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1
p. 55-68
LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
Début :
L'honneur que vous m'avez fait depuis long-tems, Messieurs, de m'admettre [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Opéra, Ouvrages, Ouvrage, Contes, Pièces fugitives, Lettres, Esprit, Immortalité, Article, Estime, Réputation, Auteurs, Extraits, Talents, Intérêt, Mercures
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
LETTRE de M. aux Auteurs du Mer-
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
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2
p. 27-34
SUR LES CONTES.
Début :
Les contes sont un de ces petits ouvrages d'agrément, où les modernes [...]
Mots clefs :
Contes, Jean de La Fontaine, Jacques Vergier, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES CONTES.
SUR LES CONTES.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
Es contes font un de ces petits ou
vrages
Lvrages d'agrément , où les modernes
ne doivent rien aux anciens ; on ne connoît
dans l'antiquité que peu de choſe de
ce genre là. C'eft aux Italiens à qui l'invention
en est dûe ; Boccace & le Pogge
en firent d'abord en profe ; l'Ariofte fut le
premier qui en mit en vers ceux de la
Reine de Navarre , de La Fontaine , &
de Vergier , font les meilleurs que nous
ayons dans notre langue. Des aventures
galantes , des féductions de filles encore
novices , des intrigues de moines & de
nones , des ftratagêmes plaifans pour
tromper la vigilance d'une mere , d'un jaloux
, d'une duegne ; ce font là les pivots
fur lefquels roulent tous ces contes ; un
ton libre & des images licentieufes en font
l'affaifonnement. Il faut regarder ces pc-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
tits ouvrages comme des jeux d'une imagination
un peu libertine , qui ne peuvent
fe foutenir qu'à force de gaité , & une extrême
gaité ne va gueres avec une décence
trop exacte. Les Italiens y ont mis beaucoup
d'invention : la contrainte des femmes
dans leur pays , & l'ardeur du climat rendant
l'imagination des amans plus active
& plus fertile en expédiens , les aventures
fingulieres y font beaucoup plus communes
qu'ailleurs , & les faifeurs de contes
ont pû moiffonner en plein champ.
La Fontaine a pris des Italiens le fujet
de la plupart des liens , les autres fe trouvent
dans l'Heptameron de la Reine de
Navarre , dans Rabelais , & il n'y en a
que deux ou trois dont l'idée lui apparrienne
; mais il a une maniere de narrer
qui n'appartient qu'à lui , & c'eft là le
principal mérite de cette forte d'ouvrage :
quelque plaifans que foient les incidens
qui en font le fujet , ils deviendroient
bien infipides fi le récit en étoit froid &
languiffant. Il doit être vif , naturel &
faillant , il doit intéreffer , & perfonne:
n'a porté ce talent plus loin que La Fontaine
: cet homme dont le goût fi fûr pa-.
roiffoit n'être en lui qu'un tact fin & délicat
, & qu'un infinct admirable plutôt
qu'un fentiment éclairé & refléchi , a fçu
ΜΑΙ. 1755. 29
, peu
réunir dans fes contes les graces , la fineffe
, & la naïveté la plus piquante ; une
grande connoiffance du coeur humain dont
il faifit avec précifion les détails les plus
imperceptibles ; des réflexions délicates ,
dont le fens exquis fe cache fous un air de
fimplicité charmante ; une poëfie légere
& animée
d'exactitude dans le ftyle ,
mais beaucoup de feu & d'agrément ; enfin
le plus beau naturel & l'imagination la
plus riante. Tout s'embellit fous fon pinceau
; toujours original nême en imitant ,
il donne aux idées des autres un tour
neuf, en leur faifant prendre la teinte de
fon imagination. Tant de belles parties.
font ternies par quelques défauts ; outre
des négligences trop fréquentes on peut
lui reprocher des longueurs qui refroidiffent
quelquefois l'intérêt fon imagination
abandonnée à elle-même , s'égare
à chaque inftant , ce font quelquefois des
fleurs qu'il veut cueillir en paffant , &
qu'il auroit mieux valu facrifier à la chaleur
de la narration : auffi la plupart de
fes contes , même les mieux faits , Joconde ,
la Fiancée du Roi de Garbes , &c. pourroient
fe réduire à la moitié ; & il n'y a
que l'Hermite , le Berceau , le Comment
l'efprit vient aux filles , & deux ou trois
autres qui foient dans ce point de préci-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
fion , où l'on ne trouve rien à dire.
La Fontaine eft auffi le moins licentieux
de tous ceux qui ont travaillé dans ce genre
; point d'images dégoûtantes , point
d'expreffions cyniques : chez lui les idées
les plus voluptueufes font toujours enveloppées
; il eft vrai que ce n'eft qu'une
gaze légere , qui ne laiffe rien perdre à l'imagination
, & rend peut-être les objets
plus piquans. Dans les principes du Stoïcifme
, ces detours délicats d'une fauffe
modeftie ne font qu'une coquetterie raffinée
qui fait voir les objets en miniature , &
les préfente fous des traits bien plus féduifans
: les tableaux les plus voluptueux du
·Correge & de B*** font ceux où rien n'eft
préfenté trop à découvert , où ce qu'on ne
-voit pas fait beaucoup plus de plaifir que
ce qu'on voit ; une peinture trop nue ne fait
qu'une impreffion momentanée , l'imagination
fixée à la premiere vûe , s'émouffe
bientôt , il n'y a qu'un feul coup d'oeil
& qu'une feule jouiffance ; elle eft vis- àvis
d'une peinture voilée avec art , ce qu'eft
une courtifanne effrontée qui laiffe voir fes
appas fans draperie ; vis- à- vis d'une femme
adroitement coquette , qui ne montre de fes
charmes que ce qu'il faut pour faire defirer
ceux qu'on ne voit point.L'imagination toujours
au-delà de ce qu'on lui préfente ,
M&A I. 1755. 31
écarte le voile qui lui dérobe les beautés
qu'elle foupçonne ; elle en développe ellemême
tous les détails , & chaque détail eft
une jouiffance complette ; ceux qui connoiffent
le méchanifme de nos plaifirs , fçavent
qu'il n'y en a point de bien vifs que
ceux auxquels l'imagination met la main.
J'ai toujours été perſuadé que les contes
de La Fontaine étoient un des ouvrages les
plus féduifans pour un coeur encore neuf, &
des plus capables d'y faire naître des idées
de volupté bien dangereufes. La Fontaine a
voulu fe juftifier de ce reproche & a prétendu
que la gaité de fes contes ne pouvoit faire
aucune impreffion fur les ames , & qu'elle
étoit bien moins à craindre que cette douce
melancolie où les romans les plus chaftes & les
plus modeftesfont très- capables de nous plongen,
& qui eft une grande préparation à l'amour.
