Résultats : 2836 texte(s)
Détail
Liste
1001
p. 107-120
Copie du Decret rendu le 8. Decembre dernier, pour l'établissement d'un Conseil pour l'administration des Finances.
Début :
Sa Majesté Catholique a ajoûté à cette nomination / Puis qu'enfin nous avons obtenu la paix, nous avons [...]
Mots clefs :
Administration des finances d'Espagne, Finances d'Espagne, Espagne, Conseil, Décret, Droits, Rentes, Fraudes, Officiers, Revenus, Royaumes
1002
p. 121-138
Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Début :
Reprenons maintenant, s'il vous plaît, Messieurs, la suite du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Voyage, Madrid, Roi, Prince, Princesse, Palais, Sa Majesté, Officiers, Feu d'artifice, Dames, Carosses, Évêque, Balcons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Reprenons maintenant,
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
s'il vous plaît, Messieurs -
la suite du , voyage de la
Reine d'Espagne, que nous
laissâmes le mois passé à
Bayonne ,
d'où elle partit
le 4. pour se rendre à saint
Jean pied- de- port, où Son
Excellence M. le Prince de
Castiglionne
,
Viceroy de
Pampelune fut au devant
d'elle.
Sa Majesté y arriva le
soir du 4, s'y reposa un jour,
& ensuite continua [on
voyage à Roncevaux, ou
, elle arriva à neufheures du
soir, se plaisant beaucoupà
voyager de nuit & aux
flambeaux. Elle a eu heureusement
une huitaine de
jours de printemps. Le Prince
de Castiglionne, le Marquis
de sensaCruz,Majordome
Major, eurent l'honneur
de l'escorter avec toute
la Noblesse de Navarre,
qui avoit été au devant de
Sa Majesté jusqu'aux confins
du Royaume. Aprés
l'avoir laissée un peu reposer,
on fit la fonction de
prendre possession de sa
Personne Royale, & de la
faire servir par les Officiers
que le Roy lui avoit envoyez.
Ensuite M. de Medina-
Celi lui presenta le joyau de
la part du Roy; & M.de
Castiglionne s'étant mis à
genoux, lui presenta le bâton
de commandement,
en lui disant qu'il n'en avoit
aucun où étoit Sa Majesté,
& qu'il la supplioit d'ordonner
ce quelle avoit agréable
qu'ilfît pour son fervice.
Sa Majesté lereçut,
le tint un moment, & lui
dit cet mots que j'entendis
distinctement en Italien:
Le Roy, Monseigneur, a rendu
justiceàvôtre mérité;connoissant
votre fidelité pour son
service, & ce quevous avez
souffertàceJujet,son autorité
ne peut être en de meilleures
mains,&je ne puis rien faire
qui luisoitplus agreable,que de
vous la remettre toute entiere.
Son Excellence, un genou
en terre, reprit le bâton
& le baisant, dit à la.
Reine, qu'il lui rendoit tréshumbles
graces de l'honneur
que Sa Majesté lui faisoit,
qu'il n'étoit né que
pour mourir & sacrifier sa
vie pour le Roy & pour elle.
Le lendemain la Reine
continua si marche à Subiry.
C'est un Palais magnifique
qui est au Lieutenant
de Roy de Pampelune. Sa
Majesté y reposa à merveille
: mais presque toute sa
fuite dormit sur de la paille.
Son Excellence eut le même
sort que moy ,
& nous
ne nous deshabillâmes pas.
Le lendemain elle prit le
chemin dePampelune. Le
Conseil Royal l'attendoit
aux Capucins, qui n'en est
qu'à une trés petite distance.
Aprés lui avoir rendu
l'hommage&baisé la main,
elle passa outre par un chemin
qui la conduisit à la
Tacconnoire, pour entrer
par la grande porte, qui
répond à la rue principale,
qui étoit toute illuminée,
avec des arcs de triomphe
trés-magnifiques; & dans
cette ruë, & toutes les autres
par où Sa Majesté devoit
passer, les balcons étoient
remplis des Dames
de la Ville & de la Province,
qui s'étoient trouvées à
Pampelune pour cette entrée.
Quoy qu'elle Ce Se de
nuit, il sembloit que ce fût
en plein jour, par la quantité
innombrable d'illuminations.
Les salves d'artillerie
de lacitadelle, lamousqueterie
de toute la garnison
dans tous les postes,
l'acclamation des peuples
crians
,
Viva Dona Isabella
Farnesioviva : tout cela ne
cessa point,& la Reine en
tra dans son Palais avec ce
grand fracas, dont s'étant
un peu reposée, elle passa
dans une gallerie qui répond
sur la cour du Chl.
teau, où il y avoir un trèsbeau
feu d'artifice. Tous les
Gardes du Corps nouvellement
vêtus, qui avoient
é1térpresens à sron entrée au
Palais
, avec tous les Offiiers
de la garni£àn richement
vécus, ne quitterent
point la place tant que ta
Reine assista à ce feu, qui
dura une grosse demi-heure
; à quoy elle parut prendre
beaucoup de plaisir.
Ensuite elle fut se reposer,
& le lendemain il y
eut une trés belle mascarade
acheval, qui mit pied
à terre sous les balcons de
la Reine. Ils dévoient faire
un ballet devant Sa Majesté
: maiscomme elle
voulut aller au Te Deum à
l'Eglise Cathedrale, cela
fut differé à une autre heure.
A son retour au Palais,
elle eut la patience de se
laisser baiser la main par
toutes les Dames dela ville,
ensuite par le Conseil, puis
par l'Evêque & tous les
Chanoines, que l'on nommoit
l'un après l'autre par
leurs nom, tous les Superieurs
des Convens, les Officiers
de la garnison, avec
le Gouverneur. Cette fonction
fut assez longue:mais
Sa Majeste n'en parut pas
fatiguée. Le soir un crésbeau
feu d'artifice finit
cette seconds nuit, avec
une mascarade de routes
fortes d'animaux à cheval,
chacun tenant un papier
de musique, escortant un
chariot de triomphe qui
portoit quantité de joüeurs
d'instrumens & de petits
enfans qui chantoienttrésagreablement
les louanges
de la Reine fous ses balcons.
Sa Majesté parut tréssatisfaite
de cette soirée.
Le 15. on la regala d'une
autre mascarade magnifique,
d'un tre's- beau feu
d'artifice, avec une course
de taureaux, que ia Reine
avoit beaucoup d'envie de
voir. Ce sur par où l'on finit
la troisiéme journée.
Le 15. elle partit de Pampelune
,
après avoir renvoyé
la suite qu'elle avoit
amenée de Parme, à la reserve
de la Princesse de
Piombino
-
A son départ l'Evêque
de Pampelune lui presenta
deux mille écus pour les
distribuer aux pauvres. La
Princesse des Ursins étoit
partie le 19. pour aller l'attendre
à Xadraquez. Sur
ces avis le Roy alla le vingtdeux
au foir avec le Prince,
en deux carosses differens,
à Nôtre- Dame d'Atocha.
Le Prince prit les
devans, & ayant mis pied
à terre, il vint ouvrir la portiere
au Roy& après avoir
fait ensemhle leurs prières
dans la tribune, le Prince
alla au Buen-Retire prendre
congé des Infans Don
Philippe & Don Ferdinand
ses freres. Le 13. le Roy ôc
le Prince partirent en deux
carosses separez pour aller
à Alcala, quoique le temps
fût trés-froid& qu'il tombât
une grande abondance
de neige. Le 14. le Roy
partit avec le Prince, & il
entra sur le midià Guada.
laxara,ou la Reine arriva
sur les quatre heures du
soir;&quelque temps aprés,
le Patriarc he des Indes
fit la ceremonie du mariage,
en presence de tous
les Grands d'Espagne qui
s'y étoient rendus. Le Jo5
au foir ils baiserent la main
à la Reine, & ils se rangerent
en deux files, pendant
que les Magistrats de la
ville & d'autres personnes
de diftinaion qui y étoient
accouruës baiserent aussi
la main à Sa Majesté. Le
26. le Roy & la Reine vinrent
à Alcala. Le27. ils arrivèrent
en cetteville,à
travers une grande foule
de carosses & de gens qui
s'étoient avancez sur leur
route, sans qu'il arrivât aucun
desordre, nonobstant
les mauvais chemins & la
grande quantité de neige.
Leurs Majestez entrerent
par la porte d'Alcala, aux
acclamations du peuple,
& allèrent par le Pardo
à Nôtre- Dame d'Atocha,
Où le Te Deum fut chanté
? par la Musique de la Chapelle
,& aprés Elles vinrent
au Palais. Le 28. & le29.le
Roy, la Reine & le Prince
~-allèrent auBuen-Retiro vi-
! siser les deux Infans. Ils y
retournerenr le 30. & en-j
fuite la Reine admit les Dames
de la Cour àlui baiser
la main. Durant ces jourslà
les Conseils
,
les Minie.
tres & les Magiftracs de la
ville lui rendirent les mêmes
devoirs. Hier Leurs
Majestez & le Prince allerent
encore au Buen-Reciro,
& on a fait durant ces
quatre jours des illuminations
par toute la ville. Le
Roy a nommé à l'Archevêché
de Tolede D. Franeifeo
Valero & Lossa,Evêque
de Badajoz. On a appris
que quand la Reine arriva
riva à Xadraquez - elle y
trouva la Princesse des Urfins
qui l'y attendoit. La
Reine entra dans sa chambre,
oùcette Princesse la
suivit, & elle eut un entretien
avec Sa Majesté, après
lequel la Princesse se retira
à son appartement. La Reine
sortit bientôt après, ôc
fit appeller le Lieutenant
general Amezaga, Commandant
des Gardes du
Corps qui l'escortoient
auquel elle donna ordre,
parécrit de faire partir la
Princesse des Ursins avec
deux Officiers & cinquante
gardes, pour la conduire
en France.
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Résumé : Suite du Voyage de la Reine d'Espagne jusqu'à son arrivé à Madrid. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage de la Reine d'Espagne depuis Bayonne jusqu'à Madrid, en passant par plusieurs étapes significatives. Le 4, la Reine quitta Bayonne pour Saint-Jean-Pied-de-Port, où elle fut accueillie par le Prince de Castiglione, Viceroy de Pampelune. Elle continua ensuite vers Roncevaux, accompagnée par des dignitaires navarrais. À Roncevaux, elle reçut un joyau du Roi et le bâton de commandement du Prince de Castiglione, qu'elle lui rendit par la suite. La Reine séjourna à Subiry dans un palais somptueux, mais choisit de dormir sur de la paille. Elle arriva à Pampelune le lendemain, où elle fut accueillie par le Conseil Royal et des festivités, incluant des feux d'artifice et une course de taureaux. Le 15, elle quitta Pampelune après avoir distribué des aumônes. En parallèle, le Roi et le Prince se rendirent à Notre-Dame d'Atocha, puis à Alcalá et Guadalajara, malgré des conditions météorologiques difficiles. Le Patriarche des Indes célébra leur mariage en présence des Grands d'Espagne. Le 26, le Roi et la Reine arrivèrent à Alcalá, et le 27, ils entrèrent à Madrid sous les acclamations du peuple. Ils assistèrent au Te Deum à Notre-Dame d'Atocha avant de se rendre au Palais. Les jours suivants, ils visitèrent le Buen Retiro et reçurent les hommages des dignitaires. Le Roi nomma Don Francisco Valero y Losada à l'archevêché de Tolède. À Xadraquez, la Reine rencontra la Princesse des Ursins et ordonna son renvoi en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1003
p. 139-150
ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
Début :
Toy qui fis retentir le monde [...]
Mots clefs :
Paix, Roi, Monarque, Héros, Louis, Prince, Grand monarque, Bruit, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
ODE
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
PRESENTEE AU ROY
SUR LAPAIX.
TOy qui fis retentir le
monde
Du bruit de tes fameux exploits,
Grand Monarque, sur qui
se fonde
Le bonheur de tous les
François;
Par mes Vers souffre que la
France
Te marque sa reconnoissance
Pour la paix que ton bras
lui rend.
Dieu de la poétique yvreC
CeJ
Et vous, Déesses du Permesle,
Ne m'inspirez rien que de grand.
Paroiss, Heros de l'Histoire,
Venezrendre hommage à
Louis.
Non;iln'etf plus dans vôtre
gloire
Rien dont mes yeux soient
ébloüis.
Vous sçûtes gagner des batailles,
Vous sçûtes forcer des murailles:
Ce sont là de ses moindres
traits.
Mon Heros en sçait davan- -- tage,
Ilsçait captiver son courage
Pour faire éclater ses bienfaits.
Cede, temeraire Alexandre,
Cede à nôtre équitable
Roy;
Au nom de Grand il peut
pretendre
A plus juste titre que toy.
Ton humeur folle ôc vagabonde
Ne souhaitoit qu'un autre
monde
Pour y porter ses étendars:
S'il étoit encore une terre,
LOUIS, loin d'y porter
la guerre,
Iroit en chasser le Dieu
Mars.
Un Prince qui du bruit des
armes
Fait son unique passion
Qui , ne compte pour rien
les larmes
Que coûte son ambition,
Qui, pour être lû dans l'histoire,
Rend detestable sa victoire
A ses sujets victorieux;
Un Prince, a cette indigne
marque,
Est moins un courageux
Monarque,
Qu'un tyran ,
qu'un monfire
odieux.
Ce n'est rien que le diadême)
S'il n'a la vertu pour appui.
Avoir vaincu tout hors foyrneme,
C'est n'avoir vaincu qu'à
demi.
Pour
Pour être digne d'un Empire,
Il faut sçavoir bien se conduire,
Il faut qu'onl'exerce sur
foy:
Mais des qualitez si sublimes,
De si genereuses maximes
Louis, ne regnent que
chez Toy.
Oui, c'est dans ta feule personne
Que l'on voit briller cesvertus.
Quand ta main foudroyante
tonne,
Tes ennemis font abattus.
Tes coups toûjours inévitables,
Des peuples les plus indomptables
Pouvoient te faire redouter.
- Vainqueur des plus superbes
Têtes,
Au milieu de tant de con-
-
quêtes
Toy seul tu pouvois t'arrêter.
Que vois-je } DéjàCalliope
Fend l'air avec rapidité,
Et vole annonçant à l'Europe
L'auteur dte séa tran.quili- Je n'entends que cris d'ailegresse,
La joye a chaisé la tristesse,
Tout s'empresse à remplir
nos voeux.
La paixis.u-cc'ede aux tristes 'armes..
Puisse U douceur de ses
charmes
Passer jusques à nos neveux.
La paix, l'aimable paix couronne,
Grand Roy, tes belliqueux
exploits
;
Le haut éclat qui t'environne
Est l'éclat qui con, vient aux
Rois.
Eloignez
- vous, combats funestes,
Dont à peine les tristesreftes
;
Peuventêtre appeliez vainqueurs;
Lapaixrend le fils à sa mere, 1
La paix rend le frere à ion
frere
;
Enfin la paix te rend les
coeurs.
Loin d'ici, Parque, injuste
Parque,
Tu nous as fait assez de
maux: Respecteennôtre grand
Monarque
Le plus grand de tous les
Héros.
Qu'ilvive, èc compte ses
annecs
Par ses triomphantes journées.
Par les jours de tous ses sujets;
*
Et ses lauriers lui faisant
ombre,
Qu'aprés des victoires sans
nombre,
Lui-même il goûte ses bienfaits
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Résumé : ODE PRESENTÉE AU ROY SUR LA PAIX.
L'ode célèbre les exploits du roi et la reconnaissance de la France pour la paix rétablie. Le poète invoque les muses pour louer le roi, soulignant que ses mérites dépassent ses victoires militaires. Il compare favorablement le roi à Alexandre le Grand, car il utilise sa puissance pour le bien-être de son peuple plutôt que pour la guerre. Le texte critique les princes cherchant uniquement la gloire militaire au détriment de leur peuple, les qualifiant de tyrans. Il loue les vertus du roi, sa sagesse et sa justice, ainsi que sa force militaire. La paix est présentée comme le couronnement de ses exploits, apportant joie et réunification des familles. Le poème se conclut par un vœu pour une longue vie au roi, entourée de paix et de bienfaits pour son peuple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1004
p. 151-163
IDYLLE SUR LA PAIX.
Début :
Helas ! quand finiront mes maux ? [...]
Mots clefs :
Paix, Peuples, Climats, Louis, Victoire, Triomphe, Sujets, Roi, Maux, Eaux , Seine
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texteReconnaissance textuelle : IDYLLE SUR LA PAIX.
IDYLLE
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
SUR
LA PAIX.
HElAS!quandifniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrosèdefis
eaux,
N'yJerai-je plus rappellée?
Quellefureur!
Le tumulte des armes,
La guerre f5fis alarmes,
Ont-ils de quoy charmer
un coeur?
N'ai-jtpasplusde charmes?
Helas! quandfiniront
mes maux?
Depuis si long-temps
exilée
1
Des climats que la Seine
arrosedeses
eaux?
iVjferai-je plus rappellee
?
LOUIS
,
l'invincible, LOUIS
Veut-il voir à ses pieds
tous les peuples
fournis?
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes I[)oeux
toujours inexorable?
-
L'on ne voit par-tout
que feu,
Tout dépouvante frifsonne
;
L'airain meurtrier raisonne,
Tortant la mort en tout
lieu 5
Lesalpêtre en courroux
tonnt
Le plomb homicide
pleut
Mais maigretant d'horreursjeputsvaincre
Bellone,
Si LOUIS leveut.
Ce Conquerant infatigable
Sera-t-il à mes voeux
toujours inexorable?
Mais quel mortelporte
versmoyses pas?
Cess LOUI S, je le
vois paroître.
C'cjl lui, je ne me trompe
pas.
Ah !qui pourvoit le méconnoître?
Quel cft ce Jubit changement
?
Les Ris, les eux flJ
les Grâces
Suivent fis aimables
traces.
Ciel!quel est mon étonnement?
Ce Hérosprés de moy
saVAnce;
Il parle: Vents,faites
silence.
ArimablePdix., ne PleureZj
plusrvos maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la Seine
arrose de Jes
eaux , - Dans ces heureux climats
vous êtes rap~
pellée.
Ne pleurons plus ttos
maux;
Depuis si long-temps
exilée
Des climats que la 'Seine
arrose de ses
eaux
Dans ces heureux climats
je fuis donc
rappellée.?
Je triomphe donc de
Mars,
Sessanguinairesregards
Netroubleront doncplusi
les tranquiles rempars
?
C'est le Roy des Fran--
çois qui cause ma
victoire ; Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantez,peuples, chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Les fureurs des combats,
les troubles de
laguerre
N'ensànglanteront plus.
la terre.
Tous les peuples rai-*
Ilez,
Vont voirBellone à mes
pieds.
C'cjllc Roy des Fran
çois qui cause ma
victoire; Ilveutmerendre à ses
sujets.
Chantez,peuples chantez,
sagloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Vous qui ne me quittez
tez jamais
Aimable e fertile abondance
Partez> Juivez-moy
dans laFrance
Venez, la combler de
bienfaits
Venez en chasser la tris
tese
Qu'on riy respirequ'allegreffe
,
Qj£on ne vOJe en tous
lieux que guirlandes,
sestons
Quetoutsisentedevos
dons.
C'estle Roy des François
qui cause ma
victoire Ilveut me rendre àses
sujets.
Chantezl.,peuples,chantez,
sa gloire,
Et le triomphe de la
Paix.
Et vous 3
Dieux
3
prenezsoinduplusjuste
des Princes,
Qu'il gouverne longtempsses
tranquilles
Provinces.
Quelque longs quesoient
ses jours,
Ils seront toujours trop
courts.
Quil vive, quilvive, *quilvive, -
Ce Monarque amateur
de la paisible Olive,
Qu'ilvive,quilvive,
quilvive.
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Résumé : IDYLLE SUR LA PAIX.
Le poème 'Idylle sur la paix' relate la douleur d'une personne exilée loin de la Seine, aspirant à la fin des souffrances causées par la guerre. La narratrice déplore la violence des combats et les alertes constantes, se demandant si Louis, le conquérant, restera implacable. Elle observe les ravages et la mort apportés par la guerre, mais espère vaincre Bellone, la déesse de la guerre, grâce à Louis. La narratrice reconnaît soudain Louis parmi les mortels et est émerveillée par sa présence. Louis annonce qu'elle est rappelée dans les régions heureuses arrosées par la Seine et qu'elle triomphera de Mars, le dieu de la guerre. Il souhaite la rendre à ses sujets et mettre fin aux conflits. La narratrice appelle alors à célébrer la gloire de Louis et le triomphe de la paix. Elle invite également l'abondance à revenir en France pour chasser la tristesse et apporter des bienfaits. Enfin, elle prie les dieux de protéger Louis, souhaitant qu'il gouverne longtemps ses provinces en paix et vive longtemps.
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1005
p. 194-207
DONS DU ROY.
Début :
Messire François Elie de Voyer d'Argenson, cy-devant Evêque de [...]
Mots clefs :
Dons, Roi, Abbaye, Évêque, Abbé, Archevêque, Évêché, Mort, Aumônier
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texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY,
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
Messire François Elie de
Voyerd'Argenson,cy- devant:
Evêque de Dol,& auparavant.
Doyen de S. Germain de l'Au
xerrois, a este nomme par le
Roy à l'Archevêché d'Ambrun
: Il est frere de Mr d'Argenson
,
qui remplit aujourd'huy
si dignement les Charges
de Conseiller d'Etat&de
Lieutenant General de Police
à Paris, & forty de la Maison
de Voyer de Paulmy en Touraine,
distinguée par l'ancicnneté
de sa noblesse, & par ses
alliances avec les Maisons de
Laval, de Precigny
,
deThays.
de Frottier laMesseliére, de
TurpinCrissé ,de Beauvau
du Rivau, de la Rivière en
Bretagne, de Hurault-Chiverny
,
&c. L'Archevêché
d Ambrun cft en Dauphiné
,
& l'Archevêque s'en qualifie
Prince.
Messire Jean LoüisduBouchec
de Sourches, Abbé de S.
Martin de Trouart, & Aumônier
du Roy, a esté nommé
à 1 Evêché de Dol en Bretagne
par la promotion de M. d'Argenfon
à l'Archevêché d'Ambrun;
il est frere de M leComte
de Montsoreau, Lieutenant
General des Armées du Roy)
& Grand- Prevost de l'Hostel,
,&. fils de M. le Marquis de
Sourches
,
ci devant Grand-
Prevost de l'Hostel,&de Dame
Marie - Genevieve de
Chambes,Comtesse deMontsoreau,
& petit fils de Jean du
Bouchet, Marquis de Sourches,
Grand Prevostdel'Hôtel,
& Chevalier de 1 Ordre du
S. Efprir. La Maisondu Bouchet
est originaire du Maine
J
& d'une noblesse tres-distinguée
; elle possede la Terre de
Sourches depuis l'alliance contractée
en J459. par Guillaume
du Bouchet avec Jeanne
de Valsé Dame de Sourches :
eJh: s'est depuis alliée aux Maifons
de Thevale, de Broc,
du Plessîs Liancourt, de SauvestreClisson,&
c.
Missire. Languet de
Cergy, Aumônier de feu Madame
la Dauphine,aéténom.
mé à l' Evêché de Soissons,
vacant par la mort de Messire
Brulart de Sillery; il est frere
de M. Languet nommé à la
Cure desSulpicedepuisquel
ques mois
,
à l'occasion duquel
je vous entretins assez de
cette famille.
Messire. de Castelane a
esténommé à 1 Evéché de Frejus
par lademissionde Messire
Antoine Hercule de Fleury..
LaMaisonde Castelane donc
est ce nouvelEvêque
,
est; une
des plus anciennes, des plus illustres,
& des plus étendues
de Provence. L'Evêché de Frcjus
est en Provence. L Evêquc
en est haut Seigneur par la donation
d'isledefons, Comte de
Provence. Les Habits Pontisicaux
que porte l'Evêque à sa
premiere Entrée,font dûs au
Chapitre de laCathédrale ; &
ils ont esté apprêtiez par Ar..
rest dela Cour à 4800.liv.
Messïre Henry Pontus de
Thiard, Evêque de Meaux
b
,"
& cy devant Evêque de Toul
J
a esté nommé à l'Abbaye S.
Germain des Prez, vacante par
la moi t de M. le Cardinal d'E{:
trées :
Il elt fils de feu Claude
de Thiard, Seigneur de Bissy,
Chevalier des Ordres du Roy,
Lieutenant General de ses Armées
en Franche Comté; &
de Dame Angelicpe Eleonord
de Neufecheses. LaMaisonde
Thiard de Bissy, est originaire
de Bourgogne; & elle s'estalliée
aux Maisons de Busseuls.
Sernin, de Bouton Chamilly,
de Harocourt.
Chacun sçait, comme je
viens de le dirc que M. Thiard.,
de Bissy est Abbé de S. Germain
des Prez; mais on ignore
peut estre au sujet de cette
Abbaye que le Roy Childebert
ayant rapporté de Sarragosse,
l'an542. au retour de
de sonexpédition d Espagne
, **( l Etole de S. Vincent
,
bâcic
une Eglise auprès de la Ville
de Pans, pour y déposer cette
Religieuse dépouille. Il l'a
chorsie aussi pour le lieu de sa
sépulture ; & le jour de son
Enterrement, fut celuy auquel
l'Evêque S Germain dédia la
nouvelle Eglise, fous le Titre
r de la Sainte CIOIX.J & de S.
Vincent: à la fin de l'année
558. il y mit aussi tost des
Religieux, dont il donna la
conduite à son Disciple S.
Doctroné, qui enfut ainsi le
premier Abbé:CetteAbbaye
devint tres-celebre dans la
fuite; elle embrassa la Règle
de S. Benoist, & prit le nom
de S. Germain, dont le Corps
y fut enterré.
Mr de Meaux étant Evesque
de Tout,s'opposa avec fermeté
à la publication du Code-
Leopold, qu'il regarda comme
un attentat sur les droits & la
JuriC.üQ:lon de l'Eglise Cette
affaire fut portée à Rome) &
le S. Siège approuva fore la
conduite de ce Prélat, & loüa
cc zele & cette vigueur vrayment
Apostolique.
Le desinteressement de Me
de Meaux a paru dans le refus
qu'il fit de l'Archevêché de
Bordeaux; & pendant ces années
de famine
,
il a fait éclater
sa charité envers les Pauvres
de son Diocese, & principalement
envers deux fameuses
Communautez qu'il
nourrit depuis quatre ans. Sx
profonde érudition
,
& la purte
de sa doctrine se font fait
connoistre dans plusieurs occasions.
Mr l'Abbé de Guimenc
fils
-
de M. le Prince de Guimené,
de la Maison de Rohan,
l'une des plus anciennes) &
des plus illustres de Bretagne,
a esténomméà l'Abbaye du
Gard Ordre de Cisteaux, dans
le Diocése & à quatre lieuës
d'Amiens, vacante par la mort
de feu Mr de Sillery, Evêque
de Sorffons.
M. l'Abbé Defmaretz, fils
de Mr Desmaretz, Ministre
dEcac., Commandeur des Orores
du Roy,& Controlle0ur
General de ses Finances, a été
nommé à l'Abbaye de S. Nicolasau
Bois, Ordre de S. Benoist
, dans le Diocése de
Laon, vacante par la mort de
Mr leCardinal Estrées.
Messire Antoine Hercule
de Fleury, ci devant Evêque
deFrejusa éténommé àl'Abbaye
de S. Basle, de l'Ordre de
S, Benoist, dans JeDiocése de
Rheims, vacante par la more
M. Sillcry,Evêque de Soissons
Mr l'Abbéde Valence Aumonier
de Mr le Duc du Maine
, a .et,e nomme à l'Abbaye
de Sre Trinité) de Mauleon a
Ordre de S. Augustin
*,
Diocé(
e de Poitiers, vacante par la
mort de feu Mr l'Abbé Duchêne.
J
Mr l'AbbéPonrac Aumônier
de feu Madame la Dauphine
aété nommé à l'Abbaye
de la Palisse; la famille
de Pontac est originaire de la
VilledeBordeaux,
ViXedeBordeaux, &&: des pp)luuss
distinguées dans h Robe.
Le Roy a aussinommé à
l'Abbaye de S. Georges de
Rennes, Madame d'Alegre,
d'une ancienne Maisond'Auvergne,
dont le premier nom
étoit Tourzel.
Madame de Goe sbriand, à
l'Abbaye de Kerlot J.. vous
ay parlé dela Maisonde Goesbriand
dans mon det nier Journal,
à loccasion du Mariage
de Mr le Marquis de Goëbriand,
avec Mademoiselle de
Châtillon.
Madame de Mongon à
l'Abbaye des Echasses: Cette
nouvelle Abbesse est d)uneNo..
blese disntinguéé d' Auvergne,
dont le nom est Beauver ger,
& connuë anciennement fous
celuy de Cordebeuf.
Madame de Clerc à l'Abbaye
de S. Georges.
Fermer
Résumé : DONS DU ROY.
Le document décrit plusieurs nominations ecclésiastiques réalisées par le roi. François Elie de Voyerd'Argenson a été nommé archevêque d'Ambrun en Dauphiné. Jean Louis du Bouchet de Sourches a été désigné évêque de Dol en Bretagne. Messire Languet de Cergy a été nommé évêque de Soissons, et Messire de Castelane, issu d'une noble famille provençale, a été nommé évêque de Fréjus. Henry Pontus de Thiard a été nommé abbé de Saint-Germain-des-Prés. Monsieur de Meaux, ancien évêque de Toul, a refusé l'archevêché de Bordeaux, illustrant ainsi son désintéressement et sa charité pendant les années de famine. L'abbé de Guimenc, fils du prince de Guimenc de la maison de Rohan, a été nommé abbé de l'abbaye du Gard. L'abbé Desmarets, fils du ministre Desmarets, a été nommé abbé de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois. Antoine Hercule de Fleury a été nommé abbé de Saint-Basle. L'abbé de Valence a été nommé abbé de la Sainte-Trinité de Mauléon, et l'abbé Ponrac a été nommé abbé de la Palisse. Le roi a également nommé Madame d'Alègre à l'abbaye de Saint-Georges de Rennes et Madame de Goesbriand à l'abbaye de Kerlot. Parmi les figures féminines notables, Madame d'Alègre, de la Maison d'Auvergne, anciennement nommée Tourzel, Madame de Mongon, nouvelle abbesse de l'Abbaye des Échasses, issue de la famille Beauverger, et Madame de Clerc, associée à l'Abbaye de Saint-Georges, sont mentionnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1006
p. 314-329
NOUVELLES.
Début :
En attendant, si vous aimez les Nouvelles, en voici / On mande de Strasbourg que les Troupes Bavaroises [...]
Mots clefs :
Troupes, Guerre, Prince, Vaisseaux, Roi, Roi de Suède, Munitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
En attendant, si vous
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
aimez les Nouvelles, en voici
une reprise :
sinonbâillez en
les lisant, ou plutost, croyezmoy
,passez les, & chantez au
coin de vôtre feu, la Chanson
qui les suit, ou devinez mes
Enigmes; mais à boncompte,
puisque je l'ay dit,
NOUVELLES.
On mande de Strasbourg
que les Troupes Bavaroises
avoient achevé de passer le
Rhin ,une partie par cette
•Ville
,
& l'autre partie par le
Fort-Louis. On les croit à present
à portée de la Baviere,
elles tiennent un bon ordre
sur la route par ou elles pafsent,
payant comptant tout
ce qu'on leur fournit,&l'évacuation
de Fribourg, de Brifak,
& de Kell, doit estre faite
incessamment, & les Troupes
Allemandes qui en doivent
prendre possession sont à portée
d y entrer: on continue
de remplir les Magasins de
toutes sortes de munitions ;
on en fait autant à Landau.
Tous les avis qu'on reçoit
de Dantzich marquent que la
misere augmentoit tous les
jours en Pologne, par la disette
des grains; & qu'outre
cela, il y a un grand nombre
de Souris, qui ruinent les semailles,
particulierement dans
le Palatinat de Cracovie.
On mande de Hambourg
que le Prince de Hesse-Cassel
étoit allé àStralzund suivi de
cinq personnes. On y avoit
appris que le Roy de Suede
tenoit toujours de frequents
Conseils avec ses Generaux;
mais que ce Conseil estoit si
étroitement gardé que l'on
n'y pouvoir rien pénetrer de
ce qui s'y traittoit; on connolC
cependant aux préparatifs
qu'il fait faire,qu'il a dessein
de faire quelqu'entre prise
dans le Holstein, ou du côté
de Saxe.
Le Roy de Dannemarck
dont les Etats sont les plus
exposez
,
n'oublie rien pour
se mettre en dess:nÍc:lIl fait
fortifier tous les passages
gayables de la Treme
,
& tes
troupes ont ordre de marcher
au premier mouvement que
feront les Suédois; il faitaussi
tlneure en état une grosse Escadre
de Vaisseaux de guerre
pour veiller sur celles des
Suédois.
On mande de Venise que
le Sénat est occupé à chercher
de l'argent, & des troupes
pour survenir aux frais de la
guerre contre les Turcs, qui
se font déclarez ouvertement
contre la République;puisque
suivant des avis particu-
1Krs que l'on a eu de Constannnople,
le Grand Seigneur:
a fait mettre en arrest son Envoyé,&
a donné ord re à tous
les sujets de la République de
sortir des Etats de l'Empire
Orhoman;& pour trouver les
fonds necessaires dans cette
occasion, le Senat a resolu de
, créer de nouvelles Charges
& d'agregerà la Noblesseceux
qui le presenteront moyennant
le don ordinaire de trois
cens mille livres. On cherche
à soudoyer des Troupes des
Princes de l'Empire,& on eU
déja en traité avec quelquesuns.
