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51
p. 34-58
Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain 13. ils partirent pour aller coucher à Cambray, [...]
Mots clefs :
Cambrai, Ville, Comte de Monbron, Roi, Citadelle, Place, Médaille, Peuples, Harangue, Ambassadeurs, Archevêque, Français
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texteReconnaissance textuelle : Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Le lendemain 13. ils partirentpour
aller coucher àCambray
, & leur fortie fut auffi
éclatante qu'avoit eſté leur en
des Amb. de Siam. 35
:
trée. Cambray eſt une des plus
fortes Villes de l'Europe. Elle
eſt grande , belle , bien bâtie
, & fituée fur l'Elcaut qui
la traverſe d'un coſté. Elle
a double Citadelle. L'Egliſe
Metropolitaine de Notre-
Dame eſt tres - magnifique .
Son Chapitre eft compoſé de
48. Chanoines , & de 95. Eccleſiaſtiques
qui fervent dans
cette Eglife. L'Eveſché qui
avoit efté uny à celuy d'Arras
juſqu'à l'an 1095. fut erigé en
Archeveſché en 1559. par le
Pape Paul II. On tient que
Clodion conquit cette Villa
36 IV. P. du Voyage
en 445. Apres avoir eſté le
partage de Charles le Chauve
en 843. elle devint le ſujet de
la Guerre entre les Rois de
France , les Empereurs & les
Comtes de Flandre. Baudoüin
I. Comte de Flandre , l'ayant
prife & donnée à fon Fils Raoul
, les Empereurs ne laiſſerent
point de la declarer Cité
libre , fans que les François
cedaffent leurs droits . Charles
Quint ne voulut point s'en
tenir à la neutralité que le Roy
François I. luy avoit accordée.
Cet Empereur la prit en 1543 .
&fit bâtir une Citadelle aux
des Amb de Siam. 37
dépens des Habitans , auf
quels il fit croire que c'eſtoit
pour empêcher que les François
ne s'en emparaffent. Le
Duc d'Alençon Frere du Roy
Henry III . ayant eſté fait
Comte de Flandre, fut auffi
Maiſtre de Cambray. Il remit
cette Place à Jean de Montluc
Seigneur de Balagny , qui
prit le party de la ligue , &
fit enſuite ſa Paix avec le Roy
Henry IV. qui le fit Prince de
Cambray , & Marefchal de
France. Ce fut fur luy que les
Eſpagnols ſurprirent cette
Ville en 1595. Ils la fortifie38
IV. P. du Voyage
:
rent , y entretinrentunegroffe
Garnifon , & elle paffoit
pour une Place imprenable ,
mais elle ne l'a pas efté
pour LOUIS LE GRAND ,
qui apres avoir pris la Ville en
peu de jours, força laCitadelleà
ſe rendre le 16. Mars 1677.
La grande Citadelle qui eſt ſur
un lieu éminent , commande
toute la Ville , & a ſes foſſez
taillez dans le roc. Ceux qui
entourent les murailles de la
Ville ſont profonds & larges,
& ces murailles ſont reveſtuës
de bons Baſtions . Cambray
eſt defendu par un Fort du
des Amb. de Siam. 39
côté de la Riviere , & comme
la Ville eſt dans un Pays afſez
bas de ce côté-là , on en
pourroit inonder les environs
eny lâchant les Ecluſes ; les
autres Forts ſont auſſi tresimportans
. De grandes & belles
ruës aboutiſſent à la Place
où eſt la Maiſon de Ville .
C'eſt un magnifique Bâtiment
orné d'une Horloge tres-curieuſe
, que les Eſtrangers y
vont admirer. Male Comte
de Monbron , Gouverneur de
cette Place, envoya la Cavale.
rie au devant des Ambaffadeurs
juſques à moitié che
40 IV . P. du Voyage
mın de Valencienues. Ils trou
verent en approchant de la
Ville une fort grande quantité
de Peuple , & M. le Comte
de Monbron qui les attendoit
à la porte. Ils entreren
au bruit du Canon , & au tra
vers de l'Infanterie de laGar
nifon qui formoit deux haye
juſqu'à leur logis , au devan
duquel toute cette Infanterie
fit une décharge fi-tôt qu'ils
y furent arrivés. Ma le Comte
de Monbron s'y rendit peu
de temps aprés , & leur preſenta
Mdu Magiftrat , &
M Defgruſeliers , premier
Confeiller
des Amb. de Siam. 41
Conſeiller Penfionnaire , en
Robe , & Bonnet de velours
noir , qui leur fit le diſcours
fuivant.
MESSEIGNEURS,
L'honneur que la France vient
de recevoir par l' Ambaffade que le
trés-puiffantRoy de Siam a envoyée
à nostre invincible Monarque, fait
bien voir que l'éclat de fes Vertus
héroïques a prévalufur celuy defes
trésors & de ses finances. En effet,
la charmante conduite que Sa Ma
jefté tient pour gouvernerses peuples
, donne de l'admiration à toute
la terre , & ce n'est pas fans fujet
que le Roy vostre Maistre a voulu
Sefaire instruire de fes belles maxi-
D
42 IV. P. du Voyage
mes pour s'en fervir à l'égard de
fes Sujets , & les rendre heureux
par l'administration de la Iustice.
Cette Ambaſſade, Meßeigneurs, eft
d'autant plus celebre qu'elle s'eft
faite de la part du plus puiſſant
Roy de l'orient , au plus glorieux
Monarque de l'Europe ; &fi l'on
confulte l'Histoire , il ne s'est rien
vû de pareil depuis plusieurs fiecles,
fi ce n'est lorſque Charlemagne
, premier Empereur du Nom
François , ayant humilié l'infolence
l'impieté des Lombards, &affeuré
le Souverain Pontife Adrien I.
dansfon Pontificat, receut de luy la
Couronne Imperiale,&peu de temps
aprés les Ambaſſades des Rois de
Perse & de Fez , Celle que vos
Excellences viennent de faire , s'a
dreſſe à Louis le Grand, digne he-
7
des Amb. de Siam. 43.
ritier des Vertas de ce faint Empereur
, pour avoir donné la paixó
le repos à toute la Chreftienté , &
chaßé de ses Estats les Heresies de
Luther & de Calvin .
Heureux les Peuples qui vivent
Sous cette agreable domination ,
plus heureux encore ceux du grand
Roy de Siam , si profitant des travaux
& des lumieres que vos Excellences
leur donneront, ils parviennent
àla connoiſſance du grandRoy
du Ciel & de la Terre, &joüiffent
du bonheur d'estre gouvernez avec
La mefme douceur, que la bonté de
nostre grand Roy fait goûter àses
fidelles Sujets. C'est à cette fin que
nous leur adreſſons leſouhait duPoëte,
Vivite fælices, quibus eſt fortuna peracta,
Vobis parta quics eft, nullum jam æquor arang
dum,
/
Di
44 IV. P. du Voyage
Loüiffez , Peuples de Siam, de la
douceur du repos, puisque vos illuftres
Ambassadeurs vont repaffer les
mers pourvous porter les belles maximes
d'y parvenir & vous rendre
keureux dans la fuite de tous les
temps. C'est leſouhait que font avec
beaucoup de respect &de tendreſſe,
à vos Excellences , le Magistrat &
Peuple de la Ville de Cambray.
Cette harangue fut ſuivie
du preſent d'une Medaille
d'or du poids de vingt-ſept
piſtoles , dont la face droite
repreſente le Roy avec ces
mots Ludovico Victore
Pacis datore. La Ville de Cambray
paroift au revers avec
د
desAmb. de Siam. 45
ces paroles dulcius vivimus.
Toutes ces Lettres font numerales
hormis la lettre S , &
font enſemble l'an 1678. qui
fuit celle de la reduction de
cette Place en l'obeïſſance du
Roy , & dans laquelle ces
Peuples comencerent à reſſentir
les douceurs du Gouvernement
de Sa Majesté , ainſi
qu'ils le publient par le revers
de la Medaille qu'ils ont
eux-meſmes fait frapper.Cette
Medaille avoit eſté preſentée
au Roy en 1678. au
nom de la Ville de Cambray
par M Defgrufeliers , qui
r
46 IH. P. du Voyage
bien qu'il en ſoit l'Autheur ,
n'a cherché qu'à exprimer les
fentiments du Peuple. Lors
qu'ik la preſenta aux Ambaffadeurs
, il leur dit que cette
Medaille fervoit de preuve incontestable
de la fatisfaction que
Le Peuple de Cambray avoit
d'eftre au nombre des Sujets du
Roy, & qu'ils souhaitoient que
tous les Peuples du Monde en
puffent estre informés.
Le Diſtique ſuivant eſtoit
dansl'envelope de laMedaille.
Vicifti , Princeps , Vrbi pacemque dediſti
Qui Rex &Pater es , dulcius eße dabis.
des Amb. de Siam. 47
,
On preſenta enfuite aux
Ambaſſadeurs trois pieces de
toile tres-fine , de la fabrique
de Cambray & nommée
dans le Commerce , Toile de
Cambray depuis pluſieurs Siecles.
L'Ambaſſadeur répondit
que le Roy leur avoit fait
rendre de grands honneurs , en
les faiſant recevoir magnifiquement
dans tous les lieux où ils
avoient paffé ; qu'on leur avoit
montré par fon ordre toutes ses
Maiſons Royales , & tout ce
que ce Monarque a de plus curieux
; qu'on leur avoit fait voir
une partie de ſes Conquestes , où
48 IV . P. du Voyage
l'on n'avoit rien oublié pour leur
marquer l'estime qu'on a pour
le Roy leur Maître , à qui ils
feroient à leur retour un recit
fidelle de tous les honneurs qu'ils
avoient receus , & qu'ils n'oublieroient
pas de luy remettre entre
les mains la Medaille repre-
Sentant Sa Majesté, &la Ville
de Cambray , afin que la memoire
en fûtconfervée chez eux
pendant tous les Siecles à venir.
Ils ajoûterent qu'ils eftimoient
cette Medaille plus d'un million,
&aprés avoir remercié Ms
duMagiftrat, de l'exactitude
avec laquelle ils leur rendoier
tant
des Amb. de Siam. 49
d'honneurs , le premier Ambaffadeur
demanda une Co
pie de la harangue qui leur
venoit d'eſtre faite , afin , ditil
, qu'ils la puſſent admirer avec
reflexion . M l'Archevef
que de Cambray les vint
voir le meſme ſoir , ils en témoignerent
beaucoup de
joye , parce qu'ils avoient
oüy parler de ſon grand merite
, & qu'ils ont beaucoup
de confideration pour les perſonnes
de ſon caractere. Ils
avoient avec eux deux Interpretes,
dont l'un s'eſt mis depuis
pluſieurs années dans la
E
So IV. P. du Voyage
Miffion qui s'eſt établie à
Siam ; il eſt déja dans les
Ordres ; il parle bien François
, & encore mieux Latin
&ſe nomme M Antoine.M
l'Archeveſque de Cambray
qui en avoit oüy dire beaucoup
de bien, l'émena ſouper
avec luy,&le fit coucher dans
l'Archeveſché. Il luy demanda
quantité de choſes touchant
le Royaume de Siam,
&fut tres-content de ſes réponſes
. Ce Prélat luy donna
un Chapelet avec des Medailles
d'or.
Aprés qu'il eut quitté les
des Amb. de Siam. st
Ambaſſadeurs, M¹ le Comte
de Monbron leur demanda
l'ordre , & ils donnerent
pour mot , Fidelle à fon
choix , ce qui marque que
ce Comte fert le Roy avec
beaucoup d'ardeur & de
fidelité , & qu'il ne dément
point la bonne opinion que
Sa Majefté a euë de luy, en
commençant à reconnoiſtre
ſon merite& ſes ſervices, dans
un âge ou beaucoup d'autres
ne font pas en eſtat de recevoir
ſi- toſt de ſi glorieuſes
recompenfes . Il ſoupa le foir
avec les Ambaſſadeurs , &
Eij
52 IV. P. duVoyage
quoy que toute la Ville fou
haitaſt de les voir manger , la
curioſité des Dames fut ſeule
fatisfaite.
Le lendemain matin , M
le Comte de Monbron leur
envoya quatre Carroffes. Ils
ſe mirent dedans. Lorſqu'ils
furent fortis de la Ville, ils
trouverent des Chevaux que
ce même Comte leur avoit
fait tenir preſts. Ils monterent
deſſus, &viſirerent les
Fortifications avec M de
Monbron & l'Ingenieur qui
tenoit le Plan. On leur fie
voir toutes les Fortifications,
desAmb. de Siam. 53
tous les ouvrages avancez, &
meſme ceux qui n'eſtoient
que commencez. Ils ſe recrierent
de nouveau ſur la grandeur
du Roy , ayant vû non
ſeulement des Ouvriers par
tout , mais auffi en grand
nombre , & travaillant à de
grands ouvrages. Ils remonterent
enfuite en carroffe , &
allerent à la Citadelle, où M
duTilleul qui en eſt Gouverneur
, les attendoit avec les
Officiers majors. Ils y furent
receus comme ils l'avoient
eſté dans les autres Citadelles.
La Compagnie des Cadets
r
E iij
34 IV. P. duVoyage
eſtoit en bataille . L'Ambaf
fadeur qui avoit déja pris
beaucoup de plaifir à en voir
en d'autres Villes , dit que fi
Le Roy estoit plus grand en puiffance
que les autres Monarques,
il l'estoit auſſi en vertu ; qu'il
donnoit du pain à la jeuneNobleſſe
dés l'enfance , & qu'il en
donnoit à ceux qui devenoient
des , foit par de groſſes re
compenses ,foit par des places
dans le lieu qu'il avoit étably
pour les loger ; & qu'ainsi ils
estoient affeurez d'avoir dequoy
vivre, &dans leur jeunesse, &
dans leur vieilleffe. Ils firent le
:
des Amb. de Siam. 55
tour de la Citadelle, & admirerent
la hauteur & la profondeur
des Bastions, ne pouvant
comprendre comment
on avoit pû ſe rendre maiftre
d'une Place fi forte. Le
premier Ambaſſadeur dit que
s'il estoit dans une Place pareille
avec des Troupes Françoiſes,
il ne croyoit pas qu'onfongeast
àl'attaquer. Pendant qu'ils eftoient
ſur les ramparts de la
Citadelle, on fit venir ſur l'EC
planade qui eſt entre la Ville
& la Citadelle , une Compagnie
de Cadets . Ils firent l'exercice;
mais comme le jour
E iiij
56 IV. P. du Voyage
commençoit à finir , & qu'ils
avoient refolu d'aller voir
M l'Archeveſque , l'Ambaffadeur
dit qu'il estoit accoutumé
à voir de la Noblesse &des
Troupes , mais qu'il ne verroit
pas par tout des Archevesques
comme celuy de Cambray. Ils
allerent dans fon Eglife , où
ils le trouverent à la teſte de
ſon Chapitre. Aprés le compliment
de ce Corps, lesAmbaſſadeurs
ne voulurent point
avancer que M'l'Archevefque
ne paſſaſt devant eux, &
luy dirent qu'ils avoient oüy
parlerdefa pieté&desagran
des Amb. de Siam. 57
deur, de toutes manieres. Ce Prélat
leur fit voir tout ce qu'il
y avoit de plus curieux dans
fon Eglife , & leur en fit entendre
la Muſique & les Orgues.
Il voulut enfuire les reconduire
juſques à la porte,
quoyque les Ambaſſadeurs
s'efforçaſſent de ren empefcher
, ne croyant pas qu'il ſe
dûſt donner ces ſoins.Quand
ils furent de retour chez eux,
le Major alla prendre le mot
& on luy donna , Il achevera
fon Ouvrage. Ce mot regarde
le Roy & Me le Comte de
Monbron; & ce n'eft pas à
58 IV. P. du Voyage
moy à raiſonner là- deſſus .
aller coucher àCambray
, & leur fortie fut auffi
éclatante qu'avoit eſté leur en
des Amb. de Siam. 35
:
trée. Cambray eſt une des plus
fortes Villes de l'Europe. Elle
eſt grande , belle , bien bâtie
, & fituée fur l'Elcaut qui
la traverſe d'un coſté. Elle
a double Citadelle. L'Egliſe
Metropolitaine de Notre-
Dame eſt tres - magnifique .
Son Chapitre eft compoſé de
48. Chanoines , & de 95. Eccleſiaſtiques
qui fervent dans
cette Eglife. L'Eveſché qui
avoit efté uny à celuy d'Arras
juſqu'à l'an 1095. fut erigé en
Archeveſché en 1559. par le
Pape Paul II. On tient que
Clodion conquit cette Villa
36 IV. P. du Voyage
en 445. Apres avoir eſté le
partage de Charles le Chauve
en 843. elle devint le ſujet de
la Guerre entre les Rois de
France , les Empereurs & les
Comtes de Flandre. Baudoüin
I. Comte de Flandre , l'ayant
prife & donnée à fon Fils Raoul
, les Empereurs ne laiſſerent
point de la declarer Cité
libre , fans que les François
cedaffent leurs droits . Charles
Quint ne voulut point s'en
tenir à la neutralité que le Roy
François I. luy avoit accordée.
Cet Empereur la prit en 1543 .
&fit bâtir une Citadelle aux
des Amb de Siam. 37
dépens des Habitans , auf
quels il fit croire que c'eſtoit
pour empêcher que les François
ne s'en emparaffent. Le
Duc d'Alençon Frere du Roy
Henry III . ayant eſté fait
Comte de Flandre, fut auffi
Maiſtre de Cambray. Il remit
cette Place à Jean de Montluc
Seigneur de Balagny , qui
prit le party de la ligue , &
fit enſuite ſa Paix avec le Roy
Henry IV. qui le fit Prince de
Cambray , & Marefchal de
France. Ce fut fur luy que les
Eſpagnols ſurprirent cette
Ville en 1595. Ils la fortifie38
IV. P. du Voyage
:
rent , y entretinrentunegroffe
Garnifon , & elle paffoit
pour une Place imprenable ,
mais elle ne l'a pas efté
pour LOUIS LE GRAND ,
qui apres avoir pris la Ville en
peu de jours, força laCitadelleà
ſe rendre le 16. Mars 1677.
La grande Citadelle qui eſt ſur
un lieu éminent , commande
toute la Ville , & a ſes foſſez
taillez dans le roc. Ceux qui
entourent les murailles de la
Ville ſont profonds & larges,
& ces murailles ſont reveſtuës
de bons Baſtions . Cambray
eſt defendu par un Fort du
des Amb. de Siam. 39
côté de la Riviere , & comme
la Ville eſt dans un Pays afſez
bas de ce côté-là , on en
pourroit inonder les environs
eny lâchant les Ecluſes ; les
autres Forts ſont auſſi tresimportans
. De grandes & belles
ruës aboutiſſent à la Place
où eſt la Maiſon de Ville .
C'eſt un magnifique Bâtiment
orné d'une Horloge tres-curieuſe
, que les Eſtrangers y
vont admirer. Male Comte
de Monbron , Gouverneur de
cette Place, envoya la Cavale.
rie au devant des Ambaffadeurs
juſques à moitié che
40 IV . P. du Voyage
mın de Valencienues. Ils trou
verent en approchant de la
Ville une fort grande quantité
de Peuple , & M. le Comte
de Monbron qui les attendoit
à la porte. Ils entreren
au bruit du Canon , & au tra
vers de l'Infanterie de laGar
nifon qui formoit deux haye
juſqu'à leur logis , au devan
duquel toute cette Infanterie
fit une décharge fi-tôt qu'ils
y furent arrivés. Ma le Comte
de Monbron s'y rendit peu
de temps aprés , & leur preſenta
Mdu Magiftrat , &
M Defgruſeliers , premier
Confeiller
des Amb. de Siam. 41
Conſeiller Penfionnaire , en
Robe , & Bonnet de velours
noir , qui leur fit le diſcours
fuivant.
MESSEIGNEURS,
L'honneur que la France vient
de recevoir par l' Ambaffade que le
trés-puiffantRoy de Siam a envoyée
à nostre invincible Monarque, fait
bien voir que l'éclat de fes Vertus
héroïques a prévalufur celuy defes
trésors & de ses finances. En effet,
la charmante conduite que Sa Ma
jefté tient pour gouvernerses peuples
, donne de l'admiration à toute
la terre , & ce n'est pas fans fujet
que le Roy vostre Maistre a voulu
Sefaire instruire de fes belles maxi-
D
42 IV. P. du Voyage
mes pour s'en fervir à l'égard de
fes Sujets , & les rendre heureux
par l'administration de la Iustice.
Cette Ambaſſade, Meßeigneurs, eft
d'autant plus celebre qu'elle s'eft
faite de la part du plus puiſſant
Roy de l'orient , au plus glorieux
Monarque de l'Europe ; &fi l'on
confulte l'Histoire , il ne s'est rien
vû de pareil depuis plusieurs fiecles,
fi ce n'est lorſque Charlemagne
, premier Empereur du Nom
François , ayant humilié l'infolence
l'impieté des Lombards, &affeuré
le Souverain Pontife Adrien I.
dansfon Pontificat, receut de luy la
Couronne Imperiale,&peu de temps
aprés les Ambaſſades des Rois de
Perse & de Fez , Celle que vos
Excellences viennent de faire , s'a
dreſſe à Louis le Grand, digne he-
7
des Amb. de Siam. 43.
ritier des Vertas de ce faint Empereur
, pour avoir donné la paixó
le repos à toute la Chreftienté , &
chaßé de ses Estats les Heresies de
Luther & de Calvin .
Heureux les Peuples qui vivent
Sous cette agreable domination ,
plus heureux encore ceux du grand
Roy de Siam , si profitant des travaux
& des lumieres que vos Excellences
leur donneront, ils parviennent
àla connoiſſance du grandRoy
du Ciel & de la Terre, &joüiffent
du bonheur d'estre gouvernez avec
La mefme douceur, que la bonté de
nostre grand Roy fait goûter àses
fidelles Sujets. C'est à cette fin que
nous leur adreſſons leſouhait duPoëte,
Vivite fælices, quibus eſt fortuna peracta,
Vobis parta quics eft, nullum jam æquor arang
dum,
/
Di
44 IV. P. du Voyage
Loüiffez , Peuples de Siam, de la
douceur du repos, puisque vos illuftres
Ambassadeurs vont repaffer les
mers pourvous porter les belles maximes
d'y parvenir & vous rendre
keureux dans la fuite de tous les
temps. C'est leſouhait que font avec
beaucoup de respect &de tendreſſe,
à vos Excellences , le Magistrat &
Peuple de la Ville de Cambray.
Cette harangue fut ſuivie
du preſent d'une Medaille
d'or du poids de vingt-ſept
piſtoles , dont la face droite
repreſente le Roy avec ces
mots Ludovico Victore
Pacis datore. La Ville de Cambray
paroift au revers avec
د
desAmb. de Siam. 45
ces paroles dulcius vivimus.
Toutes ces Lettres font numerales
hormis la lettre S , &
font enſemble l'an 1678. qui
fuit celle de la reduction de
cette Place en l'obeïſſance du
Roy , & dans laquelle ces
Peuples comencerent à reſſentir
les douceurs du Gouvernement
de Sa Majesté , ainſi
qu'ils le publient par le revers
de la Medaille qu'ils ont
eux-meſmes fait frapper.Cette
Medaille avoit eſté preſentée
au Roy en 1678. au
nom de la Ville de Cambray
par M Defgrufeliers , qui
r
46 IH. P. du Voyage
bien qu'il en ſoit l'Autheur ,
n'a cherché qu'à exprimer les
fentiments du Peuple. Lors
qu'ik la preſenta aux Ambaffadeurs
, il leur dit que cette
Medaille fervoit de preuve incontestable
de la fatisfaction que
Le Peuple de Cambray avoit
d'eftre au nombre des Sujets du
Roy, & qu'ils souhaitoient que
tous les Peuples du Monde en
puffent estre informés.
Le Diſtique ſuivant eſtoit
dansl'envelope de laMedaille.
Vicifti , Princeps , Vrbi pacemque dediſti
Qui Rex &Pater es , dulcius eße dabis.
des Amb. de Siam. 47
,
On preſenta enfuite aux
Ambaſſadeurs trois pieces de
toile tres-fine , de la fabrique
de Cambray & nommée
dans le Commerce , Toile de
Cambray depuis pluſieurs Siecles.
L'Ambaſſadeur répondit
que le Roy leur avoit fait
rendre de grands honneurs , en
les faiſant recevoir magnifiquement
dans tous les lieux où ils
avoient paffé ; qu'on leur avoit
montré par fon ordre toutes ses
Maiſons Royales , & tout ce
que ce Monarque a de plus curieux
; qu'on leur avoit fait voir
une partie de ſes Conquestes , où
48 IV . P. du Voyage
l'on n'avoit rien oublié pour leur
marquer l'estime qu'on a pour
le Roy leur Maître , à qui ils
feroient à leur retour un recit
fidelle de tous les honneurs qu'ils
avoient receus , & qu'ils n'oublieroient
pas de luy remettre entre
les mains la Medaille repre-
Sentant Sa Majesté, &la Ville
de Cambray , afin que la memoire
en fûtconfervée chez eux
pendant tous les Siecles à venir.
Ils ajoûterent qu'ils eftimoient
cette Medaille plus d'un million,
&aprés avoir remercié Ms
duMagiftrat, de l'exactitude
avec laquelle ils leur rendoier
tant
des Amb. de Siam. 49
d'honneurs , le premier Ambaffadeur
demanda une Co
pie de la harangue qui leur
venoit d'eſtre faite , afin , ditil
, qu'ils la puſſent admirer avec
reflexion . M l'Archevef
que de Cambray les vint
voir le meſme ſoir , ils en témoignerent
beaucoup de
joye , parce qu'ils avoient
oüy parler de ſon grand merite
, & qu'ils ont beaucoup
de confideration pour les perſonnes
de ſon caractere. Ils
avoient avec eux deux Interpretes,
dont l'un s'eſt mis depuis
pluſieurs années dans la
E
So IV. P. du Voyage
Miffion qui s'eſt établie à
Siam ; il eſt déja dans les
Ordres ; il parle bien François
, & encore mieux Latin
&ſe nomme M Antoine.M
l'Archeveſque de Cambray
qui en avoit oüy dire beaucoup
de bien, l'émena ſouper
avec luy,&le fit coucher dans
l'Archeveſché. Il luy demanda
quantité de choſes touchant
le Royaume de Siam,
&fut tres-content de ſes réponſes
. Ce Prélat luy donna
un Chapelet avec des Medailles
d'or.
Aprés qu'il eut quitté les
des Amb. de Siam. st
Ambaſſadeurs, M¹ le Comte
de Monbron leur demanda
l'ordre , & ils donnerent
pour mot , Fidelle à fon
choix , ce qui marque que
ce Comte fert le Roy avec
beaucoup d'ardeur & de
fidelité , & qu'il ne dément
point la bonne opinion que
Sa Majefté a euë de luy, en
commençant à reconnoiſtre
ſon merite& ſes ſervices, dans
un âge ou beaucoup d'autres
ne font pas en eſtat de recevoir
ſi- toſt de ſi glorieuſes
recompenfes . Il ſoupa le foir
avec les Ambaſſadeurs , &
Eij
52 IV. P. duVoyage
quoy que toute la Ville fou
haitaſt de les voir manger , la
curioſité des Dames fut ſeule
fatisfaite.
Le lendemain matin , M
le Comte de Monbron leur
envoya quatre Carroffes. Ils
ſe mirent dedans. Lorſqu'ils
furent fortis de la Ville, ils
trouverent des Chevaux que
ce même Comte leur avoit
fait tenir preſts. Ils monterent
deſſus, &viſirerent les
Fortifications avec M de
Monbron & l'Ingenieur qui
tenoit le Plan. On leur fie
voir toutes les Fortifications,
desAmb. de Siam. 53
tous les ouvrages avancez, &
meſme ceux qui n'eſtoient
que commencez. Ils ſe recrierent
de nouveau ſur la grandeur
du Roy , ayant vû non
ſeulement des Ouvriers par
tout , mais auffi en grand
nombre , & travaillant à de
grands ouvrages. Ils remonterent
enfuite en carroffe , &
allerent à la Citadelle, où M
duTilleul qui en eſt Gouverneur
, les attendoit avec les
Officiers majors. Ils y furent
receus comme ils l'avoient
eſté dans les autres Citadelles.
La Compagnie des Cadets
r
E iij
34 IV. P. duVoyage
eſtoit en bataille . L'Ambaf
fadeur qui avoit déja pris
beaucoup de plaifir à en voir
en d'autres Villes , dit que fi
Le Roy estoit plus grand en puiffance
que les autres Monarques,
il l'estoit auſſi en vertu ; qu'il
donnoit du pain à la jeuneNobleſſe
dés l'enfance , & qu'il en
donnoit à ceux qui devenoient
des , foit par de groſſes re
compenses ,foit par des places
dans le lieu qu'il avoit étably
pour les loger ; & qu'ainsi ils
estoient affeurez d'avoir dequoy
vivre, &dans leur jeunesse, &
dans leur vieilleffe. Ils firent le
:
des Amb. de Siam. 55
tour de la Citadelle, & admirerent
la hauteur & la profondeur
des Bastions, ne pouvant
comprendre comment
on avoit pû ſe rendre maiftre
d'une Place fi forte. Le
premier Ambaſſadeur dit que
s'il estoit dans une Place pareille
avec des Troupes Françoiſes,
il ne croyoit pas qu'onfongeast
àl'attaquer. Pendant qu'ils eftoient
ſur les ramparts de la
Citadelle, on fit venir ſur l'EC
planade qui eſt entre la Ville
& la Citadelle , une Compagnie
de Cadets . Ils firent l'exercice;
mais comme le jour
E iiij
56 IV. P. du Voyage
commençoit à finir , & qu'ils
avoient refolu d'aller voir
M l'Archeveſque , l'Ambaffadeur
dit qu'il estoit accoutumé
à voir de la Noblesse &des
Troupes , mais qu'il ne verroit
pas par tout des Archevesques
comme celuy de Cambray. Ils
allerent dans fon Eglife , où
ils le trouverent à la teſte de
ſon Chapitre. Aprés le compliment
de ce Corps, lesAmbaſſadeurs
ne voulurent point
avancer que M'l'Archevefque
ne paſſaſt devant eux, &
luy dirent qu'ils avoient oüy
parlerdefa pieté&desagran
des Amb. de Siam. 57
deur, de toutes manieres. Ce Prélat
leur fit voir tout ce qu'il
y avoit de plus curieux dans
fon Eglife , & leur en fit entendre
la Muſique & les Orgues.
Il voulut enfuire les reconduire
juſques à la porte,
quoyque les Ambaſſadeurs
s'efforçaſſent de ren empefcher
, ne croyant pas qu'il ſe
dûſt donner ces ſoins.Quand
ils furent de retour chez eux,
le Major alla prendre le mot
& on luy donna , Il achevera
fon Ouvrage. Ce mot regarde
le Roy & Me le Comte de
Monbron; & ce n'eft pas à
58 IV. P. du Voyage
moy à raiſonner là- deſſus .
Fermer
Résumé : Leur Entrée à Cambray avec les honneurs qu'ils y ont reçus, les Harangues des Magistrats, & tout ce qu'ils ont vû, fait, & dit. [titre d'après la table]
Le 13, les ambassadeurs quittèrent Cambray après une entrée triomphale. Cambray, une des villes les plus fortes d'Europe, est située sur l'Escaut et possède une double citadelle. L'église métropolitaine de Notre-Dame est majestueuse, avec un chapitre composé de 48 chanoines et 95 ecclésiastiques. L'archevêché, autrefois uni à celui d'Arras jusqu'en 1095, fut érigé en 1559 par le pape Paul IV. La ville a une histoire riche et mouvementée. Elle fut conquise par Clodion en 445 et devint un enjeu de conflits entre les rois de France, les empereurs et les comtes de Flandre. Baudouin Ier de Flandre la prit et la donna à son fils Raoul, mais les empereurs la déclarèrent cité libre. Charles Quint la conquit en 1543 et y fit construire une citadelle. Le duc d'Alençon, frère du roi Henri III, fut maître de Cambray et la remit à Jean de Montluc, qui prit le parti de la Ligue avant de faire la paix avec Henri IV. Les Espagnols surprirent la ville en 1595 et la fortifièrent. Louis XIV la conquit en 1677, forçant la citadelle à se rendre le 16 mars. Cambray est défendue par des fortifications impressionnantes, y compris des fossés taillés dans le roc et des bastions. La ville accueillit les ambassadeurs de Siam avec une grande cérémonie, incluant un discours et des présents, comme une médaille d'or et de la toile fine. Les ambassadeurs visitèrent les fortifications et exprimèrent leur admiration pour la puissance et la vertu du roi de France. Ils rencontrèrent également l'archevêque de Cambray, qui leur montra les curiosités de son église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 58-78
Peronne. [titre d'après la table]
Début :
Ils partirent le lendemain 15. avec tous les honneurs que [...]
Mots clefs :
Péronne, Ville, Ambassadeurs, Ordre, Major, Marquis, Hôtel, Lieutenant, Roi, Porte, Honneur, Drapeaux, Aubé, Hoquincour, Régiment, Milice, Logis, Prince, Hôtel de ville
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texteReconnaissance textuelle : Peronne. [titre d'après la table]
Ils partirent le lendemain
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
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Résumé : Peronne. [titre d'après la table]
Le texte relate l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Peronne, une ville fortifiée en Picardie située sur la rivière de Somme. Entourée de marais, Peronne a résisté à plusieurs tentatives de prise par les Espagnols. Les habitants, familiers des exercices militaires, étaient impatients d'accueillir les ambassadeurs. Pour l'occasion, trente-et-un drapeaux étaient exposés à l'Hôtel de Ville et les boutiques étaient fermées. Les ambassadeurs ont été reçus par le marquis d'Hoquincourt, gouverneur de Peronne, et le maire Aubé, qui leur ont remis les clés de la ville. Ils ont été escortés par seize compagnies de la milice et logés dans un hôtel spécialement préparé, avec une garde de cinquante mousquetaires. Le marquis d'Hoquincourt et les magistrats de Peronne ont prononcé des discours de bienvenue, soulignant l'amitié entre les rois de France et de Siam. Les ambassadeurs ont répondu en exprimant leur gratitude et en espérant une alliance durable. Le chapitre et le bailliage ont également adressé leurs compliments. Pendant leur séjour, des mouvements militaires ont été effectués et des vins ont été offerts aux ambassadeurs. La ville était illuminée, permettant aux ambassadeurs d'admirer les festivités. Le lendemain, ils ont quitté Peronne sous les honneurs militaires et se sont dirigés vers Saint-Quentin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 78-95
Saint-Quentin. [titre d'après la table]
Début :
C'est une Ville sur la Somme, Capitale du Pays de [...]
Mots clefs :
Saint-Quentin, Ville, Roi, Gouverneur, Chevaliers de la couronne, Ambassadeurs, Abancourt, Bourgeois, Décharge, Carrosse, Place, France, Pradel, Arquebuses, Fenêtres, Cavalerie, Somme, Vermandois
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texteReconnaissance textuelle : Saint-Quentin. [titre d'après la table]
C'eſt une Ville ſur
la Somme , Capitale du Pays
de Vermandois en Picardie.
Elle eft grande & bien peuplée
, & on y fait diverſes
Manufactures . Elle a eſté aux
Comtes de Vermandois , &
le Roy Philippe Auguſte
l'ayant réünie à la Couronne
, elle fut depuis engagée
aux Ducs de Bourgogne;
mais elle en a toûjours eſté
retirée avec les autres Villes
fur la Somme, Philibert Ema
des Amb. de Siam. 79
nuel Duc de Savoye , Gouverneur
des Pays-bas, l'ayant
affiegée pour Philippe II.
Roy d'Eſpagne, le Conneſtable
de Montmorency y jetta
quelque ſecours. Il fut attaqué
dans ſa retraite , & fait
prifonnier avec les Ducs de
Montpenfier & de Longueville
, Loüis de Gonzague,
depuis Duc de Nevers , le
Maréchal de S. André , dix
Chevaliers de l'Ordre, & trois
cens Gentilshommes. Cette
Bataille qui fut donnée le 10.
Aouſt 1557. coûta beaucoup
de fang aux François. Jean
Giiij
80 IV. P.du Voyage
de Bourbon, Duc d'Anguien,
fut trouvé parmy les morts.
Les Ennemis , ſans fonger à
profiter de l'avantage qu'ils
venoient de remporter, s'arrefterent
au Siege de Saint-
Quentin, où le Roy Philippes
vint le 27. d'Aouſt. L'Amiral
Coligny qui deffendoit cette
Place , ayant trop tardé à
capituler , la fit ſauter par
cinq bréches , & fut fait prifonnier.
Elle fut rendue à
la France en 1559. par la Paix
de Cateau - Cambreſis . M
d'Abancourt , Lieutenant de
Roy de cette Ville , en fit
r
des Amb. de Siam . 81
les honneurs, en l'absence de
M le Marquis de Pradel ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui en eft
Gouverneur. Il fortit de Saint
Quentin , dans un Carroſſe
precedé d'une partie des Gardes
de M. de Pradel , tous
bien montez , ainſi que les
Chevaliers de la Couronne,
& de la Jeuneffe , qui l'accompagnoient.
Ils avoient
des Plumes blanches, & eftoient
tous fort leſtement
veſtus , & conduits par leurs
Capitaines. Il y avoit auffi
plus de deux cens notables
82 IV . P. du Voyage
Bourgeois , qui avoient en
teſte Mfs Boutillier &Tabary
, anciens Mayeurs de la
Ville. Ils allerent plus de deux
lieuës au devant des Ambaffadeurs
. M d'Abancourt defcendit
de carroſſe dés qu'il
les eut apperceus , ainſi que
Mt Ainet , Roy de la Couronne
. Cette Compagnie &
celle de la Jeuneſſe , font
composées des jeunes gens
de la Ville , qui s'accoutumant
de bonne heure dans
les Exercices guerriers, ſe difputent
ſouvent des Prix les
uns aux autres , & ces Prix
des Amb. de Siam. 83
font donnez à ceux qui font
voir le plus d'adreſſe. Toutes
ces Troupes, ainſi que les Archers
de la Maréchauffée, faluërent
les Ambaſſadeurs par
une décharge de leurs piftolets,
puis les Chevaliers de la
Couronne environerent leur
Carroſſe l'épée à la main.
Celuy de M d'Abancourt
alloit devant, & eſtoit précedé
de la Maréchauffée. Lors
qu'on fut arrivé à la Porte
de la Ville, le canon des ramparts
ſalüa , comme il avoit
fait par tout ailleurs. LesAmbaſſadeurs
paſſerent au tra
84 III. P. du Voyage
vers d'une double haye de
Bourgeois , dont les ruës eftoient
bordées depuis les
premieres maiſons du Fauxbourg
juſqu'au lieu qui leur
avoit eſté préparé pour leur
logement, & qui estoit gardé
par les deux Compagnies des
Canonniers & Arquebufiers.
Ce logis eftoit fort ſpatieux,
& M de Ville avoient pris
foin de le faire meubler. Ils
avoient fait mettre au deſſus
de la Porte les Armes du Roy
de Siam , qui brilloient extrémement
par les ornemens
dont elles eftoient environ
des Amb. de Siam. 85
nées . LesAmbaſſadeurs eſtant
arrivez à la porte de ce logis,
on fit une décharge de quarante
Arquebuſes à croc , qui
eſtoient aux feneſtres de la
Maiſon de Ville, vis-à-vis de
l'Hoſtel qu'on avoit fait préparer
pour eux ; de forte qu'ils
les entendirent & les virent
de leurs feneftres . Peu de
temps aprés les Mayeur &
Eſchevins en Corps, précedez
de leurs quatre Huiffiers à
longues robbes , & fuivis de
huit autres de robbe courte,
qui portoient lesVins de prefent,
vinrent les complimen
86 IV. P. du Voyage
r
ter. La parole fut portée par
M Rohart , Advocat , &
Mayeur de la Ville. L'Ambaſſadeur
répondit qu'ils eftoient
fort redevables àM*s de
Saint-Quentin des honnestetez
qu'ils leur faisoient,&de l'esti
me qu'ils marquoient pour le
Roy de Siam: Qu'ils auroient
voulu avoir occafion de fervir
la Ville , en revanche de l'honneur
qu'ils en recevoient ; &
qu'ils s'eſtonnoient de voir de ſi
belle Cavalerie , & de fi belle
Infanterie , dans une Place où
il n'y avoit point de Garnison.
L'Infanterie ayant enſuite
des Amb. de Siam. 87
paffé devant leur logis , où
elle fit une décharge, lesAmbaſſadeurs
prierent Mas de
Ville de la renvoyer , & leur
firent de nouveaux remercîmens.
Enſuite le Chapitre
Royal de Saint-Quentin les
vint ſaluër en Corps , & leur
fit auſſi ſes Preſens en particulier
; ce qui merite d'eftre
remarqué , puiſque ce n'eſt
pas une choſe ordinaire aux
Chapitres. M. l'Abbé Gobinet
, Eſcolaſtre & Docteur
en Theologie , parla en l'abfence
de M. de Maupeou,
Doyen , nommé à l'Eveſché
88 IV. P. du Voyage
de Caſtre . L'Ambaſſadeur ré
pondit , qu'ils estoient fort obli
gezà cette Compagnie des honneſtetez
qu'elle venoit leurfaire
; qu'ils sçavoient de quelle
importance estoit le Chapitre de
Saint-Quentin , puiſqu'il avoit
l'honneur d'avoir un des plus
grands Rois de la terre pourfon
premier Chanoine , & qu'il eftoit
Gardien depuis pluſieurs fiecles
du Corps d'un glorieux
Martyr , & qui avoit tant
fouffert; que la modeſtie qu'il
voyoit paroiſtre ſur le visage de
tous les Chanoines , leur estoit
une preuve évidente de la bondes
Amb . de Siam. 89
téde laReligion Chreftienne; que
le Roy de Siam leur Maistre,
qui avoit une eſtime trés-particuliere
pour le Roy de France,
confideroit tous ceux de ſa Religion,
protegeoit dasfonRoyaume
, les Evesques , les Prestres,
les Miffionnaires, pour lefquels
il avoit fait bastir des
Eglifes. Il leur demanda qu'ils
vouluſſent bien prier pour le
Peuple de Siam ; & tous les
Chanoines eſtant enſuite pafſez
devant luy , il les falia
tous chacun en particulier.
Aprés cela ils receurent les
complimens de Mts du Bail
H
90 IV. P. du Voyage
lage , de la Prevoſté, de l'Election
& du Grenier à Sel,
qui tous enſemble ne firent
qu'un Corps. Ces complimens
eſtant achevez, Mª d'Abancourt
leur demanda l'ordre,
& l'Ambaſſadeur donna
pour mot, Plus chargé de lauriers
que d'années, faiſant alluſion
aux grands ſervices de
M. le Marquis de Pradel ,
Gouverneur de S. Quentin,
qui a receu beaucoup de
bleſſeures pendant les Campagnes
qu'il a faites. Mrs de
Ville firent illuminer le ſoir
les feneftres de leur Hoſtel,
r
desAmb. de Siam. gr
qui donnoient vis-à-vis de
celuy où les Ambaſſadeurs
eſtoient logez ; ce qui éclairoit
la grande Place, qui eft
une des plus ſpacieuſes , des
plus regulieres & des plus
belles de France. Toute la
Ville fut auffi illuminée , les
ordres ayant eſté donnez de
mettre des lanternes à toutes
les feneftres .On foupa à l'ordinaire.
L'Afſſemblée fut remarquable
, & les Ambaſſadeurs
trouverentque le nombre
des Dames eſtoit grand
à S. Quentin , & qu'il y en
avoir beaucoup de belles,
Hij
92 IV. P. du Voyage
On leur donna les Violons
aprés foupé, & quand ils eurent
joüé longtemps , ils ſe
mêlerent aux Trompettes des
Chevaliers de la Couronne,
avec lesquels ils s'eſtoient
concertez ; & les plaiſirs de
cette ſoirée finirent par le
bruit de la décharge d'un
grand nombre d'Arquebuſes
à croc , qui estoient à l'Hoftel
de Ville. Le lendemain 17.
quelques Mandarins &quelques
Secretaires allerent par
ordre des Ambaſſadeurs, à la
grande Eglife , afin de leur
faire rapport de ce qu'ils ver
des Amb de Siam. 93
1
roient pour l'écrire enfuite,
comme ils ont fait dans tous
les lieux où ils ont eſté. Ils
trouverent cetre Eglife trésbelle
, tant pour ſa grandeur
que pour ſa conſtruction. Sur
les neuf heures du matin les
Ambaſſadeurs ayant achevé
de déjeuner , les Mayeur &
Eſchevins leur vinrent encore
faire compliment par
la bouche de M Rochart.
L'Ambaſladeur leur marqua
avec les termes les plus ohligeans
& les plus forts, qu'on
ne pouvoit eſtre plus content
qu'ils l'eſtoient de la
94 IV. P. du Voyage
Ville & de luy. Comme ils
avoient defiré d'entendre les
Cloches de la grande Eglife
avant leur départ, ils ſe mirent
à la feneſtre , & on les
fit ſonner à volée, & enſuite
carillonner. Ils furent aprés
falüez des Arquebuſes de
'Hoſtel de Ville , qu'ils avoient
déja veuës & entenduës
avec plaifir, & partirent
precedez des Chevaliers de la
Couronne avec leurs Etendarts
, leurs Trompettes , &
tout ce qui peut marquer des
Troupes reglées , dont ils avoient
l'air. Il y avoit auffi
desAmb. de Siam. 95
plus de deux cens Bourgeois
à cheval', & toute cette Cavalerie
eſtant jointe à la mareſchauffée
, paroiſſoit fort
nombreuſe. Ils pafferent entre
deux hayés de Bourgeois
ſous les armes , ainſi qu'ils
avoient fait en entrant. Le
canon tira à leur fortie , &
la Cavalerie qui les accompagnoit
, ne les quitta qu'à
plus de deux lieuës de laVil-
Ie.
la Somme , Capitale du Pays
de Vermandois en Picardie.
Elle eft grande & bien peuplée
, & on y fait diverſes
Manufactures . Elle a eſté aux
Comtes de Vermandois , &
le Roy Philippe Auguſte
l'ayant réünie à la Couronne
, elle fut depuis engagée
aux Ducs de Bourgogne;
mais elle en a toûjours eſté
retirée avec les autres Villes
fur la Somme, Philibert Ema
des Amb. de Siam. 79
nuel Duc de Savoye , Gouverneur
des Pays-bas, l'ayant
affiegée pour Philippe II.
Roy d'Eſpagne, le Conneſtable
de Montmorency y jetta
quelque ſecours. Il fut attaqué
dans ſa retraite , & fait
prifonnier avec les Ducs de
Montpenfier & de Longueville
, Loüis de Gonzague,
depuis Duc de Nevers , le
Maréchal de S. André , dix
Chevaliers de l'Ordre, & trois
cens Gentilshommes. Cette
Bataille qui fut donnée le 10.
Aouſt 1557. coûta beaucoup
de fang aux François. Jean
Giiij
80 IV. P.du Voyage
de Bourbon, Duc d'Anguien,
fut trouvé parmy les morts.
Les Ennemis , ſans fonger à
profiter de l'avantage qu'ils
venoient de remporter, s'arrefterent
au Siege de Saint-
Quentin, où le Roy Philippes
vint le 27. d'Aouſt. L'Amiral
Coligny qui deffendoit cette
Place , ayant trop tardé à
capituler , la fit ſauter par
cinq bréches , & fut fait prifonnier.
Elle fut rendue à
la France en 1559. par la Paix
de Cateau - Cambreſis . M
d'Abancourt , Lieutenant de
Roy de cette Ville , en fit
r
des Amb. de Siam . 81
les honneurs, en l'absence de
M le Marquis de Pradel ,
Lieutenant general des Armées
du Roy , qui en eft
Gouverneur. Il fortit de Saint
Quentin , dans un Carroſſe
precedé d'une partie des Gardes
de M. de Pradel , tous
bien montez , ainſi que les
Chevaliers de la Couronne,
& de la Jeuneffe , qui l'accompagnoient.
Ils avoient
des Plumes blanches, & eftoient
tous fort leſtement
veſtus , & conduits par leurs
Capitaines. Il y avoit auffi
plus de deux cens notables
82 IV . P. du Voyage
Bourgeois , qui avoient en
teſte Mfs Boutillier &Tabary
, anciens Mayeurs de la
Ville. Ils allerent plus de deux
lieuës au devant des Ambaffadeurs
. M d'Abancourt defcendit
de carroſſe dés qu'il
les eut apperceus , ainſi que
Mt Ainet , Roy de la Couronne
. Cette Compagnie &
celle de la Jeuneſſe , font
composées des jeunes gens
de la Ville , qui s'accoutumant
de bonne heure dans
les Exercices guerriers, ſe difputent
ſouvent des Prix les
uns aux autres , & ces Prix
des Amb. de Siam. 83
font donnez à ceux qui font
voir le plus d'adreſſe. Toutes
ces Troupes, ainſi que les Archers
de la Maréchauffée, faluërent
les Ambaſſadeurs par
une décharge de leurs piftolets,
puis les Chevaliers de la
Couronne environerent leur
Carroſſe l'épée à la main.
Celuy de M d'Abancourt
alloit devant, & eſtoit précedé
de la Maréchauffée. Lors
qu'on fut arrivé à la Porte
de la Ville, le canon des ramparts
ſalüa , comme il avoit
fait par tout ailleurs. LesAmbaſſadeurs
paſſerent au tra
84 III. P. du Voyage
vers d'une double haye de
Bourgeois , dont les ruës eftoient
bordées depuis les
premieres maiſons du Fauxbourg
juſqu'au lieu qui leur
avoit eſté préparé pour leur
logement, & qui estoit gardé
par les deux Compagnies des
Canonniers & Arquebufiers.
