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p. 87-100
REMARQUE sur une Anecdote de l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI, publiée en 1764, & sur un endroit du Livre de M. l'Abbé RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE MILITAIRE.
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PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me servir de la voie du Mercure pour rectifier [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUE sur une Anecdote de l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI, publiée en 1764, & sur un endroit du Livre de M. l'Abbé RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE MILITAIRE.
REMARQUE sur une Anecdote de
l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI,
publiée en 1764, & sur
un endroit du Livre de M. l'Abbé
RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE
MILITAIRE.
PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me
servir de la voie du Mercure pour rectifier
une Anecdote que j'ai trouvée dans
l'Hiſtoire de la Maiſon de Montmoren
ci, publiée en 1764. M. Déſormeaux
n'a pas ſans doute été à portée de con
ſulter les Piéces originales. Je fais auſſi
une obſervation ſur un endroit du Livre
de M. l'Abbé Raynal, qui a pour titre
Ecole Militaire. On lit dans l'Hiſtoire de
la Maiſon de Montmorenci, t. III, page
9I • 92.
-
A N N É E 2 576.
Honoré d'Albert, Seigneur de Luy
88 MERCURE DE FRANCE.
nes, Gouverneur du Pont-Saint-Eſprit,.
fut l'inſtrument dont les Miniſtres ſe
ſervirent pour exciter un ſoulévement
† en Languedoc contre le Maré
chal (d'Amville.) Guillaume de Montmo
renci-Thoré s'étoit rendu au Pont-Saint
Eſprit avec d'autant plus de confiance,
, qu'il croyoit n'avoir rien à redouter de
Luynes, à qui ſon frere venoit de don
ner ce gouvernement : mais tout-a
coup le Capitaine Luynes ferme les
portes de la ville & arrête Thoré, qu'il
accuſe d'avoir voulu livrer ſa Place aux
Proteſtans. Ce coup d'éclat fut le ſignal
d'une révolte générale dans toutes les
villes du Languedoc contre d'Amville.
Il n'eut que le temps de ſe ſauver à
Bagnols. Cependant loin d'être décon
certé d'une entrepriſe ſi bruſque & ſi
imprévue, le Maréchal agit avec tant,
d'aétivité ; il donna de ſi bons ordres : il
fut ſi bien ſecondé par ſes amis, qu'il ne
perdit que le Pont-Saint-Eſprit.
R E M A R Q v E.
Honoré d'Albert , Seigneur de Luy
nes ( père du Connétable de ce nom ) .
n'étoit pas Gouverneur du Pont-Saint
Eſprit en 1576. Ce ne fut pas le Maré
J U I L L E T. 1764.
89
chal d'Amville, mais le Roi Henri III ,
qui lui accorda ce Gouvernement par
Lettres datées de Blois le 9 Mars 1577 (a).
Le Maréchal d'Amville , Gouverneur &,
Lieutenant-Général pour le Roi en Lan
guedoc , & commandant généralement
par tous ſes Royaumes, Pays , Terres
& Seigneuries de ſon obéiſſance en l'ab
ſence de M. le Prince de Condé, donna
à Luynes, qualifié Chevalier de l'Ordre
du Roi , & Gouverneur de Beaucaire ,
la Charge de Surintendant, & Com
mandant-Général de l'Artillerie en Lan
guedoc & en Provence, par provifions
datées de Niſmes au mois de Janvier
1575 (b). On a auſſi du Maréchal d'Am
ville pluſieurs Lettres originales des an
nées 1575-1576 , dont l'adreſſe eſt à
M. de Luynes , Chevalier de l'Ordre du
Roi, Colonel des Bandes Françoiſes &
Grand-Maître de l'Artillerie en Langue
doc. Au lieu de Grand-Maître, il y a
dans quelques-unes Général de l'Artille-
rie en Languedoc (c). Le Duc d'Alen .
çon, fière du Roi, s'étant échappé de la
Cour le , 5 Septembre 1575 , ſe mit à
la tête du Parti des Politiques , & ayant
(a) OriginaI aux Archives de l'Hôtel de Luynes.
(b ) Original. Ibid.
( c) Originaux. lbid.
-
-
•
-
/
.
go MERCURE DE FRANCE.
égard aux bons , vertueux & recomman
dables ſervices que le ſieur de Luynes lui
a faits dès long-tems, & qu'il eſpere qu'il
fera encore à l'avenir près & à l'entour
de ſa perſonne, le fit ſon Chambellan
par Lettres datées du Camp de Salaignac
le 17 Février 1576 (d). Lorſque ce
Prince eut fait ſa paix avec la Cour , &
qu'on eut réglé les intérêts des Particu
liers, l'Edit de pacification fut publié au
Parlement de Paris le 15 Mai 1576. Les
Lettres-Patentes pour l'Aſſemblée des
Etats au 15 Novembre à Blois furent
expédiées. Le Maréchal d'Amville fut
rétabli en ſes Gouvernemens, Charges
& Etats, auſſi-bien que ceux qui avoient
pris les armes avec lui, & le Duc d'A
lençon obtint le Commandement du
Pont-Saint-Eſprit pour Luynes , qui alla
s'y établir avec une Compagnie de cent
hommes. Le bruit d'une confédération
des Catholiques à l'occaſion du dernier
Edit, dont ils n'étoient pas contens, fit
craiudre aux Proteſtans d'être prévenus.
Le Maréchal d'Amville, qui étoit à leur
tête , voulut s'aſſurer du Pont-Saint-Eſ
prit. Comme Luynes étoit attaché au
Duc d'Alençon, qui étoit alors très-vif
(d) Original, Ibid.
-
J U IL L E T. 1764:
91
pour les Catholiques, il ne crut pas de
voir lui donner ſa confiance : il lui en ôta
le commandement, & ne confia qu'à
Thoré ſon frère la garde de ce Poſte,
qui étoit important pour le paſſage des
Troupes. Il fut inſenſible aux inſtances
que lui fit le Duc d'Alençon pour lui de
mander le rétabliſſement de Luynes (e).
» Celle du 27 Novembre 1576 portoit :
» J'ai ſupplié le Roi Monſeigneur être
se content entendre qu'il reçoive ce bien
» là que lui & la Compagnie demeure
3> C n † en la ville du S. Eſprit, ce
» qu'il a eu bien agréable; au moyen
» de quoi je vous en ai bien voulu écrire
» & prier vouloir ſatisfaire à cela, pour
» m'être ledit ſieur de Luynes bien fort
» affectionné & me faire plaiſir très
» agréable, que je reconnoîtrai en ce
» que me voudrez employer , &c. Le
Roi le lui demanda auſſi par Lettre con
çue en ces termes : » Mon couſin, de
» ſirant mon frère le Duc d'Anjou (f)
» que le ſieur de Luynes, Meſtre-de
» Camp du Régiment de Languedoc, (ce
(e) Voyez ſes Lettres aux Mſſ. de Bethune, à
la Bibl. du Roi.
, ( f) Le Duc d'Alençon avoit pris ce nom de
Puis le dernier Edit,
92 MERCURE DE FRANCE.
» Régiment étoit des Bandes Françoi
, » ſes) ſoit continué en la Charge qu'il a
» de commander en ma ville du Pont
» Saint-Eſprit, & ſa Compagnie de cent
» hommes entretenue dans icelle , il
» m'a requis l'avoir agréable , ce que
» j'ai très-volontiers accordé à mondit
» frère pour le deſir que j'ai de le grati
» fier, & vous ai bien voulu ſur ce faire
» entendre mon intention, afin de l'en
» ſuivre , comme je vous en prie & le
» Créateur qu'il vous ait , &c. A
» Blois, le dernier jour de Novembre
» 1576. Signé, HENRI. Et plus bas,
» FIzE (g). » Ces demandes réïtérées
ne firent que confirmer le Maréchal dans
le parti qu'il avoit pris. Il prévoyoit bien
que la guerre étoit inévitable, le Roi
ayant déclaré aux Etats que ſon inten
tion étoit qu'il n'y eût déſormais dans
fon Royaume d'exercice public d'au
cune autre religion que de la Catholi
que : mais ſa réſiſtance déplut au Roi ,
qui chargea alors Luynes de s'emparer,
s'il étoit poſſible, du Pont-Saint-Eſprit.
Luynes , dit d'Aubigné , qui depuis
long temps avoit grande créance entre
les Catholiques de la ville , pratiqua
( g ) Mſſ. de Bethune. Recueil de l'Ordre du
S. Eſprit & Arch. de l'Hôtel de Luynes.
4
J U I L L E T. 1764.-
Q3
adroitement des hommes de commande
ment, fit couler de ſon pays de Pro
vence (du Comtat) & loger chez ſes
amis deux cens hommes : & puis étant
entré en la place, d'où il s'étoit abſenté
quelque temps, ſe ſaiſit de Thoré, ac
compagné de quelques Gentilshommes,
leſquels il eſtimoit être là venus pour
ſaiſir la place : mais ayant par après
penſé ne ſe rendre point le Maréchal
d'Amville pour ennemi irréconciliable,
il laiſſa aller ſon frère retenant les autres
priſonniers (h). Thoré ſe retira à Ba
nols. Luynes eut le même ſuccès ſur la
ville de Bourg (Saint-Andeol) & autres
lieux. Le Duc d'Anjou lui manda dans
la réponſe qu'il fit à la Lettre qu'il lui
avoit écrite pour l'informer de la priſe
de Bourg, que le Roi a loué la dextéri
té dont il avoit uſé & ſon zèle pour ſon
ſervice. La Lettre eſt ſignée votre bon
ami FRANÇOIS (i). Les Députés des
Proteſtans de Languedoc , Provence &
Dauphiné aſſemblés à Niſmes, ſe plai
gnirent de cette entrepriſe au Duc d'An
jou, à qui Luynes étoit attaché (k). Le
· (h) Hiſtoire d'Aubigné, tom. II. p. 2 3 1.
(i) Original aux | Archives de l'Hôtel de
Luynes.
-
( k ) Voyez leur Lettre au Mſſ. de Brienne à la
Bibl. du Roi.
94 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal d'Amville , qui fut informé
de cet événement par ſon frère, en don
na avis au Roi de Navarre, & en porta
ſes plaintes à la Cour, qui étoit à Blois.
La Cour s'occupa particuliérement du
ſoin de calmer le Maréchal & de le dé
tacher même des Proteſtans. On em
ploya d'abord la Maréchale d'Amville.
On entra enſuite en négociation. Le
Maréchal demanda entr'autres choſes
que Luynes fût retiré du Pont-Saint
Eſprit, ce qu'on apprend de la réponſe
du Roi en date du 5 Mars 1577, par
laquelle le Roi mande au Maréchal qu'il
a été bien-aiſe d'entendre ſes inten
tions par la Lettre que le Capitaine Rizze
lui a apportée, & qu'il lui a confirmée
de ſa part, ayant auſſi arrété afin de
vous donner contentement pour le regard
du Saint-Eſprit, de le faire mettre entre
les mains du ſieur de Montdragon. Le
Roiinforma Luynes de cet arrangement
ar ſa Lettre conçue en ces termes :
» M. de Luynes traitant quelques affaires
» grandement importantes au bien de
» mon ſervice, pour la réſolution deſ
» quelles j'ai mandé à mon couſin le
» Maréchal de Bellegarde aller en Lan
»guedoc, ſi ſa diſpoſition le permet ;
» j'ai accordé, ſi les choſes s'accommo:
|
JUILLET. 1764:
s 95
» dent comme l'on m'en a donné eſpé
» rance, de faire mettre ma ville du
» Saint-Eſprit entre les mains du ſieur
» de Montdragon ( Paul d'Albert, Sei
j)) † de§ , couſin de
» Luynes ; ) & d'autant que les choſes
» pourroient être accrochées & poſſible
» rompues, ſi cela n'étoit effectué, je
» vous prie ſuivant l'affection que vous
| » avez ci-devant montrée à mon ſervice,
» ne faire aucune difficulté de partir de
» la ville du Saint-Eſprit avec votre Com
» pagnie, lorſque le Maréchal de Belle
» garde ou le Capitaine Rizze, ſi lui n'y
» peut aller, le vous dira, vous aſſurant
» que je vous donnerai ſi bonne ré
» compenſe & moyen de vous entrete
» nir , que vous aurez occaſion de vous
» contenter, ainſi qu'ils vous feront plus
» particuliérement entendre , priant ,
» &c. A Blois, le 6 Mars 1577, Signé
» HENRI. Et plus bas, FIzE. L'adreſſe
» à M. de Luynes, Chevalier de mon
» Ordre & Commandant pour mon
» Service au Saint-Eſprit (l). » Soit
que le Maréchal voulut arrêter les mur
mures des Proteſtans, à qui cette négo
ciation étoit ſuſpecte, ſoit qu'il fût pi
( l ) Mſſ. de Béthune. Recueil de l'Ordre du S,
Eſprit, & Arch. de l'Hôtel de Luynes,
•:
#
96 MERCURE DE FRANCE. .
qué de ce que le Roi ne vouloit retirer
le Pont Saint-Eſprit des mains de Luynes
que pour le mettre dans celles de ſon
couſin , qui ne lui étoit peut-êtreo pas
plus agréable , la négociation fut rom
pue, & le Roi par Lettres datée de
Blois du 9 Mars 1 577, par leſquelles il
déclare que la valeur & l'expérience du
ſieur de Luynes au fait de la guerre ſont
fort connues , lui donna le Gouverne
ment des villes du S. Eſprit,Bourg(Saint
Andeol) & autres Lieux, Bourg &
Places qui ont été fraîchement & ſeront
par lui remiſes en ſon obéiſſance ès
Diocèſes de Viviers & d'Uzès (m). Le
ſieur de Bigordon ayant enlevé aux Pro
teſtans le Château Saint-Julien , Sa Ma
jeſté lui écrivit de Chenonceaux le 11
Mars 1577 pour l'exhorter à le bien gar
der , vous conduiſant, dit le Roi , &
gouvernant ainſi qu'il vous ſera ordon
né de ma part par le ſieur de Luynes ,
Chevalier de mon Ordre, ſuivant l'auz
torité que je lui ai donnée de ce côté-là (n).
Le Roi accorda à Luynes en 1579 un
don de quatre mille écus par Lettres da
tées du 23 Février même année, re
giſtrées le 11 Mars ſuivant par Arrêt de
( m) Originalaux Arch. de l'Hôtel de Luynes . r
( n ) Original, Ibid.
4
la
JU IL L ET. 1764.
| 9
la Chambre des Comptes de Paris , où
il eſt qualifié Gouverneur de la ville du
Pont-Saint-Eſprit (o), & une penſion
de deux mille livres, outre ſes gages de
Gouverneur de Beaucaire, par Lettres
regiſtrées le 3o Mai 1587 par Arrêt de
la Chambre des Comptes de la ville de
Paris , où il eſt qualifié Gouverneur de
la ville de Beaucaire. Et en outre veut .
Sa Majeſté que lui , ſes chevaux , ſuite,
· denrées, beſtials & autres choſes qui lui
· appartiendront, paſſent & ſéjournent le
. long de la rivière du Rhône & par terre,
tant de montée que deſcente franchement
& ſans rien payer (p).
