Résultats : 6441 texte(s)
Détail
Liste
51
p. 13-15
CHANSON.
Début :
Puis que les Chansons ont tant de charmes pour vos / Vous que j'ay veu brûler d'une flame si belle, [...]
Mots clefs :
Air, Paroles, Flamme, Parque
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
Puis que les chanſons ont tant de charmes pour vosbel- les Provinciales, je croy ne de- voir pas quitter cette matiere fans vous faire encor part de deux qui font tombées entre mes mains. L'Airde la premie- re eſt de M Boiffet; les Paroles furent faites fur le bruit
qui courut que Monfieur re- tourneroit à l'Armée peu de temps aprés que ce Prince fut arrivé à Paris , &c'eſt ſur ce ſujet que l'Autheur feint que Madame s'adreſſe à ce Prince
pour luy dire ce qui fuit..
GALANT. TI
ややや好好好好好好好好好好
*
CHANSON.
Vom que Ous que j'ay ven brûler d'une flamesi belle ,
Et qui m'avez juré de megarder la
foy,
Ahque c'est estre peu fidelle ,
Qu'aimer la Gloireplus quemoy!
Sivostre prompt retour ne finit ma Souffrance ,
La Parque va bien- toft me ranger fousfaLoy:
Abque c'est avoir d'inconstance,
D'aimerplus lagloire que moy.
qui courut que Monfieur re- tourneroit à l'Armée peu de temps aprés que ce Prince fut arrivé à Paris , &c'eſt ſur ce ſujet que l'Autheur feint que Madame s'adreſſe à ce Prince
pour luy dire ce qui fuit..
GALANT. TI
ややや好好好好好好好好好好
*
CHANSON.
Vom que Ous que j'ay ven brûler d'une flamesi belle ,
Et qui m'avez juré de megarder la
foy,
Ahque c'est estre peu fidelle ,
Qu'aimer la Gloireplus quemoy!
Sivostre prompt retour ne finit ma Souffrance ,
La Parque va bien- toft me ranger fousfaLoy:
Abque c'est avoir d'inconstance,
D'aimerplus lagloire que moy.
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Résumé : CHANSON.
L'auteur d'une lettre partage deux chansons, les Provinciales. La première, sur un air de M. Boiffet, répond à la rumeur du retour d'un prince à l'armée. La chanson imagine Madame exprimant son amour et sa fidélité, contrastant avec la passion du prince pour la gloire. Elle exprime sa souffrance et sa crainte de mourir s'il ne revient pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 15-16
CHANSON.
Début :
Les deux Couplets qui suivent sont pour Madame la Mareschale [...]
Mots clefs :
Amour, Guerriers, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
Les deux Couplets qui fuivent font pourMadamelaMa- refchalede Lorge. L'Air en a
eſté fait par Monfieur Dam- broüys.
1.2 LE MERCVRE
V
******
CHANSON.
Os charmes , belle Iris , font aisément connaître Que l'Amour est toûjours le maître,
Etque tous lesGuerriersqu'on redoute leplus,
Sont ceux qu'il a plûtoſt vaincus.
Vostre Illustre Héros , que plus d'une
Victoire
Arendu tout brillant de Gloire ,
Soumis à vos appas , adore dans vos
yeux
Amour lepluspuiſſant des Dieux.
eſté fait par Monfieur Dam- broüys.
1.2 LE MERCVRE
V
******
CHANSON.
Os charmes , belle Iris , font aisément connaître Que l'Amour est toûjours le maître,
Etque tous lesGuerriersqu'on redoute leplus,
Sont ceux qu'il a plûtoſt vaincus.
Vostre Illustre Héros , que plus d'une
Victoire
Arendu tout brillant de Gloire ,
Soumis à vos appas , adore dans vos
yeux
Amour lepluspuiſſant des Dieux.
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53
p. 17-20
Enigme. [titre d'après la table]
Début :
Je suis en Liberté, sans sortir de Prison ; [...]
Mots clefs :
Lettre R
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texteReconnaissance textuelle : Enigme. [titre d'après la table]
JePrifon suis en;
Liberté Sans Sortir de
Iefuis au Defefpoir,sansquitter l'Efperance;
Quoyque dans le Peril ,je suis en Affurance;
Leparois en l'Armée,&fuis en Gar- nison;
L'ay part fans lâcheté , mesme à la Trahison;
Ie fers à la Richeffe autant qu'à la Souffrance ;
Isprefide à la Rime, ainsi qu'à la Raison,
Tome VI. B
14 LE MERCVRE Et derniere en Faveur, jesuisseconde en France.
Comme il n'est rien de grand , ny de rarefans Moy ,
Itſuis &dans la Cour , &dans l'Ef-
•pritdu Roy;
C'estavec Moyqu'il rit ,qu'il s'entretient,qu'il s'ouvre ;
L'aſſiſte àson Coucher ,j'aſſiſte àfon Réveil,
Il ne souffre àVersaille ,àSaint Germain , au Louvre,
Mais me laiſſe àla Porte en entrant
au Confeil.
Ieſuispremiere en Rang, &derniere
àla Cour ,
I'en vaux deux au Trictrac , & suis
bonne àla Prime,
Ie ſuis tres-innoncente , & toûjours
dans le Crime. [Iour,
I'accompagne l'Amour , &termine le Iefers àlaPeinture, àla profe , àla
Rime,
:
Iecours avec le Cerf , & vole avec
l'Autour.
On me voit en Crédit ,ſans me voir
en Estime;
GALANT. 15
1
Toujours ,fans paſſion , on me voit en
Amour;
Au milieude Paris,je me trouve enfermée ,
Sans quitter un moment , ny le Roy ,
ny l'Armée;
En Robe je préſide , & j'entre au Parlement ;
I'aydans tous les arreſts une double
Seance ;
し
Ieſuis toûjours preſente à la moindre Ordonnance,
Et nemesuisjamais trouvée en Iugemen
Liberté Sans Sortir de
Iefuis au Defefpoir,sansquitter l'Efperance;
Quoyque dans le Peril ,je suis en Affurance;
Leparois en l'Armée,&fuis en Gar- nison;
L'ay part fans lâcheté , mesme à la Trahison;
Ie fers à la Richeffe autant qu'à la Souffrance ;
Isprefide à la Rime, ainsi qu'à la Raison,
Tome VI. B
14 LE MERCVRE Et derniere en Faveur, jesuisseconde en France.
Comme il n'est rien de grand , ny de rarefans Moy ,
Itſuis &dans la Cour , &dans l'Ef-
•pritdu Roy;
C'estavec Moyqu'il rit ,qu'il s'entretient,qu'il s'ouvre ;
L'aſſiſte àson Coucher ,j'aſſiſte àfon Réveil,
Il ne souffre àVersaille ,àSaint Germain , au Louvre,
Mais me laiſſe àla Porte en entrant
au Confeil.
Ieſuispremiere en Rang, &derniere
àla Cour ,
I'en vaux deux au Trictrac , & suis
bonne àla Prime,
Ie ſuis tres-innoncente , & toûjours
dans le Crime. [Iour,
I'accompagne l'Amour , &termine le Iefers àlaPeinture, àla profe , àla
Rime,
:
Iecours avec le Cerf , & vole avec
l'Autour.
On me voit en Crédit ,ſans me voir
en Estime;
GALANT. 15
1
Toujours ,fans paſſion , on me voit en
Amour;
Au milieude Paris,je me trouve enfermée ,
Sans quitter un moment , ny le Roy ,
ny l'Armée;
En Robe je préſide , & j'entre au Parlement ;
I'aydans tous les arreſts une double
Seance ;
し
Ieſuis toûjours preſente à la moindre Ordonnance,
Et nemesuisjamais trouvée en Iugemen
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54
p. 23-25
CONTRAINTE d'un Coeur amoureux.
Début :
Voicy d'autres Pieces qui doivent moins à l'esprit. / Qu'un coeur souffre par la contrainte ! [...]
Mots clefs :
Coeur, Contrainte, Pitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTRAINTE d'un Coeur amoureux.
Voicy d'autres Pieces qui doivent moins à l'eſprit. Il y
ſeroit regardé comme un de- faut s'il y paroiſſoit trop ; & le Cœur doit avoir la meilleure
part aux Ouvrages dont l'A- mour inſpire le deffein.
CONTRAINTE
d'un Cœur amoureux.
V'un cœur fouffre par la contrainte!
Ab qu'il est digne depitié!
S'il commence la moindreplainte,
Il en dit trop de la moitié;
Ilfautque toûjours en luy-meſme.
Il étouffe millefoûpirs.
S'il vent formerquelques defirs ,
Ilcraint d'alarmer ce qu'il aime.
Helas! quefaire en ce moment ?
Tout n'est pour luy qu'un dur martires
GALANT. 19
Q'un cœurſouffre quand ilſoupire ,
Etqu'il aime trop tendrement !
ſeroit regardé comme un de- faut s'il y paroiſſoit trop ; & le Cœur doit avoir la meilleure
part aux Ouvrages dont l'A- mour inſpire le deffein.
CONTRAINTE
d'un Cœur amoureux.
V'un cœur fouffre par la contrainte!
Ab qu'il est digne depitié!
S'il commence la moindreplainte,
Il en dit trop de la moitié;
Ilfautque toûjours en luy-meſme.
Il étouffe millefoûpirs.
S'il vent formerquelques defirs ,
Ilcraint d'alarmer ce qu'il aime.
Helas! quefaire en ce moment ?
Tout n'est pour luy qu'un dur martires
GALANT. 19
Q'un cœurſouffre quand ilſoupire ,
Etqu'il aime trop tendrement !
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Résumé : CONTRAINTE d'un Coeur amoureux.
Le texte discute de la prééminence du cœur dans les œuvres littéraires inspirées par l'amour. Il présente le poème 'Contrainte d'un Cœur amoureux', qui décrit les tourments d'un cœur amoureux soumis à la contrainte. Ce cœur étouffe ses soupirs par peur d'alarmer l'objet de son amour et souffre en silence avec tendresse.
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55
p. 31-33
LE SOLITAIRE, SONNET.
Début :
Pendant que les beaux Esprits travaillent pour laisser apres eux / S'Eleve qui voudra, par force, ou par adresse, [...]
Mots clefs :
Matière, Sagesse, Mort
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texteReconnaissance textuelle : LE SOLITAIRE, SONNET.
Pendant que les beaux Eſprits travaillent pour laiſſer aprés eux dequoy la convaincre des étonnantes
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
merveilles que nous voyons tous les jours , vous voulez bien que nous changions de matiere, &que je vous envoye un Sonnet qui n'eſt ny furla Galanterie , ny fur le bonheur de la France , & auquel Al
mourn'a point de part.
LE SOLITAIRE.
S
SONNET.
Eleve qui voudra , par force ,
paradreffe,
014
24 LE MERCURE
Iusqu'ausommet gliſſant des grandeurs dela Cour,
Jepretens,sans quitter mon aimable Sejour ,
Loin du Peuple &du bruit, recher- cherlaSageffe.
Làfans crainte des Grands,Sansfa.
ſte &fans tristese ,
Ieverray les Saiſonsſeſuivre tour-àtour,
Et dans undoux repos j'attendray la Vieilleffe.
Ainsi lors quela Mort viendra romprelecours.
Des bienheureux momens qui compo- Sentmesjours,
le mourray chargé d'ans , inconnu ,
folitaire.
Qu'un Homme est malheureux l'heure du trepas,
Lors qu'ayantnegligé lefeul bien ne- ceffaire ,
Ilmeurt connudetous , &nese con- noist pas!
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Résumé : LE SOLITAIRE, SONNET.
L'auteur propose d'envoyer un sonnet intitulé 'Le Solitaire'. Il y exprime son désir de se retirer des grandeurs de la cour et des bruits du peuple pour rechercher la sagesse dans un lieu paisible. Il souhaite vivre sans crainte, sans faste et sans tristesse, en observant les saisons et en attendant la vieillesse dans un doux repos. Il aspire à mourir chargé d'années et inconnu, soulignant la tristesse de ceux qui meurent sans avoir accompli le bien nécessaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 115-116
AU ROY, Sur l'Obelisque élevé à sa gloire dans la Ville d'Arles. SONNET.
Début :
Grand Roy, dont les Exploits sont fameux dans l'Histoire, [...]
Mots clefs :
Roi, Exploits, Postérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Sur l'Obelisque élevé à sa gloire dans la Ville d'Arles. SONNET.
AU ROY.
Sur l'Obeliſque élevé à ſa gloire dans la Ville d'Arles.
G
SONNET.
RandRoy,dont les Exploitsfont fameux dans l'Histoire ,
Quijoins le nom d'Auguste , àceluy de Chrestien..
Ton Bras qui de la France est lefermeSoûtien,
Entaſſe chaque jour Victoire Sur Vi Etoire:
Ton Regne est fi chery des Filles de Memoire,
Qu'elles en fontpar toutleurplus doux entretien ;
Lamais Destin ne fut plus heureux
que letien:
Le tempsqui détruit tout aide mef- me a ta gloire.
82 LE MERCURE
Серотреих Мопument de l'Orgueil
des Romains ,
Qu'aujourd'huy la Fortune a mis entre nos mains ,
Est de ces Veritez une Preuve éclatante.:.
Puis qu'on voit que les ans ne l'ont
tant respecté ,
Qu'afin de préparer une Table d'at.
tente ,
Pourygraverton nom à la Pofterité.
Sur l'Obeliſque élevé à ſa gloire dans la Ville d'Arles.
G
SONNET.
RandRoy,dont les Exploitsfont fameux dans l'Histoire ,
Quijoins le nom d'Auguste , àceluy de Chrestien..
Ton Bras qui de la France est lefermeSoûtien,
Entaſſe chaque jour Victoire Sur Vi Etoire:
Ton Regne est fi chery des Filles de Memoire,
Qu'elles en fontpar toutleurplus doux entretien ;
Lamais Destin ne fut plus heureux
que letien:
Le tempsqui détruit tout aide mef- me a ta gloire.
82 LE MERCURE
Серотреих Мопument de l'Orgueil
des Romains ,
Qu'aujourd'huy la Fortune a mis entre nos mains ,
Est de ces Veritez une Preuve éclatante.:.
Puis qu'on voit que les ans ne l'ont
tant respecté ,
Qu'afin de préparer une Table d'at.
tente ,
Pourygraverton nom à la Pofterité.
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Résumé : AU ROY, Sur l'Obelisque élevé à sa gloire dans la Ville d'Arles. SONNET.
Le sonnet célèbre les exploits d'un roi, dont la gloire est immortalisée par l'histoire. Il est décrit comme le soutien de la France, accumulant des victoires. Son règne est chéri par les Muses. Un obélisque à Arles, comparé à un monument romain, porte son nom pour la postérité. Le temps contribue à sa gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 116-126
COMPLIMENT FAIT AU ROY, En luy presentant l'Estampe de l'Obelisque érigé à sa gloire dans la Ville d'Arles.
Début :
Vous voyez, Madame, que j'ay pas flaté Mr de Roubin / Sire, je viens offrir à Vostre Masjesté au nom de [...]
Mots clefs :
Compliment, Arles, Estampe, Obélisque, Actions héroïques, Romains, France, Victoires, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT FAIT AU ROY, En luy presentant l'Estampe de l'Obelisque érigé à sa gloire dans la Ville d'Arles.
Vousvoyez , Madame , que
je n'av pas flaté Monfieur de Roubin , par ce que je vous ay dit à fon avantage. Il eſt du Pont S. Eſprit en Languedoc. L'amour qu'il a toûjours eu pourles Sciences ne l'a pas em- peſché de prendre party dans la Guerre , où il a eſté Officier,
&fort aimé de feu Monfieur
de Guiſe , qui avoit pour luy
GALANT. 83
e
une confideration toute parti- culiere. Vous vous plaindriez ſans doute ſi je negligeois de vous faire partdu Compliment qu'il a fait au Roy en s'acqui- tant de la commiflion qu'il a- voit reçeuë. Sa Majesté l'écou- ta tres-favorablement , & en a parlé depuis d'une maniere fi glorieuſe pour luy , qu'il n'a beſoin d'aucun autre Eloge.
Voicy les termes dõt il ſe ſervit.
COMPLIMENT
FAIT AU Roy ,
En luy preſentant l'Eſtampe del'O beliſque érigé à ſa gloire dans la Ville d'Arles..
Γ
U
C.
U
1-
15
الی STRE ty
IRE ,
Je viens offrir à Vostre
84 LE MERCVRE Majestéaunomdesa Ville d'Arles , la Figure de l'Obelisque qu'elle afait ériger nouvellement àfagloire. Cette Ville , SIRE ,
qui fut autrefois un desplus Auguſtes Theatres de la magnificen- ce &de la grandeurdes Romains,
&quiſe reſſentant encor aujour- dhuy du commerce qu'elle aeu ft
long-tempsavec ces grands Hom- mes ,ſemble en avoir berité les genereuſes inclinations
jours esté prevenuë de tant d'amour pour les Actions Heroïques,
qu'elle n'a pû voir celles dont V.
M. vient deſe ſignaler dans ces dernieres Campagnes ,fans conce- voir pour Elle des fentimens de veneration , dont elle a voulu
donner des marques publiques à
toute la France. En effet , SIRE,
tandis que V. M. defendsi gene-- reusement nos Frontieres contre
a toû
GALANT. 85
-
1
A
2
ATHELOR
les efforts de tant d'Ennemis , &
que par tant de nobles travaux & tant de glorieuses fatigues .
elle aſſure noftre repos , &nous faitmesme dansle plusfort de la
Guerre , joüir de cette profonde paix , & de cette douce tranquil- lité quifait le bon-heurdes Peuples;tandis queparde nouvelles
Conquestes elle augmente tous les jours les bornes de cet Empire , &
que victorieuſes promenant par , elletout porte
putation de la France jusqu duoc
extremitez de la terre
pas raisonnable que pour tant d'Illustres bienfaits nous luy
donnions quelque témoignage d'u- ne eternelle reconnoissance , &
que par une juste rétribution de
la gloire que lafplendeur & lafelicitédefon Regne répandentfur
tous les François , nous employions
mes
,
LazeLYON
n'est-it
$
86 LE MERCURE
tous nos foins & tous nos efforts pour immortaliser la fienne ?
Nous sommes SIRE ,ſi convain- cus d'un ſi juſte &fi legitime devoir, que-ne pouvant rien trou- ver fur la Terre qui meritaſt de vous estre offert foüilléjusques dans le fond deſon Sein , pour en tirer cet auguste
Monument que la Providence n'avoit fans-doute pris foin d'y
tenir caché durant tant de Siecles , qu'afin quefon Antiquitéle
rendist plus prétieux &plus ve- nerable , plus digne enfin de fer- vir un jour à la gloire du plus grand des Rois. Ilest vray , SIRE,
&je veux l'avoüer icy , qu'un ſi grand &fi magnifique deſſein auroit peut-estre demeuré long- tempsſans execution ,fi cette no- bleCompagniequi compoſevostre Academie Royale , & que nostre
nous avons
Ville
GALANT. 87
.
コーe
Ville regarde comme undeses plus
riches ornemens , ne nous eust enhardisà cette entrepriſe , ennous remontrant qu'il ne faut jamais vien trouver d'impoſſible , nymes- me de difficile , quand il s'agit
de marquerfon zele pour lagloire de V. M. Comme ces Illustres
Génies ont pourbut l'Immortalité, ils ont crû que ce n'estoit point affezde confierau papier lefoin de transmettre aux Siecles fu- turs lefouvenir des merveilles de
voftre Regne , qu'ilfalloit que le Marbre &le bronzefuſſent em- ployezàce granddefſcin , &que pour consacrer voſtre gloire par un Ouvrage qui pust durer an- tant que le Monde,il estoit neceffaire que cet Obélifque demeurast comme un grand Livre toûjours ouvert auxyeux de la Pofterité,
oùvos Actions immortellesfuffent
TomeVI. H
88 LE MERCVRE
écrites avec des caracteres que le
temps nepeut effacer. C'est par là , SIRE , que les uns &les au- tresse font agreablement flatez de ce doux espoir, que vous auriez la bonté de recevoir ce témoignage de leur Zele avec quel- que forte de complaisance , &de
leur accorder en ſuite l'honneur
devostre Auguste &Royale protection. C'est l'unique grace , SIRE , qu'ils viennent aujourd'huy vous demander par ma bouche ,
&dont peut- estre Vostre Majesté
ne les trouveroit pas tout-à-fait
indignes ,fi on pouvoit la meriter par les plus profonds fentimens d'un inviolable respect , par les Sermensfolemnels d'une eternelle
fidelité, &par les vœux ardens
qu'ils font tous les jours au Ciel pour la conſervation de voſtre Perſonne Sacrée , aussi bien que
GALANT. 89
pour la continuation de vos profperitez &de vos Victoires.
je n'av pas flaté Monfieur de Roubin , par ce que je vous ay dit à fon avantage. Il eſt du Pont S. Eſprit en Languedoc. L'amour qu'il a toûjours eu pourles Sciences ne l'a pas em- peſché de prendre party dans la Guerre , où il a eſté Officier,
&fort aimé de feu Monfieur
de Guiſe , qui avoit pour luy
GALANT. 83
e
une confideration toute parti- culiere. Vous vous plaindriez ſans doute ſi je negligeois de vous faire partdu Compliment qu'il a fait au Roy en s'acqui- tant de la commiflion qu'il a- voit reçeuë. Sa Majesté l'écou- ta tres-favorablement , & en a parlé depuis d'une maniere fi glorieuſe pour luy , qu'il n'a beſoin d'aucun autre Eloge.
Voicy les termes dõt il ſe ſervit.
COMPLIMENT
FAIT AU Roy ,
En luy preſentant l'Eſtampe del'O beliſque érigé à ſa gloire dans la Ville d'Arles..
Γ
U
C.
U
1-
15
الی STRE ty
IRE ,
Je viens offrir à Vostre
84 LE MERCVRE Majestéaunomdesa Ville d'Arles , la Figure de l'Obelisque qu'elle afait ériger nouvellement àfagloire. Cette Ville , SIRE ,
qui fut autrefois un desplus Auguſtes Theatres de la magnificen- ce &de la grandeurdes Romains,
&quiſe reſſentant encor aujour- dhuy du commerce qu'elle aeu ft
long-tempsavec ces grands Hom- mes ,ſemble en avoir berité les genereuſes inclinations
jours esté prevenuë de tant d'amour pour les Actions Heroïques,
qu'elle n'a pû voir celles dont V.
M. vient deſe ſignaler dans ces dernieres Campagnes ,fans conce- voir pour Elle des fentimens de veneration , dont elle a voulu
donner des marques publiques à
toute la France. En effet , SIRE,
tandis que V. M. defendsi gene-- reusement nos Frontieres contre
a toû
GALANT. 85
-
1
A
2
ATHELOR
les efforts de tant d'Ennemis , &
que par tant de nobles travaux & tant de glorieuses fatigues .
elle aſſure noftre repos , &nous faitmesme dansle plusfort de la
Guerre , joüir de cette profonde paix , & de cette douce tranquil- lité quifait le bon-heurdes Peuples;tandis queparde nouvelles
Conquestes elle augmente tous les jours les bornes de cet Empire , &
que victorieuſes promenant par , elletout porte
putation de la France jusqu duoc
extremitez de la terre
pas raisonnable que pour tant d'Illustres bienfaits nous luy
donnions quelque témoignage d'u- ne eternelle reconnoissance , &
que par une juste rétribution de
la gloire que lafplendeur & lafelicitédefon Regne répandentfur
tous les François , nous employions
mes
,
LazeLYON
n'est-it
$
86 LE MERCURE
tous nos foins & tous nos efforts pour immortaliser la fienne ?
Nous sommes SIRE ,ſi convain- cus d'un ſi juſte &fi legitime devoir, que-ne pouvant rien trou- ver fur la Terre qui meritaſt de vous estre offert foüilléjusques dans le fond deſon Sein , pour en tirer cet auguste
Monument que la Providence n'avoit fans-doute pris foin d'y
tenir caché durant tant de Siecles , qu'afin quefon Antiquitéle
rendist plus prétieux &plus ve- nerable , plus digne enfin de fer- vir un jour à la gloire du plus grand des Rois. Ilest vray , SIRE,
&je veux l'avoüer icy , qu'un ſi grand &fi magnifique deſſein auroit peut-estre demeuré long- tempsſans execution ,fi cette no- bleCompagniequi compoſevostre Academie Royale , & que nostre
nous avons
Ville
GALANT. 87
.
コーe
Ville regarde comme undeses plus
riches ornemens , ne nous eust enhardisà cette entrepriſe , ennous remontrant qu'il ne faut jamais vien trouver d'impoſſible , nymes- me de difficile , quand il s'agit
de marquerfon zele pour lagloire de V. M. Comme ces Illustres
Génies ont pourbut l'Immortalité, ils ont crû que ce n'estoit point affezde confierau papier lefoin de transmettre aux Siecles fu- turs lefouvenir des merveilles de
voftre Regne , qu'ilfalloit que le Marbre &le bronzefuſſent em- ployezàce granddefſcin , &que pour consacrer voſtre gloire par un Ouvrage qui pust durer an- tant que le Monde,il estoit neceffaire que cet Obélifque demeurast comme un grand Livre toûjours ouvert auxyeux de la Pofterité,
oùvos Actions immortellesfuffent
TomeVI. H
88 LE MERCVRE
écrites avec des caracteres que le
temps nepeut effacer. C'est par là , SIRE , que les uns &les au- tresse font agreablement flatez de ce doux espoir, que vous auriez la bonté de recevoir ce témoignage de leur Zele avec quel- que forte de complaisance , &de
leur accorder en ſuite l'honneur
devostre Auguste &Royale protection. C'est l'unique grace , SIRE , qu'ils viennent aujourd'huy vous demander par ma bouche ,
&dont peut- estre Vostre Majesté
ne les trouveroit pas tout-à-fait
indignes ,fi on pouvoit la meriter par les plus profonds fentimens d'un inviolable respect , par les Sermensfolemnels d'une eternelle
fidelité, &par les vœux ardens
qu'ils font tous les jours au Ciel pour la conſervation de voſtre Perſonne Sacrée , aussi bien que
GALANT. 89
pour la continuation de vos profperitez &de vos Victoires.
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Résumé : COMPLIMENT FAIT AU ROY, En luy presentant l'Estampe de l'Obelisque érigé à sa gloire dans la Ville d'Arles.
La lettre traite de Monsieur de Roubin, originaire du Pont-Saint-Esprit en Languedoc, passionné par les sciences et ancien officier apprécié par le défunt Monsieur de Guise. Monsieur de Roubin a adressé un compliment au roi lors de la réception d'une commission, ce qui a été bien accueilli par le roi qui a parlé de lui de manière glorieuse. Ce compliment concernait la présentation d'une estampe de l'obélisque érigé à Arles en l'honneur du roi. Arles, ancienne ville romaine, a voulu honorer les actions héroïques du roi lors des dernières campagnes, exprimant ainsi sa vénération et sa reconnaissance pour la défense des frontières, les conquêtes et la paix assurée par le roi. Pour témoigner de cette reconnaissance, Arles a décidé d'ériger l'obélisque, un monument ancien caché durant des siècles, afin de servir la gloire du roi. L'Académie Royale d'Arles a soutenu ce projet pour immortaliser la gloire du roi, voyant l'obélisque comme un livre ouvert à la postérité où les actions immortelles du roi sont écrites en caractères indélébiles. La ville espère que le roi recevra ce témoignage de zèle avec complaisance et accordera sa protection. La lettre se termine par des vœux pour la conservation de la personne du roi et la continuation de ses prospérités et victoires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 133-142
A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Début :
Vous voulez bien, Madame, que de Montpellier je vous ramene / Au lieu de jeûner le Carème, [...]
Mots clefs :
Carême, Carnage, Prise de Valenciennes, Louis, Vainqueurs, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Vous voulez bien , Madame que deMontpellierje vous ramene à la Cour , & que je vous faſſe encor une fois part de l'Epitre qui fut envoyée par Monfieurr de Ramboüillet àMonfieur le Prince de Marfillac aprés les dernieres Con- queſtes du Roy. Il manquoit beaucoup de Vers à la Copie qui estoit dans ma derniere
Lettre , vous le pourrez faci- lement connoiftre en lifant
94 LE MERCVRE celle-cy , où vous trouverez des agrémens qui n'eſtoient pas dans la premiere..
A MONSEIGNEUR
LE PRINCE
DE MARSILLAC.
A
EPISTRE.
Ulieu de jeûner le Carême,
D'estre avec un visage blême,
Afaire vos Devotions,
Et vacquer à vos Stations ;
Tout ce temps vous avez fait rage Parmyleſang &le carnage;
Vous n'avezmalgré les hazards Songéqu'àforcer des Remparts,
Vous avezpris trois grandes Villes,
Des Flamans les plus ſeurs aziles,
Mesme vous avezfait périr Ceux qui venoient les ſecourir.
GALANT. 95
L
و
Puny leur audace infolente ,
Dans une Bataille ſanglante ,
Ceque les plus grands Conquerans N'auroient jamais fait en quatre ans.
Je ne sçay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire ,
Mais jamais chez lesplus pieux -Carême neſe paſſa mieux.
Laprise de Valencienne ,
Eftune action fort Chrêtienne ,
Violer quandonfut dedans,
Sembloit estre du Droitdes Gens.
Leplus moderé, le plusfage,
Brûlealors ,met tout au pillage.
Vos Soldats mieux difciplinez ,
Parla feule gloire menez,
Dansune Placeainſi conquiſe,
Entrent comme dans une Eglife,
DesDémonsquad ils font aux mains,
Et quand ils font Vainqueurs , des Saints.
Loüis,l'ame de ces merveilles,
Qui n'eurent jamais de pareilles ,
Trouve maintenant àpropos Que les Corpsprennent durepos.
Il a bien voulu leur permettre
Quelques Sejours pour se remestre:
:
96 LE MERCVRE
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille , elle agit toûjours,
Etrepaffe fur toute chofe ,
Pendantque le corps serepose.
Mais on ditque danspeude temps,
Vous allez vous remettre aux champs.
Où Diable allez-vous donc encore ?
Est-ce au Nord?est-ce vers l'Aurore
Voulez-vous vous mettre ſur l'eau,
Etpaffer la Merfans Vaiſſeau ?
Les Dauphins de la Mor Baltique Les Baloines du Pôle Arctique ,
Mafoy , vous n'aurez qu'àvouloir,
Viendrontvos ordres recevoir,
Et fur le Zelandeis rivage
Vous porter Canons &Bagage.
Cen'est pas si grand chose , enfin Vous avez bien pafse le Rhin,
Cette Barriere si terrible ,
Dontle paſſage eft fi penible,
QueRome maîtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loüis àvostre teste ,
Vous n'aurez rien quivous arreste
Ases Armes tout réussit ,
Tout luyfuccede,tout luy rit.
D'oùvient que ceuxde qui les venës
GALANT. 97 Nefontpas assez étenduës ,
Exaltent autantfon bonheur,
Quefa prudence. &fa valeur ?
Mais quand on sçait estrefevere,
Sans ceffer toutefois de plaire ,
Lorsqu'onsçait inspirer aux cœurs Lesdefirs qui font les Vainqueurs,
Lemépris des Parques cruelles ,
Etque les Miniſtres fidelles,
Dont avecſoin on a fait choix,
Sont au deſſus de leurs Emplois,
Qu'avec justice on diſpenſe Et la peine &la récompense,
Qu'onfçait toutes choses prévoir,
Atous les accidens pourvoir,
Etque jamais on ne viole Le Don facré de ſaparole,
Avecfes talens merveilleux ,
Il est bien aisé d'eſtre heureux.
Cependantpar trop entreprendre ,
Vouspourriezplus perdre que predre :
Ilestvray qu'ilfaut que chacun Contribue au bonheur commun.
On doit facrifierſa vie
Ala gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur, malgré les coups Quele Rhinvit tomberſur vous ,
98 LE MERCURE Tous les jours une ardeur nouvelle Vousfait expofer de plus belle.
Mais il est bon de regarder Qu'ilnefautpas tout hazarder ,
Etque les Teftes couronnées ,
Doivent au moins estre épargnées.
Commentfouffrez- vous que le Roy ,
(Je n'y pense pointsans effroy)
Soitàtoute heure aux mousquetades,
-Toujours en butte aux cannonades ,
Vous , Seigneur , quiſoir &matin Le voyeznud comme la main ?
Voz sçavez &devez luy dire ,
Quoyque des Dieux ſon ſangil tire,
Encore qu'ilsoit un Héros,
Qu'il estpourtant de chair &d'os,
Etqu'il abesoin d'une Armure La mieux trempée &laplus dure.
Sifon Frere n'en eûtpoint mis ,
Il n'auroit pas des Ennemis Dans cetteBataille fameuse Eu la Victoire glorieuse ,
Etnousverrions dans la douleur
Madamequi rit de bon cœur.
L'Armure pourtant la meilleure N'empesche pasqu'on n'y demeure,
Le Canon est encore plus fort ,
Turenne
رو .GALANT
7
Turenne afuby son effort ,
Et les Rois dont il est lafoudre , Peuvent en estre mis en poudre :
Ainsi vous deveztout ofer Pour l'empeſcher de s'expoſer ;
Qui doit toûjours estre le Maistre.
