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1
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
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Résumé : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Monsieur Bourgelat adresse une lettre à Monsieur Borel concernant la maladie du 'claveau' qui affecte les moutons en Picardie, qu'il identifie comme étant la variole. Les symptômes de cette maladie incluent une éruption cutanée, une morve épaisse, des complications cérébrales, la perte de la vue, ainsi que la fièvre, la soif et l'abattement. Bourgelat pose plusieurs questions sur la fréquence, les formes bénignes et malignes, les symptômes associés, et la contagiosité de la maladie, ainsi que les risques pour les bergers. Il envisage des expériences d'inoculation pour mieux comprendre la maladie. Le texte traite également des maladies animales et humaines, notamment la variole et le charbon. Il est mentionné que manipuler des cadavres de bovins peut entraîner un anthrax chez les humains. Bourgelat s'interroge sur les effets de la variole sur divers animaux et reconnaît l'absence de documentation détaillée sur les maladies animales dans les écrits anciens. Il critique les méthodes anciennes et modernes de traitement des maladies animales, jugées souvent absurdes ou inefficaces. En septembre 1763, Frédéric W. Haftser décrit une maladie appelée 'ignis facer' chez les animaux, comparée à l'érysipèle humain. Il distingue quatre types de variole chez les moutons selon la saison et les attribue à des humeurs corrompues par les exhalaisons acides de l'étable. Le texte suggère de traiter les symptômes visibles des maladies comme le font les médecins humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 136-141
RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
Début :
DEPUIS votre lettre du 28 Octobre dernier, Monsieur, je continue à étudier [...]
Mots clefs :
Claveau , Troupeau, Mouton, Laboureurs, Vinaigre, Graisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
RÉPONSE de M. BOREL , à M.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
BOURGELAT , le 15 Decembre
DEPUIS
2762.
25
EPUIS votre lettre du 28 Octobre
dernier , Monfieur , je continue à étudier
autant que je le puis , les fymptômes
du claveau , furtout dans leur relation
aux nouvelles queftions que vous
me faites : cette maladie n'a point ceffé
par les gelées & les frimats ; elle fe manifefte
journellement dans les Villages qui
en avoient été exempts jufqu'à préfent :
après un certain période , tel que de
deux à trois mois ( les Payfans prétendent
que c'eft de trois Lunes , ) elle s'appaife
, elle ceffe dans un troupeau , elle
recommence dans un autre & partout fes
effets font toujours analogues à ceux de
le petite vérole.
OCTOBRE . 1763 . 137
J'ai fait un extrait de précautions
préfervatifs , remèdes , colyre & c. que.
contient votre lettre , & je l'ai répandu
le plus que j'ai pu dans la Campagne ."
J'ai fait plus pour le mettre dans les
mains d'un plus grand nombre de perfonnes
, je l'ai fait inférer dans un petit
Almanach de Beauvoifis que notre Bureau
d'Agriculture vient de faire imprimer
pour les Laboureurs ; avant de donner
mon extrait à l'Imprimeur , j'ai lû
votre lettre à un Médecin de mes amis
qui en a admiré l'érudition & la fageffe.
Sage lui - même , & très-verfé dans la
connoiffance des Plantes , il a propofé
d'en fubftituer quelques- unes de ce paysci
à la ferpentaire de virginie & àla racine
de contrayerva qui fercient bien moins
à la portée de nos payfans. Toutes les
chofes effentielles font reftées telles que
le fouphre , le faffran , le quinquina ,
la
poudre de vipére il lui eft venu un
doute fur l'effet du vinaigre dans la boiffon
du mouton; il a obfervé que la graiffe
de mouton eft des plus promptes à fe
geler , que le fang de mouton fe tourne
promptement fur un feu médiocre
même fans qu'il bouille , fur-tout fi on
y mêle du vinaigre ; il en a conclu qu'il
feroit à craindre que cet acide mêlé
138 MERCURE DE FRANCE.
dans la boiffon du mouton vivant n'altérât
trop fenfiblement fon fang & fa
graiffe ; que cette graiffe ne devînt plus
compacte , & par là ne s'oppofât au dépôt
ou à la fortie des boutons. Il m'a
confeillé d'y fubftituer du nitre à la dofe
d'une once fur feize pintes Paris , en
attendant que l'on ait vérifié l'effet du
vinaigre fur les moutons ; il voudroit
auffi qu'on broyar quelques poignées de
mélife dans cette même boiffon blanche
lorfqu'on peut en avoir aifément.
Je ne vous envoye encore rien de
pofitif fur vos quatorze questions nonvelles.
Je vous obferverai feulement que
déjà plufieurs laboureurs m'ont affuré
qu'ils n'avoient jamais vu le même mouton
attaqué deux fois du claveau. Aucun
deux n'a remarqué jufques ici de
différence entre les mâles & les femelles ,
entre les vieilles bêtes & les jeunes
quant aux divers degrés du mal , quant
à la malignité & autres fymptômes .
Un des gros Laboureurs de ce pays
dont le troupeau a été attaqué en Octobre
& Novembre derniers , m'a rapporté
un fait que je ne dois pas vous
laiffer ignorer. Son troupeau étoit au
parc , quand le claveau s'y manifeſta ;
il fit renfermer dans la bergerie les preOCTOBŘE
. 1763. 139
mières bêtes qui furent attaquées; en peu
de jours il en périt fix fur douze. Allarmé
de cette mortalité , il voulut effayer de
laiffer au parc , celles qui tomberoient
dorénavant malades. Lorfqu'il vint me
rendre compte de ce fait , il y a un
mois à-peu- près , il avoit beaucoup de
fes bêtes malades dans le parc & il ne lui
en périffoit aucune plufieurs étoient
hors de danger , les frimats & les neiges
des 11 , 12 & 13 Novembre & jours
fuivans l'obligerent à rompre fon parc
& à faire rentrer tout le troupeau : je
n'ai pas pu avoir de fes nouvelles directement
depuis ce moment mais j'ai
appris indirectement qu'il avoit perdu
un nombre affez confidérable de moutons.
