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Détail
Liste
11801
p. 108-112
Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Début :
Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apollon, contenant des anecdotes intéressantes ; [...]
Mots clefs :
Almanach, Anecdotes, Littéraire, Année, Poète, Notice, Ouvrages, Bernard le Bouyer de Fontenelle
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texteReconnaissance textuelle : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
Alinanach Littéraire ou Étrennes d'Apol
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
lon , contenant des anecdotes intéreffantes
; les faillies de MM: de:
Montefquieu , Duclos , Roi , Poëte.
lyrique , Rouffeau de Genève , Saint-
Foix , &c. diverfes poëfies nouvelles ;
plufieurs jolies chanfons ; un frag
AVRIL. 1778. 1091
ment de la Fontaine , trouvé depuis
peu ; un morceau d'Homère , traduit
en vers françois par M. de Voltaire ;
quelques lettres de ce grand Poëte à
M. Helvétius ; un difcours d'Adam à
Éve , tiré d'une nouvelle traduction
de Milton , qui paroîtra bientôt ; une
notice des principaux Ouvrages mis
au jour en 1777 ; des diverfités curieufes
; une fable de M. Feutry , &
autres pièces amufantes. Vol . in- 12
petit format. Prix 1 liv . 4 fols . A
Paris , chez la veuve Duchefne , rue
Saint- Jacques ; Valleyce l'aîné , rue
vieille Bouclerie ; Prault , fils aîné ,:
quai des Auguftins ; Berton , rue
Saint-Victor ; Bastien , rue du Petit-
Lion ; Ruault , rue de la Harpe ;
Efprit , au Palais Royal.
Cet Almanach Littéraire ' fait fuite à
celui du même format , publié l'année
dernière . Le Public a très bien accueilli
ce premier volume , ce qui a engagé
l'Editeur à faire de nouvelles recherches
pour rendre le fecond encore plus inté
reffant ; & fes foins n'ont point été infructueux.
Nous pouvons même ajouter
que le nouvel Almanach Littéraire préMERCURE
DE FRANCE.
rompues ,
fente plus de variété que celui de l'année
dernière ; ce qui doit être agréable à
ceux qui veulent faire des lectures inter-
& qu'ils puiffent quitter
ou reprendre fans fatigue . Ils liront avec
plaifir dans ce recueil , plufieurs marceaux
de Poéfie & de Littérature , & ils
aimeront à fe rappeler différentes anecdotes
plus ou moins connues .
Dans une Société où l'on frondoit cette
foule de remèdes qui guériffent par
hazard , & qui le plus fouvent occafionnent
des maladies ou les rendent plus
rébelles , un homme connu die en plaifantant
Le Médecin le plus digne
» d'être confulté , eft celui qui croit le
» moins à la Médecine » .
Un Chef de Cabale fe déchaîne au
café contre un jeune Poëte dont on alloit
jouer la Pièce. L'un de ceux qui l'écoutoient
, lui demanda s'il connoiffoit cet
Auteur ? Affurément , dit- il , je le
» connois , & je m'intérefferois à lui ;
» mais fa préfomption opiniâtre me l'a
» fait abandonner. La Pièce qu'il donne
aujourd'hui il me l'a lue , je lui en ai
montré les défauts ; mais il eft fi plein-
» de lui - même , qu'il n'a rien voulu
>> corriger. J'ai tort , lui répondit le
و ر
"
AVRIL. : 778.
jeune homme ; mais , Monfieur , ce
» n'eft pas affez de connoître les gens ,
il faut les reconnoître ». 24
Rigaud faifoit le , portrait d'une jolie,
femme; il s'apperçut que, dès qu'il travailloir
à la bouche , la Dame s'efforçoit de
la rendre plus petite , & mettoit fes.
lèvres dans la plus violente contraction .
L'Artifte impatienté de ce manège lui.
dit « Mais ne vous génez pas , Ma-
» dame , ceffez de tant fermer la bouche ;
» pour peu que vous le defiriez , je n'en
» mettrai pas du tout »
- Un Particulier demandoit à M. Chardin
un tableau ; il vouloit fur- tour que
les couleurs en fuffent très -vives & trèsbrillantes.
Eh ! qui vous a dit , s'écria
» l'Artifte avec vivacité , qu'on fait des
» Tableaux avec des couleurs ? »>
و د
Un Journaliste de Trévoux ayant occafion
de voir M. de Fontenelle , lui dit
qu'il avoit compofé quelques obſervations
critiques fur un de fes Ouvrages ,
mais qu'il ne les imprimeroit pas fans fon
confentement. « J'y confens de grand
coeur , reprit M. de Fontenelle , cela
» fera toujours fon effet » . Cette collec- {
tion préfente fur M. de Fontenelle plufieurs
autres anecdotes que Pon pourra
30
墜
FI2 MERCURE DE FRANCE.
joindre à celles inférées dans le volume de
' année dernière .
Cet Almanach littéraire eft terminé ,
comme le premier , par une notice des
principaux Ouvrages publiés pendant
l'année ; & cette notice n'eft pas la partie
la moins intéreffante du recueil ; parce
que l'Éditeur s'eft principalement appliqué
à préfenter à fon Lecteur quelques
traits faillants de l'écrit qu'il lui rappelle
à la mémoire.
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Résumé : Almanach Littéraire, [titre d'après la table]
L'Almanach Littéraire ou Étrennes d'Apol, publié en avril 1778, est un recueil contenant diverses contributions littéraires et anecdotiques. Il inclut des anecdotes sur des figures notables telles que Montesquieu, Duclos, Rousseau et Voltaire. Le recueil propose également des poèmes nouveaux, des chansons, un fragment de La Fontaine, une traduction d'Homère par Voltaire, des lettres de Voltaire à Helvétius, et un discours d'Adam à Ève extrait d'une nouvelle traduction de Milton. De plus, il présente une notice des principaux ouvrages publiés en 1777 et diverses curiosités. L'édition est disponible en petit format in-12 au prix de 1 livre 4 sols et peut être achetée chez plusieurs libraires à Paris. Cet Almanach Littéraire succède à celui de l'année précédente, qui avait été bien accueilli par le public. L'éditeur a enrichi cette nouvelle édition de divers morceaux de poésie et de littérature, ainsi que d'anecdotes variées. Parmi les anecdotes notables, on trouve des discussions sur la médecine, des critiques littéraires, et des interactions entre artistes et leurs sujets. Par exemple, un chef de cabale critique un jeune poète, un artiste peintre décrit une interaction avec une modèle, et un dialogue entre un particulier et le peintre Chardin. Une autre anecdote implique M. de Fontenelle et un journaliste de Trévoux. L'ouvrage se termine par une notice des principaux ouvrages publiés durant l'année, soulignant les traits saillants de chaque œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11802
p. 344-345
De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Début :
Le Marquis d'Almodovar, Ambassadeur de S. M. C. à Londres, eut l'honneur d'être présenté le 3 [...]
Mots clefs :
Roi, Famille royale, Histoire, Remerciements, Parlement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
De VERSAILLES , le 20 Juillet.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
,
Le Marquis d'Almodovar , Ambaſſadeur de S.
M. C. à Londres , eut l'honneur d'être préſenté le 3
de ce mois au Roi par le Ministre des affaires
étrangères. Les , la Marquiſe de la Meth fut préſentée
au Roi &à la famille Royale , par la Comteffe
de la Meth. Le 11 , M. De Pons , ci-devant Intendant
du Bourbonnois , qui à ſon retour ici avoit
été nommé à l'Intendance de Rouen , & qui vient de
( 345 )
P'être à celle de Metz , fut préſenté au Roi par le
Miniſtre de la Guerre , pour faire ſes remercimens
àS. M. ,& prendre congé d'elle. M. Joly de Fleury ,
Avocat-Général du Parlement de Paris , fut préſenté
le 12 au Roi par M. le Garde des Sceaux , pour lui
faire ſes remercimens de la furvivance de la charge
de Procureur-Général du même Parlement , que S.
M. lui a accordé.
:
Les , LL. MM. & la Famille Royale , ſignèrent
le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes ,
avec Demoifelle Bastard .
Le même jour , le Comte de Gerecourt préſenta à
LL. MM. & à Monfieur , un ouvrage de ſa compoſition
intitulé : Eſſai fur l'Histoire de la Maiſon
d'Autriche , dont la Reine avoit accepté la dédicace.
M. de Bordenave , de l'Académie Royale des Sciences
&de celle de Chirurgie , Profeſſeur Royal , Membre
des Académies, de Rouen , de Lyon & de celle de
Florence, préſenta le même jour au Roi un Effai en
deux volumes fur la Physiologie ou Physique du
Corps Humain. M. Moreau préſenta le 9 & le II
à LL. MM. & à la Famille Royale , les tomes V &
VI des Principes de Morale , de Politique & de
Droit Public , puisés dans l'Histoire de la Monarchie
, ou Discours ſur l'Histoire de France , dédiés
au Roi. Le 12 , M. Navier , Médecin de la Faculté
de Paris , préſenta à LL. MM. , un ouvrage de ſon
pere , Médecin à Châlon- fur- Marne , ſur les contrepoiſons
de l'Arſenic , du Sublimé-Corrofif , du
Verd-de-Gris & du plomb.
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Résumé : De VERSAILLES, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Versailles. Le Marquis d'Almodovar, ambassadeur à Londres, a été présenté au Roi par le Ministre des affaires étrangères. La Marquise de la Meth a été présentée au Roi et à la famille royale par la Comtesse de la Meth. Le 11 juillet, M. De Pons, ancien Intendant du Bourbonnais, a été présenté au Roi par le Ministre de la Guerre avant de devenir Intendant de Metz. Le 12 juillet, M. Joly de Fleury, Avocat-Général du Parlement de Paris, a remercié le Roi pour la survivance de la charge de Procureur-Général du Parlement. Ce même jour, Leurs Majestés et la famille royale ont signé le contrat de mariage de M. Gravier de Vergennes avec Mademoiselle Bastard. Le Comte de Gerecourt a présenté un ouvrage sur l'histoire de la Maison d'Autriche. M. de Bordenave a offert un essai sur la physiologie humaine. M. Moreau a présenté les tomes V et VI des 'Principes de Morale, de Politique et de Droit Public'. Enfin, M. Navier a présenté un ouvrage sur les contrepoisons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11803
p. 345-357
De PARIS, le 20 Juillet.
Début :
La flotte de Brest a appareillé le 8 de ce mois ; on peut juger des dispositions des équipages, [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Roi, Canons, Frégates, Général, Comte, Officiers, Escadre, Équipages, Capitaine, Anglais, Frégate, Chef, Guerre, État, Navires, Prises, Armée, Canard-chat, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 20 Juillet.
De PARIS , le 20 Juillet .
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
La flotte de Breſt a appareillé le 8 de ce
mois ; on peut juger des diſpoſitions des équipages
, par cette lettre en date du 6 de ce mois ,
qu'elle étoit encore dans la rade. La flotte appareillera
au premier bon vent , & toutes les diſpon-
Ps
( 346 )
tions ſont faites en conféquence; les vents d'Ouest
qui ſoufflent depuis quelques jours , ne répondent
pas à l'empreſſement que nous avons de voir la
pleine mer , & nous faiſons des voeux bien ſincères
pour qu'ils changent. Le Vicomte d'Eſcars , commandant
la Prudente , mouilla hier ici. Le 26 du
mois paflé , il a vu 22 vaiſſeaux & quelques frégates ,
relâchant à Portsmouth ; c'eſt ſans doute l'Amiral
Keppel , & l'Amiral Byron ſera allé en Amérique.
Un paquebot Américain venant du Connecticut ,
relâcha ici le 3 ; le Capitaine charge de paquets
pour la Cour , doit les y avoir portés. Il a dit que
les Anglois étoient au moment d'évacuer Philadelphie
, qu'il y avoit une grande déſertion dans leur
armée ; que les Américains attendoient avec impatience
l'eſcadre de M. le Comte d'Estaing , & que
ce Général leur avoit été annoncé par deux frégates
Françoiſes « .
Ces nouvelles contrediſent pleinement celles que
les Anglois avoient répandues de la défaite du Général
Washington par le Général Clinton. Cette
nouvelle au reſte n'avoit pas fait grande fortune ,
puiſqu'au moment de ſa publication , on avoit fait
des paris de soo louis , que l'armée de Philadelphie
fubiroit le fort de celle du Général Burgoyne. 1
>>>Le Comte d'Orvilliers , Lieutenant- Général ,
commande en chef l'armée diviſée en trois eſcadres.
L'eſcadre blanche eſt ſous le pavillon du Général ;
la blanche & bleue , fous celui du Comte Duchaffault
, Lieutenant - Général ; & l'eſcadre bleue , ſous
Gelui du Duc de Chartres , Lieutenant-Général. Les
Commandans de la ſeconde & de la troiſième divifion
de chaque eſcadre , font , de la blanche , le
Comte de Guichen , chef d'eſcadre , & M. Hector
, Capitaine de vaiſſeau ; de la blanche & bleue ,
le Comte de Rochechouart , chef d'eſcadre , & le
Chevalier de Bauffet , Capitaine de vaiſſeau ; & de la
bleue , le Comte de Graffe , chef d'eſcadre , & le
( 347 )
Chevalier de Monteil , Capitaine de vaifſeau. Les.
Capitaines de Pavillon des trois Commandans d'efcadre,
font , du Général , M. Dupleſſis -Parfault;
du Comte Duchaffault , M. Huon de Kermadec ;
& du Duc de Chartres , M. de la Mothe-Piquet ,
chef d'eſcadre , & ſous cet Officier-Générať , M. de
Montpéroux , Capitaine de vaiſſeau .
>> Le 9 , l'armée étant ſur Oueſſant , la corvette la
Curieuse, de 10 canons de 4, commandée par le
Chevalier du Rumain , qui chaſſoit en avant , a
pourſuivi un bâtiment dont elle avoit fait la découverte.
Etant arrivée à portée de voix , elle lui a crié
de mettre en panne; le bâtiment que ſon pavillon annonçoit
être Anglois , n'a point exécuté la manoeuvre
àlaquelle il étoit invité. La frégate l'Iphigénie , commandée
par M. de Kerſaint , qui chaſſoit pareillement
en avant de l'armée , a joint le bâtiment à cet
inftant , & l'a hélé , en lui diſant qu'il falloit qu'il
vint parler au Général. Sur le refus formel qu'en a
fait ce Capitaine, M. de Kerſaint a ordonné qu'on
fit feu. Le bâtiment a amené ſon pavillon ; c'eſt
le Lively , frégate Angloiſe de 22 canons de 9 , &
de Iso hommes d'équipage commandée par
M. Biggs , Capitaine de vaiſſeau; la frégate du Roi
l'ayant amené au Général , le Comte d'Orvilliers a
penſé qu'il devoit la faire conduire à Breft , où elle
eſt arrivée le 10 , ſous l'eſcorte de l'Iphigénie «.
,
Aux détails que nous avons donnés du combat de
la Belle Poule & de ſes ſuites nous joindrons
ceux-ci que nous avons reçus de Breſt. » Le Chevalier
de Capellis , qui commandoit la batterie pendant
le combat , a tiré 850 coups de canons , &
l'activité de ce brave Officier , a ſervi d'exemple à
tout l'équipage. Auſſi à ſon arrivée dans le port ,
la Marquiſe d'Aubererre , épouſe du Cominandant
deBretagne , a été à la tête des Dames de la Ville ,
lui porter une cocarde. La valeur ne peut ambitionnerun
prix plus agréable ; elle en a cependant reçu
P6
(348 )
un autre bien cher à l'honneur François. Le Chevalier
de Capellis a reçu une lettre très-flatteuſe du
Miniſtre , qui lui marque que le Roi lui fait bon
gré de ſes ſervices , & qu'il ne l'oubliera pas. On
raconte qu'un des ſoldats de la frégate , qui avoir
été auparavant garde-chaffe , ajuſtoit fi bien fon
homme , que de ſes quatre premiers coups de fufil ,
il tua quatre Anglois ſur l'Arétuse. Ses camarades ,
témoins de ſon adreſſe , & regrettant le tems qu'il
perdoit à charger ſon fufil , lui proposèrent de lui
en fournir de tous chargés , ce qu'il accepta. L'intrépide
foldat , ſans quitter ſon poſte , tua 29 Anglois
de ſuite; il fut lui-même renverſé d'un coup , au
moment qu'il viſoit le trentième «.
En parlant de la bravoure & de l'adreſſe de nos
foldats , nous ne devons pas négliger de parler des
foins que l'humanité prépare à ceux qui expoſent
leurs jours; elle a produit une découverte intéreſfante.
M. Groſſier, Licentié en Médecine , ancien
Profeffeur & Démonstrateur d'Anatomie & de Chirurgie
au régiment du Roi infanterie ,& Chirurgien-
Major du vaiſſeau du Roi le Roland , commandé
par M. de Larchantel , vient d'imaginer une machine,
dont l'uſage deviendra utile aux bleſſés à
bord des vaiſſeaux de guerre , principalement dans
le cas de combat. Elle peut être auſſi employée avec
avantage dans les hopitaux , fur-tout dans ceux établis
à la ſuite des armées. Elle procure aux Chirurgiens
toute l'aiſance dont ils ont beſoin dans l'exercice
de leurs fonctions .
Cette machine , dont l'Auteur doit publier la defcription
, a été miſe en jeu le 20 Juin , à bord du
vaiſſeau le Roland , en préſence de M. le Duc de
Chartres , des Officiers Généraux de l'armée navale ,
& des premiers Médecins & Chirurgiens de la marine
au département de Breſt. L'effet a répondu à
l'attente . M. le Comte d'Orvilliers en a fait prendre
le modèle , & a ordonné d'en établir de femblables
( 349 )
furtous les vaiſſeaux . MM, les premiers Médecins
& Chirurgiens , en ont dreſſé procès-verbal , & ont
arrêté qu'elle ſeroit employée dans les hopitaux de
leur département.
: Depuis le combat des deux frégates , pluſieurs
corps de troupes ont été prévenus par le Miniſtre de
laGuerre, de ſe tenir prêts àmarcher. Celles qui
s'aſſembleront en Bretagne & en Normandie , le
ront très- confidérables. Le Duc de Croy , Commandant
en chef en Picardie , Boulonnois & Calaiſis , a
fait l'inſpection de toutes les places qui ſont à ſes
ordres , depuis la Normandie juſqu'à la Flandre ; il
les a trouvées dans le meilleur état poſſible pour la
défenſe des côtes. On aſſure qu'il ſe formera auſſi
un camp nombreux du côté de la Flandre , & il y
a, dit- on , pluſieurs régimens en route pour joindre
ceux qui s'y trouvent déja.
Le village de Saint-Ouen de Tardonne , Paroiffe
du Diocèſe & à une lieue de Beauvais en Picardie ,
compoſé des hameaux deWagicourt & de Tardonne ,
dont le premier eſſuya le 3 Avril 1768 , un incendie
qui réduifit en cendres 45 maiſons avec leurs dépen
dances , ainſi que tout ce qu'elles renfermoient, a
éprouvé encore le 6 de ce mois , un incendie qui a
confumé vingt-deux maiſons à Tardonne ; le feu
étoit ſi vif & fi actif , que les incendiés n'ont eu
que le tems de ſortir de leurs habitations ; ils ont
perdu généralement tous leurs meubles , grains ,
fourrages & autres proviſions : ſans le prompt ſecours
des Citoyens de Beauvais , qui s'y font portés
en foule, précédés de pluſieurs Magiſtrats &de nombre
de notables de la ville , tout le hameau auroit été
la proie des flammes. Parmi les derniers incendiés ,
il y en a pluſieurs qui avoient eſſuyé ce malheur en
1760, Ces infortunés ſe recommandent à la bien.
faiſance des ames charitables. Les ſecours peuvent
être adreſſés à M. le Curé de la Paroiſſe .
La Ville de Saint-Venant en Artois , ne produi(
350 )
,
fant que des eaux mal-faines , & dont l'uſage étoit
dangereux , le Pere Croquiſon , ci-devant Supérieur
de lamaiſon des Bons- Fils de cette Ville , après un
travail qui a duré quatre mois ſans relâche , a découvert
une ſource d'eau abondante de la meilleure
qualité ; les Médecins & Chirurgiens des environs
enordonnent l'uſage aux malades avec ſuccès. Cette
fontaine , qui a ſa ſource à 264 pieds de profondeur ,
donne 120 bouteilles par minute; ſon jet s'élève à 1s
pieds au-deſſus de la ſurface de la terre. Le PereCroquiſon
ayant inſtruit le Gouvernement du ſuccès de
ſes recherches , M. le Prince de Montbarrey , Miniſtre
& Secrétaire d'Etat de la Guerre , a donné
ordre au Directeur du Génie , de faire conduire un
fil de cette eau pour la Ville & la garaiſon . L'ouvrage
a été exécuté ſous les ordres de M. de Lifle ,
Ingénieur en chef. Les habitans , reconnoitſans du
bien que cette fontaine procure à la Ville , en ont
marqué leur joie par des fêtes & divertiſſemens. Ils
n'oublieront jamais la découverte du Pere Croquifon
, & le bienfait du Roi , qui leur en a procuré la
jouiſſance.
On a beaucoup parlé de la production monstrueuſe
du canard- chat. On l'a dabord regardée comme un
effet fingulier des émanations du chat ſur les oeufs
qu'il a couvés ; on a prétendu enſuite, d'après des
obſervations de Réaumur , qu'il ne falloit attribuer
cette fingularité , qu'à la manière dont le chat dans
l'incubation , avoit remplacé la canne , qui ne lui.
avoit pas appris ſon ſecret; il ſe pourroit que ce ne
fût qu'un jeu de la nature , qui auroit été le même,
quand l'oeuf auroit éclos par toute autre chaleur que
celle du chat , qui s'eſt couché deſſus ; quoiqu'il en
foit , ce fait ou cette fable n'eſt pas une nouveauté.
On trouve une hiſtoriette ſemblable dans une hif
toire des chats , qui parut en Allemand en 1772. (1 ).
(2) Versuch einer Katzen geſchichte. Effai d'une hiſtoire
des Chats. A Francfort , & à Leipfick 1774. in -8 .
4
( 351 )
On ne ſerapeut-être pas faché de la voir rapprochée
de celle que vient de publier M. Vimon. » Une
canne avooiitt choifi un coindans un moulin , où elle
avoit pondu neuf oeufs qu'elle couvoit. Un chat qui
rôdoit aux environs , s'appropria le lieu , dépoſſéda
la canne , & ſe plaça ſur les oeufs , qu'il couva jour
& nuit , juſqu'a ce qu'il en fortit 9 jolis cannetons ,
qui tenoient du naturel du chat. Dès qu'ils purent
courir , ils allèrent à la chaſſe des ſouris , & quand
ils les attrapoient , ils les dévoroient. Devenus
grands , ils employerent toutes les ruſes du chat
contre les fouris , & fur- tout contre les ſouris aquatiques.
Ce qu'il y a de plus fingulier , c'eſt que ce
chat conduiſoit tous les matins ſa couvée à la campagne
, comme la canne auroit pu faire , la précé
doit , & quand elle ſe jettoit à l'eau , il couroit autour
du bord , comme une poule qui mene des canetons ;
fi on attaquoit les petits , il les défendoit avec fureur ,
&le ſoir il les ramenoit au gîte ". Il eſt inutile d'obſerver
que l'Auteur Allemand , qui a conſulté quelquefois
de bonnes ſources , n'a pas puiſé dans celleslà
le trait que nous venons de rapporter.
>> Depuis 4jours , écrit-on de Nantes en date du
6 de ce mois , il eſt arrivé ici 15 navires , preſque
tous de St-Domingue. L'un d'eux , le Marquis de
Lévi , a rencontré le 23 Juin l'Amiral Byron à 200
lieues dans l'Oueſt. Il étoit précédé par une frégate
Françoiſe , qui avoit 4 heures d'avance , & qui ſans
doute alloit avertir M. le Comte d'Estaing. Un petit
bâtiment Américain, parti de Baltimore le 9 Juin , rapporte
qu'à ſon départ les Anglois s'embarquoient ſur la
Delaware. La corvette Américaine qui a rapporté la
ratification du Traité entre la France & les Etats-
Unis par le Congrès , étoit parti de New-London , &
eſt arrivée à Breſt en 23 jours. On afſure que les
Etats -Unis ont ajouté une fleur de lys à leurs armes «.
Selon quelques lettres , 2 frégates Angloiſes ont été
encore priſes par les nôtres , & conduites dans nos
ports. Selond'autres,deNantes, le commerce de cette
( 352 )
ville vient d'ouvrir une ſouſcription pour armer en
courſe deux frégates de 26 canons de 12 liv. , les
actions ſont de 1000 liv. ; elle a été ouverte aufli-tôt
après l'arrivée d'une lettre de M. de Sartine , à la
Chambrede Commerce de cette ville ; elle eſt conçue
ainfi . >> Le Roi ſe propoſe MM. de faire publier inceſſamment
une Déclaration , par laquelle S. Μ.
fixera les encouragemens qu'elle eſt dans l'intention
d'accorder en cas de guerre pour les armemens en
courſe. La même loi déterminera d'une manière préciſe
les engagemens réciproques de ceux qui feront
chargés du détaildes armemens &des capitaliſtes qui
en fourniront les fonds ; & elle pourvoira à l'accélération
des procédures des priſes , au jugement des
ventes & des liquidations , de manière à affurer la
plus juſte , comme la plus prompte répartition du
profit. Pour mettre les Armateurs en état de régler
dès-à-préſent leurs ſpéculations , & de préparer leurs
entrepriſes , S. M. m'autoriſe àvous marquer qu'entr'autres
avantages qu'elle deſtine à la courſe , elle
fera fournir de ſes arſenaux les canons de 12 & de 8
de balle , pour les corſaires de 95 pieds de quille
coupée& au-deſſus , ſans ſe réſerver aucune portion
dans le produit des priſes ,& ſous la ſeule condition
que les canons qui ſe trouveront au débarquement ,
feront remis aux Commiſſaires des ports & arſenaux
delamarine. Comme les beſoinsdu fſeerrvicene permettent
pas de fournir ces canons en nature pour les
Corſaires qui pourront être expédiés dans le courant
de cette année , S. M. fera payer aux Armateurs ,
dans un mois du jour de l'expédition du rôle d'équi
page , la ſomme de 800 liv. pour tenir lieu de chaque
canon de 12 , & celle de 600 , pour chaque canon de
8. Je ne doute pas , au ſurplus , que les Armateurs
ne donnent , s'il ya lieu , des preuves de leur zèle pour
concourir aux vues de S. M.; vous voudrez bien leur
faire part de ce que je vous marque , & me rendre
comptede leurs difpofitions .
(353 )
La Déclaration annoncée dans cette lettre eſt du
24 Juin ,& a été enregiſtrée au Parlement le 14 de
ce mois. Outre les diſpoſitions , relativement aux
canons que le Roi fournira , S. M. exempte des
droits de traite pour les vivres , munitions , artillerie
& uftenciles de conſtruction , avitaillement , & armement
de navires , tous les Armateurs en courſe , à
compter du jour de l'enregiſtrement & publication
de la préſente ; elle donnera des marques particulières
& honorables de ſatisfaction à ceux qui ſe diſtingueront.
Les Corſaires , requis de ſe joindre aux
vaiſſeaux du Roi , auront part aux priſes faites par
ces derniers ; ils obtiendront des gratifications pour
les priſes particulières qu'ils feront , & qui ſeront
payées des deniers de la marine pour chaque canon
&chaque priſonnier des vaiſſeaux qu'ils auront pris .
Çes gratifications appartiendront en entier aux Officiers
& aux équipages des Corſaires vainqueurs. Les
Officiers & matelots bleſſés & hors d'état de fervir,
auront la demi-folde ; leurs veuves auront des pen-
Gons; les Capitaines & Officiers qui ſe diftingueront ,
aurontdes récompenfes &même des emplois dans la
marine Royale. La Déclaration règle les conditions
des ſociétés qui ſe formeront pour armer , leurs
droits , leurs parts , les ventes &c. On prélèvera 6
deniers pour livre pour les Invalides de la marine ,
mais ſur le produit net de la part des Armateurs feulement
, tous frais défalqués.
On apublié en même temps l'Ordonnance du Roi ,
concernant les priſes faites par les vaiſſeaux , frégates
&autres bâtimens de S. M. Elle attribue aux Officiers
&équipages la valeur entière des vaiſſeaux de guerre
&Corfaires pris ſur les ennemis ; les deux tiers leur
ſeront partagés , & l'autre tiers mis dans la caiſſe des
Invalides de la marine. Cette caiſſe payera aux Officiers
& équipages des vaiſſeaux preneurs , les vaiſ
ſeaux & frégates de guerre y compris celles de 20
canons , que leRoi jugera pouvoir être employés pour
( 354 )
ſon ſervice ſur le pied ſuivant , 5,000 liv. pour
chaque canon monté ſur affut des vaiſſeaux de 90
canons & au-deſſus ; 4,000 pour ceux de 80,74,70
& 68 canons , 3,500 pour ceux de 64 , 60 & so
canons , & 3,000 liv. pour ceux des frégates . Les
bâtimens deguerre , autres qquuee les vaiſſeaux&frégates
, ainſi que les Corſaires & les navires marchands
retenus pour le ſervice du Roi , feront eſtimés par
experts , & payés par S. M. On vendra tout le reſte.
Le Roi accordera des gratifications plus ou moins
fortes , felon le nombre des canons pour les vaiſſeaux
ennemis brûlés ou coulés bas. L'Ordonnance fixe les
parts des Officiers & équipages , accorde des gratifications
& demi- foldes aux Officiers & matelots blefſés
, des penſions à leurs veuves & à leurs enfans.
Le 10 de ce mois S. M. a écrit la lettre ſuivante
à M. le Duc de Penthievre , Amiral de France ,
pour faire délivrer des commiſſions en courſes.
Mon coufin , l'inſulte faite à mon pavillon par
une frégate du Roi d'Angleterre envers ma frégate
la Belle - Poule; la ſaiſie faite par une efcadre
Angloiſe , au mépris du droit des gens ,
de mes fregates la Licorne & la Pallas , & de mon
lougre le Coureur; la ſaiſie en mer & la confiſcation
des navires appartenant à mes ſujets , faites par
l'Angleterre contre la foi des Traités ; le trouble continu
& le dommage que cette Puiſſance apporte au
commerce maritime de mon Royaume & de mes
Colonies de l'Amérique , ſoit par ſes bâtimens de
guerre, ſoit par ſes Corſaires dont elle autoriſe &
excite les déprédations : tous ces procédés injurieux ,
& principalement l'inſulte faite à mon pavillon
m'ont forcé de mettre un terme à la modération que
je m'étois propoſée , & ne me permettent pas de
ſuſpendre plus long-temps les effets de mon reffentiment
: la dignité de ma Couronne & la protection
queje dois à mes ſujets , exigent que j'uſe enfin de
repréſailles , que j'agiſſe hoftilement contre l'Angle.
( 355 )
terre , & que mes vaiſſeaux attaquent & tâchent de
s'emparer ou de détruire tous les vaiſſeaux , frégates
, ou autres bâtimens appartenans au Roi d'Angleterre
, & qu'ils arrêtent & ſe ſaiſiſſent pareillement
de tous navires marchands Anglois dont ils
pourront avoir occaſion de s'emparer. Je vous fais
donc cette lettre pour vous dire , qu'ayant ordonné
en conféquence aux Commandans de mes eſcadres
&de mes ports , de preſcrire aux Capitaines de
mes vaiſſeaux de courre-ſus à ceux du Roi d'Angleterre
, ainſi qu'aux navires appartenant à mes
ſujets , de s'en emparer , &de les conduire dans les
ports de mon Royaume ; mon intention eſt qu'en
repréſailles des priſes faites ſur mes ſujets par les
corfairesAnglois,,vous faſſiez délivrer des commiffions
, ſur-tout à ceux de meſdits ſujets qui en demanderont
, & qui feront dans le cas d'en obtenir ,
en propoſant d'armer des navires en guerre avec des
forces affez conſidérables pour ne pas compromettre
les équipages qui ſeront employés ſur ces bâtimens ;
je ſuis aſſuréde trouver dans la justice de ma cauſe ,
dans la valeur de mes Officiers , & des équipages de
mes vaiſſeaux , dans l'amour de tous mes ſujets ,
les reſſources que j'ai toujours éprouvé de leur part ,
& je compte principalement ſur la protection du
Dieu des armées ; & la préſente n'étant à autre fin ,
je prie Dieu qu'il vous ait , mon Couſin , en ſa ſainte
&digne garde. Ecrit à Verſailles le 10 Juillet 1778.
Signé , Louis , & plus bas , De Sartine " .
Le 2 de ce mois , dans l'après- midi , J. J. Roufſeau
eſt mort à Ermenonville , près de Montmorenci.
On s'apperçut le matin , qu'il étoit fort abattu ,
on lui conſeilla de ne pas fortir. Je vais toujours ,
répondit- il , quoiqu'il n'y eût rien d'étonnant , ſi l'on
me trouvoit mort dans une heure. Entre 9 & 10 , il
fut ſaifi d'une violente colique , dont il mourut. On
ouvrit ſon corps le 3 , & on l'enterra dans une petite
ifle en face du château ; il étoit né en 1706.
( 356 )
On lit dans le Journal de Paris , l'extrait d'un
Mémoire écrit en entier de fa main , & daté du
mois de Février 1777 ; on ſera peut être bien-aiſe
de le trouver ici .
>>Ma femme eſt malade depuis long-tems , & le
progrès de fon mal qui la met hors d'état de ſoigner
fon petit ménage , lui rend les ſoins d'autrui néceffaires
à elle-même , quand elle eſt forcée à garder ſon
lit. Je l'ai juſqu'ici gardée & ſoignée dans toutes ſes
maladies ; la vieilleſſe ne me permet plus le même
ſervice. D'ailleurs le ménage , tout petit qu'il eſt ,
ne ſe fait plus tout ſeul ; il faut ſe pourvoir audehors
des choſes néceſſaires à la ſubſiſtance & les
préparer ; il faut maintenir la propreté ( 1 )
dans la maiſon. Ne pouvant remplir ſeul tous ces
ſoins , j'ai été forcé , pour y pourvoir , d'eſſayer de
donner une ſervante à ma femme. Dix mois d'expérience
m'ont fait ſentir l'infuffiſance & les inconvéniens
inévitables& intolérables de cette reffource
dans une poſition pareille à la nôtre. Réduits à vivre
abſolument ſeuls ,& néanmoins hors d'état de nous
paſſer du ſervice d'autrui , il ne nous reſte dans l'infirmité
& l'abandon qu'un ſeul moyen de ſoutenir
-nos vieux jours : c'eſt de trouver quelqu'aſyle où
nous puiſſions ſubſiſter à nos frais , mais exempts
d'un travail qui déſormais paſſe nos forces , & des
détails&des ſoins dont nous ne ſommes plus capables.
Du reſte , de quelque façon qu'on me traite ,
qu'on me tienne en clôture formelle ou en apparente
liberté ; dans un hopital ou dans un déſert , avec des
gens doux ou durs , faux ou francs , ( fi de ceux- ci il
en eſt encore ) , je conſens à tout , pourvu qu'on
rende àma femme les ſoins que ſon état exige , &
qu'on me donne le couvert , le vêtement le plus
fimple & la nourriture la plus ſobre juſqu'à la fin
(1) Il eſt écrit en note en cet endroit : >>>Mon incon-
>>cevable ſituation , dont perſonne n'a d'idée , pas
>> mêmeceux qui m'y ont réduit , me force d'entrerdans
>> ces détails «
( 357 )
de mes jours , ſans que je ne fois plus obligé de me
mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que
nous pouvons avoir d'argent , d'effets & de rentes ,
& j'ai lieu d'eſpérer que cela pourra ſuffire dans
des Provinces où les denrées ſont à bon marché ,
&dans des maiſons deſtinées à cet uſage où les refſources
de l'économie ſont connues & pratiquées ,
fur-tout en me ſoumettant , comme je fais de bon
coeur , à un régime proportionné à mes moyens «.
Lesnuméros ſortis au tirage de la loterie Royale
de France , font : 18 , 12 , 71 , 52 & 38 .
Les lots au-deſſus de 100 liv. fortis au tirage du
3 de ce mois , de la loterie Royale créée par Arrêt
du 7 Décembre 1777 , font les ſuivans :
Nos . Lots. Nos. Lots. Nos. Lots..
liv. liv. liv.
835 1200 8823 1200 18073 1200
1684 1200 8826 1200 18253 1200
1991 1200 8828 1200 19002 1200
2187 1200 9064 1200 19971 1200
3291 1200 9346 1200 19976 1200
3533 1200
10351 1200 20073 1200
3783 1200 10582 1200 28282 1200
13786 1500 10771 1200 20778 1200
4760 1200 11025 3000
21202 1200
5468 1200 12612 1200
21234
1200
5710 3000
12860 1200 21559 1200
A
5925 1200 13390 1200 21793 1200
6024
1200 14231
1200 22276 1200
6051 1200 14768 1200
23023 (200
6540 1200 14909 1200 23423 1200
6889 1200 14944 1200 23998 1200
7174 1500 16281 1200
24258 1200
7368 1200 17127 3000 24391 1200
7861
1200 17286 1200 24763 1200
8512
1200 17391 1200 24816 1200
8688 1200 17623 1200
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Résumé : De PARIS, le 20 Juillet.
Le 20 juillet, la flotte de Brest a appareillé avec retard en raison des vents d'ouest. Le vicomte d'Escars a repéré 22 vaisseaux et quelques frégates britanniques à Portsmouth, probablement sous le commandement de l'amiral Keppel, tandis que l'amiral Byron se dirigeait vers l'Amérique. Des informations indiquaient que les Britanniques évacuaient Philadelphie et que les Américains attendaient l'escadre du comte d'Estaing, contredisant les rumeurs de défaite du général Washington. La flotte française, dirigée par le comte d'Orvilliers, était divisée en trois escadres : la blanche sous le comte d'Orvilliers, la blanche et bleue sous le comte Duchaffault, et la bleue sous le duc de Chartres. Le 9 juillet, la corvette la Curieuse et la frégate l'Iphigénie ont capturé la frégate britannique Lively près d'Ouessant. La frégate a été escortée à Brest par l'Iphigénie. De plus, M. Grossier a inventé une machine pour soigner les blessés à bord des vaisseaux, testée avec succès le 20 juin. En France, les médecins de la marine ont adopté un nouveau dispositif médical approuvé par le comte d'Orvilliers. Plusieurs corps de troupes en Bretagne et en Normandie se préparaient à marcher, tandis que le duc de Croy inspectait les places en Picardie, Boulonnais et Calaisis. Un village en Picardie a subi deux incendies en avril 1768, détruisant de nombreuses maisons. À Saint-Venant en Artois, le Père Croquison a découvert une source d'eau potable bénéfique pour les malades. À Nantes, 15 navires, principalement de Saint-Domingue, sont arrivés récemment. Une corvette américaine a rapporté la ratification du traité entre la France et les États-Unis, ajoutant une fleur de lys à leurs armes. Deux frégates anglaises ont été capturées par les forces françaises. Le roi de France a ordonné de publier une déclaration encourageant les armements en course et a prévu des gratifications pour les corsaires. Une ordonnance royale attribue aux officiers et équipages la valeur des vaisseaux ennemis capturés, avec une partie des gains allant à la caisse des Invalides de la marine. Le roi Louis a annoncé des représailles contre l'Angleterre, ordonnant la capture des navires anglais et la délivrance de commissions pour armer des navires en guerre. Jean-Jacques Rousseau est décédé le 2 juillet 1778 à Ermenonville après avoir souffert d'une violente colique.
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11804
p. 65-67
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
Début :
Ernélinde qui fut reprise l'année dernière, à-peu-près à pareil temps, a toujours [...]
Mots clefs :
Rôle, Temps, M. Le Gros, Mlle Le Vasseur, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
ERNELINDE qui fut repriſe l'année der
nière , à-peu-près à pareil temps , a tou
jours été accueillie du public. Il règne , dans
cet Ouvrage , un appareil de guerre , dont
l'exécution produit un grand effet , & les
connoiffeurs ont remarqué dans la Mufi
que des beautés du premier ordre , qui
réchauffent de temps- en- temps la froideur
du Poëme. Mrs. Gelin , l'Arrivée , le Gros ,
& Mile. Durancy ont rempli les princi
paux perfonnages avec le fuccès qu'on dǝir
attendre de leurs talens.
Peu de temps après la mort du célèbre
Rouffeau de Genève , on donna une repréfentation
du Devin du Village , dans
laquelle M. le Gros & Mlle. le Vaffeur
jouerent les rôles de Colin & de Colette .
Cet Ouvrage qui a joui d'un fuccès fi conftant
& fi unanime , fut plus goûté & plus
applaudi qu'il ne l'avoit jamais été ; car
fes applaudiffemens ne font jamais plus
vifs que lorsqu'ils font mêlés de regrets ,
& le talent n'intéreffe jamais plus qu'au
moment où il difparoît fans retour. Lorf
66 MERCURE
que l'Auteur donna autrefois fa lettre fur
le Spectacle , fe fentant déjà affoibli par
l'âge & la maladie , il difoita Lecteur vous
accueillerez mon ombre , car pour moi, je
ne fuis plus. Il a depuis donné des produc
tions pleines de vie & qui ont été accueillies
de fon vivant. Nous nous propofons
dans un des numéros prochains de jeter
un coup d'oeil rapide fur les Ouvrages de
cet éloquent Ecrivain.
Orphée , Drame héroïque en 3 Actes ,
parodié de l'Italien par M. Moline , & mis
en mufique par M. le Chevalier Gluck ,
donné pour la première fois au mois
d'Août 1774 , & repris depuis en 1775 ,
1776 & 1777 , a été remis le Mardi 28.
C'eft Melle. Laguerre qui a joué le rôle
d'Euridice , & la beauté de fon organe ,
la netteté de fon chant & les progrès de
fon jeu , font toujours un nouveau plaifir.
M. l'Ainé a joué le rôle d'Orphée ; il ne
manque ni d'intelligence ni de chaleur :
mais on fent combien il eſt difficile de lutter
dans ce rôle contre la voix brillante &
les moyens fupérieurs de l'Acteur que M.
l'Ainé remplaçoit . Melle. St. Huberty a
chanté le rôle de l'Amour ; le pas de trois
du ballet des champs élifées a été dánfé par
M. Veftris , Melle. Guimard & Melle.
Heinel , & c'eſt donner l'idée d'une exécution
à laquelle on ne pourroit rien trouver
DE FRANCE. 67
de femblable dans l'Europe. Les talens
naiſſans du jeune M. Veftris ont été vivement
applaudis : il eft impoflible de donner
de plus grandes efpérances , & quand
on porte ce nom , on doit afpirer à la perfection
.
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Résumé : ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
L'Académie Royale de Musique a récemment repris 'Ernelinde', saluée pour ses effets spectaculaires et ses qualités musicales. Les rôles principaux étaient interprétés par Mme Gelin, l'Arrivée, le Gros et Mlle Durancy. Après le décès de Rousseau de Genève, 'Le Devin du Village' a été représenté avec M. le Gros et Mlle le Vasseur, rencontrant un succès constant et unanime, marqué par les regrets de la perte de l'auteur. L'œuvre 'Orphée', un drame héroïque en trois actes, a été créée en août 1774 et reprise jusqu'en 1777. La dernière représentation a eu lieu le 28 du mois, avec Mlle Laguerre en Eurydice, M. l'Aîné en Orphée et Mlle St. Huberty en Amour. Le ballet des champs élyséens, dansé par M. Vestris, Mlle Guimard et Mlle Heinel, a été particulièrement acclamé pour son exécution exceptionnelle, tout comme les talents émergents de M. Vestris.
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11805
p. 67-69
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le succès des Barmécides a été celui de tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheureusement [...]
Mots clefs :
Tragédie, Couplets, Succès, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
FRANÇOISE.
Le fuccès des Barmécides a été celui de
tout Ouvrage dont l'Auteur aura malheu
reufement à combattre la prévention &
l'animofité. Conteſté d'abord, il a depuis
toujours été en croiffant. Cette Tragédie
à chaque repréſentation a été plus fuivie
& plus goutée , en même temps qu'elle
étoit mieux exécutée . Les Acteurs qui
avoient paru troublés à la première repréfentation
, ont repris toute leur force
& déployé tous leurs talens. On connoît ,
depuis long - temps , ceux de Mrs Brizard
& Molé . Je leur dois des remercimens
de leur zèle ; & l'énergie qu'ils ont
mife dans leur jeu a réuni les fuffrages du
public , dont l'expreffion ne pouvoit être
plus marquée : il n'a manqué à Mde. Veftris
qu'un meilleur rôle. A l'égard de M.
de Larive , celui d'Aaron lui fait le plus
grand honneur , & fera certainement une
des époques de fa réputation . Le talent
d'un Acteur ne fe manifefte jamais mieux
MERCURE
que
que dans les rôles nouveaux pour lefquels
il n'y a point de tradition.
La feptième repréfentation dont je viens
d'être témoin au moment où j'écris , auroit
fuffi feule pour me donner le courage
& la force qu'exige le pénible travail de la
révifion d'une Tragédie . Le public plus
nombreux qu'il ne l'avoit encore été , fembloit
par les applaudiffemens les plus vifs
& les plus multipliés , vouloir me confoler
des perfécutions odieufes que j'éprouve
depuis long -temps , & les complaintes , les
fatyres , les farces , &c. prouvent le fuccès
& ne le troublent pas.
Je faifis cette occafion de juftifier M.
Monvel , par un témoignage public , des
foupçons élevés contre lui au fujet des couplets
imprimés dans le Journal de Paris
deux jours après la première repréſentation
des Barmécides. Il m'a très-pofitivement
affuré qu'il n'en étoit point l'Auteur , &
m'a témoigné même le plus grand chagrin
qu'on l'en crut capable. En effet , un
pareil procédé ne s'accorderoit guère avec
fes talens & fes fuccès. Quant à M. Maurine
qui réclame ces couplets , je n'ai point
l'honneur de le connoître ; mais puifqu'il
nous annonce qu'il travaille à une Tragédie
, je le félicite d'être fi gai , & puifqu'il
nous apprend qu'il n'a que dix-fept ans ,
je le félicite de fes grandes connoiſſances ,
DE FRANCE. 69
de fes grandes entrepriſes , & fur-tout de
débuter fi noblement dans la carrière des
Lettres. Il me permet de chanfonner la
première Tragédie qu'il fera , parce que ,
dit-il , il ne fort rien de parfait de la main
des hommes. Je le félicite encore de fon extrême
modeſtie ; mais je lui promets fans
peine de ne jamais faire de couplets contre
les Tragédies. Il fe plaint que les fiens n'ont
pas été mis en entier dans le Journal de
Paris. I eft vrai qu'ils ont généralement
paru trop courts. Pour le dédommager de
cet excès de brièveté & de concifion , je
lui offrirois volontiers d'en inférer une nouvelle
édition dans le Mercure , fi je ne
craignois de faire un tort notable au Journal
de Paris à qui appartient de fondation
tout ce qu'on écrit contre moi , lettre , couplets
, épigramme , conte , allégorie , &c.
Enfin tout ce que ces Meffieurs impriment
journellement & toujours avec la décence ,
l'impartialité , la bonne foi , la justice dont
ils font profeffion , & dont perfonne ne
s'avifera jamais de douter.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La tragédie 'Les Barmécides' a connu un succès croissant, initialement contestée mais de plus en plus appréciée lors des représentations suivantes. Les acteurs Brizard et Molé ont été particulièrement salués, tandis que Madame Vestris aurait mérité un rôle plus avantageux. Monsieur de Larive a excellé dans le rôle d'Aaron, marquant un tournant dans sa carrière. La septième représentation, avec un public nombreux et enthousiaste, a consolidé la confiance de l'auteur malgré les critiques et persécutions. L'auteur défend Monsieur Monvel, injustement accusé d'avoir écrit des couplets critiques dans le Journal de Paris. Monvel a nié ces accusations et exprimé son chagrin. L'auteur félicite également Monsieur Maurine, un jeune auteur de 17 ans travaillant sur une tragédie, pour ses ambitions et sa modestie. Il souligne l'impartialité et la décence du Journal de Paris dans la publication des critiques.
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11806
p. 70
LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Début :
Vous savez, Monsieur, que dans les premiers exemplaires du Mercure du 25 Juillet, on avoit [...]
Mots clefs :
Lettre, Anonyme, Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Critique
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Lettre de M. Mar m on tu, à Al. d e l a Ha r p e.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
A o u s Cavcx, Monfieur , que dans les premiers exemplaires du Mercure du l( Juillet , on avoir oublie de mettre la lettre initiale de mon nom au bas de l’extrait de l’ouvrage du Prince Bclofilski f fur la Muflque.
Quelques perlonnes m’en ont fait un reproche ; clics m’ont dit que c’étoit donner ou Cuivre un mauvais exemple ; que rien n’étoit plus dangereux dans la Littérature , comme dans la Société , que Pulagc de l’anonyme; qu’en fait de critique lur- tout, il feroit à fouhaiter que les Auteurs enflent toujours la frauchife & le courage de fc faire con- noitre; & , en effet, lorfqu’on ne veut dire que fon fentiment avec candeur , mais avec bientvance, fiir les productions des Lettres & des Arts > on ne peut guère avoir de bonnes raifons de fe cacher. L’anonyme eft un avantage dont un homme honnête n'aura jamais bcfbin. C’eft un moyen trop commode &. trop peu délicat de nuire impunément. Je vous prie donc , Mon fleur , de vouloir bien à l’avenir mettre mon nom au bas des articles que j'aurai J’honneur de vous adreffer.
J’ai celui d’être, avec le plus parfait attachement,
Monsieur,
Votre ttcs-humble & tres-obéiffant Serviteur,
Marmontu.
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Résumé : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA HARPE.