Encepoint nedoit jamais l'estre.
Le plusfeur est de revenir,
Rienn'a droit de vous retenir;
Lors que des Beautez defolées Sont par vostre absence accablées D'ennuis &de vives douleurs ,
Et leurs beaux yeux noyez de pleurs,
Rienn'est préferable àces Belles ,
Et laGloire est moins belle qu'elles.
Leur Carême est un peu trop long,
Et leur Jubilé hors deſaiſon.
Pourtant quoy que la Bulle dife,
Et tous les Canons de l'Eglisé ,
Ils nefiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
Lettre , vous le pourrez faci- lement connoiftre en lifant
94 LE MERCVRE celle-cy , où vous trouverez des agrémens qui n'eſtoient pas dans la premiere..
A MONSEIGNEUR
LE PRINCE
DE MARSILLAC.
A
EPISTRE.
Ulieu de jeûner le Carême,
D'estre avec un visage blême,
Afaire vos Devotions,
Et vacquer à vos Stations ;
Tout ce temps vous avez fait rage Parmyleſang &le carnage;
Vous n'avezmalgré les hazards Songéqu'àforcer des Remparts,
Vous avezpris trois grandes Villes,
Des Flamans les plus ſeurs aziles,
Mesme vous avezfait périr Ceux qui venoient les ſecourir.
GALANT. 95
L
و
Puny leur audace infolente ,
Dans une Bataille ſanglante ,
Ceque les plus grands Conquerans N'auroient jamais fait en quatre ans.
Je ne sçay ce que le Saint Pere Aura jugé de cette affaire ,
Mais jamais chez lesplus pieux -Carême neſe paſſa mieux.
Laprise de Valencienne ,
Eftune action fort Chrêtienne ,
Violer quandonfut dedans,
Sembloit estre du Droitdes Gens.
Leplus moderé, le plusfage,
Brûlealors ,met tout au pillage.
Vos Soldats mieux difciplinez ,
Parla feule gloire menez,
Dansune Placeainſi conquiſe,
Entrent comme dans une Eglife,
DesDémonsquad ils font aux mains,
Et quand ils font Vainqueurs , des Saints.
Loüis,l'ame de ces merveilles,
Qui n'eurent jamais de pareilles ,
Trouve maintenant àpropos Que les Corpsprennent durepos.
Il a bien voulu leur permettre
Quelques Sejours pour se remestre:
:
96 LE MERCVRE
Luy cependantfait mille tours ,
L'ame veille , elle agit toûjours,
Etrepaffe fur toute chofe ,
Pendantque le corps serepose.
Mais on ditque danspeude temps,
Vous allez vous remettre aux champs.
Où Diable allez-vous donc encore ?
Est-ce au Nord?est-ce vers l'Aurore
Voulez-vous vous mettre ſur l'eau,
Etpaffer la Merfans Vaiſſeau ?
Les Dauphins de la Mor Baltique Les Baloines du Pôle Arctique ,
Mafoy , vous n'aurez qu'àvouloir,
Viendrontvos ordres recevoir,
Et fur le Zelandeis rivage
Vous porter Canons &Bagage.
Cen'est pas si grand chose , enfin Vous avez bien pafse le Rhin,
Cette Barriere si terrible ,
Dontle paſſage eft fi penible,
QueRome maîtreſſe de tout ,
Apeine en vint jadis à bout.
Ayant Loüis àvostre teste ,
Vous n'aurez rien quivous arreste
Ases Armes tout réussit ,
Tout luyfuccede,tout luy rit.
D'oùvient que ceuxde qui les venës
GALANT. 97 Nefontpas assez étenduës ,
Exaltent autantfon bonheur,
Quefa prudence. &fa valeur ?
Mais quand on sçait estrefevere,
Sans ceffer toutefois de plaire ,
Lorsqu'onsçait inspirer aux cœurs Lesdefirs qui font les Vainqueurs,
Lemépris des Parques cruelles ,
Etque les Miniſtres fidelles,
Dont avecſoin on a fait choix,
Sont au deſſus de leurs Emplois,
Qu'avec justice on diſpenſe Et la peine &la récompense,
Qu'onfçait toutes choses prévoir,
Atous les accidens pourvoir,
Etque jamais on ne viole Le Don facré de ſaparole,
Avecfes talens merveilleux ,
Il est bien aisé d'eſtre heureux.
Cependantpar trop entreprendre ,
Vouspourriezplus perdre que predre :
Ilestvray qu'ilfaut que chacun Contribue au bonheur commun.
On doit facrifierſa vie
Ala gloire defa Patrie.
Ainsi, Seigneur, malgré les coups Quele Rhinvit tomberſur vous ,
98 LE MERCURE Tous les jours une ardeur nouvelle Vousfait expofer de plus belle.
Mais il est bon de regarder Qu'ilnefautpas tout hazarder ,
Etque les Teftes couronnées ,
Doivent au moins estre épargnées.
Commentfouffrez- vous que le Roy ,
(Je n'y pense pointsans effroy)
Soitàtoute heure aux mousquetades,
-Toujours en butte aux cannonades ,
Vous , Seigneur , quiſoir &matin Le voyeznud comme la main ?
Voz sçavez &devez luy dire ,
Quoyque des Dieux ſon ſangil tire,
Encore qu'ilsoit un Héros,
Qu'il estpourtant de chair &d'os,
Etqu'il abesoin d'une Armure La mieux trempée &laplus dure.
Sifon Frere n'en eûtpoint mis ,
Il n'auroit pas des Ennemis Dans cetteBataille fameuse Eu la Victoire glorieuse ,
Etnousverrions dans la douleur
Madamequi rit de bon cœur.
L'Armure pourtant la meilleure N'empesche pasqu'on n'y demeure,
Le Canon est encore plus fort ,
Turenne
رو .GALANT
7
Turenne afuby son effort ,
Et les Rois dont il est lafoudre , Peuvent en estre mis en poudre :
Ainsi vous deveztout ofer Pour l'empeſcher de s'expoſer ;
Qui doit toûjours estre le Maistre.
Encepoint nedoit jamais l'estre.
Le plusfeur est de revenir,
Rienn'a droit de vous retenir;
Lors que des Beautez defolées Sont par vostre absence accablées D'ennuis &de vives douleurs ,
Et leurs beaux yeux noyez de pleurs,
Rienn'est préferable àces Belles ,
Et laGloire est moins belle qu'elles.
Leur Carême est un peu trop long,
Et leur Jubilé hors deſaiſon.
Pourtant quoy que la Bulle dife,
Et tous les Canons de l'Eglisé ,
Ils nefiniront que le jour Qu'elles vous verront de retour.
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE MARSILLAC. EPISTRE.
Le document est une lettre adressée à Madame de Montpellier, accompagnée d'une épître dédiée au Prince de Marsillac. L'épître célèbre les récentes conquêtes du roi, mettant en avant la prise de trois grandes villes et la victoire contre les Flamands. L'auteur exalte la discipline et la piété des soldats, comparant leurs actions à des actes saints. Il souligne les talents exceptionnels du roi Louis, qui allie prudence et valeur, et dont les actions sont toujours couronnées de succès. Cependant, l'auteur exprime une inquiétude concernant les dangers auxquels le roi s'expose, notamment lors des batailles, et recommande de prendre des précautions pour éviter les risques inutiles. Il conclut en soulignant l'importance de revenir auprès des beautés accablées par l'absence du prince, suggérant que la gloire est moins précieuse que l'amour.
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59
p. 240-244
Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
Début :
Vous voulez qu'on mette en quartiers [...]
Mots clefs :
Empoisonneuse, Crimes, Poison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
V
Ous voulez qu'on mette
quartiers L'Empoisonneuse **** Et pourſes Crimes,la Justice Selon vous , manque de Supplice.
Hébien l'on est de vostre avis ,
Etvos Arrestsferont ſuivis.
en
Mais, comme ondit ſouver les génes,
Lescachots,lesfers &leschaiſnes,
Lesgibets,laronë,&lesfeux ,
Ne
GALANT. 8067 Nefontque pour les Malheureux.
Combien de Damespar leMonde Vivent dans unepaixprofonde,
Qui nefont rien journellement ,
Quempoisonner impunément ?
Vousqui vouleztant qu'onpuniffe,
C'eſt vostre ordinaire exercice
Pay de vous reçen de Poison Pour empescher maquerison.
Tous les jours vostre main cruelle M'endonneune doze nouvelle.
Vous estes en communauté,
DeCrimes &d'impunité,
23
}
Avec ces Empoifannenses , 1
Qui ſont d'autant plus dangereuses ,
Qued'abord leur Poison est doux ,
Et se fait defirerde tous
Qu'avec uneforce inconnue Ilgagnel'ouye &la vent Qu'il se glife, &les autressens Alafinn'enfont pas exempts.
Il est d'autant plus redoutable Qu'encorqueſonfeu nous accable ,
Il ne terminepas nosjours ,
Et nous laiſſeſans nulfecours ,
Trainerunevie ennuyeuse,
Pire qu'une mort douloureuse
Tome VI.
N
203.1
P
168 LE MERCURE
L
Maiss'il nedonne point la mort ,
Helas fon rigoureux effort ,
Detantde maux nous environne ,
Qu'onla cherche, ou qu'onse la donne.
Il estfifubril ce Poison ,
Qu'iltroublepar fois la raifon ,
Iusqu'à ne faire aucunes plaintes Desesplusfenfibles atteintes,
Iusqu'àrefuserde querir Destourmonsqu'il nousfait fouffrir.
Chaque Empoisonneuse ledonne Atous,Sais épargnerperſonne :
Au mépris des plusfaintes Loix,
Elles s'attaquent mesmeaux Rois ,
Vnnombre infiny leurpresente Atoute beure'la Coupe ardente.
Elles n'ont point d'égard au rang ,
Ellesn'enont pasmesme anSang;
Telle se rit du Fratricide,
Etpaffe iusqu'au Parricide :
L'onne sçauroit les contenir Etl'on devroit bien les punir.
4
Maisleur conduite eft approuvée ,
Elles vont la tesſte levée.
Celles quicaufent plus de mal,
Etde qui lePoisonfatal Faitles offers tesplus étranges IVST
1
GADANT. 1691
Reçoivent leplus de loñanges;
Et bien loin de les chastier
Defaire unsi maudit Mestter On adore ces criminelles,
A
Ettous les lugesſont pour elles.
Onseroit déja rebuté De trouvertant d'impunitastano ed Pour des Crimes fi panillables N'estoit qu'entre mille Coupables Quelquesfois pour fe confoler On en voit quelqu'u'ne brater.
Ous voulez qu'on mette
quartiers L'Empoisonneuse **** Et pourſes Crimes,la Justice Selon vous , manque de Supplice.
Hébien l'on est de vostre avis ,
Etvos Arrestsferont ſuivis.
en
Mais, comme ondit ſouver les génes,
Lescachots,lesfers &leschaiſnes,
Lesgibets,laronë,&lesfeux ,
Ne
GALANT. 8067 Nefontque pour les Malheureux.
Combien de Damespar leMonde Vivent dans unepaixprofonde,
Qui nefont rien journellement ,
Quempoisonner impunément ?
Vousqui vouleztant qu'onpuniffe,
C'eſt vostre ordinaire exercice
Pay de vous reçen de Poison Pour empescher maquerison.
Tous les jours vostre main cruelle M'endonneune doze nouvelle.
Vous estes en communauté,
DeCrimes &d'impunité,
23
}
Avec ces Empoifannenses , 1
Qui ſont d'autant plus dangereuses ,
Qued'abord leur Poison est doux ,
Et se fait defirerde tous
Qu'avec uneforce inconnue Ilgagnel'ouye &la vent Qu'il se glife, &les autressens Alafinn'enfont pas exempts.
Il est d'autant plus redoutable Qu'encorqueſonfeu nous accable ,
Il ne terminepas nosjours ,
Et nous laiſſeſans nulfecours ,
Trainerunevie ennuyeuse,
Pire qu'une mort douloureuse
Tome VI.
N
203.1
P
168 LE MERCURE
L
Maiss'il nedonne point la mort ,
Helas fon rigoureux effort ,
Detantde maux nous environne ,
Qu'onla cherche, ou qu'onse la donne.
Il estfifubril ce Poison ,
Qu'iltroublepar fois la raifon ,
Iusqu'à ne faire aucunes plaintes Desesplusfenfibles atteintes,
Iusqu'àrefuserde querir Destourmonsqu'il nousfait fouffrir.
Chaque Empoisonneuse ledonne Atous,Sais épargnerperſonne :
Au mépris des plusfaintes Loix,
Elles s'attaquent mesmeaux Rois ,
Vnnombre infiny leurpresente Atoute beure'la Coupe ardente.
Elles n'ont point d'égard au rang ,
Ellesn'enont pasmesme anSang;
Telle se rit du Fratricide,
Etpaffe iusqu'au Parricide :
L'onne sçauroit les contenir Etl'on devroit bien les punir.
4
Maisleur conduite eft approuvée ,
Elles vont la tesſte levée.
Celles quicaufent plus de mal,
Etde qui lePoisonfatal Faitles offers tesplus étranges IVST
1
GADANT. 1691
Reçoivent leplus de loñanges;
Et bien loin de les chastier
Defaire unsi maudit Mestter On adore ces criminelles,
A
Ettous les lugesſont pour elles.
Onseroit déja rebuté De trouvertant d'impunitastano ed Pour des Crimes fi panillables N'estoit qu'entre mille Coupables Quelquesfois pour fe confoler On en voit quelqu'u'ne brater.
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Résumé : Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
Le texte aborde la question des empoisonneuses et de leur impunité. L'auteur estime que la justice manque de supplices appropriés pour punir ces criminelles, les châtiments traditionnels étant insuffisants. Il mentionne que de nombreuses femmes vivent paisiblement tout en empoisonnant impunément. L'auteur accuse son interlocuteur de se livrer à cet exercice quotidiennement, lui administrant du poison pour empêcher sa guérison. Le poison des empoisonneuses est décrit comme doux et insidieux, affectant les sens sans que la victime ne s'en rende compte. Il ne donne pas toujours la mort immédiate, laissant les victimes souffrir d'une vie ennuyeuse et douloureuse. Les empoisonneuses n'épargnent personne, même les rois, et leur conduite est souvent approuvée et louée. Les criminelles les plus dangereuses reçoivent les plus grands éloges et sont adorées malgré leurs actes. L'auteur exprime son dégoût face à cette impunité, soulignant que parmi mille coupables, on en voit parfois une être punie pour se consoler.
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60
p. 281-292
SUR L'EDUCATION de Monseigneur le DAUPHIN, & le soin que prend le ROY de dresser luy-mesme les Memoires de son Regne, pour servir d'instruction à ce jeune Prince.
Début :
Mille remercîmens, Madame, de ceux que vous me faites [...]
Mots clefs :
Académie française, Dauphin, Empire, Éducation, Pièces galantes, Prix, Leçons, France, Héros, Successeur
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texteReconnaissance textuelle : SUR L'EDUCATION de Monseigneur le DAUPHIN, & le soin que prend le ROY de dresser luy-mesme les Memoires de son Regne, pour servir d'instruction à ce jeune Prince.
Mille remercîmens , Madame, de ceuxque vous me fai- tes de la part de vos Amies pour le Marqués de Monfieur de Fontenelle que je vous en- voyay la derniere fois. Je ſuis bien aiſe que vous luy ayez fait rendre juſtice dans voſtre Province , & fatisferay avec joye à l'ordre que vous me donnez de ramaſſer tout ce
queje pourray trouverdePie- ces Galantes de ſa façon. Ne croyez pas cependant qu'il ne ſoit propre qu'au Stile badin.
Quoyqu'il convienne mieux à
fon âgeque le ſérieux , voyez,
4
198 LE MERCURE
jevous prie, comme il ſe tire d'affaires quand il a de grandes matieres à traiter. Ses Amis
luy ayant conſeillé de travail- lerſur celle que Meſſieurs de l'Academie Françoiſe avoient choiſie pour le Prix qui s'y donne touslesdeux ans, il leur
envoya les Vers qui fuivent.
SUR L'EDUCATION
deMonſeigneur le DAUPHIN, &
✔le ſoin que prend le ROY de dreffer luy-meſme les Memoires
de fon Regne , pour ſervir d'in- ſtruction à ce Prince.
:
CRANCE , de ton pouvoir . F temple l'étenduë
conVoy de tes Ennemis l'Union confondue;
Ils n'ont fait après tout par leurs
vains attentats
Que
GALANT. 199 Que te donner le droit de dompter
leurs Etats.
Floriſſante au dedans , au dehors redoutée,
Enfin au plus haut point ta grandew estmontée.
Maisce rare bonheur , France , dont tujoüis;
Niroit pas au delà du Regne de
Loüis;
Ton Empire chargée des Donsde la
Victoire ,
Succomberoit un jour ſous l'amas de
fagloire,
Si Loüis dont les soins embraſſent l'avenir , [Soûtenir.
Ne te formoit un Roy qui ſçeuſt la Il faut tout un Héros pour le rang qu'il poſſede ,
Amoins qu'on ne l'imite en vain on
luyfuccede.
Que le Sceptre est pénible apres qu'il l'aporté!
Partant d'Etatsfoûmissonpoids s'est augmenté;
イ
Etpar unsi grand Royces Provinces conquiſes,
Tome VI. S
200 LE MERCURE
Dans les mains d'un grand Roy veu- lent estreremiſes.
Peut-estre estoit-ce affez pour remplir cedeſtin,
Quele Sangde Loüis nousdonnât
UN DAUPHIN.
Sorty d'une origine &fi noble &fi
pure,
Que de vertus en lay promettoit la Nature ,
Etqui nese fûtpas repoféſurſafoy?
Mais commeelle auroit pû nefaire en luy qu'unRoy,
Loüis fait un Héros si digne de l'Empire,
Que nous l'élirions tous s'il fe devoie
élire.
Peuples , le croirez-vous ? de cette mesmemain Dont le Foudre vangeur ne part jamaisen vain ,
Sous qui l'audace tremble , & l'or.
gueil s'humilie ,
Iltrace pource Fils l'Histoire de ſa
vie,
Ce long enchaînement bautsFaits,
ce tiffu de
GALANT. 201
Qu'aucuns momens oyſifs n'interrom
pentjamais ;
Ne nousfigurons point qu'il la borne àdécrire
Vn Empire nouveauqui groſſit nostre
Empire ,
Nos Drapeauxarborezfur ces fuper- bes Forts
D'où Cambray défioit nos plus vail lans efforts,
Etd'Espagnolsdéfaits ces Campagnes
couvertes,
Et la riche Sicile adjoûtée à leurs
pertes, [laiſfer Exploits trop publiez, &dont il veur L'exemple à tous les Roiss'ils l'ofent embraffer.
Maisles profondsſecrets desa baute Sagesse,
Ce n'est qu'àſon DAUPHIN que ce Hérosteslaiffe:
Tousces vaftes deffeins qu'execute un
instant,
Etdontil nenousvient que le bruit éclatant,
Lesyeux seulsde fon Fils découvrens teurnaiſſance.
Sij
202 LE MERCVRE
Il les voit lentement meurir dans le
filence,
Et recevoir toûjours d'inſenſiblesprogrés,
'Tant que tout à l'envy réponde dis Succés,
Etque de tous coſtez la Fortunefoû- mise Se trouve hors d'état de trahir l'entrepriſe.
Tremblez, fiers Espagnols; Belges,
reconnoissez Dequoyparces Leçons vous estes me-.
nacez.
Quand Loüis affrontant vos feux
vos machines ,
Devos murs abbatus entaſſe lesruïnes,
Querien nese dérobe àson juste conroux ,
Peut- estre n'est-il pas plus à craindre
pourvous ,
Que quand avec les Soins de l'amour paternelle ,
Ils'attache àformer fon Fils furfon
modele.
Dans ce Present qu'il fait àſes i en plescharmez2
GALANT. 203 Combien d'autres Preſensse trouvent
renfermez!
Ilnousdonne en luyfeuldes Victoires certaines,
Ilnous donne l'Ibere accablé de nos
chaînes.
Combien, heureuxFraçois,devez-vous
àLoüis 7
Pour toutes les vertus dont il orne co
Fils!
Maiss'il falloit encor, qu'à cesvertus
guerrieres ,
LesMuses, tes beaux Artspretaffent
leurslumieres,
Combienluy devez-vous pourlegrand
Montaufier,
Qu'à ce noble travail ildaigne af- focier!
Il est cent ¢ Rois dont peut-eftre l'Histoire,
Dans lafoule desRoiscacheroit lame
moire,
Si de leurs Succeſſeurs l'indigne lacheté, [pas merité;
Ne leur donnoit l'éclat qu'ils n'ont
Princés de qui les Noms avec gloire furvivent,
Sij
204 LE MERCURE
Parce qu'on les compare avec ceux qui lesſuivent.
Quelquefois mesme un Roy qui ne se répond pas Qued'affez longs regrets honorentfon trépas ,
Par un tourpolitiqueen ſecretſeménage D'un indigne Heritier le honteux .
anantage. [defau's;
Tibere deût l'Empire à ses beurenxx
Anguste eust pû d'ailleurs craindre pen de Rivaux;
1
<
Maisenfin aux Romainssa vertufut plus chere Quand elle eutleſecours desvicesde
Tibere :
Tudédaignes , Loüis , ces Maximes d'Etat,
Tu veux qu'un Succeffeur augmente ton éclat
Mais loin qu'à ses dépens ton grand Nomſe ſoutienne ,
Tu veux queparsagloire il augmente la tienne.. Animé de ton Sang, formé par tes Leçons
GALANT. 20
DeDisciple &de Fils reüniſſant les Noms ,
Quelleshautes vertuspeut- ilfaire pa- rolltre ,
Qu'il n'herite d'un Pere,ou n'apprenned'un Maistre?
Les Peuples conteront aurang de tes
bien-faits Lebonheurdontfamain comblera leurs Souhaits ;
Etpar fon bras vainqueur nos Ennemis en fuite ,
N'imputeront qu'à toy beur Puiſſance
détruite.
Déjatous nos François Spectateurs de
tes Soins ,
Dans ces voix d'allegreffe àl'envy se
font joins.
Noftre jeune DAUPHINdes beauxde
firs s'enflame,
1
Loüis par ses Leçons luy transmet
-fagrande ame Il attend qu'il le ſuive un jour d'un
pas égal,
Et dans son propre Filsſepromet un Rinal.
MBLANTR
queje pourray trouverdePie- ces Galantes de ſa façon. Ne croyez pas cependant qu'il ne ſoit propre qu'au Stile badin.
Quoyqu'il convienne mieux à
fon âgeque le ſérieux , voyez,
4
198 LE MERCURE
jevous prie, comme il ſe tire d'affaires quand il a de grandes matieres à traiter. Ses Amis
luy ayant conſeillé de travail- lerſur celle que Meſſieurs de l'Academie Françoiſe avoient choiſie pour le Prix qui s'y donne touslesdeux ans, il leur
envoya les Vers qui fuivent.
SUR L'EDUCATION
deMonſeigneur le DAUPHIN, &
✔le ſoin que prend le ROY de dreffer luy-meſme les Memoires
de fon Regne , pour ſervir d'in- ſtruction à ce Prince.
:
CRANCE , de ton pouvoir . F temple l'étenduë
conVoy de tes Ennemis l'Union confondue;
Ils n'ont fait après tout par leurs
vains attentats
Que
GALANT. 199 Que te donner le droit de dompter
leurs Etats.
Floriſſante au dedans , au dehors redoutée,
Enfin au plus haut point ta grandew estmontée.
Maisce rare bonheur , France , dont tujoüis;
Niroit pas au delà du Regne de
Loüis;
Ton Empire chargée des Donsde la
Victoire ,
Succomberoit un jour ſous l'amas de
fagloire,
Si Loüis dont les soins embraſſent l'avenir , [Soûtenir.
Ne te formoit un Roy qui ſçeuſt la Il faut tout un Héros pour le rang qu'il poſſede ,
Amoins qu'on ne l'imite en vain on
luyfuccede.
Que le Sceptre est pénible apres qu'il l'aporté!
Partant d'Etatsfoûmissonpoids s'est augmenté;
イ
Etpar unsi grand Royces Provinces conquiſes,
Tome VI. S
200 LE MERCURE
Dans les mains d'un grand Roy veu- lent estreremiſes.
Peut-estre estoit-ce affez pour remplir cedeſtin,
Quele Sangde Loüis nousdonnât
UN DAUPHIN.
Sorty d'une origine &fi noble &fi
pure,
Que de vertus en lay promettoit la Nature ,
Etqui nese fûtpas repoféſurſafoy?
Mais commeelle auroit pû nefaire en luy qu'unRoy,
Loüis fait un Héros si digne de l'Empire,
Que nous l'élirions tous s'il fe devoie
élire.
Peuples , le croirez-vous ? de cette mesmemain Dont le Foudre vangeur ne part jamaisen vain ,
Sous qui l'audace tremble , & l'or.
gueil s'humilie ,
Iltrace pource Fils l'Histoire de ſa
vie,
Ce long enchaînement bautsFaits,
ce tiffu de
GALANT. 201
Qu'aucuns momens oyſifs n'interrom
pentjamais ;
Ne nousfigurons point qu'il la borne àdécrire
Vn Empire nouveauqui groſſit nostre
Empire ,
Nos Drapeauxarborezfur ces fuper- bes Forts
D'où Cambray défioit nos plus vail lans efforts,
Etd'Espagnolsdéfaits ces Campagnes
couvertes,
Et la riche Sicile adjoûtée à leurs
pertes, [laiſfer Exploits trop publiez, &dont il veur L'exemple à tous les Roiss'ils l'ofent embraffer.
Maisles profondsſecrets desa baute Sagesse,
Ce n'est qu'àſon DAUPHIN que ce Hérosteslaiffe:
Tousces vaftes deffeins qu'execute un
instant,
Etdontil nenousvient que le bruit éclatant,
Lesyeux seulsde fon Fils découvrens teurnaiſſance.
Sij
202 LE MERCVRE
Il les voit lentement meurir dans le
filence,
Et recevoir toûjours d'inſenſiblesprogrés,
'Tant que tout à l'envy réponde dis Succés,
Etque de tous coſtez la Fortunefoû- mise Se trouve hors d'état de trahir l'entrepriſe.
Tremblez, fiers Espagnols; Belges,
reconnoissez Dequoyparces Leçons vous estes me-.
nacez.
Quand Loüis affrontant vos feux
vos machines ,
Devos murs abbatus entaſſe lesruïnes,
Querien nese dérobe àson juste conroux ,
Peut- estre n'est-il pas plus à craindre
pourvous ,
Que quand avec les Soins de l'amour paternelle ,
Ils'attache àformer fon Fils furfon
modele.
Dans ce Present qu'il fait àſes i en plescharmez2
GALANT. 203 Combien d'autres Preſensse trouvent
renfermez!
Ilnousdonne en luyfeuldes Victoires certaines,
Ilnous donne l'Ibere accablé de nos
chaînes.
Combien, heureuxFraçois,devez-vous
àLoüis 7
Pour toutes les vertus dont il orne co
Fils!
Maiss'il falloit encor, qu'à cesvertus
guerrieres ,
LesMuses, tes beaux Artspretaffent
leurslumieres,
Combienluy devez-vous pourlegrand
Montaufier,
Qu'à ce noble travail ildaigne af- focier!
Il est cent ¢ Rois dont peut-eftre l'Histoire,
Dans lafoule desRoiscacheroit lame
moire,
Si de leurs Succeſſeurs l'indigne lacheté, [pas merité;
Ne leur donnoit l'éclat qu'ils n'ont
Princés de qui les Noms avec gloire furvivent,
Sij
204 LE MERCURE
Parce qu'on les compare avec ceux qui lesſuivent.
Quelquefois mesme un Roy qui ne se répond pas Qued'affez longs regrets honorentfon trépas ,
Par un tourpolitiqueen ſecretſeménage D'un indigne Heritier le honteux .
anantage. [defau's;
Tibere deût l'Empire à ses beurenxx
Anguste eust pû d'ailleurs craindre pen de Rivaux;
1
<
Maisenfin aux Romainssa vertufut plus chere Quand elle eutleſecours desvicesde
Tibere :
Tudédaignes , Loüis , ces Maximes d'Etat,
Tu veux qu'un Succeffeur augmente ton éclat
Mais loin qu'à ses dépens ton grand Nomſe ſoutienne ,
Tu veux queparsagloire il augmente la tienne.. Animé de ton Sang, formé par tes Leçons
GALANT. 20
DeDisciple &de Fils reüniſſant les Noms ,
Quelleshautes vertuspeut- ilfaire pa- rolltre ,
Qu'il n'herite d'un Pere,ou n'apprenned'un Maistre?
Les Peuples conteront aurang de tes
bien-faits Lebonheurdontfamain comblera leurs Souhaits ;
Etpar fon bras vainqueur nos Ennemis en fuite ,
N'imputeront qu'à toy beur Puiſſance
détruite.
Déjatous nos François Spectateurs de
tes Soins ,
Dans ces voix d'allegreffe àl'envy se
font joins.
Noftre jeune DAUPHINdes beauxde
firs s'enflame,
1
Loüis par ses Leçons luy transmet
-fagrande ame Il attend qu'il le ſuive un jour d'un
pas égal,
Et dans son propre Filsſepromet un Rinal.
MBLANTR
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Résumé : SUR L'EDUCATION de Monseigneur le DAUPHIN, & le soin que prend le ROY de dresser luy-mesme les Memoires de son Regne, pour servir d'instruction à ce jeune Prince.
L'auteur d'une lettre et d'un poème exprime sa satisfaction que la dame à qui il écrit ait rendu hommage au marquis de Fontenelle dans sa province. Il accepte de rassembler des pièces galantes de Fontenelle, soulignant que ce dernier est capable de traiter des sujets sérieux malgré son style badin. Le poème, intitulé 'Sur l'éducation de Monseigneur le Dauphin', célèbre les vertus et les réalisations du roi Louis XIV et de son fils, le Dauphin. Il met en avant les succès militaires de la France sous Louis XIV, notamment la prise de Cambrai et de la Sicile. Le poème souligne également les soins que le roi prend pour éduquer le Dauphin, lui transmettant ses connaissances et ses victoires. Cette éducation vise à former le Dauphin selon le modèle de son père, afin qu'il puisse continuer et augmenter la gloire de la France. Le texte insiste sur l'importance de cette éducation, espérant que le Dauphin suivra les pas de son père et continuera à apporter bonheur et victoire à la France. Le poème se conclut par cet espoir, soulignant la transmission des valeurs et des succès militaires de Louis XIV à son fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
s. p.
A MONSEIGNEUR LE DUC DE MONTAUSIER, PAIR DE FRANCE, &c. Gouverneur de Monseigneur le DAUPHIN.
Début :
MONSEIGNEUR, Quoy que le Mercure Galant semble estre devenu le [...]
Mots clefs :
Livre, Article, Dauphin, Éducation, Sentiments politiques, Art de régner, Armes
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DUC DE MONTAUSIER, PAIR DE FRANCE, &c. Gouverneur de Monseigneur le DAUPHIN.
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE
MONTAVSIER,
PAIR DE FRANCE, &c.
Gouverneur de Monfeigneur LE DAUPHIN.
ME ONSEIGNEUR ,
Quoyque le Mercure Galantſemble eſtre devenule Livre de tout le monde,
celuy que je prens la liberté de vous offrir eft tellement à vous , que j'ay crû que vous ne defaprouveriez pas que je luyfiſſe porter votre Illustre Nom. Ce qu'il contient deplus relevé regarde l'E- ducationde MonseigneurleDAUPHIN
2
aij
EPISTRE.
C'est l'Article le plus étendu , parce qu'il est impoſſible de renfermer en peu de paroles le prétieux Sujet de tant de veilles & de tant de foins ; Etquel au..
tre que Vous , MONSEIGNEUR, a
autant de part que vous en avezàcette merveilleuse Education qui nous fait admirer dans ce jeune Prince toutes les
qualitez qui le pouvoient rendre digne d'étre Fils de LOUIS LE GRAND ?
C'est Vous qui luy inspirez les Vertus
qui font particulieres aux Perſonnes de SonRing. C'est Vousqui lefaites entrer dans les Sentimens Politiques qui dơi vent eftre la principale Einde des Son- verains ; Et le Roy luydonnant lesve- ritables Regles dugrandArt de regner,
parles Memoiresqu'il prendſoin de luy dreffer de sa vie, C'eſt Vous qui luy ren- dezces secoursſenſibles , &luy appre- nez à meriter parluy-méme les avan- tagesqui luy fontdeſtinez parsa Naif Sance. L'honneurque vous avez reçen
par le choix que cet incomparable Mo- narque afait de Vous pour vous confier ce qu'apres Luy la France a de plus cher &deplus Auguste aestéfait par
EPISTRE.
d'autres Rois en differens Siecles aux
plus confiderables de l'Etat ; mais ces Rois qui les ont choiſts n'estoient point LOUIS XIV. &comme ils n'avoient
pas cette vive source de lumieres dont il
est éclairé dans tout-ce qu'ilfait, ils ont pû donner à lafaveur, ce que l'expe rience nousfait vairque vous vous estes
attirépar leplusfolide merite. Cette
gloire,MONSEIGNEUR,eftfi écla
tante &fiparticuliere pour Kous , que quoy que toute votre viefoit une ma- tiere inépuisable d'Eloges; Dire que le
Royvous a fait Gouverneur de Mon.
