Résultats : 21797 texte(s)
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16801
p. 1090-1091
RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne.
Début :
Dans l'utile Traité dont tu m'as fait un don, [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne.
REPONSE de Mlle de Malcrais
de la Vigne.
DAns l'utile Traité dont tu m'as fait un don
Claville j'ai trouvé des leçons bien sensées.
Un sel paisé dans Ciceron
I.Vol.
Ex
JUIN 1734.
1091
niveau de l'exacte raison ,
En assaisonne les pensées.
Par elles au
Je vois finement redressées
Les moeurs du genre humain, diversement tortų
So crate n'eût pas mieux instruit à la vertu
Le jeune , le brillant , l'aimable Alcibiade ,
Que tu fais ton cher nourrisson.
Ta puissante doctrine éclaire et persuade ,
Si son coeur fut docile à prendre ta façon ,
Il a du vrai merite atteint le plus haut grade.
Pour moi je n'ai point merité
Les éloges flatteurs dont m'honore ta muses
Ton Ouvrage me desabuse ,
Et m'ôte toute vanité.
Comme on sort d'un sermon dont la morale est
pzze ,
Pathétique , éloquent , entraînant sous sa loi
La revolte des sens trompés par la nature ,
Ainsi de ton Ouvrage en quittant la lecture
Je suis très- contente de toi ,
Mais très-mécontente de moi,
de la Vigne.
DAns l'utile Traité dont tu m'as fait un don
Claville j'ai trouvé des leçons bien sensées.
Un sel paisé dans Ciceron
I.Vol.
Ex
JUIN 1734.
1091
niveau de l'exacte raison ,
En assaisonne les pensées.
Par elles au
Je vois finement redressées
Les moeurs du genre humain, diversement tortų
So crate n'eût pas mieux instruit à la vertu
Le jeune , le brillant , l'aimable Alcibiade ,
Que tu fais ton cher nourrisson.
Ta puissante doctrine éclaire et persuade ,
Si son coeur fut docile à prendre ta façon ,
Il a du vrai merite atteint le plus haut grade.
Pour moi je n'ai point merité
Les éloges flatteurs dont m'honore ta muses
Ton Ouvrage me desabuse ,
Et m'ôte toute vanité.
Comme on sort d'un sermon dont la morale est
pzze ,
Pathétique , éloquent , entraînant sous sa loi
La revolte des sens trompés par la nature ,
Ainsi de ton Ouvrage en quittant la lecture
Je suis très- contente de toi ,
Mais très-mécontente de moi,
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Résumé : RÉPONSE de Mlle de Malcrais de la Vigne.
En juin 1734, Mlle de Malcrais de la Vigne remercie pour le traité de Claville, qu'elle juge instructif et clair. Elle compare ses leçons à celles de Cicéron et note leur pouvoir moralisateur. L'ouvrage la désabuse et la prive de toute vanité. Elle se déclare contente de l'auteur mais mécontente d'elle-même après lecture.
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16802
p. 256-258
LETTRE de M. Keyser, à Messieurs ses Corespondans, tant dans les principales Villes du Royaume, que chez l'étranger.
Début :
Monseigneur le Maréchal de Biron, m'a fait l'honneur, Messieurs, de me communiquer [...]
Mots clefs :
Curés, Exemplaires, Défense, Réponse, Guérison, Efficacité, Certificats, Maréchal de Biron, Mensonges
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Keyser, à Messieurs ses Corespondans, tant dans les principales Villes du Royaume, que chez l'étranger.
LETTRE de M. Keyfer , à Meffieurs fes Corefpondans
, tant dans les principales Villes du Royaume,
que chez l'étranger.
MONSEIGNEUR le Maréchal de Biron , m'a
fait l'honneur , Meffieurs , de me communiquer
toutes les Lettres que vous avez bien voulu lui
écrire , en y joignant les détails des cures que
vous avez faites , & les copies des Lettres que
vous avez également adreffées à M. A... Je vous
prie d'en recevoir mes remercîmens
perfuadés que je fuis fenfible , comme je le dois,
à ces nouvelles marques de vos bontés ,
juftice que vous rendez à la vérité .
& d'être
& à la
J'ai l'honneur de vous prévenir , que j'aifaic
mettre aux Caroffes & Meffageries , à vos adreffes
, divers paquets contenant mes derniers écrits ,
fervant de réponſe aux imputations de l'Auteur
du Traité des tumeurs & ulcères ; entr'autres , une
Differtation épiftolaire , adreffée à M. le Maréchal
de Biron.
Je me flatte que tout Lecteur judicieux & partial
, qui voudra lire avec quelque attention les
raifonnemens de mon adverfaire , & ceux que
je lui expoſe , me rendra d'autant plus de juftice
, que je n'ai celé d'établir & de prouver des
faits , contre tout ce qu'on a imaginé pour me
nuire .
Je vous ferai infiniment obligé Meffieurs ,
de vouloir bien répandre , & faire lire partout ,
les exemplaires que je vous adreffe , afin de dé
fabufer le Public , prévenu mal-à - propos & injuftement
, par ce qui eft avancé dans le livre &
l'extrait du Traité des tumeurs.
AVRIL. 1760 . 257
Je finirai cette Lettre , en laiffant le Public
Juger les faits principaux que voici.
L'on a commencé à répandre dans le monde ,
que le Régiment des Gardes fe plaignoit ouvertement
de mon reméde. Il y a quatre ans que
mon Hôpital fubfifte : cinq cens hommes y ont
été jufqu'ici bien réellement & très-radicalement
gaéris , fans aucune efpéce d'accident. Les Soldats
ont été, & font fans ceffe nommés dans tous
les Mercures . On a grande attention de nommer
auffi les Compagnies. En réfléchiffant fur cette
conduite , on obfervera que tous Meffieurs les .
Capitaines envoyent fucceffivement & tour-à
tour , leurs malades à cet hôpital ; qu'ils n'ont
encore ceffé de les y faire paffer . S'ils avoient
lieu de fe plaindre , ou que leurs Soldats n'euffent
effectivement pas êté guéris , continueroient
ils à les envoyer? Que le Public juge...
L'on a attaqué , combattu , & nié vos certifi
cats , Meffieurs , quoiqu'inferés authentiquement
dans tous les Mercures , & déposés entre les mains
de Mgr le Maréchal de Biron . Vous venez de
les adreffer directement à un de mes aggreſſeurs ;
il les a vûs & lûs fans doute : que le Public juge.
L'on a avancé, fans avoir fait le plus léger examen
, qu'il entroit du fublimé corrofif dans mon
reméde. Mais ils ont reconnu enfuite, par les analyfes
qui ont été faites , que l'on s'étoit trompé ;
& l'on en a fait l'aveu.L'on convient aujourd'hui ,
qu'il n'y en a point. Que répondre à cela ?
L'on fe retourne. L'on veut prétendre que
puifqu'il n'y a plus de fublimé corrofif, le reméde
doit être infuffifant , & ne doit pas avoir plus
de vertu que les panacées ordinaires . Je cite
soo Soldats guéris . Vous faites , Meffieurs , tous
les jours , des cures qui vous étonnent ; vous convenez
prèlque généralement que mon reméde
258 MERCURE DE FRANCE.
vous a réuſſi ſur des malades ; que les frictions
n'avoient pû guérir : Eſt- ce là de l'inſuffiſance ?
Sont - ce des menfonges de votre part ? Jugeż
vous-mêmes , Meffieurs , de la valeur des imputations
de mes Adverfaires.
J'ai l'honneur d'être , &c.
KEYSER.
, tant dans les principales Villes du Royaume,
que chez l'étranger.
MONSEIGNEUR le Maréchal de Biron , m'a
fait l'honneur , Meffieurs , de me communiquer
toutes les Lettres que vous avez bien voulu lui
écrire , en y joignant les détails des cures que
vous avez faites , & les copies des Lettres que
vous avez également adreffées à M. A... Je vous
prie d'en recevoir mes remercîmens
perfuadés que je fuis fenfible , comme je le dois,
à ces nouvelles marques de vos bontés ,
juftice que vous rendez à la vérité .
& d'être
& à la
J'ai l'honneur de vous prévenir , que j'aifaic
mettre aux Caroffes & Meffageries , à vos adreffes
, divers paquets contenant mes derniers écrits ,
fervant de réponſe aux imputations de l'Auteur
du Traité des tumeurs & ulcères ; entr'autres , une
Differtation épiftolaire , adreffée à M. le Maréchal
de Biron.
Je me flatte que tout Lecteur judicieux & partial
, qui voudra lire avec quelque attention les
raifonnemens de mon adverfaire , & ceux que
je lui expoſe , me rendra d'autant plus de juftice
, que je n'ai celé d'établir & de prouver des
faits , contre tout ce qu'on a imaginé pour me
nuire .
Je vous ferai infiniment obligé Meffieurs ,
de vouloir bien répandre , & faire lire partout ,
les exemplaires que je vous adreffe , afin de dé
fabufer le Public , prévenu mal-à - propos & injuftement
, par ce qui eft avancé dans le livre &
l'extrait du Traité des tumeurs.
AVRIL. 1760 . 257
Je finirai cette Lettre , en laiffant le Public
Juger les faits principaux que voici.
L'on a commencé à répandre dans le monde ,
que le Régiment des Gardes fe plaignoit ouvertement
de mon reméde. Il y a quatre ans que
mon Hôpital fubfifte : cinq cens hommes y ont
été jufqu'ici bien réellement & très-radicalement
gaéris , fans aucune efpéce d'accident. Les Soldats
ont été, & font fans ceffe nommés dans tous
les Mercures . On a grande attention de nommer
auffi les Compagnies. En réfléchiffant fur cette
conduite , on obfervera que tous Meffieurs les .
Capitaines envoyent fucceffivement & tour-à
tour , leurs malades à cet hôpital ; qu'ils n'ont
encore ceffé de les y faire paffer . S'ils avoient
lieu de fe plaindre , ou que leurs Soldats n'euffent
effectivement pas êté guéris , continueroient
ils à les envoyer? Que le Public juge...
L'on a attaqué , combattu , & nié vos certifi
cats , Meffieurs , quoiqu'inferés authentiquement
dans tous les Mercures , & déposés entre les mains
de Mgr le Maréchal de Biron . Vous venez de
les adreffer directement à un de mes aggreſſeurs ;
il les a vûs & lûs fans doute : que le Public juge.
L'on a avancé, fans avoir fait le plus léger examen
, qu'il entroit du fublimé corrofif dans mon
reméde. Mais ils ont reconnu enfuite, par les analyfes
qui ont été faites , que l'on s'étoit trompé ;
& l'on en a fait l'aveu.L'on convient aujourd'hui ,
qu'il n'y en a point. Que répondre à cela ?
L'on fe retourne. L'on veut prétendre que
puifqu'il n'y a plus de fublimé corrofif, le reméde
doit être infuffifant , & ne doit pas avoir plus
de vertu que les panacées ordinaires . Je cite
soo Soldats guéris . Vous faites , Meffieurs , tous
les jours , des cures qui vous étonnent ; vous convenez
prèlque généralement que mon reméde
258 MERCURE DE FRANCE.
vous a réuſſi ſur des malades ; que les frictions
n'avoient pû guérir : Eſt- ce là de l'inſuffiſance ?
Sont - ce des menfonges de votre part ? Jugeż
vous-mêmes , Meffieurs , de la valeur des imputations
de mes Adverfaires.
J'ai l'honneur d'être , &c.
KEYSER.
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Résumé : LETTRE de M. Keyser, à Messieurs ses Corespondans, tant dans les principales Villes du Royaume, que chez l'étranger.
M. Keyfer écrit à ses correspondants en France et à l'étranger pour les remercier des informations sur les cures effectuées et des copies des lettres envoyées à M. A... Le maréchal de Biron a transmis ces lettres et détails à M. Keyfer. Ce dernier informe ses correspondants qu'il a envoyé divers paquets contenant ses réponses aux accusations de l'auteur du Traité des tumeurs et ulcères, incluant une dissertation épistolaire au maréchal de Biron. Il espère que ses arguments et ceux de son adversaire seront jugés favorablement. M. Keyfer demande à ses correspondants de diffuser ses écrits pour contrer les rumeurs malveillantes du Traité des tumeurs. Il souligne que son hôpital, existant depuis quatre ans, a guéri cinq cents soldats sans incident, et que les capitaines continuent d'y envoyer leurs malades, prouvant ainsi l'efficacité de son remède. Il aborde les attaques contre les certificats authentiques publiés dans les Mercures et déposés auprès du maréchal de Biron, niés par ses adversaires malgré leur authenticité. Initialement, ceux-ci avaient affirmé que son remède contenait du sublimé corrosif, mais ont reconnu leur erreur après analyse. M. Keyfer réfute l'argument selon lequel l'absence de sublimé corrosif rendrait son remède insuffisant, en citant les nombreux soldats guéris et les témoignages des correspondants. Il invite le public à juger de la valeur des accusations de ses adversaires.
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16803
p. 2585-2586
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR, A CLORIS.
Début :
Un jour l'Enfant aîlé qu'on adore à Cythere, [...]
Mots clefs :
Amour, Cloris, Triomphe, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE L'AMOUR, A CLORIS.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR ;
A CLORIS.
UN jour l'Enfant allé qu'on adore à Cythere
Pour qui les Dieux et les Mortels
Elevent dans leurs coeurs des Temples, des Autels,
Fut disgracié par sa Mere ;
Plein de dépit et de colere ,
1. Vol.
D'un
2586 MERCURE DE FRANCE
D'un vol leger l'Amour vint à Paris ,
Suivi des Jeux , des
graces et
des Ris :
Il inspira par tout l'Art d'aimer et de plaire.
Faisons naître , dit-il , dans ce charmant séjour,
Pour le Triomphe de l'Amour ,
Une Beauté frappante , une Venus nouvelle ,
Dont les attraits me vengent des mépris
De la trop altiere Cypris ;
Par un petit batement d'aîle ,
Il vous donna le jour , belle Cloris.
Les Immortels du haut de l'Empirée ,
Admirerent en vous une autre Cytheréc.
Plein de ravissement en cet aimable jour
Chaque Dieu fut d'intelligence
A faire éclater sa puissance ,
Pour rendre plus parfait l'ouvrage de l'Amour?
Jupiter vous fit don d'une ame genereuse ;
Junon vous décora d'une noble fierté ;
Le Dieu des Vers vous fit la faveur précieuse ;
De parler et d'écrire avec solidité ;
Le Destin vous rendit heureuse,
Enfin , Cloris , en vous , talens , félicité ,
Tout égale votre beauté .
Par M. L'Affichards
A CLORIS.
UN jour l'Enfant allé qu'on adore à Cythere
Pour qui les Dieux et les Mortels
Elevent dans leurs coeurs des Temples, des Autels,
Fut disgracié par sa Mere ;
Plein de dépit et de colere ,
1. Vol.
D'un
2586 MERCURE DE FRANCE
D'un vol leger l'Amour vint à Paris ,
Suivi des Jeux , des
graces et
des Ris :
Il inspira par tout l'Art d'aimer et de plaire.
Faisons naître , dit-il , dans ce charmant séjour,
Pour le Triomphe de l'Amour ,
Une Beauté frappante , une Venus nouvelle ,
Dont les attraits me vengent des mépris
De la trop altiere Cypris ;
Par un petit batement d'aîle ,
Il vous donna le jour , belle Cloris.
Les Immortels du haut de l'Empirée ,
Admirerent en vous une autre Cytheréc.
Plein de ravissement en cet aimable jour
Chaque Dieu fut d'intelligence
A faire éclater sa puissance ,
Pour rendre plus parfait l'ouvrage de l'Amour?
Jupiter vous fit don d'une ame genereuse ;
Junon vous décora d'une noble fierté ;
Le Dieu des Vers vous fit la faveur précieuse ;
De parler et d'écrire avec solidité ;
Le Destin vous rendit heureuse,
Enfin , Cloris , en vous , talens , félicité ,
Tout égale votre beauté .
Par M. L'Affichards
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Résumé : LE TRIOMPHE DE L'AMOUR, A CLORIS.
Le poème 'Le Triomphe de l'Amour' relate la quête de l'Amour, rejeté par sa mère, qui se rend à Paris pour enseigner l'art d'aimer et de plaire. Pour se venger des dédains de la déesse Cypris, il crée Cloris, une nouvelle beauté, grâce à un battement d'aile. Les Immortels admirent les attraits de Cloris. Chaque dieu contribue à la perfectionner : Jupiter lui offre une âme généreuse, Junon une noble fierté, et le dieu des Vers, le don de parler et d'écrire avec solidité. Le Destin lui accorde enfin le bonheur, faisant de Cloris une personne dont les talents et la félicité égalent sa beauté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16804
p. 2567-2570
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
Début :
J'apprends, Messieurs, qu'on réimprie les grands et fameux Romans de [...]
Mots clefs :
Nouvelle édition, Mademoiselle de Scudéry, Romans, Femmes illustres, Académie des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
Edition des Romans de Mlle de Scudery.
J'Apprends me ,Messieurs et fameux, qu'on Romans réimpri- de
Mlle de Scudery ; tous les amateurs de la
politesse et de la galanterie héroïque s'en
réjouissent.
Comme j'ignore le nom de l'Imprimeur
qui entreprend cette Edition, je m'adresse à vous , pour lui faire sçavoir dans votre Journal , que presque toutes les descriptions de Palais et de pays qui sont
dans ses Ouvrages n'ont d'imaginaire que
les noms : cette illustre fille dont le cœur
étoit encore , s'il se peut, superieur à l'esprit , toujours occupée de ses amis et des
Lieux qu'ils aimoient , se plaisoit à les célébrer. Toutes ses descriptions ont un fondement veritable , représentant quelqu'une des jolies Maisons de campagne des environs de Paris ; elle y joint ordinairement le Portrait pris aussi d'après nature
du Maître de la maison ; tous ses amis
étoient d'un mérite rare ; ce qu'il y a eu
de gens fameux dans son siécle , soit à la
Cour , soit dans les Lettres , se sont fait
I. Vol. /C . un
2568 MERCURE DE FRANCE
un honneur d'être en liaison avec elle; de
son tems , les talens étoient infiniment réverés , je le remarque à la honte de celuici. Il seroit également curieux et interes-
"sant pour le Public de reconnoître tant de
Portraits faits par cette habile main , et
d'apprendre ce qui a caracterisé ce nombre infini de gens celébres qui ont illustré le Régne de Louis XIV. L'Imprimeur
rajeuniroit extrêmement ses anciens Romans , s'il donnoit la clef des Portraits et
des Descriptions. Ce qui ne paroît qu'une
fiction deviendroit un morceau précieux
pour la Litterature , et très- chér aux descendans des grands hommes qu'elle a représentez ceux qui possedent à présent
Jes Maisons qu'elle a décrites , et où elle
n'a souvent ajoûté que les ornemens pompeux , des colomnes de marbre ou de jaspe, verroient aussi avec joye leurs Maisons immortalisées ; les habitans des pays
qu'elle a peints y prendroient part ; parlà , l'ouvrage seroit plus universellement
recherché , et le Public qui ignore souvent les beautez les plus proches de lui
apprendroit par ces Notes à connoître
les dons que la Nature et l'Art ont répandus dans tous les environs de Paris.
La difficulté de trouver des gens assez
instruits de ces Anecdotes , pour fournir I. Vol. la
DECEMBRE. 1732 2569.
la clef que je propose , arrêtera peut-être
l'Imprimeur ; mais il doit , en déclarant
son nom et sa demeure dans le Mercure,
demander des secours à ceux qui sont en
état de lui en donner; si je n'étois pas
en Province je lui en procurerois , je lui
indique toûjours dans Paris M. de Cham
bord de l'Académie des Belles- Lettres ,
que je sçais qui travaille à l'Histoire des
Femmes illustres dans les Lettres , et qui
á été ami particulier de Mlle de Scudery;
M. l'Abbé Boquillon , attaché à elle par
des sentimens qui lui ont fait entreprendre l'Histoire de cette celebre Fille , Ouvrage que la délicatesse de son stile peut "
rendre aussi agréable que la matiere en
est interessante , et que le Public désire
avecempressement depuis trop long tems.
On peut tirer aussi de grandes lumieres de Me l'Heritier , à qui nous devons
l'ingénieuse apothéose de Mlle de Scudery,
Ouvrage très-applaudi , et qu'il seroit
fort convenable de réimprimer à l'occasion de la nouvelle Edition de ses Romans.
On se plaint depuis long- temps de
la négligence avec laquelle la plupart des
Imprimeurs François servent le Public ,
ils ne sçavent presque jamais consulter
les Gens de Lettres et n'ont nul soin d'en普
I. Vol. richir C ij
2570 MERCURE DE FRANCE
richir leurs Editions de ce qui peut les
rendre précieuses ; cette négligence est
absolument contre leur interêt : Les Etrangers , soit par amour pour les Lettres , soit
par une politique mieux entenduë , l'emportent de beaucoup sur nous à cet égard.
Je suis , &c.
Le 15. Novembre 1732.
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Résumé : LETTRE écrite au sujet d'une nouvelle Edition des Romans de Mlle de Scudery.
La lettre discute de la réimpression des romans de Mlle de Scudéry et de l'intérêt qu'elle suscite. L'auteur, ignorant le nom de l'imprimeur, se tourne vers le journal pour transmettre des informations essentielles. Les descriptions de palais et de pays dans les œuvres de Mlle de Scudéry sont inspirées de lieux réels, souvent des maisons de campagne autour de Paris, et les portraits des maîtres de ces maisons sont basés sur des personnes réelles. Les amis de Mlle de Scudéry étaient des figures célèbres de son époque, tant à la cour qu'en littérature. L'auteur propose que l'imprimeur enrichisse l'édition en fournissant une clé pour identifier les portraits et les descriptions, ce qui rendrait l'ouvrage précieux pour la littérature et les descendants des grands hommes représentés. Cela permettrait également aux propriétaires actuels des maisons décrites de voir leurs biens immortalisés. L'auteur mentionne la difficulté de trouver des personnes suffisamment instruites pour fournir ces informations et recommande plusieurs individus à Paris, comme M. de Chambord et l'Abbé Boquillon, pour aider l'imprimeur. La lettre critique également la négligence des imprimeurs français, qui ne consultent pas assez les gens de lettres pour enrichir leurs éditions, contrairement aux étrangers.
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16805
p. 258-260
EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Début :
Ladire Jeanne-Pierrette Michel, âgée pour lors de quinze ans, qu'elle passa [...]
Mots clefs :
Tristesse, Mutisme, Arrêt de l'alimentation, Bouillon, Maladie, Odeur, Hôpital, Médecins, Opération, Baume de vie, Guérison, Santé, Cure, Certificats
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texteReconnaissance textuelle : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
EFFET miraculeux , opéré par le Baume de vie de
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
M. LE LIEVRE , Diſtillateur ordinaire du Roi ,
à Paris.
Relation curieufe & véritable de Jeanne Pierrette ,
fille légitime d'Anatoile Michel , originaire de
Mignovillard en Montagne , Recteur d'Ecole à
Domblans ; & de Marie- Therefe Guillaume ,
fon épouse , Diocèse de Besançon , Bailliage de
Lons-le- Saunier.
Ladire Jeanne- Pierrette Michel , âgée pour lors
de quinze ans , qu'elle paffa avec fa grand- mere
maternelle . Cette derniere vint à mourir ; elle fut
fi affligée de la mort de cette grand- mere , qu'elle
fut pendant fix mois à pleurer jours & nuits : pendant
tout ce tems- là , elle ne prit aucune nourri
ture que celle que l'on auroit fait prendre à un
enfant d'un an. On la ramena chez fon pere , à
quelques lieues de là ; elle fut toujours auffi affligée
qu'auparavant ; elle perdit dès ce moment
l'ufage de la parole : elle refta dans cet état
cinq ans & demi fans prendre aucune nourriture,
toutes les fonctions du corps humain étant interdites
; l'on faifoit cependant ce que l'on pouvoit
pour lui faite avaler par force quelques gouttes de
bouillon tous les deux ou trois jours , quelquefois
quinze & même plus : & l'on s'accoutuma fi
fort à la voir dans cet état- la , que l'on n'y faifoit
prèfque plus d'attention ; le pere & la mere s'éAVRIL
1760. 259
tant ruinés pour tâcher de la tirer d'affaire , mais
inutilement. Elle étoit continuellement dans une
grande fueur , exhalant une odeur qui infectoit ,
les yeux chaffieux , & écumant par la bouche :
voilà l'état de fa maladie, pendant lefdits cinq ans
& demi.
On la mena au Saint Suaire à Besançon , auquel
on l'avoit vouée ; l'on le lui fit toucher , &
elle fe frotta les yeux avec la main gauche : voilà
uniquement le feul figne de vie qu'elle ait donné
pendant toute fa maladie.
On la tranfporta à l'Hôpital dudit Besançon ,
où elle refta quatre mois , ne prenant toujours
que quelques gouttes de bouillon.
Meffieurs les Médecins & Chirurgiens de la
Ville de Befançon & des environs , s'affemblerent
& la vifiterent , fans qu'ils puffent lui apporter le
moindre foulagement ; ce qui les détermina à
faire plufieurs épreuves pour fçavoir fi elle avoit
encore de la fenfibilité ; & pour cela , ils lui percerent
la main avec une épingle d'argent , d'outre
en outre , fans qu'ils fe foient apperçus d'aucune
émotion on fit la même opération dans une
veine du côté gauche , fans qu'il en fortît ni fang
ni aucune humidité de quelque efpéce que ce
fût, On lui fondit de la cire d'Espagne fur le
front & fur le menton ; on lui brûlà la joue avec
de la chandelle allumée , & les pieds avec des charbons
ardens,fans qu'elle parût fenfible à tout cela .
Son pere, voyant l'inutilité de la laiffer davantage à
Befançon , alla la rechercher & la ramena chez lui
à Domblans , où elle reſta dans cette fituation
encore quatre mois ; après lequel tems Madame
la révérende Dame Abbeffe de la Royale Abbaye
de Château Châlons , qui l'avoit été voir plufieurs
fois avec fes Dames , dit un jour ; j'ai bien envie
de lui envoyer une bouteille de Baume de vie
260 MERCURE DE FRANCE.
(
"
fait par M. le Lievre , à Paris ; ce qu'elle exécuta
le lendemain avec la façon de s'en fervir. On
lui en donna pour la premiere fois quelques
gouttes dans une cueillerée de bouillon ; peu après
elle fit un mouvement de la tête & des bras 5
elle rendit avec abondance une matière jaune
par la bouche , comme de la bile : l'on continua
à lui faire prendre de ce Baume de M. le Lievre
jufqu'à trois fois , un peu plus amplement. A la
feconde fois , elle s'affit fur fon lit , & à la troifiéme
fois , elle fe leva & marcha par la chambres
& regardant , d'un air fort étonné , elle commença
à fe plaindre & à parler . Sa mere lui
ayant demandé ce qu'elle regardoit , elle lui répondit
qu'elle n'en fçavoit rien , mais que l'on
lui fit venir M. Mourrau , pour lors Vicaire à
Domblans , pour ſe confeffer à lui ; ce qui s'exécuta
: & de jours en jours elle prenoit plus de
nourriture & par conféquent plus de force , au
point qu'elle partit trois heures avant le jour de
chez fon pere le lendemain de Noël dernier
iucognitò , pour aller à quatre lieues de là , dans
la maison où étoit morte fa grand - mere ; où elle
vit & travaille actuellement comme une autre .
Nota , qu'elle ne le fouvient nullement de tout
ce qui lui eft arrivé pendant tout le cours de fa
maladie , & qu'elle n'a pas ufé à beaucoup près ,
toute la bouteille de Baume de vie de M. le
Lievre , qui n'étoit pas bien grande.
du
La préfente cure eft conftatée par les certificats
pere de la malade , des Echevins & habitans
de Domblans , fignés Michel pere , le Mouillard ,
Vicaire à Domblans , Guillermet , Claude- François
Duard , & Hugues Rougnon , Echevins ;
Beaupoil , Notaire & Procureur d'Office , J.J.
Gallion , M. Pujet , J. Duard , P. Duard , C. P.
Pernet , J. Pujet , H. Ardet , J. M. Defgrès , &c.
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Résumé : EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
Le texte raconte l'histoire de Jeanne Pierrette Michel, une jeune fille de quinze ans originaire de Mignovillard en Montagne. Après le décès de sa grand-mère maternelle, Jeanne fut profondément affectée et cessa de parler et de s'alimenter normalement. Pendant cinq ans et demi, elle ne consomma aucune nourriture, à l'exception de quelques gouttes de bouillon forcées. Elle était continuellement fiévreuse, exhalait une odeur infecte, et présentait des yeux chassieux ainsi qu'une écume à la bouche. Jeanne fut transportée à l'Hôpital de Besançon, où elle resta quatre mois sans montrer d'amélioration. Les médecins et chirurgiens tentèrent diverses épreuves pour vérifier sa sensibilité, mais sans succès. Son père la ramena alors à Domblans. Madame la révérende Dame Abbesse de la Royale Abbaye de Château Châlons décida de lui envoyer une bouteille de Baume de vie fabriqué par M. le Lievre, distillateur du Roi à Paris. Après avoir pris ce baume, Jeanne montra des signes de récupération : elle rendit une matière jaune, se leva, marcha et recommença à parler. Elle reprit des forces et retourna travailler. La guérison de Jeanne est attestée par plusieurs certificats, incluant ceux de son père, des échevins et habitants de Domblans, ainsi que du vicaire et d'autres notables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16805
EFFET miraculeux, opéré par le Baume de vie de M. Le Lievre, Distillateur ordinaire du Roi, à Paris. Relation curieuse & véritable de Jeanne Pierrette, fille légitime d'Anatoile Michel, originaire de Mignovillard en Montagne, Recteur d'Ecole à Domblans ; & de Marie-Therese Guillaume, son épouse, Diocèse de Besançon, Baillage de Lons-le-Saunier.
16806
p. 232-235
MARIAGES ET MORTS.
Début :
François-Saturnin de Galard, Marquis de Terraube, épousa à Moissac en [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Marquis de Terraube, Maison de Terraube, Maison de Courtivron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
François- Saturnin de Galard , Marquis de Terraube
, époufa à Moiffac en Quercy , le 23 Fé-,
vrier 1756 , Demoiſelle Marie -Julie de Loftanges:
de Sainte Alvaire , fille d'Armand- Louis - Claude-
Simon de Loftanges , Marquis de Sainte- Alvaire
Grand Sénéchal & Gouverneur de Quercy , & c.
& foeur du Marquis de Loftanges , premier Ecuyer
de Madame Adelaïde..
fon
Le Marquis de Terraube eft de la même maique
les Comtes de Braffac . Cette maiſon l'une
des plus illuftres & autrefois des plus riches de la
Guienne , a pris fon nom de la terre de Galard
près de Condom . La confidération où elle étoit
dès le onzieme fiecle favorife la tradition de fon
origine qu'on rapporte aux Comtes du Condomois.
On trouve plufieurs Seigneurs de ce nom dès
l'an 1062 , parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de
Condom , & ce fut en faveur de Raimond de Galard
, que ce Monaftere fut érigé en Evêché par
le Pape Jean XXII en 13.17. Ces faits font tirés
de la Chronique de Condom , imprimée dans le
fpécilége de Dom Luc d'Acheri , tome 1.3. Voyez
auffi le Gallia Chriftiana , Edition nouvelle , tome
2 , page 970 &Suivantes.
Cette maifon s'eft divifée en plufieurs branches
dont l'une a donné un Grand Maître des Arbalêtriers
de France , nommé Pierre de Galard qui
exerça cette charge depuis l'an 1310 jufqu'en
1331. Il eut de Nauda de Caumont-Sainte -Baf
sille fa femme , Jean de Galard un des plus puiffans
feigneursde Guienne. Il poffédoit les terres
JUILLET. 1756 . 233
de Limeuil , de Miremont & autres grandes terres .
Un Traité que le Prince de Galles fit avec lui
pour l'attirer à fon parti contre le Roi de France ,
prouve la haute confidération dont il jouiffoit.
On apprend par ce Traité que le mariage de fa
fille avoit été arrêté avec le fils de Bernard- Ezy ,
fire d'Albret . Le Roi Edouard III , pere de ce Prince
, confirma le Traité par Lettres datées de
Weftminſter le 30 Juillet 1358 , rapportées dans
le Recueil des Actes publics d'Angleterre par Rymer
, tome 6, page 98. Le mariage de la fille de
Jean de Galard avec le fils du fire d'Albret , n'eut
point lieu , & elle epoufa Nicolas de Beaufort ,
frere du Pape Grégoire XI, & neveu du Pape Clément
VI. C'est par cette alliance que les biens de
cette branche pafferent dans la maiſon de Beau
fort , & de celle- ci dans celle de la Tour-Bouillon.
Les autres branches fe font également diftinguées.
On peut voir dans le Recueil de Rymer
déja cité , qu'elles figuroient avec les grands Vaffaux
de Guyenne dans les temps que cette Provin
ce obéiffoit aux Anglois.
Ses armes font d'or à trois Corneilles de fables ,
les pieds & les becs de gueules , ( ce font les mêines
que portoit Pierre de Galard , Grand-Maître des
Arbaleſtriers ).
La branche de Terraube eft féparée depuis
l'an 1300 de celle des Comtes de Braffac qui eft
l'aînée , & laquelle s'eft établie en Quercy vers l'an
1280 , à cause de l'alliance d'Eléonore d'Armagnac
qui leur apporta la Baronnie de Braffac. Cette
branche de Braffac porte fes armes écartelées de
de celles de Bearn qui font d'or à deux vaches paffantes
de gueules accollées & clarinées d'azur , pour
fatisfaire à une claufe du Contrat de mariage de
1508 de Jeanne de Bearn , Dame de S. Maurice,
234 MERCURE DE FRANCE.
avec François de Galard , Chevalier , feigneur de
Braffac , par laquelle il fut enjoint à leurs defcendans
de joindre les nom & armes de Bearn à ceux
de Galard. {
A l'égard de la maifon de Loftanges , l'une des
plus anciennes & des mieux alliées du Bas-Limofin
& du Périgord , voyez ce qui en eft dit dans
ce Journal à l'article de la mort du Marquis de
Loftanges -Beduer dans le Volume du mois de Mai
de cette année , page 258. -
Le 3 Novembre 1755 , eft décédée à Paris , dansla
quatre-vingt- quatorzieme année de fon âge ,
Dame Marie- Anne Deſchiens , veuve de Meſſire
Jean-Pierre de Cormis , Comte de S. Georges
Meftre de Camp de Cavalerie . Elle a été inhumée
aux Auguftins de la Place des Victoires , après
avoir été préfentée à S. Roch.
>
Dame Catherine -Henriette de Rageren , époufe
de Meffire Nicolas-Jofeph Foucault , Marquis
de Magny , Lieutenant Général des Armées du
Roi d'Espagne , eft morte à Paris, le 6 Novembre,
âgée de 72 ans , & a été inhumée le lendemain à
S. Sulpice.
Le 19 Mars 1756 , eft morte dans la foixantetreizieme
année de fon âge , Marie Pierrette- Fran
çoife Charlotte de Clermont- Tonnerre, foeur du Ma
réchal de Tonnerre , veuve depuis 1729 , de Jean
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , Marquis de
Courtivron & de Tarfut , &c . auquel finifloit la
fubftitution faite en 1595 , des terres de Courtivron
& de Tarfut , par Claude le Compaffeur de
Courtivron , frere de fon bifayeul , qui réuniffoit
à fes droits ceux de Françoiſe de Malain , foeur du
Baron de Lux , veuve en 1592 , de Claude- François
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , fieur de
Vitrey fon oncle.
JUILLET. 1756. 235
Les enfans de la Marquife de Courtivron
font, 1 ° . Gafpard le Compaffeur-de Crequi-Montfort
, Marquis de Courtivron , ci-devant Aide-
Maréchal Général des Logis de la Cavalerie des
Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , qui par fon mariage
avec Marie-Rofe- Louiſe de S.- Cir- de Celi , décé- -
dée en 1753 , eft pere d'un fils en bas âge.
2° Marie- Therefe le Compaffeur de Courtivron
, alliée en 1724 , à Meffire Antoine Joli ,
Marquis de Blaifi , dont elle n'a point d'enfans.
3 °. Jeanne-Claude-Madeleine le Compaffeur de
Courtivron , alliée en 1733 , au Comte de Brancion,
duquel elle a une fille Gafparde de Brancion ,
mariée en 1749 , au Comte de Clermont-Mont-S..
Jean.
Voyez fur le nom de le Compaffeur , la Roque
Blanchard, les coutumes de Champagne , Paliot ,
& les grands Officiers de la Couronne.
François- Saturnin de Galard , Marquis de Terraube
, époufa à Moiffac en Quercy , le 23 Fé-,
vrier 1756 , Demoiſelle Marie -Julie de Loftanges:
de Sainte Alvaire , fille d'Armand- Louis - Claude-
Simon de Loftanges , Marquis de Sainte- Alvaire
Grand Sénéchal & Gouverneur de Quercy , & c.
& foeur du Marquis de Loftanges , premier Ecuyer
de Madame Adelaïde..
fon
Le Marquis de Terraube eft de la même maique
les Comtes de Braffac . Cette maiſon l'une
des plus illuftres & autrefois des plus riches de la
Guienne , a pris fon nom de la terre de Galard
près de Condom . La confidération où elle étoit
dès le onzieme fiecle favorife la tradition de fon
origine qu'on rapporte aux Comtes du Condomois.
On trouve plufieurs Seigneurs de ce nom dès
l'an 1062 , parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de
Condom , & ce fut en faveur de Raimond de Galard
, que ce Monaftere fut érigé en Evêché par
le Pape Jean XXII en 13.17. Ces faits font tirés
de la Chronique de Condom , imprimée dans le
fpécilége de Dom Luc d'Acheri , tome 1.3. Voyez
auffi le Gallia Chriftiana , Edition nouvelle , tome
2 , page 970 &Suivantes.
Cette maifon s'eft divifée en plufieurs branches
dont l'une a donné un Grand Maître des Arbalêtriers
de France , nommé Pierre de Galard qui
exerça cette charge depuis l'an 1310 jufqu'en
1331. Il eut de Nauda de Caumont-Sainte -Baf
sille fa femme , Jean de Galard un des plus puiffans
feigneursde Guienne. Il poffédoit les terres
JUILLET. 1756 . 233
de Limeuil , de Miremont & autres grandes terres .
Un Traité que le Prince de Galles fit avec lui
pour l'attirer à fon parti contre le Roi de France ,
prouve la haute confidération dont il jouiffoit.
On apprend par ce Traité que le mariage de fa
fille avoit été arrêté avec le fils de Bernard- Ezy ,
fire d'Albret . Le Roi Edouard III , pere de ce Prince
, confirma le Traité par Lettres datées de
Weftminſter le 30 Juillet 1358 , rapportées dans
le Recueil des Actes publics d'Angleterre par Rymer
, tome 6, page 98. Le mariage de la fille de
Jean de Galard avec le fils du fire d'Albret , n'eut
point lieu , & elle epoufa Nicolas de Beaufort ,
frere du Pape Grégoire XI, & neveu du Pape Clément
VI. C'est par cette alliance que les biens de
cette branche pafferent dans la maiſon de Beau
fort , & de celle- ci dans celle de la Tour-Bouillon.
Les autres branches fe font également diftinguées.
On peut voir dans le Recueil de Rymer
déja cité , qu'elles figuroient avec les grands Vaffaux
de Guyenne dans les temps que cette Provin
ce obéiffoit aux Anglois.
Ses armes font d'or à trois Corneilles de fables ,
les pieds & les becs de gueules , ( ce font les mêines
que portoit Pierre de Galard , Grand-Maître des
Arbaleſtriers ).
La branche de Terraube eft féparée depuis
l'an 1300 de celle des Comtes de Braffac qui eft
l'aînée , & laquelle s'eft établie en Quercy vers l'an
1280 , à cause de l'alliance d'Eléonore d'Armagnac
qui leur apporta la Baronnie de Braffac. Cette
branche de Braffac porte fes armes écartelées de
de celles de Bearn qui font d'or à deux vaches paffantes
de gueules accollées & clarinées d'azur , pour
fatisfaire à une claufe du Contrat de mariage de
1508 de Jeanne de Bearn , Dame de S. Maurice,
234 MERCURE DE FRANCE.
avec François de Galard , Chevalier , feigneur de
Braffac , par laquelle il fut enjoint à leurs defcendans
de joindre les nom & armes de Bearn à ceux
de Galard. {
A l'égard de la maifon de Loftanges , l'une des
plus anciennes & des mieux alliées du Bas-Limofin
& du Périgord , voyez ce qui en eft dit dans
ce Journal à l'article de la mort du Marquis de
Loftanges -Beduer dans le Volume du mois de Mai
de cette année , page 258. -
Le 3 Novembre 1755 , eft décédée à Paris , dansla
quatre-vingt- quatorzieme année de fon âge ,
Dame Marie- Anne Deſchiens , veuve de Meſſire
Jean-Pierre de Cormis , Comte de S. Georges
Meftre de Camp de Cavalerie . Elle a été inhumée
aux Auguftins de la Place des Victoires , après
avoir été préfentée à S. Roch.