Dans une lettre à M. Delaharpe, M. Marmontu exprime son mécontentement suite à l'omission de la première lettre de son nom sous un extrait de l'ouvrage du Prince Belofiski sur la musique dans les premiers exemplaires du Mercure de Juillet. Plusieurs personnes lui ont reproché cette omission, soulignant les risques de l'anonymat en littérature et en société, particulièrement en matière de critique. Elles ont insisté sur la nécessité pour les auteurs de se révéler et de publier leurs critiques avec franchise et bienveillance. Marmontu partage cet avis, considérant l'anonymat comme un moyen facile et indélicat de nuire sans conséquence. Il demande donc à M. Delaharpe de toujours mentionner son nom en bas des articles qu'il lui soumettra à l'avenir. La lettre se termine par une formule de respect et d'attachement.
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11807
p. 71-72
« Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
Début :
Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...]
Mots clefs :
Dijon, Éléments de chimie, Roi, Théâtre, Chimie, William Shakespeare
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texteReconnaissance textuelle : « Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
ÊCmens de Chimie théorique & pratique , rédigée dans un nouvel ordre, d’après les découvertes modernes, pour ïervir aux Cours publics de l’Aca- démic du Dijon , Tcm. TI & HT, z/i-i i. A Dijon , chez L. N. Frantin, Imprimeur du Roi ; & fc trouve à Paris, cher Piflot, Libraire , Quai des Auçuftins, 1777 & 177s. Avec Approbation ôc Privilège du Roi.
Cf s Flémens de Chimie font l’ouvrage de trois Académiciens de Dijon. Mais le manufcrit entier a etc revu par un fcul, pour mettre plus d cnfcmble & de liaifon dans toutes les parties. M. de Morveau oui en a tracé le plan , s’eft chargé de ce travail : il a fourni de plus les trois dillolvans élémentaires, les udes minéraux, l’acide phofphoiiquc , les alkalis fixes, & le mercure. M. Mirct, indépendamment des dvmonftrations de madère médicale qu’il a fait fikcédcr aux démonftrations de Chimie, a donné le Cùapifrc de l’alkali volatil, & placeurs autres morceaux féparés , tels que Panalyfc animale , les eaux médicinales , le lait alkalifé, l'éthiops par précipita- | don, &c. L’analyic végétale , la teinture. Les Chapitres des acides végétaux 3c des dilfolvans huileux B appartiennent à M. Durandc. Ces trois Académi iens fe font encore communiqué rcfpcÛivemcnt leurs obfervations fur tous les objets, & fc font le plus louvcnt réunis pour futvre & raifonner les expériences délicates & importantes. Il cft beau de voir trois Sa vans diftingués réunir leurs connoiflances poux (Oüwourir à la pcxfcéhon dun fcul Ouvrage. L‘Aca-
72
MERCURE
démie de Dijon s'eft toujours fignalée par l'union &
le bon accord de fes Membres. M. RI
Avis aux Soufcripteurs du Théâtre de Shakespeare.
Les 3 & 4 volumes de la traduction du Théâtre
de Shakeſpeare , par M. le Tourneur , paroîtront au
commencement d'Août : ils contiennent Coriolan &
Macbeth , Cymbelnie , & Roméo & Juliette. La fuite
n'éprouvera point ce long retard : & avant huit mois,
les & 6e volumes auront f paru. Tout engage l'Auteur
à preffer l'exécution de cette entrepriſe laborieufe
& intéreffante pour les Lettres.
La France Eccléfiaftique , pour l'année 1778 ,
contenant la Cour de Rome , le Gouvernement fpirituel
& temporel des Diocèfes du Royaume de France;
la Collection des Dignités & Canonicats des Églifes
Cathédrales ; les Abbayes Commendataires & Régu
lières ; les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale ; le Clergé de Paris & celui de la Cour,
3 liv. broc. 3 liv . 10 f. franc de port par tout le
Royaume. Chez M , Duchefne , rue Saint-André- des-
Arts , vis -à- vis la rue Gît-le -Coeur.
Effai fur l'Hiftoire de la Maifon d'Autriche,
dédié à la Reine ; par M. le Comte de G ***. 6 vol.
in- 12 . Prix relié , 18 liv.
Differtation médico-pratique fur l'ufage des rafraîchiffans
& des échauffans dans les fièvres exanthematiques
; par M. Larrère , Profeffeur Royal émérite en
Médecine , Médecin du Garde - Meuble de la Couronne
, Cenfeur Royal , des Académies des Curieux
de la Nature , de Montpellier & de Toulouſe , cidevant
Directeur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de
l'Univerfité de Perpignan , ancien Inſpecteur-Général
des Eaux minérales de la Province du Rouffillon &
du Comté de Foix.
Voyez la fuite des Annonces , aux deux dernières
pages de la Couverture.
Cf s Flémens de Chimie font l’ouvrage de trois Académiciens de Dijon. Mais le manufcrit entier a etc revu par un fcul, pour mettre plus d cnfcmble & de liaifon dans toutes les parties. M. de Morveau oui en a tracé le plan , s’eft chargé de ce travail : il a fourni de plus les trois dillolvans élémentaires, les udes minéraux, l’acide phofphoiiquc , les alkalis fixes, & le mercure. M. Mirct, indépendamment des dvmonftrations de madère médicale qu’il a fait fikcédcr aux démonftrations de Chimie, a donné le Cùapifrc de l’alkali volatil, & placeurs autres morceaux féparés , tels que Panalyfc animale , les eaux médicinales , le lait alkalifé, l'éthiops par précipita- | don, &c. L’analyic végétale , la teinture. Les Chapitres des acides végétaux 3c des dilfolvans huileux B appartiennent à M. Durandc. Ces trois Académi iens fe font encore communiqué rcfpcÛivemcnt leurs obfervations fur tous les objets, & fc font le plus louvcnt réunis pour futvre & raifonner les expériences délicates & importantes. Il cft beau de voir trois Sa vans diftingués réunir leurs connoiflances poux (Oüwourir à la pcxfcéhon dun fcul Ouvrage. L‘Aca-
72
MERCURE
démie de Dijon s'eft toujours fignalée par l'union &
le bon accord de fes Membres. M. RI
Avis aux Soufcripteurs du Théâtre de Shakespeare.
Les 3 & 4 volumes de la traduction du Théâtre
de Shakeſpeare , par M. le Tourneur , paroîtront au
commencement d'Août : ils contiennent Coriolan &
Macbeth , Cymbelnie , & Roméo & Juliette. La fuite
n'éprouvera point ce long retard : & avant huit mois,
les & 6e volumes auront f paru. Tout engage l'Auteur
à preffer l'exécution de cette entrepriſe laborieufe
& intéreffante pour les Lettres.
La France Eccléfiaftique , pour l'année 1778 ,
contenant la Cour de Rome , le Gouvernement fpirituel
& temporel des Diocèfes du Royaume de France;
la Collection des Dignités & Canonicats des Églifes
Cathédrales ; les Abbayes Commendataires & Régu
lières ; les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale ; le Clergé de Paris & celui de la Cour,
3 liv. broc. 3 liv . 10 f. franc de port par tout le
Royaume. Chez M , Duchefne , rue Saint-André- des-
Arts , vis -à- vis la rue Gît-le -Coeur.
Effai fur l'Hiftoire de la Maifon d'Autriche,
dédié à la Reine ; par M. le Comte de G ***. 6 vol.
in- 12 . Prix relié , 18 liv.
Differtation médico-pratique fur l'ufage des rafraîchiffans
& des échauffans dans les fièvres exanthematiques
; par M. Larrère , Profeffeur Royal émérite en
Médecine , Médecin du Garde - Meuble de la Couronne
, Cenfeur Royal , des Académies des Curieux
de la Nature , de Montpellier & de Toulouſe , cidevant
Directeur du Cabinet d'Hiftoire Naturelle de
l'Univerfité de Perpignan , ancien Inſpecteur-Général
des Eaux minérales de la Province du Rouffillon &
du Comté de Foix.
Voyez la fuite des Annonces , aux deux dernières
pages de la Couverture.
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Résumé : « Élémens de Chimie théorique & pratique, rédigés dans un nouvel ordre, d'après les découvertes [...] »
Le document présente plusieurs publications et ouvrages scientifiques et littéraires. L'ouvrage principal est 'Éléments de Chimie théorique & pratique', rédigé par trois académiciens de Dijon : M. de Morveau, M. Miquet et M. Durande. M. de Morveau a traité des dissolvants élémentaires, des sels minéraux, de l'acide phosphorique, des alkalis fixes et du mercure. M. Miquet a abordé la matière médicale, l'alkali volatil, l'analyse animale, les eaux médicinales, le lait alcalisé et l'éthiops par précipitation. M. Durande a écrit sur les acides végétaux et les dissolvants huileux. Les trois académiciens ont collaboré sur des expériences délicates et importantes, soulignant l'union et l'accord au sein de l'Académie de Dijon. Le document annonce également la publication des volumes 3 et 4 de la traduction du Théâtre de Shakespeare par M. le Tourneur, incluant 'Coriolan', 'Macbeth', 'Cymbeline' et 'Roméo et Juliette', prévus pour août. Les volumes suivants devraient suivre dans les huit mois. D'autres publications mentionnées incluent 'La France Ecclésiastique' pour l'année 1778, détaillant la cour de Rome et le gouvernement des diocèses de France, ainsi qu'un essai sur l'histoire de la Maison d'Autriche dédié à la Reine. Enfin, une dissertation médico-pratique sur l'usage des rafraîchissants et des échauffants dans les fièvres exanthématiques, écrite par M. Larrère, est annoncée.
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11808
p. 106-107
De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Début :
Le 19, la Marquise de Vergennes a eu l'honneur d'être présentée à LL. MM. & à la Famille Royale, [...]
Mots clefs :
Marquise de Vergennes, Comtesse de Vergennes, Famille royale, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
De VERSAILLES , le 30 Juillet.
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
LE 19, la Marquife de Vergennes a eu l'honneur
d'être préfentée à LL. MM. & à la Famille Royale ,
par la Comteffe de Vergennes. Le même jour , le
Comte de Mouftiers & le Baron de Grofchlag , Miniftres
plénipotentiaires du Roi , l'un auprès de
l'Electeur de Trêves , & l'autre près le Cercle du
Haut- Rhin , furent préfentés à S. M. par le Miniftre
& Secrétaire d'Etat au département des affaires
étrangères , & de prendre congé pour ſe rendre à
leurs deftinations .
3
Le 19 , LL. MM. & la Famille Royale , fignèrent
le contrat de mariage du Marquis d'Agueffeau ,
( 107 )
Meftre de Camp de Cavalerie , & Lieutenant des
Gardes du Corps du Roi, avec Demoiſelle Branet
d'Ivry.
Le 18 , M. de Treffeol eut l'honneur de préfenter
au Roi l'éloge du Maréchal du’Muy .
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Résumé : De VERSAILLES, le 30 Juillet.
Le 19 juillet, la marquise de Vergennes fut présentée à la famille royale par la comtesse de Vergennes. Les ministres Moustier et Grotchlag furent présentés au roi avant leur départ pour Trèves et le Cercle du Haut-Rhin. Le même jour, le roi et sa famille signèrent le contrat de mariage entre le marquis d'Augéfeau et demoiselle Branet d'Ivry. Le 18 juillet, M. de Tresséol présenta l'éloge du maréchal du Muy au roi.
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11809
p. 107-114
De PARIS, le 30 Juillet.
Début :
L'attention générale est fixée sur les affaires maritimes, depuis le départ de l'escadre de [...]
Mots clefs :
Frégate, Escadre, Brest, Bord, Vaisseau, Vaisseaux, Assemblée, Armand de Kersaint, Augustus Keppel, Ordres, Officiers, Assemblée, Administration, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Juillet.
De PARIS , le 30 Juillet.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
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Résumé : De PARIS, le 30 Juillet.
Le 30 juillet, l'attention publique se porte sur les affaires maritimes suite au départ de l'escadre de Brest. Une lettre de Guincamp datée du 18 juillet rapporte que la frégate française 'l'Iphigénie', sous le commandement de M. de Kerfaint, a capturé une frégate anglaise servant d'observateur pour la flotte de l'amiral Keppel. Le combat a été rapide, et l'équipage anglais s'est réfugié à fond de cale. M. de Kerfaint a capturé l'état-major anglais, et le capitaine anglais a été impressionné par la taille et la puissance de la flotte française. La frégate anglaise a été conduite à Brest, et dix officiers ont été envoyés à Paris en tant que prisonniers. Un vaisseau de Rouen, précédemment arrêté par les Anglais, a été relâché et a continué son voyage jusqu'à Brest, rapportant que Keppel avait mis à la voile le 9 juillet. La frégate 'Prothée', commandée par M. le Chevalier d'Ampierre, a rejoint l'escadre après avoir demandé des hommes et des vivres. Une lettre de Brest du 17 juillet mentionne également la capture d'un cutter anglais par la frégate 'la Junon'. L'escadre française était positionnée à 43 lieues au sud-ouest de Quessant, tandis que Keppel se trouvait à la hauteur de cette île. Par ailleurs, l'escadre à Toulon se prépare à partir pour une destination éloignée. M. de la Mothe-Piquet exprime sa détermination à se battre aux côtés du Duc de Chartres. Plusieurs navires sont en cours de construction ou de réparation, et des mesures sont prises pour renforcer la sécurité des carrières après un accident mortel. Jean-Jacques Rousseau est décédé d'une apoplexie foudroyante, laissant des manuscrits incluant des poèmes, des opéras, des recueils de romances, et des mémoires de sa vie. Enfin, un arrêt du Conseil d'État du 12 juillet établit une administration provinciale dans le Berry, soulignant l'attention du roi aux affaires intérieures malgré les événements politiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11810
p. 154-157
Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Début :
Oeuvres de M. de la Harpe, de l'Académie Françoise, nouvellement recueillies, 6 [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Ouvrages, Auteur, Traduction, Poète, Prix, Vers, Morceau, Poésie
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texteReconnaissance textuelle : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Euvres de M. de la Harpe , de l'Académie
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
Françoife , nouvellement recueillies , 6
vol . in- 8° . A Paris, chez Piffot , Libraire ,
Quaí des Auguftins , avec approbation
& privilége du Roi ; prix , 24 livres ,
broché..
Le premier volume de cette édition , la
feule où l'on ait recueilli les différens Ouvrages
de l'Auteur , contient la Tragédie
du Comte de Warvic , avec les changemens.
qui n'avoient encore été imprimés que dans
des éditions féparées ; Mélanie , corrigée.
auffi , & augmentée de plufieurs morceaux
qui n'avoient pas encore paru ; Barnevel,
Drame en cinq actes & en vers , imité de
l'Anglois , imprimé pour la première fois.
avec une Préface , où on réfute l'Effaifur
l'Art dramatique ; un Effaifur les trois Tragiques.
Grecs , morceau de critique affez
étendu , dans lequel on a inféré la traduction
en vers des plus beaux endroits d'Efchile
, de Sophocle, & d'Euripide ; enfin ,
une Differtation für Shakefpear , dont la
première partie a été donnée par fragmens.
dans le Journal de Littérature ; la feconde ,
DE FRANCE.
ESS
où l'on réfute les apologiftes & panégyriftes
du Poëte Anglois , n'avoit point encore
été publiée.
Le fecond volume , qui eft celui des
Poéfies , contient des Difcours en vers , dont
plufieurs paroiffent pour la première fois ,
tels que le Difcours intitalé les prétentions ,
celui du luxe , celui qui a pour titre fur les
Grecs anciens & modernes , le Difcours fur
les préjugés & les injuftices littéraires , celui
qui eft adreffé à l'Impératrice de Ruffie ;,
celui du Philofophe , quoiqu'il eût déjà paru
fous le nom du Portrait du Sage , lorfqu'il
fut couronné à l'Académie de Marſeille ,
eft ici nouveau en grande partie. Les autres
Difcours étoient déjà connus. Ce font ceux
qui ont remporté le prix de Poéfie à l'Académie
Françoiſe , le Poëte , les Talens , les
Confeils à un jeune Poëte ; mais il y a ici
des additions & des changemens . On trouve
enfuite trois Odes ; le Philofophe des
Alnes , un des premiers Ouvrages de l'Auune
Ode à Monfeigneur le Prince de
au retour de fa glorieufe campagne
76 l'Ode fur la navigation , couronémie
Françoife en 1773. Suil'Audeux
ait confoides
, les feules
que
is les pres de celles
qui furent
aubal
à Flans
effais
de fa plume
,
la mort. &, & Servilie
à Brutus
,
éfar
cette
dernière
G vj
156
MERCURE
Pièce obtint le prix de Poéfie à Marſeille
en 1767. L'Epitre au Taffe , une Traduction
d'un morceau du quatrième Livre de
Lucrèce , & l'Ombre de Duclos , n'avoient
pas été imprimées. Tout le refte eft compofé
de Pièces détachées , publiées en différens
temps. Ce volume eft terminé par la
Traduction du premier & du feptième
Chant de la Phárfale , que l'Auteur avoit
lus aux Affemblées publiques de l'Académie
Françoife , mais qu'il donne ici pour
la première fois , avec des réflexions préliminaires
fur Lucain , dans lefquelles on
trouve encore beaucoup de morceaux traduits
du même Poëte.
Le troiſième volume réunit les Éloges de
Charles V de Fénélon , de Catinat , couronnés
à l'Académie Françoife ; l'Eloge de
Racine & de la Fontaine ; le Difcours de
réception à l'Académie , & un morceau fur
les Romans.
Le quatrième renferme un Difcour fur
les malheurs de la guerre , & les ay tages
Frande
la paix , couronné à l'Acadér
çoiſe en 1766 ; un Diſcours,Vains influe
ce fujet :
Combien le génie des grands Frticle fur le
fur l'efprit de leur fiècle , les
acceptions
;
mot amour dans fes diffres de Brutus
une Traduction de deux
Atticus
; un Pré-
P'une à
Cicéron
, l'ay Voltaire
, un autre
eis hiftorique fur
;
DE FRANCE. 157
fur M. d'Alembert ; une Differtation fur la
Poéfie lyrique , fuivie d'une Lettre de M. de
Voltaire fur le même fujet ; d'une Réponse
de l'Auteur , & d'une Réfutation de l'Écrit
intitulé Rouffeau vengé; un Fragmentfur les
Hiftoriens Latins , un Fragment fur les
douze premiers Céfars , un autre fur notre
langue , comparée aux langues Grecque &
Romaine , un autre fur Démosthène , un
autre fur la mufique théâtrale ; l'Éloge de
Lekain , & un Dialogue entre Alexandre &
un Solitaire du Caucafe.
Dans les tomes 5 & 6 , on a raffemblé
les principaux articles de critique inférés
dans le Mercure & dans le journal de
Littérature.
»
On trouve à la tête du premier volume
l'avis fuivant : « Ceux qui acquerront cette
édition , font avertis que les Ouvrages
» que l'Auteur publiera dans la fuite , fe-
» ront imprimés dans le même format &
» du même caractère , de manière à faire
fuite aux volumes qui paroiffent actuel-
» lement » .
On donnera , dans le Mercure prochain ,
l'analyse des Ouvrages nouveaux contenus
dans cette édition .
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Résumé : Oeuvres de M. de la Harpe, [titre d'après la table]
Le texte décrit une édition des œuvres de M. de La Harpe, membre de l'Académie française, publiée en six volumes in-octavo à Paris chez Piffot. Le premier volume comprend plusieurs pièces théâtrales et essais : la tragédie 'Le Comte de Warwick' avec des modifications inédites, 'Mélanie' corrigée et augmentée, le drame 'Barnevelt' en cinq actes, une préface réfutant un essai sur l'art dramatique, un essai sur les trois tragiques grecs accompagné de traductions de passages d'Eschyle, Sophocle et Euripide, ainsi qu'une dissertation sur Shakespeare. Le deuxième volume est consacré à la poésie et contient divers discours en vers, dont certains inédits, des odes, des épîtres et des traductions. Le troisième volume rassemble des éloges de personnages célèbres tels que Charles V, Fénelon, Racine et La Fontaine, ainsi qu'un discours de réception à l'Académie. Le quatrième volume inclut des discours sur divers sujets, des traductions et des fragments critiques. Les cinquième et sixième volumes regroupent les principaux articles de critique publiés dans le Mercure et le Journal de Littérature. Un avis informe les lecteurs que les futures publications de l'auteur seront imprimées dans le même format pour assurer la cohérence des volumes. Une analyse des nouvelles œuvres contenues dans cette édition sera publiée dans le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11811
p. [122]
TABLE
Début :
PIÈCES FUGITIVES. Épître à une jolie femme, pag. 123 Sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE
TABLE
PIÈCES IÈCES FUGITIVES .
Epitre à une jolie femme ,
pag. 123
Sur la Beauté , 125
Regrets fur ma vieille
Robe-de- Chambre, ibid .
Romance , 135
Vers pour le Bufte de
M. de Buffon,
Mufique. Lettre de M.
Marmontel ,
Gravure ,
Lettre à M. de la
Harpe ,
-
au même ,
161
187
ibid.
189
ANNONCES LITTÉR. 190
136 JOURNAL POLITIQUE .
Énigme & Logogr. 137
Conftantinople , Page 193
NOUVELLES Pétersbourg ,
LITTÉRAIRE S. Copenhague ,
Code des Loix des Gen- Varfovie,
toux , 139 Vienne ,
Traduct. d'un Morceau Hambourg ,
de l'Iliade , 148 Ratisbonne ,
Commencement du 16e Livourne
,
194
196
ibid.
198
201
206
208
209
Hift. univerfelle des États- Unis de l'Amériq.
Théâtres , 152 Septentrionale , 216
SPECTACLES. Verfailles ,
222
Comédie Françoife , 156 Paris , 223
SCIENCES ET ARTS.
Bruxelles 234
PIÈCES IÈCES FUGITIVES .
Epitre à une jolie femme ,
pag. 123
Sur la Beauté , 125
Regrets fur ma vieille
Robe-de- Chambre, ibid .
Romance , 135
Vers pour le Bufte de
M. de Buffon,
Mufique. Lettre de M.
Marmontel ,
Gravure ,
Lettre à M. de la
Harpe ,
-
au même ,
161
187
ibid.
189
ANNONCES LITTÉR. 190
136 JOURNAL POLITIQUE .
Énigme & Logogr. 137
Conftantinople , Page 193
NOUVELLES Pétersbourg ,
LITTÉRAIRE S. Copenhague ,
Code des Loix des Gen- Varfovie,
toux , 139 Vienne ,
Traduct. d'un Morceau Hambourg ,
de l'Iliade , 148 Ratisbonne ,
Commencement du 16e Livourne
,
194
196
ibid.
198
201
206
208
209
Hift. univerfelle des États- Unis de l'Amériq.
Théâtres , 152 Septentrionale , 216
SPECTACLES. Verfailles ,
222
Comédie Françoife , 156 Paris , 223
SCIENCES ET ARTS.
Bruxelles 234
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Résumé : TABLE
Le document présente une table des matières avec plusieurs sections. 'Pièces fugitives' inclut des poèmes et lettres, comme 'Épître à une jolie femme' et des vers dédiés à M. de Buffon. 'Annonces littéraires' commence à la page 190. Le 'Journal politique' contient des nouvelles de Constantinople et de villes européennes. 'Nouvelles littéraires' mentionne une traduction de l'Iliade et l'histoire des États-Unis. Les 'Spectacles' traitent des théâtres de Versailles, Paris et Bruxelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11812
p. [122]
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Mercure de France, pour le 15 Septembre. [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'AI 'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le Mercure de France , pour le 15 Septembre.
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 14 Septembre 1778 .
DE SANCY.
J'AI 'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le Mercure de France , pour le 15 Septembre.
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſ
fion. A Paris , ce 14 Septembre 1778 .
DE SANCY.
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11813
p. [122]
« De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...] »
De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
rue de la Harpe , près Saint- Côme.
rue de la Harpe , près Saint- Côme.
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11814
p. 125-135
REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
Début :
Pourquoi ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit faite à moi, j'étois fait à elle. Elle mouloit [...]
Mots clefs :
Robe de chambre, Écarlate, Claude Joseph Vernet, Laïs, Ciel, Amis, Luxe, Pendule, Tapis, Fond, Eaux, Fortune, Manne, Chute, Couvert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
REGRETS fur ma vieille Robe-de- Chambre ,
ou Avis à ceux qui ont plus de goût que
de fortune. Par M. D.
POURQUOI ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit
faite à moi , j'étois fait à elle . Elle mouloit
tous les plis de mon corps fans le gêl'autre
roide , empefée , me manne
ner;
Fiij
116
MERCURE
quine. Il n'y avoit aucun befoin auquel fa
complaifance ne fe prêtât ; car l'indigence
eft prefque toujours officieufe. Un livre
étoit- il couvert de pouffière , un de fes pans
s'offroit à l'effuyer ; l'encre épaiffre refufoitelle
de couler de ma plume , elle préfentoit
le flanc ; on y voyoit tracés en longues raies
noires les fréquens fervices qu'elle m'avoit
rendus . Ces longues raies annonçoient le
Littérateur , l'Ecrivain , l'Homme qui travaille
à préfent j'ai l'air d'un riche Fainéant;
on ne fait qui je fuis.
Sous fon abri, je ne redoutois ni la maladreffe
d'un valet ni la mienne , ni les
éclats du feu , ni la chûte de l'eau ; j'étois
le maître abfolu de ma vieille Robe de
chambre , je fuis devenu l'efclave de la
nouvelle.
Le Dragon qui furveilloit la Toifon d'or
ne fut pas plus inquiet que moi : le fouci
m'enveloppe.
Le Vieillard paffionné qui s'eft livrépieds
& poings liés aux caprices , à la merci
d'une jeune folle , fe dit depuis le matin
jufqu'au foir où eft ma bonne , ma vieille
Gouvernante ? Quel démon m'obfédoit le
jour que je la chaffai pour celle -ci ! puis
il pleure ; il foupire.
:
Je ne pleure pas , je ne foupire pas ;
mais à chaque inftant je dis : Maudit foit
celui qui inventa l'art de donner du prix
DE FRANCE. 127
à l'étoffe commune en la teignant en écarlate
! maudit foit le précieux vêtement que
je révère ! où eft mon ancien , mon humble,
mon commode lambeau de callemande ?
Mes amis , gardez vos vieux amis . Mes
amis, craignez l'atteinte de la richeffe. Que
mon exemple vous inftruife. La pauvreté
a fes franchiſes ; l'opulence a fa gêne.
O Diogène ! fi tu voyois ton diſciple
fous le faftueux manteau d'Ariſtippe , comme
tu rirois ! O Ariftippe , ce manteau faſtueux
fut payé bien cher ! Quelle comparaifon
de ta vie molle , rampante , efféminée ,
& de la vie libre & ferme du Cynique déguenillé
! j'ai quitté le tonneau où je régnois
fervir fous un tyran .
pour
Ce n'eft pas tout , mon ami ; écoutez
les ravages du luxe , les fuites funeftes d'un
luxe conféquent.
Ma vieille Robe de chambre étoit une
avec les autres guenilles qui m'environnoient.
Une chaife de paille , une table de
bois , une tapifferie de Bergame , une planche
de fapin qui foutenoit quelques livres ;
quelques eftampes enfumées , fans bordure ,
clouées par les angles fur cette tapifferie ;
entre ces Eftampes , trois ou quatre Plâtres
fufpendus , formoient avec ma vieille Robe
de chambre l'indigence la plus harmonieuſe.
Tout est aujourd'hui défaccordé . Plus
d'enſemble , plus d'unité , plus de beauté.
F iv
128
MERCURE
C
Une nouvelle Gouvernante qui fuccède
dans un presbytère , la femme qui entre
dans la maifon d'un veuf , ne caufent pas
plus de troubles que l'écarlate intrufe n'en a
caufé chez moi.
Je puis fupporter fans dégoût lavue d'une
Payfanne. Ce morceau de toile groffière qui
couvre fa tête , cette chevelure qui tombe
éparfe fur fes joues , ces haillons troués.
qui la vêtiffent à demi , ce mauvais cotillon
qui ne va pas à la moitié de fes jambes , ces
pieds nuds & couverts de fange ne peuvent
me bleffer : c'eft l'image d'un état que je
refpecte ; c'eft l'enſemble des difgraces d'une
condition néceffaire & malheureufe que je
plains ; mais mon coeur fe foulève , & malgré
l'atmosphère parfumé qui la fuit , j'éloigne
mes pas , je détourne mes regards
de cette Courtifanne , dont la coëffure à point
d'Angleterre & les manchettes déchirées ,
les bas de foie fales , & la chauffure ufée me
montrent la mifère du jour affociée à l'opu
lence de la veille.
Tel eût été mon domicile fi l'impérieufe
écarlate n'eût tout mis à fon uniffon .
J'ai vu la Bergame céder à la tenture de
Damas la muraille à laquelle elle étoit depuis
fi long-temps attachée. ·
Deux Eftampes , qui n'étoient pas fans mérite
, la chute de la manne dans le Défert ,
du Pouffin , & l'Efter devant Affuérus , du
DE FRANCE. 129
même , l'une honteufement chaffée par un
Vieillard de Rubens ; ( c'eft la trifte Efther
) la Chûte de la manne diffipée par une
Tempête de Vernet.
La chaife de Paille reléguée dans l'antichambre
par le fauteuil de maroquin .
Homère , Virgile , Horace , Cicéron, foulager
le foible fapin courbé fous leur maſſe,
& fe renfermer dans une armoire marquetée
, afyle plus digne d'eux que de moi.
Une grande glace s'emparer du manteau
de ma cheminée.
Ces deux jolis plâtres que je tenois de
l'amitié de Falconet , & qu'il avoit réparés
lui-même , déménagés par une Vénus ac
croupie ; l'argile moderne brifée par le
bronze antique.
La table de bois difputoit encore le terrein
à l'abri d'une foule de brochures & de
papiers entaffés pêle- mêle & qui fembloient
devoir la dérober long- temps à la cataftrophe
qui la menaçoit . Un jour elle fubit
fon fort , & en dépit de ma pareffe les brochures
& les papiers allèrent fe ranger dans
les ferres d'un bureau précieux.
Inftinct funefte des convenances ! tact délicat
& ruineux ! goût fublime , qui changes ,
qui déplaces , qui édifies , qui renverſes , qui
vuides les coffres des pères , qui laiffes les
filles fans dor , les fils fans éducation , qui
fais tant de belles chofes & de fi grands
F v
130 MERCURE
maux ; toi qui fubftituas chez moi le fatal
& précieux bureau à la table de bois , c'eft
toi qui perds les nations ; c'eft toi qui peutêtre
un jour , conduiras mes effets fur le
Pont S. Michel , où l'on entendra la voix
enrouée d'un Juré - Crieur dire à vingt
louis une Vénus accroupie !
L'intervalle qui reftoit entre la tablette
de ce bureau , & la tempête de Vernet qui
eft au-deffus , faifoit un vuide défagréable à
l'oeil : ce vuide fut rempli par une pendule ;
& quelle pendule encore une pendule à
la Geoffrin ! une pendule où l'or contrafte
avec le bronze !
Il y avoit un angle vacant à côté de la
fenêtre : cet angle demandoit un Secrétaire ,
qu'il obtint.
Autre vuide déplaiſant entre la tablette
du Secrétaire & la belle tête de Rubens ;
il eft rempli par deux Lagrenée.
Ici une Madeleine , troiſième tableau du
même Artifte ; là c'eft une efquiffe de Vien
ou de Machy : car je donnai auffi dans les
efquiffes; & ce fut ainfi que le réduit édi
fiant du philofophe fe transforma dans le
cabinet fcandaleux du publicain j'infulte
auffi à la misère nationale.
De ma médiocrité première il n'eft refté
qu'un tapis de lifières . Ce tapis mefquin ne
cadre guères avec mon luxe je le feas
nažis j'ai juré & je jure que mes pieds ne fouDE
FRANCE. 131
leront jamais un chef-d'oeuvre de la Savonnerie.
Je réſerverai ce tapis comme le païfan,
tranfplanté de la chaumière dans le palais
de fon Souverain,réferva fes fabots. Lorfque
le matin , couvert de la fomptueufe écarlatte
, j'entre dans mon cabinet , fi je baiffe
la vue , j'apperçois mon ancien tapis de lifières.
Il me rappelte mon premier érat, &
l'orgueil s'arrête à l'entrée de mon coeur.
Non , mon ami ; non , je ne fuis point corrompu.
Mon ame ne s'eft point endurcie ;
ma tête ne s'eft point relevée ; mon luxe eft
de fraîche date , & le poifon n'a point encore
agi. Mais avec le temps , qui fait ce
qui peut arriver?? ... Ah! mon ami , levez
Vos mains au ciel , priez pour un ami en
péril ; dites à Dieu hi tu vois dans tes décrets
éternels que la richeffe puiffe corrompre
fon coeur , n'épargne pas les chef- d'oeu
vres qu'il idolâtre , détruis- les , & ramènele
à fa première pauvreté ! Et moi je dirai
au ciel de mon côté : ô Dieu , je me réfigne
à ta volonté; je t'abandonne tout , reprens
tout.... Oui , tout , excepté le Vernet . Ah!
laiffe-moi le Vernet ! Ce n'eft pas l'Artifte ,
c'est toi qui l'as fait. Refpecte l'ouvrage de
l'amitié & le tien. Vois ce phare , vois cette
tour. qui s'élèvent à droite. Vois ce vieil arbre
que les vents ont déchiré . Que cette
maffe est belle ! Au- deffous de cette maffe
obſcure , vois ces rochers couverts de ver-
:
F vj
132 MERCURE
dure : c'est ainsi que ta main puiflante les a
fondés , c'eft ainfi que ta main bienfaifante
les a tapiffés. Vois cette terraffe inégale qui
defcend du pied des rochers vers la mer ;
c'eft l'image même des dégradations que tu
as permis au temps d'exercer fur les chofes
du monde les plus folides. Tonfoleil l'auroitil
autrement éclairée ? Prends en pitié les malheureux
épars fur cette rive , Nete fuffit-il pas
de leur avoir montré le fond des abyfmes !
Ecoute la prière de celui - ci qui te remercie.
Aide les efforts de celui - là qui
raffemble les triftes reftes de fa fortune.
Ferme l'oreille aux imprécations de ce furieux.
Hélas ! il fe promettoit des retours fi
avantageux ! Il avoit médité le repos & la
retraite ; il en étoit à fon dernier voyage :
cent fois dans la route il avoit calculé par
fes doigts le fond de fa fortune ; il en avoit
arrangé l'emploi : & voilà toutes fes efpérances
trompées ; à peine lui refte-t- il de
quoi couvrir les membres nuds . Sois touché
de la tendreffe de ces deux époux. Vois la
terreur que tu as infpirée à cette femme.
Cependant , fon enfant trop jeune pour
favoir à quel péril tu l'avois expofé , lui ,
fon père & fa mère , s'occupe du fidèle compagnon
de fon voyage; il rattache le collier
de fon chien : fais grace à l'innocence. Vois
cette autre mère fraîchement échappée des
eaux avec fon époux ; ce n'eſt pas pour elle
DE FRANCE. 133
qu'elle a tremblé , c'eft pour fon enfant.
Vois comme elle le ferre contre fon fein ,
comme elle le baife ! O Dieu reconnois
les eaux que tu as créées ! reconnois - les , &
lorfque ton fouffle les agite , & lorfque t'a
main les appaife ! reconnois les fombres
nuages que tu avois raffemblés , & qu'il t'a
plu de diffiper ! Déjà ils fe féparent , ils
s'éloignent , déjà la lueur de l'aftre du jour
renaît fur la furface des eaux ; je préfage le
calme à cet horifon rougeâtre. Qu'il eft loin
cet horifon ! il ne confine point avec la mer;
le ciel defcend au- deſſous , & femble tourner
autour du globe. Achève d'éclaircir ce
ciel , achève de rendre à la mer fa tranquillité.
Permets à ces Matelots de remettre à
Alot leur navire échoué , feconde leur travail ,
donne-leur des forces , & laiffe - moi mon
tableau. Laiffe- le moi comme la verge dont
tu châtieras l'homme vain. Déjà ce n'eſt
plus moi qu'on vifite , qu'on vient entendre :
c'eft Vernet qu'on vient admirer chez moi ;
le Peintre a humilié le Philofophe.
O, mon ami , le beau Vernet que je poſsède
! Le fujet eft la fin d'une tempête fans cataftrophe
fâcheufe. Les flots font encore agités,
le ciel couvert de nuages ; les Matelots s'occupent
fur leur navire échoué ; les habitans
accourent des montagnes voifines. Que cet
artiſte a d'efprit ! Il ne lui a fallu qu'un petit
nombre de figures principales pour rendre
134 MERCURE
toutes les circonftances de l'inftant qu'il a
choifi . Comme toute cette fcène eft vraie !
comme tout eft peint avec légèreté , facilité
& vigueur ! Je veux garder ce témoignage
de fon amitié ; je veux que mon gendre
le tranfmettre à fes enfans , fes enfans
aux leurs , & ceux - ci aux enfans qui naîtront
d'eux. Si vous voyiez le bel enfemble de
ce morceau , comme tout y eft harmonieux
comme les effets s'y enchaînent , comme
tout fe fait valoir fans effort & fans apprêt ,
comme ces montagnes de la droite font vaporeufes
, comme ces rochers & les édifices
fur- impofés font beaux , comme cet arbre eſt
pittorefque , comme cette terraffe eft éclairée
, comme la lumière s'y dégrade , comme
ces figures font difpofées , vraies , agiffantes ,
naturelles , vivantes , comme elles intéreffent
, la force dont elles font peintes la
pureté dont elles font deffinées , comme elles
fe détachent du fond , l'énorme étendue de
- cet efpace ; la vérité de ces eaux , ces nuées ,
ce ciel , cet horifon ! Ici le fond eft privé de
-lumière , & le devant éclairé , au contraire
du technique commun : venez voir mon
Vernet ; mais ne me l'ôtez pas.
Avec le temps les dettes s'acquitteront ,
le remords s'appaifera , & j'aurai une jouiffance
pure. Ne craignez pas que la fureur
d'entaffer de belles chofes me prenne : les
amis que j'avois , je les ai , & le nombre
DE FRANCE. ་་་
n'en eft point augmenté... J'ai Laïs ; mais
Lais ne m'a pas heureux entre fes bras ,
je fuis prêt à la céder à celui que j'aimerai ,
& qu'elle rendroit plus heureux que moi ;
& , pour vous dire mon fecret à l'oreille ,
cette Laïs qui fe vend fi cher aux autres , ne
m'a rien coûté.
ou Avis à ceux qui ont plus de goût que
de fortune. Par M. D.
POURQUOI ne l'avoir pas gardée ? Elle étoit
faite à moi , j'étois fait à elle . Elle mouloit
tous les plis de mon corps fans le gêl'autre
roide , empefée , me manne
ner;
Fiij
116
MERCURE
quine. Il n'y avoit aucun befoin auquel fa
complaifance ne fe prêtât ; car l'indigence
eft prefque toujours officieufe. Un livre
étoit- il couvert de pouffière , un de fes pans
s'offroit à l'effuyer ; l'encre épaiffre refufoitelle
de couler de ma plume , elle préfentoit
le flanc ; on y voyoit tracés en longues raies
noires les fréquens fervices qu'elle m'avoit
rendus . Ces longues raies annonçoient le
Littérateur , l'Ecrivain , l'Homme qui travaille
à préfent j'ai l'air d'un riche Fainéant;
on ne fait qui je fuis.
Sous fon abri, je ne redoutois ni la maladreffe
d'un valet ni la mienne , ni les
éclats du feu , ni la chûte de l'eau ; j'étois
le maître abfolu de ma vieille Robe de
chambre , je fuis devenu l'efclave de la
nouvelle.
Le Dragon qui furveilloit la Toifon d'or
ne fut pas plus inquiet que moi : le fouci
m'enveloppe.
Le Vieillard paffionné qui s'eft livrépieds
& poings liés aux caprices , à la merci
d'une jeune folle , fe dit depuis le matin
jufqu'au foir où eft ma bonne , ma vieille
Gouvernante ? Quel démon m'obfédoit le
jour que je la chaffai pour celle -ci ! puis
il pleure ; il foupire.
:
Je ne pleure pas , je ne foupire pas ;
mais à chaque inftant je dis : Maudit foit
celui qui inventa l'art de donner du prix
DE FRANCE. 127
à l'étoffe commune en la teignant en écarlate
! maudit foit le précieux vêtement que
je révère ! où eft mon ancien , mon humble,
mon commode lambeau de callemande ?
Mes amis , gardez vos vieux amis . Mes
amis, craignez l'atteinte de la richeffe. Que
mon exemple vous inftruife. La pauvreté
a fes franchiſes ; l'opulence a fa gêne.
O Diogène ! fi tu voyois ton diſciple
fous le faftueux manteau d'Ariſtippe , comme
tu rirois ! O Ariftippe , ce manteau faſtueux
fut payé bien cher ! Quelle comparaifon
de ta vie molle , rampante , efféminée ,
& de la vie libre & ferme du Cynique déguenillé
! j'ai quitté le tonneau où je régnois
fervir fous un tyran .
pour
Ce n'eft pas tout , mon ami ; écoutez
les ravages du luxe , les fuites funeftes d'un
luxe conféquent.
Ma vieille Robe de chambre étoit une
avec les autres guenilles qui m'environnoient.
Une chaife de paille , une table de
bois , une tapifferie de Bergame , une planche
de fapin qui foutenoit quelques livres ;
quelques eftampes enfumées , fans bordure ,
clouées par les angles fur cette tapifferie ;
entre ces Eftampes , trois ou quatre Plâtres
fufpendus , formoient avec ma vieille Robe
de chambre l'indigence la plus harmonieuſe.
Tout est aujourd'hui défaccordé . Plus
d'enſemble , plus d'unité , plus de beauté.
F iv
128
MERCURE
C
Une nouvelle Gouvernante qui fuccède
dans un presbytère , la femme qui entre
dans la maifon d'un veuf , ne caufent pas
plus de troubles que l'écarlate intrufe n'en a
caufé chez moi.
Je puis fupporter fans dégoût lavue d'une
Payfanne. Ce morceau de toile groffière qui
couvre fa tête , cette chevelure qui tombe
éparfe fur fes joues , ces haillons troués.
qui la vêtiffent à demi , ce mauvais cotillon
qui ne va pas à la moitié de fes jambes , ces
pieds nuds & couverts de fange ne peuvent
me bleffer : c'eft l'image d'un état que je
refpecte ; c'eft l'enſemble des difgraces d'une
condition néceffaire & malheureufe que je
plains ; mais mon coeur fe foulève , & malgré
l'atmosphère parfumé qui la fuit , j'éloigne
mes pas , je détourne mes regards
de cette Courtifanne , dont la coëffure à point
d'Angleterre & les manchettes déchirées ,
les bas de foie fales , & la chauffure ufée me
montrent la mifère du jour affociée à l'opu
lence de la veille.
Tel eût été mon domicile fi l'impérieufe
écarlate n'eût tout mis à fon uniffon .
J'ai vu la Bergame céder à la tenture de
Damas la muraille à laquelle elle étoit depuis
fi long-temps attachée. ·
Deux Eftampes , qui n'étoient pas fans mérite
, la chute de la manne dans le Défert ,
du Pouffin , & l'Efter devant Affuérus , du
DE FRANCE. 129
même , l'une honteufement chaffée par un
Vieillard de Rubens ; ( c'eft la trifte Efther
) la Chûte de la manne diffipée par une
Tempête de Vernet.
La chaife de Paille reléguée dans l'antichambre
par le fauteuil de maroquin .
Homère , Virgile , Horace , Cicéron, foulager
le foible fapin courbé fous leur maſſe,
& fe renfermer dans une armoire marquetée
, afyle plus digne d'eux que de moi.
Une grande glace s'emparer du manteau
de ma cheminée.
Ces deux jolis plâtres que je tenois de
l'amitié de Falconet , & qu'il avoit réparés
lui-même , déménagés par une Vénus ac
croupie ; l'argile moderne brifée par le
bronze antique.
La table de bois difputoit encore le terrein
à l'abri d'une foule de brochures & de
papiers entaffés pêle- mêle & qui fembloient
devoir la dérober long- temps à la cataftrophe
qui la menaçoit . Un jour elle fubit
fon fort , & en dépit de ma pareffe les brochures
& les papiers allèrent fe ranger dans
les ferres d'un bureau précieux.
Inftinct funefte des convenances ! tact délicat
& ruineux ! goût fublime , qui changes ,
qui déplaces , qui édifies , qui renverſes , qui
vuides les coffres des pères , qui laiffes les
filles fans dor , les fils fans éducation , qui
fais tant de belles chofes & de fi grands
F v
130 MERCURE
maux ; toi qui fubftituas chez moi le fatal
& précieux bureau à la table de bois , c'eft
toi qui perds les nations ; c'eft toi qui peutêtre
un jour , conduiras mes effets fur le
Pont S. Michel , où l'on entendra la voix
enrouée d'un Juré - Crieur dire à vingt
louis une Vénus accroupie !
L'intervalle qui reftoit entre la tablette
de ce bureau , & la tempête de Vernet qui
eft au-deffus , faifoit un vuide défagréable à
l'oeil : ce vuide fut rempli par une pendule ;
& quelle pendule encore une pendule à
la Geoffrin ! une pendule où l'or contrafte
avec le bronze !
Il y avoit un angle vacant à côté de la
fenêtre : cet angle demandoit un Secrétaire ,
qu'il obtint.
Autre vuide déplaiſant entre la tablette
du Secrétaire & la belle tête de Rubens ;
il eft rempli par deux Lagrenée.
Ici une Madeleine , troiſième tableau du
même Artifte ; là c'eft une efquiffe de Vien
ou de Machy : car je donnai auffi dans les
efquiffes; & ce fut ainfi que le réduit édi
fiant du philofophe fe transforma dans le
cabinet fcandaleux du publicain j'infulte
auffi à la misère nationale.
De ma médiocrité première il n'eft refté
qu'un tapis de lifières . Ce tapis mefquin ne
cadre guères avec mon luxe je le feas
nažis j'ai juré & je jure que mes pieds ne fouDE
FRANCE. 131
leront jamais un chef-d'oeuvre de la Savonnerie.
Je réſerverai ce tapis comme le païfan,
tranfplanté de la chaumière dans le palais
de fon Souverain,réferva fes fabots. Lorfque
le matin , couvert de la fomptueufe écarlatte
, j'entre dans mon cabinet , fi je baiffe
la vue , j'apperçois mon ancien tapis de lifières.
Il me rappelte mon premier érat, &
l'orgueil s'arrête à l'entrée de mon coeur.
Non , mon ami ; non , je ne fuis point corrompu.
Mon ame ne s'eft point endurcie ;
ma tête ne s'eft point relevée ; mon luxe eft
de fraîche date , & le poifon n'a point encore
agi. Mais avec le temps , qui fait ce
qui peut arriver?? ... Ah! mon ami , levez
Vos mains au ciel , priez pour un ami en
péril ; dites à Dieu hi tu vois dans tes décrets
éternels que la richeffe puiffe corrompre
fon coeur , n'épargne pas les chef- d'oeu
vres qu'il idolâtre , détruis- les , & ramènele
à fa première pauvreté ! Et moi je dirai
au ciel de mon côté : ô Dieu , je me réfigne
à ta volonté; je t'abandonne tout , reprens
tout.... Oui , tout , excepté le Vernet . Ah!
laiffe-moi le Vernet ! Ce n'eft pas l'Artifte ,
c'est toi qui l'as fait. Refpecte l'ouvrage de
l'amitié & le tien. Vois ce phare , vois cette
tour. qui s'élèvent à droite. Vois ce vieil arbre
que les vents ont déchiré . Que cette
maffe est belle ! Au- deffous de cette maffe
obſcure , vois ces rochers couverts de ver-
:
F vj
132 MERCURE
dure : c'est ainsi que ta main puiflante les a
fondés , c'eft ainfi que ta main bienfaifante
les a tapiffés. Vois cette terraffe inégale qui
defcend du pied des rochers vers la mer ;
c'eft l'image même des dégradations que tu
as permis au temps d'exercer fur les chofes
du monde les plus folides. Tonfoleil l'auroitil
autrement éclairée ? Prends en pitié les malheureux
épars fur cette rive , Nete fuffit-il pas
de leur avoir montré le fond des abyfmes !
Ecoute la prière de celui - ci qui te remercie.
Aide les efforts de celui - là qui
raffemble les triftes reftes de fa fortune.
Ferme l'oreille aux imprécations de ce furieux.
Hélas ! il fe promettoit des retours fi
avantageux ! Il avoit médité le repos & la
retraite ; il en étoit à fon dernier voyage :
cent fois dans la route il avoit calculé par
fes doigts le fond de fa fortune ; il en avoit
arrangé l'emploi : & voilà toutes fes efpérances
trompées ; à peine lui refte-t- il de
quoi couvrir les membres nuds . Sois touché
de la tendreffe de ces deux époux. Vois la
terreur que tu as infpirée à cette femme.
Cependant , fon enfant trop jeune pour
favoir à quel péril tu l'avois expofé , lui ,
fon père & fa mère , s'occupe du fidèle compagnon
de fon voyage; il rattache le collier
de fon chien : fais grace à l'innocence. Vois
cette autre mère fraîchement échappée des
eaux avec fon époux ; ce n'eſt pas pour elle
DE FRANCE. 133
qu'elle a tremblé , c'eft pour fon enfant.
Vois comme elle le ferre contre fon fein ,
comme elle le baife ! O Dieu reconnois
les eaux que tu as créées ! reconnois - les , &
lorfque ton fouffle les agite , & lorfque t'a
main les appaife ! reconnois les fombres
nuages que tu avois raffemblés , & qu'il t'a
plu de diffiper ! Déjà ils fe féparent , ils
s'éloignent , déjà la lueur de l'aftre du jour
renaît fur la furface des eaux ; je préfage le
calme à cet horifon rougeâtre. Qu'il eft loin
cet horifon ! il ne confine point avec la mer;
le ciel defcend au- deſſous , & femble tourner
autour du globe. Achève d'éclaircir ce
ciel , achève de rendre à la mer fa tranquillité.
Permets à ces Matelots de remettre à
Alot leur navire échoué , feconde leur travail ,
donne-leur des forces , & laiffe - moi mon
tableau. Laiffe- le moi comme la verge dont
tu châtieras l'homme vain. Déjà ce n'eſt
plus moi qu'on vifite , qu'on vient entendre :
c'eft Vernet qu'on vient admirer chez moi ;
le Peintre a humilié le Philofophe.