Ce logis eftoit fort ſpatieux,
& M de Ville avoient pris
foin de le faire meubler. Ils
avoient fait mettre au deſſus
de la Porte les Armes du Roy
de Siam , qui brilloient extrémement
par les ornemens
dont elles eftoient environ
des Amb. de Siam. 85
nées . LesAmbaſſadeurs eſtant
arrivez à la porte de ce logis,
on fit une décharge de quarante
Arquebuſes à croc , qui
eſtoient aux feneſtres de la
Maiſon de Ville, vis-à-vis de
l'Hoſtel qu'on avoit fait préparer
pour eux ; de forte qu'ils
les entendirent & les virent
de leurs feneftres . Peu de
temps aprés les Mayeur &
Eſchevins en Corps, précedez
de leurs quatre Huiffiers à
longues robbes , & fuivis de
huit autres de robbe courte,
qui portoient lesVins de prefent,
vinrent les complimen
86 IV. P. du Voyage
r
ter. La parole fut portée par
M Rohart , Advocat , &
Mayeur de la Ville. L'Ambaſſadeur
répondit qu'ils eftoient
fort redevables àM*s de
Saint-Quentin des honnestetez
qu'ils leur faisoient,&de l'esti
me qu'ils marquoient pour le
Roy de Siam: Qu'ils auroient
voulu avoir occafion de fervir
la Ville , en revanche de l'honneur
qu'ils en recevoient ; &
qu'ils s'eſtonnoient de voir de ſi
belle Cavalerie , & de fi belle
Infanterie , dans une Place où
il n'y avoit point de Garnison.
L'Infanterie ayant enſuite
des Amb. de Siam. 87
paffé devant leur logis , où
elle fit une décharge, lesAmbaſſadeurs
prierent Mas de
Ville de la renvoyer , & leur
firent de nouveaux remercîmens.
Enſuite le Chapitre
Royal de Saint-Quentin les
vint ſaluër en Corps , & leur
fit auſſi ſes Preſens en particulier
; ce qui merite d'eftre
remarqué , puiſque ce n'eſt
pas une choſe ordinaire aux
Chapitres. M. l'Abbé Gobinet
, Eſcolaſtre & Docteur
en Theologie , parla en l'abfence
de M. de Maupeou,
Doyen , nommé à l'Eveſché
88 IV. P. du Voyage
de Caſtre . L'Ambaſſadeur ré
pondit , qu'ils estoient fort obli
gezà cette Compagnie des honneſtetez
qu'elle venoit leurfaire
; qu'ils sçavoient de quelle
importance estoit le Chapitre de
Saint-Quentin , puiſqu'il avoit
l'honneur d'avoir un des plus
grands Rois de la terre pourfon
premier Chanoine , & qu'il eftoit
Gardien depuis pluſieurs fiecles
du Corps d'un glorieux
Martyr , & qui avoit tant
fouffert; que la modeſtie qu'il
voyoit paroiſtre ſur le visage de
tous les Chanoines , leur estoit
une preuve évidente de la bondes
Amb . de Siam. 89
téde laReligion Chreftienne; que
le Roy de Siam leur Maistre,
qui avoit une eſtime trés-particuliere
pour le Roy de France,
confideroit tous ceux de ſa Religion,
protegeoit dasfonRoyaume
, les Evesques , les Prestres,
les Miffionnaires, pour lefquels
il avoit fait bastir des
Eglifes. Il leur demanda qu'ils
vouluſſent bien prier pour le
Peuple de Siam ; & tous les
Chanoines eſtant enſuite pafſez
devant luy , il les falia
tous chacun en particulier.
Aprés cela ils receurent les
complimens de Mts du Bail
H
90 IV. P. du Voyage
lage , de la Prevoſté, de l'Election
& du Grenier à Sel,
qui tous enſemble ne firent
qu'un Corps. Ces complimens
eſtant achevez, Mª d'Abancourt
leur demanda l'ordre,
& l'Ambaſſadeur donna
pour mot, Plus chargé de lauriers
que d'années, faiſant alluſion
aux grands ſervices de
M. le Marquis de Pradel ,
Gouverneur de S. Quentin,
qui a receu beaucoup de
bleſſeures pendant les Campagnes
qu'il a faites. Mrs de
Ville firent illuminer le ſoir
les feneftres de leur Hoſtel,
r
desAmb. de Siam. gr
qui donnoient vis-à-vis de
celuy où les Ambaſſadeurs
eſtoient logez ; ce qui éclairoit
la grande Place, qui eft
une des plus ſpacieuſes , des
plus regulieres & des plus
belles de France. Toute la
Ville fut auffi illuminée , les
ordres ayant eſté donnez de
mettre des lanternes à toutes
les feneftres .On foupa à l'ordinaire.
L'Afſſemblée fut remarquable
, & les Ambaſſadeurs
trouverentque le nombre
des Dames eſtoit grand
à S. Quentin , & qu'il y en
avoir beaucoup de belles,
Hij
92 IV. P. du Voyage
On leur donna les Violons
aprés foupé, & quand ils eurent
joüé longtemps , ils ſe
mêlerent aux Trompettes des
Chevaliers de la Couronne,
avec lesquels ils s'eſtoient
concertez ; & les plaiſirs de
cette ſoirée finirent par le
bruit de la décharge d'un
grand nombre d'Arquebuſes
à croc , qui estoient à l'Hoftel
de Ville. Le lendemain 17.
quelques Mandarins &quelques
Secretaires allerent par
ordre des Ambaſſadeurs, à la
grande Eglife , afin de leur
faire rapport de ce qu'ils ver
des Amb de Siam. 93
1
roient pour l'écrire enfuite,
comme ils ont fait dans tous
les lieux où ils ont eſté. Ils
trouverent cetre Eglife trésbelle
, tant pour ſa grandeur
que pour ſa conſtruction. Sur
les neuf heures du matin les
Ambaſſadeurs ayant achevé
de déjeuner , les Mayeur &
Eſchevins leur vinrent encore
faire compliment par
la bouche de M Rochart.
L'Ambaſladeur leur marqua
avec les termes les plus ohligeans
& les plus forts, qu'on
ne pouvoit eſtre plus content
qu'ils l'eſtoient de la
94 IV. P. du Voyage
Ville & de luy. Comme ils
avoient defiré d'entendre les
Cloches de la grande Eglife
avant leur départ, ils ſe mirent
à la feneſtre , & on les
fit ſonner à volée, & enſuite
carillonner. Ils furent aprés
falüez des Arquebuſes de
'Hoſtel de Ville , qu'ils avoient
déja veuës & entenduës
avec plaifir, & partirent
precedez des Chevaliers de la
Couronne avec leurs Etendarts
, leurs Trompettes , &
tout ce qui peut marquer des
Troupes reglées , dont ils avoient
l'air. Il y avoit auffi
desAmb. de Siam. 95
plus de deux cens Bourgeois
à cheval', & toute cette Cavalerie
eſtant jointe à la mareſchauffée
, paroiſſoit fort
nombreuſe. Ils pafferent entre
deux hayés de Bourgeois
ſous les armes , ainſi qu'ils
avoient fait en entrant. Le
canon tira à leur fortie , &
la Cavalerie qui les accompagnoit
, ne les quitta qu'à
plus de deux lieuës de laVil-
Ie.
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Résumé : Saint-Quentin. [titre d'après la table]
Le texte présente la ville de Saint-Quentin, située sur la Somme et capitale du Pays de Vermandois en Picardie. Cette ville est notable pour sa taille, sa population et ses diverses manufactures. Historiquement, Saint-Quentin a appartenu aux Comtes de Vermandois avant d'être intégrée à la Couronne par le roi Philippe Auguste. Par la suite, elle a été engagée aux Ducs de Bourgogne. En 1557, la ville a été assiégée par Philibert Emmanuel, Duc de Savoie, agissant pour le compte de Philippe II, roi d'Espagne. Lors de la bataille du 10 août 1557, plusieurs nobles français, dont le Connétable de Montmorency, furent capturés. Saint-Quentin fut restituée à la France en 1559 par la Paix de Cateau-Cambrésis. Le texte mentionne également la visite des ambassadeurs de Siam à Saint-Quentin. La ville leur réserva un accueil solennel, avec des honneurs militaires et des réceptions officielles. Les ambassadeurs furent impressionnés par la beauté et l'organisation de la ville. Ils reçurent des compliments du maire, des échevins et du chapitre royal de Saint-Quentin. La ville fut illuminée en leur honneur, et une assemblée remarquable eut lieu, suivie de musique et de salves d'arquebuses. Le lendemain, les ambassadeurs visitèrent la grande église de la ville avant de partir, escortés par une cavalerie nombreuse et des troupes régulières.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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54
p. 104-125
Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Cette Ville est en Picardie sur la riviere d'Aisne, qui la [...]
Mots clefs :
Soissons, Ville, Porte, Intendant, Ambassadeurs, Compagnies, Personnes, Armes, Maire, Palais, Heures, Compagnie, Gouverneurs, Roi, Magnificence, Officiers, Qualité, Canon, Palais épiscopal, Bourgeoisie
55
p. 132-151
Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Début :
Je croyois ne devoir plus vous parler d'aucune des Villes [...]
Mots clefs :
Dunkerque, Gravelines, Lille, Ville, Harangues, Roi, Ambassadeurs, Lieutenant, Compliment, Joie, Invincible monarque, Magistrat, Échevins, Amitié, Vin, Seigneurs, Troupes, Fortifications, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Je croyois ne devoir plus
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
vous parler d'aucune des Vil
les de Flandre où les Ambaſ
fadeurs ont eſté ; cependant
je ne puis me difpenferdevous
entretenir encore de Gravelines
, de Dunquerque & de
l'Iſle , dont il me reſte pluſieurs
chofes à vous dire, &
les harangues àvous envoyer,
le defir que j'ay eu de fatisfaire
voſtre curioſité , ayant
eſté cauſe que je vous ay écrit
avant que tous mes me-
1
des Amb de Siam. 133
moires ſuſſent arrivez . Ainfi
pour rendre juſtice à tous
ceux qui le meritent , je vais
encore vous apprendre quelques
particularitez de ce qui
s'eſt fait dans ces troisVilles,
mais ſans vous rien repeter
de ce que je vous ay déja dit.
Quoique Gravelines ne fuft
point du nombre de celles
que les Ambaſſadeurs devoient
voir , & qu'elle n'ait
fçû qu'ils y devoient dîner
que deux heures avant qu'ils
y arrivaſſent, comme on n'eſt
jamais ſurpris dans lesPlaces
duRoy, tout s'eſt paffé dans
134 IV. P. du Voyage
د
cette Ville là de la même ma
niere que dans les autres.
M Benoist Lieutenant
de Roy , reçût les Ambafſadeurs
avec l'Etat Major.
Les Troupes qui eſtoient en
haye eſtoient le Regimentde
Foreft, commandé parMde
Cleran , & les Compagnies
de Meuſnier & de Manuel ,
du Regiment d'Erlac. M. de
la Puiſade avec un Lieutenant
, & so hommes eſtoit
de garde au logis qui leur
avoit eſté preparé . M.le Prevoſt
Bailly à la teſte de Mles
Mayeur & Eſchevins , leur
A
des Amb. de Siam. 135
offrit les Vins de Ville, & leur
fit le compliment que je vous
envoye , auquel il avoit eſté
obligé de ſe preparer pref
que fur le champ.
MESSEIGNEVRS ,
Les Magistrats , aussi bien que
tout le Peuplede Graveline, reffentant
une joye extrême de ce qu'il
a plû à vos Excellences , d'honorer
cette ville de leurs illuftres presences
,
vous viennent en donner
des marques, en vous afſeurant qu'-
ils en auront une eternelle reconnoiffance
. Ils souhaiteroient avec
paffion, pouvoirpar un difcours accomply,
&par des Presens magnifiques,
témoigner les respects qu'ils
136 IV. P. du Voyage
ont pour vos Excellences, qui com
me Ambassadeurs reprefentent la
Majesté d'un grand Roy , pourlequel
ils auront toûjours toute la
veneration , qui est deuë à un Allié
de nostre Auguste &Invincible
Monarque ; mais n'ayant rien quż
Soit digne de vos Excellences , ils
leur offrent leurs coeurs pour leur
faire voir combien ils fontſenſibles
à la grace qu'ils reçoivent & ces
Vins de Ville , pour un effet de
leur Zele.
Mrs du Clergé les haranguerent
enſuite. Tous ces
compliments eftant finis , les
Ambaſſadeurs dirent , qu'ils
avoient trouvé les Troupes fi
desAmb. de Siam. 137
leftes &fi belles , qu'ilsfouhaitoient
de les revoir. On ordonna
à Mª de Cleran , Lieutenant
Colonel de Foreft , de
les faire défiler. Tous les OfficiersFrançois&
Suiffes,faluerent
de la Pique avec beaucoup
de grace, & un air qui
furprit les Ambaſſadeurs ,
quoiqu'ils fuſſent accoûtumez
à recevoir tous les jours
de pareils faluts. Comme
le temps eſtoit fort vilain, &
que d'ailleurs ils eſtoient preffez
de partir , ils ne purent
viſiter les Fortifications de la
Place; mais ils en demande-
M
138 IV. P. du Voyage
rent le Plan, qu'ils regarde
rent avec beaucoup de plaifir
& d'attention , juſqu'à ce
qu'ils ſe miſſent à table. Ils
dirent en l'examinant , que
s'estoit avecjustice que cettePlace
avoit une fi grande reputation.
ParmylesDames deBourbourg
qui estoient venues
pour les voir dîner, & celles
de Gravelines qui eurent la
même curiofité, ils en trouverent
de trés-belles , du
nombre deſquelles furent
Meſdemoiselles Charpentier
& de Seine ; auffi reçûrentelles
de grandes honeſtere,z
des Amb. de Siam. 139
des Ambaſſadeurs , qui leur
donnerent des fruits.
J'adjoûteray peu de choſes
à ce que je vous ay déja
dit de leur séjour àDunkerque.
Ils furent conduits dans
la grande Chambre deJuſtice
de l'Hôtel de Ville , où Mrs
du Magiftrat les vinrent
complimenter . A la teſte
anarchoient les quatre Sergens
du Baillage , vêtus de
leurs Caſaques de ceremonie,
& ayant leurs Halebardes fur
leurs épaules. Aprés eux entrerent
leBailly , le Bourguemeſtre,
les Echevins, les trois
міj
140 IV. P. du Voyage
t
Penſionnaires de la Ville , le
Greffier , le Treforier & les
Conſeillers; ceux qui compofent
le Corps du Magiſtrat les
fuivoient en robbes &
avoient aprés eux les quatre
Huiffiers de la Chambre du
Magiftrat , reveſtus auſſi de
leurs Manteaux de ceremonie.
Aprés que le Magiftrat
eut fait les reverences ordinaires
, le ſieur Alonſe Laurent
de Briſe , l'un des trois
Penſionnaires , prononça ce
compliment par ordre de M
Coppens,Bourguemeſtre, fuivant
l'ancien uſage du Païs,
r
desAmb. de Siam. 141
MESSEIGNEVRS ,
Les Bailly , Bourguemestre , Echevins
& Conseillers de cette ville
de Dunkerque ,sçachant aussi bien
que tous les Peuples de l'Europe,
avec combien de joye le Roy Louis
le Grand noftre trés-Auguste &Invincible
Monarque, vous a recens
enſesEtats, &l'eftime trés-particuliere
qu'il fait de l'amitié du puiffant
Royde Siam voſtre Souverain,
ont voulu s'aquiter de leur devoir,
en presentant à vos Excellences
leurs trés-humbles respects &fervices,
avec offre de Vin de Ville.
1
L'Ambaſſadeur répondit ,
qu'ils estoient fort obligez à
Ms du Magistrat , de leurs
142 IV. P. du Voyage
civilitez, &que leur Present
leur feroit fort agreable. Ils
fouperent en public , & M*
Coppens leur députa MSOmair
& Blomme , Echevins
qui leur preſenterent de la
part duMagiſtrat fix douzai
nes de bouteilles du plus excellent
Vin de Champagne,
qu'on euſt pû trouver , pour
Preſent du Vin de Ville.
Les Ambaſſadeurs ayant veu
les Ouvrages de la Marine
qui font àDunkerque, le Fort
du Rifban , & les Fortifications
de la Ville, come je vous
l'ay marqué dans la troifié
desAmb. de Siam. 143
me partie de cette Relation ,
partirent le 31. Octobre au
bruit du Canon , & au fon
des Cloches qui carrillonnerent
tant qu'ils les purent entendre.
Ils prirent leur route
par le Canal de Bergues pour
aller à Ypres, & l'on fit marcher
leurs Carroſſes vuides
par la Digue le long du Canal.
Le Magiſtrat avoit commandé
la Barque ou Yack de
laVille, pour les conduire par
caujuſqu'àlaVilledeBergues.
Cette Barque eft fort propre
&baſtie en forme de Fregate.
Je vous aydéja parlé fi am
144 IV. P.du Voyage
plement de la reception qui
leur a eſté faite à Lifle , que
ne retouchant cet article
que pour la harangue , tout
ce que j'y puis adjouter, c'eſt
que les principaux Officiers
de la Garniſon allerent environ
une lieuë au devant d'eux
avec les Gardes de M.le Marêchal
de Humiere , le reſte
ſe paſſa.comme je vous l'ay
déja maqué à l'égard de la
Gendarmerie. Voicy le compliment
que leur fit au nom
de la VilleM de Broide, Seigneur
de Gondecourt, & pre
mierConfeiller Penſionnaire.
ILLVS
des Amb. de Siam. 145
ILLYSTRES SEIGNEURS,
Les augustes qualitez , & les
triomphes de nôtre trés Haut, trés-
Magnanime & trés - Invincible Monarque
, ne vous avoient parû que
par ce que vous en avoit appris lakenommée
en publiant ses heroïques
exploits ; mais depuis que vous avez
eu l'honneur de ſes Audiences , que
vous avez veu la magnificence de
Sa Cour, la grandeur desa Puiſſance
& l'étendue de ſon Empire, &deſes
glorieuses conquêtes , vous aurez reconnu
au dessus de cette reputation
tout ce que vous aviezconceu de la
personne de cet Auguste Conquerant,
unegrandeurdAme incomparable une
Sageſſe ſurprenante en toutes choses,
& une prudence qui na pono d'é
N
146 IV. P. du Voyage
gale dons le Gouvernement de fes
Etats. Les penibles fatigues & les
travaux que vous avez effuyez dans
ce long trajet de vastes Mers ; l'inconstance
des vents &le dangerdes
écueils où vous vous estes exposez
pour luy rendre les honneurs qui luy
font dûs , & pour rechercher Son
amitié, nous font connoître l'admiration
où vous eſtes de le voir comblé
de gloire. Le commandement que
SaMajesténous afaitde vous recevoir
avec tous leshonneurs qu'on doit aux
personnes de vôtre caractere, marque
l'estime qu'Elle fait de la persoune
des merites du très- Puiſſant & tres-
Excellent Prince le Roy de Siam.
Nous ne doutons point, Illuftres Seigneurs
, que vous n'ayez receu tous
les temoignages que vous attendiez
du Zele de la France, pour la réuffite
des Amb. de Siam. 147
de l'union que vous désirez . Ce zele
n'est point particulier; il est commun
à tous les bons&fideles Suiets do
Roy , & principalement aux Magistrats
& au Peuple de cette ville de
Lifle, qui ne peuvent affez exprimer
la joye qu'ils reçoiventde l'honneur
de vôtre presence. Ils admirent
estiment , Meffeigneurs, vôtre generositéde
paſſer des extrêmitez de l'Ovient
dans ces contrées au peril de
vôtre vie, & ils tiennentcettefera
veur pour une preuve aſſurée de la
finceritéde vos affections. Cette inf
piration de l'Auguste Roy de Siam,
à rechercher l'amitié de ſa Majesté,
preferablement à tous autres , leur
paroit un effet de la Divine Provi
dence , qui leur preſage que cette
union perfuadera plus fortement le
Roy votre Maitre , d'embrasfer la
Nij
148 IV.P du Voyage
même creance, &de sefaire instruire
de la veritéde laReligion Chreftienne.
Noussouhaitons , Meſſeigneurs, que
cette penséefuit lafin heureuse &le
fruit de vôtre Voyage & de vosglorieux
travaux , à l'exemple de ce
Roy très- Pieux&très- Chieſtien, qui
apres avoir heureusement foûtenu la
Guerre ,& donné glorieusement la
Paix à l'Europe , s'applique avec
tous les soins imaginables , à faire
regnersouverainementla Loy du vray
Dieu. Enfin nous souhaitons au Roy
de Siam fous les auspices de cette
Divinité infinie & éternelle , l'accroiſſement
de sa grandeur &prof
perité, & que vous soyez auffi heureux
sous son Regne, que nous le
Sommes fous celuy du plus Sage , du
plus luſte & du plus parfait de tous
les Rois. Aggreez, Illustres Seigneurs,
des Amb. de Siam. 149
tes voeux de vos très-humbles &
três- obeiſſans Serviteurs ."
Pendant le ſéjour que les
Ambaffadeurs firent à Lifle,
ils eurent cent Hommes de
garde à leur logis , & les ruës
furent éclairées le ſoir & toute
la nuit. Ils allerent viſiter
l'Eglife Collegiale de S. Pierre
, & celle des Dominicains,
qui eſt une des plus belles
Eglifes de la Ville , & qu'ils
examinerent avec beaucoup
de ſoin. Je vous ay déja par- .
lé de l'Hôpital Comteſſe, où
ces Ambaſſadeurs allerent
Ninj
150 IV. P. du Voyage
auſſi ; mais je ne vous ay pas
dit qu'il eft ainſi nommé
parcequ'il a eſté fondé par
une Comteffe de Flandres .
Lorſque la Prieure leur preſenta
des Bouquets de Fleurs
de ſoye , comme je vous l'ay
marqué dans ma Relation
précedente , elle leur dit que
la couleur n'en changeroit ja
mais , & garderoit toûjours le
mesme éclat ; & les pria en
meſme temps de ſe ſouvenir
d'elle. Aquoy l'Ambaſſadeur
répondit qu'il s'enfſouviendroit
auſſi longtemps que les Fleurs
qu'elle leur avoit preſentées
des Amb de Siam. 151
garderoient leur couleur.
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Résumé : Harangues faites à Dunkerque, à Gravelines, & à l'Isle, qui avoient esté oubliées dans la premiere Partie du Voyage de Flandres, avec quelques nouvelles particularités. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite des ambassadeurs de Siam dans plusieurs villes de Flandre. À Gravelines, les ambassadeurs furent accueillis par M. Benoist, lieutenant du roi. Les troupes présentes comprenaient le régiment de Forezt, commandé par M. de Cleran, ainsi que les compagnies de Meusnier et de Manuel du régiment d'Erlac. Les magistrats et le peuple exprimèrent leur joie et leur reconnaissance. Les ambassadeurs admirèrent les troupes et demandèrent à voir les fortifications, mais en raison du mauvais temps, ils se contentèrent d'examiner le plan de la place. Ils furent également impressionnés par les dames présentes. À Dunkerque, les ambassadeurs furent conduits à l'Hôtel de Ville où ils reçurent les compliments du magistrat. Ils visitèrent les ouvrages de la marine et les fortifications avant de partir pour Ypres via le canal de Bergues. Le magistrat de Dunkerque leur offrit du vin de Champagne. À Lille, les ambassadeurs furent accueillis par les principaux officiers de la garnison et reçurent une harangue de M. de Broide, seigneur de Gondecourt. La ville fut illuminée pendant leur séjour. Ils visitèrent plusieurs églises et l'hôpital Comtesse, fondé par une comtesse de Flandres. La prieure de l'hôpital leur offrit des bouquets de fleurs en soie et leur demanda de se souvenir d'elle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 162-180
Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Début :
Deux jours aprés que les Ambassadeurs furent de retour de [...]
Mots clefs :
Monsieur, Madame, Dauphin, Dauphine, Saint-Cloud, Fête, Salon, Chambre, Ambassadeurs, Temps, Heures, Personnes, Collation, Girandoles, Tables, Appartements, Qualité, Lustres, Duchesses, Cour
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texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Deux jours aprés que les
Ambaſſadeurs furent de retour
de leur Voyage de Flandre
, ils furent invitez à une
Feſte que Monfieur donnoit
dans ſa Maiſon de S. Cloud.
Comme cette Feſte ſe faifoit
au dedans du Château , le
Premier Gentilhomme de la
Chambre y commandoit, de
meſme que le Capitaine des
Gardes à tout ce qui ſe fait
hors desAppartemens, &mêdesAmb.
de Siam. 163
:
me aux Comedies & aux Ва-
lets qui ſe font dans les Sales
deſtinées pour ces fortes de
Spectacles ; car lors qu'on en
donne dans les Appartemens,
c'eſt toûjours du Premier
Gentilhomme de la Chambre
qu'on reçoit les ordres.
Ainfi M le Comte de Tonnerre,
l'un des PremiersGentilshommes
de la Chambre
deMonfieur, & fervant alors
auprés de ce Prince, les donnoit
dans cette Feſte , pour
empeſcher la confufion qui
eft inſeparable des divertiſſemens
de cette nature. Ils
O ij
164 IV. P. du Voyage
commencerent à trois heures
aprés midy , & Monſeigneur
leDauphin,Madame laDauphine,
Monfieur & Madame
qui en faifoient les honneurs,
& les perſonnes de la premiere
qualité qui en avoient
eſté conviées, ayant traversé
toutes les Sales des Gardes,
Anti -Chambres & Cabinets
qui estoient magnifiquement
meublez de trés- belles Tapifferies
& autres meubles
nouvellement arrivez d'Alemagne
, & dont Madame a
herité de feuë Madame l'Electrice
Palatine ſa Mere , ils
des Amb. de Siam 165
paſſerent par le Salon, & par
la Galerie , l'un & l'autre
peints par M Mignard , &
allerent dans le petit Salon
de Diane , qui eſt à l'autre
bout de la Galerie , où il y
avoit un fort beau Concert
composé de Claveſſins, Violes
, Tuorbes , & Deffus de
Violon. On y demeura plus
d'une heure , & pendant ce
temps on fervit une Collation
magnifique des plus
beaux fruits de la Saifon ,
parmy leſquels il y en avoit
de fort rares , parceque leur
faiſon eftoit paffée. Le jour
166 IV. P. du Voyage
commençant à finir, on éclai
ra les Appartemens par lefquels
on venoit de paſſer. Ils
eſtoient tous garnis de Luftres,
Girandoles, Chandeliers
&Flambeaux d'argent , dont
le nombre eſtoit fort grand.
Au fortir du Concert , toute
l'Aſſemblée ſe rendit dans le
Salon où tout avoit eſté dif
posé pour le Bal. Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine , Monfieur
& Madame le commencerent.
Toutes les Princeſſes &
Ducheſſes formoient un cercle,
dans lequel on dança. Il
des Amb. de Siam. 167
y avoit auſſi beaucoup de
perſonnes de la premiere qualité.
Mrs les Ambaſſadeurs
de Siam eſtoient auprés des
Ducheſſes , à main droite de
Monſeigneur leDauphin. Ce
Prince leur parla ; & comme
pour luy marquer une plus
profonde veneration , ils avoient
les mains jointes ,.
Monſeigneur eut la bonté
de leur dire qu'ils pouvoient
nese point géner en les tenant
en cet état , & que dans un
temps de divertiſſement, ils pouvoient
prendre un air plus libre.
Ils répondirent par de pro168
IV. P. du Voyage
fondes inclinations , puis ils
dirent que quoyqu'ils n'euffent
pas apporté leurs Bonnets de ceremonie
, qu'ils n'oftent jamais,
& qui font mesme attachez,
ceux qu ils avoient apportezpouvoient
leur en tenir lieu , &
meſme qu'ils leur estoient toutà-
fait précieux , puisque c'estoit
un Preſent du Roy.
Ily eut beaucoup de perfonnes
de diftinction qui
vinrent de Paris pour voir ce
divertiſſement. M l'Envoyé
de Baviere , qui estoit venu
en cette Cour pour faire des
Complimens fur l'heureux
AccoudesAmb
de Siam. 169
Accouchement de Madame
laDauphine, eſtoit auſſi placé
derriere les Ducheſſes . On
dança au ſon des Violons
& des Hauts - bois . Il y
avoit environ deux heures
que le Bal eſtoit commencé,
lorſqu'on fervit une Collation
féche dans cinquante
Corbeilles remplies de toutes
fortes de Fruits , de Limes
douces, d'Oranges de la Chine,
de Confitures ſéches, de
Maſſepains, & de toute forte
de petite Patiſſerie. Quand
toute cette Collation eut
paffé devant Monſeigneur le
P
770 IV. P.du Voyage
Dauphin,&Madame laDau
phine , elle fut preſentée aux
Ducheffes , & fit le tour du
Cercle ; aprés quoy chacun
de ceux qui compofoient
l'Aſſemblée eut liberté d'en
prendre. On apporta enſuite
plus de trente petites Tables
de la Chine, que l'on appelle
Cabarets, chargées de huit ou
dix Porcelaines chacune , les
unes remplies de Chocolat,
& les autres de Thé & de
Caffé , dont chacun choiſit
felon fon goût. Toute cette
Collation fut portée par les
Officiers de la Chambre , &
1
des Amb. de Siam. 171
par ceux de la Garderobe
de Monfieur. Aprés que cha
cun eut pris ce qu'il fouhaitoit
, on recommença à dancer.
Tant que leBal dura les
Officiers du Gobelet & d'Echançonnerie
de Monfieur,
ſe tinrent dans un Veſtibule
qui eſt proche du Salon , &
donnerent àboire à tous ceux
qui en voulurent. Dans la
Sale qui eſt au deſſus de ce
Veſtibule, du côté de l'Orangerie
, il y avoit des Tables
pour toutes fortes deJeux, &
les perſonnes de la premiere
qualité, qui ne vouloient pas
Pij
172 IV. P. du Voyage
dancer, s'y divertirent à jouer.
Monſeigneury prit ce divertiffement
quelque temps avant
la fin du Bal, & y joia
au Reverſi . A coſté du lieu
où l'on joüoit , eſtoit une
Chambre où l'on alloit
boire toutes fortes de Liqueurs,
ainſi que du Chocolat,
du Thé & du Caffé, que
l'on offroit mefme à tout le
monde ; de forte que ceux
qui n'eſtoientvenus que pour
voir la Fefte , aufli bien que
ceux qui en estoient , pûrent
autant qu'ils le voulurent fatisfaire
leur forf&leur goût.
desAmb. de Siam. 173
Le Bal finit à ſept heures
&demie, & l'on pafla du Salon
où l'on avoit dancé , &
de la Chambre où l'on avoit
joüé, dans l'Orangerie , qui
eftoit éclairée par une infinité
de Luftres & de Girandoles
garnies de bougies ; &
ces Luftres & ces Girandoles
eſtant ſuſpendus entre lesOrangers,
formoient une grande
Allée toute brillante de
Criſtaux & de lumieres , qui
donnant un vif éclat à la
vetdure,produiſoient un trés
agreable effet. Cependant ce
lieu , quoyque ſi bien orné
Piij
174 IV. P. du Voyage
& fi magnifique , ne ſervoit
que de paſſage pour aller à
la Sale de la Comedie , qui
eftoit encore toute éclatante
de lumieres. On y reprefenta
Bajazet , de Mr Racine,
Treforier de France . Les Ambaſſadeurs
eurent le meſme
rang qu'ils avoient eu au Bal,
& toûjours à la droite de
Monſeigneur le Dauphin . Ils
comprirent fi bien le noeud
de la Piece , par les chofes
qu'on leur expliqua , qu'ils
entrerent dans la beauté du
ſujet, dont ils parlerent juſte,
auffi bien que du jeu des
des Amb de Siam. 175
la
Acteurs ; ce qui fut pluſieurs
fois rapporté à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame
Dauphine , à Monfieur & à
Madame , pendant la Comedie
. Cela leur fit donner
beaucoup de loüanges & admirer
la juſteſſe de leur goût,
& la penetration de leur efprit
. La Comedie eſtant finie
à dix heures & demie, on
traverſa l'Orangerie, le grand
Salon & les Appartemens par
où l'on eſtoit venu , & enſuite
l'on entra dans le petit
Appartement de Madame, &
dans l'ancien Salon peint par
Piiij
176 IV. P. du Voyage
feu M Noiret . Le Buffet qui
eſtoit dreſſé en face , frapa
d'abord les yeux. Il avoit 25
pieds de haut fur 30 de large
, & eſtoit tout remply de
trés- beaux Ouvrages d'Argenterie
& de vermeil doré,
& il y en avoit meſme quelques-
uns d'or. Parmy cette
Argenterie on remarquoit
beaucoup de grandes Cuvettes
, de Vaſes , d'Urnes , de
Girandoles & de Flambeaux
d'argent , le tout d'un trésbeau
travail & trés -bien cizelé.
Il y avoit quatre Tables
de pareille grandeur, dans les
desAmb. de Siam. 177
quatre coins du Salon. Elles
eſtoient de 25 Couverts chacune,&
furent toutes quatre
ſervies à quatre Services, également
beaux , & en meſime
temps. Monſeigneur le Dauphin
mangea à la premiere,
Madame la Dauphine à la
ſeconde , Monfieur à la troifiéme
, & Madame à la qua
triéme ; de maniere que tous
ceux qui furent placez à ces
quatre Tables , curent l'honneur
de manger avec l'un de
ces Princes , ou l'une de ces
Princeſſes . LesDames eſtoient
magnifiquement parées , &
178 IV. P. du Voyage
elles avoient toutes enſemble
pour pluſieurs millions de
Pierreries . Les Violons jouërent
pendant le Repas. Les
Ambaſſadeurs de Siam, aprés
avoir vû la difpofition du
lieu,& le foupé, furent conduits
par le Premier Maiſtre
d'Hoſtel de Madame , dans
un lieu où ils trouverent une
Table ſervie auſſi avec beau
coup de magnificence. On
en ſervit en meſme temps
dix ou douze autres , pour
tous les Seigneurs de la Cour,
pour les perſonnes les plus
qualifiées , & pour les Offi-
১
des Amb. de Siam. 179
ciers de la Maiſon Royale.
Ainſi tous ceux qui estoient
de la Feſte, & ceux qui n'en
eſtoient que ſpectateurs , furent
tous ſplendidement regalez
, quoyque l'Affemblée
fuſt trés-nombreuſe. Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur &
Madame , avec toute leur
Cour, retournerent à Verfailles
un peu avant minuit , &
trouverent en ſortant tous
les dehors du Château éclairez
par un nombre infiny de
lumieres, qui avoient eſté posées
en divers endroits , &
180 IV . P. du Voyage
particulierement ſur les Ba
luſtrades, fur les grilles, & fur
tous les lieux élevez . Les Ambaſſadeurs,
aprés avoir confideré
cette illumination , prirent
le chemin de Paris,
pleins de la magnificence,
bontez & de la grandeur de
Monfieur , qui foûtient avec
tout l'éclat poffible le rang
glorieux où la naiſſance l'a
mis.
Ambaſſadeurs furent de retour
de leur Voyage de Flandre
, ils furent invitez à une
Feſte que Monfieur donnoit
dans ſa Maiſon de S. Cloud.
Comme cette Feſte ſe faifoit
au dedans du Château , le
Premier Gentilhomme de la
Chambre y commandoit, de
meſme que le Capitaine des
Gardes à tout ce qui ſe fait
hors desAppartemens, &mêdesAmb.
de Siam. 163
:
me aux Comedies & aux Ва-
lets qui ſe font dans les Sales
deſtinées pour ces fortes de
Spectacles ; car lors qu'on en
donne dans les Appartemens,
c'eſt toûjours du Premier
Gentilhomme de la Chambre
qu'on reçoit les ordres.
Ainfi M le Comte de Tonnerre,
l'un des PremiersGentilshommes
de la Chambre
deMonfieur, & fervant alors
auprés de ce Prince, les donnoit
dans cette Feſte , pour
empeſcher la confufion qui
eft inſeparable des divertiſſemens
de cette nature. Ils
O ij
164 IV. P. du Voyage
commencerent à trois heures
aprés midy , & Monſeigneur
leDauphin,Madame laDauphine,
Monfieur & Madame
qui en faifoient les honneurs,
& les perſonnes de la premiere
qualité qui en avoient
eſté conviées, ayant traversé
toutes les Sales des Gardes,
Anti -Chambres & Cabinets
qui estoient magnifiquement
meublez de trés- belles Tapifferies
& autres meubles
nouvellement arrivez d'Alemagne
, & dont Madame a
herité de feuë Madame l'Electrice
Palatine ſa Mere , ils
des Amb. de Siam 165
paſſerent par le Salon, & par
la Galerie , l'un & l'autre
peints par M Mignard , &
allerent dans le petit Salon
de Diane , qui eſt à l'autre
bout de la Galerie , où il y
avoit un fort beau Concert
composé de Claveſſins, Violes
, Tuorbes , & Deffus de
Violon. On y demeura plus
d'une heure , & pendant ce
temps on fervit une Collation
magnifique des plus
beaux fruits de la Saifon ,
parmy leſquels il y en avoit
de fort rares , parceque leur
faiſon eftoit paffée. Le jour
166 IV. P. du Voyage
commençant à finir, on éclai
ra les Appartemens par lefquels
on venoit de paſſer. Ils
eſtoient tous garnis de Luftres,
Girandoles, Chandeliers
&Flambeaux d'argent , dont
le nombre eſtoit fort grand.
Au fortir du Concert , toute
l'Aſſemblée ſe rendit dans le
Salon où tout avoit eſté dif
posé pour le Bal. Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine , Monfieur
& Madame le commencerent.
Toutes les Princeſſes &
Ducheſſes formoient un cercle,
dans lequel on dança. Il
des Amb. de Siam. 167
y avoit auſſi beaucoup de
perſonnes de la premiere qualité.
Mrs les Ambaſſadeurs
de Siam eſtoient auprés des
Ducheſſes , à main droite de
Monſeigneur leDauphin. Ce
Prince leur parla ; & comme
pour luy marquer une plus
profonde veneration , ils avoient
les mains jointes ,.
Monſeigneur eut la bonté
de leur dire qu'ils pouvoient
nese point géner en les tenant
en cet état , & que dans un
temps de divertiſſement, ils pouvoient
prendre un air plus libre.
Ils répondirent par de pro168
IV. P. du Voyage
fondes inclinations , puis ils
dirent que quoyqu'ils n'euffent
pas apporté leurs Bonnets de ceremonie
, qu'ils n'oftent jamais,
& qui font mesme attachez,
ceux qu ils avoient apportezpouvoient
leur en tenir lieu , &
meſme qu'ils leur estoient toutà-
fait précieux , puisque c'estoit
un Preſent du Roy.
Ily eut beaucoup de perfonnes
de diftinction qui
vinrent de Paris pour voir ce
divertiſſement. M l'Envoyé
de Baviere , qui estoit venu
en cette Cour pour faire des
Complimens fur l'heureux
AccoudesAmb
de Siam. 169
Accouchement de Madame
laDauphine, eſtoit auſſi placé
derriere les Ducheſſes . On
dança au ſon des Violons
& des Hauts - bois . Il y
avoit environ deux heures
que le Bal eſtoit commencé,
lorſqu'on fervit une Collation
féche dans cinquante
Corbeilles remplies de toutes
fortes de Fruits , de Limes
douces, d'Oranges de la Chine,
de Confitures ſéches, de
Maſſepains, & de toute forte
de petite Patiſſerie. Quand
toute cette Collation eut
paffé devant Monſeigneur le
P
770 IV. P.du Voyage
Dauphin,&Madame laDau
phine , elle fut preſentée aux
Ducheffes , & fit le tour du
Cercle ; aprés quoy chacun
de ceux qui compofoient
l'Aſſemblée eut liberté d'en
prendre. On apporta enſuite
plus de trente petites Tables
de la Chine, que l'on appelle
Cabarets, chargées de huit ou
dix Porcelaines chacune , les
unes remplies de Chocolat,
& les autres de Thé & de
Caffé , dont chacun choiſit
felon fon goût. Toute cette
Collation fut portée par les
Officiers de la Chambre , &
1
des Amb. de Siam. 171
par ceux de la Garderobe
de Monfieur. Aprés que cha
cun eut pris ce qu'il fouhaitoit
, on recommença à dancer.
Tant que leBal dura les
Officiers du Gobelet & d'Echançonnerie
de Monfieur,
ſe tinrent dans un Veſtibule
qui eſt proche du Salon , &
donnerent àboire à tous ceux
qui en voulurent. Dans la
Sale qui eſt au deſſus de ce
Veſtibule, du côté de l'Orangerie
, il y avoit des Tables
pour toutes fortes deJeux, &
les perſonnes de la premiere
qualité, qui ne vouloient pas
Pij
172 IV. P. du Voyage
dancer, s'y divertirent à jouer.
Monſeigneury prit ce divertiffement
quelque temps avant
la fin du Bal, & y joia
au Reverſi . A coſté du lieu
où l'on joüoit , eſtoit une
Chambre où l'on alloit
boire toutes fortes de Liqueurs,
ainſi que du Chocolat,
du Thé & du Caffé, que
l'on offroit mefme à tout le
monde ; de forte que ceux
qui n'eſtoientvenus que pour
voir la Fefte , aufli bien que
ceux qui en estoient , pûrent
autant qu'ils le voulurent fatisfaire
leur forf&leur goût.
desAmb. de Siam. 173
Le Bal finit à ſept heures
&demie, & l'on pafla du Salon
où l'on avoit dancé , &
de la Chambre où l'on avoit
joüé, dans l'Orangerie , qui
eftoit éclairée par une infinité
de Luftres & de Girandoles
garnies de bougies ; &
ces Luftres & ces Girandoles
eſtant ſuſpendus entre lesOrangers,
formoient une grande
Allée toute brillante de
Criſtaux & de lumieres , qui
donnant un vif éclat à la
vetdure,produiſoient un trés
agreable effet. Cependant ce
lieu , quoyque ſi bien orné
Piij
174 IV. P. du Voyage
& fi magnifique , ne ſervoit
que de paſſage pour aller à
la Sale de la Comedie , qui
eftoit encore toute éclatante
de lumieres. On y reprefenta
Bajazet , de Mr Racine,
Treforier de France . Les Ambaſſadeurs
eurent le meſme
rang qu'ils avoient eu au Bal,
& toûjours à la droite de
Monſeigneur le Dauphin . Ils
comprirent fi bien le noeud
de la Piece , par les chofes
qu'on leur expliqua , qu'ils
entrerent dans la beauté du
ſujet, dont ils parlerent juſte,
auffi bien que du jeu des
des Amb de Siam. 175
la
Acteurs ; ce qui fut pluſieurs
fois rapporté à Monſeigneur
le Dauphin , à Madame
Dauphine , à Monfieur & à
Madame , pendant la Comedie
. Cela leur fit donner
beaucoup de loüanges & admirer
la juſteſſe de leur goût,
& la penetration de leur efprit
. La Comedie eſtant finie
à dix heures & demie, on
traverſa l'Orangerie, le grand
Salon & les Appartemens par
où l'on eſtoit venu , & enſuite
l'on entra dans le petit
Appartement de Madame, &
dans l'ancien Salon peint par
Piiij
176 IV. P. du Voyage
feu M Noiret . Le Buffet qui
eſtoit dreſſé en face , frapa
d'abord les yeux. Il avoit 25
pieds de haut fur 30 de large
, & eſtoit tout remply de
trés- beaux Ouvrages d'Argenterie
& de vermeil doré,
& il y en avoit meſme quelques-
uns d'or. Parmy cette
Argenterie on remarquoit
beaucoup de grandes Cuvettes
, de Vaſes , d'Urnes , de
Girandoles & de Flambeaux
d'argent , le tout d'un trésbeau
travail & trés -bien cizelé.
Il y avoit quatre Tables
de pareille grandeur, dans les
desAmb. de Siam. 177
quatre coins du Salon. Elles
eſtoient de 25 Couverts chacune,&
furent toutes quatre
ſervies à quatre Services, également
beaux , & en meſime
temps. Monſeigneur le Dauphin
mangea à la premiere,
Madame la Dauphine à la
ſeconde , Monfieur à la troifiéme
, & Madame à la qua
triéme ; de maniere que tous
ceux qui furent placez à ces
quatre Tables , curent l'honneur
de manger avec l'un de
ces Princes , ou l'une de ces
Princeſſes . LesDames eſtoient
magnifiquement parées , &
178 IV. P. du Voyage
elles avoient toutes enſemble
pour pluſieurs millions de
Pierreries . Les Violons jouërent
pendant le Repas. Les
Ambaſſadeurs de Siam, aprés
avoir vû la difpofition du
lieu,& le foupé, furent conduits
par le Premier Maiſtre
d'Hoſtel de Madame , dans
un lieu où ils trouverent une
Table ſervie auſſi avec beau
coup de magnificence. On
en ſervit en meſme temps
dix ou douze autres , pour
tous les Seigneurs de la Cour,
pour les perſonnes les plus
qualifiées , & pour les Offi-
১
des Amb. de Siam. 179
ciers de la Maiſon Royale.
Ainſi tous ceux qui estoient
de la Feſte, & ceux qui n'en
eſtoient que ſpectateurs , furent
tous ſplendidement regalez
, quoyque l'Affemblée
fuſt trés-nombreuſe. Monfeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur &
Madame , avec toute leur
Cour, retournerent à Verfailles
un peu avant minuit , &
trouverent en ſortant tous
les dehors du Château éclairez
par un nombre infiny de
lumieres, qui avoient eſté posées
en divers endroits , &
180 IV . P. du Voyage
particulierement ſur les Ba
luſtrades, fur les grilles, & fur
tous les lieux élevez . Les Ambaſſadeurs,
aprés avoir confideré
cette illumination , prirent
le chemin de Paris,
pleins de la magnificence,
bontez & de la grandeur de
Monfieur , qui foûtient avec
tout l'éclat poffible le rang
glorieux où la naiſſance l'a
mis.
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Résumé : Les Ambassadeurs sont invités aprés leur Voyage de Flandres à une Feste donnée par Monsieur à Saint Cloud. Description de cette grande Feste. [titre d'après la table]
Deux jours après le retour des ambassadeurs de Flandre, ceux-ci furent invités à une fête organisée par Monseigneur dans sa maison de Saint-Cloud. La fête se déroula à l'intérieur du château, sous la supervision du Premier Gentilhomme de la Chambre et du Capitaine des Gardes. Le Comte de Tonnerre, Premier Gentilhomme de la Chambre, donna les ordres nécessaires pour éviter toute confusion. Les festivités commencèrent à trois heures de l'après-midi. Le Dauphin, la Dauphine, Monseigneur et Madame accueillirent les invités, qui traversèrent des salles magnifiquement décorées de tapisseries et de meubles récemment arrivés d'Allemagne. Ils se dirigèrent vers le petit Salon de Diane pour un concert, suivi d'une collation de fruits rares. Les appartements furent ensuite éclairés avec des lustres, girandoles, chandeliers et flambeaux en argent. Après le concert, l'assemblée se rendit dans le Salon pour le bal, inauguré par le Dauphin, la Dauphine, Monseigneur et Madame. Les ambassadeurs de Siam, placés près des duchesses, furent invités à se détendre par Monseigneur. Le bal fut suivi d'une collation de fruits, limons, oranges, confitures et pâtisseries. Des tables chargées de porcelaines remplies de chocolat, thé et café furent ensuite apportées. Pendant le bal, des officiers servirent des boissons, et une salle de jeux fut mise à disposition pour ceux qui ne souhaitaient pas danser. Monseigneur joua au reversi. À la fin du bal, l'assemblée se dirigea vers l'orangerie éclairée, puis vers la salle de comédie où fut représentée 'Bajazet' de Racine. Les ambassadeurs apprécièrent la pièce et en discutèrent avec les princes. Après la comédie, les invités traversèrent l'orangerie et le grand Salon pour entrer dans le petit appartement de Madame, où un buffet somptueux fut servi. Les ambassadeurs furent conduits à une table magnifiquement dressée. Tous les invités, y compris les spectateurs, furent splendidement régalés. La fête se termina peu avant minuit, avec une illumination spectaculaire des extérieurs du château. Les ambassadeurs retournèrent à Paris, impressionnés par la magnificence et la grandeur de Monseigneur.
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57
p. 189-214
Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs ayant témoigné plusieurs fois à Mr l'Abbé [...]
Mots clefs :
Séminaire des Missions étrangères, Ambassadeurs, Harangues, Séminaire, Roi de Siam, Admirer, Vrai dieu, Compliments, Joie, Personnes, Monde, Langue, Artus de Lionne, Abbé, Compliment, Hébreu, Hommes, Maison, Devoir, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ayant
témoigné pluſieurs fois à M
l'Abbé de Lionne , & à r
de Brifacier, Superieur du Seminaire
des miſſions Eftrangeres
, le deſir qu'ils avoient
depuis longtemps de leur
rendre viſite dans leur mаі
fon, en fixerent enfin le jour
190 IV. P. du Voyage
au 10. Decembre . Comme le
premier Ambaſſadeur eſtoit
allé ce jour là ſeul avec M
Torf à Versailles , pour conferer
avec Mle Marquis de
Seignelay, on alla fur les trois
heures aprés midy, propoſer
aux deux autres de venir voir
la Maiſon des Incurables. Ils
répondirent ſans hefiter qu'ils
ne vouloient point ſe partager ce
jour-là , qu'ils ne fortiroient que
pour aller au Seminaire, o que
s'ils avoient ſuivy leur inclination
, ils ſe ſeroient acquittez
beaucoup pluſtoſt de ce devoir .
Si-tôt qu'on apprit qu'ils ardes
Amb . de Siam. 191
rivoient , on alla les recevoir
à la defcente de leur Carroffes
, & on les conduiſit dans
un lieu où M l'Abbé de
Choiſi leur preſenta du Thé
dans les petits Vaſes d'or &
d'argent , que M Conſtance
luy a donnez à Siam , & fit
brûler du bois d'Aquila qui
parfuma l'air enun moment.
