Résultats : 21797 texte(s)
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Liste
16751
p. 217
Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Début :
Monseigneur, ce Temple doit tout ce qu'il est à votre protection [...]
Mots clefs :
Dom Couthaud, Monseigneur le Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le
Dauphin.
Monfeigneur , ce Temple doit tout ce qu'il eff
à votre protection & à vos bienfaits ; auffi fera- ce
un monument précieux & durable de votre piété :
votre nom y eft gravé fur le marbre & fur l'airain
, en mémoire des deux Cérémonies que vous
avez daigné y honorer de votre préfence. Vos
bontés le font bien plus profondément dans le
coeur de celles qui en font les pierres vivantes :
que de voeux n'y ont- elles déja pas offert , & n'y
offriront- elles pas chaque jour pour le bonheur
d'un Prince , leur protecteur & leur bienfaicteur
l'amour & les délices de toute la France !
Dauphin.
Monfeigneur , ce Temple doit tout ce qu'il eff
à votre protection & à vos bienfaits ; auffi fera- ce
un monument précieux & durable de votre piété :
votre nom y eft gravé fur le marbre & fur l'airain
, en mémoire des deux Cérémonies que vous
avez daigné y honorer de votre préfence. Vos
bontés le font bien plus profondément dans le
coeur de celles qui en font les pierres vivantes :
que de voeux n'y ont- elles déja pas offert , & n'y
offriront- elles pas chaque jour pour le bonheur
d'un Prince , leur protecteur & leur bienfaicteur
l'amour & les délices de toute la France !
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Résumé : Compliment de Dom Couthaud à Monseigneur le Dauphin.
Dom Couthaud remercie Monseigneur le Dauphin pour sa protection et ses bienfaits. Le Temple honore sa piété, marquée par sa présence à deux cérémonies. Les membres du Temple, appelés 'pierres vivantes', souhaitent son bonheur et soulignent l'amour qu'il inspire en France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16752
p. 17-22
A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
Début :
TANT que nous serons pénétrés, Monsieur, de la vénération qui est due à [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE LAPLACE, Auteur du Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
A M. DE LAPLACE, Auteur du
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
Mercure, sur ABRAHAM DUQUESNE.
TANT que nous serons pénétrés,
Monsieur, de la vénération qui est due à
la mémoire des grands hommes qui ont
contribué a la gloire de la Nation , nous
ferons dignes du nom François; &, à en
juger par l'admiration,(je dis plus )par
l'enthouſiaſme patriotique qui a faili
tous ceux qui ontlû les éloges de Sully ,
18 MERCURE DE FRANCE.
de Saxe, de d'Agueffeau,& de Duguai-
Trouin , nous pouvons accuſer d'injuſti-
ce ou d'erreur ceux qui prétendent que
la gloire du Roi & de l'Etat n'eſt plus
le premier & le plus vif ſentiment des
François.
Je ſouhaiterois,Monfieur,recevoir par
la voie du Mercure quelques inſtructions
fur la naiſſance du fameux Duquesne.
J'ai lû dans l'éloge de Duguai-Trouin
la queſtion ſuivante :
» Pourquoi fur la Mer voit-on plus
» qu'ailleurs de ces hommes extraordi-
» naires qui doivent tout à eux- mêmes ?
» Jean Bart & Duquesne , noms immor-
» tels, tous deux nés dans l'obfcurité, ont
»fondé leurgrandeurſur leurs exploits.
M. Thomas a donné la ſolution de ce
Problême dans le même éloge , lorf-
qu'il a dit : Nous neferons puiſfansfur
la Mer , que lorsque la Marine mar-
chande fera la pépinière de la Marine
Royale. Mais cet Ecrivain plein de for-
ce & de vérité nous fait penſer que Du-
queſne étoit né de condition roturière
ainſi que Jean Bart,& Duguai-Trouin.*
M. Daguesde Clairfontaine nous dit
le contraire dans une note inférée au
bas de la page 81 du MercuredeJanvier
* Thurot & autres.
AVRIL. 1764.
19
1763: Effai hiftorique fur Abraham Du-
queſne. Voici cette note : » Abraham
» Duquesne naquit en Normandie l'an
» 1610 , d'une famille noble.
Je demande la permiffiondedire à M.
de Clairfontaine que les Citoyens de
Dieppe , du nombre deſquels je ſuis ,
auroient ajouté une reconnoiffance par-
ticulière, à la générale que lui doit la
Nation , pour avoir vivifié les traits d'un
de nos héros , s'il eût dit qu'Abraham
Duquefne naquit à Dieppe.
Mais y est-il né d'une famille noble
ou roturière ? C'eſt un fait important
dès qu'il intéreſſe la gloire d'un grand
homme: car que l'on ne prenne pas le
change : fi Duquesne eſt né roturier , en
le diſant né noble , on lui vole une par-
tie de fa gloire pour la tranſporter à
fes ayeux. En effet qui eſt-ce qui ne
ſçait pas qu'il eſt infiniment plus diffi-
cile à un roturier de parvenir dans la
Marine , qu'à un noble de naiſſance ?
L'élévation de Duquesne a donc été
glorieuſe par rapport àlui , proportion-
nément à l'état de ſa naiſſance.
Cette vérité me frappe fi fort , qu'il
me ſemble entendre cette voix qui
nousa , pendant tant d'années , appellés
& conduits fur les Mers dans un chemin
(
20 MERCURE DE FRANCE.
de gloire qui nous étoit peu connu.
>>François ! nous crioit-elle , ſi la ro-
>>ture eſt une tache ,plongez-la comme
>> moi dans le ſang des Ennemis de l'E-
>> tat; elle en fortira couverte de gloire.
J'ai toujours penſé que les grands
hommes de mer ne devoientrien à leur
naiſſance; qu'il faut que leur âme ſoit
d'une trempe plus forte que celle des
autres ; & que quand la Nature en place
de cette eſpéce extraordinaire dans la
condition roturière , elles n'ont que
plus d'occaſions de ſe développer par
l'habitude des dangers , par l'exercice
continuel , & par l'expérience qui en
eſt le fruit. Si donc on ne leur préſente
aucuns exemples qui puiſſent les foute-
nir depuis les derniers poſtes juſqu'aux
grades ſupérieurs
و
il arrivera que ces
âmes affaiffées par le fardeau du préju-
gé , fi contraire à leur naiſſance , pren-
dront bien moins l'effor qui leur eſt
propre.
Mais ſi ce défaut de naiſſance peut ſe
réparer à force de mérite , notre Ville
de Dieppe eſpére donner encore à la
Nation un ſecond Duquefne , quiné * &
*C'eſt le Sieur Vauquelin , Lieutenant de
Vaiſſeau. Son Père, reſpectable
vieillard , lui
écrivit en ces termes , des qu'il ſour qu'il al
AVRIL. 1764 .
21
& élevé comme lui, nous a déja fait
confondre ſes actions avec les premiers
faits d'armes de ce grand homme.
Il s'agit donc ,Monfieur, de conſtater
fi Duquesne étoit noble de naiſſance ,
ou non. Ce fait n'eſt pas d'une date re-
culée, il ne ſera pas néceſſaire de recou-
rir à des Chartes illiſibles : pluſieurs fa-
milles de Dieppe doivent poffeder des
loit commander l'Aréthuſe , à la dernière Campa-
de Louis-Bourg.
» Mon Fils, dès l'âge de dix ans , je vous ar-
rachai des bras de votre Mère pour vous por-
ter fur mon bord. Depuis cet âge juſqu'à
>> vingt-trois ans , vous n'avez eu pour Maîtres
>>> que le Ciel , la Mer , & moi : & je ne cédai
>> aux empreſſemens de nos amis qui voulu-
>>rentvous confier un commandement , étant
>>>encore ſi jeune , que parce que je vous avois
>> rendu propres mes cinquante ans d'expérien-
>> ce. Enfin je jugeai de votre maturité par
>>>l'épreuve que j'avois faite de votre ſang-
>>>froid dans les périls de Mer , & dans le vif
combat qu'une frégate Angloiſe me livra près
>> dela Martinique.Je ſçais, mon Fils, ce que vous
>> pouvez , & ce quej'ai droitd'attendre; la car-
>>>rières'ouvre pour vous: Allez commander l'A-
>> réthuſe. Songez quandvous monterez cettefré-
>>>gate , qu'elle doitvous ſervirde tombeau , ou
>>>être leberceau de votre gloire.
Les Anglois ſçavent , ainſi que les François ,
l'uſageque ce jeune Marin a fait de cette leçon
Louis- Bourg & à Québec.
22 MERCURE DE FRANCE.
Actes autentiques dans lesquels le pére
de Duquesne a parlé & pris ſes qualités ;
& je les prie de les produire : lagloire de
Duquesne , & l'honneur de notre Ville
l'exigent.
L'on m'a derniérement produit, dans
un procès que j'ai perdu , un Contrat
paffé entre mes Auteurs & ceux de ma
Partie: devant Claude Vaultier & Pierre-
Leroux , Tabellions jurés audit Dieppe,
qui finit ainfi.
» Ce Jeudi , dernier jour de Février
» 1619 , préfens Jacques Miffant ,
>> Ecuyer & honorable homme Abraham
» Duquesne * , Bourgeois demeurans-
» audit Dieppe , lesquels ontfigné avec
» les Parties & Tabellions fuivantl'Or-
» donnance.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESMARQUETS, Maître des Eaux & Forêts.
A Dieppe, ce 8 Mars 1764.
* C'étoit le Père de notre Héros.
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16753
p. 2719-2725
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le. B... Chanoine d'Auxerre, par M. A... Medecin de Paris, au mois de Juin 1731. au sujet des Cristallizations qu'on trouve en Bourgogne.
Début :
Je vous suis tres-obligé, Monsieur, de l'inclination que vous continuez d'avoir [...]
Mots clefs :
Cristallisations, Bourgogne, Diamants, Histoire naturelle, Mines de fer
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le. B... Chanoine d'Auxerre, par M. A... Medecin de Paris, au mois de Juin 1731. au sujet des Cristallizations qu'on trouve en Bourgogne.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le.
B... Chanoine d'Auxerre, par M. A...
Medecin de Paris, au mois de Juin 1731 .
au sujet des Cristallizations qu'on trouve
en Bourgogne.
J
E vous suis tres-obligé , Monsieur , de
l'inclination que vous continuez d'avoir
à me faire plaisir , et sur tout de l'attention
que vous avez euë en dernier
lieu , de m'envoier des curiositez que la
nature a produites dans votre païs . Je les
ai reçues en bon état : Ce sont des Cristallizations
curieuses ; et quoique j'en aye
déja de semblables , je ne laisserai pas de
garder celles que vous m'avez envoyées ,
par la raison qu'elles sont Regnigenites : les
miennes m'ayant été données à Genéve
par l'illustre M. le Clerc.
2
Il n'est pas besoin , je croi , de vous
marquer que ces Cristallizations sont de
l'espece des Diamans , qui ont l'éclat du
Fer poli , et qu'on appelle Siderites. Pline
en fait mention dans son 37 liv. chap . 4.
où après avoir parlé de plusieurs sortes
de Pierres ou Cristallizations , il me paroît
faire la description de celles que vous
B ij avez I. Vol.
1720 MERCURE DE FRANCE
avez bien voulu partager avec moi . Voici
ses termes : Voyez , je vous prie , si vous
y reconnoîtrez nos Siderites. Post hunc
dit ce Pere de l'Histoire naturelle, est Siderites
ferrei splendoris pondere ante cetexos
, sed naturâ dissimilis : Nam et ictibus
frangitur et alio adamante perforari potest.
Je croi trouver dans les Siderites d'Auxerre
, ce que Pline trouvoit dans les Siderites
de Macedoine, les uns et les autres
sont d'une eau terne et approchante de la
couleur du Fer poli. Les nôtres , comme
ceux de Pline , sont des plus pesans , eu
égard à leur grosseur , je m'en suis convaincu
par l'experience ; car ayant mis
dans un Trébuchet un Diamant et un Siderite
d'un égal volume : ce dernier s'est
trouvé exceder le poids du Diamant de
trois Karats et demi . Enfin les nôtres sont
si tendres , que non seulement je n'ai pas
de peine à en réduire plusieurs en miet
tes , mais même en moins de trois heures,
j'en ai presque consommé un à le tenir
dans ma bouche. J'en ai encore fait plusieurs
essais par le feu et par d'autres
agents : mais je crois qu'il est inutile de
vous les rapporter ici . Ces Cristallizations
, selon Marbodeus , se trouvent ordinairement
dans les Mines de fer. Quarturn
producit ferraria vena Philippis , ce qui
eu
I. Vol.
-
leur
DECEMBRE . 1731. 1721
leur a fait donner le nom de Siderites ,
du mot grec d'apòv fer. Ainsi sans vouloir
faire icy le Prophete , je ne doute
nullement qu'on ne découvre quelque
jour une Mine de Fer aux environs de
l'endroit d'où vous les avez tirez . Une
chose que j'ai à vous faire remarquer ,
c'est que dans les cinq ou six matrices de
Siderites que vous m'avez envoyées , il
s'en trouve une, si vous vous en souvenez,
grosse comme le poingt , et à demi Sphérique.
De sorte que je puis m'adapter à
present ce que l'infatigable Saumaise rapporte
de lui-même dans ses Notes sur
Solin. Je puis dire , comme ce Sçavant
critique : Habeo inter med nunzia lapidem
ferrei coloris ac ponderis pugni , magnitudine
rotundum , undique secus formis
quadrangulis in mucronem turbinatis asperum
, diceres manu politas et in levorem quadrangulum
attritas quâ facie hodie tenentur
ignobiles adamantes , quos à solo natali
•Alenconios appellamus. Sidentem nuncupari
posse illum lapidem nullus dubitat, ita planè
splendorem ferri exhibet ac pondus habet ,
mirumprorsus natura φιλοτέχνημα . Saumaise
ajoute que son Siderite avoit été apporté
des Indes , et qu'on le faisoit passer pour
un Diamant ; ou , si vous voulez que je
rende ses termes à la lettre , il dit qu'on
I.Vol.
Biij le
2712 MERCURE DE FRANCE
le lui vendit pour une Pierre de Diamant.
Lapidem adamantis vocabat qui mihi
vendidit. Sans doute que Saumaise , dans
le temps qu'il acheta son prétendu Diaman
des Indes , ignoroit qu'il y en cûr
de semblables en France , et même si proche
du lieu de sa naissance : Car , s'il en
eut eu connoissance , je doute qu'un
Bourguignon tel que lui , s'y fut laissé
tromper. L'Acarnart de la Société de Londres
, c'est - à - dire , M. Scheutzer , Medecin
, nous apprend qu'on trouve beaucoup
de Siderites en Suisse. Il ajoute qu'il
en trouva un dans le premier voyage qu'il
Y fit , semblable , à peu de chose près , à
celui de Saumaise . Monsieur le Chevalier
Aston en a fait graver la figure , qui est
semblable au Sidérite que je tiens de vous;
ce qui ne sert pas peu à m'affermir dans
mes conjectures. Ainsi , Monsieur , comme
je prépare des Mémoires sur l'histoire
naturelle de France , dont j'ai déja une
bonne collection ; je vous prie de me faire
connoître exactement les lieux où vos Sidérites
ont pris naissance .
Vous marquez que dans quelques uns
de vos voyages vous avez ramassé dans
les Sentiers de quelques terres fraîchement
labourées , des Pétrifications de
couleur brune , qui sont faites comme
I. Vol. des
DECEMBRE 1732. 2713
des fragmens de pointes de Fuzeaux ou
de Chandelier à mettre des Cierges d'Eglise
, et vous me demandez si ce ne seroit
point de la bouë qui auroit rempli
la corne de quelque Poisson Marin , laquelle
se seroit ainsi pétrifiée . Sans avoir
vû la chose , je pourrois m'imaginer que
ce sont des fragmens d'une plante de corail
bâtard , dont Aldrovandus nous décrit
la pareille dans son Cabinet des Métaux.
Il nous apprend qu'elle est assez
commune en Allemagne; mais on en trouve
aussi en France , et j'en ai vû depuis
peu dans plusieurs endroits de la Normandie
, &c... Je suis .
terre ,
Nous ajouterons icy en faveur des personnes
qui sont curieuses de ces sortes de
cristallizations , ce que M. le Chanoine
d'Auxerre nous a dit de vive voix au mois
de Juillet dernier ; sçavoir , que les Sidérites
dont il est parlé dans cette lettre , ne
sont point cachez dans les entrailles de la
de maniere qu'il faille creuser pour
les avoir ; mais qu'ils sont simplement
dans les fentes des Rochers qui se voyent
à l'entrée de quelques Perrieres . C'est - là
qu'on les trouve collez et appliquez
sur ces Rochers , comme une espece de
croute , qu'on détache aisément avec le
doigt ou avec le couteau . Cette croute est
I.Vol.
B iiij
sim2724
MERCURE DE FRANCE
simple et d'une couleur plus sombre lorsque
la surface de la Pierre est à l'air , et
elle est double , lorsqu'elle se rencontre
entre deux Pierres , qui ne laissent entre
elles que l'espace d'une legere fente , parce
qu'en ce cas la croute de chacune des
deux superficies se trouve liée et conglutinée
l'une à l'autre à peu près
comme les parois des rayons de miel .
Quelques personnes qui ont voulu passer
sur leurs lévres des fragmens de ces
sortes de cristallizations et les y moüillet
un temps considérable , ont ressenti
une sécheresse de lévres pendant plus de
huit jours. Quant à la situation des Perrieres
dont ces cristallizations ornent
l'entrée , il nous a fait observer que l'entrée
de toutes regarde le Soleil couchant ,
que la Riviere d'Yonne coule immédiatement
au dessous à 12 ou 15 toises plus
bas ; que ces Perrieres supportent des Vignes
d'un produit excellent , et que le
tout n'est situé qu'à deux lieuës et demie
ou trois lieuës au dessus d'Auxerre.
A l'égard des pétrifications qui finissent
en pointe de Fuseau , il croît que ce
sont des Pierres belemnites vulgaire.
ment appellées Pierres de tonnerre. Leur
figure cylindrique favorise assez la pensée
de ceux qui croyent que ce peuvent
I. Vol. avoir
DECEMBRE. 1731. 2725
avoir été des dents d'une espece de Crocodile
; cependant il est plus porté à penser
que ces Pierres ont été formées dans
le moule d'une substance cartilagineuse ,
qui auroit appartenu à quelque poisson ,
ensorte que ce ne seroit qu'une espece
de bourbe , plus claire et plus fine qui
auroit été pétrifiée à la longueur du tems,
en effet le couronnement qui paroît figuré
à la pointe de cette Pierre aiguë , a
tout l'air d'avoir été formé dans quelque
moule de Corne ou de Cartilage.Il a trouvé
de ces pétrifications dans des chemins
qui traversent des terres labourées , au
dessous de Salmaise en Bourgogne , et
dans le Nivernois , proche Mez - le-Comte.
B... Chanoine d'Auxerre, par M. A...
Medecin de Paris, au mois de Juin 1731 .
au sujet des Cristallizations qu'on trouve
en Bourgogne.
J
E vous suis tres-obligé , Monsieur , de
l'inclination que vous continuez d'avoir
à me faire plaisir , et sur tout de l'attention
que vous avez euë en dernier
lieu , de m'envoier des curiositez que la
nature a produites dans votre païs . Je les
ai reçues en bon état : Ce sont des Cristallizations
curieuses ; et quoique j'en aye
déja de semblables , je ne laisserai pas de
garder celles que vous m'avez envoyées ,
par la raison qu'elles sont Regnigenites : les
miennes m'ayant été données à Genéve
par l'illustre M. le Clerc.
2
Il n'est pas besoin , je croi , de vous
marquer que ces Cristallizations sont de
l'espece des Diamans , qui ont l'éclat du
Fer poli , et qu'on appelle Siderites. Pline
en fait mention dans son 37 liv. chap . 4.
où après avoir parlé de plusieurs sortes
de Pierres ou Cristallizations , il me paroît
faire la description de celles que vous
B ij avez I. Vol.
1720 MERCURE DE FRANCE
avez bien voulu partager avec moi . Voici
ses termes : Voyez , je vous prie , si vous
y reconnoîtrez nos Siderites. Post hunc
dit ce Pere de l'Histoire naturelle, est Siderites
ferrei splendoris pondere ante cetexos
, sed naturâ dissimilis : Nam et ictibus
frangitur et alio adamante perforari potest.
Je croi trouver dans les Siderites d'Auxerre
, ce que Pline trouvoit dans les Siderites
de Macedoine, les uns et les autres
sont d'une eau terne et approchante de la
couleur du Fer poli. Les nôtres , comme
ceux de Pline , sont des plus pesans , eu
égard à leur grosseur , je m'en suis convaincu
par l'experience ; car ayant mis
dans un Trébuchet un Diamant et un Siderite
d'un égal volume : ce dernier s'est
trouvé exceder le poids du Diamant de
trois Karats et demi . Enfin les nôtres sont
si tendres , que non seulement je n'ai pas
de peine à en réduire plusieurs en miet
tes , mais même en moins de trois heures,
j'en ai presque consommé un à le tenir
dans ma bouche. J'en ai encore fait plusieurs
essais par le feu et par d'autres
agents : mais je crois qu'il est inutile de
vous les rapporter ici . Ces Cristallizations
, selon Marbodeus , se trouvent ordinairement
dans les Mines de fer. Quarturn
producit ferraria vena Philippis , ce qui
eu
I. Vol.
-
leur
DECEMBRE . 1731. 1721
leur a fait donner le nom de Siderites ,
du mot grec d'apòv fer. Ainsi sans vouloir
faire icy le Prophete , je ne doute
nullement qu'on ne découvre quelque
jour une Mine de Fer aux environs de
l'endroit d'où vous les avez tirez . Une
chose que j'ai à vous faire remarquer ,
c'est que dans les cinq ou six matrices de
Siderites que vous m'avez envoyées , il
s'en trouve une, si vous vous en souvenez,
grosse comme le poingt , et à demi Sphérique.
De sorte que je puis m'adapter à
present ce que l'infatigable Saumaise rapporte
de lui-même dans ses Notes sur
Solin. Je puis dire , comme ce Sçavant
critique : Habeo inter med nunzia lapidem
ferrei coloris ac ponderis pugni , magnitudine
rotundum , undique secus formis
quadrangulis in mucronem turbinatis asperum
, diceres manu politas et in levorem quadrangulum
attritas quâ facie hodie tenentur
ignobiles adamantes , quos à solo natali
•Alenconios appellamus. Sidentem nuncupari
posse illum lapidem nullus dubitat, ita planè
splendorem ferri exhibet ac pondus habet ,
mirumprorsus natura φιλοτέχνημα . Saumaise
ajoute que son Siderite avoit été apporté
des Indes , et qu'on le faisoit passer pour
un Diamant ; ou , si vous voulez que je
rende ses termes à la lettre , il dit qu'on
I.Vol.
Biij le
2712 MERCURE DE FRANCE
le lui vendit pour une Pierre de Diamant.
Lapidem adamantis vocabat qui mihi
vendidit. Sans doute que Saumaise , dans
le temps qu'il acheta son prétendu Diaman
des Indes , ignoroit qu'il y en cûr
de semblables en France , et même si proche
du lieu de sa naissance : Car , s'il en
eut eu connoissance , je doute qu'un
Bourguignon tel que lui , s'y fut laissé
tromper. L'Acarnart de la Société de Londres
, c'est - à - dire , M. Scheutzer , Medecin
, nous apprend qu'on trouve beaucoup
de Siderites en Suisse. Il ajoute qu'il
en trouva un dans le premier voyage qu'il
Y fit , semblable , à peu de chose près , à
celui de Saumaise . Monsieur le Chevalier
Aston en a fait graver la figure , qui est
semblable au Sidérite que je tiens de vous;
ce qui ne sert pas peu à m'affermir dans
mes conjectures. Ainsi , Monsieur , comme
je prépare des Mémoires sur l'histoire
naturelle de France , dont j'ai déja une
bonne collection ; je vous prie de me faire
connoître exactement les lieux où vos Sidérites
ont pris naissance .
Vous marquez que dans quelques uns
de vos voyages vous avez ramassé dans
les Sentiers de quelques terres fraîchement
labourées , des Pétrifications de
couleur brune , qui sont faites comme
I. Vol. des
DECEMBRE 1732. 2713
des fragmens de pointes de Fuzeaux ou
de Chandelier à mettre des Cierges d'Eglise
, et vous me demandez si ce ne seroit
point de la bouë qui auroit rempli
la corne de quelque Poisson Marin , laquelle
se seroit ainsi pétrifiée . Sans avoir
vû la chose , je pourrois m'imaginer que
ce sont des fragmens d'une plante de corail
bâtard , dont Aldrovandus nous décrit
la pareille dans son Cabinet des Métaux.
Il nous apprend qu'elle est assez
commune en Allemagne; mais on en trouve
aussi en France , et j'en ai vû depuis
peu dans plusieurs endroits de la Normandie
, &c... Je suis .
terre ,
Nous ajouterons icy en faveur des personnes
qui sont curieuses de ces sortes de
cristallizations , ce que M. le Chanoine
d'Auxerre nous a dit de vive voix au mois
de Juillet dernier ; sçavoir , que les Sidérites
dont il est parlé dans cette lettre , ne
sont point cachez dans les entrailles de la
de maniere qu'il faille creuser pour
les avoir ; mais qu'ils sont simplement
dans les fentes des Rochers qui se voyent
à l'entrée de quelques Perrieres . C'est - là
qu'on les trouve collez et appliquez
sur ces Rochers , comme une espece de
croute , qu'on détache aisément avec le
doigt ou avec le couteau . Cette croute est
I.Vol.
B iiij
sim2724
MERCURE DE FRANCE
simple et d'une couleur plus sombre lorsque
la surface de la Pierre est à l'air , et
elle est double , lorsqu'elle se rencontre
entre deux Pierres , qui ne laissent entre
elles que l'espace d'une legere fente , parce
qu'en ce cas la croute de chacune des
deux superficies se trouve liée et conglutinée
l'une à l'autre à peu près
comme les parois des rayons de miel .
Quelques personnes qui ont voulu passer
sur leurs lévres des fragmens de ces
sortes de cristallizations et les y moüillet
un temps considérable , ont ressenti
une sécheresse de lévres pendant plus de
huit jours. Quant à la situation des Perrieres
dont ces cristallizations ornent
l'entrée , il nous a fait observer que l'entrée
de toutes regarde le Soleil couchant ,
que la Riviere d'Yonne coule immédiatement
au dessous à 12 ou 15 toises plus
bas ; que ces Perrieres supportent des Vignes
d'un produit excellent , et que le
tout n'est situé qu'à deux lieuës et demie
ou trois lieuës au dessus d'Auxerre.
A l'égard des pétrifications qui finissent
en pointe de Fuseau , il croît que ce
sont des Pierres belemnites vulgaire.
ment appellées Pierres de tonnerre. Leur
figure cylindrique favorise assez la pensée
de ceux qui croyent que ce peuvent
I. Vol. avoir
DECEMBRE. 1731. 2725
avoir été des dents d'une espece de Crocodile
; cependant il est plus porté à penser
que ces Pierres ont été formées dans
le moule d'une substance cartilagineuse ,
qui auroit appartenu à quelque poisson ,
ensorte que ce ne seroit qu'une espece
de bourbe , plus claire et plus fine qui
auroit été pétrifiée à la longueur du tems,
en effet le couronnement qui paroît figuré
à la pointe de cette Pierre aiguë , a
tout l'air d'avoir été formé dans quelque
moule de Corne ou de Cartilage.Il a trouvé
de ces pétrifications dans des chemins
qui traversent des terres labourées , au
dessous de Salmaise en Bourgogne , et
dans le Nivernois , proche Mez - le-Comte.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. le. B... Chanoine d'Auxerre, par M. A... Medecin de Paris, au mois de Juin 1731. au sujet des Cristallizations qu'on trouve en Bourgogne.
En juin 1731, M. A..., un médecin parisien, exprime sa gratitude à M. le Chanoine d'Auxerre pour l'envoi de cristallisations découvertes en Bourgogne. Ces cristallisations, nommées Siderites, appartiennent à l'espèce des diamants et présentent un éclat similaire à celui du fer poli. Pline, dans son ouvrage, mentionne des pierres similaires en Macédoine. Les Siderites d'Auxerre partagent des caractéristiques avec celles décrites par Pline, notamment leur poids et leur fragilité. Elles sont souvent trouvées dans les mines de fer et ont une couleur terne, proche de celle du fer poli. M. A... observe également une matrice de Siderite de forme sphérique et demi-sphérique, comparable à celle décrite par Saumaise. Les Siderites peuvent être facilement détachées des rochers à l'entrée de certaines perrières situées à deux ou trois lieues au-dessus d'Auxerre, en direction du soleil couchant et près de la rivière d'Yonne. Le chanoine d'Auxerre mentionne aussi des pétrifications en forme de pointe de fuseau, qu'il identifie comme des pierres belemnites, souvent appelées pierres de tonnerre. Ces pierres sont découvertes dans des chemins traversant des terres labourées en Bourgogne et dans le Nivernois.
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16754
p. 218
Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Début :
Madame, une grande partie de la pompe de cette Cérémonie, [...]
Mots clefs :
Dom Couthaud
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Autre Compliment de Dom Couthaud à Madame.
Madame , une grande partie de la pompe de
cette Cérémonie , lui vient de l'éclat de votre
préfence & de celui du nom que vous venez y
donner. Les Vierges de ce Sanctuaire reçoivent en
cette occafion une marque bien glorieuſe de votre
bienveillance pour elles : daignez recevoir ici les
premices de leur reconnoiffance , de leur empreffement
& du profond refpect dont elles vont
yous affurer elles-mêmes.
Madame , une grande partie de la pompe de
cette Cérémonie , lui vient de l'éclat de votre
préfence & de celui du nom que vous venez y
donner. Les Vierges de ce Sanctuaire reçoivent en
cette occafion une marque bien glorieuſe de votre
bienveillance pour elles : daignez recevoir ici les
premices de leur reconnoiffance , de leur empreffement
& du profond refpect dont elles vont
yous affurer elles-mêmes.
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16755
p. 10
LOUIS XV.
Début :
Son règne à jamais mémorable [...]
Mots clefs :
Règne, Amour, Monument, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOUIS XV.
LOUIS. X V.
Son règne à jamais mémorable
Des fiècles à venir fera l'étonnement.
L'Amour de fes Sujets pofa ce Monument ,
Attendant que l'hiftoire en fonde un plus durable.
PIRON.
Son règne à jamais mémorable
Des fiècles à venir fera l'étonnement.
L'Amour de fes Sujets pofa ce Monument ,
Attendant que l'hiftoire en fonde un plus durable.
PIRON.
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16756
p. 218
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
Début :
Madame, Dieux ! quelle est ma surprise extrême : [...]
Mots clefs :
Adélaïde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour MADAME ; prononcés par Mademoiselle de Bethisy, de Meziere.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
MADAME prononcés par Mademoiselle
de Bethify , de Meziere .
: 20
MADAME ,
Dieux ! quelle eft ma furpriſe extrême :
Que de grace ! que de beauté !
Et quel air de divinité !
Eft - ce donc à Flore elle-même
Que je viens offrir un bouquet ?
Tout dans un fi charmant objet
Etonne mon ame timide :
Mais fon regard plein de douceur ,
Anime & raffure mon coeur.
Cédons au tranfport qui me guide ,
Suivons une innocente ardeur ;
C'est l'adorable Adélaide.
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16757
p. 10-12
LE POETE PHILOSOPHE.
Début :
LONGTEMPS obscurci d'orages [...]
Mots clefs :
Doux, Zéphire, Ruisseau, Mensonges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE POETE PHILOSOPHE.
LE POETE PHILOSOPHE.
LONGTEMPS
ONGTEMPS obfcurci d'orages
Le Ciel , enfin , fans nuages
Reprend la férénité ? .
Et la terre que décore
A l'envi Cérès & Flore ,
Préfente à l'oeil enchanté
Richeffe enfemble & Beauté .
AVRIL. 1763. II
Zéphir agitant fes aîles
Autour des roſes nouvelles
Où brille un doux incarnat
Fait fentir à l'âme émue
Le plaifir de l'odorat
Joint à celui de la vue.
Sous ces arbres en berceau ,
Quel doux murmure m'attire !
C'eft le bruit d'un clair ruiffeau
Baignant la fleur qui fe mire
Dans le criftal de fon eau.
Je vois d'un rameau fur l'autre
Voltiger l'ardent moineau
Dont l'amour vaut bien le nôtre ,
Et le tendre tourtereau
De la conftance l'Apôtre.
Aujourd'hui pourtant l'on dit
Que ce fut bien à crédit
Qu'on lui donna cette gloire ;
Car dans ce fiécle maudir
Sans preuve on ne veut rien croire.
Moi qui ne doute de rien
Your mon falut & fais bien ,
Je croirois la tourterelle
Des gens conftans le modéle ,
Si je n'affignois le prix
A nos Femmes de Paris,
Fidéles à ce qu'ils fentent
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les oiſeaux amoureux chantent is
Et n'engagent point, leur foi : 1. SOÁ
De nature c'eft la loi.
Ils n'ont garde d'aller faire
Pardevant .... .... ou Notaire
Le ferment d'aimer toujours
Ce qui peut ceffer de plaire.
Hélas ! leurs tendres amours ,
Ce ruiffeau , ce doux ombrage , i
Tout à mes yeux dans ce bois
Retrace l'heureux boccage
Où, pour la premiere fois ,
Thémire écouta ma peine ;
Thémire ayant en ſa fleur
D'une roſe la couleur ,
Du Zéphir la douce haleine ,
Des cheveux qui fans deffein
Tomboient en boucle d'ébene
Sur l'albâtre de fon fein.
Temps heureux des doux menfonges !
Age fi court du bonheur ,
Que font devenus tes fonges !
Le temps cruel précepteur
Nous donne l'expérience ;
Fatal arbre de fcience ,.
Qui des douces voluptés.
Rompt l'illufion & chaffe
Les plaifirs qu'elle remplace
Par de dures yérités !
LONGTEMPS
ONGTEMPS obfcurci d'orages
Le Ciel , enfin , fans nuages
Reprend la férénité ? .
Et la terre que décore
A l'envi Cérès & Flore ,
Préfente à l'oeil enchanté
Richeffe enfemble & Beauté .
AVRIL. 1763. II
Zéphir agitant fes aîles
Autour des roſes nouvelles
Où brille un doux incarnat
Fait fentir à l'âme émue
Le plaifir de l'odorat
Joint à celui de la vue.
Sous ces arbres en berceau ,
Quel doux murmure m'attire !
C'eft le bruit d'un clair ruiffeau
Baignant la fleur qui fe mire
Dans le criftal de fon eau.
Je vois d'un rameau fur l'autre
Voltiger l'ardent moineau
Dont l'amour vaut bien le nôtre ,
Et le tendre tourtereau
De la conftance l'Apôtre.
Aujourd'hui pourtant l'on dit
Que ce fut bien à crédit
Qu'on lui donna cette gloire ;
Car dans ce fiécle maudir
Sans preuve on ne veut rien croire.
Moi qui ne doute de rien
Your mon falut & fais bien ,
Je croirois la tourterelle
Des gens conftans le modéle ,
Si je n'affignois le prix
A nos Femmes de Paris,
Fidéles à ce qu'ils fentent
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Les oiſeaux amoureux chantent is
Et n'engagent point, leur foi : 1. SOÁ
De nature c'eft la loi.
Ils n'ont garde d'aller faire
Pardevant .... .... ou Notaire
Le ferment d'aimer toujours
Ce qui peut ceffer de plaire.
Hélas ! leurs tendres amours ,
Ce ruiffeau , ce doux ombrage , i
Tout à mes yeux dans ce bois
Retrace l'heureux boccage
Où, pour la premiere fois ,
Thémire écouta ma peine ;
Thémire ayant en ſa fleur
D'une roſe la couleur ,
Du Zéphir la douce haleine ,
Des cheveux qui fans deffein
Tomboient en boucle d'ébene
Sur l'albâtre de fon fein.
Temps heureux des doux menfonges !
Age fi court du bonheur ,
Que font devenus tes fonges !
Le temps cruel précepteur
Nous donne l'expérience ;
Fatal arbre de fcience ,.
Qui des douces voluptés.
Rompt l'illufion & chaffe
Les plaifirs qu'elle remplace
Par de dures yérités !
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Résumé : LE POETE PHILOSOPHE.
Le poème 'Le Poète Philosophe', daté d'avril 1763, célèbre la beauté de la nature au printemps. Il met en scène des roses, le murmure d'un ruisseau et les chants des oiseaux. Le poète exprime son émerveillement face à cette nature vivante et évoque les amours des oiseaux, qu'il compare à la constance des femmes parisiennes. Il se remémore un moment heureux passé avec Thémire, une figure féminine idéalisée. Le poème se conclut sur une note mélancolique, soulignant la brièveté du bonheur et l'expérience amère apportée par le temps. Le poète regrette la perte des illusions douces, remplacées par des vérités dures.
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16758
p. 215
ERRATA du Mercure de Mai.
Début :
Page 79, ligne 23, conclue-t'il, lisez, conclut-il. Page 122, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA du Mercure de Mai.
ERRATA
du Mercure de Mai.
AGE 79 , ligne 23 , conclue-t'il , lifex , conclut-
il.
Page 122 , l'Auteur a divifé cette vie d'Eraſme en
fix livres chacun , dont il fuffira d'indiquer ici
le fujet , lifez , en fix livres , de chacun defquels
il fuffira d'indiquer ici le fujet .
Page 144 , lignes 22 & 23 , il put compter
ennemis & non fes adminiftrateurs , lifez , &
non fes admirateurs.
fes
Page 145 , ligne 4 , veilleffe , lifez , vieilleffe.
Page 168 , ligne 9 , quelle terrein elle occupoit ,
lifex, quel terrein elle occupoit.
du Mercure de Mai.
AGE 79 , ligne 23 , conclue-t'il , lifex , conclut-
il.
Page 122 , l'Auteur a divifé cette vie d'Eraſme en
fix livres chacun , dont il fuffira d'indiquer ici
le fujet , lifez , en fix livres , de chacun defquels
il fuffira d'indiquer ici le fujet .
Page 144 , lignes 22 & 23 , il put compter
ennemis & non fes adminiftrateurs , lifez , &
non fes admirateurs.
fes
Page 145 , ligne 4 , veilleffe , lifez , vieilleffe.
Page 168 , ligne 9 , quelle terrein elle occupoit ,
lifex, quel terrein elle occupoit.
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Résumé : ERRATA du Mercure de Mai.
Le document liste les corrections pour le Mercure de Mai. À la page 79, 'lifex' devient 'conclut-il'. À la page 122, préciser les sujets des six livres de la vie d'Erasme. À la page 144, 'ennemis & non fes adminiftrateurs' devient 'ennemis & non fes admirateurs'. À la page 145, 'veilleffe' devient 'vieilleffe'. À la page 168, 'quelle terrein elle occupoit' devient 'quel terrein elle occupoit'.
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16759
p. 219
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Début :
Monseigneur, L'illustre Mere des Ayeux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant , pour
Monfeigneur le Dauphin ; prononcés par
Mademoiselle d'Aiguillon.
MONSEIGNEUR ,
L'Illuftre Mere des Ayeux ,
Dont vous fuivez fi bien l'exemple ,
Clotilde , qui du haut des Cieux ,
Et vous admire & vous contemple ,
A qui votre zele pieux
A fait dédier ce faint Temple ,
Me députe exprès en ces lieux
Pour vous exprimer par ma bouche
Combien cet hommage la touche ;
Et que pour répondre à vos voeux ,
Elle adopte avec complaisance
Get azyle de l'innocence
Bâti par vos foins généreux.
Cette augufte Reine de France
Efpere qu'avec bienveillance
Toujours vous nous protégerez ,
Et que vous nous honorerez
Quelquefois de votre préfence.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin; prononcés par Mademoiselle d'Aguillon.
Mademoiselle d'Aiguillon prononce un discours au nom de l'Abbé de Lataignant, destiné au Dauphin. Elle rend hommage à Clotilde, ancêtre du Dauphin, qui admire ses actions. Clotilde exprime sa gratitude pour le temple dédié à l'innocence, construit par le Dauphin. Elle espère qu'il continuera à protéger et honorer les personnes concernées.
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16760
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure du mois de Juin , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 27 Mai 1757 . GVIROY.
J'ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure du mois de Juin , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 27 Mai 1757 . GVIROY.
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16761
p. 215-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Vers à Madame [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
VERS à Madame Poup... de Mo ...
Le Jeu fou , ou l'Avare faftueux , Anecdote ,
Epitre à Thémire ,
page s
27
39
Extrait d'un manufcrit Hollandois fur l'Hiftoire
de Siam,
216
Lettre & Vers d'un Curé des Amognes , 33
Suite de M. de Fontenelle , par M. l'Abbé Trublet
,
Vers fur M. de Fontenelle ,
41
85
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Mai ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Précis ou Indications de livres nouveaux ,
86
87
89
91
125
ART. III. SCIENCES AT BELLES LETTRES.
Chronologie. Lettre fur la Carte chronographique
de M. Dubourg ,
Chirurgie. Remarques fur l'infenfibilité de quelques
parties ,
Mufique.
ART. IV. BEAUX-ARTS.
137.
Iss
Peinture.
Gravure ,
Architecture.
157
163
167
Méchanique , &c. 172
Agriculture. 179
ART. V. SPECT CLES.
Opera ,
185
Comédie Françoiſe , 186
Comédie Italienne , 188
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 189
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 195
Ordonnance fur les Corvées ,
202
Avis de l'Auteur du Mercure ,
212
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE
VERS à Madame Poup... de Mo ...
Le Jeu fou , ou l'Avare faftueux , Anecdote ,
Epitre à Thémire ,
page s
27
39
Extrait d'un manufcrit Hollandois fur l'Hiftoire
de Siam,
216
Lettre & Vers d'un Curé des Amognes , 33
Suite de M. de Fontenelle , par M. l'Abbé Trublet
,
Vers fur M. de Fontenelle ,
41
85
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Mai ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES.
Précis ou Indications de livres nouveaux ,
86
87
89
91
125
ART. III. SCIENCES AT BELLES LETTRES.
Chronologie. Lettre fur la Carte chronographique
de M. Dubourg ,
Chirurgie. Remarques fur l'infenfibilité de quelques
parties ,
Mufique.
ART. IV. BEAUX-ARTS.
137.
Iss
Peinture.
Gravure ,
Architecture.
157
163
167
Méchanique , &c. 172
Agriculture. 179
ART. V. SPECT CLES.
Opera ,
185
Comédie Françoiſe , 186
Comédie Italienne , 188
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 189
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 195
Ordonnance fur les Corvées ,
202
Avis de l'Auteur du Mercure ,
212
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles divisée en six sections principales. L'Article Premier répertorie des pièces fugitives en vers et en prose, telles que 'Le Jeu fou, ou l'Avare fastueux' et une 'Épître à Thémire'. L'Article II se concentre sur les nouvelles littéraires, en précisant les livres nouveaux. L'Article III explore les sciences et les belles-lettres, incluant des sujets comme la chronologie, la chirurgie et la musique. L'Article IV est consacré aux beaux-arts, couvrant la peinture, la gravure, l'architecture, la mécanique et l'agriculture. L'Article V mentionne les spectacles, tels que l'opéra, la comédie française et la comédie italienne. Enfin, l'Article VI inclut les nouvelles étrangères, les nouvelles de la Cour et de Paris, une ordonnance sur les corvées, et un avis de l'auteur du Mercure.
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16762
p. 1077-1081
A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
Début :
Prophanes Nymphes du Permesse [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Lyre, Faveurs, Respects, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
A MADAME la Princesse de Conti ,
premiere Douairiere.
ODE
PRophanes Nymphes du Permesse
Je ne veux plus suivre vos pas ,
Trop long-temps vos trompeurs app.
Ont séduit ma folle jeunesse ;
Plus j'approche du Monument ,
Plus je vois sans déguisement ,
Combien vos faveurs sont à craindre ,
Et ma maison est un flambeau ,
Dont l'éclat n'est jamais si beau ,
Que lorsqu'il est prêt de s'éteindre.
Tantôt sur un ton langoureux ,
Vous avez ajusté ma Lyre ,
Dont souvent mon tendre délire ,
Atiré des sons dangereux ,
Tantôt plus charmé pour Athénes ,
Des traits lancez par Démosthènes ,
Qu'intimidé par ses malheurs ,
Je n'ai pas craint sous vos auspices
De parcourir des, précipices ,
Que vous m'aviez semés de fleurs.
I. Vol.
Que Biiij
1078 MERCURE DE FRANCE
Que de jours remplis d'amertume ,
M'attira le couroux du Ciel ,
Quand je laissai couler le fiel ,
Où vous aviez trempé ma plume !
N'aurois-je pas perdu le jour ,
Dans l'horreur d'un affreux séjour ( a ) ,
Voisin de l'Empire des Manes >
Si mes vœux s'étoient reposez ,
Sus vos Hercules supposez ,
Qu sur vos feintes Arianes ?·
J'addressai mes humbles respects,
Au Dieu qu'adore une Princesse ,
Dont on prise autant la sagesse ,
Qu'on fut charmé de ses attraits ;
Alors , agréable surprise !
L'airain de mes Portes se brise ,
Ma fuite devance les vents ;
Et je vois la plaine liquide ,
M'ouvrir une route solide ,
A travers deux remparts mouvans.
粥
Compare , ô Chantre de la Grèce ,
A ces secrets miraculeux ,
Ceux que ton Héros fabuleux ,
Reçut d'une fausse Déesse ;
(a )Les Isles de fainte Marguerite.
1. Vol. Qui-
JUIN.
1732. 1079
Quiconque a Dieu pour son appui ,
Et ne met son espoir qu'en lui ,
Brave les fureurs de l'envie ;
Parmi les piéges des méchans ,
Au milieu des glaives tranchans ,
Ilne tremble point pour sa vie.
'Armé d'un si puissant secours
J'ai rendu ma course celebre ,
Depuis le Pô , le Tage et l'Ebre,
Jusqu'où Lamstel finit son cours ,
De l'Apennin aux Pirenées ,
J'ai vu des têtes couronnées ,'
Relever mon sort abbatu ;
Souvent les ames généreuses ;
Donnent aux fautes courageuses
Les Eloges de la vertu.
Sorti des Terres étrangeres ,
Od j'ai vû dix ans s'écouler ,
Qu'il m'est doux de ne plus fouler
Que l'héritage de mes Peres. !
Je vis sous leurs antiques toits ,
Qu'aux superbes Palais des Rois ,
Préfere mon ame charmée ,
Ou plus heureux , et plus Chrétien ,
1.Vol, By Mon
1080 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon cœur ne se plaint plus de rien
Que d'un peu trop de Renommée.
M
C'est dans cet azyle assuré ,
Que souvent mes erreurs passées
Se sont en foule retracées ,
A mon esprit plus épuré.
C'est-là que ma Lyre profane ,
D'an Roy ( a ) que Dieu prit pour organe
Préferant les sacrez accords ,
J'ai cru que par de saintes rimes ,
Je devois réparer les crimes ;
De celles qui font mes remords.
Vous que vers lui par tant de graces ;
Le Seigneur s'est plû d'attirer ,
Vous qu'on peut bien plus admirer ,
Qu'on ne peut marcher sur vos traces.
Princesse , versez dans mon cœur ,
Pour en ranimer la vigueur ,
Ce feu divin qui vous éclaire ;
Et favorisez un projet ,
Qui peut-être a trop pour objet
Un nouveau désir de vous plaire..
M
Tandis qu'à l'Enfant de Cypris
( a) David.
1. Vol. Ma
JUIN. 1732. 1081
Majeunesse a rendu les armes,
J'ai de vous emprunté les charmes
Que j'ai dépeint dans mes Ecrits ;
'Aujourd'hui qu'ennemi des Fables ,
C'est aux veritez ineffables ,
Que mon Luth veut se consacrer ,
Je prens sur vos vertus augustes,
Celles que des rimes plus justes ,
Ont entrepris de célébrer.
M. D.B
Le 4 Mars 1732.
premiere Douairiere.
ODE
PRophanes Nymphes du Permesse
Je ne veux plus suivre vos pas ,
Trop long-temps vos trompeurs app.
Ont séduit ma folle jeunesse ;
Plus j'approche du Monument ,
Plus je vois sans déguisement ,
Combien vos faveurs sont à craindre ,
Et ma maison est un flambeau ,
Dont l'éclat n'est jamais si beau ,
Que lorsqu'il est prêt de s'éteindre.
Tantôt sur un ton langoureux ,
Vous avez ajusté ma Lyre ,
Dont souvent mon tendre délire ,
Atiré des sons dangereux ,
Tantôt plus charmé pour Athénes ,
Des traits lancez par Démosthènes ,
Qu'intimidé par ses malheurs ,
Je n'ai pas craint sous vos auspices
De parcourir des, précipices ,
Que vous m'aviez semés de fleurs.
I. Vol.
Que Biiij
1078 MERCURE DE FRANCE
Que de jours remplis d'amertume ,
M'attira le couroux du Ciel ,
Quand je laissai couler le fiel ,
Où vous aviez trempé ma plume !
N'aurois-je pas perdu le jour ,
Dans l'horreur d'un affreux séjour ( a ) ,
Voisin de l'Empire des Manes >
Si mes vœux s'étoient reposez ,
Sus vos Hercules supposez ,
Qu sur vos feintes Arianes ?·
J'addressai mes humbles respects,
Au Dieu qu'adore une Princesse ,
Dont on prise autant la sagesse ,
Qu'on fut charmé de ses attraits ;
Alors , agréable surprise !
L'airain de mes Portes se brise ,
Ma fuite devance les vents ;
Et je vois la plaine liquide ,
M'ouvrir une route solide ,
A travers deux remparts mouvans.