O, mon ami , le beau Vernet que je poſsède
! Le fujet eft la fin d'une tempête fans cataftrophe
fâcheufe. Les flots font encore agités,
le ciel couvert de nuages ; les Matelots s'occupent
fur leur navire échoué ; les habitans
accourent des montagnes voifines. Que cet
artiſte a d'efprit ! Il ne lui a fallu qu'un petit
nombre de figures principales pour rendre
134 MERCURE
toutes les circonftances de l'inftant qu'il a
choifi . Comme toute cette fcène eft vraie !
comme tout eft peint avec légèreté , facilité
& vigueur ! Je veux garder ce témoignage
de fon amitié ; je veux que mon gendre
le tranfmettre à fes enfans , fes enfans
aux leurs , & ceux - ci aux enfans qui naîtront
d'eux. Si vous voyiez le bel enfemble de
ce morceau , comme tout y eft harmonieux
comme les effets s'y enchaînent , comme
tout fe fait valoir fans effort & fans apprêt ,
comme ces montagnes de la droite font vaporeufes
, comme ces rochers & les édifices
fur- impofés font beaux , comme cet arbre eſt
pittorefque , comme cette terraffe eft éclairée
, comme la lumière s'y dégrade , comme
ces figures font difpofées , vraies , agiffantes ,
naturelles , vivantes , comme elles intéreffent
, la force dont elles font peintes la
pureté dont elles font deffinées , comme elles
fe détachent du fond , l'énorme étendue de
- cet efpace ; la vérité de ces eaux , ces nuées ,
ce ciel , cet horifon ! Ici le fond eft privé de
-lumière , & le devant éclairé , au contraire
du technique commun : venez voir mon
Vernet ; mais ne me l'ôtez pas.
Avec le temps les dettes s'acquitteront ,
le remords s'appaifera , & j'aurai une jouiffance
pure. Ne craignez pas que la fureur
d'entaffer de belles chofes me prenne : les
amis que j'avois , je les ai , & le nombre
DE FRANCE. ་་་
n'en eft point augmenté... J'ai Laïs ; mais
Lais ne m'a pas heureux entre fes bras ,
je fuis prêt à la céder à celui que j'aimerai ,
& qu'elle rendroit plus heureux que moi ;
& , pour vous dire mon fecret à l'oreille ,
cette Laïs qui fe vend fi cher aux autres , ne
m'a rien coûté.
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Résumé : REGRETS sur ma vieille Robe-de-Chambre, ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune. Par M. D.
Dans le texte 'Regrets fur ma vieille Robe-de-Chambre', l'auteur exprime sa nostalgie pour sa vieille robe de chambre, qu'il trouvait confortable et adaptée à sa vie quotidienne. Il regrette de l'avoir remplacée par une robe neuve, plus élégante mais moins pratique, symbolisant ainsi les désavantages de l'opulence par rapport à la pauvreté. Cette nouvelle robe le rend esclave des apparences et des convenances, contrairement à la liberté qu'il ressentait auparavant. L'auteur déplore également les changements apportés à son intérieur, où des objets simples et harmonieux ont été remplacés par des éléments plus luxueux mais moins authentiques. Il mentionne la disparition de sa chaise de paille, de sa table en bois, et de ses estampes, remplacées par des meubles et des décorations plus coûteux. Cette transformation a perturbé l'harmonie de son espace de vie, le rendant plus dissonant et moins personnel. Il critique le luxe et les convenances, qui, bien que créant des beautés superficielles, entraînent souvent des conséquences négatives, comme la ruine financière et l'absence d'éducation pour les enfants. L'auteur exprime son regret d'avoir succombé à l'attrait du luxe, préférant la simplicité et l'authenticité de son ancienne vie. Le texte décrit la transformation de son espace en un cabinet luxueux, avec l'ajout de divers objets tels qu'une pendule, un secrétaire, et plusieurs tableaux, dont des œuvres de Rubens, Lagrenée, Vien, et Machy. Un tapis de lisière, vestige de sa modestie passée, reste présent, rappelant son humilité initiale malgré son nouveau luxe. Il exprime ses craintes d'être corrompu par la richesse et prie pour rester intègre. L'auteur admire particulièrement un tableau de Vernet représentant la fin d'une tempête sans catastrophe majeure. Ce tableau devient un symbole de l'amitié et un témoignage à transmettre aux générations futures. Il souhaite conserver ce tableau comme un rappel de l'humilité et de la beauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11815
p. 137
Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Début :
Le mot de l'Énigme est les Sept Pseaumes Pénitentiaux ; celui du Logogryphe est [...]
Mots clefs :
Sept psaumes pénitentiels, Cloche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Énigme & du Logogryphe du Mercure précédent.
Explication de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft les Sept Pfeaumes
Pénitentiaux ; celui du Logogryphe eft
Cloche , dans lequel , en retranchant la première
lettre , on trouve Loche , poiffon.
du Mercure précédent.
LE mot de l'Enigme eft les Sept Pfeaumes
Pénitentiaux ; celui du Logogryphe eft
Cloche , dans lequel , en retranchant la première
lettre , on trouve Loche , poiffon.
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11816
p. 139-147
Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Début :
Ce Code, ce monument de Jurisprudence le plus singulier & le plus curieux qu'on [...]
Mots clefs :
Femme, Gentoux, Chapitre, Lois, Brames, Homme, Maison, Mari, Vie, Code
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Code des Loix des Gentoux , ou Réglemens
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
des Brames , traduit de l'Anglois , d'après
les Verfions faites de l'original écrit
en Langue Samskrète , vol. in-4to.
A Paris , chez Stoupe , rue de la Harpe
, 1778.
I
SECOND EXTRAIT *.
CE CODE , ce monument de Jurifprudence
le plus fingulier & le plus curieux qu'on
ait jamais publié , commence par un petit
difcours préliminaire où les Brames expofent
eux mêmes l'objet & l'utilité de cette
compilation . Ce morceau refpire le fentiment
, la nobleffe & la bienfaifance . La
tolérance eſt un dogme de la Religion des
Gentoux , fondé fur cet article de leur foi ,
que Dieu ne permettroit pas un fi grand
nombre de Religions , s'il n'avoit pas du
plaifir à contempler cette variété .
La première partie de l'introduction contient
l'Hiftoire de la Création , telle que
la croient les Gentoux : on y dit que les
quatre grandes tribus primitives provien-
* Voyez le premier Extrait , Mercure du 25 de Juin.
140
MERCURE
nent des quatre différens membres de Bra
ma ; & de la fonction principale attribuée
à ces quatre membres , fe déduifent les
devoirs , les travaux & le fort de chaque
cafte. Le Brame vient de la bouche (fageffe)
pour prier , lire & inftruire. Le Chehterée
vient du bras (force) , pour tirer l'arc ,
combattre & gouverner. Le Bice vient du
ventre & des cuiffes ( nourriture) pour pourvoir
aux befoins de la vie par l'agriculture
& le commerce. Le Sooder vient du pied
(fujétion) pour travailler , fervir , voyager.
Ces quatre grandes tribus comprennent les
divifions primitives d'un état bien gouverné.
Une cinquième tribu , nommée Burrun-
Sunker , eft formée des ouvriers & petits
Marchands de moindre importance ,
fervant plutôt au luxe qu'aux befoins de
la vie , & fe fubdivife prefqu'en autant de
caftes féparées qu'il y a de genres de travaux
& de trafics particuliers.
La feconde partie de l'introduction expofe
les qualités néceffaires à un Magiſtrat
, c'eſt-à- dire à celui qui gouverne , &
les devoirs de fa place. « Il doit être en état
"
de dominer fa concupifcence , fa colère ,
» fon avarice , fa folie & fon orgueil ; être
» bienfaifant , parler aux peuples en termes
tendres & affectueux ; être jufte &
» punir le crime ; avoir de l'indulgence &
» de la commifération pour les malheureux ,
DE FRANCE. 141
»
» partager les afflictions & les maux de tout
fon peuple. Il fe choifira fept ou huit
» Confeillers parmi ceux qui auront des
principes fages , de la pénétration & du
» jugement , des opinions faines , & l'a-
» mour des chofes louables. Il établira ,
» pour fon Secrétaire , un homme qui ait
» de l'honnêteté , de la fcience & de l'éloquence
, & qui n'ait point de mauvai-
» fes habitudes . » Tout ce début début que nous
regrettons de ne pouvoir tranfcrire en entier
, eft plein de chofes judicieuſes , dignes
du plus grand Législateur.
"3
Le Chapitre premier traite du prêt & de
l'emprunt. Le prêt est néceffaire & avantageux
au public , mais c'eft autant qu'il eft reftreint
dans de certaines bornes , & dirigé
par des réglemens qui maintiennent parmi
le peuple la fûreté , la confiance & l'équité.
Ce Chapitre eft divifé en fections
qui traitent en particulier de l'intérêt , des
gages , des cautions , de l'acquittement des
dettes , &c. En lifant les loix des Gentoux
fur cette matière comme fur plufieurs autres
, on eft étonné des Priviléges qu'elles
accordent à quelques Caftes , & de leur
extrême févérité à l'égard des autres . Cette
diftinction odieufe aux yeux du Philofophe
, ne l'eft point chez les Indoux , qui
font fi perfuadés de la fupériorité de la
nature des Brames , qu'ils ne murmurenţ
142 MERCURE
point du fort auquel ils font accoutumés
dès l'enfance .
Au Chapitre II , on détermine les droits
de fucceffion . Ici un homme eft regardé
comme tenant fa propriété feulement à
ferme pour la vie , & comme devant la
tranfmettre , ou plutôt la laiffer aller à fes
héritiers naturels . On y voit que , d'après
une coutume immémoriale en Orient , les
fils demandent leur Patrimoine durant la
vie de leur père qui eft obligé de le leur
accorder , quoiqu'il les connoiffe pour des
diffipateurs , ce qui explique l'hiftoire de
l'Enfant prodigue de l'Ecriture- Sainte.
Voici un paffage remarquable : « Si une
» veuve donne fa propriété & fes biens aux
» Brames pour des objets religieux , le don
» eft rigoureuſement valide (c'eft- à- dire
"
qu'il ne contredit pas la Loi) ; mais cette
» action n'eft pas convenable , & la femme
» eft digne de blâme. » Si cette cenfure
n'eſt pas une prohibition abfolue , c'eſt au
moins un avis fuffifant pour ceux qu'une
piété mal- entendue pourroit égarer, & une
preuve que la baffe avidité ne dominoit
point ces Prêtres légiflateurs.
Les Chapitres III , IV & fuivans , juſqu'au
IX , traitent de l'adminiſtration de
la Juftice , du Dépôt ou du Fidéi- Commis
, de la vente de la propriété d'un étranger
, c'est-à-dire d'une perfonne qui n'eft
DE FRANCE. 143
point alliée au vendeur ; des partages , des
donations , de la fervitude & des falaires.
Il y a une fection particulière des falaires
des danfeufes & des proftituées ; ce qui
prouve que les plus anciens Gouvernemens ,
comme les modernes , ont toléré la proftitution
& des lieux publics de débauche ,
en les foumettant à des réglemens d'autant
plus néceffaires , que le fexe & le métier
des proftituées les expofent davantage
aux infultes & aux mauvais traitemens.
2
Les loix contenues dans les huit Chapitres
qui fuivent concernent les baux &
locations , les achats & les ventes , les bornes
& limites , les partages dans la culture
des terres , la police des villes & des bourgs ,
les dommages faits à une récolte , les injures
, les violences qu'un homme pent faire
à un autre , le vol , &c. Les Législateurs
entrent dans de grands détails fur toutes
ces matières , & il faut convenir
que quel
ques- unes de ces loix portent l'empreinte
d'une profonde raifon qui feroit honneur
à nos tribunaux modernes , mais il y en a
de puériles , de contradictoires , d'abfurdes
même, qui cependant ne laiſſent pas d'être
en vigueur , parce qu'elles tiennent à des
préjugés auffi fortement enracinés dans les
efprits des Indoux , que les principes de la
plus faine morale dans l'ame du Sage. On
a écrit en Europe que le Code criminel
ques144
MERCURE
des Gentoux , extraordinairement doux ,
ne condamnoit prefque perfonne à perdre
la vie. On fera détrompé en lifant le Chapitre
du vol & quelques autres. On y verra
le voleur condamné en diverfes circonftances
à être ou crucifié , où étranglé , ou mutilé
& puis jeté au feu. Les Brames feuls ne
font pas foumis aux peines capitales , quel
que crime qu'ils commettent , mais la loi ,
dans tous les cas où elle porte peine de
mort contre tout autre , leur impofe des
châtimens fi terribles qu'on doit croire que
cette exemption de mort eft plutôt fondée
fur le refpect dû à la prééminence de lenr
nature , comme nous l'avons déjà dit , que
fur une injufte préférence que fe foient attribuée
ces Législateurs.
Le Chapitre XIX , intitulé de l'Adultère
, offre quelques idées contraires à notre
manière de penſer , & des crimes qui ne
font point défendus parmi nous : ce qu'il
faut attribuer fans doute à la différence des
moeurs. En Afie , dit M. Halhed dans fa
Préface , la virginité de la femme a toujours
été la condition la plus effentielle du
mariage : cette précaution eft une fuite de la
chaleur du tempérament des deux fexes ,
& de la jaloufie univerfellement répandue
parmi les hommes : le premier acte d'incontinence
a toujours été jugé fort dangereux
pour la fuite ; & Moyfe confidéroit
ce
DE FRANCE. 145
se crime fous un point de vue auffi férieux
que les Gentoux , puifqu'il ordonna de la
pider une fille qui ne fe trouveroit pas
vierge à fon mariage . Si les Indoux font
auffi délicats que les Juifs , il ne doit pas
paroître extraordinaire que leur Code con
damne tout ce qui peut violer la virgini
té , de quelque manière que ce foit ..
On lit au Chapitre XX un paffage bien
fort fur la débauche infatiable des femmes ,
& pourtant les Brames s'y expriment d'une
façon fi conforme à ce que dit Salomon
dans le Livre des proverbes , qu'on croiroit
qu'ils n'ont fait que le traduire littéralement.
Cette idée peu avantageufe de
la vertu des femmes , eft la fource de cette
difcipline dure & comme tyrannique à laquelle
le fexe a été affervi en Afie de temps
immémorial , fuivant les Ecrivains facrés &
profanes. Voici quelques particularités de la
Loi des Gentoux.
« Un homme doit le jour & la nuit con
tenir tellement fa femme dans la fou
» miffion , qu'elle ne puiffe rien faire de fa
"propre vvoolloonnttéé.. » La raiſon
La raifon que la Loi
donne d'un pareil commandement , c'eft
qu'une femme maîtresse de fes actions fe
comporte toujours mal. Il feroit difficile de
dire lequel eft le plus choquant & le plus
injufte , de la Loi ou du motif.
» Une femme qui , fuivant fon inclina-
15 Septembre 1778 .
G
146 MERCURE
» tion , va par-tout où il lui plaît , & ne
"
fait aucune attention à ce que lui dit fon
» maître , fera chaffée de la maifon de fon
» mari, 誓
» Une femme ne fortira jamais de la
maifon fans le confentement de fon ma-
» ri , & elle aura toujours le fein couvert ;
elle n'ira jamais dans la maifon d'un étran
» ger ; elle ne reftera point à la porte , &
» elle ne regardera jamais par la fenêtre.
» Une femme qui mange avant fon mari
» fera chaffée de la maifon.
»
»
» Si un homme va faire un voyage , fa
femme ne fe divertira pas par le jeu ; elle
» n'ira à aucun fpectacle public ; elle ne rira
point ; elle ne mettra ni fes bijoux ni fes
» beaux habits ; elle ne regardera point danfer
; elle n'exécutera point de mufique ;
» elle ne s'affiéra point à la fenêtre ; elle ne
montera point à cheval ; elle ne contem
» plera aucune curiofité , mais elle fermera
bien la porte de fa maifon ; elle vivra retirée
; elle ne mangera aucune friandife ;
» elle ne noircira point fes yeux avec de la
poudre à cil ; elle ne fe regardera pas
au miroir ; elle ne s'adonnera à aucun
» exercice agréable pendant l'abſence de
» fon mari.
»
ه د
» Il eft convenable qu'une femme fe
brûle avec le cadavre de fon mari. »
Quoique ce ne foit pas là un commande
DE FRANCE. 147
ment abfolu , cependant comme la Loi
ajoute que la femme qui fe brûlera ainfi
accompagnera fon mari en Paradis , il. paroît
que c'eft un devoir religieux ; & M.
Halhed nous affure que cette coutume n'eft
point tombée en défuétude , comme l'a: pu
blié un célèbre Ecrivain.
Enfin le XXI & dernier Chapitre contient
des réglemens fur divers objets , qui.
n'ont aucun rapport entre eux , tels que le
jeu , l'ufage de certains alimens , l'adoption
, & c. La Loi condamne au banniffement
un Brame qui mange volontairement
des oignons ou de l'ail ; fi un Sooder apprend
par coeur les Bedas , c'eft une profanation
qui mérite la mort . Cela eſt bien
dur.
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Résumé : Code des Loix des Gentoux, ou Réglemens des Brames, traduit de l'Anglois, d'après les Versions faites de l'original écrit en Langue Samskrète, 1 vol. in-4to. A Paris, chez Stoupe, rue de la Harpe, 1778. SECOND EXTRAIT.
Le 'Code des Lois des Gentoux' est un ouvrage de jurisprudence traduit de l'anglais à partir de versions en langue samskrète, publié à Paris en 1778. Il commence par un discours préliminaire où les Brames expliquent l'objet et l'utilité de cette compilation, mettant en avant la tolérance religieuse et la diversité des croyances. L'introduction relate la création selon les Gentoux, décrivant les quatre grandes tribus primitives issues des membres de Brahma : les Brames, qui prient et instruisent ; les Chehterée, qui combattent et gouvernent ; les Bice, qui pourvoient aux besoins par l'agriculture et le commerce ; et les Sooder, qui travaillent et servent. Une cinquième tribu, les Burrun-Sunker, regroupe les ouvriers et petits marchands. Le texte décrit ensuite les qualités requises pour un magistrat, qui doit être juste, bienveillant et capable de dominer ses passions. Divers sujets juridiques sont abordés, tels que le prêt et l'emprunt, les droits de succession, l'administration de la justice, les dépôts, les ventes, les servitudes, les salaires, et même les prostituées. Les lois montrent une distinction marquée entre les castes, avec des privilèges pour certaines et une sévérité envers d'autres, reflétant la croyance en la supériorité des Brames. Le Code criminel des Gentoux est particulièrement sévère envers les voleurs, qui peuvent être crucifiés, étranglés ou mutilés. Les Brames échappent à la peine capitale mais subissent des châtiments sévères. Le Chapitre XIX traite de l'adultère et compare les mœurs européennes, où la virginité féminine est essentielle pour le mariage. Le Chapitre XX critique la débauche des femmes, justifiant une discipline stricte en Asie. Plusieurs lois détaillent les restrictions imposées aux femmes, comme l'interdiction de sortir sans consentement, de manger avant leur mari, ou de se divertir pendant l'absence de celui-ci. La coutume du sati est mentionnée comme un devoir religieux. Le Chapitre XXI réglemente divers sujets comme le jeu, l'alimentation, et l'adoption, avec des sanctions sévères pour certaines infractions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11817
p. 147-148
Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Début :
Cette addition porte une démonstration frappante de la ressemblance ou identité de [...]
Mots clefs :
Breton, Sanskrit, Addition, Langue, Bretagne, Cruel, Cruelle, Le Brigant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Addition au premier extrait du Code des
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
Gentoux.
Cette addition porte une démonftration
frappante de la reffemblance ou identité de
la langue facrée des Brames , ou du hanfcrit ,
avec la langue des Bretons de France , telle
qu'on la parle encore en Bretagne.
Hanferit. Celtique ou Breton.
Péeta ké renérram shé- Bè tad lhè rè en ra zè
troah, troh ;
Gij
149 MERCURE
Mata rhétroo reshée leé 'Mata zè trah rès hè la
1 né,
•
n'e ;
Bharia ro'pevveté she Bar ia ro pe vèté zć
19
troah 2 troh .
Potrèh shétroo raipun- Potr rèh ze troh rai
dèté . bouté té.
La traduction littérale du Breton eft telle
qu'elle fuit : « Celui qui eft père , & qui
fait trop de dépenfe , eft cruel pour fes
» enfans. Une mère , qui fait ce qui n'eft
» pas conforme à la foi qu'elle a jurée , eft
» cruelle. Une belle femme qui accorde
» des faveurs à d'autres , lorfqu'elle eſt à
toi , eft cruelle. Un fils indocile , ou
défobéiffant , eft cruel à l'égard de ceux
qui lui ont donné la vie » .
22
LE BRIGANT , de l'ancienne
Société des Arts de Bretagne, Aggr
à celle de Heffe Hombourg.
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Résumé : Addition au premier extrait du Code des Gentoux.
Le document présente une addition au premier extrait du Code des Gentoux, soulignant la similitude entre le sanskrit, langue sacrée des Brahmanes, et le breton parlé en Bretagne. Il compare des phrases en sanskrit avec leurs traductions littérales en breton, illustrant des principes moraux. Par exemple, un père prodigue est cruel envers ses enfants, une mère qui trahit sa foi est cruelle, une femme infidèle est cruelle, et un fils désobéissant est cruel envers ses parents. Le texte fait également référence à 'Le Brigant', une œuvre de l'ancienne Société des Arts de Bretagne, associée à celle de Hesse-Hombourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11818
p. 152-155
Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Début :
Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Théâtres, Auteurs, Portraits, Ouvrage, Ouvrages, Nations, Vie, Amateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
Hiftoire Univerfelle des Théâtres de toutes
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
les Nations , depuis Thefpis jufqu'à nos
jours ; par une Société de Gens de Lettres.
Dédiée à MONSIEUR , Frère du Roi.
Ouvrage en 36 Volumes in- 8 ° . orné de
Gravures , du Plan & de l'élévation des
différentes Salles de Spectacles de l'Europe
, des Portraits des Auteurs , Acteurs,
Actrices , Muficiens , Danfeurs , Danfeufes,
Pantomimes, Peintres & Architectes ,
qui ont travaillé pour les Théâtres d'une
manière diftinguée , & des Deffins enluminés
des différens Coftumes néceffaires
à la parfaite repréſentation des Ouvrages
Dramatiques : propofé par foufcription ,
contenant ;
DE FRANCE. 153
C
1. L'Hiftoire de l'établiffement des Theatres
dans les différentes Capitales du
Monde.
2. La vie des Auteurs Dramatiques ; une
analyfe taifonnée de chacun des Ouvrages
qui mériteront d'être connus ; an
examen des jugemens qui en on
été portés
; la comparaifon des Drames dont le
fujet aura été traité par différens Auteurs
; en un mot , la Notice exacte de
toutes les Pièces jouées ou imprimées ,
dont la médiocrité n'offriroit que des
détails inutiles & fouvent ennuyeux .
30, La vie des plus fameux Comédiens de
toutes les Nations.
4. Les Anecdotes relatives à l'Hiftoire des
Théâtres.
"
e
5. Un Extrait de tous les Ouvrages didac
tiques fur l'Art de la Comédie , foit
comme création , foit comme exécution.
6. Des réflexions impartiales fur la Profeffion
du Comédien , fur le préjugé
attaché à cet État , un rapprochement
des Ouvrages Polémiques de toute nature
, qui ont été publiés fur cette matière
, avec un réfultat de ce qu'on doit
de confidération à ceux qui exercent cette
Profeffion.
7° . Le tableau des Fêtes qui ont été données
à la Cour de France , & dans les
principales Cours de l'Europe , dont
GY
154
MERCURE
l'Art Dramatique ou les Arts qui y ont
un rapport immédiat , ont fait le premier
ornement.
8. Des recherches fur la Mufique , fur la
Danfe , fur la Pantomime ancienne &
moderne , avec la vie des plus fameux
Muficiens , Danfeurs , Danfeuſes , &
Pantomimes .
}
Le prix de la Soufcription eft de 30 liv..
par an pour Paris , & de 36
Province , franc de port.
liv. pour la
On foufcrit chez les Auteurs , rue Ticquetonne
, la feconde porte cochère à gauche
en entrant par la rue Montmartre , mai--
fon de M. Cofme d'Angerville , Maître en
Chirurgie , à Paris ; & chez la veuve Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques , au
Temple du Goût.
Le Bureau général , rue Ticquetonne ,.
fera ouvert tous les jours, excepté les Fêtes :
& Dimanches , depuis 9 heures du matin.
jufqu'à une heure , & depuis 3 jufqu'à 6.
On fe fera un plaifir d'y faire voir aux:
Amateurs & aux Artiſtes , les Gravures &
les Portraits deſtinés à orner cer Ouvrage ; ,
on y recevra également les avis qu'ils voudront
bien donner fur set objét..
Les perfonnes qui prendront la peine
d'y venir , demanderont M. Teftu , chargé
de la Correfpondance des Auteurs : c'eft:
lui que les Etrangers & les Soufcripteurs
DE FRANCE. 155
des Provinces adrefferont leur argent & leurs
lettres , le tout franc de port.
Comme le Plan & l'élévation des Salles
de Spectacles feroient gâtés fi on les plioit
dans l'Ouvrage , on les enverra roulés fur
carton : ces Deffins , ainfi que ceux des Portraits
, feront traités par les Artiftes les plus
célèbres
Au commencement de chaque année ,
on domiera la lifte des Abonnés.
Nota. Les Amateurs Étrangers & Nationaux,
qui voudront bien nous adreffer des
Mémoires , ou nous indiquer des Portraits ,
font priés de mettre fur leurs enveloppes ,
Matériaux pour l'Hiftoire Univerfelle des
Théâtres. Avec cette attention , leurs envois
feront retirés aux frais des Auteurs..
ود
Il faut lire le Profpectus de cet Ouvrage,
qui fe trouve chez Cloufier , rue S. Jacques..
On n'a point encore préfenté de Plan plus
vafte pour l'Hiftoire d'un Art devenu le
premier de tous chez toutes les Nations
policées ; & cette entrepriſe mérite d'être
encouragée par tous les Amateurs.
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Résumé : Hist. universelle des Théâtres, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire Universelle des Théâtres de toutes les Nations, depuis Thespis jusqu'à nos jours' est une collection de 36 volumes dédiée au frère du roi. Elle comprend des gravures, plans et élévations des salles de spectacles européennes, ainsi que des portraits d'artistes contribuant au théâtre. Les principaux thèmes abordés incluent l'histoire des théâtres dans diverses capitales mondiales, les vies et œuvres des auteurs dramatiques, les vies des comédiens célèbres, et des anecdotes sur l'histoire des théâtres. L'ouvrage présente également des extraits d'ouvrages didactiques sur l'art de la comédie, des réflexions sur la profession de comédien et les préjugés associés, ainsi que des descriptions des fêtes à la cour de France et dans les principales cours européennes. Il explore aussi la musique, la danse et la pantomime, avec des biographies des artistes renommés. Le prix de la souscription est de 30 livres à Paris et 36 livres en province, frais de port inclus. Les souscriptions peuvent être faites chez les auteurs ou chez la veuve Duchefne, libraire. Un bureau général est ouvert pour consulter les gravures et portraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11819
p. 156-161
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
Le Jeudi 3 Septembre, on a donné la première représentation de l'Impatient, Comédie [...]
Mots clefs :
L'Impatient, La Mère coquette, Damon, M. de Borchamp, Julie, Jeune homme, Oncle, Procès, Comédie-Française, Madame d'Érolle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE FRANÇOISE.
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
Le Jeudi 3 Septembre , on a donné la première
repréſentation de l'Impatient , Comédie
en un Acte & en vers libres.
-
Damon , jeune homme d'un caractère
vif , impatient , aime & veut époufer Julie ,
jeune veuve , fille de M. de Borchamp. II
preffe de toutes fes forces ce mariage ;
mais en même-tems il fe prépare à y renoncer
, fi la veuve ne confent point à finir
dans le jour. La Scène fe paffe dans une
maiſon occupée par Borchamp , par Julie
& par Damon. Il eft 9 heures du matin.
Damon , déjà vêtu comme un homme qui
va faire des vifites , eft furpris de ce qu'il
n'eft pas encore jour chez Julie . Il envoie
fon Valet de- Chambre à l'appartement de
fa Maîtreffe , demander s'il peut être introduit.
Sur ce que celui - ci lui apprend
qu'il n'eft pas encore poffible de parler à
Julie , Damon s'y rend lui - même , rencontre
les mêmes obftacles , & s'indigne
d'être obligé d'attendre. Enfin , Julie
paroît. Elle donne à fon Amant les affules
moins équivoques de fon
amour ; lui déclare que M. de Borrances
.
DE FRANCE. 157
champ ne prêtera l'oreille à fa demande
qu'après avoir terminé le procès exiſtant
entre lui & une Madame d'Érolle , pour
des bois voifins d'un Château appartenant
à cette Dame , & dont la propriété n'eft
pas bien établie. Elle lui repréfente que
fon oncle le Préfident étant très - intimement
lié avec le Rapporteur de cette affaire,
il peut, en preffant la conclufion du procès,
hâter le moment de leur mariage. Damon
promet de faire des démarches , & s'engage
même à apprendre de la bouche de
M. de Borchamp , les particularités qu'il
lui eft indifpenfable de connoître avant de
parler à fon oncle. Ce M. de Borchamp
eft un vieux Militaire , bavard , cauftique ,
grand faifeur de portraits. Il coupe à tout
moment fa narration par quelque hiftoire ,
quelques détails étrangers à fon affaire.
L'impatient Damon en perd toute retenue,
& confeille à fon futur beau-père de faire
brûler les bois , objet de la querelle , pour
trancher la difficulté. L'humeur que prend
M. de Borchamp à cette propofition , fait
rentrer le jeune-homme en lui-même ; &
pour arrêter les fuites que pourroit avoir
cette faillie de gaieté , Damon offre au
vieillard de le conduire à l'inftant chez
fon oncle. Borchamp y confent. Il va ,
pour cet effet , chercher dans fon appartement
des papiers néceffaires. Damon
confent à l'attendre un moment. Ce mo
158
MERCURE
ment lui paroît un fiècle. Il envoie fon
Valet- de - Chambre au - devant du bon →
homme , & bien- tôt il envoie un autre
Domestique. A leur retour , il les chaffe
tous deux. L'un en rit , l'autre en pleure.
Les deux Valets fortent & rentrent un
moment après. L'un d'eux apporte à fon
Maître l'état des objets qui ont été confiés
à fes fcins , & vient rendre compte
de fa conduite. Les détails dans lefquels
il entre , impatientent tellement Damon,
qu'il confent à garder les Domeſtiques pour
échapper à l'ennui d'écouter leurs comptes.
Enfin , après avoir encore attendu quelque
tems , il fort tout feul . Au moment même.
Julie arrive avec fon père. Celui - ci furieux
de trouver fi peu de bienféance dans les
actions du jeune- homme , & déjà prévenu
contre Damon , fort à fon tour , en en--
gageant fa fille à renoncer à un hymen qui
ne lui convient point. La veuve en gémit
On lui annonce que : fon Amant: lui demande
un nouvel entretien . Elle ne veut
point le voir encore , & lui fait dire de
Fattendre.. Nouvelles impatiences . Pendant
qu'il attend , il prend le parti d'écrire à
fon oncle , relativement au procès de Bor
champ. Son Notaire qu'il a fait prier des
venir le trouver , l'impatiente par fes avis ,
fon bavardage & fes perpétuels ricanemenst
enfin , il le quitte après avoir reçu de lui
l'ordre d'acheter , à quelque prix que ce
DE FRANCE. 159
foit , le Château de Madame d'Érolle , qui
eft en vente. Un Peintre arrive . C'est pour
Julie que Damon veut fe faire peindre
mais rien ne peut le fixer. Après une féance.
interrompue fans ceffe par les mouvemens
du modèle , il eft obligé de renoncer à fon
entrepriſe . Julie inftruite de la pétulance
de for Amant , lui reproche les torts qu'il
a , tant avec elle qu'avec fon père ; il en
convient , & fort pour les réparer. Bor
champ rentre . Dans fes courfes , il n'a
pas appris que Damon ait fait pour lui la
plus petite démarche ; fon humeur s'en accroît,
quand le jeune-homme accourt & lui.
remet une lettre de fon oncle. Cette lettre .
eft la réponſe à celle que le Spectateur a.
vu écrire. Damon n'en a lu que quelques :
mots. Il en a préfumé qu'elle étoit favorable
à fon futur beau père ; & c'eft dans.
cette idée qu'il s'empreffe de la lui remettre.
Borchamp la lit , & refte eonfondu. Julie
ne l'eft pas moins. La lettre de Damon à
fon oncle , a été écrite avec tant de précipitation
, qu'il s'y trouve des mots , des
demi - phrafes abfolument inintelligibles .
Les caractères en étoient fi embrouilles ,
que le Préfident a cru deviner que fon neveu
follicitoit pour Madame d'Erolle contre
M. de Borchamp , & s'eft comporté en
conféquence. Le bonhomme outré vent
abfolument rompre avec Damon , quand
160 MERCURE
le Notaire du jeune fou vient apprendre
au vieillard qu'on lui cède les bois , &
qu'on renonce à tout procès . Ce n'eft point
Madame d'Érolle qui a fait cette ceffion ,
c'est le nouvel acquéreur de fon Château.
Après quelques momens , Damon avoue
qu'il eft cet acquéreur ; & fur les inftances
de Julie , Borchamp , malgré tout ce qu'il
connoît du caractère de Damon , confent
à lui donner fa fille.
Cette Pièce a eu peu de fuccès , quoiqu'on
y ait applaudi des détails agréables .
On dit que l'Auteur eft jeune, M. Préville
a joué le rôle de Borchamp , M. Molé
celui de Damon , Mademoiſelle Doligni
celui de Julie , M., Dugazon celui du
Notaire, & M. Dazincourt celui du Peintre.
Les deux Valets ont été repréfentés par
MM. Augé & Bellemont , 1
Mademoiſelle Sainval l'aînée , après une
longue abfence , a reparu fur ce Théâtre
dans le rôle de Phèdre , & a été accueillie
avec enthouſiaſme , ainfi que dans celui de
Mérope , qu'elle a joué enfuite. La critique
peut reprocher fans doute des défauts à cette
iutéreffante Actrice , dans fes tons & dans fes
mouvemens , mais l'expreffion de fa fenfibilité
eft fi vraie , qu'elle entraîne le critique
même , & force tous les fuffrages . La nature
paroît avoit formé Mademoiſelle Sainyal à
peu-près comme Mademoiſelle Dumefnil ,
DE FRANCE. 161
pour être inégale en bien des endroits , & fublime
dans d'autres , & ce feroit une bien
mauvaife politique que de vouloir réduire
tous les talens à la meſure de l'art.
M. Molé a joué parfaitement le rôle
d'Hippolite , & c'eft une remarque à faire
que le même Acteur avoit joué quelques
jours auparavant avec un égal fuccès le rôle
d'Amoureux dans la Mère Coquette . Cette
flexibilité de talent eft un don bien précieux
de la nature.
Nous croyons devoir avertir ici , une fois
pour toutes , que lorfque nous ne citons pas
avec éloge tel Acteur ou telle Actrice , ce
n'eft point du tout une preuve qu'ils n'en
ayent pas mérité. On cite de préférence ce
qui eft remarquable , à quelques égards , &
ce qui peut fournir des réflexions fur l'art.
On craindroit , d'ailleurs , de tomber dans
des répétitions fatigantes ; & ce ne font
les Journaliſtes qui diſpenſent la gloire ,
c'eft le Public .
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
La pièce 'L'Impatient' est une comédie en un acte et en vers libres, présentée pour la première fois le 3 septembre. L'intrigue tourne autour de Damon, un jeune homme impatient, qui souhaite épouser Julie, la fille de M. de Borchamp. Damon doit attendre que M. de Borchamp règle un procès concernant des bois voisins d'un château appartenant à Madame d'Érolle. Julie suggère à Damon de solliciter son oncle, le Président, pour accélérer la procédure. Damon rencontre M. de Borchamp, un vieux militaire bavard et critique, qui retarde les démarches. Exaspéré, Damon propose de brûler les bois, ce qui irrite M. de Borchamp. Pour apaiser la situation, Damon propose de conduire M. de Borchamp chez son oncle. Cependant, les domestiques et le notaire de Damon, par leur lenteur et leur bavardage, exacerbent son impatience. Julie reproche à Damon ses comportements impatients. Finalement, Damon achète le château de Madame d'Érolle pour résoudre le conflit. Après des malentendus et des tensions, M. de Borchamp accepte de donner sa fille à Damon. La pièce a eu peu de succès malgré des détails appréciés. Les rôles principaux étaient interprétés par M. Préville, M. Molé, Mademoiselle Doligni, M. Dugazon et M. Dazincourt. Le texte mentionne également le retour de Mademoiselle Sainval sur scène après une longue absence, interprétant les rôles de Phèdre et de Mérope avec succès. Sa sensibilité est jugée authentique et convaincante. Elle est comparée à Mademoiselle Duménil pour sa nature inégale mais sublime. M. Molé a également été salué pour ses performances dans les rôles d'Hippolyte et d'Amoureux dans 'La Mère Coquette'. Le texte précise que l'absence de mention élogieuse d'un acteur ou d'une actrice ne signifie pas qu'ils n'ont pas mérité de louanges.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11820
p. 161-186
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Début :
Je l'avois bien prévu, Monsieur, que l'Essai du Prince Beloselski, sur la musique [...]
Mots clefs :
Alexandr Mikhailovitch Bieloselskii-Bieloserskii, Musique, Christoph Willibald Gluck, Musique italienne, Critique, Opéra, Compositeurs, Italie, Genre, Opéras, Goût, Monde, Monologue, Heureux, Âme, Voix, Père Martini, Théâtre, Critique, Morceaux, Italiens, Paris, Théâtres, Caractère, Amant, Quinault, Expression, Jean-Philippe Rameau, Impatience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JeE l'avois bien prévu , Monfieur , que
l'Effai du Prince Belofelski , fur la mufique
Italienne , ne feroit pas du goût de tout le
monde . Vous voyez comme le plus poli & le
162 MERCURE
plus modéré des partifans de M.Gluck mutile
ce petit Ouvrage , & avec quelle adreffe il
le réduit à rien. Paffons cette page d'extrait
où il l'a fi bien découpé , & jetons un coupd'oeil
fur quelques endroits de fa critique.
n
" Vinci a plus d'un trait de reffemblance
avec Corneille , a dit le Prince : l'un &
» l'autre ont été créateurs dans leur genre.
» Le Muficien fit le premier Opéra- Comique
, qui eft le Joueur , comine le Poëte
compofa la première bonne Comédie.
» Tous deux ont à peu-près la même élé-
» vation dans les idées tragiques , la même
» chaleur , la même rapidité dans le ſtyle :
» les deux Opéras d'Artaxerce & de Didon
» en font des exemples fublimes , comme
le Cid & Cinna » .
Voici comment ce paffage eft rendu :
M. le Prince Belofelski , dit que Vinci eft
créateur comme Corneille , parce qu'il a fait
Le premier Opéra- Comique . On fentira dif
ficilement la jufteffe de cette comparaifon.
A qui la faute , fi on ne la fent pas ?
Cette façon de critiquer eft fort aifée , auffi
eft- elle fort commune ; mais le Cenfeur
n'a plus auffi beau jeu lorfqu'il cite fidèlement.
Le Prince à dit de Pergolèfe , qu'il fut
le plus éloquent des Compofiteurs ; & il
ajoute : Rien de plus fimple que fa mélodie
, fes moyens ; fes motifs ; rien de
6
DE FRANCE: 163
plus harmonieux que fes accompagne-
» mens ».
>
Le Critique demande dans quel Ouvrage
Pergolèfe a été éloquent ? Le premier Couplet
du Stabat eft dit-il , un morceau des
plus pathétiques & des plus fublimes qu'il y
ait en mufique ; mais le pathétique n'eft pas
de l'éloquence ; & il n'y a rien defi rare que
l'éloquence en mufique.
D'abord n'y a-t-il dans le Stabat , que
le
premier Couplet de pathétique & de fublime
? Et , par exemple , le Verfet Viditfuum
dulcem natum , ne l'eft-il pas ? Ne fait-il
pas couler des larmes ? N'y a-t-il pas auffi
dans l'Olimpiade de Pergolèfe des morceaux
déchirants , comme l'air , Se cerca , fe dice ?
Qu'on nous dife donc où fera l'éloquence ,
fi elle n'eft pas dans le pathétique ?
Je fuppofe que le Prince eût dit : Pergolefe
eft de tous les Compofiteurs celui qui
a le mieux poffédé l'art de faire paffer rapidement
& d'imprimer avec force dans l'âme
des autres le fentiment profond dont il eft
pénétré. N'eût-il pas dit une vérité que l'Europe
entière a reconnue , au moins dans le
Stabat ? Or , cette définition du pathétique
, dans l'expreffion muficale , eft précifément
celle que M. d'Alembert nous a
donnée de l'éloquence : je n'y change pas
un feul mot. ›
Mais le Prince Belofelski a donné la
164 MERCURE
palme de l'éloquence , à Pergolefe & on
la réſerve à M. Gluck. Il a donné à Vinci
le titre de créateur dans la mufique drainatique
, il l'a comparé à Corneille ; & cette
reffemblance & ce titre n'appartiennent
qu'à M. Gluck. Le Critique n'en fait pas
myſtère ; il le décide formellement.
M. Gluck , dit- il , aura la gloire d'avoir
fait en mufique ce que Corneille a fait en
poéfie: il a conçu,il acréé la véritable Tragédie
lyrique. Son rang eft déformais fixé
parmi le petit nombre des génies créateurs
dans les Arts.
....
Et qui l'a fixé ce haut rang ? Qui la dif
penfe cette gloire ? Deux ou trois Ecrivains
anonymes , qui , dans les Journaux , dans
les Gazettes , dans les Feuilles volantes , fe
répétent l'un l'autre , & le répondent par
échos ? Voilà les voix de la renommée.
Les Poëmes d'Alcefte , d'Iphigénie &
d'Orphée , font tragiques fans doute , &
d'un intérêt plus preffant que ceux d'Hippolyte
, de Dardanus & de Caftor ; mais
eft- ce là un nouveau genre ? La mufique
de M. Gluck, foit par la véhémence de la déclamation
, foit par la force de l'harmonie ,
foit par quelques morceaux de chant . Itam
lien , eft préférable à celle de Rameau ,
quoiqu'on y trouve dans l'accent plus de
rudeffe & d'âpreté ; mais cette mufique
Françoife renforcée , eft- elle une création ?
DE FRANCE. 165
Et entre le monologue de Dardanus dans
fa prifon , fa fcène avec Iphife , celles de
Teucer , au fecond & au cinquième Acte , la
prière de Théfée à Pluton , dans l'Opera
d'Hippolyte , le monologue de Télaire , le
choeur des Funérailles , celui des Démons
le Tableau des champs élifées , les belies Scè
nes du quatrième & du cinquième Acte de
l'Opéra de Caftor ; entre ces morceaux ,
disje
, & les morceaux les plus vantés de l'Orphée
, de l'Iphigénie , & de l'Alcefte de M.
Gluck , y a-t-il le même intervalle qu'entre
les Tragédies de Hardi , & le Cid , Horace
& Cinna? Y a- t-il même affez de diſtance ,
pour que Rameau ne foit compté pour rien
dans la mufique théâtrale , & que Gluck en
foit l'inventeur ? Ceci regarde les François ;
& ils font juges dans cette partie.
Mais qu'on demande aux Italiens , aux Ef
pagnols , aux Anglois , aux Allemands euxmêmes
, fi dans les Opéras de Métaftafe tous
les morceaux tragiques n'ont pas été rendus
vingt fois , par les Compofiteurs, maîtres de
M. Gluck , avec une expreffion plus vraie ,
plus déchirante la fenne ? Il n'y a pas
que
une de ces Nations qui ne déclare avoir
entendu cent morceaux pathétiques dont il
n'approchera jamais.
Pour les ignorans tout eft nouveau ; &
nous le fommes en mufique. Ce qui nous
paroît un prodige de l'art , n'eft donc peut166
MERCURE
être qu'une choſe commune . Rappelonsnous
le Rat voyageur , à qui nous reflemblons
affez :
Si -tôt qu'il fut hors de fa cafe ,
Que le monde , dit-il , eft grand & fpacieux !
Voilà les Appennins , & voici le Caucaſe .
La moindre taupinée étoit mont à fes yeux.
C'eft aux Sçavans , c'eft aux Artiſtes , c'eft
à la voix publique chez un peuple éclairé , à
dire: un tel eft créateur. Les Géomètres
l'ont dit de Newton , les Gens de Lettres
l'ont dit de Corneille , & la Nation l'a répété.
Mais qui l'a dit de M. Gluck ? Deux
ou trois hommes , fort habiles dans toute
autre chofe fans doute , mais fort neufs
encoré en mufique , & qui , comme moi ,
n'en ont jamais entendu que fur les Théâ
tres François & dans les Concerts de Paris.
Voilà pourquoi il feroit à fouhaiter que
chacun fe nommât dans les difputes fur les
Arts , afin que le nom déterminât le poids
de l'opinion perfonnelle. A celui qui
comme moi , n'auroit que de l'inſtinct , il
feroit permis d'avoir un fentiment ; mais
pour lui- même & pour lui feul . A celui
qui , par habitude & par comparaiſon ,
auroit un peu plus exercé fon oreille &
formé fon goût , il feroit permis de dire
fon avis avec un peu plus d'affurance , mais
toujours avec modeftie . A celui qui auroit
DE FRANCE. 167
fait quelque progrès dans l'art , & qui , par
exemple, en mufique, auroit quelques mois
de leçons, on tiendroit compte de fes études;
& s'il exécutoit , tant bien que mal , un
accompagnement de baffe , on lui accorderoir
le droit de parler , en raifon de fon
favoir faire. A celui qui fe croiroit doué
par la nature du don de juger de tout fans
avoir rien appris , il feroit permis de fe féliciter
de ce rare préfent du Ciel ; mais fi , dans
fon enthouſiafine , il refufoit de l'âme &
de l'intelligence à quiconque auroit le malheur
de ne pas admirer ce qu'il admire ,
ou d'aimer ce qu'il n'aime pas ; fi d'une
main il vouloit renverfer les ftatues des
Artiftes les plus célèbres , & de l'autre élever
un coloffe à la gloire de celui qu'il auroit
pris pour fon idole ; fon nom diroit fi
ce fanatifme feroit fincère ou fimulé. Enfin ,
à celui qui , verfé dans l'art & dans l'étude
des modèles , auroit fait fon cours de théâtres
& recueilli , pour s'éclairer , les fuffrages
des Nations , on accorderoit plus de confiance
, mais jamais le droit de prononcer
du ton abfolu & tranchant de nos prétendus
connoiffeurs. Ainfi chacun feroit mis à
fa place ; & je faurois dans ce moment
quel eft le degré d'autorité du Critique à qui
je réponds. Affurément je n'invite perfonne
à imiter Guillot le Sycophante ; mais pourquoi
ne pas écrire fon vrai nom , lorsqu'on
n'eft pas le Loup berger ?
168 MERCURE
Le Prince Belofelski trouve Piccini admirable
, fur-tout à exprimer le fens des
paroles ; & jufqu'à préfent toute l'Europe
a été de ce fentiment .
L'anonyme François fe diftingue , &
veut faire voir que toute l'Europe n'y entend
rien.
On peut juger , dit - il , par Roland , fi
M. Piccini a recherché avec tant de foin le
mérite qu'on lui attribue. Je ne parle pas de
fon récitatif; ( quel excès d'indulgence ! )
Je ne parle pas du caractère trop paftoral de
plufieurs Airs qui étoient fufceptibles de
l'expreffion la plus héroïque . ( Il auroit bien
dû les citer ! ) Si l'on fe rappelle , ajoutet-
il , l'Air de Médor , Je la verrai : c'eft
affez pour ma flamme ; on s'appercevra que
dans ce vers , ponctué ainſi par le Poëte ,
Efclave , heureux de fervir tant d'appas .
Le Compofiteur, pour conferver la fymmétrie
de fa phrafe muficale , a été obligéde mettre
& de un repos après le mot heureux , ponctuer
ainfi :
Efclave heureux ; de fervir tant d'appas .
Ce qui ne fait plus aucun fens.
Le Compofiteur n'a point fait de faute :
il a écrit en homme intelligent & plein de
goût. C'eft le Critique qui fe trompe , & l en va juger lui-même. Le Compofiteur
n'a point détaché ces mots , de fervir tant
d'appas
DE FRANCE. 169
d'appas. Il a écrit , Heureux de fervir tant
d'appas , de fuite & fans aucun repos . Les
deux mots qu'il s'eft permis de détacher
une fois , parce qu'ils forment une idée
complette , font , efclave heureux ; & j'aurois
pu les détacher. moi - même , en faisant
ainfi le vers :
Efclave heureux , heureux de fervir tant d'appas.
Or , ce n'eft point là une fauté ; c'eft , en
mufique , une grâce de ftyle & un nouveau
degré de force ajouté à l'expreffion . Voilà
donc une critique évidemment fauffe ; &
cependant les partifans de M. Gluck n'ont
cellé de la répéter depuis que cet Air de
Roland a été entendu au Clavecin , & plus
de trois mois avant qu'on l'eût chanté fur
le théâtre.
Dans l'air d'Angélique , ajoute l'Anonyme
:
Oui , je le dois : je fuis Reine.
Du doux penchant qui m'entraîne ,
Oui , je dois me garantir.
on voit auffi que le fecond vers ,
Du doux penchant qui m'entraîne,
eft terminé, comme le premier , par un repos
final , ce qui le fépare du versfuivant, & rend
les paroles inintelligibles .
La réponſe eft facile : il n'y a point de
15 Septembre 1778 .
H
170
MERCURE
repos final après le fecond vers ; il fuffit
d'avoir de l'oreille pour s'appercevoir que
l'accent de la voix y eft fufpendu à la virgule
; & M. Piccini , qui fait ce que c'eft
qu'un repos final en muſique , affure qu'il
n'y en a point.