>
Dame Catherine -Henriette de Rageren , époufe
de Meffire Nicolas-Jofeph Foucault , Marquis
de Magny , Lieutenant Général des Armées du
Roi d'Espagne , eft morte à Paris, le 6 Novembre,
âgée de 72 ans , & a été inhumée le lendemain à
S. Sulpice.
Le 19 Mars 1756 , eft morte dans la foixantetreizieme
année de fon âge , Marie Pierrette- Fran
çoife Charlotte de Clermont- Tonnerre, foeur du Ma
réchal de Tonnerre , veuve depuis 1729 , de Jean
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , Marquis de
Courtivron & de Tarfut , &c . auquel finifloit la
fubftitution faite en 1595 , des terres de Courtivron
& de Tarfut , par Claude le Compaffeur de
Courtivron , frere de fon bifayeul , qui réuniffoit
à fes droits ceux de Françoiſe de Malain , foeur du
Baron de Lux , veuve en 1592 , de Claude- François
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , fieur de
Vitrey fon oncle.
JUILLET. 1756. 235
Les enfans de la Marquife de Courtivron
font, 1 ° . Gafpard le Compaffeur-de Crequi-Montfort
, Marquis de Courtivron , ci-devant Aide-
Maréchal Général des Logis de la Cavalerie des
Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , qui par fon mariage
avec Marie-Rofe- Louiſe de S.- Cir- de Celi , décé- -
dée en 1753 , eft pere d'un fils en bas âge.
2° Marie- Therefe le Compaffeur de Courtivron
, alliée en 1724 , à Meffire Antoine Joli ,
Marquis de Blaifi , dont elle n'a point d'enfans.
3 °. Jeanne-Claude-Madeleine le Compaffeur de
Courtivron , alliée en 1733 , au Comte de Brancion,
duquel elle a une fille Gafparde de Brancion ,
mariée en 1749 , au Comte de Clermont-Mont-S..
Jean.
Voyez fur le nom de le Compaffeur , la Roque
Blanchard, les coutumes de Champagne , Paliot ,
& les grands Officiers de la Couronne.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements et informations historiques concernant des mariages et des décès au XVIIIe siècle. Le 23 février 1756, François-Saturnin de Galard, Marquis de Terraube, épousa Demoiselle Marie-Julie de Loftanges de Sainte-Alvaire, fille d'Armand-Louis-Claude-Simon de Loftanges, Marquis de Sainte-Alvaire, Grand Sénéchal et Gouverneur de Quercy, et sœur du Marquis de Loftanges, premier Écuyer de Madame Adelaïde. La maison de Galard, dont est issu le Marquis de Terraube, est l'une des plus illustres et riches de la Guyenne. Elle tire son nom de la terre de Galard près de Condom et remonte au moins au XIe siècle. Plusieurs seigneurs de ce nom sont mentionnés dès 1062 parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de Condom. La famille s'est divisée en plusieurs branches, dont une a donné un Grand Maître des Arbalétriers de France, Pierre de Galard, qui exerça cette charge de 1310 à 1331. Une autre branche notable est celle des Comtes de Braffac, établie en Quercy vers 1280. Le texte mentionne également plusieurs décès notables. Le 3 novembre 1755, Dame Marie-Anne Deschiens, veuve de Jean-Pierre de Cormis, Comte de Saint-Georges, décéda à Paris à l'âge de 84 ans. Dame Catherine-Henriette de Rageren, épouse de Nicolas-Joseph Foucault, Marquis de Magny, décéda à Paris le 6 novembre à l'âge de 72 ans. Marie Pierrette-Françoise Charlotte de Clermont-Tonnerre, veuve de Jean le Compasseur de Crequi-Monfort, Marquis de Courtivron, décéda le 19 mars 1756 à l'âge de 73 ans. Les enfants de la Marquise de Courtivron sont également mentionnés : Gaspard le Compasseur de Crequi-Montfort, Marie-Thérèse le Compasseur de Courtivron, et Jeanne-Claude-Madeleine le Compasseur de Courtivron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16807
p. 1092-1104
L'INSTALLATION du Comte d'Albon, Prince d'Yvetot, dans la Charge de Lieutenant de Roi de la Province de Foretz.
Début :
La Maison d'Albon est connuë pour une des plus anciennes du Royaume, [...]
Mots clefs :
Maison d'Albon, Forez, Lieutenant du roi, Ville, Comte d'Albon, Roanne, Officiers, Montbrison, Compliment, Noblesse, Seigneur, Ordre, Échevins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INSTALLATION du Comte d'Albon, Prince d'Yvetot, dans la Charge de Lieutenant de Roi de la Province de Foretz.
L'INSTALLATION du Comte d'Albon
, Prince d'Yvetot , dans la Charge
de Lieutenant de Roi de la Province de
Foretz.
L
A Maison d'Albon est connue pour
une des plus anciennes du Royaume ,
et ceux qui connoissent particulierement
M. le Comte d'Albon avoue que ses qualités
personnelles sont encore au- dessus
de sa naissance . Le Roi vient de lui accorder
des Provisions pour la Lieutenan
ce de Roi de la Proviuce de Foretz , va
cante par le décès du Comte de Verdun .
La Ville de Roanne , Capitale de la pe
tite Province de Roannois , qui fait partie
du Foretz , se felicite d'avoir vû naître
le Comte d'Albon , qui s'y rendit au
commencement de l'hyver dernier , et
voyant la Noblesse et les Corps disposés
à lui rendre les honneurs dûs à la Digni
té pour laquelle il venoit de prêter serment
entre les mains de Sa Majesté , sa
modestie lui fit differer de les recevoir
jusqu'après son installation ; cependant
il donna aux Dames pendant le Carna
val plusieurs Fêtes galantes, dont la der-
1. Vola
niere
JUIN. €734- 1079 ,
niere fut distinguée par l'abondance et la
somptuosité. Cent dix- huit personnes invitées
à un grand répas , furent servies
avec autant d'ordre et de propreté, que de
délicatesse et de goût .
Les R. P. Jesuites , pour contribuer à
la joye publique , firent représenter par
leurs Ecoliers la Tragedie du Sacrificce
d'Abraham , de la composition du P. Brumoy.
Les Acteurs surpasserent les talens
ordinaires des Enfans de leur âge , par l'intelligence
et la précision de leur déclamation
, et cette Représentation procura à
M. le Comte d'Albon les premiers complimens
publics. Ces mêmes Peres prépa -1
rent actuellement un jeune Ecolier à soutenir
une These publique de Litterature
qui lui sera dédiée, et qui terminera tout
ce qui se sera passé à cette occasion .
s ,
Dès les premiers jours d'Avril le Comte
d'Albon ayant fait sçavoir à la Ville
de Monbrison le jour qu'il y arrivercit
pour l'enregistremsnt de ses Provisions
et pour prendre possession de sa nouvelle
Dignité, il partit de Roinne, accompagné
de la plus grande partie de la Noblesse de
la Ville et du voisinage , de la Maréchaussée
, de ses Gardes , et d'un grand nombre
d'Officiers et de Domestiques de sa
Maison ; la Bourgeoise des petites Villes
I. Vol.
qiu
C
1994 MERCURE DE FRANCE
qui sont sur la route vint à cheval audevant
de lui , le complimenta et l'accompagna
de Ville en Ville.
Il alla coucher de Roanne à Leigneux ,
Maison et Chapitre de Chanoinesses de
la premiere distinction ; il fut reçû avec
les marques du plus vif empressement ,
complimenté par le Chapitre et par la Noblesse
du voisinage qui s'y étoient rendus
en grand concours . Il en partit le lende
main avec le même cortege , et la Noblesse
qui l'avoit accompagné de Roanne ,
se trouva encore augmentée par celle
qui s'étoit rendue à Leigneux. Le Lieutenant
du Prévôt de la Maréchaussée de.
Monbrison, à la tête de ses Brigades, vint
jusques près de Leigneux, le complimenta
, et l'accompagna jusqu'à Monbrison .
Sur les limites de la banlieuë de cette
Ville , le Lieutenant General du Bailliage
avec la Noblesse de la Ville et des environs
, plusieurs Officiers de ce Siege ,
de l'Election , et des autres Corps vinrent
à cheval au devant de lui .
A son entrée dans la Ville , on fit une
décharge de Fauconneaux et de Boëtes ,
dans le tems que les Echevins firent leur
compliment. La Milice Bourgeoise sous
les Armes , Tambours battans , Enseignes
déployées , formant une double haye de-
1. Vol.
puis
JUIN.
1095
1734.
puis les Portes de la Ville jusqu'à l'Hôtel
qui lui avoit été préparé . Il s'y rendit aux
acclamations du Peuple et au bruit de la
mousqueterie , entouré de huit Drapeaux
de la Bourgeoisie , les Dames magnifiquement
parées étant aux fenêtres. Il trouva
à son Hôtel une infinité de personnes de
distinction , que l'âge ou les infirmités
empêchoient de donner des marques plus
vives de leur zele. Le soir on alluma des
feux dans les rues et dans les Places
bliques , et presque toutes les maisons curent
des illuminations ; on y vit sur tout
quantité de lanternes ingenieusement
faites et peintes aux Armes de la Maison
d'Albon .
pu-
Le lendemain la Milice Bourgeoise se
mit en double haye depuis l'Hôtel du
Comte d'Albon jusqu'au Palais . Les Echovins
, en habit de ceremonie , avec les
Officiets de la Ville , le vinrent prendre;
il étoit précedé dans sa marche par une
Compagnie Franche de 30. hommes d'élite
, en habits uniformes , d'un grand
nombre de Gentilshommes , d'Officiers
Militaires, et d'une infinité de personnes
disringuées ; ses Gardes marchoient immediatement
devant lui , et les Echevins
à ses côtés. La marche étoit fermée par
un nombre égal de trente hommes de la
I. Vol. Cij même
1096 MERCURE DE FRANCE
même Compagnie Franche ;, il fut ainsi
conduit au bruit des Fauconneaux , des
Boëtes , de la Mousqueterie et des Tambours
.A la Porte duPalais il reçut un compliment
du Doyen du Bailliage , qui l'ac
compagna jusqu'au fauteuil qui lui étoit
préparé au milieu du Parquet , et dans
lequel il se plaça , ayant à ses côtés les
Echevins et les Officiers de Ville sur des
chaises ordinaires. La salle d'Audiance
étoit extrêmément ornée , les Dames richement
parées , et beaucoup de personnes
s'y étoient rendues pour assister à la
ceremonie.
L'Huissier Audiancier ayant donné le
signal , le Sieur de Pomerolle , celcbre
Avocat, prononça un três - beau Discours
sur le sujet de la Séance ; il s'étendit sur
l'ancienne origine de la Maison d'Albon
, que l'Histoire assûre être sortie des
Dauphins de Viennois , sur le nombre des
Illustres personnages qu'elle a donnés à
l'Eglise de Lyon depuis l'onziéme siecle.
L'éloge de M. l'Abbé Comte d'Albon
qui est le quatriéme Archidiacre de cette
Eglise de son nom , ne fut point oublié;
ses grandes qualités le rapprochent si fort
de M. son Frere, qu'il semble ne lui ceder
que par la seule circonstance d'être son
puîné.
3
I. Vol. L'OraJUIN.
1734. 1097
L'Orateur rappella la memoire du fameux
Antoine d'Albon , Archevêque de
Lyon , et Commandant pour le Roi dan's
le Gouvernement ; il fit mention de tous
ceux de cette Maison qui avoient rempli
les Dignités de cette Eglise , ainsi que
des quatorze Abbés de Savigny , de plusieurs
Chevaliers et Commandeurs de
Malthe , de deux Gouverneurs du Lyonnois
, Jean et Jacques d'Albon ;, ce dernier
étoit Chevalier des Ordres du Roi
et de la Jarretiere, Favori des trois Rois ;
et si connu dans l'Histoire sous le nom
de Maréchal de Saint André. Il parla de
plusieurs autres Illustres Guerriers , et cafin
du fameux Gosselin d'Albon , Marquis
de Saint Forgeux , duquel M. le Comte
d'Albon décend de Pere en Fils , lequel
se rendit si recommandable dans les premieres
Croizades , et qui rapporta de la
Tetre Sainte le Corps de S. Antoine
dont il fit present à l'Abbaye de cet Ordre.
Il parla aussi de la Transaction faire
entre Jean d'Albon et Humbert Dauphin
de Viennois , qui regle la legitime du premier
. Et en retraçant les differentes Alliances
de cette Maison , il finit par celle
de Camille d'Albon , Marquis de S. Forgeux
, avec Françoise - Julie de Crévant ,
qui a fait entrer dans cette Maison la Prin-
1. Vol. Ciij cipauté
1098 MERCURE DE FRANCE
cipauté Souveraine d'Yvetot en Normandie.
L'Orateur fut particulierement applaudi
lorsqu'il parla des qualités personnelles
de M.le Comte d'Albon , c'est-a- dire
, sa generosité , sa magnificence ,sa pieté,
sa charité, qui lui a merité le titre précieux
de Pere des Pauvres , sa douceur,
son équité , sa politesse , son esprit de
paix qui lerend arbitre des differens , & c.
Ce Discours fut suivi de celui de M.
Thoynet , Procureur du Roi , qui ne
parla pas avec moins d'Eloquence et de
dignité sur le même sujet , et plut infiniment
par sa netteté et par sa précision .
Ensuite M. Demaux , Lieutenant General
, ayant recueilli les voix , prononça
l'enregistrement des Lettres et de l'Acte
d'Installation .
M. le Comte d'Albon s'étant levé et
ayant salué la Compagnie , se remit en
marche dans le même ordre. Le Peuple
fut regalé de plusieurs tonneaux de vin
qui coulerent avec profusion .
Arrivé chez lui il reçût les complimens
de tous les Députés des Corps de la Ville
de Monbrison , et des autres Corps du
département de Forez , ausquels il répondit
avec l'esprit et la politesse qui lui
sont si naturels , et sur tout avec une bonté
de coeur que personne ne se lasse d'admirer.
PenJUIN.
1734 1099
Pendant cinq jours que le Comte d'Albon
a passés à Monbrison , il a tenu deux
tables de vingt- cinq couverts chacune
servies avec la même magnificence , le
même ordre et la même profusion , ce qui
ne l'a pas empêché de faire sentir aux malheureux
que sa generosité et sa charité
étoient inépuisables . Les accommodemens
qu'il a faits ont annoncé que la paix
et l'union ont été ses premieres vûës dans
l'exercice de sa Charge.
Avant son départ les Officiers de Monbrison
lui donnerent uneFête magnifique.
Son retout à Roanne fut celebré par les
mêmes honneurs ; les principales Dames ,
très- parées , allerent dans leurs carosses
au devant de lui à plus d'une lieuë. Une
troupe de plus de cinquante Cavaliers formée
par les principaux de la Ville , propre
ment vêtus et très - bien montés sur des
chevaux richement harnachés , avoit précedé
le carosse des Dames , et étoient
allés à plus de trois lieuës au- devant du
nouveau Lieutenant de Roi . Un Trompette
marchoit à la tête de la Troupe ;
celui qui la commandoit le salua de Fépée
, et lui fit un compliment militaire
qui fut très- goûté et parfaitement bien
reçû.
Le Lieutenant de la Maréchaussée de
1. Vol. Ciiij Roanne
1100 MERCURE DE FRANCE
Roanne fut aussi à la tête de ses Brigades
à quatre ou cinq lieuës au devant de lui;
mais ce qui parut le plus remarquable fut
uneCompagnie de douze jeunes Demoiselles
des plus distinguées et des plus brillantes
, une Dame à leur tête , toutes en habit
d'Amazones , escortées par un pareil
nombre de jeunes Cavaliers , parfaitement
bien montés , qui furent aussi audevant
de lui à près de deux lieuës ; et
après le compliment que lui fit la Dame
qui les conduisoit , elles lui firent cortege
jusqu'a son Hôtel . Son arrivée à Roanne
fut annoncée comme à Monbrison ,
par le bruit des boëtes , de la Mousqueteric
, des Tambours , & c.
La Bourgeoisie sous les Armes forme
une double haye depuis l'entrée de la Ville
jusques chez lui , où il reçût le compli
ment des Echevins et des Officiers du
Corps de la Ville . Il reçut ensuite les
complimens de tous les Corps Ecclesiastiques
, Seculiers et Reguliers , des Officiers
du Bailliage , de l'Election , et des
autres Compagnies .
Les Jesuites y conduisirent un nombre
chosi de leurs Ecoliers , qui firent leurs
complimens en Prose et en Vers François
, en Latin et en Grec. Il retint plus
de soixante personnes à souper ; il y eut
I. Vol. trois
JUIN. 1734. ΙΙΟΙ
trois tables de vingt couverts chacune
servies avec la même magnificence et le
même ordre.
Le lendemain une troupe de jeunes
Garçons de distinction , de l'âge de sept
à huit ans , un des Fils du Lieutenant general
du Baillage à leur tête , et portant la
parole , lui vint faire un compliment en
vers qui lui plut beaucoup. Ce Seigneur
eut la bonté de lui faire present et de le
ceindre d'une magnifique épée, en répondant
à son compliment avec la derniere
politesse.Le jeune Enfant sensible au-delà
de l'expression à l'honneur qu'il avoit
reçû , pressa vivement M. son Pere de
lui composer un remerciement qu'il apprit
toute la nuit , et qu'il alla reciter le
endemain.
Le surlendemain le Comte d'Albon fit
inviter à dîner tous les Corps , au nombre
de plus de 60. personnes , ainsi que
les Officiers Militaires ; la même délicatesse
et la même abondance s'y firent
remarquer.
Une partie des jeunes Cavaliers et des
Amazones qui allerent au devant de lui,
pour terminer toutes ces fêtes parun spectacle
vif et brillant,a fait dresser un Théâtre
magnifique dans le jeu de Palme de
la Ville , sur lequel ils ont represent la
I. Vol. Cy Tra1102
MERCURE DE FRANCE
Tragedie d'Andromaque , suivie de la petite
Piece des Vendanges de Surenne , avec
tous les ornemens , mêlés de danses. Les
Acteurs ont passé l'attente desSpectateus ;
et le Marquis de C .... qui s'est chargé
de les exercer , doit s'applaudir de ses
soins , encore plus de ses talens pour la
déclamation .
On peut dire que dans toutes ces Fêtes
rien n'a manqué de la part de la Province,
pour prouver à M. le Comte d'Albon
combien les coeurs lui sont dévoüés ; et
de la part de ce Seigneur , combien il a
été sensible aux empressemens qu'on lui
a témoignés.
Voici le compliment du Fils de M. Huť
de la Curée , Lieutenant General au
Bailliage de Roanne.
SEigneur , les jeux , les ris , les fêtes , l'allo
gresse ,
Ont été de tout tems amis de la jeunesse ;
Permets donc qu'Apollon secondant nos transports ,
Pour les mieux exprimer nous prête ses accords.
› Ta Noblesse, ton Sang , ton coeur ton caractere
T'acquirent de tout tems le doux talent de plaire ;
Et de tes qualités sincere admirateur ,
Chacun t'ofre à l'envi l'hommage de son creur.
Nos braves Citoyens par leur ardeur guerriere ,
I. Vol.
Sem17'
4. 1103
Semblent aux champs de Mars s'ouvrir une car◄
riere ;
Au bruit de leurs Tambours , au son de leurs Clairons
"
¿
On voit à chaque instant grossir leurs Bataillons
Et d'une double file honorant ton passage,
De leur filelité leur ardeur est le gage ,
Empressés de prouver que sous tes étendarts
Leur valeur défendra leurs antiques remparts.
Des Echevins zelés à leur devoir dociles ,
T'ofrent les clefs des coeurs avec celles des Villes.
Et vientnent t'assûrer de leur attachement ,
Par la solemnité d'un auguste serment ;
De toute part l'écho de la voix populaire ,
Benit l'heureux instant où tu vis la lumiere.
Mille et mille soukaits portés jusques aux Cieux
pour toi des jours sains et nom- Leur demandent
breux .
Resterons- nous muets, tandis que tout s'anime ?
Non , non >
nous allons tous d'une voix unanime
Crier dans nos transports longissimè vivat ;
Voilà nos voeux , Seigneur , Deus exaudiat.
Suit le Remerciement du même jeune
Homme , sur l'épée dont M.d'Albon
lui a fait present.
SEigneur , mon coeur reçoit avec reconnoissance
Ce present que je dois à ta magnificence .
1.Vol. Cvj Tu
1104 MERCURE DE FRANCE
Tu m'armes Chevalier : Ceux des siecles passés
Vont voir par mes exploits tous les leurs effacés..
Je sens avec mon sang circuler le courage ,
Et mon ardeur prévient les forces de mon âge ;
Les Renauds , les Rollands , et les deux Amadis,
Instruits de mes projets en feroient interdits.
Le trait n'est point Gascon ; car aux ames bien
nées
La valeur n'atsend pas le nombre des années ;
Et quand par toi , Seigneur , on voit armer son
bras,
On brave les périls et l'horreur du trépas.
Paroissez , fier Germain , paroissez , Moscovite,
Je fçaurai vous dompter , vous réduire à lafuite
J'enjure par ce fer que j'ai reçû de toi ,
Par lafidelité que je dois à mon Roi,
Par l'amour paternel , par celui de la gloire ,
Enfin par le désir de vivre dans l'histoire.
Mais ce fer me seroit encor plus précieux
Si pour toi je pouvois l'employer à tes yeux.
, Prince d'Yvetot , dans la Charge
de Lieutenant de Roi de la Province de
Foretz.
L
A Maison d'Albon est connue pour
une des plus anciennes du Royaume ,
et ceux qui connoissent particulierement
M. le Comte d'Albon avoue que ses qualités
personnelles sont encore au- dessus
de sa naissance . Le Roi vient de lui accorder
des Provisions pour la Lieutenan
ce de Roi de la Proviuce de Foretz , va
cante par le décès du Comte de Verdun .
La Ville de Roanne , Capitale de la pe
tite Province de Roannois , qui fait partie
du Foretz , se felicite d'avoir vû naître
le Comte d'Albon , qui s'y rendit au
commencement de l'hyver dernier , et
voyant la Noblesse et les Corps disposés
à lui rendre les honneurs dûs à la Digni
té pour laquelle il venoit de prêter serment
entre les mains de Sa Majesté , sa
modestie lui fit differer de les recevoir
jusqu'après son installation ; cependant
il donna aux Dames pendant le Carna
val plusieurs Fêtes galantes, dont la der-
1. Vola
niere
JUIN. €734- 1079 ,
niere fut distinguée par l'abondance et la
somptuosité. Cent dix- huit personnes invitées
à un grand répas , furent servies
avec autant d'ordre et de propreté, que de
délicatesse et de goût .
Les R. P. Jesuites , pour contribuer à
la joye publique , firent représenter par
leurs Ecoliers la Tragedie du Sacrificce
d'Abraham , de la composition du P. Brumoy.
Les Acteurs surpasserent les talens
ordinaires des Enfans de leur âge , par l'intelligence
et la précision de leur déclamation
, et cette Représentation procura à
M. le Comte d'Albon les premiers complimens
publics. Ces mêmes Peres prépa -1
rent actuellement un jeune Ecolier à soutenir
une These publique de Litterature
qui lui sera dédiée, et qui terminera tout
ce qui se sera passé à cette occasion .
s ,
Dès les premiers jours d'Avril le Comte
d'Albon ayant fait sçavoir à la Ville
de Monbrison le jour qu'il y arrivercit
pour l'enregistremsnt de ses Provisions
et pour prendre possession de sa nouvelle
Dignité, il partit de Roinne, accompagné
de la plus grande partie de la Noblesse de
la Ville et du voisinage , de la Maréchaussée
, de ses Gardes , et d'un grand nombre
d'Officiers et de Domestiques de sa
Maison ; la Bourgeoise des petites Villes
I. Vol.
qiu
C
1994 MERCURE DE FRANCE
qui sont sur la route vint à cheval audevant
de lui , le complimenta et l'accompagna
de Ville en Ville.
Il alla coucher de Roanne à Leigneux ,
Maison et Chapitre de Chanoinesses de
la premiere distinction ; il fut reçû avec
les marques du plus vif empressement ,
complimenté par le Chapitre et par la Noblesse
du voisinage qui s'y étoient rendus
en grand concours . Il en partit le lende
main avec le même cortege , et la Noblesse
qui l'avoit accompagné de Roanne ,
se trouva encore augmentée par celle
qui s'étoit rendue à Leigneux. Le Lieutenant
du Prévôt de la Maréchaussée de.
Monbrison, à la tête de ses Brigades, vint
jusques près de Leigneux, le complimenta
, et l'accompagna jusqu'à Monbrison .
Sur les limites de la banlieuë de cette
Ville , le Lieutenant General du Bailliage
avec la Noblesse de la Ville et des environs
, plusieurs Officiers de ce Siege ,
de l'Election , et des autres Corps vinrent
à cheval au devant de lui .
A son entrée dans la Ville , on fit une
décharge de Fauconneaux et de Boëtes ,
dans le tems que les Echevins firent leur
compliment. La Milice Bourgeoise sous
les Armes , Tambours battans , Enseignes
déployées , formant une double haye de-
1. Vol.
puis
JUIN.
1095
1734.
puis les Portes de la Ville jusqu'à l'Hôtel
qui lui avoit été préparé . Il s'y rendit aux
acclamations du Peuple et au bruit de la
mousqueterie , entouré de huit Drapeaux
de la Bourgeoisie , les Dames magnifiquement
parées étant aux fenêtres. Il trouva
à son Hôtel une infinité de personnes de
distinction , que l'âge ou les infirmités
empêchoient de donner des marques plus
vives de leur zele. Le soir on alluma des
feux dans les rues et dans les Places
bliques , et presque toutes les maisons curent
des illuminations ; on y vit sur tout
quantité de lanternes ingenieusement
faites et peintes aux Armes de la Maison
d'Albon .
pu-
Le lendemain la Milice Bourgeoise se
mit en double haye depuis l'Hôtel du
Comte d'Albon jusqu'au Palais . Les Echovins
, en habit de ceremonie , avec les
Officiets de la Ville , le vinrent prendre;
il étoit précedé dans sa marche par une
Compagnie Franche de 30. hommes d'élite
, en habits uniformes , d'un grand
nombre de Gentilshommes , d'Officiers
Militaires, et d'une infinité de personnes
disringuées ; ses Gardes marchoient immediatement
devant lui , et les Echevins
à ses côtés. La marche étoit fermée par
un nombre égal de trente hommes de la
I. Vol. Cij même
1096 MERCURE DE FRANCE
même Compagnie Franche ;, il fut ainsi
conduit au bruit des Fauconneaux , des
Boëtes , de la Mousqueterie et des Tambours
.A la Porte duPalais il reçut un compliment
du Doyen du Bailliage , qui l'ac
compagna jusqu'au fauteuil qui lui étoit
préparé au milieu du Parquet , et dans
lequel il se plaça , ayant à ses côtés les
Echevins et les Officiers de Ville sur des
chaises ordinaires. La salle d'Audiance
étoit extrêmément ornée , les Dames richement
parées , et beaucoup de personnes
s'y étoient rendues pour assister à la
ceremonie.
L'Huissier Audiancier ayant donné le
signal , le Sieur de Pomerolle , celcbre
Avocat, prononça un três - beau Discours
sur le sujet de la Séance ; il s'étendit sur
l'ancienne origine de la Maison d'Albon
, que l'Histoire assûre être sortie des
Dauphins de Viennois , sur le nombre des
Illustres personnages qu'elle a donnés à
l'Eglise de Lyon depuis l'onziéme siecle.
L'éloge de M. l'Abbé Comte d'Albon
qui est le quatriéme Archidiacre de cette
Eglise de son nom , ne fut point oublié;
ses grandes qualités le rapprochent si fort
de M. son Frere, qu'il semble ne lui ceder
que par la seule circonstance d'être son
puîné.
3
I. Vol. L'OraJUIN.
1734. 1097
L'Orateur rappella la memoire du fameux
Antoine d'Albon , Archevêque de
Lyon , et Commandant pour le Roi dan's
le Gouvernement ; il fit mention de tous
ceux de cette Maison qui avoient rempli
les Dignités de cette Eglise , ainsi que
des quatorze Abbés de Savigny , de plusieurs
Chevaliers et Commandeurs de
Malthe , de deux Gouverneurs du Lyonnois
, Jean et Jacques d'Albon ;, ce dernier
étoit Chevalier des Ordres du Roi
et de la Jarretiere, Favori des trois Rois ;
et si connu dans l'Histoire sous le nom
de Maréchal de Saint André. Il parla de
plusieurs autres Illustres Guerriers , et cafin
du fameux Gosselin d'Albon , Marquis
de Saint Forgeux , duquel M. le Comte
d'Albon décend de Pere en Fils , lequel
se rendit si recommandable dans les premieres
Croizades , et qui rapporta de la
Tetre Sainte le Corps de S. Antoine
dont il fit present à l'Abbaye de cet Ordre.
Il parla aussi de la Transaction faire
entre Jean d'Albon et Humbert Dauphin
de Viennois , qui regle la legitime du premier
. Et en retraçant les differentes Alliances
de cette Maison , il finit par celle
de Camille d'Albon , Marquis de S. Forgeux
, avec Françoise - Julie de Crévant ,
qui a fait entrer dans cette Maison la Prin-
1. Vol. Ciij cipauté
1098 MERCURE DE FRANCE
cipauté Souveraine d'Yvetot en Normandie.
L'Orateur fut particulierement applaudi
lorsqu'il parla des qualités personnelles
de M.le Comte d'Albon , c'est-a- dire
, sa generosité , sa magnificence ,sa pieté,
sa charité, qui lui a merité le titre précieux
de Pere des Pauvres , sa douceur,
son équité , sa politesse , son esprit de
paix qui lerend arbitre des differens , & c.
Ce Discours fut suivi de celui de M.
Thoynet , Procureur du Roi , qui ne
parla pas avec moins d'Eloquence et de
dignité sur le même sujet , et plut infiniment
par sa netteté et par sa précision .
Ensuite M. Demaux , Lieutenant General
, ayant recueilli les voix , prononça
l'enregistrement des Lettres et de l'Acte
d'Installation .
M. le Comte d'Albon s'étant levé et
ayant salué la Compagnie , se remit en
marche dans le même ordre. Le Peuple
fut regalé de plusieurs tonneaux de vin
qui coulerent avec profusion .
Arrivé chez lui il reçût les complimens
de tous les Députés des Corps de la Ville
de Monbrison , et des autres Corps du
département de Forez , ausquels il répondit
avec l'esprit et la politesse qui lui
sont si naturels , et sur tout avec une bonté
de coeur que personne ne se lasse d'admirer.
PenJUIN.
1734 1099
Pendant cinq jours que le Comte d'Albon
a passés à Monbrison , il a tenu deux
tables de vingt- cinq couverts chacune
servies avec la même magnificence , le
même ordre et la même profusion , ce qui
ne l'a pas empêché de faire sentir aux malheureux
que sa generosité et sa charité
étoient inépuisables . Les accommodemens
qu'il a faits ont annoncé que la paix
et l'union ont été ses premieres vûës dans
l'exercice de sa Charge.
Avant son départ les Officiers de Monbrison
lui donnerent uneFête magnifique.
Son retout à Roanne fut celebré par les
mêmes honneurs ; les principales Dames ,
très- parées , allerent dans leurs carosses
au devant de lui à plus d'une lieuë. Une
troupe de plus de cinquante Cavaliers formée
par les principaux de la Ville , propre
ment vêtus et très - bien montés sur des
chevaux richement harnachés , avoit précedé
le carosse des Dames , et étoient
allés à plus de trois lieuës au- devant du
nouveau Lieutenant de Roi . Un Trompette
marchoit à la tête de la Troupe ;
celui qui la commandoit le salua de Fépée
, et lui fit un compliment militaire
qui fut très- goûté et parfaitement bien
reçû.
Le Lieutenant de la Maréchaussée de
1. Vol. Ciiij Roanne
1100 MERCURE DE FRANCE
Roanne fut aussi à la tête de ses Brigades
à quatre ou cinq lieuës au devant de lui;
mais ce qui parut le plus remarquable fut
uneCompagnie de douze jeunes Demoiselles
des plus distinguées et des plus brillantes
, une Dame à leur tête , toutes en habit
d'Amazones , escortées par un pareil
nombre de jeunes Cavaliers , parfaitement
bien montés , qui furent aussi audevant
de lui à près de deux lieuës ; et
après le compliment que lui fit la Dame
qui les conduisoit , elles lui firent cortege
jusqu'a son Hôtel . Son arrivée à Roanne
fut annoncée comme à Monbrison ,
par le bruit des boëtes , de la Mousqueteric
, des Tambours , & c.
La Bourgeoisie sous les Armes forme
une double haye depuis l'entrée de la Ville
jusques chez lui , où il reçût le compli
ment des Echevins et des Officiers du
Corps de la Ville . Il reçut ensuite les
complimens de tous les Corps Ecclesiastiques
, Seculiers et Reguliers , des Officiers
du Bailliage , de l'Election , et des
autres Compagnies .
Les Jesuites y conduisirent un nombre
chosi de leurs Ecoliers , qui firent leurs
complimens en Prose et en Vers François
, en Latin et en Grec. Il retint plus
de soixante personnes à souper ; il y eut
I. Vol. trois
JUIN. 1734. ΙΙΟΙ
trois tables de vingt couverts chacune
servies avec la même magnificence et le
même ordre.
Le lendemain une troupe de jeunes
Garçons de distinction , de l'âge de sept
à huit ans , un des Fils du Lieutenant general
du Baillage à leur tête , et portant la
parole , lui vint faire un compliment en
vers qui lui plut beaucoup. Ce Seigneur
eut la bonté de lui faire present et de le
ceindre d'une magnifique épée, en répondant
à son compliment avec la derniere
politesse.Le jeune Enfant sensible au-delà
de l'expression à l'honneur qu'il avoit
reçû , pressa vivement M. son Pere de
lui composer un remerciement qu'il apprit
toute la nuit , et qu'il alla reciter le
endemain.
Le surlendemain le Comte d'Albon fit
inviter à dîner tous les Corps , au nombre
de plus de 60. personnes , ainsi que
les Officiers Militaires ; la même délicatesse
et la même abondance s'y firent
remarquer.
Une partie des jeunes Cavaliers et des
Amazones qui allerent au devant de lui,
pour terminer toutes ces fêtes parun spectacle
vif et brillant,a fait dresser un Théâtre
magnifique dans le jeu de Palme de
la Ville , sur lequel ils ont represent la
I. Vol. Cy Tra1102
MERCURE DE FRANCE
Tragedie d'Andromaque , suivie de la petite
Piece des Vendanges de Surenne , avec
tous les ornemens , mêlés de danses. Les
Acteurs ont passé l'attente desSpectateus ;
et le Marquis de C .... qui s'est chargé
de les exercer , doit s'applaudir de ses
soins , encore plus de ses talens pour la
déclamation .
On peut dire que dans toutes ces Fêtes
rien n'a manqué de la part de la Province,
pour prouver à M. le Comte d'Albon
combien les coeurs lui sont dévoüés ; et
de la part de ce Seigneur , combien il a
été sensible aux empressemens qu'on lui
a témoignés.
Voici le compliment du Fils de M. Huť
de la Curée , Lieutenant General au
Bailliage de Roanne.
SEigneur , les jeux , les ris , les fêtes , l'allo
gresse ,
Ont été de tout tems amis de la jeunesse ;
Permets donc qu'Apollon secondant nos transports ,
Pour les mieux exprimer nous prête ses accords.
› Ta Noblesse, ton Sang , ton coeur ton caractere
T'acquirent de tout tems le doux talent de plaire ;
Et de tes qualités sincere admirateur ,
Chacun t'ofre à l'envi l'hommage de son creur.
Nos braves Citoyens par leur ardeur guerriere ,
I. Vol.
Sem17'
4. 1103
Semblent aux champs de Mars s'ouvrir une car◄
riere ;
Au bruit de leurs Tambours , au son de leurs Clairons
"
¿
On voit à chaque instant grossir leurs Bataillons
Et d'une double file honorant ton passage,
De leur filelité leur ardeur est le gage ,
Empressés de prouver que sous tes étendarts
Leur valeur défendra leurs antiques remparts.
Des Echevins zelés à leur devoir dociles ,
T'ofrent les clefs des coeurs avec celles des Villes.
Et vientnent t'assûrer de leur attachement ,
Par la solemnité d'un auguste serment ;
De toute part l'écho de la voix populaire ,
Benit l'heureux instant où tu vis la lumiere.
Mille et mille soukaits portés jusques aux Cieux
pour toi des jours sains et nom- Leur demandent
breux .
Resterons- nous muets, tandis que tout s'anime ?
Non , non >
nous allons tous d'une voix unanime
Crier dans nos transports longissimè vivat ;
Voilà nos voeux , Seigneur , Deus exaudiat.
Suit le Remerciement du même jeune
Homme , sur l'épée dont M.d'Albon
lui a fait present.
SEigneur , mon coeur reçoit avec reconnoissance
Ce present que je dois à ta magnificence .
1.Vol. Cvj Tu
1104 MERCURE DE FRANCE
Tu m'armes Chevalier : Ceux des siecles passés
Vont voir par mes exploits tous les leurs effacés..
Je sens avec mon sang circuler le courage ,
Et mon ardeur prévient les forces de mon âge ;
Les Renauds , les Rollands , et les deux Amadis,
Instruits de mes projets en feroient interdits.
Le trait n'est point Gascon ; car aux ames bien
nées
La valeur n'atsend pas le nombre des années ;
Et quand par toi , Seigneur , on voit armer son
bras,
On brave les périls et l'horreur du trépas.
Paroissez , fier Germain , paroissez , Moscovite,
Je fçaurai vous dompter , vous réduire à lafuite
J'enjure par ce fer que j'ai reçû de toi ,
Par lafidelité que je dois à mon Roi,
Par l'amour paternel , par celui de la gloire ,
Enfin par le désir de vivre dans l'histoire.
Mais ce fer me seroit encor plus précieux
Si pour toi je pouvois l'employer à tes yeux.
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Résumé : L'INSTALLATION du Comte d'Albon, Prince d'Yvetot, dans la Charge de Lieutenant de Roi de la Province de Foretz.
Le Comte d'Albon, Prince d'Yvetot, issu d'une des plus anciennes maisons du Royaume, a été nommé Lieutenant du Roi de la Province de Foretz après le décès du Comte de Verdun. La ville de Roanne, capitale du Roannois, a célébré sa nomination et ses qualités personnelles. Le Comte d'Albon a organisé plusieurs fêtes à Roanne, dont la dernière a été particulièrement somptueuse avec 118 invités. Les Jésuites ont contribué à la joie publique en représentant la tragédie du Sacrifice d'Abraham. Le Comte d'Albon s'est ensuite rendu à Monbrison pour l'enregistrement de ses provisions et la prise de possession de sa nouvelle dignité. Il a été accompagné par la noblesse, la maréchaussée, et un grand nombre d'officiers et de domestiques. À Monbrison, il a été accueilli avec des honneurs militaires et des illuminations. L'enregistrement des lettres et de l'acte d'installation a été suivi de discours élogieux sur la Maison d'Albon et les qualités personnelles du Comte. Pendant son séjour à Monbrison, le Comte d'Albon a tenu des tables somptueuses et a fait preuve de générosité envers les pauvres. Son retour à Roanne a été célébré par des honneurs similaires, avec des fêtes et des spectacles organisés par la jeunesse locale. Les Jésuites ont présenté des compliments en prose et en vers. Le Comte d'Albon a reçu des compliments de divers corps ecclésiastiques et militaires, et a offert des présents, notamment une épée à un jeune garçon. Les fêtes se sont conclues par une représentation théâtrale. Le texte est également un poème célébrant le courage et la loyauté des citoyens et d'un jeune homme en particulier. Les citoyens, animés par une ardeur guerrière, proclament leur fidélité et leur valeur sous les étendards de leur seigneur. Les échevins offrent les clés des cœurs et des villes, assurant leur attachement par un serment solennel. La voix populaire bénit l'instant de la naissance du seigneur et souhaite pour lui des jours sains et nombreux. Le jeune homme remercie son seigneur pour le présent d'une épée, symbole de son armement en chevalier. Il exprime sa reconnaissance et sa détermination à accomplir des exploits qui effaceront ceux des siècles passés. Il affirme que le courage circule dans son sang et que son ardeur dépasse les forces de son âge. Il se compare aux héros légendaires comme Renaud, Roland et les deux Amadis, et se prépare à affronter les Germains et les Moscovites. Il jure par l'épée reçue, sa fidélité au roi, l'amour paternel, la gloire et le désir de vivre dans l'histoire. Il exprime enfin le souhait d'utiliser cette épée pour son seigneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16808
p. 244-258
Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy par cet amour paternel qui luy a fait rechercher [...]