Bayle qui avoit tant de goût & de talens
pour foutenir des paradoxes , a voulu appuyer
celui-ci ; mais l'autorité de ces deux
hommes célébres ne m'en impofe pas ; its
ont beau dire , je ne vois rien de pernicieux
dans la lecture de la Princeffe de Clea
ves & de Zaïde ; mais je vois tout à craindre
d'un ouvrage où l'amour ne paroît
que comme un befoin machinal qu'il eft
finaturel de fatisfaire , où la vertu eft une
chimere , la fidélité conjugale une dupe-
Biy
32 MERCURE DE FRANCE.
rie , & l'innocence une bêtife . Les occafions
font fi gliffantes , le cri de la nature
eft fi preffant , il eft fi difficile de réſiſter , fi
doux de fuccomber ! les plaifirs font fi vifs
& fi touchans ! voilà la morale de ces contes,
elle n'a fûrement rien de bien édifiant. La
Fontaine fe défend là- deffus affez plai-.
famment au commencement de fon conte
des Oyes de Frere Philippe ; il dit : chaſſez
Les foupirans , belles , prenez mon livre , je réponds
de vous corps pour corps. Cette raiſon
me paroît fort finguliere ; je fens bien que
fon livre fans amans ne leur fera jamais
faire que de légeres fottifes , les amans
fans le livre feroient fans doute plus
dangereux ; mais malheureufement fon livre
ne les difpofe gueres à chaffer les foupirans.
Vergier eft celui qui a le plus approché
de La Fontaine , qu'il a pris pour modele ;
fes contes du Roffignol & du Tonnerre ne
feroient pas indignes de fon maître ; le
premier a été imprimé fous le nom de La
Fontaine dans prefque toutes les éditions
de fes contes. Vergier écrit toujours aſſez
naturellement ; mais quoiqu'il ne perdît
jamais fon modele de vûe , il n'a jamais
pû atteindre à cette naïveté de ſtyle où La
Fontaine eft inimitable ; il y a une diftinction
délicate du naturel & du naïf , qu'il
MA I. 1755. 33
faut bien faifir : le premier eft une copie
de la nature , & l'autre une copie de la belle
nature ; le naturel peut être fade & ennuyeux
, le naïfplaît toujours , parce qu'il
eft toujours gracieux & piquant.
Les contes de Vergier font quelquefois
découfus , & la narration fouvent lâche ;
il s'étend beaucoup fur les détails qu'il n'a
pas l'art d'affaifonner. Les longueurs chez
lui font bien plus fatiguantes que dans La
Fontaine, qui fçavoit les couvrir de fleurs ,
& il eft bien éloigné d'entendre comme lui
la vérité & la naïveté du dialogue : fon
ton eft bien moins décent que celui de fon
maître , mais il l'eft encore plus que celui
de Grécourt , dont nous avons un recueil
de contes où il a répandu beaucoup d'obfcénités
; c'eft peut-être même ce qui en eft
le plus faillant ; le ftyle en eft vif & trèspeu
correct , la narration preffée , & les
contes fort courts ; on les prendroit plutôt
pour des épigrammes ; c'eft prefque toujours
une image cynique terminée par une
faillie ou une répartie plaifante , du
moins qui voudroit l'être . Grécourt eft
bien an-deffous de La Fontaine ; il n'eſt
pas même à côté de Vergier.
Aucun auteur depuis ne s'eft attaché
totalement à ce genre. Nous avons quelques
contes épars , dont la plupart écrits
By
34 MERCURE DE FRANCE.
avec une liberté plus que cynique , ne doivent
pas être tirés de l'obfcurité qui les
couvre ; mais il en eftun qui n'eft pas dans
le cas de ceux- là , & auquel je ne connois
rien de préférable : c'eft le Rajeuniſſement
inutile de M. de Moncrif; il eft écrit fur un
ton un peu plus haut que les autres ; mais
quelle légereté & quelle aifance dans la
narration ! quelle douce harmonie dans les
vers ! & quelle fiction ingénieufe ! Les réflexions
les plus fines , les images les plus
voluptueufes préfentées avec une décence
qui n'ôte rien de ce quelles ont de
féduifant , & le ton de fentiment qui y
regne , en font un petit ouvrage que j'oferois
comparer aux deux meilleurs contes
de La Fontaine , & lui donner peut- être
la préférence.
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Résumé : SUR LES CONTES.
Le texte explore le genre littéraire des contes, soulignant qu'il est moderne et distinct des œuvres anciennes. Les Italiens, notamment Boccace et le Pogge, sont reconnus pour avoir inventé les contes en prose, tandis qu'Arioste fut le premier à les mettre en vers. En français, les contes de la Reine de Navarre, de La Fontaine et de Vergier sont particulièrement notables. Ces contes se distinguent par des aventures galantes, des séductions, des intrigues et des stratagèmes pour tromper la vigilance des parents ou des époux. Ils sont marqués par un ton libre et des images licencieuses, reflétant une imagination libertine et une extrême gaieté. La Fontaine, bien qu'inspiré par les Italiens et l'Heptaméron de la Reine de Navarre, possède un style narratif unique. Ses contes se caractérisent par leur vivacité, leur naturel et leur capacité à captiver le lecteur. La Fontaine excelle dans l'art de rendre les incidents plaisants et les détails humains avec précision. Cependant, ses œuvres contiennent des négligences et des longueurs qui peuvent refroidir l'intérêt. Malgré cela, certains de ses contes, comme 'L'Hermite' et 'Le Berceau', sont considérés comme parfaits. La Fontaine est également le moins licencieux des auteurs de contes, enveloppant les idées voluptueuses dans une gaze légère qui stimule l'imagination. Le texte critique les contes de La Fontaine pour leur potentiel à éveiller des idées de volupté dangereuses, contrairement à ce que l'auteur prétendait. Vergier, qui a pris La Fontaine comme modèle, n'a pas atteint la même naïveté de style, bien que ses contes soient naturels. Grécourt, un autre auteur de contes, est jugé obscène et moins talentueux. Le texte mentionne également quelques contes épars, dont le 'Rajeunissement inutile' de Moncrif, qui est loué pour sa légèreté, son harmonie et ses réflexions fines. Ce conte est comparé aux meilleurs de La Fontaine et pourrait même leur être préféré.
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3
p. 210-212
MORTS.
Début :
Louis de Boissy, de l'Académie Françoise, que le grand nombre [...]