Tout le monde a remarqué ( c'eft le Critique
qui pourfuit ) que dans le monologue
de Roland , Ah ! j'attendrai long - temps ,
le Muficien a peint le calme de la nuit & la
férénité de l'espérance , tandis que le Poëte !
a voulu exprimer l'impatience d'un Amant
forcené , & l'absence de la nuit.
Tout le monde , dirai- je à mon tour ,
a trouvé ce monologue raviffant & du caractère
le plus vrai , le plus fenfible , le plus
analogue à la fituation : témoins les applaudiffemens
redoublés qui l'interrompent toutes
les fois qu'il eft chanté . Mais laiffons- là ces
formules d'affertion & de difpute , &
voyons le monologue en lui-même.
Le Muficien a voulu peindre , non pas
le calme de la nuit , mais le calme de l'efpérance
; non pas l'impatience d'un Amant
forcené , car Roland ne l'eft pas encore ;
mais l'impatience d'un Amant heureux déjà
par le preffentiment du bonheur qui lui eft
promis .
a
Voyons à préfent fi l'intention du Poëte
été que ce monologue fût doux & tendre ,
ou qu'il exprimât , comme dit le Critique ,
l'impatience d'un Amant forcèné.
DE FRANCE. 1712
Le caractère de la Poéfie décide celui de
la Mufique ; & je demande quel eft le caractère
du monologue de Quinault ? L'on
me répondra peut - être que cela dépend de
la façon de le déclamer ; & l'on foutiendra
que Roland doit dire en amant forcené :
O nuit ! favorifez mes defirs amoureux .
Preffez l'aftre du jour de defcendre dans l'onde.
Je ne troublerai plus , par mes cris douloureux ,
Votre tranquillité profonde.
Le charmant objet de mes voeux
N'attend que vous pour rendre heureux
Le plus fidèle amant du monde.
J'avoue que fi Quinault lui- même m'a
voit dit que dans ces vers fi doux , il a
voulu peindre l'impatience d'un amant forcené
, je ne l'aurois pas cru . Mais il a dit
tout le contraire ; & à qui l'a- t-il dit ? à
Lully , au confident de fes penfées , qui travailloit
avec lui , fous fes yeux. Ouvrez, Monfeur
, la partition de l'ancien Roland ; &
à la tête du monologue , qui n'eft que tendre,
& voluptueux , vous trouverez un prélude
qui exprime auffi la férénité de l'efpérance
; & à la tête du prélude , Lully a écrit
ce mot , Doux , afin que l'on n'en doutât
pas.
A préfent , que MM . tels & tels aillent
crier dans tout Paris que ce monologue eft
Hij
172
MERCURE
un contre-fens d'un bout à l'autre , & que
c'est la preuve évidente que M. Piccini eft
dénué de goût , de talent & d'intelligence.
On examine à la rigueur le ſtyle d'un Muficien
qui a fait un Opéra François avant
de favoir le François ; on croit y découvrir
trois fautes ; & il fe trouve que les trois
fautes font trois méprifes du Critique. Affurément
c'eft louer un Artifte d'une manière
peu commune , que de montrer fi clairement
l'impuiffance de le reprendre un
flatteur n'auroit pas mieux fait.
Comment fe fait-il que tant de chefd'oeuvres
, pourfuit le Critique , en parlant
avec ironie des Opéras Italiens , faffent fur
les Italiens mêmes des impreffions tellement
fuperficielles & fugitives , qu'après un petit
nombre de repréfentations du plus bel Opera ,
ce peuple , fi fenfible aux charmes de la mufique
, n'éprouve plus que la fatiété & l'ennui
? Et ce fait fuppofé , voici la raiſon
qu'il en donne, Dans tous les Arts , ce qui
n'a pour objet que d'affecter agréablement
les fens , & de n'exciter dans l'âme que des
fentimens vagues & fuperficiels , ne peut
produire que des impreffions également vagies
& fuperficielles , dont l'effet eft bien
près de la fatiété. Au lieu que les ouvrages
d'un effet durable & toujours croiffant , font
ceux qui attachent l'efprit par de grandes
combinaifons , qui élevent & agrandiffent les
DE FRANCE
. 173
idées, qui , en reproduifant avec vérité tous les
mouvemens des paffions , excitent dans l'âme
des émotions touchantes & profondes , &c .
( comme la mufique de M. Gluck ) .
Voilà certainement une favante & belle
théorie ; & fi l'application en étoit`juſte`,
rien ne feroit plus concluant.
Mais qu'en Italie on change d'Opéra
tous les ans , & qu'en France on remette
au Théâtre les Opéras qui ont réuffi , on
doit voir clairement que la différence eft
locale. En Italie c'eft le luxe de l'abondance ,
& à Paris c'eft l'économie de la pauvreté.
On change d'Opéra comme on change de
parure , quand la richeffe en donne les
moyens ; on ufe fes fpectacles comme on
ufe fes vêtemens , lorfqu'on n'en a pas à
choifir.
L'Italie a des Compofiteurs en foule : il
s'en forme fans ceffe de nouveaux dans fes
Écoles ; il faut ou les décourager , ou les
entendre fucceffivement ; & fi on laiffoit
languir ceux qui s'élèvent , on tariroit bientôt
la fource & des talens & des plaifits.
La curiofité ſe joint à cette raifon politique ,
des & ce doit être un attrait puiffant pour
oreilles fenfibles , qu'une mufique toujours
nouvelle , fur des paroles déjà connues &
modifiées de mille manières par le génie des
Compofiteurs. Cet affaut des talens dans
une même lice anime & réveille fans cele
H iij
174
MERCURE
l'émulation des athlètes & l'intérêt des fpee-
- tateurs. Ce n'eſt
pas tout.
Il faut pour des oreilles délicates que
la mufique ait une analogie parfaite avec la
voix qui l'exécute : dès qu'on la tranfpofe ,
on l'altère. Les Muficiens , en compofant ,
adaptent le chant à l'organe auquel le chant
-eft deftinė : ils en confultent les moyens ,
ils en mefurent l'étendue , ils en choififfent
les beaux fons. Toutes les voix du même
genre n'ont pas le même caractère de flexibilité
, de fenfibilité ; toutes n'ont pas les
mênies tons , ou ne les ont pas auffi pleins ,
> auffi & auffi faciles. Or , la concurpurs
rence de vingt théâtres qui fe difputent les
belles voix , fait que dans aucun lieu elles
ne font deux ans les mêmes. Voilà pourquoi
en changeant d'inftrumens , on aime
a changer de mufique ; & on en change à
& peu
de frais : nouvelle caufe d'inconftance.
Ce n'eft pas tout encore .
Toutes les Villes d'Italie ont des théâtres
; mais excepté Naples & Venife , où ils
font ouverts toute l'année , on n'a l'Opéra
que trois mois ; & c'eft le feul amuſement
public. On l'a fix jours de la ſemaine ; la
Ville entière y affifte tous les jours ; & lorf
que le Spectacle ceffe , les beaux morceaux
qu'on en arecueillis , fe chantent dans tous les
Concerts ; tout le monde les fait par coeur.
-Seroit- il étonnant que l'on en fût rallafié è
DE FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatique de
M. Gluck : c'cft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore. Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t- on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe .
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par- tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares .
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'esclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs. Heureufement nous n'a-
HY
7176 MERCURE
effets durables de la mufique de Lully , de
Campra , de Deftouche , de Mondonville ,
& fur- tout de Rameau. On ne fe laffoit
point , il y a quarante ans , de revoir les
Talens Lyriques , les Indes Galantes , Pigmalion
& Caftor . Ces deux derniers Opéras
fur-tout revenoient fans ceffe au théâtre.
Il n'y a perfonne de mon âge qui ne les ait
entendus cent fois , & on ne s'en dégoûtoit
jamais.
Les admirateurs de M. Gluck , qui
étoient alors les admirateurs de Mondonville
& de Rameau , & qui écrivoient des
feuilles pour exalter l'excellence de leur
mufique , auroient donc pu dire en faveur de
Rameau & de Mondonville, précisément la
même chofe qu'ils difent en faveur de
Gluck: Les Italiens changent tous les ans
de mufique ; les François aiment à revoir
P'Opéra qu'ils ont applaudi ; la mufique
Italienne eft donc une production fuperficielle
du talent , & la mufique Françoife porte
•fente le caractère du génie. Les enthoufiaftes
de Mondonville feroient- ils devenus infaillibles
depuis qu'ils fe font déclarés les enthoufiaftes
de M. Gluck? Mais , pour les
mettre plus à leur aife , oublions le paſké ,
& raifonnons fur le préfent.
}
La mufique de la Colonie , celle de la
Bonne-Fille, celle de l'Ami de la Maifon ,
de Zémire & Azor , de Sylvain , ne refDE
FRANCE. 177
femble en rien à la mufique dramatiqué de
M. Gluck : c'eft purement de la mufique
Italienne , adaptée à des paroles françoiles ;
il y a dix ans que cette mufique foutient &
enrichit l'un des Théâtres de Paris : on ne
s'en laffe point encore . Comment expliquer
ce phénomène ? C'eſt un autre genre ,
dira-t-on ; mais fi ce genre n'excite dans
l'âme que des fentimens vagues & fuperficiels
, il ne peut produire que des impreffions
également vagues & fuperficielles. Que le
Critique tâche de fe tirer de ce labyrinthe.
En attendant qu'il ait accordé fon fyftême
avec les faits que je lui oppoſe , je dirai la
vérité fimple : c'eft qu'en France , comme
par-tout ailleurs , on jouit de ce que l'on a .
Comme il n'y a point d'école pour les Compofiteurs
, les bons Compofiteurs font rares.
Les bons Poëtes le font moins ; mais ils
dédaignent de s'appliquer à un genre difficile
& infructueux , qui a fait le tourment
de Metaftafe , & dans lequel Quinault luimême
, l'inimitable Quinault , fut toute fa
vie plutôt l'efclave que le compagnon de
Lully. Voilà pourquoi , privés de nouveautés
, que nous aimerions autant qu'aucun
peuple du monde , nous nous accommodons
à notre indigence , & triftement fidèles
, nous tâchons d'être encore fenfibles à
nos vieux plaifirs . Heureufement nous n'a-
Hv
178 MERCURE
vons pas l'oreille auffi févère que les Italiens
fur l'analogie de la mufique avec la voix
qui l'exécute ; & jufqu'à préfent le chant
François n'a pas eu de ces difficultés , de ces
nuances délicates , qui demandent précifément
telle étendue , ou telle qualité de voix .
Heureufement encore le plaifir du Spectacle
ne doit pas s'ufer à Paris , comme dans les
Villes d'Italie: la continuité des diflipations,
la diverfité des théâtres , la multitude des
fpectateurs , font que chacun , dans la nouveauté
d'un Opéra , ne le voit ni de fuite ,
ni affez fouvent pour en être raffafié. On
ne le donne guère que deux fois la femaine ;
ce qu'on appelle le public , s'y fuccéde &
s'y renouvelle ; & , lorfqu'on y revient , le
fouvenir en eft prefque effacé. Si au contraire
on le voit trop fouvent , on s'en dégoûte
comme par tout ailleurs. Ainfi l'Orphée
, l'un de ces ouvrages qu'on ne doit
jamais fe laffer de voir , ne laiffe pas d'erre
réduit à des recettes de quatre ou cinq cens
livres ; & on ne l'en eftime pas moins.
Qu'il vienne un temps où notre goût
perfectionné , foit difficile en fait de mufique
, comme il l'eft en fait de parure , où
le génie des Poëtes & des Muficiens foit
auffi fertile que l'induftrie des fabriquans ,
nous aurons tous les ans des Opéras nou-
*veaux comme de nouvelles étoffes ; & ceux
DE FRANCE. 179
4
de M. Gluck , comme ceux de Lully , de
Campra , de Rameau , de Mondonville ,
&c. , feront oubliés à leur tour.
Prenons l'inverfe , & fuppofons que la
fource de la bonne mufique tariffe un jour
>en Italie. N'arrivera- t-il pas tout naturellement
que les entrepreneurs puiferont dans
leur magafin , & feront revivre fucceffivement
les anciens Opéras , ou en formeront
des paftiches ? L'inconftance des Italiens &
Ja conftance des François ne tiennent donc
pas aux deux genres de leur mufique . Et de
bonne foi peut-on dire , efpére-t- on perfuader
que par amour pour la mufique de
M. Gluck , les François la préfèrent à des
nouveautés qu'ils n'ont pas ? Ne fembleeroit-
il pas qu'on ne ceffe d'y aller en foule ,
& qu'on ne veut rien de nouveau qui ne
foit de la même main? Voilà pourtant ce
qui réfulte de la diftinction imaginée par
l'anonyme , entre les beautés durables des
Opéras de M. Gluck & les beautés fragiles
de la mufique Italienne & de l'Opéra de
Roland.
Roland , l'un des plus foibles Opéras de
Quinault , a eu le plus grand fuccès ; il l'a
eu malgré les efforts de la plus indécente
cabale ; illa eu malgré les foins qu'on a
pris de le déprifer fix mois d'avance , dans les
Cafés , dans les Journaux , dans les Gazettes.
H vj
180 MERCURE
Roland a attiré pendant deux mois la plus
grande affluence , à travers les diffipations &
les fatigues du Carnaval , qui font tant de
tort au Spectacle , & en concurrence avec la
capitation des Acteurs , plus nuifible encore
à l'ouvrage dont elle croife le fuccès.
Roland eſt déjà fu par coeur de tout ce qui
chante à Paris ; il eft fur tous les Clavecins
l'étude de notre jeuneffe , & au Théâtre il
n'a ceffé d'être applaudi d'un bout à l'autre
toutes les fois qu'on l'a donné. Qu'importe ,
après cela , fi à la rentrée du Spectacle , l'impatience
de jouir des premiers beaux jours
du printemps , l'attrait de la campagne &
de la promenade , & d'autres circonstances
accidentelles ( que je pafferai fous filence
pour ne défobliger perfonne ) ont fait baiſfer
la recette de la reprife de Roland ?
Quel eft l'ouvrage qui depuis Pâques s'eft
foutenu à ce Théâtre ? Armide , Alcefte ,
Orphée s'y font traînés languiffamment l'un
après l'autre. Iphigénie , l'un de nos plus
beaux Opéras , parce qu'il eft formé des débris
de la plus belle de nos Tragédies , Iphigénie
dont la pantomime feroit feule un
fpectacle intéreffant & magnifique , a été
délaiffée ; il a fallu la retirer. Roland qui ,
après feize repréfentations pleines , n'avoit
plus l'attrait de la nouveauté , a produit des
recettes bonnes pour la faifon , mais peu
DE FRANCE. 181
"
confidérables on l'a réfervé pour l'hiver ;
& il fera long - temps , quoiqu'on en
dife , une des reffources du Théâtre lyrique.
Au furplus , eft-ce par l'état momentané
de la recette d'une faifon , qu'on doit juger
idu fuccès plus ou moins durable d'un genre
qui vient de s'établir ? Et quand même un
peuple , accoutumé à une mufique dont la
force confiftoit dans le bruit , & l'expreffion
dans les cris , auroit été moins fenfible à
l'harmonie lucide & pure , à la mélodie
naturelle & touchante de la mufique Italienne
, en feroit-elle moins la mufique par
excellence , de l'aveu de toute l'Europe ?
- L'habitude , le préjugé , le mauvais goût ,
dès long-temps établis , cèdent- ils donc fi
aifément la place ? Un parti nombreux &
puiffant que s'étoit fait la mufique Allemande
, & qui tenoit au moins par vanité à
l'objet de fon enthouſiaſme , dévoit - il être
tout- à- coup diffuadé ou diffipé ? Ne devoitpas
même redoubler de chaleur & d'obftination
dans ce moment de crife ? Et au
milieu de tant d'obftacles , n'eft-il pas étonnant
que cette mufique nouvelle , qu'on
déclaroit fi hautement indigne d'occuper le
Théâtre héroïque , s'y foit établie en un
jour ? Le public fage & impartial , qui ne
demande que du plaifir , l'a accueillie avec
transport & comme naturalifée. C'en eft
*
il
182 MERCURE
affez : le temps fera le refte. Ce fera lorſque
plufieurs ouvrages du même genre auront
habitué nos oreilles aux charmes de cette
mufique , c'eft alors qu'on verra fi elle a fur
nous les mêmes droits que fur le reste de
l'Europe , qu'elle enchante depuis un fiècle ,
& qui ne paroît pas encore difpofée à lui
préférer la Mufique de M. Gluck.
J
1
On a voulu nous faire croire que les Italiens
eux-mêmes étoient raffafiés , excédés ,
ennuyés de leur mufique ;. & parmi ceux
qui l'avoient profcrite, on a cité le Père Martini.
J'ai cru devoir le citer à mon tour ;
& l'on a vu s'il avoit jamais entendu exclure
du Théâtre la mufique Italienne , & yſubftituer
la mufique Allemande. Mais comment
le concilier avec lui -même ? Comme
l'on concilie la colère & la tendreffe d'un
père qui veut bien châtier fon enfant lorfqu'il
donne dans des écarts , mais qui ne
veut pas le bannir.
"
*
Le chant Italien , trop brillanté , trop
maniéré , déplaît au Père Martini : il nous
déplaît de même. Il blâme les Compofiteurs
modernes d'avoir trop adhéré aux fantaiſies
des chanteurs , & félicite M. Gluck
de n'avoir pas eu cette complaifance , & il
a bien raifon. Mais comme tout n'eft pas
maniéré, brillanté dans la mufique Italienne ,
& qu'elle a des beautés fans nombre du
genrele plus fimple & le plus fublime, il ne
DE FRANCE. 183
les confond pas avec les faux brillans ; & il
demande en même- temps qu'on la corrige
& qu'on la préfère à toutes les mufiques
du monde. On va le voir dans cette même
lettre qu'il a écrite à un zélateur paffionné de
M. Gluck , & qu'on nous a tant - annoncée
comme un arrêt foudroyant pour la muſique
Italienne.
•
" Dans le temps paffé , dit le Père Martini
, on n'avoit pas la même complaifance
pour les chanteurs. Vinci , Bononcini ,
» Scarlati , Marcello , Porpora , étoient
» parvenus , fur- tout dans leur récitatif d'une
expreffion vive & forte , par la feule éner-
» gie de la modulation , à exciter des émo-
» tions extraordinaires , juſques à faire pâ-
» lir les auditeurs , & à leur arracher des
» larmes ..
"
Voilà d'abord , felon le Père Martini ,
la mufique tragique inventée & floriffante
en Italie , fort long- temps avant M. Gluck.
« Si de nos jours , ajoute - t-il , on réu-
» niffoit ce mérite de la mufique vocale ,
» avec la vivacité de la mufique inftrumen-
» tale moderne , ô le bel enfemble que cela
» feroit ! & quel plaifir il en résulteroit
pour les auditeurs !
Ce fouhait du bon Père n'étoit donc pas
encore rempli le 17 Février 1777 , quoique
M. Gluck eût déjà compofé fes chefd'oeuvres
: Phomme que demandoit le Père
•
184
MERCURE
Martini , pour procurer à la mufique Italienne
tous les avantages qu'avoit celle des
Grecs , n'étoit donc pas encore trouvé
quoique l'un de nos oracles eût annoncé
fon avènement.
>
Ecoutons à préfent 1 Père Martini parlant
du caractère effent ; & diftinctif de la
mufique Italienne , de cette mufique qu'il
avoit procrite , s'il eût fallu en croire les partifans
de M. Gluck ,
و د
و د
« Parmi les avantages de notre mufique
» Italienne , il y a trois qualités qui la dif
tinguent particulièrement ; favoir , la mé-
» lodie , l'harmonie & les modulations. La
» mélodie Italienne de nos jours eft plus
» infinuante & plus propre que la Françoiſe
» à émouvoir les paffions , parce que celle-
» ci conferve en grande partie le ftyle & le
goût de la mélodie qui étoit en ufage , il
» y a plus de cent ans , en Italie. Et en
» effet , comment fe font rendus fi fameux
» les deux grands Compofiteurs & Maîtres
» Saxons , je veux dire George- Frederick
» Handel & Jean- Adolphe Haffe , fi ce n'eft
après avoir tous les deux épuré leur ftyle
» en Italie , & l'avoir accommodé au génie
» Italien ? ( Avis à M. Gluck ) . On fait la
و د
"
réputation que le premier s'eft acquife
» dans les Opéras qu'il a compofés à Rome ,
» àFlorence & à Naples , après s'être formé
» le goût en Italie . On connoît auffi le fucDE
FRANCE. 185
:.
"
» cès qu'ont eu le grand nombre d'ouvrages
compofés par le fecond , pour les diffé-
» rens Théâtres d'Italie , depuis qu'il fut allé
à Naples & qu'il fe fut perfectionné à
» l'école du célèbre Alexandre Scarlati ».
Voilà deux Compofiteurs Allemands ,
fort différents de M. Gluck, loués par le Père
Martini , pour avoir pris en Italie le ftyle & le
goût Italien , & cela dans la lettre écrite au
grand Ami de M. Gluck.:
ود
30
"
11
Perimettez- moi , Monfieur , lui dit- il
» encore , de vous expofer une difficulté
qui me roule depuis long - temps dans
l'efprit , & qui , relativement à ce qui fe
fait de nos jours , mérite une très-férieufe
» réflexion . Je veux parler de l'ufage im-
» modéré des diffonnances.... Je penfe
» que les diffonnances font & ont du toujours
être tudes & déplaifantes à l'oreille ,
» parce que de leur nature elles font difcordantes
; & que de notre temps elles
» aient changé de nature & feient devenues
agréables , je ne puis me le perfuader.
» Les diffonnances ne font bonnes qu'à exprimet
les fentimens les plus amers , &
les mouvemens de l'âme les plus violens
» & les plus douloureux. Comment donc fe
» fait il , que pour exprimer les affections
» de l'âme les plus délicates & les plus
» tendres , on emploie diffonnances fur dif-
» fonnances ? Ce fcrupule n'a jamais ceffé
"
186
MERCURE
» de m'affliger , & je le foumets à la fageſſe
» de votre jugement profond
"".
C'eft ainfi que le Père Martini prend
congé de l'admirateur de M. Gluck ; & le
bon Père a dit lui -même à M. le Comte
Marcelli , que cet article fur les diffonnances
n'étoit rien moins que favorable au Compofiteur
Allemand. Le compliment qu'il
lui a fait dans une vifite qu'il en a reçue ,
ni les éloges qu'il lui donne , en répondant
à l'un de fes Amis , ne devoient donc pas
être pris à la lettre , & en les citant , il
n'auroit pas fallu diffimuler ce qui les réduifoit
à leur jufte valeur.
Voilà , Monfieur , une lettre bien longue
; mais il faut plus de temps pour démêler
un fophifme que pour le faire ; &
lorfqu'on n'a pas le droit d'être tranchant ,
on ne peut guère être laconique. Si l'on
m'en croit , nous laifferons déformais les
deux genres de mufique fe difputer la faveur
du public , qui feul en doit être l'arbitre
& le jufte appréciateur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. Marmontel à M. de la Harpe.
Dans sa lettre à M. de la Harpe, M. Marmontel traite de la réception critique de l'essai du Prince Belofelski sur la musique italienne, qui a provoqué des débats, notamment parmi les partisans de Christoph Willibald Gluck. Un critique anonyme remet en question les comparaisons entre compositeurs italiens et dramaturges français, ainsi que la qualification de Pergolèse comme le plus éloquent des compositeurs. Marmontel définit l'éloquence musicale comme la capacité de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds. Il conteste également l'attribution à Gluck de la création de la véritable tragédie lyrique, affirmant que ce titre revient à Jean-Baptiste Lully et Jean-Philippe Rameau. Marmontel compare les œuvres de Gluck et Rameau, notant que la musique de Gluck est appréciée pour sa véhémence et sa force harmonique, mais pas nécessairement pour son innovation. Le texte souligne l'importance de connaître le niveau d'expertise des critiques pour évaluer la valeur de leurs avis. Le critique réfute diverses critiques sur des œuvres de Piccini, expliquant les intentions musicales et poétiques derrière ces compositions. Il discute également de la relation entre la poésie et la musique, en prenant pour exemple un monologue de Quinault mis en musique par Lully. Le texte compare les pratiques théâtrales en Italie et en France, soulignant que la musique italienne, même adaptée à des paroles françaises, peut être appréciée durablement. Il note que les Français apprécient les œuvres anciennes et que la rareté des nouveautés les pousse à rester fidèles à celles-ci. Le succès de l'opéra 'Roland' de Quinault à Paris est mentionné, ainsi que la comparaison des goûts musicaux en France et en Italie. Le Père Martini critique le chant italien trop maniéré mais reconnaît ses beautés et souhaite une fusion avec la vivacité de la musique instrumentale moderne. Il admire les compositeurs italiens comme Vinci et Scarlatti pour leur expression vive et forte. Le texte met en avant les caractéristiques distinctives de la musique italienne, telles que la mélodie, l'harmonie et les modulations, qui la rendent plus apte à émouvoir les passions comparée à la musique française. Deux compositeurs allemands, George-Frederick Haendel et Jean-Adolphe Hasse, ont perfectionné leur style en Italie sous l'influence de maîtres italiens comme Alessandro Scarlatti. Le Père Martini exprime des réserves sur l'usage des dissonances dans la musique moderne, les jugeant inappropriées pour exprimer des sentiments délicats et tendres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11821
p. 187
GRAVURE.
Début :
Agar renvoyé par Abraham ; dédiée à MONSIEUR. Estampe de 21 pouces de hauteur sur 15 pouces [...]
Mots clefs :
Gravure, Estampe, Tableau, Carlo Antonio Porporati
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
AGAR renvoyée par Abraham ; dédiée à MONSIEUR.
Eftampe de 21 pouces de hauteur fur 15 pouces
de largeur , gravée d'après un tableau de
Vandyck , par M. Porporati , Garde des Deffins de
S. M. le Roi de Sardaigne , Membre des Académies
Royales de Paris & de Turin.
La compofition du fujet eft fage , les têtes font
d'un beau caractère , & la gravure , qui eft d'une manière
large & fimple , nous paroît avoir confervé ,
autant qu'il eft poffible , les beautés du tableau.
Nous croyons cette Eftampe faite pour ajouter encore
à la réputation déjà très- diftinguée de M. Porporati.
Le prix eft de 16 livres. Elle fe vend chez M.
Séchy , Place Dauphine.
AGAR renvoyée par Abraham ; dédiée à MONSIEUR.
Eftampe de 21 pouces de hauteur fur 15 pouces
de largeur , gravée d'après un tableau de
Vandyck , par M. Porporati , Garde des Deffins de
S. M. le Roi de Sardaigne , Membre des Académies
Royales de Paris & de Turin.
La compofition du fujet eft fage , les têtes font
d'un beau caractère , & la gravure , qui eft d'une manière
large & fimple , nous paroît avoir confervé ,
autant qu'il eft poffible , les beautés du tableau.
Nous croyons cette Eftampe faite pour ajouter encore
à la réputation déjà très- diftinguée de M. Porporati.
Le prix eft de 16 livres. Elle fe vend chez M.
Séchy , Place Dauphine.
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Résumé : GRAVURE.
La gravure 'Agar renvoyée par Abraham' est tirée d'un tableau de Vandyck. Mesurant 21 pouces sur 15, elle est réalisée par M. Porporati, Garde des Dessins du Roi de Sardaigne et membre des Académies Royales de Paris et de Turin. La composition est sage, les têtes bien caractérisées, et la gravure fidèle à l'original. Elle est vendue 16 livres chez M. Séchy, Place Dauphine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11822
p. 187-189
LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Début :
Il est juste, Monsieur, de démontrer la fausseté de tous les bruits répandus dans plusieurs Feuilles périodiques, [...]
Mots clefs :
Jacques de Boutier de La Cardonnie, Feuilles, Personnes, Bruits, Vérité, Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
LETTRE à M. de La HARPE. 62
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Un officier de marine écrit à M. de La Harpe pour contester des rumeurs publiées dans divers journaux, dont le Courrier de l'Europe, concernant M. de la Cardonie, commandant du vaisseau le Diadème. L'auteur nie que M. de la Cardonie ait pu voir les signaux ou qu'un conseil de guerre ait eu lieu, affirmant ainsi son innocence. La réponse du Duc de Chartres à M. de la Cardonie lors de son départ pour Paris confirme cette innocence. L'auteur espère que ces explications dissiperont les erreurs propagées par une cabale hostile au mérite de M. de la Cardonie. Il sollicite la publication de cette note dans le journal de M. de La Harpe, réputé pour son honnêteté et son impartialité. En post-scriptum, l'auteur dénonce les fausses informations du Courrier de l'Europe sur les commandants du Conquérant et du Solitaire, ainsi que sur M. du Paty, soulignant les diffamations anonymes et les abus fréquents dans ce journal.
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11823
p. 189-190
AU MÊME.
Début :
MONSIEUR, J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article qui [...]
Mots clefs :
Découverte, Invention , Baron de Bissy, Société libre d'émulation, Rame
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texteReconnaissance textuelle : AU MÊME.
A u
MONSIEUR ,
MÊME.
J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article
qui y eft inféré , concernant une découverte mife
fous mon nom , qui ne lui appartient nullement.
C'est l'invention d'une rame qui a mérité à M. lę
Baron de Biffy un encouragement de la part de la
Société libre d'Émulation. Je vous prie de le faire
réformer , & d'en inférer une note dans votre prochain
Mercure. Reftituez donc au nom de l'Inventeur
cette découverte que l'expérience de la mer lui
a fans doute infpirée. Pour moi , qui ne me pique
pas d'invention , mais qui aime à les admirer dans
190 MERCURE
autrui , je ne voudrois pas paroître m'affimiler aus
Geay de la Fable.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Vicomte DE BUISSY ,
Chevalier de S. Louis.
MONSIEUR ,
MÊME.
J'ai lu dernièrement dans votre Mercure un article
qui y eft inféré , concernant une découverte mife
fous mon nom , qui ne lui appartient nullement.
C'est l'invention d'une rame qui a mérité à M. lę
Baron de Biffy un encouragement de la part de la
Société libre d'Émulation. Je vous prie de le faire
réformer , & d'en inférer une note dans votre prochain
Mercure. Reftituez donc au nom de l'Inventeur
cette découverte que l'expérience de la mer lui
a fans doute infpirée. Pour moi , qui ne me pique
pas d'invention , mais qui aime à les admirer dans
190 MERCURE
autrui , je ne voudrois pas paroître m'affimiler aus
Geay de la Fable.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Le Vicomte DE BUISSY ,
Chevalier de S. Louis.
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Résumé : AU MÊME.
Le Vicomte de Buissy, Chevalier de Saint-Louis, corrige une erreur du Mercure concernant une invention. Il précise que cette invention, une rame récompensée par la Société libre d'Émulation, appartient en réalité au Baron de Biffy. Il demande la reconnaissance du véritable inventeur et exprime son admiration pour les inventions des autres.
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11824
p. 190-191
« PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Début :
PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...]
Mots clefs :
Tribunaux des peuples, Thermomètres, Vers, Pierre Pithou
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
PRORSOPSPEECCTTUUSS.. Effai fur l'hiſtoire générale des Tribunaux
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
des peuples tant anciens que modernes , ou
Dictionnaire hiftorique & judiciaire , contenant les
Anecdotes piquantes & les Jugemens fameux des
Tribunaux de tous les temps & de toutes les Nations ;
par M. des Eflarts , Avocat , Membre de plufieurs
Académies.
L'Ouvrage fera compofé de fix volumes in- 8 °. Il
fera imprimé avec des caractères neufs & fur de trèsbeau
papier : chaque volume , qui contiendra plus de
400 pages , fera vendu 4 livres.
On pourra s'adreffer à l'Auteur , rue de Verneuil ,
la troisième porte cochère avant la rue de Poitiers ,
ou aux Libraires ſuivans : Durand neveu , rue Galande
; Nyon aîné , rue Saint Jean- de-Beauvais , &
Mérigot jeune , quai des Auguſtins.
Nous rendrons compte inceffamment du premier
volume de cet ouvrage , auffi curieux qu'intéreffant.
Lettre de M. T. ** à M. le Baron de Servière ,
Officier au Régiment d'Orléans , &c. en réponſe
à fes Obfervations fur les Thermomètres , broch.
in-8°.
moyens
Hiftoire des vers qui s'engendrent dans le biſcuit
qu'on embarque fur les vaiffeaux , avec des
pour l'en garantir . Par M.J. B. X. Joyeufe , l'aîné ,
ancien Commiffaire de la Marine. A Avignon , che
DE FRANCE. 191
Jean Aubert , Imprimeur-Libraire ; & fe vend chez
Durand , Libraire , rue Galande , 11.4 f
Eloge de Pierre Pithou , célèbre Jurifconfulte du
feizième fiècle Auteur du Recueil des Libertés de
l'Eglife Gallicane , fous le règne des Rois Henri II ,
François II , Charles IX , Henri III & Henri IV. lu
le 20 Décembre 1777 , dans une affemblée d'Avocats
, par M. TAbbé Briquet de Lavaux , Avocat au
Parlement. Prix 3 1. broché. A Amfterdam , & fe
trouve à Paris chez l'Auteur , rue du Cimetière Saint
André - des - Arts , en face de l'ancien Collége de
Boiffy.
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Résumé : « PROSPECTUS. Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes, ou [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications. L'ouvrage principal est 'Essai sur l'histoire générale des Tribunaux des peuples tant anciens que modernes', un dictionnaire historique et judiciaire rédigé par M. des Éfarts, avocat et membre de plusieurs académies. Il se composera de six volumes in-octavo, imprimés avec des caractères neufs sur du papier de qualité, chaque volume contenant plus de 400 pages et étant vendu 4 livres. Les points de contact pour l'achat incluent l'auteur lui-même, résidant rue de Verneuil, ainsi que les libraires Durand neveu, Nyon aîné et Mérigot jeune. Le document mentionne également une lettre de M. T. adressée à M. le Baron de Servière, officier au Régiment d'Orléans, concernant des observations sur les thermomètres. Une autre publication traite de l'histoire des vers qui se développent dans le biscuit embarqué sur les vaisseaux et des moyens de les prévenir, écrite par M. J. B. X. Joyeuse, ancien commissaire de la Marine. Cette publication est disponible chez Jean Aubert, imprimeur-libraire à Avignon, et chez Durand, libraire à Paris. Enfin, le document inclut un éloge de Pierre Pithou, juriconsulte célèbre du seizième siècle, auteur du 'Recueil des Libertés de l'Église Gallicane' sous les règnes de Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV. Cet éloge a été lu le 20 décembre 1777 lors d'une assemblée d'avocats par M. l'Abbé Briquet de Lavaux, avocat au Parlement. La brochure est vendue 3 livres et est disponible chez l'auteur à Paris, rue du Cimetière Saint-André-des-Arts.
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11825
p. 191
« Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...] »
Début :
Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...]
Mots clefs :
Pensées, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : « Les Pensées de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. A Amsterdam. Prix 5 l. broché, & 6 liv. relié A [...] »
Les Penfées de J. J. Rouffeau , Citoyen de Genève.
A Amfterdam. Prix 5 1. broché , & 6 liv. relié . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins.
A Amfterdam. Prix 5 1. broché , & 6 liv. relié . A
Paris , chez Saugrain , Libraire , quai des Auguf
tins.
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11826
p. 191-192
« Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Début :
Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...]
Mots clefs :
Oraison funèbre, France ecclésiastique, Vénerie normande, Maison électorale palatine, Promenade de Sceaux-Penthièvre, Charles Antoine de La Roche-Aymon
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texteReconnaissance textuelle : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
Oraifon Funébre d'Eminentiffime & Révérendiffi
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
me Seigneur Charles- Antoine de la Roche-Aimon
Archevêque Duc de Rheims , Légat né du St Siège ,
Primat de la Gaule- Belgique , Cardinal de la Sainte
Eglife Romaine , premier Pair & grand Aumônier
de France Miniftre de la Feuille des Bénéfices
Abbé Commendataire des Abbayes de
Saint-Germain-des- Prés & de la Sainte - Trinité de
Fécamp ; prononcé dans l'Eglife de Rheims , let
premier Avril 1778 , par Meffire Pierre-Jofeph Perricau
, Evêque de Tricomie. A Rheims , chez P. N.
A. Piérard , Imprimeur de l'Univerfité , Parvis Notre-
Dame.
La France Ecclefiaftique pour l'année 1778 , contenant
la Cour de Rome , les Archevêques & Evêques
du Royaume , leurs Vicaires-Généraux , leurs
Officiaux , les dignités & Chanoines des Eglifes Cathédrales
, les Abbayes- Commendataires & Réguliè192.
MERCURE
res , les Prieurés d'hommes & de filles à nomination
Royale , le Clergé de Paris & celui de la Cour ; quatrième
édition dédiée à MM. les Agents - Généraux du
Clergé de France , 3 1. broché , & 3 1. 10 f. franc de
port pour tout le Royaume. A Paris , chez l'Auteur ,
rue Saint -André- des - Arts , vis -à- vis celle Gît- le-Coeur.
Vénérie Normande , ou l'Ecole de la chaſſe aux
chiens courans pour le lièvre , le chevreuil , le cerf ,
le daim , le fanglier , le loup , le renard & la loutre ,
avec les tons de chaffe , accompagnés chacun d'une
explication fur l'occafion & les circonftances où ils
doivent être fonnés , & un Traité des remèdes , un
Traité fur le droit de fuite , & un Dictionnaire des
termes de chaffe , &c. par M. le Verrier de la Cou
terie , Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les Aulnets , &c.
A Amfterdam ; & fe trouve à Rouen , chez Laurent
Dumefnil , Imprimeur- Libraire , rue de l'Ecureuil ;
& à Paris , chez Durand neveu.
Abrégé de l'expofé des droits de la Maiſon Electorale
Palatine en général , & en particulier de ceux de
S, A. S. Monfeigneur le Duc Régnant des Deux-Ponts ,
connu plus proche Agnar & fucceffeur préſomptif de
l'Electorat , fur les Etats de Maximilien - Joſeph ,
Electeur de Bavière , dernier Prince de la branche
Guillelmine , mort le 30 Décembre 1777 , traduit
de l'Allemand, Aux Deux-Ponts , de l'Imprimerie
Ducale.
Promenade de Sceaux-Penthièvre , de fes dépendances
& de fes environs , avec une defcription de
tout ce qu'il y a de remarquable dans chaque Village:
de la dépendance de Seaux , & dans quelques -uns
des environs. A Amfterdam ; & fe trouve à Paris ,
chez P. Fr. Gueffier , Imprimeur -Libraire , au bas de
la rue de la Harpe.
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Résumé : « Oraison Funébre d'Éminentissime & Révérendissime Seigneur Charles-Antoine de la Roche-Aimon, [...] »
En 1778, plusieurs publications et événements marquants sont associés à l'Église et à la noblesse française. L'oraison funèbre de Charles-Antoine de la Roche-Aymon, Archevêque de Reims, est prononcée par Pierre-Joseph Perricaud, Évêque de Tricomie, le 1er avril 1778. 'La France Ecclésiastique pour l'année 1778' détaille la hiérarchie ecclésiastique, incluant les archevêques, évêques, vicaires généraux et autres dignitaires religieux. Cet ouvrage est dédié aux Agents Généraux du Clergé de France et disponible à Paris. Par ailleurs, 'Vénérie Normande' de Verrier de la Couterie traite de la chasse et des chiens courants, avec des traités sur les remèdes et le droit de fuite, ainsi qu'un dictionnaire des termes de chasse. Imprimé à Amsterdam, ce livre est disponible à Rouen et Paris. Le document mentionne aussi un 'Abrégé de l'exposition des droits de la Maison Electorale Palatine', traduit de l'allemand, concernant les droits du Duc Régnant des Deux-Ponts après la mort de Maximilien-Joseph, Électeur de Bavière, survenue le 30 décembre 1777. Enfin, une description de la 'Promenade de Sceaux-Penthièvre' et de ses environs est disponible à Amsterdam et Paris.
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11827
p. 192
« Voyez la suite des Annonces sur la couverture. [...] »
Début :
Voyez la suite des Annonces sur la couverture. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Voyez la suite des Annonces sur la couverture. [...] »
Voyez la fuite des Annonces fur la couverture,
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11828
p. 193-194
De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Début :
On a reçu successivement le 2 & le 3 de ce mois deux exprès du Capitan-Bacha ; ils nous ont appris [...]
Mots clefs :
Constantinople, Capitan pacha, Flotte, Ville, Canons, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
De CONSTANTINOPLE le 7 Juillet.
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
ON a reçu fucceffivement le z & le 3 de ce mois
deux exprès du Capitan- Bacha ; ils nous ont appris
que le 25 du mois dernier , il étoit arrivé à Sinope
avec toute fa flotte , à l'exception d'un vailfeau
de 74 canons qui n'a pu le fuivre , & qui eft
rentré dans le canal pour réparer quelques dommages.
Les troupes raflemblées à Sinope & deftinées
à diverfes expéditions dans la Crimée & dans
ie Kuban , commençoient à s'embarquer au départ
du dernier courier . Le Capitan - Bacha avoit reçu
des nouvelles de la Péninfule où la Porte a toujours
un parti qui ne demande que d'être foutenu , & qui a
remporté dernièrement un avantage confidérable
dans le Kuban , & a chaffé de Taman tous les Tartares
qui tenoient pour Sahin Guéray. On fe propofe
de le feconder plus efficacement qu'on ne l'a
Fait jufqu'à préfent , & une petite flotte n'attend que
le vent favorable pour aller renforcer le Capitan-
Bacha ; elle eft compofée du vaiffeau de 74 canons
refté en arrière , de 2 frégates de 40 chacune , de 6
chébecs de 12 à 16 , & de 20 bâtimens de tranfport
chargés de vivres & de munitions de guerre. La pefte
continue fes ravages fur la flotte ; & nous apprenons
que l'Officier qui commande fous les ordres du Capitan
-Bacha , en a été la victime.
15 Septembre 1778.
I
( 194 )
La Crimée ne fera pas le feul théâtre des hoftilités
; on voit paffer journellement par cette Capitale
des corps de cavalerie & d'infanterie qui fe rendent
à Ifaccia & à Ifmaël : les chemins depuis cette
ville jufqu'à Ruffug font couverts de nos foldats
qui s'avançent du côté de Bender & de l'embouchure
du Danube : on ne porte pas à moins de 300 mille
hommes les troupes raffemblées fur nos frontières.
Elles laiffent par- tout fur leur paffage des marques
de leur barbarie que leurs chefs ne peuvent réprimer.
On mande de Ruffug que trois compagnies fè font
foulevées contre leur commandant qu'elles ont maffacré
& coupé en morceaux ; après cet acte d'atrocité
, elles le font divifées en plufieurs bandes &
infeftent les chemins. Comme la pefte eft parmi ces
brigands , ils la portent par- tout où ils s'étendent .
•
» Depuis la mort d'Abdulah , Bacha , écrit -on de
Bagdad , deux partis d'environ 5000 hommes préten
dent gouverner cette ville jufqu'à l'arrivée de Huffein
, Bacha de Mouffol & de Kerkout , nommé pour
remplacer ce Vifir ; l'un s'eft emparé de la citadelle
l'autre de la ville ; après quelques bombes , quelques
coups de canon tirés de part & d'autre , & divers
combats , chaque parti eft convenu de refter
tranquille jufqu'à ce que Huffein , Bacha , ſoit arrivé.
Baffora eft toujours au pouvoir des Perfans . Cette ville
autrefois floriffante , défolée par des maladies contagieufes
& par un long fiége , n'offre plus aujourd'hui
qu'un amas confus de maſures & de décombres , entouré
de marais fangeux & d'eaux croupiffantes « .
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le 7 Juillet.
Le 7 juillet, le Capitan-Bacha arrive à Sinope avec sa flotte, sauf un vaisseau de 74 canons en réparation. Les troupes se préparent à des expéditions en Crimée et dans le Kouban. Une victoire loyale à la Porte a été remportée dans le Kouban contre les Tartares de Sahin Guéray. Une petite flotte, incluant le vaisseau réparé, deux frégates, six chébecs et vingt bâtiments de transport, attend un vent favorable pour rejoindre le Capitan-Bacha. La peste continue de sévir, notamment parmi les officiers. Le 15 septembre 1778, des troupes se déplacent vers Iffaca et Ismaïl, avec des soldats sécurisant les chemins jusqu'à Roussé et avançant vers Bender et l'embouchure du Danube. Environ 300 000 hommes montrent des comportements barbares. À Roussé, trois compagnies se révoltent, tuant leur commandant et se dispersant, propageant ainsi la peste. À Bagdad, après la mort d'Abdullah Bacha, deux factions de 5000 hommes chacune se disputent le pouvoir jusqu'à l'arrivée de Husein Bacha. Après des combats, elles acceptent de rester tranquilles. Bassora, sous contrôle persan, est dévastée par des maladies et un long siège, apparaissant comme un amas de ruines et de marais.
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11829
p. 194-196
De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Début :
Le 29 de ce mois l'Impératrice s'est rendue en iacht de Péterhoff à l'escadre qui croise entre Constadt & [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Eau de vie, Liqueur, Couronne, Roubles, Consommation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
De PETERSBOURG , le 31 Juillet.
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
¡ LE 29 de ce mois l'Impératrice s'eft rendue en iacht
de Péterhoff à l'efcadre qui croife entre Cronstadt &
Krefna-Gorka. Cette efcadre compofée de 4 vaiſ(
195 )
feaux de guerre & de 3 frégates , eft fous les ordres
du Vice-Amiral Barſch ; elle fit pluſieurs évolutions
en préfence de S. M. I. qui en parut très-ſatisfaite ;
le foir elle retourna à Péterhoff.
On n'a point déclaré la nouvelle groffeffe de la
Grande-Ducheffe ; mais l'Empire eft perfuadé qu'elle
eft réelle on affure qu'elle eft entrée dans le troifième
mois.
La confommation des eaux-de-vie eft immenſe
dans le nord ; c'eft la boiffon favorite des peuples
feptentrionaux ; l'habitude & peut - être le climat en
ont fait un des objets de première néceffité . Cette
liqueur eft une partie importante de notre commerce
intérieur , & des revenus de la Couronne. »> On dif
tingue ici trois eſpèces d'eau-de-vie , celle de grains ,
celle de Dantzick & celle de France & d'Espagne ; le
peuple ne fait ufage que de la première : tous les propriétaires
ont droit de diftiller ; mais ils ne peuvent
vendre eux-mêmes leurs eaux-de-vie parce que la Couronne
s'en est réſervé le privilége exclufif. La confommation
annuelle de cette première forte de liqueur
dans l'Empire monte à 12 millions de vedros , le
vedro contient 13 pintes de Paris ; la Couronne
devroit gagner fur cette partie feule 24 millions de
roubles , fouftraction faite de ce qu'elle paye pour
l'achat ; & elle n'en gagne que 5 , favoir , 3 provenant
du département de Pétersbourg & de Mofcou
, & 2 de la Sibérie & des autres Provinces. Un
homme au fait de nos Finances attribue cette différence
aux fraudes des fermiers ; & il en remarque
quelques-unes. Le peuple ne fait aucun ufage de l'eaude-
vie de Dantzick ; ce font les étrangers & la nobleffe
qui la confomment ainfi que celle de France &
d'Espagne , qui eft préférée. Le prix du bail de la
ferme de cette dernière qui a expiré en 1774 montoit
à 116 mille roubles par an , & les fermiers en gagnoient
760 mille . Leur privilége ne leur permettoit
d'en faire venir que 10,000 ancres par an ; au lieu
I &
( 196 )
d'eau-de- vie , ils faifoient venir de l'efprit - de -vin ;
avec lequel ils compofoient le double de la première
liqueur. Non contents de ce gain , ils engageoient
des négocians à en faire venir , & les droits d'entrée
qu'ils percevoient fur ces importations ont monté
fouvent à 200 mille roubles «<,
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Résumé : De PÉTERSBOURG, le 31 Juillet.
Le 29 juillet, l'impératrice visita une escadre navale composée de quatre vaisseaux de guerre et trois frégates commandée par le vice-amiral Barsch. L'escadre réalisa plusieurs manœuvres devant elle, la satisfaisant grandement. L'escadre retourna ensuite à Peterhof. La grossesse de la Grande-Duchesse, bien que non officielle, est confirmée comme étant dans son troisième mois. Dans le nord, la consommation d'eaux-de-vie est élevée, étant la boisson préférée des peuples septentrionaux. Cette liqueur joue un rôle crucial dans le commerce intérieur et les revenus de la Couronne. Trois types d'eaux-de-vie sont distingués : celle de grains, celle de Dantzick et celle de France et d'Espagne. La population consomme principalement celle de grains. La distillation est permise à tous, mais la vente est réservée à la Couronne. La consommation annuelle atteint 12 millions de vedros, chaque vedro contenant 13 pintes de Paris. Les revenus attendus sont de 24 millions de roubles, mais seulement 5 millions sont réellement perçus, en raison des fraudes des fermiers. L'eau-de-vie de Dantzick et celles de France et d'Espagne sont consommées par les étrangers et la noblesse. Le bail de la ferme de cette dernière, expiré en 1774, coûtait 116 000 roubles par an, tandis que les fermiers en gagnaient 760 000.
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11830
p. *196-196
De COPENHAGUE, le 10 Août.
Début :
La permission que le Roi a accordée depuis peu à 9 Officiers de sa marine d'aller servir sur l'escadre [...]
Mots clefs :
Copenhague, Officiers de marine, Indes occidentales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COPENHAGUE, le 10 Août.
De COPENHAGUE , le 10 Août.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
LA permiffion que le Roi a accordée depuis peu
à 9 Officiers de fa marine d'aller fervir fur l'efcadre
Françoile en qualité de volontaires , a excité , dit- on ,
quelques plaintes de la part de l'Ambaffadeur d'Angle
terre. S. M. , par une fuite du fyftême impartial
qu'elle a adopté , a bien voulu , fur la réquifition
de la Cour de Londres , permettre à quelques autres
de fes Officiers du même corps ' , d'aller fervir de
même fur la flotte Angloiſe,
-Quelques vaiffeaux arrivés des Indes occidentales
nous ont appris que la frégate le Chriftiansbourg
de la Compagnie Royale de Guinée , y a mouillé
le 24 Mai dernier ; mais que le Capitaine de ce bâtiment
eft mort fur la côte d'Afrique où il avoit
touché avant de fe rendre aux Indes occidentales.