Mots clefs :
Salut, Religion prétendue réformée, Prudence, Hérésie, Ténèbres, Erreur, Autorité, Tolérance, Maisons, Catholiques, Ministres, Éducation des enfants, Édit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
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Résumé : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
En février 1686, Victor-Amédée, Duc de Savoie, publia un édit visant à réprimer la religion réformée dans ses États. Cette décision fut motivée par les abus commis par les protestants malgré la tolérance précédente. Le Duc mentionna que les monarques antérieurs avaient tenté des conversions mais avaient été influencés par des interventions étrangères. La récente conversion des protestants voisins, soutenue par le roi de France, offrit une opportunité de finaliser cette conversion. L'édit interdisait l'exercice public de la religion réformée et ordonnait la démolition des temples. Les ministres protestants devaient se convertir au catholicisme sous quinze jours, sinon ils seraient expulsés et leurs biens confisqués. Les nouveaux-nés devaient être baptisés par des curés catholiques et élevés dans la foi catholique, sous peine de sanctions pour les parents non conformes. L'édit stipulait également que les enfants de couples mixtes devaient être élevés dans la religion catholique. Les autorités locales étaient chargées de veiller à l'application de cette règle. Pour les étrangers protestants résidant illégalement, la conversion au catholicisme était obligatoire sous peine de mort et de confiscation des biens. Ils pouvaient vendre leurs biens, mais ceux-ci devaient être achetés par des catholiques. Les magistrats et officiers de justice devaient faire respecter cet édit, dont la publication devait suivre les formalités habituelles et avoir force de loi pour tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16809
p. 1092-1108
TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Début :
Nous voicy donc enfin arrivez, Monsieur, au plus bel endroit [...]
Mots clefs :
Professeur d'Université, Bureau typographique, Société des arts, Collège du Plessis, Académies, Machine typographique, Méthodes, Alphabet, Syllabes, Ecoles d'Europe, Enfants typographes, Précepteurs typographistes, Docteur Abécédiste, Buraliste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
ROISIEME Lettre d'un Professeur
del'Université de Paris , un Principal
de Province , sur le Bureau Typogra
phique.
Ni
Ous voicy donc enfin árrivez, Monsieur , au plus bel endroit de la Lettre , qui paroît au Buraliste , bien audessus des Vers de M. le Beau , et de la
Prose de M. Gaullyer , et qui nous pároît , à nous valoir au moins toutes les
Lettres écrites par le nouvel Abécédiste ,
I. Vol,
pour
JUI N. 1732 1093
pour faire valoir son ABC. Typogra
phique. C'est là qu'il met tout le fort
de sa Cause ; c'est un sujet de joye et de
triomphe pour lui ; c'est un Certificat
des plus autentiques et un Jugement sans
appel ; c'est par-là enfin , qu'en idées au
moins , il abbat et terrasse tous ses ennemis , sur tout les Régens du College du
Plessis.
Voici , Monsieur , ( dit-il d'un air victorieux
et triomphant ) un Certificat qui vous fera voir
un Jugement de la Societé des Arts , un peu dif- ferent de celui des Régens du College du Plessis.
EXTRAIT du Registre des Déliberations
de la Societé des Arts , du Dimanche
17. Décembre 1730.
Ce jour , Messieurs Medallon , Romieu , Degua , et Remond, Commissaires nommez par déliberation de la Societé du 27. Août dernier ,
pour l'examen d'une nouvelle Machine servant
à apprendre aux enfans plus facilement et plus promptement à connoître les Lettres , à les assem◄
bler , à ortographier , tant en Latin qu'en François, et même les premiers principes de la Langue
Latine , présentée à la Societé par le sieur Dumas,
sous le nom du Bureau Typographique , ont fait
leur rapport à la Compagnie , conçu en ces
termes :
Рома
Nous Commissaires nommez par la Societé pour
L'examen du Bureau Typographique , inventé
le sieur Dumas , certifions que cette nouvelle invention nous a parû mériter à plusieurs titres une entiere préference sur toutes les Méthodes employées I. Vol. jusqu'
T094 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à présent pour l'instraction des enfans , en te
qu'ilfournit un moyen infaillible d'employer utilement les premieres années de la plus tendre enfance,
en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui
accompagne cet age , en épargnant les préceptes , en
ne parlant qu'au sens et à l'imagination , qui sont
le seul partage de l'enfance , en profitant même des
imperfections de cet age pour le progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir, et d'une prat que aisée et mécanique , laquelle
est néanmoinsfondée sur la théorie la plus exacte et la mieux suivie , enfin en donnant aux enfans une
habitude d'ordre et de travail , et ce qui mérite encore plus d'attention , en leur épargnant le dégots
qui les éloignant de l'étude , décide souvent de leur
sort pour le reste de leur vie. Nous croyons que tous
teux qui sentent l'importance de l'emploi des premieres années de l'enfance , regarderont avec estime
une invention dont l'utilité s'étend sur tous les âges,
et que l'Auteur recueillira par le succès et l'Approbation generale du Public , la seule récompense
qu'il ait attenduë de son travail.
Je soussigné Secretaire de la Societé des Arts ,
certifie que l'Extrait cy-dessus a été tiré du Registre des Déliberations de la Societé , et qu'il
est en tout conforme à son original. Donné à
Paris ce 14. Septembre 1731. HYNAULT.
Que ferai-je présentement ? de quel
côté me tournerai- je ? à qui aurai- je recours ? à l'Académie Françoise ? elle ne
voudra pas porter son jugement après la
Societé des Arts ; et comme il s'agit de
Latin , elle me renverra à l'Université
comme elle y a déja renvoyé le grand
I. Vol. Inven
JUIN. 1732. 1095
Inventeur de la Regle monosyllabique
ad, et de la Leçon d'une demie heure.
Al'Académie des Sciences ? mais oseroitelle juger d'un Systême mécanique moins
favorablement que ceux qui font, dit- on,
des mécaniques , presque toute leur occupation ? M'adresserai- je à l'Université?
il est vrai qu'elle est depuis plusieurs siecles la mere des Arts et des Sciences ,
qu'elle a le droit de prononcer sur ces
matieres, et qu'elle l'a souvent exercé avec
grand contentement , et avec l'applaudissement de la République des Lettres.
Ainsi comme elle s'est déja déclarée plus
d'une fois pour l'ancienne Méthode , je
n'aurois pas de peine à en obtenir une
décision contraire à celle de ces Mrs de
la Societé des Arts.
par des '
Mais de quelle utilité seroit pour moi
cette décision ? Le Buraliste n'en appel
leroit-il pas , comme étant faite
Juges suspects de partialité , et n'opposeroit-il pas à toutes les Universitez du Monde , l'autorité de la Societé des Arts , et
ne secroiroit- il pas bre de ce grand nom à couvert à l'omde réJe n'ai donc , je
crois , d'autre parti à prendre que
pondre au Certificat de ces M , et d'affoiblir un peu le coup mortel que le Machiniste a prétendu porter par là à tous
1. Vol. C les
1096 MERCURE DE FRANCE
les Régens , et particulierement à ceux
du College du Plessis. C'est à quoi pourront peut- être servir les Refléxions suivantes.
Je remarque donc d'abord que l'humilité de l'Auteur du Bureau, qui a bien voulu présenter et soumettre sa nouvelle Machine à l'examen de la nouvelle Societé,
la politesse et l'humanité des Examina
teurs , l'affection particuliere qu'ils ont
pour tout ce qui est mécanique , et.pour
tous les nouveaux Machinistes , tour
cela a peut-être contribué à leur faire
porter du Bureau Typographique un Jugement si favorable , autant . et même
plus, que la vûë claire et distincte de la
bonté et de l'utilité de cette Méthode de
bois.
En second lieu ces Mes n'ont point prononcé sur la préference que la Machine
doit avoir sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present pour enseigner
aux enfans le Grec, l'Hebreu , l'Arabe
&c. 'Histoire , la Fable , la Chronolo
gie , la Géographie , les Généalogies , le
Blason , les Médailles , les Arts et les
Sciences, et par conséquent les Mécaniques , qui font leurs occupations particulieres , et à quoi le Buraliste prétend que
son Bureau est necessaire ( Lettre 4. page
1. Vol.
62.)
JUIN. 1732. 1097
2. ) ils se sont restraints à dire qu'il sert
à apprendre à connoître les Lettres , à les
assembler , à ortographier , tant en Latin
qu'en François , et même les premiers
principes de la Langue Latine , ajoûtentils, ce semble, avec quelque peine et sans
aller plus loin.
Troisièmement, l'Eloge que les quatre
Examinateurs font de la Machine Typo
graphique , et l'entiere préference qu'ils
lui donnent sur toutes les Méthodes qui
ont existé jusqu'à ce jour , nous paroît
convenir bien mieux à l'ingénieuse et à
l'admirable invention des Lettres et de
leurs combinaisons pour former les syllabes , qui se trouvent dans le moindre
petit Alphabet. C'est ce que Lucain et
son Traducteur Brebeuf ont exalté just
qu'au Ciel par ces Vers si beaux et si magnifiques :
Phænices primi, fama si creditur , ausi
Mansúram rudibus vocem signarefiguris.
Lucain 22.
C'est de lui que nous vient cet Art ingenieur
De peindre la parole et de parter aux yeux';
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la parole et du corps aux pensées.
Ainsi le Buraliste ne doit pas si fərt
I. Vol. Cijs'en
1098 MERCURE DE FRANCE
s'en orgueillir de ce qu'on a dit en faveur
de son Bureau , puisque les Lettres et les
Syllabes et par consequent l'Alphabet
qui les contient et qu'il méprise tant ,
nous paroît mériter à plusieurs titres
une entiere préference.
*
Ex
Examinons présentement plus en détail
le Certificat , et pesons en toutes les paroles. Nous certifions , dit-on , que cette
nouvelle invention nous a parû mériter à
plusieurs titres une entiere preference sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present
pour l'instruction des enfans , même pour les
premiers principes de la Langue Latine;
par consequent sur la Méthode de Quintilien , de Despautere , de Sanctius et de
Vossius , de M M. de Port Royal , de
M. Rollin et de M. le Fevre , &c. MTs les
Commissaites nommez par déliberation
de la Societé , du Dimanche 27. Août
1730. ont fait leur rapport aussi le Dimanche 17. Septembre de la même année. Du premier terme au second , il n'y
a que 112. jours ou 16. Semaines , c'està-dire,pas quatre mois entiers. Qui pour
ra donc être assez simple pour croire
qu'un espace si court ait suffi pour lire les
anciennes Méthodes, et les comparer avec
la nouvelle , ou que sans les lire , on ait
pû en juger sainement et lui donner rai1. Vol son-
JUIN. 1732. 1099
sonnablement une entiere préference sus
elles ?!
Un Alphabet ne fournit- il pas aussi aux
enfans un moyen infaillible d'employer utibement les premieres années de la plus tendré
enfance , en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui accompagne cet âge ? N'épargne-t- il pas les préceptes en ne parlant qu'aux
sens ( aux yeux qui sont le sens le plus
vif ) et à l'imagination , tandis que le Maître parle aux oreilles , qui sont , non le
seul, ( car il y a la memoire ) mais un des
meilleurs partages de l'enfance ? Par le
moyen de l'Alphabet ne profite- t'on pas
même des imperfections de cet age pour le
progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir , sur tout si
Alphabet est de bon pain d'épice ou de
quelqu'autre pâte sucrée , comme le veut
M. de Vallange et d'une pratique aisée et
toute mécanique , c'est- à- dire d'une digestion facile , toute physique et très- utile
pour la santé , pourvû qu'on n'en prenne
pas avec excès : laquelle est neanmoins fondée sur la théorie la plus exacte et la mieux
suivie , sçavoir ,sur les combinaisons meryeilleuses des Lettres et des Syllabes ; enfin en donnant aux enfans une habitude
d'ordre et de travails d'ordre , tel qu'il est
suivi generalement dans tous les Diction
I. Vol. C iij naires
1100 MERCURE DE FRANCE
naires , et qu'il est le plus naturel pour les
enfans ; de travail , par rapport à
àlala pro
nonciation de certaines syllabes rudes et
retives sur laquelle Quintilien veut qu'on
les exerce beaucoup ; et , pour me servir
toûjours des expressions de M M. Medallon , Degua , Romieu et Remond , ce qui
mérite encore plus d'attention , en leur épar
gnant le dégoût , qui les éloignant de l'étude,
décide souvent de leur sort pour le reste de
leur vie.
Je croi donc que tous ceux qui sentent
L'importance de l'emploi des premieres années
de l'enfance , regarderont avec estime une invention dont l'utilité , durant une longue
suite de siecles , depuis Cadmus , premier
Inventeur des Lettres de l'Alphabet , jusqu'à nous, s'est étendue , et plus que problablement depuis nous jusqu'à la fin du
monde , malgré l'invention de la Machi
ne Typographique , s'étendra sur tous les
hommes,de quelque âge, de quelque sexe,
de quelque qualité et condition qu'ils
soient , et que l'Auteur ( c'est Cadmas
et non l'Auteur du Bureau ) recueillira ,
comme il l'a toûjours recueilli , par le
succès et l'approbation generale du Public ,
la seule récompense qu'il ait attendu de son travail.
N'est-il pas clair que le Certificat
de
I. Vol. Mrs
JÚ IN. 1732. 1101
Mles quatre Commissaires , ainsi tourné,
et expliqué, est bien plus conforme à la
verité et plus honorable pour eux et
pour la Societé des Arts , dont ils sont
Membres? Mais de quelle utilité peut-il
être pour le Buraliste , puis qu'il met l'invention des Lettres et de l'Alphabet qu'il
méprise tant , bien au-dessus du Bureau
Typographique , qu'il estime seul et qu'il
prefere hautement et en toutes occasions
aux Méthodes vulgaires reçûës jusqu'ici
dans toutes les Ecoles d'Europe.
Au reste on ne voit pas trop la raison
pourquoi ce Certificat donné le 17. Décembre 1730. n'a été délivré par M. Hynault , Secretaire de la Societé des Arts ,
que le 19.Septembre 173 1. ne seroit- ce pas
quel'Auteurdu Bureau n'a pas crû enavoir
besoin pour se deffendre contre ses Adversaires qui ont écrit en Prose contre lui ,
et qu'au contraire ill'a crû necessaire pour
résister à son nouvel antagoniste , qui par,
sa petite Comédie de 800. Vers environ
lui a donné un si terrible assaut et livré
un si cruel combat , qu'il n'y a pas d'apparence qu'il s'en releve jamais. Revenons
presentement au Buraliste , nous n'aurons
pas grande peine à l'expedier , présentément que nous nous sommes tirés d'un si
mauvais pas.
و
1. Vol. Ciiij Les
roz MERCURE DE FRANCE
Les parens , dit-il , curieux en fait d'éducation , qui voudront connoître par euxmêmes le mérite et l'utilité du Bureau Typographique , pourront prendre la peine d'aller
voir les Enfans Typographes , instruits et
exercez selon cette nouvelle Méthode.
Ils verront quelque chose d'infiniment
moins curieux que ce qu'on voyoit à la
Foire les années précedentes. A la Foire
on voyoit une Chienne qui avoit été tellement dressée, et qui étoit dans ses operations si bien dirigée par son Maître ,
qu'elle jouoit aux cartes et gagnoit des
parties de triomphe , assembloit des Lettres et composoit des mots bien mieux
ortographiez qu'ils ne le sont très- souvent,
suivant les principes du Buraliste , faisoit
enfin plusieurs autres choses sembla- .
bles , toutes plus merveilleuses les unes
que les autres ; et tout cela sans qu'il parût que son Maître l'aîdât en la moindre
chose. Les Enfans Typographes , au contraire , qui sont évidemment conduits
et dirigez par leurs Precepteurs Typographistes , suivent très-souvent une ortographe qui est très- mauvaise, et écrivent,
par exemple , Filipe , au lieu de Philippe ;
faute que la Chienne de la Foire n'auroit
jamais faite.
Ontrouvera, continuë le Buraliste , chez
I. Vol nn
JUIN. 17328 1103.
.
un Marchand de Soye , au Bras d'or, dins
la rue S Denis , vis- à- vis sainte Catherine ,
une aimable perite fille au- dessous de trois
ans, qui en peu de mois a appris avec le
Bureau , ce que bien des enfans ignorent
après des années d'Ecoles vulgaires. On
trouvera chez M. Procope , vis- à- vis de
la Comédie Françoise , un digne Enfant ,
dont le seul exemple est capable de fermer
la bouche à tous les Critiques. On pourroit
indiquer un grand nombre d'autres Enfans
Typographes , si on ne craignoit de fatiguer les Parens et les Maîtres.
Tous les Enfans de l'un et l'autre sexe,
qui apprennent à lire avec leBureau, sont
tous, au dire du Buraliste, de dignes et d'aimables enfans. Mais sans vouloir rien ici
rabattre de leurs esprits et de leur mérite
ne puis je pas dire des Enfins les plus ordinaires , ce qu'il dit ici de ses Enfans Typo
graphes , qu'on peut, non pas prendre la
peine de les aller voir , mais sans aucune
peine, les voir soit dans les maisons parti
culieres , soit dans les Ecoles publiques , es
remarquer que plusieurs d'entre ceux qui
ont des dispositions heureuses , apprennent à l'âge de trois ans en peu de mois
ce que bien d'autres , que la Nature a
traitez moins favorablement , ignorent
après plusieurs années d'étude opiniâtre,
3
1. Vol. Cy Cette
rio MERCURE DE FRANCE
₹
Cette seule remarque , fondée sur l'expe
rience de tous les lieux et de tous les
temps , est capable de fermer la bouche
à tous les nouveaux Méthodistes , qui
tombent très souvent dans le sophisme , que les Philosophes appellent non
causa , qui consiste à prendre pour la
cause d'un effet , ce qui ne l'est pas veritablement.
·
Don Ventura de Liria , dit-on , qui a
un Bureau au College d'Harcourt , a fait en peu de temps l'heureuse experience
de cette Méthode , de même que le petit
Remilli , qui ayant aussi un Bureau au
College du Plessis , a eu un des Prix de
mémoire, distribuez le jour de la Tragé
die ,
،et qui va en Classe , selon le goût
et la volonté de ses Parens.
Don Ventura de Liria , âgé de 7. ans
environ , et fils d'un très- illustre et trèsaimable Seigneur , que le College du Plessis a eu le bonheur de posseder autrefois , et qui n'a pas eu lieu de se repentig
d'y avoir été instruit selon la Méthode
ordinaire. Je ne sçai pourquoi , pour lui
enseigner l'A B C et les premiers princi
pes du Latin , on a suivi une autre route
que pour M. son père.
Quant au petit Remilli , il est bien vrai
qu'il a eu un Prix de memoire , mais il
1. Vol. est
U IN. 1732. 1105
est aussi très - vrai que c'est à sa memoire et à son industrie qu'il doit ce
Prix , et non au Bureau , auquel jusqu'à
present le Buraliste même n'avoit pas accordé l'avantage de donner de là mẹmoire aux enfans. Cet aimable Enfant va
en septiéme depuis plusieurs mois , selon le goût et la volonté de Mrs ses Pere
et Mere.
:
Les personnes bien intentionnées , continuë le Docteur Abécédisre , qui aiment··
le bien public, sçachant que Monseigneur
Le Dauphin et Mesdames de France , apprennent à lire par la Méthode du Bureau
Typographique , et que l'Auteur , par commission , en a déja envoyé dans les Provinces , ces personnes , dis-je , s'embarraseront
peu des Critiques qu'ont produites jusqu'ici ,
l'ignorance, la prévention et peut- être l'envie ou la mauvaise foi.
Vous voyez , Monsieur , que la source
des injures n'est point taric. Vous sçavez que nous y avons répondu ; si cela
ne suffit pas , voici une réponse de la
façon du Buraliste. Celui qui s'éleve contre
nous , dit-il dans le Mercure de Mars ,
page 426. ou 427. devroit avant que d'écrire , apprendre à penser, et s'il croit avoirraison , nous démontrer avec politesse que·
nous donnons dans Berreur : tout Ecrivain . ,
I. Vol. Cvj donts
1106 MERCURE DE FRANCE
dont le style est grossier , m'est suspect er je
n'en attends aucune instruction.
Tout ceci est bien plus vrai lorsque ,
comme lui , on attaque seul le genre hamain. Quant à l'exemple de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de France ,
qu'ils nous allegue pour la seconde fois
en sa faveur , outre ce que nous y avons
déja répondu , que prouvera- t'il autre
chose , sinon qu'on peut apprendre à
lire par cette nouvelle Méthode , puisqu'on l'a bien appris jusqu'à present par Pancienne Méthode. Mais s'ensuit- il delà qu'ils pourront apprendre le Latin ,
le Grec , l'Hebreu , l'Arabe , &c tous les
Arts et toutes les Sciences , comme l'Auteur le prétend ( Lettre 4. page 62. ) si
cela est, qui m'empêchera de dire , avec
bien plus de raison , qu'on a appris jusqu'à present les Arts et les Sciences par
le moyen de l'Alphabet , et que c'est l'Alphaber qui a formé les Rois , les Guerriers , les Politiques , les Théologiens,
les Jurisconsultes , les Philosophes , les
Orateurs , les Historiens , les Poëtes , & c.
les plus illustres qui ayent paru dans le
Monde depuis l'invention des Caracteres
qui servent à peindre la parole et à par- ler aux yeux ?
Si donc , comme je le souhaite de tout
1. Kol. mon
JUIN. 17323 1107
prit.
mon cœur et comme je l'espere , il arrive
un jour que Monseigneur le Dauphin eɛ
Mesdames de France , surpassent tous les
autres , autant par la grandeur de leur esprit et de leur science , que par celle de
leur Naissance , le Buraliste en donneras,
s'il veut , la gloire à lui et à son Bureau;
pour moi j'attr bûrai plutôt un si heureux
succès à leur excellent naturel, et aux
sçavantes instructions des personnes estimables et respectables à qui le Roy a
confié le soin de leur éducation ; et je
pense qu'en cela je ne serois pas le seul
de mon sentiment.
Ceux , dit enfin le Buraliste , qui souhaiteront avoir quelqu'une des quatre Classes
du Bureau Typographique, en trouveront de
toutes garnies dans la maison attenant la
porte du College de Lisieux , ruë S. Etienne
d'Egrès; l'avis , le prix , et l'instruction sur
les quatre Classes , se trouveront à la fin de
la neuvième Lettre sur la Bibliotheque des
Enfans , inserée dans le Mercure du mois de
Février dernier , page 209. on 234. en atterdant la suite de la Relation Typographi
que , j'ay l'honneur d'être , & c. A Paris.
15 " Septembre 1731. RIOMBAL
Le prix de chacune de ces quatre Clas
ses du Bureau est marqué à la fin de la
Lettre , et fixé depuis une pistole jus1 Kolo qu'à
1108 MERCURE DE FRANCE
1
qu'à dix. Ainsi , vous voyez , Monsieur ,
que l'Auteur ne donne pas ses coquilles
et qu'on pourroit fort bien dire de lui
avec quelque proportion , ce que Ciceron
disoit du Maître de Marc- Antoine : Invideo Magistro tuo , qui te tantâ mercede
nihil sapere docuit. Vous me demanderez
peut- être , comment cela s'accorde avec
ce qui est dit dans la Lettre de Mars
qu'il n'agit par aucune vûë d'interêt et qu'il
ne lui revient rien de ses Bureaux , que bien
de la peine , et dans celle d'Avril , qu'il a
distribué bien des choses gratis , aux riches
comme aux pauvres, &c. et que jusques-là
il n'a pas touché un solpour les Bureaux , et
qu'au contraire il les a prêtez à ceux qui en
ont voulu faire l'experience ? Je n'en sçai
rien , à moins qu'on ne dise que per
sonne ne s'étoit encore présenté pour les
achepter;car je n'oserois vous le faire soupçonner de contradiction et de mensonge.
Quoiqu'il en soit , M³, vous pourrez dorénavant avoir des Bureaux , pour de l'argent,bien entendu. Il se fera aussi un plai---
sir de vous indiquer des Maîtres Typogra
phiques , à qui vous donnerez une bonne
nourriture et des appointemens tres-ho
nêtes. Je suis , Monsieur ; &c.
del'Université de Paris , un Principal
de Province , sur le Bureau Typogra
phique.
Ni
Ous voicy donc enfin árrivez, Monsieur , au plus bel endroit de la Lettre , qui paroît au Buraliste , bien audessus des Vers de M. le Beau , et de la
Prose de M. Gaullyer , et qui nous pároît , à nous valoir au moins toutes les
Lettres écrites par le nouvel Abécédiste ,
I. Vol,
pour
JUI N. 1732 1093
pour faire valoir son ABC. Typogra
phique. C'est là qu'il met tout le fort
de sa Cause ; c'est un sujet de joye et de
triomphe pour lui ; c'est un Certificat
des plus autentiques et un Jugement sans
appel ; c'est par-là enfin , qu'en idées au
moins , il abbat et terrasse tous ses ennemis , sur tout les Régens du College du
Plessis.
Voici , Monsieur , ( dit-il d'un air victorieux
et triomphant ) un Certificat qui vous fera voir
un Jugement de la Societé des Arts , un peu dif- ferent de celui des Régens du College du Plessis.
EXTRAIT du Registre des Déliberations
de la Societé des Arts , du Dimanche
17. Décembre 1730.
Ce jour , Messieurs Medallon , Romieu , Degua , et Remond, Commissaires nommez par déliberation de la Societé du 27. Août dernier ,
pour l'examen d'une nouvelle Machine servant
à apprendre aux enfans plus facilement et plus promptement à connoître les Lettres , à les assem◄
bler , à ortographier , tant en Latin qu'en François, et même les premiers principes de la Langue
Latine , présentée à la Societé par le sieur Dumas,
sous le nom du Bureau Typographique , ont fait
leur rapport à la Compagnie , conçu en ces
termes :
Рома
Nous Commissaires nommez par la Societé pour
L'examen du Bureau Typographique , inventé
le sieur Dumas , certifions que cette nouvelle invention nous a parû mériter à plusieurs titres une entiere préference sur toutes les Méthodes employées I. Vol. jusqu'
T094 MERCURE DE FRANCE
jusqu'à présent pour l'instraction des enfans , en te
qu'ilfournit un moyen infaillible d'employer utilement les premieres années de la plus tendre enfance,
en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui
accompagne cet age , en épargnant les préceptes , en
ne parlant qu'au sens et à l'imagination , qui sont
le seul partage de l'enfance , en profitant même des
imperfections de cet age pour le progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir, et d'une prat que aisée et mécanique , laquelle
est néanmoinsfondée sur la théorie la plus exacte et la mieux suivie , enfin en donnant aux enfans une
habitude d'ordre et de travail , et ce qui mérite encore plus d'attention , en leur épargnant le dégots
qui les éloignant de l'étude , décide souvent de leur
sort pour le reste de leur vie. Nous croyons que tous
teux qui sentent l'importance de l'emploi des premieres années de l'enfance , regarderont avec estime
une invention dont l'utilité s'étend sur tous les âges,
et que l'Auteur recueillira par le succès et l'Approbation generale du Public , la seule récompense
qu'il ait attenduë de son travail.
Je soussigné Secretaire de la Societé des Arts ,
certifie que l'Extrait cy-dessus a été tiré du Registre des Déliberations de la Societé , et qu'il
est en tout conforme à son original. Donné à
Paris ce 14. Septembre 1731. HYNAULT.
Que ferai-je présentement ? de quel
côté me tournerai- je ? à qui aurai- je recours ? à l'Académie Françoise ? elle ne
voudra pas porter son jugement après la
Societé des Arts ; et comme il s'agit de
Latin , elle me renverra à l'Université
comme elle y a déja renvoyé le grand
I. Vol. Inven
JUIN. 1732. 1095
Inventeur de la Regle monosyllabique
ad, et de la Leçon d'une demie heure.
Al'Académie des Sciences ? mais oseroitelle juger d'un Systême mécanique moins
favorablement que ceux qui font, dit- on,
des mécaniques , presque toute leur occupation ? M'adresserai- je à l'Université?
il est vrai qu'elle est depuis plusieurs siecles la mere des Arts et des Sciences ,
qu'elle a le droit de prononcer sur ces
matieres, et qu'elle l'a souvent exercé avec
grand contentement , et avec l'applaudissement de la République des Lettres.
Ainsi comme elle s'est déja déclarée plus
d'une fois pour l'ancienne Méthode , je
n'aurois pas de peine à en obtenir une
décision contraire à celle de ces Mrs de
la Societé des Arts.
par des '
Mais de quelle utilité seroit pour moi
cette décision ? Le Buraliste n'en appel
leroit-il pas , comme étant faite
Juges suspects de partialité , et n'opposeroit-il pas à toutes les Universitez du Monde , l'autorité de la Societé des Arts , et
ne secroiroit- il pas bre de ce grand nom à couvert à l'omde réJe n'ai donc , je
crois , d'autre parti à prendre que
pondre au Certificat de ces M , et d'affoiblir un peu le coup mortel que le Machiniste a prétendu porter par là à tous
1. Vol. C les
1096 MERCURE DE FRANCE
les Régens , et particulierement à ceux
du College du Plessis. C'est à quoi pourront peut- être servir les Refléxions suivantes.
Je remarque donc d'abord que l'humilité de l'Auteur du Bureau, qui a bien voulu présenter et soumettre sa nouvelle Machine à l'examen de la nouvelle Societé,
la politesse et l'humanité des Examina
teurs , l'affection particuliere qu'ils ont
pour tout ce qui est mécanique , et.pour
tous les nouveaux Machinistes , tour
cela a peut-être contribué à leur faire
porter du Bureau Typographique un Jugement si favorable , autant . et même
plus, que la vûë claire et distincte de la
bonté et de l'utilité de cette Méthode de
bois.
En second lieu ces Mes n'ont point prononcé sur la préference que la Machine
doit avoir sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present pour enseigner
aux enfans le Grec, l'Hebreu , l'Arabe
&c. 'Histoire , la Fable , la Chronolo
gie , la Géographie , les Généalogies , le
Blason , les Médailles , les Arts et les
Sciences, et par conséquent les Mécaniques , qui font leurs occupations particulieres , et à quoi le Buraliste prétend que
son Bureau est necessaire ( Lettre 4. page
1. Vol.
62.)
JUIN. 1732. 1097
2. ) ils se sont restraints à dire qu'il sert
à apprendre à connoître les Lettres , à les
assembler , à ortographier , tant en Latin
qu'en François , et même les premiers
principes de la Langue Latine , ajoûtentils, ce semble, avec quelque peine et sans
aller plus loin.
Troisièmement, l'Eloge que les quatre
Examinateurs font de la Machine Typo
graphique , et l'entiere préference qu'ils
lui donnent sur toutes les Méthodes qui
ont existé jusqu'à ce jour , nous paroît
convenir bien mieux à l'ingénieuse et à
l'admirable invention des Lettres et de
leurs combinaisons pour former les syllabes , qui se trouvent dans le moindre
petit Alphabet. C'est ce que Lucain et
son Traducteur Brebeuf ont exalté just
qu'au Ciel par ces Vers si beaux et si magnifiques :
Phænices primi, fama si creditur , ausi
Mansúram rudibus vocem signarefiguris.
Lucain 22.
C'est de lui que nous vient cet Art ingenieur
De peindre la parole et de parter aux yeux';
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la parole et du corps aux pensées.
Ainsi le Buraliste ne doit pas si fərt
I. Vol. Cijs'en
1098 MERCURE DE FRANCE
s'en orgueillir de ce qu'on a dit en faveur
de son Bureau , puisque les Lettres et les
Syllabes et par consequent l'Alphabet
qui les contient et qu'il méprise tant ,
nous paroît mériter à plusieurs titres
une entiere préference.
*
Ex
Examinons présentement plus en détail
le Certificat , et pesons en toutes les paroles. Nous certifions , dit-on , que cette
nouvelle invention nous a parû mériter à
plusieurs titres une entiere preference sur toutes les Méthodes employées jusqu'à present
pour l'instruction des enfans , même pour les
premiers principes de la Langue Latine;
par consequent sur la Méthode de Quintilien , de Despautere , de Sanctius et de
Vossius , de M M. de Port Royal , de
M. Rollin et de M. le Fevre , &c. MTs les
Commissaites nommez par déliberation
de la Societé , du Dimanche 27. Août
1730. ont fait leur rapport aussi le Dimanche 17. Septembre de la même année. Du premier terme au second , il n'y
a que 112. jours ou 16. Semaines , c'està-dire,pas quatre mois entiers. Qui pour
ra donc être assez simple pour croire
qu'un espace si court ait suffi pour lire les
anciennes Méthodes, et les comparer avec
la nouvelle , ou que sans les lire , on ait
pû en juger sainement et lui donner rai1. Vol son-
JUIN. 1732. 1099
sonnablement une entiere préference sus
elles ?!
Un Alphabet ne fournit- il pas aussi aux
enfans un moyen infaillible d'employer utibement les premieres années de la plus tendré
enfance , en mettant en œuvre la mesure d'intelligence qui accompagne cet âge ? N'épargne-t- il pas les préceptes en ne parlant qu'aux
sens ( aux yeux qui sont le sens le plus
vif ) et à l'imagination , tandis que le Maître parle aux oreilles , qui sont , non le
seul, ( car il y a la memoire ) mais un des
meilleurs partages de l'enfance ? Par le
moyen de l'Alphabet ne profite- t'on pas
même des imperfections de cet age pour le
progrès des connoissances , puisqu'on n'y employe que la voye du plaisir , sur tout si
Alphabet est de bon pain d'épice ou de
quelqu'autre pâte sucrée , comme le veut
M. de Vallange et d'une pratique aisée et
toute mécanique , c'est- à- dire d'une digestion facile , toute physique et très- utile
pour la santé , pourvû qu'on n'en prenne
pas avec excès : laquelle est neanmoins fondée sur la théorie la plus exacte et la mieux
suivie , sçavoir ,sur les combinaisons meryeilleuses des Lettres et des Syllabes ; enfin en donnant aux enfans une habitude
d'ordre et de travails d'ordre , tel qu'il est
suivi generalement dans tous les Diction
I. Vol. C iij naires
1100 MERCURE DE FRANCE
naires , et qu'il est le plus naturel pour les
enfans ; de travail , par rapport à
àlala pro
nonciation de certaines syllabes rudes et
retives sur laquelle Quintilien veut qu'on
les exerce beaucoup ; et , pour me servir
toûjours des expressions de M M. Medallon , Degua , Romieu et Remond , ce qui
mérite encore plus d'attention , en leur épar
gnant le dégoût , qui les éloignant de l'étude,
décide souvent de leur sort pour le reste de
leur vie.
Je croi donc que tous ceux qui sentent
L'importance de l'emploi des premieres années
de l'enfance , regarderont avec estime une invention dont l'utilité , durant une longue
suite de siecles , depuis Cadmus , premier
Inventeur des Lettres de l'Alphabet , jusqu'à nous, s'est étendue , et plus que problablement depuis nous jusqu'à la fin du
monde , malgré l'invention de la Machi
ne Typographique , s'étendra sur tous les
hommes,de quelque âge, de quelque sexe,
de quelque qualité et condition qu'ils
soient , et que l'Auteur ( c'est Cadmas
et non l'Auteur du Bureau ) recueillira ,
comme il l'a toûjours recueilli , par le
succès et l'approbation generale du Public ,
la seule récompense qu'il ait attendu de son travail.
N'est-il pas clair que le Certificat
de
I. Vol. Mrs
JÚ IN. 1732. 1101
Mles quatre Commissaires , ainsi tourné,
et expliqué, est bien plus conforme à la
verité et plus honorable pour eux et
pour la Societé des Arts , dont ils sont
Membres? Mais de quelle utilité peut-il
être pour le Buraliste , puis qu'il met l'invention des Lettres et de l'Alphabet qu'il
méprise tant , bien au-dessus du Bureau
Typographique , qu'il estime seul et qu'il
prefere hautement et en toutes occasions
aux Méthodes vulgaires reçûës jusqu'ici
dans toutes les Ecoles d'Europe.
Au reste on ne voit pas trop la raison
pourquoi ce Certificat donné le 17. Décembre 1730. n'a été délivré par M. Hynault , Secretaire de la Societé des Arts ,
que le 19.Septembre 173 1. ne seroit- ce pas
quel'Auteurdu Bureau n'a pas crû enavoir
besoin pour se deffendre contre ses Adversaires qui ont écrit en Prose contre lui ,
et qu'au contraire ill'a crû necessaire pour
résister à son nouvel antagoniste , qui par,
sa petite Comédie de 800. Vers environ
lui a donné un si terrible assaut et livré
un si cruel combat , qu'il n'y a pas d'apparence qu'il s'en releve jamais. Revenons
presentement au Buraliste , nous n'aurons
pas grande peine à l'expedier , présentément que nous nous sommes tirés d'un si
mauvais pas.
و
1. Vol. Ciiij Les
roz MERCURE DE FRANCE
Les parens , dit-il , curieux en fait d'éducation , qui voudront connoître par euxmêmes le mérite et l'utilité du Bureau Typographique , pourront prendre la peine d'aller
voir les Enfans Typographes , instruits et
exercez selon cette nouvelle Méthode.
Ils verront quelque chose d'infiniment
moins curieux que ce qu'on voyoit à la
Foire les années précedentes. A la Foire
on voyoit une Chienne qui avoit été tellement dressée, et qui étoit dans ses operations si bien dirigée par son Maître ,
qu'elle jouoit aux cartes et gagnoit des
parties de triomphe , assembloit des Lettres et composoit des mots bien mieux
ortographiez qu'ils ne le sont très- souvent,
suivant les principes du Buraliste , faisoit
enfin plusieurs autres choses sembla- .
bles , toutes plus merveilleuses les unes
que les autres ; et tout cela sans qu'il parût que son Maître l'aîdât en la moindre
chose. Les Enfans Typographes , au contraire , qui sont évidemment conduits
et dirigez par leurs Precepteurs Typographistes , suivent très-souvent une ortographe qui est très- mauvaise, et écrivent,
par exemple , Filipe , au lieu de Philippe ;
faute que la Chienne de la Foire n'auroit
jamais faite.
Ontrouvera, continuë le Buraliste , chez
I. Vol nn
JUIN. 17328 1103.
.
un Marchand de Soye , au Bras d'or, dins
la rue S Denis , vis- à- vis sainte Catherine ,
une aimable perite fille au- dessous de trois
ans, qui en peu de mois a appris avec le
Bureau , ce que bien des enfans ignorent
après des années d'Ecoles vulgaires. On
trouvera chez M. Procope , vis- à- vis de
la Comédie Françoise , un digne Enfant ,
dont le seul exemple est capable de fermer
la bouche à tous les Critiques. On pourroit
indiquer un grand nombre d'autres Enfans
Typographes , si on ne craignoit de fatiguer les Parens et les Maîtres.
Tous les Enfans de l'un et l'autre sexe,
qui apprennent à lire avec leBureau, sont
tous, au dire du Buraliste, de dignes et d'aimables enfans. Mais sans vouloir rien ici
rabattre de leurs esprits et de leur mérite
ne puis je pas dire des Enfins les plus ordinaires , ce qu'il dit ici de ses Enfans Typo
graphes , qu'on peut, non pas prendre la
peine de les aller voir , mais sans aucune
peine, les voir soit dans les maisons parti
culieres , soit dans les Ecoles publiques , es
remarquer que plusieurs d'entre ceux qui
ont des dispositions heureuses , apprennent à l'âge de trois ans en peu de mois
ce que bien d'autres , que la Nature a
traitez moins favorablement , ignorent
après plusieurs années d'étude opiniâtre,
3
1. Vol. Cy Cette
rio MERCURE DE FRANCE
₹
Cette seule remarque , fondée sur l'expe
rience de tous les lieux et de tous les
temps , est capable de fermer la bouche
à tous les nouveaux Méthodistes , qui
tombent très souvent dans le sophisme , que les Philosophes appellent non
causa , qui consiste à prendre pour la
cause d'un effet , ce qui ne l'est pas veritablement.
·
Don Ventura de Liria , dit-on , qui a
un Bureau au College d'Harcourt , a fait en peu de temps l'heureuse experience
de cette Méthode , de même que le petit
Remilli , qui ayant aussi un Bureau au
College du Plessis , a eu un des Prix de
mémoire, distribuez le jour de la Tragé
die ,
،et qui va en Classe , selon le goût
et la volonté de ses Parens.
Don Ventura de Liria , âgé de 7. ans
environ , et fils d'un très- illustre et trèsaimable Seigneur , que le College du Plessis a eu le bonheur de posseder autrefois , et qui n'a pas eu lieu de se repentig
d'y avoir été instruit selon la Méthode
ordinaire. Je ne sçai pourquoi , pour lui
enseigner l'A B C et les premiers princi
pes du Latin , on a suivi une autre route
que pour M. son père.
Quant au petit Remilli , il est bien vrai
qu'il a eu un Prix de memoire , mais il
1. Vol. est
U IN. 1732. 1105
est aussi très - vrai que c'est à sa memoire et à son industrie qu'il doit ce
Prix , et non au Bureau , auquel jusqu'à
present le Buraliste même n'avoit pas accordé l'avantage de donner de là mẹmoire aux enfans. Cet aimable Enfant va
en septiéme depuis plusieurs mois , selon le goût et la volonté de Mrs ses Pere
et Mere.
:
Les personnes bien intentionnées , continuë le Docteur Abécédisre , qui aiment··
le bien public, sçachant que Monseigneur
Le Dauphin et Mesdames de France , apprennent à lire par la Méthode du Bureau
Typographique , et que l'Auteur , par commission , en a déja envoyé dans les Provinces , ces personnes , dis-je , s'embarraseront
peu des Critiques qu'ont produites jusqu'ici ,
l'ignorance, la prévention et peut- être l'envie ou la mauvaise foi.
