éporgueillir
de leurs acquiſitions, . , .
*- -
168 M E R C U R E /
Commençons par la grande poéſſe, & -
mettons M. de Fontanes à la tête de ceux -
qui s'y ſont exercés. Nous aurions deſiré plas -=--
de jet, plus de liberté dans ſa Traduction de -----
l'Ode d'Horace , Sic te diva potezs cypri. *RP ----
-
- -- -z-- - 272
Après avoir dit : | # # r = 3R
Garde, & rends-moi mon cher Virgile, - *= rr --
-
-Asr" -PA"
-
- - --I cI
Il ne falloit pas finir la ſtrophe par ce vers s s **as 2--
qui ſuit immédiatement : | | 2ºº2xs a . -
| .. , , | | o dss, º < rs ;
Garde la moitié de mon coeur. i - T Pr c= F
, -S>5-5 CeS- --^T. - r
parce que l'idée de garde devient froide, Sss rs, º=v=s--
quand, dans le vers qui précède, on y ajoint ssr s#. *ezBAS,s
celle de rends moi , qui ajoute au ſens. Il y Ls s "ºs <is Es, º a auſſi une eſpèce d'irrégularité dans l'arran- | ** les e,s . 1 r .
gement des vers de la quatrième ſtrophe; C)rs t * Fr--
| -- * , ' . . - | * ces ; FS>i> t
L'homme oſe tout : de crime en crime , C ºx-c-; -
- • • - | e - -
Se précipite ſa fureur. vv º º , il §s et Q> sa s
-- • • · · · · l - - > w-ty
Quand ſon eſſor illégitime sºl a * J'sa Ao *age,
- · · · · · · r:
-Eut ravi le feu créateur , | #- c'* S º Ierse
- - «• • . L> La faim, la peſte, aux yeux livides, &e, les <2
. . rº " ux yeux #vide *º Pleins *#rres º#L>-
Le ſens qui finit après le ſecond vers, ne de- , co§ § bar, $ * Pre,
vroit finir qu'après le quatrième, parce que $ *éPc ou # #e- ,
le premier quatraind'une ſtrophe de dixvers si º au ſei *t vre
doit être ſéparé par le ſens des deux tercets 8ºnir ! ºn des nºs
qui la terminent. Cette eſpèce d'enjambe- En vain * éehe, *aits
| ment de phraſe n'eſt plus permiſe aujour- *pé fººPos º ſon
-d'hui. Rien n'eſt impoſſible aux humains, qui l] § #ºs vsii, ºt de r,
ſe trouveplus bas , n'eſt ni aſſez élégant, ni $ désuic "° atTiſz
/ - • " 1 ! ... , · ºu Dis ºstiiſ& G c ſi, aſſez poétique dans une ode # n *Yus l
Nous parlerons avec plus de plaiſir (parce ºteur Sosa - $e > à - e
" | $ ss.§
- 8 , s ^ ncé q *
| & E.2 :9ui ne
|
A Q.§
Su
C
Q.
ſ
U]
le
Y
Oi
· D E , F R A N C E. 169
eue nous avons plus de bien à en dire ) de
ka Chartreuſe de Paris, Pièce où nous avons
retrouvé l'énergie de peinture & de ſenti
ment qui caractériſe M. de Fontanes. Elle
reſpire & communique une mélancolie pro
fonde & attachante.
Ici, dans les détours de ces ſentiers couverts,
Je jouis du ſoleil, de l'ombre & du ſilence.
O doux calme ! ces chars où s'aſſied l'opulence,
Tous ces travat,x, ce peuple à grands flots agité,
Ces ſons confus qu'élève une vaſte cité,
Des enfans de Bruno ne troublent point l'aſyle :
Le bruit les environne, & leur âme eſt tranquille.
On y trouve nombre de vers comparables
à ces deux-ci :
CeTemple, où chaque aurore entend de ſaints concerts
Sortir d'un long ſilence & monter dans les airs.
Sortir d'un long ſilence, peint avec hardieſſe,
& les aurres expreſſions ſont poétiques &
pleines d'harmonie. Bornons-nous à citer en
core ſept ou huit vers de la même Pièce.