粥
Compare , ô Chantre de la Grèce ,
A ces secrets miraculeux ,
Ceux que ton Héros fabuleux ,
Reçut d'une fausse Déesse ;
(a )Les Isles de fainte Marguerite.
1. Vol. Qui-
JUIN.
1732. 1079
Quiconque a Dieu pour son appui ,
Et ne met son espoir qu'en lui ,
Brave les fureurs de l'envie ;
Parmi les piéges des méchans ,
Au milieu des glaives tranchans ,
Ilne tremble point pour sa vie.
'Armé d'un si puissant secours
J'ai rendu ma course celebre ,
Depuis le Pô , le Tage et l'Ebre,
Jusqu'où Lamstel finit son cours ,
De l'Apennin aux Pirenées ,
J'ai vu des têtes couronnées ,'
Relever mon sort abbatu ;
Souvent les ames généreuses ;
Donnent aux fautes courageuses
Les Eloges de la vertu.
Sorti des Terres étrangeres ,
Od j'ai vû dix ans s'écouler ,
Qu'il m'est doux de ne plus fouler
Que l'héritage de mes Peres. !
Je vis sous leurs antiques toits ,
Qu'aux superbes Palais des Rois ,
Préfere mon ame charmée ,
Ou plus heureux , et plus Chrétien ,
1.Vol, By Mon
1080 MERCURE DE FRANCE.
1
Mon cœur ne se plaint plus de rien
Que d'un peu trop de Renommée.
M
C'est dans cet azyle assuré ,
Que souvent mes erreurs passées
Se sont en foule retracées ,
A mon esprit plus épuré.
C'est-là que ma Lyre profane ,
D'an Roy ( a ) que Dieu prit pour organe
Préferant les sacrez accords ,
J'ai cru que par de saintes rimes ,
Je devois réparer les crimes ;
De celles qui font mes remords.
Vous que vers lui par tant de graces ;
Le Seigneur s'est plû d'attirer ,
Vous qu'on peut bien plus admirer ,
Qu'on ne peut marcher sur vos traces.
Princesse , versez dans mon cœur ,
Pour en ranimer la vigueur ,
Ce feu divin qui vous éclaire ;
Et favorisez un projet ,
Qui peut-être a trop pour objet
Un nouveau désir de vous plaire..
M
Tandis qu'à l'Enfant de Cypris
( a) David.
1. Vol. Ma
JUIN. 1732. 1081
Majeunesse a rendu les armes,
J'ai de vous emprunté les charmes
Que j'ai dépeint dans mes Ecrits ;
'Aujourd'hui qu'ennemi des Fables ,
C'est aux veritez ineffables ,
Que mon Luth veut se consacrer ,
Je prens sur vos vertus augustes,
Celles que des rimes plus justes ,
Ont entrepris de célébrer.
M. D.B
Le 4 Mars 1732.
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Résumé : A MADAME la Princesse de Conti, premiere Douairiere.
Le texte est une ode dédiée à Madame la Princesse de Conti. Le poète exprime son désir de se libérer des influences trompeuses des nymphes du Permesse, qui ont séduit sa jeunesse. Il reconnaît la dangerosité de ces influences et compare sa maison à un flambeau dont l'éclat est le plus beau lorsqu'il est prêt à s'éteindre. Le poète évoque les jours d'amertume causés par la colère divine, lorsqu'il a laissé couler le fiel dans ses écrits. Il remercie Dieu pour son soutien, qui lui a permis de surmonter les fureurs de l'envie et les pièges des méchants. Grâce à ce soutien, il a pu rendre sa course célèbre à travers diverses régions d'Europe et a vu des têtes couronnées relever son sort abattu. De retour dans son héritage ancestral, il se plaint seulement d'une trop grande renommée. Le poète souhaite réparer ses erreurs passées par des rimes saintes et demande à la Princesse de Conti de ranimer son cœur avec le feu divin qui l'éclaire. Il aspire à consacrer son luth aux vérités ineffables et à célébrer les vertus augustes de la Princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16763
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à Monfieur MOREAU, Commis au Mercure, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L'ADRESSE generale
est à
Monfieur MOREAU,
Commis au Mercure,
و
pour les faire tenir.
eft
vis - à - vis la Comedie Fran
soife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de los perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite-
ront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
L'ADRESSE generale
est à
Monfieur MOREAU,
Commis au Mercure,
و
pour les faire tenir.
eft
vis - à - vis la Comedie Fran
soife , à Paris. Ceux qui pour leur com
modité voudront remettre leurs Paquets ca
chetés aux Libraires qui vendent le Mer
cure, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de los perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite-
ront avoir le Mercure de France de la pre-
miere main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SOLS.
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16764
p. 216
« La Chanson notée doit regarder la page 89. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 89. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 89. [...] »
La Chanson notée doit regarder la page 89.
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16765
p. 220
VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
Début :
Monseigneur, De simples Vierges consacrées [...]
Mots clefs :
Vers, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
VERS
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
Faits par M. l'Abbé de Lataignant pour
Monseigneur le Dauphin , qui devoient
être prononcés par Mlle de Guerchy..
MONSEIGNEUR ,
DE fimples Vierges confacrées
A louer Dieu feul en tout temps ;
De ce faint devoir pénétrées
Ignorent l'art des complimens ;
Dans ce féjour de l'innocence ,
On ne connoit d'autre éloquence
Que ces tranfports refpectueux
De zele & de reconnoiffance
Que vous pouvez lire en nos yeux ,
Et qu'infpire votre préfence
Aux ames pures de ces lieux,
Le Fils du plus grand Roi du monde ;
Notre bienfaiteur , notre appui ,
Vient nous vifiter aujourd'hui :
Que les Clairons & les Trompettes
Annoncent partout fes hauts fairs.
Nos voix dans ces faintes retraites
Ne publiront que les bienfaits.
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Résumé : VERS Faits par M. l'Abbé de Lataignant, pour Monseigneur le Dauphin, qui devoient être prononcés par Mlle de Guerchy.
L'Abbé de Lataignant compose un poème pour Monseigneur le Dauphin, destiné à être récité par Mlle de Guerchy. Il célèbre des vierges dévouées à Dieu, qui expriment leur respect et leur gratitude envers le Dauphin, fils du roi. Elles le voient comme leur bienfaiteur et souhaitent que ses exploits soient proclamés par des clairons et des trompettes.
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16766
p. 216
« De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch. Ant. Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch. Aat, Jombers.
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16767
p. 13
VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
Début :
TITON à sa Filleule aimable [...]
Mots clefs :
Portrait, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
VERS fur un Portrait donné à Mlle
DANGEVILLE.
TITON àfa Filleule aimable
A légué de Duclos le Portrait admirable :
Titon par un fi digne choix ,
Fait quatre éloges à la fois.
P. D. S. A. Peintre
Nota Le Portrait de Mlle Duclos , une des
plus grandes Actrices qu'il y ait eu dans le Tragique
, peint par le célébre Largilliere , vient
d'être légué par l'illuftre M. Titon du Tiller ,
Auteur du Parnaffe François , à l'inimitable
Mlle Dangeville fa Filleule , dont les rares talens
dans le Comique font portés au dernier
degré.
DANGEVILLE.
TITON àfa Filleule aimable
A légué de Duclos le Portrait admirable :
Titon par un fi digne choix ,
Fait quatre éloges à la fois.
P. D. S. A. Peintre
Nota Le Portrait de Mlle Duclos , une des
plus grandes Actrices qu'il y ait eu dans le Tragique
, peint par le célébre Largilliere , vient
d'être légué par l'illuftre M. Titon du Tiller ,
Auteur du Parnaffe François , à l'inimitable
Mlle Dangeville fa Filleule , dont les rares talens
dans le Comique font portés au dernier
degré.
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Résumé : VERS sur un Portrait donné à Mlle DANGEVILLE.
Le texte relate un legs de M. Titon du Tiller, auteur du 'Parnasse Français', qui a légué un portrait de Mlle Duclos, réalisé par Largillière, à sa filleule Mlle Dangeville. Mlle Duclos est célèbre pour ses talents tragiques, tandis que Mlle Dangeville excelle dans le comique. Le texte met en lumière les mérites artistiques de ces deux actrices françaises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16768
p. 221
VERS Pour Monseigneur le Dauphin, prononcés par Mademoiselle de Guerchy.
Début :
Monseigneur, Dans l'âge d'or, une simple guirlande [...]
Mots clefs :
Coeurs, Temple, Âge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Pour Monseigneur le Dauphin, prononcés par Mademoiselle de Guerchy.
VERS
Pour Monfeigneur le Dauphin , prononcés
par Mademoiselle de Guerchy.
MONSEIGNEUR,
Dans l'âge d'or , une fimple guirlande
Ornoit le Temple & paroit les Autels ;
Du lait , des fruits , étoient la feule offrande
Qu'une main pure offroit aux immortels.
Comme eux ici , vous , qui tenez leur place ,
Vous recevez l'hommage de nos coeurs ;
Et l'âge d'or à vos yeux ſe retrace
Par nos habits , fymbole de nos moeurs.
La vérité fans art & fans parure
Emprunte ici la voix du fentiment.
Daignez l'entendre , & recevez l'augure
Que nous infpire un tendre mouvement.
Dieu , que nos coeurs adorent en ce Temple ;
Rendra vos jours égaux à vos vertus ,
Et l'univers prendra de nous l'exemple
De les compter comme ceux de Titus.
Pour Monfeigneur le Dauphin , prononcés
par Mademoiselle de Guerchy.
MONSEIGNEUR,
Dans l'âge d'or , une fimple guirlande
Ornoit le Temple & paroit les Autels ;
Du lait , des fruits , étoient la feule offrande
Qu'une main pure offroit aux immortels.
Comme eux ici , vous , qui tenez leur place ,
Vous recevez l'hommage de nos coeurs ;
Et l'âge d'or à vos yeux ſe retrace
Par nos habits , fymbole de nos moeurs.
La vérité fans art & fans parure
Emprunte ici la voix du fentiment.
Daignez l'entendre , & recevez l'augure
Que nous infpire un tendre mouvement.
Dieu , que nos coeurs adorent en ce Temple ;
Rendra vos jours égaux à vos vertus ,
Et l'univers prendra de nous l'exemple
De les compter comme ceux de Titus.
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Résumé : VERS Pour Monseigneur le Dauphin, prononcés par Mademoiselle de Guerchy.
Le poème, adressé au Dauphin par Mademoiselle de Guerchy, compare l'âge d'or à la dévotion actuelle. Il loue la simplicité et la pureté des mœurs actuelles, symbolisées par les habits portés. Il souhaite que Dieu bénisse le Dauphin, lui accordant la vertu de l'empereur Titus et servant d'exemple à l'univers.
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16769
p. 13-14
CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
Début :
OCTAVE te recherche, & le vieil Alcidon [...]
Mots clefs :
Utile, Agréable, Maître, Esclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
CONSEILS d'une Mère à fa Filie.
OCTAVE te recherche , & le vieil Alcidon
De fes biens & de lui , voudroit te faire don ;
L'un eft jeune , agréable , & l'autre fort utile,
Et pour un jeune coeur le choix eft difficile .
Alcidon eft modefte , & riche , & généreux :
Ton Octave n'a rien , mais il eft amoureux.
J'aimerois Alcidon ; tu dois aimer Octave.
14 MERCURE DE FRANCE.
Ma Fille c'eſt pour toi : fans contrainte choifis
Le printemps & fes fleurs , ou l'automne & fes
fruits .
Prends jeune Maître , ou vieil Efclave.
OCTAVE te recherche , & le vieil Alcidon
De fes biens & de lui , voudroit te faire don ;
L'un eft jeune , agréable , & l'autre fort utile,
Et pour un jeune coeur le choix eft difficile .
Alcidon eft modefte , & riche , & généreux :
Ton Octave n'a rien , mais il eft amoureux.
J'aimerois Alcidon ; tu dois aimer Octave.
14 MERCURE DE FRANCE.
Ma Fille c'eſt pour toi : fans contrainte choifis
Le printemps & fes fleurs , ou l'automne & fes
fruits .
Prends jeune Maître , ou vieil Efclave.
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Résumé : CONSEILS d'une Mère à sa Fille.
Une mère conseille sa fille sur le choix entre deux prétendants : Octave, jeune et amoureux, mais sans biens, et Alcidon, âgé, riche et généreux. Elle exprime sa préférence pour Alcidon tout en suggérant d'aimer Octave. La fille doit choisir entre jeunesse et maturité, symbolisées par le printemps et l'automne.
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16770
p. 1045-1048
AVERTISSEMENT.
Début :
Parmi quantité d'Ecrits qui nous sont tous les jours adressés, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
P
1. Vol
,
Parmi quantité d'Ecrits qui
nous sont tous les jours adressés,
sés , il en est quelques - uns qui
sont accompagnés de modestes
instances de la part de leurs Auteurs , pour
nous engager à retrancher , à corriger même
ce qui pouroit nous paroître défectueux ; on
nous prie souvent de mettre certains Ouvra-
A j
ges
1046 MERCURE DE FRANCE
ges en état de paroître ; et pour que rien no
puisse porter obstacle au désir que nous au-
rions de les publier , on nous laisse les maî-
tres d'y faire des additions et des corrections;
soit par raport au stile , soit par raport aux
bienséances dont nous ne voulons jamais nous
écarter.
De pareilles offres nous font honneur, mais
le grand point seroit de pouvoir discerner
celles qui sont bien sinceres , en pénetrant ;
autant qu'il est en nous , la véritable inten
tion de ceux qui veulent bien nous confier
leurs Productions.
Il est vrai que la modestie des Gens de
Lettres sur leurs Ouvrages , porte presque
toujours avec soi un préjugé favorable ; ce-
pendant comme l'amour propre sçait se dé-
guiser sous bien des formes , ilfait quelque-
fois hazarder un langage que lui-même est
le premier à désavoüerlorsqu'il s'agit de l'e-
xecution ; ainsi nous devons nous flater que
la plupart des personnes sensées ne nous dé-
saprouveront jamais d'oser rarement pren-
dre sur nous des corrections , à la vérité né-
cessaires,mais qui toutes legeres qu'elle's pou-
raient être , seroient reçûës des Parties inte-
ressées , quelquefois avec mépris , souvent
avec répugnance , et presque toujours avec
un dépit secret , qui ne sçauroit jamais de-
venir un plaisir pour nous,
1. Vol.
n
JUIN.
1737.
1047
Il faut convenir qu'avec une conduite si
réservée , nous avons de temps en temps été
dans l'obligation d'exclure de ce Recueil des
Pieces que de pareils changemens auroient
pû rendre interessantes ; mais nous n'avons
pas
crû que
les corrections sur le fond d'au-
trui nous fussent toujours bien permises , et
nous voulons perseverer tant que nous pou-
rons dans les mêmes principes ;
chacun suive son penchant ,
ilfaut que
et l'espece de
vocation à laquelle il a voulu se dévoйer ;
la varieté et l'émulation d'une part , de l'au-
tre les égards et la circonspection , font en
quelque sorte le fondement de notre Journal:
et si le Mercure de France n'adopte jamais
pour briller , le dangereux privilege de rea
dresser avec raison , ou de mortifier avec
adresse des Ecrivains bien venus du Public,
du moins conservera-t'il toujours l'avantage
de ne jamais servir à décourager les talens,
qui souvent ne font que d'éclore , et qui plus
souvent encore n'auroient besoin pour être
aplaudis , que de certaines notions superfi-
cielles , auxquelles on est convenu d'attribuer
le titre imposant d'Usage du beau Monde.
Ce que nous venons d'avancer ici de no-
tre méthode constante , n'est point une Loi
sans restriction , mais simplement une bien-
séance que nous avons crû devoir en gene-
ral nous imposer ; ainsi il n'est point décidé
1. Vol
A iij
7048 MERCURE DE FRANCE
à beaucoup près , que nous nous prive-
.
rons nous mêmes ( et le Public en même-
temps ) de toute Piece d'esprit qui pouroit
devenir aimable et correcte ,
par
le retran-
chement , la transposition ou le changement
de quelques endroits реи considérables.
Il n'est question que d'agir avec de grands
ménagemens à cet égard , de ne rien entamer
qui soit au-dessus de notre portée , et d'envi-
sager avant toutes choses le plus ou le moins
de gré que les jeunes Auteurs pouront nous
sçavoir de ceder à leurs instances , en cher-
chant de notre mieux à leur procurer les élo-
ges qu'ils ont sans doute en vûë de mériter.
Ces trois conditions nous paroissent in-
dispensables pour nous , et peut-être trou-
veroit- t'on qu'elles le devroient être aussi
pour quiconque est engagé dans une carriere
à peu près semblable.
Nous en allons faire l'essai à l'occasion
d'une Fable qui nous a été envoyée de Pro-
vince avec plein pouvoir, et dont le fond
et l'allégorie nous ont parû assés justes , pour ·
ne pas plaindre le soin d'y faire deux o
trois changemens tout au plus.
Nous désirons que l'Auteur , qui ne s'est
désigné que par quelques Lettres initiales ,
entre dans la simplicité de nos vûës , et veuil-
le bien nous excuser, si nous n'avons pû lui
prêter secours qu'à proportion de nos forces.
P
1. Vol
,
Parmi quantité d'Ecrits qui
nous sont tous les jours adressés,
sés , il en est quelques - uns qui
sont accompagnés de modestes
instances de la part de leurs Auteurs , pour
nous engager à retrancher , à corriger même
ce qui pouroit nous paroître défectueux ; on
nous prie souvent de mettre certains Ouvra-
A j
ges
1046 MERCURE DE FRANCE
ges en état de paroître ; et pour que rien no
puisse porter obstacle au désir que nous au-
rions de les publier , on nous laisse les maî-
tres d'y faire des additions et des corrections;
soit par raport au stile , soit par raport aux
bienséances dont nous ne voulons jamais nous
écarter.
De pareilles offres nous font honneur, mais
le grand point seroit de pouvoir discerner
celles qui sont bien sinceres , en pénetrant ;
autant qu'il est en nous , la véritable inten
tion de ceux qui veulent bien nous confier
leurs Productions.
Il est vrai que la modestie des Gens de
Lettres sur leurs Ouvrages , porte presque
toujours avec soi un préjugé favorable ; ce-
pendant comme l'amour propre sçait se dé-
guiser sous bien des formes , ilfait quelque-
fois hazarder un langage que lui-même est
le premier à désavoüerlorsqu'il s'agit de l'e-
xecution ; ainsi nous devons nous flater que
la plupart des personnes sensées ne nous dé-
saprouveront jamais d'oser rarement pren-
dre sur nous des corrections , à la vérité né-
cessaires,mais qui toutes legeres qu'elle's pou-
raient être , seroient reçûës des Parties inte-
ressées , quelquefois avec mépris , souvent
avec répugnance , et presque toujours avec
un dépit secret , qui ne sçauroit jamais de-
venir un plaisir pour nous,
1. Vol.
n
JUIN.
1737.
1047
Il faut convenir qu'avec une conduite si
réservée , nous avons de temps en temps été
dans l'obligation d'exclure de ce Recueil des
Pieces que de pareils changemens auroient
pû rendre interessantes ; mais nous n'avons
pas
crû que
les corrections sur le fond d'au-
trui nous fussent toujours bien permises , et
nous voulons perseverer tant que nous pou-
rons dans les mêmes principes ;
chacun suive son penchant ,
ilfaut que
et l'espece de
vocation à laquelle il a voulu se dévoйer ;
la varieté et l'émulation d'une part , de l'au-
tre les égards et la circonspection , font en
quelque sorte le fondement de notre Journal:
et si le Mercure de France n'adopte jamais
pour briller , le dangereux privilege de rea
dresser avec raison , ou de mortifier avec
adresse des Ecrivains bien venus du Public,
du moins conservera-t'il toujours l'avantage
de ne jamais servir à décourager les talens,
qui souvent ne font que d'éclore , et qui plus
souvent encore n'auroient besoin pour être
aplaudis , que de certaines notions superfi-
cielles , auxquelles on est convenu d'attribuer
le titre imposant d'Usage du beau Monde.
Ce que nous venons d'avancer ici de no-
tre méthode constante , n'est point une Loi
sans restriction , mais simplement une bien-
séance que nous avons crû devoir en gene-
ral nous imposer ; ainsi il n'est point décidé
1. Vol
A iij
7048 MERCURE DE FRANCE
à beaucoup près , que nous nous prive-
.
rons nous mêmes ( et le Public en même-
temps ) de toute Piece d'esprit qui pouroit
devenir aimable et correcte ,
par
le retran-
chement , la transposition ou le changement
de quelques endroits реи considérables.
Il n'est question que d'agir avec de grands
ménagemens à cet égard , de ne rien entamer
qui soit au-dessus de notre portée , et d'envi-
sager avant toutes choses le plus ou le moins
de gré que les jeunes Auteurs pouront nous
sçavoir de ceder à leurs instances , en cher-
chant de notre mieux à leur procurer les élo-
ges qu'ils ont sans doute en vûë de mériter.
Ces trois conditions nous paroissent in-
dispensables pour nous , et peut-être trou-
veroit- t'on qu'elles le devroient être aussi
pour quiconque est engagé dans une carriere
à peu près semblable.
Nous en allons faire l'essai à l'occasion
d'une Fable qui nous a été envoyée de Pro-
vince avec plein pouvoir, et dont le fond
et l'allégorie nous ont parû assés justes , pour ·
ne pas plaindre le soin d'y faire deux o
trois changemens tout au plus.
Nous désirons que l'Auteur , qui ne s'est
désigné que par quelques Lettres initiales ,
entre dans la simplicité de nos vûës , et veuil-
le bien nous excuser, si nous n'avons pû lui
prêter secours qu'à proportion de nos forces.
Fermer
16771
p. 245-252
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay que vous avez grande impatience de sçavoir ce [...]
Mots clefs :
Siam, Siamois, Chevalier de Chaumont, Roi, Missionnaires, Pape, Religion chrétienne, Constantin Phaulkon, Français, Claude de Forbin, Alexandre de Chaumont
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Je sçay que vous avez grande
impatience de sçavoir ce
qui s'est passéà Siam
?
depuis
que M le Chevalier de Chaumont
en est party.Vous n'efies
pas la feule qui ayezmarque
de la curiosité là-dessus;
mais les Nouvelles qui viennent
de six mille lieuës sont
rares, Se l'on n'en reçoit pas
aussisouvent qu'on voudroit.
Je vay pourtant vous en dire
quelques-unes, & ce font les
feules qui soient venuës de
ce Païs-là depuis le retour de
M le Chevalier de Chaumont.
Voussçavez que ta
Roy de Siam ayant une estime
toute particuliere pour
Sa Majesté, & pour toute la
Nation Françoise, souhaita
d'avoir à son service quelques
Officiers François de distinction,&
pria Mr le Chevalier
de Chaumont de luy
laisser
,
fous le bon plaisir
du Roy ,
Mr le Chevalier
Fourbin, dans ledessein d'en
faire son grand Amiral, parce
qu'il avoit déja fait beaucoup
de Campagnes sur les
Vaisseaux de Sa Majesté, dont
il estoit Officier. M le Chevalier
de Chaumont crut que
le Roy approuveroit ce qu'il
feroit là-dessus, & y donna
son consentement. Il fut suivy
de celuy de M le Chevalier
Fourbin, qui demeura
à Siam. Il ne s'y rrouva pas
seulement utile pour commander
sur Mer, mais encore
pour discipliner les
Troupes de Terre, & leur
faire faire l'Exercice à lamaniere
de France. Un jour
qu'il le faisoit faire à une
Compagnie de Portugais,&
à une de Mores du Roy de
Siam
,
elles se chagrinerent
4c ce qu'il leur fit connoistre
qu'elles s'en acquittoient
mal, & se souleverent contre
luy. Ce n'eftoir qu'un
pretexte pour faire éclater
une conspiration qu'elles avoient
faitecontre sa
- personne,&
contreM Constance.
Ces deux Compagnies
avoient mesme formé le
dessein de piller les Palais de
ce dernier, & de s'emparer
de tous ses Effets.M Constance
en fut averty ?
& armé
de sa feule fermeté, soutenuë
de celle de M- le Chevalier
Fourbin ,il alla au devant
de ces mutins? fit saisir
les plus coupables, dissipa le
reste, & fit avorter leur entreprife.
Certe actionjustifie
tout ce que les Relations
ont dit à la gloire de Mr
Constance
, & fait voir que
les François sontpartout
Francois, c'est à dire, intrepides),
& que ce n'est pas seulement
en France qu'ils font
connoistre l'intelligence qu'-
ils ont dans le métier de la-
Guerre? lors qu'ils ont pris
une fois le party des armes.
Si toutes les circonstances de
cette révolte, dont j'ay lieu
dc croire que le fond estres
veritable,ne sont pas entierementconformes
à la maniere
dont l'action s'est passée,
songez qu'ilest fortdifsicile
d'avoir des éclairciffemens
de si loin. Cependant
si ceux à qui les avis en sont
venus, m'apprennent quelque
chose de nouveau sur cet
Article, je vous en feray part
le moisprochain, soiten augmentant
,
soit en diminuant
les paticularitez de cette
Nouvelle.
Vous vous souvenez d'un
Ecclesiastique Siamois, qui a
£Ûé élevé dans la Million à
Siam. Je vous en ay parle
plusieurs fois, sur tout lors
qu'il soutintenSorbonne, du
temps que les Ambassadeurs
duRoy de Siam estoient en
France. On l'avoit mis dans
la Mission Etrangere de Paris,
d'où sortent les Millionnaires
pour Siam. Le Pape
a esté informé de son merltey
& ayant sceu le progrés qu'il
avoitfait dans la Théologie)
ce qui peut estre fort avantageux
à la Religion Chrefiienne,
parce qu'il pourra beaucoupmieuxqu'un
autre- fuader ceux de G. Nation^
SaSainteté a voulu le voir? &
il est party pour Rome. Comme
les talens qu'il a ne peuvent
manquer à se faire connoistre
en peu de temps dans
un lieu où les esprits lont si
éclairez,il ya sujet de croire
qu'on verra un jour un
Siamois élevé aux premières
dignitcz deI'F-ullfè,
impatience de sçavoir ce
qui s'est passéà Siam
?
depuis
que M le Chevalier de Chaumont
en est party.Vous n'efies
pas la feule qui ayezmarque
de la curiosité là-dessus;
mais les Nouvelles qui viennent
de six mille lieuës sont
rares, Se l'on n'en reçoit pas
aussisouvent qu'on voudroit.
Je vay pourtant vous en dire
quelques-unes, & ce font les
feules qui soient venuës de
ce Païs-là depuis le retour de
M le Chevalier de Chaumont.
Voussçavez que ta
Roy de Siam ayant une estime
toute particuliere pour
Sa Majesté, & pour toute la
Nation Françoise, souhaita
d'avoir à son service quelques
Officiers François de distinction,&
pria Mr le Chevalier
de Chaumont de luy
laisser
,
fous le bon plaisir
du Roy ,
Mr le Chevalier
Fourbin, dans ledessein d'en
faire son grand Amiral, parce
qu'il avoit déja fait beaucoup
de Campagnes sur les
Vaisseaux de Sa Majesté, dont
il estoit Officier. M le Chevalier
de Chaumont crut que
le Roy approuveroit ce qu'il
feroit là-dessus, & y donna
son consentement. Il fut suivy
de celuy de M le Chevalier
Fourbin, qui demeura
à Siam. Il ne s'y rrouva pas
seulement utile pour commander
sur Mer, mais encore
pour discipliner les
Troupes de Terre, & leur
faire faire l'Exercice à lamaniere
de France. Un jour
qu'il le faisoit faire à une
Compagnie de Portugais,&
à une de Mores du Roy de
Siam
,
elles se chagrinerent
4c ce qu'il leur fit connoistre
qu'elles s'en acquittoient
mal, & se souleverent contre
luy. Ce n'eftoir qu'un
pretexte pour faire éclater
une conspiration qu'elles avoient
faitecontre sa
- personne,&
contreM Constance.
Ces deux Compagnies
avoient mesme formé le
dessein de piller les Palais de
ce dernier, & de s'emparer
de tous ses Effets.M Constance
en fut averty ?
& armé
de sa feule fermeté, soutenuë
de celle de M- le Chevalier
Fourbin ,il alla au devant
de ces mutins? fit saisir
les plus coupables, dissipa le
reste, & fit avorter leur entreprife.
Certe actionjustifie
tout ce que les Relations
ont dit à la gloire de Mr
Constance
, & fait voir que
les François sontpartout
Francois, c'est à dire, intrepides),
& que ce n'est pas seulement
en France qu'ils font
connoistre l'intelligence qu'-
ils ont dans le métier de la-
Guerre? lors qu'ils ont pris
une fois le party des armes.
Si toutes les circonstances de
cette révolte, dont j'ay lieu
dc croire que le fond estres
veritable,ne sont pas entierementconformes
à la maniere
dont l'action s'est passée,
songez qu'ilest fortdifsicile
d'avoir des éclairciffemens
de si loin. Cependant
si ceux à qui les avis en sont
venus, m'apprennent quelque
chose de nouveau sur cet
Article, je vous en feray part
le moisprochain, soiten augmentant
,
soit en diminuant
les paticularitez de cette
Nouvelle.
Vous vous souvenez d'un
Ecclesiastique Siamois, qui a
£Ûé élevé dans la Million à
Siam. Je vous en ay parle
plusieurs fois, sur tout lors
qu'il soutintenSorbonne, du
temps que les Ambassadeurs
duRoy de Siam estoient en
France. On l'avoit mis dans
la Mission Etrangere de Paris,
d'où sortent les Millionnaires
pour Siam. Le Pape
a esté informé de son merltey
& ayant sceu le progrés qu'il
avoitfait dans la Théologie)
ce qui peut estre fort avantageux
à la Religion Chrefiienne,
parce qu'il pourra beaucoupmieuxqu'un
autre- fuader ceux de G. Nation^
SaSainteté a voulu le voir? &
il est party pour Rome. Comme
les talens qu'il a ne peuvent
manquer à se faire connoistre
en peu de temps dans
un lieu où les esprits lont si
éclairez,il ya sujet de croire
qu'on verra un jour un
Siamois élevé aux premières
dignitcz deI'F-ullfè,
Fermer
Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Après le départ du Chevalier de Chaumont du Siam, le roi de Siam, admirateur de la France, souhaitait des officiers français à son service. Le Chevalier de Chaumont laissa le Chevalier Fourbin, un officier distingué, devenir l'amiral du roi de Siam. Fourbin se montra compétent en mer et capable de discipliner les troupes terrestres. Lors d'un exercice, des compagnies de Portugais et de Mores se révoltèrent contre lui, prétextant une mauvaise évaluation. Cette révolte cachait une conspiration contre Fourbin et M. Constance. Informé, Constance, soutenu par Fourbin, réprima la mutinerie et arrêta les principaux coupables. Le texte souligne le courage et l'intelligence des Français dans l'art de la guerre. Un ecclésiastique siamois, élevé à la Mission de Siam à Paris, impressionna par ses compétences en théologie. Informé de ses mérites, le Pape souhaita le rencontrer, et l'ecclésiastique se rendit à Rome, où ses talents pourraient lui permettre d'accéder à des dignités élevées dans l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16772
p. 221-226
« Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Début :
Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, M. le Chevalier d'Aubigny, Vaisseaux, Vaisseaux anglais, Martinique, Sa Majesté, Comtes, Hôtel des Cheveaux-Légers, Exercices militaires, École militaire, Cavalerie, Infanterie, Artillerie, Cérémonies, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Monfeigneur le Dauphin, aufortir de l'Abbaye
de Pantemont , fe rendit avec Madame au Palais
de Luxembourg, Madame la Dauphine , & Mef
dames Victoire , Sophie & Louife, y étoient arri
vées deVerfailles quelques momens auparavant
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
& MefdamesdeFrance , firent un tour dans les
jardins, monterent enfuite à la galerie , & alle
rent delà fe promener fur le Boulevard. Le foir ,
ce Prince & ces Princeffes retournerent à Ver
failles.
Parles Lettres qu'on vient de recevoir de M. le
Chevalier d'Aubigny, Capitaine de Vaiffeau, on a
eula confirmationde la nouvellede laprifeduVaif
feau de guerre Anglois le Warwick; mais les cir
conftances n'en font pas telles qu'elles avoient
été annoncées par quelques Relations particulie
res. C'eft le 11 de Mars que M.leChevalier d'Aubi
gnyrencontra ce Vaiffeau à l'attérage de la Mar
tinique. Dès qu'il en eut connoiffance , il lui
donna chaffe avec le Vaiffeau le Prudent qu'il
monte , & lesFrégates l'Atalante & le Zéphyr,
commandéespar MM. du Chaffault, Capitaine de
Vaiffeau , & la Touche de Tréville , Lieutenant
de Vaiffeau , qui étoient fous fes ordres. 11 tint
un peulevent. M. la Touche de Tréville coupa
fous le vent , & M. du Chaffault qui manœuvra
pour ferrer le Warwick, le trouva après une
heure & demie de chaffe à portée d'engager le
combat par une fort belle manoeuvre. N'étant
qu'à une portée de piftolet de ce Vaiffeau , it
arriva tout à coup , lui donna fa bordée dans la
pouppe, & fe mit fous le vent àlui , afin de pou
voir fe fervir plus facilement de tous les canons,
dont il fit un feu très-vif. M. le Chevalier d'Aubi
gny, quiavoiteu le temps de s'approcher , avoit
déja tiré fes canons de l'avant , lorfque leWar
wick lui envoya toute fa bordée & baiffa fon pa
villon. Ce Vaiffeau , commandé par le Capitaine
Shuldam, eft percé pour foixante- quatre pieces
de canon ; mais il n'en avoit que foixante de
JUILLET.. 1756.
223
montés. Pendant qu'on lui donnoit chaffe , on
apperçut un autre Vaiffeau à trois lieues au vent ;
mais il difparut bientôt , & il ne fut pas poffibie
au Chevalier d'Aubigny d'aller à fa pourfuite.
M. Savalete de Magnanville s'étant démis de
P'Intendance de Touraine , pour prendre la Char
ge de Garde du Tréfor Royal , vacante par la
mort de M. Savalete , fon pere , le Roi a donné
cette Intendance à M. Lefcalopier, Intendant de
la Généralité de Montauban.
Sa Majestéaaccordé àM. leMarquis de Belloy,
l'agrément de la Lieutenance de Roi de la Pro
vince d'Orléannois , dont M. le Marquis d'Ar
bouville a donné fa démiffion.
Le 11Juin , le Roi accompagné de Monfei
gneur le Dauphin, de M. le Comte deClermont,
Prince du Sang; des Miniftres & desprincipaux
Seigneurs de fa Cour, fe rendit à l'Hôtel des
Chevaux-Légers de fa garde ordinaire, pour y
voir une partie des exercices qu'on montre à la
jeune Nobleffe élevée dans ce Corps.
Sa Majesté entra d'abord dans un manege cou
vert, & le plaça dans un balcon , d'où elle vit
plufieurs éleves, qui manierent leurs chevaux avec
beaucoup de grace & d'adreffe.
Le Roi monta enfuite à la falle des exercices.
Sa Majestéy trouva un Bataillon fous les armes,
compofé des plus jeunes Eleves. Ce Bataillon fir
le maniement des armes avec une préciſion fur
prenante , à lafeule meſure de la nouvelle marche
Françoiſe , & aufon d'une mufique guerriere ; il
fit auffi tous les pas prefcrits par l'Ordonnance ,
& les différentes évolutions d'Infanterie que le
terrein pouvoit permettre.
Après que ce Bataillon cût fini tous les mouve
mens , une feconde troupe compofée des plus
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
grands Eleves , coëffés avantageufement d'un
bonnet d'une forme & d'une conftruction nou
velle , guêtrés & armés enguerre, déboucha dans
le fondde lafalle , & fe forma derriere la pre
miere troupe , qui s'ouvrit en bordant la haye de
'droite & de gauche pour démafquer cette fecon
de. Ladivifion , qui étoit à la gauche du Roi
défila devant Sa Majefté , fit le falut du fufil , &
difparut avec la divifion de la droite , pour laiffer
le terrein libre au grand Bataillon : celui-ci fit
l'exercice à la muette & au coup de tambour,
& toutes les autres manoeuvres du petit Bataillon
avec le même fuccès. La divifion de la gauche
défila devant le Roi , & falua fierement & de fort
bonnegrace de l'efponton. Les trompettes , haut
bois , violons , cors-de-chaffe , les timballes &
les tambours, remplirent par des fanfares l'inter
valle du temps, qui étoit néceffaire aux Eleves
pour ſe préparer aux exercices de l'efcrime & du
veltiger.
Soixante Eleves en camifoles blanches & en
fandales , le fleuret à la main , fe formerent en
bataillon au fond de la falle ; ils avancerent au
pas redoublé, firent halte , ouvrirent leurs rangs
à droite & àgauche, fe mirent fur deuxfiles , &
commencerent l'exercice de l'efcrime ; ils donne
rent par des attitudes fort nobles & par une jufte
exécution l'idée de tous les principes de cet art
?
&finirent cet exercice par plufieurs affauts , qui
intérefferent tous les fpectateurs.
Ils firent enfuite tous les tours du voltiger avec
beaucoup de légèreté & d'adreffe fur un cheval
rembourré. Dix-huit Eleves fauterent en felle fur.
unautre cheval conftruit d'après nature, à refforts,
& dela hauteurde quatre pieds neufpouces , les
uns par la croupe, & les autres de côté, tenant la
JUILLET. 1756.
Eriniere. Huit d'entr'eux firent ces fauts en bottes
fortes , enbottes molles , armés en guerre avecle
225
plaftron , le fabre à la main & lefufil en bandou
Liere. Le cheval fut enfin élevé jufqu'à fept pieds:
quelques Eleves y fauterent deffus en felle au
grand étonnement desfpectateurs.
Le Roi defcendit de la falle des exercices dans
celle des plans, où Sa Majefté en vit plufieurs en
relief de différentes Places de guerre , un pare
complet d'artillerie avec toutes les machines &
uftenciles de guerre , même un pont jettéfur une
petite piece d'eau , imitant une riviere & des bat
teries conftruites , le tout réduit dans de juftes
proportionsfelon les Ordonnances. Dans la même
falle , Sa Majefté examina des Deffeins & des
Plans en relieffaits par les Eleves de l'Ecole. De
là , le Roi fe rendit dans une galerie , d'où Sa
Majefté vit dans un grand manege découvert la
courfe des têtes à la lance , au dard , au piſtolet ,
à l'épée , enfabrant , en pointant & en plongeant.
Les Eleves y donnerent une image de la guerre
parplufieurs manoeuvres très-bien exécutées d'at
taque & de défenſe : il y eut des combats entre
deux Corps de Cavalerie , & entre des Corps de
Cavalerie & d'Infanterie. On entendit un bruit
continuel d'artillerie , de moufqueterie & d'inftru
mens de guerre; & ce qui parut étonnant , c'eft
que les chevaux n'en furent point effrayés , &
qu'ils n'en furent pas moins dociles à la main &
aux aides des Cavaliers qui les montoient.
Les différens exercices dont on vient de parler,
formoient unfpectacle digne du grand Roi qui
daignoitles honorer de fa prétence. Auffi a Ma
jefté en parut très-fatisfaite , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin. Tous les fpectateurs furent
KY
encore plus touchés de l'attention favorable que
226 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté& Monfeigneur leDauphin daignerent
yprêter, que du fuccès éclatant de l'exécution.
On nefçauroit donner trop d'éloges à M. le Duc
de Chaulnes fur l'établiſſement qu'il a fait dansle
Corps qu'il commande, d'une Ecole finéceffaire
à laNobleffe , & à laquelle on ne peut rien dé
frer; ni troplouer M. le Comte de Luberfac de
Livron , fous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux-Légers, qui a dirigé jufqu'àpréfentcette
Ecole , fous les ordres du Ducde Chaulnes avec
une application finguliere. M. deVezannes , Aide
Majoren chefde la Compagnie , & Brigadier des
Armées du Roi , méritebien auffi qu'onfaffe de
lui une mention honorable , par le zele continuel
avec lequel il a contribué au fuccès de cette Ecole.
Le Chevalier Louis Mocenigo , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife auprès du
Roi , mourut à Paris le 12 Juin dans la quarante
fixieme année de fon âge.
Le 13 Juin , pendant laMeffedu Roi , les Car
dinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres,
prêterent un nouveau ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté , ainfi qu'il eft d'ufage en
France, lorfque les Prélats y font revêtus de la
pourpre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quarantelivres les Billets
delapremiere Loterie Royale , à neufcensdouze ;
& ceux de latroifieme Loterie , à fix cens qua
rante-quatre. Ceux dela fecondeLoterie n'avoient
point de prix fixe.
de Pantemont , fe rendit avec Madame au Palais
de Luxembourg, Madame la Dauphine , & Mef
dames Victoire , Sophie & Louife, y étoient arri
vées deVerfailles quelques momens auparavant
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
& MefdamesdeFrance , firent un tour dans les
jardins, monterent enfuite à la galerie , & alle
rent delà fe promener fur le Boulevard. Le foir ,
ce Prince & ces Princeffes retournerent à Ver
failles.
Parles Lettres qu'on vient de recevoir de M. le
Chevalier d'Aubigny, Capitaine de Vaiffeau, on a
eula confirmationde la nouvellede laprifeduVaif
feau de guerre Anglois le Warwick; mais les cir
conftances n'en font pas telles qu'elles avoient
été annoncées par quelques Relations particulie
res. C'eft le 11 de Mars que M.leChevalier d'Aubi
gnyrencontra ce Vaiffeau à l'attérage de la Mar
tinique. Dès qu'il en eut connoiffance , il lui
donna chaffe avec le Vaiffeau le Prudent qu'il
monte , & lesFrégates l'Atalante & le Zéphyr,
commandéespar MM. du Chaffault, Capitaine de
Vaiffeau , & la Touche de Tréville , Lieutenant
de Vaiffeau , qui étoient fous fes ordres. 11 tint
un peulevent. M. la Touche de Tréville coupa
fous le vent , & M. du Chaffault qui manœuvra
pour ferrer le Warwick, le trouva après une
heure & demie de chaffe à portée d'engager le
combat par une fort belle manoeuvre. N'étant
qu'à une portée de piftolet de ce Vaiffeau , it
arriva tout à coup , lui donna fa bordée dans la
pouppe, & fe mit fous le vent àlui , afin de pou
voir fe fervir plus facilement de tous les canons,
dont il fit un feu très-vif. M. le Chevalier d'Aubi
gny, quiavoiteu le temps de s'approcher , avoit
déja tiré fes canons de l'avant , lorfque leWar
wick lui envoya toute fa bordée & baiffa fon pa
villon. Ce Vaiffeau , commandé par le Capitaine
Shuldam, eft percé pour foixante- quatre pieces
de canon ; mais il n'en avoit que foixante de
JUILLET.. 1756.
223
montés. Pendant qu'on lui donnoit chaffe , on
apperçut un autre Vaiffeau à trois lieues au vent ;
mais il difparut bientôt , & il ne fut pas poffibie
au Chevalier d'Aubigny d'aller à fa pourfuite.
M. Savalete de Magnanville s'étant démis de
P'Intendance de Touraine , pour prendre la Char
ge de Garde du Tréfor Royal , vacante par la
mort de M. Savalete , fon pere , le Roi a donné
cette Intendance à M. Lefcalopier, Intendant de
la Généralité de Montauban.
Sa Majestéaaccordé àM. leMarquis de Belloy,
l'agrément de la Lieutenance de Roi de la Pro
vince d'Orléannois , dont M. le Marquis d'Ar
bouville a donné fa démiffion.
Le 11Juin , le Roi accompagné de Monfei
gneur le Dauphin, de M. le Comte deClermont,
Prince du Sang; des Miniftres & desprincipaux
Seigneurs de fa Cour, fe rendit à l'Hôtel des
Chevaux-Légers de fa garde ordinaire, pour y
voir une partie des exercices qu'on montre à la
jeune Nobleffe élevée dans ce Corps.
Sa Majesté entra d'abord dans un manege cou
vert, & le plaça dans un balcon , d'où elle vit
plufieurs éleves, qui manierent leurs chevaux avec
beaucoup de grace & d'adreffe.
Le Roi monta enfuite à la falle des exercices.
Sa Majestéy trouva un Bataillon fous les armes,
compofé des plus jeunes Eleves. Ce Bataillon fir
le maniement des armes avec une préciſion fur
prenante , à lafeule meſure de la nouvelle marche
Françoiſe , & aufon d'une mufique guerriere ; il
fit auffi tous les pas prefcrits par l'Ordonnance ,
& les différentes évolutions d'Infanterie que le
terrein pouvoit permettre.
Après que ce Bataillon cût fini tous les mouve
mens , une feconde troupe compofée des plus
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
grands Eleves , coëffés avantageufement d'un
bonnet d'une forme & d'une conftruction nou
velle , guêtrés & armés enguerre, déboucha dans
le fondde lafalle , & fe forma derriere la pre
miere troupe , qui s'ouvrit en bordant la haye de
'droite & de gauche pour démafquer cette fecon
de. Ladivifion , qui étoit à la gauche du Roi
défila devant Sa Majefté , fit le falut du fufil , &
difparut avec la divifion de la droite , pour laiffer
le terrein libre au grand Bataillon : celui-ci fit
l'exercice à la muette & au coup de tambour,
& toutes les autres manoeuvres du petit Bataillon
avec le même fuccès. La divifion de la gauche
défila devant le Roi , & falua fierement & de fort
bonnegrace de l'efponton. Les trompettes , haut
bois , violons , cors-de-chaffe , les timballes &
les tambours, remplirent par des fanfares l'inter
valle du temps, qui étoit néceffaire aux Eleves
pour ſe préparer aux exercices de l'efcrime & du
veltiger.
Soixante Eleves en camifoles blanches & en
fandales , le fleuret à la main , fe formerent en
bataillon au fond de la falle ; ils avancerent au
pas redoublé, firent halte , ouvrirent leurs rangs
à droite & àgauche, fe mirent fur deuxfiles , &
commencerent l'exercice de l'efcrime ; ils donne
rent par des attitudes fort nobles & par une jufte
exécution l'idée de tous les principes de cet art
?
&finirent cet exercice par plufieurs affauts , qui
intérefferent tous les fpectateurs.
Ils firent enfuite tous les tours du voltiger avec
beaucoup de légèreté & d'adreffe fur un cheval
rembourré. Dix-huit Eleves fauterent en felle fur.
unautre cheval conftruit d'après nature, à refforts,
& dela hauteurde quatre pieds neufpouces , les
uns par la croupe, & les autres de côté, tenant la
JUILLET. 1756.
Eriniere. Huit d'entr'eux firent ces fauts en bottes
fortes , enbottes molles , armés en guerre avecle
225
plaftron , le fabre à la main & lefufil en bandou
Liere. Le cheval fut enfin élevé jufqu'à fept pieds:
quelques Eleves y fauterent deffus en felle au
grand étonnement desfpectateurs.
Le Roi defcendit de la falle des exercices dans
celle des plans, où Sa Majefté en vit plufieurs en
relief de différentes Places de guerre , un pare
complet d'artillerie avec toutes les machines &
uftenciles de guerre , même un pont jettéfur une
petite piece d'eau , imitant une riviere & des bat
teries conftruites , le tout réduit dans de juftes
proportionsfelon les Ordonnances. Dans la même
falle , Sa Majefté examina des Deffeins & des
Plans en relieffaits par les Eleves de l'Ecole. De
là , le Roi fe rendit dans une galerie , d'où Sa
Majefté vit dans un grand manege découvert la
courfe des têtes à la lance , au dard , au piſtolet ,
à l'épée , enfabrant , en pointant & en plongeant.
Les Eleves y donnerent une image de la guerre
parplufieurs manoeuvres très-bien exécutées d'at
taque & de défenſe : il y eut des combats entre
deux Corps de Cavalerie , & entre des Corps de
Cavalerie & d'Infanterie. On entendit un bruit
continuel d'artillerie , de moufqueterie & d'inftru
mens de guerre; & ce qui parut étonnant , c'eft
que les chevaux n'en furent point effrayés , &
qu'ils n'en furent pas moins dociles à la main &
aux aides des Cavaliers qui les montoient.
Les différens exercices dont on vient de parler,
formoient unfpectacle digne du grand Roi qui
daignoitles honorer de fa prétence. Auffi a Ma
jefté en parut très-fatisfaite , ainfi que Monfei
gneur le Dauphin. Tous les fpectateurs furent
KY
encore plus touchés de l'attention favorable que
226 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majefté& Monfeigneur leDauphin daignerent
yprêter, que du fuccès éclatant de l'exécution.
On nefçauroit donner trop d'éloges à M. le Duc
de Chaulnes fur l'établiſſement qu'il a fait dansle
Corps qu'il commande, d'une Ecole finéceffaire
à laNobleffe , & à laquelle on ne peut rien dé
frer; ni troplouer M. le Comte de Luberfac de
Livron , fous-Lieutenant de la Compagnie des
Chevaux-Légers, qui a dirigé jufqu'àpréfentcette
Ecole , fous les ordres du Ducde Chaulnes avec
une application finguliere. M. deVezannes , Aide
Majoren chefde la Compagnie , & Brigadier des
Armées du Roi , méritebien auffi qu'onfaffe de
lui une mention honorable , par le zele continuel
avec lequel il a contribué au fuccès de cette Ecole.
Le Chevalier Louis Mocenigo , Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife auprès du
Roi , mourut à Paris le 12 Juin dans la quarante
fixieme année de fon âge.
Le 13 Juin , pendant laMeffedu Roi , les Car
dinaux de Tavannes , de Luynes & de Gefvres,
prêterent un nouveau ferment de fidélité entre les
mains de Sa Majeſté , ainfi qu'il eft d'ufage en
France, lorfque les Prélats y font revêtus de la
pourpre.