-
Je remarquerai encore ici que M.
l'Abbé Raynal a donné en 1762 un
Livre qui a pour titre Ecole Militaire,
Ouvrage compoſé par ordre du Gou
vernement, & dont l'objet eſt de mettre
ſous les yeux de la jeune Nobleſſe de
grands exemples pour former ſon cœur
& élever
ſes ſentimens. Pourroit- on
croire que pour remplir cet objet M.
l'Abbé Raynal lui propoſe pour mo
dèle, au tome II, page 1 18, une mé
· (o) Mémorial de la Ch. des Comp. cotté ;.
T. fol. 97.
-
-
-
( p ) Mémorial cotté 4 D, fol. 16o ou le Plu
mitif.
I. Vol.
-
-
-
E
•
"
-*
98 MERCURE DE FRANCE.
chanceté que le dépit fit proférer au
Duc. de Mayenne contre le Duc de
Luynes, qu'il n'aimoit pas. M. l'Abbé
Raynal aſſure auſſi à la même page
que quoique les Calviniſtes fuſſent blâ
mables d'avoir travaillé à former une
eſpéce de République dans le cœur même
de l'Etat , la paſſion qu'a Luynes d'être
- Connétable, eſt la principale cauſe des
troubles civils. Peut-on ſe borner à dire
dans des leçons qu'on donne à la jeune
1Nobleſſe militaire , qu'on eſt blâmable
- d'avoir travaillé à ſe ſouſtraire une au
torité légitime ? Eſt-ce que dans ce cas
là on n'eſt pas coupable ? Si les Calvi
niſtes étoient coupables (il ſeroit crimi
nel même d'en douter ) Cette guerre
étoit très-juſte & néceſſaire. Si M. l'Abbé
Raynal ne s'étoit propoſé que d'en
faite connoître la véritable cauſe , il au
roit expoſé que la puiſſance des Calvi
niſtes étoit trop grande, qu'ils conti
nuoient d'en abuſer : qu'il étoit impor
tant pour la tranquillité publique de ne
pas laiſſer ſubſiſter dans l'Etat une eſpéce
de République toujours prête à com
battre contre ſon Souverain ; que la
bonne Politique demandoit de réunir
tous les Sujets ſous une ſeule & même
autorité , en mettant les uns & les
-
J U I L L E T. 1764.'
99
autres , s'il étoit poſſible, dans l'impuiſ
ſance de s'en écarter. Le Duc de Luynes
forma ce grand projet. Il commença à
l'exécuter en râſant les fortifications des
Places qui leur ſervoient de retraite, &
après ſa mort le Cardinal de Richelieu
mit la dernière main. Voilà la véritable
cauſe de cette guèrre. Le rétabliſſement
de l'autorité royale & la tranquillité pu
blique étoient la fin qu'on s'y propo
ſoit. Le don de la Charge de Conné
table, que le Roi fit au Duc de Luynes,
fut une ſuite de la Campagne de 162o
& des bontés du Roi pour lui. Le Con
nétable de Luynes, dit Auberi du Mau
rier , dans ſes Mémoires , a l'honneur
d'avoir le premier conſeillé au Roi
Louis XIII d'abattre le parti des Hu
guenots, qui avoient l'inſolence de faire
un Etat dans l'Etat même ; car depuis
Saumur juſqu'aux Pyrénées, il ſe ſaiſit
de toutes leurs Places, à l'exception de
Montauban ; & ſuivant ſes maximes, -
après ſa mort, on s'empara de Montpel
lier (en 1622), & quelque temps après
le Cardinal de Richelieu attaqua la Ro
chelle, qu'il prit & qu'il râſa ;d'où s'en
ſuivit la ruine entière du Parti Huguenot.
Le Procurateur Nani s'exprime ainſi,
dans ſon Hiſtoire de Veniſe :
\
E ij
il ( le
1oo MERCURE DE FRANCE.
Connétable) finit ſes jours digne des
plus grands éloges , pour avoir au moins
ébauché la vaſte & belle entrepriſe de
réunir toutela France à elle même, que
d'autres après lui ont heureuſement ache
vée.
*--
•
-
J'ai l'honneur d'être &c.
' .
-
MANEBY.
l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI,
publiée en 1764, & sur
un endroit du Livre de M. l'Abbé
RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE
MILITAIRE.
PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me
servir de la voie du Mercure pour rectifier
une Anecdote que j'ai trouvée dans
l'Hiſtoire de la Maiſon de Montmoren
ci, publiée en 1764. M. Déſormeaux
n'a pas ſans doute été à portée de con
ſulter les Piéces originales. Je fais auſſi
une obſervation ſur un endroit du Livre
de M. l'Abbé Raynal, qui a pour titre
Ecole Militaire. On lit dans l'Hiſtoire de
la Maiſon de Montmorenci, t. III, page
9I • 92.
-
A N N É E 2 576.
Honoré d'Albert, Seigneur de Luy
88 MERCURE DE FRANCE.
nes, Gouverneur du Pont-Saint-Eſprit,.
fut l'inſtrument dont les Miniſtres ſe
ſervirent pour exciter un ſoulévement
† en Languedoc contre le Maré
chal (d'Amville.) Guillaume de Montmo
renci-Thoré s'étoit rendu au Pont-Saint
Eſprit avec d'autant plus de confiance,
, qu'il croyoit n'avoir rien à redouter de
Luynes, à qui ſon frere venoit de don
ner ce gouvernement : mais tout-a
coup le Capitaine Luynes ferme les
portes de la ville & arrête Thoré, qu'il
accuſe d'avoir voulu livrer ſa Place aux
Proteſtans. Ce coup d'éclat fut le ſignal
d'une révolte générale dans toutes les
villes du Languedoc contre d'Amville.
Il n'eut que le temps de ſe ſauver à
Bagnols. Cependant loin d'être décon
certé d'une entrepriſe ſi bruſque & ſi
imprévue, le Maréchal agit avec tant,
d'aétivité ; il donna de ſi bons ordres : il
fut ſi bien ſecondé par ſes amis, qu'il ne
perdit que le Pont-Saint-Eſprit.
R E M A R Q v E.
Honoré d'Albert , Seigneur de Luy
nes ( père du Connétable de ce nom ) .
n'étoit pas Gouverneur du Pont-Saint
Eſprit en 1576. Ce ne fut pas le Maré
J U I L L E T. 1764.
89
chal d'Amville, mais le Roi Henri III ,
qui lui accorda ce Gouvernement par
Lettres datées de Blois le 9 Mars 1577 (a).
Le Maréchal d'Amville , Gouverneur &,
Lieutenant-Général pour le Roi en Lan
guedoc , & commandant généralement
par tous ſes Royaumes, Pays , Terres
& Seigneuries de ſon obéiſſance en l'ab
ſence de M. le Prince de Condé, donna
à Luynes, qualifié Chevalier de l'Ordre
du Roi , & Gouverneur de Beaucaire ,
la Charge de Surintendant, & Com
mandant-Général de l'Artillerie en Lan
guedoc & en Provence, par provifions
datées de Niſmes au mois de Janvier
1575 (b). On a auſſi du Maréchal d'Am
ville pluſieurs Lettres originales des an
nées 1575-1576 , dont l'adreſſe eſt à
M. de Luynes , Chevalier de l'Ordre du
Roi, Colonel des Bandes Françoiſes &
Grand-Maître de l'Artillerie en Langue
doc. Au lieu de Grand-Maître, il y a
dans quelques-unes Général de l'Artille-
rie en Languedoc (c). Le Duc d'Alen .
çon, fière du Roi, s'étant échappé de la
Cour le , 5 Septembre 1575 , ſe mit à
la tête du Parti des Politiques , & ayant
(a) OriginaI aux Archives de l'Hôtel de Luynes.
(b ) Original. Ibid.
( c) Originaux. lbid.
-
-
•
-
/
.
go MERCURE DE FRANCE.
égard aux bons , vertueux & recomman
dables ſervices que le ſieur de Luynes lui
a faits dès long-tems, & qu'il eſpere qu'il
fera encore à l'avenir près & à l'entour
de ſa perſonne, le fit ſon Chambellan
par Lettres datées du Camp de Salaignac
le 17 Février 1576 (d). Lorſque ce
Prince eut fait ſa paix avec la Cour , &
qu'on eut réglé les intérêts des Particu
liers, l'Edit de pacification fut publié au
Parlement de Paris le 15 Mai 1576. Les
Lettres-Patentes pour l'Aſſemblée des
Etats au 15 Novembre à Blois furent
expédiées. Le Maréchal d'Amville fut
rétabli en ſes Gouvernemens, Charges
& Etats, auſſi-bien que ceux qui avoient
pris les armes avec lui, & le Duc d'A
lençon obtint le Commandement du
Pont-Saint-Eſprit pour Luynes , qui alla
s'y établir avec une Compagnie de cent
hommes. Le bruit d'une confédération
des Catholiques à l'occaſion du dernier
Edit, dont ils n'étoient pas contens, fit
craiudre aux Proteſtans d'être prévenus.
Le Maréchal d'Amville, qui étoit à leur
tête , voulut s'aſſurer du Pont-Saint-Eſ
prit. Comme Luynes étoit attaché au
Duc d'Alençon, qui étoit alors très-vif
(d) Original, Ibid.
-
J U IL L E T. 1764:
91
pour les Catholiques, il ne crut pas de
voir lui donner ſa confiance : il lui en ôta
le commandement, & ne confia qu'à
Thoré ſon frère la garde de ce Poſte,
qui étoit important pour le paſſage des
Troupes. Il fut inſenſible aux inſtances
que lui fit le Duc d'Alençon pour lui de
mander le rétabliſſement de Luynes (e).
» Celle du 27 Novembre 1576 portoit :
» J'ai ſupplié le Roi Monſeigneur être
se content entendre qu'il reçoive ce bien
» là que lui & la Compagnie demeure
3> C n † en la ville du S. Eſprit, ce
» qu'il a eu bien agréable; au moyen
» de quoi je vous en ai bien voulu écrire
» & prier vouloir ſatisfaire à cela, pour
» m'être ledit ſieur de Luynes bien fort
» affectionné & me faire plaiſir très
» agréable, que je reconnoîtrai en ce
» que me voudrez employer , &c. Le
Roi le lui demanda auſſi par Lettre con
çue en ces termes : » Mon couſin, de
» ſirant mon frère le Duc d'Anjou (f)
» que le ſieur de Luynes, Meſtre-de
» Camp du Régiment de Languedoc, (ce
(e) Voyez ſes Lettres aux Mſſ. de Bethune, à
la Bibl. du Roi.
, ( f) Le Duc d'Alençon avoit pris ce nom de
Puis le dernier Edit,
92 MERCURE DE FRANCE.
» Régiment étoit des Bandes Françoi
, » ſes) ſoit continué en la Charge qu'il a
» de commander en ma ville du Pont
» Saint-Eſprit, & ſa Compagnie de cent
» hommes entretenue dans icelle , il
» m'a requis l'avoir agréable , ce que
» j'ai très-volontiers accordé à mondit
» frère pour le deſir que j'ai de le grati
» fier, & vous ai bien voulu ſur ce faire
» entendre mon intention, afin de l'en
» ſuivre , comme je vous en prie & le
» Créateur qu'il vous ait , &c. A
» Blois, le dernier jour de Novembre
» 1576. Signé, HENRI. Et plus bas,
» FIzE (g). » Ces demandes réïtérées
ne firent que confirmer le Maréchal dans
le parti qu'il avoit pris. Il prévoyoit bien
que la guerre étoit inévitable, le Roi
ayant déclaré aux Etats que ſon inten
tion étoit qu'il n'y eût déſormais dans
fon Royaume d'exercice public d'au
cune autre religion que de la Catholi
que : mais ſa réſiſtance déplut au Roi ,
qui chargea alors Luynes de s'emparer,
s'il étoit poſſible, du Pont-Saint-Eſprit.
Luynes , dit d'Aubigné , qui depuis
long temps avoit grande créance entre
les Catholiques de la ville , pratiqua
( g ) Mſſ. de Bethune. Recueil de l'Ordre du
S. Eſprit & Arch. de l'Hôtel de Luynes.
4
J U I L L E T. 1764.-
Q3
adroitement des hommes de commande
ment, fit couler de ſon pays de Pro
vence (du Comtat) & loger chez ſes
amis deux cens hommes : & puis étant
entré en la place, d'où il s'étoit abſenté
quelque temps, ſe ſaiſit de Thoré, ac
compagné de quelques Gentilshommes,
leſquels il eſtimoit être là venus pour
ſaiſir la place : mais ayant par après
penſé ne ſe rendre point le Maréchal
d'Amville pour ennemi irréconciliable,
il laiſſa aller ſon frère retenant les autres
priſonniers (h). Thoré ſe retira à Ba
nols. Luynes eut le même ſuccès ſur la
ville de Bourg (Saint-Andeol) & autres
lieux. Le Duc d'Anjou lui manda dans
la réponſe qu'il fit à la Lettre qu'il lui
avoit écrite pour l'informer de la priſe
de Bourg, que le Roi a loué la dextéri
té dont il avoit uſé & ſon zèle pour ſon
ſervice. La Lettre eſt ſignée votre bon
ami FRANÇOIS (i). Les Députés des
Proteſtans de Languedoc , Provence &
Dauphiné aſſemblés à Niſmes, ſe plai
gnirent de cette entrepriſe au Duc d'An
jou, à qui Luynes étoit attaché (k). Le
· (h) Hiſtoire d'Aubigné, tom. II. p. 2 3 1.
(i) Original aux | Archives de l'Hôtel de
Luynes.
-
( k ) Voyez leur Lettre au Mſſ. de Brienne à la
Bibl. du Roi.
94 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal d'Amville , qui fut informé
de cet événement par ſon frère, en don
na avis au Roi de Navarre, & en porta
ſes plaintes à la Cour, qui étoit à Blois.
La Cour s'occupa particuliérement du
ſoin de calmer le Maréchal & de le dé
tacher même des Proteſtans. On em
ploya d'abord la Maréchale d'Amville.