Souvent au ſein des nuits la plainte de l'Amour
Fit gémir les échos du ſombre Monaſtère.
En vain le repouſſant de ſon regard auſtère .
La pénitence veille aſſiſe ſur le ſeuil,
Il entre déguiſé ſous les voiles du deuil.
Au Dieu conſolateur en pleurant il ſe donne.
A Comminge, à Rancé, Dieu ſans doute pardonne ;
4Comminge, à Rancé,quine doit quelques pleurs?&c-
, Nº. 8, 22 Février 1733.
*
17o M E R C U R E ,
Le morceau que M. de Fontanes a imité des
· poéſies erſes , ne nous paroît pas inférieur à
ſa Chartreuſe. La manière en eſt large, har
monieuſe & lyrique.
M. Bérenger, qui a ſouvent enrichi ce
Reeueil de pluſieurs morceaux de poéſie lé
gère , s'eſt exercé plus d'une fois dans la
· grande poéſie. Quoique ſa Pièce ſur l'Hiver,
inſérée dans le Volume de cette année, ne
ſoit pas ſon meilleur Ouvrage, il y a des
détails très heureuſement exprimés, & qui
confirment la réputation qu'il s'eſt acquiſe.
On lit de lui, dans ce même Volume, deux
Pièces dans un autre genre : à mon Hermi
tage, & les deux Chiennes. Ce dernier Ou
vrage eſt plein de grâce & d'intérêt.
M. de Bonneville, qui s'étoit fait connoî
tre avantageuſement par un Dialogue inſéré
l'année dernière, a donné quatre morceaux
de grande poéſie. Ce ſont des imitations,
qui, en laiſſant deſirer quelquefois plus de
correétion & de ſoin , prouvent un talent
qu'on doit encourager. -
Nous ne quitterons pas l'article des grands
vers ſans faire mentiond'un talent plus récent
encore que celui dont nous venons de parler.
Le nom de M. le Chevalier de Rivarol
n'avoit jamais paru dans l'Almanach des Mu
ſes. On concevra une opinion avantageuſe
de ſon talent, d'après une Épître qu'il adre (ie
à M. le Baron de Salis - Marſcheins. En
voici quelques vers : - !
Mais ce globe embrâſé qui s'allume ſans ceſſe, -
D E F R A N C E. 17 r
Pourroit-il, comme nous, éprouver la vieilleſſe ?
O déſaſtre inoui! ſi le flambeau du jour ,
Conſumé par le temps s'éclipſoit ſans retour,
Les planètes en deuil, veuves abandonnées,
Rouleroient dans les cieux, d'ombres environnées;
La déſolation rempliroit l'Univers ;
Les plus ſombres vapeurs infecteroient les airs ;
Le chaos renaîtroit : dans cette nuit impure,
Bientôt un froid mortel glaceroit la Nature. -
L'homme & les animaux pêle-mêle égarés,
Pouſſeroient en mourant des cris déſeſpérés,
Et la mort, de ſon crêpe enveloppant l'abîme,
Se détruiroit enfin pour dernière victime.
M. l'Abbé Aub...., Mme de la Fer., M.
Drobecq , M. G**, & M. de Monvel, ont
traité le genre de la Fable. Celle de M. l'Abbé
Aub....., qui commence le Volume, & qui
eſt un peu moins propre, à être citée depuis
la nouvelle de la paix, eſt ingénieuſe & pi
quante. C'eſt un des meilleurs Ouvrages de
ſen Auteur. Nous ne citerons pas non plus
celle de M. de Monvel, parce qu'elle a déjà
paru dans ce Journal avec les louanges
qu'elle mérite. Nous avons déjà payé à Mme
la Marquiſe de la Fer.... un tribut d'eloges ;
mais chaque Pièce qu'on lit de cette Muſe
ſi intéreſſante, eſt une nouvelle dette que
l'on contracte. Tout ce qui échappe à ſa
plume porte l'empreinte d'un eſprit aimable
& d'un coeur ſenſible. Nous invitons nos
H j
/ ,
172 M E R C U R E
Lecteurs à lire les trois Fables dont elle a
enrichi l'Almanach des Muſes. Nous allons
en citer une plus courte , où l'on trouve de
l'eſprit ſans affectation , & de la préciſion
ſans ſéchereſſe. Celle-ci eſt anonyme.