Le 16, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quarantelivres les Billets
delapremiere Loterie Royale , à neufcensdouze ;
& ceux de latroifieme Loterie , à fix cens qua
rante-quatre. Ceux dela fecondeLoterie n'avoient
point de prix fixe.
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Résumé : « Monseigneur le Dauphin, au sortir de l'Abbaye de Pantemont, se rendit avec [...] »
Le texte relate divers événements impliquant la famille royale française et des nouvelles militaires et administratives. Le Dauphin et Madame se rendirent au Palais de Luxembourg, où Madame la Dauphine et les princesses Victoire, Sophie et Louise les attendaient. Ils se promenèrent dans les jardins, visitèrent la galerie et le Boulevard avant de retourner à Versailles. Le Chevalier d'Aubigny annonça la capture du vaisseau de guerre anglais le Warwick le 11 mars. Le combat eut lieu près de la Martinique, impliquant les vaisseaux français le Prudent, l'Atalante et le Zéphyr. Le Warwick, commandé par le Capitaine Shuldam, était conçu pour soixante-quatre canons mais n'en avait que soixante montés. M. Savalet de Magnanville démissionna de l'Intendance de Touraine pour devenir Garde du Trésor Royal. Le Roi nomma M. Lefcalopier à sa succession. Le Marquis de Belloy obtint l'agrément pour la Lieutenance du Roi en Orléannois, succédant au Marquis d'Arbouville. Le 11 juin, le Roi, accompagné du Dauphin et de plusieurs dignitaires, visita l'Hôtel des Chevaux-Légers pour assister à des exercices militaires. Les élèves démontrèrent des manœuvres équestres, des exercices d'infanterie, d'escrime et de voltige. Le Roi examina également des plans de fortifications et des exercices de tir. L'événement fut apprécié par le Roi, le Dauphin et les spectateurs. Le Chevalier Louis Mocenigo, ambassadeur de Venise, mourut à Paris le 12 juin. Le 13 juin, les cardinaux de Tavannes, de Luynes et de Gesvres prêtèrent un nouveau serment de fidélité au Roi. Le 16 juin, les actions de la Compagnie des Indes étaient cotées à différents prix selon les loteries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16773
p. 22-23
A M. DE VOLTAIRE, menacé de perdre la vue.
Début :
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE VOLTAIRE, menacé de perdre la vue.
A M. DE VOLTAIRE, menacé de
perdre la vue.
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
:
!
!
AVRIL . 1764 .
Ce fut la ſeule : & pour ſa gloire
( Outre mille dons précieux )
23
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté,
Mais vous , à qui du Ciel la ſageſſe infinie
Adonné des yeux d'Aigle , emblêmedu Génie,
Quilut aucœurde l'homme & meſura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit, avant vous , Newton ;
Qui la fites briller ſur un autre horiſon
Votre gloire eſt aſſez entière.
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eſt point du tout néceſſaire,
Que vous ayez avec Homére
Une reſſemblance de plus.
Ce 20 Février.
perdre la vue.
HOMÉRE étoit aveugle, à ce que dit l'Histoire,
Houdard eut avec lui cette conformité ;
:
!
!
AVRIL . 1764 .
Ce fut la ſeule : & pour ſa gloire
( Outre mille dons précieux )
23
Il ne fit pas trop mal de perdre la clarté,
Mais vous , à qui du Ciel la ſageſſe infinie
Adonné des yeux d'Aigle , emblêmedu Génie,
Quilut aucœurde l'homme & meſura les Cieux !
Vous qui connutes la lumière
Qu'entrevit, avant vous , Newton ;
Qui la fites briller ſur un autre horiſon
Votre gloire eſt aſſez entière.
Elle eſt à vous ; & je conclus
Qu'il n'eſt point du tout néceſſaire,
Que vous ayez avec Homére
Une reſſemblance de plus.
Ce 20 Février.
Fermer
16774
p. 14-46
ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
Début :
ABBAS , Roi de Perse, fut, comme tant d'autres Potentats, surnommé le [...]
Mots clefs :
Princesse, Eunuque, Portrait, Charmes, Pouvoir, Peinture, Tableau, Esclave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
ABBAS ET SOHRY ,
NOUVELLE PERS ANNE.
ABBAS , Roi de Perfe , fut , comme
tant d'autres Potentats , furnommé le
Grand, pour avoir fait de grands maux
à fes Voifins. Il aimoit paffionnément
les femmes & la guerre . Il la faiſoit
autant pour peupler fon Sérail que pour
accroître fes Etats . Tout Roi dont la
femme étoit belle & le Royaume voifin
de celui de Perfe , devoit alors fonger
à défendre l'une & l'autre. Du refte ,
Abbas étoit auffi prompt à fe refroidir
qu'à s'enflammer , & en amour comme
en guerre , une conquête achevée lui
en faifoit bientôt defirer une nouvelle .
Il y avoit alors dans le Pays d'Imirete
, ( c'eft l'ancienne Albanie ) une
Nota. Le fonds de ce Conte eft vrai , & tiré
des Voyages de Chardin . Sohry eſt auffi connue ,
auffi célébre en Perfe, que la belle Agnès l'eft en
France.
AVRIL. 1763. IS
jeune Princeffe , nommée Sohry , &
foeur du Souverain de cette Contrée. ,
Sohry étoit plus belle qu'on ne le peut
décrire , même en ftyle oriental . C'eſt
elle que les Poëtes Perfans ont depuis
chantée à l'envi. Mais l'hyperbole , qui.
leur eft fi familière , fe trouva dans ,
cette rencontre au - deffous de la réalité.
Il fut , pour cette feule fois , hors de,
leur pouvoir d'outrer un Sujet.
L'admirable Sohry vivoit fous la tutelle
d'une mere qui l'égaloit prèfque .
en beauté , & ne la furpaffoit que de
trois luftres en âge : c'eft-à -dire qu'elle
n'avoit guéres que trente ans. Cette
Princeffe après avoir été Reine s'étoit
faite Religieufe ; état qui dans cette
contrée n'oblige point à s'enfermer dans .
un Cloître. On refte dans fa maiſon ,
& l'on eft libre d'en fortir fans que pour
cela aucun des voeux reçoive , ou foit.
censé avoir reçu nulle atteinte.
Sohry , que nul voeu pareil n'enchaînoit
, gardoit cependant une folitude
plus rigoureufe. Elle habitoit & ne quittoit
point certain Château inacceffible à
tout étranger. J'en excepte le Prince de
Georgie à qui , felon l'ufage de ces
lieux , la Princeffe étoit fiancée depuis
l'âge de cinq ans. Déja même il auroit
16 MERCURE DE FRANCE.
dû être fon époux , fi une guerre fanglante
qui l'occupoit , & la connoiffance
qu'il avoit du caractère d'Abbas , n'euffent
retardé le moment de cette union.
A cela près , les charmes de Sohry n'étoient
guères connus que de fa mère
du Roi fon frère & des femmes qui la
fervoient. Ces femmes , à l'exception
d'une feule , ignoroient même fa qualité.
Tant de précautions avoient pourbut
de dérober cette jeune merveille
aux pourfuites du Roi de Perfe , qui
avoit l'ambition de ne peupler fon Sérail
que de Princeffes. On eut même
recours à un autre moyen , beaucoup
plus infupportable pour cette captive
que la folitude la plus trifte. Ce fut de
publier que fon extrême laideur obligeoit
de la fouftraire à tous les regards.
Ce bruit trouva peu d'incrédules.
On fe fouvint qu'il avoit déja fallu en
ufer ainfi à l'égard d'une foeur aînée de
la Princeffe ; objet réellement auffi difforme
que Sohry étoit féduifante . On
avoit même depuis publié la mort de
cette première captive , qui néanmoins
éxiftoit toujours. La raifon de ce procédé
, c'eft que chez cette nation , la
laideur eſt un opprobre , & qu'elle n'eft
pas moins rare dans ces heureuſes conAVRIL.
1763. 17
#
trées , que l'extrême beauté dans quel
ques autres.
Quant à Sohry , elle ne fe conſoloit
point de l'injure qu'on faifoit à fes charmes.
Elle ignoroit que quelqu'un fongeât
aux moyens de détromper , à cet
égard , & le Public ; & furtout le Roi
de Perfe . C'étoit Zomrou , ancien Miniftre
du feu Roi d'Imirette , & qui d'abord
avoit efpéré de devenir beau - père
du Roi regnant. Las d'efpérer en vain
il pria ce Prince d'époufer fa fille , ou
de ne point vivre avec elle comme s'il
l'eût époufée. Difvald , c'eft le nom du
Roi , répondit en Souverain abfolu
& Zomrou fe retira en Sujet mécon-,
tent.
>
Il crut , toutefois , de voir encore diffimuler
; mais au fond il ne refpiroit
que vengeance , & choifit Abbas pour
fon vengeur. Il fongea à tirer parti du
caractère de ce Prince. La faveur où il
s'étoit maintenu jufqu'alors à la Cour
d'Imirette , l'avoit mis à portée de s'inftruire
de ce qui étoit un mystère pour
tout autre Particulier ; il fçavoit que la
laideur de Sohry n'étoit que fuppofée ,
& il fçavoit de plus le motif de cette
fuppofition . Il fait part at Sophi de toutes
fes découvertes , s'efforce d'exagérer
f
18. MERCURE DE FRANCE .
C
les charmes de Sohry , & trace un por-,
trait bien inférieur encore à fon mo-"
déle. En un mot , il n'épargne rien pour
irriter Abbas contre le frère , & l'enflam-.
mer vivement pour la foeur.:
Ce moyen bifarre a tout le fuccès
qu'il pouvoit avoir Abbas comptoit
parmi fes Eunuques , un Italien qui pour
entrer au Sérail n'avoit pas eu befoin
de changer d'état. C'étoit un de ces
Etres anéantis dès leur naiffance , & à
qui , pour tout dédommagement , l'art
procure un fauffet plus ou moins aigre .
Ce Chantre involontaire avoit dès- lors ;
fçu joindre la Peinture à la Mufique.
Il alloit tour-à-tour du lutrin au chevalet
; il paffoit d'une dévote Ariette au
Portrait d'une Beauté galante . Mais il
trouva que ces travaux réunis ne rapprochoient
point de lui la fortune. II
réfolut de la chercher dans d'autres climats
. Ses voyages , le hafard , ou fa deftinée
, le conduifirent jufqu'à Ifpahan .,
Là , fa qualité d'Eunuque lui procure.
l'avantage de s'attacher au Roi de Perfe ,.
& le caractère de ce Prince lui fournit .
bientôt l'occafion de déployer tous festalens.
Déjà plus d'une fois ce nouveau confident
lui avoit fait connoître les plus .
}
AVRIL. 1763. 19.
belles Princeffes des pays voifins , fans,
que pour cela Abbas eût été obligé de
quitter fa Cour. Il fut queftion d'ufer
d'un ftratagême à -peu-près femblable.
auprès de la Princeffe d'Imirette . Voilà
l'Eunuque encore une fois déguifé en
femme , & conduit en diligence jufqu'à
la Capitale de cette contrée. Il y voit
Zomrou , & en tire certains éclairciffemens
indifpenfables . Quant au furplus
, Abbas l'avoit mis à portée de
furmonter bien des obftacles , ou ce
qui revient au même , l'avoit mis en
état de prodiguer l'or. Il le prodigua &
féduifit tous ceux dont il crut avoir be--
foin. Mais nul d'entr'eux ne pénétra fes
vues . Il fe garda bien , furtout , de nommer
la Princeffe à ceux qui avoifinoient
fa demeure , inftruit d'avance , que ni
eux , ni même la plupart des femmes.
qui la fervoient , ne la connoiffoient
fous ce titre. Au furplus , il apprit que
la jeune Solitaire paroiffoit affez fouvent
à certaine fenêtre , donnant fur une plaine,
vafte & riante. Il fut charmé de la découverte
, fe rendit au lieu indiqué ,
& trouva , de plus , un petit bofquet
propre à favorifer fon deffein. Il étoit,
peu diftant de la fenêtre dont il vient
d'être parlé. L'Eunuque toujours dé20
MERCURE DE FRANCE.
guifé y entra , s'y plaça de maniere à
n'être vu qu'autant qu'il le voudroit
& attendit que la Princeffe daignât ellemême
fe laiffer voir.
1
Elle n'avoit fur ce point aucune répugnance
; chofe affez croyable dans
une jeune Beauté. Souvent même en
contemplant fes charmes dans une glace
, elle gémiffoit de les contempler feule
. Les jardins où elle ne trouvoit pour
toute compagnie que des fleurs , des
ftatues & des femmes , lui devenoient
infipides. Elle n'y jetroit les yeux , ou
ne les parcouroit que par défoeuvrement.
L'Eunuque fans quitter fon embufcade
, fongeoit aux moyens de l'attirer
du côté de la plaine. Il y réuffit avec
le fecours de quelques ariettes Italiennes
, qu'il fe mit à chanter de fon mieux ,
& fort bien. A peine fes accens eurent
frappé l'oreille de la Princeffe , qu'elle
accourut vers fa fenêtre favorite . Ellemême
étoit fort empreffée de voir la
Cantatrice étrangère , car elle jugea, quoiqu'à
regret , que cette voix ne pouvoit
être que celle d'une femme . De fon côté,
l'Eunuque fe tenoit à l'entrée du bofquet,
& là fans être vu trop à découvert ,
& fans difcontinuer de chanter, il tira fes
crayons & déſſina la Princeffe , qui enAVRIL.
1763.
21
chantée de fa voix , ne fongeoit ni à
l'interrompre , ni à difparoître. Déjà
même l'efquiffe du Portrait étoit achevée
, & l'Eunuque chantoit encore
étoit encore écouté . Il crut en avoir
affez fait pour le moment , renferma fes
crayons , & mit fin aux ariettes . Alors
la Princeffe donna ordre que la prétendue
Chanteufe lui fût amenée. C'étoit
ce que demandoit l'Agent travefti.
Il eft introduit auprès d'elle , gracieufement
accueilli , loué fur fa voix ; &
obligé de répondre à une foule de queftions.
?
Il les avoit prévues en partie , & ne
fut embaraffé par aucunes. Sohry lui
demanda entre autres chofes , fi les
Princeffes de fon Pays étoient belles
& les Princes fort galans ? Madame , répondit
la fauffe Italienne , aucune de ces
Princeffes ne vous égale en beauté ,
& tous les Princes de la terre deviendroient
galans , deviendroient paffionnés
, s'ils avoient le bonheur de vous
voir un feul inftant, Sohry ne répondit
rien à ce difcours , mais elle foupira ,
L'Eunuque étoit trop habile pour ne pas
entrevoir la caufe de ce foupir. Etre la
plus belle perfonne de l'Orient & paffer
pour la plus laide , n'avoir que dix22
MERCURE DE FRANCE.
huit ans & pas l'ombre de liberté ; ne
compter qu'un adorateur , qu'on ne voit
que rarement , qu'on n'aime que fort
peu , & ne pouvoir efpérer qu'un autre
le remplace : à coup fùr on foupireroit
, on gémiroit à moins ; & Sohry ,
en effet , ne ſe bornoit pas toujours à
foupirer.
Elle propofe à la fauffe Cantatrice de
s'arrêter quelque temps auprès d'elle .
C'étoit ce que l'Eunuque defiroit le plus ;
cependant il diffimula , oppofa quelques
obftacles faciles à lever , & fe conduifit
avec tant d'art qu'il augmenta l'empreffement
de Sohry , & diffipa tous
les foupçons de fes furveillantes. Il céda ,
enfin , & parut n'avoir fait que céder.
Son emploi confifta d'abord à chanter
auprès de la Princeffe , & à lui donner
quelques leçons de Mufique. Elle joignoit
à fes autres perfections , une voix
auffi propre à charmer l'oreille , que
fes
traits l'étoient à charmer les yeux. L'Eunuque
avoit foin de lui chanter les airs
les plus tendres , & c'étoit toujours
ceux qu'elle apprenoit le plus aifément.
Elle vouloit auffi qu'il lui expli
quât les paroles fur lefquelles ces avis
avoient été compofés . Mais le Traducteur
avoit prèfque toujours foin de leur
AVRIL. 1763: 23
donner un fens relatif à la fituation où
fe trouvoit fa charmante éléve , & aux
fentimens qu'il vouloit faire naître en
fon âme. Delà nouveaux foupirs , nouvelles
rêveries , nouvelles queftions. Il
crut l'inftant favorable pour hafarder
'une épreuve d'une autre genre. Ce fut
de placer le Portrait d'Abbas fous les
yeux de la Princeffe d'Imirette .
,
Sohry lui parloit fouvent & de l'ennui
attaché à une folitude perpétuelle ,
& de la difficulté de vaincre cet ennui.
Je ne vois qu'un moyen de l'éviter , &
c'eft à vous que j'en fuis redevable .
Mais on ne peut ni toujours entendre
chanter , ni toujours chanter foi -même.
Il eft , reprit vivement l'Italien d'autres
talens auffi récréatifs que celui - là ,
auffi faciles à acquérir . Si la Mufique
vous fait imiter & furpaffer le chant des
oifeaux de vos bofquets , la Peinture
par exemple , vous apprendroit à imiter
les oifeaux mêmes , & bien d'autres
objets plus intéreffans que des oifeaux.
Eh quoi ? reprit encore plus vivement
Sohry , auriez-vous auffi le talent dont
vous parlez ? Feu mon époux , repliqua
l'intrépide Italien , le poffédoit au plus
haut degré ; je conferve même le Portrait
d'un Prince de Perfe qu'il peignit
24 MERCURE DE FRANCE .
durant le féjour qu'il fit à Ifpahan .
A peine eut-il prononcé ces mots ,
que la Princeffe voulut voir le Portrait,
& à peine l'a -t-il mis en évidence
qu'elle s'en faifit , le fixe avec attention
, paroît s'émouvoir , loue avec exclamation
l'art du Peintre , & admire
encore plus , mais fans en rien dire , les
traits qu'il a imités . Elle s'informe cependant
qui on a voulu repréfenter dans
cette peinture , & file Peintre n'a point
flatté fon modéle ? Je fçais que fon
grand talent fut d'imiter la reffemblance
, reprit l'Eunuque ; mais j'ignore à
qui ce Portrait reffemble. Une mort
fubite empêcha mon époux de m'en
inftruire à fon retour au Caire où il
m'avoit laiffée. Quelqu'un , à qui la
Cour de Perfe eft connue , m'a dit reconnoître
ici les traits du grand Abbas
C'eft ce que je n'ai pu vérifier , & ce
que fans doute je ne vérifierai jamais .
L'Agent d'Abbas n'avoit pas cru devoir
paroître mieux inftruit de peur de
fe rendre fufpect . Il fçavoit d'ailleurs
que cette incertitude ne ferviroit qu'à
irriter l'impatience de la Princeffe , &
que cette impatience une fois fatisfaite
, la conduiroit à un fentiment plus
vif en core. Il ne fe trompoit pas. Sohry
tomba
AVRIL. 1763. 25
tomba dans une rêverie mélancolique
& profonde. Le Portrait qu'elle avoit
en fon pouvoir l'intéreffoit vivement.
Quelle impreffion ne feroit donc pas
fur elle l'objet qui y eft repréſenté ?
Quel dommage fi ce Prince n'exiftoit
plus ! & s'il exiftoit encore , quel plus
grand dommage d'ignorer qui il eſt ,
d'en être ignorée foi-même ? Toutes ces
penfées agitoient fucceffivement la Princeffe
captive. L'Eunuque l'examinỏit &
la devinoit . Elle lui fit une nouvelle
queftion. Cet Art , lui dit-elle , que
votre époux poffédoit fi bien , vous eftil
donc abfolument inconnu ? C'étoit
encore où l'adroit Emiffaire l'attendoit.
Il répondit que , fans y exceller , il s'y
étoit fouvent éffayé avec fuccès. Vous
pourriez donc , reprit la Princeffe , imiter
la figure de ce petit chien ? Vous en
jugerez , repliqua l'Eunuque , en préparant
fes crayons. A l'inftant même il
deflina cet animal , & le jour fuivant ,
il fit voir à Sohry le tableau déja fort
avancé. C'est dommage , lui dit- elle ,
de n'employer vos talens qu'à peindre
des animaux. J'ai une Efclave qui m'amufe
par fes folies , autant qu'une femme
peut en amufer une autre : fa figure
a quelque chofe d'original , & je vou-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
drois par votre fecours en conferver la
copie. Volontiers , dit encore l'Eunuque
, à qui cette gradation parut devoir .
être bientôt fuivie d'une plus éffentielle .
Déja il demandoit
à Sohry la permiffion
de faire venir cette Efclave ... Attendez,
ajouta de nouveau la Princeffe ; tout ceci
eft , & doit être un mystère entre nous,
& l'Efclave la plus zélée peut devenir
indifcrette
. Ne pourriez-vous pas , pourfuivit-
elle en rougiffant
un peu, exercer
vos talens fur un autre objet ? Par
exemple , me peindre moi-même au lieu
d'elle Madame , repliqua l'Eunuque
tranfporté de joie , mais toujours habile
à diffimuler , je doute que tout l'effort
de l'Art puiffe aller jufques-là : mais
j'exquifferai de mon mieux ces traits.
que la Nature elle-même auroit peine
à reproduire une feconde fois .
•
Sohry lui demanda enfuite quelle
attitude lui fembloit la plus avantageufe
. Celle , répondit-il , qui vous eſt la
plus ordinaire . Il n'eft pas plus en votre
pouvoir d'être fans grâce que fane
beauté.
L'Eunuque alors commença librement
ce Portrait qui étoit l'objet principal
de fa miffion , & qu'il avoit cru
auparavant ne pouvoir éxécuter qu'à
AVRIL. 1763. 27
>
la dérobée . Le zéle qu'il avoit pour fon
Maître & les facilités que lui donnoit
la Princeffe , firent qu'il fe furpaffa
lui- même dans cette nouvelle occafion
. Il parut avoir peint la plus belle
Perfonne du monde , & n'égala pas
encore fon modéle . Cependant , chofe
affez rare , il fatisfit la Beauté qu'il avoit
peinte. Il fe propofoit de tirer une copie
éxacte de ce Portrait : la Princeffe
lui en épargna la peine . Elle lui permit
d'emporter l'Original dans fa Patrie.
Qu'il ferve , ajouta -t -elle , à m'y faire
mieux connoître que dans la mienne où
je dois toujours vivre ignorée. Elle prononça
ces mots d'une voix tremblante
fes yeux devinrent humides C'en fut
affez pour déterminer l'Eunuque à s'expliquer
un peu plus qu'il n'avoit fait jufqu'alors
; mais , cependant , toujours
par emblême ; forte de langage que fon
art le mettoit à même d'employer à fon
choix. Il n'eut pas le loifir d'en faire un
long ufage. La prochaine arrivée du
Prince de Georgie l'obligea de précipiter
fon départ. Sehry elle-même ne crut
pas devoir s'y oppofer. Mais , en partant
, il la fupplia d'accepter une autre
production de fon art , un tableau dont
elle pourroit voir un jour la répétition
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
au naturel. A ces mots , la fauffe Italienne
préfente à la Princeffe un paquet
bien enveloppé , bien cacheté , & s'éloige
en diligence.
Sohry foupçonne que c'eft quelque
autre Portrait , non moins anonyme
que le premier , dont l'Etrangère vient
de lui faire préfent. Elle rompt l'enveloppe
& voit un tableau compofé de
deux figures. Mais quelle eft fa furpriſe
de reconnoître dans l'une fa propre image
, & dans l'autre celle du Portrait
dont on vient de parler ! Cette derniere
figure étoit repréfentée aux pieds de
celle de Sohry & lui offroit un Sceptre.
Le Prince , d'ailleurs , étoit orné de tous
les attributs du Monarque , & même
du Conquérant. Mais c'étoit là tout ;
rien de plus ne fervoit à indiquer fon
nom. L'Agent d'Abbas s'étoit tenu fur
cette réſerve , ne fe croyant pas autorifé
à en dire plus , & craignant furtout
, d'en dire trop.
C'eſt Abbas ! difoit Sohry en ellemême
; plus d'une raifon me porte à
le préfumer. Mais hélas ! Si c'eft lui ,
que de raifons s'oppofent à fes vues ?
Ne s'expliquera-t-il point trop tard ? Me
fera-t-il jamais poffible de l'entendre ,
ou permis de l'écouter ?
AVRIL. 1763 . 29
Ces réfléxions fe renouvelloient fouvent
dans fon âme , & l'attriftoient
toujours. Cependant l'Eunuque arrive
à Ifpahan ; inftruit le Monarque de ce
qu'il a fait , & l'exhorte à venir luimême
achever un ouvrage fi heureuſement
commencé. Le Portrait de Sohry
étoit pour Abbas une exhortation encore
plus éfficace. Il lui parut fi beau
qu'il le foupçonna d'être un peu flatté.
Le Peintre cependant , lui proteſtoit
qu'en cette occafion , l'art étoit reſté
fort au-deffous de la nature , & cet aveu
ne partoit point d'une fauffe modeftie :
Sohry étoit auffi fupérieure à fon Portrait
, qu'il l'étoit lui-même à toutes
les Beautés dont le Sérail d'Abbas étoit
peuplé.
.
On ne tarda pas à voir paroître à
la Cour d'Imirette un envoyé du Sophy.
Cette ambaffade avoit un double objet
; de demander Sohry au nom d'Abbas
, ou de déclarer la guerre en cas
de refus. Lui-même regardoit ce refus
comme certain. Une haine ancienne ,
& par conféquent ridicule , & par conféquent
implacable , animoit les deux
nations , l'une contre l'autre . De fort
mauvais Politiques les entretenoient dans
ce préjugé ; & leurs Princes , qui fou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vent ne l'approuvoient pas , n'ofoient
éffayer de le détruire .
C'eft , furtout , ce que ne vouloit
point tenter Difvald , frère de Sohry ,
& de plus ennemi perfonnel d'Abbas.
Réfolu de réjetter fa demande , il prend
avec le Prince de Georgie , fon futur
beau-fière , des mefures pour lui réfifter.
On éffaye en même tems de
faire prendre le change à l'Envoyé du
Sophy. On ne lui parle que de la
pré endue laideur de Sohry , & pour
mieux l'en convaincre , on fait paroître
à fes yeux cette four aînée , difforme
à tous égards , & qui n'a rien de commun
avec fa cadette , excepté le nom .
L'Agent d'Abbas étoit fort furpris qu'un
Roi pût fe réfoudre à 'raffembler une
armée pour tenter une pareille conquête.
La vraie Sohry , celle qui occafionnoit
tout ce trouble , en étoit la moins
inftruite . Elle continuoit à vivre &
à s'ennuyer dans la folitude. Le tableau
que lui avoit laiffé l'Eunuque ,
en la quittant , occupoit fouvent fes
regards . Seroit-il bien vrai , qu'Abbas
ne me crût pas auffi affreufe qu'on
le publie Elle fe le perfuadoit de fon
mieux , & à tout évenement cette idéo
AVRIL. 1763. 31
la confoloit . Survint tout-à- coup le
Prince de Georgie occupé lui même
d'un idée fort affligeante pour elle , &
qu'il croit propre à le raffurer. Il
venoit , dis- je , exiger de fa Fiancée
un facrifice qui paroîtra toujours exceffivement
dur à une belle perfonne
, & même à une laide : c'étoit d'écrire
de fa propre main au Roi de
Perfe , qu'elle n'a ni agrémens , ni
beauté. Une telle propofition fit frémir
la Princeffe . Elle trouva que c'étoit
abufer de fa docilité & porter
Pafcendant jufqu'à la tyrannie . Elle gardoit
un morne & froid filence. Taymuras
réitére fa demande , & eft furpris
d'avoir été contraint de le faire .
He quoi ! lui dit-elle enfin , avec beaucoup
d'emotion & de vivacité , ma
réputation de laideur n'eft - elle pas fuffifament
établie ? ne paffai- je pas pour
un modéle de difformité ? Le Roi de
Perfe , reprit-il avec chagrin , n'en paroît
pas bien convaincu. Il vous fait
demander par un Ambaſſadeur , &
il vient lui-même appuyer cette demande
à la tête de cent mille hommes.
Cette réponſe rendit la Princeffe une
feconde fois rêveufe. Le dépit fur fon-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage parut avoir fait place à d'autres
mouvemens & Taymuras crut même y
remarquer l'empreinte de la joie. Ce
fut une raifon de plus pour infifter
fur la démarche qu'il exigeoit. Eh que
produira ma lettre ? ajouta la Princeffe ;
détrompera- t-elle plutôt Abbas
que les
difcours de toute une Nation ? Une
ligne de votre main , repliqua Taymuras
, en fera plutôt crue que toutes les
bouches de l'Afie. Une femme qui déclare
qu'elle manque de beauté , ne doit
point trouver d'incrédules.
Sohry lui objecta encore que fa main
ne devoit pas être plus connue d'Abbas
que fa figure , qu'il ne pouvoit connoître.
Mais Taymuras lui apprit qu'une
lettre , qu'elle lui adreffoit dans certaine
occafion , étant tombée au pou
voir du Sophy , il connoiffoit & fon
écriture , & leurs engagemens réciproques.
A l'égard de vos charmes , pourfuivit
il , peut-être Abbas a -t- il fait fur
ce point certaines découvertes ; peutêtre
n'eft- ce qu'un foupçon , & c'eft ce
foupçon qu'il faut détruire .
C'étoit là au contraire , ce que Sohry
eût voulu confirmer. Il fallut , pour la
réduire , les ordres abfolus de la Reine
fa mère. Alors elle vit qu'il falloit céAVRIL.
17630
33
der . Hé bien , dit-elle à Taymuras , avec
un mouvement de dépit qu'elle ne put
contenir , voyons comment vous exigez
qu'on tourne cette lettre fingulière ?
Choififfez-en vous-même les expreffions;
je ne ferai qu'écrire fous votre dictée .
Volontiers , reprit Taymuras , & il
commença ainfi :
La Princeffe d'IMIRETTE , au Roi
DE PERSE.
à
ma J'apprends , Seigneur , que vous prétendez
m'arracher à mon pays ,
famille , au Prince qui doit être mon
époux. C'est à quoi vous ne parviendrez
jamais de mon aveu.
...
La Princeffe avoit écrit , fans interruption
, tout le commencement de
cette phrafe ; mais elle fe fit répéter la
fin jufqu'à trois fois . Taymuras pourfuivit
en ces termes :
Je dois même vous répéter ce que la
Renommée a dû vous apprendre ;
fuis peu digne de cet excès d'empreffement..
Ces derniers mots parurent encore
embarraffer Sohry. Eft -ce bien là ce
que vous avez voulu dire ? demandatelle
au Prince en rougiffant, Précifé-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
ment , reprit-il ; & il répéta les mêmes
expreffions aufquelles il ajouta celles
qui fuivent :
J'ai moins d'attraits que la moins
belle des femmes de cette contrée.....
Vous me trouvez donc bien affreuſe ?
interrompit- elle de nouveau .... Ah !
vous n'êtes que trop adorable , reprit
Taymuras. Mais voulez - vous paffer
pour telle dans l'efprit du Roi de Perfe ?
Ah ! s'il eft ainfi , quittez la plume &
montrez-vous ? Sohry , quoique d'une
main tremblante , écrivit donc encore
ce que le Prince venoit de lui dicter.
Elle s'en croyoit quitte ; mais il
ajouta :
C'eft cette entiere privation de char
mes qui m'oblige à fuir tous les regards
; je voudrois pouvoir me fuir
moi-même ·
Chacun de ces mots faifoit friffonner
la Princeffe. L'altération de fon
vifage marquoit celle de fon âme . La
plume lui échappa de la main . En vérité
, Seigneur , dit- elle , en fe levant
avec dépit , j'ignore quand vous tarirez
fur mes imperfections ! Eh , madame
reprit Taymuras , à peine ce porAVRIL.
1763. 35.
trait idéal fuffit pour me raffurer ! Hébien
, ajouta Sohry , toujours fur le
même ton , je vais vous aider à finir
le tableau . A ces mots , faififfant un
miroir elle éxamine fes traits en détails
; & regardant Taymuras d'un
air ironique & fier : commençons , pourfuivit-
elle › par ces yeux : fans doute
qu'il faut les peindre petits , ronds ,
caves , fans efprit , fans activité ? A
merveille ! reprit Taymuras.
4
SOHRY .
Cette bouche , des plus grandes ; ces
lévres , pâles & livides ?
TAYMURAS,
On ne peut mieux !
SOHRY .
Ces dents , noires & mal rangées →
Bon !
TAYMURAS.
SOHRY.
Ce teint , fans blancheur , fans coloris
, fans vivacité ?
TAY MURA S..
: Parfaitement bien !
SOHRY.
Enfin , toute cette phyfionomie,maf
fade & rebutante ?
B- vj
36 MERCURE DE FRANCE.
TAY MEURAS.
Oui ! voilà le Portrait qu'il convient
d'envoyer au Roi de Perfe.
<
Sohry écrivit , en effet , toutes ces
chofes ; mais non fans murmurer contre
celui qui l'obligeoit à les écrire. La
lettre part , eft remife au Sophy & le
jette dans la plus extrême furpriſe. Il
compare cette lettre avec celle qui auparavant
eft tombée entre fes mains.
L'écriture lui en paroît toute femblable.
C'eft , difoit - il , Sohry ellemême
qui s'accufe de laideur : puis - je
refufer de l'en croire ? Mais fi je l'en
crois , l'Eunuque à coup fur , n'eft qu'un
impofteur. Il ordonne qu'on le faffe venir
, & lui prefcrit impérieuſement d'accorder
, s'il le peut , les deux Portraits :
celui qu'il a fait de Sohry en peinture
& celui qu'elle fait d'elle -même par
écrit.
Chaque ligne que lifoit l'Eunuque
ajoutoit à fon étonnement. Il reconnoît
la main de la Princeffe , & ne recon- .
noît aucun de fes traits dans les détails
burleſques dont cette lettre eft remplie .
Ce n'eft pas tout ; arrivent à l'inſtant
même des dépêches de l'Envoyé du
Sophy , dépêches qui femblent confirmer
en tout point les détails de la let
AVRIL. 1763. 37
tre. L'Eunuque , hors de lui-même
tombe aux genoux d'Abbas. Je jure par
le Commentaire d'Aly , s'écrie le Renégat
Italien , que le portrait que j'ai remis
à votre Majefté eft encore bien inférieur
aux charmes de la Princeffe d'Imirette
, & que la peinture qu'elle fait
ici d'elle-même , n'eft que pour vous
faire prendre le change , comme on l'a
fait prendre à votre Miniftre.
Quoi ! s'écria le Sophy indign é , cette
femme me mépriferoit au point de vouloir
que je la cruffe laide ? Il y a peu
d'exemples d'un mépris porté jufques-là .
N'importe, c'est ce qu'il faut vérifier . En
effet , dès le jour même , il donna des
ordres pour faire marcher une armée
nombreuſe vers les frontièresd'Imirette ,
& peu de temps après , il marcha luimême
pour la commander. Il eut foin
de conduire l'Eunuque avec lui pour
deux raifons ; pour le mettre à même de
fe juftifier , ou pour le faire pendre s'il
ne fe juflifioit pas .
On fçut bientôt à la Cour d'Imirette
qu'il falloit ou fe battre , ou trouver au
Roi de Perfe , une Princeffe auffi belle
qu'il fe la figuroit . On s'en tint au premier
parti. Quant à celle dont la beauté
occafionnoit tant de mouvemens , elle
38 MERCURE DE FRANCE.
Qût volontiers approuvé le parti le plus
doux. Il eft rare qu'une femme fache
mauvais gré à tel amant que ce puiffe
être des efforts qu'il fait pour l'obtenir
, & Sohry étoit fort contente que
fa lettre n'eût point ralenti ceux d'Abbas.
qui
Les Rois d'Imirette & de Georgie
avoient réuni leurs forces . Ils s'étoient
retranchés , & attendoient Abbas , quit
ne fe fit pas long- temps attendre. Il les
attaqua fans héfiter. Le combat fut rude
& fanglant. Les deux Rois alliés s'y comporterent
, l'un en Souverain qui défend
fes Etats , l'autre en amant qui défend
fa maîtreffe . Mais les efforts d' Abbas ne
furent pas moins grands , & furent plus
heureux . Il remporta une victoire complette
, détruifit , ou diffipa l'armée ennemie
, & pourfuivit les deux' Chefsjufqu'à
la Ville où le frère de Sohry tenoit
fa Cour.
Inftruit par l'Eunuque Italien que
la Princeffe tenoit la fienne ailleurs
il y marcha fur le champ , tandis que
la meilleure partie de fes troupes bloquoit
la Capitale. Il arrive & apprend
qu'en effet Sohry habite ce fejour. On
conçoit fans peine l'excès de fon impatience
& de fa joie . Il ordonne qu'on
le conduife vers la Princeffe. Il eft obéis
AVRIL 1763 . 39
Mais que voit-il ? Un'objet auffi hideux
qu'il efpéroit le trouver féduifant ,
le vrai modéle du portrait exprimé dans
la lettre qu'il a reçue avant fon départ
; en un mot , la difforme Princeffe
qu'on a déja fait voir à fon Envoyé !
Certains rapports faits aux deux Rois
fur le féjour & le départ de la fauffe
étrangère , les avoit déterminés à ſubſtituerdans
cette même folitude l'aînée
à la cadette. Abbas fit quelques queftions
à fa prifonnière. Les réponfes qu'il
en reçut , augmenterent fon déplaifir.
Elles étoient parfaitement conformes à
la lettre qu'il fuppofoit avoir été écrite
par elle ; & il refte perfuadé que cette
Sohry fi fameufe par fa beauté, ne doit
l'être que par fa laideur. Je n'ai nuk
reproche à lui faire , difoit Abbas , elle
eft encore plus difforme qu'elle ne me
l'écrit. Pour toi , miférable , ajouta - t-il
en parlant à l'Eunuque , ce qui la juf
tifie te condamne : cette exceffive dif
formité eft l'arrêt de ta mort.
Grand Roi ! s'écria l'Eunuque , en
tombant de nouveau aux pieds . dur
Sophy , que votre Majefté me laiffe
éclaircir ce mystère. Il y en a un dans
tout ceci que je ne connois pas . J'ai
eu à peindre & j'ai peint la plus
40 MERCURE DE FRANCE.
belle perfonne du monde : ce n'eft
donc pas celle
que vous voyez. Mais
celle que j'ai peinte exifte , j'en réponds
fur ma tête , que vous ferez le maître.
de me faire enlever demain comme
aujourd'hui . De grâce retournez vers la
Capitale , hatez - en le fiége , la prife.
pourra mettre entre vos mains une capture
encore plus précieuse.
Zomrou eût pû en partie développer
cette énigme.Mais lui-même avoit laiffé.
pénétrer fes deffeins : il étoit gardé à
vue par ordre des deux Rois , depuis le
jour de l'arrivée du Miniftre d'Abbas .
Par cette raiſon , il n'avoit pas été plus
utile à cet Envoyé qu'il ne pouvoit l'être
alors au Sophy même. Abbas prit donc
une double réfolution . Ce fut de preffer
la Ville affiégée , & de faire battre
la campagne par des Emiffaires munis
du Portrait que l'Eunuque avoit tracé .
Le Prince leur ordonna de lui amener
toutes les femmes qui auroient quelque
reffemblance avec ce Portrait . L'Eunuque
ambitionnoit cette commiffion ;
mais Abbas ne lui permit pas de s'éloigner
de lui. Il vouloit s'en fervir à diftin-.
guer la Princeffe , au cas qu'elle fe trouvât
dans la Ville , ou pouvoir venger
fur lui fon chagrin , au cas qu'elle ne
fe trouvât nulle- part.
"
AVRIL. 1763. 41
Le Siége fut pouffé avec tant de vigueur
qu'en peu de jours la Ville n'avoit
plus guéres que la moitié de fes défenfes
& de fa garnifon . Mais le courage
des deux Rois étoit toujours le
même. Ils ne vouloient ni fe rendre
ni livrer la Princeffe qu'Abbas eût préferé
à toutes les Villes de leurs Etats.
Elle n'étoit point d'ailleurs dans la Capitale.
Sohry inconnue & déguisée
habitoit un afyle fi peu fait pour
elle
qu'il n'y avoit nulle apparence qu'on
dût l'y chercher. Là , elle gémiffoit fur
fes charmes qui caufoient l'oppreffion
de fa Patrie. Mais prèfque certaine
qu'Abbas eft celui dont elle adore en
fecret l'image , elle n'ofe le qualifier
d'oppreffeur. Elle fent même qu'il ne
tient qu'à ce léger éclairciffement pour
qu'il foit , à-peu- près , juftifié dans for
âme.
,
Cependant , le péril augmentoit fans
relâche pour la Capitale. D'un inſtant
à l'autre la Place pouvoit être forcée
pillée , faccagée . Le Roi Difvald , réfolu
à tout , excepté à voir fa Maîtreffe
& fa Mère expofées aux fuites qu'entraîne
le fac d'une Ville , prit le parti
de les faire échapper , l'une après l'autre
, par une voie qu'il croyoit füre,
42 MERCURE DE FRANCE .
Mais Abbas avoit pris des précautions
plus fùres encore . Peu d'inftans après
feur fortie on lui amena les deux fugiti
ves.
J'ai déja dit que la mère de Sohry ne
cédoit en beauté qu'à Sohry même.
Il y avoit , de plus , entre elles , cette
forte de reffemblance qui ne fuppofe
pas toujours une entiére égalité de charmes.
Par cette raifon le Portrait qu'avoit
tracél'Eunuque , Portrait bien inférieur
à l'original , reffembloit beaucoup
plus à la premiere qu'à la feconde.
Abbas au premier coup d'oeil s'y
méprit & crur tout l'emblême expliqué.
Les charmes de fa Captive firent même
tant d'impreffion fur lui , qu'il ne fongea
plus à faire d'autres recherches , & que
' Eunuque Peintre lui parut abfolument
juftifié . Mais celui - ci prétendit lui-même
ne l'être pas encore. Il affura fon Maître
que jamais cette Princeffe n'avoit fervi
de modéle au Portrait , en queſtion ,
& qu'à coup für ce modéle exiftoit..
S'il eft ainfi , Madame , reprit Abbas
, en s'adreffant à la mère de Sohry
vous voyez dès à préfent ce qui peut &
doit former votre rançon. Un objet qui
vous reffemble peut feul vous remplacer
auprès de moi. Vous régnerez , dang
AVRIL. 1763. 43
mon Sérail , ou bien la Princeffe votre
fille y occupera le rang qui vous eft
offert. Je ne puis renoncer à l'une que
pour obtenir l'autre.
>
Ce difcours fit frémir la belle prifonnière
. Elle conjura en vain le Sophy de
fe rappeller le voeu par lequel elle s'étoit
liée vou qui ne lui permettoit plus:
de difpofer d'elle- même . Un pareil motif
a bien peu de pouvoir fur l'âme d'un
Sectateur d'Aly. A peine Abbas parutil
y faire quelque attention : Il ne dépend
que de vous , Madame , reprit - il , &
de garder vos voeux , & de combler les
miens. Que l'aimable Sohry vienne jouir
d'un avantage que vous dédaignez , fau
te de le bien connoître . N'efpérez pas
du moins, que je cherche à étouffer l'a
mour le plus fincère & le plus ardent ,
lorfque vous paroîtrez n'écouter qu'une
haine injufte & de vains préjugés .
Abbas , qui n'avoit prèfque pas remarqué
Fatime ( c'eft le nom de la fille
de Zomrou ) l'envifagea lorfquelle commençoit
à murmurer , tout bas , de
cette inattention . Abbas. trouva l'amour
de Difvald parfaitement bien fondé.
Fatime avoit affez de charmes pour l'en--
flammer lui-même , fi elle n'eût pas eu
Sohry pour rivale. Il fongea cepen
44 MERCURE DE FRANCE
dant à faire craindre au Roi d'Imirette
que Sohry n'éffayât trop tard de l'emporter
fur Fatime.
Ce ftratagême lui réuffit. A peine
Difvald eut appris la captivité de fa
mère & de fa maîtreffe , qu'il fongea:
férieufement à les échanger pour fa
foeur. Ce fut dans ce moment là-même ,
que les Emiffaires d'Abbas lui amenerent
une jeune perfonne vêtue en Efclave
, & infiniment plus belle encore
que le portrait qu'il leur avoit confié.
On s'empreffe , on regarde , on admire.
C'eft Sohry ! s'écrie auffitôt l'Eunuque ;
c'eft ma fille ! s'écrie la Princeffe Douairiere
: c'eſt Abbas ! s'écrie en même
temps la prétendue Efclave , & elle s'évanouit.
Abbas , hors de lui - même , ébloui de
tant d'attraits , & ne fachant comment
interpréter cette défaillance & cette exclamation
fubites , ordonne qué les
fecours foient prodigués à la Princeffe.
Lui-même eft le plus ardent à la fecourir.
Au milieu de quelques agitations
inévitables, une boete cachée dans
ſes habits d'eſclave s'échappe & tombe.
Abbas croit la reconnoître , s'en faifit ,
l'ouvre & y trouve fon portrait. A
cette vue , toute fa fierté afiatique difAVRIL.
1763. 45
paroît ; il tombe aux genoux de la fauffe
efclave. Adorable Sohry , s'écria- t- il !
quoi même en fuyant ma perfonne ,
vous fuyiez avec mon image ! Il eſt
donc vrai que vous ne m'évitiez que
par contrainte ? Ah, ceffez de gêner vos
fentimens & daignez - en recueillir les
fruits à peine les croirai - je affez
payés de toute ma tendreffe & de
toute ma puiffance.
Sohry , en ce moment , ouvre les
yeux. Quelle eft fa furprife ! elle voit
fe réalifer la tableau que l'Eunuque
lui a laiffé en la quittant ; elle voit
en perfonne le fuperbe Abbas dans
l'attitude où elle l'a vû tant de fois en
peinture ; elle le voit à fes pieds ! Un
mouvement de joie qu'elle cherche à
cacher une forte de confufion modefte
ajoutent encore à fa beauté.
Survient à l'inftant la Reine fa mère ,
& fa confufion augmente. Mais un
Envoyé du Roi d'Imirette vint mettre
fin à leur embarras réciproque . Il venoit
propofer pour l'échange des deux
premieres captives , celle que le hazard
avoit déja mis au pouvoir du Sophy.
Ce qui n'empêcha pas que l'échange
ne fut accepté , la paix faite , & ce qui
46 MERCURE DE FRANCE .
dit encore infiniment plus , toute femence
de guerre éteinte .
Abbas reffentoit fon bonheur , au
point de vouloir que tous les autres
fuffent heureux . Il acerut les Etats du
Roi d'Imirette , qui époufa Fatime ; il
fit époufer fa propre foeur au Princ eà
qui il enlevoit Sohry : il partagea avec
cette dernière toute fa puiffance &
la laiffa régner fans partage fur fon
âme. L'Eunuque mit fin à fes voyages ;
& Sohry en fixant le coeur de fon Epoux,
afura aux Princes voifins leur repos ,
leurs femmes & leurs Etats .
Par M. DE LA DIXMERIE .
NOUVELLE PERS ANNE.
ABBAS , Roi de Perfe , fut , comme
tant d'autres Potentats , furnommé le
Grand, pour avoir fait de grands maux
à fes Voifins. Il aimoit paffionnément
les femmes & la guerre . Il la faiſoit
autant pour peupler fon Sérail que pour
accroître fes Etats . Tout Roi dont la
femme étoit belle & le Royaume voifin
de celui de Perfe , devoit alors fonger
à défendre l'une & l'autre. Du refte ,
Abbas étoit auffi prompt à fe refroidir
qu'à s'enflammer , & en amour comme
en guerre , une conquête achevée lui
en faifoit bientôt defirer une nouvelle .
Il y avoit alors dans le Pays d'Imirete
, ( c'eft l'ancienne Albanie ) une
Nota. Le fonds de ce Conte eft vrai , & tiré
des Voyages de Chardin . Sohry eſt auffi connue ,
auffi célébre en Perfe, que la belle Agnès l'eft en
France.
AVRIL. 1763. IS
jeune Princeffe , nommée Sohry , &
foeur du Souverain de cette Contrée. ,
Sohry étoit plus belle qu'on ne le peut
décrire , même en ftyle oriental . C'eſt
elle que les Poëtes Perfans ont depuis
chantée à l'envi. Mais l'hyperbole , qui.
leur eft fi familière , fe trouva dans ,
cette rencontre au - deffous de la réalité.
Il fut , pour cette feule fois , hors de,
leur pouvoir d'outrer un Sujet.
L'admirable Sohry vivoit fous la tutelle
d'une mere qui l'égaloit prèfque .
en beauté , & ne la furpaffoit que de
trois luftres en âge : c'eft-à -dire qu'elle
n'avoit guéres que trente ans. Cette
Princeffe après avoir été Reine s'étoit
faite Religieufe ; état qui dans cette
contrée n'oblige point à s'enfermer dans .
un Cloître. On refte dans fa maiſon ,
& l'on eft libre d'en fortir fans que pour
cela aucun des voeux reçoive , ou foit.
censé avoir reçu nulle atteinte.
Sohry , que nul voeu pareil n'enchaînoit
, gardoit cependant une folitude
plus rigoureufe. Elle habitoit & ne quittoit
point certain Château inacceffible à
tout étranger. J'en excepte le Prince de
Georgie à qui , felon l'ufage de ces
lieux , la Princeffe étoit fiancée depuis
l'âge de cinq ans. Déja même il auroit
16 MERCURE DE FRANCE.
dû être fon époux , fi une guerre fanglante
qui l'occupoit , & la connoiffance
qu'il avoit du caractère d'Abbas , n'euffent
retardé le moment de cette union.
A cela près , les charmes de Sohry n'étoient
guères connus que de fa mère
du Roi fon frère & des femmes qui la
fervoient. Ces femmes , à l'exception
d'une feule , ignoroient même fa qualité.
