C'est trop diférer àvous entretenir du merite de ceux que le Roya élevez aux plus confi- dérables Dignitez de l'Eglife.
M. l'Evefque d'Ufés , Fils de
M 3
138 LE MERCVRE M de la Uriliere Secretaire
d'Etat , a eul'Archeveſché de
Bourges. Cette nouvelle éleva- tion faitvoir combien Sa Majeſté eft perfuadée &de fa fuf- fifance pour régler un grand Dioceſe , & de ſa pieté pour fervir d'exemple aux Peuples quivont eftre commis àſa conduite.
L'Eveſché d'Uſes a eſté donné en meſme temps àM l'Abbé Poncet , Fils de M'Poncet
Conſeiller d'Etat & du Confeil
Royal , &Neveude feuMon- fieur 1 Archeveſque de Bour- ges. C'eſt quelque choſed'af- fez glorieux pour luy , d'en- tendre dire par tout queles fervices de M fon Pere, qui com- me vous ſçavez eſt dans une tres--haute confidération,n'ont
aucune part à la Dignité qu'il vient d'acquérir.
GALANT. 139
Monfieur Felix Evefque de
Digne, a efté nommé à l'Evef- chedeChalons ſur Saone. La
maniere édifiante dont il pref- che , fait connoiſtre affez ce
qu'on doit attendre de fon zele pour la conduite de fon
Troupeau.
On n'eſt pas moins perfua- dé de celuy de M'l'Abbé du Laurens,Grand Prieur de l'Ordre de Clugny , que le Roy a
fait Eveſque du Bellay. Il eſt Frere de feu M du Laurens
Conſeiller à la Grand Chambre , qui s'eſtoit fait baftir un
1. Apartement dans l'Abbaye de S. Victor , où il eſt mortdepuis deux ans.
Je ſçay , Madame, que la ré- putation de Mª de Piancour,
Abbéde la Croix,vous eft connuë , & ainſi je nedoute point
140 LE MERCVRE
que vous n'ayez de la joye d'apprendre que Sa Majefté a
rendu juftice à ſon merite , en le nommant à l'Eveſche de
Mande. C'eſt un Pofte fort avantageux qui le rend Second Prefident des Etats de la Province. Sa picté,ſa profondedo- trine,& fon exacte régularité à remplir les devoirs que Dieu luy a impoſez , faifoient voir das ſa Perſonnetoutes les qua- litez neceffaires pour faire un tres -digne Prélat;&il y a long- tems que nous le verrions dans cette haute Dignité , s'il avoit voulu écouter les propofitions qui luy ont eſté faites ; mais il a toûjours proteſté que fi cela arrivoit, il y feroit conduit par les feules mains de la Providence;&en effet,il n'a preſque
T
GALANT. 141
point paru à la Cour,& la cho- -ſe eſtoit arreſtée en ſa faveur,
avant qu'il euſt appris qu'elle ſe duft faire. Il a beaucoup de
naiſſance,&eft Frerede Mr le
Chevalierde Piancour, qui eft mort depuis un an à Meſſine,
apres avoir rendu de fort grāds ſervices au Roy , dont il a eſté l'Agent à Malte pendant trois années. Il s'eſtoit acquité de
cet Employ avec tant de fide- lité & de zele , qu'ayant eſté rappellé en Cour, il trouva à
Marſeille une Lettre de M le
Marquis de Segnelay qui luy faiſoit ſçavoir que Sa Majefté le gratifioit d'une Galere. Il l'équipa en tres peu de temps,
&n'épargna rien pour la ren- dre une des plus confidérables quipuffent eftre employées au fervice de fon Maiſtre. Perfon
142 LE MERCVRE
ne n'ignore les belles actions qu'il fit àla grande Affaire de
Palerme. Son trop de zele luy couſta la vie unpeu apres. II ne voulut point abandonnerſa Galere , où il y avoit un fort grandnombrede Malades. Les Fievres estoient malignes,il en futpris , &mourut fort regreté de Monfieur le Mareſchal Duc
de Vivonne , &de toutl'ordre
de Malte , qui avoit pour luy une eſtime tres-particuliere.
Le Roy qui fait tout avec prudence, &ne répand jamais fes graces qu'avecjuſtice,a fait l'honneur à M l'Abbé de la
Berchere , l'un de ſes Aumôniers , de le nommer à l'Evefché de Lavaur. Il eſt Docteur
de Sorbonne;&quoyqu'il n'ait pas encor trente ans, il eft con- fommé dans toutes les Scien-
GALANT. 143 ces qu'on peut fouhaiter dans ungrand Prélat. Il a prefché,
& toûjours avec ſucces ; & fi la foibleſſe de ſa voix luy euſt pû permettre de continuer , il auroit remply tres-dignement les premieres Chaires de Paris.
SonGrand Pere eft mort Premier Preſident du Parlement
de Dijon. La ſurvivance de cetteCharge avoit eſté accor- dée àMonfieurdela Berchere
ſon Pere , qui l'exerça quoy qu'iln'euſt que vingt-ſept ans.
Il paſſa à celle de Premier Pre- fidentde Grenoble, par les or- dres dela feu Reyne Mere, qui Thonoroitde fon eftime,&qui crût que ſa preſence en cette Province ne ſeroit pas inutile aux Affaires du Roy pendant la Régence. Cette grande Charge fut exercée apres fa
:
1
144 LE MERCVRE
mort , comme elle l'eſt encor
aujourd huy, par M de laBer- chere,qui en avoit la ſurvivance,& qui eſt Oncle de M.l'Abbéde laBerchere dontje vous
parle.
Je croy, Madame, que vous vous étonnez de ne point trou- ver le Nom de M. l'Abbé de
Noailles parmy tant d'Evef- ques , puis qu il ne manque d'aucunedesqualitez qui peu- vent élever à l'Epifcopat une Perſonne de ſa naiſſance. Le
Roy qui eſt fort perfuadé de fon merite,luy avoit fait l'hon- neur de le nommer ; mais les
inſtantes prieres de Monfieur le Duc de Noailles fon Pere ,
qui n'a pû ſe réfoudre à eſtre privé fi toſt dela prefence d'un Fils qu'il aime fort tendremét,
jointes à l'envie qu'il a fait paroiftre
GALANT. 145 roiſtre d'avoir encor quelques années pendant leſquelles il puſt ſe rendre plus digne des graces de Sa Majefté par fon application extraordinaire à
l'étude, en ont fufpendu
juſqu'àun autre temps.