Le Garde-Chaſſe & les Perdrix , Fable.
DANs une immenſe & riche plaine,
Sur les bords rians de la Seine,
Maintes Perdrix vivoient tranquillement.
Un Garde-Chaſſe vigilant
Les garantiiſoit de l'outrage
De la belette au nez pointu,
De l'émouchet au doigt crochu,
Et des matoux du voifinage.
Tranquilles dans cet hermitage ,
Leurs jours étoient des jours heureux ;
Et ſi Perdrix forment des voeux,
- Elles en ont formé, je gage,
Pour leur protecteur généreux.
Qu'il eſt attentif, diſoient-elles !
Combien nous éprouvons ſes ſoins & ſa bonté !
C'eſt un Dieu deſcendu des voûtes immortelles
Pour préſider à notre sûreté
Dans ces retraites.
Elles ſe trompoient les pauvrettes.
Le temps de la chaſſe arriva,
Et le plomb, plus léger que leurs rapides ailes,
En les attcignant leur prouva
Qu'on ne les gardoit pas pour elles,
D E F R A N C E. 173
Pour les épîtres, poéſies légères cu éroti
ques, nous avons pluſieurs perſonnes à citer
avec éloge. Mme de Bourdic, qui, jeune en -
core, a ſu dejà illuſtrer deux noms * par les
productions de ſon eſprit, eſt connue par
un bon goût de verſification, des penſees
gracieuſes, & un ſtyle piquant & vrai. On
lira d'elle avec plaiſir deux Pièces , l'une
adreſſée à M. Sabbatier , l'autre à Mme la
Vicomtefſe de **.
Une nouvelle rivale s'eſt montrée cette
année dans la carrière poétique ; c'eft Mlle
de Gaudin, dont on lira avec plaiſir un
petit Conte, intitulé : la Raiſon dupe d :
l'Amour. Le talent des jolis vers doit plaire
à un ſexe à qui la Nature a ſur-tout confié
le don de plaire. Le charme de la poéſie de
vient dans ſes mains un nouveau moyen de
ſéduction; il ſoumet à leur eſprit ceux qui
ont échappé à leurs charmes, même ceux
qui n'ont pu les connoître. Mais notre ſexe
re ſe plaindra jamais d'un nouveau danger
qui lui procure de nouvelles jouiſſances.
On trouve dans le mêrne Volume ſix Pièces
de M. de Choiſy, qui confirment les éloges
qu'on a donnés à ſa Muſe ingénieuſe & bril
lante; trois de M. Romans, pleines de vé
rité & de grâce ; deux de M. de la Loup
tière, connu & diſtingué depuis long temps
parmi nos Poëtes érotiques ; & une Épître
* On ſait que c'étoit auparavant Mme la Mar
quiſe d'Entremont.
H iij
174 M E R C U R E
fort gaie & fort piquante de M. le Comte
Raiecki, Polonois, adreſſée à M. Blanchard,
ſur ſon bateau volant. On lira auſſi avec
plaiſir une Épître de M. Mugnerot à M.
Robbé.
On ne doit pas craindre de nous voir ou
blier M. le Chevalier de Parny.Une pareille
diſtraction tiendroit de l'ingratitude. Quand
à un goût ſain, à un ſtyle plein de vérité,
on joint une manière ingénieuſe, & ce char
me indéfiniſſable qui manque plus d'une fois
aux eſprits les plus brillans, on ne doit pas
craindre de produire des impreſſions paſſa
gères, & l'on peut compter ſur un revenu
de gloire en retour du plaiſir qu'on a donné.
M. le C hevalier de Parny a contribué pour
trois Pièces , dignes toutes les trois de ſon
talent depuis long-temps apprécié. Nous al
lons citer la première, parce qu'elle eſt des
plus courtes.