,
Ce même Laboureur foupçonne le
claveau de pouvoir fe communiquer
aux hommes ; il m'a cité un berger qui
après avoir gardé un troupeau attaqué
de ce mal , a eu la petite vérole en
abondance ; un autre qui après de pareils
foins avoit eu pendant du temps
une courbature , un malaife général ,
de la fiévre & c.
Quant à l'effai d'inoculation ; il ne faut
pas efpérer que le Laboureur s'y prête :
mais mon projet eft dans une faifon
140 MERCURE DE FRANCF.
plus favorable d'acheter quelques mou
tons pour faire cet effai fous mes yeux.
J'ai fait part de vos fouhaits à cet
égard & de mon projet à M. Parent;
Premier Commis des Finances , il en a
rendu compte à M. le Contrôleur Général
qui approuve cette épreuve : ce
Miniftre l'a fait écrire que je ferois
remboursé de la dépenfe qu'elle m'oc
cafionneroit. Vous voyez , Monfieur
, qu'il ne s'agit plus que d'opérer ;
mais je ne le puis fans le feccurs de vos
lumières perfonne ici ne connoît le
procédé de l'inoculation , pas même
fur les hommes : aucun de nos Médecin
& Chirurgiens ne l'ont encore pratiqué
ni vu pratiquer : ainfi il faut que
vous ayez la bonté de m'inftruire & de
me guider depuis le premier pas jufqu'au
dernier. Quelle faifon me confeillezvous
de choisir ? Quel âge ? Quel féxe
dans les Sujets à inoculer ? Quelle préparation
? Quelle façon d'inférer le
virus ? Sera - ce avec des aiguilles envenimées
? Sera- ce par incifion & avec
la poudre de claveau défféchée , ( j'en
ai demandé à des laboureurs ) ou avec
des fils imbibés de virus ? En un motje
ne fçai rien , inftruifez-moi de tout. Je
ferai un difciple docile , & je joindrai
OCTOBRE. 1763 . 141
la plus fincère reconnoiffance au parfait
attachement avec lequel j'ai l'honneur.
d'être , & c.
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Résumé : RÉPONSE de M. BOREL, à M. BOURGELAT, le 15 Decembre 1762.
Dans une lettre datée du 15 décembre 1763, M. Borel répond à M. Bourgelat au sujet de la maladie du claveau chez les moutons. Cette maladie continue de sévir malgré les conditions hivernales rigoureuses et touche de nouveaux villages, affectant les troupeaux de manière intermittente. Les symptômes observés sont comparables à ceux de la petite vérole. M. Borel a diffusé les précautions et les remèdes proposés par M. Bourgelat, notamment via un almanach agricole. Un médecin ami a suggéré des substitutions de plantes locales pour les remèdes et a remis en question l'utilisation du vinaigre dans l'alimentation des moutons, recommandant plutôt du nitre et du miel. Les observations indiquent que les moutons ne semblent pas être réinfectés par le claveau. Un laboureur a remarqué que les moutons malades laissés au parc avaient de meilleures chances de survie que ceux enfermés. Il a également émis l'hypothèse d'une possible transmission de la maladie aux bergers. M. Borel envisage d'acquérir des moutons pour expérimenter l'inoculation, avec l'accord du Contrôleur Général des Finances. Cependant, il manque d'informations sur la méthode d'inoculation et demande les conseils de M. Bourgelat pour avancer dans cette démarche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 141-159
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Début :
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre, Monsieur, est très important par [...]
Mots clefs :
Claveau , Matière, Mouton, Insertion, Éruption, Fièvre, Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Dans sa lettre du 3 mars 1763, M. Bourgelat adresse à M. Borel des recommandations concernant l'inoculation du virus variolique pour lutter contre la variole. Bourgelat encourage les expérimentations de Borel sur les moutons dans le Beauvoisis. L'inoculation peut se réaliser par introduction de matière purulente dans le nez, application de pus sur la peau après enlèvement de l'épiderme, ou injection directe dans le sang. La méthode la plus courante implique l'utilisation de fils imbibés de pus provenant des boutons mûrs de la variole, conservés et réutilisés. Pour les moutons, la procédure consiste à pratiquer une incision longitudinale sur la cuisse, où un fil infecté est inséré. Le pansement est ensuite couvert d'étoupe et d'un emplâtre, maintenu par une compresse. Si les fils sont perturbés ou les incisions refermées, des opérations supplémentaires sont nécessaires. La matière utilisée doit provenir d'un mouton sain et vigoureux. Les risques de complications sont moins élevés chez les animaux que chez les humains. L'âge des moutons n'est pas crucial pour la matière utilisée, mais il est conseillé d'éviter les périodes critiques comme les chaleurs ou la lactation. Les symptômes varient en fonction de l'état du sujet et de la nature du virus. Des remèdes sont administrés pour prévenir les troubles causés par les miasmes varioleux, en fluidifiant et en tempérant le sang. Bourgelat recommande de multiplier les expériences sur les moutons sans préparation initiale afin d'observer les suites naturelles de l'inoculation. Il suggère des observations spécifiques sur les symptômes, la fièvre et l'éruption. Le régime alimentaire des animaux malades doit être strict, limité au foin et à l'eau, avec des ajustements selon l'évolution de la maladie. Les saisons printanières et automnales sont préférées pour l'opération en raison des conditions climatiques favorables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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