On fait battrela caisse
dans tout l'Etat Venitien,&on
presse l'armement des Galeres
& des Vaisseaux qui font dans
l'Arsenal.
On a reçu des Lettres de
Roses qui portent, qu'onavoit
appris par un Bastiment arrivé
depuis deux jours de Barcelonne,
qu'on travailloit danscette
Capitale avec une extrême
diligence aux preparatifs pour
l'expedition de Majorque
qu'il y estoit arrivé beaucoup
de Bastimens tant des Ports
de France que de ceux d'Espagne,
qui estoient chargez de
toutes fortes de munitions de
guerre & de bouche, & qu'on
alloit commencer à faire la re-
"ûë des Troupes qui sont dans
cette Principauté, pour care,
en estat de marcher où elles3
feront commandées ;&quon
continuoit de dire que ce sera
pour letl. de Fevrier qu'on
entreprendra cette expedition,
êc qu'il y avoit dans cette Ca-
- pitale un amas prodigieux de
toutes sortes de munitions de
guerre & de bouche, & que
tout y estoit tranquille, ainsi
que dans tout le reste de la
Catalogne, comme s'il n'y
avoit point eu de guerre, depuis
que les Miquelets & les
Volontaires s'estoient retirez.
-
Les lettresde Londresportent
que l'armement des 3£.
Vaisseaux de guerre dont on a
parlé, destiné, disoit on, pour
la mer Baltique, ou pour secourirles
Maroquins, se réduità
12 Vaisseaux sur lesquels
le Vice AmiralWager, ira relever
le Vice- Amiral W¡,barc
qui luy laissera huit Vaisseaux,
&ramenera le reste ; le Roy
George voyant que les divisionsaugmentoient
entre les
deux partis,arésolu de lesfavori
ser tous deux, il aconfirmé
l'EvêqlJe deSnHal dans la
Charge de Grand Aumônier,
&le Comte Orvier dans celle
de sous Aumônier, les Comtesd'Anglelcy,&
de Rochester
dans les Charges deTrésoriers
d'Irlande, & quelques
autres, quoique déclarez pour
l'EgliseAnglicanne, & pour
le party des Torris; on le flattoit
que le General Stanhope
régleroit à Vienne routes les
affaires, particulièrement celles
dela BarriereaugrédesAnglois,
SeJes.Hollandais, ôc
mêmequ'il a porteroit le trai-
XZ sur.Se il arriva ces
jours passez,&quoiqu'il ait
demeuré quelques jnurs à la
Haye,on n'y a rien publié,ny
à Londres,ce qui fait soupçonner
qu'il n'a pas reüssy.
Onmandeaussi que la Comtesse
de Roye, Françoise refugiée,
yest morte âgée de 80.
ans, & qu'elle avoir été enterrée
dans l'Eglise saint Junes;
elle croit soeur du Duc de Duras,&
du feu Comte de Feversham,
Savoieepouse le
Comre de Royede la Maison
de la Rochefoucault, qui avoïc
fcrvi avec beaucoup de distinction
le Roy de France en.
qualité deLieutenant General
de ses Armées.
Les moyens de M. Daille
pour trouver les longitudes
étant fort naturels, & paroissant
également commodes,
ont été secrettement examinez
afin de luy procurer quelqu'avantage
chez les Nations interressées
àcette découverte;
mais les Juges ne les trouvent
pas assez précisement praticables
sur mer,quoique la Théorie
en soit demonstrative,&
l'Académie ayant examiné sa
machine, qu'il dit capable de
mouvement perpetuel
,
& de
plusieurs autres effets extraordinaires
, on en a remis la delibération
à une autre fceance.
On écrit de Nancy que le
Marquis de Lambercy y étoit
de rtour de son voyaye de
Londres) &avoir rendu compte
à S. A. R. de sa négociauon,
que le Chevalier de faine
George avoir été quinze jours à la Cour de Lorraine avec
leurs A. R. l'Electeur de
Treves, & le Prince François
de Lorraine; la Cour avoir été
nombreuse, & fort brillance,
& rien n'avoit éréoublié pour
les plaisirs, les divertissements,
& la bonne chere d'une
siillustre assemblée.
"••S Les Cantons Suisses Catholiques
parroissenttout-à-fait
disposez àrenouveller leurallianceavec
le Roycettenegotiation
dote être incessammentterminée.
On vient de recevoir des
avis de Cadis qui portent que
les Algériens ont pris prés du
Détroit un VaisseauAnglais,
où il y avoit 100000. livres
Sterlinen guinées) qui étoient
destinées pour payer la garnison
de Gibraltard.
Les Lettres d'Alsace portent
qu'on y batactuellement
lacaisse pour faire des levées
aunomdu Roy de Suede, &
que ce Prince pienoit à son
service beaucoup d'Officiers
François, parmy lesquels il y
a quelques Ingénieurs.
M. le Grand Prieur doit
partir pour Malthe, & l'on
tient qu'il y entretiendra un
bataillon à ses dépens.
M. le Marquis de Broglioa
étéfait Lieutenant General de
Provence à la place de feu M.
leComte de Grignan.
On mande d'Anvers que le
Comte de Kongseck y étoit
retourné pour reprendre les
Conférences de la Barriere, &
en conclure le Traitté suivant
le plan que le General Stanhope
hopeen a rapporté de Vienne
-
qui sont les dernieres résolutions
de l'Empereur.
- M. le Maréchald'Uxelles
a eû le gouvernement de
Strasbourgqu'avoir feu Monsieur
le Maréchal de Chamilly.
Le 18. de ce mois MonsieurleMaréchal
d'Estrées sut
esleu par les Messieurs de l'Académic
pourremplir la place
de feu Monseigneur le Cardinal
d'Estrées son Oncle,
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Résumé : NOUVELLES.
Le texte relate divers événements politiques et militaires en Europe. À Strasbourg, les troupes bavaroises traversent le Rhin et se préparent à occuper plusieurs villes après avoir payé comptant pour les provisions. En Pologne, la situation se dégrade en raison de la pénurie de grains et de l'infestation de souris. À Hambourg, le prince de Hesse-Cassel se rend à Stralsund, tandis que le roi de Suède prépare des actions militaires dans le Holstein ou la Saxe. Le Danemark renforce ses défenses et sa flotte face à une possible attaque suédoise. À Venise, le Sénat mobilise des fonds et des troupes contre les Turcs, créant de nouvelles charges et soudoyant des soldats. En Espagne, des préparatifs sont en cours pour une expédition à Majorque. À Londres, l'armement naval est réduit et le roi George soutient les deux principaux partis politiques. La comtesse de Roye, réfugiée française, est décédée à Londres. Les inventions de M. Daille pour déterminer les longitudes et créer un mouvement perpétuel sont jugées impraticables en mer par l'Académie. Le marquis de Lambercy revient à Nancy après une mission à Londres. Le chevalier de Faine séjourne à la cour de Lorraine avec des personnalités importantes. Les cantons suisses catholiques envisagent de renouveler leur alliance avec le roi. À Cadix, des Algériens capturent un vaisseau anglais transportant 100 000 livres sterling destinées à Gibraltar. En Alsace, des troupes sont levées au nom du roi de Suède, qui recrute également des officiers français. Le grand prieur part pour Malte. Le marquis de Broglie est nommé lieutenant général de Provence, succédant au comte de Grignan. À Anvers, le comte de Kongseck reprend les conférences de la Barrière. Le maréchal d'Uxelles obtient le gouvernement de Strasbourg, précédemment détenu par le maréchal de Chamilly. Enfin, le maréchal d'Estrées est élu à l'Académie pour remplacer son oncle, le cardinal d'Estrées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1007
p. 352-356
Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Memeth Riza Beg, Intendant de la Province d'Irivan en Armenie [...]
Mots clefs :
Arménie, Ambassadeur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Intendant, Erevan, Baron de Breteuil, Roi, Introducteur des ambassadeurs et princes étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Memeth Riza Reg,Intendant
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
de la Province cClrtvan en Ar- imenie, Ambassadeur du Roy de
Perse en Frarce
,
arriva à ( harenton
le 16 de ce mois, & le
lundy 2.8. M.le Baron de BreteuilIntroducteur
des Ambassadeurs&
Princes Etrangers, yalla
luy faire un compliment dela
part du Roy, honneur que Sa
Majcfté ne fait quetrès rarement&
dans des occasionssingulieres.
Le dernier à qui pareil
honneur a été fait, fut le Connestablede
Castille lorsqu'il vint en
France au n011) de toutes les
Cortesd'Espagne
,
demander le
Duc d'Anjou pour êtreleur Roy.
L'Intendant de la Province d'lyi<
voen est la troisïéme personne
deceGouvernement qui est le
plus
plus considerable de toute la
Perse, & a de revenu trente deux
milleromansparanquifont prés
decinqcentsmille écus. La Ville
d'Irivan passe dans l'Orient
pour la plus ancienne peuplade
du monde. Les Arméniens ont
dans leurs traditions que l'Arche
deNoéestsur la pointe du Mont
* Macis qui est voisin de la Ville
d'Irivan. Onmontreencoreàpresent
aux environs de cette montagne
l'endroit où Noé plantala
Vigne. A deux lieuës d'lrivanest
le celebre Monastere des trois
Eglises, le sanctuaire des Chrétiens
Arméniens & le lieu pour
lequel ils ont leplus de dévotion.
Je m'étendray davantage le mois
prochain sur toutes ces choses
* jirArat dans la Genese,
dont je croy les circonstances
merveilleuses,dignes de lacuriosité
detoutlemonde;en attendant
Messieurs) il me reste à vous
faire part d'une piece originale,
ausujet del'Intendant dirivan.
C'estun ouvrage enrichi des plus
brillantes expressions qu'on puisse
lire dans les Contes Arabes &:
danslesmille &unenuit, c'est
enun mot un compliment tout
Oriental que M. le Baron deBreteuil
a fait de la part du Roy à
l'Ambassadeur de Persequi en a
paru très content. Jel'ay heureusementattrappé
,tel, mot pour
mot,que ses Interprètesl'onteu.
Le voicy.
L)EinperettTdeFranCt, mon Maître
j leplus grand~(jr lepluspieux
des Empereurs Chrétiens
5
leplus
magnifique des Roys de l'Europe, le
plusPaissantenguerre, tant sur
la Terre quesur la Mer,toujours invj¡¡
âble, l'amourdesesPeuples,~d*
le modeleparfaitde toutes les vertus
Royales) m'envoye
,
Monsieur
D *vousfaireun complimentdesapart,
~&fie réjouir de vostre arrivée auprés
de Paris, la Capitale de son
Empire,la plus riche ~cr u't plussuperbe
des Filles de la part du
monde que nous habitons IIfiçM?
quel'EmpereurvostreMaîtreest le
plusmagnifique&leplusPuissant
Empereur de l'Orient, & ilestpersuadé
qu'ayant àla Cour autant de
pufonndgts Illustres qu'il en a , HVOUA a choisi entre eux2 comme
un Sujet d'un mérité di-ie- &
capabled'etrt le lien de runion de
(Uuxsipuissants Monarques
njowào,-."era,.Jieur
, en touttes
occiij sydes marques del'efti»
ne cr at la co/ijideriitioa.quil u
fourunAxh.jj\ideurqui vient de
lu part à 'un si grandEmpereur.
Pour mOJ). Monsieurje regardecomme
un btnheurcCêtre le premiera,
qui il ait ordonné de vous venir
complimenterde sa part:Jir.1.J au
sortirdelette Conférence, luy rendre
compte de l'éx/atlion deses orIl
dtesy & en prendre de nouveaux
pour Vojlil entrée à Paris,(£ voflre
Audiance à la magnifique Cour de
Sa Majesté Impériale.
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Résumé : Nouvelles de l'Ambassadeur de Perse, avec la copie du compliment que Mr le Baron de Breteüil, Introducteur des Ambassadeurs, luy a fait d la part du Roy. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée de Memeth Riza Reg, Intendant de la Province d'Arménie et Ambassadeur du Roi de Perse, à Charenton le 16 du mois, suivie par une visite du Baron de Breteuil le 28 du même mois. Cet honneur avait précédemment été accordé au Connétable de Castille. L'Intendant de la Province d'Irvàn, troisième personnage important du gouvernement perse, dispose d'un revenu annuel de trente-deux mille rams, soit environ cinq cent mille écus. La ville d'Irvàn, l'une des plus anciennes du monde, est associée à la légende de l'Arche de Noé, qui se serait échouée sur le Mont Ararat. Près d'Irvàn se trouve le monastère des Trois Églises, un lieu de dévotion pour les chrétiens arméniens. Le Baron de Breteuil a rédigé un compliment oriental pour le Roi de France, adressé à l'Ambassadeur de Perse, soulignant les qualités du Roi de France et exprimant l'espoir de renforcer les relations entre les deux monarques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1008
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
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1009
p. 67-71
De Londres.
Début :
On mande que le Roy continuë d'aller souper tantôt [...]
Mots clefs :
Roi, Imprimeur, Livre, Membres du Parlement, Artificier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres.
DeLondres.
On mande que le Roy
continue d'aller souper tantôt
chez un Seigneur, tantôt
chez un autre. On asçu
par des lettres d'Allemagne,
que le General Stanhope
ayant remontré à
l'Empereur de la part du
Roy son mairre, que la
France faisoit des infracrions
à la paix d'Urrecht,
en faisantconstruire un ca- nal&un port à Mardick,
l'Empereur lui avaitrépondu
qu'il étoit libre à un chacun
de construire & de démolir
sur les terres; par consequens
qu'elle ne contrevenoit
en rien au traité.
D'autres lettres portent
qu'on avoit publiéuneproclamation,
par laquelle on
promet 1000. livres sterlin
de recompense à celui qui
découvrira l'auteur d'un li.
bele intitulé, ArvisflUX Anglois
pour les élections des
MembresduParlement, &
500. livres pour arrêter
l'Imprimeur. Outre que ce
libele fait grand bruit, cçft
qu'il contient de fortes re..
flexions contre le Roy,disant
qu'il n'a aucun droit à
la couronne, & prouve
qu'elle appartient au Pretendant,
& porte les peuples
à se soûlever contre le
gouvernement. Il y en a
beaucoup d'exemplaires répandus
dans le Royaume.
Plusieurs Seigneurs, entr'autres
le Duc de Sommerfet,
sont partis pour aller
à leurs maisons de campagne
, afin d'être plus à
portéedesolliciter les électeurs
à donner leurs voix
dans les élections desMem
bres du Parlement en faveur
de leurs amis. On
craint fort que lors qu'elles
se feront il n'arrive du desordre,
tant l'esprit des peuples
estanimé contre le
gouvernement. On a encore
eu avis que le feu prit
prés dela Douanne chez
un Artificier, dans le temps
lu'on faisoit des artifices ôc
que l'on chargeoit des
bombes. La boutique de
cet Artificier éroit remplie
d'huile, de gaudron) de
poix, & de quantité de raquettes
pour jetter des fusées
en l'air; & le feu prit
par un baril de poudre, qui
fit sauter la maison & deux
autres voisines. Il y eut cent
personnes de ruées. Les flâmes
s'étant communiquées
aux autres maisons
5
le feu
y prit avec d'autant plus de
violence,qu'ilfaisoit grand
vent, que plus de cent cinquante
maisons ou magasins
remplis de beaucoup
de marchandises, furent
consommez. La Douanne
fut fort en danger, mais
elle a été sauvée.
On mande que le Roy
continue d'aller souper tantôt
chez un Seigneur, tantôt
chez un autre. On asçu
par des lettres d'Allemagne,
que le General Stanhope
ayant remontré à
l'Empereur de la part du
Roy son mairre, que la
France faisoit des infracrions
à la paix d'Urrecht,
en faisantconstruire un ca- nal&un port à Mardick,
l'Empereur lui avaitrépondu
qu'il étoit libre à un chacun
de construire & de démolir
sur les terres; par consequens
qu'elle ne contrevenoit
en rien au traité.
D'autres lettres portent
qu'on avoit publiéuneproclamation,
par laquelle on
promet 1000. livres sterlin
de recompense à celui qui
découvrira l'auteur d'un li.
bele intitulé, ArvisflUX Anglois
pour les élections des
MembresduParlement, &
500. livres pour arrêter
l'Imprimeur. Outre que ce
libele fait grand bruit, cçft
qu'il contient de fortes re..
flexions contre le Roy,disant
qu'il n'a aucun droit à
la couronne, & prouve
qu'elle appartient au Pretendant,
& porte les peuples
à se soûlever contre le
gouvernement. Il y en a
beaucoup d'exemplaires répandus
dans le Royaume.
Plusieurs Seigneurs, entr'autres
le Duc de Sommerfet,
sont partis pour aller
à leurs maisons de campagne
, afin d'être plus à
portéedesolliciter les électeurs
à donner leurs voix
dans les élections desMem
bres du Parlement en faveur
de leurs amis. On
craint fort que lors qu'elles
se feront il n'arrive du desordre,
tant l'esprit des peuples
estanimé contre le
gouvernement. On a encore
eu avis que le feu prit
prés dela Douanne chez
un Artificier, dans le temps
lu'on faisoit des artifices ôc
que l'on chargeoit des
bombes. La boutique de
cet Artificier éroit remplie
d'huile, de gaudron) de
poix, & de quantité de raquettes
pour jetter des fusées
en l'air; & le feu prit
par un baril de poudre, qui
fit sauter la maison & deux
autres voisines. Il y eut cent
personnes de ruées. Les flâmes
s'étant communiquées
aux autres maisons
5
le feu
y prit avec d'autant plus de
violence,qu'ilfaisoit grand
vent, que plus de cent cinquante
maisons ou magasins
remplis de beaucoup
de marchandises, furent
consommez. La Douanne
fut fort en danger, mais
elle a été sauvée.
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Résumé : De Londres.
Le roi continue de dîner chez divers seigneurs. Des lettres d'Allemagne signalent que le général Stanhope a informé l'empereur des infractions françaises à la paix d'Utrecht concernant la construction d'un canal et d'un port à Mardick. L'empereur a répondu que chaque nation est libre de construire sur ses terres, donc la France ne viole pas le traité. Une proclamation offre une récompense de 1000 livres sterling pour identifier l'auteur d'un libelle intitulé 'ArvisflUX Anglois' et 500 livres pour arrêter l'imprimeur. Ce libelle, largement diffusé, critique sévèrement le roi, affirmant qu'il n'a aucun droit à la couronne et que celle-ci appartient au prétendant, incitant ainsi à la rébellion. Plusieurs seigneurs, dont le duc de Somerset, se rendent à leurs maisons de campagne pour influencer les électeurs lors des élections parlementaires. Des troubles sont craints en raison de l'animosité du peuple envers le gouvernement. Un incendie a également détruit plusieurs maisons et magasins près de la douane chez un artificier, bien que la douane ait été sauvée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1010
p. 72-75
De Marseille.
Début :
Une lettre de Marseille nous apprend, qu'aprés que [...]
Mots clefs :
Marseille, Grand vizir, Ambassadeur de France, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Marseille.
De Alarjeille.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
Une lettre de Marseille
nous apprend, qu'après que
le Grand Visir eut reproché
au Bayle de Venise,
fous differens pretextesque
la République avoir contrevenu
à la bonne foy,il
le renvoya. Il fut sifflé&
insulté par le peuple de
Conltantinople, ôc mis enfuite
aux arrêts: mais le Secreraire
de l'ambassade, le
frere du Bayle, & un aucre
NobleappelleRiva,se sont
sauvez.,
sauvez, fous la protection
de l'Ambassadeur de France
; que les Turcs étoient
entrez dans la Morée: ce
qui cause une grande confternation
à Venile, & on
travaille avec toute ladiligence
possible à envoyée
des secours en Levant ôc
en Dalmatie. Les dernieres
lettres de Venise portent
qu'on y étoit fore inquiet
d'apprendre des nouvelles
du Chevalier Emo, Ambassadeur
de la République
à Constantinople. il y a des
avis qui portent qu'ila écc
mis dans les sept Tours, &:
d'autres qu'il s'est embarqué.
Les lettres de Napolie
de Romanie ne confîrment
pas que les Turcs ayent fait
une irruprion en Morée,
comme le bruit en a couru:
mais bien que le Seraskier
de Negrepont savançoic
vers risthme de Corinche
y
pour y entrer avec le corps
destroupes qu'il avoit af
semblées à Thebes,;que la
flote. Othomane s'ailembloit
à Castel-Rosle, ou. il
y avoic déjà 31. sultanes, II¡
galeasses & 8. brûlots
, &
qu'on y attendoit 10. navires
de Barbarie avec les galeres.
On doit faire parrir à
la Unde ce mois le grand
convoy qu'on prepare pour
le Levant, avec des troupes
,des vivre) de l'argent,
Ôc même desgeriieurs
que la Republique a pris à
sa solde. Onse flatoit encore
que le grand armement
des Turcsn'étoitdés
tinéni contre la lie'publique
, ni contre Malthe,
mais contre le Czar, qui
leuramanqué de parole.
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Résumé : De Marseille.
Le texte décrit des tensions diplomatiques et militaires entre la République de Venise et l'Empire ottoman. Le Grand Visir a accusé le bailli de Venise de mauvaise foi et l'a renvoyé. Ce dernier a été insulté par la population de Constantinople et placé aux arrêts, tandis que son frère et un noble, Riva, ont cherché refuge auprès de l'ambassadeur de France. Les Turcs ont envahi la Morée, suscitant une grande inquiétude à Venise, qui prépare des secours pour le Levant et la Dalmatie. L'ambassadeur vénitien à Constantinople, le Chevalier Emo, est porté disparu, peut-être emprisonné ou en fuite. Les rapports de Naples et de Roumanie ne confirment pas l'invasion de la Morée mais signalent des mouvements de troupes turques vers l'isthme de Corinthe. La flotte ottomane se rassemble à Castel-Rosso en attendant des renforts. Venise prépare un grand convoi pour le Levant, comprenant troupes, vivres, argent et mercenaires. Des rumeurs évoquent une possible attaque turque contre le tsar, accusé de trahison.
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1011
p. 78-80
De Paris.
Début :
Le Baron d'Espar, General Suedois, est arrivé ici depuis [...]
Mots clefs :
Chevalier de Malthe, Lyon, Roi, Piédestal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
LeBarond'Espar,General
Suedois) est arrivé ici
depuis quelques jours;dépêché
par le Roy sonmaître
pour quelque négociation
, & on veut qu'il ait
engagé le Duché de Deux-
Ponts au Roy de France
',
pour plusieurssommes d'argent
qu'il lui a envoyées.
-"Unegrande partieMes
Officiers François vent servir
dans la Républiquede
Venise contre les Turcs.. T
Le Comte d'Estaires,
Ambassadeur d'Angleterre,
est arrivé en cetteville
pour remplacer M. Prior,
qui s'en retournera dans
peu. G iiij
Il est arrivé à Lyon pliîsieurs
barques chargées de
marbre de Genes, pour erre
employé à l'ornement du
pié d'estal de la Figure du
Roy,mise dans la Place de
Louis le Grand, ci- devant
Bellecour.
Les Chevaliers de Malthe
ont reçu un dernier ordre
du Grand Maître de se
rendre à Malrhe pour le 15.
de Mars. Il partent aduellement.
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Résumé : De Paris.
Le baron d'Espar, général suédois, est à Paris pour négocier avec le roi de France concernant le Duché de Deux-Ponts. Plusieurs officiers français se préparent à aider la République de Venise contre les Turcs. Le comte d'Estaires remplace M. Prior comme ambassadeur d'Angleterre. À Lyon, du marbre de Gênes arrive pour la statue royale. Les Chevaliers de Malte doivent rejoindre Malte avant le 15 mars.
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1012
p. 169-170
« Voicy le contenu du billet instructif. MONSIEUR, Si vous estes [...] »
Début :
Voicy le contenu du billet instructif. MONSIEUR, Si vous estes [...]
Mots clefs :
Ambassadeur du roi, Grand vizir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy le contenu du billet instructif. MONSIEUR, Si vous estes [...] »
Voicy le contenu du billet
inſtructif.
MONSIEUR,
Si vous estes preffé , & fi
vous voyez qu'on vcüille vous
faire quelque violence , vous
m'écrirez un billet ſemblable à
celuy que je vous envoye ,
que jepuiſſe le preſenter au Grand
Vifir,&luy faire entendre tour
ce que je devray luy dire pour
Février 1715 . P
afin or
170 JOURNAL
voſtre élargiſſement : en même
temps vous enverrez un pareil
billetà la Porte , pour me mettre
endroit de vous reclamer comme
Ambassadeur du Roy mon
Maistre.
inſtructif.
MONSIEUR,
Si vous estes preffé , & fi
vous voyez qu'on vcüille vous
faire quelque violence , vous
m'écrirez un billet ſemblable à
celuy que je vous envoye ,
que jepuiſſe le preſenter au Grand
Vifir,&luy faire entendre tour
ce que je devray luy dire pour
Février 1715 . P
afin or
170 JOURNAL
voſtre élargiſſement : en même
temps vous enverrez un pareil
billetà la Porte , pour me mettre
endroit de vous reclamer comme
Ambassadeur du Roy mon
Maistre.
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1013
p. 170-182
« Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Début :
Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...]
Mots clefs :
M. des Alleurs, Mains, Étienne Padery, Mecque, Constantinople, Vizir, Caravane
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il répondit fermement à M. Desalleurs, qu'il luy étoit infiniment [...] »
Il répondit fermement à M.
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
Deſalleurs , qu'il luy étoit infiniment
obligé des peines
extrêmes qu'il prenoit pour
luy; mais qu'il ne trahiroit jamais
le ſecret de l'Empereur
fon Maiſtre , & qu'il n'avoüëroit
point ſa Miffion , quand
il devroit eſtre mis en pieces,
Neanmoins par l'entremife
(
1.
4
HISTORIQUE. 171
de Paderi , M. Defalleurs trouva
des expedients pour ſa delivrance
, & moyennant neuf
ou dix mille écus , il ſe fit des
amis dont le credit contribua
à changer la face de cette affaire.
On publia d'abord dans
Conſtantinople , & l'on perſuada
enſuite au Chaoux Bachi
, que ſon priſonnier étoit
un ſimple Pelerin.; qu'il étoit
parti exprés de Perſe , pour al
ler à la Mecque; que la crainte
de tomber entre les mains
desCorſaires ,l'avoit empêché
de s'embarquer à Smyrne , &
Pij
172 JOURONTALH
qu'il étoit venu à Conftantinople,
uniquement pour pro
fiter de la Caravanne ,& de
Peſcorte du a Suremini ,&dub
Sakabachi.
Le Chaoux Bachi fut ravi
de ſe voir obligé d'ajoûter foi
à ces diſcours ; & pour mieux
marquer l'envie qu'il avoit de
tirer le Perſan d'un ſi mauvais
pas,aprésavoir publié enhom
me perfuadé , toutes les rai
fons qu'il alleguoit luy- même
a Conducteur du Tresor de laMecque,
&des Pelerins.
b Celuy qui fournit de l'eau dans les
Deserts aux Pelerins , aux dépens du
Grand Seigneur.
HISTORIQUE. 173
pour prouver ſon innocence ,
il crût que rien ne pourroit
plus retarder l'execution de
fon deſſein , s'il ſe ſervoit adroitement
auprés du Grand
Vizir de l'heureuſeconjoncture
qui ſe preſentoit alors .
Le Grand Seigneur devoit
mettre ſon fils aîné entre les
mains des c Oukodja , pour
commencer à l'inſtruire dans
l'Alcoran. Le jour que cette
ceremonie ſe celebre , eſt un
grand jour de Feſte chez les
Turcs . Le Grand Viſir , le
Muphti , les deux Kaziaskers
Maistres d'Ecole , on Docteurs.
Pij
174 JOURNAL
& tous les gens de Loy y affiftent.
Le Chaoux Bachi qui ſçavoit
parfaitement combien il
luy importoit , s'il vouloit
réüſſir , de profiter de cette occafion,
ſe rendit ce jour-làmême
, aprés la premiere priére ,
chez leGrand Vizir, qu'il trouva
heureuſement de bonne
humeur : Il luy preſenta une
Requeſte de Mehemet Riza
Beg qui le prioit de faire attention
aux ſoupçons mal fondez
qu'on avoit conceus de luy ,
en vertu deſquels on le retenoit
depuis ſi longtemps à 4
HISTORIQUE. 175
Conſtantinople; que d'ailleurs
la Caravanne étant à la veille
de partir , il couroit riſque de
ne point aller à la Mecque , s'il
ne donnoit inceſſamment ſes
ordres pour le faire mettre en
liberté. Le Chaoux Bachi joignit
à cette Requeſte de fortes
inſtances , qui eurent tout
l'effet qu'il en pouvoit attendre
: Et fur le champleGrand
Vizir luy ordonna de l'élargir
à condition qu'il le feroit examiner
de prés , & qu'il luy en
répondroit juſqu'à ce qu'il fut
mis ſous la gardedes Conducteurs
des Pelerins, qui ſeroient
Piij
7764 JOURNALН
chargez du foin de le menet
àla Mecque ,& à leur retour ,
de le renvoyer par Damas en
Le ChaouxBachi fut auſſitoſt
luy porter cette bonne
nouvelle ; il la reçut avec de
grandes demonſtrations de
joye , qu'il accompagna de
quelques nouveaux prefens ,
&en même temps il fut mis
en liberté.
*** Dés qu'il fut forti de priſon
Paderi fut le confulter , &
prendre avec luy des meſures
pour convenir de ce qu'il y
auroit à faire entre M. Defal-
區
HISTORIQUE. 177 .
leurs &cuxdeux , pour l'arracher
des mains des Turcs qui
auroient l'ordre de le mener
à la Mecque , aprés qu'il
auroit donné caution valable
&fûre , pour ſa perfonne , &
pour fon monde. Cette horri.
ble condition à laquelle il ne
s'attendoit pas ; & à laquelle
il ne pouvoit pas fatisfaire ,
l'embarraſſa infiniment ; mais
par bonheur il trouva deux
riches Marchands Perſans
établis depuis longtemps à
Conftantinople , qui répondirent
pour luy en prefence du
Grand* Stenbol- Effendi.
*Fuge de grande confideration.
178 JOURNAL
Alors M. Defalleurs (je ne
fçay pour quelle raiſon ) luy
fit dire qu'il pouvoit feurement
ſe retirer au Palais de
France , qu'il le garderoit
& le feroit embarquer fans
danger ; mais quelque nouvelle
chicane qu'il cût à craindre
de l'inconſtance & de la
mauvaiſe foy des Turcs , il ſe
fir un ſcrupule de confcience
& d'honneur , d'accepter cet
aſyle , enunmot iln'en voulut
pas entendre parler , en
confideration de ſes cautions
qu'il auroit facrifié par l'éclat
d'une pareille demarche.
HISTORIQUE. 179
Tous ces inconvenients les
uns ſur les autres avoient épuiſé
tout l'argent qu'il avoit apporté
d'Erivan : mais M.
Deſalleurs n'eût pas plutôt appris
le beſoin où il étoit , qu'il
luy fic porter par Paderi fix
mil cinq cens écus , qui auroient
été perdus , &luy auffi
fi on l'eût reconnu. Aprés
avoir remis cette ſomme entre
les mains de fon homme
d'affaires , il le mena ſecretement
au Palais de France , où
M. Defalleurs qui avoit grandeenviede
le voir ,l'attendoit.
Ils y curent une conférence
180 JOURNALH
de deux heures ,où il fut conclu
qu'il feroit au milieu de
la Caravanne ce que l'on verra
dans la fuite de ce Journal ,&
que Paderi de fon côté ſe ferviroit
du même Bâtiment
qui ( à ſon arrivée à Conſtantinople
devoit le prendre à
Troye) pour aller l'attendre
à Payas ou à Alexandrette.
Le lendemain decette viſite
les Chaouxde la Porte furent
prendre le Pelerin dans ſa
maiſon,& le remirent le mê.
me jour fepriéme d'Aouſt de
mil ſept cens quatorze , entre
les mains des Chefs de laCaraHISTORIQUE.
184
vanne , avec leſquels il commença
ſon pelerinage.blo
Paderi qui le vit partir de
loin , ſe diſpoſa bien toſt à
le ſuivre de prés ; mais par une
autre route. Il fit embarquer
ſecretement avec luy ſept ou
buit hommes de la ſuite de
l'Ambaſſadeur , qu'il avoit
laiſſez à Conftantinople , il
monta dans le Bâtiment nommé
la Vierge de Grace ,Commandé
par le Capitaine de
Cuges;& mit àla voile le onze
du même mois ,chargé , luy
& ledit Capitaine , des ordres
&des inſtructions dont voicy
182 JOURNALIHN 1
la copie ſur les originaux,
Signez DESALLEURS
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1014
p. 182-191
INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
Début :
Il s'embarquera à Constantinople sur la Barque appellée la [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Ambassadeur, Marseille, Lettres, Caravane, Alexandrette, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSTRUCTION pour le Sieur Paderi que j'ay chargé du soin de conduire en France l'Ambassadeur que le Sephi de Perse envoye au Roy.
INSTRUCTION
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
pour le Sieur Paderi que j'ay
chargé duſoin de conduire en
France l'Ambaßadeur que le
Sephi de Perſe envoye auRoy.