On entra enſuite en négociation. Le
Maréchal demanda entr'autres choſes
que Luynes fût retiré du Pont-Saint
Eſprit, ce qu'on apprend de la réponſe
du Roi en date du 5 Mars 1577, par
laquelle le Roi mande au Maréchal qu'il
a été bien-aiſe d'entendre ſes inten
tions par la Lettre que le Capitaine Rizze
lui a apportée, & qu'il lui a confirmée
de ſa part, ayant auſſi arrété afin de
vous donner contentement pour le regard
du Saint-Eſprit, de le faire mettre entre
les mains du ſieur de Montdragon. Le
Roiinforma Luynes de cet arrangement
ar ſa Lettre conçue en ces termes :
» M. de Luynes traitant quelques affaires
» grandement importantes au bien de
» mon ſervice, pour la réſolution deſ
» quelles j'ai mandé à mon couſin le
» Maréchal de Bellegarde aller en Lan
»guedoc, ſi ſa diſpoſition le permet ;
» j'ai accordé, ſi les choſes s'accommo:
|
JUILLET. 1764:
s 95
» dent comme l'on m'en a donné eſpé
» rance, de faire mettre ma ville du
» Saint-Eſprit entre les mains du ſieur
» de Montdragon ( Paul d'Albert, Sei
j)) † de§ , couſin de
» Luynes ; ) & d'autant que les choſes
» pourroient être accrochées & poſſible
» rompues, ſi cela n'étoit effectué, je
» vous prie ſuivant l'affection que vous
| » avez ci-devant montrée à mon ſervice,
» ne faire aucune difficulté de partir de
» la ville du Saint-Eſprit avec votre Com
» pagnie, lorſque le Maréchal de Belle
» garde ou le Capitaine Rizze, ſi lui n'y
» peut aller, le vous dira, vous aſſurant
» que je vous donnerai ſi bonne ré
» compenſe & moyen de vous entrete
» nir , que vous aurez occaſion de vous
» contenter, ainſi qu'ils vous feront plus
» particuliérement entendre , priant ,
» &c. A Blois, le 6 Mars 1577, Signé
» HENRI. Et plus bas, FIzE. L'adreſſe
» à M. de Luynes, Chevalier de mon
» Ordre & Commandant pour mon
» Service au Saint-Eſprit (l). » Soit
que le Maréchal voulut arrêter les mur
mures des Proteſtans, à qui cette négo
ciation étoit ſuſpecte, ſoit qu'il fût pi
( l ) Mſſ. de Béthune. Recueil de l'Ordre du S,
Eſprit, & Arch. de l'Hôtel de Luynes,
•:
#
96 MERCURE DE FRANCE. .
qué de ce que le Roi ne vouloit retirer
le Pont Saint-Eſprit des mains de Luynes
que pour le mettre dans celles de ſon
couſin , qui ne lui étoit peut-êtreo pas
plus agréable , la négociation fut rom
pue, & le Roi par Lettres datée de
Blois du 9 Mars 1 577, par leſquelles il
déclare que la valeur & l'expérience du
ſieur de Luynes au fait de la guerre ſont
fort connues , lui donna le Gouverne
ment des villes du S. Eſprit,Bourg(Saint
Andeol) & autres Lieux, Bourg &
Places qui ont été fraîchement & ſeront
par lui remiſes en ſon obéiſſance ès
Diocèſes de Viviers & d'Uzès (m). Le
ſieur de Bigordon ayant enlevé aux Pro
teſtans le Château Saint-Julien , Sa Ma
jeſté lui écrivit de Chenonceaux le 11
Mars 1577 pour l'exhorter à le bien gar
der , vous conduiſant, dit le Roi , &
gouvernant ainſi qu'il vous ſera ordon
né de ma part par le ſieur de Luynes ,
Chevalier de mon Ordre, ſuivant l'auz
torité que je lui ai donnée de ce côté-là (n).
Le Roi accorda à Luynes en 1579 un
don de quatre mille écus par Lettres da
tées du 23 Février même année, re
giſtrées le 11 Mars ſuivant par Arrêt de
( m) Originalaux Arch. de l'Hôtel de Luynes . r
( n ) Original, Ibid.
4
la
JU IL L ET. 1764.
| 9
la Chambre des Comptes de Paris , où
il eſt qualifié Gouverneur de la ville du
Pont-Saint-Eſprit (o), & une penſion
de deux mille livres, outre ſes gages de
Gouverneur de Beaucaire, par Lettres
regiſtrées le 3o Mai 1587 par Arrêt de
la Chambre des Comptes de la ville de
Paris , où il eſt qualifié Gouverneur de
la ville de Beaucaire. Et en outre veut .
Sa Majeſté que lui , ſes chevaux , ſuite,
· denrées, beſtials & autres choſes qui lui
· appartiendront, paſſent & ſéjournent le
. long de la rivière du Rhône & par terre,
tant de montée que deſcente franchement
& ſans rien payer (p).
-
Je remarquerai encore ici que M.
l'Abbé Raynal a donné en 1762 un
Livre qui a pour titre Ecole Militaire,
Ouvrage compoſé par ordre du Gou
vernement, & dont l'objet eſt de mettre
ſous les yeux de la jeune Nobleſſe de
grands exemples pour former ſon cœur
& élever
ſes ſentimens. Pourroit- on
croire que pour remplir cet objet M.
l'Abbé Raynal lui propoſe pour mo
dèle, au tome II, page 1 18, une mé
· (o) Mémorial de la Ch. des Comp. cotté ;.
T. fol. 97.
-
-
-
( p ) Mémorial cotté 4 D, fol. 16o ou le Plu
mitif.
I. Vol.
-
-
-
E
•
"
-*
98 MERCURE DE FRANCE.
chanceté que le dépit fit proférer au
Duc. de Mayenne contre le Duc de
Luynes, qu'il n'aimoit pas. M. l'Abbé
Raynal aſſure auſſi à la même page
que quoique les Calviniſtes fuſſent blâ
mables d'avoir travaillé à former une
eſpéce de République dans le cœur même
de l'Etat , la paſſion qu'a Luynes d'être
- Connétable, eſt la principale cauſe des
troubles civils. Peut-on ſe borner à dire
dans des leçons qu'on donne à la jeune
1Nobleſſe militaire , qu'on eſt blâmable
- d'avoir travaillé à ſe ſouſtraire une au
torité légitime ? Eſt-ce que dans ce cas
là on n'eſt pas coupable ? Si les Calvi
niſtes étoient coupables (il ſeroit crimi
nel même d'en douter ) Cette guerre
étoit très-juſte & néceſſaire. Si M. l'Abbé
Raynal ne s'étoit propoſé que d'en
faite connoître la véritable cauſe , il au
roit expoſé que la puiſſance des Calvi
niſtes étoit trop grande, qu'ils conti
nuoient d'en abuſer : qu'il étoit impor
tant pour la tranquillité publique de ne
pas laiſſer ſubſiſter dans l'Etat une eſpéce
de République toujours prête à com
battre contre ſon Souverain ; que la
bonne Politique demandoit de réunir
tous les Sujets ſous une ſeule & même
autorité , en mettant les uns & les
-
J U I L L E T. 1764.'
99
autres , s'il étoit poſſible, dans l'impuiſ
ſance de s'en écarter. Le Duc de Luynes
forma ce grand projet. Il commença à
l'exécuter en râſant les fortifications des
Places qui leur ſervoient de retraite, &
après ſa mort le Cardinal de Richelieu
mit la dernière main. Voilà la véritable
cauſe de cette guèrre. Le rétabliſſement
de l'autorité royale & la tranquillité pu
blique étoient la fin qu'on s'y propo
ſoit. Le don de la Charge de Conné
table, que le Roi fit au Duc de Luynes,
fut une ſuite de la Campagne de 162o
& des bontés du Roi pour lui. Le Con
nétable de Luynes, dit Auberi du Mau
rier , dans ſes Mémoires , a l'honneur
d'avoir le premier conſeillé au Roi
Louis XIII d'abattre le parti des Hu
guenots, qui avoient l'inſolence de faire
un Etat dans l'Etat même ; car depuis
Saumur juſqu'aux Pyrénées, il ſe ſaiſit
de toutes leurs Places, à l'exception de
Montauban ; & ſuivant ſes maximes, -
après ſa mort, on s'empara de Montpel
lier (en 1622), & quelque temps après
le Cardinal de Richelieu attaqua la Ro
chelle, qu'il prit & qu'il râſa ;d'où s'en
ſuivit la ruine entière du Parti Huguenot.
Le Procurateur Nani s'exprime ainſi,
dans ſon Hiſtoire de Veniſe :
\
E ij
il ( le
1oo MERCURE DE FRANCE.
Connétable) finit ſes jours digne des
plus grands éloges , pour avoir au moins
ébauché la vaſte & belle entrepriſe de
réunir toutela France à elle même, que
d'autres après lui ont heureuſement ache
vée.
*--
•
-
J'ai l'honneur d'être &c.
' .
-
MANEBY.
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2
p. 100-108
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE. Cinq volumes in-8o. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy, & Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv. 10. sols, brochés. TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
Début :
NOUS avons vu, dans les deux Extraits précédens, une partie du riche [...]
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texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE. Cinq volumes in-8o. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy, & Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv. 10. sols, brochés. TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
DICTIONNAIRE raisonné, universel,
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE. Cinq volumes
in-8o. A Paris, chez Didot le
jeune, Musier fils, Dehansy, &
Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv.
10. sols, brochés.
TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
NOUS avons vu, dans les deux Extraits
précédens, une partie du riche
spectacle que préſentent les Végétaux
& les êtres animés qui peuplent l'air, la
ſurface de la Terre & le ſein des Eaux.
Le régne Minéral nous fait voir les pro
ductions que la Terre renferme dans ſon
#
r,
JU IL L E T. 1764.
1o1
intérieur. M. de Bomare rapporte &
explique les ſentimens les plus accrédités
ſur l'origine, la formation & les uſages
de ces corps. Il développe le méchaniſme
des Dendrites ou Arboriſations. Il don
ne la deſcription & l'hiſtoire des Métaux,
des demi - métaux , des Pierres pré
cieuſes, des Pyrites, des Bitumes, des
Sels, des Foffles, des Mines. Il décou
vre à nos regards ces laboratoires pro
fonds de la Nature, où elle ſemble ſe
dérober à notre vue, pour former dans
le plus grand ſecret les tréſors que nous
ſommes ſi jaloux de découvrir & de lui
arracher.
,
Après avoir dit que l'on trouve l'Ar
gent ſous diverſes formes, & ſous diver
ſes couleurs très-variées, qu'on le ren- .
contre en filet, en végétation , en for
me de cheveux , en feuilles &c, il donne
le tableau de la mine d'Argent de Sal
ſeberyt,en Suéde.Cette mine,dit-il , pré
ſente au Naturaliſte curieux un des plus
beaux ſpectacles. On y deſcend par trois
larges bouches ſemblables à des puits
dont on ne voit pas le fond. La moitié
d'un tonneau , ſoutenue d'un cable,
rient lieu d'eſcalier pour deſcendre dans
ces abîmes , au moyen d'une machine
que l'on fait mouvoir. On a pour com
\
1o2 MERCURE DE FRANCE.
pagnon un Satellite noir comme nos
Forgerons, qui entonne une chanſon
lugubre, & qui tient un flambeau à la
main. Quand on eſt au milieu de la
deſcente , on commence à ſentir un
grand froid. On entend les torrens qui
tombent de toutes parts ; enfin, après
une demie-heure, on arrive au fond d'un
gouffre. Alors la crainte ſe diſſipe ; on
n'apperçoit plus rien d'affreux : au con
traire tout brille dans ces régions ſou
terraines. On entre dans une eſpéce de
grand ſallon, ſoutenu par des colonnes
de mine d'argent ; quatre galeries ſpa
cieuſes y viennent aboutir; les feux qui
ſervent à éclairer les travailleurs ſe ré
pétent ſur l'argent des voûtes & ſur un
ruiſſeau qui coule au milieu de la mine :
les uns tirent des chariots ; les autres
roulent des pierres : tout le monde a ſon
emploi; c'eſt une ville ſouterraine. Il y
a des cabarets, des maiſons, des che
vaux, des écuries ; mais ce qu'il y a de
plus ſingulier , c'eſt un moulin à vent
qui va continuellement dans cette ca
verne , & qui ſert à élever les eaux. A
la ſuite de cette deſcription , on voit
celle des travaux de la mine d'argent
du Potoffi en Amérique, & un détail des
diverſes formes , ſous leſquelles l'argent
º
JUILLET. 1764.
1o3
paroît dans le Commerce, & eſt em
ployé dans les Arts.
-
|
Les connoiſſances les plus modernes .
ſur les divers objets dont l'Auteur par- .
le, ne lui ont point échappé. Par exem-
ple , au mot Platine , il rapporte les
expériences qu'on a faites depuis quel
ques années ſur ce nouveau métal, qui
eſt connu auſſi ſous le nom d'or blanc,
parce qu'en effet il reſſemble beaucoup
à l'or par la peſanteur, l'indeſtructibili
té , & par pluſieurs autres propriétés
eſſentielles. Dans l'article Mercure , M.
de Bomare parle de même des moyens
par leſquels on eſt parvenu en 176o à
fixer cette ſubſtance métallique, qui, à
cauſe de ſa couleur argentée, jointe à :
beaucoup de volatibilité & de fluidité,
a reçu le nom de vif argent. MM. Griſ
chon & Braun , Académiciens de St.
Petersbourg, y ont réuſſi en employant
un froid artificiel de 186 degrés & deux
tiers au thermomètre de M. de Réau
mur , par le moyen de ce froid ils ont
fixé le Mercure au point de le rendre
molléable & de la conſiſtence du plomb.
· L'Auteur a completté dans cet Ou
vrage le tableau univerſel de l'Hiſtoire
naturelle, en y parlant des corps céleſ
tes , des planettes , des météores , des
- -
E iV
.
1o4 MERCURE DE FRANCE.
altérations de notre globe, des vents ,
des exhalaiſons, des volcans, des mou
vemens de l'athmoſphère, des proprié
tés des élémens & de tous ces phéno
mènes ſi étonnans, ſi importans , où
la nature ſe montre dans l'éclat de ſa
puiſſance & dans tout l'appareil de ſa
majeſté Tous les articles où ces ma- .
tières curieuſes ſont traitées, ſont autant
de diſſertations remplies de faits ſingu
liers, qui méritent d'être connus , &
dont la lecture fait le plus grand plaiſir :
c'eſt a regret que nous ne pouvons que
les indiquer.
-
Au mot Mer, M. de Bomare détaille
les divers phénomènes de cet immenſe
amas d'eaux ſalées qui couvre une gran
de partie de notre globe, & il traite
dans un Article particulier de celui qui
eſt connu des Phyſiciens ſous le nom
de Mer lumineuſe. Ce phénomène con
ſiſte en ce que dans certaines mers &
dans certaines circonſtances, la proue
du Navire qui vogue ſur les eaux, ſem
ble pendant la nuit les mettre en feu : le
vaiſſeau vogue dans un cercle lumi
neux, d'où s'échappe dans le fillage un
long trait de lumière. L'Auteur donne
un réſumé des diſſertations que MM.
Godeheu , Viannelli , Nollet & le Roi,
ont publiées ſur ce phénomène , &
-
J U IL LE T. 1764.
1o5
enſuite il rapporte I'cbſervation qu'il en
a faite lui-même le 19 Juillet 1762,étant
' au Port de Cette en Languedoc.
'
» Ce jour-là , dit l'Auteur, il fit une
» chaleur exceſſive. J'avois formé de
» puis long-temps , le projet de faire
» quelques obſervations ſur la plus ou
» moins grande facilité de nager dans la
» Mer ou dans l'eau douce ; & de dé
» couvrir ſi l'eau, qui touche au ſol de
» la Mer , eſt plus ou moins fraîche
» que la ſuperficie
de cet Elément.
» J'engageai M. Ortez, alors mon com
» pagnon de voyage , à faire ces ob
» ſervations en commun. Nous fumes
» au rivage ſur les dix heures du ſoir ;
» puis étant déshabillés , on ſe mit à
» l'eau juſqu'au col : on éſſaya de plon
» ger entiérement ; enſuite on ſonda ,
» avec la jambe & les bras, laquelle des
» deux ſurfaces étoit plus tempérée, &
» l'on reconnut ſenſiblement qu'autant
» la ſuperficie de la Mer étoit froide,
» autant le fond en étoit chaud. Notre
» principale obſervation ſe porta ſur un
» autre phénomène que voici : toutes les
» lames d'eau nous ſembloient étin
» celles, à meſure que nous les briſions
» en nageant. Je frottai mes mains &
» mes cuiſſes hors de l'eau , & j'en tirai .
-
E v
Io6 MERCURE DE FRANCE.