Il eſtoit fix heures lorſque le
Premier Ambaſſadeur revint
de Verſailles ; il les trouva
en converſation avec M'PEvêque
Duc de Laon , qu'ils
avoient veu à la Fére où , ce
Prelat estoit allé exprés pour
192 IV.P.du Voyage
les ſaluer au retour de leur
Voyage deFlandre.M leMarquis
de Coeuvres ſon Frere,
qu'ils ſçavoient eſtre le beaufrere
deM l'Abbé deLionne,
eſtoit auſſi avec eux, ainſi que
-M¹ d'Aligre, Ms lesAbbez le
Pelletier & de Neſmond , les
Peres Couplet & Spinola Jefuîtes
, &quelques autres perſonnes
de merite que l'on
avoit eu ſoin d'inviter.
La converſation ayant eſté
interrompuë, il ſe fit d'abord
un peu de filence , & M² de
Brifacier accompagné des
Eccleſiaſtiques de fa maiſon,
prit
des Amb. de Siam. 193
prit cet intervalle pour faire
un compliment fort court ,
qui prepara l'eſprit des Ambaſſadeurs
à en entendre quatre
autres en diverſesLangues.
Voicy les termes de ce com
pliment.
MESSEIGNEVRS,
Vn meriteauſſi univerſel & auſſi
univerſellement reconnu que levôtre,
devroit estre publié en toutes for
tes de Langues , & nous souhaiterions
pouvoir aſſembler icy les differentes
Nations de l'Europe ,pour honorer
par leur bouche vôtre Grand
Roy dans vos Excellences , de mème
que ce puiſſant Prince a honoré
R
194 IV. P. duVoyage
à Siampar la deputation des divers
Peuples de l'Orient nôtre Incompaparable
Monarque dans la personne
defon Ambassadeur extraordinaire.
Mais fansformerde vains deſirs &
Sans rien emprunter des Royaumes
étrangers , fouffrez, Meffeigneurs ,
que plusieurs Prestres de cette Maifon
, qui vous vont complimenter
aprés moy ,se partagent entre eux
pour lover en plus d'une maniere
les talents& la conduiteque tout le
monde admire en vous , &qu'ils employent
ce que l'Hebreu a desçavant,
ce que leGrec a de poly , ce que le Latin
a de grave , & ce que le Siamois
doit avoir d'agréable à vôtre égard,
pour rendre Séparement & diverſement
à vos Eminentes qualitezles
profonds refpects qui leur font dûs ,
pour repondre à l'honneur de vôdes
Amb. de Siam. 195
tre visite , & aux marques de vos
bontez par les témoignages finceres
d'une estime & d'une reconnoiſſance
éternelle.
Ils furent enſuite compli
mentez en Hebreu au nom
des Penſionnaires du Seminaire
, & à la fin de chaque
compliment , on liſoit la traduction
Siamoiſe qui en a
voit eſté faite , partie par le
ſieur Antoine Pinto , Acolyte
du Seminaire de Siam , & partie
par le ſieur Gervaiſe , l'un
des Ecclefiaftiques François ,
que feu Me l'Eveſque d'Heliopolis
avoit menez avec luy
Rij
196 IV. P. du Voyage
dans fon dernier voyage aux
Indes. Voicy la traduction
de ce compliment Hebreu
en nôtre Langue.
MESSEIGNEVRS ,
Cette maison reçoit aujourd'huy un
honneur qu'elle n'eût jamais ofé efperer.
Elle est établie pour envoyer
des hommes Apostoliques dans les
Royaumes les plus éloignez, & c'est
ce qu'elle a toûjours fait depuis fon
établiſſement. Mais qu'elle dût recevoirjamais
trois Illuftres Ambaffadeurs
venus des extremitez de la
terre , c'est ce qu'elle apeine à croire ,
quand même elle le voit. Dans l'excez
delajoye qui la transporte , elle.
ne peut , Meſſeigneurs , que vous
des Amb. de Siam. 197
:
conjurer d'être tres-perfuadez de ſa
reconnoiſſance respectueuse , & de
Pardeur continuelle qu'elle a à prier
Le Dieu du Ciel & de la Terre , qu'il
ajoûte aux biens dont il a déja comblé
vos Excellences la parfaite connoiſſance
de celuy qui les leur afaits .
L'Hebreu fut ſuivy du
Grec , & on leur fit ce troifiéme
compliment au nom de
ceux qu'on éleve dans cette
Maiſon pour les Miſſions étrangeres
. Voicy comme il a
eſté rendu en nôtre Langue,
MESSEIGNEURS,
Entre toutes les Perſonnes qui de-
Riij
198 IV. P. du Voyage
meurent dans cetteMaison que vous
avezbien voulu honorer aujourd'hui
devotre prefence, nous croyons que
nul n'a reſſenti plus de joye quenous
qui y sommes pour nous rendre dignes
depoffer dans votre Païs,quand
nos Supericurs voudrontbien nous y
envoyer. Ce qui nousy porte , c'est le
defir de procurer au Royaume de
Siam qui a toutes les autres richeßes,
daseule qui luy manque , &fans laquelle
toutes les autres luy seroient
inutiles , c'est la connoiffance & l'aour
du vray Dieu, Createur du Ciel
& de la Terre ; & rien ne pourroit
nous donner plus de joye & d'efpevance
de réüſſir dans ce deffein que
toutes ces excellentes qualitez que
la France admire en vos perſonnes.
Cette douceur & cette affabilité que
Vous aveztémoignée envers tout le
des Amb. de Siam. 199
monde, ne nous laiſſe pas lieu de douter
que les Peuples de Siam ne reçoi
ventfavorablement ceux qui confacreront
leur vie & leurs travaux
pour leur porter les lumieres de l'Evangile
de I. C. & cette merveilleuſe
penetration d'esprit que vous
avez faitparoître en toutes fortes de
rencontres nous fait concevoir la facilité
, avec laquelle ces mêmes Peuplesse
laiſſeront perfuader des veritez
que nous deprons leur enfeigner.
Votre équité , vôtre modération
, vôtreſageſſe , &toutes vos autres
vertus jointes à celles- cy , nous
rempliſſent de veneration pour vos
Excellentces , aussi bien que de joye
en nous mêmes ; & nous portent
avec encore plus d'ardeur à demander
inceffamment au vray Dieu tout
puiſſant,&infinimentbon, de vous
>
Rimj
200 IV P. du Voyage
conferver toûjoursdans uneparfaite
Santé, de vous accorder un heureux
retour dans votre Patrie ,& la joye
de retrouver'le Roy de Siam comblé
d'un nouvel excés de gloire. Mais
fur tout, nous ne ceſſerons jamais de
demander à ce Dieu éternel , & qui
diſpoſe des coeurs des hommes comme
il luy plaiſt , qu'il vousfaffe la grace
dele connoître&de l'aimer ,&d'étre
éternellement comblez de joye
avec luy.
Aprés cela , ils furent com
plimentez en Latin au nom
des Eccleſiaſtiques du Seminaire
qui doivent partir avant
les Ambaſſadeurs. Comme la
Langue Latine eſt entenduë
preſque de tout le monde,j'ay
des Amb. de Siam. 201
crû devoir mettre ce compli
compil
ment tel qu'il a eſté pronon
cé.
Viex hâcdomoquam nuncveftrâ
preſentiâfummoperè illuf
tratis, Viri Excellentiffimi, Siamum
vobiscum profecturi sunt , eandemquè
Claffem , vel fortè etiam eandemNavim
confcenfuri, precipuam
fibi hodiè , tùm erga Excellentias
veftras Reverentiam , tum pre cateris
latitiam exhibendam effe ar
bitrantur. Habent etenim in hodierno
, quo nos afficitis , honore , velut
pignus quoddam future veftra in
ipsos benignitatis : dulciffima converfationis
in via : fortiffime tuitionis
in Patria : ubique benevolentia
fingularis. Latantur autem
202 IV. P. du Voyage
maximè , cum mente pertractant,
jam-jamquepreripiunt, quam egregia,
quàm grandia de vobis vel invitis
, in Regno Siamensi poterunt
nuntiare ; palàm nempè faciendo
meritis extollendo laudibus quicquid
alioquin veftra modeftia reticuiffet
: fummam , quam apud nos
oftendiftis , ingenj magnitudinem,
-aquabilitatem animi, in tuendo Siamenfi
nomine dignitatem : ut fuiftis
in tractandis negotijs folertes ,
in extricandis difficultatibus dexteri,
in folvendis quæftionibus prudentes,
in reſponſis mille, velferid,
vel jocosè dandis , prout res poftulabat,
femperparatiffimi : ut noftis
denique vivere cum Optimatibus
comitèr , cum Plebeijs humaniter,
cum Regijs Ministris ſapienter, cum
Principibus dignè & magnifice, &
desAmb. de Siam. 203
(quod omnium fummum eft | LVDOVICI
MAGNI laudem &gratiam
demereri . Ita ut duobus tantum
Gens Siamensis & Gallica jam
inter se diſtare videantur , Patriâ
fcilicet &Religione ; quarum altera,
perfædus initum inter potentiffimos
Reges, deinceps communis erit,
altera verò ( faxit Deus Optimus
Maximus ) prorsus una.
M l'Abbé de Lionne finit
en Siamois, au nom des Ouvriers
Apoftoliques qui travaillent
à Siam , & dans les
Royaumes voiſins . Voicy ce
qu'il dit en certe Langue.
Vſqu'icy, MESSEIGNEVRS,
j'ay vû avec une extrême joie,
204 IV. P. du Voyage
L'empressement extraordinaire que
toute la France a fait paroître à vous
témoigner l'estime,le refpest l'admiration
qu'elle a pour le très-Puif-
Sant Roy, votre Maître, &pour vous
en particulier , qui foûtenez icy fi
excellemment faDignité. Voicy l'unique
occasion où j'aye pû mêler ma
voix aux applaudſſemens publics,&
vous marquer quelque chose de mes
Sentimensfur cesujet. l'ofe dire qu'ils
Surpaffint ceux de tout le reſte des
hommes; &pour en convenir, vous
n'avez qu'à faire reflexion aux vaifons
fingulieres & personnelles que
j'ay de parler ainsi. Les autres connoiſſent
à la verité le Roy de Siam ,
Sur ce que la Renommée a publiéde
fes grandes qualitez ; mais quoiqu'-
elle ait dit du rang éminent qu'il
tient entre tous les Princes de l'o-
4
desAmb. de Siam. 205
1
ment ,
vient , de la richeſſe de ſes tresors .
de la penetration étonnante deſon efprit,
de la ſageſſe de ſon Gouvernede
l'application infatigable
qu'ildonne aux affaires de son Etat,
deson difcernement &de son amour
pour le veritable merite , de cette
merveilleuse ardeur qu'il a de tout
connoître & de tout sçavoir, de cette
affabilité qui , sans rien diminuer
de sa grandeur , luy apprend à se
proportionner à toutle monde, &qui
attire chez lay ce prodigieux nom.
bre d'Etrangers ; & ce qui nous touche
de plus prés , de cette bontépar
ticuliere qu'il a pour les Ministres
du Vray Dieu ; tout cela, dis-je, quelque
grand qu'il soit , n'est- il pas
encore au deſſous de ce que découvrent
dansſa perſonne Royale, tous ceux qui
ont le bonheur de l'approcher , & ce
206 IV. P. du Voyage
que j'y ay découvert tant de fois
moy- même ? Il en est ainsi à proporsion
des jugemens avantageux que
l'on a portez icy de vos Excellences.
On a admiré , par exemple , & l'on
n'oubliera jamais la juſteſſe&lasubtilité
de vos reponses ; cependant on
na souvent connu que la moindre
partie de leur beautè , elles en perdoient
beaucoup dans le paſſage d'une
langue à l'autre , & moy-méme
j'avois une espece d'indignation de
me voir dans l'impoſſibilité de leur
donner tout leur agrément & toute
Leur force. On a admiré ce fond de
politeſſe , qui vous rend capables
d'entrer (i aiſement dans les manieres
particulieres de chaque Nation,
quelques differentes que toutes les
Nations foient entre elles. On a admiré
cette prodigieuse égalité d'ame
• des Amb de Siam. 207
& cette Paix qui ne se trouble jamais
de rien ; on a admiré enfin cent
autres qualitez excellentes qui éclatent
tous les jours dans vos perſonnes
; cependant ceux qui en ont
esté touchez, ne vous ont vû que
comme en paſſant; qu'auroit- ce esté,
s'ils avoient eu le moyen de vous
confiderer plus à loiſir&deplus près ?
Les ordres du tres-Grand Roy de
Siam m'ont procure cét avantage ,
lorſqu'il a joint à tous les témoignages
de bonté qu'il m'avoit déja donnez
, celuy de ſouhaiter que je vous
accompagnaſſe en France . Vous y avez
ajouſté mille marques touchanres
de vôtre amitié , & la Nature
Seule qui inſpire à tous les hommes
la reconnoiſſance , suffiroit pour me
donner les fentimens les plus reſpectueux
pour votre Grand Prince,les
208 IV . P.du Voyage
plus tendres pour vos personnes , &
les plus Zelez pour votre Nation :
mais Dieu , dont la Providence conduit
tout avec une fageffe & une
bonte admirable, a pris foin luy-meme
de fortifier infiniment ces fentimens
dans mon coeur , en me confirmant
dans le defſſein de paſſer ma
vie avec vous, &de la consacrer à
vôtre ſervice, pour tâcher de contri
buer à vôtre bonheur eternel.
La lecture de tous ces
Complimens eftant finie , te
premier Ambaſſadeur dit ,
qu'ils estoient trés - obligez au
Seminaire des honneſtetez qu'il
leurfaifoit ; qu'ils luy donnoient
avec plaifir par leur viſite une
nouvelle marque de leur eftimes
des Amb. de Siam. 209
que le Roy leur Maistre , leur
avoit ordonné de prendre confiance
en ceux qui gouvernoient
cette Maison ; qu'ils rendroient
un compte exact à Sa Majesté,
des ſervices importans qu'ils recevoient
d'eux tous les jours depuis
leur arrivée à Paris ; qu'ils
n'avoient eſté en aucun lieuplus
volontiers que chez eux ; &que
s'ilspouvoient quelque jour dans
Ieur Pays donner à leurs Miffionnaires
des témoignages effectifs
de leur affection & de leur
reconnoiffance, ils le feroient avec
la plus grande joye du monde.
Apeine eut-il ceffé de par-
S
210 IV. P. du Voyage
/
ler, qu'on vint avertir que la
Table eſtoit ſervie . C'eſtoit
uneTable ovale à vingt couverts,
placez dans un Refectoire
qui estoit fort éclairé
de bougies. Le Repas fut un
Ambigu , où il y eut , pour
marque de distinction
double Service devant les
,
un
Ambaſſadeurs , & où l'abondance,
la delicateffe &la propreté
parurent également par
tout. La dépenſe en fut faite
par une Perſonne de pieté,
qui ayant appris l'honneur
que les Ambaſſadeurs vouloient
faire au Seminaire de
des Amb. de Siam . 211
le vifiter , & l'embarras où ſe
trouvoit le Superieur fur la
maniere de les recevoir ( parcequ'il
ne croyoit pas que
ſelon leurs idées il convinſt à
l'humilité de ſa profeffion,
ny à la pauvreté de ſa Maifon
, de faire un Repas qui
répondiſt à la grandeur de
leur caractere , & au merite
de leurs perſonnes ) le pri
de ne ſe mettre en peine de
rien , & fe chargea genereufement
de pourvoir à tout.
Chaque Ambaſſadeur & chaque
Mandarin avoit derriere
luy un Homme appliqué u-
Sij
212 IV. P. du Voyage
niquement à le ſervir , & on
donna de ſi bons ordres pour
tout le reſte, que tout ſe paffa
fans confufion & fans bruit.
Ainſi la tranquilité qui regna
toûjours , fit affez voir qu'on
eſtoit dans une Communauté
reglée. M¹ deBrifacier qui
n'ignoroit pas combien les
Ambaſſadeurs font choquez
des dépenses que font des
Preftres , jugea qu'il eſtoit à
propos de leur declarer de
bonne foy la chofe comme
elle eſtoit , & de leur dire,
pour les prévenir, en les conduiſant
au Refectoire,que s'ils
des Amb. de Siam. 213
trouvoient dans la Collation
qu'on leur alloit faire , quelque
forte de magnificence , ils n'en
devoient pas estre ſcandalisez
comme d'un excezcondamnable
dans une Maison Eccleſiaſtique,
mais qu ils devoient pluſtoſt l'agréer
comme un effet loüable du
Zele d'une Perſonne dont il n'avoit
pas crû devoir borner la generofité
dans une occafion, où il
ne penſoit pas qu'on pûst trop
faire pour eux. Pendant que
les Maiſtres estoient àTable,
on en ſervit une autre à fix
couverts , dans un lieu tout
proche , pour les Interpretes
274 IV. P. du Voyage
& les Secretaires . Les Gens
mangerent enfuite , & avant
dix heures les Ambaſſadeurs
ſe retirerent dans leur Hoſtel
avec de grandes marques de
fatisfaction .
témoigné pluſieurs fois à M
l'Abbé de Lionne , & à r
de Brifacier, Superieur du Seminaire
des miſſions Eftrangeres
, le deſir qu'ils avoient
depuis longtemps de leur
rendre viſite dans leur mаі
fon, en fixerent enfin le jour
190 IV. P. du Voyage
au 10. Decembre . Comme le
premier Ambaſſadeur eſtoit
allé ce jour là ſeul avec M
Torf à Versailles , pour conferer
avec Mle Marquis de
Seignelay, on alla fur les trois
heures aprés midy, propoſer
aux deux autres de venir voir
la Maiſon des Incurables. Ils
répondirent ſans hefiter qu'ils
ne vouloient point ſe partager ce
jour-là , qu'ils ne fortiroient que
pour aller au Seminaire, o que
s'ils avoient ſuivy leur inclination
, ils ſe ſeroient acquittez
beaucoup pluſtoſt de ce devoir .
Si-tôt qu'on apprit qu'ils ardes
Amb . de Siam. 191
rivoient , on alla les recevoir
à la defcente de leur Carroffes
, & on les conduiſit dans
un lieu où M l'Abbé de
Choiſi leur preſenta du Thé
dans les petits Vaſes d'or &
d'argent , que M Conſtance
luy a donnez à Siam , & fit
brûler du bois d'Aquila qui
parfuma l'air enun moment.
Il eſtoit fix heures lorſque le
Premier Ambaſſadeur revint
de Verſailles ; il les trouva
en converſation avec M'PEvêque
Duc de Laon , qu'ils
avoient veu à la Fére où , ce
Prelat estoit allé exprés pour
192 IV.P.du Voyage
les ſaluer au retour de leur
Voyage deFlandre.M leMarquis
de Coeuvres ſon Frere,
qu'ils ſçavoient eſtre le beaufrere
deM l'Abbé deLionne,
eſtoit auſſi avec eux, ainſi que
-M¹ d'Aligre, Ms lesAbbez le
Pelletier & de Neſmond , les
Peres Couplet & Spinola Jefuîtes
, &quelques autres perſonnes
de merite que l'on
avoit eu ſoin d'inviter.
La converſation ayant eſté
interrompuë, il ſe fit d'abord
un peu de filence , & M² de
Brifacier accompagné des
Eccleſiaſtiques de fa maiſon,
prit
des Amb. de Siam. 193
prit cet intervalle pour faire
un compliment fort court ,
qui prepara l'eſprit des Ambaſſadeurs
à en entendre quatre
autres en diverſesLangues.
Voicy les termes de ce com
pliment.
MESSEIGNEVRS,
Vn meriteauſſi univerſel & auſſi
univerſellement reconnu que levôtre,
devroit estre publié en toutes for
tes de Langues , & nous souhaiterions
pouvoir aſſembler icy les differentes
Nations de l'Europe ,pour honorer
par leur bouche vôtre Grand
Roy dans vos Excellences , de mème
que ce puiſſant Prince a honoré
R
194 IV. P. duVoyage
à Siampar la deputation des divers
Peuples de l'Orient nôtre Incompaparable
Monarque dans la personne
defon Ambassadeur extraordinaire.
Mais fansformerde vains deſirs &
Sans rien emprunter des Royaumes
étrangers , fouffrez, Meffeigneurs ,
que plusieurs Prestres de cette Maifon
, qui vous vont complimenter
aprés moy ,se partagent entre eux
pour lover en plus d'une maniere
les talents& la conduiteque tout le
monde admire en vous , &qu'ils employent
ce que l'Hebreu a desçavant,
ce que leGrec a de poly , ce que le Latin
a de grave , & ce que le Siamois
doit avoir d'agréable à vôtre égard,
pour rendre Séparement & diverſement
à vos Eminentes qualitezles
profonds refpects qui leur font dûs ,
pour repondre à l'honneur de vôdes
Amb. de Siam. 195
tre visite , & aux marques de vos
bontez par les témoignages finceres
d'une estime & d'une reconnoiſſance
éternelle.
Ils furent enſuite compli
mentez en Hebreu au nom
des Penſionnaires du Seminaire
, & à la fin de chaque
compliment , on liſoit la traduction
Siamoiſe qui en a
voit eſté faite , partie par le
ſieur Antoine Pinto , Acolyte
du Seminaire de Siam , & partie
par le ſieur Gervaiſe , l'un
des Ecclefiaftiques François ,
que feu Me l'Eveſque d'Heliopolis
avoit menez avec luy
Rij
196 IV. P. du Voyage
dans fon dernier voyage aux
Indes. Voicy la traduction
de ce compliment Hebreu
en nôtre Langue.
MESSEIGNEVRS ,
Cette maison reçoit aujourd'huy un
honneur qu'elle n'eût jamais ofé efperer.
Elle est établie pour envoyer
des hommes Apostoliques dans les
Royaumes les plus éloignez, & c'est
ce qu'elle a toûjours fait depuis fon
établiſſement. Mais qu'elle dût recevoirjamais
trois Illuftres Ambaffadeurs
venus des extremitez de la
terre , c'est ce qu'elle apeine à croire ,
quand même elle le voit. Dans l'excez
delajoye qui la transporte , elle.
ne peut , Meſſeigneurs , que vous
des Amb. de Siam. 197
:
conjurer d'être tres-perfuadez de ſa
reconnoiſſance respectueuse , & de
Pardeur continuelle qu'elle a à prier
Le Dieu du Ciel & de la Terre , qu'il
ajoûte aux biens dont il a déja comblé
vos Excellences la parfaite connoiſſance
de celuy qui les leur afaits .
L'Hebreu fut ſuivy du
Grec , & on leur fit ce troifiéme
compliment au nom de
ceux qu'on éleve dans cette
Maiſon pour les Miſſions étrangeres
. Voicy comme il a
eſté rendu en nôtre Langue,
MESSEIGNEURS,
Entre toutes les Perſonnes qui de-
Riij
198 IV. P. du Voyage
meurent dans cetteMaison que vous
avezbien voulu honorer aujourd'hui
devotre prefence, nous croyons que
nul n'a reſſenti plus de joye quenous
qui y sommes pour nous rendre dignes
depoffer dans votre Païs,quand
nos Supericurs voudrontbien nous y
envoyer. Ce qui nousy porte , c'est le
defir de procurer au Royaume de
Siam qui a toutes les autres richeßes,
daseule qui luy manque , &fans laquelle
toutes les autres luy seroient
inutiles , c'est la connoiffance & l'aour
du vray Dieu, Createur du Ciel
& de la Terre ; & rien ne pourroit
nous donner plus de joye & d'efpevance
de réüſſir dans ce deffein que
toutes ces excellentes qualitez que
la France admire en vos perſonnes.
Cette douceur & cette affabilité que
Vous aveztémoignée envers tout le
des Amb. de Siam. 199
monde, ne nous laiſſe pas lieu de douter
que les Peuples de Siam ne reçoi
ventfavorablement ceux qui confacreront
leur vie & leurs travaux
pour leur porter les lumieres de l'Evangile
de I. C. & cette merveilleuſe
penetration d'esprit que vous
avez faitparoître en toutes fortes de
rencontres nous fait concevoir la facilité
, avec laquelle ces mêmes Peuplesse
laiſſeront perfuader des veritez
que nous deprons leur enfeigner.
Votre équité , vôtre modération
, vôtreſageſſe , &toutes vos autres
vertus jointes à celles- cy , nous
rempliſſent de veneration pour vos
Excellentces , aussi bien que de joye
en nous mêmes ; & nous portent
avec encore plus d'ardeur à demander
inceffamment au vray Dieu tout
puiſſant,&infinimentbon, de vous
>
Rimj
200 IV P. du Voyage
conferver toûjoursdans uneparfaite
Santé, de vous accorder un heureux
retour dans votre Patrie ,& la joye
de retrouver'le Roy de Siam comblé
d'un nouvel excés de gloire. Mais
fur tout, nous ne ceſſerons jamais de
demander à ce Dieu éternel , & qui
diſpoſe des coeurs des hommes comme
il luy plaiſt , qu'il vousfaffe la grace
dele connoître&de l'aimer ,&d'étre
éternellement comblez de joye
avec luy.
Aprés cela , ils furent com
plimentez en Latin au nom
des Eccleſiaſtiques du Seminaire
qui doivent partir avant
les Ambaſſadeurs. Comme la
Langue Latine eſt entenduë
preſque de tout le monde,j'ay
des Amb. de Siam. 201
crû devoir mettre ce compli
compil
ment tel qu'il a eſté pronon
cé.
Viex hâcdomoquam nuncveftrâ
preſentiâfummoperè illuf
tratis, Viri Excellentiffimi, Siamum
vobiscum profecturi sunt , eandemquè
Claffem , vel fortè etiam eandemNavim
confcenfuri, precipuam
fibi hodiè , tùm erga Excellentias
veftras Reverentiam , tum pre cateris
latitiam exhibendam effe ar
bitrantur. Habent etenim in hodierno
, quo nos afficitis , honore , velut
pignus quoddam future veftra in
ipsos benignitatis : dulciffima converfationis
in via : fortiffime tuitionis
in Patria : ubique benevolentia
fingularis. Latantur autem
202 IV. P. du Voyage
maximè , cum mente pertractant,
jam-jamquepreripiunt, quam egregia,
quàm grandia de vobis vel invitis
, in Regno Siamensi poterunt
nuntiare ; palàm nempè faciendo
meritis extollendo laudibus quicquid
alioquin veftra modeftia reticuiffet
: fummam , quam apud nos
oftendiftis , ingenj magnitudinem,
-aquabilitatem animi, in tuendo Siamenfi
nomine dignitatem : ut fuiftis
in tractandis negotijs folertes ,
in extricandis difficultatibus dexteri,
in folvendis quæftionibus prudentes,
in reſponſis mille, velferid,
vel jocosè dandis , prout res poftulabat,
femperparatiffimi : ut noftis
denique vivere cum Optimatibus
comitèr , cum Plebeijs humaniter,
cum Regijs Ministris ſapienter, cum
Principibus dignè & magnifice, &
desAmb. de Siam. 203
(quod omnium fummum eft | LVDOVICI
MAGNI laudem &gratiam
demereri . Ita ut duobus tantum
Gens Siamensis & Gallica jam
inter se diſtare videantur , Patriâ
fcilicet &Religione ; quarum altera,
perfædus initum inter potentiffimos
Reges, deinceps communis erit,
altera verò ( faxit Deus Optimus
Maximus ) prorsus una.
M l'Abbé de Lionne finit
en Siamois, au nom des Ouvriers
Apoftoliques qui travaillent
à Siam , & dans les
Royaumes voiſins . Voicy ce
qu'il dit en certe Langue.
Vſqu'icy, MESSEIGNEVRS,
j'ay vû avec une extrême joie,
204 IV. P. du Voyage
L'empressement extraordinaire que
toute la France a fait paroître à vous
témoigner l'estime,le refpest l'admiration
qu'elle a pour le très-Puif-
Sant Roy, votre Maître, &pour vous
en particulier , qui foûtenez icy fi
excellemment faDignité. Voicy l'unique
occasion où j'aye pû mêler ma
voix aux applaudſſemens publics,&
vous marquer quelque chose de mes
Sentimensfur cesujet. l'ofe dire qu'ils
Surpaffint ceux de tout le reſte des
hommes; &pour en convenir, vous
n'avez qu'à faire reflexion aux vaifons
fingulieres & personnelles que
j'ay de parler ainsi. Les autres connoiſſent
à la verité le Roy de Siam ,
Sur ce que la Renommée a publiéde
fes grandes qualitez ; mais quoiqu'-
elle ait dit du rang éminent qu'il
tient entre tous les Princes de l'o-
4
desAmb. de Siam. 205
1
ment ,
vient , de la richeſſe de ſes tresors .
de la penetration étonnante deſon efprit,
de la ſageſſe de ſon Gouvernede
l'application infatigable
qu'ildonne aux affaires de son Etat,
deson difcernement &de son amour
pour le veritable merite , de cette
merveilleuse ardeur qu'il a de tout
connoître & de tout sçavoir, de cette
affabilité qui , sans rien diminuer
de sa grandeur , luy apprend à se
proportionner à toutle monde, &qui
attire chez lay ce prodigieux nom.
bre d'Etrangers ; & ce qui nous touche
de plus prés , de cette bontépar
ticuliere qu'il a pour les Ministres
du Vray Dieu ; tout cela, dis-je, quelque
grand qu'il soit , n'est- il pas
encore au deſſous de ce que découvrent
dansſa perſonne Royale, tous ceux qui
ont le bonheur de l'approcher , & ce
206 IV. P. du Voyage
que j'y ay découvert tant de fois
moy- même ? Il en est ainsi à proporsion
des jugemens avantageux que
l'on a portez icy de vos Excellences.
On a admiré , par exemple , & l'on
n'oubliera jamais la juſteſſe&lasubtilité
de vos reponses ; cependant on
na souvent connu que la moindre
partie de leur beautè , elles en perdoient
beaucoup dans le paſſage d'une
langue à l'autre , & moy-méme
j'avois une espece d'indignation de
me voir dans l'impoſſibilité de leur
donner tout leur agrément & toute
Leur force. On a admiré ce fond de
politeſſe , qui vous rend capables
d'entrer (i aiſement dans les manieres
particulieres de chaque Nation,
quelques differentes que toutes les
Nations foient entre elles. On a admiré
cette prodigieuse égalité d'ame
• des Amb de Siam. 207
& cette Paix qui ne se trouble jamais
de rien ; on a admiré enfin cent
autres qualitez excellentes qui éclatent
tous les jours dans vos perſonnes
; cependant ceux qui en ont
esté touchez, ne vous ont vû que
comme en paſſant; qu'auroit- ce esté,
s'ils avoient eu le moyen de vous
confiderer plus à loiſir&deplus près ?
Les ordres du tres-Grand Roy de
Siam m'ont procure cét avantage ,
lorſqu'il a joint à tous les témoignages
de bonté qu'il m'avoit déja donnez
, celuy de ſouhaiter que je vous
accompagnaſſe en France . Vous y avez
ajouſté mille marques touchanres
de vôtre amitié , & la Nature
Seule qui inſpire à tous les hommes
la reconnoiſſance , suffiroit pour me
donner les fentimens les plus reſpectueux
pour votre Grand Prince,les
208 IV . P.du Voyage
plus tendres pour vos personnes , &
les plus Zelez pour votre Nation :
mais Dieu , dont la Providence conduit
tout avec une fageffe & une
bonte admirable, a pris foin luy-meme
de fortifier infiniment ces fentimens
dans mon coeur , en me confirmant
dans le defſſein de paſſer ma
vie avec vous, &de la consacrer à
vôtre ſervice, pour tâcher de contri
buer à vôtre bonheur eternel.
La lecture de tous ces
Complimens eftant finie , te
premier Ambaſſadeur dit ,
qu'ils estoient trés - obligez au
Seminaire des honneſtetez qu'il
leurfaifoit ; qu'ils luy donnoient
avec plaifir par leur viſite une
nouvelle marque de leur eftimes
des Amb. de Siam. 209
que le Roy leur Maistre , leur
avoit ordonné de prendre confiance
en ceux qui gouvernoient
cette Maison ; qu'ils rendroient
un compte exact à Sa Majesté,
des ſervices importans qu'ils recevoient
d'eux tous les jours depuis
leur arrivée à Paris ; qu'ils
n'avoient eſté en aucun lieuplus
volontiers que chez eux ; &que
s'ilspouvoient quelque jour dans
Ieur Pays donner à leurs Miffionnaires
des témoignages effectifs
de leur affection & de leur
reconnoiffance, ils le feroient avec
la plus grande joye du monde.
Apeine eut-il ceffé de par-
S
210 IV. P. du Voyage
/
ler, qu'on vint avertir que la
Table eſtoit ſervie . C'eſtoit
uneTable ovale à vingt couverts,
placez dans un Refectoire
qui estoit fort éclairé
de bougies. Le Repas fut un
Ambigu , où il y eut , pour
marque de distinction
double Service devant les
,
un
Ambaſſadeurs , & où l'abondance,
la delicateffe &la propreté
parurent également par
tout. La dépenſe en fut faite
par une Perſonne de pieté,
qui ayant appris l'honneur
que les Ambaſſadeurs vouloient
faire au Seminaire de
des Amb. de Siam . 211
le vifiter , & l'embarras où ſe
trouvoit le Superieur fur la
maniere de les recevoir ( parcequ'il
ne croyoit pas que
ſelon leurs idées il convinſt à
l'humilité de ſa profeffion,
ny à la pauvreté de ſa Maifon
, de faire un Repas qui
répondiſt à la grandeur de
leur caractere , & au merite
de leurs perſonnes ) le pri
de ne ſe mettre en peine de
rien , & fe chargea genereufement
de pourvoir à tout.
Chaque Ambaſſadeur & chaque
Mandarin avoit derriere
luy un Homme appliqué u-
Sij
212 IV. P. du Voyage
niquement à le ſervir , & on
donna de ſi bons ordres pour
tout le reſte, que tout ſe paffa
fans confufion & fans bruit.
Ainſi la tranquilité qui regna
toûjours , fit affez voir qu'on
eſtoit dans une Communauté
reglée. M¹ deBrifacier qui
n'ignoroit pas combien les
Ambaſſadeurs font choquez
des dépenses que font des
Preftres , jugea qu'il eſtoit à
propos de leur declarer de
bonne foy la chofe comme
elle eſtoit , & de leur dire,
pour les prévenir, en les conduiſant
au Refectoire,que s'ils
des Amb. de Siam. 213
trouvoient dans la Collation
qu'on leur alloit faire , quelque
forte de magnificence , ils n'en
devoient pas estre ſcandalisez
comme d'un excezcondamnable
dans une Maison Eccleſiaſtique,
mais qu ils devoient pluſtoſt l'agréer
comme un effet loüable du
Zele d'une Perſonne dont il n'avoit
pas crû devoir borner la generofité
dans une occafion, où il
ne penſoit pas qu'on pûst trop
faire pour eux. Pendant que
les Maiſtres estoient àTable,
on en ſervit une autre à fix
couverts , dans un lieu tout
proche , pour les Interpretes
274 IV. P. du Voyage
& les Secretaires . Les Gens
mangerent enfuite , & avant
dix heures les Ambaſſadeurs
ſe retirerent dans leur Hoſtel
avec de grandes marques de
fatisfaction .
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Résumé : Tout ce qui s'est passé au Seminaire des Missions Etrangeres, le jour que les Ambassadeurs y ont esté regalez, avec les cinq Harangues qui leur ont esté faites dans ce Seminaire. [titre d'après la table]
Le 10 décembre, les ambassadeurs de Siam visitèrent le Séminaire des Missions Étrangères. Initialement, ils souhaitaient rencontrer l'abbé de Lionne et M. de Brifacier, mais ces derniers étaient occupés à Versailles. À leur retour, les ambassadeurs furent accueillis par l'abbé de Choisi, qui leur offrit du thé et brûla du bois d'Aquila pour parfumer l'air. Ils rencontrèrent également plusieurs personnalités, dont le duc de Laon et le marquis de Coeuvres. M. de Brifacier, accompagné d'ecclésiastiques, prononça un compliment préparatoire, suivi de compliments en hébreu, grec, latin et siamois. Chaque compliment soulignait l'honneur de recevoir les ambassadeurs et exprimait des vœux de santé et de succès pour leur mission. Le compliment en latin fut prononcé en entier, tandis que les autres furent traduits en siamois par Antoine Pinto et Gervaise. L'abbé de Lionne conclut en siamois, exprimant la joie de la France et son admiration pour le roi de Siam et les ambassadeurs. Il souligna les qualités exceptionnelles des ambassadeurs et leur capacité à représenter dignement leur roi. Les ambassadeurs exprimèrent leur gratitude pour l'accueil et les honneurs reçus, promettant de rendre compte au roi de Siam des services rendus par le Séminaire. Lors du repas, les missionnaires témoignèrent de leur affection et de leur reconnaissance. La table, ovale et pouvant accueillir vingt convives, était placée dans un réfectoire bien éclairé. Le repas, qualifié d'ambigu, se distinguait par un double service pour les ambassadeurs et se caractérisait par son abondance, sa délicatesse et sa propreté. La dépense fut prise en charge par une personne pieuse, qui avait appris la visite des ambassadeurs et l'embarras du supérieur du séminaire concernant la manière de les recevoir. Chaque ambassadeur et mandarin avait un serviteur dédié, et tout se déroula sans confusion ni bruit, démontrant l'ordre de la communauté. Monsieur de Brifacier expliqua aux ambassadeurs que la magnificence du repas était due à la générosité d'une personne et non à un excès condamnable. Pendant que les maîtres étaient à table, un autre repas fut servi aux interprètes et secrétaires. Les ambassadeurs se retirèrent satisfaits avant dix heures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 231-235
Ils vont à l'Hôtel de Guise, où ils sont regalez d'un fort beau concert. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs allerent le même jour à l'Hôtel de [...]
Mots clefs :
Hôtel de Guise, Concert, Mademoiselle de Guise, Ambassadeurs, Naissance, Meubles, Princesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont à l'Hôtel de Guise, où ils sont regalez d'un fort beau concert. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs allerent
le même jour à l'Hôtel de
232 IV. P. duVoyage
Guiſe , on voulut d'abord
leur faire entendre un fort
beau Concert. Ils demanderent
fi Mademoiſelle de Guiſe
eſtoit dans l'Hôtel , &comme
on leur eût répondu que
oiy , ils répondirent qu'ils
n'entendroient & ne verroient
rien , qu'ils n'euſſent eu l'hon
neur de la faluer , ils furent
conduits dans l'Appartement
de cette Princefle , à laquelle
ils marquerent dans le complimentqu'ils
luy firent qu'ils
auroient crû commettre une grande
faute , s'ils estoient entrez
dans cet Hôtel,fans luyrendre
desAmb. deSiam. 233
ce qu'ils devoient à une perſonne
de sa naiſſance. Ils vifiterent
tous les Appartements fans
eftre incommodés par la foule
qui fe trouva ce jour-là à l'Hôtel
de Guiſe , tant les ordres
qu'on avoit donnez pour cela,
furent bien executez. Ils
admirerent la magnificence
des meubles , & la beauté de
l'Hôtel , & dirent qu'il eſtoit
digne de la grande Princeße qui
l'habitoit. Quoy que cet Hôtel
fut déja vaſte &beau,Mademoifelle
de Guiſe qui eft
toute magnifique , y a fait
beaucoup travailler , & l'on
V
L
\
234 IV. P. du Voyage
fçait que de tout temps , on a
parlé de la ſumptuoſité des
meubles de la Maiſon de
Guife , & de fes richesTapif
feries . Les Ambaſſadeurs , apres
avoir vû toutes ces chofes
, furent conduits dans le
lieu où ſe devoitfaire le Con
cert. Il n'eſtoit compofé que
de la Muſique de cette Princeffe
, qui foûtienten tout la
gradeur de fa naiſſance,& qui
la marque par des chofes que
beaucoup de Souverains ne
font pas. Les Ambaffadeurs
témoignerent pluſieurs fois à
Mademoiselle de Guiſe pens
des Amb de Siam. 235
dant le Concert , le plaifir
qu'ils y prenoient , & fortirent
charmez des honneſtetés
de cette Princeffe , & de
tout ce qu'ils avoient vû &
entendu.
le même jour à l'Hôtel de
232 IV. P. duVoyage
Guiſe , on voulut d'abord
leur faire entendre un fort
beau Concert. Ils demanderent
fi Mademoiſelle de Guiſe
eſtoit dans l'Hôtel , &comme
on leur eût répondu que
oiy , ils répondirent qu'ils
n'entendroient & ne verroient
rien , qu'ils n'euſſent eu l'hon
neur de la faluer , ils furent
conduits dans l'Appartement
de cette Princefle , à laquelle
ils marquerent dans le complimentqu'ils
luy firent qu'ils
auroient crû commettre une grande
faute , s'ils estoient entrez
dans cet Hôtel,fans luyrendre
desAmb. deSiam. 233
ce qu'ils devoient à une perſonne
de sa naiſſance. Ils vifiterent
tous les Appartements fans
eftre incommodés par la foule
qui fe trouva ce jour-là à l'Hôtel
de Guiſe , tant les ordres
qu'on avoit donnez pour cela,
furent bien executez. Ils
admirerent la magnificence
des meubles , & la beauté de
l'Hôtel , & dirent qu'il eſtoit
digne de la grande Princeße qui
l'habitoit. Quoy que cet Hôtel
fut déja vaſte &beau,Mademoifelle
de Guiſe qui eft
toute magnifique , y a fait
beaucoup travailler , & l'on
V
L
\
234 IV. P. du Voyage
fçait que de tout temps , on a
parlé de la ſumptuoſité des
meubles de la Maiſon de
Guife , & de fes richesTapif
feries . Les Ambaſſadeurs , apres
avoir vû toutes ces chofes
, furent conduits dans le
lieu où ſe devoitfaire le Con
cert. Il n'eſtoit compofé que
de la Muſique de cette Princeffe
, qui foûtienten tout la
gradeur de fa naiſſance,& qui
la marque par des chofes que
beaucoup de Souverains ne
font pas. Les Ambaffadeurs
témoignerent pluſieurs fois à
Mademoiselle de Guiſe pens
des Amb de Siam. 235
dant le Concert , le plaifir
qu'ils y prenoient , & fortirent
charmez des honneſtetés
de cette Princeffe , & de
tout ce qu'ils avoient vû &
entendu.
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Résumé : Ils vont à l'Hôtel de Guise, où ils sont regalez d'un fort beau concert. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent l'Hôtel de Guise, où ils demandèrent à rencontrer Mademoiselle de Guise avant d'assister à un concert. Ils exprimèrent leur respect et admiration pour sa naissance. Ils visitèrent ensuite les appartements sans être gênés par la foule, grâce à des ordres bien exécutés. Ils admirèrent la magnificence des meubles et la beauté de l'hôtel, le jugeant digne de la princesse. Mademoiselle de Guise, connue pour sa magnificence, avait entrepris des travaux pour embellir l'hôtel déjà vaste et beau. Les ambassadeurs assistèrent à un concert composé de la musique de la princesse, qu'ils apprécièrent grandement. Ils témoignèrent à plusieurs reprises leur plaisir et sortirent charmés par les honnêtetés de la princesse et par tout ce qu'ils avaient vu et entendu.
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59
p. 287-316
Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Début :
Ils retournerent à Versailles deux jours aprés pour prendre leur [...]
Mots clefs :
Versailles, Roi, Ambassadeurs, Audience de congé, Audiences, Harangues, Prince, Maître, Duc, France, Majesté, Qualités, Duc, Congé, Apprendre, Admiration, Honneur, Audience, Vertus, Amitié, Ordres, Orient, Roi de Siam, Ciel, Retour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Ils retournerent àVerſailles
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
deux jours aprés pour prendre
leur Audience de congé
dn Roy. L'Ambaſſadeur &
M le Duc de la Feuillade eurent
une converſation fort
288 IV.P.duVoyage
vive fur les Figures debronze
qui font en France ,&fur celles
de divers metaux , qu'on
dit qui font à Siam , & ce Duc
fit connoître que perſonne ne
luy peut rien apprendre fur
ce qui regarde la fonte des
metaux. La converſation
ayant changé de ſujet , l'Am
baſſadeur dit que toutes les fors
qu'il avoit esté à Versailles , il
avoit eu le coeur plein de joye
en pensant qu'il alloit voir te
Roy ,qu'à fon retour il eſtoit
chagrin , & que fa tristeſſe ſe
diffipoit, dans la pensée qu'il re-
Derroit encore Sa Majesté, mais
que
des Amb. de Siam. 283
que lors qu'il faisoit reflexion que
cet eſpoir ne luy seroit plus permis
, il eſtoit dans un abatement
inconcevable , qu'il falloit
qu'il mist toute ſa confolation
dans le plaifirqu'il auroit bientoft
de raconter au Roy de Siam
les magnificences , les bontés,&
les vertus du Roy , &que fi
aprés cela , on le renvoyoit en
France , ily viendroit volontiers
luy &toute fa famille , poury
paſſer autant d'années qu'ilplai
roit au Roy ſon Maistre.
** Je ne vous repete point les
Ceremonies qui ont eſté obſervées
à cette Audience de
Bb
29 IV.P. du Voyage
2
1
11
congé , puiſqu'elles ont eſté
les meſmes que celles de la
premiere Audience , & que le
Roy l'a donnée dans le même
lieu, ſur le même Trône , &
accompagné des mêmes perfonnes.
Apres que l'Ambaſſadeur
eûtfair fon compliment
en Siamois , Me l'Abbé de
Lionne l'expliqua ainfiennôtre
Langue.
GRAND ROY,
NOVS venons icy pour
demander à vôtre Majesté ta
permiffion de nous en retourner
da
des Amb. de Siam. 297
est
vers leRoy nôtre Maître. L'im
patience où nous ſcavons qu'il
d'apprendre le ſuccés de nôtre
Ambaſſade , les merveilles
que nous avons à luy racconter,
les gages precieux que nous luy
portons de l'estime finguliere
que vôtre Majesté a pour luy ,
fur tout , l'affeurance que
nous luy devons donner de la
Royale amitié qu'Elle contracte
pourjamais avec luy ; tout cela
beaucoup plus encore que les Vents
de la ſaiſon , nous invite enfin
àpartir, pendant que les bons
traitemens que nous recevons icy
de toutes parts par les ordres de
Bb ij
292 IV. P. du Voyage
vôtre Majesté, seroient capables
de nousfaire oublier notrePatrie,
si nous l'ofons dire, les ordres
mesme de notre Prince ; mais
fur le point de nous éloigner
de vostre Perſonne Royale , nous
n'avons point de paroles qui
puiffent exprimer les ſentimens
de respect, d'admiration & de
reconnoiſſance , dont nous fommes
penetrez. Nous nous estions
bien attendus à trouver dans
voſtreMajesté des grandeurs &
des qualitez extraordinaires ;
L'effety a pleinement répondu ,
a même ſurpaffé de beaucoup
noftre attente , mais nous
des Amb. de Siam. 193
fommes obligezde l'avoüer, nous
n'avions pas crú y trouver l'accés
, la douceur, l'affabilité que
nousy avons rencontrée ; nous
ne jugions pas mêmes que des
qualitezqui paroiſſent ſi opposées
, puffent compatir dans une
même personne , & qu'on pust
accorder enſemble tant deMajesté
&tant de bonté. Nous nefommesplusfurpris
que vos Peuples,
trop heureux de vivre fous vôtre
Empire, faffent paroiftre par
tout l'amour & la tendreſſe
qu'ils ont pour vostre RoyalePer-
Sonne. Pour nous , grand Roy,
comblezde vos biens faits, char
Bb iij
294 IV.P.du Voyage
mez de vos vertus , touchez
jusqu'aufonddu coeur de vos bon
tez , ſaiſis d'étonnement à la
veuë de vôtre haute fageffe , &
de tous les miracles de vostre
Régne ; noſtre vie nous paroist
trop courte , & le monde entier
trop petit , pour publier ce que
nous en penfons : Noftre memoire
auroit peine à retenir tant de
chofes ; c'est ce qui nous a fait
recueillirdans des Regiſtres fidelles
tout ceque nous avons pûramaſſer,
&nous le terminerons
par une protestation fincere, que
quoyque nous en diſions beaucoup,
il nous en a encore plus échapé
desAmb. de Siam. 295
Ces Memoires feront confacrez
à la poſterité, & mis en dépost
entre les monumens les plus rares
& les plus precieux de l'Etat.
LeRoy noftre Maistre les
envoyera pourprefens aux Prin
cesſes Alliez, &par la l'Orient
Sçaura bien- toft, &tous les Siecles
à venir apprendront les
vertus incomprehenſibles de Loüis
leGrand. Nous porterons enfin
l'heureuſe nouvelle de la ſanté
parfaite de vostre Majesté ,
lefoin que le Ciel apris de continüer
le cours d'une vie qui ne
devroit jamais finir.
Bb iiij
296 IV. P. du Voyage
CetteHarangue receut de
fi grands applaudiſſemens ,
que des perſonnes à qui l'on
ne peut rien refuſer, en ayant
demandé des copies , il s'en
fit un fort grand nombre, de
forte que la Cour en fut remplie
dés ce même jour. En
vous marquant que tout s'eſt
paſſé dans cette Audience de
congé, avec les meſmes ceremonies
que dans la premiere,
je dois vous dire que Me le
Marquisde laSalleMaîtrede la
Garderobe, eſtoit ſur le Trône
derriere le Roy, avecMi le
des Amb de Siam. 297
Grand Maître de la Garderobe
, & les perſonnes que
je vous ay déja nommez , à
qui leurs Charges donnent
cét honneur. Les Ambaſladeurs
eurent ſeize autres Audiences
le meſme jour , à
commencer par celle de Monſeigneur.
Voicy le compli
ment qu'ils luy firent.
TRES-GRAND PRINCE ,
Les ordres du Roy nôtre Maile
temps propre à la Navigation
, nous obligent enfin à
tre ,
1
venir prendre congé de vous.
ف
298 IV. P. du Voyage
Nous compterons éternellement
entre les avantages extraordinaires
que nous avons trouvez
en cette Ambaſſade , l'honneur
que nous avons eu de connoître
par nous-mêmes , & de pouvoir
faire connoîtreà tout l'Orient un
Prince fi accompli , fi genereux ,
fi bien-faiſant , si propre àfe ga
gner tous les coeurs , fi digne enfin
d'estre le Fils de LOVIS
LE GRAND. Que de joye
nous allons donner au Roy nôtre
Maître,quand nous luy apprendrons
plus à fond quelle est
voſtre grandeur d'ame , quelle est
L'étendue de vostre genie : en un
desAmb. de Siam. 299
mot tout ce que vous estes , &
quels font les Enfants que le
Dieu du Ciel vous a donnez,
qui font autant de precieux gages
, que l'amitié que nous fommes
venus contracter avec la
Francefubfistera durant tous les
Siècles.