Vous voyez , Monsieur , que la source
des injures n'est point taric. Vous sçavez que nous y avons répondu ; si cela
ne suffit pas , voici une réponse de la
façon du Buraliste. Celui qui s'éleve contre
nous , dit-il dans le Mercure de Mars ,
page 426. ou 427. devroit avant que d'écrire , apprendre à penser, et s'il croit avoirraison , nous démontrer avec politesse que·
nous donnons dans Berreur : tout Ecrivain . ,
I. Vol. Cvj donts
1106 MERCURE DE FRANCE
dont le style est grossier , m'est suspect er je
n'en attends aucune instruction.
Tout ceci est bien plus vrai lorsque ,
comme lui , on attaque seul le genre hamain. Quant à l'exemple de Monseigneur
le Dauphin et de Mesdames de France ,
qu'ils nous allegue pour la seconde fois
en sa faveur , outre ce que nous y avons
déja répondu , que prouvera- t'il autre
chose , sinon qu'on peut apprendre à
lire par cette nouvelle Méthode , puisqu'on l'a bien appris jusqu'à present par Pancienne Méthode. Mais s'ensuit- il delà qu'ils pourront apprendre le Latin ,
le Grec , l'Hebreu , l'Arabe , &c tous les
Arts et toutes les Sciences , comme l'Auteur le prétend ( Lettre 4. page 62. ) si
cela est, qui m'empêchera de dire , avec
bien plus de raison , qu'on a appris jusqu'à present les Arts et les Sciences par
le moyen de l'Alphabet , et que c'est l'Alphaber qui a formé les Rois , les Guerriers , les Politiques , les Théologiens,
les Jurisconsultes , les Philosophes , les
Orateurs , les Historiens , les Poëtes , & c.
les plus illustres qui ayent paru dans le
Monde depuis l'invention des Caracteres
qui servent à peindre la parole et à par- ler aux yeux ?
Si donc , comme je le souhaite de tout
1. Kol. mon
JUIN. 17323 1107
prit.
mon cœur et comme je l'espere , il arrive
un jour que Monseigneur le Dauphin eɛ
Mesdames de France , surpassent tous les
autres , autant par la grandeur de leur esprit et de leur science , que par celle de
leur Naissance , le Buraliste en donneras,
s'il veut , la gloire à lui et à son Bureau;
pour moi j'attr bûrai plutôt un si heureux
succès à leur excellent naturel, et aux
sçavantes instructions des personnes estimables et respectables à qui le Roy a
confié le soin de leur éducation ; et je
pense qu'en cela je ne serois pas le seul
de mon sentiment.
Ceux , dit enfin le Buraliste , qui souhaiteront avoir quelqu'une des quatre Classes
du Bureau Typographique, en trouveront de
toutes garnies dans la maison attenant la
porte du College de Lisieux , ruë S. Etienne
d'Egrès; l'avis , le prix , et l'instruction sur
les quatre Classes , se trouveront à la fin de
la neuvième Lettre sur la Bibliotheque des
Enfans , inserée dans le Mercure du mois de
Février dernier , page 209. on 234. en atterdant la suite de la Relation Typographi
que , j'ay l'honneur d'être , & c. A Paris.
15 " Septembre 1731. RIOMBAL
Le prix de chacune de ces quatre Clas
ses du Bureau est marqué à la fin de la
Lettre , et fixé depuis une pistole jus1 Kolo qu'à
1108 MERCURE DE FRANCE
1
qu'à dix. Ainsi , vous voyez , Monsieur ,
que l'Auteur ne donne pas ses coquilles
et qu'on pourroit fort bien dire de lui
avec quelque proportion , ce que Ciceron
disoit du Maître de Marc- Antoine : Invideo Magistro tuo , qui te tantâ mercede
nihil sapere docuit. Vous me demanderez
peut- être , comment cela s'accorde avec
ce qui est dit dans la Lettre de Mars
qu'il n'agit par aucune vûë d'interêt et qu'il
ne lui revient rien de ses Bureaux , que bien
de la peine , et dans celle d'Avril , qu'il a
distribué bien des choses gratis , aux riches
comme aux pauvres, &c. et que jusques-là
il n'a pas touché un solpour les Bureaux , et
qu'au contraire il les a prêtez à ceux qui en
ont voulu faire l'experience ? Je n'en sçai
rien , à moins qu'on ne dise que per
sonne ne s'étoit encore présenté pour les
achepter;car je n'oserois vous le faire soupçonner de contradiction et de mensonge.
Quoiqu'il en soit , M³, vous pourrez dorénavant avoir des Bureaux , pour de l'argent,bien entendu. Il se fera aussi un plai---
sir de vous indiquer des Maîtres Typogra
phiques , à qui vous donnerez une bonne
nourriture et des appointemens tres-ho
nêtes. Je suis , Monsieur ; &c.
Fermer
Résumé : TROISIÈME Lettre d'un Professeur de l'Université de Paris, à un Principal de Province, sur le Bureau Typographique.
Une lettre d'un professeur de l'Université de Paris et d'un principal de province discute du Bureau Typographique, une invention de M. Dumas. Un certificat de la Société des Arts, daté du 17 décembre 1730, loue cette invention pour son efficacité à enseigner aux enfants les lettres, l'orthographe et les principes de base du latin. Les commissaires de la Société des Arts, Messieurs Medallon, Romieu, Degua et Remond, affirment que cette méthode mérite une entière préférence sur les méthodes traditionnelles en raison de son approche ludique et mécanique, adaptée à l'intelligence des jeunes enfants. Le professeur et le principal expriment des doutes sur la rapidité avec laquelle la Société des Arts a évalué et approuvé l'invention, soulignant que seulement 112 jours séparaient la délibération initiale de la Société et le rapport final. Ils remettent également en question la portée du certificat, notant qu'il ne couvre pas l'enseignement du grec, de l'hébreu, de l'arabe, ni d'autres matières. Ils comparent l'invention des lettres et des syllabes, présentes dans tout alphabet, à l'invention du Bureau Typographique, estimant que les premières méritent une préférence. Le texte discute également de l'efficacité de la méthode d'apprentissage de la lecture à travers des bureaux typographiques. Les 'Enfants Typographes,' dirigés par leurs précepteurs, commettent souvent des erreurs orthographiques. Cependant, plusieurs exemples d'enfants ayant appris rapidement grâce à cette méthode sont mentionnés, comme une fille de moins de trois ans chez un marchand de soie et un garçon chez M. Procope. Le buraliste critique les 'nouveaux Méthodistes' qui tombent dans le sophisme de prendre pour cause d'un effet ce qui ne l'est pas. Il cite des exemples comme Don Ventura de Liria et le petit Remilli, qui ont réussi grâce à cette méthode. Le texte mentionne que des personnalités comme Monseigneur le Dauphin et Mesdames de France utilisent cette méthode, bien que le buraliste attribue leurs succès à leur naturel et à leurs instructeurs plutôt qu'au bureau typographique. Enfin, des informations sur l'achat des bureaux typographiques et des maîtres typographiques sont fournies, avec des prix allant d'une pistole à dix pistoles. Le buraliste affirme que l'auteur ne distribue pas ses bureaux gratuitement, contrairement à ce qui a été mentionné précédemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16810
p. 2587-2609
DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Début :
Les premiers hommes, avec la seule faculté du langage par les organes [...]
Mots clefs :
Hiéroglyphes, Figures, Hiéroglyphe, Marques, Hommes, Animaux, Religion, Écriture, Sciences, Marque, Monstres, Caractères, Homme, Figure, Chevaux, Terre, Explication, Connaissance , Symbole, Poètes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
DES HIEROGLYPHES , et de
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
Fermer
Résumé : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Le texte 'Des hiéroglyphes, et de leurs usages dans l'Antiquité' de M. Beneton de Perrin explore l'origine et l'évolution des hiéroglyphes. Les premiers hommes, limités par la communication orale, inventèrent des figures pour représenter leurs pensées, appelées hiéroglyphes. Ces figures servaient à exprimer les actions et les passions, formant un langage muet. Les Grecs nommèrent ces figures hiéroglyphes, dérivant du terme 'sacra sculptura' car les prêtres les utilisaient pour écrire sur la religion et envelopper les mystères. Les hiéroglyphes se multiplièrent avec le perfectionnement du langage et des sciences. Ils sont distingués en deux classes : les hiéroglyphes animés, représentant des formes de bêtes ou de plantes, et les hiéroglyphes inanimés, ou hiérogrammes, qui étaient des figures fantaisistes formant souvent les lettres alphabétiques. Les Chaldéens, observant les cieux, traçaient des figures correspondant aux constellations, nommant des amas d'étoiles comme le Sagittaire ou la Vierge. Les Grecs nommèrent également des constellations d'après leurs héros, notamment les Argonautes. Cette personnification des astres conduisit à l'idolatrie, où les figures taillées et les symboles hiéroglyphiques devinrent respectables. L'idolatrie s'intensifia avec la déification des hommes illustres, comme Apollon ou Esculape, et des arts qu'ils inventèrent. Les hiéroglyphes devinrent complexes, signifiant parfois trois choses différentes : sacrée, mécanique, et personnelle. Par exemple, une hache sur un tombeau pouvait désigner un ouvrier ou une personne protégée par un dieu. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour conserver la connaissance de la religion, des sciences et de l'histoire. Leur interprétation est rendue difficile par le mélange des hiéroglyphes et des hiérogrammes. Le texte souligne l'importance de distinguer ces figures pour éviter les erreurs historiques et les interprétations trompeuses. Les hiéroglyphes représentaient des concepts complexes et des principes philosophiques, comme Orimase et Arimane chez les Perses, et Osiris et Tiphon chez les Égyptiens, symbolisant les forces du bien et du mal. Les hiérogrammes, des marques plus simples comme le cercle, le triangle, et la croix, ont évolué pour former des caractères littéraires utilisés dans l'écriture courante. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour représenter des idées abstraites et des concepts religieux, souvent difficiles à interpréter et nécessitant une grande connaissance pour être compris. Les Arabes, en raison de leurs restrictions religieuses, ont conservé les hiérogrammes pour des usages philosophiques et chimiques, une pratique adoptée par les physiciens modernes. Le texte mentionne également un hiéroglyphe particulier, un globe ailé avec des serpents, souvent trouvé sur les obélisques, symbolisant l'univers et ses mouvements. Les Phéniciens, les Égyptiens et les Chinois sont cités comme les premiers peuples à avoir utilisé les hiéroglyphes de manière méthodique. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour diverses applications, comme le commerce et la médecine. Par exemple, une figure d'un animal ou d'une partie du corps pouvait indiquer une maladie ou une demande de traitement. Les hiéroglyphes étaient également utilisés pour représenter des passions humaines, des vertus et des vices, souvent symbolisés par des animaux. Le texte explore également les hiéroglyphes liés à la fortune, représentée par une divinité capricieuse et instable, souvent figurée avec une roue, des ailes et un bandeau sur les yeux. Les passions actives et passives étaient symbolisées par des marques simples ou composées, respectivement. Enfin, le texte compare les héros grecs, comme Hercule et Thésée, aux chevaliers errants de la chevalerie médiévale, notant les similitudes dans leurs quêtes pour secourir les faibles et combattre les monstres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16810
16811
p. 2570-2573
MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Début :
L'Enfant gâté de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Berger, Esprit, Infante de Malcrais, Figure d'ange, Querelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
MISSIVE du Chevalier de Leucotece,
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
à l'Infante de Malcrais , Princesse
Armorique.
L'Enfan 'Enfant gâté de Melpomene ,
Le Berger, habitant les Rives de la Seine ,
Et certain Rimeur Marseillois >
Ja de bon compte sont- ils trois ,
Auxquels aurai non pas petite affaire ,
Et seront par moi déconfits.
Non par mes très limez et délicats Ecrits.
Les deux premiers , en ce genre d'escrime ,
Sont trop ferrus pour moi, qui n'ai raison ni rime,
Comme il convient à tout Chevalier preux ,
Rien ne sçachant, sinon pourfendre en deux ,
Net et jus les arçons , tout Mortel témeraire ,
Osant en conter , ou déplaire ,
A l'objet de ses vœux.
1. Vol. Parquoi
DECEMBRE. 1732. 257%
Parquoi , Dame de mes pensées ,
Illustre et sublime Malcrais ,
De grace , ne trouvez mauvais ,
Si jambes et têtes cassées ,
Pour commencer ma déclaration ,
Je vous fais députation ,
Quelque matin , du dernier Personnage ;
Pour faire réparation ,
A vous, au Sexe qu'il outrage ;
C'est le devoir de ma Profession,
En tout honneur , bien et discrétion ,
Sommes tenus proteger les Infantes ,
Les faire déclarer charmantes ,
Non moins d'esprit comme de corps ,
En un mot , réparer les torts.
A donc ira le Rimeur de Marseille ,
Droit au Croisil , en l'état dessus dit ,
Illec verra qu'estes merveille ,
Non moins de corps comme d'esprit,
Confessera qu'il se dédit ,
D'avoir écrit que c'est un cas étrange
De trouver sous figure d'Ange ,
L'esprit sublime et le sçavoir profond.
Voilà pour un. A l'égard du second ,
De ce Berger à la douce Musette ,
Berger heureux dont demandez le nom
Que ce desir me picque , m'inquiete !
Ah ! s'il vous plaisoit moins , certain de sa défaite,
I. Vol. C
il iij
2572 MERCURE DE FRANCE
Il n'est baume de fier-à- bras ,
Qui le garantit du trépas.
Mais quoi ! ses chants ont pour vous des appas ,
L'Echo de votre cœur sans cesse les repete..
Sçachez du moins que sous l'air imposteur
De Berger, de Moutons , de Chien et de Houlette >
Il cache un malin Enchanteur ;
Un mortel ennemi de toute votre espece ,
De ceux qui détenoient une pauvre Princesse,
Pendant des deux et trois mille ans ,
Dans des Châteaux de Diamans ,
Gardez par Dragons et Geans.
Ors attendant que puisse le pourfendre ,
Lui faisant vuider les arçons ,
C'est à vous à vous bien deffendre ,
De ses charmes , de ses Chansons.
Je vous en avertis , ce sont Philtres magiques,
Ce sont appas qui cachent un poison,
Riant d'abord, ayant suites tragiques ,
Otant esprit , repos , raison ,
Poison dont le remede est seulement la fuite ,
Mais c'est assez ; vous voilà bien instruite.
Venons enfin à mon dernier Rival , *
Je conviens qu'il n'a point d'égal ,
Si ce n'est Apollon lui- même ;
Mais Preux ne cede ce qu'il aime
M. de Voltaire.
(
1. Vol.
Sans
DECEMBRE. 1732 2573.
Sans ferrailler , sans faire appel.
Suivant ces us , malgré votre gloire immortelle,
Malgré tous vos Lauriers , Rival que je querelle,
Avec crainte et respect , agréez mon Cartel.
Malcrais vaut bien qu'on ferraille pour elle,,
C'est la raison. Je vous laisse le choix ,
Des armes et du Champ , mais seriez discourtois,'
Vû vos forces et ma foiblesse ,
Si ne me permettiez d'excepter le Permesse.
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Résumé : MISSIVE du Chevalier de Leucotece, à l'Infante de Malcrais, Princesse Armorique.
Le Chevalier de Leucotece écrit à l'Infante de Malcrais pour annoncer sa volonté de défendre son honneur contre trois rivaux. Il ne compte pas utiliser ses écrits mais ses compétences de chevalier. Les rivaux sont l'Enfant gâté de Melpomène, le Berger habitant les rives de la Seine, et un Rimeur Marseillois. Le Chevalier prévoit d'envoyer un messager pour réparer les torts causés à l'Infante et au sexe féminin. Il défiera le Rimeur Marseillois au Croisil pour qu'il reconnaisse les qualités de l'Infante. Il met en garde l'Infante contre les chants enchanteurs du Berger, qu'il compare à des philtres magiques dangereux. Concernant le troisième rival, identifié comme M. de Voltaire, le Chevalier lui envoie un cartel, respectueusement, laissant le choix des armes et du champ de bataille, tout en excluant le Parnasse.
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16812
p. 261
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier Mercure du mois [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'Arla, par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le premier Mercure du mois d'Avril 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Mars 1760. GUIROY.
J'Arla, par ordre de Monfeigneur le Chancelier ,
le premier Mercure du mois d'Avril 1760 , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Mars 1760. GUIROY.
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16813
p. 261-262
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Pieces Fugitives en Vers et en Prose. ARTICLE PREMIER. La Société, nécessaire à l'Homme [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
L
A Société , néceſſaire à l'Homme de Lettres.
Page s
Vers à M. Fournier , Fermter genéral .
A M. de Chennevieres , Chef d'un Bureau de
la Guèrre.
A une Demoiselle , qui avoit envoyé des Vers
à l'Auteur.
Portrait de Fanchonnette , à Mlle D ***.
Réponſe de Mlle D *** , Portrait de mon
Berger.
Suite des Lettres de Mlle de Gondreville ,
& du Comte de S. Fargeol .
Les Zéphirs , & le Rofer , Fable.
Adieux à Meudon , Epître à Madame la
Marquile d'Affy...
Envoi.
Epître de M. Sabatier , à M. Dorat ; fur fa
Tragédie , de Zulica.
ibid.
ΙΟ
II
13 &fuiv.
56
57
62
63
65
A Mlle de B *** la cadette. 72
Enigme , en Chanſon. 73
Autre Enigme.
Logogryphes.
Romance , nouvelle
75
76 &77
78
Les Gnomes exilés .
262 MERCURE DE FRANCE.
81
ART . II. NOUVELLES LITTÉRAIRE ST
Effais fur divers Sujets de Littérature & de
Morale , par M. l'Abbé Trubler, & c.
Lettre, fur le Poëme intitulé : l'Art de peindre . 94
Lettre de M. l'Abbé Trubler , à M. De la Place. 113
Lettre , à l'Auteur du Mercure. 115
Hiftoire des Philofophes modernes , avec
leurs Portraits , gravés dans le goût du
crayon , d'après les Deffeins des plus
grands Peintres. Par M. Saverien .
Annonces des Livres nouveaux .
12F
124 & fuiv.
Avis de l'Auteur du Mercure & du Choix. 127
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETtres.
ACADEMIES.
Séance publique de l'Académie Royale des
Sciences , Belles- Lettres & Arts , de Ville-
Franche en Beaujollois.
>
Réfléxions , fur la Médecine.
Problême généalogique .
Lettre de M. N. Echevin de Bolbec & c.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
Lettre de M. de la Condamine à M. Daniel
130
136
I fo
159
Bernoully.
Arts agréables. Muſique.
Gravure.
165
189
191
Supplément à l'Article des Piéces fugitives .
A Madame la Comteffe de la Guiche.
ART. V. SPECTACLES.
Opéra .
193
195
Comédie Françoife .
197
Comédie Italienne. 198
Opéra- Comique.
ibid.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
201
Mariages & Morts. 214 & 216
Suite de la vaiffelle portée à la Monnoie &c .
217
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER.
L
A Société , néceſſaire à l'Homme de Lettres.
Page s
Vers à M. Fournier , Fermter genéral .
A M. de Chennevieres , Chef d'un Bureau de
la Guèrre.
A une Demoiselle , qui avoit envoyé des Vers
à l'Auteur.
Portrait de Fanchonnette , à Mlle D ***.
Réponſe de Mlle D *** , Portrait de mon
Berger.
Suite des Lettres de Mlle de Gondreville ,
& du Comte de S. Fargeol .
Les Zéphirs , & le Rofer , Fable.
Adieux à Meudon , Epître à Madame la
Marquile d'Affy...
Envoi.
Epître de M. Sabatier , à M. Dorat ; fur fa
Tragédie , de Zulica.
ibid.
ΙΟ
II
13 &fuiv.
56
57
62
63
65
A Mlle de B *** la cadette. 72
Enigme , en Chanſon. 73
Autre Enigme.
Logogryphes.
Romance , nouvelle
75
76 &77
78
Les Gnomes exilés .
262 MERCURE DE FRANCE.
81
ART . II. NOUVELLES LITTÉRAIRE ST
Effais fur divers Sujets de Littérature & de
Morale , par M. l'Abbé Trubler, & c.
Lettre, fur le Poëme intitulé : l'Art de peindre . 94
Lettre de M. l'Abbé Trubler , à M. De la Place. 113
Lettre , à l'Auteur du Mercure. 115
Hiftoire des Philofophes modernes , avec
leurs Portraits , gravés dans le goût du
crayon , d'après les Deffeins des plus
grands Peintres. Par M. Saverien .
Annonces des Livres nouveaux .
12F
124 & fuiv.
Avis de l'Auteur du Mercure & du Choix. 127
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETtres.
ACADEMIES.
Séance publique de l'Académie Royale des
Sciences , Belles- Lettres & Arts , de Ville-
Franche en Beaujollois.
>
Réfléxions , fur la Médecine.
Problême généalogique .
Lettre de M. N. Echevin de Bolbec & c.
ART. IV . BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
Lettre de M. de la Condamine à M. Daniel
130
136
I fo
159
Bernoully.
Arts agréables. Muſique.
Gravure.
165
189
191
Supplément à l'Article des Piéces fugitives .
A Madame la Comteffe de la Guiche.
ART. V. SPECTACLES.
Opéra .
193
195
Comédie Françoife .
197
Comédie Italienne. 198
Opéra- Comique.
ibid.
ART. VI. Nouvelles Politiques.
201
Mariages & Morts. 214 & 216
Suite de la vaiffelle portée à la Monnoie &c .
217
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication divisée en six sections. La première, 'Pièces fugitives en vers et en prose', inclut des poèmes, lettres, fables, épîtres et suites de lettres adressées à des personnalités comme M. Fournier et Mlle D***. La deuxième section, 'Nouvelles littéraires', contient des essais de M. l'Abbé Trubler sur la littérature et la morale, ainsi que des lettres et annonces de livres. La troisième section, 'Sciences et Belles-Lettres', traite des académies, notamment une séance publique de l'Académie Royale des Sciences de Villefranche, et aborde des sujets médicaux et généalogiques. La quatrième section, 'Beaux-Arts', est subdivisée en arts utiles et agréables, avec des discussions sur la musique et la gravure. La cinquième section, 'Spectacles', liste divers types de spectacles comme l'opéra et la comédie. Enfin, la sixième section, 'Nouvelles politiques', couvre les mariages, décès et informations sur la vaisselle portée à la Monnoie.
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16814
p. 235-236
AVIS.
Début :
Béchique souverain ou Syrop pectoral, approuvé par Brevet du [...]
Mots clefs :
Sirop pectoral, Sirop béchique, Maladies de poitrine, Dame veuve Mouton, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Béchique fouverain ou Syrop pectoral , approuvé
par Brevet du 24 Août 1750 , pour les
maladies de poitrine , comme rhume , toux invétérées
, oppreflion , foibleffe de poitrine , & afthme
-humide. Ce Béchique ayant la propriété de fondre
& d'atténuer les humeurs engorgées dans le poulmon
, d'adoucir l'acrimonie de la lymphe en tant
que balfamique , & de rétablir les forces abattues
en rappellant peu à peu l'appétit & le fommeil ;
comme parfait reftaurant , produit des effets fi rapides
dans les maladies énoncées , que la bouteille
taxée à fix livres , fcellée & étiquetée à l'ordinai
re , eft fuffifante pour en éprouver toute l'effica
cité avec fuccès.
236 MERCURE DE FRANCE.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
Marchande Apothicaire de Paris , rue Saint Denis,
à côté de la rue Thevenot , vis -à- vis le Roi Fran
çois.
Béchique fouverain ou Syrop pectoral , approuvé
par Brevet du 24 Août 1750 , pour les
maladies de poitrine , comme rhume , toux invétérées
, oppreflion , foibleffe de poitrine , & afthme
-humide. Ce Béchique ayant la propriété de fondre
& d'atténuer les humeurs engorgées dans le poulmon
, d'adoucir l'acrimonie de la lymphe en tant
que balfamique , & de rétablir les forces abattues
en rappellant peu à peu l'appétit & le fommeil ;
comme parfait reftaurant , produit des effets fi rapides
dans les maladies énoncées , que la bouteille
taxée à fix livres , fcellée & étiquetée à l'ordinai
re , eft fuffifante pour en éprouver toute l'effica
cité avec fuccès.
236 MERCURE DE FRANCE.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
Marchande Apothicaire de Paris , rue Saint Denis,
à côté de la rue Thevenot , vis -à- vis le Roi Fran
çois.
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Résumé : AVIS.
Le médicament 'Béchique fouverain' ou 'Syrop pectoral', approuvé en 1750, traite les maladies de poitrine comme le rhume, la toux et l'asthme. Il fond et atténue les humeurs pulmonaires, adoucit la lymphe et restaure les forces. Une bouteille, six livres, est disponible chez la Dame veuve Mouton, apothicaire à Paris, rue Saint-Denis.
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16815
p. 262
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY.
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16816
p. 236
AUTRE.
Début :
La veuve Simon Bailly continue à débiter les véritables Savonettes légères, [...]
Mots clefs :
Veuve Simon Bailly, Savonnette, Contrefaçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
A veuve Simon Bailly continue à débiter les
véritables Savonnettes légeres , de pure crême de
favon , & Pains de pâte graffe pour les mains
dont elle a feule le fecret . Comme plufieurs perfonnes
fe mêlent de les contrefaire & les marquent
comme elle , pour n'y pas être trompé , il faut
s'adreffer chez elle , rue Pavée S. Sauveur , au bas
de celle du Petit Lion , à l'image S. Nicolas , une
porte cochere prefque vis-à-vis la rue Françoiſe ,
quartier de la Comédie Italienne.
Nous pouvons attefter la bonté de ces Savonnettes
par l'uſage journalier que nous en faiſons .
A veuve Simon Bailly continue à débiter les
véritables Savonnettes légeres , de pure crême de
favon , & Pains de pâte graffe pour les mains
dont elle a feule le fecret . Comme plufieurs perfonnes
fe mêlent de les contrefaire & les marquent
comme elle , pour n'y pas être trompé , il faut
s'adreffer chez elle , rue Pavée S. Sauveur , au bas
de celle du Petit Lion , à l'image S. Nicolas , une
porte cochere prefque vis-à-vis la rue Françoiſe ,
quartier de la Comédie Italienne.
Nous pouvons attefter la bonté de ces Savonnettes
par l'uſage journalier que nous en faiſons .
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Résumé : AUTRE.
L'annonce publicitaire de la veuve Simon Bailly présente des savonnettes légères à base de pure crème de favon et des pains de pâte grasse pour les mains. Pour éviter les contrefaçons, il est conseillé de les acheter directement chez elle, rue Pavée S. Sauveur, près de la Comédie Italienne. La qualité des produits est confirmée par leur usage quotidien.
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16817
p. 236
AUTRE.
Début :
Un particulier de la Martinique a déposé une fourniture considérable [...]
Mots clefs :
Martinique, Sirop de calebasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
N Particulier de la Martinique a déposé une
fourniture confidérable d'excellent Sirop de Calebaffe
fort chargé du fuc du fruit de cette Plante
chez le fieur Becqueret, Marchand Apothicaire , à
Paris , rue de Condé , vis -à - vis celle des Foffés
M. le Prince.
N Particulier de la Martinique a déposé une
fourniture confidérable d'excellent Sirop de Calebaffe
fort chargé du fuc du fruit de cette Plante
chez le fieur Becqueret, Marchand Apothicaire , à
Paris , rue de Condé , vis -à - vis celle des Foffés
M. le Prince.
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16818
p. 236-237
AUTRE.
Début :
Le sieur Rochefort, Maître Perruquier, Inventeur des têtes artificielles [...]
Mots clefs :
Sieur Rochefort, Perruquier, Inventeur, Têtes artificielles, Perfectionnement, Mesures, Précision
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE freur Rochefort , Maître Perruquier , Inven
teur des têtes artificielles dont il a été fait mention
- dans le Mercure du Mois d'Octobre 1755
JUILLET. 1756. 237
reçoit de Province beaucoup de lettres par lefquelles
on lai propofe d'acheter au lieu de perruques
quelques- unes de fes têtes . C'eft pourquoi
il eft obligé d'avertir qu'il n'en vend point , &
qu'il n'en vendra jamais à perfonne à quelque
prix que ce puiffe être , attendu qu'il veut le réferver
le fecret particulier de fa fabrique. Au refte,
il eft tellement occupé à continuer & perfectionner
ces têtes dont la précifion lui demande journellement
une fi grande application , qu'il ne lui
eft pas poffible de quitter pour aller prendre la
mefure à tous ceux qui le demandent. Il prie les
perfonnes qui demeurent à Paris , ( de quelque
qualité qu'elles foient) qui voudront avoir desPerruques
de fa façon , de venir fe faire prendre la
mefure chez lui , & il aura foin de leur faire porter
leur perruque chez eux. Il monte actuelle
ment toutes fortes de Perruques avec une précifion
mathématique. On fent tous les avantages
que cette jufteffe finguliere doit donner à tout ce
qui fort de fes mains , ainfi il ne répétera point
le détail qu'il en a fait , & le témoignage que lui
´ont rendu les Officiers de fa Communauté. Mais
il donne ayis aux perfonnes qui demeurent en
Province , & qui voudront avoir des Perruques de
fa façon , de lui écrire auparavant , afin qu'il envoye
un modele de mefure très - facile à prendre ,
& tel qu'il le faut , pour pouvoir y rapporter
exactement les proportions ; bien entendu que les
lettres feront affranchies. L'adrefle du fieur Rochefort
eft toujours à Paris , rue de la Verrerie ,
près la rue des Billettes.
LE freur Rochefort , Maître Perruquier , Inven
teur des têtes artificielles dont il a été fait mention
- dans le Mercure du Mois d'Octobre 1755
JUILLET. 1756. 237
reçoit de Province beaucoup de lettres par lefquelles
on lai propofe d'acheter au lieu de perruques
quelques- unes de fes têtes . C'eft pourquoi
il eft obligé d'avertir qu'il n'en vend point , &
qu'il n'en vendra jamais à perfonne à quelque
prix que ce puiffe être , attendu qu'il veut le réferver
le fecret particulier de fa fabrique. Au refte,
il eft tellement occupé à continuer & perfectionner
ces têtes dont la précifion lui demande journellement
une fi grande application , qu'il ne lui
eft pas poffible de quitter pour aller prendre la
mefure à tous ceux qui le demandent. Il prie les
perfonnes qui demeurent à Paris , ( de quelque
qualité qu'elles foient) qui voudront avoir desPerruques
de fa façon , de venir fe faire prendre la
mefure chez lui , & il aura foin de leur faire porter
leur perruque chez eux. Il monte actuelle
ment toutes fortes de Perruques avec une précifion
mathématique. On fent tous les avantages
que cette jufteffe finguliere doit donner à tout ce
qui fort de fes mains , ainfi il ne répétera point
le détail qu'il en a fait , & le témoignage que lui
´ont rendu les Officiers de fa Communauté. Mais
il donne ayis aux perfonnes qui demeurent en
Province , & qui voudront avoir des Perruques de
fa façon , de lui écrire auparavant , afin qu'il envoye
un modele de mefure très - facile à prendre ,
& tel qu'il le faut , pour pouvoir y rapporter
exactement les proportions ; bien entendu que les
lettres feront affranchies. L'adrefle du fieur Rochefort
eft toujours à Paris , rue de la Verrerie ,
près la rue des Billettes.
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Résumé : AUTRE.
Le texte présente le sieur Rochefort, maître perruquier et inventeur des têtes artificielles. En juillet 1756, il reçoit de nombreuses demandes d'achat de ses têtes artificielles à la place des perruques. Rochefort précise qu'il ne vend pas ces têtes et ne le fera jamais, souhaitant garder secret leur mode de fabrication. Occupé à perfectionner ses têtes, il ne peut pas prendre de mesures pour les perruques à domicile. Il invite les Parisiens à se rendre chez lui pour des mesures et la livraison des perruques. Rochefort fabrique diverses perruques avec une grande précision mathématique, offrant des avantages uniques à ses clients. Pour les provinciaux, il propose d'envoyer un modèle de mesure facile à utiliser, les lettres étant affranchies. Son adresse est à Paris, rue de la Verrerie, près de la rue des Billettes.
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16819
p. 247-253
Discours sur les Eaux de Versailles, sur les Jardins, & sur les nouveaux Ouvrages qu'on y a mis ; avec les noms des Sculpteurs. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay rien de nouveau, Madame, à vous mander [...]
Mots clefs :
Eau, Versailles, Ouvrage, Grotte, Jardins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur les Eaux de Versailles, sur les Jardins, & sur les nouveaux Ouvrages qu'on y a mis ; avec les noms des Sculpteurs. [titre d'après la table]
JE n'ay rien de nouveau,
Madame, à vous man¬
der cette Semaine, que le
Voyage du Roy à Verfailles.
Je ſçais que vous
l'avez vû, & que vous avez
lû la belle Description que
Mademoiſelle de Scudery
en a faite: mais le Ver¬
failles que vous avez vû
& celuy dont elle a parlé,
sont bien diferents de ce¬
luy d'aujourd'huy; & le
Roy n'eſt jamais un mois
X iiij
248. LE MERCURE
sans y aller, qu'il n'y en
trouve un nouveau lors
60
qu'il y retourne, tant il
paroiſt changé, à cause
des beautez qu'on y ad¬
joûrep sans cesse. On a
depuis, peu embelly la
Grotte de plusieurs Figu¬
res incomparables; on y
a mis un grand Soleil en¬
vironné de plusieurs Nym
phes qui le couronnent,
& luy lavent les pieds &
les mains. Ce merveilleux
Ouvrage, & le plus grand
qui ait, encor esté fait, est
de Messieurs Girardon &
GALANT. 249
Renaudin. Dans deux
niches qui sont aux côtez,
on y a mis quatre Chevaux
du Soleil, qui semblent
jerter du feu, & vouloir
prendre carriere, sans pou¬
voir estre arreſtez par les
puissans Tritons qui les
tiennent. Monsieur Gue¬
rin a fait la moitié de cet
Ouvrage, & Messieurs
Gaspard & Baltazard ont
fait le reste. On a encor
placé dans cette Grotte
plusieurs autres belles Fi¬
gures de Monsieur Batiste
Sculpteur tres fameux; ce
250 LE MERCURE
qui fait voir que la France
peut fournir pour ces sor¬
tes d' Ouvrages d auſsi
grands Hommes que l'I¬
talie. Je n'aurois jamais
fait, si je voulois vous par¬
ler des merveilles que les
eaux produisent dans ce
Lieu délicieux. Le Sieur
Denys les y fait venir par
des Pompes & des Acqueducs
admirables; & Mon¬
sieur de Francine leur fait
faire des choses qui sur¬
passent l'imagination; te¬
moin le Marais, l'Arbre,
& le Mont d'eau, sans ou¬
GALANT. 15.
blier le Theatre, ou les
changemens de décora¬
tions d'eau y sont aussi fré¬
quens que ceux des Pieces
de Machines, qui en sont
les plus remplies: Mais
comment l'eau manque.
roit-elle pour toutes ces
choses, puis que par les
soins qu'ont pris ceux qui
la font venir dans ces
lieux, on y voit des Parterres
entiers tres-beaux
& tres fleuris, sous lesquels
il y a des reſervoirs d'eau?
Les miracles que fait Mon¬
sieur Nautre dans ces su¬
22 LE MERCURE
perbes Jardins, ne sont pas
moins considerables. Le
grand nombre d'Oran¬
gers plantez en terre, en
fait foy, aussi-bien que les
grands Arbres qui ont esté
transplantez pour élargir
la grande Allée; ce qui
ne s'eſt encor jamais vû.
Jaurois encor mille cho¬
ſes à vous dire touchant
ce Chaſteau, qui surpasse
le Palais d'Armide. Je de¬
vrois vous parler des Ba¬
timens, & de ceux qui en
prenent la conduite; mais
le détail en seroit trop
GALANT. 253
long, & je dois le remet¬
tre à une autre fois, ou
plutost attendre qu' ils
soient achevez.
A Paris, le 2. Avril
Madame, à vous man¬
der cette Semaine, que le
Voyage du Roy à Verfailles.
Je ſçais que vous
l'avez vû, & que vous avez
lû la belle Description que
Mademoiſelle de Scudery
en a faite: mais le Ver¬
failles que vous avez vû
& celuy dont elle a parlé,
sont bien diferents de ce¬
luy d'aujourd'huy; & le
Roy n'eſt jamais un mois
X iiij
248. LE MERCURE
sans y aller, qu'il n'y en
trouve un nouveau lors
60
qu'il y retourne, tant il
paroiſt changé, à cause
des beautez qu'on y ad¬
joûrep sans cesse. On a
depuis, peu embelly la
Grotte de plusieurs Figu¬
res incomparables; on y
a mis un grand Soleil en¬
vironné de plusieurs Nym
phes qui le couronnent,
& luy lavent les pieds &
les mains. Ce merveilleux
Ouvrage, & le plus grand
qui ait, encor esté fait, est
de Messieurs Girardon &
GALANT. 249
Renaudin. Dans deux
niches qui sont aux côtez,
on y a mis quatre Chevaux
du Soleil, qui semblent
jerter du feu, & vouloir
prendre carriere, sans pou¬
voir estre arreſtez par les
puissans Tritons qui les
tiennent. Monsieur Gue¬
rin a fait la moitié de cet
Ouvrage, & Messieurs
Gaspard & Baltazard ont
fait le reste. On a encor
placé dans cette Grotte
plusieurs autres belles Fi¬
gures de Monsieur Batiste
Sculpteur tres fameux; ce
250 LE MERCURE
qui fait voir que la France
peut fournir pour ces sor¬
tes d' Ouvrages d auſsi
grands Hommes que l'I¬
talie. Je n'aurois jamais
fait, si je voulois vous par¬
ler des merveilles que les
eaux produisent dans ce
Lieu délicieux. Le Sieur
Denys les y fait venir par
des Pompes & des Acqueducs
admirables; & Mon¬
sieur de Francine leur fait
faire des choses qui sur¬
passent l'imagination; te¬
moin le Marais, l'Arbre,
& le Mont d'eau, sans ou¬
GALANT. 15.
blier le Theatre, ou les
changemens de décora¬
tions d'eau y sont aussi fré¬
quens que ceux des Pieces
de Machines, qui en sont
les plus remplies: Mais
comment l'eau manque.
roit-elle pour toutes ces
choses, puis que par les
soins qu'ont pris ceux qui
la font venir dans ces
lieux, on y voit des Parterres
entiers tres-beaux
& tres fleuris, sous lesquels
il y a des reſervoirs d'eau?
Les miracles que fait Mon¬
sieur Nautre dans ces su¬
22 LE MERCURE
perbes Jardins, ne sont pas
moins considerables. Le
grand nombre d'Oran¬
gers plantez en terre, en
fait foy, aussi-bien que les
grands Arbres qui ont esté
transplantez pour élargir
la grande Allée; ce qui
ne s'eſt encor jamais vû.
Jaurois encor mille cho¬
ſes à vous dire touchant
ce Chaſteau, qui surpasse
le Palais d'Armide. Je de¬
vrois vous parler des Ba¬
timens, & de ceux qui en
prenent la conduite; mais
le détail en seroit trop
GALANT. 253
long, & je dois le remet¬
tre à une autre fois, ou
plutost attendre qu' ils
soient achevez.
A Paris, le 2. Avril
Fermer
16820
p. 2573
« La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Début :
La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...]
Mots clefs :
Pièce, Sujet
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texteReconnaissance textuelle : « La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Piece qui suit est sur un sujet des
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
Fermer
16821
p. 2573-2577
CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Début :
La Fille du grand Roi que Bethléem vit naître, [...]
Mots clefs :
Naissance de Jésus-Christ, Puissance, Enfant, Univers, Adorer
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texteReconnaissance textuelle : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
CANTAT E.
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
SUR LA NAISSANCE
DE JESUS- CHRIST.
LA Fille du grand Roi que Betlhéem vit naître
La fille de David , Pere de tant de Rois ,
Dans sa propre Patrie en vain se fait connoître ,
P
I. Vol. Citij L'in
2574 MERCURE DE FRANCE
L'ingrate Betlhéem se rend sourde à sa voix.
Tandis que l'Etranger chez l'Etranger tranquile ,
Ygoûte les douceurs d'un paisible repos ,
La Mere de celui qui vient finir nos maux ,
Erre loin de ses murs , pour chercher un azile ;
Un voile tenebreux lui cache l'Univers.
Lejour depuis long-tems se reposoit dans l'Onde,
A ses pas égarez une Grote profonde ,
Où regnent les sombres Hyvers ,
Parmi de vils Troupeaux offre un triste réfuge :
C'est-là qu'un Dieu Sauveur oubliant qu'il est
Juge ,
Oubliant nos forfaits , et son juste courroux ,
Vient de naître et commence à
s'immoler pour
•
nous.
Air.
Volez, Zéphirs , que votre haleine ,
Dans cet Antre profond ramene ,
La douce chaleur du Printemps.
Pere du jour , avant le temps ,
Recommencez votre carriere ,
Chassez les ombres de la nuit ;
L'Univers étonné languit ,
Dans l'attente de la lumiere :
Chassez les ombres de la nuit.
Quels prodiges divers ! la terre est agitée ,
Elle tremble et frémit d'allegresse et d'effroi :
1. Vol.
La
DECEMBRE. 1732. 2575
La Mer, comme autrefois, craintive, épouvantée,
Suspend ses flots bruyans , pour adorer son Roi ,
Dans un Enfant plein de foiblesse.