» auſſi des eſpéces d'étincelles : j'agitai
» fortement les cheveux de M. Ortez,
» qui parurent auſſitôt comme autant
» de vergettes lumineuſes. Je fis désha
» biller mon domeſtique & lui dis de ſe
» frotter auſſi, avant de ſe baigner dans
» la Mer; mais il ne put produire ſur lui
» le même effet qu'il remarquoit ſur
» moi.Je m'aviſai de le tirer par le bras :
» quelle fut notre ſurpriſe, lorſque je
» vis l'image de ma main entiérement
» tracée ſur ce bras, comme ſi c'eût été -
» un crayon phoſphorique qui l'eût im
» primée ! enfin il ſe mit à l'eau, & je le
» fis nager pour l'examiner à mon aiſe ;
» l'on auroit dit d'un homme de feu qui
» ſe débattoit dans l'eau. Nous prîmes
» du ſable & des fucus dans le fond de
» la Mer , & en frottant ces corps ils
» parurent également phoſphoriques.Je
» plongeai un mouchoir blanc dans
» l'eau , & le retirai tout couvert com--
» me de petites étoiles, ou de points
» brfllants & azurés , qui ſembloient
» s'écraſer, s'étendre par le frottement,
» & former des plaques lumineuſes.
» De retour au logis , je me fis apporter
» un bougie allumée, mais je ne pus rien
» diſtinguer ſur ce mouchoir. Le len
» demain de grand matin, j'allai trem
• per dans la Mer un ſeçond mouçhoir
· J U I L L E T. 1764.
1o7
» que je repliai bien ſoigneuſement ;
» quand le jour fut favorable je pris ma
» loupe, & je crus reconnoître ſur la
» toile , des atômes informes, immobi
» les & bleuâtres : je deſcendis dans la
» cave, pour éprouver s'ils ne reluiroient
» pas mieux qu'au jour ; mais tout le
» beau phénomène étoit détruit. »
. C'eſt ainſi que M. de Bomare, rend
compte dans l'occaſion des obſerva
tions & des expériences de phyſique
& d'hiſtoire naturelle, qu'il a faites dans
ſes voyages. Il en a entrepris pluſieurs
avec la protection du Gouvernement
dans les Provinces de la France & en
diverſes contrées de l'Europe, pour ob
ſerver de plus près , les ſubſtances qu'il
décrit & les voir dans leur pays natal,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme. Pour
faire l'hiſtoire de la Nature, il a conſulté .
la nature elle - même , & les Sçavans
illuſtres qui en ſont aujourd'hui regardés
comme les oracles & les interprétes. II
a analyſé les écrits des plus célébres
obſervateurs anciens & modernes ; les
relations des voyageurs les plus accré
dités ; les Journaux François & Etran
ger. Il a puiſé dans les mémoires des
Académies , & dans une multitude
d'ouvrages & de traités particuliers ſax
E vj
-"
1o8 MERCURE DE FRANCE.
toutes les matières dont il traite. Pour
peu qu'on conſulte ce Dictionnaire on
s'apperçoit qu'il ne peut qu'être le fruit
d'une lecture immenſe, & qu'il contient
un précis exact&très-bien fait d'un grandi
nombre d'ouvrages volumineux, chèrs ,
quelques-uns même rares, dont il eſt
difficile de ſe procurer la collection. Le
Dictionnaire de M. de Bomare de
viendra d'un uſage habituel & journa
lier pour une § de perſonnes ; il
ſera utile à ceux qui exercent des profeſ
ſions relatives à la Médecine, aux Phy
ſiciens, & aux Artiſtes , aux Cultiva
teurs , aux Commerçans ; à l'homme
du monde , & aux jeunes gens aux
quels on veut donner une belle édu
cation.Les objets d'hiſtoire naturelle ſont
ceux qui ſe préſentent le plus ſouvent
dans la converſation , dans le commerce
de la ſociété & dans les uſages de la
vie, & nous ne connoiſſons point d'ou
vrage auſſi utile que celui - ci pour ſe
procurer promptement & facilement les
connoiſſances néceſſaires ſur ces objets :
il nous paroît ſur-tout déſtiné à occu
per une place diſtinguée dans les collec
tions de Livres qu'on porte avec ſoi à la
campagne , car quoiqu'aſſez volumi
neux , il eſt cependant d'un format
commode & portatif.
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE. Cinq volumes
in-8o. A Paris, chez Didot le
jeune, Musier fils, Dehansy, &
Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv.
10. sols, brochés.
TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
NOUS avons vu, dans les deux Extraits
précédens, une partie du riche
spectacle que préſentent les Végétaux
& les êtres animés qui peuplent l'air, la
ſurface de la Terre & le ſein des Eaux.
Le régne Minéral nous fait voir les pro
ductions que la Terre renferme dans ſon
#
r,
JU IL L E T. 1764.
1o1
intérieur. M. de Bomare rapporte &
explique les ſentimens les plus accrédités
ſur l'origine, la formation & les uſages
de ces corps. Il développe le méchaniſme
des Dendrites ou Arboriſations. Il don
ne la deſcription & l'hiſtoire des Métaux,
des demi - métaux , des Pierres pré
cieuſes, des Pyrites, des Bitumes, des
Sels, des Foffles, des Mines. Il décou
vre à nos regards ces laboratoires pro
fonds de la Nature, où elle ſemble ſe
dérober à notre vue, pour former dans
le plus grand ſecret les tréſors que nous
ſommes ſi jaloux de découvrir & de lui
arracher.
,
Après avoir dit que l'on trouve l'Ar
gent ſous diverſes formes, & ſous diver
ſes couleurs très-variées, qu'on le ren- .
contre en filet, en végétation , en for
me de cheveux , en feuilles &c, il donne
le tableau de la mine d'Argent de Sal
ſeberyt,en Suéde.Cette mine,dit-il , pré
ſente au Naturaliſte curieux un des plus
beaux ſpectacles. On y deſcend par trois
larges bouches ſemblables à des puits
dont on ne voit pas le fond. La moitié
d'un tonneau , ſoutenue d'un cable,
rient lieu d'eſcalier pour deſcendre dans
ces abîmes , au moyen d'une machine
que l'on fait mouvoir. On a pour com
\
1o2 MERCURE DE FRANCE.
pagnon un Satellite noir comme nos
Forgerons, qui entonne une chanſon
lugubre, & qui tient un flambeau à la
main. Quand on eſt au milieu de la
deſcente , on commence à ſentir un
grand froid. On entend les torrens qui
tombent de toutes parts ; enfin, après
une demie-heure, on arrive au fond d'un
gouffre. Alors la crainte ſe diſſipe ; on
n'apperçoit plus rien d'affreux : au con
traire tout brille dans ces régions ſou
terraines. On entre dans une eſpéce de
grand ſallon, ſoutenu par des colonnes
de mine d'argent ; quatre galeries ſpa
cieuſes y viennent aboutir; les feux qui
ſervent à éclairer les travailleurs ſe ré
pétent ſur l'argent des voûtes & ſur un
ruiſſeau qui coule au milieu de la mine :
les uns tirent des chariots ; les autres
roulent des pierres : tout le monde a ſon
emploi; c'eſt une ville ſouterraine. Il y
a des cabarets, des maiſons, des che
vaux, des écuries ; mais ce qu'il y a de
plus ſingulier , c'eſt un moulin à vent
qui va continuellement dans cette ca
verne , & qui ſert à élever les eaux. A
la ſuite de cette deſcription , on voit
celle des travaux de la mine d'argent
du Potoffi en Amérique, & un détail des
diverſes formes , ſous leſquelles l'argent
º
JUILLET. 1764.
1o3
paroît dans le Commerce, & eſt em
ployé dans les Arts.
-
|
Les connoiſſances les plus modernes .
ſur les divers objets dont l'Auteur par- .
le, ne lui ont point échappé. Par exem-
ple , au mot Platine , il rapporte les
expériences qu'on a faites depuis quel
ques années ſur ce nouveau métal, qui
eſt connu auſſi ſous le nom d'or blanc,
parce qu'en effet il reſſemble beaucoup
à l'or par la peſanteur, l'indeſtructibili
té , & par pluſieurs autres propriétés
eſſentielles. Dans l'article Mercure , M.
de Bomare parle de même des moyens
par leſquels on eſt parvenu en 176o à
fixer cette ſubſtance métallique, qui, à
cauſe de ſa couleur argentée, jointe à :
beaucoup de volatibilité & de fluidité,
a reçu le nom de vif argent. MM. Griſ
chon & Braun , Académiciens de St.
Petersbourg, y ont réuſſi en employant
un froid artificiel de 186 degrés & deux
tiers au thermomètre de M. de Réau
mur , par le moyen de ce froid ils ont
fixé le Mercure au point de le rendre
molléable & de la conſiſtence du plomb.
· L'Auteur a completté dans cet Ou
vrage le tableau univerſel de l'Hiſtoire
naturelle, en y parlant des corps céleſ
tes , des planettes , des météores , des
- -
E iV
.
1o4 MERCURE DE FRANCE.
altérations de notre globe, des vents ,
des exhalaiſons, des volcans, des mou
vemens de l'athmoſphère, des proprié
tés des élémens & de tous ces phéno
mènes ſi étonnans, ſi importans , où
la nature ſe montre dans l'éclat de ſa
puiſſance & dans tout l'appareil de ſa
majeſté Tous les articles où ces ma- .
tières curieuſes ſont traitées, ſont autant
de diſſertations remplies de faits ſingu
liers, qui méritent d'être connus , &
dont la lecture fait le plus grand plaiſir :
c'eſt a regret que nous ne pouvons que
les indiquer.
-
Au mot Mer, M. de Bomare détaille
les divers phénomènes de cet immenſe
amas d'eaux ſalées qui couvre une gran
de partie de notre globe, & il traite
dans un Article particulier de celui qui
eſt connu des Phyſiciens ſous le nom
de Mer lumineuſe. Ce phénomène con
ſiſte en ce que dans certaines mers &
dans certaines circonſtances, la proue
du Navire qui vogue ſur les eaux, ſem
ble pendant la nuit les mettre en feu : le
vaiſſeau vogue dans un cercle lumi
neux, d'où s'échappe dans le fillage un
long trait de lumière. L'Auteur donne
un réſumé des diſſertations que MM.
Godeheu , Viannelli , Nollet & le Roi,
ont publiées ſur ce phénomène , &
-
J U IL LE T. 1764.
1o5
enſuite il rapporte I'cbſervation qu'il en
a faite lui-même le 19 Juillet 1762,étant
' au Port de Cette en Languedoc.
'
» Ce jour-là , dit l'Auteur, il fit une
» chaleur exceſſive. J'avois formé de
» puis long-temps , le projet de faire
» quelques obſervations ſur la plus ou
» moins grande facilité de nager dans la
» Mer ou dans l'eau douce ; & de dé
» couvrir ſi l'eau, qui touche au ſol de
» la Mer , eſt plus ou moins fraîche
» que la ſuperficie
de cet Elément.
» J'engageai M. Ortez, alors mon com
» pagnon de voyage , à faire ces ob
» ſervations en commun. Nous fumes
» au rivage ſur les dix heures du ſoir ;
» puis étant déshabillés , on ſe mit à
» l'eau juſqu'au col : on éſſaya de plon
» ger entiérement ; enſuite on ſonda ,
» avec la jambe & les bras, laquelle des
» deux ſurfaces étoit plus tempérée, &
» l'on reconnut ſenſiblement qu'autant
» la ſuperficie de la Mer étoit froide,
» autant le fond en étoit chaud. Notre
» principale obſervation ſe porta ſur un
» autre phénomène que voici : toutes les
» lames d'eau nous ſembloient étin
» celles, à meſure que nous les briſions
» en nageant. Je frottai mes mains &
» mes cuiſſes hors de l'eau , & j'en tirai .
-
E v
Io6 MERCURE DE FRANCE.
» auſſi des eſpéces d'étincelles : j'agitai
» fortement les cheveux de M. Ortez,
» qui parurent auſſitôt comme autant
» de vergettes lumineuſes. Je fis désha
» biller mon domeſtique & lui dis de ſe
» frotter auſſi, avant de ſe baigner dans
» la Mer; mais il ne put produire ſur lui
» le même effet qu'il remarquoit ſur
» moi.Je m'aviſai de le tirer par le bras :
» quelle fut notre ſurpriſe, lorſque je
» vis l'image de ma main entiérement
» tracée ſur ce bras, comme ſi c'eût été -
» un crayon phoſphorique qui l'eût im
» primée ! enfin il ſe mit à l'eau, & je le
» fis nager pour l'examiner à mon aiſe ;
» l'on auroit dit d'un homme de feu qui
» ſe débattoit dans l'eau. Nous prîmes
» du ſable & des fucus dans le fond de
» la Mer , & en frottant ces corps ils
» parurent également phoſphoriques.Je
» plongeai un mouchoir blanc dans
» l'eau , & le retirai tout couvert com--
» me de petites étoiles, ou de points
» brfllants & azurés , qui ſembloient
» s'écraſer, s'étendre par le frottement,
» & former des plaques lumineuſes.
» De retour au logis , je me fis apporter
» un bougie allumée, mais je ne pus rien
» diſtinguer ſur ce mouchoir. Le len
» demain de grand matin, j'allai trem
• per dans la Mer un ſeçond mouçhoir
· J U I L L E T. 1764.
1o7
» que je repliai bien ſoigneuſement ;
» quand le jour fut favorable je pris ma
» loupe, & je crus reconnoître ſur la
» toile , des atômes informes, immobi
» les & bleuâtres : je deſcendis dans la
» cave, pour éprouver s'ils ne reluiroient
» pas mieux qu'au jour ; mais tout le
» beau phénomène étoit détruit. »
. C'eſt ainſi que M. de Bomare, rend
compte dans l'occaſion des obſerva
tions & des expériences de phyſique
& d'hiſtoire naturelle, qu'il a faites dans
ſes voyages. Il en a entrepris pluſieurs
avec la protection du Gouvernement
dans les Provinces de la France & en
diverſes contrées de l'Europe, pour ob
ſerver de plus près , les ſubſtances qu'il
décrit & les voir dans leur pays natal,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme. Pour
faire l'hiſtoire de la Nature, il a conſulté .
la nature elle - même , & les Sçavans
illuſtres qui en ſont aujourd'hui regardés
comme les oracles & les interprétes. II
a analyſé les écrits des plus célébres
obſervateurs anciens & modernes ; les
relations des voyageurs les plus accré
dités ; les Journaux François & Etran
ger. Il a puiſé dans les mémoires des
Académies , & dans une multitude
d'ouvrages & de traités particuliers ſax
E vj
-"
1o8 MERCURE DE FRANCE.
toutes les matières dont il traite. Pour
peu qu'on conſulte ce Dictionnaire on
s'apperçoit qu'il ne peut qu'être le fruit
d'une lecture immenſe, & qu'il contient
un précis exact&très-bien fait d'un grandi
nombre d'ouvrages volumineux, chèrs ,
quelques-uns même rares, dont il eſt
difficile de ſe procurer la collection. Le
Dictionnaire de M. de Bomare de
viendra d'un uſage habituel & journa
lier pour une § de perſonnes ; il
ſera utile à ceux qui exercent des profeſ
ſions relatives à la Médecine, aux Phy
ſiciens, & aux Artiſtes , aux Cultiva
teurs , aux Commerçans ; à l'homme
du monde , & aux jeunes gens aux
quels on veut donner une belle édu
cation.Les objets d'hiſtoire naturelle ſont
ceux qui ſe préſentent le plus ſouvent
dans la converſation , dans le commerce
de la ſociété & dans les uſages de la
vie, & nous ne connoiſſons point d'ou
vrage auſſi utile que celui - ci pour ſe
procurer promptement & facilement les
connoiſſances néceſſaires ſur ces objets :
il nous paroît ſur-tout déſtiné à occu
per une place diſtinguée dans les collec
tions de Livres qu'on porte avec ſoi à la
campagne , car quoiqu'aſſez volumi
neux , il eſt cependant d'un format
commode & portatif.