Seigneurle DAUPHIN, &que lesbautes Idéesque vous luy avezfaitprendre decequ'il est né,l'ontrendu ce que nons
Levoyons,c'est dire plus que les Panegyriques les plus achevez,nepourroient faire concevoir des plus Grands Hommes. C'est auffi àcettefeule lanange que je m'arreste ,&quelque liberté que je prenne devouspreſentercette Partiedu Mercure,je me trouve en méme temps contraint d'avoüer que le Mercure, ne doit point estre pour Vous. Il est lenpar tout,&on l'estime parce qu'en faisant
a iij
EPISTRE.
connoîtreles merveilles que produittous lesjours la France ,ilya pen de Pais Etrangers oùil ne donneſujet de l'ad- mirer ; Mais , MONSEIGNEUR,
quand ildira que vous estes d'une des plusnobles &plus anciennes Maiſons du Royaume , que vous avez l'Esprit auſſi grand que la naiſſance,que vôtre Courage les égale l'un &l'autre, &que malgré l'attachement que vous avez toûjours en pour lesBelles Lettres, vous n'avezlaiſſé échaper aucune occaſionde vousfignalerparles Armes ,que dira- t-il quinefoit connudanstous les lieux oùsabonnefortune luy afait trouver de V'accés ? L'Italie ne vous a-t- elle pas veu aux Siegesde Roſignan &de Cafal donnerdés vôtrejeuneâgedes marques
decette Valeur dont la Lorraine a de
puis esté témoin, &que l'Alsacen'apu s'empécher en suite d'admirer, quand
vous trouvantfous lefeu DucdeVuei- mar àl'attaque de la Ville&Forteresse de Brisac,vous yfiſtes tout cequ'onpeut attendre d'un Homme à qui les grandes Occafions inspirent la plus impatiente urdeur defediftinguer ? Io neparleny
EPISTRE.
C
des autres Sieges, ny d'une infinitéde Rencontresqui ont toutes fervyàfaire éclater vôtre Courage. Ielaiſſe laBa- tailledeCerné,dans laquelle vous prites devôtremain trois Etendars de CavaLerie. Avec quelle gloire n'avez- vous pas chalcombatu deCampendeAllemagne l' Arméeque ,feulcomman Maré-EELDE
doit feu Monfieur le Mareſchal Lyc Guebriant ? La Haute & Baffle Al /893 *
dont le Royvous avoit confié le Com mandement, n'oublieront jamais l'intre- pidité avec laquelle vous avez tenute fie aux Ennemis,dont enfin vous nepû- teséviterd'étrefait Prisonnier deguer re,apres vous étre exposépar tout oùle plus preſſant péril vous appelloit. Voilà de grandes Actions , MONSEIGNEUR! Nos Histoires qui en fe rontpleinesvous répondent de l'Immor- valitéque vous avezsi bien meritée ,
mesfoibles expreſſions ne pouvant rien pour vêtre gloire, je ne découvre plus dans ceque je me hazarde à vous offrir,
qu'un ambitieux motifd'amour propre,
qui mefait souhaiter que tout le monde fçache la gracequevous me faites de
EPISTR E.
m'honorer de vôtre protection , &d'a gréerqueje me diſe avec le zele le plus respectueux ,
MONSEIGNEUR,
Voltre tres-humble & tres- obeif
fantServiteur,D
LE DUC
DE
MONTAVSIER,
PAIR DE FRANCE, &c.
Gouverneur de Monfeigneur LE DAUPHIN.
ME ONSEIGNEUR ,
Quoyque le Mercure Galantſemble eſtre devenule Livre de tout le monde,
celuy que je prens la liberté de vous offrir eft tellement à vous , que j'ay crû que vous ne defaprouveriez pas que je luyfiſſe porter votre Illustre Nom. Ce qu'il contient deplus relevé regarde l'E- ducationde MonseigneurleDAUPHIN
2
aij
EPISTRE.
C'est l'Article le plus étendu , parce qu'il est impoſſible de renfermer en peu de paroles le prétieux Sujet de tant de veilles & de tant de foins ; Etquel au..
tre que Vous , MONSEIGNEUR, a
autant de part que vous en avezàcette merveilleuse Education qui nous fait admirer dans ce jeune Prince toutes les
qualitez qui le pouvoient rendre digne d'étre Fils de LOUIS LE GRAND ?
C'est Vous qui luy inspirez les Vertus
qui font particulieres aux Perſonnes de SonRing. C'est Vousqui lefaites entrer dans les Sentimens Politiques qui dơi vent eftre la principale Einde des Son- verains ; Et le Roy luydonnant lesve- ritables Regles dugrandArt de regner,
parles Memoiresqu'il prendſoin de luy dreffer de sa vie, C'eſt Vous qui luy ren- dezces secoursſenſibles , &luy appre- nez à meriter parluy-méme les avan- tagesqui luy fontdeſtinez parsa Naif Sance. L'honneurque vous avez reçen
par le choix que cet incomparable Mo- narque afait de Vous pour vous confier ce qu'apres Luy la France a de plus cher &deplus Auguste aestéfait par
EPISTRE.
d'autres Rois en differens Siecles aux
plus confiderables de l'Etat ; mais ces Rois qui les ont choiſts n'estoient point LOUIS XIV. &comme ils n'avoient
pas cette vive source de lumieres dont il
est éclairé dans tout-ce qu'ilfait, ils ont pû donner à lafaveur, ce que l'expe rience nousfait vairque vous vous estes
attirépar leplusfolide merite. Cette
gloire,MONSEIGNEUR,eftfi écla
tante &fiparticuliere pour Kous , que quoy que toute votre viefoit une ma- tiere inépuisable d'Eloges; Dire que le
Royvous a fait Gouverneur de Mon.
Seigneurle DAUPHIN, &que lesbautes Idéesque vous luy avezfaitprendre decequ'il est né,l'ontrendu ce que nons
Levoyons,c'est dire plus que les Panegyriques les plus achevez,nepourroient faire concevoir des plus Grands Hommes. C'est auffi àcettefeule lanange que je m'arreste ,&quelque liberté que je prenne devouspreſentercette Partiedu Mercure,je me trouve en méme temps contraint d'avoüer que le Mercure, ne doit point estre pour Vous. Il est lenpar tout,&on l'estime parce qu'en faisant
a iij
EPISTRE.
connoîtreles merveilles que produittous lesjours la France ,ilya pen de Pais Etrangers oùil ne donneſujet de l'ad- mirer ; Mais , MONSEIGNEUR,
quand ildira que vous estes d'une des plusnobles &plus anciennes Maiſons du Royaume , que vous avez l'Esprit auſſi grand que la naiſſance,que vôtre Courage les égale l'un &l'autre, &que malgré l'attachement que vous avez toûjours en pour lesBelles Lettres, vous n'avezlaiſſé échaper aucune occaſionde vousfignalerparles Armes ,que dira- t-il quinefoit connudanstous les lieux oùsabonnefortune luy afait trouver de V'accés ? L'Italie ne vous a-t- elle pas veu aux Siegesde Roſignan &de Cafal donnerdés vôtrejeuneâgedes marques
decette Valeur dont la Lorraine a de
puis esté témoin, &que l'Alsacen'apu s'empécher en suite d'admirer, quand
vous trouvantfous lefeu DucdeVuei- mar àl'attaque de la Ville&Forteresse de Brisac,vous yfiſtes tout cequ'onpeut attendre d'un Homme à qui les grandes Occafions inspirent la plus impatiente urdeur defediftinguer ? Io neparleny
EPISTRE.
C
des autres Sieges, ny d'une infinitéde Rencontresqui ont toutes fervyàfaire éclater vôtre Courage. Ielaiſſe laBa- tailledeCerné,dans laquelle vous prites devôtremain trois Etendars de CavaLerie. Avec quelle gloire n'avez- vous pas chalcombatu deCampendeAllemagne l' Arméeque ,feulcomman Maré-EELDE
doit feu Monfieur le Mareſchal Lyc Guebriant ? La Haute & Baffle Al /893 *
dont le Royvous avoit confié le Com mandement, n'oublieront jamais l'intre- pidité avec laquelle vous avez tenute fie aux Ennemis,dont enfin vous nepû- teséviterd'étrefait Prisonnier deguer re,apres vous étre exposépar tout oùle plus preſſant péril vous appelloit. Voilà de grandes Actions , MONSEIGNEUR! Nos Histoires qui en fe rontpleinesvous répondent de l'Immor- valitéque vous avezsi bien meritée ,
mesfoibles expreſſions ne pouvant rien pour vêtre gloire, je ne découvre plus dans ceque je me hazarde à vous offrir,
qu'un ambitieux motifd'amour propre,
qui mefait souhaiter que tout le monde fçache la gracequevous me faites de
EPISTR E.
m'honorer de vôtre protection , &d'a gréerqueje me diſe avec le zele le plus respectueux ,
MONSEIGNEUR,
Voltre tres-humble & tres- obeif
fantServiteur,D
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE DUC DE MONTAUSIER, PAIR DE FRANCE, &c. Gouverneur de Monseigneur le DAUPHIN.
L'épître est adressée à Monseigneur le Duc de Montausier, Gouverneur du Dauphin. L'auteur souligne que le Mercure Galant, bien que public, est dédié au Duc en raison de son rôle crucial dans l'éducation du Dauphin. Le Duc est loué pour ses qualités et ses mérites, notamment pour inspirer au Dauphin les vertus nécessaires à sa future royauté. Il transmet également les règles de gouvernement à travers les mémoires du roi Louis XIV. Le Duc est également reconnu pour son courage et ses exploits militaires. Il a participé aux sièges de Rosignan, Casal, et Brisac, ainsi qu'à la bataille de Cérisols, où il a capturé trois étendards de cavalerie. Son commandement en Alsace est également mentionné. Malgré sa capture lors d'une bataille, son courage et son dévouement sont soulignés. L'épître se conclut par l'expression de la gratitude de l'auteur pour la protection et l'honneur que lui accorde le Duc.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 86-89
BALLADE AU ROY.
Début :
Je voudrois qu'il n'en coûtast pas davantage / Charmant et glorieux Vainqueur [...]
Mots clefs :
Copies, Vainqueur, Brûler, Maux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALLADE AU ROY.
e voudrois qu'il n'en coûtaſt pas davantage pour avoir ce que fait Monfieurle Duc.
de S.Aignan ; mais comme il n'en garde point de Copies , on n'a de luy que ce que le hazard fait re- couvrer de ceux à qui il peut l'a- voir adreſſé. C'eſt par cemoyen
GALANT. 55 que laBallade qui fuit m'eſt tom- bée entre les mains.
1.13
2.
BALLADE
AUROY
Harmant & glorieux Vainqueur CQuimetteztous sous vostre Empire,
Cequiſepaſſedans mon cœur Vous voulez donc l'aprendre , SIRE ?
Helas!àtouteheure il ſoupire ,
Etdit accablé de travaux ,
Que brûler &ne l'ofer dire ,
Eftleplusgranddetous les manx.
泰
Monesprit n'aplus de vigueur,
Rienn'estpareil àmonmartyre ,
Etdans l'excésdema langueur
Lenesçay ce que je defire.
Achaque instantmonmal empire Iay des laloux,j'ay des Rivaux;
Mais brûler ne l'ofer dire ,
Est le plus granddetous mesmaux.
Civ
36 LE MERCVRE
Onvoit ma trifte conleur STUNG SA Vnchangement que l'on admire.
L'excés dema vive douleur
Tous lesplaiſirs vient m'interdire.
Lenesçaysi l'onpeutdécrire Des tourmensqui n'ont point d'égauxz Mais brûler &ne l'ofer dire
Eft leplus granddetous les maux.
ENVOY.
Ah!GrandRoy,voit-on rien depire,
Entre lesplus fiers Animaux,
Quel'Hominefujet àmédire;
Et brûler &l'ofer dire,
N'est-cepas leplus grand des maux ?
de S.Aignan ; mais comme il n'en garde point de Copies , on n'a de luy que ce que le hazard fait re- couvrer de ceux à qui il peut l'a- voir adreſſé. C'eſt par cemoyen
GALANT. 55 que laBallade qui fuit m'eſt tom- bée entre les mains.
1.13
2.
BALLADE
AUROY
Harmant & glorieux Vainqueur CQuimetteztous sous vostre Empire,
Cequiſepaſſedans mon cœur Vous voulez donc l'aprendre , SIRE ?
Helas!àtouteheure il ſoupire ,
Etdit accablé de travaux ,
Que brûler &ne l'ofer dire ,
Eftleplusgranddetous les manx.
泰
Monesprit n'aplus de vigueur,
Rienn'estpareil àmonmartyre ,
Etdans l'excésdema langueur
Lenesçay ce que je defire.
Achaque instantmonmal empire Iay des laloux,j'ay des Rivaux;
Mais brûler ne l'ofer dire ,
Est le plus granddetous mesmaux.
Civ
36 LE MERCVRE
Onvoit ma trifte conleur STUNG SA Vnchangement que l'on admire.
L'excés dema vive douleur
Tous lesplaiſirs vient m'interdire.
Lenesçaysi l'onpeutdécrire Des tourmensqui n'ont point d'égauxz Mais brûler &ne l'ofer dire
Eft leplus granddetous les maux.
ENVOY.
Ah!GrandRoy,voit-on rien depire,
Entre lesplus fiers Animaux,
Quel'Hominefujet àmédire;
Et brûler &l'ofer dire,
N'est-cepas leplus grand des maux ?
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Résumé : BALLADE AU ROY.
Le texte présente une ballade adressée à un souverain, probablement le roi de France. La ballade a été retrouvée par hasard, car son auteur, Monsieur le Duc, ne conserve pas de copies de ses œuvres. Le poète exprime sa douleur et sa langueur, se sentant accablé par des travaux et des désirs inavouables. Il mentionne ses rivaux et la tristesse de sa condition, soulignant que la pire de ses souffrances est de brûler de dire ce qu'il ne peut avouer. Le poète compare également la condition humaine à celle des animaux, se demandant si l'homme est le plus sujet à la médisance. La ballade se conclut par une interrogation sur la pire des souffrances humaines, qui serait de brûler de dire ce qu'on ne peut avouer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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63
p. 138-148
POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Début :
Quel éclat s'offre encore à mes yeux ébloüis ? [...]
Mots clefs :
Ennemis, Orgueil, Roi, Grandeur, Troupes, Armée, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
POVR LE ROY.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
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Résumé : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Le poème célèbre les victoires militaires du roi Louis, mettant en lumière ses exploits en Flandre et en Sicile, ainsi que la mort de l'amiral néerlandais Ruyter. Le poète exprime son désir de célébrer ces événements sans se conformer aux contraintes poétiques traditionnelles, cherchant une expression plus authentique et directe. Il appelle les muses et les poètes à se libérer des conventions littéraires pour se concentrer sur la vérité des faits. Le texte invite à décrire les batailles avec réalisme, en montrant les efforts et les sacrifices des soldats, et en contrastant avec les illusions des ennemis. Il met en avant la bravoure et la générosité du roi, qui combat les ennemis tout en sauvant les peuples opprimés. Le poème souligne la nécessité de victoires éclatantes pour convaincre les ennemis de la supériorité du roi. Il décrit des batailles navales victorieuses, où les flottes ennemies sont détruites, et appelle les ennemis à reconnaître la domination de Louis sur terre et sur mer. Le poème se termine en soulignant comment l'ambition et l'orgueil des ennemis ont transformé Louis en une figure redoutable, tant sur terre que sur les flots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 229-230
SUR LE CHASTEAU DE S. GERMAIN, Gravé par Monseigneur le Dauphin.
Début :
Graveur Auguste & sans égal, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Château de S. Germain, Peindre, Renommée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE CHASTEAU DE S. GERMAIN, Gravé par Monseigneur le Dauphin.
SUR LE CHASTEAU
DE S. GER MAIN ,
Gravé par Monſeigneur le Dauphin.
Raveur Auguste fans égal,
Gonapres Le Grand Louis
l'Univers admire ,
Quand on vous verroit peindre &gra- ver affez mal ,
Quel Cenfeur oferoit y trouver à re- dire?
Maisonvous voit brillant comme un autre Soleil
Effacer le renomde Liſippe &d'Apelle ;
Vous trouver toujours fans pareil.
N'estpas une chose nouvelle.
Pourmoyje ne sçaurois , à moins d'un Inpromptu,
Vanter
GALANT.
145 Vanter le beau Preſent qu'il vousplaist de mefaire ,
Le langage des Dieux , de la haute
Vertu
Est la récompense ordinaire.
Simondefſſein est un peu temeraire ,
I'en obtiendraypeut- estre lepardon Envousdiſant d'une voix animée Qu'un jour malgré les coups, lapoudre,
lafumée,
Lescris , l'acier luiſant, &lebruit du Canon ,
Vousgraverezencor mieuxvoſtre Nors
AuTemple de la Renommée.
DE S. GER MAIN ,
Gravé par Monſeigneur le Dauphin.
Raveur Auguste fans égal,
Gonapres Le Grand Louis
l'Univers admire ,
Quand on vous verroit peindre &gra- ver affez mal ,
Quel Cenfeur oferoit y trouver à re- dire?
Maisonvous voit brillant comme un autre Soleil
Effacer le renomde Liſippe &d'Apelle ;
Vous trouver toujours fans pareil.
N'estpas une chose nouvelle.
Pourmoyje ne sçaurois , à moins d'un Inpromptu,
Vanter
GALANT.
145 Vanter le beau Preſent qu'il vousplaist de mefaire ,
Le langage des Dieux , de la haute
Vertu
Est la récompense ordinaire.
Simondefſſein est un peu temeraire ,
I'en obtiendraypeut- estre lepardon Envousdiſant d'une voix animée Qu'un jour malgré les coups, lapoudre,
lafumée,
Lescris , l'acier luiſant, &lebruit du Canon ,
Vousgraverezencor mieuxvoſtre Nors
AuTemple de la Renommée.
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Résumé : SUR LE CHASTEAU DE S. GERMAIN, Gravé par Monseigneur le Dauphin.
Le texte est une dédicace poétique au Dauphin, louant Louis XIV. Il compare la grandeur du roi à celle d'un soleil éclatant et à celle des artistes antiques comme Lisippe et Apelle. Simon, un artiste, prédit que Louis XIV gravera son nom au Temple de la Renommée malgré les dangers symbolisés par les armes et les cris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 230-231
Autres Vers de M. de Tierceville sur le mesme Sujet. [titre d'après la table]
Début :
Voicy de quelle maniere on a fait parler ce mesme / Celuy dont la main m'a gravé [...]
Mots clefs :
Château de S. Germain, Exploits, Gravure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Vers de M. de Tierceville sur le mesme Sujet. [titre d'après la table]
Voicydequelle maniereon a
fait parler ce meſme Chaſteau de S. Germain ſur la meſime
Graveure.
CEluy dont lamainm'agravé ,
Bientoſt par mille Exploits tous rayon nansdegloire ,
Se burinant luy- mesme au Temple de Memoire,
Tome VII. G
146 LEMERCVRE
S'enva dansce grandArt estre un Mai- ſtreachevé.
fait parler ce meſme Chaſteau de S. Germain ſur la meſime
Graveure.
CEluy dont lamainm'agravé ,
Bientoſt par mille Exploits tous rayon nansdegloire ,
Se burinant luy- mesme au Temple de Memoire,
Tome VII. G
146 LEMERCVRE
S'enva dansce grandArt estre un Mai- ſtreachevé.
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66
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, Donné à S. Germain [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Trhilegedu 7\?y>
P
Ar Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le if.Fev. 167t.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villet,
Il eft permis au Sieur DAN.de faire iny
primer, vendre & débiter par tel Imprr*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
Livre intitulé Le Mercure Galant» en
un ou plufieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
. que chaque Volume fera achevé d’impnmer pour la première fois. Et defenfes font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
lefdits Volumes, à peine de fîx mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porte
eldites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1671. . Signé, D.Thierry, Syndic.
P
Ar Grâce & Privilège du Roy, Donne
à S. Germain en Laye le if.Fev. 167t.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, Villet,
Il eft permis au Sieur DAN.de faire iny
primer, vendre & débiter par tel Imprr*
meur & Libraire qu’il voudra choifir, un
Livre intitulé Le Mercure Galant» en
un ou plufieurs Volumes, pendant le temps
de dix années entières , à compter du jour
. que chaque Volume fera achevé d’impnmer pour la première fois. Et defenfes font
faites à toutes Perfonnes de contrefaire
lefdits Volumes, à peine de fîx mille livres
d’amende, ainfi que plus au long il eft porte
eldites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 27. Février 1671. . Signé, D.Thierry, Syndic.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le roi de France accorde un privilège au Sieur DAN le 11 février 1671 pour imprimer, vendre et distribuer 'Le Mercure Galant' pour dix ans. Toute contrefaçon est interdite sous peine d'une amende de six mille livres. Le privilège est enregistré le 27 février 1671 par le syndic D. Thierry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 29-37
RUPTURE.
Début :
A dire le vray, Madame, c'est une terrible affaire que / Quoy qu'on ait dit jusqu'à ce jour, [...]
Mots clefs :
Amour, Changement, Lasser, Inconstance, Libertin, Désirs, Plaisirs, Commerce nouveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUPTURE.
A dire le vray , Madame,
c'eſt une terrible affaire que de s'obliger d'aimer par Contract.
Le cœur qui veut eſtre toûjours
18 LE MERCVRE
libre dans fon choix , & qui fe
plaiſt quelquefois à choiſir fou- vent,n'a pas delegeres contrain- tes à ſouffrir, quand le devoir luy rend l'amour neceffaire. Il faut ſe faire de grands efforts pourſe ſoſûmettredebonnegra- ce à ſa tyrannie , &c'eſt une vio- lence dont je doute que celuy qui a fait les Vers queje vous envoye s'accommodat aiſement.
Vous le connoiſſez. Il a plus d'eſprit qu'il neveutlaiffer croi-- re qu'il en a , & ce que vous allez lire vous perfuadera ſans peine qu'il tourne les chofes fi- nement. C'eſt tout ce que vous ſçaurez de luy. Il a tellement peur que cette petite Piece ne vous le faffe croire trop libertin en amour, qu'il ne me l'a don- néequ'en me faiſant promettre que je vous cachetois fon nom.
GALANT. 19
わわわわわわ
RVPTVRE.
Voy qu'on ait dit jusqu'à ce jour,
Le changement , Iris ,n'est pas unsi grand crime;
On paffe fort fouvent de l'estime àl'ay
mour,
Paſſonsdel'amour à l'eſtime.
Comme ilcommence ànous laffer Rompons les nœudsſecrets de notreins
telligence Aquoybonnouspicquerd'unefote con- Stance,
Qui ne fert plus qu'à nous emba
raffer ?
Quand le Cœur que charmoit un pan- chant agreable ,
N'enfaitplusſafelicité,
Doit-anle croirefi coupable
20 LE MERCVRE
Pour le voir s'affranchir du dégoust qui
l'accable
Enmanquant de fidelité ?
C'est une vertu chimérique Dont il faut reformer l'erreur ;
L'usage en paroit tyrannique ,
Etpourentretenirune amoureuse ardeur Ilfaut je-ne-fçay-quoy qui pique.
C'est là ce qui cauſe aux Amans
Cequepour la Perſonne aimée Ils ontdedoux empreſſemens ;
Etpourune Amebien charmée,
Que l'amour ad'appasdansles commencemens !
Commeil ne fait que naiſtre , il est ardent,fidelle ,
Tous luy plaiſt dans l'Objet qui cauſe ſesdefirs,
Et le premier éclat d'une ardeur mutuelle Rempliſſant ſes ſouhaits ,le comble de
plaisirs.
ア
GALANT. 21
Mais on languit, Iris , fans cette donce
amorce
Quenous preste la nouveauté ;
Et de la paſſion le temps détruit la
force,
Sansqu'on sefoit fait mesme une infidelité.
Ne souhaitant plus rien, on nesçait ou Seprendre , L
La ſympathie alors est d'un foible feL'Amour nefefait plus entendre ,
Et par un changement difficile àcom- prendre ,
On ceffe d'eftre heureuxparce qu'on l'est toûjours.
Oùsont ces douxtranſports où j'estois fi *fenfible ?
Vous lespartagiez avec moy ,
Rien ne vous estoit impoſſible
Quandvous croyiez devoir reconnoistre
mafoy.
22 LE MERCVRE
Nous avions chaque jour cent choses à
nous dire
Nous confondions tous nos defirs ;
S'ilfalloit nos quiter , Dieux , le cruel
martyre ,
Etqu'il nous coûtoit defoûpirs!
Mais l'absence pournous ceſſe d'eftre une
peine ,
Jene suis plus reſveur éloigné devos
yeux ,
Vous écoutez Damon , j'en conte àCelimene;
Etcommeenfin l'amour l'un pourl'autre
nous geſne ,
Nousquiter cefera le mieux.
L'inconstance apres tout estunvice com- mode.
De quelque bel Obiet qu'on puiſſe estre
charmé,
Il est bon deſuivre la mode,
Quiſoufrepeude temps que le cœurs'aca commode
GALAN T. 23 De l'habitude d'estre aimé.
Aforce defoins ,l'Amour s'use ,
Onn'ysçauroit trouver toniours lemesme appas ,
Et l'Etoile au beſoin nouspentfervir d'excufe ,
S'il est encordesdélicats
Quecettevieille erreur abuse ,
Qu'on doit aimer jusqu'au trépas.
Naffectons paint, Iris, d'avoir l'ame heroïque,
Unpeude foibleſſefied bien ,
Ceft de tres-bonne foy qu'avec vousje
m'explique,
Reprenezvostre cœur , je reprendray le mien.
Vous avezmille Amans, j'ay plus d'une Maistreffe,
Un commerce nouveau nous doit paroiſtredoux.
Croyez-moy, quelque Objet où nostre choix s'adreffe
24 LE MERCVRE Nous le verrons tous deuxsansen estre
jaloux.
c'eſt une terrible affaire que de s'obliger d'aimer par Contract.
Le cœur qui veut eſtre toûjours
18 LE MERCVRE
libre dans fon choix , & qui fe
plaiſt quelquefois à choiſir fou- vent,n'a pas delegeres contrain- tes à ſouffrir, quand le devoir luy rend l'amour neceffaire. Il faut ſe faire de grands efforts pourſe ſoſûmettredebonnegra- ce à ſa tyrannie , &c'eſt une vio- lence dont je doute que celuy qui a fait les Vers queje vous envoye s'accommodat aiſement.
Vous le connoiſſez. Il a plus d'eſprit qu'il neveutlaiffer croi-- re qu'il en a , & ce que vous allez lire vous perfuadera ſans peine qu'il tourne les chofes fi- nement. C'eſt tout ce que vous ſçaurez de luy. Il a tellement peur que cette petite Piece ne vous le faffe croire trop libertin en amour, qu'il ne me l'a don- néequ'en me faiſant promettre que je vous cachetois fon nom.
GALANT. 19
わわわわわわ
RVPTVRE.
Voy qu'on ait dit jusqu'à ce jour,
Le changement , Iris ,n'est pas unsi grand crime;
On paffe fort fouvent de l'estime àl'ay
mour,
Paſſonsdel'amour à l'eſtime.
Comme ilcommence ànous laffer Rompons les nœudsſecrets de notreins
telligence Aquoybonnouspicquerd'unefote con- Stance,
Qui ne fert plus qu'à nous emba
raffer ?
Quand le Cœur que charmoit un pan- chant agreable ,
N'enfaitplusſafelicité,
Doit-anle croirefi coupable
20 LE MERCVRE
Pour le voir s'affranchir du dégoust qui
l'accable
Enmanquant de fidelité ?
C'est une vertu chimérique Dont il faut reformer l'erreur ;
L'usage en paroit tyrannique ,
Etpourentretenirune amoureuse ardeur Ilfaut je-ne-fçay-quoy qui pique.
C'est là ce qui cauſe aux Amans
Cequepour la Perſonne aimée Ils ontdedoux empreſſemens ;
Etpourune Amebien charmée,
Que l'amour ad'appasdansles commencemens !
Commeil ne fait que naiſtre , il est ardent,fidelle ,
Tous luy plaiſt dans l'Objet qui cauſe ſesdefirs,
Et le premier éclat d'une ardeur mutuelle Rempliſſant ſes ſouhaits ,le comble de
plaisirs.
ア
GALANT. 21
Mais on languit, Iris , fans cette donce
amorce
Quenous preste la nouveauté ;
Et de la paſſion le temps détruit la
force,
Sansqu'on sefoit fait mesme une infidelité.
Ne souhaitant plus rien, on nesçait ou Seprendre , L
La ſympathie alors est d'un foible feL'Amour nefefait plus entendre ,
Et par un changement difficile àcom- prendre ,
On ceffe d'eftre heureuxparce qu'on l'est toûjours.
Oùsont ces douxtranſports où j'estois fi *fenfible ?
Vous lespartagiez avec moy ,
Rien ne vous estoit impoſſible
Quandvous croyiez devoir reconnoistre
mafoy.
22 LE MERCVRE
Nous avions chaque jour cent choses à
nous dire
Nous confondions tous nos defirs ;
S'ilfalloit nos quiter , Dieux , le cruel
martyre ,
Etqu'il nous coûtoit defoûpirs!
Mais l'absence pournous ceſſe d'eftre une
peine ,
Jene suis plus reſveur éloigné devos
yeux ,
Vous écoutez Damon , j'en conte àCelimene;
Etcommeenfin l'amour l'un pourl'autre
nous geſne ,
Nousquiter cefera le mieux.
L'inconstance apres tout estunvice com- mode.
De quelque bel Obiet qu'on puiſſe estre
charmé,
Il est bon deſuivre la mode,
Quiſoufrepeude temps que le cœurs'aca commode
GALAN T. 23 De l'habitude d'estre aimé.
Aforce defoins ,l'Amour s'use ,
Onn'ysçauroit trouver toniours lemesme appas ,
Et l'Etoile au beſoin nouspentfervir d'excufe ,
S'il est encordesdélicats
Quecettevieille erreur abuse ,
Qu'on doit aimer jusqu'au trépas.
Naffectons paint, Iris, d'avoir l'ame heroïque,
Unpeude foibleſſefied bien ,
Ceft de tres-bonne foy qu'avec vousje
m'explique,
Reprenezvostre cœur , je reprendray le mien.
Vous avezmille Amans, j'ay plus d'une Maistreffe,
Un commerce nouveau nous doit paroiſtredoux.
Croyez-moy, quelque Objet où nostre choix s'adreffe
24 LE MERCVRE Nous le verrons tous deuxsansen estre
jaloux.
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Résumé : RUPTURE.
Dans une correspondance, deux individus discutent de l'amour et de l'inconstance. L'auteur exprime la difficulté de s'obliger à aimer par contrat, soulignant que le cœur aspire à la liberté. Un poète, craignant d'être perçu comme trop libertin, a demandé que son nom reste caché. Le poème joint à la lettre explore les changements dans les sentiments amoureux, passant de l'estime à l'amour et vice versa. Il critique la fidélité absolue en amour, la qualifiant de vertu chimérique, et explique que la passion s'affaiblit avec le temps, même sans infidélité. L'auteur et son interlocutrice, Iris, constatent que leur amour s'est affaibli et décident de se séparer, trouvant l'inconstance plus commode. Ils reconnaissent que l'amour s'use avec le temps et qu'il est naturel de chercher de nouvelles affections. La lettre se conclut par une acceptation mutuelle de leur décision, chacun reprenant son cœur et acceptant de nouvelles relations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 85-106
LETTRE DE Mr LE *** A Mrs de ***
Début :
Si ne sçavois que vous avez de l'amour, & que [...]