Ils parlerent ainſi àMadame
laDauphine.
TRES-GRANDE PRINCESSE ,
Il est temps que nous portions
à la Princeſſe Reine , qui nous
avoit fait l'honneur de nous chargerdefes
ordres auprés de vous ,
300 IV. P du oyage
les nouvelles qu'elle defire fans
doute avec ardeur. Celles que
nous avons à luy apprendre, luy
feront fi agreables, que nous confeffons
, qu'il nousferoit difficile
de nepas reſſentirquelque empres
fement de les luy porter. Nous
n'oublirons pas de luy marquer
les nouvelles faveurs que le Ciel
prendplaisir àrépandrefur voftre
Auguste Alliance avec le
Fils unique de LOVIS LE
GRAND. Nous en avons
eſté témoins , &nous en avons
reffenty les premiers une joye extréme.
Mais nous rempliransfon
eſprit & toute la Cour de Siam
des Amb. de Siam. 301
d'admiration , quand nous raconterons
les merveilleuses qualitez
que toute l'Europe admire
en vous , & que vous foûtenez
par un air de Majesté , qui decouvre
d'abord à ceux- meſmes
qui ne vous connoistroient pas
encore , tout ce que vous estes.
Cefera pour la Princeffe Reyne
nne fatisfaction que nous ne
pouvons exprimer , d'apprendre
qu'elle est dans l'estime
l'amitié d'une Princeffefi élevée
fi accomplie.
dans
* Je vous envoye les autres
Harangues dans l'ordre qu'
elles furent faites.
1
302 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE
GRAND PRINCE quifes
rez un jour la gloire
Fornement de tout l'Univers,
Nous allons préparer dans l'Orient
les voyes à la Renommée,
qui y portera dans peu d'années
le recit de vos Victoires de
vos grandes Actions. Si nous
vivons encore alors , le témoi
gnage que nous rendions de ce
que nous avons découvert en
vous , fera croire tout ce qui
des Amb. de Siam. 303
dans vos exploits, poura paroître
incroyable. Nous l'avons vû ,
dirons nous , ce Prince encore
Enfant, & dés ce temps là toute
fon Ame paroiffant fur fon
front & dansses yeux , nous le
jugions capable de faire un jour
tout ce qu'il fait aujourd'huy.
Ce qui comblera de joye leRoy
noftre Maitre,fera l'affeurance
que nous luy donnerons , que le
Royaume de Siam trouvera en
vous un ferme appuy de l'amitié
que nous sommes venus contrac
ter avec la France.
304 IV. P. du Voyage
A MONSEIGNEUR
LE DUC D'ANJOU.
GRANDPRINCE, qui ferez
éprouver un jour aux
Ennemis de la France , la force
de vostre bras , & la grandeur
de vostre courage , ce que nous
dirons au Roy noſtre Maître,des
grandes efperances que vous donnez,
& des marques d'efprit,
de generofité de grandeur, qui
brillent en vous au travers des
nuages de l'Enfance , luy fera
ſouhaiterd'entendre bien-toſtparler
de vos glorieux exploits.
des Amb. de Siam. 305
Nous ferons ravis plus que tout
le reste des hommes de les apprendre
, parceque nous nous
fouviendrons de l'honneur que
nous avons eu de vous faluer
de la part du Roy nostre Maistre,
&de vous prefenter par nous
meſmes nos profonds reſpects.
A MONSEIGNEUR ,
LE DUC DE BERRY .
GRAND PRINCE à qui
le Ciel referve des Victoires
& des Conquêtes , Nous aurons
l'avantage de porter au Roy
Cc
306 IV. P. du Voyage
VOUS
noftre Maître la premiere nouvelle
qu'il ait jamais receüe de
& nous le remplirons
de joge en luy marquant le bonheur
que nous avons eu de
vous voir naître ,& l'heureux
préfageque l'on a tiréde cetteAmbaſſade
pour vostre Grandeurfuture.
Noussouhaitons que vostre
reputation nous ſuive de prés ,
paffe bien-toſt les Mers aprés
nous , pour répandre l'allegreſſe
dans une Cour & dans
Royaume , où vousferezparfaitement
honoré.
un
;
des Amb. de Siam. 307
১
A MONSIEUR ,
TRES-GRAND PRINCE .
Nous diſpoſant à retourner
vers le Roy noftre Maistre , nous
venons vous afſurer que nous
remportons avec nous une profonde
reconnoiffance pour les bontez
que vous nous avez fait
P'honneur de nous témoigner,
une idée la plus haute& laplus
excellente qu'on puiſſe avoir de
toutes les qualitez heroïques qui
brillent en vostre personne ,
qui vous font admirer dans l'VCcij
308 IV . P. du Voyage
nivers. Nous nous estimonsheureux
de ce que nous allons contribuer
à augmenter cette admiration
, non-feulement à la Cours
& dans le Royaume de Siam ,
mais encore dans toutes les Cours,
dans tous les Royaumes de
L'Orient , où le bruit de cetteAmbaſſade
s'est déja ſans doute répandu
, & ou le recit que nous
feronsde tout cequi s'y eft paffé,
& de tout ce que nous avsns
vû , ne manquera pas auſſi deſe
répandre . Vostre Illustre Nom
occupera dans nos Relations la
place qui luy est deüe , comme il
L'occupe dés-a-preſent dans nos
des Amb. de Siam. 309
efprits & dans nos coeurs par la
respect & la veneration que nous
conſerverons éternellement pour
vostre Auguste Personne.
A MADAME.
GRANDE PRINCESSE.
د
LeSéjourque nous avonsfait
en France nous a donné lieu
d'augmenter la haute effime, dont
nous estions déja prevenus pour
toutes les grandes qualitez qu'on
admire en vous . Ce n'estpas un
petit ſujet de conſolation pour
nous , que le long voyage que
310 IV. P. du Voyage
nous avons entrepris en Europe,
er que nôtre retour dans l'Afie
puiffent estre utiles à votre
gloire , en nous fourniſſant l'occafion
de repandre de plus enplus
vôtre nom juſques dans les
Royaumes les plus éloignez.
Nous publironsfur tout dans le
ce que nous connoiſſons
de vos grandeurs , & du merite
éclatant qui vous distingue ,
bien-tôt vous tiendrezle mesme
rang dans l'estime du Roy notre
Maître , &de la Princeffe
Reyne , que vous tenez icy dans
l'esprit & dans le coeur de
LOVIS LE GRAND.
nôtre
2
des Amb. de Siam. zit
A MONSIEUR
LE DUC 1
DE CHARTRES.
GRAND PRINCE,
Rien ne pouvoit estre plus
agreable pour nous dans notre
retour aupres du Roy nostre
Maître , que d'avoir à luy
dire , en luy rendant compte
du floriſſant estat , ou nous
le
, que
avons trouvé la Maison Royanous
avons admire
en vous des qualitez beaucoup
au - deffus de vostre âge ,
beaucoup au - dessus des bom312
IV. P. du Voyage
mes , & qu'on ne peut voir
fans étonnement la vivacité de
vôtre esprit , la nobleffe de vos
Sentimens , l'élevation de vostre
courage , & toutes les marques
que vous donnez d'une
grande ame. Nous lui ferons
connoître que c'est avec justice
que la France a déja concen de
vous de tres -hautes efperances ,
qu'il peut s'aſſurer de trouver
un jour en voſtre perfonne,
un amy auffi genercux que tout
I'Univers y trouvera un Prince
Grand & Magnanime.
desAmb. de Siam. 313
1
A MADEMOISELLE .
GRANDE PRINCESSE ,
Vos vertus & vos rares
qualitez qui croiffent de jour
en jour , ont auffi fait croître
dans nos efprits , le respect
l'admiration que nous avons
conceue dés la premiere fois
que nous avons eu l'honneurde
vous rendre nos devoirs. C'est
dans cesſentimens que nouspar
tons & que nous allons vous
faire connoître en tous lieux,
principalemet àlaCour de Siam
Dd
314 IV . P. du Voyage
où vousserez regardée désor
mais comme l'exemple & le
modelle de toutes lesjeunesPrinceffes
.
Ils firent auſſi compliment
le meſme jour à Mademoiſelle
d'Orleans , à Madame la
Princeffe, à Monfieur le Duc,
à Madame la Princeſſe de
Conty& à Monfieur lePrince
de Conty. Il vous eft aisé
de connoiſtre par les Complimens
que vous venez de
lire , ceux qui ont eſté faits
aux Princes & Princeſſes que
je viens de vous nommer.
des Amb de Siam. 315
Toutes les réponſes faites aux
uns&aux autres, ont eſté fur
des marques d'affection pour
le Roy de Siam , & d'eſtime
pour les Ambaſſadeurs. Ils
allerent le mefme jour pren
dre congé de Me de Crouffy,
& ce Miniſtre continüa de
leur parler en faveur de la
Religion Chreftienne , comme
il avoit déja fait dans
pluſieurs autres Audiences,
d'une maniere ſi éloquente
&fi perfuafive, qu'il s'eſt toûjours
attiré l'admiration de
tous ceux qui s'y font trouvé
prefens. Ils allerent auſſi
Ddij
316 IV. P. du Voyage
chezM. de Seignelay,& lors
qu'ils commençoient à luy
faire compliment, il leur en
fit un luy-meſme,fur lareputation
qu'ils remportoient
de France ; aprés quoy ils
parlerent d'affaires.
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Résumé : Ils retournerent deux jours aprés à Versailles, pour leur Audiance de congé. Ils en eurent dix-sept le même jour. Tout ce qui s'est passé à ces Audiances avec toutes les Harangues. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam retournèrent à Versailles deux jours après leur première audience pour prendre congé du roi. Lors de cette audience, l'ambassadeur et le duc de la Feuillade discutèrent des figures de bronze en France et des métaux utilisés à Siam. Le duc affirma sa maîtrise en fonte des métaux. La conversation porta ensuite sur les émotions de l'ambassadeur, qui exprima sa joie à l'idée de voir le roi et sa tristesse à l'idée de partir, mais aussi sa détermination à raconter les magnificences et les vertus du roi de France au roi de Siam. L'audience de congé se déroula avec les mêmes cérémonies que la première audience. L'ambassadeur fit un compliment en siamois, traduit par l'abbé de Lionne. Il demanda la permission de retourner auprès de leur roi, exprimant l'impatience de ce dernier d'apprendre le succès de l'ambassade et les merveilles à raconter. Les ambassadeurs soulignèrent les qualités extraordinaires du roi de France, sa majesté, sa douceur et son affabilité, et exprimèrent leur admiration et leur reconnaissance. Après cette harangue, qui reçut de grands applaudissements, les ambassadeurs eurent seize autres audiences le même jour, commençant par celle de Monseigneur. Ils adressèrent des compliments à divers membres de la famille royale, louant leurs qualités et exprimant leur admiration. Ils promirent de rapporter ces compliments et ces admiractions à leur roi et de publier les vertus du roi de France dans l'Orient. Les ambassadeurs rencontrèrent également Mademoiselle d'Orléans, Madame la Princesse, Monsieur le Duc, Madame la Princesse de Conti et Monsieur le Prince de Conti. Les compliments échangés reflétaient l'affection pour le roi de Siam et l'estime pour les ambassadeurs. Le même jour, ils prirent congé de Monsieur de Croissy, qui parla de la religion chrétienne de manière éloquente et persuasive, suscitant l'admiration des présents. Ils se rendirent également chez Monsieur de Seignelay, qui les complimenta sur la réputation qu'ils emportaient de France avant de discuter d'affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 320-323
Ils vont voir le Cercle Royal. [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire qu'ils ont admiré au Cercle [...]
Mots clefs :
Cercle royal, Cire, Personnes, France, Ambassadeurs, Antoine Benoist
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont voir le Cercle Royal. [titre d'après la table]
Jay oublié de vous dire
qu'ils ont admiré au Cercle
Royal toutes les Perſonnes
illuſtres qu'ils avoient déja
veuës à la Cour. En entrant
des Amb. de Siam. 321
qui
dans la Sale où les deux Cer
cles ſont diſpoſez , fçavoir
celuy de France & celuy de
Conſtantinople : Ils crurent
d'abord qu'il y avoit quelque
forte d'enchantement
leur faifoit trouver en un même
lieu tant de differentes
fortes de perſonnes habillées
ſuperbement , &dans des attitudes
fi naturelles. Le premier
Ambaſſadeur ne pouvant
ajoûter foy à ſes yeux ,
porta pluſieurs fois ſes mains
fur les habits , pour ſçavoir
ce que pouvoit eſtre. On luy
firenfuitte remarquer dans le
322 IV. P. du Voyage 1
même lieu les Portraits des
Ambaſſadeurs des Nations éloignées
, qui font venus en
France depuis dix ou douze
ans , avec lesquels on a mis
le Doge de Gennes , & les
quatre Senateurs qui l'accompagnerent.
Ils examinerent
toutes les Figures avec une
tres-grande attention , & té
moignerent qu'ils feroient
bien aiſes d'eſtre dans ce nombre
, ce qui a eſté cauſe que
le ſieurBenoiſt a repreſenté en
cire & en peinture les trois
Ambaſſadeurs que l'on voit
au Cercle , habillez comme
des Amb. de Siam. 323
ils eftoient le jour de leur pre
miere Audience.
qu'ils ont admiré au Cercle
Royal toutes les Perſonnes
illuſtres qu'ils avoient déja
veuës à la Cour. En entrant
des Amb. de Siam. 321
qui
dans la Sale où les deux Cer
cles ſont diſpoſez , fçavoir
celuy de France & celuy de
Conſtantinople : Ils crurent
d'abord qu'il y avoit quelque
forte d'enchantement
leur faifoit trouver en un même
lieu tant de differentes
fortes de perſonnes habillées
ſuperbement , &dans des attitudes
fi naturelles. Le premier
Ambaſſadeur ne pouvant
ajoûter foy à ſes yeux ,
porta pluſieurs fois ſes mains
fur les habits , pour ſçavoir
ce que pouvoit eſtre. On luy
firenfuitte remarquer dans le
322 IV. P. du Voyage 1
même lieu les Portraits des
Ambaſſadeurs des Nations éloignées
, qui font venus en
France depuis dix ou douze
ans , avec lesquels on a mis
le Doge de Gennes , & les
quatre Senateurs qui l'accompagnerent.
Ils examinerent
toutes les Figures avec une
tres-grande attention , & té
moignerent qu'ils feroient
bien aiſes d'eſtre dans ce nombre
, ce qui a eſté cauſe que
le ſieurBenoiſt a repreſenté en
cire & en peinture les trois
Ambaſſadeurs que l'on voit
au Cercle , habillez comme
des Amb. de Siam. 323
ils eftoient le jour de leur pre
miere Audience.
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Résumé : Ils vont voir le Cercle Royal. [titre d'après la table]
Lors d'une visite au Cercle Royal, des ambassadeurs de Siam ont été impressionnés par la diversité et la beauté des tenues des personnes présentes, qu'ils ont d'abord prises pour un enchantement. Le premier ambassadeur a touché les habits pour vérifier leur réalité. On leur a ensuite montré des portraits d'ambassadeurs de nations éloignées, ainsi que du Doge de Gênes et de ses sénateurs. Les ambassadeurs de Siam ont exprimé le souhait de figurer parmi ces portraits. En conséquence, le sieur Benoist a réalisé des représentations en cire et en peinture des trois ambassadeurs de Siam, tels qu'ils apparaissaient lors de leur première audience.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 323-324
Presens apportez par Mr le Comte de la Feüillade, de la part du Maréchal Duc son pere, pour le Roy de Siam, & pour les trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de la Feüillade les vint voir la veïlle [...]
Mots clefs :
Comte de la Feuillade, François III d'Aubusson, Médaille, Ambassadeurs, Roi de Siam, Livre, Velours, Broderie, Couvert, Portrait du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Presens apportez par Mr le Comte de la Feüillade, de la part du Maréchal Duc son pere, pour le Roy de Siam, & pour les trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
M le Comte de la Feüil
lade les vint voir la veille
deleurdépart ,& apporta de
la part de M le Marechal fon
Pere , une grande Medaille
d'or que ce Duc a fait frap
per. Le Portrait du Roy eft
d'un cofté & de l'autre la
figure qu'il a fait élever à la
gloire de Sa Majefté. Cette
Medaille étoit dans une boët
te fort propre , & accompa
gnée d'un Livre couvert do
velours enrichy d'une tresbelle
broderie , ce Livre con-
د
324 IV. P. du Voyage
tient l'explication de fa figu
re ,& les infcriptions qui font
au tour, tout cela eſtoit pour
le Roy de Siam.
Il donna au premier Am
baſſadeur la même Medaille
و
en argent avec un femblable
Livre , dont la broderie
n'eſtoit pas tout-à-fait fibelle
. Et le ſecond , & le troifiéme
curent auſſi chacunune
Medaille de la même gran
deur, & un Livre couvert de
velours , mais fans eftre brodé.
lade les vint voir la veille
deleurdépart ,& apporta de
la part de M le Marechal fon
Pere , une grande Medaille
d'or que ce Duc a fait frap
per. Le Portrait du Roy eft
d'un cofté & de l'autre la
figure qu'il a fait élever à la
gloire de Sa Majefté. Cette
Medaille étoit dans une boët
te fort propre , & accompa
gnée d'un Livre couvert do
velours enrichy d'une tresbelle
broderie , ce Livre con-
د
324 IV. P. du Voyage
tient l'explication de fa figu
re ,& les infcriptions qui font
au tour, tout cela eſtoit pour
le Roy de Siam.
Il donna au premier Am
baſſadeur la même Medaille
و
en argent avec un femblable
Livre , dont la broderie
n'eſtoit pas tout-à-fait fibelle
. Et le ſecond , & le troifiéme
curent auſſi chacunune
Medaille de la même gran
deur, & un Livre couvert de
velours , mais fans eftre brodé.
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Résumé : Presens apportez par Mr le Comte de la Feüillade, de la part du Maréchal Duc son pere, pour le Roy de Siam, & pour les trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le Comte de la Feüil remit aux ambassadeurs des médailles et des livres. Le roi de Siam reçut une médaille d'or avec son portrait et une figure représentant sa gloire. Les ambassadeurs reçurent des médailles en argent ou de même taille, accompagnées de livres en velours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 326
Mr de la Feuillade va leur dire adieu. [titre d'après la table]
Début :
Le soir Mr de la Feuillade alla dire adieu aux Ambassadeurs, [...]
Mots clefs :
Comte de la Feuillade, François III d'Aubusson, Ambassadeurs, Siamois, Français
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texteReconnaissance textuelle : Mr de la Feuillade va leur dire adieu. [titre d'après la table]
Le foirM de la Feuil
lade alla dire adieu aux Ambaffadeurs
, & dans les compliments
qu'ils ſe firent , il
leur dit , que qui n'estoit pas bon
Siamois , n'estoit pas bon François.
lade alla dire adieu aux Ambaffadeurs
, & dans les compliments
qu'ils ſe firent , il
leur dit , que qui n'estoit pas bon
Siamois , n'estoit pas bon François.
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63
p. 327-330
Ce qui s'est passé au moment de leur départ. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Chevalier de Chaumont, les accompagna jusqu'à leur [...]
Mots clefs :
Départ, Voyage, Paris, France, Relation, Roi, Ambassadeurs, Storf, Monsieur de Ville, Chevalier de Chaumont, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé au moment de leur départ. [titre d'après la table]
Mle
Chevalier de Chaumont , les
accompagna juſqu'à leurCartofle,&
les vit partir , l'Am
328 IV . P. du Voyage
baffadeur parut fort touche.
Ils feront traités juſques à
Breft par M. de Ville , qui eſt
le Maître d'Hôtel que leRoy
leur a donné , de forte qu'en
quelque lieu que ce foit , ils
feront fervis de la meſme forte
qu'ils l'ont eſté à Paris , &
dans leVoyage qu'ils ont fait
en France , oula inagnificence
a toûjours efté égale. Je finis
cette Relation à leur départ
part de Paris, parce qu'ils vont
àBreft par le meſme chemin
qu'ils en font venus , & que
dans ma premiere Relation ,
je vous ay parlé de tout ce
'des Amb. de Siam, 329
qui regarde cette route. On
avoit eu deſſein de les faire
pafſer en Normandie , afinde
leur faire voir de nouvelles
Villes , mais les chemins n'étant
pas ſi praticables , & le
temps de l'embarquement
preffant , on a craint quelque
retardement qui les empefchaft
de faire voile au premier
vent favorable.
M. Torf , Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy, & dont je vous ay fouventparlédans
ces quatreRelations
, les doit conduire à
Breſt , où il a eſté les prendre.
Ee
330 IV. P. du Voyage
On ne peut mieux s'acquitten
que luy de ces fortes de fon-
Stions , & la maniere dont il
a remply cette derniere, marque
le bon choix du Roy. II
a fatisfait Sa Majesté , & les
Ambaſſadeurs , & l'on peut
dire qu'en faiſant ſon devoir,
il a trouvé moyen d'obligert
toute la France pendantneuf
mois.
Chevalier de Chaumont , les
accompagna juſqu'à leurCartofle,&
les vit partir , l'Am
328 IV . P. du Voyage
baffadeur parut fort touche.
Ils feront traités juſques à
Breft par M. de Ville , qui eſt
le Maître d'Hôtel que leRoy
leur a donné , de forte qu'en
quelque lieu que ce foit , ils
feront fervis de la meſme forte
qu'ils l'ont eſté à Paris , &
dans leVoyage qu'ils ont fait
en France , oula inagnificence
a toûjours efté égale. Je finis
cette Relation à leur départ
part de Paris, parce qu'ils vont
àBreft par le meſme chemin
qu'ils en font venus , & que
dans ma premiere Relation ,
je vous ay parlé de tout ce
'des Amb. de Siam, 329
qui regarde cette route. On
avoit eu deſſein de les faire
pafſer en Normandie , afinde
leur faire voir de nouvelles
Villes , mais les chemins n'étant
pas ſi praticables , & le
temps de l'embarquement
preffant , on a craint quelque
retardement qui les empefchaft
de faire voile au premier
vent favorable.
M. Torf , Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon du
Roy, & dont je vous ay fouventparlédans
ces quatreRelations
, les doit conduire à
Breſt , où il a eſté les prendre.
Ee
330 IV. P. du Voyage
On ne peut mieux s'acquitten
que luy de ces fortes de fon-
Stions , & la maniere dont il
a remply cette derniere, marque
le bon choix du Roy. II
a fatisfait Sa Majesté , & les
Ambaſſadeurs , & l'on peut
dire qu'en faiſant ſon devoir,
il a trouvé moyen d'obligert
toute la France pendantneuf
mois.
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Résumé : Ce qui s'est passé au moment de leur départ. [titre d'après la table]
Le texte relate le départ des ambassadeurs de Siam de Paris, escortés par le Chevalier de Chaumont. M. de Ville, Maître d'Hôtel du Roi, garantit qu'ils seront traités avec le même soin qu'à Paris durant leur voyage en France. Leur itinéraire de retour à Brest suit le même chemin qu'à l'aller. Initialement, il était prévu de leur faire visiter la Normandie, mais des routes impraticables et l'urgence de l'embarquement ont rendu ce projet impossible. M. Torf, Gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi, est chargé de les accompagner à Brest. Ses compétences ont été saluées par le Roi et les ambassadeurs, et il a su se rendre utile en France durant neuf mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 330-335
Suite de leur Voyage avec les noms des Envoyez du Roy, des Officiers & des quinze Jesuites qui doivent s'embarquer avec eux, & ce qui s'est passé à Versailles à l'égard de ces Jesuites avant leur départ. [titre d'après la table]
Début :
Mr l'Abbé de Lionne que le Roy de Siam avoit prié [...]
Mots clefs :
Voyage, Envoyés du roi, Officiers, Jésuites, Artus de Lionne, Roi de Siam, Mission de Siam, Simon de La Loubère, Vaisseaux, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de leur Voyage avec les noms des Envoyez du Roy, des Officiers & des quinze Jesuites qui doivent s'embarquer avec eux, & ce qui s'est passé à Versailles à l'égard de ces Jesuites avant leur départ. [titre d'après la table]
Ma l'Abbé de Lionne que
le Roy de Siam avoit prie
d'accompagner ſes Ambaffadeurs
, retourne avec eux dans
les Eftats de ce Prince. Il a faits
voir en cette occafion la condes
Amb. de Siam. 331
ſtance de fon zele pour le falut
des ames , la tendreſſe de
ſa famille , & les charmes de
faPatrie n'ayant eu aucuns attraits
pour le retenir. Il mene
avec luy quatre Ecclefiaftiques
pour la Miſſion de Siam.
Jeſpere vous pouvoir appren--
dre ſouvent les fruits qu'elle
continuëra de faire , ce que
M Antoine jeune Siamois élevé
dans la Miffionde Sia'm ,
nous a fait voir en Sorbonne,
marque affez de quelle utilité
eft cette Miffion..
Le Roy de Siam ayant fou
haité de voir des Jefuîtes ef
Ecij
332 IV. P. du Voyage
tablis à Siam. Ceux qui ont
eſté choiſis pour s'embarquer
avec les Ambafladeurs , font:
les Peres le Royer , Richaud,
Rochette,Thionville,deBefe,
Corville, Coluiffon, duBouchet,
Ducha, Dolu, le Blanc,
de Saint-Martin , Deſpagrac
&du Breuil. Le Pere Tachard
doit eſtre leur Superieur. Le
Roy ayant dit au Pere de la
Chaife, qu'il vouloit les voir
avant qu'ils partiſſent ; ils ont
efté prendre congé de ſa Majefté,
qui les a receus avec
toute la bonté,& toute l'honeſteté
poſſible. Il leur dit
des Amb. de Siam: 333
entr'autres chofes obligean
tes , qu'il avoit une tres-grande
opinion de leur merite , puisqu'on
les avoit choisi parmy cent cinquante
Iefuites ſesſujets qui fe
preſentoient pour ce voyage. II
les fit enſuitte traiter avec
beaucoup de magnificence
dans l'appartement du Pere
de la Chaife .
Me de la Loubere Envoyé
extraordinaire du Roy de
Siam, partira en même temps.
C'eſt unhomme de qualité &
de merite , & qui a déja eſté
employé dans des Negotiations
importantes ,M: Sébrer
354 IV. P. du Voyage
eſt auſſi Envoyé,& fera Di
recteur general de laCompag--
nie desindes.Le choix qu'on a
faitde luy, marque affez qu'il
en eft capable. Me de Farges,
Lieutenant de Roy deBrifac,
homme de tefte & de coeur ,
fait auffi le meſme Voyage..
Il y aura s.Vaiſſeaux. Pluſieurs
perſonnes de toutes fortes de
profeffions, doivent s'embarquer
dans cesVaiſſeaux.Si tous
ceux qui feront le Voyage de
Siam , trouvent dans les Peuples
de ce Royaume-là beaucoup
de perſonnes du caratere
des Ambaſſadeurs , ils
des Amb. de Siam. 335
auront lieud'eftre fatisfaits.
le Roy de Siam avoit prie
d'accompagner ſes Ambaffadeurs
, retourne avec eux dans
les Eftats de ce Prince. Il a faits
voir en cette occafion la condes
Amb. de Siam. 331
ſtance de fon zele pour le falut
des ames , la tendreſſe de
ſa famille , & les charmes de
faPatrie n'ayant eu aucuns attraits
pour le retenir. Il mene
avec luy quatre Ecclefiaftiques
pour la Miſſion de Siam.
Jeſpere vous pouvoir appren--
dre ſouvent les fruits qu'elle
continuëra de faire , ce que
M Antoine jeune Siamois élevé
dans la Miffionde Sia'm ,
nous a fait voir en Sorbonne,
marque affez de quelle utilité
eft cette Miffion..
Le Roy de Siam ayant fou
haité de voir des Jefuîtes ef
Ecij
332 IV. P. du Voyage
tablis à Siam. Ceux qui ont
eſté choiſis pour s'embarquer
avec les Ambafladeurs , font:
les Peres le Royer , Richaud,
Rochette,Thionville,deBefe,
Corville, Coluiffon, duBouchet,
Ducha, Dolu, le Blanc,
de Saint-Martin , Deſpagrac
&du Breuil. Le Pere Tachard
doit eſtre leur Superieur. Le
Roy ayant dit au Pere de la
Chaife, qu'il vouloit les voir
avant qu'ils partiſſent ; ils ont
efté prendre congé de ſa Majefté,
qui les a receus avec
toute la bonté,& toute l'honeſteté
poſſible. Il leur dit
des Amb. de Siam: 333
entr'autres chofes obligean
tes , qu'il avoit une tres-grande
opinion de leur merite , puisqu'on
les avoit choisi parmy cent cinquante
Iefuites ſesſujets qui fe
preſentoient pour ce voyage. II
les fit enſuitte traiter avec
beaucoup de magnificence
dans l'appartement du Pere
de la Chaife .
Me de la Loubere Envoyé
extraordinaire du Roy de
Siam, partira en même temps.
C'eſt unhomme de qualité &
de merite , & qui a déja eſté
employé dans des Negotiations
importantes ,M: Sébrer
354 IV. P. du Voyage
eſt auſſi Envoyé,& fera Di
recteur general de laCompag--
nie desindes.Le choix qu'on a
faitde luy, marque affez qu'il
en eft capable. Me de Farges,
Lieutenant de Roy deBrifac,
homme de tefte & de coeur ,
fait auffi le meſme Voyage..
Il y aura s.Vaiſſeaux. Pluſieurs
perſonnes de toutes fortes de
profeffions, doivent s'embarquer
dans cesVaiſſeaux.Si tous
ceux qui feront le Voyage de
Siam , trouvent dans les Peuples
de ce Royaume-là beaucoup
de perſonnes du caratere
des Ambaſſadeurs , ils
des Amb. de Siam. 335
auront lieud'eftre fatisfaits.
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Résumé : Suite de leur Voyage avec les noms des Envoyez du Roy, des Officiers & des quinze Jesuites qui doivent s'embarquer avec eux, & ce qui s'est passé à Versailles à l'égard de ces Jesuites avant leur départ. [titre d'après la table]
L'Abbé de Lionne, à la demande du roi de Siam, retourne dans les États de ce prince avec quatre ecclésiastiques pour une mission au Siam. Le roi de Siam souhaite l'établissement de Jésuites dans son royaume. Douze Jésuites, dont les Pères Le Royer, Richaud, Rochette, Thionville, de Bese, Corville, Coluisson, du Bouchet, Ducha, Dolu, le Blanc, de Saint-Martin, Despagrac et du Breuil, sont choisis pour accompagner les ambassadeurs. Le Père Tachard est nommé leur supérieur. Le roi les reçoit avec honneur, soulignant leur mérite parmi cent cinquante candidats. Me de La Loubere, envoyé extraordinaire du roi de Siam, M. Sébrer, directeur général de la Compagnie des Indes, et Me de Farges, lieutenant du roi de Brefac, participent également au voyage. Cinq vaisseaux transportent diverses personnes de différentes professions.
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65
p. 335-342
Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois rien dire icy davantage de l'esprit [...]
Mots clefs :
Esprit, Ambassadeurs, Premier ambassadeur, Second ambassadeur, Troisième ambassadeur, Vérité, Storf, Grandeur, Indes, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Jes
ne doisriendire icy davanta
ge de l'eſprit du premier Am--
baffadeur, puiſqu'en recevant
cette lettre,vous aurés la qua
triéme Relation remplie de
toutes leschoſes quil'ont fait
briller , & de tout ce qu'il as
dit de ſpirituel , mais j'y dois
encore ajoûter que fans fortir
de fon caractere , il a fait
voir des bontés & des honneſtetés
ſi grandes pour tous
ceux qui luy ont rendu quel
que ſervice, ou meſme qui ne
luy ont fait que des civilités ,
qu'on n'apûle voir deux fois
336 IV.P. duVoyage
fans eftre charmé de ſes ma
nieres. Il a remporté un ſenſis
ble deplaifir , de n'avoir pû
faire des preſens à tous ceux
à qui il a crûavoir obligation.
Il a dit cent fois qu'il croyoit
qu'apres le Roy , & les Princess
à qui il en a fait , il
pas imaginé qu'il dût estre redevable
à tant de perſonnes qui
ſeſont portées d'elles- mefmes à
luy rendre ſervice , & mesme a
vec empreſſement , &à les divertir,&
qui luy ont fait auffi
quelques petits prefens, mais que
L'éloignement des lieux n'empêchoitpas
qu'il ne s'en souvinst,
ne s'estoit
ني
des Amb. de Siam. 337
qu'ils le connoiſtroient par le
retour des Vaiſſeaux. Je dois
pourbeaucoup de raiſons , &
pour rendre juſtice à la verité
, vous marquer icy , que je
n'ay rien fait dire par le premier
Ambaſſadeur dans mes
trois Relations precedentes ,
&dans celle que je vous envoye
aujourd'huy , qu'il n'ait
veritablement dit luy-mefme.
J'ay tout ſceu d'original , c'eſt
à dire , ou par M Torf , qui
ne les a pas quittés d'un moment
, ou par les perſonnes à
qui cet Ambaſſadeur a fait
des reparties ſi ſpirituelles, ou
Ff
338 IV.P.du Voyage
- par moy meſme qui ay eu
I'honneur d'aller en pluſieurs
endroits avec eux dans leur
propre Carroffe , & de manger
à leur table. Ainfije n'ay
rien mis ſur des oüy dire , &
j'ay pluſtoſt oublié qu'ajoûté.
On ne doutera point
que je n'aye dit la verité, lors
qu'on fera reflexion, que ceux
à qui je marque qu'on a fait
des réponſes ſi ſpirituelles,
pourroient me démentir , ſi
on ne leur avoit pas dit les
chofes que je rapporte . On ne
peut rien ajoûter à ce que cét
Ambaſſadeur a dit du Roy ,
des Amb. de Siam. 339
a ſouvent
mais ce qu'ily a de remarquable
, c'eſt qu'il n'a loüé Sa
Majesté que fur des faits, mais
auſſi n'a-r'il point manqué de
luy donner de juftes loüanges
, quand les occafions s'en
ſont prefentées. Il
dit que le recit qu'on luy avoit
fait de la grandeur , & de la
perſonne de ce grand Monarque,
n'approchoit pas de ce qu'il avoit
vû. Aufſi doit-on avoüer
que l'air de bonté qui ſe trouve
meſlé avec l'air majestueux
de ce Prince , eft au deſſus de
toutes fortes d'expreffions.
Je ne puis finir ſans vous
Ffij
340 IV. P. du Voyage
dire auſſi quelque choſe des
deux autres Ambaſſadeurs. Le
ſecond que je vous ay déja
dit avoir fait de grands Voyages
, eſt d'une fincerité qu'il
feroit difficile d'exprimer : il
eſt ennemy de la flatterie , &
fait profeſſion de dire toûjoursla
verité,enfin I onpeut
dire que c'eſt unparfaitement
honneſte homme. Son efprit
n'a pû briller , parce que n'étant
pas premier Ambaffadeur
, il n'a guere eu d'occaſions
de parler. Le troifiéme
en a encore eu moins , parce
qu'il n'eſt que le dernier,auſſi
desAmb. de Siam. 341
eft - il encore jeune , &n'a eſté
envoyé qu'afin d'eſtre honoré
du titre d'Ambaſſadeur , &
parce que fon pere avoit eſté
nommé pour aller en Portugal
dans la meſme qualité. Ce
qu'ily a de plus remarquable
dans cette Ambaſſade , c'eſt
que nous n'avions point encore
vû en France d'Ambaffadeurs
Extraordinaires des In--
des. Cependant on doit peu
s'eſtonner qu'il en ſoit venu
de ſi loin , puifque la grandeur
duRoy fait faire tous lesjours
des chofes bien plus ſurpre
Ffiij
342 IV . P. du Vovage
nantes , & dont il n'y avoit
point encore eu d'exemple .
FIN.
ne doisriendire icy davanta
ge de l'eſprit du premier Am--
baffadeur, puiſqu'en recevant
cette lettre,vous aurés la qua
triéme Relation remplie de
toutes leschoſes quil'ont fait
briller , & de tout ce qu'il as
dit de ſpirituel , mais j'y dois
encore ajoûter que fans fortir
de fon caractere , il a fait
voir des bontés & des honneſtetés
ſi grandes pour tous
ceux qui luy ont rendu quel
que ſervice, ou meſme qui ne
luy ont fait que des civilités ,
qu'on n'apûle voir deux fois
336 IV.P. duVoyage
fans eftre charmé de ſes ma
nieres. Il a remporté un ſenſis
ble deplaifir , de n'avoir pû
faire des preſens à tous ceux
à qui il a crûavoir obligation.
Il a dit cent fois qu'il croyoit
qu'apres le Roy , & les Princess
à qui il en a fait , il
pas imaginé qu'il dût estre redevable
à tant de perſonnes qui
ſeſont portées d'elles- mefmes à
luy rendre ſervice , & mesme a
vec empreſſement , &à les divertir,&
qui luy ont fait auffi
quelques petits prefens, mais que
L'éloignement des lieux n'empêchoitpas
qu'il ne s'en souvinst,
ne s'estoit
ني
des Amb. de Siam. 337
qu'ils le connoiſtroient par le
retour des Vaiſſeaux. Je dois
pourbeaucoup de raiſons , &
pour rendre juſtice à la verité
, vous marquer icy , que je
n'ay rien fait dire par le premier
Ambaſſadeur dans mes
trois Relations precedentes ,
&dans celle que je vous envoye
aujourd'huy , qu'il n'ait
veritablement dit luy-mefme.
J'ay tout ſceu d'original , c'eſt
à dire , ou par M Torf , qui
ne les a pas quittés d'un moment
, ou par les perſonnes à
qui cet Ambaſſadeur a fait
des reparties ſi ſpirituelles, ou
Ff
338 IV.P.du Voyage
- par moy meſme qui ay eu
I'honneur d'aller en pluſieurs
endroits avec eux dans leur
propre Carroffe , & de manger
à leur table. Ainfije n'ay
rien mis ſur des oüy dire , &
j'ay pluſtoſt oublié qu'ajoûté.
On ne doutera point
que je n'aye dit la verité, lors
qu'on fera reflexion, que ceux
à qui je marque qu'on a fait
des réponſes ſi ſpirituelles,
pourroient me démentir , ſi
on ne leur avoit pas dit les
chofes que je rapporte . On ne
peut rien ajoûter à ce que cét
Ambaſſadeur a dit du Roy ,
des Amb. de Siam. 339
a ſouvent
mais ce qu'ily a de remarquable
, c'eſt qu'il n'a loüé Sa
Majesté que fur des faits, mais
auſſi n'a-r'il point manqué de
luy donner de juftes loüanges
, quand les occafions s'en
ſont prefentées. Il
dit que le recit qu'on luy avoit
fait de la grandeur , & de la
perſonne de ce grand Monarque,
n'approchoit pas de ce qu'il avoit
vû. Aufſi doit-on avoüer
que l'air de bonté qui ſe trouve
meſlé avec l'air majestueux
de ce Prince , eft au deſſus de
toutes fortes d'expreffions.
Je ne puis finir ſans vous
Ffij
340 IV. P. du Voyage
dire auſſi quelque choſe des
deux autres Ambaſſadeurs. Le
ſecond que je vous ay déja
dit avoir fait de grands Voyages
, eſt d'une fincerité qu'il
feroit difficile d'exprimer : il
eſt ennemy de la flatterie , &
fait profeſſion de dire toûjoursla
verité,enfin I onpeut
dire que c'eſt unparfaitement
honneſte homme. Son efprit
n'a pû briller , parce que n'étant
pas premier Ambaffadeur
, il n'a guere eu d'occaſions
de parler. Le troifiéme
en a encore eu moins , parce
qu'il n'eſt que le dernier,auſſi
desAmb. de Siam. 341
eft - il encore jeune , &n'a eſté
envoyé qu'afin d'eſtre honoré
du titre d'Ambaſſadeur , &
parce que fon pere avoit eſté
nommé pour aller en Portugal
dans la meſme qualité. Ce
qu'ily a de plus remarquable
dans cette Ambaſſade , c'eſt
que nous n'avions point encore
vû en France d'Ambaffadeurs
Extraordinaires des In--
des. Cependant on doit peu
s'eſtonner qu'il en ſoit venu
de ſi loin , puifque la grandeur
duRoy fait faire tous lesjours
des chofes bien plus ſurpre
Ffiij
342 IV . P. du Vovage
nantes , & dont il n'y avoit
point encore eu d'exemple .
FIN.
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Résumé : Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit les qualités et les actions des ambassadeurs de Siam en France. Le premier ambassadeur est présenté comme spirituel, bon et honnête, regrettant de ne pouvoir offrir des présents à tous ceux qui l'ont aidé. Le second ambassadeur est sincère et honnête, mais a eu peu d'occasions de parler. Le troisième est jeune et a été nommé pour des raisons honorifiques. Le narrateur assure la véracité de ses récits, affirmant avoir rapporté des propos authentiques des ambassadeurs, obtenus directement ou par des témoins fiables. Il met en avant la grandeur et la bonté du roi de France, telles que perçues par les ambassadeurs. Cette mission est notable car il s'agit des premiers ambassadeurs extraordinaires des Indes en France, soulignant l'attrait du roi qui attire des visiteurs de loin.
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66
p. 1-10
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
Toutes les choses qui éclatent aujourd'hui le plus dans le [...]
Mots clefs :
Roi, Siamois, Religion, Monde, Progrès, Siam, Ambassadeurs, Ecclésiastique, Convertir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
T1OUTES les choses
quiéclatentaujourd'huy..
leAplu.s-dans- e monde, & qui ne feront
pasmoinsl'étonnement des
Siecles àvenir,qu'elles font
~'admiration de celuy-cy -,
onteu un commenceme
& un progrés, avant q d'ateindre à un certain~po
de perfection
,
auquel
n'est presque plus possil
derienajoûter, quoy qu'
travaille toûjours à en ~che
cherles moyens. Le mode
de ces grands Vaisseaux
~qu
on voitvoguer sur les Me
fut pris d'abord de deux
; cloüez ensemble, & c'est
qui a servy de commenc
ment auxFlotes quiseroie
aujourd'huy capables
tmroanndseptoorutetrdcaenqsuuecnonatiuet
eluy-cy, supposé qu'on le
oulustaller habiter LaPeinure
a commencé par les conours
qu'on prenoit de l'omre
que formoit la figure d'uf
personne sur la terre,ou
ontre une muraille Les Sçaans
ont appris à connoistre
~es lettres de l'Alphabeth,
vant que de penetrer la
rofondeur des Sciences,
: les plus grands Pecheurs,
: ceux mesme qui n'ont
pnnu le vrayDieu que long-
~emps aprés qu'ils sont venus
,1 monde, l'ont preschéaux
dolâtres, & leur ont fait
part des lumieres de la Foy.
Quand on a portéceslumieres
chez les Nations qui n'cstoient
point éclairées, ~on
y a fait d'abord si peu ~do
progrés, qu'il sembloit quo
l'ardeur des plus zclcz ~pou
le salut de ces Peuples, de
voit demeurer infructueux
Cependant le temps qui M
mene tout, pourveu ~qu'on
ait la constance de ne Il
point relâcher, a fait ~con
vertir des Villes & des Pra
vinces entieres. C'est, Ma
dame, ce qui nous doit fai
re esperer des fruits beau
~pup plus considerables, des
randes choses que le Roy a
~ites,& qu'il execute encore
~pus les jours, afin que les
~rogrés de la Mission de
~lams'augmententOn ne
~oit plus que Temples élevez
la gloire duvrayDieu,dans
: Pays, où l'Idolâtrie re-
~noit seule avant quelesMisonnaires
y eussent esté re-
~eus ; & ce qui marque le
~ien que le Roy fait à la Region
Chrestienne,en soûte-
~ant cette Mission,c'est que
~e puissantEstat setrouvant
~emplyde peuples d'un tresgrand
nombre de Nations
differentes
,
la Religion y
fait tous les jours d'autant
plus de fruit, que
ceux qui seconvertissent
annoncent eusuite l'Evangile
dans les lieux de ~leu
naissance. Les Siamois ~me
mes qui embrassent la Religion
Catholique, font ~do
grands progrés sur ceux ~de 1leur Nation, & l'Ecclesiastique
de Siam dont je vous a
déja parlé plusieurs fois,& su
tout lors qu'ilsoûtint ei
Sorbonne, estant
demeur
à Paris dans le Seminai
re des Missionsétrangeres,
a instruit à la Foy Catholique
deux Siamois, qui avoient
esté amenez en France
par les Mandarins qui y
vinrent en l'an 1685 &: huit
lutres que les Ambassadeurs
qui viennent de s'en rerourner
, y ont laissez pour se
~perfectionner dans les Arts,
que le Roy de Siam a luge
qui luy pourroient estre les
plusutiles. Le mesme Ecclesiastique
a encoreinstruit
an Siamois qui apprend la
conduite des EauxàVersail-
~cs, & îls ont tous receu le
Baptesme. Il y a sujet de croire
qu'ayant esté convertis par
unEcclesiastique de leur Nation,
lors qu'ils seront retournez
en leur Pays,ils y répandrontles
lumieres qu'ils ont
receuës, à l'imitation deceluy
dont ils les tiennent. Ce
qu'il y a de remarquable, ôc;
qui doit faire esperer beaucoup
pour l'avancement de
laReligion chrestienne,c'est
que les Ambassadeurs de
Siam
, avant que de quiter;
la France,ont permis aux
Siamois qu'ils yontlaissez,de
fc faire baptiser
, en casqu'ils
1
s'y sentissent portez. Il ne
faut point de raisonnement
pour faire connoistre que la
consideration qu'ils ont pour
le Roy, les a obligez à leur
donner ce contentement.
Ainsî j'ay eu raison de vous
dire que la Religion devra
beaucoup à ce Prince, & de
croire que puis qu'il s'attache
à tout cequi la peut augmen
ter dans toutes les parties
du monde, ces heureuxcommencemens
ne peuvent avoir
que de grandes suites,
& seront semblables à ce que
je vousaymarquéquiavoit Je VOl1~ ay nlarque qtll aVOlt
receu de si grands accroissemens.
Onpourroit mesme
se promettre davantage, &
en moins de temps puisqu'on
n'a point encore veude
lenteur en aucune chose que
le Roy ait entreprise, & que
recoudre,exécuter & reüssir,
sont presque la mesme chose
encegran,d /Monarque.
quiéclatentaujourd'huy..
leAplu.s-dans- e monde, & qui ne feront
pasmoinsl'étonnement des
Siecles àvenir,qu'elles font
~'admiration de celuy-cy -,
onteu un commenceme
& un progrés, avant q d'ateindre à un certain~po
de perfection
,
auquel
n'est presque plus possil
derienajoûter, quoy qu'
travaille toûjours à en ~che
cherles moyens. Le mode
de ces grands Vaisseaux
~qu
on voitvoguer sur les Me
fut pris d'abord de deux
; cloüez ensemble, & c'est
qui a servy de commenc
ment auxFlotes quiseroie
aujourd'huy capables
tmroanndseptoorutetrdcaenqsuuecnonatiuet
eluy-cy, supposé qu'on le
oulustaller habiter LaPeinure
a commencé par les conours
qu'on prenoit de l'omre
que formoit la figure d'uf
personne sur la terre,ou
ontre une muraille Les Sçaans
ont appris à connoistre
~es lettres de l'Alphabeth,
vant que de penetrer la
rofondeur des Sciences,
: les plus grands Pecheurs,
: ceux mesme qui n'ont
pnnu le vrayDieu que long-
~emps aprés qu'ils sont venus
,1 monde, l'ont preschéaux
dolâtres, & leur ont fait
part des lumieres de la Foy.
Quand on a portéceslumieres
chez les Nations qui n'cstoient
point éclairées, ~on
y a fait d'abord si peu ~do
progrés, qu'il sembloit quo
l'ardeur des plus zclcz ~pou
le salut de ces Peuples, de
voit demeurer infructueux
Cependant le temps qui M
mene tout, pourveu ~qu'on
ait la constance de ne Il
point relâcher, a fait ~con
vertir des Villes & des Pra
vinces entieres. C'est, Ma
dame, ce qui nous doit fai
re esperer des fruits beau
~pup plus considerables, des
randes choses que le Roy a
~ites,& qu'il execute encore
~pus les jours, afin que les
~rogrés de la Mission de
~lams'augmententOn ne
~oit plus que Temples élevez
la gloire duvrayDieu,dans
: Pays, où l'Idolâtrie re-
~noit seule avant quelesMisonnaires
y eussent esté re-
~eus ; & ce qui marque le
~ien que le Roy fait à la Region
Chrestienne,en soûte-
~ant cette Mission,c'est que
~e puissantEstat setrouvant
~emplyde peuples d'un tresgrand
nombre de Nations
differentes
,
la Religion y
fait tous les jours d'autant
plus de fruit, que
ceux qui seconvertissent
annoncent eusuite l'Evangile
dans les lieux de ~leu
naissance. Les Siamois ~me
mes qui embrassent la Religion
Catholique, font ~do
grands progrés sur ceux ~de 1leur Nation, & l'Ecclesiastique
de Siam dont je vous a
déja parlé plusieurs fois,& su
tout lors qu'ilsoûtint ei
Sorbonne, estant
demeur
à Paris dans le Seminai
re des Missionsétrangeres,
a instruit à la Foy Catholique
deux Siamois, qui avoient
esté amenez en France
par les Mandarins qui y
vinrent en l'an 1685 &: huit
lutres que les Ambassadeurs
qui viennent de s'en rerourner
, y ont laissez pour se
~perfectionner dans les Arts,
que le Roy de Siam a luge
qui luy pourroient estre les
plusutiles. Le mesme Ecclesiastique
a encoreinstruit
an Siamois qui apprend la
conduite des EauxàVersail-
~cs, & îls ont tous receu le
Baptesme. Il y a sujet de croire
qu'ayant esté convertis par
unEcclesiastique de leur Nation,
lors qu'ils seront retournez
en leur Pays,ils y répandrontles
lumieres qu'ils ont
receuës, à l'imitation deceluy
dont ils les tiennent. Ce
qu'il y a de remarquable, ôc;
qui doit faire esperer beaucoup
pour l'avancement de
laReligion chrestienne,c'est
que les Ambassadeurs de
Siam
, avant que de quiter;
la France,ont permis aux
Siamois qu'ils yontlaissez,de
fc faire baptiser
, en casqu'ils
1
s'y sentissent portez. Il ne
faut point de raisonnement
pour faire connoistre que la
consideration qu'ils ont pour
le Roy, les a obligez à leur
donner ce contentement.