Il s'embarquera à Conſtantinople
ſur la Barque appellée
la Vierge de Grace commandée
par le Capitaine Eſtienne
Decuges. A
Lors qu'il ſera arrivéà Payas
proche d'Alexandrette , il en
verra ou ira luy même trouHISTORIQUE.
183
:
ver le Vice-Conful d'Alexandrette
auquel il rendra la Lettre
que je luy écris , & ils confereront
enſemble ſur les
moyens les plus convenables
pour embarquer ledit Ambaſfadeur
avec ſa ſuite , & le
pourvoir de rafraichiſſemens
pour ſon voyage.
Le Sieur Paderi fera toute
la diligence poſſible pour ſe
rendre à Alexandrette avant
la Caravanne qui eſt partie de
Conſtantinople le 7. de ce
mois, & qui doit arriver à
Alexandrette 25, ou 26. jours
aprés fon départ.
A
184 JOURNAL
Ledit Paderi , ledit Vice
Conful ,&le Capitaine gar
deront un ſecretprofond pour
ôter aux Turcs de la Caravanne
, & àceux du lieu de l'embarquement
, la connoiſſance
de ce que l'Ambaſſadeur ſera
devenu , puiſqu'il ne faut pas
douter qu'on ne faſſe de grandes
perquiſitions quand on
s'appercevra qu'il s'eſt évadé ,
ainſi il faudra mettre à la voi
le auffitôt qu'il ſera embarqué.
Lorſque la Caravanne fera
arrivée au rendez-vous general
des Pelerins qui eſt aux environs
d'Alexandrette , l'Ambaſſadeur
7
HISTORIQUE. 185
baſſadeur ne manquera pas de
donner de ſes nouvelles au S
Paderi & fi c'eſt à Alexan
drette ou à Seyde qu'il pourra
s'embarquer ; mais en quelque
endroit que ce ſoit,il faut que
leBaſument mette à la voile ,
auffitôt que l'Ambaſſadeur
fera dédans .
Le Sieur Paderi envoira
auffi vers la Caravanne l'homme
que j'ay deſtiné pour la
fuivre , qui doit arriver quelques
jours avant elleàAlexandrette
, afin qu'il prenne de
juſtes mefures avec l'Ambaf.
fadeur , foit pour s'embarquer
Février 171.5.
1861 JOURNALH
à Payas , ou vers Damas , ou
Barut Si c'eſt en ce dernier
licu , il prendra de concert les
précautions neceffaires avec le
Sieur Poulard , Conſul de
• Seyde , auquel il remettra la
Lettre que je luy écris pour ce
ſujet , enſuite de quoy il fera
route pour Marſeille fans toucher
en aucun Port Turc , à
moins qu'une neceſſité indif
penſable n'y obligeât le Bâtiment.
Le Sieur Padery ſe remettra
fans ceffe devant les yeux que
la diligence , & le ſecret font
les principales choſes qu'ilfaut
HISTORIQUE. 187
obſerver pour parvenir au but
quel'on ſe propoſe.
Les Lettres de créance de
l'Ambaſſadeur , de même que
les Preſents du Sephi pour Sa
Majesté , ayant eſté envoyez
à M. Arnoul , Intendant des
Galeres , & du Commerce ,
par le Sieur de Fontenu,Con
ful à Smyrne , il ya apparence
que M Arnoul ſera chargé
des ordres de Sa Majefté au
fujer de cet Ambaffadeur ;
ainſi le premier ſoin du Sieur
Padery , quand il ſera arrivé à
Marseille,doit eſtre de donner
part de ſon arrivée à mondít
A
Qij
288 JOURNAUH
(
Sieur Arnoul , afin de fuivre
les ordres qu'il luy preferira
pour conduire l'Ambaſſadeur
àla Cour , où ledit Sieur Padery
remettra les Lettres dont
il eſt chargé pour les Miniſtres
de Sa Majefté.
Enfin fi l'Ambaſſadeur ne
pouvoit s'embarquer ny à
Payas , ny à Damas , le Sicur
Paderyprendrades Lettres des
Confuls d'Alexandrette & de
Seyde ,par leſquelles ils rendront
compte de l'impoffibilité
qu'il y aura eu de réülfir à
embarquer cet Ambaſſadeur ;
Iedit Sieur Padery ſo rendra
HISTORIQUE. 189
avec la Barque , & les fix ou
fept Domeſtiques de l'Ambaſfadeur
à Marseille , où il informera
M. Arnoul de co
qu'on aura fait ,&le priera de
faire payer la fomme detsoo.
écus au Capitaine Decuges, de
laquelle je ſuis convenu avec
luy pour le fret de fon Bâtiment.
225 Le Sieur Padery pourvoira
dans la route , autant qu'il luy
ſera poſſible , à faire avoir de
petits rafraîchiſiemens à l'Am .
bafladeur. +
Dans toutes les Echelles où
le Sicur Padery touchera , files
190 JOURNAL
Marchands François , ou autres
, luy demandent ce qu'il
va faire à Alexandrette, il faut
que luy,&le Capitaine diſent
qu'ils y vont pour faire un
chargement pour le compte
d'un Marchand de Conſtantinople
,&le porter à Marseille,
&quand il partira d'Alexandrette
, ils diront que n'ayant
pû faire ce chargement , ils
vont ailleurs pour tâcher de le
faire.
Il faut que le Baftiment
touche à Chipres pour y remettre
les Lettres qu'on adreſſo
au Confulde cette Iſle.
HISTORIQUE.
Le Sieur Paderi me donne
rade ſes nouvelles de toutes
les Echelles , & des autres
lieux où il paſſera s'il le peut
faire...
Fait au Palais de France à
Pera lez Conſtantinople le 10.
Aouſt 1714. Signé DESALLEURS
.
PIERRE DESALLEURS , &c .
Fermer
1015
p. 191-193
« Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...] »
Début :
Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...]
Mots clefs :
Capitaine, Barque, Étienne Padery
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est ordonné au Capitaine Estienne Decuges, Commandant la Barque [...] »
Il eſt ordonné au Capitaine
Eſtienne Decuges , Commandant
la Barque la Vierge de
Grace d'aller à Alexandrette
ou à Payas aprés avoir touché
192 JOURNAL
en Chiptes , & d'y embarquer
les choſes qui luy ferontmontrées
,&deſignées par le Sicur
Paderi que nous envoyons fur
la Barque pour l'éxecution de
nos ordres , & de porter le
tout à Marseille où ledit Capitaine
recevra la ſomme de
4500. liv. pour ſes Nolis
ainſi qu'il eſt porté par noſtre
déclaration de cejourd'huy
en ſa faveur ; enjoignons tresexpreſſement
audit Capitaine
de ſuivrede point en point,&
avec toute la diligence poffibletout
ce qui luy ſera dit par
le Sieur Paderi. Mandons aux
Sicurs
د
HISTORIQUE 1931
Sieurs Confuls de France des
licux où ledit Capitaine touchera
de tenir la main à l'éxecutiondes
Preſentes, s'agiffant
du ſervice du Roy. Fait au Palais
de France à Peran lez
Conſtantinople le 8. Aouft
171.4. Pour copie , Signé ,
DESALLEURS.
PIERRE DESALLEURS ,&c.
Eſtienne Decuges , Commandant
la Barque la Vierge de
Grace d'aller à Alexandrette
ou à Payas aprés avoir touché
192 JOURNAL
en Chiptes , & d'y embarquer
les choſes qui luy ferontmontrées
,&deſignées par le Sicur
Paderi que nous envoyons fur
la Barque pour l'éxecution de
nos ordres , & de porter le
tout à Marseille où ledit Capitaine
recevra la ſomme de
4500. liv. pour ſes Nolis
ainſi qu'il eſt porté par noſtre
déclaration de cejourd'huy
en ſa faveur ; enjoignons tresexpreſſement
audit Capitaine
de ſuivrede point en point,&
avec toute la diligence poffibletout
ce qui luy ſera dit par
le Sieur Paderi. Mandons aux
Sicurs
د
HISTORIQUE 1931
Sieurs Confuls de France des
licux où ledit Capitaine touchera
de tenir la main à l'éxecutiondes
Preſentes, s'agiffant
du ſervice du Roy. Fait au Palais
de France à Peran lez
Conſtantinople le 8. Aouft
171.4. Pour copie , Signé ,
DESALLEURS.
PIERRE DESALLEURS ,&c.
Fermer
1016
p. 193-195
« Pouvant arriver qu'on ne pourroit pas faire à Alexandrette [...] »
Début :
Pouvant arriver qu'on ne pourroit pas faire à Alexandrette [...]
Mots clefs :
Capitaine, Exécution, Changement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pouvant arriver qu'on ne pourroit pas faire à Alexandrette [...] »
Pouvant arriver qu'on ne
pourroit pas faire à Alexandrette
, ny à Payas l'embarquement
pour lequel nous
envoyons en cesdeux endroits
Février 1715. R
194 JOURNAL
la Barque la Vierge deGrace
commandée par le Capitaine
Eſtienne Decuges , en ce cas
nous ordonnons audit Capitaine
de ſe rendre avec fonBaftiment
à Seyde pour y prendre
le chargement qui luy tera indiqué
par le Sieur Paderi que
nous envoyons ſur ledir Baftiment
pour l'éxecution de
nos ordres , &de porter ledit
chargement à Marseille où ledit
Capitaine recevra la fomme
de 4500 liv. pour fes
Nolis, ainſi qu'il eſt porté par
noſtre déclaration de cejourd'huy
en la faveur; enjoignons
HISTORIQUE. 195
tres-expreſſemment auditCapitaine
de ſuivre de point en
point , & avec toute la diligence
poſſible tout ce quiloy
ſera dit par le Sicur Paderi.
Mandons aux Sieurs Confuls
de France des lieux où ledit
Capitaine touchera de tenir la
main à l'éxecution des Preſen
tes , s'agiſſant du ſervice du
Roy. Fait au Palais de France
à Pera lez Conſtantinople , le
8. Août 1714. Pour copic ,
Signé DESALLEURS,
pourroit pas faire à Alexandrette
, ny à Payas l'embarquement
pour lequel nous
envoyons en cesdeux endroits
Février 1715. R
194 JOURNAL
la Barque la Vierge deGrace
commandée par le Capitaine
Eſtienne Decuges , en ce cas
nous ordonnons audit Capitaine
de ſe rendre avec fonBaftiment
à Seyde pour y prendre
le chargement qui luy tera indiqué
par le Sieur Paderi que
nous envoyons ſur ledir Baftiment
pour l'éxecution de
nos ordres , &de porter ledit
chargement à Marseille où ledit
Capitaine recevra la fomme
de 4500 liv. pour fes
Nolis, ainſi qu'il eſt porté par
noſtre déclaration de cejourd'huy
en la faveur; enjoignons
HISTORIQUE. 195
tres-expreſſemment auditCapitaine
de ſuivre de point en
point , & avec toute la diligence
poſſible tout ce quiloy
ſera dit par le Sicur Paderi.
Mandons aux Sieurs Confuls
de France des lieux où ledit
Capitaine touchera de tenir la
main à l'éxecution des Preſen
tes , s'agiſſant du ſervice du
Roy. Fait au Palais de France
à Pera lez Conſtantinople , le
8. Août 1714. Pour copic ,
Signé DESALLEURS,
Fermer
1017
p. 195-210
« Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Début :
Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...]
Mots clefs :
Étienne Padery, Caravane, Mer, Joyau, Tentes, Maître, Esclave, Alexandrette, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que Paderi chargé de ces instructions va travailler au [...] »
Pendant que Paderi chargé
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
de ces inſtructions va travailler
auſuccésdeſon entrepriſe,
Rij
196 JOURNAL
voyons ce que devient l'Ambafladeur
de Perſe.
Dés que les Chaoux de la
Porte l'curent remis avec ſes
équipages , ſes tentes & fes
domeſtiques , entre les mains
des Conducteurs de la Caravanne
, il ſe vitau milieu d'une
quantité prodigicuſe de gens
attentifs à examiner ſes actions
:& tellement environnéd'eſpions
de tous les coſtez ,
qu'il deteſpera de pouvoir
tromper leur vigilance. Cependant
il s'aviſa d'une ruſe
qui de tous les temps a ſervià
tromper les hommes. Il teHISTORIQUE.
19 .
moigna un zele ſi éclatant
pour ſa Religion , tant de
veneration pour le S. Prophe.
te ,& tant d'ardeur d'arriver à
la Mecque , que ſes Gardes
forent à la fir les dupes de fa
dévotion: tantoſt il ſeduiſoit
les uns par l'éloquence & la
ferveurde fesdiſcours ,tantôt
il combloit de preſents les
autres;attentif à foulager les
pauvres , il prevenoit leurs
beſoins , & leur épargnoit la
honte de les declarer. Enfin
il rapportoit ſi adroitement
toutes les actions& fes paroles
à l'eſprit de tendreffe & do
Riij
198 JOURNAL
Charité qu'il affectoit pour
fon prochain , qu'on ne s'entretenoit
plus dans toute la
Caravanne que du détail de
ſes vertus.
Il ſentit bien- toſt l'effet que
produiſoient dans les eſprits
ces bruits ſagement répandus,
& il en conclut que la négligence
& l'inattention de ſes
Gardes alloient dans peu de
jours luy faire ceüillir le fruit
de ſa diſſimulation .
On commença d'abord
par neplus ſe mettre en peine
du lieu de ſon campement ,
& tous les foirs on luy laiſſoit
HISTORIQUE. 199
:
indifferemment la liberté de
fairedreſſer ſes tentes,à la tête,
au centre ou à la queuë de la
Caravanne. Un motifde picté
ſervoit toûjours de pretexte à
ces changements; & toujours
il alleguoit qu'il enviſageoit
la commodité de ſes voiſins ,
avant la fienne. En un mot il
ſoût ſe mettre en ſi bonne
odeur que c'eût été un crime
capital de le foupçonner d'aucune
action capablededétruire
l'idée de celles qu'onluy
avoit veu faire.
Voilà l'état où étoient les
choſes , lorſqu'aprés trente
R iiij
200 JOURNALI
&un jour de marche il arriva
avec la Caravanne à une demie
licue d'Alexandrette : chacun
àl'ordinaire fit dreffer ſes ten
tes ,&luy les fiennes , mais du
côté de la Mer où il envoyaun
de ſes gens pour voir fi le Bâtiment
qui devoit le paffer en
France, étoit àla rade; &pour
chercher Paderi , afin de l'informer
de la liberté qu'il avoit
dele joindre dés qu'il feroit
temps de le faire. Paderi qui
s'ytrouva en effet arrivé quatre
jours avant luy , luy fit dire
que tout étoitpreſt , & qu'il
n'avoit plus qu'à partir. 1
HISTORIQUE. 201
Le moyen dont l'Ambaſſa
deur ſeſervit pour donner de
fes nouvelles à Paderi , eft fi
fingulier , que je croy qu'on
ne peut rien apprendre deplus
extraordinaire,
Il demanda à l'Esclave , à
qui il deſtinoit l'honneur de
cette commiffion,s'il pourroit
bien fe refoudre à ſouffrir de
bonne grace la baſtonnade
pourl'amourde luy.Seigneur,
luyrépondit- il , avez vous dé.
ja oublié les mauvais traitements
que nous avons eſſuyé
àConſtantinople ;&me croyriez
- vous capabled'une l'acho
202 JOURNAL
té lorſqu'il s'agit de voſtre
ſervice. Et bien , luy dit- il ,
il eſt dela plus grande importance
du monde pour moy de
t'envoyer ſur le rivage voir
fi Padery m'y attend , & que
tut'abouches avec luy , pour
venir me rendre compte de
tout ce qu'il t'aura dit; mais il
faut que cela ſe faſſe de maniere
que perſonne ne ſe méfic
icy nyde toy, ny de moy. Je
vais foindre d'avoir perdu
quelque joyau précieux & enrichi
de diamants de grand
prix, pour avoir fur ce pretexteun
ſujet plus raisonnable
HISTORIQUE. 203
de me mettre en colere. Je
feray aſſembler tous mes domeſtiques
pour le chercher ;
&enfin je feray tomber tous
les ſoupçons ſur toy , en prefence
de tant de gens , que
j'obligeray ceux qui feront
témoins de la rigueur du ſupplice
auquel je te condamneray
, àme demander ta grace
ou du moins à te dérober à
ma fureur. Alors il te ſera
facile de t'abandonner à ton
deſeſpoir , tu pourras en
homme éperdu, courir çà& là
&gagner enfin le bord de la
Mer , y parler à tout ce que
204 JOURNAL
tu rencontreras d'hommes
vivants , à l'exemple de ces
malheureux qui étourdiſſent
tout le gente humain du récit
de leurs infortunes , alors tu
rendras comptede mes affaires
à Padery , fi tu le trouve
(comme jen'en doute nulle.
ment )& tu receveras de luy
les instructions neceffaires
pourmonévaſion , tu reviendras
enfuite à la Caravanne ,
où tu rencontreras d'abord
des gens empreſſez à t'apprendre
de bonne foy que j'auray
retrouvéle joyau qu'on t'avoit
accufé fauſſement de
HISTORIQUE. 105
m'avoir dérobé. Tu te feras
auſſi toft ramener, dans ma
tente ou je t'accorderayla
gracedeuë à ton innocence.01
CetteScene fut joüée àmer
veille , & l'Esclave fidele en
fut heureuſement quitte pour
quelques coups de bâton. Sa
fuite le garantit des autres outrages
dont la credulité de ſes
Camarades alloit l'accabler. Il
courut à droite , à gauche , &
ſur le bord de la Mer , comme
un furieux , proteſtant de
ſon innocence aux arbres , aux
rochers qui s'offroient à fon
paffage. Il vit Paderi à qui il
206 JOURNAL
parla engeſticulant enhomme
deſeſperé ; il luy conta de la
forte ſon affaire , & apprit de
luy tout ce que ſon Maiſtre
pouvoit ſouhaitter d'appren.
dre. Enfin comme ſi toutes les
oreilles euffent été ſourdes à
ſes cris , il le quitta en levant
les bras/au Ciel , & reprit le
cheminde la queuë de la Caravanne
qui voyoit parfaitement
& d'un oeil de compaf
fion , l'extrême affliction de ce
miferable.
.com
Alors il s'entenidit appeller
par ſon nom , il vit venir àluy
des gens qui luy annoncerent
HISTORIQUE. 207.
:
que la colere de ſon Maiſtre
étoit appaisée , & qu'il avoit
retrouvé fon joyau , qu'il ne
doutoit point de ſon innocen.
ce , que ſa grace eſtoit fûre ,
qu'il ſe reprochoit ſon injuftice
, & qu'enfin il le redemandoit
luy-même.
L'Eſclave fut ainſi reconduit
, comme il s'y attendoit ,
dans la tente de ſon Maiſtre ,
qui eût l'indulgence de luy
pardonner les mauvais traitemens
qu'il luy avoit fait ſouffrir.
Mais ce n'étoit pas là de
quoy il étoit queſtion , &dés
que les mediateurs de cette
208 JOURNAL
grace furent fortis , la converſation
changea d'objet. Il
luy apprit ce que Paderi luy
avoit dit ; & cela ne rouloit
que ſur les quatre paroles que
voicy. A
Tout est prest. Qu'il parte
cette nuitfansfaute. Le vent eft
bon. Je l'attends. i
Cela eſtant , luy répondit
Mehemet , diſpoſons - nous
donc à partir.
En effet , entre la premiere
&la ſeconde priere de la nuit ,
il fit avertir tous ceux de ſes
gens qui ſe trouverent en état
de le ſuivre, il laiſſa ſes tentes
}
4 &
HISTORIQUE . 209
&tout fon bagage , & gagna
le bord de la Mer , où il trouva
Paderi qui l'attendoit avec ſa
Chaloupe , qui le mena auffi
tôt à bord de ſon Bâtiment ,
& qui à l'inſtant fit mettre
toutes les voiles dehors , &
cingler du coſté de l'Europe.
Je croy que le Lecteur ne
fera pas fâché de me voir en
cet endroit ſubſtituer à mon
raiſonnement hiſtorique les
Lettres originales que Paderi
envoya à ce ſujet à M. Defalleurs
, qui luy avoit ordonné
poſitivement de luy écrire de
toutes les Echelles du Levant ,
Février 1715. S
210 JOURNAL
&de tous lesPorts où il moüilleroit.
Ce qu'il fit à peu prés en
ces termes :
Fermer
1018
p. 210-212
Des Dardannelles le 15. Aoust 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Vous m'avez ordonné de vous écrire de tous [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Dardannelles le 15. Aoust 1714.
Des Dardannelles le 15. Aouſt
1714.
MONSEIGNEUR ,
Vous m'avez ordonné de
vous écrire de tous les endroits.
où je pourrois le faire. Quoyqu'iln'y
ait que quatre jours que
nousfommesfortis deConstantinople,
approuvez que je vous donne
parcetteLettre une marque de mon
attention àmon devoir.
HISTORIQUE. 211
Jeſuis arrivé à midy icy , &
jay auffitôt éré chezM. le Conful
àqui j'ay rendu voſtreLettre.
Dans le temps que nous conferions
de nos affaires , on est
venu le prier de lapart du Diezdarde
faire embarquer dans noftre
Bastiment un Tholkodar du Capitaine
Pacha pour le débarquer
à Chio. Il a répondu que cela ne
ſe pouvoit pas ,parce quele Capitaine
estoit chargéà l'avanture
pour s'en aller en France. S'il
nous venoit souvent de pareils
gens nous demander paſſage , la
neceffitéde les refuser tous ,&la
crainte de ce qui en pourroit ar
Sij
212 JOURNAL
river , ne laifferoit pas de nous
embarraffer. Quoyqu'il en foit je
vais profiter d'un ventfrais qui
Se leve,&continuer ma route.Je
fuis avec un profond respect ,
Monseigneur ,&c.
1714.
MONSEIGNEUR ,
Vous m'avez ordonné de
vous écrire de tous les endroits.
où je pourrois le faire. Quoyqu'iln'y
ait que quatre jours que
nousfommesfortis deConstantinople,
approuvez que je vous donne
parcetteLettre une marque de mon
attention àmon devoir.
HISTORIQUE. 211
Jeſuis arrivé à midy icy , &
jay auffitôt éré chezM. le Conful
àqui j'ay rendu voſtreLettre.
Dans le temps que nous conferions
de nos affaires , on est
venu le prier de lapart du Diezdarde
faire embarquer dans noftre
Bastiment un Tholkodar du Capitaine
Pacha pour le débarquer
à Chio. Il a répondu que cela ne
ſe pouvoit pas ,parce quele Capitaine
estoit chargéà l'avanture
pour s'en aller en France. S'il
nous venoit souvent de pareils
gens nous demander paſſage , la
neceffitéde les refuser tous ,&la
crainte de ce qui en pourroit ar
Sij
212 JOURNAL
river , ne laifferoit pas de nous
embarraffer. Quoyqu'il en foit je
vais profiter d'un ventfrais qui
Se leve,&continuer ma route.Je
fuis avec un profond respect ,
Monseigneur ,&c.
Fermer
1019
p. 212-214
A Chypre, le 24. Aoust.
Début :
MONSEIGNEUR, J'ay eû l'honneur de vous écrire des [...]
Mots clefs :
Vent, Voile, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Chypre, le 24. Aoust.
AChypre , le 24. Aouſt.
MONSEIGNEUR,
Fay cû l'honneur de vous
écrire des Dardannelles le 15. du
courant, qui fut le jour de noftre
partance. Le vent estoit bon lorfque
nous mêmes à la voile; mais
deux heures aprés il nous devint
HISTORIQUE. 213
!
fi contraire ,que nousfumes obligezle
lendemain de relâcher au
PortSigreàMitilin, le 17. &le
18. Nous avons remisà la voile
avec vent arriére ; mais nous
l'avons échappé belle , àla hauteur
de Chio. Nous avons rencontré
la Patrone du Grand-
Seigneur qui nous a tiré deux
coups de Canon pour nousfaire
aller à l'obedience. Cependant
levent estantfort ,j'ay jugéplus
àpropros de m'éloigner que de
m'approcher. Fay continué ma
route , & nous sommes , Dieu
mercy , arrivez icy aujourd'huy
àdix heures du matin. Fay d'a
214 JOURNAL
bord esté chez le Conful à qui
j'ay remis la Lettre dont vous
m'aviez chargé pour luy. Il nous
afaitbeaucoup d'offres defervice;
il amême faitgrace au Capitaine
Decuges des droits de l'Echelle.
Je vais partir préfentement ,
faire tous mes efforts pour me
rendre à Payas le plutôt qu'il
mefera poſſible.Jefuis , &c.
MONSEIGNEUR,
Fay cû l'honneur de vous
écrire des Dardannelles le 15. du
courant, qui fut le jour de noftre
partance. Le vent estoit bon lorfque
nous mêmes à la voile; mais
deux heures aprés il nous devint
HISTORIQUE. 213
!
fi contraire ,que nousfumes obligezle
lendemain de relâcher au
PortSigreàMitilin, le 17. &le
18. Nous avons remisà la voile
avec vent arriére ; mais nous
l'avons échappé belle , àla hauteur
de Chio. Nous avons rencontré
la Patrone du Grand-
Seigneur qui nous a tiré deux
coups de Canon pour nousfaire
aller à l'obedience. Cependant
levent estantfort ,j'ay jugéplus
àpropros de m'éloigner que de
m'approcher. Fay continué ma
route , & nous sommes , Dieu
mercy , arrivez icy aujourd'huy
àdix heures du matin. Fay d'a
214 JOURNAL
bord esté chez le Conful à qui
j'ay remis la Lettre dont vous
m'aviez chargé pour luy. Il nous
afaitbeaucoup d'offres defervice;
il amême faitgrace au Capitaine
Decuges des droits de l'Echelle.
Je vais partir préfentement ,
faire tous mes efforts pour me
rendre à Payas le plutôt qu'il
mefera poſſible.Jefuis , &c.
Fermer
1020
p. 214-218
A Alexandrette le 13. Septembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, je n'ay pas manqué de vous écrire de [...]
Mots clefs :
Payas, Marchandises, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Alexandrette le 13. Septembre 1714.
A Alexandrette le 13. Septembre
1714.
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
HISTORIQUE. 218
4
écrire de Chypre le 24. du mois
paffé , au moment quej'allois en
partir pour me rendre au plûtôt
àPayas , où je fuis arrivé le 27 .
fur lefoir. Fay mis pied à terre
pour nous faire reconnoître pour
François , mais bien mal m'en a
pris ; carj'ay été obligé d'y dormir
par la malice du Doüanier , qui
m'a dit que puiſque nous n'avions
point de Marchandises ày décharger
, il avoit peur que nous
ne fuſſions Corfaires . Ila ajoûté
que jamais les Bâtimens n'alloient
à Payas , mais bien à Alexandrette
; je luy ay répondu que ce
n'avoit pas été mon intention d'y
216 JOURNAL
venir, que je m'étois égaré ,
que j'avois pris Payas pourAlexandrette.
Enfin quelque chose
que je lluuyypuffe dire,malgré la
perruque , &le chapeau que j'avois,&
le titre de Capitaineque
je portois,il m'afait mettreàla
Tour. Le lendemain au matin il
m'a demandési j'avois un commandement
, puiſque je venois de
Constantinople , je luy ay fair
roir celuy que vous m'aviez
donné ; alors il n'a eu plus rien à
dire. Cependant il a voulu voir
fi nous n'étions pas chargé de
quelques Marchandises deffenduës
,àquoy je ne mesuis point
opposé
-
HISTORIQUE. 117
ficela
opposé , parce qu'il me retenoit
toûjours à terre : auffi-toft avec
deux Valets du Vaïvode il s'est
fait menerà bord;j'avois heureu-
Sementrecommandéla veillequ'on
lesfit bien boire,fi cela arrivoit,
( ce qu'on afait ; ) parce que les
Armeniens qui estoient dans
le Bâtiment , & pour lesquels
jay payé douze piastres , m'embarraffoient
plus que je ne peux
vousledire.
Sur ces entrefaites j'ay appris
que les Pelerins viendroient bientoft,
&fur le champj'ayfait appareiller,
aprés avoir feulement
acheté 300. citrons, des péches ,
Février 1715 . T
218 JOURNAL
>
&d'autres fruits ;jefuis arrivé
icy le 18 f'ay d'abord été chez le
Conful àquij'ay rendu la Lettre
que vous m'aviez donné pour
luy ,&celle que vous écrivez à
M. Pellerin , Conful d'Alep ,à
qui il l'a auffi-cost envoyéeparun
Expres
C'eſticy le meilleur endroit du
monae ; mais ce maudit Payas est
an vray coupe-gorge
qui
mete
ceux
vous ont proposé cet endroit ,
mele connoissaient assurémentpas.
AR
1714.
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
HISTORIQUE. 218
4
écrire de Chypre le 24. du mois
paffé , au moment quej'allois en
partir pour me rendre au plûtôt
àPayas , où je fuis arrivé le 27 .
fur lefoir. Fay mis pied à terre
pour nous faire reconnoître pour
François , mais bien mal m'en a
pris ; carj'ay été obligé d'y dormir
par la malice du Doüanier , qui
m'a dit que puiſque nous n'avions
point de Marchandises ày décharger
, il avoit peur que nous
ne fuſſions Corfaires . Ila ajoûté
que jamais les Bâtimens n'alloient
à Payas , mais bien à Alexandrette
; je luy ay répondu que ce
n'avoit pas été mon intention d'y
216 JOURNAL
venir, que je m'étois égaré ,
que j'avois pris Payas pourAlexandrette.
Enfin quelque chose
que je lluuyypuffe dire,malgré la
perruque , &le chapeau que j'avois,&
le titre de Capitaineque
je portois,il m'afait mettreàla
Tour. Le lendemain au matin il
m'a demandési j'avois un commandement
, puiſque je venois de
Constantinople , je luy ay fair
roir celuy que vous m'aviez
donné ; alors il n'a eu plus rien à
dire. Cependant il a voulu voir
fi nous n'étions pas chargé de
quelques Marchandises deffenduës
,àquoy je ne mesuis point
opposé
-
HISTORIQUE. 117
ficela
opposé , parce qu'il me retenoit
toûjours à terre : auffi-toft avec
deux Valets du Vaïvode il s'est
fait menerà bord;j'avois heureu-
Sementrecommandéla veillequ'on
lesfit bien boire,fi cela arrivoit,
( ce qu'on afait ; ) parce que les
Armeniens qui estoient dans
le Bâtiment , & pour lesquels
jay payé douze piastres , m'embarraffoient
plus que je ne peux
vousledire.
Sur ces entrefaites j'ay appris
que les Pelerins viendroient bientoft,
&fur le champj'ayfait appareiller,
aprés avoir feulement
acheté 300. citrons, des péches ,
Février 1715 . T
218 JOURNAL
>
&d'autres fruits ;jefuis arrivé
icy le 18 f'ay d'abord été chez le
Conful àquij'ay rendu la Lettre
que vous m'aviez donné pour
luy ,&celle que vous écrivez à
M. Pellerin , Conful d'Alep ,à
qui il l'a auffi-cost envoyéeparun
Expres
C'eſticy le meilleur endroit du
monae ; mais ce maudit Payas est
an vray coupe-gorge
qui
mete
ceux
vous ont proposé cet endroit ,
mele connoissaient assurémentpas.
AR
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1021
p. 219-221
A Alexandrette, le 29. Septembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Aprés avoir resté longtemps icy à attendre des nouvelles [...]
Mots clefs :
Dieu, Alexandrette, Ambassadeur
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texteReconnaissance textuelle : A Alexandrette, le 29. Septembre 1714.
AAlexandrette , le 29. Sep
tembre 1714.
MONSEIGNEUR,
Aprés avoir refté longtemps
icy à attendre des nouvelles , à la
fis nostre Meſſager est arrivé : il
m'a affeure que M. l'Ambaſſadeur
étoit tout à fait en liberté ,
ce que j'ay été ravy d'apprendre.
Hier à midy il me vint un
homme extraordinaire de ſa part
pour sçavoir ce qu'ily avoit à
faire ; je luy ay donné sur le
champ toutes les instructions ne-
Tij
120 JOURNAL
ceßaires , je luy ay fait voirl'endroit
de l'embarquement , qui est
àdemie lieuë d' Alexandrette; enfin
je l'ay renvoyé pour aller luy
dire que tout étoit preft , que je
l'attendois cette même nuit , &
que je lepriois deſe hater de partir
; ce qu'il afait heureusement ,
Dieu mercy , puiſque je viens de
le recevoir à bord avec tout fon
monde ;je mets à la voileàl'heure
mêmeſelon vos ordres que je ne
manqueraypas d'executer depoint
en point ; non ſeulement jusqu'à
que Dieu m'ait fait lagrace
d'arriver au lieu destiné
ce
mais
encore dans toutes les occafions où
HISTORIQUE. 221
je pourray vous marquer leprofond
reſpect avec lequel je ſuis
3
c.
tembre 1714.
MONSEIGNEUR,
Aprés avoir refté longtemps
icy à attendre des nouvelles , à la
fis nostre Meſſager est arrivé : il
m'a affeure que M. l'Ambaſſadeur
étoit tout à fait en liberté ,
ce que j'ay été ravy d'apprendre.