Mots clefs :
Vendangeurs, Bal, Village, Femme, Maison, Campagne, Compagnie, Violons, Muscat, Mari, Vendangeuses, Mercure galant, Divertir
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr LE *** A Mrs de ***
LETTRE DEM LE***
Sijen
A Mrs de ***
Ijene ſçavoisque vous avez de l'a- mour , &que la belle Perſonne qui vous attache nesçauroit quiter Paris, je nevouspardonneroispas denepointvenirgoûter avec nous lesplaiſirs de la Campagne,dans une Saiſon ou il y ade longues annéesque nousn'avons eu de fi beauxjours. Il semble que le Soleil ſe leve expréspourfaire fa Courà quanti-- téde Gens choisis de l'un &de l'autre Sexequise trouvent presque dans tous:
nos Villages.Chacun rencontre cequi luy est propre , &à la Houlete prés dont on ne s'estpas encoravisé deſeſervir,la viequ'on mene icy meparoist fi libre fiagreable,queje m'imaginevoirquel quefois ce que Monsieur d'Urfe nous a
point des Bergeres de Ligno. Ons'aſſem- bledansles Prairies , on s'entretient au
borddes Ruiffeaux, &quand le temps
GALAN T. 59 de la Promenade eſt passé,les plusgrax- des Villesn'ont point de Divertiſſemens que nousayonsſujet de regreter. Le croi- rez- vous ? Le Bal, maisle Bal en for- me,ſe donne par tout aux environs ;
comme cen'estque beau Monde , on le
court de Village en Village , comme on faitde Quartier en Quartier à Paris dansle Carnaval. Qu'auroit-on àneſe pasréjouir ? Les Pendanges n'ont peut- estre jamais esté si belles la France triomphe de toutesparts ; &file Ciel nousfavorise d'un Automne tout char- mant,leRoy &ſes Miniſtres travail lent à nous faire trouver agreables les plusvilains jours de laplus rudeSaiſon,
parles soins qu'ilsprennent ou de nous procurerla Paix, ou de nous mettre en étatdenepointsentir les incommoditez de la Guerre. Parmy les Bals de nostre Canton ily en eut undernierement dont In nouveauté ne vous surprendrapeut- estrepas moins qu'elle nous surprit. Ie Soupois chez Mr de***. Ie nesçay fu vous leconnoiffez- C'est unpetit Homme qui aimefort àvoir fes Amis, & dont laMaiſon est un veritable Bijou. On la
Cvj
60 LE MERCVRE
vient voirde tous les costez. Le Lardin
en est fort proprement entretenu. Outre leMuscat qui couvre un Berceau, ilya
des Espaliers qui raportent lesplus ex- cellens Fruitsqu'on puiſſe manger , &je croy que lepetit Homme enferoit part affez libéralement à ceux qui en admi- rent la beauté , ſiſa Femme qui est un peu la Maistreffe , ne trouvoit qu'il est plus judicieux d'en accommoder certai nes Femmes de la Halle qui laviſitent detemps en temps. Apres que nous eû- imesfoupé, on appreſtoit des Cartes pour une Partie d'Hombre , quand le Mai- ftre de la Maisõqui s'estoit approchédes Fenestres , nous appella pour nous faire.
obſerverplusieursflambeaux qui paroif- foient dans La Campagne , &que nous viſmes s'avancerpeuàpeu vers le Villa ge. Ilsy entrerent, &un peu apres nous entendiſmes grandbruit à la Porte , ой trois Carroſſes c'étoiet arreſtez. Ilsavoiet pouraccõpagnement,fix Hommesàche- val veſtus en Paifans, anſſi-bien que les Cocbers &les Laquais.Ceux qui defcen- dirent du premier Carroffe, aveient des Habits unpeu plus propres , mais pour-
GALANT. 6-r
zansde Paifans comme les autres. 'eſtoient des Violons , qui d'abord qu'ils
furent entrezdans la Court ,firent con- noiſtre en joüant qu'on nevenoit là que
pour d'enfer. La Compagnieſuivit. Elle confiftoit enfix Hommes &quatre Femmes veſtus en Vendangeurs & Vendangeuses. Leurs labits estoient de Satin de Gaze d'argent. Les Hommes avoient depetites Hotes argentées ,les Femmes des Paniers de mesme , &les unes &les autres des Serpetes deVen- dangeurs. On ouvrit une grande Salle,
Six Flambeaux portezpar lesfix Hom- mes qui estoient venus àcheval , prêce- derent les Violons qui furentſuivis de cette galante Troupe de Vendangeurs Les Laquaistirerent aufſfitoft desCar- roffes dequoy éclairer la Salle ; &com- meils ne manquoient de rien , &qu'ils estoient en affezgrand nombre pourdan- fer,onnedemeurapaslong-temps à ne rien faire. Le Maistre &la Maiſtreſſe
du Logis furent pris d'abord. Ilsnesça voientquepenſerde cette imprévenega- lanterie. Ils examinoient commemoyqui pouvoient estre les Gens qui ſe donnoient
62 LE MERCVRE
un ſemblable divertiſſement , & ilne nousfut pas possible de le deviner. Tout
ceque nous fçeûmes parquelques mots qui leur échaperent , &qu'ils croyoient Sedire bas ,c'est qu'il yavoit un Duc
parmyeux. On leur entendit meſme ap- pellerun Page , &à l'air de leur danse &àtoutes leursmanieres , ilparût que c'eſtoiet Perſonnes de la plus hauteQua- lité. Lebruit des Violons attiraincontinent danscette Salle tout ce qu'ily avoit de Gens raisonnables dansle Village.
Lesplus joties Paiſannesy vinrent. Eiles eſtoiet déja accoûtumées àſemeſterpar- my les Damesquand il ſe donnoit quelque Feste. Des Bourgeois curieux ſe maſquerent le mieux qu'ils pûrent , &
on peut dire que ce fut un Bal régulier ,
puisque les Masques en furent ,&qu'il yavoitdu Mondede toute efpece. Apres qu'on eutdansé quelque temps , ceux qui avoientamenéles Violonsdemanderêt à
entrer dans le Iardin,&dirent que puis qu'ilsestoient venus pour vendanger , ils neprétendoietpas qu'õles renvoyaſtſans les avoirmisen beſogne. LaMaiſtreſſe de lamaison tremblapourſes Fruits,&vou
GALANT. 63
lut trouver l'heure induë ;mais le petit Homme qui estoit galant ,s'ofrit à estre teur Conducteur ,&dit en riant , Que tout ce qu'il craignoit , c'eſtoit que des Vendangeuſesd'un ſigrand merite ne vouluſſent vendre cherement leur
temps , &qu'ilne fuſt difficile de les payer. Le Jardin fut ouvert , toute la Troupeyentras,le Muſcat fut vendan- gé, &onn'épargna point les Eſpaliers.
LesHores,les Paniers, tout fut remply de ce qu'ily avoitde plus beau Fruit,&
on ne laiſſapresque rien. Le Ieu parut violent , lesdiscours galans cefferent,le petit Homme devintfroid , så Femme encor davantage. Ils vouloientse plaindre , &se retenoient'; on nesçait àqui onparle quand on parle àdes Gensmas- quez. Ils avoientoicy les noms de Duc &de Page , & en ne voulantpas fou- frirqu'on continuact la vendange , ils craignoient den'estre pas Maistres chez eux. Les faux Vendangeurs s'empes- choient derire autant qu'ilspouvoient ,
&en laiſſoient échaper quelques éclats qu'il leur estoit impoſſible de retenir. Les Intereffez rivient du bout des dents. Le
64 LE MERCVRE
Iardinier la Jardiniere, avec les Do
mestiques les plus groſſiers , querelloient ceux qui dépoüilloient les Arbresfi har diment , &alloient jusqu'à les accuferde vol. C'eſtoit affezfoiblement que leurs Maîtresleur ordonnoient deſe taire. Les
faux , mais pourtant trop veritables Vendangeurs ,redoublerent leurs éclats.
de rire à mesurequ'ils voyoient quelque Espalierd'échargé.
Apres qu'ils eurent cueilly tout ce qu'ilsrencontrerent deplus beau,le Ma- ry voyantque c'estoit un malfans reme de ,voulut faire de neceſſité vertu ; &
afin qu'on ne l'accusat pas d'avoirfouf- fert une Galanterie de mauvaiſe grace,
il les mena dansun endroit oùilyavoit encor quelques Arbres à dépouiller. On luyditque ceferoit pour une autrefois ,
parce que des Vendangeurs de leur im- portance n'estoient pas accoustumez à
travaillerfi long- temps; &tandis qu'un d'entr'eux l'afſfura en termesfort éten dus, qu'il n'auroit pas lieudeſe repentir de l'honneſteté qu'il avoit eue les autres monterent en Carroffe. Celuy- cy prit congé dupetitHomme rejoignit sa ComA
GALANT. 65
-
- pagnie , & tout disparut en mesme- temps. Le trouvay l'Avanture auffi bi- zarre qu'il en fut jamais arrivé à per- Sonne. Le Mary qui faisoit le Rieur en enrageant, me demanda ce que jepensois des Vendangeurs,sa Femme lequerella d'avoir conſenty àeſtre la Dupe deleur Mommerie,&nesçachat tous trois quel jugementfaire de leurprocedé,nousren- tramesdans la Salle ,où nous eûmes un
autreſujet de ſurpriſe. Elle estoit encor toute éclairée d'un afſfez grand nombre deBougies qu'ils yavoient fait mettre
pour le Bal,&cette lumiere nousfit ap- percevoir d'abord ſur la Table une par tie des Fruits que nous croyions empor- tez, & qu'ils yavoient fait laiſſer par leurs Gens. La Maîtreſſe du Logis n'en fut que mediocrement confolée. Ils avoient esté cücillis hors de ſaiſon , &
commeils netuy ſembloient pas propres àcequ'elle avoit reſołu d'en faire , elle n'auroit de long-temps cesséde gronder,
fans une Montre de Diamans qui luy faura aux yeux le plus àpropos du mon- de. Elle estoitfur cette mesme Table,avec deriches Tablettes que nous ouvrimes,
66 LE MERCVRE
où nous trouvâmes ces mots écrits.
D'aſſez illuftres Vendangeuſes , qu'on ne dédaigne pas quelquefois de rece- voir à la Cour, ayant eu enviedevos Muſcats, ont crû qu'elles pouvoient ſe donner le plaifir d'exercer voſtre pa- tience enles vendangeant. N'enmur- murez pas. Il y apeut-eſtre des Gens du plus haut rang qui ſouhaiteroient qu'elles ne les miflent pas àde plus fa- cheuſes épreuves.Quelque rude que vous ait pû eſtre celle cy , elles vous priënt de ne l'oublier jamais ; & afin de vousy engager , elles vous laiſſent cetteMontre qui vous fera ſouvenis d'elles toutes les fois que vous y re- garderez à l'heure qu'elles ont fait le dégaſt de vos plusbeaux Fruits. Lepe- titHommetrouva les Vendangeuſesfort honnestes , & cette Galanterie plût fi
fort àſa Femme ,qu'elleſoubaita qu'on revinst le lendemain vendanger aux meſmesconditions ce qui leur estoit de- meuréde Fruits.
Ienevousparleraypoint ,monCher,
detous les autres Bals qui ſeſont don.
nezdansle voisinage. Ie vous marque
GALAN T. 67
F
-
feulement celny-cyàcausede l'Avantu- re. Elle réjouira ſans doute l'aimable Perſonnequivous empeſche de nousve- nirvoir. Tachez à l'en divertir ,& fi
vousjugezqu'elle merite uneplace dans teMercureGalant faites la conter à
F.Autheur,afinqu'il luy donneles em.
belliſſemens dont elle abesoin. Cependant envoyez-moy fix Exemplaires du Vo.
tume du dernier Mois, on me te deman
depar tout oùje vay,&ce n'est pas estre galant quede le refufer aux Belles.C'est par leMercurequ'on apprend toutes les Nouvelles agreables ; &ji Monsieur Mitonacrûlepouvoirnommer la Con- folationdes Provinces , onpeut adjou ter qu'il est lePlaiſir des Compagnies àqui les Vendanges font quiter Paris.
Ienevoyperfonne quine s'en faſſe un fortgranddefa lecture. Tout le monde en est avide,&pendant que les Hom- mess'attachent aux Articlesferieux,les Damesrientdes Historiettes , &s'em
preſſent à chercher le sens des Eni- gmes. Ce 7. d'Octobre 1677
Sijen
A Mrs de ***
Ijene ſçavoisque vous avez de l'a- mour , &que la belle Perſonne qui vous attache nesçauroit quiter Paris, je nevouspardonneroispas denepointvenirgoûter avec nous lesplaiſirs de la Campagne,dans une Saiſon ou il y ade longues annéesque nousn'avons eu de fi beauxjours. Il semble que le Soleil ſe leve expréspourfaire fa Courà quanti-- téde Gens choisis de l'un &de l'autre Sexequise trouvent presque dans tous:
nos Villages.Chacun rencontre cequi luy est propre , &à la Houlete prés dont on ne s'estpas encoravisé deſeſervir,la viequ'on mene icy meparoist fi libre fiagreable,queje m'imaginevoirquel quefois ce que Monsieur d'Urfe nous a
point des Bergeres de Ligno. Ons'aſſem- bledansles Prairies , on s'entretient au
borddes Ruiffeaux, &quand le temps
GALAN T. 59 de la Promenade eſt passé,les plusgrax- des Villesn'ont point de Divertiſſemens que nousayonsſujet de regreter. Le croi- rez- vous ? Le Bal, maisle Bal en for- me,ſe donne par tout aux environs ;
comme cen'estque beau Monde , on le
court de Village en Village , comme on faitde Quartier en Quartier à Paris dansle Carnaval. Qu'auroit-on àneſe pasréjouir ? Les Pendanges n'ont peut- estre jamais esté si belles la France triomphe de toutesparts ; &file Ciel nousfavorise d'un Automne tout char- mant,leRoy &ſes Miniſtres travail lent à nous faire trouver agreables les plusvilains jours de laplus rudeSaiſon,
parles soins qu'ilsprennent ou de nous procurerla Paix, ou de nous mettre en étatdenepointsentir les incommoditez de la Guerre. Parmy les Bals de nostre Canton ily en eut undernierement dont In nouveauté ne vous surprendrapeut- estrepas moins qu'elle nous surprit. Ie Soupois chez Mr de***. Ie nesçay fu vous leconnoiffez- C'est unpetit Homme qui aimefort àvoir fes Amis, & dont laMaiſon est un veritable Bijou. On la
Cvj
60 LE MERCVRE
vient voirde tous les costez. Le Lardin
en est fort proprement entretenu. Outre leMuscat qui couvre un Berceau, ilya
des Espaliers qui raportent lesplus ex- cellens Fruitsqu'on puiſſe manger , &je croy que lepetit Homme enferoit part affez libéralement à ceux qui en admi- rent la beauté , ſiſa Femme qui est un peu la Maistreffe , ne trouvoit qu'il est plus judicieux d'en accommoder certai nes Femmes de la Halle qui laviſitent detemps en temps. Apres que nous eû- imesfoupé, on appreſtoit des Cartes pour une Partie d'Hombre , quand le Mai- ftre de la Maisõqui s'estoit approchédes Fenestres , nous appella pour nous faire.
obſerverplusieursflambeaux qui paroif- foient dans La Campagne , &que nous viſmes s'avancerpeuàpeu vers le Villa ge. Ilsy entrerent, &un peu apres nous entendiſmes grandbruit à la Porte , ой trois Carroſſes c'étoiet arreſtez. Ilsavoiet pouraccõpagnement,fix Hommesàche- val veſtus en Paifans, anſſi-bien que les Cocbers &les Laquais.Ceux qui defcen- dirent du premier Carroffe, aveient des Habits unpeu plus propres , mais pour-
GALANT. 6-r
zansde Paifans comme les autres. 'eſtoient des Violons , qui d'abord qu'ils
furent entrezdans la Court ,firent con- noiſtre en joüant qu'on nevenoit là que
pour d'enfer. La Compagnieſuivit. Elle confiftoit enfix Hommes &quatre Femmes veſtus en Vendangeurs & Vendangeuses. Leurs labits estoient de Satin de Gaze d'argent. Les Hommes avoient depetites Hotes argentées ,les Femmes des Paniers de mesme , &les unes &les autres des Serpetes deVen- dangeurs. On ouvrit une grande Salle,
Six Flambeaux portezpar lesfix Hom- mes qui estoient venus àcheval , prêce- derent les Violons qui furentſuivis de cette galante Troupe de Vendangeurs Les Laquaistirerent aufſfitoft desCar- roffes dequoy éclairer la Salle ; &com- meils ne manquoient de rien , &qu'ils estoient en affezgrand nombre pourdan- fer,onnedemeurapaslong-temps à ne rien faire. Le Maistre &la Maiſtreſſe
du Logis furent pris d'abord. Ilsnesça voientquepenſerde cette imprévenega- lanterie. Ils examinoient commemoyqui pouvoient estre les Gens qui ſe donnoient
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un ſemblable divertiſſement , & ilne nousfut pas possible de le deviner. Tout
ceque nous fçeûmes parquelques mots qui leur échaperent , &qu'ils croyoient Sedire bas ,c'est qu'il yavoit un Duc
parmyeux. On leur entendit meſme ap- pellerun Page , &à l'air de leur danse &àtoutes leursmanieres , ilparût que c'eſtoiet Perſonnes de la plus hauteQua- lité. Lebruit des Violons attiraincontinent danscette Salle tout ce qu'ily avoit de Gens raisonnables dansle Village.
Lesplus joties Paiſannesy vinrent. Eiles eſtoiet déja accoûtumées àſemeſterpar- my les Damesquand il ſe donnoit quelque Feste. Des Bourgeois curieux ſe maſquerent le mieux qu'ils pûrent , &
on peut dire que ce fut un Bal régulier ,
puisque les Masques en furent ,&qu'il yavoitdu Mondede toute efpece. Apres qu'on eutdansé quelque temps , ceux qui avoientamenéles Violonsdemanderêt à
entrer dans le Iardin,&dirent que puis qu'ilsestoient venus pour vendanger , ils neprétendoietpas qu'õles renvoyaſtſans les avoirmisen beſogne. LaMaiſtreſſe de lamaison tremblapourſes Fruits,&vou
GALANT. 63
lut trouver l'heure induë ;mais le petit Homme qui estoit galant ,s'ofrit à estre teur Conducteur ,&dit en riant , Que tout ce qu'il craignoit , c'eſtoit que des Vendangeuſesd'un ſigrand merite ne vouluſſent vendre cherement leur
temps , &qu'ilne fuſt difficile de les payer. Le Jardin fut ouvert , toute la Troupeyentras,le Muſcat fut vendan- gé, &onn'épargna point les Eſpaliers.
LesHores,les Paniers, tout fut remply de ce qu'ily avoitde plus beau Fruit,&
on ne laiſſapresque rien. Le Ieu parut violent , lesdiscours galans cefferent,le petit Homme devintfroid , så Femme encor davantage. Ils vouloientse plaindre , &se retenoient'; on nesçait àqui onparle quand on parle àdes Gensmas- quez. Ils avoientoicy les noms de Duc &de Page , & en ne voulantpas fou- frirqu'on continuact la vendange , ils craignoient den'estre pas Maistres chez eux. Les faux Vendangeurs s'empes- choient derire autant qu'ilspouvoient ,
&en laiſſoient échaper quelques éclats qu'il leur estoit impoſſible de retenir. Les Intereffez rivient du bout des dents. Le
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Iardinier la Jardiniere, avec les Do
mestiques les plus groſſiers , querelloient ceux qui dépoüilloient les Arbresfi har diment , &alloient jusqu'à les accuferde vol. C'eſtoit affezfoiblement que leurs Maîtresleur ordonnoient deſe taire. Les
faux , mais pourtant trop veritables Vendangeurs ,redoublerent leurs éclats.
de rire à mesurequ'ils voyoient quelque Espalierd'échargé.
Apres qu'ils eurent cueilly tout ce qu'ilsrencontrerent deplus beau,le Ma- ry voyantque c'estoit un malfans reme de ,voulut faire de neceſſité vertu ; &
afin qu'on ne l'accusat pas d'avoirfouf- fert une Galanterie de mauvaiſe grace,
il les mena dansun endroit oùilyavoit encor quelques Arbres à dépouiller. On luyditque ceferoit pour une autrefois ,
parce que des Vendangeurs de leur im- portance n'estoient pas accoustumez à
travaillerfi long- temps; &tandis qu'un d'entr'eux l'afſfura en termesfort éten dus, qu'il n'auroit pas lieudeſe repentir de l'honneſteté qu'il avoit eue les autres monterent en Carroffe. Celuy- cy prit congé dupetitHomme rejoignit sa ComA
GALANT. 65
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- pagnie , & tout disparut en mesme- temps. Le trouvay l'Avanture auffi bi- zarre qu'il en fut jamais arrivé à per- Sonne. Le Mary qui faisoit le Rieur en enrageant, me demanda ce que jepensois des Vendangeurs,sa Femme lequerella d'avoir conſenty àeſtre la Dupe deleur Mommerie,&nesçachat tous trois quel jugementfaire de leurprocedé,nousren- tramesdans la Salle ,où nous eûmes un
autreſujet de ſurpriſe. Elle estoit encor toute éclairée d'un afſfez grand nombre deBougies qu'ils yavoient fait mettre
pour le Bal,&cette lumiere nousfit ap- percevoir d'abord ſur la Table une par tie des Fruits que nous croyions empor- tez, & qu'ils yavoient fait laiſſer par leurs Gens. La Maîtreſſe du Logis n'en fut que mediocrement confolée. Ils avoient esté cücillis hors de ſaiſon , &
commeils netuy ſembloient pas propres àcequ'elle avoit reſołu d'en faire , elle n'auroit de long-temps cesséde gronder,
fans une Montre de Diamans qui luy faura aux yeux le plus àpropos du mon- de. Elle estoitfur cette mesme Table,avec deriches Tablettes que nous ouvrimes,
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où nous trouvâmes ces mots écrits.
D'aſſez illuftres Vendangeuſes , qu'on ne dédaigne pas quelquefois de rece- voir à la Cour, ayant eu enviedevos Muſcats, ont crû qu'elles pouvoient ſe donner le plaifir d'exercer voſtre pa- tience enles vendangeant. N'enmur- murez pas. Il y apeut-eſtre des Gens du plus haut rang qui ſouhaiteroient qu'elles ne les miflent pas àde plus fa- cheuſes épreuves.Quelque rude que vous ait pû eſtre celle cy , elles vous priënt de ne l'oublier jamais ; & afin de vousy engager , elles vous laiſſent cetteMontre qui vous fera ſouvenis d'elles toutes les fois que vous y re- garderez à l'heure qu'elles ont fait le dégaſt de vos plusbeaux Fruits. Lepe- titHommetrouva les Vendangeuſesfort honnestes , & cette Galanterie plût fi
fort àſa Femme ,qu'elleſoubaita qu'on revinst le lendemain vendanger aux meſmesconditions ce qui leur estoit de- meuréde Fruits.
Ienevousparleraypoint ,monCher,
detous les autres Bals qui ſeſont don.
nezdansle voisinage. Ie vous marque
GALAN T. 67
F
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feulement celny-cyàcausede l'Avantu- re. Elle réjouira ſans doute l'aimable Perſonnequivous empeſche de nousve- nirvoir. Tachez à l'en divertir ,& fi
vousjugezqu'elle merite uneplace dans teMercureGalant faites la conter à
F.Autheur,afinqu'il luy donneles em.
belliſſemens dont elle abesoin. Cependant envoyez-moy fix Exemplaires du Vo.
tume du dernier Mois, on me te deman
depar tout oùje vay,&ce n'est pas estre galant quede le refufer aux Belles.C'est par leMercurequ'on apprend toutes les Nouvelles agreables ; &ji Monsieur Mitonacrûlepouvoirnommer la Con- folationdes Provinces , onpeut adjou ter qu'il est lePlaiſir des Compagnies àqui les Vendanges font quiter Paris.
Ienevoyperfonne quine s'en faſſe un fortgranddefa lecture. Tout le monde en est avide,&pendant que les Hom- mess'attachent aux Articlesferieux,les Damesrientdes Historiettes , &s'em
preſſent à chercher le sens des Eni- gmes. Ce 7. d'Octobre 1677
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Résumé : LETTRE DE Mr LE *** A Mrs de ***
La lettre invite à savourer les plaisirs de la campagne durant une saison particulièrement agréable. L'auteur met en avant la liberté et l'agréabilité de la vie rurale, où les gens se rassemblent dans les prairies et au bord des ruisseaux. Les bals sont fréquents et attirent une société élégante qui se déplace de village en village, rappelant les quartiers de Paris pendant le carnaval. La France connaît un triomphe général, et les soins du roi et de ses ministres rendent même les jours les plus rudes agréables. L'auteur décrit ensuite une soirée particulière chez Monsieur de***, un homme appréciant recevoir ses amis dans une maison soigneusement entretenue. Après un dîner, une troupe de faux vendangeurs, vêtus de satin et de gaze d'argent, arrive en carrosse et se met à danser. La maîtresse de maison, surprise, observe ces invités masqués qui se comportent avec élégance et dignité. Après la danse, les faux vendangeurs demandent à vendanger le jardin, malgré les protestations du maître et de la maîtresse. Ils cueillent les fruits les plus beaux et laissent une montre de diamants avec un message flatteur, invitant à ne pas oublier cette aventure. L'auteur conclut en mentionnant qu'il ne parlera pas des autres bals, mais seulement de cette aventure particulière. Il demande également des exemplaires du dernier volume du Mercure Galant pour les distribuer aux belles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 113-115
LE PHILOSOPHE AMANT. SONNET.
Début :
Il est de Normandie, & voicy un Sonnet de sa / Pourquoy suis--je rongé de cette inquiétude ? [...]
Mots clefs :
Inquiétude, Langueur, Belle, Tourment
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texteReconnaissance textuelle : LE PHILOSOPHE AMANT. SONNET.
Il eſt de
Normandie , & voicy un Son- netde fa ne VOUS pa- façon qui roiſtra pas indigne de ce que vous avez déja veu de luy. Il a
eftéfaitpourunPhiloſophe qui n'aſceu ſi bien raiſonner , qu'il n'ait ſenty que l'Amour eſtoit plus puiſſant que la Raifon.
LE PHILOSOPHE
AMANT.
SONNET.
Dourquoyfuis -je ronge de cette ine quietude ? .......
72 LE MERCVRE
D'où vient qu'elle m'accable mesuit
en tous lieux ?
D'où vient cette langneur qui paroist dans mesyeux?
Etpourquoy me voit- on chercher la So- litude ?
Iemesensdégousté des Jeux &de l'E- tude ,
Ieméprise &je hay ceque j'aimois le
mieux.
Pourun rien quelquefois je deviensfu- rieux ,
Enfin tout me paroît insuportable &
rude.
Qui cause, juste Ciel, unfi grandchangement?
Cedéplorable état viendroit-il du тоment
Oùmalgré ma raiſon j'allay voir Ifa.
belle?
Ienesçay ; mais belas ! àmon cruet
tourment
GALANT. 73 Pay beau chercherpar tout quelquefou- lagement ,
Je ne puis l'adoucir qu'en voyant cette Belle.
Normandie , & voicy un Son- netde fa ne VOUS pa- façon qui roiſtra pas indigne de ce que vous avez déja veu de luy. Il a
eftéfaitpourunPhiloſophe qui n'aſceu ſi bien raiſonner , qu'il n'ait ſenty que l'Amour eſtoit plus puiſſant que la Raifon.
LE PHILOSOPHE
AMANT.
SONNET.
Dourquoyfuis -je ronge de cette ine quietude ? .......
72 LE MERCVRE
D'où vient qu'elle m'accable mesuit
en tous lieux ?
D'où vient cette langneur qui paroist dans mesyeux?
Etpourquoy me voit- on chercher la So- litude ?
Iemesensdégousté des Jeux &de l'E- tude ,
Ieméprise &je hay ceque j'aimois le
mieux.
Pourun rien quelquefois je deviensfu- rieux ,
Enfin tout me paroît insuportable &
rude.
Qui cause, juste Ciel, unfi grandchangement?
Cedéplorable état viendroit-il du тоment
Oùmalgré ma raiſon j'allay voir Ifa.
belle?
Ienesçay ; mais belas ! àmon cruet
tourment
GALANT. 73 Pay beau chercherpar tout quelquefou- lagement ,
Je ne puis l'adoucir qu'en voyant cette Belle.
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Résumé : LE PHILOSOPHE AMANT. SONNET.
Le sonnet 'Le Philosophe Amant' d'un auteur normand décrit un philosophe amoureux, incapable de raisonner face à l'amour. Il se questionne sur ses tourments et son dégoût pour ses anciennes activités. Il attribue ces changements à la visite d'une belle femme, seule capable d'apaiser sa douleur.
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70
p. 118-123
VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Début :
Vous avez veu des Bouts-rimez. On les borne ordinairement / Helas, petits Moutons, que vous seriez heureux, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Madame Deshoulières, Moutons, Idylle, Animaux
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texteReconnaissance textuelle : VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Vous avez veu desBouts-rimez. On les borne ordinaire..
ment aux quatorze Vers d'un Sonnet. En voicy de plus éten- dus , ils ſont ſur tous ceux du charmant Idylle que Madame Deshoulieres nousa donné contre la Raiſon. Vous les trouverez dans un ſens tout oppoſé.
Je n'en connois point l'Autheur. Onm'a feulement aſſuré qu'ils avoient eſté faits parun Hom- me de qualité de Lyon , & vous ſerez aiſément perſuadée en les liſant , qu'il n'a pas moins d'ef- prit que de naiſſance.
VERS IRREGULIERS
fur les meſmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
H
Elas,petits Moutons
Seriezheureux,
que vous
Dij
76 LE MERCVRE
Si paiſſant dans nos Champs ,Sanssou- cis, fans alarmes ,
Aufſi-toft aimezqu'amoureux,
Sansqu'il vous en coufta des larmes,
Vôtre cœur reffentoit lapointe des de- firs,
Etfides mouvemens que donne la Na
ture
Aſſaiſonnant les maux avecque les plaisirs ,
Vous pouviez pénetrer cette heureuse imposture Quifait de ce mélange un grandbien
parmy nous ,
Et nese trouvepoint chez vous !
Il vousfaudroit un peude raiſon pour
partage,
Vous enferiezSans doute un tres-utile usage.
Innocens Animaux, vous en estes ja
loux ,
Etvous nous
tage;
enviez cetheureux avanMaissi vous m'en croyez , n'en faites point de bruit ,
Cemalpourvous eſt ſans remede ,
Toutvous trompe &tont vousséduit
GALANT. 77 Onant vous appellez à vôtre aide
L'aveugle instinct qui vous conduit.
La Nature pour vous fevere
Nevous comptantpresque pour rien,
Vous abandonne à voſtre Chien ,
Pourvousgarderde la colere
Des Loups cruels &raviſſans ,
Etpour touteraiſon vous donne une chimere
Qui fuit l'appétit de vosſens.
Si vous sçaviez ceque vousfaites Danscette indigne oiſiveté ,
Si voussçaviez ce que vous estes Dans cette triste obfcurité ,
Vous maudiriez cent fois cette tranquillité ,
Et les defauts dela naiſſance
Qui vous a refusé l'esprit & la beauté ,
Etneferiezpas vanité Devôtrefuneste indolence.
Si par elle affranchis des foucis criminels ,
Vous n'avez point de remords quivous
ronge ,
Vous perdez les biens éternels ,
Etpaffez icy comme un Songe.. Düj
78 LE MERCVRE
Tout est danscevaste Unviers
Dela fainte Sagesse un ouvrage fo lide.
Defon deftin elle décide Selonfelonſes jugemensdivers.
Al'Homme elle adonné l'esprit & la prudence,
Pour éviter du Sort le capicre &les
coups;
Et vous,petits Moutons , qui vivez Sansfcience,
D'une informe raiſon , vous avez l'apParence,
Maisvous estesſoûmis ànoftre dépen- -dance,
Etvous nevivez quepour nous.
ment aux quatorze Vers d'un Sonnet. En voicy de plus éten- dus , ils ſont ſur tous ceux du charmant Idylle que Madame Deshoulieres nousa donné contre la Raiſon. Vous les trouverez dans un ſens tout oppoſé.
Je n'en connois point l'Autheur. Onm'a feulement aſſuré qu'ils avoient eſté faits parun Hom- me de qualité de Lyon , & vous ſerez aiſément perſuadée en les liſant , qu'il n'a pas moins d'ef- prit que de naiſſance.
VERS IRREGULIERS
fur les meſmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
H
Elas,petits Moutons
Seriezheureux,
que vous
Dij
76 LE MERCVRE
Si paiſſant dans nos Champs ,Sanssou- cis, fans alarmes ,
Aufſi-toft aimezqu'amoureux,
Sansqu'il vous en coufta des larmes,
Vôtre cœur reffentoit lapointe des de- firs,
Etfides mouvemens que donne la Na
ture
Aſſaiſonnant les maux avecque les plaisirs ,
Vous pouviez pénetrer cette heureuse imposture Quifait de ce mélange un grandbien
parmy nous ,
Et nese trouvepoint chez vous !
Il vousfaudroit un peude raiſon pour
partage,
Vous enferiezSans doute un tres-utile usage.
Innocens Animaux, vous en estes ja
loux ,
Etvous nous
tage;
enviez cetheureux avanMaissi vous m'en croyez , n'en faites point de bruit ,
Cemalpourvous eſt ſans remede ,
Toutvous trompe &tont vousséduit
GALANT. 77 Onant vous appellez à vôtre aide
L'aveugle instinct qui vous conduit.
La Nature pour vous fevere
Nevous comptantpresque pour rien,
Vous abandonne à voſtre Chien ,
Pourvousgarderde la colere
Des Loups cruels &raviſſans ,
Etpour touteraiſon vous donne une chimere
Qui fuit l'appétit de vosſens.