Tant de précautions avoient pourbut
de dérober cette jeune merveille
aux pourfuites du Roi de Perfe , qui
avoit l'ambition de ne peupler fon Sérail
que de Princeffes. On eut même
recours à un autre moyen , beaucoup
plus infupportable pour cette captive
que la folitude la plus trifte. Ce fut de
publier que fon extrême laideur obligeoit
de la fouftraire à tous les regards.
Ce bruit trouva peu d'incrédules.
On fe fouvint qu'il avoit déja fallu en
ufer ainfi à l'égard d'une foeur aînée de
la Princeffe ; objet réellement auffi difforme
que Sohry étoit féduifante . On
avoit même depuis publié la mort de
cette première captive , qui néanmoins
éxiftoit toujours. La raifon de ce procédé
, c'eft que chez cette nation , la
laideur eſt un opprobre , & qu'elle n'eft
pas moins rare dans ces heureuſes conAVRIL.
1763. 17
#
trées , que l'extrême beauté dans quel
ques autres.
Quant à Sohry , elle ne fe conſoloit
point de l'injure qu'on faifoit à fes charmes.
Elle ignoroit que quelqu'un fongeât
aux moyens de détromper , à cet
égard , & le Public ; & furtout le Roi
de Perfe . C'étoit Zomrou , ancien Miniftre
du feu Roi d'Imirette , & qui d'abord
avoit efpéré de devenir beau - père
du Roi regnant. Las d'efpérer en vain
il pria ce Prince d'époufer fa fille , ou
de ne point vivre avec elle comme s'il
l'eût époufée. Difvald , c'eft le nom du
Roi , répondit en Souverain abfolu
& Zomrou fe retira en Sujet mécon-,
tent.
>
Il crut , toutefois , de voir encore diffimuler
; mais au fond il ne refpiroit
que vengeance , & choifit Abbas pour
fon vengeur. Il fongea à tirer parti du
caractère de ce Prince. La faveur où il
s'étoit maintenu jufqu'alors à la Cour
d'Imirette , l'avoit mis à portée de s'inftruire
de ce qui étoit un mystère pour
tout autre Particulier ; il fçavoit que la
laideur de Sohry n'étoit que fuppofée ,
& il fçavoit de plus le motif de cette
fuppofition . Il fait part at Sophi de toutes
fes découvertes , s'efforce d'exagérer
f
18. MERCURE DE FRANCE .
C
les charmes de Sohry , & trace un por-,
trait bien inférieur encore à fon mo-"
déle. En un mot , il n'épargne rien pour
irriter Abbas contre le frère , & l'enflam-.
mer vivement pour la foeur.:
Ce moyen bifarre a tout le fuccès
qu'il pouvoit avoir Abbas comptoit
parmi fes Eunuques , un Italien qui pour
entrer au Sérail n'avoit pas eu befoin
de changer d'état. C'étoit un de ces
Etres anéantis dès leur naiffance , & à
qui , pour tout dédommagement , l'art
procure un fauffet plus ou moins aigre .
Ce Chantre involontaire avoit dès- lors ;
fçu joindre la Peinture à la Mufique.
Il alloit tour-à-tour du lutrin au chevalet
; il paffoit d'une dévote Ariette au
Portrait d'une Beauté galante . Mais il
trouva que ces travaux réunis ne rapprochoient
point de lui la fortune. II
réfolut de la chercher dans d'autres climats
. Ses voyages , le hafard , ou fa deftinée
, le conduifirent jufqu'à Ifpahan .,
Là , fa qualité d'Eunuque lui procure.
l'avantage de s'attacher au Roi de Perfe ,.
& le caractère de ce Prince lui fournit .
bientôt l'occafion de déployer tous festalens.
Déjà plus d'une fois ce nouveau confident
lui avoit fait connoître les plus .
}
AVRIL. 1763. 19.
belles Princeffes des pays voifins , fans,
que pour cela Abbas eût été obligé de
quitter fa Cour. Il fut queftion d'ufer
d'un ftratagême à -peu-près femblable.
auprès de la Princeffe d'Imirette . Voilà
l'Eunuque encore une fois déguifé en
femme , & conduit en diligence jufqu'à
la Capitale de cette contrée. Il y voit
Zomrou , & en tire certains éclairciffemens
indifpenfables . Quant au furplus
, Abbas l'avoit mis à portée de
furmonter bien des obftacles , ou ce
qui revient au même , l'avoit mis en
état de prodiguer l'or. Il le prodigua &
féduifit tous ceux dont il crut avoir be--
foin. Mais nul d'entr'eux ne pénétra fes
vues . Il fe garda bien , furtout , de nommer
la Princeffe à ceux qui avoifinoient
fa demeure , inftruit d'avance , que ni
eux , ni même la plupart des femmes.
qui la fervoient , ne la connoiffoient
fous ce titre. Au furplus , il apprit que
la jeune Solitaire paroiffoit affez fouvent
à certaine fenêtre , donnant fur une plaine,
vafte & riante. Il fut charmé de la découverte
, fe rendit au lieu indiqué ,
& trouva , de plus , un petit bofquet
propre à favorifer fon deffein. Il étoit,
peu diftant de la fenêtre dont il vient
d'être parlé. L'Eunuque toujours dé20
MERCURE DE FRANCE.
guifé y entra , s'y plaça de maniere à
n'être vu qu'autant qu'il le voudroit
& attendit que la Princeffe daignât ellemême
fe laiffer voir.
1
Elle n'avoit fur ce point aucune répugnance
; chofe affez croyable dans
une jeune Beauté. Souvent même en
contemplant fes charmes dans une glace
, elle gémiffoit de les contempler feule
. Les jardins où elle ne trouvoit pour
toute compagnie que des fleurs , des
ftatues & des femmes , lui devenoient
infipides. Elle n'y jetroit les yeux , ou
ne les parcouroit que par défoeuvrement.
L'Eunuque fans quitter fon embufcade
, fongeoit aux moyens de l'attirer
du côté de la plaine. Il y réuffit avec
le fecours de quelques ariettes Italiennes
, qu'il fe mit à chanter de fon mieux ,
& fort bien. A peine fes accens eurent
frappé l'oreille de la Princeffe , qu'elle
accourut vers fa fenêtre favorite . Ellemême
étoit fort empreffée de voir la
Cantatrice étrangère , car elle jugea, quoiqu'à
regret , que cette voix ne pouvoit
être que celle d'une femme . De fon côté,
l'Eunuque fe tenoit à l'entrée du bofquet,
& là fans être vu trop à découvert ,
& fans difcontinuer de chanter, il tira fes
crayons & déſſina la Princeffe , qui enAVRIL.
1763.
21
chantée de fa voix , ne fongeoit ni à
l'interrompre , ni à difparoître. Déjà
même l'efquiffe du Portrait étoit achevée
, & l'Eunuque chantoit encore
étoit encore écouté . Il crut en avoir
affez fait pour le moment , renferma fes
crayons , & mit fin aux ariettes . Alors
la Princeffe donna ordre que la prétendue
Chanteufe lui fût amenée. C'étoit
ce que demandoit l'Agent travefti.
Il eft introduit auprès d'elle , gracieufement
accueilli , loué fur fa voix ; &
obligé de répondre à une foule de queftions.
?
Il les avoit prévues en partie , & ne
fut embaraffé par aucunes. Sohry lui
demanda entre autres chofes , fi les
Princeffes de fon Pays étoient belles
& les Princes fort galans ? Madame , répondit
la fauffe Italienne , aucune de ces
Princeffes ne vous égale en beauté ,
& tous les Princes de la terre deviendroient
galans , deviendroient paffionnés
, s'ils avoient le bonheur de vous
voir un feul inftant, Sohry ne répondit
rien à ce difcours , mais elle foupira ,
L'Eunuque étoit trop habile pour ne pas
entrevoir la caufe de ce foupir. Etre la
plus belle perfonne de l'Orient & paffer
pour la plus laide , n'avoir que dix22
MERCURE DE FRANCE.
huit ans & pas l'ombre de liberté ; ne
compter qu'un adorateur , qu'on ne voit
que rarement , qu'on n'aime que fort
peu , & ne pouvoir efpérer qu'un autre
le remplace : à coup fùr on foupireroit
, on gémiroit à moins ; & Sohry ,
en effet , ne ſe bornoit pas toujours à
foupirer.
Elle propofe à la fauffe Cantatrice de
s'arrêter quelque temps auprès d'elle .
C'étoit ce que l'Eunuque defiroit le plus ;
cependant il diffimula , oppofa quelques
obftacles faciles à lever , & fe conduifit
avec tant d'art qu'il augmenta l'empreffement
de Sohry , & diffipa tous
les foupçons de fes furveillantes. Il céda ,
enfin , & parut n'avoir fait que céder.
Son emploi confifta d'abord à chanter
auprès de la Princeffe , & à lui donner
quelques leçons de Mufique. Elle joignoit
à fes autres perfections , une voix
auffi propre à charmer l'oreille , que
fes
traits l'étoient à charmer les yeux. L'Eunuque
avoit foin de lui chanter les airs
les plus tendres , & c'étoit toujours
ceux qu'elle apprenoit le plus aifément.
Elle vouloit auffi qu'il lui expli
quât les paroles fur lefquelles ces avis
avoient été compofés . Mais le Traducteur
avoit prèfque toujours foin de leur
AVRIL. 1763: 23
donner un fens relatif à la fituation où
fe trouvoit fa charmante éléve , & aux
fentimens qu'il vouloit faire naître en
fon âme. Delà nouveaux foupirs , nouvelles
rêveries , nouvelles queftions. Il
crut l'inftant favorable pour hafarder
'une épreuve d'une autre genre. Ce fut
de placer le Portrait d'Abbas fous les
yeux de la Princeffe d'Imirette .
,
Sohry lui parloit fouvent & de l'ennui
attaché à une folitude perpétuelle ,
& de la difficulté de vaincre cet ennui.
Je ne vois qu'un moyen de l'éviter , &
c'eft à vous que j'en fuis redevable .
Mais on ne peut ni toujours entendre
chanter , ni toujours chanter foi -même.
Il eft , reprit vivement l'Italien d'autres
talens auffi récréatifs que celui - là ,
auffi faciles à acquérir . Si la Mufique
vous fait imiter & furpaffer le chant des
oifeaux de vos bofquets , la Peinture
par exemple , vous apprendroit à imiter
les oifeaux mêmes , & bien d'autres
objets plus intéreffans que des oifeaux.
Eh quoi ? reprit encore plus vivement
Sohry , auriez-vous auffi le talent dont
vous parlez ? Feu mon époux , repliqua
l'intrépide Italien , le poffédoit au plus
haut degré ; je conferve même le Portrait
d'un Prince de Perfe qu'il peignit
24 MERCURE DE FRANCE .
durant le féjour qu'il fit à Ifpahan .
A peine eut-il prononcé ces mots ,
que la Princeffe voulut voir le Portrait,
& à peine l'a -t-il mis en évidence
qu'elle s'en faifit , le fixe avec attention
, paroît s'émouvoir , loue avec exclamation
l'art du Peintre , & admire
encore plus , mais fans en rien dire , les
traits qu'il a imités . Elle s'informe cependant
qui on a voulu repréfenter dans
cette peinture , & file Peintre n'a point
flatté fon modéle ? Je fçais que fon
grand talent fut d'imiter la reffemblance
, reprit l'Eunuque ; mais j'ignore à
qui ce Portrait reffemble. Une mort
fubite empêcha mon époux de m'en
inftruire à fon retour au Caire où il
m'avoit laiffée. Quelqu'un , à qui la
Cour de Perfe eft connue , m'a dit reconnoître
ici les traits du grand Abbas
C'eft ce que je n'ai pu vérifier , & ce
que fans doute je ne vérifierai jamais .
L'Agent d'Abbas n'avoit pas cru devoir
paroître mieux inftruit de peur de
fe rendre fufpect . Il fçavoit d'ailleurs
que cette incertitude ne ferviroit qu'à
irriter l'impatience de la Princeffe , &
que cette impatience une fois fatisfaite
, la conduiroit à un fentiment plus
vif en core. Il ne fe trompoit pas. Sohry
tomba
AVRIL. 1763. 25
tomba dans une rêverie mélancolique
& profonde. Le Portrait qu'elle avoit
en fon pouvoir l'intéreffoit vivement.
Quelle impreffion ne feroit donc pas
fur elle l'objet qui y eft repréſenté ?
Quel dommage fi ce Prince n'exiftoit
plus ! & s'il exiftoit encore , quel plus
grand dommage d'ignorer qui il eſt ,
d'en être ignorée foi-même ? Toutes ces
penfées agitoient fucceffivement la Princeffe
captive. L'Eunuque l'examinỏit &
la devinoit . Elle lui fit une nouvelle
queftion. Cet Art , lui dit-elle , que
votre époux poffédoit fi bien , vous eftil
donc abfolument inconnu ? C'étoit
encore où l'adroit Emiffaire l'attendoit.
Il répondit que , fans y exceller , il s'y
étoit fouvent éffayé avec fuccès. Vous
pourriez donc , reprit la Princeffe , imiter
la figure de ce petit chien ? Vous en
jugerez , repliqua l'Eunuque , en préparant
fes crayons. A l'inftant même il
deflina cet animal , & le jour fuivant ,
il fit voir à Sohry le tableau déja fort
avancé. C'est dommage , lui dit- elle ,
de n'employer vos talens qu'à peindre
des animaux. J'ai une Efclave qui m'amufe
par fes folies , autant qu'une femme
peut en amufer une autre : fa figure
a quelque chofe d'original , & je vou-
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
drois par votre fecours en conferver la
copie. Volontiers , dit encore l'Eunuque
, à qui cette gradation parut devoir .
être bientôt fuivie d'une plus éffentielle .
Déja il demandoit
à Sohry la permiffion
de faire venir cette Efclave ... Attendez,
ajouta de nouveau la Princeffe ; tout ceci
eft , & doit être un mystère entre nous,
& l'Efclave la plus zélée peut devenir
indifcrette
. Ne pourriez-vous pas , pourfuivit-
elle en rougiffant
un peu, exercer
vos talens fur un autre objet ? Par
exemple , me peindre moi-même au lieu
d'elle Madame , repliqua l'Eunuque
tranfporté de joie , mais toujours habile
à diffimuler , je doute que tout l'effort
de l'Art puiffe aller jufques-là : mais
j'exquifferai de mon mieux ces traits.
que la Nature elle-même auroit peine
à reproduire une feconde fois .
•
Sohry lui demanda enfuite quelle
attitude lui fembloit la plus avantageufe
. Celle , répondit-il , qui vous eſt la
plus ordinaire . Il n'eft pas plus en votre
pouvoir d'être fans grâce que fane
beauté.
L'Eunuque alors commença librement
ce Portrait qui étoit l'objet principal
de fa miffion , & qu'il avoit cru
auparavant ne pouvoir éxécuter qu'à
AVRIL. 1763. 27
>
la dérobée . Le zéle qu'il avoit pour fon
Maître & les facilités que lui donnoit
la Princeffe , firent qu'il fe furpaffa
lui- même dans cette nouvelle occafion
. Il parut avoir peint la plus belle
Perfonne du monde , & n'égala pas
encore fon modéle . Cependant , chofe
affez rare , il fatisfit la Beauté qu'il avoit
peinte. Il fe propofoit de tirer une copie
éxacte de ce Portrait : la Princeffe
lui en épargna la peine . Elle lui permit
d'emporter l'Original dans fa Patrie.
Qu'il ferve , ajouta -t -elle , à m'y faire
mieux connoître que dans la mienne où
je dois toujours vivre ignorée. Elle prononça
ces mots d'une voix tremblante
fes yeux devinrent humides C'en fut
affez pour déterminer l'Eunuque à s'expliquer
un peu plus qu'il n'avoit fait jufqu'alors
; mais , cependant , toujours
par emblême ; forte de langage que fon
art le mettoit à même d'employer à fon
choix. Il n'eut pas le loifir d'en faire un
long ufage. La prochaine arrivée du
Prince de Georgie l'obligea de précipiter
fon départ. Sehry elle-même ne crut
pas devoir s'y oppofer. Mais , en partant
, il la fupplia d'accepter une autre
production de fon art , un tableau dont
elle pourroit voir un jour la répétition
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
au naturel. A ces mots , la fauffe Italienne
préfente à la Princeffe un paquet
bien enveloppé , bien cacheté , & s'éloige
en diligence.
Sohry foupçonne que c'eft quelque
autre Portrait , non moins anonyme
que le premier , dont l'Etrangère vient
de lui faire préfent. Elle rompt l'enveloppe
& voit un tableau compofé de
deux figures. Mais quelle eft fa furpriſe
de reconnoître dans l'une fa propre image
, & dans l'autre celle du Portrait
dont on vient de parler ! Cette derniere
figure étoit repréfentée aux pieds de
celle de Sohry & lui offroit un Sceptre.
Le Prince , d'ailleurs , étoit orné de tous
les attributs du Monarque , & même
du Conquérant. Mais c'étoit là tout ;
rien de plus ne fervoit à indiquer fon
nom. L'Agent d'Abbas s'étoit tenu fur
cette réſerve , ne fe croyant pas autorifé
à en dire plus , & craignant furtout
, d'en dire trop.
C'eſt Abbas ! difoit Sohry en ellemême
; plus d'une raifon me porte à
le préfumer. Mais hélas ! Si c'eft lui ,
que de raifons s'oppofent à fes vues ?
Ne s'expliquera-t-il point trop tard ? Me
fera-t-il jamais poffible de l'entendre ,
ou permis de l'écouter ?
AVRIL. 1763 . 29
Ces réfléxions fe renouvelloient fouvent
dans fon âme , & l'attriftoient
toujours. Cependant l'Eunuque arrive
à Ifpahan ; inftruit le Monarque de ce
qu'il a fait , & l'exhorte à venir luimême
achever un ouvrage fi heureuſement
commencé. Le Portrait de Sohry
étoit pour Abbas une exhortation encore
plus éfficace. Il lui parut fi beau
qu'il le foupçonna d'être un peu flatté.
Le Peintre cependant , lui proteſtoit
qu'en cette occafion , l'art étoit reſté
fort au-deffous de la nature , & cet aveu
ne partoit point d'une fauffe modeftie :
Sohry étoit auffi fupérieure à fon Portrait
, qu'il l'étoit lui-même à toutes
les Beautés dont le Sérail d'Abbas étoit
peuplé.
.
On ne tarda pas à voir paroître à
la Cour d'Imirette un envoyé du Sophy.
Cette ambaffade avoit un double objet
; de demander Sohry au nom d'Abbas
, ou de déclarer la guerre en cas
de refus. Lui-même regardoit ce refus
comme certain. Une haine ancienne ,
& par conféquent ridicule , & par conféquent
implacable , animoit les deux
nations , l'une contre l'autre . De fort
mauvais Politiques les entretenoient dans
ce préjugé ; & leurs Princes , qui fou-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
vent ne l'approuvoient pas , n'ofoient
éffayer de le détruire .
C'eft , furtout , ce que ne vouloit
point tenter Difvald , frère de Sohry ,
& de plus ennemi perfonnel d'Abbas.
Réfolu de réjetter fa demande , il prend
avec le Prince de Georgie , fon futur
beau-fière , des mefures pour lui réfifter.
On éffaye en même tems de
faire prendre le change à l'Envoyé du
Sophy. On ne lui parle que de la
pré endue laideur de Sohry , & pour
mieux l'en convaincre , on fait paroître
à fes yeux cette four aînée , difforme
à tous égards , & qui n'a rien de commun
avec fa cadette , excepté le nom .
L'Agent d'Abbas étoit fort furpris qu'un
Roi pût fe réfoudre à 'raffembler une
armée pour tenter une pareille conquête.
La vraie Sohry , celle qui occafionnoit
tout ce trouble , en étoit la moins
inftruite . Elle continuoit à vivre &
à s'ennuyer dans la folitude. Le tableau
que lui avoit laiffé l'Eunuque ,
en la quittant , occupoit fouvent fes
regards . Seroit-il bien vrai , qu'Abbas
ne me crût pas auffi affreufe qu'on
le publie Elle fe le perfuadoit de fon
mieux , & à tout évenement cette idéo
AVRIL. 1763. 31
la confoloit . Survint tout-à- coup le
Prince de Georgie occupé lui même
d'un idée fort affligeante pour elle , &
qu'il croit propre à le raffurer. Il
venoit , dis- je , exiger de fa Fiancée
un facrifice qui paroîtra toujours exceffivement
dur à une belle perfonne
, & même à une laide : c'étoit d'écrire
de fa propre main au Roi de
Perfe , qu'elle n'a ni agrémens , ni
beauté. Une telle propofition fit frémir
la Princeffe . Elle trouva que c'étoit
abufer de fa docilité & porter
Pafcendant jufqu'à la tyrannie . Elle gardoit
un morne & froid filence. Taymuras
réitére fa demande , & eft furpris
d'avoir été contraint de le faire .
He quoi ! lui dit-elle enfin , avec beaucoup
d'emotion & de vivacité , ma
réputation de laideur n'eft - elle pas fuffifament
établie ? ne paffai- je pas pour
un modéle de difformité ? Le Roi de
Perfe , reprit-il avec chagrin , n'en paroît
pas bien convaincu. Il vous fait
demander par un Ambaſſadeur , &
il vient lui-même appuyer cette demande
à la tête de cent mille hommes.
Cette réponſe rendit la Princeffe une
feconde fois rêveufe. Le dépit fur fon-
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
vifage parut avoir fait place à d'autres
mouvemens & Taymuras crut même y
remarquer l'empreinte de la joie. Ce
fut une raifon de plus pour infifter
fur la démarche qu'il exigeoit. Eh que
produira ma lettre ? ajouta la Princeffe ;
détrompera- t-elle plutôt Abbas
que les
difcours de toute une Nation ? Une
ligne de votre main , repliqua Taymuras
, en fera plutôt crue que toutes les
bouches de l'Afie. Une femme qui déclare
qu'elle manque de beauté , ne doit
point trouver d'incrédules.
Sohry lui objecta encore que fa main
ne devoit pas être plus connue d'Abbas
que fa figure , qu'il ne pouvoit connoître.
Mais Taymuras lui apprit qu'une
lettre , qu'elle lui adreffoit dans certaine
occafion , étant tombée au pou
voir du Sophy , il connoiffoit & fon
écriture , & leurs engagemens réciproques.
A l'égard de vos charmes , pourfuivit
il , peut-être Abbas a -t- il fait fur
ce point certaines découvertes ; peutêtre
n'eft- ce qu'un foupçon , & c'eft ce
foupçon qu'il faut détruire .
C'étoit là au contraire , ce que Sohry
eût voulu confirmer. Il fallut , pour la
réduire , les ordres abfolus de la Reine
fa mère. Alors elle vit qu'il falloit céAVRIL.
17630
33
der . Hé bien , dit-elle à Taymuras , avec
un mouvement de dépit qu'elle ne put
contenir , voyons comment vous exigez
qu'on tourne cette lettre fingulière ?
Choififfez-en vous-même les expreffions;
je ne ferai qu'écrire fous votre dictée .
Volontiers , reprit Taymuras , & il
commença ainfi :
La Princeffe d'IMIRETTE , au Roi
DE PERSE.
à
ma J'apprends , Seigneur , que vous prétendez
m'arracher à mon pays ,
famille , au Prince qui doit être mon
époux. C'est à quoi vous ne parviendrez
jamais de mon aveu.
...
La Princeffe avoit écrit , fans interruption
, tout le commencement de
cette phrafe ; mais elle fe fit répéter la
fin jufqu'à trois fois . Taymuras pourfuivit
en ces termes :
Je dois même vous répéter ce que la
Renommée a dû vous apprendre ;
fuis peu digne de cet excès d'empreffement..
Ces derniers mots parurent encore
embarraffer Sohry. Eft -ce bien là ce
que vous avez voulu dire ? demandatelle
au Prince en rougiffant, Précifé-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
ment , reprit-il ; & il répéta les mêmes
expreffions aufquelles il ajouta celles
qui fuivent :
J'ai moins d'attraits que la moins
belle des femmes de cette contrée.....
Vous me trouvez donc bien affreuſe ?
interrompit- elle de nouveau .... Ah !
vous n'êtes que trop adorable , reprit
Taymuras. Mais voulez - vous paffer
pour telle dans l'efprit du Roi de Perfe ?
Ah ! s'il eft ainfi , quittez la plume &
montrez-vous ? Sohry , quoique d'une
main tremblante , écrivit donc encore
ce que le Prince venoit de lui dicter.
Elle s'en croyoit quitte ; mais il
ajouta :
C'eft cette entiere privation de char
mes qui m'oblige à fuir tous les regards
; je voudrois pouvoir me fuir
moi-même ·
Chacun de ces mots faifoit friffonner
la Princeffe. L'altération de fon
vifage marquoit celle de fon âme . La
plume lui échappa de la main . En vérité
, Seigneur , dit- elle , en fe levant
avec dépit , j'ignore quand vous tarirez
fur mes imperfections ! Eh , madame
reprit Taymuras , à peine ce porAVRIL.
1763. 35.
trait idéal fuffit pour me raffurer ! Hébien
, ajouta Sohry , toujours fur le
même ton , je vais vous aider à finir
le tableau . A ces mots , faififfant un
miroir elle éxamine fes traits en détails
; & regardant Taymuras d'un
air ironique & fier : commençons , pourfuivit-
elle › par ces yeux : fans doute
qu'il faut les peindre petits , ronds ,
caves , fans efprit , fans activité ? A
merveille ! reprit Taymuras.
4
SOHRY .
Cette bouche , des plus grandes ; ces
lévres , pâles & livides ?
TAYMURAS,
On ne peut mieux !
SOHRY .
Ces dents , noires & mal rangées →
Bon !
TAYMURAS.
SOHRY.
Ce teint , fans blancheur , fans coloris
, fans vivacité ?
TAY MURA S..
: Parfaitement bien !
SOHRY.
Enfin , toute cette phyfionomie,maf
fade & rebutante ?
B- vj
36 MERCURE DE FRANCE.
TAY MEURAS.
Oui ! voilà le Portrait qu'il convient
d'envoyer au Roi de Perfe.
<
Sohry écrivit , en effet , toutes ces
chofes ; mais non fans murmurer contre
celui qui l'obligeoit à les écrire. La
lettre part , eft remife au Sophy & le
jette dans la plus extrême furpriſe. Il
compare cette lettre avec celle qui auparavant
eft tombée entre fes mains.
L'écriture lui en paroît toute femblable.
C'eft , difoit - il , Sohry ellemême
qui s'accufe de laideur : puis - je
refufer de l'en croire ? Mais fi je l'en
crois , l'Eunuque à coup fur , n'eft qu'un
impofteur. Il ordonne qu'on le faffe venir
, & lui prefcrit impérieuſement d'accorder
, s'il le peut , les deux Portraits :
celui qu'il a fait de Sohry en peinture
& celui qu'elle fait d'elle -même par
écrit.
Chaque ligne que lifoit l'Eunuque
ajoutoit à fon étonnement. Il reconnoît
la main de la Princeffe , & ne recon- .
noît aucun de fes traits dans les détails
burleſques dont cette lettre eft remplie .
Ce n'eft pas tout ; arrivent à l'inſtant
même des dépêches de l'Envoyé du
Sophy , dépêches qui femblent confirmer
en tout point les détails de la let
AVRIL. 1763. 37
tre. L'Eunuque , hors de lui-même
tombe aux genoux d'Abbas. Je jure par
le Commentaire d'Aly , s'écrie le Renégat
Italien , que le portrait que j'ai remis
à votre Majefté eft encore bien inférieur
aux charmes de la Princeffe d'Imirette
, & que la peinture qu'elle fait
ici d'elle-même , n'eft que pour vous
faire prendre le change , comme on l'a
fait prendre à votre Miniftre.
Quoi ! s'écria le Sophy indign é , cette
femme me mépriferoit au point de vouloir
que je la cruffe laide ? Il y a peu
d'exemples d'un mépris porté jufques-là .
N'importe, c'est ce qu'il faut vérifier . En
effet , dès le jour même , il donna des
ordres pour faire marcher une armée
nombreuſe vers les frontièresd'Imirette ,
& peu de temps après , il marcha luimême
pour la commander. Il eut foin
de conduire l'Eunuque avec lui pour
deux raifons ; pour le mettre à même de
fe juftifier , ou pour le faire pendre s'il
ne fe juflifioit pas .
On fçut bientôt à la Cour d'Imirette
qu'il falloit ou fe battre , ou trouver au
Roi de Perfe , une Princeffe auffi belle
qu'il fe la figuroit . On s'en tint au premier
parti. Quant à celle dont la beauté
occafionnoit tant de mouvemens , elle
38 MERCURE DE FRANCE.
Qût volontiers approuvé le parti le plus
doux. Il eft rare qu'une femme fache
mauvais gré à tel amant que ce puiffe
être des efforts qu'il fait pour l'obtenir
, & Sohry étoit fort contente que
fa lettre n'eût point ralenti ceux d'Abbas.
qui
Les Rois d'Imirette & de Georgie
avoient réuni leurs forces . Ils s'étoient
retranchés , & attendoient Abbas , quit
ne fe fit pas long- temps attendre. Il les
attaqua fans héfiter. Le combat fut rude
& fanglant. Les deux Rois alliés s'y comporterent
, l'un en Souverain qui défend
fes Etats , l'autre en amant qui défend
fa maîtreffe . Mais les efforts d' Abbas ne
furent pas moins grands , & furent plus
heureux . Il remporta une victoire complette
, détruifit , ou diffipa l'armée ennemie
, & pourfuivit les deux' Chefsjufqu'à
la Ville où le frère de Sohry tenoit
fa Cour.
Inftruit par l'Eunuque Italien que
la Princeffe tenoit la fienne ailleurs
il y marcha fur le champ , tandis que
la meilleure partie de fes troupes bloquoit
la Capitale. Il arrive & apprend
qu'en effet Sohry habite ce fejour. On
conçoit fans peine l'excès de fon impatience
& de fa joie . Il ordonne qu'on
le conduife vers la Princeffe. Il eft obéis
AVRIL 1763 . 39
Mais que voit-il ? Un'objet auffi hideux
qu'il efpéroit le trouver féduifant ,
le vrai modéle du portrait exprimé dans
la lettre qu'il a reçue avant fon départ
; en un mot , la difforme Princeffe
qu'on a déja fait voir à fon Envoyé !
Certains rapports faits aux deux Rois
fur le féjour & le départ de la fauffe
étrangère , les avoit déterminés à ſubſtituerdans
cette même folitude l'aînée
à la cadette. Abbas fit quelques queftions
à fa prifonnière. Les réponfes qu'il
en reçut , augmenterent fon déplaifir.
Elles étoient parfaitement conformes à
la lettre qu'il fuppofoit avoir été écrite
par elle ; & il refte perfuadé que cette
Sohry fi fameufe par fa beauté, ne doit
l'être que par fa laideur. Je n'ai nuk
reproche à lui faire , difoit Abbas , elle
eft encore plus difforme qu'elle ne me
l'écrit. Pour toi , miférable , ajouta - t-il
en parlant à l'Eunuque , ce qui la juf
tifie te condamne : cette exceffive dif
formité eft l'arrêt de ta mort.
Grand Roi ! s'écria l'Eunuque , en
tombant de nouveau aux pieds . dur
Sophy , que votre Majefté me laiffe
éclaircir ce mystère. Il y en a un dans
tout ceci que je ne connois pas . J'ai
eu à peindre & j'ai peint la plus
40 MERCURE DE FRANCE.
belle perfonne du monde : ce n'eft
donc pas celle
que vous voyez. Mais
celle que j'ai peinte exifte , j'en réponds
fur ma tête , que vous ferez le maître.
de me faire enlever demain comme
aujourd'hui . De grâce retournez vers la
Capitale , hatez - en le fiége , la prife.
pourra mettre entre vos mains une capture
encore plus précieuse.
Zomrou eût pû en partie développer
cette énigme.Mais lui-même avoit laiffé.
pénétrer fes deffeins : il étoit gardé à
vue par ordre des deux Rois , depuis le
jour de l'arrivée du Miniftre d'Abbas .
Par cette raiſon , il n'avoit pas été plus
utile à cet Envoyé qu'il ne pouvoit l'être
alors au Sophy même. Abbas prit donc
une double réfolution . Ce fut de preffer
la Ville affiégée , & de faire battre
la campagne par des Emiffaires munis
du Portrait que l'Eunuque avoit tracé .
Le Prince leur ordonna de lui amener
toutes les femmes qui auroient quelque
reffemblance avec ce Portrait . L'Eunuque
ambitionnoit cette commiffion ;
mais Abbas ne lui permit pas de s'éloigner
de lui. Il vouloit s'en fervir à diftin-.
guer la Princeffe , au cas qu'elle fe trouvât
dans la Ville , ou pouvoir venger
fur lui fon chagrin , au cas qu'elle ne
fe trouvât nulle- part.
"
AVRIL. 1763. 41
Le Siége fut pouffé avec tant de vigueur
qu'en peu de jours la Ville n'avoit
plus guéres que la moitié de fes défenfes
& de fa garnifon . Mais le courage
des deux Rois étoit toujours le
même. Ils ne vouloient ni fe rendre
ni livrer la Princeffe qu'Abbas eût préferé
à toutes les Villes de leurs Etats.
Elle n'étoit point d'ailleurs dans la Capitale.
Sohry inconnue & déguisée
habitoit un afyle fi peu fait pour
elle
qu'il n'y avoit nulle apparence qu'on
dût l'y chercher. Là , elle gémiffoit fur
fes charmes qui caufoient l'oppreffion
de fa Patrie. Mais prèfque certaine
qu'Abbas eft celui dont elle adore en
fecret l'image , elle n'ofe le qualifier
d'oppreffeur. Elle fent même qu'il ne
tient qu'à ce léger éclairciffement pour
qu'il foit , à-peu- près , juftifié dans for
âme.
,
Cependant , le péril augmentoit fans
relâche pour la Capitale. D'un inſtant
à l'autre la Place pouvoit être forcée
pillée , faccagée . Le Roi Difvald , réfolu
à tout , excepté à voir fa Maîtreffe
& fa Mère expofées aux fuites qu'entraîne
le fac d'une Ville , prit le parti
de les faire échapper , l'une après l'autre
, par une voie qu'il croyoit füre,
42 MERCURE DE FRANCE .
Mais Abbas avoit pris des précautions
plus fùres encore . Peu d'inftans après
feur fortie on lui amena les deux fugiti
ves.
J'ai déja dit que la mère de Sohry ne
cédoit en beauté qu'à Sohry même.
Il y avoit , de plus , entre elles , cette
forte de reffemblance qui ne fuppofe
pas toujours une entiére égalité de charmes.
Par cette raifon le Portrait qu'avoit
tracél'Eunuque , Portrait bien inférieur
à l'original , reffembloit beaucoup
plus à la premiere qu'à la feconde.
Abbas au premier coup d'oeil s'y
méprit & crur tout l'emblême expliqué.
Les charmes de fa Captive firent même
tant d'impreffion fur lui , qu'il ne fongea
plus à faire d'autres recherches , & que
' Eunuque Peintre lui parut abfolument
juftifié . Mais celui - ci prétendit lui-même
ne l'être pas encore. Il affura fon Maître
que jamais cette Princeffe n'avoit fervi
de modéle au Portrait , en queſtion ,
& qu'à coup für ce modéle exiftoit..
S'il eft ainfi , Madame , reprit Abbas
, en s'adreffant à la mère de Sohry
vous voyez dès à préfent ce qui peut &
doit former votre rançon. Un objet qui
vous reffemble peut feul vous remplacer
auprès de moi. Vous régnerez , dang
AVRIL. 1763. 43
mon Sérail , ou bien la Princeffe votre
fille y occupera le rang qui vous eft
offert. Je ne puis renoncer à l'une que
pour obtenir l'autre.
>
Ce difcours fit frémir la belle prifonnière
. Elle conjura en vain le Sophy de
fe rappeller le voeu par lequel elle s'étoit
liée vou qui ne lui permettoit plus:
de difpofer d'elle- même . Un pareil motif
a bien peu de pouvoir fur l'âme d'un
Sectateur d'Aly. A peine Abbas parutil
y faire quelque attention : Il ne dépend
que de vous , Madame , reprit - il , &
de garder vos voeux , & de combler les
miens. Que l'aimable Sohry vienne jouir
d'un avantage que vous dédaignez , fau
te de le bien connoître . N'efpérez pas
du moins, que je cherche à étouffer l'a
mour le plus fincère & le plus ardent ,
lorfque vous paroîtrez n'écouter qu'une
haine injufte & de vains préjugés .
Abbas , qui n'avoit prèfque pas remarqué
Fatime ( c'eft le nom de la fille
de Zomrou ) l'envifagea lorfquelle commençoit
à murmurer , tout bas , de
cette inattention . Abbas. trouva l'amour
de Difvald parfaitement bien fondé.
Fatime avoit affez de charmes pour l'en--
flammer lui-même , fi elle n'eût pas eu
Sohry pour rivale. Il fongea cepen
44 MERCURE DE FRANCE
dant à faire craindre au Roi d'Imirette
que Sohry n'éffayât trop tard de l'emporter
fur Fatime.
Ce ftratagême lui réuffit. A peine
Difvald eut appris la captivité de fa
mère & de fa maîtreffe , qu'il fongea:
férieufement à les échanger pour fa
foeur. Ce fut dans ce moment là-même ,
que les Emiffaires d'Abbas lui amenerent
une jeune perfonne vêtue en Efclave
, & infiniment plus belle encore
que le portrait qu'il leur avoit confié.
On s'empreffe , on regarde , on admire.
C'eft Sohry ! s'écrie auffitôt l'Eunuque ;
c'eft ma fille ! s'écrie la Princeffe Douairiere
: c'eſt Abbas ! s'écrie en même
temps la prétendue Efclave , & elle s'évanouit.
Abbas , hors de lui - même , ébloui de
tant d'attraits , & ne fachant comment
interpréter cette défaillance & cette exclamation
fubites , ordonne qué les
fecours foient prodigués à la Princeffe.
Lui-même eft le plus ardent à la fecourir.
Au milieu de quelques agitations
inévitables, une boete cachée dans
ſes habits d'eſclave s'échappe & tombe.
Abbas croit la reconnoître , s'en faifit ,
l'ouvre & y trouve fon portrait. A
cette vue , toute fa fierté afiatique difAVRIL.
1763. 45
paroît ; il tombe aux genoux de la fauffe
efclave. Adorable Sohry , s'écria- t- il !
quoi même en fuyant ma perfonne ,
vous fuyiez avec mon image ! Il eſt
donc vrai que vous ne m'évitiez que
par contrainte ? Ah, ceffez de gêner vos
fentimens & daignez - en recueillir les
fruits à peine les croirai - je affez
payés de toute ma tendreffe & de
toute ma puiffance.
Sohry , en ce moment , ouvre les
yeux. Quelle eft fa furprife ! elle voit
fe réalifer la tableau que l'Eunuque
lui a laiffé en la quittant ; elle voit
en perfonne le fuperbe Abbas dans
l'attitude où elle l'a vû tant de fois en
peinture ; elle le voit à fes pieds ! Un
mouvement de joie qu'elle cherche à
cacher une forte de confufion modefte
ajoutent encore à fa beauté.
Survient à l'inftant la Reine fa mère ,
& fa confufion augmente. Mais un
Envoyé du Roi d'Imirette vint mettre
fin à leur embarras réciproque . Il venoit
propofer pour l'échange des deux
premieres captives , celle que le hazard
avoit déja mis au pouvoir du Sophy.
Ce qui n'empêcha pas que l'échange
ne fut accepté , la paix faite , & ce qui
46 MERCURE DE FRANCE .
dit encore infiniment plus , toute femence
de guerre éteinte .
Abbas reffentoit fon bonheur , au
point de vouloir que tous les autres
fuffent heureux . Il acerut les Etats du
Roi d'Imirette , qui époufa Fatime ; il
fit époufer fa propre foeur au Princ eà
qui il enlevoit Sohry : il partagea avec
cette dernière toute fa puiffance &
la laiffa régner fans partage fur fon
âme. L'Eunuque mit fin à fes voyages ;
& Sohry en fixant le coeur de fon Epoux,
afura aux Princes voifins leur repos ,
leurs femmes & leurs Etats .
Par M. DE LA DIXMERIE .
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Résumé : ABBAS ET SOHRY, NOUVELLE PERSANNE.
Le texte raconte l'histoire du roi Abbas de Perse, connu pour ses conquêtes territoriales et son goût pour les femmes. Il entend parler de la princesse Sohry d'Imirete, réputée pour sa beauté exceptionnelle. Pour la protéger, sa mère et ses proches diffusent la rumeur qu'elle est laide et l'isolent dans un château inaccessible. Zomrou, un ancien ministre jaloux, informe Abbas de la véritable beauté de Sohry. Abbas envoie alors un eunuque italien, doué en musique et en peinture, déguisé en chanteuse, pour approcher Sohry. L'eunuque séduit Sohry par ses talents et lui montre un portrait d'Abbas sans révéler son identité. Intriguée et émue, Sohry tombe en rêverie. L'eunuque peint un portrait de Sohry et lui offre un tableau représentant deux figures, dont un prince aux attributs royaux. Sohry suspecte qu'il s'agit d'Abbas. L'eunuque retourne à Ispahan et informe Abbas, qui décide de se rendre en Imirete. Le frère de Sohry, Difvald, refuse la demande d'Abbas et prépare la guerre. Taymuras, prince de Géorgie, demande à Sohry d'écrire une lettre affirmant son manque de beauté, ce qu'elle fait à contrecœur. Abbas, surpris par la lettre, ordonne à l'eunuque d'expliquer la contradiction entre le portrait et la lettre. Abbas marche vers l'Imirete avec une armée et assiège la capitale après une bataille victorieuse. L'eunuque révèle qu'Abbas a vu l'aînée des princesses, substituée à la cadette. Abbas poursuit la véritable Sohry. Pendant le siège, la mère et la sœur de Sohry tentent de s'échapper mais sont capturées. Abbas, ébloui par la beauté de la mère de Sohry, croit d'abord qu'elle est la princesse. L'eunuque insiste sur l'existence de la véritable Sohry, qui est finalement retrouvée déguisée en esclave. Abbas, reconnaissant son portrait chez elle, comprend qu'elle l'aime en secret. La paix est conclue, et Abbas épouse Sohry, accordant des mariages avantageux à ses alliés pour assurer la stabilité régionale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16775
p. 23-24
ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de MONTAUDOUIN, Négociant de Nantes, & Membre de la Société d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
Début :
PAR ce gâteau,l'usage antique [...]
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texteReconnaissance textuelle : ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de MONTAUDOUIN, Négociant de Nantes, & Membre de la Société d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
ENVOI d'un gâteau des Rois, à M. de
MONTAUDOUIN, Négociant de
Nantes, & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
PAR ce gâteau,l'usage antique
Tous les ans, dans plus d'un endroit,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poſſédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Eh : que vous importe la féve ,
Lorſque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de ſon ménage
Et le Roi de tous ſes amis.
MONTAUDOUIN, Négociant de
Nantes, & Membre de la Société
d'Agriculture en Bretagne, &c, par son Boulanger.
PAR ce gâteau,l'usage antique
Tous les ans, dans plus d'un endroit,
Erige un thrône domeſtique
Que vous poſſédez de plein droit.
24 MERCURE DE FRANCE.
1
Eh : que vous importe la féve ,
Lorſque votre vertu reléve
Le rang où le Ciel vous a mis ?
On eft , avec cet avantage ,
Et le Prince de ſon ménage
Et le Roi de tous ſes amis.
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16777
p. 2725-2726
CONTE EN EPIGRAMME.
Début :
Certain jeune Avocat, affamé de procès [...]
Mots clefs :
Avocat, Cicéron, Railleur
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texteReconnaissance textuelle : CONTE EN EPIGRAMME.
CONTE
EN EPIGRAMM E.
Certain jeune Avocat , affamé de procès
N'avoit ni Client , ni Cliente ;
Envain il balayoit chaque jour le Palais ,
Et disoit à la Gent Plaidante :
Chez moi , Messieurs , on écrit propre
ment ;
En nouveau Ciceron je plaide éloquemment ,
1.Vol. B v Le
2726 MERCURE DE FRANCE
Le tout à juste prix ; il employoit la force
De maint autre raisonement ;
Autant en emporte le vent.
Pas le moindre Plaideur ne venoit à l'amorce ;
Comment faire ! on le raille impitoyablement ;
Ecoute , te voilà dans un âge nubile ,
Lui disoit l'autre jour un de ses bons amis ,
Il faut te marier , et c'est là mon avis.
Alors tout te sera facile ,
Faute de mieux , ce remede aigre- doux ;
Fut accepté par l'Avocat docile.
Il promit de porter le beau titre d'Epoux ;
Pendant qu'une femme on lui quête
Un jour l'ami railleur vint lui parler ainsi ,
Je sais que ton Hymen s'aprête ,
Les affaires , dis -moy , viennent- elles aussi ?
Oh ! bien- tôt , répondit notre futur mari ,
J'en aurai par dessus la tête.
M. D. S. Avocat.
EN EPIGRAMM E.
Certain jeune Avocat , affamé de procès
N'avoit ni Client , ni Cliente ;
Envain il balayoit chaque jour le Palais ,
Et disoit à la Gent Plaidante :
Chez moi , Messieurs , on écrit propre
ment ;
En nouveau Ciceron je plaide éloquemment ,
1.Vol. B v Le
2726 MERCURE DE FRANCE
Le tout à juste prix ; il employoit la force
De maint autre raisonement ;
Autant en emporte le vent.
Pas le moindre Plaideur ne venoit à l'amorce ;
Comment faire ! on le raille impitoyablement ;
Ecoute , te voilà dans un âge nubile ,
Lui disoit l'autre jour un de ses bons amis ,
Il faut te marier , et c'est là mon avis.
Alors tout te sera facile ,
Faute de mieux , ce remede aigre- doux ;
Fut accepté par l'Avocat docile.
Il promit de porter le beau titre d'Epoux ;
Pendant qu'une femme on lui quête
Un jour l'ami railleur vint lui parler ainsi ,
Je sais que ton Hymen s'aprête ,
Les affaires , dis -moy , viennent- elles aussi ?
Oh ! bien- tôt , répondit notre futur mari ,
J'en aurai par dessus la tête.
M. D. S. Avocat.
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Résumé : CONTE EN EPIGRAMME.
Le texte narre l'histoire d'un jeune avocat qui, malgré ses compétences en écriture et en plaidoirie, échoue à attirer des clients. Ses efforts pour se faire connaître restent infructueux et il est moqué par ses pairs. Sur les conseils d'un ami, il décide de se marier dans l'espoir d'améliorer sa situation professionnelle. Plus tard, cet ami lui demande si ses affaires commencent à prospérer. L'avocat répond de manière optimiste qu'il en aura bientôt en abondance. Le récit se conclut sans fournir de détails supplémentaires sur l'évolution de sa carrière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16778
p. 1081-1088
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
Début :
Il m'est revenu, Messieurs, qu'une personne étoit d'avis [...]
Mots clefs :
Sainte Cécile, Musique, Clavier, Patrone des musiciens, Orgue, Église
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure ,
à l'occasion de l'Ecrit sur fainte Cecile
imprimé dans le Mercure de Fanvier
dernier.
I'
L m'est revenu , Messieurs , qu'une
personne étoit d'avis que la datte que
je donne au culte de sainte Cécile par les
Musiciens , n'est pas assez ancienne , et
que la preuve s'en tire du Tableau de Raphaël où cette Sainte est représentée avec
des Instrumens de Musique. Cette remarque ne m'étonne aucunement ; et là ré
ponse que j'ai à y faire sera courte. Iln'y
a qu'à lire ma proposition telle qu'elf
I.Vol. B vj es t
IOS2 MERCURE DE FRANCE
-
est à la page 26. de votre Journal de
Janvier. La voici : Ce n'est que depuis un
siécle , ou un peu plus , que les Musiciens
se sont réunis à choisir Ste Cecile pour leur
Patrone. Je ne dis pas que ce n'est que depuis un siécle ou un peu plus qu'on a
commencé àvoir dés vestiges de ce choix
fait par les Musiciens de quelque Eglise
particuliere ou de quelque Province; mais je dis que c'est seulement depuis un siécle , ou un peu plus , que la réunion s'est
faite généralement sur sainte Cécile. A la
page 28. je laisse entre voir que mons
sentiment est, que ç'a été d'abord en Italie qu'on a commencé à regarder sainte
Cécile comme Patrone de la Musique. Je
le dis , à la vérité , sans citer ma preuve ;
mais cette preuve en elle- même , n'a jamais été autre que le Tableau de Ra--
phaël , sur lequel j'ai fondé ma conjecture. Tableau qui a deux cens ans d'antiquité , comme tout le monde sçait. Je ne
fixe donc point d'époque pour le commencement de ce choix , mais seulement.
pour la réunion du Corps des Musiciens ,
répandus dans les Eglises Cathedrales d'Occident. C'est un choix qui a eu ses
progrès peu à peu, et qui n'a été parfai- tement consommé que depuis cent ans ou
environ. Au reste , si l'idée de Raphaël
I.Vol est
JUIN 173 2. 1083
est de lui , il faut avoiier qu'il a donné
occasion aux Graveurs d'encherir dans ce
genre d'imagination..
On commence de nos jours à ne plus
voir Ste Cécile simplement ravie en admiration devant le Clavier d'un Jeu d'Orgues on s'avise de la représenter encore
jouant de la Basse de Violon. C'est dans :
cette attitude que je l'ai vûë dans une
Estampe , gravée par Chiquet, qui étoit
exposée icy en vente ces jours derniers , à
la Boutique de ces Imagers de Basse-Normandie qui parcourent tout le Royaume.