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3
p. 109
LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT, à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
Début :
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes les Langues connues sont arrivées à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT, à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT,
à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes
les Langues connues sont arrivées à
leur perfection par une marche unifor
me analogue à la nature de l'eſprit hu
main ; & ſur ce principe , je demande à
tous ceux qui ſont en état de m'éclairer
dans la République des Lettres, s'il ne
ſeroit pas poſſible de faire une Gram
maire univerſelle & raiſonnée , où l'on
aſſigneroit la ſource des anomalités &
des caprices, que l'on remarque dans
toutes les Langues connues. Je ne peux
prendre d'autre canal que votre Mer
cure pour propoſer ceProblême aux mon
des ſçavans, & je vous prie d'inſérer ce
· billet dans un de vos Journaux , en
· conjurant les Sçavans en mon nom de
vous adreſſer leurs ſolutions. Voilà , je
crois, le meilleur uſage qu'on puiſſe faire
des papiers publics.
J'ai l'honneur d'être, &c.
à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes
les Langues connues sont arrivées à
leur perfection par une marche unifor
me analogue à la nature de l'eſprit hu
main ; & ſur ce principe , je demande à
tous ceux qui ſont en état de m'éclairer
dans la République des Lettres, s'il ne
ſeroit pas poſſible de faire une Gram
maire univerſelle & raiſonnée , où l'on
aſſigneroit la ſource des anomalités &
des caprices, que l'on remarque dans
toutes les Langues connues. Je ne peux
prendre d'autre canal que votre Mer
cure pour propoſer ceProblême aux mon
des ſçavans, & je vous prie d'inſérer ce
· billet dans un de vos Journaux , en
· conjurant les Sçavans en mon nom de
vous adreſſer leurs ſolutions. Voilà , je
crois, le meilleur uſage qu'on puiſſe faire
des papiers publics.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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4
p. 110-124
LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN, à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction à la Science des Médailles, par DOM MANGEART.
Début :
ON ne sçauroit, Monsieur, trop faire connoître au Public les Ouvrages [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN, à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction à la Science des Médailles, par DOM MANGEART.
LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN,
à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction
à la Science des Médailles,
par DOM MANGEART.
ON ne sçauroit, Monsieur, trop
faire connoître au Public les Ouvrages
utiles. Celui de Dom Mangeart , ſur
les Médailles, préſente aux jeunes Ama
teurs de l'Antiquité une méthode ſi
fimple, fi claire & ſi facile, qu'on ne
peut aſſez le mettre ſous leurs yeux,
& leur en recommander l'étude. C'eſt
dans cette intention que je vous prie
· de rendre public quelques traits ajou
tés au tableau que vous avez tracé de
ce livre , dans votre Mercure du mois de
· Janvier 1764, tom. 2, de cette année.Les
ſoins queje me ſuis donné pour cet Ou
vrage, avant & depuis la mort de ce
Sçavant Bénédictin , m'en ont rendu
familier & le plan & les détails.
On peut diviſer les monumens anti
ques en trois claſſes.
La première comprend les Inſcrip
tions.Les Hommes ramaſſés enfamilles,
non contens de ſe çommuniquer leurs
JU IL L ET. 1764.
Les Phéniciens ,
1 I 1:
penſées par l'uſage de la parole, cher
cherent & inventerent l'art de la pein
"dre : les inſcriptions gravées ſur le bois,
la pierre , le marbre & les métaux ,
ſont de la plus haute antiquité. Le de
ſir de conſacrer des hommages & d'of
frir des vœux à l'Etre ſuprême , ou
aux Divinités que l'oubli de la vérita
' ble Religion lui ſubſtitua, & de vi
vre dans la poſtérité, en lui conſer
vant la fondation des Villes & des éta
bliſſemens utiles, l'invention des Arts,
les vertus des Grands Hommes ,
les,
combats, les victoires &c, les fit ima
giner prèſque dès la naiſſance du Monde.
les Egyptiens ,
les.
Hébreux & les Grecs ne laiſſent aucun
doute ſur cette vérité.
L'écriture ne fut, il eſt vrai, dans
ſon berceau que la repréſentation groſ
ſière des objets ſenſibles. Enhardis par
les premiers ſuccès , les hommes cher
cherent bientôt après à donner un
corps à la penſée même : ſous une fi
gure ſymbolique & de convention on
parla aux yeux. C'eſt ainſi que chez les
Egyptiens un ſoleil annonçoit la Divi
nité , l'œil peignoit un Monarque, un
fauterelle, animal que l'on croyoit alors
ſans bouçhe, repréſentoit une perſonne,
112 MERCURE DE FRANCE !
initiée aux myſtères & obligé au ſecret,
&c , &c. Telle étoit encore à-peu
près, l'écriture chez les Chinois & chez
quelques Peuples anciens. L'art ſe per
fectionnant enfin , on inventa des ca
ractères ſimples, dont la variété des
combinaiſons préſentoient des ſens dif
férens.
"
Ces progrès lents & ſucceſſifs furent
la cauſe des différentes eſpèces d'écri
tures que l'on trouve chez les Peuples
les plus Anciens. Ceux qui ſe ſont raſ
ſemblés avant l'invention des caractères
ſimples, ont été obligés de paſſer par ces
différentes gradations. On compte qua
tre ſortes d'écritures chez les Egyptiens,
l'Hiéroglyphique, la Symbolique, l'E
piſtolaire & la Sacerdotale ou l'Hiéro
grammatique. Les Chinois, après avoir
commencé à peindre les objets ſe ſer
virent de cordelettes nouées , avec leſ-.
quelles ils formerent différens caractères,
par l'arrangement des cordelettes &
· des nœuds : ce ne fut même que long
temps après cette invention , que Fo
hi ſubſtitua à ces cordelettes de véri
tables caractères ou lettres formées par
des lignes.
.
-
'
· Du temps des Grecs on confondoit
encore la première eſpèce d'écritures,
JUILLE T. 1764:
113
avec celle qui n'étoit compoſée que
de caractères ſimples & alphabétiques :
leur Verbe Yedºº ſignifie même égale
ment peindre & écrire.
.
/
.
Les inſcriptions ſuivirent le ſort de
l'Ecriture : ces premières ne furent que
des eſpéces d'images des objets que l'on
vouloit faire paſſer à la poſtérité; mais
dès que chaque Peuple eut inventé ou
copié d'après l'art d'écrire, elles furent
gravées en caractères ſimples.
.
Les Phéniciens, les Egyptiens , les
Hébreux, les Grecs & les Romains nous
ont fourni une grande quantité d'inſ
criptions. Grœvius a raſſemblé dans ſon
ſçavant Recueil ces précieux reſtes de,
l' Antiquité épars dans les Ouvrages de
Gruterus , de Reinéſius, de Spon & de
Fabretti.
-
Dans la ſeconde Claſſe des Monu
mens antiques ſont renfermés les Ou
vrages d'Architecture & de Sculpture
qui nous reſtent de l'Antiquité. Leur
origine ſe perd elle-même, pour ainſi
dire, dans la naiſſance du Monde.Avant
la conſtruction de la Tour de Babel, les
premiers Patriarches avoient élevé dans
différentes occaſions des Autels de pier
res pour y offiir au Seigneur leurs hom
mages & leurs ſacrifices. Les Pyramides
-
114 MERCURE DE FRANCE.
d'Egypte, les colonnes qui ornoient le
Temple bâti par Sémiramis, les ſtatues
qui décoroient les Sanctuaires des Tem
ples & des Places publiques, les bas
reliefs qui embelliſſoient les frontons des
grands édifices, tout dépoſe pour l'an
tiquité de ces ſortes de Monumens.
Ils durent , comme les inſcriptions ,
leur naiſſance a la Religion & à la vani
té. C'étoit pour honorer les Dieux qu'on
expoſoit à la vénération publique leurs
Statues , ou même leur hiſtoire ſculptée
en bas-reliefs : en faiſant fumer l'encens
devant ces vainsSimulacres, on croyoit
obtenir les faveurs que l'on deſiroit,
ou éloigner les maux que l'on redoutoit.
D'un autre côté, ſi l'on anima la pierre
& fi l'on fit refpirer le marbre pour
honorer le mérite réel des Légiſlateurs,
des Héros & des Grands-hommes, com
bien la flatterie ne prodigua-t-elle pas
ſon cizeau, en donnant une ſorte de vie
à des hommes ſans talens & ſans vertus,
mais puiſſans ? Chaque événement re
marquable fut conſacré par les mains des
plus grands Maîtres. La fondation des
Villes, les établiſſemens conſidérables,
les édifices publics, & ſouvent même
ceux des particuliers , les guerres, les
victoires, les alliances , tout fut l'objet
JUILLE T. 1764.
115
de quelque Monument : voilà l'originé
des temples, des pyramides, des colon
nes , des cippes, des ſtatues, des bas
reliefs, &c, & de tous ces reſtes pré
cieux que Dom Monfaucon nous a con
ſervés dans ſon Antiquité expliquée, &
qu'un * Savant auſſi illuſtre par ſes lu
mières que par ſa naiſſance, nous offre
encore tous les iours dans cette collec
tion faite pour inſtruire les Amateurs de
l'Antiquité & pour inſpirer le goût aux
Artiſtes.
La troiſiéme Claſſe des Monumens
antiques eſt en quelque ſorte un com
poſé des deux autres, puiſqu'elle offire
des figures gravées accompagnées d'Inſ
criptions : telles ſont les Médailles, ob
jet de l'Ouvrage de Dom Mantgeart.
Nous nous étendrons un peu plus ſur
cette Claſſe des Monumens antiques que
ſur les deux premières.
Avant de préſenter
ſous différens
points de vue le travail du ſçavant Bé
nédictin, il eſt bon de remarquer com
bien ces trois eſpéces de Monumens
s'aident mutuellement pour la connoiſ
ſance & la ſûreté de l'Hiſtoire : en voici
un exemple frappant dans la famille de
* M. le Comte de Caylus, dont le nom ſeul eſt
un éloge,
-
116 MERCURE DE FRANCE.
Pertinax. L'Hiſtoire ne parle que de
cet Empereur : des médailles grecques,
nous ont conſervé le nom de Titiana ,
ſa femme. Outre cette découverte, on
trouve ſur une pierre gravée du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans , non-ſeulement
les têtes de Pertinax & de Titiana,
mais encore un troiſiéme , dont les traits
déſignent une jeune perſonne : M. Bel
ley avoit regardé cette tête comme la
repréſentation du fils de cet Empereur.
Ce qui n'étoit qu'une conjecture , de
vient une vérité par la découverte de
quelques Monumens trouvés depuis peu
à Mets, & dont les inſcriptions nous
apprennent que ce jeune Prince avoit
été déclaré Céſar.
-
L'étude de ces trois Claſſes de Monu
mens eſt un des objets principaux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles
Lettres. Il faut être déja initié dans la
connoiſſance de l'Antiquité pour com
prendre quelles obligations nous avons
à cet illuſtre Corps. Dom Mangeart ſça
voit mieux que perſonne lui rendre juſ
tice ; & s'il a inſéré dans l' Introduction
à la ſcience des Médailles pluſieurs mor
ceaux tirés de ces Mémoires, c'eſt qu'il
penſoit , avec la modeſtie ſi naturelle
aux grands Hommes, qu'il n'étoit pas
J U IL L E T. 1764.
117
poſſible de mieux écrire ſur les matières
qui en ſont les objets. Avec quel plaiſir
ne ſaiſis-je pas l'occaſion de rendre mes
hommages à cette Compagnie ?
gendes.
-
#
· Dans le vaſte tableau que préſente
l'Ouvrage de Dom Mangeart , je diſ
tingue trois maſſes , les connoiſſances
préliminaires ,
les Types & les Lé
'>
| 1°. Les Médailles ne ſont pas auſſi
anciennes que les Monumens qui com
poſent les deux premières Claſſes des
Antiquités. Quoiqu'en puiſſent dire ceux
qui ont regardé Tubalcain comme l'in
· venteur de la Monnoie, ou ceux qui ont
cru qu'Abraham avoit payé en argent
monnoyé aux enfans de Heth, le droit
de ſépulture pour ſa femme, ou même
ceux qui font remonter leurs ſuites de
Médailles juſqu'à Adam , il eſt certain
· qu'on ne trouve dans aucun Cabinet des
Piéces antiques qui ſoient antérieures de
neuf cens ans avant l'Ere Chrétienne :
encore les Médailles de Phidon & de
_Démonax , qui dateroient à peu près
de cette antiquité, ſi elles euſſent été
frappées du vivant de ce Prince, n'ont
été fabriquées que pluſieurs ſiécles après
leur mort. On ne peut donc faire remon
ter avec aſſurance l'époque des Médailles
x 18 MERCURE DE FRANCE.
| grecques (les plus anciennes de toutes,)
que juſqu'au règne d'Amyntas III,ayeul
#e Philippe II , père d'Alexandre-le
Grand. .
'
, Chez les Romains , Servius-Tullius
fut le premier qui fit frapper de la Mon
noie, en fixant la valeur d'une piéce
de bronze , ſur laquelle on imprimoit
certaines marques.Avant ce Prince, on
s'étoit ſervi à Rome de monnoie de cuir
juſqu'à Numa-Pompilius , qui mit en
uſage des morceaux de bronze ſans au
· cune marque.
Il eſt aiſé de voir , par ce que nous
venons de dire, que les Médailles, de
· quelque module & de quelque métal
qu'elles ſoient, étoientanciennement de
vraies Monnoies, c'eſt-à-dire des pièces
frappées ſous l'autorité du Chef, pour
avoir cours dans le commerce ; auſſi
confond-t-on ſouvent les termes de
Monnoies & de Médailles.
Il n'eſt pas auſſi facile de décider ſi les
Médaillons ont eu cours, à titre de Mon
noie. Les vrais Médaillons ſont toutes
les grandes pièces qui, dans quelque
métal que ce ſoit, excédent parleurpoids
leur étendue & la fabrique, le volume & la
forme du plus grand module des Mon
noies antiques ordinaires. Pluſieurs raie
J UIL LE T. 1764. ..
119
ſons ont déterminé M. Mahudel à pen
ſer que ces pièces, après avoir ſervi à
conſacrer plus particulièrement la mé
moire de quelques faits ſignalés ou aux
largeſſes des Empereurs, rentroient dans
le commerce, à raiſon de leur poids, les
principes ſur leſquels s'appuie çe Savant,
paroiſſent déciſifs.
| On ne frappa d'abord les Monnoies
ue ſur une des deux faces : alors la
façon de les fabriquer étoit toute diffé
rente, comme l'explique très-ſavament
M. l'Abbé Barthelemi dans ſon Eſſai
de Paléographie numiſmatique. On les
marqua enſuite des deux côtés; c'eſt-à
dire qu'on y mit un type & une légende
ſur chaque face. Elles ſe frappoient alors
au marteau : c'eſt ainſi qu'on les fabri
lue encore aujourd'hui en Chine dans
l'Inde & dans pluſieurs autres Pays. On
en couloit quelquefois dans des moules
compoſés d'argile : celles - ci étoient
moins nettes que celles qui étoient frap
pées. Ce n'eſt que depuis peu que nous
avons trouvé le balancier , invention
propre à facilliter l'opération & à rendre
les Médailles plus exactes & plus cor
rectes.