Ainsî j'ay eu raison de vous
dire que la Religion devra
beaucoup à ce Prince, & de
croire que puis qu'il s'attache
à tout cequi la peut augmen
ter dans toutes les parties
du monde, ces heureuxcommencemens
ne peuvent avoir
que de grandes suites,
& seront semblables à ce que
je vousaymarquéquiavoit Je VOl1~ ay nlarque qtll aVOlt
receu de si grands accroissemens.
Onpourroit mesme
se promettre davantage, &
en moins de temps puisqu'on
n'a point encore veude
lenteur en aucune chose que
le Roy ait entreprise, & que
recoudre,exécuter & reüssir,
sont presque la mesme chose
encegran,d /Monarque.
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Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'évolution progressive de diverses réalisations humaines, telles que la construction de vaisseaux, la peinture et la diffusion de la foi chrétienne. Chaque domaine a commencé modestement et a progressé vers la perfection. Par exemple, les premiers vaisseaux étaient simples mais ont évolué pour devenir des flottes capables de naviguer sur de longues distances. La peinture a débuté par des contours simples avant de se développer en œuvres plus complexes. De même, la propagation de la foi chrétienne a commencé par des efforts modestes, mais a finalement converti des villes et des provinces entières. Le texte met en avant les efforts du roi pour soutenir la mission chrétienne, notamment en soutenant les missionnaires dans diverses régions. Les résultats sont visibles avec la construction de temples dédiés au vrai Dieu dans des pays autrefois idolâtres. Les Siamois montrent des progrès significatifs dans leur adoption de la religion catholique. Un ecclésiastique siamois, basé à Paris, a instruit plusieurs Siamois dans la foi catholique, et ces convertis sont susceptibles de répandre leur nouvelle foi à leur retour en Siam. Les ambassadeurs siamois ont également permis aux Siamois restés en France de se faire baptiser, démontrant ainsi leur respect pour le roi de France. Le texte conclut en soulignant que les initiatives du roi pour promouvoir la religion chrétienne sont prometteuses et devraient continuer à porter des fruits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 11-22
ODE.
Début :
Vous, qui guidez nos pas au Temple de la Gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Maroc, Louis, Ambassadeurs, Siam, Univers, Regards , Maure, Terre, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
ODE. vOus
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
,
quiguideznos pasau
Temple de la Gloire,
fous ,
sans qui les Mortels font
d'impuissansefforts,
Sçavantes FillesdeMemoire,
Inspireznousicyvoscelstestransports.
On nousa veussans crainte au milieu
des alarmes
Faire entendre nos voix parmy le
bruit des armes,
Et chanterles combats du plus grand
des Vainqueurs.
Pourrions-nous demeurer dans u
honteux silence ,
J>)uand les Peuples surpris de
~j
magnificence
Viennent de toutes parts admirer~s
grandeurs?
9
C'estpeu qu'Alger tremblant, qt
Genes confonduë
,
Viennent à ses genlH." soumette
leurfierté;
c'est peu que l'Europe éperduë
Ait veu mille Ennemis implorer
bonté. ,
L OVIS, de ces ingrats dédaignat
les hommages
Demande à l'Univers de plus beau
témoignages
j^ue ceux que la frayeur~& le troi
ble ontformez.
Il veut dessentimens & d'amour
dejl'me.
;tej de voui- qu'ilAttend ce tribut
légitime
»
Peuples , quesa valeur n'a jamais
alarme'{;
~s
si-tostqu'avec centvoix laprompte
Messagere
Faitpar tout retentirsesfaits prodigieux,
De l'un & de l'autre hemisphere
chacun vient contempler ce Heros
glorieux.
Dans ces brulans Climats où bornant
sa carriere ( lumiere,
LeSoleilva dans l'onde éteindre sa
Le More * impatient ne peut plus
s'arrester.
il part,ilfend les eaux d'unecourse
rapide,
* LesAmbassadeurs de Maroc.
Et surpris à l'afpecl de ce nouvk
Alcide
Ilprefere , LOVIS,au Fils de Iupite,
~9
Sortez, *fiers Habitans des Çh
mats de l'Aurore,
Traversez pour le voir le vasteseir
des Mers,
Et vous direz avec le More
£)ue vous n'avez rien veu d'éga,
en l'Univers.
Le pompeux appareil desa gloire e.
datante
,
Son ejjritJsa honté,passeront vostre
attente,
Surson augustefront vous lirez ses
hautsfaits,
Vous verrez cette main qui lance le
Tonnerre,
* Les Ambassadeurs deSiam.
Afris avoircalmé les fureurs de la
Guerre,
Versermille faveurs dans lesein de
la Paix.
Quelspectacle déjàsurleborddela
Seine!
le vous vois observer ces Palais I.
orgueilleux,
2. Ces Rivages 3. & cette Plaine
Où Mars 4. offre un a7Jle au Soldat
malheureux. ( conde
Cette grande Citési belle~&sife-
I. Le Louvre, le College des
Quatre-Nations, &c.
2.. La Seine au sortirde Paris est
une des plusbelles choses du
vieilde.»
3. La Plaine de Grenelle.
4. L'Hôtel des Invalides.
Paris, vous paroist moins une Ville
qu'un Monde;
Cent miracles divers s'offrent de toutes
parts,
D'Archimedes 5. nouveaux une
Troupeéclairéey
Vous fait porter les yeux dans la
voûte Azurée
Où des feux 6. inconnus brillent à
vos regards.
~a
Tarmy tant de beautez que rien
ne vous arreste ,
N'yfixez,pas long-temps vos regards
curieux.
CequeVersailles vous appreste
5. L'Observatoire.
6. On fitvoir aux Ambassadeurs
de Siam les deux Satellites qu'on
a découvertsdepuis peu.
N'estpas moinssurprenant que le
Palais des Dieux.
Ce Louvre , ces lardins, ces Figures
charmantes,
Ces Travaux , ce Canal, ces Ondes
jaillissantes,
Ces Concerts, tout enchante en cet
heureuxséjour.
L'art tout puissanty sçait applanir
les Montagnes,
Etfait naistre des fleurs au milieu
desCampagnes
Où n'en pourroit formerle belAstre
du jour.
~3»
Maissi tout charme icyvosyeux
& vos oreilles, (ébloüis
,
Si dans ce beau séiour vous estes
A l'aspect de tant de merveilles,
J>)ue ne sera-ce point à l'aspect de
LOVIS?
HaflcT^vousd'approcher deson superbe
Trône,
Voyez à ses costez, & Minerve ~d
Bellone
Maintenir les beaux Arts dans un
parfait accord,
VIniufiice& l'erreur àsespieds encljainees,
Et toutes les Vertusparsa main couronnées,
Al'abrypourjamais des outrages du
Csi"r' e C'estainsiqu'adoré dans unepaix
profonde
Leplussage des Rois, le plus grand
des Mortels,
Salomon, vit la Terre& l'onde
AsahautesagesseéleverdesAutels.
Au bruit qn'en répandoitpar tout 14
Renommée
,
D'un genereux transport une Reyne
animée ( Etats.
Sortit pour l'admirer dufond deses
Quelseroit aujourd'huy l'excés de
safnrj'/ife,
Sises yeux pouvaientvoir ce que la
Terre éprise
Aprésunsi long âge admire en nos
Climats!
Mais quel troublesoudain
,
quelle
rnorne tristesse
Viennentforcer ("vos coeurs àpousser
dessoupirs
Tandis , qu'une viveallègresse
N'offre de tous costez que pompe &
que plaisirs?
Sans doute de LOFIS vostre ame
possedée
D'tt.1 trisse éloignement ne peutsouf
frir l'idée,
Vous quittez à regret des lieux si
pleins d'appas.
Mais un iuste devoir au retour nous
engage,
Et l'Asie a besoin de vostre témoignage
Pour croire des grandeurs qu'elle ne
comprendpas.
Allez, heureux témoins d'unesi
belle vie,
AuxyeuxdevojheVrinceentracer
le tableau,
lout l'orient brujle d'envie
D'apprendre le succés d'un voyage sibeau.
Etale7,, ces vertus> dont la vive
lumiere
Va d'un nouvel éclatembellir l'Inde
-
entiere,
Vous devez ce tresor à la pofleritéDe
rAugufte LOVIS éternisez la
gloire,
V9s noms avec le sien çonflcret
dans l'Histoire,
S'ouvriront un cheminàtimmortalité.
PRIERE POUR LE ROY.
Source éternelle de lumières
Seigneur, exauce ma priere l'invoque , ta bonté pour le plus
grand des Rois.
Répans toujours sur luy ta sagesse
profonde,
Et l'on ne verra riensur la terre c7
sur monde
Jj>ui nesoitfournisa tes loix.
Ce Prince qu'en tous lieux a suivy
la victoire,
Te consacretousses hauts faits ,
Et met son bonheur&sagloire
A te faire regner au coeur de ses
Sujets.
Quepourrions-nous ,
Seigneur, demander
davantage,
Sinon qu'aprés avoiraccomply ton
Ouvrage,
Tit ne l'abandonnesiamais ?
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68
p. 52-90
NOUVELLES de divers endroits.
Début :
De Venise le 14. Novembre. On a fait icy pendant [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Bataillon, Madrid, Courtrai, Arras, La Haye, Fort-Louis, Bayonne, Huningue, Milan, Naples, Angleterre, Grenoble, Gênes, Rome, Londres, Paix, Lisbonne, Venise, Cadix, Vaisseaux, Deuil, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de divers endroits.
NOUVELLES
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
de divers endroits.
De Venise le 14. Novembre,
On a fait icy pendant
trois jours des Prieres publiques
dans les Eglisesde
S. Marc, & de S. Roch,
avec l'Exposition du Saine
Sacrement, pour demander
à Dieu qu'illuy plaise faire
cesser le lféau dela mortalité
sur les Bestiaux qui continue
avec une grande violence.
-
Tous les Corps & toutes les
Communautez ont ercé en
Procession à ces Eglises,
; pendant ces trois jours,
durant lesquels les assemblées
particulieres ont elle
dessendues
)
& les Theatres
fermez. Cette maladie s'est
communiquée dans le Mantoüan,
dans la Stirie, &dans
la Carinthie,oùelle fait de
grands ravages.
De Milan le 11. Novembre,
Les Ambassadeurs de Venise
eurent le 7. Audiancc
de l'Archiduc. Le Comte
Antonio Rainoldi alla les
prendre au CollegeHelvetique
où ils étoient logez,
avec un Carrosse à quatre
Chevaux. Ils étoient en habit
de deüil, ainsi que toute
leur Livrée; mais les jours
suivants, ils parurent vêrus
magnifiquement,ainsi que
toote leur suite.
Le 8. le Cardinal Impenalc
Legat à Latere , envo yé
par le Pape pour complimenter
ce Prince, fit son
entréepublique. Le Comte
Rainoldi alla le prendreavec
plusieurs Carrosses à six
Chevaux au Monastere de
Castellazzo,&leconduisit
jusqu'au dehors de la Porte
Romaine où s'etant mis
sous un Dais, il donna la
Benediction au Clergé.
L'Archiduc arriva ensuite,
& après des compliments
reciproques,ils monterent àcheval
, & entrerent dans
laVille. LeClergéseculier
& regulier commençoit la
marche; les Gardes à pied
& à cheval marchoient ensuite;
puis vingt- quatre
Mulets du Legat avec de
riches couvertures,ungrand
Carrosse, & une Litiere;
douze Estafiers de l'Archiduc,
avec chacun un cheval
de main; les Valets de
Chambre du Legat avec
deux Masses; les Principaux
de sa fuite à cheval, ses
Estafiers vestus de sa livrée:
ceux de l'Archiduc étoient
en deüil. Ce Prince étoit
fous un Dais de Toiled'or
ayant le Legat à sa gauche.
Pluficurs Seigneursmarchoient
devant eux & ils
étoient suivis de douze
Evesques ouPrelats àcheval.
Le Senat venoit ensuite,
suivi des Tribunaux & des
soixante Decurions de la
Ville. Ils arriverent en cet
ordre devant l'Eglise Metropolitaine;
mais L'Archiduc
n'y entra pas, & il alla
droit au Palais. Le Legat y
entra, & fut reçu par
le
Cardinal Archinto qui en
est Archevesque;il fut ensuite
conduit au Palais dans
un Carrosse à six chevaux, ÔC
de-là au logement qui luy
avoitesté pre paré. Le lendemain
il rendit encore visite
à l'Archiduc qui le reçut à
la seconde Anti -chambre,
& le reconduisitjusqu'à la
troisiéme.
Les Ambassadeurs de la
Republique de Genes, firent
aussi leur Entrée le mesme
jour; & curent Audiance;
& le lendemain matin 10.
ceux de la Republique de
Lucques eurent aussi Audiance
, & l'aprésdînée du
mesme jour l'Archiduc
partit puur aller coucher à
Lodi.
DeLisbone le 9.Novembre.
La nouvelle qui s'étoir
répanduë depuis huit jours
que laPaix se traitoit en AnJgleterre,
a été confirmée par
un Exprés dépeché par nôtre
Ambassadeur en cette:
Cour là, qui a apporté les
Préliminaires. Le Comte do
Portmore , a reçu ordre do
remener en Angleterre les
Troupes de cette Couronne,
excepté deux Bataillons
pour remplacer les Soldats
qui manquent à la Garnison,
de Gibraltar ; sept Vaisseaux
de guerre Ancrloisqui
toient dans nostre Port, en
partirent hier pour retourneren
Angleterre. Le pain
est toujours très -
cher icy,
&on estfort en peine des
Bâtimens qui sont allez charger
des grains en Barbarie.
De Naples le 10 Novembre.
Le 3. de ce moison commença
les réjoüissances publiques
, pour l'Elcction de
Archiduc à l'Empire. Elles
levoient durer trois jours;
nais le foir du troisiémeà
ine demi- heure de nuit,il
omba une si grande pluye
qu'elle éteignit toutes les iluminations,
gasta les Tenures
qui étoient en plusieurs
endroits, & trempa tellenent
les Artifices,qu'ayant
econnu le lendemain qu'ils
le pourroient plus servir
)nIes abandonna , au pillage
tinÍi que toutes les Machines.
Le Vice-Roy qui dévoit
aller ce foir
-
là visiter les
Feux d'Artifice, préparez
sur la Mer avec de grandes
Machines chargées de
fruits
,
donna unBal dans
le Salon duPalais,pour supléer
à l'execution de ces
grands préparatifs, qu'on
renouvellera après le Couronnement.
Le S. il fitchanter
le Te Deurn dans l'Eglise
du grand Convent des,
Dominicains ,& il y tint
Chapelle; pendant laquelle
l'Infanterie Allemande qui
étoit dans la Place fit trois
décharges de Mousqueterie,
& les Canonniers des !
Chasteaux
,
firent trois salves
de toute l'Artillerie. Il
le fie chanter hier dans l'Eg'ife
des Theatins,&doit de
main le faire chanterdans
celle de la MaisonProfesse
des Jesuites,
De Cadiz le 12.Novembre.
Des Armateurs François
amenèrent avant-hier icy
trois Vaisseaux Hollandois.
qui venoient du Levant. Ils
sont chargez de Soye
,
de
Cottonfilé, deCaffé&d'autres
riches Marchandises,
letout estimé prés d'uai
million.
¡Une: FrégateFrançoise
ayant attaqué sur les costes
de Galice, un Vaisseau de
Guerre Portugais,montede
60.pieces de canon, étoit
sur le point de s'en emparer
après quatre heures de combat,
lors que le feu ayant
pris au Vaisseau, il sauta en
l'air avec tout l'Equipage,
dont on ne put sauver que
trois personnes.
Ilest encore venu quarante
sept Deserteurs de Gibraltar
)
presque tous Hollandois
,& qui continuent.
de dire que laGarnison n'est
point payée, & que les vivres
y sont à untrès- haut
prix.
De Rome le 14. Novembre,
Le trois de ce mois, la
Marquise de Prié
, comme
Ambassadrice de la Cour
de Vienne, quitta le deüil
& reçue les compliments sur
l'Election de l'Archiduc à
l'Empire. Il y eut le foir une
grande Assemblée chez elle
où se touverent la Connéta
ble Colonne,Dona Maria
Bernardina
,
les Neveux du
Pape,l'Envoyé de Portugal,
& plusîeurs autres -Perronnes
distinguées
: Le Prince
d'Avellino
,
avoit mandé à
ses principaux Domestiques
de donner part aux Cardinaux
de l'Election de l'Archiduc,
& de faire des illuminations
pendant rTois1
soirs ; mais les Maistres desj
Ceremonies ayant reprefenté
qu'il étoit contre l'ordre i
qu'il se fie fous les yeux dirr
Pape,desréjoüissances pour
une nouvelle dont on n.1avoit
point donné part à Sa|
Sainteté
>
ces
réjouifTanccsjji
ont elle differées.
110 ",
De Venise le zi. Novembre.
L'Archiducayant passéle
14. à Bussolengo
,
sur les
Frontières de l'EtatVenitien
sur sa route de Milan à Inspruch
,
les Procurateurs Pisani
& da-Lezze,Ambassadeurs
Extraordinaires de la
République,le complimencerent.
Ce Prince futconduit
au Palais qui luy avoit
été prepare; & qui étoit
magnifiquement meublé & -
illuminé,&où il trouva une
garde de deuxmille Cava -
liers ou Dragons tous habillez
de neuf Le lendemain les
Ambassadeurs luy presenterent
un Régale de Cire
,
de
Miroirs, de Crstaux, de
Confitures, &de plusieurs
autres choses galantes: On
luy servit un repas magnifi.
que après lequel il alla à Roveredo,
accompagné par les
mêmes Ambassadeurs, &
pardeuxmille Cavaliers
ou Dragons,quine le quitterent
que sur les Frontières
du Trentin. Ce Prince fie
present aux Ambassadeurs
de chacun une Boeste à portrait,
garnies de pierreries , D
& estimées nulle Pisto- les.
DtLjhonne le 13.Novembre
On esticy dans de grandes
inquiétudes, sur l'avis qu'on
a eu , que Mr du Gué-
Troüin,avoit. débarqué des
Troupes aux lsles du Cap
Vert ; & qu'érant entrée
dans la Baye de Tous -
les,.
Saints,il avoi t pillé la Ville
de San Salvador, Capitale
du Brésil
,
ainsiqu'unautre
Port, où il avoitbrûlé tous
les Vaisseaux qui y étoient.
De Londres le 24. Novembre.
Mr l'Evêque de Bristo,
Garde du Sceau Privé se prépare
à partir pour la Hollande
en qualitéd'Ambassadeur-
Pîenipotentaire pour
les Négociations de la Paix,
que tous les Pcules des trois.
Royaumes souhaitoient
avec tant d'empressement ;
qu'il avoit esté resolu en
plusieurs endroits de pre- 1
senter des Adresses à la Reine
pour la supliet de la con- 1 clure aux conditions qu'El- j
le & sonConseil jugeroienc
à propos; mais on s'en est
abstenu de crainte qu'il ne
parust qu'on voudroit donner
atteinte au pouvoirabsolu
qu'a le Souverain defaire
la Paix & la Guerre, quand
illuy plaist.
¡ Trois cens prisonniers
François ont été transportezà
Calais
, pour estre
échangez.
La Foudre étant tombée
la nuit du 16. au 17. sur l'EglisedeSouthwel
,
dansle
Comté de Nottingham.
).'
cette Eglise aété brûlée 3-
vec l'Ecole quien étoit prdche,&
les Cloches fonduës.
DupremierDécembre.
Le 25. Novembre il arriva
un Courrier du Comte
de Strafford, qui apporta le
consentement des Etats Géncraux
pour traiter de la
Paix sur le pied des Prelimi
mires,&les Passeports pour
les Ambassadeurs du Roy ]
Tres -
Chrestien. Outre les
vingt - cinq gros Vaifleatffc-«
de guerre qui ont été desarmez,
on en desarme encore
plusieurs autres.
Le28. jour de la naissance
de la Reine Elisabeth
, auquel
le menupeupleavoit
coutume, avant le regne de
JacquesII. de célebrer la
memoire de cette Princesse
en brulant l'Effigiedu Pape,
&celles de plusieurs Cardinaux
& Religieux,je Conseil
fut averti que quelques mal
intentionnez
,
avoient fait
faire secrettement de grands
préparatifs, dans le dessein
de causer quelque tulmute.
On envoya des Huissiers,
avec un Détachement de
Grenadiers commandé par
un Officier
,
dans l'endroit
qu'un avoit indiqué, & ils y
trouverent une figure du
Pape,avec plusicurs autres
de Cardinaux,& Religieux,
& même du Diable dans un
Chariot, qui fut brisé ainsi
que toutes les Figures. Le
foir du mêmejour,&la nuit
suivante on fit prendre les
armesaux Milices, qui firent
des patroüilles dans les ruës;
mais il ne se passa pas J:
moindre désordre.
De Cents le 26. Novembre.
Monsieur le Marquis de
Monteleon
,
Ambassadeur
d'Espagne ayant reçû ordre
de se rendre à Madrid pour
y recevoir ses instructions
sur les Congrez de la Paix
ausquels il doit assister
, en
qualité de Plenipotentiaire,
prit hier son Audiance de
de congé du Sénat.
Les Gx mille Allemands
qui s'étoient avancez sur
nôtre Frontiere pour y prendredesQuartiers
d'hiver,
marchent dans le Mantoüan
où ils occuperont les Quartiers
qui étoient destinez
aux Troupes. de BranSebourg
qui retournent en
Allemagne,
Il est entré h1uit mille-
Allemands sur lesTerres du
Grand DucOU\ il prennent
des Quartiers, ce Prince ayant
refusé de fournir aux
Commissaires Impériaux
les huit cens mille livres que
l'Archiduc luy avoit fais
demander,
De Grenoble30.Novembre.
Il parut il y a quelques
jours de ce costé. cy un gros
party delaGarnisondeSuze
qui étoit venu par Exiles.
Aussi tost qu'on en eut avis
on fit sortir trente Dragons
avec chacun un fantassin en
croupe: Ils trouverent les
Ennemis qui rafraichifsoient
dans un Village;Les
Fantassins yentrerent criant
qui vive, & au premier feu
que nos gens firent sur eux,
ils se retirerent. Les Dragons
qui les observoient les poursuivirent
& mirent en désordre
; cinq furent tuez &
trente cinq faits prisonnires.
De Huninguele 4. Decembre,
Nôtre garnisona faitune
course dans la Forest Noire
sans aucune oppoficion
,
&
a ramené un gros butin.
Les Lettres de Hombourg
,
portent que soixante Husfars
ennemis étant entrez
dans le Pays, avoient commencé
à piller & brûler;
mais quedesDétachemens
de certe Place & de Saar
sa Loüis, ayant été à leur poucsuite,
les avoient battus;
& repris le butin qu'ils
avoient fait.
De Bayone le 4. Décembre.
Il y a presentement icy
18 Bastimens Anglois qui
ont apporté diverses Marchandées
pour les vendre,
& ensuite chargerdes Vins
& des Eaux
-
de- vie.
Une Fregate du Roy de
34. canons a pris un Flessingois
de 32. canons & de
150. hommes d'équipage ,
dont plus de 60ont été tuez
dans le combat qui a duré
cinq heures.
Des Lettres de Gibraltar
du 20. du passé portent que
la disette y étoit si grande
que le Commandant de la
Place étoit obligé de tenir
les Portes fermées pour
empêcher la desertion:que
quatreBastimens Portugais
étant entrez dans la Baye
pour se mettre à couvert
d'un gros temps qui auroit
pû les jetter sur les costes
de Barbarie, on leur avoir
fait décharger le grains qu'ils
avoient à leur bord
, de
remboursé l'argent qu'il
leur avoit couité.
On a aussiappris que les
Maures qui sont devant
Ceuta ayant voulu emporter
parEscalade le Bastion de
S. Pierre avoient esté vivementrepoussezjusques
dans
leur Camp avec perte de
plusde 1200 hommes; &
qu'il écoit arrivé de Carthagene
à cette Place, un tenfort
de 400. hommes &
beaucoup de munitions de
guerre & de bouche.
," Du Fort-Louis le10.
DéCembrr.P
;
Le Commandant de
Lauterbourg ayant eu avis
que le 6. au foir il devoit
sortir un Bataillon de Philisbourg
pour aller a Landau
,envoya un party de
Dragons & de Grenadiers
xjui se porterent sur le chemin
en des lieux couverts.
Les Ennemisétant tombez
dans l'Embuscade, furent
envelopez; le Commandant
fut tué avec plusieurs Soldats,
& le reste pris. Ce
bataillon étoit des Troupes
de Souabe & de Franconie,
& alloit relever un autre
bataillon des mêmes Trou- pesquiestàLandau.?
De la Haye le 8. Décembre9
Le Courier que le Comte
de Goes, Envoyéde la
Cour de Vienne avoit dé*
pêche à Milan pour porter àl'Archiducles Préliminairesde
la Paix, en revint le
2.1 Novembre. Il apporta
uneLettre par laquelle cc
Prince prie les Etats Gcné-.,
raux de n'avoir point d'égard
à ces Preliminaires,
qu'il les avoir rejettez, &
qu'il protestoit contre
toutes les Assemblées&les
Negotiations qu'on pouroit
faire sur cesujet.
On a appris depuis que ce
Prince persiste dans la résolution
de ne point envoyer
de Plenipotentiaires pour
traiter de la Paix sur le pied
des Preliminaires.
Hier le Comte de Strafr!
ford
,
Ambassadeur Plenipotentiaire
d'Angleterre
communiqua aux Ministres
detous les Alliez dans une
Assemblée que l'on tint exprés,
que la Reine sa Maitrciïc
avoit nommé la Ville
d'Utrecht pour le lieu où se
tiendroient les Conferences
pour laPaix, & que l'ouverture
s'en feroit le 12, Janvier
prochain. Il remit enfuite
à chacun de ces Ministres
une Lettre de la Reine
de la Grande Bretagne
qu'elle écrivoit à leurs Maîtres
pour les inviter à y envoyer
leurs Plénipotentiaires..
D'Arras le ii. Décembre.
Monsieur le Marechal de
Montcfquiau, partit d'icy
avanthier avec la plus grande
partie de notre Garnison
pour se mettre à la teste
d'un Darachemem de trois
cens hommes par bataillon,
& de centhommes parRe- -
giment de Cavalerie & de
Dragons de. toutes lcs.,
Troupes qui sont depuis la
Meuse juiqu'àla Mer. Leur
rendez vous étoit le long de
la Scarpe depuis Douay
jusqu'à Mortagne, & le
long du Canal & de la Deule,
Ces Troupes n'ont point de
bagages, & n'ont porté des
vivres que pour quatre
jours, & des outils à remues
laterre; elles travaillent à
combler le canal en quelques
endroits, à rüiner les
Ponts, les Ecluses & les Digues
de cemême Canal
,
de
la Scarpe, & de la Deule
afin d'ôter , aux Ennemisle
moyen d'établir leurs Magasins
de vivres & de munitions
à Douay pour la Canv»
pagne prochaine,ainsi quils
l'avoient projetté.
Pendant qu'une partie de
ce gros Détachement commençoitces
travaux, Mr de
Goëbriant marchoit à la
petiteVille deLillers, où les
Ennemis avoient cinq cens
hommes qui ont esté faits
prisonniers; &les Fortifications
qu'ils y avoient faites
ont esté démolies.
De Courtray le 18. Decembre.
Un Parti de cènehommes
de la garnisond'Ipres
ayant rencontréplusieurs
Détachements de cinq Rements,
lesadéfaits l'unaprés
l'autre
,
& en a fait la plus
part prisonniers.
Le mêmejoursoixante
Hussards, furent surpris la
nuit dans un Village à deux
lieuës de Cologne
) par un
party de trente Fantassins
François qui leur enleverent
trente chevaux,
A Madrid le 3. Décembre.
Le Conséil envoyaVeridredy
dernier des instructions
aux Plénipotentiaires
qui doivent partir incessamment
pour les Conferences
de la Paix Le Roya donné
la Charge de President du
Conseil de Guerre à Mr
le Marquis de Bedmar : Les
Lettres de Malaga portent
qu'il y étoit arrivé un Bastinient
venant de Gibraltar
où il y avoit quatre - vingt
six Soldats de la Garnison ;
de cettePlace, qui ayant
monté de nuit dans ce Vais-
-
seau obligerent lesMatelots
f de mettre à la voile, aprést
avoir eux mêmes coupé les f
cables *>
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Résumé : NOUVELLES de divers endroits.
À la fin de l'année 1700, divers événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Venise, des prières publiques ont été organisées pour lutter contre une épidémie affectant le bétail, qui s'est également propagée dans le Mantouan, la Styrie et la Carinthie. À Milan, les ambassadeurs de Venise ont été reçus par l'Archiduc, et le cardinal Impérial a fait une entrée publique. Les ambassadeurs de Gênes et de Lucques ont également été accueillis. À Lisbonne, la paix en Angleterre a été confirmée par des préliminaires apportés par un ambassadeur. À Naples, les réjouissances pour l'élection de l'Archiduc à l'Empire ont été perturbées par la pluie. À Cadix, des navires hollandais chargés de marchandises ont été capturés par des armateurs français, et une frégate française a attaqué un vaisseau portugais. Des déserteurs de Gibraltar continuaient d'arriver. À Rome, la marquise de Prié a reçu des compliments pour l'élection de l'Archiduc. À Lisbonne, des inquiétudes ont surgi concernant des troupes débarquées aux îles du Cap-Vert. À Londres, des préparatifs pour la paix ont été mentionnés, et des prisonniers français ont été transportés à Calais. Des troubles ont été évités lors de la célébration de la naissance de la reine Élisabeth. À Cents, l'ambassadeur d'Espagne a pris congé du Sénat pour se rendre à Madrid. Des troupes allemandes ont occupé des quartiers d'hiver dans le Mantouan et sur les terres du Grand-Duc. À Grenoble, des dragons ont repoussé une garnison ennemie. À Huningue, une garnison a fait une course dans la Forêt-Noire. À Bayonne, des navires anglais ont apporté des marchandises, et une frégate française a capturé un vaisseau flessingois. À Gibraltar, la disette était grande, et des Maures ont été repoussés lors d'une attaque. À Fort-Louis, un bataillon ennemi a été pris en embuscade. Sur le plan militaire, un bataillon de Souabe et de Franconie se dirigeait vers Landau pour relever un autre bataillon. Le 21 novembre, le comte de Goes, envoyé de la Cour de Vienne, est revenu de Milan avec des préliminaires de paix, que l'archiduc a rejetés et contre lesquels il a protesté. L'Angleterre a proposé Utrecht comme lieu pour les conférences de paix, prévues pour le 12 janvier. Le maréchal de Montreuil a quitté Arras avec des troupes pour des travaux de défense le long de la Scarpe et du canal, afin d'empêcher les ennemis d'établir des magasins. Mr de Goëbriant a capturé des ennemis à Lillers. À Courtray, des détachements ennemis ont été défaits et des hussards ont été surpris près de Cologne. À Madrid, des instructions ont été envoyées aux plénipotentiaires pour les conférences de paix, et un bastiment est arrivé à Malaga avec des soldats de Gibraltar.
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69
p. 204-218
NOUVELLES d'Andrinople.
Début :
Les Lettres d'Andrinople portent que le grand Visir a esté [...]
Mots clefs :
Andrinople, Vizir, Sultan, Guerre, Moscovites, Tartares, Conspiration , Ambassadeurs, Suède, Préparatifs
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES d'Andrinople.
NOUVELLES
d'Andrinople.
LEs Lettres d'Andrinople
portent que le grand
Visir a esté déposer que
le Capitan Bacha avoir esté
mis en sa place: que le Seraskier
de Bender avoit
aussi esté déposé
,
& que
-
le Kan des Tartares estoit
arrivé à Andrinople,oùil
leavoit esté bien receu; que Roy de Suede avoit eu
une longue conference
avec le Sultan, qui faisoit
punir rigoureusement tous
ceux qui avoient eu part
à l'insulte faite à ce Prince,&
que l'on continuoit
de travailler aux préparatifs
dela guerre contre les
Moscovites.Qu'on avoit
appris par des Lettres de
Podoliequ'undétachement
des Troupes du Palatin
de Kiovie commandé
par le sieurValikows-
Ki, avoit enlevé un parti
de cavaleriePolonoise, &
qu'un corps de Tartares
avoit surpris prés de Bafilowen
UKraine,unegar-
, de avancée des Moscovites
dont une partie avoit
estétuée,&le reste emmené
prisonnier.
Celles de Constantinople
assurent les changements
arrivez à la Porte
Ottomane par la déposition
du grand Visir&d'autres
principaux Officiers,
& la Relegation du Kan
des Tartares à l'Isle de
Rhodes. Elles portentaussi
que ces changements ont,
esté faits sur le soupçon
d'une conspiration pour
déposer le GrandSeigneur;
que les queuës de Cheval
estoient toujours exposées
prés d'Andrinople, où l'arméeestoit
campée, que
les Troupes y arrivoient de
tous costez, & qu'on employoit
un grand nombre
de Bastiments pour tranfporrer
des vivres & des
munitions par la Mer noire
à Asaf& aux autres Pla-
- ces, ce qui donnoit lieu de
[croire que le Grand Sei- gneureitoittousjours dans
la resolution de faire la
, guerre aux Moscovites,
", que les Ambassadeurs du
Czar estoient tousjours au
sept Tours enfermez; mais
que les ostagesavoient eu
quelques conférences avec
les Ministres; que le Roy
de Suede estoit encore au
Serrail de Hassan Bacha
près d'Andrinople,traité
magnifiquement par ordre
du Sultan,& qu'iln'y
avoit encore rien
de
certain
sur son départ.
Les dernieres Lettres
d'Andrinople portent que
le nouveau grand Visir
Ibrahim avoit esté déposé
& eftranglé
,
qu'onesperoitqu'Yssuph
Bacha, quia
a desja possedécette Charge
seroit mis en sa place,
& qu'il avoit esté resolu de
faire conduire le Roy de
Suede dans ses Estats par
la Pologne,avec une puis
fante escorte
,
qui auroit
ordre de n'exercer aucune
hostilité contre les Moscovites,
jusquàce qu'on eust
veu quel succez auroicnc
les negociations qu'on estoit
sur le point de renouër
avec eux.
Les Lettres de Hambourg
du 23. May portent
quele Roy de Dannemarc
s'estantdesiste de les prétentions
sur Tonningen,
le Traité avoir esté signéle
16. par les Commissaires
des deux parties, & approuvé
à Tonningen par
le Comte de Stein bock.
Ce Traité est composé de
plusieurs Articles, sçavoir:
Que l'arméeSuedoise,
reduire à six mille hommes,
&environ deux mille
malades, se rendroit prisonniere
de guerre pour
estre efchangée avec les
prisonniers des Princes
Confederez, & le surplus
obligé à payerrançonconformément
au cartel.
Que tous les Généraux
& hauts Officiers conserveront
armes & bagages,
les archives, la caisse militaire,
& tout ce qui en dépend
sans estre visitez.
Que les Officiers subalternes
& les soldats auront
feulement leurs épées
leurs bagages& leurs har-
; des.
Que les canons, les armes
à feu, les chevaux des
Cavaliers des Dragons,
& ceux de l'artillerie, avec
les Drapeaux,Estendarts,
Timbales & Tambours
feront remis aux Confederez.
Que l'évacuation de la
place commencera trois
jours a près la signature du
Traité, & fera achevée
dans huit jours.
Que les Trou pes seront
conduites vers Kiell, Ec-
Kenford,&c. d'où ellesne
pourront estre transportées
qu'enSuede, se fournissant
à leurs dépens de
vivres & de Bastimens auxquels
le Roy de Dannemarc
fournira des passeports
, & une escorte de
trois Fregates sitost que les
ttrroouuppeessaauurroonntte,sfitéee'élèchhaann.-.
gées & leur rançon payée.
Que les Prisonniers faits
sur les Confederez, feront
retenus, ainsi que les Deserteurs
qui obtiendront
leur pardon en rentrant
dans leurs Regiments;
qu'on ne pourra obliger
aucun soldat ou autre des
Troupes Suedoises, à prendre
parti dans ce lles des
Confédérés.
Que les Troupes mancheront
tousjours & sejourneront
le quatriéme
jour,& qu'on fournira des
chariots à ceux qui tomberont
malades.
1 Que lesmalades qui sont
à Tonningen,seront transportez
au paysvoisin, où
ils feront traitez à leurs
dépens, &c.
Que la ville deTonningen
fera remise au Prince
administrateur deHolstein
Gottorp.
Que-leRoyde Dannemarc
retiendrale Duché
de Sleswick jusques. à la
conclusion de la Paix.
Que Sa Majesté Danoise
ne fera pas bombarder
Tonningen cette année,
qu'elle s'oblige d'exécuter
ce Traité en tous ses
points, & d'y faire consentir
les Chefsdesarmées de
ses Alliez.
La principale raison qui a engagé le Comte de
Steinbock à accepter ce
Traité avec les Confederez
,
est qu'il manquoit de
vivres, & ne voyoit aucune
apparence de secours.
Il se rendit le 20. May avec
quelquesuns de ses princi
paux Officiers au camp
desConfederez,où leRoy
de Dannemarc estoit. Il
baisa la main à Sa Majesté
& mitàses pieds son épée;
qu'elle luy rendit sur le
champ, & le retint à disner
avec les Généraux des
Confederez
,
aprés quoy
il retourna à Tonningen
pour faire executer leTraité.
Le 24. Tonningen&
les retranchements furent
entieremenc évacuez. Les
Troupes ont esté distri-,
buées en quartier dans le
Duché
Duché de Sleswich, elles
consistent en cinq cens
quatre-vingt neuf Officiers.
Six mille six cens quatrevingt
douze Cavaliers &
Fantassins, & deux mille
cinq cens quatre -vingt
cinq malades. Ils ont laissé
aux Confederez douze petites
pieces de canon de
bronze de trois livres de
,
bale, & six de fer, soixante
trois estendarts
,
soixante
sept drapeaux, huit paires
-
de timbales avec leurs
trompettes & tambours.
La pluspart feront eschangez
contre les Prisonniers
qui sont entre les mains
des Suedois, & le reste suivant
le cartel fera mis en
liberté pour la Comme de
quarante mille écus. On
écrit que les Moscovires &
les Saxons ont commence
à se mettre en marche vers
la Pomeranie.
d'Andrinople.
LEs Lettres d'Andrinople
portent que le grand
Visir a esté déposer que
le Capitan Bacha avoir esté
mis en sa place: que le Seraskier
de Bender avoit
aussi esté déposé
,
& que
-
le Kan des Tartares estoit
arrivé à Andrinople,oùil
leavoit esté bien receu; que Roy de Suede avoit eu
une longue conference
avec le Sultan, qui faisoit
punir rigoureusement tous
ceux qui avoient eu part
à l'insulte faite à ce Prince,&
que l'on continuoit
de travailler aux préparatifs
dela guerre contre les
Moscovites.Qu'on avoit
appris par des Lettres de
Podoliequ'undétachement
des Troupes du Palatin
de Kiovie commandé
par le sieurValikows-
Ki, avoit enlevé un parti
de cavaleriePolonoise, &
qu'un corps de Tartares
avoit surpris prés de Bafilowen
UKraine,unegar-
, de avancée des Moscovites
dont une partie avoit
estétuée,&le reste emmené
prisonnier.
Celles de Constantinople
assurent les changements
arrivez à la Porte
Ottomane par la déposition
du grand Visir&d'autres
principaux Officiers,
& la Relegation du Kan
des Tartares à l'Isle de
Rhodes. Elles portentaussi
que ces changements ont,
esté faits sur le soupçon
d'une conspiration pour
déposer le GrandSeigneur;
que les queuës de Cheval
estoient toujours exposées
prés d'Andrinople, où l'arméeestoit
campée, que
les Troupes y arrivoient de
tous costez, & qu'on employoit
un grand nombre
de Bastiments pour tranfporrer
des vivres & des
munitions par la Mer noire
à Asaf& aux autres Pla-
- ces, ce qui donnoit lieu de
[croire que le Grand Sei- gneureitoittousjours dans
la resolution de faire la
, guerre aux Moscovites,
", que les Ambassadeurs du
Czar estoient tousjours au
sept Tours enfermez; mais
que les ostagesavoient eu
quelques conférences avec
les Ministres; que le Roy
de Suede estoit encore au
Serrail de Hassan Bacha
près d'Andrinople,traité
magnifiquement par ordre
du Sultan,& qu'iln'y
avoit encore rien
de
certain
sur son départ.
Les dernieres Lettres
d'Andrinople portent que
le nouveau grand Visir
Ibrahim avoit esté déposé
& eftranglé
,
qu'onesperoitqu'Yssuph
Bacha, quia
a desja possedécette Charge
seroit mis en sa place,
& qu'il avoit esté resolu de
faire conduire le Roy de
Suede dans ses Estats par
la Pologne,avec une puis
fante escorte
,
qui auroit
ordre de n'exercer aucune
hostilité contre les Moscovites,
jusquàce qu'on eust
veu quel succez auroicnc
les negociations qu'on estoit
sur le point de renouër
avec eux.
Les Lettres de Hambourg
du 23. May portent
quele Roy de Dannemarc
s'estantdesiste de les prétentions
sur Tonningen,
le Traité avoir esté signéle
16. par les Commissaires
des deux parties, & approuvé
à Tonningen par
le Comte de Stein bock.
Ce Traité est composé de
plusieurs Articles, sçavoir:
Que l'arméeSuedoise,
reduire à six mille hommes,
&environ deux mille
malades, se rendroit prisonniere
de guerre pour
estre efchangée avec les
prisonniers des Princes
Confederez, & le surplus
obligé à payerrançonconformément
au cartel.
Que tous les Généraux
& hauts Officiers conserveront
armes & bagages,
les archives, la caisse militaire,
& tout ce qui en dépend
sans estre visitez.
Que les Officiers subalternes
& les soldats auront
feulement leurs épées
leurs bagages& leurs har-
; des.
Que les canons, les armes
à feu, les chevaux des
Cavaliers des Dragons,
& ceux de l'artillerie, avec
les Drapeaux,Estendarts,
Timbales & Tambours
feront remis aux Confederez.
Que l'évacuation de la
place commencera trois
jours a près la signature du
Traité, & fera achevée
dans huit jours.
Que les Trou pes seront
conduites vers Kiell, Ec-
Kenford,&c. d'où ellesne
pourront estre transportées
qu'enSuede, se fournissant
à leurs dépens de
vivres & de Bastimens auxquels
le Roy de Dannemarc
fournira des passeports
, & une escorte de
trois Fregates sitost que les
ttrroouuppeessaauurroonntte,sfitéee'élèchhaann.-.
gées & leur rançon payée.
Que les Prisonniers faits
sur les Confederez, feront
retenus, ainsi que les Deserteurs
qui obtiendront
leur pardon en rentrant
dans leurs Regiments;
qu'on ne pourra obliger
aucun soldat ou autre des
Troupes Suedoises, à prendre
parti dans ce lles des
Confédérés.
Que les Troupes mancheront
tousjours & sejourneront
le quatriéme
jour,& qu'on fournira des
chariots à ceux qui tomberont
malades.
1 Que lesmalades qui sont
à Tonningen,seront transportez
au paysvoisin, où
ils feront traitez à leurs
dépens, &c.
Que la ville deTonningen
fera remise au Prince
administrateur deHolstein
Gottorp.
Que-leRoyde Dannemarc
retiendrale Duché
de Sleswick jusques. à la
conclusion de la Paix.
Que Sa Majesté Danoise
ne fera pas bombarder
Tonningen cette année,
qu'elle s'oblige d'exécuter
ce Traité en tous ses
points, & d'y faire consentir
les Chefsdesarmées de
ses Alliez.
La principale raison qui a engagé le Comte de
Steinbock à accepter ce
Traité avec les Confederez
,
est qu'il manquoit de
vivres, & ne voyoit aucune
apparence de secours.
Il se rendit le 20. May avec
quelquesuns de ses princi
paux Officiers au camp
desConfederez,où leRoy
de Dannemarc estoit. Il
baisa la main à Sa Majesté
& mitàses pieds son épée;
qu'elle luy rendit sur le
champ, & le retint à disner
avec les Généraux des
Confederez
,
aprés quoy
il retourna à Tonningen
pour faire executer leTraité.
Le 24. Tonningen&
les retranchements furent
entieremenc évacuez. Les
Troupes ont esté distri-,
buées en quartier dans le
Duché
Duché de Sleswich, elles
consistent en cinq cens
quatre-vingt neuf Officiers.
Six mille six cens quatrevingt
douze Cavaliers &
Fantassins, & deux mille
cinq cens quatre -vingt
cinq malades. Ils ont laissé
aux Confederez douze petites
pieces de canon de
bronze de trois livres de
,
bale, & six de fer, soixante
trois estendarts
,
soixante
sept drapeaux, huit paires
-
de timbales avec leurs
trompettes & tambours.
La pluspart feront eschangez
contre les Prisonniers
qui sont entre les mains
des Suedois, & le reste suivant
le cartel fera mis en
liberté pour la Comme de
quarante mille écus. On
écrit que les Moscovires &
les Saxons ont commence
à se mettre en marche vers
la Pomeranie.
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Résumé : NOUVELLES d'Andrinople.
Les nouvelles d'Andrinople rapportent plusieurs changements politiques et militaires. Le grand Visir a été déposé et remplacé par le Capitan Bacha, tandis que le Seraskier de Bender a également été démis de ses fonctions. Le Kan des Tartares est arrivé à Andrinople et y a été bien reçu, mais a ensuite été relégué à l'île de Rhodes en raison de soupçons de conspiration contre le Sultan. Le roi de Suède a eu une longue conférence avec le Sultan, qui a puni sévèrement ceux impliqués dans l'insulte faite au prince suédois. Les préparatifs de guerre contre les Moscovites continuent, avec des troupes et des vivres acheminés vers la Mer Noire. Un détachement des troupes du Palatin de Kiovie a enlevé un parti de cavalerie polonaise, et des Tartares ont surpris une garnison moscovite en Ukraine. Les troupes continuent d'affluer à Andrinople, et les ambassadeurs du Czar restent enfermés. Le roi de Suède est toujours au Serrail de Hassan Bacha, traité magnifiquement, mais son départ n'est pas encore certain. Le nouveau grand Visir, Ibrahim, a été déposé et étranglé, et Yssuph Bacha est pressenti pour le remplacer. Il a été décidé de conduire le roi de Suède en Pologne avec une escorte puissante, sans exercer d'hostilités contre les Moscovites jusqu'à la conclusion des négociations. Les lettres de Hambourg du 23 mai rapportent que le roi de Danemark a renoncé à ses prétentions sur Tonningen, et un traité a été signé le 16 mai. Ce traité stipule que l'armée suédoise, réduite à six mille hommes et environ deux mille malades, se rendra prisonnière de guerre pour être échangée contre des prisonniers des princes confédérés. Les généraux et hauts officiers conserveront leurs armes et bagages. Les troupes seront conduites vers Kiell et Eckenford, d'où elles seront transportées en Suède. Les malades seront transportés dans un pays voisin. La ville de Tonningen sera remise au prince administrateur de Holstein-Gottorp, et le roi de Danemark retiendra le duché de Sleswick jusqu'à la conclusion de la paix. La principale raison de l'acceptation de ce traité par le comte de Steinbock est le manque de vivres et l'absence de secours. Le 24 mai, Tonningen et ses retranchements ont été entièrement évacués. Les troupes, composées de cinq cent quatre-vingt-neuf officiers, six mille six cent quatre-vingt-douze cavaliers et fantassins, et deux mille cinq cent quatre-vingt-cinq malades, ont laissé aux confédérés douze petites pièces de canon, soixante-trois étendards, soixante-sept drapeaux, et huit paires de timbales. La plupart seront échangés contre des prisonniers suédois, le reste sera libéré contre une somme de quarante mille écus. Les Moscovites et les Saxons commencent à se déplacer vers la Poméranie.
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70
p. 108-113
Nouvelles d'Utrecht.
Début :
Les ambassadeurs d'Espagne continuent leurs conferences avec ceux [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Conférences, Traités, Grande-Bretagne, Portugal, Électeurs, Troupes, Régiments, Rhin, Tumulte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Utrecht.
Nouvelles d'Utrecht. ])
- Les ambassadeurs d'Es
pagne continuent leui
conferences avec ceux de
la Reine de la grande Bre
tagne, de Portugal, &
des Etats Generaux. Or
espere que les deux traitez
feront conclus dans.
peu & signez. Letraité
avec la Grande Bretagne
doit être incessamment
conclu. Il est survenuquel
ques difficultez touchan
celui de Portugal
, qui
nt oblige les Plenipoentiaires
a envoyer des
bini^rs a Madrid & a LisoLnene.
Baron Carg & le Bairn
de Malknecht, Minisies
des Electeurs de Coloe
& de Baviere, font pard'Utrecht
pour aller re.
Duver leurs maîtres, aes
avoir terminé ce qui
gardoit les interêtsde ces
rinces avec cette Répulique.