Si vous sçaviez ceque vousfaites Danscette indigne oiſiveté ,
Si voussçaviez ce que vous estes Dans cette triste obfcurité ,
Vous maudiriez cent fois cette tranquillité ,
Et les defauts dela naiſſance
Qui vous a refusé l'esprit & la beauté ,
Etneferiezpas vanité Devôtrefuneste indolence.
Si par elle affranchis des foucis criminels ,
Vous n'avez point de remords quivous
ronge ,
Vous perdez les biens éternels ,
Etpaffez icy comme un Songe.. Düj
78 LE MERCVRE
Tout est danscevaste Unviers
Dela fainte Sagesse un ouvrage fo lide.
Defon deftin elle décide Selonfelonſes jugemensdivers.
Al'Homme elle adonné l'esprit & la prudence,
Pour éviter du Sort le capicre &les
coups;
Et vous,petits Moutons , qui vivez Sansfcience,
D'une informe raiſon , vous avez l'apParence,
Maisvous estesſoûmis ànoftre dépen- -dance,
Etvous nevivez quepour nous.
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Résumé : VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Le texte décrit des 'Bouts-rimez' inspirés par une idylle de Madame Deshoulières, attribués à un homme de qualité de Lyon. Ces vers, plus longs que les sonnets traditionnels, critiquent la condition des moutons, qui, malgré leur bonheur apparent, manquent de raison et sont soumis à la nature et aux humains. Les moutons, guidés par l'instinct, sont comparés aux humains, dotés d'esprit et de prudence, mais également capables de tromperie. Le texte souligne que les moutons, bien qu'ils vivent sans science, sont soumis à la dépendance humaine et existent pour servir les hommes. Il met en lumière la sagesse divine qui régit l'univers et les destinées variées des êtres vivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 130-139
LA PRISE DE VALENCIENNES. / LE SIEGE DE CAMBRAY. / S. OMER, ET LA BATAILLE DE CASSEL.
Début :
Il se trouva qu'il avoit sur luy quelques Vers / Dans un autre Quadre est tracé [...]
Mots clefs :
Exploits, Roi, Prise de Valenciennes, Histoire, Guerre, Louis, Bataille de Cassel, Saint-Omer, Siège de Cambrai, Assauts
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texteReconnaissance textuelle : LA PRISE DE VALENCIENNES. / LE SIEGE DE CAMBRAY. / S. OMER, ET LA BATAILLE DE CASSEL.
Ilſe trouva qu'il avoit ſur luy quelques Vers fur les derniers Exploits duRoy. C'eſt unFragmentd'u-
GALANT. 83
4
ne Deſcription de l'Arc de Triomphe,dans laquelle il parle des plus remarquables Actions que ce Prince a faites pendant la Paix & depuis la Guerre, fui- vant qu'elles pouronteſtre pla- cées dans les Quadres de ce magnifique Edifice. Cer Illu- ſtre Abbé ayant eſté invité de les lire, il commença dela forte..
LA PRISE
DE VALENCIENNES..
D
Ansun autre Quadre est tracé
LeSiegede Valencienne;
C'est àce coup qu'est effacé Tout le miraculeux de l'Histoire an
cienne.
Iamaisne fut chargé par Cizeau , ny Burin.
D'un plus digne Sujet , le Marbre ,
ny l'Airin ;
L'impetueux Vainqueur hait ces lon- queurs énormes
Dvj
84 LE MERCVRE Qu'ontſous les autres Chefs les Sie- ges dans lesformes ,
Il veut mesme àla Guerre eftre au def- fusdes Loix ,
Qu'àdes Horosfuturs ilſerve de Mo- delle ,
Etpourvarierſes Exploits ,
Ilinvente unAfſaut d'une façon now- velle.
Onvoit encor debout les Tours & les
Remparts ?
Les Ravelins,les Forts, les Diguesſont entieres;
Pardes Foffez profonds ,des Canaux ,
desRivieres ,
LesCheminsfont encorcoupez de toutes.
parts;
Etcependantpourprendre une Ville im- prénable ,
Vn Guichet àpeine s'ouvrant Etune Brécheraisonnable
Quifuffit àce Conquérant ;
Latrahison , ny lafurprise,
N'ont point de part à l'entrepri.
fe
Ny tout le guerrier appareil,
Nylestroubles de la Nature,
GALANT. 85 Lafaveurd'un orage, oud'une nuit ob Scure ,
Toutsepafſſe auxyeux du Soleil ;
Maisle plusfurprenant &leplus he- roïque ,
C'est qu'onyvoit entrer Loüisen pa
cifique Etla Victoireàses costez Avecéclat a beau paroistre Aces Peuples épouvantez,
Apeine pas-un d'eux lapeut-il recon.
noistre,
Elle esttrop déguisée,&n'apoint dans lesyeux Larage & la fureur qu'elle porte en
tous lieux ;
Elle ne traîne point ſonfuneste équipage;
Lecalme &la douceur qui regne fur Sonfront ,
Interdisent lefeu,le meurtre, lepillage,
EtSauvant la Pudeur du plus cruel affront ,
Ilsfontfurpris de voir en leur fierAd- versaire ,
Que le Cielleur envoye unAnge tute- laire ,
86 LE MERCVRE
Quileur donne un Secours plus prompt &plus certain Queceux qu'ilsattendoientde Mons
de Louvain..
LE SIEGE
DE CAMBRAY.
DLushautdont on voitrenom Cambray
Sembloit braver l'effort du Fer &du Canon.
On croit en admirantſa forte Citadelle,
Qu'une Semiramis nouvelle En éleva les Murs si larges &fi haut's,
Pourlamettre au deſſus des plus ardans Aflauts.. En vain pardes Foffezquiſemblent des Vallées,
Sont de ces Corps puiſſansles forces raf- Semblées;
C'est affez que Loüis foit campéde--
vant eux ,
Son bras en peude tempsrend leur churc
commune,
GALAN T. 87 Etle Cielfitfans - doute unePlace des
deux ,
t
Pour luyfaireobtenirdeux Victoires en
une.
Envain les Aquillonspour nuireàses
travaux ,
Redoublent levenin de leurs froidesha
laines ,
Et l'Hyverſur un Trône enrichy de Cristaux
I pense encor joüir de l'Empire des Plaines ;
Noftre infatigable Loüis ,
Autheur de Campemens jusqu'alors inoüis,
Renvenſetousles privileges Des Vents des Broillars ,de la
Pluye &des Neiges ;
Ses Guerriers ſurſespas , &Suivant fes Leçons ,
Fontàl'Affaut couverts defeux & de
glaçons,
Etmalgréles Frimats , les Neiges lesGlaces و
Ils domtentles Saiſons auſſi-bien que les Blaces..
2
88 LE MERCVRE
S. OMER ,
ET LA
BATAILLE DE CASSEL.
D
Autre- part Saint Omer au mi- lieudefes Eaux,
Desplus nombreux Guerriers ne craint
point les approches ,
Ses Palliffades de Roſeaux
La defendent bien mieux que les plus dures Roches.
Eust- on jamaispensé qu'au centre d'un Marais ,
Oùle terrain n'estpointſolide ,
Où l'eau mesme n'est pas liquide ,
Onpust la ferrer d'affezpres ?
Etcependant PHILIPPE en obtient la
Victoire ,
PHILIPPE , que Loüis afſocie à fa gloire ,
Qui partagefon Sang,ſecondesa Va- leur,
Qui d'un double Laurier la Teste Conronnée
Parune Ville priſe avec tantde cha- leur ,
GALANT. 89
Et pour une Bataille à meſme- tempsga- gnée,
Montre à tout l'Univers combien de
grandsfuccés Doit attendre Loüis de ces heureux
eſſais ;
Des Montagnesde Morts fur des Plainessanglantes Paroiffent en lointain encor toutes fumantes ,
Veritables témoins des genéreux Exploits Qu'ilfit pres de Caffelcontre un Prince
Hollandois Ardant à fecourir l'agoniſante Ville ,
Qui luy-mesme est contraint dechercher
un azile En ce point malheureux qu'il eust pio
lafauver,
S'il euſt auſſi- bien ſçeu danssa boüillan- te audace
L'Artdefaire lever le Siege d'unePlace
Qu'il sçait parfaitement celuy de le lever.
GALANT. 83
4
ne Deſcription de l'Arc de Triomphe,dans laquelle il parle des plus remarquables Actions que ce Prince a faites pendant la Paix & depuis la Guerre, fui- vant qu'elles pouronteſtre pla- cées dans les Quadres de ce magnifique Edifice. Cer Illu- ſtre Abbé ayant eſté invité de les lire, il commença dela forte..
LA PRISE
DE VALENCIENNES..
D
Ansun autre Quadre est tracé
LeSiegede Valencienne;
C'est àce coup qu'est effacé Tout le miraculeux de l'Histoire an
cienne.
Iamaisne fut chargé par Cizeau , ny Burin.
D'un plus digne Sujet , le Marbre ,
ny l'Airin ;
L'impetueux Vainqueur hait ces lon- queurs énormes
Dvj
84 LE MERCVRE Qu'ontſous les autres Chefs les Sie- ges dans lesformes ,
Il veut mesme àla Guerre eftre au def- fusdes Loix ,
Qu'àdes Horosfuturs ilſerve de Mo- delle ,
Etpourvarierſes Exploits ,
Ilinvente unAfſaut d'une façon now- velle.
Onvoit encor debout les Tours & les
Remparts ?
Les Ravelins,les Forts, les Diguesſont entieres;
Pardes Foffez profonds ,des Canaux ,
desRivieres ,
LesCheminsfont encorcoupez de toutes.
parts;
Etcependantpourprendre une Ville im- prénable ,
Vn Guichet àpeine s'ouvrant Etune Brécheraisonnable
Quifuffit àce Conquérant ;
Latrahison , ny lafurprise,
N'ont point de part à l'entrepri.
fe
Ny tout le guerrier appareil,
Nylestroubles de la Nature,
GALANT. 85 Lafaveurd'un orage, oud'une nuit ob Scure ,
Toutsepafſſe auxyeux du Soleil ;
Maisle plusfurprenant &leplus he- roïque ,
C'est qu'onyvoit entrer Loüisen pa
cifique Etla Victoireàses costez Avecéclat a beau paroistre Aces Peuples épouvantez,
Apeine pas-un d'eux lapeut-il recon.
noistre,
Elle esttrop déguisée,&n'apoint dans lesyeux Larage & la fureur qu'elle porte en
tous lieux ;
Elle ne traîne point ſonfuneste équipage;
Lecalme &la douceur qui regne fur Sonfront ,
Interdisent lefeu,le meurtre, lepillage,
EtSauvant la Pudeur du plus cruel affront ,
Ilsfontfurpris de voir en leur fierAd- versaire ,
Que le Cielleur envoye unAnge tute- laire ,
86 LE MERCVRE
Quileur donne un Secours plus prompt &plus certain Queceux qu'ilsattendoientde Mons
de Louvain..
LE SIEGE
DE CAMBRAY.
DLushautdont on voitrenom Cambray
Sembloit braver l'effort du Fer &du Canon.
On croit en admirantſa forte Citadelle,
Qu'une Semiramis nouvelle En éleva les Murs si larges &fi haut's,
Pourlamettre au deſſus des plus ardans Aflauts.. En vain pardes Foffezquiſemblent des Vallées,
Sont de ces Corps puiſſansles forces raf- Semblées;
C'est affez que Loüis foit campéde--
vant eux ,
Son bras en peude tempsrend leur churc
commune,
GALAN T. 87 Etle Cielfitfans - doute unePlace des
deux ,
t
Pour luyfaireobtenirdeux Victoires en
une.
Envain les Aquillonspour nuireàses
travaux ,
Redoublent levenin de leurs froidesha
laines ,
Et l'Hyverſur un Trône enrichy de Cristaux
I pense encor joüir de l'Empire des Plaines ;
Noftre infatigable Loüis ,
Autheur de Campemens jusqu'alors inoüis,
Renvenſetousles privileges Des Vents des Broillars ,de la
Pluye &des Neiges ;
Ses Guerriers ſurſespas , &Suivant fes Leçons ,
Fontàl'Affaut couverts defeux & de
glaçons,
Etmalgréles Frimats , les Neiges lesGlaces و
Ils domtentles Saiſons auſſi-bien que les Blaces..
2
88 LE MERCVRE
S. OMER ,
ET LA
BATAILLE DE CASSEL.
D
Autre- part Saint Omer au mi- lieudefes Eaux,
Desplus nombreux Guerriers ne craint
point les approches ,
Ses Palliffades de Roſeaux
La defendent bien mieux que les plus dures Roches.
Eust- on jamaispensé qu'au centre d'un Marais ,
Oùle terrain n'estpointſolide ,
Où l'eau mesme n'est pas liquide ,
Onpust la ferrer d'affezpres ?
Etcependant PHILIPPE en obtient la
Victoire ,
PHILIPPE , que Loüis afſocie à fa gloire ,
Qui partagefon Sang,ſecondesa Va- leur,
Qui d'un double Laurier la Teste Conronnée
Parune Ville priſe avec tantde cha- leur ,
GALANT. 89
Et pour une Bataille à meſme- tempsga- gnée,
Montre à tout l'Univers combien de
grandsfuccés Doit attendre Loüis de ces heureux
eſſais ;
Des Montagnesde Morts fur des Plainessanglantes Paroiffent en lointain encor toutes fumantes ,
Veritables témoins des genéreux Exploits Qu'ilfit pres de Caffelcontre un Prince
Hollandois Ardant à fecourir l'agoniſante Ville ,
Qui luy-mesme est contraint dechercher
un azile En ce point malheureux qu'il eust pio
lafauver,
S'il euſt auſſi- bien ſçeu danssa boüillan- te audace
L'Artdefaire lever le Siege d'unePlace
Qu'il sçait parfaitement celuy de le lever.
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Résumé : LA PRISE DE VALENCIENNES. / LE SIEGE DE CAMBRAY. / S. OMER, ET LA BATAILLE DE CASSEL.
Le texte relate plusieurs exploits militaires du roi Louis, mettant en lumière sa stratégie et son leadership. Lors de la prise de Valenciennes, Louis adopte une approche innovante et pacifique, évitant la trahison et la surprise, et entre dans la ville sans violence. Le siège de Cambrai démontre la rapidité et l'efficacité de Louis, qui surmonte les défenses robustes de la cité malgré des conditions hivernales rigoureuses. À Saint-Omer, Philippe, associé à la gloire de Louis, obtient une victoire notable. La bataille de Cassel est décrite comme un affrontement sanglant contre un prince hollandais, où Louis montre son habileté stratégique. Le texte souligne la vaillance et les succès militaires de Louis, soulignant son leadership et son génie tactique.
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72
p. 145-146
MADRIGAL.
Début :
Mr Boyer donna en sortant cet Inpromtpu à Monsieur Colbert. / Icy tout plaist, icy tout est charmant, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisir, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Me Boyer don-
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
94 LE MERCVRE
na en fortant cet Inpromptu à
Monfieur Colbert.
MADRIGAL.
IC tout plaiſt,icy tout est charmant,
La Sagesse par tout ,&la magnificence ,
Partout lapompe&l'agrément ,
Partout le choix &l'abondance.
Maisn'en déplaiſe à ces beautez ,
Dont le plus curieux ſe peuvent fatisfaire,
Leplaifirleplus granddont nousſoyons
tentez ,
Eſt d'avoir le bonheur deplaire Au Maistre glorieux de ces Lieux enchantez.
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73
p. 160-161
RESOLUTION DE NE PLUS AIMER.
Début :
Cette conduite desespere souvent les Bergers fidelles, & c'est ce / Il faut, il faut enfin que mon coeur se dégage, [...]
Mots clefs :
Bergers, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RESOLUTION DE NE PLUS AIMER.
Cette conduire deſeſpere ſouvent les Bergers fidelles , &
c'eſt ce qui a fait dire àl'Autheur de ces premiers Vers.
RESOLVTION
DE NE PLUS AIMER.
ILfaut dégageil
1
faut enfin que mon cœurse
د
Puisque tant de Bergers peuvent pré- tendre au tien.
Ton amourfaisoit tout monbien ;
E iiij
104 LE 2
1
MERCVRE
Mais dans unſi cher avantage ,
Onnefoufre point departage;
Quandon n'apas tout , onn'a rien.
c'eſt ce qui a fait dire àl'Autheur de ces premiers Vers.
RESOLVTION
DE NE PLUS AIMER.
ILfaut dégageil
1
faut enfin que mon cœurse
د
Puisque tant de Bergers peuvent pré- tendre au tien.
Ton amourfaisoit tout monbien ;
E iiij
104 LE 2
1
MERCVRE
Mais dans unſi cher avantage ,
Onnefoufre point departage;
Quandon n'apas tout , onn'a rien.
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74
p. 184-186
Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Début :
Je sçay qu'il en est qui condamnent toutes les [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Solitude, Lire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Je
E GALANT. 119
T
je
F
ſçay qu'il en eſt qui condam- nent toutes les loüangesqui ne les regardent pas ; mais ce n'eſt pas unſentiment qui ſoit gené- ralement ſuivy ; &pour en eſtre perfuadée , voyez je vous prie,
ce commencement d'une Lettre
quim'a eſté écrite de SaintMai- xent par un Inconnu. Elle eſt de celuy qui a fait le Sonnet contre l'Hypocrite , queje vous ay dit qui m'avoit eſté envoyé de Poitou.
Ie fais ma demeure dans une
Province où l'on Sçait rarement
des nouvelles du grand monde , &
ily alongtemps queje vis dans une espece defolitude , mais je n'aypû m'empeſcher de sçavoir qu'il y
avoitun Mercure Galant.I'ay bien
voulule lire , &je ne me repens point de l'avoirlú.l'ay toûjours ai
120 LE MERCVRE
mé la maniere aisée & naturelle
dont il est écrit , &jesuis bien aise,
Monfieur , de vous voir dire du
bien des Gens dont vous parlez ,
contre l'ordinaire de ceux quifont
imprimer. Cette honneſteté marque un bon cœur , & toſt ou tard .
&c.
E GALANT. 119
T
je
F
ſçay qu'il en eſt qui condam- nent toutes les loüangesqui ne les regardent pas ; mais ce n'eſt pas unſentiment qui ſoit gené- ralement ſuivy ; &pour en eſtre perfuadée , voyez je vous prie,
ce commencement d'une Lettre
quim'a eſté écrite de SaintMai- xent par un Inconnu. Elle eſt de celuy qui a fait le Sonnet contre l'Hypocrite , queje vous ay dit qui m'avoit eſté envoyé de Poitou.
Ie fais ma demeure dans une
Province où l'on Sçait rarement
des nouvelles du grand monde , &
ily alongtemps queje vis dans une espece defolitude , mais je n'aypû m'empeſcher de sçavoir qu'il y
avoitun Mercure Galant.I'ay bien
voulule lire , &je ne me repens point de l'avoirlú.l'ay toûjours ai
120 LE MERCVRE
mé la maniere aisée & naturelle
dont il est écrit , &jesuis bien aise,
Monfieur , de vous voir dire du
bien des Gens dont vous parlez ,
contre l'ordinaire de ceux quifont
imprimer. Cette honneſteté marque un bon cœur , & toſt ou tard .
&c.
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Résumé : Extrait de la Lettre d'un Solitaire. [titre d'après la table]
Un inconnu de Saint-Maixent admire le *Mercure Galant*, un périodique qu'il a récemment lu. Vivant dans une province éloignée, il apprécie son style naturel et accessible. Il loue l'honnêteté du rédacteur, qui parle bien des personnes, témoignant d'un bon cœur.
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75
p. 332-334
SONNET.
Début :
Si les Belles de vos Quartiers tombent dans l'embarras que / Je suis (crioit jadis Apollon à Daphné, [...]
Mots clefs :
Apollon, Luth, Dieu des vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Si les Belles de vos Quartiers tombent dans l'embarras que je prévoy,
elles n'auront qu'à conſulter Apollon.
Parmyſes qualitez qui ſont en grand nombre , il a celle de Devin. Elles
fçavent ſans doute qu'il ne pût autre- fois avoir l'avantage de toucherDaph né ,mais je ne ſcay ſielles en ſcavent:
la raiſon. Elles la trouveront dans ce
Sonnet. Quoy qu'il foit badin ,il ne laiffe pas d'avoir ſa beauté , &je ne doute pointquevousn'en foyez latiss faite..
GALAN T. 227
ややややややややややLYON
SONNET
Efuis (
JE Daphne
*193*
crioit jadis Apollon à
تو
Lorsque tout hors d'haleine il conroit
apres elles Et luy contoit pourtant la longue Ki- rielle
Des rares qualitez dont il eſtoit orné. )
Ieſuis le Dieu des Vers. Ieſuis Bel- Esprit né,
(Mais les Vers n'estoient point le Charmede la Belle )
Ieſçayjoüerdu Lut , arrestez. Bagatelle,
LeLut nepouvoit rien fur ce cœur ob- Stiné.
Je connoy la vertade la moindre Ra- cine
Leſuis n'endoutezpas,DieudelaMo decine.
Kvj
228 LE MERCVRE
Daphnécouroitplus viste apres ce nom fatal..
Mais s'il euftdit , voyez quellé eſt vôtreConqueſte ,
Iefuis un jeune Dien, beau, galantli- ,
beral,
DaphnéSurmmaparole auroit tourné la Teste.
elles n'auront qu'à conſulter Apollon.
Parmyſes qualitez qui ſont en grand nombre , il a celle de Devin. Elles
fçavent ſans doute qu'il ne pût autre- fois avoir l'avantage de toucherDaph né ,mais je ne ſcay ſielles en ſcavent:
la raiſon. Elles la trouveront dans ce
Sonnet. Quoy qu'il foit badin ,il ne laiffe pas d'avoir ſa beauté , &je ne doute pointquevousn'en foyez latiss faite..
GALAN T. 227
ややややややややややLYON
SONNET
Efuis (
JE Daphne
*193*
crioit jadis Apollon à
تو
Lorsque tout hors d'haleine il conroit
apres elles Et luy contoit pourtant la longue Ki- rielle
Des rares qualitez dont il eſtoit orné. )
Ieſuis le Dieu des Vers. Ieſuis Bel- Esprit né,
(Mais les Vers n'estoient point le Charmede la Belle )
Ieſçayjoüerdu Lut , arrestez. Bagatelle,
LeLut nepouvoit rien fur ce cœur ob- Stiné.
Je connoy la vertade la moindre Ra- cine
Leſuis n'endoutezpas,DieudelaMo decine.
Kvj
228 LE MERCVRE
Daphnécouroitplus viste apres ce nom fatal..
Mais s'il euftdit , voyez quellé eſt vôtreConqueſte ,
Iefuis un jeune Dien, beau, galantli- ,
beral,
DaphnéSurmmaparole auroit tourné la Teste.
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Résumé : SONNET.
Le texte traite des qualités d'Apollon et de son échec à séduire Daphne. Apollon, dieu des vers et esprit brillant, est également un devin. Malgré ses nombreux talents, notamment poétiques, il n'a pas réussi à charmer Daphne, qui le fuyait. Apollon reconnaît l'inefficacité de ses vers pour conquérir Daphne, mais affirme connaître la vérité et les secrets de la médecine divine. Le texte suggère que Daphne aurait pu être conquise si Apollon s'était présenté différemment, soulignant l'impact de son nom fatal sur elle.
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76
p. 334-335
AIR NOUVEAU de Mr Lambert.
Début :
Tous les Amans ne sont pas fortunez; & l'Amour / Philis, vous m'ordonnez de feindre [...]
Mots clefs :
Amour, Indifférence, Jaloux
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texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU de Mr Lambert.
Tous lesAmansne font pas fortu
nez ; & l'Amour , pour mieux faire connoiſtre ſa puiſſance , ne prend pas toûjours le party des Dieux. Apollon.
alieu des'enplaindre; laiſſons- le- dans fonchagrin , & voyons ce que dit un Mortel plus heureux que luy. Sa Maî treſſe l'avoit prié de feindre pour tromper les laloux , & voicy ce qu'il lùy répond.
AIR NOUVEAU
de M. Lambert.."
D-Hilis, vous m'ordonnez de feindre Del'indiférence pour vous,
Afin detromper les laloux Quefansceffe nous devons craindresف
1
GALANT. 229
自
Maisquand onjouit chaquejour
Descharmesdevostre préſence, {
Qu'ilestmal-aiséquel'Amour Paroiſſe de l'indiférence!
nez ; & l'Amour , pour mieux faire connoiſtre ſa puiſſance , ne prend pas toûjours le party des Dieux. Apollon.
alieu des'enplaindre; laiſſons- le- dans fonchagrin , & voyons ce que dit un Mortel plus heureux que luy. Sa Maî treſſe l'avoit prié de feindre pour tromper les laloux , & voicy ce qu'il lùy répond.
AIR NOUVEAU
de M. Lambert.."
D-Hilis, vous m'ordonnez de feindre Del'indiférence pour vous,
Afin detromper les laloux Quefansceffe nous devons craindresف
1
GALANT. 229
自
Maisquand onjouit chaquejour
Descharmesdevostre préſence, {
Qu'ilestmal-aiséquel'Amour Paroiſſe de l'indiférence!
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Résumé : AIR NOUVEAU de Mr Lambert.
Le texte explore la difficulté de feindre l'indifférence en amour. Un mortel, aimé par sa maîtresse, doit tromper les jaloux. Il trouve ardu de paraître indifférent face à la présence quotidienne de l'être aimé. L'amour rend ainsi la simulation impossible malgré les exigences sociales.
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77
s. p.
Extrait du Privilege du Roy
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, Donné à S. Germain [...]
Mots clefs :
Débiter, Volumes
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy
Extraitdu Privilege du Roy.
P
ArGrace & PrivilegeduRoy, Donné à
S.Germain en Laye le 15. Fevrier 1672.
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, VILLET :
Il eſt permis au Sicur Dam defaire impri- mer , vendre &debiter par tel Imprimeur &Libraire qu'il voudra choiſir, un Livre • intitulé le MERCURE GALANT , en un ou pluſieurs Volumes,pendant le temps de dix ans entiers , àcompter du jour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites de contrefaire leſdits Volumes , à peinede fix mille livres d'amande , ainſi que plus au longil eſt porté eſdites Lettres.
Registrésur leLivre de la Communautéle 27. Février 1672.
Signé, D. THIERRY, Syndic.
P
ArGrace & PrivilegeduRoy, Donné à
S.Germain en Laye le 15. Fevrier 1672.
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, VILLET :
Il eſt permis au Sicur Dam defaire impri- mer , vendre &debiter par tel Imprimeur &Libraire qu'il voudra choiſir, un Livre • intitulé le MERCURE GALANT , en un ou pluſieurs Volumes,pendant le temps de dix ans entiers , àcompter du jour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites de contrefaire leſdits Volumes , à peinede fix mille livres d'amande , ainſi que plus au longil eſt porté eſdites Lettres.
Registrésur leLivre de la Communautéle 27. Février 1672.
Signé, D. THIERRY, Syndic.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy
Le document 'Privilege du Roy', daté du 15 février 1672, accorde au Sieur Dam le droit d'imprimer, vendre et distribuer 'Le Mercure Galant' pour dix ans. Le privilège est enregistré le 27 février 1672. La contrefaçon est interdite sous peine d'une amende de six mille livres.
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78
s. p.
A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
Début :
MONSEIGNEUR, Il ne me suffit pas que le Mercure [...]
Mots clefs :
Mercure, Conseils, Département de la guerre, Zèle
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
A MONSEIGNEUR
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vosgrands Services récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous
venez. d'acquérirj Jeprens la
liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations
de toute la Erance, dontlesfouhaits vous avaient placé dans
le Rang illufire que vous occupe7xy dés le moment quil a deû
efire remply. Ce fentiment,
MO NSE IG HEV R, a efié
figeneral, quil ne s'efl offert
aucune occafion de Texpliquer,
qu on ne l'ait avidement embraffée. Toutes les Harangues
quifie fontfaites à l Ouverture
des Cours Souveraines, n
’ont
eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomberfur Vous
le choix de noftre Augufie Monarquepour lapremiers Charge
de l Etat. Comme il ny en a
point de plus importantes , elle
demandait un Homme extraordinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute
capacité 3 ne laijfafi àf'ouhaiter
aucune des éminentes Qualité^
quiJe doivent rencontrer dans
un grand ëÿfiage Minifire 3 &
a qui la confier plus juflement
qu
’à Vous , M 0 N S E IG NEZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois
qui peuvent fervir de degre^
a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout ce qui a efié de vofire Miinfyiüible le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
JeJervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez Elle efl lafuite, ou plutôt la confirmation de cette
entière confiance que Sa Ma-
Ennemis ïeftoientà celuyd'Arras ? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, ilfallait y fiire entrer du Secours. Vofire Corn-
epistre.
mifflon efioit ample pour tout
ce que vousjugeriez necefaire
au bien de l Etat, & vous pourveuves avec tant de ponctualité &deprudence auxprejfans
befoins des Ajfiege^ &des Generaux de l Armée, que la Place
futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvaitmoins attendre de vojl e vple apres les
grandsfervices que vous aviet^
déjà rendus aufeu Ry, qui en
commença la récompenfe en
vous faifant revenir d'Italie,
pour vousfaire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MONSE1GNEVR, de ces maniérés
honnefles & obligeantes qui
FMHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoirfavorablement cette neufiéme Partie
du Mercure} &que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autantde zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant Serviteur,
D
L E
Il ne me faffit pas que le
Mercure ait déjà pris foin de
publier avec quelle joye tout
le monde a veu vosgrands Services récompenfe\ par le nou~
âij
E P I ST RE.
•veau Titre d'honneur que'vous
venez. d'acquérirj Jeprens la
liberté de m'adrcjjèr aujourd'hui a Kous-mefine, &de méfier ma voix aux acclamations
de toute la Erance, dontlesfouhaits vous avaient placé dans
le Rang illufire que vous occupe7xy dés le moment quil a deû
efire remply. Ce fentiment,
MO NSE IG HEV R, a efié
figeneral, quil ne s'efl offert
aucune occafion de Texpliquer,
qu on ne l'ait avidement embraffée. Toutes les Harangues
quifie fontfaites à l Ouverture
des Cours Souveraines, n
’ont
eu pour objet que ce rare mé-
E P I S T R. E.
rite qui a fait tomberfur Vous
le choix de noftre Augufie Monarquepour lapremiers Charge
de l Etat. Comme il ny en a
point de plus importantes , elle
demandait un Homme extraordinaire, en qui une longue expérience jointe à la plus haute
capacité 3 ne laijfafi àf'ouhaiter
aucune des éminentes Qualité^
quiJe doivent rencontrer dans
un grand ëÿfiage Minifire 3 &
a qui la confier plus juflement
qu
’à Vous , M 0 N S E IG NEZl R, qui aveyfil dignement foutenu tous les Emplois
qui peuvent fervir de degre^
a l élévation où tous efies?
a jy
E P I S T R E.
Cette continuelle application â
niflere 3 cette prudence contout ce qui a efié de vofire Miinfyiüible le fuccés de tout ce
du Grand Prince qui a daigné ,
JeJervir de vos Confeils 3 enfin
toutes les Allions de vofire Vie
les écouter pour vous trouver
digne de la gloire quevot.s recevez Elle efl lafuite, ou plutôt la confirmation de cette
entière confiance que Sa Ma-
Ennemis ïeftoientà celuyd'Arras ? Comme ilnous efiait d une
très-grande importance de le
confieraer, ilfallait y fiire entrer du Secours. Vofire Corn-
epistre.
mifflon efioit ample pour tout
ce que vousjugeriez necefaire
au bien de l Etat, & vous pourveuves avec tant de ponctualité &deprudence auxprejfans
befoins des Ajfiege^ &des Generaux de l Armée, que la Place
futfecouru'è & les Ennemis défaits. On ne pouvaitmoins attendre de vojl e vple apres les
grandsfervices que vous aviet^
déjà rendus aufeu Ry, qui en
commença la récompenfe en
vous faifant revenir d'Italie,
pour vousfaire Secrétaire d’Etat. Je ne parle point, MONSE1GNEVR, de ces maniérés
honnefles & obligeantes qui
FMHS
blement cette neufiéme Partie
—
gnere^pas de recevoirfavorablement cette neufiéme Partie
du Mercure} &que vous autres.
E P I S T R E.
la bonté de foufrir que je me
dije mec autantde zele que de
MONSEIGNEUR,
Vcftre très.humble & trèsobeïffant Serviteur,
D
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE CHANCELIER.
La lettre célèbre l'obtention d'un nouveau titre d'honneur par un dignitaire. L'auteur exprime la joie de toute la France pour les services rendus par le destinataire, qui a été récompensé pour son mérite exceptionnel. Ce titre était attendu et avait été mentionné lors des ouvertures des cours souveraines. Le destinataire a été choisi pour la première charge de l'État, une position cruciale nécessitant une grande expérience et capacité. L'auteur loue sa prudence et son application, notamment dans la défense d'Arras contre les ennemis. Il rappelle également ses services passés, comme la réorganisation de l'armée et la nomination à des postes clés. La lettre se termine par une expression de dévouement et de respect.
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79
p. 5-15
LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
Début :
Quant à vos Amies qui trouvent mauvais que dans les / J'ay fait pour vous trouver un assez long voyage, [...]