En général, une Médaille eſt unepiéce
de métal à deux faces, ſur chacune deſ
12o MERCURE DE FRANCE.
quelles ſont ordinairement un type &
une légende. Il faut voir dans l'Auteur
l'explication étendue de cette définition :
il n'eſt pas poſſible dans une ſimple Let
tre de s'arrêter long-temps ſur les objets
les plus intéreſſansde ce ſçavantOuvrage.
< Les Médailles ayant ſervi dans leur
origine de monnoie , c'eſt-à-dire, de
ſignes conventionnels d'une valeur réel
le, on en a compoſé de tout ce qui pou
voit porter le ſceau public , comme
l'or, l'argent , le cuivre , le potin , le
fer, le plomb, le cuir , le carton , la
terre, le bois, les coquilles & les aman
des. La France n'en a-t-elle pas vu de
papier au commencement de ce fiécle ?
Quelle triſte collection que celle que
l'on feroit avec des billets de banque !
On ne conſerve dans les Cabinets que
les Médailles d'or, d'argent, de bronze
& de potin.
-
º Il y a des Médailles de pluſieurs for--
mes : les unes repréſentent un quarré
parfait ou un quarré long ; les autres
ſont en loſange ou en ovale. Pour l'or- .
dinaire elles ſont arrondies.
| Par rapport au module , on appelle
médaillons dans tous les métaux , les
grandes piéces dont nous venons de
-
parler un peu plus haut. .
Les
-
,
JU IL L E T. 1764.
en grand, moyen & petit bronze.
I2,t
Les Médailles de bronze ſe diviſent
Les Médailles d'or & d'argent dans
le haut Empire, ſont aſſez †§
pour le module au petit bronze : celles
qui excédent ſenſiblement ce module
s'appellent Médaillons.
Outre ces modules, il y a encore ce
lui des monnoies bractéates : ce ſont des
piéces, ou plutôt de ſimples feuilles de
métal chargées d'une empreinte groſſière.
On n'en connoît pas de plus anciennes
que le neuviéme fiécle. La rareté de
l'argent & le mauvais goût du temps
ſont les cauſes de leurs défauts.
On donne aux Médailles différens
noms. Leur âge les fait appeller antiques
ou modernes. Les antiques finiſſent à la
ruine de l'Empire de Conſtantinople par
les Turcs en 1453. Toutes celles qui
, datent d'après cette époque malheureu- .
ſe, ſont modernes , & n'occupent au
cune place dans les cabinets des Cu
I16UlX.
Les matières dont les Médailles ſont
compoſées leur font donner les noms
de Médailles d'or, d'argent, de bronze,
&c. On appelle Médailles ſaucées celles
de bronze qui ſont trempées & ſaucées
dans l'étain ; & fourrées celles qui
I, Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ſont faites d'une piéce de bronze ou
de fer couverte d'une lame d'or ou d'ar
gent : elles étoient l'ouvrage des faux
Monnoyeurs.
' On a vu plus haut les noms que les
Médailles prennent de leurs différens
modules.
La manière dont elles ſont ſabriquées
les fait appeller ſimplement Médailles
quand elles ſont gravées en relief, &
Médailles en creux quand leur marque
eſt creuſée dans la Pièce. Par l'inadver
tance de l'Officier de la Monnoie, qui
ſert à gliſſer le flan ſous les coins ,
il
peut arriver qu'une Médaille ſoit gravée
en relief d'un côté & en creux de l'au
tre , parce qu'il aura placé un nouveau
flan ſur une piéce déja frappée : ce ſont
ces ſortes de Médailles que l'on nomme
incuſes.
On appelle Contorniates celles qui ont
un cercle en creux ſubſtitué au grénetis,
& encaſtillées celles qui ſont ornées d'un
cercle antique aiouté après leur fabrique.
Il ne faut pas confondre avec-ces deux
eſpéces de Médailles , celles qui ſont
compoſées de pluſieurs bronzes de dif
férentes couleurs , enchaſſés & ſoudés
enſemble : elles ſont plus précieuſes que
les Contorniates. On trouve§
J U IL L E T. 1764.
123
des Médailles percées, ſur tout dans ces
trois eſpéces : ce ſont celles que l'on
pendoit au cou par ornemens , & ſou
vent même comme T aliſmans.
Les Médailles empruntent les noms
des différens Peuples qui les ont fait frap
per : c'eſt ainſi qu'on les appelle Grec
ques, Latines , Puniques, Françoiſes ,
&c.
Elles ont encore différens noms par
rapport aux noms & titres de ceux qui
les ont fait frapper ou qu'ils repréſen
tent. La diviſion la plus ordinaire de ces
noms eſt en Médailles des Rois , des Fa
milles ou Conſulaires, Impériales , des
Colonies , des Peuples & des Villes. C n
nomme celles qui ont été frappées à
l'honneur des grands Hommes, Mé
dailles de Fondateurs , de Réparateurs ,
d'Hommes illuſtres & de Reſtituteurs. Il
ſaut voir dans l'Ouvrage même com
ment l'Auteur traite dans la Seétion VII
de l'Appendice du Chap. III. ce qui re
garde les Médailles reſtituées. Cet en
droit curieux & intéreſſant eſt plein d'i
dées heureuſes, ſimples & neuves.
Les différens dégrés de perfection des
Médailles leur ont auſſi fait donner di
vers noms, tels que ceux de vraies, d'au
thentiques, de Médaille à fleur de coin ,
F ij
A
x24 MERCURE DE FRANCE.
.
de contrefaites, de fauſſes, de fruſtes,
de moulées ou de retouchées par les Mon
nétaires.
-
Outre ces différentes ſortes de Mé
dailles, on conſerve encore dans les Ca
binets des piéces appellées obſidionales,
parce qu'elles ont été frappées pendant
de longs ſiéges de villes, par ordre du
Gouverneur ou des Magiſtrats, pour te
mir lieu pendant quelque temps de mon
noies. Les plus anciennes obſidionales
que l'on connoiſſe ſont du commence
ment du ſeiziéme ſiécle, lorſque Fran
gois I. porta la guerre en Italie. C'eſt
moins pour leur beauté & pour leur
matière qu'on les conſerve dans quel
ques Cabinets , que par curioſité ; car
elles ſe reſſentent en tout de la calamité
qui les a fait frapper.
-
Enfin on trouve ſur quelques Mé
dailles certaines petites
figures hors
d'œuvre , ou des caractères iſolés im
primés après-coup , que l'on appelle
contre-marques. Il faut conſulter l'Au
teur pour voir par quels motifs on a fait
frapper ces contre-marques , & pour
quels uſages.
Le reſte au Mercure prochain.
à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction
à la Science des Médailles,
par DOM MANGEART.
ON ne sçauroit, Monsieur, trop
faire connoître au Public les Ouvrages
utiles. Celui de Dom Mangeart , ſur
les Médailles, préſente aux jeunes Ama
teurs de l'Antiquité une méthode ſi
fimple, fi claire & ſi facile, qu'on ne
peut aſſez le mettre ſous leurs yeux,
& leur en recommander l'étude. C'eſt
dans cette intention que je vous prie
· de rendre public quelques traits ajou
tés au tableau que vous avez tracé de
ce livre , dans votre Mercure du mois de
· Janvier 1764, tom. 2, de cette année.Les
ſoins queje me ſuis donné pour cet Ou
vrage, avant & depuis la mort de ce
Sçavant Bénédictin , m'en ont rendu
familier & le plan & les détails.
On peut diviſer les monumens anti
ques en trois claſſes.
La première comprend les Inſcrip
tions.Les Hommes ramaſſés enfamilles,
non contens de ſe çommuniquer leurs
JU IL L ET. 1764.
Les Phéniciens ,
1 I 1:
penſées par l'uſage de la parole, cher
cherent & inventerent l'art de la pein
"dre : les inſcriptions gravées ſur le bois,
la pierre , le marbre & les métaux ,
ſont de la plus haute antiquité. Le de
ſir de conſacrer des hommages & d'of
frir des vœux à l'Etre ſuprême , ou
aux Divinités que l'oubli de la vérita
' ble Religion lui ſubſtitua, & de vi
vre dans la poſtérité, en lui conſer
vant la fondation des Villes & des éta
bliſſemens utiles, l'invention des Arts,
les vertus des Grands Hommes ,
les,
combats, les victoires &c, les fit ima
giner prèſque dès la naiſſance du Monde.
les Egyptiens ,
les.
Hébreux & les Grecs ne laiſſent aucun
doute ſur cette vérité.
L'écriture ne fut, il eſt vrai, dans
ſon berceau que la repréſentation groſ
ſière des objets ſenſibles. Enhardis par
les premiers ſuccès , les hommes cher
cherent bientôt après à donner un
corps à la penſée même : ſous une fi
gure ſymbolique & de convention on
parla aux yeux. C'eſt ainſi que chez les
Egyptiens un ſoleil annonçoit la Divi
nité , l'œil peignoit un Monarque, un
fauterelle, animal que l'on croyoit alors
ſans bouçhe, repréſentoit une perſonne,
112 MERCURE DE FRANCE !
initiée aux myſtères & obligé au ſecret,
&c , &c. Telle étoit encore à-peu
près, l'écriture chez les Chinois & chez
quelques Peuples anciens. L'art ſe per
fectionnant enfin , on inventa des ca
ractères ſimples, dont la variété des
combinaiſons préſentoient des ſens dif
férens.
"
Ces progrès lents & ſucceſſifs furent
la cauſe des différentes eſpèces d'écri
tures que l'on trouve chez les Peuples
les plus Anciens. Ceux qui ſe ſont raſ
ſemblés avant l'invention des caractères
ſimples, ont été obligés de paſſer par ces
différentes gradations. On compte qua
tre ſortes d'écritures chez les Egyptiens,
l'Hiéroglyphique, la Symbolique, l'E
piſtolaire & la Sacerdotale ou l'Hiéro
grammatique. Les Chinois, après avoir
commencé à peindre les objets ſe ſer
virent de cordelettes nouées , avec leſ-.
quelles ils formerent différens caractères,
par l'arrangement des cordelettes &
· des nœuds : ce ne fut même que long
temps après cette invention , que Fo
hi ſubſtitua à ces cordelettes de véri
tables caractères ou lettres formées par
des lignes.
.
-
'
· Du temps des Grecs on confondoit
encore la première eſpèce d'écritures,
JUILLE T. 1764:
113
avec celle qui n'étoit compoſée que
de caractères ſimples & alphabétiques :
leur Verbe Yedºº ſignifie même égale
ment peindre & écrire.
.
/
.
Les inſcriptions ſuivirent le ſort de
l'Ecriture : ces premières ne furent que
des eſpéces d'images des objets que l'on
vouloit faire paſſer à la poſtérité; mais
dès que chaque Peuple eut inventé ou
copié d'après l'art d'écrire, elles furent
gravées en caractères ſimples.
.
Les Phéniciens, les Egyptiens , les
Hébreux, les Grecs & les Romains nous
ont fourni une grande quantité d'inſ
criptions. Grœvius a raſſemblé dans ſon
ſçavant Recueil ces précieux reſtes de,
l' Antiquité épars dans les Ouvrages de
Gruterus , de Reinéſius, de Spon & de
Fabretti.
-
Dans la ſeconde Claſſe des Monu
mens antiques ſont renfermés les Ou
vrages d'Architecture & de Sculpture
qui nous reſtent de l'Antiquité. Leur
origine ſe perd elle-même, pour ainſi
dire, dans la naiſſance du Monde.Avant
la conſtruction de la Tour de Babel, les
premiers Patriarches avoient élevé dans
différentes occaſions des Autels de pier
res pour y offiir au Seigneur leurs hom
mages & leurs ſacrifices. Les Pyramides
-
114 MERCURE DE FRANCE.
d'Egypte, les colonnes qui ornoient le
Temple bâti par Sémiramis, les ſtatues
qui décoroient les Sanctuaires des Tem
ples & des Places publiques, les bas
reliefs qui embelliſſoient les frontons des
grands édifices, tout dépoſe pour l'an
tiquité de ces ſortes de Monumens.
Ils durent , comme les inſcriptions ,
leur naiſſance a la Religion & à la vani
té. C'étoit pour honorer les Dieux qu'on
expoſoit à la vénération publique leurs
Statues , ou même leur hiſtoire ſculptée
en bas-reliefs : en faiſant fumer l'encens
devant ces vainsSimulacres, on croyoit
obtenir les faveurs que l'on deſiroit,
ou éloigner les maux que l'on redoutoit.
D'un autre côté, ſi l'on anima la pierre
& fi l'on fit refpirer le marbre pour
honorer le mérite réel des Légiſlateurs,
des Héros & des Grands-hommes, com
bien la flatterie ne prodigua-t-elle pas
ſon cizeau, en donnant une ſorte de vie
à des hommes ſans talens & ſans vertus,
mais puiſſans ? Chaque événement re
marquable fut conſacré par les mains des
plus grands Maîtres. La fondation des
Villes, les établiſſemens conſidérables,
les édifices publics, & ſouvent même
ceux des particuliers , les guerres, les
victoires, les alliances , tout fut l'objet
JUILLE T. 1764.
115
de quelque Monument : voilà l'originé
des temples, des pyramides, des colon
nes , des cippes, des ſtatues, des bas
reliefs, &c, & de tous ces reſtes pré
cieux que Dom Monfaucon nous a con
ſervés dans ſon Antiquité expliquée, &
qu'un * Savant auſſi illuſtre par ſes lu
mières que par ſa naiſſance, nous offre
encore tous les iours dans cette collec
tion faite pour inſtruire les Amateurs de
l'Antiquité & pour inſpirer le goût aux
Artiſtes.
La troiſiéme Claſſe des Monumens
antiques eſt en quelque ſorte un com
poſé des deux autres, puiſqu'elle offire
des figures gravées accompagnées d'Inſ
criptions : telles ſont les Médailles, ob
jet de l'Ouvrage de Dom Mantgeart.
Nous nous étendrons un peu plus ſur
cette Claſſe des Monumens antiques que
ſur les deux premières.
Avant de préſenter
ſous différens
points de vue le travail du ſçavant Bé
nédictin, il eſt bon de remarquer com
bien ces trois eſpéces de Monumens
s'aident mutuellement pour la connoiſ
ſance & la ſûreté de l'Hiſtoire : en voici
un exemple frappant dans la famille de
* M. le Comte de Caylus, dont le nom ſeul eſt
un éloge,
-
116 MERCURE DE FRANCE.
Pertinax. L'Hiſtoire ne parle que de
cet Empereur : des médailles grecques,
nous ont conſervé le nom de Titiana ,
ſa femme. Outre cette découverte, on
trouve ſur une pierre gravée du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans , non-ſeulement
les têtes de Pertinax & de Titiana,
mais encore un troiſiéme , dont les traits
déſignent une jeune perſonne : M. Bel
ley avoit regardé cette tête comme la
repréſentation du fils de cet Empereur.
Ce qui n'étoit qu'une conjecture , de
vient une vérité par la découverte de
quelques Monumens trouvés depuis peu
à Mets, & dont les inſcriptions nous
apprennent que ce jeune Prince avoit
été déclaré Céſar.