Le jour , le plus beau jour à paroître s'empresse :
Dévoilez , cher Enfant , l'éternelle beauté ;
Trop long- temps votre Mere a souffert de vos larmes :
Montrez-vous , soulagez ses mortelles allarmes.
Vous , qui de cet Enfant craignez la Majesté ,
Et qui vous nourissez dans le Ciel de ses charmes,
Heureux Esprits , chantez , découvrez- nous l'amour
Qui l'anime pour nous en cet affreux séjour.
Ecoutons ; le Ciel s'ouvre , un Chœur d'Anges
s'apprête
Acelebrer dans les airs une Fête.
Air.
Le Verbe s'est fait chair pour sauver les Mortels;
Dans ses abaissemens éternisons sa gloire :
Il triomphe des cœurs, pour prix de sa victoire,
Il se verra sans cesse élever des Autels ;
Toujours de sa bonté durera la memoire.
Heureux Mortels , recevez les bienfaits ,
Qu'il vient répandre sur la Terre ;
Déja sa main écarte le Tonnerre ;
Il pleure vos forfaits ,
Il vous offre la paix ,
Et replonge aux Enfers l'impitoyable guerre.
I. Vol CY .Heu-
2576 MERCURE DE FRANCE
Heureux Mortels, recevez les bienfaits
Qu'il vient répandre sur la Terre.
On mêle à ces Concerts de rust ques accens ;
De vigilans Bergers accourus vers l'Etable ,
Y portent des cœurs innocens ,
Et forment au Sauveur la Cour la plus aimable ;'
Tandis que pleins d'amour ils pleurent ses dou- leurs ,
L'un d'eux forme ces sons , qu'interrompent
ses pleurs.
Air.
Foible Enfant, Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime.
Vous soulagez tous nos besoins ,
Tout m'annonce vos tendres soins ,
Et vous vous oubliez vous- même
Vous êtes plus pauvre que nous ,
Et tout l'Univers est à vous
Foible Enfant, Puissance suprême
Je vous adore et je vous aime.
Votre main soutient l'Univers.
Elle transporte les Montagnes ;
Elle fait naître en nos Campagnes ,
Et nourrit mille fruits divers.
Votre voix ramene l'Aurore ,
Qui nous éclaire chaque jour ,
1. Vol. Et
DECEMBRE. 1732. 2577
Et les fleurs qu'elle fait éclore ,
Sont les présens de votre amour.
Foible Enfant , Puissance suprême ,
Je vous adore et je vous aime
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Résumé : CANTATE. SUR LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST.
Le poème relate la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, la ville natale du roi David. Marie, sa mère, cherche un refuge et trouve abri dans une grotte sombre. Jésus, un Dieu Sauveur, naît en oubliant ses pouvoirs pour se sacrifier pour l'humanité. La terre tremble de joie et la mer suspend ses flots pour adorer le nouveau roi. Le jour le plus beau se hâte d'apparaître, et les anges célèbrent cet événement dans les airs. Le Verbe s'est fait chair pour sauver les mortels, et sa bonté durera éternellement. Les bergers, pleins d'amour, accourent vers l'étable pour adorer le Sauveur. Un berger exprime son admiration et son amour pour cet enfant puissant et humble, reconnaissant que sa main soutient l'univers et qu'il est l'auteur de toutes les bénédictions.
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16822
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois de [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Juin 1756.
GUIROY.:
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Juillet , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Juin 1756.
GUIROY.:
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16823
p. 238-239
ERRATA pour le Mercure de Juin.
Début :
Page 62, ligne 1, amour de chasses, lisez, amours de chasse. [...]
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texteReconnaissance textuelle : ERRATA pour le Mercure de Juin.
ERRATA
GUIROY.:
pour le Mercure de Juin.
PAge 62 , ligne 1 , amours de chaffes , liſex ; amours de chaffe .
Page 69 , lig. 14 ,
Lifex,
Mais voyons quel en eft la fin.
Mais voyons quelle en eft la fin.
Page 115 , lig. 13 ,
lifex ,
Et plein d'ivreffe & de timidité ,
Et plein d'ivreffe & d'intrépidité ,
Page 129 , ligne derniere , tecouvrage , lifez , cet
ouvrage.
Page 174 , lig. 20 , trait pour traits , lifez , trait
pour trait.
Page 185 , lig. 18 ,
L'honnêté trompé s'éloigne & ne dit mot .
lifez ,
L'honnête homme trompé s'éloigne & ne dit mot,
Page 196 , lig. 21 ,
Du vulgaire idiot ſe ſoumettre à la loi.
lifex ,
Du vulgaire idiot ſe foumettre la loi .
239
Page 200 , lig.. puifqu'elle eft à , lifez , puiſ--
qu'elle eft là.
GUIROY.:
pour le Mercure de Juin.
PAge 62 , ligne 1 , amours de chaffes , liſex ; amours de chaffe .
Page 69 , lig. 14 ,
Lifex,
Mais voyons quel en eft la fin.
Mais voyons quelle en eft la fin.
Page 115 , lig. 13 ,
lifex ,
Et plein d'ivreffe & de timidité ,
Et plein d'ivreffe & d'intrépidité ,
Page 129 , ligne derniere , tecouvrage , lifez , cet
ouvrage.
Page 174 , lig. 20 , trait pour traits , lifez , trait
pour trait.
Page 185 , lig. 18 ,
L'honnêté trompé s'éloigne & ne dit mot .
lifez ,
L'honnête homme trompé s'éloigne & ne dit mot,
Page 196 , lig. 21 ,
Du vulgaire idiot ſe ſoumettre à la loi.
lifex ,
Du vulgaire idiot ſe foumettre la loi .
239
Page 200 , lig.. puifqu'elle eft à , lifez , puiſ--
qu'elle eft là.
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Résumé : ERRATA pour le Mercure de Juin.
Le document liste les errata du Mercure de Juin pour le texte de Guiroy. Il corrige des erreurs typographiques et orthographiques. Par exemple, 'amours de chaffes' est corrigé en 'amours de chaffe' à la page 62. D'autres corrections sont mentionnées aux pages 69, 115, 129, 174, 185, 196 et 200.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16824
p. 239-240
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. Vers à Daphné, sur un Miroir [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN Prose.
V ERS à Daphné , fur un Miroir de toilette ,
page s
6
Réponſe ,
Calendes des Curés du Diocèſe de Beauvais , à
Mgr le Cardinal de Gefvre , ibid.
Le Scrupule, ou l'Amour mécontent de lui-même ,
Conte ,
9
Vers à Mile M ***, qui avoit eu mal aux yeux , 43
Compliment fait à M. le Duc de Mirepoix , &c.
Les Tombeaux , Poëme ,
ibid.
45
so
Réponse à l'examen de la Surdité & de la Cécité ,
par un Sourd ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Richelieu , 55
Ode au Roi de Pruffe , ibid.
Dictionnaire portatif, ou Penſées libres d'un jeune
Militaire ,
Vers fur le préjugé des Auteurs ,
60
77
Les Songes de l'Amour , Idylle traduite du Grec ,
Vers familiers fur le Mariage ,
Vers à l'Auteur du Mercure ,
80
85
20
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Juin ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
93
94
97
240
"
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES .
Extraits , Précis ou Indications des livres nouveaux
,
99
149
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Hiftoire. Suite de la Differtation fur une Lettre de
S. Remi à Clovis ,
Plyfique. Idées fur la maladie de la nommée Michelot
, & c.
Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie
164
Lettre de M. Ferrand , à l'Auteur du Mercure
Mufique.
Gravure.
ART. IV. BEAUX- ARTS .
168
178
179
180
181
Architecture.
Horlogerie. Lettre au fujet de MM. Pierre le Roy
& le Mazurier , 182
Orfévrerie. Nouvelle Méthode pour travailler la
vaiffelle fur le tour & fans foudures ,
ART. V. SPECTACLES .
Comédie Françoiſe .
185
187
188
189
199
Comédie Italienne.
Extrait des Chinois ,
Concert Spirituel .
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 201
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 204
Mariages & Morts , 232
235
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN Prose.
V ERS à Daphné , fur un Miroir de toilette ,
page s
6
Réponſe ,
Calendes des Curés du Diocèſe de Beauvais , à
Mgr le Cardinal de Gefvre , ibid.
Le Scrupule, ou l'Amour mécontent de lui-même ,
Conte ,
9
Vers à Mile M ***, qui avoit eu mal aux yeux , 43
Compliment fait à M. le Duc de Mirepoix , &c.
Les Tombeaux , Poëme ,
ibid.
45
so
Réponse à l'examen de la Surdité & de la Cécité ,
par un Sourd ,
Vers à M. le Maréchal Duc de Richelieu , 55
Ode au Roi de Pruffe , ibid.
Dictionnaire portatif, ou Penſées libres d'un jeune
Militaire ,
Vers fur le préjugé des Auteurs ,
60
77
Les Songes de l'Amour , Idylle traduite du Grec ,
Vers familiers fur le Mariage ,
Vers à l'Auteur du Mercure ,
80
85
20
Explication de l'Enigme & du Logogryphe du
Mercure de Juin ,
Enigme & Logogryphe ,
Chanfon ,
93
94
97
240
"
ART. II. NOUVELLES LITTERAIRES .
Extraits , Précis ou Indications des livres nouveaux
,
99
149
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
Hiftoire. Suite de la Differtation fur une Lettre de
S. Remi à Clovis ,
Plyfique. Idées fur la maladie de la nommée Michelot
, & c.
Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie
164
Lettre de M. Ferrand , à l'Auteur du Mercure
Mufique.
Gravure.
ART. IV. BEAUX- ARTS .
168
178
179
180
181
Architecture.
Horlogerie. Lettre au fujet de MM. Pierre le Roy
& le Mazurier , 182
Orfévrerie. Nouvelle Méthode pour travailler la
vaiffelle fur le tour & fans foudures ,
ART. V. SPECTACLES .
Comédie Françoiſe .
185
187
188
189
199
Comédie Italienne.
Extrait des Chinois ,
Concert Spirituel .
ARTICLE VI
Nouvelles étrangeres , 201
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 204
Mariages & Morts , 232
235
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication structurée en six sections principales. L'article premier répertorie diverses pièces fugitives en vers et en prose, incluant des poèmes, des réponses, des contes et des compliments dédiés à des personnalités telles que le Duc de Mirepoix, le Maréchal Duc de Richelieu et le Roi de Prusse. Parmi les œuvres mentionnées figurent 'Les Tombeaux', 'Le Scrupule', 'Les Songes de l'Amour' et un 'Dictionnaire portatif'. L'article II traite des nouvelles littéraires, avec des extraits, des précisions ou des indications de livres récents. L'article III couvre les sciences et les belles-lettres, incluant une suite de différentiation sur une lettre de Saint-Remi à Clovis, des idées sur une maladie, et une séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie. L'article IV se concentre sur les beaux-arts, avec des sections sur l'architecture, l'horlogerie et l'orfèvrerie. L'article V aborde les spectacles, incluant la comédie française et italienne, ainsi que des extraits des 'Chinois' et des concerts spirituels. Enfin, l'article VI présente des nouvelles étrangères, des nouvelles de la cour et de Paris, ainsi que des annonces de mariages et de décès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16825
p. 41-42
CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
Début :
EN bon mari, ne bronchez pas, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
CHANSON
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
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16826
p. 240
« La Chanson notée doit regarder la page 97. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 97. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 97. [...] »
La Chanfon notée doit regarder la page 97.
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16827
p. 240
« De l'Imprimerie de Ch. Ant.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. Ant.Jombert. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch. Ant.Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch. Anţ. Jombert,
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16828
p. 2744-2749
L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
Début :
Triste Hymen, quel est ton partage, [...]
Mots clefs :
Hymen, Amour, Esclavage, Rigueurs, Cœur, Langage, Foi, Loi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
L'HYMEN ET L'AMOUR ,
Cantate à deux voix ,
L'Hymen.
TRiste Hymen , quel est ton partage;
Tu ne promets que des faveurs ,
Et malgré toutes tes douceurs ,
On craint , on fuit ton esclavage.
L'Amour n'offre que des rigueurs ,
Et l'Amour seul a l'avantage
De triompher de tous les coeurs.
Я
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2745
L'Hymen dans les bois de Cythere ,
Exprimoit en ces mots ces tristes déplaisirs ,
L'Amo qui l'observoit dans ce lieu solitaire ,
Etoit témoin de ses soupirs.
Tandis que se livrant à sa douleur secrette ,
En vains regrets i alloit s'épancher :
L'Amour sortit de sa retraite ;
L'Amour long-temps ne sçauroit se cacher.
L'Hymen le vit , il en frémit de rage ,
Et lui tint ce langage :
L'Hymen.
Amour , cruel auteur de tous mes déplaisirs ,
Quoi ! ne puis-je éviter ta présence importune ?
Te verrai -je en tous lieux traverser mes desirs ?
Qu'il te suffise , helas ! de troubler ma fortune ,
Ne viens point troubler mes soupics.
L'Amour.
L'Amour ne cherche pas,Hymen,à te contraindre,
Pourquoi l'Amour te fait-il peur ?
Mais sans cesse l'Hymen est de mauvaise hemeur
,
Et l'on l'entend toûjours se plaindre
L'Hymen.
L'Amour cause tout mon ennui ,
De l'Amour seul j'ai tout à craindre ;
Et je në me plains que de lui .
I. Veh Cij
L'A
2746 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Quel transport contre moi t'anime ?
Je ne blesse point de Mortels
Que ce ne soit une victime ,
Que je pare pour tes Autels.
L'Hymen.
Jous ce piege trompeur tu triomphes d'une ame ,
Dont tu surprens la foy :
Et pour l'asservir à ta loi ,
Sous les feux de l'Hymen tu déguises la Яâme ,
Que tu n'allumes que pour toi,
L'Amour.
Je ne réponds pas des caprices ,
D'un coeur qu'épouventent tes noeuds ;
Et je n'ai pas besoin de tous ces artifices ,
Pour faire triompher mes feux.
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits ;
Je ne dois qu'à mes charmes ;
Les coeurs que je soumets ;
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits.
L'Hymen.
Sous ton Empire redoutable ;
1. Vol.
Quel
DECEMBRE. 1731. 2747
}
Quel coeur peut vivre heureux ?
u lui fais éprouver des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable ;
L'Hymen plus favorable ,
Assure son bonheur et comble tous ses voeux.
Qui de nous deux est plus aimable
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Sous ton Empire redoutable ,
Quel coeur peut vivre heureux ,
Tu lui fais ressentir des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable.
L'H.
LA.
L'Hymen plus favorable ,
L'Amour plus favorable ,
L'H. Assure son bonheur et comble tous see
voeux :
L'A. Assure ses plaisirs sans contraindre seg
feux :
Ens. Qui de nous deux est plus aimable,
L'Hymen.
L'Amour n'entend que les soupirs
Des Amans que ses loix ont rendus miserables
L'Amour.
Il n'est point sous mes loix de peines comparables
Aux ennuis , au dégout qui suivent tes plaisirs.
L'Hymen.
Tes biens sont imparfaits , mes plaisirs sont dua
rables Ciiij L'A2748
MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
En peut- il être sans desirs.
L'Hymen.
Quand on possede ce qu'on aime
Que refte-t'il à desirer ?
L'Amour.
Qui ne desire rien , ne doit rien esperer ;
Et c'est un mal extrême .
De l'Amant le plus malheureux
L'espoir adoucit les allarmes ,
L'espoir assaisonne les charmes ,
Du bonheur qui comble nos voeux.
L'Hymen.
L'espoir et les desirs sont de vaines chimeres ,
Dont tu repais mille Amans abusez ;
Ce sont des biens imaginaires ,
Ou plutôt des maux déguisez.
L'Amour.
Les biens que promettent tes chaînes ,
Sont trop sujets aux repentirs ;
Mes maux deviennent des plaisirs ,
Tes plaisirs deviennent des peines .
Mais sur nos interêts pourquoi nous aigrir tant
Hymen, cessons de nous plaindre !
1. Vol.
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2742,
L'Hymen.
'Amour , cessons de nous craindre .
L'Hymen et l'Amour.
N'ayons jamais de different.
L'Amour.
L'Amour t'en presse.
L'H.
L'A.
L'Hymen
Et l'Hymen y consens.
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Portons nos coups d'intelligence ,
NNee ffeerrmmoonnss que d'aimables noeuds.
N'allumons que d'aimables feux ;
Aux plus tendres liens attachons la constance.
L'A. Rendons tous les Amans heureux.
L'H. Rendons tous les Epoux heureux ;
Qu'ils soient toujours unis , et toûjours amou
reux.
Cantate à deux voix ,
L'Hymen.
TRiste Hymen , quel est ton partage;
Tu ne promets que des faveurs ,
Et malgré toutes tes douceurs ,
On craint , on fuit ton esclavage.
L'Amour n'offre que des rigueurs ,
Et l'Amour seul a l'avantage
De triompher de tous les coeurs.
Я
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2745
L'Hymen dans les bois de Cythere ,
Exprimoit en ces mots ces tristes déplaisirs ,
L'Amo qui l'observoit dans ce lieu solitaire ,
Etoit témoin de ses soupirs.
Tandis que se livrant à sa douleur secrette ,
En vains regrets i alloit s'épancher :
L'Amour sortit de sa retraite ;
L'Amour long-temps ne sçauroit se cacher.
L'Hymen le vit , il en frémit de rage ,
Et lui tint ce langage :
L'Hymen.
Amour , cruel auteur de tous mes déplaisirs ,
Quoi ! ne puis-je éviter ta présence importune ?
Te verrai -je en tous lieux traverser mes desirs ?
Qu'il te suffise , helas ! de troubler ma fortune ,
Ne viens point troubler mes soupics.
L'Amour.
L'Amour ne cherche pas,Hymen,à te contraindre,
Pourquoi l'Amour te fait-il peur ?
Mais sans cesse l'Hymen est de mauvaise hemeur
,
Et l'on l'entend toûjours se plaindre
L'Hymen.
L'Amour cause tout mon ennui ,
De l'Amour seul j'ai tout à craindre ;
Et je në me plains que de lui .
I. Veh Cij
L'A
2746 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Quel transport contre moi t'anime ?
Je ne blesse point de Mortels
Que ce ne soit une victime ,
Que je pare pour tes Autels.
L'Hymen.
Jous ce piege trompeur tu triomphes d'une ame ,
Dont tu surprens la foy :
Et pour l'asservir à ta loi ,
Sous les feux de l'Hymen tu déguises la Яâme ,
Que tu n'allumes que pour toi,
L'Amour.
Je ne réponds pas des caprices ,
D'un coeur qu'épouventent tes noeuds ;
Et je n'ai pas besoin de tous ces artifices ,
Pour faire triompher mes feux.
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits ;
Je ne dois qu'à mes charmes ;
Les coeurs que je soumets ;
Le pouvoir de mes armes ,
Est dans mes seuls attraits.
L'Hymen.
Sous ton Empire redoutable ;
1. Vol.
Quel
DECEMBRE. 1731. 2747
}
Quel coeur peut vivre heureux ?
u lui fais éprouver des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable ;
L'Hymen plus favorable ,
Assure son bonheur et comble tous ses voeux.
Qui de nous deux est plus aimable
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Sous ton Empire redoutable ,
Quel coeur peut vivre heureux ,
Tu lui fais ressentir des maux les plus affreux ,
La rigueur insupportable.
L'H.
LA.
L'Hymen plus favorable ,
L'Amour plus favorable ,
L'H. Assure son bonheur et comble tous see
voeux :
L'A. Assure ses plaisirs sans contraindre seg
feux :
Ens. Qui de nous deux est plus aimable,
L'Hymen.
L'Amour n'entend que les soupirs
Des Amans que ses loix ont rendus miserables
L'Amour.
Il n'est point sous mes loix de peines comparables
Aux ennuis , au dégout qui suivent tes plaisirs.
L'Hymen.
Tes biens sont imparfaits , mes plaisirs sont dua
rables Ciiij L'A2748
MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
En peut- il être sans desirs.
L'Hymen.
Quand on possede ce qu'on aime
Que refte-t'il à desirer ?
L'Amour.
Qui ne desire rien , ne doit rien esperer ;
Et c'est un mal extrême .
De l'Amant le plus malheureux
L'espoir adoucit les allarmes ,
L'espoir assaisonne les charmes ,
Du bonheur qui comble nos voeux.
L'Hymen.
L'espoir et les desirs sont de vaines chimeres ,
Dont tu repais mille Amans abusez ;
Ce sont des biens imaginaires ,
Ou plutôt des maux déguisez.
L'Amour.
Les biens que promettent tes chaînes ,
Sont trop sujets aux repentirs ;
Mes maux deviennent des plaisirs ,
Tes plaisirs deviennent des peines .
Mais sur nos interêts pourquoi nous aigrir tant
Hymen, cessons de nous plaindre !
1. Vol.
L'Hymen
DECEMBRE 1731. 2742,
L'Hymen.
'Amour , cessons de nous craindre .
L'Hymen et l'Amour.
N'ayons jamais de different.
L'Amour.
L'Amour t'en presse.
L'H.
L'A.
L'Hymen
Et l'Hymen y consens.
L'Amour et l'Hymen ensemble.
Portons nos coups d'intelligence ,
NNee ffeerrmmoonnss que d'aimables noeuds.
N'allumons que d'aimables feux ;
Aux plus tendres liens attachons la constance.
L'A. Rendons tous les Amans heureux.
L'H. Rendons tous les Epoux heureux ;
Qu'ils soient toujours unis , et toûjours amou
reux.
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Résumé : L'HYMEN ET L'AMOUR, Cantate à deux voix,
Le texte présente une cantate intitulée 'L'Hymen et l'Amour', structurée sous forme de dialogue entre deux personnages : l'Hymen et l'Amour. L'Hymen exprime son désarroi et sa crainte face à l'Amour, qu'il considère comme la source de tous ses malheurs. Il reproche à l'Amour de troubler ses désirs et de causer son ennui. L'Amour, en réponse, affirme que ses charmes et ses attraits suffisent à conquérir les cœurs sans besoin de tromperie. L'Hymen accuse l'Amour de piéger les âmes et de les asservir, tandis que l'Amour rétorque que les liens de l'Hymen entraînent des maux affreux et une rigueur insupportable. Les deux personnages débattent ensuite des plaisirs et des peines qu'ils apportent. L'Hymen assure que ses plaisirs sont durables, tandis que l'Amour argue que ses désirs et ses espoirs adoucissent les alarmes des amants. Finalement, ils décident de cesser leurs plaintes et leurs craintes mutuelles et de collaborer pour rendre les amants et les époux heureux et unis.
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16829
p. 2577
« L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...] »
Début :
L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...]
Mots clefs :
Réjouissances publiques, Rétablissement, Santé, Duc d'Orléans
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texteReconnaissance textuelle : « L'Ode qui suit, a été envoyée de Montargis, Ville de l'Apanage de M. le [...] »
Ltargis , Ville de l'Apanage de M. le
Duc d'Orleans. Elle fit , pour ainsi- dire,
la clôture des Réjouissances publiques,
qui furent faites le 16. Novembre par
les R R. Peres Barnabites du College de
cette Ville , à l'occasion du Rétablissement de la santé de leurs A. S
Duc d'Orleans. Elle fit , pour ainsi- dire,
la clôture des Réjouissances publiques,
qui furent faites le 16. Novembre par
les R R. Peres Barnabites du College de
cette Ville , à l'occasion du Rétablissement de la santé de leurs A. S
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16830
p. 43-44
LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Début :
EN t'embrassant, illustre & digne ami, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
LETTRE de M. DALLET l'aîné,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
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16831
p. 2577-2580
ODE.
Début :
Ville, qu'après tant de conquêtes [...]
Mots clefs :
Venin, Soulager, Triomphes, Médecin, Coup funeste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
O D E.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
VIlle, * qu'après tant de conquêtes ,
Le fier Anglois ne put dompter ,
Sortez de l'allarme où vous êtes ,
Et cessez de vous attrister ;
Le fils de votre auguste Prince ,
Seul espoir de cette Province ,
Survit au danger de ses maux ,
Un secours divin l'en préserve ,
* Les Anglois du temps de leur invasion ne pusentjamais prendre la Ville de Montargis.
I. Vol Cvj La
2578 MERCURE DE FRANCE
),
La Providence le conserve
Pour multiplier les Héros.
Par le venin le plus à craindre ,
Tous ses sens étoient affoiblis ;
Sa vie étoit prête à s'éteindre ,
Avant deux lustres accomplis;
Mais par une crise subite ,
Ce jeune Prince ressuscite ,
Sa beauté renaît avec lui.
Grand-Dieu , ce miracle s'opere }
Par les saintes vertus d'un Pere ,
Qui met en vous tout son appuy.
M
De la pompe qui l'environne ,
Il méprise les vains attraits ,
La ferveur que sa foi lui donne ,
Aspire à des biens plus parfaits :
Ennemi du plaisir frivole ,
Son cœur se dévouë et s'immole ,
Aux rigueurs de l'austerité ,
Et pour soulager l'indigence,
Une liberale dépense ,
Se regle sur sa charité.
Qu'il est rare de voir paroître ,
I. Vol. Uni
DECEMBRE. 1732. 2579
Un Prince qui dès son printemps ,
Des voluptez se rend le maître ,
Par des triomphes si constans !
Grands du monde , je vous appelle .
Ouvrez les yeux sur ce Modele ,
Exempt de toute passion ,
Et dont l'oreille favorable ,
N'est jamais sourde au miserable ,
Qui gémit dans l'oppression.
M
Mais qu'entends- je , quel coup funeste ,
Vient renouveller nos frayeurs !
Est-ce donc le courroux Celeste ,
Qui veut redoubler nos malheurs !
Ce Prince accablé de tristesse ,
Près d'un Fils souffrant qu'il caresse
Est frappé du même venin.
Seigneur , secourez l'un et l'autre
Pour votre gloire et pour la nôtre ;
Je crains tout autre Medecin.
M
Rassurons-nous , calmons nos craintes ,
Déja nos vœux sont exaucez ,
Ils sont tous deux hors des atteintes ,
Dont leurs jours étoient menacez.
Livrons donc nos cœurs à la joye ,
Il est temps qu'elle se déploye,
I, Vol. Que
2580 MERCURE DE FRANCE
Que nos feux brillent dans les airs ,
Et qu'une Ville si fidele ,
Témoigne du moins par son zele ,
Combien ses Princes lui sont chers.
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Résumé : ODE.
Le texte narre les événements impliquant un prince et son fils, tous deux victimes d'un venin. La ville de Montargis, jamais conquise par les Anglais, est en alarme. Le fils du prince, seul espoir de la province, survit grâce à un secours divin. Le prince, affaibli par le venin, renaît miraculeusement grâce aux vertus de son père. Ce dernier, malgré sa position, méprise les plaisirs frivoles et consacre sa vie à la charité et à l'aide des misérables. Le texte encourage les grands du monde à suivre cet exemple de vertu et de compassion. Cependant, une nouvelle frayeur survient lorsque le père est également frappé par le même venin. Les prières sont exaucées, et tous deux sont sauvés. La ville est invitée à se réjouir et à témoigner de son zèle et de son attachement à ses princes.
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16832
p. 44-45
RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
Début :
AVEC transport je reçois & je goute, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
Fermer
16833
s. p.
Epitre Dedicatoire AU ROI.
Début :
Sire, Vous nous avés accordé le Privilege du Mercure de [...]
Mots clefs :
Mercure de France, Privilège, Majesté, Roi, Panégyrique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epitre Dedicatoire AU ROI.
EpitreDedicatoire
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
AU ROI
Sire
Yous nous aves accordé
lePrivilege du Mercure de
France,Quelbonheur pour nous,
dy travailler dans un tems
où VOTRE MAJESTE' prodigue à
1
tous les Ecrivains tant de qualités
éminentes à célébrer , & tant de gloireà
publier. On n'estpas obligé d'emprunter
le fecours de l'Eloquence ,
pour embellir les Annales de votre
vie. SIRE , le plus fimple récit de
vos Actions paffera dans la Poſtérité
pour un Panégyrique , & vos Hiftoriens
lui paroîtront des Plines. Cependant
la vérité dit de vous ce
qu'ont dit des Monarques les plus
flatés la Fable menfongere& laplus
fervile adulation. Lorsqu'on vous
peint , on n'a befoin que de la fincerité
pour conduire le Pinceau , & la
bouche ne forme point de traits qui
ne foient gravés dans le coeur. Vous
offrez , SIRE , aux yeux de l'Univers
enchanté , un Phénomene unique
, un Vainqueur chéri , un Roi
le
citoyen , enfin un tendre Pere des
Peuples. Que de fentimens dignes
d'une mémoire éternelle a fait écla→
ter votre péril pendant la fubite &
violentemaladie qui nous a fait trembler
pour vos jours ! Que de Vertus
ont triomphé ! Les vôtres , SIRE ,
celles de votre Augufte Famille
celles de tout votre Peuple ! On a
vú briller avec le plus vif éclat ,
Courage Supérieur , l'Amour Conjugal
, la Tendreffe Filiale , & le
Zéle le plus Ardent . Tous les
Coeurs ont fait unanimement votre
Panégyrique , le vôtre en a fourni
Pilluftre matiere. Finiffons . Nous
ne pouvons , SIRE , que répéter en
vous loüant. Ne rougiffons pourtant
point de n'être que Plagiaires dans
cette occafion.. Les plus fertiles Orateurs
éprouveroient le même fort ; &
de plus , peut-on trop redire ce qui
vous honore davantage & ce qui établit
mieux la félicité de votre Empire
?
Nous fommes avec le plus profond
respect ,
SIRE ,
DE VOTRE MAJESTE" ,
Les très - humbles & trèsfidéles
Sujets, FUSELIER
DE LA BRUERE .
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Résumé : Epitre Dedicatoire AU ROI.
L'épître dédicatoire est adressée au roi pour exprimer la gratitude pour le privilège accordé au 'Mercure de France'. L'auteur met en avant les qualités éminentes et la gloire incontestable du règne royal, rendant inutile toute éloquence supplémentaire. La vérité suffit à célébrer les vertus royales, comparables aux récits les plus flatteurs. Le roi est décrit comme un phénomène unique, un vainqueur chéri, un citoyen et un père des peuples. Lors de sa récente maladie, des sentiments tels que le courage, l'amour conjugal, la tendresse filiale et le zèle ardent ont été manifestés. Tous les cœurs ont uni leurs louanges. L'auteur affirme qu'il est impossible de trop louer le roi sans devenir plagiaire, car chaque éloge renforce la félicité de son empire. L'épître se conclut par une expression de profond respect et de fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16834
p. 270-303
Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoise solemnisa à son [...]
Mots clefs :
Académie française, Place, Messe, Cardinal Richelieu, Assemblée, Duc de Saint-Aignan, François-Timoléon de Choisy, Saint Louis, Prix d'éloquence et de poésie, Fontenelle, Discours, M. Perrault, Louis le Grand, Gloire, France, Esprit, Hommes, Monde, Paix, Piété, Secrétaire, Louanges, Compagnie, Honneur, Héros, Zèle, Maison, Europe, Lettres, Vertus, Admirable, Éloquence, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. du mois passé, l'Academie Françoisesolemnisa
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
à son ordinaire la Feste de S.
Loüis Roy de France, dans la
Chapelle du Louvre. Mr l'Abbé de la Vau
,
l'un desquarante Academiciens, celebra
la Messe, pendant laquelle il
y eut une excellente Musique. Elle estoit dela composition de MrOudot qui fit
paroistre son habileté ce jourlà plus que jamais. Ensuite
Mr l'Abbé Courcier, Theolop-al de l'Eol
i
f
e
de Paris? prononça le Panegyriqne de S.
Loüis avec un succés qui
*
luy attira beaucoup de loüanges. Il remplit tout ce qu'on
pouvoit attendre d'un homme veritablement éloquent,
& lesrapports qu'il trouva des
achons de ce S. Roy à celles
deLOUIS LE GRAND,furent traitez avec tant d'esprit
& tant de delicatesse, qu'il n'y
eut personne qui n'en fust
charmé.L'Assemblée estoit
nombreuse mais en mesme
temps de gens choisis. Elle
ne le fut pas moins l'apresdinée dans la Seance publique
que tinrent Mrs de l'Académie, pour recevoir Mrl'Abbé deChoisy en la place de
Mr le Duc de Saint Aignan.
Vous connoissez son mérite,
& la Relation que je vous ay
envoyée de l'Ambassade de
MrleChevalier de Chaumont à Siam, vous a
fait voir,
combien Sa Majesté l'avoir
jugé propre aux négociations
qu'on avoit a y
traiter. Il
commença son remerciment
endisant
? que si les loix de
l'Academie le pouvoientper-
mettre, il garderoit le silence,
& ne songeroit qu'à se taire
jusqu'à ce que M" de l'Académie luy eussentappris à
bien parler. Il s'étendit enfuite sur les louanges de cette
sçavante Compagnie
,
dans
laquelle les premiers hommes de
l'Estatsedépoüillentde tout le
faste de la grandeur>(;) ne cherchent de distinction que par la
sublimité du genie é par la
profonde capacité, & dit agréablement, qu'il croyoit'- déja
sentir en luy l'esprit de l'Academie quil'élevoit au dessus de luy-mesme
,
& dont il
reconnnoissoit avoir besoin
pour reparer la perte de l'illustre Duc qu'elle regretoit.
Il prit de là occasion d'en
faire un portraitavantageux,
mais fort ressemblant,& après
avoir dit, que c~Af de
l'Academie
a marquer par des
traits immortels la gloire de ce
vrandHomme, dont la memoire
vivroit à jamais dans leurs Ouvrages
-'
puisque tout ce qui part
de leurs mains se sent du genie
sublime de leur Fondateur; il
ajouta quesil'on a
dit autrefois
que comme Cesar par ses Conquestes avoit augmentél'Empire
.le Rome
>
Ciceron par son e/o-~
quence avoitétendul'esprit des
Romains
5
on pouvoit dire que
le CardinaldeRichelieu seul,
avoit fait en France ce que Cesar £7- Ciceron anvoientfait à
Rome, & que si par les ressorts
d'unepolitiqueadmirable il avoit
reculé
nos Frontieres) il nous avoitélevé, poly
,
& si cela se
pouvoit dire, agrandy l'esprit
par l'établissement de l'Acade.
mie. Il poursuivit l'Eloge de
ce fameux Cardinal, parla de
la perte de M( le Chancelier
Seguier,qui fut après luy le
Protecteur del'Academie ,&
exagera ensuite la gloire dont
elle s'estoit Veuë comblée,
lors que le plus grand des
Rois, daignantagréerlemesme titre, avoit bien voulu
luy faire l'honneur de la recevoir dans son Palais, & de
l'égaler aux premieres Compagnies de son Royaume.
Par là, Messieurs
,
continuat-il, car je ne dois retrancher aucun des termes dont il
se servit en parlant de ce
grand Prince. ) Parlàdans
lesSieclesfuturs, vos noms devenus immortels marcheront à
lasuitedu sien
,
& vous pouue,-,
NOUS répondre avous-mesmes de
l'immortalité que vous sçavez
donnerauxautres. Vous lasçavez donner seurement
,
&vous
ladonnerezà LOUIS.Ilsefait
entre ce Prince & vous un
commerce de gloire, & si
sa protection vous fait tant
d'honneur
,
vous pouve% vous
flater de nestrepas inutiles afk
gloire. Oüy, Messieurs, ce prince
si necessaire à tous; à ses Sujets
qu'il a
rendus lesPeuples les plus
redoutables du monde, & qu'il
va achever de rendre plus
heureux
;
à ses Alliez à qui il
accorde par toutmeprotection si
puisante; àses Ennemis mesmes
dontilfaitle bonheurmalgréeux
enlesforçant à
demeureren paix,
ce Prince, qui à l'exemple de
Dieu dontilestl'image vivante
semblen'avoir besoinque de luymesme, il abesoindevouspour
sa gleire
,
&son nom, toutgrand
quil est
,
auroitpeine à passer
tout entierà la derniere posterite
sans vos Ouvrages. Vous y
travaillez, Messieurs. Déja plus
d'une fois vous l'ave^ montré
auxyeux des hommes également
granddans la Paix & dans la
Guerre. Mais qu'est-ce que la
valeur des plus grands Héros,
comparée à la pieté des verita
bles Chretiens? Il regne ce Roy
glorieux, & toujours attentifà
la reçonnoissance qu'il doit à
celuy dont iltient tout
>
ilsonge
continuellement à faireregner
dansson cœur &danssonRoyaume
,
ce Dieu qui depuis tant d'années répandsursapersonne une
si longue suite de prosperite
N'a-t-ilpasfait taire ces malheureux, qui malgré les lumieres
naturelles de l'ame, affectent
une impietéàlaquelle ilsnesçauroient parvenir? N'a-t-il pas
reprimé cette fureur de blasphême
assèz audacieusepouraller attaquerDieujusque dansson Tros-
m f Ilfaitplus; il s'embrase du
zele de la Maison de Dieu
,
il
n'épargne nysoins ny despense
four augmenter le Royaume du
Seigneur. Son zele traverse les
Mers, (jj* va chercher aux ex-
,tremitez de la Terre
,
desPeuples
ensevelis dans les tenebres de l'Idolatrie. Les premieres diffculte.-<
ne le rebutentpoint; ilsuit avec
constance un dessein
que le Ciel
luy a
inspiré
,
& si nos vœux
font exaucez
,
bien-tostfousses
auspices la foy du njray Dieu
fera triomphante dans les Royaumes de 1'0r1ent. Que diray-je
encore ? Ce Heros Chrestien at-
taque ouvertement ce Party
formidable de l'Heresie
,
qui
avoit fait trembler les Roisses
Predecesseurs.Ilacheve enmoins
d'uneannée, ce
quil/s n>a~
voient osé entreprendre depuis
prés de deux ~fc/,~rle Monstre infernal reduit aux abois
>
rentrepourjamais dans l'abisme,
d'où la malice des Novateurs,
&les mœurs corrompuës de nos
Ayeux l'avoient fait sortir.
Heureuse France,tu neverras plus tes Enfans déchirertes
entrailles.Une mesme Religion
leurfera prendre les mesmes in
teredts j&cejl à Louis -;
Grand que tu es redevable d'un
sigrand bien. Parlonsplusjuste,
c'est à Dieu,& le mesme Djetl
pour asseurernostrebonheur,vient
de nous conserver
ce Prince, &
de le rendre auxprieres ardente s
de toute l'Europe; car, Messieurs,lesfrancois ne font pas
les seuls qui s'interessent à
une
santési précieuse, &si quelques
Princes,jaloux de la gloire du
Roy
,
ont témoigné par de vains
projets de Ligues vouloirprofiter
de l'estatou ils le croyoient
,
leurs
Sujets mesmes
>
& tous les Peuples de l'Europe faisoient des
vœuxsecrets pour
luy
cachant
bien Men
saseulePersonne reside la tranquillitéuniverselleMais ou m'emporte mon
zele?
Apeine placé parmy vous,j'entreprens ce qui feroit trembler les
plus grands Orateurs,& sans
consulter mes forces,j'ose parler
d'un Roy dont il n'estpermis de
parler qu'à ceux3 qui comme
vous, Messieurs, le peuvent
faire d'une manieredigne de luy.
Aprés quelque temps laiïle
aux applaudissemens qui furent donnez à
ce Discours,
Mr deBergeret ,Secretaire du
Cabinet, & premier Commis
deMrdeCroissy,Ministre tk,
Secretaire d'Estat,pritlaparole pour y
répondre, & dit
à M l'Abbé de Choisy
,,
que
l'Academie ne luy pouvoit
donner
une marque plus honorable de l'estime qu'elle
faisoit de luy, qu'en le recevant en la place de Mrle Duc
pe S. Aignan. Dansle Portrait
qu'il fit de ce Duc, il fit voir,
Qu'ilaimoit les belles Lettres de
la mesme passion dont il aimoit
la gloire, & qu'ilavoit pris
tous les soinsnecessaires pour
avoir ce
qu'elles ont de plus utile
&deplusagreable. Il dit qu'il
çflyit bienéloigne de la vaine
erreur de ceux qui s'imaginent
que tout le meriteconsiste dans le
bazard d'estrené d'une ancienne
Maison, & qu'il ne regardoit
l'avantage d'avoirtantd'illustres
Ayeux, que comme une obligation indispensable J,'augmenter
l'éclat de leur nom par un merite
personnel; quese voyantattaché
au service d'un Prince,dont les
vertus beroiques donneront plus
d'employ auxLettres, que n'ont
fait tous les Heros de l'Antiquité,il en avoit pris encore plus
d'affection pourelles
;
qu'il s'estoit acquis une maniere de parler
&d'écrire noble,facile, élegante,
&qu'il avoit fait voir à la
France cette Urbanité Romaine,
qui estoit le caractere des Scipions &des plus illustres Romains. Jepasse beaucoup d'autres louanges qui furent écoutéesavec plaisir
,
& qu'il finit
en disant
>
Quesi M. le Duc de
S.Aignan estoit le Protecteur
d'une celebre Academiepar un
titre particulier
,
on pouvoir
dire encore qu'il l'estoit generalement de tous les
gens de
Lettres par une generosité qui
n'exceptoitpersonne; que lemerite, quelque étranger qu'ilfust,
Çy* de quelque part ~;//7~
Yiir„efloiiseur de trouveren luy
de l'appuy & de la protection;
qu'il recevoit avec des témoin
gnages d'affection tous ceux qui
avoient quelque talent
,
& qu'il
ne leurfaisoitsentirsourang èi;
sa dignité
,
que par les bons offices qu'ilseplaisoità leurrendre
Il parla ensuite de sa mort
chrestienne
,
&, de la confolation qu'il avoit euëen mou- lrant de laïsser après luy un
Fils illustre
,
qui s'estoit toujours dql-ingué' avec honneur &
sans affectation, dans lequel
onavoit toûjours veu decourageavecbeaucoupbeaucoup dedou-
crur, une admirable pureté de
mœurs, une parfaite uniformité
de conduite, de la penetration.
de l'application,de la ruigilancr.)
un cœur confiant pour la vérité
pour la justice, em sur tout
une solide pieté, qui le fait Agir
en secret & aux yeux de Dieu
seul,
comme s'il estoit veu de
tous les hommes. Il ajoûta, que
tantde vertus quiavoientmérité que dans un âge si peu avan~
cé, il eustestéfait Chef du Conseil d s
Finances, jufiifioient
chaque jour un si bon choix,(gjr
fdifoicn^ voir que le Royjufie
dijbenfateurde ses grâces "t'VO::
le don suprême de discernerles
esprits. Aprés cela Mr de Bergeret adressa de nouveau la
paroleàMrl'AbbédeChoi-
\yy&: luy dit, quequelque talent qu'il eust pour l'Eloquence
.J la nouvelle nouvelle obligationqu'il avoit o
bligationqu-'il
a-voit
de consacrerses veilles à lagloire de Louis le Grand, luy seroit
sentir de plus en plus combien il
est difficile de parler dignement
d'unPrince dont la vie est une
suite continuelle de prodiges. Les
Poëtes, poursuivit-il ,se plaignent den'avoir point d'expressionsassez fortes pourrepresenter
lemerveilleuxde sesexploits;
les Historiens au contraire de n'en
avoir point d'assi'{ simples, pour
empescher que tant de merveilles
ne passent pour autant defictions.