Mots clefs :
Ruisseau, Prairie, Torrents, Source, Trésors
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texteReconnaissance textuelle : LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
uant à
A
GALANT. 5
vos Amies qui trouvent mau- vais que dans les Fléches de l'A-- mour on ait pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible pour adoucir la fierté desBelles , voicy une declaration en forme qui leur fera connoiſtre qu'on ne ſe fert pas toûjours des meſmes moyens pour réüſſir. Elle est d'un Amantqui pour gagner les bonnes graces de ſa Maîtreſſe,
ne trouve que de l'eau à luy of- frir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire , le genre d'Amant l'eſt de meſme. C'est un Ruiffeau qui est devenu amoureux d'une Prairie. Unpeud'audian- ce, je vous conjure. Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux le font naturellement ) il debite ſes raiſons d'aſſez bonne gracepour meriter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un dans voſtre Province
A iij
6 LE MERCVRE
(
-eſt embarraffé de l'Allégorie ,
-dites-luyqu'elle ne luy doit fai- re aucune peine , & que par ces Torrens qui font du fracas &dont les eaux ſe tariffent in- continent , il eſt aiſé d'enten- dre ces Amans qui fontd'abord de fi ardentes proteftations , &
qui ne ſçavent ce quec'eſtque d'aimer avec conſtance.
નોરલ
LE RVISSEAU
ΑΜΑΝΤ ,
A LA PRAIRIE.
J'Aylongfaitvoyage pour,vous trouver un affez.
Mon aimable Prairie , enfin je viens àvous ,
Recevezun Ruiffean dont lefort leplus doux
GALANT.
Serade voirſes eaux couler pourvostre usage.
C'est dans ceſeul espoir quesans aucun
repos, :
,
Depuis quej'ayquitéma Source ,
L'ay toûjours jusqu'icy continué ma course,
Toûjours roulé mespetits flots.
D'un coursprécipitéj'ay paſſé des Prai- ries
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avec
plaifir ;
Jen'ay point serpenté dansles Routes fleuries ,
Ien'enavois pas le loiſir.
Tel que vous me voyez , sçachez, ne vous déplaiſe,
(Car il est bon desefaire valoir )
Queplus d'une Prairie auroit esté bienaife De me donner paſſage,&de me rece- voir.
A iij
8 LE MERCVRE
Mais ce n'estoit pas là mon compte,
P'en fuſſe un peuplus tard arrivé dans
ceLien,
Etpar unefuite affez prompte ,
Gazoüillantfierement ,je leur diſoisadien.. :
Ilfautvousdire tout,lafeinte est inutile
I'en trouvois la plupart dignes de mes -refus;
Les unes entre nous,ſont d'accésfifacile,,
Que tous Ruisseaux y font les bien:
ورية
venus.
Ellesveulent toûjours en avoirun grand nombre ,
Etmay dans le grand nombre aussi - tost
je me pers ;
D'autresfont dans des lieux un peu trop
découverts ,
Et moy j'aime à couler à l'ombre.
L'estois bien inspiré de megarder pour
vons ;
GALANT.
:
9
Vous eſtes bien monfait ,jeſuis affez le voſtre ;
Mais aussi ,moy reçen ,n'en recevez
こ
point d'autre ,
Car jesuis un Ruiſſean jaloux.
Acela pres, qui n'estpas un grand vice,
l'ay d'affez bonnes qualitez
Ne craignez pas que jamais je tariffe,
Iepuis défier les Etez.
Ieſcay que certaines Prairies D'un Ruiffeau comme moy ne s'accom modent pas ; Ad Illeur faut ces Torrens quifont tant de fracas,
Mais fort ſouvent on voit leurs eaux
taries.
Mon cours entout temps est égal ,
Ieſuis tranquille &doux,nefais point
de ravage ;
Deplus ,je viens vousfaire hommage D'une eau pure comme cristal....
Il est telle Prairie,&peut-eſtre affez belle دو
A V
10 LE MERCVRE
د
Aqui leplus petit Ruiffean ,
Suivantſapente naturelle N'iroit jamais porterdeux goutes d'eau,
Amoins que détournépar un chemin
nouveau ,
Elle n'en amenaſt quelqu'un juſque chez
elle.
Mais pour vous ,sans vous mettre en frais ,
Sans vousfervir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent
tout exprés Vous faire ofre de leur ſervice ,
Et le toutpourvos intéreſts.
Apreſent ,je l'avonë , on vous trouve agreable ,
Vous donnezduplaisir auxyeux;
Mais avecun Ruiſſeau ,rien n'est plus véritable ,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux.
Decent Fleur, qui naiſtront vous vous
verrez ornée,
Ievous enrichiray deces nouveauxTré- fors,
GALANT. II
Et voustenant environnée ,
Avec mes eauxje munirayvos bords.
Reposez-vous sur moyduſoin de lesdé.
fendre;
Aquoyplus fortement puis-je m'inte.
reffer ?
Déja meſme en deux Bras iem'apreste àmefendre,
Pour tâcher de vous embraffer.
Mes ondes lentement de toutesparts errantes
Nepourrontde ce Lieu se résoudre à
partir;
Etquand i'aurayformé cent Routes di- férentes ,
Ie meperdray chez vous,plutoſt que d'enfortir.
Iesens, iesens mes eauxqui boüillonnentde ioye ,
Deles tantreteniràlafin ieſuis las ,
Ellesvontse répandre , & se faire une
voye,
Iln'estplus tempsàvous den'y conſentirpas.
4
Avj
A
GALANT. 5
vos Amies qui trouvent mau- vais que dans les Fléches de l'A-- mour on ait pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible pour adoucir la fierté desBelles , voicy une declaration en forme qui leur fera connoiſtre qu'on ne ſe fert pas toûjours des meſmes moyens pour réüſſir. Elle est d'un Amantqui pour gagner les bonnes graces de ſa Maîtreſſe,
ne trouve que de l'eau à luy of- frir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire , le genre d'Amant l'eſt de meſme. C'est un Ruiffeau qui est devenu amoureux d'une Prairie. Unpeud'audian- ce, je vous conjure. Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux le font naturellement ) il debite ſes raiſons d'aſſez bonne gracepour meriter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un dans voſtre Province
A iij
6 LE MERCVRE
(
-eſt embarraffé de l'Allégorie ,
-dites-luyqu'elle ne luy doit fai- re aucune peine , & que par ces Torrens qui font du fracas &dont les eaux ſe tariffent in- continent , il eſt aiſé d'enten- dre ces Amans qui fontd'abord de fi ardentes proteftations , &
qui ne ſçavent ce quec'eſtque d'aimer avec conſtance.
નોરલ
LE RVISSEAU
ΑΜΑΝΤ ,
A LA PRAIRIE.
J'Aylongfaitvoyage pour,vous trouver un affez.
Mon aimable Prairie , enfin je viens àvous ,
Recevezun Ruiffean dont lefort leplus doux
GALANT.
Serade voirſes eaux couler pourvostre usage.
C'est dans ceſeul espoir quesans aucun
repos, :
,
Depuis quej'ayquitéma Source ,
L'ay toûjours jusqu'icy continué ma course,
Toûjours roulé mespetits flots.
D'un coursprécipitéj'ay paſſé des Prai- ries
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avec
plaifir ;
Jen'ay point serpenté dansles Routes fleuries ,
Ien'enavois pas le loiſir.
Tel que vous me voyez , sçachez, ne vous déplaiſe,
(Car il est bon desefaire valoir )
Queplus d'une Prairie auroit esté bienaife De me donner paſſage,&de me rece- voir.
A iij
8 LE MERCVRE
Mais ce n'estoit pas là mon compte,
P'en fuſſe un peuplus tard arrivé dans
ceLien,
Etpar unefuite affez prompte ,
Gazoüillantfierement ,je leur diſoisadien.. :
Ilfautvousdire tout,lafeinte est inutile
I'en trouvois la plupart dignes de mes -refus;
Les unes entre nous,ſont d'accésfifacile,,
Que tous Ruisseaux y font les bien:
ورية
venus.
Ellesveulent toûjours en avoirun grand nombre ,
Etmay dans le grand nombre aussi - tost
je me pers ;
D'autresfont dans des lieux un peu trop
découverts ,
Et moy j'aime à couler à l'ombre.
L'estois bien inspiré de megarder pour
vons ;
GALANT.
:
9
Vous eſtes bien monfait ,jeſuis affez le voſtre ;
Mais aussi ,moy reçen ,n'en recevez
こ
point d'autre ,
Car jesuis un Ruiſſean jaloux.
Acela pres, qui n'estpas un grand vice,
l'ay d'affez bonnes qualitez
Ne craignez pas que jamais je tariffe,
Iepuis défier les Etez.
Ieſcay que certaines Prairies D'un Ruiffeau comme moy ne s'accom modent pas ; Ad Illeur faut ces Torrens quifont tant de fracas,
Mais fort ſouvent on voit leurs eaux
taries.
Mon cours entout temps est égal ,
Ieſuis tranquille &doux,nefais point
de ravage ;
Deplus ,je viens vousfaire hommage D'une eau pure comme cristal....
Il est telle Prairie,&peut-eſtre affez belle دو
A V
10 LE MERCVRE
د
Aqui leplus petit Ruiffean ,
Suivantſapente naturelle N'iroit jamais porterdeux goutes d'eau,
Amoins que détournépar un chemin
nouveau ,
Elle n'en amenaſt quelqu'un juſque chez
elle.
Mais pour vous ,sans vous mettre en frais ,
Sans vousfervir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent
tout exprés Vous faire ofre de leur ſervice ,
Et le toutpourvos intéreſts.
Apreſent ,je l'avonë , on vous trouve agreable ,
Vous donnezduplaisir auxyeux;
Mais avecun Ruiſſeau ,rien n'est plus véritable ,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux.
Decent Fleur, qui naiſtront vous vous
verrez ornée,
Ievous enrichiray deces nouveauxTré- fors,
GALANT. II
Et voustenant environnée ,
Avec mes eauxje munirayvos bords.
Reposez-vous sur moyduſoin de lesdé.
fendre;
Aquoyplus fortement puis-je m'inte.
reffer ?
Déja meſme en deux Bras iem'apreste àmefendre,
Pour tâcher de vous embraffer.
Mes ondes lentement de toutesparts errantes
Nepourrontde ce Lieu se résoudre à
partir;
Etquand i'aurayformé cent Routes di- férentes ,
Ie meperdray chez vous,plutoſt que d'enfortir.
Iesens, iesens mes eauxqui boüillonnentde ioye ,
Deles tantreteniràlafin ieſuis las ,
Ellesvontse répandre , & se faire une
voye,
Iln'estplus tempsàvous den'y conſentirpas.
4
Avj
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Résumé : LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
Le texte est une lettre poétique dans laquelle un ruisseau s'adresse à une prairie qu'il aime. Le ruisseau se décrit comme un amant déterminé à atteindre la prairie, soulignant sa constance et sa persévérance. Il mentionne avoir refusé d'autres prairies, soit parce qu'elles étaient trop faciles d'accès, soit parce qu'elles étaient trop exposées. Le ruisseau se distingue par ses qualités : il est constant, doux et ne tarit jamais, contrairement aux torrents qui, bien que bruyants, finissent souvent par se tarir. Il promet à la prairie de l'enrichir et de l'ornementer avec ses eaux pures, et de protéger ses bords. Le ruisseau exprime son désir de se répandre et de se perdre dans la prairie, manifestant ainsi sa passion et sa dévotion.
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80
p. 44-50
A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Comme les Charges & les grands Emplois font plutost honte / N'Est-il point fait cet Armement [...]
Mots clefs :
Amour, Guerre, Louis, Muses, Trésor, Vertu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Comme les Charges & les grands Emplois font plutoſt honte qu'honneur ſi on ne les foûtient par le merite , heureux qui eneft liberalement partagé.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
Je ſçay bien que la Cour eſt un grandTheatre où il paroiſt avec beaucoup plus d'éclat qu'ail- leurs; mais il n'y eſt pas fi fort renfermé qu'il ne ſe répande dans les Provinces ,&vous con- viendrez de celuy de M² Petit,
quand vous aurez leu ce que je vous envoye de ſa façon, C'eſt uneEpiſtre enjoüée qu'il adreſſe àMonfieurleDucde S.Aignan,
qui a pour luy une eſtime tres-
GALANT. 31 particuliere. Le ſtile en eſt libre,
&vous y trouverez un tour aile qui vous perfuadera aiſémentde de ce que j'ay à vous dire à l'a- vantage de fonAutheur.
YON
A MONSIEUR693
*
LE DUC DE S. AIGNAN.
'Est- il point fait cet Armement Qui depuis lõg-temps vous оссире?
Apollon s'en plaint hautement ,
Ainsiqu'Amourle Dieu charmant ;
Et lebeau Sexeporte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera- t-on Ence Siecle que de Canon ,
Que deprendred'affaut des Villes ,
Quedepunir les Ennemis
De leurs manieres inciviles
D'oferſefrotter à Loüis,
LepremierHérosde la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Tout comme celuy qui lefit ,
Biiij
32 LE MERCVRE Etdont lagloire retentit
Mieuxquele bruit deſon Tonnerre ?
Nostre Parnasse eſtſans Laurier ;
Mais qui pourroit à ce Guerrier En fourniraffez poursa teste ?
Les Muses mefmesſont àbout ;
Elles pensent avoir dit tout ,
EtleurChant ſur une Conqueste Vient àgrand'peine de ceſſer ,
Que lasurprenante nouvelle D'uneautre &plus grande &plus belle,
Lesoblige àrecommencer..
Enfin ce Conquerant terrible LaffeMuses, Chefs &Soldats,
Etparcequ'il est Invincible ,
Il nese trouve jamais las.
Mais tandis qu'il tient dans la Plaine Ses braves Héros en haleine ,
Apresbiende tristes belas ,
MilleBellesdifent enlarmes,
Ah, mauditegloire des Armes ,
MauditsAfsants , mauditsCombats,
Quevousnous caufezde triſteſſe !
Quenousperdonsde doux ébats ,
Etquetant debelle Noblesse f
GALAN T. 33 Seroit bien mieux entre nos bras !
Mais que voulez vous davantage ?
Grand Monarque, vosEnnemis,
Nefont-ilspas vaincus,soumis:
Detous coſtezpliantbagage?
Laiſſezdonc Mars avecsa rage ,
Etrendant à l'Amourhommage,
Daignez nous rendre nos Amis.
Vous n'y perdrez rien, digne Prince,
Non,Grand Roy,vous n'y perdrezrien,
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre des Gens de bien.
Ceseront des Sujetsfidelles Dontfepeuplera voſtre Cour,
Mafles bienfaits,belles Femelles,
Tous Enfansde Mars &d'Amour..
N'ont ellespas raison,ces Belles ?
Ieveux vous en prendre àtémoin,
Vous ,qui toûjours avec grandfoin Fiftes mille choſespour elles.
L'Amour n'est- ilpas plus plaifant Que la Guerre,dont lafurie Jamais n'agit qu'en détruiſant Letresor des tresors, lavie ?
Ony, tout compté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse vertu
2
:
Bv
34 LE MERCVRE Vaut mieuxque la vertu guerriere.
Celanesepeutcontester,
Carenfin donner la lumiere Estplus nobleque de l'ofter.
Quoyqu'il en foit, poursatisfaire Auxjustesplaintes deces Dieux,
Et pour appaiser la colere Demille Dames aux beauxyeux;
De ces Rimesqui sçavent plaire Reprenez l'agreable employ ,
Etfurvostre charmante Lyre Dontpar tout lestons on admire,
Chantez Loüis, nostre Grand Roy ,
Enfuite,chantez les tendreſſes Del'Amour le Dieu des douceurs,
Etces vingt ou trente Maiſtreſſes
Dontvous avezgagnéles cœurs.
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
L'auteur d'une lettre adressée au Duc de Saint-Aignan discute de la valeur des charges et des emplois basée sur le mérite plutôt que sur l'apparence. Il mentionne une épître de Monsieur Petit qui loue le duc et son style libre. Cette épître critique l'obsession actuelle pour les armes et les conquêtes militaires, soulignant la tristesse que cela provoque chez les femmes. Elle appelle le roi Louis XIV à privilégier l'amour et la paix, affirmant que cela favoriserait la naissance de sujets fidèles et bienveillants. L'auteur soutient que l'amour est plus plaisant et bénéfique que la guerre, et encourage le duc à chanter les louanges du roi et les douceurs de l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 65-80
LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Début :
Si les Eaux de Barrége luy on esté salutaires, celles / Je suis à Bourbon l'Archambaut, Madame; & sans aucun [...]
Mots clefs :
Belles, Hommes de mérite, Bourbon-l'Archambault, Maladies, Guérir, Eaux , Remède, Maux, Boire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Si les Eauxde Barrége luy ont eſté ſalutaires , celles de Bourbon ne l'ont pas moins eſté -à quantité de Belles qu'on y a
veuës. Cette Lettre qui m'eſt -tombée entre les mains , vous en
-fera ſçavoir le merite. Je vous l'envoye tellequ'on vientdeme la donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS DE ***
A MADAME DE ***
àBourbon l'Archambaut,Ma- JEfuis dame;&Sans aucun préambule,je
GALANT. 45 vay vous rendre compte de ce qui s'y paſſe,comme vous me l'avez ordonné.
Lapremiere chose que jefis en arrivant,
ce fut dem'informer du genre desMa- ladies qui avoient attirélebeauMonde
qu'ondit quis'y trouvoit , &l'on m'ap- prit qu'à l'exception dequelques Para- lifies mal formées , Hommes & Fem- mes s'y plaignoient presque tous de Vapeurs.
CeMal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pour les Hommesjadis n'eſtoit point à
lamode;
Mais onſçait aujourd'huyce qu'il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable ,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit unpeu plus cha- ritable ,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Je ne manquaypas ( & parvostre ordre , Madame , ) de demander d'a- bord des nouvelles de nostre Illustre
L
46 LE MERCVRE
Mareschal. Je ſçeus que les Eaux ne luy avoient fait que médiocrement du bien cetteannée, maisqu'en récompense M. Amiot Son Medecin , Homme
qu'unecapacitédepuis long temps éprou vée , rend digne de tout le bien qu'on en
dit, en avoitpris desſoinsſiparticuliers,
que ſes Amispouvoient espererdele re voiravectoute laſantéqu'ilsluy avoient Jouhaitée en partant : l'agreable vie qu'on mene icy , aura ſans doute contri- buéà la rétablir. Le Ieu , la Promenade, la Conversation, &tout ce qui peur lierune aimableſocieté,ſont des plaifirs
qui n'y manquent presque jamais , &la belle Compagniequi s'y trouve ordinai.
rement seroit seule capable de querir les Mauxlesplus obftinez. Tout cequi m'y paroist de fâcheux ,
C'eſt qu'on voit làde tres-ſainesMa- lades
Qui fieres de mille Beautez ,
Font de frequentes incartades Ad'innocentes Libertez.
Auplaifir de les voir le meilleur temps s'employe.
GALAN T... 47
Comme le charme eſt grand , on s'en
donne à cœur joye ,
On regarde , on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers, dont boire eſt
le Remede
Se mefle un certain trouble àqui la
raiſon cede ,
Etmal ſur mal n'eſt pas ſanté.
Je m'en Sauve comme jepuis , &je vous avoue que cen'est passans peine,
car fi onéviteunquet-à pendd'un coſté,
on le rencontre de l'autre. Par exemple.
Avez- vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtent tant à regarder de pres,
Lors qu'à vosyeux charmez de ſa rencontre,
L'aimable Fortia ſe montre;
Ailleurs où le hazard vous aura pû
mener,
LabelleMarcillac vous vient affaffiner.
Que de cœurs tous les jours ſes char- mes luy fontprendre ,
Sans que jamais elle fonge àles rendre!
ر
48 LE MERCVRE
Il n'eſtoit pas beſoin qu'elle quitât la
Cour
Pour leur faire un ſi méchant tour.
Ie n'oſe en dire rien , c'eſt ſur ſa conſcience ;
Mais qu'elle craigne enfin qu'on ne la pouſſe àbout
On peut prendre ſon temps , la trou- ver ſans defenſe ,
Et quiconque à voler comme elle ſe réfout,
Doit croire que malgré toute ſa refiſtance ,
Vn coup viendra qui payera tout.
,on ne
Vous auriez peine à vous imaginer
combien la belle Madame Dubal fait
envier le bonheur deſon Epoux qui est
venu aux Eaux avec elle. Ceſont deux moitiez tres- bien aſſorties,&fi la Fem- me aun merite extraordinaire
peut parler trop avantageusement du
Mary. Il estbienfait , agreable &fort conſideré dans la Maison de Monsieur
lePrince. Lepaſſe aux autres Beautez qu'onvoiticy; &pourm'empescher d'y penser trop en vous en parlant , vous
trouverez
GALANT. 49 trouverez bon , s'il vous plaiſt ,que je faſſe le Portrait qu'en ras ne vous en
courcy.
L'incomparable Bourdenois Dont la gorge toute charmante Surprend, ébloüit,touche, enchante,
De l'Amour à toute heure épuiſe le
Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix,
Mais plus heureux qui s'en exempte.
De Vallecour & ſon aimable Sœur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre pourveuë,
Ontbien dequoyplaire à la veuë,
Mais ce n'eſt pas ſans qu'il encouſte
au cœur.
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs charmes.
لوب
Font aux plus fiers rendre les armes,
Du Frétoy comme Riberpré Quand vous les regardez ſont fort à
voſtre gré ,
Tome IX. C
5o LE MERCVRE Mais mal en prendquoy qu'ony prenne garde,
Aqui trop ſouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peu d'autres ſemblables ,
Ont toutesdes Filles aimables
Que ſuivent la Ieuneſſe & les Ieux &
les Ris.
On eſt charméde ſe voir avec elles ,
Mais comme de ſoy-meſme doit ſe
défier,
Ce n'eſt pas tout que de les trouver
Belles ,
L'importance eſt del'oublier.
Ioignez à ces Beautez deux Illuſtres
Amies ,
Dont il faut vous dire le nom.
L'une eſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui fontconcevoir à qui veut s'enflamer,
Qu'iln'eſt riende ſi doux qu'aimer.
GALANT. 5
Pourla belle Damonqu'accompagnent
les Graces ,
Et dont en la voyant chacun demeure
épris.
Onnedoit point eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſurſes traces.
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or Apù payer ce prétieux Tréſor ?
Il faut encorerendre juſtice Aumerite des quatre Sœurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve,& ( je croy)
peu novice
Dansl'art d'aſſujettir les cœurs Elle est bienfaite , aimable & fort ſpi- rituelle.
De Villedo ſa Sœur ſe fait aimer comme elle ;
Etdans l'agreable Becuau Onnevoitrien que de bon &de beau.
Mignon, la plus jeunedes quatre Ades attraits dangereux à combattre,
Etqui veut tenir contre , éprouve à ſes deſpens
Qu'il perd ſa franchiſe &ſon temps.
Cij
52 LE MERCVR E
Apres vous avoir parlé des Belles,
j'aurois un long article àvous faire , ſi je voulois vous entretenir de tous les
Hommes de merite qui boivent icy des Eaux. Nousy voyons M. le Marquis de Vardes , dont on croit que le plus grand mal foit le chagrin d'eſtre toû jours éloigné de la plus Auguste Per- Sonne duMonde. M. de Pomereüil, &
M. Pique , y sont auſſi avec M. le Comtede Bouligneux qui est un Homme tres- bien fait , &fort estimé. Mais ce qu'on peut appeller le Charme de nos plus belles Compagnies , c'eſt un jeune Milord petit-Fils du Duc d'Ormond Viceroyd'Irlande. Il donne la Comedie aux Dames , &on nepeutrien voir de plus galant àson âge. Ses belles qualitez ne surprennent point quand on les voit cultivées par M. de Montmiral Son Gouverneur. C'est un Gentilhomme tres- accomply , &fort dignedu choix qu'on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je vousparle. Vousferez peut- estre ſurpriſe de ceque je ne vous disriende Madame laComteffe_deDo- na, ny de quantité d'autres belles Da-
GALAN T. 53 mes qui sont venues cette année boire desEaux à Bourbon. Souvenez-vous,
je vous prie ,que je vous ayſeulement promis de vous rendre compte de celles que j'y trouverois. Je vous tiensparole,
&fuisvostre , &c.
veuës. Cette Lettre qui m'eſt -tombée entre les mains , vous en
-fera ſçavoir le merite. Je vous l'envoye tellequ'on vientdeme la donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS DE ***
A MADAME DE ***
àBourbon l'Archambaut,Ma- JEfuis dame;&Sans aucun préambule,je
GALANT. 45 vay vous rendre compte de ce qui s'y paſſe,comme vous me l'avez ordonné.
Lapremiere chose que jefis en arrivant,
ce fut dem'informer du genre desMa- ladies qui avoient attirélebeauMonde
qu'ondit quis'y trouvoit , &l'on m'ap- prit qu'à l'exception dequelques Para- lifies mal formées , Hommes & Fem- mes s'y plaignoient presque tous de Vapeurs.
CeMal de tous les Maux, Mal le plus incommode,
Pour les Hommesjadis n'eſtoit point à
lamode;
Mais onſçait aujourd'huyce qu'il nous fait fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable ,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit unpeu plus cha- ritable ,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Je ne manquaypas ( & parvostre ordre , Madame , ) de demander d'a- bord des nouvelles de nostre Illustre
L
46 LE MERCVRE
Mareschal. Je ſçeus que les Eaux ne luy avoient fait que médiocrement du bien cetteannée, maisqu'en récompense M. Amiot Son Medecin , Homme
qu'unecapacitédepuis long temps éprou vée , rend digne de tout le bien qu'on en
dit, en avoitpris desſoinsſiparticuliers,
que ſes Amispouvoient espererdele re voiravectoute laſantéqu'ilsluy avoient Jouhaitée en partant : l'agreable vie qu'on mene icy , aura ſans doute contri- buéà la rétablir. Le Ieu , la Promenade, la Conversation, &tout ce qui peur lierune aimableſocieté,ſont des plaifirs
qui n'y manquent presque jamais , &la belle Compagniequi s'y trouve ordinai.
rement seroit seule capable de querir les Mauxlesplus obftinez. Tout cequi m'y paroist de fâcheux ,
C'eſt qu'on voit làde tres-ſainesMa- lades
Qui fieres de mille Beautez ,
Font de frequentes incartades Ad'innocentes Libertez.
Auplaifir de les voir le meilleur temps s'employe.
GALAN T... 47
Comme le charme eſt grand , on s'en
donne à cœur joye ,
On regarde , on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers, dont boire eſt
le Remede
Se mefle un certain trouble àqui la
raiſon cede ,
Etmal ſur mal n'eſt pas ſanté.
Je m'en Sauve comme jepuis , &je vous avoue que cen'est passans peine,
car fi onéviteunquet-à pendd'un coſté,
on le rencontre de l'autre. Par exemple.
Avez- vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtent tant à regarder de pres,
Lors qu'à vosyeux charmez de ſa rencontre,
L'aimable Fortia ſe montre;
Ailleurs où le hazard vous aura pû
mener,
LabelleMarcillac vous vient affaffiner.
Que de cœurs tous les jours ſes char- mes luy fontprendre ,
Sans que jamais elle fonge àles rendre!
ر
48 LE MERCVRE
Il n'eſtoit pas beſoin qu'elle quitât la
Cour
Pour leur faire un ſi méchant tour.
Ie n'oſe en dire rien , c'eſt ſur ſa conſcience ;
Mais qu'elle craigne enfin qu'on ne la pouſſe àbout
On peut prendre ſon temps , la trou- ver ſans defenſe ,
Et quiconque à voler comme elle ſe réfout,
Doit croire que malgré toute ſa refiſtance ,
Vn coup viendra qui payera tout.
,on ne
Vous auriez peine à vous imaginer
combien la belle Madame Dubal fait
envier le bonheur deſon Epoux qui est
venu aux Eaux avec elle. Ceſont deux moitiez tres- bien aſſorties,&fi la Fem- me aun merite extraordinaire
peut parler trop avantageusement du
Mary. Il estbienfait , agreable &fort conſideré dans la Maison de Monsieur
lePrince. Lepaſſe aux autres Beautez qu'onvoiticy; &pourm'empescher d'y penser trop en vous en parlant , vous
trouverez
GALANT. 49 trouverez bon , s'il vous plaiſt ,que je faſſe le Portrait qu'en ras ne vous en
courcy.
L'incomparable Bourdenois Dont la gorge toute charmante Surprend, ébloüit,touche, enchante,
De l'Amour à toute heure épuiſe le
Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix,
Mais plus heureux qui s'en exempte.
De Vallecour & ſon aimable Sœur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre pourveuë,
Ontbien dequoyplaire à la veuë,
Mais ce n'eſt pas ſans qu'il encouſte
au cœur.
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs charmes.
لوب
Font aux plus fiers rendre les armes,
Du Frétoy comme Riberpré Quand vous les regardez ſont fort à
voſtre gré ,
Tome IX. C
5o LE MERCVRE Mais mal en prendquoy qu'ony prenne garde,
Aqui trop ſouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peu d'autres ſemblables ,
Ont toutesdes Filles aimables
Que ſuivent la Ieuneſſe & les Ieux &
les Ris.
On eſt charméde ſe voir avec elles ,
Mais comme de ſoy-meſme doit ſe
défier,
Ce n'eſt pas tout que de les trouver
Belles ,
L'importance eſt del'oublier.
Ioignez à ces Beautez deux Illuſtres
Amies ,
Dont il faut vous dire le nom.
L'une eſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui fontconcevoir à qui veut s'enflamer,
Qu'iln'eſt riende ſi doux qu'aimer.
GALANT. 5
Pourla belle Damonqu'accompagnent
les Graces ,
Et dont en la voyant chacun demeure
épris.
Onnedoit point eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſurſes traces.
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or Apù payer ce prétieux Tréſor ?
Il faut encorerendre juſtice Aumerite des quatre Sœurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve,& ( je croy)
peu novice
Dansl'art d'aſſujettir les cœurs Elle est bienfaite , aimable & fort ſpi- rituelle.
De Villedo ſa Sœur ſe fait aimer comme elle ;
Etdans l'agreable Becuau Onnevoitrien que de bon &de beau.
Mignon, la plus jeunedes quatre Ades attraits dangereux à combattre,
Etqui veut tenir contre , éprouve à ſes deſpens
Qu'il perd ſa franchiſe &ſon temps.
Cij
52 LE MERCVR E
Apres vous avoir parlé des Belles,
j'aurois un long article àvous faire , ſi je voulois vous entretenir de tous les
Hommes de merite qui boivent icy des Eaux. Nousy voyons M. le Marquis de Vardes , dont on croit que le plus grand mal foit le chagrin d'eſtre toû jours éloigné de la plus Auguste Per- Sonne duMonde. M. de Pomereüil, &
M. Pique , y sont auſſi avec M. le Comtede Bouligneux qui est un Homme tres- bien fait , &fort estimé. Mais ce qu'on peut appeller le Charme de nos plus belles Compagnies , c'eſt un jeune Milord petit-Fils du Duc d'Ormond Viceroyd'Irlande. Il donne la Comedie aux Dames , &on nepeutrien voir de plus galant àson âge. Ses belles qualitez ne surprennent point quand on les voit cultivées par M. de Montmiral Son Gouverneur. C'est un Gentilhomme tres- accomply , &fort dignedu choix qu'on a fait de luy pour la conduite du jeune Seigneur dont je vousparle. Vousferez peut- estre ſurpriſe de ceque je ne vous disriende Madame laComteffe_deDo- na, ny de quantité d'autres belles Da-
GALAN T. 53 mes qui sont venues cette année boire desEaux à Bourbon. Souvenez-vous,
je vous prie ,que je vous ayſeulement promis de vous rendre compte de celles que j'y trouverois. Je vous tiensparole,
&fuisvostre , &c.
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Résumé : LETTRE DE M. LE MARQUIS DE *** A MADAME DE ***
Dans une lettre adressée à Madame de ***, le marquis de *** décrit les événements et les personnes rencontrées à Bourbon-l'Archambault. Il souligne les bienfaits des eaux thermales de Bourbon, qui ont été bénéfiques à de nombreuses personnes, notamment à des femmes de qualité. Les maux dont souffrent les visiteurs sont principalement les vapeurs, un mal considéré comme incommode et courant. Le maréchal, bien que les eaux ne lui aient pas apporté beaucoup de soulagement, est soigné par son médecin, M. Amiot. Son rétablissement est espéré grâce à la vie agréable et aux plaisirs de la société locale. La lettre met également en lumière la présence de plusieurs personnalités distinguées, telles que Madame Dubal et Madame Bourdenois, ainsi que d'autres dames et gentlemen de haut rang. L'auteur décrit les charmes et les qualités de ces personnes, tout en évoquant les dangers et les plaisirs de la société mondaine. Parmi les jeunes hommes de mérite présents, on compte le marquis de Vardes, M. de Pomereuil, M. Pique, et un jeune milord, petit-fils du duc d'Ormond, accompagné de son gouverneur, M. de Montmiral. Le marquis précise qu'il ne mentionne que les personnes qu'il a effectivement rencontrées à Bourbon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 87-93
De mon Desert prés de Grenoble le 27. d'Octobre 1677.