-
L'étude de ces trois Claſſes de Monu
mens eſt un des objets principaux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles
Lettres. Il faut être déja initié dans la
connoiſſance de l'Antiquité pour com
prendre quelles obligations nous avons
à cet illuſtre Corps. Dom Mangeart ſça
voit mieux que perſonne lui rendre juſ
tice ; & s'il a inſéré dans l' Introduction
à la ſcience des Médailles pluſieurs mor
ceaux tirés de ces Mémoires, c'eſt qu'il
penſoit , avec la modeſtie ſi naturelle
aux grands Hommes, qu'il n'étoit pas
J U IL L E T. 1764.
117
poſſible de mieux écrire ſur les matières
qui en ſont les objets. Avec quel plaiſir
ne ſaiſis-je pas l'occaſion de rendre mes
hommages à cette Compagnie ?
gendes.
-
#
· Dans le vaſte tableau que préſente
l'Ouvrage de Dom Mangeart , je diſ
tingue trois maſſes , les connoiſſances
préliminaires ,
les Types & les Lé
'>
| 1°. Les Médailles ne ſont pas auſſi
anciennes que les Monumens qui com
poſent les deux premières Claſſes des
Antiquités. Quoiqu'en puiſſent dire ceux
qui ont regardé Tubalcain comme l'in
· venteur de la Monnoie, ou ceux qui ont
cru qu'Abraham avoit payé en argent
monnoyé aux enfans de Heth, le droit
de ſépulture pour ſa femme, ou même
ceux qui font remonter leurs ſuites de
Médailles juſqu'à Adam , il eſt certain
· qu'on ne trouve dans aucun Cabinet des
Piéces antiques qui ſoient antérieures de
neuf cens ans avant l'Ere Chrétienne :
encore les Médailles de Phidon & de
_Démonax , qui dateroient à peu près
de cette antiquité, ſi elles euſſent été
frappées du vivant de ce Prince, n'ont
été fabriquées que pluſieurs ſiécles après
leur mort. On ne peut donc faire remon
ter avec aſſurance l'époque des Médailles
x 18 MERCURE DE FRANCE.
| grecques (les plus anciennes de toutes,)
que juſqu'au règne d'Amyntas III,ayeul
#e Philippe II , père d'Alexandre-le
Grand. .
'
, Chez les Romains , Servius-Tullius
fut le premier qui fit frapper de la Mon
noie, en fixant la valeur d'une piéce
de bronze , ſur laquelle on imprimoit
certaines marques.Avant ce Prince, on
s'étoit ſervi à Rome de monnoie de cuir
juſqu'à Numa-Pompilius , qui mit en
uſage des morceaux de bronze ſans au
· cune marque.
Il eſt aiſé de voir , par ce que nous
venons de dire, que les Médailles, de
· quelque module & de quelque métal
qu'elles ſoient, étoientanciennement de
vraies Monnoies, c'eſt-à-dire des pièces
frappées ſous l'autorité du Chef, pour
avoir cours dans le commerce ; auſſi
confond-t-on ſouvent les termes de
Monnoies & de Médailles.
Il n'eſt pas auſſi facile de décider ſi les
Médaillons ont eu cours, à titre de Mon
noie. Les vrais Médaillons ſont toutes
les grandes pièces qui, dans quelque
métal que ce ſoit, excédent parleurpoids
leur étendue & la fabrique, le volume & la
forme du plus grand module des Mon
noies antiques ordinaires. Pluſieurs raie
J UIL LE T. 1764. ..
119
ſons ont déterminé M. Mahudel à pen
ſer que ces pièces, après avoir ſervi à
conſacrer plus particulièrement la mé
moire de quelques faits ſignalés ou aux
largeſſes des Empereurs, rentroient dans
le commerce, à raiſon de leur poids, les
principes ſur leſquels s'appuie çe Savant,
paroiſſent déciſifs.
| On ne frappa d'abord les Monnoies
ue ſur une des deux faces : alors la
façon de les fabriquer étoit toute diffé
rente, comme l'explique très-ſavament
M. l'Abbé Barthelemi dans ſon Eſſai
de Paléographie numiſmatique. On les
marqua enſuite des deux côtés; c'eſt-à
dire qu'on y mit un type & une légende
ſur chaque face. Elles ſe frappoient alors
au marteau : c'eſt ainſi qu'on les fabri
lue encore aujourd'hui en Chine dans
l'Inde & dans pluſieurs autres Pays. On
en couloit quelquefois dans des moules
compoſés d'argile : celles - ci étoient
moins nettes que celles qui étoient frap
pées. Ce n'eſt que depuis peu que nous
avons trouvé le balancier , invention
propre à facilliter l'opération & à rendre
les Médailles plus exactes & plus cor
rectes.
En général, une Médaille eſt unepiéce
de métal à deux faces, ſur chacune deſ
12o MERCURE DE FRANCE.
quelles ſont ordinairement un type &
une légende. Il faut voir dans l'Auteur
l'explication étendue de cette définition :
il n'eſt pas poſſible dans une ſimple Let
tre de s'arrêter long-temps ſur les objets
les plus intéreſſansde ce ſçavantOuvrage.
< Les Médailles ayant ſervi dans leur
origine de monnoie , c'eſt-à-dire, de
ſignes conventionnels d'une valeur réel
le, on en a compoſé de tout ce qui pou
voit porter le ſceau public , comme
l'or, l'argent , le cuivre , le potin , le
fer, le plomb, le cuir , le carton , la
terre, le bois, les coquilles & les aman
des. La France n'en a-t-elle pas vu de
papier au commencement de ce fiécle ?
Quelle triſte collection que celle que
l'on feroit avec des billets de banque !
On ne conſerve dans les Cabinets que
les Médailles d'or, d'argent, de bronze
& de potin.
-
º Il y a des Médailles de pluſieurs for--
mes : les unes repréſentent un quarré
parfait ou un quarré long ; les autres
ſont en loſange ou en ovale. Pour l'or- .
dinaire elles ſont arrondies.
| Par rapport au module , on appelle
médaillons dans tous les métaux , les
grandes piéces dont nous venons de
-
parler un peu plus haut. .
Les
-
,
JU IL L E T. 1764.
en grand, moyen & petit bronze.
I2,t
Les Médailles de bronze ſe diviſent
Les Médailles d'or & d'argent dans
le haut Empire, ſont aſſez †§
pour le module au petit bronze : celles
qui excédent ſenſiblement ce module
s'appellent Médaillons.
Outre ces modules, il y a encore ce
lui des monnoies bractéates : ce ſont des
piéces, ou plutôt de ſimples feuilles de
métal chargées d'une empreinte groſſière.
On n'en connoît pas de plus anciennes
que le neuviéme fiécle. La rareté de
l'argent & le mauvais goût du temps
ſont les cauſes de leurs défauts.
On donne aux Médailles différens
noms. Leur âge les fait appeller antiques
ou modernes. Les antiques finiſſent à la
ruine de l'Empire de Conſtantinople par
les Turcs en 1453. Toutes celles qui
, datent d'après cette époque malheureu- .
ſe, ſont modernes , & n'occupent au
cune place dans les cabinets des Cu
I16UlX.
Les matières dont les Médailles ſont
compoſées leur font donner les noms
de Médailles d'or, d'argent, de bronze,
&c. On appelle Médailles ſaucées celles
de bronze qui ſont trempées & ſaucées
dans l'étain ; & fourrées celles qui
I, Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ſont faites d'une piéce de bronze ou
de fer couverte d'une lame d'or ou d'ar
gent : elles étoient l'ouvrage des faux
Monnoyeurs.
' On a vu plus haut les noms que les
Médailles prennent de leurs différens
modules.
La manière dont elles ſont ſabriquées
les fait appeller ſimplement Médailles
quand elles ſont gravées en relief, &
Médailles en creux quand leur marque
eſt creuſée dans la Pièce. Par l'inadver
tance de l'Officier de la Monnoie, qui
ſert à gliſſer le flan ſous les coins ,
il
peut arriver qu'une Médaille ſoit gravée
en relief d'un côté & en creux de l'au
tre , parce qu'il aura placé un nouveau
flan ſur une piéce déja frappée : ce ſont
ces ſortes de Médailles que l'on nomme
incuſes.
On appelle Contorniates celles qui ont
un cercle en creux ſubſtitué au grénetis,
& encaſtillées celles qui ſont ornées d'un
cercle antique aiouté après leur fabrique.
Il ne faut pas confondre avec-ces deux
eſpéces de Médailles , celles qui ſont
compoſées de pluſieurs bronzes de dif
férentes couleurs , enchaſſés & ſoudés
enſemble : elles ſont plus précieuſes que
les Contorniates. On trouve§
J U IL L E T. 1764.
123
des Médailles percées, ſur tout dans ces
trois eſpéces : ce ſont celles que l'on
pendoit au cou par ornemens , & ſou
vent même comme T aliſmans.
Les Médailles empruntent les noms
des différens Peuples qui les ont fait frap
per : c'eſt ainſi qu'on les appelle Grec
ques, Latines , Puniques, Françoiſes ,
&c.
Elles ont encore différens noms par
rapport aux noms & titres de ceux qui
les ont fait frapper ou qu'ils repréſen
tent. La diviſion la plus ordinaire de ces
noms eſt en Médailles des Rois , des Fa
milles ou Conſulaires, Impériales , des
Colonies , des Peuples & des Villes. C n
nomme celles qui ont été frappées à
l'honneur des grands Hommes, Mé
dailles de Fondateurs , de Réparateurs ,
d'Hommes illuſtres & de Reſtituteurs. Il
ſaut voir dans l'Ouvrage même com
ment l'Auteur traite dans la Seétion VII
de l'Appendice du Chap. III. ce qui re
garde les Médailles reſtituées. Cet en
droit curieux & intéreſſant eſt plein d'i
dées heureuſes, ſimples & neuves.
Les différens dégrés de perfection des
Médailles leur ont auſſi fait donner di
vers noms, tels que ceux de vraies, d'au
thentiques, de Médaille à fleur de coin ,
F ij
A
x24 MERCURE DE FRANCE.
.
de contrefaites, de fauſſes, de fruſtes,
de moulées ou de retouchées par les Mon
nétaires.
-
Outre ces différentes ſortes de Mé
dailles, on conſerve encore dans les Ca
binets des piéces appellées obſidionales,
parce qu'elles ont été frappées pendant
de longs ſiéges de villes, par ordre du
Gouverneur ou des Magiſtrats, pour te
mir lieu pendant quelque temps de mon
noies. Les plus anciennes obſidionales
que l'on connoiſſe ſont du commence
ment du ſeiziéme ſiécle, lorſque Fran
gois I. porta la guerre en Italie. C'eſt
moins pour leur beauté & pour leur
matière qu'on les conſerve dans quel
ques Cabinets , que par curioſité ; car
elles ſe reſſentent en tout de la calamité
qui les a fait frapper.
-
Enfin on trouve ſur quelques Mé
dailles certaines petites
figures hors
d'œuvre , ou des caractères iſolés im
primés après-coup , que l'on appelle
contre-marques. Il faut conſulter l'Au
teur pour voir par quels motifs on a fait
frapper ces contre-marques , & pour
quels uſages.
Le reſte au Mercure prochain.
Fermer
5
p. 125-141
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite & envoyée par elle à Milady, Comtesse [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
Fermer
6
p. 141-147
« PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...] »
Début :
PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...] »
PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé
Grammarithmes, ou expressions littérales
de tous les nombres, &c. Ap
prouvé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris, & dédié à S. A.
Monſeigneur Charles-Eugene de Lor
raine , Prince de Lambeſc , Pair &
Grand Ecuyer de France, &c. Par le P. .
Archange de Charleroy , Capucin. Les
culculs, ſoit de l'Arithmétique, ſoit de
l'Algébre, étant aſſez ſouvent très-pé
nibles, tant par leur longueur que par
la multiplicité & la difficulté des opé
142 MERCURE DE FRANCE.
rations qu'ils éxigent, j'ai cru , après
le jugement de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , * que le Public ne
pourroit recevoir que très-favorable
ment une méthode de mon invention ,
qui non ſeulement abrégera & le nom
bre & la durée de ces mêmes opéra
tions, mais encore qui en applanira
prèſque toutes les difficultés.
-
Cette Méthode,, dont feu M. de Fon
tenelle dans ſon Hiſtoire de l'Académie
deſiroit tant l'invention, conſiſte dans
certaines expreſſions algébriques , que
* Jugement de Meſſieurs les Con.miſſaires
l' Académie Royale des Sciences.
Ce travail nous a paru devoir être utile ;
il eſt
une infinité d'occaſions dans l'application des Ma
thématiques, où la décompoſition des Nombres
en leurs facteurs, eſt abſolument néceſſaire : les
Tables du Père Archange y ſatisferont ; & d'ail
leurs il eſt aiſé de voir que pluſieurs opérations ſe
ront extrêmement facilitées par l'uſage de ces
Tables. Nous croyons donc que l'Académie peut
approuver le zèle du Père Archange, ainſi que
ſon ouvrage, qui prouve de l'intelligence & une
cpnſtance peu commune. Signé , FoNTAINE &
BEZOUT.
-
Je certifie le préſent Extrait conforme à ſon
original & au Jugement de l'Académie. A Paris ,
ce 14 Juillet 1763- Signé, GRANDJEAN DE Fou
cHx, sécretaire Perpétuel de l'Académie.
de
*.
JUILL E T. 1764:
143
j'appelle Grammarithmes pour les diſtin
guer des Logarithmes, avec leſquelles
elles ont un certain rapport : j'y donne
à chacune des 25 lettres de l'Alpha
beth, y compris l'v & le w, une valeur
fixe & déterminée : par ex. a=2, b=3,
c=5, d=7, e=1 1 , & c. juſqu'à z ,
qui vaut 97, & avec ces 25 lettres je
forme les expreſſions des nombres com
poſés, comme a*=4, ab=6, aº=8,
b*=9, ac=1o, & ainſi de ſuite juſ
qu'à 1oo, qui eſt exprimé par a* c*.
Au-delà de 1 oo , les nombres pre
miers ſont préſentés par des binomes
dont le ſecond terme eſt l'unité, ou l'une
des 25 lettres ſelon que le cas l'exige,
laquelle lettre pour lors ne ſe trouve pas
dans le terme précédent, ainſi a*c*-+
1=1o1 , aºo-+b=347 , a'bi-+-e=557,
a3b3 c-t-d=1o87, a*bf*+e=2o39 , &
ainſi des autres , & j'en forme les ex
preſſions binomes de leurs nombres
compoſés, comme a*dw+ab=2218 ,
ab*cy+bd=3o31 , &c.
Les Tables qui contiennent ces ſortes
d'Expreſſions répondent à tous les Nom
bres naturels juſqu'à 25ooo , je ne les
avois d'abord étendues que juſqu'à
· 1 oooo; mais de l'avis de Meſſieurs Fon
taine & Bezout, Commiſſaires de l'A
144 MERCURE DE FRANCE.
cadémie pour l'examen de mon Ouvra
ge, je les ai† juſqu'à 25ooo.