Qui doute , après cela , qu'on ne la voye
bien-tôt representée joüant du Basson ou
même du Serpent ? S'il est vrai qu'en Ita---
lie les Religieuses d'un certain Monaster
re chantent du Contre- point et un Fauxbourdon complet dans leur Choeur ; rien
n'empêche de croire qu'on y joue aussi
du Serpent : et cela peut servir à rendre
probable l'opinion que Ste Cécile en aura
joué de son temps. Mais sans trop m'ar
rêter aux imaginations des Peintres,à qui
tout est permis , et pour vous marquer
je suis de bonne foy, et que je ne
demande qu'à être instruit , je vous prie ,
Messieurs de vouloir bien vous faire informer si à Albi , dont l'Eglise Cathér
drale est du Titre de Ste Cécile , il n'y
que
تو
1.Fol. auroit
1084 MERCURE DE FRANCE
auroit point de preuves du choix en question qui fussent antérieures au siécle de
Raphaël ; auquel cas ce seroit la France
qui auroit donné l'origine à cette dévotion , comme à certaines autres.
Quoique les Italiens passent pour ai-
´mer passionnement la Musique , il y en
a qu'il faut excepter ; témoin ce qu'on lit
de Dominique Capranica , qui étoit Cardinal sous Nicolas V. c'est- à- dire, au miiieu du quinziéme siécle. Les Musiciens
d'Italie pouvoient être sujets alors à des
imperfections , que n'avoient pas ceux de
France. Mais je veux que l'abus ait été général en ce temps- là ; il ne doit pas en résulter qu'il ait dû toujours durer. Ainsi l'on peut trouver du bon dans ce que le
CardinalCapranica désaprouvoit, et dont
il fit au Pape une raillerie si piquante.
Outre que l'articulation et la prononciation se rendent intelligibles de leur côté ,
autant qu'il dépend d'eux ; j'ai trouvé
plusieurs Musiciens assez sensez et assez
traitables , pour tomber d'accord , que le
choix de Ste Cécile , en qualité de Patro
ne de la Musique , n'est pas le plus heureux du monde , et que l'on s'est servi là- dedans comme les Moutons se servent les
uns aux autres : Sicut ovis over. J'en ai
(a ) Baluz. Tom. III. Miscellan. pag. 290.
I. Vol.
vû.
JUIN. 17320 1085
vû quelques- uns de la Ville de Tours qui
m'ont avoué que leur vûë avoit été sur
S. Odon de Cluny ; et cela avant qu'ils
eussent lû l'Ecrit que j'ai publié à ce su
jet. Je ne me flattois pas de trouver tant
de docilité ni de bon goût dans des Musiciens de Province.
La déclaration que j'ai faite de l'attachement que j'ai pour la Musique,à l'exemple du Cardinal Bona , ne préjudicie en.
rien aux interêts que j'ai de dire la vérité.
J'ai laissé à comprendre que la Musique
est une science dont on peut abuser ; er
on en abuse souvent que trop. Il ne me
convient pas de faire icy un Traité sur
cette matiere ; on pourra voir quelque
jour ce que j'en ai dit dans mon Commentaire sur la Constitution de Jean
XXII. Docta Sanctorum Patrum , où je me
suis fort étendu ; et sans m'expliquer plus.
au fond sur ce que Dom Mabillon en
pense touchant la difference qui est entre
les François et les Allemans , en fait de
chant difference qu'il met en ce que ces
derniers font consister la dévotion dans
un grand fracas de Musique et d'Instru
mens; ce qu'en France on regarde comme
un obstacle à la dévotion; que nos Galli ,
dit-il , pietatis impedimenta reputamus (a).
( a ) Mabill. Iter Germanic. pag. 21 et 22.
1. Vol.
Je
108 MERCURE DE FRANCE
je me contente pour le présent d'un seul '
exemple : c'est l'application de la Musique à récits et à répetitions sur le Sym
bole de Nicée. Je connois une Eglise illustre où l'on a réformé très - sagement
cet usage , et où l'on a remis la récitation de cette Partie de la Liturgie en
pur Plain chant. On est persuadé dans
cette Eglise , sans faire tort à la Musi
que , qu'elle n'est venuë qu'après coup
et que , pour ainsi parler , elle n'est que
la cadette ; qu'au contraire le Plain - chant
est le plus ancien en datte , et qu'il doit
jouir du droit d'aînesse.
On l'a donc rétabli dans ses droits sur
cet article ; et l'Eglise qui en a agi ainsi
est dautant plus loüable en cela , que
presque toutes les fois que la récitation
du Symbole s'y fait , l'usage est de tems
immémorial d'y présenter pendant ce
tems là le Texte de l'Evangile à baiser à
tout le Clergé, en sorte que les paroles
et l'action sont parfaitement d'accord en
cette occasion. On y voit , ou plutôt on
y entend le Chanoine comme le Semiprébendé, l'homme simple commel'hom
me lettré , le vieillard comme le jeune
le foible comme le fort , le laïque comme
L'Ecclésiastique , le peuple aussi-bien que
les-Musiciens , tous généralement mêler
I. Vol. leur
'JUIN. 17325 1087™
leur voix en commun pour l'acquit de la
Profession de foy , et l'on ne voit se séparer de ce Concert admirable et digne
des premiers temps , que ceux qui gouteroient davantage que cette Profession da
foy se fit par commission ou par procu
ration , ou bien ceux qui ne peuvent pas
s'accoutumer à une prononciation distincte de ce qu'ils chantent ; et ceux - là
sont en très- petit nombre
à
Si les Eglises où il y a. Musique quoti
dienne peuvent l'abolir entièrement ,
comme celle de Sens l'a fait autrefois ;
soit par le manque de sujets ,, soit par
la difficulté d'en trouver de tels que les
Canons les demandent ; elles peuvent
plus forte raison la supprimer à l'égard
de quelques parties seulement de l'Office
où elle convenoit moins , pour la transporter sur d'autre où elle sera mieux. placée.Les Musiciens dépouillez de tout préjugé n'ont pû se refuser à l'équité de ce
transport , ils sont tombez d'accord que,
par exemple , la Musique et le Fauxbourdon conviennent mieux au Cantique Te
Deum , qu'au Credo ; et je ne doute pas ,
Messieurs, que vous qui en connoissez
de très-celebres à Paris et ailleurs, ne leur
fassiez avoüer facilement la même chose.
Il semble que les personnes qui sont du
I. Vol. senti
1088 MERCURE DE FRANCE
sentiment contraire , peuvent être regar
dées comme du nombre de celles que
l'Ombre de M. Thiers combat si vivement dans le Mercure de Juin 1731.
second Volume , aux pages 1441. et 1442.
Je vous en fais les Juges , et je suis , &c
Ce 25. Avril 1732.
à l'occasion de l'Ecrit sur fainte Cecile
imprimé dans le Mercure de Fanvier
dernier.
I'
L m'est revenu , Messieurs , qu'une
personne étoit d'avis que la datte que
je donne au culte de sainte Cécile par les
Musiciens , n'est pas assez ancienne , et
que la preuve s'en tire du Tableau de Raphaël où cette Sainte est représentée avec
des Instrumens de Musique. Cette remarque ne m'étonne aucunement ; et là ré
ponse que j'ai à y faire sera courte. Iln'y
a qu'à lire ma proposition telle qu'elf
I.Vol. B vj es t
IOS2 MERCURE DE FRANCE
-
est à la page 26. de votre Journal de
Janvier. La voici : Ce n'est que depuis un
siécle , ou un peu plus , que les Musiciens
se sont réunis à choisir Ste Cecile pour leur
Patrone. Je ne dis pas que ce n'est que depuis un siécle ou un peu plus qu'on a
commencé àvoir dés vestiges de ce choix
fait par les Musiciens de quelque Eglise
particuliere ou de quelque Province; mais je dis que c'est seulement depuis un siécle , ou un peu plus , que la réunion s'est
faite généralement sur sainte Cécile. A la
page 28. je laisse entre voir que mons
sentiment est, que ç'a été d'abord en Italie qu'on a commencé à regarder sainte
Cécile comme Patrone de la Musique. Je
le dis , à la vérité , sans citer ma preuve ;
mais cette preuve en elle- même , n'a jamais été autre que le Tableau de Ra--
phaël , sur lequel j'ai fondé ma conjecture. Tableau qui a deux cens ans d'antiquité , comme tout le monde sçait. Je ne
fixe donc point d'époque pour le commencement de ce choix , mais seulement.
pour la réunion du Corps des Musiciens ,
répandus dans les Eglises Cathedrales d'Occident. C'est un choix qui a eu ses
progrès peu à peu, et qui n'a été parfai- tement consommé que depuis cent ans ou
environ. Au reste , si l'idée de Raphaël
I.Vol est
JUIN 173 2. 1083
est de lui , il faut avoiier qu'il a donné
occasion aux Graveurs d'encherir dans ce
genre d'imagination..
On commence de nos jours à ne plus
voir Ste Cécile simplement ravie en admiration devant le Clavier d'un Jeu d'Orgues on s'avise de la représenter encore
jouant de la Basse de Violon. C'est dans :
cette attitude que je l'ai vûë dans une
Estampe , gravée par Chiquet, qui étoit
exposée icy en vente ces jours derniers , à
la Boutique de ces Imagers de Basse-Normandie qui parcourent tout le Royaume.
Qui doute , après cela , qu'on ne la voye
bien-tôt representée joüant du Basson ou
même du Serpent ? S'il est vrai qu'en Ita---
lie les Religieuses d'un certain Monaster
re chantent du Contre- point et un Fauxbourdon complet dans leur Choeur ; rien
n'empêche de croire qu'on y joue aussi
du Serpent : et cela peut servir à rendre
probable l'opinion que Ste Cécile en aura
joué de son temps. Mais sans trop m'ar
rêter aux imaginations des Peintres,à qui
tout est permis , et pour vous marquer
je suis de bonne foy, et que je ne
demande qu'à être instruit , je vous prie ,
Messieurs de vouloir bien vous faire informer si à Albi , dont l'Eglise Cathér
drale est du Titre de Ste Cécile , il n'y
que
تو
1.Fol. auroit
1084 MERCURE DE FRANCE
auroit point de preuves du choix en question qui fussent antérieures au siécle de
Raphaël ; auquel cas ce seroit la France
qui auroit donné l'origine à cette dévotion , comme à certaines autres.
Quoique les Italiens passent pour ai-
´mer passionnement la Musique , il y en
a qu'il faut excepter ; témoin ce qu'on lit
de Dominique Capranica , qui étoit Cardinal sous Nicolas V. c'est- à- dire, au miiieu du quinziéme siécle. Les Musiciens
d'Italie pouvoient être sujets alors à des
imperfections , que n'avoient pas ceux de
France. Mais je veux que l'abus ait été général en ce temps- là ; il ne doit pas en résulter qu'il ait dû toujours durer. Ainsi l'on peut trouver du bon dans ce que le
CardinalCapranica désaprouvoit, et dont
il fit au Pape une raillerie si piquante.
Outre que l'articulation et la prononciation se rendent intelligibles de leur côté ,
autant qu'il dépend d'eux ; j'ai trouvé
plusieurs Musiciens assez sensez et assez
traitables , pour tomber d'accord , que le
choix de Ste Cécile , en qualité de Patro
ne de la Musique , n'est pas le plus heureux du monde , et que l'on s'est servi là- dedans comme les Moutons se servent les
uns aux autres : Sicut ovis over. J'en ai
(a ) Baluz. Tom. III. Miscellan. pag. 290.
I. Vol.
vû.
JUIN. 17320 1085
vû quelques- uns de la Ville de Tours qui
m'ont avoué que leur vûë avoit été sur
S. Odon de Cluny ; et cela avant qu'ils
eussent lû l'Ecrit que j'ai publié à ce su
jet. Je ne me flattois pas de trouver tant
de docilité ni de bon goût dans des Musiciens de Province.
La déclaration que j'ai faite de l'attachement que j'ai pour la Musique,à l'exemple du Cardinal Bona , ne préjudicie en.
rien aux interêts que j'ai de dire la vérité.
J'ai laissé à comprendre que la Musique
est une science dont on peut abuser ; er
on en abuse souvent que trop. Il ne me
convient pas de faire icy un Traité sur
cette matiere ; on pourra voir quelque
jour ce que j'en ai dit dans mon Commentaire sur la Constitution de Jean
XXII. Docta Sanctorum Patrum , où je me
suis fort étendu ; et sans m'expliquer plus.
au fond sur ce que Dom Mabillon en
pense touchant la difference qui est entre
les François et les Allemans , en fait de
chant difference qu'il met en ce que ces
derniers font consister la dévotion dans
un grand fracas de Musique et d'Instru
mens; ce qu'en France on regarde comme
un obstacle à la dévotion; que nos Galli ,
dit-il , pietatis impedimenta reputamus (a).
( a ) Mabill. Iter Germanic. pag. 21 et 22.
1. Vol.
Je
108 MERCURE DE FRANCE
je me contente pour le présent d'un seul '
exemple : c'est l'application de la Musique à récits et à répetitions sur le Sym
bole de Nicée. Je connois une Eglise illustre où l'on a réformé très - sagement
cet usage , et où l'on a remis la récitation de cette Partie de la Liturgie en
pur Plain chant. On est persuadé dans
cette Eglise , sans faire tort à la Musi
que , qu'elle n'est venuë qu'après coup
et que , pour ainsi parler , elle n'est que
la cadette ; qu'au contraire le Plain - chant
est le plus ancien en datte , et qu'il doit
jouir du droit d'aînesse.
On l'a donc rétabli dans ses droits sur
cet article ; et l'Eglise qui en a agi ainsi
est dautant plus loüable en cela , que
presque toutes les fois que la récitation
du Symbole s'y fait , l'usage est de tems
immémorial d'y présenter pendant ce
tems là le Texte de l'Evangile à baiser à
tout le Clergé, en sorte que les paroles
et l'action sont parfaitement d'accord en
cette occasion. On y voit , ou plutôt on
y entend le Chanoine comme le Semiprébendé, l'homme simple commel'hom
me lettré , le vieillard comme le jeune
le foible comme le fort , le laïque comme
L'Ecclésiastique , le peuple aussi-bien que
les-Musiciens , tous généralement mêler
I. Vol. leur
'JUIN. 17325 1087™
leur voix en commun pour l'acquit de la
Profession de foy , et l'on ne voit se séparer de ce Concert admirable et digne
des premiers temps , que ceux qui gouteroient davantage que cette Profession da
foy se fit par commission ou par procu
ration , ou bien ceux qui ne peuvent pas
s'accoutumer à une prononciation distincte de ce qu'ils chantent ; et ceux - là
sont en très- petit nombre
à
Si les Eglises où il y a. Musique quoti
dienne peuvent l'abolir entièrement ,
comme celle de Sens l'a fait autrefois ;
soit par le manque de sujets ,, soit par
la difficulté d'en trouver de tels que les
Canons les demandent ; elles peuvent
plus forte raison la supprimer à l'égard
de quelques parties seulement de l'Office
où elle convenoit moins , pour la transporter sur d'autre où elle sera mieux. placée.Les Musiciens dépouillez de tout préjugé n'ont pû se refuser à l'équité de ce
transport , ils sont tombez d'accord que,
par exemple , la Musique et le Fauxbourdon conviennent mieux au Cantique Te
Deum , qu'au Credo ; et je ne doute pas ,
Messieurs, que vous qui en connoissez
de très-celebres à Paris et ailleurs, ne leur
fassiez avoüer facilement la même chose.
Il semble que les personnes qui sont du
I. Vol. senti
1088 MERCURE DE FRANCE
sentiment contraire , peuvent être regar
dées comme du nombre de celles que
l'Ombre de M. Thiers combat si vivement dans le Mercure de Juin 1731.
second Volume , aux pages 1441. et 1442.
Je vous en fais les Juges , et je suis , &c
Ce 25. Avril 1732.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
L'auteur répond à une critique concernant la datation du culte de sainte Cécile par les musiciens. Il affirme que ce culte s'est généralisé il y a environ un siècle, bien que des vestiges plus anciens puissent exister. Cette dévotion aurait probablement commencé en Italie, comme le suggère un tableau de Raphaël datant de deux cents ans. L'auteur ne fixe pas d'époque précise pour l'origine de ce culte, mais souligne que la réunion des musiciens autour de sainte Cécile s'est faite progressivement et s'est généralisée depuis un siècle. L'auteur observe des représentations modernes de sainte Cécile jouant divers instruments, comme la basse de violon, et s'interroge sur la possibilité qu'elle ait joué d'autres instruments comme le basson ou le serpent. Il demande aux rédacteurs du Mercure de France de vérifier s'il existe des preuves antérieures au siècle de Raphaël à Albi, ce qui pourrait indiquer que la dévotion est d'origine française. L'auteur discute également des imperfections des musiciens italiens au quinzième siècle et de l'avis de certains musiciens français qui trouvent le choix de sainte Cécile comme patronne de la musique peu heureux. Il mentionne sa propre déclaration d'attachement à la musique et son abus potentiel, citant des exemples de réformes dans certaines églises où la musique a été supprimée ou modifiée pour des raisons de dévotion. Enfin, il compare les pratiques musicales entre les Français et les Allemands, notant que les Français considèrent un grand fracas de musique comme un obstacle à la dévotion, contrairement aux Allemands. Il conclut en soulignant l'importance de la prononciation distincte et de la participation collective lors de la récitation du Symbole de Nicée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16779
p. 1081-1089
LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
Début :
Vous êtes très-occupé, Monsieur, à revoir le Breviaire de l'Eglise [...]
Mots clefs :
Légende, Sorbonne, Église, Docteur, Bréviaire, Évêque, Sainte Hélène, Cas, Sous-chantre, Docteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
LETTRE de M. **** à M..
l'Abbé✶✶✶ Chanoine de l'Eglise de......
au sujet d'une Legende déclarée fausse ct
digne de suppression par plusieurs Docteurs
de Sorbonne.
V
Ous êtes très- occupé , Monsieur ;
à revoir le Breviaire de l'Eglise
de *** et vous voulez le purger de
quantité de Fables qui se sont glissées
dans les Legendes . C'est aussi par où l'on
doit commencer lorsqu'on procede à la
reformation de ces sortes d'Ouvrages La
1. Vol. close
TO82 MERCURE DE FRANCE
chose a été recommandée dans tant de
Conciles , que j'ai été surpris qu'on eût
attendu si long-tems. Je ne sçai , au reste, si
vous y aurez beaucoup de satisfaction.
Outre que cette étude est assez seche ,
elle est sujette quelquefois à certaines
traverses ; la lumiere ne peut souvent se
faire place dans les tenebres sans quelque
coup d'éclat il y a des assauts à essuyer
et quelquefois même des injures. Je veux
vous divertir à cette occasion d'une Histoire
arrivée il y a quinze ans dans une
Ville que vous connoissez particuliere-
Ment. La premiere atteinte qu'un des
Membres qui composent le Chapitre , osa
donner à un Breviaire qui y servoit depuis
48. ans fut d'attaquer la Legende
d'une Sainte Helene. Ayant proposé en
yain la supposition de cette Legende , il
demanda l'avis à d'habiles Docteurs de
Sorbonne , et leur envoya la Legende
avec l'énoncé des choses dites publiquement
en consequence de la proposition .
Je vous fais part de la feuille trouvée en
Original dans les papiers d'un Curieux,
qui contient la Legende et la resolution
du cas . Ce cas vous frappera par sa singularités
mais quand l'obstination est singuliere
, il semble qu'il faut aussi employer
des remedes singuliers.
,
I. Vol. Copie
JUIN. 1734. 1083
Copie d'une feuille signée par cinq Doc
teurs de Sorbonne l'an 1718.
cùm
Sancta Helena Virginis, illuftri in gratia
genere,nata quanta sanctionis vita integritas
futura esset , apparuit. Episcopus enim matrem
invisens , nescio quid cygneum vicina
jam morte cecinisse fertur , et ventrem ejus
acervum tritici liliis vallatum appellasse ; et
prolata ad latus manu lilii florem videns,
dixisse , sicut lilium inter spinas , sic amica
mea inter filias. In ipso vero partu
mater ad congugem ire juberetur, ex utero vox
filia matrem ire prohibentis audita est.
Emisso partu Episcopus multa secundis om
nibus prastans , Helenam , id est lampadem,
merito dictamsignificavit . Cum populus pluviamjam
sex mensibus optaret , infantulam
incunis sub dio jacere præcipiens totâ nocte
cum populo Dominum precatus , sic pluviam
obtinuit , ut intactas cunas miratus sit. Plebs
tanto miraculo commota , in ipso cunarum
loco
præeunte Episcopo , Ecclefiam certantibus
omnium stu liis brevi construxit , et cujus
bonori dedicaretur ambigentibus , Helenagracili
voce exu'nis matris Maria Virgini
dedicandam esse respondit. Ipso die
Pentecostes jam septennem lustratibus undis
abluente Episcopo , columba toto spectante
I. Vol.
popula
1084 MERCURE DE FRANCE
populo qui confluxerat , annulum aureum
Helene digito inseruit.
Multis aliis miraculis Dominus Helenam
sibi despondisse testatus est. Ipso Palmarum
die , cum de more ramum gestans processisset
, ramus ex floribus mala punica
produxisse stupentibus turbis visus est et
grana puniceo colore rubentia populus universus
cum stupore vidit , deglutiit : quibus
surdi , muti , claudi et alii compluribus
morbis debilitati recuperatâ sanitate gratias
Christo reddiderunt. Prater patrem gravissimo
dentium dolore cruciatum , plures alios
sadem rabie furentes imposito capitis velo sanavit.
Quarto Nonas Maii quibus ad coelestem
sponsum commigravit , tantus liliorum.
atque rosarum imber de coelo in urbem in
qua obierat cecidit , ut Athenas etiam licet
dissitas odore suavissimo compleret. Tanta
Virginis corpus adhuc incorruptum ex Gra
cis circa annum 1209. advectum Ecclesia
Trescensis conservat ; ad cujus cultum singulari
pietate motus ex tota Dioecesi aliisque
locis populi concursus singulis annis fieri
solet.
>
Le Souchantre de l'Eglise où on lit
cette Legende , voyant que l'Evêque du
lieu l'a supprimée par tout le Diocèse ,
l'Evêque de l'Eglise où est le Corps appellé
de Sainte Helene , l'a fait aussi re-
I. Vgl.
tran
JUIN. 1734 1085
que
trancher du Breviaire de cette Eglise , et
les Vicaires Generaux de la Metropole
, dont l'une et l'autre Eglise sont suffragantes
, trouvent fort mauvais que l'on
continue à la lire dans la Cathedrale , lur
donnant même des qualifications quifont
de la peine à entendre , a proposé aux
Chapitres Generaux d'imiter l'exemple de
M. l'Evêque et de la retrancher de la lecture
publique. Mais quoiqu'il fût sûr que
la plupart des Chanoines la trouvoient
insupportable , voire même impudente' ,
il n'a pas réussi , parce qu'on n'a pas voulu
recevoir sa proposition; et ce qui a empêché
de faire opiner du fond , est qu'un
Docteur de Sorbonne et quelques Docteurs
de ..... ont dit , que si on ôtoit
cette Legende,ce ne seroit jamais fait , et
que tous les jours on trouveroit de pareils
défauts dans le Breviaire. Le Docteur
de Sorbonne a même ouvert la voye
d'une excellente défaite . Car quoique le
Souchantre n'eût allegué dans sa proposition
que l'autorité des personnes qui rejettent
cette Legende , et les periodes du
commencement qui blessent les oreilles
chastes , ce Docteur s'étendit fort au long
pour prouver que l'argument negatif est
de peu de poids, et que c'est celui dont se
servent les Calvinistes pour prouver que
I. Vol.
le
1086 MERCURE DE FRANCE
le culte des Images n'avoit pas lieu dans
les premiers siecles . Il ajoûta même , et
en cela il fut appuyé par un Docteur de....
que
5
si l'on retranchoit cette Legende , il
faudroit retrancher par la même raison le
Cantique des Cantiques et tous les endroits
de l'Ecriture , où il est parlé de generation
. Un autre ajoûta ces paroles
comme de la Genese : Et non cognovit
eam , et dit qu'il ne les faudroit plus lire
à l'Eglise si on ôtoit celles de la Legende.
On a donc continué de la dire encore cette
année ; mais le Prêtre qui la lisoit le fit
si rapidement , qu'à peine put - on l'entendre
, ne voulant pas rendre intelligibles
des paroles si indignes de l'Eglise.
Ce qu'il y a de fort étrange dans le
procedé du Docteur qui mene une bonne
partie de cette Compagnie , c'est que
justement c'est lui même qui deux ans auparavant
a empêché par la force de l'argument
negatif, qu'on n'admit pour Reliques
un corps venu de Catacombes de
Rome,à cause que la Legende qui se trouva
dans le coffre envoyé de Rome paroissoit
fabuleuse , n'étant aucunement appuyée
, ni par les Historiens , ni par les
Martyrologes. Cette Sainte Helene est
dans le même cas : Elle vient des Cimetieres
de la Grece , mais elle est incon-
I. Vol. nuë
JUIN. 1734. 1087
nue dans tous les Menées et les Meneloges.
La difference qu'il y a , est que son
culte est reçû depuis cinq cens ans , et
qu'elle a eu le malheur d'avoir des Historieus
peu chastes et peu modestes , au
lieu que la Sainte Alexandra , apportée
depuis peu de Rome , n'a point encore
eu de culte , quoique la Legende qu'on
lui a fabriquée n'ait rien de scandaleux.
Resolution du Cas.
Le Conseil soussigné , qui a vû l'exposé
ci- dessus , est d'avis que la Legengende
ci dessus rapportée n'étant nullelement
autorisée , et paroissant fabriquée
à plaisir par un Legendaire , doit être retranchée
de l'Office de l'Eglise en question
; que l'Evêque a très bien fait de la
supprimer,que le Souchantre fait son devoir
en empêchant qu'elle ne soit lûë
dans l'Eglise , et que ceux qui persistent
à la soutenir sont des rebelles ou des ignorans.
Déliberé à Paris ce 13. Juillet 1718.
Signé , Du Pin , Docteur de Sorbonne.
La décision du mois de Septembre
suivant est dans les mêmes termes , sinon
que quelqu'un des quatre Docteurs qui
se joignirent à M. Du Pin , raya le dernier
membre de la déliberation . De sorte
qu'elle est conçûë en ces peu de mots .
I.Vol.
Le
1088 MERCURE DE FRANCE
Le Conseil soussigné qui a vû l'exposé
ci dessus , est d'avis que la Legende
ci - dessus rapportée n'étant nullement autorisée
, et paroissant fabriquée à plaisir
par quelque Legendaire , doit être retranchée
de l'Office en question ; que l'Evêque
a très- bien fait de la supprimer ; que
le Souchantre fait son devoir en empêchant
qu'elle ne soit lûe dans l'Eglise.....
Déliberé à Paris le 9. Septembre 1718.
Signé , Hideux , Sindic , Lambert , Quinot
, L. Ellies du Pin , Auvray.
Vous avec vû , M. bien des questions
historiques traitées dans le cas de M. de
Sainte-Beuve ; mais je suis persuadé que
vous n'en avez jamais vû une semblable.
Celle-ci est originale en son genre. Je
vous divertirois bien davantage, si je vous
rapportois les scénes qui se passerent lorsqu'on
commença à impugner les paroles
d'une Messe de Notre- Dame des Neiges ,
qui est uniquement dans un Graduel écrit
à la main , et qui n'a jamais eu place dans
le Missel. L'Introïte commençoit ainsi :
Placuit divina providentia et le Pseaume
de cet Introïte étoit : Contra naturam temporis
aër nimiafrigoris congelatione constringitur
: et tanta nubium conftipatione dempsatur.
Jugez de la piece par l'échantillon .
Il étoit besoin le jour que cela se chantoit,
I. Vol.
que
JUIN, 1734 1089
que les Choristes s'armassent du serieux
le plus glaçant , pour ne pas blesser la
modestie en prononçant de si beaux textes.
On m'a appris depuis que la confection
d'un nouveau Breviaire a fait retrancher
tout cela , et qu'il n'y a plus de fables
dans l'Office de cette Eglise. Mais
que ceux qui ont travaillé à expulser toutes
les simplicités et tous les mensonges ,
n'ont pas été les maîtres de conserver des
anciens rites tout ce qu'il étoit à propos
de conserver. Je souhaite qu'on puisse dire
bien-tôt de celle pour laquelle vous
travaillez , que non - seulement vous y
avez retabli la verité et la sincerité dans
les Legendes , mais aussi la pureté et l'antiquité
dans les rites . Je suis , &c.
l'Abbé✶✶✶ Chanoine de l'Eglise de......
au sujet d'une Legende déclarée fausse ct
digne de suppression par plusieurs Docteurs
de Sorbonne.
V
Ous êtes très- occupé , Monsieur ;
à revoir le Breviaire de l'Eglise
de *** et vous voulez le purger de
quantité de Fables qui se sont glissées
dans les Legendes . C'est aussi par où l'on
doit commencer lorsqu'on procede à la
reformation de ces sortes d'Ouvrages La
1. Vol. close
TO82 MERCURE DE FRANCE
chose a été recommandée dans tant de
Conciles , que j'ai été surpris qu'on eût
attendu si long-tems. Je ne sçai , au reste, si
vous y aurez beaucoup de satisfaction.
Outre que cette étude est assez seche ,
elle est sujette quelquefois à certaines
traverses ; la lumiere ne peut souvent se
faire place dans les tenebres sans quelque
coup d'éclat il y a des assauts à essuyer
et quelquefois même des injures. Je veux
vous divertir à cette occasion d'une Histoire
arrivée il y a quinze ans dans une
Ville que vous connoissez particuliere-
Ment. La premiere atteinte qu'un des
Membres qui composent le Chapitre , osa
donner à un Breviaire qui y servoit depuis
48. ans fut d'attaquer la Legende
d'une Sainte Helene. Ayant proposé en
yain la supposition de cette Legende , il
demanda l'avis à d'habiles Docteurs de
Sorbonne , et leur envoya la Legende
avec l'énoncé des choses dites publiquement
en consequence de la proposition .
Je vous fais part de la feuille trouvée en
Original dans les papiers d'un Curieux,
qui contient la Legende et la resolution
du cas . Ce cas vous frappera par sa singularités
mais quand l'obstination est singuliere
, il semble qu'il faut aussi employer
des remedes singuliers.
,
I. Vol. Copie
JUIN. 1734. 1083
Copie d'une feuille signée par cinq Doc
teurs de Sorbonne l'an 1718.
cùm
Sancta Helena Virginis, illuftri in gratia
genere,nata quanta sanctionis vita integritas
futura esset , apparuit. Episcopus enim matrem
invisens , nescio quid cygneum vicina
jam morte cecinisse fertur , et ventrem ejus
acervum tritici liliis vallatum appellasse ; et
prolata ad latus manu lilii florem videns,
dixisse , sicut lilium inter spinas , sic amica
mea inter filias. In ipso vero partu
mater ad congugem ire juberetur, ex utero vox
filia matrem ire prohibentis audita est.
Emisso partu Episcopus multa secundis om
nibus prastans , Helenam , id est lampadem,
merito dictamsignificavit . Cum populus pluviamjam
sex mensibus optaret , infantulam
incunis sub dio jacere præcipiens totâ nocte
cum populo Dominum precatus , sic pluviam
obtinuit , ut intactas cunas miratus sit. Plebs
tanto miraculo commota , in ipso cunarum
loco
præeunte Episcopo , Ecclefiam certantibus
omnium stu liis brevi construxit , et cujus
bonori dedicaretur ambigentibus , Helenagracili
voce exu'nis matris Maria Virgini
dedicandam esse respondit. Ipso die
Pentecostes jam septennem lustratibus undis
abluente Episcopo , columba toto spectante
I. Vol.
popula
1084 MERCURE DE FRANCE
populo qui confluxerat , annulum aureum
Helene digito inseruit.
Multis aliis miraculis Dominus Helenam
sibi despondisse testatus est. Ipso Palmarum
die , cum de more ramum gestans processisset
, ramus ex floribus mala punica
produxisse stupentibus turbis visus est et
grana puniceo colore rubentia populus universus
cum stupore vidit , deglutiit : quibus
surdi , muti , claudi et alii compluribus
morbis debilitati recuperatâ sanitate gratias
Christo reddiderunt. Prater patrem gravissimo
dentium dolore cruciatum , plures alios
sadem rabie furentes imposito capitis velo sanavit.
Quarto Nonas Maii quibus ad coelestem
sponsum commigravit , tantus liliorum.
atque rosarum imber de coelo in urbem in
qua obierat cecidit , ut Athenas etiam licet
dissitas odore suavissimo compleret. Tanta
Virginis corpus adhuc incorruptum ex Gra
cis circa annum 1209. advectum Ecclesia
Trescensis conservat ; ad cujus cultum singulari
pietate motus ex tota Dioecesi aliisque
locis populi concursus singulis annis fieri
solet.
>
Le Souchantre de l'Eglise où on lit
cette Legende , voyant que l'Evêque du
lieu l'a supprimée par tout le Diocèse ,
l'Evêque de l'Eglise où est le Corps appellé
de Sainte Helene , l'a fait aussi re-
I. Vgl.
tran
JUIN. 1734 1085
que
trancher du Breviaire de cette Eglise , et
les Vicaires Generaux de la Metropole
, dont l'une et l'autre Eglise sont suffragantes
, trouvent fort mauvais que l'on
continue à la lire dans la Cathedrale , lur
donnant même des qualifications quifont
de la peine à entendre , a proposé aux
Chapitres Generaux d'imiter l'exemple de
M. l'Evêque et de la retrancher de la lecture
publique. Mais quoiqu'il fût sûr que
la plupart des Chanoines la trouvoient
insupportable , voire même impudente' ,
il n'a pas réussi , parce qu'on n'a pas voulu
recevoir sa proposition; et ce qui a empêché
de faire opiner du fond , est qu'un
Docteur de Sorbonne et quelques Docteurs
de ..... ont dit , que si on ôtoit
cette Legende,ce ne seroit jamais fait , et
que tous les jours on trouveroit de pareils
défauts dans le Breviaire. Le Docteur
de Sorbonne a même ouvert la voye
d'une excellente défaite . Car quoique le
Souchantre n'eût allegué dans sa proposition
que l'autorité des personnes qui rejettent
cette Legende , et les periodes du
commencement qui blessent les oreilles
chastes , ce Docteur s'étendit fort au long
pour prouver que l'argument negatif est
de peu de poids, et que c'est celui dont se
servent les Calvinistes pour prouver que
I. Vol.
le
1086 MERCURE DE FRANCE
le culte des Images n'avoit pas lieu dans
les premiers siecles . Il ajoûta même , et
en cela il fut appuyé par un Docteur de....
que
5
si l'on retranchoit cette Legende , il
faudroit retrancher par la même raison le
Cantique des Cantiques et tous les endroits
de l'Ecriture , où il est parlé de generation
. Un autre ajoûta ces paroles
comme de la Genese : Et non cognovit
eam , et dit qu'il ne les faudroit plus lire
à l'Eglise si on ôtoit celles de la Legende.
On a donc continué de la dire encore cette
année ; mais le Prêtre qui la lisoit le fit
si rapidement , qu'à peine put - on l'entendre
, ne voulant pas rendre intelligibles
des paroles si indignes de l'Eglise.
Ce qu'il y a de fort étrange dans le
procedé du Docteur qui mene une bonne
partie de cette Compagnie , c'est que
justement c'est lui même qui deux ans auparavant
a empêché par la force de l'argument
negatif, qu'on n'admit pour Reliques
un corps venu de Catacombes de
Rome,à cause que la Legende qui se trouva
dans le coffre envoyé de Rome paroissoit
fabuleuse , n'étant aucunement appuyée
, ni par les Historiens , ni par les
Martyrologes. Cette Sainte Helene est
dans le même cas : Elle vient des Cimetieres
de la Grece , mais elle est incon-
I. Vol. nuë
JUIN. 1734. 1087
nue dans tous les Menées et les Meneloges.
La difference qu'il y a , est que son
culte est reçû depuis cinq cens ans , et
qu'elle a eu le malheur d'avoir des Historieus
peu chastes et peu modestes , au
lieu que la Sainte Alexandra , apportée
depuis peu de Rome , n'a point encore
eu de culte , quoique la Legende qu'on
lui a fabriquée n'ait rien de scandaleux.
Resolution du Cas.
Le Conseil soussigné , qui a vû l'exposé
ci- dessus , est d'avis que la Legengende
ci dessus rapportée n'étant nullelement
autorisée , et paroissant fabriquée
à plaisir par un Legendaire , doit être retranchée
de l'Office de l'Eglise en question
; que l'Evêque a très bien fait de la
supprimer,que le Souchantre fait son devoir
en empêchant qu'elle ne soit lûë
dans l'Eglise , et que ceux qui persistent
à la soutenir sont des rebelles ou des ignorans.
Déliberé à Paris ce 13. Juillet 1718.
Signé , Du Pin , Docteur de Sorbonne.
La décision du mois de Septembre
suivant est dans les mêmes termes , sinon
que quelqu'un des quatre Docteurs qui
se joignirent à M. Du Pin , raya le dernier
membre de la déliberation . De sorte
qu'elle est conçûë en ces peu de mots .
I.Vol.
Le
1088 MERCURE DE FRANCE
Le Conseil soussigné qui a vû l'exposé
ci dessus , est d'avis que la Legende
ci - dessus rapportée n'étant nullement autorisée
, et paroissant fabriquée à plaisir
par quelque Legendaire , doit être retranchée
de l'Office en question ; que l'Evêque
a très- bien fait de la supprimer ; que
le Souchantre fait son devoir en empêchant
qu'elle ne soit lûe dans l'Eglise.....
Déliberé à Paris le 9. Septembre 1718.
Signé , Hideux , Sindic , Lambert , Quinot
, L. Ellies du Pin , Auvray.
Vous avec vû , M. bien des questions
historiques traitées dans le cas de M. de
Sainte-Beuve ; mais je suis persuadé que
vous n'en avez jamais vû une semblable.
Celle-ci est originale en son genre. Je
vous divertirois bien davantage, si je vous
rapportois les scénes qui se passerent lorsqu'on
commença à impugner les paroles
d'une Messe de Notre- Dame des Neiges ,
qui est uniquement dans un Graduel écrit
à la main , et qui n'a jamais eu place dans
le Missel. L'Introïte commençoit ainsi :
Placuit divina providentia et le Pseaume
de cet Introïte étoit : Contra naturam temporis
aër nimiafrigoris congelatione constringitur
: et tanta nubium conftipatione dempsatur.
Jugez de la piece par l'échantillon .
Il étoit besoin le jour que cela se chantoit,
I. Vol.
que
JUIN, 1734 1089
que les Choristes s'armassent du serieux
le plus glaçant , pour ne pas blesser la
modestie en prononçant de si beaux textes.
On m'a appris depuis que la confection
d'un nouveau Breviaire a fait retrancher
tout cela , et qu'il n'y a plus de fables
dans l'Office de cette Eglise. Mais
que ceux qui ont travaillé à expulser toutes
les simplicités et tous les mensonges ,
n'ont pas été les maîtres de conserver des
anciens rites tout ce qu'il étoit à propos
de conserver. Je souhaite qu'on puisse dire
bien-tôt de celle pour laquelle vous
travaillez , que non - seulement vous y
avez retabli la verité et la sincerité dans
les Legendes , mais aussi la pureté et l'antiquité
dans les rites . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE de M. **** à M. l'Abbé *** Chanoine de l'Eglise de ...... au sujet d'une Legende déclarée fausse et digne de suppression par plusieurs Docteurs de Sorbonne.
La lettre de M. **** à M. traite de la révision du Breviaire de l'Église de ***, visant à éliminer les fables et légendes erronées. L'auteur exprime sa surprise face au retard de cette tâche et mentionne les difficultés rencontrées, notamment les résistances et les injures. Il relate un incident survenu quinze ans auparavant dans une ville connue, où un membre du Chapitre avait attaqué la légende de Sainte Hélène, présente dans le Breviaire depuis 48 ans. Cette légende, jugée indécente et fabuleuse, avait été supprimée par l'évêque du diocèse et le souchantre de l'église où se trouvait le corps de Sainte Hélène. Malgré les avis des docteurs de Sorbonne et des vicaires généraux, la légende continuait d'être lue dans la cathédrale en raison de l'opposition de certains chanoines et docteurs. La légende de Sainte Hélène, rapportée dans une feuille signée par cinq docteurs de Sorbonne en 1718, décrivait divers miracles et événements miraculeux associés à Sainte Hélène. La décision finale des docteurs de Sorbonne fut de supprimer cette légende, jugée fabriquée et non autorisée. La lettre se conclut par un souhait que le nouveau Breviaire rétablisse la vérité, la sincérité, la pureté et l'antiquité dans les rites et les légendes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16780
p. 24-25
RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
Début :
QUE ce tribut rare & charmant [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
RÉPONSE à M. le Chevalier de
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis, Capitaine de
Cavalerie, Gentilhomme de la Garde
du ROI, & Correspondant de plusieurs
Académies, & en dernier lieu
de celle de MONTAUBAN, sur les
Etrennes Pastorales qu'il a adressées
à la plus Charmante, dans le
dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
QUE ce tribut rare & charmant
Peint bien le cœur d'un tendre Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
;
AVRIL . 1764 .
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux.
Paris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux.
Par une Muse de la Cour.
JUILLY-THOMASSIN , Chevalier
de Saint Louis, Capitaine de
Cavalerie, Gentilhomme de la Garde
du ROI, & Correspondant de plusieurs
Académies, & en dernier lieu
de celle de MONTAUBAN, sur les
Etrennes Pastorales qu'il a adressées
à la plus Charmante, dans le
dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
QUE ce tribut rare & charmant
Peint bien le cœur d'un tendre Amant !
Mais en qui vois-tu tant d'attraits ?
Que de querelles
Entre nos Belles ,
Si tu te tais !
Comme
;
AVRIL . 1764 .
Comme aux champs tu peux à la Cour
Nommer l'objet de ton amour ;
Un tel Berger s'égale aux Dieux.
Paris , ton Maître ,
N'eut qu'à paroître ,
Il fut heureux.
Par une Muse de la Cour.
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16780
RÉPONSE à M. le Chevalier de JUILLY-THOMASSIN , Chevalier de Saint Louis, Capitaine de Cavalerie, Gentilhomme de la Garde du ROI, & Correspondant de plusieurs Académies, & en dernier lieu de celle de MONTAUBAN, sur les Etrennes Pastorales qu'il a adressées à la plus Charmante, dans le dernier Mercure. Même Air que les Etrennes Pastorales.
16781
p. 104[9]-1050
LE MÂTIN ET LA LEVRETTE, FABLE.
Début :
Un gros Mâtin d[']une énorme carure, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MÂTIN ET LA LEVRETTE, FABLE.
LE MÂTIN ET LA LEVRETTE,
FABLE.Un gros Mâtin d[']une énorme carure,
Grondant sans cesse entre ses dents ,
Par son collier , par sa figure ,
Epouvantoit
Tous les Roquets du voisinage
Et les Dogues soumis venoient lui rendre hom
Comme Pachas au Grand Visir.
Si vous me demandez quel étoit son mérite ,
Ce n'étoit que fureur , orgueil , brutalité ;
Tel qu'on redoute ou qu'on évite ,
N'est souvent qu'un franc hypocrite ,
Qui sous un front hardi , masque sa lâcheté.
Et foûle aux pieds les droits de la Societé.
Un jour une jeune Levrette ,
S'aprochant du réduit de ce fier Animal ,
Vint par cent haut-le-corps et sans songer à mal,
Bondir au pied de sa retraite ;
L'étrangler eût été le premier mouvement
De l'impitoyable Cerbere ,
Mais l'amour tout-à- coup désarmant sa colere ,
Il crut pouvoir en un moment
I. Vol.
A iiij
Pay'
1050 MERCURE DE FRANCE
Par un maussade compliment ,
Soumettre à ses désirs cette Beauté legere.
Le brutal ignoroit d'un langage flatteur
Le charme adroit et séducteur ,
D'une patre assomante , il caressoit la Belle ,
Er des coups redoublés exprimoient son ardeur ,
Ardeur qui rarement fléchit une cruelle ;
Pour trouver le chemin du cœur
Il faut joindre aux transports une aimable dou-
ceur.
A force de refus la timide Levrette
Triompha des assauts de l'affligeant Mâtin ,
Qui furieux de sa retraite ,
En pleine basse-cour pestoit d'un air hautain,
Contre l'Amour et le Destin ;
Une vieille Barbette insultant à sa peine ,
Lui tint , mais un peu tard, cet utile discours.
Quand la conquête est incertaine ,
Que l'adresse vienne au secours ;
Amans , il faut fléchir , non , vaincre une inhu
maine ,
A qui veut exiger on refuse toujours ,
Et le cœur n'est jamais le tribut de la gêne ;
La volupté par cent détours ,
Jalousé de ses droits , veut être Souveraine ,
La contrainte engendre la haine ,
Et la liberté seule enchaîne les Amours.
I. Val.
J. B. E. C. de Fign[i]ers.
FABLE.Un gros Mâtin d[']une énorme carure,
Grondant sans cesse entre ses dents ,
Par son collier , par sa figure ,
Epouvantoit
Tous les Roquets du voisinage
Et les Dogues soumis venoient lui rendre hom
Comme Pachas au Grand Visir.
Si vous me demandez quel étoit son mérite ,
Ce n'étoit que fureur , orgueil , brutalité ;
Tel qu'on redoute ou qu'on évite ,
N'est souvent qu'un franc hypocrite ,
Qui sous un front hardi , masque sa lâcheté.
Et foûle aux pieds les droits de la Societé.
Un jour une jeune Levrette ,
S'aprochant du réduit de ce fier Animal ,
Vint par cent haut-le-corps et sans songer à mal,
Bondir au pied de sa retraite ;
L'étrangler eût été le premier mouvement
De l'impitoyable Cerbere ,
Mais l'amour tout-à- coup désarmant sa colere ,
Il crut pouvoir en un moment
I. Vol.
A iiij
Pay'
1050 MERCURE DE FRANCE
Par un maussade compliment ,
Soumettre à ses désirs cette Beauté legere.
Le brutal ignoroit d'un langage flatteur
Le charme adroit et séducteur ,
D'une patre assomante , il caressoit la Belle ,
Er des coups redoublés exprimoient son ardeur ,
Ardeur qui rarement fléchit une cruelle ;
Pour trouver le chemin du cœur
Il faut joindre aux transports une aimable dou-
ceur.
A force de refus la timide Levrette
Triompha des assauts de l'affligeant Mâtin ,
Qui furieux de sa retraite ,
En pleine basse-cour pestoit d'un air hautain,
Contre l'Amour et le Destin ;
Une vieille Barbette insultant à sa peine ,
Lui tint , mais un peu tard, cet utile discours.
Quand la conquête est incertaine ,
Que l'adresse vienne au secours ;
Amans , il faut fléchir , non , vaincre une inhu
maine ,
A qui veut exiger on refuse toujours ,
Et le cœur n'est jamais le tribut de la gêne ;
La volupté par cent détours ,
Jalousé de ses droits , veut être Souveraine ,
La contrainte engendre la haine ,
Et la liberté seule enchaîne les Amours.
I. Val.
J. B. E. C. de Fign[i]ers.
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16782
p. 25-28
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
Début :
SI l'amitié n'est point aveugle, je puis peindre Eglé sans craindre qu'on [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
PORTRAIT de Madame de *** par Mademoiselle ***.
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
SI l'amitié n'est point aveugle, je
puis peindre Eglé sans craindre qu'on
me ſoupçonne de partialité ; mais il eſt
plus aiſé de la comprendre que de la
définir ; & s'il ne faut point de réflé-
xions pour convenir qu'elle eſt aimable,
il en faut beaucoup pour expliquer
les qualités qui la rendent telle. Elles
font ſans nombre ; auſſi perſonne ne
plaît tant qu'Eglé , & perſonne ne
cherche fi peu à plaire. Elle plaît aux
femmes fans petiteffe & aux hommes
ſans coquetterie ; elle dédaigne ces
minauderies & ces grâces emprun-
tées , ſi ordinaires , même aux plus jo .
lies femmes , & qu'elles employent
I. Vol.
B
2.6 MERCURE DE FRANCE .
ſouventpour des hommes qui le mé-
ritent ſi peu. Ennemie de la contrainte ,
Eglé ne ſçait pas feindre; l'air & le ton
naturel qu'elle donne à ſes difcours & à
ſes actions les plus fimples,ydonnent un
nouveau prix , & font cauſe qu'on aime
en elle juſqu'à ſes défauts ; car je ne
prétends pas avancer qu'elle en ſoit
exempte ; j'ajoute même qu'elle ſeroit
moins aimable fi elle n'en avoit point.
Qu'a-t-elle donc de ſi ſéduiſant , dira
quelqu'un qui ſurement ne connoît pas
Eglé ? Je répondrai qu'on peut être
mieux qu'elle , mais qu'on ne ſçauroit
plaire davantage. Ce n'eſt pas qu'elle ne
Toit joliede l'aveu de tout le monde ,
mais cette qualiténe ſuffit pas pourplai-
re généralement , auffi en a-t-elle d'au-
tres. Egléunit à une figure agréable un
eſprit folide, un jugement fain,un goût
juſte & naturel que l'étude ne peutdon-
ner, de la délicateſſe dans les ſentimens,
&de la douceur dans le caractère. Elle
eſt d'une complexion foible&d'un cou-
rage mâle; fon cœur eſt héroïque , &
fij'oſe le dire ,militaire: pareſſeuſe pour
les minuties dont les femmes s'occu-
pent ,elle a du goût pour les exercices
qui l'élévent au-deſſusde ſon ſéxe. Eglé
ne veut pas devenir ſcavante , mais fon
AVRIL. 1764.
27
heureuſe mémoire & ſa pénétration
fuppléent à ſa pareſſe , de forte qu'elle
fçait beaucoup fans ſe donner la peine
d'apprendre. Vive fans étourderie , en-
jouée , badine , elle fait les charmes de
la ſociété & ſans le ſecours des cartes ,
trouve mille nouvelles reſſources pour
l'amuſer. Légère dans ſes propos , ſa
converſation n'eſt pas toujours ſuivie;
quand on croit fixer ſon attention , fou-
vent elle vous échappe,ſon eſprit étant
à pluſieurs choſes. Mais quand on peut
le captiver , rien n'eſt plus délicieux ;
ſes yeux qui peignent ſon âme ſem-
blent prêter une nouvelle force à vos
difcours , & l'envie qu'on a de la fixer,
donne de l'éloquence. Les chagrins
qu'elle éprouve , & la délicatefle de
fon tempérament pourroient lui rendre
l'humeur inégale ; mais ſenſible fans
foibleſſe , avec l'âme la plus tendre
,
elle ſçait ſupporter les revers. Son ef-
prit léger en apparence ,s'occupe fans
peine & avec fruitdes affaires les plus
férieuſes. Son cœur eſt ſenſible aux dou-
ceurs de l'amitié , & ſouvent quand
Eglé paroît négliger ſes amis , c'eſt alors
qu'elle y penſe le plus. Si fa légéreté
apparente vous afflige, ſon retour vous
confole , & l'on ne peut jamais s'en
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
plaindre avec justice. Mais qui peut
exprimer combien lui eft cher tout ce
qui la touche par les liens du ſang !
Sœur , fille , & mere tendre comme il
n'enfut jamais, ſes goûts ſemblent pré-
venir ſes devoirs. Heureux qui la con-
noit , plus heureux encore , qui peut en
être aimé !
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16783
p. 258-267
« J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
Début :
J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...]
Mots clefs :
Lettres d'académicienne, Académie royale d'Arles, Célèbre, Grand sceau, Académie des Ricovrati de Padoue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
J'ay une nouvelle à vous
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
Fermer
Résumé : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
L'Académie Royale d'Arles a décerné des lettres d'Académicienne à Madame des Houlières, marquant une première pour une femme dans les académies françaises. Ces lettres, adressées à Monsieur Charpentier, Doyen de l'Académie Française, ont été remises par le Marquis de Chasteau-Renard. Elles sont scellées du Grand Sceau de l'Académie et présentées dans un coffret de maroquin incarnat. L'Académie a justifié cet honneur en soulignant l'excellence des œuvres de Madame des Houlières et en citant des exemples historiques de femmes célèbres pour leurs écrits. Elle a également exprimé son intention de favoriser les belles-lettres et d'inclure des personnes distinguées, y compris des femmes, pour enrichir ses rangs. La décision a été prise lors d'une assemblée le 28 mars 1689. Les lettres sont signées par le Docteur d'Arbaud et Robias Estoublon, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16784
p. 2727-2744
DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
Début :
On est si prévenu aujourd'hui en faveur de l'Italie, qu'il a paru nécessaire [...]
Mots clefs :
Italie, Dissertation critique, Gens de lettres, Livourne, Milan, Sciences, Théologiens, Humanités, Théologie scolastique, Physique
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
DISSERTATION CRITIQUE , sur
l'Etat present de l'Italie , concernant les
Sciences et les Arts.
O
,
N est si prévenu aujourd'hui en
faveur de l'Italie , qu'il a paru nécessaire
de détromper quantité de Personnes
là- dessus. On entend les gens
raisonnables , car pour les entêtez qui
n'ont rapporté pour tout fruit de leurs
Voyages , que beaucoup de prévention
qu'ils communiquent à tout le monde
ou qui ont contracté ce mauvais goût
avec gens de leur caractere ; franchement
ce seroit peine perduë ; mais les Personnes
judicieuses me sçauront gré de les
avoir mises au fait sur tout le merveil
leux qu'on leur débite touchant l'Italie.
Un Voyage de plus de deux ans en ce
Pays-là , et quelque pratique dans les
Arts , peuvent assurer le Lecteur de la
certitude de ce qu'on avance et lui
faire esperer qu'il y trouvera de l'utilité.
Les Italiens ont eû comme toutes les
autres Nations , de grands Hommes dans
les Sciences et dans les Arts. On peut
leur reprocher en general , qu'ils n'ont
1. Vol. Bvj ja-
>
2728 MERCURE DE FRANCE
1.
jamais autant approfondi les Sciences que
les Allemands , les Anglois et les François.
Un peu trop paresseux de leur naturel
, ils prennent pour excuse la chaleur
excessive de leur climat.
On étudie presentement à Rome le
Droit Canon , à Venise la Politique ,
Florence , Boulogne et Padouë , autrefois
si fameuses par leurs Académies ,
n'offrent plus rien presentement que de
médiocre. Les Gens de Lettres , et les
Professeurs qui les composent sont la
plûpart Etrangers. Pour les Villes de Naples
, de Milan , Genes et Livourne , on
n'y parle que de commerce. Les autres
Villes suivent assez ce Plan general .
Les Sciences.
›
pen Tout le monde sçait qu'ils ont eû
de Théologiens depuis environ 2oo . ans ,
( terme que l'on s'est prescrit dans cette
Dissertation. ) On distingue Jerôme Savanarolle
, de Ferrare en 1452. Corneille
Musso , de Plaisance en 1511. le Cardinal
Bellarmin en 1621. Le Cardinal
Laurent Brancati , de Laurea , en 1681.
et le Cardinal Noris en 1704. Le Droit
Canon est aujourd'hui le seul objet des
gens d'Eglise , et ce dont ils ont le plus
I.Vol.
,
de
DECEMBRE. 1731. 2729
de besoin pour s'avancer dans la Chambre
Ecclesiastique. Les Jesuites même ne
s'attachent gueres qu'à la Politique et
aux humanitez. Les seuls Dominicains
du Couvent de la Minerve s'appliquent à
la Théologie Scholastique ; rien n'est
plus ignorant que les autres Moines ; cela
est si vrai , que quand il est question de
décider quelque Dogme de l'Eglise , on
fait venir des Espagnols et des Théologiens
Etrangers.
Ils ont eû quelques fameux Jurisconsultes
, comme Philippe Dece , de Milan
, en 1535. André Alciat , aussi Milanois
, en 1549. Tibere Decian , de
Frioul , en 1581. et Jean Vincent Gra
Calabrois en 1718. Aujourd'hui
leurs Avocats à la Rotte n'étudient que
le Droit écrit , et ne produisent point de
ces beaux Plaidoyers. Rien n'est plus
rare que de voir des ouvrages nouveaux
sur cette matiere .
vina , >
Leurs Philosophes , depuis deux siécles
, sont Jean-Baptiste Platina , de Cremone
, en 1481. Alexandre Picolomini
de Sienne , en 1508. Jerôme Cardan
Padoüan , en 1576. Thomas Campanella ,
Calabrois , mort en 1639. Fortunio Liceti
, Genois , en 1656. et Ulysse Aldrovandus
, Boulonnois , en 1605. qui s'est
I. Vol. dis2730
MERCURE DE FRANCE
distingué par ses beaux ouvrages sur
la Physique et sur l'Histoire naturelle.
Il y a encore cû Angeliste Torricelli ,
mort en 1647. et François Redi , Florentin
, en 1697. On ne voit presque plus
actuellement de Philosophes en Italie.
Il y a quelques Medecins à Padouë et à
Pise , chez qui j'ai trouvé des Cabinets
touchant l'Histoire Naturelle .
,
La Grammaire et l'Eloquence, comptent
parmi ses plus habiles gens , Jean
Bocace , Toscan , en 1313 Ange Politien
, de Florence , en 1494. François
Philelphe , de la Marche d'Anconne , en
1500. le Cardinal Guido Bentivoglio ,
Ferrarois , en 1579. François Panigarole ,
Milanois , Evêque d'Aste en 1582 .
Pierre -Victor , Florentin , en 1585. Jean-
François Loredano , noble Venitien , en
1606. Gabriel Bonarelli , Malvelzi , Gregorrio
, Leti , et Jean Mario Crezinbeni ,
mort depuis peu . L'Académie de la Crus
ca de Florence se soutient encore par
quelques bons ouvrages ; son seul Dictionnaire
l'a renduë fameuse.
Ils ont eû de bons Historiens . Le Cardinal
Pierre Bembo , Venitien , en 1470 .
François Guichardin , Florentin en 1480.
Jean-Baptiste Platina , de Cremone , en
1481. Paul Joue , Milanois , en 1552 .
I. Vol. FraDECEMBR
E. 1731. 2791
Frapaolo , Venitien , en 1552. Onuphre
Panvinius , Veronois , en 1568. le Čardinal
Baronius , Napolitain , en 1607.
Faminius Strada , Jesuite Romain , en
1649. et Bap. Nani , noble Venitien , en
1676.
On s'est toujours attaché en Italie à la
recherche de l'Antiquité , par la nécessité
d'expliquer les beaux restes qui s'y trouvent
de tous côtez . On leur connoît Fulvius
Ursinus , Romain , en 1597. Laurent
Pignoria , Padouan , en 1571. Raphaël
Fabretti , le Pere Kirker , Nardini ,
Donati , Bellori , Mezzabarba , Bonani ,
Rossi. Aujourd'hui cette Science a passé
à des gens qui en font métier public ; on
les appelle Ciceroni.
"
Les meilleurs Medecins qu'ils ayent eû
depuis deux siècles , sont Antonio Francantiani
, en 1500. Jerôme Mercurialis
de Forli , en 1530. Pierre- André Mathiole
, de Sienne , en 1554. Jerôme Fracastor
, de Verone , en 1549. Jules - Paul
Crasso , de Padouë , en 1600. Louis Septal
, Milanois , en 1628. Sanctorius , en
16 11. et Bernardin Ramazzini , en 1714 .
On éprouve presentement à Rome plus
qu'ailleurs , l'incertitude de cette Science
conjecturale la Reine de Pologne en
1714. pensa mourir par l'assistance de
1. Vol. deux
2732 MERCURE DE FRANCE
deux ( 1 ) Medecins que Clement XI. lui
envoya. Heureusement pour elle , un Medecin
Etranger qui voyageoit , et qui
passoit par Rome , la tira d'affaire.
,
On distingue dans l'Anatomie Gabriel
Fallope , de Modene en 1562 , il étoit
aussi très-bon Medecin. Pour la Chirurgie
, les Princes Italiens font venir dans
les grandes operations , des François ,
qui ont porté , comme l'on sçait , cet Art
à un grand degré de perfection.
La Pharmacie est un peu plus cultivée
en Italie , où le soin de la santé occupe
tout le monde. Les laboratoires y sont
fournis de tout. On connoit Hiacinto
Cestoni , en 1713. Les Jardins de simples
sont par tout negligez ; il y en a un à Padoue
un peu en meilleur état ; l'on y fait
peu de Demonstrations publiques . Fabio
Columna Lyncei , Napolitain , s'est distingué
en 1592. et Prosper Alpini , Venitien
, en 1616. Ce n'est pas faute de Professeurs
; ce sont les Disciples qui manquent.
Les Mathématiques ne fournissent pas
d'aussi grands hommes que les autres
Sciences. Ils ont eû Galilée Galilei , de
Florence , en 1642. Cassini , Astronome ,
(1) Jean-Marie Lancisi , Medecin de Clement
XI.
I.Vol.
qui
DECEMBRE 1731 2733
›
qui s'est venu établir en France , Vincent
Viviani , Florentin de l'Académie des
Sciences de France , en 1703. et Bianchini
, Prélat domestique de Clement XI ,
bon Astronome , mort depuis peu . Actuellement
les Professeurs du College de
la Sapience sont presque tous Etrangers.
Le Cavalier Fontana s'est distingué dans
les machines qu'il a inventées du tems
de Sixte V, pour élever ces fameux Obelisques.
Il est aisé de voir par les Profils
qu'il en a donnés , qu'on feroit aujourd'hui
les mêmes Operations , en retranchant
la moitié des mouvemens et de la
dépense. Augustin Ramelli a donné un
Traité de Fontaines et de Machines hydrauliques.
Nous avons le Théatre de
Vittorio Zonca : Torelli et Vigarani , se
sont distinguez en France par leurs belles
Inventions pour le Théatre et pour
les Fontaines.
La Poësie est la Science qui est à present
la mieux cultivée en Italie , mais quel
Parallele à faire de leurs Poëtes d'aujourd'hui
avec ceux qu'ils ont perdus ? Ce
Tasse , fameux Auteur d'un Poëme Epique
que l'on compare à l'Eneïde , Dante
Alighiri , l'Arioste , Petrarque Pietro
Aretino , Sanazar , Fluvio Testi , Joan.
Bap. Marini , Guarini , Scipio Maffei , et
I. Vol.
Joan.
›
2734 MERCURE DE FRANCE
Joan. Georg. Trissino , dont les Livres
sont entre les mains dé tout le monde .
En quoi consiste ce talent d'aujourd'hui ?
Est- ce à produire de beaux Poëmes , des
Pieces de Théatre bien travaillées ? Non :
c'est en Saillies , en pointes d'Esprit , en
Concetti , qui étourdissent le Lecteur , saisissent
d'abord son esprit , l'ébranlent , et
enfin il revient , par la réfléxion de ce
faux merveilleux.
J
La Poësie Italienne ayant des mots élevez
qui ne servent point dans le Discours
ordinaire et qui lui sont , pour ainsi
dire , consacrez devient plus aisée en
cette Langue qu'en toute autre, où il faut
s'écarter des paroles usitées , et s'élever
infiniment pour plaire. Leurs Tragedies
ou Operas sont l'ouvrage de quinze jours.
On prend un sujet pour Cannevas ; on y
larde des ariettes sur l'Amour sur la
jalousie , sur l'inconstance , sur la beauté ,
en un mot , sur quantité de lieux communs
, dont un Poëte a toujours provision
dans son Magazin , et que l'on peut
appeller des selles à tous chevaux . Il n'en
coute qu'un peu de recitatif pour coudre
,
le tout ensemble ; voilà au naturel le travail
d'une Tragedie en musique. Je fus
témoin en 1714 que Carto Sigismondo
Capeci , Académicien de l'Arcadia , et
I. Vol. SecreDECEMBRE
1731. 2735
Secretaire de la Reine de Pologne , composa
deux Tragedies en moins d'un mois.
Quand les Ariettes ne plaisent pas , on
en remet d'autres sur le champ , cela ne
coute rien . Un petit Sonnet , un Madrigal
faux dans la pensée , pourvû qu'il ait
une pointe , suffit pour élever un Italien ,
et l'admettre aux Académies .
Qu'on ne me reproche point de parler
en homme qui a quelque aigreur contre
les Italiens j'en ai reçu tout ce que je
pouvois souhaitter. Clement XI . m'a fait
Chevalier Romain , et les Académiciens
de l'Arcadia m'admirent dans leur corps
sur un petit ouvrage que je leur presentay.
J'allois deux fois la semaine à leurs
conférences , qui se passoient à parler de
nouvelles , et à lire quelque Sonnet . Peutêtre
me taxera-t'on , d'un autre côté, d'ingratitude
c'est la verité qui me fait
agir en cette occasion , et l'envie seule de
détromper bien des gens trop prévenus
pour I'Italie , en lisant à quel degré étoit
montée son ancienne gloire dans les Arts
et les Sciences , sans songer à l'état present
où elle se trouve . ( 1 )
( 1 ) Le Journal Litteraire d'Italie , qui paroit
depuis deux ou trois années , malgré son
Emphase , hors des Poëtes et des Antiquaires ,
produit peu d'autres Sçavans.
I. Vol. Les
2736 MERCURE DE FRANCE
Les Arts paroissent d'abord avoir moins
perdu que les Sciences en Italie cepen- ;
dant c'est l'endroit le plus foible ; je n'en
excepte que la Musique.
>
L'Architecture a été portée fort loin ,“
et ils ont eû de fort habiles gens . Je ne
parle pas de Vitruve , et des anciens Romains
qui la tenoient des Grecs , je parle
depuis deux siècles , à commencer par
Bramante,Michel Ange Buonarotta,Jule ,
Romain , Le Vignole , Sansovino , Charles
Maderno , Palladio , Scamozzi , Serlio
, Fontana , Porta , Le Bernin , l'Algarde
, Guarini , Rainaldi et Le Borromini.
Ce dernier par la bizarrerie de ses
Profils a corrompu tout le bon goût des
anciens et des modernes , affectant de ne
jamais employer une ligne droite dans ses
corniches et dans ses couronnements. Ces
idées extravagantes , pour s'écarter de la
route ordinaire , ont frayé une fort mauvaise
voie qui n'est que trop suivie para
les Architectes du temps. Il faut avoir les
yeux bien bouchez pour ne les pas ouvrir
sur tous ces grands modeles qui sont de
vant eux . Ce Pantheon admirable pour
les proportions , ce Colisée pour la gran
de Ordonnance le Temple de la Paix
pour la magnificence de ses voutes , les
Arcs de Septime Severe et de Titus pour
I.Vol.
و
leurs
DECEMBRE 1731. 2737
,
leurs belles Colonnes , les Temples de la
Fortune virile , de Vesta , d'Antonin et
= de Faustine , un reste d'un Temple de
Minerve dans le Campo Vacino et le
Portique de Septimius dans le Marché
aux Poissons , si élegants pour l'Ordonnance
, les Chapiteaux et les belles Corniches
, avec des morceaux d'une Sculp-
4ture excellente. Leurs Palais presentement
sont d'un goût mesquin dans les Ringhieres
les couronnements et les Pourtours
des Croisées. Rien n'est si mal distribué
pour les Escaliers et pour les commoditez
de la vie ; il semble que la Façade
soit faite aux dépens du dedans.
,
و
Pour la Peinture , c'est peut-être en cet
Art où les Italiens ont le plus perdu. Dégenerez
de cet ancien lustre , où Raphaël
et Jule- Romain l'avoient porté à
Rome , Michel- Ange à Florence , le Titien
à Venise , Le Correge à Parme , et
les Carraches à Boulogne , ils n'ont pas
aujourd'hui un Peintre qu'ils puissent citer.
Andrea Sacchi , Carlo Marati , et Benedetto
Lutti, ont soutenu pendant que !-
que temps la Peinture à Rome , Sebastien
( 1 ) Ricci à Venise , Carlo Cigniani
à Boulogne , et Solimene à Naples ; ils ne
sont plus.
(1) Le Ricci est très -vieux , et ne travaille
plus.
I. Vol . Est2738
MERCURE DE FRANCE
, Est- ce un Sebastien Concha à Rome
un Crespi à Boulogne , un Piazetti à Venise
, qui étayeront la réputation de ces
grands hommes ? Trop foibles Dessinateurs
, ou trop mauvais Coloristes , personne
ne les en croira capables. Quels reproches
tacites ne leur font pas tous les
beaux morceaux de Peinture qu'ils possedent
à commencer par le grand Raphaël
; il est vrai que la plus grande partie
en est effacée ou retouchée ; mais on y
trouve toujours les pensées fines de ce
grand Peintre , les beaux contours
la
partie du coloris où il étoit le plus foible ,
est celle qui a le plus perdu . Le petit (1)
Palais Farnese en est une preuve , ayant
été retouché par Carlomarati , qui ayant
couvert tous les fonds d'Outremer , en a
ôté l'accord , et a rendu la couleur des
chairs plus noires et tirant sur la brique.
Les douze grands morceaux peints à Fresque
dans les salles du Vatican , ont été
la plupart rétouchez , et les autres sont
si noircis par le temps , qu'on a de la peine
à en jouir , excepté dans quelques heures
de la journée. Qui ne se rappelle à regret
,
(x) Raphaël y a peint un plafond , en deux
grands morceaux , le Banquet des Dieux pour
Les nopces de Psyché , l'autre leur assamblée
pour la déïfier.
I. Vol. Cette
DECEMBRE . 1731. 2739
י ז
.
Cette fameuse Ecole d'Athénes , la dispute
du Saint Sacrement , l'Incendie du
Bourg S. Pierre , le Mont Parnasse , la
Prison de S. Pierre , et le morceau que
tous les curieux connoissent sous le nom.
de la Messe ?
La grande Bataille de Constantin contre
le Tyran Maxence , peinte par Jule Romain,
est bien conservée , et est un grand
objet à imiter pour les caracteres. Les ( 1)
Loges du Vatican étant exposées à l'injure
des temps dans les trois étages , sont
fort effacées cependant on y découvre
une grande maniere , capable de former
un habile homme qui y feroit les réfléxions
nécessaires .
Sans parler des Tableaux de Chevalet qui
se trouvent en grand nombre dans tous
les Palais ; quel beau modele n'est - ce pas
pour un Peintre , que le ( 2 ) Plafond du
Palais Barberin , peint par Pierre de Cors
tonne; rien de plus grand, rien de mieux
( 1 ) Ces Loges représentent au premier étage
des feuillages et des Oyseaux. Au second , qui
est le plus beau ; c'est l'histoire de l'ancien et
du nouveau Testament . Le troisiéme Etage est
peint en sujet d'histoire , d'ornemens , avec des
Paisages et des Cartes Géographiques .
( Onnyy voit le Triomphe de la Gloire , ac
compagné des Vertus et d'autres Figures allé,
goriques à l'histoire d'Urbain VIII.
1. Vol
pensé
2740 MERCURE DE FRANCE.
pensé ne se peut imaginer. La belle touche
, le grand ton de couleur y égalent la
correction. L'Eglise de S. André Dellavallé
, offre ( 3 ) quatre Angles du Dominiquain
, qui sont des Morceaux admirables
et bien conservez , et un Dôme , où
le Cavalier Lanfranc a representé le Paradis
, d'une force et d'un caractere inimitables.
و
>
A Venise , ce sont des Paul Véronese ,
des Tintoret , et des Bassans qui enchantent
et qui paroissent tout neufs , hors
les Titien qui sont un peu gâtez.
A Naples , on voit des Fresques de Lucas
Jordans et de Solimene , qui éton
nent ; ainsi que des morceaux de Ribera
ou l'Espagnolet. Florence offre des Peintures
de quelques Maîtres Florentins , as -
sez bons ; mais la Galerie du Grand Duc
est remplie de tant de belles choses , que
c'est un Trésor pour un Peintre.
Parme est enrichie des Ouvrages du
Parmesan; il ne faut plus parler des beaux
Correges qui étoient dans les Eglises , le
temps les a entierement ruinez . Modéne ,
dans le Palais du Duc , en est encore toute
remplie. Boulogne est celebre par les
beaux Caraches . Milan et Gênes possedent
des Fresques étonnans de Bibiena , de
( 3 ) Ce sont les quatre Evangelistes .
I. Vol. Carlone
DECEMBRE 1731. 2741
Carlone , de Francischini et de Quaini,
Tous ces beaux Monumens font le procès
à l'ignorance actuelle des Italiens.
Sans parler de Michel -Ange , de Bacio
Bandinelli , de Sansovino , du Sardi, Donatelli
, Francesco Rustichi , Daniel de
Volterre , Jean Bologna , l'Algarde , le
Cavalier Bernin , Domenico Guidi , et
Camille Rusconi , qui est le dernier mort,
On peut dire qu'ils n'ont pas actuellement
un bon Sculpteur. Les François et
les autres Etrangers y suppléent depuis
long- temps ( 1 ) .
Ce n'est pas manque de beaux Morceaux
antiques: Quels exemples à suivre que les
Colonnes Trajanne et Antonine , les Basreliefs
de l'Arc de Constantin et les belles
Figures qui sont à Belvedere , pour ne
pas entrer dans un plus grand détail.
Il ne faut pas parler des Graveurs Italiens
modernes , aussi ne s'en piquent-ils
pas. Ce sont ordinairement des François
2 ) et des Allemans , qui s'y viennent
établir. Tout le monde sçait qu'ils ont eu
autrefois le fameux Marc- Antoine , Graveur
de Raphaël , Augustin Vénitien
Eneas Vicus , Sylvestre de Ravenne,Jule
( 1 ) Le Gros , Théodon , François Flamant,
dit le Quenoy , Bouchardon.
( 2 ) Jacques Freii.
I. Vol.
C Be2742
MERCURE DE FRANCE
Bonasone , Suavius , Augustin Carache
Villamena , Martin Rota , les Mantuans
Cherubin- Albert , et Pietro Sancti Barto'i.
Le Vigarani et l'Algardi ont imaginé
autrefois d'assez beaux Jardins , avec des
Fontaines ingénieuses ; présentement les
Ducs de Parme et de Modéne , ainsi que
le Roy de Sardaigne , ont fait venir des
Jardiniers François. Les Jardins de Tivoli
, de Frescati , de Colorne , Sassuolo,
Pratolino et la Vénerie , qui sont les plus
fameux Jardins d'Italie , sont d'un goût
fort mesquin , et ceux à Rome qui se distinguent
le plus, comme les Vignes Pamphile
et Ludovisi , sont du dessein de le
Nôtre.
La Musique est la partie des Arts la
mieux cultivée en Italie , et c'est celle où
f'on réussit le mieux. On sçait assez qu'elle
est la ressource des Faineans. Comme
l'on paye bien les Musiciens , chacun s'efforce
à réussir ; les parens y sacrifient la
virilité de leurs garçons. Nous avons de
beaux morceaux de Bassani , de Carissimi,
du fameux Corelli , Albinoni , Vivaldi
Scarlatti , Valentini et autres ; rien ne les
gêne dans leurs caprices; on ne s'embarasse
point de suivre le sens des paroles et d'en
rendre en Musique l'expression . Le méri-
1.Vol. te
DECEMBRE 1731 2743
que
te de Lully qui a si - bien exprimé les paroles
, y est compté pour rien ; pourva
le Musicien ait une saillie nouvelle et
qui soit tres-vive , on n'en demande pas
davantage , son but n'est pas d'aller au
coeur, il se contente de surprendre l'oreille
; il fait chanter la partie du Violon à la
voix qui se donne bien du tourment pour
y réussir , jusqu'à employer des grimaces
affreuses sur le Théatre ; cela est divin , selon
eux. Albinoni me disoit à Venise
qu'il n'étoit jamais un mois à composer
un Opéra, Il en a fait plus de 200. Il n'y
a point de Choeurs ni de Danses , ce qui
fait le grand travail des Musiciens. Deux
Duo , un Trio , quelquefois un Quatuor ,
se trouvent à la fin ; aussi ces Ouvrages
meurent-ils en naissant,on ne les reprend
jamais ; on veut toujours du nouveau ;
l'ennui qu'ils vous causent n'est pas concevable
, et l'on y dormiroit sans le secours
des Ariettes qui vous reveillent de
temps en temps.
Un Lecteur judicieux après avoir lû
ces Remarques , peut- il encore conserver
sa prévention pour l'Italie , et ne pas
jetter des yeux desinterressez sur les belles
choses qu'il trouve en son Païs et dans
les autres Parties de l'Europe. Combien y
en a - t - il en France , en Angleterre , en
1. Vol. Cij Es
2744 MERCURE DE FRANCE
Espagne , en Portugal , en Hollande et en
Flandres ? Pourquoi ne pas rendre justice
à tant d'habiles gens qui habitent ces differens
Climats ? Ils ne sont pas Italiens , je
l'avouë , il ne reste plus qu'à examiner ,
s'il ne valent pas mieux qu'eux dans la
Litterature et dans les Arts qu'ils professent.
C'est une compensation de mérite
que la justice doit faire , sans avoir égard aut
Païs.J'aime le beau ,disoit un de nos grands
(i ) Curieux , mais le Beau de tout Païs.
( 1 ) Feu M. de Montarsis , Garde des Pierres
vies de la Couronne.
l'Etat present de l'Italie , concernant les
Sciences et les Arts.
O
,
N est si prévenu aujourd'hui en
faveur de l'Italie , qu'il a paru nécessaire
de détromper quantité de Personnes
là- dessus. On entend les gens
raisonnables , car pour les entêtez qui
n'ont rapporté pour tout fruit de leurs
Voyages , que beaucoup de prévention
qu'ils communiquent à tout le monde
ou qui ont contracté ce mauvais goût
avec gens de leur caractere ; franchement
ce seroit peine perduë ; mais les Personnes
judicieuses me sçauront gré de les
avoir mises au fait sur tout le merveil
leux qu'on leur débite touchant l'Italie.
Un Voyage de plus de deux ans en ce
Pays-là , et quelque pratique dans les
Arts , peuvent assurer le Lecteur de la
certitude de ce qu'on avance et lui
faire esperer qu'il y trouvera de l'utilité.
Les Italiens ont eû comme toutes les
autres Nations , de grands Hommes dans
les Sciences et dans les Arts. On peut
leur reprocher en general , qu'ils n'ont
1. Vol. Bvj ja-
>
2728 MERCURE DE FRANCE
1.
jamais autant approfondi les Sciences que
les Allemands , les Anglois et les François.
Un peu trop paresseux de leur naturel
, ils prennent pour excuse la chaleur
excessive de leur climat.
On étudie presentement à Rome le
Droit Canon , à Venise la Politique ,
Florence , Boulogne et Padouë , autrefois
si fameuses par leurs Académies ,
n'offrent plus rien presentement que de
médiocre. Les Gens de Lettres , et les
Professeurs qui les composent sont la
plûpart Etrangers. Pour les Villes de Naples
, de Milan , Genes et Livourne , on
n'y parle que de commerce. Les autres
Villes suivent assez ce Plan general .
Les Sciences.
›
pen Tout le monde sçait qu'ils ont eû
de Théologiens depuis environ 2oo . ans ,
( terme que l'on s'est prescrit dans cette
Dissertation. ) On distingue Jerôme Savanarolle
, de Ferrare en 1452. Corneille
Musso , de Plaisance en 1511. le Cardinal
Bellarmin en 1621. Le Cardinal
Laurent Brancati , de Laurea , en 1681.
et le Cardinal Noris en 1704. Le Droit
Canon est aujourd'hui le seul objet des
gens d'Eglise , et ce dont ils ont le plus
I.Vol.
,
de
DECEMBRE. 1731. 2729
de besoin pour s'avancer dans la Chambre
Ecclesiastique. Les Jesuites même ne
s'attachent gueres qu'à la Politique et
aux humanitez. Les seuls Dominicains
du Couvent de la Minerve s'appliquent à
la Théologie Scholastique ; rien n'est
plus ignorant que les autres Moines ; cela
est si vrai , que quand il est question de
décider quelque Dogme de l'Eglise , on
fait venir des Espagnols et des Théologiens
Etrangers.
Ils ont eû quelques fameux Jurisconsultes
, comme Philippe Dece , de Milan
, en 1535. André Alciat , aussi Milanois
, en 1549. Tibere Decian , de
Frioul , en 1581. et Jean Vincent Gra
Calabrois en 1718. Aujourd'hui
leurs Avocats à la Rotte n'étudient que
le Droit écrit , et ne produisent point de
ces beaux Plaidoyers. Rien n'est plus
rare que de voir des ouvrages nouveaux
sur cette matiere .
vina , >
Leurs Philosophes , depuis deux siécles
, sont Jean-Baptiste Platina , de Cremone
, en 1481. Alexandre Picolomini
de Sienne , en 1508. Jerôme Cardan
Padoüan , en 1576. Thomas Campanella ,
Calabrois , mort en 1639. Fortunio Liceti
, Genois , en 1656. et Ulysse Aldrovandus
, Boulonnois , en 1605. qui s'est
I. Vol. dis2730
MERCURE DE FRANCE
distingué par ses beaux ouvrages sur
la Physique et sur l'Histoire naturelle.
Il y a encore cû Angeliste Torricelli ,
mort en 1647. et François Redi , Florentin
, en 1697. On ne voit presque plus
actuellement de Philosophes en Italie.
Il y a quelques Medecins à Padouë et à
Pise , chez qui j'ai trouvé des Cabinets
touchant l'Histoire Naturelle .
,
La Grammaire et l'Eloquence, comptent
parmi ses plus habiles gens , Jean
Bocace , Toscan , en 1313 Ange Politien
, de Florence , en 1494. François
Philelphe , de la Marche d'Anconne , en
1500. le Cardinal Guido Bentivoglio ,
Ferrarois , en 1579. François Panigarole ,
Milanois , Evêque d'Aste en 1582 .
Pierre -Victor , Florentin , en 1585. Jean-
François Loredano , noble Venitien , en
1606. Gabriel Bonarelli , Malvelzi , Gregorrio
, Leti , et Jean Mario Crezinbeni ,
mort depuis peu . L'Académie de la Crus
ca de Florence se soutient encore par
quelques bons ouvrages ; son seul Dictionnaire
l'a renduë fameuse.
Ils ont eû de bons Historiens . Le Cardinal
Pierre Bembo , Venitien , en 1470 .
François Guichardin , Florentin en 1480.
Jean-Baptiste Platina , de Cremone , en
1481. Paul Joue , Milanois , en 1552 .
I. Vol. FraDECEMBR
E. 1731. 2791
Frapaolo , Venitien , en 1552. Onuphre
Panvinius , Veronois , en 1568. le Čardinal
Baronius , Napolitain , en 1607.
Faminius Strada , Jesuite Romain , en
1649. et Bap. Nani , noble Venitien , en
1676.
On s'est toujours attaché en Italie à la
recherche de l'Antiquité , par la nécessité
d'expliquer les beaux restes qui s'y trouvent
de tous côtez . On leur connoît Fulvius
Ursinus , Romain , en 1597. Laurent
Pignoria , Padouan , en 1571. Raphaël
Fabretti , le Pere Kirker , Nardini ,
Donati , Bellori , Mezzabarba , Bonani ,
Rossi. Aujourd'hui cette Science a passé
à des gens qui en font métier public ; on
les appelle Ciceroni.
"
Les meilleurs Medecins qu'ils ayent eû
depuis deux siècles , sont Antonio Francantiani
, en 1500. Jerôme Mercurialis
de Forli , en 1530. Pierre- André Mathiole
, de Sienne , en 1554. Jerôme Fracastor
, de Verone , en 1549. Jules - Paul
Crasso , de Padouë , en 1600. Louis Septal
, Milanois , en 1628. Sanctorius , en
16 11. et Bernardin Ramazzini , en 1714 .
On éprouve presentement à Rome plus
qu'ailleurs , l'incertitude de cette Science
conjecturale la Reine de Pologne en
1714. pensa mourir par l'assistance de
1. Vol. deux
2732 MERCURE DE FRANCE
deux ( 1 ) Medecins que Clement XI. lui
envoya. Heureusement pour elle , un Medecin
Etranger qui voyageoit , et qui
passoit par Rome , la tira d'affaire.
,
On distingue dans l'Anatomie Gabriel
Fallope , de Modene en 1562 , il étoit
aussi très-bon Medecin. Pour la Chirurgie
, les Princes Italiens font venir dans
les grandes operations , des François ,
qui ont porté , comme l'on sçait , cet Art
à un grand degré de perfection.
La Pharmacie est un peu plus cultivée
en Italie , où le soin de la santé occupe
tout le monde. Les laboratoires y sont
fournis de tout. On connoit Hiacinto
Cestoni , en 1713. Les Jardins de simples
sont par tout negligez ; il y en a un à Padoue
un peu en meilleur état ; l'on y fait
peu de Demonstrations publiques . Fabio
Columna Lyncei , Napolitain , s'est distingué
en 1592. et Prosper Alpini , Venitien
, en 1616. Ce n'est pas faute de Professeurs
; ce sont les Disciples qui manquent.
Les Mathématiques ne fournissent pas
d'aussi grands hommes que les autres
Sciences. Ils ont eû Galilée Galilei , de
Florence , en 1642. Cassini , Astronome ,
(1) Jean-Marie Lancisi , Medecin de Clement
XI.
I.Vol.
qui
DECEMBRE 1731 2733
›
qui s'est venu établir en France , Vincent
Viviani , Florentin de l'Académie des
Sciences de France , en 1703. et Bianchini
, Prélat domestique de Clement XI ,
bon Astronome , mort depuis peu . Actuellement
les Professeurs du College de
la Sapience sont presque tous Etrangers.
Le Cavalier Fontana s'est distingué dans
les machines qu'il a inventées du tems
de Sixte V, pour élever ces fameux Obelisques.
Il est aisé de voir par les Profils
qu'il en a donnés , qu'on feroit aujourd'hui
les mêmes Operations , en retranchant
la moitié des mouvemens et de la
dépense. Augustin Ramelli a donné un
Traité de Fontaines et de Machines hydrauliques.
Nous avons le Théatre de
Vittorio Zonca : Torelli et Vigarani , se
sont distinguez en France par leurs belles
Inventions pour le Théatre et pour
les Fontaines.
La Poësie est la Science qui est à present
la mieux cultivée en Italie , mais quel
Parallele à faire de leurs Poëtes d'aujourd'hui
avec ceux qu'ils ont perdus ? Ce
Tasse , fameux Auteur d'un Poëme Epique
que l'on compare à l'Eneïde , Dante
Alighiri , l'Arioste , Petrarque Pietro
Aretino , Sanazar , Fluvio Testi , Joan.
Bap. Marini , Guarini , Scipio Maffei , et
I. Vol.
Joan.
›
2734 MERCURE DE FRANCE
Joan. Georg. Trissino , dont les Livres
sont entre les mains dé tout le monde .
En quoi consiste ce talent d'aujourd'hui ?
Est- ce à produire de beaux Poëmes , des
Pieces de Théatre bien travaillées ? Non :
c'est en Saillies , en pointes d'Esprit , en
Concetti , qui étourdissent le Lecteur , saisissent
d'abord son esprit , l'ébranlent , et
enfin il revient , par la réfléxion de ce
faux merveilleux.
J
La Poësie Italienne ayant des mots élevez
qui ne servent point dans le Discours
ordinaire et qui lui sont , pour ainsi
dire , consacrez devient plus aisée en
cette Langue qu'en toute autre, où il faut
s'écarter des paroles usitées , et s'élever
infiniment pour plaire. Leurs Tragedies
ou Operas sont l'ouvrage de quinze jours.
On prend un sujet pour Cannevas ; on y
larde des ariettes sur l'Amour sur la
jalousie , sur l'inconstance , sur la beauté ,
en un mot , sur quantité de lieux communs
, dont un Poëte a toujours provision
dans son Magazin , et que l'on peut
appeller des selles à tous chevaux . Il n'en
coute qu'un peu de recitatif pour coudre
,
le tout ensemble ; voilà au naturel le travail
d'une Tragedie en musique. Je fus
témoin en 1714 que Carto Sigismondo
Capeci , Académicien de l'Arcadia , et
I. Vol. SecreDECEMBRE
1731. 2735
Secretaire de la Reine de Pologne , composa
deux Tragedies en moins d'un mois.
Quand les Ariettes ne plaisent pas , on
en remet d'autres sur le champ , cela ne
coute rien . Un petit Sonnet , un Madrigal
faux dans la pensée , pourvû qu'il ait
une pointe , suffit pour élever un Italien ,
et l'admettre aux Académies .
Qu'on ne me reproche point de parler
en homme qui a quelque aigreur contre
les Italiens j'en ai reçu tout ce que je
pouvois souhaitter. Clement XI . m'a fait
Chevalier Romain , et les Académiciens
de l'Arcadia m'admirent dans leur corps
sur un petit ouvrage que je leur presentay.
J'allois deux fois la semaine à leurs
conférences , qui se passoient à parler de
nouvelles , et à lire quelque Sonnet . Peutêtre
me taxera-t'on , d'un autre côté, d'ingratitude
c'est la verité qui me fait
agir en cette occasion , et l'envie seule de
détromper bien des gens trop prévenus
pour I'Italie , en lisant à quel degré étoit
montée son ancienne gloire dans les Arts
et les Sciences , sans songer à l'état present
où elle se trouve . ( 1 )
( 1 ) Le Journal Litteraire d'Italie , qui paroit
depuis deux ou trois années , malgré son
Emphase , hors des Poëtes et des Antiquaires ,
produit peu d'autres Sçavans.
I. Vol. Les
2736 MERCURE DE FRANCE
Les Arts paroissent d'abord avoir moins
perdu que les Sciences en Italie cepen- ;
dant c'est l'endroit le plus foible ; je n'en
excepte que la Musique.
>
L'Architecture a été portée fort loin ,“
et ils ont eû de fort habiles gens . Je ne
parle pas de Vitruve , et des anciens Romains
qui la tenoient des Grecs , je parle
depuis deux siècles , à commencer par
Bramante,Michel Ange Buonarotta,Jule ,
Romain , Le Vignole , Sansovino , Charles
Maderno , Palladio , Scamozzi , Serlio
, Fontana , Porta , Le Bernin , l'Algarde
, Guarini , Rainaldi et Le Borromini.
Ce dernier par la bizarrerie de ses
Profils a corrompu tout le bon goût des
anciens et des modernes , affectant de ne
jamais employer une ligne droite dans ses
corniches et dans ses couronnements. Ces
idées extravagantes , pour s'écarter de la
route ordinaire , ont frayé une fort mauvaise
voie qui n'est que trop suivie para
les Architectes du temps. Il faut avoir les
yeux bien bouchez pour ne les pas ouvrir
sur tous ces grands modeles qui sont de
vant eux . Ce Pantheon admirable pour
les proportions , ce Colisée pour la gran
de Ordonnance le Temple de la Paix
pour la magnificence de ses voutes , les
Arcs de Septime Severe et de Titus pour
I.Vol.
و
leurs
DECEMBRE 1731. 2737
,
leurs belles Colonnes , les Temples de la
Fortune virile , de Vesta , d'Antonin et
= de Faustine , un reste d'un Temple de
Minerve dans le Campo Vacino et le
Portique de Septimius dans le Marché
aux Poissons , si élegants pour l'Ordonnance
, les Chapiteaux et les belles Corniches
, avec des morceaux d'une Sculp-
4ture excellente. Leurs Palais presentement
sont d'un goût mesquin dans les Ringhieres
les couronnements et les Pourtours
des Croisées. Rien n'est si mal distribué
pour les Escaliers et pour les commoditez
de la vie ; il semble que la Façade
soit faite aux dépens du dedans.
,
و
Pour la Peinture , c'est peut-être en cet
Art où les Italiens ont le plus perdu. Dégenerez
de cet ancien lustre , où Raphaël
et Jule- Romain l'avoient porté à
Rome , Michel- Ange à Florence , le Titien
à Venise , Le Correge à Parme , et
les Carraches à Boulogne , ils n'ont pas
aujourd'hui un Peintre qu'ils puissent citer.
Andrea Sacchi , Carlo Marati , et Benedetto
Lutti, ont soutenu pendant que !-
que temps la Peinture à Rome , Sebastien
( 1 ) Ricci à Venise , Carlo Cigniani
à Boulogne , et Solimene à Naples ; ils ne
sont plus.
(1) Le Ricci est très -vieux , et ne travaille
plus.
I. Vol . Est2738
MERCURE DE FRANCE
, Est- ce un Sebastien Concha à Rome
un Crespi à Boulogne , un Piazetti à Venise
, qui étayeront la réputation de ces
grands hommes ? Trop foibles Dessinateurs
, ou trop mauvais Coloristes , personne
ne les en croira capables. Quels reproches
tacites ne leur font pas tous les
beaux morceaux de Peinture qu'ils possedent
à commencer par le grand Raphaël
; il est vrai que la plus grande partie
en est effacée ou retouchée ; mais on y
trouve toujours les pensées fines de ce
grand Peintre , les beaux contours
la
partie du coloris où il étoit le plus foible ,
est celle qui a le plus perdu . Le petit (1)
Palais Farnese en est une preuve , ayant
été retouché par Carlomarati , qui ayant
couvert tous les fonds d'Outremer , en a
ôté l'accord , et a rendu la couleur des
chairs plus noires et tirant sur la brique.
Les douze grands morceaux peints à Fresque
dans les salles du Vatican , ont été
la plupart rétouchez , et les autres sont
si noircis par le temps , qu'on a de la peine
à en jouir , excepté dans quelques heures
de la journée. Qui ne se rappelle à regret
,
(x) Raphaël y a peint un plafond , en deux
grands morceaux , le Banquet des Dieux pour
Les nopces de Psyché , l'autre leur assamblée
pour la déïfier.
I. Vol. Cette
DECEMBRE . 1731. 2739
י ז
.
Cette fameuse Ecole d'Athénes , la dispute
du Saint Sacrement , l'Incendie du
Bourg S. Pierre , le Mont Parnasse , la
Prison de S. Pierre , et le morceau que
tous les curieux connoissent sous le nom.
de la Messe ?
La grande Bataille de Constantin contre
le Tyran Maxence , peinte par Jule Romain,
est bien conservée , et est un grand
objet à imiter pour les caracteres. Les ( 1)
Loges du Vatican étant exposées à l'injure
des temps dans les trois étages , sont
fort effacées cependant on y découvre
une grande maniere , capable de former
un habile homme qui y feroit les réfléxions
nécessaires .
Sans parler des Tableaux de Chevalet qui
se trouvent en grand nombre dans tous
les Palais ; quel beau modele n'est - ce pas
pour un Peintre , que le ( 2 ) Plafond du
Palais Barberin , peint par Pierre de Cors
tonne; rien de plus grand, rien de mieux
( 1 ) Ces Loges représentent au premier étage
des feuillages et des Oyseaux. Au second , qui
est le plus beau ; c'est l'histoire de l'ancien et
du nouveau Testament . Le troisiéme Etage est
peint en sujet d'histoire , d'ornemens , avec des
Paisages et des Cartes Géographiques .
( Onnyy voit le Triomphe de la Gloire , ac
compagné des Vertus et d'autres Figures allé,
goriques à l'histoire d'Urbain VIII.
1. Vol
pensé
2740 MERCURE DE FRANCE.
pensé ne se peut imaginer. La belle touche
, le grand ton de couleur y égalent la
correction. L'Eglise de S. André Dellavallé
, offre ( 3 ) quatre Angles du Dominiquain
, qui sont des Morceaux admirables
et bien conservez , et un Dôme , où
le Cavalier Lanfranc a representé le Paradis
, d'une force et d'un caractere inimitables.
و
>
A Venise , ce sont des Paul Véronese ,
des Tintoret , et des Bassans qui enchantent
et qui paroissent tout neufs , hors
les Titien qui sont un peu gâtez.
A Naples , on voit des Fresques de Lucas
Jordans et de Solimene , qui éton
nent ; ainsi que des morceaux de Ribera
ou l'Espagnolet. Florence offre des Peintures
de quelques Maîtres Florentins , as -
sez bons ; mais la Galerie du Grand Duc
est remplie de tant de belles choses , que
c'est un Trésor pour un Peintre.
Parme est enrichie des Ouvrages du
Parmesan; il ne faut plus parler des beaux
Correges qui étoient dans les Eglises , le
temps les a entierement ruinez . Modéne ,
dans le Palais du Duc , en est encore toute
remplie. Boulogne est celebre par les
beaux Caraches . Milan et Gênes possedent
des Fresques étonnans de Bibiena , de
( 3 ) Ce sont les quatre Evangelistes .
I. Vol. Carlone
DECEMBRE 1731. 2741
Carlone , de Francischini et de Quaini,
Tous ces beaux Monumens font le procès
à l'ignorance actuelle des Italiens.
Sans parler de Michel -Ange , de Bacio
Bandinelli , de Sansovino , du Sardi, Donatelli
, Francesco Rustichi , Daniel de
Volterre , Jean Bologna , l'Algarde , le
Cavalier Bernin , Domenico Guidi , et
Camille Rusconi , qui est le dernier mort,
On peut dire qu'ils n'ont pas actuellement
un bon Sculpteur. Les François et
les autres Etrangers y suppléent depuis
long- temps ( 1 ) .
Ce n'est pas manque de beaux Morceaux
antiques: Quels exemples à suivre que les
Colonnes Trajanne et Antonine , les Basreliefs
de l'Arc de Constantin et les belles
Figures qui sont à Belvedere , pour ne
pas entrer dans un plus grand détail.
Il ne faut pas parler des Graveurs Italiens
modernes , aussi ne s'en piquent-ils
pas. Ce sont ordinairement des François
2 ) et des Allemans , qui s'y viennent
établir. Tout le monde sçait qu'ils ont eu
autrefois le fameux Marc- Antoine , Graveur
de Raphaël , Augustin Vénitien
Eneas Vicus , Sylvestre de Ravenne,Jule
( 1 ) Le Gros , Théodon , François Flamant,
dit le Quenoy , Bouchardon.
( 2 ) Jacques Freii.
I. Vol.
C Be2742
MERCURE DE FRANCE
Bonasone , Suavius , Augustin Carache
Villamena , Martin Rota , les Mantuans
Cherubin- Albert , et Pietro Sancti Barto'i.
Le Vigarani et l'Algardi ont imaginé
autrefois d'assez beaux Jardins , avec des
Fontaines ingénieuses ; présentement les
Ducs de Parme et de Modéne , ainsi que
le Roy de Sardaigne , ont fait venir des
Jardiniers François. Les Jardins de Tivoli
, de Frescati , de Colorne , Sassuolo,
Pratolino et la Vénerie , qui sont les plus
fameux Jardins d'Italie , sont d'un goût
fort mesquin , et ceux à Rome qui se distinguent
le plus, comme les Vignes Pamphile
et Ludovisi , sont du dessein de le
Nôtre.
La Musique est la partie des Arts la
mieux cultivée en Italie , et c'est celle où
f'on réussit le mieux. On sçait assez qu'elle
est la ressource des Faineans. Comme
l'on paye bien les Musiciens , chacun s'efforce
à réussir ; les parens y sacrifient la
virilité de leurs garçons. Nous avons de
beaux morceaux de Bassani , de Carissimi,
du fameux Corelli , Albinoni , Vivaldi
Scarlatti , Valentini et autres ; rien ne les
gêne dans leurs caprices; on ne s'embarasse
point de suivre le sens des paroles et d'en
rendre en Musique l'expression . Le méri-
1.Vol. te
DECEMBRE 1731 2743
que
te de Lully qui a si - bien exprimé les paroles
, y est compté pour rien ; pourva
le Musicien ait une saillie nouvelle et
qui soit tres-vive , on n'en demande pas
davantage , son but n'est pas d'aller au
coeur, il se contente de surprendre l'oreille
; il fait chanter la partie du Violon à la
voix qui se donne bien du tourment pour
y réussir , jusqu'à employer des grimaces
affreuses sur le Théatre ; cela est divin , selon
eux. Albinoni me disoit à Venise
qu'il n'étoit jamais un mois à composer
un Opéra, Il en a fait plus de 200. Il n'y
a point de Choeurs ni de Danses , ce qui
fait le grand travail des Musiciens. Deux
Duo , un Trio , quelquefois un Quatuor ,
se trouvent à la fin ; aussi ces Ouvrages
meurent-ils en naissant,on ne les reprend
jamais ; on veut toujours du nouveau ;
l'ennui qu'ils vous causent n'est pas concevable
, et l'on y dormiroit sans le secours
des Ariettes qui vous reveillent de
temps en temps.
Un Lecteur judicieux après avoir lû
ces Remarques , peut- il encore conserver
sa prévention pour l'Italie , et ne pas
jetter des yeux desinterressez sur les belles
choses qu'il trouve en son Païs et dans
les autres Parties de l'Europe. Combien y
en a - t - il en France , en Angleterre , en
1. Vol. Cij Es
2744 MERCURE DE FRANCE
Espagne , en Portugal , en Hollande et en
Flandres ? Pourquoi ne pas rendre justice
à tant d'habiles gens qui habitent ces differens
Climats ? Ils ne sont pas Italiens , je
l'avouë , il ne reste plus qu'à examiner ,
s'il ne valent pas mieux qu'eux dans la
Litterature et dans les Arts qu'ils professent.
C'est une compensation de mérite
que la justice doit faire , sans avoir égard aut
Païs.J'aime le beau ,disoit un de nos grands
(i ) Curieux , mais le Beau de tout Païs.
( 1 ) Feu M. de Montarsis , Garde des Pierres
vies de la Couronne.
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Résumé : DISSERTATION CRITIQUE, sur l'Etat present de l'Italie, concernant les Sciences et les Arts.
La dissertation critique sur l'état présent de l'Italie concernant les sciences et les arts vise à corriger les perceptions erronées sur la supériorité italienne. L'auteur, ayant voyagé en Italie pendant plus de deux ans et ayant une pratique des arts, reconnaît que les Italiens ont eu des grands hommes dans les sciences et les arts, mais note qu'ils n'ont pas autant approfondi les sciences que les Allemands, les Anglais et les Français. Les Italiens sont souvent perçus comme paresseux, ce que l'auteur attribue à la chaleur excessive de leur climat. À Rome, les études se concentrent principalement sur le droit canon, tandis que Venise se focalise sur la politique. Florence, Boulogne et Padoue, autrefois célèbres pour leurs académies, offrent aujourd'hui des résultats médiocres. Les villes de Naples, Milan, Gênes et Livourne sont principalement tournées vers le commerce. Les sciences en Italie ont connu des figures notables comme Jérôme Savonarole, le Cardinal Bellarmin et Jean-Baptiste Platina, mais actuellement, les philosophes et les théologiens sont rares. Les juristes italiens se limitent au droit écrit, et les ouvrages nouveaux sur cette matière sont rares. En médecine, des noms comme Antonio Francantiani et Jérôme Mercurialis sont célèbres, mais la pratique médicale actuelle est incertaine. Les mathématiques ont vu des figures comme Galilée et Cassini, mais les professeurs actuels sont souvent étrangers. La poésie est la science la mieux cultivée, mais elle se limite souvent à des saillies et des points d'esprit plutôt qu'à des œuvres profondes. Les tragédies et opéras sont produits rapidement et sans grande originalité. Les arts, bien que moins affectés que les sciences, montrent des signes de déclin. L'architecture a connu des maîtres comme Bramante et Michel-Ange, mais le goût actuel est corrompu par des idées extravagantes. La peinture, autrefois illustre avec des noms comme Raphaël et le Titien, ne compte plus de grands peintres contemporains. Les palais italiens actuels sont critiqués pour leur mauvais goût et leur mauvaise distribution intérieure. De nombreux tableaux, y compris ceux de Raphaël, ont été retouchés ou effacés. Les fresques du Vatican, bien que noircies par le temps, conservent des éléments remarquables. À Venise, les œuvres de Paul Véronèse, Tintoret et Bassano sont bien conservées, tandis que celles de Titien sont légèrement endommagées. Naples, Florence, Parme, Modène, Boulogne, Milan et Gênes possèdent des fresques et des tableaux de maîtres renommés. Le texte critique l'absence de sculpteurs italiens contemporains de renom, notant que les Français et autres étrangers les suppléent. La musique, bien que superficielle, reste excellente. Le texte invite à reconnaître les talents artistiques dans d'autres pays européens, soulignant que la qualité des arts ne dépend pas de l'origine géographique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16785
p. 1051-1081
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
Début :
Les Sçavans ont été fort partagés sur la situation de ces deux Villes ; tous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Tors, Lieutenant Criminel au Bailliage d'Avallon, sur Vellaunodunum, ancienne Ville des Senonois, et Genabum des Carnutes.
LETTRE de M. le Tors, Lieutenant
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
Criminel au Bailliage d'Avallon, sur
Vellaunodunum, ancienne Ville des
Senonois, et Genabum des Carnutes.
Les Sçavans ont été fort partagés sur
la situation de ces deux Villes ; tous
conviennent qu'il faut principalement
la chercher dans César , en suivant au-
tant qu'on peut la découvrir , la route
qu'il a tenue pour aller se rendre maître
de ces deux Places.
César ayant apris en Italie que les Gau-
lois avoient profité de son éloignement ,
et des affaires qu'ils croyoient devoir les
retenir à Rome , pour secoüer le joug
de la domination Romaine , les Carnu-
tes , les Senonois , les Parisiens , les Peu
ples du Poitou, de la Touraine , &c. for-
mentune ligue,s'y engagent par serment,,
et choisissent Vercingentorix pour leur Gé-
néral ; les Carnutes les premiers se signa-
lent par une entreprise d'éclat , ils se
rendent à Genabum
1.Voli
,
où se faisoit un
commerce considérable
>
égorgent les
1
Citoyens Romains qui s'y trouvent , et
entre autres Fusius Cotta qui avoit le soin
Av
dess
1052 MERCURE DE FRANCE
des Vivres ; le bruit de cette action se
répand en peu de temps parmi les Gau-
lois , et le jour même il est porté chés
les Auvergnats , qui sont éloignés de
cent soixante mille de Genabum.
César étant arrivé dans les Gaules ;,
s'annonce par quelques expéditions du
côté des Sevennes et de l'Auvergne, vient
3
ensuite à Vienne , continue sa marche
jour et nuit , en suivant les Frontieres
du Pays des Eduens , pour aller dans ce--
lui des Langrois. Quand il y est arrivé ,.
il donne ses ordres pour assembler ses
Troupes dans un même Lieu , avant que
»
les Auvergnats en puissent être avertis ;
ce qui étant cependant venu à la con-
noissance de Vercingentorix , ce Général
conduisit son Armée dans le Berry , d'où
il alla assieger Gergovia, Ville des Boyens,
Peuples qui avoient des motifs pour être.
plus attachés à César , et moins affection-
nés à la liberté Gauloise que les naturels
du Pays..
L'entreprise de Vercingentorix donna
de l'inquietude à César , qui craignoit
pour sa réputation , et que ses Alliés ne
comptassent plus sur lui , s'ils voyoient
que son secours leur manquoit au besoin;
lé courage de Gésar lu! fit passer sur tou-
tes les difficultés , qui auroient été capa
I.Wol!
bles i
"
JUIN.
1737.
10533
bles d'arrêter tout autre que lui. Il s'as-
sura des vivres pour son Armée auprès
des Eduens , et fit avertir les Boyens de
demeurer fidéles et de se défendre avec
vigueur , afin que se mettant en marche
pour les secourir , il eût le tems de les
joindre. Après avoir laissé deux Légions
à Agendicum , et les Equipages de toute
son Armée , il marche au secours des
Boyens , Duabus Agendici Legionibus re-
lictis atque impedimentis totius exercitus, ad
Boyos proficiscitur.
Je ne vois pas sur quel fondement on a
pû faire passerCésar par Agendicum, puis-
qu'il ne dit pas un mot qui le supose , et
qu'il fait même entendre le contraire. 11
parle de son arrivée dans le Pays de Lan-
gres , et raconte avec beaucoup d'ordre
et de précision les mesures qu'il prend ,
et finit son récit par son départ ; il avoit
assemblé son Armée dans un même Lieu
qu'il ne nomme pas , ses ordres étoient
donnés, avoit-il autre chose à faire, que
de partir ? Et ce qu'il dit , ne fait- il pas
connoître qu'il part du Lieu où ses Lé-
gions sétoient rendues ? If les auroit as-
semblées à Agendicum ,
*
s'il en avoit dû
partir , et on ne peut pas croire qu'il y
alt passé pour se donner lui - même un
soin aussi subalterne que d'y conduire
Il-Volt
Avji
deuxx
1054 MERCURE DE FRANCE
deux Légions , et les Equipages d'une
Armée, dans une conjoncture où il étoit
aussi pressé. Il remarque même , à la fin ,
de son VI. Livre , la distribution qu'il,
avoit faite de ses Légions avant que de
sortir desGaules pour aller en Italie.Il y en
avoit six à Agendicum , ainsi il put en ti-
rer quatre , et en laisser deux , et il lui.
étoit facile d'y faire conduire les Equipa-
ges
de l'Armée
sans y aller en person-
ne. Il a pû aussi assembler toutes ses Lé-
gions et en renvoyer deux à Agendicum,
avec les Equipages ; quoiqu'il en soit , de
la maniere dont cela s'est fait, ce sera cet
ordre qu'il a donné , qu'on aura pris.
pour une marche effective qu'il ait faite..
La situation des affaires de César ne.
lui permettoit pas d'ailleurs de passer par.
Agendicum , que presque tous les Sca-
vans prennent pour Sens , ce qui l'auroit:
obligé de traverser le Pays Ennemi ¡des.
Senonois , qui auroient inquiété son Ar-
mée , retardé sa marche , et même au-
roient pû lui couper les Vivres ; de sorte.
qu'il a dû ne pas s'écarter du Pays des
Eduens , Peuples qui étoient son unique.
ressource pour la subsistance de son Ar
mée:
On ne voit pas dans quel endroit du
Pays de Langres ,, César assembla cette
1. Vol.
Armée ; )
JUIN.
1737.
1055
Armée ; ainsi on ne peut pas dire qu'en
partant du Pays de Langres , il abrégeât
son chemin en passant par Agendicum
dans la circonstance où il se trouvoit ,
c'étoit avancer que de prendre même le
chemin le plus long , pourvû qu'il fût
le plus assuré , et on doit croire qu'il
avoit pris ses mésures de la maniere la
plus convenable à ses desseins.
César étant donc parti du Pays de
Langres , marche avec hâte , et arrive le
lendemain de son départ à une Ville des
Senonois , qu'il nomme Vellaunodunum ;
il dit lui-même les raisons qui l'obligent
de l'assieger , ne quem post se hostem relin
queret , quo expeditiore re frumentarià ute-
retur , oppugnare instituit. Il l'aproche en
effet , en fait la circonvallation en deux'
jours , et l'oblige de se rendre ; comme
il n'avoit pas plus de temps qu'il lui en
falloit , il laisse à Trébonius le soin de
faire executer la Capitulation , marchet
à grandes journées à Genabum , et y arri
ve en deux jours.
L Vol.
1
César ne dit rien de la situation de
Fellaunodunum. Pour la trouver il faut
chercher une Place frontiere des Seno-
nois et des Eduens , sur la route du Pays
de Langres pour aller sur la Loire.
Je trouve la Ville d'Avallon , dont le
>
Bailliage,
106 MERCURE DE FRANCE
Bailliage , qui est ancien , est une partiè
engagée dans le Diòcése de Langres, mais
je ne la propose qu'avec précaution et
sans prétendre décider.-
La situation d'Avallon est exprimée
par le mot de Vellaunodunum , qui pré-
sente à l'esprit, l'idée d'une Plaine, d'une
Vallée où il y a une éminence ; il n'est
pas nécessaire sans doute de rebatre aux
Sçavans l'étimologie de Dunum , après
ce que M. Lancelot et M. le Beuf en ont
dit , il y a dans le Pays même des preu-
ves qui fortifient le sentiment général
sur cette explication , qui est reçûë de
tout le monde.
La Ville d'Avallon est située à l'extré
mité d'une Plaine qui est bornée de cô-
téaux plantés de Vignes , qui produisent
ces Vins si estimés , et sur un rocher es-
carpé de trois côtés , entouré de larges
et profonds Vallons , sur lesquels elle
domine , dans une partie desquels cou-
le la Riviere de Cousain , Cusa amnis i
de sorte que ceux qui viennent du Mor-
vent , qui est au midi de cette Ville ,
sont obligés de descendre et de monter
plus qu'ils n'ont descendu , pour arriver
à cette même Ville .
On ne peut pas dire que l'épithete de
Dunn n'y convienne pas , sous prétex-
I fol
te,,
JUIN.
1737.
1057
te , que du côté de la Plaine elle est ac
cessible , puisque des trois autres elle est
sur une éminence qui domine tous les
aspects.
Si on raproche Vellaunodunum du noma™
d'Aballo ,on y trouve plûtôt un retran-
chement qu'un changement , Aballo se´
trouvant dans Vellauno , la lettre V. a
souvent été prise pour le B. et A. pour
E. dans les Mémoires Historiques et Cri-
tiques , attribués à Mezéray ; s'il n'y a
pas faute d'impression , on y lit Abullo ,
Avallon , ainsi Avellau , Abullo, Aballo,
sont un même nom, que les Copistes ou
lés prononciations ont défiguré. Bollan-
dus qui sçavoit les altérations auxque !--
les les noms de Villes sont sujets , dans
ses notes sur la vie de Saint Lubin , Evê-
que de Chartres , a pris Avallocium pour
Avallon , quoique ce soit Alluye au Pays
de Chartres , il n'y a qu'à voir Gregoire
4. c. 50. Avallocium Car
de Tours , liv . 4. c. 50.
natensem Castrum : surquoi Dom Ruinart´
observe qu'il s'est apellé depuis Alcium
ou Alogium , mais qu'il s'est écrit Al-
sium dans la plupart des Manuscrits , le
mot Aval,suivant Menage, signifie pente :
et descente. Les mots de Val et de Val-
lée rapellent cette signification. Avaller
-dans le sens qu'il a communément, étant
1. Vol .
1658 MERCURE DE FRANCE
métaphorique , et faisant allusion à la
descente des alimens , c'est peut-être ce
qui est entré dans l'esprit de l'Auteur
de la Chronique des Minimies , quand
il a dit d'Avallon , à l'occasion du Con-
vent de son Ordre qui y est établi , que
son nom lui venoit de sa situation , à
præter labente fluviolo cui incidet Aballo
dicitur. Ainsi le mot Aballo n'exprimera
qu'une partie de ce que Vellaunodunum
signifie , il présentoit à l'esprit la pente
et la descente en même temps que l'éle-
vation , comme un endroit où on ne fait
que monter et descendre ; au lieu qu'A
ballo n'exprime que la descente , ce qui
revient toujours au même , puisqu'on ne
peut descendre d'un endroit , qu'on ne
remonte pour y retourner.
Il paroît plus à propos de rendre ain-
si l'étymologie d'Avallon , que par une
autre explication du Celtique qui rend
celle de pomme et de pommier , suivant
un Dictionaire François Breton-Armo-
rique , imprimé en 1659. page 130 .
Adrien de Valois a reçû cette étymolo
gie, suivant laquelle Vellaunodunum pou-
roit signifier la même chose ; cependant
quoiqu'il soit plus juste d'expliquer les
noms de nos Villes anciennes par cette
Langue , que par ceux du Grec ou dự
1. Wo!..
Latin
JUIN.
I. Vol.
1737.
1059
Latin , il faut préférer l'explication qui
a un raport à la chose qu'on explique.
Je conviens qu'on ne trouve aucun
Monument qui prouve l'ancienneté d'A-
vallon , et que si on en exigeoit , je se-
rois réduit à la même excuse que ces fa-
milles douteuses qui se forment un titre
de leur obscurité , et qui ont perdu leurs
papiers dans des incendies ou des pilla-
ges ; cette raison ne seroit pas si mau-
vaise pour Avallon qui en a essuyé de
trop connus , pour que je sois obligé
d'en donner ici les preuves. J'ai oui - dire
à des personnes dignes de foy , qu'il y
avoit eu des restes d'Antiquité , mais
c'est comme s'ils n'avoient pas existé ;
on ne sçait ce que c'est , et on n'en voit
rien.
Il y a seulement quelques années qu'en
démolissant ( chés les Prêtres de la Doc-
trine Chrétienne qui gouvernent le Colle
ge ) les fondations du Château d'Aval-
lon , Castrum Avallonis ; on trouva sous
une grosse pierre du bled , dont l'écor-
ce étoit noircie , soit par vetusté , soit
par quelque opération qu'on avoit faite
pour en conserver la farine aussi saine
qu'elle étoit , deux Lyonceaux d'or , et
plusieurs Médailles; j'en ai vû une qui est
encore entre les mains de M. Vallon ,
Chanoine
1060 MERCURE DE FRANCE
Chanoine de l'Eglise Collégiale Notre-
Dame Saint Lazare de cette Ville , qui
est une consecration d'Auguste ; on y lit
Imp. Cas . au revers, Aug. avec un Aigle.
Je sçais bien que tous les murs dans
lesquels il y a des Médailles , n'ont pas
été bâtis dans le temps auquel ces Mé-
dailles ont été frapées , mais celle ci s'est'
trouvée avec plusieurs autres , avec du
bled , deux Lyonceaux , sous une pierre'
distinguée par sa grosseur , et la figure
ronde , qui servoit de fondement à un
mur de dix-huit à vingt pieds d'épais-
seur , dont l'ouvrage étoit si solide et
si massif , qu'un Ouvrier en pouvoit à
peine rompre deux ou trois pieds par
jour , c'est ce que j'ai vû à peu près dans
le même endroit , dans une autre occa-
sion , et ce qu'on avoit déja, vu dans le
temps que les Ursulines ont bâti leur
Convent , et toujours dans l'enceinte où
la Tradition du Pays , les anciens Titres:
et Terriers de la Ville et du Chapitre ,
placent le Châtel d'Avallon..
Ces Lyonceaux , ce bled , ces Médail-
les , me rapellent à ces anciennes super-
stitions , à l'occasion de la fondation ou
du rétablissement des Villes ou Bâti-
mens publics , dont on voit le détail
dans Tacite , 1. 4. Plutarque sur la Vie
1. Vol.
de
JUIN. 1737.
I. Vol.
1:61
de Romulus , Alex.ab Alex.l.6. c. 14. XC.
Ne feroit ce pas encore trop hazırder ,
de conjecturer que ce pouroit être Au-
guste qui auroit formé le Castrum Ava
lonis , pour y loger les Troupes qui de-
voient y pisser sur les grands chemins
qu'il y a fait faire , dont on voit les res-
tes , et dont il est fait mention dans l'I-
tinéraire d'Antonin , et les Tables des-
Peuttingers? Et la destination de ce Cas-
trum , pouroit faire rendre raison du re-
tranchement de Dunum , et de sa substi-
tution en sa place , ce qui lui est com-
mur. avec d'autres Villes. Quoi qu'il en-
soit,l'Itinéraire connu sous le nom d'An-
tonin , qui porte Aballo , ne contredit
pas cette opinion , les Sçavans ne sont
pas même d'accord sur son époque , que
l'on ne porte pas communément à la pre-
miere Antiquité.
Avallon est assés ancien pour pouvoir
être Vellaunodunum , on ajoute à ce que
l'on a déja dit , qu'on voit cette Ville
en considération du temps au moins
de Saint Germain , Evêque de Paris , qui
y avoit étudié , et de Saint Jean de
Reaume , pour avoir un Comte , des
Ecoles , et une étendue de Pays dont
elle étoit la Capitale , qui s'apelloit Pa-
gus Avalensis."
Si
1062 MERCURE DE FRANCE
Si on réunit ce que je dis sur l'ancien-
neté d'Avallon , son nom , sa situation ,
qu'elle est sur la route du Pays de Langres
pour aller sur la Loire , et frontiere aux
Eduens, en ne séparant pas toutes ces vûës,
je crois qu'elles forment au moins une for-
te conjecture pour mon sistême ; mais je
laisse aux Sçavans à décider, et je me sou-
mets d'avance à leur jugement.
Je sçais bien qu'on me peut faire , en
tr'autres objections , celle- ci ; que César
dit que Vellaunodunum est une Ville des
Senonois , et qu'Avallon est du Diocèse
d'Autun , et que les Diocèses Ecclesias-
tiques ont été formés sur le partage tem
porel des Provinces; d'où on doit conclu-
re, dira-t-on, qu'il faur chercher Vellan-
nodunum dans la Métropole de Sens.
Ce principe est vrai , mais il cesse de
l'être , si on en fait en route occasion
un usage trop rigoureux ; loin de le com-
battre,je prétends le recevoir et le rendre
plus certain en le resserrant dans ses bor-
nes , et faisant voir qu'il ne nuit pas à
ce que j'ai proposé.
On sçait que la Foy a été portée dans
les Gaules assés tard , ainsi les Eglises n'ont
pû être en état de faire entr'elles des
divisions de Diocèses que plus tard en-
core, et vraisemblablement depuis Cons-
1. Vol.
tantin
JUIN.
1737.
1063-
tantin.Or il est certain que les distinctions
des Provinces Ecclesiastiques n'ont été
formées que sur la division temporelle
qui subsistoit dans le temps que l'on a
fait ces divisions . C'est donc un Anacro-
nisme d'apliquer l'étenduë d'un Diocèse,
ou d'une Métropole à l'étenduë d'un Païs
du temps de César , puisque depuis lui
jusqu'à l'établissement des Diocèses Ec-
clesiastiques , il y a eu differens partages
de Provinces , et que l'autorité des Villes,
ou du moins de quelques-unes avoitit pas-
sé à d'autres , qui , par consequent, dans
P'Ordre Ecclesiastique étoient devenuës
les premieres. Les divisions des Diocèses
n'ont pas été reglées avec les premiers
Evêques, ce n'a dû être que quand ils ont
été dans un état fixe et tranquille, que les
changemens de Province n'en ont point
fait aux limites du Territoire Ecclesiasti-
que. On voit bien , par exemple , que le
Diocèse d'Autun , quelque étendu qu'il
soit , ne comprend pas tout le Pays des
Eduens ; que le Pays des Senonois n'est
pas exactement le territoire du Diocèse
de Sens , ni même celui de la Métropole;
la quatriéme Lyonnoise étant une divi .
sion posterieure , qui a donné l'étenduë à
la Métropole. M. de Tillemont T. 5. His.
toire des Empereurs , Art. 65. sur l'Em
1. Vol
pereur
1064 MERCURE DE FRANCE
pereur Honorius , raporte que cet Empe-
reur partagea la Lyonnoise en quatre
Provinces , que du tems de Gratien et de
Théodose , elle n'en faisoit que deux , dont
Lyon et Rouen étoient Métropoles
ainsi
c'est à Honoré que les Métropoles de Tours
et de Sens doivent leur Erection , aussi la
troisiéme Lyonnoise , qui est la Province de
Tours et la Senonoise sont marquées entre
·les dix-sept Provinces des Gaules dans la
Notice de l'Empire qu'on croit avoir été fai-
te du temps d'Honoré. M. de la Barre dans
un Mémoire sur les Divisions des Gaules,
imprimé dans les Mém. de Litt. T.8. p .
403 , prétend trouver la division des qua-
tre Lyonnoises avant 381. sous l'Empire
de Gratien. Quoi qu'il en soit, il ne faut
pas conclure que parce qu'uneVille n'est
aujourd'hui ni de la Métropole , ni du
Diocèse de Sens , qu'elle n'étoit pas du
temps de César dans le Pays des Seno-
nois , puisque cette Métropole a été for-
mée bienpostérieurement sur un partage
temporel tout different .
Il est plus que vraisemblable qu'Aval
lon , qui n'est éloigné que de deux ou
trois lieuës du Diocèse et du Bailliage
d'Auxerre , ait été compris dans le Pays
des Senonois ; le Pays des Eduens s'éten
doit moins de ce côté-là ; et César , après
1. Vol.
avoir
L. Vol,
JUIN.
1737.
1065
avoir pris Vellaunodunum, l'aura attribuée
aux Eduens. Enfin il y a eu depuis lui
jusqu'au temps de l'établissement des
Diocèses tant de changemens généraux
et particuliers, qu'on ne peut apliquer la
Division Ecclesiastique pour connoître à
quel Pays on doit attribuer une Ville du
temps de César,
Après la prise de Vellaunodunum, César
partit avec précipitation pour aller à Ge-
nabum. Ipse ut quamprimùm iter faceret ,
Genabum Carnutum proficiscitur. Il falloit
bien que ce fût l'endroit le plus près où
il pût passer la Loire , puisque ne s'étant
mis en marche que pour secourir Gergo-
via , qui n'étoit pas , comme il le dit lui-
même , en état de tenir long-temps , il
avoit trop d'interêt de ne pas prendre un
passage plus bas , pendant qu'il en trous
voit un plus près , et il falloit bien que
ce fût le seul endroit où il dût nécessai-
rement passer , puisque les Carnutes mé-
ditoient de la mettre en défense , et ne
s'étoient pas assés pressés d'y jetter les
secours nécessaires soit d'hommes , soit
de munitions , parce qu'ils croyoient que
le Siege de Vellaunodunum traîneroit en
longueur. Si la situation de leur Place ne
les avoit pas exposés les premiers , ils
n'auroient pas dû croire que César seroit
venu
1.066 MERCURE DE FRANCE
venu à eux après la prise de Vellaunodu-
num ; ce qui prouve , sans replique , que
c'étoit le seul passage convenable aux des-
seins de César.
Son objet assurément n'étoit pas d'al
ler s'amuser à se vanger de Genabum , il
n'y passoit que parce que c'étoit son che
min ; quand il part du Pays de Langres,
il mande aux Boïens qu'il marche à leur
secours ; il les exhorte à lui donner le
temps , par une vigoureuse resistance ,
de lesjoindre à propos.Gergovia étoit trop
peu considerable pour qu'il pût compter
pouvoir prendre Genabum avant que Ver-
cingentorix eût pris Gergovia , lui qui
doutoit même s'il auroit le temps d'y ar
river. On sçait les inquietudes que le
Siege de cette Place lui donnoit ; enfin
il ne párt l'hyver que pour la secou-
rir. On ne peut donc pas lui donner
d'autres motifs s'il passe à Genabum ,
que de prendre le chemin le plus court
pour y aller.
Il y a quantité d'inconveniens à croi-
re que César ne prend Genabum que pour
donner à ses Armes l'éclat d'une ven-
geance ; il y avoit sans doute plus d'éclat
à réussir dans son objet en arrêtant les
entreprises de ses Ennemis , en secourant
ses Alliés , et en ne laissant pas prendre
1. Vol.
Gergovia
JUIN.
1737.
1067
Gerrovia ne risquoit- il pas tout si cetre
Place tomboit entre les mains des Gau
lois ? ainsi c'est la nécessité du passag
qui détermine César à attaquer Genabum
et c'est ce qui me détermine à préférer
le sentiment de ceux qui prennent Gien
pour Genahum , à l'opinion de ceux qui
sont pour Orleans.
Cette marche que je fais faire à César,
en le faisant partir du Pays de Langres ,
et en prenant Avallon pour Vellaunodu
num , comme étant à peu près à égale
distance de Gien et de l'endroit où il
a voit assemblé ses Légions , qui est celui
d'où il part , puisqu'il arrive en deux
jours à Vellaunodunum ,
et qu'il met le
même espace de temps pour aller de
Vellaunodunum à Genabum , cette marche,
dis. je , s'accorde parfaitement avec l'idée
qu'en donne César. Il avoit une Armée
légere , qui n'avoit aucuns embarras d'é.
quipages , et il exprime fort clairement
qu'il va plus vite que de coûtume ; il ne
dit cependant pas qu'il fait de ces mar-
ches forcées et extraordinaires qu'on sçait
qu'il a quelquefois faites en d'autres oc-
casions, et qu'il a soin de remarquer: ain-
si il faut prendre le milieu entre ces gran-
des marches et une marche ordinaire, On
remarque , après Vegece , qu'un Soldat
1. Vol.
B
Romain
1068 MERCURE DE FRANCE
Romain faisoit en cinq heures d'Eté
gradu militari , vingt mille , ce qui re-
vient à six lieuës et demie . Or ceux qui
font passer César à Sens , et qui met-
tent Vellaunodunum entre cette Ville
Orleans , ne lui font faire que vingt qua
tre lieuës en quatre jours de marche ; re.
connoîtroit- on l'activité de César defal
re moins que de coûtume , quand il dit
qu'il en fait davantage , et qu'il s'étoiɛ
même, dans ce dessein, débarassé d'équis
pages? Il y a encore plus d'inconvenient
pour ceux qui , prenant Genabum pour
Gien , ne lui font faire que quinze lieuës
en quatrejours , en le faisant aussi pard
tir de Sens au lieu qu'en prenant Vel
launodunum pour Avallon , et le faisant
partir du Pays de Langres , on lu ficfait
faire dix de nos lieuës par jour, c'est crois
lieues et demie plus que l'ordinaire :
pouvoit-il faire moins étant obligé à faire
une marche plus forte ? et n'a ton
vû qu'il en a fait plus du double en une
nuit? c'est ce que les Partisans d'Orleans
prouvent par César même.
La nouvelle de la Révolution arrivée
à Genabum est portée en douze ou quinze
heures en Auvergne , qui , selon César
en est éloignée d'environ 160. mille , ce
qui revient à 52. lieuës , et prouve que
1. Vol.
JUIN.
1737.
1069
c'est plûtôt Gien qu'Orleans ; car quel-
que prompte qu'on puisse imaginer
qu'ait été la maniere dont les Gaulois se
communiquoient successivement
, par
des cris , ce qui se passoit d'un Pays à un
autre , il ne faut pas outrer la facilité de
cette communication , qui de Gien en
Auvergne aura toûjours été la plus promp-
te que les hommes puissent par eux- mê-
mes mettre en usage.
Quelqu'interessant qu'ait été cet éve-
nement , il arriva sans être médité ; les
Carnutes s'engagerent bien de faire la
premiere entreprise , mais on ne sçavoit
quand, et quelle elle seroit, et quoiqu'on
en répandît sur le champ la nouvelle , elle
ne le fut pas plus promptement que les
autres qu'on communiquoit par la même
voye ; il falloit toûjours que les uns at-
tendissent que ceux qui les devoient en-
tendre parussent , et ainsi des autres , à
moins de suposer qu'ils fussent tous prêts:
c'est ce qui n'est pas naturel à penser, et
ce qu'on ne peut faire dire à César sans
forcer son texte .
Gien est plûtôt à
2. lieuës d'Auver-
gne qu'Orleans qui en est à 12. ou 15.
lieues plus loin , et la distance que César
marque par mille, est plus exacte et plus
près de la verité que notre maniere de
1. Vol.
Bij compter
1070 MERCURE DE FRANCI
compter par lieues , parce que la differen
ce du nombre se trouveroit trop grande
il
y a près de so. mille de Gien à Orleans
et par consequent au lieu de 160. mille
ce sont 210. mille d'Orleans en Auver
gne. Nous disons plus aisément sc.OL
60. lieuës , qu'on ne diroit 150. ou 200
mille: enfin en donnant 15.heures pour l
temps de porter la nouvelle à 160. mille
il aura fallu 4. heu . et demie de plus pou
la porter d'Orleans en Auvergne , etc
plus ou ce moins n'auroit pas manque
d'être remarqué par César , puisque cet
évenement n'auroit pas été sçû , comme
J
il le fut , antè primam confectam vigiliam,
et qu'il l'auroit été 4. heures et demie
plus tard. Aymoin est l'Auteur de l'o
pinion qu'Orleans est Genabum : son au
torité en fait de critique n'est pas assés
bien établie pour qu'il en soit crû sans
༈༙་
nous en avoir cité d'autres pour apuyer
la sienne , et je crois qu'avec Aymoin ,
Hugues de Fleury , le Poëte Gilles de
Paris , la question peut demeurer en son
entier. Peut-on aussi compter tous ceux
qui ont traduit Genabura Orleans , et
ceux qui aportent en faveur de leur opi-
nion , le nom de Genabum par- tout où ils
le trouvent? Tant de personnes ont mis
la main au Livre d'Aymoin , que son
1. Vol.
passage
JUIN.
1737.
1071
passage poutoit bien être une Note in-
serée dans son Texte, et l'autorité qu'on
lui veut donner sur ce qu'il a demeuré
dans le voisinage d'Orleans et de Gien ,
ne presente toûjours que la question de
sçavoir s'il a bien connu ce Pays-là ; cette
demeure pouvoit- elle lui faire connoître
un Fait tel que celui dont il s'agissoit ?
Glaber , qui avoit été Moine à Saint
Germain d'Auxerre , et que l'on croit
même être né en cette Ville , qui n'est
pas fort éloignée de Gien et d'Orleans ,
prétend que cette dernière Ville n'a cu
son nom que de sa situation sur la Loire,
quasi ore Ligerianâ eo videlicet quod in ore
ejufdem Fluminis ripa sit constituta , non
quidam minus cauti existimant ab Aure-
liano Augusto.
M. de Tillemont T. 3. sur la Vie de
Empereur Aurelien
>
a suivi le senti-
ment d'Oton de Frisingue. Cet Empereur
vint , dit il , dans les Gaules ; on ne dit
pas ce qu'ily fit , selon Zonare & le Syn-
celle , il semble qu'il y soit venu à cause de
quelque rébellion des Gaulois , qu'il apai-
sa bien tôt. Le Maire , dans son Histoire
d'Orleans , cite beaucoup de Modernes
qui croyent que cette Ville a été rebâtie par
Aurelien , et le nom Latin qu'elle portoit
dès le cinquième Siecle au moins sen ble ne
I. Vol.
Biij.
venir
T072 MERCURE DE FRANCE
venir que de lui.C'est donc sur l'Analogie
du nom Latin d'Orleans , que cet Au-
teur , si respecté des Sçavans , l'attribuëà
Aurelien,plûtôt que sur l'autorité des Mo
dernes , et il ne passe pas pour cela à l'o-
pinion de ceux qui la font descendre de
Genabum. Il ajoûte même que le nom
Latin d'Aurelianis étoit celui qu'elle por-
toit au moins dès le cinquiéme Siecles
elle n'en avoit donc pas alors d'autr
sous lequel elle fût communément con-
nuë ; ainsi le passage de Gregoire de
Tours dans la Vie de S. Nisier , Evêque
de Lyon , est entierement décisif ; bien
loin de pouvoir être tourné en objection .
Cet Auteur fait mention de Genabensis
Galliarum Urbs : il y désigne une Vill
dont il n'avoit pas encore parlé , et i
falloit que cette Ville ne fût pas alor
bien connue , puisqu'il étoit obligé d'a
joûter , pour qu'on ne s'y méprît pas
que c'étoit une Ville des Gaules. Auroit-
il ainsi parlé d'Orleans qui étoit dans
son état brillant ? Pourquoi l'auroit- il
ainsi obscurcie sans la faire paroître , lui
qui en parle en plus de cinq uante occa-
sions sous le nom de Aurelianis ? Pour
quoi dans ce seul endroit auroit- il don-
né un nom qui n'étoit pas le nom connu
et en usage ? Il faut donc conclure du
I. Vol.
passage
I. Vol.
JUIN.
1737.
1073
passage de Gregoire de Tours , qu'il y
avoit de son temps une Ville de Gena-
bum , et la Ville d'Aurelien , et que ces
deux noms sont de deux Villes differen-
tes. La seule raison qui a fait croire à
Dom Ruinart que Genabensis Vrbs étoit
Orleans ,
c'est que Gregoire de Tours
avoit déja fait mention de Genêve sous
le nom de Januba.
On objecte contre Gien le passage de
Strabon qui place Genabum environ , fe
rè, au milieu de la Loire , restriction qui
rend son expression toûjours douteuse ,
et qui ne doit pas faire chercher Gena-
bum au milieu de ce Fleuve . C'est déci-
der ce qu'il ne décide pas , de tirer la
conséquence que cela s'aplique plûtôt à
la situation d'Orleans qu'à celle de Gien ;
puisque quand il s'en faudroit 15. lieuës,
cela n'empêcheroit pas que , sans accu-
ser Strabon de s'être trompé , on ne pût
dire , sans erreur , que Gien est presque
au milieu de ce Fleuve , par raport à son
long cours ; et je crois qu'à le bien pren-
dre , Gien est plûtôt au milieu de la Loi-
re qu'Orleans.
On ajoûte que Genabum étant le Mar-
ché principal des Carnutes qui venoient
y commercer , cela convient mieux , dit-
on, à Orleans, qui est plus près de Char-
Biiij.
tress
1074 MERCURE DE FRANCE
tres que Gien; mais c'est tout au plus une .
raison de convenance. Quand on parle
des Carnutes , cela doit s'entendre de tout
le Pays , aussi -bien que des Peuples de
la Capitale , et ce n'est pas toujours la
proximité d'une Ville d'un Pays avec la
Capitale , qui lui est la source de son
commerce ; c'est elle- même qui par sa
situation avec l'Etranger le porte au Pays.
C'étoit Genabum qui fournissoit les Car-
nutes , et portoit la richesse et l'abondan-
ce dans le Pays , sans avoir besoin d'être
plus près de Chartres. Il faut faire atten-
tion à l'état des Gaules , qui la rendoit
alors le rendez- vous des Peuples dont
elle étoit voisine.
Strabon justifie la maniere dont je ré-
.
ponds , en parlant du commerce du Rhô-
ne : il dit que la rapidité de ce Fleuve
rendant la navigation difficile à ceux qui
le remontoient , on transportoit les mar-
chandises par terre chés les Auvergnats ,.
et sur la Loire : Gien , auroit sans doute
été bien plus à portée qu'Orleans d'être
l'Entrepôt de ce commerce , et la pre-
miere Place considérable qui auroit reçû
ces marchandises. N'étoit- elle pas dans
une meilleure situation qu'Orleans par ra-
port à l'état de Gaules les Auvergnats y
venoient par la Loire ; elle étoit frontiere
I. Vol.
aux
JUIN.
I Vole
1737.
1075
aux Peuples du Berry , aux Eduens, aux
Senonois, &c. Cela ne valoit- il pas mieux
que d'être dans la situation d'Orleans et
plus près de Chartres ?
Le Maire, dans son Histoire d'Orleans ,
ajoûte qu'une suite de ce commerce ,
c'est que l'Evêque et le Chapitre de Char-
tres faisoient anciennement tous les ans une
Procession à Orleans; ce qui prouvoit , sc-
lon lui ,l'habitude des deux Peuples d'aller
les uns chés les autres Il faut, suivant ce
raisonnement qu'il n'y ait eu aucune inter-
ruption entre le commerce des Chartrains
et Genabum avec l'établissement des Pro-
cessions dans l'Eglise ,pour que l'on puisse
dire que l'un a été l'occasion de l'autre
et c'est ce qu'on ne peut soutenir : la cé-
lébrité d'Orleans , et le commerce qui
y a été porté depuis , en pouroit être la
seule cause, puisque cela aproche plus du
temps des Processions : il seroit même
peut-être plus naturel de donner à cet
établissement une origine plus pieuse
Enfin, pour tirer une consequence justė,
il faut prouver qu'Orleans est Genabum
autrement on tombe dans une petition
de principe.
On ajoûte encore que les chemins Ro-
mains dont on trouve des vestiges consi--
derables , conduisent de Chartres à Or-
Biv
leans>
1076 MERCURE DE FRANCE
leans , sans faire voir qu'ils ayent existé
avant Aurelien; quoi que ce soit Auguste
qui ait fait travailler le premier aux
grands chemins dans les Gaules, on sçait
qu'il ne les a pas tous faits , et Bergier
entre dans un grand détail du soin avec
lequel les Empereurs qui ont suivi , les
entretenoient , et formoient de nouvel
les communications entre les Villes.
On compte ensuite les distances de Ge
nabum à Paris , et on fait la même opera-
tion en suivant la route jusqu'à Autun ,
et on prétend que , par l'évaluation des
Milliaires sur nos lieuës , il est impossi-
ble que Gien soit l'ancien Genabum , puis
qu'Orleans se trouve précisément à la
même distance de ces Villes que Gena-
bum.
Mais sans entrer dans tout le détail de
la réponse qu'on pouroit faire, qui deman-
deroit beaucoup d'étendue , on croit que
ce qu'on a dit , affoiblit d'avance l'im-
pression que peut faire cette objection ,
qui est , à le bien prendre , la seule qui
reste aux Partisans d'Orleans. On sçait
que l'Itineraire est une piece suspecte et
fort peu exacte, puisqu'on convient qu'il
y a des lacunes en plusieurs endroits ,
que les noms des Villes y sont alterés ,
que les Milliaires ne sont pas sûrs , que
4. Fol..
les
IVol.
JUIN.
1737.
1077
Yes Sçavans ne sont pas même d'accord
sur plusieurs routes ; de sorte qu'on ne
doit pas se servir de l'Itineraire pour déci-
der des points obscurs : tout au contraire,
on vérifie l'Itineraire sur les connoissan-
ces que l'on a , et on ne s'en sert pas
comme on a fait avec des conjectures.
Il est inutile de faire valoir la célébrité
d'Orleans sous la premiere Race de nos
Rois , qu'elle a été Capitale, &c . Cela ne
peut pas prouver qu'elle ait été Genabum,
ni qu'elle fût ancienne ; ces raisons ne
déterminent pas pour y porter la Cour
d'un Roy , et ces sortes de distinctions
peuvent fort bien convenir à une Ville
nouvellement bâtie, qui a ordinairement
plus d'agrément qu'une Ville qui n'a que
le mérite de son ancienneté.
On veut encore que Gien justifie des
Monumens anciens , ce qui est hors du
cas ; puisque cette Ville , en la prenant
pour Genabum, ayant été détruite et brû--
lée par César , n'ayant pas eu de Restau-
rateur, et les Romains n'y ayant pas laissé
de ces Ouvrages immortels , n'aura rien
conservé ; combien de Villes anciennes ,
reconnues pour telles , qui n'ont aucuns
monumens de ces Maîtres du Monde ?
Cela peut même s'accorder avec ce qu'on'
Groit d'Orleans , qui ayant été bâtie , ou
Bvj
retablie
1078 MERCURE DE FRANCE
retablie par Aurelien , aura reçu tout le
commerce avec plus d'avantages qu'auci
ne autre Ville : les Peuples mêmes de Gena-
bum , élevés au commerce , auront été
s'y établir;
et ce sera ainsi qu'Orleans
aura été formée des débris de Genabur
qui sera demeurée une Ville peu consi-
dérable : il n'en faut pas davantage pour.
faire naître de ces Traditions populaires
qui se corrompent toûjours , et qui dans
les temps ténebreux de la Litterature, au-
ront été adoptées par Aymoin , & c.
La question que l'on fait , si Gien sub-
sistoit , est la question même ; si elle est
Genabum , elle subsistoit ; si elle est Ge-
nabum , elle avoit un Pont. Il pouvoit y
en avoir plus bas , mais il ne s'agit pas
de celui - là . Enfin le nom qu'elle porte
est d'une grande considération pour
apuyer ce sistême ,
il fait autant croire
que Gien est Genabum , que le nom d'Or
leans peut prouver qu'elle tire son ori-
gine de l'Empereur Aurelien , suivant
M. de Tillemont , il n'y en a pas d'au-
tre preuve. Les noms de Giemus, Gie-
macum, Giemum , qu'elle a porté dans les
temps de la basse Latinité, sont-ils plus
éloignés de Genabum que ceux de quan
tité de Villes qu'on reconnoît avec de
pareilles alterations ?.
I..Vol.
Ons
JUIN.
1737.
1079
On fait encore la même objection à
Gien que celle que j'ai prévu pour Aval
lon , en disant qu'elle est aujourd'hui du
Diocèse d'Auxerre et de la Métropole
de Sens : d'où on conclut qu'elle a dû être
du Pays des Senonois , et qu'elle ne peut
avoir été Genabum , qui étoit du Pays des
Carnutes. Je ne repeterai pas ce que j'ai
dit sur le principe en général , jajoûterai
seulement que le Lieu où est Gien apar-
tenoit incontestablement aux Carnutes
puisque la Loire passoit , suivant Stra
bon , chés les Auvergnats , et dans le
Pays des Carnutes; et il ne dit pas qu'elle
passât chés les Senonois. Enfin ce qui ne
peut convenir à Orleans , et désigne ab-
solument Gien , c'est que César , après-
avoir pris Genabum , entre dans le Pays
de Berry.
Dire que Gien auroit eu l'Evêché si
elle avoit été Genabum, c'est vouloir faire
croire que ces établissemens ont été faits
les Titres à la main , en examinant l'an--
cienneté des Villes , et que les Apôtres
des Gaules , et ceux qui ont fondé des
Eglises , n'ont pas plûtôt fait attention
à d'autres avantages plus propres à ré
pandre la Foy Pourquoi Decise , Me-
lun , &c. n'ont elles pas d'Evêques ? Ces:
Villes ont parû avant Lyon , qui est
14Vol..
cependant
TOS MERCURE DE FRANCE
cependant apellée la Mere des autres
Eglises. C'est que Lyon avoit dans ce
temps là des avantages qui la faisoient
regarder , à juste titre , comme une Ville
des plus considérables par le concours
des Etrangers. N'étoit- il pas plus natu-
rel qu'Orleans , qui sortoit , pour ainsi
dire , des mains d'Aurelien , eût un Evê-
que , que Gien , qui n'avoit que le sou-
venir de son ancienneté , inuțile à l'éta-
blissement d'un Evêché ? cela même au-
ra dû se faire en suivant le rang que
les Villes tenoient dans l'ordre civil , par
les Prérogatives qu'Aurelien aura accor-
dées à sa Ville. Je ne prétens pas enlever
à Orleans aucun de ses avantages ,
ni
même son ancienneté , elle peut avoir
précedé Aurelien , sans avoir été Gena-
bum. Quand elle ne prendroit son origi-
ne que de ce Prince , elle l'emporteroit
toûjours sur quantité de Villes du Royau-
me , par l'éclat avec lequel elle a parû,
et les Grands Hommes qui en sont sortis ,
et ceux qui y vivent encore.
On me reprochera peut- être de m'être
trop attaché à des conjectures , & à l'A-
nalogie ; je ne donne pas les conjectures
pour des preuves; j'ai cru avoir droit d'en'
faire usage dans des questions où on ne
peut que m'en oposer ; pour l'Analogie ,
I,Vol
jai:
JUIN.
1737
To81
fai évité les deux excès de la mépriser, et
d'en faire trop de cas ; je ne m'y suis pas
abandonné sans regle , puisque je l'ai ac-
cordée avec la position de Lieux.
31. Janvier 1737.
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16786
p. 28
VERS de M. SAURIN, de l'Académie Françoise, à M. LE DUC DE NIVERNOIS, en lui envoyant la Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
Début :
GRAND à la Cour, grand au Parnasse, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS de M. SAURIN, de l'Académie Françoise, à M. LE DUC DE NIVERNOIS, en lui envoyant la Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
VERS de M. SAURIN, de l'Académie
Françoise, à M. LE DUC DE
NIVERNOIS, en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour, grand au Parnasse,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où , malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix,
Illustre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréſentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Cefoible effai dont je ſuis Père ,
Et daigne moins le lire enjugequ'en confrère...
Ce mot m'échappe; il ſent la vanité.
Mais ſurun point dont il eſt ſi flatté,
Comment forcer l'amour-propre à ſetaire !
Françoise, à M. LE DUC DE
NIVERNOIS, en lui envoyant la
Tragédie de BLANCHE & GUISCARD.
GRAND à la Cour, grand au Parnasse,
Et plus grand chez le Peuple Anglais ,
Où , malgré l'intrigue & l'audace ,
Tu fis le bien de tous en nous rendant la Paix,
Illustre Nivernois , digne Emule d'Horace ,
Digne repréſentant des Rois ,
Avec indulgence reçois
Cefoible effai dont je ſuis Père ,
Et daigne moins le lire enjugequ'en confrère...
Ce mot m'échappe; il ſent la vanité.
Mais ſurun point dont il eſt ſi flatté,
Comment forcer l'amour-propre à ſetaire !
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16787
p. 2580-2581
LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
Début :
Jaloux de la Lueur féconde, [...]
Mots clefs :
Fable, Intendant, La Tour, Nuages, Rayons, Vice, Lieux, Nuages, Soleil
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texteReconnaissance textuelle : LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
LE SOLEIL ET LES NUAGES.
FABLE
AM. DE LA TOUR , Intendant de Bretagne
; par Mlle DE MALCRA IS... de
la Vigne du Croisic...
JA
Aloux de la Lueur féconde ,
Que répand en tous lieux , sur la Terre et dans
l'Onde ,
Le brillant Astre des Saisons ,
Les Nuages un jour , contre lui se liguérent ,
Résolus d'obscurcir à jamais ses rayons.
Au jour prescrit en foule ils arriverents
Des différentes Régions.
Alors dans les Hautes campagnes™
Ces Escadrons épais s'élevant en Montagnes
Formant des Bastions,des Ramparts et des Forts,
S'entasserent, se condenserent ,
Au devant des Rayons de leur mieux se placerent.
Mais qu'en arri va til 2 après tous leurs efforts
1. Vol.
Pour
DECEMBRE. 1733. 2581
Pour trop s'enfler les uns créverent , -
D'autres furent fondus , les autres promptement ,
A bâtons rompus s'échapperent ,.
Portez sur les aîles du vent..
En vain le vice et sa sequele ,
Tâchent d'opprimer la vertu ♬
La vérité combat pour elle ,
Et le vice s'enfuit , ou demeure abbatu .
Intendant des Bretons , dont le rare mérite
D'un Employ souverain , soutient la dignité ,
Qui sçais conformer ta conduite ,
Aux Regles de la Probité ,
Ton esprit obligeant , humain , docte , équitable
Doit trouver en tous Lieux des coeurs reconnoissan
LA TOUR , je t'addresse ma Fable ;
Mieux qu'un autre tu peux en pénétrer lé sens .
FABLE
AM. DE LA TOUR , Intendant de Bretagne
; par Mlle DE MALCRA IS... de
la Vigne du Croisic...
JA
Aloux de la Lueur féconde ,
Que répand en tous lieux , sur la Terre et dans
l'Onde ,
Le brillant Astre des Saisons ,
Les Nuages un jour , contre lui se liguérent ,
Résolus d'obscurcir à jamais ses rayons.
Au jour prescrit en foule ils arriverents
Des différentes Régions.
Alors dans les Hautes campagnes™
Ces Escadrons épais s'élevant en Montagnes
Formant des Bastions,des Ramparts et des Forts,
S'entasserent, se condenserent ,
Au devant des Rayons de leur mieux se placerent.
Mais qu'en arri va til 2 après tous leurs efforts
1. Vol.
Pour
DECEMBRE. 1733. 2581
Pour trop s'enfler les uns créverent , -
D'autres furent fondus , les autres promptement ,
A bâtons rompus s'échapperent ,.
Portez sur les aîles du vent..
En vain le vice et sa sequele ,
Tâchent d'opprimer la vertu ♬
La vérité combat pour elle ,
Et le vice s'enfuit , ou demeure abbatu .
Intendant des Bretons , dont le rare mérite
D'un Employ souverain , soutient la dignité ,
Qui sçais conformer ta conduite ,
Aux Regles de la Probité ,
Ton esprit obligeant , humain , docte , équitable
Doit trouver en tous Lieux des coeurs reconnoissan
LA TOUR , je t'addresse ma Fable ;
Mieux qu'un autre tu peux en pénétrer lé sens .
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Résumé : LE SOLEIL ET LES NUAGES. FABLE. A M. DE LA TOUR, Intendant de Bretagne ; par Mlle DE MALCRAIS de la Vigne du Croisic.
La fable 'Le Soleil et les Nuages' relate la tentative des nuages de se liguer contre le soleil pour obscurcir ses rayons. Ils se rassemblèrent en masse pour former des obstacles, mais leurs efforts échouèrent. Certains nuages éclatèrent, d'autres fondirent, et les autres furent dispersés par le vent. Cette fable illustre que le vice et ses partisans tentent d'opprimer la vertu, mais la vérité finit toujours par triompher. Le texte loue également l'intendant de Bretagne pour son mérite, sa probité, et son esprit humain et équitable. L'auteur adresse cette fable à l'intendant, suggérant qu'il est particulièrement apte à en comprendre le sens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16788
p. 2562-2563
Le Dimanche 16 Novembre, chez M. de Pradel Audet, Conseiller du Roi. Menuet.
Début :
Lorsque deux coeurs, [...]
Mots clefs :
M. de Pradel Audet, Mariage, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Le Dimanche 16 Novembre, chez M. de Pradel Audet, Conseiller du Roi. Menuet.
Le Dimanche 16 Novembre , chez M. de Pradel Audet , Conseiller du Roin
Menuet.
Lorsque deux cœurs ,
Qu'unit un charmant mariage ,
Lorsque deux cœurs ,
Eprouvent les mêmes ardeurs ,
Tout l'embarras du ménage
Ne fait encor qu'augmenter leur amour ;
Et l'on ne sçait dans ce tendre esclavage
Lequel vaut mieux de la nuit ou du jour.
Voi tu ses yeux ,
Son nez fin , sa bouche adorable
I. Vol. Voi
DECEMBRE. 1732. 256
Voi-tu ses yeux ?
C'est Venus qui brille en ces lieux.
Si cette Déesse aimable
Eut scû choisir un Epoux tel que toi ;
Mars eut envain d'un commerce durable
Youlu briser entre eux la douce lai.
Un tendré Hymen ,
Cher Oncle , à ma Tante te lie ;
Un tendre Hymen
Tient toujours l'Amour par la main,
Fils bien né , fille jolie ,
A chaque instant vous font cherir vos nœuds.
Qu'en cinquante ans nous puissions pleins de vie ,
Boire avec vous à vos triples Neveux.
Menuet.
Lorsque deux cœurs ,
Qu'unit un charmant mariage ,
Lorsque deux cœurs ,
Eprouvent les mêmes ardeurs ,
Tout l'embarras du ménage
Ne fait encor qu'augmenter leur amour ;
Et l'on ne sçait dans ce tendre esclavage
Lequel vaut mieux de la nuit ou du jour.
Voi tu ses yeux ,
Son nez fin , sa bouche adorable
I. Vol. Voi
DECEMBRE. 1732. 256
Voi-tu ses yeux ?
C'est Venus qui brille en ces lieux.
Si cette Déesse aimable
Eut scû choisir un Epoux tel que toi ;
Mars eut envain d'un commerce durable
Youlu briser entre eux la douce lai.
Un tendré Hymen ,
Cher Oncle , à ma Tante te lie ;
Un tendre Hymen
Tient toujours l'Amour par la main,
Fils bien né , fille jolie ,
A chaque instant vous font cherir vos nœuds.
Qu'en cinquante ans nous puissions pleins de vie ,
Boire avec vous à vos triples Neveux.
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Résumé : Le Dimanche 16 Novembre, chez M. de Pradel Audet, Conseiller du Roi. Menuet.
Le 16 novembre, chez M. de Pradel Audet, Conseiller du Roi, une célébration a eu lieu avec un menuet et des poèmes. Le premier poème évoque l'union de deux cœurs dans un mariage, soulignant la beauté de la personne aimée et le souhait d'un amour constant. Le second poème, daté de décembre 1732, célèbre l'union d'un oncle et d'une tante, exprimant le désir de vivre pleinement et de porter un toast après cinquante ans de vie commune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16789
p. 226-231
« Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Début :
Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...]
Mots clefs :
Ordonnance du roi, Déclaration de guerre, Roi d'Angleterre, Amérique septentrionale, Marines
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texteReconnaissance textuelle : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
ORDONNANCE du Roi , portant déclaration
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
de guerre contre le Roi d'Angleterre , du 9 Juin
1756. De par le Roi. Toute l'Europe fçait que
le Roi d'Angleterre a été en 1754 l'agreſſeur de
JUILLET. 1756. 117
poffeffions du Roi dans l'Amérique feptentrionale
, & qu'au mois de Juin de l'année derniere, la
Marine Angloife, au mépris du droit des gens & de.
la foi des Traités , a commencé à exercer contre
les Vaiffeaux de Sa Majesté , & contre la naviga- ,
tion & le commerce de fes fujets , les hoftilités
les plus violentes.
Le Roi juftement offenfé de cette infidélité , &
de l'infulte faite à fon pavillon , n'a fufpendu pendant
huit mois les effets de fon reffentiment , &
ce qu'il devoit à la dignité de fa Couronne , que
par la crainte d'expofer l'Europe aux malheurs.
d'une nouvelle
guerre.
C'eſt dans une vue fi falutaire que la France n'a
d'abord opposé aux procédés injurieux de l'Angleterre
, que la conduite la plus modérée.
Tandis que la Marine Angloife enlevoit par les
violences les plus odieufes , & quelquefois par les
plus lâches artifices , les Vaiffeaux François qui
navigeoient avec confiance fous la fauve-garde de
la foi publique , Sa Majesté renvoyoit en Angle
terre une Frégate dont la Marine Françoife s'étoit
emparée , & les Bâtimens Anglois continuoient
tranquillement leur commerce dans les Ports
de France.
Tandis qu'on traitoit avec la plus grande dureté
dans les Iſles Britanniques les Soldats & les
Matelots François , & qu'on franchiffoit à leur
égard les bornes que la loi naturelle & P'humanité
ont prefcrites aux droits même les plus rigoureux
de la guerre , les Anglois voyageoient & habitoient
librement en France fous la protection des
égards que les peuples civilifés fe doivent réci
proquement.
Tandis que les Minifties Anglois , fous l'apparence
de la bonne foi , en impofoient à l'Ambaf
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Tadeur du Roi par de fauffes proteftations , on
exécutoit déja dans toutes les parties de l'Amérique
feptentrionale , des ordres directement contraires
aux affurances trompeufes qu'ils donnoient
d'une prochaine conciliation .
Tandis que la Cour de Londres épuifoit l'art
de l'intrigue & les fubfides de l'Angleterre pour
foulever les autres Puiffances contre la Cour de
France , le Roi ne leur demandoit pas même les
fecours que des garanties ou des Traités défenfifs ,.
l'autorifoient à exiger , & ne leur confeilloit que
des mesures convenables à leur repos & à leur
sûreté .
Telle a été la conduite des deux Nations. Le
contrafte frappant de leurs procédés doit convaincre
toute l'Europe des vues de jaloufie , d'ambition
& de cupidité qui animent l'une , & des principes
d'honneur , de juftice & de modération fur
lefquels l'autre fe conduit.
Le Roi avoit eſpéré que le Roi d'Angleterre ne
confultant enfin que les regles de l'équité & les
intérêts de fa propre gloire , défavoueroit les excès
fcandaleux aufquels fes Officiers de mer ne ceffoient
de fe porter.
Sa Majefté lui en avoit même fourni un moyen
auffi jufte que décent , en lui demandant la reftitution
prompte & entiere des Vaiffeaux François
pris par la Marine Angloife , & lui avoit offert
fous cette condition préliminaire d'entrer en négociation
fur les autres fatisfactions qu'Elle avoit
droit d'attendre , & de fe prêter à une conciliation
am- able fur les différends qui concernent l'Amérique.
Le Roi d'Angleterre ayant rejetté cette propofition
, le Roi ne vit dans ce refus que la Déclaration
de guerre la plus authentique , ainfi que
JUILLET. 1756. 229
Sa Majefté l'avoit annoncé dans fa réquifition .
La Cour Britannique pouvoit donc fe difpenfer
de remplir une formalité devenue inutile : un
motif plus effentiel auroit de l'engager à ne pas
foumettre au jugement de l'Europe les prétendus
griefs que le Roi d'Angleterre a allégués contre la
France dans la Déclaration de guerre qu'il a fait
publier à Londres .
Les imputations vagues que cet écrit renferme ,
n'ont en effet aucune réalité dans le fonds ; & la
maniere dont elles font exposées , en prouveroit
feule la foibleffe , fi leur fauffeté n'avoit déja été
folidement démontrée dans le Mémoire que le
Roi a fait remettre à toutes les Cours , & qui contient
le précis des faits avec les preuves juftificatives
qui ont rapport à la préſente guerre & aux
négociations qui l'ont précédée.
Il y a cependant un fait important dont il n'a
point été parlé dans ce Mémoire , parce qu'il n'étoit
pas poffible de prévoir que l'Angleterre por
teroit auffi loin qu'elle vient de le faire , fon peu
de délicateffe fur le choix des moyens de faire
illufion .
Il s'agit des ouvrages conftruits à Dunkerque ,
& des troupes que le Roi a fait affembler fur fes
côtes de l'Océan .
Qui ne croiroit , à entendre le Roi d'Angleterre
dans fa Déclaration de guerre , que ces deux
objets ont déterminé l'ordre qu'il a donné de fe
faifir en mer des Vaiffeaux appartenans au Roi &
à fes ' ujets ?
Cepen tant perfonne n'ignore qu'on n'a com
mencé de travailler à Dunkerque , qu'après la
prife de deux Vaiffeaux de Sa Majesté , attaqués en
pleine paix par une efcadre de treize Vaiffeaux
Anglois. Il est également connu de tout , le
230 MERCURE
DE FRANCE .
monde , que la Marine Angloife s'emparoit de
puis plus de fix mois des Bâtimens François , lorfqu'à
la fin de Février dernier , les premiers Bataillons
que le Roi a fait paffer fur fes côtes maritimes
, fe font mis en marche.
Si le Roi d'Angleterre réfléchit jamais fur l'infidélité
des rapports qui lui ont été faits à ces
deux égards , pardonnera- t'il à ceux qui l'ont engagé
à avancer des faits dont la fuppofition ne
peut pas même être colorée par les apparences les
moins fpécieuſes ?
par
Ce que le Roi fe doit à lui- même & ce qu'il
doit à fes fujets , l'a enfin obligé de repouffer la
force la force ; mais conftamment fidele à fes
fentimens naturels de juftice & de modération ,
Sa Majesté n'a dirigé fes opérations militaires que
contre le Roi d'Angleterre fon agreffeur , & toutes
fés négociations politiques n'ont eu pour objet
que
de juftifier la confiance que les autres Nations
de l'Europe ont dans fon amitié & dans la droiture
de fes intentions.
feroit inutile d'entrer dans un détail plus
étendu des motifs qui ont forcé le Roi à envoyer
un Corps de fes troupes dans l'ile Minorque , &
qui obligent aujourd'hui Sa Majeſté à déclarer la
guerre au Roi d'Angleterre , comme Elle la lui
déclare par mer & pir terre .
En agiffant par des principes fi dignes de déterminer
ſes réſolutions , Elle eſt aſſurée de trouver
dans la juſtice de fa caufe dans la valeur de
fes troupes , dans l'amour de fes fujets les reffources
qu'elle a toujours éprouvées de leur part , &
Elle compte principalement fur la protection du
Dieu des Armées .
ORDONNE & enjoint Sa Majeſté à tous fes fu- |
jets , vaſſaux & ferviteurs , de courre fus aux ſujets
JUILLET. 1756. 231
du Roi d'Angleterre ; leur fait très- expreffes inhi
bitions & défenfes d'avoir ci- après avec eux aucu
ne communication , commerce ni intelligence
à peine de la vie : & , en conféquence , Sa Majefté
a dès-à-préfent révoqué & révoque toutes permiffions
, paffeports , fauvegardes & fauf-conduits
contraires à la préfente , qui pourroient avoir été
accordés par Elle ou par fes Lieutenans généraux
& autres fes Officiers , & les a déclarés nuls & de
nul effet & valeur ; défendant à qui que ce foit ,
d'y avoir aucun égard. MANDE & ordonne Sa Majefté
à Monfeigneur le Duc de Penthievre , Amiral
de France , aux Maréchaux de France , Gouverneurs
& Lieutenans Généraux pour Sa Majesté
en fes Provinces & Armées , Maréchaux de Camp,
Colonels , Meftres de Camp, Capitaines , Chefs &
Conducteurs de fes Gens de guerre, tant de cheval
que de pied , François & étrangers , & tous autres
fes Officiers qu'il appartiendra , que le contenu en
la préfente ils faffent exécuter, chacun à fon égard,
dans l'étendue de leur pouvoir & jurifdictions : CAR
TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ , Laquelle
veut & entend que la préfente foit publiée & affichée
en toutes fes villes ,tant maritimes qu'autres &
en tous les Ports , Havres & autres lieux de fon
Royaume & terres de fon obéiffance que befoin
fera , à ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles lé neuf Juin mil fept cent
cinquante-fix. Signé , LOUIS ; & plus bas , M. P.
DE VOYER D'ARGENSON.
Cette Déclaration de Guerre fut publiée le 16
Juin à Paris.
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Résumé : « Ordonnance du Roi, portant déclaration de guerre contre le Roi [...] »
Le 9 juin 1756, le Roi de France a émis une ordonnance déclarant la guerre au Roi d'Angleterre. Cette décision fait suite à des agressions britanniques contre les possessions françaises en Amérique du Nord, débutées en 1754 et intensifiées en juin 1755, violant ainsi le droit des gens et les traités en vigueur. La France avait initialement réagi avec modération, renvoyant une frégate anglaise capturée et permettant aux navires anglais de continuer leur commerce en France. Cependant, l'Angleterre a traité durement les soldats et matelots français, exécutant des ordres contraires aux assurances de conciliation données à l'ambassadeur français. La France a tenté d'éviter l'implication d'autres puissances européennes et a espéré une résolution pacifique en demandant la restitution des navires français capturés. Le refus britannique a été interprété comme une déclaration de guerre. La Cour britannique a publié des griefs vagues et infondés contre la France, notamment concernant les travaux à Dunkerque et les troupes assemblées sur les côtes françaises, justifiés par les attaques anglaises précédentes. En réponse, le Roi de France a décidé de riposter par la force, tout en restant fidèle à ses principes de justice et de modération. Il a ordonné à ses sujets de cesser toute communication avec les sujets anglais et a révoqué toutes les permissions contraires. La déclaration de guerre a été publiée le 16 juin à Paris.
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16790
p. 29
VERS à Mlle D.....
Début :
LE corps, l'esprit, le sentiment, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle D.....
VERS à Mlle D.....
LE corps, l'esprit, le sentiment,
En vous tout eſt divin , adorable Emilie !
Il nefaut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à fon amant prodiguoit ſes appas :
Malgré tout fon amour & toute ſa magie ,
La tendre Armide fut trahie :
Mais le Filsde Berthold * ſeroit mort dans vo bras.
* Père de RENAUD.
A Brest, par M. L. D...
LE corps, l'esprit, le sentiment,
En vous tout eſt divin , adorable Emilie !
Il nefaut vous voir qu'un moment ,
Pour vous aimer toute la vie.
Armide à fon amant prodiguoit ſes appas :
Malgré tout fon amour & toute ſa magie ,
La tendre Armide fut trahie :
Mais le Filsde Berthold * ſeroit mort dans vo bras.
* Père de RENAUD.
A Brest, par M. L. D...
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16791
p. 29
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
Début :
NON, Lycidas ne doit rien à personne ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
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16792
p. 2563-2565
Le Lundi, chez M. de la Piqueliere air de l'Allure,
Début :
Dites-nous, Haringhton, tout de bon, [...]
Mots clefs :
Harrington, Allure, Compagnon
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texteReconnaissance textuelle : Le Lundi, chez M. de la Piqueliere air de l'Allure,
Le Lundi , chez M. de la Piqueliere
air de l'Allure,
Dites- nous , Haringthon , tout de bon ,
Si votre valeur dure ,
Tentez-vous sans affront , tout de bon ,
La galante avanture tout de bon ?
M. Goupil de la Piqueliere est un homme de dise
tinction du Croisic , qui a commandé les plus grands Vaisseaux de la Riviere de Nantes , avec commission en Guerre. Ily a deux ans qu'il est marié
unejeune et aimable Dame.
I. Vol, Voilà ,
2564 MERCURE DE FRANCE
Voilà , compagnon , l'Allure , compagnon .
Voilà , compagnon , l'Allure.
M
Déja de Janneton , * tout de bon ,
Le petit cœur murmure ,
De voir mon Apollon , tout de bon ,
Curieux sans mesure , tout de bon.
Voilà , &c.
Son noble vermillon , tout de bon ,
Confirme mon augure ; .
Et son œil plus fripon , tout de bon ,
De vos exploits m'assûre , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Avoüez sans façon , tout de bon ,
Cousin › que la Nature ,
Vous fait en elle un don , tout de bon ,
D'une rare structure , tout de bon.
Voilà , &c.
Vous sçavez, Haringthon , tout de bon,
Seconder sa figure ,
Appas , esprit , raison , tout de bon ,
*Jeanne est le nom de Baptème de Mme Ha
ringthon.
I. Vol Sont
DECEMBRE. 1732.
2565
font en vous , je le jure , tout de bon.
Voilà , &c.
M
En neuf mois un garçon , tout de bon;
Lui rendra sa ceinture ;
De vous deux ce poupon , tout de bon ;
Sera la portraiture , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Donnons sur ce jambon , tout de bon .
L'Hôte nous en conjure ,
Epargner son flacon , tout de bon ,
Seroit lui faire injure , tout de bon.
Voilà , &c.
Sa Dame a sur son front , tout de bon,
Les Graces en peinture ,
Au corps l'ame répond , tout de bon,
C'est la franchise pure , tout de bon.
Voilà , &c
air de l'Allure,
Dites- nous , Haringthon , tout de bon ,
Si votre valeur dure ,
Tentez-vous sans affront , tout de bon ,
La galante avanture tout de bon ?
M. Goupil de la Piqueliere est un homme de dise
tinction du Croisic , qui a commandé les plus grands Vaisseaux de la Riviere de Nantes , avec commission en Guerre. Ily a deux ans qu'il est marié
unejeune et aimable Dame.
I. Vol, Voilà ,
2564 MERCURE DE FRANCE
Voilà , compagnon , l'Allure , compagnon .
Voilà , compagnon , l'Allure.
M
Déja de Janneton , * tout de bon ,
Le petit cœur murmure ,
De voir mon Apollon , tout de bon ,
Curieux sans mesure , tout de bon.
Voilà , &c.
Son noble vermillon , tout de bon ,
Confirme mon augure ; .
Et son œil plus fripon , tout de bon ,
De vos exploits m'assûre , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Avoüez sans façon , tout de bon ,
Cousin › que la Nature ,
Vous fait en elle un don , tout de bon ,
D'une rare structure , tout de bon.
Voilà , &c.
Vous sçavez, Haringthon , tout de bon,
Seconder sa figure ,
Appas , esprit , raison , tout de bon ,
*Jeanne est le nom de Baptème de Mme Ha
ringthon.
I. Vol Sont
DECEMBRE. 1732.
2565
font en vous , je le jure , tout de bon.
Voilà , &c.
M
En neuf mois un garçon , tout de bon;
Lui rendra sa ceinture ;
De vous deux ce poupon , tout de bon ;
Sera la portraiture , tout de bon.
Voilà , &c.
M
Donnons sur ce jambon , tout de bon .
L'Hôte nous en conjure ,
Epargner son flacon , tout de bon ,
Seroit lui faire injure , tout de bon.
Voilà , &c.
Sa Dame a sur son front , tout de bon,
Les Graces en peinture ,
Au corps l'ame répond , tout de bon,
C'est la franchise pure , tout de bon.
Voilà , &c
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Résumé : Le Lundi, chez M. de la Piqueliere air de l'Allure,
Le texte relate une scène chez M. Goupil de la Piqueliere, un notable du Croisic, commandant des plus grands vaisseaux de la rivière de Nantes et en mission militaire. Marié depuis deux ans à Jeanne, surnommée Mme Haringthon, la conversation met en avant les compliments et les allusions à la beauté et aux qualités de cette dernière. Les échanges mentionnent également la prédiction de la naissance d'un enfant dans neuf mois, qui ressemblerait à ses parents. La scène se termine par des éloges sur la grâce et la franchise de Mme Haringthon, accompagnée d'une invitation à savourer les mets et boissons proposés par l'hôte.
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16793
p. 2581-2585
LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Début :
MONSIEUR, La Renommée nous a apporté la description de votre [...]
Mots clefs :
Parnasse, Parnasse français, Titon du Tillet, Mérite, Noms, Bronze, Apollon
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
LETTRE d'un Habitant du Parnasse,
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
à M. Titon du Tillet
ONSIEUR,.
La Renommée nous a apporté la description
de votre Parnasse. Ce Livre a
fait à nos illustres Compatriotes , autant
de plaisir que le Parnasse même. Les Anciens
, pour lesquels leurs. Mecènes et
1. Vol.
leurs
2582 MERCURE DE FRANCE
leurs Pollions n'ont jamais rien imaginé
d'aussi honorable , ont parû souffrir forc
impatiemment cet avantage des Modernes
. On a même été sur le point de renouveller
à cette occasion les anciennes
disputes ; mais Apollon a sur le champ
appaisé le bruit par ces paroles :
O vous , qui les premiers en Grece , en Ausonie,
Favoris des doctes Soeurs ,
Sçûtes gouter les douceurs
De la divine harmonie ,
Si dé nobles Rivaux du même zele épris ,
Osent vous disputer le Prix ,
S'ils sçavent dans leurs Vers faire couler vos
Graces ,
Vos accords , vos sons les plus doux ,
Grecs et Romains n'en soyez point jaloux ,
Ce n'est qu'en marchant sur vos traces
Qu'ils s'élevent jusques à vous.
Un compliment si flateur dans la bouche
d'Apollon , contenta ceux des Anciens
dont les Ecrits sont parvenus jusqu'à
nos tems , et nous ont servi de modele;
mais il en restoit un assez grand nombre
dont les noms et les Ouvrages sont absolument
inconnus , et qui sans être comparables
aux grands Maîtres , avoient cependant
un mérite réel. Ceux-là parois-
J. Vol. soient
DECEMBR E. 1733. 2583
soient les plus échauffez et se plaignoient
amérement de l'injustice du Destin , qui
avoit réservé aux Modernes un honneur
qu'ils croyoient eux - mêmes avoir bien
mérité. Ils avoient quelque raison .
Leur siecle en beaux Esprits fertile ,
Ne vit point pour leur gloire un Amateur des
Arts ,
Un homme tel que vous , qui d'une main habile
Sçut avec choix dans un Ouvrage utile
Rassembler tous leurs noms épars.
Si les Muses alors moins avares de gloire ,
Pour éterniser leur memoire ,
Dans les Fastes sçavans les avoient consacrez ,
On y verroit encor paroître ,
dévorez ,
Des noms par le temps
Noms dans leur siecle reverez ,
Et dignes sans doute de l'être.
Vous voyez , Monsieur , que je suis
'de votre avis sur les places qu'occupent
au Parnasse bien des Poëtes , qui sans
être du premier mérite , ne sont pourtant
point méprisables.
Apollon est un Dieu sévere ;
Cependant sur le Mont sacré ,
Il est encor plus d'un degré
Au-dessous de Sapho , de Virgile et d'Homere.
I. Vol. Je
2584 MERCURE DE FRANCE
*
Je reviens aux François , qui pendant
ce temps - là , déliberoient entre eux sur
la maniere de vous témoigner leur reconnoissance.
Quelqu'un se leva et dit :
De GARNIER * la sçavante main
Asçû l'Art d'animer et le Marbre et l'Airain ;
Mais dans sa course journaliere ,
Par sa seule mobilité ,
Le temps peut réduire en poussiere ,
Le Monument le plus vanté.
Bien mieux que sur le Bronze , en ses charmans
Ouvrages ,
TITON à notre gloire éleve un Monument ,
Qui jusques au dernier moment
Du Temps bravera les outrages.
pa- Dès qu'il eut fini un autre prit la
role,et s'exprima à peu près en ces termes ::
Garnier , des Héros de notre âge ,.
Sur le Bronze docile à gravé le visage ;.
Et Du Tillet en ses Ecrits
A fait revivre leurs esprits.
Cependant on ne concluoit rien , quelqu'un
le fit remarquer à la Compagnie ,
* Le Sculpteur qui a executé le Parnasse Fran- -
feis en Bronze sur le Dessein et les ordres de
M. Titon du Tillet.
I. Vol.
qui
DECEMBRE. 1733. 2585
qui voyant que l'immortalité étoit le seul
bien dont pussent disposer les Poëtes ,
s'écria aussi - tôt :
Titon sans doute a merité
Que notre Lyre l'éternise ;
Mais déja son Ouvrage et sa noble Entreprise
L'opt assuré sans nous de l'immortalité.
Tout le monde en convint , et cette
illustre Compagnie se sépara sur le champ.
Pour moi , Monsieur , j'ai crû vous faire
plaisir de vous mander ce qui s'étoit
passé sur le Parnasse à l'occasion de votre
Livre. Je suis avec toute l'estime la plus
parfaite , &c.
Le P. R ** J.
Sur le Parnasse ce 6. Septembre 1733 .
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Résumé : LETTRE d'un Habitant du Parnasse, à M. Titon du Tillet.
Une lettre d'un habitant du Parnasse célèbre la publication du 'Parnasse' de M. Titon du Tillet, qui a suscité l'admiration des illustres compatriotes. Les Anciens, initialement jaloux, ont été apaisés par Apollon, reconnaissant que les Modernes s'élèvent en suivant leurs traces. Cependant, certains Anciens inconnus se sont plaints de ne pas être honorés. Le siècle des Anciens, riche en beaux esprits, manquait d'un amateur des arts pour rassembler et perpétuer leurs noms. Sur le Mont Parnasse, les Français ont débattu de la reconnaissance à accorder à Titon du Tillet. Garnier, le sculpteur, a souligné que les œuvres de Titon, contrairement aux monuments de marbre ou de bronze, braveront les outrages du temps. Un autre a ajouté que Titon a fait revivre les esprits des héros de leur âge. Tous ont convenu que l'ouvrage de Titon lui assurait déjà l'immortalité. L'habitant du Parnasse conclut en partageant ces événements avec Titon du Tillet, exprimant son estime et son admiration.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16794
p. 30
CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
Début :
A l'épouser Lise en vain me convie ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
CONTRE une vieille Fille, Liv. X.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
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16795
p. 30
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
Début :
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
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16796
p. 1088-1092
LA FUITE DU MONDE. ODE.
Début :
Brillante Cour, funeste azile, [...]
Mots clefs :
Cour, Monde, Bergers, Riches, Lois
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texteReconnaissance textuelle : LA FUITE DU MONDE. ODE.
LA FUITE DU MONDE,
ODE.
Brillante Cour , funeste azile ,
Noir séjour de la trahison
Quand on a pris de ton poison ,
Peut-on être jamais tranquille !
Palais aussi beaux que les Cieux ,
Superbes Parcs , Bains merveilleux ,
Bois enchantez , riantes Plaines ,
Que mon cœur dans ce doux instant
Dégouté des grandeurs mondaines ,
Sent de plaisir en vous quittant !
M
Dans ces esperances trompeuses ,
Jouet d'une fatale erreur
L'homme remplit toûjours son cœur
De mille chimeres flateuses ,
1. Vol.
Mais
JUIN. 1732 1089
Mais bien-tôt trompé dans ses vœux
Il n'en est que plus malheureux ;
Tout lui présente de faux charmes ;
Ces biens dont l'éclat l'éblouit ,
Le comblent d'ennuis et d'allarmes ,
Dès le moment qu'il en joüit.
Cependant rempli de l'image ,
D'un bonheur qu'il ne trouve pas
Il vole d'Etats en Etats ,
Pourfinir son triste esclavage.
Mais ne goûtant nulles douceurs ,
Dans la gloire , dans les honneurs ,
Dans la pompe , dans la molesse
Enfin des faux biens dégoûté ,
Il voit que la seule sagesse ,
Procure la felicité.
Mes recherches étoient donc vaines .
Charmant repos , aimable paix ,
Puisqu'on ne vous trouve jamais ,
Dans les prosperitez mondaines.
Hélas ! je vous connois trop tard ,
Lieux pleins d'artifice et de fard ,
Lieux qu'un trouble éternel agite.
Mes vœux sont pourtant exaucez Mais I. Vol.
Togo MERCURE DE FRANCE
Mais faut-il que je ne vous quitte ,
Que quand mes beaux jours sont passezLa Cour a mille précipices ;
Que de pieges y sont tendus !
Les vices ysont des vertus •
Et les vertus y sont des vices ;
L'injustice l'ambition ,
L'orgueil et l'adulation ,
Y font éclatter leur puissancePendant que réduite aux abois,
Pour éviter leur violence ,
La vertu s'enfuit dans les bois.
老
Pour la suivre , sortons du monde ,
Où nous nous sommes égarez ;
Dans des lieux charmans retirez ,.,
Jouissons -d'une paix profonde.
Obiens qui nous fûtes`sï doux ,
Vous n'avez plus d'attraits pour nous ,~
N'attaqués plus notre foiblesse : -
Sages Maîtres de nos desirs,
Ce sera la seule sagesse ,
Qui reglera tous nos plaisirs.
Heureux , qui loin du bruit des Villes
Méprise les honneurs mondains !
I. Vol Exempt
JUIN. 1732. 10g1
Exempt d'ennuis et de chagrins ,
Il n'a plus que des jours tranquilles ,
Le sommeil , qui cherchant les Bois ,
Fuit les Palais brillans des Rois ,
N'abandonne jamais sa Hute ,
Aux tristes caprices du sort ,
Il ne seroit jamais en butte ,
Et sans crainte il attend la mort.
En vain les vents et les orages ,
Unis pour le combler de maux ,
Sur ses Moissons , sur ses Troupeaux,
Exercent mille affreux ravages.
Ainsi qu'un Rocher sourcilleux ,
Au milieu des flots écumeux ,
Subsiste et demeure immobile ,
Ainsi pressé de tous côtez,
Cet homme est d'un esprit tranquile,
Dans ces dures calamitez.
-Les Riches dans leur opulence ,
Jouissent- ils d'un sort si doux
Ils n'ont qu'ennuis et que dégoûts ,
Même au milieu de l'abondance ;
-En vain à la suite des Rois ,
Ils vont aux habitans des Bois, r
Livrer une cruelle gueire;
1. Vol.
Lo
1092 MERCURE DE FRANCE
*Le souci , ce tyran affreux ,
Plus prompt même que le Tonnerre ,
Monte en croupe et court avec eux.
Que dis-je sur le Trône même ;
Peut-on se flatter d'être heureux ?
Est-on au comble de ses vœux ,
Pour être assis au rang suprême ?
En vain les plus superbes Rois ,
Au Monde entier donnent des Loix ,,
Ils sont soumis aux Loix des Parques
Leurs biens sont des biens passagers >
Et la mort brävant les Monarques ,
Les confond avec les Bergers.
ODE.
Brillante Cour , funeste azile ,
Noir séjour de la trahison
Quand on a pris de ton poison ,
Peut-on être jamais tranquille !
Palais aussi beaux que les Cieux ,
Superbes Parcs , Bains merveilleux ,
Bois enchantez , riantes Plaines ,
Que mon cœur dans ce doux instant
Dégouté des grandeurs mondaines ,
Sent de plaisir en vous quittant !
M
Dans ces esperances trompeuses ,
Jouet d'une fatale erreur
L'homme remplit toûjours son cœur
De mille chimeres flateuses ,
1. Vol.
Mais
JUIN. 1732 1089
Mais bien-tôt trompé dans ses vœux
Il n'en est que plus malheureux ;
Tout lui présente de faux charmes ;
Ces biens dont l'éclat l'éblouit ,
Le comblent d'ennuis et d'allarmes ,
Dès le moment qu'il en joüit.
Cependant rempli de l'image ,
D'un bonheur qu'il ne trouve pas
Il vole d'Etats en Etats ,
Pourfinir son triste esclavage.
Mais ne goûtant nulles douceurs ,
Dans la gloire , dans les honneurs ,
Dans la pompe , dans la molesse
Enfin des faux biens dégoûté ,
Il voit que la seule sagesse ,
Procure la felicité.
Mes recherches étoient donc vaines .
Charmant repos , aimable paix ,
Puisqu'on ne vous trouve jamais ,
Dans les prosperitez mondaines.
Hélas ! je vous connois trop tard ,
Lieux pleins d'artifice et de fard ,
Lieux qu'un trouble éternel agite.
Mes vœux sont pourtant exaucez Mais I. Vol.
Togo MERCURE DE FRANCE
Mais faut-il que je ne vous quitte ,
Que quand mes beaux jours sont passezLa Cour a mille précipices ;
Que de pieges y sont tendus !
Les vices ysont des vertus •
Et les vertus y sont des vices ;
L'injustice l'ambition ,
L'orgueil et l'adulation ,
Y font éclatter leur puissancePendant que réduite aux abois,
Pour éviter leur violence ,
La vertu s'enfuit dans les bois.
老
Pour la suivre , sortons du monde ,
Où nous nous sommes égarez ;
Dans des lieux charmans retirez ,.,
Jouissons -d'une paix profonde.
Obiens qui nous fûtes`sï doux ,
Vous n'avez plus d'attraits pour nous ,~
N'attaqués plus notre foiblesse : -
Sages Maîtres de nos desirs,
Ce sera la seule sagesse ,
Qui reglera tous nos plaisirs.
Heureux , qui loin du bruit des Villes
Méprise les honneurs mondains !
I. Vol Exempt
JUIN. 1732. 10g1
Exempt d'ennuis et de chagrins ,
Il n'a plus que des jours tranquilles ,
Le sommeil , qui cherchant les Bois ,
Fuit les Palais brillans des Rois ,
N'abandonne jamais sa Hute ,
Aux tristes caprices du sort ,
Il ne seroit jamais en butte ,
Et sans crainte il attend la mort.
En vain les vents et les orages ,
Unis pour le combler de maux ,
Sur ses Moissons , sur ses Troupeaux,
Exercent mille affreux ravages.
Ainsi qu'un Rocher sourcilleux ,
Au milieu des flots écumeux ,
Subsiste et demeure immobile ,
Ainsi pressé de tous côtez,
Cet homme est d'un esprit tranquile,
Dans ces dures calamitez.
-Les Riches dans leur opulence ,
Jouissent- ils d'un sort si doux
Ils n'ont qu'ennuis et que dégoûts ,
Même au milieu de l'abondance ;
-En vain à la suite des Rois ,
Ils vont aux habitans des Bois, r
Livrer une cruelle gueire;
1. Vol.
Lo
1092 MERCURE DE FRANCE
*Le souci , ce tyran affreux ,
Plus prompt même que le Tonnerre ,
Monte en croupe et court avec eux.
Que dis-je sur le Trône même ;
Peut-on se flatter d'être heureux ?
Est-on au comble de ses vœux ,
Pour être assis au rang suprême ?
En vain les plus superbes Rois ,
Au Monde entier donnent des Loix ,,
Ils sont soumis aux Loix des Parques
Leurs biens sont des biens passagers >
Et la mort brävant les Monarques ,
Les confond avec les Bergers.
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Résumé : LA FUITE DU MONDE. ODE.
Le texte 'La fuite du monde, Ode' exprime un profond mépris pour les grandeurs mondaines et les artifices de la cour, décrite comme un lieu de trahison et de poison. Les plaisirs y sont éphémères et trompeurs, et les biens matériels et les honneurs apportent plus d'ennuis que de bonheur. L'auteur souligne que l'homme, trompé dans ses vœux, cherche vainement le bonheur à travers les États et les richesses, mais finit par comprendre que la véritable sagesse réside dans la simplicité et la paix. Il regrette de ne pas avoir découvert cette sagesse plus tôt, soulignant les dangers et les pièges de la cour, où les vertus sont perverties. Il aspire à une vie retirée, loin du bruit des villes et des honneurs mondains, pour jouir d'une paix profonde et d'un esprit tranquille. Même face aux calamités, cet homme reste serein, contrairement aux riches tourmentés par le souci et les ennuis. Le texte conclut en soulignant que les rois, malgré leur pouvoir, sont soumis aux lois des Parques et que la mort égalise tous les hommes.
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16797
p. 255
Vingtiéme Traitement consécutif, depuis son établissement.
Début :
Le nommé Lefebvre, Compagnie de la Tour, est entré le 4 septembre 1759. [...]
Mots clefs :
Compagnie, Guérison, Soldats, Malades
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texteReconnaissance textuelle : Vingtiéme Traitement consécutif, depuis son établissement.
Vingtiéme Traitement confécutif , depuis fon
établiffement.
LE
E nommé Lefebvre , Compagnie de la Tour ,
eft entré le 4 Septembre 1759.
Le nommé Sans regret , Compagnie d'Afprele
+ Septembre. mont , 4
Le nommé Deflauriers , Compagnie d'Aſpremont
, le 11 Septembre .
Le nommé Déshau , Compagnie de le Camus,
le 4 Octobre.
Le nommé Le Tellier , Compagnie de Graffe ;
idem.
Le nommé Lariviere , Compagnie d'Hallot ,
le 18 Octobre.
Le nommé Pailleur , Compagnie de Viennay ,
idem.
Le nommé Dupré , Compagnie de Viennay ,
le 8 Novembre.
Le nommé Francifque , Compagnie de la
Vieuville , idem.
Le nommé Lavictoire , Compagnie de Coetidem.
trieu ,
Le nommé Berillon , de la Compagnie de le
Camus ,idem.
Le nommé Maffelet , de la Compagnie de le
Camus , le 22 Novembre.
Et tous font fortis parfaitement guéris.
établiffement.
LE
E nommé Lefebvre , Compagnie de la Tour ,
eft entré le 4 Septembre 1759.
Le nommé Sans regret , Compagnie d'Afprele
+ Septembre. mont , 4
Le nommé Deflauriers , Compagnie d'Aſpremont
, le 11 Septembre .
Le nommé Déshau , Compagnie de le Camus,
le 4 Octobre.
Le nommé Le Tellier , Compagnie de Graffe ;
idem.
Le nommé Lariviere , Compagnie d'Hallot ,
le 18 Octobre.
Le nommé Pailleur , Compagnie de Viennay ,
idem.
Le nommé Dupré , Compagnie de Viennay ,
le 8 Novembre.
Le nommé Francifque , Compagnie de la
Vieuville , idem.
Le nommé Lavictoire , Compagnie de Coetidem.
trieu ,
Le nommé Berillon , de la Compagnie de le
Camus ,idem.
Le nommé Maffelet , de la Compagnie de le
Camus , le 22 Novembre.
Et tous font fortis parfaitement guéris.
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Résumé : Vingtiéme Traitement consécutif, depuis son établissement.
Le document décrit le vingtième traitement consécutif. Dix individus ont été traités et guéris entre le 4 septembre et le 22 novembre 1759. Ils appartenaient à diverses compagnies, dont la Tour, d'Asprele, d'Aspremont, de le Camus, de Graffe, d'Hallot, de Viennay, de la Vieuville et de Coetricieu.
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16798
p. 1089-1090
A Madlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Claville, Trésorier de France à Rouen ; en lui envoyant son Traité du vrai Merite, qu'il vient de donner au Public, qui s'imprime chez Saugrin, à Paris.
Début :
La fine fleur des beaux esprits, [...]
Mots clefs :
Paris, Traité du vrai mérite
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texteReconnaissance textuelle : A Madlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Claville, Trésorier de France à Rouen ; en lui envoyant son Traité du vrai Merite, qu'il vient de donner au Public, qui s'imprime chez Saugrin, à Paris.
A Madlle de Malerais de la Vigne , par
M. de Claville , Trésorier de France à
Rouen ; en lui envoyant son Traité du
vrai Merite , qu'il vient de donner an
Public , qui s'imprime chez Sangrin , à
Paris.
LA fine fleur des beaux esprits ;
Dont les talens divins font honneur au Parnasse,
De qui les sublimes Ecrits ,
Vol. Plei
roso MERCURE DE FRANCE
Pleins de force , de feu , de justesse et de grace ,
Ont enlevé la Cour , la Province et Paris ;
Enfin cette Sapho qui fait revivre Horace ,
Trouvera t'elle un jour , c'est trop dire , un mo
ment ,
A vouloir s'amuser de mon amusement ?
Je lui dois , et je m'acquitte ;
Non un respect hypocrite
Pour m'en faire préconiser ;
Prétens-je m'immortaliser
Le sot orgueil n'est pas ma vertu favorite ;
Et sur ce qui me manque on doit bien m'excu
ser .
Loin du Croisic peut- on puiser
A la source du vrai merite
Vîte donc , parlez mon Traité .
Sans espoir, sans timidité ,
Montrez-vous à Malcrais d'un air modeste er
sage ;
Vous recevrez pour prix d'un tendre hommage
Du moins des marques de bonté ;
Mais ne volez pas son suffrage ,
On me soupçouneroit de trop de vanité.
M. de Claville , Trésorier de France à
Rouen ; en lui envoyant son Traité du
vrai Merite , qu'il vient de donner an
Public , qui s'imprime chez Sangrin , à
Paris.
LA fine fleur des beaux esprits ;
Dont les talens divins font honneur au Parnasse,
De qui les sublimes Ecrits ,
Vol. Plei
roso MERCURE DE FRANCE
Pleins de force , de feu , de justesse et de grace ,
Ont enlevé la Cour , la Province et Paris ;
Enfin cette Sapho qui fait revivre Horace ,
Trouvera t'elle un jour , c'est trop dire , un mo
ment ,
A vouloir s'amuser de mon amusement ?
Je lui dois , et je m'acquitte ;
Non un respect hypocrite
Pour m'en faire préconiser ;
Prétens-je m'immortaliser
Le sot orgueil n'est pas ma vertu favorite ;
Et sur ce qui me manque on doit bien m'excu
ser .
Loin du Croisic peut- on puiser
A la source du vrai merite
Vîte donc , parlez mon Traité .
Sans espoir, sans timidité ,
Montrez-vous à Malcrais d'un air modeste er
sage ;
Vous recevrez pour prix d'un tendre hommage
Du moins des marques de bonté ;
Mais ne volez pas son suffrage ,
On me soupçouneroit de trop de vanité.
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Résumé : A Madlle de Malcrais de la Vigne, par M. de Claville, Trésorier de France à Rouen ; en lui envoyant son Traité du vrai Merite, qu'il vient de donner au Public, qui s'imprime chez Saugrin, à Paris.
M. de Claville, Trésorier de France à Rouen, adresse une lettre à Mademoiselle de Malerais de la Vigne pour lui envoyer son ouvrage 'Traité du vrai Mérite', publié chez Sangrin à Paris. Il admire les écrivains talentueux dont les œuvres ont conquis la Cour, la Province et Paris, comparant l'un d'eux à Sapho et Horace. Claville reconnaît humblement ses propres limites et espère que son traité sera bien accueilli. Il demande à Mademoiselle de Malerais de le présenter avec modestie et sagesse, sans chercher à obtenir son approbation pour éviter toute accusation de vanité.
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16799
p. 2565-2566
Le Mardi chez M. de Morvan, sur l'air: en Cana, Festin notable, &c. ou bien, Croyez-vous que l'Amour m'attrape, &c.
Début :
Nous volons de Fête en Fête; [...]
Mots clefs :
Fête, Bacchus, Amour, Morvan, Maîtresse
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texteReconnaissance textuelle : Le Mardi chez M. de Morvan, sur l'air: en Cana, Festin notable, &c. ou bien, Croyez-vous que l'Amour m'attrape, &c.
Le Mardi chez M. de Morvan , sur l'air:
en Cana , Festin notable , &c. ou bien
Croyez- vous que l'Amour m'attrape
&c.
Nous volons de Fête en Fête;
Par tout nouvelles douceurs ;
Bacchus nous bout dans la tête ,
L'Amour enflamme nos cœurs,
2566 MERCURE DE FRANCE
Quel sort charmant les assemble !
Quel aimable accord entr'eux !
Faisons-les bien vivre ensemble;
Is nous feront vivre heureux.
Haringthon chante , et soupire;
De sa belle Epouse épris.
L'Amour dans tout son Empire
N'a point d'Amans de leur prix.
L'Epoux dément l'axiome ,
Que prônent de sots Docteurs ,
Disant qu'à Table un grand homme ,
N'est pointungrand homme ailleurs.
Le Maître qui nous régale ,
Fait les honneurs à charmer ,
La Maitresse qui l'égale ,
En tout lieux se fait aimer.
Au Cabinet, à la Table ,
Que Morvan brille à propos ;
Là, par sa plume admirable ,
A Table par ses bons mots,
C
• Ancien Maire , Major de notre Ville , et
Subdélégué de M. l'Íntendant ; il est homme de
Lettres , et proche Parent de M. l'Abbé de Bellegarde,qui a écritplusieurs beaux Ouvrages en Prose,
en Cana , Festin notable , &c. ou bien
Croyez- vous que l'Amour m'attrape
&c.
Nous volons de Fête en Fête;
Par tout nouvelles douceurs ;
Bacchus nous bout dans la tête ,
L'Amour enflamme nos cœurs,
2566 MERCURE DE FRANCE
Quel sort charmant les assemble !
Quel aimable accord entr'eux !
Faisons-les bien vivre ensemble;
Is nous feront vivre heureux.
Haringthon chante , et soupire;
De sa belle Epouse épris.
L'Amour dans tout son Empire
N'a point d'Amans de leur prix.
L'Epoux dément l'axiome ,
Que prônent de sots Docteurs ,
Disant qu'à Table un grand homme ,
N'est pointungrand homme ailleurs.
Le Maître qui nous régale ,
Fait les honneurs à charmer ,
La Maitresse qui l'égale ,
En tout lieux se fait aimer.
Au Cabinet, à la Table ,
Que Morvan brille à propos ;
Là, par sa plume admirable ,
A Table par ses bons mots,
C
• Ancien Maire , Major de notre Ville , et
Subdélégué de M. l'Íntendant ; il est homme de
Lettres , et proche Parent de M. l'Abbé de Bellegarde,qui a écritplusieurs beaux Ouvrages en Prose,
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Résumé : Le Mardi chez M. de Morvan, sur l'air: en Cana, Festin notable, &c. ou bien, Croyez-vous que l'Amour m'attrape, &c.
Le texte relate une scène festive et harmonieuse chez M. de Morvan, où les invités savourent diverses douceurs et célébrations. Sous l'influence de Bacchus et de l'amour, l'atmosphère est agréable et unie. Harrington, particulièrement épris de sa belle épouse, exprime son amour de manière touchante. Le texte contredit les doctes qui affirment qu'un grand homme à table ne l'est pas nécessairement ailleurs. M. de Morvan, ancien maire et major de la ville, ainsi que subdélégué de l'intendant, est loué pour ses talents littéraires et ses qualités sociales. Il excelle autant par sa plume que par ses bons mots à table. De plus, il est mentionné comme étant un proche parent de l'abbé de Bellegarde, auteur de plusieurs beaux ouvrages en prose.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16800
p. 31-40
CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
Début :
ON ne veut rien dérober à la femme qu'on aime véritablement. Les defirs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
CÉCILE,
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By
A
3
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
39
Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By
A
3
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
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Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
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