Quel art, quelle application,
quelle conduite ne faudra- t-il
point pour conserver la vraysemblance avec la grandeur des
choses qu.i! a
faites?Je
ne parle
point decette valeur étonnante,
qui a
pris comme en courant les
plusfortesVilles du monde, &
devant qui lesArmées les plus
nombreuses ont toujours fuy de
peur de * combattre. Je
ne pense
maintenant qu'à cette glorieuse
paix dont nous joueons., & qui
a tfl; faite dans un temps où l'on
ne voyoit de toutes parts que des
puissancesirritées de nos Viéloires, que des Estats ennemis declarez denosinterests, que des
Princesjaloux de nos avantages,
tous avec des pretentions différentes e- incompatibles. Comment donc parut tout d'un coup
cette Paix si heureuse ? C'est un
miracle de la sagesse de Louis le*
Grand
,
que la Politique neffau..
roit comprendre; & comme luy
seul a
pu la donner à toute 1"Euyope.) luy seul aussi peut la IUJl
conserver.Combien d*a£lion3de
pénétration, de prévoyance pour
faire que tant d'Etats libres, dm
dont les interestssontsi contraires,
demeurent dans les termes
qu'il leur a
prescrits? Il faut
voirégalement
ce qui •riefl plus
&ce quin'est pas encore, comme ce qui est. Il faut avoir un
genied'une force&d'une étenduë extraordinaire
,
que nulle affaire ne change, que nul objet
ne trompe, que nulle difficulté
n'arreste; telenfinqu'estle genie
de Louis le Grand
,
qui est répandu dans toutes les parties de
l'Estat, (fy qui n'yest pointrenfermé,agissant au dehors comme
au dedans avec une forceincon-
cevable. Il est jusque dans les
extrémitez du monde, où l'on a
-veit tant desaintesMissionssoutenues par les secours continuels
de sa puissance & de sa piété.
Il estsurlesFrontières duRoyalime
,
qu'il faitfortifier d'une maniere qui déconcerte ~(7 defj<:entous nos Ennemis. Il efi surles
Ports, ou il fait construire ces
Vaisseaux prodigieuxj qui portent par tout le monde la gloire
du nom François. Il est dans les
calemies de Guerre ~ù de Marine ,où la noble éducation jointe
à la Noblesse du sang,forme des
esprits & des courages également
capables du commandement v
de l'exécution dans les plus grandes entreprises Il est enfin par
tout, quifait que tout est reglé
cemme il doit l'estre.Les Garfiijbns toujours entretenues, les
Magasinstoujours pleins, les
Arsenaux toujours garnis
,
les
Troupes toujoursen baleine, v
aprésles travaux de laGuerre,
maintenant occupées à des Ouvragesmagnifiques, qui font les
fruits de la Paix.C'estainsi
que ce Grand Princeagissanten
mesmetempsde toutes parts,v
faisant des choses qui inspirent
continuellement de la terreur à
Jes Ennemis, de l'amour à Jes
Sujets de l'admiration à tout
le monde
,
il peut malgréleshaines
,
les jalousies, vles défiances, conserver la Paix qu'il a
faite3farce qu'il n'ya pointd'Etat
qui ne voye combien il seroit
dangereux de la vouloir rompre.
Quelques Princes de l'Empire
sembloient en avoir la prnsele)
& commencent à former des
Ligues nouvelles, mais le Roy
toujours également juste vsage,
ne voulant ny surprendre ny
estre surpris
:>
fit dire à l'Empereurj que si dans deux mois du
jourdesa Déclaration il ne rece-
voit de luy des asseurances poJiiives de l'observation de la Treve
,
il prendrait les mesuresqu'il
jugeroit necessaires pour le
bien
deson Efidt. Ses Troupes en même temps volentsur les Frontieres de l'Ailsnugne> (fff l'Empereur luy donne toutes les asseurancesqu'il pourvoit souhaiter.
Ainsil'Europe luy doit une seconde fois le repos & la tranquillité dont elle joüit.D'autre
part l'Espagneavoit fait une
mjujiice à nos
Marchands, (!Ï
les contraignoit de payer une taxeviolente
,
fous pretexte qu
'ils
negocioient dans les Indes contre
les Ordonnances. Le Roy3pour
arrester tout à coup ces commencemens de division
,
a
jugé à propos d'envoyer devant Cadix une
Flote capabledeconquérirtoutes
les Indes. dujfi-tost l'EJpdgne
alarmée, a
proYllÍs de rendre ce
qu'elle avoit pris e~ le Roy qui
s'en est contenté, a paru encore
plusgrand parsa moderationque
parsapuissance; car il est vray
que rienn'est si admirable sur la
Terre, que d'y voir un Prince,
qui pourvant tout ce
qu'il veuty
ne
veüille rien qui ne
soitjuste.
Maisc'est le caractere de Louis
le Grand. C'estlefond de cette
Ame heroiqne
>
où toutes les vertus font pures,sinceres
,
solides,
veritables, cm7ent toutesensemlie3 par une admirable union,
qu'il est non seulement le plus
grand de tous les Rois
,
mais encore
le plusparfait de tous les
Hommes.
Cette réponse fut interrompuëbeaucoup de fois par
des applaudissemens qui firent connoistre combien 1*ACsemblée estoit satisfaite de
l'Eloquence de MrdeBergeret. Il parut par là tres-digne
d'estre à la teile d'une si celebreCompagnie; & tout le
monde convint qu'il ne pouvoit mieux remplir la place
qu'iloccupoit. Mrl'Abbé de
Choisy a
fait connoistre par
un fort bel Ouvrage qu'il a
donné au Public depuissa reception,avec combien de justice il remplit la place qu'on
luy afait ocuper. Cet Ouvrage
est laViede Salomon. Il y
aquelquetemps qu'il fitaussiimprimer celle de David avec une
Paraphrase desPseaumes.Jene
vous dis rien de la beautéde
f- ses Livres. Vous pouvez juger
de quoy il est capable par ce
que vous venez de liredeson
Remerciment à PAcadeniieJ
Ces deuxDiscours ayantesté
prononcez ,
on distribua les
Prix d'Eloquence & dePoësie
& l'on declara que le premieravoir esté remporté par
Mrde Fontenelle,& le second
par Mademoiselle des Houlieres, Fille de l'illustre Ma..
dame desHoulieres,dontvous
avez veu tant de beauxOuvrages. Mrl'Abbé de la 'V'aU1
Secretaire de la Compagnie
en l'absence de Mr l'Abbé
Regnier des Marais, Secretaire perpetuel, leut ces deux
Pieces, dont l'uneestoit sur la
Patience, & l'autre sur l'Eduation de la jeune Noblesse
dans les Compagnies des Genilshommes
3
& dans la Maison de S. Cir, &toutes deux
furent écoutées avec l'artenion qu'elles meritoient. Je
vous en diray davantage une
autre fois. A cette lecture
ucceda celle d'un Discours
qu'avoit apporté M Hebert, le
l'Academie de Soissons,
pour sansfaire * 1à l'obligation
où sont ceux de cette Compagnie
,
suivant les Lettres
Patentes de leur établiffci-nelit,
d'enenvoyeruntous lesans,
en Prose ou en Vers,lejour de
S. Loüis
)
à l'Academie Françoise.On
y remarqua de grandes beautez
,
& M. Hébert
eut place parmy les Académiciens. Le sujet de ce Discours estoit, Que les Peuples
sont toujours heureux,lors qu'ils
sont gouvernez par un Prince,
qui a
dela pieté. Aprés cela,
on leut un Madrigal, à la
gloire de Mademoiselle des
Houliers,sur ce qu'elleavoit
remporté le Prix.M.leClerc
leut aussi quelqnes Ouvrages
dePoësie sur divers fujets>&j
la Scance finit par une
Lettré
en Vers de M. Perrault i,dans
laquelle le Siecle remercioit
le Roy de l'avantage qu'illuy
faisoit remportersur les autres Siec
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à l'Academie Françoise le jour de Saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25 du mois précédent, l'Académie Française a célébré la fête de Saint Louis au Louvre. La cérémonie a commencé par une messe dirigée par l'abbé de la Vau, accompagnée de musique composée par Mr Oudot. L'abbé Courcier a prononcé un panégyrique de Louis XIV, comparant ses actions à celles de Louis le Grand. L'après-midi, l'abbé de Choisy a remplacé le duc de Saint Aignan et a exprimé son humilité et sa gratitude envers l'Académie. Il a souligné son rôle dans les négociations à Siam et a rendu hommage au duc de Saint Aignan et au cardinal de Richelieu. Dans son discours, l'abbé de Choisy a loué le roi Louis XIV, comparant sa protection à celle de César et Cicéron pour Rome. Il a insisté sur la nécessité d'un roi pour l'Académie afin de perpétuer sa gloire et a souligné la piété du roi, son zèle pour la foi chrétienne et ses efforts pour étendre la religion chrétienne. Le discours a également mentionné la lutte contre l'hérésie et la corruption morale. Le texte célèbre la figure de Louis XIV et la paix qu'il a établie en Europe, libérant la France du 'Monstre infernal' grâce à la religion et à la protection divine. Le roi est présenté comme un bienfait pour la nation et l'Europe entière, qui prie pour sa santé. Monsieur de Bergeret, secrétaire du cabinet, a souligné l'honneur fait à l'abbé de Choisy et les vertus du fils du duc de Saint-Aignan. Il a également évoqué les exploits militaires et diplomatiques du roi, notamment la paix établie malgré les tensions européennes. Le texte met en avant les qualités exceptionnelles de Louis XIV, surnommé Louis le Grand, et son habileté à maintenir la paix et la stabilité en Europe. Sa puissance et sa piété soutiennent des missions saintes aux confins du monde. Les troupes françaises, bien entretenues et disciplinées, contribuent à la grandeur du royaume. Louis XIV conserve la paix grâce à sa justice et sa sagesse, dissuadant toute tentative de rupture. La séance s'est conclue par des lectures et des remerciements au roi pour les avantages accordés à l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16835
p. 46
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
Début :
DEUX tourtereaux se caressoient, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS,
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
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16836
p. 2580
« Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
Début :
Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...]
Mots clefs :
Occasion, Gens de lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
L
,
Es Vers qu'on va lire sont adressez
à la Duchesse du Maine , dont tout le
monde connoît le goût sûr les lumieres et la protection éclairée qu'elle accorde aux Gens de Lettres ; ils sont
de M. du Vaure , et faits à l'occasion
d'une Comédie nouvelle du même Auteur , reçue par les Comédiens François ,
sous le titre de l'Ecole des Sçavans , en
5. Actes avec un Prologue , et lûë à
Sceaux , chez cette illustre Princesse. On
trouva a Piece bien écrite , le Sujet bien
traité , les Caracteres soutenus , &c.
,
Es Vers qu'on va lire sont adressez
à la Duchesse du Maine , dont tout le
monde connoît le goût sûr les lumieres et la protection éclairée qu'elle accorde aux Gens de Lettres ; ils sont
de M. du Vaure , et faits à l'occasion
d'une Comédie nouvelle du même Auteur , reçue par les Comédiens François ,
sous le titre de l'Ecole des Sçavans , en
5. Actes avec un Prologue , et lûë à
Sceaux , chez cette illustre Princesse. On
trouva a Piece bien écrite , le Sujet bien
traité , les Caracteres soutenus , &c.
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Résumé : « Les Vers qu'on va lire sont adressez à la Duchesse du Maine, dont tout le [...] »
Le texte présente des vers de M. du Vaure dédiés à la Duchesse du Maine, célèbre pour son soutien aux gens de lettres. Ces vers accompagnent la lecture de sa comédie 'L'École des Sçavans', composée de cinq actes et d'un prologue, à Sceaux. La pièce a été bien reçue pour son écriture, son sujet et ses personnages.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16837
p. 2580-2581
« Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
Début :
Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...]
Mots clefs :
Goût, Amour, Public, Génie
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texteReconnaissance textuelle : « Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
Estre Auteur et sensé , fut toûjours difficile ;
Tel est le préjugé de la Cour , de la Ville :
Préjugé contre moi peut être de saison ;
Ai-je dans mon Ouvrage écouté la raison ?
Je l'ignore. Au Public ambitieux de plaire ,
( L'amour propre enfanta ce projet témeraire )
Des faux Sçavans du temps je trace les Portraits :
Mais qui déciderà si j'ai saisi leurs traits ?
I. Vol. Comé-
DECEMBRE. 1732. 2581
Comédiens en Corps , duppes des apparences ,
Rarement le Public confirme vos Sentences.
Par envie , ou par air, Savans , vous blâmez tout
Grand Monde délicat qui possedez le goût ,
Vous êtes trop poli pour être bien sincere.
Quel parti puis-je prendre ? O Ciel ! que dois- je faire ? ....
Quel Génie à l'instant se présente à mes yeux !
Vole à Sceaux , me dit-il , on rassemble en ces
Lieux
Esprit , talent , bonté , sincerité Romaine ,
Amour des Arts, sçavoir , goût épuré d'Athéne ;
A cette Cour choisie expose tes Ecrits ,
Une Muse y préside , on t'y dira leur prix
Tel est le préjugé de la Cour , de la Ville :
Préjugé contre moi peut être de saison ;
Ai-je dans mon Ouvrage écouté la raison ?
Je l'ignore. Au Public ambitieux de plaire ,
( L'amour propre enfanta ce projet témeraire )
Des faux Sçavans du temps je trace les Portraits :
Mais qui déciderà si j'ai saisi leurs traits ?
I. Vol. Comé-
DECEMBRE. 1732. 2581
Comédiens en Corps , duppes des apparences ,
Rarement le Public confirme vos Sentences.
Par envie , ou par air, Savans , vous blâmez tout
Grand Monde délicat qui possedez le goût ,
Vous êtes trop poli pour être bien sincere.
Quel parti puis-je prendre ? O Ciel ! que dois- je faire ? ....
Quel Génie à l'instant se présente à mes yeux !
Vole à Sceaux , me dit-il , on rassemble en ces
Lieux
Esprit , talent , bonté , sincerité Romaine ,
Amour des Arts, sçavoir , goût épuré d'Athéne ;
A cette Cour choisie expose tes Ecrits ,
Une Muse y préside , on t'y dira leur prix
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Résumé : « Estre Auteur et sensé, fut toûjours difficile; [...] »
En décembre 1732, un auteur évoque les défis de la création et de la réception de son œuvre, marquée par des préjugés à la cour et en ville. Il souhaite peindre les portraits des faux savants et des comédiens, critiqués pour leur manque de sincérité. Un génie lui conseille de se rendre à Sceaux, où il trouvera des esprits éclairés et pourra exposer ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16838
p. 1104-1117
TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Début :
Les Newtoniens prétendent (Praefat. editor. in Nevvt.) que l'attraction peut être une qualité [...]
Mots clefs :
Descartes, Newton, Philosophies, Newtoniens, Attraction, Corps, Soleil, Lune, Terre, Planètes, Mouvement, Système, Force, Fluide, Raison
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texteReconnaissance textuelle : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
TROISIEME PARTIE de la
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
comparaison des Philosophies de Descartes
et de Newton. Par M. de S. Aubin .
L
Es Newtoniens prétendent ( Prafat. editor. in
Nevvt. ) que l'attraction peut être une qualité
de la matière aussi primitive que la mobilité.
Les Cartésiens répondent que la mobilité et les
I. Vol. autres
JUIN. 1734. 17057
autres qualités primitives de la matiere , comme
l'étendue , l'impénétrabilité , sont fort differentes
de l'attraction ; que ces proprietés sont trèssimples
, au lieu que l'attraction est une qualité
composée , qui consiste en l'action d'un corps
sur un autre corps. Que ce n'est pas parler en
Physicien , que de dire qu'une attraction pénétre.
tous les centres , sans sçavoir pourquoi , et qu'elle
fait tout dans la nature , sans dire comment.
L'attraction est même contraire à l'experience.
Qu'on suspende deux cubes d'acier d'un pouce
de diamétre chacun à deux fils , ( Harsoëk
rec. de piec. Phys . ) en sorte que les deux cubes se
touchent presque par un de leurs côtés , ils ne
s'approchent pas dans un lieu où l'air n'a aucune
agitation qui rompe son équilibre ; et l'attraction
n'agit pas davantage sur eux dans le vuide
pneumatique , quoique le moindre choc, la moindre
impulsion les fasse changer de place . Cepen--
dant si ces deux cubes ne faisoient qu'un seul
parallélepipéde d'un pouce d'épaiseur , une force
de plus de cent mille livres ne les sépareroit pas.
Suivant l'experience de Guericke faite à Magdebourg
, ( M. de Mairan , Tr. de l'Aur. Bor. )
deux plans polis de deux pouces trois quarts de
diametre , s'unissoient si bien ensemble , par la
juxta- position , et frotés seulement de quelque
matiere un peu grasse , qu'ils soutenoient , sans
attaché au
se separer , un poids de 80. livres ,
plan inferieur. Il faut donc qu'il y ait quelque
autre cause de cette forte union des parcelles d'un
corps , que la prétendue attraction mutuelle de
Newton , à moins qu'on n'y ajoûte la cohesion
et la juxta- position , autres qualités occultes : au
Heu qu'il est très - vrai - semblable , que
la cause
de cette forte union est la pression du plein , suiyant
l'hypothese des Cartesiens.
Mait .
TIC MERCURE DE FRANCE
Mais il y a plus. Ce qui est inconcevable ,
comme une cause naturelle , c'est une attraction
qui opere au-delà du vuide. Le P. Castel ( Tr. de
Phys. sur lapesant. ) est surpris , avec raison , que
Newton at allié le vuide avec le sys.ê.ne d'une
pesanteur universelle . Newton compare ( Princ.
Mith. p. 3. ) tout mouvement circulaire à celui
d'une pierre , que la force du bras fait tourner
dans une fronde. Y auroit - il quelque apparence
à supposer qu'il se feroit simplement une attrac
tion de la pierre par le bras , sans fronde et au
travers d'un milieu vuide ? La Physique ne peut
admettre ( Leibn. Théod. ) l'action immediate
d'un corps sur un autre corps éloigné : Il y a
même de la contradiction dans les termes.
Sur les fondemens ruineux de l'attraction et du
vuide , Newton éleve ses prétendues démonstrations
. Il ne place point le centre de l'Univers
dans un mobile actif , comme le Soleil , ni dans
aucune autre Planete , mais dans un espace vuide
, duquel il nous assure ( Princ. Math.p. 374 )
que le Soleil ne s'éloigne jamais beaucoup . II
donne donc au So eil , non - seulement un mouvement
de révolution sur son axe , mais encore
un mouvement de transport d'un heu à un autre
; et toutes les Ellipses des Planetes doivent varier
en même tems , puisqu'elles ont toujours le
Soleil à un de leurs foyers.
Newton allegue de mauvaises raisons pour détruire
les tourbilions . Les revo utions des Planetes
, dit-il , ( p.354 ) sont élipiques , et les aires
qu'elles décrivent par leurs mouvemens autour
du Soleil , sont proportionnelles aux tems : Il
suppose plusi urs Cercles excentriques - les uns
dans les autres et prétend que les loix Astronomiques
et les mécaniques ne peuvent se conci-
I. Vol.
lier
JUIN. 1107
י734
lier , en supposant un fluide de matiere étherée,
parce que dans le tems que l'aphélie demandera
un mouvement plus tardir, un passage plus étroit
demandera un mouvement plus prompt , ou au
contraire. Rien n'est plus foible que cette objection.
Quand il se trouve dans la nature que que
Concurience entre deux contraires , le plus fort
l'emporte , et les loix du mouvement ont bientôt
décidé entr'eux.
Il n'y a pas plus de solidité à l'objection , que
fluide , qui environne la terre , doit ête d'une
densité égale à celle du Globe. Voici en quoi
consiste cette objection . » Si le fluide dans lequel
» le Globe terrestre nage, dit Newton , ( p. 353. )
est plus ou moins dense , le Globe , au lieu de
» revenir au point d'où il est parti , décrira une
spirale dans sa révolution , en approchant du
» centre ou de la circonference . Si la densité est
égale , les parties lu so ide seront en équilibre
e avec les parties du fluide , et le Globe alors pour-
" ra occuper toutes les places du tourbillon , aussi
bien que le centre . Il est isé de répondre ; premierement
, qu'il ne faut pas considerer une lanete
, comme un mobile plongé dans un fluide ,
mais qu'on doit se représenter un fluide qui participe
aux mouvemens du Globe, comme une portion
de la matière étherée entraînée par lui , et qui
l'environne également de toute part . Le Globe
doit être en équilibre avec son ciel , avec la couche
du tourbillon Solaire où il fait sa révolution ,
mais il n'a pas besoin d'équilibre dans son tourbillon
paticulier , ille forme , et il y donne la loi.
Secondement il n'y a aucun inconvenient qu'un
Globe et le fluide où il nâge , soient d'une égale
densité. Le Globe ne cesse pas pour cela d'ê re solide
, et son atmosphere ne perd pas sa fluidité . Il
Реце
tro MERCURE DE FRANCE
peut y avoir une densité égale entre des particu
les , dont les unes sont accrochées entre elles , et
les autres ne le sont pas : de même qu'un morceau
de bois, qui est un solide , à une égale densité
et est en équilibre avec le volume d'eau qui
l'entraîne.
L'objection tirée du passage des Cométes en
tout sens au travers du tourbillon , a été refutée
dans la seconde partie de cette dissertation. Venons
aux effets de l'attraction universelle, New
ton suppose qu'un mouvement direct d'Occident
en Orient a été imprimé dès le commencement,
par le Créateur , à toutes les Planetes , et que l'attraction
des centres de leurs révolutions les détourne
continuellement de leur tendance à cemouvement
rectiligne , ce qui leur fait décrire
des ellipses. Il se fût épargné bien des calculs
, s'il eût dit tout d'un coup , que le Créateur
, dès le commencement a imprimé aux Planetes
des mouvemens elliptiques . C'est la gravitation
réciproque du Soleil et des Planetes , dit - il ,
( P.374. ) qui les fait tourner autour de leur centre
commun , à des distances plus ou moins éloignées ,
et dans des orbites elliptiques. Tout le systême
roule sur ces deux principes ; premierement , que
les forces de l'attraction mutuelle sont en raison
inverse des quarrés des distances ; c'est - à dire ,
que le corps étant deux fois plus éloigné , la
force centrale agit sur lui quatre fois plus foiblement
, que l'éloignement étant quatre fois plus
gran 1 , la force est seize fois plus foible , & c . Secondement
, que les corps s'attirent en raison directe
de leurs masses, ou de la quantité de leur matiere.
L'essai du systême se fait uniquement sur la
Lune Remontons aux principes . Quand deux
forces , l'une horizontale , l'autre perpendiculai
I.Vo!.
re
JUIN. 1734. 1109
re , poussent également un corps , il décrit la
diagonale d'un quarré . Newton , partant de cette
premiere conclusion , décompose , pour ainsi
dire , la courbe décrite par le mouvement de la
Luue.Connoissant les proportions de son orbite,
et les tems de sa révolution , il calcule les degrés
de la force directe et de la force centrale ,
qui agissant à la fois sur la Lune , produisent
son mouvement elliptique . Il trouve que si
la Lune venoit à perdre sa force directe , ensorte
qu'elle obéit uniquement à l'attraction centrale ,
elle tomberoit de quinze piés dans la premiere
minute. Newton prétend aussi que les corps ,
dont nous connoissons la chûte, avancent de cinquante
quatre mille piés en une minute que si
les corps commençoient à tomber de la hauteur
de la Lune , ou d'une hauteur de soixante demidiametres
de la terre , leur pesanteur diminuant
en raison inverse du quarré de cette distance , leur
chûte seroit de quinze piés dans la premiere minute
, comme la chute de la Lune ; et que la Lune
arrivant à la surface de la terre , décriroit dans
la derniere minute cinquante quatre mille piés ,
de même que les corps graves , près de la surface
de la terre , avancent en tombant de quinze
piés dans la premiere seconde , et de cinquante
quatre mille piés dans toute la minute. Le quarré
de soixante multiplié par quinze , donne cinquante
quatre mille , et Newton en conclut
qu'un même principe , une même force agit sur
la Lune et sur les corps dont nous connoissons
la chûte , suivant la loi qu'il a établie de la raison
inverse des quarrés des distances . Il attribuë,
en conséquence , une gravitation generale et mutuelle
à tous les corps Celestes , dans la même
proportion. Mais cette attraction , refutée déja
I. Vol.
са
TH10 MERCURE DE FRANCE
en qualité de cause , n'est pas plus soutenable
par ses effets.
Premierement , les expériences de la chûte
des corps , près de la surface de la terre , c'estâ
- dire , des hauteurs quelconques qui sont à
notre portée , comme Tours , Montagnes , &c .
ne peuvent se faire que sur des corps dont la
masse a un rapport très - inegal à la masse du
Globe lunaire ; en sorte que si l'attraction agit
avec une force égale sur des masses , dont la quanrité
de matiere est si disproportionnée , un des
fondemens du systême Newtonien tombe en ruine
, sçavoir que l'attraction agit en raison directe
des masses. Secondement , je soutiens que l'at
mosphere , qui environne la terre , étant fort
épaisse , au lieu que la région de la Lune est vuide,
suivant Newton , et la difference causée par l'épaisseur
d'un fluide étant telle encore suivant
Newton , que sans la résistance de l'air grossier,
le corps le plus poreux , comme une éponge , se
précipiteroit avec autant de vitesse qu'un Globe
de plomb , une des démontrations de Newton
étant même , qu'un mobile qui traverse un fluide
de pareille pesanteur spécifique , en quelque sens
que ce soit , et quelque soit la vitesse qu'on lui
donne d'abord , doit perdre la moitié de sa vîtesavant
que d'avoir parcouru trois de ses diametres
: il s'ensuit incontestablement de ses principes,
que si l'attraction centrale agit dans un milieu
vuide , à la hauteur de la Lune , en raison
inverse du quarré de la distance , par rapport à
une attraction qui agit dans un fluide fort dense,
auprès de la surface de la terre , ces deux attrac
tions ne peuvent être semblables .
se ,
Troisiémement il est certain que les masses
des Planetes ne changent point , et que leurs dis-
I. Vol. tanoes
JUIN. 1734 IIII
tances varient , d'où il résulte par une conséquence
invincible que les Planettes dans leurs
périhélies , bien plus puissamment attirées par
le Soleil , devroient tomber sur ce centre , comme
Aristote disoit , que s'il y avoit une autre
terre , elle tomberoit sur celle - ci . Car le moindre
dérangement dans l'équilibre entraîne tout - àfait
un corps , parce que l'excès qui a précedé ,
augmente continuellement l'excès qui suit . Or
tout Astronome convient des absides ou variations
des distances des Planetes . L'équilibre doit
alors être rompu par leur éloignement ou leur
proximité. Elles doivent s'attirer quelquefois
beaucoup plus fortement. La Lune , par exemple,
dans la conjonction , devroit abandonner la
Terre et aller se joindre au Soleil , sur tout la
Terre étant dans le périhélie ; il arriveroit encore
que les deux attractions du Soleil et de la
Terre sur la Lune agissant du même côté
dans l'opposition de la Lune , au lieu que dans
sa conjonction ces deux forces se combattent . la
Lune dans l'opposition tomberoit sur la Terre .
Il est impossible que deux attractions si inégales
et dans ces situations de la Lune si contraires ,
produisent le même effet de la retenir dans l'écliptique.
Il faut aussi dans les absides et conjonctions
des autres Planetes , non-seulement
supposer une qualité occulte , telle que l'attraction
, mais il faut la supposer variable et de maniere
qu'elle se proportionne toujours au besoin
qu'on a d'elle.
Lorsqu'une Planete dans le périhélie , s'est approchée
du centre , l'attraction centrale étant
augmentée , il est impossible , en suivant les loix
du Systême Newtonien , que cette Planete retourne
à sa distance moyenne , et à plus forte
I. Vol.
raison
1112 MERCURE DE FRANCE
raison à l'aphélie . On prétend que quand Jupiter
et Saturne sont dans leur plus grande
proximité, qui est de cent soixante cinq millions
de lieues , suivant les derniers Astronomes , leurs
mouvemens ne sont plus de la même régularité ,
ce que les Newtoniens attribuent à une attraction
plus forte. Puisque le cours de Saturne est dérangé
, il faut donc que l'attraction centrale, qui devroit
agir plus puissammene sur Saturne à une
moindre distance, vienne à se relâcher , sans cause
, pour rendre à Saturne sa régularité . Le Systê
me est autant dénué de causes physiques , qu'il
est abondant en calculs.
Dans les grandes conjonctions des Planetes ,
plusieurs forces centrales réunies dans une ligne
perpendiculaire , devroient agir beaucoup plus
puissamment. Jupiter est plus massif que Saturne
, car Jupiter a plus de densité , suivant New-
Fon ( p. 372. ) il est aussi plus gros suivant tous
les Astronomes , Saturne est donc fortement attiré
par Jupiter , et quand ils se trouvent en con
jonction , la force passagere de Jupiter jointe à
la gravitation continuelle du Soleil , et aturant
Saturne du même côté , doit l'obliger de sortir
de son orbite ; et comme nous l'avons observé ,
le Systême ne fournit aucun moyen de l'y faire
rentrer. Au contraire , l'attraction augmentant
toujours à mesure que la distance diminuera , Saturne
décrira une ligne spirale , puis parabolique
et enfin presque perpendiculaire ; et venant de la
Région la plus éloignée se réunir au Soleil , quels
désordres ne fera t'il point en traversant irrégu
lierement, avec ses satellites , tout ce Monde New.
tonien , où il y a autant de principes de destruction
, que de centres de gravité.
Si l'on répond que l'excès de la vitesse de la
·
I. Vol. Planetę
JUIN. 1734 TII
Planété la soutient contre un excès d'attraction ,
Le Systême Newtonien est donc défectueux , et
c'est une nécessité indispensable d'y ajoûter un
troisiéme principe de la vitesse , qui moderé et
concilie les deux autres . Mais les Géometres auroient
un beau champ pour démontrer par des
calculs réels , fondez sur la regle de Kepler, admise
par Newton , et sur les Observations Astronomiques,
que les rapports réciproques des distances ,
des masses et des vitesses n'étant pas les mêmes en
tout temps , toute la théorie Newtoniene ne peut
avoir aucune solidité , puisque l'équilibre venant
à être rompu dans quelque partie de l'Univers ,
par la moindre inégalité d'attraction d'une Planete
ou d'un Satellite dans les absides , l'équilibre
seroit rompu en même - temps par tout , et
l'Univers aussi - tôt détruit , tous les Globes tombant
les uns sur les autres ; le Soleil même
suivant Newton , s'écarteroit de son centre à
quelque distance et précipiteroit encore la chute
des Planetes dans leurs conjonctions , la force de
la gravitation étant telle dans ce Systême , que
lorsqu'une Planete s'approche du Soleil , elle oblige
le Soleil de s'avancer un peu vers elle , s'il n'est
retenu par une attraction contraire. Ainsi tout le
Systême , au lieu d'avoir un rapport précis avec
les Phénomenes ( qui est le seul moyen de le faire
valoir ) est perpétuellement en contradiction avec
les faits établis par l'Astronomie .
Newton dit qu'il ne fait point d'hypothese ;
cependant tirer mille conséquences du même
principe d'une attraction generale et mutuelle ,
établir que les forces de cette attraction sont en
raison directe des masses , et en raison inverse des
quarrez des distances ; que suivant cette proposition
constante , le Soleil attire les Planetes , et
Je Vol.
дис
11 MERCURE DE FRANCE
ter , que s'il étoit dans le Ciel de Jupiter , maïs
sans être entré dans son tourbillon , il tomberoit
sur le Soleil , à moins qu'il ne vint à rencontrer
pendant sa chute le tourbillon particulier de
quelque Planete. Ainsi il y a lieu de faire sur ce
bouler des conjectures fort differentes de celles
de Newton , qui d'ailleurs ne pourroit tirer de
cette comparaison aucun avantage , puisqu'en
supposant le mouvement elliptique du boulet autour
de la Terre , ce seroit toujours une explication
plus physique de l'attribuer à l'impulsion
du fluide , qu'à une attraction centrale .
Newton finit ( p . 484. ) par reconnoître
qu'une matiere imperceptible penetre tous les
corps , et qu'elle est le principe de leurs attractiens
à de moyennes distances ; comme si la
nécessité d'un mouvement d'impulsion n'étoit
pas encore plus indispensable à l'égard des disrances
éloignées . Le Systême Newtonien ne
seroit soutenable , qu'en supposant les Planetes
sans absides et tous les corps celestes , sans
aucune variation de distance ; ce qui est bien
éloigné de la théorie des Cieux ; et ce Systême ne
nous apprendroit toujours rien , puisqu'il roule
sur un principe inconnu à l'Auteur , de son
aveu, et qui n'a mené jusqu'ici à aucune découverte.
L'Optique de Newton , qui est restée imparfaite,
n'a pas procuré plus d'utilité . Cette invention
si vantée des couleurs élementaires peut paroître
un peu suspecte , plusieurs personnes ayant
tenté inutilement cette experience ; Mariotte, dont
la sagacité en ce genre étoit connue, n'a pû réüssir
à la trouver , et M. Rizzetti a conclu des experiences
qu'il a faites , que tous les rayons sont
également refrangibles .
A l'égard de la Géometrie de l'infini, Newton
I. Vol.
se
JUIN. 1734. 1117
se sert de la Méthode qu'il appelle p. 32. ) des
points naissants et évanouissants , Méthode qui
renferme les mêmes contradictions que celle des
infiniment petits , Il n'est pas besoin de se jetter
dans des discussions métaphysiques , pour con
noître avec la plus entiere certitude , que la divisibilité
à l'infini ne peut s'allier avec les indi-
I visibles. Examinons quelles sont les veritables
défectuositez du Systême Cartésien , et s'il est
possible d'y remedier.
La fin dans le second volume de Juin.
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Résumé : TROISIÈME PARTIE de la comparaison des Philosophies de Descartes et de Newton. Par M. de S. Aubin.
Le texte compare les philosophies de Descartes et de Newton, en se concentrant sur la notion d'attraction. Les Newtoniens considèrent l'attraction comme une qualité primitive de la matière, similaire à la mobilité. En revanche, les Cartésiens la voient comme une qualité composée et contraire à l'expérience, car elle n'est pas observable dans certaines conditions expérimentales, comme l'attraction entre deux cubes d'acier suspendus. Ils préfèrent expliquer l'union des particules d'un corps par la cohésion et la juxtaposition. Les Cartésiens critiquent également l'idée d'une attraction opérant à travers le vide, la comparant à une pierre tournant dans une fronde sans lien physique. Ils rejettent l'action immédiate d'un corps sur un autre à distance, la trouvant contradictoire. Newton, quant à lui, place le centre de l'Univers dans un espace vide et attribue au Soleil des mouvements complexes. Les Cartésiens réfutent les objections de Newton contre les tourbillons, affirmant que les lois du mouvement résolvent les concurrences entre forces opposées. Le texte examine ensuite les effets de l'attraction universelle. Newton suppose un mouvement initial imprimé par le Créateur et une attraction réciproque entre le Soleil et les planètes. Les Cartésiens critiquent ses calculs, estimant qu'il aurait pu simplement postuler des mouvements elliptiques initiaux. Ils contestent également la validité des expériences de Newton sur la chute des corps, arguant que les différences de milieu invalident les comparaisons. Ils soulignent les variations des distances des planètes, qui devraient entraîner des déséquilibres selon les lois newtoniennes. Le texte critique le système newtonien et ses implications sur le mouvement des planètes, notamment Saturne et Jupiter. Lors des grandes conjonctions planétaires, Jupiter attire fortement Saturne, le forçant à sortir de son orbite. Le système newtonien ne fournit aucun moyen pour que Saturne y retourne, ce qui pourrait entraîner des désordres. Il affirme que le système newtonien est défectueux et nécessite un troisième principe de vitesse pour concilier les forces en jeu. Les rapports réciproques des distances, des masses et des vitesses ne sont pas constants, ce qui pourrait rompre l'équilibre de l'univers et entraîner la destruction des planètes. Newton reconnaît l'existence d'une matière imperceptible pénétrant tous les corps, mais cela ne suffit pas à expliquer les mouvements à grandes distances. Le texte conclut que le système newtonien n'est pas soutenable et critique également l'optique de Newton, notamment sa théorie des couleurs élémentaires, ainsi que sa méthode en géométrie de l'infini, qui contient des contradictions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16839
p. 47
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
Début :
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
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16840
p. 47-48
ROMANCE.
Début :
UN Berger de notre village [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROMANCE.
ROMANCE.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
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16841
p. 59-60
EPITRE De M. de la Soriniere à M. des Forges Maillard à l'occasion de sa Piéce au Roi, insérée dans le Mercure de Novembre I vol.
Début :
AMI Maillard, l'honneur de ta Province, [...]
Mots clefs :
Vers, Aimable, Vive le roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. de la Soriniere à M. des Forges Maillard à l'occasion de sa Piéce au Roi, insérée dans le Mercure de Novembre I vol.
EPITRE
De M. de la Soriniere à M. des Forges
Maillard à l'occafion de fa Piéce au Roi , inferée
dans le Mercure de Novembre 1I vol.
A Mi Maillard , l'honneur de ta Province ,
L'Horace du Climat Breton ,
Lorfque tu célébres ton Prince ,
Que tu prens un aimable ton !
Ce mot , enfant de l'allégreffe ,
Que je repete d'après toi ,
Eft plein d'amour & de tendreffe :
Et je repeterai fans ceffe
VIVE LE ROI , VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de fa gloire ,
Et le punir de ſes vertus !
Ils feroient bien mieux de fe taire :
Dans un champ fi vafte & fi beau
Quand ils furpafferoient Rouffeau
Ils n'égaleroient pas Voltaire .
"
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je hais ces vers entortillés ,
Je hais ces écrits faméliques ,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et fuperbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
Non , je n'eftime que très peu
Ces vers dont la burleſque enflure
A plus de phlegme que de feu ,
Et femblent abhorrer la nature .
Pour toi rimer ce n'eft qu'un jeu
Où fe plaît ta Mufe docile ,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raiſonnement .
Quand pourrai-je , en ſuivant tes traces ,
Errer dans le facré Vallon ,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'infpire le docte Apollon ,
Et confacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chanfons
Que t'apprit l'Amant de Lefbie ,
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à fes Nouriffons ?
A la Soriniere en Anjou.
De M. de la Soriniere à M. des Forges
Maillard à l'occafion de fa Piéce au Roi , inferée
dans le Mercure de Novembre 1I vol.
A Mi Maillard , l'honneur de ta Province ,
L'Horace du Climat Breton ,
Lorfque tu célébres ton Prince ,
Que tu prens un aimable ton !
Ce mot , enfant de l'allégreffe ,
Que je repete d'après toi ,
Eft plein d'amour & de tendreffe :
Et je repeterai fans ceffe
VIVE LE ROI , VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de fa gloire ,
Et le punir de ſes vertus !
Ils feroient bien mieux de fe taire :
Dans un champ fi vafte & fi beau
Quand ils furpafferoient Rouffeau
Ils n'égaleroient pas Voltaire .
"
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je hais ces vers entortillés ,
Je hais ces écrits faméliques ,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et fuperbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
Non , je n'eftime que très peu
Ces vers dont la burleſque enflure
A plus de phlegme que de feu ,
Et femblent abhorrer la nature .