On mande de Cologne
ue les troupes de Vvirmberg
,
qui consistent en
un regiment de cavalerie
& trois d'infanterie, de
voient arriver le premier
Juillet prés de Cologne |
avec deux regimens d'in
fanterie de Munster & u
de Holstein-Gottorp)pou
marcher vers l'Empire; qu
les six regimens de cavale!
rie & les huit d'infanterie
du Duc de Hanover cam
poient encore prés de Lim
bourg sur le Lahn
; que le
troupes Saxonnes qui viennent
des Pays Bas, com
posées d'un regiment de
cavalerie, de deux de dra.íï
gons, & de sept bataillons,
avoient passé le Rhin à
Mulheim & à Cologne le
29.Juin ; qu'on ne sçavoit
pas si clles remonteroient
vers le haut Rhin, qu'on parce assuroit que leur General
avoit reçû ordre de
les faire marcher vers laSaxe
; que les troupes de
Prusse étoient vers Nuys,
dans le bas Electorat de
Cologne, & que celles de
Munster & de Hesse Cassel
n'etoient pas encore en
mouvement: de sorte que
l'armée de l'Empire ne
pourra pas être sitôt assemblée.
On mande de Gand qu'il
y a eu un grand tumulte,
à cause d'un soldat Anglois
qui fut au nom de ses camarades
demander une
somme qu'on leur retenoit
pour leurs tentes au Gene-j
ral Sabine, qui le fit arrê-r
ter& mettre entre les mains jl
du Prevôt. Le bruit s'etancrépandu
qu'il alloit etrei
executé
,
plus de mille fol-j
dats s'attrouperent la nuid
du 22. au 23. de Juin, déIi-:
vrerent le prisonnier
,
elû-t
renc;
rent un grenadier pour General,
& se retrancherent
si bien derriere un pont,
on ils mirent trois pieces de
canon, qu'on fut obligé de
leur accorder une amnistie
generale, & leur promettre
l'argentqu'ils demandoient
ce;
- Les ambassadeurs d'Es
pagne continuent leui
conferences avec ceux de
la Reine de la grande Bre
tagne, de Portugal, &
des Etats Generaux. Or
espere que les deux traitez
feront conclus dans.
peu & signez. Letraité
avec la Grande Bretagne
doit être incessamment
conclu. Il est survenuquel
ques difficultez touchan
celui de Portugal
, qui
nt oblige les Plenipoentiaires
a envoyer des
bini^rs a Madrid & a LisoLnene.
Baron Carg & le Bairn
de Malknecht, Minisies
des Electeurs de Coloe
& de Baviere, font pard'Utrecht
pour aller re.
Duver leurs maîtres, aes
avoir terminé ce qui
gardoit les interêtsde ces
rinces avec cette Répulique.
On mande de Cologne
ue les troupes de Vvirmberg
,
qui consistent en
un regiment de cavalerie
& trois d'infanterie, de
voient arriver le premier
Juillet prés de Cologne |
avec deux regimens d'in
fanterie de Munster & u
de Holstein-Gottorp)pou
marcher vers l'Empire; qu
les six regimens de cavale!
rie & les huit d'infanterie
du Duc de Hanover cam
poient encore prés de Lim
bourg sur le Lahn
; que le
troupes Saxonnes qui viennent
des Pays Bas, com
posées d'un regiment de
cavalerie, de deux de dra.íï
gons, & de sept bataillons,
avoient passé le Rhin à
Mulheim & à Cologne le
29.Juin ; qu'on ne sçavoit
pas si clles remonteroient
vers le haut Rhin, qu'on parce assuroit que leur General
avoit reçû ordre de
les faire marcher vers laSaxe
; que les troupes de
Prusse étoient vers Nuys,
dans le bas Electorat de
Cologne, & que celles de
Munster & de Hesse Cassel
n'etoient pas encore en
mouvement: de sorte que
l'armée de l'Empire ne
pourra pas être sitôt assemblée.
On mande de Gand qu'il
y a eu un grand tumulte,
à cause d'un soldat Anglois
qui fut au nom de ses camarades
demander une
somme qu'on leur retenoit
pour leurs tentes au Gene-j
ral Sabine, qui le fit arrê-r
ter& mettre entre les mains jl
du Prevôt. Le bruit s'etancrépandu
qu'il alloit etrei
executé
,
plus de mille fol-j
dats s'attrouperent la nuid
du 22. au 23. de Juin, déIi-:
vrerent le prisonnier
,
elû-t
renc;
rent un grenadier pour General,
& se retrancherent
si bien derriere un pont,
on ils mirent trois pieces de
canon, qu'on fut obligé de
leur accorder une amnistie
generale, & leur promettre
l'argentqu'ils demandoient
ce;
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Résumé : Nouvelles d'Utrecht.
Le texte traite des négociations diplomatiques et des mouvements militaires à Utrecht. Les ambassadeurs d'Espagne discutent avec ceux de la Grande-Bretagne, du Portugal et des États Généraux. Les traités avec la Grande-Bretagne devraient être rapidement conclus, tandis que des difficultés avec le Portugal nécessitent l'envoi de binômes à Madrid et Lisbonne. Les barons Carg et Malknecht, ministres des Électeurs de Cologne et de Bavière, retournent auprès de leurs maîtres après des affaires avec la République. Sur le plan militaire, les troupes de Wirnberg, composées de cavalerie et d'infanterie, doivent arriver près de Cologne le 1er juillet avec des renforts de Munster et de Holstein-Gottorp pour marcher vers l'Empire. Les troupes du Duc de Hanovre campent près de Limburg, tandis que les troupes saxonnes, venues des Pays-Bas, ont traversé le Rhin. Les troupes prussiennes sont près de Nuys, mais celles de Munster et de Hesse Cassel retardent l'assemblée de l'armée de l'Empire. À Gand, un tumulte a éclaté à cause d'un soldat anglais. Après son arrestation, plus de mille soldats se sont rassemblés, ont libéré le prisonnier, élu un général et se sont retranchés derrière un pont avec des canons. Une amnistie générale et le paiement de la somme demandée ont été accordés pour apaiser la situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 139-141
MORT.
Début :
Le 4. de ce mois M. de Sainctot, âgé de [...]
Mots clefs :
Sainctot, Décès, Vertu, Piété, Maître, Cérémonies, Ambassadeurs, Ancêtres
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texteReconnaissance textuelle : MORT.
Le4. de
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
ce mois M. de
~Sainctot,agé de 81. an, mou-
~ut en cette ville, fort re-
~gretté pour son merire, sa
xrtu & sa pieté, qui lui
voient acquis une eftimc
~universelle. Il avoit été cilevantmaître
des Ceremodes
de France, & ensuite
ntroducteur des Ambas-
~sadeurs. Dans l'une & l'autre
deces Charges il s'e'toitl
distingué par son applicaJ
tion & son sçavoir. Il croiq
dans les Ceremonies dés
avant le Sacre du Roy, &.
il avoit succedé à son perc|
&à un de ses grands-onclesr|
à la Charge de Maître des
Céremonies. |
Il paroît par des actes def;
foy & hommage rendus ã.
Paris à la Chambre de*;
Comptes
, pour des terres*;
considérables que ses ance-*
tres avoient en Champa.,
gne, que dés le temps dqp
Charles VI. ses ancetrefy
~voient des Charges prinipales
& distinguées dans
~a
Maison des Rois. Ils les
~ont successivement l'un à
autre conservées jusqu'à
Henry fecond. Quelque
~emps aprés ces Messieurs
me rentrez à la Cour au
~servicedes Rois.
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Résumé : MORT.
Le 4 du mois, M. de Sainctot, 81 ans, décéda, honoré pour son mérite, son honneur et sa piété. Maître des Cérémonies de France et introducteur des Ambassadeurs, il avait succédé à son père et à un grand-oncle. Ses ancêtres possédaient des terres en Champagne depuis Charles VI et occupaient des charges principales à la cour jusqu'à Henri II.
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72
p. 228-232
Nouvelles d'Utrecht.
Début :
On mande d'Utrecht que le 4. de ce mois [...]
Mots clefs :
Utrecht, Conférences, Ambassadeurs, Guerre du Nord, Espagne
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Utrecht.
Nouvelles d'Vtrecht.
On mande d'Utrecht
que le4. decemois le Duc
d'Ossone & le Marquis de
Monteleon Ambassadeurs
d'Espagne,arrivèrent à la
Haye dans trois carosses à
six chevaux, qu'ils avoient
eu plusieurs conférences
avec les Dépurez de l'Estat
touchant quelques articles
qui retardent la conclusion
du Traité, & qu'on
esperoit que les difficultez
feroient bientostlevées.
Les Lettrés de la Haye portent
que les Deputez de
l'Estar avoient aulIi eu diverses
conferences avec les
Ministres duCzar, duRoy
de DannemarK,& du Roy
Auguste, pour tascher de
terminer la guerre du
Nord. Onmande de Bonne
que le Regiment Suisse
du Colonel Diesbach
,
qui
y estoit en garnison au fervice
des Provinces. Unies,
avoir esté licentié; que les
- troupes du Duc d'Hanover
s'estoient approchées de
Mayence, & que d'autres
avoient pris leurs places
toujours au deça du Mein,
que les troupes de Pruflfe,
de Saxe, de Wirtemberg
, & autres revenuës des
Pays-Bas, estoient encore
dans le Westerwalet au
Nord du Mein.
Les dernieres Lettres de
la Haye portent que les
Plenipotentiaires d'Espagne
avoient eu avec les
Députez des Estats Generaux
& le sieur Heinsius
Pensionnaire
,
plusieurs
conférences dans lesquelles
presque toutes les difficultez
avoient estélevées,
gz qu'ils devoient retourner
dans peu à Ucrecht pour signer
le Traité de Paix entre
l'Espagne & cet Enar,
& qu'on n'attendoit que
le retour des courriers pour
conclure au fli la Paix entre
la mesme Couronne ôc lePortugal. On mande de
Francfort que les troupes deWirtemberg&de Saxe
avoient paffé le Mein pour
aller joindrel'armée de
l'Empire, que celles d'Hanover
& la pluspart des
autres estoient encore au
deçà de cette riviere
,
&
qu'on ne sçavoit le party
que devoient prendre ce lles
du Landgrave de Hesse-
Cassel qui font encore dans
leur pays.
On mande d'Utrecht
que le4. decemois le Duc
d'Ossone & le Marquis de
Monteleon Ambassadeurs
d'Espagne,arrivèrent à la
Haye dans trois carosses à
six chevaux, qu'ils avoient
eu plusieurs conférences
avec les Dépurez de l'Estat
touchant quelques articles
qui retardent la conclusion
du Traité, & qu'on
esperoit que les difficultez
feroient bientostlevées.
Les Lettrés de la Haye portent
que les Deputez de
l'Estar avoient aulIi eu diverses
conferences avec les
Ministres duCzar, duRoy
de DannemarK,& du Roy
Auguste, pour tascher de
terminer la guerre du
Nord. Onmande de Bonne
que le Regiment Suisse
du Colonel Diesbach
,
qui
y estoit en garnison au fervice
des Provinces. Unies,
avoir esté licentié; que les
- troupes du Duc d'Hanover
s'estoient approchées de
Mayence, & que d'autres
avoient pris leurs places
toujours au deça du Mein,
que les troupes de Pruflfe,
de Saxe, de Wirtemberg
, & autres revenuës des
Pays-Bas, estoient encore
dans le Westerwalet au
Nord du Mein.
Les dernieres Lettres de
la Haye portent que les
Plenipotentiaires d'Espagne
avoient eu avec les
Députez des Estats Generaux
& le sieur Heinsius
Pensionnaire
,
plusieurs
conférences dans lesquelles
presque toutes les difficultez
avoient estélevées,
gz qu'ils devoient retourner
dans peu à Ucrecht pour signer
le Traité de Paix entre
l'Espagne & cet Enar,
& qu'on n'attendoit que
le retour des courriers pour
conclure au fli la Paix entre
la mesme Couronne ôc lePortugal. On mande de
Francfort que les troupes deWirtemberg&de Saxe
avoient paffé le Mein pour
aller joindrel'armée de
l'Empire, que celles d'Hanover
& la pluspart des
autres estoient encore au
deçà de cette riviere
,
&
qu'on ne sçavoit le party
que devoient prendre ce lles
du Landgrave de Hesse-
Cassel qui font encore dans
leur pays.
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Résumé : Nouvelles d'Utrecht.
Le texte décrit des événements diplomatiques et militaires en Europe. À Utrecht, le 4 décembre, les ambassadeurs espagnols Duc d'Ossone et Marquis de Monteleon sont arrivés à La Haye pour des conférences avec les députés des États généraux concernant des articles retardant la conclusion d'un traité. Des espoirs sont exprimés pour une résolution rapide des difficultés. À La Haye, des conférences ont également eu lieu avec les ministres du Czar, du roi de Danemark et du roi Auguste pour tenter de mettre fin à la guerre du Nord. Le régiment suisse du Colonel Diesbach, en garnison au service des Provinces-Unies, a été licencié. Les troupes du Duc d'Hanover se sont approchées de Mayence, remplacées par d'autres troupes au sud du Mein. Les troupes de Prusse, de Saxe, de Wurtemberg et d'autres, revenues des Pays-Bas, sont encore dans le Westerwald, au nord du Mein. Les plénipotentiaires espagnols ont eu plusieurs conférences avec les députés des États généraux et le pensionnaire Heinsius, levant presque toutes les difficultés. Ils doivent retourner à Utrecht pour signer le traité de paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies et attendent le retour des courriers pour conclure la paix avec le Portugal. À Francfort, les troupes de Wurtemberg et de Saxe ont traversé le Mein pour rejoindre l'armée de l'Empire, tandis que celles d'Hanover et la plupart des autres restent au sud du Mein. La position des troupes du Landgrave de Hesse-Cassel reste incertaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 109-113
Nouvelles d'Utrecht.
Début :
On écrit d'Utrecht, que le 5. Octobre les Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Naissance, Prince Ferdinand , Conférence, Troupes, Cologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Utrecht.
NouvellescTVtrtcht.
;
On écrit d'Utrecht,quq
le5 Octobre les Ambassadeurs
d'Espagnereçurent
un courier qui leur apporta
la nouvelle que la Reine
éçpje., accouchéed'un trou
sime Pri'nçeiqtji,,,Ivçit
nommé Ferdinand;que le
9.le Duc d'Ossone, pourcelebrer
la naissancedece
Prince, donnaun magnifique
repas à divers Ministres
& autres personnes de
diftinftion, & quç-t le soir
son Hôtel fut illuminé en
dehors & en dedans,&orné
d'une decoration magnifique
d'emblêmes&de
devises sur des médaillons,
Les lettres de la Haye
portent que le Comte de
Strafford & les dépurez des
Estats Générauxeurent une
conférence avec le Prince
Kurakin & le Baron de
Gersdorf, envoyez du Czar
&duRoyAuguste,&enfuite
avec le Baron Palmquist
envoyé du Roy de
Suede, touchant les affaires
duNord,Seque les EÙ
tats de Hollande avoient
donné la charge de contre-
Amiral de l'Amirauté de
la Meuse au Capitaine ja,
cob van Koperen,& celle
de l'Amirautéd'Amsterdam
au Capitaine Lucas
de Veth.Les nouvelles d'Allemagne
portent qu*tnpa$e
ti Françoisavoit enlevécinquante
soldats Allemans à
une lieuë au-dessus deCologne
;que le 7.les troupes
de Prusse ôc de Hanover
étoient encore au-deçà du
Mein; & que le Prince Eugene
, qui étoit encore le
6. en son camp de Mulberg,
avoit détaché six regimens
de cavalerie & dix bataillons
, pour renforcer le
camp du General Vaubonne
qui se retranchoit près
de Rotvveil.
: On écrit de Cologne,
queleRoy dePrusse fait
fairedes levées à Vesel &
dans tous ses Estats, & qu'il
prend à son service lessoldatslicentiez
par lesEstats
voisins,que les troupes de.
ce Prince qui se preparoienc
à passer le Mein pouraller
joindre l'armc'cdel'Em--
pire,
pire,avoient recû un contre
ordre.
;
On écrit d'Utrecht,quq
le5 Octobre les Ambassadeurs
d'Espagnereçurent
un courier qui leur apporta
la nouvelle que la Reine
éçpje., accouchéed'un trou
sime Pri'nçeiqtji,,,Ivçit
nommé Ferdinand;que le
9.le Duc d'Ossone, pourcelebrer
la naissancedece
Prince, donnaun magnifique
repas à divers Ministres
& autres personnes de
diftinftion, & quç-t le soir
son Hôtel fut illuminé en
dehors & en dedans,&orné
d'une decoration magnifique
d'emblêmes&de
devises sur des médaillons,
Les lettres de la Haye
portent que le Comte de
Strafford & les dépurez des
Estats Générauxeurent une
conférence avec le Prince
Kurakin & le Baron de
Gersdorf, envoyez du Czar
&duRoyAuguste,&enfuite
avec le Baron Palmquist
envoyé du Roy de
Suede, touchant les affaires
duNord,Seque les EÙ
tats de Hollande avoient
donné la charge de contre-
Amiral de l'Amirauté de
la Meuse au Capitaine ja,
cob van Koperen,& celle
de l'Amirautéd'Amsterdam
au Capitaine Lucas
de Veth.Les nouvelles d'Allemagne
portent qu*tnpa$e
ti Françoisavoit enlevécinquante
soldats Allemans à
une lieuë au-dessus deCologne
;que le 7.les troupes
de Prusse ôc de Hanover
étoient encore au-deçà du
Mein; & que le Prince Eugene
, qui étoit encore le
6. en son camp de Mulberg,
avoit détaché six regimens
de cavalerie & dix bataillons
, pour renforcer le
camp du General Vaubonne
qui se retranchoit près
de Rotvveil.
: On écrit de Cologne,
queleRoy dePrusse fait
fairedes levées à Vesel &
dans tous ses Estats, & qu'il
prend à son service lessoldatslicentiez
par lesEstats
voisins,que les troupes de.
ce Prince qui se preparoienc
à passer le Mein pouraller
joindre l'armc'cdel'Em--
pire,
pire,avoient recû un contre
ordre.
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Résumé : Nouvelles d'Utrecht.
Le 5 octobre, les ambassadeurs d'Espagne à Utrecht apprirent la naissance du prince Ferdinand, fils de la reine d'Espagne. Le duc d'Ossone organisa un repas somptueux pour célébrer cet événement, illuminant et décorant son hôtel avec des symboles et devises. À La Haye, le comte de Strafford et les députés des États Généraux eurent des conférences avec des envoyés du tsar, du roi Auguste, et du roi de Suède concernant les affaires du Nord. Les États de Hollande nommèrent Jacob van Koperen contre-amiral de l'Amirauté de la Meuse et Lucas de Veth à l'Amirauté d'Amsterdam. En Allemagne, François Ier captura cinquante soldats allemands près de Cologne. Les troupes prussiennes et hanovriennes étaient positionnées au-delà du Mein. Le prince Eugène envoya des renforts au général Vaubonne près de Rotweil. À Cologne, on rapporta que le roi de Prusse levait des troupes à Wesel et dans ses États, recrutant également des soldats licenciés par les États voisins. Les troupes prussiennes, initialement prêtes à traverser le Mein pour rejoindre l'armée impériale, reçurent un contre-ordre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 93-100
Nouvelles de Varsovie.
Début :
On mande de Varsovie, que dans la conference que les [...]
Mots clefs :
Varsovie, Roi Auguste, Polonais, Médiation, Amnistie, Tartares, Cosaques, Fortifications, Traité de paix, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Varsovie.
Nouvelles de Varsovie.
•»"•J• Onmande deVarsovie,
que dans la conference que
les deux Envoyez ont euë
avec plusieurs Senateurs lk.
lesMinistres du Roy Auguste
, on avoit fait cinq
propositions ; sçavoir.
, Qu'une amnistiegeneraleseroit
accordée au Roy
Stanislas&àtous les Polonois
les adherans.
Quele Grand Seigneur
employeroit sa mediation
pour faire la paix entre les
Polonois & le Roy de Suede.
Que les Cosaques d'Orlik
, qui sont au nombre de
quatre-vingtmille, ob->
tinssent la permission de demeurerdans
l'UkrainePolonoise
;commeSujets de la
République.
Que l'on conferve aux
Tartaresétablis en Pologne
& en Lituanieles privileges
dont ilsjouissoient cidevant,
& que le Palatinat
de Posnanie soit restitué aUt
Roy Stanislas. 1 Le rapport de cette conserence
ayant été fait au
Roy Auguste,ilrépondit
que cherchant à rétablir la
tranquilitéenPologne
,
il
consentoit au premier &
au dernier article: mais
queles trois autres devoient
être examinezplus particulierement.
Neanmoins les
deux Envoyez étoient regalez&
traitezavecbeaucoup
dedistinction.Ils a(->
furent qu'aussitôtqu'ils seroient
retournez à Andrinople
,&qu'ils auroient
rendu compte de leur commission
, le traité de paix
feroit renouvcllé, & que
les ambassadeurs du Roy.
ôc dela
:
République se- j
roient renvoyezavec toute
forte de satisfaction. Malgre
toutes ces assurances,
on crainttoûjours que le
dessein desTurcs ne foit
d'amuser par toutes ces dé-
J marches le RoyAuguste, afinde gagnerdutemps& j
de penetrer les sentimens j
des Polonois, & même de
former des intrigues.Ils j
continuent
,
leurs preparatifs
pour la guerre, & tra- ]
vaillent avec empressement
aux
aux fortifications de Choc- -
zin : on a même appris que
leur armée grossissoit par
des nouvelles troupes, qui
prenoient leurs quartiers
d'hyver le long du Niester
& de la frontiere de Podolie,
& que le nombre des
Tartares s'augmentoit. On
mande d'Andrinople que
les ambassadeurs du Czar
avoient eu le13.Septembre
audiance du Grand-Vizir;
6c qu'on lui avoit presenté
la ratificationdu traité de
paix
rqu'illesavoit
exhor- ~.1 d téescekaui*de-
1- ,~~, 1.
pendroit deux pour parvenir
à la conclusion dela
paix, en terminantl'article
qui étoit demeuré indecis
touchant les sommes pretenduës
par le Kan des Tartares.
Les lettres de Hambourg
portent que la mortalicé
y diminuoit fort;que
les troupesduDuc de Hanover
étoient entrées dans
les 4.Bailliages qui dépendent
de cetteville, fous prétextede
garder les passages
& d'empêcher toute communicationavec
les Etatsde
leur;Maître;queleRoy de
Prusse avoit offert la permission
de porter de cette
ville dans ses Etats toute
forte de métaux & d'épiceries
,du bois de teinture,
& mêmede la soye ; que la
ville de Tonningen étoit
toujours étroitement bloquée
par les troupes Danoi,
ses; mais qu'on n'y manquoit
pas encore de pain,
de bière ni de sel; mais de
bois,dechandelle & d'huile
à brûler;que la garnison
étoit encore de quatre cent
soixante hommes en y
comprenant les malades,
dont le Commandant prenoit
grand soin. On mande
de Coppenhague que le
Colonel Viereg avoit levé
& presenté au Roy de Danemark
une compagniede
cent Cadets, tous fils de
Colonels, de Lieutenans-
Colonels, de Majors, de
Capitaines ou de Conseillers
, qui feront la garde
dans les apparcemens du
Palais, & feront instruits
dans l'artmilitaire, pour
être ensuite avancez selon
leur merite.
•»"•J• Onmande deVarsovie,
que dans la conference que
les deux Envoyez ont euë
avec plusieurs Senateurs lk.
lesMinistres du Roy Auguste
, on avoit fait cinq
propositions ; sçavoir.
, Qu'une amnistiegeneraleseroit
accordée au Roy
Stanislas&àtous les Polonois
les adherans.
Quele Grand Seigneur
employeroit sa mediation
pour faire la paix entre les
Polonois & le Roy de Suede.
Que les Cosaques d'Orlik
, qui sont au nombre de
quatre-vingtmille, ob->
tinssent la permission de demeurerdans
l'UkrainePolonoise
;commeSujets de la
République.
Que l'on conferve aux
Tartaresétablis en Pologne
& en Lituanieles privileges
dont ilsjouissoient cidevant,
& que le Palatinat
de Posnanie soit restitué aUt
Roy Stanislas. 1 Le rapport de cette conserence
ayant été fait au
Roy Auguste,ilrépondit
que cherchant à rétablir la
tranquilitéenPologne
,
il
consentoit au premier &
au dernier article: mais
queles trois autres devoient
être examinezplus particulierement.
Neanmoins les
deux Envoyez étoient regalez&
traitezavecbeaucoup
dedistinction.Ils a(->
furent qu'aussitôtqu'ils seroient
retournez à Andrinople
,&qu'ils auroient
rendu compte de leur commission
, le traité de paix
feroit renouvcllé, & que
les ambassadeurs du Roy.
ôc dela
:
République se- j
roient renvoyezavec toute
forte de satisfaction. Malgre
toutes ces assurances,
on crainttoûjours que le
dessein desTurcs ne foit
d'amuser par toutes ces dé-
J marches le RoyAuguste, afinde gagnerdutemps& j
de penetrer les sentimens j
des Polonois, & même de
former des intrigues.Ils j
continuent
,
leurs preparatifs
pour la guerre, & tra- ]
vaillent avec empressement
aux
aux fortifications de Choc- -
zin : on a même appris que
leur armée grossissoit par
des nouvelles troupes, qui
prenoient leurs quartiers
d'hyver le long du Niester
& de la frontiere de Podolie,
& que le nombre des
Tartares s'augmentoit. On
mande d'Andrinople que
les ambassadeurs du Czar
avoient eu le13.Septembre
audiance du Grand-Vizir;
6c qu'on lui avoit presenté
la ratificationdu traité de
paix
rqu'illesavoit
exhor- ~.1 d téescekaui*de-
1- ,~~, 1.
pendroit deux pour parvenir
à la conclusion dela
paix, en terminantl'article
qui étoit demeuré indecis
touchant les sommes pretenduës
par le Kan des Tartares.
Les lettres de Hambourg
portent que la mortalicé
y diminuoit fort;que
les troupesduDuc de Hanover
étoient entrées dans
les 4.Bailliages qui dépendent
de cetteville, fous prétextede
garder les passages
& d'empêcher toute communicationavec
les Etatsde
leur;Maître;queleRoy de
Prusse avoit offert la permission
de porter de cette
ville dans ses Etats toute
forte de métaux & d'épiceries
,du bois de teinture,
& mêmede la soye ; que la
ville de Tonningen étoit
toujours étroitement bloquée
par les troupes Danoi,
ses; mais qu'on n'y manquoit
pas encore de pain,
de bière ni de sel; mais de
bois,dechandelle & d'huile
à brûler;que la garnison
étoit encore de quatre cent
soixante hommes en y
comprenant les malades,
dont le Commandant prenoit
grand soin. On mande
de Coppenhague que le
Colonel Viereg avoit levé
& presenté au Roy de Danemark
une compagniede
cent Cadets, tous fils de
Colonels, de Lieutenans-
Colonels, de Majors, de
Capitaines ou de Conseillers
, qui feront la garde
dans les apparcemens du
Palais, & feront instruits
dans l'artmilitaire, pour
être ensuite avancez selon
leur merite.
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Résumé : Nouvelles de Varsovie.
À Varsovie, une conférence a réuni les envoyés du Grand Seigneur et des sénateurs polonais pour discuter de propositions visant à résoudre des conflits en Pologne. Cinq propositions ont été présentées : une amnistie générale pour le roi Stanislas et les Polonais, la médiation turque pour la paix entre les Polonais et le roi de Suède, la permission pour les Cosaques d'Orlik de rester en Ukraine polonaise, la conservation des privilèges des Tartares en Pologne et en Lituanie, et la restitution du Palatinat de Posnanie à Stanislas. Le roi Auguste a accepté les deux premières propositions mais a demandé un examen plus approfondi des trois autres. Les envoyés ont été bien reçus et assurés que le traité de paix serait renouvelé après leur rapport à Andrinople. Cependant, des inquiétudes subsistent quant aux intentions des Turcs, qui continuent leurs préparatifs de guerre. Par ailleurs, des nouvelles de Hambourg signalent une diminution de la mortalité et l'entrée des troupes du duc de Hanovre dans les bailliages dépendant de la ville. Le roi de Prusse a proposé de permettre l'importation de divers produits. La ville de Tonningen est toujours bloquée par les troupes danoises mais ne manque pas de nourriture. À Copenhague, le colonel Viereg a levé une compagnie de cadets pour la garde du palais et leur instruction militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 94-114
Nouvelles.
Début :
Les lettres de Hambourg du 28. Janvier portent qu'il [...]
Mots clefs :
Roi, Commissaires, Ambassadeurs, Grand vizir, Tsar, Constantinople, Audience, Camp, Sultan, Andrinople
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles.
Nouvelles.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
Les lettres de Hambourg
du2. 8. Janvier portent quil
étoit entréle 23. dans Tonningen
un convoy pour
quinze jours, en presence
des Commissaires du Roy
de Danemark, pour empêcher
qu'on n'y fist entrer
que la quantité de provisions
qui a été accordée.
Celles de Berlin du 2 5.
Janvier portent que le Roy
de Prusse faisoit toûjours
travailler à de nouvelles
levées,& qu'il pretendoit
avoir sur pied cette année
une arméede cinquante
mille hommes; qu'un regiment
de dragons de Holstein-
Gottorp étoit entré
dans Stetin.
On mande de Stokholm
que les Etats du Royaume
s'y étoient assemblez le 28.
Décembre en presence de
la Princesse Ulrique Eleonor;
que le Comte de Horn,
President de la Chancellerie,
en avoit fait l'ouverture
par un long discours
,
dans
lequel il representa les raisons
qui avoit obligé là
Princesse & leSenat à les
convoquer. Illes exhorta à
conserver l'union, & à
concourir de tout leur
pouvoir à la conservation
du Royaume;que les conferences
des deputez avec laPrincesse&leSénatcommencerent
le 30. Décembre,
& que le General Lieven
étoit parti le 3. Janvier
pour aller trouver le Roy
de Suede avec des dépêches
importantes.
On écrit d'Andrinople,
que les ambassadeurs du
Czar
- Czar ayant fait instance
1 pour être admisà l'audience
du Grand Seigneur, ôc
recevoir la ratification du
ï traité qu'ils avoient conclu, ile Grand Vizir avoit promis
de la leur faire obtenir
: mais qu'il souhaitoit
qu'ils restassent à Andrinople
jusqu'à ce que les
limites de la frontière eussent
été reglées par les
Commissaires qui avoient
été nommez pour y travailler
avec ceux du Czar;
a l'audience du Grand Seigneur
, étant conduits par leChaous Bachi que le
Grand Vizir les ayant reçûs
& regalez à l'ordinaire de
caffé, de parfums & de caftans,
les avoit conduits à
l'audience du Sultan, à qui
le Vice Chancelier fit un
discours au sujet du trairé,
dont la ratification lui fut
remise; que le Grand Vizir
leur avoir dit par ordre du
Grand Seigneur, qu'ils
auroient bientôt la permission
de retourner vers le
Czar; que néanmoins ils
pouvoient renvoyer une
partie de leurs gens; que
le Sultan étoit parti le 13.
d'Andrinople, pour s'en
retourner à Constantinople;&
que le Grand Vizir
avant son départavoit ordonné
de fournir les chevaux
necessaires pour aller
à Constantinople aux ambassadeurs
de Moscovie &
de Pologne, ausquels il
permit aussi de renvoyer
une partie de leur suite.
Celles de Constantinople
du 29.Janvier portent
que le Sultan étoit arrivé
le 4. Janvier à un village
prés de Constantinople, &
que le7.il avoit fait son
entrée avec la pompe ordinaire.
Le 10. les ambasfadeurs
Moscovites & Polonois
y arriverent d'Andrinople
, avec le Sieur
Fleischman Resident de la
Cour de Vienne. Ifïuf Bacha,
ci-devant Grand Vizir
relegué à Rhodes, y a été
étranglé, & ses biens ont
été confisquez. On a depuis
disposé de plusieurs Gouvernemens
en faveur de
divers Bachas. Les Commissaires
nommez pour
regler les limites devoient
entrer en conférence avec
les ambassadeurs du Czar
& de Pologne, aussitôt que
les deputez du Sultan Ôc du
Kan des Tarcares,envoyez
en Pologne, feroient à
Constantinople. Le Roy
de Suede étoit toûjours à
Demir Toca, où le Sieur
Funckfon Envoyé est mort.
On écrit de Vienne que
les Etats de l'Autriche inferieure,
qui durant la maComte
de Kerenviller leur
President, reprirent le 12.
Janvier leurs seances dans
le PalaisImperial: que le
Conseil Aulique, qui avoit
été cassé pour la forme,
afin d'êtrerétabli au nom
de l'Archiduc,serassembla
le 15. au nombre de trente
Conseillers avec deux Secretaires,
outre unPresident
& un Vice- Chancelier de
l'Empire;que le même jour
le President prêta ferment
dans le Conseil d'Etat en
presence de l'Archiduc
pour sa Charge de President.
Le z2. leregiment de
cuirassiers du Prince Charles
de Neubourg passa prés
de Vienne, pour aller en
Hongrie, suivi de quelques
autres regimens de l'armée
du haut Rhin, & de deux
regimens Espagnols venus
d'Italie, qui étoient déja
arrivez en Croatie.
Les lettres de Madrid
portent que le Roy a donné
la Charge de Major de
Sarragosse à Don Guillen
de Gusman, Lieutenant
Colonel
,
qui a perdu le
bras droit à l'attaque de
Campo Mayor ; que le
Marquis de Thoüy, Lieutenantgeneral,
étoit parti
de Madrid le 27. Janvier,
avec le Marquis de Flavacourt
Maréchal de Camp,
pour aller commander un
corps d'armée qui se forme
au voisinage de Lerida des
troupesquisont en Arragon
& à Tortose;que Don
Joseph de Armendariz &
Don Diego de Alarion,
Lieutenans generaux, &
le Marquis de San Vicenre,
Marechal de Camp
,
doivent
pareillement s'y rendre
du camp devant Barcelonnc.
-. Celles de Catalogne coru
firment que Nebot avoit
été tiré de prison, & envoyé
à Mayorque avec le regiment
d'Allemans deferreurs.
Le Marquis de Lede,
Lieutenant general,& Gouverneur
de Tarragonne,
ayant étéinformé qu'il y
avoit une émotion de la
populace de Villafranca de
Panades, fomentée par le
Viguier, le Bailly & le
grand Juré de Villafranca,
il y envoya quatre cent
fantassins
, avec quelque
cavalerie, commandez par
le Chevalier de Lede Maréchal
de Camp, par le
Colonel Don Gabriel Lasso
de la Vega,& par le Lieutenant
Colonel Don Geronimo
Ordonnez. Ce derachement
se saisit de trois
Officiers auteurs de la sedinon,
qui furent envoyez
prisonniers au château de
Tortose, & on établit en
leur place des personnes
d'unefidelité reconnuë. Un
autre village aux environs
de Cardonne ayant pris les
armes pour s'exempter de
payer les contributions a
été brûlé entierement, à la
reserve de l'Eglise. D'autres
lettres de Catalogne portent
que la flote qui étoit à
Alicante étoit arrivée le 19.
Janvier auprès de Tarragonne,
ayant été grossie
par les bâtimens qui se tenoient
prêts en divers endroits
de la côte, jusqu'au
nombre de vingt vaisseaux
& de cinquante barques.
Elleest chargée d'une grande
quantité d'artillerie, de
munitions de guerre & de
provisions
,
dont elle avoir
debarqué une partie à Tarragonne
; ôc le iz. elle fit
voile vers Barcelone, dont
on devoit incessamment
faire le siege. Que quelques
lieux s'étoient de nouveau
soûlevez : mais que
divers detachemens
--
ayant
été envoyez contr' eux, en
avoient brûlé six, & paslé
au fil de l'épée les rebeles
qui 31 t, s y étoient trouvez ; ce
qui avoir mis le calme en
ce pays-là.
On écrit de Londres,
qu'il y avoit eu plusieurs
changemens dans les charges
ôc les emplois; que le
Comte de Bartimore a été
fait Conseiller du Conseil
privé en Irlande, & le Sieur
Molesvvort a été demis
d'un pareilemploy par ordre
de la Reine;que Sa Majesté
a ordonné de dresser
- une nouvelle Commission
pour lesCommissaires de
la Marine
1
qui font le
Comte de Strafford, le Chevalier
Lake, le Chevalier
Drake,le Sieur Aislabie,
le Chevalier Vvishart,& le
Sieur Clarke; que le Cfrevalier
Bing a été exclus du
nombre de ces Commissaires,&
ilaété mis à la demi-
paye comme Amiral de
l'escadre blanche. Le Sieur
Menley a été demis de la
charge de Maître des Postes
de Dublin, qui vaut huit
cent livres sterlin de rente,
& le Sieur Stvvard a été mis
-
en sa place. Le Sieur Lovvther,
Gouverneur des Barbades,
a été privédeceGouvernement.
Le Sr Thomas
Harley,cousin du grand
Tresorier, a été nommé
pour retourner à la Cour
de Hanover en qualité
d'Envoyé extraordinaire.
Le Comte de Lexington,
ambassadeur extraordinaire
vers le Roy d'Espagne,
arriva à Londres par la voye
de Portu gal le 23. Janvier.
Le lendemain il alla à Vvindsor
saluer la Reine, & lui
rendre compte de ses negociations.
Sa Majesté a tait
expedier une commission,
par laquelle elle établit le
Chevalier Guillaume Honivvood
&les SieursVvalter
HungerfordDuncadée,
Guillaume Govvert & EdoüardHungerford
,
Juges
des appellations des
ju gemens rendus par les
Commissaires de l'Excise.
La charge de Surintendant
des Forêts & des
Parcs,vacante par le decés
du Sieur Jean Manley,
a été donnée au Sieur
Alexandre Pendarves, &
le Gouvernement de la Province
de Maryland, dont
Milord Baltimore est sondateur
& proprietaire, a
é,té'1donné1 au Sieur JJean
Hart.
On mande de Bruxelles,
que
J que le differend entre le
Roy de Prusse & les Estats
de Brabantavoit été terminé
pour la somme de
quatre-vingt milleécus,
payables en quatre ans, ôc
que ce qui regarde le Hainaut
fera terminéde la même
maniere. Les Sieurs Buis
& de Goslinga, ambassadeurs
extraordinaires des
Estats Generaux des Provinces
Uniesauprés du Roy
en France, arriverent le 30.
Janvier à Paris. Ils se rendirent
à Versailles le 6. Février,
où ils eurent audience
particuliere du Roy.Ensuite
ils eurent audience de Monseigneur
le Dauphin, de
Madame la Duchesse de
Berry, de Madame, & de
Monsieur le Ducd'Orleans,
étant conduits par le Baron
de Breceur) Introducteur
des Ambassadeurs.
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Résumé : Nouvelles.
Au début de l'année 1717, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Europe. À Tonningen, un convoy a été établi pour quinze jours sous la surveillance des commissaires du roi de Danemark. À Berlin, le roi de Prusse préparait une armée de cinquante mille hommes, tandis qu'un régiment de dragons de Holstein-Gottorp entrait à Stetin. À Stockholm, les États du Royaume se sont réunis le 28 décembre en présence de la princesse Ulrique Éléonore. Le comte de Horn a ouvert la session en appelant à l'union et à la conservation du Royaume. Les conférences avec la princesse et le Sénat ont commencé le 30 décembre, et le général Lieven est parti rencontrer le roi de Suède. À Andrinople, les ambassadeurs du Czar ont été reçus par le Grand Vizir, qui a promis de leur obtenir une audience avec le Sultan pour la ratification d'un traité. Le Sultan est ensuite parti pour Constantinople, où il est arrivé le 4 janvier. Les ambassadeurs moscovites et polonais, accompagnés du résident de la Cour de Vienne, ont suivi le 10 janvier. Le Grand Vizir a été étranglé et ses biens confisqués. À Vienne, les États de l'Autriche inférieure ont repris leurs séances le 12 janvier. Le Conseil Aulique a été rétabli le 15 janvier avec trente conseillers. Plusieurs régiments, dont un de cuirassiers du prince Charles de Neubourg, se sont dirigés vers la Hongrie. À Madrid, le roi a nommé Don Guillen de Gusman Major de Sarragosse. Le marquis de Thoüy et d'autres officiers se sont rendus en Aragon pour commander un corps d'armée. En Catalogne, Nebot a été envoyé à Majorque et des troubles ont été réprimés à Villafranca de Panades et dans un village près de Cardonne. Une flotte chargée d'artillerie et de provisions est arrivée à Tarragonne avant de naviguer vers Barcelone. À Londres, plusieurs changements de personnel ont eu lieu dans les charges et les emplois. Le comte de Lexington est revenu de sa mission en Espagne et a été reçu par la reine. Des nominations ont été faites pour les juges des appellations des jugements de l'Excise et pour le Gouvernement de la Province de Maryland. À Bruxelles, le différend entre le roi de Prusse et les États de Brabant a été résolu pour une somme de quatre-vingt mille écus. Les ambassadeurs des Provinces Unies ont été reçus à Paris et à Versailles par le roi, le dauphin, et d'autres membres de la famille royale.
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76
p. 111-114
Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
Début :
DESCRIPTION de la Fête & du Feu d'artifice qui doit être tiré à Paris sur la [...]
Mots clefs :
Fête, Feux d'artifice, Ambassadeurs, Naissance du Dauphin, Ambassadeurs d'Espagne
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
Description de la Fête & du Feu
d'artifice qui doit être tiré à Paris fur la
Rivière , au sujet de la Naissance de Mon
seigneur le Dauphin, par ordre de S. MC.
Philippe V. Et par les foins de leurs Ex
cellences M. le Marquis de Santa-Cruz,
& M. de Barrenechea , Ambassadeurs Ex
traordinaires & Plénipotentiaires du Roi
d'Espagne , le 2 4. Janvier i7jo. in-Of
avec figures. A Paris, chez. Pierre
Gandoúin, Qítay des Auguflins , à la Belle
Image > 1730. Brochure de 31. pages,
3. livres.
_ . Cette Description est de M./' Abbé Langlet
du Frefiioy , connu déja par plusieurs
Ouvrages Dogmatiques & Historiques,
& fur tout par la Méthode pour étudier
f ij rtíìf
mi MERCURE DE FRANCE.
V ffistoire\<p'il a publiée l'année derniere
tn 4> volumes /jï-4. C'est un Ouvrage
qu'il a accordé à l'amitié 5 M M. les
Ambassadeurs d'Espagne , l'ayant honoré
de la leur depuis qu'ils sont en France.
Quoique l'Auteur n'ait pas tourné ses
e'tudesdu côté de cetce force d'Ouvrages,
on n'a pas laisse de l'approuver & de le
regarder comme une piece excellente en
ce genre , tant pour l'élegance que pour
ies traits curieux & singuliers qu'on y
trouve. Il a crû, fans doute, que pour
en ôter la secheccfle propre aux Descrip
tions , il dcyoit y semer quelques faits
historiques très-interessans, 8c Passaisonner
meme de quelques Pieces de Vers
François, qui servit à expliquer les Ins
criptions Latines que M. VAbbi Lanqlct
. a -données , & qui sont des application^
heureuses de divers endroits des anciens
Poètes, au sujet de cette illustre Fête. Il
a pris même occasion delà de faire des
Eloges sages de véritables des deux Rois
Sí même des deux Reines de ces deux
Nations , & de placer quelques pensées
brillantes, mais simples dans leurs ex
pressions.
On trouve aussi dans cetce Description
Iís Vers que M. de la Serre s homme de
beaucoup d'esprit & de sçavoir , a faits ,
jla'priere d« M M. les Ambassadeurs d'Es-
P3S"Ç
Janvier-. 17 3». n*
pagne, pour servir au Ballet en Musique
que Leurs Excellences onefait représenter
dans cectd occasions Cette fête qui devoit
se donner dès le mois de Décembre t
a e'té reculée par divers accidens.ElIe avoir
été depuis promise au 1 4. ensuite au x 1 .
&enfinell« s'est donnée le 2 4-de ce mois*
La Fête a surpassé de beaucoup la magni
ficence & le brillant qui est répandu dans
cette Description. Ge petit Ouvrage doic
être regardé. comme un morceau précieux
& comme un monument éternel de latendresse
paternelle da Roi Catholique
poor le Roi son neveu.
Comme nous donnerons une Relatiort
de cette Fête^nous ne nous arrêterons pas
plus long-temps à cette Description; mais
pour donner une idée de Ia> Versification
de l' Auteur, voici par où cette Piece est
terminée. C'est une imitation de Pfopercc*-
S'il est des Dieux fur la Terre ,
H en est dedans, les Cieux t
Ceux- cy lancent le Tonnerre ,
Seuls ils exaucent nos voeux.
II faut» Mortels , leur en faire ,.
Pour que de notre Hémisphère ,
ïls éloignent tout brouillard ,
Les vents , la plùye & l'orage }
Devroient-ils un peu plus tard, s
En envoyer davantage.
f iij . U
iû MERCtTRE DÈ FRANCÊ;
II faut donc pour cette Fête,
Aux Dieux , sans autre façon í
Présenter notre Requête ,
Les priant d'y mettre > Bon.
Mais Bon depuis le quinzième
De Janvier jusqu'au trentième.
On en doit tout espérer ;
C'est pour eux fiipeu de chose ,
Qu'ils daigneront l'accordêr í .
C'est fur quoi je me repose*
d'artifice qui doit être tiré à Paris fur la
Rivière , au sujet de la Naissance de Mon
seigneur le Dauphin, par ordre de S. MC.
Philippe V. Et par les foins de leurs Ex
cellences M. le Marquis de Santa-Cruz,
& M. de Barrenechea , Ambassadeurs Ex
traordinaires & Plénipotentiaires du Roi
d'Espagne , le 2 4. Janvier i7jo. in-Of
avec figures. A Paris, chez. Pierre
Gandoúin, Qítay des Auguflins , à la Belle
Image > 1730. Brochure de 31. pages,
3. livres.
_ . Cette Description est de M./' Abbé Langlet
du Frefiioy , connu déja par plusieurs
Ouvrages Dogmatiques & Historiques,
& fur tout par la Méthode pour étudier
f ij rtíìf
mi MERCURE DE FRANCE.
V ffistoire\<p'il a publiée l'année derniere
tn 4> volumes /jï-4. C'est un Ouvrage
qu'il a accordé à l'amitié 5 M M. les
Ambassadeurs d'Espagne , l'ayant honoré
de la leur depuis qu'ils sont en France.
Quoique l'Auteur n'ait pas tourné ses
e'tudesdu côté de cetce force d'Ouvrages,
on n'a pas laisse de l'approuver & de le
regarder comme une piece excellente en
ce genre , tant pour l'élegance que pour
ies traits curieux & singuliers qu'on y
trouve. Il a crû, fans doute, que pour
en ôter la secheccfle propre aux Descrip
tions , il dcyoit y semer quelques faits
historiques très-interessans, 8c Passaisonner
meme de quelques Pieces de Vers
François, qui servit à expliquer les Ins
criptions Latines que M. VAbbi Lanqlct
. a -données , & qui sont des application^
heureuses de divers endroits des anciens
Poètes, au sujet de cette illustre Fête. Il
a pris même occasion delà de faire des
Eloges sages de véritables des deux Rois
Sí même des deux Reines de ces deux
Nations , & de placer quelques pensées
brillantes, mais simples dans leurs ex
pressions.
On trouve aussi dans cetce Description
Iís Vers que M. de la Serre s homme de
beaucoup d'esprit & de sçavoir , a faits ,
jla'priere d« M M. les Ambassadeurs d'Es-
P3S"Ç
Janvier-. 17 3». n*
pagne, pour servir au Ballet en Musique
que Leurs Excellences onefait représenter
dans cectd occasions Cette fête qui devoit
se donner dès le mois de Décembre t
a e'té reculée par divers accidens.ElIe avoir
été depuis promise au 1 4. ensuite au x 1 .
&enfinell« s'est donnée le 2 4-de ce mois*
La Fête a surpassé de beaucoup la magni
ficence & le brillant qui est répandu dans
cette Description. Ge petit Ouvrage doic
être regardé. comme un morceau précieux
& comme un monument éternel de latendresse
paternelle da Roi Catholique
poor le Roi son neveu.
Comme nous donnerons une Relatiort
de cette Fête^nous ne nous arrêterons pas
plus long-temps à cette Description; mais
pour donner une idée de Ia> Versification
de l' Auteur, voici par où cette Piece est
terminée. C'est une imitation de Pfopercc*-
S'il est des Dieux fur la Terre ,
H en est dedans, les Cieux t
Ceux- cy lancent le Tonnerre ,
Seuls ils exaucent nos voeux.
II faut» Mortels , leur en faire ,.
Pour que de notre Hémisphère ,
ïls éloignent tout brouillard ,
Les vents , la plùye & l'orage }
Devroient-ils un peu plus tard, s
En envoyer davantage.
f iij . U
iû MERCtTRE DÈ FRANCÊ;
II faut donc pour cette Fête,
Aux Dieux , sans autre façon í
Présenter notre Requête ,
Les priant d'y mettre > Bon.
Mais Bon depuis le quinzième
De Janvier jusqu'au trentième.
On en doit tout espérer ;
C'est pour eux fiipeu de chose ,
Qu'ils daigneront l'accordêr í .
C'est fur quoi je me repose*
Fermer
Résumé : Description de la Fête des Ambassadeurs d'Espagne, [titre d'après la table]
En 1730, une brochure intitulée 'Description de la Fête & du Feu d'artifice' a été publiée à Paris pour célébrer la naissance du Dauphin, sur ordre de Philippe V, roi d'Espagne. La fête, organisée par les ambassadeurs espagnols M. le Marquis de Santa-Cruz et M. de Barrenechea, a eu lieu le 24 janvier 1730 sur la rivière à Paris. L'ouvrage, rédigé par l'Abbé Langlet du Fresnoy, est apprécié pour son élégance et ses détails curieux. Il inclut des faits historiques et des poèmes français expliquant les inscriptions latines. La fête, initialement prévue pour décembre, a été reportée à plusieurs reprises en raison de divers accidents. Elle a finalement eu lieu le 24 janvier et a été jugée magnifique, symbolisant l'affection paternelle du roi d'Espagne pour son neveu. La brochure contient également des vers de M. de la Serre, composés à la demande des ambassadeurs espagnols pour un ballet musical.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 2521-2528
« Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
Début :
Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...]