A C H L o É.
SELoN vous, mon ſexe eſt léger ;
Le vôtre nous paroît volage ;
Ce procès qu'on ne peut juger,
Eſt renouvelé d'âge en âge.
Vous prononcez dans ce moment ;
Mais j'appelle de la ſentence.
Croyez-moi, c'eſt injuſtement
Que l'on s'accuſe d'inconſtance.
IL n'eſt point de longues amours,
D E F R A*N C E. 175
J'en conviens ; mais preſque toujours
Votre âme s'abuſe elle-même.
Dans ſa douce crédulité,
Souvent de ſa propre beauté
Elle embellit celui qu'elle aime.
Il a tout du moment qu'il plaît :
Grâce au deſir qu'il a fait naître,
Vous voyez ce qu'il devroit être,
Vous ne voyez plus ce qu'il eſt.
Oui, vous placez ſur ſon viſage
Un maſque façonné par vous;
Et, ſéduite par votre image,
Vous diviniſez votre ouvrage,
Et vous tombez à ſes genoux.
Mais le temps & l'expérience
Écartant ce maſque emprunté,
De l'idole que l'on encenſe,
Montre bientôt la nudité :
On ſe relève avec ſurpriſe ;
On doute encor de ſa mépriſe ;
On cherche d'un oeil affligé
Ce qu'on aimoit, ce que l'on aime ;
L'illuſion n'eſt plus la même,
Et l'on dit : vous avez changé.
Du reproche, ſuivant l'uſage,
On paſſe au refroidiſſement ;
Et tandis qu'on paroît volage,
On eſt détrompé ſeulement.
H iv
176 M E R C U R E
DE s Amantes voilà l hiſtoire,
Chloé; mais, vous pouvez m'en croire,
C'eſt auſſi celle des Amans.
En vain votre coeur en murmure ;
C'eſt la bonne vieille nature
Qui fit tous ces arrangemens.
Quant au remède, je l'ignore.
Sans doute il n'en exiſte aucun ;-
Car le vôtre n'en eſt pas un :
Ne point aimer, c'eſt pis encore.
Il y a cette année fort peu de Coates d'une
certaine étendue. Ceux qui ſe ſont exercés
dans ce genre, ou dans celui des bons mors
rimés qui rentreut dans la même claſſe, ſont
M. Collin , M. Duault, M. D. T. , M.
Guyétand, M. Maſſon de Morvilliers, M.
Pons de Verdun, & M. Pouteau. Le Devin
# n'eſ#pas Sorcier, Conſultation dialoguée,
outient la réputation de gaîté & d'origina
lité que M. Collin s'eſt déjà faite par ſes pre
miers eſſais; le dialogue en eſt fort naturel.
Le Père Laconique , par M. Duault, eſt une
boutade aſſez plaiſante , & il y a beaucoup
de gaîté dans le Préſent incomplet , de M.
Pons de Verdun. Le voici : -
A douze élus qui formoient un Chapitre,
Depuis trois mois, Paul devoit mille fra2cs ;
Mais ſa caſſette, en dépit du bon titre,
Pour les payer, lui demandoit trois ans.
Le verre en main, & les coudes ſur table,
-
D E F R A N C E. 177
Rêvant un jour à ſortir d'embarras,
Il ſe ſouvient qu'il a dans ſon étable
Douze gorets bien tendres & bien gras,
Que fraîchement ſa truye avoit mis bas.
En porter un à chaque vénérable
Pour l'attendrir en lui contant ſon cas,
Eſt un projet que Paul trouve admirable.
« C'eſt le bon Dieu qui m'inſpire ceci !