Pour toi rimer ce n'eft qu'un jeu
Où fe plaît ta Mufe docile ,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raiſonnement .
Quand pourrai-je , en ſuivant tes traces ,
Errer dans le facré Vallon ,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'infpire le docte Apollon ,
Et confacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chanfons
Que t'apprit l'Amant de Lefbie ,
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à fes Nouriffons ?
A la Soriniere en Anjou.
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16842
p. 2581-2588
SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
Début :
Je n'ai pas conjecturé juste, Monsieur, quand je vous ai marqué par ma derniere Lettre que [...]
Mots clefs :
Conquête d'Oran, Château de Sainte Croix, Royaume d'Alger, Marquis de Santa Cruz, Chevalier Wogan, Maures, Troupes, Provisions, Secours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
SIXIE'ME Lettre écrite par M. D. L. R.
à M. le Marquis de B. au sujet de la
Conquête d'Oran , &c.
JT
E n'ai pas conjecturé juste , Monsieur , quand
je vous ai marqué par ma derniere Lettre que
je ne croyois pas d'avoir rien à vous écrire au
sujet d'Oran avant le Printemps prochain ; les
apparences étoient telles , mais l'Evenement a
détruit les apparences : Les Maures se sont mis
en campagne pour executer de grands projets ,
ils veulent batailler en plein hyver, d'un côté devant Oran , de l'autre devant Ceuta ; il faut vous
rendre compte de leurs Operations ; elles sont
yenues depuis peu à ma connoissance par plu- I. Vol. sieurs
2582 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites d'Espagne et d'Affrique,
Vous sçavez , Monsieur , qu'Oran et Marsalquibir ont fait partie du Royaume d'Alger , et
quelle a été la consternation de la Ville d'Alger
et de tout le Païs , lors de la prise de ces deux
Places par l'armée du Roy d'Espagne. La retraite
de cette Armée , le départ de la Flote , la mort
du vieux Dey d'Alger , âgé de 88. ans auquel a
succedé le Khaznadar ou Trésorier de la Régence , tout cela ensemble a fait cesser la consternation ; les Maures ont repris courage et paroissent disposez à faire de grands efforts pour
reprendre les Places conquises et chasser entierement les Espagnols des Côtes d'Affrique.
Dabord cette Régence a envoyé un secours
considerable au Dey Bigotillos , qu'on dit être
un Renegat Catalan , cy-devant Gouverneur d'Oran , lequel pendant une partie du mois de Septembre à fort inquieté la Garnison , occupée aux
nouvelles Fortifications de cette Place. Les escarmouches ont été fréquents , toûjours avec grande perte du côté des Maures , qui cependant ont
reçû d'autres renforts , et enfin ils se sont trouvez
en état de commencer le Siege d'Oran avec deux
Armées , dont l'une est commandée par Bigotillos , et l'autre par le fils du dernier Dey d'Alger, qui est Aga des Spahis , ou Commandant de
la Cavalerie.
Leurs premieres vûës ont été de surprendre
quelques-uns des principaux Châteaux qui envi
ronnent la Place et dont vous connoissez la si
tuation et l'importance par le Plan general d'O
ran et de Marsalquibir , que je vous ai envoyé.
Le Marquis de Santa- Cruz a pris là - dessus toutes
les précautions necessaires, et a fait les plus sages
dispositions pour la conservation de ces Forts.
1. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2583
Le dernier jour du mois de Septembre , les
Maures , suivant le projet que je viens de dire ,
ayant formé un Corps considerable , tenterent de
couper la communication de la Place avec le Fort
de S. Philippe , ils y vinrent dabord avec une
grande intrépidité , mais ils furent repoussez par
un Détachement de Grenadiers , et enfin entierement chassez par un Détachement de Cavalerie. L'action fut des plus vives , les Maures y
perdirent près de deux mille hommes , sans les
blessez. Les Espagnols n'eurent que huit hommes
de tuez et quelques blessez.
Le 4. d'Octobre il se donna un combat plus
considerable , à l'occasion d'un convoy que le
Marquis de Santa- Cruz voulut faire entrer dans le
Fort de Sainte- Croix, et qui y entra effectivement.
Toutes les circonstances de cette Action sont remarquables et interessantes ; je suis assuré , Monsieur, que vous me sçaurez bon gré de vous en ap- prendre le détail , au risque d'allonger un peu ma Lettre. Le voici tel qu'il a été envoyé à la Cour,
et conforme à toutes mes Lettres particulieres.
Le Chevalier Wogan , Colonel de jour , ( 4.
Octobre ) sortit vers les cinq heures du ma- tin , à la tête d'un Détachement composé de plusieurs Compagnies de Grenadiers et de quelques
Compagnies de Cavalerie pour escorter un grand Convoi de Vivres et de Munitions , que le Mar
quis de Santa-Cruz envoyoit au Château de Sainte-Croix , qui domine la Ville d'Oran , tous les Châteaux voisins et même l'entrée du Port. Il y
avoit près d'un mois que Bigotillos , cy-devant
Gouverneur d'Oran, assiegeoit ce Château, ayant
placé ses Batteries sur la Mezeta , Montagne fort
élevée et à une portée de fusil , mais séparée du
Château par une gorge très-profonde et très- es- I. Vel. carpée.
2584 MERCURE DE FRANCE
carpée. Cette Batterie avec déja fait une breche
considerable à la muraille du Château ; mais la
breche étant inutile aux ennemis , à cause des Rochers escarpez qui se trouvoient entre leur Camp
et le Château , Bigotillos prit le parti d'appliquer
le Mineur à l'autre côté du demi- Bastion qu'il
avoit battu en breche : les Mines ne firent aucun
effet , parce qu'elles ne penetroient pas le Roc ,
plusieurs assauts qu'il voulut donner par escalade,
firent périr près de 10000. Turcs ou Algeriens ,
fils de Turcs.
Cependant la Garnison Espagnole du Château de Sainte-Croix , qui n'est que de 5oo. hommes,
étoit considerablement diminuée par toutes ces
attaques ; et manquant de tout , elle auroit été
obligée de se rendre. C'est ce qui détermina le
Marquis de Santa- Cruz à tout risquer pour la
secourir ; ainsi avant que de faire sortir le Détachement commandé par le Chevalier de Wogan , il fit faire une fausse attaque du Fort de
S. Philippe sur la batterie des Retranchemens du
fils du Dey d'Alger , qui étoit à la droite de la
tranchée des Ennemis , afin d'y attirer les Troupes de Bigotillos et de dégarnir son poste de la
gauche. Pendant le feu continuel de cette fausse
attaque , le Chevalier de Wogan , Colonel Commandant du Détachement , fit avancer quatre
Compagnies de Grenadiers sur la demi Côte entre
les Châteaux de S. Gregoire et de Sainte Croix ,
pour arrêter ceux qui tenteroient de couper le
Convoy par en haut. Il envoya deux autres Compagnies au bas du Rocher qui est au pied du dernier de ces deux Châteaux , et il marcha ensuite
en bataille avec le reste de son Détachement , occupant toute la Plaine par son front jusqu'au
bord du Baranco , gorge profonde , où les Mau- - Vol. *CS
DECEMBRE. 1732. 2585
res et les Turcs se tenoient ordinairement en
embuscade.
Vers les sept heures du matin , la tête du Convoy s'étant avancée jusqu'à Sainte- Croix , quelques Compagnies de la Garnison de ce Château ,
sortirent pour renforcer l'Escorte , et se posterent sous le Canon du demi- Bastion , qui fit un
feu si continuel et si violent , que les Maures en
furent épouventez , et s'il eût été permis au Chevalier de Wogan de contrevenir aux ordres du
Marquis de Santa-Cruz, et de passer les bords du
Baranco , on ne doute point qu'il ne les`eût chassez de leur retranchement, et qu'il n'eût pû jetter
leur batterie dans les précipices; mais le Marquis de Santa Cruz n'avoit d'autre vûé que de secou
rir le Fort sans rien risquer ; cependant les En- nemis voyant qu'on ne tentoit pas de passer le
Baranco , revinrent y planter leurs Etendarts par
maniere de défi , et il y eut pendant une heure un
feu continuel de Mousqueterie , qui leur tua plus
de 1000 ou 1200. hommes. Bigotillos ayant fait
revenir une partie de ses Troupes , que la fausse attaque du Fort S. Philippe avoit attirée , se dé- termina à traverser la gorge du Baranco. Alors
le Chevalier de Wogan fit marcher deux Compagnies de Grenadiers pour occuper le passage de cette gorge , par lequel les Maures auroient pu couper le Convoy, ils commencerent à entrer dans
Sainte Croix , ce qui obligea Bigotillos à changer de dessein , quoique ses Troupes qui étoient
alors dans la gorge, montassent à plus de 15000
hommes , et après avoir essuyé plusieurs déchar ges de l'Artillerie du Fort , il alla se mettre à
couvert derriere les Rochers qui sont au - dessous
du Château , d'où les bombes qu'on y rouloit ,
obligerent les Maures de se retirer et de remonter i. Vol.
wyers
2585 MERCURE DE FRANCE
vers leur batterie , dont un coup de Canon bles
sa un Officier Espagnol et couvrit de poussiere le Chevalier de Wogan.
Vers les neuf heures du matin , toutes les voitures du Convoi étant retournées à Oran , après
avoir déchargé leurs provisions dans le Fort de
Sainte Croix , la Cavalerie du Détachement se
mit en bataille du côté de la Marine , pour soutenir l'Infanterie voisine dans sa retraite. Le
Chevalier deWogan reçut en cet endroit un coup
de fusil qui l'obligea de se retirer et de laisser le
commandement au Marquis de Turbilly , son
Lieutenant Colonel ; il étoit resté vers le Rocher
de Sainte- Croix six Compagnies de Grenadiers ,
dont trois devoient rentrer dans le Château, et les
trois autres retourner à Oran avec le reste du Détachement.
La Cavalerie , par un ordre mal entendu , commençoit déja à défiler , et ne pouvoit plus les secourir , desorte que ces Compagnies furent obligées de lâcher pied et de se retirer en confusion,
trois sous le Canon de Sainte Croix et le reste du
côté du Fortin de la Marine. Un Capitaine du
Régiment de Dragons de Belgia , nommé le Chevalier de Wuilts , au desespoir de voir les Maures
courir la Plaine impunément , s'avança à la tête
de 30. de ses Dragons , les arrêta pour quelque
temps, et après en avoir tué un grand nombre, et
perdu la moitié de sa Troupe , il se retira en bon ordre.
Les Maures , de leur côté , craignant une sortie
de la Garnison d'Oran , se retirerent par les Rochers de Sainte- Croix , où ils essuyerent tout le
feu de l'Artillerie du Château , et on compte que
pendant le défilé du Convoy , ils ont perdu prés
de 3000. hommes , parmi lesquels il y a cu 19.
" I. Vol.
Agas
DECEMBRE. 1732. 2587
Agas ou Officiers de distinction et un des fils de
Bigotillos. Cette journée a été très- glorieuse pour
les Espagnols , malgré la déroute des Compagnies
de Grenadiers qui n'ont pû faire assez iôt leur retraite.
Le Château de Sainte-Croix a présentement
en abondance toutes sortes de provisions et de munitions de guerre; l'entrée du Convoy a tellement déconcerté les Turcs et les Maures , que
malgré le cordon ou la ligne que Bigotillos avoit fait faire derriere son Camp , pour empêcher la
désertion , la plus grande partie de sa Cavalerie l'a abandonné. Le Détachement de la Garnison
d'Oran n'étoit en tout que de 1300. hommes.
L'Armée des Maures , dont ce Détachement a
soutenu les differentes attaques , étoit au moins de 17. à 18000. hommes.
On a appris par des Lettres posterieures , qu'on
avoit construit un Ouvrage entre le Château de
Sainte-Croix et celui de S. Gregoire , pour conserver la communication entre ces deux Forts ,
qu'on avoit introduit un nouveau secours dans le
premier , dont les Maures continuoient le Siege ,
mais avec moins de vigueur que cy-devant , qu'ils
avoient fait sauter une Mine qui n'avoit point endommagé la muraille , mais qui avoit tué trois
Mineurs d'une Contremine et blessé trois Grenadiers , qu'il n'y avoit que trois minutes que le
Marquis de Santa- Cruz et M. de la Croix , Commandant de l'Artillerie , étoient sortis de cette
Contremine , qu'ils étoient allé visiter ; que les
trois derniers jours du mois d'Octobre , l'Artil- lerie des Ennemis avoit fait peu de feu ; qu'on
avoit appris depuis que de trois grosses pieces de
Canons qu'ils avoient dans leur batterie de la
Mezetta , il y en avoit deux de crevées ; que les I. Vel, Maures
2588 MERCURE DE FRANCE
>
Maures qui font le Siege du Fort de S. Philippe ,
avoient cessé de tirer depuis cinq jours , ce qu'on
attribue au deffaut de Munitions et aux pluyes continuelles qui sont tombées pendant ce tempslà, et qui ont inondé toutes leurs tranchées ; enfin
que la Garnison avoit profité de ce temps pour
élever une nouvelle batterie , qui incommodoit
beaucoup les Ennemis , et que le fils du feu Dey
d'Alger, qui commande au Siege du Fort de
S. Philippe et qui s'en étoit absenté pendant
quelques jours , y étoit révenu
Cependant il est arrivé à Oran plusieurs secours de Troupes et de Provisions , ensorte qu'il
y a tout lieu d'esperer que les Maures , après
avoir perdu bien du monde , n'auront fait qu'une
tentative inutile et témeraire. Les principaux Algeriens sont convenus eux-mêmes en plein Divan, que sans le secours d'une Flote , qu'ils ne
sont pas en état d'équiper , il leur est absolument
impossible de reprendre cette Place. Il est vrai
que suivant les dernieres Lettres il avoit paru au commencement de Novembre aux environs d'Oran , huit ou neuf Vaisseaux de guerre d'Alger ;
mais ces Lettres ajoûtent que sur les premiers
avis , le Roy d'Espagne avoit envoyé des ordres précis aux Commandans de trois de ses Vaisseaux de guerre , de joindre trois autres
Vaisseaux de guerre de Malthe qui sont dans ces
Mers et d'aller attaquer conjointement les Vaisseaux Turcs; ensorte , Monsieur , que nous sommes actuellement dans l'attente de plusieurs nouvelles importantessur la suite des affaires d'Oran.
Je renvoye à une autre Lettre celles qui regardent Ceuta , pour ne point donner ici dans
une excessive longueur. J'ai l'honneur d'être, &c.
A Paris , le 22. Novembre 1732.
I. Vol.
R
à M. le Marquis de B. au sujet de la
Conquête d'Oran , &c.
JT
E n'ai pas conjecturé juste , Monsieur , quand
je vous ai marqué par ma derniere Lettre que
je ne croyois pas d'avoir rien à vous écrire au
sujet d'Oran avant le Printemps prochain ; les
apparences étoient telles , mais l'Evenement a
détruit les apparences : Les Maures se sont mis
en campagne pour executer de grands projets ,
ils veulent batailler en plein hyver, d'un côté devant Oran , de l'autre devant Ceuta ; il faut vous
rendre compte de leurs Operations ; elles sont
yenues depuis peu à ma connoissance par plu- I. Vol. sieurs
2582 MERCURE DE FRANCE
sieurs Lettres écrites d'Espagne et d'Affrique,
Vous sçavez , Monsieur , qu'Oran et Marsalquibir ont fait partie du Royaume d'Alger , et
quelle a été la consternation de la Ville d'Alger
et de tout le Païs , lors de la prise de ces deux
Places par l'armée du Roy d'Espagne. La retraite
de cette Armée , le départ de la Flote , la mort
du vieux Dey d'Alger , âgé de 88. ans auquel a
succedé le Khaznadar ou Trésorier de la Régence , tout cela ensemble a fait cesser la consternation ; les Maures ont repris courage et paroissent disposez à faire de grands efforts pour
reprendre les Places conquises et chasser entierement les Espagnols des Côtes d'Affrique.
Dabord cette Régence a envoyé un secours
considerable au Dey Bigotillos , qu'on dit être
un Renegat Catalan , cy-devant Gouverneur d'Oran , lequel pendant une partie du mois de Septembre à fort inquieté la Garnison , occupée aux
nouvelles Fortifications de cette Place. Les escarmouches ont été fréquents , toûjours avec grande perte du côté des Maures , qui cependant ont
reçû d'autres renforts , et enfin ils se sont trouvez
en état de commencer le Siege d'Oran avec deux
Armées , dont l'une est commandée par Bigotillos , et l'autre par le fils du dernier Dey d'Alger, qui est Aga des Spahis , ou Commandant de
la Cavalerie.
Leurs premieres vûës ont été de surprendre
quelques-uns des principaux Châteaux qui envi
ronnent la Place et dont vous connoissez la si
tuation et l'importance par le Plan general d'O
ran et de Marsalquibir , que je vous ai envoyé.
Le Marquis de Santa- Cruz a pris là - dessus toutes
les précautions necessaires, et a fait les plus sages
dispositions pour la conservation de ces Forts.
1. Vol. Le
DECEMBRE. 1732. 2583
Le dernier jour du mois de Septembre , les
Maures , suivant le projet que je viens de dire ,
ayant formé un Corps considerable , tenterent de
couper la communication de la Place avec le Fort
de S. Philippe , ils y vinrent dabord avec une
grande intrépidité , mais ils furent repoussez par
un Détachement de Grenadiers , et enfin entierement chassez par un Détachement de Cavalerie. L'action fut des plus vives , les Maures y
perdirent près de deux mille hommes , sans les
blessez. Les Espagnols n'eurent que huit hommes
de tuez et quelques blessez.
Le 4. d'Octobre il se donna un combat plus
considerable , à l'occasion d'un convoy que le
Marquis de Santa- Cruz voulut faire entrer dans le
Fort de Sainte- Croix, et qui y entra effectivement.
Toutes les circonstances de cette Action sont remarquables et interessantes ; je suis assuré , Monsieur, que vous me sçaurez bon gré de vous en ap- prendre le détail , au risque d'allonger un peu ma Lettre. Le voici tel qu'il a été envoyé à la Cour,
et conforme à toutes mes Lettres particulieres.
Le Chevalier Wogan , Colonel de jour , ( 4.
Octobre ) sortit vers les cinq heures du ma- tin , à la tête d'un Détachement composé de plusieurs Compagnies de Grenadiers et de quelques
Compagnies de Cavalerie pour escorter un grand Convoi de Vivres et de Munitions , que le Mar
quis de Santa-Cruz envoyoit au Château de Sainte-Croix , qui domine la Ville d'Oran , tous les Châteaux voisins et même l'entrée du Port. Il y
avoit près d'un mois que Bigotillos , cy-devant
Gouverneur d'Oran, assiegeoit ce Château, ayant
placé ses Batteries sur la Mezeta , Montagne fort
élevée et à une portée de fusil , mais séparée du
Château par une gorge très-profonde et très- es- I. Vel. carpée.
2584 MERCURE DE FRANCE
carpée. Cette Batterie avec déja fait une breche
considerable à la muraille du Château ; mais la
breche étant inutile aux ennemis , à cause des Rochers escarpez qui se trouvoient entre leur Camp
et le Château , Bigotillos prit le parti d'appliquer
le Mineur à l'autre côté du demi- Bastion qu'il
avoit battu en breche : les Mines ne firent aucun
effet , parce qu'elles ne penetroient pas le Roc ,
plusieurs assauts qu'il voulut donner par escalade,
firent périr près de 10000. Turcs ou Algeriens ,
fils de Turcs.
Cependant la Garnison Espagnole du Château de Sainte-Croix , qui n'est que de 5oo. hommes,
étoit considerablement diminuée par toutes ces
attaques ; et manquant de tout , elle auroit été
obligée de se rendre. C'est ce qui détermina le
Marquis de Santa- Cruz à tout risquer pour la
secourir ; ainsi avant que de faire sortir le Détachement commandé par le Chevalier de Wogan , il fit faire une fausse attaque du Fort de
S. Philippe sur la batterie des Retranchemens du
fils du Dey d'Alger , qui étoit à la droite de la
tranchée des Ennemis , afin d'y attirer les Troupes de Bigotillos et de dégarnir son poste de la
gauche. Pendant le feu continuel de cette fausse
attaque , le Chevalier de Wogan , Colonel Commandant du Détachement , fit avancer quatre
Compagnies de Grenadiers sur la demi Côte entre
les Châteaux de S. Gregoire et de Sainte Croix ,
pour arrêter ceux qui tenteroient de couper le
Convoy par en haut. Il envoya deux autres Compagnies au bas du Rocher qui est au pied du dernier de ces deux Châteaux , et il marcha ensuite
en bataille avec le reste de son Détachement , occupant toute la Plaine par son front jusqu'au
bord du Baranco , gorge profonde , où les Mau- - Vol. *CS
DECEMBRE. 1732. 2585
res et les Turcs se tenoient ordinairement en
embuscade.
Vers les sept heures du matin , la tête du Convoy s'étant avancée jusqu'à Sainte- Croix , quelques Compagnies de la Garnison de ce Château ,
sortirent pour renforcer l'Escorte , et se posterent sous le Canon du demi- Bastion , qui fit un
feu si continuel et si violent , que les Maures en
furent épouventez , et s'il eût été permis au Chevalier de Wogan de contrevenir aux ordres du
Marquis de Santa-Cruz, et de passer les bords du
Baranco , on ne doute point qu'il ne les`eût chassez de leur retranchement, et qu'il n'eût pû jetter
leur batterie dans les précipices; mais le Marquis de Santa Cruz n'avoit d'autre vûé que de secou
rir le Fort sans rien risquer ; cependant les En- nemis voyant qu'on ne tentoit pas de passer le
Baranco , revinrent y planter leurs Etendarts par
maniere de défi , et il y eut pendant une heure un
feu continuel de Mousqueterie , qui leur tua plus
de 1000 ou 1200. hommes. Bigotillos ayant fait
revenir une partie de ses Troupes , que la fausse attaque du Fort S. Philippe avoit attirée , se dé- termina à traverser la gorge du Baranco. Alors
le Chevalier de Wogan fit marcher deux Compagnies de Grenadiers pour occuper le passage de cette gorge , par lequel les Maures auroient pu couper le Convoy, ils commencerent à entrer dans
Sainte Croix , ce qui obligea Bigotillos à changer de dessein , quoique ses Troupes qui étoient
alors dans la gorge, montassent à plus de 15000
hommes , et après avoir essuyé plusieurs déchar ges de l'Artillerie du Fort , il alla se mettre à
couvert derriere les Rochers qui sont au - dessous
du Château , d'où les bombes qu'on y rouloit ,
obligerent les Maures de se retirer et de remonter i. Vol.
wyers
2585 MERCURE DE FRANCE
vers leur batterie , dont un coup de Canon bles
sa un Officier Espagnol et couvrit de poussiere le Chevalier de Wogan.
Vers les neuf heures du matin , toutes les voitures du Convoi étant retournées à Oran , après
avoir déchargé leurs provisions dans le Fort de
Sainte Croix , la Cavalerie du Détachement se
mit en bataille du côté de la Marine , pour soutenir l'Infanterie voisine dans sa retraite. Le
Chevalier deWogan reçut en cet endroit un coup
de fusil qui l'obligea de se retirer et de laisser le
commandement au Marquis de Turbilly , son
Lieutenant Colonel ; il étoit resté vers le Rocher
de Sainte- Croix six Compagnies de Grenadiers ,
dont trois devoient rentrer dans le Château, et les
trois autres retourner à Oran avec le reste du Détachement.
La Cavalerie , par un ordre mal entendu , commençoit déja à défiler , et ne pouvoit plus les secourir , desorte que ces Compagnies furent obligées de lâcher pied et de se retirer en confusion,
trois sous le Canon de Sainte Croix et le reste du
côté du Fortin de la Marine. Un Capitaine du
Régiment de Dragons de Belgia , nommé le Chevalier de Wuilts , au desespoir de voir les Maures
courir la Plaine impunément , s'avança à la tête
de 30. de ses Dragons , les arrêta pour quelque
temps, et après en avoir tué un grand nombre, et
perdu la moitié de sa Troupe , il se retira en bon ordre.
Les Maures , de leur côté , craignant une sortie
de la Garnison d'Oran , se retirerent par les Rochers de Sainte- Croix , où ils essuyerent tout le
feu de l'Artillerie du Château , et on compte que
pendant le défilé du Convoy , ils ont perdu prés
de 3000. hommes , parmi lesquels il y a cu 19.
" I. Vol.
Agas
DECEMBRE. 1732. 2587
Agas ou Officiers de distinction et un des fils de
Bigotillos. Cette journée a été très- glorieuse pour
les Espagnols , malgré la déroute des Compagnies
de Grenadiers qui n'ont pû faire assez iôt leur retraite.
Le Château de Sainte-Croix a présentement
en abondance toutes sortes de provisions et de munitions de guerre; l'entrée du Convoy a tellement déconcerté les Turcs et les Maures , que
malgré le cordon ou la ligne que Bigotillos avoit fait faire derriere son Camp , pour empêcher la
désertion , la plus grande partie de sa Cavalerie l'a abandonné. Le Détachement de la Garnison
d'Oran n'étoit en tout que de 1300. hommes.
L'Armée des Maures , dont ce Détachement a
soutenu les differentes attaques , étoit au moins de 17. à 18000. hommes.
On a appris par des Lettres posterieures , qu'on
avoit construit un Ouvrage entre le Château de
Sainte-Croix et celui de S. Gregoire , pour conserver la communication entre ces deux Forts ,
qu'on avoit introduit un nouveau secours dans le
premier , dont les Maures continuoient le Siege ,
mais avec moins de vigueur que cy-devant , qu'ils
avoient fait sauter une Mine qui n'avoit point endommagé la muraille , mais qui avoit tué trois
Mineurs d'une Contremine et blessé trois Grenadiers , qu'il n'y avoit que trois minutes que le
Marquis de Santa- Cruz et M. de la Croix , Commandant de l'Artillerie , étoient sortis de cette
Contremine , qu'ils étoient allé visiter ; que les
trois derniers jours du mois d'Octobre , l'Artil- lerie des Ennemis avoit fait peu de feu ; qu'on
avoit appris depuis que de trois grosses pieces de
Canons qu'ils avoient dans leur batterie de la
Mezetta , il y en avoit deux de crevées ; que les I. Vel, Maures
2588 MERCURE DE FRANCE
>
Maures qui font le Siege du Fort de S. Philippe ,
avoient cessé de tirer depuis cinq jours , ce qu'on
attribue au deffaut de Munitions et aux pluyes continuelles qui sont tombées pendant ce tempslà, et qui ont inondé toutes leurs tranchées ; enfin
que la Garnison avoit profité de ce temps pour
élever une nouvelle batterie , qui incommodoit
beaucoup les Ennemis , et que le fils du feu Dey
d'Alger, qui commande au Siege du Fort de
S. Philippe et qui s'en étoit absenté pendant
quelques jours , y étoit révenu
Cependant il est arrivé à Oran plusieurs secours de Troupes et de Provisions , ensorte qu'il
y a tout lieu d'esperer que les Maures , après
avoir perdu bien du monde , n'auront fait qu'une
tentative inutile et témeraire. Les principaux Algeriens sont convenus eux-mêmes en plein Divan, que sans le secours d'une Flote , qu'ils ne
sont pas en état d'équiper , il leur est absolument
impossible de reprendre cette Place. Il est vrai
que suivant les dernieres Lettres il avoit paru au commencement de Novembre aux environs d'Oran , huit ou neuf Vaisseaux de guerre d'Alger ;
mais ces Lettres ajoûtent que sur les premiers
avis , le Roy d'Espagne avoit envoyé des ordres précis aux Commandans de trois de ses Vaisseaux de guerre , de joindre trois autres
Vaisseaux de guerre de Malthe qui sont dans ces
Mers et d'aller attaquer conjointement les Vaisseaux Turcs; ensorte , Monsieur , que nous sommes actuellement dans l'attente de plusieurs nouvelles importantessur la suite des affaires d'Oran.
Je renvoye à une autre Lettre celles qui regardent Ceuta , pour ne point donner ici dans
une excessive longueur. J'ai l'honneur d'être, &c.
A Paris , le 22. Novembre 1732.
I. Vol.
R
Fermer
Résumé : SIXIÈME Lettre écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. au sujet de la Conquête d'Oran, &c.
La lettre de M. D. L. R. au Marquis de B. décrit la situation à Oran et les opérations militaires des Maures. Contrairement aux attentes, les Maures ont lancé des offensives en hiver pour reprendre Oran et Ceuta. La prise de ces villes par l'Espagne avait initialement causé une consternation à Alger, mais la retraite de l'armée espagnole et la mort du Dey avaient redonné courage aux Maures. Les Maures ont envoyé des renforts à Bigotillos, un renégat catalan et ancien gouverneur d'Oran, qui harcelait la garnison espagnole. Ils ont tenté de surprendre des châteaux autour d'Oran, mais ont été repoussés. Le 4 octobre, un combat significatif a eu lieu lors de l'escorte d'un convoi vers le château de Sainte-Croix. Les Espagnols, sous le commandement du Chevalier Wogan, ont réussi à sécuriser le convoi malgré les attaques des Maures, qui ont subi de lourdes pertes. Le château de Sainte-Croix est désormais bien approvisionné, et les Maures ont perdu une grande partie de leur cavalerie. Des renforts espagnols sont arrivés à Oran, et les Maures semblent manquer de munitions. La situation reste tendue, avec des attentes de nouvelles importantes concernant les opérations à Oran.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16843
p. 2749-2762
ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
Début :
Vous avez lû, Monsieur, dans la septiéme Lettre de la Bibliotheque des enfans [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Table générale des caractères, Planche gravée, Lettres, Démonstration géométrique, Abc, Institution littéraire, Logettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
ONZIE'ME LETTRE
Bibliotheque des enfans , &c.
Vou
sur la
Ous avez lû , Monsieur,dans la septiéme
Lettre de la Biblioteque des enfans
une Table générale des caracteres , des
I. Vol. C.v sons
750 MERCURE DE FRANCE
sons simples , des sons composez , et des
combinaisons necessaires pour la garniture
des quatre premiers rangs du Bureau
tipografique. Vous avez même pû voir
une Planche gravée exprés pour donner
quelque idée du Bureau ; mais vous n'avez
pas la Table précise et détaillée des
180 étiquetes , des six rangs de logetes et
de la garniture complete de chaque fogete
séparément. Je vous envoye donc
cette Table , afin que dans la Province
vous puissiez facilement garnir vousmême
les classes du Bureau , à mesure
que vous les voudrez donner à vos chers.
enfans.
Pour la parfaite intelligence de cette
Table il sufit de savoir , Io. que le Bureau
complet est composé de six étages
ou de six rangs, chacun de trente cassetins
ou logetes- 2 ° .Que pour imprimer le françois
on emploie en noir les lettres romaines
, et que pour le latin on fait usage
des lettres italiques ou manuscrites , en
rouge. 3 ° . Que l'on imprime séparément
sur autant de cartes non-seulement les
lettres du grand et du petit Abécé , les
sons au , eau , eu , oient , ph, &c. mais
encore les indéclinables en , hem , ut , si,
quia, sine, & c. les déclinables luna , lupus,
c. les terminaisons an , â , arum,
J.Fol.
Λ
&c.
les
1
DECEMBRE 1731. 2731
les conjugables et leurs terminaisons , ex.
amo , amabam , bam , bas , bat , & c. et
cela afin que l'enfant exercé au Bureau
puisse facilement trouver dans leurs veritables
logetes étiquetées et indiquées
les deux Tables ci - dessous , les lettres
les sons , les signes et chaque partie d'oraison
, donnée sur la copie du thême , à
composer sur la table du Bureau.
par
Les personnes qui verront ces Tables
et qui examineront de près et avec attention
de quoi est composée la garniture
complete d'un Bureau tipografique, trouveront
qu'elle va de douze , à quinze et
à vingt mille lettres , imprimées ou manuscrites
, en noir ou en rouge , sur neuf
à dix mille cartes. Ouvrage tres pénible
et connu du seul artisan , Ceux , qui comme
vous , Monsieur , feront monter leurs
enfans peu à peu , d'une classe à l'autre ,
auront bien le loisir de garnir jou de faire
garnir les classes du Bureau , à proportion
de l'âge et des progrès de l'Enfant.
Vous faites prudemment,Monsieur , de
pratiquer la nouvelle déromination des
lettres. Ceux qui en fesant usage du Bureau
pour montrer à lire aux enfans , ont
cependant conservé l'ancienne dénomi
nation des lettres , quoique fausse , équivoque
ou captieuse , retardent beaucoup
1. Vol.
Cvjxles
2752 MERCURE DE FRANCE
les progrès des enfans ; et pour lors on
auroit tort de mettre sur la métode du
Bureau , la cause de ce retardement ; il
sera toujours considerable , parce que la
dénomination vulgaire tend continuellement
des piéges aux enfans , et que la
vraie dénomination des lettres , forme au
contraire en bien moins de temps , de fi
deles échos pour la prononciation des
lettres , des silabes et des mots en l'une
et en l'autre langue , cela étant susceptible
de démonstration géométrique ; ne
doit- on pas être surpris de trouver tant
de gens de merite et de beaucoup d'esprit,
esclaves du préjugé vulgaire , plutôt
que d'agir consequemment même sur
l'Abc.
On a remarqué que les enfans qui ont
la commodité de pouvoir laisser leur Bureau
toujourt ouvert , du moins les jours
d'exercice, profitoient beaucoup plus que
les enfans qui ne voyoient leur Bureau
qu'en présence du Maître , et seulement
pendant la leçon. Comme vous avez l'art
de mettre tout à profit , j'aurai soin de
vous faire part des nouvelles Tipogra
fiques les plus interessantes , pour la premiere
institution literaire.
I.Vols
TABLE
DECEMBRE
1731. 2753
TABLE des 180. Etiquetes , des six
rangs du Bureau Tipographique.
PREMIER rang de 30. logettes
I a 11 k 21
2 b 12 l
22 V
3 с 13 m 23 X
4. d 14 n
24 Y
S IS O 25 2
6 f 16
P
26 &
7 g
17 9 27 è
8 h 18 r 28 é
9 i
19 fsc
29 géogr.
10 J
20 t 30 fable.
SECOND rang de 30. logettes.
I A II K
2 B 21 U
12 L
3
C 22 V
13
M 4
D
23
X
14 N 24 Y
SE
15
O 25.23
6 F
16 P
26 ET
7
G
17 a 27 E
8 H 18 R
1
9 I
28 E
19 S
10 J
29 hift . f.
20 T
30 hift. p.
TROL
2754 MERCURE DE FRANCE
TROISIEME rang de 30. logettes.
I ha I themes
21 hu
2 bb
12 If
22 W
3 & 13 mm 23 caledr
. 4 dd
14 n n
24 hy
Ss he rf cau 25 livret
6 ph 16 PP
26 & c.
7 gu
17 qu
27 oient
8
magaz
18 rh 28 æoe
9 hi 19 ft
29 §5 *
10 tèmes 20 th
30 +=
QUATRIEME
rang de 30 lugettes.
5
II [ ] ( ) 21 ΟΙ
29
3 :
12 ill
22 2
13 ui 23 3
4
•
1+
oi
24 4
Seu 15 ou
25 5
6 ? 16 á an 26 6
7 gn 17 é en 27 7
8 ! 18 í in 28 8
9 l'apoft. 19 o on 29 9
10 ch 20 u un 30 10
CINQUIEME rang de 30. logettes
I a &
2 us i
3 or ,
oris
4 us ûs
I. Vol.
S es , ei
6 obus
9 parfait
10 pq parf.
II futur
12 îfinit
7 present
8 iparfait
13
༣
2755
DECEMBRE. 1731.
Is amor
16 v.dep:
17 v. com . 23 copat .
13 partici. 19 v. Iperf.
14 aris, atur 20 t. n. fr.
21 avoir
22 art. fr.
25 part. fr.
26 quia
27 bic vir
28 viri
29 xi, Elu
18 v. recip. 24 pr. poff. 30 tu es
i Je , 11 futur
\ SIXIÈME rang de
, ego
2 tu , tu
30. logeltes.
21 eftre
3 il , ille
12 íperat.
13 ger. fup.
22 n. fubft.
23 n. adject.
4 ce , bic
14 as , as
5 qui, qui 15 amo
24 pro.dem.
25 V, friç.
6 -là , met 16 v. neut. 26 ideclin .
7 presēt 17 v. iregul. 27 geres
8 Iparfait 18 v. fubft.
28 declin.
9 parfait 19 v. defect.
29 cojug.
10 pq parf 20 v . fráç.
30 sintaxe
•
TABLE de la garniture des 10 logettes
des six rangs du Bureau tipographique.
PREMIER rang
de
・30. logettes.
I vingt- cinq a "a 8 vingt
h b
2 vingt
b b 9 vingt- cinq i
i
3 vingt с C 10 vingt
4 vingt d d 11 dix k
s vingt-cinq e e 12 vingt
6 vingt
ff
7 vinge
g g
13 vingt
14 vingt
m m
n 22
1 Vol.
15
2756 MERCURE DE FRANCE
15 vingt- cinq o0 0 22 vingt
V ย
16 vingt
17 vingt
PP 23 - vingt
X
9 9 24 vingt Y y
I r Z Z
18 vingt
19 quinze
quinze
cinq
20 vingt
25 vingt
ff 26 dix
S
C
t t
21 vingt- cinqu u
& &
27 vingt - cinq è
28 vingt-cinq é
29 Paris
30 Pan
Parifit
Pan
SECOND rang de 30. logettes
I quinze A A 18 dix
1
R R
2 dix
B B
19 dix S S
3 dix
сс zo dix
T. T 4. dix
D D
21 quinze U v
S quinze E E 22 dix V V
6 dix F F 23 dix
X X
7 dix G G 24
dix
Y r
8. dix H H 25 dix Z Z
9 quinze I
I 26 trois ET ET
10 dix
J J fix Et Et
11 cinq K K fix et et
12 dix L L
13 dix
M M
27 quinze É
14 dix
N N
15 quinze O O
28 quinze É
29 Adam Adam
16 dix
17 dix
P P 30 Darius Darins
Q &
1. Vol
TROI
DECEMBRE. 1731. 2757.
TROISIEME rang de 30. logettes.
I six ha as af
six â à 2 æ
item en latin.
2 dix bb bb
3 dix CC сс
cinq ct &
dd dd
six he.es.ef.ê.ë
item en latin.
4 dix
✔ dix ff.6.ph.2 f.
2. M.
item en latin.
7dix gg. six gu.
item en latin.
8 Magasin
9 six hi. is. if. î. i.
autantpourle lat
10 Themes à faire.
11 themes faits.
12 dix ll. dix ll.
13 dix mm dix mm
cinq m . cinq m
14 dix nn . dix nn.
cinq n. cinq .
15 dix au 6 eau an
six ho . 6. of.
six bo . 6. of.
605.6 .Ô.60560
16 dix pp . dix pp.
17 six
qu .
six
gia
qua
six
qu .
deux Qu. z Qu
18 dix rr. dix rr.
cinq rh. cinq rh
19 10 ff5ft 10 $ſt
2 fç. 2 fc. 2 fa
20 dix tt. dix tt.
cinq th. cinq th
24 six hu. uf. us. â.
six ü. "
autant en italiq.
22 cinq W. 5 w.
autant en italiq.
23 calend. so cartes
du Calendrier.
24 six hy. six by.
deux ys. deux s
25 Livr. et nombr.
26 six &c. 6 & Ca
27 6 oi . oient. oiết
3 ai. aient. aiét.
3 ais. ais. aî.
3 cî. eif. el.
3 ay.cy. oif. of
28 10 x oe . 10 & oe .
SÆOE. Æ.
29 599 *... § 5*...
item 30 10+
2758 MERCURE DE FRANCE
QUATRIEME rang de 30. logettes :
1 dix , dix
2 dix ; dix ;
3 dix : dix :
4 dix . dix ..
5 six eu . heu .
trois eû. eü.
deux cu . euf.
dix ?. dix ?.
7
dix
gn . dix gn.
8 dix . dix !.
9 vingt apoft .
10 dix ch. dix ch.
11 six [ ]. ( )
autant en rouge.
deux oî
If six ou . où. trois
ouf. ous. oû.
hou. oü .
16 six a . an. 6 a. an
un aon. aën .
17 six é. en . 6 ẽ. en
18 six i. in . 6 7. in.
3. ain. aí. ein . cī
19 6 6. on . 6 . an *
I aon. I. ahon.
20 six ũ . un . 6 й m
un eun.
21 dix o . 1.
12 six ill. ille. lle. 22 dix 2
six il. deux lh.
23
dix 3
dix ill. dix
24 4
3 six ui.trois hui.
25
dix
S
trois uin. 2 uí 26 dix
4 item en rouge. 27 dix 7
six oi. oif. ois. 28 dix 8
deux hoi.
Troisoy.
29 dix 9
oin. of
30 dix 10
I. Vol.
RU
DECEMBRE . 1731. 2759
RUDIMENT PRATIQUE
de la Langue Latine.
CINQUIEME rang de 30 logettes.
CINQUIEME rang
six am. â. arum, as. is.
deux a. ab , deux a . un. Luna.
2 six um. orum. if, os, un Lupus.