Début :
Trouvez bon que j'ajoûte à ce Sonnet la Lettre d'un / Il faut avoüer, Monsieur, que tout le monde est obligé [...]
Mots clefs :
Auteur du Mercure, Plaisirs différents, Ouvrages, Mercure galant, Monsieur le Pays, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De mon Desert prés de Grenoble le 27. d'Octobre 1677.
Trouvez bon que j'ajoûte à ce Sonnet la Lettre d'un Solitaire
qui ne s'eſt pas défait de l'habi-- tude debien écrire , en ſe défaiſant de la pratique du Monde.
Elle a eſté envoyée depuis peu à un de mes Amis , &je croy que vous verrez avec plaifir la juftice qu'ony rendàM. le Pays,
pour qui je ſçay que vous avez une eſtime particuliere.
C
8 LE MERCVRE
De monDefert prés deGreno- ble le 27. d'Octobre 1677.
Illefaut mondeavouer est obligé , Monsieur à l'Autheur , que tout du Mercure Galant ; mais les Solitaires
comme moy luy ont une obligation par- ticuliere. Ne font-ils pas heureux de
pouvoir apprendre les Affaires de la
Guerre & du Grand Monde juſques au fond de leur Defert ; de pouvoir pour ainsi dire estre de la Courfans for- tir de leur Village ? Depuis ſept mois qu'il me donne tant de plaiſirs differens,
je cherche en mon esprit les moyens de l'en remercier. Mais comme je n'ay pas L'avantage de le connoistre , je ne puis,
Monfieur,m'adreſſferqu'àvous qui estes deſes Amis,pour vous prier de luyfain
re mon Compliment , & de luy envoyer mon Pacquet. Il'y trouvera deuxpetites Pieces qui ne luy seront peut- estre pas inutiles. Son deſſein eſt ſi beau
fon entrepriſe ſi louable ,que chacun
GALAN T. 59 doit contribuer de fon costéà lafaire
durer. L'ay dans cette Province deux
illustres Amis dont j'ay ſoin de recücil.
lirles Vers &les Lettres , &ceſontdes
Ouvrages qui pourroient de temps en temps enrichirle Mercure Galant.
Monfieur l'Abbé de S. F** & Monſieur le Pays ,font affez connus dans le Royaume. Quoyque lepremier n'aitja- mais pûse résoudre àfaire imprimerſes Oeuvres , on a ven de luy mille Galanteries manuscrites qui font connoistre juſquesoùvalaforce &la délicateſſe de SonEsprit. Pour Monfieur le Pays,fes Amitiez, Amours & Amourettes , ont
tant fait de bruit dans le monde , que Son Nom eftconnu de tous ceuxquiſça- vent lire. Neantmoinsquand on le connoist que par là, on ignore la plus gran- departie defon merite. Le croy que je puis direfans l'offencer , qu'il vaut enco- re mieux queſes Livres , &que tout ce qu'il a imprimé est malgré son fuccés bien éloigné de la juſteſſe de ce qu'il écrit aujourd'huy . L'Autheur du Mercure Galant en pourra juger par les deux Lettres que je luy envoye. L'en ay Cvj
60 LE MERCVRE
encore quelques autres que je luy four- niray si je vois paroiſtre celles- cy dans le premier Volume du Mercure , parce que de là je concluray qu'on les atrou- vées agreables. Cela m'obligera meſine's àpreffer Monsieur le Pays de.mefaire copier quelques-uns de fes Vers , &pent- estre que jeréveilleraysa Muſequi ſem- ble dormirpendant qu'il travaille aux Affaires d'un grand employ qui ne luy.
donne queres le loiſirdepenser aux Ba- gatellespoétiques.
qui ne s'eſt pas défait de l'habi-- tude debien écrire , en ſe défaiſant de la pratique du Monde.
Elle a eſté envoyée depuis peu à un de mes Amis , &je croy que vous verrez avec plaifir la juftice qu'ony rendàM. le Pays,
pour qui je ſçay que vous avez une eſtime particuliere.
C
8 LE MERCVRE
De monDefert prés deGreno- ble le 27. d'Octobre 1677.
Illefaut mondeavouer est obligé , Monsieur à l'Autheur , que tout du Mercure Galant ; mais les Solitaires
comme moy luy ont une obligation par- ticuliere. Ne font-ils pas heureux de
pouvoir apprendre les Affaires de la
Guerre & du Grand Monde juſques au fond de leur Defert ; de pouvoir pour ainsi dire estre de la Courfans for- tir de leur Village ? Depuis ſept mois qu'il me donne tant de plaiſirs differens,
je cherche en mon esprit les moyens de l'en remercier. Mais comme je n'ay pas L'avantage de le connoistre , je ne puis,
Monfieur,m'adreſſferqu'àvous qui estes deſes Amis,pour vous prier de luyfain
re mon Compliment , & de luy envoyer mon Pacquet. Il'y trouvera deuxpetites Pieces qui ne luy seront peut- estre pas inutiles. Son deſſein eſt ſi beau
fon entrepriſe ſi louable ,que chacun
GALAN T. 59 doit contribuer de fon costéà lafaire
durer. L'ay dans cette Province deux
illustres Amis dont j'ay ſoin de recücil.
lirles Vers &les Lettres , &ceſontdes
Ouvrages qui pourroient de temps en temps enrichirle Mercure Galant.
Monfieur l'Abbé de S. F** & Monſieur le Pays ,font affez connus dans le Royaume. Quoyque lepremier n'aitja- mais pûse résoudre àfaire imprimerſes Oeuvres , on a ven de luy mille Galanteries manuscrites qui font connoistre juſquesoùvalaforce &la délicateſſe de SonEsprit. Pour Monfieur le Pays,fes Amitiez, Amours & Amourettes , ont
tant fait de bruit dans le monde , que Son Nom eftconnu de tous ceuxquiſça- vent lire. Neantmoinsquand on le connoist que par là, on ignore la plus gran- departie defon merite. Le croy que je puis direfans l'offencer , qu'il vaut enco- re mieux queſes Livres , &que tout ce qu'il a imprimé est malgré son fuccés bien éloigné de la juſteſſe de ce qu'il écrit aujourd'huy . L'Autheur du Mercure Galant en pourra juger par les deux Lettres que je luy envoye. L'en ay Cvj
60 LE MERCVRE
encore quelques autres que je luy four- niray si je vois paroiſtre celles- cy dans le premier Volume du Mercure , parce que de là je concluray qu'on les atrou- vées agreables. Cela m'obligera meſine's àpreffer Monsieur le Pays de.mefaire copier quelques-uns de fes Vers , &pent- estre que jeréveilleraysa Muſequi ſem- ble dormirpendant qu'il travaille aux Affaires d'un grand employ qui ne luy.
donne queres le loiſirdepenser aux Ba- gatellespoétiques.
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Résumé : De mon Desert prés de Grenoble le 27. d'Octobre 1677.
Le 27 octobre 1677, un solitaire de Defert près de Grenoble adresse une lettre à l'éditeur du Mercure Galant. Il exprime sa reconnaissance pour ce périodique, qui permet aux personnes retirées du monde de suivre les actualités et les conflits. Ne pouvant remercier directement l'éditeur, il transmet ses compliments par un ami commun. La lettre inclut deux courtes pièces destinées à enrichir le Mercure Galant. L'auteur mentionne deux amis provinciaux, l'Abbé de S. F** et Monsieur le Pays, dont les œuvres pourraient enrichir le périodique. Il loue particulièrement Monsieur le Pays, affirmant que ses écrits actuels surpassent ses publications précédentes. L'auteur propose d'envoyer d'autres lettres si celles-ci sont publiées dans le premier volume du Mercure Galant, espérant encourager Monsieur le Pays à partager davantage de ses vers.
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83
p. 93-111
LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
Début :
Il nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de [...]
Mots clefs :
Perroquet, Guenuche, Amour, Animaux, Galanterie, Berger, Conversation, Belle, Laide, Inconstance, Métamorphose, Portugal, Histoire, Morale
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texteReconnaissance textuelle : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
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Résumé : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
La fable 'Le Perroquet et la Guenuche' est adressée à Mademoiselle de M**. L'auteur décrit l'arrivée d'une barque de Lisbonne transportant des singes et des perroquets. Parmi eux, il choisit un perroquet au plumage particulier et une guenuche de petite taille. Cependant, le perroquet ne parle pas français et la guenuche ne sait pas danser, étant encore vêtue à la portugaise. L'auteur espère que la demoiselle pourra leur apprendre les bonnes manières, la danse et les habits à la mode. L'auteur raconte ensuite l'histoire amoureuse du perroquet et de la guenuche. Originaires de Guinée, ils vivaient autrefois comme bergers. Le perroquet, coquet et galant, séduisait plusieurs bergères sans ressentir de véritable amour. Cupidon le punit en le rendant amoureux d'une laide et volage bergère, la guenuche. Après avoir été trompé, le perroquet tomba dans le désespoir et fut transformé en perroquet. La guenuche, punie pour son hypocrisie, fut transformée en guenuche. Les deux animaux vécurent ensuite dans les solitudes et les forêts avant d'être capturés et emmenés au Portugal, puis en France. L'auteur les destine à la demoiselle, espérant qu'ils pourront lui parler d'amour et la charmer par leurs danses et leurs grimaces.
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84
p. 111-116
A MADAME DE F**
Début :
Je pars pour Marseille, & je vous jure, Madame, que [...]
Mots clefs :
Portrait, Esprit, Charmer, Madame
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE F**
A MADAME DE F**
Epars pour Marseille ,
jure ,
je vous
Madame , quej'y vais malgré moy. Vous mefiſtes hier un Portrait que j'emporte dans lecœur , &i'ay peun que cefoit untrait empoisonnéquej'emporte.
Mais , dites-moy, ce beau Portrait ,
L'avez- vous fait d'apres nature ?
N'avez- vous point feint quelque trait,
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux,
Cette main , ce bras, cette taille ,
CetEſprit tel que je le veux ,
Qui ſurprend , qui brille, qui raille,
Enfin cet amas ſans égal Debelles qualitez , dont moname eſt
ravie ,
}
GALANT. 71 Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſt dans voſtreCopie ?
Si cela est , Madame,pour mon re- posiene dois iamais revenir à Aix ; ou plutost j'y dois bien-toſt revenir, car ie m'imagine qu'il eſt doux de perdre Son repos pour la Belle dont vous m'avez donné uneſi riche ideé.
Par tout ce que vous m'avez dit Vous avez charmé mon Eſprit ;
Voſtre Comteſſe eſt adorable :
Mais malgré les appas dont vous m'a- vezcharmé ,
Sibientoſt je n'en ſuis aimé,
Je declare d'abord qu'elle n'eſt point aimable.
Je suisd'un Mestier , où l'on n'aime pas à perdreson temps. Vous sçavez,
Madame, que nous autres Gens d'Af- faires nous sommes fort intereſſez ,&
que iamaisnousnefaiſons d'avances fi nous ne voyons un profit prompt afſſure.
72 LE MERCVRE
Jamais à la groſſe avanture Nous ne mettons ſoins ny ſoûpirs;
Nous voulons ſeureté meſme dans noſtre ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent enplaiſirs.
Sansnul ſcrupule en Gens fort ſages,
Nous nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Etcomme un Juifnoſtre amour
Ne preſte que ſur bons gages.
Il est bon , Madame , de donner cet avis àvôtre aimable Comteſſe,afin qu'el le examine ſi mon commerce la peut ac- commoder. Ie reviendray en cette Ville dans quelques jours , &fi elle me veut recevoir malgré mes uſures amoureuſes ,
i'iray chez elle étaler ma marchandise.
AAix,
Epars pour Marseille ,
jure ,
je vous
Madame , quej'y vais malgré moy. Vous mefiſtes hier un Portrait que j'emporte dans lecœur , &i'ay peun que cefoit untrait empoisonnéquej'emporte.
Mais , dites-moy, ce beau Portrait ,
L'avez- vous fait d'apres nature ?
N'avez- vous point feint quelque trait,
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux,
Cette main , ce bras, cette taille ,
CetEſprit tel que je le veux ,
Qui ſurprend , qui brille, qui raille,
Enfin cet amas ſans égal Debelles qualitez , dont moname eſt
ravie ,
}
GALANT. 71 Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſt dans voſtreCopie ?
Si cela est , Madame,pour mon re- posiene dois iamais revenir à Aix ; ou plutost j'y dois bien-toſt revenir, car ie m'imagine qu'il eſt doux de perdre Son repos pour la Belle dont vous m'avez donné uneſi riche ideé.
Par tout ce que vous m'avez dit Vous avez charmé mon Eſprit ;
Voſtre Comteſſe eſt adorable :
Mais malgré les appas dont vous m'a- vezcharmé ,
Sibientoſt je n'en ſuis aimé,
Je declare d'abord qu'elle n'eſt point aimable.
Je suisd'un Mestier , où l'on n'aime pas à perdreson temps. Vous sçavez,
Madame, que nous autres Gens d'Af- faires nous sommes fort intereſſez ,&
que iamaisnousnefaiſons d'avances fi nous ne voyons un profit prompt afſſure.
72 LE MERCVRE
Jamais à la groſſe avanture Nous ne mettons ſoins ny ſoûpirs;
Nous voulons ſeureté meſme dans noſtre ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent enplaiſirs.
Sansnul ſcrupule en Gens fort ſages,
Nous nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Etcomme un Juifnoſtre amour
Ne preſte que ſur bons gages.
Il est bon , Madame , de donner cet avis àvôtre aimable Comteſſe,afin qu'el le examine ſi mon commerce la peut ac- commoder. Ie reviendray en cette Ville dans quelques jours , &fi elle me veut recevoir malgré mes uſures amoureuſes ,
i'iray chez elle étaler ma marchandise.
AAix,
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Résumé : A MADAME DE F**
Dans une lettre adressée à Madame de F**, un homme d'affaires en route pour Marseille exprime son départ malgré lui, emportant un portrait de Madame qui l'a charmé. Il se questionne sur la fidélité de ce portrait et admire les qualités décrites. Prêt à sacrifier son repos pour elle, il mentionne également la comtesse de Madame, qu'il trouve adorable, mais souligne que son affection dépend du retour de ses sentiments. En tant qu'homme d'affaires, il ne fait pas d'avances sans garantie de profit, comparant son amour à un commerce nécessitant des assurances. Il invite la comtesse à évaluer si ce 'commerce' peut lui convenir et annonce son retour à Aix pour lui proposer ses services.
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85
p. 206
Vers au mesme. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui a fait dire fort spirituellement à Mr / Illustre le Tellier [...]
Mots clefs :
Le Tellier, Chancelier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers au mesme. [titre d'après la table]
C'eſt ce qui a fait dire fort ſpirituellement à M. Defcourades.
Illuftre leTellier,
Vous estes Chancelier,
LYON
LeRoy feul a fait cet,Ouvrage;
Maisle Royaume entier ,
PE
F V
130 LE MERCVRE S'il eust falu prier ,
Eustdonnésonfufrage.
Illuftre leTellier,
Vous estes Chancelier,
LYON
LeRoy feul a fait cet,Ouvrage;
Maisle Royaume entier ,
PE
F V
130 LE MERCVRE S'il eust falu prier ,
Eustdonnésonfufrage.
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86
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, Donné à S. Germain [...]
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texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege duRoy.
ArGrace&
P
Privilege du Roy , Donné à
S.Germain en Layele 15. Fevrier 1672.
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, VILLET :
Il eſt permis au Sieur Dam de faire impri- mer , vendre & debiter par tel Imprimeur &Libraire qu'il voudra choiſir , un Livre intitulé le MERCURE GALANT , en un ou
pluſieurs Volumes,pendant le temps de dix ans entiers , à compter dujour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites de contrefaire leſdits Volumes, à peine de ſix mille livres d'amande , ainſi que plus au longil eſt porté eſdites Lettres.
: Registréſur le Livre de la Communautéle
27. Février 1672 .
Signé, D. THIERRY, Syndic.
ArGrace&
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Privilege du Roy , Donné à
S.Germain en Layele 15. Fevrier 1672.
Signé, Par le Roy en fon Conſeil, VILLET :
Il eſt permis au Sieur Dam de faire impri- mer , vendre & debiter par tel Imprimeur &Libraire qu'il voudra choiſir , un Livre intitulé le MERCURE GALANT , en un ou
pluſieurs Volumes,pendant le temps de dix ans entiers , à compter dujour que chaque Volume ſera achevé d'imprimer pour la premiere fois. Et defenſes ſont faites de contrefaire leſdits Volumes, à peine de ſix mille livres d'amande , ainſi que plus au longil eſt porté eſdites Lettres.
: Registréſur le Livre de la Communautéle
27. Février 1672 .
Signé, D. THIERRY, Syndic.
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy' accorde à Saint-Germain-en-Laye, le 15 février 1672, le droit au Sieur Dam d'imprimer, vendre et distribuer 'Le Mercure Galant'. Ce privilège, valable dix ans, interdit la contrefaçon sous peine d'une amende de six mille livres. Il a été enregistré le 27 février 1672 par D. Thierry, syndic.
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87
p. 48-55
L'AMANT TROMPÉ
Début :
Apres ces tristes Nouvelles, voudrez-vous bien, / Degoûté pour toûjours des Beautez de la Cour, [...]
Mots clefs :
Amour, Cour, Retraite, Berger, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : L'AMANT TROMPÉ
Apres ces triſtes Nouvelles,
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
voudrez-vous bien, Madame,
écouter les Plaintes d'un Malheureux , que plus d'une infi- delité ſoufferte n'a pû guerir de la foibleſſe d'engager toûjours fon cœur ? Il les fait avec affez
d'eſprit pour meriter que vous perdiez un peu de temps à
l'entendre ; & quoy que vous vous ſoyez renduë inſenſible
aux maux de l'Amour , la maniere dont il exprime les fiens vous pourra toucher.
32 LE MERCVRE
L'AMANT
TROMP Ε΄ .
DEgoûté delapour Courtoujours , des Beautez
le pestois hautement contre leurincon- Stance ,
Et d'un Homine, ennemy declaré de l'Amour,
L'affectois en tous lieux l'heurense In- diference.
LaChaſſe meplaiſoit, &toûjoursdans
lesBois,
Pour mieux me garantir des ſurpriſes
desBelles,
L'évitois avec ſoinlepiegedes Ruellles,
Et la Retraite estoit mon dernier
choix ,
Si mes traits poursuivoient quelque Bestesauvage,
GALANT. 33 Ien'apprehendois point d'en eſtre mal- traité,
Et des Oyſeaux,
tendre ramage,
d'accord dans leur
L'enviois lafidelité
Deleur commerce heureux le tranquille
avantage,
Mefaisoitplaindre le malheur D'un Amant qui ſurpris d'une douce langueur,
Sur la foy d'unbel œil imprudemment
s'engage ۱
Ariſquer en aimant , le repos defon
cœur.
Le mienque les dehors d'une belle ap
parence As'en laiſſer duper avoient cent fois reduit ,
-En retiroit au moinscefruit
Qu'une affez longue experience Le mettoit en estat de n'estre plus Seduit.
Mais pour ne pas aimer quandlepan- chantypousse,
By
34 LE MERCVRE En vain nous employons nosfoins;
C'est une habitude fi douce ,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit le
moins.
Vn jour affis fur la Fougere ,
Ie prenois des Zéphirs lefrais délicieux ,
Quand j'aperceus une jeune Bergere Dont l'éclat ébloüit mes yeux.
Bart ne luy prestoit rien ; sa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément ,
Queplein d'un douxſaiſiſſement ,
Auperil de nefaire encor qu'une Infidelle
Ie courus rendre hommage à cet Objet
charmant.
Quel bonheurfut le mien ! nos cœurs
d'intelligence Se trouverent tous deux en mefmetemps charmez ;
Ilſembloit que l'Amour jaloux de fa
puissance ,
L'unpour l'autre les eust formez.
GALANT 35 Depuis ce temps , unis par lesplus bel- les chaînes ,
Nous ignorons l'usage des soupirs;
Et dans leur pureté ,fansmélange de
peines ,
Nous goustions lesplus douxplaiſirs.
Nosflames chaque jour devenoient plus ardentes ,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantSéjour ;
Etdespaffions violentes ,
Nous n'ySentions que celle de l'Amour.
L'amepleinement satisfaite ,
Ien'enviois lefort ny des Rois, nydes Dieux,
Etje préferois la Houlette
AuDestin leplus glorienx.
Vn Habit de Berger m'en donnoit l'innocence,
Ie ne dédaignois point de garder des Troupeaux ,
Et d'accorder des Chalumeaux ,
Favorisé de l'Ombre &du Silence
Au doux murmure des Ruiſſeaux.
Bvj
36 LE MERCVRE
Tel Iupiterdeſcendu ſur laTerre ,
Quitta l'éclat pompeux de ſa Divi- nité,
Etfit hommagedu Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amourcaufa cette métamorphose D'Apollon il fit un Pasteur ,
Et fur ce grand Exemple il n'est rien que l'on n'ofe Pourse rendremaiſtre d'un cœur.
I'aurois plus fait encorpour toucherma
Bergere.
Falloit-il qu'un Rivalvinst corrompre Safoy Oudevoit-il affez luy plaire Pour partager des vœuxqui n'estoient deus qu'àmoy
L'Ingrate me trahit ; Dieux, qui l'au- roit pü croire ?
Monfeu se repoſoitſurſafimplicité;
Cent fermens m'aſſuroient elle enperd Lamémoire,
Et court àl'infidelité.
GALANT. 37
Pourmevangerde l'Inhumaine ,
En vain d'un vif dépit j'écoute le transport.
I'aybeaum'abandonner tout entier àla haine,
L'Amourest toûjours le plus fort.
Monfort a bien changé,iepers tout ce
que j'aime ,
Ladouceur d'eſtre aimé rempliſſoit mes
defirs;
Onme l'ofte , & le Ciel dans mon malheurextréme
Me condamne peut- eftre à d'eternels foupirs.
Amour,toy qui d'abord mefusfifavo
rable ,
Dans cette triſte extremité ,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
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Résumé : L'AMANT TROMPÉ
Un amant malheureux exprime son dégoût pour la cour et les beautés artificielles, préférant la solitude et la chasse. Il tombe amoureux d'une bergère dont la beauté naturelle l'éblouit. Leur amour est intense et heureux, mais cette idylle est brisée par l'infidélité de la bergère. Malgré sa colère et sa haine, l'amant reste prisonnier de son amour. Il exprime son désespoir et demande à l'amour de lui rendre soit la bergère infidèle, soit sa liberté.
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88
p. 61-64
AIR.
Début :
Comme vous aimez la Musique, je vous souhaitay fort dernierement / N'Estes-vous point resveuse & triste quelque fois ? [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Villeneuve, Chant, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
Comme vous aimez la Mu- ſique , je vous ſouhaitay fort dernierement dans une Aſſemblée où il y eut un tres-grand
Concert. I'y recouvray les Pa- roles du dernier Air que feu Monfieur le Camus a compoſé.
Vous me les avez demandées,
&je vous les envoye. La belle Mademoiſelle de Villeneuve
les chanta avec une juſteſſe à la- quelle on ne peutrien ajoûter ;
tout le monde en fut charmé,
&jamais il n'y eut tant de loüanges , ny ſi juſtement donnees.
42 LE MERCVRE
:
AIR.
N'Eſtes-quelquefois vous point ?reſvenſe & tria
De vos Rochers & de vos BoisN'allez- vous point chercher les plus Sombres demcures ,
Et dans ces Lieux charmans , ſenſible
àmon amour ,
Ne paſſez- vous point quelques henres ,
Commej'y paſſe tout le jour?
M. de Frontiniere a fait ces
Paroles. Elles font touchantes
d'elles-meſmes. Jugez ce qu'- elles me parurent dans la bou- che d'une Perſonne qui eſt ſi propre à toucher. A vous dire vray , Madame , il y a un peu de riſque à courir , & la beau- té de Mademoiselle de Villeneuve jointe à celle de ſa voix,
eft quelque choſe de ſi dange-
GALAN T. 43
reux , que pour le repos de bien des Gens , il ſeroit à fouhaiter qu'elle ne ſe laiſſaſt point voir quand elle chante.
Concert. I'y recouvray les Pa- roles du dernier Air que feu Monfieur le Camus a compoſé.
Vous me les avez demandées,
&je vous les envoye. La belle Mademoiſelle de Villeneuve
les chanta avec une juſteſſe à la- quelle on ne peutrien ajoûter ;
tout le monde en fut charmé,
&jamais il n'y eut tant de loüanges , ny ſi juſtement donnees.
42 LE MERCVRE
:
AIR.
N'Eſtes-quelquefois vous point ?reſvenſe & tria
De vos Rochers & de vos BoisN'allez- vous point chercher les plus Sombres demcures ,
Et dans ces Lieux charmans , ſenſible
àmon amour ,
Ne paſſez- vous point quelques henres ,
Commej'y paſſe tout le jour?
M. de Frontiniere a fait ces
Paroles. Elles font touchantes
d'elles-meſmes. Jugez ce qu'- elles me parurent dans la bou- che d'une Perſonne qui eſt ſi propre à toucher. A vous dire vray , Madame , il y a un peu de riſque à courir , & la beau- té de Mademoiselle de Villeneuve jointe à celle de ſa voix,
eft quelque choſe de ſi dange-
GALAN T. 43
reux , que pour le repos de bien des Gens , il ſeroit à fouhaiter qu'elle ne ſe laiſſaſt point voir quand elle chante.
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Résumé : AIR.
Le texte décrit une assemblée musicale à laquelle le destinataire a été convié en raison de son amour pour la musique. Lors de cet événement, les paroles du dernier air composé par le défunt Monsieur le Camus ont été récupérées et envoyées au destinataire sur sa demande. La demoiselle de Villeneuve a interprété cet air avec une grande justesse, suscitant l'admiration de tous les présents et recevant de nombreuses louanges. Les paroles, écrites par Monsieur de Frontinière, sont jugées touchantes. Leur impact est amplifié par l'interprétation de la demoiselle de Villeneuve, dont la beauté et la voix sont considérées comme dangereuses pour le repos de certains. Le texte souligne le risque et le danger potentiel que représente la combinaison de sa beauté et de son talent vocal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 64
AIR.
Début :
Voicy d'autres Paroles sur un sujet tout diférent. Mr Moliere / J'Aime l'Eau pour l'amour du Vin; [...]
Mots clefs :
Eau, Vin, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
Voicy d'autres Paroles ſur un ſujet tout diferent. M. Moliere en a
fait l'Air depuis peu avec ſon fuccés ordinaire.
J
AIR.
Aime Ellel'Eau fringuepour l'amour du
mon Verre,
Elle arroſe la Terre ,
*
inYONE
1893 *
Et nourrit le Raisin.
P'aime l'Ean pour l'amour du Vin,
fait l'Air depuis peu avec ſon fuccés ordinaire.
J
AIR.
Aime Ellel'Eau fringuepour l'amour du
mon Verre,
Elle arroſe la Terre ,
*
inYONE
1893 *
Et nourrit le Raisin.
P'aime l'Ean pour l'amour du Vin,
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90
p. 121-131
ELEGIE.
Début :
Prendre ce party est une maniere fort honneste de dire [...]
Mots clefs :
Philis, Amour, Beauté, Vers, M. Ferrier, Ouvrage galant, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Pren- dre ce party eſt une maniere fort honneſte de dire adieu au
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
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Résumé : ELEGIE.
Le texte relate l'adieu honorable à un individu nommé Galant, qui a dédié sa vie à son prince. Cet adieu, bien que définitif en apparence, cache le fait que Galant n'a pas réellement pris sa retraite. Ses amis ont veillé à ce qu'il ne se soustraie pas à la reconnaissance qui lui est due. Galant est particulièrement apprécié pour son talent poétique et s'apprête à publier un ouvrage sur les manières d'acquérir l'estime du beau sexe. Une élégie en début d'ouvrage suggère que Galant partagera les secrets de l'amour et étendra la puissance de l'amour sur les cœurs. Dans cette élégie, Galant s'adresse à l'Amour, affirmant qu'il ne peut être esclave d'une maîtresse ingrate et qu'il maîtrise l'art de toucher les maîtresses cruelles. Il exprime son amour pour Philis, malgré son indifférence, et espère que l'Amour l'aidera à conquérir son cœur. Galant cite des exemples mythologiques où l'amour a triomphé, comme Hélène pour Paris et Julie pour Ovide. Il encourage Philis à ne pas craindre et à aimer, car le dieu Amour assure qu'elle sera aimée en retour. Le texte se conclut par une réflexion sur la brièveté de la vie et l'importance de profiter des plaisirs amoureux avant que la beauté ne s'efface.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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91
p. 140-144
RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Début :
Cette indispensable necessité de mourir doit avoir quelque chose de / Si nous naissons souvent, c'est pour mourir de mesme, [...]
Mots clefs :
Fleurs, Madame Deshoulières, Amarillis, Mort
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texteReconnaissance textuelle : RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Cette indiſpenſable neceſſité de mourir doit avoir quelque choſe de bien rigoureux , puis que les Fleurs qui ne meurent que pour renaiſtre , ne fontpas fatisfaites de leur deſtin. Laré
94 LE MERCVRE ponſe qu'elles font à l'Illuſtre &belle Madame Des- Houlieres qui les avoit conſolées là- deſſus avec tant d'eſprit , en eſt une preuve. Celuy qui les fait parler eſtd'Aix enProvence, &
je croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
REPONSE
DES FLEURS ,
A MADAME
DES-HOULIERES.
SinouriaidonneSome Inous naiſſons ſouvent , c'est pour
Etpour mourird'abord.
Unmatinpaſſager nomvoit changerde fort,
.
:
GALANT. 95 Plaignez, Amarillis , nostremalheur extréme.
Enest-il un plusgrand pourdejeunes
appas,
Que d'eſtre le butin d'un ſi ſoudain trépas?
LaLoyde mourirtoſt est une Loy trop
dure,
Oùnous affuiettit l'inégale Nature.
On fait plus de pitié qu'on nefait de jaloux ,
Quandondureauſſi peuque nous.
Ilfautque nous mourions àlafleurde noftre âge
En attendant le retour du Printems.
Onse conſolepeud'unfutur avantage,
Quand on peutse paſſer d'attendre un
autre temps.
Quenous fert-ilque le Zephire Si délicatement aupres de nous souûpire,
Qu'il soit infinuant , queson espritſoit
doux,
Sidansle tems qu'ilnouscareſſe,
Etnousmarque de la tendreſſe,
La mort vient , &finit tout commerce
entrenous?
96 LE MERCVRE Vousdites cependant ; Jonquilles ,Tu- béreuſes,
Vous vivez peu de jours , mais vous vivez heureuſes ,
Quandon ade beaux jours,
Il n'estpas bon qu'ilssoientficourts.
Nulle de nous pourtant ne conferve
-l'envie
Deſe voirprolonger lavie,
Quand il s'en faut priver pour parer vos Moutons
DeGuirlandes &de Festons.
Sanspeine &fans regret chacunealors
Sedonne Avec ses plus vives couleurs. Pourqui peut enmourant leurſervir de
Couronne,
Mourirbientoft n'eest pas le plus grand
desmalheurs.
94 LE MERCVRE ponſe qu'elles font à l'Illuſtre &belle Madame Des- Houlieres qui les avoit conſolées là- deſſus avec tant d'eſprit , en eſt une preuve. Celuy qui les fait parler eſtd'Aix enProvence, &
je croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
REPONSE
DES FLEURS ,
A MADAME
DES-HOULIERES.
SinouriaidonneSome Inous naiſſons ſouvent , c'est pour
Etpour mourird'abord.
Unmatinpaſſager nomvoit changerde fort,
.
:
GALANT. 95 Plaignez, Amarillis , nostremalheur extréme.
Enest-il un plusgrand pourdejeunes
appas,
Que d'eſtre le butin d'un ſi ſoudain trépas?
LaLoyde mourirtoſt est une Loy trop
dure,
Oùnous affuiettit l'inégale Nature.
On fait plus de pitié qu'on nefait de jaloux ,
Quandondureauſſi peuque nous.
Ilfautque nous mourions àlafleurde noftre âge
En attendant le retour du Printems.
Onse conſolepeud'unfutur avantage,
Quand on peutse paſſer d'attendre un
autre temps.
Quenous fert-ilque le Zephire Si délicatement aupres de nous souûpire,
Qu'il soit infinuant , queson espritſoit
doux,
Sidansle tems qu'ilnouscareſſe,
Etnousmarque de la tendreſſe,
La mort vient , &finit tout commerce
entrenous?
96 LE MERCVRE Vousdites cependant ; Jonquilles ,Tu- béreuſes,
Vous vivez peu de jours , mais vous vivez heureuſes ,
Quandon ade beaux jours,
Il n'estpas bon qu'ilssoientficourts.
Nulle de nous pourtant ne conferve
-l'envie
Deſe voirprolonger lavie,
Quand il s'en faut priver pour parer vos Moutons
DeGuirlandes &de Festons.