» Remarque bien, dit il à ſon épouſe,
» Remarque bien que nos gorets ſont douze,
» Et ces Meſſieurs tout juſte douze auſſi. »
Joyeux, Dieu ſait ! le Manant s'endimanche ;
Il va trouver nos Béats en ſecret ;
A chacun d'eux il préſente un goret,
Et chacun d'eux lui promet carte blanche,
Trois ans de plus, comme il le deſircit,
Le lendemain le Chapitre s'aſſemble :
Paul fait alors un grand ſigne de croix :
» Chacun à part m'ayant promis ſa voix,
» J'aurai, dit-il , les deuze voix enſemble ,
» Si qu'il chantoit d'avance alleluia ! »
Quand le Chapitre en ſortant lui ctia :
« Point de quartier , dès demain paye ou tremble. »
Pour le calmer, lors d'un ton papelard,
Chaque Béat le tirant à l'écart,
Lui dit : « mon cher, j'ai parlé fort & ferme
» En ta faveur, & j'ai vingt fois conclu
» Que l'on devcit t'accorder un lorg terme ;
· H v
178 . M E R C U R E. .
» Notre Chapitre ainſi ne l'a voulu. »
Paul, attiiité du refus qu'il eſſuye,
Songe aux gorets; & d'un air ingénu
S'écrie : hélas! que n'ai-je donc connu
Votre Chapitre, il auroit eû ma truye !
Le bon mot qu'a rimé M. Pouteau eſt plaiſant.
Parmi quelques épigrammes, on diſtin
guera celle intitulée : le Repentir , par M.
Maſſon de Morvilliers, connu par de jolis
vers dans plus d'un genre, mais ſur tout par
le tour vif & mordant qu'il ſait donner à
l'épigramme.
Mbs E, alte-là! j'abjure l'épigramme.
Ne peux-tu donc m'inſpirer d'autres chants ?
Comme un forçat, j'ai langui ſur ma rame ;
Qu'ai-je gagné : la haine des méchans.
SI d'un pédant je peins le lourd mérite,
Damon ſe croit déſigné dans mes vers.
Que je perſiffie un rimeur hypocrite,
Cléon me lance un regard de travers.
D'UN mot plaiſant, fi je force à ſe taire
Ces plats grimauds, toujours fi contens d'eux,
Qui vont traînant leur honte héréditaire,
" Damis ſoutient qu'un ſot & lui font deux.
CHANToNs plutôt la candeur, la ſcience,
La modeſtie avec tous ſes attraits;
Et ces Meſſieurs, du moins en conſcience,
Ne crciront plus qu'on faſſe leurs portraits.
D E F R A N C E. 179
Ces vers ſont plaiſans, mais ces Meſſieurs
trouveront que cette réparation eſt pire que
l'offenſe, & qu'un pareil repentir reſſemble
beaucoup à ce qu'on appelle impénitence
finale.
Il nous reſte à parler de la Chanſon. On
en voit très - peu dans le Recueil de cette
année. Il y a de la gaîté dans le Pareffèux,
de M. de Br..., & des détails agréables dans
la Romance & la Chanſon de M. Garnier.
La Romance de M. Grouvelle, intitulée : la
Vieille de ſeize ans , eſt ingenieuſe. Nous !
allons rapporter un couplet de M. L **, qui
nous a paru heureux.
Couplet à une Dame , qui prétendoit que
perdre la raiſon & perdre la memoire ,
étoient la même choſe.
EN dépit de votre argument,
Je prouve le cortraire.
Daignez m'accorder ſeulemen
Un baiſer pour ſalaire.
Si j'obtenois un pareil don
Pour prix de ma victoire,
Je pourrois perdre la raiſon,
Mais non pas la mémoire.
Les jolis couplets de M. A.... ſur un air
d'Albanège, avoient déjà couru manuſcrits,
& on les retrouve avec plaiſir dans ce Re
cueil, ainſi qu'une chanſon guerrière de
M. Berquin, ſi connu par ſes Romances
H vj
18o M E R C U R E
& ſes Idylles, avant de l'être par d'autres
Ouvrages.
Après avoir parcouru les divers genres de
poéſies, pour mettre nes Lecteurs à portee
d'apprécier nos richeſſes de cette année, nous
allons citer d'autres noms qui parent encore
pluſieurs pages de ce Volume. Deux Hom
mes de Lettres fort connus, M. Blin de Sain
mcre & M. de la Harpe, ſe ſont réunis (par
haſard ſans doute ) pour célébrer le Comte
du Nord. Le talent de ces deux Écrivains eſt
connu, & leurs Épîtres répondent à l'idee
qu'en a conçu depuis longtemps le Public.