Mots clefs :
Louis de Boissy, Auteur du Mercure, Morts, Conseiller d'État, Comtes, Capitaine, Contes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Louis de Boiffy , de l'Académie Françoife ,
que le grand nombre de productions qu'il a mifes
au théâtre , ont rendu célebre , eft mort à Paris
le 19 Avril , âgé de foixante-trois ans 4 mois 24
jours . Il étoit né à Vic en Carladèz dans l'Auvergne
, le 26 novembre 1694 , de Pierre Boilly ,
Confeiller du Roi , Juge Prévôt du Carladèz ; &
de Marie- Félice de Comblat , fortie d'une famille
diftinguée de cette Province. La Cour l'avoit
choisi pour remplacer dans la compoſition du
Mercure de France , teu M. de la Bruere , qui en
avoit obtenu le privilege . Il en avoit été chargé
depuis le mois de Janvier 1755. Il avoit cru ne
pouvoir mieux répondre à l'honneur du choix
qu'on avoit fait de lui pour la direction de ce
Journal , qu'en s'occupant uniquement du travail
que comporte cet ouvrage périodique , qui étoit
devenu l'objet de toute fon application pendant
les dernieres années de fa vie. Il avoit apporté tous
fes foins à intéreffer le public à fa lecture , qu'il
avoit tâché de rendre également agréable & inftructive.
Ce que nous oferons feulement nous permettre
de remarquer à fa louange , c'eft qu'ils n'ont pas
paru avoir été infructueux. Le Mercure paffe actuellement
par brévet entre les mains de M. Marmontel
, dont les talens en divers genres de litté
rature , font affez connus pour n'avoir pas befoin
de nos éloges . Il nous fuffira de dire , que les
contes ingénieux dont il à enrichi ce recueil à
différentes fois , étoient autant de titres pour mériter
qu'on lui en confiât la rédaction . Il doit comJUIN.
1758.
21 P
mencer par le premier volume du mois d'Août.
Nous avertiffons que le Bureau du Mercure conti
nuera de fe tenir chez M. Lutton . C'eſt à lui qu'on
prie d'adreffer les piéces qu'on enverra pour être
inférées dans cet ouvrage.
Dame Marguerite Camille de Grimaldi de Monaco
, épouse de M. Louis de Gand de Merodes de
Montmorency , Prince d'Ifenghien , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
- Général de la Province d'Artois , & Gouverneur
des Ville & Citadelle d'Arras, eft morte à Paris, le
27 du mois d'Avril , âgée de cinquante- huit ans.
Dame Marie-Eléonore- Augufte de Bethune
époufe de Meffire Louis - Armand de Seigliere de
Belleforiere , Marquis de Soyecourt , Brigadier
3 des Armées du Roi , Meftre de Camp du Régiment
Dauphin Etranger , Cavalerie , eft décédée
le même jour à Paris , dans fa trente - deuzieme
année.
M. François de Cruffol d'Amboiſe , Archevêque
de Toulouſe , Abbé des Abbayes Royales de
Charroux , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe de
Poitiers, & de Saint Germain , même Ordre, Diocèſe
d'Auxerre, eft mort à Paris , le 30 , âgé de cinquante-
cinq ans . Il avoit été nommé à l'Evêché
de Blois en 1734 , & à l'Archevêché de Toulouſe
en 1753.
Meffire René- Bertrand Pallu , Confeiller d'Etat,
Intendant Général des Claffes de la Marine , eft
mort à Paris, le deux de Mai , âgé de foixantefix
ans.
M. le Comte de la Queuille , Brigadier des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment de Nice ,
Infanterie , mourut à Paris le 3.
Meffire Paul Sanguin , Marquis de Livry , premier
Maître d'Hôtel du Roi , & Capitaine des
212 MERCURE DE FRANCE.
Chaffes de la Capitainerie Royale de Livry & Bondi
, eft mort à Paris , le 16 , dans la quaranteneuvieme
année de fon âge.
Il est mort dans un des fauxbourgs de Vienne ,
une veuve nommée Catherine Lienhardt , âgée de
cent dix-huit ans.
Il est mort dans la Paroiffe de Saint Saturnin
au Diocèſe de Lodève , une fille appellée Marie
Granouillet , âgée de cent un ans.
La nommée Marie Miraffou , veuve d'un Laboureur
, eft morte dans la Paroiffe de Lagor ,
près d'Ortez en Bearn , le 18 Mars , âgée de cent
huit ans.
Louis de Boiffy , de l'Académie Françoife ,
que le grand nombre de productions qu'il a mifes
au théâtre , ont rendu célebre , eft mort à Paris
le 19 Avril , âgé de foixante-trois ans 4 mois 24
jours . Il étoit né à Vic en Carladèz dans l'Auvergne
, le 26 novembre 1694 , de Pierre Boilly ,
Confeiller du Roi , Juge Prévôt du Carladèz ; &
de Marie- Félice de Comblat , fortie d'une famille
diftinguée de cette Province. La Cour l'avoit
choisi pour remplacer dans la compoſition du
Mercure de France , teu M. de la Bruere , qui en
avoit obtenu le privilege . Il en avoit été chargé
depuis le mois de Janvier 1755. Il avoit cru ne
pouvoir mieux répondre à l'honneur du choix
qu'on avoit fait de lui pour la direction de ce
Journal , qu'en s'occupant uniquement du travail
que comporte cet ouvrage périodique , qui étoit
devenu l'objet de toute fon application pendant
les dernieres années de fa vie. Il avoit apporté tous
fes foins à intéreffer le public à fa lecture , qu'il
avoit tâché de rendre également agréable & inftructive.
Ce que nous oferons feulement nous permettre
de remarquer à fa louange , c'eft qu'ils n'ont pas
paru avoir été infructueux. Le Mercure paffe actuellement
par brévet entre les mains de M. Marmontel
, dont les talens en divers genres de litté
rature , font affez connus pour n'avoir pas befoin
de nos éloges . Il nous fuffira de dire , que les
contes ingénieux dont il à enrichi ce recueil à
différentes fois , étoient autant de titres pour mériter
qu'on lui en confiât la rédaction . Il doit comJUIN.
1758.
21 P
mencer par le premier volume du mois d'Août.
Nous avertiffons que le Bureau du Mercure conti
nuera de fe tenir chez M. Lutton . C'eſt à lui qu'on
prie d'adreffer les piéces qu'on enverra pour être
inférées dans cet ouvrage.
Dame Marguerite Camille de Grimaldi de Monaco
, épouse de M. Louis de Gand de Merodes de
Montmorency , Prince d'Ifenghien , Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
- Général de la Province d'Artois , & Gouverneur
des Ville & Citadelle d'Arras, eft morte à Paris, le
27 du mois d'Avril , âgée de cinquante- huit ans.
Dame Marie-Eléonore- Augufte de Bethune
époufe de Meffire Louis - Armand de Seigliere de
Belleforiere , Marquis de Soyecourt , Brigadier
3 des Armées du Roi , Meftre de Camp du Régiment
Dauphin Etranger , Cavalerie , eft décédée
le même jour à Paris , dans fa trente - deuzieme
année.