3 six is. em. es . um. ibus:
trois ium. ora. tia. ius. ia. un Soror
4 six us. ûs. ui. um. uum. ibus.
trois ubus . ib . ub⁹. un fructus.
's six ei. em. es . ebus. erum.
deux eb . un facies.
am. arum, as. abus, ebus. ibus.
trois obus. ubus. um. orum. is.
os. erum.
7 amen. doceam . legum. audiam.
trois
es. et. emus. etis. ent.
as, at, amus. atis . ant.
amarem. docerem. legerem. audirem.
trois rem . res. ret. rem . retis . rent.
amaverim. docuerim.
legerim. audiverim.
trois rim, ris . rit, rim®, ritis. rint.
10 amaviffem. docuiffem.legiffem audiviffem
sem. fses. fset. fsemus.
fsetis. fsent.
trois
trois.
Ra
2760 MERCURE DE FRANCE
11 amavero , docuero . legero. audivero.
trois ero. eris. erit. erim . eritis , erint.
12 amare. docere. legere. audire. ,
iffe. aturum. atum . ire.
trois effe. Elurum . iturum.
Elum. itum. amari. &c.
13 Participes . amans, &c.
terminaisons . ans. &'c.
14 or. aris. are …atur.
amur. amini. antur , &c.
15 amor. doceor. legor. audior.
16 verbes déponens, horor. polliceor, &c.
17 verbes communs , dignor , & c.
18 verbes réciproques.
19 verbes impersonnels oportet , &c.
20 terminaisons . noms françois , able, & c.
21 verbes auxiliaires , avoir , & c.
22 article françois , le . la , &c .
23 comparatifs superlatifs. terminaisons .
24 pronoms possessifs . meus , &c.
25 participes françois . aïant.
26 indéclinables latins. quia , &c.
27 genres. exemple , hic vir , &c.
28 déclinaisons. exemple , viri. utis , &6.
29 conjugaisons. exemple , xi, ctum, &c.
30 sintaxe. exemple , tu es. & c.
SIXIEME rang de 30. logettes.
1 Je. J'. je. j' . Ego. ego , &c.
1. Vol.
་
?
DECEMBRE. 1731. 2761
2 tu. toi, te. tu. tui. tibi. & c.
3 il . elle. foi. fe . s' . ille, illa, fui , & c.
4 ce. cet. cette hic. hac ,
& c .
5 que . quel . quelle . qui. quod , & c.
6 ci-là. même. met. libet , & c.
7 amo. doceo. lego . audio.
as . at. amus. aris , ant
trois es. et. emus . etis. ent.
is . it. imus . itis. unt.
amabam. docebam. legebam , & e,
trois bam. bas. bat. bamus , & c.
9 amavi. docui. legi , &c.
ΤΟ
trois sti. it. istis . erunt , ere , &e,
amaveram. docueram , &c,
trois eram. eras. erat , &c.
11 amabo. docebo.legam , &c.
trois bo. bis. bit. bimus , &c.
es. et. emus , &c.
י
& c.
12 imperatifs et terminaisons.
i3 gerondifs , supins , terminaisons,
14 o. as. at. amus. atis ,
15 amo. doceo . lego.'audio .
16 verbes neutres. venio , &c.
17 verbes irreguliers . malo.
18 sum. es. est. sumus , &c.
19 verbes defectifs . inquio , &e.
20 terminaisons , verbes françois .
21 Je suis. tu es. il est. & c .
22 noms substantifs. Deus. coelum , &
23 noms adjectifs. bonus , &c.
Le Vol
24
4762 MERCURE DE FRANCE
44 pronoms démonstratifs, celui- là , &c.
as verbes françois. J'aime , & c.
26 indéclinables françois. pourquoi , &c.
27 gentes . regles en themes .
28 déclinaisons. regles en themes.
29 conjugaisons . regles en themes .
30 sintaxe. regles en themes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Bibliotheque des enfans , &c.
Vou
sur la
Ous avez lû , Monsieur,dans la septiéme
Lettre de la Biblioteque des enfans
une Table générale des caracteres , des
I. Vol. C.v sons
750 MERCURE DE FRANCE
sons simples , des sons composez , et des
combinaisons necessaires pour la garniture
des quatre premiers rangs du Bureau
tipografique. Vous avez même pû voir
une Planche gravée exprés pour donner
quelque idée du Bureau ; mais vous n'avez
pas la Table précise et détaillée des
180 étiquetes , des six rangs de logetes et
de la garniture complete de chaque fogete
séparément. Je vous envoye donc
cette Table , afin que dans la Province
vous puissiez facilement garnir vousmême
les classes du Bureau , à mesure
que vous les voudrez donner à vos chers.
enfans.
Pour la parfaite intelligence de cette
Table il sufit de savoir , Io. que le Bureau
complet est composé de six étages
ou de six rangs, chacun de trente cassetins
ou logetes- 2 ° .Que pour imprimer le françois
on emploie en noir les lettres romaines
, et que pour le latin on fait usage
des lettres italiques ou manuscrites , en
rouge. 3 ° . Que l'on imprime séparément
sur autant de cartes non-seulement les
lettres du grand et du petit Abécé , les
sons au , eau , eu , oient , ph, &c. mais
encore les indéclinables en , hem , ut , si,
quia, sine, & c. les déclinables luna , lupus,
c. les terminaisons an , â , arum,
J.Fol.
Λ
&c.
les
1
DECEMBRE 1731. 2731
les conjugables et leurs terminaisons , ex.
amo , amabam , bam , bas , bat , & c. et
cela afin que l'enfant exercé au Bureau
puisse facilement trouver dans leurs veritables
logetes étiquetées et indiquées
les deux Tables ci - dessous , les lettres
les sons , les signes et chaque partie d'oraison
, donnée sur la copie du thême , à
composer sur la table du Bureau.
par
Les personnes qui verront ces Tables
et qui examineront de près et avec attention
de quoi est composée la garniture
complete d'un Bureau tipografique, trouveront
qu'elle va de douze , à quinze et
à vingt mille lettres , imprimées ou manuscrites
, en noir ou en rouge , sur neuf
à dix mille cartes. Ouvrage tres pénible
et connu du seul artisan , Ceux , qui comme
vous , Monsieur , feront monter leurs
enfans peu à peu , d'une classe à l'autre ,
auront bien le loisir de garnir jou de faire
garnir les classes du Bureau , à proportion
de l'âge et des progrès de l'Enfant.
Vous faites prudemment,Monsieur , de
pratiquer la nouvelle déromination des
lettres. Ceux qui en fesant usage du Bureau
pour montrer à lire aux enfans , ont
cependant conservé l'ancienne dénomi
nation des lettres , quoique fausse , équivoque
ou captieuse , retardent beaucoup
1. Vol.
Cvjxles
2752 MERCURE DE FRANCE
les progrès des enfans ; et pour lors on
auroit tort de mettre sur la métode du
Bureau , la cause de ce retardement ; il
sera toujours considerable , parce que la
dénomination vulgaire tend continuellement
des piéges aux enfans , et que la
vraie dénomination des lettres , forme au
contraire en bien moins de temps , de fi
deles échos pour la prononciation des
lettres , des silabes et des mots en l'une
et en l'autre langue , cela étant susceptible
de démonstration géométrique ; ne
doit- on pas être surpris de trouver tant
de gens de merite et de beaucoup d'esprit,
esclaves du préjugé vulgaire , plutôt
que d'agir consequemment même sur
l'Abc.
On a remarqué que les enfans qui ont
la commodité de pouvoir laisser leur Bureau
toujourt ouvert , du moins les jours
d'exercice, profitoient beaucoup plus que
les enfans qui ne voyoient leur Bureau
qu'en présence du Maître , et seulement
pendant la leçon. Comme vous avez l'art
de mettre tout à profit , j'aurai soin de
vous faire part des nouvelles Tipogra
fiques les plus interessantes , pour la premiere
institution literaire.
I.Vols
TABLE
DECEMBRE
1731. 2753
TABLE des 180. Etiquetes , des six
rangs du Bureau Tipographique.
PREMIER rang de 30. logettes
I a 11 k 21
2 b 12 l
22 V
3 с 13 m 23 X
4. d 14 n
24 Y
S IS O 25 2
6 f 16
P
26 &
7 g
17 9 27 è
8 h 18 r 28 é
9 i
19 fsc
29 géogr.
10 J
20 t 30 fable.
SECOND rang de 30. logettes.
I A II K
2 B 21 U
12 L
3
C 22 V
13
M 4
D
23
X
14 N 24 Y
SE
15
O 25.23
6 F
16 P
26 ET
7
G
17 a 27 E
8 H 18 R
1
9 I
28 E
19 S
10 J
29 hift . f.
20 T
30 hift. p.
TROL
2754 MERCURE DE FRANCE
TROISIEME rang de 30. logettes.
I ha I themes
21 hu
2 bb
12 If
22 W
3 & 13 mm 23 caledr
. 4 dd
14 n n
24 hy
Ss he rf cau 25 livret
6 ph 16 PP
26 & c.
7 gu
17 qu
27 oient
8
magaz
18 rh 28 æoe
9 hi 19 ft
29 §5 *
10 tèmes 20 th
30 +=
QUATRIEME
rang de 30 lugettes.
5
II [ ] ( ) 21 ΟΙ
29
3 :
12 ill
22 2
13 ui 23 3
4
•
1+
oi
24 4
Seu 15 ou
25 5
6 ? 16 á an 26 6
7 gn 17 é en 27 7
8 ! 18 í in 28 8
9 l'apoft. 19 o on 29 9
10 ch 20 u un 30 10
CINQUIEME rang de 30. logettes
I a &
2 us i
3 or ,
oris
4 us ûs
I. Vol.
S es , ei
6 obus
9 parfait
10 pq parf.
II futur
12 îfinit
7 present
8 iparfait
13
༣
2755
DECEMBRE. 1731.
Is amor
16 v.dep:
17 v. com . 23 copat .
13 partici. 19 v. Iperf.
14 aris, atur 20 t. n. fr.
21 avoir
22 art. fr.
25 part. fr.
26 quia
27 bic vir
28 viri
29 xi, Elu
18 v. recip. 24 pr. poff. 30 tu es
i Je , 11 futur
\ SIXIÈME rang de
, ego
2 tu , tu
30. logeltes.
21 eftre
3 il , ille
12 íperat.
13 ger. fup.
22 n. fubft.
23 n. adject.
4 ce , bic
14 as , as
5 qui, qui 15 amo
24 pro.dem.
25 V, friç.
6 -là , met 16 v. neut. 26 ideclin .
7 presēt 17 v. iregul. 27 geres
8 Iparfait 18 v. fubft.
28 declin.
9 parfait 19 v. defect.
29 cojug.
10 pq parf 20 v . fráç.
30 sintaxe
•
TABLE de la garniture des 10 logettes
des six rangs du Bureau tipographique.
PREMIER rang
de
・30. logettes.
I vingt- cinq a "a 8 vingt
h b
2 vingt
b b 9 vingt- cinq i
i
3 vingt с C 10 vingt
4 vingt d d 11 dix k
s vingt-cinq e e 12 vingt
6 vingt
ff
7 vinge
g g
13 vingt
14 vingt
m m
n 22
1 Vol.
15
2756 MERCURE DE FRANCE
15 vingt- cinq o0 0 22 vingt
V ย
16 vingt
17 vingt
PP 23 - vingt
X
9 9 24 vingt Y y
I r Z Z
18 vingt
19 quinze
quinze
cinq
20 vingt
25 vingt
ff 26 dix
S
C
t t
21 vingt- cinqu u
& &
27 vingt - cinq è
28 vingt-cinq é
29 Paris
30 Pan
Parifit
Pan
SECOND rang de 30. logettes
I quinze A A 18 dix
1
R R
2 dix
B B
19 dix S S
3 dix
сс zo dix
T. T 4. dix
D D
21 quinze U v
S quinze E E 22 dix V V
6 dix F F 23 dix
X X
7 dix G G 24
dix
Y r
8. dix H H 25 dix Z Z
9 quinze I
I 26 trois ET ET
10 dix
J J fix Et Et
11 cinq K K fix et et
12 dix L L
13 dix
M M
27 quinze É
14 dix
N N
15 quinze O O
28 quinze É
29 Adam Adam
16 dix
17 dix
P P 30 Darius Darins
Q &
1. Vol
TROI
DECEMBRE. 1731. 2757.
TROISIEME rang de 30. logettes.
I six ha as af
six â à 2 æ
item en latin.
2 dix bb bb
3 dix CC сс
cinq ct &
dd dd
six he.es.ef.ê.ë
item en latin.
4 dix
✔ dix ff.6.ph.2 f.
2. M.
item en latin.
7dix gg. six gu.
item en latin.
8 Magasin
9 six hi. is. if. î. i.
autantpourle lat
10 Themes à faire.
11 themes faits.
12 dix ll. dix ll.
13 dix mm dix mm
cinq m . cinq m
14 dix nn . dix nn.
cinq n. cinq .
15 dix au 6 eau an
six ho . 6. of.
six bo . 6. of.
605.6 .Ô.60560
16 dix pp . dix pp.
17 six
qu .
six
gia
qua
six
qu .
deux Qu. z Qu
18 dix rr. dix rr.
cinq rh. cinq rh
19 10 ff5ft 10 $ſt
2 fç. 2 fc. 2 fa
20 dix tt. dix tt.
cinq th. cinq th
24 six hu. uf. us. â.
six ü. "
autant en italiq.
22 cinq W. 5 w.
autant en italiq.
23 calend. so cartes
du Calendrier.
24 six hy. six by.
deux ys. deux s
25 Livr. et nombr.
26 six &c. 6 & Ca
27 6 oi . oient. oiết
3 ai. aient. aiét.
3 ais. ais. aî.
3 cî. eif. el.
3 ay.cy. oif. of
28 10 x oe . 10 & oe .
SÆOE. Æ.
29 599 *... § 5*...
item 30 10+
2758 MERCURE DE FRANCE
QUATRIEME rang de 30. logettes :
1 dix , dix
2 dix ; dix ;
3 dix : dix :
4 dix . dix ..
5 six eu . heu .
trois eû. eü.
deux cu . euf.
dix ?. dix ?.
7
dix
gn . dix gn.
8 dix . dix !.
9 vingt apoft .
10 dix ch. dix ch.
11 six [ ]. ( )
autant en rouge.
deux oî
If six ou . où. trois
ouf. ous. oû.
hou. oü .
16 six a . an. 6 a. an
un aon. aën .
17 six é. en . 6 ẽ. en
18 six i. in . 6 7. in.
3. ain. aí. ein . cī
19 6 6. on . 6 . an *
I aon. I. ahon.
20 six ũ . un . 6 й m
un eun.
21 dix o . 1.
12 six ill. ille. lle. 22 dix 2
six il. deux lh.
23
dix 3
dix ill. dix
24 4
3 six ui.trois hui.
25
dix
S
trois uin. 2 uí 26 dix
4 item en rouge. 27 dix 7
six oi. oif. ois. 28 dix 8
deux hoi.
Troisoy.
29 dix 9
oin. of
30 dix 10
I. Vol.
RU
DECEMBRE . 1731. 2759
RUDIMENT PRATIQUE
de la Langue Latine.
CINQUIEME rang de 30 logettes.
CINQUIEME rang
six am. â. arum, as. is.
deux a. ab , deux a . un. Luna.
2 six um. orum. if, os, un Lupus.
3 six is. em. es . um. ibus:
trois ium. ora. tia. ius. ia. un Soror
4 six us. ûs. ui. um. uum. ibus.
trois ubus . ib . ub⁹. un fructus.
's six ei. em. es . ebus. erum.
deux eb . un facies.
am. arum, as. abus, ebus. ibus.
trois obus. ubus. um. orum. is.
os. erum.
7 amen. doceam . legum. audiam.
trois
es. et. emus. etis. ent.
as, at, amus. atis . ant.
amarem. docerem. legerem. audirem.
trois rem . res. ret. rem . retis . rent.
amaverim. docuerim.
legerim. audiverim.
trois rim, ris . rit, rim®, ritis. rint.
10 amaviffem. docuiffem.legiffem audiviffem
sem. fses. fset. fsemus.
fsetis. fsent.
trois
trois.
Ra
2760 MERCURE DE FRANCE
11 amavero , docuero . legero. audivero.
trois ero. eris. erit. erim . eritis , erint.
12 amare. docere. legere. audire. ,
iffe. aturum. atum . ire.
trois effe. Elurum . iturum.
Elum. itum. amari. &c.
13 Participes . amans, &c.
terminaisons . ans. &'c.
14 or. aris. are …atur.
amur. amini. antur , &c.
15 amor. doceor. legor. audior.
16 verbes déponens, horor. polliceor, &c.
17 verbes communs , dignor , & c.
18 verbes réciproques.
19 verbes impersonnels oportet , &c.
20 terminaisons . noms françois , able, & c.
21 verbes auxiliaires , avoir , & c.
22 article françois , le . la , &c .
23 comparatifs superlatifs. terminaisons .
24 pronoms possessifs . meus , &c.
25 participes françois . aïant.
26 indéclinables latins. quia , &c.
27 genres. exemple , hic vir , &c.
28 déclinaisons. exemple , viri. utis , &6.
29 conjugaisons. exemple , xi, ctum, &c.
30 sintaxe. exemple , tu es. & c.
SIXIEME rang de 30. logettes.
1 Je. J'. je. j' . Ego. ego , &c.
1. Vol.
་
?
DECEMBRE. 1731. 2761
2 tu. toi, te. tu. tui. tibi. & c.
3 il . elle. foi. fe . s' . ille, illa, fui , & c.
4 ce. cet. cette hic. hac ,
& c .
5 que . quel . quelle . qui. quod , & c.
6 ci-là. même. met. libet , & c.
7 amo. doceo. lego . audio.
as . at. amus. aris , ant
trois es. et. emus . etis. ent.
is . it. imus . itis. unt.
amabam. docebam. legebam , & e,
trois bam. bas. bat. bamus , & c.
9 amavi. docui. legi , &c.
ΤΟ
trois sti. it. istis . erunt , ere , &e,
amaveram. docueram , &c,
trois eram. eras. erat , &c.
11 amabo. docebo.legam , &c.
trois bo. bis. bit. bimus , &c.
es. et. emus , &c.
י
& c.
12 imperatifs et terminaisons.
i3 gerondifs , supins , terminaisons,
14 o. as. at. amus. atis ,
15 amo. doceo . lego.'audio .
16 verbes neutres. venio , &c.
17 verbes irreguliers . malo.
18 sum. es. est. sumus , &c.
19 verbes defectifs . inquio , &e.
20 terminaisons , verbes françois .
21 Je suis. tu es. il est. & c .
22 noms substantifs. Deus. coelum , &
23 noms adjectifs. bonus , &c.
Le Vol
24
4762 MERCURE DE FRANCE
44 pronoms démonstratifs, celui- là , &c.
as verbes françois. J'aime , & c.
26 indéclinables françois. pourquoi , &c.
27 gentes . regles en themes .
28 déclinaisons. regles en themes.
29 conjugaisons . regles en themes .
30 sintaxe. regles en themes.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : ONZIÈME LETTRE, sur la Bibliotheque des enfants.
La dix-septième lettre de la 'Bibliothèque des enfants' complète les informations fournies dans la septième lettre concernant la configuration d'un bureau typographique. Elle présente une table détaillée des 180 étiquettes, des six rangs de logettes et de la garniture complète de chaque logette. Le bureau typographique est structuré en six étages ou rangs, chacun contenant trente cassetins ou logettes. Pour l'impression en français, les lettres romaines en noir sont utilisées, tandis que pour le latin, les lettres italiques ou manuscrites en rouge sont employées. La lettre recommande d'imprimer séparément sur des cartes divers éléments linguistiques tels que les lettres de l'alphabet, les sons composés, les indéclinables, les déclinables, les conjugables et leurs terminaisons. Cette organisation permet aux enfants de trouver facilement les éléments nécessaires pour composer des textes sur le bureau typographique. La garniture complète d'un bureau typographique peut varier de douze à vingt mille lettres, imprimées ou manuscrites, réparties sur neuf à dix mille cartes. L'auteur insiste sur l'importance de la nouvelle dénomination des lettres pour éviter les pièges linguistiques et accélérer les progrès des enfants. Il observe que les enfants ayant un accès constant à leur bureau typographique progressent plus rapidement que ceux qui ne l'utilisent qu'en présence du maître. La lettre se conclut par une table détaillée des étiquettes et de la garniture des logettes, organisée par rang.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16844
p. 49
ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
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texteReconnaissance textuelle : ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
ODE Anacréontique à M. M. sur la
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
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16845
p. VII-XI
PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Début :
On sera simple dans cette Préface ; les Editeurs d'une Collection ne doivent [...]
Mots clefs :
Préface, Nouvelles, Ouvrages, Public, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
PREFACE
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
Du Nouveau Mercure de France.
ONfera fimple dans cette Préface ; les
Editeurs d'une Collection ne doivent
pas employer les ornemens féducteurs de la
Réthorique , pour farder les Ouvrages
qu'ils raffemblent. Ils en doivent laiffer la
décifion au Public , Juge naturel des Compilateurs
& des Pieces qu'ils offrent à fon
Examen. Et de plus , un Journal ne doit
être recommandé que par fon exactitude ;
& le Mercure de France eft non feulement .
le Journal de la Politique , mais encore de
la Jurifprudence , de la Litterature , de la
Police , de la Finance & des Théatres . Ces
matieres chronologiquement rangées , doivent
compofer fon principal mérite . Quant
aux productions de Vers & de Profe qu'il
recueille , les Editeurs n'ont pas toujours à
choifir , ils font fouvent forcés de préfenter
du Médiocre quand l'Excellent leur manque.
On promet feulement au Public , de prendre
toutes les mefures imaginables pour
contenter fon goût & fon difcernement ;
on tâchera de ne louer que d'après lui .
A iiij
viij
PREFACE
.
trop
On prie inftamment les Auteurs , qui enverront
des Ouvrages où il entre de la difpute
d'érudition , de les dépouiller de toute
caufticité infultante. On ne veut pas être
complice de l'aigreur & de la malignité des
Differtateurs paflionnés , on ne fçauroit
leur redire que des injures ne font pas
des preuves , & que l'infidelité des citations
tronquées ne jette les Lecteurs que dans
des erreurs paffageres que diffipe la Réponſe
la plus fimple. Ces erreurs ne deshonorent
que les Ecrivains artificieux qui les
font naître. Les Differtateurs critiques doivent
toujours le fouvenir , qu'il s'agit dans
leurs Ecrits d'inftruire & non pas de railler.
Un Sçavant qu'on réfute n'eſt- il pas affez
puni de fes fautes quand on les lui démontre
? Est-ce par des traits fatyriques qu'on
établit ou qu'on renverfe une propofition ?
La jufteffe des raifonnemens doit régner
feule dans les Ouvrages faits pour éclaircir
des difcuffions Litteraires . Heureux l'Ecrivain
, qui ne fépare jamais les Mufes &
les Graces ! Quant au Mercure, il ſe propofe
d'obferver une exacte neutralité.
Il ne s'ingerera point d'être auxiliaire pour
l'un des deux partis. L'impartialité doit
être le premier attribut de fon caractere .
S'il panche quelquefois , ce ne fera qu'avec
le Public , feul appréciateur des réputations.
PREFACE. ix
L'article des Nouvelles Etrangeres n'eft
dédaigné que par les Nouvelliftes avides de
la fraîcheur des Nouvelles : c'eft l'affaire
des Gazettes. Le Mercure de France ne paroiffant
que tous les mois , n'eft obligé qu'à
donner des faits certains . Les Nouvelles
récentes ont leur agrément. Les Nouvelles
du Mercure ont leur utilité ; elles font deftinées
principalement aux Amateurs de la
Vérité , qui font ravis de trouver dans leur
Bibliothéque un Journal fidéle & fuivi des
Evénemens de leur Siécle. Les Nouvelles
du Mercure de France , purifiées par le tems
& l'Examen , dégagées des fauffes circonftances
que le menfonge ajoute & qu'adopte
la crédulité , regagnent par la certitude ce
qu'elles perdent par l'ancienneté. Enfin ,
elles font les Annales de la Nation . Si les
Empires renommés avoient eu de pareils
Journaux , nous aurions des Hiftoires Grecques
& Romaines plus curieufes encore que
celles d'Hérodote & de Tite- Live . Les Mercures
de Gregorio Leti , & de Vittorio Siri ,
font les matériaux les plus précieux de l'Hiftoire
des derniers Siècles.
Ce n'eft pas feulement aux Belles Lettres
que le Mercure de France doit fe confacrer.
Tous les Beaux Arts ont un droit légitime
ſur ſa Plume. Elle manqueroit à ce qu'on
attend d'elle , fi elle n'annonçoit pas aux
A v
PREFACE.
Connoiffeurs les progrès brillans de la Peinture
, de la Gravûre & de la Sculpture auffi
fidélement que ceux de l'Eloquence & de la
Poëfie. Les Tableaux , les Eftampes & les
Statues piquent le goût & la curiofité ; &
les le Brun , les Vateau , les Couftou & les
Drevet ont de judicieux Admirateurs
comme les Fenelon , les Corneilles & les
Lulli.
>
Toutes les Académies du Royaume fontinvitées
à enrichir le Mercure du Litte--
raire & de l'Hiftorique de leurs ouvertu
res , de leurs Séances , enfin de leurs travaux
fpirituels. Les occupations des Sçavans
ne fçauroient être trop publiées , l'émulation
naît de ces recits , & l'émulation
des Auteurs tourne toujours au profit des .
Lecteurs.
Les Exercices des Colléges , les Théfes:
curieufes des Facultés , peuvent à préfent:
s'offrir aux Efprits cultivés . On peut fré
quenter hardiment les Ecoles , depuis que-
Defcartes & Neuton y ont introduit la
Raifon.
Qu'on nous permette de réitérer ici quelques
Avertiffemens fouvent donnés par nos
Prédéceffeurs , & qui ne laiffent pas que
d'être quelquefois oubliés.
Les Libraires qui envoyent des Livres
nouveaux pour les notifier , font priés d'en
PREFACE.
xj
marquer le jufte prix. Le défaut de cette
connoiffance , eft fouvent un obftacle pour
le débit.
On exhorte les Ouvriers qui inventent
des modes nouvelles , de quelque efpéce
qu'elles foient , recommandables par l'Utilité
ou par l'Agrément , à nous en fournir
des Mémoires inftructifs & détaillés.
On fe fouviendra toujours d'affranchir les
Lettres , & les Paquets.
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Résumé : PRÉFACE Du Nouveau Mercure de France.
Le 'Nouveau Mercure de France' est un journal couvrant divers domaines tels que la politique, la jurisprudence, la littérature, la police, la finance et les théâtres. Les éditeurs insistent sur l'exactitude et la variété des contenus, organisés chronologiquement. Ils s'engagent à publier des œuvres de qualité, tout en acceptant occasionnellement des productions médiocres par manque d'alternatives. Le journal évite les ornements rhétoriques et laisse au public le soin de juger la valeur des œuvres. Les auteurs sont encouragés à privilégier l'instruction plutôt que la raillerie et à éviter les disputes érudites. Le 'Mercure de France' maintient une neutralité stricte et ne prend parti qu'avec l'avis du public. Les nouvelles étrangères sont traitées avec soin pour garantir leur exactitude et leur utilité, servant ainsi d'annales de la nation. Le journal se consacre également aux beaux-arts, rapportant les progrès en peinture, gravure et sculpture, ainsi qu'en éloquence et poésie. Les académies du royaume sont invitées à contribuer avec leurs travaux littéraires et historiques. Les exercices des collèges et les thèses des facultés sont également bienvenus, soulignant l'importance de la raison introduite par Descartes et Newton. Des avertissements sont donnés aux libraires pour indiquer le juste prix des livres nouveaux et aux inventeurs de modes de fournir des mémoires détaillés. Enfin, les lettres et paquets doivent toujours être affranchis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16846
p. 273-275
BALADE.
Début :
Le Cavalier que vous me mandez qui se marie par amour dans / Dans ce Hameau je voy de toutes parts [...]
Mots clefs :
Hameau, Amour, Bacchus, Cérès, Hyménée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALADE.
Le Cavalier que vous me mandez
qui se marie par amour dans
vostre Province, ne fuit pas l'avis
d'une Personne des plus spirituelles
de vostre beau Sexe. Je
parlede l'illettré Madame des
Houlieres, qui s'est déclarée sur
cette nlatÏere: par les Vers qui
suivent.
BALADE.
DAns ce HAmeAHje voy de tontes
parts
De beaux atours mainte Fillete ornée;
Je gagerois quequelque jeune Gars
Avec Catin unit sa destinée.
Elleal'oeil doux,Ile a les traits mi¡nars,.
L\iirgratieux, l'humeur point obstinée)
Maisgranddéfautgasse toussesattraits.
Pointriad'icits-Poiir belle qu'on {oiltée,
L' Amour languitlansBacchus & Cerés.
De doux propos & d'ttmottreux regards
On nesçauroitvivre toute tdnnée.
Jeunes v'aryf deviennenttoifVieillards,'
Quanileurconvientjeûner chaque journée;
Soucis p"lJàm chassentpensers çra'llaràs*
TendreJJè alors est en bref terminée;
S'il en paroiss, ce riefl qu'ad honoles.>
Far maints grands Clercs fAffaire examinée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés,
L'Atre entouré duntasaEnfascriards,
De Créanciers la Porte environnée,
D'untrifte hymen totales autres hasards,
Font endurerpeine d'Ame damnée,
Et donnentjoyeaivfeJ-'însbab'IUirds.
Minh'!s dont fut la tcfle couronne
Voironvoudrait transformez, en Cjprès. un tel desirpoint ne fuisétonnée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés.
1 - ENVOY.
V-ous, gui damourfîtivezlss Etendars,
Pointfiecroyez cauteleux Papelars3
DisansBeautésuffitpourthymenée.
Si vom voûtez, en toutfaireflorès,
'avecBeautéçrosse dot (oit donnée,
L'Amour languitsansBacchus &Cerés.
qui se marie par amour dans
vostre Province, ne fuit pas l'avis
d'une Personne des plus spirituelles
de vostre beau Sexe. Je
parlede l'illettré Madame des
Houlieres, qui s'est déclarée sur
cette nlatÏere: par les Vers qui
suivent.
BALADE.
DAns ce HAmeAHje voy de tontes
parts
De beaux atours mainte Fillete ornée;
Je gagerois quequelque jeune Gars
Avec Catin unit sa destinée.
Elleal'oeil doux,Ile a les traits mi¡nars,.
L\iirgratieux, l'humeur point obstinée)
Maisgranddéfautgasse toussesattraits.
Pointriad'icits-Poiir belle qu'on {oiltée,
L' Amour languitlansBacchus & Cerés.
De doux propos & d'ttmottreux regards
On nesçauroitvivre toute tdnnée.
Jeunes v'aryf deviennenttoifVieillards,'
Quanileurconvientjeûner chaque journée;
Soucis p"lJàm chassentpensers çra'llaràs*
TendreJJè alors est en bref terminée;
S'il en paroiss, ce riefl qu'ad honoles.>
Far maints grands Clercs fAffaire examinée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés,
L'Atre entouré duntasaEnfascriards,
De Créanciers la Porte environnée,
D'untrifte hymen totales autres hasards,
Font endurerpeine d'Ame damnée,
Et donnentjoyeaivfeJ-'însbab'IUirds.
Minh'!s dont fut la tcfle couronne
Voironvoudrait transformez, en Cjprès. un tel desirpoint ne fuisétonnée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés.
1 - ENVOY.
V-ous, gui damourfîtivezlss Etendars,
Pointfiecroyez cauteleux Papelars3
DisansBeautésuffitpourthymenée.
Si vom voûtez, en toutfaireflorès,
'avecBeautéçrosse dot (oit donnée,
L'Amour languitsansBacchus &Cerés.
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Résumé : BALADE.
Madame des Houlières a exprimé son avis sur le mariage par amour dans une ballade. Cette ballade décrit les qualités et les défauts des jeunes filles et met en garde contre les dangers de l'amour sans soutien matériel. Elle souligne que l'amour seul ne suffit pas pour un mariage heureux et durable, car il nécessite également des ressources, symbolisées par Bacchus et Cérès, représentant respectivement le vin et les récoltes. La ballade critique les mariages sans dot et met en avant les souffrances que peuvent endurer les couples sans ressources. Elle conclut en affirmant que l'amour languit sans le soutien matériel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16847
p. 50-58
SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Début :
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière lettre : il a ses peines sans doute ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
Fermer
16848
p. 1109-114
IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Début :
Heureux celui qui, sans affaires, [...]
Mots clefs :
Vie rustique, Champs, Plaisirs, Epodes, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
IMITATION de la seconde Ode
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
du Livre des Epodes d'Horace.
Louanges de la Vie rustique.
Heureux celui qui , sans affaires
Cultive ses guérets , ainsi qu'au siecle d'or ! !
Qui par des produits usuraires ,
N'a jamais enfié son trésor !
Il n'est point éveillé par le bruit des Trom--
pettes ,
Il n'entend près de lui que le son des · Muset- -
tes ;
Il fuit le Dédale des Loix
Il ne changeroit pas ses Retraites rustiques ,
Pour les Palais dorez , les superbes Portiques
Qui sont habitez par les Rois.
Ennemi d'un repos indigne ,
al marie aux Ormeaux , les rempans rejettons
Que produit sa fertile Vigne ;
Il mene paître ses Moutons7
.?
I.Vol.
Sur
TO MERCURE DE FRANCE
Sur le penchant Herbu , d'une vaste Colline
Il laisse errer ses Boeufs dans la plaine voisine.
Quel plaisir en tous lieux le suit ?
Va- t-il dans ses Vergers sa Serpete y retran
che ,
De quelque Arbre fruitier l'infructueuse bran◄
che ;
Greffée , elle porte du fruit.
Les industrieuses Abeilles ,-
Ont-elles achevé leurs utiles travaux !
Il leur enleve ces merveilles ;
Le miel coule dans ses Vaisseaux?
Au retour du Printems , de leurs Toisons char
gées ,
Ses fécondes Brebis sont par lui soulagées, -
Qu'un tel sort me paroît heureax !
Quand l'Eté disparoît , quand la riante Au
tomne
Embellit les Jardins , que Vertumne couronne
Ilcueille des fruits savoureux
Quel contentement le possede ,
Lorsqu'il voit de Bacchus les précieux rubis
A qui la Pourpre de Tyr cede
Pour le merveilleux Coloris !!
I. Vol.
En
JUIN. 1732. IIII
En ramassant les fruits qu'il a greffez lui
même,
Il reconnoît , & Dieux , votre bonté suprême;
Blonde Cérès , et toi Sylvain ',
Il vient sur vos Autels en offrir les prémices ;
Soyez lui pour toujours des Déïtez propices ;
Gardez ses Champs et son Jardin.
S'il se couche àl'ombre d'un Chêne ,
Ou bien sur le Gazon tendre et rafraîchissant ,
D'où l'on ne s'arrête qu'à peine ,
Il goute un plaisir innocent.
L'eau des Ruisseaux , voisins d'une Roche éles
vée ,.
S'y vient précipiter , et l'obligeant Morphée
Sur lui prodigue ses Pavots ;
Tout l'invite au sommeil , le bruit de ses Fon
taines ,
Qui vont en serpentant , fertiliser les Plaines ,
Et les Airs plaintifs des Oyseaux .
Lorsque l'Hyver par sa froidure ,
Tout armé de Glaçons , de Neiges , de Fri
mats ,
Attriste toute la nature ,
Lui seul ne s'en afflige pas ;
Apeine le Soleil dérobe les Etoiles ,
I. Vol. Qu'il
1112 MERCURE DE FRANCE
Qu'il chasse, ses Limiers font donner dans les
toiles
Quelque Sanglier vigoureux ;
Il s'amuse à dresser des Piéges à la Grive;
Lapassagere Grue est quelquefois captive
Dans ses Lacs artificieux.
Des maux d'une amoureuse flamme
Qui peut garder alors le souvenir affreux ?
Il lui faut une chaste femme ;
Il l'a , le voilà donc heureux.
'Ainsi qu'une Sabine , elle a soin du ménage ?
Elle enferme les Boeufs , sortans du labourage ,
La Vache est traite par sa main ;
Un repas composé de leurs fruits domestiques ,
S'apprête pour l'Epoux , las des Travaux rustiques ;
Elle lui sert le meilleur vin.
Je prise peu les Gélinotes ,
Les Huitres de nos Lacs , le Sarget ; le Turbot ,
Lorsque le hazard sur nos Côtes ,
En jette par des coups de Flot ;
Ce qui flatte mon goût , c'est l'Ozeille nais
sante
La Mauve si salubre et si rafraichissante ;
Et les Olives de mon plant ;
I. Vol.
Qu'on
JUIN. 1732. 1113
Qu'on ne me serve plus que le doux fruit champêtre ,
Qui naftra dans un Champ , dont je serai le
maître ;
C'est assez pour être content.
Un Chevreau que je sacrifie ,
Au Dieu Therme , qui veille aux Bornes de mes Champs ,
La moindre bête au Loup ravie ,
Me font des Festins excellents.
Quel plaisir ai-je à voir mes Brebis bien nour Ties
Pendant le doux Régal , revenir des Prairies !
Mes Boeufs fatiguez du Labour ,
Trainer d'un pas pesant , la tranchante Charruë ,
Aprês un long travail , à leur col suspenduë
Lorsque la nuit est de retour !
Quel Essain d'Esclaves fourmille ,
Autour de mon Foyer, net et resplendissant !
Dans une opulente famille ,
L'Essain n'est point embarrassant.
L'Usurier Alphius , usera les années ,
2
Que les Parques encor ont pour lui destinées ,
Aux Champs , dites- vous , dês demain.
Point du tout, il reçût tout son argent aux Ides ;
·I. Vol.
11
T114 MERCURE DE FRANCE
Il va recommencer ses Usures sordides ,
Aux Calendes du mois prochain.i
Par M. CHABAU D
Fermer
Résumé : IMITATION de la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace. Loüanges de la Vie rustique.
Le texte imite la seconde Ode du Livre des Epodes d'Horace et célèbre les mérites de la vie rustique. Il met en scène un homme heureux qui cultive ses terres, évitant ainsi les tracas et les bruits de la ville. Cet homme vit en harmonie avec la nature, élevant des moutons et des bœufs, et profitant des fruits de son travail. Il prend plaisir à greffer des arbres, à récolter le miel des abeilles, et à soigner ses brebis. Selon les saisons, il trouve du contentement dans les activités agricoles et dans la simplicité de sa vie. En hiver, il chasse et pose des pièges pour se divertir. Il apprécie une vie modeste avec une épouse chaste qui s'occupe du ménage. Il préfère les aliments simples et sains, comme l'oseille et les olives, et se contente de peu pour être heureux. Il sacrifie un chevreau pour honorer les dieux et protège ses animaux des loups. Il se réjouit de voir ses animaux bien nourris et ses bœufs fatigués après le travail. Contrairement à l'usurier Alphius, il ne se laisse pas corrompre par l'argent et les affaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16849
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE générale est à Monsieur DE LA BRUERE, à l'Hôtel de Pontchartrain. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
L '
ADRESSE générale est à Monfieur
DE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain
. On prie très- instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Pofte ,
d'en affranchir le Port , pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des. Provinces on des. Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain ,&plus promptement
,n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deſſus
indiquée ; onse conformera très- exactement à
leurs intentions.
PRIX XXX. SOLS.
L '
ADRESSE générale est à Monfieur
DE LA BRUERE , à l'Hôtel de Pontchartrain
. On prie très- instamment ceux qui
nous adreſſeront des Paquets par la Pofte ,
d'en affranchir le Port , pour nous épargner le
déplaisir de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des. Provinces on des. Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premieremain ,&plus promptement
,n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deſſus
indiquée ; onse conformera très- exactement à
leurs intentions.
PRIX XXX. SOLS.
Fermer
Résumé : AVIS.
L'annonce concerne la distribution du 'Mercure de France'. Les envois doivent être adressés à l'Hôtel de Pontchartrain. Les expéditeurs doivent affranchir les paquets pour éviter leur rejet. Les libraires des provinces et des pays étrangers peuvent recevoir le journal directement en écrivant à cette adresse. Le prix est de trente sols.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16850
p. 282
[A]VIS à Messieurs les Abonnés du Mercure.
Début :
Messieurs les Abonnés sont priés instamment de croire que ce n'est point par [...]
Mots clefs :
Abonnés, Retard, Livraison, Volume
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texteReconnaissance textuelle : [A]VIS à Messieurs les Abonnés du Mercure.
VIS à Meffieurs les Abonnés du
M..S
Mercure.
ESIEURS les Abonnés font priés
inftamment de croire que ce n'eft point
par négligence dans l'expédition qu'ils
reçoivent quelquefois le Mercure plus
tard qu'ils ne devroient ; le retard, quand
il
y en a , et toujours forcé. Une impreffion
extraordinaire , fans d'autres caufes ,
a retardé le premier Volume de ce mois.
M..S
Mercure.
ESIEURS les Abonnés font priés
inftamment de croire que ce n'eft point
par négligence dans l'expédition qu'ils
reçoivent quelquefois le Mercure plus
tard qu'ils ne devroient ; le retard, quand
il
y en a , et toujours forcé. Une impreffion
extraordinaire , fans d'autres caufes ,
a retardé le premier Volume de ce mois.
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