Nous ne devrions peut-être pas parler de
Voltaire, n'ayant à louer de lui dans ce Re
cueil que quelques détails dans une Épître,
& une fort jolie épigramme. Un pareil éloge,
adreſſé à un auſſi grand nom, eſt trep peu de
choſe , mais il vaut encore mieux acquitter
une dette ſi modique, que de ſe rendre ſuſ
pect d'un oubli criminel.
On lira avec plaiſir , dans ce même Vo
lume, diverſes Pièces de M. le Chevalier de
Loeillard, de M. Doigny, de M. François de
Neufchâteau, de M. Flins, de M. Maréchal,
& de M. de Sauv.**, dont la réputation eſt
fondée ſur des Ouvrages plus importans,
& qui jouiſſent de l'eſtime du Public.
Nous aurions voulu parler auſſi de M. le
Marquis de Villette, de qui on lit tous les
ans quelques Pièces ingénieuſes, de M.
l'Abbé Dourneau, de M. Fallet, de M.
Fréron, de M. Marſ**, de M. de Piis, de
D E F R A N C E. 181
M. Salaur, de M. Vigée, de M. Royou, de
M. Rebel, & c. qui ont contribué avec ſuc
cès à l'Almanach de cette année , mais la
multiplicité des noms qui enrichiſſent ce
Recueil, nous met fort à l'étroit dans les
bornes qui nous ſont preſcrites, & nous
force d'abréger tout à la fois & la critique
& la louange. -
On s'appercevra peut-être auſſi qu'il y a
quelques Ouvrages dont nous n'avons point ,
parle, ceux qui ſont ſouſcrits de notre nom,
en gardant le ſilence ſur ces bagatelles, nous
n'avons pas la prétention de faire dire que
c'eſt par modeſte : Dieu veuille ſeulement
qu'on ne diſe point que c'eſt par juſtice !
( Cet Article eſt de M. Imbert. )
Fermer
Résumé : ALMANACH des Muses, 1783. A Paris, chez Delalain l'aîné, Libraire, rue Saint-Jacques, vis à-vis celle du Plâtre.
L'Almanach des Muses, publié en 1783 à Paris par Delalain l'aîné, est le plus ancien et le plus répandu des recueils poétiques annuels. Il suscite un grand intérêt parmi les amateurs et les jeunes poètes, qui espèrent y voir leurs œuvres publiées. Les avis sur sa qualité varient chaque année, souvent en fonction du genre de poèmes dominants. Bien que certains contributeurs célèbres aient disparu, une nouvelle génération de poètes émerge. Cependant, l'Almanach a perdu une partie de sa nouveauté, car beaucoup des pièces qu'il contient ont déjà été publiées dans le Mercure ou le Journal de Paris. Ces journaux sont devenus des sources importantes pour l'Almanach, offrant aux poètes une célébrité rapide et un dépôt digne de leurs œuvres. Malgré cela, l'Almanach reste apprécié pour ses vers nouveaux et offre un tableau des progrès ou de la décadence de la poésie. Le texte critique la traduction d'une ode d'Horace par M. de Fontanes, notant des erreurs de style et de rythme, tout en louant la 'Chartreuse de Paris' de M. de Fontanes pour son énergie et sa mélancolie attachante. La critique littéraire porte également sur divers poèmes et auteurs, soulignant leurs talents respectifs en poésie. Parmi les œuvres mentionnées figurent celles de M. Bérenger, M. de Bonneville, et le Chevalier de Rivarol. Des fables de l'Abbé Aub..., Mme de la Fer..., M. Drobecq, et M. de Monvel sont également commentées, avec des éloges pour leur ingéniosité et leur sensibilité. Le texte se termine par des mentions de poésies légères et érotiques, notant les contributions de Mme de Bourdic et Mlle de Gaudin, appréciées pour leur charme et leur capacité à séduire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer