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1
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
On donnera un Tome du Mercure Galant, le premier jour [...]
Mots clefs :
Sonnet, Pelisson, Vente
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texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR.
*
N donnera, un Tome
du Mercure Galant,
le premier jour de chaque
M ois fans aucun retardement. On le vendra vingt
fo ls relié en Veau, & quino^e
relié en Parchemin.
le riajfure pas que le Sonnet qni a paru fous le nom
de M onfeur PeliJJon, fa it
de luy
*
N donnera, un Tome
du Mercure Galant,
le premier jour de chaque
M ois fans aucun retardement. On le vendra vingt
fo ls relié en Veau, & quino^e
relié en Parchemin.
le riajfure pas que le Sonnet qni a paru fous le nom
de M onfeur PeliJJon, fa it
de luy
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2
p. 1-6
Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
On s'estoit assemblé pour une Partie de Jeu chez [...]
Mots clefs :
Partie de jeu, Duchesse, Conversations, Roi, Pelisson
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texteReconnaissance textuelle : Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
s’eftoitaÏÏemblé
pour une Partie de
blc DucheiTe, & en attendant quelques Dames qui
en dévoient eftre, comme
les choies les plus imporw * tantes font d’abord l’ordi-
X LE MERCURE
naire -fujet des Converfa-1
tions, on mit furie tapis les
A flaires de la Guerre-, &les
furprenantes fatigues qu’a
déjà eifuyées le Roy dans
ce commencement de
Campagne, ayant donné
lieu de parler des merveilleufes qualitez qui le rendent le plus grand des
Hommes. Pourm oy, dit
un des plus fpirituels de
la Compagnie, je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque,
eft tellement au deflus
de toutes fortes d’expref-
- • >
I
G A L A N T . j
fions, que l’entreprife de le
louer devroic faire peur à
ceux-mefmesquipoïledent
l'Eloquence la plus vive: 11
faudroic pour répondre dignement aux nobles idées
qu’il nous donne, avoir
l’Efprit auffi éclairé qu’il a
l’Ame grande, & je doute
qu’il y ait perfonne capable
d’atteindre jufques là ; outre qu'on sert déjà tellement épuifé là dcfïùs, qu’on
ne fçauroit prefque plus
rien dire qui foir nouveau,
quoy que fa gloire nous
fourniïfe à toute-heure de
A ij
4 LE MERCURE
nouvelles matières d’admiration ; & c’eft ce qu'il y a
de furprenant, que nous
foyons en quelque façon
< bornez dans nos maniérés
de parler, & qu?
i 1 ne le foit
pas dans les grandes chofes qu’il execute. J ’avoue,
répondit une jeune Marquife, qu’il eft bien difficile
de loiier le Roy, (ans répéter quelque chofe de ce qui
s’eft déjà dit à fa gloire;
mais on y peur donner un
tour fin qui ne def-honore
pas tout-à-fait la richeffie
de la matière, Se c’eft ce
G A L A N T . 5
qu’a trouvé fort ingenieufement Monfieur PelifTon,
dans le Sonnet que nous
avons depuis peu de luy. Il
eft d’une nouveauté toute
particulière, par Echo, &
fans aucune Rime; mais
l’invention en eft fi heureufe, quepeut-eftreil vaut
bien les Sonnets les plus réguliers. Vous nous parlez
d’un Homme qui a fort peu
de femblablcs, dit la Ducheffe chez qui la Converfation fe faifoit; & pour
perfuader du mérité de
quelq ueOuvrage, c’eft afA iij
I
6 LE MERCURE
fez de dire que Montreur
PelitTon en eft l’Autheur:
Mais voyons ce Sonnet, je
vous prie, on m’en a de'ja
parlé avec beaucoup d’eftime, 6c je meurs d envie de
l’entendre. Volontiers, die
la Marquife , & il ne vous
coûtera que la peine de
m’écouter un moment.
pour une Partie de
blc DucheiTe, & en attendant quelques Dames qui
en dévoient eftre, comme
les choies les plus imporw * tantes font d’abord l’ordi-
X LE MERCURE
naire -fujet des Converfa-1
tions, on mit furie tapis les
A flaires de la Guerre-, &les
furprenantes fatigues qu’a
déjà eifuyées le Roy dans
ce commencement de
Campagne, ayant donné
lieu de parler des merveilleufes qualitez qui le rendent le plus grand des
Hommes. Pourm oy, dit
un des plus fpirituels de
la Compagnie, je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque,
eft tellement au deflus
de toutes fortes d’expref-
- • >
I
G A L A N T . j
fions, que l’entreprife de le
louer devroic faire peur à
ceux-mefmesquipoïledent
l'Eloquence la plus vive: 11
faudroic pour répondre dignement aux nobles idées
qu’il nous donne, avoir
l’Efprit auffi éclairé qu’il a
l’Ame grande, & je doute
qu’il y ait perfonne capable
d’atteindre jufques là ; outre qu'on sert déjà tellement épuifé là dcfïùs, qu’on
ne fçauroit prefque plus
rien dire qui foir nouveau,
quoy que fa gloire nous
fourniïfe à toute-heure de
A ij
4 LE MERCURE
nouvelles matières d’admiration ; & c’eft ce qu'il y a
de furprenant, que nous
foyons en quelque façon
< bornez dans nos maniérés
de parler, & qu?
i 1 ne le foit
pas dans les grandes chofes qu’il execute. J ’avoue,
répondit une jeune Marquife, qu’il eft bien difficile
de loiier le Roy, (ans répéter quelque chofe de ce qui
s’eft déjà dit à fa gloire;
mais on y peur donner un
tour fin qui ne def-honore
pas tout-à-fait la richeffie
de la matière, Se c’eft ce
G A L A N T . 5
qu’a trouvé fort ingenieufement Monfieur PelifTon,
dans le Sonnet que nous
avons depuis peu de luy. Il
eft d’une nouveauté toute
particulière, par Echo, &
fans aucune Rime; mais
l’invention en eft fi heureufe, quepeut-eftreil vaut
bien les Sonnets les plus réguliers. Vous nous parlez
d’un Homme qui a fort peu
de femblablcs, dit la Ducheffe chez qui la Converfation fe faifoit; & pour
perfuader du mérité de
quelq ueOuvrage, c’eft afA iij
I
6 LE MERCURE
fez de dire que Montreur
PelitTon en eft l’Autheur:
Mais voyons ce Sonnet, je
vous prie, on m’en a de'ja
parlé avec beaucoup d’eftime, 6c je meurs d envie de
l’entendre. Volontiers, die
la Marquife , & il ne vous
coûtera que la peine de
m’écouter un moment.
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Résumé : Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
Lors d'une réunion mondaine, des convives discutent des exploits du roi et de la difficulté de le louer adéquatement. Un participant souligne que les actions du roi surpassent toute forme d'expression et que le louer dignement nécessiterait un esprit aussi éclairé que celui du roi. La marquise reconnaît cette difficulté mais mentionne un sonnet récent de Monsieur Pellisson, qui se distingue par l'utilisation de l'écho sans rimes. Intriguée, la duchesse demande à entendre ce sonnet, recommandé avec beaucoup d'estime. La marquise accepte de le réciter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 10-22
A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
Début :
Vous serez bien-aise, sans doute, d'entendre encore parler du Roy /Que ne puis-je au lieu d'ancre écrire avec des pleurs ! [...]
Mots clefs :
Ami, Sapho, Gloire, Mémoire, Regret, Pelisson, Filles de mémoire, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
Vous ferez bien- aife , fans
doute, d'entendre encore par
ler du Roy dans une Epiſtre
en Vers qui a efté écrite fur la
mort de M' Peliffon , dont les
GALANT.
II
grandes qualitez vous eftoient
connuës . Elle eft de Mr Betoulaud
, qui a esté approuvé
de tout le monde dans la juf
tice qu'il a renduë à cet illuftre
Défunt.
52255252 22 SSSSS25
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Q
écrire
avec
Ve ne puis -je au lieu d'ancre
écrire avec des pleurs !
Meslarmes vous peindroient mesfen
fibles douleurs ,
Et vous verriez, SAP HO, ma trif
teffe mortelle
12 MERCURE
Meflée avec le nom de noftre Amy fdelle.
Helas ! nous le perdons , & Peliffon
n'est plus.
Vos regrets & les miens maintenant
Superflus
Ne fçauroient l'arracher à la Parque
inflexible ,
Et c'est le feul miracle à vos mains.
impoffible.
Si la Religion, fil'Honneur ,fi Themiss
Si la rare Vertu qui lug fil tant d'Amisj
Si la Cour d'Apollon , fi l'Esprit , fi
la Gloire ,
Qui fuit les Favoris des Filles de
Memoire
Pouvoient ſe joindre à nouspour lug
rendre le jour ,
Ee d'une Ombre qui fuit procurer le
retour,
GALANT 13
Vainqueur des froids Cyprés qui couvrirent
fa biére
·Bien-toft ce cher Amy reverroit la lu
miere.
Mais que nous fert l'ardeur de ces
vaux impuiffans ,
Etqu'avez-vous pour luy qu'un pes
de foible encens ,
Quife mellant au bruit que fait la
Renommée ,
Exhale aprés les Morts un refte de
fumée ?
C'eft par là feulement que nous pou
vons guerir
La bleffure du coeur toujours preste à
s'ouvrir,
Quand d'un Amy qui fut l'ornement
de noftre âge
Nous nous traçons encor une lugubre
Image.
Les Mufes dont il fut fi tendrement
chery ,
14 MERCURE
De leur plus pur Nectar l'avoient
d'abord nourry
Pindare , Anacreon dans votre Cour
galante
Brillerent tour à tour fous l'heureux
nom d'Acante....
Homere en fa faveur reprenant le
pinceau
Tvint d'Eurimedon * achever le Tableau.
Mais des Cygnes fameux abandonnant
la place ,
Et s'élevant depuis plus haut que le
Parnaffe ,
En Aigle qui voloit dans le fein du
Soleil,
Et qui s'y remplißoit defon feufans
pareil ,
Il joignoit feulement à son culte fi
delle
Poëme fait dans la Baftille .
GALANT.
15
De nos facrez Autels la défenſe immortelle.
Ce n'eftoit plus l'Erreur fuccée avec
le lait ;
Ce monftre en fon efprit fincerement
défait,
Eftoit,grace à la Foy, grace aufçavoir
Sublime >
DesfaintesVeritezdevenu la victime.
Sapho , vous lefçavez , & vous fçavez
encor ,
Vous qui de fon efprit viftes le noble
effor,
Qu'aprés Dien qu'il fervoit d'une
ardeur fi conftante,
LOVIS feul fut l'objet de fa plume
éloquente.
Veiller pour le montrer aux fiecles à
venir ,
Tel qu'à peine nos yeux le peuvent
Soûtenirs
16 MERCURE
Unir tous les rayons qui composent
Sa gloire
Pour la mettre en dépoftan Temple de
Memoire ;
Le peindre environné d'heroïques
vertus ,
·D'Ennemis fubjuguez , de Monftres
}
abattus ,
Et démêler enfin cettefageffe immenfe
Qui de tout l'Universfait triompher
la France ,
Furent les dignes foins de noftre illuftre
Amy,
Qui pour ce grand Tableau qu'il n'a
fait qu'à demy,
Et dont la feule ébauche étonnera
l'Envie ,
Helas ! devoit encor avoir mille ans
de vie.
Mais fon efprit formé de tant d'ef
prits divers ,
GALANT 17
Admirable en Hiftoire , en Eloges , en
Vers
En Lettres
choifie ,
en Morale épurée &
En foudres pleins d'éclairs quifras
poient l'Herefie ,
Pouvoit-il égaler fon coeur fi genereux
;
Sigrand pour fes Amis heureux on
malheureux
,
Si
iplein de probité, d'égalité conftante,
D'équité , de candeur , de bonté bien.
faifante?
Homme du fiecle d'or qui vivoit parmy
nous,
On ne voyoit chez luy ny l'indigne
couroux ,
Ny l'attrait des plaifirs , ny l'amour
des richeffes ,
Ny l'oubly des bienfaits , ny les lâches
adreffes,
May 1693.
B
18 MERCURE
Ny la fecrete envie à l'oeil plein de
poison
D'un venin dangereux infecter fa
raison.
Ilfembloit que le Ciel,pourformerfa
belle Ame ,
De quelque Aftre brillant euft em
prunté fa flame ;
Mais cet Aftre, Sapho , s'est éteint à
nos yeux ,
Il s'eft perdu pour nous dans l'espace
des Cieux.
Comme on peut toutefois juſque dans
l'Empyrée ,
Et dans les vaftes champs de la voûte
azurée
Conferver de la terre un fouvenir
charmant ,
L'Image de LOVIS l'y fuit incef-
Samment.
J
Il s'y retrace encor ce Heros magnanime
GALANT. 19
Le comblant de bonte « luy donnant
fou eftime
Honneur qu'il préferoit aux plus ria
ches trésors ,
Et qui fçait le toucher même au fe➜
jour des Morts.
Ah! s'il pouvoit auffi, malgré la loy
preferite ,
Revenir fur la terre honorer le merite,
Sapho, bien-toft fon Ombre errante autour
de vous
Revoleroit aux foins qui luy furent
fi doux.
Il reviendroit bientoft environné de
gloire
Louer vostre courage à fauver sa
memoire ;
A le défendre encorjuſqu'an feiu du
tombeau ,
Et de la verité luy preftant leflambeau
Bij
20 MERCURE '
Diffiper l'impofture &fes noires tene
bres ,
Qui vouloient offufquer des vertus
fi celebres.
Illuftres Succeffeurs
qu'il a peints ,
des Sçavans
Et qui femblent toujours animez par
fes mains ,
Yous ,genereux Rivaux , dont l'art
noble &fublime
Sçait graver en traits d'or voftre éclatante
eftime,
Luy refuferez- vous ces marbres éternels
, a
Où vous fauvez les noms des plus
fameux Mortels ?
Pour moy, fi je pouvois avec la main
des Graces
De voſtre heureux burin fuivre à mon
tour les traces ,
Meffieurs de l'Academie Françoiſe.
GALANT. 21
Au lieu de me livrer en proye à mes
douleurs,
Sije pouvois tarir les fources de mer
pleurs
Vous me verriez bien-toft , dans l'ardeurde
mon zele ,
Elayer d'imiter votre adreſſe immortelle.
Mais qui pourra , Sapho , vous égaler
jamais ,
Dés que vous fufpendrez le cours de
vos regrets ?
Pelliffon paroiftra vivant &plein de
gloire ,
Sous les plus verts lauriers des Filles
de Memoire ,
Quand vous raffemblerez par voftre
art fans pareil
Mille rayons plus purs que tous ceux
du Soleil,
22 MERCURE
Pour peindre cet Amy , qui brillang
de lumiere
D'une trace d'éclairs a remply ſa
carriere .
doute, d'entendre encore par
ler du Roy dans une Epiſtre
en Vers qui a efté écrite fur la
mort de M' Peliffon , dont les
GALANT.
II
grandes qualitez vous eftoient
connuës . Elle eft de Mr Betoulaud
, qui a esté approuvé
de tout le monde dans la juf
tice qu'il a renduë à cet illuftre
Défunt.
52255252 22 SSSSS25
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
Q
écrire
avec
Ve ne puis -je au lieu d'ancre
écrire avec des pleurs !
Meslarmes vous peindroient mesfen
fibles douleurs ,
Et vous verriez, SAP HO, ma trif
teffe mortelle
12 MERCURE
Meflée avec le nom de noftre Amy fdelle.
Helas ! nous le perdons , & Peliffon
n'est plus.
Vos regrets & les miens maintenant
Superflus
Ne fçauroient l'arracher à la Parque
inflexible ,
Et c'est le feul miracle à vos mains.
impoffible.
Si la Religion, fil'Honneur ,fi Themiss
Si la rare Vertu qui lug fil tant d'Amisj
Si la Cour d'Apollon , fi l'Esprit , fi
la Gloire ,
Qui fuit les Favoris des Filles de
Memoire
Pouvoient ſe joindre à nouspour lug
rendre le jour ,
Ee d'une Ombre qui fuit procurer le
retour,
GALANT 13
Vainqueur des froids Cyprés qui couvrirent
fa biére
·Bien-toft ce cher Amy reverroit la lu
miere.
Mais que nous fert l'ardeur de ces
vaux impuiffans ,
Etqu'avez-vous pour luy qu'un pes
de foible encens ,
Quife mellant au bruit que fait la
Renommée ,
Exhale aprés les Morts un refte de
fumée ?
C'eft par là feulement que nous pou
vons guerir
La bleffure du coeur toujours preste à
s'ouvrir,
Quand d'un Amy qui fut l'ornement
de noftre âge
Nous nous traçons encor une lugubre
Image.
Les Mufes dont il fut fi tendrement
chery ,
14 MERCURE
De leur plus pur Nectar l'avoient
d'abord nourry
Pindare , Anacreon dans votre Cour
galante
Brillerent tour à tour fous l'heureux
nom d'Acante....
Homere en fa faveur reprenant le
pinceau
Tvint d'Eurimedon * achever le Tableau.
Mais des Cygnes fameux abandonnant
la place ,
Et s'élevant depuis plus haut que le
Parnaffe ,
En Aigle qui voloit dans le fein du
Soleil,
Et qui s'y remplißoit defon feufans
pareil ,
Il joignoit feulement à son culte fi
delle
Poëme fait dans la Baftille .
GALANT.
15
De nos facrez Autels la défenſe immortelle.
Ce n'eftoit plus l'Erreur fuccée avec
le lait ;
Ce monftre en fon efprit fincerement
défait,
Eftoit,grace à la Foy, grace aufçavoir
Sublime >
DesfaintesVeritezdevenu la victime.
Sapho , vous lefçavez , & vous fçavez
encor ,
Vous qui de fon efprit viftes le noble
effor,
Qu'aprés Dien qu'il fervoit d'une
ardeur fi conftante,
LOVIS feul fut l'objet de fa plume
éloquente.
Veiller pour le montrer aux fiecles à
venir ,
Tel qu'à peine nos yeux le peuvent
Soûtenirs
16 MERCURE
Unir tous les rayons qui composent
Sa gloire
Pour la mettre en dépoftan Temple de
Memoire ;
Le peindre environné d'heroïques
vertus ,
·D'Ennemis fubjuguez , de Monftres
}
abattus ,
Et démêler enfin cettefageffe immenfe
Qui de tout l'Universfait triompher
la France ,
Furent les dignes foins de noftre illuftre
Amy,
Qui pour ce grand Tableau qu'il n'a
fait qu'à demy,
Et dont la feule ébauche étonnera
l'Envie ,
Helas ! devoit encor avoir mille ans
de vie.
Mais fon efprit formé de tant d'ef
prits divers ,
GALANT 17
Admirable en Hiftoire , en Eloges , en
Vers
En Lettres
choifie ,
en Morale épurée &
En foudres pleins d'éclairs quifras
poient l'Herefie ,
Pouvoit-il égaler fon coeur fi genereux
;
Sigrand pour fes Amis heureux on
malheureux
,
Si
iplein de probité, d'égalité conftante,
D'équité , de candeur , de bonté bien.
faifante?
Homme du fiecle d'or qui vivoit parmy
nous,
On ne voyoit chez luy ny l'indigne
couroux ,
Ny l'attrait des plaifirs , ny l'amour
des richeffes ,
Ny l'oubly des bienfaits , ny les lâches
adreffes,
May 1693.
B
18 MERCURE
Ny la fecrete envie à l'oeil plein de
poison
D'un venin dangereux infecter fa
raison.
Ilfembloit que le Ciel,pourformerfa
belle Ame ,
De quelque Aftre brillant euft em
prunté fa flame ;
Mais cet Aftre, Sapho , s'est éteint à
nos yeux ,
Il s'eft perdu pour nous dans l'espace
des Cieux.
Comme on peut toutefois juſque dans
l'Empyrée ,
Et dans les vaftes champs de la voûte
azurée
Conferver de la terre un fouvenir
charmant ,
L'Image de LOVIS l'y fuit incef-
Samment.
J
Il s'y retrace encor ce Heros magnanime
GALANT. 19
Le comblant de bonte « luy donnant
fou eftime
Honneur qu'il préferoit aux plus ria
ches trésors ,
Et qui fçait le toucher même au fe➜
jour des Morts.
Ah! s'il pouvoit auffi, malgré la loy
preferite ,
Revenir fur la terre honorer le merite,
Sapho, bien-toft fon Ombre errante autour
de vous
Revoleroit aux foins qui luy furent
fi doux.
Il reviendroit bientoft environné de
gloire
Louer vostre courage à fauver sa
memoire ;
A le défendre encorjuſqu'an feiu du
tombeau ,
Et de la verité luy preftant leflambeau
Bij
20 MERCURE '
Diffiper l'impofture &fes noires tene
bres ,
Qui vouloient offufquer des vertus
fi celebres.
Illuftres Succeffeurs
qu'il a peints ,
des Sçavans
Et qui femblent toujours animez par
fes mains ,
Yous ,genereux Rivaux , dont l'art
noble &fublime
Sçait graver en traits d'or voftre éclatante
eftime,
Luy refuferez- vous ces marbres éternels
, a
Où vous fauvez les noms des plus
fameux Mortels ?
Pour moy, fi je pouvois avec la main
des Graces
De voſtre heureux burin fuivre à mon
tour les traces ,
Meffieurs de l'Academie Françoiſe.
GALANT. 21
Au lieu de me livrer en proye à mes
douleurs,
Sije pouvois tarir les fources de mer
pleurs
Vous me verriez bien-toft , dans l'ardeurde
mon zele ,
Elayer d'imiter votre adreſſe immortelle.
Mais qui pourra , Sapho , vous égaler
jamais ,
Dés que vous fufpendrez le cours de
vos regrets ?
Pelliffon paroiftra vivant &plein de
gloire ,
Sous les plus verts lauriers des Filles
de Memoire ,
Quand vous raffemblerez par voftre
art fans pareil
Mille rayons plus purs que tous ceux
du Soleil,
22 MERCURE
Pour peindre cet Amy , qui brillang
de lumiere
D'une trace d'éclairs a remply ſa
carriere .
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4
p. 120-140
Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, vous avoir marqué dans quelqu'une de [...]
Mots clefs :
Pelisson, Lettres, Ouvrages, Académie, Éloge, Prison, Savants, Illustre, Erreurs, Mort, Éloge funèbre, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Je croy , Madame , vous
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
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5
p. 242-243
Service fait à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Le 22. du mois passé, l'Academie de Soissons, qui est en [...]
Mots clefs :
Pelisson, Service, Académiciens, Oraisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Service fait à Soissons. [titre d'après la table]
Le 22. du mois paffé , l'Academie
de Soiffons , qui eft en
partie redevable de fon établiffement
aux bons offices
de feu M' Peliffon , voulant
témoigner la reconnoiffance
envers un Ami fi plein de
GALANT 243
J
merite & de generofité , fit
faire dans la Chapelle de l'Evefché
un Service folemnel
pour le repos de l'ame de ce
grand homme . La Meffe fut
celebrée par Mr l'Abbé de
Hericourt , Directeur de la
Compagnie , & chantée par
le Clergé du Seminaire , compofé
de plus de quarante Ecclefiaftiques.
Tous les Acade
miciens qui eftoient alors à la
Ville fe trouverent à cette
lugubre Ceremonie . S'il n'y
cut point d'Oraifon funebre,
ce que vous allez lire de M
de Bonnecorfe en pourra fervir.
de Soiffons , qui eft en
partie redevable de fon établiffement
aux bons offices
de feu M' Peliffon , voulant
témoigner la reconnoiffance
envers un Ami fi plein de
GALANT 243
J
merite & de generofité , fit
faire dans la Chapelle de l'Evefché
un Service folemnel
pour le repos de l'ame de ce
grand homme . La Meffe fut
celebrée par Mr l'Abbé de
Hericourt , Directeur de la
Compagnie , & chantée par
le Clergé du Seminaire , compofé
de plus de quarante Ecclefiaftiques.
Tous les Acade
miciens qui eftoient alors à la
Ville fe trouverent à cette
lugubre Ceremonie . S'il n'y
cut point d'Oraifon funebre,
ce que vous allez lire de M
de Bonnecorfe en pourra fervir.
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6
p. 244-245
A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
Début :
D'un heroïque Ami ne plaignez plus le sort, [...]
Mots clefs :
Sapho, Pelisson, Ami, Perte, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE SCUDERY.
A
D
MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
' Un heroïque Ami ne plaignez
plus le fort,
Confolez- vous , Sapho , la raiſon le
demande.
Vous perdez Peliffon , & cette perte eft
grande ;
Mais qui ne perd pas en fa mort ?
Le Roy perd un Sujet fidelle ,
La Robe un Magiftrat exact , jufle &
prudent ,
L'Eglife , un Défenfeur ardent,
Rempli de pieté , de doctrine & de
zele.
Pour chanter les fameux Exploits
De LOVIS redouté fur ce vafte Hemisphere
,
GALANT. 245
De LOVIS le plus grand des
Rois ,
Peliffen valoit un Homere.
Il fut des doctes Saurs le plus cher
Nourriffon ,
Et la France feroit fans ceffe
La Mere du Sçavoir & de la Politeffe,
Si chaque fiecle avoit un Peliſſon .
D
MADEMOISELLE
DE SCUDERY.
' Un heroïque Ami ne plaignez
plus le fort,
Confolez- vous , Sapho , la raiſon le
demande.
Vous perdez Peliffon , & cette perte eft
grande ;
Mais qui ne perd pas en fa mort ?
Le Roy perd un Sujet fidelle ,
La Robe un Magiftrat exact , jufle &
prudent ,
L'Eglife , un Défenfeur ardent,
Rempli de pieté , de doctrine & de
zele.
Pour chanter les fameux Exploits
De LOVIS redouté fur ce vafte Hemisphere
,
GALANT. 245
De LOVIS le plus grand des
Rois ,
Peliffen valoit un Homere.
Il fut des doctes Saurs le plus cher
Nourriffon ,
Et la France feroit fans ceffe
La Mere du Sçavoir & de la Politeffe,
Si chaque fiecle avoit un Peliſſon .
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