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Résumé : De COPENHAGUE, le 10 Août.
Le roi a autorisé neuf officiers français à servir sur l'escadre française, provoquant des plaintes de l'ambassadeur anglais. Il a aussi permis à des officiers anglais de servir sur la flotte anglaise. La frégate 'Christiansbourg' a accosté le 24 mai, mais son capitaine est mort en Afrique avant d'atteindre les Indes occidentales.
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11831
p. 196-197
De VARSOVIE, le 10 Août.
Début :
Les séances du Conseil-Permanent sont très-fréquentes & très-longues depuis qu'il les a reprises ; [...]
Mots clefs :
Varsovie, Conseil permanent, Prince, Diète, République, Roi de Prusse
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texteReconnaissance textuelle : De VARSOVIE, le 10 Août.
De VAR SVO I E , le 10 Août.
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
؟
LES féances du Confeil - Permanent font trèsfréquentes
& très - longues depuis qu'il les a reprifes s
les dernières n'ont pas duré moins de 5 à 6 heures ,
les affaires intérieures & celles du dehors deviennent
tous les jours plus intéreflantes fur l'objet de fes délibérations.
Les fraudes qu'on a découvertes dans le
change ont donné lieu à une loi qu'on préſentera à la
( 197 )
›
Diète prochaine. On fe propofoit auffi de rétablir les
mines d'Olkas ; mais l'exécution de ce projet entraîneroit
des dépenfes confidérables , qu'il cft impoffible
de faire dans un moment où la République a befoin
de tous les fonds . Les armées nombreuſes qui font
répandues fur nos frontières exigent notre attention
& nous font fentir la néceffité d'augmenter nos troupes
; cet objet fera fans doute le premier qu'on mettra
fous les yeux de la Diète. La guerre allumée entre
l'Empereur & le Roi de Pruffe , celle qui doit éclater
bientôt entre la Ruffie & la Porte , & qui paroît à
préfent décidée , peuvent avoir des effets funeftes
pour nous , même fans y prendre part , & nous ne
devons négliger aucune précaution pour nous mettre
à l'abri de toute entreprife étrangère.
Le corps de troupes que le Prince de Repnin raf
femble près du Dniefter fera , dit- on , de 30 à 40,0co
hommes . On affure que le Lieutenant - Général d'Igelftrom
eft nommé pour commander fous lui . Beaucoup.
de Seigneurs Polonois entrent au ſervice de la
Ruffie; on nomme principalement parmi eux , le Sta
rofte de Samogitie , le Comte de Solohub & le Prince
Jofeph Lubormirski , il y en a auffi plufieurs qui
paffent à celui du Roi de Pruffe , qui a des agens char
gés de lever ici des recrues , & qui enrôlent un grand
nombre d'hommes . Le Miniftre à la Cour de Vienne
en a porté des plaintes au Roi & à la République , &
exige qu'on renvoye au plutôt les enrôleurs Pruffiens ;
on ignore encore ce qui lui a été répondu. Par une
claufe expreffe du traité de ceffion , il a été ſtipulé
qu'aucune des Puiffances contractantes ne pourra
faire recruter fur les terres de l'autre. 嘴597
Le Prince Sulkowski eft de retour de la Grande-
Pologne : on dit qu'il a été voir l'Ambaſſadeur Ruffe
à Nieporow , terre à cinq lieues de cette Capitale ,
qui appartient au Prince de Radziwill , Palatin de
Wilna . Ce Prince au moment où la Diète s'affemblera
ici , doit fe rendre en Lithuanie,
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Résumé : De VARSOVIE, le 10 Août.
Le document du 10 août décrit les activités récentes du Conseil Permanent, qui tient des réunions fréquentes et prolongées sur des affaires intérieures et extérieures cruciales. Des fraudes dans le change ont motivé la préparation d'une loi pour la prochaine Diète. Un projet de réhabilitation des mines d'Olkusz est envisagé, mais les dépenses sont jugées excessives en raison des besoins financiers urgents de la République. L'augmentation des troupes est également discutée en raison des armées massées aux frontières. Les conflits en cours, tels que la guerre entre l'Empereur et le Roi de Prusse, et la guerre imminente entre la Russie et l'Empire ottoman, pourraient avoir des répercussions négatives. Des précautions sont donc nécessaires pour éviter toute ingérence étrangère. Le Prince de Repnin rassemble un corps de troupes de 30 à 40 000 hommes près du Dniepr, sous le commandement du Lieutenant-Général d'Igelstrom. Plusieurs nobles polonais, comme le Staroste de Samogitie, le Comte de Solohub et le Prince Joseph Lubomirski, rejoignent l'armée russe, tandis que d'autres s'enrôlent dans l'armée prussienne. Le ministre à la cour de Vienne a protesté contre ces recrutements, mais la réponse reste inconnue. Le Prince Sulkowski est de retour de Grande-Pologne et a rencontré l'ambassadeur russe à Nieporow, domaine du Prince Radziwill, Palatin de Vilna, qui doit se rendre en Lituanie lors de l'assemblée de la Diète.
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11832
p. 198-201
De VIENNE, le 15 Août.
Début :
Les perquisitions que M. le Chancelier, Prince de Kaunitz Riethberg, a fait faire pour retrouver la [...]
Mots clefs :
Vienne, Cour de Berlin, Déclaration, Bavière, Mémoire, Autriche, Peste, Joseph Nikolaus De Vins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 15 Août.
De VIENNE , le 15 Août.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
LES perquifitions que M. le Chancelier , Prince
de Kaunitz Riethberg , a fait faire pour retrouver la
malle du Courier ordinaire de Conftantinople , du
17 Juillet , n'ont produit encore aucun effet ; on croit
que les brigands qui ont commis ce crime font partie
des troupes Afiatiques , qui font en marche pour
Choczim , & qui le font rendus auffi coupables du
meurtre de leur propre Bacha. On dit qu'il fe trouve
parmi ces fcélérats , un grand nombre de Moldaves ,
qui ont commis pareillement beaucoup de dégats ,
depuis Bender , jufques fur les frontières de la Tranfilvanie.
On redouble d'activité & de précautions fur toutes
nos frontières , pour faire fubir la plus rigoureuſe
quarantaine à tout ce qui vient de la Turquie. Les
lettres de Triefte nous ont donné des allarmes , qui
rendent ces précautions indifpenfables ; s'il faut les
en croire , la pefte fait toujours de grands ravages
dans Conftantinople ; elle s'eft auffi manifeftée dans
quelques diftricts de la Natolie & de la Romélie , &
prefque tous les bâtimens Vénitiens & Ragufiens qui
fe trouvent dans le Levant , en font infectés .
Les prières extraordinaires pour le ſuccès de nos
armes devant être continuées , une fois par mois ,
pendant la guerre , elles ont eu lieu , le 9 de ce mois ,
dans la Cathédrale de Saint-Etienne ; elles fe feront
fucceffivement le 6 Septembre , le 4 Octobre , le 8
Novembre & le 6 Décembre.
L'entrée du Prince Henri en Bohême a fait ici
beaucoup de fenfation ; on a voulu faire un crime au
Général Major de Vins de l'échec qu'il a effuyé près
de Gabel , où il avoit été envoyé avec un détachement
pour s'oppoſer , autant qu'il étoit poffible , aux
( 199 )
progrès ultérieurs des Pruffiens & des Saxons. Cet
Officier dont le zèle & les talens militaires font connus
, s'eft pleinement juſtifié. On dit aujourd'hui
que la perte qu'il a effuyée doit être attribuée d'un
côté à un Major qui avoit été détaché en avant , &
qui avoit été fait prifonnier de guerre ; & de l'autre
à la trahifon des payfans. L'Empereur voulant examiner
cette affaire à fond , a voulu ravoir ce Major, &
a offert en échange un Colonel des Gardes Saxonnes ;
mais les Pruffiens ont refufé d'y confentir. On eſt
inftruit qu'un bataillon de Gaifrugg , un de Caprara ,
un de Kinski & un de Croates , ainfi que deux divifions
de Chevaux- Légers , qui occupoient un bois fur
la route que tenoit la première colonne ennemie , ont
beaucoup fouffert après s'être long-tems & bien défendus.
On avoit d'abord évalué notre perte à plus
de 2000 hommes ; mais il a paru qu'elle ne montoit
qu'à 1000 ou 1200 , parmi lesquels fe trouvent plufieurs
Officiers de l'Etat - Major ; en attendant le mémoire
que la Cour annonce depuis quelque tenis
elle a fait publier l'article fuivant dans la Gazette
d'aujourd'hui.
Il a été fait mention dans ces feuilles , tant du
manifefte que la Cour de Berlin a fait publier au
commencement de Juillet dernier , lors de la nouvelle
invafion en Bohéme , fous le titre d'Expofé des
Motifs , qui ont engagé S. M. Pruffienne à s'opposer
au démembrement de la Bavière , que de la Déclaration
du même Monarque aux hauts Co-Etats du
Saint-Empire , datée du 3 Juillet. Tous ceux qui
ont lu , avec quelqu'attention , certains Ouvrages
d'Auteurs particuliers , qui font fucceffivement fortis
des preffes de cette ville , fur-tout celui qui a pour
titre Réflexions impartiales fur plufieurs Queftions
, concernant la fucceffion des États du défunt
Electeur Maximilien- Jofeph ; & un autre intitulé
: Réponse aux Confidérations concernant la
fucceffion de Bavière , qui ont paru à Berlin , ver-
:
I 4
( 200 )
ront aifément que les principes établis dans l'Exposé
des Motifs & dans la Déclaration aux Co-Etats
font apocryphes ; que les conféquences que l'on a
voulu en tirer font fauffes ; & que les principaux argumens
ont déja été réfutés par les Ouvrages mentionnés
, puifque l'effentiel de l'Expofé & de la
Déclaration ne confifte qu'en pures répétitions de ce
qu'on lit dans les Confidérations . Cependant il va paroître
de la part de la Cour Impériale & Royale une
réfutation détaillée du Manifefte de Berlin & de la
Déclaration qui y est analogue.
» La Cour de Berlin' a encore donné au public un
Mémoire , daté du 14 Juillet dernier , pour fervir
de fuite , tant à l'Expofé , qu'à la Déclaration .
C'est à ce Mémoire que l'on à trouvé à propos de
joindre , comme une foi-difante Pièce Juftificative ,
un Acte du Duc Albert d'Autriche , par lequel il re--
nonce à toute prétention fur la Baffe- Bavière , fait
à Ratisbonne le jour de Saint- André 1429. On prétend
en avoir reçu à Berlin une copie authentique ,
qui doit avoir été vidimée dès l'an 1569 , par un Confeiller
Bavarois & Notaire - public , & l'on ajoute :
que l'original de cette Chartre décifive fe trouvera
fans doute dans les archives de Bavière , s'il n'a
pas été perdu dans les tems malheureux de la Bavière
«. Cette prétendue renonciation doit achever
d'anéantir toutes les prétentions de l'augufte maifon
d'Autriche. Mais , quoiqu'on puiffe fans héfiter s'en
remettre fimplement au jugement de tout homme
expert , verfé dans l'art Diplomatique , & s'affurer
qu'il la reconnoîtra au premier coup d'oeil pour un acte
contrefait , la fauffeté en fera démontrée au premier
jour par les preuves les plus convaincantes. Le public
aura lui-même obſervé , que la Cour de Berlin renverfe
elle-même , par cette prétendue Chartre , les
principes qu'elle avoit établis auparavant , pour met
tre en conteftation les droits de la maifon d'Autriche
fur la Balfe Bavière ; favoir , que l'inveftiture accor(
201 )
dée au Duc Albert avoit été nulle ou du moins
caffée dans la fuite par une Sentence de l'Empereur
Sigifmond; & que d'ailleurs les Agnats du Duc
Albert n'avoient eu aucune part à cette prétention.
Il eft auffi remarquable que la Cour de Berlin n'a
produit cette pièce qu'après avoir pris les armes ,
quoiqu'on cût déja dit publiquement , depuis plus de
trois mois , qu'elle ne pouvoit être que fuppofée «.
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Résumé : De VIENNE, le 15 Août.
Le 15 août à Vienne, les efforts pour localiser la malle du courrier de Constantinople du 17 juillet ont échoué. Des troupes asiatiques en route vers Choczim et des Moldaves sont suspectées d'être impliquées. En raison de la peste à Constantinople et dans certaines régions de l'Anatolie et de la Romélie, des mesures de quarantaine strictes sont renforcées aux frontières, affectant également des navires vénitiens et ragusiens. Des prières extraordinaires pour le succès des armées sont organisées mensuellement, la dernière ayant eu lieu le 9 août à la cathédrale Saint-Étienne. L'arrivée du Prince Henri en Bohême a suscité diverses émotions. Le Général Major de Vins, après une défaite près de Gabel contre les Prussiens et Saxons, s'est justifié en accusant un major capturé et la trahison des paysans. Les pertes militaires sont réévaluées à environ 1000 ou 1200 hommes, incluant plusieurs officiers d'état-major. L'empereur a tenté sans succès d'échanger un colonel saxon contre le major prisonnier. La Cour impériale prépare une réfutation du manifeste et de la déclaration de Berlin concernant la succession en Bavière. Berlin a publié un mémoire incluant un acte du Duc Albert d'Autriche, renonçant à ses prétentions sur la Basse-Bavière, daté de 1429. Cet acte est jugé contrefait et contradictoire avec les principes établis par Berlin. Le texte mentionne que certains acteurs n'ont pas été associés à cette prétention et que Berlin a présenté cette pièce après avoir pris les armes, bien qu'il ait été affirmé publiquement depuis plus de trois mois que cette pièce ne pouvait être que supposée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11833
p. 201-206
De HAMBOURG, le 20 Août.
Début :
Les nouvelles des armées Autrichienne & Prussienne ne présentent jusqu'à présent que des affaires [...]
Mots clefs :
Hambourg, Hussards, Armée, Dragons, Camp, Général, Roi de Prusse, Régiment, Hommes, Autrichiens
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texteReconnaissance textuelle : De HAMBOURG, le 20 Août.
De HAMBO U R G le 20 Août. ,
LES nouvelles des armées Autrichienne & Pruf.
fienne ne préfentent jufqu'à préfent que des affaires
de pofte : la plus confidérable , après celle de Gabel ,
eft celle de Mladenke dans la Siléfie fupérieure ;
le régiment des dragons Impériaux de Wurtemberg ,
fort de 800 hommes , & une divifion de celui de
Modène auffi dragons , étoient venus fe camper à
un mille & un quart du camp Pruffien , près de Creutzendorf;
le 11 Août , à une heure de nuit , les Lieutenans
Généraux de Werner & de Stutterheim fe mirent
en marche pour les furprendre , avec une partie
des huffards de Werner & des dragons de Finkenftein
& d'Apenbourg , trois bataillons de grenadiers
& quatre canons ; après plufieurs détours , ils arriverent
vers les heures : les Autrichiens avoient tenu
toute la nuit leurs chevaux fellés , & à l'arrivée des
Pruffiens , ils étoient occupés à les défeller pour les
mener à l'eau ; ceux- ci avoient devant eux un défilé
fort profond & fort large , par lequel le canon ne
pouvoit être conduit , ce qui empêcha l'infanterie
& l'artillerie d'agir ; les huffards & les dragons s'avancèrent
feuls , & donnèrent avec tant de courage ,
qu'ils tuèrent 75 hommes , firent 391 prifonniers ,
dont 6 officiers , 24 bas- officiers & 2 trompettes ;
ils prirent 488 chevaux , tous les équipages , la caiſſe
des régimens & tout le camp. Le Général Autrichien
, Baron de Knebel , fe fauva en chemife , & au-
Is
( 202 )
toit été fait prifonnier fi fon valet- de- chambre n'avoit
trompé les Pruffiens , en s'annonçant lui -même pour
le Général. Les Pruffiens ont eu 12 huffards & 6 dra
gons tués, 30 huffards & 6 dragons bleflés. » Pendant
que l'action dura , ajoute la relation Pruſſienne , le
Major Born , du régiment de Werner , à la tête de
200 chevaux , harcela les huffards de Barco qui
étoient campés à trois quarts de mille de- là , afin de
les empêcher de ſe réunir au régiment de Wurtem
berg ; ils firent un feu terrible qui ne tua cependant
aucun homme; nous fimes encore s prifonniers outre
le refte des deux régimens de Wurtemberg & de Modène
; les Autrichiens ont encore en Moravie 2 régimens
de huffards , 3 d'infanterie au- delà du Mora ,
& 6000 Croates près de Hartau. Le gué du Mora eft
défendu par un bataillon couvert de deux redoutes ,
& Randenberg eft fortifié & garni de leurs troupes.
Le 16 , nous avons été reconnoître leur camp près de
Heydeplitfch , & malgré le grand feu qu'ils ont fait ,
nous n'avons eu qu'un homme tué & 4 bleffés « .
Les lettres de l'armée Autrichienne rendent compte
de cette furpriſe avec quelques légères différences ;
mais il paroît qu'on convient des circonftances effentielles
, puifque l'Empereur a ordonné qu'on examinera
à quel point les troupes , qui ont été obligées de
plier à ce pofte , fe font rendues coupables par leur
négligence.
Les grandes armées après s'être obfervées réciproquement
, fans en venir à une action que le Roi de
Pruffe paroiffoit défires , & que tous les mouvemens
qu'il a faits fembloient avoir le but d'amener , viennent
de quitter leur pofition. S. M. Pruffienne ayant
vainement tenté de faire fortir l'arméeAutrichienne de
fès retranchemens , a pris le parti d'abandonner fon
camp près de Nachod ; lorfque les chemins qu'il
avoit fait ouvrir du côté de Trautenau ont été prêts ,
il a fait défiler les chariots de l'armée par le défilé de
Kowakolwitz vers Burkersdorff ; ils prirent cette
( 203 )
route le 14 ; le 15 , il préfenta fon armée en ordre
de bataille : les Autrichiens firent les mêmes difpofitions
; mais pendant que leurs yeux étoient fixés ſur
le premier rang de l'avant-garde Pruffienne , toute
l'armée fe mettoit en marche fur 4 colonnes ; la première
, commandée par le Prince héréditaire de Brunfwick
, par Kladern , Koken & Nimmersatt , alloit
camper à Burkersdorff ; la 2º . commandée par le Roi
en perfonne , s'y rendit pareillement par Welfdorf ,
Horfitzka & Prausnitz ; la 3e. & la 4e. fous les ordres
du Lieutenant Général de Ranim & du Général
Tauenzien , fe réunirent au défilé de Kowalkowitz &
marchèrent à Burkerfdorffpar Praufnitz; l'avant-garde
les fuivit bientôt après , fans que l'ennemi fît aucun
mouvement pour la fuivre. Malgré la proximité de
l'ennemi , les défilés qu'une auffi grande armée avoit
à franchir , & où les troupes légères auroient pu
harceler au moins l'arrière-garde , cette marche s'eft
faite avec beaucoup de tranquillité , & il n'y a pas,
eu un coup de tiré. L'aîle droite de l'armée Pruffienne
a formé 2 lignes fur la hauteur de Burkersdorff, &
on croit que la gauche prendra une pofition favorable
pour former un camp près de Staudenz .
On raconte une anecdote intéreffante qui a précédé
ce mouvement hardi. » Pendant que le Roi de Pruffe
préparoit en filence le départ de fon armée , il voulut
un jour aller à la découverte : il s'étoit fait précéder
par un détachement de huffards peu nombreux ;
ceux- ci entrèrent dans un chemin creux & le traver.
sèrent tout entier fans appercevoir aucun ennemi ;
cependant le Roi s'y trouva à peine engagé , qu'il
parut tout - à - coup plufieurs croates qui ne furent
apperçus qu'au moment où S. M. fe trouva précisément
au- deffous d'eux . S. M. fans s'émouvoir , tourna fon
cheval , & revint fur fes pas avec fa fuite ; les croates
immobiles , appuyés fur leurs armes , & frappés d'un
étonnement refpectueux, regardèrent ce Prince s'éloigner
fans lui tirer un coup de fufil, Tant il eſt vrai
I 6
( 204 )
que la préfence d'efprit & le caractère impofant imprimé
fur la perfonne des Souverains , ont un pouvoir
irréfiftible fur le refte des hommes «<.
ou
L'armée du Prince Henri a quitté fon camp de
Schwoika pour en occuper un près de Nimes ,
il entra le 9 ; le Général- Major de Platen fe tranfporta
de celui qu'il occupoit à Gamig à celui de
Linay , où il s'établit le 11 ; & le 12 , le Général-
Major Podjurfky fe porta derrière les défilés de Catharinenberg
pour couvrir le flanc gauche de l'armée ,
tandis que le corps Saxon fe plaça derrière les défilés
d'Olfchwitz & de Mertzdorf ; c'eft un détachement
du corps du Général de Platen , qui , fous les ordres
du Général-Major de Sobeck s'eft emparé de Leutmeritz
; les Autrichiens y avoient un magafin où if
trouva 1976 quintaux de farine , 2943 boiffeaux
d'orge , 193 d'avoine , 1307 quintaux de foin &
35 cordes de bois. On a auffi trouvé des provifions
dans Nimes & dansWartenberg. Le Général de Platen
s'eft avancé enfuite , avec un corps , de Linay par
Lofowitz jufqu'à Kinetz , au- delà de l'Elbe , & a
entièrement débarraffé ce fleuve , qu'il a rendu navigable.
Le Maréchal de Laudolin a , dit- on , changé fa pofition
en abandonnant Jungbuntzlau & en paffant
F'Elbe ; il s'eft pofté entre Welwarn, & Budin , à
Poppofite de l'aile droite de l'armée combinée de
Pruffe & de Saxe ; il renfort de 12
a reçu un
à 15000
hommes : il agit de concert avec l'armée Impériale
pour empêcher la réunion de l'armée du Prince Henri
à celle du Roi ; & il a fait fucceffivement plufieurs
mouvemens pour engager ce Prince à une action :
mais jufqu'à ce moment , il a évité toutes les occafions
qui lui ont été préfentées : il ne faifira , fans
doute , que celles qui lui offriront une victoire certaine
on fe rappelle que ce Prince a eu la gloire peu
commune de n'avoir reçu encore aucun échec depuis
qu'il commande des armées.
:
( 205 )
Toutes les nouvelles préparent , cependant , à une
action prochaine. Le Roi de Pruffe a renvoyé tous
les bagages embarraflans & tous les équipages fuperflus
de fon armée : cette précaution eft ordinai
rement le figne avant- coureur d'une bataille. L'Empereur
pour feconder le Maréchal de Laudohn eft ,
dit -on , forti de fon camp de Jaromirfz , & c'eſt un
des buts que paroît s'être propofé le Roi de Pruffe ,
qui , pendant que le Maréchal s'oppose à fa jonction
avec fon frère , fe prépare à arrêter l'Empereur ,
s'il a deffein de fe joindre auffi à M. de Laudohn.
Quatre grandes armées prêtes à en venir aux mains
dans la Bohême , fixent l'attention de l'Europe , qui ,
voit , d'un autre côté , la France & l'Angleterre au
moment de s'attaquer avec fureur , & à la veille de
fe mefurer encore fur mer ; la Grande Bretagne qui
y a dominé fi long- tems , ne fe flatte plus de conferver
fon empire fans quelque diverfion qu'elle cherche
à fe procurer , & pour laquelle elle prépare des
armemens confidérables à Hanovre , prêts à feconder
la puiffance qui entrera dans fes vues , pour engager
la France dans une guerre de terre ; elle cherche
auffi des fecours , & les yeux fe tournent vers le nord
où l'on croit qu'elle a des efpérances ; on affure
même déjà qu'une efcadre Ruffe , compofée de 6
vaiffeaux de guerre , a paru devant Helfingor , &
qu'elle a remis immédiatement après à la voile ; on
ne dit point la route qu'elle a prife , & on veut qu'elle
foit deftinée à feconder les Anglois ; mais il femble
que dans ce moment la Ruffie a de trop grandes
affaires fur les bras pour leur prêter des fecours. La
Porte paroît enfin décidée à la guerre ; une des
plus nombreuſes flottes qui foient forties des ports
Ottomans a pris la route de la Crimée ; des armées
confidérables s'avancent vers Choczim , Bender &
les rives du Danube , & nous fommes peut-être à
à la veille de recevoir la nouvelle de trois actions qui
fe feront données fur différens points de l'Europe ,
( 206 )
tant fur terre que fur mer " & dont les effets ne
fauroient être plus intéreffans , parce qu'on efpère
encore qu'ils rameneront promptement la paix.
LES nouvelles des armées Autrichienne & Pruf.
fienne ne préfentent jufqu'à préfent que des affaires
de pofte : la plus confidérable , après celle de Gabel ,
eft celle de Mladenke dans la Siléfie fupérieure ;
le régiment des dragons Impériaux de Wurtemberg ,
fort de 800 hommes , & une divifion de celui de
Modène auffi dragons , étoient venus fe camper à
un mille & un quart du camp Pruffien , près de Creutzendorf;
le 11 Août , à une heure de nuit , les Lieutenans
Généraux de Werner & de Stutterheim fe mirent
en marche pour les furprendre , avec une partie
des huffards de Werner & des dragons de Finkenftein
& d'Apenbourg , trois bataillons de grenadiers
& quatre canons ; après plufieurs détours , ils arriverent
vers les heures : les Autrichiens avoient tenu
toute la nuit leurs chevaux fellés , & à l'arrivée des
Pruffiens , ils étoient occupés à les défeller pour les
mener à l'eau ; ceux- ci avoient devant eux un défilé
fort profond & fort large , par lequel le canon ne
pouvoit être conduit , ce qui empêcha l'infanterie
& l'artillerie d'agir ; les huffards & les dragons s'avancèrent
feuls , & donnèrent avec tant de courage ,
qu'ils tuèrent 75 hommes , firent 391 prifonniers ,
dont 6 officiers , 24 bas- officiers & 2 trompettes ;
ils prirent 488 chevaux , tous les équipages , la caiſſe
des régimens & tout le camp. Le Général Autrichien
, Baron de Knebel , fe fauva en chemife , & au-
Is
( 202 )
toit été fait prifonnier fi fon valet- de- chambre n'avoit
trompé les Pruffiens , en s'annonçant lui -même pour
le Général. Les Pruffiens ont eu 12 huffards & 6 dra
gons tués, 30 huffards & 6 dragons bleflés. » Pendant
que l'action dura , ajoute la relation Pruſſienne , le
Major Born , du régiment de Werner , à la tête de
200 chevaux , harcela les huffards de Barco qui
étoient campés à trois quarts de mille de- là , afin de
les empêcher de ſe réunir au régiment de Wurtem
berg ; ils firent un feu terrible qui ne tua cependant
aucun homme; nous fimes encore s prifonniers outre
le refte des deux régimens de Wurtemberg & de Modène
; les Autrichiens ont encore en Moravie 2 régimens
de huffards , 3 d'infanterie au- delà du Mora ,
& 6000 Croates près de Hartau. Le gué du Mora eft
défendu par un bataillon couvert de deux redoutes ,
& Randenberg eft fortifié & garni de leurs troupes.
Le 16 , nous avons été reconnoître leur camp près de
Heydeplitfch , & malgré le grand feu qu'ils ont fait ,
nous n'avons eu qu'un homme tué & 4 bleffés « .
Les lettres de l'armée Autrichienne rendent compte
de cette furpriſe avec quelques légères différences ;
mais il paroît qu'on convient des circonftances effentielles
, puifque l'Empereur a ordonné qu'on examinera
à quel point les troupes , qui ont été obligées de
plier à ce pofte , fe font rendues coupables par leur
négligence.
Les grandes armées après s'être obfervées réciproquement
, fans en venir à une action que le Roi de
Pruffe paroiffoit défires , & que tous les mouvemens
qu'il a faits fembloient avoir le but d'amener , viennent
de quitter leur pofition. S. M. Pruffienne ayant
vainement tenté de faire fortir l'arméeAutrichienne de
fès retranchemens , a pris le parti d'abandonner fon
camp près de Nachod ; lorfque les chemins qu'il
avoit fait ouvrir du côté de Trautenau ont été prêts ,
il a fait défiler les chariots de l'armée par le défilé de
Kowakolwitz vers Burkersdorff ; ils prirent cette
( 203 )
route le 14 ; le 15 , il préfenta fon armée en ordre
de bataille : les Autrichiens firent les mêmes difpofitions
; mais pendant que leurs yeux étoient fixés ſur
le premier rang de l'avant-garde Pruffienne , toute
l'armée fe mettoit en marche fur 4 colonnes ; la première
, commandée par le Prince héréditaire de Brunfwick
, par Kladern , Koken & Nimmersatt , alloit
camper à Burkersdorff ; la 2º . commandée par le Roi
en perfonne , s'y rendit pareillement par Welfdorf ,
Horfitzka & Prausnitz ; la 3e. & la 4e. fous les ordres
du Lieutenant Général de Ranim & du Général
Tauenzien , fe réunirent au défilé de Kowalkowitz &
marchèrent à Burkerfdorffpar Praufnitz; l'avant-garde
les fuivit bientôt après , fans que l'ennemi fît aucun
mouvement pour la fuivre. Malgré la proximité de
l'ennemi , les défilés qu'une auffi grande armée avoit
à franchir , & où les troupes légères auroient pu
harceler au moins l'arrière-garde , cette marche s'eft
faite avec beaucoup de tranquillité , & il n'y a pas,
eu un coup de tiré. L'aîle droite de l'armée Pruffienne
a formé 2 lignes fur la hauteur de Burkersdorff, &
on croit que la gauche prendra une pofition favorable
pour former un camp près de Staudenz .
On raconte une anecdote intéreffante qui a précédé
ce mouvement hardi. » Pendant que le Roi de Pruffe
préparoit en filence le départ de fon armée , il voulut
un jour aller à la découverte : il s'étoit fait précéder
par un détachement de huffards peu nombreux ;
ceux- ci entrèrent dans un chemin creux & le traver.
sèrent tout entier fans appercevoir aucun ennemi ;
cependant le Roi s'y trouva à peine engagé , qu'il
parut tout - à - coup plufieurs croates qui ne furent
apperçus qu'au moment où S. M. fe trouva précisément
au- deffous d'eux . S. M. fans s'émouvoir , tourna fon
cheval , & revint fur fes pas avec fa fuite ; les croates
immobiles , appuyés fur leurs armes , & frappés d'un
étonnement refpectueux, regardèrent ce Prince s'éloigner
fans lui tirer un coup de fufil, Tant il eſt vrai
I 6
( 204 )
que la préfence d'efprit & le caractère impofant imprimé
fur la perfonne des Souverains , ont un pouvoir
irréfiftible fur le refte des hommes «<.
ou
L'armée du Prince Henri a quitté fon camp de
Schwoika pour en occuper un près de Nimes ,
il entra le 9 ; le Général- Major de Platen fe tranfporta
de celui qu'il occupoit à Gamig à celui de
Linay , où il s'établit le 11 ; & le 12 , le Général-
Major Podjurfky fe porta derrière les défilés de Catharinenberg
pour couvrir le flanc gauche de l'armée ,
tandis que le corps Saxon fe plaça derrière les défilés
d'Olfchwitz & de Mertzdorf ; c'eft un détachement
du corps du Général de Platen , qui , fous les ordres
du Général-Major de Sobeck s'eft emparé de Leutmeritz
; les Autrichiens y avoient un magafin où if
trouva 1976 quintaux de farine , 2943 boiffeaux
d'orge , 193 d'avoine , 1307 quintaux de foin &
35 cordes de bois. On a auffi trouvé des provifions
dans Nimes & dansWartenberg. Le Général de Platen
s'eft avancé enfuite , avec un corps , de Linay par
Lofowitz jufqu'à Kinetz , au- delà de l'Elbe , & a
entièrement débarraffé ce fleuve , qu'il a rendu navigable.
Le Maréchal de Laudolin a , dit- on , changé fa pofition
en abandonnant Jungbuntzlau & en paffant
F'Elbe ; il s'eft pofté entre Welwarn, & Budin , à
Poppofite de l'aile droite de l'armée combinée de
Pruffe & de Saxe ; il renfort de 12
a reçu un
à 15000
hommes : il agit de concert avec l'armée Impériale
pour empêcher la réunion de l'armée du Prince Henri
à celle du Roi ; & il a fait fucceffivement plufieurs
mouvemens pour engager ce Prince à une action :
mais jufqu'à ce moment , il a évité toutes les occafions
qui lui ont été préfentées : il ne faifira , fans
doute , que celles qui lui offriront une victoire certaine
on fe rappelle que ce Prince a eu la gloire peu
commune de n'avoir reçu encore aucun échec depuis
qu'il commande des armées.
:
( 205 )
Toutes les nouvelles préparent , cependant , à une
action prochaine. Le Roi de Pruffe a renvoyé tous
les bagages embarraflans & tous les équipages fuperflus
de fon armée : cette précaution eft ordinai
rement le figne avant- coureur d'une bataille. L'Empereur
pour feconder le Maréchal de Laudohn eft ,
dit -on , forti de fon camp de Jaromirfz , & c'eſt un
des buts que paroît s'être propofé le Roi de Pruffe ,
qui , pendant que le Maréchal s'oppose à fa jonction
avec fon frère , fe prépare à arrêter l'Empereur ,
s'il a deffein de fe joindre auffi à M. de Laudohn.
Quatre grandes armées prêtes à en venir aux mains
dans la Bohême , fixent l'attention de l'Europe , qui ,
voit , d'un autre côté , la France & l'Angleterre au
moment de s'attaquer avec fureur , & à la veille de
fe mefurer encore fur mer ; la Grande Bretagne qui
y a dominé fi long- tems , ne fe flatte plus de conferver
fon empire fans quelque diverfion qu'elle cherche
à fe procurer , & pour laquelle elle prépare des
armemens confidérables à Hanovre , prêts à feconder
la puiffance qui entrera dans fes vues , pour engager
la France dans une guerre de terre ; elle cherche
auffi des fecours , & les yeux fe tournent vers le nord
où l'on croit qu'elle a des efpérances ; on affure
même déjà qu'une efcadre Ruffe , compofée de 6
vaiffeaux de guerre , a paru devant Helfingor , &
qu'elle a remis immédiatement après à la voile ; on
ne dit point la route qu'elle a prife , & on veut qu'elle
foit deftinée à feconder les Anglois ; mais il femble
que dans ce moment la Ruffie a de trop grandes
affaires fur les bras pour leur prêter des fecours. La
Porte paroît enfin décidée à la guerre ; une des
plus nombreuſes flottes qui foient forties des ports
Ottomans a pris la route de la Crimée ; des armées
confidérables s'avancent vers Choczim , Bender &
les rives du Danube , & nous fommes peut-être à
à la veille de recevoir la nouvelle de trois actions qui
fe feront données fur différens points de l'Europe ,
( 206 )
tant fur terre que fur mer " & dont les effets ne
fauroient être plus intéreffans , parce qu'on efpère
encore qu'ils rameneront promptement la paix.
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Résumé : De HAMBOURG, le 20 Août.
Le document relate des opérations militaires entre les armées autrichienne et prussienne. En Silésie supérieure, à Mladenke, les Prussiens, sous les ordres des lieutenants généraux Werner et Stutterheim, ont attaqué un camp autrichien. Cette attaque a résulté en la mort de 75 hommes, la capture de 391 prisonniers, dont 6 officiers, ainsi que de 488 chevaux et divers équipements. Le général autrichien Baron de Knebel a échappé à la capture grâce à une ruse. Les pertes prussiennes se sont élevées à 18 morts et 36 blessés. Pendant cette opération, le major Born a harcelé les hussards de Barco pour les empêcher de rejoindre le régiment de Wurtemberg. Les Autrichiens maintenaient des forces significatives en Moravie et près de Hartau. Les Prussiens ont également effectué une reconnaissance près de Heydeplitsch sans subir de pertes importantes. Les grandes armées, après une période d'observation, ont quitté leurs positions. Le roi de Prusse, n'ayant pas réussi à faire sortir l'armée autrichienne de ses retranchements, a abandonné son camp près de Nachod. Les Prussiens ont déplacé leur armée via le défilé de Kowakolwitz vers Burkersdorff sans rencontrer de résistance. L'armée prussienne s'est formée en deux lignes sur la hauteur de Burkersdorff, tandis que l'aile gauche cherchait une position favorable près de Staudenz. Parallèlement, des mouvements stratégiques ont été observés. Le général-major Podjurfky s'est positionné derrière les défilés de Catharinenberg pour protéger le flanc gauche de l'armée, tandis que le corps saxon s'est placé derrière les défilés d'Olfchwitz et de Mertzdorf. Un détachement du général de Platen a pris Leutmeritz, où des provisions étaient stockées. Le général de Platen a avancé de Linay à Kinetz, rendant l'Elbe navigable. Le maréchal de Laudohn a changé de position, renforcé de 12 000 à 15 000 hommes, pour coopérer avec l'armée impériale et empêcher la jonction de l'armée du prince Henri avec celle du roi de Prusse. L'empereur se fortifiait à Jaromirsz, et quatre grandes armées en Bohême se préparaient à l'affrontement. La France et l'Angleterre se préparaient également à une confrontation terrestre et maritime, tandis que la Porte ottomane se préparait à la guerre en dirigeant des flottes et des armées vers la Crimée et le Danube.
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11834
p. 206-207
De RATISBONNE, le 24 Août.
Début :
La Cour de Vienne se donnne tous les mouvemens imaginables pour informer la validité de l'acte [...]
Mots clefs :
Ratisbonne, Empire, Ville, Empereur, Écus, Diète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 24 Août.
De RATISBON NE , le 24 Août.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
LA Cour de Vienne fe doune tous les mouvemens
imaginables pour infirmer la validité de l'acte
de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron
de Borie vient de faire une démarche remarquable ,
qui tend au même but ; il a requis , par une lettre cir
culaire , les Monaftères de cette ville de faire dans
leurs archives , les recherches les plus exactes pour
conftater l'authenticité du ferment que l'Archiduc
doit avoir prêté en 1429 ; on a répandu depuis , que
ces perquifitions ont fervi à prouver que ce Prince
n'a point été à Ratisbonne dans l'année indiquée .
Quel que foit l'effet de cette découverte , plus ou
moins fondée , il eft certain que jufqu'ici la réfutation
qui avoit été annoncée par la Cour Impériale,
n'a pas encore été portée à la Diète , & vraiſemblablement
elle ne le fera pas de fi -tôt , puifque les
vacances caniculaires ont déjà commencé.
Le Miniftre Electoral de Mayence remit , le r
de ce mois , à la Diète , une lettre du Prince Evêque
de Spire. Il réclame la propriété de la ville & fortereffe
de Philipsbourg , dont le droit de défenſe &
de garnifon avoit été accordé à la France & enfuite
à l'Empereur & à l'Empire par tous les Traités , &
particulièrement par ceux de Munſter & de Rifwick.
Il forme auffi une prétention qu'il fait monter à
80,000 florins , pour des dépenfes que lui & fes prédéceffeurs
ont faites depuis 1710 , tant pour l'entretien
des fortifications que pour l'approvifionnement
de la garnifon , dépenfes qui , devant être faites
par l'Empereur & l'Empire , ne peuvent refter à fa
charge . En reprenant cette place , l'Empereur &
l'Empire feront déchargés des frais de fon entretien.
( 207 )
On mande de Drefde que les Etats de cet Electorat,
convoqués pour le 23 de ce mois , doivent délibérer
fur les points fuivans : 10. D'accorder pour les frais
de la guerre , à compter du 1 Octobre prochain, outre
les impôts actuels , 100,000 écus par mois . 2 ° . D'impofer
cette nouvelle charge , non- feulement fur les
bourgeois & les cultivateurs , mais auffi en grande
partie fur l'ordre équeftre , d'autant mieux que cet.
ordre étoit ci-devant tenu de fervir fous la bannière
de fon Seigneur . 3 ° . De continuer les fournitures néceffaires
& la levée des recrues. 4°. Au cas qu'il fût
abfolument impoffible de contribuer les 100,000 écus
par mois , de fufpendre provifionnellement , & pendant
la durée de la guerre , le tirage & le rembourſement
de la caifle de la fteuer & de celle de la
Chambre de crédit , tant à Leipfick qu'à Dreſde , &
d'en payer feulement les intérêts.
Le Cercle de Franconie vient de convoquer la tenue
de fa Dière à Nuremberg. On dit que fon objet eft
de confulter fur le parti que les Etats de ce Cercle
prendront aux affaires actuelles de l'Empire.
" Lorfque les 31 Officiers & 1160 foldats Autri
chiens faits prifonniers , arrivèrent ici le 19 , écriton
de Berlin , on s'eft empreffé de leur prodiguer ,
& fur- tout aux malades & aux bleffés , tous les fecours
poffibles. Les Officiers fe promènent librement
, fur leur parole , dans tous les quartiers de
la ville , & notre Commandant les a invités à la table;
les bourgeois ont fait une quête pour les foldats , &
ont rainaffé 2000 écus ; à leur arrivée , nos Braffeurs
leur envoyèrent plufieurs tonnes de bière ; d'autres
leur fournirent abondamment des rafraîchiffemens .
Plufieurs de ces prifonniers, touchés de ces bons trai
temens , ont pris parti volontairement dans les trou,
pes du Roi «.
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Résumé : De RATISBONNE, le 24 Août.
Le 24 août, la cour de Vienne conteste la validité de l'acte de renonciation de l'Archiduc Albert. Le Baron de Borie a sollicité les monastères de Ratisbonne pour vérifier un serment prêté par l'Archiduc en 1429, mais les résultats ne sont pas encore présentés à la Diète en raison des vacances estivales. Le Ministre Electoral de Mayence a soumis à la Diète une lettre du Prince Évêque de Spire réclamant la propriété de la ville et forteresse de Philipsbourg et le remboursement de 80 000 florins. À Dresde, les États de l'Électorat doivent délibérer sur l'octroi de 100 000 écus mensuels pour les frais de guerre, leur imposition sur divers ordres sociaux, et la continuation des fournitures nécessaires. Le Cercle de Franconie a convoqué une assemblée à Nuremberg pour discuter des affaires actuelles de l'Empire. À Berlin, les prisonniers autrichiens, y compris les officiers et soldats, reçoivent des soins et des secours, certains soldats rejoignant même les troupes du Roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11835
p. 208-209
De LIVOURNE, le 15 Août.
Début :
Le paquebot le Berborough, qui a été canonné en revenant de Minorque par une frégate Françoise, [...]
Mots clefs :
Livourne, Île de Minorque, Constantinople, Corses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LIVOURNE, le 15 Août.
De LIVOURNE , le 15 Août.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
LE paquebot le Berborough , qui a été canonné en
revenant de Minorque par une frégate Françoife ,
qui s'en feroit emparé fi elle n'avoit pas préféré de
ne point s'écarter de fon convoi , a été tellement endommagé
, qu'il eft hors d'état de remettre en mer ;
on travaille actuellement à le réparer .
On mande de Majorque que l'on y équipe en guerre
plufieurs petits bâtimens , & qu'on y enrôle tous les
matelots pour le fervice de la marine Eſpagnole ; il
fe confirme auffi que les Anglois femblent craindre
pour l'ifle de Minorque , car ils y font paller journellement
de Gibraltar & même de Londres , des troupes
& toutes fortes de munitions de guerre .
Nos lettres du Levant portent que la peſte ſembloit
diminuer à Conftantinople ; mais que la mortalité
règne toujours dans les environs , d'où elle peut y
repaffer de nouveau . C'eſt par cette raison que le
noble André Memmo , Ambaffadeur de la République
de Venife , refte dans l'ifle de Tenedos , où il attend
la ceffation entière de ce fléau , pour ſe rendre à Conftantinople
fans danger.
On mande de Baſtia , qu'on y a publié à la fin du
mois dernier des lettres - patentes du Roi de France ,
par lesquelles S. M. voulant traiter fes fujets de l'ifle
de Corfe , comme fes fujets François , envers lefquels
, à l'occafion de fon avènement au trône , elle
avoit ufé d'indulgence pour des crimes dont le pardon
auroit été refufé en d'autres circonftances , permet
à ceux des Corfes actuellement hors de l'ifle , qui ne
s'étant rendu coupables d'aucun crime contre leſquels
la Juftice auroit févi , & qui fe préfenteront pour
y rentrer dans le délai de fix mois , de jouir de
T'amniftie générale accordée en 1769 & 1772. Les
( 209 )
Corfes fugitifs , coupables des troubles furvenus en
1774 dans la partie du Niolo , ceux même qui pour
raifon de ces troubles feroient détenus fur les galères
ou dans la groffe tour de Toulon , jouiront de cette
amniftie. S. M. remet & pardonne auffi le crime de
conjuration formée contre fes troupes & leurs Officiers
en 1769 au village d'Oletta.
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Résumé : De LIVOURNE, le 15 Août.
Le 15 août, à Livourne, le paquebot Berborough, attaqué par une frégate française lors de son retour de Minorque, est trop endommagé pour reprendre la mer et des réparations sont en cours. À Majorque, des petits bâtiments sont équipés pour la guerre et des matelots sont enrôlés pour la marine espagnole. Les Britanniques renforcent les troupes et les munitions à Minorque, craignant pour la sécurité de l'île. En Turquie, la peste diminue à Constantinople, mais la mortalité persiste dans les environs, poussant l'ambassadeur vénitien André Memmo à rester à Ténédos. À Bastia, des lettres patentes du roi de France offrent une amnistie aux Corses hors de l'île, à condition qu'ils n'aient pas commis de crimes punissables et qu'ils reviennent dans un délai de six mois. Cette amnistie concerne aussi les Corses impliqués dans les troubles de 1774 et ceux détenus pour des troubles en 1769, y compris la conjuration d'Oletta.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11836
p. 209-216
De LONDRES, le premier Septembre.
Début :
Ce n'est pas sans étonnement que l'on a appris que la flotte Françoise de Brest avoit remis à la voile le 17 [...]
Mots clefs :
Londres, France, Amiral, Paix, Amérique, Nation, Ministres, Guerre, Papiers, Nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le premier Septembre.
De LONDRES , le premier Septembre.
17
Ce n'eft pas fans étonnement que l'on a appris que
la flotte Françoife de Breft avoit remis à la voile le
du mois dernier , tandis que celle de l'Amiral Keppel
n'a pu partir que le 22 & le 23 ; encore a- t- il été
obligé de laiffer beaucoup de vaiffeaux qu'on a remplacés
par de nouveaux , fur lefquels on a fait paffer
les équipages de ceux qui étoient hors d'état de fervir.
Peut - être fans l'arrivée de la flotte des ifles qui
nous a amené des matelots dont on s'eft emparé fur-lechamppour
la marine Royale , fon féjour à Portf
mouth auroit- il été encore plus long La fortie de
l'efcadre Françoife paroît aux yeux de ceux qui en
doutoient encore , une preuve qu'elle a eu dans le
combat d'Oueflant l'avantage que nous nous attribuons
, & qui l'encourage à tenter d'en obtenir un
fecond. S'il faut en croire quelques- uns de nos papiers
, la Cour qui a publié notre prétendue victoire ,
n'ofant témoigner ouvertement fon mécontentement
qui auroit averti la Nation de ſe défier de fon récit , a
examiné en fecret la conduite de l'Amiral Keppel
dans l'inconcevable affaire d'Oueffant ; cet Officier
n'eft pas juftifié à fes yeux , mais la crainte de ſe
démafquer , l'a déterminée à lui fournir l'occafion de
prendre fa revanche. Les deux premières divifions de
fon efcadre , commandées par les Amiraux Harland
& Pallifer , fortes de 9 vaiffeaux de ligne chacune ,
a
( 210 )
font partis le 22 , & il les a fuivies avec la troiſième ,
forte de 12 , le 23. On n'en a point encore reçu de
nouvelles , & on eſt à préſent dans l'attente d'une ac
tion plus décifive que la première , & dont on fe
flatte auffi d'avoir une relation plus claire .
La feconde fortie de l'Amiral Keppel n'a point fait
taire les bruits de paix qui fe font répandus ici depuis
l'arrivée du Marquis d'Almodovar ; on les répète
avec plus d'affurance ; on dit qu'il y a une négociation
fecrette entre la France & la Grande-Bretagne
& on ajoute feulement qu'elle eft l'ouvrage du Lord
Mansfield. On rappelle à cette occafion , pour infpirer
plus de confiance aux talens de ce Négociateur ,
qu'il ménagea en 1757 un accommodement entre
deux partis qui divifoient le Ministère , & il paffe
pour avoir eu auffi beaucoup de part à la paix de
Verſailles , & au traité fait avec l'Eſpagne au fujet
des ifles de Falkland. Tous ces rêves ne prouvent
autre chofe , finon que nous défirons la paix , & que
nous ne cherchons qu'un prétexte pour la faire avec
honneur. C'est pour le trouver que nos Miniftres ont
fait tant d'accueil à l'Ambaffadeur Eſpagnol ; mais il
paroît jufqu'à préfent qu'il eft plus chargé des affaires
de Verfailles que de celles de Madrid ; on affure qu'il
a commencé à faire entendre , en parlant au nom de
cette dernière Cour , que fi on veut qu'elle refte neutre
& qu'elle fe rende médiatrice , il faut qu'on lui
rende Gibraltar. On a obfervé qu'il reçut la nouvelle
du combat d'Oueffant qui lui fut envoyée de France ,
4 heures avant que notre Cour l'eût reçue de l'Amiral
Keppel. On prétend qu'avant fon départ de Paris , it
dîna la veille avec le Comte d'Aranda , le Ministre de
Lisbonne & le Docteur Franklin , qui lui dit : » Malgré
le grand befoin qu'auroient les Miniftres Anglois
de voir réuffir vos négociations , je crois pouvoir
vous affurer qu'ils vous oppoferont bien des diffi
cultés ; en tout cas , fouvenez-vous que la France a
promis de ne rien faire fans les Etats -Unis , & les
Etats-Unis de ne rien faire ſans la France «.
( 211 )
Sans chercher à examiner le degré de vérité de ces
détails , nous nous contenterons d'obſerver , que fi
les auteurs de nos papiers publics tendent à éclairer
notre Ministère qui ne leur demande pas leurs lumières
fur tout ce qu'ils favent ou ce qu'ils rêvent ,
ils cherchent auffi à infpirer à l'Espagne des dé
fiances qu'elle n'écoutera pas . » Un Prêtre Catholique
Irlandois , difent-ils , qui eft aujourd'hui ici & qui
a quitté la Nouvelle - Efpagne , il y a environ un an ,
rapporte que dans plufieurs parties de l'Amérique
Méridionale , & particulièrement dans les Provinces
contigues de nos Colonies du nord , le peuple commençoit
à murmurer de fa fituation , & témoignoit
du penchant à fuivre l'exemple de nos Colonies , qui
ufent de tous les moyens poffibles pour répandre
leur nouvelle doctrine. Ce Prêtre ajoute qu'il a lu
dans ce pays la brochure du Docteur Price , traduite
en Efpagnol , & imprimée dans la Caroline Méri,
dionale par ordre du Congrès. Ces circonstances ont
fait conjecturer à l'Efpagne ce qu'elle pouvoit attendre
d'un traité avec l'Amérique ".
Quoiqu'il en foitde ces réflexions , il paroît qu'elles
ne font pas beaucoup d'impreffion fur l'Espagne ; &
on prétend que par fa médiation on fera une triple
paix , par laquelle on lui cédera , a elle-même Gibraltar
, le Canada à la France , & l'Indépendance à
l'Amérique. Notre Ministère paroît décidé à accorder
cette dernière ; il voit enfin qu'il eft inutile de fonger
à la refufer ; mais le Roi , dit- on , ne peut s'y réfoudre;
on prétend même qu'il a déclaré qu'il aimeroit
mieux mourir fur le champ de bataille , que de voir
P'Amérique triompher & l'emporter fur fon Souverain
& fur la Métropole , jadis fi brillante & fi puif
fante. On lui répond dans nos Gazettes , qu'on permet
ce qu'on ne peut empêcher , & qu'on ne meurt
point. Les lettres de nos Commiſſaires annoncent
qu'ils ont reçu le dernier mot des Américains ; celles
du Général Clinton nous ont appris combien il avoit
( 212 )
été harcelé dans fa retraite de Philadelphie à New-
Yorck ; & felon plufieurs lettres particulières , il eſt
actuellement enfermé dans cette place , tandis que
l'Amiral Howe , en dedans de la baye de Shandy-
Hook , eft bloqué par l'efcadre du Comte d'Estaing
qui l'empêche d'en fortir ; quelques avis parlent
même d'un combat dans lequel il a eu le deffous ; &
quand il ne feroit pas vrai qu'il y cút eu un combat ,
que peut faire notre flotte ainfi reflerrée ? comment
fortiroit-elle ? L'efcadre de l'Amiral Byron , difperfée
par la tempête , quand elle arriveroit en Amérique , lui
feroit- elle d'un grand fecours avec quelques vaiffeaux
endommagés , & qui ont plus befoin d'être réparés
que de combattre. Les relations Américaines de
l'affaire du 28 Juin font bien différentes de celles du
Général Clinton ; il n'a eu qu'avec peine le foible
avantage de fe retirer devant un ennemi victorieux
& de lui échapper par des marches forcées ; le papier
qu'il a laiffé fur le champ de bataille , par lequel il
recommandoit fes bleflés à l'humanité du Général
Washington , prouve que le nombre en eft plus
grand qu'il ne l'a préfenté ; il n'a compté que ceux
qu'il a pu emmener avec lui , & qu'il n'avoit pas
befoin de récommander à fon ennemi ; c'eſt à ceux
qu'il a laiffés fur le champ de bataille que cette recom
mandation étoit néceflaire.
Malgré ces bruits défefpérans , & qui ne font que
trop fondés , on prétend que les Commiffaires ont
reçu ordre de revenir , fi les Américains infiftent fur
l'indépendance ; on débite , pour autorifer cette hauteur
, qu'on a des partifans parmi eux , & qu'on
compte fur leurs foins pour former un nouveau Congrès
, qui fera plus traitable que celui - ci . Toutes ces
nouvelles n'ont pas d'autre but que de fonder la Nation
qui n'y croit point , & l'engager à demander
elle-même une paix dont les Miniftres fentent la
néceffité , & qu'ils n'ofent pas faire fans y être autorifés.
Cette politique paroît leur réuffir en partie ; il
paffe pour conftant que les marchands de cette ville ,
#
( 213 )
excités par les intrigues de quelques agens fecrets ,
vont s'affembler pour demander au Roi d'affembler
le Parlement , afin qu'il délibère fur les moyens de
faire la paix avec l'Amérique. Nos plaifans demandent
pourquoi on ne délibèrera pas auffi fur ceux de
la faire avec la France ; » car pourquoi avoir la
guerre avec cette Puiffance pour une caufe qui regarde
l'Amérique , tandis que nous cherchons à
faire la paix avec celle- ci «. On fent bien que nos
Miniftres n'ofent pas en demander tant à la fois ; ce
dernier objet aura fon tour ; il s'agit à préfent de fe
délivrer d'une partie de leurs embarras ; ils efpèrent
qu'en tournant toutes leurs forces contre la France ,
la partie fera plus égale , & ils oublient que l'Amé
rique eft obligée de prendre le parti de la France ; ils
cherchent auffi à empêcher l'Eſpagne de fe réunir à
leurs ennemis ; pour cela ils s'empreffent de publier
qu'ils ont des alliés sûrs dans les Hollandois ; le
Chevalier Yorke , difent-ils , eft attendu inceffamment
avec les préliminaires d'un traité avec cette
République. Ils font auffi beaucoup de bruit des fecours
qu'ils attendent de la Ruffie , & qui font inévi
tables fi les Cours de Verfailles & de Madrid agif
fent de concert ; une forte eſcadre fous les ordres de
l'Amiral Gregg , eft prête à partir de Cronstadt ; mais
la guerre , dont cette Puiffance eft menacée de la
part des Turcs , ne lui rendra- t - elle pas cette flotte
néceffaire pour poufler fes propres opérations ?
A ces raiſons & à une infinité d'autres qui rabattent
beaucoup de ces brillantes espérances , on peut
ajouter que toute la Nation connoît l'état de fes
finances ; qu'elle ne pourroit fournir aux dépenfes de
la guerre pendant deux ans , & c'eft ce que le cabinet
de Verfailles fait comme nous. Il a porté à notre
commerce un coup fatal par l'encouragement qu'il a
donné à fes Armateurs ; en le ruinant , il nous ôte
les moyens de faire la guerre ; il nous réduira peutêtre
à faire une paix honteufe , & à avoir une marine
( 214 )
limitée. Nous pouvions l'imiter en donnant à notre
tour plutôt nos lettres de marque. Nous les avons
fufpendues pendant quelque tems , & nos plaifans
n'ont pas manqué de dire : » Que les Jurifconfultes
confultés , ont répondu que la loi n'autoriſoit pas à
en donner avant la déclaration formelle de guerre,
qu'en conféquence nos Miniftres fages & circonfpects
, avoient jugé à propos de différer ; mais
comme on leur a fait enfin obferver que plufieurs
Armateurs avoient fait de groffes avances , ils s'étoient
déterminés à s'écarter des règles exactes de la juftice ,
fauf à difcuter par la fuite cette matière de droit «
Le prix de ces lettres de marque eft de 12 liv . ſterl.
y compris les frais de bureau. » Tout ceque nous
voyons aujourd'hui depuis la tête jufqu'aux pieds de
la Nation , dit un de nos papiers , prouve la jufteffe
de ce mot du Comte de Chefterfield mourant. On lui
demandoit ce qu'il penfoit de l'état de la Grande-
Bretagne. Les hommes ont perdu tout leur courage ,
répondit-il , & les femmes toute leur modeftie a.
Si , comme on le dit ici , la déclaration de guerre
n'a lieu qu'après l'affemblée du Parlement , elle eſt
encore reculée d'un mois , car le Roi vient de la
proroger au 10 Octobre prochain . En attendant , on
continue de tenir aſſemblés les camps qu'on a formés
pour avoir des troupes prêtes en cas d'invafion de la
part de la France. Nos papiers publics nous avertif
fent férieufement de nous y préparer pour le 10 de
ce mois , ou pour le 25 ; ils ajoutent en même-tems
que fi elle n'a pas lieu à l'une ou à l'autre de ces époques
, ils ne la feront pas cette année. Quelques- uns
de ces hommes , qu'on appelle ici patriotes , le font
empreflés de répondre à cet avis par la plaifanterie
fuivante. » Il y a quelques jours que des perfonnes
de diftinction s'entretenoient enfemble de l'état de
foibleffe où eft la Nation , & de l'impuiffance où nous
fommes de réfifter aux François , dans le cas où ils
méditeroient une invafion. Le Lord Littleton qui
( 215 )
étoit préfent , fit le plus grand éloge des talens du
fea Comte de Chatham , en diſant que fi les Miniftres
vouloient faire retirer ce grand homme du tombeau ,
l'habiller & le placer ainfi fur les rochers de Douvres
, les François n'oferoient jamais approcher de
nos côtes «. Le général de la Nation ne croit pas les
François fi fufceptibles d'être effrayés par des revenans.
Pendant que dans la plupart de nos papiers on
épuife les injures & les mauvaiſes plaifanteries contre
eux , on vient de rendre dans un , hommage à la nobleffe
& à la générofité du Maréchal de Broglie ;
felon d'autres du Marchal d'Eftrées ; quel que
foit l'auteur du trait que nous allons traduire , il eft
digne de l'un & de l'autre. » Le Maréchal étoit intimement
lié avec l'Amiral Rodney , qui a paffé quelque-
tems en France. Lorfque le Lord Stormont fur
rappellé , l'Amiral qui avoit fait quelques dettes qu'il
vouloit payer avant de partir auffi , alla prier l'Ambaffadeur
de lui prêter fon crédit pour une fomme.
Le Lord Stormont ne le put pas. L'Amiral reftoit en
conféquence en France , lorfque le Maréchal le fit
prier de venir chez lui . J'ai appris , lui dit- il , que
quelques dettes vous forçoient à prolonger votre féjour
ici ; je fais combien un homme comme vous
peut être utile à la patrie dans les circonstances préfentes
; je m'eftimerai trop heureux de pouvoir faciliter
votre départ ; mon banquier a mes ordres ; vous
pouvez tirer fur lui les fommes qui vous ſont néceffaires
".
Le Duc de Glocefter eft parti le 27 du mois dernier
pour
fe rendre à l'armée du Roi de Pruffe en Bohême.
On lit ici des copies de la lettre ſuivante de Dantzick.
» On vient d'apprendre une nouvelle qui
donne lieu à beaucoup de conjectures ; c'eft l'ordre
que le Roi de Pruffe a envoyé à fes Officiers de
Douane à Wefterdeep , de ne plus laiffer pafler à
l'avenir aucuns mâts deftinés pour certaines Puiffances
de l'Europe. Le Conful de France a dépêché
( 216 )
fur-le-champ un Courier à Paris , avec cette nouvelle
qui eft très-intéreffante pour toutes les Puiffances
maritimes ",
17
Ce n'eft pas fans étonnement que l'on a appris que
la flotte Françoife de Breft avoit remis à la voile le
du mois dernier , tandis que celle de l'Amiral Keppel
n'a pu partir que le 22 & le 23 ; encore a- t- il été
obligé de laiffer beaucoup de vaiffeaux qu'on a remplacés
par de nouveaux , fur lefquels on a fait paffer
les équipages de ceux qui étoient hors d'état de fervir.
Peut - être fans l'arrivée de la flotte des ifles qui
nous a amené des matelots dont on s'eft emparé fur-lechamppour
la marine Royale , fon féjour à Portf
mouth auroit- il été encore plus long La fortie de
l'efcadre Françoife paroît aux yeux de ceux qui en
doutoient encore , une preuve qu'elle a eu dans le
combat d'Oueflant l'avantage que nous nous attribuons
, & qui l'encourage à tenter d'en obtenir un
fecond. S'il faut en croire quelques- uns de nos papiers
, la Cour qui a publié notre prétendue victoire ,
n'ofant témoigner ouvertement fon mécontentement
qui auroit averti la Nation de ſe défier de fon récit , a
examiné en fecret la conduite de l'Amiral Keppel
dans l'inconcevable affaire d'Oueffant ; cet Officier
n'eft pas juftifié à fes yeux , mais la crainte de ſe
démafquer , l'a déterminée à lui fournir l'occafion de
prendre fa revanche. Les deux premières divifions de
fon efcadre , commandées par les Amiraux Harland
& Pallifer , fortes de 9 vaiffeaux de ligne chacune ,
a
( 210 )
font partis le 22 , & il les a fuivies avec la troiſième ,
forte de 12 , le 23. On n'en a point encore reçu de
nouvelles , & on eſt à préſent dans l'attente d'une ac
tion plus décifive que la première , & dont on fe
flatte auffi d'avoir une relation plus claire .
La feconde fortie de l'Amiral Keppel n'a point fait
taire les bruits de paix qui fe font répandus ici depuis
l'arrivée du Marquis d'Almodovar ; on les répète
avec plus d'affurance ; on dit qu'il y a une négociation
fecrette entre la France & la Grande-Bretagne
& on ajoute feulement qu'elle eft l'ouvrage du Lord
Mansfield. On rappelle à cette occafion , pour infpirer
plus de confiance aux talens de ce Négociateur ,
qu'il ménagea en 1757 un accommodement entre
deux partis qui divifoient le Ministère , & il paffe
pour avoir eu auffi beaucoup de part à la paix de
Verſailles , & au traité fait avec l'Eſpagne au fujet
des ifles de Falkland. Tous ces rêves ne prouvent
autre chofe , finon que nous défirons la paix , & que
nous ne cherchons qu'un prétexte pour la faire avec
honneur. C'est pour le trouver que nos Miniftres ont
fait tant d'accueil à l'Ambaffadeur Eſpagnol ; mais il
paroît jufqu'à préfent qu'il eft plus chargé des affaires
de Verfailles que de celles de Madrid ; on affure qu'il
a commencé à faire entendre , en parlant au nom de
cette dernière Cour , que fi on veut qu'elle refte neutre
& qu'elle fe rende médiatrice , il faut qu'on lui
rende Gibraltar. On a obfervé qu'il reçut la nouvelle
du combat d'Oueffant qui lui fut envoyée de France ,
4 heures avant que notre Cour l'eût reçue de l'Amiral
Keppel. On prétend qu'avant fon départ de Paris , it
dîna la veille avec le Comte d'Aranda , le Ministre de
Lisbonne & le Docteur Franklin , qui lui dit : » Malgré
le grand befoin qu'auroient les Miniftres Anglois
de voir réuffir vos négociations , je crois pouvoir
vous affurer qu'ils vous oppoferont bien des diffi
cultés ; en tout cas , fouvenez-vous que la France a
promis de ne rien faire fans les Etats -Unis , & les
Etats-Unis de ne rien faire ſans la France «.
( 211 )
Sans chercher à examiner le degré de vérité de ces
détails , nous nous contenterons d'obſerver , que fi
les auteurs de nos papiers publics tendent à éclairer
notre Ministère qui ne leur demande pas leurs lumières
fur tout ce qu'ils favent ou ce qu'ils rêvent ,
ils cherchent auffi à infpirer à l'Espagne des dé
fiances qu'elle n'écoutera pas . » Un Prêtre Catholique
Irlandois , difent-ils , qui eft aujourd'hui ici & qui
a quitté la Nouvelle - Efpagne , il y a environ un an ,
rapporte que dans plufieurs parties de l'Amérique
Méridionale , & particulièrement dans les Provinces
contigues de nos Colonies du nord , le peuple commençoit
à murmurer de fa fituation , & témoignoit
du penchant à fuivre l'exemple de nos Colonies , qui
ufent de tous les moyens poffibles pour répandre
leur nouvelle doctrine. Ce Prêtre ajoute qu'il a lu
dans ce pays la brochure du Docteur Price , traduite
en Efpagnol , & imprimée dans la Caroline Méri,
dionale par ordre du Congrès. Ces circonstances ont
fait conjecturer à l'Efpagne ce qu'elle pouvoit attendre
d'un traité avec l'Amérique ".
Quoiqu'il en foitde ces réflexions , il paroît qu'elles
ne font pas beaucoup d'impreffion fur l'Espagne ; &
on prétend que par fa médiation on fera une triple
paix , par laquelle on lui cédera , a elle-même Gibraltar
, le Canada à la France , & l'Indépendance à
l'Amérique. Notre Ministère paroît décidé à accorder
cette dernière ; il voit enfin qu'il eft inutile de fonger
à la refufer ; mais le Roi , dit- on , ne peut s'y réfoudre;
on prétend même qu'il a déclaré qu'il aimeroit
mieux mourir fur le champ de bataille , que de voir
P'Amérique triompher & l'emporter fur fon Souverain
& fur la Métropole , jadis fi brillante & fi puif
fante. On lui répond dans nos Gazettes , qu'on permet
ce qu'on ne peut empêcher , & qu'on ne meurt
point. Les lettres de nos Commiſſaires annoncent
qu'ils ont reçu le dernier mot des Américains ; celles
du Général Clinton nous ont appris combien il avoit
( 212 )
été harcelé dans fa retraite de Philadelphie à New-
Yorck ; & felon plufieurs lettres particulières , il eſt
actuellement enfermé dans cette place , tandis que
l'Amiral Howe , en dedans de la baye de Shandy-
Hook , eft bloqué par l'efcadre du Comte d'Estaing
qui l'empêche d'en fortir ; quelques avis parlent
même d'un combat dans lequel il a eu le deffous ; &
quand il ne feroit pas vrai qu'il y cút eu un combat ,
que peut faire notre flotte ainfi reflerrée ? comment
fortiroit-elle ? L'efcadre de l'Amiral Byron , difperfée
par la tempête , quand elle arriveroit en Amérique , lui
feroit- elle d'un grand fecours avec quelques vaiffeaux
endommagés , & qui ont plus befoin d'être réparés
que de combattre. Les relations Américaines de
l'affaire du 28 Juin font bien différentes de celles du
Général Clinton ; il n'a eu qu'avec peine le foible
avantage de fe retirer devant un ennemi victorieux
& de lui échapper par des marches forcées ; le papier
qu'il a laiffé fur le champ de bataille , par lequel il
recommandoit fes bleflés à l'humanité du Général
Washington , prouve que le nombre en eft plus
grand qu'il ne l'a préfenté ; il n'a compté que ceux
qu'il a pu emmener avec lui , & qu'il n'avoit pas
befoin de récommander à fon ennemi ; c'eſt à ceux
qu'il a laiffés fur le champ de bataille que cette recom
mandation étoit néceflaire.
Malgré ces bruits défefpérans , & qui ne font que
trop fondés , on prétend que les Commiffaires ont
reçu ordre de revenir , fi les Américains infiftent fur
l'indépendance ; on débite , pour autorifer cette hauteur
, qu'on a des partifans parmi eux , & qu'on
compte fur leurs foins pour former un nouveau Congrès
, qui fera plus traitable que celui - ci . Toutes ces
nouvelles n'ont pas d'autre but que de fonder la Nation
qui n'y croit point , & l'engager à demander
elle-même une paix dont les Miniftres fentent la
néceffité , & qu'ils n'ofent pas faire fans y être autorifés.
Cette politique paroît leur réuffir en partie ; il
paffe pour conftant que les marchands de cette ville ,
#
( 213 )
excités par les intrigues de quelques agens fecrets ,
vont s'affembler pour demander au Roi d'affembler
le Parlement , afin qu'il délibère fur les moyens de
faire la paix avec l'Amérique. Nos plaifans demandent
pourquoi on ne délibèrera pas auffi fur ceux de
la faire avec la France ; » car pourquoi avoir la
guerre avec cette Puiffance pour une caufe qui regarde
l'Amérique , tandis que nous cherchons à
faire la paix avec celle- ci «. On fent bien que nos
Miniftres n'ofent pas en demander tant à la fois ; ce
dernier objet aura fon tour ; il s'agit à préfent de fe
délivrer d'une partie de leurs embarras ; ils efpèrent
qu'en tournant toutes leurs forces contre la France ,
la partie fera plus égale , & ils oublient que l'Amé
rique eft obligée de prendre le parti de la France ; ils
cherchent auffi à empêcher l'Eſpagne de fe réunir à
leurs ennemis ; pour cela ils s'empreffent de publier
qu'ils ont des alliés sûrs dans les Hollandois ; le
Chevalier Yorke , difent-ils , eft attendu inceffamment
avec les préliminaires d'un traité avec cette
République. Ils font auffi beaucoup de bruit des fecours
qu'ils attendent de la Ruffie , & qui font inévi
tables fi les Cours de Verfailles & de Madrid agif
fent de concert ; une forte eſcadre fous les ordres de
l'Amiral Gregg , eft prête à partir de Cronstadt ; mais
la guerre , dont cette Puiffance eft menacée de la
part des Turcs , ne lui rendra- t - elle pas cette flotte
néceffaire pour poufler fes propres opérations ?
A ces raiſons & à une infinité d'autres qui rabattent
beaucoup de ces brillantes espérances , on peut
ajouter que toute la Nation connoît l'état de fes
finances ; qu'elle ne pourroit fournir aux dépenfes de
la guerre pendant deux ans , & c'eft ce que le cabinet
de Verfailles fait comme nous. Il a porté à notre
commerce un coup fatal par l'encouragement qu'il a
donné à fes Armateurs ; en le ruinant , il nous ôte
les moyens de faire la guerre ; il nous réduira peutêtre
à faire une paix honteufe , & à avoir une marine
( 214 )
limitée. Nous pouvions l'imiter en donnant à notre
tour plutôt nos lettres de marque. Nous les avons
fufpendues pendant quelque tems , & nos plaifans
n'ont pas manqué de dire : » Que les Jurifconfultes
confultés , ont répondu que la loi n'autoriſoit pas à
en donner avant la déclaration formelle de guerre,
qu'en conféquence nos Miniftres fages & circonfpects
, avoient jugé à propos de différer ; mais
comme on leur a fait enfin obferver que plufieurs
Armateurs avoient fait de groffes avances , ils s'étoient
déterminés à s'écarter des règles exactes de la juftice ,
fauf à difcuter par la fuite cette matière de droit «
Le prix de ces lettres de marque eft de 12 liv . ſterl.
y compris les frais de bureau. » Tout ceque nous
voyons aujourd'hui depuis la tête jufqu'aux pieds de
la Nation , dit un de nos papiers , prouve la jufteffe
de ce mot du Comte de Chefterfield mourant. On lui
demandoit ce qu'il penfoit de l'état de la Grande-
Bretagne. Les hommes ont perdu tout leur courage ,
répondit-il , & les femmes toute leur modeftie a.
Si , comme on le dit ici , la déclaration de guerre
n'a lieu qu'après l'affemblée du Parlement , elle eſt
encore reculée d'un mois , car le Roi vient de la
proroger au 10 Octobre prochain . En attendant , on
continue de tenir aſſemblés les camps qu'on a formés
pour avoir des troupes prêtes en cas d'invafion de la
part de la France. Nos papiers publics nous avertif
fent férieufement de nous y préparer pour le 10 de
ce mois , ou pour le 25 ; ils ajoutent en même-tems
que fi elle n'a pas lieu à l'une ou à l'autre de ces époques
, ils ne la feront pas cette année. Quelques- uns
de ces hommes , qu'on appelle ici patriotes , le font
empreflés de répondre à cet avis par la plaifanterie
fuivante. » Il y a quelques jours que des perfonnes
de diftinction s'entretenoient enfemble de l'état de
foibleffe où eft la Nation , & de l'impuiffance où nous
fommes de réfifter aux François , dans le cas où ils
méditeroient une invafion. Le Lord Littleton qui
( 215 )
étoit préfent , fit le plus grand éloge des talens du
fea Comte de Chatham , en diſant que fi les Miniftres
vouloient faire retirer ce grand homme du tombeau ,
l'habiller & le placer ainfi fur les rochers de Douvres
, les François n'oferoient jamais approcher de
nos côtes «. Le général de la Nation ne croit pas les
François fi fufceptibles d'être effrayés par des revenans.
Pendant que dans la plupart de nos papiers on
épuife les injures & les mauvaiſes plaifanteries contre
eux , on vient de rendre dans un , hommage à la nobleffe
& à la générofité du Maréchal de Broglie ;
felon d'autres du Marchal d'Eftrées ; quel que
foit l'auteur du trait que nous allons traduire , il eft
digne de l'un & de l'autre. » Le Maréchal étoit intimement
lié avec l'Amiral Rodney , qui a paffé quelque-
tems en France. Lorfque le Lord Stormont fur
rappellé , l'Amiral qui avoit fait quelques dettes qu'il
vouloit payer avant de partir auffi , alla prier l'Ambaffadeur
de lui prêter fon crédit pour une fomme.
Le Lord Stormont ne le put pas. L'Amiral reftoit en
conféquence en France , lorfque le Maréchal le fit
prier de venir chez lui . J'ai appris , lui dit- il , que
quelques dettes vous forçoient à prolonger votre féjour
ici ; je fais combien un homme comme vous
peut être utile à la patrie dans les circonstances préfentes
; je m'eftimerai trop heureux de pouvoir faciliter
votre départ ; mon banquier a mes ordres ; vous
pouvez tirer fur lui les fommes qui vous ſont néceffaires
".
Le Duc de Glocefter eft parti le 27 du mois dernier
pour
fe rendre à l'armée du Roi de Pruffe en Bohême.
On lit ici des copies de la lettre ſuivante de Dantzick.
» On vient d'apprendre une nouvelle qui
donne lieu à beaucoup de conjectures ; c'eft l'ordre
que le Roi de Pruffe a envoyé à fes Officiers de
Douane à Wefterdeep , de ne plus laiffer pafler à
l'avenir aucuns mâts deftinés pour certaines Puiffances
de l'Europe. Le Conful de France a dépêché
( 216 )
fur-le-champ un Courier à Paris , avec cette nouvelle
qui eft très-intéreffante pour toutes les Puiffances
maritimes ",
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Résumé : De LONDRES, le premier Septembre.
Le 17 août, la flotte française de Brest a pris la mer, suivie par la flotte britannique de l'amiral Keppel les 22 et 23 août. Keppel a dû laisser plusieurs vaisseaux en mauvais état et les remplacer par de nouveaux. La victoire française lors du combat d'Ouessant a incité les Français à rechercher une nouvelle confrontation. Des rumeurs indiquent que la cour britannique offre à Keppel une chance de se racheter. Les divisions de Keppel, sous les ordres des amiraux Harland et Palliser, ont navigué sans nouvelles de leurs actions. Des négociations secrètes pour la paix entre la France et la Grande-Bretagne sont en cours, orchestrées par le Lord Mansfield, avec la participation de l'ambassadeur espagnol, le Marquis d'Almodovar. L'Espagne envisage de rester neutre et médiatrice si Gibraltar est rendu. Des rumeurs évoquent une triple paix incluant la cession de Gibraltar à l'Espagne, du Canada à la France, et l'indépendance des États-Unis. Le roi britannique est réticent à accorder cette indépendance, mais le ministère semble prêt à l'accepter. Sur le plan militaire, l'amiral Howe est bloqué par la flotte du comte d'Estaing dans la baie de Sandy Hook. Des rumeurs parlent d'un possible combat impliquant l'amiral Byron, dont la flotte nécessite des réparations. Les rapports américains de la bataille du 28 juin diffèrent de ceux du général Clinton. Les commissaires britanniques envisagent de revenir si les Américains insistent sur l'indépendance, espérant influencer un nouveau Congrès. En Grande-Bretagne, des marchands demandent au roi de convoquer le Parlement pour discuter de la paix avec l'Amérique. Les ministres britanniques cherchent à éviter une guerre simultanée avec la France et l'Amérique, espérant que l'Espagne ne s'alliera pas à leurs ennemis. La déclaration de guerre contre la France est reportée à octobre, et des préparatifs sont en cours pour repousser une éventuelle invasion française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11837
p. 216-222
États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Début :
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de Philadelphie à New-Yorck, a été troublée par nos [...]
Mots clefs :
Trenton, Yorktown, Boston, Général, Ennemi, Armée, Troupes, George Washington, Philadelphie, Harceler, Bataille, Morts, Affaire, Retraite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Trenton du 4 Juillet. La retraite de l'ennemi de
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
Philadelphie à New -Yorck , a été troublée par nos
troupes ; le Général - Major Maxwell , à la tête d'un
corps de troupes Continentales , avoit pris les devans
, & l'attendoit dans le nouveau Jerſey , avec la
milice commandée par les Généraux Dickinſon &
Herd . Le Général Lée partit de bonne- heure pour les
foutenir ; leur objet étoit de harceler l'ennemi & de
l'arrêter jufqu'à ce que le Général Washington pût
arriver avec le gros de l'armée ; il arriva le 27 à
Monmouth Court Houfe ; on fit les difpofitions
pour l'attaque , qui commença le lendemain par 1 500
volontaires conduits par le Général Lée , pendant
que le gros de l'armée fuivoit ; il chaffa pendant
quelque tems l'ennemi ; mais celui- ci ayant reçu des
renforts , il fut obligé de fe retirer fur le Général
Washington , dont l'armée qui avançoit fe forma
fur le premier terrain avantageux. Il y eut une canonnade
dont on n'avoit point eu d'exemple en Amérique
; pendant ce tems , de forts détachemens attaquèrent
l'ennemi à l'arme blanche , avec différens
fuccès à la vérité , mais le forcèrent enfin à fe retirer ,
& nos troupes prirent poffeffion du chaimp de bataille
couvert de morts & de bleflés . L'exceffive chaleur
qu'il faifoit ce jour - là , força les troupes à fe repofer
pour reprendre haleine ; le Général Washington commanda
à deux brigades d'avancer fur chacun de leurs
flancs , fe propofant de les fuivre ; mais la nuit furvint
avant qu'elles parvinffent à leur deſtination , &
tout mouvement ultérieur devint impraticable. On
n'avoit point affez de cavalerie ; la nôtre avoit été
tellement employée à harceler l'ennemi au fortir de
Philadelphie ,
( 217 )
Philadelphie , & fi difperfée , que cela avoit donné
une grande fupériorité en nombre aux Anglois. On
aflure que les Heffois on refufé de donner , parce qu'il
faifoit trop chaud. Tout le chemin , dans leur marche
depuis Court-Houfe , étoit jonché de morts. La
perte des Anglois eft confidérable , puifque le Général
Washington a fait enterrer 240 de leurs morts .
Pour effectuer la retraite dans les Jerfey avec plus
de sûreté , le Général Clinton a eu recours à une manoeuvie
, qui probablement a ſauvé la majeure partie
de fon armée ; ce fut de mettre fon armée en bataille
comme s'il eût eu envie d'engager le combat ;
le Général Lée n'a pas jugé à propos d'en courir les
rifques , préférant avec raifon d'attendre au lendemain
, & de harceler l'arrière garde ennemie avec
plus d'avantage. Ce jour - là le Général Clinton
ayant fait une marche forcée , avoit trop d'avance
pour qu'on pût le joindre.
La relation de cette affaire , publiée dans la Gazette
de cette ville , contenoit quelques expreffions
dont le Général Lée s'eft plaint. Comme elles le
chargoient du reproche de n'avoir ordonné qu'une
décharge, il a voulu que fa conduite für examinée par
un Confeil de guerre. Il s'eft affemblé en conféquence
, & l'a juftifié de la manière la plus honorable.
Voici comme il rend compte lui- même de cette
action : >> Appeller l'affaire du 28 une victoire complette
, feroit une gafconnade déshonorante ; dans le
fait , c'eft un échec qu'a reçu l'ennemi & qui fait honneur
aux Américains ; ils n'ont point encore eu
d'affaire qui ait auffi bien prouvé ce qu'ils font capables
de foutenir ou d'entreprendre ; une manoeuvre
rétrograde dans l'efpace d'environ 4 milles , a été
faite fans que l'on pût remarquer la moindre confufion
, excepté celle qui naiffoit & qui naîtra toujours
d'un abus monftrueux qui fera quelque jour
fatal fi on le tolère ; je parle de la liberté que prennent
les particuliers , dénués d'autorité , de donner
15 Septembre 1778.
K
( 218 )
leur avis & d'indiquer ce qu'il faut faire . La conduite
des Officiers & des foldats a été fi également bonne ,
qu'il feroit injufte de faire des diftinctions ; j'avouerai
cependant qu'il eft difficile de paffer fous filence les
éloges dûs au corps d'artillerie , en y comprenant depuis
le Général Know & le Colonel Ofwald , jufqu'aux
conducteurs même ; il n'eft pas aifé de dire
quel a été le point ou le moment décifif ; c'étoit une
bataille en parcelles : à force de combattre en quantité
de lieux différens , dans la plaine & dans les bois ,
en avançant & en reculant , on eft enfin venu à bout
de repouffer honorablement l'ennemi «<.
Yorck-Town du 12 Juillet. Nous apprenons que
les Généraux Gates & Parfon avec MM . Dowgall &
plufieurs Officiers Généraux font arrivés aux plaines
blanches le 2 de ce mois , où ils occupent le terrain
fur lequel le Général Washington & le Général Howe
ont combattu en 1776. Leurs forces confiftent en 9
régimens. Le nom du Général Gates à la tête de ces
troupes qui doivent avoir été jointes par un nombre
d'autres plus confidérables , nous rappelle la convention
de Saratoga , & nous eft un augure favorable
pour quelqu'évènement de ce genre . L'armée Angloife
dans New-Yorck , après l'exceffive fatigue
d'une marche de près de 3 femaines par une chaleur 3
où le thermomètre étoit à 92 ; après une action auffi
vive & aufli meutrière que celle du 28 Juin , doit
être réduite à l'état le plus déplorable . Depuis près
d'un an & fur-tout pendant tout l'hiver , cette
armée n'a vécu que de falaifons ; elle a traversé les
Jerfeys par une chaleur exceffive , dans des fables brûlans
, manquant de tout & buvant les plus mauvaiſes
eaux ; fon état de foibleffe ne lui permettra pas de
faire une longue défenſe , fi elle ne reçoit point de
fecours ni de provifions ; & dans ce moment il feroit
impoffible qu'aucun tranfport lui arrivât d'Angleterre.
Le Comte d'Estaing , dont on attendoit l'arrivée
depuis long-tems , a enfin paru dans nos para-
>
( 219 )
22,
ges ; on l'a vu dans les bayes de Chéfapeak & Delaware
; & on apprend que le 8 de ce mois il a
mouillé devant New-Yorck. Il doit y être joint par
12 vaiffeaux de Boſton , dont 3 de 32 canons , un de
3 de 20, un de 16 , 3 de 14 & un de 10.
Bofton du 16 Juillet. Nous attendons inceffamment
des nouvelles des opérations de la flotte
Françoife ; nous apprenons que le 11 Août elle
étoit en dehors de Shandy-Hook , & bloquoit les
6 vaiffeaux de ligne de l'Amiral Howe qui font en
dedans. Le Général Clinton eft retferré dans New-
Yorck par le Général Washington , dont l'armée eft
poftée fur les hauteurs de Kingsbridge & bien retranchée.
On fait qu'il médite une attaque fur Long-
Inland , & on préfume qu'il la conduira en perfonne.
Nous fommes à la veille de voir terminer
cette grande & longue querelle ; nous avons obtenu
des triomphes flatteurs , celui de voir nos fiers ennemis
qui nous vouloient réduire en fervitude
nous faire des propofitions de paix ; nous rechercher
après nous avoir outragés. Nous avons
eu la fatisfaction de voir le Congrès rendre aux
Commiffaires Britanniques , la réponse que leur
Souverain fit à la pétition de l'Amérique , préfentée
par le Gouverneur Penn , le Roi neferá point
de réponſe.
n
Plufieurs Indiens ont embraffé notre caufe ; employés
dans nos armées , ils fe conduiront en guerriers
braves & humains ; on peut en juger par le difcours
fuivant , adreffé par leurs chefs ou Sachems ,
aux jeunes gens qui font partis fous la conduite du
Major Toufard . Neveux , guerriers , ouvrez vos
oreilles . Vous allez vous féparer des Sachems vos
oncles ; en pareille occafion il eft d'ufage de dire
quelques mots : fouvent un jeune guerrier a befoin
de confeils , vous allez entreprendre un long voyage ;
vous allez être expofés à la fatigue & à beaucoup
de
tentations : vous trouverez beaucoup d'obferva
K 2
( 220 )
teurs , non-feulement Américains , mais parmi, quelques
guerriers principaux de notre pere le Roi de
France : gravez profondément dans votre efprit que
les guerriers ont un rôle important à foutenir ; ils
peuvent faire beaucoup de bien ou fe livrer à d'affreu
fes énormités ; ils peuvent faire du bien en écartant les
maux qui menacent la paix du pays : c'eft fous ce
point de vue qu'ils développent le caractère du hé̟-
ros , mais il faut éviter avec foin tout ce qui tient à
la vengeance perfonnelle privée ; il eft au-deffous , il
eft indigne du guerrier , d'infulter , de piller une famille
dénuée de fecours , & qui peut être innocente.
Neveux , fouvenez-vous que vous allez fervir dans
la grande armée d'Amérique ; que vous ferez préfentés
au Général Washington , guerrier en chef , ainſi
qu'à un éminent Officier de notre pere le Roi de
France , le Marquis de la Fayette , à la demande particulière
duquel vous allez joindre l'armée ; le moindre
écart de votre part , quelque léger qu'il puiffe
être , fera de la plus fâcheufe conféquence , il fera
difficile d'en laver la tache : formez-vous donc un
plan de conduite digne de la profeffion des guerriers ;
que la bonne intelligence règne toujours parmi vous ,
n'ayez tous qu'un même efprit , n'ayez qu'un feul &
même objet en vue ; que chacun de vous n'aille pas
croire qu'il eft un chef, & qu'il peut fe permettre
ces petites libertés que l'indulgence tolère auprès de
nos foyers , mais que tous & chacun obéiffent implicitement
au Major de Toufard , qui marchera à votre
tête & combattra avec vous . Défiez - vous des
liqueurs fortes , leur ufage eft le féducteur commun
des Indiens. Neveux , fi vous obfervez le bon ordre ,
fi vous êtes fobres , fi vous jouez le perfonnage qui
convient à l'homme , votre conduite fera appréciée ,
exaltée par l'armée Américaine ; le Général Washington
, guerrier en chef, la remarquera avec diftinction :
le rapport en viendra un jour aux oreilles de notre
pere le Roi de France , & nous , Sachems , nous nous
réjouirons en entendant parler de vous c .
( 221 )
Tels font les fentimens que nous cherchons à infpirer
aux Sauvages nos alliés . Nos ennemis n'ont
pas fuivi cet exemple.
On a ici des copies de la traduction d'une lettre
écrite en latin par M. de la F *** , à un de fes amis
en France ; elle est en date de Walleyforge le 13
Avril , & conçue ainfi :
:
:
Je l'avoue , mon cher ami , j'ai oublié le latin : and
les expreffions Angloiſes ſe préfentent à moi lorfque
j'en cherche de latines : cependant lorsqu'il s'agit
d'exprimer mes fentimens à mon ami chéri , je me
fens capable d'écrire quelques lignes : mais auffi je
vous prie de me paffer les fautes que je pourrai faire ,
les folécifmes , les barbarifmes & toutes les monftruofités
de langage qui fentent l'ignorance & l'ânerie.
Je n'ai pas eu le tems de cultiver les Auteurs latins :
j'ai donné mes foins à des ouvrages Anglois . J'ai la
avec attention le Spectateur & Pope : j'ai fait échange
de mon ancien travail , de mes occupations paffées
pour de nouvelles veilles. En mettant les pieds dans
le camp des Américains , j'ai laiffé là l'étude & tous
les livres dans cet oubli des Belles - Lettres , j'ai
cherché à me former dans un art cruel & barbare
je me fuis totalement abandonné aux occupations militaires
, tant je fuis poffédé du démon de la guerre .
Enfin , ayant renoncé à la douce fociété des femmes ,
je trouve mon plaifir dans les horribles voluptés de
Bellone. Mon cher ami , des mois entiers s'écoulent
fans que je reçoive de nouvelles. J'attends toujours
mes lettres dans une incertitude mêlée de crainte . Je
fouhaite que la mer engloutiffe les vaiffeaux ennemis
dans fes flots orageux. Ecrivez donc à un malheureux
exilé , faites naître la paix dans un coeur troublé ,
& adouciffez des penfées amères par des nouvelles -
agréables. J'imagine que de grands mouvemens s'élèvent
en Europe. L'Angleterre nous offre la paix :
mais , fans l'indépendance , une telle paix eft un opprobre.
Je vois la France toucher à des jours heu-
K 3
( 222 )
reux ; & dans cette brillante eſpérance , je vois d'ici
ma très-chère patrie porter les armes chez l'ennemi :
je vois enfin cette Nation .... fi fuperbe , fi injufte ,
fi enflée de fes anciennes profpérités , je la vois
dis-je , foulée aux pieds des ..... Amen . J'ai écrit
à mon épouse. Je ne puis prédire le tems de mon retour
; j'attends des nouvelles d'Europe. Adieu , mon
cher ami , aimez- moi toujours . Adieu , adieu " .
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Résumé : États-Unis de l'Amériq. Septentrionale, [titre d'après la table]
Du 4 juillet au 28 juin, les troupes américaines ont perturbé la retraite britannique de Philadelphie à New York. Le général Maxwell, soutenu par les milices des généraux Dickinson et Herd, a harcelé les Britanniques dans le New Jersey. La bataille de Monmouth Court House a commencé par une forte résistance américaine, mais les Britanniques, renforcés, ont pris l'avantage grâce à leur supériorité en cavalerie. Cette bataille a été marquée par une intense canonnade et des combats à l'arme blanche, entraînant de nombreuses pertes des deux côtés. Les Britanniques ont sécurisé leur retraite grâce à une manœuvre du général Clinton, évitant ainsi une défaite majeure. Les pertes britanniques s'élèvent à 240 morts enterrés par les Américains. Le 12 juillet, les généraux Gates et Parsons ont rejoint les plaines blanches, rappelant la victoire de Saratoga. L'armée britannique, épuisée et mal ravitaillée, est en mauvaise condition. Sur le plan naval, le comte d'Estaing est arrivé avec sa flotte devant New York, renforcée par des vaisseaux de Boston. Six vaisseaux britanniques ont été bloqués par une flotte française près de Shandy-Hook. Sur le front terrestre, le général Clinton est assiégé à New York par le général Washington. Des rumeurs évoquent une possible attaque sur Long Island dirigée par Washington. Les Américains ont rejeté des propositions de paix britanniques. Plusieurs tribus indiennes ont rejoint la cause américaine, intégrées dans les armées sous la conduite du Major Toussard. Les chefs indiens ont exhorté les jeunes guerriers à faire preuve de bravoure et d'humanité, servant sous les ordres du général Washington et du marquis de La Fayette. Une lettre en latin exprime le désir de recevoir des nouvelles de France et mentionne les mouvements politiques en Europe. L'auteur espère que la France soutiendra les Américains dans leur lutte pour l'indépendance. La lettre se termine par des adieux affectueux à un ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11838
p. 222-223
De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Début :
La Reine qui avance très-heureusement dans sa grossesse, a été saignée le 5 de ce mois. [...]
Mots clefs :
Versailles, Reine, Grossesse, Ministre, Honneur, Roi, Prix de dessin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
De VERSAILLES , le 10 Septembre.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
La Reine qui avance très- heureuſement dans fa
groffelle , a été faignée le 5 de ce mois.
Le 25 du mois dernier , fête de Saint -Louis , S. M.
reçut le ferment de M. Lefevre de Caumartin , Maître
des Requêtes ordinaires , ci- devant Intendant de
Flandres , en la nouvelle qualité de Prevôt des Marchands
de la Ville de Paris , & celui de MM . Cauchat
& Incelin , nouveaux Echevins . Le 28 , l'Evêque
de Viviers prêta , pendant la Meffe , ferment de
fidélité entre les mains du Roi.
La veille de Saint-Louis , M. Deslandes de Lancelot
, Penfionnaire au Collège Royal & Militaire
de Beaumont , préfenta à Monfieur , fon Parrain , un
deffin à l'Encre de la Chine , repréfentant la vue
du College & de fes dépendances , & lui fit
hommage du Prix de Deffin qu'il a remporté cette
année.
-
Le 27 , le Baron de Tott , Brigadier des Armées
du Roi , Infpecteur Général des Etabliffements
François dans les Echelles du Levant & de Barbarie ,
eut à fon arrivée ici , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le Miniftre de la Marine. Le 30 M. Hocquart
de Cueilly , Préfident de la feconde Chambre
de la Cour des Aides de Paris , nommé Procureur.
Général de cette Cour , fur la demiffion de M. Terray
de Rofieres , eut l'honneur de faire fes remerciements
au Roi , préfenté par M. le Garde des
( 223 )
Sceaux. Le même jour le Vicomte de Vibraye , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi , près le Duc de Wirtemberg
, & fon Miniftré près le Cercle de Souabe
qui étoit ici par congé , eut l'honneur d'être préfenté
à S. M. par le Miniftre des affaires Etrangères , & de
prendre congé pour fe rendre à fa deftination.
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Résumé : De VERSAILLES, le 10 Septembre.
Le 10 septembre, la reine a donné naissance à un enfant. Le 25 août, le roi a reçu les serments de M. Lefèvre de Caumartin, nouveau Prévôt des Marchands de Paris, ainsi que ceux des échevins MM. Cauchat et Incelin. Le 28 août, l'évêque de Viviers a prêté serment de fidélité au roi. La veille de la fête de Saint-Louis, M. Deslandes de Lancelot a offert à son parrain un dessin du Collège Royal et Militaire de Beaumont et lui a remis son prix de dessin. Le 27 août, le baron de Tott, brigadier des armées du roi et inspecteur général des établissements français dans les Échelles du Levant et de Barbarie, a été présenté au roi par le ministre de la Marine. Le 30 août, M. Hocquart de Cueilly a été nommé procureur général à la place de M. Terray de Rosières et a exprimé sa gratitude au roi, présenté par le Garde des Sceaux. Le même jour, le vicomte de Vibraye, ministre plénipotentiaire auprès du duc de Wurtemberg et du Cercle de Souabe, a été présenté au roi par le ministre des Affaires étrangères avant de partir pour sa destination.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11839
p. 223-232
De PARIS, le 10 Septembre.
Début :
On attend avec impatience des nouvelles de la seconde sortie de M. le Comte d'Orvilliers ; « il a actuellement [...]
Mots clefs :
Paris, Anglais, Comte d'Orvilliers, Étienne Calveyrac, Canons, Général, Jacques Jouy, Procureur, Gérard, Enfant, M. de Longpré, Brest, Frégate, Régiment, Géométrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 10 Septembre.
De PARIS , le 10 Septembre.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
ON attend avec impatience des nouvelles de la feconde
fortie de M. le Comte d'Orvilliers ; » il a actuellement
30 vaitſeaux de ligne , écrit-on de Breft
en date du 4 de ce mois . Il en aura 31 quand le Neptune
l'aura joint. Ce vaiſſeau a été mâté hier , & fera.
prêt en peu de jours , l'Etat -Major ne veut aucun
emménagement de commodité. La Ville de Paris
entrera dans le baffin dans 2 ou 3 jours . Il y a des
ordres pour la conftruction d'un vaiffeau de 100
canons , & pour la refonte du Sceptre , du Minotaure
& du Northumberland.
Les Camps projettés commencent à s'affembler ;
on doit y exécuter le règlement preferit fur le fervice
de l'Infanterie en Campagne. Voici le préambule
de ce règlement , qui a 229 pages in -folio .
" La nouvelle conftitution des Troupes exigeant
une nouvelle Ordonnance de Service de Campagne ,
S. M. a fait rédiger provifoirement le préfent règlement
, afin qu'étant mis à l'épreuve dans les Camps
qu'elle fe propofe de faire aflembler , on puiffe profiter
de toutes les obfervations de l'expérience , pour
lui donner enfuite fous la forme d'Ordonnance toute
la perfection dont cet important ouvrage eft fufceptible
".
» M. le Maréchal de Broglie , écrit - on de Breft ,
a paffé ici 8 jours avant le départ de M. le Comte
d'Orvilliers ; comme ils ont eu de fréquentes conférences
enfemble , on ne manque pas de conjecturer
qu'ils ont concerté enfemble quelque opération ; les
fpéculatifs qui veulent tout deviner , & qui peut- être
K 4
( 224 )
n'y ont pas mieux réuffi cette fois , irrités des outrages
que les Corfaires de Jerfey & de Guernefay
ont fait à nos bâtiments Marchands , leur fuppofent
le projet de les venger. Ils préfument en conféquence
qu'on pourroit bien faire une defcente dans ces Ifles .
Comme les gros vaiffeaux ne peuvent paffer dans
l'une ni dans l'autre , les troupes qu'on y employeroit
, feroient tranfportées fur des frégates & des
bâtimens de St-Malo & de Coutances. Cependant ,
comme ces Ifles font fituées dans la Manche, l'entre->
prife feroit hafardée fi M. le Comte d'Orvilliers ne ;
s'affaroit pas une fupériorité abfolue fur les Anglois
; on dit qu'il fera renforcé par l'Efcadre du Che .
valier de Fabry. On nomme M le Marquis de Caftries
, pour commander cette expédition que l'on
défire en général , mais qui n'eft peut-être pas à la
veille d'être exécutée ".
Les Anglois le réjouiffent du retour de 10 vaif-.
feaux de leur Compagnie des Indes Orientales , dont
ils eftiment la cargallon 1,500,000 liv. ſterl . , fi ces
vaiſſeaux ont trouvé la mer libre , les nôtres ont
eu le même avantage. Il en eft arrivé deux à l'Orient ,
le Terray , venant de Pondicheri , & les Quatre- .
Amis venant de Bengale , la cargaison de ce dernier
feul , monte à plus de 4 millions. Outre ces vailfeaux
, il en eft arrivé 54 des Indes Occidentales ,
qui font entrés dans les Ports de Nantes & de Bordeaux,
& qu'on évalue à plus de 20 millions . Il en arrive
journellement d'autres dans nos différents Ports.
Nos Armateurs répandus fur toutes les mers de
l'Europe , font fouvent des prifes confidérables. On
les voit jufques fur les côtes d'Angleterre , y gêner.
le commerce , & conduire fréquemment des prifes
à Oftende. » Deux Armateurs de Dunkerque , dont
un de 22 canons , commandés par MM. de Pers ,
pere & fils , écrit-on de ce Port , fe font emparés
d'un Corfaire Anglois de 24 canons , convoyant deux
vaiffeaux Marchands de fa nation ; il les ont con
( 225 )
duits ici , où ils ont été accueillis avec des démonstrations
d'une joie générale «.
» La frégate la Sultane , mande-t- on de Toulon ,
qui faifoit partie de l'Efcadre du Chevalier de Fabry ,
qui avoit été détachée avec le chebec le Renard , &
la corvette la Sardine , pour aller croifer entre Gênes
& le Cap Corfe , a fait différentes prifes qu'elle
a amenées dans ce Port ; elle a dû repartir le 18 du
mois dernier , pour eſcorter les bâtiments qui vont
pafler des troupes en Corfe , & en ramener celles
qui y font.
" La frégate l'Aurore , écrit-on de Breft , commandée
par M. de Préville , & la corvette le Roffignol
, par M. de la Touche , ont conduit dans ce.
Port 2 frégates Angloifes l'une de 20 canons & l'autre
de 16 ; cette dernière avoit été faite par la corvette
, qui avoit été prise enfuite elle-même par un
Corfaire Anglois de 20 canons , auquel elle n'avoit
pu réfifter , parce qu'elle avoit mis une partie de
fon équipage fur fa prife . Sa captivité n'a pas été
longue , puifque le lendemain , la frégate l'Aurore
l'a délivrée en s'emparant des deux Anglois « .
Un Pêcheur de ce Port , écrit-on de S. Jean - de- Luz ,
vient de faire une prife qui lui procurera une fortune
brillante pour un homme de fon état ; c'eſt un bâtiment
chargé de 4000 quintaux de morue , eftimé
50,000 écus . La manière dont il s'en eft rendu
maître eft allez fingulière «. Ce Pêcheur étant en
mer découvrit le bâtiment Anglois . Le Capitaine -
qui ne connoiffoit point ces parages , & qui s'eftimoit
à la hauteur de St.- Sebaftien , Port d'Espagne ,
voifin de celui de St.- Jean-de Luz , ayant découvert
la barque du pêcheur courut fur elle , & pria le patron
de le piloter jufqu'à St- Sebaſtien ; celui -ci qui
parloit Efpagnol , le remorqua en effet , & le pilota
bien qu'il le mena dans le Port de St. -Jean -de-
Luz ; quand il fut entré affez avant pour être fous
le canon du Fort , & à l'abri d'une révolte de la part
K s
( 226 )
des Anglois , il leur déclara qu'ils étoient ſes priſonniers
. Le Capitaine Anglois jura beaucoup contre la
furprife , & voulut fe facher ; mais il fut forcé de s'en
tenir là,& il fut conduit dans le Fort avec fon mondec
Ces fuccès multipliés animent les Armateurs dont
le nombre augmente tous les jours ; felon des lettres
de différents Ports , on arme à Marſeille 4 Corfaires
, dont 2 de 20 canons , un de 18 , & un de 10.
A Breft on arme pour la courfe 2 frégates de 26 canons
, & 2 goëlettes , l'une de 10 & l'autre de 6.
La frégate l'Iphigénie , a envoyé , le 31 du mois dernier
, dans ce Port , une prife chargée de vin , d'eaude-
vie & de taffia , & quelques jours après un corfaire
Anglois de 12 canons & 18 pierriers .
On dit que Madame la Ducheſſe de Chartres ayant
envoyé à M. Deftouches , Capitaine de Vaiffeau , qui
commandoit l'Artéfien , au combat d'Oueflant, & qui
dégagea le St- Efprit , attaqué par plufieurs vailleaux
Anglois , une fuperbe boîte d'or ; ce brave Officier a remercié
cette Princeffe avec beaucoup de ſenſibilité ,
en difant qu'il ne croyoit pas mériter une récompenfe
fi grande pour avoir fait fon devoir & exécuté
les ordres de fon Général.
On croit que la Légion de Marine , que M. le Duc
de Lauzun vient d'obtenir l'agrément de lever , eft
deftinée pour les Grandes Indes ; elle fera , dit- on ,
de 4 à 5000 hommes ; il en eft Colonel - Général ,
& il aura fous lui 4 Colonels. Plufieurs Officiers du
Régiment Royal Dragons , dont il étoit Meftre-de-
Camp , auront la permiffion de le fuivre ; c'eft M. de
Gontault , qui , dit-on , commandera à fa place le
Régiment Royal Dragons.
Les affiches de Reims nous fourniffent le trait fuivant
, que nous nous empreffons de rapporter , il a le
mérite de l'intérêt , s'il n'a pas celui de la nouveauté .
Le Prince de Rohan , Colonel du régiment de fon
nom , fe trouvant feul à pied fur le champ de ba
taille , à Rosbach , en 1757 , fut fecouru par un dragon
du régiment d'Apchon , qui le reçut fur fon
( 227)
cheval & le mit en sûreté ; le Prince , après avoir foupé
avec les dragons , donna fix louis à fon libérateur
, & partagea le refte de fon argent entre les
autres. Il recommanda au premier de le venir voir ,
& lui promit de l'obliger . En 1771 , le dragon fe
trouvant dans le cas de quitter le fervice , écrivit au
Prince , qui lui fit la réponſe fuivante , le 6 Mars :
J'ai reçu , mon cher Gerard , votre lettre avec un
grand plaifir , & je vous prie d'en être perfuadé . L'étendue
de la reconnoiffance que je vous deis ne peut
être comparée qu'à la feule envie que j'ai toujours eu
de vous en pouvoir , dans tout le cours de ma vie ,
donner des preuves convaincantes. J'ai eu jufqu'au moment
où j'ai reçu votre lettre , l'inquiétude la plus
grande , vous ayant perdu de vue , & ne fachant où
vous retrouver pour vous faire part du defir qu'a mon
coeur de pouvoir vous être utile au moment que vous
ferez dans l'intention de vous retirer du fervice . Oui ,
mon cher Gerard , vous pouvez demander votre
congé ; vous devez être affuré que vous aurez toujours
une retraite chez moi , fi vous voulez l'accepter.
Je vous prie de recevoir 400 liv . de penfion que
je vous continuerai à votre arrivée ici , mais aux conditions
que vous ne ferez chez moi que fur le pied
d'un brave & honnête militaire auquel je dois la vie :
fi à votre arrivée le pays ne vous convient pas , mon
coeur facrifiera toujours fa fatisfaction à votre bonheur
, & vous jouirez de votre penfion par - tout où
vous irez. Adieu , mon cher Gerard , foyez perfuadé
que vous aurez toujours en moi un ami bien reconnoiffant.
P. S. Accufez-moi , je vous prie , la réception
de ma lettre , & adreffez-moi la vôtre au Château de
Coufière , près Monbazon «. L'Auteur des affiches
de Reims affure qu'il tient le fait du fieur Gerard ,
qui lui a remis copie de la lettre du Prince . Le
brave dragon , qui fe nomme Gerard Gaillard , eft
né à Biermes , près Rethe , & s'eft retiré à Reims depuis
quelques années .
K 6
( 228 )
On lit dans le Journal de Patis , le trait fuivant ,
un enfant de 12 à 13 ans , fe baignant il y a quelques
jours , fut entraîné par le courant dans un lieu
profond , ou il fe feroit infailliblement noyé , fi un
chien qu'il avoit , n'étoit venu à fon fecours ; cet
animal a plongé après lui 14 ou is fois de fuite , &
l'a ramené autant de fois à la furface de l'eau , en le
prenant , tantôt par le bras , tantôt par les cheveux ;
il a donné le tems de venir au fecours de l'enfant ,
mais l'animal extenué de fatigue , & ne pouvant être
affez-tôt fecouru , a péri en fauvant fon maître.
» C'est dans le choc varié des paffions , & dans la
peinture des moeurs des particuliers , qu'on peut connoître
le coeur humain , & tirer des leçons de morale .
& de conduite pour toutes les claffes de la fociété . Ce
motif détermine à donner ici le précis d'une affaire
remarquable par fa fingularité . Jacques Jouy , de
Cuxac , Diocèfe de Carcaffonne , inconftant par caractère
, changeoit fouvent de demeure ; la fituation
du lieu d'Efcale , au Diocèfe de Narbonne , lui ayant
plu , il crut pouvoir s'y fixer ; il convint , verbalement
, avec Etienne Calveyrac de lui acheter , au prix
de 150 liv. , un champ , & fans en prendre poffeflion
il lui compta cette fomme. Dégoûté , bientôt après ,
du féjour d'Efcale , il la réclama ; mais Calveyrac
étoit alors hors d'état de la lui remettre. Un procureur
leur fit faire un accord , felon lequel Calveyrac
devoit compter à Jouy , dans un an , la moitié de la
fomme , & l'autre moitié l'année ſuivante. Les parties
ne fachant pas écrire , ne le figuerent pas. Après
l'échéance du dernier terme , le Procureur ayant ren
contré , par hazard , à Efcale , Calveyrac , il lui demanda
s'il avoit fatisfait au payement de ce qu'il devoit
à Jouy. Cette demande fait aflez fentir qu'il n'étoit
pas chargé de la fuite de cette affaire. La réponse
de Calveyrac , dictée par l'ingénuité , fut , qu'au
moyen de fes travaux & de fes fueurs , il étoit parà
ramaſſer la fomme due , qu'il étoit prêt à la venu
( 229 )
compter à celui qui lui remettroit la quittance de
Jouy , & que comme ce dernier n'étoit pas venu la
retirer , il y avoit lieu de croire qu'il étoit mort. Le
Procureur , profitant de cette ouverture , fit affigner
Calveyrac , le 27 Août 1777 , & malgré les pro-
'meffes qu'il lui fit de ne pas continuer les pourfuites
d'après fon offre réitérée de payer la fomme due , il
obtint un jugement de condamnation qu'il fit rendre ,
le 15 Septembre fuivant , par un poſtulant , qui n'étoit
pas le Juge naturel des parties . Par une précipitation
remarquable , il envoya le lendemain , 16 , à Eſcale ;
des Huifliers & des Records pour fignifier le Jugement
à Calveyrac , & pour lui faifir & enlever, en préfence
de fa famille infortunée , le peu d'effets que recéloit
fa chaumière. Pour fe mettre à l'abri de cette cruelle
expoliation , Calveyrac n'eut d'autre parti à prendre
que de remettre aux Huiffiers la fomme demandée &
le montant des frais des pourfuites. Comme la quittance
qui lui avoit été délivrée ne le déchargeoit pas
valablement , il réfolut de fe procurer celle de Jouy
fon véritable céancier. Mais quelle ne fut pas fa
furprife , lorfque , conduit par fes recherches , il découvrit
que Jouy étoit décédé , le 16 Septembre 1776,
un an avant l'affignation ; d'où il fuit que le Procureur
l'avoit affigné , pourfuivi , faifi , au nom d'un mort ,
& conféquemment fans en avoir le droit ni la miſſion .
C'étoit faire un ufage merveilleux de la fameufe maxime
le mortfaifit le vif. Touché de ce défordre &
des vexations exercées contre un de fes vaffaux , M,
de Marcorelle , Seigneur & Baron d'Eſcale , vint à
fan fecours , & réclama les bontés & la juftice de M.
de Noé , Procureur- Général au Parlement de Touloufe
. Ce Magiftrat , après avoir fait vérifier fur les
lieux les faits , & en avoir reconnu la vérité , obligea
le Procureur de reftituer , aux héritiers de Jouy , la
fomme qu'il avoit inducment reçue , & de rembourfer
à Calveyrac les frais fi cruellement exigés . La reftitution
fut faite , le 9 Décembre 1777 , par acte paſſé
( 230 )
devant Notaire , & le remboursement a été opéré le
13 Août de l'année courante 1778. C'eſt ainſi qu'a fini
cette affaire , fingulière par fa nature , & intéreffante
par fes effets . Elle renferme une leçon qui apprend
quelques-uns des moyens dont fe fert l'impofture
pour ufurper le bien d'autrui , & ceux qu'on doit employer
pour la démafquer & la punir «< .
L'école de Mathématiques , de Deffin , de Géographie
& d'Hiftoire , établie à Paris , rue & vis -à- vis
l'Abbaye Saint-Victor , & dirigée par M. de Longpré ,
Profeffeur de Mathématiques , jouit d'une réputation'
méritée ; l'éducation des enfans deſtinés à la Marine ,
à l'Artillerie ou au Génie , eft particulièrement dirigée
vers ce but. Il eft forti de cette Ecole un grand
nombre d'élèves , actuellement ingénieurs ordinaires
du Roi , dont le mérite & les talens font honneur à
ceux de M. de Longpré. Exciter la curiofité des enfans
, proportionner les leçons à leur fagacité , diſcoufir
fouvent avec eux par forme d'amuſement , former
leur ame par des inftructions de morale miles à
leur portée , échauffer leur coeur par les traits de
l'Hiftoire qui infpirent l'amour de la vertu ; voilà le
plan d'éducation de M. de Longpré , qui le développe
avec plaifir , en donnant aux parens intéreffés à les
connoître tous les détails qu'ils peuvent defirer . L'expérience
& la raifon prouvent qu'un enfant apprend
plus aifément la Géométrie élémentaire , que les principes
fecs & abftraits de la Grammaire. La Géométrie
en l'accoutumant à ne raifonner que jufte , rend trèssûrs
& très-rapides fes progrès dans les autres fciences .
Le Deffin amufe & occupe utilement les enfans portés
à l'imitation ; la Géographie eft une ſcience de leur
âge ; en deflinant eux-mêmes la carte , les noms
des lieux & leur pofition refpective , fe fixent fans
peine dans leur tête , & les difpofent à l'étude de
T'hiftoire. Les exercices publics que M. de Longpré fait
foutenir à ſes élèves viennent à l'appui de ce qu'on
avance ici. Les progrès prodigieux de ces élèves éton
1
( 231 )
nent , tous les ans , les Membres de l'Académie
Royale des Sciences , qui s'empreffent d'affifter à ces
exercices. Dans ceux qui ont été foutenus les 17 , 18 ,
19 , 20 & 21 du mois dernier , on a vu un enfant de
TI ans , M. Antoine - Romain- Coquebert de Montbret
, répondre avec netteté , affurance & précifion
fur l'Arithmétique , la Géométrie , la Trigonométrie
rectiligue & fphérique , l'Algèbre , jufqu'aux équations
du quatrième degré inclufivement ; l'applica
tion de l'Algèbre à la Géométrie , les Sections coniques
, les principes du Calcul différentiel & intégral ,
la Statique , la Dinamique , la Géographie & l'Hif
toire. Un enfant de 11 ans capable de répondre avec
intelligence & netteté fur toutes ces parties , eft fans
doute un phénomène intéreffant , & le public à qui
M. de Longpré en préfente de pareils , prefque tous
les ans ne fort point encore de fon étonnement.
Ces faits prouvent plus en faveur de fa méthode que
tout ce que nous pourrions ajouter .
A l'annonce que nous avons faite dernièrement du
taffetas gommé , impénétrable à l'eau , nous devons
ajouter que le public peut voir au Magaſin général
tous les différents ouvrages que l'Auteur en fait faire ,
& le tarif des prix différents de chacun . Ce Magafin
eft aux Quinze-Vingts , vis-à-vis le Cimetière, efcalier
n°. 8. Mlle. Guerin , qui le tient , fatisfera
à toutes les demandes qui lui feront faites , même
par lettres , pourvu qu'on les lui adreffe franches de
port.
Pierre- Charles de Beaufort - Montboiffier , Mar.
quis de Canillac , Lieutenant - Général des Armées
du Roi , eft mort le 10 du mois dernier , en fon
Château de Chaffaigne en Auvergne.
Le Comte de Montefquiou - Fezenffac , Brigadier
des Armées du Roi , chef d'une Brigade de Carabiniers
, eft mort le 19 dans fon Château d'Algens ,
près Lavaur.
Pierre-Aimé de Guiffrey de Monteynard , Comte
( 232 )
de Marcieu , Chevalier , Grand- Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de St. Louis , Commandant de
celui de St. Lazare , de Jérufalem , & de Notre-
Dame du Mont Carmel , Doyen des Lieutenants-
Généraux des armées du Roi , Gouverneur en furvivance
des Villes & Citadelle de Valence , ancien
Infpecteur- Général d'Infanterie , & ci- devant Commandant
en chef en Dauphiné , eſt mort à Grenoble
le 26 , âgé de 91 ans .
Charles de la Michaudiere , Confeiller d'Honneur
au Parlement , eft mort ici le 31 Août , âgé de 89 ans.
Les Numeros fortis au Tirage du premier de ce
mois , de la Loterie Royale de France , font : 76 ,
44 , 85 , 52 , 60.
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Résumé : De PARIS, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre à Paris détaille divers événements militaires et maritimes. La flotte du Comte d'Orvilliers, composée de 30 vaisseaux de ligne, attend le Neptune pour atteindre 31 unités. La Ville de Paris se prépare à entrer en bassin, et des ordres sont donnés pour construire un vaisseau de 100 canons et refondre trois autres. Le Maréchal de Broglie rencontre le Comte d'Orvilliers pour planifier une opération concertée contre les Anglais. Les Anglais célèbrent le retour de vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales, tandis que la France reçoit des vaisseaux des Indes Orientales et Occidentales chargés de marchandises précieuses. Les armateurs français réalisent des prises importantes, notamment sur les côtes anglaises. À Toulon, la frégate la Sultane escorte des troupes en Corse après plusieurs prises. À Brest, les frégates l'Aurore et le Rossignol capturent des navires anglais. Un pêcheur de Saint-Jean-de-Luz capture un navire anglais chargé de morue. Les succès maritimes encouragent les armateurs à armer de nouveaux navires à Marseille et Brest. À Marseille, quatre corvettes sont armées, et à Brest, deux frégates et deux goélettes sont préparées. La frégate l'Iphigénie capture un navire anglais après une prise chargée de vin et d'eau-de-vie. Madame la Duchesse de Chartres récompense M. Deftouches pour son courage lors du combat d'Ouessant. La Légion de Marine, approuvée par le Duc de Lauzun, est destinée aux Grandes Indes et comptera 4 000 à 5 000 hommes. Plusieurs officiers du Régiment Royal Dragons suivront Lauzun, et M. de Gontault prendra le commandement du régiment. Le texte mentionne des anecdotes, comme l'histoire du Prince de Rohan aidant un dragon sauvé lors de la bataille de Rossbach, et celle d'un chien sauvant un enfant de la noyade. Une affaire juridique implique Jacques Jouy et Étienne Calveyrac, aboutissant à la restitution de sommes indûment perçues. L'école de Mathématiques, de Dessin, de Géographie et d'Histoire dirigée par M. de Longpré à Paris forme des élèves pour la Marine, l'Artillerie ou le Génie. Un élève de 11 ans, Antoine-Romain Coquebert de Montbret, se distingue par ses compétences en sciences et mathématiques. Le document annonce le décès de plusieurs personnalités militaires, dont Pierre-Charles de Beaufort-Montboissier, le Comte de Montesquiou-Fezensac, Pierre-Aimé de Guiffrey, Marcieu et Charles de la Michaudiere.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11840
p. 232-240
De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Début :
Toutes les lettres d'Espagne ne présentent que des détails préparatifs formidables que l'on y [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Vent, Vaisseaux, Français, Combat, Amiral, Ligne, Bataille, Roi, Lettre, Anglais, Manche, Mademoiselle Raucourt, Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
De BRUXELLES le 10 Septembre.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Fermer
Résumé : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre détaille les préparatifs militaires en Espagne, notamment la création d'un camp de 20 000 hommes près de Séville et le regroupement des grenadiers provinciaux. La marine espagnole est renforcée par des matelots étrangers, permettant aux marins nationaux de se consacrer au commerce et à la pêche. Ces actions laissent présager des projets significatifs, possiblement une alliance avec la France contre l'Angleterre. L'Espagne a également protesté auprès de l'ambassadeur anglais après une insulte faite à son pavillon sur le Mississippi. Des rumeurs parlent d'un traité secret entre l'Espagne et les États-Unis. Le texte défend également Mlle Raucourt, une actrice française, contre des calomnies publiées dans une gazette allemande, confirmant son innocence grâce à des certificats et légalisations. En réponse à une lettre de la Gazette de Londres attribuée à tort à M. Keppel, le document critique le parti pris en faveur des généraux anglais en Amérique malgré leurs revers. Il mentionne la bataille de la Belle Poule et la prise de deux frégates françaises par 21 vaisseaux anglais. La réponse conteste les accusations de fuite des Français avant le 27 juillet, expliquant que leurs mouvements étaient dictés par des considérations de sécurité face à des conditions météorologiques défavorables. Entre le 24 et le 27 juillet, les deux flottes étaient en vue l'une de l'autre, mais les Français attendaient des renforts avant d'engager le combat. Lors de l'affrontement naval, les Anglais bénéficiaient d'un avantage numérique en vaisseaux et en canons. Les Français ont maintenu leur capacité de manœuvre et de combat. Les Anglais accusent les Français d'avoir refusé un second combat, ce que la réponse réfute en soulignant que se former en bataille signifie se préparer au combat. Après la bataille, les Anglais se sont éloignés pour réparer leurs vaisseaux endommagés. Les Français accusent les Britanniques de ne pas avoir voulu combattre, soulignant leur supériorité du vent et leur prudence. Les Français ont réussi à désemparer plusieurs vaisseaux britanniques, évitant ainsi une seconde confrontation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11841
p. 262-275
L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
Début :
L'Histoire de l'Amérique, par M. Robertson, Principal de l'Université d'Edimbourg, [...]
Mots clefs :
Nouveau monde, Christophe Colomb, Hommes, Découverte, Homme, Histoire, Amérique, Ouvrage, Océan, Globe, Système, Navigation, Navigateurs, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'Hiftoire de l'Amérique , par M. Robertſon ,
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
Principal de l'Univertité d'Edimbourg ,
& Hiftoriographe de Sa Majefté Britannique
pour l'Ecoffe. A Paris , chez
Panckoucke , à l'Hôtel de Thou , rue
des Poitevins. 2 vol , in-4° . 24 liv.; ou
4 vol. in- 12, 12 liv.
-
COMMENT un homme a - t - il imaginé ,
vers la fin du quinzième ſiècle , qu'il exif
toit un monde au delà de cet Océan Atlantique
, que tousles peuples alors connus
prenoient pour la borne de la terre ?
Comment eft il allé chercher ce monde
en traverfant des Mers que des vaif
feaux n'avoient jamais touchées ? Quelle
a été la première entrevue des habitans
de deux hémisphères inconnus l'un à l'autre
? Se font- ils reconnus pour frères ? Se
·
DE FRANCE. 263
font-ils embraffés en fe rencontrant pour
la première fois fur ce globe ? Quel étoit
le génie & le deftin de l'homme dans ce
nouveau monde ? Etoit - il exempt des
erreurs , des vices & des maux qui affli,
gent l'humanité dans celui que nous habitons
? Plus ou moins éclairé , trouvoit - il
plus de repos & de bonheur dans fes lumières
ou dans fon ignorance ? Quels one
été pour les deux mondes les effets du plus
grand événement des annales du genre
humain ? L'homme eft il plus heureux
depuis qu'il connoît mieux fa demeure ?
Voilà ce que veut nous apprendre un
Auteur qui écrit l'Hiftoire de l'Amérique.
Tous les hommes un peu éclairés du fiècle
où elle fut découverte , fentirent tout
de fuite de quelle importance pouvoit être
cet événement pour l'accroiſſement des
lumières en tout genre . C'étoit le fujet de
tous leurs entretiens , & leurs lettres ne
parloient pas d'autre chofe. Il y avoit furtout
dans le fond du Périgord un homme
qui s'en occupa fingulièrement toute la vie :
on fe doute bien que cet homme étoit
Montaigne . On eft un peu furpris , non pas
de fa curiofité , mais de la conftance & de
la fuite de fes recherches pour connoître
l'Amérique & les Américains. Il avoit pris
chez lui un homme qui avoit paffé quel
ques années dans le nouveau monde ; il
l'avoit choifi fimple & groflier, parce que les
fines gens, dit il , qui remarquent bien plus
264 MERCURE
curieufement & plus de chofes , les glofent
& les inclinent & mafquent felon le vifage
qu'il leur ont vu.
Ce choix, & l'opinion fur laquelle il le fondoit
, font très - remarquables ; mais je crains
bien que Montaigne n'ait employé lui même
beaucoup de finelle à fe tromper. Les hom
mes les plus fimples , c'eſt- à - dire , ceux qui
ont le moins d'idée , font précifément ceux
qui inclinent , qui rapportent le plus tout ce
qu'ils voient de nouveau au petit nombre
d'idées qu'ils ont déjà. Le feul moyen de
n'être point affervi par fes idées , eft d'en
avoir en très-grand nombre. L'empire de
la raifon a befoin d'être étendu pour être
affermi. Des Philofophes feuls pouvoient
bien juger & nous faire bien connoître
l'Amérique.
Pendant près de trois fiècles les relations
& les hiftoires ſe font multipliées à l'infini
; mais les premiers Européens qui
parcoururent le nouveau Monde , n'étoient
pas bien propres à nous en donner de juftes
notions. Des hommes altérés d'or & de
fang , des dévaftateurs , ne pouvoient pas
être de bons obfervateurs. On a prodigué
les menfonges & les prodiges : il n'eût
tenu qu'à l'Europe de prendre l'hiſtoire du
nouveau Monde pour l'hiftoire d'une autre
planète .
Enfin quelques hommes vrais , & qui
avoient des lumières , ont vu auffi cette
partie du globe. Il reftoit encore des fan-
Vages
DE FRANCE: 255
vages , il les ont obfervés . Le tems n'avoit
pu détruire encore les débris des deux
Empires renversés par les Efpagnols : on
a lu fur ces débris l'hiftoire des Edifices
dont ils ont fait partie. Dès qu'on a eu
quelques faits bien conftatés , des Philofophes
ont écrit fur le nouveau Monde,
Les Recherches de M. Paw , fur les Américains
, ont paru d'abord ; il eft difficile de
répandre plus d'efprit & d'intérêt fur un
ouvrage de Philofophie . Les détails Topographiques
les plus arides , deviennent
attachans fous fa plume ; & prefque jamais
cependant il ne s'eft permis de les embellir
par ces couleurs brillantes que la nature
offre d'elle-même à ceux qui la décrivent ,
mais que des gens d'un goût févère veulent
bannir de tout ouvrage d'inftruction . L'Auteur
étoit fait pour juger également les
chofes & les hommes , mais il s'eft fait
un fyftême , & par-tout enfuite, il a vu fon
fyftême. Il a paru depuis un ouvrage célèbre
, dont l'utilité eft infiniment plus grande
; jamais ouvrage , peut-être , n'a eu à
fa naiffance des effets auffi étendus : à fa
lecture on a vu des particuliers aller chercher
le bonheur fous de nouveaux Cieux ;
des Négocians diriger fur de nouveaux
plans les opérations de leur commerce ;
des Puiffances changer à beaucoup d'égard
le fyftême politique de leur cabinet ; des
Empires naiffans , pofer fur fes principes les
25 Septembre 1778 . M
266 MERCURE
"
fondemens de leur liberté & de leur grandeur
future , & le citer avec honneur dans
leurs Aflemblées Législatives .
Mais fon plan , qui ne fe bornoit point
à l'Amérique , étoit trop vafte pour nous
donner fur le nouveau Monde tous les
détails que demande notre curiofité , &
qui font néceffaires à notre inftruction . On
avoit encore befoin de l'Hiftoire de M.
Robertfon .
Le plan feul de cet ouvrage , & la manière
dont les parties en font difpofées , en
annoncent le mérite. Le premier livre préfente
un tableau des progrès de la Navigation
chez les anciens & les modernes ,
jufqu'au moment ou Colomb forma le
projet de fa découverte . Le fecond & le
troisième contiennent l'Hiftoire de ce grand
événement jufqu'à la mort de Colomb ,
& jufqu'au moment de la découverte de
plufieurs parties du Continent. Le quatrième
offre le tableau phyſique du nouveau
Monde & le tableau de la vie
Sauvage. Le cinquième & le fixième reprennent
le récit des découvertes , & for
ment l'Histoire des Conquêtes du Mexique
& du Pérou. Le feptième , après avoir
établi quel étoit l'état de la Civilifation
chez ces deux Peuples , nous fait connoître
toutes les autres poffeffions Efpagnoles. Le
huitième enfin , développe le fyftême d'Adminiftration
que l'Efpagne a fuivi jufqu'à
nos jours dans fes Colonies.
DE FRANCE. 267
On voit que l'ouvrage n'eft pas encore
achevé , & qu'il y manque l'Hiftoire des
Etabliflemens Portugais , François , Hollandois
& Anglois . M. Robertfon s'eft arrêté
dans le cours de fon travail , pour attendre
l'événement qui terminera la guerre de la
Grande Bretagne avec les anciennes Colonies.
Un ouvrage auffi étendu , auſſi vaſte
ne peut
être bien connu par un extrait :
il faut le lire. Je tâcherai feulement de
raffenibler ici ou les faits ou les réfultats ,
qui peuvent offrir le plus d'intérêt & d'utilité.
En voyant dans le tableau des progrès
de la Navigation ce qu'elle a été chez les
anciens , on eft d'abord un peu furpris de
la voir prefque entièrement renfermée dans
la Méditerranée , & nous oppofons avec
orgueil à ces premiers Navigateurs , les
modernes qui traverfent en tous fens le
Globe , & font le tour du monde portés
fur l'Océan. Mais lorsqu'on voit enfuite
que , près d'un fiècle après la découverte
des propriétés de l'aiguille aimantée , les
Navigateurs modernes les plus intrépides
n'avoient pas ofé abandonner les côtes de
l'Océan , on eft moins porté à fe glorifier
des avantages que l'on a fur les anciens.
Beaucoup de favans même ont pensé que
des Phéniciens & des Egyptiens fortis de
la mer rouge par le détroit de Babelmandel
, étoient entrés dans la Méditerranée
par le détroir de Gibraltar , & que par
Mij
268 MERCURE
conféquent ils avoient doublé le Cap de
l'extrêmité de l'Afrique . M. Robertſon
paroît rejeter les faits fur léfquels eft fondée
cette opinion ; mais il me femble qu'ils
font affez bien établis dans l'Hiftoire de
la Navigation par le favant Huet , & dans
une differtation de M. Ameilhon , cou-
Ionnée à l'Académie des Belles - Lettres.
Au reste , ce n'eft plus pour nous qu'une
queftion de pure curiofité , & la philofophie
ne doit guère en agiter de femblables .
M. Robertfon fe plaint de l'obscurité
qui couvre encore le nom de ce bourgeois
d'Amalfi , de Flavio Gioia , qui , en dé
couvrant les propriétés de l'aiguille aimantée
a donné aux peuples modernes la
poffeffion de l'Océan & du Globe , & qui
devoit partager au moins la gloire de ceux
qui ont découvert & conquis le nouveau
Monde. Il ne faut en accufer , je crois , ni
l'ingratitude ni l'injuftice des hommes , ni
même leur négligence à honorer ce qui
leur eft utile. Lorfque Flavio Gioïa fir
cette découverte , on fut loin d'abord de
prévoir les avantages qu'on en retireroit.
Les Navigateurs , comme nous l'avons déjà
dit , ne changèrent prefque rien à leur
manière de voyager , & longèrent encore
les côtes pendant près d'un fiècle. Si fortant
des mains de Gioïa , l'aiguille aimantée eût
conduit les conquérans du nouveau Monde
à travers l'Océan Atlantique , le nom du 1
DE FRANCE. $259
bourgeois d'Amalfi feroit aujourd'hui dans
la bouche de tous les hommes avec les
noms de Cortés , de Colomb & de Pizarre.
On peut croire même que dans ces tems
d'ignorance , l'imagination eût vu comme
un prodige , cette découverte qui mettoit
dans la main des hommes un guide que
leurs regards étoient obligés de chercher
dans les Cieux . Mais Flavio Gioia fembla
être condamné à une éternelle obfcurité ,
par l'ufage obfcur & timide qu'on fit
d'abord de fa découverte . Il est même certain
que Colomb fut le premier qui s'abandonna
entièrement à la foi de l'aiguille
Polaire . Les Portugais touchoient au Cap
de Bonne- Efpérance , & n'avoient encore
perdu de vue les côtes de l'Afrique , que
lorfqu'ils avoient été emportés par les vents
& les tempêtes. C'eft à un orage très-violent
qu'ils furent redevables de la décou
verte de Porto- Santo & de Madère.
Toutes les circonftances de la vie de Colomb
, rendent fon hiftoire plus intéreffante
& fa gloire plus belle. Le hafard a fait la
plupart des grandes découvertes, & l'homme
dans ce genre eft réduit prefque toujours à
s'enorgueillir des faveurs du fort. La découverte
du nouveau Monde eft dûe toute
entière au génie de Colomb . Newton trouva
le vrai fyftême du Monde en le cherchant
toujours. C'est eny penfant toujours auffi que
Colomb fe démontra à lui- même , qu'en
traverfant à l'Oueſt l'Océan atlantique , il
M iij
(270 MERCURE
devoit parvenir néceffairement à une terre.
Cette idée feule prouve qu'il étoit phis
éclairé que tout fon fiécle dans l'Aftronomie.
Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que le
hafard n'ait point enlevé cette gloire à fon
génie. Il y avoit un fiécle que les Portugais
fe promenoient entre l'Afrique & le
Bréfil. Une tempête pouvoit à chaque inftant
jeter le plus ignorant des Navigateurs
dans ce nouveau Monde dont Colomb
avoit deviné l'exiftence . Et en effet , fept
ans après fon premier voyage , Alvarès
Cabral fur jeté par une tempête fur les
Côtes du Bréfil Sept ans plus tard, Colomb
n'eût été rien , Cabral auroit eu la gloire de
Colomb.
Élevé au- deffus de tous les Navigateurs
par fes lumières , Colomb avoit auffi les
-vues d'un homme d'Etat . Il prévoyoit combien
la découverte qu'il alloit faire devoit
donner de puiffance à la Nation pour
Jaquelle il la feroit. Il cherche quel eft
Je Peuple que fon génie doit enrichir d'un
nouveau Monde . Il étoit éloigné de fa
Patrie depuis fon enfance ; elle n'avoit
rien fait pour lui. C'eft vers fa Patrie cependant
que les regards fe tournent en ce
moment; & le Sénat de Gènes , fi profondé
ment occupé à ne rien perdre de quelques
lieues de terrein , fe voit faire , par un
obfcur Citoyen , la propofition de porter
fa puiffance dans un nouvel Univers . Gènes
ne voit dans ce projet que le délire d'un
DE FRANCE. 271
ambitieux . Colemb l'offre alors au Portu
gal , qui étoit fa Patrie d'adoption . Les
Portugais lui refufent les moyens de l'exécuter
, & s'efforcent de le lui voler . 11 a
rempli les devoirs que lui dictoient les
fentimens de fon coeur. Son projet appartient
déformais à la Nation qui fera digne
de l'adopter ; & il le préfente à la fois à
l'Espagne & à l'Angleterre. Ifabelle &
Ferdinand confentent du moins à l'entendre.
C'est un fpectacle bien fingulier de
voir ce grand homme obligé de foumettre
fon projet , tantôt à des Médecins Juifs ,
tantôt à des Évêques , tantôt au Confeffeur
d'une Reine . Sa patience eft admirable
à expliquer fes idées à des gens qui
ne pouvoient les comprendre. On aime à
le voir fur-tout oppofer à tous les doutes
& à toutes les objections, une confiance que
la certitude feule pouvoit infpiter , &
agir & parler comme fi l'Amérique eût
été déjà découverte. Il demande le titre de
Vice- Roi pour des pays qui n'existent pas
encore ; il règle déjà ſa part & celle du
Trône de Caftille , dans des trésors auxquels
perfonne ne veut croire . Il eſt aifé
de juger combien il devoit paroître infenfé
fur-tout aux hommes qui fe piquoient le
plus de raifon . En effet , il s'eft confervé
en Eſpagne une tradition qui nous ap
prend , que lorfque Colomb palloit dans
les rues avec cet air rêveur que devoit lui
donner fon projet , les hommes qui avoient
Miv
272 MERCURE
Les
le plus de fens , portant le doigt au milieu
de leur front , & fecouant la tête , fe
difoient les uns aux autres , par ces fignes ,
que Colomb avoit perdu l'efprit.
détails de fon départ , de fa navigation
& de fa découverte , fe trouvent par- tout:
il feroit inutile de les rapporter dans cet
Extrait. Mais il eft un fait moins connu ,
& qui peint mieux , ce me femble , que
tous les autres , l'âme & le caractère de
ce grand homme. Il revenoit du Monde
qu'il avoit découvert , & affailli par une
tempête , il eft prêt à périr . Environné de
toutes les horreurs de la mort , il ne fonge
qu'à une feule chofe , il n'a qu'un feul regret
, c'est que le fruit de fa découverte
va être perdu pour les hommes. Il entre
dans fa chambre , écrit rapidement fur du
parchemin , au bruit de la tempête & des
cris de l'équipage , un Journal de fa navigation
& de fa découverte ; l'enveloppe
d'une toile cirée , le met enfuite dans un
gâteau de cire , & le jette dans la mer dans
un tonneau bien bouché , efpérant que le
Ciel confervera un dépôt fi précieux au
monde , & le fera parvenir aux hommes.
+
Quand on voit tant de courage infpiré
par un fi grand amour de l'humanité , on
trouve que la mémoire de Colomb n'eft
pas à beaucoup près affez révérée & aſſez
chérie des hommes. Les injuftices de fes
Contemporains , & les malheurs qui flétrirent
les dernières années de fa vie , deDE
FRANCE. 273
vroient cependant la confacrer encore. I
avoit découvert le continent de l'Amérique
, ainfi que les Ifles ; il avoit reconnu
l'Orénoque & la Baye . de Honduras . Un
Florentin , quelque tems après , accompagne
Ojeda dans un voyage où l'on fait fervi
lement la route tracée par Colomb : ce
Florentin à fon retour publie une Rela
tion de fon voyage , & fon nom d'Améric
devient celui du nouveau monde , qui
ne devoit porter que le nom de Colomb.
La calomnie l'attaque bientôt dans l'efprit
de Ferdinand & d'Ifabelle : il étoit trop
grand pour qu'il fût bien . difficile de le
faire paroître dangereux. Un Gouverneur
d'Hifpaniola le fait traîner dans un vaiffeau
, chargé de fers , & l'envoie dans cet
état devant les Tribunaux de la Caftille.
Alonzo de Vallejo , Capitaine du vaiffeau
qui le porte , n'est pas plutôt hors de la
vue de l'Ifle , qu'il s'approche de fon Prifonnier
avec refpect , & lui offre de lui
faire ôter les fers dont il eft fi injuſtement
chargé. Non , lui répond Colomb , je
porte ces fers par l'ordre du Roi & de la
Reine , j'obéirai à ce commandement comme
à tous ceux que j'ai reçus d'eux. Leur volonté
m'a dépouillé de ma liberté , leur vo
lonté feule peut me la rendre . Colomb
croyoit voir fans doute le pouvoir facté
des Loix dans la volonté des Souverains
qu'il avoit adoptés ; & ce trait peut rappeler
peut-être celui de Socrate , qui rejette l'offre
MY
274 MERCURE
de fes amis qui veulent faire ouvrir les
portes de fa prifon , & qui aime mieux
fubir une injufte mort , que de corrompte
les Exécuteurs des Loix , en faveur même
de la Juftice. Ferdinand & Ifabelle firent
femblant enfuite de vouloir adoucir le
fentiment profond de douleur
que Colomb
Feçut de cette injuftice ; mais ils ne firent
rien qui fut capable de la réparer , & ce
fentiment refta toujours gravé dans fon
âme. Il fe plut même à le nourrir. Il ne
fe fépara plus des fers qu'il avoit portés.
Dans fon indignation , il les montroit à
tout le monde. Ils étoient toujours fufpendus
aux murs de fa chambre; il les fit
enfermer avec lui dans fon tombeau. I}
fe vengeoit de l'ingratitude des Souverains
qu'il avoit fervis , en confervant les monumens
des injuftices qu'il avoit fouffertes :
peut être auffi que la vue de ces fers , en
nourrillant même fon indignation , lui
donnoit la feule confolation qu'il pût recevoir
; car il eft dans tous les grands hommes
un fentiment qui les porte à s'enorgueilliz
de leurs malheurs. Telle fut enfin l'injuf
tice de fon fécle, que Colomb fe repentit ,
en mourant , d'avoir créé , pour ainfi dire,
un nouveau monde aux hommes.
Un Ecrivain philofophe devoit nous faire
Hiftoire du Ciel & de la Terre du nouveau
Monde , comme celui de fes Habitans.
Les anciens Hiftoriens n'avoient guère
cette méthode , parce qu'on ne favoit pas
DE FRANCE.
275
encore combien les actions de l'homme
dépendent de l'air qu'il refpire , des alimens
dont il fe nourrit , de la terre qu'il
foule à fes pieds. C'eft dans les tems où
il fe connoît le moins , que l'homme croit
s'appartenir davantage. M. Robertſon nous
donne des détails très - étendus fur l'organifation
du nouveau Monde . Il a claffé ,
fur-tout avec beaucoup d'ordre , toutes les
caufes qui , en y rendant la chaleur moindre
de douze à quinze degrés que dans
les mêmes latitudes de l'ancien Monde ,
produifent des effets fi remarquables fur
les Habitans de l'Amérique.
Il cherche enfuite par quelle partie du
Globe les Habitans d'un Hémisphère ont
pu paffer dans l'autre . Cette recherche a
paru puérile à quelques Philofophes ; autant
vaudroit demander , a -t- on prétendu
par où les herbes & les plantes ont paffé
en Amérique ? Cette demande ne déconcerteroit
pas beaucoup ceux qui la trouveroient
auffi raifonnable que l'autre , &
qui font très fâchés de n'avoir pas de
bonnes Histoires des Colonies , & des plantes
& des herbes. M. Robertfon finit fes recherches
fur cet objet , par conclure que
l'Amérique a dû être peuplée , ou par le
Nord-Ouest de l'Europe , ou par le Nord
Eft de l'Afie. ( Cet Article eft de M. Garat),
·
La fuite au Mercure prochain .
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Résumé : L'Histoire de l'Amérique par Robertson, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'L'Histoire de l'Amérique' de William Robertson, principal de l'Université d'Édimbourg et historiographe de Sa Majesté Britannique, analyse la découverte et les conséquences de l'Amérique. Robertson étudie les premiers contacts entre les habitants des deux hémisphères et les erreurs, vices et maux observés dans ce nouveau monde. Michel de Montaigne, originaire du Périgord, s'est également intéressé à l'Amérique et à ses habitants, recueillant des informations auprès de personnes ayant vécu dans le Nouveau Monde. Les premières descriptions de l'Amérique étaient souvent inexactes, rédigées par des Européens motivés par l'or et la violence. Des récits plus fiables ont émergé avec l'arrivée de philosophes et d'observateurs éclairés. Le texte aborde également les avancées en navigation, comparant les navigateurs anciens et modernes, et mentionne la découverte de l'aiguille aimantée par Flavio Gioia. Il met en lumière le génie et la persévérance de Christophe Colomb, qui a anticipé l'existence d'un nouveau monde en traversant l'océan Atlantique. Colomb a cherché le soutien de plusieurs pays européens, dont la France, le Portugal, l'Espagne et l'Angleterre, mais a rencontré des scepticismes et des obstacles. Il a finalement découvert l'Amérique mais a été victime de calomnies et envoyé en Espagne enchaîné. Colomb est mort en regrettant d'avoir découvert un nouveau monde pour des hommes ingrats. Robertson explore aussi l'influence de l'environnement sur les actions humaines, soulignant que les comportements humains sont déterminés par des facteurs tels que l'air, l'alimentation et le sol. Il discute des voies possibles de migration des habitants d'un hémisphère à l'autre, concluant que l'Amérique a probablement été peuplée par le Nord-Ouest de l'Europe ou le Nord-Est de l'Asie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11842
p. 276-286
SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
Début :
Ce qui fait le plus d'honneur, non-seulement au talent, mais même à l'ame de [...]
Mots clefs :
Dieu, Enfants, Malheur, M. l'Abbé Poule, Âme, Malheureux, Jean-Baptiste Massillon, Enfer, Élève, Misère, Sermons, Infortune, Charité, Intérêt
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
SUITE des Sermons de M. l'Abbé Poule.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
33
DE FRANCE. 277
ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
"
وو
"
ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
ود
"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
"
DE FRANCE 283
éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
39
porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
( dernier Extrait ) .
Ce qui fait le plus d'honneur , non- feulement
au talent , mais même à l'ame de
M. l'Abbé Poule , c'eft que jamais il n'eſt
plus éloquent que lorfqu'il prête fa voix à
l'infortune , & qu'il follicite la bienfaiſance.
Aufli après avoir parlé de fa belle Exhortation
fur l'aumône , nous citerons celle qu'il
prononça dans une autre affemblée de charité
, en faveur des Enfans- Trouvés , & qui
peut - être eft encore fupérieure à la première.
Le Texte en eft très -heureux : Pater meus
& mater mea dereliquerunt me : mon père
& ma mère m'ont abandonné ; & entrant
tout de fuite en matière , comme fi tous ces
malheureux Enfans euffent enſemble élevé
leurs voix , l'Orateur s'écrie : » Chrétiens
Auditeurs, les avez-vous entendus , les cris
» de cette multitude de malheureux , aban-
» donnés, prefque en naiffant, de ceux même
» qui leur ont donné le jour. Les avez - vous
» entendus fans émotion ? &c. Et joignant
Péclat des figures à la vivacité de cette
exorde , il continue : », que d'Ifmaëls confu-
» més par la faim , fe traînent languiffam-
» ment dans le defert , loin des yeux de
» leurs mères éplorées ! Où font les Anges
confolateurs qui accourent pour les fou-
ןג
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ود
lager dans leurs befoins ? Que de Moïfes
flottent dans leurs berceaux fur les eaux
» du Nil , éloignés de toute affiftance ? Où
» font les filles de Pharaon qui fe laiffent
» toucher à leur malheur , & s'empreffent
» de les enlever aux périls qui les menaçent ?
» Hélas , la Divine Providence pourvoit
» abondamment dans nos champs à la nour-
» riture des petits des oiſeaux; & dans la Capi-
» tale, cette Reine orgueilleufe des Cités, les
> enfans des pauvres qu'on y amène de toutes
» parts , ces enfans adoptés plus fingulière-
» ment par la Patrie , notre mère commune ,
»trouvent à peine une demi-fubftance ! En-
» core , pour leur procurer ces légers fecours,
» il faut que le zèle actif & perfévérant de
» leurs protecteurs , auffi compatiffans que
généreux , arrache à la dureté des uns des
» dons paffagers & toujours infuffifans ; il
» faut que l'on déguife aux autres le bien-
» fait de l'aumône fous l'appât aviliffant de
» l'intérêt ; & , à la honte de notre fiècle ,
» cette dernière reffource eft la plus affurée ,
» parce que la miféricorde s'affoiblit de jour
» en jour , & que l'intérêt eft immortel.
»
"
و د
On trouve un moment après un trait bien
ingénieux fur les établiffemens de charité :
lorfqu'en parcourant la Capitale , on dé-
" couvre ces édifices immenfes femés de
» loin à loin , qu'on lit fur le frontfpice
» ces infcriptions confolantes qui promet278
MERCURE
33
» tent refuge , foulagemens , remèdes ;
fubfiftance , miféricorde ; qu'on entre ,
» & qu'on y trouve pour habitans un peuple
de malheureux abandonnés , & pref-
» que fans fecours , n'auroit on pas lieu de
» dire , à ne juger que fur les apparences :
» cette ville fut bâtie par des chrétiens , elle
» a été conquife par des barbares.
ود
99
»
»
C'eft avec la nobleffe & l'énergie de
Boffuet , qu'il trace les caufes de cette misère
publique qui produit tant d'orphelins
& d'infortunés » fi vous me demandez
» d'où font venus la plupart de ces enfans
qui peuplent le nouvel afyle que nous
»vifitons , je vous répondrai : de la hauteur
» de leurs châteaux menaçans , des Seigneurs
infatiables ont fondu avec la rapi-
» dité de l'aigle , fur des vaffaux fans
défenſe , abattus par la crainte ; ces tyrans
» altérés ont difparu tout à- coup , empor-
» tant avec eux , vers cette Capitale , les
dépouilles dégoûtantes des pleurs de tant
» de miférables : elles ferviront d'ornement
» au triomphe barbare de leur luxe. Ces
» vaffaux défefpérés ont été forcés d'envoyer
» leurs enfans en Egypte , pour les dérober
» au glaive de la misère : les voilà. Hélas !
» les puiffans du fiècle devoient être les
protecteurs & les pères de ces peuples ?
N'eft-ce pas aux pafteurs à paître les bre-
» bis ? Les brebis nourriroient leurs agneaux.
"9
DE FRANCE. 279
Mais l'Orateur s'élève au- deffus de luimême
quand il peint ces épouvantables
abus , fur lefquels on fe contente de gémir
tous les jours avec une compaffion ſtérile ,
fans qu'on ait le courage d'y remédier . In-
» fenfiblement nous fommes parvenus à ces
» lieux deſtinés au foulagement des pauvres
» malades. Préparez vous au plus terrible
de tous les fpectacles ; avancez & voyez :
» le fupplice affreux inventé par la cruauté
des tyrans ,
d'attacher inféparablement les
» vivans aux morts ; la néceffite le renou-
» velle ici conftamment fous les enfeignes
» de la miféricorde : dans un même lit fu-
» nèbre , & au- deſſus , gît un tas de malades,
» de moûrans , de cadavres pêle- mêle con-
» fondus.
ور
ود
»
Que les réjouiffances & les fêtes ceffent .
parmi les hommes , s'ils font encore fufceptibles
de quelque impreffion de fenfibi-
» lité ! Malheur ! malheur ! que cette parole
» formidable retentiffe par-tout aux oreilles
» des riches , & les pourfuive fans ceffe !
» Malheur! malheur! que la nature confternée
s'abyfme dans le deuil , & qu'elle ne fe
» relève que lorfque la charité, plus généreufe
& parfaitement fecourable , aur
»réparé cet outrage fait à l'humanité !
C'eft bien là le langage d'un homme trop
puiffamment ému , pour ne pas émouvoir.
Ce cri , malheur ! malheur ! eft un des plus
1280 MERCURE
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وو
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ود
»
: อ
beaux que l'éloquence évangélique ait jamais
fait entendre ; c'eft celui d'une ame fenfible
& indignée. L'Auteur emploie des nuances
plus douces dans la peinture touchante de
l'enfance malheureufe, & de l'intérêt qu'elle
infpire il faudroit étaler ici cette foule
prodigieufe de nourriffons de la Patrie ;
' ils n'ont pas de meilleurs interceffeurs
que leur préfence & leur nombre : pourquoi
les cacher ? C'eſt le jour de leur
moiffon ; c'eſt la fête de leur adoption :
» où font- ils ? Appréhenderoit-on de les
introduire dans ce Temple? Jefus- Chrift
les aime ; il vous exhorte de ne pas les
empêcher d'aller jufqu'à lui ; il vous les
propofe comme des modèles que vous
» devez imiter. Que craindriez-vous vousmêmes
de ces enfans timides ? Leur
misère n'a rien qui puiffe offenfer votre
» délicateffe ? Ils ne vous importuneront
pas de leurs gémiffemens ni de leurs
» plaintes ; ils ne favent pas qu'ils font pau-
» vres : puiffent- ils ne le favoir jamais ! Ils
» ne vous reprocheront ni la dureté de votre
» coeur , ni vos prodigalités infenfées , ni
vos fuperfluités ruineufes. Ils ignorent les
droits qu'ils ont fur vous , & tout ce que
» leur coûtent vos paffions & votre luxe.
Vous les verrez fe jouer dans le fein de
» la Providence , incapables également de
» reconnoiſſance & d'ingratitude , toujours
"
DE FRANCE. 281
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"
» contents dès que les premiers befoins de
la nature font fatisfaits , leurs defirs ne
s'étendent pas plus loin . Préfentez - leur l'or
» & l'argent que vous leur deſtinez , ils les
» faifiront d'abord avec empreffement ,
» comme un objet d'amufement & de
« curiofité ; ils s'en dégoûteront bientôt ,
» & vous les laifferont reprendre avec in-
» différence. Les prémices intéreffantes de
la vie , la foibleffe & les graces de leur
âge , leur ingénuité , leur candeur , leur
» innocence leur infenfibilité même à
» leur propre infortune , vous attendriroient
jufqu'aux larmes. Qu'il nous feroit alors
» aifé d'achever leur triomphe fur vous !
Jamais , depuis Maffillon , le miniſtère
de la parole Evangélique n'a été exercé avec
une éloquence plus perfuafive & plus briklante.
Les mêmes beautés fe retrouvent dans
les Sermons fur la parole de Dieu , fur la
foi , fur les afflictions , &c. On ne peut faire
à M. l'Abbé Poule qu'un feul reproche ,
c'eft d'avoir écrit trop peu.
C'eft un parallèle intéreffant à préfenter ,
que celui de Maffillon & de M. l'Abbé Poule,
lorfqu'ils ont traité les mêmes fujets ; ce
qui leur eft arrivé dans les Sermons fur
l'Enfant- Prodigue & fur l'Enfer . Nous nous
bornerons à les rapprocher dans deux morceaux
de ce dernier fujet , dont nous laifferons
la comparaifon au Lecteur. Ecoutons
282 MERCURE
99
d'abord Maffillon peignant les tourmens
des ames réprouvées :» le Dieu de gloire luimême
, pour augmenter leur défeſpoir ,
» fe montrera à eux plus grand , plus ma-
» gnifique, s'il étoit poffible , qu'il ne paroît
» à fes Elus. Il étalera à leurs yeux toute fa
» Majeſté , pour réveiller dans leur coeur
» tous les mouvemens les plus vifs d'un
amour inféparable de leur être ; & fa
clémence , fa bonté , fa munificence , les
tourmentera plus cruellement que fa fu-
» reur & fa juftice. Nous ne fentons pas ici
» bas , mes Frères , la violence de l'amour
naturel que notre ame a pour fon Dieu ,
» parce que les faux biens qui nous environnent
, & que nous prenons pour le
bien véritable , ou l'occupent ou la par-
» tagent ; mais l'ame une fois féparée du
corps , ah ! tous ces phantômes qui l'abu-
» foient s'évanouiront ; tous ces attachemens
étrangers périront ; elle ne pourra plus
» aimer que fon Dieu , parce qu'elle ne
» connoîtra plus que lui d'aimable. Tous
fes penchans , toutes fes lumières , tous
» fes defirs , tous fes mouvemens , tout fon
» être fe réunira dans ce feul amour ; tout
l'emportera , tout la précipitera , fi je l'ofe
dire , dans le fein de fon Dieu , & le
poids de fon iniquité la fera fans ceffe
retomber fur elle - même. Eternellement
forcée de prendre l'effor vers le Ciel ,
"
n
n
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éternellement repouffée vers l'abyfme , &
plus malheureufe de ne pouvoir ceffer
d'aimer , que de fentir les effets terribles
de la juftice & de la vengeance de ce
» qu'elle aime.
P
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porte
On retrouvera dans M. l'Abbé Poule
précisément les mêmes idées , mais traitées
d'une manière très- différente : » dans la pri-
» vation entière des biens de la gloire , le
réprouvé eft rendu , à qui ? A fon Dieu ;
» fur la terre c'eft le pêcheur qui fe défend ,
» & c'eft Dieu qui le pourfuit , qui ne peut
confentir à fa perte , qui heurte à la
de fon coeur , qui l'appelle par fa grace .
Dans l'Enfer tout rentre dans l'ordre ;
» c'eſt Dieu qui ſe refufe , & c'eſt le réprouvé
qui le cherche . Son ame dégagée
des liens imperceptibles qui fufpendoient
la rapidité de fa pente naturelle , eft rappelée
malgré elle à toute fa deftination ;
» elle tend à Dieu comme à fon centre
;
» elle fe porte vers lui avec impétuofité.
23. Où vas tu , ame criminelle ? Tu voles au-
» devant de ton Juge ! ni cette confidération,
ni fes alarmes , ni les châtimens qu'elle
fe prépare , ne font pas capables d'arrêter
l'impulfion vive qui l'entraîne ; elle s'élance
par la néceffité de fa nature , & toutes
» les perfections divines qu'elle a outragées ,
s'empreffent de la rejeter ; elle s'élève
» par le befoin immenfe & preffant qu'elle
33
"
284
MERCURE
» a de fon Dieu; & fon Dieu la repouffe
» par la haine néceffaire qu'il porte au péché.
» Elle s'élance , & la rapidité de fon effor
» lui fait encore mieux comprendre qu'elle
étoit faite pour jouir de Dieu . Elle en
eft rejetée ; & la pefanteur du coup qui
l'accable , lui fait encore mieux connoître
qu'elle a forcé fon Dieu à la repouffer.
» Elle s'élève par défefpoir ; Dieu la rejette
par une jufte vengeance . Sufpendue entre
elle-même & fon Dieu , entre le comble
du bonheur & le comble de la misère. ;
également malheureufe , & quand elle
» s'efforce de s'approcher de cette fource
de tous les biens , & quand elle en eft
arrachée avec violence ; également tourmentée
, & lorfqu'elle fort d'elle-même ,
» & lorfqu'elle eft contrainte de s'y replon
ger , elle trouve fon Dieu fans pouvoir
» le pofféder ; elle fe fuit fans pouvoir s'éviter
; elle paffe fucceffivement des ténèbres
à la lumière , de la lumière aux ténèbres ;
elleroule d'abyfines en abyfmes , d'horreurs
en horreurs ; elle porte l'Enfer jufques
vers le Ciel ; elle rapporte l'image du Ciel
jufques dans l'Enfer même.
ינ
L'autre morceau eft dans le Sermon du
mauvais riche de Maffillon . » Peut-être que
l'inventeur de ces fpectacles criminels
» où vous courez avec tant de fureur , fenis
tant croître la rigueur de fes peines à
DE FRANCE. 285
""
n
mefure que les fruits dangereux & irré
parables de fon art , portent un nouveau
poifon dans vos ames , peut- être qu'il
fait monter fes rugiffemens jufqu'au fein
» d'Abraham , pour obtenir qu'il puiffe lui-
» même , avec fon cadavre hideux & dévoré
des feux éternels , venir paroître fur ces
» théâtres infâmes que fa main éleva autrefois
, & corriger par l'effroi de ce nouveau
fpectacle , le danger de ceux qui lui doivent
leur naiffance , & auxquels il doit
» lui -même fon éternelle infortune .
"
90.
"
M. l'Abbé Poule a fait ufage de la même
idée dans fon Sermon fur l'Enfer , où il
dit , en peignant les fupplices du reprouvé
» les fruits malheureux de fes iniquités font
reproduits ; la juftice Divine les tire des
» vafes de fa fureur où ils étoient en dépôt ;
les inventeurs de ces fcènes fabuleufes , de
» ces repréſentations profanes , fi dangereu-
»fes à l'innocence , ont fans ceffe préfens
à leur efprit ces théâtres féducteurs qu'ils
sont élevés pour toujours à l'illufion , au
preftige des fens , à la dépravation des
» moeurs , & ils font entourés d'une foule
innombrable de malheureux qu'ils ont
» entraînés.
>>
On a pu remarquer en quelques endroits
que la diction de M. l'Abbé Poule n'étoit
pas toujours auffi pure & auffi naturelle
celle de Maffillon ; mais ces légères taches
que
286 MERCURE
difparoiffent devant le génie oratoire qui
brille dans fes ouvrages , & n'empêchent
pas qu'il ne doive être mis au rang des
modèles de l'éloquence de la Chaire , dont,
notre fiècle peut s'honorer.
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Résumé : SUITE des Sermons de M. l'Abbé POULE. (dernier Extrait).
L'abbé Poule est reconnu pour ses sermons en faveur des malheureux et pour inciter à la bienfaisance. Un de ses sermons marquants est celui en faveur des Enfants-Trouvés, où il utilise des références bibliques et des images émouvantes pour sensibiliser son auditoire. Il compare leur détresse à celle des enfants d'Israël et critique la société qui laisse mourir ces enfants malgré ses ressources. L'abbé dénonce les abus et injustices sociales, imputant la création d'orphelins à l'exploitation des paysans par les seigneurs. Il décrit les conditions misérables des hôpitaux et appelle à la charité pour soulager ces souffrances. Le texte compare également les sermons de Maffillon et de l'abbé Poule, notamment sur l'Enfant Prodigue et l'Enfer. L'abbé Poule est apprécié pour son éloquence persuasive, bien que l'on regrette qu'il n'ait pas laissé plus d'écrits. Dans leurs sermons sur l'Enfer, Maffillon décrit les tourments des âmes damnées, tandis que l'abbé Poule met en lumière l'attirance irrésistible de l'âme vers Dieu malgré son rejet. Les deux auteurs explorent la lutte intérieure de l'âme entre son désir de Dieu et la justice divine. Le texte aborde aussi la représentation de l'Enfer et ses conséquences morales, évoquant une vision cyclique de l'existence humaine. Le sermon du mauvais riche de Massillon est mentionné comme exemple. L'abbé Poule traite des supplices des réprouvés et des dangers des représentations profanes pour l'innocence. Bien que sa diction soit parfois moins pure que celle de Massillon, l'œuvre de l'abbé Poule est reconnue pour son génie oratoire et son importance dans l'éloquence de la chaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11843
p. 286-293
Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur la Musique, deux volumes in-4o. orné d'un grand nombre de Figures & [...]
Mots clefs :
Musique, Ouvrage, Grecs, Chansons, Livre, Temps, Romains, Nombre, Poètes, Musiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
Efai fur la Mufique , deux volumes in- 40.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
orné d'un grand nombre de Figures &
de Chanfons notées , propofé par foufcription
. L'Ouvrage fera divifé en cinq
Livres.
LIVRE PREMIER .
CH. Ier, De la Mufique en général .
CH. II. Sa Divifion.
CH. III.
CH . IV .
CH. V.
CH . VI .
CH. VII.
CH . VIII.
CH, IX .
CH. X.
CH . XI .
CH. XII.
Divifion de la Mufique inftrumentale
ou pratique.
Antiquité de la Mufique.
Comment elle fut trouvée.
Des premiers Chants confacrés
à Dieu.
De la Mufique après le Déluge.
Dans les Funérailles des Hébreux
& des Égyptiens.
Quelle connoiffance Moïfe eut
de la Mufique.
De la Mufique du temps de
David.
Du temps de Salomon.
Depuis Salomon jufqu'à Cyrus.
DE FRANCE. 287
CH. XIII. De la Mufique dans les Repas ,
les Vendanges & les Obféques.
CH. XIV. De la Mufique des Chaldéens
CH. XV .
CH. XVI.
& autres Orientaux .
De celle des Égyptiens.
De celle des Grecs.
CH. XVII. De celle des Romains.
CH. XVIII . De la Mufique en Italie .
CH. XIX. De la Saltation , ou Art de la
Pantomime.
CH. XX.
CH. XXI.
Des Jeux publics des Grecs &
des Romains.
Des Acclamations & Applau
diffemens chez les Anciens,
CH. XXII . De la Mufique depuis les Gau
lois jufqu'à nous,
CH. XXIII . Explication des Signes & Caractères
de la Mufique an
cienne , depuis le quatorzième
Siècle environ , juf
qu'au feizième .
CH. XXIV . De la Mufique & des Inftru-
CH. Ier,
CH. II.
mens des Chinois.
LIVRE SE CON D,
Poëtes Muficiens , Grecs &
Romains , avec une Notice
de leurs Vies & de leurs
Ouvrages.
Muficiens Grecs & Romains,
28 . MERCURE
CH. III .
CH. IV .
CH. V.
CH . VI
CH. VII.
CH. VIII.
CH. IX .
Auteurs Grecs & Romains ,
qui ont écrit fur la Mufique.
Poëtes Lyriques , Italiens &
François.
Troubadours & autres Poëtes
Provençaux , avec quelques,
unes de leurs Chanfons.
Compofiteurs Italiens.
Compofiteurs François.
Muficiens Italiens & François,
Auteurs Italiens & François ,
qui ont écrit fur la Mufique,
LIVRE TROISIÈME.
Ce Livre renfermera un Traité de compofition
à l'ufage des Gens du Monde , pour
les mettre à portée d'entendre cette matière ,
abftraite par elle- même , & quelquefois fort
embrouillée par les Gens de l'Art .
pas
Il faut excepter de cette Claffe : 1 ° . L'Ouvrage
d'un fameux Géomètre , qui n'a
dédaigné d'éclaircir plufieurs Principes obfcurs
de Rameau. Cet excellent Ouvrage de
M. d'Alembert, doit être le Guide des jeunes
Compofiteurs. 2 ° . Les favantes Differtations
de M. l'Abbé Arnaud , de l'Académie
Françoiſe & de celle des Infcriptions &
Belles- Lettres , qui fait allier le goût le plus
délicat , aux plus profondes connoiffances
dans plufieurs genres ; & que l'on preſſe en
vain depuis long-temps de mettre au jour
les
DE FRANCE. 289
les fruits de fes laborieufes recherches.
3º. Les Ouvrages de M. l'Abbé Rouſſier , à
connu par la clarté qu'il répand dans fes
Ecrits , & particulièrement dans fon excellent
Mémoire fur la mufique des Anciens.
1 eût été plus heureux pour le Public , qu'il
eût voulu remplir la tâche que nous avons
hafardée ; perfonne ne pouvoit mieux s'en
acquitter que lui , & nous aurions été les
premiers à l'en remercier. 40. L'Effai fut
' Union de la Poéfie & de la Mufique , pat
M. le Chevalier de Chaftellux , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage auffi bien fenti
que raifonné , & qui a fervi de fignal à la
dernière révolution de la mufique en France.
C'eft à lui que l'on doit , peut- être , les réflexions
que nos Poëtes lyriques & nos nouveaux
Muficiens , ont commencé à faire fut
un Art , qui , malgré les chef- d'oeuvres.de
Quinault , de Lully & du grand Rameau ,
n'étoit encore qu'à fon enfance , & depuis
ce temps-là s'aggrandit de jour en jour.
5º. L'Ellai fur la révolution de la Mufique
en Françe , par M. de Marmontel , de l'Académie
Françoife ; Ouvrage que l'on n'a tant
critiqué , que parce qu'on ne l'a pas affez
médité , & qui mérite , à tant de titres ,
l'eftime & les éloges des Lecteurs fans par
tialité , & c.
as Septembre 1778.
N
290
MERCURE
LIVRE QUATRIÈME,
Il comprendra l'Hiftoire des Chanfons
depuis celles des Anciens jufqu'aux nôtres.
On y en a inféré un grand nombre , qui ont
paru dignes d'être fauvées de l'oubli, & on en
trouvera de plufieurs fiècles , afin de pouvoir
juger de l'efprit qui régnoit aux temps de
ces différentes époques des Arts : on en
trouvera auffi une grande quantité de Provençales
, dont plufieurs remontent jufqu'au
temps des Troubadours. On a déchiffré les
anciens Airs du mieux qu'on a pu´, & cè
n'eft pas fans peine qu'on y eft parvenu.
Plufieurs de ces Airs font charmans , & au
ront le mérite de la nouveauté. Pour en faire
fentir l'harmonie , on en a mis le plus grand
nombre à quatre parties , & on efe affuret
que l'effet en eft agréable , lorfqu'on les
exécute avec précifion , & fur- tout à demivoix.
Les trois parties ajoutées , ne font
point obligées ; ainfi ces Chanfons pour ~
font fe chanter à voix feule , quand on le
voudra.
On y trouvera plufieurs exemples de la
mufique des Grecs. Les Airs ont été déchiffrés
par le favant M. Burette , & on
pourra les exécuter à quatre parties , quoique
les Grecs ne les aient jamais entendus
de cette manière. Par- là , on a voulu prouver
que cette mufique étoit fufceptible de.
DE FRANCE.
la plus belle harmonie ; qu'il est étonnant
que les Grecs ne l'aient pas connue , &
qu'ils font impardonnables s'ils l'ont connue
& rejettée .
On n'a épargné ni peines ni foins , pour
que cette partie de l'Ouvrage parut intéreſ
fante aux Lecteurs.
LIVRE CINQUIÈME.
Ce dernier Livre renfermera l'Hiftoire
de tous les Inftrumens de mufique , connus
depuis plus de deux mille ans. Il fera orné
d'Eftampes faites avec foin , qui repréſenteront
tous ces Inftrumens , & enfeigneront
à les monter & à les accorder. L'Auteur a
reçu les plus grands fecours en ce genre ,
des plus habiles Maîtres pour les Inftrumens
connus de notre temps , & s'empreffera de
publier la reconnoiffance qu'il leur doir.
Enfin , on n'a rien négligé pour rendre
cet Effai digne des bontés du Public . L'envie
feule d'être utile , a pu réfoudre l'Auteur
à dépouiller tous les Livres & Manufcrits
de la Bibliothèque du Roi , qui traitent
de la mufique , ainfi que toutes les richeſſes
de M. le Duc de la Vallière , & de M. le
Marquis de Paulmy , en ce genre. La feule
récompenfe qu'il ofe en attendre , c'eſt la
gloire d'avoir été utile.
Les frais qu'entraîne une pareille Edition ,
ornée de beaucoup de Figures , & d'une
Nij
291 MERCURE
grande quantité de Chanfons gravées avec
le plus grand foin , ont déterminé les Édireurs
à propofer cet Ouvrage par foufcription.
Le Public peut compter fur la plus
grande exactitude à remplir les conditions
que l'on va lui propofer.
Il y aura deux volumes in -4° , ornés de
figures & d'un grand nombre de Chanfons
à quatre parties ; & pour la commodité
de ceux qui voudront les exécuter , on
joindra à chaque exemplaire quatre Parties
féparées de ces Chanfons.
Les deux volumes & les quatre parties
féparées , coûteront aux Soufcripteurs la
fomme de quarante- huit livres , dont un
louis en foufcrivant , & un louis en recevant
l'Ouvrage , au plus tard à Pâques prochain ,
& peut-être beaucoup plus tôt,
Ceux qui n'auront pas fouferit paieront
foixante & douze livres , & il ne fera tiré
que très-peu d'exemplaires par de - là le
nombre néceffaire pour remplir les foufcriptions.
On pourra foufcrire pour la France jufqu'au
premier Novembre prochain , & pour
Etranger jufqu'au premier Décembre faivant.
Ceux qui foufcriront pour douze exemplaires
, auront le treizième fans payer.
On ſouſcrit à Rome , chez M. Lefevre de
Revel , chez M, Digne , Conful de France ;
DE FRANCE. 293
à Londres, chez M. Swinton & Compagnie ,
Editeur du Courrier de l'Europe; aux Deux-
Ponts , à l'Imprimerie Ducale ; & à Paris
chez MM. Née & Mafquelier , Graveurs ,
rue des Francs - Bourgeois , Place Saint - Michel
; de la Foffe , Graveur , rue du Petit-
Caroufel ; Ruault , Libraire , rue de la
Harpe.
Cet Ouvrage eft de M. de Laborde. Ses
talens & fes connoiffances en mufique , lui
donnent bien le droit d'être l'Hiftorien d'un
Art qu'il a cultivé toute fa vie avec fuccès ,
& fon amour pour les Arts doit intéreffer
tous les Artiftes à fes travaux.
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Résumé : Essai sur la Musique, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Efai fur la Mufique' est structuré en deux volumes et cinq livres. Le premier livre analyse l'histoire et les pratiques musicales à travers différentes époques et cultures, couvrant la musique instrumentale, religieuse, funéraire, ainsi que celle associée aux repas, vendanges et obsèques. Il explore également la musique des Chaldéens, Égyptiens, Grecs, Romains et autres civilisations anciennes. Le deuxième livre se focalise sur les poètes musiciens grecs et romains, ainsi que sur les compositeurs italiens et français. Le troisième livre offre un traité de composition musicale accessible au grand public, recommandant des ouvrages de d'Alembert, l'abbé Arnaud, l'abbé Roussier, le chevalier de Chastellux et Marmontel. Le quatrième livre retrace l'histoire des chansons depuis l'Antiquité jusqu'aux époques modernes, incluant des airs grecs et des chansons provençales. Le cinquième livre traite de l'histoire des instruments de musique connus depuis plus de deux mille ans, accompagné d'illustrations et de conseils techniques d'experts. L'auteur, M. de Laborde, a consulté divers livres et manuscrits de la Bibliothèque du Roi, ainsi que les collections du Duc de la Vallière et du Marquis de Paulmy. L'ouvrage est enrichi de nombreuses figures et chansons gravées avec soin. Pour couvrir les frais d'édition, l'ouvrage est proposé par souscription à un coût de quarante-huit livres pour les souscripteurs, payables en deux fois, et soixante-douze livres pour les non-souscripteurs. Les souscriptions sont ouvertes jusqu'au 1er novembre en France et jusqu'au 1er décembre à l'étranger, avec des réductions pour les achats de douze exemplaires. Les souscriptions peuvent être effectuées à Rome, Londres, Deux-Ponts et Paris auprès de plusieurs libraires et graveurs mentionnés.
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11844
p. 293-296
Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur l'Histoire générale des Tribunaux des Peuples, tant anciens que modernes, [...]
Mots clefs :
Tribunaux, M. des Essarts, Nations, Histoire, Temps, Tragédie, Adultère, Alger, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
des Peuples , tant anciens que modernes ,
ou Dictionnaire hiftorique & judiciaire ,
contenant les Anecdotes piquantes & les
Jugemens fameux des Tribunaux de tous
les temps & de toutes les Nations ; par
M. Des Effarts, Avocat , & Membre de
plufieurs Académies. A Paris , chez l'Auteur
, rue de Verneuil , & chez Du
rand , Libraire , rue Galande , Nyon ,
rue S. Jean-de-Beauvais , Mérigat le
jeune , quai des Auguftins , 6 vol. in-8 %
Tome I.
L'Hiftoire en général nous préfente des
fcènes plus faites pour encourager au crime ,
Niij,
294 MERCURE
que pour en éloigner: ce font, ou de vils intrigans
récompenfés par la fortune , ou de
grands fcélérats couronnés par la gloire , ou
de hardis impofteurs qui maîtrifent Popinion
, & vivent aux dépens de la crédulité.
L'Ouvrage , dont M. Des Effarts vient de
publier le premier volume , offre un fpectacle
bien différent : ce font , à la vérité ,
les fameux criminels de tous les temps &
de tous les lieux , mais pourfuivis par la
Juftice , & expirant enfin fous le glaive des
Loix.
L'Auteur obferve qu'un grand nombre
de nos Pièces de Théâtre ont été puisées
dans les archives des Tribunaux , & que les
Ecrivains dramatiques y trouveront encore
des catastrophes nouvelles , des couleurs
fombres , des caractères fortement prononcés
, la marche tortueufe des paffions , &
leur exploſion terrible ; en un mot , tout
ce qui donne un grand intérêt à la Tragédie.
L'Ouvrage de M. Des Effarts pent auffi
concourir à la réforme de nos Loix criminelles
, qu'on promet depuis long-temps à
la France. Il raffemble , fous un point de
vue , les moyens employés par tous les Tribunaux
du monde , pour arriver à la connoiffance
des crimes ; certitude fi difficile à
acquérir , & dont un fi grand nombre d'innocens
ont été jufqu'ici les victimes.
DE FRANCE. 295
Il rapproche également les Loix pénales
de toutes les Nations : ce rapprochement
peut fervir à combiner enfin les délits &
les peines d'une manière plus avantageufe
à la fociété , & plus capable d'intimider
l'homme pervers . L'article Adultère contient
une effrayante énumération des divers
fupplices en ufage chez les Peuples de l'ancien
& du nouveau monde , contre les femmes
convaincues d'avoir violé la foi conjugale.
L'article Alger préfente des faits
inconnus , même aux Hiftoriens , fur la
manière dont on adminiftre la juftice parmi
cet immenfe repaire de brigands & d'efclaves
. L'article Angletetre offre tous les détails
qu'on peut defirer fur les Tribunaux
d'une Nation qui met la liberté au premier
des droits & des biens de l'homme
rang
focial.
L'Auteur auroit pu refferrer davantage
certains articles , donner à quelques autres
une plus grande étendue , peut-être même
en fupprimer quelques- uns dont l'intérêt n'eſt
pas affez faillant : mais il peut faire aifément
difparoître ces légers défauts dans les
cinq volumes qui lui restent à publier . On
doit l'encourager à pourfuivre une entreprife
, qui réunit l'agrément à l'utilité, & qui
raffemble en un feul point des objets épars.
dans une infinité de Livres. Il nous promet
d'ailleurs un grand nombre de chofes qu'on
Niv
296 MERCURE
n'a pas encore fait connoître par la voie de
Pimprimerie. Confacré depuis long- temps
à la rédaction des Caufes Célèbres , fixé
dans une Capitale où abondent les voyageurs
de toutes les Nations , M.. Des Effarts.
eft à portée de les confulter ; il peut même
avoir recours aux Ambaffadeurs des Puiffances
Etrangères , qui , fans doute , ne lui
refuferont point les connoiffances néceffaises
pour remplir un objet auffi important.
Par M. L.A. R.
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Résumé : Essai sur l'Histoire des Tribunaux, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Effai fur l'Hiftoire générale des Tribunaux' de M. Des Effarts, avocat et membre de plusieurs académies, compile des anecdotes et jugements célèbres des tribunaux à travers les âges et les nations. Le premier volume, publié à Paris, se concentre sur les criminels notoires et les tragédies inspirées des archives judiciaires. L'auteur vise à réformer les lois criminelles françaises en examinant les méthodes judiciaires mondiales, souvent préjudiciables aux innocents. Il compare les lois pénales de diverses nations et propose des améliorations pour mieux dissuader les délinquants. Des articles spécifiques traitent de sujets comme l'adultère, Alger et l'Angleterre, détaillant les supplices et les systèmes judiciaires variés. Bien que certains articles puissent être améliorés, l'ouvrage est jugé utile et agréable pour sa compilation d'informations dispersées. M. Des Effarts, grâce à sa connaissance des causes célèbres et ses contacts avec des voyageurs et des ambassadeurs, est bien placé pour enrichir les futurs volumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11845
p. 296-302
Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Début :
Anecdotes du Règne de Louis XVI, recueillies & publiées par M. Nougaret, année [...]
Mots clefs :
Louis XVI, Anecdotes, Devoir, Humanité, Compte, Enfants, Prisonniers, Crime, Curé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Anecdotes du Règne de Louis XVI,recueillies
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
& publiées par M. Nougaret ,, année
1777. A Paris , chez Baftien , Libraire
rue du petit Lion , fauxbourg S. Germain
les années 1774 , 1775 & 1776 .
fe trouvent chez le même Libraire,
Des actes de bienfaifance , des Edits pam. ра
ternels. , des réformes en tout genre d'adminiſtration
, des établiſſemens utiles , des
paroles pleines d'une bonté royale : voilà ce
qu'on trouve à tout moment dans ce Recueil
d'Anecdotes , où les bonnes actions:
des particuliers femblent avoir été dictées
par l'exemple du Souverain. Nous croyons
qu'il eft de notre devoir de rapporter ici
avant tout, ce préambule d'un Edit für la
réparation , l'entretien & Faggrandiffement
des prifons..
DE FRANCE. 297
ן כ
L'humanité fur le Trône eft un fpectacle
qu'il faut montret aux âmes dures , trop
communes encore dans ce fiècle ; & il faut
que les Citoyens connoiffent toutes leurs ef
pérances: Nous n'avons pu apprendre, fans
une peine infinie , que , faute de terreins
» ou bâtimens convenables , les prifonniers
» détenus pour dettes, & qui ne font fouvent
coupables que d'imprévoyance , étoient
» mêlés avec des hommes avilis par le crime
des
» & par la débauche ; & que bientôt , cor-
* rompus dans cette funefte fociété , ils ne
rentroient dans le monde que pour y
pandre les vices qu'ils y avoient contrac
tés. Nous n'avons pas été moins affectés
» du compte qui nous a été rendu de ces
""
23
30
rélieux
fouterrains où d'autres prifonniers
» font renfermés : nous avons fu que les
ténèbres , la contagion , le manque d'air
& d'espace en avoient fait des féjours
» d'horreur & de défefpoir ; & , fi l'huma
» nité peut preferire d'épargner , même aux
» eriminels , ces fupplices ignorés & perdus
» pour l'exemple , c'eft un devoir cher à
» notre coeur que d'en préferver ceux de
nos Sujets dont le crime eft encore incer
» tain , & qui fe trouveroient ainfi punis
» avant d'être jugés ;. & , fi la fomme que
nous avons établie , à la charge de noss
» Domaines , jointe aux efforts des Villes
» de notre Royaume , ne fuffifoitpas au but
Mw
293 MERCURE
» que nous nous propofons , nous l'aug-
» menterons lorfque les autres befoins pref-
» fans de notre Etat le permettront ; & rien
» ne pourra nous intéreffer davantage à l'or-
» dre & à l'économie de nos Finances, que la
» fatisfaction que nous éprouverons , à en
» deftiner fucceffivement les fruits à adou-
» cir le fort de la partie de nos Sujets la plus
» malheureufe ».
Les ames délicates , qui fentent les ménagemens
qu'ondoit à l'infortune, & qui favent
combien un bienfait acquiert de prix par la
grace que l'on y met, liront avec bien du plai-
Gir l'Anecdote fuivante : » Mgr.l'Archevêque
» d'Auch ayant appris que deux jeunes per-
» fonnes , d'une famille diftinguée , vivoient
» avec beaucoup de peine du travail de leurs
mains , & qu'elles n'avoient d'autres biens
que quelques mauvais meubles , & un
vieux tableau de peu de valeur , ce géné-
» reux Prélat fe tranfporta auffi - tôt chez
ces infortunées , & voulant les fecourir.
» fans bleffer leur délicateffe , il leur dit en
❤ fouriant , & de l'air le plus affable : vous
→ avez dans votre chambre , Mefdemoiſel-
» les , un tableau dont j'ai beaucoup entendu
parler : je le vois ; il eft d'un grand
» Maître , il me plaît fingulièrement : fi ce
» n'étoit pas vous demander une trop grande
» grace , je vous prierois de me le céder
» pour une rente-viagère de cent louis , que
DE FRANCE. 299
» je m'oblige à vous faire dès ce moment :
» voici la première année d'avance » .
و د
"
ود
pa-
C
On doit favoir gré à l'Auteur de nous
avoir confervé un monument très-précieux
d'une éloquence vraiment paftorale &
triotique. Une Paroiffe du Quercy étoit
expofée aux plus vives alarmes , par les
» murmures & les cris qu'avoit excités la
» défenſe d'enterrer dans les Eglifes & dans
les Cimetières qui ne font pas hors des Vil-
» les . Le Curé , refpectable par fon âge &
» par fes vertus , monta en chaire : mes en-
» fans , dit-il aux féditieux , j'entends votre
piété qui murmure , & qui dit : pourquoi
» veut- on nous priver de la confolation d'être
enfevelis avec nos pères ? Pourquoi nous
» défend on de mêler nos cendres aux
» leurs ? Afin qu'après votre mort vous ne
faffiez pas de mal à vos enfans , à qui
» vous voudriez faire tant de bien pendant
» votre vie ; afin d'abolir un abus perni-
» cieux , afin de détruire un ufage contraire.
» à l'humanité. Eh quoi ! voudriez- vous
» donc acheter une vaine fatisfaction au
» prix de la vie ou de la fanté de vos def-
» cendans ? Jufte Ciel , je vois d'ici frémir
» & fe reculer d'horreur les corps de vos
» ancêtres , lorfqu'on vous portera dans leurs
fépulcres ; je les entends s'écrier : ils ne
» font pas nos enfans , nous n'étions pas
auili barbares. --- Non , mes frères , yous
و د
N vj
300 MERCURE
ne mêlerez pas vos cendres à celles de
»vos pères ; mais vous les mêlerez à celles
» de vos enfans , de vos amis , de vos parens
qui vivent encore ; vous les mêlerez
» aux miennes : oui , je veux que mon corps ,
»foit déposé au milieu de vous dans le
nouveau Cimetière. Ceux qui naîtront
après nous , y viendront prier fur nos:
» tombes, comme fur celles de leurs bienfaiteurs
, & nos offemens treflailleront de
» joie ... Qui de vous refufera de me fuivre
» & de m'imiter ? Qui voudra abandonner.
"
fon Chef & fon Curé? Ah ! s'il en étoit
» ainfi , je vous le déclare , au jour de la
» réfurrection je me leverai feul de ce Cis
metière défert , i'irai me préſenter au .
Souverain Juge , je lui rendrai compte
» troupeau qu'il m'a confié ; & moi , votre
» père , votre frère , votre ami par la charité ,
» moi , Miniftre de paix & de miféricorde ,
» du
moi- même je deviendrai votre premier
» accufateur au Tribunal de Jéfus - Chrift ;
j'appellerai les vengeances céleftes fur ces
infidèles , qui , fans avoir voulu m'écou ,
"3
fe feront rendus coupables envers le-
2 Roi , la Loi , la Religion & l'humanité.
» On fondit en larmes ; & il n'eft pas:
befoin de dire que ce difcours , plein de
»force & d'onction , perfuada tous les
efprits ».
Il eft jufte de terminer cet articles dess
DE FRANCE. 30F
Anecdotes du Règne de Louis XVI , par um
trait qui prouve l'amour que nous confer
vons à la mémoire d'Henri IV . » Tout le
» monde fait que Henri IV eft né en
» Béarn on conferve précieufement fon
berceau dans la Capitale de cette Provin-
"
"
ce, & c'est au Château qu'on le garde
» avec le plus grand foin. Le Commandant:
» crut devoir permettre qu'il fervit d'orne-
» ment à une Fête où l'on célèbroit la bienfaifance
d'un des defcendans de ce bon
" Prince ; il le laiffa tranfporter dans la
» Ville , après que plufieurs Citoyens notables
eurent confenti à refter en otages .
jufqu'à ce qu'il fût rendu. On le porta.
» en triomphe dans les rues , orné de guir
» landes , au bruit du canon , des inftru-
» mens militaires , & d'une fymphonie mélodieufe.
Un filence refpectueux régnoit
parmi les fpectateurs , comme à une Pro-
» ceffion Refigieufe ; il n'y eut pas de Citoyen
qui n'ôtât fon chapeau , & beau-
» coup fe mirent à genoux. On vint le dé- .
pofer fous un dais de laurier en forme.
» d'arc-de triomphe , au- deffus d'un portique
élevé à l'entrée de la Ville , par où
devoient paffer les Commiffaires du Roi :
là on les harangua , & ils mirent pied à
tetre pour confidérer de plus près ce pré-
33
»-cieux monument » ..
Nous nous contenterons d'ajouter ici³ž
302 MERCURE
non comme une Anecdote , mais comme
un fait très-important & très - remarquable ,
que la France ne compte que trois Rois qui
ayent eu une marine formidable aux Anglois
, Charles V, Louis XIV & Louis
XVI.
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Résumé : Anecdotes du Règne de Louis XVI, [titre d'après la table]
Le texte 'Anecdotes du Règne de Louis XVI', publié en 1777 par M. Nougaret, présente Louis XVI comme un souverain humain et bienveillant, engagé dans diverses réformes et actes de bienfaisance. Parmi les réformes notables, des mesures visent à améliorer les conditions des prisons, notamment pour les détenus pour dettes, souvent mélangés à des criminels. Le roi ordonne la réparation et l'agrandissement des prisons afin d'éviter que des innocents ne soient punis avant d'être jugés. Le texte relate plusieurs anecdotes illustrant la bonté royale. Par exemple, l'archevêque d'Auch aide deux jeunes femmes en difficulté en achetant un tableau qu'elles possédaient, leur offrant ainsi une rente viagère. Un curé dans le Quercy apaise une paroisse inquiète en expliquant les raisons sanitaires et humaines de l'interdiction d'enterrer dans les églises et propose de se faire enterrer dans le nouveau cimetière pour montrer l'exemple. Un discours prononcé lors du règne de Louis XVI met en garde contre les vengeances des Celtes envers ceux qui se sont rendus coupables envers le roi, la loi, la religion et l'humanité. Ce discours émeut profondément l'audience. Une anecdote concerne Henri IV, né en Béarn, dont le berceau est conservé avec soin. Lors d'une fête célébrant la bienfaisance d'un descendant d'Henri IV, le berceau est transporté en ville, orné de guirlandes, au son du canon et des instruments militaires. Les spectateurs observent un silence respectueux, certains se mettant à genoux. Le berceau est déposé sous un dais de laurier en forme d'arc de triomphe à l'entrée de la ville. Le texte souligne également l'importance historique de la marine française sous les règnes de Charles V, Louis XIV et Louis XVI, qui ont tous possédé une marine redoutable face aux Anglais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11846
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Mercure de France, auquel on a réuni le Journal Politique de Bruxelles, paroîtra à l'avenir [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure de France, Port, Feuilles, Province, Souscripteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE MERCURE de France , auquel on a rétini le
Journal de Politique de Bruxelles , paroîtra à l'avenir
tous les dix jours , les f , 15 & 25 de chaque mois .
Chaque Cahier fera compofé de cinq feuilles. Ce
Journal , quoique augmenté de trente-fix feuilles par
an , fera, comme ci -devant , du prix de 24liv . pour
trente- fix Caliers , rendus francs de port à Paris , & -
de 32 liv . pour la Province. On a auli réuni au
Mercure toutes les foufcriptions du Journal des
Dames , du Journal François , du Journal ou Gazette
de Littérature, du Journal des Spectacles ; &
ces quatre Journaux font fupprimés.
Les Soufcripteurs de Paris qui font dans le cas
d'aller paffer quelques mois en province , & qui
defireront y recevoir leur Journal , paieront pour le
port 3 liv. On peut foufcrire en tout temps & à
telle époque que l'on veut , pourvu que ce foit pour
une année .
On prie Meffieurs les Soufcripteurs d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement , franc de port,
par la Pofte , à l'adreffe du Sieur PANCKOUCKE ,
Propriétaire du Brevet & Privilége du Mercure , rue
des Poitevins ; c'eft à lui auffi qu'il faut adreffer
maintenant les Paquets & Lettres , ainfi que les
Livres , les Etampes , les Pièces de vers ou de
profe , la Mufique , les Annonces , Avis , Obfervations
, Anecdotes , Evénemens finguliers, Remarques
fur les Sciences & Arts , & généralement tout ce
qu'on veut faire inférer dans le Mercure de France .
Comme ce Journal fera véritablement composé par
une Société de Gens de Lettres , le Sieur PANCKOUCKE
fe charge de leur faire paffer les objets qui lui auront
été remis , chacun fuivant leur partie
LE MERCURE de France , auquel on a rétini le
Journal de Politique de Bruxelles , paroîtra à l'avenir
tous les dix jours , les f , 15 & 25 de chaque mois .
Chaque Cahier fera compofé de cinq feuilles. Ce
Journal , quoique augmenté de trente-fix feuilles par
an , fera, comme ci -devant , du prix de 24liv . pour
trente- fix Caliers , rendus francs de port à Paris , & -
de 32 liv . pour la Province. On a auli réuni au
Mercure toutes les foufcriptions du Journal des
Dames , du Journal François , du Journal ou Gazette
de Littérature, du Journal des Spectacles ; &
ces quatre Journaux font fupprimés.
Les Soufcripteurs de Paris qui font dans le cas
d'aller paffer quelques mois en province , & qui
defireront y recevoir leur Journal , paieront pour le
port 3 liv. On peut foufcrire en tout temps & à
telle époque que l'on veut , pourvu que ce foit pour
une année .
On prie Meffieurs les Soufcripteurs d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement , franc de port,
par la Pofte , à l'adreffe du Sieur PANCKOUCKE ,
Propriétaire du Brevet & Privilége du Mercure , rue
des Poitevins ; c'eft à lui auffi qu'il faut adreffer
maintenant les Paquets & Lettres , ainfi que les
Livres , les Etampes , les Pièces de vers ou de
profe , la Mufique , les Annonces , Avis , Obfervations
, Anecdotes , Evénemens finguliers, Remarques
fur les Sciences & Arts , & généralement tout ce
qu'on veut faire inférer dans le Mercure de France .
Comme ce Journal fera véritablement composé par
une Société de Gens de Lettres , le Sieur PANCKOUCKE
fe charge de leur faire paffer les objets qui lui auront
été remis , chacun fuivant leur partie
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le 'Mercure de France', intégrant désormais le 'Journal de Politique de Bruxelles', sera publié tous les dix jours, les 6, 15 et 25 de chaque mois. Chaque numéro comportera cinq feuilles. Malgré une augmentation de trente-six feuilles par an, le prix reste inchangé : 24 livres pour trente-six numéros à Paris et 32 livres pour la province. Les abonnements incluent les contenus des journaux supprimés : 'Journal des Dames', 'Journal Français', 'Journal ou Gazette de Littérature' et 'Journal des Spectacles'. Les abonnés parisiens partant en province pourront recevoir leur journal avec un supplément de 3 livres pour le port. Les abonnements peuvent être souscrits à tout moment pour une année complète. Les paiements doivent être envoyés à Monsieur Panckoucke, propriétaire du brevet et privilège du 'Mercure', rue des Poitevins. Panckoucke reçoit également les articles, lettres, livres, gravures, poèmes, musique, annonces, observations, anecdotes, événements singuliers, remarques sur les sciences et les arts, et toute autre contribution destinée au 'Mercure de France'. Le journal sera rédigé par une société de gens de lettres, et Panckoucke se chargera de distribuer les contributions reçues selon leurs domaines respectifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11847
s. p.
TABLE
Début :
PIÈCES FUGITIVES. Bouts Rimés, dédiés à Madame la Comtesse de [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE
TABLE
PIÈCES FUGITIVES.
IÈCES FUGITIVES.
Bouts Rimés , dédiés à M. Marmontel,
Madame la Comteffe de
Réponse à la Lettre de
56
SCIENCES ET ARTS .
V **
page 3
AM. Lieutaud , 5
De J. J. Rouffeau , 7
Réponse de M. le Franc à
M. Cadet , fur les
Fourmis , 69
Enigme & Logogr. 28 Variété , 71
ANNONCES LITTÉR. 74 NOUVELLES
LITTÉRAIRES. JOURNAL POLITIQUE .
?
Le Tribuna! Domeftiq. 30 Conftantinople , Page 73 .
Traité de l'Adultère , 35 Copenhague
Suite de l'Hiftoire de l'A- Varfovie,
mérique fecond Ex- Vienne,
trait ,
>
Eloge de Pibrac ,
SPECTACLES.
40 Ratisbonne ,
47 Hambourg ,
Rome ,
Académie Royale de Mu- Livourne,
fique , 49 Londres →
75
76
7.8
ibid.
81
86
88
99
Comédie Françoife , 52 Etats- Unis de l'Amériq.
ACADÉMIES, Septentrionale , 99
Séance de l'Académie Verfailles , 102
d'Amiens ,
MUSIQUE,
55 Paris,
Bruxelles
ibid.
115
PIÈCES FUGITIVES.
IÈCES FUGITIVES.
Bouts Rimés , dédiés à M. Marmontel,
Madame la Comteffe de
Réponse à la Lettre de
56
SCIENCES ET ARTS .
V **
page 3
AM. Lieutaud , 5
De J. J. Rouffeau , 7
Réponse de M. le Franc à
M. Cadet , fur les
Fourmis , 69
Enigme & Logogr. 28 Variété , 71
ANNONCES LITTÉR. 74 NOUVELLES
LITTÉRAIRES. JOURNAL POLITIQUE .
?
Le Tribuna! Domeftiq. 30 Conftantinople , Page 73 .
Traité de l'Adultère , 35 Copenhague
Suite de l'Hiftoire de l'A- Varfovie,
mérique fecond Ex- Vienne,
trait ,
>
Eloge de Pibrac ,
SPECTACLES.
40 Ratisbonne ,
47 Hambourg ,
Rome ,
Académie Royale de Mu- Livourne,
fique , 49 Londres →
75
76
7.8
ibid.
81
86
88
99
Comédie Françoife , 52 Etats- Unis de l'Amériq.
ACADÉMIES, Septentrionale , 99
Séance de l'Académie Verfailles , 102
d'Amiens ,
MUSIQUE,
55 Paris,
Bruxelles
ibid.
115
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Résumé : TABLE
Le document est une table des matières d'une publication incluant des sections variées. 'Pièces fugitives' présente des œuvres comme 'Bouts Rimés' et une 'Réponse à la Lettre'. 'Sciences et Arts' comprend des contributions de A.M. Lieutaud, J.J. Rouffeau et une discussion sur les fourmis par M. Cadet. Le journal politique aborde des sujets internationaux. Des éloges, des traités, des spectacles et des événements académiques et musicaux sont également mentionnés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11848
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, le Mercure de France, pour le 5 Octobre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION,
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux, le Mercure de France , pour les Octobre
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impres
fon. A Paris , cc 4 Octobre 1778.
DE SANCY
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux, le Mercure de France , pour les Octobre
Je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impres
fon. A Paris , cc 4 Octobre 1778.
DE SANCY
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11849
s. p.
« De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de MICHEL LAMBERT, rue de la Harpe, près Saint-Côme. [...] »
De Imprimerie de MICHEL LAMBERT ,
Fue de la Harpe , près Saint- Côme,
Fue de la Harpe , près Saint- Côme,
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11850
p. 7-28
DE J. J. ROUSSEAU.
Début :
Ce seroit une chose également curieuse & intéressante, de suivre, dans tout le [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Homme, Perfectibilité, Hommes, Discours, Lettres, Musique, Société, Paradoxe, Nature, Auteur, Livre, Droit, Vérité, Esprit, Idées, Force, Philosophie, Éloquence, Écrivain, Raison, Chaleur, Émile, Imagination, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE J. J. ROUSSEAU.
DE J. J. ROUSSEAU.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
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Résumé : DE J. J. ROUSSEAU.
Le texte examine l'influence du caractère de Jean-Jacques Rousseau sur ses œuvres, en particulier sa misanthropie et sa sensibilité imaginative. Rousseau avait une préférence pour l'analyse des personnages exceptionnels afin de comprendre l'humanité et évitait les éloges excessifs. Il a commencé à écrire tardivement, accumulant ainsi de nombreuses idées et sentiments. Son premier ouvrage, le 'Discours sur les sciences et les arts', bien que bien écrit, est critiqué pour son sophisme et sa vision partielle des arts et des sciences. Ce discours a suscité des controverses et lui a valu une notoriété grâce à son style provocateur. Le 'Discours sur l'inégalité' de Rousseau affirme que l'homme a corrompu la nature en développant ses facultés, une vision critiquée pour son manque de rigueur. Rousseau, marqué par une jeunesse difficile, cultivait une misanthropie croissante et une animosité envers les lettrés. Ses idées sur la propriété et la société sont également critiquées, bien que ses écrits montrent une grande force d'idées et de style. Il a également contribué à la musique avec des œuvres comme 'Le Devin du village' et a participé à la 'querelle des Bouffons' avec sa 'Lettre sur la musique française'. En littérature, Rousseau est connu pour 'La Nouvelle Héloïse' et 'Émile'. Ce dernier est loué pour son éloquence et sa philosophie éducative, mais a causé des problèmes avec les autorités religieuses. Condamné par la République de Genève pour ses œuvres jugées dangereuses, Rousseau a renoncé à ses droits de bourgeois et de citoyen. Il a publié les 'Lettres de la Montagne', intensifiant les troubles à Genève. 'Du contrat social' est souvent considéré comme son œuvre majeure, appréciée pour sa profondeur et sa force intellectuelle. Rousseau est reconnu pour son style passionné et énergique, influencé par Sénèque et Montaigne. Ses écrits suscitent des opinions diverses et il est comparé à Voltaire, bien qu'il soit recommandé de les considérer séparément. Dans ses 'Confessions', Rousseau se montre critique envers lui-même et d'autres personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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