Après ces premières Tables il s'en
trouve d'une autre eſpèce que j'appelle du
répertoire, & qui vont juſqu'à 1oooooo:
c'eſt dans celles-ci qu'on cherche la va
leur inconnue d'un Grammarithme, lorſ
qu'il eſt le réſultat d'une opération, à
peu-près comme dans lesTables des Lo
garithmes on cherche à quel nombre
appartient celui qui réſulte d'une ad
dition ou d'une ſouſtraction logarithmi
ll6º,q Les principaux avantages de ma Mé
thode ſont que, même à la ſeule inſpec
tion d'un Grammarithme , on connoît ſi
le nombre auquel il appartient, eſt pair
ou impair, premier ou compoſé, s'il
eſt une puiſſance exacte ou non , &
quelle en eſt ou la puiſſance ou la racine ;
quels ſont tous ſes facteurs ou diviſeurs
ſimples ou compoſés , s'il eſt un radical
réductible ou irréductible, & en quelle
quantité on peut le réduire; ſi deux ou
pluſieurs nombres ſont commenſurables,
premiers ou compoſés entr'eux , &
quels en ſont , ſoit les diviſeurs com
muns, ſoit le plus grand commun di
viſeur ; ſi l'un eſt exactement diviſible
par l'autse ; bref, le nombre ne renfer
/
ITlC
|
JU IL L E T. 1764. . /145 :
me prèſqu'aucune propriété qu'on ne
puiſſe découvrir à la ſeule inſpection de
ſon Grammarithme , même ſans con
noître ledit nombre auquel il appartient.
Ajoutons à cela que l'on peut éga
lement s'en ſervir comme des Loga
rithmes ordinaires pour la Multiplica
tion & la Diviſion arithmétique, la for
mation des puiſſances & l'extraction des
racines ; & c'eſt à cette dernière fin qu'a
près les deux eſpéces de Tables dont on
vient de parler , il en eſt une troiſième
contenant, avec 1o fractions décima
les, la racine quarrée de tous les nom
bres juſqu'à 1oo ; enfin on trouve en
core dans les deux Tables ſuſdites, les
quarrés de tous les nombres juſqu'à
1ooo, leurs cubes juſqu'à 1oo, & leurs
autres puiſſances à proportion.
Ces uſages & ces prérogatives de ma
Méthode ſont expliqués & à la portée
de tout le monde dans une courte In
troduction qui précéde les Tables, &
que je donne en François & en Latin
pour la commodité desEtrangers.CeVo
lume qui ſera un in-4°. de même gran
deur, caractère & papier que le préſent
proſpectus, contiendra au'moins 6oo
pages ; il n'eſt, au Jugement de l'Aca
démie#. preuve d'une conſtance peu
I. Vol,
-
*.
-
146 MERCURE DE FRANCE.
commune, que parce que le travail en
eſt immenſe, comme les Lecteurs pour-'
ront eux-mêmes en juger par la ſuite,
pouvant dire en quelque façon que j'ai
pris ſur moi une grande partie des peines
qui accompagnent ordinairement les
grands calculs. Quand je dis grands cal
culs, j'entends également ceux de l'A
rithmétique, comme ceux de l'Algé
bre; puiſque même ſans avoir la moin
dre teinture de cette dernière Science ,
ma Méthode peut être en mille occa
ſion d'un très-grand avantage ; d'où il
eſt aiſé de conclure qu'il n'eſt aucun
Mathématicien , pour peu calculateur
qu'il puiſſe être, qui ne doive deſirer
l'acquiſition d'un Ouvrage dans lequel
il trouvera d'auſſi grandes reſſources,
Mais parce que ce même Ouvrage éxige
de grands frais d'impreſſion, par
le
rand nombre de chiffres & de carac
tères algébriques qui s'y trouvent, &
que d'ailleurs mon état ne me permet
pas d'en faire les avances, j'ai l'hon
neur , Monſieur , de vous adreſſer le
préſent proſpectus , vous priant de le
communiqueraux connoiſſeurs,afin que
s'il eſt de leur goût, ils puiſſent pro
fiter de l'avantage de la ſouſcription
que je propoſe, & qui n'aura lieu que
|
J U I L L E T. 1764.
147
juſqu'au premier du mois de Septem
| bre prochain. Le prix pour les Souſ
cripteurs ſera de neuf livres relié en
veau, les autres le payeront dans la ſuite
douze livres : il ſuffira de donner ſix
livres en ſouſcrivant , le reſte ſera payé
en recevant le volume.
Grammarithmes, ou expressions littérales
de tous les nombres, &c. Ap
prouvé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris, & dédié à S. A.
Monſeigneur Charles-Eugene de Lor
raine , Prince de Lambeſc , Pair &
Grand Ecuyer de France, &c. Par le P. .
Archange de Charleroy , Capucin. Les
culculs, ſoit de l'Arithmétique, ſoit de
l'Algébre, étant aſſez ſouvent très-pé
nibles, tant par leur longueur que par
la multiplicité & la difficulté des opé
142 MERCURE DE FRANCE.
rations qu'ils éxigent, j'ai cru , après
le jugement de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , * que le Public ne
pourroit recevoir que très-favorable
ment une méthode de mon invention ,
qui non ſeulement abrégera & le nom
bre & la durée de ces mêmes opéra
tions, mais encore qui en applanira
prèſque toutes les difficultés.
-
Cette Méthode,, dont feu M. de Fon
tenelle dans ſon Hiſtoire de l'Académie
deſiroit tant l'invention, conſiſte dans
certaines expreſſions algébriques , que
* Jugement de Meſſieurs les Con.miſſaires
l' Académie Royale des Sciences.
Ce travail nous a paru devoir être utile ;
il eſt
une infinité d'occaſions dans l'application des Ma
thématiques, où la décompoſition des Nombres
en leurs facteurs, eſt abſolument néceſſaire : les
Tables du Père Archange y ſatisferont ; & d'ail
leurs il eſt aiſé de voir que pluſieurs opérations ſe
ront extrêmement facilitées par l'uſage de ces
Tables. Nous croyons donc que l'Académie peut
approuver le zèle du Père Archange, ainſi que
ſon ouvrage, qui prouve de l'intelligence & une
cpnſtance peu commune. Signé , FoNTAINE &
BEZOUT.
-
Je certifie le préſent Extrait conforme à ſon
original & au Jugement de l'Académie. A Paris ,
ce 14 Juillet 1763- Signé, GRANDJEAN DE Fou
cHx, sécretaire Perpétuel de l'Académie.
de
*.
JUILL E T. 1764:
143
j'appelle Grammarithmes pour les diſtin
guer des Logarithmes, avec leſquelles
elles ont un certain rapport : j'y donne
à chacune des 25 lettres de l'Alpha
beth, y compris l'v & le w, une valeur
fixe & déterminée : par ex. a=2, b=3,
c=5, d=7, e=1 1 , & c. juſqu'à z ,
qui vaut 97, & avec ces 25 lettres je
forme les expreſſions des nombres com
poſés, comme a*=4, ab=6, aº=8,
b*=9, ac=1o, & ainſi de ſuite juſ
qu'à 1oo, qui eſt exprimé par a* c*.
Au-delà de 1 oo , les nombres pre
miers ſont préſentés par des binomes
dont le ſecond terme eſt l'unité, ou l'une
des 25 lettres ſelon que le cas l'exige,
laquelle lettre pour lors ne ſe trouve pas
dans le terme précédent, ainſi a*c*-+
1=1o1 , aºo-+b=347 , a'bi-+-e=557,
a3b3 c-t-d=1o87, a*bf*+e=2o39 , &
ainſi des autres , & j'en forme les ex
preſſions binomes de leurs nombres
compoſés, comme a*dw+ab=2218 ,
ab*cy+bd=3o31 , &c.
Les Tables qui contiennent ces ſortes
d'Expreſſions répondent à tous les Nom
bres naturels juſqu'à 25ooo , je ne les
avois d'abord étendues que juſqu'à
· 1 oooo; mais de l'avis de Meſſieurs Fon
taine & Bezout, Commiſſaires de l'A
144 MERCURE DE FRANCE.
cadémie pour l'examen de mon Ouvra
ge, je les ai† juſqu'à 25ooo.
Après ces premières Tables il s'en
trouve d'une autre eſpèce que j'appelle du
répertoire, & qui vont juſqu'à 1oooooo:
c'eſt dans celles-ci qu'on cherche la va
leur inconnue d'un Grammarithme, lorſ
qu'il eſt le réſultat d'une opération, à
peu-près comme dans lesTables des Lo
garithmes on cherche à quel nombre
appartient celui qui réſulte d'une ad
dition ou d'une ſouſtraction logarithmi
ll6º,q Les principaux avantages de ma Mé
thode ſont que, même à la ſeule inſpec
tion d'un Grammarithme , on connoît ſi
le nombre auquel il appartient, eſt pair
ou impair, premier ou compoſé, s'il
eſt une puiſſance exacte ou non , &
quelle en eſt ou la puiſſance ou la racine ;
quels ſont tous ſes facteurs ou diviſeurs
ſimples ou compoſés , s'il eſt un radical
réductible ou irréductible, & en quelle
quantité on peut le réduire; ſi deux ou
pluſieurs nombres ſont commenſurables,
premiers ou compoſés entr'eux , &
quels en ſont , ſoit les diviſeurs com
muns, ſoit le plus grand commun di
viſeur ; ſi l'un eſt exactement diviſible
par l'autse ; bref, le nombre ne renfer
/
ITlC
|
JU IL L E T. 1764. . /145 :
me prèſqu'aucune propriété qu'on ne
puiſſe découvrir à la ſeule inſpection de
ſon Grammarithme , même ſans con
noître ledit nombre auquel il appartient.
Ajoutons à cela que l'on peut éga
lement s'en ſervir comme des Loga
rithmes ordinaires pour la Multiplica
tion & la Diviſion arithmétique, la for
mation des puiſſances & l'extraction des
racines ; & c'eſt à cette dernière fin qu'a
près les deux eſpéces de Tables dont on
vient de parler , il en eſt une troiſième
contenant, avec 1o fractions décima
les, la racine quarrée de tous les nom
bres juſqu'à 1oo ; enfin on trouve en
core dans les deux Tables ſuſdites, les
quarrés de tous les nombres juſqu'à
1ooo, leurs cubes juſqu'à 1oo, & leurs
autres puiſſances à proportion.
Ces uſages & ces prérogatives de ma
Méthode ſont expliqués & à la portée
de tout le monde dans une courte In
troduction qui précéde les Tables, &
que je donne en François & en Latin
pour la commodité desEtrangers.CeVo
lume qui ſera un in-4°. de même gran
deur, caractère & papier que le préſent
proſpectus, contiendra au'moins 6oo
pages ; il n'eſt, au Jugement de l'Aca
démie#. preuve d'une conſtance peu
I. Vol,
-
*.
-
146 MERCURE DE FRANCE.
commune, que parce que le travail en
eſt immenſe, comme les Lecteurs pour-'
ront eux-mêmes en juger par la ſuite,
pouvant dire en quelque façon que j'ai
pris ſur moi une grande partie des peines
qui accompagnent ordinairement les
grands calculs. Quand je dis grands cal
culs, j'entends également ceux de l'A
rithmétique, comme ceux de l'Algé
bre; puiſque même ſans avoir la moin
dre teinture de cette dernière Science ,
ma Méthode peut être en mille occa
ſion d'un très-grand avantage ; d'où il
eſt aiſé de conclure qu'il n'eſt aucun
Mathématicien , pour peu calculateur
qu'il puiſſe être, qui ne doive deſirer
l'acquiſition d'un Ouvrage dans lequel
il trouvera d'auſſi grandes reſſources,
Mais parce que ce même Ouvrage éxige
de grands frais d'impreſſion, par
le
rand nombre de chiffres & de carac
tères algébriques qui s'y trouvent, &
que d'ailleurs mon état ne me permet
pas d'en faire les avances, j'ai l'hon
neur , Monſieur , de vous adreſſer le
préſent proſpectus , vous priant de le
communiqueraux connoiſſeurs,afin que
s'il eſt de leur goût, ils puiſſent pro
fiter de l'avantage de la ſouſcription
que je propoſe, & qui n'aura lieu que
|
J U I L L E T. 1764.
147
juſqu'au premier du mois de Septem
| bre prochain. Le prix pour les Souſ
cripteurs ſera de neuf livres relié en
veau, les autres le payeront dans la ſuite
douze livres : il ſuffira de donner ſix
livres en ſouſcrivant , le reſte ſera payé
en recevant le volume.
Fermer
7
p. 147-148
London. June 5, 1764. TO THE PUBLICK.
Début :
THOMAS DAVIES, Book-seller in Russel-Streect, Covent-garden, begs [...]
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texteReconnaissance textuelle : London. June 5, 1764. TO THE PUBLICK.
London. June 5, 1764.
TO THE PUBLICK.
THOMAS DAVIES, Book-seller in
Russel-Streect, Covent-garden, begs
| leave to inform thePublick that he is now
Printing a Catalogue of very valuable
books containing the Librairies of Wil
liam Shenſtone , Eſqre. Dr. Olivier of
Bath ; M. John Paker , an éminent
Peinter, who lived twenty three years
at Rome , and during that time pur- .
chaſed ſeveral books relating to Pain
ting , Sculpture and Architecture : and
the very curious Librairy ofa gentle
man who refided with a publick carac
ter in Spain , and Italy, about the midlle
of the ſixteenth century : conſiſting
chiefly of old French , Spanish , and
Italian books.
A Londres, le 5 Juin 2764.
G ij
-
· THoMAS-DAvIEs, Libraire dans la
148 MERCURE DE FRANCE.
rue de Ruſſel, Covent-garden , donne
avis au Public qu'il a maintenant ſous
, preſſe, un Catalogue de très-bons Li
, vres, provenant des Cabinets de Guil
laume Shenſtone, Ecuyer; du Docteur
| Olivier, de Bath ; de M. Jean Parker,
Peintre célébre , qui a paſſé vingt-trois
ans à Rome, où il a raſſemblé nombre
d'Ouvrages ſur la Peinture, la Sculp
ture & l'Architecture; ainſi que de la très
curieuſe collection d'une perſonne qui
a réſidé avec un caractère public en
Eſpagne & en Italie vers le milieu du
ſeiziéme ſiécle , conſiſtant principale
ment en vieux Livres François, Eſpa
gnols & Italiens.
TO THE PUBLICK.
THOMAS DAVIES, Book-seller in
Russel-Streect, Covent-garden, begs
| leave to inform thePublick that he is now
Printing a Catalogue of very valuable
books containing the Librairies of Wil
liam Shenſtone , Eſqre. Dr. Olivier of
Bath ; M. John Paker , an éminent
Peinter, who lived twenty three years
at Rome , and during that time pur- .
chaſed ſeveral books relating to Pain
ting , Sculpture and Architecture : and
the very curious Librairy ofa gentle
man who refided with a publick carac
ter in Spain , and Italy, about the midlle
of the ſixteenth century : conſiſting
chiefly of old French , Spanish , and
Italian books.
A Londres, le 5 Juin 2764.
G ij
-
· THoMAS-DAvIEs, Libraire dans la
148 MERCURE DE FRANCE.
rue de Ruſſel, Covent-garden , donne
avis au Public qu'il a maintenant ſous
, preſſe, un Catalogue de très-bons Li
, vres, provenant des Cabinets de Guil
laume Shenſtone, Ecuyer; du Docteur
| Olivier, de Bath ; de M. Jean Parker,
Peintre célébre , qui a paſſé vingt-trois
ans à Rome, où il a raſſemblé nombre
d'Ouvrages ſur la Peinture, la Sculp
ture & l'Architecture; ainſi que de la très
curieuſe collection d'une perſonne qui
a réſidé avec un caractère public en
Eſpagne & en Italie vers le milieu du
ſeiziéme ſiécle , conſiſtant principale
ment en vieux Livres François, Eſpa
gnols & Italiens.
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