Mots clefs :
Reine, Église, Roi, Messe, Musique, Princesse, Palais, Opéra, Cérémonies, Ambassadeurs, Jésuites, Église
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texteReconnaissance textuelle : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
E 23. Octobre , la Ducheffe d'Orleans donna '
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
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Résumé : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
En octobre 1730, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de France. Le 7 octobre, le Marquis de Castellar, nouvel ambassadeur d'Espagne, fut reçu par la Reine douairière d'Espagne. Le 8 octobre, Madame d'Orléans, Abbesse de Chelles, dîna avec la Duchesse d'Orléans et les Princesses, rejointes plus tard par la Reine d'Espagne et le Duc d'Orléans. Le 25 octobre, la Princesse de Bade, nièce du Duc d'Orléans, rendit visite au Palais Royal et reçut une poupée ornée en cadeau. La même journée, elle quitta Paris pour Rastatt après une opération réussie pour enlever une loupe à sa joue, récompensant le chirurgien avec un nécessaire en vermeil doré et porcelaine de Dresde. Le Roi nomma le Duc de Saint-Aignan ambassadeur à Rome. Le 29 octobre, le Marquis de Castellar eut sa première audience privée avec le Roi, la Reine et le Dauphin. Le 31 octobre, le Roi assista à la messe et communia à Versailles, touchant ensuite un grand nombre de malades. Les 1er et 2 novembre, le Roi et la Reine assistèrent à des messes et sermons à Versailles, incluant une messe de Requiem. Le 6 novembre, la Reine rendit grâce pour son accouchement à l'église métropolitaine de Paris. Le 11 novembre, les Jésuites célébrèrent la canonisation de Saint Louis de Gonzague et Saint Stanislas Kostka. Le 12 novembre, l'ambassadeur du Danemark informa le Roi de la mort du Roi Frédéric IV. Le 16 novembre, le Roi prit le deuil. Le 19 novembre, le Roi et la Reine se rendirent au Château de Marly. Le 13 novembre, le Parlement ouvrit avec une messe solennelle à Dijon, où un jeune magistrat prononça un discours sur l'humilité des juges. Le 14 novembre, la Reine assista à une messe chez les Jésuites et visita le monastère des Religieuses de l'Ave Maria avant de retourner à Versailles. Le 22 novembre, la fête de Sainte Cécile fut célébrée avec une grande messe et des vêpres. Le 25 novembre, la loterie de la Compagnie des Indes eut lieu. Divers concerts et divertissements musicaux furent organisés au Château des Tuileries et à Marly, incluant des motets et des opéras.
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78
p. 204-205
ITALIE.
Début :
Le Comte de Stainville, Ambassadeur Extraordinaire du Roi Très-Chrétien, arriva le 4 avec la [...]
Mots clefs :
Comte, Roi, Ambassadeurs, Gênes, Florence, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME , le 9 Novembre.
Le Comte de Stainville , Ambaffadeur Extraor
dinaire du Roi Très-Chrétien , arriva le 4 avec la
Comteffe fon époufe. Ils occupent le même palais
dans lequel demeuroit le Duc de Nivernois..
DE FLORENCE , le 19 Novembre.
Plufieurs expériences ayant prouvé qu'il eft dan
gereux de faire ufage des vêtemens dont fe font
fervies les perfonnes mortes d'étifie , le Gouver
nement a défendu de vendre à l'avenir le linge
& les habits qui leur ont appartenu. En même
tems il eft enjoint aux Médecins de ne point
manquer , auffi-tôt qu'ils feront appellés par quelqu'un
attaqué de cette maladie , d'en avertir le
Tribunal de Santé , afin qu'on puiffe veiller à faire
exécuter le réglement.
DE GENES , le 12 Novembre.
Le Comte de Neuilly, Envoyé Extraordinaire
& Ministre Plénipotentiaire du Roi de France
auprès de cette République , arriva ici le 2. Ce
Miniftre ayant donné part de fon arrivée au Goμ-
vernement, on a député quatre Nobles pour alJANVIE
K. 1755. 205
ler le complimenter de la part du Sénat. Le Marquis
Ferdinand Spinola étoit à la tête de la députation.
Le 9 , le Comte de Neuilly eut audience
du Doge. Il a reçu enfuite les vifites de toute la
Nobleffe & des Miniftres étrangers. Le Marquis
Jerôme Grimaldi s'eft embarqué le 6 au matin fur
une Felouque , pour paffer à Marſeille . Il fe rendra
de là par terre à la Haye , où il va réfider
avec le caractère d'Ambaffadeur du Roi d'Eſpagne
auprès des Etats Généraux des Provinces - Unies.
DE ROME , le 9 Novembre.
Le Comte de Stainville , Ambaffadeur Extraor
dinaire du Roi Très-Chrétien , arriva le 4 avec la
Comteffe fon époufe. Ils occupent le même palais
dans lequel demeuroit le Duc de Nivernois..
DE FLORENCE , le 19 Novembre.
Plufieurs expériences ayant prouvé qu'il eft dan
gereux de faire ufage des vêtemens dont fe font
fervies les perfonnes mortes d'étifie , le Gouver
nement a défendu de vendre à l'avenir le linge
& les habits qui leur ont appartenu. En même
tems il eft enjoint aux Médecins de ne point
manquer , auffi-tôt qu'ils feront appellés par quelqu'un
attaqué de cette maladie , d'en avertir le
Tribunal de Santé , afin qu'on puiffe veiller à faire
exécuter le réglement.
DE GENES , le 12 Novembre.
Le Comte de Neuilly, Envoyé Extraordinaire
& Ministre Plénipotentiaire du Roi de France
auprès de cette République , arriva ici le 2. Ce
Miniftre ayant donné part de fon arrivée au Goμ-
vernement, on a député quatre Nobles pour alJANVIE
K. 1755. 205
ler le complimenter de la part du Sénat. Le Marquis
Ferdinand Spinola étoit à la tête de la députation.
Le 9 , le Comte de Neuilly eut audience
du Doge. Il a reçu enfuite les vifites de toute la
Nobleffe & des Miniftres étrangers. Le Marquis
Jerôme Grimaldi s'eft embarqué le 6 au matin fur
une Felouque , pour paffer à Marſeille . Il fe rendra
de là par terre à la Haye , où il va réfider
avec le caractère d'Ambaffadeur du Roi d'Eſpagne
auprès des Etats Généraux des Provinces - Unies.
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Résumé : ITALIE.
Le 4 novembre, le Comte de Stainville, ambassadeur extraordinaire du Roi de France, est arrivé à Rome avec son épouse, la Comtesse, résidant dans le palais précédemment occupé par le Duc de Nivernois. À Florence, le 19 novembre, le gouvernement a interdit la vente de vêtements ayant appartenu à des personnes mortes de la peste, imposant aux médecins de signaler les cas de peste au Tribunal de Santé. À Gênes, le Comte de Neuilly, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du Roi de France, est arrivé le 2 novembre. Le gouvernement génois a envoyé quatre nobles, dirigés par le Marquis Ferdinand Spinola, pour le complimenter. Le 9 novembre, le Comte de Neuilly a été reçu en audience par le Doge et a ensuite rencontré la noblesse et les ministres étrangers. Par ailleurs, le Marquis Jérôme Grimaldi s'est embarqué le 6 novembre pour Marseille, avant de se rendre à La Haye pour représenter le Roi d'Espagne auprès des États Généraux des Provinces-Unies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 204-217
« Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
Début :
Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...]
Mots clefs :
Capitaine, Pensions militaires, Régiments, Compagnies, Artillerie, Maréchal de Richelieu, Escadre anglaise, Conflit franco-anglais sur terre, Frégates, Officiers de marine, Conflit franco-anglais sur mer, Impératrice Reine de Hongrie et Bohême, Traité défensif d'alliance, Sa Majesté, Marquis, Lieutenant, Ambassadeurs, Cérémonies, Cardinal de Tavannes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
LE 9 Mai , le Bourg de Ferechampenoiſe , un
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
des plus confidérables du Diocèfe de Châlonsfur-
Marne , a été prefque totalement détruit par.
un horrible incendie. Les habitans ont eu à peine.
temps de pourvoir à leur fûreté , & de fauver
leurs enfans. Dans l'intervalle d'une heure , près
de mille perfonnes fe font trouvées fans azyle &
fans reffources.
le
Le 11 , M. le Duc de Biron , après avoir fait la
revue des Gardes Françoifes dans la Plaine des
Sablons où le Régiment étoit campé , déclara que
le Roi avoit accordé une penfion de mille livres
fur le Tréfor Royal à M. le Comte d'Afpremont ,
Maréchal de Camp , Commandant du troiſieme
Bataillon de ce Régiment ; une pareille penfion à.
M. de Savary , Lieutenant de Grenadiers , ayant
Brevet de Colonel ; une de quatre cens francs ,,
auffi fur le Tréfor Royal , à M. de Chaffincourt-
Tilly , Sous- Lieutenant ; des Brevets de Colonels.
au Marquis de Rafilly , Lieutenant de Grenadiers
& au Comte du Dreneuc , Lieutenant ; & la Croix
de Saint Louis au Vicomte de Jaucourt , Lieutenant
à M. de Chaban , Sous- Aide- Major; au
JUILLET. 1756. 206
Chevalier de Palme , au Marquis de la Rochebouffeau
, à MM. de la Motte , de Termont , &
de Chieza , Sous- Lieutenans , & à M. de la Bordenne
, Enfeigne de Grenadiers.
Le Roi ayant porté à dix-fept Compagnies les
Bataillons de fon Infanterie Françoife ; & Sa Majefté
voulant que les Bataillons des Régimens de
fon Infanterie Suiffe & Grifonne , qui ne font actuellement
que de quatre cens-vingt hommes en
quatre Compagnies de cent vingt hommes chacune,
y compris les Officiers , foient rapprochés de la
compofition des Bataillons François , Sa Majefté a
ordonné que les douze Compagnies de chacun
des neuf Régimens Suiffes & de celui de Salis Grifon
, qui font à ſon ſervice , formaffent dorénavant
deux Bataillons compofés de fix Compagnies
chacun , au lieu d'être diftribuées , commé
elles font préfentement , en trois Bataillons de
quatre Compagnies. Veut Sa Majefté , que les fix
Compagnies , qui doivent compofer chacun des
deux Bataillons par Régiment , y foient placées
fuivant le rang d'ancienneté des Capitaines , &
dans l'ordre qu'éxige la nouvelle formation prefcrite
par la préfente Ordonnance . Chacune de
ces Compagnies continuera d'être compofée de
cent vingt hommes , y compris cinq Officiers ;
chaque Capitaine devant y entretenir deux Sergens
à vingt-cinq livres chacun , un troifieme
Sergent & un Fourrier à vingt livres chacun , un
Porte-Enfeigne & un Capitaine d'Armes à dixhuit
livres chacun , un Prevôt à quinze livres
quatre Caporaux , quatre Anfpeffades & cent Fufiliers
, les Tambours & les Fifres compris. Eatend
au furplus Sa Majefté que les Officiers
qui commandoient les troifiemes Bataillons defdits
Régimens Suiffes & Grifons , confervent, tant
106 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne fe trouveront pas pourvus d'un grade
fupérieur , les prérogatives qui étoient attachées
à leur emploi.
Le 27 Mai , les Députés des Etats d'Artois ont
eu audience du Roi . Ils ont été préſentés à Sa
Majefté par M. le Duc de Chaulnes , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte d'Argenfon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de cette Province , & conduits par M. Def
granges , Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de Dom de
Briois d'Hulluch , Abbé de Saint Vaaft d'Arras ;
du Comte de Beaufort , pour la Nobleffe ; & de M.
Harduin , Avocat en Parlement , & ancien Echevin
des Ville & Cité d'Arras , pour le Tiers-Etat.
Dans le travail du Roi avec M. le Comte d'Eu,
concernant le Régiment des Gardes Suiffes , Sa
Majefté a augmenté de cinq cens livres la penfion
de quinze cens que M. de Réding , Maréchal de
Camp, Premier Capitaine de ce Régiment, a fur le
Tréfor Royal . Elle a accordé une penfion de 1000 1.
auffi fur le Tréfor Royal , au Baron de Befenwald,
Brigadier , Capitaine d'une Compagnie dans le
même Régiment ; une pareille penfion , fur l'Ordre
de Saint Louis , à M. de Peftallozzi , Brigadier
, Capitaine-Commandant de la Compagnie
Lieutenante-Colonelle ; une de huit cens livres ,
fur le Tréfor Royal , à M. Altermatt , troifieme
Aide - Major ; une Commiffion de Colonel
à M. Schwitzer , Premier Lieutenant de la Compagnie
de Phiffer ; la Croix de S. Louis au Chevalier
de Maillaudor , Premier Lieutenant de la
Compagnie Générale , & à M. Schwitzer de Buonas
, fecond Lieutenant de la même Compagnie..
Depuis la defcente des troupes du Roi dans
1le Minorque, M. le Maréchal de Richelieu a
JUILLET. 1756. 207
été principalement occupé du foin de furmonter
les difficultés qui fe font rencontrées dans le
tranfport de l'artillerie à Mahon , & des munitions
de guerre & de bouche. Il eft enfin parvenu
à faire conftruire fur le Mont des Signaux une
batterie de cinq pieces de canon & d'autant de
mortiers , qui a commencé à tirer le 8 de Mai au
matin. Il afait occuper le 9 au foir le Fauxbourg,
dit la Ravale , par un Détachement de cent Volontaires,
par quatre Compagnies de Grenadiers &
parfixPiquets,aux ordres de M. le Comte de Briqueville
, Colonel , avec cinq cens Travailleurs , pour y
former des épaulemens & établir des batteries . Le
10,M. le Marquis de Roquepine Brigadier , ayant
fous lui MM . de Gaunay & d'Elva , Colonels , de
Magnac & de Virmont , Lieutenans Colonels , eft
parti dès le matin avec douze cens hommes , pour
fe porter du côté du Fort Marlboroug derriere la
Tour de Benifaïd. M. le Comte de Briqueville a
été relevé le foir par M. de la Serre , Brigadier
avec trois Compagnies de Grenadiers & neuf Piquets.
Auffitôt après , les deux Bataillons du Régiment
Royal , & le premier du Régiment Royal
Comtois , fe font portés à la droite du Fauxbourg,
le long d'une chaîne de maifons qui en forment
Fenceinte , pour protéger le travail , que M. le
Maréchal de Richelieu eft allé vifiter. M. d'Elva,
Colonel à la fuite du Régiment Royal Italien , a
été bleffé légérement à l'épaule. Les journées du
11 & du 12 Mai , ont été employées à conſtruire
des batteries à la gauche , à la droite & au centre
du Fauxbourg, dit la Ravale, fans que la Garnifon
Angloife ait inquiété les travailleurs autrement'
que par les bombes & le canon. Le 12 au foir
le Détachement du Fauxbourg fut compofé de
fept Compagnies de Grenadiers , huit Piquets &
208 MERCURE DE FRANCE.
trois Compagnies de Volontaires , & les batte
ries de bombes commencerent à tirer pendant la
nuit. Le 17 , la batterie de canons de la droite fe
trouva en état de tirer , & fut très- bien fervie. Le
18 , M. du Pinay , qui commandoit celle de la
gauche , fut tué, & le Prince Louis de Wirtemberg
, Maréchal de Camp , fut légérement bleſſé.
Le 19 , P'Efcadre Angloife ayant paru en mer ,
M. le Maréchal de Richelieu envoya treize Piquets
à M. le Marquis de la Galiffonniere , & fit
les difpofitions néceffaires pour empêcher toute
communication avec les Affiégés. Le 20 , les deux
Bataillons du Régiment Royal , aux ordres de
M. le Comte de Maillebois , Lieutenant- Général ,
fe rendirent le foir au dépôt de la tranchée , d'ou
ils envoyerent relever les poftes du Fauxbourg par
leurs Grenadiers & fix Piquets , avec cinq autres
Compagnies de Grenadiers & fix Piquets de différens
Corps. Une bombe ayant mis le feu à une de
nos batteries à deux heures après-midi , les affiégés
redoublerent leur feu , & firent une fortie de
la Lunette de la Reine , dans laquelle nos Grenadiers
les firent rentrer auffitôt. Pendant la journée
du 21 au 22 , on répara les anciennes batteries
, & l'on continua la conftruction des nouvelles.
Le 22 , l'Efcadre Françoife ayant réparu devant
le Port , l'Armée fit le foir une réjouiſſance
pour l'avantage que cette Efcadre avoit remporté
fur celle des Anglois. Le 23 , M. le Comte de
Lannion releva M. le Marquis du Mefnil à la
tranchée, avec les deux Bataillons de Royal la Marine
, indépendamment d'un pofte de Brigadier
établi dans le Fauxbourg. Cette journée & celle
du 24 ont été employées , comme les précédentes,.
aux réparations & nouvelles conftructions de bat
tories.
>
•
JUILLET. 1756. 209
Les Frégates du Roi l'Aquilon , de quarante
canons , & la Fidele , de vingt- quatre , comman
dées par MM. de Maurville , Capitaine , & de Lizardais
, Lieutenant de Vaiffeau , qui avoient ef
corté au large quelques Navires , revenoient à
Rochefort , lorfque le 17 elles ont eu connoiffance
vers l'Ile d'Oléron , d'un Vaiffeau de guerre
Anglois , de cinquante- fix canons , & d'une Frégate
, de trente , qui leur ont donné chaffe. Le
combat s'eft engagé à fix heures du foir entre le
Vaiffeau de guerre Anglois avec fa Frégate , & les
deux Frégates du Roi , de maniere que la Frégate
laFidele, a auffieffuyé d'abord quelques bordées du
Vaiffeau de guerre Anglois ; mais il eft enfuite
devenu particulier du Vaiffeau de guerre Anglois
avec la Frégate l'Aquilon , & de la Frégate Angloife
avec la Frégate la Fidele , qui ont été bientôt
hors de la vue des premiers. Le combat de la
Frégate de l'Aquilon contre le Vaiffeau de guerre
Anglois a duré près de huit heures ; & celui de la
Frégate la Fidele contre la Frégate Angloife
près de fix. Nonobftant la grande fupériorité de
l'artillerie du Vaiffeau Anglois & de la Frégate ,
tant en nombre de canons qu'en poids des boulets
, les deux Frégates du Roi les ont mis hors
de combat ; & les Anglois fe font retirés : mais il
n'a pas été poffible aux Frégates du Roi , qui
étoient défemparées de toutes leur manoeuvres, de
les pourfuivre. Elles font rentrées à Rochefort le
19 & le 20. On ne fçauroit donner trop d'éloges
à la bravoure que les Officiers , les Gardes de la
Marine & les Equipages , ont fait paroître dans
cette occafion. M. de Maurville a eu le bras droit
fracaffé dès le commencement du combat , &
Fon a été obligé de le lui couper fur le champ .
Malgré cet accident , qui l'a obligé de céder le
210 MERCURE DE FRANCE.
commandement à M. de la Filliere , Capitaine en
fecond , il n'a pas ceffé de donner des marques
de la plus grande fermeté. M. de la Filliere a reçu
trois bleffures. M. Héron , Premier Lieutenant ,
a été tué fur le gaillard d'avant ; & le Chevalier
de Cardaillac , qui commandoit le Détachement
des Gardes de la Marine , a eu un bras caffé. Il
n'y a eu aucun Officier de tué ni de bleffé ſur la
Frégate la Fidele. Dans les Equipages, la Frégate
l'Aquilon a eu quinze hommes tués & vingt-fix
bleflés ; & la Frégate la Fidele , huit tués & dixhuit
bleffés.
La Cour vient de rendre public un Ecrit qui a
pour titre , MEMOIRE concernant le précis des faits
avec leurs piecesjuftificatives , pour fervir de réponfe
aux OBSERVATIONS envoyées par les Miniftres
d'Angleterre dans les Cours de l'Europe . L'objet
des Obfervations fur le premier Mémoire de la
France étoit de juftifier le refus fait par l'Angleterre
de fatisfaire à la réquifition du Roi , du 21
Décembre dernier , & de reftituer les Vaiffeaux
pris en pleine paix . Le feul moyen de colorer ce
refus étoit d'imputer aux François des hoftilités
antérieures à celles des Anglois , & cette fauffe
´imputation eft réfutée dans l'Ecrit que nous annonçons.
On n'oppofe aux fuppofitions des Anglois
que l'expofé le plus fimple de tout ce qui
s'eft paffé entre les deux Nations , foit en Amérique
, foit en Europe , depuis le dernier Traité
d'Aix-la- Chapelle ; & l'on n'avance aucun fait
qui ne foit ou avoué des deux Cours , ou prouvé
par des pieces authentiques & irréprochables.
Parmi ces pieces font celles qui ont été trouvées
dans les papiers du Général Braddock , après le
combat dans lequel il a perdu la vie.
Il paroît une Déclaration du Roi , portant fuf-
1
JUILLET. 1756. 211
penfion du Dixieme de l'Amiral , & autres encouragemens
pour la Courſe.
M. le Marquis de Juigné ayant préféré de commander
une Brigade dans le Régiment des Grenadiers
de France , le Roi a difpofé du Régiment
de Forez , en faveur de M. le Comte de Puyfegur,
Colonel dans celui des Grenadiers de France.
Le Roi a conclu avec l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Bohême , un Acte ou Convention
de Neutralité , & un Traité défenfif d'Alliance &
d'Amitié. Cette Convention & ce Traité furent
fignés à Verſailles le premier du mois de Mai , &
les Ratifications y ont été échangées le 28 du
même mois.
Le 17 Mai aufoir , M. le Marquis de la Galif
fonniere , commandant l'Efcadre du Roi dans fa
Méditerranée , fut informé par la Frégate la Gracieufe
, qui étoit en croifiere fur Mayorque , qu'el
le avoit découvert une Eſcadre Angloiſe , qui pouvoit
être alors à huit ou dix lieues dans le Sud. Le
18 , l'Eſcadre du Roi manoeuvra pour aller à la
rencontre de celle des Anglois , mais le calme en
empêcha. Le 19 au matin , on découvrit l'Eſcadre
Angloife du haut des mâts. Elle étoit au vent ,
& il ne fut pas poffible à l'Efcadre du Roi , de
l'approcher jufqu'à la portée du canon. Le 20
M. le Marquis de la Galiffonniere étoit parvenu
gagner le vent : mais dans le tems qu'il ſe trouvoit
dans cette pofition , le vent changea tout
d'un coup ; ce qui rendit cet avantage à l'Eſcadre
Angloife. A deux heures & demie après-midi , les
deux Efcadres fe trouverent en lignes , celle dés
Anglois compofée de dix-huit voiles , dont treize
Vaiffeaux de ligné , & celle du Roi , de douze
Vaiffeaux & quatre Frégates. Le combat fut engagé
par l'avant-garde de l'Efcadre du Roi , qui
212 MERCURE DE FRANCE.
attaqua l'arriere- garde de celles des Anglois. II
devint fucceffivement général : mais il ne le fut
pas pendant tout le tems de fa durée. Les Vaiffeaux
Anglois , qui étoient les plus maltraités
des bordées des Vaiffeaux du Roi , profitant de
l'avantage du vent , pour fe mettre hors de la
portée du canon. L'Efcadre Angloife , après avoir
porté fes plus grands efforts fur l'arriere- garde de
celle du Roi , qu'elle a trouvée fi ferrée , & dont
elle a effuyé un fi grand feu , qu'elle n'a pu l'entamer
, a pris le parti de s'éloigner. Elle avoit
toujours confervé l'avantage du vent , ce qui l'a
mife en état de ne point s'engager. Le combat a
duré près de quatre heures. En général , il n'y a
eu aucun Vaiffeau de l'Efcadre Angloife , qui ait
foutenu longtemps le feu des Vaiffeaux de l'Efca
dre du Roi , lefquels ont peu fouffert. Ils étoient
entiérement réparés dans la nuit , & en état de
combattre le lendemain. Nous n'avons eu que
trente-huit hommes tués , & cent quatre- vingtquatre
bleffés. Aucun Officier n'a été tué. Ceux
qui ont été bleffés , font MM . de Peruffy & de
Puty , Enfeignes , & M. de Gibanelle , Garde de
la Marine , fur le Vaiffeau le Foudroyant ; M. de
Seignoret , Garde de la Marine , fur le Téméraire;
M. de Gravier , Lieutenant fur le Guerrier ; le
Chevalier d'Urre , Lieutenant fur le Sage ; le
Chevalier de Beaucoufe , Lieutenant ; M. d'Alberas
, Enfeigne , & M. Dubeny , Garde de la Marine
, fur le Content..
Depuis l'arrivée de ces nouvelles qui font du
21 , il eft venu des lettres de l'Efcadre , datées du
25. L'Efcadre Angloife n'avoit point reparu , &
celle du Roi continuoit de croifer devant l'entrée
du Port- Mahon . Le Chevalier de Beaucouſe ,
Lieutenant de Vaiffeau , qui avoit eu une cuiffe.
JUILLET. 1756. 213
caffée dans le combat du 20 , & qui avoit été
tranſporté à terre à Mahon , y étoit mort le 24 .
M. de Gibanelle & de Seignoret , Gardes de la
Marine , étoient fort mal à bord des Vaiffeaux fur
lefquels ils ont été bleffés , le premier ayant eu
les reins brifés , & le fecond les deux jambes caffées
. Mais le Chevalier d'Urre , Lieutenant de
Vaifleau , qui a eu un bras caffé , donnoit beaucoup
d'efpérance de guérifon. Les autres bleffés
le font peu dangereufement.
Le 6 Juin , jour de la Pentecôte , les Chevaliers
, Commandeurs & Officiers de l'Ordre du
Saint- Elprit , s'étant affemblés vers les onze heu--
res du matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
tint un Chapitre. L'Information des vie & moeurs,
& la Profeffion de Foi , du Marquis de Saint Vital
& du Prince Jablonowski , qui avoient été propofés
le premier Janvier pour être Chevaliers ,
furent admifes , & ils furent introduits dans le
Cabinet , & reçus Chevaliers de l'Ordre de Saint
Michel. Le Roi fortit enfuite de fon apparte
ment , pour aller à la Chapelle. Sa Majesté , devant
laquelle les deux Huiffiers de la Chambre
portoient leurs Maffes , étoit en Manteau , le
Collier de l'Ordre par-deffus , ainfi que celui de
l'Ordre de la Toifon d'Or. Elle étoit précédée
de Monfeigneur le Dauphin , du Duc d'Or
léans , du Prince de Condé , du Comte de Charolois
, du Comte de Clermont , du Prince de Conty
, du Comte de la Marche , du Comte d'Eu ;
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre. Les deux nouveaux
Chevaliers , en habit de Novices , marchoient
entre les Chevaliers & les Officiers. Après
la grande Meffe , qui fut célébrée par le Prince
Conftantin , Commandeur de l'Ordre , & Prejer
Aumônier du Roi , Sa Majefté monta fux,.
214 MERCURE DE FRANCE .
fon Trône , & revêtit des Marques de l'Ordre les
deux nouveaux Chevaliers. Le Marquis de Saint
Vital eut pour Parrain le Maréchal de Clermont-
Tonnerre. Le Marquis de Matignon fut celui du
Prince Jablonowski. Cette cérémonie étant finie,
le Roi fut reconduit à ſon appartement en la maniere
accoutumée.
M. Dufort , Introducteur des Ambaffadeurs ,
alla le 7 prendre dans les carroffes du Roi & de la
Reine , le Cardinal de Tavannes en fon Hôtel à
Verfailles , & il le conduifit chez le Roi avec
l'Abbé Durini , Camérier Secret du Pape , nommé
par Sa Sainteté pour apporter les Bonnets aux
Cardinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres.
Avant la Meffe du Roi , l'Abbé Durini fut conduit
, avec les cérémonies accoutumées , à l'au
dience le Roi lui donna dans fon Cabinet
que
& il préfenta à Sa Majesté un Bref de Sa Sainteté.
Après cette audience ,le Roi defcendit à la Chapelle
, où le Cardinal de Tavannes ſe rendit à la fin de
la Meffe , étant conduit par le fieur Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs, Monfieur Defgranà
la
reçut ges , Maître des Cérémonies , porte
La Chapelle le Cardinal de Tavannes , lequel alla
fe placer près du Prié-Dieu du Roi , du côté de
PEvangile , & fe mit à genoux fur un carreau.
L'Abbé Dutini , revêtu de fon habit de cérémonie
, ayant remis entre les mains du Cardinal de
Tavannes le Bref du Pape , alla prendre fur la
Crédence Près de l'Autel , du côté de l'Epître
un Baffin de vermeil doré , fur lequel étoit le
Bonnet , & il le préfenta au Roi. Sa Majesté prit
le Bonnet , & le mit fur la tête du Cardinal de
Tavannes , qui en le recevant , fit une profonde
inclination , & à l'inſtant même fe découvrit.
Dès que le Roi fut en marche pour fortir de la
Chapelle , le Cardinal de Tavannes entra dans la
de
JUILLET. 1756 . 215
Sacriftie , où il prit les habits de fa nouvelle dignité.
Il montà enfuite chez le Roi , étant accompagné
du Maître des Cérémonies. M. Dufort ,
Introducteur des Ambaffadeurs , qui étoit toujours
refté auprès du Cardinal de Tavannes , l'introduifit
dans le Cabinet du Roi , où ce Cardinal fit
fon remerciement à Sa Majesté . Le Cardinal de
Tavannes fut conduit avec les mêmes cérémonies.
à l'audience de la Reine , à laquelle il préfenta
P'Abbé Durini , qui remit à Sa Majesté un Bref
du Pape. Pendant l'audience , on apporta un
tabouret , & le Cardinal de Tavannes s'affit . Il
fut conduit enfuite à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de Madame
, & à celles de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife. Après toutes ces audiences , le Cardinal
de Tavannes fut reconduit par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs , dans les carroffes
du Roi & de la Reine à fon Hôtel , avec les cérémonies
obfervées lorſqu'on étoit allé le prendre
pour l'amener chez le Roi.
Le 8 , le Cardinal de Luynes , & le 10 le Cardinal
de Gefvres reçurent des mains du Roi dans
la Chapelle, le Bonnet de Cardinal avec les mêmes
cérémonies.
L'Eglife de l'Abbaye Royale de Pantemont
été bénîte le 30 de Mai , par Dom Couthaud, Religieux
de l'Abbaye de Cîteau , Docteur de Sorbonne
, & Provifeur du College. La cérémonie
en fut édifiante , & fuivie d'une grand'Meffe
chantée par les Religieux , au milieu de laquelle
M. l'Abbé de la Paufe fit un Diſcours , dontl'ob
jet étoit relatif à la pureté du Temple intérieur
fignifié par la Bénédiction du Temple extérieur
qui venoit d'être faite. L'après -dinée , après Vêpres
chantées , il y eut un Salut , dont la mufique
216 MERCURE DE FRANCE.
fut dirigée par M. Balbaftre, & très - bien exécutée.
La Bénédiction fut donnée par le R. P. Général
des Bénédictins , & Madame la Ducheffe de Modene
y aflifta avec la cour & plufieurs perfonnes
de diftinction.
Le 3 Juin , Monfeigneur le Dauphin & Madame
, fe rendirent dans cette Abbaye pour nommer
deux Cloches de la nouvelle Eglife . A la porte
extérieure , ils furent reçus avec les cérémonies
accoutumées , & complimentés avec applaudiffement
par Dom Couthaud : delà arrivés à la
porte de la grille du Choeur , Madame l'Abbeffe
de Pantemont , avec fa croffe , à la tête de fa
Communauté , & accompagnée de plufieurs autres
Abbeffes , les conduifit à leur prie- Dieu en
chantant le Laudate . Dom Couthaud fit la cérémonie
, qui fut fuivie du Salut pendant l'une &
l'autre , la mufique exécuta plufieurs morceaux
& Motets choifis. Enfuite Monfeigneur le Dau
phin & Madame fuivis de leur cour , furent conduits
au Réfectoire , où trois jeunes Demoiſelles
habillées en Vierges , préfenterent trois corbeilles
remplies tant de fleurs que d'ouvrages , bourfes , -
facs & noeuds d'épée : chacune déclama différentes
pieces de vers avec autant de nobleffe que de modeftie
; Madame l'Abbeffe préſenta dans le même
Réfectoire la collation à Monfeigneur le Dauphin
& à Madame. Il y avoit , entr'autres fingularités ,
les meilleurs fruits de primeur , & les plus rares
pour la faifon ; des melons , des pêches , des cerneaux
, du raifin . Enfuite Monſeigneur le Dauphin
& Madame voulurent parcourir les Bâtimens , &
partout le Prince & la Princeffe marquerent leur
fatisfaction.
On doit obferver ici que le Monaftere & l'Eglife
de l'Abbaye de Pantemont ont été faits &
conduits
JUILLET . 1756 . 217
conduits fur les deffeins de M. Contant , Architecte
du Roi , de Monfeigneur le Duc d'Orléans
& de l'Académie d'Architecture . Il étoit réservé
au talent & à la réputation de cet Artifte de
donner un exemple public que l'on pouvoit
voûter les Dômes & les Eglifes , fuivant la conftruction
des voûtes qu'il a fait exécuter avec ſuccès
dans le Château de Biffy , appartenant à M. le
Maréchal Duc de Belleifle ; l'Eglife & le Dôme
de Pantemont font les premiers exemples exécutés
en France de cette conftruction , qui prouvent
que l'ufage de ces voûtes feroient d'une grande
utilité pour être employé à la conſtruction de
nos Eglifes modernes , & que l'on pourroit par
cette pratique leur donner avec le bon goût de
l'architecture , l'élégance & la légéreté des Eglifes
gothiques , dont la conftruction hardie & folide
caufe autant de regrets que d'admiration .
Fermer
Résumé : « Le 9 Mai, le Bourg de Ferechampenoise, un des plus considérables du [...] »
En mai 1756, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 9 mai, le bourg de Ferechampenoise, dans le diocèse de Châlons-sur-Marne, a été presque entièrement détruit par un incendie, laissant près de mille personnes sans abri. Le 11 mai, le duc de Biron a annoncé des pensions royales pour plusieurs officiers des Gardes Françaises, dont le comte d'Aspreumont et le lieutenant Savary. Des brevets de colonel ont été attribués au marquis de Rafilly et au comte du Dreneuc, tandis que la croix de Saint-Louis a été décernée à plusieurs autres officiers. Le roi a ordonné la réorganisation des bataillons de l'infanterie française, suisse et grisonne, augmentant leur composition à dix-sept compagnies. Les régiments suisses et grisons ont été restructurés en deux bataillons de six compagnies chacun. Le 27 mai, les députés des États d'Artois ont été reçus par le roi, présentés par le duc de Chaulnes et le comte d'Argençon. La délégation comprenait Dom de Briois d'Hulluch pour le clergé, le comte de Beaufort pour la noblesse, et M. Harduin pour le tiers-état. En juillet 1756, le maréchal de Richelieu a supervisé les opérations militaires à Minorque, notamment la construction de batteries et la défense contre les forces anglaises. Plusieurs officiers ont été blessés ou tués lors des combats. Les frégates françaises l'Aquilon et la Fidèle ont engagé un combat contre des navires anglais près de l'île d'Oléron, mettant les navires anglais hors de combat malgré des pertes importantes. La cour a publié un mémoire en réponse aux observations des ministres anglais concernant les hostilités entre les deux nations. Le roi a signé un acte de neutralité et un traité d'alliance avec l'impératrice reine de Hongrie et de Bohême, ratifiés le 28 mai 1756. Le marquis de Juigné a pris le commandement d'une brigade dans le régiment des Grenadiers de France, et le comte de Puysegur a été nommé colonel du régiment de Forez. Un combat naval a opposé douze vaisseaux et quatre frégates françaises à la flotte anglaise. Les vaisseaux anglais, bien que malmenés, ont profité du vent pour se mettre hors de portée des canons français. Le combat a duré près de quatre heures, avec des pertes françaises de trente-huit hommes tués et cent quatre-vingt-quatre blessés, sans perte d'officiers. À la cour de France, le 6 juin, le roi a tenu un chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit, au cours duquel le marquis de Saint-Vital et le prince Jablonowski ont été reçus chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Le 7 juin, le cardinal de Tavannes a reçu son bonnet cardinalice des mains du roi. Les cardinaux de Luynes et de Gesvres ont également reçu leurs bonnets les 8 et 10 juin. Le 30 mai, l'église de l'Abbaye Royale de Panthemont a été bénie, suivie d'une messe et d'un salut musical. Le 3 juin, le dauphin et Madame ont visité l'abbaye pour nommer deux cloches et ont reçu des présents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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80
p. 203-223
« Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
Début :
Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...]
Mots clefs :
Naissance du Duc de Bourbon, Prince de Condé, Fête, Feux d'artifice, Démission, Charges, Franche-Comté, Orage, Ouragan, Monseigneur le Dauphin, Révision du régiment, Sa Majesté, Ordonnance du roi, Académie royale des sciences, Accession à des charges, Lit de justice, Ambassadeurs, Comtes, Marquis, Duc d'Orléans, Comte de Clermont, Cérémonie, M. le Chancelier, Discours du roi, Fiscalité, Parlement, Canada, Combats, Vaisseaux anglais, Succès, Duc de Gesvres, Corsaire anglais, Maréchal duc de Richelieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
LEE premier Août , vingt- quatre des principaux
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
habitans de Chantilly ont fignalé leur zele & leur
attachement pour le Prince de Condé , en donnant
une très- belle fête à l'occafion de la naiffance du
Duc de Bourbon , & de la convalefcence de Mile
de Bourbon. La fête a commencé par un Te
Deum folemnel , chanté dans l'Eglife de la Paroiffe
, au bruit de trente- fix pieces de canon . A
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
neuf heures du foir , on tira vis-à-vis de la façade
du petit Château , où étoient le Prince & la
Princeffe de Condé , un feu d'artifice dont le deſfein
& l'exécution furent également applaudis.
Dès que le Prince eut donné le fignal , on vit pároître
trois Bateaux fur la piece d'eau , qui eft visà-
vis du petit Château . Ils venoient de trois côtés
différens , & ils fe réunirent pour attaquer un
Fort qu'on avoit conftruit fur le bord de l'eau.
Pendant près de trois quarts d'heure , il firent
pleuvoir une infinité de fufées & de bombes fur
cette efpece de Citadelle. Dans le temps qu'on
croyoit le Fort réduit en cendres , il foudroya
d'artifice les trois Bateaux ; & toute la piece
d'eau devint un étang de feu. A cette attaque fuccéderent
plufieurs caſcades , gerbes , foleils , &c.
Un bruit de trompettes & de cors de chaffe annonça
la victoire remportée par les affiégés . Le
ficur Coufinet , Sculpteur du Frince de Condé
a donné l'idée du fiege , & a conduit le feu des
Bateaux. Le refte du feu a été dirigé par les fieurs
Caftain & Maurice , Artificiers du Roi . Lorſque
l'artifice a ceffé , neuf grands Portiques , ornés
de verdure , qu'on avoit placés en perſpective du
petit Château , furent illuminés. Celui du milieu ,
plus élevé que les autres , étoit furmonté par le
Chiffre couronné du Prince & de la Princeffe de
Condé. Au pied de ces Portiques , une Salle de
verdure , de cent trente pieds en quarré , contenoit
une table de foixante couverts , préparée
pour les époufes des principaux habitans . Sur la
fin du fouper , le Prince & la Princeffe de Condé
fe rendirent dans cette Salle . Ils y furent reçus au
fon des trompettes , cors de chaffe , violons &
autres inftrumens. Le Bal fuivit le fouper. Leurs
Akteffes Séréniffimes danferent indifféremment
OCTOBRE. 1756. 205
avec ceux qui fe préfenterent. Vers les deux
heures du matin , le Prince & la Princeffe retournerent
au Château précédés d'un grand nombre
d'inftrumens , & de douze habitans , qui portoient
chacun un falot devant Leurs Alteffes Séréniffimes.
M. le Maréchal Duc de Richelieu s'eft démis
de fa charge de premier Gentilhomme de la Chambre
en faveur de M. le Duc de Fronfac , fon fils ,
& a obtenu la furvivance de cette Charge.
Le Roi a accordé à M. de Fremeur , Lieutenant
- Général des Armées de Sa Majefté , le Ġouvernement
de Monmédy , vacant par la mort du
Comte de la Claviere , auffi Lieutenant- Général.
M. le Marquis de Talaru , Brigadier d'Infante
rie , & Colonel du Régiment de fon nom , a été
nommé Gouverneur des Villes & Châteaux de
Phaltzbourg & de Saltzbourg , fur la démiffion
de M. le Marquis de Chalmazel fon pere.
Le 9 Août , le Roi fit la cérémonie de recevoir
Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis , M. le Comte
d'Egmont , Maréchal de Camp , & M. le Comte
de Balbi , Brigadier , Colonel réformé à la fuite du
Régiment Royal Italien.
Selon les lettres de Franche-Comté, on a effuyé
vers la fin du mois de Juillet , tant à Saint- Claude
que dans les environs , une orage des plus terribles.
Le bruit & les éclats du tonnerre étoient
fi violens , qu'ils faifoient trembler les perſonnes
les plus hardies. Les animaux dans la campagne
cherchoient en mugiffant , quelque retraite affurée.
A chaque éclat , la foudre tomboit en différentes
manieres & dans plufieurs endroits. Les
eaux deſcendoient de la montagne avec tant d'abondance
& de rapidité , qu'elles entraînoîent
rout ce qu'elles rencontroient dans leur paffage.
206 MERCURE DE FRANCE.
Vergers , Maifons , Moulins , Ecluses , rien n'a
refifté . Le 6 Août , la Ville de Saint - Claude
& les campagnes voifines ont prouvé un nouveau
fléau. Un ouragan épouvantable a ruiné dans les
campagnes tout ce que l'orage précédent avoit
épargné. Dans la Ville , la plupart des toits ont
été enlevés , & prefque toutes les cheminées abattues.
Le Clocher des Religieufes de l'Annonciade
a été renversé . Trente des plus gros arbres de la
promenade publique ont été déracinés , & tous
les autres ont été dépouillés de leurs feuilles .
Monfeigneur le Dauphin fit le 11 Août , la
revue de fon Régiment de Cavalerie , dans la
Plaine de Favieres , à cinq lieues de Compiegne.
M. le Comte de Perigord , Meftre de Camp , Lieutenant
de ce Régiment , le fit efcadronner & manoeuvrer.
M. le Marquis de Paulmy , Secretaire
d'Etat au Département de la Guerre en furvivance
du Comte d'Argenfon , accompagna Monfeigneur
le Dauphin.
Le 13 , Sa Majefté fit la revue du Régiment
Royal , Cavalerie , dans la Plaine dite du Moulin
, près de la même Ville. M. le Marquis d'Equevilly,
Meftre de Camp , Lieutenant de ce Régiment
, lui fit faire différentes évolutions . Enfuite
ce Régiment fe porta au lieu nommé le puits
de Berne , où il fit , devant le Roi , l'exercice à
pied , en bufle & en bonnet. Le fils de M. le Marquis
d'Ecquevilly , âgé de dix ans , paſſa au rang
des Cavaliers. Il fit , comme eux , le maniement
des armes & les évolutions à cheval , ainfi
que
l'exercice à pied. Sa Majefté parut très - fatisfaite .
Par une Ordonnance du 15 Fevrier 1749 , le
Roi avoit établi un Aide- Major dans chacune des
quatre Brigades du Régiment des Grenadiers de
France. Sa Majefté ayant reconnu qu'un feul
OCTOBRE. 1756. 207
Officier Major par Brigade ne pouvoit fuffire aux
différens détails de la difcipline & du fervice , a
réglé que l'Etat Major de chaque Brigade feroit à
Pavenir compofé d'un Sergent Major & d'un Aide-
Major. Les emplois de Sergens Majors feront
remplis par les Aides- Majors actuels , pour en
jouir aux honneurs & prérogatives attachés aux
autres Majors de l'Infanterie . Entend Sa Majeſté ,
que M. de Lanjamet , actuellement Major dudit
Régiment , & qui ne peut en conferver le titre
ni les fonctions au moyen de la nouvelle difpofition,
ait le commandement en fecond du Corps.
Le Roi a ordonné que les Régimens d'Infanterie
Irlandoife , de Bulkeley , de Clare , de Dillon
, de Roth , de Berwick & de Lally , fuffent
portés de quatre cens foixante - cinq hommes à
cinq cens vingt - cinq.
Le 15 Août , Fête de l'Affomption de la
Sainte Vierge , la Proceffion folemnelle , qui fe
fait tous les ans à pareil jour en exécution du Voeu
de Louis XIII , ſe fit avec les cérémonies accoutu
mées. L'Abbé de Saint -Exupery , Doyen du Chapitre
de l'Eglife Métropolitaine , y officia. Le
Parlement , la Chambre des Comptes , la Cour
des Aydes , & le Corps de Ville , y affifterent.
Dans l'affemblée générale que le Corps de Ville
tint le 16 , M. de Bernage fut continué Prevôt
des Marchands. M. Lempereur , Quartinier , &
-M Tribard , Avocat , ont été élus Echevins.
Sa Majesté a accordé à M. de Martigny & à M.
le Chevalier de Mazieres , Maréchaux des Logis de
la premier Compagnie des Moufquetaires , deux
Commiffions de Meftres de Camp , & à MM. de
Pille , de Savigny & de la Foreft , les places de
Maréchaux des Logis , vacantes dans la même
Compagnie. Elle a difpofé des Brigades qu'avoient
208 MERCURE DE FRANCE.
ces trois derniers Officiers , en faveur de MM.
d'Ormençey , de Rouville & de Mondollot. MM .
d'Elevemont , de Caffaignere & Démazet , ont
été fait Sous-Brigadiers. Le Chevalier de Monneron
, & MM. de Beaumont & de Guiry ont -
obtenu la Croix de Saint Louis. Il y a eu plufieurs
penfions , gratifications , & Commiffions de Capitaines
données à divers Moufquetaires.
Le Corfaire commandé par le Capitaine Gaftin
, de Marſeille , a fait dans l'intervalle de
quinze jours deux prifes eftimées cinquante mille
écus. Un des Corfaires de M. Roux , de Corfe , en
a fait auffi une .
L'Académie Royale des Sciences, dans fon Affemblée
du 23 Juin , propofa au Roi pour remplir la
place d'Adjoint- Géometre, vacante par la promotion
de M. de Parcieux au grade d'Affocié , M. le
Chevalier de Borda , Chevau- leger de la Garde
du Roi , & M. Bezout , Cenſeur Royal & Maître
de Mathématiques. M. le Comte d'Argenfon
a écrit le 30 à l'Académie que le Roi avoit choiſi
M. de Borda.
Dans la même Affemblée du 23 , M. Necker ,
Citoyen de Geneve , fut élu Correſpondant de
l'Académie .
Le 23 Août , les Députés des Etats de Languedoc
eurent audience du Roi. Ils furent préſentés
à Sa Majesté par M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province , & par M. le Comte de Saint Florentin
, Miniftre & Sécretaire d'Etat ; & conduits
par M. de Gifeux , Maître des Cérémonies , en
furvivance de M. Defgranges. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de l'Evêque de
Viviers qui porta la parole ; du Vicomte de Polignac
, pour la Nobleffe , & de Meſſieurs Valet
Député de Saint- Pons , & Montcabrier , Député
OCTOBRE . 1756. 209
de Toulouſe , pour le Tiers-Etat ; ainfi que de
M. de Montferrier , Syndic Général de la Province.
Ces Députés eurent enſuite audience de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , de Madame , & de Mefdames Victoire
, Sophie & Louife.
M. le Comte de Merle , Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde,
eft défigné pour fuccéder à M. le Comte de Baſchi
en qualité d'Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal.
Sa Majefté a fait Brigadier de Cavalerie M. le
Comte de Perigord , Meftre de Camp- Lieutenant
du Régiment de Monfeigneur le Dauphin ;
Brigadier de Dragons , M. le Duc de Coigny ,
Meftre de Camp Général de ce Corps ; & Brigadier
d'Infanterie , M. le Chevalier de Gramont
Lieutenant-Colonel du Régiment de Vermandois.
Le Roi ayant réfolu de tenir fon Lit de Juftice,
Sa Majefté avant fon départ de Compiegne , ordonna
de faire dans le Château de Verfailles , les
préparatifs néceffaires pour cette cérémonie . La
grande Salle des Gardes fut choifie comme le lieu
qui y étoit le plus propre. M. Defgranges , Maître
des Cérémonies , après avoir reçu les ordres
du Roi , porta au Parlement le 20 Août au matin ,
une Lettre de Sa Majefté pour que le Parlement
fe rendît le lendemain à Verſailles en Corps de
Cour & en Robes rouges. Les Princes du Sang
furent avertis de la part du Roi par M. Defgranges
, qui envoya des Billets d'invitation aux Pairs ,
tant Eccléfiaftiques que Laïques ; aux Maréchaux
de France , aux Chevaliers des Ordres , aux Gouverneurs
& aux Lieutenans Généraux des Provinces.
Le 21 , le Parlement arriva fur les onze heures
à Versailles , & s'affembla dans les deux Salles
210 MERCURE DE FRANCE.
des Ambaffadeurs & du Confeil , d'où il fe rendit
à la Salle préparée pour le Lit de Juſtice . Lorfque
le Parlement eut pris fa féance en la maniere
accoutumée, il fit une Députation de quatre Préfidens
& de fix Confeillers , pour aller au - devant du
Roi. Sa Majesté en habit de cérémonie , fortit de
fon appartement , & la marche fe fit en cet ordre.
Les Tambours , Fifres , Haut- bois & Trompettes
de la Chambre. I es Lieutenans Généraux des Provinces
. Les Gouverneurs de Provinces. Les Chevaliers
des Ordres. Les Maréchaux de France . Les
Hérauts d'Armes . Les Princes du Sang . Le Maître
des Cérémonies . Deux Huiffiers de la Chambre
du Roi , portant leurs Maffes. M. le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance de
M. le Duc de Bouillon ; & à la gauche du Prince
de Turenne le Comte de Brionne , Grand Ecuyer,
portant l'Epée de Parement du Roi . Le Marquis
de Mon mirel , Capitaine de la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde de Sa Majesté. Sur les
aîles près de la perfonne du Roi , les Préfidens &
Confellers Députés , & fix Gardes de la Manche
avec leurs Cortes d'armes & leurs Pertuifanes.
Derriere Sa Majefté , les quatre Capitaines des
Gardes du Corps . Le Chancelier de France fuivoit
le Roi , étant accompagné d'une partie des Confeillers
d'Etat & des Maîtres des Requêtes. Sa Majefté
fe plaça fur fon Trône. Elle avoit à la droite
Monfeigneur le Dauphin , dont le fiege (C ) étoit
placé fur le tapis de Sa Majefté . Aux hauts fieges
(D) du même côté , étoient le Duc d'Orléans , le
Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty & le Comte de la Marche
Princes du Sang. Sur le refte du banc , & fur un
banc en retour (G) , qui alloit juſqu'à la place du
dernier Prince du Sang ; les Ducs de Luynes , de
•
OCTOBRE . 1756 . 211
Briffac, de la Force , de Rohan , de Saint- Aignan ,
de Gefvres , le Maréchal Duc de Noailles , les
Ducs d'Aumont , de Bethune , de Fitzjames , d'Antin
, de Chaulnes , de Villars- Brancas de Lauraguais
, le Prince de Monaco , Duc de Valentinois
les Ducs de Biron , de la Valliere , & le Maréchal
de Belle -Ifle , Duc de Gifors , Pairs Laïcs . A la
gauche du Roy, aux bauis fieges ( H ) ; l'Evêque Duc
de Laon , l'Evêque Comte de Châlons , l'Evêque
Comte de Noyon , Pairs Eccléfiaftiques ; & les
Maréchaux de Coigny & de Balincourt , ( ces
deux Maréchaux de France étant venus avec le
Roi ) Aux pieds de Sa Majesté ( E ) ; le Prince de
Turenne , Grand Chambellan en furvivance du
Duc de Bouillon. A droite, fur un tabouret (F) , auprès
des degrés du Siege Royal , le Comte de Brionne
, Grand Ecuyer , portant au col l'Epée de Pa
rement du Roi. A gauche , fur un banc ( K ) au❤
deffous de celui des Pairs Ecclefiaftiques ; les qua
tre Capitaines des Gardes du Corps du Roi , & le
Marquis de Montmirel , Capitaine Colonel des
Cent Suiffes de la Garde. Plus bas étoit affis fur le
petit degré ( 2 ), par lequel on defcendoit dans le Parquet
, le fieur de Segur , Prevôt de Paris , tenant
un bâton blanc en fa main. Sur une chaise à bras
(L) couverte de l'extrêmité du tapis de velours violet
, femé de fleurs de lys d'or , fervant de drap de
pieds au Roi , Meflite Guillaume de Lamoignon ,
Chancelier de France , vêtu d'une robe de velours
violet , doublée de fatin cramoifi. Sur le banc (P)
répondant à celui où fiéent les Préfidens au Confeil
en la Chambre du Parlement ; Meffire René-
Charles de Maupeou , Premier Préfident ; MM .
Molé , Potier , le Peletier de Rozambo , de Maupeou
, de Lamoignon de Montrevault , d'Aligre ,
le Fevre- d'Ormeflon , & Bochart - de Saron , Sur
212 MERCURE DE FRANCE.
les trois bancs (QR ) couverts de tapisserie , formant
l'enceinte du Parquet ; les Confeillers d'Honneur,
les Préfidens des Enquêtes & des Requêtes , & les
Confeillers de la Grand'Chambre , mêlés . Dans le
Parquet , devant le Chancelier , étoient placés deux
tabourets , celui de la droite (M ) vacant par l'abfence
du Marquis de Dreux , Grand Maître des
Cérémonies , & celui de la gauche (N) occupé par
le fieur Defgranges , Maître des Cérémonies . Au
milieu du Parquet ( i ) & à genoux devant le Roi ,
deux Huiffiers de la Chambre de Sa Majesté ,
tenant leurs Maffes d'argent doré , & à quelque
diſtance ( k ) , fix Hérauts d'armes. Au côté droit ,
Sur les deux bancs ( SS ) couverts de tapis femés de
fleurs de lys ; les Confeillers d'Etat & Maîtres des
Requêtes , vêtus en robe de fatin noir , venus avec
le Chancelier. Sur une forme ( a ) à gauche , en entrant
, vis- à-vis des Préfidens ; le Comte de Saint
Florentin , le Comte d'Argenfon , M. Rouillé &
le Marquis de Paulmy , Secretaires d'Etat . Sur
trois autres bancs ( TVX ) à gauche dans le Parquet
, vis- a-vis des Confeillers d'Etat ; le Marquis
de Beringhen , le Comte de Lautrec , le Marquis
de Puyzieulx , le Comte de Vaulgrenant , le Marquis
de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron
de Montmorency , le Marquis de Chalmazel , le
Comte de la Vauguion , le Marquis d'Armentieres
, & le Marquis de l'Hopital , Chevaliers des
Ordres ; le Comte de Gifors , le Comte de Périgord
, le Marquis de la Tour-Dupin , & le Marquis
de la Salle , Gouverneurs de Provinces ; le
le Marquis de Montalambert , le Comte de Teffé ,
le Marquis de Beaupreau , le Comte de Valentinois
, le Comte de Choifeul , & le Marquis de
Brancas , Lieutenans Généraux de Provinces . A
côté de la forme où étoient les Sécretaires d'Etat ;
OCTOBRE. 1756. 213
le fieur Dufranc , Secretaire de la Cour , faifant
les fonctions de Greffier en Chef, & à côté de lui ,
un des trois principaux Commis pour la Grand'-
Chambre , tenant la plume ; ayant chacun devant
eux un bureau (66) couvert de velours violet . Sur
une autre forme (b) derriere ; le fieur Richard ,
Greffier en Chef Criminel , & les fieurs Yfabeau
& Héron-de Courgis , Secretaires de la Cour. Sur
une autreforme ( d ) , le Marquis de Sourches ,
Grand Prevôt de l'Hôtel . Sur un fiege (m) à l'entrée
du Parquet , le fieur Angely , premier Huiffier.
En la place (f) répondante à celle qu'ils occu
pent , toutes les Chambres aſſemblées , le fieur Joly
de Fleury, Avocat du Roi ; le fieur Joly de Fleury,
Procureur Général , & le fieur Seguier , auffi Avocat
du Roi. Sur le furplus des bancs ( gh , YZ) les
Confeillers des Enquêtes & Requêtes.
Le Roi s'étant affis & couvert , M. le Chancelier
dit , par ordre de Sa Majefté , qu'Elle commandoit
qu'on prêt féance : après quoi , le Roi ,
ayant ôté & remis fon chapeau , dit : « Meffieurs ,
» Je vous ai affemblés ici , pour vous faire fçavoir
» mes intentions & mes volontés ; mon Chance-
» lier va vous les expliquer » .
M. le Chancelier étant monté vers le Roi , &
s'étant agenouillé aux pieds de Sa Majesté pour
recevoir les ordres ; puis étant defcendu , remis
en fa place , affis & couvert , après avoir dit que
le Roi permettoit qu'on le couvrît , prononça le
Difcours fuivant .
MESSIEURS ,
« Pendant qu'une Nation , de tout temps enne-
» mie de la France , fait les derniers efforts pour
» enlever aux habitans de nos Colonies , des pof-
» feffions qui leur appartiennent par les titres les
plus légitimes ; qu'au milieu de la paix la plus
214 MERCURE DE FRANCE.
» profonde , elle ne craint point de violer les trai
tés les plus folemnels ; & que pour détruire no-
>> tre Commerce , elle emploie les voies les plus
» odieufes & les plus contraires à l'humanité , le
Roi ne peut voir qu'avec une extrême ſurpriſe
la réfiftance qu'apporte fon Parlement à la pu-
>> blication de trois de fes Déclarations , dont l'exé-
» cution doit procurer à Sa Majesté des fecours
» néceffaires pour le foutien de nos Colonies & le
> rétabliffement de notre Commerce.
>> On fçait que le Roi ne fait la guerre que
» pour l'intérêt de fes Sujets. Occupé du foin de
» les venger des hoftilités injuftes & continuelles
» qu'ils éprouvoient , il l'étoit encore plus de la
crainte d'être forcé de leur impofer des charges
» extraordinaires malheureuſement indifpenfables
» pour le foutien d'une guerre .
Après avoir oppofé longtemps la patience &
la modération aux entreprifes de fes ennemis , il
» s'eft enfin déterminé à repouffer par la voie des
>> armes leurs infultes multipliées ; & dans la né-
» ceffité d'établir des impôts , il a fait choix de
» ceux qui lui ont paru le moins onéreux . Tel eft
» le motif qui a donné lieu aux trois Déclarations
» que le Roi entend faire publier en fon Lit de
>> Juftice.
» Par la première , le Roi établit un nouveau
» Vingrieme pareil à celui qui fubfifte depuis l'an-
» née 1749 , & dont le produit eſt affecté au paie-
» ment des dettes de la derniere guerre. La per-
>> ception de ce nouveau Vingtieme ceffera trois
» mois après la publication de la Paix. Cette na-
»ture d'impofition fera moins à charge aux Peuples
que toute autre , parce qu'elle fe répartit
»fut tous les Sujets , chacun à proportion de fa
>> fortune..
OCTOBRE . 1756. 215
»
>> La feconde Déclaration ordonne la continua-
» tion pendant dix ans des Deux fols pour livre du
Dixieme , à commencer du dernier jour de l'an-
» née préfente. Le terme de cette impofition &
» de celui du premier Vingrieme , quo que fixé
>> d'une maniere certaine , n'eft pas auffi proche
» que Sa Majesté le defireroit ; mais il faut confi
>> dérer que P'un & l'autre étant deftinés à l'acquit
» des dettes de l'Etat , ils doivent fubfifter julqu'i
» ce que les dettes de l'Etat foient acquittées.
» C'eſt à tort & vainement qu'on cherche à
» jetter l'allarme dans les efprits , en faifant en-
>> tendre que l'incertitude de la durée & la lon-
»gueur de ces deux impofitions font capables dedis
>> minuer le courage des fujets du Roi , & d'altérer
» la confiance qui font la véritable force du Sou-
» verain & de l'Etat. Le témoignage que Sa Ma
» jeſté ſe rend à Elle-même de la tendre affection
» pour les peuples , lui eft un gage affuré de leur
» confiance , en même-temps que les preuves
» qu'il leur a tant de fois données de fon empref-
» fement à les foulager , ſoutiendront toujours &
>> animeront leur courage , furtout dans ce mo-
➤ment où leur honneur & leur fûreté ſont égale-
» ment intéreffés.
» Enfin , par la troifieme Déclaration , le Roi
» proroge pour un certain temps , plufieurs droits
» qui fe perçoivent dans la ville de Paris . Sa Ma-
» jefté n'a pu fe difpenfer d'ordonner cette proro-
» gation qui ne peut être regardée comme pré-
» maturée , parce qu'elle eft néceffaire pour affurer
les engagemens que les conjonctures ont
» forcé de contracter . Quelque onéreux que ces
» droits paroiffent être pour les habitans de la
» Capitale , ils en font en partie dédommagés par
l'ordre & la regle que ceux qui font chargés do
216 MERCURE DE FRANCE.
» les percevoir établiffent dans les marchés pour
faciliter le débit des denrées , & pour en pro-
фу
» curer Pabondance : on voit d'ailleurs par le tarif
» attaché à la Déclaration , l'attention qu'a eu le
» Roi de diminuer , & même de fupprimer entié-
>> rement plufieurs de ces droits fur les denrées les
» plus néceffaires à la vie.
» Le Roi veut donc , que nonobftant les repré-
» fentations réitérées de fon Parlement , fes Déclarations
foient exécutées dans toute leur éten-
» due & fans délai , afin de ne pas interrompre
ni retarder les opérations néceffaires pour
» profiter des fuccès que le Ciel vient d'accorder
» à fes armes.
» Ces heureux événemens dont le Roi n'eft
» flatté que parce qu'il les regarde comme le pré-
» fage d'une paix glorieufe , doivent redoubler
> notre zele. Pourrions-nous regretter des ſecours
» que Sa Majefté ne veut employer que pour
» notre défenfe , fans manquer à ce que nous lui
રે
» devons & à ce que nous nous devons à nous-
» mêmes ! »
Après que M. le Chancelier eut ceffé de parler,
M.le Premier Préfident & tous les Préfidens & Confeillers
mirent un genou en terre. Le Chancelier
leur dit , Le Roi ordonne que vous vous leviez. Ils
fe leverent , & demeurerent debout & découverts.
Alors M.le Premier Préfident parla, & fon Diſcours
fini , le Chancelier monta vers le Roi pour prendre
fes ordres , un genou en terre . Remis en fa
place , affis & découvert , il fit ouvrir les portes ,
& il ordonna au fieur Dufranc de lire les trois
Déclarations. Les portes furent ouvertes , & le
fieur Dufranc ayant lu les Déclarations debout &
découvert , le Chancelier dit aux Gens du Roi
qu'ils pouvoient parler. Aufli -tôt les Gens du Roi
fc
OCTOBRE. 1756. 217
fe mirent à genoux . M. le Chancelier leur dit que le
Roi ordonnoit qu'ils fe levaflent . Ils fe leverent ,'
& debout & découverts , après un Difcours prononcé
par M. Joly de Fleury , Avocat du Roi ,
portant la parole , ils requirent qu'il plût à Sa
Majefté ordonner que fur le repli des trois Déclarations
il fût mis qu'elles avoient été lues &
publiées , Sa Majeſté léante en fon lit de Juſtice ,
& régiítrées au Greffe de la Cour pour être exécu
tées felon leur forme & teneur ; & qu'à l'égard
des deux premieres , Copies collationnées en feroient
envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées du
reffort , pour y être pareillement lues , publiées
& enrégiftrées , avec injonction à leurs Subftituts
d'y tenir la main , & d'en certifier la Cour dans le
mois.
Après quoi M. le Chancelier monta vers le Roi ,
mit un genou en terre pour recevoir les ordres ,
& alla prendre l'avis de Monfeigneur le Dauphin ,
des Princes du Sang , des Pairs Laïcs , du Grand
Ecuyer & du Grand Chambellan . Il paffa devant
le Roi , lui fit une profonde révérence , & prit
l'avis des Pairs Eccléfiaftiques , des Maréchaux de
France venus avec le Roi , & des quatre Capitaines
des Gardes du Corps de Sa Majesté . Puis il defcendit
dans le parquet pour prendre les avis du Premier
Préfident , des Préfidens du Parlement , des
Confeillers d'Etats & des Maî res des Requêtes
des Confeillers d'honneur , des Préfidens des Enquêtes
& des Requêtes , & des Confeillers du
Parlement. Il remonta vers le Roi , mit un genou
en terre , redefcendit , & étant affis & couvert , il
prononça :
« Le Roi , féant en fon Lit de Juſtice , a or-
»donné & ordonne que les Déclarations , qui
viennent d'être lues, feront enrégiftrées au Greffe
I. Vol. Κ
218 MERCURE DE FRANCE.
»>de fon Parlement , & que fur le repli d'icelles ;
nil foit mis que lecture en a été faite , & l'enré-
»giftrement ordonné ; ce requérant fon Procu-
»reur Général , pour être le contenu en icelles
>> exécuté felon leur forme & teneur ; & Copies
>>collationnées des deux Déclarations , l'une por-
>> tant établiſſement d'un fecond vingtieme , l'au-
»tre portant prorogation du droit de deux fols
>>pour livre du dizieme , envoyées aux Bailliages
& Sénéchauffées du reffort , pour y être pareik
plement lucs , publiées & régiftrées . Enjoint aux
>>Subftituts de fon Procureur Général d'y tenir la
»main , & d'en certifier la Cour au mois. >>
Enfuite M. le Chancelier dit , que pour la plus
prompte exécution de ce qui venoit d'être or
donné , le Roi vouloit que par le Secretaire de la
Cour , faifant les fonctions de Greffier en Chef
de fon Parlement , il fût mis dans l'inftant même
fur le repli des trois Déclarations qui avoient été
publiées , ce que Sa Majesté avoit ordonné qu'on
y mit. Ce qui ayant été exécuté , le Roi fe leva ,
& fortit dans le même ordre qu'il étoit entré.
Le 25 Août , le Corps de Ville alla à Versailles ,
& ayant à la tête M. le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris , il eut audience du Roi. Il fut préfenté
à Sa Majesté par M. le Comte d'Argenlon ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , & conduit par M.
Defgranges , Maître des Cérémonies . M. de Ber
nage qui a été continué Prevôt des Marchands , &
MM. Lempereur & Tribard , nouveaux Echevins ,
prêterent entre les mains du Roi le ferment de
fidélité , dont M. le Comte d'Argenſon fit la lecture
, ainfi que du fcrutin qui fut préfenté par M.
de la Live de la Briche , Avocat du Roi au Châtelet.
Après cette audience , le Corps de Ville cut
l'honneur de rendre les refpects à la Reine & àla
Famille Royale .
OCTOBRE . 1756. 219
On apprend par des Lettres de l'Ifle Royale
les circonftances fuivantes d'un combat de M.
Beauffier , qui commande l'Efcadre du Roi , partie
de Breft au mois d'Avril dernier , avec les troupes
que Sa Majesté a fait paffer en Canada. M. Beauf
fier revenant de Québec , faifoit route pour Louifbourg
, lorfque le 16 Juillet il apperçut à la diftance
d'environ trois lieues dans le Sud de ce
dernier Port , deux Vaiffeaux Anglois avec deux
Frégates , qui portoient au plus près du vent pour
le reconnoître. M. Beauffier avoit alors avec le
Vaiffeau le Héros qu'il monte , l'illuftre , commandé
par M. de Montalais , Capitaine de Vaiffeau
, & les Frégates la Lycorne & la Syrene , que
commandent MM. de la Rigaudiere & de Brougnon
, Lieutenans de Vaiffeaux. Profitant du vent
du Nord qui fouffloit , il arriva fur le champ
grand fargue fur les Anglois , qui revirerent
promptement de bord , & prirent chaffe. La
crainte de tomber trop fous le vent de Louisbourg,
où il avoit ordre de remettre des provifions deftinées
pour cette Colonie , l'empêcha de poursuivre
long-temps les Anglois , & il entra le même jour
dans ce Port. Il fe preffa d'y débarquer les effets
dont il étoit chargé , ainfi que quelques malades
de fes équipages ; & le lendemain dès cinq heures
du matin , il fe trouva fous voile , & appareilla
pour aller chercher les ennemis. Vers midi il
reconnut les deux Vaiffeaux qu'il avoit chaffés là
veille , & qui n'avoient plus qu'une Frégate avec
& eux. Il força de voiles pour les joindre , & ils firent
la même maneuvre pour l'éviter. M. de
Breugnon joignit bientôt la Frégate Angloife , &
l'attaqua fi vivement , qu'elle fe replia fous le
canon des deux Vaiffeaux , dont le feu ralentit la
pourfuite de M. de Breugnon , qui fut même
M
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
obligé de s'écarter un peu . Sa manoeuvre fervit
cependant à donner à M. Beauffier le temps d'ap
procher les deux Vaiffeaux Anglois , dont l'un
étoit de 74 & l'autre de 64 canons. Il tira d'abord
fur l'un , comptant que l'autre qui étoit fur fa
hanche alloit être attaqué par M. de Montalais.
Mais le calme qui furvint en ce moment , rendit
inutiles tous les efforts que celui - ci put faire
pour s'approcher ; enforte que M. Beauflier eut à
combattre les deux Vaiffeaux Anglois. Le combat
fut très-vif de part & d'autre jufqu'à fept heures
du foir , qu'un petit vent qui s'éleva , ayant donné
à M. de Montalais occafion de faire de la voile ,
les ennemis en profiterent pour s'éloigner. Le
Vaiffeau le Héros fe trouvant prefque défemparé ,
M. Beauffier fut hors d'état de les pourfuivre.
Il s'occupa durant la nuit à faire changer les
voiles & les manoeuvres qui avoient été coupées
dans le Vaiffeau , & il efpéroit de pouvoir rejoin.
dre les ennemis. Mais le lendemain 20 , à huit
heures du matin , il les apperçut , forçant toujours
de voiles , & à une telle dittance , que ne pou
vant pas fe flatter de les approcher , malgré le
mauvais état où ils paroiffoient être , il prit le
parti de retourner à Louifbourg , pour y réparer
entiérement le dommage que le Vaiffeau le Héros
avoit fouffert. Ce Vaiffeau a reçu dans le combat
plus de deux cens coups de canon , foit dans fes
oeuvres- mortes , foit dans fa mâture , fans compter
ceux qui ont porté au deffous de la flottaifon .
Il y a eu dix-huit hommes tués , quarante buit de
bleffés du nombre des derniers font M. de Faget
, Enfeigne de Vaiffeau , qui a une bleffure
confidérable d'un coup de canon à la cuiffe , &
M. Beauffier lui - même , d'un éclat qui a porré
fur la jambe gauche. Cet Officier eſt arrivé au
OCTOBRE. 1756. 211
les
Port Louis le 9 Septembre , avec les Vaiffeaux le
Héros qu'il commande , PIlluftre & la Frégate
la Sirenne. Il étoit parti de Louifbourg le 13
Août , & il avoit alors avec lui la Frégate la Licorne
, commandée par M. Froger de la Rigaudiere
, laquelle s'étant féparée le jour du départ
dans une brume , eft arrivée à Breft quelques jours
avant ces autres Bâtimens. Pendant leur traverfée
, M. Beauflier a fait huit différentes prifes ,
dont trois font chargées de fucre & d'autres denrées
des Iles de l'Amérique. Il a amené avec lui
quatre cens prifonniers , dans le nombre defquels.
font deux Officiers & cent foixante - un foldats
Allemands , qui étoient deftinés pour le Régiment
Royal Américain.
Les Lettres qu'on a reçues par cette occafion ,
portent que, fuivant les rapports faits par les Capitaines
de deux Goëlettes arrivées depuis peu de
Quebec à Louisbourg , M. de Villiers , Capitaine
dans les troupes du Canada , Commandant
un Détachement compofé de Soldats , Canadiens
& Sauvages , avoit attaqué fur la riviere de
Choueguen un convoi confidérable de Bateaux
Anglois , dont il avoit tué 4 à 500 hommes , fait
60 ou 80 prifonniers , & pris tous les Bateaux ,
que les Anglois avoient abandonnés pour ſe ſauver
à terre.
M. l'Evêque d'Autun fut élût le 19 Août , pour
premplir la place qui vaquoit dans l'Académie
Françoife par la mort du Cardinal de Soubize.
La joie que le fuccès de nos armes a repandu
Fa dans tous les coeurs a été d'autant plus vive , que·
Le l'Europe entiere ne croyoit pas notre marine en
& état de former des entreprifes auffi confidérables .
La Cour a témoigné ſa ſatisfaction à l'occaſion de
ala prife du Fort Saint- Philippe , par les illumina-
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
tions les plus galantes . M. le Duc de Gefvres tou
jours magnifique , après s'être uni au public par
Pillumination de fon Hôtel le jour du Te Deum
chanté à la Chapelle du Roi , & le vingt- cinq
Juillet , jour du feu de joie de la ville de Compiegne
qu'il avoit ordonné comme Gouverneur de
la Province , & après avoir fait couler à la porte
de fon Hôtel des fontaines de vin , s'eft diftingué
le 6 Août par une Fête particuliere , où la magnificence
a répondu au bon goût fi reconnu de ce
Seigneur. Il fit fuccéder à un fouper fomptueux
un Feu d'artifice Italien en plufieurs décorations.
La façade & l'intérieur de fon Hôtel & des Jardins
furent fuperbement illuminés fous divers formes
d'architecture . La Fête fut terminée par un bal
où se trouverent les Princes , les Miniftres , les
Etrangers de diftinction , & toutes les Dames de
la Cour .
Le Roi chaffa le 31 Août dans la Plaine de Grenelle
, & foupa à Mont - Rouge chez M. le Duc de
la Valliere.
Meffieurs de Reillans & de Teffieres , Exempts
des Gardes du Corps dans la Compagnie de Mirepoix
, ayant obtenu leur retraite , le Roi a difpofé
de leurs emplois en faveur de M. le Chevalier de
Flahaut & de M. le Marquis de Vexin. Sa Majefté a
nommé MM . de la Villeneuve & de la Seunniere ,
Brigadiers de la même Compagnie , à la place de
MM. de la Ripiere & de Chateauroy , qui ont
auffi obtenu leur retraite . MM . de Beaupine & de
´la Boire ont été faits fous - Brigadiers. Des Commiffions
de Capitaines de Cavalerie ont été expédiées
à plufieurs Gardes du Corps .
On a arrêté deux Anglois , accufés d'être les
incendiaires , qui ont mis le feu , il y a quelque
temps , à un magaſin de Rochefort.
OCTOBRE. 1756. 223
Des Armateurs de Marſeille y ont conduit fiz
prifes eftimées fix cens mille livres.
Un petit Bâtiment à rames de huit canons ,
forti du même Port , & commandé par le Capitaine
Gaffen , s'eft battu pendant trois heures à
la vue du Port de Livourne , contre un Corfaire
Anglois de vingt canons. On eft informé par
des Lettres de ce dernier Port , que le Corfaire a
eu dix-neuf hommes de tués , & un grand nombre
de bleffés . De fon propre aveu , il étoit prêt à fe
rendre , lorfque l'équipage du Capitaine Gaffen ,
aqui étoit mêlé d'étrangers , refufa de fe préſenter
une quatrieme fois à l'abordage. Ce Capitaine n'a
perdu qu'un homme. Depuis que le Corfaire Anglois
eft retourné à Livourne , où le mauvais état
de fon Vaiffeau l'a obligé de relâcher , on y travaille
à lui faire fon procès , fur ce qu'il a défobéï
à une Ordonnance de l'Empereur , en fortant de
-ce Port avec plus de quatre canons.
M. le Maréchal Duc de Richelieu arriva le premier
de Septembre à Paris , & le même jour il eut
P'honneur de faluer le Roi à Choify . Le , M. le
-Duc de Fronsac eut à Verſailles le même honneur.
Le Roi a nommé M. l'Abbé Comte de Bernis ,
fon Ambaffadeur à la Cour de Vienne ; & M. le
Marquis d'Aubeterre eft défigné pour réfider
avec le même caractere à la Cour de Madrid.
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Résumé : « Le premier Août, vingt-quatre des principaux habitans de Chantilly ont signalé [...] »
En août 1756, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 1er août, les habitants de Chantilly célébrèrent la naissance du Duc de Bourbon et la convalescence de Mademoiselle de Bourbon par une fête en l'honneur du Prince de Condé. La fête débuta par un Te Deum solennel suivi de trente-six coups de canon. Un feu d'artifice fut tiré devant le petit Château, et des bateaux sur la pièce d'eau simulèrent une attaque contre un fort, avec des fusées et des bombes. Le sculpteur Coufinet dirigea l'attaque des bateaux, tandis que les sieurs Capitain et Maurice dirigèrent le reste du feu d'artifice. Après l'artifice, neuf portiques illuminés furent révélés, et un souper suivi d'un bal fut organisé. Le Maréchal Duc de Richelieu céda sa charge de premier Gentilhomme de la Chambre à son fils, le Duc de Fronsac. Le Roi nomma M. de Fremeur gouverneur de Monmédy et le Marquis de Talaru gouverneur des villes et châteaux de Phaltzbourg et de Saltzbourg. Le 9 août, le Roi reçut les comtes d'Egmont et de Balbi comme Chevaliers de l'Ordre de Saint Louis. Des orages violents causèrent des dégâts en Franche-Comté, et le Dauphin passa en revue son régiment de cavalerie à Favières. Le Roi revit également le Régiment Royal, Cavalerie, près de Compiègne. Des ordonnances royales modifièrent l'état-major des brigades du Régiment des Grenadiers de France et augmentèrent les effectifs de plusieurs régiments d'infanterie. Le 15 août, une procession solennelle pour l'Assomption de la Sainte Vierge eut lieu à Paris. Le Roi accorda diverses promotions et pensions à des officiers des Mousquetaires. L'Académie Royale des Sciences choisit le Chevalier de Borda comme Adjoint-Géomètre et élut M. Necker comme Correspondant. Les députés des États de Languedoc furent reçus par le Roi et la famille royale. Le Comte de Merle fut désigné ambassadeur auprès du Roi de Portugal. Le Roi nomma plusieurs brigadiers et fit les préparatifs pour tenir son Lit de Justice à Versailles, où le Parlement et les pairs se rassemblèrent le 21 août. Le 25 août, le Corps de Ville se rendit à Versailles et prêta serment de fidélité au roi. Le Comte d'Argenson présenta un scrutin rédigé par M. de la Live de la Briche, Avocat du Roi au Châtelet. Le Corps de Ville rendit ensuite hommage à la Reine et à la Famille Royale. Des lettres de l'Île Royale rapportèrent un combat impliquant M. Beaufier, commandant une escadre partie de Brest en avril 1756 pour le Canada. Beaufier engagea un combat contre deux vaisseaux anglais près de Louisbourg, subissant de lourds dommages et plusieurs blessés. Il captura huit navires ennemis et amené quatre cents prisonniers. M. de Villiers attaqua un convoi anglais sur la rivière de Choueguen, tuant plusieurs centaines d'hommes et capturant des bateaux. En France, M. l'Évêque d'Autun fut élu à l'Académie Française pour remplacer le Cardinal de Soubize. La Cour célébra les succès militaires par des illuminations et des fêtes. Le Roi nomma l'Abbé Comte de Bernis ambassadeur à Vienne et le Marquis d'Aubeterre à Madrid.
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81
p. 207-209
De Versailles, le 30. Novembre.
Début :
Le Sieur de la Live, Introducteur des Ambassadeurs, est allé aujourd'hui prendre [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Roi de France, Cardinal, Audience, Cérémonies, Famille royale, Contrat de mariage
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texteReconnaissance textuelle : De Versailles, le 30. Novembre.
De Versailles , le 30. Novembre.
LE Sieur de la Live , Introducteur des Ambaſſadeurs
, eſt allé aujourd'hui prendre dans les
Carrofles du Roi & de la Reine , le Cardinal de
Bernis , en fon Hôtel , & il l'a conduit chez le
Roi , avec l'Abbé Archinto , Camerier du Pape ,
nommé par Sa Sainteté pour apporter le Bonnet
au Cardinal de Bernis. Avant la Melle du Roi ,
l'Abbé Archinto a été conduit , avec les cérémonies
accoutumées , à l'Audience que le Roi
lui a donnée dans fon Cabinet ; & il´a préſenté
à Sa Majeſté , un Bref de Sa Sainteté. Après cette
Audience , le Roi eſt deſcendu a la Chapelle où
le Cardinal de Bernis s'eft rendu , à la fin de
la Meſſe , étant conduit par le même Introducteur.
Le fieur Deſgranges , Maître des Cérémonies
, a reçu à la porte de la Chapelle , le Cardinal
de Bernis ; lequel eft allé fe placer près du
208 MERCURE DE FRANCE.
>
>
Prie- Dieu du Roi , du côté de l'Evangile , & s'eſt
mis à genoux fur un Carreau . L'Abbé Archinto
revêtu de fon habit de Cérémonie , ayant remis
entre les mains du Cardinal de Bernis le Bref
du Pape , eft allé prendre fur la Crédence près
de l'Autel du côté de l'Epitre , un baſſin de vermeil
fur lequel étoit le Bonnet & il l'a préfenté
au Roi. Sa Majeſté a pris le Bonnet & l'a
mis fur la tête du Cardinal de Bernis , qui a
fait fon remerciment à Sa Majeſté , & a été conduit
à l'Audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence
, de Monfeigneur le Comte d'Artois , de
Madame Infante , de Madame , & de Meſdames
Victoire , Sophie , & Louiſe avec les cérémonies
accoutumées.
Le même jour , le Roi , la Reine & la Famille
Royale fignerent le Contrat de mariage du fieur
de Croifmare , Ecuyer ordinaire du Roi à la petite
Ecurie , avec la Demoiſelle de Courmont .
Ce même jour 30. Sa Majefté tint le Sceau
pour la trente- neuvième fois .
Le même jour , le Comte de Luface arriva ici
de l'Armée de Weftphalie.
Le 3. de ce mois , le Duc de Choiseul prêta
ferment entre les mains du Roi , pour la Charge
de Secretaire d'Etat , au Département des Affaires
Etrangeres.
Le même jour , le Marquis d'Eſcars prêta ferment
pour la Lieutenance de Roi du Limouſin.
Le Roi , la Reine & la Famille Royale ont figné
ce même jour le Contrat de mariage du Marquis
d'Oleançon , Meftre de Camp de Cavalerie
Exempt des Gardes du Corps , avec Demoiſelle
Marguerite-Anne- Louife de Pierrepont,
LE Sieur de la Live , Introducteur des Ambaſſadeurs
, eſt allé aujourd'hui prendre dans les
Carrofles du Roi & de la Reine , le Cardinal de
Bernis , en fon Hôtel , & il l'a conduit chez le
Roi , avec l'Abbé Archinto , Camerier du Pape ,
nommé par Sa Sainteté pour apporter le Bonnet
au Cardinal de Bernis. Avant la Melle du Roi ,
l'Abbé Archinto a été conduit , avec les cérémonies
accoutumées , à l'Audience que le Roi
lui a donnée dans fon Cabinet ; & il´a préſenté
à Sa Majeſté , un Bref de Sa Sainteté. Après cette
Audience , le Roi eſt deſcendu a la Chapelle où
le Cardinal de Bernis s'eft rendu , à la fin de
la Meſſe , étant conduit par le même Introducteur.
Le fieur Deſgranges , Maître des Cérémonies
, a reçu à la porte de la Chapelle , le Cardinal
de Bernis ; lequel eft allé fe placer près du
208 MERCURE DE FRANCE.
>
>
Prie- Dieu du Roi , du côté de l'Evangile , & s'eſt
mis à genoux fur un Carreau . L'Abbé Archinto
revêtu de fon habit de Cérémonie , ayant remis
entre les mains du Cardinal de Bernis le Bref
du Pape , eft allé prendre fur la Crédence près
de l'Autel du côté de l'Epitre , un baſſin de vermeil
fur lequel étoit le Bonnet & il l'a préfenté
au Roi. Sa Majeſté a pris le Bonnet & l'a
mis fur la tête du Cardinal de Bernis , qui a
fait fon remerciment à Sa Majeſté , & a été conduit
à l'Audience de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , de Monfeigneur le
Duc de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence
, de Monfeigneur le Comte d'Artois , de
Madame Infante , de Madame , & de Meſdames
Victoire , Sophie , & Louiſe avec les cérémonies
accoutumées.
Le même jour , le Roi , la Reine & la Famille
Royale fignerent le Contrat de mariage du fieur
de Croifmare , Ecuyer ordinaire du Roi à la petite
Ecurie , avec la Demoiſelle de Courmont .
Ce même jour 30. Sa Majefté tint le Sceau
pour la trente- neuvième fois .
Le même jour , le Comte de Luface arriva ici
de l'Armée de Weftphalie.
Le 3. de ce mois , le Duc de Choiseul prêta
ferment entre les mains du Roi , pour la Charge
de Secretaire d'Etat , au Département des Affaires
Etrangeres.
Le même jour , le Marquis d'Eſcars prêta ferment
pour la Lieutenance de Roi du Limouſin.
Le Roi , la Reine & la Famille Royale ont figné
ce même jour le Contrat de mariage du Marquis
d'Oleançon , Meftre de Camp de Cavalerie
Exempt des Gardes du Corps , avec Demoiſelle
Marguerite-Anne- Louife de Pierrepont,
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Résumé : De Versailles, le 30. Novembre.
Le 30 novembre à Versailles, le Sieur de la Live a introduit le Cardinal de Bernis et l'Abbé Archinto auprès du Roi. L'Abbé Archinto a remis un bref papal au Roi lors d'une audience privée. Après la messe, le Cardinal de Bernis a reçu le bonnet cardinalice du Roi, en présence de l'Abbé Archinto, puis a été présenté à la Reine, au Dauphin, à la Dauphine et à d'autres membres de la famille royale. Le même jour, le Roi, la Reine et la famille royale ont signé le contrat de mariage du Sieur de Croismare avec la Demoiselle de Courmont. Le Roi a également tenu le Sceau pour la trente-neuvième fois. Le Comte de Luface est revenu de l'Armée de Westphalie. Le Duc de Choiseul a prêté serment pour la charge de Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères, et le Marquis d'Escars pour la Lieutenance du Roi du Limousin. Enfin, le contrat de mariage du Marquis d'Oléron avec la Demoiselle Marguerite-Anne-Louise de Pierrepont a été signé.
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82
p. 204-205
AVIS.
Début :
Jeudi, 14 du mois de Février 1760, les Religieux Cordeliers du grand Couvent [...]
Mots clefs :
Madame Infante, Repos de l'âme, Service religieux, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Jeudi , 14 du mois de Février 1760 , les Religieux
Cordeliers du grand Couvent de Paris , ont
célébré dans leur Eglife , un fervice folemnel pour
le repos de l'ame , de feue Son Alteffe Royale
Madame Infante , Ducheffe de Parme , &c. Mère
& Protectrice de l'Ordre de faint François , fuivant
les intentions de leur Révérendiffime Père Général
, Clément de Palerme , & conformément aux
ordres par lui donnés à tous les Couvents du même
Inftitut. Des Ambaffadeurs de différentes
Cours y ont été invités . Son Excellence , M. le
Comte d'Argental , Miniftre Plénipotentiaire de
celle de Parme , y a fignalé fon zèle & fa piété.
MARS. 1760. 205
LE PUBLIC eft averti que la Confrérie du
S. Efprit , établi au couvent de Courbevois , a fait
chanter le cinq Février , au couvent des Révérends
Pères Récollets de Verfailles , un fervice pour le
repos de l'ame , de Très- Haute , Très- Puillante
& Très-Excellente Princeffe , Madame l'Infante
d'Efpagne ; où Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Mefdames de France , ont eu la
bonté d'afflifter.
Jeudi , 14 du mois de Février 1760 , les Religieux
Cordeliers du grand Couvent de Paris , ont
célébré dans leur Eglife , un fervice folemnel pour
le repos de l'ame , de feue Son Alteffe Royale
Madame Infante , Ducheffe de Parme , &c. Mère
& Protectrice de l'Ordre de faint François , fuivant
les intentions de leur Révérendiffime Père Général
, Clément de Palerme , & conformément aux
ordres par lui donnés à tous les Couvents du même
Inftitut. Des Ambaffadeurs de différentes
Cours y ont été invités . Son Excellence , M. le
Comte d'Argental , Miniftre Plénipotentiaire de
celle de Parme , y a fignalé fon zèle & fa piété.
MARS. 1760. 205
LE PUBLIC eft averti que la Confrérie du
S. Efprit , établi au couvent de Courbevois , a fait
chanter le cinq Février , au couvent des Révérends
Pères Récollets de Verfailles , un fervice pour le
repos de l'ame , de Très- Haute , Très- Puillante
& Très-Excellente Princeffe , Madame l'Infante
d'Efpagne ; où Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine , Mefdames de France , ont eu la
bonté d'afflifter.
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Résumé : AVIS.
Le 14 février 1760, les Cordeliers du grand Couvent de Paris ont célébré un service solennel pour le repos de l'âme de Madame Infante, Duchesse de Parme. Cet événement a été organisé selon les directives du Père Général Clément de Palerme et les ordres transmis à tous les couvents de l'Ordre de saint François. Des ambassadeurs de diverses cours ont été invités, et le Comte d'Argental, Ministre Plénipotentiaire de la cour de Parme, a manifesté son zèle et sa piété. Par ailleurs, la Confrérie du Saint-Esprit, établie au couvent de Courbevoie, a fait chanter un service le 5 février au couvent des Pères Récollets de Versailles pour le repos de l'âme de Madame l'Infante d'Espagne. À cette occasion, Monseigneur le Dauphin, Madame la Dauphine et Mesdames de France ont assisté à la cérémonie.
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83
p. 193-194
De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Début :
Le Sieur Tiepolo, Ambassadeur de Venise, eut le 10 de ce mois, [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, République de Venise, Audience, Département des affaires étrangères, Ministres, Famille royale, Contrat de mariage, Comtesse, Marquis, Serment
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texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
De COMPIEGNE , le 20 Juillet 1763 .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
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Résumé : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Le 20 juillet 1763, à Compiègne, le Sieur Tiepolo, ambassadeur de Venise, a obtenu une audience avec le Roi. Il a présenté le Chevalier de Morofini et le Sieur de Quirini, ancien ambassadeur de Venise à Londres, qui ont pris congé de Sa Majesté. Ils ont été accompagnés par le Sieur de la Live, Introducteur des Ambassadeurs, lors des audiences avec la Reine et la Famille Royale. Le Baron de Breteuil, de retour de Russie, a été présenté le 14 juillet par le Duc de Praslin, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Le Roi l'a nommé ambassadeur en Suède. Le 17 juillet, Leurs Majestés et la Famille Royale ont signé le contrat de mariage entre le Comte de Canizy, Exempt des Gardes du Corps, et Mademoiselle de Vally. La Comtesse de Butturin a été présentée le même jour à Leurs Majestés et à la Famille Royale par la Duchesse de Praslin. Le 19 juillet, le Marquis de la Rochejaquelin, Capitaine de Dragons réformé, a prêté serment entre les mains du Roi pour la Lieutenance de Roi du Poitou.
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84
p. 193-194
De RATISBONNE, le 19 Novembre 1763.
Début :
Voici la liste des noms des Ambassadeurs qui doivent assister [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, Assemblée électorale, Barons, Comte, Conseiller d'État
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 19 Novembre 1763.
De RATISBONNE , le 19 Novembre 1763 .
Voici la liste des noms des Ambaſſadeurs qui
doivent affifter à l'Aſſemblée Electorale convoquée
à Ausbourg pour le 15 Décembre prochain.
De la part de l'Electeur de Mayence , les Barons
d'Erthal & de Grofchlag ; de Treves , les Barons
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
de Breidenbach & de Keffelstadt , & le fieur de
Munch ; de Cologne , le Comte de Hohenzollern
& le Baron de Francken Sierstorff ; de Bohéme ,
Prince Efterhazy , le Comte de Pergen & le Baron
de Borić , Confeiller d'Etat ; de Saxe , le Comte
de Rex & le Baron de Ponickau ; de Brandebourg,
le Comte de Reuſſ & le Baron de Plotho ; de Baviere
, le Comte de Paumgarten & le Baron de
Schneid ; Palatin , le Comte de Linange & le Ba-
1on de Beckers , & de Hanovre , les Barons de
Buſch & de Gemmingen.
Voici la liste des noms des Ambaſſadeurs qui
doivent affifter à l'Aſſemblée Electorale convoquée
à Ausbourg pour le 15 Décembre prochain.
De la part de l'Electeur de Mayence , les Barons
d'Erthal & de Grofchlag ; de Treves , les Barons
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
de Breidenbach & de Keffelstadt , & le fieur de
Munch ; de Cologne , le Comte de Hohenzollern
& le Baron de Francken Sierstorff ; de Bohéme ,
Prince Efterhazy , le Comte de Pergen & le Baron
de Borić , Confeiller d'Etat ; de Saxe , le Comte
de Rex & le Baron de Ponickau ; de Brandebourg,
le Comte de Reuſſ & le Baron de Plotho ; de Baviere
, le Comte de Paumgarten & le Baron de
Schneid ; Palatin , le Comte de Linange & le Ba-
1on de Beckers , & de Hanovre , les Barons de
Buſch & de Gemmingen.
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Résumé : De RATISBONNE, le 19 Novembre 1763.
Le document du 19 novembre 1763 convoque les ambassadeurs à l'Assemblée Electorale d'Augsbourg du 15 décembre. Les représentants incluent les Barons d'Erthal et de Grofchlag pour Mayence, les Barons de Breidenbach et de Keffelstadt pour Trèves, et le Comte de Hohenzollern pour Cologne. La Bohême est représentée par le Prince Esterházy, la Saxe par le Comte de Rex, et le Brandebourg par le Comte de Reuss. La Bavière est représentée par le Comte de Paumgarten, le Palatinat par le Comte de Linange, et Hanovre par les Barons de Busch.
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85
p. 160-162
CÉREMONIES PUBLIQUES.
Début :
Le 9 Septembre, l'Archevêque de Colosse, Nonce Ordinaire du Pape, [...]
Mots clefs :
Archevêque, Nonce ordinaire du Pape, Prince, Ambassadeurs, Carosse, Comte, Comtesses, Soldats, Chevaux, Audience, Officiers, Monseigneur, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉREMONIES PUBLIQUES.
CEREMONIES PUBLIQUES.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
LE , E9 Septembre , l'Archevêque de Coloffe ,
Nonce Ordinaire du Pape , fit fon entrée publique
en cette Ville. Le Prince de Marfans & le fieur lå
Live de la Briche , Introdu &teur des Ambaſſadeurs ,
allerent le prendre dans les carrolles de Leurs
Majeftés au Couvent de Picpus , d'où lamarche fe
fit dans l'ordre fuivant : un détachement du Guet
à cheval , le Commandant à la tête ; le caroffe
de l'Introducteur ; celui du Prince de Marfans ;
deux Suiffes de l'Ambaſſadeur à cheval ; la Livrée
à pied ; fix de fes Officiers à cheval ; un Ecuyer &
fix Pages à cheval ; le caroffe du Roi à côté duquel
marchoient la Livrée du Prince de Marfans
& celle de l'Introducteur ; le carroffe de
la Reine , dans lequel étoient l'Auditeur de la
Nonciature & le fieur de Sequeville , Sécrétaire
Ordinaire du Roi à la conduite des Ambaffadeurs ,
fes Gens aux portieres ; le carroffe de Madame la
Dauphine ; ceux du Duc d'Orléans , du Duc de
Chartres , du Prince de Condé , du Comte de Clermont
, de la Princeffe de Conty , du Prince de
Conty , du Comte de la Marche , de la Comteffe
de la Marche , du Comte d'Eu , de la Comteſſe de
Toulouſe , du Duc de Penthievre , du Prince de
Lamballe & celui du Duc de Praflin , Miniftre
& Secrétaire d'Etat ayant le Département des
Affaires Etrangères. Les quatre carroffes du Nonce
marchoient enfuite à une diftance de vingt à
trente pas. Un fecond détachement du Guet à
eheval fermoit la marche. Lorsque le Nonce
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté , de
la part du Roi par le Duc de Fleury , premier
NOVEMBRE . 1764. 16
.la
Gentilhomme de la Chambre de Sa Majefté ; de
part de la Reine , par le Chevalier de Talaru ,
fon premier Maître d'Hôtel en furvivance ; de la
part de Madame la Dauphine , par le Comte de
Mailly ,fon premier Ecuyer , & de la part de
Madame Adélaïde , par le Marquis de L'hôpital ,
premier Ecuyer de cette Princefe ...
Le II , le Prince de Marfans & le fieur la Live
de la Briche , Introducteur des Ambaſſadeurs , allerent
prendre le Nonce en fon Hôtel dans les
carroffes du Roi & de la Reine , & ils le conduifirent
à Versailles où il eut fa premiere audience.
publique du Roi le Nonce trouva à fon paffage ,
dans l'avant- cour du Château ; les Compagnies
des Gardes - Françoifes & Suiffes fous les armes , les
tambours appellant ; dans la cour , les Gardes de
la Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les
armes , à leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier ,
les Cent-Suiffes la hallebarde à la main. Il fur
reçu , en-dedans de la Salle des Gardes , par
le Marquis de Villeroi , Capitaine des Gardes
du Corps , lefquels étoient en haie & fous les
armes. Après l'audience du Roi , le Nonce fut
conduit à l'audience de la Reine , à celles de
Monfeigneur le Dauphin & de Madame la Dau
phine , par le Prince de Marfans & par l'Introducteur
des Ambaffadeurs ; après quoi il fur
conduit à celles de Monfeigneur le Duc de Berry ,
de Monfeigneur le Comte de Provence & de Mon
feigneur le Comte d'Artois ; enfuite à celle de
Madame Adélaïde , & à celle de Mefdames Vic
toire , Sophie & Louife ; & , après avoir été fervi
à fon traitement par les Officiers du Roi , il fut
reconduit à Paris dans les carroffes de Leurs Majenés.
Le Marquis de Montpefat , créé Duc par le feu
162 MERCURE DE FRANCE:
Pape Benoit XIV , a eu l'honneur d'être pré
fenté au Roi , à la Reine & à la Famille Royale ,
le 12 Octobre par le Duc d'Aumont , premier
Gentilhomme de la Chambre.
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Résumé : CÉREMONIES PUBLIQUES.
Le 9 septembre, l'Archevêque de Coloffe, Nonce Ordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accompagné par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche, qui le prirent au Couvent de Picpus et le conduisirent en procession à son hôtel. La procession incluait des détachements du Guet à cheval, des carrosses de la famille royale et ceux des princes et princesses de la cour. À son arrivée, il fut complimenté par des représentants du Roi, de la Reine, de la Dauphine et de Madame Adélaïde. Le 11 novembre, le Nonce fut conduit à Versailles pour sa première audience publique par le Prince de Marfans et le sieur de la Briche. Il fut accueilli par les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que les Cent-Suisses sur l'escalier. Après l'audience du Roi, il rencontra la Reine, le Dauphin, la Dauphine, le Duc de Berry, le Comte de Provence, le Comte d'Artois, Madame Adélaïde, et Mesdames Victoire, Sophie et Louise. Il fut ensuite reconduit à Paris dans les carrosses du Roi et de la Reine. Le 12 octobre, le Marquis de Montpezat, créé Duc par le Pape Benoît XIV, fut présenté au Roi, à la Reine et à la Famille Royale par le Duc d'Aumont, premier Gentilhomme de la Chambre.
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