M. François de Cruffol d'Amboiſe , Archevêque
de Toulouſe , Abbé des Abbayes Royales de
Charroux , Ordre de Saint Benoît , Diocèfe de
Poitiers, & de Saint Germain , même Ordre, Diocèſe
d'Auxerre, eft mort à Paris , le 30 , âgé de cinquante-
cinq ans . Il avoit été nommé à l'Evêché
de Blois en 1734 , & à l'Archevêché de Toulouſe
en 1753.
Meffire René- Bertrand Pallu , Confeiller d'Etat,
Intendant Général des Claffes de la Marine , eft
mort à Paris, le deux de Mai , âgé de foixantefix
ans.
M. le Comte de la Queuille , Brigadier des Armées
du Roi , & Colonel du Régiment de Nice ,
Infanterie , mourut à Paris le 3.
Meffire Paul Sanguin , Marquis de Livry , premier
Maître d'Hôtel du Roi , & Capitaine des
212 MERCURE DE FRANCE.
Chaffes de la Capitainerie Royale de Livry & Bondi
, eft mort à Paris , le 16 , dans la quaranteneuvieme
année de fon âge.
Il est mort dans un des fauxbourgs de Vienne ,
une veuve nommée Catherine Lienhardt , âgée de
cent dix-huit ans.
Il est mort dans la Paroiffe de Saint Saturnin
au Diocèſe de Lodève , une fille appellée Marie
Granouillet , âgée de cent un ans.
La nommée Marie Miraffou , veuve d'un Laboureur
, eft morte dans la Paroiffe de Lagor ,
près d'Ortez en Bearn , le 18 Mars , âgée de cent
huit ans.
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Résumé : MORTS.
En avril et mai 1758, plusieurs personnalités notables sont décédées à Paris et dans d'autres régions. Louis de Boiffy, membre de l'Académie Française, est mort le 19 avril à l'âge de soixante-trois ans. Né à Vic en Auvergne, il était connu pour ses œuvres théâtrales et dirigeait le Mercure de France depuis janvier 1755. Jean-François Marmontel lui a succédé à la direction du journal. Marguerite Camille de Grimaldi de Monaco, épouse du Prince d'Isenghien, est décédée le 27 avril à cinquante-huit ans. Le même jour, Marie-Éléonore-Auguste de Béthune, épouse du Marquis de Soyecourt, est morte à trente-deux ans. François de Crussol d'Amboise, Archevêque de Toulouse, est décédé le 30 avril à cinquante-cinq ans. René-Bertrand Pallu, Conseiller d'État et Intendant Général des Classes de la Marine, est mort le 2 mai à soixante-six ans. Le Comte de la Queuille, Brigadier des Armées du Roi, est décédé le 3 mai. Paul Sanguin, Marquis de Livry et premier Maître d'Hôtel du Roi, est mort le 16 mai à quarante-neuf ans. Le texte mentionne aussi le décès de personnes âgées : Catherine Lienhardt à Vienne à cent dix-huit ans, Marie Granouillet au Diocèse de Lodève à cent un ans, et Marie Miraffou en Béarn à cent huit ans.
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4
p. 138-146
GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Début :
LA Littérature a été enrichie cette année d'une très belle édition des Contes [...]
Mots clefs :
Contes, Format, Papiers, Caractères, Culs-de-lampe, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
GRAVURE.
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
EDITION des CONTES DE
LA
LA FONTAINE,
?
A Littérature a été enrichie cette année
d'une très-belle édition des Contes
de M. de la Fontaine en deux vol. in- 8°.
A Amfterdam .
Peu d'ouvrages ont été traités avec
autant de foins le texte en eft épuré
d'après les éditions du temps de l'Auteur.
Son ortographe même y a été fcru
puleufement confervée ; le format , le
papier , les caractères , tout annonce le
choix , le goût & l'élégance . Le premier
Tome commence par un court éloge
hiſtorique du Poëte , morceau neuf en
ce genre , & généralement eftimé. Les
deux volumes font ornés de 140 gravu
res , dont deux portraits , quatre - vingt
eftampes d'après les Contes , quatre fleurons
, deux vignettes & cinquante-deux
culs - de-lampe.
Le portrait de M. de la Fontaine regarde
le frontispice du premier Tome :
JANVIER: 1763. 139
celui du Deffinateur occupe la même
place dans le fecond : tous deux font gravés
par le fameux Fiquet.
1
"
Les deffeins des eftampes & des vignettes
font de M. Eifen. Si cet Artifte célébre
s'eft quelquefois négligé(qui peut fe flater
d'être toujours égal ? ) Les fujets de
Richard Minutolo , de la Fiancée du Roi
de Garbe dans la grotte , la feconde
Deftampe du Faucon , & nombre d'autres
, renferment une expreffion pleine
d'intérêt 8a de fentiment. On fe rappelle
la touche de Rubens dans le Magnifique;
celle de Tenières dans les Troqueurs ;
celle des grâces dans le Villageois qui
i cherchefon veau , dans les deux amis &
ailleurs. Le paysage de promettre eft un
eft plein degoût. L'architecture eft noble
udans le mari confeffeur , & la fineffe de
•fa femme eft bien rendue . C'eft un beau
-morceau que le deffein de comment l'efprit
vient aux filles . Le pittorefque , la
force & la correction ifrappent auffi les
Connoiffeurs dans le Glomon, le Juge de
-Mefle ,Feronde , Oraifon de S. Julien ,
son ne s'avife jamais de tout. Nombre
d'autres d'une compofition riche & heureufe
, fe font affez remarquer pour que
nous nous, difpenfions: d'en parler. La
collection ' eft d'autant plus précieuſe ,
140 MERCURE DE FRANCE .
que MM. Aliamet , Lemire , Phlipart &
Longueil ont répandu dans la gravure de
prèfque tous les deffeins , l'excellence
& le charme de leur Art.
C'eft par une fuite néceffaire des foins
qu'on a apportés à la perfection de cette
édition que nous nous trouvons engagés
à dire quelque chofe du genre d'ornement
& des allégories dont on s'eft ſervi
pour les culs-de - lampe & fleurons. Il
fuffit pour en apprécier le choix d'entrer
dans le caractère de poëfie des Contes
de la Fontaine , dans lefquels an
remarque les graces , la légéreté & la
naiveté réunies , en un mot , cette fineffe
de touche ( fi nous ofons nous exprimer
ainfi ) qui anime fes peintures : c'eftice
que M. Choffard , deffinateur & graveur
chargé de cette partie , femble avoir
fenti & éxprimé en employant le genre
Arabefque , genre léger , délicat , illuftré
dans le dernier fiècle , & malheureufement
oublié de nos jours. Il a fçu
le faire revivre par des pensées & des
allégories d'autant plus piquantes & heureufes
, qu'elles font en général d'une
exécution parfaite.
Nous éffleurerons nos remarques à
ce fujet , & nous nous contenterons
d'obferver en faveur de l'Artiſte , &
"
JANVIER. 1763. 141
1
pour la commodité des perfonnes peu
verfées en cette partie , quelques allégories
relatives à l'ouvrage en général , &
particulieres aux Contes.
Nous y avons remarqué le fleuron du
premier Tome repréfentant la Lyre de
la Fontaine placée en regard de fon
portrait , environnée de myrthes & de
rofes pofées fur des couronnes de même
efpéce , & furmontées par celle de l'im-
"mortalité.
Le fleuron qui termine la Préface repréfente
un Satyre , emblême connu de
la paffion de l'amour , qui léve d'une
main le voile qui couvroit les plaifirs
du monde , & femble prêt à les divulguer
avec une trompette fatyrique qu'il ·
tient de l'autre. Ce Satyre paroît regarder
le génie de la nature , embrafant tout de
fon flambeau , qui fait la vignette du
premier Conte.
"
Les culs-de -lampe du cocu battu , du
payfan qui avoit offenfe fon Seigneur
de la fervante juftifiée , de la gageure des
trois commeres &c , quoiqu'agréables
par leurs formes & leur élégance , laiffent
remarquer des allufions plus recherchées
dans ceux du Calendrier du
Gafcon puni , de la Fiancée du Roi de
Garbe , de la coupe enchantée , &c.
و
142 MERCURE DE FRANCE .
L'Artiste paroît avoir voulu exprimer
dans celui du Calendrier des vieillards ze
par un amour entouré de fleurs de la
jeuneffe , & qui montre l'heure de midi
à un globe horaire qu'il foutient , que
la fleur de l'âge eft le vrai temps du
mariage.
Celui de la Fiancée du Roi de Garbe
eft principalement formé des attributs
& du voile de l'hyménée , fur lequel
font pofés les chiffres d'Alaciel & de
Mamolin. Il couvre de fon ombre une
efpéce de chaîne de myrtes fleuris , enrichis
des huit médaillons de fes premiers
amans .... voile très-bienfaifant !
L'allégorie de la coupe enchantée ſẹ
trouve dans la nature de la jaloufie. On
diftingue au milieu des fumées funébres
le trepied d'Hecate , qui fervoit aux enchantèmens
, portant un coeur rongé
des ferpens de la jaloufie .
Les ornemens de ce volume font terminés
par le cul - de-lampe de la differta- i
tion fur la Joconde , où l'on voit des
grenouilles croaffant après les attributs
de la Poëfie , vrai fymbole des mauvais
critiques.
Le fecond volume s'ouvre par un
fleuron en regard du portrait de M.
Eifen. L'allégorie en eft animée & hoJANVIER.
1763 . 143
norable à la Peintnre. La Préface eft fuivie
d'une autre dont la penfée paroît liée
avec le fujet de la vignette fuivante . It
repréfente deux jeunes amours qui , dès
leur aurore , femblent offrir un myrthe ,
& confacrer une chaîne de fleurs à leur
mere , défignée fous l'emblême de la
volupté , fervant de vignette à la premiere
page où commence le Conte des
oies de Frère Philippe. Ce Conte eft
terminé par un cul-de-lampe des plus
agréables : c'eſt un jeune oifeau qui au
lever du foleil s'élance vers d'aimables
objets en cherchant à s'éloigner d'un
trifte féjour , d'une beface & d'un bâton
, où il eft encore attaché. Le fuivant
eft une allufion fenfible du Conte de
Richard Minutolo : l'amour au milieu
des rofes s'appuyant un maſque à la main
fur un fac d'argent , & entouré d'un
filet tendu , rend affez bien les moyens
& les reffources qu'un amant employe
en pareil cas .
L'Oraifon de S. Julien , Hermite , la
Mandragore , où l'on voir l'aveugle ftu
pidité bridée & enlacée par la fineffe ; les
Remois, la Courtifane amoureufe , Nicaife
, le diable de Papefiguierre ont auffi
leurs attributs dans celui de la Courtifanne,
qui eft le corps piqué d'or du Conte , fe
144 MERCURE DE FRANCE .
trouve brodée la Vanité faifant hommage
à l'Amour. Celui de Nicaife eft
tiré fans doute des deux derniers vers
qui ont fait naître l'idée de l'occafion
entourée de fes vapeurs s'échappant de
deffus un tapis.
Féronde , dont le travail eft précieux ,
mérite qu'on en recherche la penſée.
Celui du Roi Candaule & du Maître
en Droit réunit les attributs des deux
Contes dans un tableau furmonté d'un
trophée convenable à la famille des Héraclides.
C'eft un Prince , le bandeau fur
les yeux , répandant fes tréfors les plus
chers devant un courtisan prêt à s'en
emparer. Le bas du cul-de-lampe eſt
orné d'un bas-relief affez plaiſamment
couronné , qui repréſente le moment de
la lanterne du Maître en Droit.
Ceux du diable en enfer , de la Jument
du compere Pierre , de la chofe
impoffible , font très- ornés , & précedent
celui du tableau. Si l'Artiſte a eu
en vue ce mot de la Fontaine
Tout y fera voilé , mais de gaze & fi bien ,
Que je crois qu'on n'y perdra rien.
on peut dire à fa louange , qu'il a rendu
l'intention du Poëte.
Nous pourrions auffi parler avantageufement
JANVIER. 1763 . 145
geufement du bât , dufaifeur d'oreilles ,
du fleuve Scamandre , du reméde , du
contrat & de plufieurs autres que nous
n'avons point nommés ; mais ce feroit
priver le Lecteur intelligent des amufemens
qu'il y trouvera lui - même. Nous
finirons nos remarques par le cul - delampe
du Roffignol , qui eft le dernier
des Contes.
L'Auteur a profité de l'efpace pour y
placer un médaillon , dans lequel il a
gravé fon portrait , qu'on lui avoit demandé.
Quelques nuées légéres & tranfparentes
féparent ce médaillon & les ornemens
d'avec le Roffignol , qui y eft
dans fa cage , & donnent au tout enfemble
une douceur & une harmonie
intéreffante. Nous croyons l'allégorie.
& le fymbole de la guirlande d'olives
& les rofes qui entourent ce portrait ,
auffi-bien employés à ce fujet, que toutes
celles qui font répandues dans l'ouvrage
.
Lambert & Duchefne , rue de la Comédie
Françoife & rue S. Jacques , &
plufieurs autres Libraires , ont reçu quelques
exemplaires de cette belle édition .
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
LARÉCOMPENSE VILLAGEOISÉ ,
eftampe admirable gravée par M. Lebas ,
d'après C. Lorain , & dédiée à M. le Marquis
de Marigny , fe vend , ainfi que les
premiers & feconds Ports de France ,
chez l'Auteur , rue de la Harpe , vis- àvis
la rue Percée , en porte cochere .
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Résumé : GRAVURE. ÉDITION des CONTES DE LA FONTAINE.
Le texte décrit une édition des Contes de La Fontaine publiée en 1763 à Amsterdam. Cette édition, composée de deux volumes in-octavo, se distingue par un soin particulier apporté au texte, épuré selon les éditions contemporaines de l'auteur et respectant son orthographe. Le format, le papier et les caractères reflètent un choix élégant et raffiné. Le premier tome s'ouvre par un éloge historique du poète. Les deux volumes sont enrichis de 140 gravures, incluant des portraits, des estampes, des fleurons, des vignettes et des culs-de-lampe. Les portraits de La Fontaine et du défunteur sont gravés par Fiquet. Les dessins des estampes et des vignettes sont réalisés par Eisen, qui a su exprimer l'intérêt et le sentiment dans plusieurs sujets. Les gravures sont également l'œuvre de Aliamet, Lemire, Phlipart et Longueil. Les culs-de-lampe et fleurons sont réalisés par Choffard, qui a utilisé le genre arabe pour refléter la grâce, la légèreté et la naïveté des Contes. Les allégories et ornements sont choisis pour correspondre au caractère poétique des Contes. Cette édition est disponible chez plusieurs libraires, dont Lambert et Duchefne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 76
LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
Début :
Il paroît que le Public reçoit avec plaisir les différens recueils où l'on réunit [...]
Mots clefs :
Contes, Histoires piquantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
LES APRÉS- SOUPERS de la Campagne
, ou Recueil d'Hiftoires courtes,
amufantes & intéressantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez
Bauche , quai des Auguftins , & Duchefne
, rue S. Jacques. 2. vol. in- 12
2763 ,
IL paroît que le Public reçoit avec
plaifir les différens recueils où l'on réunit
pour fon amufement un certain
nombre de Contes , choifis avec goût ,
& recueillis des meilleurs Auteurs. Parmi
ces diverfes collections , nous n'en
avons guères lu de plus agréables que
celle que nous annonçons aujourd'hui .
On y trouve des hiftoires piquantes ,
écrites avec efprit , & préfentées fous
un point de vue moral , qui joint toujours
l'utilité à l'agrément. Nous ferions
fort aifes d'entrer dans quelques
détails ; mais ces fortes d'avantures ne
font point fufceptibles d'analyfe ; ce feroit
ôter à nos Lecteurs une partie du
plaifir qu'il y a à les lire , que de les
annoncer par extraits,
, ou Recueil d'Hiftoires courtes,
amufantes & intéressantes ; à Amfterdam
, & fe trouve à Paris chez
Bauche , quai des Auguftins , & Duchefne
, rue S. Jacques. 2. vol. in- 12
2763 ,
IL paroît que le Public reçoit avec
plaifir les différens recueils où l'on réunit
pour fon amufement un certain
nombre de Contes , choifis avec goût ,
& recueillis des meilleurs Auteurs. Parmi
ces diverfes collections , nous n'en
avons guères lu de plus agréables que
celle que nous annonçons aujourd'hui .
On y trouve des hiftoires piquantes ,
écrites avec efprit , & préfentées fous
un point de vue moral , qui joint toujours
l'utilité à l'agrément. Nous ferions
fort aifes d'entrer dans quelques
détails ; mais ces fortes d'avantures ne
font point fufceptibles d'analyfe ; ce feroit
ôter à nos Lecteurs une partie du
plaifir qu'il y a à les lire , que de les
annoncer par extraits,
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Résumé : LES APRÉS-SOUPERS de la Campagne, ou Recueil d'Histoires courtes, amusantes & intéressantes ; à Amsterdam, & se trouve à Paris chez Bauche, quai des Augustins, & Duchesne, rue S. Jacques. 2. vol. in-12 1763.
Le recueil 'Les Après-Soupers de la Campagne' comprend deux volumes in-12 disponibles à Amsterdam et Paris. Il contient des histoires courtes, amusantes et intéressantes, sélectionnées parmi les meilleurs auteurs. Ces récits, écrits avec esprit et moralité, allient utilité et agrément. Le public apprécie ces contes soigneusement choisis.
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6
p. 90-96
« NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Début :
NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...]
Mots clefs :
Paris, Prix, Tablettes de bouillon, Auteur, Libraire, Ouvrage, Femmes, Volumes, Broché, Clavecin, Architecture, Observations, Public, Succès, Avantages, Temps, Contes, Figures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Novv EAv Traité d'Architecture-Pratique , con>
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
- _ - # # # # # # | | | | | | |
TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
cernant la manière de bâtir ſoiidement, avec les
Obſervations néceſſaires ſur le choix, la qualités
l'emploi & le prix des matériaux, ſur le ſalaire de
chaque eſpèce d'Ouvriers ; ſuivi d'un Traité de Géo
mé rie, par J. F. Mourcy, Appareilieut, Inſpecteur
& Toiſeur des Bâtimens du Roi. 1 Vol. in - S°.,
avec huit Planchès, Il contient la maçonnerie, char-,
pente, couverture , brique , carrelage , fouille de
terre glaiſe, vuidange, pavés de grès & blocage. .
Cet Ouvrage utile aux Gens de l'Art & aux Par
ticuliers qui ont à conſtruire à neuf ou en répara
tions a été imprimé & p blié au mois d'Avril der
nier; c'eſt à ce moment même que la vente s'en eſt
trouvée tout-à-coup arrêtée par la mort de l'Auteur.
La Perſonne qui eſt reſtée chargée d'en ſuivre le
débit, ayant moins d'égard au profit qu'à l'extrême
utilité dont cet Ouvrage eſt jugé devoir être aux
Élèves d'Architecture, & même aux Quvriers, a cru
devoir le fixer au prix ie plus bas. c'eſt pourquoi elle
prévient le Public que ce Livre continuera de ſe
débiter au prix de 4 liv. broché & ; liv. rclié. A
I, E , F R A N C E. 91
Paris, chez la Veuve de l'Auteur, rue S. Antoine,
au coin de celle de Jouy; chez M. Mareux, & chez
L. Cellot, Imprimeur- Libraire, rue des grands Au
guſtins ; Alexandre Jombert jeune, Libraire, rue
Dauphine, n°. 1 1 6 ; Prauit, quai de Gêvres.
PR é c 1 s de la Prononciation Angloiſe pour les
voyelles ſirples a, e, i, o, u, y, en proſe & en
vers, à l'uſage des Dames, par M. Drobecq, Mem
bre du Muſée de Paris, & Correſpondant du Cercfe
des Philadelphes du Cap François ; Brochure de
16 pages in-8°. A Paris, chez l'Auteur, rue Dau
phine, au Muſée de Paris. -
C'eſt le comrnentcment d'un Ouvrage dont l'Au
teur donnera la ſuite, ſi ce premier Eſſai plaît aux
Amateurs des Langues étrangères.
CoN Frss roN générale de l'année 178 ;, Bro
chure in-16 de 46 pages. A Iſpahan; & ſe trouve à
Paris, chez Buiſſon, Libraire, hôtel de Meſgrigny,
rue des Poitevins. - -
· Le but de cette bagatelle eſt de faire paſſer en
revue ſous la forme d'une Confeſſion faite pour l'an
née 1785, avant de mourir les principaux faits dont
elle a été le témoin. On y trouve des traits d'eſprit
& de gaîté. -
DE s Mºyens de conſerver la ſanté des Blancs &
des Nigres aux Antilles ou climats chauds & humides
de l Amérique.in-8°. A St-Domingue; & ſe trouve à
Paris, chez Méquignon l'aîné, Libraire, rue des
Cordelicrs. - # 1
Cet Ouvrage a été fait ſur les lieux mêmes ; ce
qui eſt un préjugé, pour les obſervations que
rapporte l'Auteur, & pour les méthodes curative1
qu'il indique. -
92 | | | M E R C U R E ,
- rAB L ETTEs de Bouillon, économiques, propres
aux uſages domeſtiques & pour la Marine. A Paris,
chez le ſieur de Lavoiepierre, rue Saint Honoré,
hôtel des Américains. Prix, 8 liv. la livre ou les
trente-deux Tablettes. - -
· On ſait que le ſieur de Lavoiepierre a toujours .
eu pour objet de procurer au Public les comeſtibles
qui peuvent lui être utiles ou agréables, & ſon zèle
induſtrieux a toujours obtenu la confiance du Public.
Ayant reconnu l'utilité des Tablettes de Bouillon, il
s'eſt appliqué à leur fabrication, & ſon ſuccès ne lui
A laiſſoit plus rien à deſirer quant à la qualité; mais le
prix exceſſif auquel il étoit obligé de les vendre, l'a
déterminé à rechercher un pays cu les viandes fuiſent
abondantes, à bas prix & d'une excellente qualité.
Ayant trouvé ces avantages dans le fond du Nord,
il y a formé avec un de ſes Correſpondaiis, à qui il
a ccmmuniqué ſes procédés, un établiſſement pour
-
: -
la compoſiion de ces Tablettes.
Avantages des Tablettes de Bouillon. On peut,
par leur moyen, ſeprocurer en un mom nt, partout
ou l'on ſe trouve, un Bouillon ou un Pota e auſſi
ſain & auſſi agréable que ie Bouillon le mieux fait.
Elles ſoutiennent le paſſage de l'Equat ur, & ſe con
ſervent pluſieurs années en les tenant renfermées &
au ſec dans les b ëtes avec leſquelles on les vend. .
La manière de les employer eſt ſimple & facile. Il
ne s'agit que de me tre une Tablette dc demi-once
pour chaque demi - ſeptier ( ou demie livre) d'eau
bouilante , y ajoutant une pincée de ſel ; on remue
avec la cuiller, & le Bouillon eſt fait. L'on en fait
une ſoupe ou un lºotage à ſa volonté. #
Outre les avantages ci d ſſus, les circonſtances
où ces Tablettes peuvent être utiles ſont à l'infini,
puiſqu'elles peuvent toujours remp'acer le Bouillon,
& † elies ſervent dans bien des cas où le Beuillon
n'eſt pas ſuffiſant.
D E F R A N C E. , 3.
Le Bouillon ordinaire eſt ſouvent foible & plat,
parce qu'on n'y a pas mis aſſez de viande; ou parce
qu'elle n'a pas été cuite aſſe g temps , on y fait
fondre une ou deux de ces Tablettes ; & le Bouillon
reprend du corps & du goût, & c. - -
" Les perſonnes qui en demanderont, voudront bien
joindie à leur lettre en mandat ſur quelque maiſon
à Paris, pour en recevoir le payement. |
TRAITÉ de la Pêche, ou l'Art de ſoumettre les
Poiſſons à l empire de l'homme, par M. Buc'hcz,
Auteur de diff rens Ouvrages économiques, Volume
, in-12. P1ir, 2 liv. broche. A Paris, chez Guillot,
Libraire, rue Saizt Jacques.
SIG e VARr, dédié aux Ames ſenſibles; Roman
traduit de l'Allemand, par M. de Lavaux. A Paris,
chez Volland, Libraire, quai des Auguſtins.
Sigevart, le plus jeune des fils d'un Bailli d'un
petit Vi lage de Souabe, deſtiné dès fa première jeu
neſſe par ſon gcût & la volonté de ſes parens, à la
Profeſſion Religieuſe chez les Capucins de leur Vil
lage, partit de chez lui pour aller faire ſes premières
études à Hambourg : de-là il paſſa dans l'Univerſité
d'Ingolſtad, où il ſe prit d'une vive paſſion pour la
filie d'un Conſeiller auquel il avoit été recommandé:
ce goût lui fit bisetôt oublier ſa première deſtina- .
tion ; il rechercha les moyers de vivre dans le
monde, & de s'unir avec l'objet qui avoit fait naître
& qui partageoit ſon amour. Les divers événemens
que Sigevart épreuva pendant le cours de ſes études,
& le maiheureux ſuccès de ſes amours, le contrai
gnirent de revenir à ſes anciens projets, & à prendre
i'habit de Capucin. On voit qu'il n'y a rien de mer
veilleux dans ce plan. Les divers événemens qui for
ment l'Cuvrage,excitent de temps en temps la cu
rioſité; mais on n'y remarque rien, pas même le
- M E R C U R. E -
: ſtyle, qui puiſſe faire mettre ce Roman au-deſſus de
la claſſe ſi nombreuſe de ceux qui ſe font lire avec
quelque plaiſir, & dont il ne reſte rien dans la mé
moire. • * .
, -
L E s Femmes comme il convient de les voir, ou
Appelgu de ce que les Femmes ont été, de ce qu'elles
ſont & de ce qu'elles pourroient être. A Londres , &
ſe trouve à Paris, paſſage des Jacobins, rue Saint
Jacques. - - -
Les Hommes & les Femmes ont, en ſortant des
mains de la Nature, les mêmes moyens & les mêmes
diſpoſitions, & la ſeule éducation occaſionne les dif
férences qu'il y a entre les deux ſexes : voilà ce que
l'Auteur vcudroit prouver dans la première Partie de
ſon Ouvrage. · · · · · - · s
La deuxième contient la nomenclature de toutes
les Femmes qui ſe ſont rendues célèbres chez les
divers Peuples. - - -
La troiſième préſente l'examen particulier de ce
que les Femmes ſont actuellement en France, & de
ce qu'elics pourroient y être ; er fin l'Auteur propoſe
un Etabliſiement au moyen duquel les Femmes
ſeroient aſſociées à la gloire de leurs maris, & pour
roieñt par conſéquent partager avec eux les Hon
neurs, les Grades, les Cordons, &c. On ſait com
bien on a déjà écrit, & combien on pourroit écrire
encore ſur cette matière, même après avoir lu cet
Ouvrage, qui nous a paru ne contenir aucune
vue nouvelle. Nous croyors d'ailleurs que quel
ques-uns des moyens qu'il propoſe en élevant un
ſexe, humilieroient bien l'autre Il ſeroit plaiſant
· en effet de voir une femme Maréchale de France,
, & décorée du Ccrdon Bleu, tandis que ſon mari
aurcit à peine la Croix de S. Louis. ' ' »
PARIs & la Province, çt, Choix des plus beaux
D E- F R A N C E.' 95
Monumens d'Architecture anciens & modernes ent
France, deſſiné par M. Teſtard, & gravé en cou
leur par J. A. Lecampion, quartier de la Cité, Prix,
6 liv. A Paris, chez l'Auteur , rue Saint Jacques,
n°. 8 , & Leſclapart, Libraire , rue du Rcule,
n°. I I. -
Cette première Livraiſon nous a paru bien exécu
tée, & l'on y lit des explications qui offrent des dé
tails curieux & des obſervations piquantes.
L E Cabinet des Fées, ou Colleciien choiſie dºs
Contes des Fées & autres Cortes merveilleux ornés
de Figures, treizième Livraiſºn, Tomes XXV &
XXVI , contenant les nouveaux Contes Orientaux
· par M le Comte de Caylus , les Contes de Mont
crif, la Reine fantaſque de J. J Rouſſeau, la Belle
& la Bête, & les Veilléesde Theſſalie.
- Cette Collection formera 3 1 Volumes in 8°.,
dont le prix eſt de 3 liv. 12 ſols le Volume broché
avec 3 Planches. -
Le ſuccès qu'elle a obtenu a engagé l'Editeur à
prendre des arrangemens pour une autre Edition en
3 1 Volumes in-12 avec les mêmes Figures de l'in
· 8°., dont le prix eſt de 2 liv. 8 ſols le Volume
broché, & pour une autre Edition en 3 1 Volumes
in 12 ſans Figures, dont le prix eſt de 1 liv. 1 5 ſols
· le Volume broché. Il en paroît actuellement 1 2 Vol.
On s'inſcrit pour les diverſes Editions à Paris,
chez Ci1chet, Libraire-Editeur des OEuvres de le
' Sage & Prévoſt; & à Genève, chez Barde , Mauget
& Compagnie , Imprimeurs-Libraires.
Nota. On prévient M M. les Souſcripteurs qu'il
y aura un Supplément de ſix Volumes qu'on aura
la liberté de prendre ou de laiſſer. Au moyen de ce
· Supplément , la Collectionentière aura 3 6 Volumes
tant in-8°. qu'in - 12, ſans y comprendre un ou
deux Volumes de Notices ſur la Vie des Auteurs.
96 M E R C U R E
: Nvx # Ros 28 à 33 des Feuilles de Terpſychore
pour la Harpe & pour le Clavecin , contenant la
Romance de Nina , &c. Prix, 1 liv. 4 ſols chaque
Cahier. Abonnement pour cinquante-deux Numéros
3o liv. pour chaque Inſtrument. A Paris, chez Cou
ſineau père & fils, Luthiers de la Reine, rue des
Poulies. - - - -
- _ - # # # # # # | | | | | | |
TRro concertant pour le Clavecin , F/ûte &
Alto, par M. A. Kuhn, OEuvre V. Prix, 3 liv.
12 ſols, faiſant le Numéro 3o du Journal-de Pièces
de Clavecin par différens Auteurs. — Trois Sonates
pour le Clavecin , Violon & Violonceile, par M.
Joſeph Hayden, OEuvre XLV, neuvième Livre de
Clavecin. Prix, 7 liv. 4 ſols. — Six Romances &
ſix Rondeaux pour le Piano ou la Harpe, deux
Violons ad libitum , par M. Julien Navoigille,
GEuvre IV. Prix, 7 liv. 4 ſols. A Paris, cbez M.
Boyer, Marchand de Muſique, rue de Richelieu,
ancien Café de Foy, & Mme Lemenu, rue du
Roule, à la Clef d'or.
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Résumé : « NOUVEAU Traité d'Architecture-Pratique, concernant la manière de bâtir solidement, avec les [...] »
Le document présente plusieurs ouvrages et publications variés. Le 'Traité d'Architecture-Pratique' de J. F. Mourcy, publié en avril, traite des techniques de construction, des matériaux utilisés et des salaires des ouvriers. La vente de cet ouvrage a été interrompue par le décès de l'auteur, mais il reste disponible à un prix réduit pour son utilité auprès des élèves et des ouvriers. Le 'Précis de la Prononciation Angloise' de M. Drobecq est un guide destiné aux dames pour maîtriser les voyelles simples en prose et en vers. La 'Confession générale de l'année 1785' est une brochure humoristique qui récapitule les événements marquants de cette année. L'ouvrage 'Des Moyens de conserver la santé des Blancs & des Nigres aux Antilles' repose sur des observations locales. Les 'Tablettes de Bouillon' de Lavoiepierre sont des produits économiques et pratiques pour préparer rapidement du bouillon, utiles en voyage ou en cuisine. Le 'Traité de la Pêche' de M. Buc'hcz explore l'art de capturer les poissons. Le roman 'Sigevart', traduit de l'allemand par M. de Lavaux, raconte l'histoire d'un jeune homme destiné à la vie religieuse mais qui tombe amoureux et choisit une autre voie, avant de revenir à ses intentions initiales pour devenir capucin. L'ouvrage 'Les Femmes comme il convient de les voir' examine les différences entre les sexes, attribuées à l'éducation, et propose une nomenclature des femmes célèbres ainsi qu'un établissement où les femmes partageraient les honneurs et les grades avec leurs maris, une idée jugée controversée. Le texte mentionne également des publications sur l'architecture française, une collection de contes des fées, et diverses partitions musicales pour harpe et clavecin, avec des détails sur les prix et les éditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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