Sanspeine &fans regret chacunealors
Sedonne Avec ses plus vives couleurs. Pourqui peut enmourant leurſervir de
Couronne,
Mourirbientoft n'eest pas le plus grand
desmalheurs.
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Résumé : RESPONSE DES FLEURS, A MADAME DES-HOULIERES.
Le texte aborde la fatalité de la mort, même pour les fleurs qui renaissent. Les fleurs expriment leur mécontentement face à leur destin, malgré les tentatives de consolation de Madame Des-Houlières. Elles déplorent leur sort, comparant leur existence à une loi trop sévère imposée par la nature. Elles regrettent que leur vie soit écourtée par la mort, qui survient même lorsque le vent leur apporte douceur et délicatesse. Les fleurs reconnaissent vivre peu de jours, mais affirment vivre heureuses. Elles acceptent leur sort sans regret, car leur mort peut servir à orner les moutons de guirlandes et de festons. Elles concluent que mourir jeune n'est pas le plus grand des malheurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 180-185
SONNET POUR LE ROY.
Début :
Voyez, Madame, ce que fait le Nom du Roy. / Destins, veuillez toûjours pour conserver ce Roy, [...]
Mots clefs :
Roi, Victoire, Gloire, Triomphes, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET POUR LE ROY.
Voyez, Madame, ce que fait le Nomdu Roy.Il ſedeclare,
&la Victoire devient infaillible,
mais ſi ces Armes ſe font redouter par tout, ſes Triomphes font en meſme temps l'inépuiſable matiere des Eloges de tout le monde , &ceux que l'embarras des Affaires du Public oblige à
rompre commerce avec les Mu- ſes,cherchent à le renoüerpour ne demeurerpas muetsquand il -
s'agit de la gloire de ce grand
120 LE MERCVRE
Monarque. Vousn'en douterez pointquand vous aurez leu ce Sonnetde M.de BrionConſeiller
au Parlement.
Sonnet pour le Roy.
Destins, veillez toûjours pourconſerver
ceRoy,
Devosſoins affidus leplus parfait onvrage.
Ne l'abandonnez point , lorſque ſon grand courage Luyfait porter par tout la terreur l'effroy.
Quoy qu'il traiſne toûjours la Victoire
apresfoy,
Comme il court ſans rien craindre ou la
gloire l'engage,
Dans les divers perils que fon grand
cœur partage,
Du ſoinde le garder faites-nous une
Loy.
Vous
GALANT. 121
Vous avez employéplus decing mille années
Aformer de Loüis les nobles deſtinées ;
Vostreplus grandeffort nous paroistau- jourd'huy.
Ne livrez doncjamais àla fureur des Parques CeRoy victorieux , lagloire des Monarques,
Vous nesçauriez donner unplus grand Royque luy.
- Cette verité eſt ſi conſtante,
que leplaiſird'admirer ſes gran- des Actions adoucit les mauxde
ceux qui ſouffrent; &cet autre Sonnetde M² l'Abbé Flanc arreſté dans la Conciergerie par ſes malheurs , en eſt une mar...
que.
TomeX. F
122 LE MERCVRE
Au ROY, Sonnet. ***
Royd'eftre feulimité de tous , les Roys digne
Ta grandeur m'ébloüit , OmaMuse tremblante
S'égare&se confond de voir, lors qu'on
tevante,
Ton meriteplus grandque tafelicité.
Tuportes tous les traitsde la Divinité,
Au ſeul bruit de ton Nom l'Europe s'épouvanteد
Etles Faits inoüls de tamain fipuis- Sante Feront l'étonnement de la Pofterité. 7
Mais lors que'tu parois environné de gloire,
Qu'entout tempstes Drapeaux devan- cent la Victoire ,
Qu'un seul de tes deſſeins suspendtout
l'Univers ;
GALANT. 123
QuedufierEspagnol les Villesſont con- quiſes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles font Soumiſes,
:
At'admirer , Grand Roy , j'adoucis tous mesfers.
&la Victoire devient infaillible,
mais ſi ces Armes ſe font redouter par tout, ſes Triomphes font en meſme temps l'inépuiſable matiere des Eloges de tout le monde , &ceux que l'embarras des Affaires du Public oblige à
rompre commerce avec les Mu- ſes,cherchent à le renoüerpour ne demeurerpas muetsquand il -
s'agit de la gloire de ce grand
120 LE MERCVRE
Monarque. Vousn'en douterez pointquand vous aurez leu ce Sonnetde M.de BrionConſeiller
au Parlement.
Sonnet pour le Roy.
Destins, veillez toûjours pourconſerver
ceRoy,
Devosſoins affidus leplus parfait onvrage.
Ne l'abandonnez point , lorſque ſon grand courage Luyfait porter par tout la terreur l'effroy.
Quoy qu'il traiſne toûjours la Victoire
apresfoy,
Comme il court ſans rien craindre ou la
gloire l'engage,
Dans les divers perils que fon grand
cœur partage,
Du ſoinde le garder faites-nous une
Loy.
Vous
GALANT. 121
Vous avez employéplus decing mille années
Aformer de Loüis les nobles deſtinées ;
Vostreplus grandeffort nous paroistau- jourd'huy.
Ne livrez doncjamais àla fureur des Parques CeRoy victorieux , lagloire des Monarques,
Vous nesçauriez donner unplus grand Royque luy.
- Cette verité eſt ſi conſtante,
que leplaiſird'admirer ſes gran- des Actions adoucit les mauxde
ceux qui ſouffrent; &cet autre Sonnetde M² l'Abbé Flanc arreſté dans la Conciergerie par ſes malheurs , en eſt une mar...
que.
TomeX. F
122 LE MERCVRE
Au ROY, Sonnet. ***
Royd'eftre feulimité de tous , les Roys digne
Ta grandeur m'ébloüit , OmaMuse tremblante
S'égare&se confond de voir, lors qu'on
tevante,
Ton meriteplus grandque tafelicité.
Tuportes tous les traitsde la Divinité,
Au ſeul bruit de ton Nom l'Europe s'épouvanteد
Etles Faits inoüls de tamain fipuis- Sante Feront l'étonnement de la Pofterité. 7
Mais lors que'tu parois environné de gloire,
Qu'entout tempstes Drapeaux devan- cent la Victoire ,
Qu'un seul de tes deſſeins suspendtout
l'Univers ;
GALANT. 123
QuedufierEspagnol les Villesſont con- quiſes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles font Soumiſes,
:
At'admirer , Grand Roy , j'adoucis tous mesfers.
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Résumé : SONNET POUR LE ROY.
La lettre célèbre les exploits et la gloire du roi, dont les victoires sont décrites comme infaillibles et universellement admirées. Même les personnes occupées par les affaires publiques cherchent à exalter sa renommée. La lettre inclut un sonnet de M. de Brion, conseiller au Parlement, qui appelle les destins à protéger le roi, soulignant son courage et ses triomphes constants. Ce sonnet exprime le souhait de voir le roi continuer à inspirer la terreur et l'admiration. Un autre sonnet, écrit par l'Abbé Flancar depuis la Conciergerie, admire la grandeur et le mérite du roi, comparant sa divinité et son impact sur l'Europe. Les faits héroïques du roi sont destinés à étonner la postérité. La lettre se conclut en mentionnant que l'admiration pour les actions du roi adoucit les maux des souffrants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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93
p. 198-208
Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Début :
Ces pensées sont beaucoup mieux tournées dans une Langue à [...]
Mots clefs :
Gloire, Humble, Badin, Lettre, Compliment, Muse, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Ces penſées ſont beaucoup mieux tournées dans une langue à laquelle la force del'ex- preffioneſt particuliere. Vous y
fuppleerez, s'il vous plaiſt, Ma- dame , &pour marque de la re- connoiſſance quej'en auray , je vous envoye une ſeconde Let tre de M. Petit, écrite commela premiere àM. le Duc de S. Ai- gnan. Vous aimez tout ce qui regarde la gloire du Roy, & fon ſtile qu'il appelle badin, nedes- honnore peut-eftre pas la ma- tiere qui luy faitpeur. Lifez , je vous prie , & m'en dites voſtre penfte.
Risdo
第
F وه
132 LE MERCVRE
De Ronen le 9. Decembre, 1677.
MONSEIGNEVR,
Cen'apas esté fans ſurpriſe que j'ay veudansle dernier Tome du Mercure
les vers badins qu'ilya deux ou trois mois que je pris la liberté de vous en- voyer. Ce m'est , Monseigneur , une marque bien glorieuse &bien obligeante de l'honneurde voſtre ſouvenir; &com- me ce n'a pû estre que par vos ordres qu'ils avent en place dans ce recueilde -Pieces Galantes, je ne vous ſuispasme- diocrement obligéde la bonté quevous avezde vouloir deterrer mon nomenfeveli en Province depuis uneaffezlon- que fuitte d'années : Mais , Monfei- gneur,je suis si accoutumé àrecevo
de vous des graces que je ne me
point que
voir
merite
cet- je dois peum'étonner de -sederniera,qui m'engage plus que ja- mais àvous honnorer,&àpousserjuf- qu'où elle peut aller lapaffion touteplei pr
ne de respect avec laquelle je fuis MONSEIGNEVR,
Voffre tres humble, tres obeiffant, & tres- obligé Serviteur , PETIT.
GALANT. 133 ১
HerDuc, apres ce Compliment ,
GEEt cet humble Remerciment
Vnpenſerieux pour ma Plume Dont(vous lesçavez ) la coûtume- Eft d'écrire en style badin ,
Sansſe piquer de rien de fin ;
Trouvezbon qu'elle s'y remetta,
Etquema Muse, humble Soubrette Decelledontles chants fi douxw1
Vousfont faire mille Laloux ,
Vous entretienne à l'ordinaire , ة
Songeantquejefuis vostre Frere EnApollon, l'aymable Dieu, .. Quide centplaisirs me tient liens T
Et certesj'auroispeine àdire ,
Si le feu badin qui m'inspire ,
Metoucheonplus, ou moins au Cœur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur Faitdesesperer l'Idolatre 3615000 D'une Coquette acariatre ,
Qui ritdestraitsda Dieu Fripon;
Mais iln'en est plus,codition,
LesCoquettesfont fort Comme enbuitjours on prenddesVilles
(Secret denostre Mars François ,
PlusRoyluy feulque trente Rois)
dociles,
134 LE MERCVR E
Enhuit ioursfans autreremise ,
Laplus fine Coquette est priſe.
Quoyqu'ilenſoit, j'aime arimer ,
EtmaMuſe ſçait s'animer,
Quand àVous s'addreſſe ſa rime ;
Mais,n'est- cepoint commettreun crime Quede vous derober du temps
Aumilieudesplaisirs charmans Dant laplusbelle Cour du monde ,
Pour l'un &l'autre Sexe abonde ?
Danscette Cour où le Soleil
Brilleenſonſuperbe appareil,
Oùdes Beautez faites àplaire Oùdes Heros hors du vulgaire Forment un éclat quisurprend Leſçayqu'ilfaut que tout foit grand.
Etd'une splendeurſans pareille.
Ainsidonc, ce n'est pas merveille Sipar tout oùparoît Loün
On voit des brillans inovis
Voustenez-bien làvostreplace ,
Et,fansquerienvous embaraſſes Vostre plus ordinaire employ,
Eft d'admirer noſtre Grand Rey Dont le Bras,fecondantlaTefto ,
Adjoûte Conqueſte à Conqueſte. )
Tout lemonde enestétonné
SH
GALANT. 135 Désqueson Canon atonné,
LesVilles en craignent lafoudre ,
Etdepeurqu'on les mette en poudrez Surpriſes defes grands Exploits ,
Viennentserangerſousſes Lois.
Si l'on voyoit des Faitsſemblables ,
Dans l'Histoire; ceſont des Fables,
Etdes Fictions , diroit- on :
Mais, certes,lepauvreLyon ,
Etl'Aigle,battus de l'orage,
Connoiſſent trop àleurdommage,
Queces Exploitspar tout vantez,
Sont defeures realitez.
NosMuses fort embarrassées Vontau filence eſtre forcées ,
Ayant dit que ce nouveau Mars,
Paſſe de bien loin les Cefars,
LesAlexandres, les Achilles ,
Etles plus grandspreneurs de Villes,
Ellespenſent avoirtout dit ;
C'est jusqu'onva leur bel esprit.
Puisse trouvant loin de leur Compte,
Elles confeffent avec honte ,
Qu'elles n'en onpas dit affez,
Etque trop de Faits entaſſez De leur éclat les ébloüiffent ,
Etfontqueleurs rimestariffent.
136 LE MERCVRE
1
Mais,digne Duc,permettez-moy,
Dedire icy, que ce grandRoy N'a rien qui luyfoit comparable Dans l'Histoire,nydans la Fable.
Quelques-uns veulent qu'il foit né Sous un Aftre bien fortuné ,
Etfous une Etoile inuincible;
Mais c'est à ce Heros terrible
Ofter de fa Gloire un Fleuron.
SonAftre eſt, ſon cœur de Lion ;
Etfon Etoile,Sa Prüdence ,
Son grandsens &sa Vigilance.
C'eſt luy quimonte les refforts,
Quifont mouvoirtout ce grand Corps DeCombatans,fous qui tout tremble Etmesme dans le temps qu'ilſemble Que ce Herosse divertit,
SaTeste inceſſamment agit.
Ses Ordresſi justes ſedonnent,
Que lesEnnemis s'en eſtonnent ,
Et lamesmepeurqu'il leurfait.
Quandil Oula estdans le Cabinet,
Gloire avec luy raisonne,
L
Quequandilcommande en Perſonne.. Enfin, pourfinir ce Discours,
C'est leMiracle de nos jours.
Mais maMuse est bien temeraire ,
GALANT. 137
;
i
Neletrouvez-vous pas cher Frere ?
Toûjours en Apollon ,s'entend,
Caril est affez important ,
Pourle respect que je vousporte ,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élevermes Vers
AnplusGRAND ROY de l'Univers ;
Maissije manque de prudence,
I'attens de vousquelque indulgence.
Sçachaut que de ce Demy-Dien Lahaute Gloire vous tient lieu ,
D'unplaisirsigrand, qu'ilfurpaffe Tous ceux de lapremiere Claffe .
Etque lorsque le juſte Encens Qu'on doit àfesrares talens,
Fume pour ce Prince adorable ,
Rien ne vous estplus agreable.
Ah!quen'en ay-je du meilleur !
Etque je meplairois, Seigneur ,
Afaire te Panegiryque DeceGrandRoy tout Heroïque !
Ie m'en trouve l'esprit fi plein .
Que j'ay laiſſé là le deſſein Defaire une lettre badine ;
Mais, apres tout je m'imagine Que vous me le pardonnerez ,
Etque mesme vousm'enlouerez
fuppleerez, s'il vous plaiſt, Ma- dame , &pour marque de la re- connoiſſance quej'en auray , je vous envoye une ſeconde Let tre de M. Petit, écrite commela premiere àM. le Duc de S. Ai- gnan. Vous aimez tout ce qui regarde la gloire du Roy, & fon ſtile qu'il appelle badin, nedes- honnore peut-eftre pas la ma- tiere qui luy faitpeur. Lifez , je vous prie , & m'en dites voſtre penfte.
Risdo
第
F وه
132 LE MERCVRE
De Ronen le 9. Decembre, 1677.
MONSEIGNEVR,
Cen'apas esté fans ſurpriſe que j'ay veudansle dernier Tome du Mercure
les vers badins qu'ilya deux ou trois mois que je pris la liberté de vous en- voyer. Ce m'est , Monseigneur , une marque bien glorieuse &bien obligeante de l'honneurde voſtre ſouvenir; &com- me ce n'a pû estre que par vos ordres qu'ils avent en place dans ce recueilde -Pieces Galantes, je ne vous ſuispasme- diocrement obligéde la bonté quevous avezde vouloir deterrer mon nomenfeveli en Province depuis uneaffezlon- que fuitte d'années : Mais , Monfei- gneur,je suis si accoutumé àrecevo
de vous des graces que je ne me
point que
voir
merite
cet- je dois peum'étonner de -sederniera,qui m'engage plus que ja- mais àvous honnorer,&àpousserjuf- qu'où elle peut aller lapaffion touteplei pr
ne de respect avec laquelle je fuis MONSEIGNEVR,
Voffre tres humble, tres obeiffant, & tres- obligé Serviteur , PETIT.
GALANT. 133 ১
HerDuc, apres ce Compliment ,
GEEt cet humble Remerciment
Vnpenſerieux pour ma Plume Dont(vous lesçavez ) la coûtume- Eft d'écrire en style badin ,
Sansſe piquer de rien de fin ;
Trouvezbon qu'elle s'y remetta,
Etquema Muse, humble Soubrette Decelledontles chants fi douxw1
Vousfont faire mille Laloux ,
Vous entretienne à l'ordinaire , ة
Songeantquejefuis vostre Frere EnApollon, l'aymable Dieu, .. Quide centplaisirs me tient liens T
Et certesj'auroispeine àdire ,
Si le feu badin qui m'inspire ,
Metoucheonplus, ou moins au Cœur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur Faitdesesperer l'Idolatre 3615000 D'une Coquette acariatre ,
Qui ritdestraitsda Dieu Fripon;
Mais iln'en est plus,codition,
LesCoquettesfont fort Comme enbuitjours on prenddesVilles
(Secret denostre Mars François ,
PlusRoyluy feulque trente Rois)
dociles,
134 LE MERCVR E
Enhuit ioursfans autreremise ,
Laplus fine Coquette est priſe.
Quoyqu'ilenſoit, j'aime arimer ,
EtmaMuſe ſçait s'animer,
Quand àVous s'addreſſe ſa rime ;
Mais,n'est- cepoint commettreun crime Quede vous derober du temps
Aumilieudesplaisirs charmans Dant laplusbelle Cour du monde ,
Pour l'un &l'autre Sexe abonde ?
Danscette Cour où le Soleil
Brilleenſonſuperbe appareil,
Oùdes Beautez faites àplaire Oùdes Heros hors du vulgaire Forment un éclat quisurprend Leſçayqu'ilfaut que tout foit grand.
Etd'une splendeurſans pareille.
Ainsidonc, ce n'est pas merveille Sipar tout oùparoît Loün
On voit des brillans inovis
Voustenez-bien làvostreplace ,
Et,fansquerienvous embaraſſes Vostre plus ordinaire employ,
Eft d'admirer noſtre Grand Rey Dont le Bras,fecondantlaTefto ,
Adjoûte Conqueſte à Conqueſte. )
Tout lemonde enestétonné
SH
GALANT. 135 Désqueson Canon atonné,
LesVilles en craignent lafoudre ,
Etdepeurqu'on les mette en poudrez Surpriſes defes grands Exploits ,
Viennentserangerſousſes Lois.
Si l'on voyoit des Faitsſemblables ,
Dans l'Histoire; ceſont des Fables,
Etdes Fictions , diroit- on :
Mais, certes,lepauvreLyon ,
Etl'Aigle,battus de l'orage,
Connoiſſent trop àleurdommage,
Queces Exploitspar tout vantez,
Sont defeures realitez.
NosMuses fort embarrassées Vontau filence eſtre forcées ,
Ayant dit que ce nouveau Mars,
Paſſe de bien loin les Cefars,
LesAlexandres, les Achilles ,
Etles plus grandspreneurs de Villes,
Ellespenſent avoirtout dit ;
C'est jusqu'onva leur bel esprit.
Puisse trouvant loin de leur Compte,
Elles confeffent avec honte ,
Qu'elles n'en onpas dit affez,
Etque trop de Faits entaſſez De leur éclat les ébloüiffent ,
Etfontqueleurs rimestariffent.
136 LE MERCVRE
1
Mais,digne Duc,permettez-moy,
Dedire icy, que ce grandRoy N'a rien qui luyfoit comparable Dans l'Histoire,nydans la Fable.
Quelques-uns veulent qu'il foit né Sous un Aftre bien fortuné ,
Etfous une Etoile inuincible;
Mais c'est à ce Heros terrible
Ofter de fa Gloire un Fleuron.
SonAftre eſt, ſon cœur de Lion ;
Etfon Etoile,Sa Prüdence ,
Son grandsens &sa Vigilance.
C'eſt luy quimonte les refforts,
Quifont mouvoirtout ce grand Corps DeCombatans,fous qui tout tremble Etmesme dans le temps qu'ilſemble Que ce Herosse divertit,
SaTeste inceſſamment agit.
Ses Ordresſi justes ſedonnent,
Que lesEnnemis s'en eſtonnent ,
Et lamesmepeurqu'il leurfait.
Quandil Oula estdans le Cabinet,
Gloire avec luy raisonne,
L
Quequandilcommande en Perſonne.. Enfin, pourfinir ce Discours,
C'est leMiracle de nos jours.
Mais maMuse est bien temeraire ,
GALANT. 137
;
i
Neletrouvez-vous pas cher Frere ?
Toûjours en Apollon ,s'entend,
Caril est affez important ,
Pourle respect que je vousporte ,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élevermes Vers
AnplusGRAND ROY de l'Univers ;
Maissije manque de prudence,
I'attens de vousquelque indulgence.
Sçachaut que de ce Demy-Dien Lahaute Gloire vous tient lieu ,
D'unplaisirsigrand, qu'ilfurpaffe Tous ceux de lapremiere Claffe .
Etque lorsque le juſte Encens Qu'on doit àfesrares talens,
Fume pour ce Prince adorable ,
Rien ne vous estplus agreable.
Ah!quen'en ay-je du meilleur !
Etque je meplairois, Seigneur ,
Afaire te Panegiryque DeceGrandRoy tout Heroïque !
Ie m'en trouve l'esprit fi plein .
Que j'ay laiſſé là le deſſein Defaire une lettre badine ;
Mais, apres tout je m'imagine Que vous me le pardonnerez ,
Etque mesme vousm'enlouerez
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Résumé : Lettre de M. Petit à Monsieur le Duc de S. Aignan. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée du 9 décembre 1677, M. Petit exprime sa surprise et sa gratitude après avoir découvert que ses vers badins ont été publiés dans le dernier tome du Mercure. Il attribue cette publication aux ordres du destinataire, qu'il honore et respecte profondément. Ce destinataire est identifié comme un duc, qui est complimenté pour son soutien et sa bienveillance. M. Petit précise que son style naturel est badin et qu'il ne compose pas de manière sérieuse. Il évoque ensuite la cour du roi, soulignant la splendeur et les exploits militaires du monarque, comparés à ceux des grands conquérants de l'histoire. Il conclut en exprimant son admiration pour le roi et son désir de lui rendre hommage, tout en espérant l'indulgence du duc pour son audace littéraire.
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94
p. 233-240
LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN A l'Autheur du Mercure.
Début :
Je tenois le veritable assez difficile à trouver, pour croire / Je ne sçay, Monsieur, si j'ay trouvé le veritable [...]
Mots clefs :
Énigme, Corps, Armée des Confédérés, Trouver
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN A l'Autheur du Mercure.
Je tenois le veritable afſſez
difficile à trouver , pour croire que vous ne l'apprendriez que de moy , ce- pendant vous l'apprendrez de Mon- Tieur le Duc de S.Aignan , qui connut ce que je cachois , incontinent apres que ma derniere Lettre eut paru. Ce qu'il m'a fait l'honneurde m'en écrire vous dévelopera les obſcuritez qui ont embaraffé vos Amies.
GALANT. 155
033333333
LETTRE DE MONSIEVR
LE DUC DE S.AIGNAN.
A l'Autheur du Mercure.
Enesçay ,Monsieur ,fi j'ay trouve
le veritable sens devostre Enigme,
maisje nepuis eſtre le maistre d'unpre- mier mouvement qui me porte d'abord à
vous annoncer une Victoire que je ne tiens pas encor trop aſſurée. S'il est vray quej'aye effectivement deviné cetteEni- gme,je dois en estre plus fierque vous ne pensez ,car je crois avoir découvert qu'elle est de vous , & par conséquent qu'elle ne pouvoit estre quefort fubtile.
Enfin , Monsieur, c'est àmonsens non Seulement l'Armée, mais celledes Con- federez ,puiſque je trouve tant decho- ſes qui conviennent à cela, qu'il nefe peut pas davantage.
Ce Corps est composé de plusieurs Princes inégaux en pouvoir. Avantque
Gvj
156 LE MERCVRE
1
lesTroupes dechacun d'euxfuſſentjoin tes , elles avoient estélevéesſeparément.
Iln'est animéquedeces meſimes Troupes qui ne laiſſoient pas d'estre avant que leur jonctionformaſt un Corps.
Il n'a point de Teste , c'est àdire point de Chef entierement abſolu. Les Bras font aifez à trouver dansle grand nombre de Soldats qui font dans ces Troupes , &qui eſtant d'une naiſſance fort éloignée de celle des Commandans,
font l'illustre &baffe Famille dont il eft parlé.
Quelque grandque foit ce Corps , au lien de se rendre formidable par le nombre , il afait voir quelquefois qu'il n'estoit pas fans appréhenſion de nos
armes.
LesnouveauxMembresqui luy vien- nent , font les nouvelles Troupes des Alliez , qu'onſepare bien souvent pour les faire agir en divers lieux ; & l'heu- re du repos estant venue , c'est àdire te temps des Quartiers d'Hyver ,
Troupesfont obligées quelquefois en les cherchant d'en venir aux mains avec
ces
GALANT. 157 ceux de leur Party qui ne les veulent pas recevoir,parcequ'ellesfont maldif- ciplinées.
Ce grand Corps doit afſfurément ex.
pirer un jour , l'Alliance des Princes qui le compoſent n'eſtant que pour un temps;mais s'ils la renouveltent avant qu'elle vienne à expirer tout- à-fait , ils lefont revivre.
Quelques soins que prennent tant d'Alliez pour maintenir cette Union,
ilsfebroüillent quelquefois, &blâment
la conduite les uns des autres ,comme
ont fait depuis pendeuxdesplus confi- derables d'entr'eux.
Enfin le grand éclat qui bleſſe ce Corps, vient du Roy ,& ce vaillant Monarque est le Soleil dont les brillans
rayons ſe dardant contre luy ,le font tantfouffrir. f
:
Confeffex, Monsieur ,que j'ay de- vine, ou tout au moinsque vostre Enigme a tant de raport avec ceſens , que difficilement en pourroit- on trouver un autrequi y convinst mieux. Maisfi ce n'est pas une chose facile , c'en est une
138 LE MERCURE impoſſible de trouver perſonne quiſoit plus que moyvoſtre ,&c..
difficile à trouver , pour croire que vous ne l'apprendriez que de moy , ce- pendant vous l'apprendrez de Mon- Tieur le Duc de S.Aignan , qui connut ce que je cachois , incontinent apres que ma derniere Lettre eut paru. Ce qu'il m'a fait l'honneurde m'en écrire vous dévelopera les obſcuritez qui ont embaraffé vos Amies.
GALANT. 155
033333333
LETTRE DE MONSIEVR
LE DUC DE S.AIGNAN.
A l'Autheur du Mercure.
Enesçay ,Monsieur ,fi j'ay trouve
le veritable sens devostre Enigme,
maisje nepuis eſtre le maistre d'unpre- mier mouvement qui me porte d'abord à
vous annoncer une Victoire que je ne tiens pas encor trop aſſurée. S'il est vray quej'aye effectivement deviné cetteEni- gme,je dois en estre plus fierque vous ne pensez ,car je crois avoir découvert qu'elle est de vous , & par conséquent qu'elle ne pouvoit estre quefort fubtile.
Enfin , Monsieur, c'est àmonsens non Seulement l'Armée, mais celledes Con- federez ,puiſque je trouve tant decho- ſes qui conviennent à cela, qu'il nefe peut pas davantage.
Ce Corps est composé de plusieurs Princes inégaux en pouvoir. Avantque
Gvj
156 LE MERCVRE
1
lesTroupes dechacun d'euxfuſſentjoin tes , elles avoient estélevéesſeparément.
Iln'est animéquedeces meſimes Troupes qui ne laiſſoient pas d'estre avant que leur jonctionformaſt un Corps.
Il n'a point de Teste , c'est àdire point de Chef entierement abſolu. Les Bras font aifez à trouver dansle grand nombre de Soldats qui font dans ces Troupes , &qui eſtant d'une naiſſance fort éloignée de celle des Commandans,
font l'illustre &baffe Famille dont il eft parlé.
Quelque grandque foit ce Corps , au lien de se rendre formidable par le nombre , il afait voir quelquefois qu'il n'estoit pas fans appréhenſion de nos
armes.
LesnouveauxMembresqui luy vien- nent , font les nouvelles Troupes des Alliez , qu'onſepare bien souvent pour les faire agir en divers lieux ; & l'heu- re du repos estant venue , c'est àdire te temps des Quartiers d'Hyver ,
Troupesfont obligées quelquefois en les cherchant d'en venir aux mains avec
ces
GALANT. 157 ceux de leur Party qui ne les veulent pas recevoir,parcequ'ellesfont maldif- ciplinées.
Ce grand Corps doit afſfurément ex.
pirer un jour , l'Alliance des Princes qui le compoſent n'eſtant que pour un temps;mais s'ils la renouveltent avant qu'elle vienne à expirer tout- à-fait , ils lefont revivre.
Quelques soins que prennent tant d'Alliez pour maintenir cette Union,
ilsfebroüillent quelquefois, &blâment
la conduite les uns des autres ,comme
ont fait depuis pendeuxdesplus confi- derables d'entr'eux.
Enfin le grand éclat qui bleſſe ce Corps, vient du Roy ,& ce vaillant Monarque est le Soleil dont les brillans
rayons ſe dardant contre luy ,le font tantfouffrir. f
:
Confeffex, Monsieur ,que j'ay de- vine, ou tout au moinsque vostre Enigme a tant de raport avec ceſens , que difficilement en pourroit- on trouver un autrequi y convinst mieux. Maisfi ce n'est pas une chose facile , c'en est une
138 LE MERCURE impoſſible de trouver perſonne quiſoit plus que moyvoſtre ,&c..
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Résumé : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN A l'Autheur du Mercure.
Le Duc de S.Aignan a découvert le sens d'une énigme qu'il attribue à l'auteur. Selon lui, l'énigme représente une armée alliée composée de plusieurs princes inégaux en pouvoir, dont les troupes ont été levées séparément avant de se joindre. Cette armée n'a pas de chef absolu et est constituée de soldats de diverses origines. Malgré sa taille, elle peut éprouver des appréhensions face aux armes adverses. Les nouveaux membres de cette armée sont des troupes alliées souvent séparées pour agir en divers lieux. Pendant les quartiers d'hiver, ces troupes peuvent entrer en conflit avec celles de leur propre parti en raison de leur manque de discipline. L'alliance des princes est temporaire et peut être renouvelée avant son expiration. Les alliés prennent soin de maintenir cette union, mais des conflits internes peuvent survenir. Enfin, le roi, comparé au soleil, est la source principale des difficultés pour cette armée. Le Duc conclut que son interprétation de l'énigme est la plus probable.
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95
p. 275-276
Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Début :
Voicy des Vers sur celles de tant d'Alliez. Ils ont esté fait par / Au milieu des Estez, au milieu des Hyvers [...]
Mots clefs :
Ennemis, Prix de l'Académie française, Louis, Saisons
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texteReconnaissance textuelle : Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Voicy des Vers fur celles de tant
d'Alliez. Ils ont eſté faits par M de la Monnoye Auditeur des Comptes à Dijon. Les Prix de l'Académie Françoiſe qu'il a tant de fois remportez,
l'ont fait connoiſtre à toute la
France.
Au milieu des Estez, au milieu des
Hyvers ,
Loüis defes beaux faits étonne l'Vnivers ,
Ildéploye en tout temps ſes Bannieres
fatales.
Mais confefſons la verité,
Ses Ennemis plus fins , sans bruit Sansfierté,
Trouvent bien mieux que luy toutes
Saiſons égales ,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hyver,
ny Γ'Ελέ
d'Alliez. Ils ont eſté faits par M de la Monnoye Auditeur des Comptes à Dijon. Les Prix de l'Académie Françoiſe qu'il a tant de fois remportez,
l'ont fait connoiſtre à toute la
France.
Au milieu des Estez, au milieu des
Hyvers ,
Loüis defes beaux faits étonne l'Vnivers ,
Ildéploye en tout temps ſes Bannieres
fatales.
Mais confefſons la verité,
Ses Ennemis plus fins , sans bruit Sansfierté,
Trouvent bien mieux que luy toutes
Saiſons égales ,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hyver,
ny Γ'Ελέ
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Résumé : Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Le poème 'Voicy des Vers fur celles de tant d'Alliez' de M. de la Monnoye, Auditeur des Comptes à Dijon, a été récompensé par l'Académie Française. Il compare les exploits militaires du roi Louis aux stratégies de ses ennemis, qui agissent en fonction des saisons.
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96
p. 242-245
ENIGME.
Début :
Ie suis du Sexe aimé, du Sexe féminin, [...]
Mots clefs :
Académie française
97
p. 332-333
AUTRE ENIGME.
Début :
Ie porte ce qu'on veut, & ne refuse rien ; [...]
Mots clefs :
Enseigne de maison