Hier à midy il me vint un
homme extraordinaire de ſa part
pour sçavoir ce qu'ily avoit à
faire ; je luy ay donné sur le
champ toutes les instructions ne-
Tij
120 JOURNAL
ceßaires , je luy ay fait voirl'endroit
de l'embarquement , qui est
àdemie lieuë d' Alexandrette; enfin
je l'ay renvoyé pour aller luy
dire que tout étoit preft , que je
l'attendois cette même nuit , &
que je lepriois deſe hater de partir
; ce qu'il afait heureusement ,
Dieu mercy , puiſque je viens de
le recevoir à bord avec tout fon
monde ;je mets à la voileàl'heure
mêmeſelon vos ordres que je ne
manqueraypas d'executer depoint
en point ; non ſeulement jusqu'à
que Dieu m'ait fait lagrace
d'arriver au lieu destiné
ce
mais
encore dans toutes les occafions où
HISTORIQUE. 221
je pourray vous marquer leprofond
reſpect avec lequel je ſuis
3
c.
Fermer
1022
p. 221-229
De Modon, le 1. Octobre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je n'ay pas manqué de vous écrire d'Alexandrette [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de France, Ambassadeur, Grand seigneur, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : De Modon, le 1. Octobre 1714.
De Modon, le 1. Octobre
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
1714
MONSEIGNEUR ,
Je n'ay pas manqué de vous
écrire d' Alexandrette le 19. du
mois passé ,je vous ay informé
dans ma Lettre de nos avantures ,
l'embarquement de de nostre
Ambaßadeur ; il me reſte à vous
dire que le 6. & le 7. de noftre
partance nous enmes une groffe
Tiij
222 JOURNAL
tempeste qui nous fatigua tous ,
particulierement l'Ambaſſa
deur. Le lendemain le temps ſe
mit au beau : il me dit qu'il
vouloit abfolument aller àterre,
je luy representay le danger qu'il
pourroity avoir , & que vous
m'aviez expreſſement deffendu
detoucher en aucun endroit des
Etatsdu Grand Seigneur ; mais
tous mes discours nefervirent de
vien , il ne voulut jamais entendre
raiſon & il fallut le débarquer
à la rade de la Fenizo en
Afie , oùnous moüillames le 29.
du passé à midy ; l'eau y étant
bonne ,j'en fis faire pour noftre
HISTORIQUE 223
équipage , I je me disposay
partir la même muit , parce que
j'appris que deux Vaisseaux dit
Grand Seigneur estorent fortis
depuis deux jours du même lieu.
Je fis mettre à la voile à deux
beures aprés minuit , le même
jour nousnous trouvâmes vis-àvis
du Cacama avec tres peu de
vent; vers le midy nous apperçûmes
quatre Kaiffeaux Tures
moüillez audit Cacamo. Je vous
baiffe à penser , Monseigneur ,
P'horrible embarras où nousjetta
cette découverte ,que lo vent qui
nous étoit contraire rendit encore
plus effrayante pour nous ; je tins
Tiiij
284 JOURNALH
alors un petit Conſeil entre le Capitaine,
lePilote ,le Maistre
moy ; & je conclus que pour leur
épargner la peine de nous envoyer
visiter , nous devions fairefemblant
de les vouloir approcherjufqu'à
ce que la nuit nous aidat à
nous tirer d'affaire. Vers les cinq
beures du foir ils reconnurent à
noftre manoeuvre que nous avions
enviede les tromper, auſſi toſt ils
nous tirerent uncoup de canon , un
moment aprés un ſecond , &un
troifiéme ; alors noſtre Capitaine
effrayé, dit que si nous n'allions
pas à eux , ils alloient venir à
nous,&que s'ils nous abordoient,
HISTORIQUE. 225
ils nous étrangleroient tous. Je
m'oppoſayfortement àfon avis
parce qu'il ne me convenoit nullement
de lefuiure ; je luy dis au
contraire qu'il n'avoit qu'à relacher
en plein Canal , que la nuit
étoit venuë,que levent étoitchangé,
que nous marchions bien , &
que le lendemain s'ils s'aviſoient
de nous ſuivre , ils nous auroient
perdu de venë ; ce qu'il fit , ne
pouvant faire autrement. Feus
dans cette occafion obligation de
noftrefalutàmafermeté.Levent
fe fortifia pendant la nuit ,&
continua fi favorablement que
nous reconnûmes au bout de trois
226 JOURNAL
nousmanjoursleRoyaumedeCandie.
Mais
comme nous avions un grand
Canal apaffer , &que nos proviſions
commençoient à
quer , nous avons éréabligez hier
de relâcher icy poury prendre tout
ce qui nous seroit neceſſaire , afin
de ne pointfaire pavirl Ambassa
deur nifon monde.Tousfes gens .
luy compris,font le nombre de 18 .
bommes ; ils mangent tous
ils ont bon appetit , &ne crai
gnentpoint la Mer.
bien
Fay acheté icy des moutons ,
des poulets , &autres rafraîchisfemens,&
fur tout de bellefarinepour
luyfairefaire des poupes
i
HISTORIQUE. 227
parses gens , car jusqu'aujourd'huy
il n'a pas gousté de nostre
pain ; il a mangé de celuy qu'il
avoit apportédefon Pays ,&il
m'a juré qu'il n'avoit pas non
plus goufté de celuy des Turcs.
Jeferay,Monseigneur, tout mon
poſſible pour le contenter juſques
àMarseille felon les ordres que
j'en ay receus de vous. Il
de fe voir embarqué , er tous les
jours il rend graces à Dieu , &à
vous des bons offres que vous luy
avez rendus. Je luy ay compté
tout ce que vous aviez fait pour
l'amourde luy lorſqu'il étoit en
eft ravi
priſon , &que vousn'aviez rien
228 JOURNAL
DO
oubliépour luy procurerfon élatgiffement
; il en tombe d'accord ,
&dix fois le jour il me dit : Je
n'oublieray jamais Monſicur
l'Ambaſladeur de France , ni
fes bienfaits , & la premiere
fois que je verray Sa Majesté ,
jene pourraypas m'empêcher
de parler de luy ,& de luy dire
qu'il n'appartient qu'à Sa Majeſté
l'Empereur de France ,
d'avoir des Sujets , & des Miniſtres
de la ſorte.
Il vous écrit en particulier ,
Monseigneur , une Lettre que
vous recevrez pour vous , avec
une autre pour l'envoyer en fon
HISTORIQUE . 229
855
Pays.F'adreſſe lesPreſentes à M.
Goujon , Conful de France à Napolyy
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1023
p. 229-241
De Marseille, le 10. Novembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je continuë à vous écrire suivant vos ordres, que [...]
Mots clefs :
Arménien, Ambassadeur, Officiers, Intendant, Coffre, Présents, Mains
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texteReconnaissance textuelle : De Marseille, le 10. Novembre 1714.
De Marſeille,le 10. Novembre
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
jefuis , concatalog
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
jefuis , concatalog
Fermer
1024
p. 261-272
A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
Début :
Il arriva en cette Ville un Courrier de Madrid, avec ordre [...]
Mots clefs :
Entrée de la reine d'Espagne, Reine d'Espagne, Réjouissances, Château, Trompettes, Procession, Cavalerie, Alicante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Alicante, ce 28 Janvier 1715.
A AHcante, ce 18' Janvier
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
171;
Il arriva en cette Ville utï
Courrier de Madrid, avec ordre
à Mrs les Gouverneurs &
Regidors, de faire publier les
Réjouissances qu'on doit àl'arrivéede
la Reine à Madrid.
Le Vendredy les Regidors
assistezdeleursGreffiers, &--
tous àcheval avec de grandes
housses develournoirjusques
à terre, firent cette publication.
Ils avoient à leurs testes
quatre timballiers & : quatre
trompettes vêtus d'habits rouges
tous couverts de grand
gallon d'or: les six valets de
Ville suivoient tous habillez
de robes de satin cramoisi,
avec de grands chapeaux couverts
de mêmeétoffe dessus
& dessous les bords.
Le Dimanche matin les Regidors
à pied se rendirent en
même ordre à la Cathedrale,
où l'on chanta leTe Deum au
bruit de plusieurs salves de
coups de canon du Chasseau
& de la Ville: la Messe sût
chantée en musique,& le
Predicateur prononça le J?anc
gyrique du Roy 6c de la Reine;
tous les Religieux assisterent à
cette Messe, & ensuiteil y tût
Procession autour de l'Eglise
L'apresdinée on sit la Procession
generale, où assista
Mr le Gouverneur, les Regidors
& tous les Gentil-hommes
de la Ville & des environs;
à laquelle assista un grand
concours de monde, d'hommes
& de femmes. A la Procession
les coeurs de musique
estoient mêlez avec les Chanoines
devant le S. Sacrement
qui fût reposé plusieursfois en
divers endroits delaVille, ou
l'on avoit fait taire des Arc.
triomphaux d'une grande propreté
ez magnificence.
A l'entréede lanuiton cira
au milieu de la Place devant
la Maison de Ville, urf
Feu d'artifice des mieux entendus,
qui dura plus de deux
heures; les Espagnols sont
sort experimentez en cet Art.
Le Lundyon fit élever un
Chasteau à la même Place ou
estoitle Peu d'artifice à l'ancienne
modedes Mores gardé
par les Chrétiens. Avant
que d'attaquerce Chasseau, les
Mores quiétoient en Mer,descendirent
rendirent sur le Molle en ton
ordre, au nombre de plusde
deux cens richement habillez
& portant tous des armes àfeu
&-des. espontonsSur leur ailes
ily avoit anpetit corpsde
Cavalerie.Pendantqueles
Moresmirent pied àterre pareil
nombre de Chrétiens aussi
magnifiquement habillezsirent
letour de la Villeenbon
ordre, aussi avec de la Cavalerie
: ils serendirent à laPlace,
mirentle nombre de gens
neceflaÎTcs pour se défendredans
le Chasteau,& le-re:lle
se posta en bataille devant le
Chasteau. Les Mores avant
que de faire l'attaque, frent
aussi le tour de la Ville en bon
ordre avec des instrumens à la
Moresque. Ensuite ils entterent
en ordre de baraille dans
la Place, s'estant reconnus les
uns & les autres; il se déracha
des deux partis de petits corps
soûtenus de Cavalerie, qui
firent plusieurs escarmouches
avant le combat général qui
se donna en très bon ordre,
ë..z dura plus de deux heures;
pendant lesquellesil se tira plus
de deux mil coups de mousquets
& de fusils avant que
les Chrétiens ic rendirent
estant rendus
,
les Mores se,
rendirent maistres du Chasteau
où ils arborèrent leursPa.
villons chargez de Croissans.
L'aspresdinée on rétablit le
Chasteau, & les Chrétiens en
même ordre se mirent en bataille
, tirerent du canon,&à
l'approche jetterent une quantiré
de grenades que lesMores
ne purent soûtenir; ils abandonnèrent
le Chasteau où les
Chrétiens entrerent au bruit
des tambours &des trompettes
; cet assaut ne dura pas
moins que le premier. Il y
avoir un monde infini aux balcons,
fenestres,& sur les terrasses,
tant de laVille que des
environs qui s'en retournerent
tres- satisfaits de ces combats
& des combarans. Les victorieux
repasserent à travers la
Ville
, menans les Mores prisonniersen
triomphe.
Le Mercredy fut dessiné
pour une cavalcade de tous les
Officiers de deuxBataillons qui
sonten quartier en cetteVille,
ou toute la Noblesse d'icy Se
des environs se joignit; ils
avoient cousdes habitsdifférons,
detoutes les NationsEstrangeres
, tres magnisques,
& leurs chevaux superbement
harnachezavec de belleshousses
& fourreaux de pistolets en
broderie. Le matin ils marcherent
en bon ordre dans lesendroits
les plus considerablesde
la Ville; & l'aprés midy ils se
preparerent pour faire une
course de chevauxdevant la
maison de Don Rodrigo Cavallero,
Intendant General du
Royaume de Valence; tous
ceux qui couroient portoient
des lances pour fra pper une
espece de machine de boisqui
traver soit la rue par unecorde.
Cette machine étoit d'uncote
remplie d'eau, & l'autre vulde
; ensorte que celuy quila
frappoit, à moins que ce ne
fut enun cet tain endroit,l'eau
tomboit sur luy,&faisoitrire
lesspectateurs. On osta cette
machine) & l'on mit un Oye
tout envie à la place,où tous
ceux qui couroient comme à
la bague,s'attachoient à l'Oye
avec les mains; & celuy qui en
emportoit un plus gros morceau
étoit applaudy du battement
de mains général,&dcs
fanfares des trompettes.
Apres les deux, cour ses de
chevaux finies qui durerent
jusquesàla nuit, toute la Cavalcade
se rendit à la place du
Gouverneur d'où elle se retif.
a) & revint sur les neufheures
du soir en bon ordre: chaque
Cavalier avoit deux Valets
bien vêtus avec chacun un
grand flambeau de cire blanc
he à leurs calkzjils firenten
cer état plusieurs tours dans la
.N'ille.-: & ensuite serendirent
chez M. Don Rodrigo Cavallero
,
qui avoit préparé un
grand bal duquel Mademoiselle
sa fille sit les honneurs.
C\H un party de deux ccns
mil écus. Pendant tous ces
jours de rejoüissances ily aeu
des illuminations dans toute la
Ville, & jour & nuit une tresgrande
quantité de mafear
rades.
Fermer
1025
p. 241-279
« J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Début :
J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cheval, Roi, Chevaux, Maréchal de Matignon, Baron de Breteuil, Carrosse, Cour, Gardes, Duchesse, Princesse, Secrétaire, Lettres, Sa Majesté, Marseille, Roi de Perse, Seigneur, Honneurs, Empereur, Cérémonie, Trompettes, Dames, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Jay crû que la lecture de
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
Fermer
1026
p. 272-280
RELATION d'une Feste donnée par Le Roy de Pologne, le 6. Janvier 1715. à Varsovie.
Début :
Les quatre lignes que j'ay mises au frontispice de la precedente / Le Roy de Pologne voulant ouvrir les divertissemens [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Prince, Musique, Fête, Varsovie, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION d'une Feste donnée par Le Roy de Pologne, le 6. Janvier 1715. à Varsovie.
Ls quatre lignesejuefaj mises
au frontijpice de la precedtnte
piece font bon pour celle cy. En
voicy ta preuve.
R ELA T I O N.
d'unr Feste donnéepar leRoy
de Pologne 3le 6. Janvier
J7'1J. a Varfovis
Le Roy de Pologne voulant
ouvrir les divertissemens
du Carnaval par uneFeste aussi
magnifique que singuliere, s'étoit
proposé de donner àsa,
Cour une idée de celle de l Empereur
des Turcs. Il avoit fait
meubler pour cela, un Palais
de riches étoffes de Turquie;
les parquets étoient couverts
de tapis, les tableaux representoient
le Grand Seigneur
J les Sultanes, dans leur. divers
.,
amufemens & les Officiersde
la Porte Ottomane. Les
cheminées les corniches
étoient ornées de vases d'or
d'argent, d'agathe,& de , Porcélaine.
Des miroirs ,
placez
à l'opposite des portes, multiplioient
unesymmetrie merveilleuse.
Tous ltfs autresornemens
avoientété recherchez
avecsoin pour marquer
liems ituesarg.JePsluqsudee-^1-o-odf!ptveorufoloni-r
'Des de
-
la maison du Roy
étoienthabillez sur lemodele
deceux qui serventleGrand
•Seigneur. Les Pages- enétoffesric
hes,lesHuissiersen sitin3
les Officiersde l'à bouche en
écarlare
,
& chacun à propor.
tion de son employ avec des
Tur bans qui lcsdiltinguoienr.
Une Compagnie des Gardes
à pied repre sentoit les janiffaires
, par l'habillement & par
les armes avec une Musique
semblable àcelle decette Milice.
1
Les avenuës &- le jardin
étoient attistement illuminez,
& par tout où la lumiere lalC",
soit distinguer les objets,
c'estoient ou des ouvrages
Turques, ou des representations
des manieres de cePayslà.
Tout étant ainsi disposé
, la Cour & les Ministres Etran.
gers furent invitez de se trouver
à cette sesteànuit clause.
La compagnie y fut receuë
au son de la Musique des janissaires.
On trouvoit à chaque
porte des Appartemens,
deux Huissiers armez d'une
demie Hallebarde ; à l'entrée
un Maître de Ceremonie avec
six Turcs, dont deux prenoient
la personne qui arrivoit.
pardessous les bras, &
la conduisoient au travers de
quatre pieces; dans un appartement
qui representoit le
Serrait,il n'yavoirny chaises,
ny tables, il regnoit autour
une Eltrade large de trois
pieds sur huit pouces de haut,
assortissante au reste de l'emmeublement.
De grands coussins
de velours ciselé à fond
d'or, servoient à appuyer ceux
qu'on faisoit asseoir ; & la Garde
n'y étoitque deMores&
de Moresses
,
dont ihabittcmrne
& lescoëffures étoient
ornées de perles & de pierres
precieuses. Lorsque toute la
compagnie fut assemblée ,des
Eiclaves vinrent luy presenter
du Ce,flfé, duSotbel ,desParfums,
& des eaux de Senteur
pour les mains.Vers les huit
heures la Cour passa dans la
seconde Salle, ou un balcon
servoit de fondement à un
Theatre, qu'on avoic élevé
en dehors devant les fenêtres.
Des rideaux Pavoient caché à
tousles spectateurs,quiéranc.
rangez sur deux rangs de
tabourets, furent agreablementsur
prisdevoirau premier
signal une rcrfpcaivc.
bienilluminée &magnifiquement
decorée. Des per sonnes
dela Cour representerent le
Medecin malgré luy
,
qui fut
exécuté avec tout l'art qu'on
auroit l'û attendre de gens
familiers dans cet exercice.
Cette Piece fut accompagnée
deChants dans lesentre Actes
& de dan les d'Arlequins & de
Pay sans. L'assemblée passa
ensuite dansune Salleoù l'on
avoic dresséunetable en forme
de croi flant
,
d'où sortoient
de distance en distance
des Orangers chargez de
fruits. Elle fut magnifiquement
fcrvie. Les differens
habillemens des Domestiques
y donnèrent un nouveau spec.
tacle. On y but toutes les santez
au bruit de plusieurs pieces
de Canon & au son de la Mufjque
des Janissaires.
Apres avoir resté trois heures
àtable, on rentra dans
la chambre, où la Comedie
avoit estéjoüée.Le Thearre
fervic d'orquestre à la Musique
, & on y dan sa à la Polonoire,.&
à la Françoise
,
jur.
qu'à cinq heures du nJJtin.,
quechacun feretira comblé
des bontez du -Roy de Pologne
,
charmé de la délicatesse
de ce Prince dans le choix de
ses divertissemens ,& admirant
samagnificence dans leur
execution.
au frontijpice de la precedtnte
piece font bon pour celle cy. En
voicy ta preuve.
R ELA T I O N.
d'unr Feste donnéepar leRoy
de Pologne 3le 6. Janvier
J7'1J. a Varfovis
Le Roy de Pologne voulant
ouvrir les divertissemens
du Carnaval par uneFeste aussi
magnifique que singuliere, s'étoit
proposé de donner àsa,
Cour une idée de celle de l Empereur
des Turcs. Il avoit fait
meubler pour cela, un Palais
de riches étoffes de Turquie;
les parquets étoient couverts
de tapis, les tableaux representoient
le Grand Seigneur
J les Sultanes, dans leur. divers
.,
amufemens & les Officiersde
la Porte Ottomane. Les
cheminées les corniches
étoient ornées de vases d'or
d'argent, d'agathe,& de , Porcélaine.
Des miroirs ,
placez
à l'opposite des portes, multiplioient
unesymmetrie merveilleuse.
Tous ltfs autresornemens
avoientété recherchez
avecsoin pour marquer
liems ituesarg.JePsluqsudee-^1-o-odf!ptveorufoloni-r
'Des de
-
la maison du Roy
étoienthabillez sur lemodele
deceux qui serventleGrand
•Seigneur. Les Pages- enétoffesric
hes,lesHuissiersen sitin3
les Officiersde l'à bouche en
écarlare
,
& chacun à propor.
tion de son employ avec des
Tur bans qui lcsdiltinguoienr.
Une Compagnie des Gardes
à pied repre sentoit les janiffaires
, par l'habillement & par
les armes avec une Musique
semblable àcelle decette Milice.
1
Les avenuës &- le jardin
étoient attistement illuminez,
& par tout où la lumiere lalC",
soit distinguer les objets,
c'estoient ou des ouvrages
Turques, ou des representations
des manieres de cePayslà.
Tout étant ainsi disposé
, la Cour & les Ministres Etran.
gers furent invitez de se trouver
à cette sesteànuit clause.
La compagnie y fut receuë
au son de la Musique des janissaires.
On trouvoit à chaque
porte des Appartemens,
deux Huissiers armez d'une
demie Hallebarde ; à l'entrée
un Maître de Ceremonie avec
six Turcs, dont deux prenoient
la personne qui arrivoit.
pardessous les bras, &
la conduisoient au travers de
quatre pieces; dans un appartement
qui representoit le
Serrait,il n'yavoirny chaises,
ny tables, il regnoit autour
une Eltrade large de trois
pieds sur huit pouces de haut,
assortissante au reste de l'emmeublement.
De grands coussins
de velours ciselé à fond
d'or, servoient à appuyer ceux
qu'on faisoit asseoir ; & la Garde
n'y étoitque deMores&
de Moresses
,
dont ihabittcmrne
& lescoëffures étoient
ornées de perles & de pierres
precieuses. Lorsque toute la
compagnie fut assemblée ,des
Eiclaves vinrent luy presenter
du Ce,flfé, duSotbel ,desParfums,
& des eaux de Senteur
pour les mains.Vers les huit
heures la Cour passa dans la
seconde Salle, ou un balcon
servoit de fondement à un
Theatre, qu'on avoic élevé
en dehors devant les fenêtres.
Des rideaux Pavoient caché à
tousles spectateurs,quiéranc.
rangez sur deux rangs de
tabourets, furent agreablementsur
prisdevoirau premier
signal une rcrfpcaivc.
bienilluminée &magnifiquement
decorée. Des per sonnes
dela Cour representerent le
Medecin malgré luy
,
qui fut
exécuté avec tout l'art qu'on
auroit l'û attendre de gens
familiers dans cet exercice.
Cette Piece fut accompagnée
deChants dans lesentre Actes
& de dan les d'Arlequins & de
Pay sans. L'assemblée passa
ensuite dansune Salleoù l'on
avoic dresséunetable en forme
de croi flant
,
d'où sortoient
de distance en distance
des Orangers chargez de
fruits. Elle fut magnifiquement
fcrvie. Les differens
habillemens des Domestiques
y donnèrent un nouveau spec.
tacle. On y but toutes les santez
au bruit de plusieurs pieces
de Canon & au son de la Mufjque
des Janissaires.
Apres avoir resté trois heures
àtable, on rentra dans
la chambre, où la Comedie
avoit estéjoüée.Le Thearre
fervic d'orquestre à la Musique
, & on y dan sa à la Polonoire,.&
à la Françoise
,
jur.
qu'à cinq heures du nJJtin.,
quechacun feretira comblé
des bontez du -Roy de Pologne
,
charmé de la délicatesse
de ce Prince dans le choix de
ses divertissemens ,& admirant
samagnificence dans leur
execution.
Fermer
1027
p. 280-282
« Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Début :
Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...]
Mots clefs :
Pologne, Prince, Fêtes, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Je ne doute pas qu'on n'envoye
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
Fermer
1028
p. 282-283
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné le mois passé à M du Chevron, cy-devant [...]
Mots clefs :
Dons du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Le Roy a donné le mois
passé à M du Chevron, cydevant
Colonel d'Infanterie,
depuis Lieutenant des Gardes
du Corps de Monseigneur le
Duc de Berry, la Charge de
Grand Prévoit de sesArmées,
vacante par la mortde M. de
laCoste,ertimé& regtetté de
touc le monde.
passé à M du Chevron, cydevant
Colonel d'Infanterie,
depuis Lieutenant des Gardes
du Corps de Monseigneur le
Duc de Berry, la Charge de
Grand Prévoit de sesArmées,
vacante par la mortde M. de
laCoste,ertimé& regtetté de
touc le monde.
Fermer
1029
p. 290-293
AVIS.
Début :
Le mois dernier le Sieur Massuë, Procureur du Roy en [...]
Mots clefs :
Cabinet du roi, Droit de Régale, Évêchés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
,
>•
Le mois dernier le Sieur
Massuë,.Procureur du Royen
la Sénéchaussée du Château
du Loir
,
Maire Perpetuel de
ladite Ville & Subdelegué de
M.l'Intendantde Tours suc
introduit dans le Cabinet du
Roy par M. le Marquis de
sa Vrilliere,Secretaire d' Etat,
où il eût l'honneur de faire un
Complimentà SaMajesté, &
de luy presenter un fort ancien
Manuscrit des Ordonnances
des Rois, & des Arrefts
du Parlement sur la Regale;
Sa Majesté le reçût favorablenlent,&
sir present à ce
Magirtrat d'une Médaille d'or
avec son Portrait. L'application
qu'il a euë pour les Sciences
, luy a acquis la connoissance
des Médailles antiques
,
&
du choix des bonsLivres, dont
il a remply son Cabinet; il
possede plusieurs Manuscrits
anciens, sur l'Histoire, & sur
les matieres du Palais qui sont
originaux. Celuy qu'il vient
de presenter à Sa Majestéest
des plus rares par la matiere
dont il traite.
Vous sçavez
,
Messieurs
,
que la Regale estun droit de
la Couronne, par lequel le
Roy dispose des Revenus des
Evêchez vacans, &des Benefices
non Cures, dépendans de
la collation des Evêques, jusques
à ce que les nouveaux
Pourvûs ayent presté au Roy
le serment de fidelité, qu'ils
ayent fait ensuite enregiltrer
l'acte de prestation de leur serment
dans la Chambre des
Comptes, qu'ils ayent obtenu
decete Cour Arrest de mainlevée
des fruits,&qu'ils ayent
pris en personne la possession
de leurs Evêchez. L'on trouve
dans le Manuscrit que ledit
Sieur Massuë a presenté au
Roy, ce qui s'est passé surcette
matiere depuis 1203. jusqu'en
1495. Vous jugerez
parlà du merite de ce Livre.
,
>•
Le mois dernier le Sieur
Massuë,.Procureur du Royen
la Sénéchaussée du Château
du Loir
,
Maire Perpetuel de
ladite Ville & Subdelegué de
M.l'Intendantde Tours suc
introduit dans le Cabinet du
Roy par M. le Marquis de
sa Vrilliere,Secretaire d' Etat,
où il eût l'honneur de faire un
Complimentà SaMajesté, &
de luy presenter un fort ancien
Manuscrit des Ordonnances
des Rois, & des Arrefts
du Parlement sur la Regale;
Sa Majesté le reçût favorablenlent,&
sir present à ce
Magirtrat d'une Médaille d'or
avec son Portrait. L'application
qu'il a euë pour les Sciences
, luy a acquis la connoissance
des Médailles antiques
,
&
du choix des bonsLivres, dont
il a remply son Cabinet; il
possede plusieurs Manuscrits
anciens, sur l'Histoire, & sur
les matieres du Palais qui sont
originaux. Celuy qu'il vient
de presenter à Sa Majestéest
des plus rares par la matiere
dont il traite.
Vous sçavez
,
Messieurs
,
que la Regale estun droit de
la Couronne, par lequel le
Roy dispose des Revenus des
Evêchez vacans, &des Benefices
non Cures, dépendans de
la collation des Evêques, jusques
à ce que les nouveaux
Pourvûs ayent presté au Roy
le serment de fidelité, qu'ils
ayent fait ensuite enregiltrer
l'acte de prestation de leur serment
dans la Chambre des
Comptes, qu'ils ayent obtenu
decete Cour Arrest de mainlevée
des fruits,&qu'ils ayent
pris en personne la possession
de leurs Evêchez. L'on trouve
dans le Manuscrit que ledit
Sieur Massuë a presenté au
Roy, ce qui s'est passé surcette
matiere depuis 1203. jusqu'en
1495. Vous jugerez
parlà du merite de ce Livre.
Fermer
1030
p. 300-302
APOSTILLE.
Début :
M. le Bailly de Mesmes, Ambassadeur Extraordinaire de la Religion [...]
Mots clefs :
Ambassadeur extraordinaire de la religion de Malte, Carrosses, Maréchal de Tessé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
M. le Bailly de Mesmes,
Ambassadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe auprés
du Roy de France; fie son
Entréepublique le 14. de ce
mois. La suire de cet Ambasfadeur
étoit composée duCarrosse
du Roy où étoit l'Ambassadeur,
M. le Maréchal de
Tessé, & M. le Baron de Bretaüil
,
& des Carrosses des
Princes& Princessesdu Sang
J dans lesquels étoient les Gentilshommes
quicomplimenterent
M. l'Ambassadeur.
Les Carrosses del'Introducteur
& du Maréchal de Tesse
precedez de leurs Valets de
pied. Dix huit Valets de pied
de l'Ambassadeur habillez d'une
livréemagnifique, deux
Ecuyers & quatre Pages à cheval.
Le Suisse à cheval qui
precedoit le Carrosse de l'Ambassadeur
,suivy de deux autres
de sa Maison
,
& d'un
grand nombre de Carrosses
que plusieurs Seigneurs &
Commandeurs de l'Ordre avouent envoyé pour honorer son Cortege.
M. le Bailly de Mesmes,
Ambassadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe auprés
du Roy de France; fie son
Entréepublique le 14. de ce
mois. La suire de cet Ambasfadeur
étoit composée duCarrosse
du Roy où étoit l'Ambassadeur,
M. le Maréchal de
Tessé, & M. le Baron de Bretaüil
,
& des Carrosses des
Princes& Princessesdu Sang
J dans lesquels étoient les Gentilshommes
quicomplimenterent
M. l'Ambassadeur.
Les Carrosses del'Introducteur
& du Maréchal de Tesse
precedez de leurs Valets de
pied. Dix huit Valets de pied
de l'Ambassadeur habillez d'une
livréemagnifique, deux
Ecuyers & quatre Pages à cheval.
Le Suisse à cheval qui
precedoit le Carrosse de l'Ambassadeur
,suivy de deux autres
de sa Maison
,
& d'un
grand nombre de Carrosses
que plusieurs Seigneurs &
Commandeurs de l'Ordre avouent envoyé pour honorer son Cortege.
Fermer
1031
p. 279-282
COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
Début :
SIRE, l'Empereur mon Maistre qui est au service de [...]
Mots clefs :
Empereur, Ambassadeur de Perse, Étienne Padery
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
COMPLIMENT
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
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1032
p. 282
« Ce discours fini, Sa Majesté osta son chapeau, & l'Ambassadeur [...] »
Début :
Ce discours fini, Sa Majesté osta son chapeau, & l'Ambassadeur [...]
Mots clefs :
Trône, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ce discours fini, Sa Majesté osta son chapeau, & l'Ambassadeur [...] »
Ce diſcours fini , Sa Majeſté
ofta fon chapeau , & l'Ambaſſadeur
fortit du Thône. Quand
il fut fur la derniere marche ,
il prit le Preſent du Roy de Perſe
de la main d'Agoubehant le
remit entre les mains du Marquis
de Torcy, & fit un ſalut au
Roy; la même foule qu'il avoit
trouvee en abordant au Throne ,
l'empêcha d'en faire davantage ,
&on eûe bien de la peine à la percer
pour arriver au bout de la gallerie
, où d'un côté il y avoit des
gradins remplis des Dames de la
Cour. Il fut enſuite conduit à
l'audience de Monſeigneur le
Dauphin , à qui il fit le Compliment
qui fuit
ofta fon chapeau , & l'Ambaſſadeur
fortit du Thône. Quand
il fut fur la derniere marche ,
il prit le Preſent du Roy de Perſe
de la main d'Agoubehant le
remit entre les mains du Marquis
de Torcy, & fit un ſalut au
Roy; la même foule qu'il avoit
trouvee en abordant au Throne ,
l'empêcha d'en faire davantage ,
&on eûe bien de la peine à la percer
pour arriver au bout de la gallerie
, où d'un côté il y avoit des
gradins remplis des Dames de la
Cour. Il fut enſuite conduit à
l'audience de Monſeigneur le
Dauphin , à qui il fit le Compliment
qui fuit
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1033
p. 283-284
COMPLIMENT de l'Ambassadeur de Perse à Monseigneur le Dauphin.
Début :
MONSEIGNEUR, Je prie sa Divine Majesté qu'il veüille vous [...]
Mots clefs :
Dauphin, Empereur, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT de l'Ambassadeur de Perse à Monseigneur le Dauphin.
COMPLIMENT
de l'Ambaſſadeur de Perſe à
Monfeigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
Jepriesa Divine Majesté qu'il
venille vous conferver ,qu'il augmente
vos jours & vos années ;
que vous deveniezbeaucoup vieux,
quevous imitiezvostre grand Pere ,
ce grand Empereur , à qui Dieu
donne longue vie ,afin qu'ilpuiße
vous donner l'éducation neceßaire
pour gouvernerfon Empire autant
que celuy de ce grand Empereur ,
que Dieu le fafſſe.
Si j'ofois prendre la liberté
Monseigneur de me profterner pour
vous baiser la main ,je leferois
Aa ij
284 JOURNAL
avec beaucoup de respect ; mais celuy
que j'ay pour vostre personne
facrée, estsigrandque je n'oſe m'en
approcher defipréssc'est lefeulmotif
qui m'en empêche. Que Dieu augmentevosjours
&vousfaſſe vieux.
de l'Ambaſſadeur de Perſe à
Monfeigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
Jepriesa Divine Majesté qu'il
venille vous conferver ,qu'il augmente
vos jours & vos années ;
que vous deveniezbeaucoup vieux,
quevous imitiezvostre grand Pere ,
ce grand Empereur , à qui Dieu
donne longue vie ,afin qu'ilpuiße
vous donner l'éducation neceßaire
pour gouvernerfon Empire autant
que celuy de ce grand Empereur ,
que Dieu le fafſſe.
Si j'ofois prendre la liberté
Monseigneur de me profterner pour
vous baiser la main ,je leferois
Aa ij
284 JOURNAL
avec beaucoup de respect ; mais celuy
que j'ay pour vostre personne
facrée, estsigrandque je n'oſe m'en
approcher defipréssc'est lefeulmotif
qui m'en empêche. Que Dieu augmentevosjours
&vousfaſſe vieux.
Fermer
1034
p. 284
« Cependant il luy baisa la main, & se retira. Aprés [...] »
Début :
Cependant il luy baisa la main, & se retira. Aprés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cependant il luy baisa la main, & se retira. Aprés [...] »
Cependant il luy baiſa la main ,
&ſe retira..
Aprés que luy &toute ſa ſuite
eût été traité par les Officiers du
Roy , il partit & fut reconduit à
l'Hôtel des Ambaſſadeurs , par le
Baron de Breteüil , dans le Carroffe
de Sa Majesté , fans caire à
cheval la même marche qu'en arrivant
, à cauſe de la pluye.
&ſe retira..
Aprés que luy &toute ſa ſuite
eût été traité par les Officiers du
Roy , il partit & fut reconduit à
l'Hôtel des Ambaſſadeurs , par le
Baron de Breteüil , dans le Carroffe
de Sa Majesté , fans caire à
cheval la même marche qu'en arrivant
, à cauſe de la pluye.
Fermer
1035
p. 133-154
L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
Début :
Il est des filoux qu'on ne peut haïr ; on doit même sçavoir [...]
Mots clefs :
Interprète, Excellence, Lettre, Ambassadeur, Plaisir, Héros, Honneur, Roi de Perse, Ambassadeur du roi de Perse, Dames, Orient, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INTERPRETE GALANT. Nouvelle.
L'INTERPRETE GALANT ,
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Nouvelle.
Il eſt des filoux qu'on ne
peut hair ; on doit même ſça134
MERCURE
voir bongré à celuy qui cherche
depuis deux mois àmeri
ter l'altime de Mademoiselle
Lheritier connue ſous le nom
de Thelefille , & par les jolies
choſes qu'ellea donnéesau pu
blic. Les AcademiesdePadoüc
& de Toulouſe luy ont envoyé
avec diſtinction des Let
tresd'Academiciene , quiren
dent ſon fortglorieux. Un inconnu
ſous le nom de M. de
Courpuis qui a voyagé pandant
plus de dix ans dans l'Aſie
, luy a écrit depuis fix femaines
deux Lettres accompagnéesde
petits preſens qu'-
GALANT. 135
elle a reçus comme envoyez
de la partde l'Ambaſſadeur du
Roy de Perſe , & certifiez du
feing contrefait de M. de
Courpuis , Interprete& Secre
taire de ſon Excellence ,&ancien
amy de Mademoiselle
Lheritier , qui feroit fort aife
de ſçavoir à qui elle a l'obli
gation&des Preſents ,&des
Lettres galantes que le faux de
CCoouurrppuuiiss lluuyy a écrites de la
part du Seigneur Ochus. La
premiere Lettre commencée
en ſtile Perfan eft datée du fix
Fevrier. Voicy ce qu'elle con
tient.
136 MERCURE
MADEMOISELLE,
Que la prunellede mesyeux
foit le centierde vos pieds . &
que vôtre renommée brille &augmente
de jour en jour , ainsi que
fait tous les ans le Soleil dansſa
course.
Le grand Sophi , monfouverain
Seigneur&Maistre, ayant
entendu de toutes parts de magnifiques
recits de Loüis leGrand vôtre
Roy , m'a envoyé l'enfeliciter
, &luy rendre les témoignages
d'eftime que meriteſon long
glorieux Regne , &luy en
Souhaiter
GALANT. 157
fouhaiter une longue continuation.
Il m'a chargé de plus de faire
choifir les meilleurs Peintres de
Paris pour avoir les Portraits de
toutes les Dames qui s'ysignalent
par les talens de leur efprit ; il a
déja les Portraitsde feu Meſdames
de la Suſe ,de Villedieu ,des
Houtieres ,&de Mademoiselle
de Scudery , & il attend avec
impatience le vôtre ,Mademoifelle,
&ceux de Mesdames Da
cier , Barbier , &de Mademoifelle
des Houlieres ; ces Tableaux
feront honorez de fiecle en fiecle
dans la Galerie des Sophis , dont
Mars 1715 .
M
138 MERCURE
les fujets naiſſent toûjours avec
une eſtime infinie pourlesMuses.
Lefucre &le caffé étant en
usage chez les Européens comme
chez les Perfans ,j'ay efperé que
vous voudriez bien , Mademoi
felle, en accepter de la part du
plus humble du plus obéiffant
de tous vos ferviteurs ,
Ochus ,Ambaffadeur
duRoy dePerfe.
Par Monseigneur Ochus , de
Courpuis , Interprete
tairedefon Excellence.
Secre-
Mademoiselle Lheritier qui
ne manque à rien , remercia
par lePoëme qui fuit: leCour
GALANT. 139
rier de M.de Courpuis s'engagea
à repaſſer dés le lendemain
chez elle ſur les dix heures
du matin , parce que fon
Maiſtre tres occupé aux dépêches
de Monseigneur Ochus,
ne pourroit pas venir luy même
apprendre le ſort de laLettre
de fon Excellence.
AU ROY DE PERSE.
Augustesouverain des climats
que l'Aurore
Seme defes premiers rubis ,
Lorsquefousfes pompeux habits,
De mille feux divers Phorifon
elte dore
Mij
140 MERCURE
Succeffeur du vaillant Cirus ,
Honneur de l'Orient ; ô Ciel le
puis -je croire?
Quoy mes foibles talens , grand
Roy,voussont connus ;
Du Trône où vous brillez environné
de gloire
Dois-je meflatterpuißant Roy ,
Que vous daignez penseràmoy.
Ilest vray que l'amour que j'ay
pour la Science
Qu'à tout autre plaisir mon coeur
Sçait preferer ,
Peut me permettre d'esperer
La glorieuse bienveillance ,
Dont voſtre ame fublime a daigné
m'honoreri
GALANT. 141
Cettegrande ame encoreafçu confiderer-
Le zele vif , ardent , plein de
tendreffe
Qui m'anime fans cefße
Pour ce Roy modele des Rois ,
Dont nos heureux climats fuivent
les douces loix ;
Heros par fes exploits , comme
par sa fageffe ,
Etqui lefrontornédes couronnes
de Mars
د
1
- Fait triompherla Paix ,les Misſes,&
les Arts ;
Je meflatte donc que le zele,
Que pour un tel Heros mon coeur
fit toûjours voir,
142 MERCURE
Et l'amour ardent &fidele
me fait en tous lieux honorer Quime
le fçavoir ,
Seuls ontformépour moyquelque
bruitpropre àplaire
AuRoy leplusfameuxque l'Orient
reveres
Ces deux justes penchants que
j'ayrecen desCieux
Uniſſent monnomàvosyeux ,
Avecceux deces Heroines ,
Dont les Vers font fi gracieux ,
Dont les lumieres ſont divines .
Daignant ainſi m'unir aux Saphos,
auxCorinnes,
Grand Roy, que vous rendez
mon deftin glorieux
GALANT. 143
Vous, illuftres Dacier, Barbier,
erdes Houlieres, 1
Pour vos doctes pinceaux quelles
riches matieres,
Parun rare avantage on verra
nos portaits
Dansle magnifiquePalai.
D'unRoy de qui leDiademe
Eclate dans tout l'Univers :
Mon eſprit enchantéde cethonneurSuprême
,
6 Vafaire mille efforts divers
Pour s'éleverfans ceffeau-dessus
de luy-même
Et tracerparde brillans traits
De ce Roy genereux l'auguste
bienveillance
:
144 MERCURE
Etla magnificence.
Oüy digne poffeffeur du Trône de
Cirus,
Quand vostre Ambaßadeur ,
tres galant Ochus ,
le
M'enaauurrooiitt uunnppeeuuffaaiirt accroire,
Ma Lyre avec éclat racontant
voſtre Histoire
Fera voiraux mortels parde nobles
accens ,
Que dans le divin art des Filles de
Memoire,
Onaugmentebienſes talens ,
Alors qu'on a cuëilly les doux
fruits de laGloire.
Le faux de Courpuis informé
que fon jeu n'avoit pas
déplû
GALANT. 145
déplû à Mademoiselle Lheritier
, s'en eſt attiré un Remerciment
par les vers qu'elle fir ,
aprés avoir receu de fa partun
ſecond Preſent avec la Lettre
ſuivante datée du deuxiémo
MarsDS
MADEMOISELLE
Il est bien juste quefon Excellencefoit
des premiers à vous affurer
qu'on trouve mille beautez
dans lePoëme que vous avezfait
pour le Roy de Perfe ; il s'écria
dés queje luy en eut rendu leſens
en Perfan. O Kaia verras miris
Mars 1715 . N
146 MERCURE
fordhain Brux gonce , Klos
triſnil hinius s'Rein di Perſas ,
paroles qui veulent dire : O fille
vertueuſe& ſcavantequi connoiſſez
comme moy , la puif.
fance& les belles qualitez du
Monarque qui gouverne le
vaſte Empire des Perſes: Il me
commanda dans le même inftant
de le traduire à la lettre en
Perfan, diſantqu'il n'auroit rien
manqué au plaisir que vous luy
avezfait , si vous euffiez bien
voulu le traduire vous-même ,
vous dont la connoissance pour
toutes les Langues est telleque les
Académies étrangeresſeſontfait
GALANT. 147
honneur de vous donner le premier
rang entre ceux qu'ony reçoit
; c'estfans doute dans vostre
bel ouvrage , Mademoiselle, que
fonExcellence a trouvé des lumieres
& des inſtructions pour
complimenter Loüis le Grand; car
dés qu'il vit ce Heros , il le reconnut
aux traits dont vous l'avez
deſigné dans vostre Poëme,
ſaiſi d'admiration àſa vûë ,
il s'humilia devant luy , en couurantfes
yeux ébloüis de l'éclat
qui l'environnoit : il finit fon
Compliment en difant que l'heritier
du Roy de Perſe luy envieroit
le plaifir &l'honneur qu'ilavoit
Nij
48 MERCURE
d'avoir été nommé Ambafſſadeur
auprés d'un Prince qui ſurpaße
tout ce que nos peres ont vû de
plus grand deplus magnifique.
Ce Compliment , que la verité
foûtient , a plû àtoute la Cour ,
&eft au gré de toutes les perfonnes
qui en ont connoiffance. Son
Excellence, Mademoiselle, vous
prie de vouloir bien accepter la
caßette qui vousferapreſentée de
Sapart par l'Envoyé que vous
depute,MADEMOISELLE,
Vostre tres-humble & tresobéiſſant
ferviteur de Cour-
-puis , Interprete& Secretaire
de Monseigneur Ochus.
GALANT. 149
On ne doute pas que MademoiselleLheritier
deſabusée
de tout ce que le faux Interprete
luy a voulu faire croire ,
& du Roy de Perſe , &de ſon
Ambaſſadeur , n'ait fait malgré
les innocentes ſupercheries
du faux de Courpuisl, o
Poëme qui fuit en fa faveur ,
affectant neanmoins toûjours
la même credulité , & pour
joüer juſqu'à la fin le même
rôlle , elle l'a donné ſous le
nom de l'Ambaſladeur duRoy
de Perfe.
Niij
150 MERCURE
A L'AMBASSADEUR
OCHUS .
Ambaſſadeur du Roy leplus
puiffant d'Afie
Habile &genereux Ochus
Malgré tout le plaisir dont mon
ame estfaifie
Fay l'esprit interdit ,confus:
Etje nepuis qu'à peine exprimer
maſurpriſes
Neferois-je point de mépriſe
Si j'allois aujourd'huy croire de
bonne foy ,
Que le fameux Sopbi ſucceſſeur
deCambife
GALANT. 131
Si gratieusement s'aviſe
De penser quelquefois à moy :
Quoy donc le Souverain de vostre
vafte Empire ,
Sçauroit que dansParis Thelefile
respire ,
Aimant l'Histoire&lePlan
De Perfepolis, d'Ispahan :
Maispour ſçavoir enfin ce qu'il
faut quej'enpense ,
DaignezbientoftSeigneurOchus,
Par l'honneurde vostre prefence ,
Eclaircir monfort là deſſus ;
Et de grace daignez de plus
Montrer vos Lettres de creance ;
Vous écrivez d'un tourſi rempli
d'éloquence ,
Niiij
152 MERCURE
Que vous féduiriez aiſement
Uncoeur lemien remmoins
que le
pli de défiances
Mais enfin ce tour fi charmant ,
Soi qu'iill vienne d'Ochus , ou
d'une amic illuftre ,
Del'Orient a tout le fre
O vousdonc qui joignez à defi
doux encens
Encor de gratieux preſens ,
Paroiffezànos yeux , calmez la
Faloufie
Ou de l'Europe , ou de l'Afie ;
Ab que l'une des d'ux enviera
vos talens.
La Cafferte que le faux de
Courpuis avoit envoyée avec
1
GALANT. 153
fa ſeconde Lettre fut annoncée
dés le même jour aux meilleures
amies de Mademoiselle
Lheritier , &toutes furent invitées
de venir dés le lende
main partager avec elle les
choſes rares qu'elle pouvoit
contenir ; chacune à ſon gre
s'y deſtina un bijoux , ou en
bague , ou en Croix ; les rubis
&les perles étoient leurs moindres
eſperances , & Mademoifelle
Lheritier qui affura àtou
tes les Dames qui entroient
chez elle , qu'elle avoit une
caffette tres lourde à partager
avec elles ; leur fit enfin ſervir
154 MERCURE
un bon ambigu , oùla caffette
devenuë pâté de canards d'Amiens
, étoit en beau point de
vûë , ſur un ſurtout , au milieu
de la table ; on avoit faim , &
tous dirent d'une voix queM.
de Courpuis faifoit fes preſents
tres à propos ; les Dames
opinerent , & affurerent
toutes que le faux de Courpuis
étoit preſent; celuyqu'elles
nommerent ne s'en défendit
point trop ; on bût à fa
ſanté , on le remercia , & on
l'aſſura fort que pareilles fupercheries
Leroient toujours
bien receuës.
Fermer
1036
p. 155-159
Decret du Roy d'Espagne.
Début :
Le Gouvernement de mes Peuples & de mes Royaumes estant [...]
Mots clefs :
Décret, Roi d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Decret du Roy d'Espagne.
Decretdu Roy d'Espagne.
Le Gouvernement de mes
Peuples & de mes Royaumes
eſtant le ſeul objet que je me
propoſe , & l'unique but de
mes defirs , la confervationde
la Religion dans ſa plus gran
156 MERCURE
de pureté , & fon progrés , le
foulagement de mes ſujets,
l'exacte & rigide adminiftra
tion de la Juſtice, l'extirpation
des vices,& l'élevation des vertus
, ainſi que les devoirs de
la Royauté , les premieres
obligations des Monarques ,
les foins indiſpenſables & neceffaires
auſquels Dieules
attache , en leur commettant
la ſuprême puiſſance , dorénavant
attentif plus que jamais
à la ſeureté de ma confcience
inſeparable de ces devoirs
, quoyque j'aye déja été
ca cela prévenu par les Rois
GALANT. 157
mes Predeceffeures , & que
moy même j'aye pluſieurs fois
chargé mon Confeil de contribuer
à ce que deſſus , en tour
ce qu'ils conviendroit , j'ay
ſouhaité renouveller cet or.
dre , avec le commandement
de veiller & travailler avec
tout le ſoin&l'attention poffibleà
l'entier acompliſſement
de cette obligation; & j'entens
&veux pour cet effet que do .
refnavant il me foit reprefenté
non ſeulement ce qui ſera
convenable & neceſſaire
avec une entiere liberté , &
fans être retenu par aucun ref158
MERCURE
T
pecthumain; mais encore que
lesgens prépoſez examinent&
repliquent à mes reſolutions
lorſqu'elles paroîtront contrevenir
à ce Decret , ce qui
pourroit arriver faute d'un affez
meur examen , & d'une
parfaite connoillance , proteſtant
devant Dieu que je ne
veux me ſervir de l'autorité
qu'il m'a donnée , que pour la
gloire& la fin pour laquelle il
me l'aconfiée; &que je me décharge
devant ſa Divine Majeſté
fur mes Miniſtres , de
tout ce qu'ils executeront de
contraire à ce que je leur orGALANT.
I1S59
donne par ce Decret , ne pouvant
me dire heureux , fi mes
Sujets ne le ſont ſous mon
Regne ,& fi Dicu n'eſt pas
ſervi dans les Terres de mon
obeillance, ( comme ildoit l'être,)
par un malheur attaché à
la corruption & à la foibleſſe
de noſtre nature humaine ; je
prétens, qu'il le ſoit au moins
avec plus d'obéïſſance à ſes
Loix & à ſes Preceptes , qu'il
ne l'a été juſques ici ; que cela
foit leu & verifié au Conſeil
des Indes pour le faire executer.
Le Gouvernement de mes
Peuples & de mes Royaumes
eſtant le ſeul objet que je me
propoſe , & l'unique but de
mes defirs , la confervationde
la Religion dans ſa plus gran
156 MERCURE
de pureté , & fon progrés , le
foulagement de mes ſujets,
l'exacte & rigide adminiftra
tion de la Juſtice, l'extirpation
des vices,& l'élevation des vertus
, ainſi que les devoirs de
la Royauté , les premieres
obligations des Monarques ,
les foins indiſpenſables & neceffaires
auſquels Dieules
attache , en leur commettant
la ſuprême puiſſance , dorénavant
attentif plus que jamais
à la ſeureté de ma confcience
inſeparable de ces devoirs
, quoyque j'aye déja été
ca cela prévenu par les Rois
GALANT. 157
mes Predeceffeures , & que
moy même j'aye pluſieurs fois
chargé mon Confeil de contribuer
à ce que deſſus , en tour
ce qu'ils conviendroit , j'ay
ſouhaité renouveller cet or.
dre , avec le commandement
de veiller & travailler avec
tout le ſoin&l'attention poffibleà
l'entier acompliſſement
de cette obligation; & j'entens
&veux pour cet effet que do .
refnavant il me foit reprefenté
non ſeulement ce qui ſera
convenable & neceſſaire
avec une entiere liberté , &
fans être retenu par aucun ref158
MERCURE
T
pecthumain; mais encore que
lesgens prépoſez examinent&
repliquent à mes reſolutions
lorſqu'elles paroîtront contrevenir
à ce Decret , ce qui
pourroit arriver faute d'un affez
meur examen , & d'une
parfaite connoillance , proteſtant
devant Dieu que je ne
veux me ſervir de l'autorité
qu'il m'a donnée , que pour la
gloire& la fin pour laquelle il
me l'aconfiée; &que je me décharge
devant ſa Divine Majeſté
fur mes Miniſtres , de
tout ce qu'ils executeront de
contraire à ce que je leur orGALANT.
I1S59
donne par ce Decret , ne pouvant
me dire heureux , fi mes
Sujets ne le ſont ſous mon
Regne ,& fi Dicu n'eſt pas
ſervi dans les Terres de mon
obeillance, ( comme ildoit l'être,)
par un malheur attaché à
la corruption & à la foibleſſe
de noſtre nature humaine ; je
prétens, qu'il le ſoit au moins
avec plus d'obéïſſance à ſes
Loix & à ſes Preceptes , qu'il
ne l'a été juſques ici ; que cela
foit leu & verifié au Conſeil
des Indes pour le faire executer.
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1037
p. 160-164
A Madrid ce 18. Février 1715.
Début :
Monsieur Orry partit la semaine passée pour France aprés avoir [...]
Mots clefs :
Madrid, Reine, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madrid ce 18. Février 1715.
AMadrid ce 18. Février
1715 .
Monfieur Orry partit la
femaine paſſée pour France
aprés avoir remis les papiers
& effets dont il étoit chargé,&
l'on dit comme une choſe
feure quele Fifcal Macanaſe a
entrepris le même voyage .
Dans
GALANT. 161
Dans le même temps l'on
remit un Decret demandant
compte des Miniſtres qui
étoient dans les Conſeils avant
le nouvel établiſſement , ou
nouveau plan , les falaires &
appointemens dont ils joünffoient
,& ce qu'ils étoient devenus
, afin de faire compen.
ſation avec ceux qui ſe payent
actuellement, ce qui eftle com.
mencement d'une grande reforme
, & qui fait prefumer
que les choſes vont eſtre rétablies
en leur premiere ſituation.
Le Cardinal del Judice a été
Mars 1715 .
)
162 MERCURE
en chemin plus longtemps
que l'on ne croyoit , puiſqu'il
n'arriva qu'hier: il fut en droi
ture ſaluer le Roy , qui le receut
avec degrandes démonf.
trations de joye, & qui luy fit
preſent à ſon arrivée de la
Maiſon du Duc de Monteleon
qui a eſté confiſquée au
profit du Roy.
La Reine a eſté indiſpofée
ces jours ci ,& la grande
quantité de fang qu'elle a perdu
a entierement diffipé le
ſoupçon que l'on avoit de ſa
groffeffe; elle s'eſt divertie dans
fon appartement à faire repreGALANT
163
fenter desComedies Eſpagnoles&
Françoiſes.
L'on écrit de Barcelone que
de l'ordre du Viceroy on a enlevé
Dom Joſeph Pinos &
Dom .... Piguera ,& que l'on
les a tiré de nuit de la Ville
ſans qu'on ſcache ce qu'ils
fontdevenus,& comme ils ont
fomenté la derniere rebellion,
il faut qu'on ait reconnu en
eux quelque deffein de remuer
encore ; mais le rette du
Païs eſt fort tranquille , & les
contributions fe payent regulierement.
Tout paroît fort diſpoſé
Oij
164 MERCURE
pour l'expedition de Majorque
& l'on ſçait que les Vailſeaux
ſont ſortis d'Alicante le
trois.
Le Marquis de Manſera ,
Conſeiller au Conſeil d Erat
& Préſident de celuy d'Italie
eſt mort âgé d'environ cent
ans. Il n'a d'autre heritier que
M. le Comte de Pondomar
fon neveu.
Depuis le voyage de M.
Orry on a fait des fonds pour
équiper & mettre à la Mer
les fix Vaiſſeaux qui font fabriquez
depuis prés d'un an.
1715 .
Monfieur Orry partit la
femaine paſſée pour France
aprés avoir remis les papiers
& effets dont il étoit chargé,&
l'on dit comme une choſe
feure quele Fifcal Macanaſe a
entrepris le même voyage .
Dans
GALANT. 161
Dans le même temps l'on
remit un Decret demandant
compte des Miniſtres qui
étoient dans les Conſeils avant
le nouvel établiſſement , ou
nouveau plan , les falaires &
appointemens dont ils joünffoient
,& ce qu'ils étoient devenus
, afin de faire compen.
ſation avec ceux qui ſe payent
actuellement, ce qui eftle com.
mencement d'une grande reforme
, & qui fait prefumer
que les choſes vont eſtre rétablies
en leur premiere ſituation.
Le Cardinal del Judice a été
Mars 1715 .
)
162 MERCURE
en chemin plus longtemps
que l'on ne croyoit , puiſqu'il
n'arriva qu'hier: il fut en droi
ture ſaluer le Roy , qui le receut
avec degrandes démonf.
trations de joye, & qui luy fit
preſent à ſon arrivée de la
Maiſon du Duc de Monteleon
qui a eſté confiſquée au
profit du Roy.
La Reine a eſté indiſpofée
ces jours ci ,& la grande
quantité de fang qu'elle a perdu
a entierement diffipé le
ſoupçon que l'on avoit de ſa
groffeffe; elle s'eſt divertie dans
fon appartement à faire repreGALANT
163
fenter desComedies Eſpagnoles&
Françoiſes.
L'on écrit de Barcelone que
de l'ordre du Viceroy on a enlevé
Dom Joſeph Pinos &
Dom .... Piguera ,& que l'on
les a tiré de nuit de la Ville
ſans qu'on ſcache ce qu'ils
fontdevenus,& comme ils ont
fomenté la derniere rebellion,
il faut qu'on ait reconnu en
eux quelque deffein de remuer
encore ; mais le rette du
Païs eſt fort tranquille , & les
contributions fe payent regulierement.
Tout paroît fort diſpoſé
Oij
164 MERCURE
pour l'expedition de Majorque
& l'on ſçait que les Vailſeaux
ſont ſortis d'Alicante le
trois.
Le Marquis de Manſera ,
Conſeiller au Conſeil d Erat
& Préſident de celuy d'Italie
eſt mort âgé d'environ cent
ans. Il n'a d'autre heritier que
M. le Comte de Pondomar
fon neveu.
Depuis le voyage de M.
Orry on a fait des fonds pour
équiper & mettre à la Mer
les fix Vaiſſeaux qui font fabriquez
depuis prés d'un an.
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1038
p. 165-184
De Madrid ce 26 Février 1715.
Début :
Sa Majesté a nommé M. le Cardinal del Judice pour Ministre [...]
Mots clefs :
Madrid, Marquis, Roi, Gouvernement, Brigadier, Gouverneur, Province, Barcelone, Maréchaux, Lieutenant, Castille, Grenade, Andalousie, Valence, Murcie, Aragon, Catalogne, Galice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid ce 26 Février 1715.
DeMadridce 26 Février 1715.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
Sa Majesté a nommé M. le
Cardinal del Judice pourMiniſtre
d'Etat avec ordre des af
fairesEtrangeres: pour laGuer
re,le Marquis de Bedmar: pour
les Indes , le Comte de Frigiliana
: pour la Marine , & le
Commerce , le Duc de Veraguas
: & pour fon Ambaffadeur
à la Cour de France , le
Prince de Chelamar , Grand
Ecuyer de la Reine noſtre
Maîtreffe .
Sa Majesté tres -Chrétien166
MERCURE
1
ne a auſſi nommé pour fon
Ambaffadeur en cette Cour
le Duc de S. Aignan .
LeRoynôtre Sire a accordé
aux Lieutenans Generaux ,
Marêchaux de Camp , & autres
Chefs , les emplois fuivans.
1
EnCatalogne.
LeGouvernement de Tarragone
au Lieutenant GeneralDom
Joſeph Armendarix:
la Lieutenance de Roy de la
même Province , au Brigadier
& Colonci Dom Martin
Bonco: la Lieutenance deRoy
de Barcelone au Brigadier
GALANT. 167
Dom Pedro Rubio , leGouvernement
de Montjoü , au
Colonel Dom Juan de Leon ,
leGouvernement de Gironne
au Lieutenant General le Baron
de Capres : la Lieutenance
de Roy de Gironne au Brigadier
Dom Antonio Manſo :
le Gouvernement de Laleu de
Urgel&CaſtelCiudad auLieutenant
General Dom Profper
Borboom : celuy de Puycerda
au Maréchal de Camp Dom
Melchior Mendieta : celuy de
Cardonne au Brigadier Dom
Fernando Pinacho : celuy de
Oſtalric au Brigadier Dom
168 MERCURE
Manuel Maldonado .
C En Arragon .
Le Gouvernement de Jaca
au Maréchal de Camp Marquis
de Villa Fuerte : la Licutenance
de Roy de Xaca au
Colonel Dom Francifco Ruix
de la Torre : celuy de Venafque
au Sergent Major Dom
Juan Prieto : celuy de Muella
au Lieutenant Colonel Dom
Sebastien Ninpho de Nuix
deUribé : 1 Employ de Sergent
Major de Sarragoſſe au
LieutenantColonel Dom Guilen
Clou de Gufman,
En
GALANT. 169
1
En Valence.
Le Gouvernement d'Ali.
cante au Maréchal de Camp
Dom Joſeph de Chaves : la
Lieutenance de Roy de Denia
au Meſtre de Camp Dom
Francifco Antonio Morales.
Dans le Royaume de Murcie.
La Lieutenance de Roy de
Cartagene au Colonel Martin
Prompt de Madrid.
CoftedeGrenade.
Le Gouvernement de Malaga
au Lieutenant General
Dom Horaclo Copola.
Cofte d'Andaloufie.
LeGouvernement de Cadis
Mars 1715 . P
170 MERCURE
au Lieutenant General Marquis
deCeva Grimaldi.
Eftramadure Caſtille.
LeGouvernement de BadajozauLieutenantGeneralDom
Diego Iſturiz : le Gouvernement
d'Alcantara auMaréchal
de Camp Dom Thomas Vicentelo:
celuy de Ciudad Rodrigo
au Maréchal de Camp
Dom Blas Dragonet : celuy de
la Moralija au Capitaine de
Cavalerie Dom Ignacio Capacho.
Galice.
Le Gouvernement de la
Corogne au Meſtre de Camp
GALANT. 171.
Dom Joſeph Azuara : celuy
de Vigo au ColonelDom Joſeph
de los Herreros, & ils ont
ordre de commander en la
maniere ſuivante.
Catalogne.
Pour le commandementdes
Vigueries de Barcelone & de
Vich , le Lieutenant General
&Gouverneur de Barcelone
- Marquis de Lede :pour celuy
des Vigueries de Tarragone ,
Monblanc& Panades, le Lieutenant
General Dom Joſeph
de Armendariz , Gouverneur
de Tarragone : pour celuy de
la Viguerie de Tortoſe , le
Pij
172 MERCURE
Gouverneur de la Place , &
Lieutenant General Chevalier
de Croye , & en fon abfence
le Lieutenant General Dom
Tiberio Caraffa : pour celuy
des Vigueries de Gironne , &
Campredon , le Lieutenant
General Baron de Capres , &
en ſon abſence Dom Feliciano
Bracamonte : pour celuy
des Vigueries de Puicerda,Cervera&
Mantela, le Lieutenant
General & Gouverneur d'Urgel,
DomGeorge Profpera de
Borbofna : pour le comman-
•dement des Vigueries deBalaguer
, Lerida , Agramont , &
GALANT. 173
Tarraga,avec refidence enBa
laguer , au Lieutenant General
Dom DiegoAlarçon : pour
commander dans la Ville &
Viguerie de Vich , le Marechal
de Camp Dom Feliciano
Bracamonte : pour le commandement
de Balaguer , le
Maréchal de Camp Dom Pablo
Magno: pour commander
en Villa Franca , le Maréchal
de Camp Comte de Mongeorge
: pour commander
dans Igualada , le Maréchal de
Camp Dom Henrique Graffeton
: pour commander dans
Mataro, le Maréchal deCamp
1
Piij
174 MERCURE
Chevalier de Lede: pour commander
dans Campredon , le
Marechal deCamp Dom An
toniodel Caftillo : pour commander
dans Manresa , leMa
rechalde Camp Comtede Le
cheren:pour commander dans
laConcade Tremp , leBrigadier
Dom Loüis deAponte.
Arragon.
Pour commander dans le
territoire de Catalayud , Tarragone
Tervel , Alcanis , &
autres lieux , à la droite de l'Ebre
, avec reſidence dans Catalayud
, le Lieutenant Gene.
ral Dom Nicolas de Angulo :
GALANT. 175
pour commander dansTatra.
gone , le Maréchal de Camp
Dom Dominge du Luques :
pour commander dans Tervel,
le Maréchal deCampDom
Fernando Hipolito de laFaille:
pour commander dans Benavarre
y Ribargoça , le Marêchal
de Camp Dom Francifco
Fernandez de Ribadeo.
Valence.
Pour commander depuis el
Jucar , juſques à la Raya de
Murcie , le Lieutenant General
Dom Lucas Spinola.
: Murcie. 5
Pour commander dans le
Piiij
176 MERCURE
Royaume de Murcie , le Lieus
tenant General Marquis de
Mirabel.
Cofte de Grenade.
Pour commander ſur la côte
aux ordres duCapitaine Ge.
neral de Coſte , le Lieutenant
General Dom Gonçalo
Cegny , &le Maréchal de
CampComte de Louvigny..
Coſte d' Andaloufie.
Pour commander fur la côte
aux ordres du Capitaine General
Garde Côtes , le Licutenant
General Dom Domingo
Reco , & les Maréchaux de
Camp Dom Rafael Diars de
1
GALANT . 177
Mendivil , & Dom Gabriël
Cano.
Eftramadure.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capitaine
General de la Province ,
le Marquis de Kailus , Lieutenant
General,& Dom Miguel
Pontde Mendoza ,& les Marêchaux
de Camp Dom Loüis
de Cordoüa,&DomAntonio
Pignatelly.
Frontiere de Caſtille.
Pour commander ſur la
Frontiere aux ordres du Capiz
taine General de la Province
d'Eſtramadure , le Lieutenant
178 MERCURE
General Dom Alonzo de Ef
cobar,& le Maréchal deCamp
Marquis de San Vicente.
Galice.
Pour commander aux ordres
du Capitaine General du
Royaume , les LieutenansGeneraux
Dom Thomas de los
Cobos , & Dom Antoine de
Zuniga.
:
7.
De Madrid ce 12. Mars.
2. Le Duc de S. Aignan a
receu des Lettres de creance
du Roy tres - Chrétien pour
refider en cette Cour , en quaGALANT
179
lité de fon Ambaſſadeur ; l'on
a auſſi nommé il y a environ
huitjours le Prince de Chelamar
pour aller en celle de
France , avec le même caracte
re , fans cependant quitter fa
Charge de Grand Ecuyer de
• la Reine : il a ordre de partir
promptement , & les politi
ques affurent que l'on a fait
choix de ce Seigneur , comme
mieux informé qu'un autre
des cauſes de la diſgrace de la
Princeſſe des Urfins & de M.
Orry,& plus en érat par confequent
d'en rendre taiſon à
la Courde France.
180 MERCURE
Le Roy a declaré que le
pouvoir qu'il adonné au Duc
de Veraguas , regarde le
Commercedes Indes, comme
celuy d'Eſpagne , ce qui n'a
pas peu mortifié le Comte de
Frigiliana à qui cette declaration
ôte une bonnepartie de
l'autorité qu'il avoit comme
Preſident , bien loin de l'augmenter
, comme il avoit tou
jours penſé que cela dût
arriver.
Il ya trois jours que M.
Martinet Commandant de
trois Navires François , arriva
de Cadis : il avoit refuſé de
1
GALANT. 181
paſſer avec eux à l'expedition
de Mayorque , il s'y eſt enfin
reſolu , moyennant quelque
argent qu'on luy a donné ,
conformement à ce dont on
eſtoit convenu.
Le Comte de Las Torres
Commiſſaire general de l'Infanterie&
de laCavalerie d'Efpagne
, ayant vû que lanominationdu
Marquis de Bedmar
au miniſtere de la guerre , luy
ôtoit l'autorité que ſon employ
de Commiſſaire general
luy donnoir ; s'eſt reſolu à le
quitter , auſſi bien quele Confeil
de guerre , touché d'ail
182 MERCURE
leurs du peu de compte que
l'on a fait de ſes longs ſervices
, & de ce que dans le nombredes
Gouvernemens qui ſe
font donnez la ſemaineprecedente
, on ne s'eſt pas ſouvenu
du Marquis de Navalbalcuencas
fon fils , qui eſt Lieutenant
General.
L'on a donné l'Evêché de
Cadis à l'Evêque de Gironde ,
qui a actuellement le départe
ment desFinances ;& pour celuy
d'Ofma , on l'a donné à
Dom PhelippeTabuadaCommiſſaire
general de la Croiſade
; mais on n'a pas appris jufGALANT.
183
ques icy qu'il l'ast accepté.
Cet Eccleſiaſtique ayant repreſenté
au Roy qu'il étoit de
la derniere conſequence de défendre
les maſcarades & les
bals qui ſe font introduits depuis
quelques années , à cauſe
des defordres qui en refultoient
frequemment;l'on donna
ordre au Préſident de Caftille
d'expedier des proviſions,
ce qui ayant été rapporté au
Duc de S. Aignan qui avoit
donné un feſtin magnifique le
Jeudy precedent , il reprefenta
à Sa Majesté ,qu'ayant refolu
d'en donner un la nuit & le
184 MERCURE
lendemain, ceque l'on nepouvoit
l'empêcher de faire comme
Ambaſladeur , il demandoit
que l'on permit aux conviez
d'y aſſiſter comme cela
s'étoit juſques alors pratiqué ,
ce qui luy fût accordé , & que
quiconque voudroit donner
de pareilles Feſtes endemanderoft
auparavant permiffion .
Par le Courrier d'Utrecht
on a receu le Traité de Paix
ſigné par les Plenipotentiaires
des Couronnes d'Eſpagne &
de Portugal , & l'on travaille
actuellement à la ratification.
Fermer
1039
p. 226-252
RELATION de la Ceremonie du Baptême de Mademoiselle de Tavannes, présentée à Dijon sur les Fonds à l'âge de dix ans, de laquelle S. A. E. Monseigneur le Duc de Baviere a été Parrain, & S. A. S. Madame la Duchesse de Vendosme a été Marraine le 17. d'Octobre 1714.
Début :
L'Auteur du present Livre vous annonça dans le Mercure / L'alliance spirituelle que S. A. E. a contracté avec S. [...]
Mots clefs :
Baptême, Cérémonie de baptême, Duc de Bavière, Duchesse de Vendôme, Dijon, Parrain, Mademoiselle de Tavannes, Cérémonie, Honneur, Marraine, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de la Ceremonie du Baptême de Mademoiselle de Tavannes, présentée à Dijon sur les Fonds à l'âge de dix ans, de laquelle S. A. E. Monseigneur le Duc de Baviere a été Parrain, & S. A. S. Madame la Duchesse de Vendosme a été Marraine le 17. d'Octobre 1714.
L'Auteur du preſent Livre
vous annonça dans le Mercure
deNovembre,autant qu'ils'en
peut ſouvenir , que S. A. E.
Monſeigneur leDuc de Baviere
,& fon S. A. S. Madame
la Ducheſſe de Vendoſme ,
venoient de tenir ſur les Fonds
de Baptême , Mademoiselle
de Tavannes , il vous promit
,
GALANT. 227
en même temps une ample
Relationde cetteCeremonie,
il vous tient aujourd'huy parole
,& la voicy.
de
RELATION
de la Ceremonie du Baptême
de Mademoiselle de Tavannes,
preſentée à Dijon fur les
Fonds à l'âge de dix ans ,
laquelle S. A. E. Monfeigneur
le Ducde Baviere a été
Parrain , & S. A. S. Madamela
Duchefſfe de Vendofme
a été Marraine le 17.
d'Octobre 1714.
L'alliance ſpirituelle que
228 MERCURE
S. A. E. a contracté avec S.
A. S. Madame la Duchefle de
Vendôme , en faveur de Mademoiſelle
de Tavannes qui
vient de recevoir les Ceremonies
du Baptême à l'âge de dix
ans , eſt d'une trop éclatante
distinction ,pour paffer fous
filence la nouvelle de ce Baptême
; & pour n'en point
rendre publiques les particularitez.
Sans qu'il ſoit beſoin d'entrerdans
aucun détail de l'anciennetéde
la Maiſon de Saulx
tres connuë dés avant le dixiéme
fiecle a & autant illuftréc
Saulx le Duc , dont cette Maiſon
GALANT. 229
(
par dehautes alliances que par
le merite & le nombre des
grands Hommes qu'elle a produit
, il ſuffit icy de pouvoir
dire que la ſplendeur d'un tel
ſang n'a pas efté vray ſemblablement
un motif des moins
touchans pour déterminer
leur Alteſſes Electorale & Sereniffime
à accorder à cette
Demoiselle l'honneur d'eſtre
leur filleulle , d'autant plus
volontiers qu'outre les affiniporte
le nom , luy a appartenu longtemps
avant d'eſtre réünie par les
Ducs de Bourgogne à leur Duché.
Voyez Morery , Edition 1712.
230 MERCURE
tez qui font entre les Auguſtes
Maiſons de Bourbon & de
Baviere , Madame la Ducheffe
deVendoſme ſe trouve parente
de l'Electeur par la Maiſon
Palatine dont eſt Madame la
Princeffe.
Il ne paroiſt pas neanmoins
hors de propos de remarquer
icyque le ſurnom de Tavannes
que porte la Maiſon de
Saulx , vient d'Allemagne ;
elle l'a pris par le mariage de
Jean de Saulx Chevalier Scigneur
d'Orrain en 1504. avec
Marguerite de Tavannes
foeur & heritiere de Jean de
,
GALANT. 231
Tavannes Chevalier Seigneur
de Dello natif du Comté de
Ferrette en Allemagne. Ce
dernier fut Colonel des Bandes
Noires qu'il amena d'Allemagne
au ſervice du RoyFrançois
I.
C'eſt de cette alliance de
Jean de Saulx d'Orrain avec
Marguerite de Tavannes ,
qu'eſt iſſu le fameux Maréchal
de France Gaspard de Tavannes
, duquel deſcendent Meffieurs
les Comtes , & Marquis
de Tavannes d'aujourd'huy ,
&Mademoiselle de Tavannes
à laquelle on vient d'admi232
MERCURE
niſtrer les ceremonies du Baprême.
Elle est née le 24. de Mars
1704. & fut ondoyée le même
jour par le Curé de la Paroiſſe
de la Marche en Bourgogne,
Elle eſt fille de Meffire Louis-
Armand Marie de Saulx de
Tavannes,Chevalier Marquis
deMirebel , Baron de laMarche,
Seigneur de Chambole ,
Morey & autres lieux , & de
Dame Catherine de Choiſeul
de Chevigny
La ceremonie du Baptême
de cette Demoiselle devant ſe
faire dans le mois d'Octobre
dernier ,
GALANT. 233
dernier , à Dijon , où elle a été
élevée , & qui eſt le pays de ſes
Anceſtres ,leſquels depuis plufieurs
fiecles ont commandé
pour le Roy dans la Bourgogne,
en qualité de Lieutenans b
Generaux de cette Province,
b M. L. C. de Tavannes Henry-
Charles de Saulx , grand Bailly de
Dijon , & Guidon des Gendarmes de
Berry , qui a épousé N. Amelot de
Gournay fille de M.Amelot,Conſeiller
d'Etat ordinaire , ci-devant Ambaſladeur
en Eſpagne & autres Cours ; s'eſt
fait recevoir ce mois - ci à Dijon en
laChargede Lieutenant General pour
leRoy en Bourgogne , que poffedoit
Meffire Charles-Marie de Saulx de
Tavannes fon pere , époux de D. Marie-
Catherine Dagueſſeau , fille de M.
Mars 1715. V
234 MERCURE
S. A. E. jetta les yeux pour le
repreſenter dans la fonction
de Parrain , ſur M. le Baronde
Montigny,Chevalier de l'Ordre
de Wirtemberg, Brigadier
des Armées , Colonel d'unRegiment
de ſes Cuiraffiers , &
Commandant pour Elle à S.
With auxFrontieres de Weſtphalic.
Ce Baron qui étoit
alors en ces quartiers- là pour
le ſervice de ſon Alteſſe Elect.
en receut ordre e de ſe rendre
Dagueſſeau , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& foeur de M. Dagueſſeau, Procureur
General du Parlement de Paris.
•Cet ordre luv fût envoyé par M.
le Comtede Sefels.
GALANT. 235
en Bourgogne , pour , en fon
abfence , affifter de la part de
fon Maiſtre en qualité de Parrain
, au Baptême de Mademoiſelle
la Marquiſe de Tavannes
.
S. A. S. Madame la Ducheſſe
de Vendoſme honora
de ſa procuration Madame la
Premiere Preſidente de la
Chambre des Comptes de
Dijon , pour, à ſa place, ſervir
deMarraine au nom de S. A. S.
Cette glorieuſe commiffion
dont Madame Rigoley fut
chargée dans ce miniftere de
Religion,fit honneur au choix
Vij
236 MERCURE
de cette Princeſſe , non ſeulementpar
l'éminente vertu qui
diftingue cette Dame dans le
pays , encore plus que ſa dignité
; mais encore par la convenance
de famille qui ſe trouve
entre M. leBaron de Montigny&
cette Dame , dont le
nom eft Languet d, & laquelle
dElle eſt ſoeur de M. Languet de
Rochefort, Conſeiller au Parlement de
Dijon , de M. le C. deGergy, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon duRoy,
envoyé par S. M. à Florence, de M.
Languet , Abbé de S. Sulpice au Dioceſe
de Bellay , Ordre de Citeaux ,de
M. de la Villeneuve , Abbé de Goët
maloën , Aumônier de feuë Mad. la
Dauphine , ci-devant grand Vicaire
GALANT. 237
-
a épousé M. Rigoley , Magiftrat
auffi reſpectable par
une droiture finguliere que
par la fuperioritéde fon rang
dansla Chambre des Comptes
dont il eſt leChef.
M. de Montigny eftant
arrivé le 16. d'Octobre dernier
àDijon , la Ceremonie de ce
Baptême s'y fit le lendemain
Mercredy 17. environ le midy,
d'Autun, & à preſent Eveſque de
Soiffons , de M. l'Abbé Languet , cidevantVicaire
de S. Sulpice de Paris,&
aujourd'huy Curé de cette Paroiffe ,
par la refignation de feu M. de la
Chetardie , oncle de Mad. la Comteffede
Monafterolle
238 MERCURE
avec beaucoup de folemnité ,
dans la Paroiſſe de S. Nicolas .
Le bruit de quelques fanfares
ayantannoncé de temps àautre
pendant la matinée , cette
feſteau peuple,une multitude
innombrable de gens que la
rareté de ce pieux ſpectacle attiroit
de tous coſtez , accouruc
en telle affluence depuis les
neufheures dumatin en cette
Eglife , & vers l'Hôtel de Tavannes
, que toutes les ruës&
places qui y aboutiffent , furent
remplies d'une prodigieuſe
quantitéde ſpectateurs.
Les perſonnes de la plus
GALANT. 239
haute confideration s'étant
renduës à l'Hoſtel de Tavannes
, on en fortit à onze heures
pour aller à la Paroiſſe , où
Mademoiselle de Tavannes
fût conduite au ſon des hautbois
& des trompettes de la
Ville, au milieu de cette foule.
Les diſpoſitions merveilleuſes
qu'on apperçût dans
cette ame pleine de candeur ,
ne ſurprirent pas moins que
les graces infeparables de ſa
perfonne. La modeſtie de ſa
démarche excita de continuels
applaudiſſemens à ſon paffage.
240 MERCURE
Outre M. de la Briffe , Intendant
de la Province& quelques
Maiſtres des Requeſtes
qui furent prefens à cette ceremonie
, pluſieurs de Meffieurs
les Préſidens à Mortier
& Confeillers de la Cour ,
quoyque ce fut le temps des
vacations , y affifterent auffi.
Madame l'Intendante ſe trouva
pareillementalors dans l'Eglife
, avec des Préſidentes du
Parlement,& tout ce qu'il y
avoit de perſonnes les plus
diftinguées dans le pays...
La fingularité d'une conjoncture
ſi remarquable tanr
Par
GALANT. 241
i
par l'éminent caractere des
Parrain & Marraine , que par
le merite particulier de Mademoiſelle
de Tavannes , engagea
le fieur Gueneau ,Docteur
en Theologie , Curé de
cette Paroiſſe, de luy parler en
ces termes ,lorſqu'elles'y preſenta
pour recevoir la ceremonie
de ce premier Sacrement.
MADEMOISELLE,
Quel qu'illustre queſoit voftre
-naissance felon le monde ,vous
venez aujourd'huy reconnoistre
Mars 1715 . X
९ 242 MERCURE
j
au pied de vos Autels presqu'auf
fi-toft que vous en estes capable
qu'ilyen a une autre qui vous
touche davantage , pour laquelle
vous venez rendre à Dieu publiquement
des actions de graces ;
pourluy en marquer vostre recon
noiffance , vous lay allez confa
crer les premices de vostre raiſon
naiſſanteen luyfaiſant des promeſſes
qui nesontni moins grandes,
ni moins folemnelles,ni moins
indiſſolubles que les voeux que
vous avezquelquefois vúfaire
dans la Maison e Religieuse on
vouseſtes. Pournejamais oublier
•LesUrſulinesde Dijon.
GALANT. 243
de telles promeffes , vous n'avez,
Mademoiselle , qu'àfoutenir cette
belle éducation que vous avez
reçuë de la mere la plus capable
d'en donner. Vous n'avez qu'à
Soutenir cette longue fuite de
vertu qui coulent avec le fang
depuis tant de fiecles dans vostre
Maison. Vous y estes d'autant
plus engagée ,que les illuftres
Prince & Princeffe qui vous
font l'honneur de vous donner
leur noms
une vertu au-delà du commun .
auſſi bien que f Monfieur & g
demandent de vous
fMonfieur le Baron de Montigny .
Madame la Premiere Préſidente,
7
Xij
244 MERCURE
Madame qui tiennent icy leur
place ,&non moins recommandables
par leurpieté,leurs vertus
qu'ils font distinguez , par les
premiers rangs qu'ils occupent ,
vos illustres Parrain &Martaine
nefontpas icy enperſonne pour
répondre pour vous , vous eſtes en
âge de le faire vous- même :
toute cette auguste compagnie
n'y est aßemblée que pour estre
témoins de vos promeffes. Faffe
le Ciel que nous puissions tous
unjourrendre témoignage à Dieu
de lafidelité de laperfeverance
que vous aurez eû à les remplir
puiffion.
GALANT.. 245
Aprés ce diſcours qui parut
tres- convenable en cette
occurrence , la noble adulte
s'approcha des facrez Fonds ,
où les auguſtes noms de S. A.E.
Monseigneur le Duc de Baviere,
& ceux de S. A. S. Madame
la Ducheſſede Vendôme aïant
été impoſez à Mademoiselle.
de Tavannes , Elle fut appellée
Maximilienne , Emmanuelle
, Marie- Anne. Enfuite ce
Pasteur luy adminiſtra les autres
ceremonies du Baptême.
Alors chacun ſe ſentit touché
de voir l'onction penetrer
juſques au fonds du coeur de
!
Xiij
246 MERCURE
ecste innocente Neophyte ,
dont la picté édifiante fembloit
fe communiquerdans le
coeur de la plupart des ſpectateurs
; pluſieursy ayant paru
faifis d'un ſalutaire étonnement
, eux qui peut- être comme
un grand nombre d'autres
n'étoient venus des Villes circonvoiſines
encetteCapitale ,
qu'excitez par les circonſtancesde
la dignitéde tels Parrain
&Marraine , où par la ſeule
carioſitéd'y voir de quelle forte
ſe confere le Baprême aux
perſonnes parvenuës à l'âge de
connoiffance.
GALANT. 247
Ala fortiede l'Egliſe il s'éleva
un mélange d'acclamations
d'allegreſſe à l'honneur
de leurs A. E. & Sereniffime ;
on entendit alors de toutes
parts des voeux pour la profperité
de ces Prince & Princeffe
; on ne peut dire com
bien en même temps ondonna
de benedictions à la nouvelle
baptifée,qu'un concours
infini de perſonnes de tout
rang reconduifit juſques en
fon Hoſtel , au bruit des inftrumens
, auquel ſe joignirent
mille cris de Vive Baviere &
Vendofme ; l'air ne ceſſoit de
!
X iiij
248 MERCURE
retentir de ces grands noms ,
qu'il fuffit de prononcer pour
rappeller auflitoſt toutes les
idées de l'heroïſme , noms qui
font des éloges abregez &
complets , renfermans toute
la gloire que la valeur & la
bonté peuvent produire.
Au retour de la ceremonie ,
Madame la Marquiſe de Tavannes
, mere de Mademoifelle
de Tavannes , traita magnifiquement
l'illuftre affemblée
quiy avoit aſſiſté M. l'Intendant
& autres Mantres des
Requeſtes , ceux des Préſidens
à Mortier & Confeillers du
GALANT. 249
Parlement qui avoient été pre
ſens à la celebration du Baptê
me , Madame l'Intendante ,
toutes les Dames de marque
avec ce qui ſe trouva fur les
lieux de plus élevé parmi la
Nobleffe & dans les Cours
Souveraines de Dijon , furent
de ce regal fomptueux , où le
bon goût ne regna pas moins
que la profufion la mieux entenduë
; les mets ne s'y cedoient
pas l'un à l'autre en de.
licateſle , & on pourroit dire
que la varietéde pluſieurs chofes
rares qu'on y fervit ,&leur
fingularité donnerent le plai-
1
250 MERCURE
fir d'y voir tout ce qu'on ne
trouve preſque point ailleurs.
Tous ceux qui étoient de
ce repas eurent l'honneur de
boire debout à la ſanté de S.
A. E. de Baviere ,&à celle de
S. A. S. de Vendôme. On cûr
peine àretenir les mouvemens
de reconnoiffance dûë à chacun
de ces grands noms qui
nous ſont ſiprécieux ; l'undeſignant
un Souverain dont les
qualitez toutes heroïques font
les delices de la Cour & des
peuples ,& qui par ſa generofité
faiſant l'admiration du
fiecle , ſe montre ſi digne de
GALANT. 25
PEmpire ; & l'autre étant confacré
par la gloire pour être
le ſymbole de la bonté , &
pour conferver à la poſteriré
la memoire immortelle du
Reſtaurateur de la plus vaſte
Monarchie de l'Europe.
L'avantage d'avoir pour
Parrain une des premieres têres
du monde , & un Prince
regardé de chaque Nation
comme lemodele de la veritable
grandeur , & pour Marraine
une des meilleures Prin
ceſſes de la Terre , de la prepremiere
& de la plus puiſſante
Maiſon de l'Univers, eſt ſiglo252
MERCURE
rieux pour Mademoiselle de
Tavannes , que cet honneur
cauſant une ſi legitime réjoüiffance
à ſa Famille , on ne pût
s'empêcher dans ce feſtinde la
feliciter plus d'une fois ſur un
telbonheur : parmy les témoignages
de joye qu'on luy en
marqua , voicy quelques coupletsqui
furent faits à ce ſujer.
vous annonça dans le Mercure
deNovembre,autant qu'ils'en
peut ſouvenir , que S. A. E.
Monſeigneur leDuc de Baviere
,& fon S. A. S. Madame
la Ducheſſe de Vendoſme ,
venoient de tenir ſur les Fonds
de Baptême , Mademoiselle
de Tavannes , il vous promit
,
GALANT. 227
en même temps une ample
Relationde cetteCeremonie,
il vous tient aujourd'huy parole
,& la voicy.
de
RELATION
de la Ceremonie du Baptême
de Mademoiselle de Tavannes,
preſentée à Dijon fur les
Fonds à l'âge de dix ans ,
laquelle S. A. E. Monfeigneur
le Ducde Baviere a été
Parrain , & S. A. S. Madamela
Duchefſfe de Vendofme
a été Marraine le 17.
d'Octobre 1714.
L'alliance ſpirituelle que
228 MERCURE
S. A. E. a contracté avec S.
A. S. Madame la Duchefle de
Vendôme , en faveur de Mademoiſelle
de Tavannes qui
vient de recevoir les Ceremonies
du Baptême à l'âge de dix
ans , eſt d'une trop éclatante
distinction ,pour paffer fous
filence la nouvelle de ce Baptême
; & pour n'en point
rendre publiques les particularitez.
Sans qu'il ſoit beſoin d'entrerdans
aucun détail de l'anciennetéde
la Maiſon de Saulx
tres connuë dés avant le dixiéme
fiecle a & autant illuftréc
Saulx le Duc , dont cette Maiſon
GALANT. 229
(
par dehautes alliances que par
le merite & le nombre des
grands Hommes qu'elle a produit
, il ſuffit icy de pouvoir
dire que la ſplendeur d'un tel
ſang n'a pas efté vray ſemblablement
un motif des moins
touchans pour déterminer
leur Alteſſes Electorale & Sereniffime
à accorder à cette
Demoiselle l'honneur d'eſtre
leur filleulle , d'autant plus
volontiers qu'outre les affiniporte
le nom , luy a appartenu longtemps
avant d'eſtre réünie par les
Ducs de Bourgogne à leur Duché.
Voyez Morery , Edition 1712.
230 MERCURE
tez qui font entre les Auguſtes
Maiſons de Bourbon & de
Baviere , Madame la Ducheffe
deVendoſme ſe trouve parente
de l'Electeur par la Maiſon
Palatine dont eſt Madame la
Princeffe.
Il ne paroiſt pas neanmoins
hors de propos de remarquer
icyque le ſurnom de Tavannes
que porte la Maiſon de
Saulx , vient d'Allemagne ;
elle l'a pris par le mariage de
Jean de Saulx Chevalier Scigneur
d'Orrain en 1504. avec
Marguerite de Tavannes
foeur & heritiere de Jean de
,
GALANT. 231
Tavannes Chevalier Seigneur
de Dello natif du Comté de
Ferrette en Allemagne. Ce
dernier fut Colonel des Bandes
Noires qu'il amena d'Allemagne
au ſervice du RoyFrançois
I.
C'eſt de cette alliance de
Jean de Saulx d'Orrain avec
Marguerite de Tavannes ,
qu'eſt iſſu le fameux Maréchal
de France Gaspard de Tavannes
, duquel deſcendent Meffieurs
les Comtes , & Marquis
de Tavannes d'aujourd'huy ,
&Mademoiselle de Tavannes
à laquelle on vient d'admi232
MERCURE
niſtrer les ceremonies du Baprême.
Elle est née le 24. de Mars
1704. & fut ondoyée le même
jour par le Curé de la Paroiſſe
de la Marche en Bourgogne,
Elle eſt fille de Meffire Louis-
Armand Marie de Saulx de
Tavannes,Chevalier Marquis
deMirebel , Baron de laMarche,
Seigneur de Chambole ,
Morey & autres lieux , & de
Dame Catherine de Choiſeul
de Chevigny
La ceremonie du Baptême
de cette Demoiselle devant ſe
faire dans le mois d'Octobre
dernier ,
GALANT. 233
dernier , à Dijon , où elle a été
élevée , & qui eſt le pays de ſes
Anceſtres ,leſquels depuis plufieurs
fiecles ont commandé
pour le Roy dans la Bourgogne,
en qualité de Lieutenans b
Generaux de cette Province,
b M. L. C. de Tavannes Henry-
Charles de Saulx , grand Bailly de
Dijon , & Guidon des Gendarmes de
Berry , qui a épousé N. Amelot de
Gournay fille de M.Amelot,Conſeiller
d'Etat ordinaire , ci-devant Ambaſladeur
en Eſpagne & autres Cours ; s'eſt
fait recevoir ce mois - ci à Dijon en
laChargede Lieutenant General pour
leRoy en Bourgogne , que poffedoit
Meffire Charles-Marie de Saulx de
Tavannes fon pere , époux de D. Marie-
Catherine Dagueſſeau , fille de M.
Mars 1715. V
234 MERCURE
S. A. E. jetta les yeux pour le
repreſenter dans la fonction
de Parrain , ſur M. le Baronde
Montigny,Chevalier de l'Ordre
de Wirtemberg, Brigadier
des Armées , Colonel d'unRegiment
de ſes Cuiraffiers , &
Commandant pour Elle à S.
With auxFrontieres de Weſtphalic.
Ce Baron qui étoit
alors en ces quartiers- là pour
le ſervice de ſon Alteſſe Elect.
en receut ordre e de ſe rendre
Dagueſſeau , Conſeiller d'Etat ordinaire
,& foeur de M. Dagueſſeau, Procureur
General du Parlement de Paris.
•Cet ordre luv fût envoyé par M.
le Comtede Sefels.
GALANT. 235
en Bourgogne , pour , en fon
abfence , affifter de la part de
fon Maiſtre en qualité de Parrain
, au Baptême de Mademoiſelle
la Marquiſe de Tavannes
.
S. A. S. Madame la Ducheſſe
de Vendoſme honora
de ſa procuration Madame la
Premiere Preſidente de la
Chambre des Comptes de
Dijon , pour, à ſa place, ſervir
deMarraine au nom de S. A. S.
Cette glorieuſe commiffion
dont Madame Rigoley fut
chargée dans ce miniftere de
Religion,fit honneur au choix
Vij
236 MERCURE
de cette Princeſſe , non ſeulementpar
l'éminente vertu qui
diftingue cette Dame dans le
pays , encore plus que ſa dignité
; mais encore par la convenance
de famille qui ſe trouve
entre M. leBaron de Montigny&
cette Dame , dont le
nom eft Languet d, & laquelle
dElle eſt ſoeur de M. Languet de
Rochefort, Conſeiller au Parlement de
Dijon , de M. le C. deGergy, Gentilhomme
ordinaire de la Maiſon duRoy,
envoyé par S. M. à Florence, de M.
Languet , Abbé de S. Sulpice au Dioceſe
de Bellay , Ordre de Citeaux ,de
M. de la Villeneuve , Abbé de Goët
maloën , Aumônier de feuë Mad. la
Dauphine , ci-devant grand Vicaire
GALANT. 237
-
a épousé M. Rigoley , Magiftrat
auffi reſpectable par
une droiture finguliere que
par la fuperioritéde fon rang
dansla Chambre des Comptes
dont il eſt leChef.
M. de Montigny eftant
arrivé le 16. d'Octobre dernier
àDijon , la Ceremonie de ce
Baptême s'y fit le lendemain
Mercredy 17. environ le midy,
d'Autun, & à preſent Eveſque de
Soiffons , de M. l'Abbé Languet , cidevantVicaire
de S. Sulpice de Paris,&
aujourd'huy Curé de cette Paroiffe ,
par la refignation de feu M. de la
Chetardie , oncle de Mad. la Comteffede
Monafterolle
238 MERCURE
avec beaucoup de folemnité ,
dans la Paroiſſe de S. Nicolas .
Le bruit de quelques fanfares
ayantannoncé de temps àautre
pendant la matinée , cette
feſteau peuple,une multitude
innombrable de gens que la
rareté de ce pieux ſpectacle attiroit
de tous coſtez , accouruc
en telle affluence depuis les
neufheures dumatin en cette
Eglife , & vers l'Hôtel de Tavannes
, que toutes les ruës&
places qui y aboutiffent , furent
remplies d'une prodigieuſe
quantitéde ſpectateurs.
Les perſonnes de la plus
GALANT. 239
haute confideration s'étant
renduës à l'Hoſtel de Tavannes
, on en fortit à onze heures
pour aller à la Paroiſſe , où
Mademoiselle de Tavannes
fût conduite au ſon des hautbois
& des trompettes de la
Ville, au milieu de cette foule.
Les diſpoſitions merveilleuſes
qu'on apperçût dans
cette ame pleine de candeur ,
ne ſurprirent pas moins que
les graces infeparables de ſa
perfonne. La modeſtie de ſa
démarche excita de continuels
applaudiſſemens à ſon paffage.
240 MERCURE
Outre M. de la Briffe , Intendant
de la Province& quelques
Maiſtres des Requeſtes
qui furent prefens à cette ceremonie
, pluſieurs de Meffieurs
les Préſidens à Mortier
& Confeillers de la Cour ,
quoyque ce fut le temps des
vacations , y affifterent auffi.
Madame l'Intendante ſe trouva
pareillementalors dans l'Eglife
, avec des Préſidentes du
Parlement,& tout ce qu'il y
avoit de perſonnes les plus
diftinguées dans le pays...
La fingularité d'une conjoncture
ſi remarquable tanr
Par
GALANT. 241
i
par l'éminent caractere des
Parrain & Marraine , que par
le merite particulier de Mademoiſelle
de Tavannes , engagea
le fieur Gueneau ,Docteur
en Theologie , Curé de
cette Paroiſſe, de luy parler en
ces termes ,lorſqu'elles'y preſenta
pour recevoir la ceremonie
de ce premier Sacrement.
MADEMOISELLE,
Quel qu'illustre queſoit voftre
-naissance felon le monde ,vous
venez aujourd'huy reconnoistre
Mars 1715 . X
९ 242 MERCURE
j
au pied de vos Autels presqu'auf
fi-toft que vous en estes capable
qu'ilyen a une autre qui vous
touche davantage , pour laquelle
vous venez rendre à Dieu publiquement
des actions de graces ;
pourluy en marquer vostre recon
noiffance , vous lay allez confa
crer les premices de vostre raiſon
naiſſanteen luyfaiſant des promeſſes
qui nesontni moins grandes,
ni moins folemnelles,ni moins
indiſſolubles que les voeux que
vous avezquelquefois vúfaire
dans la Maison e Religieuse on
vouseſtes. Pournejamais oublier
•LesUrſulinesde Dijon.
GALANT. 243
de telles promeffes , vous n'avez,
Mademoiselle , qu'àfoutenir cette
belle éducation que vous avez
reçuë de la mere la plus capable
d'en donner. Vous n'avez qu'à
Soutenir cette longue fuite de
vertu qui coulent avec le fang
depuis tant de fiecles dans vostre
Maison. Vous y estes d'autant
plus engagée ,que les illuftres
Prince & Princeffe qui vous
font l'honneur de vous donner
leur noms
une vertu au-delà du commun .
auſſi bien que f Monfieur & g
demandent de vous
fMonfieur le Baron de Montigny .
Madame la Premiere Préſidente,
7
Xij
244 MERCURE
Madame qui tiennent icy leur
place ,&non moins recommandables
par leurpieté,leurs vertus
qu'ils font distinguez , par les
premiers rangs qu'ils occupent ,
vos illustres Parrain &Martaine
nefontpas icy enperſonne pour
répondre pour vous , vous eſtes en
âge de le faire vous- même :
toute cette auguste compagnie
n'y est aßemblée que pour estre
témoins de vos promeffes. Faffe
le Ciel que nous puissions tous
unjourrendre témoignage à Dieu
de lafidelité de laperfeverance
que vous aurez eû à les remplir
puiffion.
GALANT.. 245
Aprés ce diſcours qui parut
tres- convenable en cette
occurrence , la noble adulte
s'approcha des facrez Fonds ,
où les auguſtes noms de S. A.E.
Monseigneur le Duc de Baviere,
& ceux de S. A. S. Madame
la Ducheſſede Vendôme aïant
été impoſez à Mademoiselle.
de Tavannes , Elle fut appellée
Maximilienne , Emmanuelle
, Marie- Anne. Enfuite ce
Pasteur luy adminiſtra les autres
ceremonies du Baptême.
Alors chacun ſe ſentit touché
de voir l'onction penetrer
juſques au fonds du coeur de
!
Xiij
246 MERCURE
ecste innocente Neophyte ,
dont la picté édifiante fembloit
fe communiquerdans le
coeur de la plupart des ſpectateurs
; pluſieursy ayant paru
faifis d'un ſalutaire étonnement
, eux qui peut- être comme
un grand nombre d'autres
n'étoient venus des Villes circonvoiſines
encetteCapitale ,
qu'excitez par les circonſtancesde
la dignitéde tels Parrain
&Marraine , où par la ſeule
carioſitéd'y voir de quelle forte
ſe confere le Baprême aux
perſonnes parvenuës à l'âge de
connoiffance.
GALANT. 247
Ala fortiede l'Egliſe il s'éleva
un mélange d'acclamations
d'allegreſſe à l'honneur
de leurs A. E. & Sereniffime ;
on entendit alors de toutes
parts des voeux pour la profperité
de ces Prince & Princeffe
; on ne peut dire com
bien en même temps ondonna
de benedictions à la nouvelle
baptifée,qu'un concours
infini de perſonnes de tout
rang reconduifit juſques en
fon Hoſtel , au bruit des inftrumens
, auquel ſe joignirent
mille cris de Vive Baviere &
Vendofme ; l'air ne ceſſoit de
!
X iiij
248 MERCURE
retentir de ces grands noms ,
qu'il fuffit de prononcer pour
rappeller auflitoſt toutes les
idées de l'heroïſme , noms qui
font des éloges abregez &
complets , renfermans toute
la gloire que la valeur & la
bonté peuvent produire.
Au retour de la ceremonie ,
Madame la Marquiſe de Tavannes
, mere de Mademoifelle
de Tavannes , traita magnifiquement
l'illuftre affemblée
quiy avoit aſſiſté M. l'Intendant
& autres Mantres des
Requeſtes , ceux des Préſidens
à Mortier & Confeillers du
GALANT. 249
Parlement qui avoient été pre
ſens à la celebration du Baptê
me , Madame l'Intendante ,
toutes les Dames de marque
avec ce qui ſe trouva fur les
lieux de plus élevé parmi la
Nobleffe & dans les Cours
Souveraines de Dijon , furent
de ce regal fomptueux , où le
bon goût ne regna pas moins
que la profufion la mieux entenduë
; les mets ne s'y cedoient
pas l'un à l'autre en de.
licateſle , & on pourroit dire
que la varietéde pluſieurs chofes
rares qu'on y fervit ,&leur
fingularité donnerent le plai-
1
250 MERCURE
fir d'y voir tout ce qu'on ne
trouve preſque point ailleurs.
Tous ceux qui étoient de
ce repas eurent l'honneur de
boire debout à la ſanté de S.
A. E. de Baviere ,&à celle de
S. A. S. de Vendôme. On cûr
peine àretenir les mouvemens
de reconnoiffance dûë à chacun
de ces grands noms qui
nous ſont ſiprécieux ; l'undeſignant
un Souverain dont les
qualitez toutes heroïques font
les delices de la Cour & des
peuples ,& qui par ſa generofité
faiſant l'admiration du
fiecle , ſe montre ſi digne de
GALANT. 25
PEmpire ; & l'autre étant confacré
par la gloire pour être
le ſymbole de la bonté , &
pour conferver à la poſteriré
la memoire immortelle du
Reſtaurateur de la plus vaſte
Monarchie de l'Europe.
L'avantage d'avoir pour
Parrain une des premieres têres
du monde , & un Prince
regardé de chaque Nation
comme lemodele de la veritable
grandeur , & pour Marraine
une des meilleures Prin
ceſſes de la Terre , de la prepremiere
& de la plus puiſſante
Maiſon de l'Univers, eſt ſiglo252
MERCURE
rieux pour Mademoiselle de
Tavannes , que cet honneur
cauſant une ſi legitime réjoüiffance
à ſa Famille , on ne pût
s'empêcher dans ce feſtinde la
feliciter plus d'une fois ſur un
telbonheur : parmy les témoignages
de joye qu'on luy en
marqua , voicy quelques coupletsqui
furent faits à ce ſujer.
Fermer
1040
p. 253-257
A MADEMOISELLE Maximilienne Emmanuelle Marie-Anne de Tavannes. Sur l'Air : Tout cela m'est indifferent, ou vostre jeu fait icy grand bruit.
Début :
Que de regrets va remporter [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Tavannes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE Maximilienne Emmanuelle Marie-Anne de Tavannes. Sur l'Air : Tout cela m'est indifferent, ou vostre jeu fait icy grand bruit.
A MADEMOISELLE
Maxinulienne Emmanuelle
Marie-Anne de Tavannes .
Sur l'Air : Tout cela m'eſt indifferent ,
ou voſtre jen fait icy grand brait.
Que de regrets waremporter
LePrince preſt à nous quitter !
Pour confoler un peu la France
Il veut bienylaiſſerſon nom ,
Tavannes a cette preference :
Quel nouveau lustre enfa Mai-
4 fon!
ॐ
Digne filleulle d'un Cefar
Aquels honneur n'as tu point
part ?
254 MERCURE
De Vendofme le coeur confpire
A te faire un fort plein d'attraits?
Puiſſe-tujuſques dans l'Empire
Publier un jour ſes bien-faits.
Si tu peux du moins l'imiter
Je te prédis fans beziter ,
Autant de vertu , de fazeſſe
De bonté, de charmes divers
Que le nomde cette Princeffe
Ade gloire en tout l'Univers.
Baviere aime trop lesHeros
Pournepas cherirceux de Saulx,
Ilſcait qu'ils brillent dans l'Hif
toire :
GALANT. 255
h
1
Déja ton afrerefou fesyeux ,
Promet de voler à la gloire
Deſes plus triomphants ayeux.
Dans ton Parrain quel protecteur
Qu'unſimagnanime Electeur !
Pourfuivrefon Auguste trace
Tonfangse retrouve igermain :
b Le jeume Marquis de Tavannes,
frere de la nouvelle Baptifée ſçait l'Aflemand
quoy qu'il n'ait pas encore 9.
ans ; & il eût l'honneur de parler fibiencette
Langue à S. A. E. au furet de
ce Baptefme , qu'elle en a témoigné
beaucoup de fatisfaction .
iCe fût la mere du Maréchal de
Tavannes,duquel font iffus tous lesMrs
de Tavannes d'aujourd'huy ; laquelle
eſtant Allemande , & ſe nommant
256 MERCURE
Iln'est de cadet dans ta race
Qui n'ait l'ame d'un vieuxRomain.
J'ay appris que ces Couplets
que ces Couplets
font de M.de Solleyne , Subdelegué
de M. l'Intendant de
Bourgogne au département
Marguerite de Tavannes , vint époufer
en Bourgogue Jean de Saulx ,& commença
à faire prendre , il y a plus de
deux Siecles , le far-nom de Tavannes
àſesdeſcendans,qui l'ont toûjours porté
depuis qu'Elle & fon frere Jean de
Tavannes , Chevalier Seigneur de
Dello , natif du Comté de Ferrette
en Allemagne , qui en amena pour
lors les bandes noires au ſervice de la
France , & duquel elle fût heritiere ,
eurent apporté d'Allemagne le ſurnom
de Tavannes en la Maiſon de
Saulx.
d'Auxerre ,
GALANT. 257
d'Auxerre , & fils de M. Mar- .
tineau , cy-devant Seigneurde
Marnay , quatriéme Préſident
de pere en fils en cette Ville.
Maxinulienne Emmanuelle
Marie-Anne de Tavannes .
Sur l'Air : Tout cela m'eſt indifferent ,
ou voſtre jen fait icy grand brait.
Que de regrets waremporter
LePrince preſt à nous quitter !
Pour confoler un peu la France
Il veut bienylaiſſerſon nom ,
Tavannes a cette preference :
Quel nouveau lustre enfa Mai-
4 fon!
ॐ
Digne filleulle d'un Cefar
Aquels honneur n'as tu point
part ?
254 MERCURE
De Vendofme le coeur confpire
A te faire un fort plein d'attraits?
Puiſſe-tujuſques dans l'Empire
Publier un jour ſes bien-faits.
Si tu peux du moins l'imiter
Je te prédis fans beziter ,
Autant de vertu , de fazeſſe
De bonté, de charmes divers
Que le nomde cette Princeffe
Ade gloire en tout l'Univers.
Baviere aime trop lesHeros
Pournepas cherirceux de Saulx,
Ilſcait qu'ils brillent dans l'Hif
toire :
GALANT. 255
h
1
Déja ton afrerefou fesyeux ,
Promet de voler à la gloire
Deſes plus triomphants ayeux.
Dans ton Parrain quel protecteur
Qu'unſimagnanime Electeur !
Pourfuivrefon Auguste trace
Tonfangse retrouve igermain :
b Le jeume Marquis de Tavannes,
frere de la nouvelle Baptifée ſçait l'Aflemand
quoy qu'il n'ait pas encore 9.
ans ; & il eût l'honneur de parler fibiencette
Langue à S. A. E. au furet de
ce Baptefme , qu'elle en a témoigné
beaucoup de fatisfaction .
iCe fût la mere du Maréchal de
Tavannes,duquel font iffus tous lesMrs
de Tavannes d'aujourd'huy ; laquelle
eſtant Allemande , & ſe nommant
256 MERCURE
Iln'est de cadet dans ta race
Qui n'ait l'ame d'un vieuxRomain.
J'ay appris que ces Couplets
que ces Couplets
font de M.de Solleyne , Subdelegué
de M. l'Intendant de
Bourgogne au département
Marguerite de Tavannes , vint époufer
en Bourgogue Jean de Saulx ,& commença
à faire prendre , il y a plus de
deux Siecles , le far-nom de Tavannes
àſesdeſcendans,qui l'ont toûjours porté
depuis qu'Elle & fon frere Jean de
Tavannes , Chevalier Seigneur de
Dello , natif du Comté de Ferrette
en Allemagne , qui en amena pour
lors les bandes noires au ſervice de la
France , & duquel elle fût heritiere ,
eurent apporté d'Allemagne le ſurnom
de Tavannes en la Maiſon de
Saulx.
d'Auxerre ,
GALANT. 257
d'Auxerre , & fils de M. Mar- .
tineau , cy-devant Seigneurde
Marnay , quatriéme Préſident
de pere en fils en cette Ville.
Fermer
1041
p. 284-290
L'avanture de la Perle tombée de l'habit du Roy, le jour de l'Audiance de l'Ambassadeur de Perse à Versailles, & trouvée, & renduë à Sa Majesté par M. le Marquis de Lange. [titre d'après la table]
Début :
Prenons maintenant un peu l'air, Messieurs, il y a assez [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Habit du roi, Versailles, Château de Versailles, Ambassadeur de Perse, Marquis de Lange, Habit, Perle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'avanture de la Perle tombée de l'habit du Roy, le jour de l'Audiance de l'Ambassadeur de Perse à Versailles, & trouvée, & renduë à Sa Majesté par M. le Marquis de Lange. [titre d'après la table]
Prenons maintenant un peu
l'air , Meffieurs , il y a affez
longtemps que nous ſommes
àParis,& nous yreviendrons
de reſte. En attendant , allons
faire untour à Verſailles. L'a
vanture de M. le Marquis de
l'Ange nous y appelle..
Le 19. Février dernier , Sa
Majeſté dans la grande Galerie
de ſon Château de Verſail.
les , donna àl'Ambaſſadeur de
Perſe cetteAudiance éclatante
qui a fait tant de bruit dans le
monde , & où tous les plus
GALANT. 285
grands Seigneurs du Royaume
firent un ſuperbe étalage de
leur magnificence. Sa Majeſté
allant de fon Appartement à
ſon Trône , unedes plus belles
perles de la Couronne ſe dé.
racha de ſon habit,& ſe trouva
heureuſement , aprés avoir
fait peut- être bien du chemin
dans la Galerie , ſous les pieds
de M. le Marquis de Lange ,
qui prît enfin lapeine de la ra
maſſer. Il eſt vray que cette
negligence luy étoit bien pardonnable
, &qu'il nes'attendoit
pas à trouver un ttefor.
Cependant aprés avoir fait cet
286 MERCURE
effort , il remarqua avec plai
fir que ce joyau étoit tres-digne
de la peine qu'il s'étoit
donnée. Il le mit ſagement
dans ſa poche , & quelques
jours aprés il eût l'honneur de
le rendre au Roy avce unPlacet
,que Sa Majefté reccutd'u
ne façon finguliere. SIRE ,
dit- il , je ſupplie Voſtre Majeſté
deme pardonner la liberté
que je prends de luy prefenter
la Perle des Placers . Le
Royauffitoft, aprés s'eſtre fait
expliquer l'Enigme , le receut
avec cette grace infinie qui accompagne
toutes les actions,
GALANT. 287
& principalement les dons
qu'il fait à ceux qu'il en juge,
dignes , enfin il accorda fur le
champ au Marquis de Lange
tout ce qu'il luy demandoit
dans ſon Placeri :
M. le Marquis de Lange
eſt originaire d'une noble
& illuftre famille du Nivernois.
Le Marquiſat de Saluces
appartenoit à ſes Anceſtres.)
L'an 1304. André de Langer
eſtoit General de l'Armée de
Scanderberg ,Royd'Albanie,
qui fut tuécombattantcontre
les Tures. Le Pape voulant
conſerver à la poftérité les
288 MERCURE 1
Feſtes d'un ſang ſiutile àl'Etat,
& fi zelé pour la Religion ,
permit à Jean de Lange ,
Grand Bailly de Malthe, de ſe
marier , & le releva de fes
voeux. Il y avoit eu auparavant
luy dix ſept Chevaliers
de Malthe dans fa famille.
Guillaume Marquis deLange
à qui l'avanture de la perle
dont nous avons parlé eſt arrivée
, deſcend en droite lignede
ce Jean de Lange : ila
cu la main gauche emportée
d'un coup de Canon à la Batalllede
Nervinde. Il cut auffi
un coup d'épée au travers du
corps
GALANT. 289
corps au Combat de Leuſe ,
&a la Bataille de Steinkerque
, il fut fait prifonnier.
L'on voit par dette fuite
d'actions & de bleſſures que
M. le Marquis de Lange ne
ſerepoſe point ſur les Lauriers
que ſes Anceſtres avoient
cuëilli ,& que s'ils ſe ſontrendus
recommendables par
leur valeur , ils ont eu en ſa
perſonne un ſucceſſeur qui ne
l'eſt pas moins , à qui l'on
pourroit dire a juſte titre :
Si la gloire descend fur toy par
Mars 1715. Bb
230 MERCURE
Celle de leurs Enfans retombe
auffifur eux.
M. le Marquis de Lange
fon Pere fut tué à la Bataille
de Ramilly. Marie de laGrange
ſa grand'mere eſtoit foeur
de M. le Cardinal d'Arquie ,
Pere de la Reine Doüairierede
Pologne,& par confequent il
eſt fon petit neveu , & coufin
iſſu de germain des Princes de
Pologne,& de Madame l'Electrice
de Baviere.
l'air , Meffieurs , il y a affez
longtemps que nous ſommes
àParis,& nous yreviendrons
de reſte. En attendant , allons
faire untour à Verſailles. L'a
vanture de M. le Marquis de
l'Ange nous y appelle..
Le 19. Février dernier , Sa
Majeſté dans la grande Galerie
de ſon Château de Verſail.
les , donna àl'Ambaſſadeur de
Perſe cetteAudiance éclatante
qui a fait tant de bruit dans le
monde , & où tous les plus
GALANT. 285
grands Seigneurs du Royaume
firent un ſuperbe étalage de
leur magnificence. Sa Majeſté
allant de fon Appartement à
ſon Trône , unedes plus belles
perles de la Couronne ſe dé.
racha de ſon habit,& ſe trouva
heureuſement , aprés avoir
fait peut- être bien du chemin
dans la Galerie , ſous les pieds
de M. le Marquis de Lange ,
qui prît enfin lapeine de la ra
maſſer. Il eſt vray que cette
negligence luy étoit bien pardonnable
, &qu'il nes'attendoit
pas à trouver un ttefor.
Cependant aprés avoir fait cet
286 MERCURE
effort , il remarqua avec plai
fir que ce joyau étoit tres-digne
de la peine qu'il s'étoit
donnée. Il le mit ſagement
dans ſa poche , & quelques
jours aprés il eût l'honneur de
le rendre au Roy avce unPlacet
,que Sa Majefté reccutd'u
ne façon finguliere. SIRE ,
dit- il , je ſupplie Voſtre Majeſté
deme pardonner la liberté
que je prends de luy prefenter
la Perle des Placers . Le
Royauffitoft, aprés s'eſtre fait
expliquer l'Enigme , le receut
avec cette grace infinie qui accompagne
toutes les actions,
GALANT. 287
& principalement les dons
qu'il fait à ceux qu'il en juge,
dignes , enfin il accorda fur le
champ au Marquis de Lange
tout ce qu'il luy demandoit
dans ſon Placeri :
M. le Marquis de Lange
eſt originaire d'une noble
& illuftre famille du Nivernois.
Le Marquiſat de Saluces
appartenoit à ſes Anceſtres.)
L'an 1304. André de Langer
eſtoit General de l'Armée de
Scanderberg ,Royd'Albanie,
qui fut tuécombattantcontre
les Tures. Le Pape voulant
conſerver à la poftérité les
288 MERCURE 1
Feſtes d'un ſang ſiutile àl'Etat,
& fi zelé pour la Religion ,
permit à Jean de Lange ,
Grand Bailly de Malthe, de ſe
marier , & le releva de fes
voeux. Il y avoit eu auparavant
luy dix ſept Chevaliers
de Malthe dans fa famille.
Guillaume Marquis deLange
à qui l'avanture de la perle
dont nous avons parlé eſt arrivée
, deſcend en droite lignede
ce Jean de Lange : ila
cu la main gauche emportée
d'un coup de Canon à la Batalllede
Nervinde. Il cut auffi
un coup d'épée au travers du
corps
GALANT. 289
corps au Combat de Leuſe ,
&a la Bataille de Steinkerque
, il fut fait prifonnier.
L'on voit par dette fuite
d'actions & de bleſſures que
M. le Marquis de Lange ne
ſerepoſe point ſur les Lauriers
que ſes Anceſtres avoient
cuëilli ,& que s'ils ſe ſontrendus
recommendables par
leur valeur , ils ont eu en ſa
perſonne un ſucceſſeur qui ne
l'eſt pas moins , à qui l'on
pourroit dire a juſte titre :
Si la gloire descend fur toy par
Mars 1715. Bb
230 MERCURE
Celle de leurs Enfans retombe
auffifur eux.
M. le Marquis de Lange
fon Pere fut tué à la Bataille
de Ramilly. Marie de laGrange
ſa grand'mere eſtoit foeur
de M. le Cardinal d'Arquie ,
Pere de la Reine Doüairierede
Pologne,& par confequent il
eſt fon petit neveu , & coufin
iſſu de germain des Princes de
Pologne,& de Madame l'Electrice
de Baviere.
Fermer
1042
p. 311-323
Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. de ce mois M. de Bose y fut receu, son Discours [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Modernes, Hommes, Anciens, Anciens et Modernes, Électeur de Bavière, Mercure, Désordre, Messager des dieux, Maison de Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Le 30. de ce mois M. da
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Fermer
1043
p. 179-190
De Madrid le premier Avril 1715.
Début :
Mardy passé l'on publia la résolution du Roy de confier [...]
Mots clefs :
Marquis, Cardinal, Lettres, Madrid, Conseil d'État, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid le premier Avril 1715.
De Madrid le premier Avril |*7lS>
Mardy passé l'on publia la
résolution du Roy de confier
dorénavant à des hommes
l'éducation du Prince & pour
ne point charger le Trésor
Royalde frais, l'on a nommé
les mêmes Officiers qui fervent
le Roy actuellement ; les
principaux sont le Marquis
de Valera & de Solera pour
Gentils hommes de la chambre,
les Marquis deVilla Garcia
,& deValouze pour Maître
d'Hôtel de semaine
, on luya
donné pour Confesseur le Perc
Marin homme de Lettres
& d'un merite distingué;la
Marquise de Salsedo sa Gouvernante
a fait paroistre beaucoup
de tendresseàcetteséparation
; &le foin que jusques
icy elle a prisedu Prince, a été
fecompenfée d'une place de
Dame d'Honneur de la Reine.
1- Le Roys'affermissantdejour
en jour dans ses desseins
, a
écrit aux Evêques, Archevêques
de son Royaume ,des
Lettres Circulaires, par lesquellesil
leur ordonne qu'a-
Vec une liberté vrayement
Chrétien-ne) ils luy marquent
les moyens qu'ils imagineront
•
les plus propres à maintenir la
JufiLCC dans ses Etats
J
& sL
procurer le repos à Ces peuples;
Le Cardinal del Judice a
pris possession de son appartement
au Retiro sans permettre
cependant que les Dames en
sortissent, aimant mieux se loger
plus étroitement; illuy
- cil depuis venu un ordre d'exercer
comme auparavant sa
Charge de Grand Inquisiteur;
c'est une satisfaction que l'on
donne à la Cour de Rome.
A la recommandation de
son Eminence, l'on a ordonné
de rétablir dans leurs places
de ConseillersdeCastilleDon
Loüis Curiel, exilé à Leon
, Don Francisco de Avana,&
Don Pedro de la Grava ,
dépossedez
de leurs emplois tous
trois pour avoir soutenu les
interdis du Cardinal.
Le jour de l'Incarnation la
Reine servant des pauvres à
dîner, elle se trouva un peu
indisposée, sur quoy les Medecins
ayant esté consultez,
ils jugerent à propos de la saignerau
bras comme l'on fit
sans qu'il y ait eu de fuite fâcheuse.
| Le voyage d'Aranjuez ayant
étérésolu l'onaaverty les Dames
qu'ellesn'avoient qu'às'y
disposer, ce qui fait croire que
ce fera bien tost.
Le Mardy apresdîner on
- assembla le Conseil extraordinaire
deCastille, pour examiner
la Bullequi supprime la
Monarchie de Sicile, comme
avoir déjà fait le Conseil dEtat.
Voyant la lenteur avec
laquellel'Assemblée procedoit
au Règlement des Tribunaux
il vint un nouvel ordre pour
accelerer cette affaire,& Vendredy
l'on la remit entre les
mains de Sa Majesté
, non
sans inquiétude de plusieurs
Ministres.
Dans une autre Assemblée
particulière du Conseil de la
Marine,
Marine, il fut résolu de renvoyer
tout à fait le Duc de
Tursis,à son Escadre appellée
l'Escadre de Genes, & d'ordonner
au Contrôleur qui se
trouve dans cette Ville, de
livrer tous lesForçats qu'on y
trouvera du compte du Roy.
Cette résolution a étésignifiée
ley à celuy qui fait ses affaires.
SaMajestéanommé de son
Conseil d'Etat, le Marquis de
los Balbafez
iqui
demandoit
la permission de se retirer en
Italie, & l'on a eû en veuë de
s'arrêter icy par ce moyen.
( Par des Lettres de Barcelone
du 23. du passé ,il paroist
qu'on a differé l'expédition
de Majorque, parce que l'on
a résolu d'embarquer plus de
Cavalerie qu'on avoit d'abord
eû dessein d'en embarquer
, &
de garder pour la remplacer
celle que l'on fait marcher de
Valence, & d'Arragon,pour
tenir en bride les Catalans qui
paroissoient avoir quelque
desseinde rcmüer du cofté de1
Salens & de Manreza
)
dequoy
le Gouverneur ayantété
averty ,
il s'est asseuré de Mo-j
ragas, chefdes rebelles & de
quelques autres sédicieux comme
luy ausquels on fait actuellement
le procés.
, Et par les nouvelles du 30.
on a eu avis que le procès dudit
Moragas examiné,il a
été convaincu du crime de
rcbellion, & condamnéà être
attaché tout vif& traîné à la
queuë d'un cheval furieux dans
les places,& dans les ruës de
Barcelone ),& ses camarades à1
ètre pendus;cette Sentence 9
été executée le 2.9. On ne doute
point que ces chastiments
exemplaires nereduisent enfin
les esprits inquiets des Catalans.
(
Il y a trois jours que Mj
Metwin, Ambassadeur d'Angleterre
,
est arrivé en cette
Ville avec une grande suite ;
le lendemain il fut rendre visite
au Cardinal del Judice qui cO:
chargé de traiter avec les mi1
nistres Etrangers, & hieril eût
une Audiance particuliere du
Roy,on ne sçait s'il prendra
le caractere public,à cause
des difficultez qui se rencontrent
sur le ceremonial des
Ambassadeurs.
Le Roy a donne au Prince 1
de Chélamarre vingt quatre
mille piastres de revenu annuel
à prendre sur les biens
du Marquis de Vallé
,
confisîquez
dans la nouvelle Espagne,
avec pouvoir de nommer
qui bon luy semblera pour la
levée de cette rente que le
Roy luy accorde non-seulement
pour le dédommager
des pertes qu'il a faites dans le
Royaume de Naples,maisencore
pour survenir à une partie
des frais de son Ambassade
en France. S.M. C. a ajoûté
à. cette récompense vingt-un
mille piastresd'appointement
qui joints aux vingt- quatre
mille de confiscation luy font
plus de quarante cinq mille
écus de revenu.
Mardy passé l'on publia la
résolution du Roy de confier
dorénavant à des hommes
l'éducation du Prince & pour
ne point charger le Trésor
Royalde frais, l'on a nommé
les mêmes Officiers qui fervent
le Roy actuellement ; les
principaux sont le Marquis
de Valera & de Solera pour
Gentils hommes de la chambre,
les Marquis deVilla Garcia
,& deValouze pour Maître
d'Hôtel de semaine
, on luya
donné pour Confesseur le Perc
Marin homme de Lettres
& d'un merite distingué;la
Marquise de Salsedo sa Gouvernante
a fait paroistre beaucoup
de tendresseàcetteséparation
; &le foin que jusques
icy elle a prisedu Prince, a été
fecompenfée d'une place de
Dame d'Honneur de la Reine.
1- Le Roys'affermissantdejour
en jour dans ses desseins
, a
écrit aux Evêques, Archevêques
de son Royaume ,des
Lettres Circulaires, par lesquellesil
leur ordonne qu'a-
Vec une liberté vrayement
Chrétien-ne) ils luy marquent
les moyens qu'ils imagineront
•
les plus propres à maintenir la
JufiLCC dans ses Etats
J
& sL
procurer le repos à Ces peuples;
Le Cardinal del Judice a
pris possession de son appartement
au Retiro sans permettre
cependant que les Dames en
sortissent, aimant mieux se loger
plus étroitement; illuy
- cil depuis venu un ordre d'exercer
comme auparavant sa
Charge de Grand Inquisiteur;
c'est une satisfaction que l'on
donne à la Cour de Rome.
A la recommandation de
son Eminence, l'on a ordonné
de rétablir dans leurs places
de ConseillersdeCastilleDon
Loüis Curiel, exilé à Leon
, Don Francisco de Avana,&
Don Pedro de la Grava ,
dépossedez
de leurs emplois tous
trois pour avoir soutenu les
interdis du Cardinal.
Le jour de l'Incarnation la
Reine servant des pauvres à
dîner, elle se trouva un peu
indisposée, sur quoy les Medecins
ayant esté consultez,
ils jugerent à propos de la saignerau
bras comme l'on fit
sans qu'il y ait eu de fuite fâcheuse.
| Le voyage d'Aranjuez ayant
étérésolu l'onaaverty les Dames
qu'ellesn'avoient qu'às'y
disposer, ce qui fait croire que
ce fera bien tost.
Le Mardy apresdîner on
- assembla le Conseil extraordinaire
deCastille, pour examiner
la Bullequi supprime la
Monarchie de Sicile, comme
avoir déjà fait le Conseil dEtat.
Voyant la lenteur avec
laquellel'Assemblée procedoit
au Règlement des Tribunaux
il vint un nouvel ordre pour
accelerer cette affaire,& Vendredy
l'on la remit entre les
mains de Sa Majesté
, non
sans inquiétude de plusieurs
Ministres.
Dans une autre Assemblée
particulière du Conseil de la
Marine,
Marine, il fut résolu de renvoyer
tout à fait le Duc de
Tursis,à son Escadre appellée
l'Escadre de Genes, & d'ordonner
au Contrôleur qui se
trouve dans cette Ville, de
livrer tous lesForçats qu'on y
trouvera du compte du Roy.
Cette résolution a étésignifiée
ley à celuy qui fait ses affaires.
SaMajestéanommé de son
Conseil d'Etat, le Marquis de
los Balbafez
iqui
demandoit
la permission de se retirer en
Italie, & l'on a eû en veuë de
s'arrêter icy par ce moyen.
( Par des Lettres de Barcelone
du 23. du passé ,il paroist
qu'on a differé l'expédition
de Majorque, parce que l'on
a résolu d'embarquer plus de
Cavalerie qu'on avoit d'abord
eû dessein d'en embarquer
, &
de garder pour la remplacer
celle que l'on fait marcher de
Valence, & d'Arragon,pour
tenir en bride les Catalans qui
paroissoient avoir quelque
desseinde rcmüer du cofté de1
Salens & de Manreza
)
dequoy
le Gouverneur ayantété
averty ,
il s'est asseuré de Mo-j
ragas, chefdes rebelles & de
quelques autres sédicieux comme
luy ausquels on fait actuellement
le procés.
, Et par les nouvelles du 30.
on a eu avis que le procès dudit
Moragas examiné,il a
été convaincu du crime de
rcbellion, & condamnéà être
attaché tout vif& traîné à la
queuë d'un cheval furieux dans
les places,& dans les ruës de
Barcelone ),& ses camarades à1
ètre pendus;cette Sentence 9
été executée le 2.9. On ne doute
point que ces chastiments
exemplaires nereduisent enfin
les esprits inquiets des Catalans.
(
Il y a trois jours que Mj
Metwin, Ambassadeur d'Angleterre
,
est arrivé en cette
Ville avec une grande suite ;
le lendemain il fut rendre visite
au Cardinal del Judice qui cO:
chargé de traiter avec les mi1
nistres Etrangers, & hieril eût
une Audiance particuliere du
Roy,on ne sçait s'il prendra
le caractere public,à cause
des difficultez qui se rencontrent
sur le ceremonial des
Ambassadeurs.
Le Roy a donne au Prince 1
de Chélamarre vingt quatre
mille piastres de revenu annuel
à prendre sur les biens
du Marquis de Vallé
,
confisîquez
dans la nouvelle Espagne,
avec pouvoir de nommer
qui bon luy semblera pour la
levée de cette rente que le
Roy luy accorde non-seulement
pour le dédommager
des pertes qu'il a faites dans le
Royaume de Naples,maisencore
pour survenir à une partie
des frais de son Ambassade
en France. S.M. C. a ajoûté
à. cette récompense vingt-un
mille piastresd'appointement
qui joints aux vingt- quatre
mille de confiscation luy font
plus de quarante cinq mille
écus de revenu.
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1044
p. 190-193
Liste des Officiers de la Maison du Prince des Asturies. [titre d'après la table]
Début :
Voici la Liste des Officiers de la Maison de Monseigneur [...]
Mots clefs :
Officiers, Maison de Monseigneur le prince des Asturies, Prince des Asturies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Liste des Officiers de la Maison du Prince des Asturies. [titre d'après la table]
Voici la Lifte desOfficiers
de la Maison de Monseigneur
le Prince des Asturies.
Gouverneur de Monseigneur.
M.le Cardinal del Judice.
Gentilshommes de la Chambre.
1. Le Marquis de Valero.
2. Le Marquis de Solera.
Adayordomes. *
I. Le Marquis de Villagarcia.
¡:
2. Le Marquis de Valouse.
Sous-Gouverneur.
•
Don Fcrnandode Figueroa.
ConfesseurdeMonseigneur.
: Le Pere Marin Jesuite.
RepetiteurdeMonseigneur,
| Le Pere le Compasseur, Je*
fuite.
M. Hersan le pere, Maître
de la Garderobe.
Valets de Chambre.
I. Don Juan deOviedo.
2. Don Diego Sentinana.
3. Don Geromino Porto-
Carero.
r, 4. Don Antonio Puntejos.
Garçons de la Chambre.
I. Le sieurPichelin.
* 2. Le sieur la Combe le
padeç,.
3. Le sieur Guichard.
4. Le sieur Martinet le ca- det.t
-
Garçons de la Garderobe.
I. Le sieur Dutillot. j
2. Don Bartholome Poveda.
3. Le sieur Martinet l'aîné.
Barbier &Perruquier
de Monsigneur.
Le sieur Biner.
k La Chapelle. 1
La même que celle du Roy d'Espagne.j L'Escurie.
Estcelle de la Reine,autu.
bien que les Offices tant de la
Bouche
i
Bouche que du Goblet.
de la Maison de Monseigneur
le Prince des Asturies.
Gouverneur de Monseigneur.
M.le Cardinal del Judice.
Gentilshommes de la Chambre.
1. Le Marquis de Valero.
2. Le Marquis de Solera.
Adayordomes. *
I. Le Marquis de Villagarcia.
¡:
2. Le Marquis de Valouse.
Sous-Gouverneur.
•
Don Fcrnandode Figueroa.
ConfesseurdeMonseigneur.
: Le Pere Marin Jesuite.
RepetiteurdeMonseigneur,
| Le Pere le Compasseur, Je*
fuite.
M. Hersan le pere, Maître
de la Garderobe.
Valets de Chambre.
I. Don Juan deOviedo.
2. Don Diego Sentinana.
3. Don Geromino Porto-
Carero.
r, 4. Don Antonio Puntejos.
Garçons de la Chambre.
I. Le sieurPichelin.
* 2. Le sieur la Combe le
padeç,.
3. Le sieur Guichard.
4. Le sieur Martinet le ca- det.t
-
Garçons de la Garderobe.
I. Le sieur Dutillot. j
2. Don Bartholome Poveda.
3. Le sieur Martinet l'aîné.
Barbier &Perruquier
de Monsigneur.
Le sieur Biner.
k La Chapelle. 1
La même que celle du Roy d'Espagne.j L'Escurie.
Estcelle de la Reine,autu.
bien que les Offices tant de la
Bouche
i
Bouche que du Goblet.
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1045
p. 218-227
Errata dont la lecture fait preuve de la bonne foy de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Les fautes d'impression qui se glissent souvent malgré mes [...]
Mots clefs :
Mariage, Armées, Fautes, Marquis d'Arpajon, Femme, Roi, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata dont la lecture fait preuve de la bonne foy de l'Auteur. [titre d'après la table]
Les fautes d'impressîon qui
seglissent souventmalgré mes
soins, dans les articles les plus
importants de ceLivre,& dont
je ne m'apperçois que lorsqu'il
n'y a.plus de remede, m'c»
bligentàessayer de les reparer
autant qu'il me fera possible,
par une nouvelle exactitude :
& pour cet effet à donner tous
les mois un Chapitre des errata
& des omissions,que je meu
tray regulierementàlatêteou
à lasuite des choses ausquelle
il aura du rapporc. Par exemple,
dans l'article des Mariages
du mois paffé ,il y a deux failles
& une omission consideraples.
Au sujet de M. dç Lanoignon
il faut lire à la page
19MCffire Guillaume de la.*
hoignon,Seigneur de Blanc,
nesnil,Avocat General auPar-
, :menjc de Paris,&c,
A la page 203. ai) sujet de
4.leComte d'AtbeM
cft frere de pere de feuë Maame
la Marquise de Lavardin,
te. & à la page 205. ce que
syomisausujetde M.leMaruis
d'Arpajon m'oblige à rcrprenidreal'articgle
deeion M.a- Messire Loüis d'Arpajon,
Marquis d'Arpajon, Lieutenant
General des Armées de
Roy, & Chevalier de rOrdrc
de la Toison d'or,fils de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis dl
Severac, & de CharlotedeVet
nou de Bonneil
, & petit fil
de Loüis, Duc d'Arpajon,Mar
quis de Severac
,
Lieutenans
General des Armées du Roy
& au Gouvernement de Lan
guedoc
,
& Chevalier de se
Ordres, & de Gloriande d
Lauzieres de Themincs sa pri
miere femme, fille du Maréchal
de Themines, a épousé
Charlote-Anne le Bas, soeur
(de Dame Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Henault
,
Présidene
des Enquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
<3e Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Henriette-
Hardouin Mansart, fille aînée
de feu M. Mansart, Sur- Inrendant
des Bastimens du Roy, &
petite fille de François le Bas,
Secretaire du Roy
,
premier
Commis des Finances fous M.
le Cardinal Mazarin & fous
M. Colbert, & Conseiller d'Etat,
dont la famille est distinguée
dans le Berry d'où, elle
tire fou origine. La Maison
d'ArpajonRoüergue est une
des plus illustres&des plus anciennes
du Royaume, & elle
s'est alliée aux Maisons deNarbonne;
de Roqueseüil, GauccUrt,
Harcourc, Aubusson,
Escars,Bourbon, Roussillon,
Castélnau
,
Loubens de Ver-
, dalle,&c.
La confiance&l'amitié singulieredont
M. le Duc deVendôme
honoroit M. d'Arpajon,
Teftime&laffe&iongénérale
des Soldats & des Officiers qui -
ont servy avec luy,14 reducnon
des Châteaux de Venasque,
d'Areins & de Castelleon,
&un grand Pays plein de rebellesqu'il
a fournis à l'obéissance
du Roy d'Espagne,sont
des preuves certaines de foq
merite;mais sa reconnoissance
prefere à ces suffrages universels,
le témoignase
,
éclatant
que Sa M. C. a rendu à sa vertu
par un écrit de sa propre
main, & dont voicy les termes
traduits mot pour mot sur l'original
EspagnoL
LE ROY.
Monsieur le Marquisd'Arpajon
,
les nouvellesque vous
m'a,vek données de la reduction
dts Chasteaux de Venasque
, &
de Castelleon, m'ont étési agreablejs
,
aussi bienque le zele,la me
leur & la conduite avec lesquelles
vous avc%fournis à mon obéissance
cesPlaces importantes, Cm
le Pays de leurs dépendances; qu'-
en preuve de la reconnoissance que
j'ay cru devoir à ces bons services,
à ceux que vous mavie% déja
rendus au Chasseau d*Areins
& à vôtre propre personne, je
vous accorde la Toison dor.A
Correille ce 18. Octobre 171!•?
Signé, Moy le Roy. ","':
Un des amis de M. cfArpa'.(
jon,homme de confideratiorr,*
& distingué dans les Lettres,
&dans les Emplois qu'il exerce
avec honneur
, ayant appris
cette nouvelle, luy envoya les
Vers suivants. -'
L'éclat de ta noble Maison,
Et Venasque,&Castelleon,
Soumis en moins d'untCampagne;
Mefont dire que la raison, )
De Philippestoûjours compagne
Présidoit y au Conseil d'EJpàgne
Quandilt'a donné la Toison..--
Depuis peu un autre particulier
,
sensibleaux marques
d'amitié qu'il a reçues de luy ea
Espagne& ailleurs
,
autant
qu"lll'cdà son propre mérite,
ayant appris la nouvelle de son
Mariage avecMademoiselle de
Montargis, l'en a felicite par
les Vers que voicy.
Quel concert de plaisirs ! quelle
brillantefeste!
L'hymen pour ton bonheur vient
dechoisir le jour,
Où du chefd'oeuvredel'amour , L'amourt'asseure Ils conqueste.
Quel jour, illustre d'arpajon!
La plus éclatante njtfht're>
EtVenafôjHéfjrCaflelleon
Offrentenvain à la memoire
Toute lasplendeur de ton nom :
Ces grands monuments de ta
gloire
N'égalent qu'apeinele don,
Dont aujourd'huy l'hymen enru
chit ton histoire.
Et Doits aimable, jeune& belle
Montargis
Sous les doux noeuds'qtiiforis-àf.
ftmblent,
1
Que le Ciel vous donne desfils
Et desfillesqui vous ressemblent,
Je tombe aujourd'huy dafli
seglissent souventmalgré mes
soins, dans les articles les plus
importants de ceLivre,& dont
je ne m'apperçois que lorsqu'il
n'y a.plus de remede, m'c»
bligentàessayer de les reparer
autant qu'il me fera possible,
par une nouvelle exactitude :
& pour cet effet à donner tous
les mois un Chapitre des errata
& des omissions,que je meu
tray regulierementàlatêteou
à lasuite des choses ausquelle
il aura du rapporc. Par exemple,
dans l'article des Mariages
du mois paffé ,il y a deux failles
& une omission consideraples.
Au sujet de M. dç Lanoignon
il faut lire à la page
19MCffire Guillaume de la.*
hoignon,Seigneur de Blanc,
nesnil,Avocat General auPar-
, :menjc de Paris,&c,
A la page 203. ai) sujet de
4.leComte d'AtbeM
cft frere de pere de feuë Maame
la Marquise de Lavardin,
te. & à la page 205. ce que
syomisausujetde M.leMaruis
d'Arpajon m'oblige à rcrprenidreal'articgle
deeion M.a- Messire Loüis d'Arpajon,
Marquis d'Arpajon, Lieutenant
General des Armées de
Roy, & Chevalier de rOrdrc
de la Toison d'or,fils de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis dl
Severac, & de CharlotedeVet
nou de Bonneil
, & petit fil
de Loüis, Duc d'Arpajon,Mar
quis de Severac
,
Lieutenans
General des Armées du Roy
& au Gouvernement de Lan
guedoc
,
& Chevalier de se
Ordres, & de Gloriande d
Lauzieres de Themincs sa pri
miere femme, fille du Maréchal
de Themines, a épousé
Charlote-Anne le Bas, soeur
(de Dame Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Henault
,
Présidene
des Enquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
<3e Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Henriette-
Hardouin Mansart, fille aînée
de feu M. Mansart, Sur- Inrendant
des Bastimens du Roy, &
petite fille de François le Bas,
Secretaire du Roy
,
premier
Commis des Finances fous M.
le Cardinal Mazarin & fous
M. Colbert, & Conseiller d'Etat,
dont la famille est distinguée
dans le Berry d'où, elle
tire fou origine. La Maison
d'ArpajonRoüergue est une
des plus illustres&des plus anciennes
du Royaume, & elle
s'est alliée aux Maisons deNarbonne;
de Roqueseüil, GauccUrt,
Harcourc, Aubusson,
Escars,Bourbon, Roussillon,
Castélnau
,
Loubens de Ver-
, dalle,&c.
La confiance&l'amitié singulieredont
M. le Duc deVendôme
honoroit M. d'Arpajon,
Teftime&laffe&iongénérale
des Soldats & des Officiers qui -
ont servy avec luy,14 reducnon
des Châteaux de Venasque,
d'Areins & de Castelleon,
&un grand Pays plein de rebellesqu'il
a fournis à l'obéissance
du Roy d'Espagne,sont
des preuves certaines de foq
merite;mais sa reconnoissance
prefere à ces suffrages universels,
le témoignase
,
éclatant
que Sa M. C. a rendu à sa vertu
par un écrit de sa propre
main, & dont voicy les termes
traduits mot pour mot sur l'original
EspagnoL
LE ROY.
Monsieur le Marquisd'Arpajon
,
les nouvellesque vous
m'a,vek données de la reduction
dts Chasteaux de Venasque
, &
de Castelleon, m'ont étési agreablejs
,
aussi bienque le zele,la me
leur & la conduite avec lesquelles
vous avc%fournis à mon obéissance
cesPlaces importantes, Cm
le Pays de leurs dépendances; qu'-
en preuve de la reconnoissance que
j'ay cru devoir à ces bons services,
à ceux que vous mavie% déja
rendus au Chasseau d*Areins
& à vôtre propre personne, je
vous accorde la Toison dor.A
Correille ce 18. Octobre 171!•?
Signé, Moy le Roy. ","':
Un des amis de M. cfArpa'.(
jon,homme de confideratiorr,*
& distingué dans les Lettres,
&dans les Emplois qu'il exerce
avec honneur
, ayant appris
cette nouvelle, luy envoya les
Vers suivants. -'
L'éclat de ta noble Maison,
Et Venasque,&Castelleon,
Soumis en moins d'untCampagne;
Mefont dire que la raison, )
De Philippestoûjours compagne
Présidoit y au Conseil d'EJpàgne
Quandilt'a donné la Toison..--
Depuis peu un autre particulier
,
sensibleaux marques
d'amitié qu'il a reçues de luy ea
Espagne& ailleurs
,
autant
qu"lll'cdà son propre mérite,
ayant appris la nouvelle de son
Mariage avecMademoiselle de
Montargis, l'en a felicite par
les Vers que voicy.
Quel concert de plaisirs ! quelle
brillantefeste!
L'hymen pour ton bonheur vient
dechoisir le jour,
Où du chefd'oeuvredel'amour , L'amourt'asseure Ils conqueste.
Quel jour, illustre d'arpajon!
La plus éclatante njtfht're>
EtVenafôjHéfjrCaflelleon
Offrentenvain à la memoire
Toute lasplendeur de ton nom :
Ces grands monuments de ta
gloire
N'égalent qu'apeinele don,
Dont aujourd'huy l'hymen enru
chit ton histoire.
Et Doits aimable, jeune& belle
Montargis
Sous les doux noeuds'qtiiforis-àf.
ftmblent,
1
Que le Ciel vous donne desfils
Et desfillesqui vous ressemblent,
Je tombe aujourd'huy dafli
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1046
p. 235-240
Reception de M. Duchevron en la Charge de Prevost General des Camps & Armées du Roy, par Messieurs les Marêchaux de France, au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
& le nouveau Ceremonial dont je vais les entretenir dont [...]
Mots clefs :
Armées du roi, Cérémonial, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. Duchevron en la Charge de Prevost General des Camps & Armées du Roy, par Messieurs les Marêchaux de France, au Parlement. [titre d'après la table]
& le nouveau Ceremonial
dont je vais les entretenir
va me servir de vehi.
cule pour leur presenter d'autres
objets.
Le six de ce mois M.le Marêchal
de Villcroy
,
Doyen des
Maréchaux de France
,
Meffleurs
les Marêchaux de Villars,
d'Estrées, de Tessé
,
de
Matignon & de Montesquiou
serendirent au Parlement àla
Connestablie, pour y recevoir
M. Duchevron dans la Charge
de Prevost General de la
Connestablie, Gendarmerie,
Maréchaussee de France & des
Camps & Armées du Roy, vacante
par la mort de feu M.
de la Coste, & que le Roy
luya donnée en consideration
de ses longs services, & pour
le dédommager dela perte de
sa Charge de Lieutenant des
Gardes du Corps de feu Monseigneur
le Duc de Berry. Le
jour destinépour sareception,
la Compagniede laConnstablie
attendit au bas de TcC
calier de la Sainte Chapelle,
Messieurs les Marêchauxde
France qui arriverent
à onze heures du
matin. Dés qu'ils parurent
on leur presenta à chacun
un bouquet, les Gardes fç
mirent fous les armes, les
tambours battirent aux
champs,&les trompettes
&les hautbois sonnerent,
&lesaccompagnerent juf.,
qu'àlaConnêtablie,où1SI
prirent séance chacun félonleur
rang. On ylûtles
Provisions en commandement
accordées par SaMajesté
à M. Duchevron , aprés quoy on fût aux opinions
qui luy furent toutes
favorables. Il prêta ensuite
ferment entre les mains de
Messieurs les Maréchaux
de France. Le plus ancien
Lieutenant de la Compagnie
de la Connêtablie
presenta un Bâton de commandement
à M.le Maréchal
de Villeroy
,
qui le
remit dans les mains du
nouveau Prevost, qui prit
alors séance. Messieurs de
la Jonchere
,
de Sauroy èC
de Paparelle y prirent aussi
séance en qualité de Tre.
foriersGeneraux de l'Ordinaire6cExtraordinairedes
Guerres,. ayant voix déliberative
par la qualité de
leurs Charges.
Cette ceremonie finie
Meilleurs les Maréchaux
de France sortirent dans le
même ordre qu'ils étoient
entrez, & M. le Prevost
après les avoir remerciez,
fut joindre une douzaine
de ses amis, ( dont je fuis
du nombre ) au rendezvous
qu'il leur avoit donné
, & où le verre à la
main, nous le felicitâmes1
tous de grand coeur,sur sa.
nouvelledignité
dont je vais les entretenir
va me servir de vehi.
cule pour leur presenter d'autres
objets.
Le six de ce mois M.le Marêchal
de Villcroy
,
Doyen des
Maréchaux de France
,
Meffleurs
les Marêchaux de Villars,
d'Estrées, de Tessé
,
de
Matignon & de Montesquiou
serendirent au Parlement àla
Connestablie, pour y recevoir
M. Duchevron dans la Charge
de Prevost General de la
Connestablie, Gendarmerie,
Maréchaussee de France & des
Camps & Armées du Roy, vacante
par la mort de feu M.
de la Coste, & que le Roy
luya donnée en consideration
de ses longs services, & pour
le dédommager dela perte de
sa Charge de Lieutenant des
Gardes du Corps de feu Monseigneur
le Duc de Berry. Le
jour destinépour sareception,
la Compagniede laConnstablie
attendit au bas de TcC
calier de la Sainte Chapelle,
Messieurs les Marêchauxde
France qui arriverent
à onze heures du
matin. Dés qu'ils parurent
on leur presenta à chacun
un bouquet, les Gardes fç
mirent fous les armes, les
tambours battirent aux
champs,&les trompettes
&les hautbois sonnerent,
&lesaccompagnerent juf.,
qu'àlaConnêtablie,où1SI
prirent séance chacun félonleur
rang. On ylûtles
Provisions en commandement
accordées par SaMajesté
à M. Duchevron , aprés quoy on fût aux opinions
qui luy furent toutes
favorables. Il prêta ensuite
ferment entre les mains de
Messieurs les Maréchaux
de France. Le plus ancien
Lieutenant de la Compagnie
de la Connêtablie
presenta un Bâton de commandement
à M.le Maréchal
de Villeroy
,
qui le
remit dans les mains du
nouveau Prevost, qui prit
alors séance. Messieurs de
la Jonchere
,
de Sauroy èC
de Paparelle y prirent aussi
séance en qualité de Tre.
foriersGeneraux de l'Ordinaire6cExtraordinairedes
Guerres,. ayant voix déliberative
par la qualité de
leurs Charges.
Cette ceremonie finie
Meilleurs les Maréchaux
de France sortirent dans le
même ordre qu'ils étoient
entrez, & M. le Prevost
après les avoir remerciez,
fut joindre une douzaine
de ses amis, ( dont je fuis
du nombre ) au rendezvous
qu'il leur avoit donné
, & où le verre à la
main, nous le felicitâmes1
tous de grand coeur,sur sa.
nouvelledignité
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1047
p. 303-315
Stances à la loüange de M. de **. [titre d'après la table]
Début :
Quoyque les fonctions de Commissaires départis dans / [...]
Mots clefs :
Vertus, Cour, Stances, Intendant, Justice, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Stances à la loüange de M. de **. [titre d'après la table]
Quoyque les fonctions
de Commissairesdépartis dans
- les Provinces du Royaume
pour l'exécution des ordres de
la Cour soient difficilesà rempliràlalasatisfaction
generale,
plusieurs grands hommes
neanmoins se sont rendus si
recommandables par leurtalens
en cette administration
)
qu'ils s'y sontconciliél'estime
du Souverain & la bienveillance
des peuples.
S'ilétoit besoin de preuve
le seul nom de Voyfin
,
celuy
de Bignon ,&. les familles de
Daguesseau
,
de Harlay
,
de Lamoignon,
Chauvelin, dOrmesson
,
Trudaine, le Bret,
Ferrand
,
Roujaut & autres
quiont donnéàl'Etat & luy
fournissent encore de si illustres
sujets en ce genre d'exercice
en serviroient, les seules
idées de leur mérité en cet
cmploy suffisentpour vous
aider à croire que celuy dont
les
les vertus ont donné lieu
aux vers suivants
,
loin d'êert-
un objet imaginé, peut
paffcr pour y estre peint d'aprésson
naturel.
L'admiration qu'il excite sans
cesse dans son poste ,où sa
capacité ne le distingue pas
moins que ses moeurs, luy
attire avec l'affection des Provinces
confiées à ses foins,
l'applaudissement universel
dont ces vers font une espece
d'écho. &
Sa modestie singuliere empêche
dele nommer ; mais fes1
qualitez personnelles le marquent
assez
,
sa réputation le
décele & l'on n'aura pas de
peine à le reconnoistre à ces
traits particuliers qui le défi.
gnenc en ces Stances.
A MONSIEUR
L'INTENDANT
?-
en la Généralité de
STANCES.
Quelle estl'intelligence
Qui surveille en ces lieux
Etfaitparsa prudence
Toutfleurirà nosyeuxf
C'est drisse,modele
Des parfaitsMagistrats
Qui signale son zele
Pour ces heureux climats.
Son fage ministere
Pour nos secours ardent
En luy nous montre un pere
Sous le nom d'Intendant
Il hâte en nos demeures
Les douxfruits de la Paix.,
Et -n'y conte ses heures
Queparsesseulsbienfaits.
Themis qui le contemple
Seplaît du haut des Cieux
A le 'Voir dans son Temple
Répondre à tous nos 'Voeux:
Faire en Ministre habille
Plus grand queson employ
Le bien de chaque Ville
Et l'interst du Roy.
Lesort par un caprice
N'a point fait sa grandeur;
DuseindelaJUSTICE
Il tiresa splendeur;
Sasagesse profonde
En estl'appuycertain;
On croit qu'ilvint au monde
La balance à la main.
Le poids du Sanctuaire
Estson uniquepoids.
C'estl'Ange tutelaire
Qui conserve nos droits.
Ilfait pleuvoirdesgrâces;
Et par les contre-coups
Qu'ilfent de nos disgraces
Itjoujfre plus que nous.
Tendreenson caractere
Qu'il en coûte à son coeur
Quand il nesçauroitfaire
Nostre commun bonheur!
Il plaint sa destinée Et , ce coeurgenereux
Croit petdn une journée
S'il n'yfait des heureux.
-, .,
sursonfront regne un charme
Qui tient tout en refpeél;.
La discorde en allarme
Expireàsonaspect;
Sa douceurprévenante
Rend légers les tributs,
S'il n'accorde,il contente #
^Jufcjucs dansses refus.
%m-
De tout piegeilse garde
Flatteurs& Partisans,
De mêmeoeil il regarde
Vostre encens,vos presens;
-
Sa noble vigilante
Pourprixdeses travaux,
Ne veut de recompense
Que lafin de nos maux.
A travers milleobftacks
Au Conseil ses avis
Non moins que des oracles
Sont reçus (ysuivis
Par un rare assemblage
Ilsçait dans Jes projets
Ménagerl'avantage
Du Prince & des Sujets.
Les vertus , en cortell,
Marchent ases cosse;c
Les foibles qu'il protege
Celebrentses bontez;
L'innocence à sa fuite
Triomphepar sesLoix;
Il met le crime en fuite
Et lafraude auxabois.
££
Millefaveurs qu'ilverse
Sur les Arts en langueur
Ranimentle Commerce
Dont ilsfont lavigueur;
.Mules, il vous preserve
Des dllins ennemis,
TTaannttoostsit lil eefsitMTahienmeirsv. e ,
Ospectacleagréable!
Il réunit l'éclat
grea
DuJuge irréprochable
Et de l'Hommed'état.
Sousson heureux aufpkc
Au desir de la Cour,
Ici, tout le service
N'est fait que par monr!
Pour
-
Pour l'honneur de sa place
Tour nous du qu'il eflné, Ilfait changer deface
Au Peuple infortuné.
- La joye en la Contrée
Sous luj reprend l'ejjor;
Et par ses soins,Astrée
Fait naistre un Siecled'or.
de Commissairesdépartis dans
- les Provinces du Royaume
pour l'exécution des ordres de
la Cour soient difficilesà rempliràlalasatisfaction
generale,
plusieurs grands hommes
neanmoins se sont rendus si
recommandables par leurtalens
en cette administration
)
qu'ils s'y sontconciliél'estime
du Souverain & la bienveillance
des peuples.
S'ilétoit besoin de preuve
le seul nom de Voyfin
,
celuy
de Bignon ,&. les familles de
Daguesseau
,
de Harlay
,
de Lamoignon,
Chauvelin, dOrmesson
,
Trudaine, le Bret,
Ferrand
,
Roujaut & autres
quiont donnéàl'Etat & luy
fournissent encore de si illustres
sujets en ce genre d'exercice
en serviroient, les seules
idées de leur mérité en cet
cmploy suffisentpour vous
aider à croire que celuy dont
les
les vertus ont donné lieu
aux vers suivants
,
loin d'êert-
un objet imaginé, peut
paffcr pour y estre peint d'aprésson
naturel.
L'admiration qu'il excite sans
cesse dans son poste ,où sa
capacité ne le distingue pas
moins que ses moeurs, luy
attire avec l'affection des Provinces
confiées à ses foins,
l'applaudissement universel
dont ces vers font une espece
d'écho. &
Sa modestie singuliere empêche
dele nommer ; mais fes1
qualitez personnelles le marquent
assez
,
sa réputation le
décele & l'on n'aura pas de
peine à le reconnoistre à ces
traits particuliers qui le défi.
gnenc en ces Stances.
A MONSIEUR
L'INTENDANT
?-
en la Généralité de
STANCES.
Quelle estl'intelligence
Qui surveille en ces lieux
Etfaitparsa prudence
Toutfleurirà nosyeuxf
C'est drisse,modele
Des parfaitsMagistrats
Qui signale son zele
Pour ces heureux climats.
Son fage ministere
Pour nos secours ardent
En luy nous montre un pere
Sous le nom d'Intendant
Il hâte en nos demeures
Les douxfruits de la Paix.,
Et -n'y conte ses heures
Queparsesseulsbienfaits.
Themis qui le contemple
Seplaît du haut des Cieux
A le 'Voir dans son Temple
Répondre à tous nos 'Voeux:
Faire en Ministre habille
Plus grand queson employ
Le bien de chaque Ville
Et l'interst du Roy.
Lesort par un caprice
N'a point fait sa grandeur;
DuseindelaJUSTICE
Il tiresa splendeur;
Sasagesse profonde
En estl'appuycertain;
On croit qu'ilvint au monde
La balance à la main.
Le poids du Sanctuaire
Estson uniquepoids.
C'estl'Ange tutelaire
Qui conserve nos droits.
Ilfait pleuvoirdesgrâces;
Et par les contre-coups
Qu'ilfent de nos disgraces
Itjoujfre plus que nous.
Tendreenson caractere
Qu'il en coûte à son coeur
Quand il nesçauroitfaire
Nostre commun bonheur!
Il plaint sa destinée Et , ce coeurgenereux
Croit petdn une journée
S'il n'yfait des heureux.
-, .,
sursonfront regne un charme
Qui tient tout en refpeél;.
La discorde en allarme
Expireàsonaspect;
Sa douceurprévenante
Rend légers les tributs,
S'il n'accorde,il contente #
^Jufcjucs dansses refus.
%m-
De tout piegeilse garde
Flatteurs& Partisans,
De mêmeoeil il regarde
Vostre encens,vos presens;
-
Sa noble vigilante
Pourprixdeses travaux,
Ne veut de recompense
Que lafin de nos maux.
A travers milleobftacks
Au Conseil ses avis
Non moins que des oracles
Sont reçus (ysuivis
Par un rare assemblage
Ilsçait dans Jes projets
Ménagerl'avantage
Du Prince & des Sujets.
Les vertus , en cortell,
Marchent ases cosse;c
Les foibles qu'il protege
Celebrentses bontez;
L'innocence à sa fuite
Triomphepar sesLoix;
Il met le crime en fuite
Et lafraude auxabois.
££
Millefaveurs qu'ilverse
Sur les Arts en langueur
Ranimentle Commerce
Dont ilsfont lavigueur;
.Mules, il vous preserve
Des dllins ennemis,
TTaannttoostsit lil eefsitMTahienmeirsv. e ,
Ospectacleagréable!
Il réunit l'éclat
grea
DuJuge irréprochable
Et de l'Hommed'état.
Sousson heureux aufpkc
Au desir de la Cour,
Ici, tout le service
N'est fait que par monr!
Pour
-
Pour l'honneur de sa place
Tour nous du qu'il eflné, Ilfait changer deface
Au Peuple infortuné.
- La joye en la Contrée
Sous luj reprend l'ejjor;
Et par ses soins,Astrée
Fait naistre un Siecled'or.
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1048
p. 320-322
Agrément donné par le Roy à M. le Camus, de la Charge de Prevost de Maistre des Ceremonies de l'Ordre du S. Esprit. [titre d'après la table]
Début :
Messire Nicolas le Camus Conseiller du Roy en tous ses [...]
Mots clefs :
Cour, Conseiller du roi, Nicolas Le Camus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Agrément donné par le Roy à M. le Camus, de la Charge de Prevost de Maistre des Ceremonies de l'Ordre du S. Esprit. [titre d'après la table]
•Mcflîre Nicolas le Camus
Conseiller du Royen tous
ses Conseils,premier Presidenc
de la Cour des Aydcs de Paris,
ayant eu l'agrément du Roy
de traiter de la Charge de"
* Commandeur Prevost&Maître
des Ceremonies desOrdres
de Sa Majesté dont étoit pourvû
M. leComte de Pontchartrain
Secretair»e d'Etat ,
il y fut receu le Avril,
après avoir fait ses preuves
comme font obligez de les
faire ceux qui sont pourvus
de ladite Charge ,qui est la
seconde de 1 Ordre du S. RC
prit
,
& de cellede Chancelier
& Garde des Sceaux des
Ordres qui est la premiere
,
les
deux autres Charges sont celles
de Grand Tresorier & de
Secretaire & ceux qui en sont
pourvûs ne sont pas tenus de
faire preuve.
Je ne vous diray rien icy
de la famille de Messieurs le
Camus quMifest une des plus
illustrées,&des mieux alliées
de la Robe, vous en ayant
assez entretenu dans mon
Journal du mois de Mars dernierà
l'occasion de la mort de
Messire Nicolas le Camus , Premier President de la Cour
des Aydes, ayeul de M. le Camus
qui a donné lieu à cet
article.
Conseiller du Royen tous
ses Conseils,premier Presidenc
de la Cour des Aydcs de Paris,
ayant eu l'agrément du Roy
de traiter de la Charge de"
* Commandeur Prevost&Maître
des Ceremonies desOrdres
de Sa Majesté dont étoit pourvû
M. leComte de Pontchartrain
Secretair»e d'Etat ,
il y fut receu le Avril,
après avoir fait ses preuves
comme font obligez de les
faire ceux qui sont pourvus
de ladite Charge ,qui est la
seconde de 1 Ordre du S. RC
prit
,
& de cellede Chancelier
& Garde des Sceaux des
Ordres qui est la premiere
,
les
deux autres Charges sont celles
de Grand Tresorier & de
Secretaire & ceux qui en sont
pourvûs ne sont pas tenus de
faire preuve.
Je ne vous diray rien icy
de la famille de Messieurs le
Camus quMifest une des plus
illustrées,&des mieux alliées
de la Robe, vous en ayant
assez entretenu dans mon
Journal du mois de Mars dernierà
l'occasion de la mort de
Messire Nicolas le Camus , Premier President de la Cour
des Aydes, ayeul de M. le Camus
qui a donné lieu à cet
article.
Fermer
1049
p. 3-53
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
Début :
J'APPREHENDE à un tel point que les / A tous ceux qui ces presentes verront, sçavoir faisons ; [...]
Mots clefs :
Empereur, Étrangers, Banque, Argent, Gouvernement, Cour, Finances, Royaumes, Paiement, Chambre des finances, Capitaux, Offices, États héréditaires, Privilèges, Chancellerie, Florins, Gouvernement, Charles VI, Institution, Confiscations, Somme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
APPREHENDE
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
Fermer
1049
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
1050
p. 108-110
De Madrid le 22.
Début :
On vient de faire pendant trois nuits de grandes illuminations [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid le 22.
De Madrid le 220001
On vient de faire pendant
trois nuits de grandes illuminations
par toutes les Villes au
ſujetde la ratification duTrai
té de Paix avecle Portugal.
Le Roy & la Reine ont affifté
à tous les Offices dela Semaine
Sainte , &le Jeudy vers
les trois heures aprés midy
leurs Majeftez ont etté viſſter
les fept Eglifes les plus voiſines
du Retiro , accompagnées
GALANT. 109
i
de leurs Gardes , de leurs prin
cipauxOfficiers,& de pluſieurs
Grandsd'Elpagne.
Don Loüis de Miraval vient
d'être nommé Ambaſſadeur
pour laHollande; le Marquis
deS. Philippes ,Envoyé àGennes
, & le Duc de Popoli qui
doit ſuivre la Cour à Aranjuez
, premier Conſeiller du
Cabinet duRoy.
On a appris par des Lettres
des Canaries que la Flotille de
la nouvelle Eſpagne ne pourroit
fortir de la Vera- Crux
-qu'à la fin de Mars , parce que
ſes Vaificaux ne paroiffent pas
110 MERCURE
affez forts pour pouvoir fupporter
la violence des vents du
Nord.
Le Chevalier de Burgo ,
nommé Ambaſſadeur d'E
pagne auprés du Roy de Suede,
a receu de nouveaux ordres
pour hater ſon voyage
qu'il doit entreprendre par
Lisbonne pour ſe rendre de-là
àHambourg.
On vient de faire pendant
trois nuits de grandes illuminations
par toutes les Villes au
ſujetde la ratification duTrai
té de Paix avecle Portugal.
Le Roy & la Reine ont affifté
à tous les Offices dela Semaine
Sainte , &le Jeudy vers
les trois heures aprés midy
leurs Majeftez ont etté viſſter
les fept Eglifes les plus voiſines
du Retiro , accompagnées
GALANT. 109
i
de leurs Gardes , de leurs prin
cipauxOfficiers,& de pluſieurs
Grandsd'Elpagne.
Don Loüis de Miraval vient
d'être nommé Ambaſſadeur
pour laHollande; le Marquis
deS. Philippes ,Envoyé àGennes
, & le Duc de Popoli qui
doit ſuivre la Cour à Aranjuez
, premier Conſeiller du
Cabinet duRoy.
On a appris par des Lettres
des Canaries que la Flotille de
la nouvelle Eſpagne ne pourroit
fortir de la Vera- Crux
-qu'à la fin de Mars , parce que
ſes Vaificaux ne paroiffent pas
110 MERCURE
affez forts pour pouvoir fupporter
la violence des vents du
Nord.
Le Chevalier de Burgo ,
nommé Ambaſſadeur d'E
pagne auprés du Roy de Suede,
a receu de nouveaux ordres
pour hater ſon voyage
qu'il doit entreprendre par
Lisbonne pour ſe rendre de-là
àHambourg.
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